L'union médicale du Canada, 1 août 1934, Août
[" 4 Tome LXIII No 8 Août 1934 AVANT-PROPOS Depuis longtemps déjà, dans tous les pays du monde, des campagnes d\u2019hygiène ont été organisées pour combattre la tuberculose, la mortalité infantile, l\u2019alcoolisme, les maladies vénériennes, etc.La médecine évolue vers la prévention des maladies, prévention de la variole, de la diphtérie, de la scarlatine, du tétanos, de la typhoïde, de l\u2019encéphalite, ete, et des résultats étonnants ont été obtenus, mais ne nous illusionnons pas, il y a encore une somme énorme de travail à accomplir.Il restait une autre campagne d\u2019hygiène à entreprendre dont les résultats doivent atteindre l\u2019homme dans tous ses âges et toutes les classes de la société, campagne éminemment moralé et sociale, celle de l\u2019hygiène mentale.Il y a quatre ans, grâce au concours du Comité National d\u2019Hygiène Mentale du Canada, un Comité d\u2019hygiène mentale a été organisé à Montréal pour la province de Québec.Ce Comité s\u2019est tracé un programme d\u2019action d\u2019une très grande envergure.Il s\u2019est proposé de prévenir et de guérir les maladies mentales et nerveuses ; de faciliter le traitement scientifique de ces maladies; de donner l\u2019attention voulue aux arriérés mentaux et aux arriérés pédagogiques; de faire I\u2019éducation du public en le renseignant sur l\u2019application de principes favorables à la santé mentale.Grâce à la coopération du gouvernement de la province, des corporations hospitalières et des universités, l\u2019organisation de nos insti- tations pour aliénés a subi une transformation extraordinaire durant les dernières années.Les asiles d\u2019antan sont devenus des hôpitaux.Il ne s\u2019agit plus de refuges où séquestrer les aliénés, mais d\u2019hôpitaux où les malades du cerveau sont considérés comme des malades réels qu\u2019il faut secourir, et guérir si possible.Il est à noter que certaines conditions mentales sont le résultat d\u2019affections physiques, d\u2019une intoxication, ete, lorsqu\u2019une attention appropriée est donnée à ces causes physiques, il arrive souvent que le choc cérébral disparaît et qu\u2019une guérison s\u2019ensuit. 740 L\u2019UNION MÉDICALE DU CANADA Il y a actuellement environ dix mille aliénés publics dans nos institutions, soit un plus grand nombre de malades dans nos hôpitaux d\u2019aliénés que dans les hôpitaux généraux réunis.Ce chiffre ne comprend pas la population des malades privés internés dans nos hôpitaux d\u2019aliénés.Depuis vingt ans, la population de la province de Québec a augmenté d\u2019un .tiers, alors que la population des aliénés publics internés dans nos institutions a plus que doublé.Les malades du cerveau sont en si grand nombre aujourd\u2019hui que nos institutions ne suffisent plus à les contenir.Diverses causes sont responsables de cette augmentation.Alors qu\u2019autrefois les familles gardaient auprès d\u2019elles un vieux parent que l\u2019âge avait rendu irresponsable, quoique inoffensif, elles se libèrent aujourd\u2019hui de ce fardeau en chargeant l\u2019état du soin de ce dément ou de cette démente sénile.La vie effrénée telle que vécue depuis la guerre, la folie du luxe, du jazz, de la bourse, le krach et la dépression actuelle ont fait éclore des folies sans nombre.Et n\u2019oublions pas les déchets de l\u2019hérédité: un alcoolique, un syphilitique ne peut que procréer des êtres affaiblis mentalement et physiquement.Voilà les causes de l\u2019encombrement de nos hôpitaux d\u2019aliénés.Il faudrait des institutions nouvelles pour loger nos arriérés mentaux, nos déments séniles, nos épileptiques, nos narcomanes et nos alcooliques, mais ces établissements représenteraient une charge trop lourde en ces temps de crise économique.Ailleurs on cherche à remédier au surpeuplement des pays, à la pauvreté et à l\u2019égoïsme humain, en légalisant les moyens anticonceptionnels et même l\u2019avortement.On favorise le malthusianisme ou le contrôle des naissances, c\u2019est-à-dire le \u201csuicide de la race\u201d, d\u2019après la définition de Théodore Roosevelt, l\u2019ancien président des Etats- Unis.On légalise la stérilisation de tout sujet dont la postérité hériterait de graves anomalies physiques ou mentales.On va plus loin encore, on veut pratiquer l\u2019euthanasie ou l\u2019assassinat des incurables, des infirmes, au moyen du chloroforme, de la morphine, etc., dans le but de soulager la souffrance de ces miséreux et de dégrever l\u2019état du fardeau de leur hospitalisation ; c\u2019est la réapparition de la roche tarpéienne de l\u2019antiquité que le Christ avait fait disparaître.Malthusianisme, stérilisation, euthanasie, n\u2019intéressent guère le Comité d\u2019Hygiéne Mentale de la province de Québec qui s\u2019appuie plutôt sur les lois naturelles et sur la morale chrétienne, aussi croit-il que l\u2019éducation de la population aux points de vue de la morale et de l\u2019hygiène mentale est le plus sûr palliatif pour remédier à la situation actuelle.PE er ES L\u2019UNION MÉDICALE DU CANADA «+1 Cependant c\u2019est une tâche ardue, pour ne pas dire impossible, que de tenter d\u2019opérer un changement dans les penchants, la mentalité de certains adultes suffisamment normaux pour circuler en liberté, mais atteints néanmoins de phobies ou de faiblesses qui font le désespoir de leur entourage.Il aurait fallu que quelqu\u2019un se chargeât de redresser ces travers dès l\u2019enfance et même l\u2019adolescepce et ainsi empêcher qu\u2019ils se développent, avec les années, en phobies, folies ou habitudes, plus ou moins inoffensives.Il s\u2019ensuit donc que c\u2019est à l\u2019enfant, l\u2019homme de demain, qu\u2019il faut porter toute notre attention.C\u2019est ainsi que le Comité d\u2019Hygiène Mentale a voulu s\u2019intéresser d\u2019une façon toute spéciale à l\u2019enfance en général, mais surtout à l\u2019enfance arriérée, à l\u2019enfance anormale.Tous les êtres humains sont égaux devant Dieu, mais non pas devant les hommes, ceux-ci classant les individus d\u2019après leur psychisme.Il y a des personnes exceptionnellement douées au point de vue de l\u2019intelligence, d\u2019autres ont une intelligence moyenne et d\u2019autres une intelligence inférieure.Une société bien organisée comporte dans ses individus cette gradation des capacités intellectuelles et chacun dans sa sphère joue un rôle pour le plus grand bien de l\u2019individu et de la collectivité.Dès le jeune âge, il importe de faire la ségrégation des intelligences.Ainsi un enfant d\u2019un âge chronologique de douze ans peut avoir un âge mental de sept ou huit ans.Est-il juste que cet enfant d\u2019un âge mental moindre que son âge chronologique demeure avec des enfants dont l\u2019âge mental correspond ou dépasse l\u2019âge chronologique?Ne vaut-il pas mieux mettre à part cet enfant et le faire bénéficier, avec d\u2019autres enfants du même âge mental que lui, d\u2019une éducation spéciale et individuelle dans des classes de nos écoles spécialement organisées à cet effet ?Il est à noter qu\u2019il y a des arriérés pédagogiques et des arriérés mentaux.On compte parmi les premiers, les enfants dont l\u2019arriération est dûe à la maladie, à une absence prolongée de l\u2019école, à un défaut physique, tel qu\u2019une mauvaise vision, une audition imparfaite, des végétations adénoïdiennes, etc, et souvent il suffit de donner l\u2019attention voulue au défaut physique et d\u2019un court séjour dans une classe spéciale, pour permettre à ces enfants de reprendre leur place parmi les autres enfants du même âge chronologique qu\u2019eux.Quant aux seconds, ils ne pourront acquérir que certaines connaissances en rapport avec leurs capacités intellectuelles.Plusieurs de ces enfants peuvent faire partie des classes spéciales des écoles, mais 742 L\u2019UNION MÉDICALE DU CANADA les autres, ceux qui ne peuvent bénéficier que de l\u2019éducation sensorielle, doivent être dirigés vers les institutions médico-pédagogiques.Faute d\u2019institution appropriée pour les recevoir, un grand nombre de ces enfants fréquentent nos écoles où ils paralysent le bon fonctionnement des classes et où ils sont un surcroît de travail pour le professeur.Nos écoles de Montréal sont déjà assez bien organisées au point de vue de l\u2019hygiène mentale.Monsieur Victor Doré, président général de la Commission des Ecoles Catholiques de Montréal, vous en dira quelques mots.Je pense que l\u2019organisation dans la ville de Québec ne tardera pas à être complète.D\u2019ailleurs tous nos amis qui ont bien voulu assister a cette réunion, ne nous prouvent-ils pas par leur présence qu\u2019ils apprécient l\u2019importance du travail entrepris par le Comité d\u2019Hygiène Mentale et qu\u2019ils sont prêts à coopérer dans notre campagne d\u2019hygiène mentale ?Je remercie d\u2019une façon toute particulière les membres du clergé de leur appui si essentiel car ce n\u2019est qu\u2019avec cet appui que nous pouvons espérer obtenir des résultats pratiques de notre campagne d\u2019éducation.En ma qualité de directeur médical des hôpitaux d\u2019aliénés de la province de Québec, je désire profiter de cette occasion pour féliciter les surintendants et les médecins de nos hôpitaux d\u2019aliénés pour leurs travaux scientifiques et leur zèle à soulager les pauvres déshérités.Je mentionne tout spécialement le Surintendant de l\u2019Hôpital Saint- Michel Archange qui depuis près de cinquante ans se dévoue sans compter au soin des aliénés.Je désire aussi ajouter que les membres des corporations hospitalières, nos religieuses, ont droit à toute notre admiration pour la charité et le dévouement avec lesquels elles accomplissent leur tâche journalière auprès des malades que nous leur confions.Dr A.-H.DESLOGES. DISCOURS DU PRÉSIDENT GÉNÉRAL DE LA COMMISSION DES ÉCOLES CATHOLIQUES DE MONTRÉAL Après le vigoureux exposé du docteur Desloges au banquet qui a précédé cette séance et les remarquables études que vous venez d\u2019entendre, que reste-t-il à dire?Cet auditoire reconnaît l\u2019importance de l\u2019hygiène mentale, félicite les psychiâtres et les neurologues de leurs recherches, de leurs découvertes, de leurs conclusions.Les plaidoiries sont finies, le jugement est rendu; aussi bien, je n\u2019ai pas pour mission de disserter davantage sur la question.Je suis ici simplement comme témoin prêt à déclarer la vérité, toute la vérité, rien que la vérité sur le cas que nous faisons de l\u2019hygiène mentale à l\u2019école primaire dans notre métropole et l\u2019effort que nous fournissons pour l\u2019y installer en permanence.Le docteur de Bellefeuille \u201c) vous a dit comment l\u2019on dépistait les arriérés mentaux dans nos écoles, l\u2019étroite collaboration qui doit exister, qui existe de fait entre nos instituteurs et le personnel du Service de santé de notre ville, les patientes recherches des psychiâtres et l\u2019intérêt que notre Commission porte à leurs conclusions.Je n\u2019ajouterai que quelques mots.Les éducateurs ne sauraient rester indifférents au problème qui vous a été exposé.Aussi, depuis quelques années déjà, la Commission des Ecoles catholiques de Montréal s\u2019intéresse de façon toute spéciale aux arriérés dans ses écoles et à leur catégorisation.Je vous rappellerai que notre Commission contrôle plus de deux cent trente (230) écoles fréquentées par une population scolaire de cent quinze mille (115,000) enfants.Plus de quatre-vingt pour cent (80%) de nos écoliers n\u2019auront pour tout bagage, dans la vie, que les connaissances acquises au cours primaire proprement dit.Il en sera longtemps ainsi et nous ne différons pas, sur ce point, des autres pays civilisés.Vous êtes-vous demandé, mesdames et messieurs, ce qu\u2019est la tâche d\u2019un instituteur chargé d\u2019instruire de quarante à cinquante bambins dissemblables, (1) Voir page 14. \u2019 \"44 L\u2019UNION MEDICALE DU CANADA dont le plus grand nombre sont considérés, dans leur foyer, comme des petits prodiges?Point n\u2019est besoin de vous dire que tous ne sont pas également doués et que pour être compris, obéi, respecté, aimé du plus grand nombre, l\u2019instituteur doit faire preuve d\u2019une patience inlassable, car il a le devoir de s\u2019intéresser à tous ses élèves et, pour être productif, son enseignement doit être à la portée de tous et de chacun d\u2019entre eux.Un trop grand nombre d\u2019enfants, toutefois, si l\u2019on n\u2019y met pas ordre, n\u2019iront jamais au-delà de la troisième ou de la quatrième année du cours primaire et persisteront à fréquenter l\u2019école, à doubler, à redoubler leurs classes et, finalement, renonceront à l\u2019étude, parce que dégoûtés, découragés.Le cycle des études primaires serait plus vite parcouru si, à tous ses degrés, nous n\u2019avions que des super-normaux et si tous les enfants qui fréquentent nos écoles étaient également doués.Vous conclurez, en supposant le maître toujours à la hauteur de sa tâche, que le ralentissement dans le progrès peut découler de la lenteur intellectuelle de groupes plus ou moins nombreux d\u2019élèves.En d\u2019autres termes, si dans une classe de cinquante élèves chez les petits, quinze sont des arriérés pédagogiques, cinq sont des instables, trois, des arriérés mentaux, le progrès des vingt-sept élèves absolument normaux et susceptibles de suivre leur classe avec succès se trouve forcément retardé.Pour le plus grand bien de ces cinquante élèves et dans l\u2019intérêt des mieux comme des moins doués, il faut, quand la chose est possible, les séparer, rechercher les causes de l\u2019arriération, en déterminer le quota puis, au courant des faits, grouper dans des classes spéciales, sous la tutelle de maîtres avertis, ceux qui réclament une attention particulière.L\u2019enseignement, dans ces classes spéciales, différera de l\u2019enseignement régulier; les élèves ne recevant pas plus individuellement qu\u2019ils ne sont susceptibles d\u2019assimiler.Il y aura dans cette classe spéciale, comme dans toutes les autres, un premier et un dernier de classe, sans doute, mais être le premier dans une classe de vingt quand on a été le trentième dans une classe de cinquante, c\u2019est merveilleux.L\u2019enfant qui, dans la classe régulière, se serait découragé aura tôt fait de reprendre le terrain perdu et, après un an, quelquefois moins, il sera peut-être en mesure de suivre, sans trop d\u2019effort, ceux avec qui on l\u2019avait d\u2019abord classé et qu\u2019il n\u2019aurait jamais pu espérer rejoindre sans un stage dans une classe spéciale.Les autres, moins heureux, et dont le quotient intellectuel demeure manifestement in- -3 [VEN Le 2 L\u2019UNION MÉDICALE DU CANADA suffisant ne suivront jamais le cours régulier.Il serait ridicule de les y forcer, mais quand ils quitteront l\u2019école, après trois, quatre ou cinq années d\u2019études, ils posséderont tout ce qu\u2019ils étaient capables d\u2019acquérir.Il ne faut pas croire que le verdict du psychiâtre est sans appel et que, placés dans une classe spéciale, les élèves que nous y groupons sont considérés à jamais comme des arriérés pédagogiques, ou des anormaux mentaux.Au contraire, tous et chacun deviennent l\u2019objet d\u2019une sollicitude attentive; une observation constante, des examens périodiques permettant de suivre l\u2019étendue de leurs progrès et leurs possibilités respectives d\u2019avancement.Oui, nous avons cru ces classes spéciales nécessaires et nous en avons organisé plus de soixante dans nos écoles et nos finances n\u2019en ont pas trop souffert.Evidemment, les classes spéciales ne peuvent pas contenir un aussi grand nombre d\u2019élèves que les classes régulières ; l\u2019enseignement y deviendrait trop pénible; de fait, elles ajoutent à nos dépenses, mais nous considérons comme un devoir social, comme un besoin pédagogique, de les créer et de les maintenir.Avec le temps, du reste, leur existence aura, sur nos finances, une heureuse répercussion.M.Victor DORE, Président Général de la Commission des Ecoles Catholiques de Montréal.\u2014\u2014\u2014\u2014o0e\u2014 ALLOCUTION D'OUVERTURE Par M.le Dr Willie VERGE, Chef du Service de Transfusion, Assistant-Chirurgien de l'hôpital de l\u2019Enfant-Jésus.Président de la Société Médicale de Québec.Monseigneur le Vice-Recteur, Votre Honneur le Maire, Mesdames et Messieurs.Convaineu de la nécessité des soins médicaux donnés aux arriérés mentaux et des succès de cette œuvre humanitaire, j'ai cru qu\u2019il était du rôle de la Société Médicale de Québec de convoquer une séance spécialement destinée à l\u2019hygiène mentale.L\u2019auditoire d\u2019élite, qui remplit cette salle: éducateurs distingués, professeurs des facultés, médecins, journalistes, étudiants, gardes-malades, représentants de sociétés philanthropiques, conférenciers, spécialistes qui ont accepté volontiers de nous intéresser ce soir par leurs travaux de la plus haute valeur, me prouvent l\u2019intérêt que \u201ctous\u201d portent à ce sujet.Monseigneur le Doyen de la Faculté des Arts, Monsieur le Secrétaire de la Faculté de Médecine, représentants du Recteur et du Doyen, votre double collaboration à ce mouvement démontrent, que l\u2019Université Laval, fondatrice de l\u2019Ecole de la Jemmerais, est toujours au premier rang, lorsqu\u2019il s\u2019agit en notre ville de problèmes scientifiques et philantrophiques.D'ailleurs, cette place lui revient de droit \u2014\u2014 à l\u2019avance, je vous remercie tous cordialement.Monsieur le premier Magistrat de la Cité de Champlain, votre présence, malgré vos nombreuses occupations, affirme que vous voulez sagement vous renseigner, dans l\u2019intérêt public, sur les faits et gestes que comporte la thérapeutique des miséreux mentaux, au nom du Comité de l\u2019Hygiène Mentale et des médecins qui sont ici présents, je vous prie d\u2019agréer l\u2019expression de ma gratitude.Le titre de séance \u201cMédico-sociale\u2019\u201d\u2019 que nous avons voulu attacher à ce- programme ne sera pas sans nous impressionner sur le caractère que nous voulons lui donner.En effet, 'Hygiéne Mentale a non seulement pour objet de guérir certaines formes d\u2019aliénation mentale, mais aussi, par le dépistage des sujets, d\u2019en ralentir la progression, et voila pourquoi elle doit compter sur le concours des médecins, secondé par l\u2019aide des profanes.L\u2019Hygiène Mentale, comme les maladies infectieuses, la tuberculose, le cancer, la mortalité infantile, fait partie de la médecine préventive \u2014 et si elle est bien comprise par le corps médical et soutenue efficacement par l\u2019Etat, elle aura pour résultat la diminution du fardeau de l\u2019Assistance Publique et de notre budget civique, en faisant des infirmes mentaux, des citoyens utiles et des collaborateurs au progrès social.Messieurs les journalistes, qui avez aimablement répondu à l\u2019appel, je tiens particulièrement à vous remercier de votre appui.Au risque de perdre la présidence en vous invitant ce soir, j'ai dérogé à la constitution de notre association, et j'espère que mes confrères me pardonnent ce manque de déontologie.Connaissant la mentalité des rédacteurs de la presse en notre ville, je suis persuadé qu\u2019après avoir entendu ces exposés des savants médecins sur l\u2019Hygiène Mentale dans notre province et notre cité, ils prêteront de nouveau main forte dans l\u2019intérêt de la chose publique à cette science médicale qui a pour but de protéger ceux que la Providence a placés sous nos soins par suite de leur inaptitude à vivre au milieu de la société. L\u2019HYGIÈNE MENTALE DANS LE DOMAINE PRATIQUE Monsieur le Président, Mesdames, Messieurs.Vous comprendrez le pourquoi de ma présence ici ce soir si je vous dis que je suis membre de la Commission d\u2019Hygiène Mentale de la province de Québec, où je représente l\u2019Université de Montréal.J\u2019ai écouté avec intérêt et je dirai même avec beaucoup de satisfaction le discours prononcé au banquet du Château Frontenac tout à lheure par Mer Camille Roy, le distingué Recteur de l\u2019Univers'té Laval.ainsi que les remarques de M.Lavigueur, maire de votre belle ville.Jai applaudi avec vous le discours de Mgr Pelletier, Vice- recteur de Laval, que nous venons d\u2019entendre à cette réunion scienti- fiquo, organisée par M.le Dr Willie Verge, Président de la Société Médicale de Québec, et j'ai admiré l\u2019exposé magistral fait par M.Victor Doré, Président général de la Commission Scolaire Catholique de Montréal.Ces orateurs sont des pédagogues d\u2019une telle renommée que personne n\u2019osera mettre en doute leur compétence en toutes questions d\u2019éducation.D\u2019où vient que nos éducateurs s\u2019intéressent si vivement depuis quelques années à l\u2019hygiène mentale, non seulement chez les adultes mais plus particulièrement chez les enfants.C\u2019est que si nous sommes quelque peu en retard sur beaucoup d\u2019autres pays, les Etats-Unis entre autres et nos voisins de l\u2019Ontario, nous n\u2019en progresserons que plus vite une fois bien convaincus de la nécessité d\u2019une méthode d\u2019enseignement spécial à certains enfants.Ceux parmi vous qui ont entendu M.le Dr A.-H.Desloges, Président de la Commission d\u2019Hygiène Mentale de la province de Québec, au Chêteau Frontenac il y a quelques instants, ont vu leurs doutes s\u2019évanouir, s\u2019ils en avaient encore, au sujet de l\u2019absolue nécessité d\u2019organiser au plus tôt notre enseignement scolaire au point de vue bien particulier des arriérés mentaux.Ce vigoureux plaidoyer ne restera pas sans résultats, nous le réalisons tous, puisque nos grands 748 L\u2019UNION MÉDICALE DU CANADA éducateurs sont plus que jamais en faveur de l\u2019installation dans nos écoles de classes spéciales pour ces enfants, et recommandent la fondation d\u2019institutions pédagogiques destinées aux enfants plus malades, au lieu de les hospitaliser dans les hôpitaux pour aliénés.Les travaux présentés par le professeur de Bellefeuille, le professeur Miller et son assistant, le docteur Pelletier, le court aperçu anatomo-pathologique des lésions du cerveau par le docteur Berger sont bien faits pour apporter encore plus de conviction, si possible.chez les éducateurs et les parents de ces enfants.Mais la communication de M.Victor Doré sera lue avec intérêt par tous les membres des Commissions Scolaires, et je présume qu\u2019elle sera méditée avec profit par tous les éducateurs chargés de la formation de nos hommes de demain.Cet éloquent plaidoyer, en faveur des arriérés mentaux, aura une portée considérable puisque M.Victor Doré est non seulement un pédagogue de renommée, mais également un homme d\u2019affaires qui voit très clair dans les chiffres.Il a pour habitude d\u2019étudier le pour et le contre et le coût de revient avant d\u2019introniser une méthode nouvelle dans le programme de la Commission Scolaire Catholique de Montréal qu\u2019il dirige si habilement, et je dirai même si économiquement.Québec possède son Comité d\u2019Hygiène Mentale, présidé par M.le docteur Jobin et dont M.l\u2019abbé Maheux est l\u2019actif secrétaire.Plusieurs citoyens des plus distingués de cette ville parmi le clergé, les financiers et les professionnels font également partie de ce Comité.C\u2019est avec le concours de toutes les bonnes volontés, c\u2019est-à-dire de tous ceux qui veulent réagir contre l\u2019état actuel et ne veulent pas être tenus responsables plus longtemps de l\u2019insuffisance de notre système d\u2019éducation pour enfants arriérés, que notre vieille province se placera au même rang que les autres provinces du Canada.Les uns nous apporteront peut-être leur concours par pitié pour ces petits déclassés, les autres dans un but économique puisque l\u2019hygiène mentale est productive de santé morale, et qu\u2019il en coûte moins cher de s\u2019occuper du développement intellectuel de ces petits malades pour les rendre utiles à la société, que de les avoir toute leur vie dans les institutions de l\u2019Ftat.Enfin, beaucoup, espérons-le, le feront par orgueil national afin de ne plus être, dans notre belle province, à larrière-plan comparativement aux provinces sœurs en ce qui regarde l\u2019hygiène mentale. L\u2019UNION MÉDICALE DU CANADA v40 Il convient, tout de même, de voir au plus tôt à l\u2019organisation de Comités d\u2019Hygiène Mentale dans toutes les villes de notre province, avec le concours de la profession médicale, des Commissions Scolaires et, enfin, des Municipalités qui seules peuvent fournir les crédits nécessaires au fonctionnement effectif de ces Comités.En terminant je dois dire que j'ai écouté avec beaucoup d\u2019intérêt l\u2019exposé historique de M.le professeur Vallée ainsi que son éloquent hommage rendu à nos Universités et à leurs professeurs.Joffre de nouveau mes remerciements à M.le Dr Willie Verge, l\u2019actif Président de la Société Médicale de Québec, pour son aimable invitation, et à vous tous, Mesdames et Messieurs, pour votre si bienveillant accueil.J.-E.DUBE.Montréal, le 9 juin 1934.{6e 018 )-0 L\u2019ATTITUDE DE LA FACULTÉ DE MÉDECINE DE L\u2019UNIVERSITÉ LAVAL Par le Dr Arthur VALLEE, Professeur et Secrétaire à la Faculté de Médecine, Université Laval.Messieurs, Je regrette infiniment qu'un deuil ait empêché le Doyen de la Faculté de Médecine d\u2019être ici ce soir.