L'itinéraire, 1 janvier 2021, mardi 15 juin 2021
[" Volume XXVIII, n?08 Montréal, 15 juin 2021 Participant au Programme Maison Ronde L\u2019arrondissement de Ville-Marie reconnaît l\u2019excellent travail de l\u2019équipe du magazine L\u2019Itinéraire.Taylor Morin Par Josée Panet-Raymond ?Rédactrice en chef CARLA BRAGA Le chemin que Taylor Morin a emprunté pour se rendre à Montréal a été tortueux et semé d\u2019embûches, mais le jeune homme autochtone de l\u2019Alberta semble être enfin arrivé à bon port.Taylor, 23 ans, est né dans la réserve de la nation crie Ermineskin, située à 80 km d\u2019Edmonton.À l\u2019âge de deux ans, les services sociaux l\u2019enlèvent à sa mère biologique, incapable de s\u2019en occuper.Placé dans une famille d\u2019accueil à Mundare, à une heure de route de la réserve, il y vivra son enfance.« Aussi bien dire que j\u2019ai été adopté.J\u2019ai été chanceux, mes parents sont des gens bien », souligne Taylor.Son père adoptif est Métis et sa mère, Blanche.« Ils m\u2019ont gardé en contact avec ma culture, on allait dans des pow-wows et toutes sortes de rassemblements.Je suis content d\u2019avoir pu maintenir un lien avec mon identité autochtone.» Quant à ses parents biologiques, son père s\u2019est retrouvé en prison quand Taylor était tout jeune.« Ma mère, elle, avait de gros problèmes de dépendance et je ne sais pas où elle est à ce jour », se désole-t-il.La famille de Taylor déménagera sur une ferme à Vegreville, où le jeune homme habitera jusqu\u2019à la fin de sa 12e année.Bien qu\u2019il ait obtenu son diplôme d\u2019études secondaires, il avoue avoir eu de la misère à l\u2019école, tant pour les matières que pour le racisme qu\u2019il a subi dans ce milieu à prédominance blanche.Par la suite, il mettra le cap sur Edmonton pour y faire des études en gestion des affaires.« Je n\u2019ai pas aimé ça, alors j\u2019ai lâché.J\u2019avais 19 ans et je me suis mis à me tenir avec la mauvaise \u201c crowd \u201d, des Autochtones qui consommaient beaucoup.J\u2019ai été aspiré dans ce milieu », relate-t-il.S\u2019en suivra des années difficiles où la drogue prendra toute la place.« Je me suis joint à un gang de rue, dans lequel il y avait des membres de ma famille biologique.Ils m\u2019ont dit qu\u2019ils prendraient soin de moi, mais c\u2019était faux », dit-il.Sans domicile fixe, Taylor fait du couchsurfing pendant environ quatre ans.Une bande de motards tente de le recruter, mais méfiant et brûlé par ses expériences passées, il arrive à s\u2019en extirper.Taylor a besoin de sortir de ce milieu.Il met donc le cap sur l\u2019Est du pays.Après avoir traversé la Saskatchewan, le Manitoba et l\u2019Ontario, sur le pouce, le jeune cri échoue à Montréal, et plus particulièrement au square Cabot en 2020.« On y servait des sandwiches sous la tente.Là, j\u2019ai été mis en contact avec l\u2019organisme Résilience, puis j\u2019ai trouvé refuge à la Mission Bon Accueil.Je suis enfin devenu sobre.» On le mettra aussi en contact avec un aîné, un « guérisseur », qui lui fait encore aujourd\u2019hui grand bien.Depuis, Taylor vit en appartement avec son coloc Tim, lui aussi Autochtone, sobre et sorti de l\u2019itinérance comme lui.« Mon guérisseur m\u2019a guidé vers le programme Maison ronde et bientôt après plein d\u2019ateliers et de formations, je commencerai à travailler au Café de la Maison ronde.Je suis nerveux », avoue-t-il.Mais après avoir réussi à surmonter toutes ces épreuves, il y a fort à parier que Taylor, désormais sur la bonne voie, réussira.Toute l\u2019équipe de L\u2019Itinéraire et de la Maison ronde est derrière lui.Tous les jours sur radio-canada.ca/espaces-autochtones Expliquer les réalités.Comprendre les enjeux.Bâtir des ponts.RC_EspaceAutochtone_Magazine_Itine?raire_PleinePage.indd 1 ?2021-06-02 9:20 AM LUC DESJARDINS Directeur général et éditeur RÉDACTION JOSÉE PANET-RAYMOND Éditrice adjointe et rédactrice en chef ALEXANDRA GUELLIL Journaliste responsable société LAURENT SOUMIS Journaliste-accompagnateur KARINE BÉNÉZET Journaliste responsable de la formation des participants CARLA BRAGA Création visuelle ALEXANDRE DUGUAY Gestionnaire de communauté IANIK MARCIL Collaborateur CHRISTINE BARBEAU, ANITA BARSETTI, MARIE BRION, DANIELA ARANIBAR Bénévoles à la rédaction PAUL ARSENAULT et LUCIE LAPORTE Bénévoles à la révision Photo de la une JUSTINE LATOUR ADMINISTRATION ESTELA SOLORZANO Responsable de la comptabilité MARCELA CHAVES Adjointe comptable \u2013 Commis au dépot NANCY TRÉPANIER Adjointe administrative PASCALE PLANET Développement philanthropique \u2013 Médias sociaux DÉVELOPPEMENT SOCIAL CHARLES-ÉRIC LAVERY Chef du développement et de l\u2019impact social ISABELLE LACHARITÉ et THOMAS WAYLAND Intervenants psychosociaux PIERRE TOUGAS Responsable du Café VANESSA TREMBLAY Chargée de projets \u2013 Distribution PROGRAMME MAISON RONDE MARILOU MAISONNEUVE Chargée de projets NATANAËL BÉGIN-PAUL DENIS DI TOMASSO Coordonnatrice/coordonnateur à la formation des participants MAUREEN DUMANS JEANNE MARION Intervenantes CONSEIL D\u2019ADMINISTRATION Présidente JESSICA MAJOR - Davies Ward Phillips & Vineberg S.E.N.C.R.L./ s.r.Trésorier NICK KAMINARIS - Nuvei Vice-président YVON MASSICOTTE - Camelot de L\u2019Itinéraire Administrateurs MIVILLE TREMBLAY EMNA BRAHAM SOPHIE RONDEAU - Avocate et doctorante en droit JEAN-CLAUDE NAULT - Camelot de L\u2019Itinéraire JEAN-PAUL LEBEL - Camelot de L\u2019Itinéraire DANIEL PRINCE - Représentant des camelots RÉDACTION ET ADMINISTRATION 2103, rue Sainte-Catherine Est Montréal (Qc) H2K 2H9 LE CAFÉ L\u2019ITINÉRAIRE 2101, rue Sainte-Catherine Est Téléphone : 514 597-0238 Télécopieur : 514 597-1544 Site : www.itineraire.ca ISSN -1481-3572 Numéro de charité : 13648 4219 RR0001 Dépôt légal Bibliothèque et Archives nationales du Québec Bibliothèque de l\u2019Assemblée nationale du Québec PARTENAIRES MAJEURS L\u2019Itinéraire EST MEMBRE DE Interaction du quartier Community Council Peter-McGill Le journal L\u2019Itinéraire a été créé en 1992 par Pierrette Desrosiers, Denise English, François Thivierge et Michèle Wilson.À cette époque, il était destiné aux gens en difÏculté et offert gratuitement dans les services d\u2019aide et les maisons de chambres.Depuis mai 1994, le journal de rue est vendu régulièrement par les camelots.Aujourd\u2019hui le magazine bimensuel est produit par l\u2019équipe de la rédaction et plus de 50 % du contenu est rédigé par les camelots.Le Groupe L\u2019Itinéraire a pour mission de réaliser des projets d\u2019économie sociale et des programmes d\u2019insertion socioprofessionnelle, destinés au mieux-être des personnes vulnérables, soit des hommes et des femmes, jeunes ou âgés, à faible revenu et sans emploi, vivant notamment en situation d\u2019itinérance, d\u2019isolement social, de maladie mentale ou de dépendance.L\u2019organisme propose des services de soutien communautaire et un milieu de vie à quelque 200 personnes afin de favoriser le développement social et l\u2019autonomie fonctionnelle des personnes qui participent à ses programmes.Sans nos partenaires principaux qui contribuent de façon importante à la mission ou nos partenaires de réalisation engagés dans nos programmes, nous ne pourrions aider autant de personnes.L\u2019Itinéraire, ce sont plus de 2000 donateurs individuels et corporatifs qui aident nos camelots à s\u2019en sortir.Merci à tous ! PRINCIPAUX PARTENAIRES DE PROJETS Nous tenons à remercier le ministère de la Santé et des Services sociaux de même que le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux du Centre-Sud-de-l\u2019Île-de-Montréal pour leur contribution financière permettant ainsi la poursuite de notre mandat.VENTES PUBLICITAIRES 514 597-0238 poste 234 publicite@itineraire.ca Nous reconnaissons l\u2019appui financier du gouvernement du Canada.Les opinions exprimées dans cette publication (ou sur ce site Web) ne reflètent pas forcément celles du ministère du Patrimoine canadien.Convention de la poste publication No40910015, No d\u2019enregistrement 10764.Retourner toute correspondance ne pouvant être livrée au Canada, au Groupe communautaire L\u2019Itinéraire 2103, Sainte-Catherine Est Montréal (Québec) H2K 2H9 IMPRIMEUR SOLISCO 120, 10E RUE SCOTT (QUÉBEC) ÉCRIVEZ-NOUS ! courrier@itineraire.ca Des lettres courtes et signées, svp ! NDLR : Les entrevues dans cette édition ont été réalisées avant la découverte des dépouilles des 215 enfants autochtones sur le site d\u2019un ancien pensionnat autochtone à Kamloops en Colombie-Britannique.Je vous lis depuis quelques années grâce à mon voisin Monsieur Sutton (Bertrand Derome).Généralement, je lis tout, parce que tout est intéressant, riche et surtout important.Malgré une enfance et un parcours de vie très modestes, le milieu de l'itinérance m'était complètement inconnu.Heureusement, j'ai perdu beaucoup de préjugés ! Dans le numéro XXVIII no 06, le mot du camelot Gabriel Lavoie m'a touchée particulièrement : c'est exactement ce que je pense et crois ! Je souhaite que davantage de personnes de toute condition en arrivent à cette constatation : le bonheur est toujours près de soi et surtout, à l'intérieur ! La Vie prend soin de nous au moment présent.Sachons apprécier son moindre cadeau ! L'Humanité s'en porterait tellement mieux.SVP, veuillez remercier Gabriel de ma part.Merci ! Renée Larouche La direction de L\u2019Itinéraire tient à rappeler qu\u2019elle n\u2019est pas responsable des gestes des vendeurs dans la rue.Si ces derniers vous proposent tout autre produit que le magazine ou sollicitent des dons, ils ne le font pas pour L\u2019Itinéraire.Si vous avez des commentaires sur les propos tenus par les vendeurs ou sur leur comportement, communiquez sans hésiter avec Charles-Éric Lavery, chef du développement et de l\u2019impact social à : c.e.lavery@itineraire.ca 514 597-0238 poste 222 NDLR Nous nous réservons le droit de corriger et de raccourcir les textes Je cite Joséphine Bacon, qui écrit dans nos pages : « Le rêve du colonialisme était de nous faire disparaître.On disait que dans 50 ou 100 ans, il n\u2019y aurait plus d\u2019Indiens.Et pourtant, on est toujours là et plus forts que jamais ».La grande poète innue parle de l\u2019époque où l\u2019un des « pères de la Confédération canadienne », John A.Macdonald (1815-1891), responsable de la création des pensionnats autochtones avait comme mission avouée de « tuer l\u2019Indien dans l\u2019enfant ».Quelle abomination ! Mais, diront certains, c\u2019était à une autre époque et on a évolué depuis ce temps.S\u2019il est vrai que les mentalités ont beaucoup changé et qu\u2019on a donné un grand coup de barre dans les efforts de réconciliation, le racisme systémique existe toujours.Les séquelles de la dépossession des terres et de l\u2019identité des Autochtones sont encore bien réelles et les plaies encore bien vives.Ce n\u2019est pas de l\u2019histoire ancienne Le traitement inhumain qui a été réservé aux enfants autochtones, à leurs parents, à des communautés entières, à tout un peuple se poursuit encore aujourd\u2019hui.Notons aussi que le dernier pensionnat autochtone au Canada a fermé ses portes en 1996.C\u2019était il y a 25 ans ! Ce n\u2019est pas de l\u2019histoire ancienne ça\u2026 Ces maux, des traumatismes transmis de père en fils, de mère en fille prendront des générations à guérir.JOYCE ECHAQUAN.215 ENFANTS AUTOCHTONES.ET COMBIEN D\u2019AUTRES ENCORE ?Ces événements soulèvent le couvercle d\u2019une réalité puante maintes fois minimisée, occultée ou ignorée.Aujourd\u2019hui, on peut difficilement détourner le regard.Les paroles vides des politiciens et les vœux pieux ne passent plus.Ces tragédies, nous les ressentons tous et toutes dans nos tripes.À L\u2019Itinéraire, nous sommes profondément choqués et attristés par ces derniers événe- ments.Nous sommes solidaires des peuples autochtones et partageons leur peine, leur colère et leur indignation.Nous croyons que ce sont eux qui nous montreront quelles seront les actions à entreprendre pour réparer les torts qu\u2019ils ont subis.Nous croyons également qu\u2019il est temps de réécrire l\u2019histoire en avouant, en tenant compte de la réalité aussi pénible et difficile soit-elle.À eux et elles la parole Dans cette édition spéciale Autochtones, la troisième depuis 2017, les Stanley Vollant, Joséphine Bacon, Virginia Pésémapéo Bordeleau et autres sont venus nous parler de leurs réalités.Aujourd\u2019hui, c\u2019est leur parole.Elle est forte, elle est fière et nous le sommes tout autant de leur offrir nos pages pour la faire entendre haut et fort ! 15 juin 2021 Volume XXVIII, no 8 Josée Panet-Raymond Éditrice adjointe et rédactrice en chef UNE HISTOIRE À RÉÉCRIRE Prix de vente 1,50 $ 1,50 $ l\u2019achètent camelots Les paie l\u2019impression + coûts de production Mots de lecteurs P R I X J U D I T H - J A S M I N 2 0 2 0 F P J Q Merci pour tout ! Milton Fernandes 8 Rond-point international 11 Comptes à rendre Pourquoi nourrir les oiseaux ?Ianik Marcil 20 Un rendez-vous avec l'inspiration Josée Panet-Raymond 22 Entretien avec Joséphine Bacon Kashekau-aimun De rires et de mots Alexandra Guellil 26 Littérature autochtone Michel Jean, perceptions autochtones Karine Bénézet 28 Culture L'art pour vivre et survivre Karine Bénézet 34 Mieux vaut en lire ! Roger Perreault 36 Dans la tête des camelots Les habitudes après la pandémie 39 Dans l\u2019actualité « Une police » chez les Autochtones Laurent Soumis 42 BD Siou 43 C\u2019t\u2019encore drôle Marie-Ève Saucier 44 Détente À la une D A V I D H I M B E R T C A R L A B R A G A C H R I S T I A N L E D U C 15 juin 2021 Volume XXVIII, no 08 Mots de camelots 22 28 3 3 Zoom sur Taylor Morin 9 Céline Marchand 9 Daniel Prince 9 Sylvie Houle 12 Gilles Bélanger 12 Maxine Timperley 13 Cécile Crevier 13 Mélanie Nöel 13 Gabriel Lavoie 18 camelots ont participé à cette édition INSPIRATIONS AUTOCHTONES 14 Alexandra Guellil Premier chirurgien innu ayant grandi dans une réserve au Québec, le Dr Stanley Vollant n\u2019a plus vraiment besoin de présentation.Avec sa verve dotée d\u2019une spiritualité qui a su résister aux épreuves, il se dit touché de près par l\u2019itinérance, car certains de ses cousins ont fini à la rue.C\u2019est pour cela qu\u2019il se fait un devoir de parler de son parcours aux jeunes, tout comme d\u2019autres l\u2019ont fait un jour pour lui. Vivre tout simplement Avec la pandémie, on est plus confronté à la mort chaque jour.Les médias nous la rappellent, les gens autour de nous nous la rappellent aussi.On est constamment confrontés à la peur de perdre ceux qu\u2019on aime.On pense à la mort de façon constante, et ça devient lourd.La mort, c\u2019est un sujet épineux à aborder, parce que, bien que ce soit inévitable, on est habitués de vivre comme si ça n\u2019allait pas arriver, comme si ce n\u2019était qu\u2019une exception.Quand on est jeune, on prend des risques, on pense à la vie.On n\u2019a pas à penser à ça.On est jeunes et on