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Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Septembre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
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L'action nationale, 2022-09, Collections de BAnQ.

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[" L \u2019 A C T I O N N A T I O N A L E \u2013 v o l u m e C X I I , n u m é r o 7 \u2013 S e p t e m b r e 2 0 2 2 volume CXII numéro 7 SEPTEMBRE 2022 envoi de publication N° de la convention 0040012293 L\u2019Action Septembre 2022 Vol.CXII, no 7 L\u2019Action Veille d'élections 978-2-89070-061-1 En couverture Lorraine Carpentier Bazar Masson Sérigraphie numérique, 24 po X 36 po Cette œuvre de Lorraine Carpentier fait partie d\u2019une série nocturne intitulée « Cinq heures du matin » qui explore avec un regard empreint de tendresse divers lieux et aspects de la vie montréalaise.Mais le véritable sujet de cette sérigraphie, un mélange de photographie et de peinture numérique, porte sur le travail pictural comme tel ; la recherche des nuances lumineuses, du chatoiement des surfaces et des subtilités de la couleur dans les profondeurs de la nuit hivernale.Véritable prouesse technique (notamment les noirs d\u2019une intensité de velours), l\u2019estampe vibre et fait éclater le silence de la nuit.Originaire de Montréal et vivant aujourd\u2019hui à Champlain sur les bords du Saint-Laurent, l\u2019artiste a longuement exploré la photographie dans les années 70.Elle a fait des études en arts plastiques à l\u2019UQAM et elle a contribué par la suite à mettre sur pied en 1999 le département de Cinéma d\u2019animation du Cégep du Vieux-Montréal où elle a enseigné jusqu\u2019en 2016.C\u2019est en 2010 qu\u2019elle a commencé à explorer les infinies possibilités de la photographie numérique.À titre de spécialiste du cinéma d\u2019animation, Lorraine Carpentier a fait partie du jury du festival du film Fantasia 2018.Elle a exposé ses œuvres picturales dans des maison de la culture (Marie Uguay et Lachine) et autres lieux publics.L\u2019artiste ne limite pas son travail exploratoire à la sérigraphie.Elle peint également sur papier et sur toile, « avec ou sans pinceau, précise-t-elle, avec des outils non conventionnels, dessiner avec une efface, peindre avec des bouts de tissus, utiliser l\u2019aquarelle non diluée, mais dans toute son épaisseur, pour faire ressortir la valeur chromatique des pigments, tracer noir sur blanc à l\u2019encre de chine pour affirmer la ligne, explorer la juxtaposition des couleurs pour en expérimenter la vibration produite, trouver la ligne minimale pour exprimer une idée, une évocation [\u2026] » « Au-delà de la représentation réelle d\u2019une scène, ajoute-t-elle, le travail numérique vient amplifier la vision présente au moment de la prise de vue.Jouer avec la lumière, les couleurs, amplifier ici et là, réduire à sa plus simple expression une ligne, un mouvement.Tels sont les moyens pour arriver à représenter un réel sublimé.» Les œuvres de Lorraine Carpentier font partie de collections privées et corporatives.https://lorrainecarpentier.wordpress.com/ www.gallea.ca/fr/artistes/lorraine-carpentier/ 82, rue Sherbrooke Ouest Montréal (Québec) H2X 1X3 Téléphone : 514 845-8533 Numéro sans frais : 1 866 845-8533 revue@actionnationale.quebec www.actionnationale.quebec Directeur : Robert Laplante Directeur adjoint : Sylvain Deschênes Comité de rédaction : Mathieu Bock-Côté, sociologue et chroniqueur ;  Nicolas Bourdon, professeur de français, cégep Bois-de-Boulogne ;  Sylvain Deschênes, rédacteur et infographiste ; Lucia Ferretti,  professeure (UQTR) ; Sylvie Ménard, Centre d\u2019histoire des  régulations sociales (UQAM) ; Denis Monière, professeur (Université  de Montréal) ; Hubert Rioux, Ph. D. ÉNAP-Montréal ; Michel Rioux,  journaliste ; Pierre Serré, chercheur.Membres du jury du prix Richard-Arès : Lucille Beaudry (science  politique, UQAM) ; Simon Langlois (sociologie, Université Laval).  Denis Monière (science politique, Université de Montréal) Membres du jury du prix André-Laurendeau : Jean Chartier,  Pierre-Paul Sénéchal ; Lucia Ferretti.Animation du séminaire de lecture : Mathieu Bock-Côté L\u2019Action YF 13 Ré gb Lf 0! s£* cv pk > A av 3 À f KY 2 ARTS VISUELS N LITTERATURE CULTURE ET SOCIETE CREATION LITTERAIRE HISTOIRE ET PATRIMOINE revues culturelles sodep CINEMA, THEATRE ET MUSIQUE québécoises THÉORIES ET ANALYSES SODERAC.CA Sommaire Éditorial La soumission ou l\u2019indépendance - Robert Laplante 4 Articles Cégep : le combat pour le français - Nicolas Bourdon 14 Portes tournantes pour un verrouillage climatique - Samuel Bédard et Clara Vivin 24 Parlez bleu et changez le monde - John-Jean Ofrias 40 Dossier VEILLE D\u2019ÉLECTIONS L\u2019avenir des institutions politiques au Québec - Denis Monière 48 François Legault : un nationalisme de pacotille - Gilles Toupin 57 OUI-Québec Vouloir gagner - Camille Goyette-Gingras 73 Indépendance Jamais trop tard pour bien faire - Nic Payne 81 Québequeer - Sébastien Ricard 88 Lectures Recensions Collectif 104 Ce qui nous délie.Une critique du projet de pays de Québec solidaire Mélikah Abdelmoumen 107 Baldwin, Styron et moi Alexis Tétreault 110 La nation qui n\u2019allait pas de soi : la mythologie politique de la vulnérabilité du Québec Note critique Le bel avenir du français au Québec selon le chroniqueur Jean-Benoît Nadeau - Michel Paillé 122 Livres reçus 4 Éditorial Robert Laplante La soumission ou l\u2019indépendance StatCan a frappé un grand coup avec les données du recensement.Ce qui jusque-là pouvait être tenu pour des anxiétés de nationaleux s\u2019est établi avec une évidence que personne ne peut plus nier.Le français est d\u2019ores et déjà effondré au Canada.C\u2019est d\u2019une tristesse infinie pour les minorités qui tentent héroïquement de résister.Elles méritent toute notre compassion et, pour ce qui est de notre possible dans l\u2019ordre canadian mortifère, tout notre soutien.Le Québec doit rester pour les parlants français d\u2019Amérique un allié indéfectible et \u2013 il faut le rappeler pour ceux-là qui n\u2019en peuvent plus \u2013 une terre de refuge.Mais cela ne restera vrai que dans la mesure où les Québécois eux-mêmes sauront composer avec l\u2019autre versant de cette mauvaise nouvelle : l\u2019effondrement menace ici aussi.Notre langue et notre culture ne disparaîtront évidemment pas du jour au lendemain, mais la logique que révèlent ces résultats est implacable : le Québec français est engagé à vitesse grand V sur la voie de relégation.La folklorisation est en marche, elle avance au pas de l\u2019assimilation qui gruge le rapport démographique.Au rythme où vont les choses, notre capacité de maintenir le pouvoir intégrateur de l\u2019ensemble des institutions va fléchir et rendre de plus en plus évidente l\u2019expropriation symbolique d\u2019abord (c\u2019est déjà en train de se faire) et socioéconomique 5 L\u2019Action nationale \u2013 Septembre 2022 ensuite.La capacité instituante est d\u2019abord une affaire de nombre, mais elle est aussi une affaire de cohérence institutionnelle et de cohésion sociale.Et c\u2019est précisément ce que le régime vise à détruire avec un succès de plus en plus évident.Les timides initiatives de la loi 96 sont à peine annoncées que déjà l\u2019artillerie lourde est déployée.Avec le concours de la juge en chef de la Cour supérieure, avec l\u2019octroi massif de soutien financier pour attaquer tous les aspects de la loi, avec la mobilisation tous azimuts des groupes visant à saboter la référence à la langue française et à la culture québécoise comme centre de gravité de la vie sociale.C\u2019est une chose qui n\u2019a pas retenu l\u2019attention de la nuée de bonimenteurs qui ont fait des phrases sur la stupeur qu\u2019a provoquée la nouvelle.Elles n\u2019ont pas manqué les ratiocinations pour désamorcer les conclusions qui s\u2019imposent d\u2019évidence, pour produire une millième fois des raisonnements fallacieux pour mieux minimiser l\u2019ampleur des pertes, pour faire de la boucane dans les esprits déjà embrumés par la propagande et l\u2019habitude du recul.Ils n\u2019ont pas manqué les raisonnements spécieux pour dire que les actions de redressement sont complexes, que le salut viendra de la francisation des immigrants, que les choses sont compliquées, que si nous parlions une langue plus châtiée, que si nous étions plus inspirants, que si, que si\u2026 Les exposés en apparence savants n\u2019auront servi qu\u2019à masquer la plus criante évidence : la seule chose qui soit réellement facile dans toute cette affaire, c\u2019est de contourner le français ! Il s\u2019en est certes trouvé pour rappeler le grossier Rousseau et la culture rhodésienne d\u2019Air Canada, mais les dénonciations sont restées dans le registre des lamentations.Les plus ardents y sont même allés d\u2019appels au raffermisse- 6 L\u2019Action nationale \u2013 Septembre 2022 ment de la volonté\u2026 Comme s\u2019il s\u2019agissait d\u2019une mollesse de caractère d\u2019abord.C\u2019est toujours le même penchant du raisonnement : s\u2019en prendre à soi-même plutôt qu\u2019au régime.Pour mieux se mépriser.Pour mieux composer avec l\u2019impuissance et se dorer les arguments de la résignation.L\u2019anglicisation ne progresse ici d\u2019abord que par l\u2019action militante d\u2019Ottawa qui agit sur tous les fronts pour instrumentaliser et accroître les pressions démographiques, multiplier les sabotages juridiques et réglementaires et conduire des politiques plaçant la minorisation effective dans tous les programmes et interventions de l\u2019État.Le régime canadian repose tout entier sur la logique d\u2019érosion de notre existence nationale et sur les tactiques de « containment » de son expression.Le coup de force constitutionnel de 82 aura mis en place les instruments requis pour agir avec une efficacité redoutable.La Charte canadian et la doctrine du multiculturalisme, sanctifiées comme mythe de refondation, n\u2019ont pas d\u2019autres fondements ni raisons d\u2019être.Ces instruments produisent autant d\u2019écrans rendant obscure aux Québécois eux-mêmes la lecture de leur propre situation.Ils servent aussi d\u2019outils de renforcement de ce qui rend si facile le contournement du français et de la culture québécoise au Québec même : le dualisme institutionnel.C\u2019est ce dualisme qui permet aux unilingues anglos ou à ceux qui choisissent de s\u2019angliciser de le faire en tout confort et en toute impunité : les cégeps et les universités anglophones surfinancés, un Radio-Canada/ CBC au service du multiculturalisme comme doctrine d\u2019État, un réseau d\u2019hôpitaux chapeauté par un CUSM qui n\u2019était justifié que pour maintenir l\u2019hégémonie de McGill et qui a drainé des ressources qui condamnent l\u2019hôpital Maisonneuve-Rosemont à la taudisation et les citoyens des régions à se contenter d\u2019une médecine de brousse. 7 L\u2019Action nationale \u2013 Septembre 2022 Sous couvert d\u2019accommodement avec les droits de la minorité, c\u2019est la logique du développement séparé qui caractérise l\u2019architecture institutionnelle du Québec, une logique que le gouvernement du Québec maintient et renforce, même dans les domaines qui relèvent de sa juridiction et de ses moyens d\u2019agir.Deux Québec existent dans une lutte sourde qui se déroule à armes inégales et se finance à même les impôts que versent les Québécois.Deux Québec, mais dont l\u2019un travaille à saper l\u2019autre et qui ne saurait tenir sans le recrutement et la mobilisation d\u2019un personnel en très grande partie composé de francophones et d\u2019allophones, car l\u2019anglosphère n\u2019a pas la démographie pour soutenir ses institutions.L\u2019absurde est une composante essentielle de notre condition.C\u2019est en raison de la volonté de maintenir le dualisme institutionnel que le gouvernement Legault a refusé d\u2019étendre la loi 101 au cégep.C\u2019est pour conforter l\u2019hégémonie des institutions anglaises sur le monde universitaire et sur la métropole et son centre-ville qu\u2019il a fait don à McGill du Royal Victoria \u2013 un cadeau d\u2019un milliard à la puissance assimilatrice ! C\u2019était affligeant de voir le ministre Jolin- Barette réitérer le refus de son gouvernement de revoir les dispositions de la loi 96 pour faire du cégep français le véritable passage obligé qu\u2019il devrait être, alors même que lui et son premier ministre se disaient inquiets.Ce n\u2019est qu\u2019une mesure pour mettre une sourdine sur les signaux d\u2019alarme.C\u2019est toujours la même logique de minimisation des pertes qui est à l\u2019œuvre dans la politique de consentement à la minorisation.Sa loi ne tient que sur des demi-mesures qui ne seront certes pas toutes sans résultats, mais qui viendront trop tard étant donné la vitesse à laquelle s\u2019annonce l\u2019effondrement.C\u2019est le retour du « nés pour un p\u2019tit 8 L\u2019Action nationale \u2013 Septembre 2022 pain », ces résultats serviront de prix de consolation, de matériau pour continuer de se donner l\u2019impression d\u2019agir.La politique de consentement fonctionne essentiellement sur la confusion volontairement entretenue entre action et l\u2019agitation.Le gouvernement Legault s\u2019agite, il se paie de mots en multipliant les simagrées.La main sur le cœur pour évoquer la Louisiane\u2026 Et continuer de financer notre propre assimilation.Les résultats du recensement ont vite été chassés des écrans médiatiques.Nous avons le drame court et une nouvelle chasse l\u2019autre.Et pourtant ils ont servi de révélateur du sens profond de l\u2019élection de cet automne.Le gouvernement Legault demande aux Québécois de se faire une fierté de sa résignation.