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Titre :
L'union médicale du Canada
Éditeur :
  • Montréal :[Revue L'union médicale du Canada],1872-1995
Contenu spécifique :
Octobre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Bulletin de l'Association des médecins de langue française de l'Amérique du Nord) ,
  • Gazette médicale de Montréal
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Références

L'union médicale du Canada, 1926-10, Collections de BAnQ.

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[" L\u2019UNION MEDICALE DU CANADA Revue mensuelle de médecine et de chirurgie, fondée en 1872 Vol.LV OCTOBRE 1926 No 9 Congrès de Montréal REVUE HISTORIQUE HISTOIRE DE L\u2019ÉCOLE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE DE MONTRÉAL Par le Docteur L.-D.MIGNAULT, Secrétaire de la Faculté de Médecine de l\u2019Université de Montréal.Médecin de l\u2019Hôtel-Dieu.Chapitre I Les fondateurs L\u2019on voyait dernièrement dans le bas de la rue Saint-Urbain une vieille maison; elle a été le berceau de notre Faculté, car c'est dans cet immeuble que se sont réunis en 1843 les fondateurs de l\u2019Ecole de Médecine et de Chirurgie de Montréal.Ils n\u2019étaient pas nombreux: il y avait d\u2019abord le Docteur Francis Thomas Arnoldi, le président, le docteur Badgeley, le secrétaire, et puis les docteurs Pierre Munro, William Sutherland et J.McNider.Ce dernier avait alors 27 ans, et il était porteur d'un diplôme de l\u2019Université d\u2019Edimbourg.Membre du Bureau médical du Montreal General Hospital, et l\u2019un des fondateurs dé la Maternité de Montréal, il était chargé du cours d'obstétrique.Il s\u2019est retiré au bout d\u2019une année, probablement pour des raisons de santé, puisqu\u2019il est mort en 1846, victime de la tuberculose pulmonaire.Nos ancêtres n\u2019\u2019avaient pas des agences de publicité comme leurs descendants, mais ils savaient se servir des journaux pour se N.D.LR.\u2014Nous sommes heureux d\u2019offrir aux médecins canadiens- français la seule revue historique authentique de l\u2019ancienne Ecole de Médecine de Montréal.C\u2019est une aubaine inespérée que nous devons à l\u2019érudition du professeur Mignault.C\u2019est une contribution importante au Congrès de Montréal.Nous en recommandons la lecture attentive.Elle est attrayante et très instructive.Le Professeur mérite, pour ce geste, la gratitude de toute la profession. 598 L'UNION MÉDICALE DU CANADA faire connaître.Nous voyons dans La Minerve de 1843 un avis signé Badgely annonçant l'ouverture des cours, et informant le public que l'Ecole possède une bibliothèque d'au delà de mille volumes, un laboratoire de chimie et un \u201cset\u201d (sic) d'instruments de physique et un commencement de musée anatomique et pathologique.Les honoraires d\u2019une année académique en une seule langue sont de 6 livres et 5 chelins, environ $25.00; et ceux qui suivent l\u2019enseignement dans les deux langues doivent débourser deux livres de plus.| L\u2019horaire n\u2019était pas compliqué.Il ferait la joie de l\u2019Exécutif actuel de la Faculté, et spécialement de notre excellent confrère le docteur Parizeau.| A 9 hrs a.m.\u2014Dr Arnoldi fils: Accouchements et maladies des femmes et des enfans.A 10 hrs a.m.\u2014Matiére médicale et thérapeutique: Dr Sutherland.A 11 hrs a.m.\u2014Principes et pratique de la Chirurgie: Dr Munro, A 2 hrs p.m.\u2014Anatomie et physiologie: Dr Horace Nelson, A 3 hrs p.m.\u2014Pathologie générale et spéciale et pratique de la Médecine: Dr Badgely.A 8 hrs p.m.\u2014Chimie et pharmacie: Dr Sutherland.L\u2019enseignement clinique se donnait au dispensaire qui était ouvert tous les jours, probablement à midi.Les citoyens de Montréal venaient alors, comme aujourd\u2019hui, se faire traiter gratuitement ct abuser, comme ils le font encore trop souvent, de la charité de la profession médicale.C\u2019est le 29 mars 1845 que la loi constituant en corporation l'Ecole de Médecine et de Chirurgie reçut la sanction du Gouverneur général.Quelques jours plus tard eut lieu la première réunion des médecins dont les noms paraissent dans la Charte \u2014 c'est-à-dire les docteurs Arnoldi, Gadgely, Munro, Sutherland et Horace Nelson.Le premier ordre du jour étant l\u2019élection des officiers, M.Arnoldi fut choisi comme président et M.Bagdely comme secrétaire-trésorier.Quelques détails maintenant sur ces fondateurs.Le docteur Arnoldi était le fils du docteur Daniel Arnoldi qui est venu se fixer à Montréal dans les premières années du dix- neuvième siècle.Je me suis laissé dire que la famille était d\u2019origine allemande et que, étant passée en Italie, son nom primitif Arnold est devenu Arnoldi.En tout cas nous avons que Arnoldi père fut médecin de la prison de Montréal pendant bien des années, et il paraitrait que Félix Poutré en simulant la folie eut l\u2019idée de l\u2019asseoir un jour sur i teurs er chi di qu jy di aan: event Jin ait Qué jour L\u2019UNION MEDICALE DU CANADA 599 un poêle chaud, et ce symptôme d\u2019aliénation a dû confirmer le diagnostic.\u2019 Nous savons maintenant que le nommé Félix Poutré simulait la folie de connivence avec les autorités pour cacher sa trahison et échapper a la vengeance de ses compatriotes.Pour revenir aux Arnoldi, nous voyons dans le récit de.ia bataille de Saint-Eustache que le père et le fils accompagnaient, en qualité de chirurgiens, la petite armée de Sir John Colborne, et qu\u2019ils ont fait une autopsie sur les restes du docteur Chénier.Le docteur Thomas Arnoldi est demeuré président de l'Ecole jusqu\u2019à sa démission en 1849, lorsqu'il est devenu professeur de Médecine légale à l\u2019Université McGill.Il n'a occupé cette chaire apparemment que pendant une année, et nous le retrouvons plus tard à Toronto où il.est mort vers 1864.Singulier personnage que le docteur Badgely ! À peine est-il élu secrétaire qu\u2019il démissionne, non seulement comme secrétaire, mais comme professeur, et le docteur William Sutherland lui succéda.Puis, comme l'Ecole voulait remplacer le démissionnaire et en même temps nommer un professeur de Matière médicale, 1l fut résolu d'annoncer pour ces deux chaires un concours qui aurait lieu le ler août 1845.Or la veille du jour fixé le Conseil s\u2019'assembla pour formuler les questions qui devaient être posées aux candidats et recevoir les avis des concurrents, et M.Badgely leur signifie qu\u2019il a l'intention de se présenter au concours pour la chaire qu\u2019il venait d'abandonner.L'Ecole reçut l'enfant prodigue à bras ouverts et il est resté membre de la Corporation jusqu\u2019en 1849 lorsqu'il s\u2019est retiré avec MM.Arnoldi et Sutherland.Comme \u2018Arnoldi, il a enseigné la Médecine légale une année à McGill, et puis 1l s\u2019est retiré.Pierre Munro est le seul des fondateurs que j'aie connu.Il descendait d'une famille distinguée d\u2019Ecosse, les Munro de Foulis.Son ancétre a dû venir au Canada peu après la conquête, et probablement dans l\u2019armée.Marie Munro, sa fille ou sa petite fille, épousa en 1805 le dernier marquis de Lotbinière, et se trouve ainsi la bisaïeule du doyen actuel de la Faculté, le docteur Louis de Lotbinière Harwood.Pendant bien des années, le docteur Munro fut le médecin de la communauté de l\u2019Hôtel-Dieu.C\u2019est grâce à son influence que les professeurs et élèves de l\u2019Ecole ont été admis aux salles de l\u2019Hôpital en 1350. 600 L'UNION MÉDICALE DU CANADA Le docteur Munro était un excellent chirurgien, mais dans ses premières années de service, le chloroforme n\u2019était pas encore connu.[1 fallait opérer très rapidement pour épargner autant que possible la souffrance au patient, qui était souvent lié à la table.Un des premiers assistants du docteur Munro était feu Sir William Hingston.Celui-ci a toujours parlé avec admiration des connaissances anatomiques du chef, de son dévouement et de l'habileté qu\u2019il déployait dans les circonstances les plus difficiles.Ce dernier des fondateurs de l\u2019Ecole est mort au mois d\u2019avril 1882; il demeurait alors rue Saint-Denis, pres de la rue Emery.Ceux qui l\u2019ont connu mieux que moi me disaient qu\u2019il avait toujours conservé sa foi religieuse, qu'il avait toujours pratiqué sa religion sans ostentation mais avec beaucoup de piété.Le docteur Horace Nelson était le fils du docteur Wolfred de Saint-Denis.En \u201937 il n'avait que 16 ans, et j'ai appris de sa sœur, qui est demeurée bien des années à Montréal, que lorsque les troupes de Wetherall, après la bataille de Saint-Charles, eurent repris Saint- Denis, il avait été arrêté trois fois par des huissiers qui désiraient prouver leur zèle pour la cause des vainqueurs.Sa mère, qui connaissait le colonel Wetherall, obtint sont élargissement, et comme leur demeure avait été incendiée avec celles de quelques autres chefs de la révolte, la famille s'était réfugiée à Montréal.Le docteur Wolfred était anglican; mais Madame Nelson, née de Fleurimont, a élevé ses enfants dans la religion catholique.Le jeune Horace est allé rejoindre son père à Plattsburg après son retour des Bermudes.L'amnistie de 1847 permit au docteur \\Volfred Nelson de revenir se fixer à Montréal; sa maison occupait le site actuel du bureau de La Presse.En 1854, il est devenu maire de la ville et a vécu jusqu'en 1862.Le docteur Horace s\u2019est retiré de l\u2019enseignement en 1847.Il est mort comme son père en 1862, laissant un fils, Wolfred, médecin aussi.Le concours du ler avril 1845 joignit a la corporation le docteur J.G.Bibaud, qui, comme le docteur Munro, est resté membre du Conseil jusqu\u2019à sa mort en 1881.Fils et frère de deux écrivains distingués, le docteur Bibaud avait reçu une large part du talent familial.Il succéda au Dr Nelson comme professeur d\u2019Anatomie et conserva sa chaire jusqu'à sa mort.Sous des circonstances plus favorables, il se serait créé, avec ses dons naturels, une situation enviable dans le monde scientifique. L'UNION MEDICALE DU CANADA 601 Le docteur Sutherland est resté secrétaire de l'Ecole jusqu'à sa démission en 1849.Je me rappelle qu'il demeurait au coin de la rue Dorchester et de l'avenue Union.Il devint en 1850 professeur de Chimie a l'Université McGill; et, plus heureux que ses confrères qui avaient abandonné Ins\u2019ititution qu'ils avaient fondée, il a conservé sa chaire jusqu'en 1367.J'ai souvent entendu dire qu\u2019il possédait à un haut degré le don de la parole et que ses leçons étaient très appréciées.Il avait une forte clientèle parmi les Canadiens-français, et il savait se faire aimer et estimer de tous ses patients, riches ou pauvres.Il est mort de phtisie pulmonaire en 1872.L'Ecole a nommé le même jour le Dr Régnier comme démonstrateur d\u2019Anatomie, position qu\u2019il a conservée jusqu\u2019en 1856.Je trouve dans les procès-verbaux du temps qu\u2019il est souvent question de lui, et son chemin pendant ces onze années n\u2019a pas été parsemé de roses.Comme le fils du meunier, il ne pouvait plaire à tout le monde; mais son chef le Dr Bibaud s'est toujours déclaré satisfait de ses services.Chapitre H Les débuts de l\u2019Ecole de Médecine La charte imposée par la Législature imposait des obligations et des devoirs assez sérieux aux membres de l\u2019École.D'abord, tous étaient personnellement responsables des dettes de l'institution.Par conséquent, un membre qui n'avait rien pouvait échapper à la visite de l'huissier, tandis que son confrère plus fortuné était exposé à recevoir le papier timbré.Puis, l'Ecole devait donner en français et en anglais 120 leçons d'une heure au moins, sur chaque branche de la science médicale, ce qui imposait aux professeurs deux leçons par jour pendant l\u2019année académique: une en français le matin, l\u2019autre en aglais l'après-midi ou vice versa.Il y avait deux salles de cours dans l\u2019édifice scolaire et le procès-verbal les désigne sous les noms de \u201cupstairs\u201d et \u201cdownstairs\u201d.Soit dit sans orgueil, un enseignement bilingue serait encore facile chez nous, mais je doute fort que ce serait possikie chez nos voisins de la rue Université.la charte permettait à l\u2019Ecole d\u2019accorder à ses gradués un certificat, qui donnait droit à la licence pour pratiquer la médecine, qui était émise par le Gouverneur Général. 602 L'UNION MÉDICALE DU CANADA Nous verrons que ce privilège ne dura pas longtemps puisqu\u2019en 1847 l\u2019on fonda le Collège des Médecins et Chirurgiens, et désormais la licence ad praticandam n'était accordée qu'aux porteurs d\u2019un diplôme universitaire.Les petites causes ont souvent de grands effets; et cette clause dans la charte du Collège a paralysé pendant plus de quarante ans les efforts de l'Ecole.Elle l\u2019a mise dans une position toujou:s génante, souvent humiliante, et quelquefois, comme en 1883, dans une situation tellement dangereuse que tout semblait perdu.]]l est vrai qu'après 1867 la délicatesse et la générosité de nos amis de Cobourg ont beaucoup mitigé la situation, mais notre affiliation avec eux, toute inoffensive qu\u2019elle était, et si nécessaire à notre existence, a fourni à nos adversaires une arme formidable, comme nous le verrons plus loin.Enfin, pour revenir à la charte, l'Ecole devait formuler des règlements pour ses membres et ses élèves, et les soumettre à l\u2019approbation du Gouverneur en Conseil.Ces règlements une fois approuvés avaient, pour ainsi dire, force de loi, et toute infraction était punissable d\u2019une amende n\u2019excédant pas 25 shillings (environ $5.00), mais il faut ajouter que cette pénalité n'a jamais été imposée.Nous trouvons ces pouvoirs primitifs dans les chartes de beaucoup d\u2019universités anglaises, et si je ne me trompe il peut être encore exercé à l'Université McGill.Les procès-verbaux de l'Ecole, rédigés en anglais par le docteur Sutherland, offrent beaucoup de choses intéressantes à lire.Ainsi au mois de mai 1845, le Secrétaire est chargé d'acheter un cadeau, dont la valeur ne doit pas dépasser quatre livres ($16.00) et l\u2019offrir à M.Scott, qui a présenté le projet de loi d\u2019incorporation à la Législature.Je crois que ce M.Scott est le même qui, en 1837, avait fait tout en son pouvoir pour dissuader ses concitoyens, à Saint-Eustache, d\u2019opposer une résistance armée aux troupes de Colborne.Je crois même que sa maison a été détruite pendant le combat; mais en tous cas, si c'est le même M.Scott, ce ne serait pas étonnant qu\u2019il aurait été favorable à la requête du Dr Arnoldi et de ses collègues.L'Ecole a prié les Gouverneurs du Montreal General Hospital d'admettre les élèves et les professeurs à deux salles pendant l\u2019année académique, et en même temps le docteur Horace Nelson est chargé d\u2019user de l'influence de son père auprès de Mgr Bourgette (sic) pour a L'UNION MÉDICALE DU CANADA 603 obtenir la même faveur des Religieuses de l'Hôtel-Dieu.Si ces démarches ont réussi, le procès-verbal n'en fait pas mention.Les professeurs de ces jours attachaient une grande importance à la dissection, et outre la salle commune ils avaient deux ou trois petites pièces où ceux qui désiraient disséquer en \u201cpetit comité\u2019 pouvaient parfaire leurs études.| Or, I'Hopital anglais leur envoyait souvent des cadavres, mais l'Ecole se plaignait respectueusement que ces sujets avaient été tellement mutilés, probablement par les autopsies, qu\u2019ils étaient presque inutiles.À ce propos, il est bon de se rappeler que les cimetières n\u2019étaient pas très loin des écoles.Le champ mortuaire des catholiques se trouvant sur le Carré Dominion, et celui des protestants sur le Carré Dufferin, et si les sujets des hôpitaux faisaient défaut l\u2019on organisait une \u201cexpédition\u201d à l\u2019un ou l'autre de ces deux endroits.Il y avait aussi le cimetière militaire sur le chemin Papineau, et j'ai entendu dire que plus d\u2019un guerrier d'Albion, voire même une fois un général authentique, a fait après la mort un voyage qui n\u2019était pas prévu par le Code militaire.Au mois de mars 1846, 11 y a eu une émeute au sujet de l\u2019élection du maire et l'Ecole se plaint que la foule en délire a brisé des vitres, etc, et réclamé une indemnité auprès des autorités civiques.S'ils avaient eu, comme nous au ler mars 1900, des boyaux d'incendie, ils n'auraient pas souffert de dommages.Enfin le gardien de l'Ecole, un Irlandais, recoit une allocation de dix dollars par mois, \u201cen raison, dit le procès-verbal, de l\u2019importance de ses fonctions\u201d.Je me demande ce qu\u2019on lui aurait accordé si ses fonctions n'avaient pas été importantes.l'année académique 1845-46 prit fin le 18 avril, et le proces- verbal rapporte avec un orgueil pardonnable que plusieurs membres du Parlement se sont associés au Conseil pour assister à l'examen des gradués.Deux candidats se présentèrent: M.A.P.Barlow et Charles Brown, citoyens de l'Etat du Vermont.L'épreuve, dit encore le livre des minutes, a duré depuis 4 heures jusqu\u2019à 6 heures 30 p.m,, et tout le mande s\u2019est déclaré très satisfait des réponses des futurs médecins.Ce serait peut-être manquer de charité de soupçonner que l\u2019auditoire avait faim, et pensait qu\u2019il était temps d'aller souper ou dîner.Une semaine plus tard, c\u2019est-à-dire le 25 avril, les membres du Parlement en question et le Conseil se sont réunis de nouveau, avec 604 L'UNION MÉDICALE DU CANADA le même résultat, pour l'examen de MM.Wm.Ellsworth et Brock Carter.Ce fut alors le tour du Secrétaire.Il reçut l\u2019ordre de dresser un certificat en latin, expliquant la nature des épreuves subies, et les raisons de l'octroi du certificat.Je sais qu\u2019à sa place j'aurais été chercher au grenier le dictionnaire Français-Latin de mes jours de collège, et je pense bien que si le Dr Sutherland, en bon presbytérien qu'il était, n\u2019a pas consulté son pasteur, il a dû passer quelques mauvais quarts d'heure sur le document en question.Est-ce la fatigue de cette rédaction, ou n\u2019y avait-il rien d\u2019assez important à consigner dans les minutes, le livre des procès-verbaux est muet du 12 mai 1846 jusqu'au 20 septembre 1840.J'ai dû, par conséquent, pour combler ce vide, avoir, par l\u2019entremise de mon confrère et ami le docteur Albert Laramée, recours aux journaux du temps.Chapitre II] La période de transition En mai 1846, il n'y avait dans le Conseil de l'Ecole que deux Canadiens-français, si encore, l'on peut compter le Dr Munro comme tel.Malgré l\u2019enseignement bilingue, les procès-verbaux \u2018étaient rédigés en anglais, et sous le rapport religieux, Badgeley et Sutherland étaient certainement des protestants, Munro, Nelson et Bibaud, des catholiques; quant au Dr Arnoldi, j'ai lieu de croire que lui aussi était protestant.(1) En tous cas, l\u2019Ecole telle que constituée était certainement une institution mixte, pour me servir de l\u2019expression consacrée.Puis, l\u2019incorporation prochaine du Collège des Médecins, que les professeurs ont dû prévoir, allait enlever toute valeur au certificat que l'Ecole accordait à ses diplômés, de sorte que les membres de la Corporation ont vu qu\u2019il était d\u2019abord nécessaire d'augmenter le corps enseignant, et de s\u2019adjoindre des hommes dont la valeur personnelle s\u2019ajouterait au prestige de I'Institution.Il serait ensuite plus facile d\u2019arriver a une entente avec la seule Université existante du Bas-Canada.(1) Une de ses tantes, la soeur du Dr Daniel Arnoldi, s\u2019est convertie aux Trois-Riviéres, ou elle est morte Ursuline.) L\u2019UNION MÉDICALE DU CANADA 605 Nous voyons donc dans la Minerve du ler septembre 1846 qu\u2019un concours aura lieu le 28 novembre suivant pour les chaires d'Instituts de Médecine, de Médecine Légale, et de Botanique.Le Conseil voyait aussi la nécessité de dédoubler la chaire d\u2019Anatomie et de Physiologie, ce qui n\u2019était que raisonnable.Puis, comme à cette époque il n\u2019y avait pas de médecins légistes il fallait que les gradués de l'Ecole eussent une connaissance assez étendue de la médecine légale, et par conséquent cette chaire a dù être fondée.Enfin, en 1846 la plupart des médecins fournirent eux-mêmes les médicaments à leurs clients; quelques-uns même, surtout dans les campagnes, étaient presque des \u2018\u2018herboristes\u201d et la botanique faisait partie du \u201ccurriculum\u201d ordinaire.C'est précisément ce concours qui a eu un effet prépondérant sur la composition du Conseil, puisque avec l'entrée des Docteurs Pelletier, Boyer et Coderre les Canadiens-français se trouvaient en majorité.L\u2019entente avec l\u2019Université McGill est venue ensuite.Nous n\u2019avons aucun document officiel pour nous mettre au courant des négociations qui ont dû avoir lieu pendant le cours de l'hiver de 1846-47, mais la Minerve du 17 mai 1847 reproduit un article de la Lancette Canadienne au sujet de cette question.La Lancette Canadienne avait été fondée par le Docteur Jean L.Leprohon, et n\u2019a eu qu\u2019une existence éphémère.Nous reproduisons la citation au long : \u201cL\u2019Ecole de médecine de cette ville vient d\u2019être définitivement agrégée à l\u2019Université du College McGill.Ce rapprochement qui vient de s'effectuer entre ces deux institutions qui se partagent l\u2019enseignement médical aura l\u2019effet, nous l\u2019espérons, d'élever de plus en plus le caractère et la dignité de la profession en bannissant à tout jamais les rivalités Nous souhaitons que- cette coalition tourne à bien.\u201d Le même journal annonce la retraite du Docteur Horace Nelson pour des raisons de santé.Comme le Collège des Médecins a été incorporé cette même année, les membres de l'Ecole ont certainement déployé de la prévoyance.Enfin, le 18 octobre 1847, la Minerve publie l'avis suivant du Dr Sutherland : 606 L'UNION MÉDICALE DU CANADA ECOLE DE MEDECINE ET DE CHIRURGIE Les lectures (sic) de cette Ecole incorporée commenceront le ler novembre prochain, et finiront le dernier d'avril.Les lectures a l'avenir ne seront données qu\u2019en français comme suit : L\u2019Anatomie.Par le Dr Bibaud Les accouchements.Dr Arnoldi La pratique de la médecine.Dr Badgely La matiére médicale.Dr Coderre La Chirurgie.cco.Dr Munro L'institut de la Médecine ou Physiologie.Dr Pelletier La médecine légale.-.Dr Boyer La clinique médicale.Dr Badgely La clinique chirurgicale.Dr Arnoldi N.B.-\u2014Les éléves qui auront complété leur cours a cette école pourront avoir le degré de l\u2019Université McGill d\u2019après un arrangement fait entre ces deux institutions en prenant un \u201cannus medicus\u201d (année scolaire) à ce Collège.William Sutherland, M.D.Il est clair par cet avis que le docteur Bibaud a remplacé le docteur Nelson à l'anatomie et que le docteur Coderre est passé de la botanique à la matière médicale.L\u2019entente avec McGill a évidemment ouvert les salles du Montreal General Hospital aux élèves de l'Ecole.La situation n\u2019était pas très satisfaisante, surtout pour les membres canadiens-français de l'Ecole.Pour les Anglais la position était moins difficile.Ils avaient sans doute entamé les négociations avec leurs compatriotes et co-religionnaires, pour sauver leur institution, et ils avaient philosophiquement accepté le marché, comme la meilleure solution de la difficulté.Les choses en sont restées ainsi jusqu\u2019à l'été de 1849.Qu'est-il advenu, nous n\u2019en savons rien; du moins, officiellement, mais MM.Arnoldi, Badgely et Sutherland se sont retirés, car leurs noms manquent au procès-verbal de l\u2019assemblée du 20 septembre.Nous trouvons aussi copie d\u2019une lettre adressée au Gouverneur en Conseil annonçant leur démission.[a cause de leur départ a dû être la décision de la majorité de l'Ecole de faire application à la Législature pour l\u2019autorisation d'émettre un certificat ad praticandam, ou bien pour le droit de conférer le degré de docteur en médecine. L'UNION MÉDICALE DU CANADA 607 Il est facile de comprendre qu'une telle décision menagait l'entente survenue avec McGill, et aux yeux des auteurs de cette entente, c'était risquer l'avenir de l\u2019Institution et peut-être manquer d'égards envers leurs compatriotes.Le docteur Coderre me parlait souvent du projet de loi introduit l\u2019année suivante, et des causes de sa défaite, et 1l s'est écrié une fois lorsque nous avions des difficultés avec des agrégés soutenus par quelques membres de l'Ecole: \u201cQu\u2019ils démissionnent ! nous avons dans le passé perdu trois de nos professeurs dans la même journée, et j'ai dit alors comme je dis maintenant, nous les remplacerons.\u201d II faisait sans doute allusiqn au départ des trois professeurs précités, mais je n'ai pas cru devoir lui demander une explication de ses paroles.En tous cas à cette assemblée du 20 septembre 1849, le docteur Munro est élu président de l\u2019Ecole et le docteur Boyer, secrétaire.Le trois novembre de la même année, par concours, M.le docteur Beaubien remplace le docteur Badgely, le docteur Trestler le docteur Arnoldi, et le docteur Trudel le docteur Sutherland.L\u2019horaire des cours publié vers ce temps se lit ainsi : 84 9 am\u2014Dr Trestler .Obstétrique 9 a 10 am.\u2014Dr Boyer .Médecine légale 10 3 11 am.\u2014Dr Coderre .Matiére médicale 11 4 12 am.\u2014Dr Beaubien .Pathologie interne 2a 3 pm\u2014Dr Bibaud .Anatomie 3a 4 pm\u2014Dr Munro .Chirurgie 44 5 pm\u2014Dr Pelletier.Physiologie 74 8pm\u2014Dr Trudel .Chimie Il est probable que la dissection se faisait le soir de 8 à 10.Cette coutume a continué pendant bien des années, et ne prit fin que lorsque nous étions rue Saint-Denis.l'Ecole ainsi constituée est devenue franchement canadienne- française, et je crois que jusqu\u2019au printemps de 1850 l\u2019entente avec McGill a subsisté.Chapitre IV L\u2019Ecole réorganisée Par le concours du 3 novembre 1849 le nombre des membres de la corporation est porté a huit.L'Ecole à ce moment occupait encore l'immeuble de la rue Saint-Urbain, et ce n\u2019est que plus tard qu\u2019elle fut transportée sur la rue Lagauchetière. 