L'itinéraire, 1 janvier 2021, Février
[" Volume XXVIII, n?02 Montréal, février 2021 G abriel est aujourd\u2019hui un homme heureux, serein, lucide.Son cœur est rempli de gratitude envers les personnes et les organismes qui lui ont permis de s\u2019affranchir de sa dépendance à l\u2019alcool, de sortir de l\u2019itinérance et de bénéficier enfin de la médication adéquate qui lui procure une qualité de vie satisfaisante.Sobre depuis 10 ans, Gabriel a appris à gérer ses émotions et à faire face aux aléas de la vie sans recourir à une béquille.« Avant, ma première solution aurait été de prendre une p\u2019tite bière.» Dans la vingtaine, Gabriel a reçu un premier traitement contre la schizophrénie.Il a mal réagi aux médicaments, n\u2019acceptait pas sa maladie et s\u2019est retrouvé finalement à la rue.« Au début des traitements, je dormais 12 heures par jour et j\u2019aurais dormi toute la journée.Je n\u2019avais pas de qualité de vie.» Il a insisté auprès de son médecin pour qu\u2019il lui prescrive un traitement mieux adapté et, heureusement, a reçu un nouveau médicament causant peu d\u2019effets indésirables.« C\u2019est pas tout le monde qui a ma chance.C\u2019est grâce à ça que j\u2019ai réussi à sortir de la rue.» Aujourd\u2019hui, Gabriel désire témoigner de son parcours afin d\u2019aider les autres à réaliser que la réhabilitation est possible.Quand il s\u2019adresse à des intervenants ou à des jeunes, au sein d\u2019organismes d\u2019aide en itiné- rance ou en santé mentale, il sait que son message atteint sa cible.« Les jeunes sont très réceptifs à ce que je leur dis.J\u2019ai le talent de bien parler et je les influence.J\u2019ai un certain leadership.» Gabriel est convaincu que son implication auprès des autres l\u2019a aidé à s\u2019en sortir.« Si on fait quelque chose juste pour soi, il y a un manque dans notre vie.Je ne m\u2019en serais pas sorti si je ne m\u2019étais pas impliqué.» Gabriel envisage l\u2019avenir en toute lucidité.Il veut consacrer sa vie à transmettre son message d\u2019espoir en s\u2019impliquant davantage auprès d\u2019organismes.Son idéal serait de donner des conférences sur la réhabilitation tout en étant rémunéré pour le faire.À n\u2019en pas douter, il connaît bien le sujet.« Il n\u2019y a pas de recette, mais des éléments reviennent : y aller pas à pas et s\u2019impliquer à fond.» Avant tout, Gabriel va continuer la vente de L\u2019Itinéraire.« Je leur serai toujours reconnaissant de ce qu\u2019ils ont fait pour moi.Maintenant, je suis capable d\u2019être heureux et je sais qu\u2019on n\u2019a rien si on n\u2019est pas content de ce qu\u2019on a.» « Puis L\u2019Itinéraire m\u2019a sorti de la pauvreté.En vendant le magazine, je m\u2019aide moi-même en gagnant de quoi me nourrir à mon goût.En même temps, et en toute humilité, je pense que j\u2019aide les autres en véhiculant le message positif porté par l\u2019organisme.» Camelot n° 1542 \u2022 Âge 40 ans Point de vente Marché Métro, chemin Chambly à Longueuil L\u2019arrondissement de Ville-Marie reconnaît l\u2019excellent travail de l\u2019équipe du magazine L\u2019Itinéraire.Par Christine Barbeau ?Bénévole à la rédaction ARCHIVES - PHOTOMONTAGE | CARLA BRAGA VIKTOR FORGACS | UNSPLASH Gabriel Lavoie Nez Bouche Portons-le bien Pendant toute la durée de notre déplacement.18 façons inutiles de porter le couvre-visage LUC DESJARDINS Directeur général et éditeur RÉDACTION JOSÉE PANET-RAYMOND Éditrice adjointe et rédactrice en chef ALEXANDRA GUELLIL Journaliste responsable société LAURENT SOUMIS Journaliste-accompagnateur KARINE BÉNÉZET Journaliste responsable de la formation des participants CARLA BRAGA Création visuelle ALEXANDRE DUGUAY Gestionnaire de communauté IANIK MARCIL Collaborateur CHRISTINE BARBEAU, ANITA BARSETI, MARIE BRION, DANIELA ARANIBAR Bénévoles à la rédaction Illustration de la une CARLA BRAGA ADMINISTRATION ESTELA SOLORZANO Responsable de la comptabilité MARCELA CHAVES Adjointe comptable \u2013 Commis au dépot NANCY TRÉPANIER Adjointe administrative PASCALE PLANET Développement philanthropique \u2013 Médias sociaux DÉVELOPPEMENT SOCIAL CHARLES-ÉRIC LAVERY Chef du développement et de l\u2019impact social ISABELLE LACHARITÉ, THOMAS WAYLAND Intervenants psychosociaux MARILOU MAISONNEUVE Chargée de projet \u2013 Programmes autochtones et Café de la Maison ronde PIERRE TOUGAS Responsable du Café VANESSA TREMBLAY Chargée de projet \u2013 Distribution MATISSE LO GIUDICE Préposé à l\u2019entretien ménager CONSEIL D\u2019ADMINISTRATION Présidente JESSICA MAJOR - Davies Ward Phillips & Vineberg S.E.N.C.R.L./ s.r.Trésorier NICK KAMINARIS - Nuvei Vice-président YVON MASSICOTTE - Camelot de L\u2019Itinéraire Administrateurs MIVILLE TREMBLAY EMNA BRAHAM SOPHIE RONDEAU - Avocate et doctorante en droit JEAN-CLAUDE NAULT - Camelot de L\u2019Itinéraire JEAN-PAUL LEBEL - Camelot de L\u2019Itinéraire DANIEL PRINCE - Représentant des camelots RÉDACTION ET ADMINISTRATION 2103, rue Sainte-Catherine Est Montréal (Qc) H2K 2H9 LE CAFÉ L\u2019ITINÉRAIRE 2101, rue Sainte-Catherine Est Téléphone : 514 597-0238 Télécopieur : 514 597-1544 Site : www.itineraire.ca ISSN -1481-3572 Numéro de charité : 13648 4219 RR0001 Dépôt légal Bibliothèque et Archives nationales du Québec Bibliothèque de l\u2019Assemblée nationale du Québec PARTENAIRES MAJEURS L\u2019Itinéraire EST MEMBRE DE Interaction du quartier Community Council Peter-McGill Le journal L\u2019Itinéraire a été créé en 1992 par Pierrette Desrosiers, Denise English, François Thivierge et Michèle Wilson.À cette époque, il était destiné aux gens en difÏculté et offert gratuitement dans les services d\u2019aide et les maisons de chambres.Depuis mai 1994, le journal de rue est vendu régulièrement par les camelots.Aujourd\u2019hui le magazine bimensuel est produit par l\u2019équipe de la rédaction et plus de 50 % du contenu est rédigé par les camelots.Le Groupe L\u2019Itinéraire a pour mission de réaliser des projets d\u2019économie sociale et des programmes d\u2019insertion socioprofessionnelle, destinés au mieux-être des personnes vulnérables, soit des hommes et des femmes, jeunes ou âgés, à faible revenu et sans emploi, vivant notamment en situation d\u2019itinérance, d\u2019isolement social, de maladie mentale ou de dépendance.L\u2019organisme propose des services de soutien communautaire et un milieu de vie à quelque 200 personnes afin de favoriser le développement social et l\u2019autonomie fonctionnelle des personnes qui participent à ses programmes.Sans nos partenaires principaux qui contribuent de façon importante à la mission ou nos partenaires de réalisation engagés dans nos programmes, nous ne pourrions aider autant de personnes.L\u2019Itinéraire, ce sont plus de 2000 donateurs individuels et corporatifs qui aident nos camelots à s\u2019en sortir.Merci à tous ! PRINCIPAUX PARTENAIRES DE PROJETS Nous tenons à remercier le ministère de la Santé et des Services sociaux de même que le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux du Centre-Sud-de-l\u2019Île-de-Montréal pour leur contribution financière permettant ainsi la poursuite de notre mandat.VENTES PUBLICITAIRES 514 597-0238 poste 234 publicite@itineraire.ca Nous reconnaissons l\u2019appui financier du gouvernement du Canada.Les opinions exprimées dans cette publication (ou sur ce site Web) ne reflètent pas forcément celles du ministère du Patrimoine canadien.Convention de la poste publication No40910015, No d\u2019enregistrement 10764.Retourner toute correspondance ne pouvant être livrée au Canada, au Groupe communautaire L\u2019Itinéraire 2103, Sainte-Catherine Est Montréal (Québec) H2K 2H9 IMPRIMEUR SOLISCO 120, 10E RUE SCOTT (QUÉBEC) ÉCRIVEZ-NOUS ! courrier@itineraire.ca Des lettres courtes et signées, svp ! Bonjour, J\u2019habite Sutton, j\u2019obtiens L'Itinéraire par l\u2019entremise de Bertrand Derome, qui fait un travail remarquable.Je veux féliciter toute la belle équipe pour la qualité du journal, mais surtout pour l\u2019humanité des textes écrits par les camelots et les autres collaborateurs.Ce sont les voix des cœurs que nous lisons.C\u2019est très rare dans le monde de l\u2019édition, axé sur l\u2019information, la culture, etc.Quand je m\u2019assois, je dîne ou autre, un moment de bien-être et de bonheur m\u2019habite.Ça me rappelle qu\u2019il y a de l\u2019espoir, des gens aimants sur Terre.Amour, paix à toutes et à tous.- Charles Lussier On aime ça vous lire ! Quand on vous croise dans la rue, vous nous dites souvent que vous aimez votre camelot, que vous avez apprécié tel article, que vous aimez notre magazine.Eh bien, écrivez-nous pour nous le dire ! Cette section vous est réservée tout spécialement.NDLR Nous nous réservons le droit de corriger et de raccourcir les textes Mots de lecteurs La direction de L\u2019Itinéraire tient à rappeler qu\u2019elle n\u2019est pas responsable des gestes des vendeurs dans la rue.Si ces derniers vous proposent tout autre produit que le magazine ou sollicitent des dons, ils ne le font pas pour L\u2019Itinéraire.Si vous avez des commentaires sur les propos tenus par les vendeurs ou sur leur comportement, communiquez sans hésiter avec Charles-Éric Lavery, chef du développement et de l\u2019impact social à : c.e.lavery@itineraire.ca 514 597-0238 poste 222 Parlons-en de la santé mentale.Comme Stefie Shock l\u2019a fait avec notre camelot Siou, également un artiste de talent, au cours d\u2019un dialogue sur les troubles de l\u2019anxiété, que tous deux partagent.Comme l\u2019humoriste Michel Mpambara qui s\u2019exprime franchement sur sa bipolarité, contribuant ainsi à briser les tabous et les préjugés.Comme Kharoll-Ann Souffrant, qui jette un éclairage ô combien nécessaire sur la reconnaissance du racisme dans le diagnostic d\u2019un trouble de la santé mentale.En parler, c\u2019est déjà en guérir.La parole, c\u2019est amorcer un cheminement vers le mieux- être.Reconnaître que ça ne va pas est en soi un immense pas vers l\u2019avant.Avoir le droit à une oreille attentive, \u2014 vraiment attentive \u2014, sans interruption, sans jugement, fait aussi partie du rétablissement.Parce que souvent, juste le fait d\u2019être entendu, compris, et d\u2019avoir le sentiment qu\u2019on n\u2019est pas seul peut avoir un énorme impact.Se tourner vers l\u2019autre aide également à se sentir mieux.Passer un simple coup de fil pour voir comment va un proche, un ami ou un collègue, faire du bénévolat pour aider les gens qui en ont besoin, ça nous décolle de nous-mêmes et de nos soucis.En ces temps incertains, alors qu\u2019on est bombardés de chiffres sur les décès, de mauvaises nouvelles, de la folie et l\u2019insouciance des gens qui ne prennent pas cette pandémie au sérieux, il y a de quoi alimenter la détresse.Les ressources en santé mentale débordent et les listes d\u2019attentes s\u2019allongent.J\u2019ai toujours trouvé curieux que les consultations chez une psychologue ou même une thérapeute en relation d\u2019aide ne soient pas couvertes par la RAMQ\u2026 Après tout, qu\u2019elle soit physique ou mentale, la maladie demeure une maladie.Un autre angle Si on regarde ça comme il faut, la pandémie nous offre aussi l\u2019occasion de voir la vie sous un autre angle.De réaliser comment cette épreuve mondiale peut aussi avoir des effets bénéfiques.Par exemple, pendant les Fêtes, à peu près tout le monde de mon entourage s\u2019est réjoui de ne pas avoir eu à faire face aux grosses fêtes de famille, de courir à gauche et à droite pour les achats de cadeaux, de pouvoir vivre Noël simplement et d\u2019en ressortir reposé ! Vivre simplement.Renouer avec des passe-temps et autres passions créatives qu\u2019on avait mis de côté, parce que pris dans un engrenage incessant d\u2019activités.Aller jouer dans la nature, prendre le temps de cuisiner et manger sainement, être reconnaissant pour ce que l\u2019on a plutôt que ce que l\u2019on n\u2019a pas, prendre le temps de s\u2019arrêter pour méditer, se connecter à l\u2019essentiel.Toutes des façons de se maintenir en bonne santé entre les deux oreilles et dans son corps.L\u2019un ne va pas sans l\u2019autre.La pandémie est là pour encore un bon moment.C\u2019est une réalité.L\u2019accepter avec sérénité, faire tout ce qui nous est demandé pour réduire la foutue courbe, se faire vacciner dans la mesure du possible.C\u2019est ce qui va faire qu\u2019on va s\u2019en sortir.Février 2021 Volume XXVIII, no 02 Josée Panet-Raymond Éditrice adjointe et rédactrice en chef La parole qui fait du bien Prix de vente 1,50 $ 1,50 $ l\u2019achètent camelots Les paie l\u2019impression + coûts de production Merci pour tout ! Milton Fernandes 8 Rond-point international 10 Dans l\u2019actualité « Je veux accélérer le changement » Laurent Soumis 11 Point de vue Confinement.Facebook.Death Book Mostapha Lotfi 14 Dialogue Face à face avec l\u2019anxiété Karine Bénézet 20 Portrait Déjouer sa bipolarité Alexandra Guellil 24 Analyse Santé mentale et communautés : Comment briser le tabou ?Alexandra Guellil 28 En toute liberté Réel ou virtuel ?Mathieu Thériault 30 Dans la tête des camelots Zénitude 33 Comptes à rendre Combien valez-vous ?Ianik Marcil 34 Photoreportage Make America Great Again ?Josée Panet-Raymond 41 Souvenir d\u2019enfance P\u2019tit avocat sans cause Yvon Massicotte 42 Bande dessinée Siou 43 Humour Marie-Ève Saucier 44 Détente Février 2021 Volume XXVIII, no 02 Mots de camelots 14 20 3 3 Zoom sur Gabriel Lavoie 9 Denis Bourgeois 9 Bill Economou 9 Sylvie Houle 40 Samir Halaimia 40 Christian Tarte 41 Lynn Champagne 20 camelots ont participé à cette édition 12 Karine Bénézet, Siou et Alexandra Guellil À la une Avec la pandémie, notre santé mentale est de plus en plus mise à l\u2019épreuve et souvent reléguée au second plan par méconnaissance.On oublie qu\u2019une personne sur cinq souffrira d\u2019un trouble de santé mentale au cours de sa vie.Stefie Shock, Siou, Michel Mpambara et d\u2019autres acteurs rompent le silence et proposent des solutions.parlons-en ! Traduction Alexandra Guellil BRÉSIL L\u2019électricité ou la vie ?