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L'itinéraire
Depuis 1992, L'Itinéraire fait découvrir aux Montréalais les intérêts, les préoccupations et les revendications des gens de la rue, des activistes sociaux et des collaborateurs qui participent à la publication. [...]
L'Itinéraire est un mensuel montréalais dont la publication a débuté au printemps 1992. Le magazine est une initiative du Groupe communautaire L'Itinéraire, organisme basé dans le quartier Centre-Sud à Montréal. Il est vendu dans les rues et dans le métro de Montréal par des camelots. La création de L'Itinéraire visait à offrir une publication aux personnes seules et itinérantes dans laquelle elles pourraient partager avec la population les problématiques de l'itinérance et proposer des pistes de solution. L'Itinéraire permet aux participants l'apprentissage d'un travail rémunéré. Une participation active brise l'isolement. Elle favorise la revalorisation et la réalisation de soi, une reprise personnelle et une culture de l'autonomie. L'Itinéraire transmet aux Montréalais les intérêts, les préoccupations et les revendications des gens de la rue, des activistes sociaux et des collaborateurs qui participent à la publication. Ainsi, l'accès au logement, la réinsertion sociale, le travail du sexe, l'alcoolisme et la toxicomanie, la formation aux adultes, les droits de la personne, les sujets politiques de l'heure, les arts et la culture populaire, sont des sujets traités dans le magazine. On trouve régulièrement une personnalité connue en page couverture de L'Itinéraire, à laquelle est jumelé un article prenant souvent la forme d'une entrevue. Des collaborations spéciales de journalistes pigistes professionnels trouvent leur place chaque mois dans L'Itinéraire. Le magazine offre aussi une tribune à ses camelots, dont quelques-uns sont maintenant des figures connues des Montréalais. THIVIERGE, François, « Intervention de groupe auprès de la population itinérante de Montréal », Service social, vol. 43, no 2, 1994, p. 147-157.
Éditeur :
  • [Montréal] :Groupe communautaire l'itinéraire,1992-
Contenu spécifique :
mercredi 1 décembre 2021
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
deux fois par mois
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L'itinéraire, 2021, Collections de BAnQ.

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[" PAYEZ VOTRE MAGAZINE PAR TEXTO AUPRÈS D'UN CAMELOT AUTORISÉ Volume XXVIII, n?19 Montréal, 1er décembre 2021 Tellement Tellement Montréal.hockey.Octobre 2021 à avril 2022 Centre Bell Bonaventure Lucien-L\u2019Allier P U B L I C I T É L\u2019arrondissement de Ville-Marie reconnaît l\u2019excellent travail de l\u2019équipe du magazine L\u2019Itinéraire.Camelot n°  1442 \u2022 Âge 25 ans Point de vente Métro Viau et Berri / de Maisonneuve Nicolas Leclair Par Daniela Aranibar ?Bénévole à la rédaction PHOTO CARLA BRAGA Vous avez sans doute croisé récemment un nouveau visage à la station Viau.C\u2019est Nicolas ! Il y vend le magazine depuis peu à l'intérieur de la station.Une nouveauté qui lui est accordée depuis la validation de sa formation sanitaire à L\u2019Itinéraire.S\u2019il vous est familier, c\u2019est peut-être aussi que vous l\u2019avez rencontré à l\u2019intersection de Berri et de Maisonneuve, son autre point de vente.Nicolas est avec nous depuis quelque temps déjà.Il a commencé à vendre le magazine après avoir été référé auprès de l\u2019organisme par un intervenant, alors qu\u2019il vivait une situation difficile.Une fois qu\u2019on lui a expliqué le fonctionnement de l\u2019organisme, il a aimé ce qu\u2019il a entendu et a décidé de se lancer.Après quelques allers-retours dans les dernières années, Nicolas est récemment revenu à L\u2019Itinéraire.Il sent que cette fois-ci est la bonne.Depuis que l\u2019organisme a repris la vente du magazine, temporairement suspendue au début de la pandémie, il se sent prêt à reprendre ses activités de camelot.Depuis son retour, Nicolas a aussi commencé à écrire plus souvent.Étant très sociable, il veut se faire connaître par vous, ses lecteurs.Étant aussi un mordu de lecture et de jeux vidéo, Nicolas compte explorer différents styles d\u2019écriture dans le magazine, à partir de ces centres d\u2019intérêts.Vous pourrez lire ses textes qui oscilleront entre le fantastique et la poésie et qui toucheront différents thèmes : les animaux, des anecdotes de vie et ses réflexions personnelles.Au-delà de ses activités à L\u2019Itinéraire, Nicolas espère pouvoir retourner à l\u2019école prochainement.C\u2019est à cause de la pandémie que le jeune camelot a dû mettre sur pause son programme en sciences humaines au cégep.La pandémie lui a malheureusement fait perdre aussi son emploi dans l\u2019industrie de la restauration.Avec le nouvel élan qu\u2019il a trouvé, Nicolas a pour défi de retourner sur le marché du travail et de réintégrer son programme d\u2019études.À plus long terme, il espère un jour avoir une maison, une famille et des enfants.Un rêve assez classique, mais qui dévoile un côté attachant.Si vous croisez Nicolas à l\u2019un de ses points de vente, prenez le temps de lui dire bonjour, n\u2019hésitez pas à jaser avec lui et à l\u2019encourager à écrire.Il a aussi reçu une formation de vente par texto, c\u2019est-à-dire que vous pouvez lui acheter le magazine et le payer par texto. RÉDACTION ET ADMINISTRATION 2103, rue Sainte-Catherine Est Montréal (Qc) H2K 2H9 LE CAFÉ L\u2019ITINÉRAIRE 2101, rue Sainte-Catherine Est Téléphone : 514 597-0238 Télécopieur : 514 597-1544 Site : www.itineraire.ca ISSN -1481-3572 Numéro de charité : 13648 4219 RR0001 Dépôt légal Bibliothèque et Archives nationales du Québec Bibliothèque de l\u2019Assemblée nationale du Québec PARTENAIRES MAJEURS L\u2019Itinéraire EST MEMBRE DE Le journal L\u2019Itinéraire a été créé en 1992 par Pierrette Desrosiers, Denise English, François Thivierge et Michèle Wilson.À cette époque, il était destiné aux gens en difÏculté et offert gratuitement dans les services d\u2019aide et les maisons de chambres.Depuis mai 1994, le journal de rue est vendu régulièrement par les camelots.Aujourd\u2019hui le magazine bimensuel est produit par l\u2019équipe de la rédaction et plus de 50 % du contenu est rédigé par les camelots.Le Groupe L\u2019Itinéraire a pour mission de réaliser des projets d\u2019économie sociale et des programmes d\u2019insertion socioprofessionnelle, destinés au mieux-être des personnes vulnérables, soit des hommes et des femmes, jeunes ou âgés, à faible revenu et sans emploi, vivant notamment en situation d\u2019itinérance, d\u2019isolement social, de maladie mentale ou de dépendance.L\u2019organisme propose des services de soutien communautaire et un milieu de vie à quelque 200 personnes afin de favoriser le développement social et l\u2019autonomie fonctionnelle des personnes qui participent à ses programmes.Sans nos partenaires principaux qui contribuent de façon importante à la mission ou nos partenaires de réalisation engagés dans nos programmes, nous ne pourrions aider autant de personnes.L\u2019Itinéraire, ce sont plus de 2000 donateurs individuels et corporatifs qui aident nos camelots à s\u2019en sortir.Merci à tous ! PRINCIPAUX PARTENAIRES DE PROJETS Nous tenons à remercier le ministère de la Santé et des Services sociaux de même que le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux du Centre-Sud-de-l\u2019Île-de-Montréal pour leur contribution financière permettant ainsi la poursuite de notre mandat.Nous reconnaissons l\u2019appui financier du gouvernement du Canada.Les opinions exprimées dans cette publication (ou sur ce site Web) ne reflètent pas forcément celles du ministère du Patrimoine canadien.Convention de la poste publication No40910015, No d\u2019enregistrement 10764.Retourner toute correspondance ne pouvant être livrée au Canada, au Groupe communautaire L\u2019Itinéraire 2103, Sainte-Catherine Est Montréal (Québec) H2K 2H9 IMPRIMEUR SOLISCO 120, 10E RUE SCOTT (QUÉBEC) ÉCRIVEZ-NOUS ! courrier@itineraire.ca Des lettres courtes et signées, svp ! La direction de L\u2019Itinéraire tient à rappeler qu\u2019elle n\u2019est pas responsable des gestes des vendeurs dans la rue.Si ces derniers vous proposent tout autre produit que le magazine ou sollicitent des dons, ils ne le font pas pour L\u2019Itinéraire.Si vous avez des commentaires sur les propos tenus par les vendeurs ou sur leur comportement, communiquez sans hésiter avec Charles-Éric Lavery, chef du développement et de l\u2019impact social à : c.e.lavery@itineraire.ca 514 597-0238 poste 222 NDLR Nous nous réservons le droit de corriger et de raccourcir les textes Prix de vente 1,50 $ 1,50 $ l\u2019achètent camelots Les paie l\u2019impression + coûts de production Mots de lecteurs P R I X J U D I T H - J A S M I N 2 0 2 0 F P J Q 1er décembre 2021 Volume XXVIII, no 19 Est-ce moi, ou la pandémie a fait en sorte qu\u2019on parle davantage des « vraies affaires » ?Il semble que la santé mentale, l\u2019écoanxiété, l\u2019intolérance aux fléaux de société comme la violence conjugale, les agressions sexuelles, les injustices envers les Autochtones, entre autres sujets, occupent une plus grande place dans nos vies.Bien sûr, ce n\u2019est pas d\u2019hier qu\u2019on en parle, mais il me semble qu\u2019on le fait plus souvent et plus ouvertement.Et on ressent aussi l\u2019urgence d\u2019en discuter pour trouver des solutions.C\u2019est notamment le cas de l\u2019écoanxiété, qui fait l\u2019objet d\u2019un dossier qu\u2019aborde dans nos pages la journaliste Irene Ruby Pratka, dans une collaboration spéciale pour L\u2019Itinéraire.Le concept de cette forme de détresse existentielle ne date pas d\u2019hier non plus ; les termes solastalgie ou écoanxiété ont été inventés en 2 000 par le philosophe australien Glenn Albrecht.Bien que ces synonymes se rapportent aux changements climatiques, ils comportent des nuances : solastalgie est défini comme le deuil de ce qu\u2019on a perdu et l\u2019écoanxiété à ce qui pourrait arriver.Et cette peur-là de ce qui nous attend, si on ne pose pas des gestes concrets, touche de plus en plus de monde, notamment les jeunes, qui voient leur avenir hypothéqué par les changements climatiques.Difficile de contourner cette source d\u2019angoisse, on nous en abreuve tous les jours dans les médias et sur les réseaux sociaux.Il est facile de changer de poste ou de ne pas lire sur le sujet, et parfois il le faut pour préserver sa santé mentale.Mais on ne peut pas nier les changements climatiques, on voit leurs effets partout sur la planète.L\u2019extrême canicule et sécheresse qui ont sévi dans l\u2019ouest de la Colombie-Britannique l\u2019été dernier, suivies des pluies torrentielles qui ont inondé la même région de la province en novembre sont des signes inquiétants de ce qui nous attend si rien n\u2019est fait.Alors comment composer avec une telle réalité ?Sommes-nous vraiment impuissants face aux changements climatiques ?Peut-être pas.S\u2019impliquer, s\u2019engager, militer, vivre dans le moment présent, apprécier les beautés de la vie, sont parmi les conseils des personnes qui interviennent dans nos pages.L\u2019authenticité d\u2019Émile Bilodeau Oui, la vie peut être un défi.Nous souffrons toutes et tous d\u2019épisodes anxieux et d\u2019autres problèmes de santé mentale à un moment de nos vies.Et certains sont plus affectés que d\u2019autres.Mais la question est de moins en moins taboue et en parler fait partie de la guérison.C\u2019est aussi ce que croit le très sympathique et authentique Émile Bilodeau que l\u2019on a accueilli chez nous à la mi-novembre.Il a accordé une entrevue à notre journaliste Alexandra Guellil dans laquelle il s\u2019exprime sur la vie et sur les grands maux de la société.Il nous a même fait le plaisir de nous chanter Ma maladie mentale, une de ses chansons de son dernier album Petite nature.Notre journaliste Karine Bénézet, quant à elle, brosse un portrait très imagé du conteur Michel Faubert, qui est, en quelque sorte, le gardien de la mémoire de nos complaintes et chants anciens.Une lecture fort intéressante ! Josée Panet-Raymond Éditrice adjointe et rédactrice en chef L'écoanxiété et autres considérations VENTES PUBLICITAIRES 514 597-0238 poste 234 publicite@itineraire.ca LUC DESJARDINS Directeur général et éditeur RÉDACTION JOSÉE PANET-RAYMOND Éditrice adjointe et rédactrice en chef ALEXANDRA GUELLIL Journaliste responsable société KARINE BÉNÉZET Journaliste responsable de la formation des participants CARLA BRAGA Création visuelle ALEXANDRE DUGUAY Gestionnaire de communauté CHRISTINE BARBEAU, MARIE BRION, ANITA BARSETTI et DANIELA ARANIBAR Bénévoles à la rédaction PAUL ARSENAULT et LUCIE LAPORTE Bénévoles à la révision Photo de la une DAVID HIMBERT Photomontage CARLA BRAGA ADMINISTRATION ESTELA SOLORZANO Responsable de la comptabilité MARCELA CHAVES Adjointe comptable \u2013 Commis au dépot JOSÉE LABRECQUE Conseillère principale développement philanthropique PASCALE PLANET Développement philanthropique \u2013 Médias sociaux DÉVELOPPEMENT SOCIAL CHARLES-ÉRIC LAVERY Chef du développement et de l\u2019impact social VANESSA TREMBLAY Chargée de projets \u2013 Distribution ISABELLE LACHARITÉ, THOMAS WAYLAND et MAUDE ROMPRÉ Intervenants psychosociaux PIERRE TOUGAS Responsable du Café JEAN-CHRISTOPHE RUEL Coordonnateur service alimentaire PROGRAMME MAISON RONDE MARILOU MAISONNEUVE Chargée de projets DENIS DI TOMASSO Coordonnateur à la formation des participants JEANNE MARION et NATANAËL BÉGIN-PAUL Intervenantes TAMARA LACASSE Barista sociale CONSEIL D\u2019ADMINISTRATION Présidente JESSICA MAJOR - Davies Ward Phillips & Vineberg S.E.N.C.R.L./ s.r.Trésorier NICK KAMINARIS - Nuvei Vice-président YVON MASSICOTTE - Camelot de L\u2019Itinéraire Administrateurs MIVILLE TREMBLAY EMNA BRAHAM SOPHIE RONDEAU - Avocate et doctorante en droit JEAN-CLAUDE NAULT - Camelot de L\u2019Itinéraire JEAN-PAUL LEBEL - Camelot de L\u2019Itinéraire ROGER PERREAULT - Camelot de L\u2019Itinéraire DANIEL PRINCE - Représentant des camelots Interaction du quartier Community Council Peter-McGill Étant toute nouvelle à Montréal, c'est avec plaisir que j'ai fait la connaissance d'Agathe au Métro Lionel-Groux.J'ai pu commenter avec elle ses questions aux trois candidats à la mairie.Je lis avec beaucoup d'intérêt les derniers numéros et me réjouis du prochain ! Bravo à toute l'équipe et aux talentueux camelots ! Nadine Deleury Merci pour tout ! Milton Fernandes 8  Rond-point international 10  Dans l\u2019actualité Augmentation des prix : jusqu\u2019où ira-t-on ?Alexandra Guellil 12  En toute liberté Souvenirs : il y a 25 ans, la grande grève étudiante de 1996 Mathieu Thériault 20  Société Santé mentale : comment vont les jeunes ?Alexandra Guellil 22  Environnement De l\u2019angoisse à l\u2019espoir : canaliser