\u201d M.le Professeur Rousseau nous permettra de lui renouveler l\u2019expression de notre très vive sympathie.Je n\u2019ai pas du reste la compétence pour prendre part à la discussion qui fait suite aux travaux intéressants qui nous ont été présentés d'un point de vue scientifique et social.Qu\u2019il me soit permis cependant d\u2019en féliciter les auteurs ainsi que la Société Médicale de Québec, le Comité provincial et le Comité local d\u2019Hygiène Mentale.Il est inutile de vous dire l\u2019intérêt tout particulier que porte la Faculté de Médecine de l\u2019Université Laval au problème dont on vient de traiter.Elle s\u2019y est intéressée dès qu\u2019il fut posé chez nous.Notre Doyen, dès son entrée en fonction avait amorcé puis rapidement mené à exécution l\u2019organisation de l\u2019enseignement neuro-psychiatrique en liant l\u2019Université et la Facu\u2019té au fonctionnement de ces services et en créant la clinique Roy-Rousseau comme premier centre neuro-psychiatrique en cette province.Il avait voulu le fonder \u2018sur des compétences en mettant ces services entre les mains de collègues européens dont deux, MM.Brousseau et Paulin nous ont déjà quittés, dont le troisième, notre collègue et ami Berger a bien voulu consentir à nous continuer son concours scientifique.Sur cette base est venue rapidement se greffer l\u2019Ecole La Jemmerais dont le personnel est également désigné par l\u2019action conjointe du Gouvernement, des sœurs de la Charité et de notre Faculté.Nous avons suivi de ce jour les développements importants de cette école, favorisé à l\u2019Université la venue à Québec de M.le Docteur Simon et de M.le Chanoine Jeanjean, approuvé par résolution spéciale la .formation d'un comité d\u2019Hygiène Mentale, dont un de nos professeurs, le Dr Jobin, est le président, dont font partie MM.Bédard et Martin, sans mentionner M.l\u2019abbé Maheux qui ne nous appartient pas complètement.La Faculté a acquiescé dès le début à la création d\u2019un dispensaire à l\u2019Hôtel-Dieu pour le dépistage des arriérés, dispensaire dont le fonctionnement est attribué à M.le Dr Miller, le directeur même de l\u2019Ecole, dont nous tenons à signaler la compétence, la ténacité, le dévouement et le travail.Mais nous ne nous sommes par arrêtés là, et nous insistions de nouveau l\u2019an dernier pour démontrer aux pouvoirs pulics tout ce que nous pensions de l\u2019œuvre en question.Nous obligions même il y à quinze jours à peine, les élèves de 5ème année à suivre les cours d\u2019Hygiène Mentale théorique et pratique que donne M.le Dr Miller à l\u2019Institut Supérieur de Philosophie, la sanction de cet enseignement devant être comprise dans l\u2019examen final de neuro-psychiatrie. L\u2019UNION MÉDICALE DU CANADA 751 Il semble donc inutile d\u2019insister, Messieurs, sur l\u2019importance que notre Faculté veut accorder au sujet et la part qu\u2019elle entend prendre à son développement.Elle a voulu être là aux avant-postes, comme elle le fut naguère pour l\u2019organisation de l\u2019Hygiène générale et de la lutte antivénérienne, mise sur pied par le prof.Arthur Simard, alors président du Conseil d\u2019Hygiène, comme elle le fit encore dans la lutte contre la mortalité \u2018infantile qui débuta avec l\u2019organisation des services de notre regretté collègue, le Prof.René Fortier, comme elle le fit dès le premier jour dans la lutte antituberculeuse commencée à Québec avec l\u2019initiative du Prof.Rousseau et de notre excellent ami, si tôt disparu, le Dr.Odilon Leclerc.Elle s\u2019y intéressera et l\u2019aidera comme elle le fait pour la question du cancer avec son Centre anti-cancéreux de l\u2019Hôtel-Dieu, qui prendra d\u2019ici quelques mois son plein essor, comme elle le fera également pour cette consultation pré-natale et de nourrices et de nourrissons, dont elle vient d\u2019autoriser l\u2019établissement au Saint-Sacrement.Aussi il me fait plaisir en son nom d\u2019offrir nos félicitations au Dr Desloges, président du Comité Provincial, à notre Comité local, à nos amis de Montréal qui ont bien voulu apporter la large contribution de leur expérience personnelle et à la Société Médicale de Québec pour son initiative de ce soir.L\u2019ADHÉSION DE L\u2019UNIVERSITÉ LAVAL Parlant à la séance médico-sociale du 25 octobre 1933, Mgr Camille Roy appuya chaleureusement le mouvement d\u2019hygiène mentale et assura les collaborateurs de cette belle œuvre que l\u2019université ne devait pas se dérober à sa tâche d\u2019éducatrice.\u201cQuant à l\u2019université Laval, dit-il, si elle ne peut intervenir dans les questions financières, elle interviendra, dans la mesure où elle le pourra, dans l\u2019étude des questions qui intéressent le comité.Notre université s\u2019occupe d\u2019enseignement supérieur, mais elle a cru bon, parfois, de descendre jusqu\u2019à l\u2019enseignement primaire.L\u2019hygiène mentale est un domaine où elle se plaira, par ses professeurs, à apporter son action.\u201d Au nom de l\u2019université Laval, Mgr Roy promit tout son concours au comité d\u2019hygiène mentale de Québec. L\u2019HYGIÈNE MENTALE AU SERVICE DE LA POPULATION ÉCOLIÈRE DE LA VILLE DE MONTRÉAL Par M.G.Lef.deBELLEFEUILLE, Professeur à l\u2019Université de Montréal, Médecin Psychiatre de la Ville de Montréal.Avant de vous faire part, des activités de l\u2019hygiène mentale, au service de la population écolière dans la région de Montréal, il ne serait pas sans intérêt je crois, de rappeler quelques faits historiques, touchant l\u2019œuvre gigantesque, mondiale, de cette science sociale.De 1900 à 1903, à la suite de troubles mentaux consécutifs à une grippe, fut interné dans un asile d\u2019aliénés du Connecticut, un grand philanthrope qui s\u2019appelait Clifford W.Beers.Pendant son séjour dans cette maison, il observa la façon dont les aliénés étaient alors traités dans ces asiles, il analysa les causes qui amenaient un grand nombre dé ses concitoyens dans ces endroits, et il se rendit compte, que parmi ces malades dont l\u2019intelligence avait fléchi, soit à la suite de chocs émotifs, soit sous l\u2019effet de causes qui auraient pu être éliminées.telles l\u2019alcool et la syphilis, soit enfin par le contact malheureux d\u2019un entourage, d\u2019une ambiance ayant un effet néfaste sur une intelligence instable, il se rendit compte, dis-je, qu\u2019un certain nombre de ces malheureux, auraient pu être préservés de l\u2019internement si on avait corrigé les causes occasionnelles, et fut bientôt convaincu qu\u2019un champ immense s\u2019ouvrait à son activité dans l\u2019œuvre sociale de protéger l\u2019humanité, ou tout au moins, une partie de celle- ci, de la plaie, du malheur qui s\u2019appelle la folie.Rendu à la vie active, se souvenant de ses souffrances passées, Clifford W.Beers se voua à l\u2019amélioration des asiles d\u2019aliénés, et à la prévention de la folie.En 1908, il fit paraître un livre intitulé \u201cA Mind that Found Itself\u201d, qui eut un succès énorme, et fut le point de départ de la campagne d\u2019hygiène mentale aux Etats-Unis.Dès la même année, ses idées furent appuyées par des psychiatres de renom comme Duggen, James, White, etc.Des dons généreux affluèrent bientôt, et la première fondation du genre: The Committee of Mental Hygiene, fut créé à New-York à la fin de l\u2019année 1908. -F Ut Ce L\u2019UNION MÉDICALE DU CANADA Depuis cette date, ce mouvement de protection sociale, et d\u2019amélioration constante des hôpitaux d\u2019aliénés a pris un développement formidable, une expansion extraordinaire, au point que pratiquement tous les Etats de la république voisine, s\u2019occupent d\u2019hygiène mentale.Dix ans après, le Canada entra dans le mouvement; un Comité National d\u2019Hygiène Mentale fut fondé à Toronto, le 26 avril, 1918, avec le docteur C.F.Martin, doyen de la Faculté de Médecine de l\u2019Université McGill à la présidence; Lord Shaughnessy, Sir Lomer Gouin, les docteurs Clark, Mundie, MacKay et Hinks, étaient membres du bureau de direction.Quatre ans après, en décembre 1922, un comité d\u2019Hygiène Mentale fut créé à Montréal par le docteur Russel, comité dont les activités se continuent encore de nos jours, sous le nom de Mental Hygiene Institute, et dont la direction médicale est confiée aux docteurs Mitchell et Silverman.Je ne saurais passer sous silence que l\u2019Ecole d\u2019Hygiène Sociale Appliquée, affiliée à l\u2019Université de Montréal, n\u2019avait pas ignoré cette partie de son champ d\u2019action, et depuis quelques années déjà, s\u2019était occupé d\u2019hygiène mentale, sous forme de dépistage des anormaux scolaires, établissement des niveaux mentaux, etec.; seulement, le travail de ce côté fut forcément limité, d\u2019une part, par l\u2019insuffisance du personnel, et d\u2019autre part, par toutes les autres possibilités, par tous les autres besoins, que l\u2019hygiène sociale générale présentait à ses activités bienfaisantes.L\u2019Ecole d\u2019Hygiène Sociale Appliquée exceptée, ces diverses formations d\u2019hygiène mentale, ne s\u2019occupaient que de nos concitoyens de langue anglaise, l\u2019élément français était complètement laissé de côté.Mais en juin 1929, grâce d\u2019une part, à la largeur de vues, à la philanthropie éclairée du Directeur Medical du National Committee for Mental Hygiene de Toronto, le Dr C.M.Hinks, et d\u2019autre part, grâce à l\u2019esprit d\u2019organisation\u2019 bien connu, à la haute autorité du doe- teur À.H.Des!oges, directeur médical général des hôpitaux d\u2019aliénés de la Province de Québec, se fonda à Montréal, le Comité National d\u2019Hygiène Mentale section de la province de Québec.Le bureau de direction fut ainsi constitué : Président: Le docteur A.-H.Desloges ; Vile-Président : M.Victor Doré, président de la Commission Scolaire Catholique de Montréal; Secrétaire: M.le docteur J.-Edmond Dubé, représentant l\u2019Université de Montréal. 754 L\u2019UNION MÉDICALE DU CANADA Enfin, le docteur Séraphin Boucher, directeur du service de santé de la ville de Montréal, le docteur C.-F.Martin, doyen de la Faculté de Médecine de l\u2019Université McGill, Monsieur Logan, secrétaire de la Commission Scolaire Protestante de Montréal, furent nommés directeurs.Le champ d\u2019action de l\u2019hygiène mentale est en quelque sorte illimité et elle s\u2019intéresse à toutes les activités de l\u2019intelligence humaine, mais après étude de la question, ce comité en vint à la conclusion qu\u2019on devait tout d\u2019abord songer aux citoyens de demain, à nos enfants, et qu\u2019il était nécessaire de doter la population scolaire de la ville de Montréal, d\u2019un service d\u2019hygiène mentale; pour ce faire un personnel nouveau fut retenu, comprenant deux psychiatres: le docteur Omer Noël, surintendant médical de l\u2019hôpital Saint-Jean-de- Dieu, et moi-même, et deux gardes-malades psychologistes, graduées le notre école de garde-malade de l\u2019hôpital Saint-Jean-de-Dieu, familiarisées, par conséquent, avec l\u2019aspect clinique des arriérées, habituées à Pétablissement des niveaux mentaux, et possédant des notions de psychologie normale et pathologique, ainsi que de psychiätrie pratique.Le but ultime de cette organisation nouvelle était la formation d\u2019écoles ou de classes spéciales, qui seraient alimentées par les enfants incapables de suivre le programme scolaire des écoles ordinaires ou d\u2019assimiler les matières de ce programme, par les méthodes pédagogiques habituelles.L\u2019expérience démontre en effet, que dans toutes les écoles, il y a un certain nombre d\u2019enfants qui ne peuvent suivre leurs condisciples, qui retardent les autres élèves, et demandent à l\u2019instituteur plus de temps qu\u2019il ne doit normalement leur donner, ce sont ces enfants dont nous avions tout d\u2019abord à nous occuper, notre premier objectif devant être le dépistage, et le classement des anormaux.Il y avait en 1929, dans la ville de Montréal, 222 écoles catholiques de la Commission Scolaire Catholique, fréquentées par 101.231 élèves, tandis que 30,048 enfants recevaient leur instruction dans les écoles de la Commission Scolaire Protestante, formant un total de 131.279 sujets.Je n\u2019ai pas les chiffres pour 1933, mais en 1932, 227 écoles de la Commission Scolaire Catholique donnaient l\u2019enseignement à 111,194 enfants, tandis que la Commission Scolaire Protestante recevait dans ses 49 écoles, 32,516 élèves formant une population écolière de 143,710 sujets. L\u2019UNION MÉDICALE DU CANADA 755 Il ne pouvait être question d\u2019examiner un à un, cette multitude d\u2019enfants, travail fastidieux autant qu\u2019inutile, le plus grand nombre étant des sujets normaux; il fallait faire une première sélection qui éliminerait la masse des sujets qui n\u2019avaient nul besoin d\u2019être examinés.La formule à laquelle nous nous arrêtâmes fut la suivante: les cas spéciaux exceptés, seuls les enfants suspects de 1ère, Zième et 3ième années devraient être examinés d\u2019une façon systématique et en voici la raison: les insuccès scolaires en cours préparatoire, c\u2019est-à-dire chez un enfant qui n\u2019a guère jusque-là connu autre chose que l\u2019atmosphère familiale, dépendent fréquemment du manque d\u2019adaptation à un milieu nouveau; or, cette première année de scolarité fait souvent disparaître ce facteur; d\u2019autre part, a partir de la 4ième année, une sélection s\u2019opère, les élèves inférieurs dont les insuccès répétés font doubler et même tripler chaque classe, quittent peu à peu les uns après les autres, les banes de l\u2019école, d\u2019où, élimination naturelle d\u2019un certain nombre d\u2019arriérés des classes supérieures à la 3ième année; mais il restait quand même des milliers d\u2019enfants de la 1ère, 2ième et 3ième année, et pour mener à bien notre tâche, nous employâmes la méthode de dépistage suivante qui nous permettait de déceler rapidement tous les enfants suspects d\u2019arriération mentale; l\u2019expérience démontra que non seulement cette méthode était effective, mais qu\u2019elle était même trop sensible, puis- qu\u2019elle signalait à notre attention entre 10 et 20% d\u2019enfants dont le développement intellectuel était normal mais qui étaient des arriérés pédagogiques dont les insuccès scolaires pouvaient être dûs à une scolarité insuffisante ou à des causes physiques quelconques: dénutrition, hypertrophie des amygdales, troubles sensoriels.surdité ou myopie et que sais-je?quoiqu\u2019il en soit, furent systématiquement examinés.1°.\u2014 Les 5 derniers de chaque classe ; 2°.\u2014 Ceux qui reprennent une classe ; 3°.\u2014 Ceux qui ont plus de 2 ans que la moyenne d\u2019Age des enfants .d\u2019une classe; 4°.\u2014 Ceux qui présentent quelque anomalie du côté caractère ou personnalité, les instables, hyperactifs ou timides, brutaux, pleurards, ceux qui présentent des troubles du langage, etc.Au besoin, une enquête à domicile est faite par la garde-malade- psychologiste, mais toujours d\u2019une façon très discrète afin d\u2019éviter 756 L\u2019UNION MÉDICALE DU CANADA d\u2019éveiller les susceptibilités des parents.Le niveau mental de chaque enfant est établi par les tests de Binet-Simon, revision de Stanford, chaque sujet est classé d\u2019aprés son quotient intellectuel, et les recommandations nécessaires sont inscrites sur la feuille d\u2019examen.Celle- ci est envoyée à l\u2019Hôtel-de-Ville où elle est conservée, mais un résumé des constatations est entré sur la fiche scolaire de l\u2019enfant, fiche qui l\u2019accompagne durant toute sa scolarité.Lorsque le travail est terminé dans une école, une copie des constatations médicales et des recommandations, est envoyée à la Commission Scolaire et au Directeur de l\u2019école.Nous conseillons les classes auxiliaires pour les cas frontières et les débiles supérieurs, c\u2019est-à-dire, ces sujets dont le quotient intellectuel est compris entre 60 et 79.Les débiles inférieurs et les imbéciles les moins touchés avec quotient intellectuel de 35 à 59 sont recommandés pour l\u2019école La Jemmerais, admirable institution que vous avez la bonne fortune de posséder dans cette région et dont nous voudrions bien avoir une réplique dans le district de Montréal, mais par ces temps de dépression économique bien des vœux restent stériles et bien des souhaits irréalisés! Si quelques-uns de nos sujets fortement touchés peuvent être envoyés à La Jemmerais et bénéficier de leur séjour dans cette maison, et je me plais à reconnaître que son directeur médical, M.le Docteur Miller, fait toujours à nos demandes l\u2019accueil le plus sympathique et le plus empressé.Malheureusement, il n\u2019en est pas moins vrai que le plus grand nombre, vu l\u2019éloignement, ou à cause de sentiments très respectables d\u2019amour familial, ne peuvent être déplacés et sont privés de tous les avantages pour le présent, et de toutes les possibilités pour leur avenir, que procure à des arriérés, une institution comme celle-là.Cependant, afin de compenser légèrement et d\u2019une façon b:en imparfaite l\u2019absence d\u2019une maison comme la vôtre dans la région de Montréal, en septembre 1931, l\u2019école Gamelin de l\u2019Hôpital Saint- Jean-de-Dieu, ouvrait ses portes à 125 enfants arriérés, garçons et filles, âgés de 5 à 20 ans.À raison d\u2019un local trop étroit pour le nombre d\u2019élèves, on élabora un programme spécial à notre école, ma\u2018s avec la même méthode d\u2019enseignement que celle de la \u201cFernald School\u201d de Waverly près Boston; cinq religieuses et deux laïques travaillèrent avec dévouement au développement de ces enfants par l\u2019éducation sensorielle, les exercices physiques, la gymnastique, le travail manuel, etc. -3 ¢ Qu -2 L\u2019UNION MÉDICALE DU CANADA Le 9 juin 1932, eut lieu la première séance de fin d\u2019année donnée par nos élèves, suivie d\u2019une distribution de prix, stimulant précieux et encouragement magnifique pour eux comme pour leurs parents, qui purent constater avec satisfaction les progrès de la lère année scolaire de leurs enfants.En exhibits se voyaient 450 articles sortis des divers ateliers des enfants: objets de menuiserie, de peinture, de dessin, de couture, filage de laine, tissage de perles sur canevas, enfin, les produits en légumes et en fleurs du jardin scolaire.Le 22 juin 1933, fermeture des classes, et deuxième distribution de prix avec en exhibits, 3,756 articles exécutés par une cinquantaine d\u2019enfants sur une inscription totale de 160.Pour l\u2019année 1933-34, le nombre de nos élèves est de 159; le personnel enseignant comprend : 9 religieuses, 1 institutrice, 1 garde- malade étudiante comme stagiaire; nous avons 23 élèves jardiniers qui, sous la direction d\u2019une religieuse, ont récolté 16 variétés de légumes, depuis 245 paquets de radis, jusqu\u2019à 50 livres de tabac.Nous sommes heureux de pouvoir dire que la Commission Scolaire Catholique de Montréal n\u2019a pas voulu se laisser distancer, elle est entrée dans le mouvement et déjà, certaines classes spéciales sont établies, où l\u2019enseignement sensoriel, les leçon de choses, la cinématographie éducative, les travaux manuels, permettent à des élèves arriérés, d\u2019acquérir des notions générales, que les méthodes pédagogiques habituelles, auraient été incapables de faire; je visitais la semaine dernière, l\u2019école Jacques Viger, située à Saint-Henri, en plein centre canadien-français où une classe spéciale fonctionne pour le plus grand bien des enfants et à la parfaite satisfaction des parents; je suis sorti de cette maison pénétré d\u2019un sentiment de grande admiration et de profond espoir pour l\u2019avenir de nos arriérés.Je me permettrai d\u2019ajouter que j'ai reçu plus d\u2019une fois, la visite de pères et mères d\u2019enfants arriérés venant demander quand, dans leur quartier respectif, des classes spéciales pour arriérés seraient ouvertes.Je suis convaineu que le distingué président de la Commission Scolaire Catholique de Montréal ne m\u2019en voudra pas du conseil que je leur donnais: \u201cEcrivez à M.Victor Doré, faites pression auprès de lui, et il vous en donnera\u201d! Nous ne sommes pas sans savoir que toute innovation est onéreuse, et que par le temps présent, toute dépense doit être justifiée par le bénéfice qui en découle; quoiqu\u2019il en soit, les frais déterminés par cette campagne d\u2019hygiène mentale dans le district de Montréal, ont \"58 L\u2019UNION MÉDICALE DU CANADA été assumés pour l\u2019année 1929, moitié par le Comité d\u2019Hygiène Mentale de la province de Québec, et moitié par la Cité de Montréal; mais dès janvier 1930, le Dr S.Boucher, directeur de la santé de la ville de Montréal, se rendant compte de l\u2019absolue nécessité d\u2019une organisation de ce genre dans notre ville, voulut assumer lui-même les dépenses nécessaires.En 1930-31 le personnel s\u2019occupant d\u2019Hygiène Mentale fut doublé deux médecins et deux gardes-malades vinrent se joindre à nous et le rendement de cette section de l\u2019Hygiène de l\u2019Enfance augmente dans des proportions très satisfaisantes.Afin de fixer la valeur des termes employés, je me permets de vous donner la signification des quotients intellectuels utilisés dans cette classification.Le normal a un quotient intellectuel compris entre 90 et 109.Le lent intellectuel est un normal sous-doué, mais non un arriéré, il a un quotient intellectuel de 80 à 89.Les cas frontières comprennent les sujets dont le développement intellectuel est tel, qu\u2019il est difficile de les classer parmi les lents intellectuels, leur quotient va de 70 à 79.Le débile mental, type supérieur a un quotient de 60 à 69 tandis que le type inférieur n\u2019a que 50 à 59.Enfin l\u2019imbécillité va de 49 à 25 et l\u2019idiotie est au-dessous de ce dernier chiffre.Voici groupé en un tableau synoptique, le résumé des activités du personnel qui s\u2019occupe d\u2019Hygiène Mentale dans les écoles des com- miss'ons scolaires catholiques et protestantes de la ville de Montréal: Rapport de 1929-30 \u2014 1930-31 \u2014 1931-32 \u2014 1932-33 1929-30 1930-31 1931-32 1932-33 TOTAL No.d\u2019écoles visitées .18 48 64 54 184 Population écoliére dans les écoles visitées .12543 26352 33778 28231 100904 Signalés .2305 3564 3201 4177 13247 Examinés .1710 2776 3187 3888 11561 Normaux .238 424 671 1558 2891 Lenteur intellectuelle .461 747 880 170 2258 Anormaux .1011 1605 1636 2160 6412 a) Eleves instables .83 59 68 139 349 b) \u201c arriérés .651 1183 1263 1330 4427 c) \u201c arriérés et inst.277 363 305 691 1636 Classification des arriérés Nombre d\u2019arriérés .928 1546 1568 2021 6063 Frontière .519 878 886 1137 3420 Débilité Supérieure .__ (202 (478 504 (622 {806 mentale Inférieure .375 173 261 148 811 ye 820 198 243 626 Imbécillité .33 41 69 64 207 Idiotie .1 1 2 _ 4 L\u2019UNION MÉDICALE DU CANADA 4 90 Cette statistique ne démontre-t-elle pas clairement l\u2019importance qu\u2019il y a à faire l\u2019examen systématique des sujets suspects d\u2019arriération de nos écoles, et cela, non pour le plaisir stérile de les étiqueter et d\u2019établir des statistiques, mais afin, les connaissant, de pouvoir les suivre et les éduquer en tenant compte de leur déficit intellectuel ?L\u2019instruction n\u2019est-elle pas une sorte d\u2019outil que l\u2019enfant forge sur les bancs de l\u2019école pendant sa scolarité, outil qui lui permettra de s\u2019adapter plus facilement dans la vie, et l\u2019aidera à gagner son existence ; or, l\u2019arriéré incapable de s\u2019assimiler les matières d\u2019un programme scolaire ordinaire, se trouve doublement désarmé, dans la lutte pour la vie, lorsque, laissant les bancs de l\u2019école, il doit commencer à gagner son pain.J\u2019ajouterais, qu\u2019une campagne d\u2019hygiène mentale dans une ville à côté de son aspect social, présente une portée morale qui doit nous faire réfléchir; en effet, si on n\u2019a pas préparé l\u2019arriéré à gagner sa vie d\u2019une façon licite, et par des moyens honnêtes, il deviendra fatalement un fardeau pour la société, soit comme pauvre professionnel, soit comme délinquant ou criminel. LES RAPTUS MÉLANCOLIQUES.Etude médico-légale Par Daniel PLOUFFE Emile LEGRAND, Directeur de l'Hôpital de Professeur agrégé à la Faculté de Bordeaux.Médecine.Ce travail n\u2019est pas une étude clinique détaillée des états mélancoliques amplement décrits dans tous les traités classiques.Notre rôle se bornera à commenter les réactions anti-sociales que fait naître ce syndrôme, et à les appliquer aux questions d\u2019ordre médico-légal.Toutefois, avant d\u2019aborder ce problème, il est nécessaire de rappeler brièvement ce qu\u2019est la mélancolie.Les phénomènes morbides observés dans la mélancolie ne sont pas encore fixés dans l\u2019esprit de tous les médecins et encore moins chez les profanes.Trop souvent, cette maladie est apparentée avec cette \u201cmélancolie vague\u201d des poètes ou ce spleen dont toute la littérature de la première moitié du XIX siècle est imprégnée.Trop souvent encore, elle est qualifiée de \u201cmaladie imaginaire\u201d, de neurasthénie, de découragement banal qu\u2019on doit corriger et réconforter par de bonnes paroles: on traite ces malades à domicile avec des toniques, jusqu\u2019à ce qu\u2019un jour, ils se jettent à la rivière, se précipitent par une fenêtre, se pendent, et quelquefois entraînent avec eux dans la mort, leurs enfants ou leur conjoint.On le voit très bien, la méconnaissance de ce syndrôme est d\u2019une gravité très grande, parce que, selon l\u2019expression de Logre \u201cc\u2019est une erreur qui tue ou qui peut tuer\u201d.Le tragique de cette fin est d\u2019autant plus déplorable que la plupart de ces malades, bien soignés et bien protégés par une surveillance étroite, auraient guéri parfaitement avec la simple possibilité de récidives ultérieures.Que de crimes et de suicides pourraient être évités si le publie médical connaissait suffisamment les réactions de ces malades.Nous ne nous arrêterons pas à discuter si la mélancolie est une entité morbide distincte ou si elle n\u2019est qu\u2019au moment dans l\u2019évolution d\u2019autres processus morbides.Quelle que soit la doctrine acceptée, le résultat pratique sera le même au point de vue qui nous intéresse ici.Cliniquement, la mélancolie est une dépression psychique, une tristesse morne, prostrée.Elle tend aux idées de suicide et au déses- L\u2019UNION MÉDICALE DU CANADA 61 poir.Elle survient habituellement par crises, chaque accès étant séparé du précédent par une période de santé complète plus ou moins longue.D\u2019autres fois, elle a tendance à s\u2019entremêler de manie.On la verra surtout apparaître chez les êtres timides, timorés et serupu- leux, après une émotion violente, un chagrin prolongé, un surmenage corporel ou intellectuel, une affection des viscères ou une auto-intoxication quelconque.Le début sera assez lent, par des malaises généraux: abattement, fatigue, insomnie, amaigrissement, tristesse, dégoût de tout, préoccupations diverses, particulièrement de la santé, de la fortune, de la conduite passée, de l\u2019anorexie et des troubles gastro- intestinaux.La raison paraîtra entière jusqu\u2019au jour où une réaction malheureuse du malade fera soupçonner la folie.Désormais, elle apparaîtra comme une psychose affective beaucoup plus qu\u2019intellectuelle, car le délire peut manquer, tandis que les troubles de l\u2019affectivité ne font jamais défaut.Ceux-ci ont leur origine première dans les modifications de la sensibilité générale commune qu\u2019on appelle la coenesthésie.Cette sensibilité élémentaire commune nous donne la notion d\u2019existence de notre propre corps, ou selon l\u2019expression de Wer- nicke, la conscience de la corporalité.Elle crée en nous la sensation du bien-être ou du malaise.Ainsi, notre état d\u2019humeur dépendra avant tout de l\u2019activité physiologique de nos viscères et de nos échanges nutritifs.Une perturbation dans ces différents domaines, qui sont sous la dépendance du sympathique, ne sera pas perçue par la conscience avec des notions claires, mais avec des impressions vagues, obscures qui traduiront la souffrance de nos viscères.Les sensations ainsi éprouvées, seront étranges, indéfinissables, pénibles plutôt que douloureuses.Elles seront surtout inexpliquées et c\u2019est cela qui inquiétera le malade.Ainsi done, une altération toxique ou autre du fonctionnement organique faussera notre sensibilité perceptive, produira des troubles de l\u2019affectivité et à un degré plus prononcé, des troubles de la conscience et de la personnalité, également atteintes dans leur fondement essentiel.Dans la mélancolie, les troubles de l\u2019affectivité seront par conséquent le résultat d\u2019un sentiment de tristesse inquiète et non pas \u201cd\u2019idées maladies\u201d.Les idées délirantes qui surviendront seront en rapport avec cet état coenesthésique pénible.Elles naîtront spontanément, indépendamment les unes des autres et viendront préciser l\u2019état affectif.Ce n\u2019est que secondairement que l\u2019esprit reliera les concept'ons ainsi produites.Griesinger émet l\u2019opinion suivante: \u201cLe malade se sent en proie à la tristesse; or, il est habitué à n\u2019être triste que sous l\u2019influence de causes fâcheuses; il faut que cette tristesse aît un motif, une cause, et avant qu\u2019il s\u2019interroge à ce sujet, la réponse 762 L\u2019UNION MÉDICALE DU CANADA lui arrive déjà: ce sont toutes sortes de pensées lugubres, de sombres pressentiments qu\u2019il couve et qu\u2019il creuse jusqu\u2019à ce que quelques-unes de ces idées soient devenues assez fortes et assez persistantes pour se fixer pendant quelque temps.