« Nous ne reconnaissons plus le fleuve Xingu », déplore Bel Jaruna, un jeune Autochtone de la forêt amazonienne du Brésil.L\u2019eau n\u2019est plus à son niveau normal et naturel, car il est contrôlé par des vannes du barrage hydroélectrique gérées par Norte Energia, un consortium public-privé propriétaire de la centrale hydroélectrique de Belo Monte.La centrale principale de Belo Monte a une capacité de 11 000 mégawatts, auxquels s\u2019ajoutent 233 mégawatts de la centrale secondaire.Le complexe a coûté deux fois le budget initial, soit plus de 10 milliards $ lors de sa construction.Il fait également face à des difficultés telles que le retard dans la construction de la ligne de transport de l'énergie vers le sud-est du Brésil, l'inefficacité de la production et des coûts sociaux et environnementaux plus élevés que prévu.La cohabitation avec les peuples autochtones qui vivent le long du Xingu, l\u2019un des plus grands affluents de l\u2019Amazone, est loin d\u2019être facile.« Nous ne savons plus comment naviguer sur le fleuve Xingu, quels canaux traverser, car Belo Monte ferme et ouvre les vannes quand bon lui semble.Pour mon peuple, l\u2019 impact n\u2019est pas seulement sur la nourriture, il l\u2019est aussi sur notre culture, qu\u2019est pêcher, prendre soin de la rivière qui offre de la nourriture, des revenus et les moyens de se rendre dans les villes visiter les communautés.C\u2019est ça qui nous apporte de la joie dans nos vies », conclut le jeune leader de la communauté.(IPS / INSP) M A R I O O S A V A | I P S Carrying On After a long absence from my regular post, I returned once again to the Atwater Market area.The regular customers wondered where I had been all this time.Between April and August, I was not supplied with magazines anymore as it was only sold online, because of COVID-19.For a while, I wasn't sure when vendors would be allowed to start selling again, but once we received training on sanitary measures in August, it was confirmed that we could resume in September.It felt comfortable being back in this area again, because many people were accustomed to seeing me there and sometimes liked to chat.From the first day I restarted, things have not been the same.I have to accept that sales are considerably lower than before, but there have been a few good days.Every week I'm careful about how many magazines I purchase and getting a full box is not wise anymore.I also have to wear a mask, keep a distance from people and sanitize my hands after every sale is made.On a day off, I keep doing the usual routine : buying groceries for the household and once in a while prescription drugs for my parents.The whole family needs to be very careful and not spend much time outside these days, especially my parents that are older and more vulnerable.I see one old friend once a week, help him do his groceries and have a coffee together.I keep in touch with other friends on the phone and rarely see them.Life has really changed and I wonder if things will ever be the same again, because the virus is still spreading around.BILL ECONOMOU VENDOR ATWATER MARKET DENIS BOURGEOIS CAMELOT CHRISTOPHE-COLOMB / JEAN-TALON À quand le retour à la normale ?En temps normal, les camelots peuvent manger de bons repas chauds au Café de L\u2019Itinéraire.Malheureusement, depuis qu\u2019on est en pandémie, on ne peut plus consommer de nourriture sur place.Heureusement, on peut aller y chercher des repas, mais on n\u2019a moins de contacts avec nos collègues et je trouve ça dommage.En décembre dernier, on n\u2019a pas eu notre party de Noël non plus, évidemment.C\u2019est triste.À cause de la COVID, tous mes rendez-vous médicaux ont été annulés.J\u2019ai hâte de revoir mon médecin de famille, mon ophtalmologiste qui surveille si je fais du glaucome, et un autre spécialiste pour le nez et la gorge.Personnellement, je fais très attention et je respecte les consignes.Je porte mon masque et je le lave tous les jours.Je me lave les mains quasiment aux demi-heures et j\u2019ai toujours du désinfectant avec moi quand je me déplace.Dans les transports en commun, je trouve que beaucoup de gens ne respectent pas la distanciation physique et quand le monde s\u2019assoit à côté de moi, je n\u2019aime vraiment pas ça.Comme tout le monde, j\u2019ai hâte que la pandémie soit derrière nous.En attendant, je ne perds pas espoir et je garde le sourire.Pour soi, pour les autres Le cœur d\u2019aimer, de partager, de respecter, Le cœur de s\u2019écouter, de s\u2019entraider, Le cœur de la passion, de l\u2019émotion, des compliments, Le cœur de se sourire, Le cœur de la fidélité, de l\u2019harmonie, de la complicité.Pour moi, la Saint-Valentin, c\u2019est des gestes au quotidien.Pas juste entre deux personnes qui s\u2019aiment, pas juste une journée.Car à chaque jour, il y a de quoi faire pour prendre soin de notre cœur, de nos âmes, faire du bien autour de nous.Au fond, on a tous de quoi à partager pendant 365 jours : un sourire, un merci, un bonjour.Vous verrez l\u2019échange que ça provoque ; et c\u2019est gratuit.Si chacun d\u2019entre nous faisait un petit quelque chose dans ce sens, la vie serait si magnétique ! Vous verrez également que ça fait du bien à soi-même.La vie n\u2019est pas juste faite de mauvaises choses si on sait la regarder différemment.La vie est pleine de beauté et de bonnes personnes, pleine de moments pour se faire du bien et pour partager, que ce soit avec des inconnus, notre famille ou nos ami-es, nos collègues de travail.Nous n\u2019avons rien à y perdre, bien au contraire ! Avec ceci, je vous souhaite une bonne Saint-Valentin.SYLVIE HOULE CAMELOT SAINT-JOSEPH / CHAMBLY 9 itineraire.ca Février 2021 CORÉE DU SUD Harcelées en ligne Lorsque le petit ami de Priya a publié en ligne une photo d\u2019elle nue, sans son consentement, il lui a dit que cela lui donnerait un regain de confiance en elle si elle devenait un objet de désir pour les autres hommes.Priya s\u2019est sentie impuissante parce qu\u2019elle l\u2019aimait, mais n\u2019avait pas accepté cette publication.« Il disait que tous ces gens rêvaient de m\u2019avoir, mais que seul lui le pouvait.» Son histoire est devenue trop courante.Selon ONU Femmes, le harcèlement en ligne à l\u2019encontre des femmes et des filles a augmenté au cours de l\u2019année dernière.Généralement, il est causé par des partenaires abusifs ou des ex-partenaires coincés au même domicile en raison du confinement.Pour Priya, ce fut le début d\u2019une série d\u2019atteintes à sa vie privée.Son petit ami contrôlait sa présence en ligne.« Je marchais constamment sur des œufs.Ce n\u2019est peut-être pas de la violence physique, mais je me sentais honteuse.» Alors que les restrictions mondiales poussent de plus en plus de personnes à utiliser les plateformes numériques, la violence entre les sexes est susceptible de s\u2019aggraver.Après tout, internet est devenu une nécessité absolue sans échappatoire, selon Azmina Dhrodia, chercheuse principale à la World Wide Web Foundation.Bien que Facebook, qui possède WhatsApp et Instagram, Twitter, Tik Tok et Zoom, se soient engagés à éradiquer le harcèlement sur le web, il reste beaucoup à faire pour protéger les femmes et les filles de ces violences.(Reuters / INSP) K I M H O N G - J I | R E U T E R S L\u2019Itinéraire est membre du International Network of Street Papers (Réseau international des journaux de rue).Le Réseau apporte son soutien à près de 100 journaux de rue dans 35 pays sur six continents.Plus de 250 000 sans- abri ont vu leur vie changer grâce à la vente de journaux de rue.Le contenu de ces pages nous a été relayé par nos collègues à travers le monde.Pour en savoir plus, visitez insp.ngo. 2020 : année cruciale, année cruelle, année où l\u2019on a vu la vie sous un autre angle ; la mort aussi ! 2020 a été juste en quelque sorte.Tout le monde a goûté à sa médecine.« Je veux accélérer le changement » Camelot métro Edouard-Montpetit par Mostapha Lotfi administration publique et expliquer à des gestionnaires comment on améliore les choses.Mon mandat, c\u2019est d\u2019accélérer le changement organisationnel de la Ville pour que l\u2019administration ressemble plus aux Montréalais.» Plusieurs critiques lui reprochent de s\u2019être opposée à la Loi 21 sur la laïcité, une loi dont elle juge l\u2019adoption « antidémocratique ».« Je ne suis pas la seule à critiquer le fait qu\u2019elle ait été adoptée sous le baîllon.Selon moi, le cœur de la démocratie, c\u2019est la consultation et la conversation.Je me suis opposée à cette loi à cause des effets discriminatoires qui sont vécus comme des inégalités par les personnes qui habitent cette province et cette ville.Ceci dit, ce n\u2019est pas parce qu\u2019on est en désaccord qu\u2019on ne peut pas construire un vivre-ensemble.» « Aujourd\u2019hui, je travaille dans un tout autre contexte, assure- t-elle.Je représente une toute autre entité et je respecte la loi.En ce moment, il y a beaucoup de gens qui respectent le couvre-feu même s\u2019 ils ne trouvent pas ça cool, pas le fun.Je respecte la loi comme tous les autres citoyens.» Contrairement à d\u2019autres, Bochra Manaï fait sienne la notion de « racisme systémique ».Pour cette raison, le premier ministre François Legault estime que sa nomination est « une erreur ».« On va travailler ensemble, promet-t-elle, parce qu\u2019on a \u2013 je l\u2019espère \u2013 les mêmes objectifs.Il y a beaucoup de recommandations du groupe d\u2019action antiraciste qui concernent le Québec et la métropole.» Certains lui en veulent aussi d\u2019avoir affirmé que « le Québec est devenu une référence pour les suprémacistes et les extrémistes du monde entier ».Les journalistes n\u2019ont pas fait le travail de vérification des faits, rétorque-t-elle.« J\u2019ai été très mal citée.La phrase a été retirée (de son contexte.) Je citais un article du Soleil qui expliquait qu\u2019Alexandre Bissonnette (l\u2019auteur de l\u2019attentat à la mosquée de Sainte-Foy) était considéré comme l\u2019 inspirateur du terroriste qui est entré dans les mosquées de Christchurch (en Nouvelle-Zélande).Le Québec n\u2019est pas suprémaciste.Et les Québécois ne sont pas suprémacistes.» Malgré une controverse plutôt bruyante, Bochra Manaï se voit comme la bonne candidate au bon endroit.En poste depuis la mi-janvier, elle entend s\u2019attaquer à « toutes les discriminations ».Pour le reste, elle persiste et signe en expliquant qu\u2019elle a souvent été citée hors contexte.En annonçant la nomination de sa nouvelle commissaire, la mairesse a loué sa « fine compréhension de la Ville et de ses enjeux ».En entrevue avec L\u2019Itinéraire, Mme Manaï explique posséder les trois qualités recherchées : la connaissance du dossier, l\u2019expérience de mobilisation et un certain sens politique, « une attitude pédagogique pour ramener ces enjeux dans une administration ».« Je pense que c\u2019est un mélange de ces trois éléments qui fait que ma candidature a été retenue, dit-elle.Je suis une antiraciste et j\u2019ai une connaissance du terrain.Mais je ne crois pas qu\u2019on puisse traduire ces enjeux dans une posture revendicatrice.Je suis capable de crier dans la rue, mais je suis capable de parler comme une bonne docteure en études urbaines.» Dans d\u2019autres entrevues, Bochra Manaï s\u2019est dite impatiente de s\u2019attaquer d\u2019abord aux obstacles à l\u2019embauche et au logement.Aujourd\u2019hui, elle insiste pour dire qu\u2019elle s\u2019attaquera à « toutes » les discriminations.« Mon bureau ne doit pas être assigné à l\u2019une ou l\u2019autre des communautés qui composent la ville.Il doit répondre à tous les enjeux vécus par la plupart des communautés : les communautés ethniques, les communautés racisées, anglophones ou francophones, qu\u2019elles vivent de l\u2019antisémitisme ou de l\u2019 islamophobie, du racisme anti-Noirs ou contre les Autochtones.Ce bureau doit véhiculer une vision antiraciste de la Ville.» Pour que l\u2019administration ressemble aux Montréalais Certains ont mal compris son mandat, observe-t-elle.