L'action nationale, 1 janvier 2022, Janvier
[" L \u2019 A C T I O N N A T I O N A L E \u2013 v o l u m e C X I I , n u m é r o 1 \u2013 J a n v i e r 2 0 2 2 volume CXII numéro 1 JANVIER 2022 envoi de publication N° de la convention 0040012293 L\u2019Action Janvier 2022 Vol.CXII, no 1 L\u2019Action Le marasme et la confusion 978-2-89070-054-3 En couverture Maggie Napartuk Lunettes de soleil ©Maggie Napartuk, linogravure, 2017 Photo : Institut culturel Avataq / Guy L\u2019Heureux Œuvre présentée dans le cadre de l\u2019exposition Résurgence?:?L\u2019estampe?au?Nunavik?2014-2019 au Musée d\u2019art de Joliette, 2021.Du 2 octobre 2021 au 9 janvier 2022 Musée d\u2019art de Joliette À propos \u2014 L\u2019exposition Résurgence?:?l\u2019estampe?au?Nunavik?2014-2019 regroupe une soixantaine de linogravures réalisées dans le cadre d\u2019ateliers itinérants donnés dans neuf communautés du Nunavik.Maggie Napartuk et Qumaq Mangiuk Iyaituk, deux artistes du Nunavik engagées dans le projet depuis ses débuts, se sont jointes à Lyne Bastien, artiste montréalaise qui a contribué à la relance de l\u2019estampe dans la région, pour assurer le commissariat de l\u2019exposition.Cinquante ans après les premières expériences en gravure à Puvirnituq à la fin des années 1960, un constat s\u2019impose : les artistes inuits demeurent fidèles à eux-mêmes ainsi qu\u2019à leurs valeurs et symboles ancestraux.La majorité des images créées par les artistes contemporains évoquent des traditions et des coutumes inuites témoignant d\u2019un profond désir de garder cette culture vivante.Résurgence fait état d\u2019une pratique actuelle au Nunavik avec une collection d\u2019estampes donnant à voir la réalité inuite dans toute sa richesse et sa diversité.L\u2019exposition est intégrée au circuit des expositions parallèles de la 12e Biennale internationale d\u2019estampe contemporaine de Trois-Rivières.Elle est également le fruit d\u2019un partenariat avec l\u2019Institut culturel Avataq qui prête les linogravures de sa collection pour l\u2019événement du Musée d\u2019art de Joliette.De plus, grâce au soutien d\u2019Avataq, une version réduite de Résurgence sera présentée en 2022 dans différentes communautés du Nunavik et un catalogue sera publié.Cette exposition, présentée par le Musée d\u2019art de Joliette en collaboration avec la Biennale internationale d\u2019estampe contemporaine de Trois-Rivières et l\u2019Institut culturel Avataq, bénéficie du soutien du Conseil des arts et des lettres du Québec et de la Société Makivik.Commissaires : Maggie Napartuk, Qumaq M.Iyaituk et Lyne Bastien Résurgence : L\u2019estampe au Nunavik 2014-2019 82, rue Sherbrooke Ouest Montréal (Québec) H2X 1X3 Téléphone : 514 845-8533 Numéro sans frais : 1 866 845-8533 revue@actionnationale.quebec www.actionnationale.quebec Directeur : Robert Laplante Directeur adjoint : Sylvain Deschênes Comité de rédaction : Mathieu Bock-Côté, sociologue et chroniqueur ; Nicolas Bourdon, professeur de français, cégep Bois-de-Boulogne ; Sylvain Deschênes, rédacteur et infographiste ; Lucia Ferretti, professeure (UQTR) ; Sylvie Ménard, Centre d\u2019histoire des régulations sociales (UQAM) ; Denis Monière, professeur (Université de Montréal) ; Hubert Rioux, Ph. D. ÉNAP-Montréal ; Michel Rioux, journaliste ; Pierre Serré, chercheur.Membres du jury du prix Richard-Arès : Lucille Beaudry (science politique, UQAM) ; Robert Comeau (histoire, UQAM) ; Simon Langlois (sociologie, Université Laval).Membres du jury du prix André-Laurendeau : Jean Chartier, Pierre-Paul Sénéchal ; Lucia Ferretti.Animation du séminaire de lecture : Mathieu Bock-Côté L\u2019Action YF 13 Ré gb Lf 0! s£* cv pk > A av 3 À f KY 2 ARTS VISUELS N LITTERATURE CULTURE ET SOCIETE CREATION LITTERAIRE HISTOIRE ET PATRIMOINE revues culturelles sodep CINEMA, THEATRE ET MUSIQUE québécoises THÉORIES ET ANALYSES SODERAC.CA Sommaire Éditorial Le marasme et la confusion - Robert Laplante 4 Articles Le lièvre québécois L\u2019anthropologue et l\u2019écrivain partagent une raison - André Campeau 11 La poésie aux portes du sentiment national - Rémi Villemure 18 L\u2019école québécoise ne croit plus en elle-même - Étienne-Alexandre Beauregard 27 Michel Nadeau 1946-2021 L\u2019extraordinaire batailleur du OUI aux deux référendums - Jean Chartier 36 L\u2019État social nécessaire à l\u2019indépendance - Jacques Beaumier 43 La guerre du bois - Simon-Pierre Savard-Tremblay 49 Oligopolarchie - Ariel Thibault 58 L\u2019histoire politique du Québec vue à travers la lexicométrie - Denis Monière et Dominique Labbé 68 Le Parti rhinocéros, une certaine ressemblance avec le théâtre de l\u2019absurde - François Morneau 78 Lectures Recensions Rachad Antonius et Normand Baillargeon 94 Identité, « race », liberté d\u2019expression Mathieu Bock-Côté 98 La Révolution racialiste Martin Pâquet et Stéphane Savard 109 Brève histoire de la Révolution tranquille Simon Jodoin 120 Qui vivra par le like périra par le like Livres reçus 4 Éditorial Robert Laplante Le marasme et la confusion Les commentateurs et chroniqueurs autorisés s\u2019en sont donné à cœur joie avec leurs babillages en marge du congrès du Parti québécois.Piaffant d\u2019impatience et d\u2019envie de rédiger sa notice nécrologique, les Michel David, Michel C.Auger et autres Francine Pelletier de la confrérie ont repris le refrain encore plus usé que celui qu\u2019ils reprochent au PQ de tenir.À les lire et les entendre, le parti aurait fait son temps parce qu\u2019il aurait fait la démonstration de son esprit pétrifié par son incapacité à sortir du ressentiment envers les Anglais et par sa manie de toujours mettre la faute sur le Canada dès qu\u2019il s\u2019agit de constater que quelque chose cloche dans la province.Les pauvres, ils sont sans mémoire, leurs devanciers \u2013 et peut-être eux-mêmes en début de carrière \u2013 ânonnaient les mêmes insignifiances dès le lendemain du référendum de 1980.Le but ici n\u2019est pas de revenir sur le congrès du PQ ni de prendre la mesure du déficit de crédibilité qu\u2019il a lui-même creusé avec ses attitudes velléitaires et ses manœuvres louvoyantes.Cela a été fait maintes et maintes fois dans les pages de L\u2019Action nationale et ailleurs.Il faut cependant commencer d\u2019en finir avec la pensée molle et les inepties que le commentariat médiatique, partagé entre l\u2019inculture politique et le conformisme de la profession, impose au débat public.La question québécoise est toujours entière et rien n\u2019a changé des paramètres de base de notre condition de peuple entravé. 5 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2022 Un carcan ne disparaît pas parce qu\u2019on cesse de le regarder.Et encore moins quand les oracles de la bien-pensance nous disent de chercher un autre spectacle.L\u2019industrie du commentaire prend alors le relais des naufrageurs qui, partout dans la politique politicienne, pratiquent la pensée oblique, le déni assumé et le refus de voir les choses en face.C\u2019est parce qu\u2019ils sont tout entier absorbés dans la politique provinciale et la pensée rabougrie qu\u2019elle impose et cultive que les savants observateurs ne cessent de ramener les accusations de culture du ressentiment et de victimisation.Ils ne font écho qu\u2019à la politique des lamentations inhérente à la condition de minoritaire consentant qui, à défaut de lire et comprendre le régime dans lequel le Québec est maintenu, les rend incapables d\u2019en saisir la portée pour éclairer l\u2019actualité et saisir les enjeux.Il faut dire, à leur décharge, que le PQ lui-même \u2013 et particulièrement sous Lucien Bouchard \u2013 s\u2019est enlisé dans cette politique des lamentations et d\u2019éternelles minimisations des pertes qui a fait exploser la conjoncture post-référendaire de 1995.Les souverainistes, qui ont pourtant englouti des ressources gigantesques et gaspillé une énergie folle à construire des argumentaires, ne se sont jamais attelés à faire le procès du régime avec constance et rigueur.Ils ont failli à faire voir en quoi la constitution imposée privait le Québec et son peuple de la liberté de décider par lui-même et pour lui-même.Ils sont restés prisonniers des formes de débat que le partage des compétences impose à l\u2019Assemblée nationale où ils n\u2019ont jamais avec force démontré comment la législation qu\u2019ils construisaient restait en deçà de la construction de notre intérêt national.Ils ont échoué à faire comprendre que les adversaires mentaient et mentent encore délibérément quand ils tentent de banaliser et minimiser les empêchements et les impacts 6 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2022 d\u2019un ordre constitutionnel conçu pour corseter et réduire les pouvoirs de l\u2019Assemblée nationale.Ils ont pratiqué l\u2019autocensure et les conduites d\u2019évitement pour ne pas avoir chaque jour à mettre l\u2019énergie au combat fondamental.La politique provinciale est toujours une politique du reposoir, une politique où l\u2019on cherche du réconfort et du répit à s\u2019activer sur l\u2019accessoire ou à tronquer dans l\u2019analyse les pans du raisonnement qui obligeraient à conclure que « tant que l\u2019indépendance n\u2019est pas faite, elle reste à faire » (Miron).Devoir vivre sous l\u2019empire d\u2019une loi fondamentale qui place notre peuple en laisse n\u2019est pas une affaire d\u2019attitude constructive et de posture sereine devant la vie.C\u2019est une donnée factuelle dure.Un fait qui n\u2019est pas sans graves conséquences.Tous les rapports Québec/Canada, tous les domaines de la vie nationale, tous les aspects des décisions collectives sont soumis à des règles et des politiques qui ne peuvent donner que des solutions bancales.Soit les moyens manquent ou échappent au contrôle, soit les finalités sont neutralisées, annulées ou dévoyées par la majorité canadian en son parlement.Les commentateurs qui sont prompts à dénoncer la médiocrité de la gestion québécoise du système de santé sont plus lents à mesurer les conséquences d\u2019un régime constitutionnel qui fait chanter le Québec à même les impôts versés par les Québécois.La détérioration planifiée des paiements de transfert se traduit inévitablement par le consentement à la résignation à pactiser avec la médiocrité en tout, puisque le budget du Québec dépend essentiellement d\u2019une mécanique financière qu\u2019il ne contrôle pas.Lui reprocher les conséquences de cette résignation c\u2019est passer à côté de l\u2019essentiel.Le régime condamne le Québec et les Québécois à se penser, se projeter et s\u2019administrer avec les moyens que le Canada lui laisse.Et c\u2019est cela le réalisme de ceux et celles qui disent être passés à autre chose. 7 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2022 Certes, la condition provinciale « n\u2019est pas le goulag » comme le serinent les impuissants qui aiment à se cacher derrière les attitudes trop souvent velléitaires de René Lévesque.Ce n\u2019est pas du ressentiment que de reprocher au régime de fonctionner selon les règles de sa normalité.Ce n\u2019est pas du ressentiment que de constater qu\u2019aucune politique linguistique ne peut adéquatement servir le Québec parce que le régime est construit sur l\u2019intention et les moyens de la détruire.Ce n\u2019est pas accuser Ottawa de tous les maux que de constater que le régime lui donne les moyens de niaiser les créateurs et de saboter la politique culturelle.Ce n\u2019est pas en faire un bouc émissaire que de constater que sa politique d\u2019immigration est tout entière dirigée vers la diminution programmée du poids relatif du Québec.Ce n\u2019est pas délirer d\u2019anxiété que de dénoncer son utopie de faire monter les seuils d\u2019admission à plus de cinq cent mille immigrants par an et d\u2019en craindre tous les effets néfastes.Cela n\u2019a rien à voir avec la xénophobie que de dénoncer le multiculturalisme érigé au rang de religion d\u2019État et de vouloir en combattre les politiques alors que le régime lui donne tous les moyens de l\u2019enfoncer dans la gorge des Québécois en laissant entendre qu\u2019ils sont des demeurés indignes de la grandeur canadian.Cela n\u2019est pas de la sensiblerie maladive que de s\u2019indigner quand des villes canadian se liguent pour financer les manœuvres de neutralisation de notre Assemblée nationale.Ce n\u2019est pas non plus une surprise de constater une millième fois que nos choix sont présentés pour contraire aux droits humains quand cela peut servir la carrière des ambassadeurs.Il faut chaque fois répliquer, mais sans illusion : il n\u2019y a rien d\u2019autre à attendre du Canada.Et c\u2019est de la dignité élémentaire que de le réaffirmer.Le Québec est une nation empêchée.C\u2019est cette démonstration constante qui reste à faire et à partager.Et c\u2019est 8 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2022 cette caractéristique de régime que l\u2019écran médiatique et les partis de la soumission refusent de placer au cœur des lectures de l\u2019actualité politique.Il n\u2019est pas un domaine de la vie collective qui ne souffre de fonctionner avec des règles qu\u2019Ottawa peut tordre, contourner ou neutraliser à sa guise en se drapant dans la légitimité d\u2019une constitution illégitime.Ramener et réduire les dénonciations à la psychologie du ressentiment ne tient pas de l\u2019analyse, mais de l\u2019alibi.L\u2019autodétermination, la souveraineté et l\u2019indépendance, cela n\u2019a rien à voir avec des manifestations de mauvaises attitudes.C\u2019est une affaire de combat.C\u2019est cette représentation que les défenseurs du statu quo drapés dans une pseudoneutralité tentent d\u2019étouffer avec des raisonnements lénifiants.Ce sont des agents de légitimation d\u2019un ordre imposé, un lubrifiant dans une mécanique liberticide.Tant que ce procès du régime ne sera pas mené sur tous les fronts et conduit pour faire voir et valoir ce qu\u2019une claire compréhension de notre intérêt national devrait dicter de nos réactions et décisions politiques ; tant que la politique provinciale imposera ses catégories conceptuelles, la confusion des esprits et le marasme politique prévaudront.Pis encore, plus l\u2019indigence intellectuelle minera la culture civique, plus le Québec s\u2019enfoncera dans les idéologies victimaires dans lesquelles seront inversés les arguments des jovialistes qui osent prétendre que le consentement à la minorisation constitue une voie de développement pour la nation.Si l\u2019indépendance est un horizon dépassé, il ne reste plus que la soumission et l\u2019indignité.Pour paraphraser Churchill, se soumettre, au nom du réalisme et du pseudopragmatisme, c\u2019est le plus sûr moyen de se mériter des conditions de soumission plus dures encore et de devoir les subir dans l\u2019indignité croissante.Ottawa en donne chaque jour l\u2019assurance, du piétinement des engage- 9 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2022 ments à l\u2019égard du français aux iniquités de traitement des candidats francophones à l\u2019immigration en passant les politiques d\u2019achats et les contrats publics.Le plus fort du contingent de commentateurs se paie de mots pour mieux pisser de la copie et faire du temps d\u2019antenne à peu de frais et au moindre effort.Radio-Canada mène le bal et paie la tournée.La politique indépendantiste qui nous manque cruellement est une politique de combat.Ottawa peut-il mener une guerre de propagande à bas bruit, jouer de tous les registres de la violence symbolique sans qu\u2019il n\u2019y ait de ligne de conduite politique qu\u2019à tendre l\u2019autre joue ?Les souverainistes se sont trop longtemps perdus dans les gadgets du marketing politique à force de vouloir trouver l\u2019approbation des maîtres et de ceux qui les servent.On veut bien concéder que cela s\u2019accorde mal avec l\u2019air du temps et les poncifs de la rectitude politique, mais la réalité ne disparaît pas parce que la nommer déplaît aux belles âmes qui préfèrent la béatitude démissionnaire au dépassement dans les combats nécessaires.L\u2019indépendance se conquiert.Pouce par pouce.Par l\u2019effort infatigable et la conviction qu\u2019on ne quémande pas sa liberté.Et qu\u2019on ne la trouvera pas dans le babillage des commentateurs s\u2019imaginant être passés à autre chose.Ils sont comme ces ivrognes perdus dans le noir et qui préfèrent aller chercher les clés de leur maison sous les réverbères où les a conduits la consommation des boissons frelatées que leur servent les taverniers de province.u ASSIS L'assurance d\u2019une culture québécoise ASS Jorte et et vivante [13 temas, T7 Rocittd 8 re Le] STR pp ty HISTOIRE PATRIMOINE péri \"Here.de soutenir Noa r= TET OT-de là fe By dt [oi Tri = î lal Ml dd ONALE PET LS canin +! 1800 943-2519 | www.ssjbeq quebec D eRassemblement pourun PAYS SoUverain Québec notre seule patrie = www.rps.quebec LANGUE PATRIMOINE SOUVERAINETÉ FRANÇAISE NATIONAL DU QUESTS Fay fi ga hs de ia Mauricie Saint-Jean-Bapifste y WWW.complément 11 Articles André Campeau* Le lièvre québécois L\u2019anthropologue et l\u2019écrivain partagent une raison Dans les bois, cela discute fort entre lièvres filous et coyotes jongleurs.Serge Bouchard (1947-2021) Qu\u2019est-ce qu\u2019une mythologie ?Souvent, elle est réduite à un panthéon de figures divines ou héroïques.Non pas tant des figures animées que des portraits qui, en quelques caractéristiques, disent de quoi il s\u2019agit.Par exemple : Poséidon, dieu grec de la mer ou Chaahk, dieu maya de la pluie.Évidemment, quand il s\u2019agit de figures mayas, on se les approprie en suggérant que nous savons de quoi il s\u2019agit : nous en faisons des divinités parce que ce concept (dieu) existe dans la civilisation occidentale.Ce qui est moins apparent, ou plutôt ce qui est sous-jacent au panthéon de figures contenues dans une mythologie, a trait à l\u2019ensemble de récits, à la collection de narratifs disant quelque chose à propos d\u2019une société, d\u2019une manière de penser dans cette société et des orientations singulières et sociales induites par différentes modalités éducatives (jeux, rituels, veillées, lectures).Au-delà de figures dessinées hors contexte, la mythologie est une production collective, un ensemble de récits avec variantes.* Anthropologue. 12 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2022 Tout se passe comme si les aventures mythiques prédisposent les singularités individuelles et collectives des gens.Or, si les anthropologues sont préoccupés par l\u2019itinéraire mythique, ils le sont aussi par l\u2019organisation de la société.Encore plus si l\u2019itinéraire et l\u2019organisation sont liés dans une mutation de grande amplitude1.Ceci étant posé, encore faut- il comprendre qu\u2019une mythologie, contrairement à ce qu\u2019on enseigne, n\u2019est pas fixée une fois pour toutes.Certaines institutions religieuses immobilisent leur mythologie dans des textes et des rituels, même si l\u2019imaginaire humain est plus créatif que le voudrait l\u2019orthodoxie de ces institutions.Or, une mythologie se rapporte à une mutation anthropologique.Donc, tant que sa pertinence est avérée en rapport avec la transformation et y fait du sens, elle se maintient.Ensuite, elle vacille.On aura compris que des enchevêtrements relationnels et des incertitudes existentielles sont le propre des grands bouleversements où se jouent les mythes anciens et nouveaux, les institutions qui se défont et celles qui se créent.Longtemps, la mythologie a aussi été l\u2019étude des mythes, une tâche reprise par l\u2019anthropologie.Des anthropologues ont été prompts à saisir que la mutation en cours requérait de nouveaux moyens méthodologiques.Des travaux de Pierre Maranda2 et 1 Pour établir les contours et dynamiques d\u2019une mutation anthropologique, il faut se pencher sur la néolithisation dont les processus ont été marquants pour homo sapiens : sédentarisation, domestication de plantes et d\u2019animaux, invention de grandes religions, élaboration de sociétés paysannes. La mutation contemporaine (en cours) est de la même ampleur et renouvelle complètement la donne pour sapiens.2 Maranda, Pierre et Elli Köngäs Maranda, 1970, « Le crâne et l\u2019utérus, deux théorèmes nord malaitains » 829-861 dans Échanges et communications.Mélanges offerts à Claude Lévi-Strauss, réunis par Jean Pouillon et Pierre Maranda, La Haye, Mouton ; Maranda, Pierre, 1977, « Cartographie sémantique et folklore : Le Diable beau danseur à Rimouski » : 247-270 dans Recherches sociographiques 18/2 ; \u2014(ed.), 2003, The Double Twist, from Ethnography to Morphodynamics, Toronto, University of Toronto Press. 13 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2022 d\u2019Éric Schwimmer3 valent le détour pour aborder ce dont il est question : entrer dans une lecture analytique pour éclairer les récits mythiques, les itinéraires du sujet, les éléments de son organisation sociale et les transformations.Si Maranda et Schwimmer sont des outilleurs du métier d\u2019anthropologue, d\u2019autres abordent la même montagne à partir d\u2019un corpus différent et dans une direction qui leur est propre.Avec Rémi Savard, on croise Pierre Beaucage, Sylvie Vincent, José Mailhot, Serge Bouchard4, auxquels on devrait ajouter Bernard Arcand5.Ils sont en quelque sorte des senseurs d\u2019humanité.Ils lisent les signes et les langages, les récits et les images pour en tirer un sens et le transmettre dans l\u2019espace public québécois.Dans la réédition en mars 2021 d\u2019un livre passé inaperçu, L\u2019œuvre du Grand Lièvre Filou, l\u2019anthropologue Serge Bouchard navigue dans des eaux où plusieurs voient du vide, alors que lui, il trouve des toponymes et des anthroponymes qui s\u2019inscrivent dans des systèmes relationnels.Il passe outre l\u2019oblitération de noms de lieux et d\u2019humains, qui serait le fait de fonctions publiques et d\u2019entreprises privées indifférentes au territoire, aux institutions, aux repères passés et présents.3 Schwimmer Éric, 1970, « Alternance de l\u2019échange restreint et de l\u2019échange généralisé dans le système matrimonial orokaïva » : 5-34 dans L\u2019Homme X-4 ; \u2013, 2004, « Claude-Lévi-Strauss et le lièvre canadien » : 221-226 dans Michel Izard (dir.) Claude Lévi-Strauss, Cahier de L\u2019Herne ; \u2013 2005, « Les mythes, échos et exploration » : 119-130 dans Anthropologie et sociétés 29-2.4 Deux numéros de la revue Recherches amérindiennes du Québec témoignent de leur travail. En 1973, vol. 3/1-2, Signes et langages des Amériques et en 2010, vol. 40/1-2 Rémi Savard, Le sens du récit.5 Arcand, Bernard, 2019, Les Cuivas.Une ethnographie où il sera question de hamacs et de gentillesse, de Namoum, Colombe et Pic, de manguiers, capybaras et de yopo, d\u2019eau sèche et de pêche à l\u2019arc, de meurtres et de pétrole, de l\u2019égalité entre les hommes et les femmes, Montréal, Lux. 14 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2022 Dans une des chroniques6, celle qui donne son titre au livre, il aborde un mythe algonquin, un salon du livre et une situation sociale québécoise.On rapproche rarement au Québec les Amérindiens, les arrivants et les habitants, des catégories de population qui ne veulent pas dire grand-chose quand on croise les personnes et les récits, dans des lieux de rencontre.Bouchard n\u2019élabore pas son propos sur les notions d\u2019altérité ou d\u2019identité : elles ne sont pas son affaire.Son point focal est la relation.Dans ce texte, il est question d\u2019un village de 1000 habitants sur la Lièvre7 (entre le rapide des cèdres et le rapide des Iroquois, entre les Laurentides et l\u2019Outaouais, un village- frontière).Un Salon du livre est organisé par les gens du village : les littératures, orales autant qu\u2019écrites, sont des espaces symboliques de rencontre pour qui y participe.On y croise trois voyageurs au long cours, dont deux femmes, et quelques noms difficiles à prononcer (arabe, algonquin).Une visite au musée du village fait apparaître les bûcherons et les draveurs d\u2019un autre temps, soumis à l\u2019alliance du Capital et de l\u2019État dont le cadastre forestier n\u2019est pas fait pour les travailleurs, mais pour leur exploitation.Bouchard évoque (sans l\u2019écrire) que le grand lièvre voyage longtemps autour de la montagne, pour créer le monde et l\u2019humain.Or, le lièvre du mythe algonquin est double disent les outilleurs, Claude Lévi-Strauss en tête8.Il serait une paire de médiateurs, à la fois ordonnateur de sens et décep- 6 Bouchard, Serge, 2021, L\u2019œuvre du Grand Lièvre Filou, chroniques, Bibliothèque québécoise. Ces textes sont d\u2019abord parus dans Québec Science entre septembre 2009 et juillet 2018.7 Cette rivière, un affluent de l\u2019Outaouais, fait 330 km de long. Son nom vient d\u2019un nom algonquin qui signifie lièvre.8 Lévi-Strauss, Claude, 1983, « Une préfiguration anatomique de la gémellité » : 277-290 dans Le regard éloigné, Paris, Plon 15 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2022 teur.Une anthropologie critique se profile derrière l\u2019écrivain Serge Bouchard : il n\u2019oublie pas que le lièvre est jumelé à l\u2019intérieur, qu\u2019il en porte la marque à l\u2019extérieur.Il montre le plein dans le vide apparent et il déjoue certains pleins pour en montrer le vide.Deux autres chroniques font référence à la Lièvre : « Le petit nord est fatigué » et « La montagne du Diable ».Bouchard voyage sur les chemins de traverses et parcourt les arrière- pays.Il cherche des ressources toponymiques et anthropo- nymiques susceptibles de « replacer l\u2019histoire dans le sens du monde ».Il invite à tout reprendre à neuf, non confiné dans les délimitations administratives ou assujetti aux politiques corporatives, ces fictions modernes dont les ambitions sont pauvres pour les gens.Dans Les images que nous sommes (2013)9, il explore le sens de l\u2019histoire et du mythe.En visionnant 60 années de filmographie québécoise, il trace certaines lignes de force et des vides laissés en plan.Il écrit : « On a toujours le choix de ses histoires et de ses mythes.» Il pose des questions.« Sommes- nous jamais revenus de la tempête qui a tué François Paradis quelque part entre La Tuque et Péribonka10 ?» « Où sont les récits épiques de nos pilotes de brousse et de nos explorateurs ?» Bouchard explore la mutation avec laquelle cette société est aux prises, en disant ce que sa filmographie expose et en esquissant l\u2019ethnographie de ce qui n\u2019a pas été filmé.Dans le paragraphe « En 1962 », il juxtapose des étudiants qui 9 Bouchard, Serge avec la collaboration de Marie-Christine Lévesque, 2013, Les images que nous sommes, 60 ans de cinéma québécois, Montréal, Éditions de l\u2019Homme.10 En référence à Maria Chapdelaine de Louis Hémon. 16 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2022 tournent un film moderne, un sociologue qui dit les horizons fermés du Québec, des pêcheurs cayens qui naviguent entre les orques et prennent le large, des camionneurs qui fendent la tempête et se croisent au truck stop Chez Lise.Il revisite ce sujet-homme en route, ses trajets laborieux, sans perdre de vue son contexte.Au Québec, le cinéma dit que la mutation anthropologique est induite par les femmes : « La femme moderne apparaît très tôt dans notre cinéma » en 1947.Le propos est insistant : « Le Québec est en grande partie une femme, en lutte, toujours en lutte [\u2026] dont la démesure chamboule l\u2019ordre établi du temps ».« Elle prend le parti de la vie » et « prend son courage à deux mains pour affronter l\u2019absurde, l\u2019intolérable ».Il pose que ce sujet-femme ancre la maison et trace « la carte du monde ».Serge Bouchard circule dans les passés et « dans les dédales de l\u2019imaginaire québécois ».Il ne craint pas les archives ; il aime les bibliothèques et les vieux livres.Il écrit à propos du cinéma, comme il aurait pu écrire sur la littérature, à savoir que son génie « consiste en premier lieu à simplement être là, sur le front de la culture collective ».Il dit l\u2019« immense responsabilité historique » de ce cinéma, j\u2019ajoute de cette littérature, en tant que « récit mythique de la marche du monde » vers son humanité.Son anthropologie ne fait pas dans le portrait ou la nature morte : il recherche le jeu sur l\u2019espace et dans le temps.Sa dynamique cognitive excave, dépoussière et fait valoir tout en exposant les fictions (qui ne sont pas celles auxquelles on pense a priori).Pour saisir les relations entre les noms, les choses, les animaux et les humains, il cherche le chemin et regarde ce qui passe.Si une institution émerge, c\u2019est la rencontre dans le bois, au village, au salon, sur une route.Si 17 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2022 une structure apparaît, c\u2019est la connexité entre les mondes distincts dont les humains sont saisis11.Son travail hors-les-murs de l\u2019université consiste à démontrer que, dans les vides, des noms témoignent, des mythes et des histoires disent, des choses parlent\u2026 d\u2019où nous sommes, en transformation avec nous-mêmes.Le « je-ne- sais-quoi » n\u2019est pas de son ressort et il sait que « faire le vide » ne construit rien.Il s\u2019inscrit dans un différend avec « l\u2019émergence du rien12 » qu\u2019il repère dans des lieux inventés par le capital.Puisque les récits constituent le sujet, il en fabrique et en appelle de nouveaux.L\u2019humanité n\u2019est pas un effet du hasard.Le Québec non plus.u 11 Notons qu\u2019il n\u2019envisage ni une mythologie générale, ni une mythologie à prétention universelle.12 Titre d\u2019une chronique de L\u2019Œuvre du Grand Lièvre Filou. 