\u201d Cette explication ne répond qu\u2019à un petit nombre de cas.I/opinion de Dumas est plus satisfaisante : \u201cLa douleur morale produit le délire dans la sphère intellectuelle par le même mécanisme qu\u2019elle produit l\u2019agitation dans la sphère motrice ; c\u2019est en stimulant l\u2019imagination qu\u2019elle fait éclore les idées morbides.\u201d Après ces quelques explications, on peut dire que la mélancolie se présentera en clinique sous la forme de troubles de la sphère affective, de la sphère intellectuelle, de la sphère psycho-motrice et de troubles physiques.Sphère affective.Nous l\u2019avons dit, l\u2019humeur est sombre et des plus pessimistes.Le mélancolique sème autour de lui la tristesse et la morosité.Il se répand en plaintes monotones et répète sans cesse qu\u2019il ne sent plus les choses comme avant, qu\u2019il ne les voit plus comme autrefois, que quelque chose est changé en lui et autour de lui.Il se plaint que sa pensée est différente, qu\u2019elle n\u2019est plus libre.Il n\u2019est plus capable d\u2019affection pour ses proches.Tout est morne et décoloré comme si un voile épais changeait l\u2019aspeet des êtres et des choses.Il y a comme un abîme entre lui et le monde extérieur.À un degré plus prononcé, il accusera des changements étranges dans ses viscères et dans son cerveau.Ce thème hypocondriaque indiquera une altération plus profonde de la sensibilité perceptive en général.Ces phénomènes morbides de la sens'bilité détermineront un état émotif douloureux, pénible et insurmontable.Parfois, une poussée anxieuse passagère se greffera sur ce fond et la tristesse deviendra agitée; mais en général, cette douleur morale tend à une immobilité pénible.Le visage a un masque spécial; les traits sont crispés et les sourcils contractés; le malade soupire, gémit et répète souvent, sous forme de litanie, des phrases stéréotypés comme: \u201cAh, que c\u2019est malheureux d\u2019être ainsi! Je suis un homme fini! Ah, mon Dieu! ete.\u201d Il a l\u2019impression qu\u2019il ne guérira jamais, que son cas est unique et qu\u2019il n\u2019y a plus d\u2019issue.Son intérêt est nul pour le monde extérieur.Sphère intellectuelle.L\u2019acte le plus simple demandera un effort considérable.Souvent, le malade renoncera à l\u2019accomplir.I.indécision et DIincerti- tude seront constantes, ce qui rendra l\u2019interrogatoire très pénible. L\u2019UNION MÉDICALE DU CANADA 163 Il faudra poser plusieurs fois les mêmes questions pour obtenir une réponse lente, indistincte, à peine murmurée et souvent entrecoupée de soupirs; c\u2019est que la synthèse mentale se fait difficilement.L\u2019esprit est concentré et fixé sur un groupe limité d\u2019idées lugubres; l\u2019être tout entier est replié dans leur incessante méditation.Ces idées, quand le malade les extériorise, sont à peu près toujours les mêmes: il est ruiné ou il ruinera sa famille, il se charge de dettes chimériques, il se déprécie, il ne vaut plus rien, il a toutes les imperfections, il est affligé de tous les malheurs.Il y verra de sa faute partout, il sera un monstre, une pourriture, un objet de malheur et de malédiction, dont il faut à tout prix se débarrasser.Aussi, récla- me-t-il souvent la mort par ces mots: \u201cTuez-moi, je suis trop coupable, trop méchant.Pendez-moi, faites-moi brûler sur un bûcher.C\u2019est tout ce que je mérite; jettez-moi, dehors, dans la neige que je meure de froid.C\u2019est assez bon pour moi.\u201d Il sera aussi damné, il en est convaincu parce qu\u2019il a été trop coupable, parce qu\u2019il a trop péché.Il cherchera dans le passé des fautes imaginaires pour justifier le châtiment qui l\u2019attend.On le voit très bien, ce délire est composé de sentiments tristes plutôt que d\u2019idées tristes.C\u2019est un \u201cdélire affectif plutôt qu\u2019idéatif\u201d (Mas- selon), qui envahit la conscience et mobilise à son profit tout le contenu intellectuel, bien pauvre d\u2019ailleurs.Sphère psycho-motrice.La mimique prendra deux aspects, celui de la dépression ou de l\u2019anxiété.Dans le premier cas, la douleur est tout intérieure: le faciès est triste, amaigri, blafard; le regard morne, le front ridé, la tête baissée, les bras pendants, les mouvements lents et rares; le malade a une attitude de statue, il reste inerte et passif.Aussi faut-il souvent l\u2019habiller et le faire manger.Dans le second cas, la douleur est extériorisée, la mimique exprime l\u2019inquiétude, l\u2019angoisse, l\u2019anxiété; le regard est brillant, la face est pâle, grippée ; les extrémités sont froides et la respiration superficielle; le pouls est petit, rapide ou ralenti.Le malade a tous les signes du désespoir : il pleure, crie, gémit, se tord les mains, se frappe la tête contre les murs, s\u2019épile les cheveux, s\u2019égratigne avec ses ongles ou avec des épingles, se mutile parfois gravement, se crève les yeux, se coupe la langue, etc.Si la douleur est trop intense, toutes les fonctions psychiques sont comme paralysées et le malade tombe dans un état de stupeur, où il est inerte, indifférent à tout, muet, absolument stupide. 764 L\u2019UNION MÉDICALE DU CANADA Troubles physiques.Le sommeil fait souvent défaut ou est troublé, rempli de cauchemars.La pression artérielle est fréquemment basse, le pouls rapide ou ralenti.Des troubles vaso-moteurs se manifestent sous forme de refroidissement des extrémités, d\u2019asphyxie locale ou d\u2019æœdème par stases veineuses.L\u2019hypothermie est fréquente.Les phénomènes d\u2019auto-intoxication dominent: la langue est saburrale, la dyspepsie marquée, la constipation souvent opiniâtre, l\u2019haleine l'étide, l\u2019insuffisance hépatique parfois manifeste.Les sueurs sont rares et l\u2019amaigrissement toujours considérable.Les signes que nous venons de décrire ne se rencontrent pas chez tous les mélancoliques.Il ne faut jamais oublier ce principe qu\u2019en clinique, nous observons des malades et non pas des maladies.La mélancolie se présente sous des formes différentes qu\u2019il importe de connaître car les réactions médico-légales qu\u2019elles offrent sont variables selon leur apparence.Dépression mélancolique.Le début est assez rapide; cette forme de mélancolie se caractérise par un état de tristesse, d\u2019inaction et par un sentiment d\u2019impuissance.Les malades s\u2019isolent, fuient le travail et la société, s\u2019enferment dans leur chambre ou dans un lieu solitaire, sont tristes, abattus, découragés.Leur lucidité est conservée mais l\u2019association des idées est ralentie.Leur travail s\u2019accomplit au prix d\u2019efforts pénibles.Ils sont indécis et incertains.Tout leur paraît étrange et méconnaissable.Ils doutent de tout.Un pas de plus, et nous aurons les illusions, les idées hypocondriaques, même si leur raisonnement ne paraît pas altéré et que la conscience de l\u2019état morbide existe: il est évident que nous sommes ici sur les frontières du délire.Leur tristesse est illégitime, pathologique.Les craintes naturelles sont exagérées démesurément.Ils se sentent impuissants à sortir de leur situation, ils ont peur de passer pour des individus sans honneur, ils sont tristes de se sentir malades et sont ennuyés de n\u2019être plus le chef de leur entreprise ou de leur maison.Il y a chez eux ce contraste curieux: ils souffrent, et ils se plaignent de ne rien sentir, de ne plus éprouver aucune affection.L\u2019attention est fixée sur un petit groupe d\u2019idées qui forment comme un îlot au milieu de la dépression générale.La conscience tout entière est remplie d\u2019émotions tristes.Rien n\u2019existe véritable- ment-en dehors de ce thème qui semble draîner vers lui toute l\u2019activité mentale.woot, \u201ci. ee \u201c= L\u2019UNION MÉDICALE DU CANADA 365 Les troubles physiques décrits plus haut se rencontrent pour la plupart, surtout l\u2019amaigrissement qui est constant, et le sommeil qui est rare.Ces formes relativement peu accentuées, sont les plus dangereuses, parce que cest ici que le malade accomplit touts sortes d\u2019actes dangereux qui échappent à son contrôle.Comme ils ont été la plupart du temps étiquetés \u201cneurasthéniques\u201d, on n\u2019a pas pris des mesures nécessaires pour les protéger contre eux-mêmes ou pour éviter les drames affreux dont leur entourage est parfois victime.Nous en rapporterons plus loin quelques observations.C\u2019est que ces sujets ont une attitude renfermée et que les troubles psychiques évoluent à bas bruit.Mélancolie anxieuse.Dans cette forme, le malade est réduit habituellement à une inactivité très grande.Mais il en sort souvent et dès lors, la douleur morale est très intense et revêt l\u2019aspect du désespoir.Il éprouve des constrictions à la gorge, au cœur; la face est pâle, grippée.les extrémités sont froides, la respiration haletante: il est agité, se tord les mains, se frappe la tête, se lamente sans cesse, s\u2019accroche au médecin ou à l\u2019entourage pour demander protection.Dans ces cas, les signes extérieurs de la maladie sont tellement évidents que les familles et les médecins classent facilement ces malades comme des êtres demandant une surveillance étroite.Aussi, les actes dangereux qu\u2019ils commettent sont moins fréquents que dans la forme précédente où tout au plus moins inattendus.Cependant, cette forme expose éminemment les malades au suicide qui survient au cours de l\u2019agitation anxieuse.Parfois, ils se livrent à des violences très grandes au cours desquelles ils brisent des objets ou se précipitent sans raison sur les personnes.| Mélancolie avec stupeur.Tci, le sujet est tellement inhibé dans ses fonctions psychiques, il est tellement inactif, stupide, indifférent à tout ce qui l\u2019entoure, hormis son objectif intérieur, que les réactions médico-légales sont de ce fait, très réduites.Bien que le suicide soit possible, il faut surtout redouter le refus d\u2019aliments et le manque de soins hygiéniques.Mélancolie délirante.Cet état se caractérise, en outre d\u2019une activité physique et psychique très restreinte et d\u2019une grande douleur morale, par l\u2019existence d\u2019un noyau d\u2019idées délirantes, presque toujours les mêmes.Ce sont 166 l\u2019UNION MÉDICALE DU CANADA des idées de ruine, d\u2019indignité, de culpabilité, de damnation, d\u2019hypocondrie, toutes à caractère péjoratif.Ces idées viennent du sujet et s\u2019étendent à l\u2019entourage, à l\u2019univers.Elles sont secondaires à la tristesse morbide et à la douleur morale.L\u2019attention est nulle pour tout ce qui n\u2019est pas le délire.\"Très souvent, on y rencontre des interprétations délirantes surajoutées: ainsi, fait-on des réparations à une maison voisine, le malade est convaincu qu\u2019on construit un échafaud pour le pendre.Parfois, il sera en butte a des persécutions, mais c\u2019est toujours parce qu\u2019il est indigne et qu\u2019il ne mérite pas mieux.Entend-il crier non loin de lui, dans un autre pièce, c\u2019est sa famille qu\u2019on égorge, pour venger les crimes accomplis par lui dans le passé.C\u2019est encore dans ces formes de mélancolie qu\u2019on voit survenir le syndrôme de Cotard, caractérisé par des idées de négation d\u2019organes, \u201cil n\u2019a plus d\u2019estomac ou d\u2019intestins, il n\u2019a plus de bouche, etc.\u201d; par des idées d\u2019énormité ou d\u2019immortalité: une de nos malades est convaincue qu\u2019elle est déjà morte, que ce n\u2019est plus son corps qui est devant nous, c\u2019est son âme qui est condamnée à errer sur la terre; elle doit vivre éternellement, elle a déjà commencé son éternité; sa grande inquiétude est de savoir ce qu\u2019elle deviendra quand tous les êtres vivants seront disparus de la surface du globe.Bien que ces formes délirantes soient suffisamment extériorisées pour appeler à la prudence, on y observe des réactions graves, telles le suicide ou l\u2019homicide altruiste.Une tendance commune à tous les mélancoliques est le refus d\u2019aliments.Parfois, ils ne mangent pas parce qu\u2019ils sont incapables de volonté.C\u2019est un refus inerte, passif qui n\u2019est pas invincible, obstiné.Dans ces cas, après beaucoup de sollicitations ou avec de l\u2019aide, ils finissent par s\u2019alimenter.Mais le plus souvent, le refus d\u2019aliments prend sa source dans les idées délirantes.Ils veulent se laisser mourir de faim parce qu\u2019ils sont ruinés, déshonorés, indignes de vivre ou un objet de honte.Ce refus est actif et nous avons des malades qui ont été gavés tous les jours pendant six mois et plus, avant qu\u2019ils aient recommencé à s\u2019alimenter seuls.Réactions Médico-légales Si l\u2019on tient compte du tableau clinique de la mélancolie, de ses tendances inhibitrices qui réduisent l\u2019activité au minimum, il est naturel qu\u2019un tel état ne produise que peu de délinquances et de -> aD -2 L\u2019UNION MEDICALE DU CANADA crimes.Sans doute, sous l\u2019influence de son détachement de toutes choses, le mélancolique néglige ses affaires, et il accomplit parfois des actes qui engagent sa responsabilité, surtout quand ces actes sont dictés par des idées délirantes.Dans ces cas, l\u2019intervention du médecin permettra d\u2019établir la cause originelle des actes répréhensibles.En voici un exemple.Dernièrement, la cour avait à décider de la validité d\u2019un testament fait par un mélancolique, un mois avant son suicide.Cet homme avait fait autrefois un testament en vertu duquel il laissait une certaine pension à sa seconde femme.Plus tard, il est devenu mélancolique et présenta en outre d\u2019une dépression générale très marquée et d\u2019une douleur morale intense, des idées de ruine et des idées d\u2019indignité.Ses idées de ruine n\u2019étaient nullement justifiées puisqu\u2019il possédait lui, cultivateur, plus de $40,000.00.Au cours de cet accès, il tenta à deux ou trois reprises, de se jeter devant un train.Cependant, malgré les avertissements du médecin traitant, sur le danger de le garder à domicile, il resta chez-lui: sa famille et le curé de la paroisse le trouvaient trop honnête homme et trop pieux pour leur faire craindre une réaction dangereuse de sa part.Un mois avant sa mort, il dicta à son notaire un nouveau testament, ne laissant plus à sa femme qu\u2019une pension ridicule, insuffisante pour qu\u2019elle puisse vivre décemment à l\u2019hospice.Bien que nous ne puissions pas l\u2019établir, nous croyons que cet acte a été dicté par ses idées morbides de ruine.Il y a de plus, dans ce testament, un fait qui met bien en relief le déficit de son jugement et les troubles de l\u2019attention: 1l nommait exécuteur-testamentaire, un de ses frères, mourant et qui est mort deux jours après, à l\u2019hôpital.Environ un mois plus tard, alors qu\u2019il paraissait mieux, il alla se pendre, montrant bien par là qu\u2019il n\u2019y a rien de plus trompeur qu\u2019un mélancolique calme.Dans ce cas, il était facile pour les médecins de rapporter les faits à leur véritable cause et le testament fut annulé.La question des intervalles lucides intervient souvent lorsqu\u2019il s\u2019agit d\u2019établir la valeur des actes, accomplis au cours de cet état ou entre les accès.Pour que l\u2019intervalle lucide soit considéré, il faut que la lucidité soit évidente, assez prolongée, et que les agissements du malade soient contrôlés.Pour nous, cette question ne se pose que dans les formes de mélancolie à accès rapprochés.Entre les crises, il peut exister une période de temps assez longue, où l\u2019esprit a repris toute sa liberté et que les actes accomplis avec un caractère de lucidité indiscutable ne soient pas contestés.Par contre, au cours même d\u2019un accès mélancolique, nous doutons fortement de l\u2019existence véritable de 768 L\u2019UNION MÉDICALE DU CANADA l\u2019intervalle lucide.Depuis quelques années, nous avons observé un nombre considérable de mélancoliques.Aucun d\u2019entre eux n\u2019a présenté, pendant l\u2019évolution de la maladie, des périodes de lucidité assez longues et assez prononcées pour que l\u2019intervalle lucide soit accepté.Le mieux apparent observé parfois n\u2019était réel: ces malades voulaient tromper la surveillance, la plupart du temps.Les réactions anti-sociales les plus fréquentes chez les mélancoliques sont le suicide et l\u2019homicide.Le suicide.Le désir de mort est le terme logique de la mélancolie.Cette tendance à l\u2019auto-destruction existe à des degrés divers, presque constamment.Mais elle a souvent le même caractère aboulique que le refus d\u2019aliments.Ces malades veulent bien mourir, ils en parlent souvent, puisqu\u2019ils sont une source d\u2019ennui continuel pour leur entourage et que la vie leur est extrèmement pénible.Seulement, étant indécis, incapables d\u2019un effort sérieux, ils attendent que la mort vienne à eux et n\u2019ont pas l\u2019énergie de se tuer.S\u2019il y a des tentatives, elles ne sont qu\u2019incomplètes et ridicules.Ils avaleront des corps étrangers, tels que chapelet, médailles, cuillères, brosses à dents; ils s\u2019enfonceront des épingles dans la peau ou se mettront une corde autour du cou, sans avoir la force de serrer.Même dans ces cas, il n\u2019y a pas de règles absolues, car souvent, un appel imprévu à l\u2019énergie peut les aider à mettre leur projet à exécution.En dehors de ces cas, le suicide est la réaction qu\u2019il faut toujours redouter.Il se produira par des mécanismes divers, quelles que soient les formes de mélancolie.Dans certains cas, il sera la résultante du thème délirant.Puisque tout va mal par sa faute, puisqu\u2019il est un homme ruiné, sans honneur, un incurable, un damné, mieux vaut en finir de suite.La mort lui apparaît bien moins redoutable que la vie.En vérité, la mort lui est le seul refuge possible.Dans d\u2019autres cas, convaineu que sa damnation est déjà commencée sur cette terre, que des souffrances incroyables l\u2019attendent bientôt, il met fin à ses jours dans un moment de découragement suprême.Il arrive aussi que c\u2019est au cours de l\u2019anxiété que le suicide se produit.La douleur physique et morale est tellement intense que le malade secoue son inertie, son inhibition, s\u2019agite, se lamente, se désespère et dans un moment impulsif, se précipite dans la mort en se jetant par une fenêtre, devant un train, une voiture, en se tranchant la gorge avec un rasoir ou en employant la pendaison, la submersion, le revolver, le poison.JE ISr L\u2019UNION MÉDICALE DU CANADA 69 Parfois, le suicide sera prémédité et s\u2019accomplira à froid, si l\u2019on peut employer cette expression.Il s\u2019agit dans ces cas, la plupart du temps, de mélancolique sans délire, encore appelé déprimé mélancolique.Ces malades se sentent impuissants à supporter la vie comme inaptes à l\u2019effort.Ils se croient incurables et ne voient leur avenir que misérable, pénible et douloureux.La douleur morale est grande parce qu\u2019ils sentent leurs forces, leur santé, leur esprit les abandonner peu à peu.Alors, ils décident d\u2019en finir, prennent les moyens voulus pour tromper la surveillance, attendent même des mois le moment propice, et se tuent.Nous nous souvenons d\u2019un de ces malades qui avait obtenu la liberté de se promener dehors, en compagnie de son gardien.Au moment où un gros camion chargé de pierres passa près d\u2019eux, le malade s\u2019arrêta sur la chaussée, laissa passer le train avant afin que le chauffeur n\u2019ait pas de soupçon, puis se glissa sous une roue-arrière pour être écrasé pitoyablement.L?histoire d\u2019un autre de ces malades vint à la connaissance de l\u2019un de nous récemment.Il s\u2019agissait d\u2019un déprimé mélancolique qui avait fait une tentative de suicide.Comme toujours, dans notre pays où le suicide n\u2019est pas encore considéré comme un acte pathologique, commis sous l\u2019influence de troubles mentaux, fussent-ils passagers, cet homme fut arrêté et conduit à l\u2019hôpital.Après sa guérison apparente il dut être traduit devant un magistrat.Le greffier de la cour attira l\u2019attention du juge sur la tentative de suicide, motif de l\u2019arrestation, en mentionnant qu\u2019il vaudrait peut-être mieux demander l\u2019examen mental.\u201cVous n\u2019étes pas fou, dit le juge à l\u2019accusé\u201d \u201cAh, non!, Votre Seigneurie, j'étais découragé\u201d.Question : \u201cAlors, ça ne recommencera pas cette affaire ?\u201d\u201d Réponse: \u201cJe vous le promets, Votre Seigneurie, j'ai assez souffert que cela ne recommencera pas.\u201d Cependant, le lendemain, les journaux du matin annonçaient que ce malade s\u2019était tranché la gorge mortellement.Ici, le suicide est d\u2019autant plus à redouter que l\u2019inhibition psychique est moins accusée.D\u2019autres fois, à de rares moments, l\u2019agitation prend une allure paroxystique et le malade dans un accès impulsif soudain, alors qu\u2019il est apparemment sans contrôle de ses actes, se livre à des violences et à des tentatives de suicide, quelquefois couronnées de succès, dont il ne garde aucun souvenir.Cet état constitue le raptus mélancolique dont nous parlerons plus loin.Il y a encore les auto-mutilations qui se font dans un but de suicide. L\u2019UNION MÉDICALE DU CANADA L\u2019homacide.Bien qu\u2019il soit relativement rare, il s\u2019observe pourtant et malheureusement, dans des circonstances où, avec un peu plus de clairvoyance de la part du médecin traitant et un peu plus de compréhension de la part des familles, il aurait dû être évité.L\u2019homicide s\u2019explique comme le suicide, par divers mécanismes.Le mélancolique tue surtout ses proches, non pas par crainte de personnes qu\u2019il redoute ou par haine, mais par affection même, pour leur éviter le déshonneur, les misères, la honte, le mépris dans lesquels sa situation les a plongés ou les prolongera.Il entraînera ses proches dans la mort d\u2019autant plus facilement qu\u2019ils seront jeunes et incapables de se défendre dans la vie.Après, il se suicide ou du moins, il tente de se suicider.Dans une affaire criminelle récente, on nous objectait que si le mélancolique tue de préférence ces proches, c\u2019est qu\u2019il fait un choix; or ce choix suppose un certain degré de discernement qui devrait mettre en doute son irresponsabilité.Bien que ce choix existe, le mélancolique ne reste pas moins un délirant et c\u2019est sous l\u2019influence de ce délire qu\u2019il commet son crime.Son acte comme son choix sont dictés par ses idées morbides.Après analyse, nous pourrions conclure que ces malades suicident leurs proches plutôt qu\u2019il ne les tuent.C\u2019est l\u2019homicide altruiste.Dans d\u2019autres cas, le mélancolique tue afin qu\u2019on le condamne apres.N\u2019osant pas se détruire lui-même par peur de la damnation, il commet un homicide dans l\u2019espoir d\u2019être puni de mort et entre temps, d\u2019avoir le temps de se mettre en état de grâce avant de comparaître devant Dieu.C\u2019est le suicide indirect.Ce mécanisme est allégué par certains aliénistes.Personnellement, nous ne l\u2019avons pas observé.Au point de vue judiciaire, ces actes ne doivent pas être punis, même si le malade a témoigné d\u2019un réel sang-froid dans leur accomplissement et s\u2019il en garde un bon souvenir, parce qu\u2019ils ont été exécutés sous l\u2019influence d\u2019un état pathologique qui rendait leur volonté inopérante.En d\u2019autres termes, ces malades ont été contraints par une force à laquelle ils n\u2019ont pu résister.Cependant, comme ces actes dangereux peuvent récidiver au cours du même accès ou d\u2019accès subséquents, il convient de prendre des mesures de protection sévères et d\u2019assurer ainsi la défense sociale.Raptus mélancoliques.Dans l\u2019évolution de la mélancolie, il arrive d\u2019observer de rares moments où les malades sont pris soudainement d\u2019une sorte de crise L\u2019UNION MÉDICALE DU CANADA il impulsive pendant laquelle ils se livrent à des actes dangereux, violents et automatiques.Ils deviennent brusquement agités et se jettent sur l\u2019entourage dans un moment où le contrôle de leurs actes leur échappe totalement.Ces accès appelés raptus mélancoliques peuvent être extrêmement courts ou durer plusieurs heures.Une fois la crise passée, les malades sortent eomme d\u2019un cauchemar, d\u2019un brouillard, nous disait l\u2019un d\u2019eux, après avoir tué sa femme, et ne se souviennent que très peu ou pas du tout des actes qu\u2019ils ont accomplis.Il\u2019semble que ces raptus surviennent au cours d\u2019un état confusionnel momentané, plus ou moins prononcé.Ils se rencontrent dans toutes les formes de mélancolie avec des résultantes désastreuses diverses.Les formes sans délire semblent être les plus productrices de suicides ou d\u2019homicides parce que les malades sont moins surveillés et laissés en liberté, la plupart du temps.Les observations suivantes, sont, à notre avis, assez démonstratives.Observation No 1.Eugène C., cultivateur, âgé de 42 ans, est entré à l\u2019asile Saint-Jean-de- Dieu, 10 janvier 1934, avec le certificat suivant: \u201cMalade depuis avril 1933.A maigri de 30 à 40 livres depuis.Les troubles ont débuté à la suite d\u2019une infection grippale, par de la fatigue, de l\u2019insomnie et des céphalées, de la tristesse, du découragement, des craintes de ne pas réussir en affaires, de l\u2019inappétence.A tiré du revolver dans sa maison.Une autre fois, s\u2019est ouvert la gorge avec des ciseaux.Histoire héréditaire.Père âgé de 69 ans, cultivateur, relativement en bonne santé, travaille encore sur la terre.Mère âgée de 64 ans, ne présente rien de particulier.Une tante paternelle a déjà fait un séjour à l\u2019asile, au cours d\u2019un accès de manie.Il a 6 frères et 4 sœurs, tous vivants, en bonne santé apparente, à l\u2019exception toutefois d\u2019une d\u2019elles qui a présenté un épisode mélancolique, il y a deux ans.Un frère est mort à 12 ans d\u2019appendicite ; deux autres frères jumeaux sont morts en bas âge .