son écoanxiété Ruby Irene Pratka 30  Chronique La Louisiane et les Montréalais Roger Perreault 32  Dans la tête des camelots Les histoires de votre enfance 34  Culture Michel Faubert C\u2019est pour vous dire qu\u2019une fois.Karine Bénézet 40  Espace sciences Yves Grégoire 42  BD Siou 43  C\u2019t\u2019encore drôle Pier-Luc Ouellet 44  Détente N A D I N E B O U L I A N N E C O U R T O I S I E Mots de camelots 22 34 3 3 Zoom sur Nicolas Leclair 9 Agathe Melançon 9 Manon Fortier 9 Samir Halaimia 29 Jean-Jeannette Devost 29 Jacques Bibaud 29 Diane Gariepy 14 Alexandra Guellil Du haut de ses 25 ans, Émile Bilodeau est ce genre d\u2019artiste qui écrit sa société.En show avec sa guitare, il décrit son Québec, sans mâcher ses mots.Son tout dernier album, Petite nature, le prouve : entre noirceur et luminosité, il presse de parler de nos écueils sociaux pour qu\u2019on puisse, ensemble, les rectifier.1er décembre 2021 Volume XXVIII, no 19 19 camelots ont participé à cette édition L\u2019accessibilité J\u2019ai entendu dire que certaines personnes qui ont des symptômes de la COVID ne se font pas tester.Je me suis tout de suite demandé « Mais pourquoi ?».Est-ce que les gens peuvent se rendre en cinq à dix minutes de marche à un centre de dépistage ?Est-ce que tous les endroits sont ouverts, ou bien le nombre de centres de dépistages a diminué ?Y-a-t-il du monde qui connaît la source de leurs symptômes, ou qui pense la connaître ?Est-il possible que les méthodes de dépistages actuelles en découragent plusieurs ?S\u2019il y avait des méthodes comme l\u2019analyse de la salive sur la langue, de l\u2019urine, ou des mouchoirs usés, est-ce qu\u2019on attirerait plus de gens ?Plutôt que d\u2019aller au fond du nez, par gargarisme ou bien au fond de la gorge proche des amygdales, on pourrait faire preuve de créativité pour trouver des méthodes de dépistage plus agréables.Ceci pourrait faciliter la vie des parents qui doivent faire tester leurs enfants, ou bien des employés ou patients qui doivent passer régulièrement le test, en plus d\u2019encourager ceux qui sont peut-être effrayés de se faire tester.Je me demande aussi, est-ce que tout le monde habite assez proche d\u2019un centre de dépistage ?En cas de doute, que peuvent faire les gens qui n\u2019ont pas d\u2019autre choix que de prendre le transport en commun pour aller se faire tester ?Les gens connaissent-ils des ressources pour éviter de faire l\u2019épicerie au retour du dépistage ?Mon opinion est que plus c\u2019est facile et accessible, plus les gens sont encouragés à participer.De plus, j\u2019aurais trouvé plus pratique que le passeport vaccinal arrive par la poste automatiquement comme une carte d\u2019assurance maladie.Une chance qu\u2019il y a des organismes et des bibliothèques, pour aider ceux et celles qui sont moins à l\u2019aise avec la technologie ou qui n\u2019y ont pas accès.Maison hantée II Marlon Wayans est de retour dans cette parodie irrévérencieuse et hilarante.Vous rirez à en avoir mal au ventre.Oui, l\u2019Halloween est passée.Mais je suis tombée par hasard sur ce film au magasin.C\u2019est plus qu\u2019un film d\u2019Halloween, c\u2019est un fait vécu ! Il y a vraiment des maisons hantées farceuses comme dans ce film, et on peut en visiter.Dans ces maisons, il se produit des choses comiques et paranormales.Il y en avait dans le centre-ville de Montréal et ailleurs dans le monde, mais plusieurs ont été démolies.Les curieux peuvent aller les voir sur internet.N\u2019ayez pas peur, c\u2019est une expérience à vivre.Il est important de rester calme si jamais on voit un fantôme.Des fois, les fantômes sont là pour expliquer ou pour nous montrer quelque chose, un meurtre par exemple.Ils ne sont pas là pour nous faire du mal nécessairement.Habituellement, quand tu fais le bien, il n\u2019y a pas de danger, il ne t\u2019arrive rien de mal.J\u2019aimerais rencontrer des chasseurs de fantômes pour passer une journée avec eux.Watch out ! Entités, je vous attends ! D\u2019ailleurs j\u2019aime bien visiter la maison hantée à la Ronde, c\u2019est ma dose d\u2019adrénaline.Voir un film surnaturel fait ressortir des souvenirs d\u2019expériences étranges de ma jeunesse.Depuis que je suis jeune, je sais qu\u2019il ne faut pas que je dise des choses qu\u2019on ne croirait pas par peur des préjugés.Manon a un esprit de mentaliste.Mon mode de vie Une des meilleures choses qu\u2019on puisse avoir dans la vie, c\u2019est un travail qu\u2019on aime.Dans la majorité des cas, on a des tâches à effectuer et c\u2019est parfois difficile.Mais pour moi, vendre le magazine L\u2019Itinéraire c\u2019est encore mieux qu\u2019un travail.Au début c\u2019était différent, mais avec les années, c\u2019est devenu plutôt un mode de vie puisque ça m\u2019a permis de me faire des amis et d\u2019avoir des clients qui sympathisent avec moi.C\u2019est très précieux pour moi de pouvoir interagir avec des gens chaque jour, des messieurs et des dames si gentils.L\u2019Itinéraire m\u2019a amené à essayer de comprendre les gens, à penser à la manière de les aborder.J\u2019ai appris à ne pas me fier aux apparences, à ne pas avoir de préjugés.Et il y a les bébés, ces beaux bébés que je vois presque tous les jours.Ils représentent ce que l\u2019être humain a de meilleur.Comme me l\u2019avait dit mon ami retraité Réjean, camelot lui aussi, la vente de L\u2019Itinéraire est une façon de rythmer la journée.J\u2019y trouve la motivation pour sortir de chez moi le matin.C\u2019est comme une thérapie qui me permet aussi de faire un peu d\u2019argent.Je vous raconte une anecdote.Une dame voulait m\u2019acheter le magazine.Elle a cherché longtemps l\u2019argent dans son sac, regardant dans toutes les poches.Comme elle ne trouvait pas, elle s\u2019est excusée et a voulu partir car elle n\u2019avait pas les 3 $.Je lui ai dit : « Madame, tu t\u2019es donné tout ce mal pour trouver l\u2019argent et je présume que tu aimes le magazine.Tu as voulu m\u2019encourager alors tiens, madame, c\u2019est gratuit.Je te fais un cadeau.» Elle n\u2019y croyait pas trop, mais elle était contente puis elle est partie.Elle est revenue peu de temps après et elle avait de l\u2019argent.Elle m\u2019a donné 5 $.Merci, madame ! SAMIR HALAIMIA CAMELOT MONT-ROYAL / LANAUDIÈRE MANON FORTIER CAMELOT MÉTRO HONORÉ-BEAUGRAND / VILLAGE CHAMPLAIN AGATHE MELANÇON CAMELOT MÉTRO LIONEL-GROULX Traduction Alexandra Guellil L\u2019Itinéraire est membre du International Network of Street Papers (Réseau international des journaux de rue).Le Réseau apporte son soutien à près de 100 journaux de rue dans 35 pays sur six continents.Plus de 250 000 sans-abri ont vu leur vie changer grâce à la vente de journaux de rue.Le contenu de ces pages nous a été relayé par nos collègues à travers le monde.Pour en savoir plus, visitez insp.ngo.BIÉLORUSSIE Migrants ou réfugiés ?Les tensions à la frontière entre la Pologne et la Biélorussie continuent de monter.Des milliers de migrants vulnérables sont bloqués dans une impasse entre les deux pays.Environ 4 000 hommes, femmes et enfants sont arrêtés le long de la frontière.Beaucoup de ces personnes ont essayé de passer, sans succès.Selon certains rapports polonais, ce sont des « migrants » alors que pour d\u2019autres Biélorusses, ce sont des « réfugiés ».D\u2019après la BBC, à la mi-novembre, la Pologne craignait que la Biélorussie « essaye de provoquer un incident avec des centaines de migrants cherchant à entrer dans l\u2019Union européenne pour demander une protection ».Cette guerre de mots n\u2019a rien de nouveau : la façon dont les personnes en mouvement sont étiquetées a d\u2019énormes implications sur le type d\u2019obligations juridiques et morales que les États et les sociétés ont envers eux.Cette crise entre la Pologne et la Biélorussie pourrait avoir des effets plus larges, notamment lorsqu\u2019on tente de comprendre les relations qu\u2019ils entretiennent avec l\u2019Union européenne.Demander l\u2019aide de l\u2019OTAN pourrait alors être plus facile pour la Pologne, mais cela nécessiterait une militarisation immédiate.Du côté de l\u2019Union européenne, un parallèle avec le Brexit peut être fait.Des images de migrants vulnérables exhibés par les forces militaires biélorusses les montrant entassés à la frontière ont choqué le public polonais.Mais au-delà de toutes ces considérations géopolitiques, des milliers de personnes souffrent de faim, de froid, sont exposés à la violence et vivent dans la peur.(The Conversation / INSP) I R E K D O R O Z A N S K I | R E U T E R S SIBÉRIE Ralentir le dégel Dans l\u2019un des endroits les plus froids de la planète, à 130 kilomètres au sud de la côte arctique de la Russie, le scientifique Sergey Zimoz (sur la photo) ne peut trouver aucun signe de pergélisol (sol minéral des régions arctiques gelé en permanence) alors que le réchauffement climatique imprègne le sol de la Sibérie.Dans ce sol gelé contenant depuis des millénaires des os de mammouths et de la végétation ancienne, le dégel menace de libérer de grande quantité de gaz à effet de serre.Les émissions de pergélisol, qui sont considérées comme d\u2019origine naturelle, ne sont pas prises en compte dans les engagements gouvernementaux visant à réduire les émissions.Sergey Zimov a étudié le phénomène depuis sa base scientifique dans le Yakoutie, une région productrice de diamants, depuis une dizaine d\u2019années.Il constate les effets du changement climatique en temps réel.« C\u2019est l\u2019un des endroits les plus froids de la planète et il n\u2019y a pas de pergélisol », s\u2019inquiète-t-il.« Le méthane n\u2019a jamais autant augmenté dans l\u2019atmosphère qu\u2019à la vitesse qu\u2019 il est aujourd\u2019hui\u2026 et c\u2019est lié, je le pense.» Le pergélisol couvre 65 % de la masse continentale de la Russie.Cela représente environ un quart de la masse continentale du nord.Selon les scientifiques, les émissions de gaz à effet de serre résultant de son dégel pourraient éventuellement égaler, voire dépasser, les émissions industrielles de l\u2019Union européenne en raison du volume considérable de matières organique en décomposition.(Reuters / INSP) M A X I M S H E M E T O V | R E U T E R S 9 itineraire.ca 1er décembre 2021 Chercheur à l\u2019Institut de recherches et d\u2019informations socioéconomiques (Iris) Bertrand Schepper Paniers d\u2019épicerie, produits de première nécessité, essence, chauffage ou loyers, la flambée des prix est devenue une réalité autant pour les plus vulnérables que pour la classe moyenne.Pour Bertrand Schepper, chercheur à l\u2019Institut de recherches et d\u2019informations socioéconomiques (Iris), l\u2019inflation est le résultat de la reprise des économies post-COVID qui, trop rapide, ne parvient pas à répondre à la demande.J .C O M P | F R E E P I K AUGMENTATION DES PRIX : Jusqu\u2019où ira-t-on ?La pandémie n\u2019est pas l\u2019unique responsable de l\u2019augmentation fulgurante des prix, contrairement à ce que l\u2019on pense.Il y a aussi le prix du pétrole qui a une grande part de responsabilité.« Il y a eu une baisse de la production de pétrole et de la demande à cause de la pandémie ce qui a engendré une forte augmentation de la demande à la réouverture des frontières.Les puits étaient en partie fermés, ou produisaient moins, donc le pétrole était rare, alors que la demande était grandissante », vulgarise M.Schepper.Au même moment, les produits liés aux transports étaient en pénurie et les exportations se faisaient au ralenti.Et cela a bien évidemment eu un impact au moment de la reprise où plusieurs compagnies n\u2019ont pas hésité à gonfler leurs prix.« Beaucoup de produits, qui ne coûtaient pas si cher que cela, ont augmenté à la suite de la reprise économique », soutient le chercheur.Tout coûte plus cher Ainsi, au mois de novembre, on estimait à environ 5 % le taux d\u2019augmentation sur un panier d\u2019épicerie.« Pour donner une idée, selon certains économistes, une famille qui a un revenu d\u2019à peu près 50 000 $ par année, aurait 2 300 $ en moins dans ses poches à la fin de l\u2019année », calcule rapidement M.Schepper.Et avec l\u2019approche du temps des Fêtes voire au courant de l\u2019hiver prochain, il y a peu de chance que l\u2019essence et les produits alimentaires diminuent.Pire encore : les prix continueront d\u2019augmenter.Et cela concerne autant le panier d\u2019épicerie, le coût de l\u2019énergie, du chauffage et des loyers que les déplacements en avion, par exemple.Le principe de base en économie veut que lorsqu\u2019il y a une plus grande demande que d\u2019offres, on s\u2019attend généralement à une augmentation importante des tarifs sur certains produits.Et ce constat est mondial, la plupart des pays font face à une hausse en flèche des prix depuis la relance économique.Au Québec, les produits de base ont écopé : + 68 % sur le prix des huiles, + 31 % sur celui des céréales, + 48 % pour le sucre, + 10 % sur le porc et autres viandes, etc.Bref, le Québec se retrouve à composer avec une inflation de 2,5 % sur les produits alimentaires, d\u2019après le rapport d\u2019octobre dernier publié par le ministère de l\u2019Agriculture, des Pêcheries et de l\u2019Alimentation (MAPAQ).« On peut supposer que cela diminuera un peu plus tard, mais l\u2019autre enjeu restera de se chauffer puisque les tarifs d\u2019Hydro-Québec comme ceux du gaz naturel collent à l\u2019 inflation.Cela voudrait dire qu\u2019à court et moyen terme, se chauffer coûtera plus cher », infome M.Schepper.Quelles solutions ?L\u2019une des raisons pour lesquelles la classe moyenne se rend un peu plus compte des effets de l\u2019inflation, c\u2019est que les salaires n\u2019ont pas ou très peu augmenté depuis la crise.« On a pu profiter d\u2019une forme de rareté de la main- d\u2019œuvre, mais pas au même niveau ou à la même vitesse que l\u2019 inflation.Ceux qui sont le plus touchés sont les personnes qui ont des revenus fixes », ajoute le chercheur en citant en exemple les retraités, malgré leur bon salaire pendant leur vie active.Si on a beaucoup appelé à soutenir le commerce local et à consommer québécois, force est de constater que la capacité de modifier les choix de consommation dans le panier d\u2019épicerie n\u2019est pas donnée à tout le monde.« Souvent, les moins nantis et les classes moyennes n\u2019en ont pas le temps ni la capacité, ajoute le chercheur.Et même si on augmente le salaire minimum, cela ne veut pas dire que la classe moyenne, qui a un salaire fixe en aura un plus important.» Quant aux revendications sur l\u2019augmentation du salaire minimum, M.Schepper croit qu\u2019elle serait bénéfique économiquement et que ce serait loin d\u2019être une solution temporaire.Mais il faudrait aussi que les gouvernements empêchent l\u2019inflation en contrôlant les taux décrétés par la Banque du Canada, ce qui signifie que les emprunts d\u2019argent seraient plus difficiles.