« Je ne suis pas une nouvelle élue et je ne remplace pas le travail des élus.Sous la direction générale, je suis une employée qui doit accompagner une Bochra Manaï Commissaire à la lutte au racisme et aux discriminations systémiques Laurent Soumis Du rêve aux déboires En ces temps, les camelots, et j\u2019en suis un, vivent un double confinement : renfermés chez eux et coupés des derniers jalons qui les relient à la réalité, autrement dit les clients et leurs ami(e)s du « spot de vente ».Dans bien des cas, la vente du magazine était leur dernier lien avec la normalité sociale.Puis la pandémie est arrivée comme un tsunami.Mais je ne suis pas le porte-parole des camelots.Avant ce macabre cataclysme, j\u2019étais déjà dans un mode de survie.Les années 2015 à 2017 ont été pour moi sources d\u2019accomplissement et de développement personnel grâce à la découverte de l\u2019organisme L\u2019Itinéraire, qui m\u2019a donné un nouvel élan dans la vie.J\u2019y ai découvert le magazine, les ateliers, l\u2019écriture.C\u2019était l\u2019époque de tous les rêves, de tous les espoirs.Puis 2018 est arrivée.L\u2019année des déboires et de la perte de tout lien personnel.Un déracinement.Le magazine et l\u2019organisme faisaient des efforts laborieux pour me sortir du précipice, mais c\u2019était plus fort que moi.J\u2019étais confronté à un triangle des Bermudes dont les forces d\u2019attraction l\u2019emportaient sur toute bienveillance.L\u2019année 2019 s\u2019annonçait un peu mieux.Hélas, elle ne l\u2019a pas été.Tomber un peu plus Avant la pandémie, je partageais mon temps entre l\u2019université, un parcours PAAS-Action (Programme d\u2019aide et d\u2019accompagnement social) et ma participation à L\u2019Itinéraire comme camelot.Je tentais de mettre de l\u2019ordre dans ma vie et de retourner sur le marché du travail pour occuper un emploi régulier comme le font monsieur et madame Tout-le-Monde.Puis, le confinement est arrivé comme un couperet sur le Québec et le monde entier ! Qu\u2019adviendrait-il de moi ?Des miens ?Y aurait-il des retrouvailles avec mes clients et mes amis ?Ces questions sans réponse m\u2019ont secoué.On dit que certaines personnes sont prédisposées à la dépendance, à « l\u2019addiction ».J\u2019en suis une.Et mes désordres de santé mentale l\u2019ont favorisée, l\u2019ont exacerbée au point de me réduire à l\u2019état de zombie.Au début du premier confinement, j\u2019ai commencé à perdre la notion du temps, du jour et de la nuit, de l\u2019intérieur et de l\u2019extérieur.Je suis devenu une autre personne.Mon parcours universitaire en a pris un sacré coup, et tous mes acquis obtenus durement par mon programme PAAS-Action se sont estompés, rétrécis comme peau de chagrin.Remonter la pente Pendant des journées, je ne trouvais rien d\u2019autre à faire que de surfer interminablement sur le net.D\u2019être tout le temps sur Facebook.Je ne sortais plus ; n\u2019en avait plus le goût.Je ne lisais plus, n\u2019écrivais plus un mot.J\u2019avais perdu le courage de rencontrer la vie réelle, celle qui ne se passe pas sur les écrans.Aujourd\u2019hui, je dois sentir un certain souffle de courage en moi, car ces mots que j\u2019écris signifient un retour à la normale ou du moins l\u2019espoir de le faire.Je nous souhaite à tous de reprendre le contrôle de notre destin et je me souhaite de vaincre ces redoutables ennemis que sont pour moi la solitude et l\u2019isolement.Certains ont découvert la crainte de la maladie, de l\u2019impuissance, de l\u2019invalidité.D\u2019autres ont constaté ce que veulent dire : liberté, couvre-feu, résidences surveillées.Et chacun a vécu ce qui ressemble à une crise anxiogène qui pousse à l\u2019isolement, voire à l\u2019anéantissement de soi.Tout le monde s\u2019est retrouvé à un moment ou à un autre réduit à « l\u2019état d\u2019un malade », surtout mentalement.Mais qu\u2019en est-il des vrais « malades » ?De ceux qui l\u2019étaient déjà avant la pandémie due à un trouble de santé mentale.Pour beaucoup, la pandémie est une maladie dans la maladie, un isolement dans l\u2019isolement.Confinement.Facebook.Death Book* *Death Book : Terme utilisé par un utilisateur Facebook pour faire allusion à cette tendance à ne plus lire de livres depuis l\u2019apparition de Facebook.La mairesse Valérie Plante vient de confier à une chercheuse universitaire, Bochra Manaï, le mandat de la conseiller pour lutter contre le racisme et les autres discriminations dans l\u2019appareil municipal.La nouvelle commissaire dispose d\u2019une feuille de route impressionnante : un doctorat et deux maîtrises sur ces sujets pointus.Mais compte tenu de ses déclarations passées, sa nomination ne fait pas l\u2019unanimité.La principale intéressée s\u2019explique.11 itineraire.ca 10 itineraire.ca Février 2021 Février 2021 Par Karine Bénézet, Siou et Alexandra Guellil ILUSTRATION CARLA BRAGA Avec la pandémie, notre santé mentale est de plus en plus mise à l\u2019épreuve et souvent reléguée au second plan par méconnaissance.On oublie qu\u2019une personne sur cinq souffrira d\u2019un trouble de santé mentale au cours de sa vie.C'est le cas de Stefie Shock et de Siou, deux artistes de calibre différent qu'un trouble de l\u2019anxiété rapproche.En entrevue pour L'Itinéraire, ils échangent librement autour de ce tabou que chacun apprivoise, démystifie à sa manière et cherche à briser.Ces troubles sont plus répandus que ce que l\u2019on croit.Ils n\u2019ont ni couleur, ni origine, ni religion.Les communautés ethnocultu- relles sont d\u2019ailleurs plus à risque d\u2019en souffrir, notamment s\u2019ils sont liés aux violences policières ou sexuelles, aux génocides et aux discriminations qui laissent des traumas transmis de génération en génération.Nous en discutons avec l\u2019humoriste Michel Mpambara et d\u2019autres acteurs qui rompent le silence et proposent des solutions.12 itineraire.ca Février 2021 parlons-en ! STEFIE SHOCK, musicien québécois, auteur- compositeur et interprète reconnu, est lui aussi atteint du trouble de l\u2019anxiété et de crises de panique qu\u2019il a vécus seul, loin des regards publics jusqu\u2019en 2007, année de son « coming out » d\u2019anxiété.Discussion libre entre deux artistes que les troubles et les passions rejoignent.SIOU, camelot, bédéiste, parolier, est aux prises depuis sa plus tendre enfance avec un trouble de l\u2019anxiété généralisée.Une réalité qu\u2019il doit gérer quotidiennement et avec laquelle il travaille sans relâche depuis plusieurs années pour « fonctionner », comme il le dit.HUGO B.LEFORT A R C H I V E S L ' I T I N É R A I R E Journaliste, responsable de la formation \u2014\u2014 Tu ne savais pas ce que t\u2019avais, c\u2019est ça ?\u2014\u2014 Je ne savais rien, on ne parlait pas d\u2019anxiété dans ce temps-là, je ne savais absolument rien et donc c\u2019était épouvantable.Après ça, je me suis dit : mais qu\u2019est ce que les gens vont penser de moi ?Puis, en 2007, j\u2019en ai parlé publiquement et je suis devenu porte-parole de Revivre.Moi, je souffrais tout seul.Et, même si on a fait beaucoup de chemin pour sensibiliser, démystifier, briser les tabous autour des troubles de santé mentale, j\u2019ai toujours l\u2019impression que ça va me suivre, que dans l\u2019œil du public il y aura toujours un doute qui n\u2019existe pas envers d\u2019autres artistes qui ont ça aussi, mais qui n\u2019en parlent pas.J\u2019espère que je me trompe, qu\u2019il n\u2019y a pas de préjugés tenaces.Pas juste pour moi, mais pour tout le monde.Parce que les troubles de santé mentale sont infiniment répandus.Moi, j\u2019ai eu vraiment peur des regards sur moi, parce que j\u2019ai été victime d\u2019une attaque de panique en direct.J\u2019en ai pas eu d\u2019autres comme ça, mais je peux te dire que la fois d\u2019après, j\u2019ai bu une bouteille de vin juste avant pour m\u2019en protéger.Parce que l\u2019alcool a cet effet.Je n\u2019encourage pas ça, c\u2019est un très mauvais remède ! C\u2019est important que je le précise.Je ne veux pas faire la morale, surtout pas, mais si j\u2019ai fait ça, c\u2019était à défaut de mieux.Je n\u2019avais rien pour m\u2019aider.Aujourd\u2019hui, on sait qu\u2019il y a des ressources plus saines.\u2014\u2014 Exactement ! \u2014\u2014 Avec l\u2019anxiété, certaines personnes deviennent dysfonctionnelles, n\u2019arrivent plus à dormir, à être en présence d\u2019autres personnes.Je me demande si toi, Siou, tu es envahi à ce point-là par tes troubles d\u2019anxiété.Te réveilles-tu en panique en pensant que t\u2019es en train de mourir ?En ayant des crises qui t\u2019empêchent de respirer, comme si tout voulait exploser en dedans.\u2014\u2014 J\u2019ai fait des crises de panique réveillé, mais ma première, c\u2019était en dormant.Je m\u2019étais endormi avec la radio et me suis réveillé complètement paniqué pendant qu\u2019une toune de Mano Solo disait : « c\u2019est toujours quand tu dors que moi je veux pas crever ».C\u2019était super significatif.À ce moment-là, je ne savais pas du tout ce qui se passait.Ç\u2019a pris du temps avant que j\u2019aie un diagnostic.\u2014\u2014 Les crises de panique on pourrait en parler.Pendant des années, ç\u2019a été un trouble tellement sévère pour moi.J\u2019étais coincé.Je ne voulais plus dormir parce que j\u2019étais terrorisé.Chaque nuit, je me réveillais plusieurs fois en panique.Ça m\u2019arrive encore à l\u2019occasion, mais dans ce temps-là, je parle d\u2019y a 30 ans, c\u2019était du quotidien.Alors je ne voulais plus dormir, mais évidemment c\u2019est impossible.Je finissais par tomber d\u2019épuisement.C\u2019est ce qui a fait que j\u2019ai eu recours la première fois à des médicaments, parce que je n\u2019avais plus de qualité de vie.La privation de sommeil devient une torture.Mon tortionnaire, c\u2019était l\u2019anxiété et je n\u2019étais plus capable de fonctionner.\u2014\u2014 Je comprends.La mienne m\u2019a bloqué toute ma vie.J\u2019ai pas été capable de m\u2019insérer dans aucune job, dans rien\u2026 On a un trouble similaire toi et moi sauf que moi, j\u2019ai eu longtemps l\u2019impression que je ne pourrais jamais rien faire dans ma vie.Alors la job que tu fais\u2026 j\u2019admire ça.On voit de plus en plus de personnalités comme toi qui parlent d\u2019anxiété et qui prouvent qu\u2019on est capable de fonctionner.Si tu n\u2019avais pas été musicien, tu te serais vu faire autre chose avec ce problème-là ?\u2014\u2014 Moi, c\u2019est la possibilité de créer qui me calme.Parce que contrairement à toi, je ne peux pas avoir de médicament alors je dois trouver des alternatives.On a essayé une panoplie de médicaments, mais j\u2019ai des effets secondaires à chaque fois.J\u2019en essayais un après l\u2019autre.On ne me laissait même pas une semaine de repos entre chaque.Et rendu au septième, j\u2019ai fini à l\u2019urgence.Mais toi, comment tu gères ?Quand tu montes sur scène, as-tu une anxiété de performance ?\u2014\u2014 Non.Ça m\u2019arrive d\u2019avoir le trac, mais c\u2019est une forme d\u2019anxiété que tout le monde a.L\u2019anxiété n\u2019a jamais été un frein pour monter sur scène, mais ça m\u2019a paralysé dans beaucoup d\u2019autres sphères de tous les jours.Je ne pouvais pas prendre les transports, j\u2019avais toujours peur d\u2019être coincé entre deux stations, je ne prenais plus les ascenseurs de peur qu\u2019ils s\u2019arrêtent entre deux étages et d\u2019avoir une crise de panique.La pire des crises que j\u2019ai eue, c\u2019était en entrevue à Radio-Canada, pour le bulletin de nouvelles de 18 h.À 18 h 40, je devais être en direct.Et je l\u2019ai été, sauf que j\u2019ai eu la pire attaque de panique de ma vie \u2013 en direct avec le journaliste.J\u2019avais pas de salive, j\u2019arrivais pas à prendre mon air et je me suis mis à faire des bruits de bouche hallucinants.J\u2019ai vu l\u2019enregistrement.Je suis à la télé et mon cœur bat, j\u2019ai des palpitations, je suis étourdi, j\u2019ai de la misère à garder mon équilibre, j\u2019ai de la difficulté à parler et mon langage est complètement incohérent.J\u2019arrête pas de dire « tsé, tsé » à chaque deux trois mots et mon regard part d\u2019un bord puis de l\u2019autre.J\u2019ai franchement l\u2019air de quelqu\u2019un qui n'est pas en état, et je ne l\u2019étais pas.Ça paraissait.J\u2019ai vu mon monde s\u2019écrouler parce que c\u2019était ma première entrevue.J\u2019étais là pour parler de mon album, mais je l\u2019ai très mal fait parce que j\u2019étais carrément en mode survie.J\u2019avais pas encore de médicament.\u2014\u2014 J\u2019y ai déjà réfléchi et je me demande toujours si, au fond, j\u2019aurais eu la sensibilité d\u2019être musicien sans mes troubles anxieux.On m\u2019a déjà demandé si ça m\u2019empêchait de faire mon métier.J\u2019ai déjà dit, un peu en boutade, que non, ça me permet de le faire au niveau de la création.Toi, quand tu dis que tu n\u2019arrives pas à fonctionner, est-ce que c\u2019est au niveau de l\u2019expression artistique ou c\u2019est d\u2019un point de vue social ?\u2014\u2014 Social des fois ; mes états d\u2019âme varient beaucoup.D\u2019autres fois au niveau de la création.Quand je suis dans mes phases anxieuses, ça me fige énormément.Très jeune, je m\u2019isolais.C\u2019était déjà difficile de me gérer, alors gérer les autres, c\u2019était trop.On peut dire que le confinement, je connais ça (rire).C\u2019est avec L\u2019Itinéraire, Les Impatients et Revivre*, qui m\u2019a aidé pendant un an, que j\u2019ai appris des choses au niveau des relations, que je me remets dedans.\u2014\u2014 Mais as-tu le sentiment que ton anxiété t\u2019apportait de l\u2019inspiration ?Est-ce qu\u2019elle te stimulait à créer ou est-ce que c\u2019était 100 % un bloqueur dans ta vie ?\u2014\u2014 C\u2019était un grand bloqueur.Dès que j\u2019étais isolé, seul, j\u2019étouffais.J\u2019étais même pas capable de rester chez nous.Je sortais.C\u2019est un peu moins pire maintenant, mais quand j\u2019entends des gens dire : ça fait deux jours que je ne suis pas sorti de chez moi, pour moi c\u2019est inimaginable.Je sors quatre, cinq fois par jour.Ces dernières années, j\u2019ai réussi à créer dès qu\u2019on m\u2019a embarqué dans des projets.Mais par moi-même, j\u2019ai ben de la misère.Là, je viens de finir un texte pour un spectacle avec le TNM qui réunit plein de personnes aux prises avec des problèmes de santé mentale.J\u2019ai dû écrire chez nous, à cause du confinement.Au bout d\u2019un mois et demi, j\u2019étais vidé à cause de l\u2019effort de concentration que ça m\u2019a demandé.