« Histoire personnelle.Né à terme après grossesse normale, pas d\u2019infection particulière dans son enfance, en dehors d\u2019une rougeole.Pas d\u2019histoire de convulsions.Vers l\u2019âge de 11 ans, à la suite d\u2019un accident, il perdit un œil.Cet œil ne fut énucléé \u2018qu\u2019il y a 5 ans, à cause d\u2019une ophtalmie sympathique qui commençait dans l\u2019autre œil.Son développement physique et psychique n\u2019offre pas de particularités si ce n\u2019est qu\u2019il a toujours été timide et enclin à la solitude.Toujours de bonne humeur, cependant.Marié, il eut 5 enfants qu\u2019il aime beaucoup, ainsi que sa femme.Jamais rien n\u2019est venu assombrir son bonheur conjugal.Vers le mois d\u2019avril 1933, il fut victime d\u2019une infection grippale qui le retint au lit pendant quelques jours.Dans sa convalescence, il accusa un état de fatigue anormal, de l\u2019insomnie et de l\u2019inappétence.Il continua à maigrir et bientôt, fut préoccupé de l\u2019état de ses affaires, car une maladie venait de tuer tout son troupeau composé de six vaches.Dès lors, son état empira et il devint triste, découragé, ne L\u2019UNION MÉDICALE DU CANADA voyant plus d\u2019issue dans l\u2019avenir; se préocceupa de ses affaires, des paiements qu\u2019il aurait à rencontrer, se dit ruiné, un homme fini, qui ne ferait plus - rien de hon.Tout cela s\u2019accompagnait d'insomnie.d\u2019amaigrissement progressif, de maux de tête, d\u2019un sentiment d\u2019étrangeté autour de lui, d\u2019une impression de malaise vague jusqu\u2019au jour où il ouvrit une valise abandonnée dans un coin de sa maison.Cette valise contenait un revolver chargé.Après s\u2019être emparé de l\u2019arme, il se dirigea vers la chambre de sa femme et de ses enfants et là, déchargea son revolver.Les balles allèrent se perdre dans les meubles, sans blesser personne heureusement.Cette tentative d\u2019homicide accomplie, notre malade devint égaré, incohérent, agité pendant près d\u2019une « demi-heure.Puis il revint à lui, ne gardant aucun souvenir de ce qui s\u2019était passé à partir du moment où il avait aperçu la valise.Il venait de faire un raptus mélancolique.Dans la suite, il resta encore deux jours très triste, prostré, sans remords véritable de ce qu\u2019il avait fait.Puis il développa un thème délirant au cours duquel il extériorisa des idées de punition, de culpabilité, de damnation, et des craintes de finir ses jours en prison.l'objet du mépris et de la honte.Quelques mois plus tard, une accalmie survint dans son état, mais il resta découragé, triste, inquiet, incapable de faire un effort sérieux et un travail utile suffisamment prolongé.Il se sentait impuissant, incapable d\u2019affection pour ses proches et se plaignait toujours de ne plus réussir en affaires.Au début de janvier 1934, il devint encore plus triste, plus découragé, au point que vers le 5 janvier, à 3 heures p.m., ressentant une fatigue plus grande, il se coucha.Vers 5 heures du soir, alors qu\u2019il était seul dans la maison, sa femme et ses enfants étant occupés au soin des animaux, il s\u2019empara des ciseaux et s\u2019ouvrit profondément la gorge.On le trouva quelques minutes plus tard, baignant dans son sang.Il ne revint à lui qu\u2019à l\u2019arrivée de sa femme éplorée, ne gardant encore cette fois aucun souvenir de ce qui s\u2019était passé, à partir du moment où il s\u2019était couché.C\u2019était là un 2ième raptus mélancolique.De nouveau, il passa deux jours au lit, prostré, indifférent à tout son entourage, puis présenta le même thème délirant mélancolique antérieur.C\u2019est dans cet état que nous le voyons actuellement à l\u2019asile.Il s\u2019exprime ainsi: \u201cPourquoi ai-je fait ça?Je n\u2019ai aucune raison d\u2019agir aussi mal.J\u2019ai toujours été bon pour ma femme et mes enfants.Je n\u2019ai jamais bu.Je suis un homme fini.Je ne reverrai plus jamais ma famille.Des ivrognes qui traînent le long des routes sont encore mieux que moi.J\u2019étais si dévôt autrefois; maintenant, je vais étre damné, puni, jeté en prison pour toujours.Je ne retournerai chez-moi que mort; c\u2019est fini, je n\u2019ai plus de courage, ete.\u201d Et il pleura abondamment.Observation No 2.Dame Os.P., âgée de 29 ans, est admise à Vasile en avril 1916.après avoir noyé son enfant dans un puits et avoir tenté de se suicider après.L\u2019enquête a montré qu'avant son internement, elle était triste ct découragée depuis quelques mois déjà.Elle se sentait impuissante devant toutes choses, et exprimait continuellement des idées d\u2019indignité à l'égard de son rôle d\u2019épouse.Un jour, elle s\u2019est dirigée en toute hâte vers un puits, avec son enfant dans ses bras.Là après avoir jeté son enfant dans l\u2019eau, elle L\u2019UNION MÉDICALE DU CANADA 113 s\u2019y précipita elle-même.On vint immédiatement à son secours, pour la sauver, mais, malheureusement, l\u2019enfant était déjà mort submergé.Après son transfert à l\u2019asile, elle présenta pendant plusieurs mois, un délire mélancolique absolument caractéristique.Elle n\u2019a jamais réussi à se rappeler sa précipitation dans l\u2019eau avec son enfant.Elle disait: \u201cJe ne sais pas comment j'ai pu faire cela.Je ne me rappelle pas m\u2019être dirigée vers le puits.J\u2019ai repris connaissance au moment où je me débattais à la surface de l\u2019eau.Je ne savais pas alors que je venais de noyer mon enfant.\u201d Nous croyons qu\u2019elle venait d\u2019être victime d\u2019un raptus mélancolique.\u2018 © Apres quelques mois d\u2019évolution, cette malade a parfaitement guéri et elle est en liberté depuis.Observation No 3.Dame M.G., agée de 30 ans, est admise a 1'Hopital Saint-Jean-de- Dieu, le 2 janvier 1934, après avoir fait une fugue au cours d\u2019un épisode mélancolique.Antécédents héréditaires: Sans particularité; cependant, le père est violent et autoritaire, facilement chicanier et la mère est émotive et excentrique.Antécédents personnels.Rien de particulier dans l\u2019enfance, et aucune histoire de convulsions.L\u2019adolescence est plutôt pénible, car elle est témoin de disputes continuelles entre ses parents.Aussi, avait-elle le désir d\u2019étre toujours ailleurs pour fuir ce spectacle familial.Elle devint craintive, timide, solitaire, n\u2019osant pas inviter ses petites camarades cliez-elle, à cause des discordes de ses parents.À 20 ans, elle accepta le mariage comme une délivrance.Mais, elle remarqua qu\u2019on l\u2019avait épousée pour la dot qu\u2019elle représentait.Après 6 mois de mariage, étant enceinte, elle quittait son mari, égoïste, buveur, sans emploi et sans le sou, pour retourner vivre chez elle.Après de nouvelles \u201caccordailles\u201d, son mari manifestant du repentir et ayant trouvé un emploi, elle alla demeurer à l\u2019étranger, près de ses beaux-parents.De nouveau, elle est continuellement contrariée par l'attitude peu sympathique de ceux-ci, qui la considèrent comme une inférieure et par son mari, qui ne voit en elle qu\u2019une domestique.C\u2019est alors, qu\u2019elle présente son premier accès mélancolique.Elle aceusa de l\u2019insomnie, de l\u2019amaigrissement, de l\u2019inappétence, des inquiétudes diverses, particulièrement la crainte d\u2019avoir raté sa vie.Elle se découragea et devint très triste, au point de ne plus désirer que la mort.Flle ne voyait plus d\u2019issue dans l\u2019avenir et se sentait incapable de tenir maison avec le salaire pourtant raisonnable du mari.Un soir, alors qu\u2019elle était plus morose et plus découragée que d\u2019habitude, elle s\u2019est enfuie de la maison, en déshabillé, au froid, en se dirigeant vers la rivière.Elle ne se rappelle pas cette fugue.\u201cJe n\u2019ai repris connaissance, dit-elle, que plus tard, alors que j\u2019étais couchée sur un sofa et que mon mari et un médecin étaient auprès de moi.\u201d Cet état dépressif s\u2019améliora au bout de deux ou trois semaines, au point que la malade recouvrait une santé à peu près parfaite.Il semble bien qu'au cours de cette dépression mélancolique, elle ait été victime d\u2019un raptus.Quelques années plus tard, soit en septembre 1932, à la suite d\u2019un surmenage physique considérable et d\u2019émotions pénibles répé- 7/4 L\u2019UNION MÉDICALE DU CANADA tées, elle redevint malade.Elle avait dû, pendant une période de trois mois, soigner jour et nuit, ses deux enfants qui venaient de faire presque sans interruption, rougeole, coqueluche, varicelle et oreillons.Sa santé s\u2019altéra donc profondément et elle accusa de l\u2019insomnie, de l\u2019amaigrissement, et de la perte d\u2019appétit.Elle devint triste, découragée, au point de considérer la mort comme une délivrance; elle se sentait \u201cesclave\u201d dans la vie; elle ne voyait plus comment elle aurait la force d\u2019élever ses enfants, surtout parce qu\u2019elle entrevoyait la misère et la ruine de son mari.Sa douleur morale était très intense.C\u2019est alors que survint un Z2ième raptus mélancolique; on la trouva dans sa chambre, au moment où elle cherchait à s\u2019ouvrir les veines avec des morceaux de verre brisé.Elle n\u2019a repris connaissance que le lendemain, ne gardant qu\u2019un souvenir extrêmement flou de ce qui s\u2019était passé.On lui a dit que pendant ce raptus, elle ne cessait de répéter: \u201cJe veux mourir, je suis déjà morte, je suis trop coupable, je suis damnée, ete.\u201d Dans la suite, il y eut une période d\u2019accalmie, mais sans guérison toutefois, car elle garda un fond de tristesse, de douleur morale accompagnée d\u2019un sentiment d\u2019impuissance et d\u2019une aboulie prononcée.Toujours, elle avait l\u2019impression d\u2019avoir gâché sa vie, parce qu\u2019elle était moins bonne que les autres, Puis, vers Noël dernier, survint une recrudrescence de son état maladif.Sa tristesse et son découragement prennent de l\u2019ampleur; la douleur morale est intense.De nouveau, elle est écrasée par la vie et elle pense à mourir.La misère et la souffrance l\u2019attendent.Une nuit par un froid de 42 degrés sous zéro, elle s'enfuit dans la neige, nu-pieds, n\u2019ayant pour tout vêtement qu\u2019une chemise de nuit en crêpe de Chine.Elle n\u2019est ramenée chez elle que 20 minutes plus tard et c\u2019est au moment de la mettre au lit qu\u2019elle revient à elle-même et qu\u2019elle veut savoir pourquoi les pieds lui font mal.Cette fois, elle ne garda aucun souvenir de sa fugue.C\u2019est là, un autre raptus mélancolique.Maintenant, à l\u2019asile où elle repose, les pieds en plaies depuis sa dernière fugue, elle est encore déprimée et garde un fond de douleur morale, bien que son état mental soit amélioré.Elle a conscience de sa situation morbide et réclame sa guérison.Observation No 4.Francoise G., âgée de 24 ans, admise à l\u2019hôpital de Saint-Jean-de-Dieu en mars 1930 à la suite d\u2019une \u2018tentative de suicide.L\u2019examen révéla que cette femme était malade depuis quatre mois.Son état morbide s\u2019était.manifesté par un découragement extrême, des idées tristes et lugubres, à.base d\u2019indignité et de culpabilité.Puis, un jour, elle devint agitée, secoua sa torpeur habituelle, et se trancha profondément la gorge.De cet acte, elle ne garde qu\u2019un souvenir des plus flous: \u2018Tout cela, dit-elle s\u2019est passé comme dans un cauchemar.\u201d Il s\u2019agit ici vraisemblablement d\u2019un raptus.mélancolique.Quelques semaines plus tard, dans un moment impulsif soudain, elle alla se jeter dans une mare d\u2019eau près de l\u2019hôpital.Encore là, ses.souvenirs sont des plus flous sur sa tentative de noyade.C\u2019est probablement un second raptus mélancolique.Aujourd\u2019hui, la malade est guérie et en liberté.pr EE L\u2019UNION MÉDICALE DU CANADA 775 L.G, est donc visiblement un déprimé mélancolique.L\u2019observation médicale, dix mois après la commission de l\u2019acte meurtrier, confirme les rapports de l\u2019entourage.D\u2019ailleurs, personne ne peut soupconner que la famille ait pu imaginer un tableau aussi classique d\u2019une psychose dépressive.Si nous recherchons maintenant des idées délirantes ou des desseins - prémédités qui auraient pu entraîner L.G.à commettre son homicide, toutes nos enquêtes complétées par celles des détectives, ne révèlent nulle part l\u2019ombre d\u2019un mobile.Il faut donc conclure, sans hésitation, que L.G.est devenu brusquement agité, qu\u2019il s\u2019est jeté sur ses pauvres petits, dans un moment où le contrôle de ses actes lui échappa totalement, au point qu\u2019il ne garde auéun souvenir de cette tragédie.En d\u2019autres termes, il a commis son crime au cours d\u2019un raptus mélancolique.Conclusions Ces malades, dont nous publions l\u2019histoire, ont présenté à notre avis un ou plusieurs raptus mélancoliques, dans l\u2019évolution de leur maladie.Les uns étaient des mélancoliques non délirants, les autres, des mélancoliques délirants.Au cours de leur état, ils ont secoué leur inhibition psychique et physique habituelle, pour présenter une agitation à allure paroxystique et produire, sous forme d\u2019accès impulsif soudain, ces actes violents, dangereux, anti-sociaux auxquels ils se sont livrés.Quelques-uns en ont gardé un souvenir vague, les autres ont une amnésie complète des faits accomplis.Les réactions ainsi observées, au cours de ces raptus, même si elles s\u2019accompagnent d\u2019amnésie complète, ne doivent pas être remises sur le compte de la simulation ou d\u2019autres états pathologiques comme l\u2019hystérie ou l\u2019épilepsie; par exemple, quand un mélancolique non délirant tue un ou des proches, au cours d\u2019un raptus, sans motif apparent, et qu\u2019après il dit ne rien se rappeler, il ne faut pas croire qu\u2019il ment et que cette amnésie alléguée est tout simplement un moyen de défendre sa peau.Les exemples précédents, qui pour la plupart n\u2019ont eu aucune répercussion judiciaire, en sont des preuves évidentes.On admettra donc que l\u2019acte répréhensible a été commis au cours d\u2019un raptus mélancolique quand on pourra établir, après enquête, que l\u2019individu incriminé était depuis quelque temps manifestement un grand malade et que les malaises accusés étaient ceux de la mélancolie.On arrivera surtout à cette conclusion, si après la commission de l\u2019acte anti-social, l\u2019individu ne tente nullement de s\u2019enfuir, va se dénoncer lui-même et reste encore pendant un temps plus ou moins long, le malade déprimé qu\u2019il était auparavant. 776 L\u2019UNION MÉDICALE DU CANADA Dans une de nos observations (observation no.4), on pourrait à la rigueur, soupçonner l\u2019hystérie; mais le caractère durable, des troubles, indépendant des impressions extérieures nous fait rejeter ce diagnostic.D'ailleurs, on conçoit mal une hystérique exposant ainsi sa vie et se promenant nu-pieds, par un grand froid, dans la neige.De plus, les deux facteurs, émotion et suggestion, qui sont à la base de l\u2019hystérie font aussi défaut.Par contre, l\u2019équivalent épileptique pourrait être invoqué avec plus de logique pour expliquer les réactions de ces malades, ct cela, en raison de l\u2019automatisme qu\u2019elles présentent et de l\u2019amnésie plus ou moins entière qui les suit.Nous ne croyons pas cependant qu\u2019une telle conclusion puisse être faite.Dans l\u2019épilepsie l\u2019équivalent remplace souvent l\u2019accès convulsif ou il vient s\u2019associer à lui.A chaque équivalent, ces malades disent à peu près les mêmes mots, s\u2019emportent de la même façon, commettent les mêmes actes et obéissent aux mêmes impressions.Au réveil, ils ne se souviennent de rien.En plus, en dehors de l\u2019accès, ces malades ne présentent aucune manifestation morbide, si ce n\u2019est leurs troubles du caractère.Dans la mélancolie, il n\u2019est rien de tout cela.Chez nos malades, nous ne trouvons aucune histoire de convulsions antérieures.Les raptus observés chez le même malade ne se ressemblent pas les uns les autres.L\u2019amnésie qui les suit est variable, et plus ou moins entière pour chacun d\u2019eux.Ils sont précédés et suivis d\u2019un état mélancolique manifeste de plus ou moins longue durée.Il est donc légitime de considérer le raptus mélancolique comme une réaction toujours possible au cours de l\u2019évolution d\u2019un état mélancolique, quelque soit la forme clinique qu\u2019il présente.Ces raptus sont beaucoup plus fréquents qu\u2019on ne le croit, et si nous nous donnons la peine de les rechercher, nous verrons qu\u2019un grand nombre de suicides ou d\u2019homicides chez des mélancoliques sont commis sous leur influence.Etant donné les conséquences anti-sociales si graves qu\u2019entraînent de tels états, le médecin ne sera jamais trop prudent en réclamant une surveillance continuelle de ces malades et en prenant à leur égard des mesures de protection rigoureuse.pos L\u2019UNION MÉDICALE DU CANADA TY Observation No 5.En octobre 1933, par ordonnance du Procureur Général, l\u2019un de nous fut chargé de l\u2019expertise mentale de L.G., âgé de 28 ans, cultivateur, accusé du meurtre collectif de ses cinq enfants.L\u2019aîné avait 414 ans et les deux derniers, des jumeaux, 4 mois à peine.L\u2019on trouva les petites victimes, la tête horriblement fracassée; un marteau ensanglanté avait été abandonné dans la cuisine, sur l\u2019évier, et les vêtements du prévenu étaient tachés de sang.Il faut savoir que L.G.vivait avec sa femme, chez ses parents, partageant avec eux les travaux de la terre.Or, le 26 janvier 1933, il se trouvait seul à la maison avec ses cinq enfants.Son épouse l\u2019avait quitté vers midi, de très bonne humeur, tandis que lui se réjouissait d\u2019avoir la garde de ses enfants: \u201cC\u2019était toujours une fête, dit-il, pour moi que de garder mes enfants.je les aimais tant.et ils étaient si beaux.\u201d Q.\u2014 Que s\u2019est-il passé cet après-midi-là ?R.\u2014 J\u2019ai joué avec eux.puis je ne sais plus ce qui est arrivé.Je me suis aperçu.j'étais plein de sang.Je me suis dit: Que diable comment cela se fait?J\u2019ai été voir mes enfants: ils étaient tous massacrés.\u201d Q.\u2014 Alors, qu\u2019avez-vous fait?R.\u2014 Je me suis promené dans la maison.dehors, dans la cour.J\u2019ai pleuré.Q.\u2014 Ce jour là, avez-vous eu des pensées tristes?des idées étranges.R.\u2014 Il me semble que ça allait bien; cet avant-midi-là, j'ai eu soin de mes enfants; j'ai joué avec eux.Cela arrivait souvent, c\u2019était une fête pour moi (premier et unique sourire de tout l'examen).Q.\u2014 Ensuite, qu\u2019avez-vous fait ?R.\u2014 Je ne sais plus.Rien.rien.je ne me rappelle pas.Q.\u2014 Quelles sont les premières choses dont vous vous souvenez ?.R.\u2014 J\u2019étais debout dans la cuisine.J\u2019étais la, un marteau plein de sang sur l\u2019évier.J\u2019étais plein de sang.mes vêtements, mes mains.J\u2019ai été voir mes enfants.ils étaient pleins de sang et tous massacrés.Je me suis dit: Je vais être pendu.ils doivent être morts; je suis seul ici, ils vont bien dire que c\u2019est moi.Là, si on m\u2019avait fait n\u2019importe quoi, ça m\u2019aurait été égal.Quand sa femme revint dans l\u2019après-midi, vers 4 heures, elle le vit debout sur le seuil de la porte, profondément abattu, les yeux injectés, la figure congestionnée.\u201cN\u2019entre pas, lui dit-il, une chose épouvantable est arrivée, va chercher les voisins.\u201d En peu de temps une foule nombreuse envahissait la maison.Mais malgré beaucoup de questions et d\u2019insistance, L.G.ne garde qu\u2019un souvenir très vague de tout ce qui s\u2019est passé durant le reste de la journée.Depuis le crime, il cherche encore en vain à comprendre.\u201cSi quelqu\u2019un venait me dire que mes enfants vivent, je le croirais\u201d disait-il à l\u2019un de nous au cours de l\u2019examen.a Antécédents héréditaires.Rien de particulier à retenir.Père et mère vivants, alertes et vigoureux malgré leurs soixante-dix ans et plus. 778 L\u2019UNION MÉDICALE DU CANADA Antécédents personnels.Né à terme, d'une grossesse normale, dernier enfant d\u2019une famille nombreuse.Pas d'histoire de convulsions dans l\u2019enfance, ni plus tard.Tout soupçon d\u2019épilepsie doit être écarté.L.G.a toujours été d\u2019un caractère timide, timoré, impressionnable, aimant la solitude et d\u2019une constitution frêle.Placé au collège à 13 ans, il y demeura peu de temps, préférant la tranquillité des champs à la vie mouvementée des écoliers et à leurs jeux bruyants.Marié à 23 ans, sa femme le suivit sur la ferme paternelle, où rien apparemment n\u2019est venu assombrir sa vie conjugale.Toujours empressé auprès des siens, il témoignait à leur égard d\u2019une sollicitude vraiment touchante.Quelques mois avant le crime, l\u2019entourage remarqua que I.G.devenait sombre, plus taciturne, distrait: \u201cQuand on lui parlait, raconte le père, souvent il ne répondait pas comme s\u2019il avait eu l\u2019idée ailleurs.Il ne tenait pas sur sa chaise; cependant, je ne l'ai jamais vu pleurer.Souvent, il s\u2019attardait à l\u2019étable, comme s\u2019il avait oublié même lheure des repas.Etant inquiet, j'allais voir ce qu\u2019il faisait.Ce n\u2019était plus le même enfant.Il est vrai que nous souffrions de la crise financière; l\u2019exploitation de la ferme rapporte peu, nos rentes suffiront-elles toujours à nous faire vivre?.Tout de même, je n\u2019aurais jamais soupconné que cela pouvait l\u2019affecter autant.\u201d Sa mère ajoute; \u201cT1 faisait pitié dans son découragement.Il ne semblait plus se plaire avec la famille, lui, autrement si empressé auprès de ses frères.Ce pauvre enfant vivait comme dans un rêve triste.Je le cachais tant que je le pouvais.Le jour de l\u2019An, ne fut pas gai.En présence de toute la famille réunie, il s\u2019est montré étrange, pensif, ne parlant à personne, paraissant même ignorer les questions qu\u2019on lui posait; rien ne l\u2019intéressait.\u201d Sa femme rapporte: \u201cQuand son père nous recommandait la prudence, quand il causait de précautions à prendre à cause de la crise financière, cela le bouleversait énormément; il semblait interpréter ces paroles comme des reproches.Pourtant, les vieux étaient bien bons et ne savaient rien refuser.Mon mari se décourageait, ne mangeait plus, ne dormait plus et maigrissait.Il se plaignait de digestion pénible et accusait des maux de tête fréquents et violents.Je le surprenais souvent à pleurer, sans cause apparente.Il se préoccupait de ma santé beaucoup plus que de la sienne au point que j'en éprouvais de la gêne et du malaise.Ainsi, à table, il s'empressait d'enlever la croûte de mon pain, la gardant pour lui-même et insistant pour que je ne mange que la mie.\u201d Lramen mental.À l\u2019examen, en fin d\u2019octobre 1933, (dix mois après ls crime) L.G.est toujours triste, abattu, replié sur lui-même et désintéressé du monde extérieur.Faciès inerte, tête baissée, il n\u2019ose relever les yeux et ne manifeste apparemment aucune émotion.L\u2019absence d\u2019initiative dans ses réponses indique une élaboration psychique lente, malaisée et pénible.Ses réponses elles-mêmes sont tardives et laborieuses; chacune doit être provoquée par une question simple et précise, non pas à cause d\u2019hostilité et de méfiance, mais parce que son attention réfléchie ne peut être que difficilement fixée.La he va cri ai mr sci re > -2 Oo L\u2019UNION MÉDICALE DU CANADA BIBLIOGRAPHIE R.MASSELON.\u2014 La mélancolie.DUPRE.