« Toutes les familles qui ont des revenus moyens avec des hypothèques à taux variables risquent de voir le coût de la vie augmenter ou de payer une plus grande part que par le passé », illustre le chercheur.Créer de nouveaux standards M.Schepper propose des solutions qui doivent être perçues comme une volonté de créer de nouveaux standards : geler les tarifs d\u2019Hydro-Québec pour qu\u2019ils ne suivent plus l\u2019inflation, augmenter le salaire minimum, ou offrir l\u2019assurance d\u2019une règlementation plus poussée, notamment sur la hausse des prix des loyers, sont trois éléments sur lesquels les gouvernements pourraient, selon lui, intervenir relativement rapidement.« Ce sont, sans doute, des solutions temporaires, mais cela ne veut pas dire que l\u2019on ne doive rien faire ou que les gens doivent souffrir encore plus de cette situation.» 11 itineraire.ca 10 itineraire.ca 1er décembre 2021 1er décembre 2021 Alexandra Guellil Les opinions exprimées dans cet article n'engagent que son auteur.Camelot Bernard / de l\u2019Épée par Mathieu Thériault itineraire.ca 1er décembre 2021 Souvenirs : Il y a 25 ans, la grande grève étudiante de 1996 Le néolibéralisme : Bouchard et le massacre des programmes sociaux Pour des gens de mon âge et surtout pour une tonne d\u2019autres bien avant moi, 1995 était l\u2019année de tous les espoirs.Le PQ venait de reprendre le pouvoir en 1994 et on se préparait enfin pour le match revanche sur l\u2019échec de 1980 : il y aurait un second référendum sur l\u2019indépendance du Québec.On connaît la suite.Le truc a fini 49 % contre 51 % pour le NON, le premier ministre Parizeau y est allé d\u2019un discours de défaite plus que douteux et Lucien Bouchard est arrivé pour le remplacer, en tant que PM non élu, avec une auréole de messie ou de sauveur quasi mystique (pour bien des indépendantistes, c\u2019était lui qui avait mené le camp du Oui à quelques mètres de la victoire, les indépendantistes convaincus auraient sauté en bas du pont pour lui).Les premiers mois du gouvernement Parizeau avaient été marqué d\u2019un certain progressisme.Normal direz-vous, le PQ voulait absolument remporter son pari référendaire et plusieurs mesures populaires ont été adoptées.Ce n\u2019était surtout pas le temps de se faire détester.Sauf qu\u2019arrivent 1996, la grande débandade, surtout Lucien Bouchard, et voilà que l\u2019agenda politique et social change du tout au tout.Ce n\u2019est plus le pays à construire qui compte, mais la dette, le déficit, les finances publiques et un régime minceur pour l\u2019État.On dit bye bye au « grand soir » pour embrasser sans retenue une vision néolibérale de la société.Sachant très bien que son parti n\u2019avait jamais été élu sur ce programme, Lucien Bouchard décide d\u2019organiser deux grands- messes en mars et octobre 1996 qu\u2019il baptisera les sommets socioéconomiques.En gros il s\u2019agit de réunir autour d\u2019une même grande table tous les acteurs représentant les différents pans de la société québécoise : syndicats, patronat, gens d\u2019affaires, groupes de femmes et communautaires, fédérations étudiantes, tout le monde y est ou presque ! Le caillou dans le soulier À l\u2019époque, j\u2019étais impliqué dans un petit syndicat étudiant qui s\u2019appelait le Mouvement pour le Droit à l\u2019Éducation (MDE).En quelque sorte l\u2019ancêtre de l\u2019ASSÉ (le groupe de Gabriel Nadeau-Dubois en 2012), le MDE représente la faction plus à gauche et combative des syndicats étudiants.Le MDE est convaincu que les dés sont pipés à l\u2019avance et que les deux sommets sont simplement un gros show pour donner un vernis démocratique et consensuel vers un chemin déjà tracé d\u2019avance : l\u2019adoption de l\u2019objectif du déficit zéro à n\u2019importe quel prix.Pour y arriver, en plus des coupures massives en santé et en éducation, en plus de la mise à la retraite de milliers d\u2019employés de l\u2019État (infirmières entre autres), le gouvernement Bouchard a prévu un dégel des frais de scolarité et des hausses importantes des frais.C\u2019est Pauline Marois qui est alors ministre de l\u2019éducation ; et le MDE, même s\u2019il ne regroupe qu\u2019une poignée d\u2019assos étudiantes, décide de lancer un mot d\u2019ordre de grève générale illimitée devant culminer précisément lors du sommet d\u2019octobre, moment où le gouvernement sera le plus vulnérable politiquement.Plus de 40 cégeps en grève L\u2019espace me manque pour raconter à quel point la mobilisation fut large, spontanée et intense, la grève s\u2019étalant sur plus de deux mois.Au plus fort du mouvement, plus de 40 cégeps (sur 48) étaient impliqués à différents degrés dans le mouvement.Comme un disque enrayé, le gouvernement péquiste proposait alors un dégel massif des frais de scolarité universitaire.Même si c\u2019était le MDE qui était à l\u2019origine de toute la mobilisation nationale, ce sont les deux fédérations étudiantes (FECQ et FEUQ), complètement dépassées sur leur gauche, qui se sont imposées comme interlocutrices de la ministre Marois qui ne voulaient rien savoir de négocier avec le MDE et ses alliés qu\u2019elle considérait comme une structure fantôme.Pourtant, le MDE avait déclenché le mouvement sur une plateforme de cinq revendications, (concernant notamment les prêts et bourses, l\u2019abolition de la nouvelle cote R \u2014 le cauchemar de tous les collégiens aujourd\u2019hui).Les deux fédés, qui avaient tout fait pour saborder le mouvement de grève, ont finalement fini par prétendre qu\u2019ils étaient les têtes dirigeantes du mouvement et ont réussi au moins à bloquer la hausse des frais universitaires, ignorant au passage toutes les autres demandes qui avaient donné vie au mouvement.Si vous avez plus de 16 ans, il y a de bonnes chances que vous ayez au moins un vague souvenir de la grande grève étudiante de 2012 ; le fameux « printemps érable » ou le mouvement dit des « carrés rouges ».À ce jour, on la considère toujours comme la plus grande grève, du mouvement étudiant québécois, si ce n\u2019est pas la plus grande grève tout mouvement social confondu.Si vous habitiez Mars à l\u2019époque, une tonne de livres ou de d\u2019archives web peuvent vous permettre de voir ce qui s\u2019est alors passé.Pour les gens de ma génération (les quarantenaires disons), il y a eu un grand débrayage étudiant en 1996, qui était aussi considéré à l\u2019époque comme la plus grande mobilisation de la jeunesse depuis les « mythiques » années 60 ou 70, qu\u2019on nous présentait déjà comme une époque où les jeunes étaient en mode mobilisation pratiquement 24 / 7 et où toutes les femmes auraient, mettons, brûlé toutes les brassières possibles dans de grands bûchers ! Comme j\u2019étais très impliqué à l\u2019époque, je vous propose un récit à peu près fidèle du contexte dans lequel tout cela s\u2019est déroulé.Manifestation du 14 avril 2012 à Montréal.J E A N G A G N O N | W I K I P E D I A 12 Par Alexandra Guellil Journaliste responsable des dossiers société DAVID HIMBERT Du haut de ses 25 ans, Émile Bilodeau est ce genre d\u2019artiste qui écrit sa société.En show avec sa guitare, il décrit son Québec, sans mâcher ses mots.Son tout dernier album, Petite nature, le prouve : entre noirceur et luminosité, il presse de parler de nos écueils sociaux pour qu\u2019on puisse, ensemble, les rectifier.Et il griffonne des bouts de vie sur papier, souvent branché à l\u2019actualité, pour ancrer ses tounes dans un présent et les rechanter plus tard en se disant fièrement : « Je me souviens ».itineraire.ca 1er décembre 2021 15 Mais, il y a eu aussi du beau dans tout cela.Comme la fois où il a fait fi des mesures sanitaires pour se trouver un chalet en Estrie et y amener son frère qui n\u2019allait pas bien.Émile Bilodeau le sentait et ne pouvait pas le laisser comme ça.Il est allé le chercher pour le soutenir.Le matin, ils déjeunaient, la journée, ils allaient courir ensemble et le soir ils chantaient.Entre tout cela, son frère parvenait à suivre ses cours à l\u2019université sur Zoom.Et puis, le beau de la pandémie, c\u2019était aussi lorsqu\u2019il partait en vélo à 45 minutes de son appartement de Rosemont pour donner des cours de chant dans une école primaire.Y aller lui a redonné un certain dynamisme dans sa vie.« Ils étaient là, ces jeunes, pleins de sourires et de vie et il y avait tant de diversité culturelle.Des jeunes filles voilées jouaient avec des Tremblay alors qu\u2019on parlait de la Loi 21 sur la laïcité et qu\u2019on se chicanait entre nous, mais\u2026 Les enfants, ça s\u2019en fout ben raide de comment tu t\u2019habilles ou de quelle couleur tu es et je me suis beaucoup nourri de cette expérience quand je prenais position publiquement.» Dans Petite nature, on sent néanmoins que le ton change par rapport à ces deux autres albums qui ont cartonné.D\u2019autres ambiances tentent de se frayer un chemin et elles sont sans doute un peu plus trash, même si elles sont narrées parfois avec humour.« C\u2019était des jours gris, il ne faisait pas beau dehors et de toute façon, il fallait rester en dedans.C\u2019était une double quarantaine, une double vulnérabilité, visuelle et expérimentale d\u2019un phénomène qu\u2019on a tous vécu à notre façon », dit le chanteur qui était seul chez lui à se remettre maintes fois en question.Confiné, face à lui-même et dans ses moments de déprime, il s\u2019est questionné sur les raisons de sa célébrité, sur ce qu\u2019il était et ce qu\u2019il représentait pour les autres.« Je n\u2019avais pas une saine alimentation, je consommais de l\u2019alcool seul, je me levais et me couchais tard\u2026 J\u2019écoutais les points de presse de François Legault qui était rendu mon meilleur chum dans la maison alors qu\u2019 il était à la télé\u2026 ça n\u2019avait pas d\u2019sens quand on y pense ! » Curieux de nature, Émile Bilodeau a en lui ce côté rassembleur et quelque peu candide.Impatient de remonter sur la scène, il a vécu la pandémie d\u2019un confinement à l\u2019autre, en espérant très vite revoir son public.« J\u2019ai perdu mon rendezvous avec le public pendant cette pandémie.Il y a eu un vide qui m\u2019a fait réaliser que mon travail me procure énormément de bonheur », confie-t-il.Être sur la route avec ses amis, rire et partager des émotions sur la scène, donner le meilleur de lui en performance, c\u2019est tout ça la chanson pour lui.Les craques du système Il y a quelque temps, Émile Bilodeau s\u2019est retrouvé à l\u2019hôpital Pierre-Boucher au chevet d\u2019un de ses amis de cégep, qui était touché de plein fouet par un problème de santé mentale.On ne saura ni son nom ni son diagnostic, simplement que c\u2019est de sa vie à lui qu\u2019il tire son inspiration pour son titre Ma maladie mentale.« J\u2019ai été choqué, je crois qu\u2019 il n\u2019y a pas d\u2019autre mot.On était là avec toute la gang pour l\u2019aider, essayer de lui changer les idées.C\u2019était une salle beige, maussade avec une civière à strappes qui servait de lit.Ce n\u2019était pas une place pour mon ami.Ce n\u2019était pas une place pour personne.» C\u2019est à ce moment-là qu\u2019Émile Bilodeau dit avoir « allumé sur les craques du système de santé ».Empathique, le chanteur croit sincèrement que c\u2019est grâce à l\u2019improvisation qu\u2019il pratiquait au cégep et à sa gang d\u2019amis qu\u2019il a pu avancer dans ses moments plus difficiles.« Sans tout cela, je ne serais pas la personne que je suis aujourd\u2019hui, c\u2019est certain.Ce titre est aussi un clin d\u2019œil à tous ces jeunes qui n\u2019ont pas d\u2019gang ou de soirées d\u2019 impro pour surmonter leurs difficultés.L\u2019 isolement et l\u2019anxiété, ça fait ça\u2026 Mais, la pandémie nous a aussi montré que notre jeunesse peut être profondément résiliente.» Dans le clip vidéo de Ma maladie mentale, on voit un enfant atteint d\u2019un TDAH et des parents dépassés par tout ce qu\u2019ils vivent.On ne parle pas de son ami, mais on reste dans le thème, car il y a là toute la difficulté de raconter une histoire « qui parle d\u2019affaires importantes sans pour autant se l\u2019approprier parce qu\u2019 il ne s\u2019agit pas de notre vécu propre ».Mais, dans certains plans de cette même vidéo, il reconnaît le jeune qu\u2019il était.« Moi, au lieu de me donner des médicaments, mes parents m\u2019ont mis des écouteurs à l\u2019école pour que je sois plus attentif.Ma prof parlait avec un petit micro accroché à son chandail et ça m\u2019arrivait drette dans les oreilles.» Le chanteur n\u2019a jamais eu de diagnostic, mais l\u2019anecdote révèle à quel point il se sent concerné par ces problèmes.itineraire.ca 1er décembre 2021 16 D\u2019ombres et de lumière Quand il écrit ou quand il chante, Émile Bilodeau n\u2019a aucun filtre.Authentique, même dans ses moments plus difficiles, comme lorsqu\u2019il parle de ses peines de cœur, il souhaite que ses chansons reflètent à la fois ses ombres, mais aussi sa lumière.« C\u2019est important de montrer ces choses-là.Safia Nolin ou Dédé Fortin sont des personnes qui ont démocratisé ce côté-là dans la chanson québécoise.Parler de nos peines, ça peut faire du bien aux autres.Mais je le fais parce que je suis bien dans mes bottines aussi et que je suis groundé, sinon je ne le ferais pas.» À la jeunesse qui peine un peu plus à se trouver dans un univers de possibilités, Émile Bilodeau veut leur dire de rester fiers et que s\u2019ils ne se sentent pas valorisés à l\u2019école, de faire autre chose.Et il sait de quoi il parle parce qu\u2019il l\u2019a fait.« Moi, je trouvais l\u2019école contraignante, je n\u2019arrivais pas à réussir mes examens\u2026 L\u2019esti d\u2019affaire du test du ministère, bah, j\u2019 l\u2019ai coulé.Le cours 2 de philosophie aussi, mais la musique, c\u2019était pas si pire.C\u2019est pour ça que je dis aux jeunes d\u2019 investir dans leur présent.» Politisé et fier Québécois Engagé socialement, c\u2019est dans un Québec profondément divisé qu\u2019Émile Bilodeau écrit le titre Je me souviens.Cette chanson raconte la mort de Joyce Echaquan, celle de Georges Floyd et de tous les débats autour du côté systémique (ou non) du racisme.