vit.Et c\u2019est une chance que ce soit comme ça ! Par contre, en vieillissant, on y réfléchit plus.Plus on vieillit, plus on perd de gens autour de soi.On se retrouve seul, face à soi.Penser à notre propre mort, c\u2019est difficile, mais ce n\u2019est pas comme perdre quelqu\u2019un qu\u2019on aime.Lorsque ça arrive, il faut vivre un deuil.En vieillissant, la difficulté, c\u2019est de faire avec les multiples deuils qu\u2019on doit vivre.Dans la vieillesse, certains se laissent aller et perdent l\u2019intérêt de vivre après être restés seuls.Je pense par exemple à ma tante, qui ne veut pas recevoir le vaccin contre la COVID, car elle ne sent plus l\u2019intérêt de continuer.Cependant, il y en a d\u2019autres, comme mon père de 94 ans qui fait preuve d\u2019une grande résilience et reste toujours très motivé.Au final, l\u2019intérêt pour la vie ne dépend absolument pas de l\u2019âge.L\u2019important pour garder cette petite flamme en nous est d\u2019apprécier la simplicité de toutes les choses autour de nous, comme écouter les oiseaux chanter, voir les fleurs et les bourgeons pousser, etc.On devient vieux lorsqu\u2019on décide de l\u2019être.Après tout, il y a des gens qui se perçoivent très âgés, tout en ne l\u2019étant pas, alors que le contraire existe aussi.CÉLINE MARCHAND CAMELOT SAINT-MICHEL / MASSON J\u2019ai plusieurs chapeaux J\u2019ai été élu, en septembre 2020, représentant des camelots au conseil d\u2019administration (CA) de L\u2019Itinéraire et membre du comité d\u2019éthique et de déontologie.Je forme les nouveaux camelots à leur point de vente et je fais un peu de mentorat.Comme représentant, je jase avec les camelots, je leur donne des conseils, je réponds à leurs questions et j\u2019essaye de régler les problèmes qu\u2019ils ont sur leur point de vente.Mon rôle, c\u2019est de les encourager.Je suis disponible 12 heures par jour pour eux.Mon téléphone est ouvert de 8 h à 20 h, sept jours sur sept, bénévolement.Je suis toujours en communication avec les intervenants et la direction.J\u2019ai l\u2019écho de tout ce qu\u2019il se passe en lien avec mon rôle.Au conseil d\u2019administration, j\u2019ai le droit de parole.Si j\u2019ai de quoi à dire, je le dis.Parfois, je suis hors contexte, mais je suis là pour apprendre.Ça fait neuf mois que je suis membre du CA.J\u2019adore ça.Ça me permet de mieux connaître le fonctionnement de l\u2019organisme.Avant d\u2019être représentant, je faisais déjà partie des formateurs, avant la pandémie.Au début, j\u2019assistais l\u2019intervenante qui donnait la formation.Maintenant, je vais avec le camelot sur son point de vente.Sa première heure de vente, il la passe avec moi pour m\u2019assurer qu\u2019il suit bien les normes sanitaires.Je leur donne aussi des conseils de vente.Je leur explique le fonctionnement de L\u2019Itinéraire : le Café et les privilèges d\u2019être camelot après trois mois de probation : aide au logement social, pouvoir écrire dans le magazine, tous les services psychosociaux.Tous ces postes sont de nouvelles expériences professionnelles et humaines.J\u2019apprends à gérer des situations pénibles.Des camelots se confient à moi.Ce qui prouve qu\u2019ils me font confiance.DANIEL PRINCE CAMELOT SAQ MASSON / 3e AVENUE La saison pour vivre Pour moi, l\u2019été, c\u2019est regarder la nature.C\u2019est aussi regarder le ciel avec ses magnifiques couleurs au coucher du soleil.C\u2019est aller s\u2019asseoir au bord de l\u2019eau.C\u2019est tellement relaxant ! L\u2019été, c\u2019est aussi planter des fleurs et les mettre sur mon balcon.C\u2019est si éblouissant ! Pendant l\u2019été, j\u2019aime bien aller marcher au Vieux-Port de Montréal ou aller au marché aux puces de Saint-Eustache.J\u2019aime bien aller à la plage ou bien me promener en moto avec un ami.Je suis une fille qui aime beaucoup la nature et être souvent à l\u2019extérieur.Quand j\u2019étais petite, j\u2019allais au camp de vacances, à Contrecœur.J\u2019aimais bien aussi aller à La Ronde.Dans ma vingtaine, j\u2019aimais souvent aller en camping, même si aujourd\u2019hui, ça fait plus de 20 ans que je n\u2019y suis pas allée.Je me souviens des soirées de feux d\u2019artifice, je n\u2019en manquais pas une seule.Ça reste des beaux souvenirs.Pour moi, il y a plein de plaisirs pendant l\u2019été, c\u2019est la saison pour vivre.Aujourd\u2019hui, malgré la COVID, je trouve toujours quelque chose à faire : aller marcher, prendre un bain de soleil au parc, faire de la lecture sur mon balcon ou prendre des déjeuners sous le ciel bleu.J\u2019apprécie aussi voir des amis au parc, ou ma tante dans sa cour.Cet été, j\u2019espère recommencer le vélo que j\u2019ai lâché il y a cinq ans.Pendant la belle saison, il faut profiter du moment présent et faire son bonheur.Je vais partir en vacances pour profiter au maximum des mois de juillet et d\u2019août.Alors, j\u2019en profite pour souhaiter des bonnes vacances à tous mes clients ! SYLVIE HOULE CAMELOT MARCHÉ METRO SAINT-JOSEPH Traduction Alexandra Guellil BRÉSIL Ode à l\u2019image Dans chacune de ses éditions, Ocas, le journal de rue brésilien, consacre dans ses pages une section, « Foco », consacrée aux œuvres de photographes parmi les plus reconnus au pays.Araquém Alcântara est spécialisé dans les photographies de nature.À travers ses clichés des communautés autochtones brésiliennes, il propose ses réflexions sur son rôle de photographe.« Le vrai photographe de nature, comme tout photographe, doit choisir le chemin avec son cœur et voyager sans relâche, en contemplant avec tout son être tout ce qui est vivant.Absolument droit, sans but à atteindre, sans soumission aux règles et aux formules, sans avoir besoin de paraître brillant ou original.Ce n\u2019est qu\u2019alors, authentique et libre, que vous pourrez capturer l\u2019esprit créatif en mouvement et créer de belles choses.Ceux qui plongent dans le voyage de la vue doivent toujours avoir les portes de la perception ouvertes.Ils savent que face à l\u2019Éternel, ils doivent s\u2019oublier.La création, c\u2019est ce qui compte.C\u2019est un geste fondamental, un chemin de connaissance, une arme puissante pour trouver le monde.L\u2019acte créatif est continu et sans fin.La pratique, toujours renouvelée par la contemplation, humanise la vision, annule les vérités, permet l\u2019 inventivité, valorise le moi intérieur.La récompense est l\u2019expérimentation mystique de la rencontre avec la beauté.Le photographe ressent, dans ce moment éphémère, quelque chose de semblable au satori hindou, un moment de révélation, un plaisir indéfini et merveilleux.» (Orcas / INSP) ÉTATS-UNIS L\u2019autre visage de l\u2019itinérance À 65 ans, Allen Boe (sur la photo) aime les choses simples de la vie : faire du bénévolat, fumer et se payer des mets pour emporter, de temps en temps.Il adorait aussi son ancien appartement, situé à Denver au Colorado, une ville où le marché de l\u2019habitation est en forte expansion, tout comme les loyers.Son logement, n\u2019était pas exceptionnel, mais c\u2019était le sien.Il le gardait propre et y passait pas mal de temps à regarder la télé.Et s\u2019il pouvait se le payer, c\u2019était grâce à son chèque d\u2019aide sociale.Chaque mois, après avoir payé son loyer et sa facture de téléphone, il lui restait environ 250 $, en plus des coupons alimentaires auxquels il avait droit.L\u2019an dernier, Allan Boe a trouvé sur sa porte une note de Cornerstone, une société de gestion d\u2019appartements, disant qu\u2019il avait moins de deux mois pour quitter les lieux.Le bâtiment avait été vendu et serait rénové avant d\u2019être rouvert à de nouveaux locataires.Allen n\u2019avait pas de plan B ni d\u2019économies.Il s\u2019est mis à la recherche d\u2019un nouvel appartement, avant de conclure qu\u2019il ne dénicherait rien qu\u2019il pourrait se payer dans la région de Denver et se retrouverait probablement dans la rue.Un jour, en se baladant devant le campement pour sans-abri Safe Space on Capitol Hill \u2014 un emplacement légal sanctionné par la Ville, notre homme a décidé de s\u2019y porter volontaire pour aider à la construction d\u2019abris, lui qui détenait de l\u2019expérience dans le domaine.« Je ne pense pas que les gens comprennent ce que c\u2019est que d\u2019être à la rue, dit-il.Tout le monde vous regarde comme si vous étiez sans valeur.Mais j\u2019aimerais les voir à notre place.Se déplacer, trouver de la nourriture ou un logement.c\u2019est de l\u2019ouvrage dans une journée que d\u2019être sans abri ! » Le marché locatif à Denver est devenu inabordable, d\u2019autant plus qu\u2019il y a de l\u2019argent à faire dans les rénos rapides.Cette situation qui mène à des rénovictions rendent des personnes comme Allan Boe plus vulnérables que jamais.(Denver Voice / INSP) 9 itineraire.ca 15 juin 2021 G I L E S C L A S E N L\u2019Itinéraire est membre du International Network of Street Papers (Réseau international des journaux de rue).Le Réseau apporte son soutien à près de 100 journaux de rue dans 35 pays sur six continents.Plus de 250 000 sans- abri ont vu leur vie changer grâce à la vente de journaux de rue.Le contenu de ces pages nous a été relayé par nos collègues à travers le monde.Pour en savoir plus, visitez insp.ngo.A R A Q U É M A L C Â N T A R A identiques, lorsqu\u2019on regarde avec attention, on remarque de toutes petites différences entre eux.La teinte légèrement différente, des plumes ici et là différentes des autres.La beauté du monde réside dans l\u2019altérité, dans la différence, dans l\u2019unicité.Contempler la nature nous rappelle que ce qui nous unit sont fondamentalement nos différences plutôt que nos ressemblances.Je fais partie de la grande famille humaine non parce que je ressemble aux autres, mais parce qu\u2019ils et qu\u2019elles diffèrent de moi, à tous points de vue.L\u2019égocentrisme Il y a toutefois quelque chose de troublant à nourrir les oiseaux.Cela trouble l\u2019équilibre de la nature.Nous, humains, sommes des animaux, nous imprimons donc notre marque dans la nature par notre activité, comme tous les animaux.Sauf qu\u2019on le fait avec une capacité et une énergie que la nature n\u2019avait pas connue avant.La possibilité destructive que les sciences et les techniques nous permettent d\u2019avoir est inouïe.À cet égard, la mangeoire pour les oiseaux en est une forme douce.Rien de mal, en apparence, à donner un coup de pouce à ces petits animaux fragiles pour passer à travers les grands froids d\u2019hiver, n\u2019est-ce pas ?Pourtant, à petite échelle, c\u2019est participer au déséquilibre de nos écosystèmes.Et pourquoi le faisons-nous ?Pour notre petit bonheur, par égocentrisme.Moi le premier : pour me permettre de les observer de près.Ce faisant, j\u2019achète des sacs de graines à gros prix, dans une succursale d\u2019une chaîne de quincaillerie, produites par d\u2019aussi grosses entreprises qui les font pousser et les cueillent avant de les faire ensacher par une autre grosse entreprise.Et ainsi va la vie.Pour le plaisir d\u2019observer les petits détails de « mes » oiseaux, pour me permettre avec prétention de croire à ces réflexion sur l\u2019altérité et la nature, par cet égocentrisme, donc, je m\u2019insère benoîtement dans un large système capitaliste qui bouffe tout sur son passage.J\u2019habite la maison que mes parents ont bâtie il y a plus de 40 ans.Elle est plantée au beau milieu d\u2019une grande forêt sauvage.Cette dernière abrite une foule d\u2019animaux, et, notamment, d\u2019oiseaux.Flamboyants geais bleus, gros-becs errants au plumage jaune chatoyant, sizerins flammés rouge vif, sans compter les multiples canards au ramage spectaculaire qui visitent un petit lac non loin de chez moi.Ces couleurs vives qui tranchent dans le paysage, particulièrement dans la blancheur de l\u2019hiver, n\u2019ont rien à envier aux oiseaux exotiques qu\u2019on peut admirer dans les animaleries.Malgré le fait que ma famille vit, en quelque sorte, chez ces animaux, nous les nourrissons depuis tout ce temps à chaque hiver, en installant des mangeoires pour les accueillir et les admirer.Ça se bouscule, je ne vous dis pas ! Un ballet incessant s\u2019orchestre entre eux pour avoir leur pitance à tour de rôle.Mais pourquoi nourrir des oiseaux en pleine forêt, alors que c\u2019est leur habitat naturel et qu\u2019ils ont normalement tout ce qu\u2019il faut pour survivre ?La beauté Les gens qui, comme nous, installent des mangeoires le font pour pouvoir admirer de près la beauté des oiseaux, à proximité de la maison, si ça n\u2019est souvent dans le confort de leur foyer, par la fenêtre.C\u2019est un accès facile à la beauté du monde.Les couleurs chatoyantes, mais aussi la délicatesse des plumes, le comportement étonnant des oiseaux entre eux.La complexité des relations entre les oiseaux et leur environnement, tout autant qu\u2019entre eux.Il y a quelque chose d\u2019émouvant dans ces observations.La beauté de la nature nous ramène à ce que nous sommes, étonnamment.Pourquoi avons-nous les yeux bleus ou marrons, pourquoi sommes- nous maigres ou rondelets, grands ou petits ?Une accumulation de hasards génétiques qui font ce que nous sommes.Lorsqu\u2019on prend un peu d\u2019expérience dans l\u2019observation de la faune ou de la flore, on remarque que ces différences existent également entre les individus.Bien qu\u2019a priori deux geais bleus soient Pourquoi nourrir les oiseaux ?VISITEZ LE JARDIN DES PREMIÈRES-NATIONS espacepourlavie.ca PIE-IX P H O T O E s p a c e p o u r l a v i e ( C l a u d e L a f o n d ) AU JARDIN BOTANIQUE DE MONTRÉAL Mettre en valeur les liens des Premières Nations et des Inuit avec le monde végétal : voilà la mission du Jardin des Premières-Nations depuis 20 ans.Lieu de connaissance et de rencontres entre les cultures, le Jardin des Premières-Nations permet de découvrir ou de redécouvrir les cultures des nations autochtones du Québec.Il assure aux Premières Nations la diffusion de traditions, de savoirs et de savoir-faire.AU PROGRAMME CET ÉTÉ?: - L\u2019exposition photographique Kuugaaluk?: sur les traces de nos ancêtres - Animations sur la cueillette et la collecte de plantes valorisées par les Premières Nations et les Inuit - Jeu d\u2019association?: quel est le bon écosystème?Associez les plantes au bon écosystème pour en apprendre plus sur l\u2019alimentation des Premières Nations - Savoirs et savoir-faire?: découvrez la beauté des objets fabriqués et utilisés par les Autochtones du Québec 11 itineraire.ca 15 juin 2021 ?n° 153 ?