* Les Impatients : Organisme qui aide les personnes ayant un problème de santé mentale, par le biais de l\u2019expression artistique.Revivre : Organisme de soutien aux personnes vivant avec un trouble anxieux, dépressif ou bipolaire.Propos recueillis par Karine Bénézet S.Shock Siou S.Shock Siou Siou S.Shock Siou S.Shock S.Shock Siou S.Shock Siou HUGO B.LEFORT 17 itineraire.ca 16 itineraire.ca Février 2021 Février 2021 \u2014\u2014 Ces dernières années, j\u2019ai fait un peu comme toi, je me suis fait porte-parole, mais de moi-même.Ça m\u2019enlevait la pression de dire : « O.K., là, j\u2019t\u2019écoute, mais j\u2019ai de la misère parce que j\u2019ai un trouble anxieux.» Je l\u2019ai tellement dit pour essayer de calmer ça.Aujourd\u2019hui, je passe à une autre étape, mais j\u2019ai eu ce besoin, pour m\u2019apaiser et m\u2019aider socialement.Parce que je voulais apprendre à l\u2019être, social.J\u2019étais quelqu\u2019un de très sauvage avant, je ne faisais confiance à personne, je me tenais à distance.Je ne comprenais rien de la nature humaine, des codes\u2026 Puis j\u2019ai compris que j\u2019avais ma part de responsabilité dans les réactions de l\u2019autre.L\u2019itinéraire, ça m\u2019a beaucoup aidé à apprendre ça.\u2014\u2014 J\u2019ai eu moi aussi des troubles socialement, surtout avec des personnes que je connais peu.Mais c\u2019est encore et souvent difficile parce que je suis très sensible aux dynamiques entre les gens, et d\u2019une personne à l\u2019autre, c\u2019est jamais pareil.Ça m\u2019a apporté beaucoup d\u2019insécurité parce que j\u2019avais tout de suite l\u2019impression que la personne me méprisait.J\u2019ai eu beaucoup de problèmes de ce type-là dans ma vie.Je ne peux pas expliquer pourquoi, avec une personne, la dynamique m\u2019insécurise.Je me sens jugé, regardé d\u2019un air suspicieux, comme si on me trouvait poche.Ça m\u2019arrive encore, mais je finis par prendre sur moi.Il y a de ça aussi dans l\u2019anxiété : la difficulté de socialiser.Bon, la pandémie à ça de bon : on ne socialise plus vraiment.Ça donne un répit à ceux que ça stresse.\u2014\u2014 T\u2019as une chanson, As-tu deux minutes, qui parle beaucoup d\u2019anxiété.\u2014\u2014 As-tu deux minutes, c\u2019est peut-être celle qui va le plus droit au but.Mais oui, et j\u2019en ai plus qu\u2019une (rire).\u2014\u2014 C\u2019est tant mieux, y\u2019en a jamais de trop, tant qu\u2019à moi.\u2014\u2014 Tu dois souvent te faire poser la question de savoir ce qui t\u2019a amené à avoir des troubles de l\u2019anxiété ?Moi, je me lève le matin, et c\u2019est parfois mon pire moment d\u2019anxiété alors que rien ne s\u2019est passé.Y\u2019a pas d\u2019éléments comme tels qui créent mon trouble.Dans un de mes textes, j\u2019en parle.Je l\u2019appelle l\u2019intrus parce que j\u2019ai l\u2019impression que si je pouvais le prendre et le jeter à côté, ce serait réglé.C\u2019est un intrus à l\u2019intérieur de moi.Quand il n\u2019est pas là, je suis une autre personne, quand il est là je me sens carrément pris par quelque chose d\u2019autre qui m\u2019appartient pas.\u2014\u2014 Exact ! C\u2019est bien dit.Oui, c\u2019est très intrusif et il n\u2019y a pas toujours de déclencheur.C\u2019est sur qu\u2019à mon entrevue en direct, il y en avait un, mais j\u2019ai eu plusieurs attaques de panique qui ne partaient de rien.Un jour, je prenais une bière en terrasse, pour moi c\u2019est un moment relaxant, et pourtant j\u2019ai eu une grosse crise à ce moment.Alors le déclencheur est soit inexistant soit inconnu.À ce moment-là, il s\u2019est passé quelque chose dans mon cerveau dont je n\u2019étais pas conscient et il y a eu cette espèce de monstre envahissant, l\u2019intrus, exactement, qu\u2019on ne contrôle pas même si on finit par l\u2019apprivoiser un peu au fil des années et à se créer des voies d\u2019évitement.\u2014\u2014 Moi quand ça arrive, je ne peux pas l\u2019éviter, mais en sachant ce que je vis, ça m\u2019empêche de faire aller la crise à son maximum, parce que je sais que ça va être rough, mais que ça va passer., Nommer la chose, ça aide tellement.C\u2019est pour ça que ton rôle de porte-parole est important.Quand j\u2019ai lu la première fois la description du trouble d\u2019anxiété généralisée, et que je me suis reconnu dedans, je me suis dit : O.K., c\u2019est quelque chose de connu, je ne suis pas le seul à vivre ça.Y\u2019a eu un soulagement quelque part.\u2014\u2014 Oui, parce qu\u2019au début on pense qu\u2019on est la seule personne à être atteinte de ça.Moi ç\u2019a commencé en 1991 environ, j\u2019en parlais à personne.Peut-être qu\u2019on en a honte.C\u2019est comme des hommes qui ont des troubles érectiles, il y en a pour qui c\u2019est honteux d\u2019aller ne serait-ce qu\u2019à la pharmacie chercher un médicament alors que c\u2019est en fait un problème de circulation.C\u2019est la faute à personne, mais c\u2019est perçu comme honteux alors que ça ne l\u2019est objectivement pas.On n\u2019est pas honteux de faire du diabète\u2026 et à juste titre.L\u2019humain, c\u2019est une machine complexe qui ne fonctionne pas toujours parfaitement et le cerveau fait partie du corps humain.\u2014\u2014 J\u2019ai perdu mon père qui faisait lui aussi énormément d\u2019anxiété.Il a souffert de ça toute sa vie sans savoir ce que c\u2019était.Quand je lui ai fait réaliser, il ne s\u2019est pas senti capable d\u2019aller voir un médecin.Pour mon père, les médications et les médecins faisaient peur.Il a essayé un peu, mais c\u2019était plus fort que lui, il ne voulait rien savoir alors il a refusé les ressources et c\u2019est l\u2019alcool qui finalement est devenu son médicament.C\u2019est aussi ce qui l\u2019a tué.Son « remède » l\u2019a amené dans les extrêmes, aussi loin que l\u2019alcool peut mener quand ça devient notre seule nourriture.C\u2019est là qu\u2019est allé mon père.Alors c\u2019est sûr que pour moi, ça a été un grand choc.Bref, je tiens à dire que l\u2019alcool ne fait pas partie des solutions pour soulager son anxiété.\u2014\u2014 Non, mais quand les gens se retrouvent seuls, sans aide, c\u2019en est une pour eux, parce qu\u2019ils ont besoin de calmer cette anxiété.C\u2019est tellement souffrant de l\u2019intérieur ! La plupart des personnes dans la rue consomment beaucoup, c\u2019est pas pour rien.Et l\u2019accès à un psychiatre est très très difficile.Moi j\u2019ai été des années avec juste mon médecin généraliste.Jusqu\u2019au moment où ça a été dans le pire, et là, j\u2019ai été transféré pour voir un psychiatre.\u2014\u2014 Tout à fait.L\u2019aide n\u2019est pas simple à avoir et ça, c\u2019est un gros problème que la pandémie est venue empirer.Mais bien avant la pandémie, il y avait des enjeux extrêmement importants, sensibles, qu\u2019il fallait prendre en charge.Comme tu le dis, dans la rue, des gens consomment beaucoup parce que c\u2019est la seule façon de calmer l\u2019anxiété, les chocs post-traumatiques\u2026 ou simplement un mauvais équilibre chimique dans le cerveau.Le psychiatre que je voyais à l\u2019occasion est décédé en octobre, mais si j\u2019avais besoin d\u2019en voir un maintenant, franchement, ça pourrait prendre six mois.J\u2019ai la chance de ne pas être dans le besoin et d\u2019en connaître, parce qu\u2019en étant porte-parole de Revivre et de Bell Cause pour la cause, j\u2019ai rencontré des gens.Alors j\u2019aurai peut-être la chance d\u2019en voir un dans un délai raisonnable.L\u2019aide en santé mentale est encore insuffisante.Et quand t\u2019as pas accès à des soins psychiatriques urgents alors que tu en as vraiment besoin, ça peut mener à des drames, des tragédies.On lit des trucs dans le journal, on est scandalisé d\u2019apprendre que telle personne a fait ci et telle personne a fait ça, mais, sans excuser aucun geste, si on savait d\u2019où cette personne est partie.Il y a des gestes irréparables qui auraient sûrement pu être évités avec un meilleur accès aux soins.S.Shock Siou S.Shock Siou S.Shock Siou S.Shock S.Shock Siou Siou S.Shock Siou À la fin de la conversation, Stefie Shock a tourné sa caméra lentement jusqu\u2019à 360 degrés, me permettant ainsi de voir son espace de création.De pouvoir entrer, même virtuellement, dans un studio de musique me fait tellement tripper.Que c\u2019est beau de voir les fils, les micros, tous ces instruments de musique étalés partout ! Ah, j\u2019adore ! J\u2019ai exposé chez moi pendant des années ma guitare, mon balafon, mon ukulélé, mon vieil accordéon brisé\u2026 Je les gardais et regardais comme des œuvres d\u2019art.Pour ce qui est de ma guitare, elle a été accrochée au mur tel un tableau, pendant plus de trois ans, sans que je la décroche une seule fois ! J\u2019étais fier d\u2019avoir une guitare, mais j\u2019étais incapable d\u2019en jouer ! J\u2019ai essayé seul, mais ça ne marchait pas ; je n\u2019ai pas assez de concentration.Il me faudrait sûrement des cours privés, mais là, c\u2019est une autre histoire ! Quelle chance a monsieur Shock, de pouvoir créer, et d\u2019en vivre ! Respect ! Ayant moi-même ce trouble de l\u2019anxiété, je peux comprendre les souffrances qu\u2019il peut vivre quotidiennement et saisir toute l\u2019ampleur que peut prendre sa création ! Il a trouvé une façon de s\u2019accomplir et de fonctionner malgré son « handicap ».J\u2019admire cette réussite et ça me stimule.Et sans aucune attente, je me suis retrouvé pour le reste de la journée, le corps entièrement dégagé de ses tensions.Une accalmie s\u2019est installée dans ma tête, moment rarissime ! Il s\u2019est passé quelque chose.!?! Ah oui ! SIOU Camelot Mont-Royal / Bordeaux 19 itineraire.ca 18 itineraire.ca Février 2021 Février 2021 « L\u2019amuseur », tel qu\u2019il se définit sur Instagram, s\u2019est vite fait un nom.Dès ses débuts, il avait le vent en poupe.Rien ne semblait pouvoir l\u2019arrêter.Il se fait remarquer en se disant ouvertement raciste, car tanné de voir du blanc au Québec, faisant référence à l\u2019hiver québécois.Son intonation et son jeu de scène ont fait rire au passage les personnes issues des minorités culturelles.Cela lui a valu d\u2019être comparé à Yvon Deschamps en plus d\u2019être le chouchou du Festival Juste pour rire de 1996.Avec son premier one-man show, il obtient le Félix du meilleur spectacle d\u2019humour de l\u2019année suivie d\u2019une nomination à l\u2019ADISQ dans la catégorie Révélation de l\u2019année, aux côtés de Martin Matte, et d\u2019une autre au Gala des Oliviers dans la catégorie meilleur auteur texte, avec François Avard, et meilleur monologue pour L\u2019 immigrant de Jonquière.« Quand j\u2019ai écrit, Il y a trop de Blancs au Québec, ma mère m\u2019a dit qu\u2019elle ne m\u2019aurait jamais laissé dire cela en public.Oui, le titre était un peu provocant, mais ce spectacle s\u2019 intégrait parfaitement à ma recherche de créativité.C\u2019était avant les accommodements et avant que l\u2019on parle de racisme systémique.» Son succès, il le doit aussi à son équipe.« Sans elle, comme je l\u2019ai déjà dit à Michel Barrette, un humoriste qui aime les autos, je serais un pilote sans phare.Je n\u2019étais dans aucune écurie et ça, c\u2019est un véritable problème.Un humoriste indépendant, ça n\u2019existe pas.» En 2002, il anime la fête africaine lors de la clôture des Francofolies de Montréal devant plus de 100 000 personnes.Deux ans après, il joue le rôle de Gégé dans Comment conquérir l\u2019Amérique en une nuit, un film de Dany Laferrière avec Maka Kotto.Ce moment-là, « c\u2019était aussi extraordinaire que lorsque tu fais l\u2019amour.J\u2019ai joué avec Dany Laferrière et, en plus, j\u2019étais payé pour embrasser une belle blonde ! Je me sentais comme à Hollywood ! » Choc et réalités Lorsque le visage de Michel Mpambara s\u2019est retrouvé placardé sur les affiches de Bell Cause pour la cause, la célèbre journée de sensibilisation sur la santé mentale du géant des télécommunications, il est sorti du placard.MICHEL MPAMBARA aurait dû revenir sur scène avec un nouveau spectacle, mais la pandémie l\u2019en a empêché.Il en a profité pour travailler dans les CHSLD pendant six mois.C\u2019était sa façon de bouger, d\u2019éviter de déprimer et de nourrir sa créativité.En plus, il pratique son « YNCA » (yoga, natation, créativité, amour / amitiés).L\u2019humoriste de 48 ans contrôle sa bipolarité depuis qu\u2019il parvient à la nommer.À l\u2019époque, Mpambara devait se marier avec une femme qui l\u2019a laissé trois semaines avant le jour J.« Ouf, ça fait tout un choc, hein ?Même si je continuais de créer sans prendre de vacances, à un moment donné, j\u2019avais juste envie de tout quitter pour rentrer au Rwanda.Je n\u2019en avais plus rien à foutre.Quand j\u2019ai revu ma petite sœur, qui est aujourd\u2019hui ministre, et que je disais que je rentrais dans mon pays, elle a ri.Pour elle, c\u2019était le Québec mon pays.Tout ça avec tout ce que l\u2019on a vécu au Rwanda [le génocide de 1994], à un moment donné, ç\u2019a sauté.» Quand il fait des conférences, Mpambara ajoute ce qu\u2019il ne peut pas faire en humour : l\u2019émotion.Il confie qu\u2019il a perdu un père, un frère aîné et plusieurs amis avant de réussir au cinéma ou au théâtre et de tout laisser tomber.Difficile de ne pas être touché.