« J\u2019entendais des sociologues dire que le racisme n\u2019était pas systémique\u2026 mais guys, ils l\u2019ont tué dans l\u2019hôpital, Joyce Echaquan ! Juste de l\u2019écrire et de le dire, ça m\u2019a fait un bien fou.Ce n\u2019est pas de l\u2019opinion, ce sont les faits », dit-il avec urgence en confiant sa sensibilité au fait que tous les drames humains ne sont pas filmés, comme la mort de Fredy Villanueva, à Montréal-Nord, cite-t-il.Le chanteur n\u2019a jamais caché son opposition à la Loi 21 sur la laïcité.Cela lui a même valu une remarque publique de François Legault, lors d\u2019un point de presse en mai dernier, juste avant la Fête nationale.Invité par le gouvernement à chanter pour encourager les jeunes à se faire vacciner, Émile Bilodeau raconte ce moment qui semble l\u2019avoir plus troublé qu\u2019autre chose, car même s\u2019il recevait des commentaires négatifs sur les réseaux sociaux de personnes qui refusaient le vaccin, ou qui n\u2019adhéraient pas aux mesures sanitaires, il voulait chanter pour participer à l\u2019effort collectif.Mais, pas question pour le premier ministre de faire appel au chanteur pour promouvoir la langue française, selon sa réponse à un journaliste.« J\u2019ai trouvé ça injuste, parce qu\u2019au final, s\u2019 il y a quelque chose qui nous rassemble entre nationalistes, c\u2019est bien la langue française.Avec ses propos, il a trouvé le moyen de me faire ressentir que je n\u2019étais p\u2019t\u2019être pas tant Québécois qu\u2019ça, que je ne pouvais pas promouvoir la langue française parce que j\u2019étais contre la Loi 21.Mais qu\u2019on soit pour ou contre, on est tous Québécois ! » La passion anime le chanteur quand il parle politique.Il aime participer aux débats sociaux et prendre la parole quand ça lui parait important.Pour lui, le Québec est fortement et intimement lié au métissage, à l\u2019entraide, mais aussi aux injustices et aux oppressions.« L\u2019 identité québécoise n\u2019entre pas dans un cadre.À partir du moment où on l\u2019accepte, on est plus à l\u2019écoute des inégalités sociales.On arrive à la considérer comme multiple et diversifiée.Si on ne l\u2019accepte pas, on ne pourra jamais régler certains dossiers et créer un réel sentiment d\u2019appartenance entre communautés.» 18 itineraire.ca 1er décembre 2021 À l\u2019Hôpital Sainte-Justine, la Dre Lila Amirali, cheffe du département de psychiatrie, reste prudente sur des constats possibles « d\u2019après-pandémie ».Après tout, le nombre de nouveaux cas de COVID de jeunes de moins de 18 ans était, au moment de l\u2019entrevue à la mi-novembre, encore en croissance.Au-delà des statistiques, le virus et les consignes sanitaires prennent un peu plus d\u2019espace et sont à la source de plusieurs inquiétudes.« Dès les premiers temps de la pandémie, on a eu des difficultés avec les enfants et les ados.Cela a été reconnu dans des études nationales qu\u2019 ils étaient en souffrance », amorce la spécialiste.Cette dernière constate que la santé mentale a vraisemblablement été délaissée au détriment de la santé physique.L\u2019Institut national d\u2019excellence en santé et en services sociaux l\u2019a chiffré : dès le mois de mars 2020, on a eu une diminution marquée de consultations pour les maladies physiques aux urgences.Mais ce n\u2019est pas le cas en santé mentale, où la hausse était un peu plus proportionnelle.Certaines situations se sont empirées avec des augmentations en traitement pour l\u2019anxiété, la dépression, les idées suicidaires et l\u2019abus de substances.Selon les données de la RAMQ, entre janvier et septembre 2021, on note une augmentation des nouvelles ordonnances pour des antidépresseurs prescrits aux jeunes de 17 ans et moins d\u2019environ 29 % par rapport à la même période l\u2019année précédente.La Dre Amirali insiste : quand on parle de la santé mentale, il ne s\u2019agit pas uniquement que de troubles psychiatriques.Selon les données, « les inquiétudes des parents sur leurs finances, leur travail et autres peuvent affecter le bien-être et la santé mentale des enfants.Cela influence leur sommeil et leur comportement, mais ça ne veut pas forcément dire qu\u2019 il y a un trouble psychiatrique.Il y a une vulnérabilité, c\u2019est certain ».Avec le confinement, le relationnel a été éprouvé dans les milieux où les enfants, les parents et les couples avaient déjà des difficultés ou des conflits.« Ils étaient obligés d\u2019être en relation à la maison », indique Dre Amirali qui croit que cette période a donné lieu à une réelle prise de conscience sur la souffrance que pouvaient éprouver les jeunes.« On s\u2019est rendu compte qu\u2019on devait travailler sur la prévention pour éviter que les conflits ne dégénèrent en troubles de personnalité.Et la télémédecine a eu de bons côtés, notamment pour certains jeunes qui se sont plus confiés qu\u2019en personne.» Troubles alimentaires L\u2019été dernier à Sainte-Justine, 40 % des lits de pédiatrie étaient occupés par des jeunes ayant des troubles alimentaires.« Aujourd\u2019hui, ça a beaucoup baissé, mais on a noté cette augmentation.Cela nous préoccupe à la veille du temps des Fêtes où la tendance est souvent à la hausse », explique la Dre Amirali.Ces jeunes provenaient de l\u2019ensemble de la province.Fondateur de la section de médecine de l\u2019adolescence au CHU Sainte-Justine et de la clinique spécialisée dans les troubles de la conduite alimentaire, le Dr Jean Wilkins se souvient de ses difficultés avec la télémédecine.Sa pratique étant centrée sur le lien de confiance, il n\u2019est pas facile de tisser quelque chose à travers un écran.« Je trouve vital d\u2019être en présence physique avec mes patientes, ce sont majoritairement des jeunes filles.On peut tout nous dire au téléphone, mais cela ne remplace pas l\u2019observation.Je dois les examiner, comprendre leurs situations, la froideur de leurs mains, leurs rythmes cardiaques, les espaces qu\u2019elles ont entre les doigts, etc.Le toucher est essentiel pour amener ces jeunes filles à prendre conscience des répercussions de leur conduite anorexique » détaille le Dr Wilkins.Pendant la pandémie, le spécialiste a été surpris de voir des patientes, pourtant suivies par d\u2019autres spécialistes, mais à distance, perdre 7 kg entre deux visites sans que personne ne s\u2019en aperçoive.« En virtuel, je ne pouvais pas dire si j\u2019étais certain de ce que j\u2019avais vu ou entendu », confie-t-il.Le pédiatre observe une augmentation de demandes : trois fois plus que le nombre habituel, si on calcule qu\u2019en temps normal, il peut avoir entre 80 à 120 nouveaux cas par année.Avec le confinement, il a pu se rendre jusqu\u2019à 150 à 200 nouveaux cas.Cela crée un délai entre les visites et augmente aussi les inquiétudes des parents qui réfèrent leurs enfants.« Dans leur chambre, elles trouvaient des vidéos d\u2019entraînement ou de programmes d\u2019exercices pour pallier ce qu\u2019elles considéraient comme des défauts physiques.Confinées, elles avaient plus de temps pour se scruter et les voir.C\u2019est cela qui a entraîné, à mon sens, une augmentation du nombre de cas de troubles alimentaires.» Plus anxieux qu\u2019avant ?Jean Wilkins est dérangé par « le mot en a », l\u2019anxiété et, surtout la façon dont on la traite rapidement par antidépresseurs.Il a vu des patientes arriver avec des traitements qui, à son sens, étaient attribués un peu trop rapidement.« Il y a un moment pour la médication, on doit d\u2019abord faire un bout de chemin avec la patiente, un trouble alimentaire se soigne rarement par la médication au tout début, ce ne sont pas des maladies où l\u2019on a tout de suite besoin de médicaments », explique-t-il.L\u2019expert tient à rappeler que l\u2019anxiété est normale à certains âges, notamment à l\u2019adolescence, qui est une période remplie de complexité autant sur le plan physiologique que social.Si au début de la pandémie, on parlait d\u2019une génération sacrifiée, le Dr Wilkins soutient que les jeunes ont avant tout fait preuve d\u2019une grande résilience, eux qui ont vécu une période sanitaire et sociale que personne d\u2019autre n\u2019a connu à leurs âges.« L\u2019adolescence, c\u2019est l\u2019âge des possibles, et il faut que ça le reste, il faut croire en eux ! » Par Alexandra Guellil Journaliste responsable des dossiers société PHOTOS COURTOISIE A D A M N I E S C I O R U K | U N S P L A S H Dre Lila Amirali, cheffe du département de psychiatrie du Hôpital Sainte-Justine.Dr Jean Wilkins, fondateur de la section de médecine de l\u2019adolescence au CHU Sainte-Justine et de la clinique spécialisée dans les troubles de la conduite alimentaire.20 itineraire.ca 1er décembre 2021 En Colombie-Britannique, une portion de la route Coquihalla, l\u2019axe principal qui relie le Grand Vancouver à l'intérieur de la province vers l\u2019Alberta, a été emportée par les eaux.Plusieurs municipalités, dont la ville d\u2019Ab- botsford, près de Vancouver, ont été coupées du reste de la province.Plus près de chez nous, la petite municipalité de Dunham, en Estrie, doit composer avec une pénurie d\u2019eau sans précédent.« Cet été, une maison sur deux manquait d\u2019eau », a relaté le maire Pierre Janecek au Sherbrooke Record.Pour faire boire leurs animaux, plusieurs agriculteurs de la région devaient faire livrer de l\u2019eau par camion, leurs puits étant à sec.Ces événements ne sont pas isolés.Selon un rapport du Groupe d\u2019experts intergouvernemental sur l\u2019évolution du climat (GIEC) publié en août dernier, des événements météorologiques extrêmes sont en passe de devenir la nouvelle normalité.Les changements climatiques sont déjà « répandus, rapides et de plus en plus intenses », préviennent les experts.La température moyenne globale pourrait augmenter de 4 ?C par rapport aux niveaux préindustriels, d\u2019ici 2100, sans qu\u2019il y ait une réduction significative de gaz à effet de serre (GES).Un monde plus chaud de 4 degrés entraînerait des conséquences catastrophiques en matière de sécheresse et de la hausse des niveaux de mer.Même avec un réchauffement de 1,5 degré \u2014 le scénario le plus optimiste et celui visé par l\u2019Accord de Paris de 2016 \u2014 cela entraînerait des vagues de chaleur plus longues et plus intenses.Selon des analyses du Climate Action Tracker, un consortium international de groupes de recherche, même si tous les engagements des pays participants à la COP26 sont respectés, une augmentation de la température globale moyenne de 2,4 ?C est à prévoir.« Ce serait beaucoup trop.Il y aurait probablement des millions de morts », prévient Patrick Bonin, responsable de la campagne Climat-Énergie chez Greenpeace Canada.Il n\u2019est pas le seul à s\u2019inquiéter des conséquences des changements climatiques sur la santé humaine.L\u2019Organisation mondiale de la santé (OMS) a identifié les changements climatiques comme étant la plus grande menace pour la santé.Selon l\u2019OMS, les événe- ments météorologiques extrêmes et la perturbation des systèmes agricoles (et donc alimentaires) nuisent déjà à la santé de millions de personnes.Les riverains du lac Faguibine ne seraient sans doute pas en désaccord.La Dre Claudel Pétrin-Desrosiers, une médecin de famille qui a fondé l\u2019Association québécoise des médecins pour l\u2019environnement, souligne l\u2019urgence de la situation qu\u2019elle définit comme une deuxième crise sanitaire en parallèle au coronavirus.« Il y a des personnes qui souffrent directement des changements climatiques, car le climat affecte tous les facteurs qui déterminent la santé \u2014 l\u2019accès à l\u2019alimentation, la sécurité économique, la qualité de l\u2019eau, la qualité de l\u2019air.Tous les piliers d\u2019une vie saine sont menacés.» Par Ruby Irene Pratka Collaboration spéciale De l\u2019angoisse à l\u2019espoir : canaliser son écoanxiété En 2021, il est impossible d\u2019ouvrir un journal sans qu\u2019on ne parle de phénomènes météorologiques inédits.Récemment, le quotidien britannique The Guardian rapportait que plus de 500 personnes en Égypte ont dû être hospitalisées après avoir été piquées par des scorpions venimeux, expulsés de leurs cachettes par des pluies torrentielles rares.Au Mali, le lac Faguibine a été presque entièrement avalé par le désert, menaçant les terres agricoles dont dépend la population.1er décembre 2021 D A N I E L O L A H | U N S P L A S H Un entrepôt est la proie des flammes après que des pluies torrentielles ont causé des inondations dans l'ouest de la Colombie-Britannique.R E U T E R S 23 itineraire.ca En novembre, plus de 25 000 délégués de 200 pays, y compris une centaine de chefs d'État, se sont réunis à Glasgow, en Écosse, dans le cadre de la COP26.Patrick Bonin explique que ce sommet annuel visait à en arriver à une entente mondiale qui maintiendrait le réchauffement de la température moyenne en dessous de 1,5 ?C par rapport aux niveaux préindustriels.Le sommet avait aussi pour but de soutenir les communautés les plus vulnérables et d\u2019en arriver à une entente de réduire les émissions globales de GES de façon significative d\u2019ici 2030.« Il faut s\u2019assurer que les pays planifient des objectifs de plus en plus ambitieux, tant et aussi longtemps qu\u2019on n\u2019arrive pas à réduire l\u2019écart entre ce que la science nous demande de faire \u2014 limiter le réchauffement à 1,5 ?C \u2014 et la trajectoire actuelle », a-t-il observé avant la fin du sommet.L\u2019accord a connu quelques modestes succès, selon des analystes.Les pays participants se sont engagés à revoir annuellement, plutôt qu\u2019aux cinq ans, leurs objectifs de réduction de GES, de réduire graduellement l\u2019utilisation du charbon ; et de fournir 100 milliards $ par année sur cinq ans en financement pour l\u2019adaptation climatique et les projets de mitigation des émissions des pays en voie de développement.Or, Patrick Bonin considère que plusieurs des annonces faites dans le cadre de la conférence sont trop faibles pour respecter l\u2019objectif.Pour la militante suédoise Greta Thunberg, la conférence c\u2019est du « blabla » qui ne mènera pas aux actions nécessaires.« L\u2019histoire jugera sévèrement nos dirigeants », a-t-elle déclaré dans une manifestation citoyenne à Glasgow devant plusieurs milliers de militants d\u2019un peu partout dans le monde.Le président de la COP26, député et ancien ministre d\u2019État britannique Alok Sharma, n\u2019était guère plus optimiste que les jeunes militants.« Nous avons gardé en vie l\u2019objectif de 1,5 degrés, mais son pouls est faible, et il survivra seulement si on agit rapidement sur nos engagements », a-t-il déclaré.Dans ce contexte, de plus en plus de jeunes, un peu partout sur la planète, s\u2019inquiètent pour l\u2019avenir de la vie sur Terre.Le Québec n\u2019est pas en reste.Selon une étude récente de l\u2019Université de Sherbrooke, pilotée par la Dre Mélissa Généreux, 25 % des Québécois éprouvent des symptômes d\u2019anxiété liés à leurs inquiétudes pour la planète.Chez les jeunes, c\u2019est 49 %.La psychologie a un nom pour ce phénomène : l\u2019écoanxiété.Christina Popescu, doctorante en psychologie à l\u2019UQAM définit l\u2019écoanxiété comme étant le « sentiment de peur chronique » des personnes qui redoutent un désastre écologique.