608 L UNION MEDICALE DU CANADA C\u2019était l\u2019habitude, empruntée sans doute aux universités européennes, de permettre à chaque professeur de retirer directement des élèves des émoluments pour son enseignement.Les honoraires d'un cours ordinaire étaient, selon le procès-verbal, de trois livres ($12.00) ; mais sans doute à cause d\u2019un nombre plus considérable de leçons données, le prix de la carte de quelques matières était majoré de cinq chelins ($1.00).Les professeurs étaient, cependant, tenus de remettre les argents reçus au Secrétaire-trésorier, et celui-ci, à la fin de l\u2019année scolaire.après avoir soldé les frais d'administration, déclarait un dividende et le partage se faisait.Si un professeur le désirait, il pouvait admettre un élève à suivre gratuitement son enseignement, mais en revanche il était responsable de sa part des dépenses de l'Ecole, tout comme si l\u2019élève ainsi favorisé, avait payé sa carte en entier.Il y avait aussi un système d\u2019arrérages qui n'est disparu qu\u2019en 1892 environ.Si le professeur A.avait donné des cours, disons en 1878, il pouvait percevoir sa part des arrérages payés par les élèves de cette année, tandis que le professeur B.qui était élu en 1880, ne retirait rien.Comme le nombre total des élèves de l'Ecole 1845 et 1850 n\u2019a guère dépassé 48 ou 50, il est facile de concevoir que les appointements des professeurs étaient fort modestes; il fallait vivre de sa clientèle.Au commencement de ce travail, J'ai essayé de recueillir tout ce que j'ai pu trouver sur la personnalité des fondateurs; quelques détails maintenant sur leurs successeurs.M.le docteur Beaubien fit ses études à Paris.Issu d\u2019une famille canadienne distinguée, doué d\u2019une fortune personnelle, il jouissait de l'estime et de la confiance de ses concitoyens, et ses collègues lui ont confié la chaire la plus importante de l\u2019École: la Pathologie médicale, ou comme on le disait dans le temps, la \u201cPratique de la Médecine\u201d.Formé à l'école des grands Maîtres de son temps, son enseignement a dû être très précieux pour ses élèves, et je me rappelle d\u2019en avoir entendu parler avec beaucoup d\u2019éloges par des vieux médecins que j'ai connus dans ma jeunesse.Le docteur Beaubien succéda au Dr Daniel Arnoldi comme médecin des Prisons de Montréal, en 1849.Il a conservé cette charge jusqu'aux dernières années de sa vie.Il est mort en 1882.(2) L'UNION MÉDICALE DU CANADA 609 Le docteur Hector Pelletier est né à Montréal en 1822, fils d\u2019un avocat célèbre, M.Toussaint Pelletier.Sa mère, née Hérigault, était la fille et la petite-fille de médecins.A l\u2019âge de 16 ans, le jeune Pelletier traversa en Europe avec M.Bossange, et alla faire son cours de philosophie au Collège Henri IV, où il eut pour condisciples deux fils de Louis-Philippe: le Prince de Joinville et le Duc d\u2019Aumale.I1 fit une partie de ses études médicales a Paris, et passa ensuite à Edimbourg où, après deux ans, il reçut son diplôme de docteur.Nommé professeur de physiologie en 1847, il est devenu plus tard secrétaire de l'Ecole et il conserva ces deux positions jusqu\u2019à sa mort au mois de janvier 1878.A ce moment, l'Ecole venait de conclure une entente avec le Recteur de l\u2019Université Laval, et le docteur Pelletier avait reçu du Conseil Universitaire sa nomination comme professeur de Physiologie.Il ne vit pas, par conséquent, les difficultés qui allaient bientôt surgir.Nous lisons dans le Bulletin Nécrologique publié par la Minerve le lendemain de sa mort l\u2019éloge suivant: \u201cUn médecin distingué, professeur éloquent, citoyen honorable, homme de cœur et d\u2019esprit, M.le docteur Pelletier avait toutes les qualités qui élèvent l\u2019homme dans la société, et le rendent cher à sa famille et à ses amis.\u201d Le docteur Pelletier a eu, en terminant une leçon qu'il avait donnée avec son brio ordinaire, une hémorrhagie cérébrale.Transporté chez lui il reprit connaissance, et bientôt il fut entouré par ses collègues qui lui prodiguèrent leurs soins.Il semblait heureux de les voir, et conserva sa bonne humeur ordinaire.Le docteur Coderre, qui était présent, m'a raconté que quelqu\u2019un ayant demandé \u201cs\u2019il voulait de la bière\u201d, il répondit: \u201cPourvu que vous ne me mettiez pas dedans.\u201d Le docteur d\u2019Orsonnens, dans l\u2019Union Médicale, rapporte que le docteur Pelletier reçut, avant de tomber dans le coma, la visite du prêtre, qu\u2019il se confessa et fut administré en pleine connaissance.(2) Le docteur Laramée a trouvé dans \u201cL\u2019Abeille Médicale\u201d de janvier-février 18S1 que le docteur Pierre Beaubien est né à la Baie du Febvre en 1796.Il fit ses études classiques à Nicolet, et passa en France, où il reçut, le 27 mai 1819, le diplôme de Bachelier és-Lettres.Il avait commencé l\u2019étude de la médecine en 1817, et obtint le diplôme de docteur le 16 août 1822.Ainsi, le docteur Beaubien s\u2019est trouvé à Paris peu après la bataille de Waterloo (1815), les troupes Alliées étaient encore sur le sol français, Louis XVIII était aux Tuileries, le Baron Lavrey faisait encore de la chirurgie, et beaucoup de témoins de la Terreur ont dû lui raconter des incidents maintenant oubliés.Quel malheur qu\u2019il n\u2019ait pas, dans sa vieillesse, écrit ses mémoires ! 610 L'UNION MÉDICALE DU CANADA Presque tous les médecins de la ville, et un grand nombre de citoyens étaient réunis pour rendre les derniers honneurs au défunt.La Faculté de Médecine de l\u2019Université McGill avait suspendu ses cours, et invité ses élèves à suivre le cortège.Parmi les assistants se trouvait le Dr McDonald, forcé par ses infirmités à rester dans son traîneau.Or, comme nous contournions le carré Victoria, un cheval emballé renversa la voiture.du vieux médecin qui est mort deux jours apres des suites des blessures qu\u2019il avait reçues.Le docteur Coderre, avec qui j'ai eu des rapports presque journaliers pendant plusieurs années, était certainement la figure la plus intéressante des membres de l'Ecole de son temps.Il était de petite taille, toujours vêtu de noir, comme du reste la plupart des médecins de ces temps, très courtois dans son langage, adoré par sa famille, et respecté par tous ceux qui le connaissaient.Il était extrêmement franc: il ne cachait jamais sa pensée, et il avait une volonté, comme on le disait, \u201cde fer\u201d.Il avait beaucoup étudié, et il avait une grande admiration pour les Maîtres de l\u2019Ecole française, mais comme beaucoup de vieux médecins, il n\u2019aimait pas les nouveautés en thérapeutique.Jusqu\u2019a la fin de sa vie, le docteur Coderre était très opposé au vaccin.ll discutait la question avec son urbanité ordinaire, mais il était inébranlable dans ses convictions.Ne à Saint-Denis en 1815, il est venu à Montréal dans sa jeunesse, et comme il fallait vivre, il s\u2019est engagé comme commis dans un magasin de la rue Saint-Paul.Il n'avait néanmoins aucun goût pour le commerce, et voulant à tout prix devenir médecin, il s\u2019est préparé pour l'admission - à l\u2019étude en sacrifiant nuit après nuit, le repos dont pourtant il avait besoin après les fatigues de la journée.À l'automne de 1838, la révolte contre les autorités s\u2019est produite surtout dans les comtés de Beauharnois, de Châteauguay et de Laprairie.La ville de Montréal était comparativement tranquille, mais un nommé Comeau, employé comme agent sècret, ou détective, par les autorités, poursuivait sans merci tous ceux qu'il croyait sympathiques à la cause des \u2018\u201cPatriotes\u201d\u2019.Je me rappelle, par exemple, qu\u2019une vieille femme me racontait qu\u2019elle avait vu Comeau entrer dans l\u2019église Notre-Dame, pendant les Vêpres, pour arrêter le jeune Charles Leblanc, plus tard le L'UNION MÉDICALE DU CANADA 611 shérif de Montréal.Elle ajoutait: \u201cIl aurait bien pu attendre que le monde sorte de l\u2019église.\u201d : Comme la plupart des jeunes gens de son temps, le docteur Coderre était un patriote ardent.Avec sa franchise ordinaire, il ne dissimulait pas ses opinions.Il ne parait pas avoir pris part aux événements de 1837, mais c'est en 1838 que lui est arrivée l\u2019aventure que nous allons raconter.Comeau avait des espions partout, et l\u2019on a dû lui rapporter les propos du jeune Coderre, puisque le 6 novembre 1838, à 6 hrs a.m., il pénétra dans sa chambre et lui donna ordre de le suivre.\u201c\u2018Permettez-moi de déjeuner d\u2019abord\u201d, répondit le captif.Comeau consentit et, si je me rappelle bien, se mit à table avec son prisonnier.En parlant de cet incident, le docteur Coderre disait toujours que c\u2019était heureux qu'il eût déjeuné, puisque après le repas il fut conduit au Corps de Garde (situé dans le temps entre le Palais de Justice et l'Hôtel de Ville) et y resta jusqu\u2019au soir sans que l\u2019on ait songé à lui donner à manger.- À ce propos je pourrais ajouter que les hôtes de Sa Majesté en \u201937-38 n\u2019étaient ni au Ritz ni au Windsor, car le régime alimentaire, selon M.Borthwich, était d\u2019une livre de pain et d\u2019un gallon d\u2019eau par jour.; Or, le soir, escorté de la garde, le jeune Coderre, avec dix autres citoyens de Montréal et cinq cultivateurs de Saint-Athanase,.fut conduit à la nouvelle prison du Pied du Courant.Le dimanche précédent, le 4 novembre, l\u2019on écroua 120 prisonniers, presque tous des comtés de Laprairie et de Beauharnois, et parmi eux Cardinal et Duquette, exécutés le mois suivant.Pendant son séjour à la prison, le docteur Coderre m\u2019a dit qu\u2019il avait serré la main du malheureux Charles Hindelang, dont le nom paraît sur les régistres le 13 novembre.L'on sait que Hindelang monta sur l\u2019échafaud le 15 février 1830.Cependant, le nombre toujours croissant des accusés et la\u2019 difficulté de les loger engagea le Gouvernement d'amener le plus tôt possible les moins compromis devant les tribunaux, et le docteur Coderre réclama une comparution immédiate.Sa conduite en cette occasion dépeint bien son caractère énergique.Un des magistrats était M.Leclaire, le père de feu le docteur Georges Leclaire, secrétaire du Conseil d'Agriculture.S\u2019adressant au prisonnier, il lui dit en français: \u201cDe quoi êtes-vous accusé?\u201d 612 L'UNION MÉDICALE DU CANADA \u2014 \u201cCe n\u2019est pas à moi, mais à vous, Messieurs, de me dire de quoi je suis accusé.Je n'en sais rien.\u201d Cette fière réponse embarrassa fort le tribunal.L'on s'attendait à des protestations d\u2019innocence et de loyauté envers la Couronne.Les juges haussèrent les épaules, et restèrent muets pendant quelques instants.Comme le prisonnier, \u2018ils n\u2019en savaient rien\u201d.\u201cRetirez-vous\u201d, lui dirent-ils enfin, \u201cnous allons examiner votre cas.\u201d L'examen n\u2019a pas dû donner de grands résultats, car le mème soir Coderre fut mis en liberté.J'ai lu dernièrement, dans un journal de Montréal, que le docteur Coderre échangea son certificat d\u2019élargissement avec un prisonnier plus compromis.Cela se peut, mais je ne puis que dire que mon vénérable ami ne m'en a jamais parlé, quoique plus d\u2019une fois il me fit le récit des faits tels que je les ai rapportés.Je ne crois pas non plus que le docteur soit allé aux Etats-Unis.Il ne savait pas l\u2019anglais, et s\u2019il avait fait un séjour de quelques années, comme on l\u2019a dit, dans la République voisine, il aurait forcément appris la langue du pays.le docteur Coderre reçut du Gouverneur Général sa licence en 1844, et en 1846 devint membre de la corporation de l'Ecole.Je crois qu'il a été admis comme professeur de botanique, mais en tout cas, comme le docteur Bibaud est devenu professeur d'anatomie, le docteur Coderre est passé à la chaire de Matière Médicale qu'il conserva jusqu\u2019à ses dernières années.- Il fut le Secrétaire de l'Ecole, la première fois, du 4 juillet 1859 jusqu\u2019au ler juillet 1861, et de 1880 jusqu'au mois de panvier 1884.Le docteur Boyer, le Secrétaire de la Faculté, enseigna d'abord la Médecine légale, et lorsque les salles de l\u2019Hôtel-Dieu furent ouvertes, en 1850, aux professeurs et élèves de l'Ecole, il fut chargé de la Clinique médicale.Il s\u2019est retiré vers 1854 et-il est mort en 1874.Les procès-verbaux, rédigés sur des pages non réglées, sont en général très courts et laissent voir au lecteur que le rédacteur supposait les faits trop connus pour que ce fût nécessaire de les consigner dans les minutes.I1 parle ainsi d\u2019une lettre de la plus haute importance adressée à l'Ecole par le Président de l'Université McGill, sans faire la moindre allusion à sa teneur; et par conséquent l'historien futur est forcé de conjecturerle contenu, mais ne peut rien dire de certain: L'UNION MÉDICALE DU CANADA 613 .Le docteur Trestler, à peine nommé, part pour un voyage à Toronto, laissant ses élèves sans enseignement, et à sôn retour n\u2019a pas l'air de vouloir reprendre sa chaire.Quelques lettres sont échangées, et M.d'Orsonnens est chargé du cours d\u2019Obstétrique jusqu\u2019à.la fin de l\u2019année scolaire.Le docteur E.H.Trudel est resté membre de l\u2019Ecole jusqu\u2019à sa, mort en 1883.Comme Président de la Faculté il supporta les premiers coups de la lutte avec Laval.Le 11 mai 1850, le concours fit entrer le docteur d\u2019Orsonnens au Conseil.Le docteur Trudel passa à la chaire d\u2019 Obstétrique, et le nouvel élu le remplaça au Cours de Chimie.Le docteur d\u2019Orsonnens est le dernier des fondateurs de l'Ecole réorganisée et il en est resté membre jusqu\u2019à sa mort en 1892.I! succéda au docteur Pelletier comme Secrétaire en 1878; il a été choisi comme Président en 1880, en remplacement du docteur Trudel.Issu d'une famille noble du canton de.Fribourg, en Suisse, son père est venu au Canada vers 1812 dans le régiment des Meurons où il avait le grade de capitaine.Les Fribourgeois sont restés catholiques au milieu des cantons voisins qui ont embrassé le calvinisme, et dans sa jeunesse le docteur d'Orsonnens a songé à se faire prêtre.Il a porté pendant quelque temps la soutane.Devenu médecin, il avait une grande clientèle, mais principalement parmi les pauvres, et il excellait surtout comme accoucheur.Comme professeur de Chimie, il avait une connaissance théorique de la science telle qu\u2019elle était dans son temps, mais au point de vue pratique, surtout devant ses élèves, ses expériences se terminaient souvent par des explosions.Il s\u2019excusait toujours avec: \u201cMais, pourtant, cela ne devait pas arriver.\u201d Gentilhomme de vieille école, il était toujours digne et courtois, même au milieu des situations les plus difficiles.Je me rappelle certaines séances du Conseil où il avait affaire à un collègue parfois Intraitable, et à d\u2019autres qui opposaient ses propositions avec trop d'ardeur, mais il ne se démentait jamais, et répondait toujours avec politesse et modération.Lors de la rupture avec Laval, il fit un voyage à Rome pour réclamer justice auprès des autorités, et les mémoires qu\u2019il a adressés aux Cardinaux sont des modèles de clarté et d'élégance de style.Il ne réussit pas, mais il créa une impression si favorable, néanmoins, qu'il est revenu chevalier de Saint-Grégoire. 614 L'UNION MÉDICALE DU CANADA Comme Président il a conduit notre Institution à travers la tourmente de 1883.Je me rappelle encore de sa fermeté, de la dignité et du courage qu\u2019il savait inspirer à ses collègues parfois démoralisés, et il eut la joie de recevoir le fameux cablogramme du Cardinal Simeoni qui sauva l'Ecole: Je termine ici ce long chapitre où j'ai fait mon possible pour faire revivre les personnalités de ce groupe de fondateurs de l\u2019Ecole réorganisée.Ceux qui les ont connus comme moi ne sont pas nombreux, bientôt il n\u2019y en aura plus, et c\u2019est pour cette raison que je me suis efforcé de les faire connaître à leurs successeurs.Chapitre V L'Hôtel-Dieu \u2014 Le Collège des Médecins.+= Le départ des profess&urs de langue anglaise avait laissé l\u2019Ecole sans hôpital: elle pensa tout naturellement ar Hotel- Dieu pour l'instruction clinique de ses élèves.En ce temps-là, cette institution se trouvait rue Saint-Paul, près de la rue Saint-Sulpice.| Pour une raison ou pour une autre, la Communauté n\u2019était pas disposée à admettre les étudiants dans les salles.* Un médecin visiteur qui ayait amené avec lui quelques \u201cclercs\u201d s'est vu immédiatement remercié de ses services.Le docteur Munro, médecin de la maison, connaissant bien les dispositions de ses clientes, s'opposa à la première tentative de ses collègues pour obtenir l'admission des élèves.| 1 | Néanmoins, l\u2019Ecole nomma au mois de décembre 1849 un comité, composé des Docteurs Boyer et Pelletier, chargé de voir Madame la.Supérieure et de présenter la requête du Conseil.Ils firent rapport le 19 janvier 1850 que la Communauté avait référé la question au docteur Munro.La conduite de ce dernier montre bien ses admirables qualités de cœur et d\u2019esprit.Au lieu de dire: \u201cVous avez \u2018voulu marcher sans moi et contre mon avis, arrangez-vous, maintenant\u201d, il s\u2019est au contraire chargé de la mission où ses collègues avaient échoué.Il plaida si bien la cause de l'Ecole qu\u2019au mois d'octobre suivant il annonça que la Communauté lui permettrait, à lui et à un membre de la Faculté, de faire le service accompagné des élèves.Le docteur Boyer lui fut donc adjoint comme professeur de clinique médicale.Un mois plus tard, toujours grâce au docteur A 5h de h og a Pour | \u201coh Que « re L'UNION MÉDICALE DU CANADA 615 Munro; une lettre de la Révérende Mère de Lahaie informa l\u2019Ecole que tous ses membres seraient admis à faire le service à tour de rôle.Cette.permission ne fut d\u2019abord.accordée que pour une année à titre d\u2019essai, l\u2019Ecole se chargeant par convention \u2018écrite du service des malades pauvres., CL Cette.entente subsiste.encore avec certaines modifications nécessaires, mais je suis heureux de déclarer que l'Hôtel-Dieu est toujours restée l\u2019amie fidèle de notre Faculté, et qu\u2019elle l\u2019a bien démontré pendant les jours sombres de 1383.D'un autre côté les membres.de I Ecole, ou leurs représentants, ont exécuté fidèlement les engagements pris en 1850 par leurs devanciers.Je me souviens que le docteur Coderre me disait que pendant le choléra de 1852, il fit avec ses collègues, non seulement le service régulier, mais la visite des salles vers minuit, pour traiter les malades reçus au cours de la soirée.Il ajoutait que parfois le jour paraissait avant leur retour au domicile.Montréal, en 1852, ne devait guère compter qu\u2019une cinquantaine de mille habitants, mais le docteur d\u2019Orsonnens m\u2019assurait qu'il était entré, pendant cette épidémie, un jour, en 57 maisons; et comme les cas de choléra étaient rarement isolés, il traitait ainsi au moins trois fois ce nombre de malades.Nous, qui avons passé par l'influenza de 1918, nous savons ce que c'est qu'une épidémie, mais le choléra était autrement dangereux et redoutable.Pendant que docteur Munro employait tout son crédit pour obtenir l'entrée des élèves de la Faculté à l\u2019Hépital, ses collègues de l\u2019Ecole avaient entrepris une tâche encore plus difficile: l\u2019amendement de la charte afin de permettre aux gradués de recevoir sans examen la licence provinciale.I] faut d\u2019abord se rappeler qu\u2019avant le mois de juillet 1847, date de l'incorporation du Collège des Médecins et Chirurgiens, une \u201cOrdonnance du Conseil Législatif de la Province de Québec\u201d, adoptée dans la 28ème année de feu Sa Majesté le roi Georges III (1788), défendait à qui que ce soit de pratiquer la médecine et la chirurgie dans la Province de Québec, ou la profession d\u2019accoucheur dans les villes de Québec ou de Montréal, sans une permission.Un autre acte passé peu après l\u2019union des Provinces autorisait 616 L'UNION MÉDICALE DU CANADA les licenciés de l\u2019une ou l\u2019autre des Provinces à exercer partout dans ce que l\u2019on appelait alors la Province du Canada.| L'incorporation de l\u2019Ecole, en 1845, donnait droit à ses gradués de réclamer la permission dont il est question dans l\u2019ordonnance précitée.oo , Cette permission accordée par le Gouverneur Général était un document imposant.Après avoir décliné les titres et les attributions du représentant de Sa Majesté, permission était accordée au récipiendaire de pratiquer, etc, etc, selon l'ordonnance de la 28ème année de Sa Majesté Georges 111.\u201cPuis, comme son Excellence n\u2019avait pas la science infuse, malgré ses autres grandes qualités, elle se faisait représenter sur un jury d'examen par des médecins nommés à cette fin.Ainsi, j'ai trouvé que le docteur Hector Pelletier a passé devant ce bureau d\u2019examinateur, en 1846, et que sur \u2018présentation d\u2019un diplôme de l'Université d\u2019Edinburgh, il \u2018est recommandé pour la permission en question.| Le rapport est signé par Andrew F.Robertson et C.Sewell, probablement comme président et secrétaire du dit bureau.Un peu plus tard, Son Excellence lord Cathcart de Cathcart, Gouverneur général, confirmait le verdict des examinateurs, et permettait au dit Hector Pelletier d'exercer la médecine, la chirurgie et de faire des accouchements.J'ai trouvé dans nos archives un pamphlet jauni par l'âge qui renferme le texte de l'acte d'Incorporation du Collège des Médecins et les règlements de ce corps politique et incorporé, approuvés par le Très Honorable Jacques, Comte d\u2019'Flgin et de Kincardine.L'ordonnance de 1788 est abrogée et l'acte étendant la permission de pratiquer aux licenciés des déux Provinces maintenu.Environ 175 médecins, dont 75 de langue anglaise, sont membres du Collège, et environ cinquante parmi eux sont indiqués comme docteurs en médecine ou licenciés du Collège Royal de Londres.Or, parmi les clauses de cet acte, il y en a trois qui ont affecté d\u2019une manière très prononcée la position de l'Ecole.\u2018Ainsi par l\u2019article V il est statué que le dit Bureau des Gouverneurs (au nombre de 36) est par les présentes constitué en un Bureau Provincial de Médecine.pour faire subir un examen aux candidats.L'article VI prescrit que personne ne pourra recevoir une licence pour pratiquer la médecine ou la chirurgie, ou l\u2019art obstétrical dans Lo Ra L'UNION MÉDICALE DU CANADA 617 le Bas-Canada, avant d'avoir obtenu un certificat de qualification du dit Bureau Provincial de Médecine, et les Gouverneurs, etc.L'article VII, enfin, exempte de l'examen précité les porteurs d\u2019un diplôme en médecine de toute Université ou Collège dans les domaines de Sa Majesté.À cette époque, il n\u2019y avait dans notre Province qu \u2018une seule Université: McGill, et ces articles que je viens de citer expliquent pourquoi l'Ecole a dû accepter l'entente dont il a été question.Plus tard, la majorité du Conseil trouvant la position humiliante et ruineuse pour une institution qui représentait les cinq-dixièmes de la population a décidé de s'adresser à la Législature, et nous allons, avec le peu de documents à notre disposition, essayer de suivre les.phases de cette lutte.Chapitre VI L'Ecole devant la Législature.En 1850, le Parlement de la Province du Canada (comme on le disait alors) siégeait à Toronto.La requête de l'Ecole pour des amendements à sa Charte a été confiée au Dr Pierre Davignon, député de Rouville.Je crois que ce Pierre Davignon était le frère de Joseph Davignon, fait prisonnier à Saint-Jean par ordre des autorités, mis en liberté par Bonaventure Viger et ses amis sur le chemin de Chambly, entre Saint-Hubert et Longueuil.J'ai souvent interrogé dans ma jeunesse des \u2018\u201c\u2018anciens\u201d qui vivaient à cette époque.L'on m'a assuré que l'incident a eu lieu là où la route traverse une petite savane.S'il en est ainsi la position était bien choisie, car les aulnes et autres arbrisseaux, toujours abondants dans un terrain humide, auraient caché, jusqu\u2019au moment opportun, le groupe des patriotes attendant le passage des voitures et de leur escorte.En tout cas, M.Davignon présenta le projet de loi, mais le texte, malgré les recherches du Dr Laramée, est resté introuvable.Les journaux du temps mentionnent bien la présentation de la pétition, mais n\u2019entrent pas\u2019 dans les détails.D\u2019après le procès-verbal du 13 juin 1850, le docteur Pelletier est choisi comme délégué pour représenter l\u2019Ecole devant le comité des Bills Privés, et l\u2019assemblée lui accorda 10 livres ($40.00) pour ses frais de déplacement.Soit dit en passant qu\u2019à cette époque, tous 618 L'UNION MÉDICALE DU CANADA les montants mentionnés dans les procès-verbaux sont exprimés en livres et schellings, avec l'addition des mots \u201ccours ordinaire\u201d.Le 17 juin, M.Beaubien est prié d'aller prêter main-forte à M.Pelletier, et les membres de l'Ecole se cotisent d\u2019une livre chacun à cette fin.La caisse a dû être vidée par l\u2019allocation faite au premier délégué.Je trouve ensuite à la date du 3 août la résolution suivante, adoptée par le Conseil de la Faculté: \u2018Que l\u2019École apprenait avec \u201cune grande surprise et un extrême mécontentement que le Bill \u201cqu'elle a présenté à la Chambre a été retiré à la 3ème lecture, prie en conséquence le Dr Davignon de lui exposer les raisons qui l\u2019ont \u2018engagé à agir ainsi sans son consentement.\u201d Plus loin nous voyons que MM.Pelletier et d'Orsonnens sont nommés \u2018\u2018pour voir le Dr Davignon et savoir de lui les raisons qui l'ont engagé à laisser tomber le Bill, et pourquoi il n\u2019a pas répondu à la lettre qui lui a été adressée par le Secrétaire.\u201d Si le comité a fait rapport, il n'en est pas question dans le procès-verbal.Il est aussi résolu de demander au Président de l'Université McGill si l'entente de 18+7 subsiste toujours.La réponse de ce dernier est présentée à l\u2019assemblée du 7 septembre 1850; elle a dû être négative, car l'Ecole a adopté une série de résolutions justifiant sa requête à la Législature.Ces résolutions se terminent ainsi : \u201cque l'Ecole de Médecine en acceptant la décision du Collège \u201cMcGill comme une violation de ses engagements le rend seul \u2018responsable des conséquences qui pourront en résulter pour lui.\u201d La composition du Bureau des Gouverneurs du Collège n'était pas rassurante pour les gradués de l'Ecole qui devaient se présenter à l'examen de licence.