18 Articles Sur le chemin du citoyen errant, l\u2019existence saillante d\u2019un sentiment national se révèle à lui la plupart du temps des suites de la collision inévitable entre l\u2019observation du monde présent et l\u2019apprentissage de l\u2019histoire de la communauté politique dont il fait partie.Au fil des générations, on compte par millions ceux et celles qui sont devenus sensibles à la précarité québécoise après avoir pris conscience du traumatisme de la Conquête.Dans un ordre d\u2019idées semblable, les circonstances entourant l\u2019échec du référendum de 1995 font désormais partie des événements historiques les plus révélateurs du sentiment national chez les jeunes Québécois, y compris ceux qui naviguaient encore à l\u2019époque au milieu des paisibles jardins de l\u2019enfance.Nous pourrions faire défiler les exemples sans jamais nous essouffler.Toujours est-il que la rencontre entre l\u2019apprentissage de l\u2019histoire et la découverte du sentiment national chez le citoyen composent une conjoncture largement documentée.En revanche, moins nombreuses sont les genèses du sentiment national qui proposent la mémoire et son territoire poétique comme celui de sa révélation.Rémi Villemure* La poésie aux portes du sentiment national * Auteur. 19 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2022 Tentons de remédier à la situation en répertoriant cinq des nombreux sentiers que la poésie a su tracer vers ce qui est convenu d\u2019appeler le lieu de ce qui nous dépasse.La figure de l\u2019homme charcuté En avril 1970, Gaston Miron offre aux Québécois le recueil L\u2019homme rapaillé.Celui-ci demeure encore à ce jour l\u2019œuvre québécoise la plus lue dans toute la francophonie.Depuis sa parution, de nombreux commentateurs ont salué le génie avec lequel l\u2019auteur a su manier une langue infirme et l\u2019intrigante façon avec laquelle Miron a pu à la fois jeter des mots contre le mur tout en les prenant dans ses bras.L\u2019homme rapaillé, écrit le poète, est un « raqué de l\u2019histoire1 », est venu au monde et mourra dans un « pays de jointures et de fractures2.» Si les mots de Miron sont à la fois lisibles, sonores de même qu\u2019ils s\u2019accompagnent d\u2019un paysage navrant, qui a au moins le mérite d\u2019être enfin dépeint, ils prennent part à une initiative poétique beaucoup plus vaste, celle-ci ayant recouru à plusieurs autres voix.Dans les années 1940, Alain Grandbois fait paraître trois recueils (Les Îles de la nuit, Le Centre cosmique et Rivages de l\u2019homme).Cet homme a énormément voyagé, mais cela ne l\u2019empêche pas de reconnaître la douleur que le peuple québécois ressent à juste titre : « Les lents martyrisés de cette dure époque me comprendront peut-être3 », écrit-il.1 MIRON, Gaston, « Séquence » dans L\u2019homme rapaillé, Montréal, Éditions de l\u2019Hexagone, 1995, p. 74.2 MIRON, Gaston, « Fragment de la vallée » dans L\u2019homme rapaillé, Montréal, Éditions de l\u2019Hexagone, 1995, p. 161.3 GRANDBOIS, Alain, « La route secrète » dans Rivages de l\u2019homme, Montréal, Éditions de l\u2019Hexagone, 1963, p. 109. 20 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2022 Dans la poésie québécoise, la figure de l\u2019homme écartelé, brisé, déchiqueté et charcuté est récurrente.Elle présente chaque fois la certitude que le Québécois n\u2019est toujours pas entier.Il déambule à moitié, galère à une jambe, se fait devancer chez lui.Il manque quelque chose à cette « race de petits hommes sandwichs4 » que le continent nord-américain dévore, ajoute Michèle Lalonde le soir de la Nuit de la poésie du 27 mars 1970.Dans Résurrection, qui paraît quatre ans plus tard, le dramaturge Marcel Dubé poursuit dans la même veine en soumettant la figure de « l\u2019homme arraché5 » à l\u2019imaginaire.Arraché à qui ?Ou à quoi au juste ?Au lieu de sa naissance et peut-être à celui de son destin.À sa mémoire surtout.Ces mots, qui se sont choisis eux-mêmes, ont de quoi suspendre la promenade tranquille du citoyen errant.La stupidité de notre situation Dans son célèbre essai politique Pourquoi je suis séparatiste ?qui paraît en 1961, Marcel Chaput s\u2019en prend de façon répétitive à ce qu\u2019il appelle « la stupidité de notre situation6.» Comme nous l\u2019avons proposé précédemment, la poésie permet la découverte de nombreux sentiers vers la révélation du sentiment national, de constater d\u2019abord l\u2019ampleur des dégâts sur le corps charcuté du Québécois.4 Michèle Lalonde le soir de la Nuit de la poésie.5 DUBÉ, Marcel, « Résurrection » dans Poèmes de sable, Ottawa, poésie Léméac, 1974, p. 181.6 CHAPUT, Marcel, « Pourquoi je suis séparatiste » dans Les grands textes indépendantistes 1774-1992, Montréal, Éditions TYPO, 2004, p. 430. 21 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2022 La poésie impose également au lecteur un ensemble de diagnostics sévères.Elle incite l\u2019observateur à se faire en quelque sorte violence, le temps au moins qu\u2019il saisisse d\u2019où il vient et où il pourrait être possible de se rendre.Parmi ceux qui ont sans doute le mieux écrit « la stupidité de notre situation » s\u2019illustre Yves Préfontaine, qui nous a quitté en 2019.Dans Pays sans paroles, qui paraît en 1967, il se confesse de la sorte : « J\u2019habite un peuple qui ne s\u2019habite plus7.» Si l\u2019on se rappelle que Préfontaine a consacré un espace important à l\u2019intérieur de son travail poétique à l\u2019écrasante fatalité de l\u2019hiver et au caractère immobilisant de la glace sur le destin québécois, il est à peu près impossible de ne pas voir dans cette ensorcelante formule les échos d\u2019un sentiment national.À la dérive, le poète est perdu chez lui, ne retrouve plus son chemin « au cœur même de ces novembres qui nous viennent en été8 », rajoute Préfontaine dans Débâcle trois ans plus tard.Paul Chamberland, l\u2019un des plus colorés participants à la Nuit de la poésie, développe également un discours semblable à la fin des années 1960.Sans doute pour faire écho à l\u2019élan provoqué par l\u2019arrivée du Parti québécois sur la scène provinciale, l\u2019auteur de L\u2019afficheur hurle justifie sa prise de parole et quelques-uns de ses farfelus accoutrements parce qu\u2019il ne veut pas « vivre à moitié dans ce demi-pays9.» 7 PRÉFONTAINE, Yves, « Peuple inhabité » dans Pays sans parole, Montréal, Éditions de l\u2019Hexagone, 1967, p. 41.8 PRÉFONTAINE, Yves, « Ville en un pays sans visage » dans Débâcle, Montréal, Éditions de l\u2019Hexagone, 1970, p. 18.9 CHAMBERLAND, Paul, « L\u2019afficheur hurle » dans La poésie québécoise \u2013 Des origines à nos jours, Montréal, Éditions TYPO, 2007, p. 413. 22 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2022 Durant cette période \u2013 et les choses n\u2019ont au fond pas vraiment changé \u2013 les poètes prennent pleinement conscience du pouvoir dont bénéficient les Québécois sur leur propre destin.Ce qui rend encore à ce jour notre situation aussi stupide, c\u2019est le fait que nous disposons de l\u2019ensemble des moyens pour y remédier.Dans Testament, qui paraît en 1974, le dramaturge Marcel Dubé présente le Québécois comme « l\u2019enfant de l\u2019impossible route transcanadienne10 ».Pierre Perrault renchérit près de dix ans plus tard en appelant à ce que nous fassions « quelque chose de ce qu\u2019on a fait de nous11 ».Cela peut assurément commencer dès aujourd\u2019hui.Le pays dans les yeux de l\u2019être aimé L\u2019arrivée de la maison d\u2019édition L\u2019Hexagone sur la scène littéraire québécoise au début des années 1950 provoque un véritable émoi à l\u2019intérieur du milieu poétique québécois.Souhaitant en finir avec une poésie un trop en quête d\u2019une bénédiction de la France, les ténors, dont fait partie Gaston Miron, proposent que l\u2019on brasse les cartes et que l\u2019on nomme le pays tout autrement.Intervient alors au milieu de cette effervescence la figure de la femme-pays.Lorsque Gaston Miron écrit que « tu sauras en chemin tout ce que je te donne12 », il s\u2019adresse hors de tout doute à quelqu\u2019un.Est-ce une femme au bout de sa plume ?Le 10 DUBÉ, Marcel, « Testament » dans Poèmes de sable, Ottawa, poésie Léméac, 1974, p. 148.11 PERRAULT, Pierre, Caméramages, Montréal, Éditions de l\u2019Hexagone, 1983, p. 64.12 MIRON, Gaston, « Pour retrouver le monde et l\u2019amour » dans L\u2019homme rapaillé, Montréal, Éditions de l\u2019Hexagone, 1995, p. 35. 23 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2022 citoyen errant, celui qui ignore toujours l\u2019existence du lieu de ce qui nous dépasse, s\u2019arrêtera peut-être à la figure de la femme.Après tout, s\u2019il existe bien une chose que nous ayons tous en commun dans ce monde, c\u2019est cette façon de consentir à notre effondrement heureux devant l\u2019être aimé.S\u2019il poursuit la lecture de L\u2019homme rapaillé, le citoyen errant réalisera un jour ou l\u2019autre qu\u2019il existe un autre royaume qui sache mériter autant de peine que l\u2019être aimé.Avant de le voir apparaître au loin, il lui faudra traverser de dures épreuves, savoir vaincre la peur, et faire preuve de courage.Un jour alors, comme l\u2019annonce Miron, il regardera devant lui et s\u2019écrira : « ouvre-moi tes bras que j\u2019entre au port13 ».C\u2019est le même souffle qui incite Gilbert Langevin, dans Le vent bleu publié en 1989 à écrire sur le ton de la confession : « Mon pays c\u2019est ton visage14.» Quelques années auparavant, Marie Uguay, la précoce, déposait sur papier quelques mots qui lui assureraient, malgré sa mort à 26 ans, une place parmi les plus grandes : « Des contes naissent de son absence15 ».Des contes, des rêves et un espoir avoisinant la conviction.Des vers écrits à l\u2019encre de la mémoire Les poètes et les historiens sont rarement sujets à la comparaison.Dans le cadre de leurs travaux respectifs, ils doivent entretenir un rapport différent avec leur instinct et il est prudent de soutenir qu\u2019ils ne privilégient pas les mêmes 13 MIRON, Gaston, « La marche à l\u2019amour » dans L\u2019homme rapaillé, Montréal, Éditions de l\u2019Hexagone, 1995, p. 57.14 LANGEVIN, Gilbert, « Le vent bleu » dans PoéVie, Montréal, Éditions TYPO, 1997, p. 168.15 UGUAY, Marie, « Poèmes en prose » dans Poèmes, Montréal, Les Éditions du Boréal, 2005, p. 171. 24 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2022 méthodes.En revanche, en interrogeant l\u2019ensemble des participants à la vie intellectuelle, nous trouverons très peu de répondants, hormis les poètes et les historiens, qui disposent une place aussi importante au temps passé.Au final, tandis que les historiens écrivent l\u2019histoire, les poètes, eux, entretiennent notre mémoire.Jacques Brault, dans l\u2019un de ses plus illustres textes intitulé \u2013 à juste titre \u2013 « Mémoire » , écrit en 1965 : « Me voici fils honteux du père humilié.Me voici acquitté de mémoire, noueux dans mes racines, fragile dans mes feuilles16 ».Ce vers comporte encore à ce jour plus de 260 ans de mémoire.S\u2019il fallait nous compromettre à l\u2019exercice de son interprétation, nous serions alors menés à plonger dans ce qui serait convenu d\u2019appeler l\u2019histoire.Le citoyen errant ne peut pas rester insensible longtemps devant de tels cris du cœur, ceux du « fils honteux » et du « père humilié.» Encore faut-il qu\u2019il réalise qu\u2019il est lui aussi « acquitté de mémoire ».Le rapport à la mémoire dans la poésie québécoise est une correspondance pesante.Lorsque Gaston Miron écrit que « nous avons laissé humilier l\u2019intelligence des pères17 », il nous invite à constater que nous avons négligé notre destin.Nous sommes des vaincus, cela n\u2019a jamais fait aucun doute, mais en réalité, nous avons participé à ce qui s\u2019apparente à une mise en scène de notre propre perte.Paul Chamberland profite du même souffle, même s\u2019il le dit autrement, lorsqu\u2019il scande devant la scène de la Nuit de la poésie que « nous avons des siècles d\u2019impatience derrière nous18 ».Les poètes et 16 BRAULT, Jacques, « Mémoire » dans Poèmes, Montréal, Éditions du Noroît, 2000, p. 92.17 MIRON, Gaston, « L\u2019Octobre » dans L\u2019homme rapaillé, Montréal, Éditions de l\u2019Hexagone, 1995, p. 99.18 Paul Chamberland le soir de la Nuit de la poésie. 25 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2022 les historiens ne s\u2019endorment peut-être pas à la même heure, mais ils s\u2019accordent pour le dire : notre défaite ne se résume pas à la victoire des autres.Nous choisissons depuis déjà trop longtemps de ne pas participer à la normalité.Qui de la mémoire ou de l\u2019histoire engendre sa sœur ?Cela pourrait être discuté ailleurs.Toutefois, ce que l\u2019on peut déjà avancer, c\u2019est qu\u2019elles sont au cœur l\u2019une de l\u2019autre.La mémoire, que Miron compare à de vieux meubles qui commencent à lui ressembler à l\u2019intérieur d\u2019une très vieille maison, indique où l\u2019on se trouve dans le monde.En rencontrant la poésie, le citoyen errant réalise \u2013 s\u2019il ne l\u2019a jamais encore fait \u2013 que le sentiment national se confond avec le passé, le présent et l\u2019avenir.La mémoire parsemée de nos humiliations rencontre le présent qui se résume à la stupidité de notre situation.Viendra un jour l\u2019avenir.Le citoyen errant n\u2019aura qu\u2019à le dégager.L\u2019avenir dégagé Fernand Dumont est l\u2019un des intellectuels qui s\u2019est le plus attardé à la question de la mémoire.Dans Raisons communes, il incite les Québécois à orienter la mémoire vers l\u2019avenir en la dépouillant de ce qu\u2019il appelle « la nostalgie du poêle à bois ou de la chaise berçante19 ».En « démêlant la nostalgie de la mémoire20 », nous sommes invités à revisiter notre passé, à reprendre ce jeu \u2013 pourtant très sérieux \u2013 qui consiste à fonder un sentiment national qui ne soit pas seulement l\u2019écho de quelques événements heureux et de leurs bruyantes et retentissantes ruptures.19 DUMONT, Fernand, Raisons communes, Montréal, Les Éditions du Boréal, 1997, p. 108.20 Ibid, p. 31. 26 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2022 La mémoire ne peut-être tragique, elle doit nous donner le courage de nous retourner face à l\u2019avenir.Dans L\u2019homme rapaillé, Gaston Miron se pose sensiblement la même question : « Qui donc démêlera la mort de l\u2019avenir21 ?» Cette qualité de la poésie québécoise se présente sans doute comme étant l\u2019attrait le plus séduisant sur la longue route du citoyen errant.S\u2019il n\u2019a pas déjà été troublé par la figure de l\u2019homme charcuté, frappé par la stupidité de notre situation, bercé par l\u2019amour que certains avant lui ont porté au pays comme on s\u2019effondre heureux devant l\u2019être aimé.S\u2019il n\u2019a pas lu non plus dans la poésie de nos éclaireurs toute l\u2019humiliation de l\u2019intelligence de nos pères, l\u2019avenir s\u2019imposera sur son chemin comme les hivers retombent à nos pieds.Anne Hébert a écrit un jour que « dans un pays tranquille, nous avons reçu la passion du monde22.» Ce monde, les Québécois le refusent depuis bien trop longtemps.Ils vivent « en dehors23 » de lui, écrit Miron.Fort heureusement, le temps viendra.L\u2019impatience parsème la vie des hommes, mais il y a des jours qui ne savent qu\u2019arriver.u 21 MIRON, Gaston, « Le camarade » dans L\u2019homme rapaillé, Montréal, Éditions de l\u2019Hexagone, 1995, p. 108.22 HÉBERT, Anne, Mystère de la parole, Paris, Les Éditions du Seuil, 1960, 109 p.23 MIRON, Gaston, « Pour mon rapatriement » dans L\u2019homme rapaillé, Montréal, Éditions de l\u2019Hexagone, 1995, p. 83. 27 Articles Étienne-Alexandre Beauregard* L\u2019école québécoise ne croit plus en elle-mêmeL\u2019école québécoise va mal et ce n\u2019est pas un secret.Devenu une machine d\u2019ingénierie sociale plutôt que le passeur d\u2019un patrimoine, à genoux devant un étudiant-roi qu\u2019il faudrait désormais divertir pour le faire apprendre, constamment en train de niveler vers le bas pour éviter l\u2019échec, le système d\u2019éducation semble pris dans une impasse dont il n\u2019est pas près de sortir.À Québec, nul consensus politique n\u2019est aussi tenace que celui qui entoure l\u2019éducation : plus d\u2019enseignants, plus d\u2019argent, plus de technologie, voilà les seules solutions qui sortent des quatre partis à l\u2019Assemblée nationale, ou presque.Au-delà de la quantité de professionnels et du nombre d\u2019élèves par classe, l\u2019éducation est en proie à un problème bien plus grave, que la classe politique choisit d\u2019ignorer de peur de le confronter.Pour le dire simplement, l\u2019école québécoise ne croit plus en sa propre valeur ni en celle des savoirs et de la culture qu\u2019elle a pour mission de partager avec les élèves, et telle est la cause de son incapacité à remplir pleinement le rôle fondamental qui est celui de l\u2019école pour toute nation.* Étudiant au baccalauréat en philosophie et science politique à l\u2019Université Laval. 28 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2022 Le refus de transmettre un héritage Au cœur de la mission de l\u2019école, il y a l\u2019idée de transmettre un bagage culturel aux citoyens de demain afin de leur permettre de devenir les héritiers d\u2019une culture particulière plutôt que des individus déracinés et laissés à eux-mêmes.Pourtant, depuis la réforme pédagogique, alors que les « compétences » ont pris le dessus sur les connaissances, la culture est délaissée comme jamais.Au nom d\u2019une vision extrêmement utilitariste, on pense enseigner la lecture et l\u2019écriture en les séparant de la culture qu\u2019elles portent, comme si la langue n\u2019était qu\u2019un vulgaire outil de communication.Il suffit de constater l\u2019accueil réservé à la récente proposition des jeunes caquistes d\u2019un cursus commun des grandes œuvres littéraires québécoises pour constater toute l\u2019ampleur du problème.Que faites-vous de l\u2019autonomie des enseignants ?Et si les classiques ne donnaient pas envie aux élèves de lire ?Toutes les raisons sont bonnes pour ne plus transmettre de bagage culturel, alors que la littérature jeunesse et étrangère a majoritairement envahi le cursus scolaire.Cette peur d\u2019imposer sa culture à ses propres enfants n\u2019est rien de moins qu\u2019une démission, tout comme ce préjugé selon lequel la littérature québécoise serait foncièrement barbante et nuisible au sacro-saint « plaisir de lire ».Ce dernier n\u2019est pas davantage au rendez-vous même si l\u2019on fait lire le best-seller du moment en classe, soit dit en passant.Le cas du cours d\u2019Histoire de la civilisation occidentale, obligatoire au collégial, est tout aussi révélateur du problème de confiance qui afflige présentement l\u2019école québécoise.Face à l\u2019absurde soupçon d\u2019ethnocentrisme entourant l\u2019enseignement de notre propre héritage occidental, le ministère de l\u2019Enseignement supérieur est passé à un cheveu de rayer de la carte ce cours, dans un triste écho de la manie tout amé- 29 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2022 ricaine visant à « décoloniser » le cursus scolaire.Il a fallu la mobilisation de nombreux professeurs et intellectuels, de même que l\u2019ancien premier ministre Lucien Bouchard, pour que le cours soit maintenu, tout en lui ajoutant quinze heures consacrées à l\u2019Orient.Décidément, il y a un malaise grandissant à l\u2019idée d\u2019enseigner aux jeunes Québécois l\u2019héritage qui est le leur, alors que l\u2019on semblait prêt à les acculturer dans un esprit de « décolonisation ».Le fer de lance de l\u2019ingénierie sociale S\u2019ils semblent de plus en plus hésitants à transmettre la culture québécoise et le patrimoine occidental, nos pédagogues n\u2019ont pas les mêmes scrupules par rapport à l\u2019ingénierie sociale.Depuis Éthique et culture religieuse, explicitement conçu pour rééduquer les Québécois à la suite de la crise des accommodements raisonnables, on fait constamment appel à l\u2019école pour réformer le peuple québécois.Sur des sujets clivants comme l\u2019écologie ou le multicul- turalisme, on instrumentalise le système d\u2019éducation sans le moindre scrupule pour aplanir des débats légitimes, pour créer des consensus qui n\u2019existent pas dans la société québécoise.Que penser de cette pratique alors qu\u2019il est désormais controversé de vouloir enseigner l\u2019histoire de l\u2019Occident aux Occidentaux eux-mêmes ?Un système d\u2019éducation qui capitule à l\u2019idée de transmettre un héritage pour se lancer à pieds joints dans l\u2019ingénierie sociale en est un qui n\u2019aime tout simplement pas la société qu\u2019il est pourtant censé servir.Le drame, c\u2019est que cette acculturation des jeunes Québécois se fait sans qu\u2019il soit possible de riposter, tellement les partis politiques craignent de passer pour rétrogrades s\u2019ils osent remettre en question les dogmes modernistes de cette machine à fabriquer des orphelins de culture, isolés des générations qui les ont précédés. 30 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2022 La montée de l\u2019étudiant-roi Derrière cette crainte nouvelle d\u2019imposer une culture et des connaissances au-delà des strictes compétences nécessaires pour survivre sur le marché du travail, on peut déceler la montée d\u2019une nouvelle idole : l\u2019étudiant-roi.À l\u2019ère des enfants-rois, il fallait bien s\u2019y attendre.Contrairement à l\u2019étudiant d\u2019hier, l\u2019étudiant-roi ne vit que pour le plaisir, et nos pédagogues se sont mis dans la tête qu\u2019il faudrait se plier à ses caprices pour qu\u2019il apprenne.Plutôt que de lui demander de s\u2019adapter à l\u2019école, et ensuite à la société, ce sont elles qui doivent s\u2019adapter à lui, à sa capacité de concentration déficitaire et à son obsession pour les nouvelles technologies.Cette mentalité explique en large partie le rapport malsain qu\u2019entretient l\u2019école avec les nouvelles technologies.Avec la profonde conviction qu\u2019intégrer la « bébelle » de l\u2019heure en classe attirera l\u2019attention des élèves, on fait de plus en plus appel au tableau intelligent, à l\u2019ordinateur personnel, au iPad, sans forcément savoir quoi faire avec.Sous prétexte de « motiver » les élèves à apprendre en leur permettant de passer toujours plus de temps sur ce qui occupe déjà la majeure partie de leurs loisirs, on a capitulé et cessé de leur enseigner les plaisirs perdus de la lecture et de l\u2019écriture papier, lesquels sont en voie de disparition.Versant dans l\u2019extrême, on en vient à des absurdités comme les programmes « Fortnite-études1 », reprenant l\u2019esprit du sport-études pour permettre aux élèves de passer une partie de leur journée scolaire à jouer à des jeux vidéo.Bref, on suppose que l\u2019étudiant-roi sera plus motivé à fréquenter 1 https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1249802/encadrement-ecoles- fortnite-esports-quebec 31 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2022 l\u2019école si on lui permet de faire exactement ce qu\u2019il ferait chez lui s\u2019il ne venait pas à l\u2019école ! C\u2019est l\u2019évidence même, et la preuve que l\u2019école québécoise n\u2019a tellement plus confiance en ce qu\u2019elle enseigne qu\u2019elle est prête à tout pour se rendre « intéressante », même si cela implique de compromettre sa raison d\u2019être.Pourtant, quoiqu\u2019elle fasse, elle sera toujours perdante devant les Netflix et TikTok de ce monde, dont le but est justement d\u2019amuser, sans arrière- pensée pédagogique.Réapprivoiser l\u2019ennui et les plaisirs perdus Comme l\u2019écrivait récemment Louis Cornellier2, l\u2019école doit de toute urgence accepter un « ennui plein de promesses » et assumer que les savoirs et connaissances qu\u2019elle doit transmettre peuvent être imposés aux élèves, même s\u2019ils aimeraient mieux faire autre chose de leur journée.N\u2019est-ce pas l\u2019évidence même ?Pourquoi prendrait-on la peine d\u2019envoyer les enfants à l\u2019école s\u2019ils apprenaient l\u2019algèbre, l\u2019histoire et la littérature par eux-mêmes dans leurs temps libres ?Se complaire dans le divertissement, c\u2019est la meilleure manière de niveler vers le bas et de créer une aristocratie de fait, uniquement conditionnée par l\u2019origine socio-économique.En effet, si l\u2019école se retire du champ de la culture pour se contenter d\u2019enseigner les compétences de base, comment penser que les enfants qui n\u2019ont pas accès à la culture dans leur milieu familial la découvriront ?Ils en seront pour toujours appauvris, n\u2019ayant jamais pu sortir du fast-food intellectuel américanisé qui domine aujourd\u2019hui le marché, demeurant coupés de références nécessaires pour comprendre leur société et en être pleinement citoyens.Ce ne sera la faute 2 https://www.ledevoir.com/opinion/chroniques/626178/chronique-l- ecole-et-l-ennui 32 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2022 de personne d\u2019autre que de ces grands pédagogues qui croyaient pourtant faire une faveur aux étudiants-rois en les laissant faire leur loi sur le cursus scolaire.Pourtant, l\u2019école a un rôle précieux à jouer aujourd\u2019hui en tant que sanctuaire des plaisirs perdus ou en voie de disparition à l\u2019ère du numérique.Bien sûr, la lecture est le premier d\u2019entre eux, faisant figure de véritable résistance à l\u2019ère de l\u2019instantané et du clip de 10 secondes.La concentration et la discipline qu\u2019exige la lecture d\u2019un long ouvrage sont en voie de devenir presque impossibles pour la génération TikTok, dont la capacité d\u2019attention s\u2019atrophie à vue d\u2019œil.Une école qui n\u2019aurait pas peur d\u2019imposer des savoirs qu\u2019elle sait importants, sans se soucier des humeurs de l\u2019étudiant-roi, ferait de la lecture sa toute « première » priorité.Confronter l\u2019échec L\u2019échec est sans doute l\u2019un des plus grands tabous de l\u2019école québécoise aujourd\u2019hui.Au nom de l\u2019estime de soi, et plus récemment de la santé mentale, on ne cesse de niveler vers le bas pour épargner aux étudiants le sentiment d\u2019échec, qui est pourtant parfois mérité et nécessaire à l\u2019apprentissage.Plutôt que de considérer l\u2019utilité de l\u2019examen comme véritable test des notions acquises, ce qui implique la possibilité de ne pas avoir acquis lesdites notions, on fait primer les sentiments de l\u2019élève, souvent au détriment de son propre apprentissage.Il suffit de penser aux enseignants qui gonflent artificiellement les notes des élèves pour leur accorder la note de passage3 : lorsque l\u2019on priorise la « réussite » sur l\u2019acquisition réelle des connaissances, c\u2019est le signe d\u2019un système malade.3 https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1105313/enseignants-incites- gonfler-notes-fae-bulletin-ecole 33 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2022 Dans la même veine, on aura raison de redouter les dérives du nouveau discours sur la « santé mentale », désormais répété comme un mantra par les associations étudiantes pour exiger des assouplissements ou des passe-droits.S\u2019il existe effectivement un vrai problème d\u2019anxiété de performance chez les élèves, comment sérieusement penser que le nivellement vers le bas soit la meilleure solution ?On évite trop souvent de responsabiliser les parents pour ce mal qui se répand de plus en plus, alors que certains mettent réellement une pression exagérée sur le dos de leur enfant.Or, l\u2019échec est humain, et il importe aujourd\u2019hui de réapprendre à le confronter pour un rapport plus apaisé à l\u2019école.Surtout, un système qui tolère autant l\u2019échec ne se respecte pas, et ne prend pas au sérieux le rôle qu\u2019il a envers la collectivité de transmettre certains acquis à tous.Retrouver confiance en la mission de l\u2019école S\u2019il y a une leçon à retenir du triste état des choses, c\u2019est qu\u2019une école qui n\u2019a pas confiance en la valeur de l\u2019héritage qu\u2019elle transmet est vouée à se liquéfier lorsqu\u2019on la confronte.Confrontée par des progressistes qui n\u2019en ont que pour l\u2019ingénierie sociale, confrontée par des étudiants- rois qui veulent faire leur loi, confrontée par le discours sur l\u2019estime de soi qui fait fi des vertus de l\u2019échec, l\u2019école québécoise peine à se tenir debout pour ce qu\u2019elle devrait incarner.Pourtant, elle est porteuse d\u2019un patrimoine culturel d\u2019une valeur certaine, qu\u2019elle a pour vocation prioritaire de transmettre à la prochaine génération de Québécois.Cette noble mission ne peut être menée à bien si l\u2019on n\u2019a pas confiance en l\u2019héritage à transmettre au point de vouloir subordonner l\u2019école aux désirs de l\u2019enfant, afin d\u2019en faire un lieu de recommencement radical plutôt que de passage de flam- 34 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2022 beau intergénérationnel.Tant que cette impasse fondamentale ne sera pas dénouée, on pourra bien doubler ou tripler les budgets en éducation, rien n\u2019y fera.Aucun parti nationaliste, qui a à cœur la continuité de la nation québécoise, ne devrait faire la sourde oreille face à ce triste état des lieux.Si l\u2019éducation nationale abdique dans sa mission de transmettre un héritage culturel, c\u2019est l\u2019avenir du Québec qui s\u2019en trouve hypothéqué, orphelin de racines à cause d\u2019une génération qui aura tout simplement renoncé à transmettre le patrimoine dont elle est dépositaire.Ce pathétique état des lieux a tout le potentiel de devenir une véritable tragédie.u La Caisse d\u2019économie solidaire est la coopérative ?nancière des entreprises collectives et des citoyens engagés pour une économie sociale et durable.1 877 647-1527 caissesolidaire.coop 36 Articles Jean Chartier* Michel Nadeau 1946-2021 L\u2019extraordinaire batailleur du OUI aux deux référendums Michel Nadeau nous a quittés brusquement, tué par un cancer du pancréas, comme Marcel Masse avant lui, un autre grand Québécois.Michel Nadeau n\u2019avait cessé d\u2019être actif pour le Québec depuis 1973, l\u2019année du début de son activité professionnelle au journal Le Devoir.Il y fit une intervention cruciale dans les semaines qui précédèrent le premier référendum.Puis, en 1995, il joua un rôle déterminant, dans l\u2019ombre, ayant préparé le Québec à affronter un choc financier, s\u2019étant employé à réduire à zéro toute menace au lendemain du référendum, et dans les semaines après un OUI du peuple à la souveraineté du Québec.Michel Nadeau aimait faire plus et mieux que ses collègues journalistes ; il nous défiait amicalement, de manière fréquente, Robert Pouliot et moi, qui étions aux pages économiques de La Presse et du Jour, pour savoir qui avait la meilleure couverture économique de ce qui s\u2019était passé de plus important pour le Québec, la veille.Il voulait qu\u2019on se surpasse tous ; il était aussi le boute-en-train du groupe et nous rejoignait dans la nouvelle Association des journalistes en économie du Québec, avec Jean-Paul Gagné du Soleil et Claude Picher du Journal de Montréal.