« L\u2019écoanxiété, c\u2019est une réaction qu\u2019on a quand on se rend compte de l\u2019état de la planète », indique la Dre Karine St-Jean, psychologue et auteure du livre Apprivoiser l\u2019écoanxiété.« Ça peut inclure l\u2019anxiété, mais aussi l\u2019 impuissance, la colère, la tristesse, le découragement, le deuil.» L\u2019écoanxiété peut aussi se traduire par des remises en question.Les psychologues observent que de jeunes adultes remettent en question la pertinence d\u2019avoir des enfants ou de poursuivre leurs études.L\u2019écoanxiété n\u2019est pas un trouble psychologique en tant que tel, comme la dépression clinique, mais plutôt « une réaction normale » à une situation alarmante, précise Karine St-Jean.Chez les personnes qui sont profondément affectées, l\u2019écoanxiété peut engendrer de l\u2019insomnie, des pertes de concentration et des émotions très fortes.Bien que les recherches indiquent que l\u2019écoanxiété est plus prévalente chez les jeunes, ce n\u2019est pas uniquement un problème de jeunes.En marge du sommet de la COP26, Barack Obama, l\u2019ancien président des États-Unis, âgé de 60 ans, a reconnu avoir souffert d\u2019écoanxiété, au point où « des images dystopiques perturbent [ses] rêves ».Selon la Dre Généreux, la recherche indique que chez des personnes qui ont déjà vécu des sinistres, les conséquences des changements climatiques pour la santé mentale peuvent être encore plus grandes et être déclencheurs de phobies, de stress post-traumatique ou de douleurs somatiques (douleurs physiques dont l\u2019origine est psychologique).La Dre Christine Korol est psychologue à Vancouver et spécialiste des troubles anxieux.Elle a soigné des patients pendant le « dôme de chaleur » qui a chauffé l\u2019Ouest canadien en juin dernier, quand les températures ont dépassé les 45 ?C sur la côte Pacifique, du jamais vu.Plus de 500 Britanno-Colombiens sont morts des conséquences de la chaleur, et des millions d\u2019autres en ont souffert.La Dre Korol a vu les effets des conditions climatiques sur la santé physique et mentale de ses patients.« C\u2019était oppressant.C\u2019était le genre de chaleur qui n\u2019arrive tout simplement pas ici », se souvient-elle.« Normalement, le soir, la température baisse et on a droit à une brise de l\u2019océan, mais pendant cette période-là, il n\u2019y a même pas eu de baisse.Certains de mes patients m\u2019ont dit qu\u2019 il faisait 50 degrés à l\u2019 intérieur de leurs appartements, et ils n\u2019avaient pas de climatisation.C\u2019était évident pour eux que c\u2019était lié au climat.Ils se demandaient, \u201c Comment est-ce qu\u2019on va faire ?\u201d » Soigner ces patients est un travail délicat.« Il faut leur dire que leurs inquiétudes sont légitimes, mais en même temps leur donner un peu d\u2019espoir, dit la Dre Korol.C\u2019est un peu la même approche qu\u2019avec un patient qui reçoit un diagnostic de cancer ; on ne peut pas faire disparaître la maladie, mais on peut la gérer, avec de la méditation, des opportunités de profiter du moment présent et des actions constructives.Il faut faire quelque chose pour combattre ce sentiment d\u2019 impuissance.» Au chevet de la terre Manifestation à Glasgow en marge de la COP26 qui a eu lieu en Écosse en novembre.Écoanxiété Les sinistrés plus affectés INSP Il faut leur dire que leurs inquiétudes sont légitimes, mais en même temps leur donner un peu d\u2019espoir.C\u2019est un peu la même approche qu\u2019avec un patient qui reçoit un diagnostic de cancer ; on ne peut pas faire disparaître la maladie, mais on peut la gérer, avec de la méditation, des opportunités de profiter du moment présent et des actions constructives.Il faut faire quelque chose pour combattre ce sentiment d\u2019impuissance.- Dre Christine Korol 25 itineraire.ca 24 itineraire.ca 1er décembre 2021 1er décembre 2021 Apprivoiser l\u2019écoanxiété Dre Karine St-Jean Les Éditions de L'Homme, 2020, 304 pages En septembre 2020, la Dre Généreux et son équipe ont commencé à sonder les Québécois tous les deux mois pour mieux comprendre l\u2019impact de la pandémie de la COVID-19 sur leur santé mentale.Des questions touchant la crise climatique ont été ajoutées au sondage périodique à l\u2019automne 2021, permettant à la psychologue de voir des similarités entre les deux crises.Sur le plan psychologique dit-elle, « il y a beaucoup de parallèles à faire entre la crise de la COVID et la crise climatique », deux phénomènes dont on ignore l\u2019issue et sur lesquels on exerce un contrôle très limité.Tout comme pour la pandémie, une certaine mesure d\u2019anxiété est une réaction normale aux événements.« Les personnes qui ne sont pas inquiétées du tout [par l\u2019état de la planète] vivent peut-être dans le déni », soutient- elle.Ce qu\u2019on ne veut pas, c\u2019est que les symptômes nous envahissent et nous paralysent, avec pour conséquences des problèmes de sommeil, des troubles d\u2019alimentation et des abus d\u2019alcool.» Ses suggestions vont dans le même sens que celles de Christine Korol : il faut faire la distinction entre ce qu\u2019on peut contrôler et ce qu\u2019on ne peut pas contrôler, prendre soin de soi, garder espoir et se servir de son anxiété pour passer à l\u2019action.Pour la chercheuse en psychologie, Christina Popescu, faire sa thèse sur la question était en soi une manière d\u2019apprivoiser son écoanxiété.Karine St-Jean suggère quant à elle de se connecter avec d\u2019autres personnes qui partagent les mêmes inquiétudes, de s\u2019impliquer dans un projet citoyen, d\u2019aller profiter de la nature en groupe ou de participer à des manifestations, entourés des personnes partageant les mêmes convictionsi.« Il faut se rendre compte que oui, c\u2019est grave ; mais oui, il y a aussi de belles choses qui se passent », estime-t-elle.Mathis Huissoud et Léo Palardy sont des étudiants du cégep du Vieux-Montréal qui se sont joints à une manifestation pour le climat organisée le 6 novembre dernier par plusieurs syndicats montréalais.Ils sont écoanxieux, mais également écooptimistes.Les négociations de la COP26 ne les rassurent pas, mais ils font confiance à la capacité des mouvements citoyens, et des mouvements des jeunes pour mener des changements durables.« Depuis qu\u2019on est jeune, notre génération regarde ce qui arrive, et nous sommes conscients que ça ne se règle pas, dit Léo Palardy.Je trouve ça beau que maintenant il y ait un vrai mouvement de jeunes pour passer à l\u2019action.» « La jeunesse a un potentiel tellement fort , s\u2019enthousiasme Mathis Huissoud.En 2012, avec les carrés rouges, on a vu comment les mouvements de jeunes peuvent vraiment changer les choses.» Les deux jeunes hommes venaient d\u2019écouter une intervention de Mamy Diouma Sow, 15 ans, élue jeune ministre de l\u2019environnement par l\u2019organisme Sors de ta bulle.« Il ne faut pas avoir peur de mettre nos dirigeants au défi, d\u2019agir et de garder espoir », a déclaré Mamy Diouma, environnementaliste depuis l\u2019âge de 13 ans.Elle reconnaît qu\u2019elle vit avec l\u2019écoanxiété.Pour elle, comme pour les deux cégé- piens, voir d\u2019autres jeunes prendre la rue pour l\u2019action climatique est une source d\u2019espoir et de soulagement.Léo Palardy voit les conséquences de l\u2019écoanxiété dans son entourage, mais choisit de s\u2019accrocher à l\u2019espoir.« Beaucoup de gens ne savent pas quoi faire et deviennent cyniques.Mais on a tort de dire que c\u2019est complètement hors de notre contrôle.Qu\u2019est-ce que les individus font concrètement pour contribuer à la transformation écologique ?Là est la question.» Plusieurs jeunes rencontrés à la manifestation, et puis sur les réseaux sociaux, ont évoqué des changements de comportements tels que le véganisme et le recyclage.Mamy Diouma Sow, pour sa part, s\u2019est tournée vers le vélo et le skate au lieu de demander des lifts à ses parents.Léo Palardy s\u2019implique dans un jardin collectif et essaye de manger moins de viande.Isabelle Béliveau, 26 ans, a canalisé son écoanxiété en fondant une entreprise sociale, Éco Motion.Son équipe multidisciplinaire fait des ateliers avec des groupes de jeunes afin de leur donner des outils pour canaliser leur angoisse climatique.« Penser à toutes les personnes avec leurs forces différentes qui travaillent sur ce problème gigantesque me donne de l\u2019espoir », observe la Sherbrookoise.Olivier Côté, 33 ans, est membre de Greenpeace depuis une quinzaine d\u2019années et travaille dans l\u2019industrie de la voiture électrique.Les membres de sa famille « roulent pratiquement tous en voitures électriques » et réduisent leur consommation de viande.Cependant, il a des doutes par rapport à l\u2019impact véritable de ces actions.« Je fais ce que je peux avec ma petite personne, mais on paie tous des impôts qui financent des pipelines », se désole-t-il.Oui, les actions individuelles ont un impact, mais il faut à tout prix que les dirigeants soient imputables de leurs décisions.» Le climat et la pandémie : deux côtés de la même médaille Passer à l\u2019action Mamy Diouma Sow, 15 ans, est passionnée d\u2019environnement.Elle agit personnellement pour réduire son impact sur le climat \u2014 par exemple, en se déplaçant en vélo plutôt qu'en voiture \u2014 mais aussi en prenant la parole en public pour faire valoir l\u2019avis des jeunes auprès des décideurs.Selon une étude publiée en septembre dernier dans le journal médical britannique The Lancet, quatre jeunes sur dix remettent en question leur désir d\u2019avoir des enfants en raison de la crise climatique.Olivier Côté en fait partie : « Je me dis que si on continue dans ce beat-là, mes petits-enfants pourraient ne pas avoir de futur.Dans 60 ans, si on n\u2019a pas changé de cap, il sera trop tard.» Même son de cloche chez Daphné Lemelin, 35 ans, journaliste pour l\u2019Agence France-Presse.Elle travaille à Jérusalem où elle ressent quotidiennement les effets du réchauffement.« Il a toujours fait chaud ici, mais maintenant, c\u2019est coup de chaleur sur coup de chaleur », affirme-t-elle.Quand elle est tombée enceinte, il y a trois ans, elle a eu une crise d\u2019angoisse climatique : « Je me suis demandée si je voulais mettre au monde un enfant pour lui léguer un monde au bord du sinistre.» Elle a trouvé sa réponse dans un roman de science-fiction.« Je lisais un livre d\u2019Isaac Asimov qui disait que dans une société parfaite, on n\u2019a pas d\u2019enfants.Si on a des enfants, c\u2019est qu\u2019on a quelque chose d\u2019 inachevé et qu\u2019on veut améliorer les choses.Je me suis dit, si je n\u2019avais pas d\u2019enfant en raison de cette situation, ce serait ma façon d\u2019abandonner.» Son fils est maintenant âgé d\u2019un an et demi.« J\u2019ai décidé d\u2019espérer qu\u2019on sera capable de changer assez pour que mon enfant grandisse dans une société saine, verte et belle.J\u2019ai décidé de m\u2019accrocher à ce tout petit fragment d\u2019espoir.» Avoir des enfants ou pas ?R U B Y P R A T K A R U B Y P R A T K A Mathis Huissoud (2e à gauche) et Léo Palardy (au centre) ont participé à la manifestation du 6 novembre avec des camarades du comité environnemental du cégep du Vieux-Montréal.27 itineraire.ca 1er décembre 2021 Voyages extérieurs et intérieurs Dans la vingtaine et la trentaine, j\u2019ai beaucoup voyagé.C\u2019était comme une fuite de la réalité.J\u2019ai un malaise existentiel depuis l\u2019âge de 22 ou 23 ans à cause de la maladie, mais je vais garder cela pour mon psychothérapeute.Les premiers temps, je voyageais dans les grandes villes : Québec, Montréal, Toronto, Ottawa, Thunder Bay, Regina, Winnipeg, Calgary, Vancouver.Parmi ces villes, il y en a trois qui m\u2019ont semblé plus ouvertes : Montréal, Calgary et Vancouver.J\u2019ai trouvé que Vancouver avait plus de protection pour la communauté gaie que les autres villes parce que c\u2019est plutôt anglophone.J\u2019ai déjà eu un voyageur qui m\u2019a pris sur le pouce de Vancouver à Regina.Le trajet avait pris trois, quatre jours.On avait flirté, puis on s'était fait du bien.Je me souviens de lui comme si c\u2019était hier, un bel Américain de Chicago, la grande ville du nord des États-Unis.C\u2019est à Vancouver que je suis restée le plus longtemps à cause du temps.Il pleut beaucoup l\u2019hiver, il neige un peu en janvier, mais rien comparé à Montréal.J\u2019ai connu quelqu\u2019un de mon village là-bas.Il n\u2019était pas gai, mais ouvert à ça.Il m\u2019a souvent aidé pour manger car dans les années 80-90, il n\u2019y avait pas beaucoup de missions où aller manger.Cette période de voyage a duré environ 12 ans.J\u2019aurais préféré rester plus longtemps à Vancouver, mais ça n\u2019a pas été possible.Je remercie tout le monde qui m\u2019ont aidé depuis ces dernières années, financièrement, avec de la bouffe et du soutien moral.Bâton de vieillesse Ça fait maintenant presque trois ans que je travaille à L\u2019Itinéraire.J\u2019y fais l\u2019entretien ménager et je lave la vaisselle.J\u2019aimerais vous dire que j\u2019ai 59 ans et que depuis l\u2019âge de cinq ans je n\u2019ai jamais déménagé.J\u2019ai été, si on peut dire, un bâton de vieillesse.Eh oui, mon père est décédé en 2017, ma mère en 2006.J\u2019ai toujours été là pour eux, mais il faut dire qu\u2019eux ont surtout été là pour moi.J\u2019ai trouvé cela bien difficile à vivre lorsque mon père est décédé.Si je vous disais qu\u2019avant son décès, je n\u2019avais jamais payé une facture ; câble, hydro.Je tiens maintenant un budget.Mon emploi à L\u2019Itinéraire est mon premier et je suis extrêmement heureux d\u2019y travailler.Par contre, ce que j\u2019ai trouvé difficile est que peu de temps après avoir commencé, la pandémie est arrivée et L\u2019Itinéraire a dû fermer les portes du Café pendant trois mois.Durant ce temps, tout ce qui me restait c\u2019était d\u2019aller prendre des marches.Les journées étaient bien longues.Le plus étrange c\u2019est que tout mon entourage également était en arrêt de travail.Voilà qu\u2019en juin 2020, les activités reprennent ! Je me lève le matin à 7 h 30 et je suis content d\u2019aller faire mon travail.Les gens sont vraiment sympathiques et patients avec moi.Je les apprécie énormément.Fière de moi Je me présente, je m\u2019appelle Diane, j\u2019ai 66 ans, je me suis prise en main, je ne vis plus dans la rue et je suis fière de moi.Je cherche un logement avec mon fils, mais ce n\u2019est pas facile.En attendant, je reste chez sa blonde.Je la remercie beaucoup car sans elle, je serais dans la rue, puis je ne veux pas revivre cela.Mon fils travaille dans un restaurant depuis plus de trois ans.Je suis très fière de lui.