[a députation montréalaise de 1850 était entièrement de langue anglaise et comptait parmi ses membres Arnoldi et Sutherland, ex- professeurs de l\u2019Ecole et trois professeurs de McGill.Même, sur les 36 gouverneurs, il n'y avait que 15 Canadiens-français.On peut se demander ce que faisaient nos compatriotes lors des élections.l'échec du Bill à Toronto n'a pas découragé l'Ecole, puisque.le 12 octobre 1850, un comité est nommé pour rédiger une nouvelle pétition à la législature.Le 15 mars 1851, le Secrétaire est chargé de publier dans.la \u201cGazette officielle\u201d un avis à cet effet, mais deux ans et demi s\u2019écoulent avant que l\u2019on ne songe à donner suite au projet.Il est L'UNION MÉDICALE DU CANADA 619 probable que le grand feu de 1851 et le choléra de l'année suivante ont donné d\u2019autres préoccupations aux membres du Conseil, car la question ne reparaît au procès-verbal que le 14 novembre 1853.La nature des amendements proposés est clairement indiquée; il s'agit d'obtenir le droit d'émettre un certificat ad praticandam.Le docteur Valois, député de Jacques-Cartier, s\u2019est chargé de présenter la requête de l'Ecole.Comme il était un ami fidèle de notre Faculté, l\u2019on me saura gré, peut-être, d'en dire quelques mots.Pendant bien des années l'on voyait, sur le chemin qui longe les bords du lac Saint-Louis, une antique maison, longue et basse, où il a passé pratiquement toute sa vie.En 1903, il n'en restait qu'une aile, habitée alors par un de ses fils qui m'a montré des armoires portant encore la trace des baïonnettes dont on s\u2019était servi pour les forcer en 1837 ou en 1838.M.Valois m'a dit que son père ayant été dénoncé comme patriote, une escouade de soldats avait été envoyée, probablement de Lachine, pour le saisir.Le docteur a dû les voir comme ils contournaient la haie du côté de Strathmore, car il n\u2019a eu que le temps de seller son cheval et de prendre la fuite du côté de Sainte-Geneviève, en passant à travers champs.Les soldats l\u2019ont vu disparaître dans les bois qui, à cette époque, couronnaient la hauteur des terres, et se sont vengés en saccageant sa demeure sous prétexte de rechercher d\u2019autres patriotes qui auraient pu y être cachés.Des amis fidèles cachèrent le docteur jusqu\u2019à ce que la glace fat assez forte pour lui permettre de traverser le lac Saint-Louis et de prendre le chemin de la frontière.L'Ecole rencontra une opposition formidable et peut-être inattendue à Québec.D'abord l'honorable John Young présenta une contre-pétition signée par le Dr Holmes et 26 praticiens de Montréal.Ce document a dû avoir une influence funeste sur la députation du Haut-Canada.Cependant, en combattant le projet de loi, les contre-pétition- naires ont su, avec beaucoup d\u2019adresse, entraîner de leur côté les autorités de l\u2019Université Laval, récemment fondée, en affirmant que cette institution pouvait amplement suffire aux besoins des Canadiens- français, et malgré les efforts du docteur Valois et M.A.A.Dorion (plus tard juge-en-chef), la Chambre a renvoyé la pétition. \u2018620 L'UNION MÉDICALE DU CANADA Pourtant l\u2019Ecole avait des professeurs qui méritaient sous tous les rapports la confiance et la sympathie du public.| Beaubien, docteur en médecine de Paris: Pelletier, gradué brillant d\u2019Edimbourg; Munro, un chirurgien distingué; Trudel, qui avait par son habileté conquis l\u2019estime des Anglais aussi bien que de ses compatriotes; Bibaud, anatomiste de premier ordre; Coderre, l\u2019homme studieux par excellence.Sans parler des autres.Naturellement, ces hommes n\u2019avaient pas les connaissances que nous possédons aujourd\u2019hui: l\u2019antisepsie était encore inconnue, la bactériologie attendait Pasteur, les microscopes servaient à peine à faire voir les globules sanguins, mais je le répète, avec les moyens à leur disposition, leur dévouement à la cause de l'éducation médicale méritait mieux de la Législature et de leurs confrères de langue anglaise.I] fallait donc continuer à tolérer le même système.Chaque année leurs gradués devaient se présenter devant le Bureau des Examinateurs du Collège, tandis que les élèves du McGill n'avaient qu\u2019à présenter leur diplôme, pour recevoir la licence.Chapitre VII L\u2019Ecole sur la rue Lagauchetière.Nous apprenons par le procès-verbal du 6 mai 1856 que l'Ecole s\u2019est transportée dans la maison d\u2019un M.Nixon, sur la rue Lagau- chetière.Le loyer annuel était de 40 louis, soit $160.00, plus les cotisations.L'immeuble en question se trouvait au fond d\u2019un terrain assez vaste, qui avait dû être, dans le passé, un jardin.Les fleurs en étaient absentes, mais il y restait de grands peupliers, ou cotonniers.L'entrée du côté de la rue avait une grille assez imposante; au milieu du terrain, il y avait une fontaine.La maison elle-même, d\u2019un étage et demi, était longue et basse; elle ressemblait à ces anciens manoirs canadiens que nous trouvons encore ici et là dans la province de Québec.La salle des cours devait se trouver au rez-de-chaussée, la salle de dissection sous le toit.Il a été question de faire construire un escalier extérieur pour atteindre le département d\u2019anatomie pratique; après une discussion assez longue, le projet a été abandonné.Les années passées dans cet immeuble ont été des plus fructueuses pour le progrès de la Faculté. 21 L'UNION MÉDICALE DU CANADA 6 Il y a eu, d'abord, une entente définitive avec l\u2019Hôtel-Dieu, la Communauté ayant offert le service en permanénce aux membres de l'Ecole.Plusieurs d'entre eux ont accepté par écrit cette offre.Puis, grâce à Mgr Bourget, toujours un ami fidèle et dévoué, le service et la direction médicale des Dispensdires de la Providence et des Sœurs Grises ont été confiés à l\u2019Ecole, et nous trouvons dans le livre des procès-verbaux une série de règlements adoptés à cette fin.Restait toujours la question des diplômes, question d\u2019une importance vitale.Le Conseil n'a jamais cessé de faire des démarches pour mettre fin à cette situation désavantageuse.Comme il n'y avait rien à espérer de la Législature, il fallait trouver, si la chose était possible, une affiliation universitaire, et nous voyons qu'au mois de novembre 1860 le docteur Pelletier fut chargé d\u2019écrire en ce-sens à l\u2019Université de Toronto, mais sans résultat.Puis au mois d\u2019août 1862, avec l\u2019approbation de Mgr Bourget, il a été résolu de présenter une demande d\u2019affiliation à l\u2019Université Laval.Les docteurs Beaubien et Bibaud ont été, en conséquence, délégués à Québec et, dans une entrevue avec le Recteur, ils exposèrent la requête de l'Ecole.\u201cCelui-ci\u201d, dit le procès-verbal, \u201cne leur a pas donné grande espérance, mais il est convenu, pour faire suite à la conversation, que M.Bibaud rédigerait par écrit la demande de l'Ecole, et le Recteur a promis de la soumettre au Conseil universitaire, à son assemblée du 2 septembre suivant\u201d.Or, le 6 octobre, M.Bibaud informe ses collègues qu\u2019il a reçu une visite du Recteur qui était de passage à Montréal, accompagné de M.Méthot.Le Recteur a déclaré que le Conseil ne pouvait pas iecevoir une demande d'affiliation.\u2018 Deux ans plus tard, l'Ecole s\u2019est adressée aux Evêques réunis à Saint-Hyacinthe pour les prier de bien vouloir user de leur influence auprès de Laval, pour obtenir une affiliation pour l'Ecole, mais cette démarche, inspirée par Mgr Bourget, qui était alors à Rome, a échoué complètement.Le 26 aout 1866, le Révérend Père Antoine, Provincial des Oblats, adresse une lettre au docteur Trudel, le président de l\u2019Ecole, où il a dû être question d\u2019une affiliation possible, puisque le Conseil a expédié aux autorités de la nouvelle Université d'Ottawa un mémoire en ce sens.la réponse, dit le docteur Pelletier au procès- verbal, \u201ccouchée dans des termes fort polis, n\u2019a pas semblé donner à l\u2019École l'assurance d\u2019un succès bien prochain\u201d. 622 L'UNION MÉDICALE DU CANADA Je ne sais pas si le secrétaire aimait à faire des surprises à ses collègues, mais après avoir donné communication de la lettre d'Ottawa, il leur présenta une communication de l'Université de Cobourg priant l\u2019Ecole d'envoyer deux délégués à la réunion du Sénat \u201cde la sus-dite Université le 7 courant, à Toronto, en réponse \u2018à une certaine demande d'affiliation\u201d.I] est clair par la rédaction du docteur Pelletier que ni l'Ecole, ni aucun de ses membres ne s'était adressé à Victoria, mais une conversation que j'ai eue, il y a bien des années, avec feu le docteur Angus MacDonnell, m'a expliqué la provenance d'une offre si inattendue.Il y avait parmi les élèves de l\u2019Ecole un M.Thomas Bulmer, alors dans sa troisième année d\u2019études médicales.Ayant entendu dire que la Faculté désirait beaucoup une affiliation universitaire, il a déclaré que la chose pouvait se faire très facilement.Je crois qu\u2019il en a parlé d'abord au docteur MacDonnell, mais celui-ci pensa qu\u2019il voulait plaisanter.Bulmer, au contraire, était sérieux; il avait environ trente ans, était protestant, et probablement méthodiste.En tout cas, c\u2019est lui qui a présenté une demande d'affiliation à Cobourg.Je n\u2019ai jamais pu savoir si l\u2019Ecole a eu connaissance de ses démarches, car il n\u2019en est pas fait mention dans le procès-verbal.En tout cas, l\u2019offre de Victoria fut accueillie avec empressement, et MM.Beaubien et Pelletier ont été délégués à Toronto.De retour, le 10 septembre, les délégués soumirent à leurs collègues un projet d'entente qui fut adopté*séance tenante, et l'Ecole est devenue Faculté de Médecine de l\u2019Université Victoria, et ses professeurs membres du Sénat Universitaire.M.Bulmer a reçu le printemps suivant son diplôme avec les premiers gradués de Victoria, et dans sa thèse il a traité de la question du Choléra asiatique.Je me rappelle que pendant les premières années que j'étais membre de l\u2019Ecole, le docteur Bulmer écrivait souvent au docteur d\u2019Orsonnens; ses lettres étaient toujours lues en assemblée, et le secrétaire était chargé de lui répondre.Il est allé se fixer à Londres, et lorsqu'il fut question, en 1889, d\u2019une union avec la Succursale, j'ai reçu de lui une protestation énergique contre le projet.Comme beaucoup d\u2019autres, à cette époque, il ignorait que ce n'était pas l\u2019Ecole qui abandonnait Victoria, mais que la fusion prochaine de cette dernière avec l\u2019Université de Toronto allait mettre fin à notre affiliation. L'UNION MÉDICALE DU CANADA 623 Pendant les premières années, les gradués se rendaient à Toronto, où le Sénat Universitaire avait ses réunions, pour recevoir leurs diplômes, et deux professeurs de l'Ecole, revêtus de toges, ou de \u201crobes\u201d, selon l'expression du procès-verbal, assistaient à la cérémonie.Plus tard, d\u2019après une entente avec Victoria, un ou deux délégués de l'Ecole recevaient les degrés, au nom des gradués, leur évitant ainsi un voyage assez dispendieux.\u2018 La vérité m'oblige à ajouter que Mgr Bourget, en apprenant la nouvelle de l\u2019affiliation, a déclaré n'être pas certain de pouvoir l\u2019approuver; mais il a accepté, du moins pour le moment, le fait accompli.On a tant parlé de cette affiliation, surtout durant la période dès conflits, que l\u2019on me saura gré, peut-être, d\u2019en dire quelques mots.D'abord, l\u2019Université Victoria, ou The University of Victoria College, son nom officiel, a été fondée pour l'instruction de la jeunesse méthodiste.La Faculté des Arts se trouvait à Cobourg, avec une école de théologie pour les futurs pasteurs de la secte.La Faculté de Droit avait son siège à Toronto, et la Faculté de Médecine chez nous.D\u2019après l\u2019entente dont il a été question plus haut, l\u2019Université avait le droit d'envoyer deux visiteurs annuellement à l'Ecole pour s'assurer si le curriculum médical était bien suivi, et pour assister aux examens de fin d'année.Comme le procès-verbal ne fait aucune allusion à ces inspections, il est tout probable qu\u2019il n\u2019y en eut jamais.La clause a dû être insérée dans l'entente plutôt pour la forme.Les Anglais sont tres exigeants sur la question d\u2019un principe, mais à l'encontre des peuples latins ils n\u2019insistent que rarement sur les conclusions qui en découlent.C\u2019est probablement ce qui est arrivé.J'ai dit plus haut que l\u2019Ecole déléguait deux de ses membres pour recevoir les diplômes, cependant il arrivait souvent qu'un seul professeur fut chargé de cette mission.Le siège social de l\u2019Université de Cobourg était une jolie petite ville sur les bords du lac Ontario.L'édifice universitaire, construit en 1832, se trouvait sur une petite colline au nord de la ville.L'extérieur était assez imposant, dans le style appelé \u201ccolonial\u201d, et sur la frise au-dessus de l\u2019entrée principale se lisait l'inscription: \u201cUpper Canada College\u201d. 624 L'UNION MÉDICALE DU CANADA _ _ Le Recteur ou le Principal y avait son domicile, tandis que les membres du corps enseignant habitaient des maisons plus modernes dans le voisinage.Ils étaient tous pasteurs, et portaient le costume clérical.En arrivant, le délégué était reçu par le Secrétaire, le docteur .Wilson, qui, lorsque je l'ai connu, était assez avancé en Âge, et comme tous les vieux secrétaires, très attaché à ses fonctions.Je m\u2019en suis aperçu lorsque j'ai suggéré de faire inscrire les noms des gradués sur les diplômes par une autre main que la sienne, son écriture étant très mauvaise.Le vieillard secoua énergiquement la tête.Naturellement, en faisant la suggestion, j'avais exprimé le désir de lui éviter un surcroît de travail.| Comme les diplômes étaient imprimés d'avance a Montréal, il ne restait qu\u2019à les remettre au docteur Wilson avec les honoraires, et I'entrevue était terminée.La réunion du Conseil Universitaire qui accordait les degrés, sauf confirmation par le Sénat, avait toujours lieu l\u2019après-midi au bureau du Principal, qui, à cette époque, était le Révérend Nathaniel Burwash.Après les présentations d'usage, la séance était ouverte, et tout le monde se mettait à genoux.Le Principal, alors, d\u2019un ton solennel, disait: \u201cBrother Smith will lead in prayer\u201d, et après.quelques instants le Frère Smith improvisait une oraison.Je me disais: \u201cPourquoi pas le Venite Sancte 7\u201d Mais ces braves gens paraissaient de bonne foi.du reste, ils ne connaissaient pas mieux.Le Conseil, sur proposition de l\u2019un de ses membres, accordait ensuite les degrés demandés par le délégué, puis la conversation devenait générale.On s\u2019informait du docteur d\u2019Orsonnens, du docteur Coderre, du nombre des élèves, etc, etc., et la séance était levée.Le soir, le Sénat Universitaire, ou du moins ceux des membres de ce corps qui se trouvaient à Cobourg, se réunissaient dans la grande salle de l\u2019Université pour confirmer les décisions du Conseil.Les dignitaires occupaient des fauteuils sur l\u2019estrade, et le public, s\u2019il y en avait, prenait place dans la salle.[1 fallait se presser, et dès que la résolution du Conseil était approuvée, le délégué filait à la gare avec ses diplômes, escorté généralement par un des jeunes professeurs, car le convoi venant de Toronto passait de bonne heure dans la soirée.= L'UNION MÉDICALE DU CANADA 625 Comme on peut le constater, cette affiliation n'était pas de nature, comme on l\u2019a souvent prétendu, à porter atteinte à la foi de fños jeunes gens, pour la meilleure des raisons: ils n\u2019y allaient pas.Quant aux délégués, ils sont tous morts, sinon en odeur de sainteté, du moins avec les sacrements de l'Eglise, et moi, le seul survivant, j'espère avoir le même bonheur.oo Revenons maintenant à l\u2019Ecole.Pendant son séjour dans cette antique maison, plusieurs nominations importantes ont été faites, entr\u2019autres, celle du docteur Jean-Philippe Rottot (5 septembre 1859) à la chaire de Médecine légale laissée vacante à la retraite du docteur Boyer.Qui alors aurait pu prévoir que, en 1878, il sortirait de l\u2019Ecole pour devenir doyen de sa rivale, la Succursale, et puis, en 1891, redevenir de nouveau membre de l'Ecole, et doyen en 1893 ! En 1863, la Communauté de l\u2019Hôtel-Dieu résolut d'abandonner son immeuble de la rue Saint-Paul pour construire un hôpital sur le site actuel.Peu de Montréalais de nos jours reconnaîtraient l'emplacement désigné sous le nom de \u201cMont Sainte-Famille, sur la côte à Barron\u2019, dans le procès-verbal.Je me rappelle que pendant bien des années, c\u2019était la coutume dans la Communauté d'appeler nos plus anciennes religieuses \u2018les Sœurs de la rue Saint-Paul\u201d.Il faut aussi rappeler qu\u2019il y avait, sur la rue Guy, l'Hôpital Saint- Patrice, fondé par les Irlandais de la ville pour leurs malades; une partie de l'édifice primitif se voit encore au Couvent du Mont Sainte-Marie.Comme le nouvel édifice devait être assez vaste, il fut décidé d\u2019installer l\u2019hôpital irlandais sur le Mont Sainte-Famille, où il est encore représenté par les salles Saint-Patrice et Sainte- Brigitte (1).Comme médecin de ces salles la Communauté proposa le docteur Angus MacDonnell, dont il a déjà été question au sujet de M.Bulmer; mais l\u2019Ecole préféra, pour le moment, le docteur William Hingston.Son choix fut agréé par le Chapitre, le 18 juin 1860.Ie docteur Hingston est resté à son poste jusqu\u2019à la veille de sa mort en février 1907.L\u2019Ecole a bien voulu le nommer professeur de Botanique, mais il déclina l'honneur, en plaidant le peu de connaissances qu\u2019il avait dans cette matière.Quant au docteur MacDonnell, il a été nommé un peu plus tard, et pendant bien des années, il s\u2019est dévoué au service des pauvres (1) L\u2019Hôpital Saint-Patrice, occupé par les Soeurs de l\u2019Hôtel-Dieu en 1851 était d\u2019abord un collège Baptiste, chargé de dettes et d\u2019hypothèques que la Communauté a dû solder. 626 L UNION MÉDICALE DU CANADA malades.Comme son confrère le docteur d'Orsonnens, il était le type du gentilhomme de la vieille école.Le: docteur Rottot s'est chargé pendant quelque temps de l'enseignement de la Botanique.Ceux qui comme moi l\u2019ont connu peuvent à peine s'imaginer cet homme grave et silencieux parlant des feuilles et des fleurs.; ; Le docteur A.T.Brosseau a été nommé démonstrateur d'anatomie, le 24 octobre 1861, et plus tard professeur de Botanique.Quand ses confrères voulaient le taquiner, ils allaient, paraît-il, assister en corps à son cours.Enfin, en janvier 1869, l'Ecole trouvant incommodes les locaux de la rue Lagauchetière, se décida de louer la maison de Madame Quesnel, sur la rue Craig; le loyer annuel était de 150 louis, soit $600.00.Cet immeuble existe encore, (*) le troisième à l\u2019est de la rue Côté, mais la devanture en est cachée par des boutiques où les fils d\u2019Abraham offrent en vente des marchandises fort variées.Chapitre VIII L\u2019Ecole sur la rue Craig.Le déménagement fait, l\u2019Ecole s'est trouvée beaucoup plus à l\u2019aise dans son nouveau domicile.Les salles étaient plus hautes, plus éclairées que dans l'immeuble qu'elle venait de quitter.On aurait cru que, l\u2019affiliation obtenue avec Victoria, les membres du Conseil se seraient contentés du bien acquis et de leur indépendance du Collège des Médecins, mais ils étaient, apparemment, toujours hantés du désir de pouvoir, eux-mêmes, conférer des degrés en médecine.Nous voyons par conséquent au procès-verbal du 5 septembre 1870, la résolution suivante : \u201cLes docteurs Pelletier et Beaubien sont priés de s'occuper auprès des membres de la Législature, d\u2019une manière non-officielle, de la possibilité d\u2019obtenir que notre Ecole devienne Université.\u201d Ce 5 septembre était le lendemain de la capitulation de Sédan et de la chute de l\u2019Empire français.Peu après, la garnison française ayant été retirée de Rome, les troupes de Victor-Emmanuel envahirent le territoire Pontifical, et le 20 septembre le Général Cadorna entra dans la Ville Eternelle par la brèche de la Porte Pia.C\u2019est le fils de ce dernier qui a subi une défaite si désastreuse dans la (*) Il vient d'être détruit pour l\u2019édifice des Tramways. L'UNION MÉDICALE DU CANADA 627 Grande Guerre, et je n'en ai pas été étonné.Soit dit en passant, il y a des noms qui portent malheur.Ainsi, quand j'ai vu les Anglais repoussés aux Dardanelles, je n'ai pas été surpris non plus, car le vaisseau-amiral portait le nom de cette reine persécutrice qui s'appelait Elisabeth.| La prise de Rome mit fin au Concile du Vatican, qui siégeait depuis le 8 décembre 1869; les évêques se dispersèrent, et Mgr Bourget revint à Montréal.Toujours désireux d\u2019avoir une université catholique dans son diocèse, il présenta une requête à la Législature à cet effet, et le 14 décembre, à sa demande, MM.Trudel et Beaubien sont délégués à Québec pour représenter, dit le procès-verbal, les droits de l'Ecole au sujet d\u2019une demande, faite par Mgr Bourget, afin d'obtenir une charte universitaire.Comme en 1856, le projet échoua.Il n'est pas difficile de deviner d'où est venue l'opposition la plus forte.L\u2019année suivante, au mois de mai, Mgr Taschereau, comme Métropolitain de la Province, fit une visite officielle à Montréal; et j'ai vu pour la première fois ce prélat qui devait plus tard jouer un rôle si -prépondérant dans les affaires de l'Ecole.Tous les élèves du Collège Sainte-Marie sont allés avec beaucoup d\u2019autres le rencontrer au quai, et une procession assez longue l'a suivi jusqu\u2019à l\u2019Evêché, où Mgr Bourget lui fit un discours de bienvenue.Je n\u2019étais alors qu\u2019un petit collégien, mais il m\u2019a semblé que notre Ordinaire, dans son adresse, cherchait à justifier sa conduite.Les écoliers apprennent de bonne heure que \u201cles excuses sont faites pour s\u2019en servir\u201d et sans en connaître la cause, j'en ai reconnu le ton.J'ai pensé depuis que Mgr Bourget faisait allusion à sa tentative d'obtenir une Université.(*) Plus tard, Mgr Taschereau a été reçu au Collège, où l\u2019un des \u201cgrands\u201d lui-a présenté une adresse.En répondant, il a insisté sur la vertu de l\u2019obéissance.Que de fois nous devions trouver ce mot dans ses écrits en 1883 ! En lisant les procès-verbaux de ces temps, il est beaucoup question de la fondation d\u2019une Faculté de Médecine par l\u2019Université de Bishop's College, de Lennoxville.(*) J'ai su depuis que Mgr Taschereau était chargé de la question de la division de la paroisse Notre-Dame, mais je ne comprenais pas assez le français pour savoir de quoi il s\u2019agissait Comme je l'ai dit, jJappré- ciais plutôt le \u201cton\u201d de Mgr Bourget que le \u201csens\u201d de ses paroles. 628 L'UNION MÉDICALE DU CANADA Je me suis laissé dire qu\u2019un groupe de médecins de langue anglaise, qui trouvaient que les membres du corps enseignant de l\u2019Université McGill jouissaient d'une influence trop prépondérante parmi leurs nationaux, ont pensé que la meilleure manière de rétablir l\u2019équilibre dans le monde médical était de fonder une école rivale.J'ai toujours pensé que le remède était pire que le mal; en tout cas, le docteur Hingston devint le premier doyen de cette Faculté et, comme tel, voulut naturellement introduire ses nouveaux élèves à l\u2019Hôtel-Dieu, pour l\u2019enseignement clinique.L'Ecole, cependant, prit très mal sa présence dans une école qui semblait devoir lui faire une concurrence dangereuse et pria le docteur Hingston de choisir entre sa position comme médecin de l\u2019Hôtel-Dieu et son décanat.En homme sage, il opta pour son hôpital.Le docteur David fut son succcesseur, et cette école dura jusqu\u2019à la mort du dernier doyen, le docteur F.W.Campbell, alors que, après une entente avec McGill, elle cessa d'exister.C\u2019est pendant la discussion avec le docteur Hingston que le docteur Angus MacDonnell fut nommé visiteur à l\u2019Hôtel-Dieu.D\u2019autres nominations suivent : le 31 août 1871, le docteur Brosseau passe au concours pour la chaire de Botanique et devient membre de l\u2019Ecole; le docteur Edouard Desjardins est nommé professeur adjoint et chargé du service ophtalmologique à l\u2019Hôtel- Dieu.Comme il doit plus tard jouer un rôle très important dans les affaires de l'Ecole, on me saura gré de lui consacrer quelques lignes.Né à Terrebonne, il fit ses études classiques à Nicolet, et, après son cours, prit la soutane qu'il porta environ trois ans, pendant lesquels il fit sa théologie.Ne se sentant pas appelé au sacerdoce, il étudia la médecine, et pendant neuf ans exerça sa profession à Montréal.Plus tard il s\u2019est décidé de se spécialiser dans l\u2019ophtalmologie.Passant en France, il étudia sous DeWecker.C\u2019est à son retour qu\u2019il fut, comme nous venons de le voir, chargé du service ophtalmologique.Le docteur Desjardins était un musicien distingué, et pendant ses dernières années il a composé un recueil des vieilles chansons canadiennes harmonisées.D'une nature franche et joviale, il savait, par sa courtoisie et sa bonté naturelle, se faire aimer et estimer de tous ceux qui venaient en contact aveë lui, et je crois que ces précieuses qualités de cœur et d'esprit n'ont pas peu contribué à obtenir du Cardinal Simeoni le Suspende Omnia, de 1883.Il écrivait avec facilité et élégance, et nous avions souvent du plaisir aux assemblées de l\u2019entendre discuter avec le docteur d'Orsonnens, L'UNION MÉDICALE DU CANADA 629 puriste comme lui, sur la signification exacte d\u2019un mot ou sur la signification d'une phrase.À propos de la signification des mots, je me rappelle que vers 1907 trois médecins français sont venus visiter l\u2019Hôtel-Dieu, et en causant avec eux le docteur Desjardins a dit, sans soupçonner que l\u2019un d\u2019entre eux était Israélite, que son maître DeWecker était un \u201cjuif\u201d.\u201cNon, monsieur\u201d, répondit le visiteur avec un accent de colère.\u201cMais oui, je puis vous l\u2019assurer, riposta le bon docteur, je l\u2019ai parfaitement connu, il était certainement juif.\u201d \u201cNon, Monsieur, persista l'autre, 1l était Israélite.