« Ce que je dis en conférence, c\u2019est qu\u2019 il faut être con pour faire ça.On disait de moi que je m\u2019étais saboté moi-même ».Adolescent, il débarque au Québec avec sa mère mo- noparentale qu\u2019il honore chaque fois qu\u2019il le peut.Mère- Courage travaillait pour le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés au Burundi, pays où elle s\u2019était réfugiée avec ses quatre enfants.Elle a utilisé sa pension pour leur offrir le Québec.« Aujourd\u2019hui, c\u2019est ma sœur qui s\u2019en occupe, mais je lui rends hommage.C\u2019était une féministe avant le temps.Chez nous, il n\u2019y avait pas de travaux pour les filles et pour les garçons.À 17 ans, Québec était un petit village blanc et j\u2019étais l\u2019un des seuls Noirs dans la ville.J\u2019ai même réussi à me faire arrêter par la police pour excès de vitesse\u2026 pourtant, je vous le jure, j\u2019étais à pied ! » Mpambara n\u2019a jamais vraiment manqué de bagou.Quand il se faisait arrêter par la police qui disait avoir vu un Noir qui lui ressemblait, il répondait simplement que ça devait être son frère.« J\u2019avais plus peur d\u2019être en retard à l\u2019école que du racisme, s\u2019amuse-t-il.Oui, des amis faisaient des blagues sur les Noirs, mais je viens d\u2019Afrique, ça ne me touchait pas vraiment.» Aujourd\u2019hui, il se définit comme un Québécois de 30 ans assurant que seul le regard de l\u2019autre décide.« Je serai toujours un immigrant.Le système ne veut pas nous accepter comme Québécois.Je suis quand même fier d\u2019être l\u2019 immigrant Mpambara dans l\u2019 imaginaire Québécois, c\u2019est génial quand on ne se rappelle plus de mon prénom, c\u2019est encore mieux, cela signifie que je me suis intégré ! » COURTOISIE 21 itineraire.ca 20 itineraire.ca Février 2021 Février 2021 Journaliste, responsable des dossiers société par Alexandra Guellil Michel Mpambara en conférence.Problème ou don ?Originaire du Rwanda, l\u2019humoriste explique que dans certaines cultures, ce qu\u2019ici on appelle un problème de santé mentale peut être perçu ailleurs comme un don.« Entendre des voix, comme ma petite sœur par exemple, ici, c\u2019est être schizophrène.Elle se parle toute seule si elle ne prend pas de pilules.Mais dans d\u2019autres cultures, c\u2019est une façon de communiquer avec les esprits.» Et puis dans un groupe ou une communauté, quel que soit le pays, « cela peut être très gênant, comme un mauvais sort, on va le cacher, on refuse d\u2019en parler, il faut toujours sembler correct.Alors qu\u2019 ici, on est dans une culture plus moderne où l\u2019on recherche les causes des états qui nous touchent.Ailleurs, certaines personnes iront à l\u2019église pour essayer de sauver la personne concernée.Et puis souvent, on le cache au groupe et à la communauté, car on ne peut plus voir ce problème quand on parle d\u2019une personne isolée ».C\u2019est dire qu\u2019il y a des choses dont on parle et d\u2019autres qu\u2019il vaut mieux passer sous silence.« On ne parle pas des folies des personnes, comme de son orientation sexuelle ou des croyances.On peut prier Dieu pour qu\u2019 il nous aide à nous en sortir.Mais n\u2019exagérons pas trop.Au Rwanda, on ne donne pas que des pilules : une recherche a montré que la danse permettait de retrouver une communauté.Chez nous, on ne demande pas comment on se sent personnellement, mais plutôt comment se sent le groupe.Rester en société, ça rassure.» Mpambara a perdu des amis quand il a parlé de sa bipolarité.Il dit même s\u2019être perdu comme ami, car il n\u2019osait pas se présenter et se disait fou.Sa bipolarité est si perverse qu\u2019il en a oublié son identité.Il confie avoir pleuré quand d\u2019autres s\u2019amusaient, avoir mis son masque, souvent devant sa mère, gênée de le voir dans cet état.« Quand tu passes une fin de semaine en psychiatrie, les psychiatres ne travaillent pas.Il n\u2019y a personne pour jaser de ton cas, tu es un animal dans un zoo à qui l\u2019on donne des pilules.J\u2019étais là comme un anthropologue qui raconterait après son expérience sur une scène.Mais c\u2019était difficile, je me disais incapable de créer, je me disais que c\u2019était fini.Je n\u2019avais aucun espoir, je m\u2019étais sali, je me pensais dans une prison.» « Tonton Michou » Mpambara et sa mère ont adopté son neveu Andy.Sa sœur, ne pouvant pas s\u2019en occuper à cause de sa schizophrénie, ils en ont pris soin, ensemble.« Cet enfant m\u2019a donné une force.Il avait besoin de moi.Je n\u2019ai jamais été autant aimé.Il me voit comme un super héros.Sur les affiches de Bell, il était fier de voir son tonton Michou.Je lui disais souvent que quand mon psychiatre m\u2019a annoncé que j\u2019étais bipolaire, j\u2019ai compris que j\u2019étais ben populaire ! Ce gag est resté et il le répète encore fièrement ! » Ces liens perdurent, même si Andy est rentré au pays.La pandémie est difficile sur le moral de l\u2019humoriste, loin de son groupe et de ses amis.Mais chaque dimanche, il rencontre sur Zoom son ami Dany Laferrière, le temps de quelques envolées littéraires où l\u2019on accepte tout, surtout ses défauts.À son dernier voyage au Burundi, on lui disait qu\u2019il y avait la maladie du Canada qui rôdait.Une belle image pour dire que tout le monde quittait le nid vers l\u2019Eldorado américain.Pour sa part, il croit avoir depuis ce temps des symptômes de la maladie du Rwanda, le mal du pays.Le yoga et la création l\u2019ont sauvé.Et les discussions avec son psychiatre l\u2019ont éclairé.« Tout est une question de cadre.Je suis sorti du cadre dans tout ce que j\u2019ai fait.Au théâtre, on aurait appelé cela du théâtre de rue ou de provocation.Ce que je faisais était anormal, mais ça voulait dire que quelque chose n\u2019allait pas, qu\u2019 il y avait un problème.Et quand Bell est arrivé avec sa visibilité et son cachet, j\u2019ai retrouvé des amis.Dans notre culture, on dit que tu guéris quand tu as de l\u2019argent.On a upgradé mon image, j\u2019ai même eu une blonde grâce à ça ! » L\u2019humoriste sait qu\u2019il traîne un bagage historique lourd derrière lui.Des choses héritées de l\u2019esclavage et d\u2019autres du génocide de 1994.« Je l\u2019ai dit à mon psychiatre : je suis né déprimé.On en rigole parfois, mais j\u2019ai écrit certains de mes monologues en pleurant et ça a fait rire.Le rire cache parfois un drame.» Le comédien ne mâche pas ses mots, lorsqu\u2019il parle politique.« Quand notre premier ministre ne reconnaît pas le racisme systémique et nous pousse à nous sentir inférieurs, ça heurte et ça fait mal.Juste une parenthèse, en tant qu\u2019humoriste, certains des collègues avec qui j\u2019ai commencé sont devenus millionnaires quand ma situation à moi a parfois été critique, c\u2019est dire à quel point c\u2019est très étouffant, très décourageant.» 23 itineraire.ca 22 itineraire.ca Février 2021 Février 2021 Les événements dramatiques ou hautement médiatisés causent des traumatismes.Cela a été le cas avec l\u2019Holocauste ou les pensionnats autochtones et c\u2019est aussi le cas avec les traites négrières ou encore les violences policières.« On ne peut pas mettre tout cela de côté, insiste le Dr Jantchou.L\u2019histoire familiale ou communautaire laisse des séquelles.Les individus en ont une perception souvent négative : même si l\u2019esclavage est terminé, la colonisation est encore présente de façon plus insidieuse.Le respect des souffrances des communautés est important pour avancer ensemble.» KHAROLL-ANN SOUFFRANT a été agressée sexuellement par un adulte alors qu\u2019elle était mineure.Cet homme, blanc, l\u2019intimidait et la dévalorisait en raison de sa couleur de peau.Il lui a fallu dix ans pour dénoncer ces actes et comprendre leurs effets sur sa santé mentale.Cette agression n\u2019est qu\u2019une partie de toutes celles qu\u2019elle dit avoir subies en tant que femme noire vivant dans un quartier défavorisé.Pour la jeune femme, ce diagnostic a été fait à la va-vite par « une professionnelle qui ne s\u2019est pas questionnée sur la possibilité de violences subies et qui ne connaissait pas les enjeux liés au racisme ».Kharoll-Ann s\u2019est sentie larguée par le système de santé.Malgré tout, elle a avancé avec ce boulet aux pieds, motivée par ses facultés de communication innées et son ambition professionnelle.« Je suis une personne noire.La possibilité de souffrir des actes racistes aurait dû faire partie de l\u2019équation dans mon diagnostic.On pense trop souvent que c\u2019est une parenthèse, alors que cela peut avoir de réels impacts.Je m\u2019en suis sortie grâce à ma capacité de parler, mais qu\u2019est-ce que cela implique pour les jeunes qui n\u2019ont pas cette résilience ?» Après une évaluation de sa douance (haut potentiel) et avec l\u2019aide d\u2019une neuropsychologue, Kharoll-Ann a compris qu\u2019elle était neuroatypique.Son fonctionnement cognitif est différent de la moyenne.« Je ne réfléchis pas de la même façon.J\u2019ai développé une certaine forme d\u2019hypersensibilité.J\u2019ai appris à écrire très tôt, je savais déjà lire en entrant à l\u2019école, j\u2019avais beaucoup de vocabulaire pour mon âge.On me prêtait une maturité plus importante, pourtant j\u2019étais une enfant.Le fait d\u2019avoir compris cela a tout changé.Cela signifie que ce n\u2019était pas de ma faute, que je suis simplement comme ça.» Comme elle, plusieurs personnes issues des communautés ethno- culturelles prennent du temps à parler de leur détresse.Et souvent, elles ne se sentent pas comprises.De plus en plus d'études révèlent que les disparités raciales et ethniques existent dans l'évaluation et le traitement au moment du premier diagnostic de psychose.Selon le Dr Prévost Jantchou, épidémiologiste et enseignant à l\u2019Université de Montréal, des événements, comme les morts de George Floyd à Minneapolis ou Fredy Villanueva à Montréal, peuvent être des déclencheurs majeurs de détresse psychologique nuisibles à l\u2019épanouissement des individus.« On a observé une augmentation de cas d\u2019anxiété et de dépression avec une prévalence chez certains groupes ethniques, et ce, même s\u2019 ils n\u2019étaient pas physiquement dans l\u2019environnement.Les capacités de résilience dont disposent toutes les populations ne sont pas équivalentes.» DARWINDO LEYRES CHIAMAKA-NWOLISA | UNSPLASH 25 itineraire.ca Février 2021 Comment briser le tabou ?Journaliste, responsable des dossiers société par Alexandra Guellil Fama Tounkara et Ernithe Edmond Traumas, croyances, méfiances Dans bien des communautés, on fait fi des signes de détresse.« Les gens ont peur de la stigmatisation et de l\u2019 image qu\u2019 ils renvoient.Ils se pensent forts et n\u2019en parlent pas.Or, démystifier la santé mentale est important.Identifier des référents à qui en parler, aussi », souligne l\u2019enseignant.Régine Tardieu-Bertheau, psychologue-clinicienne au privé, explique que la détresse est souvent associée à la spiritualité et non à des troubles, tels qu\u2019on les explique ici au Québec.Trouver des ressources En 2018, Fama Tounkara et Ernithe Edmond ont créé My Mental Health Matters, une plateforme web visant à déstigmatiser les problèmes de santé mentale.Ces deux amies du secondaire souhaitaient donner plus d\u2019outils aux personnes issues des communautés culturelles.Dans leur quartier de Pointe-aux-Trembles, qu\u2019elles jugent plutôt défavorisé, il n\u2019était pas rare de rencontrer des jeunes qui se questionnaient.Les deux jeunes femmes ont vécu, à des niveaux différents, des périodes d\u2019anxiété.Jongler avec l\u2019école, le travail et les engagements sociaux n\u2019est pas simple d\u2019autant plus quand il faut se protéger des agressions dues à sa couleur de peau, trop ou pas assez foncée.Dans la famille de Fama, d\u2019origine sénégalaise, on assimile les problèmes de santé mentale à un mauvais sort allant parfois jusqu\u2019à dire qu\u2019il faut prier plus, alors que dans celle d\u2019Ernithe, d\u2019origine haïtienne, ils sont assimilés aux démons.À travers leur plateforme, les deux amies vulgarisent, expliquent et proposent des solutions en donnant des outils et une liste de ressources.Et plus important encore : elles s\u2019adressent aux communautés en leur proposant des professionnels et personnalités auxquels elles s'identifient.Rose-Anne St-Paul, coordonnatrice de projet dans le milieu communautaire, est aussi de celles qui proposent des solutions avec le lancement d\u2019Allô Vicky, une ligne d\u2019écoute dédiée aux personnes noires, autochtones et à toutes celles qui ont un accès limité aux services en santé mentale à Montréal.« Cet espace permettra de discuter d\u2019enjeux liés aux discriminations comme à toute autre forme d\u2019oppression, sans oublier les problèmes personnels qui ne peuvent être abordés avec les proches », détaille-t-elle.Si ce concept n\u2019est pas nouveau, il reste qu\u2019il a été précipité par la pandémie et l\u2019isolement qui en découle tout comme les échos du mouvement Black Lives Matter.Gageons qu\u2019il répondra, lui aussi, à des besoins certains.Identifier le problème On estime que les personnes issues des minorités ethnoculturelles sont plus à risque de contracter la COVID-19, notamment en raison de leur forte représentativité dans les professions de la santé.En Angleterre, les personnes noires et asiatiques sont 50 % plus susceptibles de mourir du virus, tandis qu\u2019aux États-Unis, les Noirs en meurent 2,5 fois plus que les Blancs.Le Québec manque de données en la matière.En mai 2020, le directeur de la santé publique du Québec, Horacio Arruda, déclarait aux médias que la province ne prévoyait pas collecter des données raciales sur les cas de COVID-19, jugeant qu\u2019elles étaient « sensibles » et craignant de pratiquer une discrimination.Un mois après, CBC News révélait que les quartiers montréalais les plus diversifiés sur le plan racial étaient les plus durement touchés par la pandémie.C\u2019est pour répondre à ce manque de données que Thierry Lindor, entrepreneur et délégué au G20 et aux Nations Unies, a lancé The Colors of Covid.Cette plateforme collecte des données basées sur l\u2019ethnie, la couleur de peau, le genre ou l\u2019orientation sexuelle.Selon leurs résultats, plus de 56 % des répondants ont vu leur santé mentale affectée par la pandémie.