* Journaliste et auteur. 37 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2022 Son premier titre de gloire, il l\u2019a mérité au moment du référendum de 1980, par la force de son analyse et de ses convictions, auprès de Michel Roy.Si les quatre éditorialistes du Devoir ont pu se prononcer publiquement, il y est pour beaucoup.Je me souviens qu\u2019il se disait affecté par l\u2019impossibilité de convaincre Michel Roy, l\u2019ancien rédacteur en chef de Claude Ryan devenu le directeur intérimaire du Devoir, de voter OUI depuis que Ryan avait fait le saut en politique, à titre de chef du Parti libéral du Québec, en 1978.Claude Ryan était devenu l\u2019opposant en chef à la souveraineté du Québec.Michel était l\u2019un de ces quatre éditorialistes, en mai 1980.Pendant des semaines, il tenta d\u2019argumenter auprès de Michel Roy, mais celui-ci était trop lié à Claude Ryan et à Gérard Pelletier, pour dire OUI à la souveraineté-associa- tion de René Lévesque.Michel Roy tergiversa et demanda dans le journal, le 5 mai 1980, soit 15 jours avant le référendum : « Québec peut-il refuser de négocier » ?Il mettait le défi à l\u2019envers.Il évoqua ce qu\u2019il appelait « les failles de la démarche référendaire », en référence aux discours de Pierre Elliott Trudeau, les 15 avril et 2 mai.François-Albert Angers répondit : « Dire NON serait une honte éternelle ».Le 8 mai, Le Devoir titrait : « Trudeau plaide pour un NON à la question piégée ».Michel Nadeau y répondit aussitôt dans son éditorial du jour : « Ceux qui voudront négocier, ce sont les industriels et les banquiers [de l\u2019Ontario] qui, les premiers, insisteront pour maintenir un lien économique avec le Québec ».Michel Brunet signa alors : « Vers la souveraineté ».Déchiré avec ses éditorialistes, mais honnête intellectuellement, Michel Roy trancha le 10 mai sur la ligne de conduite du journal, après 30 mois comme directeur adjoint, dans 38 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2022 une procédure intitulée : « Le Devoir et le référendum ».Il y précisait : « Le consensus ne se révèle pas réalisable parmi les éditorialistes\u2026 À chacun de présenter ses analyses et ses conclusions ».Et en effet, le lundi 12 mai 1980, les quatre éditorialistes signaient l\u2019un à la suite de l\u2019autre leur opus.Le directeur par intérim ouvrait la marche, intitulant son éditorial en haut de page : « La question de fond ».Il y écrivait : « Je répondrai NON ».Lise Bissonnette suivait et intitulait le sien : « Une société bloquée » où elle concluait : « Il faut répondre OUI ».Jean-Claude Leclerc titrait le sien : « Un pas en avant » où il faisait valoir : « Le OUI à la petite patrie peut prétendre à autant de légitimité que le NON dans le Canada qui nous réserve désormais une importance réduite et subalterne ».Michel Nadeau fermait la marche de cette page éditoriale historique, proposant : « Le meilleur choix économique ».Toujours ouvert, Michel commençait son éditorial avec ce constat : « Les Québécois hésitent ».En effet, dans les pages voisines, les sondages donnaient ce jour-là, 40 % pour le NON, 37 % pour le OUI.Il y avait donc 20 % d\u2019indécis.Michel Nadeau regrettait : « Le débat référendaire n\u2019a pas été économique ».Il y tirait la conclusion de ce qu\u2019il avait vu depuis 1973 : « Montréal devient une métropole de bureaux régionaux ».Et il rappelait : « Une bonne partie des vieilles élites d\u2019affaires a quitté Montréal ».Il fermait aussi l\u2019alternative américaine à titre d\u2019objection : « On ne peut plus compter sur les multinationales pour développer nos ressources ».Et il exprimait cette conclusion : « Le développement du Québec ne peut se faire que par les gens qui défendent les intérêts d\u2019ici ».Sa ligne de conduite lui paraissait évidente : « Désormais il faut que 39 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2022 les négociations se fassent au grand jour, dans des rapports normaux\u2026 qui ne peuvent être plus défavorables au Québec que les tractations occultes le long du canal Rideau ».Michel Nadeau en concluait : « Entre l\u2019assurance de nouveaux reculs pour l\u2019industrie québécoise et le pari raisonnable de récupérer des outils importants pour construire l\u2019avenir, le choix est évident ».Michel sera approché en 1984 par Jean Campeau, alors président de la Caisse de dépôt et placement du Québec, se voyant offrir le poste de directeur des communications, mais il demandera plutôt à M.Campeau d\u2019être au contact direct de la machine des placements en valeurs mobilières de Montréal, voulant rehausser le rôle de la Bourse de Montréal et la place des analystes financiers de Montréal, ainsi que celle de la Caisse de dépôt, pour faire de Montréal une place financière plus importante que Toronto pour les Québécois.Pour lui, il fallait « booster » les capacités financières de Montréal pour se préparer à l\u2019indépendance du Québec.Dix ans plus tard, dans l\u2019ombre, il assumera de main de maître ce rôle primordial au moment du référendum de 1995.M.Parizeau voulait que le Québec soit bien préparé à affronter un choc financier après un OUI.C\u2019est Michel Nadeau qui a préparé cela, de manière très professionnelle, pour un bon lendemain du référendum sur les marchés financiers.Il a mis en place toute une équipe pour la nuit du référendum, prête à intervenir sur les places financières de Tokyo, de Hong Kong, de Londres, de Paris, et enfin de Wall Street, pour le lever du jour, ce 31 octobre, en Amérique.Je me souviens du samedi juste avant le référendum du 30 octobre 1995.Michel était venu chez moi à la première 40 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2022 heure, à l\u2019improviste.Il était surexcité, toujours très dynamique.Il s\u2019interrogeait sur le trop de discrétion gouvernementale.Il me dit : « Jean, tu n\u2019as pas idée comme on est préparé pour le lendemain d\u2019un OUI.J\u2019ai rencontré personnellement tous les directeurs des institutions financières québécoises, leur recommandant d\u2019avoir une forte position \u201ccash\u201d pour le lendemain du référendum.Tout le monde s\u2019est exécuté.Les institutions financières de Montréal ont des montagnes de liquidités, 50 milliards de dollars si nécessaire.On est prêts ».Puis il évoqua un appel téléphonique du directeur de la Banque du Canada qui lui avait demandé ce qu\u2019il comptait faire pour défendre le dollar canadien dans la tempête.Il s\u2019exclama en riant : « Je lui ai répondu que nous ne ferons rien pour défendre le dollar canadien, que ce n\u2019est pas notre problème, que ce n\u2019est pas à nous de défendre le dollar canadien, mais à lui ».Michel ajouta à mon intention « Nous, on s\u2019en fout du dollar canadien, n\u2019est-ce pas, c\u2019est leur dollar au reste du Canada ! Nous, notre tâche, c\u2019est de défendre les obligations du Québec et les obligations d\u2019Hydro-Québec ».En aparté, il précisait ensuite : « Nous, ces dernières semaines, on a vendu nos obligations du Québec et d\u2019Hydro-Québec, on n\u2019en a presque plus, on a acheté plein de Bons du Trésor et d\u2019obligations des États-Unis.C\u2019est facile à revendre.On est prêts pour tout choc venant de Toronto.On rachètera ce qui sera vendu à perte pour eux, s\u2019ils sont vendeurs, mais pas avant qu\u2019ils aient souffert des pertes importantes sur ces titres, s\u2019ils veulent vendre.Ils vont vite comprendre dans quelle position, ils sont.C\u2019est nous qui ferons les profits là- dessus, pas eux.On va renverser la situation par rapport à ce qu\u2019ils veulent faire ! » 41 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2022 Michel Nadeau, l\u2019auteur de l\u2019article Jean Chartier et Jean Campeau, président de la Caisse de dépôt et placement du Québec lors du réréfendum de 1980 puis ministre des Finances lors de celui de 1995 (2005).Et Michel Nadeau de confier : « J\u2019ai raconté ça à Jean Campeau [NDLR : devenu ministre des Finances], bien entendu, mais apparemment, le premier ministre préfère ne pas lancer un débat public là-dessus, à l\u2019approche du 30 octobre.Il laisse faire Lucien Bouchard en première ligne.À Québec, ils craignent les coups fourrés de Toronto avant le référendum.Alors, ils ne font pas de vagues.C\u2019est dommage, non ?Moi, je pense que ça rassurerait les Québécois de leur dire tout ce qu\u2019on a fait, de leur expliquer à quel point on est préparés face à toute éventualité, ça nous ferait gagner des centaines de milliers de votes.Qu\u2019est-ce que tu en penses, Jean ?Qu\u2019est-ce qu\u2019on peut faire à ton avis ?» Michel Nadeau avait le Québec chevillé au corps.C\u2019était vrai en 1974 quand il est entré au Devoir, c\u2019était vrai en 1980 quand il a défendu le OUI au référendum de René Lévesque, auprès de Michel Roy, puis auprès des Québécois, c\u2019était vrai quand à titre de leader des institutions financières montréa- 42 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2022 laises, à leur avant-garde, pour la défense de la place financière du Québec, le jour où l\u2019indépendance aurait l\u2019approbation du peuple québécois, ce soir du 30 octobre 1995.Paix à toi, Michel, pour toujours.Tu as livré le même combat que René Lévesque, tu as livré le même combat que Jacques Parizeau ! u 43 Articles Jacques Beaumier* L\u2019État social nécessaire à l\u2019indépendance Dans leur ouvrage publié en 2021, Brève histoire de la Révolution tranquille, les historiens Martin Pâquet et Stéphane Savard nous apprennent que le 16 février 1983 marque la fin de la Révolution tranquille.C\u2019est le jour où le Parti québécois au pouvoir adoptait la loi 111, qui annulait les gains salariaux accordés aux employés du secteur public et parapublic lors de la dernière négociation, et forçait le retour au travail des professeurs des cégeps et des enseignants des écoles du secteur public.L\u2019éditorialiste du Devoir, Lise Bissonnette, la qualifia de « loi d\u2019exception la plus odieuse jamais déposée à l\u2019Assemblée nationale » (Le Devoir, 16 février, 1983) parce qu\u2019elle suspendait des articles de la Charte québécoise des droits et libertés de la personne.Cette date oubliée marque aussi le début du long déclin du Parti québécois entrecoupé de quelques regains de ses signes vitaux à l\u2019occasion.La récession de 1981-1983 vient d\u2019accroître le déficit public de façon substantielle et en septembre 1982, le président du Conseil du Trésor, Yves Bérubé, rappelle que les ressources de l\u2019État ne sont pas illimitées.Dans Le Devoir du 23 septembre, * Sociologue. Auteur de Liberté dévoyée, démocratie embâclée, peuple égaré (2021). 44 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2022 il convie la population à faire de pénibles constats.Le Québec vit la pire récession depuis la crise des années 1930 et dans ce contexte, il supplie les syndicats d\u2019accepter la rigueur des offres salariales faites par le gouvernement.Le cabinet du premier ministre Lévesque est divisé entre les ministres économiques et les ministres sociaux, (Martine Tremblay, 2006).Pour les premiers, il faut rendre l\u2019État québécois moins lourd, pour les seconds, la question de la justice sociale doit rester intégrée à la question nationale.Cette récession avait été provoquée par la Réserve fédérale américaine qui avait mis fin brutalement à l\u2019inflation sévissant depuis le début de la décennie des années 70.Elle avait haussé les taux d\u2019intérêt au-dessus de 20 %, provoquant une sévère récession mondiale et un chômage stratosphérique.Le Parti libéral du Québec remporte l\u2019élection de décembre 1985.Plusieurs de ses membres influents sont déjà engagés, depuis la publication du rapport de la Commission royale sur l\u2019union économique et les perspectives de développement du Canada (commission Macdonald), dans l\u2019application de sa proposition de réduire le rôle de l\u2019État et de signer un accord de libre-échange avec les États-Unis.Par l\u2019entremise de leur parti politique, ils tentent d\u2019implanter ces recommandations au Québec, sans grand succès dans l\u2019immédiat, car leur chef, Robert Bourassa, craint instinctivement un tel bouleversement.Privatiser, déréglementer, réduire la taille de l\u2019État, l\u2019humeur du capitalisme mondial désire revenir au jeu de base, celui de laisser jouer librement les lois de l\u2019offre et de la demande et abolir toutes entraves imposées par l\u2019État social.On vient de changer de paradigme, mais pour Bourassa, c\u2019est trop.Curieusement, c\u2019est Bernard Landry, ministre au Commerce extérieur dans le deuxième gouvernement Lévesque qui fait 45 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2022 preuve de plus d\u2019enthousiasme.Non réélu aux élections de 1985, il se porte volontaire pour devenir un défenseur de l\u2019idée du libre-échange.Il y voit la possibilité pour un Québec indépendant d\u2019avoir accès à un gigantesque marché de 255 millions de consommateurs et il en fait la promotion comme s\u2019il s\u2019agissait d\u2019une vertu salutaire pour réaliser l\u2019indépendance du Québec.Landry ne voit pas qu\u2019il ne s\u2019agit pas du même libre-échange qui l\u2019a tellement fasciné en Europe.Cette nouvelle version ne couvre pas seulement les marchandises, mais également les services, les achats des gouvernements, l\u2019agroalimentaire, la protection des brevets des multinationales et le droit aux entreprises de poursuivre les gouvernements.Jacques Parizeau partage également à cette vision.Pour lui, redoutant la « mauvaise humeur du Canada anglais », un tel accord avec les États-Unis protégerait le Québec d\u2019éventuelles représailles commerciales à la suite d\u2019une déclaration d\u2019indépendance.C\u2019est que l\u2019accord de libre-échange qui vient d\u2019être signé avec les États-Unis et qui s\u2019élargira au Mexique (ALÉNA, 1994) est doté de ce qu\u2019on appellerait en langage informatique un virus dont la fonction est de remettre en question l\u2019État social, socle sur lequel le mouvement indépendantiste s\u2019est érigé pour créer l\u2019État-nation Québec.Parizeau reconnaîtra son erreur en 2009 dans son livre La souveraineté du Québec.Hier, aujourd\u2019hui et demain.Selon le sociologue allemand Wolfgang Streeck (2014), l\u2019État social est le produit d\u2019un compromis conclu au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale entre le Capital et le Travail.En 1945, le monde capitaliste est fragilisé.Les États-Unis partagent la victoire contre le régime nazi avec l\u2019Union soviétique à qui l\u2019on a concédé de diviser l\u2019Europe en zones d\u2019influence.Au cœur même de la zone d\u2019influence américaine subsistent d\u2019importantes organisations commu- 46 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2022 nistes qui ont joué un rôle important dans la victoire en Grèce, en Italie et en France.Les pays scandinaves ont un voisin puissant à leur porte, l\u2019Union soviétique, qui suscite la curiosité des classes populaires.La social-démocratie s\u2019y développe plus que partout ailleurs.Dans ce contexte, les gouvernements se doivent d\u2019adoucir le capitalisme en adoptant les mesures que proposait l\u2019économiste britannique John Maynard Keynes au temps de la Grande Dépression.Selon ce dernier, l\u2019intervention de l\u2019État est nécessaire pour stimuler l\u2019initiative privée en économie même si le capital conserve le rôle principal.En période de ralentissement, l\u2019État peut se permettre des déficits qui seront comblés une fois que l\u2019économie aura été relancée.Le but est d\u2019atteindre le plein emploi et à la fin de la guerre, comme personne ne voulait revivre le cauchemar du chômage de la crise des années trente, les gouvernements acceptèrent de soutenir la consommation en allouant des ressources pour l\u2019assurance- chômage et l\u2019assistance sociale.Selon Streeck, ce fut l\u2019élément principal du compromis de l\u2019après-guerre entre le Capital et le Travail, car il permettrait une croissance économique continue, des augmentations de salaire automatiquement indexées au coût de la vie, des conditions de travail constamment améliorées et l\u2019ajout régulier de nouvelles protections sociales.C\u2019est ce qui permit l\u2019apparition d\u2019un phénomène nouveau : l\u2019interventionnisme de l\u2019État dans l\u2019économie.Au Canada, c\u2019est le gouvernement fédéral qui prit l\u2019initiative, mais Duplessis résista à un tel empiétement des juridictions provinciales, provoquant ce long délai à l\u2019origine de la Révolution tranquille\u2026 qui donna naissance au Parti québécois.Puis, au cours de la décennie 1960, l\u2019élite mondiale entreprit de le discréditer, car elle ne voyait plus l\u2019intérêt de continuer 47 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2022 à se conformer à ce compromis historique d\u2019après-guerre.Elle refusait, désormais, de consentir à ce que l\u2019État puisse redistribuer la richesse et intervenir en faveur du bien commun.Elle réalisait que c\u2019est elle qui finançait cette prospérité qui permettait aux classes populaires de la contester.Mais surtout, vers la fin des années 1960, la baisse des taux de rendement sur leurs investissements leur rappelait fâcheusement les lois fondamentales du capitalisme.Streeck renverse donc sens dessus dessous l\u2019explication de la crise qui survint.Ce n\u2019est pas le peuple qui abusa de la démocratie en demandant constamment des investissements sociaux qui auraient fait augmenter les dépenses de l\u2019État, mais ce sont plutôt les détenteurs du capital qui refusèrent de payer ce qui aurait dû être leur part correspondante à la croissance de la production.Cette renonciation des États à les imposer fit de l\u2019État social, redistributeur de la richesse, un État endetté.En fait, les détenteurs du capital n\u2019avaient jamais accepté ce compromis d\u2019après-guerre.Ils saisirent toutes les occasions possibles pour se sortir de ce carcan qui leur imposait des contraintes sur la fixation des salaires, l\u2019obligation de contribuer aux politiques sociales, l\u2019accroissement de l\u2019offre de travail et les avantages sociaux d\u2019entreprises auxquels ils avaient jadis consenti.Leur intention était d\u2019effectuer un retour radical au libre marché que tous croyaient d\u2019une époque révolue.Personne ne pouvait imaginer, au début de la décennie quatre-vingt, qu\u2019un jour on reviendrait à une économie de marché de plus en plus libre.Encore moins le Parti québécois qui devait sa naissance à l\u2019arrivée tardive de l\u2019État social au Québec.Celui-ci reprit une vigueur certaine sous la direction de Jacques Parizeau qui vit l\u2019opportunité de tenir un second référendum.Toutefois, Lucien Bouchard devenu chef du Parti québécois, trois mois après la victoire du Non, fit 48 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2022 preuve d\u2019une grande habileté politique dans son discours d\u2019assermentation en utilisant la question nationale comme levier pour réduire les dépenses de l\u2019État.En fait, il reprenait le discours néolibéral de l\u2019austérité?: les finances publiques sont dans une situation difficile et chaque déficit accroît la dette qui limite les capacités de l\u2019État.Il employa une image rassurante : « donner une bouffée d\u2019oxygène » aux contribuables sans augmenter ni impôts ni taxes de vente dans le but de « desserrer la camisole de force » et retrouver une « marge de manœuvre ».L\u2019atteinte de cet objectif permettrait de faire la souveraineté sur des bases plus solides et « plus modernes ».Il est à l\u2019origine de l\u2019image du budget familial utilisée pour traiter la question de la croissance de la dette publique.Toutefois, les sondages ont montré que les femmes ont été les premières à décrocher de son régime d\u2019austérité, confirmé par la grève des infirmières en 1999.Au moment de prendre le pouvoir en 2003, Jean Charest avait le chemin libre devant lui.Son intention de hausser les frais de scolarité en mars 2010 ne démontrait aucune ouverture de compromis envers les milieux universitaire, syndical et étudiant.Il procéda tout simplement à l\u2019exécution de ses intentions de hausser de 75 % les droits de scolarité à compter de septembre 2012.Le Parti québécois manqua sa chance une fois de plus de renouer avec ses origines.La première ministre Pauline Marois accorda un appui mitigé aux étudiants en rappelant qu\u2019il fallait d\u2019abord créer la richesse avant de la distribuer.Elle ne faisait que confirmer la rupture de cette jeune génération avec le Parti québécois pour qui la croissance illimitée signifie encore plus de destruction des écosystèmes de la planète.La preuve était faite qu\u2019on ne pouvait à la fois vouloir créer un État-nation et réduire le rôle de l\u2019État.u 49 Articles Simon-Pierre Savard-Tremblay* La guerre du bois** L\u2019administration américaine a annoncé le 24 novembre dernier que, dès 2022, les droits compensateurs sur le bois d\u2019œuvre exporté depuis le Canada allaient doubler, passant en moyenne de 9 à 18 pour cent.La principale victime ?L\u2019entreprise québécoise Produits forestiers Résolu, qui écope d\u2019une taxe combinée de 29,66 pour cent.La Chambre des communes s\u2019est réunie le 1er décembre au soir dans le cadre d\u2019un débat exploratoire sur la question.Le hic, c\u2019est que nos forêts ne sont ni le pétrole ni l\u2019automobile, c\u2019est-à-dire des secteurs stratégiques pour le Rest of Canada.Le bois ne sera jamais placé en tête de liste des enjeux jugés centraux par Ottawa, malgré la langue de bois habituelle des personnages clés de l\u2019actuel gouvernement canadien.La guerre commerciale entourant la question du bois d\u2019œuvre est un vieil enjeu qui n\u2019en finit plus de finir.On ne compte plus les occasions manquées de mettre fin à cette problématique, et ce, même si le Québec a agi pour passer le test des exigences du commerce international.* Porte-parole du Bloc québécois en commerce international. Député de Saint-Hyacinthe\u2014Bagot.** Texte inspiré d\u2019une allocution prononcée par l\u2019auteur dans le cadre du débat exploratoire parlementaire sur la question du bois d\u2019œuvre tenu à la Chambre des communes le 1er décembre 2021. 50 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2022 Le bois québécois : tout sauf une priorité canadienne Alors que le soutien au secteur pétrolier canadien se chiffre en milliards, celui à l\u2019industrie forestière se compte plutôt en millions, la majeure partie sous forme de prêts.Le 16 décembre dernier, profitant du fait que la Chambre des communes venait tout juste d\u2019être ajournée pour le temps des Fêtes et que les textes révélés ne seraient par conséquent pas soumis à la critique de l\u2019opposition, le gouvernement a officialisé les lettres de mandat du premier ministre.Dans cet exercice, le premier ministre couche généralement sur papier les priorités sur lesquelles il souhaite voir ses ministres travailler.On peut lire, à la lecture de la lettre destinée à la ministre du Commerce international, un paragraphe entier consacré aux défis du protectionnisme américain : En collaboration avec les ministres concernés, diriger la lutte que mène le Canada dans le monde contre le protectionnisme, les pratiques commerciales inéquitables et la coercition économique.Vous collaborerez avec des partenaires internationaux, ferez progresser notre stratégie de diversification des exportations et veillerez à ce que les travailleurs et les entreprises du Canada obtiennent le soutien nécessaire.De plus, vous traiterez les enjeux commerciaux bilatéraux et les mesures protectionnistes avec les États-Unis, notamment en ce qui concerne les marchés publics et dans les secteurs de l\u2019automobile, de l\u2019énergie et de l\u2019agriculture1.On constate d\u2019emblée que les mots « bois d\u2019œuvre » sont totalement absents.Le gouvernement fait même semblant que le problème n\u2019existe pas.1 Cabinet du Premier ministre, Lettre de mandat de la ministre du Commerce international, de la Promotion des exportations, de la Petite Entreprise et du Développement économique, 16 décembre 2021. https://pm.gc.ca/fr/lettres-de-mandat/2021/12/16/lettre-de-mandat- de-la-ministre-du-commerce-international-de-la 51 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2022 La présence de l\u2019énergie dans cette liste d\u2019épicerie ne surprend guère, les dirigeants canadiens étant terrorisés par la perspective d\u2019une fermeture par l\u2019État du Michigan de la ligne 5 d\u2019Enbridge.Cette possibilité a poussé, lors de la dernière législature, le Parlement à voter la création d\u2019un Comité spécial sur la relation économique entre le Canada et les États-Unis2, où la totalité des témoins invités a crié au loup.Quant à l\u2019automobile, on sait qu\u2019il s\u2019agit également d\u2019une préoccupation jugée \u2013 à juste titre \u2013 urgente par Ottawa étant donné la proposition débattue aux États-Unis depuis plusieurs mois d\u2019offrir un crédit d\u2019impôt pour la vente de véhicules électriques, mais uniquement ceux qui sont assemblés sur le territoire américain, ce qui aurait des conséquences graves au chapitre des ventes de véhicules canadiens et pourrait entraîner des délocalisations d\u2019usines.La ministre du Commerce international a organisé une visite à Washington et a cosigné une lettre soumise au Sénat américain afin de les menacer de contre-mesures si le congrès décidait d\u2019aller de l\u2019avant3.Dans le cas du bois d\u2019œuvre, il n\u2019y a eu ni visite à Washington, ni lettre, ni annonce de représailles, ni programme d\u2019aide à l\u2019industrie.Le gouvernement a certes annoncé le 21 décembre dernier sa volonté de contester la décision américaine devant les tribunaux commerciaux, mais cela demeure une réponse assez faible, et tant le Canada que le Québec ont déjà eu la chance de jouer dans ce film, comme on le verra un peu plus loin dans ce texte.2 L\u2019auteur de ses lignes y a siégé, y représentant le Bloc québécois.3 « Voitures électriques : Ottawa menace d\u2019imposer des tarifs sur des produits américains », Radio-Canada, 10 décembre 2021. https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1846616/credit-impot-americain- voiture-electrique-ottawa-reagit-menaces 52 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2022 De l\u2019importance du secteur forestier québécois Le gouvernement Trudeau se dit inquiet du manque d\u2019accès à la propriété des plus jeunes adultes, il détient là un chantier névralgique compte tenu de la hausse des prix pour le bois, qui ne risque pas de ralentir avec la prochaine vague de COVID.Plus encore, notre bois est une source d\u2019exportations de grande importance.L\u2019industrie forestière représente 11 pour cent des exportations du Québec.Nos forêts sont source de développement économique, d\u2019emplois et de revenus publics en taxes et impôts.Si elles ont jadis été l\u2019objet d\u2019un véritable saccage mis en lumière et dénoncé à juste titre par Richard Desjardins, elles présentent également une grande valeur écologique.Le secteur forestier a une grande capacité de séquestration et de stockage du carbone, en plus d\u2019inspirer bon nombre de PME innovantes dans la production de bioénergies et de bio- produits.Certains enjeux nécessitent une collaboration planétaire, et la lutte aux changements climatiques ainsi que le développement du commerce