\u201d\u201d \u201cMais c\u2019est la même chose\u201d, dit le docteur en haussant les épaules.Le séjour sur la rue Craig prit fin en 1875, lorsque l\u2019Ecole prit possession de l'édifice situé en face de l\u2019Hôtel-Dieu.La construction de cette maison et l'achat du terrain a chargé la Corporation d\u2019une dette d\u2019environ vingt mille dollars, dont tous les membres étaient personnellement et solidairement responsables.Chapitre IX La question de la Succursale.Première période.Avant d'aborder le récit de ces temps si difficiles pour l\u2019Ecole, je veux qu'il soit bien entendu que je n'ai pas un mot de blame pour les médecins qui ont accepté des chaires dans la Succursale, à la demande de M.Hamel.Je crois qu\u2019ils étaient animés des meilleures intentions et qu'ils croyaient voir dans cette fondation un moyen efficace de relever le niveau des études médicales.Je suis aussi convaincu que NN.SS.les Evêques, dans leur interprétation des Décrets du Saint-Siège, ont été de bonne foi et qu'ils ont cru nécessaire de faire disparaître l'Ecole afin de faire cesser toute concurrence à la Succursale.Que si, en 1883, ils ont pris des mesures un peu énergiques pour en arriver à cette fin, c'est qu\u2019ils pensaient agir en conformité avec les désirs des autorités romaines.Le projet de fonder une Succursale de l\u2019Université Laval à Montréal a pris naissance sur les instances que Mgr Bourget faisait depuis longtemps auprès de la Propagande pour autoriser la création d\u2019une Université dans son diocèse.Certains arguments, basés sur l\u2019affiliation avec Victoria, ont été employés à cette fin.Par exemple, on a affirmé que cette situation d\u2019une école catholique constituait un grave danger pour la foi de la jeunesse étudiante.Je ne crois pas que Mgr Bourget, étant trop au 630 L'UNION MÉDICALE DU CANADA courant de la nature des rapports entre l'Ecole Victoria, ait fait usage de raisons semblables, mais il est certain que d\u2019autres, par de semblables déclarations, ont créé une fausse impression à Rome, et leur zèle intempestif a eu des conséquences désastreuses.En tout cas, au mois de février 1876, la Congrégation de la Propagande, selon le texte du Décret, \u2018a mis de nouveau à l\u2019examen l\u2019instance de l'Evêque de Montréal pour l'érection d\u2019une Université dans son diocèse\u201d, et se basant sur le tort que cette érection pourrait faire à l\u2019Université Laval, à cause de ses grands sacrifices personnels et pécuniaires, un Décret fut émané autorisant la création d\u2019une Succursale a Montréal.Ce Décret, soumis au Pape Pie IX, fut approuvé, et Laval reçut en même temps une éreËtion canonique par la Bulle \u201cInter varias Sollicitudines\u201d.[1 faut ajouter qu'en rendant cette décision, la Propagande ne pouvait pas ignorer l\u2019existence à Montréal d\u2019une Faculté de Médecine catholique parfaitement organisée au point de vue du personnel enseignant et chargée de la direction et du service médical d\u2019un grand hôpital et de plusieurs dispensaires.Bien plus, le Délégué Apostolique, Mgr Conroy, nécessairement au courant des intentions du Saint-Siège, a déclaré formellement que les Eminentissimes Cardinaux n'entendaient nullement détruire, mais plutôt venir en aide aux institutions existantes.Enfin le câblo gramme de 1883 reconnaissait parfaitement l'Ecole comme partie intéressée dans le conflit, par les mots \u201cSchola proposuit Pontifici\u201d.Le Décret fut expédié à Mgr Taschereau, et publié dans l'annuaire de l'Université de l\u2019année scolaire 1876-77.Mais apparemment l'on n'a pas cru qu'il fallait en faire une application immédiate.Peut-être voulait-on attendre le Délégué Apostolique qui n'est arrivé au Canada qu'au printemps de 1877.Je crois que le choix du Saint-Siège s\u2019est porté sur un prélat irlandais parce que le Canada est une possession britannique, mais nous, qui sommes ici, nous savons que les Irlandais, même de notre ville, sont en général très peu au courant de la mentalité des Canadiens-français, et par conséquent Mgr Conroy était bien peu désigné pour régler une question aussi difficile.Malheureusement, Mgr Bourget, au mois de septembre 1876, donna sa démission, et son coadjuteur, Mgr Fabre, devint Evêque de Montréal.Le retraite de Mgr Bourget fut un véritable malheur pour l'Ecole; en effet, il fut toujours son ami et son protecteur.Sa présence sur le siège épiscopal aurait certainement écarté toutes les wd.alien w wy Ap 0e ww Bo L'UNION MÉDICALE DU CANADA 631 difficultés survenues l\u2019année suivante.Il faut se rappeler.en effet, qu\u2019il a vécu jusqu'en 1885 et qu'il a pu, même en 1881, faire un voyage à Rome pour défendre l'Ecole, mais n\u2019était plus qu\u2019archevêque in partibus, sa Mission échoua complètement.Tout de même, il n'a jamais cessé de s'intéresser a notre institution, et je me rappelle l'avoir rencontré un jour à l\u2019Hôtel- Dieu, pendant l'hiver de 1882-83.Apprenant de la Supérieure, qui m\u2019a présenté à lui, que j'étais membre de l'Ecole, il m\u2019encouragea \u2018à tenir bon\u201d et il ajouta: \u2018Vous finirez pas triompher\u201d.Je dois avouer qu\u2019à ce moment j'avais un pressentiment dans le sens contraire, mais je n'en ai pas parlé.Pendant l'été de 1877, le Recteur de Laval, M.Hamel, s'est rendu à plusieurs reprises à Montréal, et comme il a semblé avoir voulu créer la Succursale en dehors des membres de l'Ecole, ou du moins sans tous ses membres, il fit des offres à plusieurs médecins de.la ville.entre autres au docteur Hingston.Je crois que Mgr Conroy, peu au courant de la situation, avait d'abord consenti ou permis ces démarches, mais il avait toujours posé, comme condition sine qua non, que le docteur Hingston fasse partie de Ja Succursale.Par conséquent, le Recteur fit bien des instances auprès de ce dernier, mais sa réponse fut toujours la même: \u201cJe ne puis pas abandonner mes confrères de l\u2019Hôtel-Dieu, et surtout mon vénéré maître le docteur Munro.\u201d De guerre lasse, M.Hamel retourna à Québec; c'est alors que Mgr Conroy, sans doute plus renseigné, donna un ordre formel au Recteur de traiter directement avec l'Ecole.Après quelques entrevues avec le Recteur et Mgr Fabre, deux contrats furent signés: l\u2019un avec Laval, l\u2019autre avec Mgr Fabre, représentant la Corporation Episcopale de Montréal.Le 6 janvier, il v eut un banquet au Séminaire, ou tous les membres de l\u2019Ecole furent présents.Mgr Fabre, qui présidait, débordait de joie de voir enfin une Université catholique fondée dans son diocèse.Mutatis mutandis, cette fête me fait penser au bal de la duchesse de Richmond, l\u2019avant-veille de Waterloo, car presque aussitôt des difficultés surgirent entre le Recteur et l'Ecole.I! v avait d\u2019abord une question de préséance dans la nomination des représentants de l'Ecole, auprès du Conseil Universitaire.Si Mgr Fabre, à qui le différend fut soumis.avait eu assez d'énergie pour défendre.comme il aurait dû le faire.ses diocésains, la situation 632 L'UNION MÉDICALE DU CANADA aurait pu être facilement éclaircie et sauvée; malheureusement il n\u2019a pas semblé comprendre l\u2019importance de la question; il a laissé faire.D\u2019autres conflits se greffèrent sur le premier différend, et la rupture fut complète entre l'Ecole et l\u2019Université, représentée par son Recteur.M.Hamel, pour former sa Succursale, réussit à s\u2019entourer d\u2019un groupe de médecins parmi lesquels se sont trouvés les docteurs Rottot et Brosseau.Il y avait désormais à Montréal deux Facultés de Médecine rivales.; J'ai parcouru avec beaucoup d'attention la correspondance qui a précédé la rupture finale, et je puis déclarer que les torts n\u2019étaient certainement pas du côté des membres de l'Ecole.Ils avaient fait toutes les concessions possibles, sauf celle de leur existence corporative, qu\u2019ils avaient, du reste, conservée.avec le consentement du Recteur et l\u2019agrément de Mgr Fabre.Pour se conformer à l\u2019article du Décret qui imposait sur le diocèse de Montréal les frais du maintien de la Succursale, ils avaient remis entre les mains de la Corporation Episcopale, et leurs biens, et leurs revenus.Bien plus, ils avaient accepté d\u2019avance une révocation ad mutum, pour des raisons jugées suffisantes par le Conseil Universitaire, sachant qu\u2019ils n\u2019étaient représentés dans ce Conseil que par une minorité infime.Leur seule faute, c\u2019est d\u2019avoir.fait trop de concessions; mais ils croyaient en agissant ainsi se conformer aux désirs du Saint-Siège.S'ils avaient pu prévoir qu\u2019en 1889 la Constitution Apostolique Jaizdudum allait leur demander infiniment moins, que Laval n\u2019aurait avec Montréal que le faible lien de l\u2019octroi des diplômes.Mais, hélas ! les prophètes sont morts et personne n'est là pour prédiré l\u2019avenir.\u2026 L'Ecole, après la rupture, reprit possession de ses biens; elle remplaça ses professeurs - démissionnaires et elle continua comme auparavant son service à l'Hôtel-Dieu.De son côté, la Succursale, installée au Château Ramezay, attendait la fondation de l'hôpital Notre-Dame (1880) et ses élèves suivaient les cliniques au Montreal General Hospital.Encore étudiant en médecine à McGill à cette époque, je voyais le docteur Brosseau assister comme spectateur aux opérations, afin de les expliquer ensuite, au Château, au petit groupe d'élèves qui prenaient place parmi nous sur les gradins de l\u2019amphithèâtre.| I] serait peut-être utile de rappeler ici que les membres de l'Ecole en 1878, étaient les docteurs Trudel, président, d\u2019Orsonnens, secrétaire, Bibaud, Coderre, Pelletier, Munro, Rottot et Brosseau. L'UNION MÉDICALE DU CANADA 633 Le docteur Pelletier, si longtemps secrétaire, est mort au mois de janvier 1878, peu après le banquet de Saint-Sulpice, où ses confrères qui attendaient de lui un discours \u2014 car il avait à un degré éminent le don de la parole \u2014 l'ont trouvé plus silencieux que de coutume.Avait-il un pressentiment de sa mort prochaine ?Peut-être.Le docteur Beaubien\u2019 vivait encore, mais il avait 82 ans.Professeur honoraire, il ne prit aucune part aux négociations avec le Recteur.Comme je viens de le dire, les docteurs Rottot et Brosseau passés à la Succursale, les docteurs Craig et Durocher leur succédèrent, tandis que le docteur Georges Beaudry remplaça le docteur Pelletier à la chaire de physiologie.| Un peu plus tard, par la mort du docteur Bibaud, le docteur J.A.S.Brunelle fut nommé professeur d'anatomie, mais comme le docteur Munro ne pouvait plus continuer son enseignement, il fut aussi chargé du cours de pathologie externe; et, le ler décembre 1881, nommé la veille professeur adjoint, j'ai commencé mon enseignement à sa place.Au mois de juin 1882, j'ai eu l\u2019honneur, avec les docteurs Hingston et Desjardins de devenir membre de l\u2019Ecole.Nous étions dix, le nombre permis par la charte.Chapitre X La question de la Succursale.Deuxième période.Entre 1878 et !883, les choses sont restées à peu près dans le statu quo.Chaque faculté donnait ses cours et recevait ses diplômes, selon le cas, de Victoria ou de Laval.Le docteur d'Orsonnens, au cours d'un voyage en Europe, s\u2019est rendu à Rome où il a présenté sans résultat deux mémoires à la Propagande au sujet des difficultés avec le Recteur de Laval.[1 fit cependant une impression assez favorable puisqu'il a reçu le titre de Chevalier de Saint Grégoire.Si nous avions eu, comme nos adversaires, des représentants attitrés et permanents dans la Ville Eternelle, je crois que nous aurions eu beaucoup plus de chance de réussir, mais l\u2019Ecole, qui a toujours été pauvre, avait chaque année un montant considérable à verser en intérêts, sans compter les frais d'impression de nombreux mémoires et les honoraires de ses avocats.Comme la Charte Royale de Laval ne permettait pas l'établissement d'une Succursale, l\u2019Ecole crut devoir porter cette question devant les tribunaux.Elle y réussit, mais la législature provinciale passa une loi palliative, autorisant l\u2019Université à multiplier ses i 634 L'UNION MÉDICALE DU CANADA chaires d'enseignement.Et la Succursale continua ses cours.Cette législation était peut-être ultra vires.- Une contestation sur ce point : eut été longue et coûteuse, absolument impossible pour nous.La période critique de la lutte .arriva en 1883, et comme membre de l\u2019Ecole j'ai été nécessairement au courant des péripéties du conflit; je me propose dans cette étude d\u2019éviter autant que possible tout ce qui pourrait porter atteinte à la mémoire de nos adversaires.Or, le 19 mars, un neuveau contrat fut - passé avec l'Hôtel- Dieu, au sujet du service médical.Ce document se terminait ainsi: \u201cQue si jamais, ce que Dieu ne plaise, l'Ecole était un jour déclarée rebelle à la sainte Eglise par un acte officiel de l\u2019Autorité ecclésiastique, cette raison serait assurément suffisante pour lui ravir ses droits à la direction-médicale de notre Hôpital.\u201d Lorsque le contrat fut soumis à l'assemblée, j'ai trouvé cet article un peu étrange et dangereux dans les circonstances où nous nous trouvions.J'en fis l\u2019observation à mes collègues qui étaient si éloignés de prévoir l'usage que l\u2019on en ferait quelques mois après qu\u2019ils me répondirent que ce n\u2019était qu'une affaire de forme, mais dans mon for intérieur, je n\u2019étais pas si rassuré.Je tiens aussi à me déclarer convaincu que la Communauté de l\u2019Hôtel-Dieu n\u2019avait aucune arrière-pensée au sujet de cette clause, mais persuadé que d\u2019autres, plus prévoyants, ont dû la faire insérer dans l\u2019entente.Au commencement de mars, nous avions entendu dire, d'une manière vague, que Rome allait enfin mettre fin aux divisions qui existaient au sujet de la question universitaire, mais mes vieux collègues, passablement aguerris par les luttes passées, ne manifestaient aucune inquiétude.Le 22 mars, trois jours seulement après la signature du contrat, Mgr Fabre annonce par lettre adressée au président, le docteur d'Orsonnens, l\u2019arrivée d\u2019un Décret de Rome, et il prie le docteur de passer avec un de ses collègues à l\u2019'Evêché pour en prendre connaissance avant que le document ne soit rendu public._ L'entrevue eut lieu.Le docteur d'Orsonnens avait pour compagnon le docteur Coderre.Au cours de la conversation, le président demanda à Monseigneur si, dans le cas où l\u2019Ecole mettrait fin à son affiliation avec Victoria, elle, l'Ecole, pourrait conserver son service à l\u2019Hôtel-Dieu.Sa Grandeur répondit.affirmativement.Après le départ des médecins, Elle se hita de désavouer cette concession ; le Souverain Pontife, écrivit-il, nous ordonne, non seulement de ne pas - PP a en I Sa Rae, L'UNION MÉDICALE DU CANADA 635 opposer Laval, mais de faire notre possible pour la favoriser.Vous devinez facilement que ceci peut compliquer la question de l\u2019Hôtel- Dieu.En conséquence, ne donnez aucune assurance aux Messieurs de l'Ecole, même dans le cas où il y aurait séparation d\u2019avec Victoria.\u201d \u201c Le 30 mars, Mgr Fabre nous adressa copie du mandement qu\u2019il venait de publier; avec le document il écrivit de nouveau.au docteur d\u2019Orsonnens.I! revient sur la \u2018question de l\u2019affiliation, et s'exprime ainsi: \u201cL'Ecole, dont vous êtes le président, compte parmi ces dernières institutions (celles que le Saint-Siège ne peut recommander).et le temps est venu, il me semble, pour elle de rentrer dans la voie de l'obéissance au Saint-Siège.Son affiliation avec l'Université protestante de Victoria la met maintenant, si elle y persiste, sur le pied de désobéissance formelle à l'autorité ecclésiastique.Le devoir de celle-ci est tout tracé.\u201d Je résume ce qui suit : !° Avertir la jeunesse que c\u2019est son devoir de quitter l\u2019Ecole.2° L'Ecole ne pourrait pas être tolérée dans les maisons religieuses.\u2014 Nous étions donc dans la situation suivante : l° Il fallait, sous peine de censures ecclésiastiques, rompre notre affiliation avec Victoria et revenir à la position d\u2019infériorité où nous étions avant 1867: G 2° Même en faisant ce sacrifice, nous n'avions aucune assurance de conserver notre service à l\u2019Hôtel-Dieu.D'un autre côté, nous étions d'avis que jamais le Saint-Siège n\u2019avait ordonné cette désaffiliation.Le Décret n\u2019avait pas même mentionné le nom de Victoria, et il n'avait pas fait la moindre allusion à notre lien avec elle.11 était donc bien clair que les ordres de Mgr Fabre sur ce sujet n'étaient basés que sur son interprétation du Décret, et la suite a donné raison à cette opinion.Notre Ordinaire, du reste, n\u2019était pas le seul dans cette manière de procéder.Mgr Taschereau, dans ses entrevues avec les délégués de l\u2019Ecole, n\u2019a jamais manqué d\u2019insister sur ce point, et Mgr Moreau a formellement déclaré que \u201cc\u2019était aux évêques d'interpréter les cécrets\u201d.Les esprits dirigeants de l\u2019Ecole sont restés sur ce terrain, sans s'égarer dans des considérants justes, mais faciles à écarter comme secondaires, et c\u2019est ce qui a fait notre force dans l\u2019appel final à Rome.En un mot, si l'interprétation du décret de 1883 par les évêques était conforme aux vues du Saint-Siège, nous étions perdus; si, au contraire, leur interprétation était fautive, nous étions sauvés.lt c\u2019est ce qui est arrivé.a a 636 L'UNION MÉDICALE DU CANADA Sur réception de la lettre de Mgr Fabre (30 mars), l\u2019Ecole s\u2019est réunie en assemblée spéciale, le 6 avril, pour discuter la situation, loin d\u2019être rassurante.Je les vois encore, mes collègues, dans la petite salle du Conseil de l\u2019Avenue des Pins; tous étaient soucieux.Pour les jeunes, si l\u2019avenir était un peu sombre, ils avaient toujours pour eux la jeunesse; pour les anciens, c'était une menace de ruine pour une œuvre à laquelle ils avaient consacré les meilleures années de leur vie.Par exemple, le docteur Coderre avait 65 ans avec 36 années d'enseignement; d'Orsonnens 62, avec 34 années de dévouement: Trudel 63, avec 35 années de service: Hingston, un peu plus jeune, voyait disparaître son service d'hôpital où il était depuis près d\u2019un quart de siècle.J'ai dit que tous étaient soucieux, mais j'aurais dû faire une exception pour notre vaillant collègue, le docteur Desjardins.Il avait plutôt l\u2019air de prendre plaisir à la lutte, tout en déplorant comme un catholique fervent et sincère le fait de batailler contre notre évêque.Lecture faite de la lettre en question, il présenta une réponse préparée d'avance et que je vais résumer : 1° L'Ecole déclare qu\u2019elle a reçu avec soumission le Décret de 1883, comme elle a reçu celui de 1876.2° En faisant cette protestation, l'Ecole se doit à elle-même de déclarer qu\u2019elle croit avoir toujours agi en parfaite conformité avec les règles de l\u2019obéissance due au Saint-Siège; ni le Saint-Siège lui- même, ni les Evêques ne lui ont jamais reproché d\u2019avoir manqué à l\u2019obéissance et au respect dûs aux Décrets apostoliques.3° L'Ecole est prête à rompre son affiliation avec Victoria, pourvu qu\u2019un accord équitable avec Laval lui rende les privilèges universitaires perdus par cette désaffiliation.4° L'Ecole n\u2019a jamais eu d'autre choix que de s\u2019affilier avec une université protestante, qui, du reste, n\u2019est jamais intervenue en quoi que ce soit dans son enseignement ou sa direction; et dans le cas d\u2019un accord tant désiré avec Laval, elle entend toujours conserver ses droits civils qui lui sont nécessaires pour faire face à ses obligations financières.Au cours de cette lettre, l'Ecole rappelle à Monseigneur qu\u2019en entrant dans la Succursale elle apporte avec elle ses 140 élèves, et je puis ajouter que comme Mgr Fabre et M.Hamel avaient en 1878 reconnu à l\u2019Ecole le droit de conserver son existence civile, il n'y avait aucune raison de chercher à lui enlever cette existence en 1883.q L'UNION MÉDICALE DU CANADA 637 En entendant la lecture de cette lettre et des conditions d\u2019entente qu\u2019elle offrait, il m'a semblé qu\u2019elle mettrait fin au conflit.Je fis part de mes sentiments à mes collègues qui parurent moins optimistes.Assez curieusement, le Jamdudum nous a fait une offre pratiquement semblable, mais il a fallu attendre encore six longues et pénibles années pour en arriver là.Si Mgr Fabre, en recevant la lettre que je viens de citer, avait compris que l'Ecole lui tendait le rameau d\u2019olivier, il aurait pu, tout en respectant l'ordonnance du Décret de 1883, y voir le moyen de favoriser et d'aider la Succursale.Malheureusement, il était dominé complètement par ceux qui voulaient à tout prix détruire notre institution.Il était naturellement bon, pieux et charitable, mais 1l lui manquait l\u2019énergie de son illustre prédécesseur.Par conséquent, dans sa réponse, il commence par dire que, quelles qu\u2019aient été les intentions des membres de l\u2019Ecole, leur conduite extérieure n\u2019a pas toujours eu ce cachet d\u2019obéissance que l\u2019on pouvait attendre d\u2019une institution catholique.Je dois ajouter qu\u2019il n\u2019a pas, pour la meilleure des raisons, pu citer un exemple de ce manque d'obéissance.Il admet bien que ni le Saint-Siège ni les Evêques n'ont accusé l'Ecole de'désobéissance, mais que les appels de l'École à Rome n'ayant pas eu de réponse favorable, il est clair que celle-ci est responsable de l\u2019émission du Décret de février 1883, et que le refus de l'Ecole de sacrifier ses opinions donne au monde chrétien une idée assez faible de notre générosité.I! rappelle ensuite le devoir imposé à tous de s'appliquer, selon leurs forces, à favoriser la Succursale et a lui prêter secours ét protection.\u201c Ce sont, dit-il, les.amis de l'Ecole qui ont représenté sous de si vives couleurs les dangers de l\u2019affiliation avec Victoria.\u201d Enfin, sans garantir ou répondre de l'autonomie de l'Ecole, il suggère la nomination d'un intermédiaire pour présider aux débats avec Laval.~.En étudiant cette réponse, il est clair que Mgr Fabre évite entièrement de dire un mot sur l\u2019offre de l'Ecole qui, si elle avait été acceptée, aurait épargné au pays le scandale de la condamnation de l'Ecole et le désaveu subséquent de Rome.Grâce à Dieu, la foi des Canadiens-français est trop, solidement ancrée pour avoir souffert de ce qui est arrivé, mais un auteur français a publié l'histoire de la lutte avec des commentaires déplorables, et de nature à fournir dës armes aux\u2019 \u2018ennemis de I'Eglise.Je ne sais pas si cette étudé ou plutôt cette narration des événements de 1883 aura I'hon- 638 i UNION MÉDICALE DU CANADA neur d\u2019être publiée, mais, comme le dernier survivant des membres de l\u2019Ecole à cette époque, je récuse ce défenseur, et je regrette amèrement l\u2019imprudence de ceux qui'lui ont confié les docüments sur lesquels 1l a basé son histoire.L'Ecole n\u2019a pas répondu immédiatement à la lettre de Monseigneur.Nouis étions alors à la fin de l\u2019année scolaire; un sursis nous a été accordé pour terminer la session.Les examens de fin d'année, même sous les meilleures conditions, imposent toujours à ceux qui en sont chargés un surcroît de travail et de fatigue, et l\u2019on peut facilement concevoir les inquiétudes que nous ressentions et qui n\u2019ont pas rendu plus légère notre tâche, au mois d\u2019avril 1883.Pendant ce temps, tous les évêques de la Province ont lancé des lettres pastorales avec des commentaires plus ou moins agréables pour nous.Seul Mgr Laflèche, des Trois-Rivières, s'est contenté de publier le Décret, mais sans commentaires.Mgr Taschereau, par exemple, s\u2019est déclaré heureux de pouvoir affirmer qu\u2019il n'y avait pas dans son diocèse une école catholique affiliée à une université protestante, contrairement à une défense du Saint-Siège qui date déjà de sept ans.Nous n\u2019avions jamais entendu parler de cette défense, et le Pape lui-même ne paraît pas en avoir eu connaissance non plus, puisqu'il a laissé continuer notre affiliation jusqu'en 1891.Il n'ya aucune raison de supposer que nous n\u2019aurions pas pu la conserver jusqu'à ce jour si Victoria n\u2019avait mis fin à l\u2019affiliation par sa fusion avec l\u2019Université de Toronto.Vu la gravité des circonstances, notre délégué à Cobourg, cette année-là, a été le docteur d\u2019Orsonnens, et à son retour il nous fit part de l\u2019étonnement de ces braves gens en apprenant que l\u2019on nous faisait un crime d\u2019un lien qui n\u2019était, au fond, qu'une transaction plutôt financière.Plus tard, le docteur Nelles, le Recteur, nous écrivait: \u201cOur past course should be quite sufficient to convince your ecclesiastical authorities of our entire indisposition to interfere in any way with the religious predilections of any members of your School, whether such members be professors, patrons or students.\u201d À ce propos, il est clair que Mgr Fabre lui-même savait parfaitement à quoi s\u2019en tenir sur la nature de notre lien avec Victoria, car dans sa lettre du 7 avril, il dit que ce sont nos amis qui ont représenté sous de si vives couleurs les dangers de I'affiliation avec une Université protestante.S'il avait cru que ces dangers existaient, L'UNION MÉDICALE DU CANADA 639 il l'aurait tout simplement affirmé, sans jeter sur nos amis la faute de cette fausse impression créée à Rome.\u201cLe 24 avril, l\u2019Ecole a expédié avec une adresse préliminaire sa lettre du 6 avril au Souverain Pontife.c Les examens finis, l\u2019Ecole répond à la lettre du 7 avril, le 26 du même mois.| Elle déplore, d\u2019abord, les insinuations de Monseigneur au sujet de I'obéissance.[lle ne croit pas avoir mérité ce reproche.Passant ensuite à la question de la nomination d\u2019un intermédiaire, l\u2019Ecole déclare qu'elle préfère soumettre sa cause au tribunal] des évêques de la Province.| Pour la premiere et la seule fois au cours de la lutte, Mgr Fabre montra de l\u2019irritation.\u201cA la lecture, dit-il, de la résolution de l'Ecole de Médecine du 27 courant, je ne puis m'empêcher de constater que l'Ecole tient à ne faire aucun arrangement avec Laval.Car les dix médecins qui se sont accordés à prendre une pareille résolution sont trop intelligents pour pouvoir considérer la Succursale de Laval comme n\u2019étant pas fondée.Ils savent très bien qu'elle existe, et que le Saint-Père, dans son dernier Décret, déclare qu'elle a été établie par autorité apostolique.Je me vois donc dans la dure nécessité de ne plus compter sur l'accord désiré et de procéder en conséquence.\u201d On peut se demander comment Mgr Fabre a pu voir dans les deux résolutions précitées de l'Ecole un acte de désobéissance., dont il l'a accusée, L'Ecole soumet des conditions qu\u2019elle avait toute raison de croire justes et équitables, et on la taxe de désobéissance.Elle affirme, comme elle a toujours affirmé, \u2014 et Mgr Fabre savait qu'elle &vait raison \u2014 que les prescriptions du décret de 1376 n\u2019ont pas été suivies dans l'établissement de la Succursale, vu que cette fondation devait être l'œuvre de tous les évêques de la Province, au lieu de deux seulement, et Monseigneur s'étonne qu'elle s'adresse à ce tribunal, et l'accuse encore de ne vouloir faire aucun arrangement.Enfin, se basant sur ces accusations, il annonce qu'il va sévir.Je dois ajouter ici que le ton de cette lettre m'a toujours donné la conviction que notre Ordinaire n\u2019a jamais, lui-même, rédigé ces écrits, mais qu'il a confié cette besogne à quelqu'un de son entourage.Je pourrais, du reste, en dire autant de nos réponses.Elles arrivalent aux assemblées écrites d'avance, et elles étaient adoptées telles que soumises.Nous avions de notre côté un ami savant et 640 L'UNION MÉDICALE DU CANADA dévoué qui savait bien manier la plume, et qui a dû avoir les loisirs nécessaires pour faire les recherches et étudier le texte des décrets, ce qui eût été impossible, même en leur supposant les connaissances requises, à dix praticiens.Je n\u2019ai jamais cherché à connaître le nom de notre correspondant épiscopial, pas plus que je n'ai désiré que l\u2019on me révélât celui de notre défenseur.