« On ne peut pas combattre ce qu\u2019on ne mesure pas, estime M.Lindor.On a besoin de collecter ces données pour mieux mesurer les effets de la pandémie dans les communautés et altérer sa progression.» Un peu plus de 700 signataires ont rejoint ce projet pilote de collecte en ligne.Il suffit de 90 secondes pour compléter le questionnaire de ce projet pilote.Des tablettes avec un accès hors ligne ont été distribuées dans les banques alimentaires afin de permettre aux personnes n\u2019ayant pas l\u2019internet d\u2019y participer.L\u2019Université McGill, partenaire du projet, a la responsabilité de quantifier les données.« Les couleurs de la COVID nous forcent à nous regarder dans le miroir, à parler des invisibles, à leur donner une voix.La COVID ne voit pas mon accent, ma couleur de peau ou ma religion, mais elle voit la pauvreté.Et la pauvreté, en Amérique du Nord, est souvent brune, avec un accent et une religion différente », conclut M.Lindor.KAROLINE MORALES OKAFOR-ANITA | UNSPLASH De son point de vue, les croyances sont extrêmement puissantes.« Si on en parle, on pense attirer le malheur ou le mauvais sort, donc on n\u2019en parle pas.La honte associée à la maladie mentale est pesante, comme s\u2019 il s\u2019agissait de la mauvaise foi de l\u2019 individu.On pense parfois même qu\u2019 il a dû faire quelque chose pour être puni ou punir toute sa famille.Quand la honte est présente, on n\u2019a pas vraiment envie d\u2019en parler, on préfère la cacher et la mettre de côté.» La méconnaissance autour de la santé mentale est telle que certaines croyances perdurent allant même jusqu\u2019à leur attribuer une couleur de peau.« L\u2019appareil psychique est universel, il n\u2019y a pas une santé mentale de Noirs, de Blancs, d\u2019Arabes ou d\u2019Asiatiques.Les symptômes sont interprétés différemment.La douleur s\u2019exprime de multiples façons et est culturellement codée », clarifie Régine Tardieu-Bertheau.Ces éléments transmis de génération en génération peuvent se défaire.« Lorsqu\u2019on est capable de les accepter, sans les stigmatiser, sans les juger, tout en apportant une autre façon de voir les choses, par exemple celle occidentale, on donne le choix à la personne : continuer à croire ou commencer à apprivoiser une autre façon de voir les choses.» Che Cherrilyn Birchwood, doctorant.e en psychologie, est beaucoup intervenu.e sur le terrain auprès de personnes noires, ou LGBTQ.« J\u2019entends souvent que des personnes ont dû consacrer beaucoup de temps à expliquer leur réalité quotidienne à des professionnels non noirs qui ne la comprenaient pas.Ce qui n\u2019est pas le cas quand l\u2019 intervenant vit les mêmes choses que toi.Au-delà d\u2019un tabou, il y a aussi une méfiance relative à l\u2019 intervention médicale due aux expérimentations réalisées sans consentement à travers l\u2019histoire.Tout cela s\u2019ajoute au fait que l\u2019on nous pense comme un groupe homogène avec des émotions souvent négatives, liées à la colère ou à la tristesse.» 27 itineraire.ca 26 itineraire.ca Février 2021 Février 2021 G R E T T A B L A N K E N S H I P | P I X A B A Y Réel ou virtuel ?Camelot Bernard / de l\u2019Épée par Mathieu Thériault S\u2019il en fallait une autre, l\u2019assaut meurtrier des partisans de Trump le 6 janvier dernier au Capitole à Washington nous a encore fait une troublante démonstration : la frontière entre le monde virtuel et le monde réel est de plus en plus poreuse, pour ne pas dire inexistante.Et la « nouvelle normalité » de la vie en pandémie depuis les 10 derniers mois nous le prouve encore chaque jour : jamais internet n\u2019aura été aussi central et fondamental dans nos existences.Pourtant, plus de 95 % de ce qui se passe en ligne est contrôlé par une poignée de multinationales multimilliardaires dont la gestion est pour le moins opaque.Leur principal objectif demeure le profit.Et elles échappent à tout contrôle extérieur.Sans verser dans le complotisme, il y a tout lieu de s\u2019en préoccuper.Confrontés à l\u2019incontournable, les grands réseaux sociaux ont finalement fermé les comptes de Donald Trump, mais aussi celui de dizaines de milliers de fans d\u2019extrême-droite qui le déifient.Il faut dire qu\u2019il n\u2019y avait guère d\u2019autres issues.Depuis l\u2019élection de novembre, Twitter s\u2019était jusque-là limité à mettre un avertissement générique à la fin des messages de Trump pour rappeler que leur contenu était de nature discutable.Sauf que chaque jour, 88 millions de personnes pouvaient s\u2019abreuver en continu des délires du clown en chef.Une troublante minorité Bien sûr, ces 88 millions d\u2019abonnés ne prenaient pas tous pour argent comptant tout ce qu\u2019éructait Donald Trump.Sauf qu\u2019une troublante minorité \u2013 plutôt difficile à chiffrer \u2013 ne voyait le monde qu\u2019à travers son seul regard.Dans leur délire, ils se sont convaincus que les États-Unis au grand complet sont dirigés en secret par une clique de communistes cannibales et pédophiles qui vouent un culte à Satan, tout en étant téléguidés par la Chine.On pourrait être porté à en rire.Mais lorsqu\u2019une légion de tarés fanatiques se croient justifiés de prendre les armes, de tuer des gens et des politiciens et de s\u2019en prendre militairement au symbole le plus puissant du monde libre, il n\u2019y a vraiment plus rien de comique.Il en va de même de toutes les théories du complot qui circulent sur la COVID-19 et qui causent une pression énorme sur le système de santé et celles et ceux qui le tiennent à bout de bras.Bien sûr la liberté d\u2019expression demeure primordiale.Et je ne suis pas de ceux qui voudraient que le gouvernement censure tous les discours déviants.La boîte de Pandore Sauf qu\u2019en tolérant aussi longtemps toute une ribambelle de sites propageant la haine, la désinformation et le mensonge - parce qu\u2019il y a de l\u2019argent à y faire - je crois que les géants du web ont ouvert une boîte de pandore qu\u2019il ne sera plus possible de refermer.Sur cela et sur bien d\u2019autres choses, ils ont un sérieux examen de conscience à faire.MIKE T H E I L E R | R E U T E R S On ne peut pas, pendant des années, traiter à égalité des sites journalistiques ou scientifiques sérieux et crédibles et d\u2019autres qui prétendent n\u2019importe quoi sans avoir à en payer n jour le prix.Les événements du Capitole viennent nous le rappeler.Car soyons sérieux, les millions d\u2019irréductibles \u2013 qui suivaient Trump les yeux fermés \u2013 ne vont pas tous soudainement se réveiller comme d\u2019un cauchemar et se remettent à s\u2019informer auprès des médias « fake news » qu\u2019ils conspuent depuis des années.Ils vont seulement migrer \u2013 et cela est déjà commencé \u2013 vers d\u2019autres plateformes et d\u2019autres s ites encore plus à droite et encore plus délirants.Et les fameux algorithmes des Facebook et compagnie continueront de faire en sorte qu\u2019ils s\u2019inventent une réalité alternative dans laquelle ces gens sont confortés.BENJAMIN BURGESS | STREET SENSE MEDIA JULIEN GAUD | UNSPLASH 28 itineraire.ca Février 2021 Quand je suis stressée, il faut que je me parle : « Anne-Marie, contrôle-toi.» SI ça ne passe pas, je m\u2019habille, je mets mon MP3 et je vais prendre une bonne marche dans le parc en face de chez moi.De l\u2019air, de la lecture et de la musique ! Ça m\u2019aide vraiment beaucoup.Et le plus important pour gérer le stress et les émotions, c\u2019est de respirer par le nez.ANNE MARIE WISEMAN CAMELOT MONT-ROYAL / FABRE Je suis plutôt de nature calme, alors c\u2019est assez simple.Mais quand j\u2019ai besoin de retrouver mon calme, je passe du temps en nature.Je vais marcher dans le parc de l\u2019Île-de-la-Visitation, comme j\u2019habite juste à côté.Sinon, j\u2019appelle mes amis.Je peux aussi végéter devant la télé.KEVEN MAGNAN CAMELOT PROVIGO HENRI BOURASSA / MARTIGNY Il y a deux stress.Le bon et le mauvais.Moi, quand je suis stressé, j\u2019essaye de relativiser.Je me dis qu\u2019il faut prendre les choses comme elles viennent et que ça passera.Je souhaite aux camelots et à l\u2019équipe de L\u2019Itinéraire et à tout le monde que tout revienne à la normale.Disons-nous que ça ira mieux demain.GILLES BELANGER CAMELOT COMPLEXE GUY-FAVREAU J\u2019ai diverses façons de me calmer : prendre une marche, faire des exercices de respiration, méditer\u2026 Mais l\u2019important c\u2019est vraiment de s\u2019aérer pour changer le mal de place.Et surtout éviter de boire ou de consommer.Ça ne sert absolument à rien ! Ça, c\u2019est mieux de le faire dans des moments plaisants.HUGO THERRIEN CAMELOT METRO VIAU L\u2019endroit où j\u2019ai le plus de difficultés, c\u2019est dans l\u2019autobus ou dans le métro.La gorge me serre\u2026 J\u2019ai l\u2019impression que tout le monde me regarde.Alors je fais des techniques de respiration.Ça ne marche pas toujours, mais tranquillement, je sens que ça s\u2019atténue.ROBERT PATENAUDE CAMELOT PROVIGO LAURENDEAU / DE BIENCOURT Moi, j\u2019ai un méchant caractère, comme on dit.Et quand j\u2019pogne les nerfs, je me retourne et je pars.Pour me calmer, je vends des L\u2019Itinéraire et je me concentre dessus.Je viens de Portneuf et plus jeune, je faisais du Ski-Doo, de la raquette ; ça me faisait du bien.RONALD CINQ-MARS CAMELOT PHARMAPRIX ONTARIO / CHAMPLAIN Mon truc, c\u2019est le yoga.Je fais ça à la maison en suivant une émission de télé de 25 minutes.J\u2019ai commencé parce que j\u2019avais des maux de dos.Je sens vraiment une différence au niveau de mon dos, mais aussi de mon énergie.Ça m\u2019aide pour le stress parce que j\u2019apprends à respirer et à chasser le négatif.KARINE LIZOTTE CAMELOT MÉTRO FLEURY 31 itineraire.ca 30 itineraire.ca Février 2021 Février 2021 La présente pandémie met notre réseau de la santé sous pression.Les urgences et les soins intensifs débordent.On en arrive donc à devoir faire des choix, à « trier » les malades.C\u2019est-à-dire de prioriser les personnes qui ont plus besoin que d\u2019autres de soins, ayant davantage d\u2019espoir de guérison que d\u2019autres, à cause de leur âge ou de leur état de santé.Ce faisant, la question sous-jacente est : quels coûts, quelles ressources sommes-nous en mesure de dépenser pour telle ou telle personne ?Les ressources sont limitées On s\u2019émeut, à raison, de ces procédures qui pourraient être déployées (elles le sont probablement déjà) pour prioriser certains malades dans les hôpitaux, les urgences et les soins intensifs en particulier, qui commencent à être débordés.Qui prioriser : moi qui ai 50 ans, ma voisine de 95 ans à la retraite, un jeune de 15 ans, un scientifique ou un génie littéraire ?La question sous-entendue qu\u2019on n\u2019ose pas poser par pudeur morale est : y a-t-il une valeur économique à la vie humaine ?Est-elle différente selon qu\u2019elle soit celle d\u2019un.e jeune productif pour la société ou celle d\u2019un homme ou d\u2019une femme au soir de sa vie, ou encore d\u2019une personne lourdement handicapée ?Imaginons que les cinq personnages dont il est question ici ont tous une maladie mortelle, mais qu\u2019un traitement médical puisse leur donner un sursis de vie de cinq ans pour un coût de 4 milliards $, soit, en gros, 10 % du budget de la santé au Québec ; si on soigne les cinq, on gobe la moitié du budget de la santé.Deux questions se posent : (a) est-il juste de prioriser une de ces cinq personnes, par exemple de ne pas soigner ma voisine parce que L\u2019argent peut tout acheter, dit-on.Ou plus précisément : tout peut se ramener à une valeur monétaire.L\u2019eau pure d\u2019une source en Abitibi a un prix sur le marché.Vous trouvez du thé des bois ou de l\u2019aulne crispé en camping ?Fort probable que vous trouviez quelqu\u2019un qui souhaite vous les acheter et qu\u2019un prix en soit déterminé.Mais votre vie a-t-elle une valeur en dollars ?Combien valez-vous ?de toutes les manières elle est en fin de vie.Quid du génie littéraire qui aurait son âge, mais pourrait écrire une œuvre magistrale avant de mourir ?(b) Est-il juste de n\u2019en sauver qu\u2019une, puisque, les ressources étant limitées, on priverait des dizaines de milliers de malades aux conditions moins graves ?Votre mère, votre frère, votre enfant ?Des choix moraux Mon exemple est absurde et extrême.Mais il illustre les décisions que doit prendre le personnel de la santé tous les jours.C\u2019est la raison pour laquelle la philosophie économique est importante.Parce qu\u2019il n\u2019y a pas de réponse écrite d\u2019avance à ces questions.En revanche, nous avons le devoir de nous les poser et de ne pas nous braquer contre celles qui nous rebutent.Il est vain de hurler au scandale contre le gouvernement de la CAQ en l\u2019occurrence, car ces questions, on se les pose tous les jours, et pas que dans le domaine de la santé.Pour une raison bien simple : les ressources sont limitées.Il y a au Québec environ 1000 lits en soins intensifs.Vous avez bien lu : MILLE lits.Il y a 8,5 millions de Québécois.Mille lits pour 8,5 millions de personnes.Cette logique s\u2019applique à toutes nos décisions personnelles et collectives.