Ça fait cinq ans qu\u2019il est avec sa blonde.J\u2019ai deux beaux petits-enfants qui s\u2019appellent Loïc et Anaïs.Ce sont les deux petits amours de ma vie que j\u2019adore tellement.Ils ont changé ma vie.Je viens à L\u2019Itinéraire pour me changer les idées et voir du monde.Cet été, j\u2019ai eu la chance de participer au beau projet Plácido-Mo avec le théâtre Espace Libre.J\u2019ai adoré l\u2019expérience.Si c\u2019était à refaire, je serais prête à recommencer.J\u2019ai rencontré des gens formidables avec qui j\u2019ai fait le projet : les camelots Mario et Nico et le metteur en scène Ricard Soler Mallol.Je voudrais vous parler de mes passe- temps.J\u2019aime bien faire des mandalas, j\u2019aime marcher et j\u2019aime beaucoup les animaux.D\u2019ailleurs, j\u2019ai une petite chienne qui s\u2019appelle Charlotte.Là, présentement, elle est chez ma nièce car la blonde de mon fils ne pouvait pas la garder.Je vais la voir toutes les fins de semaine parce qu\u2019elle s\u2019ennuie.J\u2019aime aussi beaucoup faire la cuisine.J\u2019ai l\u2019intention de passer de très belles Fêtes, entourée de gens que j\u2019aime beaucoup, et peut-être dans mon logement, sait-on jamais.DIANE GARIEPY CAMELOT MÉTRO PLACE SAINT-HENRI JACQUES BIBAUD PRÉPOSÉ À LA CUISINE JEAN-JEANNETTE DEVOST CAMELOT MÉTRO MONT-ROYAL 29 itineraire.ca 1er décembre 2021 Le 18 et 19 novembre derniers se tenait par Zoom le Forum prévention itinérance jeunesse « Marche un boutte dans mes bottes » de la Coalition Jeunes+.Cet événement national québécois s\u2019est avéré être un grand succès, avec plus de 150 participant.e.s dont plus de 50 jeunes qui nous ont donné de belles leçons pour mieux respecter leurs droits les plus fondamentaux afin d\u2019éviter l\u2019itinérance.D\u2019abord prévu en mai 2020, à l'Université du Québec à Trois- Rivières, l\u2019événement initial a été annulé compte tenu des circonstances que l\u2019on connaît.Transformer ce forum en mode virtuel, en incluant le plus possible de jeunes avec un savoir expérientiel, a été notre plus grand défi.Comment combattre la fracture numérique avec des jeunes qui n\u2019ont pour la plupart qu\u2019un téléphone et une mauvaise (ou pas du tout) connexion internet ?Les partenaires jeunesse ont accepté de relever ce défi en créant des espaces de rassemblement en personnes pour les jeunes, afin que leurs voix puissent être entendues.Et elles le furent ! Avec la participation de plus de 50 jeunes dans plusieurs régions du Québec, qui ont pu s\u2019exprimer librement pendant le forum et les ateliers, sans oublier la « Salle Chill » virtuelle, imaginée par le comité de Jeunes+, qui leur était réservée et qui a été un lieu d\u2019échange et de discussion fort apprécié ! Tout au long de l\u2019événement, les jeunes ont su ébranler l\u2019auditoire par leurs idées, leurs solutions, leurs réalités et témoignages.De quoi nous confirmer l'importance de mettre ces derniers « en avant », de les écouter avant de parler à leur place, tout en constatant leur souhait d\u2019être inclus pour construire un monde meilleur où les droits des jeunes seront respectés.Les participants à deux ateliers ont offert un nombre incalculable de recommandations et d\u2019actions concrètes pour mieux prévenir l\u2019itinérance jeunesse au Québec.Nous les remercions pour leur immense générosité et leur investissement dans ce processus d\u2019intelligence collective.Deux tables rondes, animées par Annie Fontaine, professeure, travail social et criminologie, Université Laval, ont eu lieu : La première, en compagnie de Mélodie Cordeau et Yami Morin du comité de Jeunes+, Martin Goyette, cotitulaire de la CRJ et directeur de EDJeP, professeur ENAP, Sue-Ann MacDonald, professeure agrégée à l'École de travail social, Université de Montréal et membre du CREMIS, Steve Richard, directeur de R.A.P.Jeunesse à Québec et Jayne Malenfant, professeure, Université de Concordia, a permis de situer les participants sur la prévention de l\u2019itinérance, avant que les jeunes soient projetés en situation de précarité résidentielle, ce qui ne devrait pas être toléré dans une société riche comme la nôtre.Lors de la deuxième table ronde, la parole a été donnée uniquement aux jeunes du comité de Jeunes+ et aux autres jeunes présents.Ils ont été invités à s\u2019adresser aux dix porte-paroles de partis de l'opposition qui sont venu.es expressément pour les écouter.« Si la jeunesse c\u2019est l'avenir, donnons un avenir à la jeunesse », a souligné Mélodie, répétant ce qu\u2019elle dit dans la vidéo « Legault, faut se donner le go » (disponible sur YouTube) qui a été présentée en ouverture du forum.Encore une fois, les jeunes nous ont coupé le souffle par les vérités qu\u2019ils nous ont offertes.À la suite de la présentation de notre déclaration commune qui a été travaillée la veille avec les participant.e.s, Manon Massé et Martin Ouellet ont pris l\u2019engagement de la présenter à l'Assemblée nationale.Pour clore ce forum en beauté et en guise de cadeau pour les jeunes, les membres du groupe québécois Taktika sont venus prendre la parole par un touchant témoignage et un beau message d\u2019espoir.Samuel Poulin, adjoint parlementaire du premier ministre (volet jeunesse), nous a offert une allocution avec peu de promesses d\u2019engagements, tout en soulignant les sommes importantes allouées en itinérance et dans leur plan de lutte à la pauvreté.Nous repartons avec une déclaration commune (qui sera bientôt en ligne pour que tous et toutes puissent y adhérer), des recommandations et pistes d\u2019actions concrètes et la grande fierté d\u2019avoir permis aux jeunes d\u2019exprimer leurs idées et préoccupations.Nous repartons avec la conviction et l\u2019engagement de tout faire pour prévenir l\u2019itinérance jeunesse.La Coalition Jeunes+ s\u2019engage à porter tout ce beau travail accompli dans les années à venir.1er décembre 2021 Chronique payée Les propos exprimés dans cette chronique n'engagent que les auteurs.par Caroline Dufour, coordonnatrice de la Coalition Jeunes+ « Marche un boutte dans mes bottes » Un forum percutant ! Au hasard d\u2019une promenade dans mon quartier de l\u2019est de Rosemont, je suis arrivé, sans chercher, devant une petite place sans nom.Un parc de rue d\u2019une cinquantaine de mètres à peine, où je vois un socle porteur d\u2019une plaque aménagée par la Ville de Montréal.Je m\u2019approche pour y lire l\u2019inscription : « En 1950, la Ville de Montréal soulignait le rôle important des Montréalais dans l\u2019établissement de la colonie française de la Louisiane [.] ».Intrigué, j\u2019ai fait une petite recherche sur internet pour découvrir qu\u2019outre cette plaque, la Ville de Montréal a donné à trois rues qui ceinturent ce petit espace vert, des noms en lien avec la Louisiane à l\u2019époque où elle était française : de Biloxi, de Tonty et De Mobile.Ces rues, on les retrouve entre le boulevard Pie IX et la rue Viau d\u2019ouest en est et entre Bellechasse au nord et Rosemont au sud.Du même coup, j\u2019ai compris d\u2019où venait l\u2019appellation du Parc de la Louisiane du quadrilatère Beaubien, Bellechasse et les 31e et 34e avenues.Mais pourquoi cet intérêt pour la Louisiane ?Toujours à mes recherches, je tombe sur un article signé en 1948 par Mgr Olivier Maurault, président de la société historique de Montréal : Montréal et Louisiane, publié par Revue d\u2019Histoire de l\u2019Amérique française.Il relate la contribution montréalaise au développement de la Louisiane, avant que le premier consul Bonaparte la cède en 1803 aux américains pour une bouchée de pain.Qu\u2019on en juge.Ce territoire a été exploré par Cavalier de la Salle, premier étranger (venu de la Nouvelle- France) à en fouler le sol.Il explore également le bassin du Mississippi jusqu\u2019à son embouchure et donne en 1682 à cet immense territoire le nom de Louisiane en l\u2019honneur du roi de France Louis XIV.Par la suite, Pierre Le Moyne d\u2019Iberville \u2014 oui, oui, celui de la rue et du métro \u2014 fonde une colonie en territoire autochtone Biloxi en 1699.Quant à Mobile, elle sera fondée à partir de 1702 par les deux frères De Bienville et Le Moyne qui feront d\u2019elle la première capitale de la Louisiane.Carte de la Nouvelle-France vers 1754-1755.Expédition de Robert Cavelier de La Salle à la Louisiane en 1684, peint en 1844 par Théodore Gudin.Je découvrais alors toute une portion d\u2019histoire très peu connue.J\u2019ai appris que nombre de Montréalais ont occupé les colonies louisianaises, accompagnés de Français, d\u2019Acadiens, et d\u2019autres Québécois.Le rôle de ces Canadiens fut suffisamment important pour que de Bienville déclare : « sans les Canadiens, il n\u2019y aurait rien à faire de la Louisiane en ce temps-là » ; des propos à replacer dans le contexte du temps, bien sûr.La Louisiane exerçait alors une attirance très forte chez les Canadiens qui ont subi l\u2019attrait de ce pays de soleil et d\u2019eau et y découvraient une faune et une flore inconnues.Passée dans le giron de l\u2019Espagne en 1763, la Nouvelle- Orléans est deux fois la proie d\u2019incendies à la fin du 18e siècle.La reconstruction d\u2019une partie de la vieille ville lui donnera son allure franco-espagnole actuelle.Redevenue française en 1800, elle est vendue trois ans plus tard, en même temps que toute la Louisiane.Il y a donc beaucoup à apprendre de ce volet de notre histoire, d\u2019une époque où la France aurait pratiquement pu prendre le contrôle de tout le continent américain\u2026 et qui sait, ce serait peut-être nous qui laisserions « les bons temps rouler ».Si elle devient la capitale de la Louisiane en 1722 et un port florissant, la Nouvelle-Orléans peine à attirer des habitants, en raison des épidémies et des accrochages avec les populations autochtones.Près de la moitié des habitants de la Louisiane sont des esclaves noirs travaillant dans les plantations.Peu à peu, une population plus cosmopolite s\u2019y installe : Français, Acadiens, Créoles, Noirs.avant d\u2019être complétée par une immigration venue des Caraïbes.La Louisiane a tardé à prendre de l\u2019essor, et son développement doit beaucoup à la Compagnie du Mississippi de John Law.Le gouverneur de la colonie, Jean Baptiste Le Moyne de Bienville, obtient d\u2019elle la création d\u2019un comptoir commercial à l\u2019embouchure du fleuve en 1717.Un an plus tard, la Nouvelle- Orléans sort de terre.Le choix du site par Bienville relève de la stratégie économique : contrôler le trafic du Mississippi, irriguant un vaste bassin qui s\u2019étend sur une large partie de l\u2019Amérique du Nord.Camelot Rachelle-Béry Fleury / Péloquin et SAQ Lajeunesse / Jarry par Roger Perreault Jean-Baptiste Lemoyne de Bienville.K A R I N E B É N É Z E T Vue de la Nouvelle-Orléans en 1803.Le quartier français de la Nouvelle-Orléans.31 itineraire.ca 1er décembre 2021 Blanche Neige et Fifi Petite, c\u2019est mon frère qui me racontait des histoires.Ça n\u2019arrivait pas souvent.Mais j\u2019aimais celles de Fifi Brindacier parce qu\u2019elle était marginale, comique et débrouillarde et de Blanche Neige parce que dans son monde, il y avait une belle entraide avec les sept nains.Grâce à eux, elle n\u2019était pas seule ni abandonnée.FRANCE LAPOINTE CAMELOT SAQ MONT-ROYAL / PAPINEAU Histoire de pénis Quand j\u2019étais petit, la propriétaire de l\u2019immeuble où l\u2019on vivait avec ma mère me gardait parfois.Elle me racontait qu\u2019au bout de la rue, il y avait une vieille dame qui attrapait les petits garçons, les amenait chez elle et leur coupait le pénis.Depuis, c\u2019est la première chose que je vérifie chaque matin (rire).CLAUDE LYRETTE CAMELOT MÉTRO SHERBROOKE Le petit Chaperon rouge Je ne connais pas de conte en particulier, mais j\u2019aime ça quand même.Ma mère me lisait des histoires chaque soir avant de dormir.J\u2019ai souvent entendu l\u2019histoire du Petit Chaperon rouge, avec le loup.On me la lisait, enfant.J\u2019aimais ce personnage, le Chaperon rouge, plein de pureté, sans malice.ROBERT PATENAUDE CAMELOT PROVIGO LAURENDEAU / DE BIENCOURT À travers ma fille C\u2019était rare que mes parents me racontent des histoires le soir.Je ne sais pas pourquoi.Sûrement qu\u2019ils ne connaissaient pas ça.Mais ma fille, elle avait des livres d\u2019histoires avec des cassettes.Je m\u2019en souviens.C\u2019était Raconte-moi une histoire, il y avait aussi Petit Castor.C\u2019est un peu par là que j\u2019ai découvert les histoires pour enfants.RONALD CINQ-MARS CAMELOT PHARMAPRIX ONTARIO /CHAMPLAIN L'imagination de Fred Pellerin Moi, ce sont les histoires de Fred Pellerin, quand il parle de son village, que j\u2019adore.J\u2019aime son imagination, sa manière de déformer les gens comme le pelleteux du village, qui veut des pelles pour la neige molle, d'autres pour quand elle est trempe, d\u2019autres pour quand elle est dure\u2026 Je l\u2019adore, il est vraiment captivant, puis il y a toujours une part de vérité et d\u2019intrigue.JEAN-PAUL LEBEL CAMELOT SAINT-DENIS ET EMERY Hansel et Gretel Quand j\u2019étais jeune, je fuguais beaucoup.J\u2019ai toujours été à la recherche d\u2019une maison de bonbons dans les bois, mais je ne l\u2019ai jamais trouvée (rire).C\u2019est ma tante qui me lisait Hansel et Gretel.Ça m\u2019est resté dans la tête.Et j\u2019ai toujours vu les bois comme un endroit enchanté.LYNN CHAMPAGNE CAMELOT PJC PROMENADE ONTARIO ET MÉTRO PLACE DES ARTS Il en avait des histoires mon grand-père À l\u2019époque on parlait du diable\u2026 C\u2019est deux gars saouls qui s\u2019parlent : « Moi, je te parie que t\u2019as pas le courage de te rendre à l\u2019église, à minuit le soir, de prendre un clou et de l\u2019planter dans l\u2019autel\u2026 » Ils s\u2019quittent là-dessus.Le gars a la chienne, mais\u2026 y s\u2019en va l\u2019faire quand même.Minuit sonne.Il est bien préparé.Il entre dans l\u2019église, pis là, y fait noir comme chez l\u2019diable.Ça craque de partout.L\u2019gars a peur.Y plante le clou, pis là, y\u2019essaye de s\u2019en aller, mais y arrive pas.Y\u2019a quelq\u2019chose qui l\u2019retient.