À moins d\u2019un retournement aussi imprévisible qu\u2019invraisemblable, il sera probablement réélu.Il le sera sur la censure de notre condition nationale réelle.Les opportunistes se bousculent déjà au portillon pour tenter de faire croire à l\u2019émergence d\u2019un nouveau paradigme politique, le « ninisme ».Ni fédéraliste ni indépendantiste avec le pragmatisme dans les limbes nommé autonomisme pour mieux inviter à se projeter dans le non-être.C\u2019est une absurdité qui ne durera pas.Elle sera le carburant de la recomposition politique en cours.Et Ottawa ne manquera pas d\u2019y souscrire pour forcer le jeu.Même si les Québécois, leur élite politique et l\u2019ensemble des producteurs du récit médiatique ne veulent pas le voir et encore moins en tirer les enseignements qui s\u2019imposent, le Canada se métamorphose.Et il a d\u2019ores et déjà entrepris de finir la besogne de Lord Durham.Avec le concours, évidemment, d\u2019une cinquième colonne qui connaîtra de belles carrières, et d\u2019une cohorte de candides 9 L\u2019Action nationale \u2013 Septembre 2022 qui s\u2019imaginent encore que le Québec de la politique provinciale peut vraiment décider de ce qui est bon pour la nation.La campagne électorale ne donnera lieu qu\u2019au désolant spectacle des faiseurs de contorsions qui tenteront de bidouiller des solutions réalisables avec les moyens que le Canada nous laisse.Et pour tenter de convaincre, malgré toutes les évidences, que le Québec français est possible dans le Canada qui s\u2019est réformé pour mieux le combattre.Les programmes provinciaux ne sont jamais que des promesses pour s\u2019accommoder dans un cadre que l\u2019État canadian impose en fonction de priorités qui ne renvoient qu\u2019à des projets qu\u2019il se fait pour lui-même.Au mieux nos ambitions nationales n\u2019y tiennent que des places accessoires, au pire elles s\u2019y écrasent dans le dépit résigné.Comme il en a été question pour la déclaration d\u2019impôt unique, pour le contrôle de l\u2019immigration et comme il le sera de plus en plus brutalement pour les choix énergétiques.Sans parler de la culture assujettie à grand renfort de critères Équité, diversité inclusion (EDI) pour mieux en saboter la puissance symbolique et réduire ses artisans au quémandage et à la relégation dans un grand fatras de médiocrité et une indigeste bouillie diversitaire.L\u2019élection qui vient n\u2019ouvrira pas sur le mandat reposoir qu\u2019a eu la CAQ qui n\u2019a d\u2019abord pu prendre le pouvoir qu\u2019en raison du délitement de la pensée nationale dans les autres partis et de la nausée qu\u2019inspirait le gouvernement Couillard.Le Canada va imposer des conditions d\u2019exercice à la politique provinciale qui va rapidement enferrer le futur gouvernement dans le consentement inconditionnel à l\u2019ordre canadian.\u2013 en santé, dans les infrastructures, en immigration, etc.Et il aura la tâche d\u2019autant plus facile que le ramassis hétéroclite qui se présente comme une coalition se trouvera content de ne rien demander qui 10 L\u2019Action nationale \u2013 Septembre 2022 pourrait déclencher de vrais combats.Et tout aussi content de ne rien dire de ce qu\u2019il pourrait faire devant les rebuffades.Ottawa pourra en outre compter sur un Parti libéral devenu un parti ethnique au service de l\u2019avant-poste canadian au Québec, des protestataires de gauche et de droite qui rivaliseront d\u2019artifices rhétoriques pour faire semblant que rien d\u2019existentiel n\u2019est en jeu.Ils ne sont déjà plus que des danseurs malhabiles qui gesticulent sur le pont du Titanic.La démographie et le monde parallèle soutenu par le dualisme institutionnel vont rendre de plus en plus dérisoire le parlottage de ceux-là « qui frissonnent dans les parallèles de leur pensée » (Miron).Les immigrés qui s\u2019anglicisent, les étudiants étrangers qui font craquer les capacités d\u2019accueil de Dawson, Concordia et autres McGill et Vanier College, les indifférents qui se détournent du français vivent déjà dans un monde où le Québec n\u2019existe pas.L\u2019héritage québécois pourrait bien n\u2019être bientôt plus transmis que dans l\u2019univers privé et le folklore des familles.Mommy n\u2019est pas qu\u2019une belle chanson triste\u2026 Le temps de la gesticulation achève.Cette élection marque le début de la fin des alibis.Le réel est en train d\u2019écraser la politique fantasmatique.Les Québécois et les Québécoises en passe de devenir exotiques pour eux-mêmes ne vont plus pouvoir confortablement composer avec le déni.Une question nationale se résout où elle pourrit tout, semant honte, mépris et humiliations.C\u2019est la soumission ou l\u2019indépendance.Il n\u2019y a désormais plus rien d\u2019autre à l\u2019ordre du jour.u ASSIS L'assurance d\u2019une culture québécoise ASS Jorte et et vivante [13 temas, T7 Rocittd 8 re Le] STR pp ty HISTOIRE PATRIMOINE péri \"Here.de soutenir Noa r= TET OT-de là fe By dt [oi Tri = î lal Ml dd ONALE PET LS canin +! 1800 943-2519 | www.ssjbeq quebec D eRassemblement pourun PAYS SoUverain Québec notre seule patrie = www.rps.quebec LANGUE PATRIMOINE SOUVERAINETÉ FRANÇAISE NATIONAL DU QUESTS Fay fi ga hs de ia Mauricie Saint-Jean-Bapifste y WWW.complément Campagne de financement de L?Action nationale 2022 sous la présidence d?honneur de Lorraine Pintal Comédienne, metteuse en scène, réalisatrice, directrice artistique et autrice Première lauréate du prix du Québec Denise-Filiatrault des arts de la scène en 2021 Mesdames, Messieurs, En ces temps tourmentés, le travail de la pensée est plus nécessaire que jamais.Les débats sont l\u2019énergie vitale de la démocratie.Ils aident à la clari?cation des repères sociétaux, à la formulation des espérances et à la mobilisation des forces rassembleuses.C\u2019est la poursuite de L\u2019Action nationale depuis plus de 100 ans.C\u2019est un lieu où s\u2019élaborent, se discutent et se partagent les aspirations nationales.Sa mission est essentielle à la vitalité de notre culture, au partage et à la valorisation de ses manifestations dans tous les domaines de la vie.La défense et la promotion de la langue française, la reconnaissance et la valorisation de la culture québécoise comme fondement de notre existence nationale et le combat pour que le Québec contrôle tous les instruments de son développement sont les dimensions fondamentales de son travail.À chacune de ses livraisons, la revue explore et discute des enjeux qui font le devenir de notre société, fait connaitre et discute des œuvres de ses créateurs, exerce une pensée critique indispensable à la construction du bien commun.C\u2019est un travail qu\u2019elle réalise grâce à la ?délité de ses lecteurs, grâce à l\u2019engagement des auteurs qu\u2019elle publie et grâce à la générosité de ses donateurs.Vos dons gardent L\u2019Action nationale en vie.Ils lui apportent les moyens nécessaires à l\u2019édition, mais c\u2019est d\u2019abord parce qu\u2019ils sont des gestes de solidarité et d\u2019engagement qui peuvent changer les choses.En soutenant L\u2019Action nationale, vous redites votre attachement à la vie intellectuelle et à la place qu\u2019elle doit occuper dans la culture.L\u2019avenir du Québec dépendra toujours de la force de sa culture.L\u2019Action nationale y contribue à sa manière.Je vous invite à participer avec moi à l\u2019essor de cet indispensable con?uent de nos délibérations.Je vous remercie d\u2019avance pour votre don et je salue votre engagement à « faire lever l\u2019horizon » (Gaston Miron).L\u2019Action nationale remet des reçus ?scaux à titre d\u2019organisme d\u2019éducation politique reconnu par le gouvernement du Québec (no OEP/002).à partir du site internet de L\u2019Action nationale actionnationale.quebec/campagne au téléphone avec votre carte de crédit VISA ou Mastercard 514 845-8533 ou sans frais 1 866 845-8533 L\u2019Action nationale 82 rue Sherbrooke Ouest Montréal (Québec) H2X 1X3 14 Articles 1 i l Nicolas Bourdon* Cégep : le combat pour le français Dans la conférence de presse qu\u2019il a accordée pour annoncer le projet de loi 96, le premier ministre Legault a affirmé que l\u2019application de la loi 101 au cégep était une mesure « extrémiste » comme si elle était proposée par de dangereux radicaux et il s\u2019est empressé de dire que le PQ voulait interdire l\u2019accès aux cégeps anglais aux francophones.En bon tacticien, Monsieur Legault a bien pris soin de camper son projet de loi entre la mollesse du PLQ et « l\u2019extrémisme » du PQ.On aimerait pourtant qu\u2019il soit un peu moins chef de parti et un peu plus premier ministre ; la gravité de la situation exige de lui autre chose que des calculs politiques.Non à Dawson C\u2019est pour rappeler au gouvernement l\u2019urgence de la situation linguistique que nous avons fondé le Regroupement pour le cégep français à l\u2019hiver 2021.La première action posée par notre regroupement fut de nous opposer au projet d\u2019agrandissement du collège Dawson.Nous souhaitions que les cent millions que le gouvernement voulait y consacrer soient plutôt dépensés dans le réseau francophone qui en a bien besoin.*  Professeur au collège de Bois-de-Boulogne. 15 L\u2019Action nationale \u2013 Septembre 2022 Le 1er février 2022, le gouvernement a annoncé qu\u2019il mettait fin à ce projet.Il y avait quelque chose d\u2019indécent à agrandir le plus gros cégep du Québec, cégep qui a déjà engrangé une bonne partie de la hausse de la clientèle étudiante des trente dernières années ! Le Regroupement des cégeps de Montréal, par la voix de sa présidente, Nathalie Vallée, a déploré l\u2019abandon de l\u2019agrandissement de Dawson.Il est profondément choquant de voir des directions de cégeps français supporter l\u2019agrandissement du collège Dawson : pendant les années de vaches maigres de la dernière décennie, alors que les cégeps français étaient en déficit d\u2019étudiants, Dawson était rempli au maximum de sa capacité.Notons aussi que les cégeps anglais de Montréal, et Dawson au premier chef, attirent les étudiants avec les meilleures moyennes générales au secondaire, laissant les étudiants plus faibles aux cégeps français.Plutôt que de dénoncer le fait que les cégeps français sont devenus des cégeps de deuxième classe à Montréal, le Regroupement des cégeps de Montréal contribue à accentuer le problème en appuyant les visées expansionnistes de Dawson.Les directions des cégeps français militent ainsi contre les intérêts de leurs propres institutions.L\u2019équipe directrice d\u2019un cégep change constamment et il n\u2019est pas rare de voir un directeur faire quelques années dans un cégep pour ensuite faire le saut dans un autre.Dans ce contexte, la fidélité envers son institution et la volonté de la défendre coûte que coûte s\u2019en trouvent fragilisées.« Et pourquoi défendre le fait français si demain matin je me retrouve à la tête d\u2019un cégep anglais ?» se demandent en outre les directeurs.C\u2019est d\u2019ailleurs ce qu\u2019a vécu Richard Fillion, ex-directeur du collège Dawson, qui occupait précédemment le poste de directeur des études au cégep de La Pocatière. 16 L\u2019Action nationale \u2013 Septembre 2022 Les professeurs, quant à eux, passent souvent toute leur carrière dans la même institution.Ils y sont attachés et sont à même de la voir grandir ou décliner.Nous avons voulu aller beaucoup plus loin que la simple opposition aux visées expansionnistes de Dawson ; nous avons voulu apporter une solution structurante et définitive au déclin des cégeps français.En rapatriant tous les allophones et les francophones au cégep français, on francise les études collégiales d\u2019un peu plus de 20 000 étudiants.C\u2019est énorme ! On vient ainsi casser la forte corrélation qui existe entre faire ses études supérieures en anglais et travailler par la suite en anglais.Pour la loi 101 au cégep En septembre 2021, nous avons déposé un mémoire à la Commission de la culture et de l\u2019éducation dans lequel nous demandons l\u2019application de la loi 101 au cégep.Le 21 avril 2021, les professeurs de La Pocatière se sont prononcés pour cette mesure ; ils ont été suivis des professeurs de Montmorency qui ont fait de même le 2 septembre 2021.Ces deux cégeps précurseurs nous ont convaincus, mes collègues et moi, de tenter l\u2019expérience à Bois-de- Boulogne.Nous n\u2019étions sûrs de rien, en vérité nous appréhendions une défaite, mais nous nous sommes dit que le plus sûr moyen de ne rien réussir, c\u2019est de ne rien entreprendre.Contre toute attente, notre proposition en faveur de la loi 101 au cégep a obtenu l\u2019appui d\u2019environ 90 % des professeurs présents à l\u2019assemblée du 30 novembre 2021.