ÉCONOMISTE INDÉPENDANT Mon nouveau logement, ma nouvelle vie J\u2019ai hâte que tout redevienne comme avant.Le port du masque, je trouve ça achalant, mais c\u2019est obligatoire.Je trouve que les vaccins, ça prend du temps.On est à la merci des gens comme camelot.On fait attention, on se lave les mains.Il faut être propre.Je fais attention à ce que je mange et à ne pas boire.Je ramasse des canettes pour avoir de l\u2019argent.Quelquefois je quête.J\u2019ai longtemps quêté aux voitures.Quand L\u2019Itinéraire a fermé quelques mois, je n\u2019avais que l\u2019aide sociale, ce n\u2019était pas assez.J\u2019ai un loyer de 600 $ à payer.Je suis bien là où j\u2019habite.J\u2019ai le câble, une douche, une cuisinette, des armoires, une petite table, un beau lit.Je suis correcte.J\u2019y suis depuis seulement six mois.Avant je restais chez des amis.J\u2019ai voulu prendre un logement, je suis tranquille.Je l\u2019ai trouvé par les petites annonces.J\u2019ai été plus d\u2019un an sans logement à moi parce que mon ancien logement est passé au feu.Il y avait des rats et des souris.Le propriétaire ne faisait rien, j\u2019ai tout laissé là-bas et j\u2019ai été chez mon ami.J\u2019ai été chanceuse de trouver mon logement actuel.En ce moment, mon travail va très bien.J\u2019aime mon métier de camelot.J\u2019aime vendre, parler de L\u2019Itinéraire.Ça fait longtemps que je suis à la même place, plus que huit ans.Serge, un camelot qui était ici avant, a pris sa retraite et m\u2019a donné sa place.Je me lève tôt.Je commence à travailler à huit heures le matin.Le soir je me couche tôt.J\u2019ai une clientèle fidèle et je me fais de nouveaux clients.C\u2019est moins facile depuis la COVID.Plusieurs de mes clients travaillent à la maison, alors je ne les vois plus.Je les vois seulement quand ils vont faire leurs commissions, Il y en a qui me donnent des cadeaux.Allez vite vous faire vacciner.Protégez- vous pour combattre la COVID.CÉCILE CREVIER CAMELOT MARCHÉ METRO MORGAN / SAINTE-CATHERINE Mon printemps à moi Le printemps est très beau à voir, même si souvent il y a de la pluie.Mais cette pluie est nécessaire pour aider les feuilles des arbres à verdir, à faire pousser les fleurs et pour ne pas que le gazon jaunisse.C\u2019est le temps de ranger nos vêtements d\u2019hiver pour les remplacer par le linge d\u2019été.Le printemps est une saison remplie d\u2019espoir.On a hâte que la chaleur prenne pour de bon.Ça nous permet de prendre des marches, de sentir les effets du soleil, de voir passer les cyclistes, de voir les journées qui rallongent et de passer plus de temps à l\u2019extérieur.Ce que j\u2019aime par-dessus tout c\u2019est d\u2019aller m\u2019acheter un cornet de crème glacée au sucre à la crème trempé dans le chocolat.C\u2019est mon petit bonheur printanier et estival.On a aussi bien hâte que les festivals reprennent comme avant.À partir du 15 mai, les gens commencent à faire du camping.J\u2019adore aller faire du camping avec mon père et sa conjointe.J\u2019y vais deux fois par année.Au début et à la fin de l\u2019été.J\u2019ai hâte que l\u2019été revienne comme avant la pandémie car j\u2019espère ardemment que le camp Papillon, organisé à chaque année par l\u2019Hôpital Douglas, reprenne ses activités.J\u2019adore vendre L\u2019Itinéraire lorsqu\u2019il fait beau parce que le monde en achète plus, parce qu\u2019ils sont de bonne humeur, plus heureux.Ils se sentent plus généreux.Moi, je suis née au printemps en 1980.MÉLANIE NÖEL CAMELOT MÉTRO ANGRIGNON PHARMACIE JEAN COUTU / VALENTINE (VERDUN) « À livres ouverts » Je veux vous parler d\u2019une activité à laquelle je participe depuis quelques années.« À livres ouverts » consiste en un tête- à-tête entre deux personnes.Le but est de combattre les préjugés et la discrimination associés à la maladie mentale.« À livres ouverts » découle du concept de la « Bibliothèque vivante » née au Danemark il y a une dizaine d\u2019années.Il est démontré scientifiquement que la meilleure façon de lutter contre la stigmatisation est de permettre la rencontre entre des personnes touchées par la maladie mentale et le reste de la population.« À livres ouverts », c\u2019est comme à la bibliothèque classique.Le « lecteur » (une personne du public intéressée à apprendre) emprunte un « livre vivant » (une personne comme moi qui vit avec un problème de santé mentale).Les deux reçoivent une formation sur les règles et le déroulement de la rencontre.La « lecture » dure environ 15 minutes.L\u2019activité est supervisée par une « bibliothécaire ».Le « lecteur » peut ainsi développer son empathie en étant confronté à la réalité de la personne devant lui.Le « livre vivant », quant à lui, doit d\u2019abord avoir cheminé avant de s\u2019engager à témoigner de ses problèmes, de sa souffrance et des moyens qu\u2019il a pris pour s\u2019en sortir.Pour ma part, je suis stressé avant une rencontre parce que je ne sais pas exactement à quoi m\u2019attendre, mais ça débloque des endorphines parce que je sais que je contribue, de la meilleure manière possible, à faire tomber les préjugés.« À livres ouverts » est une initiative conjointe de l\u2019Association québécoise pour la réadaptation psychosociale, de l\u2019Association des bibliothèques publiques du Québec et du ministère de la Santé et des Services sociaux.Pour plus d\u2019informations, visitez le site aqrp-sm.org.GABRIEL LAVOIE CAMELOT MARCHÉ METRO CHEMIN CHAMBLY (LONGUEUIL) Un bon été normal J\u2019ai hâte que ça finisse et de reprendre mon travail.Je m\u2019ennuie de mon monde, de mes lecteurs, lectrices.Ça a été très difficile pour moi, ici, confiné.Je suis reconfiné depuis le 27 décembre.J\u2019habite une centre d\u2019hébergement privé pour personnes âgées.J\u2019ai le droit de sortir en ce moment, mais seulement dans le bout ici, au dépanneur et pour mes rendez-vous médicaux au CLSC ou à l\u2019hôpital quand ils m\u2019appellent.Je pars le matin et je reviens comme d\u2019habitude.Je m\u2019ennuie beaucoup.Je parle à tout le monde ici, je n\u2019ai pas de préférence.J\u2019ai hâte de revoir les gens, même à deux mètres, et tous ceux qui sont en télétravail.Encore peu de gens travaillent au bureau pour l\u2019instant.Je pense que ça va reprendre tranquillement.Je regarde toujours la télévision pour voir le nombre de cas, le nombre d\u2019hospitalisations et de personnes aux soins intensifs.Le monde ne s\u2019attendait pas à ça l\u2019an passé, à ce que le virus dure si longtemps et qu\u2019on ne savait pas quand ça se terminerait.Cet été, je souhaite que les gens soient heureux.Si tout le monde se fait vacciner, ça devrait revenir à la normale.Ça va être une vie nouvelle.GILLES BÉLANGER CAMELOT JEANNE-MANCE / RENÉ-LÉVESQUE Mes dépendances Je n\u2019ai touché ni à l\u2019alcool ni aux drogues depuis une vingtaine d\u2019années.Par le passé, en Espagne, j\u2019ai fumé du « chocolate » à deux reprises et du pot à mon retour au Québec.Le « chocolate » est une substance de couleur brun chocolat, une sorte de haschisch européen qui s\u2019égrène et qu\u2019on fume dans une cigarette qu\u2019on roule soi-même.Cette drogue ne m\u2019a pas vraiment affectée donc ça ne m\u2019effrayait pas d\u2019essayer le pot.Je croyais que je ne sentirais rien.Grosse erreur ! J\u2019ai fumé un joint avec une amie et j\u2019ai fait une grosse crise de panique, le cerveau complètement gelé.J\u2019ai marché pendant une heure mais finalement, j\u2019ai dû me rendre à l\u2019urgence en ambulance.À mon arrivée, les infirmiers semblaient dégoûtés à cause de la concomitance, du fait que j\u2019ai consommé une drogue et que je prenais en même temps des antipsychotiques pour ma santé mentale.Le médecin de garde à l\u2019urgence a ri de moi.Il m\u2019a dit : « Ça me rappelle mes partys à l\u2019Université McGill quand j\u2019étais étudiant.» Deux heures plus tard, on m\u2019a renvoyée chez moi, complètement dégelée.J\u2019ai touché à la cigarette, mais je n\u2019ai pas adopté cette habitude car je fais de l\u2019asthme et c\u2019est important pour moi de bien respirer.Ma dépendance à moi, c\u2019est surtout d\u2019outremanger et de « binger », c\u2019est-à-dire de me lever la nuit pour manger.Comme beaucoup de gens, je crois être en manque d\u2019amour et je comble ce manque par de la nourriture.Dans un monde idéal, je rêve d\u2019un conjoint qui m\u2019aimerait et qui m\u2019accepterait avec mes qualités et mes défauts.L\u2019amour de l\u2019autre est un bonus, mais avant tout, l\u2019important est de s\u2019aimer, ce qui est la clé pour se libérer de toute dépendance.MAXINE TIMPERLEY CAMELOT MÉTRO JOLIETTE P U B L I C I T É 13 itineraire.ca 12 itineraire.ca 15 juin 2021 Premier chirurgien innu ayant grandi dans une réserve au Québec, le Dr Stanley Vollant n\u2019a plus vraiment besoin de présentation.Avec sa verve dotée d\u2019une spiritualité qui a su résister aux épreuves, il se dit touché de près par l\u2019itinérance, car certains de ses cousins ont fini à la rue.C\u2019est pour cela qu\u2019il se fait un devoir de parler de son parcours aux jeunes, tout comme d\u2019autres l\u2019ont fait un jour pour lui.Comme beaucoup de nos soignants, le chirurgien ne l\u2019a pas eu facile avec la pandémie.S\u2019il lui est arrivé « d\u2019avoir la chienne » en entrant à l\u2019Hôpital Notre-Dame où il travaille, il est resté auprès de ses patients, par devoir.Nombreux sont ceux qui l\u2019ont marqué.Comme cet homme, dont il se souvient, qui était en situation d\u2019iti- nérance.Soigné pour un ulcère perforé, un trou dans son estomac, l\u2019homme était abimé par la vie et vivait des moments difficiles aux niveaux psychologique et social.Stanley Vollant a fait ce qui lui semblait nécessaire à ce moment-là : tendre l\u2019oreille et offrir son aide.Il lui a donné son manteau Kanuk, ses souliers en duvet, des pantalons, des bottes et des bas.« Il en avait plus besoin que moi et il était si content d\u2019avoir des vêtements chauds », dit-il naturellement pour expliquer ce beau geste.Ces choses données avaient une grande valeur sentimentale, car, c\u2019est avec ce manteau jaune qu\u2019il a parcouru des milliers de kilomètres à la rencontre des siens dans les communautés autochtones lors de ses marches Innu Meshkenu.« Peut-être que je le reverrai dans la rue, peut-être pas.Il le gardera sans doute ou il le donnera à quelqu\u2019un qui en aura besoin, et ça, c\u2019est tout ce qui compte pour moi.» itineraire.ca 15 juin 2021 15 JUSTINE LATOUR Journaliste, responsable des dossiers société Par Alexandra Guellil L\u2019effet Joyce Des anecdotes comme celles-ci, le chirurgien en a à la pelle.Et des moments positifs aussi.Mais, il y en a qui sont plus tragiques que d\u2019autres, comme la mort troublante de Joyce Echaquan qui le touche encore.C\u2019est bien pour cela que le mois dernier, Stanley Vollant a dit publiquement que « le racisme systémique dans les hôpitaux [l\u2019aurait] poussé à avoir des pensées racistes envers les [siens] ».Cette vérité est, selon lui, partagée par plusieurs Autochtones et personnes issues des minorités culturelles dans sa clientèle.« De façon insidieuse, ce racisme s\u2019 immisce dans notre schéma de pensée et nos façons de faire et est dû à l\u2019éducation coloniale qui nous a enlevé notre culture, celle héritée de nos ancêtres.» Ironiquement, le chirurgien traduit ce phénomène par ce que les Autochtones nomment le syndrome de la pomme, appelé aussi syndrome du bounty (ou oréo) chez les personnes noires et syndrome de la banane chez les personnes asiatiques.En bref, l\u2019expression renvoie à un comportement voulant que des personnes, qui ont une couleur qui ressemble à la culture d\u2019origine à l\u2019extérieur, en aient une autre, qui s\u2019assimile à la culture dominante à l\u2019intérieur.Un stratagème insidieux qui permet de passer inaperçu, d\u2019entrer dans le moule sans faire de vague.Stanley Vollant dit avoir regardé les siens avec des yeux différents.Des yeux qui n\u2019étaient peut-être pas ceux de ses ancêtres, mais qui étaient ceux transmis par « un processus d\u2019éducation imprégné par le colonialisme ».Il confie avoir, dans ses nombreuses marches organisées avec des personnes autochtones, entendu des témoignages de personnes qui disaient que leurs parents ou grands-parents avaient eu des interactions négatives dans certains hôpitaux à Joliette, Amos, Val-d\u2019Or, Roberval ou Sept- Îles.« Et au lieu de les croire, mon éducation médicale m\u2019a fait dire [que ces personnes] avaient peut-être mal interprété des propos.» Colonisation Au quotidien à l\u2019hôpital, cela se traduisait par des discussions tendancieuses.Des mots blessants jetés violemment à sa figure sans qu\u2019il ne soit préparé, un peu comme les mots en « n » ou en « s ».« Les Indiens, c\u2019est tous des soûlons, sur le bien-être social ».Et, sans mettre suffisamment fort son poing sur la table pour éviter l\u2019affrontement, il a laissé dire.Mais, même si le temps passe, il ne parvient pas à oublier ces moments.« La mort de Joyce m\u2019a donné une claque dans la figure.Ça m\u2019a permis d\u2019arrêter de faire l\u2019autruche et m\u2019a fait dire que je n\u2019ai pas dénoncé aussi fort que j\u2019aurais dû.Il faut le crier, il faut que cela cesse.Il faut que Joyce soit la dernière victime.Mais au fond de moi, je sais qu\u2019elle ne le sera pas et que ça prendra des générations pour que tout le monde puisse être traité de façon égale, quelle que soit sa culture, sa langue ou religion.» Le Dr Vollant croit que pour résoudre ce problème social, il faut comprendre les effets pervers de la colonisation.Ces mêmes effets « qui ont fait croire que les personnes issues de l\u2019ethnie principale sont supérieures aux autres et que celles qui ne sont pas blanches, chrétiennes ou de la même culture sont inférieurs et doivent être convertis », dénonce-t-il en prenant en exemple le côté sombre de notre histoire comme les écoles résidentielles ou pensionnats autochtones dont le but était de « tuer l\u2019Indien » en eux, l\u2019acte d\u2019émancipation ou la Loi sur les Indiens de 1876, d\u2019ailleurs toujours en vigueur.« C\u2019est un combat pour tous les peuples qui ont été colonisés, on doit décoloniser nos relations, accepter de se mettre d\u2019égal à égal, face à face.La diversité du monde est ce qui rend l\u2019humain encore plus riche.» Parti de loin L\u2019existence de Stanley Vollant n\u2019a pas été de tout repos.Depuis janvier dernier, on peut écouter sur OHdio, l\u2019application de Radio-Canada, le récit biographique Mon chemin innu pour s\u2019en rendre compte.Lu par le comédien et metteur en scène Charles Bender, on découvre des pans d\u2019histoire d\u2019un homme parti de bien loin.