vert sont de ceux-là.Notre bois peut et devrait détenir une place de choix sur ces deux fronts.La nouvelle guerre tarifaire sera nuisible à l\u2019ensemble des parties, ou presque.Elle pourrait causer une importante hausse du prix du bois au Québec et au Canada, et menacer nos entreprises ainsi que les 25 000 emplois directs canadiens liés aux ventes de bois d\u2019œuvre aux États-Unis.Aux États-Unis, cela ne sera guère mieux : le prix de l\u2019habitation augmentera, ce qui privera davantage d\u2019Américains de l\u2019accès à la propriété, et ce alors que l\u2019administration Biden clame que l\u2019accès au logement est l\u2019une de ses priorités.Les uniques gagnants ?Le groupe de pression américain du bois, et quelques politiciens voyant les élections de mi-man- dat arriver à grands pas. 53 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2022 Le calcul américain Rappelons le fond de l\u2019affaire : les États-Unis, bon an mal an, accusent l\u2019industrie forestière canadienne de bénéficier de soutien public, nuisant ainsi au secteur américain.La décision américaine relève de ce qu\u2019on peut appeler une dynamique structurelle.Nous n\u2019en sommes pas à la première crise du bois.Quatre rondes ponctuées de conflits ont précédé celle que nous nous apprêtons à vivre, de 1982 à 1983, en 1986, de 1991 à 1996, et de 2001 à 2006.En 2006, le gouvernement du Canada a réussi à obtenir une entente avec Washington engageant cette dernière à ce qu\u2019il n\u2019y ait pas de nouvelles mesures de rétention commerciale.Cette entente était tout sauf une panacée et a entraîné des pertes de revenus et d\u2019emplois considérables, mais au moins avait-elle le mérite d\u2019exister.Depuis son expiration en 2015, malgré une déclaration commune entre le premier ministre Trudeau et le président Obama, aucun nouvel accord n\u2019a été conclu.Au gré des guerres tarifaires, le Canada a déposé à de multiples reprises des plaintes devant les tribunaux de l\u2019Organisation mondiale du commerce (OMC) et de l\u2019Accord de libre-échange nord-américain (ALÉNA) et a toujours gagné sa cause.L\u2019OMC a d\u2019ailleurs affirmé en mai 2020 que Washington n\u2019avait pas agi de façon objective ou équitable et que ses tarifs étaient illégitimes.Les accords de libre-échange prévoient généralement un temps limite aux litiges pour éviter que ceux-ci ne perdurent exagérément longtemps, mais les pratiques pour gagner du temps sont courantes.Sachant qu\u2019ils vont perdre leur cause, les Américains multiplient les tours de passe-passe pour retarder les travaux des 54 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2022 tribunaux d\u2019arbitrage, notamment de déposant des requêtes pour leur faire perdre du temps, ou en étant d\u2019une grande lenteur dans la nomination des arbitres.Pendant que le temps passe, la situation de notre industrie forestière se dégrade.Le calcul américain est clair : établir des tarifs qu\u2019ils seront \u2013 et ils le savent \u2013 jugés incorrects, mais profiter des années où ils sont en vigueur pour placer l\u2019industrie canadienne dans une position délicate pendant la sienne progresse en modernisation et en compétitivité, lui permettant de prendre une longueur d\u2019avance.C\u2019est bel et bien l\u2019objectif qui se cache derrière les velléités de guerre commerciale.N\u2019est-ce pas ce qu\u2019on peut justement appeler de la concurrence déloyale ?Ottawa a donc ainsi beau prétendre vouloir contester devant les tribunaux, le problème restera éternel.Les occasions manquées du libre-échange nord-américain Ottawa aurait pu saisir l\u2019occasion des renégociations de l\u2019Accord de libre-échange nord-américain pour colmater ces brèches dans le processus de litige afin de l\u2019encadrer davantage pour éviter de trop longs délais lorsque le temps joue contre nous.L\u2019Accord Canada\u2013États-Unis\u2013Mexique (ACEUM) a été adopté en mars 2020 par le Parlement fédéral sans que cette question ne soit réglée.Là n\u2019est la plus le seul rendez-vous manqué.Un conseil consultatif permanent sur le bois d\u2019œuvre, inscrit dans l\u2019ACEUM, aurait le mérite d\u2019assurer un suivi continu.L\u2019auteur de ces lignes a d\u2019ailleurs tenté de faire adopter un tel amendement à l\u2019Accord dans la semaine précédant son adoption parlementaire.Celui-ci a malheureusement été rejeté par la présidence de la Chambre, mais il n\u2019est jamais trop tard pour procéder à un amendement à un accord commercial, sous forme d\u2019annexe par exemple. 55 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2022 Reconnaître le régime québécois En 2013, le régime québécois a été réformé pour être totalement conforme au cadre réglementaire et aux exigences du libre-échange, ce qui aurait en principe dû lui épargner des soubresauts tels que ceux que nous subissons actuellement.Son fonctionnement est fort simple : vingt-cinq pour cent du bois provenant de la forêt publique est vendu aux enchères où tout le monde peut soumissionner.Le prix alors déterminé est ensuite appliqué à l\u2019ensemble du bois provenant de la forêt publique.Ce système est comparable à celui qui prévaut aux États-Unis.Il est donc très clair que le prix du bois est fixé par le marché et non par le gouvernement, que la coupe n\u2019est pas subventionnée.Non seulement le régime québécois passe-t-il intégralement le test du libre-échange, mais il a même été conçu spécifiquement pour ce faire.En revanche, le droit de coupe de Colombie-Britannique est fixé par le gouvernement, ce qui plombe les efforts du Québec à vouloir être bon joueur.Quelques solutions à court terme Le gouvernement adoptera-t-il un ton plus ferme ?Va-t-il riposter avec des mesures sur les produits américains ?Cela serait le minimum.On attend toujours\u2026 Les mots clés vides de sens (priorité, vigueur) ont fait leur temps.Une importante industrie et des milliers de travailleuses et travailleurs attendent des actions.À court terme, le gouvernement doit urgemment offrir un soutien à l\u2019industrie par le biais d\u2019un programme de prêts et de garanties de prêts, équivalant aux sommes retenues par Washington.C\u2019est la seule manière de traverser la crise.Ottawa peut également plaider pour une exemption du bois provenant de forêts privées.Si la grande majorité du 56 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2022 bois coupé au Québec (90 pour cent) provient de forêts publiques, certaines forêts privées ont néanmoins un poids réel dans quelques régions.L\u2019argument à évoquer pour Ottawa est pourtant fort simple : si les États-Unis pointent du doigt les forêts publiques, pourquoi le bois provenant de forêts privées, qui n\u2019est pas soumis aux règles québécoises, est-il lui aussi l\u2019objet de ces nouveaux tarifs ?Enfin, puisque les nouveaux droits ne touchent pas les produits transformés, cela est une belle occasion de développer une chaîne de valeur pour favoriser la transformation des produits forestiers.La deuxième et la troisième transformation ne sont l\u2019objet d\u2019aucune réelle stratégie d\u2019État.Que fait Ottawa ?Il nous dit que le bois d\u2019œuvre est une priorité et qu\u2019il le défend « vigoureusement ».Le 18 novembre 2021, le premier ministre du Canada a participé au premier sommet trilatéral dit des trois amigos depuis de très nombreuses années, un exercice de réunion qui avait été complètement absent des quatre années de la présidence Trump.Le résultat aurait été l\u2019annonce de nouveaux tarifs sur le bois d\u2019œuvre à peine une semaine plus tard.La ministre du Commerce international s\u2019est rendue le 2 décembre à Washington, sans que les résultats soient davantage probants.Signer ses propres accords L\u2019argumentaire indépendantiste, s\u2019il a constamment besoin d\u2019être mis au goût du jour à la lumière de l\u2019apparition de nouveaux enjeux, a toujours mentionné le pouvoir de signer ses propres accords et traités.Cela a toujours semblé passablement abstrait (certains diraient, non sans un brin de mépris « intellectuel ») et peu connecté sur les préoccupations populaires. 57 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2022 Nous avons pourtant, avec l\u2019exemple du bois d\u2019œuvre, un exemple éminemment concret et terre-à-terre : le Québec a en place une politique distincte, mais celle-ci se trouve évacuée des discussions commerciales par l\u2019État qui nous y représente.Et ce sont les entreprises et travailleurs du Québec qui en font les frais.Négocier en son nom propre, pour ses intérêts, sera toujours préférable au fait de laisser un État qui ne les voit pas comme prioritaires le faire à sa place.Plus encore que le pouvoir de signer ses traités, l\u2019indépendance nous offre les moyens d\u2019agir pour promouvoir et défendre nos intérêts fondamentaux.S\u2019il y a un prix à l\u2019indépendance, celui de la dépendance est assurément infiniment plus grand.u 58 Articles Ariel Thibault* Oligopolarchie La thèse ici présentée se résume ainsi : l\u2019Occident est en train de glisser dans un système d\u2019oligopolarchie, soit un système gouverné par des multinationales contrôlant à la fois les marchés économiques (oligopoles) et les systèmes politiques (oligarchies).1 \u2013 Pourquoi l\u2019« oligopolarchie » ?Quelques grandes bannières dominent les marchés des stations-service, des épiceries, de la construction d\u2019automobiles ou de la fabrication d\u2019ordinateurs.Ce sont des oligopoles.Quant un groupe accapare le pouvoir, comme le ferait un monarque seul, la monarchie fait place à l\u2019oligarchie.Ce groupe d\u2019élite, aujourd\u2019hui, ce sont des multinationales (ou un groupe de multinationales).L\u2019oligopolarchie résulterait donc du fait que l\u2019influence de ce groupe d\u2019élite (un groupe d\u2019entreprises multinationales dominant des oligopoles) est telle que le pouvoir politique lui revient indirectement.L\u2019oligopolarchie serait donc un système dans lequel un groupe de puissantes entreprises multinationales, non seulement se partage les différents marchés économiques présents dans la société (oligopoles), * Avocat et artiste engagé. 59 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2022 mais possède aussi une influence telle qu\u2019il contrôle le pouvoir politique de ces sociétés (oligarchies).Ces sociétés civiles deviennent alors des oligopolarchies avec comme dirigeant ce groupe d\u2019entreprises multinationales.2 \u2013 Comment conclure à l\u2019oligopolarchie Personne ne se surprend plus d\u2019apprendre, chaque année, un scandale politique où des élus ont été influencés indûment par un lobby quelconque afin de prendre des décisions dans l\u2019intérêt de ce lobby et non dans celui du peuple.Les oligopoles économiques existent déjà et les lois antitrust/ anti-concurrence peinent à les contrôler.L\u2019oligopolarchie n\u2019est donc pas totalement théorique puisque, en pratique, ces entreprises oligopolistiques ont déjà une influence notable sur le pouvoir politique.Pourquoi donc soulever une théorie de l\u2019oligopolarchie maintenant ?Et bien parce que le contexte actuel de la COVID-19 est parfait pour la mise en place de ce système dans le futur.Certains d\u2019entre nous se rappelleront la guerre du prix de l\u2019essence qui débuta en 1995 au Québec et culmina à l\u2019été 1996.Lors de cette guerre, les grandes bannières de l\u2019essence se sont mises à vendre leur essence sous le prix du coûtant.Certains indépendants, incapables de tenir dans cette guerre d\u2019épuisement où ils vendaient quotidiennement leur essence à perte, allèrent même jusqu\u2019à se rendre chez leur concurrent d\u2019une grande bannière dans le but d\u2019acheter toute leur réserve en remplissant leur camion-citerne.Ces indépendants affirmaient que si les grandes bannières vendaient leur essence sous le coûtant, rien ne les empêchait de venir l\u2019acheter à coup de camion-citerne, cela leur revenant moins cher que d\u2019acheter leur essence des pétrolières. 60 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2022 Le gouvernement tarda à encadrer la vente de l\u2019essence lors de cette guerre des prix.Les indépendants tombèrent, en grande majorité, les uns après les autres ou furent rachetés pour des prix dérisoires par les grandes bannières.Regardez autour de vous : combien reste-t-il de stations-service indépendantes aujourd\u2019hui ?Au final, trop peu trop tard, le gouvernement balisa les prix par une loi instaurant un prix plancher pour l\u2019essence, mais au lieu de protéger les indépendants, cette loi créa un contexte parfait de collusion entre les grandes bannières qui désormais ne pouvaient plus vendre sous un certain prix.Environ 15 ans plus tard, le cartel de l\u2019essence fit les manchettes partout au Québec.Il fut découvert que les grandes bannières s\u2019entendaient entre elles pour fixer les prix à la hausse puisque la concurrence était inexistante.Le passé nous apprend donc que la réaction tardive du gouvernement en 1996 a mis la table pour le cartel de l\u2019essence des années plus tard.Les grandes bannières étant maintenant légalement obligées de vendre au-dessus d\u2019un certain prix, cette loi, qui devait établir une concurrence saine, a plutôt mis la table pour un cartel dans cet oligopole.Cet exemple démontre qu\u2019un gouvernement qui n\u2019agit pas à temps pour protéger les plus petits met la table pour un contexte favorable à la création d\u2019oligopoles, ces oligopoles ayant ensuite le contrôle du marché avec le risque de collusion que cela comporte.Revenons au présent et voyons maintenant quels sont les marchés les plus affectés par les confinements à répétition : bars, restaurants (surtout ceux avec des salles à manger, car les grandes bannières en restauration font majoritairement de la vente rapide ou du service à l\u2019auto), studios de danse et de yoga, gyms, petites boutiques, événements divers, arts 61 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2022 et spectacles.Ces secteurs sont majoritairement détenus par des indépendants.Ces secteurs sont présentement très mal aidés par le gouvernement (prêts ou programmes qui couvrent une partie des dépenses de fonctionnement, mais rien qui éponge les pertes de revenus, de sorte que les entrepreneurs s\u2019endettent lourdement ou vivent sur leurs économies qui fondent à vue d\u2019œil).Ces marchés ne sont pas fermés parce qu\u2019ils sont indépendants, mais bien parce qu\u2019ils sont, selon la santé publique, des lieux propices à la contagion de la COVID-19.Il n\u2019en reste pas moins que ces marchés sont tous majoritairement indépendants.L\u2019exemple de l\u2019essence nous enseigne que lorsqu\u2019une crise affecte un ou des marchés contenant de nombreux indépendants, la protection tardive de l\u2019État est le terreau fertile pour la création d\u2019un oligopole.Même le secteur de la culture est en train actuellement de devenir un oligopole.On assiste en effet à des rachats de catalogues de droits d\u2019auteur par des multinationales de la musique qui les voient comme un investissement sûr à long terme, les redevances sur la musique étant constantes dans le temps.C\u2019est ainsi que Shakira, Neil Young et RZA ont vendu leurs droits d\u2019auteur pour plusieurs millions de dollars.Ces droits sont ainsi concentrés dans les mains de quelques entreprises.Quant à l\u2019artiste moyen, il se retrouve désormais à dépendre de maigres revenus de « views » et d\u2019écoutes, lui qui est désormais dépendant de Spotify, YouTube et autres conglomérats du capitalisme culturel.La constatation concernant les oligopoles se résume donc en deux points : 1.Plusieurs marchés économiques étaient déjà des oligopoles avant la pandémie ; 62 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2022 2.Plusieurs des autres marchés, qui n\u2019étaient pas des oligopoles avant la pandémie et qui comptent plusieurs indépendants, sont actuellement fortement affectés par la pandémie, de sorte que ces marchés sont fortement à risque de fermetures massives et de faillites, ce qui laisserait le champ libre aux multinationales et ultimement pourrait créer de nouveaux oligopoles.Qu\u2019adviendra-t-il demain de tous ces marchés s\u2019ils sont seulement détenus par quelques grandes bannières : baisse des salaires, baisse des impôts versés à l\u2019État (car les multinationales sont les spécialistes de l\u2019évasion fiscale), perte de pouvoir d\u2019achat, appauvrissement collectif, pouvoir renforcé du « 1 % ».Et lorsqu\u2019il y a appauvrissement collectif et évasion fiscale des plus riches, le gouvernement se tourne soit vers la classe moyenne (ce qui accélère l\u2019effondrement de son pouvoir d\u2019achat), soit vers les mêmes multinationales qui contrôlent ces marchés pour leur offrir des congés de taxes et des subventions généreuses pour qu\u2019elles créent de l\u2019emploi.Dans tous les cas, cela contribue à diminuer le pouvoir des gouvernements.La multiplication des oligopoles amène donc, par la force des choses, la diminution du pouvoir politique, et donc le phénomène de l\u2019oligopolarchie.La théorie de l\u2019oligopolarchie est donc la suivante : sans une intervention rapide de l\u2019État pour sauver nos marchés économiques majoritairement indépendants, la COVID-19 va accélérer le processus qui les transforme en oligopoles.Comme ces marchés représentent les derniers marchés qui ne sont pas encore des oligopoles, une fois tous les marchés « oligopolisés », l\u2019influence des oligopoles sur les États sera telle que le pouvoir politique ne pourra que se plier à leurs demandes.En effet, les multinationales n\u2019ont ni limites territoriales ni limites d\u2019impôts puisqu\u2019elles 63 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2022 peuvent déménager leurs sièges sociaux dans les lieux les plus favorables.Ainsi, si tous les marchés d\u2019un État sont des oligopoles, l\u2019État ne peut que se plier au règne des multinationales qui contrôlent ces marchés puisque ce groupe d\u2019entreprises détiendra alors le pouvoir économique, pouvant à tout moment délocaliser des productions ou jouer avec les prix en réponse à des décisions politiques défavorables.3 - La santé ou l\u2019économie ?Le gouvernement doit, en temps de pandémie, choisir la santé ET l\u2019économie.Le gouvernement peut très bien, s\u2019il souhaite poursuivre les mesures de confinement actuelles (ce texte n\u2019est ni une critique ni un appui aux mesures sanitaires, ce débat étant tout autre), soutenir les PME à une hauteur suffisante pour garantir leur survie.En effet, même si une aide substantielle aux PME représentait un coût énorme, leur survie rendrait possibles des emplois au salaire équitable et des impôts payés ici par ces entreprises.Bref, le coût pour éviter que ces marchés ne deviennent des oligopoles est plus faible que les pertes à venir si nous les laissons s\u2019effondrer, puis devenir des oligopoles.Sans compter que la survie des PME est désormais essentielle à la survie de notre système économique actuel, particulièrement au Québec où elles tiennent une place importante.4 \u2013 Que faut-il craindre de l\u2019oligopolarchie ?À cette question, la réponse est lourde : il faut craindre une dérive vers une forme d\u2019« esclavagisme économique » si un système d\u2019oligopolarchie est mis en place. 64 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2022 Actuellement en Chine, de nombreuses villes-dortoirs comptent des usines avec des immeubles à logements adjacents.Les travailleurs des usines doivent payer leur loyer et acheter leur nourriture dans des immeubles et des commerces qui appartiennent dans les faits aux mêmes propriétaires que les usines.Au final, une fois le loyer payé, ces travailleurs ont à peine de quoi épargner, et au premier problème de la vie quotidienne, ils s\u2019endettent.Ces travailleurs vivent ainsi dans un contexte d\u2019« esclavagisme économique » puisque concrètement leur salaire leur est enlevé par une structure complexe et tentaculaire où le donneur d\u2019argent (l\u2019employeur) et le repreneur d\u2019argent (le propriétaire des loyers résidentiels et commerciaux) sont les mêmes (des groupes de sociétés détenus par les mêmes intérêts).Le communisme chinois est ainsi devenu en fait un capitalisme sauvage où l\u2019État totalitaire est complaisant envers les multinationales asservissantes.La même dérive pourrait arriver dans l\u2019oligopolarchie.Dans un système qui fonctionne, le gouvernement est en haut de la pyramide du pouvoir et l\u2019entreprise se situe en dessous, au même niveau que les citoyens, étant elle-même une citoyenne corporative.Dans l\u2019oligopolarchie, le groupe d\u2019entreprises qui contrôle les oligopoles est en haut de la pyramide, le gouvernement passant au deuxième échelon et les citoyens restant en bas.Cette dérive mène les oligopoles au pouvoir de manière insidieuse par des influences indues sur les gouvernements.Bref, quand un groupe de multinationales détient trop d\u2019intérêts économiques dans la société, ce groupe verse alors d\u2019un côté des salaires à une masse considérable de gens qui travaillent dans ses entreprises, puis les récupèrent de l\u2019autre côté dans des dépenses de la vie courante que ces mêmes gens doivent assumer pour vivre, dépenses 65 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2022 effectuées dans les entreprises sous son contrôle (étant les seules entreprises vu tous les oligopoles).L\u2019optique d\u2019« esclavagisme économique » n\u2019est alors plus théorique.En effet, si nous extrapolons l\u2019oligopolarchie, sa mise en place pourrait causer l\u2019effondrement de la classe moyenne, ce qui aurait pour conséquence d\u2019anéantir le pouvoir d\u2019achat de celle-ci.Si un groupe d\u2019entreprises est au pouvoir de tous les marchés économiques, il y aura alors collusion et absence de concurrence.De ce fait, les prix seront discré- tionnairement fixés au prix le plus élevé que le consommateur puisse assumer.Avec un tel coût de la vie (salaires en baisse, dépenses en hausse), le travail procurera un revenu à peine suffisant pour assurer le coût de la vie et il sera impossible à proprement dit d\u2019épargner.Évidemment, certains critiqueront le choix du terme « esclavagisme » puisqu\u2019il n\u2019y a ni détention ni contrainte physique ni titre de propriété apposée sur la personne ni empêchement de vivre librement, mais il n\u2019en reste pas moins qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un modèle de vie destiné à faire évoluer les gens dans une « prison dorée de consommation », un asservissement où la vie ne repose, pour une majorité de gens, que sur le fait d\u2019aller travailler et de payer leurs dépenses courantes, le reste du temps cloîtré dans leur domicile afin de ne pas trop dépenser.N\u2019oublions pas que ces multinationales déménagent leurs usines quand un pays ne leur donne pas ce qu\u2019elles veulent, se promènent dans des législatures complaisantes au niveau fiscal et mettent les pays en concurrence pour y établir usines et sièges sociaux1.Actuellement, plusieurs entre- 1 Voir ici à titre d\u2019exemple « L\u2019Amérique se dispute le 2e siège social d\u2019Amazon » dans Le Soleil, 18 octobre 2017 66 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2022 prises ont un chiffre d\u2019affaires qui surpassent même le PIB de certains États2.Bref, certains marchés sont déjà des oligopoles et certains États se mettent déjà à genoux devant ces multinationales oligopolistiques.La théorie de l\u2019oligopo- larchie n\u2019est donc pas loin de la réalité.Conclusion Une société en santé préserve la santé de ses citoyens, mais s\u2019assure aussi de préserver leurs droits et intérêts au-dessus de ceux des lobbys et des multinationales.Le risque d\u2019une dérive dite d\u2019oligopolarchie est réel.Les gouvernements se doivent de prendre les mesures afin d\u2019éviter de laisser glisser tous les marchés vers des oligopoles où les entreprises les contrôlant auront, une fois tous les pouvoirs économiques en main, trop d\u2019influence sur le pouvoir politique.Dans le contexte de la COVID-19, le maintien des mesures sanitaires passe donc par un plan de sauvetage des PME et des entrepreneurs indépendants, et ce, sans plus tarder.Des mesures sanitaires drastiques doivent être accompagnées de mesures économiques drastiques pour protéger les marchés indépendants de la menace oligopolistique.Il en va de la protection de la santé, de la santé économique et de la classe moyenne.Finalement, des systèmes devraient être également mis en place afin de s\u2019assurer que les dirigeants politiques et leurs 2 Voir notamment : https://www.bilan.ch/finance/les_magasins_wal_mart_pesent_plus_ lourd_que_l_economie_suisse https://parismatch.be/lifestyle/mode-mode/283029/en-2018-chanel-a- genere-un-chiffre-daffaires-superieur-au-pib-de-51-pays https://www.journaldunet.com/economie/magazine/1037366-les- groupes-dont-le-chiffre-d-affaires-depasse-des-pib.amphtml/ 67 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2022 conseillers, que ce soit en santé, en finance, en environnement, en emploi ou en économie, soient exempts de tout conflit d\u2019intérêts envers des multinationales.Les systèmes de contrôle actuels semblent clairement dérisoires.u 68 Articles Denis Monière et Dominique Labbé* L\u2019histoire politique du Québec vue à travers la lexicométrieLes historiens pour mieux comprendre le passé cherchent à le découper en périodes plus ou moins cohérentes afin d\u2019identifier les constantes et les ruptures qui marquent l\u2019évolution d\u2019une société.Les critères utilisés pour effectuer ces découpages relèvent bien souvent de l\u2019intuition du chercheur et ne font pas toujours consensus.Récemment, deux historiens ont présenté un nouveau découpage de l\u2019histoire politique du Québec en situant la révolution tranquille entre 1960 et 1983 prétextant que la crise des finances publiques de 1983 avait mis fin à l\u2019ère de l\u2019État providence qui serait à leurs yeux la caractéristique essentielle de la révolution tranquille1.Ce découpage temporel nous a paru discutable parce qu\u2019il ne repose pas sur des critères comparables pour inaugurer et clore la période.Comment établir rigoureusement les débuts et les fins d\u2019une période historique sans procéder de façon arbitraire ?Pouvons-nous appliquer des outils d\u2019analyse empirique susceptibles de faire consensus ?Comme on trouve dans la littérature historique une grande diversité d\u2019interprétation de cette période, nous avons pensé soumettre celle des auteurs d\u2019Une brève histoire de la révolution tranquille à une vérification empirique en procédant à une analyse lexicométrique.1 Voir Martin Pâquet et Stéphane Savard, Brève histoire de la révolution tranquille, Montréal Boréal, 2021.* Politologues. 69 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2022 De façon générale, le raisonnement sous-jacent de la lexico- métrie politique est le suivant : les périodes de changement politique sont attestées par le renouvellement du vocabulaire utilisé par les acteurs politiques pour tenir compte des nouvelles réalités, enjeux et politiques qui caractérisent une période.Pour notre part, nous pensons que si le développement de l\u2019État providence était la marque de commerce de la révolution tranquille, ce phénomène devrait se traduire dans les discours prononcés par les principaux acteurs politiques de l\u2019époque.Ainsi, l\u2019apparition et la disparition des vocables reliés à l\u2019État providence pourraient servir à découper de façon plus objective la période en question.La thématique de la Révolution tranquille Dans une première phase, nous avons procédé à une analyse lexicométrique à partir d\u2019un très vaste corpus des discours des premiers ministres du Québec prononcés sur plus d\u2019un siècle, soit de 1867 à 2015.Grâce à un logiciel de statistiques lexicales, nous avons observé la répartition dans le temps des fréquences de vocables liés à l\u2019État providence qui ont été employés par les premiers ministres québécois.Nous avons retenu pour les fins de cette expérience les syntagmes État providence, ressources et richesses naturelles, politiques sociales, sécurité sociale, social-démocratie et social-démocrate.Force est de reconnaître que le concept d\u2019État providence n\u2019est pas très en vogue chez les premiers ministres québécois qui ne l\u2019utilisent qu\u2019à six reprises : Lesage deux fois, René Lévesque trois fois et Lucien Bouchard une fois2.2 Comme nous raisonnons sur la présence et l\u2019absence de vocables spécifiques afin de situer dans le temps leur emploi, nous utilisons les fréquences absolues. De plus, les corpus de la période qui nous intéresse, soit de 1960 à 2015, sont de tailles assez semblables ce qui nous permet de comparer des effectifs absolus. 