À partir de ce vote favorable, les choses se sont mises à débouler.Entre janvier et juin 2022, ce ne sont pas moins de 35 cégeps qui se sont ajoutés au mouvement ! Il est important de noter que l\u2019argumentaire que nous avons développé et que nous présentons dans les assem- 17 L\u2019Action nationale \u2013 Septembre 2022 blées syndicales n\u2019est pas centré sur la préservation de nos emplois.Nous sommes des professeurs qui s\u2019inquiètent de l\u2019état du français au Québec : nous le voyons sur le terrain \u2013 nos étudiants parlent de plus en plus anglais entre eux \u2013 et nous le voyons dans des études et statistiques alarmantes.C\u2019est cette préoccupation pour le français que nous avons voulu transmettre à nos collègues.Il faut savoir que la CSN et la CSQ se partagent les cégeps du réseau collégial.La position en faveur de la loi 101 au cégep est maintenant majoritaire au regroupement cégep de la FNEEQ (Fédération des enseignantes et enseignants de cégep) ainsi qu\u2019à la FEC-CSQ (fédération des enseignants et enseignantes de cégep).Ces deux instances syndicales n\u2019ont pourtant pas appuyé cette mesure dans les mémoires qu\u2019elles ont déposés à la Commission de la culture et de l\u2019éducation et, à ce jour, malgré une majorité de professeurs favorables à la loi 101, rien n\u2019a encore changé dans la position des centrales syndicales.Les têtes dirigeantes des centrales craignent que les cégeps anglais se désaffilient si la loi 101 était appliquée au cégep : cela provoquerait des pertes de membres et de cotisations.Les dirigeants syndicaux rejettent du revers de la main l\u2019application de la loi 101 au cégep en épousant l\u2019argumentaire de peur véhiculé par les porte-parole des cégeps anglais : cette mesure entraînerait selon eux d\u2019importantes pertes d\u2019emplois.On s\u2019en tient malheureusement à cette vision catastro- phiste et pourtant l\u2019application de la loi 101 au cégep pourrait se faire humainement.Les professeurs enseignant en anglais pourraient maintenant enseigner en français.La très grande majorité d\u2019entre eux sont bilingues.Il ne s\u2019agit donc pas de les congédier, mais bien qu\u2019ils enseignent en 18 L\u2019Action nationale \u2013 Septembre 2022 français.En fait, pour plusieurs d\u2019entre eux, cela signifie d\u2019enseigner dans leur langue maternelle, le français.Les francophones représentent en effet une forte proportion des effectifs professoraux des cégeps anglais ; ils sont entre autres 44 % des professeurs du collège Champlain de Lennoxville et 63 % des professeurs du collège Champlain de Saint-Lawrence à Québec.Le mutisme des centrales syndicales ne nous a toutefois pas empêchés de nous faire entendre comme on le constate à la lecture de la proposition adoptée au collège Bois-de-Boulogne, proposition qui a souvent été reprise par d\u2019autres cégeps : Il est proposé que le Syndicat des enseignantes et enseignants du collège de Bois-de-Boulogne (SEECB) soutienne les principes suivants : 1.La langue française est la langue officielle et commune des Québécoises et des Québécois.2.La langue française est la langue d\u2019enseignement des études collégiales.Que le SEECB, en tenant compte des principes énumérés ci-haut, recommande l\u2019application de la loi 101 au collégial.La proposition adoptée sera envoyée à la ministre de l\u2019Éducation supérieure, Madame Danielle McCann, au ministre responsable de la Charte de la langue française, Monsieur Jolin-Barrette, à la Fédération des cégeps, aux bureaux syndicaux de la FEC et de la CSQ ainsi qu\u2019à la Direction du Collège de Bois-de-Boulogne (Direction générale et Direction des études).Nous avons ainsi voulu nous faire entendre par le gouvernement et par les instances dirigeantes des cégeps. 19 L\u2019Action nationale \u2013 Septembre 2022 Plusieurs syndicats ont aussi envoyé des communiqués de presse aux médias pour leur faire part de la décision de leurs membres.C\u2019est ainsi que le regroupement a beaucoup fait parler de lui à l\u2019hiver 2022 ; nous avons aussi publié plusieurs textes dans les journaux et donné des entrevues à divers médias.Le Regroupement à l\u2019Assemblée nationale Nous nous sommes enfin fait entendre à l\u2019Assemblée nationale, où nous avons pu tenir un point de presse, en compagnie de Pascal Bérubé, le 26 mai 2022, au lendemain de l\u2019adoption du projet de loi 96.Des professeurs de Montréal, de l\u2019Assomption, de la Pocatière, de Rimouski et de Québec se sont déplacés pour cet événement.Le texte que Caroline Hébert, professeure au cégep de Sainte-Foy, et moi-même avons lu à cette occasion synthétise bien nos arguments en faveur de l\u2019application de la loi 101 au cégep : Nous, professeurs membres du Regroupement pour le cégep français, prenons la parole afin de rappeler à l\u2019État québécois la nécessité d\u2019adopter des mesures efficaces pour que le français demeure la langue commune et le ciment de notre société.Nous remercions Pascal Bérubé, député de Matane-Matapédia, de nous ouvrir les portes de l\u2019Assemblée nationale, et nous tendons la main à tous les partis politiques qui ont à cœur la protection de la langue française.Nous sommes des professeurs de diverses tendances politiques, réunis par notre amour de la langue française et par notre volonté commune de la défendre, de la promouvoir et de la valoriser.Le regroupement pour le cégep français est porté par l\u2019élan de 33 assemblées syndicales de professeurs de cégep, qui se sont prononcées en faveur l\u2019extension des clauses scolaires de la loi 101 au collégial.Les cégeps sont des catalyseurs sociaux et professionnels.Ce sont 20 L\u2019Action nationale \u2013 Septembre 2022 de véritables milieux de vie où une partie importante de la jeunesse québécoise prépare son avenir, et par le fait même, notre avenir collectif ainsi que celui de nos enfants.Malheureusement, les cégeps sont devenus des lieux d\u2019anglicisation des francophones et des allophones.Malheureusement, la loi 96, telle qu\u2019elle est conçue, ne permettra pas de prévenir l\u2019anglicisation d\u2019une partie importante des jeunes allophones et francophones.Rappelons d\u2019ailleurs que ces derniers sont les plus bilingues au Canada.Le passage au cégep n\u2019est donc pas un moyen d\u2019acquérir l\u2019anglais comme outil, mais plutôt de s\u2019assimiler à l\u2019anglosphère en poursuivant ensuite des études universitaires et une carrière en anglais.Comme contribuables, voulons-nous vraiment financer notre propre assimilation linguistique ?Comme citoyens, y sommes-nous tenus ?Rappelons également qu\u2019il existe une disproportion majeure entre le nombre de places en anglais dans le réseau collégial et le poids démographique réel de la population anglophone.Par exemple, dans le secteur préuniver- sitaire à Montréal, les cégeps anglophones diplôment 52 % des effectifs totaux, alors que la proportion d\u2019anglophones qui réside sur l\u2019île de Montréal est de 17 %.Au cours des 30 dernières années, les cégeps anglophones de la métropole ont ainsi capté 95 % de la hausse totale des étudiants inscrits au collégial ; si cette hausse avait été partagée au prorata du poids démographique selon la langue maternelle, cela correspondrait à l\u2019équivalent d\u2019un gros cégep francophone de plus sur l\u2019île de Montréal.En plafonnant le nombre de places disponibles dans les cégeps de langue anglaise, le gouvernement de la CAQ contribue à alimenter le mythe de la supériorité des cégeps anglophones, puisque ces derniers devront resserrer encore davantage leurs critères de sélection.Les cégeps 21 L\u2019Action nationale \u2013 Septembre 2022 anglophones sélectionnaient déjà la crème, ils sélectionneront dorénavant la crème de la crème.Nous nous retrouvons devant un système à deux vitesses qui dévalorise les diplômes émis par les établissements francophones et qui accentue l\u2019élitisation du réseau anglophone.Le gouvernement est en train de reproduire la même dynamique que celle qui prévaut aux niveaux primaires et secondaires entre les réseaux privés et publics, mais en fonction de la langue.Les opposants à l\u2019extension de la loi 101 au cégep invoquent systématiquement le « libre-choix » pour justifier le fait que les contribuables québécois se retrouvent à financer l\u2019affaiblissement de la langue française.En vérité, l\u2019application de la loi 101 au cégep représenterait un retour à la normale, puisqu\u2019aucune nation n\u2019est tenue d\u2019offrir à un citoyen le « droit » à une éducation publique dans la langue de son « choix ».Ajoutons que ce choix n\u2019a rien de libre, puisqu\u2019il est dicté par le marché du travail, renforçant d\u2019autant l\u2019injustice sociale.Dans les faits, seuls les élèves ayant une forte moyenne générale au secondaire ont réellement la liberté de fréquenter un cégep dans la langue de leur choix.Comme ce fut le cas en 1977, l\u2019extension de la loi 101 pourrait s\u2019appliquer progressivement, dans le respect des employés du réseau anglophone et des parcours scolaires déjà entamés.Nous ne remettons pas en cause l\u2019existence des cégeps anglophones, mais plutôt leur droit à une expansion sans limites.N\u2019oublions pas que les anglophones sont minoritaires depuis 25 ans dans les cégeps anglophones.L\u2019un des artisans des cégeps et de la Révolution tranquille, M.Guy Rocher, affirmait récemment : « Nous n\u2019avons pas créé le réseau des cégeps pour angliciser les francophones et les allophones » ! 22 L\u2019Action nationale \u2013 Septembre 2022 En 1977, les centrales syndicales ont rendu la loi 101 possible, et ont contribué à son esprit foncièrement humaniste.En 2022, un vaste mouvement démocratique provenant de la base montre que l\u2019anglicisation n\u2019est pas une fatalité, et qu\u2019il y a une autre possibilité que la concurrence malsaine qui règne entre les cégeps.Nous tenons à dire à nos étudiants que nous refusons qu\u2019on fasse de leurs cégeps francophones des établissements de second choix.Nous voulons rappeler que le français n\u2019est pas seulement la langue de l\u2019enfance et de l\u2019adolescence apprise au primaire et au secondaire, mais aussi, grâce au cégep, le fondement d\u2019une vie professionnelle et sociale pleine d\u2019avenir ; la langue du succès et de l\u2019épanouissement.Le Regroupement pour le cégep français considère que l\u2019adoption du projet de loi 96 sans étendre les clauses scolaires de la Charte de la langue française au cégep constitue une grave erreur ; c\u2019est pérenniser un statu quo anormal et néfaste au français, et c\u2019est refuser de saisir une opportunité historique.Mais il ne s\u2019agit en rien d\u2019une défaite.Nous persistons dans notre volonté de défendre, de promouvoir et de valoriser le français.La solidarité syndicale dont nous faisons l\u2019expérience depuis plus d\u2019un an n\u2019est que le début d\u2019une lutte pour le français comme fondement du seul espace public majoritairement francophone en Amérique du Nord, et comme contribution à la diversité culturelle mondiale.Même si le gouvernement n\u2019a finalement pas modifié son projet de loi pour y inclure l\u2019application de la loi 101 au cégep, nous avons parcouru beaucoup de chemin.Il y a de cela à peine quatre ans, nos directions de cégep jonglaient 23 L\u2019Action nationale \u2013 Septembre 2022 avec l\u2019idée de créer des DEC bilingues et le gouvernement mettait le projet d\u2019agrandissement du collège Dawson sur la voie rapide de ses projets d\u2019infrastructure.Ces menaces ont maintenant été écartées (pour le moment du moins !).Notons qu\u2019il y avait aussi peu de militants en faveur de l\u2019application de la loi 101 au cégep.On ne compte maintenant plus le nombre de chroniqueurs politiques qui ont pris position en faveur de cette mesure.Enfin, la campagne enthousiaste que nous menons en faveur du français depuis bientôt deux ans a convaincu nombre de nos collègues professeurs et a contribué à faire bouger l\u2019opinion publique.Une majorité de Québécois (55 %) appuient maintenant l\u2019extension de la loi 101 au cégep ; chez les francophones, cet appui s\u2019élève à près de 70 %.On a toujours tort de croire que l\u2019histoire est écrite d\u2019avance ! Le gouvernement semble avoir tranché, mais en vérité le caucus de la CAQ est divisé et le ministre responsable de la langue française, Simon Jolin-Barrette, est lui-même favorable à cette mesure.Notre histoire nous apprend aussi que des revirements spectaculaires se produisent.En 1969, la loi 63 de l\u2019Union nationale avait suscité une vive opposition, notamment chez les professeurs des écoles francophones, en consacrant le libre choix de la langue d\u2019enseignement.Quelques années plus tard, la loi 22 du parti libéral, qui instaurait des tests d\u2019admission limitant l\u2019accès à l\u2019école anglaise, n\u2019avait pas calmé les ardeurs.Il a fallu attendre la loi 101 en 1977.En un peu moins de dix ans, la loi a donc été ouverte trois fois.Elle peut l\u2019être à nouveau.u 24 Articles Samuel Bédard et Clara Vivin* Portes tournantes pour un verrouillage climatiqueAu lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le sociologue américain Charles Wright Mills popularise la notion de « complexe militaro-indus- triel » pour désigner la confiscation du pouvoir, au sein de la société états-unienne, par une poignée d\u2019élites.La position dominante de ces acteurs et la solidarité qui les unit sont alors moins l\u2019expression d\u2019une conscience de classe que le fait d\u2019une convergence stratégique d\u2019intérêts entre les trois principaux pôles décisionnels que sont l\u2019économie, la politique et l\u2019armée.L\u2019influence officieusement exercée par ce cercle hermétique sur les campagnes électorales, l\u2019orientation de la recherche scientifique et la conduite des affaires de l\u2019État, suffisant d\u2019après Mills, à invalider les prétentions démocratiques de l\u2019Amérique.Les sciences politiques contemporaines ont après coup élaboré le concept métaphorique de « portes tournantes » afin de lever le voile sur un phénomène analogue observé depuis une trentaine d\u2019années, à savoir une permutation concertée du personnel dirigeant de l\u2019État et de la grande industrie.Cette pratique courante des conseils d\u2019administration et des milieux financiers peut favoriser le patronage en permettant aux protagonistes inter- *  Samuel Bédard est doctorant en sociologie (UQAM) et Clara Vivin est  candidate à la maîtrise en sciences de l\u2019environnement (UQAM). 