\u2014 Pathologie de l\u2019imagination et de l\u2019émotivité.DEVAUX et LOGRE.\u2014 Les anxieux.REGIS.\u2014 Précis de psychiatrie.Rogues de FURSAC.\u2014 Manuel de psychiatrie.H.CLAUDE.\u2014 Psychiatrie médico-légale.CHASLIN.\u2014 Eléments de séméiologie et clinique mentale.DURAND.\u2014 La mélancolie (dans collection Sergent, Dumas-Bahonneix).SEGLAS.\u2014 Leçons cliniques sur les maladies mentales.KRAEPLIN.\u2014 Introduction à la psychiatrie.LAIGNEL-LAVASTINE.\u2014 La pratique psychiatrique.DeBELLEFEUILLE.\u2014 Le Suicide (Union Médicale du Canada, 1930).MORACHE.\u2014 La responsabilité.FAUCONNET.\u2014 La responsabilité.FOREL.\u2014 Crime.ë CINQ ANS D'HYGIÈNE MENTALE DANS LE DISTRICT DE QUÉBEC\u201c) Par le Dr J.C.MILLER, Directeur-Médical, de l'Ecole La Jemmerais, Professeur de l'Institut Supérieur de Philosophie.Pour bien nous rendre compte des progrès réalisés au cours des derniers cinq ans, dans le domaine qui nous occupe, vous me permettrez de jeter un regard rapide, sur les époques qui nous ont précédés.Je désire encore par là vous démontrer que le Canada français, et le district de Québec en particulier, ne se sont pas laissés devancer dans l\u2019assistance aux infirmes et aux malades de l\u2019esprit.En ce qui regarde les grands aliénés, devenus complètement \u201cétrangers\u201d à eux-mêmes, le besoin de les secourir et de les contrôler, n\u2019est pas à discuter.Il fut compris dès les premiers temps de la colonie, et déjà en 1639, la Fondatrice de l\u2019Hôtel-Dieu, Madame La.Duchesse D\u2019Aiguillon, leur ménageait des prévisons spéciales dans sa charte.Plus tard, vers la fin du 17ième siècle Mgr de Saint-Valier accepta la maison des Récollets, sur la Rivière Saint-Charles, et il en fit l\u2019Hôpital-Général.L\u2019éminent évêque constata bientôt le besoin grandissant d\u2019établir des quartiers spéciaux pour recevoir les aliénés.Il fit donc construire, à côté de son Hôpital-Général, en 1714, un petit pavillon pour recevoir les malades femmes; en 1720, le Roi de France, ordonnait l\u2019érection d\u2019un bâtiment semblable, pour garder les hommes aliénés.Le District, et la ville de Québec, en particulier, qui fut un point de départ de la civilisation sur le continent Nord- Américain, devait être le siège du premier hôpital organisé, pour soulager les souffrances physiques et aussi sauvegarder l\u2019harmonie et la sécurité sociale.Déjà vers le changement de Régime, le Général Murray faisait rapport que les quartiers d\u2019aliénés de l\u2019Hôpital-Général étaient devenus insuffisants pour répondre au besoin.D\u2019autres rapports furent présentés dans la suite aux administrations gouvernementales avec des conclusions et des recommandations semblables.Mais ce ne sera qu\u2019en 1845, que se construira le premier Asile de la Province de Québec : l\u2019Asile de Beauport.Sir Chs.T.Metcalfe, alors gouverneur- (1) Discours prononcé à la Société Médicale de Québec le 25 octobre 1933.Je EP St tirent in i. L\u2019UNION MÉDICALE DU CANADA \u201c81 général, confia à un syndicat privé dirigé par le Dr Douglas, l\u2019érection d\u2019un bâtiment convenable à la garde des aliénés.Au cours des quelque 50 ans qui suivirent, plusieurs contrats se succédèrent avec les propriétaires de l\u2019Asile.D\u2019importants progrès furent réalisés au cours de cette période, mais on confiait toujours le soin de malades irresponsables, à un syndicat privé, obligé de s\u2019administrer d\u2019abord sur une base d\u2019affaires, ce qui représentait certains inconvénients.Enfin, en avril, 1893, le grand ordre local des Sœurs de la Charité, devenait propriétaire de l\u2019Asile, et passait un premier contrat avec le gouvernement; les activités des Religieuses, auprès de ces malheureux malades se continuent jusqu\u2019à nos jours, et elles devaient jouer un rôle prépondérant dans les progrès merveilleux réalisés jusqu\u2019ici au bénéfice des malades et de la société.Déjà sous la direction du premier surintendant, M.le Dr Vallée, éminent aliéniste et père de notre distingué concitoyen, M.le Dr Arthur Vallée, on note des progrès importants; la maison cesse d\u2019être un asile pour devenir l\u2019Hôpital Saint-Michel-Archange; son successeur, une autre gloire de la médecine canadienne-français, M.le Dr M.D.Brochu y apporte pendant plusieurs années, les lumières de sa science.Notre patron actuel, M.le Dr S.Roy, aura l\u2019an prochain, je crois, à son crédit cinquante années de dévouement et d\u2019excellents offices au service de l\u2019œuvre qui nous occupe; c\u2019est dire qu\u2019il a largement contribué aux différentes réalisations acquises jusqu\u2019ici.Sa modestie devenue proverbiale, m\u2019en voudra certainement d\u2019avoir osé faire une telle mention ; mais l\u2019admiration personnelle que je lui conserve m\u2019a rendu incapable, en pareille circonstance, de ne pas le citer \u201cà l\u2019ordre du jour\u201d.Il serait trop long de vous entretenir de toutes les améliorations apportées, au soin de nos malades mentaux, au cours des quelques dernières années.Je résume en avançant que Québec a pu jusqu\u2019ici dans ce domaine d\u2019activité sociale et scientifique, suivre l\u2019évolution préconisée par les grandes écoles d\u2019Europe et d\u2019Amérique.Or, cette évolution scientifique tend à améliorer le sort des malades, tout en diminuant le nombre et la durée des internements, et ceci au profit du trésor public.Nous pouvons aujourd\u2019hui, prévenir et même guérir certaines maladies mentales graves de l\u2019adulte à condition de les prendre à point; c\u2019est la raison d\u2019être de la Clinique Roy-Rousseau, ouverte en 1926.Je n\u2019ai malheureusement que le temps de vous rappeler le mérite considérable de cette excellente maison de prévention, de traitement et d\u2019ense:gnement universitaire. 782 L\u2019UNION MÉDICALE DU CANADA Mais une meilleure connaissance de ces cas d\u2019aliénation mentale chronique de l\u2019âge adulte, nous démontre de plus en plus souvent que la racine première remonte au jeune âge; on y retrouve déjà des tares héréditaires, des maladies en évolution, des anomalies de la croissance, des vices d\u2019éducation ou autres facteurs morbides reconnus capables d\u2019entraver le libre développement des facultés, ct aussi de compromettre gravement.à une époque, plus ou moins prochaine, la santé mentale de l\u2019enfant.Les traitements médicaux et la méthode pédagogique appropriée, peuvent souvent guérir ou au moins, redresser ces sujets, et leur permettre d\u2019atteindre un niveau de développement compatible avec la vie sociale.On comprend facilement, que pour faire œuvre utile, dégrever les budgets d\u2019assistance.on doit concentrer les efforts vers cette enfance anormale.encore accessible à un traitement efficace, ainsi qu\u2019à une rééducation effective.C\u2019était Pobjectif social du gouvernement et des Sœurs de la Charité, lorsqu\u2019en septembre 1928.ces dernières ouvraient leur maison de La Jemmerais, la première dans la Province, et la seconde en importance au Canada; cette institution.qui tient autant de l\u2019Hôpital que de l\u2019Ecole, est destinée au traitement médical, et à là rééducation physique morale et intellectuelle des enfants anormaux, éducables ; c\u2019est-à-dire à ces enfants, qui pour des motifs d\u2019ordre psychique, se montrent incapables de s\u2019adapter aux conditions ordinaires de la vie sociale.On sait que cette souplesse à s\u2019adapter aux exigences de la vie, constitue un excellent critérium de l\u2019intelligence humaine: or, ce critérium ne repose pas uniquement sur la valeur mentale du sujet, mais aussi sur les conditions plus ou moins défavorables qui l\u2019entourent.Mon collègue, le Dr Pelletier, vous en a montré des exemples typiques.Un bon nombre d\u2019enfants à niveau intellectuel moyen, doivent cependant étre internés à charge publique, à cause d\u2019abus, de négligence, de lacunes, du manque de soutien et de directives dans leur milieu familial ou scolaire.C\u2019est pour cette raison, que sur les 1410 enfants admis ou réadmis jusqu'ici, nous avons pu observer tous les niveaux intellectuels, depuis les confins de l\u2019idiotie jusqu\u2019à ceux de l\u2019intelligence normale.Encore au départ, on remarque la même diversité: 157 sujets inéducables ou aliénés, ont été dirigés vers les hôpitaux propices a leur état; 34 autres inéducables et inoffensifs dont l\u2019internement ne nous semblait pas nécessaire, furent remis à leur famille capable d\u2019en prendre soin.Enfin 4 seulement sont décédés, et 707 sont repartis améliorés.De FR L\u2019UNION MÉDICALE DU CANADA 783 ce dernier nombre, 135 ont pu prendre des emplois, et 40 plus jeunes, retourner à l\u2019école ordinaire.La population actuelle de la maison est de 439, dont 175 filles et 264 garçons, bien que la capacité normale ne soit que de 425.Le bilan physique et psychologique de chacun de ces enfants est établi dès son entrée, et ses act'vités seront orientées, en tenant compte de son âge réel.ses capacités physiques et ses aptitudes propres.La rééducation physique s\u2019obtient à l\u2019aide des meilleures conditions hygiéniques dans lesquelles nous tâchons de faire vivre l\u2019enfant: alimentation saine, air pur, soleil; on fait encore appel à la culture physique, sous ses différentes formes selon l\u2019âge et le sexe; les attentions médicales très souvent nécessaires et prolongées.La rééducation intellectuelle se fait surtout dans les classes et les ateliers.Vingt classes, françaises et anglaises, s\u2019étendent de l\u2019école maternelle jusqu\u2019à la 3ième année environ, du cours primaire, et reçoivent 293 enfants.l\u2019enseignement, sous la direction de personnes spécialisées, est ralenti et dosé selon le niveau des élèves.Les plus jeunes font trois heures par jour en deux séances; les plus avancés font deux heures et demie d\u2019un seul trait.et passent l\u2019autre demi-journée dans un atelier.Les grands qui ont dépassé l\u2019âge scolaire, font uniquement du travail manuel qui leur est assigné selon leurs aptitudes particulières.Je vous montrerai dans l\u2019instant, quelques plaques montrant les élèves à l\u2019œuvre, et je ne m°y.arrête pas davantage, pour l\u2019instant.Nous attachons aussi la plus grande importance à la rééducation morale.Il s\u2019agit d\u2019orienter ces enfants vers une carrière humble et de leur inculquer les qualités morales et les principes fondamentaux, capables de suppléer à d\u2019autres déficiences.L\u2019atmosphère sympathique, le contrôle des sanctions, la tolérance mutuelle, l\u2019entraînement sportif reforme les caractères.Les différentes occupations, I\u2019habitude et la ponctualité au travail développent la force morale de nos sujets.La formation religieuse ne doit pas être négligée: outre l\u2019enseignement à la chapelle et dans les classes, fait sous la direction d\u2019aumôniers avertis, on cherche à développer librement la pratique religieuse individuelle, incluant dans la routine de tous les jours, les traditions familiales et paroissiales communes à nos familles cana- diennes-francaises.Par ailleurs, un Ministre vis\u2018te régulièrement nos enfants de langue anglaise, et protestants.Enfin un règlement a la fois souple et ferme, de même qu\u2019une surveillance exercée par un personnel compétent, permet un contrôle sympathique et discret 784 L\u2019UNION MÉDICALE DU CANADA sur la conduite générale.C\u2019est la convergence de ces différentes influences éducatives qui arrive à rééduquer dans la mesure du possible, ces enfants, au sort mal partagé.Nous avons examiné ensemble quelques-unes des activités de La Jemmerais, et aussi, les résultats encourageants obtenus jusqu\u2019ici au point de vue réhabilitation sociale.Mais toute nécessaire qu\u2019elle soit, cette œuvre de pensionnat est dispendieuse, et elle ne suffit pas au besoin: La Jemmerais ne peut recevoir qu\u2019au plus 450 élèves, et les anormaux se comptent par milliers dans la Province; il faut secourir ces enfants, si nous ne voulons pas, plus tard, les avoir à charge publique, eux-mêmes, et peut-être aussi leur nombreuse progéniture de plus en plus dégénérée, comme il en existe déjà de lamentables et coûteux exemples dans la ville de Québec.L\u2019Hygiène Mentale préconise un autre mode d\u2019assistance, mo'ns dispendieux et pourtant très efficace: c\u2019est la coopération d\u2019un personnel médical entraîné à cette besogne, et sous la direction de la Santé Municipale, avec les Cours Juvéniles, les Crèches, les Marternités, les Sociétés d\u2019Assistance aux pauvres, et surtout avec les Autorités Scolaires, parce que l\u2019école est le premier endroit où l\u2019on peut, en général, rencontrer les enfants en groupe.Cette coopération, au service de la Justice et de l\u2019Education, permet de reconnaître précocement l\u2019aspect maladif de nombreux récidivistes ou retardataires, et de les soustraire aux sévérités de lois inopérantes chez eux.Elle permet encore d\u2019en arracher d\u2019autres aux derniers bancs des classes, qu\u2019ils usent depuis des années, retardant le progrès général, s\u2019avérant incapables d\u2019assimiler l\u2019enseignement donné; ils encaissent eux-mêmes force apostrophes et corrections maladroites de nature à les figer davantage et les faire sombrer de plus en plus dans des sentiments de révolte ou d\u2019infériorité funestes à leurs ressources intellectuelles déjà limitées.C\u2019est surtout dans le but de secourir cette enfance en voie de déchéance intellectuelle et morale, que fut fondé à l\u2019Université en 1931 \u201cLe Comité d\u2019Hygiéne Mentale de la Ville de Québec\u201d \u2014 \u201cQuébec doit cette nouvelle fondation de prévention précoce, d\u2019abord aux initiatives et aux subventions du \u201cComité Provincial d\u2019Hygiène Mentale\u201d; il la doit encore à l\u2019accueil bienveillant de l\u2019Université Laval, de la Faculté de Médecine, de l\u2019Hôtel de Ville, de la Commission Scolaire Catholique et du Service de Santé Municipal qui constituèrent un Bureau sous la présidence active de M.le Professeur Albert Jobin; enfin les Dames de l\u2019Hôtel-Dieu mettaient généreusement à la disposition du nouvel organisme, les locaux né- no 1.UNION MEDICALE DU CANADA 82 cessaires à sa clinique d\u2019Hygiène Mentale, avec accès aux services des spécialités, et les Sœurs de la Charité, fournissaient, au premier appel.le personnel spécialisé prêt à entreprendre la nouvelle besogne.Le Comité a concentré ses activités aux écoles mêmes, et à sa consultation hebdomadaire de l\u2019Hôtel-Dieu: 57 écoles furent visitées, avec une population de 21357 élèves.Sur l\u2019indication des maîtres, 909 enfants furent examinés.De ce nombre, 780 ont été trouvés anormaux à des degrés divers, et allant jusqu\u2019à l\u2019imbécillité dans 17 cas.Le Dispensaire de l\u2019Hôtel-Dieu a donné près de 1000 consultations à des anormaux de familles pauvres.Un bon nombre d\u2019entre eux ont pu suivre des traitements les plus variés en vue de leur récupération physique et mentale.Cette clinique a permis une sélection plus judic\u2018euse dans le placement des anormaux de la ville et des environs; elle a souvent pu déférer ou empêcher des internements coûteux et non nécessaires.Un certain nombre de jeunes sujets récemment libérés de l\u2019Ecole La Jemmerais, de \"Hopital de la Baie- Saint-Paul, de l\u2019Ecole de Réforme, de la Clinique Roy-Rousseau, de l'Hôpital Saint-Michel-Archange, y ont trouvé l\u2019attention médicale et le soutien moral nécessaires à leur état.Le Comité a collaboré avec les œuvres de charité, l\u2019Assistance Publique, le Bureau Municipal de Santé, l\u2019Hôpital de la Miséricorde, les Orphelinats, les Crèches; on a souvent appliqué un traitement utile ou évité des récidives évidentes.On a organisé la \u201cPremière Journée d\u2019Hygiène Mentale\u201d avec le concours des Sœurs de la Charité: des centaines d\u2019éducateurs, de gardes-malades et de médecins y sont venus passer une journée instructive, au profit de leurs élèves ou de leurs petits malades.D\u2019autre travail de vulgarisation s\u2019est fait sous forme de conférences et de travaux scientifiques.Enfin, avec des ressources très limitées, le Comité a essayé de proposer dans tous les milieux dirigeants de Québec, les idées éminemment bienfaisantes de l\u2019Hygiène Mentale.Enfin.l\u2019Université Laval organisait, pour sa session 1933-34, une série de cous spéciaux sur la Neuro-Psychologie infantile; ces leçons traitant d\u2019Hygiène Mentale, se donnent à l\u2019Institut Supérieur de Philosophie, et l\u2019assistance y est obligatoire pour Messieurs les étudiants en médecine de cinquième année.Avant de conclure, permettez-moi, Mesdames et Messieurs, de vous rapporter une anecdote, qui m\u2019avait vivement frappé, et qui présentera certainement ün intérêt psychologique au juriste, au médecin, à la garde-malade et à l\u2019éducateur qui m\u2019écoutent: Léonora 786 L\u2019UNION MÉDICALE DU CANADA Galilai était la favorite la plus influente auprès de Marie de Médecis ; différentes intrigues la conduisirent bientôt au tribunal, où elle fut convaincue de sorcellerie, puis au bûcher où on la brûla vive, en place de Grève, à Paris en 1617.Or, comme on cherchait à savoir le secret de ses succès auprès de la future Régente de France, sa réponse fut courte et stoïque: \u201cMon charme, dit-elle, fut celui des âmes fortes sur les esprits faibles.\u201d \u2014 Sans le savoir, cette femme avait donné trois siècles à l\u2019avance, la plus belle définition de I\u2019Hygiène Mentale.C\u2019est précisément ce charme que nous cherchons à faire pénétrer davantage dans nos institutions d\u2019enfants; notre but immédiat est d\u2019améliorer le sort des enfants mal doués, notre objectif ultime est d\u2019apporter notre contribution à la solution d\u2019un problème social de première importance.Je crois avoir démontré que jusqu\u2019ici, nous n\u2019avons pas reculé devant l\u2019effort et le sacrifice, pour mieux soulager et guérir si possible, les plus pitoyables de nos infirmes, ceux qui sont frappés dans leurs facultés maîtresses.Pour continuer ses activités sur une base réellement effective, et dont la preuve semble faite, le Comité d\u2019Hygiène Mentale devra réaliser deux conditions: une coopération plus étroite avec nos maisons d\u2019ense\u2018gnement, et de correct\u2018on ; et deuxièmement, son incorporation régulière et permanente dans le Bureau Municipal de la Santé.J\u2019ai simplement voulu, ici, établir le bilan d\u2019une évolution mé- d'co-sociale vieille de bientôt trois siècles.Poursuivrons-nous encore cet idéal humanitaire, ou reculerons-nous devant des difficultés d\u2019ordre matériel ?Un travail considérable a déjà été fait; des centaines d\u2019enfants attendent la suite de ces activités préliminaires.L\u2019Hygiène Scolaire et l\u2019Education ont largement apprécié les services rendus jusqu\u2019ici.L\u2019opinion publique, depuis le Palais Cardinalice et Spencerwood jusqu\u2019aux milieux les plus humbles, nous engage à continuer.La presse locale n\u2019a pas ménagé sa sympathie à notre mouvement.enfin le Comité d\u2019Hygiène Mentale est un peu partout reconnu comme une utilité publique.Nous comptons que tous voudront bien lui continuer leur bienveillante sollicitude.\u2014\u2014\u2014{\u2014\u2014_o)o\u2014\u2014\u2014 LE PROBLÈME DE L\u2019ALCOOLIQUE Par Jean SAUCIER, De la Faculté de Paris, Assistant à la clinique neurologique de l'Hôpital Notre-Dame.Du point de vue de la stricte hygiène mentale, qui est bien davantage une science de prévention qu\u2019un mode de thérapie au sens de mesures actives immédiates, le problème qui se pose est de savoir si, d\u2019une part, il est possible d\u2019empêcher l\u2019individu moyen de boire en excès des boissons alcooliques, et si, d\u2019autre part, lorsqu\u2019il s\u2019agit d\u2019anciens éthyliques, on peut espérer un sevrage définitif.En changeant les mots, la proposition peut encore se présenter comme suit: quels sont les individus qui deviendront alcooliques?Quels sont ceux qui guériront ?Quels sont ceux qui ne guériront pas?Nous allons nous borner à la seule analyse de la psychologie pathologique de l\u2019alcoolisme, parce que là nous paraît être le nœud de la question.Nous omettrons volontairement, afin de simplifier, le chapitre important de l\u2019hérédité, en laissant transparaître, toutefois, à maintes reprises, que c\u2019est bien à l\u2019influence héréditaire que l\u2019alcoolique doit sa physionomie psychique si particulière.Nous passerons également sous silence l\u2019énumération des variétés d\u2019alcools en cause ainsi que les diverses formes de l\u2019ivresse.Nous nous attacherons, en somme uniquement, à caractériser l\u2019état mental des alcooliques, véritable point de départ, efficient et explicatif, de la lamentable odyssée des buveurs chroniques.Cette analyse, même courte, des mécanismes primordiaux de l\u2019habitude alcoolique donnera mieux au lecteur la clé du problème que les plus complètes descriptions des formes cliniques de la maladie.Pour savoir s\u2019il est possible d\u2019empêcher le buveur novice de commettre des excès, ou de le redresser s\u2019il en a commis, il est essentiel de posséder les moyens de prévoir si chez lui les effets des boissons éthyliques seront désastreux ou inoffensifs Comment donc parvenir à acquérir cette connaissance ?\u2014 ce qui revient à dire \u2014: comment classer les buveurs d\u2019après leurs particularités psychologiques?C\u2019est ce que nous allons maintenant envisager.* x x L\u2019UNION MÉDICALE DU CANADA 2 aD oo Il existe des individus qui s\u2019alcoolisent sans le savoir, et d\u2019autres qui boivent en toute connaissance de cause.IJes premiers ne nous retiendront guère: ce sont les enfants, saturés d\u2019élixirs toniques à base d\u2019alcool; ce sont les ignorants à qui l\u2019on n\u2019a jamais parlé des dangers de l\u2019alcoolisme; ce sont enfin, ceux qui, de bonne foi, croient que l\u2019aleool est excellent et qu\u2019il n\u2019y a aucun inconvénient à en consommer quotidiennement.Cette catégorie d\u2019individus constitue l\u2019infime minorité.Les campagnes anti-alcooliques ont assez insisté sur les méfaits des boissons enivrantes pour qu\u2019il soit permis de croire qu\u2019au moins dans les grands centres, on ne puisse plus invoquer l\u2019ignorance.Le cas des enfants et des ignorants, (paysans ct peuplades sauvages) est relativement sans importance; on le cite encore dans les ouvrages de la fin du siècle dernier, mais aujourd\u2019hui, les alcoolisés vraiment inconscients ne sont plus représentés que par les nourrissons et les jeunes enfants, victimes d\u2019une thérapeutique meurtrière et mal avisée.Les véritables convaineus de la persistance des bons offices de l\u2019alcool, s\u2019ils sont sincères, sont rarissimes.Le buveurs conscients sont les seuls qui retiendront notre attention.C\u2019est uniquement à leur intention, du reste, que ces lignes ont été rédigées.Dès 1889, Legrain divisait les buveurs conscients en amoraux, abouliques et dipsomanes.Nous pouvons dès à présent affirmer.à la seule lecture de ces épithètes, que ces buveurs sont des déséquilibrés et des déviés.Nous aurons l\u2019occasion de le démontrer amplement au cours de cet exposé.Il est important de souligner ici que ces anomalies du tempérament, ne sont aucunement sous la dépendance, du moins primitivement, d\u2019un vice de la sphère intellectuelle.Ces individus peuvent être, et de fait, sont souvent remarquablement intelligents, mais ils pechent toujours par des excès ou des omissions affectives.En somme, leur vie tout entière évolue sous le signe de la déviation de l\u2019affectivité.Magnan, avant Legrain.avait bien noté chez les alcooliques les caractéristiques de la dégénérescence mentale, mais ses élèves ont tellement généralisé Pemploi de l\u2019épithète dégénéré que l\u2019on s\u2019entend mal aujourd\u2019hui lorsque Pon parle de dégénérescence; aussi, mieux vaut- il adopter le vocabulaire psychiâtrique moderne si nous voulons être compris parfaitement et si nous voulons donner aux mots leur sens précis.Nous allons reprendre un a un les amoraux, les abouliques et les dipsomanes de Legrain en les expliquant avec nos mots et conceptions d\u2019aujourd\u2019hui. L\u2019UNION MÉDICALE DU CANADA 789 Les premiers sont des sujets dépourvus de bonté, d\u2019honneur et de sentiments élevés, ensemble qui constitue ce que l\u2019on est convenu d\u2019appeler le sens moral.Ces individus sans éthique boivent gloutonnement, et répètent leurs beuveries au caprice de leurs instincts.Ils ne regrettent rien.Ils assouvissent un besoin contre lequel ils n\u2019exercent aucune résistance, car ce sentiment intime de la résistance à offrir est chez eux précisément absent.Ces assoiffés recherchent, du reste, les excès de toute nature.Ce sont des effrénés qui n\u2019ont de ménagements ni pour eux-mêmes, ni pour autrui.Leur dégradation peut coïncider avec de brillantes qualités intellectuelles, mais dans la majorité des cas, l\u2019intelligence fonctionne au ralenti.Dans les deux alternatives, l\u2019attirance du mal est tellement violente, ou si l\u2019on préfère, l\u2019absence de bonté est tellement complète, que la raison ne peut influencer le drame qui se déroule dans les bas-fonds de la personnalité affective.Les habitués du langage psychiatrique savent que l\u2019on désigne encore les amoraux du nom de pervers.Leur perversité provient de leur divorce inné, irréductible, avec la bonté, et fait d\u2019eux des inadaptables.Maurice de Fleury nous en trace un portrait qui les caractérise admirablement : \u201cinaptes à la tendresse et à l\u2019amitié, indifférents aux caresses, aux éloges, aux récompenses, aux punitions, voire aux châtiments les plus rudes, ils se plaisent à torturer les animaux, à saccager les plantes, à abîmer les objets, à frapper le gens de leur entourage; ils éprouvent une satisfaction manifeste à faire souffrir, à voir couler le sang, à constater la destruction des êtres et des choses.