70 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2022 La révolution tranquille a aussi été associée à la nationalisation des ressources hydroélectriques mais l\u2019emploi des vocables ressources naturelles ou richesses naturelles n\u2019est pas un marqueur temporel : Lévesque, Parizeau et Bouchard emploient le premier 4 fois alors que Godbout, Duplessis, Lesage et Parizeau emploient le deuxième une fois chacun.Nous avons examiné en plus les usages du concept de politique(s) sociale(s) qui regroupe l\u2019essentiel des politiques qu\u2019on associe à l\u2019État providence.Nous observons que les Premiers ministres québécois se réfèrent au concept de politique sociale à partir du milieu des années 60, que sa fréquence atteint son apogée au début des années 70, durant le premier mandat de Robert Bourassa, mais que son usage décline jusqu\u2019à la fin du mandat de Bernard Landry pour s\u2019effacer par la suite du discours politique.Lesage 19, Bourassa (1) 36, Lévesque 6, Bourassa (2) : 1, Bouchard 4, Landry 2.Si l\u2019on se fie à cet indicateur le champion de l\u2019État providence serait Robert Bourassa (lors de son premier passage au pouvoir) qui deviendrait de ce fait un acteur important de la révolution tranquille.Là encore, la césure proposée par nos amis historiens ne semble pas correspondre à celles observées dans l\u2019analyse des discours gouvernementaux.L\u2019examen du concept de sécurité sociale donne des conclusions qui se rapprochent plus de celles de Savard et Pâquet sans toutefois les confirmer totalement.On constate que l\u2019usage du concept de sécurité sociale dans le discours politique au Québec débute en 1943 sous le gouvernement d\u2019Adélard Godbout qui était alors confronté aux offensives du gouvernement fédéral en matière d\u2019assurances sociales.Il est aussi employé par Maurice Duplessis qui défendait l\u2019autonomie provinciale en matière sociale.Il 71 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2022 n\u2019est donc pas lié à la Révolution tranquille proprement dite même si c\u2019est durant cette période qu\u2019il fait flores : Godbout 4, Duplessis 5, Lesage 36, Johnson 9, Bourassa (1) 18, Lévesque 1, Bouchard 3, Charest 1.Globalement, on remarque que c\u2019est dans les années soixante et soixante-dix que ce syntagme est le plus employé et qu\u2019il tend à s\u2019effacer après 1976.C\u2019est avec la fin du premier gouvernement Bourassa qu\u2019il faudrait donc situer la fin de la révolution tranquille selon cet autre indicateur lexi- cométrique.Cette conclusion diverge de celle des historiens Savard et Pâquet.Nous avons aussi examiné les usages des termes reliés à la social-démocratie qui est employé comme substantif 22 fois dans notre corpus.Le premier à l\u2019évoquer fut Robert Bourassa dans le discours du trône de 1974.Bernard Landry fut le dernier à en faire usage, le 14 juin 2002.Voici le nombre de fois que chacun des premiers ministres de la période l\u2019ont utilisé dans l\u2019ensemble de leurs discours : Bourassa (1) 5, Lévesque 2, Bouchard 14, Landry 1.L\u2019emploi de l\u2019adjectif social-démocrate suit une trajectoire semblable avec un total de 22 occurrences : Bourassa 1, Lévesque 1, Bouchard 13, Landry 7.Si on se fie à cet indicateur, la révolution tranquille ne commence pas en 1960 et ne se termine pas en 1983.C\u2019est Lucien Bouchard qui est le principal porte-étendard de cette idéologie qui a persisté jusqu\u2019au début des années 2000.Quelques citations permettent d\u2019illustrer cette caractéristique de ses discours de Bouchard : « Au Québec, nous faisons le choix conscient de mener une politique social- démocrate\u2026 » (27 septembre 1997).« Nous sommes d\u2019abord et avant tout fidèle à notre conviction social-démocrate »\u2026 (29 novembre 1997). 72 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2022 On pourra toujours rétorquer que les vocables spécifiques choisis comme indicateurs ne sont peut-être pas révélateurs des orientations politiques des gouvernements.Mais la lexico- métrie ne se limite pas au simple calcul des fréquences, cette méthode permet aussi de comparer l\u2019évolution dans le temps de l\u2019ensemble du vocabulaire employé par différents locuteurs afin de montrer statistiquement où se situent les changements significatifs dans l\u2019évolution du discours politique en utilisant non pas des critères externes arbitraires mais en faisant appel à des critères internes au discours lui-même.Le calcul de l\u2019accroissement du vocabulaire permet de mesurer l\u2019afflux de mots nouveaux à travers le temps et de localiser précisément les phases de changement dans l\u2019utilisation du vocabulaire politique.Ainsi lorsqu\u2019il y a un accroissement « anormalement » élevé de nouveaux mots, cela indique un renouveau thématique et lorsque la courbe décline cela indique que le locuteur a tendance à répéter des choses déjà dites antérieurement (par lui ou par d\u2019autres prédécesseurs).Pour repérer les continuités et les ruptures dans un corpus, la procédure consiste à ranger les discours par ordre chronologique puis à mesurer à espaces réguliers, le rythme d\u2019apparition des mots nouveaux.Cela permet de calculer un rythme moyen et de mesurer l\u2019écart entre chacune des observations et ce rythme moyen.Si un point observé est supérieur à ce qui est attendu, c\u2019est qu\u2019en ce point, il est apparu plus de mots nouveaux que ce qui était attendu, ce qui correspond à un renouvellement thématique et, à l\u2019inverse, un point inférieur au rythme moyen signale un épuisement relatif du vocabulaire : l\u2019orateur redit des choses qui ont déjà été énoncées auparavant.Quand débute la révolution tranquille ? 73 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2022 Pour répondre à cette question nous avons effectué une première expérience en comparant l\u2019accroissement du vocabulaire de Maurice Duplessis et celui de Jean Lesage.Ce premier graphique porte sur 176 textes et 398 933 mots.Graphique 1.Croissance du vocabulaire dans les discours de MM.Duplessis (1945-1959) et Lesage (1960-1966).Nombre de vocables nouveaux apparus dans chaque tranche de 500 mots.Discours classés par ordre chronologique, variable centrée et réduite.Pour les deux hommes, on assiste à un apport de mots nouveaux au début de leurs mandats respectifs, suivi par un épuisement rapide chez Duplessis, une stabilisation chez Lesage.Chez Lesage, l\u2019ampleur de la nouveauté est beaucoup plus forte que chez Duplessis à la fin de la guerre.On assiste à une innovation continue pendant les trois premières années (1960-1963) où sont posés les principaux thèmes qui vont dominer la vie politique du Québec pendant près de 40 ans.Puis, il se produit un léger tassement, avec deux reprises significatives (décembre 1964 puis début 1966 pour le lancement de la campagne électorale). 74 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2022 Quand se termine cette « Révolution tranquille » ?Pour répondre à cette question, nous étendons le corpus analysé pour couvrir la période 1960-2013.Ce second graphique porte sur 979 textes et 2 370 570 mots.Comme précédemment, les discours sont classés par ordre chronologique, on compte le nombre de mots nouveaux apparus tous les 1000 mots.Cette observation est rapportée à la tendance moyenne sur toute la période (axe horizontal au milieu du graphique).Graphique 2.Croissance du vocabulaire dans les discours des premiers ministres québécois (1960-2013).Nombre de vocables nouveaux apparus dans chaque tranche de 1000 mots.Discours classés par ordre chronologique, variable centrée et réduite Les deux flèches indiquent les meilleurs ajustements linéaires possibles dans une approche « macro3 ».3 Sur cette méthode : voir Dominique Labbé et Denis Monière, « Segmentation des corpus chronologiques : 143 ans de discours gouvernemental au Québec ». In Bolasco Sergio, Chiari Isabella, Giuliano Luca (Eds). Proceedings of 10th International Conference Statistical Analysis of Textual Data. Rome : Edizioni Universitarie di Lettere Economia Diritto, 2010, Vol 2, p. 805-816. http://hal.archives- ouvertes.fr/docs/00/27/96/64/PDF/LabbeMoniereMots.pdf 75 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2022 La rupture principale se situe début 1999.L\u2019apport de mots nouveaux qui se produit à ce moment concerne essentiellement les contraintes financières et le libéralisme économique.Au vu des discours des premiers ministres québécois, il apparaît donc clairement que la révolution tranquille se prolonge jusqu\u2019à la fin du XXe siècle.La période 1960-1999 est-elle homogène ?La partie gauche du graphique suggère que la « révolution tranquille » n\u2019est pas homogène.On voit se dessiner trois épisodes principaux.Dans la première période qui va de 1960 à 1976, Lesage (1960-1966), Johnson et Bertrand (1966-1970) et Bourassa (1970-76) se situent en continuité fondamentale.La seconde période correspond à l\u2019arrivée au pouvoir du Parti québécois (le 15 novembre 1976), les discours prononcés par René Lévesque créent un événement lexical en introduisant de nouvelles thématiques et de nouveaux enjeux.Ce renouvellement du vocabulaire suit une courbe ascendante jusqu\u2019au début novembre 1979, qui correspond à l\u2019ouverture de la période référendaire puis se stabilise jusqu\u2019au 31 mai 1982 où s\u2019amorce la phase de déclin ce qui correspond grosso modo au rapatriement unilatéral de la constitution canadienne par le gouvernement fédéral et au début de la crise des finances publiques.Ensuite, un déclin continu se produit jusqu\u2019au printemps 1999 où le point le plus bas est atteint.Cela correspond aux gouvernements péquistes de R.Lévesque, J.Parizeau, L.Bouchard et au gouvernement libéral de R.Bourassa (décembre 1985-août 1994).La suite du graphique montre une courte période intermédiaire avec un afflux modeste de nouveau vocabulaire.Cette période correspond au retour au pouvoir du Parti québécois dirigé par Jacques Parizeau, le 12 septembre 1994.Mais son 76 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2022 règne est abrégé par la défaite référendaire du 30 novembre 1995 qui provoque sa démission et son remplacement par Lucien Bouchard qui complète le mandat obtenu en 1994.Le Parti québécois sera réélu en octobre 1998.Dès le début de ce deuxième mandat de Lucien Bouchard se produit une rupture lexicale avec la période antérieure puisqu\u2019on observe un renouvellement majeur du vocabulaire qui traduit l\u2019émergence et la prédominance d\u2019une nouvelle idéologie.On pourrait qualifier ce changement de révolution néo-libérale.On peut conjecturer que s\u2019amorce ainsi un changement dans la conception du rôle de l\u2019État québécois.À partir de mars 1999, la courbe ne cesse de grimper et les écarts de s\u2019accentuer avec de fortes oscillations en fin de période.Cette tendance à l\u2019accroissement rapide du vocabulaire peut aussi s\u2019expliquer par l\u2019arrivée successive à la tête du gouvernement québécois de trois dirigeants en un court laps de temps.Lucien Bouchard annonce sa démission le 11 janvier 2001, il est remplacé par Bernard Landry puis, le 14 avril 2003, par Jean Charest dont les discours le placent dans la continuité de cette révolution néo-libérale.Cette analyse de l\u2019accroissement du vocabulaire permet de repérer les grandes césures historiques et de constater que l\u2019arrivée au pouvoir d\u2019un nouveau parti ou d\u2019un nouveau chef provoque souvent un renouvellement du vocabulaire.Nous avons ainsi situé le début de la Révolution tranquille avec l\u2019arrivée au pouvoir de Jean Lesage en 1960 et la fin entre 1994 et 1999.On peut aussi observer à l\u2019intérieur de cette grande période des phases intermédiaires.Ainsi après une période d\u2019innovation lexicale, il y a eu à partir de 1966 un essoufflement jusqu\u2019en 1976, cette première phase fut suivie par un sursaut en 1977 avec l\u2019arrivée au pouvoir du Parti québécois.Il y a aussi quatre sous-périodes où la tendance à la répétition l\u2019emporte sur le renouveau, Daniel Johnson, Robert Bourassa (à deux reprises) puis Lucien Bouchard 77 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2022 (durant son premier mandat), ce qui suggère que ces trois dirigeants ont poursuivi la ligne politique de leurs prédécesseurs.Il semble donc que l\u2019histoire politique du Québec moderne (après 1960) se divise en deux grandes époques : la première, inaugurée par la Révolution tranquille se termine en 1994 et la seconde s\u2019amorce en 1999 après un interlude de tâtonnements qui va de 1994 à 1999.L\u2019avantage de cette méthode tient au fait qu\u2019elle ne dépend pas de l\u2019idiosyncrasie du chercheur et qu\u2019elle peut être reproduite par d\u2019autres chercheurs.Elle permet aussi des découpages temporels plus précis et surtout plus conformes aux tendances idéologiques qui s\u2019expriment dans les discours politiques.Toute personne intéressée pourra obtenir les mêmes résultats en exploitant la base de données mise en ligne par Cyril et Dominique Labbé à http://lexicometrie.univ-grenoble-alpes.fr/ Nous renvoyons le lecteur intéressé par cette méthode à nos travaux antérieurs dont Les mots qui nous gouvernent4 et Le discours gouvernemental au Canada, au Québec et en France (1945-2000)5.u 4 Denis Monière et Dominique Labbé, Les mots qui nous gouvernement, Montréal, Monière-Wollank Éditeur, 2008. https://www.researchgate.net/publication/44844483 5 Denis Monière et Dominique Labbé, Le discours gouvernemental au Canada, au Québec et en France (1945-2000), Paris Honoré Champion 2003. 78 Articles François Morneau* Le Parti rhinocéros, une certaine ressemblance avec le théâtre de l\u2019absurde « J\u2019ai compris qu\u2019il ne suffisait pas de dénoncer l\u2019injustice.Il fallait donner sa vie pour la combattre ».Albert Camus (Les justes, p.24, Folio n° 477) Nombre de chercheurs scientifiques, autant biographes qu\u2019analystes, nous ont présenté l\u2019œuvre de Jacques Ferron, à la fois ses romans et ses historiettes, ses lettres aux journaux qu\u2019à ses pièces de théâtre.Nous savons que Ferron fut avant tout un auteur très prolifique et qu\u2019il a abondamment écrit sur son peuple.Il a produit plus d\u2019une douzaine de pièces de théâtre de 1948 à 1975.À l\u2019égard de ces multiples créations théâtrales, pourrions-nous dire que Ferron, un peu à l\u2019image de son parti politique, le parti Rhinocéros, s\u2019est inspiré de ce que nous pourrions appeler comme étant le théâtre absurde ?Mais qu\u2019en est-il de cette forme de théâtre ?Le théâtre de l\u2019absurde est un style de théâtre apparu au XXe siècle, à l\u2019époque de la Seconde Guerre mondiale, qui se caractérise par une rupture totale avec des genres plus classiques, tels que la tragédie, la comédie ou la tragi-comédie, rupture qui se traduit par exemple par un manque total de continuité dans les actions ou l\u2019absence d\u2019histoire, comme dans La Cantatrice chauve d\u2019Eugène Ionesco.C\u2019est un genre traitant fréquemment de l\u2019absurdité de l\u2019Homme et de la vie.L\u2019origine de ce mouvement est sans conteste essentiellement liée à la chute de l\u2019humanisme et au traumatisme causé par la * Politologue. 79 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2022 Première Guerre mondiale.Si ce mouvement littéraire s\u2019est inspiré des surréalistes et des dadaïstes, il est radicalement opposé au réalisme1.À ce sujet, l\u2019Encyclopédie canadienne nous dit que la première vague de ce que l\u2019on appellera au Québec le nouveau théâtre trouve ses prémisses dans l\u2019œuvre de Jacques Ferron (Les Grands Soleils, 1958) et de Jacques Languirand (Les Insolites, 1956), lequel est fortement influencé par le théâtre européen de l\u2019absurde.Pour contester les structures sociales, d\u2019autres auteurs s\u2019imprègnent plutôt des mouvements de l\u2019avant-garde qui se manifestent en Europe à la même période.C\u2019est le cas du docteur Jacques Ferron, qui s\u2019intéresse au théâtre politique2.Ce qu\u2019il nous faut retenir, c\u2019est notamment le fait que le début du XXe siècle semble être particulièrement propice au développement d\u2019une littérature de l\u2019absurde en Europe et que ce mouvement s\u2019est imposé également au Québec.En effet, les deux guerres mondiales, ainsi que le krach boursier de 1929, plongent l\u2019homme dans le désarroi, la détresse, et face à un sentiment d\u2019incompréhension du sens de la vie.Les écrivains de l\u2019absurde n\u2019ont plus qu\u2019à trouver une forme de retranscrire sur le papier cette incompréhension générale.Nous retenons également que le théâtre de l\u2019absurde est en rupture totale avec les genres théâtraux conventionnels, comme la comédie ou la tragédie : il crée un nouveau genre.Le théâtre de l\u2019absurde connut son apogée dans les années 1950, mais son influence devait se manifester jusque dans les années 1970.Nous savons que ce type de 1 https://fr.wikipedia.org/wiki/Th%C3%A9%C3%A2tre_de_l%27absurde 2 LAQUERRE, Patrick, Le théâtre politique chez Jacques Ferron, mémoire de maîtrise en études littéraires, Université du Québec à Montréal, novembre 2017, p. 2 80 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2022 théâtre montre une existence dénuée de signification et met en scène la déraison du monde dans laquelle l\u2019humanité se perd.En somme, le théâtre de l\u2019absurde est le théâtre qui pose le problème de la condition humaine.Le théâtre de l\u2019absurde aime traduire une prise de conscience d\u2019une existence, à la fois sans raison, sans cause et sans nécessité, d\u2019une présence au monde qui n\u2019a pas de signification, du gouffre de solitude qu\u2019est chaque vie humaine.L\u2019absurdité des situations, mais également la déstructuration du langage lui-même, ont fait de ce style théâtral un mouvement dramatique à part entière.L\u2019apparente absurdité de la vie est un thème existentialiste que l\u2019on trouvait notamment chez des auteurs comme Jean-Paul Sartre et Albert Camus.Pour plusieurs auteurs, la conviction selon laquelle le monde a un sens fut ébranlée, on prit conscience de l\u2019abîme entre les actes humains et les principes nobles.Le théâtre de l\u2019absurde abolit toutes les conventions, révolutionne la dramaturgie de fond en comble et transforme aussi bien le langage que la scénographie.Le choc produit est comparable à celui causé par les poètes surréalistes.Tout déconcerte dans ce théâtre qu\u2019il convient mieux d\u2019appeler un anti-théâtre : tout réalisme est battu en brèche, l\u2019action est souvent inexistante, le temps est aboli [\u2026]3 Dans son ouvrage, Michel Laurin nous parle notamment de quelques auteurs célèbres qui ont contribué à faire connaître le théâtre de l\u2019absurde.Il mentionne entre autres choses le personnage d\u2019Ubu de l\u2019auteur français Alfred Jarry, qui fut à la fois anticonformiste et provocateur.Il mentionne que les trois dramaturges que sont Alfred Jarry, Roger Vitrac et Antonin Artaud ont arrêté de chercher à donner l\u2019illusion 3 LAURIN, Michel, Anthologie littéraire de 1850 à aujourd\u2019hui, Beauchemin Chenelière Éducation, Montréal, 2007, p. 204. 81 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2022 de la réalité et ont plutôt choisi de mettre en scène l\u2019impossibilité de communiquer et la plus profonde aliénation de l\u2019homme.Ces auteurs excellent à nous donner l\u2019apport du délire créateur.Il va donc sans dire que la dérision côtoie sans cesse l\u2019angoisse dans ce théâtre, que l\u2019absurdité des situations nous est soulignée par le comique.L\u2019absurde n\u2019est pas l\u2019illogisme, ni même l\u2019alogisme, à l\u2019état pur : il faut bien qu\u2019un reste de santé mentale subsiste pour faire paraître la folie et que le chaos ressorte sur un fond quelque peu ordonné4.Mentionnons qu\u2019au Québec, nous avons particulièrement connu un grand auteur dans le théâtre de l\u2019absurde avec la présence de l\u2019auteur roumano-français Eugène Ionesco.Il faut se souvenir que sa pièce légendaire Rhinocéros fut jouée à plusieurs reprises au Québec.Est-ce que celle-ci aurait pu influencer Jacques Ferron ?Beaucoup y voient la dénonciation des régimes totalitaires (nazisme, stalinisme et autres) et celle du comportement grégaire de la foule qui suit sans résister.Ionesco dénoncerait ainsi plus particulièrement l\u2019attitude des Français aux premières heures de l\u2019Occupation, mais aussi le fait que tous les totalitarismes se confondent pour « attenter » à la condition humaine et transformer en monstre le meilleur des hommes [\u2026] Il s\u2019agit d\u2019une satire des comportements humains et du caractère influençable de l\u2019homme confronté à la montée d\u2019une idéologie : il apparaît d\u2019abord qu\u2019un phénomène minoritaire, mais violent entraîne l\u2019incrédulité des habitants qui le rejettent dans un premier temps ; cependant ce rejet est suivi d\u2019une indifférence lorsque le phénomène s\u2019amplifie, les individus commençant à s\u2019accoutumer à ce qui les repoussait (le peuple reste passif devant sa montée en puissance)5.4 Flammarion Laffey, Albert. Anatomie de l\u2019humour et du nonsens, Paris, 1970, p. 116.5 https://fr.wikipedia.org/wiki/Rhinoc%C3%A9ros_(Ionesco). 82 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2022 Ce qui est particulièrement intéressant dans cette pièce, c\u2019est le fait qu\u2019Ionesco dénonce le conformisme.Les thèmes qui caractérisent l\u2019absurde sont multiples, le but étant de démontrer l\u2019absurdité de la vie.Le théâtre de l\u2019absurde est donc la forme la plus vive de la philosophie de l\u2019absurde, directement issue des lendemains de la Seconde Guerre mondiale.La condition de l\u2019homme se révèle fragile et vaine.Dès lors, l\u2019homme doit prendre conscience que sa seule liberté se trouve dans sa révolte et son refus des règles communes.Nous allons voir dans l\u2019extrait qui suit de belles similitudes avec le Parti rhinocéros de Ferron.Elle met en scène une petite ville menacée par la rhino- cérite : une maladie métamorphosant en rhinocéros tous ceux qui, incapables de pensées formelles et d\u2019authenticité, préfèrent se conformer à l\u2019ensemble.Refusant d\u2019assumer leur condition humaine, ils sont transformés en animaux.Un seul parvient à résister, Bérenger, qui incarne le pouvoir de s\u2019assumer et de s\u2019affirmer contre tout ce qui écrase l\u2019être humain6.N\u2019y voyons-nous pas une belle ressemblance avec la philosophie du Parti rhinocéros de Jacques Ferron pour qui, 99 % du peuple canadien-français sont des rhinocéros.C\u2019est pour cette raison que Ferron veut et désire éveiller les consciences pour amener une prise de réflexion sérieuse sur le pouvoir fédéral.Les manuels d\u2019histoire naturelle décrivent le rhinocéros comme un animal de mauvais caractère, à l\u2019intelligence peu développée, au cerveau trop petit par rapport à la masse de son corps, aux colères terribles et à la vue courte : brute absolument stupide et imprévisible au naturel grossier et farouche [\u2026] et marche constamment le nez au vent.Or, prétendent les initiateurs du nouveau parti en question, ce sont là justement, des caractéristiques qu\u2019on retrouve fort généralement dans la nation canadienne-française7.6 LAURIN, Michel, op.cit. page 206.7 JALBERT, Martin, Jacques Ferron, Éminence de la Grande Corne du Parti Rhinocéros, Lanctôt Éditeur, Outremont, 2003, p. 125. 83 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2022 Il nous est facile de constater que la pièce d\u2019Eugène Ionesco a grandement influencé la pensée de Jacques Ferron pour la création de son célèbre parti politique.Pourrions-nous avancer que le célèbre auteur de cette pièce de théâtre fut en quelque sorte le mentor de Ferron, il nous serait en effet possible d\u2019y croire.Nous savons que le Parti rhinocéros a été créé en 1963 par Jacques Ferron, médecin et écrivain aux sympathies socialistes et pacifistes, qui s\u2019est autoproclamé Éminence de la Grande Corne du Parti rhinocéros.Son but était de se moquer du régime fédéral ainsi que du Canada en général, considéré comme une résurgence du colonialisme britannique.Il se serait inspiré de la pièce de théâtre d\u2019Eugène Ionesco8.Rappelons pour fins de compréhension que le parti a choisi le rhinocéros comme symbole en raison du fait que les politiciens ont, selon Ferron et par leur nature, la peau épaisse, se déplacent lentement, ont l\u2019intellect faible, peuvent se déplacer très vite lorsqu\u2019ils se sentent en danger, aiment se vautrer dans la boue et ont une grande corne velue poussant au milieu de leur visage qui obstrue leur vision.Voilà donc le portrait, tel que vu par Ferron, du politicien.Nous pouvons de ce fait mentionner que Ferron a sa manière bien à lui de parler de son peuple.Pauvre peuple, dit la corne émoussée du rhinocéros triste, tu es sot, mais bien excusable de l\u2019être, car tu n\u2019as pas de tête et tu n\u2019as pas de tête parce que tu n\u2019as pas de gouvernement \u2013 ou si peu, une souris blanche, au mieux un rat.Pauvre peuple, tu es pacifique et craintif, bien excusable de l\u2019être, car tu n\u2019as jamais connu la guerre \u2013 ou si peu, quelques maisons brûlées, un champ de bataille transformé en parc (nommé Abraham pour le rejeter dans l\u2019Ancien Testament) ; et la paix a pour inconvénient de rendre pacifique et craintif9.8 https://fr.wikipedia.org/wiki/Parti_Rhinoc%C3%A9ros_(1963-1993).9 JALBERT, Martin, op. cit. page 151 84 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2022 Après avoir regardé le lien du théâtre absurde avec le parti Rhinocéros, nous sommes en droit de nous poser la question suivante, à savoir : est-ce que l\u2019humour absurde moderne répond toujours aux mêmes objectifs que par le passé ?Nous savons que l\u2019humour absurde est proche du non-sens, de l\u2019illogisme.On peut également noter que le philosophe Emmanuel Kant mentionnait que : L\u2019humour naît quand l\u2019esprit perçoit un fait anormal, inattendu ou bizarre, en un mot incongru et qui rompt avec l\u2019ordre normal des choses10.Dans son mémoire de maîtrise en communication, l\u2019auteur Simon Papineau nous dévoile certains faits intéressants lorsqu\u2019il nous dit : À première vue, l\u2019humour absurde moderne peul sembler être un humour désengagé qui prône le « je m\u2019en foutisme », mais je présume qu\u2019il cache une certaine contestation sociale encore plus importante que celle de I\u2019humour corrosif direct, et ce à un 2e ou 3e degré.J\u2019aurais tendance à vouloir définir cette pratique comme étant de la « provocation non affirmée ».J\u2019estime aussi que l\u2019humour absurde actuel est un moyen de « contester », voire critiquer certaines valeurs et modes de pensée en faisant appel à une ironie plus « passive », « indirecte » el parfois inconsciente.De plus, sans être nécessairement métaphysique, cette forme d\u2019humour ramène l\u2019être humain et ses besoins psychoaffectifs, au centre des priorités11.Papineau mentionne également que l\u2019humour absurde chercherait à exprimer le désir de ramener l\u2019être humain à l\u2019avant- plan et à ses angoisses profondes en traitant des grandes 10 BAILLARGEON, Normand, BOISSINOT, Christian, sous la direction de, Je pense donc je ris, Presses de l\u2019Université Laval, Québec, 2010, page 4.11 PAPINEAU, Simon, Ce que cherche à exprimer l\u2019humour absurde moderne québécois.Portrait psychosocial de l\u2019humour absurde au Québec en 2005, Mémoire de maîtrise, Université du Québec à Montréal, septembre 2006, p. 16. 85 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2022 questions existentielles, métaphysiques, tragiques et universelles.Si l\u2019humour est le reflet de quelque chose, l\u2019humour absurde refléterait le chaos social dans lequel nous sommes plongés et où tout peut arriver.Il enchaine en nous expliquant que l\u2019humour absurde viendrait combler un besoin de nouveauté et d\u2019étonnement constant afin de repousser les limites de la « non-pertinence » et de l\u2019illusion du « n\u2019importe quoi ».Il chercherait aussi à défier la logique et le bon sens, à faire rire par plaisir sans message précis ni de deuxième degré.Un humour spontané, qui n\u2019agresse pas et qui ne se leste ni d\u2019intention ou de justification.Aujourd\u2019hui l\u2019humour absurde, c\u2019est-à-dire dénudé de sens, aurait-il sombré dans la vacuité, c\u2019est-à-dire qu\u2019il serait dénudé de contenu ?La question est intéressante puisqu\u2019elle soulève la problématique de vouloir éveiller les consciences face à un problème.Est-ce que l\u2019humour absurde d\u2019aujourd\u2019hui serait toujours une sorte de mécanisme de défense social, une réponse, un état de morosité suite à une agression ou à une désillusion quelconque ?L\u2019humour absurde serait-il toujours une manière de contester ou de riposter en délaissant la scène politique et en se recréant une réalité personnelle, hermétique et plus agréable ?Nous sommes probablement parmi les peuples qui produisent le plus d\u2019humoristes au monde et ça s\u2019explique.Un peuple qui a raté sa révolution, compense par l\u2019humour.Ce n\u2019est pas par hasard que Ding et Dong ont connu un immense succès, tout juste après le référendum de 80.Un peuple fier de lui ne mise pas sur l\u2019humour et surtout pas sur l\u2019humour absurde.L\u2019humour, c\u2019est la réalité.Aux États-Unis, c\u2019est l\u2019humour du quotidien, le cocooning.Après la guerre du Vietnam, c\u2019était l\u2019humour politique12.12 Beaunoyer, Jean, « De Marielle Léveillée à Anita il y a un monde\u2026 de tupperware »,(citation de Marielle Léveillée), La Presse, 26 septembre 1998, p. D1. 