« C\u2019est le diable, c\u2019est l\u2019diable ! », qu\u2019y s\u2019dit.L\u2019gars, y meurt de peur\u2026 d\u2019une crise cardiaque en fait\u2026 le manteau pogné sur l\u2019autel, planté par le clou.C\u2019était un fameux conteur, mon grand-père.Ces vieux contes-là je les adore.CÉLINE MARCHAND CAMELOT POIVRE ET SEL PROMENADE MASSON Les histoires de votre enfance 33 itineraire.ca 32 itineraire.ca 1er décembre 2021 1er décembre 2021 \u2026Il y a de ça bien longtemps, vivait un jeune homme curieux, artiste en désir bien plus qu'en devenir, à la recherche de sacré, de poésie et de mystère.Dans la grande maison de ferme où il vivait avec ses parents, il cultivait le rêve fou de remonter le temps, ne serait-ce que pour avoir le pouvoir de reculer l'Échéance, cette maudite mort dont il ne comprenait rien à rien, dans ces années 70 où on ne célébrait que la jeunesse et la vie sans fin, droit devant et pour toujours.Il s'est mis alors à aller voir les vieux dans son coin de campagne (à cette époque, il y avait encore des vieux qui s'appelaient des vieux) ; des vieux fiers, riches de savoirs et de complaintes, de légendes et d'histoires, transmises du fond des âges.Dans son rêve fou, il s'est mis à croire que ces gens-là, gardiens des trésors du temps, ne pouvaient en quelque part qu'être éternels eux-mêmes.Il les a visités, enregistrés, revisités\u2026 et perdus un à un.Alors ce jeune homme s'est mis à livrer lui-même à sa manière ce qu'on lui avait donné : contes et complaintes ; véritables poésies populaires sans âge.Aujourd'hui, grâce au travail de beaucoup d'amoureux du patrimoine, ces trésors subsistent et mènent à travers notre mémoire collective un combat acharné contre la fin des fins.La bonne nouvelle c'est que bien des années plus tard, cet ancien jeune homme est en train tranquillement, sûrement, de devenir un vieux, fier et gardien d'un folklore différent, peuplé des esprits de tous ceux et celles qui ont passé le relais.Un monde qui ne peut pas mourir\u2026 - Michel Faubert Journaliste responsable de la formation Par Karine Bénézet C'EST POUR VOUS DIRE QU'UNE FOIS\u2026 Michel Faubert LE PETIT RUSSE itineraire.ca 35 1er décembre 2021 Assis à la terrasse du café Le Club, coin Roy et Saint- Denis, Michel Faubert hoche la tête.Oui, les contes, les légendes et les complaintes forment des mondes mystérieux.Des histoires dans l\u2019Histoire.Par un dernier passage sur la scène montréalaise de la Cinquième Salle le 3 décembre prochain, le passeur de mémoire honorera l'art de la parole dans Le chant du silence.Ce spectacle qui tourne depuis 2019, dont la dernière représentation a été retardée par la pandémie, s\u2019est révélé l\u2019excuse parfaite de se trouver en tête à tête avec celui qui transmet le patrimoine ancestral du folklore parlé et chanté depuis plus de 40 ans.Un art de la parole « Quand j\u2019étais petit garçon, un conte, c\u2019était une histoire d\u2019auteurs inconnus, qui commençait par \u201cIl était une fois\u201d », explique Michel Faubert.Ce récit, situé dans l\u2019imaginaire, se transmettait de génération en génération.Enfin, à l\u2019origine, car aujourd\u2019hui, « cet art est beaucoup plus vaste.» Il s\u2019est diversifié jusqu\u2019à devenir « un art de dire ».À la frontière du réel, on retrouve la légende.« Si tu ne fais pas tes Pâques pendant sept ans, tu risques de te transformer en animal\u2026 En loup-garou », illustre le conteur pour expliquer ces histoires liées à d\u2019anciennes croyances qui entretiennent le doute de celui qui les écoutent.Et qu\u2019en est-il de la complainte ?Ce genre pour lequel le passeur d\u2019histoires, également rockeur dans l\u2019âme, nourrit une affection particulière depuis ses débuts.« Si l\u2019on parle de récit de paroles, on élimine la complainte qui est une forme de chanson », explique-t-il.Pourtant, c\u2019est à ce répertoire qu\u2019il doit en bonne part sa notoriété : avec ses albums Maudites mémoires en 1992, La récompense, en 2000, son groupe Les charbonniers de l\u2019enfer, entre autres créations et collaborations.Dark À Montréal, fraîchement sorti de sa campagne rigaudienne, Michel Faubert commence à s\u2019imprégner de ce registre chanté, médiéval et grave : « J\u2019allais voir les gens un peu partout pour récolter ces chansons qui parlaient de la mort, parfois de meurtre.» En parallèle de ce travail de moine bien connu, le jeune Faubert évoluait dans un monde rock, un peu « obscur », décrit-il.Dark même, pourrait-on dire ?Il acquiesce.Les sombres émotions de ces chansons « dramatiques », sans être « larmoyantes » résonnaient chez lui.Encore aujourd\u2019hui ; parce qu\u2019elles sont comme « des tableaux qui nous permettent de visualiser et de nommer des choses dont on ne parle pas dans la vie » et qu\u2019« il y a de la beauté là-dedans ».C\u2019était dans les années 90.Déjà, les Québécois étaient réputés préférer le plaisir à la tristesse, la conciliation à l\u2019affrontement.Michel Faubert, lui, aimait les complaintes, des groupes comme Bauhaus et fréquentait les Foufounes électriques (bar-spectacle alors bien différent de ce qu\u2019il est aujourd\u2019hui).En ce temps-là, arriver avec un répertoire aussi dark que ces chants bordés de punk-rock, aurait eu raison de l\u2019artiste si elles n\u2019avaient pas été « pigées » dans la mémoire reconnue et applaudie du patrimoine vivant.« Si j\u2019avais écrit tout ça moi-même, j\u2019aurais été barré, je serais resté underground et je n\u2019aurai pas eu la notoriété que j\u2019ai.» Les histoires dans l\u2019Histoire À partir des années 70, les vieux contes et légendes retrouvent leurs voix, malgré des habitudes de consommation de masse déjà bien installées, qui uniformise la culture, et le petit écran des chaumières qui, selon Michel Faubert, a « eu une incidence certaine sur l\u2019art du conte ».Dans cette conjoncture tout de même favorable, le conteur aurait pu s\u2019inscrire en art et tradition populaire à l\u2019Université Laval après son cégep.Mais c\u2019est finalement en histoire qu\u2019il poursuivra, à l\u2019Université du Québec à Montréal.Heureusement d\u2019ailleurs, car c\u2019est par cette éphémère aventure de trois semaines, qu\u2019il s\u2019apercevra rapidement que « Dans le fond, ce qu[il] aimai[t] dans l\u2019Histoire, c\u2019était les histoires ».Il lâche alors ses études et s\u2019immisce dans le milieu traditionnel, d\u2019abord par le violon.« J\u2019ai commencé à jouer dans des groupes de danse avec des calleurs, j\u2019ai fait une tournée en France avec Philippe Bruneau, un accordéoniste légendaire qui m\u2019avait choisi comme violoneux.je ne sais pas pourquoi.» Pour autant, ne lui demandez pas de se présenter sur scène l\u2019archet à la main.« J\u2019ai été violoneux, mais je n\u2019en joue plus », affirme celui qui aimait les jam sessions, mais que l\u2019idée de monter sur les planches stressait inlassablement.À l\u2019inverse de l\u2019apparence décontractée qu\u2019arbore le conteur en représentation, il se décrit comme « quelqu\u2019un qui court, qui est énervé et qui, comme tout le monde, en fait beaucoup trop.» Mais sur scène, l\u2019homme se transforme et devient conteur ou chanteur de complaintes : « une autre personne, comme il dit, remplie de quelque chose plus grand que [lui] et qui [lui] fait du bien ! ».Des paroles teintées de sacré d\u2019un auteur pas religieux pour deux cennes.La morale de cette histoire.« Les contes ont souvent été moralisés.Je pense que ça vient de l\u2019adaptation des contes de certains auteurs, à certaines époques.Ceux de Grimm par exemple.La première version était super dark et gore.La deuxième a été censurée.Selon ce que j\u2019ai connu, les contes ne sont pas vraiment moraux.Ils encourageaient même des choses immorales pour lesquelles les héros étaient récompensés.Le monde avait besoin de ça.Pouvoir toucher à l\u2019 interdit.C\u2019est très libérateur.» -Michel Faubert S Y L V A I N D U M A I S 1er décembre 2021 itineraire.ca 36 Auprès des vieux Chez les Faubert, on aimait beaucoup « la chanson folklorique, la danse, les violoneux, mais il n\u2019y avait pas de conteurs.» Ses histoires qu\u2019il conte, c\u2019est donc auprès des vieux \u2014 « quand il y en avait encore » \u2014 qu\u2019il les a collectées.L\u2019histoire est connue.Tout commence à l\u2019occasion d\u2019un projet d\u2019été de fin de cégep : « Les étudiants étaient invités à aller voir les vieux dans le comté, chez nous, à Vaudreuil-Soulange, en Montérégie, pour recueillir des légendes, des chansons, des complaintes\u2026 On ne savait même pas ce qu\u2019étaient des complaintes dans ce temps-là ».Fasciné, il poursuit l\u2019aventure seul, à Montréal, en Acadie et un peu partout au Québec.D\u2019ailleurs, Michel Faubert était particulièrement attaché aux complaintes acadiennes.« Plus que les Québécois, les Acadiens étaient capables d\u2019exprimer et d\u2019 interpréter des choses tristes dans les veillées, alors que les Québécois étaient plutôt enclins au festif ».Au-delà de ce travail de moine, et de son envie de « faire de l\u2019art d\u2019une façon originale », c\u2019est le regard qu\u2019il pose sur le savoir ancestral et le lien de la transmission qui accompagnera l\u2019artiste tout au long de sa vie : « Les vieux que j\u2019allais voir étaient touchés.Il voyait un jeune qui s\u2019 intéressait à eux-autres, d\u2019autant plus que des fois, leurs propres enfants ne savaient pas ces chansons, ces histoires.Moi j\u2019avais 19 ans, eux en avaient 72 ou 73.Ça m\u2019a fait développer des relations assez particulières avec des personnes âgées.» Le grand partir Le sens de la vie, celui de la mort.Le passeur s\u2019est toujours interrogé là-dessus.« Ce que j\u2019ai compris ou reçu en allant voir ces vieux-là, c\u2019est qu\u2019 ils sont dépositaires d\u2019un répertoire qui date de siècles avant eux.Ils en devenaient immortels en portant en eux quelque chose qui ne pouvait pas mourir.» Ces mêmes personnes sont aujourd\u2019hui décédées, et ont fait traverser à Michel Faubert bon nombre de deuils, les uns après les autres.« J\u2019en ai eu des choses à vivre avec ça », s\u2019exclame-t-il.Malgré tout, la perspective de mourir ne lui fait pas peur.« J\u2019ai réglé ça il y a quelques années, dit-il avec aplomb, quand mon père est mort.Ma mère est morte tragiquement, mais mon père.(long silence).Wow, c\u2019était une belle leçon du grand partir.» Et la relation qu\u2019entretient le conteur avec la grande faucheuse, aussi involontaire soit-elle, a été jusqu\u2019à le pousser à préparer son propre départ.« Il y a quelques années, j\u2019ai cru que j\u2019étais atteint d\u2019une grande maladie et je me suis préparé à partir.Quand j\u2019ai appris que je n\u2019étais pas malade, et ça peut sembler ridicule ce que je vais dire, j\u2019ai presque été déçu, parce que je m\u2019étais tellement préparé.» Le sens des choses À 62 ans, Faubert a fait le point.Son dernier spectacle, Le chant du silence, en est une création.Intimiste, il ferme un chemin introspectif.Le chant du silence, « C\u2019est comme une manière de parler des gens que j\u2019ai connus en parlant de moi et en faisant la tresse de ce qui m\u2019appartient, ce qui appartient aux autres et à l\u2019air du temps, décrit-il.Ça me fait beaucoup de bien.Pour comprendre pourquoi j\u2019ai fait tout ça, à quoi je pourrais avoir servi.Pour donner un sens à la vie ; à la mienne.» On dit du conte qu\u2019il est le reflet d\u2019un imaginaire collectif.Et de l\u2019Histoire, qu\u2019elle nous aide à comprendre le présent.Les récits de conteurs peuvent-ils alors faire écho à nos enjeux de société ?Égalité des chances, précarité sociale, itiné- rance, haine, LGBTQ+\u2026 Comme l\u2019a fait François Lavallée, dans Le fermier et le propriétaire, défendu par Manon Massé de Québec Solidaire au dernier Combat des contes, organisé par le Festival interculturel du conte de Montréal fin octobre.Une histoire très actuelle de propriétaire et d\u2019un fermier, qui pourrait aussi bien être un locataire, pour parler de crise du logement.Si « le conte nous ramène des fois au berceau de l\u2019humanité parce que c\u2019est un des arts les plus vieux », comme le souligne Michel Faubert, il ajoute qu\u2019il a aussi le droit de ne servir à rien : « À trop vouloir l\u2019utiliser, on risque de lui enlever son côté onirique.Seulement, c\u2019est aussi par l\u2019onirisme et le rêve que le conte se transmet.Et on ne maîtrise pas ce à quoi on rêve ».Histoire rêvée « Cette nuit-là, l\u2019vieux Henri s\u2019est levé, y\u2019est sorti d\u2019chez eux pis s\u2019est rendu jusqu\u2019à la mer.Rendu là, au loin sur l\u2019abord de l\u2019horizon dans\u2019baie, y\u2019a vu un grand brasier sur l\u2019eau.Une manière de goélette, les voiles tout en flammes [.] L\u2019vieux Henri qui r\u2019gardait ça, il s\u2019est dit en lui même que ça devait être un signe [.] ».-Extrait de La vision d\u2019Henri, Michel Faubert Le miroir « Un jour, dans une fête familiale, mon père me dit : \u201c J\u2019ai une histoire pour toi \u201d.Une histoire que je raconte souvent aujourd\u2019hui celle du miroir.Je l\u2019écoute et je lui dit: \u201c papa, j\u2019la connais c\u2019t\u2019histoire là, c\u2019t\u2019un vieux conte.J\u2019le connais de la France, y a même des versions chinoises de ça.Où est-ce que t\u2019as appris ça ?\u201d Lui, me répond : \u201c j\u2019ai toujours su ça\u201d.Cette histoire, c\u2019est la seule que j\u2019ai reçue de mon père.» -Michel Faubert Les vieux « Être vieux, c\u2019est être conscient d\u2019avoir des choses qu\u2019on n\u2019avait pas quand on était plus jeune et qu\u2019on peut partager.Mais des vieux, il n\u2019y en a plus.Ceux d\u2019aujourd\u2019hui ont été nourris par la consommation de masse.Les vieux ne veulent plus non plus être vieux, alors ils meurent jeunes.Tristement jeunes.» - Michel Faubert L E P E T I T R U S S E P R E S S L O W N A D I N E B O U L I A N N E itineraire.ca 1er décembre 2021 38 Préposé à la distribution par Yves Grégoire Tout est science.Des confins de l\u2019univers à la nature qui nous entoure, dans la technologie de tous les jours en passant par la vie sur Terre, la science est partout.Pressoirs à vin assyriens vieux de 2 700 ans en Irak Transplantation d\u2019un rein de porc sur un humain Le 25 septembre, à New York, une greffe d\u2019un rein de porc a été réalisée sur un être humain.Le rein avait été génétiquement modifié pour éviter le rejet de l\u2019organe par le corps du patient alors en état de mort cérébrale.La greffe a fonctionné deux jours et demi et a produit de l\u2019urine.Une première mondiale.Selon Olivier Bastien, expert de la greffe et ancien directeur de l'activité de prélèvement et de greffes d'organes à l'Agence de biomédecine, en France, la greffe d\u2019un rein de porc sur un humain représente une avancée majeure pour répondre au besoin de greffe de reins notamment.Surtout, c\u2019est dans le domaine de la modification des gènes du rein greffé qui rendent les greffons indétectables par le système immunitaire que l\u2019avancée est considérable.Rappelons que beaucoup de gens meurent de maladies qui provoquent l\u2019insuffisance rénale en attendant un nouveau rein.Des archéologues italiens et kurdes irakiens ont découvert dans les parois d\u2019un canal d\u2019irrigation irakien des pressoirs à vin vieux de 2 700 ans, datant de l\u2019époque des rois assyriens.Daniele Morandi Bonacossi, codirecteur italien de l\u2019équipe, explique que près du site de Khinnis (un site archéologique assyrien situé dans la région du Kurdistan irakien) les chercheurs ont découvert les restes d\u2019une fabrique à vin de taille industrielle qui remonterait à l\u2019époque de Sennachérib (704-681 av.J.