\u201d Lorsqu\u2019ils sont, en plus, constitutionnellement excités, avides et anémotifs, ces pervers deviennent les plus dangereux criminels.Il est rare que cette dernière combinaison engendre des alcooliques.Leur avidité et leur anémotivité les font se méfier des aléas de l\u2019ivresse.Ce type correspond au légendaire Landru.Tels ne sont pas les amoraux qui nous intéressent; ceux-ci se recrutent davantage parmi les pervers déprimés.Ils trouvent dans l\u2019alcool l\u2019entrain et la vigueur qui manquent à leur cénesthésie troublée, et qui les lancent, sans freins, sur la pente de l\u2019habitude, qui devient d\u2019emblée copieuse et définitive.La seconde catégorie de buveurs est plus sympathique.C\u2019est dans cette classe que se rencontre le plus grand nombre d\u2019éthyliques.C\u2019est pourquoi, l\u2019emploi de l\u2019épithète aboulique, qui caractérise ce contingent, va nécessiter quelques développements.Les abouliques n\u2019ont ni diminution ni abolition du sens moral.Si toutefois ils présentent un dérèglement en ce sens, leur perversité 790 L\u2019UNION MÉDICALE DU CANADA doit être considérée comme étrangère à l\u2019affaiblissement de leur volonté, comme un épiphénomène, car en soi, l\u2019aboulie ne comporte pas de modifications de la disposition bonté.Qu\u2019est-ce done que l\u2019aboulie ?C\u2019est une faiblesse de la volonté, mais cette réponse équivaut à reposer la question.Nous la reposerons un peu différemment afin de donner de l\u2019aboulie une définition qui soit à la fois une explication.Quels sont les composants de l\u2019état aboulique?Mieux que Ribot et Payot, Achille Delmas et son collaborateur Marcel Boll expliquent les caractères sans volonté par un terrain spécial, fait de dépression, d\u2019absence d\u2019avidité, d\u2019hyperémotivité et de débilité du jugement.En résumé, l\u2019absence d\u2019avidité supprime le but à l\u2019acte et la dépression en empêche l\u2019exécution; l\u2019hyper(motivité rend indécis ou impulsif tandis que la débilité du jugement ne permet pas de distinguer les possibilités en rapport avec l\u2019acte.On comprend plus facilement, à l\u2019aide de cette formule, ce qu\u2019il faut entendre par aboulie.Mous, suggestionnables, indécis, scrupuleux, paresseux, impulsifs sont pour Delmas et Boll autant d\u2019épithètes synonymes d\u2019abouliques.Les faits de la vie courante leur donnent suffisamment raison.Il n\u2019est pas difficile d\u2019imaginer que ces déséquilibrés sont les victimes préférées de l\u2019acool, comme du reste, de la plupart des narcotiques.Leur état mental les y prédispose éminemment.Il fait d\u2019eux des toxicomanes en puissance.Dès le premier excès, le désir de recommencer s\u2019impose et bientôt l\u2019habitude est prise.La plupart recherchent dans l\u2019alcool, ou dans le toxique qu\u2019impose la circonstance, une satisfaction à la fois intellectuelle et organique, satisfaction née de l\u2019excitation passagère que procure aux déprimés de cette catégorie le stimulant artificiel, et qu\u2019entretient leur goût morbide pour la recherche des sensations inusitées.Trés suggestionnables, ces individus sont accessibles au rappel des sentiments élevés.Ils luttent souvent contre leur désastreux penchant, mais ils retombent aussi fréquemment.Mieux vaut chez eux utiliser l\u2019intimidation que le simple conseil.Mieux vaut le sevrage surveillé que la cure à domicile.Ces malades sont avant tout des déprimés.Or, comme ils boivent pour se stimuler, et que par ailleurs, ils sont constitutionnellement sans ressort, ils tournent dans un cercle sans issue et boivent de façon plus ou moins continue.: Nous avons signalé plus haut que la débilité du jugement em- péchait ces malades de peser exactement les conséquences de l\u2019acte qu\u2019ils posaient.Il arrive que cette déficience intellectuelle soit innée, L\u2019UNION MÉDICALE DU CANADA \u201cO1 mais pour le plus grand nombre de ces alcooliques, les troubles du jugement sont bien plus imputables à l\u2019indécision et à l\u2019impressionnabilité qu\u2019à un vice primitif de la personnalité intellectuelle.De même, chez eux, l\u2019appoint impulsif n\u2019a pas la signification d\u2019irrésisti- bilité immédiate que l\u2019on retrouve chez le dipsomane parce qu\u2019il est tempéré par le ralentissement psycho-moteur déjà assez soul'gné.Nous en arrivons enfin aux impulsifs proprement dits, aux dipsomanes.Ceux-ci boivent par accès.Au cours de ces cycles qui les caractérisent, ils obéissent à une impulsion à peu près irrésistible.\u201cContrairement aux amoraux qui ne luttent jamais, et aux abouliques qui luttent quelquefois, les dipsomanes luttent toujours.\u201d (Le- grain).Ce sont les moins bien récompensés de leur effort puisque leur lutte est le plus souvent stérile, et partant, inutile.Entre les accès, les dipsomanes sont totalement abstinents et détestent sincèrement l\u2019alcool, mais lorsque survient la crise, l\u2019élan est tellement pressant qu\u2019ils engloutissent littéralement plutôt qu\u2019ils ne boivent.Ils assistent impuissants à un drame dont ils ne peuvent empêcher l\u2019action.Ils sont assimilables aux autres grands impulsifs que sont les kleptomanes et les pyromanes.Ils procèdent de la même REAL, : et de la méme orientation affective.A 4 ° De la dipsomanie, Garnier nous dit: \u2018 Orne série } ayant, à l\u2019instar de beaucoup d\u2019autres accès j apulsifss 18 Frodrômes Ss, J (tristesse, abattement, malaise physique et mokal mal défini, sine ie\u201d sensations de brûlure à l\u2019estomac, inquiétude co SOPITAL SA de méme aussi que la plupart des impulsions conscientes; les résistances préliminaires, la lutte angoissante contre l\u2019impérieux besoin maladif, qui emporte finalement les plus solennelles résolutions, se déchaîne en une sorte de furor ad potum, et règne en maître pendant quelques jours.\u201d Magnan a bien vu les rapports évidents qui existent entre la dipsomanie et les syndromes épisodiques de la dégénérescence mentale, de la cyclothymie, dirons-nous aujourd\u2019hui.Comme les accès maniaco- dépressifs, les crises dipsomaniaques procèdent par cycles, sont à peu près inévitables, surviennent au su de la conscience qui n\u2019y peut rien, guérissent puis recommencent.#* x x Cet aperçu sur l\u2019état mental des alcooliques démontre amplement chez ceux-ci la prédisposition, la déviation, et, disons-le, la psychopathie. \"92 L\u2019UNION MEDICALE DU CANADA Lasegue a dit avec beaucoup de justesse: \u201cne boit pas qui veut\u201d.Cet aphorisme est exact et s\u2019applique à tous les individus qui font des excès alcooliques.Adaptant la phrase célèbre de Lasègue à la grande famille des toxicomanes, Logre a démontré, que chez tous sans exception, le toxique ne créait pas la maladie, déjà latente, mais provoquait simplement son extériorisation.Il ne faut pas croire toutefois que cette apparence de finalité soit dans tous les cas inéluctable puisque beaucoup de ces invalides du tempérament ne deviendront jamais toxicomanes si l\u2019occasion ne leur en est pas offerte, mais cette occasion vient-elle un jour à se présenter que se trouve soudain réalisé l\u2019appel qui ne se taira plus.C\u2019est ainsi, et dans ces conditions seulement, qu\u2019il faut entendre la prédisposition.Venturini est allé plus loin: \u201ctous les sujets, dit-il, qui commettent des excès sont des dégénérés.\u201d La boutade est en partie exacte pour les amoraux et les impulsifs, mais elle semble un peu excessive en ce qui concerne les simples abouliques.Il est vrai qu\u2019au sens le plus large du mot notre humanité est plus ou moins dégénérée, car, qui ne commet pas quelques excès?Venturini et Lombroso en ont commis eux-mêmes en généralisant de la sorte! Mieux vaut, semble-t-il, nous en tenir à des moyennes, et ne généraliser qu\u2019après avoir nettement précisé nos raisons de le faire.Nous n\u2019avons pas écrit ces lignes pour nier la responsabilité de tous les buveurs ni pour les absoudre sans exception mais afin de faire ressortir les mécanismes psychologiques qui déterminent l\u2019habitude alcoolique.Nous savons que tous les buveurs conscients doivent leur penchant néfaste à des déviations constitutionnelles innées.Nous savons, par conséquent, qu\u2019il n\u2019existe pas d\u2019alcoolisme essentiel, mais un alcoolisme varié, déclanché et mis en œuvre par un tempérament spécial, constitué par les aberrations que nous avons étudiées.Parmi ces déréglés de l\u2019affectivité, les amoraux et les dipsomanes sont incorrigibles.La solution idéale pour les premiers est la séquestration.Il devient plus difficile de statuer et de formuler une loi générale pour les dipsomanes.Ce sont souvent d\u2019excellents sujets.Il faut les protéger contre la répétition trop fréquente des accès, écourter ceux-ci en imposant le placement à la maison de santé, et empêcher chez eux l\u2019alcoolisme chronique qui les assimilera bientôt aux amoraux, par acquisition graduelle de la déchéance morale, commune à tous les ivrognes de vieille date.Retarder la déchéance, même parfois indéfiniment, représente une maigre thérapeutique! Il ne faut pas nous illusionner, nous n\u2019a- L\u2019UNION MÉDICALE DU CANADA 793 vons pas encore trouvé le moyen radical d\u2019abolir en permanence Pimpulsion toute-puissante des dipsomanes.Les seuls individus partiellement éducables sont les abouliques.Nous avons déjà dit que l\u2019intimidation peut avoir les meilleurs effets.Plusieurs s\u2019abstiennent par crainte d\u2019une sanction; d\u2019autres répondent bien a la suggestion; d\u2019autres sont favorablement influencés par un changement de milieu et des exemples plus sains; d\u2019autres enfin, ne retombent pas à condition de se placer sous la tutelle constante d\u2019un protecteur énergique.Ce sont, en définitive, les seuls alcooliques qu\u2019ont amendés les campagnes anti-alcooliques.C\u2019est vers eux seuls que doit et que peut être dirigé l\u2019effort d\u2019hygiène mentale, aussi bien dans le sens préventif que curatif.La conclusion qui s\u2019impose à la lecture de cet exposé est que _ lalcoolisme est une maladie, et plus exactement, une psychopathie.Cette maladie doit être traitée, car nous avons vu qu\u2019il est des cas que le traitement influence favorablement.Nous savons maintenant quels sont ces cas.Elle doit être aussi envisagée au point de vue de ses conséquences futures, et, à cet effet, nous avons déjà indiqué les procédés les plus recommendables.Elle doit enfin être mise sous les yeux du grand public, afin que celui-ci, mieux renseigné sur sa pathogénie, recherche les moyens de protection les plus favorables à sa propre sauvegarde puis à celle de sa descendance.oo)».(ere BASES ANATOMO-PHYSIOLOGIQUES, CLINIQUES ET ÉTIOLOGIQUES DE L\u2019HYGIÈNE MENTALE DE L'ENFANT.VALEUR DIAGNOSTIQUE ET PRONOSTIQUE DES CONVULSIONS INFANTILES Par Roma AMYOT Docteur en Médecine de l'Université de Paris.Assistant à la clinique des maladies nerveuses de l'hôpital Notre-Dame.La neuro-pathologie infantile offre un champ d\u2019étude aux formes différentes de celui qu\u2019il nous est donné d\u2019explorer en neuro-psychiâtrie de l\u2019adulte.Si elle nous apparaît plus simple en manifestations cliniques, et d\u2019autant plus qu\u2019on l\u2019aborde à un âge plus rapproché de la naissance, que ne l\u2019est celle de l\u2019adulte, elle n\u2019en demeure pas moins complexe d\u2019analyse, d\u2019interprétation et de signification étiologiques de ses manifestations symptomatiques.Cette complexité est la conséquence directe de la variété limitée des réactions nerveuses aux lésions encéphaliques.Cette monotonie clinique est dûe, on le comprend bien, au développement incomplet du système nerveux du nourrisson ou de l\u2019enfant, à sa fragilité et à son excitabilité exagérée, enfin à l\u2019état d\u2019édification des facultés psychiques et du bagage intellectuel.On comprend également que les réactions psychiâtriques aux facteurs morbides ne ressemblent à celles de l\u2019adulte que par le déploiement vicié des instincts qui sont innés et d\u2019apparition précoce, mais que tout ce qui concerne la mise en œuvre des facultés intellectuelles.et leur propriété acquise: mémoire et souvenirs, imagination et association d\u2019idées et d\u2019images, jugement et lucidité comparative fournie: par l\u2019expérience, différera radicalement dans le tableau pathologique.Les phénomènes neuro-pathologiques de l\u2019enfant ont cette importance, et cela sans aller jusqu\u2019aux arrêts de croissance intellectuelle, qu\u2019ils contiennent une efficience en quelque sorte répercutrice, c\u2019est-à- dire qu\u2019ils portent en eux la genèse de déviations neurologiques et mentales qui se manifesteront, soit durant tout le cours de l\u2019existence de l\u2019être, soit seulement à une certaine époque de sa vie. -3 © Qt L\u2019UNION MÉDICALE DU CANADA Ils doivent donc nous apparaître avec ce caractère de puissance pathogène et conséquemment faut-il, en hygiène mentale, les étudier avant tout autre sujet, afin de recourir à la prévention de ces déviations quasi irréductibles à la naissance desquelles ils contribuent.L\u2019hygiène mentale s\u2019emploie trop souvent a redresser bien péniblement des troubles psychiques, ou s\u2019efforce à contenir l\u2019efflorescence de tares affectives ou intellectuelles qui ont pris naissance durant l\u2019enfance.L\u2019hygiène mentale de l\u2019enfance consiste précisément à éviter l\u2019apparition de ces déviations ou encore à les combattre dès leurs premières manifestations.Pour arriver à cette fin, il faut de toute nécessité avoir la connaissance de l\u2019évolution normale des fonctions neuro-psychologiques de l\u2019enfant et surtout apprécier certains critères ou indices de ce développement normal.Ainsi, on pourra, dès l\u2019origine, découvrir les aspects neuro-pathologiques par la constatation des moindres vices de ce développement, combattre les causes morbides et s\u2019attaquer aux lésiong pathogènes.On n\u2019ignore pas que la progression fonctionnelle du système nerveux est intimement associée non seulement au contact continu avec l\u2019ambiance, mais aussi à la maturité anatomique des éléments de ce système.À la naissance, au sein de l\u2019encéphale et de la moelle, les cellules qui constituent les centres d\u2019élaboration des diverses fonctions sensorielles, sensitives, motrices et psychiques existent bien en totalité, mais elles ne sont pas toutes entièrement différenciées, mais, surtout, les voies par lesquelles elles transmettent leur influx ne sont ni complétées en nombre, ni définitivement fixées en qualité.Chez l\u2019enfant qui vient de naître, la zône rolandique seule de l\u2019écorce cérébrale possède des cylindraxes myélinisés, alors que le lobe frontal, aux fonctions spécialement psychiques, n\u2019en contiendra qu\u2019à partir de 5 mois d\u2019âge.Certains segments encéphaliques (le diencéphale, le mésocéphale, la protubérance et le bulbe) sont déjà bien développés, alors que certains faisceaux de la moelle épinière, comme les faisceaux pyramidaux qui conduisent l\u2019influx nerveux de la motricité volontaire, ne commencent qu\u2019après la naissance à présenter des fibres myélinisées.Durant l\u2019enfance, l\u2019adolescence et même une partie de l\u2019âge adulte, les voies, nous pourrions dire les liens ténus et innombrables, qui unissent entre eux les différents centres cellulaires de l\u2019écorce cérébrale et les relient avec les très nombreux centres inférieurs échelonnés tout 796 L\u2019UNION MÉDICALE DU CANADA le long du système nerveux central, en un mot les voies d\u2019association, se développent, se complètent et s\u2019intriquent.À mesure que l\u2019être apprend du monde extérieur au moyen de ses \u2018fenêtres sur la rue\u201d que sont ses sens, à mesure qu\u2019il s\u2019éduque.à mesure qu\u2019il s'adapte aux agents essentiels à sa vie, ou à ceux dont il use par surcroît, et cela en rapport constant avec leurs mutations incessantes, de fines fibres dendritiques et cylindraxiles corticales se multiplient, s\u2019articulent d\u2019une façon plus complexe et expansive, au point de tisser un réseau complexe et ininterrompu qui relie étroitement les groupes cellulaires entre eux et les cellules entre elles.Grâce à ce réseau en progression continue, les fonctions nerveuses de l\u2019être, et tout particulièrement ses facultés intellectuelles, possèdent et manifestent un potentiel d\u2019adaptation et d\u2019absorption indéfini.Le même processus s\u2019établit dans la moelle épinière, mais il n\u2019offre pas une aussi grande complexité, ni surtout un pouvoir d\u2019extension aussi sensible et prolongé.À cette évolution anatomique correspond le développement progressif des fonctions nerveuses.La physiologie nerveuse si changeante de l\u2019enfant devient ainsi un phénomène que l\u2019esprit peut analyser, comprendre et interpréter scientifiquement.À la maturation des éléments du système nerveux correspond adéquatement une évolution des fonctions psycho-sensorio- motrices.À la naissance, l\u2019enfant est un être sous-cortical chez lequel apparaissent presque exclusivement les activités médullaires, bulbaires, pro- tubérantielles et méso-diencéphaliques.On n\u2019y reconnaît aucune motricité volontaire; les mouvements des membres sont asynergiques et franchement syncinétiques.I] existe même un aspect de choréo-athé- tose dans cette kinésie.Le tonus musculaire manque d\u2019adaptation; il est comparable à celui des animaux expérimentalement décérébrés.Le signe de Babinski est présent, on y remarque des phénomènes de l\u2019automatisme médullaire.Toutes les réactions sont incontestablement réflexes et intinctives.Les sphincters ne sont pas contrôlés.L\u2019appareil visuel n\u2019a guère acquis ses attributs.Mais, peu à peu, à mesure que l\u2019anatomie nerveuse se complète, l\u2019être manifeste des activités de plus en plus affinées.A partir de trois mois, la motilité apparaît mieux adaptée et coordonnée, la préhension peut se faire.Le tonus se montre plus adéquat et la tête commence à se tenir droite; le tronc peut se maintenir avec plus de vigueur et l\u2019enfant est susceptible de s'asseoir. L\u2019UNION MÉDICALE DU CANADA 197 Vers le 4ième mois, le regard est plus éveillé et l\u2019œil perçoit nettement les personnes et les objets.L'enfant sourit aux personnes qui s\u2019intéressent à lui.Les globes oculaires se meuvent avec une certaine synergie.A partir du Gième mois, commencent à se montrer des signes de fonctionnement psychique ou cortical.L\u2019enfant fait comprendre sa volonté, ses désirs et ses répulsions.Puis c\u2019est vers le 12ième mois, que les premiers mots sont prononcés et que les premiers pas sont esquissés.A cette époque, les mouvements sont beaucoup plus précis, le tonus se montre beaucoup plus plastique et adaptable aux besoins d\u2019attitude ou de posture.C\u2019est vers le 30ième mois que les sphincters deviennent continents, que le réflexe plantaire s\u2019effectue définitivement en flexion, que les réflexes tendineux se montrent moins vifs et que les mouvements acquièrent la précision et la coordination qui les apparentent à ceux de l\u2019adulte.On constate alors l\u2019action d\u2019affinement, de contrôle et d\u2019inhibition du cortex cérébral dont le développement s\u2019est en très grande partie édifié.A cet âge de 21% à 3 ans, l\u2019intelligence de l\u2019enfant commence à emmagasiner un stock d\u2019acquisitions didactiques qui d\u2019ailleurs se grossira plus ou moins jusqu\u2019à la période de la vieillesse.La capacité d\u2019absorption presque indéfinie de cette intelligence en regard de l\u2019étendue et de la multitude des images extérieures qui frappent les sens de l\u2019enfant, sa réceptivité d\u2019autant plus aiguë, que le cerveau, matrice vierge de toute impression, constitue un centre d\u2019attraction avide de matière à assimiler, créent la curiosité de l\u2019enfant et sa très grande facilité à assimiler et à conserver des notions nouvelles.Les tests d\u2019intelligence peuvent être utilisés à partir de cet âge, dans le but d\u2019estimer le degré de développement intellectuel et d\u2019en suivre la progression.Dans cette étude, forcément résumée, de l\u2019édification neuro-psy- chologique de l\u2019enfant, il ne faut pas tout-à-fait négliger sa croissance somatique.Les rapports entre les deux sont trop étroits pour qu\u2019il en soit autrement.Aussi, ne faut-il pas ignorer que les fontanelles sont normalement fermées à l\u2019Âge de 16 mois, que les premières dents font leur apparition à 6 mois.Enfin, on doit donner une certaine importance aux troubles de croissance corporelle et à la présence de malformations ou de dystrophies du crâne, de la tête ou de toute autre partie du corps.Certaines de ces dystrophies sont de véritables stigmates de dégénérescence mentale.SI nous voulions maintenant indiquer les principaux critères d\u2019un développement nerveux normal de l\u2019enfant, nous dirions qu\u2019ils sont 198 L\u2019UNION MÉDICALE DU CANADA constitués par la fermeture des fontanelles à 16 mois, par l\u2019apparition les premières dents vers l\u2019âge de 6 mois, par l\u2019ébauche des premiers pas et des premiers mots vers l\u2019âge de 12 mois et par l\u2019installation de la continence du sphincter de la vessie vers l\u2019âge de 30 mois.Ce sont là les points de repère au sujet desquels le praticien doit s\u2019enquérir, lorsqu\u2019il désire se renseigner rapidement et sommairement sur le développement neuro-somatique de l\u2019enfant qu\u2019on amène à son cabinet de consultation.Enumérons maintenant les principales causes qui créent précocement des lésions au sein du système nerveux et entravent son évolution anatomique et physiologique.Voyons les facteurs les plus importants de troubles neurologiques et mentaux de l\u2019enfant.Les connaître c\u2019est déjà posséder l\u2019arme la plus puissante pour les éviter et les combattre ; c\u2019est faire de l\u2019hygiène mentale infantile efficace.La syphilis de la mère, l\u2018alcoolisme chronique des conjoints ou l\u2019ivresse profonde au moment de la conception, certaines tares nerveuses héréditaires et familiales ou certaines maladies mentales dégénératives (chorée de Huntington, l\u2019arriération mentale, les troubles d\u2019esprit circulaires de caractère maniaque dépressif, les déséquilibres psychiques profonds), les maladies graves de la mère durant la grossesse (tout particulièrement les infections et les intoxications profondes), les traumatismes craniens du fœtus infligés durant l\u2019accouchement, certaines infections de l\u2019enfance (rougeole, coqueluche, scarlatine, états infectieux méconnus) qui créent des foyers d\u2019encéphalite, certaines tumeurs gliomateuses apparaissant durant l\u2019enfance et surtout localisées dans la fosse postérieure du crâne constituent les plus importants facteurs de perturbations neuro-psychologiques de l\u2019enfant.Nous ne voulons ni ne pouvons, faute d\u2019espace, discuter l\u2019importance relative de ces différents facteurs pathogènes héréditaires ou acquis à l\u2019égard de la fréquence et l\u2019intensité des troubles neurologiques et mentaux qu\u2019ils déclanchent, ni leur efficience quant à la création tardive, à l\u2019âge adulte, de manifestations neuro-psychiâtriques.Tout ce que nous pouvons dire se résume dans ce fait que les lésions encéphaliques précoces, soit embryonnaires ou fœtales, soit d\u2019apparition durant la première enfance, ont une répercussion marquée sur le développement du système nerveux de l\u2019enfant, qu\u2019elles peuvent être évolutives ou non, qu\u2019elles provoquent l\u2019installation de syndrômes progressifs ou fixés, enfin que, si dans tous les cas elles n\u2019amènent pas L\u2019UNION MÉDICALE DU CANADA 799 l\u2019apparition d\u2019affections ou de troubles nerveux dès l\u2019enfance, elles créent toujours, au moins, une méiopragie nerveuse, une fragilité plus grande aux causes pathogènes occasionnelles, qui prédisposent ceux qui en sont l\u2019objet aux affections mentales de l\u2019âge adulte ou même de la vieillesse.Du groupe des affections neuro-psychiâtriques de l\u2019enfance, ou encore parmi les manifestations cliniques des encéphalopathies infantiles, nous laissons de côté les arrêts de développement de l\u2019intelligence, les troubles du comportement du sommeil, du caractère et de l\u2019affectivité, les aspects si fréquents d\u2019instabilité psychique et psycho-motrice, les aberrations du sens moral, de même que tout un groupe d\u2019affections neurologiques.Nous nous attarderons cependant a donner quelques précisions étiologiques, sémiologiques et pronostiques sur les convulsions de l'enfant.Il s\u2019agit d\u2019accidents paroxystiques banaux du fait de leur fréquente apparition.Le médecin est conséquemment porté trop facilement à les considérer sans importance, alors qu\u2019elles contiennent une signification riche d\u2019enseignements étiologiques, anatomo-pathologiques et pronostiques pour chaque cas particulier.Elles surviennent surtout durant les trois premières années de la vie.Flles se montrent secondaires, soit à une affection nerveuse qui les déclanche comme une hémorragie méningée, une méningite aiguë, une hydrocéphalie, une tumeur cérébrale, etc, et leur origine paraît précise, soit à une affection extra-nerveuse d\u2019évolution aiguë comme une bronchite, une broncho-pneumonie, la coqueluche, le croup, un état infectieux intestinal et cette affection extra-nerveuse devient la seule cause en créant des lésions encéphaliques ou bien elle n\u2019est qu\u2019occasionnelle en mettant à jour l\u2019action latente d\u2019une lésion encéphalique très antérieure et de nature toute différente.Mais très souvent, les convulsions surgissent inopinément, sans qu\u2019aucun indice, sans qu\u2019aucune autre affection n\u2019en puissent indiquer l\u2019origine et la cause.Ces convulsions d\u2019étiologie obscure, que les parents et le médecin font dépendre volontiers d\u2019un incident occasionnel comme l\u2019éruption d\u2019une dent, la présence d\u2019oxyures ou de lombrics dans l\u2019intestin ou d\u2019une légère poussée fébrile, sont communément dénommées essentielles.Si on désire les étudier d\u2019un point de vue strictement scientifique, il faut absolument les dissocier de ces incidents habituels et inopérants de la vie de l\u2019enfant, que l\u2019on invoque trop volontiers et par inertie intellectuelle, comme facteurs de convulsions. 