Élevé dans la réserve de Pessamit, près de Baie-Comeau, par ses grands-parents maternels, Stanley Vollant est né d\u2019une mère innue à la vie dissipée et d\u2019un père blanc qui les a désertés.Enfant, il était le seul à être pakapshishu.Ce terme péjoratif en innu-aimun signifie qu\u2019il n\u2019avait pas de père et lui était souvent balancé à la figure par d\u2019autres enfants.Il est devenu médecin par un concours de circonstances, motivé par une remarque d\u2019un homme ivre, rencontré dans un bar de Pessamit, un soir de fête en 1983.L\u2019homme lui disait que « cela prenait des docteurs indiens pour soigner les Indiens ».L\u2019année suivante, il entre à la Faculté de médecine de l\u2019Université de Montréal.Il découvre aussi qu\u2019il a peur des cadavres et du sang.Il perd deux fois connaissance en début de parcours, mais finit par surmonter cet obstacle.Il commence à travailler à l\u2019hôpital de Baie-Comeau où il restera 10 ans et deviendra un pionnier dans le développement de la laparoscopie.Puis, il exercera à Chicoutimi, à Ottawa aussi comme professeur et pratique maintenant à Montréal.Mais derrière toutes ses réussites professionnelles, il y a eu le 14 août 2007.Ce jour où il a voulu mourir.Dans le jargon médical, on appelle ça une T.S., une tentative de suicide.Assis au sous-sol de sa maison d\u2019Ottawa, dans le quartier de Finley Creek, il vivait mal sa deuxième séparation et la perte de son fils Xavier, alors tout jeune.Son château de cartes s\u2019est écroulé et son rêve d\u2019une famille unie avec.Éprouvé par un rythme de travail effréné et ses échecs amoureux, il était en dépression.« J\u2019avais une douleur tellement intense dans la poitrine et j\u2019avais mal à la tête de façon constante.Je ne savais plus comment me débarrasser de cette douleur.» En revenant du travail, il a pris une carabine, s\u2019est rendu au sous-sol et a préparé un message texte à son ami Louis pour expliquer son geste.Le malaise allait si loin qu\u2019il a utilisé ses acquis en traumatologie pour placer l\u2019arme de manière « à ne pas se détruire la face et souffrir sans parvenir à [se] tuer ».Mais, il a fini par lever les yeux vers la photo de ses enfants et se rendre compte qu\u2019il avait oublié de leur expliquer les raisons d\u2019un départ si violent.Il remonte donc pour écrire ce mot, mais l\u2019envoie par erreur (ou par chance) à son ami Louis qui l\u2019appelle 45 secondes après.Au bout de trois heures de discussion, même s\u2019il tentait de lui faire croire que ce n\u2019était qu\u2019une blague, son ami est parvenu à faire diminuer son état de crise.« J\u2019ai serré fort le fusil puis je l\u2019ai rangé dans sa boîte.Quatorze ans après, je crois que c\u2019était la meilleure solution.J\u2019ai failli ne jamais connaître ma dernière petite fille qui va avoir cinq ans et qui porte le prénom de ma mère.La vie, c\u2019est parfois le plus difficile des choix, mais c\u2019est le meilleur qu\u2019on puisse faire.» Au nom de la jeunesse Jeune, Stanley Vollant a promis à son grand-père de s\u2019éduquer, d\u2019apprendre les langues et les sciences des Blancs et de revenir dans les communautés « réparer ce qui a été volé et redonner la fierté à son peuple ».Il tenait beaucoup à son grand-père et s\u2019est fait un devoir d\u2019honorer sa promesse.Ce dernier est décédé dans des circonstances traumatiques, frappé par un Blanc en état d\u2019ébriété, et il n\u2019y a jamais eu de poursuites judiciaires contre le coupable, au grand regret du chirurgien.Raconter aux jeunes son histoire, c\u2019est un peu comme une suite logique de sa propre histoire.À cinq ans, alors qu\u2019il était dans une école où on lui interdisait de parler sa langue, le grand chef de la nation huronne-wendat, Max Gros-Louis (aujourd\u2019hui décédé) est entré dans sa classe avec son manteau de cuir, ses cheveux longs et sa grosse voix.« Vous les jeunes, disait-il en français, c\u2019est important de s\u2019éduquer pour aider vos frères, vos sœurs et vos parents ».Cette visite bien que très courte a marqué le jeune Stanley qui a fait le souhait de devenir comme Max Gros-Louis, « un modèle, la bedaine en moins » (rires).Il se fait un devoir d'inspirer les jeunes pour qu\u2019ils inspirent d\u2019autres jeunes à leur tour.« La vie, c'est parfois le plus difficile des choix, mais c'est le meilleur qu\u2019on puisse faire.» itineraire.ca 15 juin 2021 17 Mamu-aitun À chacune de ses rencontres avec les jeunes, son bâton de marche est dans ses mains.Stanley Vollant leur parle de son parcours, de ses moments d\u2019errance comme de ses réussites.Il s\u2019appuie sur son « bâton aux 1000 rêves », sur lequel on distingue une plume d\u2019aigle, et met un genou à terre pour leur montrer que même si l\u2019on tombe, on finit par se relever grâce à nos rêves.Toute cette symbolique a commencé un peu par hasard.Lors d\u2019une marche en Gaspésie, plusieurs jeunes souhaitaient toucher son bâton de marche allant jusqu\u2019à se chicaner pour y arriver.Pour ramener la paix, il leur a demandé de mettre une main sur ce bout de bois qui l\u2019avait soutenu et de lui confier leurs rêves.« J\u2019ai vu l\u2019effet que ça a eu, ils avaient les yeux plissés, leurs mains tremblaient tellement ils faisaient un effort émotionnel à transférer leurs rêves à ce bâton.J\u2019ai commencé à ramasser leurs rêves et à leur répéter que personne ne peut leur voler et qu\u2019 ils sont leur plus grande force.» Il leur dit aussi que si la vie peut être difficile, elle n\u2019en reste pas moins un beau défi, toujours en se référant à ses grands- parents qui sont tombés, ont eu froid, faim ou mal, mais qui se sont toujours relevés.« La résilience de nos ancêtres est en nous, assure-t-il.C\u2019est dans notre ADN, et ce, même si l\u2019éducation coloniale nous a fait oublier à quel point on pouvait être forts.Notre histoire est riche, soyons-en fiers.Nous sommes issus de personnes résilientes, athlétiques, braves, courageuses, aimantes et respectueuses les unes des autres.Une des valeurs que nous avons en nous est le mamu-aitun, le bien-être collectif, le désir d\u2019être ensemble.Oui, vous aurez des moments difficiles, mais tenez bon, car vous avez tout en vous pour trouver la force de continuer comme l\u2019ont fait vos ancêtres avant vous.» Ce bâton de marche lui a été offert par un ami de chasse de son grand-père, Alexandre Hervieux (ou Alikashan) un des rares aînés qui aurait pu être le premier centenaire de sa communauté, s\u2019il n\u2019était pas décédé avant.L\u2019homme ne cessait de faire des blagues et, chez les Innus, le rire est un signe de résilience, comme l\u2019écrivait d\u2019ailleurs l\u2019anthropologue Serge Bouchard, que Stanley Vollant considère comme l\u2019un des grands défenseurs de son peuple.Ce bâton, il voudrait le donner à son tour à quelqu\u2019un qui continuera à inspirer les autres quand il ne sera plus capable de le faire.Pendant ces rencontres chargées de rituels et de symbolisme, le chirurgien est empreint d\u2019espoirs pour les communautés.« Je sauve des vies en opérant, j\u2019enlève des cancers et je calme des hémorragies.Mais je crois que je sauve aussi la vie d\u2019un jeune en espérant que quand il frappera un mur, il se souvienne de ce que j\u2019ai dit.Personne n\u2019est infaillible, mais on est tous capables de réaliser quelques rêves.Ma job n\u2019est pas de sauver tout le monde, mais d\u2019apporter le message, la bouée de sauvetage.» « Je sauve des vies en opérant, j\u2019enlève des cancers et je calme des hémorragies.Je sauve aussi la vie d\u2019un jeune en espérant que quand il frappera un mur, il se souvienne de ce que j\u2019ai dit.Personne n\u2019est infaillible, mais on est tous capables de réaliser quelques rêves.Ma job n\u2019est pas de sauver tout le monde, mais d\u2019apporter le message, la bouée de sauvetage.» Stanley Vollant itineraire.ca 15 juin 2021 18 JUSTINE LATOUR Rédactrice en chef Par Josée Panet-Raymond Le Programme Maison ronde Une demi-douzaine de jeunes autochtones participent actuellement au Programme Maison ronde pour acquérir les compétences qui leur permettront d\u2019effectuer un retour au travail ou aux études.C\u2019est le Café de la Maison ronde qui sert de plateau de travail menant à la réinsertion sociale et professionnelle des participants.Le seul café autochtone de Montréal, fondé en 2015 en collaboration avec l\u2019arrondissement Ville-Marie et le Réseau de la communauté autochtone de Montréal est géré par L\u2019Itinéraire.Situé au square Cabot, on y favorise l\u2019inclusion sociale des Autochtones en situation ou à risque d\u2019itinérance en leur offrant des expériences de travail adaptées en tant que commis de café.Pendant la belle saison et jusqu\u2019à la mi-octobre des participants référés par des organismes comme Montréal Autochtone, le Foyer pour femmes autochtones et Projets autochtones du Québec peuvent venir travailler au Café de la Maison ronde pour y acquérir des compétences et de l\u2019expérience de travail.« Le programme est offert en deux volets selon les capacités des participants », précise Marilou Maisonneuve.Le premier s\u2019adresse aux personnes vulnérables, notamment celles en situation d\u2019 itinérance.» La chargée de projets explique qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un travail ponctuel où les participants peuvent travailler de deux à trois heures par jour à une fréquence convenue avec l\u2019équipe.« Nous leur offrons le repas et ils sont payés à la fin de la journée.Ce sont des gens poqués par la vie, qui n\u2019ont pas travaillé depuis des années et n\u2019ont pas de stabilité.C\u2019est vraiment une porte d\u2019entrée.On n\u2019exige d\u2019eux aucun engagement, on les prend là où ils sont rendus dans leur vie.» Quant au deuxième volet, celui-là s\u2019adresse à des personnes qui sont prêtes à plus d\u2019engagement.« Ces participants-là sont prêts à entamer une démarche d\u2019employabilité, explique Marilou.Ils vont travailler à la cuisine de L\u2019Itinéraire pour acquérir les rudiments de la préparation culinaire, ils apprennent une foule de choses comme travailler en équipe, les normes de santé et de sécurité, respecter des consignes etc.» Les jeunes suivent également des ateliers d\u2019artisanat donnés par des personnes-ressource autochtones.« La guérison et la réinsertion, ça passe aussi beaucoup par la reconnexion avec leur culture, leur communauté et les aînés », dit Marilou.C\u2019est pourquoi elle se réjouissait que les participants rencontrent Stanley Vollant.« Avant sa visite, mentionne-t-elle, nous avons préparé nos participants qui le connaissaient moins puisqu\u2019 ils sont de nations non francophones en leur montrant des reportages et des articles de presse.L\u2019un d\u2019eux, Taylor, un Cri d\u2019Alberta, a pris la chose très à cœur puisqu\u2019 il a dressé une liste de 15 questions à poser au Dr.Vollant.» Le jour de la visite, toute l\u2019équipe de la Maison ronde est venue à sa rencontre avec trois des participants, Taylor (Cri), Megan et Tapia (Inuit) « Les jeunes buvaient littéralement ses paroles, dit la chargée de projets.Il leur a raconté son vécu sans cacher les mauvais côtés.Il leur a parlé de ses défis et ses moments de découragement, mais aussi de ses succès et de persévérance.Il les a encouragés à poursuivre leurs rêves.Aussi, le fait que Stanley Vollant a parlé par moment en innu- aimun les a impressionnés.Ils ont vraiment aimé ça.» Notre invité avait par ailleurs apporté avec lui son « bâton aux mille rêves » qu\u2019il possède depuis qu\u2019il a entrepris ses fameuses marches Innu Meshkenu de 6000 km échelonnées entre 2010 et 2016 à travers les communautés autochtones dans l\u2019Est du Canada pour promouvoir la persévérance scolaire et de saines habitudes de vie auprès des populations des Premières Nations et Inuits.Au cours de sa discussion avec les jeunes, il s\u2019est agenouillé et a formulé une forme de prière à leur égard, en invoquant les ancêtres et le Créateur et en leur souhaitant force et courage dans leur cheminement de vie.Un moment très émouvant où des participants et membres de l\u2019équipe n\u2019ont pu retenir leurs larmes.Très ancré dans le présent, mais porteur du riche héritage du passé, Stanley Vollant a été une réelle source d\u2019inspiration pour les jeunes du PMR comme en témoignent Megan et Taylor : P A S C A L E P L A N E T Lorsqu\u2019elle a appris que Stanley Vollant venait à L\u2019Itinéraire pour nous accorder une entrevue, Marilou Maisonneuve, chargée de projets du Programme Maison Ronde (PMR) s\u2019est montrée très enthousiaste.D\u2019autant plus que l\u2019on proposait une rencontre entre le chirurgien innu et les participants autochtones du programme de réinsertion au travail qu\u2019elle accompagne dans leurs démarches.Marilou se doutait bien de l\u2019impact qu\u2019aurait le Dr Vollant sur ces jeunes, dont plusieurs arrivent de loin et ont connu \u2014 et parfois connaissent encore \u2014 de gros défis de vie.Les jeunes autochtones du Programme Maison Ronde et Stanley Vollant.« Mon expérience avec Stanley Vollant m\u2019a vraiment ouvert les yeux ! Son histoire était inspirante et il m\u2019a fait réaliser que moi aussi je peux accomplir de grandes choses en tant qu\u2019homme autochtone.Même s\u2019il a connu des périodes difficiles, son message était beau à entendre.Ses réflexions sur sa vie ont bien démontré que nous sommes un peuple fort et que nous devons continuer de l\u2019être pour la génération qui suivra.» Taylor Morin « Quand j\u2019ai su qu\u2019il y aurait une rencontre avec le premier chirurgien innu au Canada, je ne m\u2019attendais pas à grand-chose.Cependant Stanley Vollant m\u2019a grandement inspirée à ne jamais abandonner les rêves que j\u2019avais mis de côté.J\u2019ai toujours voulu être un médecin, mais avec toutes mes responsabilités à l\u2019école secondaire, tout en m\u2019occupant de mes petites sœurs, j\u2019ai perdu espoir de réaliser ce rêve.Alors je remercie L\u2019Itinéraire de m\u2019avoir donné l\u2019occasion de le rencontrer ! » Megan Kasudluak 21 itineraire.ca itineraire.ca 15 juin 2021 15 juin 2021 20 Journaliste, responsable des dossiers société Par Alexandra Guellil L\u2019intérieur des terres.Nutshimit, c\u2019est un mot qui ne peut pas prendre la forme du possessif.Je le dis en innu-aimun, mais je ne peux pas le dire en français.Je lui appartiens au départ, c\u2019est elle qui me soigne, me nourrit et me fait rêver.Je ne dis pas « ma terre » ou « ma réserve ».Nutshimit n\u2019a pas besoin d\u2019être possédée, mais a besoin qu\u2019on soit en harmonie, car quand on est en harmonie avec Nutshimit, elle reconnaît le son de tes pas.Tout cela je l\u2019ai appris avec les aînés, en les enregistrant quand ils me parlaient de leur vie de nomade et en les accompagnant dans leurs récits et j\u2019ai fini par y aller dans le Nutshimit et j\u2019ai compris pourquoi ils l\u2019aimaient autant.Un jour, assise avec la vieille Marie-Louise, je lui ai demandé ce qu\u2019elle choisirait entre sa vie dans le Nutshimit et sa vie dans la réserve.Sais-tu ce qu\u2019elle m\u2019a répondu ?Le Nutshimit.Il existe un endroit à Natashquan pour les Innus, à l\u2019intérieur des terres, où le saumon retourne à son lieu de naissance.Ils parviennent à en avoir suffisamment pour retourner à leur lieu de chasse.Même si Arthur Lamotte avait nolisé un avion pour les y amener alors qu\u2019il était en tournage, la vieille Marie-Louise, à 96 ans, est partie comme ça se passait dans le temps, à pied (rires).J\u2019avais une photo