-C.).Ils ont trouvé 14 installations de transformation du raisin en vin.Un autre canal d\u2019irrigation de neuf kilomètres a été trouvé sur le site de Faida, plus au nord, par les archéologues.L\u2019Irak est le berceau des civilisations de Sumer, d\u2019Akkad, de Babylone et d\u2019Assyrie, auxquelles nous devons l\u2019écriture et la création des premières villes.Le pays souffre de pillages depuis longtemps, entre autres depuis l\u2019invasion américaine en 2003 et l\u2019arrivée des djihadistes de l\u2019État islamique (EI) 10 ans plus tard.Ces derniers, selon l\u2019Organisation des Nations unies, se sont livrés à un pillage culturel en détruisant des vestiges de la Mésopotamie antique et en revendant des pièces au marché noir.Les pupilles perçoivent le nombre d\u2019objets Si l\u2019intensité lumineuse est le facteur qui influence le plus la taille des pupilles, il y en d\u2019autres, comme les émotions, mais aussi le nombre d'objets que nous regardons, d\u2019après de récents travaux de scientifiques australiens et italiens.Selon David Burr, neuropsychologue de l\u2019université de Sydney ainsi que ses pairs des universités de Florence et de Pise, les mécanismes qui nous permettent d\u2019évaluer le nombre d\u2019objets sont dans nos pupilles.Selon le Dr Burr, nous évaluons spontanément la forme, la taille, le mouvement, et les couleurs de notre environnement ainsi que le nombre d\u2019objets.Cette dernière capacité, essentielle à la survie et commune à de nombreux animaux, nous permet autant de compter des pommes dans un arbre que le nombre d\u2019ennemis autour de nous.Pour vérifier que le nombre d\u2019objets est perçu par l'œil, les chercheurs ont présenté à 16 participants des images contenant un nombre variables de points, reliés ou non par des traits.Les points reliés semblent moins nombreux, une illusion d\u2019optique connue.La taille de la pupille variait alors selon le nombre perçu et non le nombre réel.Cette découverte scientifique pourrait permettre de détecter très tôt chez les enfants un dysfonctionnement de l\u2019apprentissage des mathématiques appelé dyscalculie.41 itineraire.ca 40 itineraire.ca 1er décembre 2021 1er décembre 2021 Humoriste Pier-Luc Ouellet Les relations avec les pères, ce n\u2019est pas toujours simple.J\u2019ai la chance d\u2019avoir un père qui m\u2019aime et qui sait me le dire.Mais même pour lui, un homme moderne qui a compris qu\u2019il est important de parler de ses sentiments et qui a même payé pour me permettre de consulter une psychologue à une époque où je n\u2019en avais pas les moyens, ça peut être parfois un peu difficile de dire « je t\u2019aime ».Il me le dit, ne vous trompez pas, mais on voit que de sortir ces deux mots de sa bouche (trois si on compte le « t\u2019 » de « te » \u2014 oui, je faisais La Dictée P.G.L.enfant), lui est un peu inconfortable, comme s\u2019il se levait trop vite de son fauteuil.Il s\u2019en vient vieux, vous savez.Mais ce n\u2019est pas de sa faute.Il a été élevé à une époque où les messieurs n\u2019étaient pas supposés parler de leurs sentiments.Ça ne veut pas dire qu\u2019il n\u2019en avait pas, bien au contraire, mais fallait pas les montrer.Ça donnait l\u2019impression d\u2019être faible.Alors le père faisait semblant d\u2019être impassible jusqu\u2019au jour où Papa s\u2019est mis à pleurer de façon incontrôlable devant une défaite du Canadien, et tout le monde dans la maison s\u2019est senti très mal à l\u2019aise de voir ce débordement d\u2019émotions refoulées.Tout ça pour dire que mon père trouve ça pas mal plus facile de me démontrer son amour de façon détournée.Si vous n\u2019avez pas le radar à amour paternel très bien ajusté, je vous ai dressé une liste des démonstrations d\u2019amour maladroites des papas : \u2014 Te ramener des outils du Canadian Tire Qu\u2019importe que je n\u2019aie pas la moindre fibre manuelle, et que je vive dans un tout petit 3 ½, ce qui réduit considérablement les chances que je me serve d\u2019une scie ronde, les papas aiment ramener des outils de leur quincaillerie préférée.Après tout, « ça peut toujours servir ».Papa, tu ferais mieux de les garder pour toi, tes outils.De toute façon, c\u2019est toi que je vais appeler quand je vais avoir besoin de poser des tablettes IKEA.\u2014 Te donner de la nourriture J\u2019ai beau avoir la bédaine qui prend de l\u2019expansion au fur et à mesure que je m\u2019engage dans la trentaine, mon père semble avoir très peur que je ne mange pas à ma faim.Impossible de sortir de chez lui sans qu\u2019il me remplisse un sac de pots de sauce à spaghetti, de barres tendres et de fruits et boissons gazeuses.Et qu\u2019importe qu\u2019il habite à Rimouski et moi à Montréal, et que le temps que j\u2019arrive, tout ça est décongelé.C\u2019est l\u2019intention qui compte.\u2014 S\u2019intéresser à ce que tu fais Tout le monde dans ma famille travaille dans le milieu de la santé d\u2019une façon ou d\u2019une autre ; ma sœur et ma mère sont infirmières et mon père, lui, est préposé aux bénéficiaires.Je suis donc l\u2019étrange membre de la famille qui a décidé de consacrer sa vie à l\u2019écriture.Et mon père est sans doute mon plus grand fan.Une fois, il m\u2019a félicité pour mon article sur ce qui est arrivé aux bands emo de mon adolescence.Il ne connaît aucun de ces groupes, et s\u2019il les connaissait, il détesterait leur musique d\u2019une haine profonde.Mais il a quand même lu mon article avec attention et m\u2019a partagé ses impressions.Si ça c\u2019est pas de l\u2019amour.\u2014 Tenter de partager tes intérêts Mon père sait que je m\u2019intéresse à l\u2019humour.Après tout, il a un bon indice : j\u2019ai étudié à l\u2019École de l\u2019humour.Quand on se parle, il me raconte donc avec enthousiasme ses émissions humoristiques préférées, au premier chef sa préférée d\u2019entre toutes, Madame Lebrun.Bon, pour être franc, Madame Lebrun me donne envie de me crever les yeux.Ce n\u2019est pas que c\u2019est une mauvaise émission en soi, mais c\u2019est une émission conçue pour les gens de l\u2019âge de mon père, et c\u2019est bien correct ainsi.Mais il me raconte chaque épisode, parce qu\u2019il sait que je rêve d\u2019écrire sur un sitcom, et parce que ça nous fait quelque chose en commun.Je n\u2019aime pas vraiment Madame Lebrun, mais j\u2019aime bien entendre mon père me parler de Madame Lebrun.Non, les papas ne sont pas toujours bons pour dire leur amour.Mais ils sont souvent très bons pour le démontrer.Il faut les encourager à dire ce qu\u2019ils ressentent à voix haute, mais on peut aussi reconnaître leur façon bien à eux de communiquer.Et les appeler pour leur dire que nous aussi on les aime, et pour prendre des nouvelles d\u2019eux.Après tout, j\u2019ai manqué les derniers épisodes de Madame Lebrun.Comment les papas disent je t\u2019aime 43 itineraire.ca 1er décembre 2021 SIOU CAMELOT MONT-ROYAL / FULLUM ET MONT-ROYAL / BORDEAUX BD publicité Grille numéro : 64185 2 1 7 1 4 9 6 2 5 9 7 2 3 7 2 5 5 8 6 1 1 3 8 4 5 6 4 2 1 8 3 4 Placez un chiffre de 1 à 9 dans chaque case vide.Chaque ligne, chaque colonne et chaque boîte 3x3 délimitée par un trait plus épais doivent contenir tous les chiffres de 1 à 9.Chaque chiffre apparaît donc une seule fois dans une ligne, dans une colonne et dans une boîte 3x3.Solutions dans le prochain numéro Attenant Rengaine Fonçait Aveuglé Retirée Gêner Qui font varier Amochées Maladie Jeu Pièce d\u2019une voûte Radon Fabriquées Saisons Décora Oui Attrapa Transportes Coulée de lave Langue de l\u2019Inde Or Neptunium Id est Ville de France Ville du Nigéria Instruite Éclaircit Élime Que tu déroules M O O P S U E T E E S E L U I C D E C E L A R I E E I E P N N L O T O N U M T I E L E S T R A N I E S D I A E B T E O C R S T E E R A V U R U D U R O N A S I 9 1 7 5 3 7 3 2 6 8 5 1 9 4 8 5 1 4 2 9 3 6 7 4 6 9 1 7 3 8 5 2 2 4 8 3 5 1 6 7 9 1 7 6 2 9 8 4 3 5 3 9 5 7 4 6 2 8 1 5 8 3 9 1 2 7 4 6 6 2 7 5 3 4 9 1 8 9 1 4 8 6 7 5 2 3 - 15 novembre 2021 Merci pour tout ! Milton Fernandes Cubes Palmier Troupe Accouche Enfermeraient Fente Ers Amputes Trirèmes Tremper Mange Mesure Draine Royale Issue Négation Cantatrice Buffle Ancienne monnaie Pressante Do Champion Obligé Chiffre Contre Conjonction Location horizontalement 1.Diffamerons.2.Inhabituelle.3.Cent.- Fondement.- Socle.4.Nées.- Radiodiffusion.5.Notion.- Savoir-faire.6.Dépôt.- Pâturages.7.Lawrencium.- Couper.- Nuança.8.Général portugais.- Demeurer.9.Nulle chose.- Bordure.- Scandium.10.Évacuasse l'eau.verticalement 1.Taillera.2.Nordirais.3.Couronnée de lauriers.- Sortis.4.Langue occitane.- Id est.- Courroie.5.Mille deux cent cinq.- Traces.6.Attacheras.- Interjection.7.Chaton.- Mit de la nouvelle terre.8.Puis.- Séchées à la fumée.9.Période sexuelle.- Route rurale.- À elle.10.Oublient.11.Apparues.- Transpires.12.Sélénium.- Note.- Armes.Pouvez-vous trouver les sept différences dans cette œuvre de Wassily Kandinsky ?Bonne chance ! RAWPIXEL | DOMAIN PUBLIC détente DONS + CARTES-REPAS TOTAL DE MA CONTRIBUTION : $1 MODE DE PAIEMENT Chèque au nom du Groupe communautaire L\u2019Itinéraire Visa MasterCard Code de vérification de la carte (CVC) : l___l___l___l No de la carte : l___l___l___l___l___l___l___l___l___l___l___l___l___l___l___l___l___l Expiration / (Mois) (Année) Signature du titulaire de la carte Postez votre coupon-réponse au Groupe communautaire L\u2019Itinéraire 2103, rue Sainte-Catherine Est, 3e étage, Montréal (Québec) H2K 2H9 No de charité de l\u2019organisme : 13648 4219 RR0001 JE VEUX M\u2019ABONNER AU MAGAZINE : Je m\u2019abonne pour une période de : 12 mois, 24 numéros (125 $ avec taxes) 6 mois, 12 numéros (65 $ avec taxes) Nom ou No de camelot (s\u2019il y a lieu) : JE FAIS UN DON DE : 40 $ 50 $ 75 $ 100 $ ou $1 JE VEUX ACHETER DES CARTES-REPAS : J\u2019offre cartes-repas à 6 $ chacune = $1 Vous voulez les distribuer vous-même ?Cochez ici : 1 Pour respecter l\u2019écologie et réduire ses frais postaux, L\u2019Itinéraire envoie le reçu d\u2019impôt une seule fois par année, au début de janvier suivant le don.Vous pouvez faire un don directement en ligne sur notre site itineraire.ca IDENTIFICATION Mme M.Nom : Prénom : Adresse : Ville : Code postal : _ _l_ _l_ _ - _ _l_ _l_ _ Courriel : Téléphone : ( ) 514 597-0238, poste 228 \u2022 luc.desjardins@itineraire.ca Pour rejoindre notre service aux donateurs : Savoir recevoir, c\u2019est être responsable Le conseil du pro 1) Garder le contrôle : en tant qu\u2019hôte, on se doit d\u2019être responsable.Il est toujours mieux d\u2019avoir les idées claires en cas d\u2019incident.Ne pas hésiter à demander à quelqu\u2019un de gérer les gens qui ont tendance à abuser de la boisson.Plus il y a de personnes clairvoyantes, plus les choses se dérouleront bien.2) Manger en conséquence : c\u2019est un fait, la vitesse d\u2019absorption de l\u2019alcool dépend de ce qu\u2019on a dans l\u2019estomac.Lors d\u2019une soirée, il est mieux de bien manger si on boit quelques verres.Aussi, les protéines et l\u2019amidon sont les meilleurs alliés pour ralentir les effets de l\u2019alcool.3) Proposer du sans alcool : ne pas perdre de vue que chaque verre nous enivre un peu plus.Pensez à offrir des boissons non alcoolisées ou à faible teneur en alcool.Ce n\u2019est pas une obligation de consommer de l\u2019alcool ! D\u2019ailleurs, certains de vos invités préfèreront sans doute cela.4) Éviter le dernier verre : proposer un verre alors que les invités sont prêts à partir est une mauvaise idée.Le plus sage est de prendre des précautions pour éviter un éventuel accident de la route.Face des invités ivres, il faut avoir le réflexe de savoir qui reprend le volant, leur recommander un taxi ou même leur proposer de les héberger.La nuit sera plus sereine pour tout le monde.Avec les Fêtes qui arrivent, vient aussi le temps des rassemblements et des repas avec les proches.C\u2019est une période d\u2019effervescence où l\u2019on se permet parfois quelques écarts avec l\u2019alcool.On souhaite que nos invités goûtent aux meilleurs vins lors du repas, mais d\u2019abord on sert quelques verres pour accompagner l\u2019apéritif et, pour finir en beauté, des digestifs.En partant d\u2019une bonne intention, il faut se rappeler qu\u2019on expose les convives à un volume d\u2019alcool élevé, et que, mis les uns derrière les autres, tous ces verres représentent un beau mélange ! C\u2019est alors que la célébration peut prendre une tournure indésirable pour tout le monde : ambiance explosive, personne prise d\u2019un malaise ou incident domestique.Les hôtes doivent aussi considérer que certains voudront prendre leur véhicule pour rentrer.C\u2019est pourquoi la modération constitue un argument de taille pour que la soirée ne vire pas au cauchemar.Joyeuses Fêtes et soyez prudents ! C\u2019est votre tour d\u2019organiser le party des Fêtes.Vous et vos amis avez l\u2019habitude de prévoir plus d\u2019alcool que d\u2019habitude.Vous avez envie d\u2019être sur la même longueur d\u2019onde que vos invités : 1) Ce soir, c\u2019est moi qui reçois et je ne vois pas pourquoi je m\u2019amuserais moins que les autres ! 2) Si je bois moins que les autres, je ne serai pas dans la même ambiance.Je demande à un ami de garder un œil sur le groupe pour avoir la possibilité de consommer plus.3) Certains de mes amis ont tendance à abuser de l\u2019alcool.je garde la tête en buvant moins d\u2019alcool et je m\u2019assure que tout le monde se sent bien.Le party des Fêtes se termine dans la joie et la bonne humeur.Certains ont de la route à faire et veulent reprendre leur véhicule.Que faites-vous ?1) Le chemin risque d\u2019être ennuyeux, vous leur proposez un dernier verre, histoire de rendre ce moment plus festif.2) Tous les conducteurs ont l\u2019air fatigué.Un bon café et c\u2019est reparti ! 3) Conscient de ce que l\u2019alcool et la fatigue peuvent engendrer, vous leur demandez s\u2019ils veulent rester à dormir.Vous mettez la barre haute pour faire plaisir à vos convives.La variété d\u2019alcools fait partie de la tradition familiale lors des longs repas.Grand-père aime le whisky, le cousin, la bière locale et maman le vin mousseux.1) Quand on aime, on ne compte pas ! Je mise tout sur les boissons mais le repas sera moins copieux, faute de budget.2) À l\u2019heure du digestif, j\u2019encourage les gens à danser et propose un bon jeu à boire pour que l\u2019ambiance prenne plus vite.3) Je cuisine un repas copieux, avec un équilibre entre l\u2019eau, l\u2019alcool, les boissons sans alcool et la nourriture.La modération a bien meilleur goût.P U B L I C I T É TORRÉFIÉ À MONTRÉAL 514 321-4121 \u2022 1 800 361-4121 CAFEBROSSARD.COM Bien emmitouflé dehors ou confortablement assis chez soi , quand le mercure descend, rien de mieux qu\u2019un bon café pour se réchauffer.M ARCHAND DE B O NHEUR , M ARCHAND DE CHALEUR ?! "]
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