800 L\u2019UNION MÉDICALE DU CANADA Qu\u2019elles soient secondaires ou apparemment essentielles, qu\u2019elles surviennent au cours d\u2019une affection grave, qu\u2019elles soient accompagnées d\u2019autres troubles nerveux passagers ou permanents témoignant évidemment d\u2019une lésion encéphalique, ou enfin qu\u2019elles se manifestent tout-à-fait isolées, les convulsions de l\u2019enfance, surtout si elles se répètent durant une période de temps assez prolongée, partent d\u2019une même source et sont activées par un même mécanisme.Il n\u2019y a aucune raison pour classer les convulsions secondaires ou symptomatiques et les convulsions dites essentielles en deux catégories : toutes, elles sont l\u2019effet d\u2019une lésion encéphalique persistante ou passagère, étendue ou restreinte, allant des réactions congestives et inflammatoires secondaires à des états infectieux généraux, jusqu\u2019aux plus profondes encéphalopathies infantiles.À ce point de vue, nous adoptons intégralement l\u2019opinion de Heuyer.Si nous voulions maintenant envisager l\u2019étiologie des convulsions dites essentielles et d\u2019un grand nombre de convulsions secondaires à des affections extra-nerveuses, nous énumérerions trois causes principales: les traumatismes obstétricaux, les infections de l'enfance et la syphilis héréditaire.Pierre Marie, en France, a beaucoup insisté sur les lésions encé- phaliques dûes aux traumatismes obstétricaux.Les accouchements difficiles, prolongés et surtout avec application du forceps en sont responsables.Ils y constituent des hémorragies plus ou moins étendues dans le cerveau et le cervelet, et des zônes de contusions cérébrales.Les cicatrices de ces lésions deviennent le facteur efficient des convulsions ultérieures.Des auteurs ont contesté partiellement l\u2019importance de ces traumas de l\u2019accouchement.Selon eux, l\u2019accouchement prolongé et le forceps ne parviennent à créer ces lésions invoqués par Pierre Marie, Couvelaire et Guillain que pour cette unique raison que le fœtus est porteur de vaisseaux malades, friables qui le prédisposent à l\u2019installation de telles lésions vasculaires à l\u2019occasion de la mise en œuvre d\u2019un agent qui n\u2019en créent pas systématiquement ; ou bien l\u2019accouchement a été difficile, parce qu\u2019il existait une dystocie fœtale.Ces auteurs incriminent tout particulièrement l\u2019hérédo-syphilis.Nous savons pertinemment que notre maître André-Thomas n\u2019est pas tout-à- fait opposé à cette conception.Les infections de l\u2019enfance, identifiées ou non, sont susceptibles de faire naître au sein de l\u2019encéphale des foyers inflammatoires sans pp SE rt tr ot ire A - re - L\u2019UNION MÉDICALE DU CANADA 801 qu\u2019il n\u2019en paraisse aucun signe extérieur durant l\u2019évolution même de l\u2019épisode infectieux.Ces encéphalites ne laissent pas moins voir leur présence, à une échéance plus ou moins lointaine, par des convulsions qui se montrent d\u2019origine autrement inexplicables.Les convulsions qui accompagnent les pyrexies sont d\u2019autant plus rattachables à des lésions méningo-encéphaliques, qu\u2019elles apparaissent au déclin de l\u2019épisode infectieux.Enfin, nous en venons à l\u2019hérédo-syphilis.Nous abordons un sujet qui, au point de vue étiologique, offre l\u2019occasion de nombreuses discussions et de divergences d\u2019opinion.Non pas que les auteurs refusent à concéder à la syphilis héréditaire un certain rôle dans l\u2019étiologie des convulsions de l\u2019enfance.Tous l\u2019admettent.C\u2019est plus lorsqu\u2019il s\u2019agit d\u2019évaluer ce rôle, que les conceptions diffèrent.Ainsi, Marfan, Leredde, Heuyer croient que tout enfant qui présente des convulsions dites essentielles avant l\u2019âge de six mois est suspect d\u2019hérédo-syphilis.| L\u2019hérédo-syphilis serait la cause des convulsions infantiles essentielles dans une proportion de plus de 50% des cas pour Heuyer et Longchampt, de 50% pour Hutinel, de 36% pour Babonneix, 10-12 % pour Debré et Lévy.Nobécourt concéderait un fort pourcentage de cas à l\u2019hérédo-syphilis, mais se montrerait plus réservé quant à l\u2019efficience exclusive de l\u2019infection tréponémique à l\u2019égard des convulsions chez les hérédo-syphilitiques.Selon lui, en présence d\u2019un hérédo- syphilitique qui fait des convulsions, on ne doit pas conclure systématiquement que la syphilis est la cause des convulsions.Lui-même, d\u2019ailleurs, et Babonneix ont trouvé que dans les manifestations de Phérédo-syphilis, les convulsions n\u2019y sont que dans une proportion de 7%.Et nous demeurons avec cette conclusion que l\u2019hérédo-syphilis constitue une cause importante et fréquente des convulsions infantiles.Escherich, puis Lesné et Turpin, puis Debré ont soutenu que la spasmophilie était responsable d\u2019une part considérable des convulsions de l\u2019enfance, particulièrement après l\u2019âge de trois mois.Selon Heuyer et Longchampt, après une étude très sérieuse de cette question \u2018\u2018l\u2019association de la tétanie et des convulsions essentielles de l\u2019enfance qui s\u2019accompagnent de perte de la conscience ne leur paraît pas devoir être mise sur le compte de la tétanie ou de la spasmophilie latentes.Les convulsions ne se développent que sur un système nerveux taré\u201d.Ils sont d\u2019opinion que tétanie latente, épisode infectieux ou toute autre modification humorale ne sont que des facteurs occa- S02 L\u2019UNION MÉDICALE DU CANADA sionnels.Seule, la lésion organique du système nerveux demeure la condition première.Nous acceptons cette thèse.Avec eux et d\u2019autres auteurs, avec la majorité des neurologistes.nous croyons que les convulsions de l\u2019enfance sont un symptôme d\u2019une encéphalopathie, qu\u2019elles constituent même une réaction épileptique et que leurs causes peuvent très bien déclancher l\u2019épilepsie de l\u2019adulte.Quelle importance possède l\u2019hérédité alcoolique par rapport aux convulsions infantiles ?Nous croyons que les enfants d\u2019alcooliques avérés sont dotés d\u2019un svstème nerveux indubitablement taré.C\u2019est par l\u2019hyperexcitabilité nerveuse, par l\u2019amoindrissement de l\u2019inhibition corticale et volitionnelle, par la disposition aux impulsions psycho-motrices que se manifeste le plus généralement cette tare.L\u2019hérédité alcoolique, sans pouvoir provoquer seule les convulsions infantiles, mais par l\u2019hyperexcitab'lité motrice dont elle est responsable, crée une disposition épileptogène qui se réalise chez l\u2019enfant sous forme de convulsions.Et précisément, cette hérédité alcoolique, à notre avis, est à l\u2019origine de certaines bouffées convul- sionnelles, sans récidives, isolées qui surgissent à l\u2019occasion d\u2019incidents anodins de la croissance de l\u2019enfant.Quel est l\u2019avenir des enfants à convulsions?Ou bien, quel est le pronostic lointain de ces dernières ?Il est directement lié à la nature et à l\u2019importance de la lésion encéphalique; il est celui qui dépend en général des encéphalopathies infantiles.Dans une proportion de 1-10% (Hartenberg), 11 sera marqué soit par des troubles neurologiques ou mentaux profonds et définitifs comme l\u2019arriération mentale, les perversions instinctives, l\u2019instabilité psycho-motrice, l\u2019épilepsie, une hémiplégie, une monoplégie ou une diplégie, soit par des psychopathies ou des psycho-névroses d\u2019allure plus subtile.Cependant il ne faudrait pas croire que l\u2019avenir des enfants à convulsions est systématiquement compris aussi péniblement.Un grand nombre n\u2019en souffre ultérieurement aucune conséquence ni séquelle.Toutefois, les convulsions doivent toujours imposer une réserve sur l\u2019avenir neuro-psychiâtrique de l\u2019enfant.Pour Heuyer et Longchampt, elles seraient à l\u2019origine des affections neuro-psychià- triques de l\u2019enfant dans une proportion de 30%.À ce sujet, nous ne pouvons pas oublier que Mâle, dans une thèse inspirée par son maître Heuyer (1927), conclut que les psychopathies de 281 enfants anormaux qu\u2019il a étudiés attentivement sont \u2014 L\u2019UNION MÉDICALE DU CANADA S03 dies pour 50%, au moins, a la syphilis; que Heuyer et Mlle Badonnel, chez 669 enfants anormaux, trouvent le pourcentage de 40.24% ; que Drouet et Hamel, chez 108 psychopathes, en arrivent à la proportion de 82.88%.Nous nous rappelons également que ces derniers auteurs, après Plaut, accordent à l\u2019hérédo-syphilis une part très importante dans le déclanchement par méiopragies ou débilités fonctionnelles organiques (viscérales-nerveuses neuro-sympathiques-endocriniennes), de nombreuses psychopathies de l\u2019âge adulte.Cela est de nature à impressionner et, même si on ne doit pas admettre intégralement les conclusions trop extensives de certains auteurs, on doit garder cette conviction que la syphilis héréditaire est la cause fréquente de troubles neuro-psychiâtriques variés pouvant apparaître à tous les âges de la vie.Il ne faut pas oublier, d\u2019autre part, qu\u2019une thérapeutique précoce, efficace, modifiera du tout au tout cet avenir.L/efficacité du traitement se manifestera surtout quand il sera dirigé contre des lésions de nature syphilitique.Aussi, le praticien, en présence d\u2019un enfant qui offre les signes d\u2019un développement anormal du système nerveux, de troubles neuro-psychiâtriques dont des convulsions répétées, est dans l\u2019obligation de faire une enquête étiologique sérieuse (personnelle, familiale, clinique, biologique).Heureux parents, heureux médecin et surtout heureux enfant, si le facteur morbide est une syphilis héréditaire de première génération, évolutive et découverte dès l\u2019apparition des premiers symptômes ! Avant de terminer cette étude, nous voudrions donner quelques aperçus sur les rapports qui existent entre les convulsions dites essentielles de l\u2019enfance et l\u2019épilepsie de l\u2019âge adulte.En d\u2019autres termes, selon les auteurs, quels sont les liens de passage entre les deux ordres d\u2019accidents convulsifs ?D\u2019après ce que nous avons dit précédemment, on doit connaître notre opinion concernant le mécanisme des convulsions répétées de l\u2019enfance.Elle s\u2019appuie sur la conception de Marfan, de Sicard, de Cruchet, de Babonneix, de Heuyer etc.et, nous le répétons, des neurologistes en général: les convulsions infantiles ont le mécanisme de l\u2019épilepsie, elles constituent un syndrôme qui découle d\u2019une lésion des centres nerveux.Et d\u2019ailleurs, si on recourt à l\u2019étude clinique de l\u2019accès convulsif chez l\u2019enfant et l\u2019adulte, on constate qu\u2019il n\u2019y a aucune différence 804 L\u2019UNION MÉDICALE DU CANADA dans la progression des phénomènes psychiques, moteurs et neuro- végétatifs.Mais alors Penfant qui a des convulsions est-il un épileptique?Aura-t-il nécessairement des accès convulsifs durant toute sa vie?Nous pouvons répondre qu\u2019il présente actuellement un syndrôme épileptique qui ne sera pas systématiquement de l\u2019épilepsie de l\u2019âge adulte, soit parce qu\u2019alors la lésion déclanchante sera disparue, soit parce qu\u2019elle aura partiellement regressé au point de ne plus être agissante, ou que son efficience convulsive n\u2019opérera plus sur le système nerveux de l\u2019adulte, entièrement développé et surtout infiniment moins excitable.D'ailleurs, quand l\u2019épilepsie succède aux convulsions, ce n\u2019est qu\u2019après une période de latence.Celles-ci sont l\u2019apanage des premières années de la vie, celle-là se réveille le plus souvent vers l\u2019âge de la puberté; elle peut toutefois ne se manifester que beaucoup plus tard.Pour qu\u2019il en soit ainsi, il faut qu\u2019à la cause première, la lésion nerveuse, s'associent d\u2019autres facteurs occasionnels, modifications humorales ou endocriniennes, troubles circulatoires, altérations vasculaires.Voyons la fréquence des convulsions infantiles dans les antécédents des épileptiques.Quand on étudie les statistiques des différents auteurs, on s\u2019aperçoit que le pourcentage de fréquence varie de 10 à 80%.A quelque raison que soient dûs ces écarts troublants, on doit conclure à la grande fréquence des convulsions dans le passé des épileptiques.Considérons maintenant la fréquence de l\u2019épilepsie succédant aux convulsions infantiles, et nous découvrons que l\u2019opinion des auteurs n\u2019est pas plus unanime, mais que la proportion des épileptiques qui ont été atteints de convulsions est très supérieure à celle obtenue chez les sujets normaux.Lesné est d\u2019avis que l\u2019épilepsie est plus à craindre, quand les convulsions sont apparues avant l\u2019âge de trois mois et après trois ans.Encore une fois, la persistance des accès convulsifs ou leur résurgence à la puberté ou plus tard dépend d\u2019abord de la nature, de l\u2019importance et de la persistance de la lésion cérébrale.Nous terminons ce travail en synthétisant les idées et les faits qu\u2019il contient.L\u2019hygiène mentale peut obtenir des résultats d\u2019autant plus complets, qu\u2019elle est appliquée à une période précoce de l\u2019évolution des troubles mentaux qu\u2019elle cherche à redresser. L\u2019UNION MÉDICALE DU CANADA S05 Nous dirons même qu\u2019elle est vraiment efficiente, parce que prophylactique, quand elle agit en concordance étroite avec l\u2019hygiène pré-natale, puisque la plupart des affections mentales de l\u2019enfant et de l\u2019adulte ont une origine héréditaire.À tout événement, l\u2019hygiène mentale de l\u2019enfant possède cet avantage de pouvoir opérer lors même de l\u2019éclosion des premiers symptômes qui signalent l\u2019atteinte lésionnelle des tissus nerveux.Pour appliquer congrument l\u2019hygiène mentale infantile, il faut connaître parfaitement les lois anatomiques et physiologiques qui régissent le développement neuro-somatique de l\u2019enfant, il faut aussi comprendre le mécanisme de son évolution psychologique.Au surplus, il faut être familier avec les différentes étapes de cette progression neuro-psychologique.Ainsi, le moindre accroc, le moindre retard ou la moindre déviation de cette progression éveillera immédiatement l\u2019attention du médecin.Il pourra dès lors lutter contre l\u2019action d\u2019une cause morbide qui commence à déclancher des troubles.Enfin, il faut être renseigné sur les principales causes qui entravent le développement normal du système nerveux, qui le lèsent dès le début de la vie et sont susceptibles de créer des affections neuro- psychiâtriques profondes et à répercussion durant toute l\u2019existence de l\u2019individu.La connaissance parfaite de ces causes permet de les combattre, chacune d\u2019elles selon chaque cas minutieusement analysé, en pleine lumière et sans tâtonnement.Parmi les plus précoces manifestations neuro-psychiâtriques de ces facteurs morbides on observe les convulsions infantiles.Ces phénomènes paroxystiques constituent un syndrôme épileptique à la naissance duquel président trois facteurs étiologiques principaux.Ils possèdent une grande valeur diagnostique, sémiologique et pronostique.Ils permettent d\u2019appliquer un traitement souvent efficace contre une cause neuro-pathogène qui autrement aurait passé momentanément inaperçue.Si les convulsions infantiles ne persistent pas toujours à l\u2019âge adulte sous la forme d\u2019épilepsie commune, elle le fait souvent et compromet d\u2019autant l\u2019avenir de ceux qui en sont atteints.BIBLIOGRAPHIE Jean ABADIE.\u2014Conceptions étiologiques modernes sur les épilepsies (Réunion neurologique internationale annuelle de la Société de Neurologie De Paris, 1932).Revue Neurologique; juin 1932; p.1048.H.BARUK.\u2014Les encéphalopathies de la première enfance.Le Progrès Médical; 30 avril 1927; p.672.7 mai 1927; p.697. 806 L\u2019UNION MÉDICALE DU CANADA L.BABONNEIX.\u2014Syphilis héréditaire du système nerveux.(Masson et Cie, Paris 1930).P.L.DROUET et J.HAMEL\u2014T>hérédo-syphilis mentale.(Masson et Cie, Paris 1930).P.HARTENBERG.\u2014A propos des convulsions infantiles.La Presse Médicale; 2 juin 1934; p.895.G.HEUYER et J.LONGCHAMPT.\u2014Convulsions essentielles de l'enfance et spasmophile.Paris Médical; 12 mars 1927; p.251.G.HEUYER et J.LONGCHAMFT \u2014Considérations sur les convulsions essentielles de l\u2019enfance.Archives de Médecine des enfants; nov.1926; p.614.M.MINKOWSKI.Paris 1927).P.NOBECOURT.\u2014Convulsions de la petite enfance.et syphilis congénitale.La Clinique; février 1927; p.75; mars 1927; p.251.M.G.PETERMAN.\u2014Convulsions in childhood.The Jour.Am.Med.Ass.; May 26th.1934; p.1729.Gilbert ROBIN.\u2014La constitution épileptoïde.Son importance au point de vue clinique.Utilité du dépistage de ses symptômes intellectuels et psychiques chez l'enfant.Ann.Médico-psychologiques; fév.1931; p.180.Henri ROGER.-\u2014Diagnostie et traitement des convulsions infantiles.Le Monde Médical; ler novembre 1933; p.973.L'état actuel\u2019 de l\u2019étude des réflexes.(Masson et Cie, a Er et) ? MALADIES MENTALES ET LÉSIONS CEREBRALESY Par Louis BERGER, Professeur à l\u2019Université Laval de Québec Parmi les nombreux problèmes de la psychiâtrie celui du substratum anatomique des maladies mentales est sans conteste l\u2019un des plus passionnants.À la question, s\u2019il était possible de retrouver dans les maladies de l\u2019esprit des lésions correspondantes du cerveau, les uns ont répondu affirmativement, les autres par la négative.Permettez-moi d\u2019examiner avec vous très brièvement l\u2019état actuel de ce débat.Le cerveau a été considéré depuis la haute antiquité comme le siège des fonctions intellectuelles; déjà trois siècles avant J.-C.Erasistrate écrivait que l\u2019homme était l\u2019être le plus intelligent, puisque son cerveau était le plus riche en circonvolutions.(Il faut donc croire que cet ancêtre pratiquait déjà la dissection qui lui avait permis d\u2019acquérir des notions assez précises d\u2019anatomie comparée).Galien et toute une série d\u2019élèves ont conservé et enrichi ces notions qui furent reprises en occident seulement après la Renaissance.Il n\u2019y a guère plus d\u2019un siècle et demi qu\u2019apparaissent d\u2019une part des recherches plus précises sur l\u2019anatomie et la physiologie cérébrales normales, d\u2019autre part des préoccupations sur les maladies mentales et leurs causes.La physiologie normale devait du reste profiter dans une très large mesure des découvertes qu\u2019allait faire la nouvelle discipline anatomo-pathologique.C\u2019est en effet la théorie de la pathologie cellulaire, liée aux noms de Bichat en France et de V.Virchow en Allemagne, qui donna l\u2019impulsion la plus efficace aux recherches modernes.La généralisation de la pratique des autopsies, indispensable à toute recherche médicale scientifique et par conséquent à l\u2019amélioration des moyens de guérir, permit rapidement de constater l\u2019existence de malformations, d\u2019agénésies, d\u2019atrophies ou de tumeurs dans des cerveaux d\u2019idiots, d\u2019imbéciles ou d\u2019individus en état de démence plus ou moins avancé.Dans des cas de cet ordre, où l\u2019æœil nu était (1) Conférence faite à la Société Médicale de Québee, le 25 oct.1933. 808 L\u2019UNION MÉDICALE DU CANADA incapable de déceler des lésions, l\u2019investigation microscopique ne tarda point à mettre en évidence des bouleversements et des dégénérescences cellulaires qui tout en n\u2019affectant pas ou guère l\u2019aspect général du cerveau ne constituèrent pas moins des pertes suffisantes pour expliquer les déficiences mentales.Bien plus, dans toute une série de maladies, où un substratum anatomique semblait manquer, le microscope, puissammant aidé par des méthodes nouvelles de coloration et d\u2019imprégnation, révéla l\u2019existence de lésions.C\u2019est ainsi que les troubles psychiques de la paralysie générale, de la chorée, de la sclérose en plaques, de la sclérose latérale amyotrophique, de la maladie de Wilson et de l\u2019encéphalite léthargique trouvèrent un corrélatif anatomique indiscutable.L\u2019étude histologique des états parkinsoniens apporta en outre des contributions importantes au domaine de la psychophysiologie normale: elle montra la participation des noyaux gris centraux aux processus psychiques, dans ce sens que la volition, l\u2019initiative, les fonctions psy-homotrices et l\u2019affectivité y étaient localisées, fonctions que l\u2019on croyait essentiellement réservées à l\u2019écorce cérébrale.De nombreux états psychosiques passèrent ainsi dans le domaine des maladies dites organiques, et la théorie des maladies sine materia perdit autant d\u2019arguments.La liste des entités anatomo-cliniques s\u2019allongea proportionnellement: la maladie de Schilder ou encéphalite péri-axiale, le sclérose cérébrale centrolobaire de Foix et Marie, la leuco-encéphalite de Claude et Lhermitte, la maladie d\u2019Alzheimer, la maladie de Pick \u2014 pour n\u2019en citer que quelque-unes \u2014 virent ainsi le jour.Dans d\u2019autres maladies mentales les progrès furent plus lents ou les résultats restèrent même entièrement négatifs.C\u2019est le cas pour la démence précoce et les psychoses hallucinatoires chroniques d\u2019une part, les psychoses d\u2019interprétation et intermittentes d\u2019autre part.Dans les premières les observations les plus récentes ont déjà montré l\u2019existence de foyers dégénératifs dans un assez grand nombre de cas, pour qu\u2019il soit permis d\u2019escompter leur mise en évidence régulière; dans les secondes la question reste à l\u2019heure actuelle encore complètement ouverte.Si l\u2019on jette par conséquent un regard sur les travaux des 30 dernières années, il est impossible de ne pas être frappé par l\u2019augmentation progressive des résultats anatomo-pathologiques positifs dans la majorité des maladies mentales sous forme de lésions plus ou moins étendues.F'aut-il croire qu\u2019il en sera autrement pour les cas négatifs?Je me garderai de répondre d\u2019une façon catégorique. L\u2019UNION MÉDICALE DU CANADA 809 Il faut avouer que la théorie de la pathologie cellulaire a quelque peu fait négliger l\u2019étude du milieu intérieur intercellulaire.Nul n\u2019ignore la répercussion de maladies viscérales et endocriniennes sur le fonctionnement psychique, et il est évident que la pénétration de produits anormaux du métabolisme et l\u2019excès ou le manque d\u2019hormones dans les humeurs qui baignent les cellules peuvent provoquer de leur part des réactions anormales.Mais encore faudra-t-il admettre que ces réactions ne vont pas sans troubles dans la distribution des charges électriques et des groupements micellaires intra- et extracellulaires.Pour devenir en quelque sorte ultra- ou sousmicroscopiques, il est probable que des lésions n\u2019y existent pas moins, et il importe peu qu\u2019elles puissent être passagères.L\u2019anatomie pathologique devient alors insuffisante, et l\u2019application de méthodes physico-chimiques, expérimentales et b\u2018o-psychologiques sera indispensable pour résoudre ces problèmes.Il est toutefois juste de faire remarquer que d\u2019une part les méthodes physico-chimiques sont encore rudimentaires et que d\u2019autre part les méthodes anatomo-pathologiques sont susceptibles d\u2019être perfectionnées.Il importe done de poursuivre les recherches histopathologiques; la négation sceptique de l\u2019existence de lésions n\u2019est souvent que l\u2019expression d\u2019une impatience qui nous semble mal justifiée en regard de la jeunesse de la science dans ce domaine, des résultats positifs déjà nombreux et des difficultés que l\u2019on rencontre dans la pratique.Cette poursuite s'impose d\u2019autant plus que tous les résultats négatifs antérieurs perdront toute valeur le jour où on pourra leur opposer seulement quelques résultats positifs démonstratifs.L\u2019expérience pasteurienne est là pour le prouver.Les difficultés que l\u2019on rencontre dans la pratique de la recherche des lésions sont de trois ordres: 1) l\u2019immensité du territoire à explorer; 2) la possibilité de l\u2019existence de lésions très discrètes et 3) la malléabilité cérébrale en ce qui concerne la localisation des fonctions.1) Que l\u2019on songe que la surface du cortex mesure environ 2,200 cm\u201d: que la substance grise corticale contient au moins 14.000.000.000 de cellules nerveuses, sans compter les étages inférieurs qui participent aux fonctions psychiques; qu\u2019il a fallu à V.Economo plus de vingt ans d\u2019un incessant labeur uniquement pour dresser une sorte de carte géographique de la zone périphérique du cerveau normal, et l\u2019on comprendra facilement que des lésions tant soit peu circonscrites pourront facilement échapper aux investigations, tout en ayant une grande importance fonctionnelle en raison même de la haute différenciation des cellules ganglionnaires.Nous devons S10 L\u2019UNION MÉDICALE DU CANADA par conséquent être extrêmement réservés, lorsque les résultats restent négatifs.2) Les lésions peuvent être éminemment discrètes, par conséquent difficiles à mettre en évidence.En conformité avec ce que nous enseigne la pathologie générale sur la reconstitution de la structure normale après un stade de tuméfaction trouble p.e., il faut admettre qu\u2019un processus analogue doit nécessairement exister au niveau des cellules ganglionnaires dont une dégénérescence modérée suivie de réparation entraînera un dérèglement suivi d\u2019une récupération des fonctions en ne laissant ainsi plus aucune trace.3) La malléabilité fonctionnelle du cerveau se manifeste par le fait