25 L\u2019Action nationale \u2013 Septembre 2022 changés de tirer profit de leur carnet d\u2019adresses ainsi que de leurs connaissances approfondies des rouages institutionnels.Elle favorise très certainement l\u2019adoption de points de vue convergents et la construction d\u2019un discours commun pour définir des positions partagées dans le débat public.D\u2019aucuns diront aujourd\u2019hui que l\u2019armement n\u2019occupe plus une place aussi centrale qu\u2019à l\u2019époque de C.Wright Mills, quoique l\u2019augmentation des dépenses militaires prévue dans le plus récent budget Freeland permette d\u2019en douter.Force est néanmoins d\u2019admettre qu\u2019au Canada, des secteurs nettement plus diffus à l\u2019échelle de l\u2019économie nationale ont dorénavant pris le pas sur la défense nationale en matière de capitalisation boursière et d\u2019influence politique.C\u2019est notamment le cas du transport et de son corollaire, l\u2019aménagement urbain.Il suffit pour s\u2019en convaincre de jeter un œil à la courbe de prix des principales commodités en cause, soit le carburant et l\u2019immobilier.Ces deux filières se trouvent également à être d\u2019importantes émettrices directes et indirectes de gaz à effet de serre (GES), ce qui signifie que leur profitabilité actuelle risque d\u2019être éventuellement freinée par des politiques de transition écologique, dont il est attendu qu\u2019elles privilégient la sobriété plutôt que la consolidation des modes de déplacement et d\u2019habitation existants.Confrontés à la menace d\u2019une décroissance de leurs activités, les acteurs de l\u2019automobile et du développement immobilier se révèlent déterminés à employer tous les moyens disponibles pour préserver leurs actifs financiers, incluant l\u2019embauche de personnalités politiques influentes.Cette pratique renforce ce que la géographe américaine Karen C.Seto et ses collaborateurs désignent comme étant un « verrou climatique », soit un ensemble de forces d\u2019inertie 26 L\u2019Action nationale \u2013 Septembre 2022 qui assurent la reproduction structurelle de nos modes de vie à haute empreinte carbone et entravent simultanément toutes possibilités de transformation sociale1.Ce processus d\u2019endiguement est assuré par l\u2019intrication de mécanismes béhavioral, technologique et institutionnel.Au Québec, l\u2019actualité économique des derniers mois a jeté un éclairage sur deux cas emblématiques de verrouillage à caractère institutionnel.Nous verrons que les interventions publiques récentes des ex-ministres Jean-Marc Fournier et Robert Poëti, respectivement PDG de l\u2019Institut de développement urbain du Québec (IDU) et PDG de la Corporation des concessionnaires d\u2019automobiles du Québec (CCAQ), sont particulièrement évocatrices d\u2019un trait commun entre le phénomène des portes tournantes et la lenteur des progrès réalisés en matière de lutte aux changements climatiques.La démarche empruntée part du principe que les articles de presse constituent des canaux privilégiés de communication et d\u2019information, et permettent d\u2019exercer une influence sur le législateur par l\u2019intermédiaire de l\u2019opinion publique.Les positions exprimées par Fournier et Poëti dans les médias apparaissent de ce point de vue comme des interventions ciblées qui expriment à la fois des intérêts en faveur des groupements qui les emploient et la manière dont ils élaborent des ripostes argumentatives.Nous estimons par ailleurs que sans être le reflet intégral des représentations formellement effectuées auprès des gouvernements, les prises de parole publiques de ce type d\u2019acteur social traduisent, à tout le moins partiellement, la teneur des discussions tenues en privé.1  Seto, K. C., Davis, S. J., Mitchell, R. B., Stokes, E. C., Unruh, G., & Ürge- Vorsatz, D. (2016). Carbon lock-in: types, causes, and policy implications.Annual Review of Environment and Resources, 41, 425-452. 27 L\u2019Action nationale \u2013 Septembre 2022 Jean-Marc Fournier Reconnu par ses pairs comme « l\u2019un des ministres les plus influents au sein du gouvernement québécois2 », Jean-Marc Fournier siège durant près de vingt-cinq ans à l\u2019Assemblée nationale, occupant sous différentes législatures, les fonctions de ministre des Affaires municipales, de l\u2019Éducation, de la Justice ainsi que des Relations canadiennes.Peu de temps après l\u2019annonce de son départ de la vie politique, il se joint à l\u2019IDU en 2020 avec pour mandat de relancer le développement immobilier et commercial des métropoles par le truchement d\u2019une « collaboration nouvelle entre les acteurs privés et publics3 ».Fournier succède alors à une autre figure politique bien connue, soit l\u2019ancien chef du Parti Québécois André Boisclair, forcé de démissionner du même poste en raison de démêlés avec la justice.L\u2019analyse des interventions médiatiques récemment effectuées par Fournier permet d\u2019identifier trois principaux chevaux de bataille : la dérèglementation de la construction domiciliaire, le retour en présentiel des travailleurs au centre-ville de Montréal et l\u2019allègement fiscal de l\u2019immobilier.Autant de mesures réputées être écoresponsables en ce qu\u2019elles contribueraient à la « densité heureuse », tout étant compatible avec la poursuite d\u2019un régime d\u2019accumulation basé sur la croissance des projets d\u2019infrastructures et du pouvoir d\u2019achat individuel4.2  Parti  libéral du Québec (s.d.). 150 ans d\u2019histoire :  Jean-Marc Fournier.  https://plq.org/fr/histoire/jean-marc-fournier/.3  Agence  QMI  (2020).  « Jean-Marc  Fournier  à  la  tête  de  l\u2019Institut  de  développement urbain du Québec », Journal de Québec, 15 septembre  2020.4  Fournier,  Jean-Marc  (2021).  « Accepter  de  changer  nos  habitudes  de  vie ». La Presse, 3 novembre 2021. 28 L\u2019Action nationale \u2013 Septembre 2022 Fournier plaide donc en premier lieu pour un assouplissement des règlements municipaux limitant la superficie maximale autorisée pour la construction de nouveaux complexes domiciliaires de type condominium.Le cœur de son argumentaire s\u2019appuie sur la pénurie de logements qui sévit dans la région métropolitaine de Montréal.Le développement de mégaprojets immobiliers représente selon lui la meilleure manière d\u2019éviter l\u2019exode des familles et des entreprises vers la banlieue et de freiner ainsi l\u2019étalement urbain.Il apparaît par conséquent primordial de lever les restrictions limitant la superficie constructible, faute de quoi « forcément, on limite le nombre de logements, et [\u2026] cela porte atteinte à l\u2019abordabilité5 ».Il importe de préciser en contrepartie que le cadre règlementaire actuel de la Ville de Montréal prévoit une certaine flexibilité en cette matière, à la condition que les nouveaux immeubles comportent des logements sociaux, une dérogation qualifiée d\u2019arbitraire par l\u2019ancien ministre.L\u2019omission par ailleurs systématique dans son discours de la question de l\u2019accès inégal à la propriété dépeint comme allant de soi un lien pourtant ténu entre la multiplication des projets immobiliers et la poursuite du bien commun.Cette rhétorique laisse ainsi croire à la possibilité d\u2019un maillage harmonieux entre l\u2019intérêt financier des promoteurs et le besoin fondamental des Montréalais de se loger convenablement alors qu\u2019il s\u2019agit dans les faits d\u2019un rapport asymétrique dicté par la maximisation de la rente foncière et l\u2019endettement structurel des ménages.Quoi qu\u2019il en soit, Fournier insiste pour que les politiques publiques laissent davantage de place aux investisseurs privés dans la planification de l\u2019aménagement urbain.L\u2019octroi de ces compétences additionnelles, réclamées par 5  Kabbaj,  Rabéa  (2021).  « Le  plancher  de  la  discorde  au  quartier  des  faubourgs ». Le Devoir, 30 octobre 2021. 29 L\u2019Action nationale \u2013 Septembre 2022 l\u2019ex-ministre à des fins de « coopération », a pour corollaire une marginalisation de la part de représentation citoyenne.Le principal intéressé estime effectivement souhaitable de réformer le processus d\u2019approbation référendaire auquel sont tenues de se soumettre les municipalités avant d\u2019autoriser des modifications au règlement d\u2019urbanisme.Il s\u2019agit d\u2019une formule qui « bloque » selon lui les projets de densifi- cation, en permettant notamment que « l\u2019intérêt particulier des voisins gagne sur l\u2019intérêt commun6 ».Ainsi, sous le couvert d\u2019un plaidoyer pour le dialogue et l\u2019équité, se cache en réalité une stratégie discursive destinée à verrouiller l\u2019espace urbain, en cherchant à imposer la conception des promoteurs pour tuer dans l\u2019œuf toute possibilité de contestation populaire.Ramenée sur le plan environnemental, cette tentative de confiscation de l\u2019espace se révèle particulièrement dommageable, et ce à deux niveaux.D\u2019une part, les chantiers de construction, dont le financement obéit à une logique de contraction des coûts, ont systématiquement recours au béton, un matériau peu onéreux, mais dont la production nécessite de grandes quantités d\u2019énergie et engendre d\u2019importantes émissions de GES.L\u2019accumulation de ce type de matière, en outre difficilement recyclable, configure la ville sur le long terme et restreint les possibilités d\u2019écoconstructions.D\u2019autre part, la trame urbaine ainsi définie fixe durablement les modes de production, de consommation et de transport associés à ces infrastructures, et ce pour des décennies à venir.Le deuxième volet du discours analysé s\u2019ancre dans la vision d\u2019un espace urbain strictement consacré à la consommation, la compétition et l\u2019attractivité.Cette conception est exprimée plus clairement sous la forme d\u2019appels répétés 6  Lecavalier,  Charles  (2022).  « Un  superministère  du  Territoire  pour  lutter contre l\u2019étalement ? » La Presse, 11 mai 2022. 30 L\u2019Action nationale \u2013 Septembre 2022 en faveur de la levée des mesures temporaires de télétravail7.Fournier voit effectivement dans le retour hâtif des travailleurs au centre-ville une occasion de rétablir le cours normal des affaires.Ce faisant, il relègue les salariés à un rôle d\u2019agents consommateurs, et souligne à plusieurs reprises leur poids économique, sans la moindre considération pour les émissions de GES encourues lors des navettes quotidiennes entre le domicile et le travail.Pour lui, l\u2019enjeu réside strictement dans le rétablissement d\u2019une gamme croissante d\u2019offres de services amenés à devenir « facteurs d\u2019attraction pour y venir travailler, consommer et résider8 ».Cette propension à réduire l\u2019ensemble des rapports sociaux urbains à des impératifs de marché se révèle problématique à plusieurs égards.Rappelons tout d\u2019abord que parmi les commerces situés au pied des tours qui enserrent les quartiers centraux de Montréal, on compte principalement de grandes bannières dont les créneaux sont des biens à usage unique, et très peu d\u2019entreprises locales.Ces multinationales de la restauration rapide, de l\u2019hôtellerie ou encore de la location de stationnement sont également réputées pour offrir des emplois médiocres à des travailleurs souvent contraints par leur faible niveau de rémunération de s\u2019établir dans des quartiers périphériques plus abordables.La poursuite d\u2019un tel modèle de croissance implique donc paradoxalement que le développement commercial des villes se fasse dorénavant au prix d\u2019un étalement urbain, sans parler de l\u2019exacerbation du problème de rareté de personnel qui frappe d\u2019ores et déjà l\u2019ensemble de l\u2019économie québécoise.7  McEvoy, Julien (2020). « L\u2019appel de Legault à accroître le télétravail va  faire mal à Montréal ». Journal de Québec, 23 octobre 2020.8  Fournier, Jean-Marc (2021). « Le centre-ville de Montréal nous attend ».  La Presse, 20 mars 2021. 31 L\u2019Action nationale \u2013 Septembre 2022 Ce manque de préoccupation pour la disponibilité de la main-d\u2019œuvre et la qualité des emplois destinés à être recréés met par ailleurs en relief le fait que les politiques urbaines de relance économique s\u2019adressent essentiellement à une catégorie d\u2019individus favorisés et reconduisent par la même occasion un ensemble d\u2019inégalités et de rapports de domination sous-jacents à la promesse de consommation des travailleurs à col blanc.Promesse par ailleurs discutable, tant les modèles de quartiers d\u2019affaires sont souvent désertés en dehors des horaires de bureau et loin d\u2019offrir l\u2019effervescence urbaine escomptée.Rappelons à ce titre que le centre-ville de Montréal se distingue précisément à l\u2019échelle continentale du fait qu\u2019il soit habité.Cet écart entre le mode de développement urbain proposé et la réalité empirique des quartiers centraux met donc en lumière le caractère idéologique du discours de Fournier.Cette entreprise de redéfinition de l\u2019espace urbain en tant que gisement d\u2019opportunités d\u2019affaires se révèle encore plus nettement lorsque Fournier partage sa conception de l\u2019organisation idéale du travail : « Le modèle hybride au sein d\u2019une même journée pourrait bien faire des adeptes, grâce aux nouvelles technologies.Pourquoi ne pas travailler le matin à la maison en attendant la fin des bouchons de circulation et se rendre au bureau par la suite9 ?».Le modèle de ville conviviale, durable et inclusive défendu ici est en réalité celui de la ville néolibérale, ville entrepre- neuriale dont l\u2019objectif est d\u2019attirer d/e nouveaux capitaux sur la base d\u2019une intensification de la libre circulation des personnes et des marchandises.9  Fournier,  Marie-Eve  (2021).  « La  recette  du  retour  dans  les  tours ».  La Presse, 20 mai 2021. 32 L\u2019Action nationale \u2013 Septembre 2022 Cette série de remarques nous mène vers un troisième grand thème qui concerne la taxation des promoteurs immobiliers et des entreprises technologiques qu\u2019abritent dorénavant les gratte-ciels des métropoles partout en Amérique du Nord.Le discours de Fournier part du principe que le régime fiscal des villes se doit d\u2019être attractif pour les organisations en fonction desquelles sont conçus les édifices.Il s\u2019oppose par conséquent aux nouvelles mesures annoncées par la Ville de Montréal, qui proposent d\u2019inclure la valeur de certains équipements informatiques dans le rôle d\u2019évaluation foncière des entreprises atypiques que constituent par exemple les centres de données.Rappelons que les technologies sur lesquelles s\u2019appuient ces nouveaux secteurs émergents, dont l\u2019apport en termes de valeur ajoutée reste à démontrer, sont particulièrement énergivores et leur encadrement représente par conséquent un point nodal de la transition.Qu\u2019à cela ne tienne, ce sont plutôt des incitatifs économiques à « l\u2019accroissement de la productivité des entreprises » qui sont réclamés par Fournier en lieu et place des contraintes10, et ce au nom de la « compétitivité des villes et de celle du Québec11 ».Si la taxation en tant que solution fait débat parmi les écologistes, cette mesure a du moins le mérite de politiser la consommation énergétique, plutôt que d\u2019en faire une question secondaire.Ajoutons à cela que le combat de Fournier contre la taxation ne se limite pas à cet enjeu particulier.Dans le but de permettre aux « promoteurs de faire de la place pour de la 10  Fournier,  Jean-Marc  (2020).  « Le  grand  chantier  du  logement ».  La Presse, 6 novembre 2020.11  Baril, Hélène (2022). « Une nouvelle manne pour les villes ». La Presse,  27 avril 2022. 33 L\u2019Action nationale \u2013 Septembre 2022 mixité sociale et de l\u2019inclusion12 », il dénonce la « surtaxe déraisonnable dans le contexte où la valeur de nombreux immeubles diminue13 ».Les municipalités étant selon lui beaucoup trop dépendantes des revenus fonciers, il serait préférable de financer les initiatives de densification par des aides aux logements rehaussées, directement versées aux particuliers14.L\u2019envers de cette solution basée sur un principe de marché dont on peut douter du caractère structurant est de priver les municipalités de leviers financiers importants, en conséquence d\u2019une réduction de l\u2019assiette fiscale.Or, les villes sont plus que jamais appelées à intervenir sur les effets les plus immédiats des changements climatiques, à commencer par les canicules.Il faut donc en conclure que si les acteurs de l\u2019immobilier adhèrent en principe aux objectifs de transition écologique, de densité heureuse et de vitalité urbaine, comme en atteste leur positionnement publicitaire, c\u2019est principalement pour en détourner le sens et la portée.Robert Poëti Robert Poëti a quant à lui été élu pour la première fois en 2012, et a notamment occupé les fonctions de ministre des Transports entre 2014 et 2016.Depuis 2018, il veille à promouvoir les intérêts stratégiques des concessionnaires automobiles du Québec, une reconversion en droite ligne avec les priorités qu\u2019il a poursuivies à titre 12  Chapdelaine, Benoît, et Prost, Mathieu (2021). « La CMM demande à  Québec d\u2019augmenter le financement du logement social et abordable ».  Radio-Canada, 10 décembre 2021.13  Dion,  Mathieu  (2020).  « Évaluation  foncière  et  pandémie :  les  contestations des propriétaires bloquées ». Radio-Canada, 9 novembre  2020.14  Fournier, Jean-Marc (2021). « La bonne cible, mais le mauvais plan de  match ». La Presse, 25 janvier 2021. 34 L\u2019Action nationale \u2013 Septembre 2022 de ministre.Nous verrons que l\u2019objectif de la stratégie communicationnelle empruntée dans ce cas-ci est de remporter une guerre culturelle menée sur deux fronts se rapportant à l\u2019automobile : celui des normes et celui des règles.Le premier volet de la démarche est double, et consiste d\u2019une part à renforcer la légitimité du principe de l\u2019auto solo, et d\u2019autre part à naturaliser l\u2019usage du véhicule utilitaire sport (VUS) dans l\u2019imaginaire collectif.Invoquant l\u2019étendue du territoire québécois et des régions périphériques, Poëti martèle que les distances pour parcourir la province sont trop importantes pour espérer une décroissance du nombre de véhicules en circulation.Bien qu\u2019il se dise en faveur du transport collectif, il insiste pour dire qu\u2019un fait demeure : il ne sera jamais possible de « rapprocher Matane de Québec ou l\u2019Abitibi de Montréal15 ».Ce faux argument justifiant la suprématie de l\u2019automobile par l\u2019absence de réseaux de transports régionaux structurants tend à occulter le fait que l\u2019essentiel du parc automobile se concentre dans les grands centres urbains, au même titre que la production domestique de GES.Tenter d\u2019expliquer ainsi la présence de centaines de milliers de voitures qui s\u2019entassent chaque matin sur les ponts de Montréal et Québec par le fait qu\u2019il n\u2019existe pas de systèmes d\u2019autobus en Gaspésie, relève de la même logique que celle qu\u2019utilisent les adversaires de la hausse du salaire minimum en évoquant, par exemple, qu\u2019il faut préserver à tout prix la viabilité financière des petits commerçants locaux alors que le maintien des seuils bas permet plutôt à des géants de l\u2019alimentation et de la vente au détail d\u2019exploiter du travail au rabais.15  Beaunoyer,  Michel  (2021).  « La  situation  des  concessionnaires  avec  Robert Poëti ». Autosphère, 5 février 2021. 35 L\u2019Action nationale \u2013 Septembre 2022 Si le fait de posséder ou non une voiture personnelle ne fait pour l\u2019instant pas matière à débat, le choix du type de véhicule est en revanche l\u2019objet d\u2019une politisation croissante au sein de la société québécoise.Ce phénomène s\u2019explique notamment par l\u2019élargissement progressif de l\u2019offre de voitures électriques ainsi que par la mobilisation de groupes écologistes.La plus récente campagne de sensibilisation d\u2019Équiterre ciblant l\u2019achat de VUS a d\u2019ailleurs été décriée par Poëti comme une attaque en règle contre « les citoyens du Québec », lesquels sont réputés être « des gens qui se rapprochent de la nature, qui voyagent en région16 ».Cette remise en cause du fait d\u2019acheter \u2013 et donc de vendre \u2013 systématiquement de gros véhicules à essence, à l\u2019instar de nos voisins du Sud, suscite une préoccupation des concessionnaires québécois pour le renforcement culturel de l\u2019hégémonie dont jouissent leurs produits.La pratique, pourtant marginale au Québec jusqu\u2019au tournant des années 2010, qui consiste à ce que chaque ménage se dote d\u2019au moins un VUS, y compris en milieu urbain, ne répond effectivement pas à un besoin immuable, d\u2019où la nécessité de réaffirmer continuellement cette norme.Force est d\u2019admettre que ce renversement de tendance représente jusqu\u2019à présent un immense succès sur le plan marketing, tant l\u2019attrait des petites voitures auparavant très convoitées semble s\u2019être subitement épuisé.Déterminé à consolider la position du VUS comme horizon indépassable de la classe moyenne, l\u2019argumentaire de Poëti se révèle tout aussi folklorique que réducteur, en affirmant par exemple que « les citoyens veulent aller faire des tours de vélo dans les Laurentides.Veulent mettre le canot sur le toit, ils vont dans des tournois de hockey, se 16  TVA Nouvelles (2022). « La campagne anti-VUS d\u2019Équiterre choque les  concessionnaires ». TVA Nouvelles, 11 mai 2022. 36 L\u2019Action nationale \u2013 Septembre 2022 déplacent.Ils ont besoin d\u2019espace dans leur véhicule17 ».Cette subjectivation d\u2019une marchandise présentée comme étant à la fois « outil de travail indispensable » et « véhicule du week-end pour la famille » participe au verrouillage de pratiques sociales à haute empreinte carbone et marginalise toute autre forme alternative de mobilité réputée être plus verte18.Le rôle de Poëti dans l\u2019espace public consiste précisément à renforcer l\u2019idée que « les voitures, VUS, CUS et compagnie, qui respectent la planète, sont là pour rester » et que par conséquent, « autant s\u2019y faire19 ».S\u2019efforcer de fédérer ainsi le plus grand nombre derrière une vision particulière du transport et de l\u2019automobile ne semble toutefois pas suffire, encore faut-il savoir se prémunir contre les mesures contraignantes et les points de vue dissidents.C\u2019est la raison pour laquelle le second volet de la stratégie de communication adoptée par Poëti et l\u2019organisation qui l\u2019emploie est davantage axé sur la défense.Le corporatisme des concessionnaires oppose l\u2019ex-ministre à deux principales cibles, soit les politiques institutionnelles en matière de transport durable, et le mouvement écologiste.Au cours de la dernière année, Poëti s\u2019est d\u2019abord vivement opposé à l\u2019introduction d\u2019une série de règlements additionnels concernant la vente et l\u2019achat de véhicules neufs \u2013 dont notamment une taxe sur les biens de luxe, des sanctions en cas d\u2019offre insuffisante de voitures électriques ou encore l\u2019instauration d\u2019un « droit à la réparation » brisant le monopole des fabricants sur la collecte des données nécessaires au recalibrage des systèmes de 17  Ibid.18  Poëti, Robert (2021). « Et la guerre aux VUS\u2026 Non ! » Autosphère, 5 mai 2021.19  Ibid. 37 L\u2019Action nationale \u2013 Septembre 2022 conduite.La gamme d\u2019arguments démagogiques évoqués pour convaincre le législateur de reculer s\u2019étend du manque de qualifications allégué des mécaniciens indépendants à l\u2019épouvantail « des constructeurs qui ont quitté le Québec20 ».En parallèle de cette campagne de relations publiques visant à orienter les décisions ministérielles à venir, Poëti mène également un travail de sape des programmes existants.Parmi ceux-ci, le principe de voies réservées aux transports en commun sur lesquelles les voitures électriques devraient elles aussi pouvoir circuler.Ce biais favorable de l\u2019ex-ministre pour l\u2019automobile, et son scepticisme à l\u2019égard du développement du transport collectif sont justifiés par le fait que le principal intéressé recense à proximité de son domicile plusieurs autobus vides ne transportant pas plus de « trois ou quatre personnes21 ».En réaction aux récriminations de plus en plus incisives des groupes écologistes dirigés contre l\u2019industrie automobile, Poëti s\u2019est plus récemment engagé dans un conflit ouvert contre ceux qui participent selon lui à faire « la guerre aux VUS22 ».La mise en marché de gros véhicules électriques réputés être zéro émission représente selon lui une avancée suffisamment importante en matière d\u2019environnement pour compenser la taille et l\u2019empiètement croissant du parc automobile, de même que l\u2019augmentation des GES émis en amont et en aval de la production de batteries.Contrarié par le manque d\u2019enthousiasme des environnementalistes à l\u2019égard d\u2019innovations de type Hummer électrique, l\u2019ex-ministre semble se 20  Gagnon, Marc-André (2022). « Réglementation pour des véhicules zéro émission :  Poëti invite le ministre Charette à la prudence ». Journal de Montréal, 7 février 2022.21  ICI  Première  (2022).  « Lueur  d\u2019espoir  en  Ukraine,  et  investissement  en  infrastructures routières ». Les faits d\u2019abord, émission diffusée le 26 mars 2022.22  Poëti, Robert (2021). op. cit. 38 L\u2019Action nationale \u2013 Septembre 2022 rabattre depuis quelque temps sur le dénigrement de ses opposants, allant même jusqu\u2019à qualifier une militante de « jeune personne aux épaules frêles », sur les ondes d\u2019une radio montréalaise23.Conclusion La relance économique post-covid, qui se profilait à l\u2019origine comme lieu de tous les possibles en matière de lutte aux changements climatiques, tend plutôt jusqu\u2019à présent vers un rétablissement du statu quo .Cette occasion ratée d\u2019amorcer une véritable transition écologique n\u2019est certainement pas étrangère aux forces d\u2019inertie qu\u2019ont exercées des organisations et des acteurs ayant tout intérêt à ce que la société québécoise demeure inchangée.Cette brève analyse de discours nous a permis d\u2019établir que le verrouillage climatique n\u2019est pas un processus désincarné, mais qu\u2019il est au contraire investi et porté par des intervenants pourvus de capital symbolique.Le corpus médiatique interprété suggère effectivement que le pouvoir d\u2019influence de Jean-Marc Fournier et de Robert Poëti, de même que leur connaissance approfondie des médias et du fonctionnement l\u2019appareil gouvernemental, ont été mobilisés dans le but d\u2019assurer le maintien d\u2019une conjoncture favorable aux industries polluantes.Ce sont des acteurs qui utilisent le capital de légitimité que leur a conféré leur passage en politique.Les positions défendues par les ex-ministres suggèrent d\u2019une part d\u2019investir dans les tours bétonnées de la métropole et de tabler sur des retombées économiques indirectes correspondant à des emplois mal payés, et d\u2019autre part de faire du VUS électrique la seule et unique planche de salut 23  98.5 Montréal  (2022). « Équiterre part en croisade contre  les VUS, est-ce un  combat perdu d\u2019avance ? » L\u2019effet Normandeau, émission diffusée le 9 mai 2022. 