d\u2019elle et tu la vois à la deuxième chute, bien accroupie sur ses genoux avec son chapeau perlé, son foulard et son baluchon.Si tu voyais cela\u2026 Ce n\u2019est pas moi, mais ça aurait pu l\u2019être si j\u2019étais née dans ces années-là.Je la regardais et le bonheur se lisait dans ses yeux.C\u2019était comme son ultime retour.Même si je vis en ville, une partie de moi est dans le Nutshimit.Vois-tu comment je suis heureuse quand je parle de la vieille Marie-Louise?Les aînés sont avec moi et je suis avec eux, même dans une grande ville comme Montréal.Je n\u2019ai qu\u2019à fermer les yeux pour me sentir avec eux et les entendre.Où que je sois, je suis quand même et de façon figurée dans le Nutshimit parce que je suis habitée par tous ces gens qui y vivent et qui m\u2019ont redonnée, qui m\u2019ont tout donné finalement.Ils m\u2019ont donné leur vie en me la racontant, ils m\u2019ont donné la vie de Nutshimit.Je les ai écoutés, retranscrits, traduits, enregistrés pendant 50 ans.C\u2019est comme si j\u2019avais été nomade avec mon cœur, mon âme et ma tête avec eux, même si physiquement je suis sédentaire.DAVID HIMBERT Joséphine Bacon est « survivante d\u2019un récit qu\u2019on ne raconte pas », celui des pensionnats autochtones.De son Nitassinan natal jusqu\u2019à Montréal, elle dit n\u2019avoir que le rire et les mots à partager.Ceux-là mêmes qu\u2019elle a reçus de ses aînés lorsqu\u2019elle a vécu avec eux, à l\u2019intérieur des terres, dans le Nutshimit.Depuis, elle se fait un devoir de partager leur histoire, leur amour de la terre et de leur langue, l\u2019innu-aimun.Cette poésie, cette parole de fierté (kashekau-aimun), c\u2019est un peu le même sentiment que l\u2019on ressent après une première chasse dont le produit doit être partagé avec toute une communauté.Avec Je m\u2019appelle Humain, derrière la caméra de la réalisatrice abénakise Kim O\u2019bomsawin, on suit Joséphine Bacon sur les traces de Papakassif, le maître du caribou, dans le Nutshimit.Et, dans son dernier recueil Nin Auass / Moi l\u2019enfant, elle nous invite à retrouver nos rêves d\u2019antan.En entrevue pour L\u2019Itinéraire, nous lui avons suggéré de nous parler de ces mots qui font sa vie, de ces maux qu\u2019elle garde en elle.Un peu comme si elle nous offrait quelques poèmes inédits\u2026 22 itineraire.ca 15 juin 2021 C\u2019est ma langue.L\u2019innu-aimun des nomades est diffé- rent de celui des sédentaires qui habitent dans la réserve parce que ce sont deux façons de vivre complètement différentes.Ce que tu vis dans le Nutshimit, tu ne le vis pas nécessairement quand tu es sédentaire ou quand tu es dans la réserve.Quand tu remontes la rivière, tu ne remontes pas la rue Pisto, à Pessamit.Ce sont deux mots différents et deux visions différentes.Quand je remonte la rivière, je me vois en train de pagayer et de suivre le courant parce qu\u2019il m\u2019amène toujours dans le Nutshimit.Chaque mot de cette langue-ci sera lié à l\u2019environnement.Il va me parler de mousse, d\u2019épinettes, de lichen ou de l\u2019horizon.Le dialogue ne sera pas pareil si je suis sur une réserve ou en ville où je parlerai de ma cour derrière la maison ou d\u2019un parc à Montréal.Ce sont deux dialogues différents qui ont leurs propres mots et vocabulaires.Je crois qu\u2019il n\u2019a pas été totalement négatif pour les jeunes des communautés.Au lieu d\u2019être confinés dans leurs maisons, ils sont retournés à leurs origines, dans le bois pour chasser par exemple.Quand tu nais Innu, c\u2019est inné en toi que tu es d\u2019abord nomade.C\u2019est juste qu\u2019on l\u2019oublie parce qu\u2019on vit dans les communautés, parce qu\u2019on ne voit plus le Nutshimit.Quand tu es pogné chez toi 24 heures sur 24, ton identité te revient et tu te souviens que tu es innu, que tu appartiens à un espace, à un horizon ou à l\u2019odeur des épinettes.Tu as besoin de cela.Le sédentarisme, ça tue.À force d\u2019être sédentaire, on a oublié que nous étions des nomades et qu\u2019on avait besoin de voir loin pour apprécier notre vie.Beaucoup de jeunes ne connaissent que les communautés ou réserves et ils ont oublié un peu leur langue et d\u2019où ils viennent.Avec le confinement, ils ont été confrontés à leur identité, à leur côté innu qu\u2019ils avaient oublié.Et je pense qu\u2019ils se sont rendu compte que même si la vie moderne comporte de bien belles choses, quand tu es Innu, tu as besoin de retrouver Nutshimit.Retrouver tes jambes, déjà c\u2019est beaucoup.Le rêve du colonialisme était de nous faire disparaître.On disait que dans 50 ou 100 ans, il n\u2019y aurait plus d\u2019Indiens.Et pourtant, on est toujours là et plus fort que jamais.Si avant on ne parlait pas la langue de l\u2019autre, aujourd\u2019hui, on la maîtrise car nous sommes allés dans leurs écoles.Quand on a commencé à parler français, on ne comprenait pas tout le langage de l\u2019autre.Encore aujourd\u2019hui, je continue à fouiller dans le dictionnaire pour des mots que je ne comprends pas.Mais, as-tu vu les jeunes d\u2019aujourd\u2019hui comme Natasha Kanapé Fontaine, Marie-Andrée Gill ou Naomi Fontaine ?As-tu vu le vocabulaire qu\u2019elles ont en français ?C\u2019est extraordinaire ! Je n\u2019aime pas la façon dont on en a parlé.Ce que je n\u2019ai pas appris là-bas, ce sont nos mythes fondateurs.Ces savoirs que mes grands-parents ou d\u2019autres aînés m\u2019auraient racontés et que j\u2019aurai écoutés parce qu\u2019il s\u2019agissait de la création de mon monde et de mon histoire.Et ça, on ne le transmettait pas au pensionnat.Je n\u2019y ai pas appris le langage de Nutshimit ou à être nomade.Les enfants sont des poètes.Nous naissons tous poètes d\u2019abord et avant tout.Nos premiers pas ou nos premières larmes sont de la poésie.Un enfant est un poème en soi.L\u2019enfant en moi, même si elle a beaucoup vieilli (rires), elle est toujours là.Toujours.Oh mon Dieu\u2026 On l\u2019entend partir dans sa langue, en atikamekw dans sa vidéo.Elle est partie, oui avec sa langue\u2026 Je ne sais pas quoi te dire.C\u2019est ce genre d\u2019images où je n\u2019ai pas de mots à dire ou à partager.Non, il n\u2019y a pas de mots.Il y a des moments où on ne peut rien dire.Je suis poète par accident.Je n\u2019ai jamais pensé que je l\u2019étais.C\u2019est en acceptant le rêve de Laure Morali que j\u2019ai commencé à trouver que les mots étaient simples.J\u2019ai compris, avec son rêve, qu\u2019écrire un mot était une image quand on s\u2019y attarde assez longtemps.J\u2019aimerais que l\u2019on retrouve nos rêves, qu\u2019on retourne les revisiter parce que peut-être qu\u2019ils ne sont pas si loin\u2026 Ce mot, c\u2019est ma vie.J\u2019ai juste l\u2019habitude de prendre la vie comme elle se présente.Je ne suis pas une militante ou une activiste.Même si mon cœur l\u2019est, on ne me verra jamais dans les manifestations.De toute façon, mes jambes ne me le permettront pas (rires).La résilience, pour moi, c\u2019est de vivre comme les anciens, au jour le jour car, c\u2019est le présent qui compte.Ce que je vis aujourd\u2019hui est aussi important que ce que j\u2019ai vécu hier.« Je dois être absente de l\u2019enseignement de mon identité.À la rivière, les anciens me l\u2019ont redonnée, c\u2019est ici que je me suis sentie réellement innue ».Pour moi, l\u2019identité commence par parler la langue de tes parents et de tes grands-parents.Je parle toujours l'innu-aimun, je l\u2019enseigne et j\u2019ai cet espoir de redonner la fierté de parler sa langue chez les plus jeunes que moi.J\u2019aimerais ça qu\u2019ils soient aussi fiers que moi de la parler ou de l\u2019enseigner, de la traduire et d\u2019écrire des poèmes dans cette langue.C\u2019est une langue qui est déjà poétique en soi, quand tu es nomade, forcément tu es poète quelque part.Quand tu es nomade et tu regardes un arbre ou tu regardes une rivière, que tu marches sur du lichen ou de la mousse, ce n\u2019est pas rien.Être nomade, c\u2019est de la poésie parce que tu n\u2019es pas confronté à des murs de béton, à de l\u2019asphalte ou à de la pollution.Tu es sur une terre pure.Malgré tout cela, la vie quand même a sa façon d\u2019être généreuse.Dans les parcs à Montréal, je retrouve les arbres et ça me ramène toujours à mes origines.Ça, c\u2019est la vie qui me l\u2019a donné.Je ne suis pas qu\u2019urbaine.Je suis toujours Innue.La vie m\u2019a donné mon identité.Où que tu sois, si tu sais qui tu es et d\u2019où tu viens, ton identité fait partie de l\u2019être et de l\u2019humain que tu es.Je sais que je m\u2019appelle Joséphine Bacon, mais le nom que je porte n\u2019est pas tout ce que je suis.Je fais partie du Nutshimit et je marche sur cette terre qui m\u2019a vue naître.Je lui appartiens parce qu\u2019elle m\u2019a donné mon identité.25 itineraire.ca 15 juin 2021 « Il y a eu du chemin de parcouru », constate Michel Jean.Depuis la Commission de vérité et réconciliation clôturée en 2015 qui a donné la parole à plus de 6500 témoins des ravages causés par les pensionnats sur la culture, l\u2019identité et l\u2019intégrité des personnes autochtones, un tournant s\u2019est opéré.Et l\u2019affaire Joyce Echaquan en est l\u2019un des points marquants.Parce que les conditions entourant sa mort qui ont choqué tout le Québec et endeuillé la nation atikamekw ont aussi « ouvert les cœurs », pense l\u2019auteur et journaliste innu.Dans le même traîneau Ce tournant, on le perçoit également dans sa dernière publication, Wapke, le tout premier recueil autochtone d\u2019anticipation paru en mai dernier.À l\u2019instar d\u2019Amun, son aîné de cinq ans, plusieurs plumes se sont rassemblées.Et cette fois, le nombre de peuples et de nations représentées a doublé.Quatorze auteurs d\u2019origine innue, atikamekw, wendat, crie, anishinaabe et inuk y décrivent leur vision de « demain ».L\u2019avenir\u2026 c\u2019est la première fois qu\u2019on offre aux Autochtones un espace public pour « se projeter dans le futur et dire comment ils voient le monde », précise Michel Jean.Wapke, l\u2019écrivain le compare à un traîneau à chiens.« Tout le monde tire le traîneau en même temps, et il avance, à la même vitesse pour tous.» On y retrouve des « valeurs sûres » comme Joséphine Bacon, Natasha Kanapé-Fontaine, Virginia Pésémapéo Bordeleau\u2026 à côté d\u2019autres talentueux auteurs moins connus, comme Janis Ottawa, enseignante atikamekw de Manawan.Et tous s\u2019expriment, le regard fixé vers le même horizon.Si Wapke rassemble autant, c\u2019est entre autres parce qu\u2019« Amun, le premier recueil publié dans une maison d\u2019édition avec des moyens, avait une bonne réputation auprès des Autochtones », rappelle l\u2019auteur.Amun, c\u2019était aussi « un statement » pour l\u2019écrivain, qui a longtemps évité de trop exposer ses origines innues.Le silence des origines Récipiendaire du prix littéraire France-Québec 2020 pour son roman Kukum paru en 2019 (roman qui retrace la vie d\u2019Almanda Siméon, son arrière-grand-mère), le journaliste et écrivain n\u2019aurait sûrement pas imaginé un tel intérêt pour les peuples autochtones il y a encore quelques années de cela.« Partout où j\u2019ai travaillé, j\u2019ai entendu que les histoires d\u2019Indiens n\u2019 intéressent personne », raconte celui qui, pendant des années, a adopté un comportement silencieux sur ses origines métissées, calquant celui de sa famille.« J\u2019ai reproduit un peu ce que ma grand-mère a vécu et ma mère aussi, qui n\u2019en parlait pas.Ma grand-mère a toujours cherché à ne pas se faire remarquer.Et quand on entendait parler des Autochtones, ce n\u2019était jamais gai.Alors je gardais ça pour moi.».Reste qu\u2019il a toujours éprouvé de la fierté à l\u2019égard de sa culture.« J\u2019ai toujours trouvé admirable que les gens aient vécu et survécu comme ça.Je n\u2019étais pas honteux.J\u2019en étais fier naturellement.» Déjà enfant, et bien que coupé de sa famille innue, il avait une inlassable curiosité pour les savoirs de sa grand-mère.« J\u2019étais proche d\u2019elle, mais moi, je grandissais dans le milieu blanc et je ne savais pas que ce n\u2019était pas en la bombardant de questions que j\u2019allais obtenir des réponses.C\u2019est pas dans la culture innue.Il faut regarder, écouter, attendre\u2026 » C\u2019est à la mort de cette femme que le besoin de renouer avec la branche innue de son métissage se fera sentir : « Quand ma grand- mère est décédée, la cousine de ma mère, que je ne connaissais pas personnellement, m\u2019a dit : \u201cMichel, l\u2019 indien tu l\u2019as en toi\u201d.C\u2019est là que j\u2019ai commencé à me poser des questions ».« Être Autochtone, c\u2019est ça que ça change » Aujourd\u2019hui, l\u2019une des raisons qui poussent l\u2019auteur à écrire sur les Autochtones n\u2019est plus juste sa volonté de renouer, mais aussi sa conscience d\u2019être un exemple positif.« Ça fait au moins un nom de plus dont les communautés autochtones parlent.» Il est reconnu que les Premières Nations manquent de figures de réussite pleinement intégrées à la société québécoise.Et Michel Jean en sait quelque chose, lui qui évolue dans un milieu professionnel où les Autochtones se comptent sur les doigts d\u2019une main.« À part Marie-Michèle Sioui (correspondante parlementaire à Québec) au Devoir, je ne connais aucun journaliste autochtone qui publie au Québec », déplore l\u2019auteur.Pourtant, être Autochtone apporte un regard avantageux dans bien des situations.Comme avec l\u2019affaire Joyce Echaquan dont l\u2019auteur nous conte une partie de ce qui s\u2019est passé dans les « coulisses médiatiques » au moment de la tragédie.« Quand est arrivé l\u2019événement, il y a eu un débat : fallait-il ou non diffuser les propos du personnel ?Ils étaient tellement durs qu\u2019on a hésité.Et j\u2019ai dit \u201cnon, je comprends que c\u2019est dur, mais ça fait longtemps que les Autochtones entendent ça, alors il est temps que les Québécois l\u2019entendent aussi.\u201d Le fait d\u2019être Autochtone, c\u2019est ça que ça change.» Wapke Michel Jean Stanké, 2021, 216 pages Michel Jean perceptions autochtones L\u2019Itinéraire aurait pu aborder une entrevue avec Michel Jean, auteur, journaliste d\u2019enquête et chef d\u2019antenne à TVA sous mille angles.Parce qu\u2019Innu métissé, parce que l\u2019un des rares Autochtones à évoluer dans le milieu des médias québécois, parce que conteur de sa culture, de ses aïeux et créateur d\u2019espaces de discussion entre les communautés.Wapke, son dernier recueil collectif publié en mai dernier en est l\u2019exemple parfait.Il relate pour la première fois les visions de « demain », posées par pas moins de 14 voix autochtones de plusieurs origines.Kukum Michel Jean Éditions Libre expression, 2019, 224 pages S TAGIAIR E 2021 Photo par Yves Grégoire 27 itineraire.ca 26 itineraire.ca 15 juin 2021 15 juin 2021 Journaliste, responsable des dossiers société Par Karine Bénézet Préposé à la distribution C H R I S T I A N L E D U C PHOTOS FOURNIES PAR VIRGINIA PÉSÉMAPÉO BORDELEAU Commençons par un petit voyage en Abitibi.