À la suite, de sa lettre, comme l\u2019on pourrait s\u2019y attendre, Mgr Fabre a donné ordre à l\u2019Hôtel-Dieu de ne plus nous recevoir après les vacances scolaires.Le délai accordé par les Sœurs Grises et la Communauté de la Miséricorde a été encore plus court.Ces institutions nous étaient fermées à partir du 20 mai.Un souvenir personnel en passant.Je traitais alors, depuis environ deux ans, les aveugles de l\u2019Asile de Nazareth, et j'ai cru devoir offrir ma démission à la Sœur Supérieure, pour lui éviter la peine de me prier de me retirer.[a bonne religieuse, qui m'avait vu dans sa maison jour après jour, et souvent la nuit, car cette année-là il y avait eu beaucoup de maladie parmi ses élèves, était indignée.\u201cQue feront nos aveugles ?dit-elle.Vous resterez.\u201d Je ne sais pas si elle a consulté la Maison-Mère, mais j'ai continué mon service, et quelques mois plus tard jai eu la joie de lui porter la bonne nouvelle de notre triomphe.Pour sauvegarder ses droits à la direction médicale de l'Hôtel- Dieu, l'Ecole fit présenter, en réponse à l\u2019ordre de Mgr Fabre, un >rotêt en bonne et due forme à la Communauté.Je dois avouer que lorsque ce protêt a été soumis à l'assemblée, j'étais un peu scandalisé, car je n'avais jamais vu une semblable procédure: et j'ai rappelé alors à mes collègues la malheureuse clause du contrat du 19 mars.\u201cEn tout cas, me dit le docteur Desjardins, nous ne sommes pas encore déclarés formellement rebelles à l'Eglise.\u201d Et le protêt fut adopté.On peut encore se demander pourquoi l'Ecole n'a pas cru devoir accepter l'offre d\u2019un intermédiaire.La réponse en est bien simple.Nos aînés ne se rappelaient que trop bien les négociations de 1878.Ils savaient qu'ils auraient affaire aux mêmes personnages, et ils restaient convaincus que ce groupe avait pour devise, comme autrefois les Romains pour Carthage : \u2018Delenda est Schola\u201d.Ils avaient raison.age L'UNION MÉDICALE DU CANADA 641 Chapitre XI Deuxième période La réponse de l'Ecole est datée du 30 mai.Il fallait du temps .pour la.préparer, et elle est d'une logique irréfutable.Comme elle est assez longue, je vais la résumer : L'Ecole admet bien l'existence de facto de la Succursale, mais de jure elle la nie pour les raisons suivantes : 1° Par le Décret de 1878, tous les Evêques.de la Province devaient concourir à la fondation de la Succursale.Or, seuls, FArchevéque et Mgr de Montréal y ont mis la main.Par conséquent, la Succursale n'a pas été légalement fondée selon le texte du décret.| 2° Malgré cette irrégularité, et sur avis de Mgr Conroy, l'Ecole est entrée dans la Succursale, en conservant ses droits civils.Mgr Fabre en annonçant cette fondation a fait l'éloge de l\u2019Ecole.3° Par la suite, l\u2019Ecole a été injustement et arbitrairement chassée de la Succursale, contrairement à la déclaration du Délégué, \u201cque le Saint-Siège voulait aider et secourir les institutions existantes, et non les détruire\u201d.IL est clair, par conséquent, que si la Succursale existe de facto, elle n'existe pas de jure, selon les prescriptions du dit Décret.En faisant appel aux Evêques, l\u2019École ne fait que se conformer au Décret, puisque ceux-ci ont été désignés pour régler avec Laval ce qui concerne l'établissement de la Succursale.Quant à l\u2019exclusion de l'Ecole des maisons religieuses, celle-ci en appelle au tribunal de tous les Evêques, et elle croit que c'est son devoir de se défendre contre une aggression qu'elle trouve injuste.Je ferai remarquer ici que les membres de l'Ecole, en 1878, auraient dû insister sur une stricte observance de la lettre du Décret.Si tous les Evêques avaient concouru à la fondation de la Succursale, et accepté, par conséquent, le règlement entre Laval et l'Ecole, l\u2019exclusion de cette dernière par le Conseil Universitaire n'aurait pas été chose si facile, car le dit Conseil n\u2019aurait pas osé, à la légère, détruire l\u2019œuvre de tout l\u2019épiscopat.En 1890, nous avons profité des leçons du passé, car avant de revenir devant la Législature après notre échec du printemps, nous avions la signature de tous les Evêques de la Province de Montréal, ou, dans le cas de Mgr Fabre en voyage ad limina, de l'Adminis- irateur du diocèse. 642 L'UNION MÉDICALE DU CANADA Pour revenir à la lettre de l'Ecole, on peut voir en l'étudiant que la première partie est consacrée à réfuter les arguments de Mgr Fabre au sujet de l\u2019existence de la Succursale, et à expliquer pourquoi les \u2018dix médecins intelligents\u201d ont osé affirmer le contraire.C\u2019est pour cette raison que l'auteur de la lettre s\u2019est efforcé d'établir la différence entre le de facto et le de jure.On peut aussi, il me semble, comparer son argumentation à ce qui arrive dans les cas de mariages contractés entre parents sans dispense: de facto le mariage a eu lieu; il a même été béni par le prêtre, ignorant, bien entendu, l\u2019irrégularité; même des enfants ont pu naître de l\u2019union, les époux ont pu être de bonne foi, et cependant l'autorité ecclésiastique déclare de jure que le mariage n\u2019a pas eu lieu.La lettre se termine par la déclaration de l\u2019appel' contre les ordonnances de son Ordinaire, excluant l'Ecole de maisons religieuses.Comme nous savions que les Evêques étaient réunis à Québec pour le Conseil de I'Instruction Publique, le 22 mai, les docteurs d'Orsonnens et Desjardins présentèrent à Mgr Taschereau les documents de la cause.C\u2019était un dossier assez volumineux; il renfermait les copies des lettres.échangées avec Mgr Fabre, le protêt adressé à l\u2019Hôtel-Dieu et les opinions légales au sujet de la position de l\u2019Ecole vis-à-vis la Communauté.| En recevant ces pièces, Mgr Taschereau voulut d\u2019abord avoir une déclaration formelle de la rupture de l'Ecole avec Victoria, mais les délégués répondirent que leur mission était de présenter l\u2019appel de l'Ecole, qu\u2019ils n'étaient pas.autorisés à faire de déclaration au sujet de l\u2019affiliation.Mgr Taschereau a dû reconnaître la justesse -de- cette réplique, puisqu'il consentit à présenter les documents aux Evêques.La principale question soumise était celle de l'exclusion de l'Ecole des maisons religieuses.L'ordonnance de Mgr Fabre, disait- on, portait non seulement atteinte à l\u2019existence de l\u2019Ecole, mais dans le cas de l\u2019Hôtel-Dieu, elle imposait à cette Communauté une violation d'un contrat civil, dans l'opinion des avocats consultés.L'Ecole faisait aussi remarquer qu \u2018elle aurait bien pu porter plainte devant les tribunaux, mais qu'elle préférait soumettre sa cause aux Evêques.Une fois la question.de I\u2019 ordonnance réglée ce serait facile de discuter d'autres sujets.tels que la rupture de l'affiliation.et l'entente avec Laval.Le L'UNION MÉDICALE DU CANADA 643 Mgr Taschereau connaissait bien la valeur des mots; en recevant le dossier il a accusé réception de la requête, en évitant bien de se servir du mot appel.C'est pour cette raison que l'École, au retour des délégués, sachant bien qu'un appel suppose des droits à celui qui le fait, tandis qu'une requête peut venir d'une personne qui demande une faveur, l\u2019École, dis-je, a passé une résolution insistant sur\u2019le mot appel.Le 25 mai, Mgr Dominique Racine, au nom des Evêques, accuse réception des documents et informe l\u2019Ecole que NN.SS.Taschereau, Moreau et Lorrain \u2018ont été chargés de traiter avec les Messieurs de l'Ecole de Médecine de Montréal les diverses questions sur lesquelles ces Messieurs ont attiré l'attention des Evêques de la Province\u201d.Pas une mention de I'dppel, mais seulement des \u201cdiverses questions\u201d.L'Ecole, en répondant, \u201cfait remarquer à Mgr Racine que sa communication ne fait pas mention de l\u2019appel formel que l\u2019Ecole pria respectueusement Mgr l'Archevêque de transmettre de sa part a NN.SS.les Evéques de la Province alors réunis à Québec\u201d.L'École répète encore que l'unique point dont il est question dans le susdit appel porte sur une question de justice et d\u2019équité qui paraissaient être violées par les récentes ordonnances de Mgr de Montréal.L'Ecole désirait savoir si son appel avait été communiqué aux Evéques, et s'il a été accueilli ou rejeté.Comme il y va de l'existence même de l'Ecole, elle désire savoir si elle doit s\u2019adresser à un autre tribunal pour se protéger, ou si, au contraire, NN.SS.vont l'entendre.Mgr Racine ne répondit pas, mais le 27 mai le Chanoine Vaillant informe M.d\u2019Orsonnens que le lendemain le Comité épiscopal rencontrera les professeurs de l\u2019Ecole Victoria au salon de l\u2019évêché.La composition du Comité épiscopal n\u2019était pas rassurante.Il y avait d\u2019abord Mgr Taschereau, le Chancelier de Laval.H me semble qu'il aurait dû se récuser comme partie intéressée dans la cause.Mgr Lorrain, Vicaire Apostolique de Pembrooke, ancien vicaire général de Mgr Fabre; il avait longtemps habité les Etats-Unis, et nous le croyions peu au courant des questions canadiennes.M&r Moreau, le pieux et savant Evêque de Saint- Hyacinthe, avait toute notre estime, mais nous craignions beaucoup l'influence de ses deux collègues sur ses opinions.Enfin, le sort était jeté, il fallait le subir. 644 ! UNION MEDICALE DU CANADA Trois délégués représentèrent l\u2019Ecole devant le Comité épiscopal : MM.d\u2019Orsonnens, Desjardins et Craig.La première entrevue eut lieu le 28 mai, et le docteur Desjardins, avec le consentement des Evêques, dressa après chaque séance un procès-verbal des propos échangés de part et d'autre.En lisant ces rapports, il est clair que le Comité épiscopal n'avait aucune intention de suivre une procédure régulière quant à l'appel de l\u2019Ecole et, en somme, ces conversations n\u2019ont eu aucun résultat, sauf que de faire présager une condamnation prochaine.Le Comité commença par demander aux délégués quelle réclamation ils avaient à faire.les médecins répondirent que leur mission est d'apprendre si l\u2019appel du 22 mai est reçu par NN.SS.les Evêques de la Province et en ce cas d\u2019offrir les pièces ou documents nécessaires pour l'examen de la cause, qui est la question des ordonnances récentes de Mgr Fabre.En d'autres mots, il s'agissait de savoir si, oui ou non, le Comité allait entendre comme un tribunal le plaidoyer qui lui serait soumis.La réponse fut évasive.Au lieu d'un oui ou d'un non, le Comité répliqua que la position de l\u2019Ecole n\u2019était plus la même depuis le Décret de 1883.Il ne fallait pas oublier que la Succursale était fondée par Autorité Apostolique.Les médecins, dit le procès-verbal, comprirent par cette déclaration que, selon le Comité, l'Ecole n'avait plus de droits, qu\u2019elle devait s'estimer heureuse d\u2019une offre quelconque qui lui serait faite par la succursale.\u201cNN.SS., disent-ils, voudront bien nous dire à quel endroit du Décret il est question de l'Ecole, et comment sa position est changée ?Le nom de l'Ecole n\u2019est pas même mentionné.\u201d La réponse du Comité est qu\u2019il appartient aux Evêques d'\u2019interpréter le Décret.Comme on le voit, il était toujours question non de la lettre, mais de l'interprétation donnée au Décret.Une longue conversation suivit, et, à la fin, les délégués ont réussi à obtenir de Mgr Taschereau une déclaration: qu\u2019en nommant le Comité épiscopal les Evêques ont suffisamment fait connaître leur intention de s'occuper de l'appel de l\u2019Ecole.L'Archevêque posa ensuite treis questions.1° Quelles sont en détail les réclamations que vous croyez avoir droit de faire 7 2° Quelles sont les raisons à l\u2019appui de chacune de ces réclamations ?lv L'UNION MÉDICALE DU CANADA 645 3° Quelle est cette autorité compétente dont il est question à la fin de l\u2019appel ?À la première question, l'Ecole, réunie à la hâte en assemblée spéciale le même soir, répondit ainsi : Au sujet des réclamations : 1° L'Ecole réclame que son existence civile soit reconnue, avec tous les droits et privilèges qui en découlent.2° Qu'elle continue à rester en possession paisible de ses droits à l\u2019Hôtel-Dieu et dans les autres maisons religieuses.3° Qu\u2019elle ne soit pas forcée de rompre son affiliation avec Victoria avant d\u2019avoir, par arrangement équitable avec Laval, le privilège de conférer ou de faire conférer des degrés académiques à ses élèves.Dans sa résolution, l\u2019Ecole a ajouté à chacune de ces réclamations des considérants qu'il n\u2019est pas nécessaire de reproduire.La deuxième entrevue eut lieu le lendemain, le 29 au soir, et le docteur Hingston fut adjoint à la première délégation.Lecture faite des réclamations, Mgr Taschereau prit la parole: Vous voulez obéir en tous points aux Décrets apostoliques ?Or, les Décrets veulent une Succursale, non une affiliation, tandis que vous, vous voulez conserver votre Ecole comme corporation: ce qui est contradictoire.L'Ecole, encore une fois, ne doit pas songer à entrer comme corps dans la Succursale.\u201d En réponse, les médecins citèrent le fait que l\u2019Ecole fut admise en corps comme Faculté Médicale de la Succursale.Par l'entente formelle avec Mgr Fabre, I'Ecole a conservé son autonomie, et M.Hamel l'a reconnue.Mer Taschereau répliqua que les professeurs étaient nommés par le Conseil Universitaire et étaient révocables ad nutum.Les médecins répondirent que cette clause de l'entente n'avait pas pour effet d\u2019invalider le contrat passé avec Mgr Fabre.Le fait que le Conseil Universitaire pouvait les destituer ne pouvait nullement prévaloir sur un contrat formel.Les professeurs qui ont accepté cette révocation ne pouvaient pas prévoir l\u2019usage que -l\u2019on devait en faire.- Mgr Taschereau affirme ensuite que l\u2019existence civile de l'Ecole ne devait continuer que pour le règlement de ses dettes.En commentant cette affirmation, le procès-verbal fait remarquer que les médecins ne connaissaient aucun document à l'appui de cette déclaration. 646 L'UNION MÉDICALE DU CANADA les médecins répliquent que l'Ecole a encore des dettes.Mgr Lorrain répond que depuis le dernier Décret la\u2019 position de l'Ecole n\u2019est plus la même.Les médecins rappellent le fait que la Succursale a été fondée par M.Hamel sans lé concours de tous les Evêques de la Province, contrairement au Décret.Mgr Moreau répond que la présence des Evêques au Grand Séminaire, le 6 janvier 1878, constituait une approbation de la fondation de la Succursale.\u2018Dans ce cas, répliquèrent les médecins, si vous considérez que la Succursale a été légitimement fondée, il ne faut pas oublier que l'Ecole en faisait partie, selon le Mandement de Mgr Fabre de décembre 1877.Les Evêques, dites-vous, ont approuvé la fondation telle qu\u2019elle était le 6 janvier 1878, mais non la Succursale fondée plus tard par M.Hamel.\u201d Cet argument plaçait le Comité épiscopal dans un dilemne.Si la Succursale était régulièrement fondée, et si I'cole en faisait partie avec ses droits garantis par contrat avec Mgr Fabre, I'Ecole avait le droit de réclamer de nouveau son entrée.Si d\u2019un autre côté le Décret n\u2019a pas été observé, la Succursale de M.Hamel était irrégulièrement fondée, et il fallait tout recommencer.Le Comité épiscopal ne pouvait pas répondre, et garda le silence.Les médecins demandèrent quelles étaient les offres de la Succursale.Le Comité épiscopal répond que des chaires, à la discrétion du Conseil Universitaire, seraient offertes aux docteurs Hingston, Desjardins et Mignault.Trois titres de professorat honoraire à trois autres membres de l\u2019Ecole.J'ai appris par le procès-verbal de la Succursale que ces trois derniers étaient les docteur d\u2019Orsonnens, Coderre et Trudel.Il va sans dire que personne d\u2019entre nous n\u2019a songé à accepter l'offre d\u2019une chaire à l\u2019exclusion de nos collègues.Selon l'expression énergique du docteur Hingston, \u2018nous n\u2019étions pas des rats qui abandonnent un navire qui sombre\u201d.L\u2019entrevue s\u2019est terminée par une déclaration formelle de Mgr Taschereau, en quatre points : 1\u201d Les Décrets Apostoliques, et notamment celui de 1883, exigent que tous les catholiques favorisent la Succursale.Ils obligent donc les professeurs de l\u2019Ecole à favoriser la Succursale par tous les moyens en leur pouvoir, même au prix de sacrifices, et cette obligation Ir L'UNION MÉDICALE DU CANADA 647 est grave de sa nature, comme l'indiquent les expressions dont se sert le Souverain Pontite.2° Les Décrets Apostoliques excluent l'idée d\u2019une affiliation.Par conséquent l'Ecole ne peut songer à ce mode d'union avec Laval: mais elle doit, pour être d\u2019accord avec les Décrets et avec elle- même, puisqu'elle invoque spécialement le Décret de 1876, s\u2019effacer comme Ecole, afin que ses membres puissent entrer dans la Succursale, comme individus, et non comme membres de l\u2019Ecole.3° C\u2019est le sentiment des Evêques, fondé sur les Décrets de 137&8et 1883.- 4° En persistant dans ses prétentions, l'Ecole s'expose à être traitée comme en révolte avec l\u2019Eglise.Il était donc clair, par ce jugement, que le Comité épiscopal n\u2019avait aucune intention de prendre en considération notre appel contre les ordonnances de Mgr Fabre.Ce point capital a été tellement écarté qu'il n'en est pas même fait mention dans la réponse finale du Comité.Pour nous, il fallait, sous peine des censures ecclésiastiques, cesser de fonctionner comme institution enseignante, cesser même d'exister comme corporation civile.En recevant cette sentence, l'Ecole n'a pas voulu abandonner la position prise au sujet des ordonnances.[lle avait fait un appel; elle avait le droit de s'attendre à une réponse définitive sur la question soumise.Par conséquent, elle rappelle respectueusement à l\u2019Archevêque qu\u2019elle attendait toujours cette réponse.\u2018Mgr Taschereau répond que la dernière entrevue a laissé voir assez clairement le sentiment des Evêques (sans doute ceux du Comité); les autres étant en tournée épiscopale, il faudrait leur donner le temps d'examiner la sentence prononcée.La lettre se termine en affirmant l'existence de fait et de droit de la Succursale: les Evêques, en s\u2019occupant de l\u2019appel, n'ont nullement Tintention de révoquer en doute l'existence de la dite Succursale.C\u2019est toujours la même façon d'agir à notre égard.Notre appel était contre les ordonnances, rien de plus.Mais Mgr Taschereau répond que le rapport du Comité sera soumis aux Evêques en tournée épiscopale.Notre appel est toujours regardé par lui comme dirigé contre Ja Succursale et il défend cette institution comme si nous l'avions 648 L'UNION MÉDICALE DU CANADA attaquée.Pas un mot au sujet de notre exclusion des maisons religieuses, aucune réponse à nos questions, si clairement posées, pourtant.Le 6 juin, Mgr Taschereau revient à la charge.\u201cComme, dit-il, l'Ecole a déclaré qu\u2019elle ne romprait son affiliation que moyennant certaines conditions jugées inadmissibles, la présente est pour vous informer que si avant dimanche prochain cette désaffiliation n\u2019est pas effectuée, le Comité fera rapport aux Evêques que l\u2019Ecole ne veut pas le faire.En second lieu, l'Ecole aurait l'intention de recourir aux autorités civiles dans cette affaire; si cette intention n'est pas désavouée et abandonnée avant le dimanche, 10 courant, le Comité fera rapport en conséquence aux Evêques.Si la malle de samedi, qui est distribuée ici dimanche à midi, ne m\u2019apporte pas une réponse catégorique, NN.SS.les Evêques en seront informés immédiatement, et ils prendront leurs mesures en conséquence.\u201d ,Ç Je résume la réponse de l'Ecole : 1° Encore une fois, elle rappelle à Mgr Taschereau que son appel est dirigé contre les Ordonnances.+ 2° Quant à la désaffiliation, elle se déclare dans l'impossibilité de la faire sans une entente équitable avec Laval.3° Quant au recours aux tribunaux civils, elle affirme que rien dans les documents soumis ni dans les déclarations de ses délégués n'autorise une telle accusation.(*) 4° Elle déplore respectueusement le ton et la forme de la lettre du 6 juin.: Mer l\u2019Archevêque, en tournée épiscopale à Saint-Antoine de Tilly, accuse réception de la communication de l'Ecole.Il ne peut pas exposer ses vues sur la question, étant en correspondance avec ses collègues de l\u2019Episcopat., (#) Je crcis que l\u2019allusion faite par Mgr Taschereau au recours aux tribunaux civils a été provoquée par les opinions légales demandées par l\u2019Ecole à plusieurs jurisconsultes éminents de Montréal.En lisant ces opinions, il est clair que, sauf M.Monk, aucun de ces avocats n\u2019a été mis au courant du contrat du 19 mars 1883, cù il est stipulé que si l\u2019Ecole était déclarée formellement rebelle à l\u2019Eglise elle perdait ses droits à l\u2019Hôtel-Dieu.Mgr Taschereau a cru voir dans ces consultations le premier pas vers un recours aux tribunaux. Eee L'UNION MÉDICALE DU CANADA 649 Chapitre XH L\u2019Ecole est condamnée La dernière lettre de Mgr Taschereau.en date du 16 juin, n\u2019était certainement pas rassurante: et je crois que personne d'entre nous n'avait de doutes sur le résultat de nos démarches.D'abord, notre appel contre les ordonnances de Mgr Fabre nous excluant des institutions religieuses n\u2019avait pas même été pris en considération.Puis comme Mgr Moreau avait, lors de l\u2019entrevue du 28 mai, déclaré \u201cqu'il appartenait aux évêques d'interpréter les décrets\u201d, il était bien clair que l\u2019interprétation de ces documents serait défavorable pour nous.| Mgr Fabre était parti, comme les autres, en visite pastorale, et, du reste, comme 1l avait remis 'affaire entre les mains d\u2019un comité épiscopal, nous n'avions qu'à attendre leur jugement.Les médecins attachés à l'Hôtel-Dieu faisaient leur service, les autres s\u2019occupaient de leur clientèle.Je puis me tromper.mais j'ai toujours été sous l\u2019impression que la condamnation d'un diocésain relève de son Ordinaire, et non de l\u2019évêque d'un autre diocèse.En tout cas, c\u2019est Mgr Taschereau qui a, le premier, prononcé la sentence contre nous.Sa lettre, datée du 25 juin 1883, écrite de Sainte-Julie de Somerset, peut être ainsi résumée : 1\u201d Le décret de 1876 déclare qu\u2019il est impossible que l\u2019Ecole soit affiliée à Laval.L'Ecole, en voulant conserver son autonomie et par conséquent être affiliée, est en contradiction avec ce décret.Evidemment, Sa Grandeur oublie le contrat à cet effet passé avec Mgr Fabre avec l\u2019approbation du Délégué Apostolique.2° Le même décret de 1876, renouvelé en 1881 et en 1883, exige que l'Ecole cesse d\u2019être affiliée à l\u2019Université protestante de Victoria.\u2014Et dire que le Pape n\u2019en savait rien, quelques semaines plus tard ! En posant, continue Monseigneur, à propos de ses arrangements avec Laval des conditions incompatibles avec le dit décrets, et en refusant de se désaffilier jusqu\u2019à ce que ces conditions soient acceptées, l\u2019Ecole se met en rébellion avec le Saint-Siège.3° L'Ecole, en persistant à faire concurrence à la Succursale, est en rébellion avec le décret de 1883.Les membres de cette Ecole sont donc ainsi en rébellion avec le Saint-Siège, les élèves catholiques qui la fréquentent désobéissent au Souverain Pontife. 650 L'UNION MÉDICALE DU CANADA 4° Le décret de 1883 contient un mandalum absolutum positif aussi bien que négatif, qui coupe court à tout faux-fuyant, par exemple d\u2019envoyer à la Succursale ses enfants, ses pupilles ou ses protégés.5° L'Ecole étant ainsi jugée et déclarée rebelle à l'autorité religieuse, il s'ensuit comme conséquences : a) Que la Communauté de l'Hôtel-Dicu est libre de toute obligation envers la dite Ecole; b) Qu\u2019aucun catholique ne peut en conscience faire partie de la dite Ecole ou en fréquenter les cours et que les professeurs et les élèves ne peuvent pas être admis aux sacrements de l\u2019Eglise; c) Que l'ordonnance de Mgr de Montréal contre laquelle l'Ecole en a appelé aux Evêques de la Province est maintenue.Quelques lettres ont été échangées, mais inutilement, avec Mgr Taschereau.La condamnation a dû être signifiée à la Communauté de l\u2019Hôtel-Dieu peu après, puisque le 20 juillet la Sœur Supérieure nous a notifié du renouvellement des Ordonnances de Mgr Fabre.L'on me permettra de citer la fin de cette lettre : \u201cDans cette solennelle circonstance, l\u2019Hôtel-Dieu prie l'Ecole d'accepter, avec ses vives sympathies, l'assurance de sa profonde reconnaissance pour ses longs services et son dévouement constant auprès de nos pauvres malades, depuis près de- quarante ans.Le Ciel récompensera ce dévouement et l'Hôtel - Dieu ne l\u2019oubliera jamais !\u201d Celle qui a tracé ces lignes si admirables vit encore, elle s'appelle Sœur Lafrance.Sœur Saint-Louis, la Supérieure, est morte en 1887.J'ai dit plus haut que l\u2019Ecole avait envoyé une copie de sa lettre du 6 avril au Souverain Pontife.Dans sa réponse du 18 juin, le Cardinal Simeoni informe le docteur d\u2019Orsonnens que la volonté du Saint-Père est de voir l\u2019Ecole de Médecine et de Chirurgie entièrement soumise au Décret.Cette nouvelle était une autre tuile sur notre tête, mais \u201cà quelque chose malheur est bon\u201d.C\u2019est précisément cette réponse de la Propagande qui nous a donné l\u2019idée d\u2019envoyer un délégué à Rome, où nous n\u2019avions personne pour nous représenter.Le mandement de Mgr Fabre confirmant la condamnation de l\u2019École par son Métropolitain a été lancé le 27 juillet et lu dans les églises le dimanche 5 août.Assez curieusement, le Star a publié L\u2019UNION MÉDICALE DU CANADA 651 le document épiscopal la veille, in extenso, fait que le docteur Desjardins n\u2019a pas manqué de signaler à la Propagande.A l\u2019exception de Mgr Laflèche, les autres Evêques de la Province ont suivi l\u2019exemple de l\u2019Evêque de Montréal, de sorte que, aux yeux du public, nous étions des excommuniés, des ennemis de l\u2019Eglise.Pendant ce temps les professeurs de la Succursale eurent, en présence de Mgr Fabre, une entrevue avec la Communauté de l'Hôtel-Dieu au sujet du service d'automne, et je me rappelle que Ja Mère Saint-Louis, qui était sous mes soins, souffrait beaucoup chaque fois que les délégués de la Succursale venaient la voir.J'ai réussi, enfin, à faire cesser ce harcèlement en adressant un protêt vigoureux à l\u2019Evèque.Chapitre XIII L\u2019appel à Rome.Tout semblait perdu, nos hôpitaux, nos élèves, et, comme des hérétiques, nous étions exclus des sacrements.Heureusement, personne d\u2019entre nous n\u2019est mort pendant ce temps, car il aurait eu, m\u2019assure-t-on, le sort de Guibord.Tant que la lutte a duré, nous sommes restés unis; personne n\u2019a songé à abandonner ses collègues, et tous, mêmes les plus favorisés par les offres de Laval, sont demeurés dans ces dispositions jusqu\u2019à la condamnation.Mais il s\u2019est formé presque aussitôt deux ou trois groupes d'opinion au sujet de la ligne de conduite que l'on devait adopter.Les uns étaient impassibles et cachaient leurs sentiments sous un mutisme absolu lorsque nous étions en assembiées.D'autres étaient décidés de continuer, quand même, l\u2019œuvre de l'Ecole; l\u2019un disait: \u201cJe mourrai tranquillement dans cet état\u201d; un autre ajoutait: \u201cJ\u2019ai un pied dans la tombe, mais j'irai jusqu'au bout\u201d.lly avait enfin un groupe, et j'étais dé ce nombre, pour lequel l'exclusion des sacrements, l\u2019excommunication comme nous disions, était intolérable.Sans entrer dans les détails, certains d\u2019entre nous avaient, eux et leur famille, souffert à cause de leur foi catholique, et pour ceux-là une telle situation était doublement pénible.