39 L\u2019Action nationale \u2013 Septembre 2022 de la transition, sans égards à la logique extractiviste sous- jacente à cette forme de mobilité.Il s\u2019agit dans les deux cas de reconduire un mode de développement économique passéiste basé sur des pratiques à haute empreinte carbone.Le concept de verrou climatique nous paraît ainsi utile pour saisir le rôle crucial des élites médiatiques et politiques dans la légitimation d\u2019un ordre institutionnel propice à l\u2019actualisation de formes de société dont la consommation de matière et d\u2019énergie est accrue.Les enjeux analysés sont évocateurs du rôle clé de l\u2019habitation et du transport dans l\u2019organisation sociale et les modes de vie, ce qui explique pourquoi les lobbyistes s\u2019y intéressent : ils veulent en faire des champs de lutte pour maintenir le statu quo.Enfin, compte tenu des allégeances politiques communes aux deux idéaux types analysés, force est d\u2019admettre que se poursuit le « détournement d\u2019État » relevé par l\u2019IRIS dans son bilan des quinze plus récentes années de gouvernance libérale24.À la seule différence près que l\u2019enjeu d\u2019une telle appropriation est moins cette fois de déstructurer par l\u2019intérieur les services publics en vue de leur éventuelle privatisation que de verrouiller de l\u2019extérieur le cadre étatique en le rendant imperméable aux initiatives de transition portées par la société civile.La recette employée demeure quant à elle inchangée, si ce n\u2019est qu\u2019elle est dorénavant dissimulée sous un vernis progressiste prônant la mixité sociale et la carboneutralité plutôt que la rigueur budgétaire.Vu l\u2019inertie actuelle du gouvernement dans le dossier des changements climatiques ou encore de la crise du logement, il y a fort à parier que le conseil des ministres de la CAQ a pris la bonne habitude d\u2019ouvrir lorsqu\u2019un invité de marque cogne à sa porte.u 24  IRIS (2018). Détournement d\u2019État.Bilan de quinze ans de gouvernement libéral. Montréal, Lux éditeur. 40 Articles John-Jean Ofrias* Parlez bleu et changez le monde Je suis un citoyen américain anglophone qui est fier que son français se soit amélioré.Mais avec la vitesse d\u2019un escargot qui court pour croiser le chemin d\u2019un glacier en train de fondre.Je crois que j\u2019arriverai au bout de mon chemin avant d\u2019atteindre le niveau de maîtrise que je désire de la langue de Cyrano de Bergerac et de René Lévesque.« J\u2019ai besoin de pratiquer mon français ».Je ne sais pas combien de fois j\u2019ai dit cela à des connaissances et à des commis francophones ou anglophones lorsqu\u2019ils m\u2019ont dit : « You can speak to me in English.» J\u2019essaie d\u2019éviter les débats inutiles et chronophages à ce sujet dans la vie quotidienne, mais je considère que la langue que les gens utilisent tous les jours est plus significative culturellement que les vêtements qu\u2019ils choisissent de porter en public.Je pense que c\u2019est plus qu\u2019une déclaration de style quand on choisit de communiquer en français ou en anglais au Québec : c\u2019est un moyen pour les gens d\u2019exprimer publiquement dans quel genre de pays ils veulent vivre, ou quel genre de pays ils aimeraient voir se créer.J\u2019essaie de communiquer en français le plus possible, car je veux voir se créer un nouveau genre de pays.*  Professeur à temps partiel de sciences sociales à l\u2019Université d\u2019État de  New York dans le comté de Suffolk. Il a été en pause de la classe depuis  le début de COVID. 41 L\u2019Action nationale \u2013 Septembre 2022 Peu de mes compatriotes anglophones du Québec partagent mes sentiments sur la langue française ou mon point de vue sur la politique québécoise.La mesure dans laquelle je m\u2019écarte de la norme est devenue plus évidente en juin 2014, après avoir écrit un éditorial pour la Gazette de Montréal intitulé (en anglais) : « Parlez français, ou résignez-vous à devenir américain ».Cet article s\u2019est avéré très controversé, surtout parce qu\u2019il a été publié par le journal anglophone le plus lu au Québec.La page Web de la Gazette est devenue virale avec des réponses à l\u2019article qui étaient principalement des commentaires de personnes défendant leur attachement à la langue anglaise au Québec comme s\u2019ils défendaient l\u2019honneur de leur reine.J\u2019écrivais dans l\u2019article : « Pour moi, le mot d\u2019ordre au Québec devrait être : Parlez Bleu.Parlez français, monsieur Quebecer, ou résignez-vous à devenir un Américain, dans le pire sens de ce que cela signifie d\u2019être américain.Parlez Bleu, ou regardez l\u2019argent américain faire tout le discours au Québec ».Oui, j\u2019ai eu l\u2019audace en tant qu\u2019anglophone, et en tant qu\u2019Américain, de déclarer cela.J\u2019ai aussi écrit : « Le Québec a ce qu\u2019il faut pour être une nation, une qui sépare la religion, le gouvernement et l\u2019argent, et contrairement à ses voisins, avec des valeurs associées plus aux femmes qu\u2019aux hommes, des valeurs humaines plutôt que des valeurs matérialistes ».En une phrase, cela a exprimé, et exprime encore, pourquoi je crois que le Québec peut devenir la nation que le monde a besoin qu\u2019il devienne.Ce n\u2019est pas parce que le monde a désespérément besoin d\u2019une nation où les gens parlent français que j\u2019aimerais voir le Québec devenir une nation, c\u2019est parce que le 42 L\u2019Action nationale \u2013 Septembre 2022 monde a désespérément besoin d\u2019un nouveau modèle de nation \u2013 une nation qui serait un modèle à imiter pour les nations actuelles de l\u2019Amérique du Nord.Imaginez une nation fondée et dédiée à l\u2019idée que la religion, le gouvernement et l\u2019argent doivent être séparés ; imaginez une nation fondée et dédiée à l\u2019idée que tous les gens ont le droit de contrôler leur propre esprit et de croire ce qu\u2019ils choisissent de croire au sujet de la vie et de la mort ; imaginez une nation fondée et dédiée à la croyance que les femmes devraient avoir les mêmes droits que les hommes et que chacun devrait avoir un contrôle absolu sur son propre corps et son âme, comme ils le veulent ; imaginez une nation qui considère les gens de toutes les nations comme les membres d\u2019une seule famille humaine.Une telle nation pourrait améliorer pacifiquement le monde et aider à façonner un destin pour l\u2019humanité qui ne se termine pas par une guerre apocalyptique.L\u2019anglais est la langue de choix des personnes les plus riches d\u2019Amérique du Nord (c\u2019est quelque chose d\u2019indéniable, même en cet âge de contre-vérité) ; le français est la langue de choix des peuples d\u2019Amérique du Nord qui représentent la plus grande menace pour les riches et les puissants \u2013 parce que la laïcité du Québec est une force considérable qui supprime un outil (religion organisée) que l\u2019élite utilise pour manipuler le système à son avantage.La guerre des langues \u2013 en particulier entre l\u2019anglais et le français au Canada et entre l\u2019anglais et l\u2019espagnol aux États-Unis \u2013 détermine quel argent va parler le plus fort au profit des plus riches des riches et des plus puissants des puissants.En Amérique du Nord, ce sont les voix des anglophones qui parlent le plus fort, au point d\u2019étouffer ou de noyer les voix des populations qui ne parlent pas anglais. 43 L\u2019Action nationale \u2013 Septembre 2022 Je souhaite joindre ma voix aux voix des gens les plus audacieusement progressistes en Amérique du Nord, les francophones du Québec \u2013 en particulier pour défier les systèmes au Canada et aux États-Unis où un petit nombre possède tellement et la grande majorité possède si peu, et la démocratie est rongée par des cochons orwelliens déguisés en hommes qui portent des cravates.Les voix qui parlent le plus fort en Amérique du Nord aujourd\u2019hui font écho aux voix des hommes du passé, qui ont été récompensés par la richesse et le pouvoir parce qu\u2019ils ont convaincu suffisamment de gens qu\u2019ils servaient Dieu, pas eux-mêmes.Les soi-disant bons chrétiens ont pratiqué l\u2019esclavage au nom de Dieu, commis un génocide contre les peuples indigènes et commis d\u2019horribles abus violents et sexuels contre des enfants sans défense.Les histoires très romancées des États-Unis et du Canada doivent être vues pour ce qu\u2019elles sont.Cette fiction ne serait aussi peu nocive que du popcorn au beurre si elle se limitait aux salles qui projettent de vieux films, mais ce n\u2019est pas le cas.L\u2019histoire romancée des États-Unis et du Canada est l\u2019histoire blanchie à la chaux que trop de gens en Amérique du Nord sont enclins à croire et à perpétuer, surtout (mais pas nécessairement) si ce sont des hommes blancs anglophones.Je suis un de ces hommes blancs anglophones d\u2019Amérique du Nord qui ne veut pas vivre dans un passé imaginaire patriarcal.Je préfère vivre dans un avenir révolutionnaire tranquille.Andrée Ferretti, icône de la Révolution tranquille et amie très chère, a cité mes mots dans les dernières pages de son livre Mon désir de révolution : « Quand je traverse la frontière pour venir à ma résidence secondaire au Québec, je me sens comme si je traversais au XXIe siècle.Les États-Unis 44 L\u2019Action nationale \u2013 Septembre 2022 restent toujours coincés dans le XXe siècle et il y a beaucoup d\u2019Américains qui souhaiteraient retourner en arrière, au XIXe siècle.C\u2019est peut-être une question de valeurs.» Pour poursuivre cette pensée, il devient de plus en plus évident pour moi que la laïcité, la démocratie et la langue française sont plus valorisées au Québec que partout ailleurs en Amérique du Nord\u2026 mais pas encore assez.u Dictionnaire des\u201d patriotes 1837-1838 Deuxième édition, revue et augmentée \u2014 Le Dictionnaire CU LILLE et historique des patriotes 1837-1838, A M.A AX NL 4, 4 LX c'est l'histoire selle de plusieurs IE MEL IÈNE C'est pour ee faire connaître les méconnus mais surtout les inconnus, ces patriotes = ad Re ret atl + @ mx issus de ce vaste mouvement populaire fondé sur des idéaux Dn A Nd de liberte d\u2019 expression, de réformes sociales et de liberté d\u201d re ET + qu\u2019existe ce dictionnaire a Plus de 5000 patriotes répertoriés.7° ANON TX) Maintenant'offert'en versions numériques Contactez-nous pour plus d\u2019informations.info@guerin-editeur.qc.ca (.'GUERIN 514-842-3481 e www.guerin-editeur.qc.ca La Caisse d\u2019économie solidaire est la coopérative ?nancière des entreprises collectives et des citoyens engagés pour une économie sociale et durable.1 877 647-1527 caissesolidaire.coop Dossier VEILLE D\u2019ÉLECTIONS L\u2019avenir des institutions au Québec - Denis Monière 48 François Legault : un nationalisme de pacotille - Gilles Toupin 57 OUI-Québec La force de frappe dont nous avons besoin - Camille Goyette-Gingras 73 Indépendance Jamais trop tard pour bien faire - Nic Payne 81 Québequeer - Sébastien Ricard 88 Dossier Veille d\u2019élections 48 VEILLE D\u2019ÉLECTIONS Denis Monière* L\u2019avenir des institutions politiques au Québec Les institutions politiques et leur fonctionnement sont au cœur de la démocratie de représentation et indiquent le degré de modernité d\u2019une société.C\u2019est par le changement des institutions qu\u2019un parti peut durablement influencer l\u2019évolution d\u2019une société.Si ces postulats sont fondés, il faut donc se demander ce qui sera changé sur le plan institutionnel si un des partis en lice aux prochaines élections québécoises prend le pouvoir.Quels sont les changements institutionnels proposés afin d\u2019améliorer la démocratie en instaurant une plus grande égalité des citoyens dans l\u2019exercice du pouvoir ?Pour en avoir une idée, nous avons examiné les programmes des partis représentés à l\u2019Assemblée nationale, les programmes ayant la vertu d\u2019être plus élaborés que les plateformes électorales qui, elles, répondent à la conjoncture.Dans la plupart des cas, ils émanent aussi de la volonté exprimée par les membres en congrès ce qui n\u2019est pas le cas des engagements électoraux qui sont fabriqués par la direction des partis sur les conseils des firmes de marketing.Nous nous concentrerons sur les offres de politique proposées par les partis représentés à l\u2019Assemblée nationale.On a vu aux élections fédérales de 2015 et à celles du Québec en 2018 que les partis qui ont été élus, soit le Parti *  Politologue. L\u2019Action nationale \u2013 Septembre 2022 49 V E I L L E D \u2019 É L E C T I O N S libéral du Canada et la Coalition avenir Québec, avaient tous les deux proposé d\u2019instaurer une forme de scrutin proportionnel s\u2019ils étaient portés au pouvoir.On sait que le mode de scrutin est l\u2019armature d\u2019un système politique et que son changement modifie l\u2019ensemble des rapports de force dans une société.Or, cette réforme n\u2019a pas vu le jour, les deux partis au pouvoir ayant préféré trahir leurs promesses plutôt que de passer à l\u2019action.Depuis la création de l\u2019Assemblée législative en 1791, aucun parti n\u2019a osé modifier le mode de scrutin même si celui-ci est un des plus biaisés au monde dans la représentation des forces sociales.Que nous propose-t-on cette fois-ci ?Les offres de politiques sont essentielles à l\u2019électeur qui veut faire un choix rationnel, car avant d\u2019accorder sa confiance à un parti, il doit savoir ce que celui-ci a l\u2019intention de faire une fois au pouvoir.Le choix politique éclairé suppose que l\u2019électeur puisse comparer et évaluer les propositions d\u2019actions gouvernementales futures en fonction de ses besoins et intérêts.La Coalition avenir Québec Comme cela se produit souvent avec un parti gouvernemental, la CAQ, à la fin de l\u2019été, n\u2019avait pas dévoilé de programme électoral proprement dit.Son discours est essentiellement centré sur son bilan qu\u2019il saura émaillé au cours de la campagne d\u2019engagements spécifiques aux divers électorats ciblés.Il n\u2019est donc pas possible de savoir ce que ce parti nous réserve pour l\u2019avenir.Le cahier des résolutions adoptées les 13 et 14 novembre 2021 est vague à souhait.Par exemple, on parle de revitaliser les régions, mais sans proposer de mesures précises qui donneraient plus de pouvoirs aux régions.Comme on dit souvent que le passé est garant de l\u2019avenir, on peut donc conclure qu\u2019il ne se passera rien sur le plan des institutions si la CAQ est ré-élue. L\u2019Action nationale \u2013 Septembre 2022 50 V E I L L E D \u2019 É L E C T I O N S Le Parti libéral du Québec Quel contraste lorsqu\u2019on se tourne vers le Parti libéral du Québec qui présente des engagements détaillés pour l\u2019élection de 2022.