À quoi ressemble votre lieu de vie ?J\u2019habite dans la région de Rouyn-Noranda près d\u2019un village qui s\u2019appelle Destor.Je suis à trois kilomètres du village en allant vers le parc national d\u2019Aiguebelle.J\u2019habite loin de la route, là où se trouvent des chemins de terre.En 2003, alors que moi et mon conjoint de l\u2019époque avions quitté Québec pour revenir en région après cinq ans passés dans cette ville, on a trouvé cette petite maison qui était à vendre.Je suis tombée amoureuse de l\u2019endroit.Je pense que j\u2019aimais l\u2019éloignement.Plus tard, je l\u2019ai quittée pour finalement la racheter en 2013.Je l\u2019habite depuis ce temps-là.C\u2019est la campagne ici, bordée par la forêt.J\u2019aime ce calme, la tranquillité et la proximité avec la nature et les animaux.Journaliste, responsable de la formation Propos recueillis par Karine Bénézet « Il y a cette joie de vivre et cette peine » qui accompagnent Virginia Pésémapéo Bordeleau depuis sa plus tendre enfance.Sa peinture colorée et ses écrits aux mots parfois très durs révèlent ce contraste dont l\u2019artiste nous parle en entrevue, depuis son Abitibi natale.Hérités de ses parents et de ses origines autochtones, l\u2019humour et le rire font aussi partie d\u2019elle.Des traits qui prennent une grande place et soulagent chacune de ses épreuves depuis sa plus tendre enfance ; tout comme sa « pulsion de vie », comme elle la décrit, et son besoin de s\u2019exprimer, apprivoisé très jeune par les couleurs et la poésie.Un talent naturel se dégagera rapidement de ses créations, qui a fait de Virginia Pésémapéo Bordeleau, l\u2019une des artistes clefs de culture autochtone.Celle qui considère l\u2019art comme « quelque chose de salvateur, qui aide à vivre et à survivre » a fêté ses 40 années de carrière l\u2019an passé au Musée d\u2019art de Rouyn-Noranda et a récemment signé un texte dans le dernier recueil collectif dirigé par l\u2019auteur et journaliste Michel Jean, Wapke.29 itineraire.ca 28 itineraire.ca 15 juin 2021 15 juin 2021 Vous avez commencé à peindre très jeune, vers six ans, alors que votre père venait de vous offrir vos premiers pinceaux à la suite d\u2019un rêve que vous lui aviez raconté et qui l\u2019avait troublé.Vous souvenez-vous de ce rêve ?Non, je ne me souviens pas\u2026 Vraiment, non.Je rêvais tellement quand j\u2019étais enfant.Mais mon père dessinait lui-même très bien.Puis je m\u2019y suis mise également.Un jour, mon père m\u2019a apporté des peintures à numéros, sûrement pour Noël.Très vite, ça ne m\u2019a plus suffi, alors il m\u2019a acheté des aquarelles.C\u2019est là que j\u2019ai commencé à peindre des paysages.Mon père m\u2019encourageait beaucoup.Puis adolescente, en 12e année, il y a eu cette exposition de fin d\u2019année.J\u2019y avais présenté mes aquarelles, que le directeur avait voulu acheter.Ça a réveillé une sorte de fierté et de certitude que ce que je faisais était bien.Malheureusement, je n\u2019ai pas voulu lui vendre.Je lui avais dit \u201c non, non, c\u2019est à moi \u201d.J\u2019aurais dû le faire parce qu\u2019elles seraient peut-être encore là.À l\u2019époque, ma maison est passée au feu et toutes mes premières productions sont parties en fumée.Puis, cette même année, un touriste français est passé à la maison.Lui aussi a voulu emporter mes dessins pour les ramener en France.Je pense que pour lui, c\u2019était probablement plus un souvenir d\u2019Autochtones.Mais ce Français a été pour moi comme une confirmation du talent naturel que j\u2019avais.Est-ce du talent de conteuse de votre mère qu\u2019est né votre goût pour l\u2019écriture ?L\u2019écriture, j\u2019ai commencé tôt.J\u2019écrivais des petits poèmes dès mes 11 ans.Et je n\u2019ai jamais cessé d\u2019écrire.Parfois, je relis mes cahiers d\u2019écriture de jeune fille et je trouve ça drôle\u2026 Mais vous avez commencé à publier très tard par contre.En fait, je ne savais pas comment publier.En Abitibi, il n\u2019y avait pas de maison d\u2019édition à tous les coins de rue.Puis, une maison s\u2019est ouverte à Val-d\u2019Or.Mais je crois aussi que je n\u2019étais pas prête.Mes textes étaient très intimes et je me demandais si je pouvais les publier.Puis, nous, les Autochtones, avons mis du temps avant d\u2019être pris au sérieux.Quand j\u2019ai écrit mon premier roman, Ourse bleue, mon père allait décéder un mois plus tard.C\u2019est pendant sa maladie que j\u2019ai commencé à écrire ce livre.J\u2019avais rédigé quelques chapitres que j\u2019ai fait lire à mon conjoint de l\u2019époque qui était dans le milieu de la littérature, et je lui ai demandé ce qu\u2019il en pensait.J\u2019ai laissé passer le soir, le lendemain\u2026 Mais aucun mot de sa part.J\u2019ai eu le courage de lui demander quand même.Il a gardé le silence et s\u2019est mis à pleurer en me disant : continue.Donc une fois le roman terminé, j\u2019ai cherché une maison d\u2019édition.Toutes ont refusé.Alors je suis passée par une amie qui était une écrivaine et m\u2019a mise en contact avec son éditrice, celle des éditions de la Pleine Lune.Ils ont accepté de publier mon texte.Ça, c\u2019était en 2007.Mais le succès du livre n\u2019a commencé que trois ou quatre ans plus tard.Et depuis, il y a eu plusieurs rééditions.Encore là, en 2007 c\u2019était un peu tôt pour une Autochtone de publier.On n\u2019était pas à la mode encore et heureusement que les Innues sont arrivées.C\u2019est elles qui ont mis l\u2019écriture des Premières Nations sur la carte, notamment avec la maison d\u2019édition Mémoire d\u2019encrier.Sinon, moi toute seule, je serais passée inaperçue.Depuis quelques années, on me dit qu\u2019Ourse bleue est un livre qui fait partie de la littérature québécoise.Désormais, je comprends pourquoi on écrit : pour parler avec les autres, pour dialoguer, leur apprendre des choses sur notre culture.J\u2019ai lu que votre père était revenu de la Seconde Guerre mondiale avec ce qu\u2019on appellerait maintenant un choc post-traumatique.À la suite de ça, il a eu des problèmes d\u2019alcool.Pouvez-vous m\u2019en dire un peu plus ?Je vous pose cette question délicate, car j\u2019ai l\u2019impression que vous portez en vous une sorte de double facette.L\u2019une joyeuse et pleine de vie qui s\u2019exprime à travers des peintures très colorées et une autre, liée à des épreuves de vie plus sombres et difficiles qui se reflètent dans vos livres.Deux arts qui se complètent et vous représentent.Vous savez, on dit que ce qui nous a sauvé la vie à nous, les Autochtones, c\u2019est le rire.Et c\u2019est vrai.Nous avons cette facilité à rire de situations qui parfois ne seraient pas drôles autrement.Ma mère riait beaucoup.Dans le fond, c\u2019était une femme blessée.Elle a perdu son père à six ans, sa petite sœur, et par la suite, sa mère s\u2019est remariée et elle a dû vivre chez sa grand- mère qui avait besoin qu\u2019on s\u2019occupe d\u2019elle.C\u2019est ma mère qui a été choisie pour ça.Elle a eu un petit frère qui est décédé aussi.Donc dans les premiers 20 ans de sa vie, ma mère a vraiment connu des drames.Et je pense qu\u2019elle était une femme profondément triste, mais en même temps, elle avait un sens de l\u2019humour très fort.Ma mère a eu des problèmes d\u2019alcool à partir du moment où mon frère est parti en pensionnat.Après, il y a eu le décès de sa mère.Ça l\u2019a brisée.Quelque chose en elle s'est cassé.Moi, j\u2019étais l\u2019aînée, alors c\u2019est moi qui ai pris la charge de la famille.Je n\u2019ai pas vraiment eu d\u2019adolescence ni de jeunesse .J\u2019étais aussi une fille profondément triste.Dans le fond, Je me dis qu\u2019il y a eu un transfert de tristesse entre les générations de femmes dans ma famille.D\u2019un autre côté, j\u2019avais aussi cette pulsion de vie et surtout des rêves extraordinaires qui m\u2019habitaient tout le temps, en plus de mon besoin d\u2019expression.Alors dès que j\u2019ai su écrire, que j\u2019ai eu des couleurs, je me suis mise à m\u2019exprimer.C\u2019est quelque chose de salvateur qui aide à vivre et à survivre.Il y a donc cette joie de vivre et en même temps cette peine.L\u2019écriture m\u2019a permis de parler des traumatismes vécus.Celui de mon père nous a aussi affectés.Lucie Lachapelle, mon amie et ancienne belle-sœur, a fait un film sur les chocs post-traumatiques [Le stress post-traumatique, documentaire, 2000] qui sont refilés aux enfants.Je me souviens encore aujourd\u2019hui de ne jamais me mettre à dos dans une salle, mais toujours dos au mur.J\u2019avais peur de me faire frapper par-derrière.Pourtant, je n\u2019ai jamais été agressée, je n\u2019ai pas eu de parents violents\u2026 alors quand j\u2019ai vu ce film\u2026 il y avait quelque chose qui me rejoignait : le choc post-traumatique de parents qui se transmet aux enfants.Le regard de votre père sur vos peintures était-il très important pour vous ?Oui, très important.Parce que mon père était à mes yeux la personne à laquelle je pouvais me fier pour répondre à toutes mes questions.Il avait une curiosité intellectuelle d\u2019ailleurs un peu étrange pour un homme de sa situation, car il était un chasseur puis plus tard, il a trouvé un travail de fonctionnaire, en quelque sorte.Il avait des connaissances qui m\u2019étonnaient.Il connaissait la peinture, les peintres français.Il avait également une grande culture en littérature, en histoire, en géographie\u2026 Son regard sur moi était admiratif, et c\u2019était vraiment bien pour une fille.J\u2019ai été chanceuse.Et votre mère, comment était-elle ?D\u2019abord, ma mère ne parlait que sa langue d\u2019origine et n\u2019est jamais allée à l\u2019école.Elle était une coloriste.Elle utilisait des perles et des fils de couleur pour faire de la broderie, des mocassins, des mitaines\u2026 Elle avait également un talent extraordinaire pour la photo.Mon père lui avait fait cadeau d\u2019un appareil avec lequel elle prenait des photos de nous, les enfants.Elle avait véritablement un œil de photographe.Elle aurait aimé aller à l\u2019école.C\u2019était une grande tristesse pour elle.Je sais qu\u2019elle aurait été brillante.Ma mère était très intelligente.Elle avait aussi le don de raconter des histoires, un côté conteuse.Virginia Pésémapéo Bordeleau et ses parents.Été 1952.Frances Pésémapéo (mère).Été 1952.31 itineraire.ca 30 itineraire.ca 15 juin 2021 15 juin 2021 Frances Pésémapéo avec la petite Virginia, ses frères et soeur en arrière-plan.Ne jamais se mettre dos aux gens dans une salle vient-il du traumatisme de votre père, qui à l\u2019époque de la guerre ne devait pas tourner le dos à l\u2019ennemi au risque de se faire tuer ?Oui, exactement.Je reviens sur votre frère.Pourquoi lui seul a été envoyé dans un pensionnat autochtone ?Les enfants autochtones ont été envoyés dans ces écoles et le plus loin possible des familles.Mon frère est allé à celle de Saint-Marc- de-Figuery, près d\u2019Amos en Abitibi.Il y est allé parce qu\u2019il portait le nom de ma mère, Pésémapéo, il était comme statué autochtone.Son père était un Cri et sa mère aussi.Ma mère l\u2019a eu d\u2019une union précédente.Mais son fiancé de l\u2019époque ne l\u2019a pas épousée.Elle était ce qu\u2019on appelait une fille-mère.Mon père ne l\u2019a pas adoptée légalement, ce qu\u2019il aurait dû faire.Il pensait sûrement que ça lui enlèverait des droits.Mais je vais vous dire une chose : les droits que l\u2019on a, nous, les Autochtones, ne valent pas la peine.Ce ne sont pas des droits du tout.Dans les réserves, les gens ne sont ni propriétaires de la terre ni de la maison.Ils n\u2019ont aucune capacité d\u2019emprunt, aucune possibilité d\u2019avoir des cartes de crédit.Ça reste de la tutelle.Même si dans les faits, le territoire nous appartient.On nous a tout simplement volés et placés dans des réserves grandes comme des mouchoirs de poche.Parfois, quand j\u2019entends dire qu\u2019on est gâtés, j\u2019ai envie de répondre : je vais te donner cette place, tu vas trouver ça drôle\u2026 tu vas crier que tu veux redevenir Blanc assez rapidement (rires).Donc, votre père était Métis et votre mère Crie.Comment se sont-ils rencontrés ?C\u2019était en 1950.Mon père était revenu en 1945 de l\u2019Europe.Il a fait partie des soldats stationnés en Angleterre qui ne pouvaient pas revenir tout de suite au pays.Là-bas, il y avait des problèmes de consommation assez forts.Mon père s\u2019est mis à boire.Quand il est revenu au pays, il a tout de suite pris le train pour l\u2019Abitibi et est retourné près du lac où il trappait avant la guerre.Il y a soigné son mal de vivre.Ce sont des amis algonquins d\u2019avant la guerre qui lui avaient appris la trappe et leur langue.En revenant, il a retrouvé sa famille spirituelle, peut-on dire.Après avoir franchi la trentaine, il a voulu avoir son territoire de chasse et de trappe, mais autour du lac, le territoire était algonquin.Il a entendu dire qu\u2019à Senneterre, des terrains étaient alloués à des gens, des Blancs surtout.Il y est allé et a demandé s\u2019il y avait des Algonquins ici.On lui a dit que oui, et il les a rejoints.Il leur a parlé dans leur langue.C\u2019est là qu\u2019il a fait la rencontre de son futur beau-père.Ils se sont mis à trapper ensemble.Et mon grand-père l\u2019a comme adopté et lui a dit un jour : comment ça tu n\u2019es pas marié ?Papa lui a répondu que c\u2019était peut-être parce qu\u2019il n\u2019avait pas trouvé la bonne.Ma mère à ce moment-là vivait auprès de sa grand-mère.Quand cette dernière est décédée, elle est revenue près de sa famille et a rencontré mon père.Ils étaient beaux tous les deux.Ils se sont accordés et se sont mariés en octobre 1950.Je suis née l\u2019année suivante, en 1951.J\u2019ai regardé les photos de vos toiles mises en ligne depuis les années 80.J\u2019ai l\u2019impression qu\u2019à partir des années 90, il y a eu un changement dans votre démarche.Que s\u2019est il passé ?Oui, ça s\u2019appelle la démarche artistique (rires).Quand j\u2019ai commencé à prendre la peinture au sérieux, je peignais des personnages.Je prenais des photos de ma famille, puis je faisais des portraits, pas avec précisions, mais d\u2019une façon très sensible.