| [1 fut donc résolu d\u2019accepter l\u2019offre du docteur Desjardins d\u2019aller porter notre cause aux pieds du Souverain Pontife.Abandonnant par conséquent sa nombreuse clientèle, se séparant de sa famille réunie pour les vacances d\u2019été, il est parti la vieille de la publication du mandement de Mgr Fabre. 652 L'UN:ON MÉDICALE DU CANALA Je me rappelle encore que lorsque nous nous sommes réunis pour lui donner une procuration, il me semblait que cet appel était peine perdue, et plusieurs de mes collègues étaient du mème avis.Notre caisse était vide, mais un, ami fidèle, Mgr Vinet, a fourni les fonds nécessaires.Après son départ, quelques membres de l\u2019Ecole ont cru préférable de suspendre pour le moment nos opérations, mais comme d'autres y voyaient un danger pour notre existence civile il a été résolu d'attendre les événements.Le docteur Desjardins fit diligence.Rendu à Rome vers le 12 août, il adressa d\u2019abord un mémoire à la Propagande, et en recevant le mandement de Mgr Fabre, 1l l'a inclus dans le dossier de la cause.Parfaitement au courant de la question, il avait pendant Ja traversée préparé son plaidoyer, et en arrivant il n'avait qu\u2019à le faire imprimer.Il s'est aussi assuré les services d'un avocat bien versé dans les procédures des tribunaux ecclésiastiques pour le présenter au Cardinal Simeoni qui occupait un très modeste appartement dans l'édifice de la Propagande.Notre délégué etait un diplomate naturel, et dès la première entrevüe, il a si bien gagné les bonnes grâces du Cardinal que celui-ci a consenti à recevoir le mémoire et l\u2019appel de l\u2019Ecole.C'était d'autant plus étonnant que quelques semaines plus tôt notre appel au Pape avait rencontré une fin de non recevoir.En pensant aussi à ce qui est arrivé par la suite, il faut croire que les représentants de Laval n\u2019ont pas été prévenus de la mission du docteur Desjardins, ou bien que, regardant leur victoire comme décisive, ils étaient allés en vacances.Pour ceux qui pourraient douter de la présence en permanence de ces représentants, je puis dire que j'ai vu une lettre de l\u2019un d\u2019entre eux où il se vantait de ses prouesses.Dans son mémoire, le docteur a commencé par l\u2019histoire de la question, en parlant surtout du rôle de M.Hamel, et il fit ressortir l\u2019irrégularité de la fondation de la Succursale.Il parla ensuite de la prospérité de l\u2019Ecole, de ses nombreux élèves en comparaison avec ceux de la Succursale.Passant ensuite aux difficultés présentes, il retrace le cours des événements depuis le 30 mars 1883, la correspondance avec Mgr Taschereau, 'Ordonnance de Mgr Fabre, et enfin la condamnation de: l\u2019École.Il dénonça en termes énergiques l'injustice et le tort infligés à notre institution, et laissa entrevoir, bien délicatement, la possibilité d'un recours aux tribunaux civils par l\u2019École pour défendre ses droits et sa propriété.Enfin, en terminant, il prié la Propagande de bien \u2014 \u2014 ey L\u2019UNION MÉDICALE DU CANADA 653 vouloir agréer l'appel de l'Ecole contre l'interprétation faite par les Evêques des décrets de 1878 et de 1883.En résumant ce document, j'ai laissé de côté les arguments, me bornant simplément au récit des faits.Ce mémoire fut suivi de deux appels formels.Dans le premier, il s'appuie sur les faits relatés dans son mémoire; dans le deuxième, après réception du mandement de Mgr Fabre, il est surtout question de ce document.Ce dernier appel a été présenté le vendredi 18 août.Comme sa procuration est datée du 28 juillet, on peut voir qu\u2019il n'a pas perdu son temps.Le docteur Desjardins était descendu à l\u2019hôtel Aliberti, et comme la chaleur était excessive, il m\u2019a dit avoir souvent songé à sa villa de Terrebonne.Il a cependant pu voir plusieurs Cardinaux, mais beaucoup de personnes qu'il aurait aimé consulter étaient à la campagne.- C'était le Jeudi 24 août, assez tard dans l'après-midi.Un messager de la Propagande le pria de se rendre auprès du Cardinal Préfet.Le Cardinal Simeoni le reçut avec une figure souriante, et lui remit presque: aussitôt le fameux câblegramme écrit de sa main sur une feuille de parchemin.: Transporté de joie, le docteur voulut le porter immédiatement au Bureau des Postes.{ 2 \u2018Attendez, lui dit Son Eminence, je vais en faire solder les frais: Votre Ecole a assez dépensé d\u2019argent dans cette cause.\u201d Le Cardinal invita aussi M.Desjardins à assister le dimanche à la-messe du Pape, et à communier de sa main.\u201cVous oubliez, Eminence, riposta le docteur, que mon Evêque m'a privé des sacrements.\u201d Le Cardinal sourit et haussa les épaules.\u201cAllons, allons, docteur, dit-il, ne faites pas le malin.\u201d Il va sans dire que l'invitation füt acceptée, et que le dimanche 27 août notre délégué, au comble de la joie, reçut | la Sainte Hostie des mains du Pontife.oo | Je lui ai demandé si le Pape lui a adressé la parole apres la messe.\u201cNon, m'a dit le docteur, il savait que j'étais là, mais il n\u2019y av ait rien à ajouter à ce qui avait été fait.\u201d Il faut malheureusement dire que certaines gens, jalouses de notre victoire, ont prétendu que le \u2018 \u2018Suspende Omnia\u201d aurait été obtenu par intimidation et menaces d\u2019un recours aux tribunaux.Il faut a 65-4 L'UNION MÉDICALE DU CANADA craindre que les auteurs de ces rumeurs ne connaissent que trés peu l\u2019histoire de l'Eglise qui, par tous les siècles, a bravé les pouvoirs civils lorsqu'il était question de faire ou de faire accomplir ce qu\u2019Elle trouvait juste et équitable et dans l'intérêt des âmes qui lui sont confiées.La Propagande n\u2019a pas été intimidée.Elle a constaté que les interprétations données à ses décrets étaient fautives, et elle a tout simplement désavoué les condamnations basées sur ces interprétations, non seulement en 1883, mais jusqu\u2019en 1801.Si le docteur Desjardins a parlé dans son mémoire d\u2019un recours possible aux tribunaux civils, (il aurait pu dire la certitude), il savait bien ce qu\u2019il disait.Mais l\u2019allusion à cette possibilité n\u2019était pas une menace; il voulait faire éviter un scandale par l'intervention de la Propagande.Et nous, ce jeudi soir, que faisions-nous ?Un proverbe anglais dit que \u2018\u201cl\u2019heure la plus sombre de la nuit est \u2018celle qui précède l'aurore\u201d, et je me rappelle avoir eu une entrevue avec le docteur d\u2019Orsonnens précisément au moment où le docteur Desjardins, en tenant compte de la différence de l'heure, était chez le Cardinal Simeoni.Notre président m\u2019a déclaré encore une fois qu\u2019il était bien décidé de continuer quand même la résistance, et m\u2019a fait comprendre que si je ne voulais pas adopter.cette manière d'agir je ferais mieux de me démettre.En retour, je lui ai rappelé mon refus d'accepter l\u2019offre d'une chaire a la Succursale et mon intention, si tout était fini, de m'occuper de ma clientèle, peu nombreuse, il faut l'avouer, ou d\u2019aller pratiquer dans ma ville natale aux Etats- Unis.\u201cAttendons toujours, lui dis-je, le résultat de la mission du docteur Desjardins.\u201d Et nous nous sommes laissés bons amis, comme toujours.Chapitre XIV L'Ecole est sauvée Le docteur d\u2019Orsonnens était dans son bureau, le matin du 25 août, lorsqu\u2019on lui remit la dépêche.Tout bon latiniste qu'il fit, il s\u2019est rendu en toute hâte auprès d\u2019un prêtre de ses amis, et ensemble ils ont constaté que l\u2019Ecole était sauvée.Le docteur lui-même était tellement ému qu\u2019il pouvait à peine parler, mais son ami et conseiller, aussi joyeux mais plus calme, lui fit comprendre qu\u2019il fallait en prévenir immédiatement Mgr Fabre. L'UNION MÉDICALE DU CANADA 655 Il apprit à l'évêché que Monseigneur était allé diner au Grand Séminaire, où il v avait une retraite pastorale.Le docteur m\u2019a raconté qu'en lisant le câblegramme Mgr Fabre en est resté interdit : il n\u2019y avait pas à se méprendre sur la signification du texte: \u201cSchola proposuit Pontifici consiliari; suspende omnia, Schola continuet anno proximo, scribam, Simeoni.\u201d oo Lorsqu'il fut un peu remis, Monseigneur commença par exprimer des doutes sur l\u2019authenticité de la dépêche, et il crut devoir en \u2018défendre la publication pour le moment.Il voulait non seulement s'assurer que la communication venait de la Propagande, mais il était d'avis qu\u2019il fallait en prévenir les autorités de Laval.Après le départ du docteur, il manda à la hâte un des principaux professeurs de la Succursale et le pria de se rendre, le soir même, à Québec.L'on peut s'imaginer la surprise et la consternation du personnel universitaire.Depuis plusieurs semaines ils croyaient que l\u2019École était, sinon finie, du moins impuissante à faire concurrence à leur Faculté montréalaise, et dans un instant tous ces beaux réves, comme ceux de Pierrette, étaient évanouis.Les hommes ne croient pas facilement aux mauvaises nouvelles; il restait toujours la possibilité d\u2019une mystification, et ils envoyèrent immédiatement une dépêche à Rome à peu près dans ces termes: \u201cLe câblogramme est-il authentique ?Si oui, nous envoyons deux délégués.\u201d ja réponse leur enleva tout espoir.Le télégramme était authentique.\u201cQue les délégués ne se rendent pas à Rome, nous enverrons un Commissaire Apostolique.\u201d Mgr Fabre a dû recevoir cette dernière nouvelle le dimanche, car le lundi matin la rumeur a commencé à circuler dans la ville.Encore un souvenir personnel en passant.Selon mon habitude, J\u2019allais cette année-là passer les fins de semaine à Saint-Hilaire où j'avais loué une chambre pour l\u2019été.Etant parti le samedi, j'ignorais la bonne.nouvelle, et je me rappelle que, après la messe, mes amis m'ont plaisanté sur mon excommunication, car le dimanche précédent le Curé avait donné lecture du mandement de Mgr Moreau.C'était la coutume des gens en villégiature de se mettre à l'orgue, et comme les chœurs mixtes n'étaient pas encore défendus, j'ai chanté avec les jeunes gens et les jeunes filles.Une de ces dernières me dit: \u2018Pour un excommunié, vous ne chantez pas mal.\u201d \u201cC\u2019est tout ce qui me reste à faire dans l'église, Mademoiselle\u201d, lui répondis-je. 656 L'UNION MÉDICALE DU CANADA De retour à Montréal le lendemain, j'ai appris vaguement que l'Ecole était sauvée grâce à l'intervention de Rome, et ma première visite a été chez le docteur Coderre.Le bon vieillard me serra la main avec des larmes aux yeux.Je n\u2019oublierai jamais sa traduction du \u201c\u2019Schola continuet anno proximo\u201d: \u2018\u2019Que l\u2019Ecole continue comme par le passé.\u201d J'étais trop heureux pour ergoter sur une question de latin, et J'ai accepté sans mot dire sa version.Le 28 août les journaux, avec l\u2019assentiment de Mgr Fabre, annoncèrent les cours de l\u2019Ecole, et le lendemain, à une assemblée spéciale, il fut résolu de publier l\u2019annuaire, passablement en retard.Le discours d'ouverture a été confié au docteur d\u2019Orsonnens.La séance d'ouverture a été naturellement très joyeuse; nous y avons invité tous nos amis du clergé, et un certain nombre d\u2019entre eux se sont rendus.C\u2019était amusant de les voir s'attendre les uns les autres au coin de la rue, car ils savaient que nous étions encore, comme disent les Anglais, \u201cunder a cloud\u201d.La messe de Saint Luc, célébrée à Notre-Dame, nous a amené une assistance plus nombreuse, et J'entends encore le chant du vieux cantique qui faisait vibrer l'édifice : Ce qu'ils ont semé dans les pleurs ! Ils moissonnent dans l'allégresse, Ce serait maintenant le temps de dire quelques mots sur la Succursale pendant cet été mouvementé de 1883.Pour eux, la position était belle; ils n'avaient qu'à suivre, en spectateurs, le cours des événements et qu'à regarder notre institution tomber lentement, d\u2019échelon en échelon, vers l\u2019anéantissement.Pour eux, chaque pas de la route douloureuse que nous suivions était une victoire, ils avaient la perspective de sextupler le nombre de leurs élèves, d'augmenter leurs revenus, enfin d'entrer à l'Hôtel-Dieu.En parcourant le procès-verbal des assemblées tenues pendant ces temps, nous voyons qu\u2019ils ont pris une certaine part à la lutte.D'abord, le 4 mai, il est question d\u2019une affirmation faite par M.Collin, \u201cque si nous acceptons dans notre Faculté les Drs Trudel, d\u2019Orson- nens, Ilingston, Desjardins, Mignault et Beaudry, nos difficultés avec Victoria vont cesser de suite, et nous allons entrer à l\u2019Hôtel- Dieu.\u201d \u201cIl a été résolu à l\u2019unanimité que pourvu que le service médical et chirurgical de l\u2019IHôtel-Dieu soit mis immédiatement sous le contrôle de notre Faculté, et que l\u2019Fvêque de Montréal s'engage L'UNION MÉDICALE DU CANADA 657 à faire acte d'autorité pour empêcher les élèves d\u2019aller à Victoria, la faculté conseillera à l\u2019Université Laval la nomination des \u2018docteurs Trudel, d'Orsonnens et Coderre comme professeurs honoraires, \u2018et celle des docteurs Hingston, Desjardins et Mignault comme profès- seurs titulaires aux chaires qui leur seront assignées par la Faculté.\u201d Il est résolu, de plus, que si l\u2019offre ci-dessus \u2018est acceptée, les professeurs honoraires recevront un demi-salaire à même les revenus de la Faculté, c\u2019est-à-dire la moitié de ce que recevront les professeurs donnant des cours de six mois._ Les docteurs Rottot, Dagenais et Lachapelle sont chargés de faire valoir ces résolutions avec le concours de l\u2019Université.Le 29 mai, il est résolu que \u201cpourvu que le contrôle \u2018du service médical de l'Hôtel-Dieu' soit immédiatement et exclusivement confié à notre Faculté, les docteurs.Trudel, d\u2019Orsonnens et Coderre seront acceptés comme professeurs honeraires, sans salaire, de-cette Faculté, et que leur nomination comme tels sera suggérée au Conseil Universitaire, et que les docteurs Hingston, Desjardins et Mignault seront acceptés comme professeurs titulaires aux chaires qu'il plaira à cette Faculté de leur assigner, et que leur nomination comme tels sera aussi suggérée au Conseil Universitaire.\u201d | Les docteurs Rottot, Dagenais et E.P.Lachapelle forment un comité pour donner a NN.SS.les Evéques les explications nécessaires touchant cette question.Je me demande où M.Colin a pu trouver des raisons pour baser son affirmation mentionnée dans l'assemblée du 4 mai ! Sa bonne foi a dû être surprise par quelqu'un, et comme il tenait beaucoup à mettre fin à la lutte, il a été facilement trompé.En tout cas, il ne connaissait pas beaucoup la mentalité des membres de l\u2019Ecole à cette époque.Il est à remarquer que l\u2019Ordonnance de Mgr Fabre, nous excluant des maisons religieuses, a été lancée entre ces deux assemblées, le 7 mai, et il est probable que Sa Grandeur a dû avoir eu connaissance de la première résolution.Je ne puis pas m'expliquer la modification de cette résolution, sans la procédure ordinaire d\u2019une reconsidération, à la réunion du 29 mai.Il faut croire que les autorités québecquoises aient trouvé trop généreuse l\u2019offre de demi- salaire offert aux professeurs honoraires.La nomination d\u2019un comité pour donner les explications à NN.SS.les Evêques\u201d a eu lieu entre les deux entrevues avec le Comité épiscopal, et c'est à la deuxième séance qu\u2019ils ont fait l'offre des chaires honoraires et titulaires.Ils ont dû, par conséquent, recevoir des \u201cexplications\u201d. 658 L'UNION MÉDICALE LU CANADA A l'assemblée du 27 juillet, le jour même de notre condamnation par Mgr Taschereau, ce dont la Succursale a certainement été avertie d\u2019avance, la question de l\u2019entrée de la Faculté à l\u2019Hôtel-Dieu est à l\u2019ordre du jour.ll y a dans les considérants adoptés une indication bien claire que la dite condamnation leur avait été signifiée.\u201cConsidérant que Sa Grandeur Mgr d2 Montréal a ordonné aux Révérendes Dames de l\u2019Hôtel-Dieu de renvoyer, au ler septembre prochain, les professeurs et les élèves de l\u2019Ecole de Médecine et de les remplacer par ceux de l'Univrsité Laval; \u2018Considérant que les Evêques de la Province ont approuvé cette ordonnance ; \u201cConsidérant que la cour de Rome à laquelle en avaient appelé Jes Révérend Dames a ordonné l\u2019exécution de cette ordonnance.\u201d \u2014-Je crois que ce dernier considérant, s\u2019il était vrai, n\u2019a pas été connu d'autres que de Mgr Fabre et des autorités de Laval.Je me rappelle que pendant l\u2019été, Mère Saint-Louis m'a donné communication d\u2019une lettre adressée.par la Communauté à un Cardinal à Rome, mais il n\u2019est pas fait mention d\u2019une réponse défavorable dans notre lettre de renvoi du 20 juillet, ce que Sœur Saint-Louis n'aurait pas manqué de faire, si elle avait reçu un ordre semblable du Saint- Siege.ee | A la suite de ces considérants, la Succursale adopte 1 une résolution réclamant \u201cle contrôle complet du service médical de l\u2019Hôtel- Dieu.\u201d La Faculté reconnaît aussi le droit des Sœurs \u201cconcernant le gouvernement de l\u2019hôpital\u201d, et promet de soumettre à Monseigneur et à la Communauté les nominations proposées pour les médecins de service.Pour hater le règlement de cette importante question, un comité, composé des docteurs Rottot, Desrosiers et P.Lachapelle, est nommé pour faire avec Mer de Montréal les arrangements nécessaires.C\u2019est ce comité, sans doute, dont les visites ont tant fatigué la Mère Saint-Louis, dont j'ai parlé plus haut.Malgré notre exclusion et fotre condamnation, tout n'allait pas pour le \u2018mieux au sujet de Fentrée de la Succursale à l'H£tel-Dieu, puisque le 14 août le doyen, au nom du comité, fait rapport que \u201cSa Grandeur propose que pour un certain temps ta nomination des iédecins de service \u2018à l\u2019Hôtel-Dieu lui soit laissée ainsi qu\u2019aux lévérendes Sœurs\u201d.Cette réponse n\u2019a pas plu à la Faculté, qui a renouvelé ses résolutions de la séance précédente. L\u2018UNION MÉDICALE DU CANADA 659 Il y eut, le 20 août, une autre assemblée pour recevoir le rapport du comité qui, samedi le 18, a eu avec Mgr Fabre une entrevue avec les autorités de l\u2019Hôtel-Dieu.La Faculté, en approuvant la conduite de ses délégués, réitère sa détermination d'exiger, en entrant à l'hôpital, le contrôle et la direction du département médical.N'ayant pas réussi dans ses démarches, l\u2019assemblée décide de renvoyer la question aux autorités de l'Université Laval.C'était leur façon de sonner la \u201cgrosse cloche\u201d et de démontrer bien clairement la dépendance absolue de la Succursale de Québec.Si la \u201cgrosse cloche\u201d eut sonné la semaine suivante, ses sons auraient ressemblée passablement à un glas funèbre, car cette assemblée a eu lieu le lundi, et la fin de la semaine devait apporter la nouvelle de la victoire de l'Ecole.Le vendredi, 31 août, la Faculté se réunit de nouveau et adopte le procès-verbal du 20 août ! Toutes ces résolutions des semaines précédentes étaient inutiles, puisque \u201cle Secrétaire donne lecture d'une lettre du.Recteur contenant les télégrammes échangés entre Laval et le Saint-Siège, au sujet de la fermeture des Facultés de Droit et de Médecine, tant à Québec qu\u2019à Montréal comme conséquence du télégramme du Cardinal Simeoni à Mgr de Montréal \u2014 Schola proposuit Pontifi concilari, Suspende omnia, Schola continuet anno proximo.Scribam \u2014 et demandant à la Faculté si elle pourrait et à quelles conditions elle consentirait à donner ses cours.\u201d II a été \u2018résolu à l'unanimité: que la Faculté, désirant donner une nouvelle preuve de son obéissance et de son dévouement au Saint- Siège, consentira encore à donner ses cours, l\u2019année prochaine, malgré la concurrence de l'Ecole, pourvu que ses professeurs soient assurés qu\u2019ils recevront les honoraires auxquels ils ont droit, quel que soit le nombre des élèves qui suivent les cours\u201d.Quelques semaines plus tôt, la pauvre Ecole a été condamnée et accusée de révolte et de désobéissance parce qu\u2019elle n\u2019a pas voulu sacrifier précisément ce que les membres de la Succursale réclament par cette résolution ! Le 7 septembre, le Secrétaire commuriïique à l'assemblée les lettres du Recteur, en date du ler et du 4 courant, relatives à la suspension des cours, ainsi qu\u2019une lettre de Mgr de Montréal refusant d'assurer les honoraires des professeurs.La séance a été ajournée sur division, jusqu\u2019au 1! septembre, et avec deux dissidents il a été résolu \u201cque la Faculté, désirant donner une nouvelle preuve de son dévouement aux autorités religieuses et faire tout ce qui dépend d\u2019elle pour assurer le succès de la cause pour laquelle ses professeurs se 660 L'UNION MÉDICALE DU CANADA sont dévoués depuis plus de cinq ans, consent à donner ses cours: dans les conditions actuelles, jusqu\u2019à ce que [a question soit examinée par le Commissaire Apostolique.\u201d Je ne crois pas que les professeurs aient été privés de leurs.honoraire, puisque S.S.Léon XIII avait déjà autorisé les Evêques de Québec et de Montréal à retenir à cet effet cinq cents sur les.messes.dites en dehors du pays.L'année suivante ce montant a été porté à dix sous; 1l est resté à ce chiffre jusqu\u2019en 1880.Chapitre XV L\u2019Ecole et Monseigneur Smeulders La gravité de la situation universitaire exigeait l\u2019envoi d'un Commissaire Apostolique, et Mgr Henri Smeulders, abbé d'un monastère de Bénédictins de Rome, fut choisi par le Saint-Siège.Lors de sa mission au Canada, le délégué avait environ 60 ans.Il parlait très bien le français, mais avec un accent hollandais très prononcé.Ainsi, il disait \u201cmonsheer\u201d pour monsieur; et en arrivant à Québec, il a quelque peu étonné le clergé, réuni pour le saluer, en disant que la femme (fama, renommée) de l\u2019Archevêque était bien connue à Rome.Il oubliait que le mot fama en latin se traduit par le mot renommée.Ce n\u2019est qu\u2019au commencement de janvier 1834 que nos délégués, MM.d'Orsonnens et Desjardins, avec MM.Camille Caisse et Pa- gnuelo, lui ont présenté le mémoire de l'Ecole.Ce document faisait l\u2019histoire de la question et se terminait par les conclusions suivantes : 1° Que l\u2019Ecole de Médecine et de Chirurgie a le droit de conserver son existence, dont elle jouit depuis quarante ans, et qu\u2019aucune autorité n\u2019a le pouvoir de la priver de son existence, d\u2019aucun de ses biens, droits ou privilèges qui lui ont été accordés et reconnus par les autorités civiles et ecclésiastiques.2° Que les décrets du ler février 1876 et du 27 février 1883 ne peuvent pas, et de fait n\u2019ordonnent pas l\u2019anéantissement de la dite Ecole, dans le but de favoriser la Succursale de Laval et de faire bénéficier celle-ci du fruit des travaux de l\u2019Ecole; et que les dits décrets ne doivent recevoir exécution qu\u2019en respectant les biens, droits et privilèges de l'Ecole. L'UNION MÉDICALE DU CANADa 661 Comme on le voit, l'Ecole et ses délégués se sont toujours tenus sur le terrain de l'interprétation des décrets; c\u2019est ce qui nous a sauvés à Rome.et c'est ce qui nous a donné, enfin, gain de cause.Ce serait trop long de reproduire toutes les procédures, qui ont duré jusqu\u2019au mois de juillet.Dans l'intervalle, Mgr Taschereau se rendit à Rome.Nous avions à craindre que Sa Grandeur réussit à faire de nouveau transférer la question devant la Propagande.Des rumeurs à cet effet étaient mises en circulation par nos adversaires; ils n\u2019étaient pas sans voir qu\u2019ils perdaient vistblement du terrain devant le Commissaire.C\u2019est pour cette raison que nos délégués ont, au mois de juillet, prié Mgr Smeulders de bten vouloir rendre immédiatement sa décision sur notre appel.Je crois que celui-ci a dû voir dans le départ de l\u2019Archevêque une tentative dans le sens indiqué plus haut, car il a présenté presque immédiatement un rapport au Cardinal Simeoni, et il a obtenu de ce dernier, en date du 23 août 1884, la décision suivante : Le document commence par reconnaître l\u2019existence de Laval et de sa Suceursale, ete, etc, et passant à la question de l'Ecole s'exprime ainsi : \u201cLe Saint-Siège déplore hautement que l'union désirée de l'Ecole de Médecine de Montréal avee la Succursale, et la séparation de la dite Ecole d\u2019avec l\u2019Université Victoria n'aient pas eu lieu.\u201cQue l\u2019Eminentissime Préfet dise à l\u2019Archevêque de Québec et écrive à l\u2019Evêque de Montréal que, vu les circonstances actuelles, ils laissent l\u2019Ecole de Médecine Catholique et ses hôpitaux dans le statu quo.\u201d Le document se termine en accordant à l\u2019Archevêque et à ses suffrageants la somme additionnelle de cinq sous sur les messes, des legs pieux et des messes courantes qui ne sont pas dites dans - les diocèses.H est clair, par le texte, que Mgr Taschereau était encore a Rome.! faut dire que cette décision de la Propagande n\u2019a pas été très goûtée par Mgr Fabre, car dans son mandernent il a d\u2019abord \u201coublié\u201d le mot \u201ccatholique\u201d appliqué à l'Ecole, et sans rétracter sa condamnation, il s\u2019est contenté de dire \u201cque les provisions disciplinaires portées contre eux\u201d, c\u2019est-à-dire les membres de l\u2019Ecole, \u201cdans mon mandement du 23 juillet 1883, n'ont plus cours.