À l\u2019épicerie, nous ne pouvons pas acheter tout ce que nous désirons, nous devons faire des choix sous la contrainte de notre budget.Il en va malheureusement de même de nos choix collectifs.C\u2019est la raison pour laquelle, paradoxalement, ils ne doivent pas être le résultat d\u2019un bête calcul, mais le fruit d\u2019une discussion publique, basée sur des principes moraux parfois déchirants et insolubles.33 ?n° 153 ?Joannie Veilleux ?organisatrice communautaire RAPSIM et Sandra Wesley ?Directrice générale Chez Stella des restrictions qui les rendent inadaptés, voire inutiles pour plusieurs femmes, personnes trans et travailleuses du sexe.Ainsi, faute d\u2019avoir accès à un refuge adéquat et ne pouvant être visibles après 20 h, ces femmes doivent trouver des alternatives qui peuvent les rendre susceptibles de vivre de la violence.Notamment se réfugier dans des squats isolés, coucher chez une personne à qui elles font plus ou moins confiance, trouver un endroit caché dans la rue, etc.De plus, les rues désertes ont comme effet d\u2019isoler et de vulnérabiliser encore davantage les femmes.Par ailleurs, les membres du RAPSIM ont recensé plus de cas d\u2019agressions sexuelles et physiques à l\u2019endroit des femmes lors du confinement du printemps.Nous craignons encore cela avec le couvre-feu.Les agresseurs savent comment les mesures liées à la COVID affectent les femmes en situation d\u2019itinérance et peuvent y voir une opportunité d\u2019exploiter les vulnérabilités.De plus, la pandémie et le confinement ne mettent pas de pause sur la violence conjugale.Les femmes qui vivent des situations de violences développent différentes stratégies pour se protéger.Parmi celles-ci, prendre une longue marche ou traîner dehors en attendant que la situation se calme.Le couvre-feu force donc ces femmes à calculer le risque de sortir versus le risque de rester à l\u2019intérieur.Pour plusieurs femmes en situation d\u2019itinérance, les policiers représentent davantage une source de violence que de sécurité et les raisons de craindre d\u2019être interpellées par la police sont nombreuses.Notamment être criminalisée pour consommation de drogue ou travail du sexe, avoir été victime de violence policière dans le passé, être sans statut, avoir un mandat d\u2019arrestation, etc.Nous craignons qu\u2019à cause du couvre-feu elles se sentent prisonnières du lieu où elles se trouvent et vivent davantage de violence.La réponse aux risques sanitaires de la COVID-19 ne doit pas se faire au prix du droit à la sécurité des femmes déjà marginalisées.Le couvre-feu aura eu un impact néfaste sur les stratégies de leur survie et nous entrevoyons également des risques réels d\u2019une augmentation des surdoses et de la pauvreté des femmes.Ces enjeux de santé publique devraient également être pris en compte dans la mise en place d\u2019une telle mesure.*** SOS violence conjugale : 1-800-363-9010 *** Avertissement : sujet sensible qui porte sur la violence conjugale et sexuelle.Une itinérance qui se vit au-delà de la rue Il est facile de croire qu\u2019il y a moins de femmes que d\u2019hommes en situation d\u2019itinérance à Montréal.Après tout, moins de femmes sont visibles dans les rues et moins de femmes fréquentent les grandes ressources d\u2019urgence mixtes.Cette impression est fortement faussée par le fait que l\u2019itinérance des femmes est plus souvent marquée par son caractère caché.C\u2019est-à-dire qu\u2019elles n\u2019ont pas de chez-soi convenable et sécuritaire.Par exemple, elles font du couchsurfing, dorment dans leur voiture, errent ou se réfugient dans les cafés ouverts 24 h pour la nuit.Les femmes vont ainsi développer des stratégies pour éviter la rue.De plus, elles ont recours aux services dans une moindre mesure notamment parce que la majorité des ressources ne sont pas adaptées à leurs besoins et, lorqu\u2019elles le sont, elles débordent, et ce, depuis plusieurs années.Il est grand temps de mettre un terme à l\u2019invi- sibilisation de l\u2019itinérance des femmes.Il est temps de parler de leurs besoins spécifiques et d\u2019accorder les ressources nécessaires pour répondre à ces besoins.Dans cette perspective, mettons en lumière certains enjeux spécifiques qu\u2019elle vivent en ces temps de pandémie.Quand la COVID n\u2019est pas la plus grande menace Certes, la pandémie est à prendre avec sérieux, ses conséquences sont réelles et graves, particulièrement pour les femmes avec des problèmes de santé.Pour les personnes en situation d\u2019itinérance, les menaces sont multiples et quotidiennes.Depuis ce printemps, la COVID-19 s\u2019ajoute à la liste, en plus maintenant du couvre-feu.Pour les femmes particulièrement, nous craignons que les mesures sanitaires aient des conséquences incalculables sur la violence vécue et la précarité économique.Lors de l\u2019annonce du couvre-feu, le premier ministre Legault s\u2019est empressé de dire que les personnes en situation d\u2019itinérance y seraient aussi soumises et seraient forcées vers des refuges par les policiers.Le sujet était clos.Même si les refuges avaient la capacité d\u2019accueillir toutes les personnes, ce qui n\u2019est pas le cas, la majorité d\u2019entre eux sont hostiles et ont Quand la COVID-19 n\u2019est pas la seule menace : L\u2019impact du couvre-feu pour les femmes en situation d\u2019itinérance 1er février 2021 Chronique payée ÉCONOMISTE INDÉPENDANT Les propos exprimés dans cette chronique n'engagent que les auteurs.itineraire.ca Février 2021 Propos recueillis par Josée Panet-Raymond PHOTOS DE RÉGENT MALTAIS MAKE AMERICA GREAT AGAIN ?Jusqu\u2019à ce que la pandémie l\u2019en empêche, Régent Maltais, 68 ans, faisait, depuis plusieurs années, des road trips dans le Sud-Ouest américain.Au cours de ses pérégrinations, il a été choqué par les écarts de conditions de vie de nos voisins du Sud.« C\u2019est insensé que dans le pays le plus riche du monde, il y ait autant de misère et autant de gens qui vivent dans la rue ! » S\u2019il est particulièrement sensible à leur sort, c\u2019est que Régent Maltais a connu des épreuves qui ont aiguisé sa sensibilité.« J\u2019ai déjà mené un gros train de vie.J\u2019étais un entrepreneur très en vue ; j\u2019ai fait construire une centaine de condos sur le Plateau, à Montréal.J\u2019avais la Mercedes, le logement luxueux, le standing.Puis, j\u2019ai tout perdu à cause d\u2019un problème de jeu », explique-t-il en toute candeur.Aujourd\u2019hui, l\u2019homme a adopté un mode de vie plus simple et fait « des petits travaux » qui lui ont permis de poursuivre ses voyages dans les régions désertiques du sud de la Californie.Mais les itinérants qu\u2019il rencontrait en voyage et avec qui il s\u2019entretenait ont eu tout un impact sur lui.Assez pour en faire un projet photographique.Ainsi armé de son téléphone intelligent pour capter leur portrait, jugeant un appareil photo trop invasif, il a découvert des êtres humains gentils et généreux dans le partage de leur histoire.Des gens qui ont échoué dans la rue, faute de filet social adéquat pour les sauver.Photoreportage.« Je n\u2019ai jamais été aussi heureux.Je n\u2019ai plus les soucis que j\u2019avais lorsque j\u2019étais riche. » Toujours à El Centro en Californie à la frontière du Mexique, cette femme itinérante a, comme bien d\u2019autres dans sa situation, une histoire marquée par la violence conjugale.La rue a été sa seule issue.Son fidèle compagnon, qui jappe à l\u2019approche des étrangers , veille sur sa maîtresse et ses maigres possessions.À El Centro, et encore dans le stationnement d\u2019un Walmart, lui, d\u2019origine mexicaine, passe ses journées avec sa compagne d\u2019infortune qui garde jalousement le peu de possessions à son nom.Je l\u2019ai pris en autostop.Il faisait froid et il était mal habillé pour le climat.Il rentrait chez lui, dans un petit village où il était sans-abri.Comme quoi l\u2019itinérance, ce n\u2019est pas que dans les grandes villes.Et c\u2019est moins dangereux aussi.Dans ce stationnement d\u2019un Walmart à Prescott en Arizona, cet homme vivait dans sa van depuis un an et demi.C\u2019est un ancien cuisinier qui a subi des blessures aux jambes.Il ne pouvait pas rester debout plus de 10 minutes.Sa maigre indemnisation de 900 $ par mois le forçait à choisir entre payer un loyer, manger ou vivre dans sa camionnette.itineraire.ca itineraire.ca Février 2021 Février 2021 37 36 Je conduisais sur une route de campagne dans le Kentucky quand j\u2019ai aperçu Terry Gardner, 57 ans, recouvert d\u2019un sac de plastique pour se protéger de la pluie.Il rentrait chez lui au Tennessee quand sa bagnole a rendu l\u2019âme.Le garagiste ne lui a rien donné pour sa voiture dont il venait de faire le plein.Sans le sou, il a décidé de faire les 700 km de trajet\u2026 à pied.Catherine, 34 ans, s\u2019exprimait dans un anglais impeccable.On aurait dit une universitaire.Elle avait fui un conjoint violent.Elle marchait seule dans le désert californien à longueur de journée.Elle ne m\u2019a rien demandé, sauf du baume pour ses lèvres desséchées par le vent et le froid du désert.Très loquace, elle ne voulait pas que je parte.« Y\u2019a jamais personne qui me parle. » Rencontré ce vétéran en Arizona.Pas facile de vivre avec une pension de 800 $ par mois.Cet homme, rencontré à Holtville, Californie, venait du Missouri.Il était très sympathique.Son bâton lui servait autant pour la marche que pour se défendre, selon lui.L\u2019histoire ne dit pas s\u2019il en a eu besoin pour se protéger.38 itineraire.ca Février 2021 39 Février 2021 itineraire.ca La lueur n\u2019est pas loin Ne jamais abandonner est la seule chose qui me fait avancer, ici, au Canada.J\u2019ai traversé un enchaînement de tourments, mais le « sailor » en moi m\u2019a inspiré à aller de l\u2019avant.Il m\u2019arrivait parfois de me demander : « Pourquoi rester ici ?Quel est mon but ?» Mais ces doutes, ces questionnements n\u2019ont pas eu d\u2019influence sur moi.J\u2019ai continué mon chemin malgré tout, ce n\u2019était pas le paradis sur terre auquel j\u2019avais rêvé avant de venir au Canada, mais pour être honnête, j\u2019ai maintenant une bonne situation et c\u2019est une belle fin aux longues années de tourments passées.En Algérie, je n\u2019ai pas eu tellement de chance au sein de ma communauté.Alors ici, j\u2019ai fait un pacte avec moi-même, celui de trouver seul mon chemin.J\u2019ai décidé de m\u2019en sortir, seul, loin de l\u2019aide de ma société natale.L\u2019avantage est que ça m\u2019a donné l\u2019occasion de trouver des solutions pour moi- même, de me solidifier et d\u2019être fort.J\u2019ai également bien été guidé par mes émotions tout au long de mon périple.Avant, j\u2019étais très émotif.J\u2019accordais beaucoup de crédit à mon impulsivité.À présent, je parviens à comprendre mes émotions et à les gérer en fonction des gens et des circonstances.Et si j\u2019ai encore quelques difficultés à les contrôler dans les pires situations, j\u2019y arrive plutôt bien dans des situations moindres.Je pense que nous devons être reconnaissants de ce que l\u2019on a.Un ami m\u2019a déjà dit : lorsque je me réveille chaque matin, je suis heureux parce que je suis encore en vie.Nous possédons beaucoup plus de belles choses que ce que nous arrivons à voir.Enfin ! J\u2019ai vécu 10 ans de misère et de torture mentale avant qu\u2019on ne trouve \u2014 enfin \u2014 le bon traitement pour mes troubles de santé mentale.