Ça ressemblait, comme le disait mon père, à du Gauguin.Puis, après la mort de ma mère en 1989, elle qui était mon personnage principal, j\u2019ai eu un passage à vide.J\u2019avais entrepris une démarche, un retour vers ma spiritualité première par l\u2019étude des totems, de leurs sens, de celui qu\u2019on accorde aux animaux, à la nature, à la Terre.C\u2019est là que j\u2019ai compris le sens de Terre Mère.Je me suis mise à lire les travaux de Darwin et à travers eux, j\u2019ai découvert que les Amérindiens avaient la même compréhension de l\u2019évolution.L\u2019une de mes grand-mères nous racontait les soirs d\u2019été, des histoires sur la Voie lactée.Elle l\u2019appelait le serpent céleste.Elle disait : vous savez, on a ça aussi en d\u2019dans de nous.Alors, je me suis demandée si elle ne parlait pas de l\u2019ADN.Ce sont des contes, des légendes, mais quand tu lis ça d\u2019une autre manière, tu te dis qu\u2019il y a quelque chose dans la mémoire génétique de ceux qu\u2019on appelle les Premières Nations qui a une certaine connexion avec la réalité.Tout ça pour dire que j\u2019ai compris, réellement, que la Terre était notre mère.Et je trouve tellement dommage que l\u2019humanité détruise l\u2019origine de sa vie.Il y a cette sagesse de ma culture première pour laquelle j\u2019ai un profond respect, une profonde admiration.Je suis un petit peu désespérée du reste du monde, des gens qui mènent le monde.Est-ce de ce désespoir dont parle le texte que vous avez écrit pour le recueil Wapke ?[Recueil d\u2019anticipation dirigé par Michel Jean et sorti en février dernier, qui donne la parole à plusieurs auteurs autochtones sur leur vision de demain].J\u2019imagine que ce sont les gens les plus évolués qui restent, qui se mélangent et qui forment une seule race : les humains.Eeyou, en langue crie, ça veut dire humains aussi.Je suis née dans les camps de chasse et de trappe.Je connais l\u2019entraide des peuples autochtones.Il y a cette générosité dont on a tous besoin pour survivre.Et moi je viens de cette culture.Je suis comme une vieille qui regarde aller le monde et qui se demande ce qui se passe.Je trouve tout ça très étrange.Tellement, que des fois je me dis que je suis heureuse d\u2019être retirée du monde.De gauche à droite : La grand-mère de Virginia Pésémapéo Bordeleau la tenant dans ses bras, son père, sa mère ainsi que son frère et une cousine.Été 1952.33 itineraire.ca 32 itineraire.ca 15 juin 2021 15 juin 2021 Un plaidoyer pour le rapprochement Il y a des livres qui influencent une vie.Comme celui d\u2019Emanuelle Dufour, C\u2019est le Québec qui est né dans mon pays, véritable plaidoyer en faveur d\u2019un rapprochement entre les Québécois et les communautés autochtones : Premières Nations, Métis et Inuits.Illustrée par l\u2019auteure de 40 ans, cette bande dessinée est née d\u2019une question posée par une jeune maorie, lors d\u2019un voyage en Nouvelle-Zélande, en 2004 : parlez-moi des « Indiens » de chez vous ! Incapable de répondre, Emmanuelle Dufour a réalisé qu\u2019après avoir croisé les chemins de Maoris, Amazigh, Peuls, entre autres, elle n\u2019avait jamais croisé ceux des 11 nations qui habitent le même territoire qu\u2019elle.« La vérité, c\u2019est que je suis Québécoise, écrit-elle, que ma famille habite leur territoire traditionnel depuis plus de 200 ans et pourtant, je ne sais pratiquement rien d\u2019eux et je n\u2019en connais aucun, écrit-elle.La vérité, c\u2019est que j\u2019ai honte de moi.Honte de nous.» Pour pallier cet état de choses, l\u2019auteure, titulaire d\u2019une maîtrise en anthropologie et d\u2019un doctorat en éducation par les arts, a rencontré des dizaines de personnes influentes de ces communautés et livre leurs propos.À travers cette lecture, on réalise rapidement que la contribution des Autochtones à la société canadienne a été occultée, comme si l\u2019histoire du pays se limitait à seulement cinq siècles de colonisation.Entre la traite des fourrures et la crise d\u2019Oka, c\u2019est le trou noir.Que s\u2019est-il passé ?D\u2019abord, on a trafiqué l\u2019histoire.Rappelons-nous les « bons et les mauvais Indiens ».Ceux qui parlaient français étaient les bons.Ceux qui parlaient anglais, les mauvais.Dans l\u2019ouest du pays, on enseignait tout le contraire ! Ce livre fourmille de propos qui font réfléchir.Jacques Kurtness, le premier docteur en psychologie d\u2019origine innue et professeur de psychologie à l\u2019Université du Québec à Chicoutimi, raconte : « Quand on était étudiants, ça nous surprenait d\u2019entendre parler de Nouvelle-France et de Nouveau-Québec.On ne trouvait pas cela si nouveau que ça nous autres, on est là depuis 10 000 ans ! » Et vlan ! La crise d\u2019Oka n\u2019a rien réglé.Emmanuelle Dufour le rappelle : « Les Indiens, les Mohawks, les Warriors, Lasagne et sa gang\u2026 avaient traversé l\u2019écran.Ils étaient devenus complètement transformés.Ils se tenaient devant nous, hagards, armés, et menaçants.Il était sans cesse question de barricades, du pont Mercier et de désobéissance.Mais jamais de violences coloniales, de dépossession territoriale, ni de droits ancestraux.» Ce livre nous invite à enseigner et à expliquer.À poser les jalons du vivre ensemble, non plus en étrangers, mais en voisins d\u2019un territoire partagé.C\u2019est le Québec qui est né dans mon pays Emanuelle Dufour Écosociété, 2021, 208 pages Combien de temps avez-vous consacré à ce projet ?La bande dessinée, c\u2019est en fait la composante principale de ma recherche-création doctorale.Ç\u2019a pris cinq ans.À travers vos rencontres, qu\u2019est-ce qui vous a le plus marquée ?L\u2019ampleur de ce qu\u2019on peut appeler un mensonge colonial ou de la désinformation ou des trous qu\u2019on a dans notre éducation par rapport aux réalités du territoire.Quand on y pense, tous ces manquements-là, à notre éducation, c\u2019est pas seulement par rapport aux réalités des premiers peuples.En tant que Québécois, c\u2019est aussi les gros trous dans notre propre histoire parce que l\u2019histoire coloniale, c\u2019est le fondement de notre histoire.Aimeriez-vous que votre livre soit enseigné à l\u2019école ?Oui, vraiment beaucoup, et c\u2019est en train de se faire de plus en plus.Je pense que ça pourrait être à l\u2019école et à l\u2019extérieur.Évidemment, le système d\u2019éducation doit s\u2019ajuster, mais je pense aussi que c\u2019est important de fournir des outils pour des gens qui ne sont plus dans le système d\u2019éducation.C\u2019est vraiment un outil qui se veut didactique, mais sans se substituer aux voix autochtones.3 questions à Emmanuelle Dufour Nous sommes des histoires, Réflexions sur la littérature autochtone Anthologie dirigée par Marie-Hélène Jeannotte, Jonathan Lamy et Isabelle St-Amant.Mémoire d\u2019encrier, 2017, 275 pages Agaguk Yves Thériault [Canada/Québec, 1915-1983], publié simultanément à Québec à l\u2019Institut littéraire du Québec et à Paris chez Grasset en 1958 Mythes et réalités sur les peuples autochtones Pierre Lepage.3 éd.Institut Tshakapesh, 2019, 167 pages Je suis une maudite sauvagesse \u2014 Eukuan nin matshi-manitu innushkueu An Antane Kapesh Mémoire d\u2019encrier, 1976, 216 pages par Roger Perreault Camelot Rachel-Béry Fleury / Péloquin et SAQ Lajeunesse / Jarry 34 itineraire.ca 15 juin 2021 Je ramasse les bouteilles et les canettes depuis la pandémie.J\u2019ai commencé à faire ça pour me payer quelques petites choses et gâteries : du savon à linge, une grande bouteille de liqueur quand elle est en promotion.Je les ramène dans les épiceries Metro ou dans les dépanneurs.Et je vais continuer, en plus de vendre mes revues.CÉCILE CREVIER CAMELOT MARCHÉ METRO SAINTE-CATHERINE / MORGAN Je pense que la COVID sera encore là longtemps alors, pourquoi pas garder l'habitude de porter un masque de temps en temps, surtout quand je verrai une personne qui tousse beaucoup.Je garderai aussi l'habitude de regarder la direction du vent quand quelqu'un sera malade près de moi.C'est pratique aussi pour les odeurs qui nous dérangent, comme celles des vidanges.MANON FORTIER CAMELOT MÉTRO HONORÉ-BEAUGRAND ET VILLAGE CHAMPLAIN Je ne pense pas garder d'habitudes de pandémie, à moins qu'on m'y oblige; ni le masque ni le lavage des mains à outrance.Parce que plus tu te laves les mains, plus tu affaiblis ton système immunitaire.Disons que je ne continuerai pas de me laver les mains aux cinq minutes.Le gel désinfectant aussi.Trop, c'est comme pas assez.Et j'ai hâte de me retrouver à moins de deux mètres de quelqu'un.CHRISTIAN TARTE CAMELOT PJC BEAUBIEN / 28e AVENUE Je ne suis pas sûr de garder des habitudes de pandémie.Mais ça m'énerve un peu quand je regarde l'ouverture des terrasses.Là, on reprend la vente dans le métro avec l'équipement.Mais je ne suis pas encore rassuré.J'irai sur les terrasses pour le moment avec le monde avec qui j'étais confiné.Avec le temps, la méfiance va s'estomper, mais tant qu'il y aura des cas, je me tiendrai à distance.JEAN-PAUL LEBEL CAMELOT ÉMERY / SAINT-DENIS Il y a beaucoup d'habitudes que je vais garder.Celle de marcher une petite heure tous les jours.Mettre un masque aussi.Je pense que je l'utiliserai toujours.Pour faire les courses surtout.Et me laver les mains aussi souvent.Et comme j'avais plus de temps pour moi, j'ai commencé à lire beaucoup plus.Ça aussi je vais continuer de le faire.SAÏD FARKOUH CAMELOT MÉTRO MONTMORENCY Je pense que je vais continuer de porter le masque dans certains endroits comme les magasins.Mais la pandémie n'a pas changé grand-chose dans mes habitudes: je travaille et je rentre chez moi.Je me couche toujours aussi tôt, mais je m'endors plus vite qu'avant par contre.DIANE CURADEAU CAMELOT MÉTRO DE L'ÉGLISE Ça fait un an et demi que la pandémie est là.Alors je me suis habitué à me coucher de bonne heure et à travailler moins tard.Je pense que je vais continuer de me coucher vers 21 h 30, parce que je me lève plus de bonne heure et je trouve que ça me remet le système en place.MAXIME VALCOURT CAMELOT THÉÂTRES DU RIDEAU VERT ET DU NOUVEAU MONDE itineraire.ca itineraire.ca 15 juin 2021 15 juin 2021 37 36 « Une police » chez les Autochtones L\u2019ex-policier a été parachuté dans ce comté 30 jours seulement avant l\u2019élection du 1er octobre 2018.Malgré sa notoriété \u2014 il a été longtemps le porte- parole de la police de Montréal \u2014 il n\u2019a pas été du premier cabinet Legault.Mais en octobre dernier, après la mort tragique de Joyce Echaquan à l\u2019hôpital de Joliette et la rétrogradation de la ministre Sylvie D\u2019Amours, le premier ministre a fait appel à lui pour « rebâtir les ponts » avec les Autochtones.« Les trois premières semaines ont été infernales », confiait-il récemment au quotidien Le Soleil.Coup sur coup, il a dû demander pardon pour l\u2019inexcusable, calmer le jeu entre deux groupes de chasseurs au cœur du parc La Vérendrye et laisser parler son « cœur de père » à la suite du double infanticide de Wendake.L\u2019ancien pompier \u2014 qui a été sapeur volontaire durant dix ans à Mont-Saint-Hilaire \u2014 a l\u2019habitude « d\u2019éteindre des feux ».Huit mois ont passé et l\u2019ex-militaire \u2014 qui a servi dans de nombreuses missions africaines des Nations unies \u2014 a résolument troqué son ancien uniforme.« Regardez mon visage, dit-il à L\u2019Itinéraire.J\u2019aime mon travail.Être sur le terrain, rencontrer des gens, parler au monde, c\u2019est la partie de la job que je préfère.En bon français, ça me drive et ça vient me chercher.» Journaliste Laurent Soumis Porté par la vague caquiste en 2018, le candidat-député Ian Lafrenière a facilement remporté Vachon, la circonscription de la rive sud de Montréal qui épouse les frontières de l\u2019arrondissement Saint-Hubert.C\u2019est un comté majoritairement francophone, nommé en l\u2019honneur de Roméo Vachon, un pionnier de l\u2019aéropostale canadienne.C\u2019est aussi une circonscription au nom prédestiné pour une recrue qui, comme le téméraire pilote de brousse, promet de livrer la marchandise.Coûte que coûte.YVES GRÉGOIRE 2330 rue Ste-Catherine O.Square Cabot \u2022 Montréal, QC Promoting social diversity and the empowerment of vulnerable Indigenous people The one and only Indigenous Cafe in Montréal Favoriser la mixité sociale et l\u2019empowerment des personnes autochtones vulnérables L,unique Café autochtone à Montréal 2330 St Catherine Street West Cabot Square \u2022 Montréal, QC Partenaires \u2022 Partners itineraire.ca/cafe-maison-ronde RÉOUVERTURE BIENTÔT VÉRIFIEZ NOS RESEAUX SOCIAUX POUR CONNAÎTRE LA DATE CHECK OUR SOCIAL MEDIA FOR THE EXACT DATE Redécouvrez notre délicieux Taco autochtone et autres mets d\u2019inspiration autochtone Rediscover our delicious Indigenous taco and other indigenous-inspired dishes REOPENING SOON itineraire.ca/roundhouse-cafe/ itineraire.ca/cafe-maison-ronde itineraire.ca 15 juin 2021 39 « Ce n\u2019était pas budgété, raconte-t-il.En bon français, on n\u2019avait pas une cenne pour ce projet-là.Moi, j\u2019ai trouvé 600 000 $ dans le budget de mon secrétariat.Et pour le reste, j\u2019ai fait appel à mes collègues.En deux semaines, j\u2019ai réussi à trouver 3 millions $.Mon meilleur atout, c\u2019est ma capacité de mobiliser les acteurs du milieu.» Plutôt modeste, le ministre n\u2019évoque pas les talents de communicateur que tous lui reconnaissent.Une expérience solide acquise dans des moments de haute tension comme la « crise du verglas » et le « printemps érable ».Il ne s\u2019en vante pas, mais il figure aussi dans le Bottin de l\u2019Union des artistes.Au cinéma, il a joué dans les deux C\u2019t a ton tour Laura Cadieux et dans le troisième des Boys.À la télé, également, dans la populaire série Fortier.Un débat qui est sain L\u2019homme aux cinq carrières n\u2019a pas une once d\u2019amertume envers ceux qui reprochent à son gouvernement de ne pas reconnaître le racisme systémique.« Je ne suis pas mal à l\u2019aise là-dedans.Pas pantoute ! Je vous dirai qu\u2019on n\u2019a jamais parlé autant de racisme que présentement.Je pense donc que le débat est sain.Et je n\u2019ai jamais empêché personne de débattre ou de poser des questions.» « Mais je trouve que le terme est polarisant.Il y a des Québécois allochtones qui se ferment.Ils sont offensés parce qu\u2019 ils ne sont pas racistes.Ils ont peut-être de la misère à comprendre ce qu\u2019est le racisme systémique.Or, présentement, je ne veux pas que les gens se ferment et se divisent.Je veux que les gens restent ouverts.» « Mettons aussi une chose au clair : il y a des gens qui sont racistes; il y a du racisme et de la discrimination.On n\u2019a jamais dit le contraire.Mais le terme racisme systémique ne fait pas de nuances.C\u2019est comme si on mettait tout le monde dans le même bateau et comme si on disait qu\u2019en Amérique, on est tous pareils.Ça manque de nuances.» Plus de 700 recommandations « Le plus important pour moi, insiste le ministre, c\u2019est le rapprochement des Autochtones avec les Allochtones.» La polémique, dit-il, a eu l\u2019avantage d\u2019amener « un éveil collectif ».« Comment doit-on intervenir au quotidien avec les membres des Premières Nations ?Qu\u2019est-ce qu\u2019on peut faire de mieux ?C\u2019est ma job (de répondre) parce que j\u2019ai plus de 500 recommandations à mettre en application.» Ou plutôt 700, s\u2019empresse-t-il d\u2019ajouter en alignant toutes celles du groupe d\u2019experts en matière de violence familiale, de la Commission d\u2019enquête sur les Autochtones et les services publics et de l\u2019Enquête nationale sur les femmes disparues et assassinées.