\u201d Son rédacteur, ce jour-là, a dû être de mauvaise humeur.L'Ecole a demandé une rétractation explicite de sa condamnation, mais inutilement. 662 L'UNION MÉDICALE DU CANADA Peu après, Mgr Smeulders, qui s\u2019était naturellement attiré la colère de nos adversaires, est tombé dans un piège habilement préparé et tendu par les mécontents.Je crois que c'était à propos d\u2019une affirmation erronée faite de bonne foi, car un prêtre bien au courant des affaires a dit quelques années plus tard devant moi: \u201cMer Smeulders a été coulé sur un seul document\u201d.En tout cas, il a reçu, dit-on, au mois de novembre, avis de son rappel.Rendu à Rome, il s\u2019est trouvé en disgrâce et n\u2019a pu même aborder le Saint-Père.IL paraît cependant qu\u2019il a reçu l\u2019offre d\u2019un siège épiscopal en Bavière, car du côté maternel il était Allemand, mais il a préféré retourner au monastère où il était abbé.Cinq ans plus tard, lorsqu'il était question de préparer le décret \u201cJamdudum\u201d, l\u2019on s\u2019est souvenu de lui au Vatican et, avec ses connaissances acquises sur place, il a concouru dans la rédaction de cette Constitution, qui nous a été si précieuse.Lors de son voyage-à Rome, en 1886, le docteur Desjardins est allé le voir et l\u2019a trouvé très heureux au milieu de ses frères de l\u2019Ordre de Saint Bernard.J'ai parlé tantôt des \u201cultramontains\u2019\u201d.Ceux qui ne vivaient pas encore, Ou qui étaient trop jeunes pour apprécier les événements en 1883, ne peuvent pas, maintenant, s'imaginer les divergences d'opinion entre catholiques.C'était tellement le cas qu'un auteur français, Mgr Justin Fèvre, a cru devoir diviser les Canadiens- français en trois groupes, qu\u2019il appelait les blancs, les bleus et les rouges.Naturellement, cette classification était une exagération, mais il a formé son opinion par la lecture de nos journaux.Si nous adoptions une classification, nous pourrions regarder comme les blancs un groupe qui avait pour porte-parole le journal l\u2019Etendard, dont le rédacteur était M.le Sénateur Trudel.C\u2019était un brave homme, absolument de bonne foi, qui s\u2019est sacrifié pour ses opinions.Il avait une suite assez nombreuse recrutée parmi les.membres du clergé, quelques religieux et des laïques.Tout le monde, sauf les religieux, s'était cotisé pour soutenir cet organe, qui était dans un état de dèche chronique.Ceux qui ne partageaient pas leur manière de voir étaient des catholiques libéraux, des \u2018\u2018endormeurs\u201d, et soupçonnés de franc-maçonnerie.Quant à leurs idées, ou opinions, probablement à cause de ma première éducation Américaine et de mes quatre années passées à McGill, je n'ai jamais pu ni les appré- L'UNION MÉDICALE DU CANADA 663 cier, ni les comprendre.Je me rappelle cependant qu'un certain soir où nous étions réunis, comme de coutume, \u201cpour apporter de l\u2019eau au moulin\u201d, un brave curé a déclaré que, selon le texte d\u2019un Père de l\u2019Eglise, si les évêques ne faisaient pas leur devoir, c\u2019était aux fidèles de compléter leur besogne.Par conséquent, le journal devait continuer quand même à défendre les bons principes.C'était peu après le discours de Mgr Smeulders, et les mots \u201cPosuit episcopos regere Ecclesiam Dei\u201d revinrent a ma mémoire, et je suis arrivé à la conclusion que ma place était dans le camp \u201cbleu\u201d.Ce deuxième groupe, selon la classification adoptée, comprenait les catholiques ordinaires, qui pratiquaient leur religion et laissaient les affaires de l'Eglise aux évêques; ils formaient la majorité de la population.Comme disait un jour l'un d\u2019eux sollicité de s\u2019unir aux \u201cblancs\u201d: \u201cJ'aime mieux être avec le Bon Dieu qu\u2019avec ses saints, dont vous me vantez les vertus.\u201d L\u2019organe du troisième parti était la Patrie; il n\u2019y avait pas, en général, une grande différence entre ces derniers et les \u201cbleus\u201d, sauf que leur journal faisait feu et flamme contre l\u2019Etendard.11 ne faut pas voir dans les mots \u201cbleu\u201d et \u201crouge\u201d la signification ordinaire qu\u2019on leur donne au point de vue politique : un libéral pouvait être un \u201cbleu\u201d selon notre classification, et beaucuup de \u201cblancs\u201d, sans être des libéraux, s\u2019opposaient en politique aux conservateurs.Le parti des \u201cblancs\u201d est disparu, lentement, comme un navire envahi par la mer; je crois que parmi les \u201crari nantes\u201d, comme dirait Virgile, se sont trouvés ceux qui ont avalé l'histoire de Diana Vaughan.À l'heure actuelle, ceux qui pratiquent leur religion laissent faire les évêques, selon leur conscience, de sorte que la classification de Mgr Justin Fèvre \u2018n\u2019a plus cours\u201d.Un dernier mot.L'Ecole, comme telle, n\u2019était pas officiellement affidée au parti \u201cblanc\u201d.Nous avions parmi eux beaucoup d\u2019amis, dans un temps où les amis étaient précieux, mais parmi nos membres il y en avait qui étaient loin d\u2019être en sympathie avec leurs opinions.Chapitre XVI De 1884 à 1889 l'Ecole, autorisée officiellement de continuer son existence et son enseignement, a passé ces cinq années avec un bon nombre d'élèves, 664 L'UNION MÉDICALE DU CANADA et, une fois les frais occasionnés par les luttes acquittés, elle a pu, tout en augmentant son matériel d'enseignement, indemniser un peu mieux ses professeurs.Je docteur Trudel est mort au mois de novembre 1883, le docteur Craig l\u2019année suivante, le docteur Beaudry, à l\u2019âge de 37 ans, en 1887, et le docteur Coderre en 1888.Trois nouveaux professeurs ont été nommés: MM.Demers, Chartrand et Poitevin.Pendant ces années il y a bien eu, de temps en temps, certaines tentatives de rapprochement du côté de la Succursale et, en 1887, deux avocats éminents ont eu des entrevues avec certains membres de l'Ecole dans ce but; mais en l'absence de propositions officielles, leurs démarches sont restées infructueuses.Au mois de juin 1885, nous avons perdu notré ami et bienfaiteur Mgr Bourget; et à son service, à Notre-Dame, pendant que les professeurs de la Succursale occupaient des fauteuils en avant, nous avons dû nous.contenter d\u2019un coin dans le deuxième jubé.On ne pouvait pas nous pardonner de ne pas avoir succombé.Peu après, la ville a passé par une épidémie terrible de picotte, et, comme nos devanciers au temps du choléra, nous avons dû nous dévouer au service des malades.À ce propos, l'impression générale dans le public, et surtout dans le public de langue anglaise, était que l\u2019École était opposée au vaccin, et il m\u2019a semblé que ce serait opportun d'adopter une résolution démontrant que si certains d\u2019entre nous méritaient ce reproche.l\u2019Ecole en général ne partageait pas leurs idées.La résolution, malgré une certaine résistance de la part du docteur Coderre, passa, et je l\u2019ai transmise le soir même aux journaux.Or, il s'est trouvé que ce jour-là il n\u2019y avait qu'un très petit nombre de gas.nouveaux, et le Star, en annonçant cette heureuse nouvelle, s'est servi de l'expression figurée \u2018a low ebb\u201d, littéralement une basse marée.Notre résolution paraissait ensuite.Le lendemain, le docteur d'Orsonnens me fit demander.Il frémissait d\u2019indignation.\u201cVoila, s\u2019écria-t-il, ou nous en sommes avec votre fameuse résolution ! Notre conduite, au lieu de nous attirer la sympathie des Anglais, est regardée comme \u201cune basse reculade\u201d.\u201cMais où trouvez-vous cela, docteur \u201d \u201cVoyez donc, a low ebb, ça veut dire une basse reculade, n'est-ce pas, vous qui savez l'anglais r\u201d L'UNION MÉDICALE DU CANADA 665 Le brave homme avait cherché la signification du vieux mot anglo-saxon dans son dictionnaire, et j'ai eu bien de la peine à lui faire comprendre qu'il n\u2019était question que d\u2019une diminution des cas rapportés, et que les Anglais, peuple maritime par excellence, se servent souvent de cette comparaison.Comme Suisse, il n'avait aucun goût pour les comparaisons de ce genre.M.Colin a passé l'hiver de 1889 à Rome, où le Séminaire Canadien venait d\u2019être fondé.En homme au courant des affaires, il avait toujours déploré les divisions qui paralysaient les efforts des deux Facultés, et c'est grâce à lui que la Constitution Jamdudum a été accordée le 2 février 1889.M.Colin avait passé une bonne partie de sa vie au Canada et s'était identifié avec nos intérêts.Il a dû arriver au pays avant 1870, puisqu\u2019au mois de mars de cette année-là, je l'ai entendu à Notre-Dame faire le discours de bienvenue aux Zouaves Pontificaux, de retour de Rome.Je n'étais alors qu\u2019un petit élève du Collège Sainte-Marie, et mes connaissances plus que limitées de la langue française ne me permirent pas de suivre le fil de son discours, mais j'ai compris qu\u2019il était très éloquent.A cette épôque, la plupart des pensionnaires chez les Jésuites venaient des Etats-Unis.Et que de sermons nous avons dû subir sans les comprendre ! La Constitution Jamdudum accordait a la Succursale beaucoup d'indépendance vis-à-vis de Québec; par exemple, si les professeurs devaient être nommés par le Conseil Universitaire, ils ne pouvaient pas être démis sans l'approbation de l\u2019Archevêque de Montréal.était la fin de la révocation ad nutum, qui avait joué un rôle si triste quelques années auparavant.En 1889, M.J.B.Proulx, curé de Saint-Lin, était le Vice- Recteur de Laval.Nécessairement, j'ai eu avec lui pendant les deux années subséquentes beaucoup de rapports, et je tiens à dire que j'ai toujours admiré chez lui la force de son caractère, la clarté de son exposition et surtout son indifférence absolue pour les attaques personnelles.Doué d'une patience inépuisable, il ne perdait jamais sa présence d\u2019esprit, même au milieu des discussions les plus animées, et c\u2019est enfin grâce à lui que l\u2019union entre les deux Facultés a été effectuée.S'il a passé parfois pour être un peu retors, un peu Normand, ce n'est pas étonnant, car il avait à surmonter des obstacles qui auraient découragé un caractère moins fortement trempé. 666\u2014 L'UNION MÉDICALE DU CANADA Pour arriver à une entente, il fallait d\u2019abord que les membres de l'Ecole devinssent professeurs titulaires de la Succursale, et le concours du Conseil Universitaire s'imposait.Muni d\u2019une recommandation a cet effet de la part des professeurs de la Succursale, il s'est rendu à Québec où sa demande a reçu un accueil peu favorable, pour dire le moins.Comme ta Constitution nouvelle ne comportait aucun ordre semblable, il était tout naturel pour le Conseil Universitaire d'exprimer sa surprise, et d\u2019hésiter a faire une nomination en bloc.Cependant, il faHait se hiter, et la dépêche de M.Proulx, commençant par: Unio inter medicos facta, cunctante Quebeco, etc.a obtenu l'effet désiré.Je me suis toujours demandé si la propagande n\u2019a pas été fortement impressionnée par son ablattf absotu, \u2018\u2019cunctante Quebeco\u201d.Comme pendant à cette entrée des membres de l\u2019Ecole dans la Succursale, il fallait naturellement que les professeurs de cette dernière fussent incorporés dans l'Ecole, et pour augmenter ainsi notre nombre corporatif, il était nécessaire d\u2019amender notre charte.Il y avait une clause très malheureuse dans les conventions: l\u2019Ecole devait, si l'union était permanente, cesser d\u2019exister comme corporation civile après deux ans.C'était revenir aux mauvais jours de 1383, aux veux de bien du monde, et je n\u2019ai jamais pu comprendre comment nos représentants ont pu se décider a I'accepter, car lors des négociations j'étais à Paris.| H eut mieux valu, 2 men sens, attendre l'action de la Législature avant d'aller plus lorn; mais une union Hâtive et prématurée a été faite, pour disparaître devant l'opposition suscitée surtout par la clause que je viens de citer.M.Proulx est parti presque aussitôt pour Rome, le docteur Desjardins est allé le rejoindre, et nous fes cinq unionistes, nous pensions que ce serait toujours utile de faire amender notre charte, tel qu\u2019il était proposé dans la première entente.Nous avons aussi demandé l\u2019autorisation de conclure des conventions avec l\u2019Université Laval et de constituer Ecole comme la Faculté de Médecine de l\u2019Université Laval à Montréal, d\u2019unir les cours de la dite Ecole avec ceux de la Faculté de Médecine de Laval à Montréal.L'Ecole ne pourrait pas renoncer à son existence civile sans le consentement de tous ses membres.Enfin l'Ecole est autorisée à conclure des arrangements avec Laval au sujet des cours et de l\u2019octroi des degrés. L UNION MÉDICALE DU CANADA 667 Il s'agissait au fond de faire confirmer par la Législature l\u2019Entente de l'automne précédent, sauf l'élimination de la clause relative à l'extinction de la Corporation au bout de deux ans.Ce projet a eu bien des aventures.Renvoyé d\u2019abord par le comité des Bills privés, il a été ressuscité par un ami dévoué, l\u2019hon.M.Boyer, et après bien des voyages et bien des démarches, il a été enfin adopté par l\u2019Assemblée.Nous avions contre nous des députés influents, nos dissidents et leurs amis, et l'hostilité ou l'indifférence de Laval à Montréal et à Québec.Il a fallu avoir mille fois raison pour avoir obtenu ce premier résultat.Le Conseil Législatif, inspiré par une députation de la Succursale, dont 1l est question dans le procès-verbal du 14 mars 1890, et probablement par d\u2019autres, a amendé le bill de la façon suivante: \u2018La Corporation est autorisée à adopter tous règlements, à conclure toutes conventions qu\u2019elle jugera utiles, à s'unir avec toute autre corporation .ou corps enseignant, ou pour constituer une nouvelle corporation avec tel nom qu'il lui plaira, afin d\u2019établir une institution d\u2019un caractère canadien permanent.Les dits arrangements ou conventions ne seront valides, toutefois, qu'après avoir été votés par les deux tiers de la dite Ecole, ou Collège, selon le texte.\u201d - Ces amendements, soumis à l\u2019Assemblée, ont été renvoyés pour être pris en considération à six mois à une majorité d\u2019une voix.En tout cas, il valait mieux que l'amendement de la Chambre Haute fût rejeté, mais pour le moment l\u2019échec nous était bien pénible, car nous savions que Victoria allait bientôt s'unir à Toronto et que notre affiliation allait prendre fin.C\u2019était revenir aux mauvais jours où l'Ecole se trouvait dépossédée du droit de décerner des diplômes à ses élèves.M.Proulx n\u2019est arrivé de Rome que vers l\u2019automne, et nous, les unionistes, nous étions dans une position très difficile.La plupart de nos élèves qui n\u2019étaient pas au courant de la situation s'étaient rangés du côté des \u201cdissidents\u201d, et comme nous ne pouvions pas les éclairer sans fournir une arme formidable à nos adversaires, il nous a fallu souffrir en silence et attendre de meilleurs jours.M.Proulx nous a apporté de Rome une autorisation formelle à traiter avec Laval et à conclure une entente avec les Evêques de la Province Ecclésiastique de Montréal.Munis de ce document, nous n\u2019avions qu\u2019à nous présenter devant la Législature. 668 L'UNION MÉDICALE DU CANADA Chapitre XVII L\u2019Union des deux Facultés La Chambre provinciale siégeait au mois de décembre.Grâce au contrat signé par les Evêques de la Province Ecclésiastique de Montréal, notre situation était tout autre que celle du printemps précédent.Nous savions que M.Proulx avait mis fin à toute opposition de la part des professeurs de la Succursale.Puis l'Université Laval, par son Recteur, est venue prier le Comité des Bills privés d'adopter notre projet de loi.Enfin le Premier Ministre, M.Mercier, nous donnait son appui, et sa déclaration formelle en ce sens imposa silence à l\u2019un de ses collègues qui, au mois de février, nous avait manifesté l'hostilité la plus virulente possible.Celui-ci s'était oublié jusqu\u2019au point d\u2019insulter le docteur Hingston.La seule opposition était formulée par nos collègues, et le docteur Brunelle, qui les représentait, a fait un discours sur un ton très modéré.Nous avons fait deux voyages à Québec, où nous étions reçus avec honneur et invités à prendre place sur le Parquet de la Chambre.Le projet de loi reçut la sanction royale le 30 décembre, et jusqu\u2019au printemps suivant chaque faculté a continué de donner ses \u201c cours comme auparavant.La réunion définitive selon l\u2019acte devait avoir lieu le ler juillet 1891, et samedi le 2 du même mois nous nous sommes assemblés au St.Lawrence Hall.Le docteur Hingston pensait qu'il valait mieux se rencontrer pour la première fois sur un terrain neutre, mais la séance fut courte et ajournée au mardi suivant dans l\u2019édifice de la Place Jacques-Cartier.Le premier ordre du jour étant les élections, le docteur Durocher est élu président, et le docteur Desrosiers, secrétaire.: Il a été question ensuite du local des cours.Les médecins qui faisaient le service a I'Hotel-Dieu désiraient naturellement voir donner l\u2019enseignement didactique dans l\u2019ancien édifice scolaire, mais rious étions en minorité, et la salle de dissection seule est restée sur l\u2019Avenue des Pins.Comme 1l y avait déjà un professeur de physiologie; ce cours fut dédoublé, le docteur Duval étant chargé des élèves de première, et moi de ceux de deuxième année.Je ne regretterais pas de ne plus être secrétaire et les deux ou trois années suivantes ont été, peut-être, L'UNION MÉDICALE DU CANADA 669 les plus heureuses de ma vie universitaire.Les luttes des deux unnées précédentes étaient terminées, et je n'avais plus qu\u2019à songer à mon enseignement et à ma clientèle.Au moment de l'union, nous étions 22 membres dans la Corporation de l'Ecole, mais peu à peu nos rangs se sont éclaircis.Le Sénateur Paquet est décédé au mois de décembre 1891, sans avoir pu même commencer son enseignement clinique.L'année suivante, les docteurs d'Orsonnens, Berthelot et Laramée ont succombé.Notre ancien président s'était retiré à Joliette, où il a succombé à une attaque d\u2019apoplexie.Le docteur Berthelot, malade depuis plusieurs années, n\u2019a jamais paru à nos assemblées, mais dans la personne du docteur Laramée nous avons perdu un clinicien distingué.En 1893, la phtisie pulmonaire a emporté le plus jeune de nos collègues, le docteur Poitevin; en 1896, le docteur Dagenais, qui semblait devoir vivre plusieurs années, est mort d\u2019une affection cancéreuse, et la dernière année du siècle, 1900, nous a enlevé les docteurs Brosseau et Fafard.En 1895, l'Ecole s\u2019est transportée dans l\u2019édifice de la rue Saint- Denis, et dès lors nous avons commencé l\u2019installation des musées et des laboratoires.La salle de dissection malgré quelque opposition de la part des Gouverneurs est restée au cinquième étage jusqu\u2019à I'incendie de 1919.Au printemps de 1895, le docteur Desrosiers a da, pour des raisons de santé, quitter la ville, et mes collègues me chargèrent de nouveau du secrétariat.le docteur Rottot avait, l\u2019année précédente, remplacé le docteur Durocher comme Président.Le ler mars 1900, à l\u2019occasion de la victoire de Ladysmith par les armées anglaises, les élèves de McGill sont venus attaquer notre Université, mais quelques jets des boyaux d\u2019incendie les amis en déroute.Le lendemain, le Principal Peterson est venu avec Mgr Bruchesi exprimer ses regrets.Mais sans les moyens de défense dont l\u2019on s'est servi, il n\u2019y a pas de doute que l'on aurait brûlé notre édifice, vu que plusieurs de ces gens avaient des canistres de pétrole.Nous avons dû aussi monter la garde à l\u2019Université les deux soirs suivants, et le samedi vers 10 heures, la police nous avertit que des orangistes de la Pointe Saint-Charles venaient en grand nombre renouveler l'assaut.J'ai fait disposer les boyaux pour les recevoir, et nous avons entendu au loin les cris de nos ennemis.Les jeunes médecins avec moi armèrent leurs revolvers; le bruit de la foule devenait plus marqué, quant tout-à-coup le docteur Duhamel, qui était à côté de 670 L'UNION MÉDICALE DU CANADA moi, s\u2019écria: \u2018Ils chantent la Marseillaise !\u201d Et en effet, c'était le cas.C'était un groupe de jeunes gens du Faubourg Québec qui faisaient la patrouille.Je n'ai jamais pu savoir si les Orangistes avaient marché contre nous ou si c'était une plaisanterie de la part de la police.Les journaux Américains, selon leur coutume, ont exagéré l'affaire, et Mgr Racicot, le Vice-Recteur, m'a montré une dépêche de Détroit ou de Cleveland nous offrant l'appui de \u2018four hundred able-bodied men\u201d.Comme jusqu'alors nos élèves s'entendaient parfaitement avec ceux de l\u2019Université McGill, nous ne pouvions comprendre pourquoi ils nous avaient manifesté subitement une telle hostilité, et ce ne fut que quelques semaines plus tard que j'ai été mis au courant de la cause de leur échaffourée.Il faut d\u2019abord se rappeler qu'au mois d'octobre 1899 les Boërs ont déclaré la guerre à l'Angleterre, et celle-ci, comme toujours, n\u2019était nullement préparée.Par conséquent pendant près de six mois la pauvre Albion est devenue la risée des nations.Ce n'était qu'une série de défaites.Or, dans la province de Québec, ie sentiment, en général, était du côté des Boërs, et certains journaux, comme la Vérité, accablaient chaque semaine l'Angleterre de sarcasmes et de commentaires peu flatteurs pour l\u2019orgueil britannique.Quelqu\u2019un, sans doute avec l\u2019intention de soulever les élèves du McGill, faisait traduire et clavigraphier les articles de ces journaux et en distribuait chaque semaine des exemplaires aux étudiants.Ceux-ci se sont promis que, dès la première victoire, ils forceraient les Canadiens-français à la célébrer avec eux.Donc, le matin du ler, en recevant la joyeuse nouvelle, ils se sont rendus à la Cathédrale dans l\u2019intention de sonner eux-mêmes les cloches, mais comme le beffroi était du côté de l\u2019Archevêché, ils n\u2019ont pas dû atteindre leur but.C\u2019est alors que, s\u2019imaginant que l\u2019Université était le siège principal des pro-Boërs, ils se sont réunis le soir en grand nombre et se sont rués sur elle.Comme il arrive souvent, les agresseurs véritables ont voulu poser en victimes et ont, le lendemain au soir, fait de grands préparatifs pour repousser un ennemi imaginaire.L\u2019impression créée par leur conduite dura longtemps, et il a fallu plusieurs générations d'étudiants pour faire disparaître l\u2019hostilité de nos élèves à l'égard de ceux de McGill. L'UNION MÉDICALE DU CANADA Chapitre XVIII Pendant les premieres années du nouveau siècle, plusieurs de nos membres sont disparus.Ainsi en 1902 le docteur Brunelle est mort à sa maison de campagne a Mountainview, N.Y.Il paraissait avoir eu, depuis assez longtemps, un pressentiment que-sa vie allait bientôt se terminer, car je me rappelle qu\u2019aux funérailles du docteur Fafard Il m'a dit: \u2018C\u2019est mon tour, ensuite.\u201d Il avait, du reste, l\u2019habitude de faire des prédictions qui se réalisaient d\u2019une façon étonnante.Par exemple, en m'entendant un jour me plaindre d\u2019un professeur qui nous causait beaucoup d\u2019ennuis, il me dit: \u201cPatience, patience, Daniel, ce ne sera pas pour longtemps\u201d, et en effet ce médecin est mort peu après d'une maladie tout à fait inattendue.Je pourrais du reste citer plusieurs exemples semblables.L'on a beaucoup parlé de sa vision du docteur Garceau qui venait de mourir, et à cause de cela nous l\u2019appelions parfois \u201cthe man who saw the spook\u201d.Sous une certaine brusquerie extérieure, il cachait un excellent cœur, et il était très charitable pour les pauvres.Le docteur Pierre Chartrand, son ancien \u201cclerc\u201d, le suivit en 1904.Après quelques heures de maladie, Sir William Hingston est mort en 1907.Sous tous les rapports, il était le membre le plus marquant de notre Faculté.Sa carrière publique est bien connue, mais je tiens à lui rendre le témoignage que dans ses rapports avec ses confrères 1l a toujours déployé une loyauté et une délicatesse au-dessus de tout éloge.Son attachement à sa foi lui a valu bien des tracasseries, et 11 m'a souvent dit que dans sa jeunesse le chemin d'un médecin catholique de langue anglaise n\u2019était pas toujours parsemé de roses.Le docteur L.