86 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2022 Suite à cette citation, il devient intéressant de se demander si l\u2019humour absurde actuel québécois n\u2019a pas pris forme dans un contexte quelque peu semblable.C\u2019est en effet ce qu\u2019affirme Robert Aird, l\u2019auteur de l\u2019histoire de l\u2019humour au Québec, lorsqu\u2019il mentionne que l\u2019humour absurde est né de la défaite référendaire.Désillusionnés, les gens ne voulaient plus entendre parler de politique et ils lâchaient ainsi leur fou.Il faut se rappeler que le théâtre de Ferron en est un orienté politiquement, qu\u2019il vise à dénoncer et à éduquer.Lors de la sortie des pièces de Ferron, il faut se souvenir du contexte politique et social de l\u2019époque.Nous nous rappelons que Ferron avait perdu espoir de voir fonctionner au Canada un fédéralisme dans lequel les deux peuples fondateurs collaboreraient dans le respect.Comme bon nombre de ses compatriotes, Ferron pense que l\u2019autonomisme de Duplessis constitue un obstacle à l\u2019édification d\u2019une société moderne.Dès 1948, dans des lettres qu\u2019il adresse aux journaux, Ferron critique ouvertement les politiques conservatrices de Duplessis et défend des idéaux progressistes (justice sociale, solidarité humaine, etc.) associés aux partis de gauche.Il accuse également les élites cléricales et conservatrices d\u2019orienter l\u2019historiographie nationale.Dans une lettre de 1951, Ferron dénonce l\u2019abbé Lionel Groulx, dont l\u2019idéologie nationaliste sous-tend celle de Duplessis, et l\u2019accuse de valoriser de fausses représentations du pays.Il lui reproche, entre autres choses, de tourner le dos à l\u2019avenir, d\u2019être penché sur un passé [\u2026] qui n\u2019est pas celui de l\u2019histoire et de proposer Dollard des Ormeaux comme un modèle pour les Québécois13.13 LAQUERRE, Patrick, op. cit. page 3 87 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2022 Dans son mémoire de maîtrise, Patrick Laquerre nous mentionne notamment que pour refléter cette prise de conscience nationale et pour rendre compte de cette force nouvelle que constitue le peuple, Ferron s\u2019employait à proposer une forme d\u2019art nouvelle et, à cet égard, son recours au théâtre politique servait bien son ambition de repenser le problème de la représentation en fonction de l\u2019histoire et de la société.En portant sur la scène des gens ordinaires et des marginaux plutôt que des élites, ce type de théâtre ouvrait par conséquent le drame à la description de luttes plus prosaïques et d\u2019actions citoyennes plus proches de la réalité des spectateurs.C\u2019est l\u2019espoir chez Ferron, dans les années 1960, de voir chez ses concitoyens se déployer la conscience d\u2019appartenir à un groupe qui pourrait, avec un minimum de solidarité, prendre en main son destin.En réponse à ce désir bien avoué, nous savons que Ferron éprouvait à la fin de sa vie une certaine désillusion à l\u2019égard de son peuple.N\u2019est-ce pas l\u2019écrivain français Guy Debord qui disait que : « Le spectacle est le mauvais rêve de la société moderne enchaînée qui n\u2019exprime finalement que son désir de dormir ».Nous l\u2019avons vu, le théâtre politique de Ferron servait en quelque sorte à vouloir éduquer le peuple.Nous savons de plus qu\u2019il a toujours détesté le fait qu\u2019un homme puisse prendre le dessus sur un autre pour l\u2019écraser.Il mentionnait d\u2019ailleurs que c\u2019est par la servitude que l\u2019homme devient une âme damnée et qu\u2019un peuple qui compte sur une autre y perd son âme et sa foi.Pour Jacques Ferron, la condition et la dignité de l\u2019être humain sont importantes dans la construction de l\u2019identité.Son théâtre sert de donc de véhicule pour montrer les travers de l\u2019être humain.Comment pourrions-nous expliquer ces travers, certains penseurs peuvent d\u2019ailleurs nous venir en aide à l\u2019égard de cette question. 88 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2022 Thomas Hobbes (1588-1679), soutient que l\u2019humour naît de ce qu\u2019une personne éprouve un sentiment de supériorité devant une autre.Hobbes décrit ce sentiment comme un heureux et soudain « moment de gloire ».Le rire ou le sourire est l\u2019expression de cette satisfaction ressentie devant les carences, les travers et les défauts que l\u2019on constate chez autrui.Le rire, assure Hobbes, ponctue la victoire narcissique que nous procure le spectacle des faiblesses d\u2019autrui14.Nous avons déjà là un premier élément de réponse à savoir que l\u2019homme éprouve un besoin de supériorité sur son prochain.Pour cela, le rire joue, socialement, un rôle important dans la mesure où il contribue à identifier, en les conspuant, des défauts qu\u2019il tente de corriger.À l\u2019égard de tout cela, il nous est en effet possible d\u2019établir des liens entre la philosophie véhiculée par le parti Rhinocéros et celle présentée par le théâtre de l\u2019absurde.Ferron adorait se servir de l\u2019humour pour atteindre et parler à son peuple.Il utilisait ce véhicule pour les sensibiliser et faire en sorte d\u2019éveiller leurs consciences en vue d\u2019atteindre une certaine forme de libération.Son parti politique a beaucoup fait rire, parfois dérangé les bien pensants, mais n\u2019a jamais atteint son objectif, soit celle de libérer son peuple du joug du fédéralisme.u 14 file:///C:/Users/Line/Downloads/9782763710181_extrait.pdf A sein Gau Te TE Y LO Jéputée de Laurentides-Läbelle ?1866 -3091 MH.Gaudreau@parl.qgc.ee wlio 184, rua 3 UT JA Te \u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014 L - = oo Phy Xavier Barsalou-Duval Député de Pierre-Boucher\u2014Les Patriotes\u2014Verchères { = \"BLO = Québécois \\% 1625, boulevard Lionel-Boulet, bureau 202 Varennes (Québec) J3X 1P7 7 Téléphone 450 652-4442 Courriel xavier.barsalou-duvai@parl.gc.ca > Québécois OC oy 7, WI Ten D RY 10 Saint-Jean 1e I FRE] Chambre des commanes 4 4, ~~ PP 100, rue Richelieu, bureau 210 450 357-9100 Saint-Jean-sur-Richelieu, Québec J3B 6X3 christine.normandin@parl.gc.ca A 4 rt Gabriel Ste-Marie Depute federal de Joliette 120, Place Bourget Nord, Joliette gabriel.ste-marie@parl.gc.ca 450 752-1940 \\ @gabrielsmarie www.gabrielstemarie.quebec 000 ue > raté sans compromis, JVI TV & oO l'ihhdépenc LES a, SIMON-P US pe Qu TE | Peni DE SAIAT- AHECHATRE-EET | \u2018 Hagelr A= M D | s I are Chl) a.KE Lt Pierre de Bellefeuille était un homme de culture, de droiture, de lumière et d\u2019élégance.Il était un homme déterminé qui savait ce qu\u2019il voulait et qui ne tergiversait pas.Il était enfin un homme de libertés aussi bien pour lui-même que pour son peuple.Ce livre retrace le parcours intellectuel de ce combattant de la liberté qui a été journaliste au Droit, cadre à l\u2019Office national du film, directeur du magazine Maclean, directeur des exposants à EXPO 67 et député du Parti québécois de 1976 à 1985.Il mérite qu\u2019on se souvienne de lui et qu\u2019on connaisse le cheminement de ses engagements.L\u2019Action nationale Éditeur, 224 pages, ISBN 978-2-89070-047-5 à la boutique de L\u2019Action nationale actionnationale.quebec ou demandez à votre libraire 25$ Les essais publiés au Québec sont lus dans Les Cahiers de lecture de L\u2019Action nationale 3 numéros par année abonnements et achats actionnationale.quebec Lectures Recensions Rachad Antonius et Normand Baillargeon 94 Identité, « race », liberté d\u2019expression.Perspectives critiques sur certains débats qui fracturent la gauche Mathieu Bock-Côté 98 La Révolution racialiste Martin Pâquet et Stéphane Savard 109 Brève histoire de la Révolution tranquille Simon Jodoin 120 Qui vivra par le like périra par le like Livres reçus Lectures 94 Recensions Rachad antonius et noRmand BaillaRgeon Identité, « race », liberté d\u2019expression.Perspectives critiques sur certains débats qui fracturent la gauche Québec, Les Presses de l\u2019Université Laval, 2021, 396 pages Le recueil Identité, « race », liberté d\u2019expression : Perspectives critiques sur certains débats qui fracturent la gauche a beaucoup fait parler de lui à sa sortie en novembre 2021.Dirigé par Rachad Antonius et Normand Baillargeon, ce collectif rassemble des personnalités universitaires, médiatiques et militantes qui s\u2019identifient majoritairement à la gauche, mais qui critiquent vertement le courant woke.En abordant de front des sujets chauds comme la liberté académique, le « mot en N », le politiquement correct et la question identitaire, les vingt auteurs rappellent que le wokisme n\u2019a pas le monopole de la gauche, et qu\u2019il existe un courant progressiste qui tient toujours aux grandes valeurs de raison, de laïcité, de liberté d\u2019expression et d\u2019universalité qui se trouvent au cœur de la modernité.Les Lumières absentes de la pensée woke Parmi les reproches formulés au wokisme, le plus important est sans doute de s\u2019éloigner des valeurs des Lumières qui avaient guidé la gauche historiquement.En rejetant la raison au profit de l\u2019émotion, la nouvelle gauche instaure un 95 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2022 règne du ressenti et de la subjectivité, au détriment d\u2019une objectivité ringardisée et déclarée « oppressive ».Comme le dit Pierre Mouterde, la gauche troque sa position analytique de la société pour une position moralisante, qui la confine à un rôle d\u2019éternelle offensée, sans pour autant proposer des solutions adaptées aux véritables problèmes de l\u2019époque.Christian Boyer soulève quant à lui les racines postmo- dernes du wokisme, qui l\u2019amènent à regarder la science et la raison d\u2019un œil suspect.Si tout savoir est réduit à des relations de pouvoir, alors il n\u2019existe plus de vérité objective sur laquelle s\u2019appuyer pour se comprendre.Il y a dans cette perspective radicale, circulaire et irréfutable une rupture fondamentale avec la modernité, pour entrer dans une régression que conspuent les « progressistes traditionnels » à l\u2019origine de cet ouvrage.La fin de l\u2019universalité Les auteurs d\u2019Identité, « race », liberté d\u2019expression déplorent également le repli particulariste de la gauche woke, laquelle délaisse les grands idéaux d\u2019universalité de la gauche classique pour entrer dans une politique des identités, où les appartenances sont pensées en silos plutôt qu\u2019en commun.Qussaï Samak rappelle avec justesse qu\u2019historiquement, « la gauche s\u2019est donné[e] la tâche et le devoir de défendre et de promouvoir les intérêts civiques, matériels et moraux de la majorité sociale de tout pays » (p.92).Depuis quelques années, un retournement total a eu lieu sur cette question fondamentale, alors que les progressistes ne semblent plus intéressés par le bien commun, les projets collectifs et un Nous rassembleur.Marie-France Bazzo y voit une rupture majeure, peut- être le passage d\u2019une génération à une autre, comme les 96 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2022 affects exploités par le wokisme sont ceux d\u2019une nouvelle cohorte « [formée] au triomphe de l\u2019individu » (p.251).Au contraire de cette nouvelle gauche, tous les auteurs du collectif, sans exception, accordent une grande importance à l\u2019universalité, au rassemblement, au métissage par-delà les tranchées identitaires, et affichent une sincère nostalgie pour les années pas si lointaines où défendre la laïcité et le collectif étaient toujours des valeurs dites de gauche.Faire le jeu de la droite Le reproche qui revient le plus souvent à l\u2019endroit de cette gauche, que bien des contributeurs de l\u2019ouvrage refusent de reconnaître comme telle, est de « faire le jeu de la droite ».En s\u2019attaquant à des valeurs chéries par la vaste majorité des citoyens, le wokisme salirait le nom de la gauche tout entière et pousserait les électeurs dans les bras de la droite.Michel Roche analyse le mépris de classe qu\u2019il perçoit dans le discours woke faisant des classes populaires blanches des « privilégiés » du fait même de leur couleur de peau.C\u2019est avec une telle attitude que les progressistes s\u2019aliènent de plus en plus leurs alliés traditionnels, dit-il.Tous s\u2019entendent pour dire que la critique du wokisme et du politiquement correct ne doit pas être laissée aux conservateurs, sous peine de créer une polarisation qui marginaliserait la gauche politiquement.Ramener la gauche à la raison Entre Duplessis et les wokes, y a-t-il de la place pour une troisième voie ?C\u2019est le pari que font les auteurs d\u2019Identité, « race », liberté d\u2019expression : Perspectives critiques sur certains débats qui fracturent la gauche.Le recueil de Rachad Antonius 97 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2022 et Normand Baillargeon tente de rappeler l\u2019existence de la « gauche traditionnelle », universaliste, rassembleuse et laï- ciste qui se voit de plus en plus marginalisée dans l\u2019espace public dernièrement, au profit d\u2019une nouvelle gauche jugée régressive et en rupture avec les idéaux de la modernité.Il va sans dire que le retour en force de ce courant progressiste calmerait la polarisation qui va en grandissant au Québec, mais qui sait si une telle chose est possible ?Avec des relais médiatiques et politiques importants, le wokisme ne semble pas près de s\u2019effacer de lui-même, et il réclame lui aussi le monopole de la gauche et du progrès.S\u2019il a raison, les auteurs du présent recueil sont de nouveaux conservateurs qui s\u2019ignorent et qui mènent un combat d\u2019arrière- garde en voulant désespérément s\u2019associer à la gauche.Qui a raison ?Seul le temps nous le dira\u2026 Étienne-Alexandre Beauregard 98 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2022 mathieu Bock-côté La Révolution racialiste Paris, Les Presses de la Cité, 2021, 240 pages Dans ce livre publié à Paris, Mathieu Bock-Côté, essayiste extrêmement connu, propose de réfléchir sur un système d\u2019idée spécifique : le racialisme ainsi que sur la mouvance militante de plus en plus large qui en fait un projet de société.L\u2019auteur est de ceux qui croient que les idées ont un très grand impact social et que les systèmes d\u2019idées deviennent parfois des causalités historiques.Cette position n\u2019est pas du tout inhabituelle, elle est même assez commune parmi celles et ceux qui pratiquent la philosophie politique.Si vous désirez comprendre la nature du système communiste, commencez par lire Marx et Engels (et peut être aussi Hegel), puis pour en comprendre les vicissitudes lisez un Hayek, un Kolakowski ou une Harendt.Tout ceci pour dire que, pour Bock-Côté, comprendre les systèmes d\u2019idées et en faire la critique est une tâche des plus importantes, surtout s\u2019ils préparent des projets révolutionnaires, voire totalitaires.Pour être plus précis, certains ensembles d\u2019idées peuvent changer le monde s\u2019ils prennent la forme de projets de société ; toutefois, pour que cela advienne, il faut aussi qu\u2019une avant-garde très résolue s\u2019en empare et cherche à les mettre en œuvre.Pour Bock-Côté, le racialisme est particulièrement inquiétant justement parce que, d\u2019une part, il offre un projet de société frôlant le totalitarisme et, d\u2019autre part, parce que des myriades d\u2019organisations militantes s\u2019en sont emparées un peu partout en Occident.Il se donne pour tâche première de faire une représentation idéale typique pour ses lecteurs francophones 1) du racialisme comme système d\u2019idées et 2) du racialisme comme pratique militante. 99 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2022 Le racialisme comme système d\u2019idées Le cœur de la théorie racialiste, selon Bock-Côté, réside dans l\u2019idée suivante : le poids du colonialisme.Pour comprendre l\u2019état des sociétés actuelles, nous dit la théorie racialiste, il faut considérer le passé colonial du monde occidental.Au cours des siècles passés s\u2019est déployé un projet de conquête coloniale sans équivalent dans l\u2019histoire qui a engendré un système de domination au seul profit de la race blanche.À la base des théories racialistes, il y aurait donc un grand récit, celui du projet colonialiste de l\u2019Occident blanc, mené pour satisfaire son appétit de puissance et de gloire, mais aussi et peut être surtout pour sa plus grande richesse.Ce projet aura été un très grand succès du point de vue de ses instigateurs et aura donné lieu à un type de société entièrement fondé sur la distinction de races, laquelle distinction se maintient toujours malgré les prétentions libérales des uns et progressistes des autres.Même si les empires coloniaux européens ont pratiquement disparu et même si l\u2019esclavagisme a été très largement aboli aux États-Unis, le racialisme soutient que les effets du système racial blanc seraient encore omniprésents et qu\u2019on les observerait tout à la fois dans les structures, les institutions, les mentalités.Lorsqu\u2019il s\u2019agit de comprendre la nature de la société actuelle, j\u2019ai rapidement eu l\u2019impression que le racia- lisme, tel que synthétisé par Bock-Côté, tire largement du marxisme sa matrice conceptuelle.On est en présence d\u2019un ensemble d\u2019idées cohérent où l\u2019histoire occupe une place centrale et se trouve conçue en termes de grands systèmes de domination.Ensuite, les théories racialistes pensent la société en termes de grands blocs collectifs radicalement antagoniques, c\u2019est-à-dire aux intérêts et conceptions du réel 100 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2022 radicalement opposés : dans le cas du marxisme, il s\u2019agissait des classes tandis que, dans le cas les théories racialistes, il s\u2019agira d\u2019entités raciales et ethniques (bien que l\u2019on n\u2019aurait de cesse d\u2019évoquer l\u2019intersectionnalité, la race semble être le seul groupe d\u2019intérêt).Ce rapprochement que je fais ici avec le marxisme est peut- être un peu fort de café, il reste que Bock-Côté insiste : le racisme, pour les penseurs racialistes, est une affaire de système et non une affaire de bonne ou mauvaise volonté individuelle.Et c\u2019est là que le rapprochement avec le marxisme me semble prendre son sens.En voulant extirper, non sans quelques bonnes raisons, la question du racisme du giron de la gestion politique libérale, bien des théoriciens racialistes en sont venus à reprendre la matrice conceptuelle marxiste (souvent nommée théorie de la domination) sans trop s\u2019en apercevoir.On pourrait représenter la gestion libérale du racisme en disant qu\u2019elle est d\u2019abord et avant tout « juridiste » : il s\u2019agissait de reconnaître des droits et d\u2019affirmer l\u2019égalité des uns et des autres ; dans la foulée, bien des responsables politiques ont eu tendance à prétendre que le problème du racisme n\u2019existait plus guère puisque l\u2019on a accordé l\u2019égalité en droits à toutes et à tous (désormais, le racisme n\u2019est plus qu\u2019une affaire d\u2019individus décalés).Face à cela, beaucoup ont opposé le poids de l\u2019histoire et des systèmes : non seulement a-t-on répondu qu\u2019au contraire, la race pose toujours problème, mais on a ajouté qu\u2019elle est dans les fondements mêmes de la société.D\u2019où peut-être l\u2019origine du fameux qualificatif « systémique ».En tout cas, lorsqu\u2019il s\u2019agit de comprendre la société actuelle, la théorie racialiste met en place une série de présupposés éminemment semblables à ce que mettaient de l\u2019avant jadis les tenants du matérialisme historique et bien des moutures de la théorie de la domination : 101 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2022 \u2022 d\u2019abord un holisme dur : les sociétés sont non seulement des systèmes inégalitaires, mais aussi des systèmes de domination dont les ramifications sont omniprésentes (comme chez Poulantzas et Althusser) ; \u2022 les sociétés procèdent d\u2019un déterminisme historique unique et hyperbolique : la place selon la race organise les institutions sociales, détermine les comportements, oriente la psyché dans ses moindres détails (on n\u2019est pas loin du déterminisme de l\u2019infrastructure) ; \u2022 les privilèges dont jouissent les blancs trouvent leur source directe dans l\u2019exploitation des collectivités racia- lisées (sorte d\u2019extraction de plus-value).Bien entendu, on a affaire ici à une représentation idéale typique.Il va de soi que l\u2019auteur est absolument conscient des grandes possibilités de nuances d\u2019un auteur à l\u2019autre.Sur le militantisme En même temps qu\u2019il présente ce système d\u2019idées, Bock- Côté nous décrit les militants qui se sont emparés de la cause racialiste et qui seraient de plus en plus présents partout à travers l\u2019Occident.Ceux-ci, un peu comme les militants communistes du siècle dernier, seraient mus par des convictions fortes : par celle de posséder une extraordinaire supériorité sur leurs opposants, une supériorité à la fois morale et épistémologique ; par la conviction d\u2019être porté par l\u2019histoire ; et aussi par la conviction que l\u2019on peut transformer avec succès les sociétés de fond en comble.Ces militants auraient entrepris de mettre en œuvre un projet politique révolutionnaire, dont le but n\u2019est pas l\u2019intégration des exclus racisés au sein de l\u2019ensemble sociétal qu\u2019est la démocratie libérale (ce qui serait impossible), mais plutôt 102 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2022 d\u2019effacer l\u2019ancien régime colonial blanc.Bock-Côté a beaucoup lu et consacre beaucoup d\u2019illustrations de tout cela : sur la radicalité du projet, sur l\u2019attitude conquérante de bon nombre de militants, sur le fait que les blancs sont vus uniquement comme des ennemis y compris les progressistes sincères.Notre auteur nous avertit bien que nous n\u2019avons pas affaire à de doux réformistes, mais plutôt à des bolcheviks résolus et souvent peu scrupuleux sur le plan de la tactique politique.Une large part du livre est consacrée à cela.Il est question de leurs pratiques discursives agressives qui reposeraient beaucoup sur l\u2019attaque et la déstabilisation de l\u2019adversaire : usage massif de procédés de culpabilisation, attaques ad hominem incessantes, procès d\u2019intention, construction d\u2019hommes de paille.Il est aussi question de leurs pratiques publiques : les opérations de dénigrement systématique dans les médias (tant sociaux que traditionnels) et les milieux de travail ; les campagnes d\u2019oblitération historique ; les pratiques d\u2019intimidation dans les campus universitaires ; le noyautage d\u2019associations.Lorsque j\u2019ai entrepris la lecture du livre, je croyais que le projet qui animait l\u2019auteur était d\u2019abord et avant tout la critique d\u2019un système d\u2019idées politiques.Je pensais être en présence d\u2019un intellectuel qui, depuis un positionnement clairement exprimé et assez classique finalement, ferait la critique de la représentation que se sont faite les théoriciens racialistes de l\u2019histoire des derniers siècles et de la société libérale.Il y a certes beaucoup de considérations de cet ordre dans le livre.Il est clair que Bock-Côté considère que les théoriciens racia- listes ignorent souverainement les vertus d\u2019ouverture et d\u2019intégration de la démocratie occidentale et celles de la nation moderne et qu\u2019il considère comme absolument outrancier le schéma historique avancé par les tenants du racialisme.On 103 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2022 voit bien qu\u2019il n\u2019accepte aucunement le récit de l\u2019Occident blanc qui, tout d\u2019un bloc, sans distinctions de classes ou de situation nationale, aurait conquis et colonisé une grande partie du monde.Je ne crois pas qu\u2019il soit abusif d\u2019avancer que Bock-Côté voit dans le racialisme une forme d\u2019essentialisme fort : le monde blanc dans son entièreté aurait pris naissance dans le creuset du colonialisme et procéderait d\u2019un même déterminisme systémique et culturel.Bock-Côté refuse en outre cette forme de néo-impérialisme qui consiste à tout assimiler à une certaine expérience américaine.Cependant, il ne m\u2019a pas fallu longtemps pour que je voie que c\u2019est d\u2019abord et avant tout la dangerosité de cette mouvance qui préoccupe notre auteur.La dangerosité, on l\u2019a compris, réside pour une bonne part dans la radicalité du système d\u2019idées qui est mis de l\u2019avant et le comportement des militants qui en ont fait un projet ; elle tient aussi au fait que ces idées semblent trouver autant d\u2019accueil chez ceux qui sont pourtant désignés comme ennemis et susciter si peu d\u2019examen critique dans les médias et par les autorités politiques.Pareil projet de réflexion n\u2019est pas sans me rappeler Karl Popper et son célébrissime ouvrage The Open Society and its Ennemies.On se souviendra que le philosophe autrichien et grand théoricien libéral a, à la toute fin de la Seconde Guerre mondiale, écrit un livre virulent sur certains grands projets de société, tel le communisme, qui ont été mis en œuvre en des élans révolutionnaires.Pour Popper, ces projets, bien que développés par des penseurs suprêmement intelligents et fort bien intentionnés, ont donné lieu à de catastrophes sociales.Popper était fort respectueux des motivations profondes qui poussaient un Platon ou un Marx à vouloir transformer complètement les sociétés auxquels ils appartenaient, mais il était par ailleurs absolument horrifié par leurs prétentions de connaissance (celle de vraiment comprendre la société et celle de pos- 104 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2022 séder le grand moyen d\u2019accéder à la vérité) ainsi que par leur absence complète de doute pour ce qui concerne les conséquences des projets de société qu\u2019ils proposaient.Il y a beaucoup de ça chez Bock-Côté : il lance un appel pour l\u2019on prenne la mesure d\u2019un mouvement politique grandissant aux prétentions révolutionnaires.S\u2019il fallait résumer la pensée de Bock-Côté, je dirais qu\u2019il cherche d\u2019abord à nous dire ceci : si vous pensez que les tenants de la pensée racialiste visent l\u2019intégration des minorités au sein d\u2019un espace national plus ou moins recomposé, vous faites preuve de grande naïveté.Leur projet est d\u2019une tout autre nature : celle d\u2019opérer une sorte d\u2019oblitération historique définitive et pour accomplir cela tous les moyens sont bons.Que penser de tout cela ?Une telle prise de position a le mérite de la clarté.Mais que doit-on en penser ?D\u2019entrée de jeu, on pourra se poser des questions sur la valeur du diagnostic de menace à grande échelle.Même si on doit le recevoir ce diagnostic avec beaucoup de considération, on doit en même temps se demander si l\u2019essentiel de la militance antiraciste ressemble à ça ?Je ne sors pas convaincu de ma lecture.Je ne peux m\u2019empêcher de penser que Bock-Côté force vraiment trop le trait.Certes a-t-il raison à maints égards : il existe une théorie racialiste, qui semble éminemment radicale, et il y a des militants qui s\u2019en sont emparés un peu partout en Occident.Mais jusqu\u2019à quel point peut-on élargir la portée de ce constat militance antiraciste ?Jusqu\u2019à quel point est-ce suffisant pour évaluer l\u2019ampleur du mouvement racialiste (la distinction entre antiracisme et racialiste est importante) et de ladite menace ?Par manque de comparaison et de mise en perspective, l\u2019ouvrage ne permet pas d\u2019évaluer l\u2019ampleur de la menace que représenterait la mouvance racialiste. 105 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2022 Bock-côté va plus loin encore : à plusieurs reprises dans son livre, il parle de « révolution ».Il est même dans le titre du livre.Ce mot est tout de même lourd de sens, car il indique qu\u2019un énorme changement est en cours, qu\u2019une cassure définitive se prépare.Je veux bien écouter le plaidoyer de l\u2019auteur, mais je ne puis m\u2019empêcher de comparer.J\u2019ai vécu assez longtemps pour me souvenir des pratiques des groupes d\u2019extrême gauche des années 1970-1980 (les mouvances marxistes-léninistes et trotskistes) : ces groupements ont fait énormément de dommages dans les milieux communautaires ainsi que dans le monde universitaire.On a assisté à beaucoup de turbulence et cela a duré assez longtemps\u2026 Et si on veut vraiment parler de révolution qui se prépare, on soulignera que, dans un passé pas si éloigné, des turbulences encore plus fortes ont eu lieu.Peut-être devrait-on comparer la situation actuelle avec les luttes provoquées par les mouvements communistes en France ou en Italie au sortir de la guerre.Raison de plus pour réserver mon jugement.Je ne peux m\u2019empêcher de me demander ici jusqu\u2019à quel point une démarche de lanceur d\u2019alerte ne conduit pas à forcer le trait ?Est-il possible que suspecter fortement que l\u2019imminence d\u2019une grave menace d\u2019importance induise une sorte de logique de confirmation, c\u2019est-à-dire à procéder par additions d\u2019éléments qui confirment une thèse posée au départ tout en ignorant \u2013 sans forcément le vouloir \u2013 les éléments qui n\u2019y correspondent guère ?Sans compter que l\u2019ancrage épistémologique de Bock-Côté favorise l\u2019argumentation unilatérale.On l\u2019a dit : l\u2019auteur est de ceux qui croient que les idées engendrent le changement, et cela semble affecter sa conception de la démonstration.C\u2019est un peu comme s\u2019il suffisait 1) d\u2019établir l\u2019existence d\u2019un corpus d\u2019idées et 2) de faire valoir qu\u2019un bon contingent de militants s\u2019en est emparé pour considérer que c\u2019est gagné du point de vue de la preuve\u2026 106 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2022 Dans le même temps, je me demande qui Bock-Côté cherche à rejoindre au-delà de la lutte d\u2019idées entre intellectuels.