Ça n\u2019a pas été facile.Lorsque j\u2019ai consulté pour la première fois, un médecin m\u2019a soignée pour une dépression.Mais ça n\u2019a pas fonctionné.Six mois plus tard, j\u2019ai rencontré un psychiatre qui a changé ma médication.Il m\u2019a dit probablement bipolaire et m\u2019a soigné pour cela.Pendant presque trois ans, j\u2019ai eu le sentiment de vivre sur un nuage.Toute la vie semblait n\u2019avoir aucune conséquence, alors je pouvais faire tout ce que je voulais, jusqu\u2019à ce que j\u2019en arrive à blesser quelqu\u2019un.J\u2019en ai parlé avec mon psy, et il m\u2019a dit qu\u2019on devait changer encore de formule pour que je puisse mieux fonctionner.On a remplacé l\u2019une de mes pilules et, deux mois plus tard, j'ai retrouvé un équilibre.J\u2019avais de nouveau la maîtrise de mes émotions, mes pensées ne roulaient plus à 100 miles à l\u2019heure.Mes idées s\u2019enchaînaient normalement, j\u2019arrivai à commencer un projet et à le terminer.Mon psy m\u2019expliqua que j\u2019avais un trouble de personnalité limite avec dépression et anxiété.Pendant l\u2019ajustement de ma médication, je sortais seulement pour mes besoins essentiels, et ce, en compagnie d\u2019une amie.J\u2019ai eu le moral saboté pendant 10 ans.Je ne fréquentais pas grand monde parce que je ne me faisais pas confiance.Je n\u2019arrivais même pas à capter mes propres idées.Alors avoir une médication ajustée aujourd\u2019hui fait toute la différence.Car depuis cinq ans, mon état est stable ; ça fait trois ans que j\u2019occupe mon poste à L\u2019Itinéraire et tous les essais-erreurs et misères vécues pour en arriver là où j\u2019en suis aujourd\u2019hui en ont valu la peine.LYNN CHAMPAGNE CAMELOT ET PRÉPOSÉE À LA CUISINE SAMIR HALAIMIA CAMELOT MÉTRO LAURIER CHRISTIAN TARTE CAMELOT BEAUBIEN / 28E JEAN-COUTU Fou ?Pas vraiment ! J\u2019ai déjà travaillé pour une compagnie en entretien ménager qui réinsérait en milieu de travail des personnes avec des problèmes de santé mentale.Je n\u2019avais alors aucune expérience en la matière et qui plus est, je ne me rappelais même plus que j\u2019avais envoyé mon CV à cette entreprise.Le travail consistait à superviser cinq employés ayant des troubles psychiatriques variés : schizophrénie, bipolarité, etc.Après deux semaines de formation où je me demandais tous les jours : « mais qu\u2019est-ce que je fais dans cette galère ! » (à l\u2019époque, ma perception des personnes en prise avec des troubles de santé mentale était toute autre.Disons que j\u2019avais certains préjugés), me voilà seul avec cette bande de joyeux drilles.La première semaine en fut une où l\u2019on s\u2019apprivoisait.Ce n\u2019était pas évident.J\u2019ai même failli abandonner.Mais le choc passé, je fus agréablement surpris de les voir œuvrer.Car contrairement à ce que l\u2019on peut penser, ces gens sont comme vous et moi.Dire que j\u2019ai eu du plaisir à travailler avec eux est un euphémisme.Oui, il y\u2019a eu quelques soirées assez « rock\u2019n\u2019roll », mais bon, on m\u2019avait averti.Et comble de bonheur, ces personnes n\u2019avaient à peu près aucun filtre.Tant mieux pour moi qui aime l\u2019humour noir.Chacun, à sa manière, avait une personnalité très attachante.Malheureusement après cinq ans nous avons perdu le contrat où l\u2019on travaillait.La dernière soirée fut d\u2019une grande tristesse.J\u2019aurais tellement aimé continuer avec eux.Franchement, quelle belle expérience ! Ça a complètement changé ma vision de la santé mentale.Mon père était cuisinier sur les trains du Canadien Pacifique.Il partait quelques jours et revenait quelques jours.Les oncles, les tantes et les amis venaient souvent nous rendre visite.Nous étions une famille chaleureuse qui vivait en harmonie.On ne manquait de rien.Une nuit ma mère se lève ayant entendu les pleurs de Jean-Guy âgé de 17 mois.Aussitôt, elle réveille mon père et lui dit, « Tony, le p\u2019tit est malade, il faut aller à l\u2019hôpital ».Il lui répond « on ira demain matin y\u2019é faite fort ».Il mourra cette nuit-là, avant l\u2019aube, d\u2019une méningite.Peu de temps après, je suis venu au monde.Je serai le sixième enfant d\u2019une fratrie qui en comptera plus tard onze.J\u2019étais surprotégé d\u2019après les dires de ma mère.Probablement à cause de la terrible expérience que mon père et elle avaient vécue.Je me souviens que l\u2019on était souvent ensemble, mon père et moi.On s\u2019entendait bien l\u2019un et l\u2019autre.Il m\u2019avait acheté un chien, que l\u2019on avait nommé Fido.Ensemble, on a construit la niche du chien.Je n\u2019ai jamais touché à la scie, par contre j\u2019ai au moins cogné un clou, qui ne s\u2019enfonça pas totalement, mais j\u2019étais là.Mon père était un intellectuel, il lisait La Presse d\u2019un bout à l\u2019autre.Mais aussi un manuel, il adorait bricoler dans son hangar.Je me souviens d\u2019être assis sur ses épaules pendant qu\u2019il nous confectionnait des jouets pour Noël.Je remarque la sueur qui perle sur son visage.Un cancer des poumons l\u2019avait frappé.Il avait une sainte horreur des hôpitaux, il refusait de se faire soigner.Un jour, ma sœur aînée va retrouver mon père au hangar, alors que ma mère nous avait avertis de ne pas le déranger.Elle lui dit « Pa, Yvon n\u2019arrête pas de donner des coups de pieds sur notre château de sable ! ».Il sort en trombe et me court après, m\u2019attrape et me plaque au sol.Il me serre la gorge, ce qui laissera des ecchymoses.Probablement que la souffrance de son cancer avait altéré sa patience.Jamais, il n\u2019avait frappé un de ses enfants, même pas une tape.Les souvenirs d\u2019enfance que je vous raconte vont probablement résonner chez quelques-uns d\u2019entre vous.Ma mère était intervenue rapidement et m\u2019a conduit à l\u2019hôpital, pour vérifier qu\u2019il n\u2019y a pas eu de graves conséquences.Par la suite, elle ira voir le curé de la paroisse, pour lui raconter ce qui c\u2019était passé.Mon père sera interné à Saint-Charles-Borromée pour des problèmes de santé mentale.Je l\u2019ai perdu de vue à l\u2019âge de cinq ans.Il y passera environ un an et demi, puis on le transférera à l`hôpital Saint-Luc.Son cancer s\u2019était généralisé.Il demanda à ma mère s\u2019il pouvait me voir et elle acquiesça à sa demande.Lorsqu\u2019il m\u2019aperçut, réjoui, il m\u2019appela par le surnom qu\u2019il m\u2019avait donné « Salut Savon ! Mon p\u2019tit avocat sans cause ».Ça été la dernière fois que je l\u2019ai vu.La vie de ma mère et de ses enfants venait de basculer.Avec une maigre assurance qui ne durera pas longtemps pour subvenir aux besoins de sa famille, elle sera obligée de se trouver un emploi.En l\u2019absence d\u2019un père et avec une mère peu présente, la famille sera quelque peu dysfonc- tionnelle.On réussira quand même à s\u2019intégrer à la société, grâce à nos valeurs et notre débrouillardise.Un héritage de nos parents.Aujourd\u2019hui, je dirais à mon père : « Pa ! Ton p\u2019tit avocat sans cause, en a une aujourd\u2019hui : L\u2019Itinéraire ».Tu m\u2019as énormément manqué.Savon Camelot ch.Côte des Neiges entre J.-Brillant et Queen Mary par Yvon Massicotte Le petit Yvon, en famille, dans les bras de sa mère.41 itineraire.ca 40 itineraire.ca Février 2021 Février 2021 Humoriste Marie-Ève Saucier Just Dance Sur une échelle de 1 à Gino Chouinard, je donne à ma santé mentale la note de 9, soit l\u2019équivalent de celle d\u2019une coach de vie en début de carrière.La joie de vivre ne pousse pas dans les arbres.Ça se cultive et s\u2019entretient.Chaque jour, surtout en temps de pandémie, je fais des efforts pour garder le moral, car les risques que je pogne un down sont omniprésents.Il faut trouver des astuces pour éviter de péter un plomb et finir en position fœtale dans son garde-manger en pensant qu\u2019on est en train de faire son épicerie au Radio Shack.Et ça, je l\u2019ai compris durant le premier confinement, quand mon chum a acheté des harmonicas pour les enfants.Deux enfants en bas âge qui jouent de cet instrument du diable, ça sonne comme une chanson de Yoko Ono blastée à plein volume dans des vieux speakers pétés.Après plusieurs essais-erreur (faire des Sudokus toute nue, dessiner sur les murs avec mon sang, construire une statue grandeur nature du Doc Mailloux avec des biscuits pour chien), j\u2019ai trouvé la solution à tous mes maux : Just Dance, le jeu vidéo Just Dance, c\u2019est un jeu vidéo où on copie les mouvements de danseurs dans le but d\u2019amasser un maximum de points, tout en perdant la totalité de sa dignité.En plus de jouer pour le plaisir, il est possible de se mesurer à des joueurs de tous les pays du monde dans le cadre de tournois en ligne.Fait amusant : je suis la meilleure Canadienne des tournois en ligne de Just Dance.Ça a l\u2019air niaiseux, mais ça paraît ben dans un CV, c\u2019te belle information-là.Depuis le premier confinement, je danse tel un ange suintant qui a manqué d\u2019air à la naissance.Je danse, je sacre et je ne m\u2019arrête que lorsque mon chum me menace de refaire sa vie avec une femme trop vieille pour danser.Just Dance, c\u2019est mon monde secret.Ma double vie.Dans ma vie normale, je suis Marie-Ève Saucier, la mère de 41 ans qui a une semi-job et un ventre tout sauf plat ; mais dans les tournois Just Dance, je suis SacDePisse, la danseuse au poids santé qui ne fait qu\u2019une bouchée des adolescents en forme, d\u2019un océan à l\u2019autre, bébé.Just Dance, c\u2019est une communauté.J\u2019ai des alliés et surtout, un ennemi : Fart Dust, un joueur intrigant des États-Unis dont j\u2019ignore absolument tout, à part qu\u2019il me bat toujours par un point.Quand il débarque dans un tournoi, je crie son nom comme si la maison était en feu.Mon chum et mes enfants courent me rejoindre pour me soutenir et surtout, assister à la confrontation SacDePisse VS Poussière de Pet.Peu de familles peuvent dire qu\u2019elles ont solidifié leur union grâce à un gamer nommé Fart Dust.Pour moi, Just Dance, c\u2019est plus qu\u2019un jeu.C\u2019est mon échappatoire, la bouée de sauvetage qu\u2019Ubisoft m\u2019a lancée alors que je me noyais dans les vagues de la pandémie.Tandis que le virus détruit ma carrière de scénariste, mon chum accumule les contrats en construction.J\u2019en suis donc à mon deuxième confinement avec mes deux tout-petits.Pas besoin d\u2019être un parent pour comprendre qu\u2019on m\u2019a tiré tout le jus que j\u2019avais.L\u2019amour d\u2019une mère est sans limites.Je me lancerais devant un autobus conduit par les Frères Tadros pour sauver la vie d\u2019un de mes enfants.Mais ma patience en a, elle, des limites.Just Dance, c\u2019est des p\u2019tits moments à moi.C\u2019est le chargeur de ma pile de parent.Je reprends mon énergie à coups de pas chassés et de twerk semi-assumé.Sans Just Dance, le confinement aurait pu me faire mal virer.J\u2019aurais pu passer mes journées à suivre des Karen sur TikTok en me coupant un toupet.J\u2019aurais pu devenir conspirationniste, me partir une chaîne Youtube qui présente 197 vidéos de moi qui rote sur la même boîte de Cheerios ou, pire encore, j\u2019aurais pu créer un podcast pour jaser de/avec mon vieux linge sale.Mais j\u2019ai choisi de devenir SacDePisse, la maman confinée qui danse sa vie avec toute la fougue, toute la joie et tout le ridicule du monde dans le cœur.Non, la joie de vivre ne pousse pas dans les arbres.Ça se cultive et s\u2019entretient.La joie de vivre se trouve en nous, dans des endroits et dans des formes surprenantes.C\u2019est une championne canadienne qui vous le dit.43 itineraire.ca Février 2021 SIO U CA ME LOT MO NT- RO YAL / F ULL UM BD publicité Pouvez-vous trouver les sept différences dans cette photo de notre photographe bénévole Mario Alberto Reyes Zamora ?Bonne chance ! Grille numéro : 72659 6 7 8 5 9 3 9 2 4 1 5 8 2 3 4 7 4 2 3 1 6 7 4 6 2 1 8 3 2 4 9 8 7 1 Placez un chiffre de 1 à 9 dans chaque case vide.Chaque ligne, chaque colonne et chaque boîte 3x3 délimitée par un trait plus épais doivent contenir tous les chiffres de 1 à 9.Chaque chiffre apparaît donc une seule fois dans une ligne, dans une colonne et dans une boîte 3x3.Solutions dans le prochain numéro Filtrée Procédure en cas d\u2019urgence Individu qui encaustique Que l\u2019on doit rendre Farine Équipais Étable à cochons Ville de France Poissons au vin Qui a l\u2019apparence de la farine Canal Intermédiaire entre deux isomères Adoucisant Mesure itinéraire chinoise Devine Attacher Pronom Mollusque Tour Onde Récolta Île d\u2019Autriche À toi Expert À elle Iridium Fer Mélusine horizontalement 1.Obscurcirent.2.Pompe.- Instruit.3.Branche.- Entraînant.4.Colère.- Perroquet.- Compagnie ferroviaire.5.Hiérarchie fondée sur le niveau d\u2019instruction.6.Pronom.- Actionnes.- Accompagne Jésus-Christ.7.Attachée.- Enzyme.- Rad.8.Atome.- Astate.- Émotions.9.Étain.- Ainsi soit-il.- Opinion.10.Épiçant.verticalement 1.Exploita au mieux.2.Vase.- Groupes d\u2019atomes.3.Africain.4.Utilise.- Terre entourée d\u2019eau.- Coulée de lave.5.Béryllium.- Symbole.- Copain.6.Condiments.7.Mollusques terrestres.- Théâtre.8.Aire de vent.- Mouvement impétueux.9.Passas à l\u2019eau.- Dialecte chinois.10.Existant.- Erra.11.Auteur de Vénus erotica.- Asiatique.12.Repas.- Manche.Quantièmes Appuyés Ponces Exposeras Toilettes Habituels Balle Souplesse Voyageur Stabilisera Crénelas Neutralité étatique Informa Or Étain Terre entourée d\u2019eau Sèchent Que je rigole Écoulâtes Argon Noir de fumée Erbium Qu\u2019il coupât Infinif Débité Ruisseau Or Parasite Énerva Essaie C U A G S E S U E I N T I A I V S A S O E U R S S T R S E S A A D T E S A R E E R A P S S T A E S R I E I L E E D N T L E A S L A I I C T E A P S S G A E R 7 4 1 6 2 7 8 3 4 9 5 8 4 5 9 2 6 7 3 1 7 3 9 4 5 1 8 6 2 5 9 6 2 1 8 3 4 7 3 1 7 5 6 4 2 8 9 4 2 8 3 9 7 5 1 6 6 7 4 1 3 2 9 5 8 2 5 1 8 4 9 6 7 3 9 8 3 6 7 5 1 2 4 - Janvier 2021 Merci pour tout ! Milton Fernandes détente DONS + CARTES-REPAS TOTAL DE MA CONTRIBUTION : $1 MODE DE PAIEMENT Chèque au nom du Groupe communautaire L\u2019Itinéraire Visa MasterCard Code de vérification de la carte (CVC) : l___l___l___l No de la carte : l___l___l___l___l___l___l___l___l___l___l___l___l___l___l___l___l___l Expiration / (Mois) (Année) Signature du titulaire de la carte Postez votre coupon-réponse au Groupe communautaire L\u2019Itinéraire 2103, rue Sainte-Catherine Est, 3e étage, Montréal (Québec) H2K 2H9 No de charité de l\u2019organisme : 13648 4219 RR0001 JE VEUX M\u2019ABONNER AU MAGAZINE : Je m\u2019abonne pour une période de : 12 mois, 24 numéros (125 $ avec taxes) 6 mois, 12 numéros (65 $ avec taxes) Nom ou No de camelot (s\u2019il y a lieu) : JE FAIS UN DON DE : 40 $ 50 $ 75 $ 100 $ ou $1 JE VEUX ACHETER DES CARTES-REPAS : J\u2019offre cartes-repas à 6 $ chacune = $1 Vous voulez les distribuer vous-même ?Cochez ici : 1 Pour respecter l\u2019écologie et réduire ses frais postaux, L\u2019Itinéraire envoie le reçu d\u2019impôt une seule fois par année, au début de janvier suivant le don.Vous pouvez faire un don directement en ligne sur notre site itineraire.ca IDENTIFICATION Mme M.Nom : Prénom : Adresse : Ville : Code postal : _ _l_ _l_ _ - _ _l_ _l_ _ Courriel : Téléphone : ( ) 514 597-0238, poste 228 \u2022 luc.desjardins@itineraire.ca Pour rejoindre notre service aux donateurs : RECEVOIR, C\u2019EST PAS LA MER À BOIRE ALLEZ VOIR SAVOIR RECEVOIR SUR NOTRE SITE "]
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