« Le livre libéral » couvre 102 pages.Se définissant comme le parti des grands projets, le PLQ centre son programme sur la lutte contre les changements climatiques qui est placée en tête de ses priorités et mise sur le développement de la filière hydrogène.Le PLQ se propose de nationaliser la distribution de cette énergie et de laisser la production au secteur privé.Mais, pince- sans-rire, on nous explique que ce n\u2019est pas demain que l\u2019hydrogène sera utilisé à grande échelle.Les libéraux se préoccupent aussi des régions et se proposent de faire adopter une charte des régions afin de permettre à chacune d\u2019entre elles « de développer son plein potentiel en favorisant la décentralisation et en proposant des solutions provenant du terrain qui seront mieux adaptées aux réalités locales.» Il est difficile d\u2019aller plus loin dans le style sibyllin.Le PLQ propose une seule mesure ayant une portée institutionnelle.Il s\u2019agit d\u2019inscrire le droit à la préservation de l\u2019environnement et de la diversité biologique dans les droits fondamentaux protégés par le Charte des droits et libertés de la personne.Le Parti conservateur du Québec Ce parti, depuis sa fondation en 2009, n\u2019a jamais réussi à dépasser 1,5 % des votes.Il a connu une popularité inattendue avec l\u2019arrivée d\u2019Éric Duhaime à sa direction et est crédité de 15 à 20 % des intentions de vote dans les sondages.C\u2019est le parti le plus à droite de l\u2019échiquier politique du Québec préconisant une baisse d\u2019impôts des particuliers et une réduction de la taille de l\u2019État.Il a adopté un programme de 88 pages, les 20 et 21 novembre 2021.Parmi L\u2019Action nationale \u2013 Septembre 2022 51 V E I L L E D \u2019 É L E C T I O N S ses propositions phares, nous en avons retenu deux : l\u2019introduction du privé dans le système de santé et celle d\u2019un système de concurrence pour le financement des écoles.Il n\u2019y a aucune proposition de changements des institutions politiques du Québec.Québec solidaire D\u2019entrée de jeu, ce parti nous prévient que son programme ne dit pas ce qu\u2019il entend faire s\u2019il prend le pouvoir : « Rappelons qu\u2019un programme est une vision à long terme et non un plan d\u2019action ni un engagement à court terme.Il ne s\u2019agit donc pas de la plateforme électorale qui, elle, affirme les engagements de Québec solidaire pour les quatre années à venir.» QS peut donc se replier sur des positions socialement plus acceptables durant la campagne électorale pour ne pas effaroucher les électeurs avec les positions radicales inscrites par ses militants dans son programme.Ainsi on peut parler de socialisme ou d\u2019indépendance dans le programme sans avoir à défendre ces idées sur la place publique durant la campagne électorale.C\u2019est sans doute une forme avancée de populisme qui cache les objectifs fondamentaux sous un épais manteau de propositions à court terme qui visent à séduire une large base électorale.Mais comme les engagements ne sont dévoilés qu\u2019en campagne électorale, nous devons nous fier à son programme de 93 pages pour les fins de notre enquête.Deux chapitres sont consacrés aux changements institutionnels : celui sur la démocratie et celui sur la souveraineté.Notons que ce programme date, il n\u2019a pas été actualisé, car on y propose de tenir les élections à date fixe (p.56) ce qui est déjà un acquis de la démocratie québécoise.Par ailleurs, QS propose de changer le mode de scrutin uninominal à un tour pour un mode de scrutin mixte L\u2019Action nationale \u2013 Septembre 2022 52 V E I L L E D \u2019 É L E C T I O N S avec compensatoire qui introduit la proportionnelle.« Ce nouveau mode de scrutin permettra l\u2019élection de 60 % de la députation selon le mode actuel (uninominal à un tour) et les autres 40 % selon les résultats proportionnels des différents partis politiques au niveau national qui auront recueilli au moins 2 % des voix totales.» On propose aussi une décentralisation démocratique sur la base des communautés territoriales, mais l\u2019architecture de ce niveau de gouvernance régionale reste floue.QS s\u2019engage aussi à reconnaître la souveraineté des peuples autochtones sur les territoires qu\u2019ils habitent.On reste vague toutefois sur les modalités d\u2019exercice de ce droit à l\u2019autodétermination.Le changement institutionnel le plus important qui suivra l\u2019élection du QS sera la convocation d\u2019une assemblée constituante pour définir le projet de pays.(article 9,3,1) : « Un gouvernement solidaire proposera dans les plus brefs délais l\u2019adoption d\u2019une loi sur l\u2019Assemblée constituante définissant son mandat, sa composition et sa démarche\u2026 Celle-ci aura pour mandat d\u2019élaborer un projet de constitution d\u2019un Québec indépendant, spécifiant les valeurs, les droits et les principes sur lesquels doit reposer la vie commune, ainsi que les institutions, les pouvoirs, les responsabilités et les ressources qui leur sont délégués.» (p.90) Si cette démarche était mise en œuvre il en découlerait des « gestes d\u2019affirmation » pour ne pas parler de gestes de rupture avec le Canada, comme l\u2019adoption d\u2019une loi-cadre qui remplacerait la constitution canadienne, l\u2019abolition du poste de lieutenant-gouverneur, la perception de toutes les taxes et tous les impôts par le gouvernement du Québec.On ne précise pas toutefois si l\u2019accession à l\u2019indépendance se fera dans un premier mandat.Mais on peut en douter puisqu\u2019on explique curieusement que la période de transi- L\u2019Action nationale \u2013 Septembre 2022 53 V E I L L E D \u2019 É L E C T I O N S tion sera consacrée au ralliement de la « gauche continentale » au processus constituant comme si implicitement on admettait une forme de souveraineté-association avec une improbable gauche canadienne au pouvoir ; mais on est avare de précision sur la suite des choses si cette gauche ne consent pas à l\u2019accession à la souveraineté du Québec comme si on acceptait que le Québec ne soit pas entièrement libre de ses choix.Le Parti québécois Prendre connaissance du programme du Parti québécois n\u2019est pas une mince affaire.Ce parti qui était reconnu auparavant pour avoir le programme le plus élaboré et qui a connu des batailles épiques à ses congrès pour fixer les orientations de son programme semble avoir rompu avec sa tradition.Au moment de rédiger ce texte autour du 15 août, le site web, qui est habituellement la voie royale pour savoir ce que pense un parti, ne contient pas de programme, sauf une rubrique intitulée : « La santé à votre portée », document fouillé de 28 pages.Lorsque j\u2019ai googlé et cliqué sur l\u2019onglet « programme », je suis arrivé à une page blanche.Un peu décourageant, je dois l\u2019avouer.Et pourtant, on nous invite à fréquenter ce site pour découvrir la plateforme, les candidats et le chef.Nouveau mystère de la communication politique où il faut creuser profond pour trouver les idées essentielles.Sur le site internet, on nous explique dans huit vidéos les 51 raisons de faire l\u2019indépendance.Mais ces capsules brillent par leur discrétion sur le comment se fera l\u2019indépendance et sur ce que deviendra sur le plan institutionnel le Québec indépendant.La nature du régime politique d\u2019un Québec indépendant n\u2019y est pas définie.On s\u2019en tient à des propos nébuleux : « Jusqu\u2019à l\u2019adoption d\u2019une nou- L\u2019Action nationale \u2013 Septembre 2022 54 V E I L L E D \u2019 É L E C T I O N S velle constitution, un Québec indépendant évoluera dans le cadre des institutions politiques actuelles, auxquelles seront seulement apportées les modifications requises par le changement de statut politique, par exemple celles qui concernent les responsabilités du lieutenant-gouverneur.» Il faut, paraît-il, se référer à un autre document intitulé Projet national (34 pages), pour avoir une idée de ce que le PQ se propose de faire dans un premier mandat.Je ne veux pas être chicanier, mais encore là, on joue sur les mots.On ne nous dit pas que le PQ s\u2019engage à faire des choses, mais plutôt qu\u2019il aspire à\u2026 une aspiration étant beaucoup moins déterminée, affirmative et contraignante qu\u2019un engagement : « Le Parti Québécois aspire dès le début du premier mandat d\u2019un gouvernement du Parti Québécois, à déclencher la démarche de préparation du prochain référendum sur l\u2019indépendance du Québec en formulant l\u2019inventaire de toutes les étapes qui arriveront avant, pendant et après ce référendum.» Il faudra donc attendre après l\u2019élection pour connaître la feuille de route et rien ne dit que l\u2019indépendance adviendra dans le prochain mandat.On entretient le flou artistique.Pour expliquer la démarche, on s\u2019en tient à des généralités comme faire des études sur la souveraineté et sur les finances d\u2019un Québec indépendant.Il faut toutefois saluer ce qui semble la nouvelle approche du PQ dans le processus référendaire où on semble vouloir dépasser l\u2019angélisme ou la candeur du passé.On aspire maintenant à utiliser les moyens financiers de l\u2019État pour préparer adéquatement le référendum.On se propose aussi d\u2019instituer une carte d\u2019électeur pour voter lors du référendum afin d\u2019éviter les fraudes.Il faut souligner une autre grande innovation dans ce projet national où, pour la première fois, on précise cer- L\u2019Action nationale \u2013 Septembre 2022 55 V E I L L E D \u2019 É L E C T I O N S taines politiques que le Québec pourra adopter lorsqu\u2019il sera indépendant.Ces propositions impossibles à réaliser sans l\u2019indépendance du Québec sont soulignées en bleu et précédées d\u2019une fleur de lys.À titre d\u2019exemple, même s\u2019il est plutôt sibyllin, citons « le projet d\u2019utiliser stratégiquement la politique monétaire afin de financer la transition écologique.» Le seul parti à avoir jusqu\u2019à présent décrit ce que l\u2019on peut faire en obtenant l\u2019indépendance était Option nationale.Sous la direction de Martine Ouellet, le Bloc québécois avait aussi adopté un programme qui faisait la promotion de l\u2019indépendance en présentant les politiques que l\u2019indépendance permettrait d\u2019adopter.Mais le Bloc a viré capot pour revenir à une logique provincialiste qui ne fait pas activement la promotion de l\u2019indépendance.Comme les autres partis, le PQ aspire aussi à une plus grande décentralisation et se propose de favoriser la mise en place d\u2019une instance de concertation et de gouvernance dans chaque région, selon les spécificités du milieu ; on ne se perd pas dans les détails.On prévoit aussi innover sur le plan des institutions en créant un poste de directeur parlementaire du budget, poste qui à ma connaissance existe depuis 2018, et en insérant une composante proportionnelle mixte régionale dans notre mode de scrutin ; là encore on ne croule pas sous les détails.Si le PQ est avare de détails sur le processus d\u2019accession à l\u2019indépendance, il se montre toutefois plus explicite lorsqu\u2019il s\u2019agit des autochtones.Il se propose de remplacer la loi sur les Indiens pour instaurer un nouveau partenariat « dans le respect de notre autodétermination respective, la recherche de nos intérêts communs et notre rayonnement culturel ».On évoque aussi clairement l\u2019idée d\u2019établir un régime républicain au Québec avec une présidence élue au suffrage universel ce qui entraînera l\u2019abolition de la L\u2019Action nationale \u2013 Septembre 2022 56 V E I L L E D \u2019 É L E C T I O N S monarchie.Au moins, une chose est claire ; l\u2019élection du PQ ouvrira la route à la tenue d\u2019un troisième référendum.Pour le reste, ne dit-on pas que l\u2019enfer est pavé de bonnes intentions ?Cette revue des programmes montre que les partis sont les champions des discours ambigus.Éviter d\u2019être trop précis est leur marque de commerce.Il y a fort à parier que la question des changements institutionnels nécessaires pour améliorer la démocratie québécoise passera aux oubliettes dans les discours qui seront tenus en campagne électorale.Les partis préfèrent en dire le moins possible, être le plus vague possible et se contenter d\u2019indiquer des orientations pour l\u2019avenir de telle sorte qu\u2019ils pourront toujours les renier une fois élus sans être accusés d\u2019avoir trompé l\u2019électorat.u 57 VEILLE D\u2019ÉLECTIONS Gilles Toupin* François Legault : un nationalisme de pacotilleAprès quatre ans de règne et avec 76 sièges à l\u2019Assemblée nationale, le premier ministre du Québec, François Legault, et la Coalition avenir Québec (CAQ) ont eu la voie pratiquement libre depuis leur prise du pouvoir en octobre 2018 pour gouverner et faire en sorte que le Québec tire son épingle du jeu face à un environnement idéologique, économique et géopolitique qui entretient un rejet quasi systématique de ses réalités profondes et de son cheminement historique.