À n\u2019en point douter, il excelle sur ce terrain ! Dans le monde des intellectuels qui s\u2019adonnent aux féroces débats d\u2019idées, on est loin de l\u2019idéal de la conversation d\u2019un Habermas (chacun des protagonistes cherchant à bien entendre l\u2019autre\u2026), on est plus sur le terrain des « dialogues de sourds » (cf.Marc Angenot).En général, on s\u2019adresse d\u2019abord à ceux qui nous ressemblent et qui pensent assez comme nous, alors l\u2019adversaire sert de repoussoir ; ce faisant, on est tout naturellement porté à en rajouter et à atténuer les nuances.Mais que faire des gens qui ne sont pas abonnés aux luttes d\u2019idées et qui n\u2019appartiennent pas à telle ou elle mouvance idéologique ?Nous sommes probablement nombreux à ne pas être trop friands d\u2019essais polémistes, mais à juger nécessaire d\u2019être confrontés à l\u2019occasion à des questions délicates, pour ensuite nous demander jusqu\u2019à quel point telle question est importante malgré tout ce que l\u2019on en dit.Dans un tel cas, il n\u2019est plus du tout évident qu\u2019une argumentation unilatérale (one-sided) puisse convaincre.Il reste que poser la question « jusqu\u2019à quel point la mouvance racialiste constitue-t-elle un problème ?» est légitime et relève même de la prudence.Bien qu\u2019elle soit fort imparfaite, la démocratie occidentale mérite qu\u2019on s\u2019y intéresse et qu\u2019on la défende.En tout cas, on ne saurait jamais tenir pour acquis que son destin soit assuré.Il n\u2019y a pas si longtemps, on a vu la Pologne et la Hongrie basculer rapidement dans l\u2019autoritarisme politique décomplexé.La situation aux États-Unis n\u2019est guère plus rassurante, ai-je besoin de le souligner avec tout ce qui se passe au sein du Parti républicain au cours des dix dernières années et plus largement avec les mouvements de la nouvelle droite antidémocratique.Néanmoins, on a bien vu au XXe siècle que les menaces posées à la démocratie viennent tout autant de gauche que de droite et que l\u2019on peut absolument faire des horreurs à partir de bonnes intentions. 107 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2022 Je ne suis pas en mesure après avoir lu ce livre de me faire une idée définitive ni sur l\u2019état de toutes les mouvances antiracistes ni sur l\u2019ampleur de la menace que représenterait le racialisme.Par contre, je concède volontiers que de très nombreux éléments rapportés par l\u2019auteur sont inquiétants à plus d\u2019un titre et méritent vraiment qu\u2019on y réfléchisse.Ce qu\u2019il nous rapporte au sujet de la rééducation des blancs privilégiés donne froid dans le dos pour qui connait mini- malement l\u2019histoire du XXe siècle.Il en va de même pour le fameux incident sur le « mot en N » à l\u2019Université d\u2019Ottawa : des leaders étudiants ont parlé de White Supremacy plombant l\u2019université alors que le recteur décidait du sort d\u2019une chargée de cours (pourtant tout ce qu\u2019il y a de plus acquise à la cause de la diversité) en moins de 24 heures.Je pense aussi au sort que l\u2019on a réservé à Betty Bonifassi (après sa malheureuse association avec Robert Lepage) ou à Wendy Mesley de CBC.La liste des incidents de ce genre un peu partout en Occident paraît fort longue.Je terminerai avec une remarque sur le rapport entre les majorités et les minorités.Bock-Côté a raison d\u2019insister sur le fait qu\u2019il y a chez passablement de militants de gauche un réel mépris envers ce que représente la majorité, et cela pose un grand problème en démocratie.Il y a plus d\u2019un siècle, John Stuart Mill disait que la tyrannie de la majorité était un des plus grands défis de la vie démocratique, et ce n\u2019était pas sans fondement ; mais je me demande comment, aujourd\u2019hui, la démocratie pourra vraiment fonctionner sur le long terme si de plus en plus de forces politiques décident résolument de nier la légitimité des majorités.À court terme à tout le moins, cela pose un grand problème pour les partis de gauche dont plusieurs ont renoncé à l\u2019idée de « peuple » (au profit de logiques communautaristes).Ce qui est aberrant, car cela a permis à passablement de 108 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2022 mouvements de droite de s\u2019en emparer allégrement.Je commence à penser que bien des mouvements qui s\u2019affichent de gauche contribuent à la droitisation politique de nos sociétés (sans en être la cause première) en s\u2019adressant sans cesse aux majorités blanches sur le ton de la culpabilisation, en n\u2019y voyant que des privilégiés issus des aristocraties colonialistes du passé.Le cas de la France doit être médité : les sondages de précampagne présidentielle indiquent que l\u2019ensemble des gauches représente 20 % alors que celle de toutes les droites fait 50 % (et 80 %.en ajoutant la macro- nie).Ce que l\u2019on a observé au cours des dernières années du côté du NPD et du Parti vert du Canada me semble très révélateur.Ces deux partis paraissent assez incapables de s\u2019adresser avec pertinence à la majorité de leurs électeurs potentiels, et encore de moins aux électeurs du Québec.Martin David-Blais Professeur, Université Saint-Paul 109 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2022 maRtin Pâquet et stéPhane savaRd Brève histoire de la Révolution tranquille Montréal, Boréal, 2021, 276 pages Cet ouvrage se veut à la fois une synthèse et un essai interprétatif de cette tranche de près d\u2019un quart de siècle de l\u2019histoire contemporaine du Québec, soit de la mort de Duplessis le 7 septembre 1959, jusqu\u2019au 16 février 1983 précisément, moment où le PQ oblige les enseignants en grève des collèges et des écoles du secteur public à rentrer au travail sous la menace de fortes sanctions.Pour nos deux auteurs, ce qui caractérise fondamentalement cette période qualifiée de Révolution tranquille, c\u2019est le plein déploiement de l\u2019État-providence québécois.La grève de février 1983 serait le moment précis où le consensus de l\u2019État-providence se brise et l\u2019ère néolibérale débute.C\u2019est le gouvernement péquiste qui, par cette loi, a entraîné ce virage néolibéral, lequel sera poursuivi par le deuxième gouvernement de Robert Bourassa élu en 1985.Ce dernier proposera de réduire l\u2019État et de procéder à une privatisation de certains services publics.Ce déploiement de l\u2019État-providence québécois est conçu comme « la pierre angulaire de l\u2019émancipation des Canadiens français, qui deviennent progressivement des Québécois francophones, et le moment où émerge un tout nouveau sentiment d\u2019appartenance ».Cette politique keynésienne du gouvernement du Québec n\u2019est toutefois pas apparue soudainement, car « certains groupes et acteurs sociopolitiques militant depuis les années 1940 travaillent à la mise en place de cet État-providence au Québec ».Ces « précurseurs » seront bien décrits, particulièrement les projets et réalisations du gouvernement Godbout et des progressistes qui militent depuis les années 1930 pour des réformes sociales.Les auteurs rappellent que « tout au long des années 1960, la grande majorité des responsables étatiques et des lea- 110 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2022 ders d\u2019opinion dans les médias québécois développent une pensée fédéraliste qui revendique plus de pouvoir pour le Québec » (p.155).L\u2019ouvrage met l\u2019accent sur les mouvements sociaux qui annoncent « l\u2019ère des identités » individuelles ou communautaires actuelles et montre comment l\u2019État répond progressivement aux demandes de ces groupes.Pour nos deux auteurs, ce n\u2019est pas la volonté de développer un État national québécois en opposition au mouvement centralisateur canadien qui constituait leur objectif.L\u2019ensemble des politiques sociales québécoises verront ainsi le jour sans que soient mises en valeur les résistances de l\u2019État central qui tient à construire son propre « nation building ».Nos auteurs prennent la peine de préciser « que cet État \u2013 l\u2019État du Québec, que celui-ci soit autonome ou non dans le régime fédéral canadien, conçu et déployé comme un État- providence \u2013 devient un facteur de mobilisation collective » (p.12).Ils mettent donc l\u2019accent sur les politiques et les mesures sociales votées par les gouvernements qui se sont succédé : Jean Lesage, Daniel Johnson, Robert Bourassa et René Lévesque.Elles se déroulent en grand nombre sur un grand tapis rouge sans insistance sur les résistances.Il sera en effet peu question dans cet ouvrage des relations tendues entre Québec et Ottawa.Le débat fédéralisme/sou- verainiste n\u2019étant plus à l\u2019ordre du jour, nos auteurs s\u2019intéresseront peu au rôle du gouvernement fédéral pour contrer les initiatives des divers gouvernements québécois pour élargir sa marge d\u2019autonomie.La question du déséquilibre fiscal entre les ressources du fédéral et celles des provinces et les difficultés de l\u2019État québécois de créer ses propres programmes, que ce soit en santé, en éducation, dans les affaires urbaines, en environnement comme en relations 111 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2022 internationales, sont peu abordées dans cette Brève Histoire.Si la grande majorité des acteurs sociopolitiques adhèrent à la promotion d\u2019un projet de société organisé autour de l\u2019État comme garant du bien commun, c\u2019est d\u2019abord l\u2019épanouissement individuel des citoyens qui passe par le renforcement de l\u2019État comme garant du bien commun, qui est au cœur de ce livre.Dans leur introduction, nos auteurs présentent la Révolution tranquille en trois temps.Le premier « situe » la Révolution tranquille dans le contexte international.On y décrit les grands phénomènes de la modernisation, le virage keynésien adopté ailleurs, la promotion des droits individuels après la Deuxième Guerre et la décolonisation qui influencera également le contexte québécois.Le deuxième temps, le « vivre », présente une lecture à la fois analytique et chronologique de l\u2019expérience des Québécois.Pâquet et Savard y décèlent trois sous-périodes : de 1959 à 1971, avec une insistance sur les années du régime libéral de1960 à 1966 ; c\u2019est la période au cours de laquelle des élites, formées principalement de responsables politiques et de technocrates proposent des réformes « de haut en bas ».La deuxième période, de 1971 à 1975, voit des groupes de citoyens et de citoyennes à l\u2019esprit civique prendre la parole dans un mouvement « du bas vers le haut ».Cette période d\u2019intenses contestations de la part de nouveaux protagonistes dans le champ politique \u2013 militants et militantes de groupes de pression socialistes, féministes, environnementalistes, leaders autochtones ou étudiants, etc.\u2013, donne un nouveau souffle à la Révolution tranquille.C\u2019est le temps des prises de parole et de la mobilisation politique.L\u2019État est confronté à de nouveaux protagonistes et doit en tenir compte, comme l\u2019activisme des Premières Nations, la protection de l\u2019environnement, la lutte contre le patriarcat, la lutte contre l\u2019inéga- 112 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2022 lité de genre, etc.Ils se constituent en groupe de pression.Parmi ces groupes, les femmes sont au premier rang.Puis, les syndiqués et les mouvements étudiants, les artistes et les Autochtones.Dans cette longue liste, on signale au passage la présence de « groupes nationalistes » qui se montrent intransigeants en ce qui concerne d\u2019éventuels changements constitutionnels.Ils sont rapidement présentés à côté des organismes voués à la défense des droits de la personne, principalement la LDH, qui « ont travaillé dix ans, de 1965 à 1975, pour convaincre les gouvernements de reconnaître le principe des droits individuels dans une charte » (p.186).L\u2019importance du traitement de la question des droits de chacun des groupes décrits fait en sorte que l\u2019oppression nationale du Québec et les revendications nationalistes qui étaient centrales à l\u2019époque se trouvent marginalisées, bien que les auteurs ne cessent de signaler leur importance.Dans la troisième sous-période, de 1974 à 1983, on insiste sur le premier gouvernement du PQ qui voit s\u2019opérer une synthèse entre plusieurs groupes revendicateurs de la société civile et le gouvernement Lévesque.La question linguistique est présente au début de cette période avec la contestation de la loi 22 jusqu\u2019à l\u2019adoption de la loi 101 en 1977.L\u2019élection du Parti québécois en 1976 relance la Révolution tranquille.Le projet péquiste satisfait plusieurs militants des mouvements sociaux qui sont aussi des militants engagés au PQ \u2013 par ses mesures économiques favorables aux petites et moyennes entreprises québécoises \u2013 ainsi qu\u2019au mouvement coopératif, par ses mesures plus soucieuses des préoccupations des femmes, son souci des régions et des diverses minorités ethniques et sexuelles.Les droits des homosexuels sont reconnus très tôt dans la charte québécoise des droits, mais, pour les auteurs, l\u2019heure des fissures apparaît avec l\u2019arrivée parmi « les élites définitrices de gestionnaires francophones du secteur privé » (p.201). 113 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2022 On note la sensibilité à l\u2019égard de la concertation et le souci de rétablir la paix sociale, d\u2019où les nombreux sommets socio- économiques.Les auteurs soulignent que l\u2019adoption des lois linguistiques successives transforme la communauté de langue anglaise au cours des années 1970.La question nationale semble ici réduite à une question linguistique.Par exemple, abordant le Rassemblement pour l\u2019indépendance nationale, ils signalent que cette organisation défendait la langue française, alors que son objectif avait évidemment des objectifs plus vastes.À lire Pâquet et Savard, la charte de la langue française de 1977 constitue une solution globale du statut du français au Québec.La campagne référendaire sur le mandat de négocier la souveraineté-association a engendré de profondes divisions au sein de la société québécoise.Le résultat référendaire suscite un renversement complet des rapports de force.Trudeau qui a rejeté les recommandations de la commission Pepin-Robarts en ce qui concerne la dualité canadienne et la décentralisation, devient maître du jeu.Pâquet et Savard considèrent que la Révolution tranquille échoue sous l\u2019effet des fissures dans le consensus sur l\u2019État-providence à deux moments : l\u2019échec du projet d\u2019émancipation politique et économique et l\u2019abandon des idéaux de l\u2019État-providence au profit d\u2019une logique de gestion budgétaire (p.237).La première partie, intitulée « Situer » (p.26 à 82) sur la contextualisation, présente les facteurs qui ont influencé le Québec.On y décrit les États occidentaux qui ont adopté des politiques keynésiennes (création d\u2019entreprises publiques, filet de sécurité sociale, promotion des droits individuels, modernité culturelle).On souligne que la sécularisation du Québec n\u2019est pas un phénomène propre à cette province, « quoique le cas de l\u2019Église catholique romaine est singulier » (p.38).Tous ces changements adoptés ailleurs feront aussi leur apparition au Québec au début des années soixante. 114 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2022 On retient aussi les origines québécoises de la Révolution tranquille.Là aussi, on s\u2019intéresse beaucoup plus aux luttes pour les droits individuels et aux droits spécifiques de chaque groupe revendicateur qu\u2019à la question nationale.Étrangement si les années trente sont évoquées, les acteurs du mouvement nationaliste progressiste qui permettront à Duplessis de s\u2019emparer du pouvoir n\u2019apparaissent pas au tableau.On écrit bien que « les années 1930 connaissent un brassage d\u2019idées » au sujet du rôle que l\u2019État québécois doit occuper dans l\u2019économie et la gestion de la Cité.On montre les mesures du gouvernement Godbout pour augmenter le rayon d\u2019action de l\u2019État québécois, en créant la commission de l\u2019assurance maladie, l\u2019étatisation de la Montreal Light, Heat And Power, le vote des femmes et la fréquentation scolaire obligatoire.Dans la deuxième partie de l\u2019ouvrage, on aborde le premier moment des grandes réformes.Au chapitre 3 intitulé « Le temps de l\u2019État du Québec, 1959-1971 », on présente les élites qui définissent les orientations de l\u2019État québécois en fonction de leurs propres valeurs et intérêts.Ces nouvelles « élites définitrices » proviennent surtout de la nouvelle classe moyenne francophone.Ce sont elles qui « occupent des positions privilégiées leur permettant de définir le bien commun et les choix de société » (p.87).Les auteurs insistent sur le fait que ce sont des réformes qui partent du haut vers le bas.On ne montre pas comment ces mesures de démocratisation du système scolaire, comme la démocratisation de l\u2019accès aux soins de santé, sont depuis longtemps souhaitées par la population.Durant cette première décennie, les citoyens semblent passifs.Pourtant le peuple ne faisait pas qu\u2019appuyer ces mesures lors des élections.Prenons l\u2019exemple de la nationalisation de l\u2019électricité à l\u2019élection de 1962.Les nationalistes s\u2019activaient depuis longtemps à réclamer la fin de la privatisation de ce service essen- 115 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2022 tiel.Comme l\u2019explique Lucia Ferretti, dans une recension récente de cet ouvrage, publiée dans Les Cahiers de lecture de L\u2019Action nationale (Été 2021), « les combats nationalistes dans la société civile, ne sont pas repérés comme ayant participé à la genèse de la Révolution tranquille ».Pâquet et Savard présentent ces « élites définitrices » de la décennie soixante de façon un peu caricaturale, reprenant les écrits du sociologue J.J.Simard pour qui ces technocrates forment : [\u2026] une classe sociale dominante.Celle-ci se serait éloignée des préoccupations des citoyens en détournant les idéaux de la Révolution tranquille et en rendant l\u2019État plus distant, froid, impersonnel.Ils auraient plutôt poursuivi leurs propres intérêts grâce à la détention d\u2019un savoir en matière de planification rationnelle et instrumentale (p.89).[\u2026] ces « élites définitrices » des débuts de la Révolution tranquille sont masculines.Elles forment un monde d\u2019hommes nés avant la Seconde Guerre mondiale qui, pour plusieurs, ont bénéficié d\u2019un système scolaire élitiste et sexiste.Ils ressemblent à ceux étudiés par Christopher Dummitt dans le contexte canadien de la période d\u2019après-guerre : leur conception de la modernité est fortement associée à celle de leur masculinité (p.91).On n\u2019évoque peu le mouvement d\u2019éveil national chez l\u2019ensemble des citoyens ni le rôle des nationalistes progressistes comme Georges-Émile Lapalme ou René Lévesque qui ont rendu possibles ces réformes libérales.On rejette l\u2019interprétation qui montrait bien comment une nation se reconnaît, s\u2019éveille et comment une société se démocratise et se donne des leaders conscients de l\u2019oppression nationale, et les suit dans leur tentative pour changer le statut du Québec, malgré les moyens disproportionnés dont disposent les fédéralistes. 116 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2022 Le mot « national » n\u2019était pas encore devenu suspect.On ne retrouve pas dans ce premier temps de la Révolution tranquille décrit par nos auteurs, ce contexte politique où le débat constitutionnel tenait une grande place, à la veille du centenaire de la constitution en 1967.La demande de changement constitutionnel était souhaitée par une grande partie de la population francophone.Ce récit est sans doute jugé trop près de la mémoire nationaliste et nos auteurs veulent se démarquer d\u2019une telle approche.Le peu de place accordée aux débats constitutionnels, aux conflits avec le gouvernement fédéral et aux mouvements indépendantiste et nationaliste est notable.Le mot indépendance est presque devenu le mot en « i », imprononçable, souvent confondu avec le terme nationalisme ou encore « groupe de pression ».Nos auteurs savent bien que la mémoire collective a retenu certaines dates, comme celles de l\u2019élection de 1962, de la crise d\u2019Octobre 70, de l\u2019emprisonnement des chefs syndicaux en 1972 \u2013 une « bombe » certainement aussi importante que celle de février 1983 ! \u2013 du référendum de 1980 et du conflit Lévesque-Trudeau.Nos auteurs veulent produire une histoire scientifique, en rupture avec cette mémoire nationaliste.Bien sûr, on ne doit pas confondre mémoire et histoire, mais que dire d\u2019un récit en rupture avec la mémoire collective ?Les questions comme l\u2019échec du référendum ou le rôle du premier grand parti indépendantiste \u2013 le RIN \u2013 ou encore le manifeste d\u2019Octobre 70 du FLQ méritaient d\u2019occuper plus d\u2019espace dans cet ouvrage de 276 pages.Ce manifeste de 1970 a certainement eu un impact qui justifiait d\u2019être cité.Et cela nous amène à interroger la conception du fédéralisme des auteurs.Ils parlent beaucoup de l\u2019éclatement de la société démocratique, « consociationnelle », pour reprendre leur jargon, sans trop nous expliquer l\u2019impact du régime fédéral sur la société québécoise.Il semble, à la lecture de cette 117 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2022 Brève histoire\u2026 que le régime fédéral ne soit pas si oppressif puisqu\u2019il a permis à la société québécoise d\u2019importantes réalisations et la mise en place d\u2019un important filet social.L\u2019angle d\u2019approche adopté par Pâquet et Savard accordent une grande place au cours de la période avant 1971 à des questions qui n\u2019étaient pas encore au cœur de l\u2019actualité.Ces enjeux, comme celui du mouvement féministe, ne s\u2019affirment pas avant le début des années 70.Pensons seulement aux revendications autochtones ou aux revendications du mouvement homosexuel.Ces enjeux, qui se manifesteront avec force plus tard, ne sont pas présents si tôt dans l\u2019actualité.C\u2019est la question de l\u2019émancipation nationale québécoise, sous l\u2019angle politique et économique qui était au cœur de ce qui s\u2019est appelé « Révolution tranquille » et que traduisait le slogan « Maîtres chez nous ».Durant la période 1967 à 1974, nos auteurs donnent la parole aux mouvements sociaux issus du bas.Ils écrivent même que « cette période est à placer sous le signe de la contre-culture » (p.137).Mais 1967 était aussi l\u2019époque où les foules faisaient un accueil remarquable au président français Charles de Gaulle et les étudiants comme les militants de groupes populaires ou une frange importante de syndicalistes militaient aussi pour les revendications nationales.Cette génération de féministes était aussi largement nationaliste et indépendantiste.Et les syndicalistes qui organisaient la visite de madame Allende après le coup d\u2019État du Chili de 1973 étaient aussi indépendantistes et pas du tout « ces élites syndicalistes sclérosées ».Même s\u2019il est fait mention de l\u2019émancipation collective à plusieurs occasions dans ce livre, manifestement nos auteurs évacuent ce conflit principal qui marque la période de la Révolution tranquille.Lucia Ferretti, dans sa recension de l\u2019ouvrage, a bien raison d\u2019y mettre le titre « Où est passée la nation québécoise ?» D\u2019abord, retenir une aussi longue période sous l\u2019étiquette 118 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2022 « Révolution tranquille » surprendra les acteurs et témoins de ces années de même que de nombreux historiens, car l\u2019expression a été lancée au début de la décennie soixante pour marquer les premières grandes réformes en santé et en éducation qui étaient en rupture avec la culture politique du duplessisme.Ces changements impliquaient une sécularisation rapide et une transformation administrative importante de l\u2019État québécois, ainsi que des relations de travail.La troisième partie de l\u2019ouvrage aborde le souvenir de la Révolution tranquille.On y donne des exemples d\u2019instru- mentalisation.Elle sert de repoussoir pour certains dès 1985 avec le retour de l\u2019équipe de Robert Bourassa.Et ce sont les promoteurs du néolibéralisme qui sont parmi les opposants les plus hostiles de la Révolution tranquille.Par ailleurs, une certaine mémoire-filiation postule que le bilan de la Révolution tranquille est foncièrement positif.Pâquet et Savard reprochent aux acteurs historiques des quarante dernières années d\u2019instrumentaliser la Révolution tranquille.Mais c\u2019est exactement ce qu\u2019ils font eux-mêmes.D\u2019une part, ils fortifient le projet de celles, parmi les forces sociales actuelles, qui veulent effacer jusqu\u2019à la mémoire du combat national québécois.D\u2019autre part, leur récit vise à ce que les groupes identitaires actuels (Premières Nations et Inuits, environnementalistes, minorités sexuelles LGBT, communautés ethniques\u2026) puissent s\u2019approprier une Révolution tranquille reformatée sur mesure pour eux et se penser comme des acteurs dans cette histoire.En détournant le sens de la Révolution tranquille, ils donnent des racines à un parti comme Québec solidaire.Fait significatif, les auteurs s\u2019étonnent, en analysant la toponymie de cette période, que les noms des premiers ministres recueillent la part du lion (80 mentions pour Jean Lesage et 45 pour René Lévesque) alors que « Exception faite de Billy Diamond, aucune mention des leaders des Premières Nations ne se retrouve dans 119 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2022 la toponymie en 2020 que ce soit Mary Two-Axe Earley, Tumusi Qumak, Andrew Tanakohate Delisle, Max Gros Louis ou Aurélien Gill » (p.254).Faut-il changer le peuple qui a fait la Révolution tranquille ?Bien sûr, il faut comprendre que chaque génération d\u2019historiens cherche à faire voir l\u2019histoire sous son angle de vue ; encore faut-il que les interprétations proposées ne travestissent pas le mouvement de fond de l\u2019histoire qu\u2019on raconte.Malgré la somme importante de faits rapportés et l\u2019effort de synthèse déployé, on sort de cette lecture avec une compréhension assez incomplète de ce qui s\u2019est appelé « Révolution tranquille ».Robert Comeau Historien 120 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2022 simon Jodoin Qui vivra par le like périra par le like Laval, Guy Saint-Jean Éditeur Inc., 2021, 142 pages Je ne connais pas Simon Jodoin.Avant de parcourir son livre et ses réflexions, je ne l\u2019avais même jamais écouté ni entendu dans les médias.Mon milieu de travail, celui des affaires semble à des années-lumière de celui des communications qui est le sien.Mes médias d\u2019affection ne lui donnent pas d\u2019antenne.Pire, le magazine dont il a dirigé la rédaction, le Voir, ne m\u2019a jamais le moindrement intéressé.Lors de mon bref passage au journal Le Quartier libre de l\u2019Université de Montréal en tant qu\u2019étudiant-chroniqueur dans le milieu des années quatre-vingt-dix, je n\u2019ai jamais partagé l\u2019enthousiasme de mes collègues d\u2019alors pour cet éphémère oracle et jadis rédacteur du Voir Jean Barbe (un des prédécesseurs de Jodoin) et j\u2019ai coupé tout lien avec cette gauche montréalaise post-référendaire montante qui allait abandonner le mouvement souverainiste jusqu`à se retourner contre lui.Malgré cette distance, les écrits de Jodoin m\u2019ont interpellé.Un livre court de 140 pages, au ton incisif, mais surtout porteur de réflexions sans solutions toutes faites.Il est fort possible que Simon Jodoin réussisse ce tour de force, celui d\u2019intéresser des gens de tout âge, d\u2019horizons et de croyances diverses.L\u2019histoire qu\u2019il nous raconte, son séjour non sollicité dans la tourmente des médias sociaux et de la calomnie en ligne, donne froid dans le dos et suscitera des réflexions chez le lecteur quant à notre utilisation des médias sociaux ainsi que sur la transformation que la technologie numérique continue d\u2019opérer sur la société.Le livre débute par un simple, mais efficace prologue qui révèle une petite tempête parmi d\u2019autres sur les médias sociaux en 2015.Dans un restaurant de la rue Fleury, une jeune maman avait apporté son propre lait pour son 121 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2022 enfant.La propriétaire du restaurant n\u2019a pas apprécié et son intervention auprès de la mère lui a valu un commentaire cinglant le lendemain sur Facebook.La commerçante lui répondit sur sa page en soulignant son manque de savoir- vivre.Plutôt que de voir mourir cette banale histoire de tempête dans un verre de lait, la plateforme de l\u2019angélique Zuckerberg lui donna une seconde vie, gracieuseté d\u2019inter- nautes s\u2019improvisant justiciers derrière leur écran.L\u2019auteur nous raconte évidemment les dommages énormes pour ce petit commerce tranquille soumis au tribunal en ligne.Et il est fort possible que la cliente en question n\u2019en demandât pas tant.Néanmoins, les petits justiciers numériques qui n\u2019ont fort probablement jamais visité ce restaurant ni rencontré la cliente en question s\u2019en fichent.Leur soif de lynchage dicte les moyens et ne se formalise nullement de la fin.C\u2019est un peu l\u2019histoire que vivra Simon Jodoin et de milliers de personnes victimes de calomnie, de délire en ligne et d\u2019accusations sommaires sans preuve ni même la plus élémentaire des vérifications.Cinq ans plus tard, en pleine crise sanitaire, lors d\u2019un voyage à travers les régions du Québec, Jodoin décide de limiter ses présences devant l\u2019écran et le clavier, comme beaucoup d\u2019humains jadis qualifiés de normaux.Les prises de position emphatiques de quelques têtes brulées du show-business s\u2019improvisant agents de surveillance de santé publique et de distanciation sociale le réconfortent dans son choix.Pourtant, l\u2019auteur se préparait à affronter un « immense tsunami » où des listes d\u2019agresseurs potentiels comme #AgressionNonDénoncée sont mises sur pied, avec comme cible quelques personnalités connues et beaucoup de travailleurs du milieu culturel.Il faudra plusieurs années à notre système de justice pour mettre de l\u2019ordre dans cette liste où les deux tiers des 1553 noms disparurent « comme par magie » pour le dire comme Jodoin. 