À.Demers nous a laissé en 1909.Esprit calme et pondéré, il aimait beaucoup sa profession, et il avait une grande admiration pour le professeur Lancereaux dont il avait suivi les cliniques à Paris.Pour cause de maladie, il a dû se retirer du professorat environ un an avant sa mort.Le premier président des Facultés unies, le docteur L.B.Durocher, est aussi décédé en 1909.Fils d\u2019un cultivateur de Saint- Antoine tué à la bataille de Saint-Denis en 1837, il fit ses études à Saint-Hyacinthe, et il est venu ensuite suivre les cours de l\u2019ancienne Ecole à Montréal où il est devenu le \u2018\u2019clerc\u201d du docteur Coderre, qu\u2019il aimait à appeler \u201cmon ancien patron\u201d.Membre de notre Corporation en 1880, il a passé avec nous à travers l\u2019année critique 672 L'UNION MÉDICALE DU CANADA de 1883, et, avec sa \u2018tête de Breton\u201d, comme il disait, il était résolu de résister jusqu'au bout.Il a légué à l\u2019Université un immeuble de grande valeur.Nous avions dans notre Faculté deux anciens zouaves pontificaux, les docteurs Lamarche et Sévérin Lachapelle.Ils formaient, avec le docteur Coyteux-Prévost d'Ottawa et feu le docteur Fafard, un quatuor amical.Lamarche est décédé en 1910, Sévérin Lachapelle en 1913.Ce dernier, grand amateur de pêche, s\u2019était établi à Saint- Henri où 1l a passé toute sa vie de médecin.Notre ancien Président, le docteur Rottot, est mort en septembre 1010; il était le dernier survivant des membres de l\u2019Ecole de la rue Lagauchetière.Il avait passé sa longue vie à enseigner, à exercer sa profession, laissant derrière lui une réputation enviable comme médecin et comme professeur.Il avait ce que les Anglais appellent \u201cthe sense of humor\u201d et ses réparties fines avec son air sérieux ont fait rire bien des générations d\u2019élèves et de médecins.Le docteur Henri Hervieux est mort sur l\u2019océan, en 1912, et nous avons longtemps déploré sa perte.Professeur distingué, bon et joyeux compagnon, il savait, au milieu des délibérations de la Faculté, toujours trouver le mot juste pour la situation, et, comme disait le docteur Lachapelle, c'était le meilleur des conseillers.Peu après avoir subi une opération, 1l est parti pour l\u2019Europe; il voulait visiter les grands centres de l\u2019enseignement médical, mais ce voyage lui a été fatal, et il n'a jamais revu sa terre natale.Il a fallu combler tous ces vides, et au début de l\u2019année 1914, le Conseil de la Faculté, ou les membres de l\u2019Ecole, comme nous le disions, étaient les docteurs E.P.Lachapelle, président, et MM.Desjardins, Duval, Guérin, Foucher, Villeneuve, de Cotret, Harwood, Benoît, Marien, Mercier et Mignault.Hôpital Laval.La grande guerre a commencé, comme on le sait, au mois d aot, et l'Ecole comme toutes les autres institutions du pays a dû prendre part aux événements de cette époque si mouvementée.Au mois de janvier 1915, il y avait une assemblée spéciale chez le docteur Harwood à Vaudreuil, et l\u2019on fit lecture d\u2019une lettre signée par le colonel Arthur Mignault, le lieutenant-colonel Roy, les majors Pelletier et Beauchamp, le capitaine Roy, le lieutenant De Martigny et le docteur J.P.Décarie, demandant l\u2019appui de l'Ecole pour la fondation d\u2019un hôpital pour secourir les blessés canadiens.ae 673 L'UNION MÉDICALE DU CANADA L'Ecole, en répondant, s'est déclarée favorable en principe au projet de fonder ou d'organiser un hôpital militaire pour le service des blessés en France, mais la grande difficulté était de trouver les fonds nécessaires pour l'équipement d\u2019un tel hôpital.Ce ne fut qu\u2019au mois d'août que M.le docteur Georges-Etienne Beauchamp a été chargé officiellement du recrutement du personnel médical et ensuite de l\u2019enrôlement des sous-officiers et soldats.Un comité de citoyens a bien voulu nous prêter son concours, parmi lesquels se trouvaient le général Labelle, le docteur Gauvreau, M.Louis Beau- bien, le docteur Arthur Beauchamp, et enfin, le 20 mars 1916, l\u2019hôpital Laval No 6, comme on le disait dans le temps, est parti pour Halifax et le théâtre de la guerre.Toute cette organisation a demandé beaucoup de travail et beaucoup de correspondance avec les autorités.Au commencement, ii nous arrivait souvent de recevoir des avis de nous conformer aux\u2019 usages de la correspondance militaire.Il ne fallait pas, par exemple, appeler le Chirurgien-général \u201cmon cher confrère\u201d, ni commencer une lettre a un Colonel commandant une division par les mots \u201ccher monsieur X\u201d, etc, etc.Peu à peu nous avons acquis le style voulu, et nous aurions pu, au besoin, correspondre avec Kitchener ou le grand Napoléon lui-même.Des plumes plus autorisées que la mienne ont raconté l\u2019histoire de l'hôpital No 6 en Europe, et je vais leur laisser cette besogne.Au mois d\u2019août 1918, nous avons perdu notre doyen, ou président, M.le docteur E.-P.Lachapelle, qui est allé mourir chez les Frères Mayo, à Rochester, Minnesota.Si pendant sa vie, si longue et si utile à sa Province et à la profession médicale, 11 a donné des preuves d\u2019une intelligence supérieure et d\u2019un dévouement sans bornes, c\u2019est dans sa dernière maladie qu\u2019il a déployé un courage et une énergie qui faisaient l'admiration de ses collègues.Je me rappellerai toujours du banquet offert à quelques militaires français, au Viger, peu avant son départ pour l'hôpital Mayo.Epuisé par la souffrance et amaigri par la maladie qui le rongeait, il a voulu, néanmoins, présider ce banquet, et il le fit avec sa dignité et sa courtoisie habituelles.Son successeur dans le fauteuil présidentiel, choisi à l\u2019unanimité par ses collègues, est M.le docteur Louis de Lotbinière-Harwood.I! fut le dernier président de l\u2019Ecole, car avec la perte de notre existence corporative, le président est devenu le doyen. 674 L'UNION MÉDICALE DU CANADA Les derniers élus au Conseil de l'Ecole furent MM.Fortier, Parizeau, Bernier et LeSage.Au mois de novembre 1919, nous avons adopté la résolution définitive autorisant l\u2019abrogation de notre charte par le Législature, et l\u2019Ecole est devenue la Faculté de Médecine de l'Université de Montréal.Que l\u2019on me permette de dire en terminant que lorsque j'ai entrepris d\u2019écrire l\u2019histoire de l\u2019Ecole de Médecine et de Chirurgie de Montréal, j'étais loin de croire que je pourrais en parler si longuement.Chemin faisant, bien des faits oubliés me sont revenus à la mémoire, et il m'a fallu passer par-dessus bien des incidents pour ne pas abuser de l'hospitalité de l\u2019Union Médicale.Si, dans le passé, l'Ecole a mangé le pain noir des épreuves et des embarras financiers, espérons que la Faculté de Médecine de l\u2019Université de Montréal aura à son tour le pain blanc de la prospérité et du succès.L.D.MIGNAULT.FINIS ALBERT PRÉVOST Sur la route de Québec, entre l'Assomption et S.-Paul l\u2019Ermite, le docteur Albert Prévost revenant en automobile d'une consultation s\u2019est heurté à une voiture que l\u2019on hâlait du fossé, dans la nuit.Chauffeur d\u2019une rare fermeté, la volonté rivée au volant, il n\u2019a pas pu éviter l'obstacle inattendu qui barrait le chemin.Peu de traces de violence sur sa poitrine, dans une poche de son veston un porte- cigarettes intact qu\u2019un ami lui avait apporté d'Europe peu de jours avant l\u2019accident, sa montre marquait l'heure: neurologue, c'est au cerveau qu\u2019il a été frappé, et la mort a comme éteint cette belle énergie ainsi détachée de son œuvre et de l\u2019universelle affection.I1 était de notre génération, celle qui passera bientôt quarante- cinq années de vie et qui a laissé en route un Paul-Emile Lamarche.li était aussi de ceux des nôtres qui, formés à l'étranger, ont tenté _ d'apporter à leur pays le renouveau d\u2019une expérience ancienne conforme à nos disciplines intérieures.C\u2019est là, pour nous, un double titre a lui consacrer quelques pages, laissant à d\u2019autres, qui savent mieux, le soin d\u2019éclairer davantage la tâche qu'il avait choisie.La médecine, ces temps derniers, nous a fourni l'exemple d'une remarquable poussée vers le perfectionnement, amorçant depuis la fin du XIXe siècle un pèlerinage scientifique vers la France qui a pris plus de corps depuis l\u2019intervention des pouvoirs publics.Les médecins qui allèrent à Paris dès 1895, et même avant, agissaient à leurs frais, en volontaires.Ils sollicitaient un complément à des études poursuivies dans nos institutions nécessairement modestes mais qui avaient mis beaucoup de mérite à s'organiser de leur mieux.A leur retour, le zèle réchauffé par le souvenir de ce qu'ils avaient constaté et la vision de ce qui pouvait être, ils s'appliquaient à des transformations qu\u2019ils ont déjà largement assurées: les bibliothèques renouvelées par l\u2019édition de la rue Racine, les laboratoires enrichis et disposés selon notre esprit, la pharmacopée américaine peu à peu dépossédée, les méthodes d\u2019enseignement et les services cliniques calqués sur le modèle français, la thérapeutique décidément engagée dans le sens où les maîtres de France l\u2019ont illustrée et fortifiée, les œuvres sociales organisées et répandues, et, en général, une pensée inspiratrice obéie du plus près possible, constituant par son épanouissement ce qu\u2019on appelle une école, restée logique à ses origines et fière de ses attaches au sein d\u2019une civilisation anglo-saxonne nourrie d\u2019admiration pour les procédés germaniques.Voilà ce que la mé- 670 L'UNION MÉDICALE DU CANADA decine, de son initiative propre, nous a donné depuis cinquante ans, et sans que le public s'en rendît compte exactement, grâce à ceux qui ont compris les avantages d\u2019une spécialisation alimentée aux sources de notre génie.Ce n'est pas diminuer Albert Prévost que de le replacer ainsi dans un groupe d\u2019initiateurs, ou il occupa tout de suite une place de premier plan, et qui, a le compter, se grandit d\u2019autant.En 1906, il partit pour Paris résolu à une longue préparation.Nous l'avons retrouvé, trois ans plus tard, dans l\u2019effervescence de ses travaux.Il donnait ferme, à sa manière; et ceux qui partageaient son radieux exil l'imitaient.On s'imaginait un peu trop volontiers, à cette époque déjà lointaine, que l'étudiant canadien à Paris s\u2019amuse d\u2019abord, musarde, s'abreuve de boulevards, de cafés et de théâtres, sinon de pis, laissant au prestige d\u2019un séjour à l'étranger de lui constituer plus tard une compétence rémunératrice.J'ai vécu autrefois, avec mes camarades, d\u2019autres soucis et j'ai passé les portes du Moulin Rouge bien après mes examens; et j'ai retrouvé souvent, quand les circonstances m'ont ramené à Paris, dans le regard des jeunes, la même volonté de savoir, les mêmes éveils, la même perception des nuances qui révèle l\u2019éclosion de sensibilités nouvelles.Un espoir conduisait Albert Prévost: devenir médecin français, consacrer la peine qu'il s'imposait par un plein titre, celui de la Faculté de Paris où dès l\u2019arrivée 1l s\u2019étäit inscrit.Les circonstances l\u2019arrétèrent au moment où 1l allait toucher la limite de son ambition.Après neuf années d\u2019études, il précipita un dernier concours qui le faisait médecin légiste et revint au pays.Mais les titres comptent peu si l'on a quand même accompli le travail qu\u2019ils sanctionnent, et le reste est regret ou fétichisme.Albert Prévost avait bâti quelque chose, de sa pensée: 1l avait eu tout le temps de se spécialiser, ayant poursuivi, sous la direction plus immédiate de maîtres français, de Déjerine en particulier, de solides recherches sur l\u2019anatomie et la physiologie ramenée aux fonctions dominantes du cerveau.Des stages à la Salpêtrière et à l\u2019Infirmerie du Dépôt ajoutaient à sa formation la multitude des observations cliniques que les hôpitaux de la grande ville, à l\u2019appel de la souffrance, concentrent sous le regard du médecin.Il enfermait sa compétence dans les cadres de la neurologie, art difficile et d'une singulière minutie, mais où son talent allait bientôt s'affermir au contact des responsabilités.Il était prêt à se livrer au mouvement de régénération que nous savons.L'Université l\u2019accueillit aussitôt, comme elle en a accueilli L'UNION MÉDICALE DU CANADA 677 bien d'autres, soucieuse plus que l'on ne croit de se constituer des valeurs et d'apporter au progrès sa part d\u2019influence et de rayonnement.A la mort du docteur Villeneuve, la Faculté de médecine confia les maladies mentales à mon camarade Alcée Tétrault et la nédecine légale au docteur G.-W.Derome, retour lui aussi de Paris, Elle créa pour le docteur Albert Prévost la chaire de neurologie.Ce fut, pour lui comme pour d'autres, le moment de la plus heureuse exaltation: revoir ses notes encore fraîches de tant de souvenirs et dont les marges se peuplent d'images, remuer les idées reçues et les peser une à une avant de les adapter, choisir une méthode ou en imaginer une, et, malgré d'inévitables hésitations qui elles-mêmes ont leur saveur, malgré le vide du milieu que l\u2019on sent étranger, presque hostile, se refermer sur un rève intérieur, et là, tout seul désormais, affermir une doctrine et transmettre une certitude.À la théorie ainsi reprise des maîtres français, Albert Prévost ajoutait l\u2019enseignement puisé dans la vie même, dans la fréquentation des hôpitaux: il devint chef du service de neurologie à Notre-Dame et médecin-consultant a S.-Jean de Dieu.Ses élèves de la Faculté, ses gardes-malades a qui il faisait des conférences hebdomadaires gardent la mémoire de ses directions et le respect d'une personnalité qui se dégageait de l'expérience acquise et s\u2019imposait.De cet enseignement, il ne reste guère que des paroles, des notes rapides, et des pièces de démonstration, des coupes délicatement pratiquées dans le cerveau au cours de longues séances de dissection.Aucun ouvrage qui serve de point de départ à de plus jeunes.Il est parti comme d\u2019autres partiront sans doute et comme nos maîtres à nous, après s'être entièrement donné à l\u2019action.Albert Prévost, très pris par une clientèle sérieuse, aimait cependant cette partie de sa vie qu\u2019il avait consacrée à l\u2019enseignement.Il y revenait peu avant sa mort avec l'intention de s\u2019v rattacher davantage.Il sentait la nécessité de ce retour et, avec la volonté qui le caractérisait, il en avait déjà marqué les étapes.Il se préparait au Congrès de Genève auquel il allait se rendre: \u201cJe vais lire, me mettre au courant, et prendre part aux discussions\u2019, disait-il sur un ton de décision que ses amis savaient sans réplique.Il avait l'esprit pénétré de ce prochain voyage où il allait se retremper.La veille de l'accident, le 3 juillet, avant de quitter Montréal en compagnie du docteur Benoist.il eut ce mot que l\u2019on recueille aujourd\u2019hui avec saisissement: \u201cAdieu, je m\u2019en vais en Europe\u2019, associant sa joie prochaine au devoir qui le retenait encore parmi les siens.I! devait aller 678 L'UNION MÉDICALE DU CANADA ailleurs, plus loin, sans retour cette fois, laissant son œuvre brusquement, comme une chose complète et pourtant inachevée, ce Sanatorium où il avait mis tant d'acharnement et qui demeurera malgré la mort comme un émanation de son irréductible énergie.Pourquoi parler de livres à laisser après soi comme une trace durable devant une œuvre de cette trempe qui vaut, par la pensée qui l'anima et dans sa réalisation matérielle, l\u2019ouvrage que l\u2019on risque de n\u2019écrire jamais ?Albert Prévost a choisi entre des valeurs égales en répondant d'abord au besoin d'apostolat qui le possédait.il m\u2019avait proposé, un jour de juin, de l'accompagner au Sanatorium.Nous avions remis à plus tard, à bientôt.J'y suis allé, mais il n\u2019était plus là: deux amitiés fidèles m'y conduisirent.C\u2019est a Cartierville, au tournant du Mont-Royal, sur les bords de la rivière des Prairies qui se parent avec le temps, au point de rappeler par endroits la campagne française que des siècles ont humanisée jusqu'à l'intimité.Le soir d\u2019un beau jour, dans un air vif que balayait un large vent d'ouest.En avançant vers le couchant, nous avions devant nous un de ces merveilleux contre-jours qui gravent harmonieusement sur un ciel rouge les arbres courts de la rive.Nous allions d\u2019un commun accord vers la ligne de la rivière pour, nous étant retournés, juger d\u2019un coup d'œil l\u2019œuvre dans son ensemble, au point où Albert Prévost la quitta.Ce fut une révélation, et mes compagnons, pour qui le spectacle était plus familier, en furent saisis comme moi: c'était tout Albert Prévost, cette disposition dans l\u2019ordre et la clarté.Le pare vert et ratissé, ombragé de grands arbres que relie par instant le vol saccadé d\u2019un chardonneret, des allées, conduites par des plaines aux troncs droits jusqu'auprès des pavillons et, au-delà, une réplique du même décor atteignant le mur de pierre du boulevard.Une riche villa, dont le propriétaire aurait eu le souci constant, sans se soustraire au plus petit détail; un aspect voulu, calculé, qui soit une perpétuelle invitation au repos.Cette impression de home, apaisante à l'inquiétude nerveuse, Albert Prévost l'avait prolongée à l\u2019intérieur des deux pavillons, disposés de chaque côté du parc et d\u2019une architecture de maison de campagne: toits inclinés vers des tourelles que rattachent de vastes vérandas.Dans le pavillon principal, le bureau du docteur, au détour de la porte: une pièce un peu plus sévère, réservée à la direction générale, aux confidences médicales, aux recueillements.Tout autour, des rayons de bois sombre où, reliés et soigneusement posés, les livres des maîtres, de Déjerine et de Charcot, voisinent L'UNION MÉDICALE DU CANADA 679 avec des philosophes et des sociologues, le P.Gratry, Georges Goyau, d\u2019autres encore.Aux murs, quelques rappels d\u2019art.Mais sitôt le hall dépassé, la vie familiale reprend: des conversations perçues de la salle à manger, quelques dames attardées au salon, partout ute douce liberté dont on ne devine pas la surveillance.Dans la salle de billard que des gravures égaient, une autre bibliothèque aux panneaux pleins, munis de serrures, où sont ficelées, étiquetées les années des revues médicales à côté de livres plus légers dispensés avec prudence.En haut, la série des chambres ensoleillées où chacun se dofine les satisfactions du chez'soi.Dans le second pavillon, une hospitalisation semblable, moins luxueuse a dessein mais tout aussi minutieusement ordonnée, une chapelle, et, au dernier étage, la grande pièce aérée et coquette où, à tour de role, les gardes-malades, assistantes du jour et de la nuit, prennent leur repos.De I'hopital proprement dit, très peu se laisse voir, le moins possible: une garde qui passe vétue de blanc, les visites du médecin de service, quelques appels plus précipités, les laboratoires dissimulés, la pharmacie où sur des râteliers de bois on range les médicaments par numéros d'ordre, loin des chambres: de tout cela, nous ne percevrions guère à demeurer dans les pièces du bas, et ce sont les explications de garde Tassé qui nous éclairent, elle qui, pendant sept ans, présida aux installations, et dont le regard fut le double de celui du maître et l\u2019âme, celle même de la maison.Et cependant, près de trente-cinq malades sont chaque jour suivis, conseillés, encouragés, qui souffrent de fatigue, de dépression, ou dont l\u2019organisme nerveux est atteint.Albert Prévost, que secondait le dévouement du -docteur Edgar Langlois, dirigeait vers Cartierville une faible partie de sa clientèle.Sans abandonner la neurologie, base de ses activités et principe de sa thérapeutique, 1l avait été conduit par l'exercice quotidien de sa profession vers les maladies nerveuses, terme indiqué à sa compétence.Fidèle à la doctrine française, il avait recours à la psychothérapie.Préparé de longue date par ses études spécialisées, familiarisé avec les moindres sinuosités de l'appareil nerveux, il ajoutait à ces connaissances d\u2019ordre technique l'appoint d\u2019une psychologie que la pratique avivait.Il fallait le voir arriver au Sanatorium, sur un coup de volant rapide, érafler de ses freins le gravier des allées et, dans un léger nuage de poussière aussitôt étouffé, descendre de voiture avec ce joyeux sourire qui lui plissait les yeux, et, tout de suite, comme s\u2019il reprenait possession de la pensée de ses patients, distribuer du mouvement et de la gaieté.Il s\u2019approchait de chacun, 680 L'UNION MÉDICALE DU CANADA conversait avec intérêt, trouvait un motif de ne pas s'abandonner, redressait une crainte exagérée, se faisait le tuteur de volontés brisées par la vie.[It songez a tous ceux qu'il avait laissés en route, qui comptaient sur lui pour reprendre sur eux-mêmes une emprise inespérée.La résistance d'Albert Prévost portait ce fardeau sans faiblir.Il se dépensait, fut-ce pour le plus humble.Qui dira ce qu'il a accompli de bien et sans relâche, répondant à toutes les sollicitations avec la même bonne humeur, toujours sensible au moindre signe de détresse, courant sur les routes depuis son Sanatorium, pour suivre l\u2019éparpillement de sa forte clientèle.Il tenait bon, malgré d\u2019infinies difficultés que connaissent ceux qui ont tenté de ces entreprises.Il avait failli remettre en d'autres mains une charge qui menaçait de s\u2019alourdir à l'extrême.Puis, il s'était ressaisi, comme ramassé sur lui-même.Il atteignait l\u2019aube de sa peine, révant de nouveaux développements, lorsque la mort l\u2019a touché, entre deux visités.Je suis retourné depuis au Sanatorium.J'ai imaginé le retour de chaque soir, le coup de volant, l\u2019arrêt brusque.Plus rien maintenant, qu\u2019une profonde tristesse que réprime mal le regard de ses collaborateurs.Il semble pourtant que l\u2019on entende encore l\u2019encouragement de sa parole, que l\u2019onde de son bon sourire persiste, et que sa volonté accomplisse toujours sa merveille.Une telle fièvre avait sans doute son secret.Les amis d\u2019Albert Prévost et celles qui le pleurent aujourd\u2019hui de plus près ont éprouvé les ressources de sa bonté.Il redisait souvent que la vie ne vaut pas la peine d\u2019être vécue si l\u2019on ne l\u2019emploie pas à faire du bien aux autres.Timide, il lui arrivait de cacher sous d\u2019apparentes brusqueries la générosité de ses sentiments.Il était croyant, à un \u2018point que nous ne soupçonnions pas, et que nous a révélé l\u2019article ému que lui consacra l\u2019aumênier du Sanatorium.Sa religion était sincère, sans rien de chagrin ni d\u2019étroit; elle se manifestait dans des actes très simples, presque furtifs, qui prennent maintenant toute leur signification.Dans la pénombre de son bureau brillait, cette fin d\u2019après-midi, un crucifix d'argent dont nous avons retrouvé le reflet dans chaque pièce.!l avait obtenu de Mgr Deschamps que sa chapelle reçût le Saint-Sacrement à demeure: une toute petite chapelle, intime comme un cœur, avec son autel en bois verni surmonté d\u2019une statue de marbre blanc, image de la Vierge, et de longs vases où des pensionnaires avaient glissé des fleurs rouges.Le silence nous étreignait.N'\u2019étions-nous pas au bout de sa pensée, à la source de son inspiration r -\u2014 Quelques minutes, notre pauvre prière implora pour lui l'éternel repos.Edouard MONTPETIT.Secrétaire général de l\u2019Université de Montréal. BIBLIOGRAPHIE LA COQUELUCHE, par le Docteur Henri Stévenin, Médecin des hôpitaux de Paris.\u2014 Bibliothèque des Connaissances Médicales, dirigée par le Dr Apert.\u2014 Un volume in-18 jésus.Prix: 7 fr.50.\u2014 Ernest Flammarion, éditeur, 26, rue Racine, Paris.La coqueluche est une maladie tellement caractéristique que son diagnostic est souvent fait en dehors du médecin, lorsque la quinte a été entendue.Personne n\u2019ignore non plus sa contagiosité et sa longue durée.Mais à cela se bornent souvent les connaissances positives que le public, même éclairé, possède sur la coqueluche, et il s\u2019y joint bien des erreurs.Il était donc utile de présenter au public, sous une forme suffisamment dégagée des termes techniques, la description de la coqueluche, de ses formes, plus variées qu\u2019on ne le soupçonne parfois, en particulier la forme fruste où la quinte n\u2019existe pas, les complications qui peuvent atteindre le coquelucheux.| Mais depuis quelques années des notions nouvelles sont venues s'ajouter, très utiles pour le diagnostic, la prophylaxie et le traitement de la maladie.Le microbe de la coqueluche, les données récentes relatives à la durée de contagion et à la prophylaxie par la recherche du microbe, par l\u2019injection de vaccins ou de sérum de convalescents sont complètement étudiés.De même, le chapitre de thérapeutique qui termine l\u2019ouvrage, comporte avec l\u2019hygiène du coquelucheux et les médications anciennes qui ont fait leurs preuves, l\u2019exposé des méthodes de traitement plus récemment employées, en particulier par les sérums et vaccins, montrant ce que l\u2019on peut en attendre dès à présent, en se gardant d\u2019un enthousiasme excessif.Les parents du petit coquelucheux trouveront indiquées dans cet ouvrage les mesures à prendre pour mettre l\u2019enfant dans les meilleures conditions possibles afin que la coqueluche reste bénigne et les précautions nécessaires pour protéger l\u2019entourage.LE PETIT PRECIS ANNUEL 1926.\u2014 In-18.Prix: 8 fr.50.\u2014 Collection \u201cLes Petits Précis\u201d, publiés sous la direction du Dr A.Cantonnet.\u2014 Grande Librairie Médicale A.Maloine, Norbert Maloine, éditeur, 27, rue de l\u2019Ecole-de-Médecine, Paris, VIe.Le Petit Précis annuel (1925) n\u2019a pas la prétention d\u2019indiquer tout ce qui a paru dans l\u2019année 1925 en médecine, en chirurgie et dans les diverses spécialités.L\u2019auteur s\u2019est donné comme objectif d\u2019exposer dans un aperçu général l\u2019évolution des sciences médicales afin que le lecteur 682 L'UNION MÉDICALE DU CANADA puisse dégager une vue d'ensemble.Le but poursuivi est le même que celui vers lequel tend la Collection des \u2018Petits Précis\u201d: concision, utilité.22 volume, sur 54 que comprend la Collection, sont déjà parus.LES PETITS PRECIS, publiés sous la direction du Dr A.Cantonnet.Chaque volume in-18, prix 8 fr.50.Grande Librairie Médicale A.Maloine, Norbert Maloine, éditeur, 27, rue de l'Ecole-de-Médecine, Paris, VIe.\u2019 La Collection \u2018Les Petits Précis\u201d dirigée par le Dr A.Cantonnet voit son succès grandir rapidement.Aux 8 Petits Précis qui étaient déjà parus: 1° Ophtalmologie du Praticien par A.Cantonnet (5e édition, six éditions étrangères); 2° Chirurgie d\u2019urgence par Leveuf; 3° Cures climatiques et hydro-minérales par Mougeot, 4° Poumon tuberculeux par Paul Cantonnet; 5° Syphilis héréditaire et acquise par Loiselet; 6° Sérums et vaccins par Beauvy; 7° Urologie par Gautier; 8° Foie, Pancréas, Reins, par H.Rendu, 9° La Psychiatrie d\u2019urgence par Filassier; 10° Coeur, veines, artères par Leconte; 12° Le poumon non tuberculeux par Rouillard ; 12° Le tube digestif, par Paisseau; 13° Dermatologie par Lacapère; 14° Maladies infectieuses par Halbron; 15° Le Cancer par Jeanneney; 16° Radium et Rayons X, par Laquerrière, viennent de s\u2019ajouter les E suivants : 17° Chirurgie infantile par Martin, chirurgien des hôpitaux de Paris.Délicate question à connaître à fond pour éviter toute fausse manœuvre.18° Oto-rhino-laryngologie, par Baldenweck, Oto-rhino-laryngologiste des hôpitaux de Paris.Si importante en pratique journalière (trachéa- tonomie, etc.).19° Tuberculose ostesarticulaire et ganglionnaire, par Sorrel, chirurgien en chef de l\u2019hôpital maritime de Berck, chirurgien des hôpitaux de Paris, et Delahaye, chirurgien assistant à Berck.Savoir que faire et conduire son malade à la guérison.20° Examens de laboratoire par Beauvy, chef de laboratoire à Cochin, traités par un esprit clair et pratique.Guide sûr.21° Pathologie de la grossesse et de l'accouchement par Lemeland, accoucheur des hôpitaux de Paris.Tous les praticiens reconnaîtront la grande valeur de cet ouvrage; l'accouchement normal doit faire l\u2019objet d\u2019un autre volume.Ainsi 21 volumes de cette intéressante et précieuse collection des \u201cPetits Précis\u201d sont déjà parus.Cette collection en comprendra 54 en tout, portant dans toutes les branches de la médecine, guides concis et clairs pour le médecin qui exerce et pour l\u2019étudiant qui prépare un examen ou suit l'hôpital.Le succès obtenu jusqu'ici par cette collection montre qu\u2019elle répondait à un besoin: \u201cDire en peu de mots et en allant droit au but, ce qu\u2019il faut faire et ce qu\u2019il faut ne pas faire dans un cas déterminé\u201d."]
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