« Dès mon arrivée, j\u2019ai dit aux Grands Chefs (des Nations) : faites-moi confiance, il faut que je commence en quelque part.Je ne veux pas vous reconsulter.Les gens ont soif d\u2019actions concrètes sur le terrain.» L\u2019avenir passe par l\u2019éducation L\u2019ancien policier pourrait bien commencer par réformer une institution qu\u2019il connaît de fond en comble ou \u2014 actualité oblige \u2014 s\u2019attaquer aux discriminations en milieu hospitalier.Non.Lorsqu\u2019on lui demande par où il veut commencer, il répond l\u2019éducation.Celle des enseignants, celle des employés de l\u2019État et surtout celle des jeunes.« Quand j\u2019étais au primaire et au secondaire, ce que j\u2019ai appris des Premières Nations était un petit peu folklorique.Alors avec mon collègue de l\u2019Éducation, Jean-François Roberge, on va changer le cursus scolaire et le bonifier.Pour lutter contre le racisme, il faut apprendre à connaître l\u2019autre.» Et le plus tôt sera le mieux.Récemment, le ministre a participé (en virtuel bien entendu) à un débat sur les Premières Nations à l\u2019école de la plus jeune de ses deux adolescentes.Il dit avoir été frappé par le sérieux des questions et le niveau de connaissances des élèves.« Il faut continuer à bien préparer notre prochaine génération.» Une grande tournée Avec le déconfinement, le ministre est impatient d\u2019entreprendre une tournée des communautés.« J\u2019ai été nommé en pleine pandémie, rappelle-t-il.Mon premier objectif est de me faire connaître et de rencontrer les gens.La pandémie m\u2019en a empêché.J\u2019ai hâte de rencontrer les gens avec qui je parle depuis tant de jours au téléphone.» Il veut en découdre avec « le racisme », « la discrimination », « l\u2019 intolérance » et « les préjugés », dont il constate la persistance et ce, sans faux-fuyant.« Je veux faire connaître les communautés.» Il souhaite « solidifier » la confiance entre le gouvernement et les Premières Nations.Il rêve à voix haute de nouvelles ententes « de nation à nation » qui s\u2019inspirent de celles « de la Baie James et de la Paix des Braves » .« Je veux que les gens qui nous lisent voient un vrai changement.» Moins de 500 jours On le sait : les prochaines élections provinciales auront lieu à date fixe, le 3 octobre 2022.Il reste donc un peu moins de 500 jours et fort à faire.En politique, c\u2019est vite passé, convient le ministre.« Un jour, un chef m\u2019a raconté qu\u2019une enfant de 11 ans lui avait dit qu\u2019elle avait peur.De quoi ?Du futur, tout simplement.Elle avait peur d\u2019aller à l\u2019hôpital et d\u2019y recevoir des traitements.Ce n\u2019est pas normal qu\u2019une enfant dise cela.À cet âge, il faut avoir de l\u2019espoir dans le futur, » plaide le père de famille.C\u2019est pour cette raison qu\u2019il a baptisé son plan d\u2019action « J\u2019ai espoir ».L\u2019espoir que, d\u2019ici 2022, il y ait eu « certains changements et une amélioration de la qualité de vie » des peuples autochtones.« Je ne vous dirai pas que je vais mettre plus de 700 recommandations en application, concède-t-il.Je serais le pire des menteurs.C\u2019est impossible.Ça prend toute une vie.Mais il faut commencer quelque part.C\u2019est une job qui demande un don de soi durant plusieurs années.» Au lendemain des élections, accepterait-il alors de conserver le dossier ?« Présentement, je suis heureux dans ce que je fais.Je ne me vois pas faire autre chose.Si on me redonne le dossier, je serai extrêmement heureux.Mais quand on joue dans une équipe, c\u2019est le patron qui décide.J\u2019 irai où mon premier ministre me demandera.» Des débuts difficiles Dans ses premiers pas comme ministre responsable des Affaires autochtones, Ian Lafrenière ne l\u2019a pas eu facile.Accueilli poliment par les chefs des Premières Nations, il a dû composer en revanche avec l\u2019hostilité de plusieurs femmes des communautés qui ont mis en doute sa capacité à changer les choses.On a évoqué sa longue carrière dans la police, une institution maintes fois accusée de profilage racial.« Ma job est hautement relationnelle, explique-t-il.Tout repose sur la confiance.Et je ne m\u2019attendais pas à ce qu\u2019elle me soit donnée en héritage.Je demande juste aux gens de me juger sur mes actions.Vous n\u2019êtes même pas obligé de m\u2019aimer.Mais on va apprendre à travailler ensemble et à se faire confiance.» Le nouveau ministre est convaincu d\u2019être la bonne personne au bon endroit.De ses missions de l\u2019ONU, il affirme avoir gardé « l\u2019ouverture à l\u2019autre et à la différence ».« J\u2019ai développé ça avec le temps.» Ce n\u2019est pas un crime d\u2019être policier De sa carrière de policier, il éprouve toujours une fierté affirmée.« Ce n\u2019est pas un crime d\u2019être policier.J\u2019accepte la critique, mais pas celle-là.C\u2019est une job qui est noble.Même si comme dans tous les milieux, il y en a qui font un bon travail et d\u2019autres un moins bon.Moi-même, j\u2019ai commis des erreurs.En travaillant avec les gens comme policier, je me suis rendu compte à quel point je n\u2019étais pas bien outillé pour comprendre les Premières Nations et les Inuits.» Pour cette raison, lui et son ancien collègue Carlos DeAngelis, ont beaucoup travaillé à la formation des policiers du SPVM.En 2015, après qu\u2019un reportage de l\u2019émission Enquête eut révélé les inconduites sexuelles de policiers de la Sûreté du Québec, décision fut prise de déployer les deux hommes à Val-d\u2019Or au plus fort de la crise.« Beaucoup de situations n\u2019étaient pas faciles, se souvient-il.On n\u2019a pas été reçus comme des sauveurs.» Un policier aux Affaires autochtones ?Ian Lafrenière avoue s\u2019être aussi « posé des questions ».« Je me suis demandé si je serais accepté.Il y a eu certains groupes avec qui ça a été plus difficile.C\u2019est vrai.Mais à présent, dans tous les conseils de bande, je travaille minimalement avec un ancien policier.Car il y en a partout.Quand tu es policier, c\u2019est parce que tu veux t\u2019engager dans la communauté.» Les limites du pouvoir Nouveau venu en politique, le jeune ministre \u2014 il approche la cinquantaine \u2014 est bien conscient des limites de la « machine ».Chargé d\u2019un secrétariat à l\u2019intérieur du Conseil exécutif, le ministère du premier ministre, il est un ministre « sans portefeuille », soulignent les chroniqueurs parlementaires.Pour obtenir des résultats, il doit d\u2019abord convaincre ceux de ses collègues qui ont une bourse mieux garnie.« Mes collègues ministres sont incroyables, dit-il.J\u2019ai besoin d\u2019eux et j\u2019ai l\u2019obligation de bien m\u2019entendre avec eux.» Il prend l\u2019exemple du sauvetage du projet Résilience, une ressource d\u2019hébergement pour les itinérants autochtones menacée de fermeture par la spéculation immobilière qui fait rage autour du square Cabot, à deux pas de l\u2019ancien Forum de Montréal.NDLR : L\u2019entrevue a eu lieu le 19 mai dernier au Café de la Maison Ronde, à Montréal.Elle s\u2019est déroulée avant le dépôt des conclusions de l\u2019enquête de la coroner sur le décès de Joyce Echaquan.Et une semaine avant qu\u2019on ne découvre les dépouilles de 215 enfants autochtones enterrés sur le site de l'ancien pensionnat de Kamloops, en Colombie-Britannique.« Ma job est hautement relationnelle [.] Tout repose sur la confiance.Et je ne m\u2019attendais pas à ce qu\u2019elle me soit donnée en héritage.Je demande juste aux gens de me juger sur mes actions [.] » itineraire.ca itineraire.ca 15 juin 2021 15 juin 2021 40 41 Humoriste Marie-Ève Saucier Peu importe ce que mon chum vous dira, je n\u2019ai qu\u2019un défaut : la jalousie.La dernière personne de qui j\u2019ai été jalouse est Joséphine Bacon ; poétesse, parolière et réalisatrice innue.TOUT LE MONDE est jaloux de Joséphine Bacon.Le cerveau de cette femme génère des joyaux lyriques qui mettent en lumière l\u2019injustice sociale et ma jalousie quand quelqu\u2019un d\u2019autre écrit super bien.C\u2019est avec beaucoup de fierté que je partage avec vous des extraits de mon recueil de poésie du quotidien intitulé Mon recueil de poésie du quotidien.Joséphine, j\u2019espère que tu liras ceci en capotant sur moi.Allez vous coucher avant que je me garoche dans l\u2019fleuve (Ode au dodo) Vous répétez mes vers telle une meute de loups Arrogants et fiers Empreints de dégoût Moquant la déchéance De ce corps qui fût votre abri Jusqu\u2019à votre naissance Donc écoutez ceci C\u2019est l\u2019heure du dodo Allez brosser vos dents Dire que mon ventre est gros Ne figera pas le temps Jusqu\u2019au dernier moment Vous tirerez mon jus Vous brûlerez votre maman En lui disant qu\u2019elle pue C\u2019t\u2019à ton tour de faire la vaisselle (Manifeste féministe) Tu gis telle une reine Au fond du lavabo Depuis plus d\u2019une semaine Ta splendeur habite l\u2019eau Ta présence fait naître D\u2019intéressantes tensions Entre les deux maîtres De notre maison Tu sers chacun de nous Mais seule moi te le rends À toi je me dévoue En te lavant Maintenant c\u2019est fini Je fais une femme de moi Cette fois ce sera lui Qui te torchera Ô casserole souillée De sauce et de fromage Je te laisserai tremper Malgré les crises de rage D\u2019ici à ce que Monsieur Décide de te frotter Je te fais mes adieux Et te laisse voguer Femme brulée (Slam fatigué) Tu m\u2019habites et me hantes Jusqu\u2019à me définir Quand j\u2019évite la détente Je t\u2019aide à grandir De l\u2019aurore à la brune Tu me tourmentes sans cesse Quand je cherche une rime avec brune Je pense juste à des fesses Dame Fatigue tu as gagné Encore une sainte fois Tu m\u2019empêches de rimer Quand je parle de toi Chut (Rimes sur le sexe silencieux) Nous sommes un duo Un duo qui a doublé Quand le désir est chaud Ça devient compliqué Tu me lances un regard Et tout de suite je comprends Il est neuf heures et quart L\u2019heure du sexe de parents On se donne des p\u2019tits becs On se place en missionnaire Au moindre bruit on check Si un kid nous repère Sexe silencieux Censure sur la passion Toujours très amoureux Avec moins d\u2019expression Le secret de l\u2019écriture semble complexe, mais il est tout simple : faire danser le vocabulaire au rythme de la vérité.Il faut aussi être une grosse jalouse.Chaque mot deviendra une triste compétition à sens unique qui troublera le cœur du lecteur qui, à force de vous lire, finira par capoter sur vous.Poésie du quotidien BD SIOU CAMELOT MONT-ROYAL / FULLUM 43 itineraire.ca 15 juin 2021 publicité Pouvez-vous trouver les sept différences dans cette illustration ?Bonne chance ! LOUISE DAV | PIXABAY 6 7 8 5 9 3 9 2 4 1 5 8 2 3 4 7 4 2 3 1 6 7 4 6 2 1 8 3 2 4 9 8 7 1 Placez un chiffre de 1 à 9 dans chaque case vide.Chaque ligne, chaque colonne et chaque boîte 3x3 délimitée par un trait plus épais doivent contenir tous les chiffres de 1 à 9.Chaque chiffre apparaît donc une seule fois dans une ligne, dans une colonne et dans une boîte 3x3.Solutions dans le prochain numéro Haussées d\u2019un demi-ton Rainure Enrobai Ridiculiser Métaux Luttai Terriers Vantai Trop bon Emploie Dispose par couches Qui concerne la plèvre Berceau Cite légendaire Prêtresse Meuble Poisson Meurtriers Fémur Champion Âge Vide Argile Xénon Quotient intellectuel Plomb Cardiaque Élimés Attacher Gavée horizontalement 1.Vaccination.2.Apparais.- Réer.3.Surveillance.- Lettre grecque.4.Maxime.- Vents.5.Sourire.- Monnaies.6.Césium.- Titre turc.- Rôda.7.Poursuivre.- Colère.8.Réfléchie.- Astate.9.Mélodie.- Issue.- Asphyxie en immergeant.10.Étoiles.- Seins.verticalement 1.Emprisonnas.2.Vouait à la damnation.3.Visas.- Hala.4.Titulaires.5.Sucerons.6.Courroux.- Titane.- Sorti.7.Tirs.- Propre.8.Élytre.- Id est.9.Nattèrent.10.C'est-à-dire.- Groupe de sporanges.- Lac de France.11.Frayeur.- Rivière de France.12.Jeunes.Dernier Étamera Boeufs Chagrin Du Nord et du Sud Contusion Proportionnels Pays Tromper Damées Grêle Déesse Essai Usuel Saint Chaise Bulbe Négation XXX Désert Lambin Brouilles En passant par Dotes Avancent Plante B G C D I V A E T S T R E T N E S R P E T N E T S I E L N E T A S E S E S A P T R E I S F L U T E T E L E U R R E R E H M A O T M E I A L T N I S I I S R E G 5 9 4 6 8 5 9 2 7 3 1 4 6 7 1 3 6 9 4 8 2 5 6 2 4 5 1 8 9 7 3 9 3 6 8 4 5 7 1 2 5 7 8 9 2 1 6 3 4 1 4 2 3 6 7 5 9 8 3 9 1 4 8 6 2 5 7 4 6 7 1 5 2 3 8 9 2 8 5 7 3 9 4 6 1 - 1er Juin 2021 Merci pour tout ! Milton Fernandes détente DONS + CARTES-REPAS TOTAL DE MA CONTRIBUTION : $1 MODE DE PAIEMENT Chèque au nom du Groupe communautaire L\u2019Itinéraire Visa MasterCard Code de vérification de la carte (CVC) : l___l___l___l No de la carte : l___l___l___l___l___l___l___l___l___l___l___l___l___l___l___l___l___l Expiration / (Mois) (Année) Signature du titulaire de la carte Postez votre coupon-réponse au Groupe communautaire L\u2019Itinéraire 2103, rue Sainte-Catherine Est, 3e étage, Montréal (Québec) H2K 2H9 No de charité de l\u2019organisme : 13648 4219 RR0001 JE VEUX M\u2019ABONNER AU MAGAZINE : Je m\u2019abonne pour une période de : 12 mois, 24 numéros (125 $ avec taxes) 6 mois, 12 numéros (65 $ avec taxes) Nom ou No de camelot (s\u2019il y a lieu) : JE FAIS UN DON DE : 40 $ 50 $ 75 $ 100 $ ou $1 JE VEUX ACHETER DES CARTES-REPAS : J\u2019offre cartes-repas à 6 $ chacune = $1 Vous voulez les distribuer vous-même ?Cochez ici : 1 Pour respecter l\u2019écologie et réduire ses frais postaux, L\u2019Itinéraire envoie le reçu d\u2019impôt une seule fois par année, au début de janvier suivant le don.Vous pouvez faire un don directement en ligne sur notre site itineraire.ca IDENTIFICATION Mme M.Nom : Prénom : Adresse : Ville : Code postal : _ _l_ _l_ _ - _ _l_ _l_ _ Courriel : Téléphone : ( ) 514 597-0238, poste 228 \u2022 luc.desjardins@itineraire.ca Pour rejoindre notre service aux donateurs : Jean-Drapeau Lionel-Groulx Jean-Talon 80 Avenue du Parc 711 Parc-du-Mont-Royal / Oratoire Place-des-Arts Place-d\u2019Armes Pie-IX 55 Saint- Laurent 715 Vieux-Montréal / Vieux-Port Tellement Montréal - & \u2014 - Ed a a a A x k 1 - = ecouvr * a 4 a bd - = « = 1 - a =» \u2014 _ =.La « .; «na ' 11e ta SE) ila wn i 7 \u201cM Le | : ! bene ional RAR pk eel tb st St Lab din Le Whit ribo 1p Jaritr fete de end h .] I (HA MERE ti Yoo b \u2019 \u201c LI I} Ji ¥ pa | + 4 (F|= 3 = andl ie ?J r - | ai HY A \" il yp drt all .> I JU, ih 1 ; : i 1 ul Fe, (étés Rh: \"i aps of SIHFEA TS Je bY taser ! irpurl at ll4 |\" ier ep | GOT Ef r Cy agg cr - -_ - ge \u2014 Pa r - - = \u2014 - | | Slat righ ad ais 1 ot fA App Fl de _ CHAT during oe oilbiy wail, ct « a ' + clk I: LB raf Ju:léclpeti lh pied I: uf.uw]; 6e prizii ci fiy dialing TTI app arth pt k = {13 HTS | Sd | 5, i TE LOOT oo Irôns à 1 aq \u2018| D ; REQUIS ru a Lg mesures.sani > i = \u201c4 \u20ac ® A hd i \u2026 & & = s, 4 as » h te » , a i A > fF Tx \u20ac a a 4 wv pe = a -» A Ty i ETE 1 3 .It aa A Vous [J à cp - a A7 + # .- a - = - - - - » hn = Ll a ?- "]
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