que les fonctions d\u2019un territoire cérébral peuvenh dans certains cas être remplacées et supplées par un autre territoire.La fonction du langage présente normalement une local'sation fixe au niveau de la zone de Wernicke, et la destruction de cette zone entraîne chez l\u2019adulte des troubles d\u2019aphasie.Or, lorsque cette destruction se fait avant l\u2019âge de neuf ans, l\u2019aphasie ne s\u2019installe pas, et il faut conclure que la fonction du langage est alors suppléée par un Autre territoire resté intact.Si cette suppléance est possible, au moins jusqu\u2019à un certain âge, pour un centre ausi fixe que celui du langage, combien n\u2019est-elle pas plus vraisemblable pour d\u2019autres fonctions cérébrales à localisation en quelque sorte plus floue! C\u2019est du reste cette malléabilité cérébrale qui justifie la campagne en faveur des arriérés mentaux, puisqu\u2019elle permet d\u2019espérer dans des cerveaux partiellement déficients la constitution de .suppléances compensatrices.Mais d\u2019un autre côté cette malléabilité est une raison de plus pour rendre difficile la recherche de lésions, car celles-ci peuvent ainsi dans un même type de maladies siéger à des niveaux différents et imprévisibles.Nous n\u2019avons, dans ce court exposé synthétique des lésions ana- tomo-pathologiques en psychiatrie, à peine effleuré le sujet, étant donné qu\u2019il nous semblait téméraire d\u2019avancer des postulats susceptibles d\u2019être renversés par de nouvelles recherches scientifiques.ll importe dans ce domaine des maladies mentales, peut-être plus que dans aucun autre, d\u2019être prudents et surtout, d\u2019être pat'ents. LA PLACE D\u2019UNE TECHNIQUE EUGÉNIQUE EN BIOLOGIE HUMAINE.LA STERILISATION DES INAPTES®\" Par Antonio BARBEAU, Md., Ph.d., Professeur agrégé a la Faculté de Médecine, Professeur a la Faculté de Philosophie, Médecin à l'Hôpital de Bordeaux.La question de la stérilisation des inaptes nous apparaît sous la forme d\u2019une amibe.Regardez-la.Elle pousse éperdument ses pseudopodes dans maintes directions.Elle se déplace en se déformant.Sa position actuelle n\u2019est qu\u2019une étape dans une évolution, un point dans le tracé d\u2019une ligne.La rétine ou le kodak ne la sauraient photographier qu\u2019en figeant successivement du dynamisme mouvant.ll va là un non-sens, mais une nécessité.Pour obtenir de nouveau l\u2019illusion de la vie ou l\u2019intégrale compréhension du sujet, l\u2019emploi d\u2019un artifice s'impose.Ainsi le cinéma synthétise du mouvement à même du discontinu.Ainsi, par une multitude de sketches, Walt Disney crée ses pétillants cartoons.Bâtissons donc pour notre compte un petit film.Un premier tableau nous montre le fait et les causes d\u2019un grand mal individuel et social.Un second analyse, parmi ces causes, l\u2019extension du facteur héréditaire.Un troisième nous parle de répercussions économiques.Un quatrième dissèque et fixe la portée des recherches expérimentales sur l\u2019hérédité, Un cinquième expose la conception d\u2019une biologie (1) Conférence à la Société de Philosophie de Montréa', le 26 avril 1934.Auditoire de haute culture générale, mais non spécialisé en neuro-p=ychiâtrie : ce qui explique le ton de cette causerie et la qualité particulière des références bibliographiques auxquelles nous avons renvoyé nos auditeurs pour plus amples détails.Cette Société de Philosophie a mis à son programme, cette année, l\u2019étude d'une question très à la mode et très touffue: la stérilisation des inaptes.Plusieurs conférenciers se sont partagé la besogne.Les deux premières séances furent consacrées à lexposé des principes de la Génétique.On envisagera par la suite le problème dans ces rapports avec la philosophie, le droit, la morale naturelle, la théologie.IFxcellente façon de connaître sur un même sujet l\u2019avis de plusieurs spécialistes, des discuter des points de vue, et peut-être, de s\u2019entendre.et de se comprendre.un jour.On nous a demandé pour notre part de déterminer lai place que cette teclin\u2018que occupe en biologie humaine.Pas autre chose.Mais cela nous suffit, nous dépasse.Bien situer un prob'ème dans l'ambiance qui lui confère sa valeur relative, n\u2019est-ce pas déjà le résoudre à moitié? 812 L\u2019UNION MÉDICALE DU CANADA spécifiquement humaine, que le sixième transporte dans le domaine de l\u2019hygiène mentale.Pour finir, un septième cliché: la stérilisation des inaptes se place d\u2019elle-même, sur l\u2019édifice médical, dans la niche que nous venons de lui creuser.* * x Premier tableau.Titre: augmentation de l\u2019aliénation mentale et de la criminalité depuis le début du siècle.Accompagnement musical connu.\u201cAlouette, gentille alouette.\u201d des banquets psychiâtriques.Les statistiques \u2014 ce que nous en avons lu depuis dix ans! \u2014 pointent toutes dans la même direction.La Belgique\u201c*\u2019 possédait, en 19838, 19,500 lits pour les différents services de médecine, de chirurgie, les sanatoria et les cliniques; pour les hôpitaux d\u2019aliénés, 22,000.Le bilan des malades internés aux Etats-Unis en 1920 révélait l\u2019existence d\u2019au moins 232,680 aliénés, 300,000 faibles d\u2019esprit, 150,000 épileptiques.Le docteur Landman\u201c* estime que le cinquième de la population chez nos voisins, soit 25,000,000 d\u2019individus, est présentement inadapté ou mal adapté au milieu social.L\u2019Angleterre\u2018) comptait 69,019 aliénés en 1871, 161,993 en 1911, 201,000 en 1925; il y en aurait\u201c actuellement 250,000.Au surplus, une enquête relativement récente \u2018*) nous apprend que depuis vingt ans le nombre des arriérés mentaux a doublé, Un médecin connu,\u2018 lieutenant-gouverneur de la province d\u2019Ontario par surcroît, affirme que de 1871 à 1931, le multiple d\u2019augmentation de la population dans sa province étant de 2, celui de l\u2019aliénation mentale fut de 6.Dans Québec,\u201d constatations similaires On note qu\u2019en 1925, 6,676 malades étaient présents dans nos asiles, 7,004 en 1926, 7,400 en 1927, 7,521 en 1928, 7,838 en 1929, 8,438 en 1930, 9,163 en 1931, 9,886 en 1932.Le 31 décembre 1931, 32,059 individus habitaient nos hôpitaux d\u2019aliénés épars dans tout le Dominion.)\u2019 Un an plus tard, ils étaient 35,279.Et ces 35,279 malades se répartissaient comme suit: 80% aliénés, 18.5% faibles d\u2019esprit, 1.5% épileptiques.Toutes les provinces admettent une augmentation de la folie, notamment la Saskatchewan et l\u2019Alberta.Seule la Nouvelle-Ecosse fait exception.Nous pourrions presque indéfiniment allonger la liste.Les chiffres changeraient pour les différents pays, leurs indications resteraient les mêmes.Donc, pas d\u2019erreur possible.Sur le marché des valeurs, l\u2019aliénation mentale est à la hausse.Parallèlement, les stocks de la a L\u2019UNION MÉDICALE DU CANADA S13 criminalité montent.Ta nature humaine n\u2019a pas changé.Il cest à présumer que les causes pathogènes d\u2019autrefois continuent à produire nos maladies mentales d\u2019aujourd\u2019hui :-!° éclosion var'able de ces maladies suivant l\u2019âge, le sexe et les cycles de la vie génitale, l\u2019état civil, la profession, la race, la contagion ;\") cela demeure acquis.On connaît mieux maintenant les mécanismes d\u2019après lesquels les ma'adies physiques retentissent sur le psychisme.On sait que les intoxications, alcool, 8) narcomanies, 44-110) gyphilis (15-14) font des ravages plus grands et créent davantage de psychopathes.Et surtout, on a bien mis l\u2019accent sur les émotions génératrices de psychoses: pas nécessairement les grosses commotions morales, guerres, 5!) catastrophes sismiques, deuils familiaux, krach bancaire, crise économique, \u201c°) conflits sociaux, ete, etc.; mais les petites, incessamment répétées, plus agacantes, plus accablantes a la longue.Est-ce le poète Byron qui écrivait: \u201cSi l\u2019on additionnait toutes les douleurs de la barbe chez l\u2019homme, le total surpasserait celles de l\u2019enfantement chez 'a femme.\u201d L\u2019école freudienneC$-°) a bien insisté, pour son compte, sur l\u2019effet pernicieux des chocs émotifs rentrés, notamment d\u2019origine libidineuse, dans la production des névroses et des psychoses.*?Il n\u2019y avait là cependant, affirmait-on naguère, que des causes occasionnelles, que des prétextes à l\u2019éclosion d\u2019une psychopathie d\u2019ores et déjà potentielle en vertu de la dégénérescence\u201c?héréditaire ou acquise du sujet.Sans prédisposition, il fallait un cataclysme pour déclancher la folie; chez un dégénéré franc, une chiquenaude émotionnelle suffisait souvent.Nous ne sommes guère plus renseignés de nos jours.L\u2019étiologie morbide contemporaine repose sur les deux mêmes piliers, la dégénérescence et le milieu inadéquat.Ou, pour employer une métaphore plus audacieuse, notre piano ne possède pas plus de notes à son clavier, mais nos musiciens se délectent peut- être mieux aujourd hui dans des octaves moins aimés auparavant.Une statistique, d\u2019ailleurs, n\u2019est toujours qu\u2019une statistique appelant l\u2019interprétation comme la serrure réclame la clef.On les faisait mal autrefois.#® Les moyens d\u2019investigation étaient fort restreints.Les chiffres obtenus couraient donc grand\u2019chance de ne présenter qu\u2019une portion de la réalité, On voit plus de malades mentaux de nos jours.Ne sera-ce pas aussi qu\u2019on y regarde mieux, plus souvent, qu\u2019on les traite et qu\u2019on les scrute avec plus de complaisance?Un géologue distingue plus de choses dans les canyons du Colorado qu\u2019un simple touriste béatement surpris.Boutade, peut- être ; le nombre des maladies croît en proportion directe du nombre de 812 L\u2019UNION MÉDICALE DU CANADA spécifiquement humaine, que le sixième transporte dans le domaine de l\u2019hygiène mentale.Pour finir, un septième cliché: la stérilisation des inaptes se place d\u2019elle-même, sur l\u2019édifice médical, dans la niche que nous venons de lui creuser.* * x Premier tableau.Titre: augmentation de l\u2019aliénation mentale et de la criminalité depuis le début du siècle.Accompagnement musical connu.\u201cAlouette, gentille alouette.\u201d des banquets psychiâtriques.Les statistiques \u2014 ce que nous en avons lu depuis dix ans! \u2014 pointent toutes dans la même direction.La Belgique\u201c) possédait, en 1933, 19,500 lits pour les différents services de médecine, de chirurgie, les sanatoria et les cliniques; pour les hôpitaux d\u2019aliénés, 22,000.Le bilan des malades internés aux Etats-Unis en 1920 révélait l\u2019existence d\u2019au moins 232,680 aliénés, 300,000 faibles d\u2019esprit, 150,000 épileptiques.Le docteur Landman\u201c\u201d estime que le cinquième de la population chez nos voisins, soit 25,000,000 d\u2019individus, est présentement inadapté ou mal adapté au milieu social.L\u2019Angleterre) comptait 69,019 aliénés en 1871, 161,993 en 1911, 201,000 en 1925; il y en aurait\u2019 actuellement 250,000.Au surplus, une enquête relativement récente \u2018) nous apprend que depuis vingt ans le nombre des arriérés mentaux a doublé.Un médecin connu,\u2018 lieutenant-gouverneur de la province d\u2019Ontario par surcroît, affirme que de 1871 à 1931, le multiple d\u2019augmentation de la population dans sa province étant de 2, celui de l\u2019aliénation mentale fut de 6.Dans Québec,\u201d constatations similaires.On note qu\u2019en 1925, 6,676 malades étaient présents dans nos asiles, 7,004 en 1926, 7,400 en 1927, 7,521 en 1928, 7,838 en 1929, 8,438 en 1930, 9,163 en 1931, 9,886 en 1932.Le 31 décembre 1931, 32,059 individus habitaient nos hôpitaux d\u2019aliénés épars dans tout le Dominion.)\u2019 Un an plus tard, ils étaient 35,279.Et ces 35,279 malades se répartissaient comme suit: 80% aliénés, 18.5% faibles d\u2019esprit, 1.5% épileptiques.Toutes les provinces admettent une augmentation de la folie, notamment la Saskatchewan et l\u2019Alberta.Seule la Nouvelle-Ecosse fait exception.Nous pourrions presque indéfiniment allonger la liste.Les chiffres changeraient pour les différents pays, leurs indications resteraient les mêmes.Donc, pas d\u2019erreur possible.Sur le marché des valeurs, l\u2019aliénation mentale est à la hausse.Parallèlement, les stocks de la er Won 0 L\u2019UNION MÉDICALE DU CANADA S13 criminalité montent.La nature humaine n\u2019a pas changé.TI est a présumer que les causes pathogènes d\u2019autrefois continuent à produire nos maladies mentales d\u2019aujourd\u2019hui :\u2018°-!° éclosion var'able de ces maladies suivant l\u2019âge, le sexe et les cycles de la vie génitale, l\u2019état civil, la profession, la race, la contagion ;\") cela demeure acquis.On connaît mieux maintenant les mécanismes d\u2019après lesquels les ma'adies physiques retentissent sur le psychisme.On sait que les intoxications, alcool,(8) narcomanies, 4110) syphilis (15-140) font des ravages plus grands et créent davantage de psychopathes.Et surtout, on a bien mis l\u2019accent sur les émotions génératrices de psychoses: pas nécessairement les grosses commotions morales, guerres, 8!) catastrophes sismiques, deuils familiaux, krach bancaire, crise économique,\u201c conflits sociaux,\u2018 ete, etc.; mais les petites, incessamment répétées, plus agaçantes, plus accablantes à la longue.Est-ce le poète Byron qui écrivait: \u201cSi l\u2019on additionnait toutes les douleurs de la barbe chez l\u2019homme, le total surpasserait celles de l\u2019enfantement chez \u2018a femme.\u201d l\u2019école freudienneC8° a bien insisté, pour son compte, sur l\u2019effet pernicieux des chocs émotifs rentrés, notamment d\u2019origine libidineuse, dans la production des névroses et des psychoses.\u20187° Il n\u2019y avait là cependant, affirmait-on naguère, que des causes occasionnelles, que des prétextes à l\u2019éclosion d\u2019une psychopathie d\u2019ores et déjà potentielle en vertu de la dégénérescence?héréditaire ou acquise du sujet.Sans prédisposition, il fallait un cataclysme pour déclancher la folie; chez un dégénéré franc, une chiquenaude émotionnelle suffisait souvent.Nous ne sommes guère plus renseignés de nos jours.L\u2019étiologie morbide contemporaine repose sur les deux mêmes piliers, la dégénérescence et le milieu inadéquat.Ou, pour employer une métaphore plus audacieuse, notre piano ne possède pas plus de notes à son clavier, mais nos musiciens se délectent peut- être mieux aujourd hui dans des octaves moins aimés auparavant.Une statistique, d\u2019ailleurs, n\u2019est toujours qu\u2019une statistique appelant l\u2019interprétation comme la serrure réclame la clef.On les faisait mal autrefois.) Les moyens d\u2019investigation étaient fort restreints.Les chiffres obtenus couraient donc grand\u2019chance de ne présenter qu\u2019une portion de la réalité, On voit plus de malades mentaux de nos jours.Ne sera-ce pas aussi qu\u2019on y regarde mieux, plus souvent, qu\u2019on les traite et qu\u2019on les scrute avec plus de complaisance?Un géologue distingue plus de choses dans les canyons du Colorado qu\u2019un simple touriste béatement surpris.Boutade, peut- être ; le nombre des maladies croît en proportion directe du nombre de re gr.Mi A + er 814 L\u2019UNION MÉDICALE DU CANADA médecins qui examinent.Et le microscope de la spécialité augmente fantastiquement le champ de la vision.Peut-être y avait-il relativement autant d\u2019aliénés autrefois; seulement, de moins bons statisticiens et de moins bons psychiâtres les diagnostiquaient moins bien.Peut-être?Ça n\u2019est pas sûr.Il est très probable que l\u2019augmentation dans le nombre des anormaux psychiques est réelle; pas aussi considérable qu\u2019on le proclame, soit; suffisante, néanmoins, pour appeler l\u2019attention des médecins et sociologues.\u2019 À quoi cette augmentation peut-elle done se rattacher?Reprenons la liste des causes anciennes.Les événements mondiaux de ces trente dernières années en mettent quelques-unes plus en évidence.Il y eut la guerre, l\u2019exode des campagnes vers les villes, les complications d\u2019un machinisme toujours plus exigeant, la civilisation \u201822-28 toujours plus poussée.La guerre.Elle a peu touché, semble-t-il, ceux de l\u2019arrière.Chez les combattants, \u201c*!) elle créa maints infirmes, maints déséquilibrés, une multitude d\u2019aliénés et d\u2019instables.Mais, parce qu\u2019elle prend surtout les forts et qu\u2019elle néglige les impotents physiques et mentaux, elle brisa, de ce fait, l\u2019équilibre normal des valeurs humaines, nées et à naître.Tous les poètes ont chanté le calme, l\u2019isolement, les joies simples de la campagne.Ceux-là sont des heureux qui, bornant l\u2019horizon Aux limites d\u2019un champ, aux murs d\u2019une maison, Insoucieux du mal que se donnent les autres, Peuvent, le soir venu .Joseph NOLIN.Les psychiâtres, moins rêveurs, bénissent les tâches monotones et saines, harassantes aux muscles, clémentes aux nerfs et à l\u2019esprit.C\u2019est qu\u2019ils savent le nombre d\u2019anciens paysans pour lesquels le déracinement \u2014 si caractéristique de notre époque \u2014 d\u2019un milieu séculaire et facile fut le premier de tous les maux.Les citadins de carrière, mithridatisés, ont peine à se défendre contre l\u2019atmosphère empoisonnée des villes.Les tâches d\u2019un chacun y sont devenues plus complexes.Elles exigent une adaptabilité plus considérable des cerveaux.La concurrence est plus effrénée, la lutte pour la vie plus féroce.Inquiétudes, soucis, incertitudes, angoisses sont aujourd\u2019hui notre pain quotidien.Bref, la civilisation a finalement désaxé la biologie et la psychologie de tout le monde.Aliéné signifie étymologiquement étranger à la société.N\u2019est-ce pas pour plusieurs, moins malléables, la société trop versatile qui devient étrangère?Et tel, qui fût demeuré dans la norme, ailleurs, dès qu\u2019il = L\u2019UNION MÉDICALE DU CANADA 815 est le moindrement prédisposé devient en fait psychopathe dans un siècle affolant.Les causes occasionnelles de psychopathies se révélent done plus agissantes et plus puissantes que jamais, a notre époque, milieu de culture éminemment favorable pour une hérédité que d\u2019aucuns disent stationnaire, que d\u2019autres proclament croissant en progression géométrique.C\u2019est à voir.Fermons le diaphragme du kodak sur ce premier tableau.Pour ce qu\u2019il avait de réjouissant!.* x x Les gens bien portants ne nous intéressent pas pour l\u2019heure.D'ailleurs, sont-ils jamais intéressants?Voici un aliéné.Phénomène dans sa famille?Ses ascendants, ses collatéraux apparaissent-ils indemnes de toute tare psychique?En d\u2019autres mots, quel est chez un aliéné donné, abstraction faite des autres facteurs, le rôle de l\u2019hérédité ?Cette force terrible, certains disent implacable, elle existe dans 90% des cas, proclame Régis.D\u2019autres auteurs sont moins généreux : l\u2019appréciation dépend de la qualité des cas.Pour la débilité mentale,\u2019 elle oscille aux environs de 50%; dans les psychoses de la grossesse (Menzès), elle serait de 26%.Chez 80% des malades internés dans les hôpitaux, nous la trouvons présente.?*\u2019 Et encore les données globales obtenues sont-elles en deçà de la vérité.Par pudeur, par ignorance, les malades nient, et les parents cachent, l\u2019existence d\u2019autres maladies mentales dans la famille.\u2018 Des maladies nerveuses organiques, des névroses, des troubles physiques, ils parleraient peut-être plus volontiers, s\u2019ils en pouvaient savoir et la corrélation avec les maladies psychiques et la valeur étiologique.Car toutes les formes de l\u2019hérédité morbide ne sont pas nécessairement similaires.Les maladies-filles ne sont pas toujours les répliques fidèles des maladies-mères.La pathologie brode des variantes sur un même leit-motiv, d\u2019où hérédité dissemblable.Et cela fait que les statistiques varient d\u2019une façon extraordinaire selon que l\u2019on tient compte de tous les liens de parenté possibles entre les maladies mentales, nerveuses et physiques, ou selon que l\u2019on considère étroitement tel ou tel groupement réduit de formes morbides.En toute occurrence, la seule observation démontre qu\u2019il s\u2019agit là d\u2019un facteur qu\u2019on ne saurait réellement mésestimer; il existe bien peu d\u2019aliénés dans la famille ou dans l\u2019ascendance desquels on ne trouve pas de tares neuro-psychiâtriques. S16 L\u2019UNION MÉDICALE DU CANADA Et puis, en marge des maladies mentales lésionnelles, n\u2019existe-t-il pas toute une kvyrielle de maladies dites constitutionnelles, dont le propre est de se développer chez des sujets prédisposés.I.école de Delmas et Boll\u201826-27-64) à bien mis en évidence l\u2019existence, à côté d\u2019un aliéné constitutionnel franc, interné, de frères, de sœurs, d\u2019un père et d\u2019une mère présentant, à l\u2019état d\u2019ébauche, les mêmes caractéristiques, les mêmes tendances.IJoccasion, le milieu, l\u2019état physiologique dé- clanchent chez un individu de cette sorte la psychose nette.Mais le reste de la famille demeure aussi aliéné en puissance.Les auteurs estiment qu\u2019un sur deux de ces sujets ver-era dans l\u2019aliénation mentale définie.Environ 20% des humains appartiennent à ce groupe de prédisposés constitutionnels.D'ailleurs, les études contemporaines sur les tempéraments, les constitutions mentales, notamment les travaux de Irnier.(M.), B-ertraad, (A.).Blagdon, (L.), Boucher, (R.), .Bourgeois, (P.), Boutin, (P.), Brault, (J.), Brisebois, (M.), Champeau, (J.), Cholette, (A.), Comtois, (A.), Corrigan, (J.-A.), D\u2019Allaines, (F.), D\u2019Anna, (A.), Deland, (Garde A.), Deguise, (A.), De Bellefeuille, (G.-L.), Desfosses, (P.), Desforges, (A.), Derome, (H.-R.), Doré, (R.), Dubé, (J.-E.).Dumontier, (A.), Dufresne, (E.), Fauteux, (M.), Favreau, (J.-C.), Fontaine, (R.), Fortier, (L.-E.), Fortier.(L.), Fortier, (J.), Gariépy, (U.), Ga- riépy, (L.-H.).Gélinas, (L.), Gé- linas.(H.).Gérin-Lajoie.(L.).Gi- beault, (A.), Gibeault, (H.), Godin, (A.), Gratton, (A.), Hoen, (T.-J.), Jarry.(J.-A.), Kennedy, (E.J.C.), Knopf, (S.A.), Labelle, (A.), Lacharité, (H.), La- freniere, (G.), Lapierre, (G.), Lapointe, (J.), Laquerrière, (A.), Legrand, (E.), Léonard, (D.), LeRoy, (A.), LeSage, (A.), Le Sage, (J.), Letondal, (P.), Lé- veille, (J.-A.), Longpré, (D.), Magnan, (L.-A.), Mantha, (L.), Manseau, (J.-A.), Marin, (A.), Marion, (D.), Marsan, (G.-A.), Masson, (P.), Mathieu, (E.), Mercier.(O.), Meyer, (W.), Mo- line, (R.), Morin, (P.), Morin, (J.-G.), Mousseau, (J.-A.), Ossen- dorf, (K.W.).Panneton, (J.-E.), Paquette, (J.-P.), Parizeau, (T.), Poirier, (P.).Rhéaume, (P.-Z.), Rivard.(J.-H.), Rosell, (J.-M.), Roussel, (J.-M.).Roy, (J.-N.), Saint-Jacques, (E.), Samson, (JE.), Saucier, (J.), Sheehan, (JE.\\, Simard, (L.-C.), Smith, (P.), Téteault, (A.), Trottier, (E.), Vallée, (A.), Vidal, (J.-A.), Vi- gnal, (W.). dt de FN SUITE DU SOMMAIRE BIBLIOGRAPHIE Les traitements de la syphilis .Formulaire gynécologique du praticien ANALYSES MEDECINE La pratique du diagnostic de la tuberculose par l\u2019inoculation au cobaye (p.1032).Grand abcès primitif du foie à staphylocoques (p.1032).Coma insu'inique chez un sujet non diabétique.Guérison après simple rachicentèse (p.1032).Troisième statistique de la chrysothérapie de la tuberculose pulmonaire (p.1033).P'onctions exploratrices négatives et pleurésies à grand épanchement (p.1034).Manifestations tardives de l\u2019amibiase (p.1034).Le traitement de l\u2019infarctus du myocarde (p.1036).CHIRURGIE Le traitement chirurgical de l\u2019épilepsie (p.1036a).Réflexions sur la thérapeutique de l\u2019ulcère gastro-duodénal (p.1037).Recherches sur les variations de quelques é éments du sang (calcium en particulier) au cours de la période post-opératoire (p.1037).Maladies chirurgicales du tractus biliaire (p.1038).PEDIATRIE La rougeole ecchymotique (p.1038).Les convulsions essentielles du nourrisson (p.1039).DERMATO-SYPHILIGRAPHIE Le traitement des cardiopathies syphilitiques (p.1040).L\u2019Hémocrinothérapie (p.1041).Syphilis pulmonaire (p.1042).CHIRURGIE INFANTILE ET ORTHOPEDIE.L\u2019arthrodèse extra-articulaire de l\u2019épaule (p.1042).L\u2019association de tuberculose pulmonaire avec la tuberculose osscuse et articulaire (p.1043).PHTISIOLOGIE La radiokymographie en pratique phtisio- logique (p.1043).Technique des lavages pleuraux (p.1044).La tuberculose pulmonaire des déments pre- coces.Etude clinique et radiologique, portant sur 204 cas de démence pré- cocs (p.1045).Traitement des épanchements pleuraux au cours du pneumothorax thérapeutique par le chlorure de calcium (p.1045). 25 WaT WT oe sr Re > Congrès médical de Québec (27, 28, 29 et 30 août 1934) © A nos Collègues et Amis Français.Le quatre centième centenaire de la découverte du Canada coïncide avec le Congrès des médecins de langue française de l'Amérique du Nord et d Europe, les 27, 28, 29 et 30 août dans la ville historique de Québec.C'est un fait unique dans notre histoire.Depuis longtemps, nous n avons pas vu, au Canada, un aussi grand nombre de personnalités éminentes dans les arts, les lettres, les sciences et la médecine.L'Académie Française, l'Institut, l'Université de Paris, les Universités de Provinces, l'Académie de médecine, les Sociétés de médecine et de chirurgie y seront officiellement représentées. Aux médecins de ce groupe, en particulier, nous adressons un salut 9 confraternel.Dans chacun d'eux nous reconnaissons un ami Ou un A 9.° ° maitre.Qu ils soient les bienvenus au Canada! Que nos confrères canadiens se rendent en foule pour les entendre, les connaître et témo:- 9.gner, par leur présence, de l importance de leur mission parmi nous.L'Union Médicale, la plus ancienne Revue Médicale française au Canada, qui a constamment inspiré et dirigé ce vaste mouvement d'idées, souhaite la plus cordiale bienvenue à tous les membres de cette nombreuse et imposante délégation.Nous adressons, aussi, nos fél1- citations aux organisateurs de ces grandes manifestations qui marqueront une date dans notre histoire: L'Union Médicale du Canada."]
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