122 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2022 Toutefois, quelques collaborateurs ou employés de Jodoin au Voir sont identifiés comme agresseurs.Cette liste inclut le toxique et grossier vloggeur Gab Roy, un dossier que Jodoin a mal géré initialement en se méprenant sur les risques entourant sa participation à la plateforme de débats nommée prophétiquement « Trouble Voir » et en décidant d\u2019aller maladroitement s\u2019expliquer à Tout le monde en parle en décembre 2013 alors que le scandale provoqué par son vloggueur aussi immonde que radioactif était à son apogée.Les preuves s\u2019accumulant par la suite, Gab Roy sera condamné en justice.La liste compte aussi un autre employé, un dénommé Julien, qu\u2019on aura accusé à tort et qui peinera gravement à passer au travers de cette crise jusqu\u2019à sa rédemption.Il n\u2019en fallait pas plus pour que quelques chroniqueuses et personnalités se déclarant expertes en communication, et un militant en ligne qui deviendra arroseur arrosé, décident de s\u2019en prendre au « boys club masculiniste du Voir » et à Jodoin lui-même, le qualifiant notamment de « enabler, curator de voileurs, gen X, pédant\u2026 » et donc de mettre en valeur des violeurs.L\u2019omniprésente Judith Lussier en rajouta en savourant qu\u2019on dise enfin « ses quatre vérités » à ce monsieur Jodoin qu\u2019elle dit toxique, sans sensibilité, condescendant et « qui aime mettre de l\u2019avant ses agresseurs ».Tout ceci sans qu\u2019aucun de ces chevronnés professionnels de la communication ne succombe au vieux réflexe occidental de prendre le téléphone et de confronter Jodoin ou du moins d\u2019obtenir une explication de sa part au préalable.Bref, l\u2019auteur de Qui vivra par le like périra par le like doit contempler des dizaines voire des centaines de messages le traitant de « souteneur de pédophiles et de violeurs » sans n\u2019avoir jamais échangé un traitre mot avec ses accusateurs.La cour du roi Pétaud fait figure de progrès face à cette vin- 123 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2022 dicte calomnieuse ostentatoire et exclusivement en ligne.Comme le constate Jodoin, « pour maintenir cette attention et cette autorité, elles doivent marteler des certitudes afin de susciter un engagement immédiat.» Évidemment, l\u2019auteur nous explique avoir été déchiré entre l\u2019option de répliquer à ses accusateurs (numériquement et même légalement) avant de simplement modifier ses paramètres afin de n\u2019autoriser que des amis dans son cercle numérique.On le comprend, il n\u2019avait aucune intention d\u2019activer le piège de ses ennemis en moussant l\u2019affaire et en donnant une légitimité à leur sinistre entreprise.Signe du temps, sa propre fille adolescente l\u2019a convaincu de son choix de rester silencieux, haussant les épaules devant les accusations qui font partie du paysage de son époque.L\u2019auteur constata aussi à la dure que les empoignades entourant les publications et débats au magazine Voir et de sa plateforme « Trouble Voir » pouvaient déborder, mais qu\u2019on était essentiellement en présence d\u2019adversaires exprimant des points de vue différents, même diamétralement opposés.Mais parce qu\u2019on est en 2020, les adversaires se mutent souvent en ennemis, surtout en ligne, et on ne discute pas avec ceux qui fantasment de nous cracher aux visages sur la base de chimères.Puisqu\u2019il est difficile de lutter contre l\u2019histrionisme en ligne, on prie pour que les piles du clavier du malade devant l\u2019écran tombent à plat et que sa maman emmène enfin son ado de trente-cinq ans à l\u2019hôpital le plus près.À travers la description de sa traversée de la tempête, Jodoin se présente comme un homme résilient et déterminé à supporter ses proches collaborateurs.En évitant de s\u2019enfarger dans les détails, il nous décrit avec affection le soutien qu\u2019il apporta à son employé et collaborateur « son ami Julien » en soulignant qu\u2019il croit sincèrement à la réhabilitation et à 124 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2022 la rédemption, des notions absentes en ligne.Jodoin prend également soin de raconter son histoire en évitant d\u2019échafauder un scénario dont il serait le héros solitaire face à une nouvelle religion et à un nouveau système discriminatoire.Même s\u2019il ne peut résister à se demander « d\u2019où ils pouvaient bien sortir, ces mutants idéologiques de l\u2019ère du like, qui se posent en donneurs de leçons, comme si le monde venait de se réveiller d\u2019étonnement aux cris des poètes au toupet dret, des majorettes des algorithmes réparateurs, des balanceuses-de-doux entre deux homélies suintantes de bien-pensance, des intellectuels amphigouriques qui s\u2019inventent des expertises selon la demande et autres sémio- logues de fin de semaine », il préfère étaler les constats, s\u2019inquiéter des effets délétères d\u2019un univers numérique ou la chienlit triomphe trop souvent de la vérité.Il préfère répliquer en commettant un acte aujourd\u2019hui contre-révolutionnaire, celui de réfléchir avant d\u2019écrire.Même si cet essai se veut court, efficace et bien ficelé, j\u2019ai l\u2019impression que Simon Jodoin s\u2019est retenu à certains égards afin d\u2019éviter les accusations de victimite et de prima donna.Il aurait pu tirer parti de son expérience pour élargir la réflexion sur l\u2019utilisation des médias sociaux dans le contexte de la domination de cette nouvelle gauche lyncheuse et assoiffée de scandales et de table rase.La gauche post-réfé- rendaire bien en selle dans des magazines/médias comme le Voir et dans l\u2019industrie du spectacle a simplement été fauchée par une nouvelle génération dans les années 2010.Il suffit de se souvenir du traitement hostile parfois réservé par les leaders du printemps érable aux humoristes vieillissant qui ont voulu surfer sur leur vague.Ou de compter combien ont reproché à Jodoin en ligne d\u2019être un « Gen X er ».Pour cette clique de militants de nouvelle génération, faire table rase et se débarrasser d\u2019un homme de la génération passée avec en prime un profil de patron et un air de 125 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2022 savoir des choses que d\u2019autres ne savent pas, c\u2019est à la fois salivant et hautement symbolique.Et aux premières flèches décrochées en ligne, il n\u2019y a aucun retour en arrière.Et ça ose battre pavillon diversité et inclusion sans même se questionner sur sa dissonance cognitive grave.On pourrait aussi élargir le contexte et ainsi admirer cette révolution numérique en tant que monstre tentaculaire.Après Uber qui a secoué le temple du monde du taxi et dépoussiéré non sans heurts une industrie qui en avait besoin, voilà que le numérique devient l\u2019outil de prédilection pour prendre de vitesse un système judiciaire ne répondant pas aux besoins de victimes réelles et utilisant l\u2019arrêt Jordan pour exhiber son inefficacité catatonique.Le numérique et ses acteurs pourraient-ils aussi bousculer le cantonnement idéologique des grands médias ?Y trouverons-nous des gens pour jouer un rôle de diffuseur de nouvelles réelles par opposition aux grands médias qui semblent souvent fabriquer une nouvelle plutôt que de la relayer ?Ou est-ce que des débats civilisés entre adversaires en ligne pourraient remplacer les ennuyeux débats télévisés à quatre où tout le monde se félicite de penser la même chose ?Revenant sur son rôle de patron, Jodoin décrit longuement sa relation avec son employé Julien qui devint son ami.Pas outillé ni habilité pour aider son employé à faire face à ses démons, l\u2019abus d\u2019alcool et la violence, le rédacteur du Voir a choisi de le supporter comme un ami.Il avait fait la même chose avec Gab Roy au tout début avant que les preuves démontrent que ce provocateur était aussi un agresseur.Quant à Julien, il réussit à le persuader de joindre les Alcooliques anonymes et à mettre de l\u2019ordre dans sa vie.Le retrait du nom de Julien de la liste des agresseurs fut rédempteur.Bien qu\u2019il soit impossible de ne pas saluer l\u2019implication d\u2019un Jodoin sous les feux de la rampe, on peut 126 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2022 s\u2019interroger sur le rôle d\u2019un patron dans ces affaires de problèmes comportementaux d\u2019employés et des éclaboussures conséquentes sur la réputation de l\u2019entreprise.Comprenons-nous, il est tout à fait essentiel qu\u2019un patron aide un employé en détresse, en le référant à des spécialistes, en alertant sa famille ou son équipe RH, lorsqu\u2019il y en a une.Que le patron reste à l\u2019écoute, disponible et empathique.Mais l\u2019employé doit-il devenir « son ami » ?L\u2019entreprise doit-elle être une grande famille ?Car la tâche d\u2019un patron, c\u2019est de mener à bien l\u2019entreprise\u2026 ce qui inclut le mandat ingrat de restructurer l\u2019équipe interne, les partenariats et de parfois licencier des employés.On ne congédie que rarement ses amis, jamais sa famille.Cette absence de verticalité, elle est symptomatique d\u2019une époque qui cherche de l\u2019égalité partout, sans discernement.L\u2019abandon de sa nécessaire distance managériale a compliqué l\u2019aventure de Jodoin, bousillé sa marge de manœuvre et tout ceci aurait pu très mal se terminer pour lui, son employeur d\u2019alors, le Voir et ses employés.En conclusion de son essai, l\u2019auteur lance une série de preuves selon lesquelles il est effectivement un « enabler » (facilitateur) dans le sens positif du terme.Il énumère son travail pour Safia Nolin, Marianna Mazza et de gens de divers horizons.Il oppose ses actions concrètes pour la diversité des idées et des opinions au jacassage inutile de plusieurs à coups de hashtag.D\u2019aucuns hocheront la tête d\u2019une approbation nette en le lisant.D\u2019autres éprouveront une amertume, celle de le voir conclure en se justifiant, en donnant des gages de respectabilité et de conformité à l\u2019Empire du Bien, à plusieurs de ces arroseurs arrosés et commissaires de rencontre, honteusement disparus après avoir fait des ravages à la réputation de gens, sans preuve.Jodoin s\u2019est jeté dans la cage aux lions numériques en écri- 127 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2022 vant innocemment en 2020 « En tout cas, bienvenue dans le monde d\u2019après ».On se souhaite que cet avenir soit autre chose qu\u2019un tribunal numérique où les accusations et la calomnie priment sur la raison.Pascal Leduc 128 Livres reçus Simon Jodoin Qui vivra par le like périra par le like Laval, Guy Saint-Jean Éditeur Inc., 2021, 142 pages Judith LachapeLLe et aLexandre SiroiS 80, 90, 100 à l\u2019heure ! 14 octogénaires et nonagénaires inspirants Montréal, Éditions La Presse, 2021, 204 pages nicoLaS Le dévédec Le mythe de l\u2019humain augmenté Montréal, Écosociété, Collection Théories, 2021, 160 pages aLain deneauLt L\u2019économie psychique.Feuilleton théorique IV Montréal, Lux Éditeur, 2021, 144 pages cLaude La charité L\u2019invention de la littérature québécoise au XIXe siècle Québec, Éditions du Septentrion, Collection Aujourd\u2019hui l\u2019histoire, 2021, 135 pages nadia murray Jean Leloup: le principe de la mygale Longueuil , Les éditions de L\u2019instant même, 2021, 222 pages KhadiyatouLah FaLL (dir.) Djihadisme, radicalisation et islamophobie en débats Québec, Les Presses de l\u2019Université Laval, Collection interculture, 2021, 242 pages 129 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2022 yenny vega cárdenaS et danieL turp Une personnalité juridique pour le Fleuve Saint-Laurent et les Fleuves du monde Éditions JFD, 2021, 528 pages oLivier Lemieux Genèse et legs des controverses liées aux programmes d\u2019histoire du Québec (1961-2013) Québec, Les Presses de l\u2019Université Laval, 2021, 186 pages pierre anctiL Antijudaïsme et influence nazie au Québec.Le cas du journal L\u2019Action catholique (1931-1939) Montréal, Les Presses de l\u2019Université de Montréal, 2021, 446 pages chriStian rioux Chroniques du monde qui vient Montréal, Les éditions du Boréal, Collection Paiers collés, 2021, 280 pages yvan Lamonde Émonder et sauver l\u2019arbre Montréal, Leméac Éditeur, Collection Phares, 2021, 168 pages marie-héLène voyer L\u2019habitude des ruines.Le sacre de l\u2019oubli et de la laideur au Québec Montréal, Lux Éditeur, 2021, 214 pages andré Binette Le Québec et ses nations: Réflexions sur la relation entre les nations autochtones et québécoises Montréal, Éditions du Renouveau québécois, 2021, 216 pages rachad antoniuS et normand BaiLLargeon Identité, «race», liberté d\u2019expression.Perspectives critiques sur certains débats qui fracturent la gauche Québec, Les Presses de l\u2019Université Laval, 2021, 396 pages 130 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2022 Simon-pierre Beaudet Ils mangent dans leurs chars.Chroniques du troisième lien et de la fin du monde Moult Éditions, 2021, 242 pages manon Leriche et JuLeS FaLardeau Album Falardeau Montréal, VLB éditeur, 2021, 304 pages JacqueS Beaumier Liberté dévoyée, démocratie embâclée, peuple égaré Jacques Beaumier, 2021, 446 pages 4 ag Square La librairie du i Carré Saint-Louis ju] 11 453 FG Ay hy Inf@libraiedusquaire.com Ourremant 1061 avenue Bernard Gs #10 ARR RP outremonr@tibrairiedusquaze.Com Indépendante d\u2019esprit Poésie | Théâtre PR Rae ET L\u2019Acte d\u2019union: la deuxième conquête Avec l\u2019Acte d\u2019Union de 1840, nous avons été provincialisés et annexés en tant que nation minoritaire à une nation étrangère.Les actes de ce colloque tenu en 2015 présente les conférences de Josianne Lavallée, André Poulin, François Deschamps, Mylène Bédard, Lucille Beaudry, Robert Comeau, Danic Parenteau, Stéphane Kelly, Denis Monière et Guy Bouthillier.232 pages De Gaulle 1967 : Vive le Québec libre ! Actes du colloque commémoratif sur les retombées de la visite du général de Gaulle au Québec en juillet 1967 organisé par la Société du patrimoine politique du Québec (SOPPOQ).Avec les contributions de Maxime Laporte, Guy Bouthillier, Jean- Paul Bled, Denis Monière, Éric Bédard, Gaël Nofri, Samy Mesli et Philippe de Saint Robert.224 pages Nos numéros spéciaux 17,25$/ch.(taxes et expédition comprises) à la boutique internet actionnationale.quebec deviennent des références ! Maurice Séguin : le sens de l\u2019héritage Actes du colloque commémorant le 100e anniversaire de naissance de l\u2019historien Maurice Séguin.Denis Monière présente ce dossier qui rappelle les principes fondamentaux de l\u2019École de Montréal dans ce numéro constitué d\u2019analyses d\u2019historiens et de sociologues : Jean Lamarre, Yvan Lamonde, Robert Comeau, Bruno Deshaies, Félix Bouvier, Josiane Lavallée, Robert Laplante et Nino Gabrielli.224 pages OCTOBRES Octobre 2020 marquait deux anniversaires importants: le cinquantième des événements d\u2019Octobre 1970 et le vingt-cinquième du référendum de 1995.Des révélations nouvelles sur le premier et des rappels nécessaires sur le second ont donné naissance à ce riche numéro avec les contributions de Denis Monière, Guy Bouthillier, Marc Laurendeau, Yves Vaillancourt, Ivan Carel, Bernard Dagenais, Robert Comeau, Daniel Turp, Guy Lachapelle, Serge Cantin, Louis Fournier, Louis Gill, Céline Philippe, Norman Delisle, Robin Philpot, Gilbert Paquette, André Véronneau, Renaud Lapierre et Jean Chartier.224 pages 17,25$/ch.(taxes et expédition comprises) Par la poste : L\u2019Action nationale, 82 rue Sherbrooke Ouest Montréal, (Québec) H2X 1X3 Votre date d\u2019échéance Votre numéro d\u2019abonné Prévenez le coût ! Vous pouvez payer votre abonnement \u2022 par la poste (chèque et cartes de crédit*) ; L\u2019Action nationale 82, rue Sherbrooke Ouest Montréal (Québec) H2X 1X3 \u2022 par téléphone (cartes de crédit*) ; 514 845-8533 ou 1 866 845-8533 \u2022 par la boutique internet** action-nationale.qc.ca Paiement direct avec votre avis de renouvellement Vous pouvez maintenant inscrire la Ligue d\u2019action nationale parmi vos fournisseurs dans votre compte chez Desjardins et les autres institutions participantes.Votre avis de renouvellement indique votre numéro d\u2019abonné vous permettant de vous identifier et de payer directement votre abonnement au guichet ou par internet.Chaque abonné est important pour nous.* VISA et MASTERCARD acceptées ** VISA, MASTERCARD ou de votre compte PAYPAL Paiement numérique Saisissez votre adresse de courriel ou votre numéro de téléphone mobile pour commencer Payer avec Paypal Adresse de courriel ou numéro de téléphone mobile Suivant Adresse de courriel oubliée ?Payer avec une carte de débit ou de crédit 90,00 $ CAD Virement interac Vous pouvez payer votre abonnement par virement interac en expédiant votre paiement à revue@action-nationale.qc.ca La réponse à votre question devra être votre numéro d\u2019abonné.Boutique internet Les abonnés qui renouvellent leur abonnement par la boutique internet doivent remplir le formulaire et peuvent payer directement avec leur carte de crédit ou de débit (il n\u2019est pas nécessaire d\u2019ouvrir un compte PayPal).Compte fournisseur Vous pouvez renouveler votre abonnement directement de votre compte bancaire en inscrivant la « Ligue d\u2019action nationale » parmi vos fournisseurs (comme Hydro-Québec, Vidéotron, etc.) avec votre nom et votre numéro d\u2019abonné.C\u2019est la solution de paiement la plus économique. Connexion abonnés ?Le site internet de L\u2019Action nationale met systématiquement en ligne les articles qui paraissent dans la version papier de la revue.Les articles parus dans l\u2019année ne sont cependant pleinement accessibles qu\u2019aux abonnés de la version papier.En activant la « connexion abonnés », nos abonnés ont accès à tous les articles du site.Pour vous inscrire à cette option gratuite de l\u2019abonnement papier, il vous suffit de communiquer avec nous par courriel ou par téléphone.revue@action-nationale.qc.ca 514 845-8533 ou 866 845-8533 L\u2019Action 819 397-4920 gfb1570@outlook.com Legs et dons planifiés Les dons planifiés constituent un apport essentiel pour un organisme comme la Ligue d\u2019action nationale ; tous les dons qu\u2019elle reçoit sont d\u2019une grande importance puisqu\u2019ils permettent d\u2019offrir à nos abonnés une revue de qualité, et ce, sans s\u2019éloigner, même avec plus d\u2019un siècle d\u2019existence, de sa mission.Qu\u2019est-ce qu\u2019un don planifié ?Les dons immédiats, ceux qui sont mis à la disposition de la Ligue d\u2019Action nationale dès qu\u2019ils sont faits et les dons différés, dons destinés à être remis à la Ligue d\u2019Action nationale à une date ultérieure (ex.: dons testamentaires, d\u2019assurance-vie, fiducie testamentaire, etc.) Vous avez peut-être une police d\u2019assurance-vie de quelques milliers de dollars à laquelle vous avez souscrit il y a plusieurs décennies et qui pourrait être cédée à L\u2019Action nationale sous forme de don planifié et contribuer ainsi à la pérennité de la revue.Les dons planifiés font partie intégrante de la planification financière et successorale.Ils peuvent prendre diverses formes, et l\u2019avis d\u2019un planificateur financier professionnel pourra vous aider à choisir l\u2019option la plus avantageuse pour vous.Si dans votre testament vous nommez la Ligue d\u2019Action nationale comme bénéficiaire, faites-le-nous savoir afin que nous puissions vous manifester notre reconnaissance.Si vous désirez effectuer un don planifié à la Ligue, nous pourrons vous remettre un reçu pour dons.Contactez-nous si vous avez besoin des conseils du planificateur financier professionnel de la Ligue d\u2019Action nationale.Ligue d\u2019Action nationale \u2013 Programme de dons planifiés a/s de Jacques Martin 82, rue Sherbrooke Ouest Montréal (Québec) H2X 1X3 L\u2019Action en héritage In Memoriam Ghislaine Raymond et Paul-Émile Roy Paul-Émile Roy, précieux collaborateur de L\u2019Action nationale pendant de nombreuses années, est décédé en 2019 laissant à sa femme Ghislaine Raymond le soin de gérer son héritage et le legs qu\u2019il souhaitait faire à la revue qu\u2019il aimait.Au décès de madame Raymond en 2021, sa succession nous a fait parvenir ce legs qui a été transféré à la Fondation Esdras-Minville dont la mission est de soutenir la revue à long terme.N\u2019oubliez pas que votre legs doit être fait à la Ligue d\u2019action nationale 82, rue Sherbrooke Ouest Montréal (Québec) H2X 1X3 pour être considéré comme un don à un organisme d\u2019éducation politique reconnu (EOP/002). taBLeau d\u2019honneur deS donateurS et LégataireS de La Ligue d\u2019action nationaLe Plusieurs personnes nous ont laissé des legs ou des dons qui permettent d\u2019assurer la pérennité de la revue L\u2019Action nationale depuis maintenant 100 ans.C\u2019est la Fondation Esdras-Minville qui gère le patrimoine dédié à la revue, mais pour l\u2019obtention d\u2019un reçu pour fins fiscales, il faut libeller les dons et les legs à la Ligue d\u2019action nationale.Nous exprimons notre gratitude à nos généreux mécènes par une mention à perpétuité à ce tableau d\u2019honneur qui fait état du cumul des dons et des legs.Pierre Karl Péladeau Hector Roy \u2020 grandS BâtiSSeurS de 25 000 $ à 49 999 $ Gabriel Arsenault Dominique Bédard \u2020 Bernard Lamarre \u2020 Bernard Landry \u2020 Isabelle Laporte Bryan L\u2019Archevêque Jacques C.Martin Paul Mainville \u2020 Michel Moisan Ghislaine Raymond \u2020 Ivan Roy Cécile Vanier \u2020 BâtiSSeurS de 5000 $ à 24 999 $ BâtiSSeurS émériteS plus de 50 000 $ François Beaudoin Gaston Beaudry \u2020 André Véronneau memBreS BienFaiteurS Robert Ascah Robert Auclair André Baillargeon Jacques Baillargeon Jean-François Barbe Luc Bertrand Antoinette Brassard Jacques Cardinal Paul Carrier Jean-Paul Champagne Roch Cloutier Bernard Courteau Guy Cormier Normand Cossette Richard Côté Benoit Dubreuil André Dubuc Richard Dufresne Harold Dumoulin Lucia Ferretti Christian Gagnon Jean-Pierre Gagnon Marcel Gaudreault André Gaulin Yvon Groulx \u2020 Marcel Henry Benoît Houde Gérard N Houle Marcel et Hélène Jacob Henri Joli-Cœur Marc Labelle Georges Lacroix Isabelle Lamarche Gérald Larose Isabelle Le Breton Maurice Leboeuf Richard Leclerc Laurent Mailhot \u2020 Pauline Marois Cécile Martin Marcel Masse \u2020 Yves Michaud Estelle Monette \u2020 Lucie Monette Denis Monière Réjean Néron Reginald O\u2019Donnell \u2020 Gilbert Paquette Hubert Payne Gilles Pelletier \u2020 Réal Pilon Alain Prévost Richard Rainville Antoine Raspa René Ricard Paul-Émile Roy \u2020 Hélène Savard-Jacob Ginette Simard Denise Simoneau Rita Tardif Frédéric Thériault Robert G.Tessier \u2020 Marcelle Viger Florent Villeneuve André Watier 1500 $ à 4999 $ Fernand Allard Patrick Allen \u2020 François-Albert Angers \u2020 Gaston-A.Archambault \u2020 Jean-Paul Auclair \u2020 Paul Banville Claude Belec Yvan Bédard \u2020 Jacqueline Claire Binette Henri Blanc René Blanchard Réjane Blary Charles Eugène Blier Gilles Blondeau Charles Eugène Blier David Boardman Yvon Boudreau Gaétan Breault Marcelle Brisson Henri Brun Édouard Cadotte Jean-Charles Claveau Robert Comeau George Coulombe Louis-J.Coulombe Fernand Couturier Paul De Bellefeuille Gérard Deguire Jean-Jacques Delisle Richard Dufresne Bob Dufour Yves Duhaime Marcel Fafard Nicole Forest Lynn-Ernest Fournier Jean-Claude Gagnier Raymond Gagnier Léopold Gagnon Paul A Garneau Romain Gaudreault Henri-F.Gautrin \u2020 Claude Ghanimé Yves Gilbert Pierre Gosselin Paul Grenier \u2020 Michel Grimard Yvan Hardy Guy Houle Pierre André Julien Germain Jutras Pierre Lacombe Raymond Laflamme Lucie Lafortune \u2020 Anna Lagacé-Normand \u2020 Gisèle Lapointe Roger Lapointe Alain Lavallée Germain Lavallée Denis Lazure \u2020 André Leduc Maurice Leduc Pascal Leduc Gérard Lefebvre Émile Lemaire Jacques Libersan Pierre Lincourt Clément Martel Clément Mercier Yvon Martineau \u2020 Roger Masson Serge Ménard Monique Michaud Daniel Miroux Lise Monette Louis Morache Rosaire Morin \u2020 Gilles Ouimet Jacques Parizeau \u2020 Hélène Pelletier- Baillargeon Claude Pilote Fernand Potvin Arthur Prévost \u2020 René Richard \u2020 Dominique Richard \u2020 Jacques Rivest Jean-Denis Robillard Louis Roquet Pierre-Paul Sénéchal Michel Taillefer Réjean Talbot Claudette Thériault Serge Therrien François C Thivierge Marcel Trottier \u2020 Réal Trudel Denis Vaugeois Claude-P.Vigeant Madeleine Voora cLuB deS 100 aSSociéS 1000 $ à 1499 $ Liberté d\u2019expression L\u2019Action nationale ouvre ses pages à tous ceux et à toutes celles que la question nationale intéresse.Respectueuse de la liberté d\u2019expression, elle admet les différences qui ne compromettent pas l\u2019avenir de la nation.La rédaction assume la responsabilité de tous les titres d\u2019articles, mais les auteurs restent responsables du contenu de leurs textes.Rédaction Un article soumis sans entente préalable peut varier de 1500 à 3000 mots alors que le compte-rendu d\u2019un livre compte généralement de 1000 à 1500 mots.Les textes sont reçus par internet.Le texte vulgarisé est la forme d\u2019écriture souhaitée.Index Les articles de la revue sont répertoriés et indexés dans « L\u2019index des périodiques canadiens » (1948-2002), dans « Périodex » depuis 1984, dans « Repères » publié par SDM Inc.et à la Bibliothèque nationale du Québec depuis 1985.Les numéros de L\u2019Action française et de L\u2019Action nationale de 1917 à 2013 sont numérisés et accessibles dans le site de la BAnQ.Reproduction La traduction et la reproduction des textes publiés dans L\u2019Action nationale sont autorisées à condition que la source soit mentionnée.Mise en page et infographie Sylvain Deschênes Impression Marquis imprimeur L\u2019Action 143 Ligue d\u2019action nationale Président Christian Gagnon Vice-président Pierre Serré Secrétaire Alexis Tétreault Trésorier Robert Ladouceur Conseillers Denis Monière Isabelle Le Breton Martine Ouellet Ex Officio Robert Laplante Membres Djemila Benhabib Mathieu Bock-Côté Nicolas Bourdon Robert Comeau Claude Coulombe Myriam D\u2019Arcy Jules Gagné Mathieu Gauthier-Pilote Léolane Kemner Philippe Lorange Jacques C.Martin Gilbert Paquette Danic Parenteau Guillaume Rousseau Patrick Sabourin Simon-Pierre Savard-Tremblay Gilles Toupin Membres honoraires Christiane Bérubé, Nicole Boudreau, Guy Bouthillier, Jacques Brousseau, Hélène Chénier, Lucia Ferretti, Léo Jacques, Delmas Lévesque, Yves Michaud, Pierre Noreau, Roméo Paquette, Hélène Pelletier-Baillargeon Membres émérites René Blanchard, Jean-Charles Claveau, Henri Laberge, Jacques-Yvan Morin Mission La Ligue d\u2019action nationale est l\u2019éditrice de la revue L\u2019Action nationale.Sa mission est d\u2019être un carrefour souverainiste où se débattent les aspirations de la nation québécoise comme collectivité de langue française suivant une tradition de réflexion critique, d\u2019indépendance et d\u2019engagement, à partir des situations d\u2019actualité qui renvoient aux enjeux fondamentaux de notre avenir collectif. Tarifs 2022 (taxes et expédition comprises) L\u2019Action nationale 82, rue Sherbrooke Ouest Montréal (Québec) H2X 1X3 Téléphone : 514 845-8533 sans frais, 1 866 845-8533 Pour nous joindre par courriel revue@actionnationale.quebec www.actionnationale.quebec ISSN-0001-7469 Dépôt légal : Bibliothèque nationale du Québec Périodicité : 10 numéros par an L\u2019Action nationale est membre de la SODEP www.sodep.qc.ca Paiement par chèque ou carte de crédit VISA ou MASTERCARD \u2022 paiement internet sécurisé dans notre site \u2022 par la poste \u2022 par téléphone Paiement de votre compte bancaire (renouvellement d\u2019abonnement) \u2022 chez Desjardins et dans les institutions financières participantes 1 an 2 ans 10 numéros 20 numéros Abonnement 95 $ 170 $ (78,28 $ + taxes) (130,46 $ + taxes) Abonnement de soutien 195 $ 325 $ Étudiant 60 $ 100 $ (47,84 $ + taxes) (78,28 $ + taxes) Institution 160 $ 250 $ (130,46 $ + taxes) (208,74 $ + taxes) Autres pays 160 $ 275 $ Abonnement PDF 60 $ 100 $ (52,18 $ + taxes) (86,97 $ + taxes) TVQ 1012563392 TQ0002 TPS 11901 9545 "]
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