À quelques semaines des élections d\u2019octobre 2022, le temps est venu de s\u2019interroger légitimement sur les avancées ou les reculs du gouvernement de la CAQ.Le premier ministre François Legault a-t-il cheminé depuis 2018 et même depuis son retour en politique en 2011 ?A-t-il tiré avantage de la confortable majorité parlementaire que l\u2019électorat lui a conférée en chassant du pouvoir les libéraux de Philippe Couillard ?Au-delà d\u2019une instrumentalisation patente de la langue française et de gauches déclarations en l\u2019emporte-pièce sur sa future « louisianisation », au-delà des slogans nationalistes sur la défense de « nos valeurs », au-delà des quelques manifestations d\u2019impatience passa- *  Journaliste  à  La Presse  (1972  à  2009),  a  publié  Le déshonneur des libéraux, Le scandale des commandites  (VLB  2006),  Gilles Duceppe, entretiens avec Gilles Toupin (Richard Vézina éditeur 2010) et Le Mirage François Legault (VLB 2012). L\u2019Action nationale \u2013 Septembre 2022 58 V E I L L E D \u2019 É L E C T I O N S gères à propos des refus du gouvernement Trudeau de lâcher du lest en faveur du Québec dans le domaine de l\u2019immigration, au-delà de quelques bons coups relatifs de son gouvernement dans divers dossiers dont ceux de la pandémie et de la laïcité, qu\u2019aura fait concrètement le gouvernement de la CAQ pour assurer à ses quelque 8,6 millions de citoyens un mieux-être économique et une pérennité linguistique et culturelle ?Le gouvernement Legault a-t-il freiné l\u2019anglicisation du Québec ?A-t-il remis de l\u2019ordre dans le chaos de notre système de santé ?A-t-il réussi à stopper la charge supréma- ciste canadian pour faire du Québec « une province comme les autres », c\u2019est-à-dire multiculturaliste et bilingue (lire anglophone) ?Avant de répondre à ces interrogations, quelques rappels s\u2019imposent.Il faut d\u2019abord se souvenir d\u2019où vient François Legault.Il faut se souvenir \u2013 ce qui nous renseigne sur son rapport au réel \u2013 du virage à 180 degrés qu\u2019il a opéré sur la question nationale alors qu\u2019il claquait la porte du Parti québécois en 2009.À l\u2019époque où il était ministre (de 1998 à 2009), il n\u2019avait eu de cesse d\u2019affirmer que le Québec en tant que simple province canadienne était ingouvernable, qu\u2019il n\u2019y avait aucun avenir au sein de l\u2019entité canadian pour dynamiser les secteurs économiques stratégiques du Québec, qu\u2019il s\u2019agisse \u2013 pour ne nommer que ceux-là \u2013 de l\u2019industrie forestière, manufacturière ou des ressources naturelles.François Legault était totalement convaincu que la nation québécoise ne pouvait affronter les défis à surmonter pour atteindre sa maturité qu\u2019en accédant à la responsabilité politique pleine et entière que seul un État véritablement autonome peut conférer à un peuple. L\u2019Action nationale \u2013 Septembre 2022 59 V E I L L E D \u2019 É L E C T I O N S « Certains, disait-il, alors qu\u2019il était le critique du caucus péquiste en matière de finances, peuvent être \u201cfatigués\u201d de travailler à faire la souveraineté, mais ce n\u2019est pas une raison pour tout arrêter1.» Une volte-face opportuniste Or, François Legault arrêta tout ! Il abandonna le navire et tourna le dos à ce qu\u2019il avait toujours considéré jusque-là comme le premier véritable facteur de changement au Québec, l\u2019accession à la pleine souveraineté.Il se tourna « le dos à lui-même dans une mutation politique invraisemblable qu\u2019elle ne pouvait que pécher par manque de crédibilité2 ».Cela, déjà, nous en dit long sur la constance et la cohérence de la pensée du personnage.Nous savons aujourd\u2019hui que François Legault n\u2019a jamais hésité à changer sa posture en fonction des humeurs, des intérêts personnels, des modes et des sondages.Cette volte-face, cette démission opportuniste, fut suivie par la création, avec son ami et homme d\u2019affaires fédéraliste, Charles Sirois, de la Coalition avenir Québec (CAQ).À ses derniers mois comme député du PQ en 2009, l\u2019homme, qui avait toujours déclaré jusque-là que, dans la gestion des affaires régaliennes, il fallait « faire preuve de courage », proposa à ses collègues de mettre de l\u2019avant dorénavant des mesures qui n\u2019effaroucheraient pas la population (donc qui favoriseraient leur réélection) : priorité à l\u2019éducation avec des investissements massifs, réfection du système de santé, réduction du fardeau fiscal des entreprises, etc.François Legault voulait à l\u2019époque finan- 1  Gilles Toupin, Le Mirage François Legault, vlb éditeur, Montréal 2012, p. 36 2  Ibid., p. 8 L\u2019Action nationale \u2013 Septembre 2022 60 V E I L L E D \u2019 É L E C T I O N S cer ces projets par une hausse de 2,5 milliards $ des tarifs d\u2019électricité.Lors d\u2019une mémorable réunion de l\u2019aile parlementaire du Parti québécois à Bécancour, le 20 août 2008, François Legault déclara publiquement pour la première fois que le PQ devait mettre de côté la souveraineté pour s\u2019occuper de ce qu\u2019il appela les « vraies affaires », question de regagner la confiance de l\u2019électorat.Le clientélisme façon Legault venait officiellement de voir le jour.Lorsqu\u2019il revint en politique en 2011, il fit sursauter ses anciens conseillers en préconisant les mêmes pistes de solution qu\u2019il avait rejetées lorsqu\u2019il était député du PQ.Plus question d\u2019augmenter les taxes (« preuve de courage » dans son ancienne vie), plus question d\u2019augmenter les tarifs d\u2019électricité pour financer ses projets ; il oublie donc ses « convictions » anciennes et préconise alors, pour notamment financer ses politiques en santé et en éducation, de sabrer 4 000 emplois chez Hydro-Québec.La chef du PQ à l\u2019époque, Pauline Marois, rappela cette insistance avec laquelle l\u2019ancien homme d\u2019affaires la pressait d\u2019augmenter les tarifs d\u2019électricité au moment de quitter le parti en 2009.« C\u2019est comme ça, révéla-t-elle par la suite, qu\u2019il allait pouvoir constituer un fonds pour investir en éducation et en santé.Mais le courage qu\u2019il me demandait d\u2019avoir alors que j\u2019étais sceptique, il ne l\u2019a pas maintenant3.» Ce manque de courage l\u2019a fort bien servi puisqu\u2019il fut porté au pouvoir en 2018 malgré le désenchantement de ceux qui l\u2019avaient appuyé à l\u2019époque.Et, à quelques jours d\u2019une nouvelle échéance électorale, il peut envisager sereinement, à la lumière des récents sondages, une autre victoire le 3 octobre 3  Le Devoir, « Coalition avenir Québec \u2013 Un manque d\u2019engagement et de  courage, selon le PLQ et le PQ », 15 novembre 2011. L\u2019Action nationale \u2013 Septembre 2022 61 V E I L L E D \u2019 É L E C T I O N S prochain.Or, si le seul but d\u2019un homme politique consiste à se faire élire, le stratagème mis en place par Legault, celui du subterfuge des « vraies affaires », fonctionne à merveille.La majorité des électeurs n\u2019y vit et n\u2019y verra que du feu\u2026 Mais à quel prix pour le Québec ?Un incontournable constat s\u2019impose donc à propos du style de gouvernance de l\u2019actuel premier ministre du Québec : dépourvu de toute vision pour l\u2019avenir du Québec, sinon celle d\u2019un gestionnaire essentiellement comptable, François Legault gère le Québec au jour le jour comme un commerçant gère sa boutique ; s\u2019il a abandonné l\u2019idée d\u2019indépendance du Québec, il n\u2019a pas abandonné son modèle dit de nationalisme économique \u2013 triste copie de « l\u2019auto- nomisme » de l\u2019ancienne Action démocratique du Québec (ADQ) \u2013 qui maintient le Québec dans une dépendance toxique au régime canadian.Ainsi, malgré certaines réalisations qu\u2019il faut certes souligner, le gouvernement Legault met de l\u2019avant des politiques qui maintiennent le Québec dans l\u2019illusion du changement, dans un état permanent d\u2019aliénation.Les bons coups L\u2019affirmation de la laïcité de l\u2019État n\u2019est pas la moindre des réalisations de la CAQ, une réalisation guidée énergiquement par le ministre Simon Jollet-Barette.C\u2019est un important pas en avant pour le vivre-ensemble et c\u2019est également un sérieux début d\u2019affirmation du caractère résolument républicain et anti-multiculturaliste du Québec.La loi 21 est cependant une loi faiblarde (si on la compare à ce qui se fait dans certains pays européens, en particulier en France) puisque l\u2019interdiction des signes religieux ne s\u2019applique pas à toute la fonction publique ni à tout le personnel des écoles L\u2019Action nationale \u2013 Septembre 2022 62 V E I L L E D \u2019 É L E C T I O N S publiques.La loi ne s\u2019applique pas non plus aux écoles privées ni aux Centres de la petite enfance.Elle n\u2019interdit pas non plus le port de signes religieux aux députés de l\u2019Assemblée nationale alors qu\u2019elle a obligé au retrait du crucifix de cette même Assemblée nationale, une incohérence de taille.Sans compter que cette loi ne s\u2019attaque d\u2019aucune façon aux considérables avantages fiscaux dont jouissent les institutions religieuses.Elle n\u2019établit pas totalement cette nécessaire séparation entre l\u2019État et le religieux.Elle ne ferme pas complètement la porte à l\u2019entrisme religieux au sein de l\u2019appareil de l\u2019État, en particulier à l\u2019une de ses formes les plus virulentes de notre temps, celle de l\u2019islam politique.Cette loi est ce que l\u2019on pourrait qualifier de simple « premier pas » vers une pleine laïcité, une sorte de compromis qui malgré sa timidité n\u2019a pas eu l\u2019heur de calmer les ardeurs d\u2019un Quebec bashing quasi général.Enfin, cette loi est contestée de façon fanatique devant les tribunaux par les tenants d\u2019une cabale anti-Québec, soutenue par Ottawa, par des provinces canadian, par de grandes municipalités du ROC (Rest of Canada) et par les apôtres du communautarisme victimaire.Est-il besoin de rappeler la création du mouvement lancé par le maire de Brampton et jadis aspirant au poste de premier ministre du Canada, Patrick Brown, qui fit appel en décembre dernier aux deniers publics des municipalités pour financer la contestation de cette loi 21 devant les tribunaux ?Les villes de Toronto, Brampton et London ont promis de se jeter dans la mêlée avec des apports de 100 000 $ chacune.Ces indécentes interventions font la démonstration on ne peut plus spectaculaire de l\u2019inadéquation de l\u2019intenable posture régalienne du Québec face à une pensée et à un système politique méprisant qui refuse notre approche universaliste et notre conception républicaine du vivre-ensemble.C\u2019est ainsi que la clause dérogatoire utilisée par Québec L\u2019Action nationale \u2013 Septembre 2022 63 V E I L L E D \u2019 É L E C T I O N S pour protéger sa loi, clause pourtant bien enchâssée dans la Constitution canadienne, est contestée par cette anglo- phonie et ses suppôts \u2013 qui ont pourtant soutenu dans l\u2019enthousiasme cette constitution en 1982 \u2013 et certains groupes de pression religieux.Côté gestion de boutique par ailleurs, François Legault avait promis de remettre de l\u2019argent dans les poches des contribuables.Il a donc réduit les taxes scolaires de 600 millions $ en leur appliquant un taux unique.Il a augmenté les allocations familiales et instauré un tarif unique pour les services de garde, bonifiant aussi l\u2019aide aux handicapés et aux personnes âgées.Il a versé un chèque de 500 $ à 6,4 millions de Québécois pour contrer l\u2019inflation.Il a mené à bien une réforme d\u2019Investissement Québec et il a développé la filière des transports électriques.Il est parvenu à réduire \u2013 mais pour une année seulement \u2013 le nombre de nouveaux arrivants de 50 000 à 40 000.Il a finalisé quelques rares ententes administratives avec Ottawa dont le protocole de nomination des juges du Québec à la Cour suprême, un protocole soit dit en passant non contraignant qui n\u2019a pas force de loi et qui conserve la primauté d\u2019Ottawa à toutes les étapes de ces nominations.Soulignons enfin que Québec a conclu en 2021 un nouveau contrat d\u2019exportation d\u2019électricité avec l\u2019État de New York, une entente presque routinière puisque la collaboration avec cet État américain remonte à au moins un siècle.Pandémie et système de santé Le bilan est mitigé au chapitre de la pandémie de la Covid-19 même si certains commentateurs ont reconnu que François Legault avait plutôt bien performé sur le terrain des communications, se faisant la plupart du temps L\u2019Action nationale \u2013 Septembre 2022 64 V E I L L E D \u2019 É L E C T I O N S rassurant malgré certains ratés importants, jouissant du coup d\u2019une présence médiatique dont rêvent tous les politiciens et qui n\u2019est pas étrangère à sa popularité actuelle.D\u2019autres commentateurs et analystes n\u2019ont guère prisé en revanche que François Legault se soit donné une note parfaite le 3 décembre 2020 pour sa gestion de cette crise sanitaire.Estomaqués par cette incapacité du premier ministre à prendre du recul sur ce difficile épisode de son mandat et de faire les constats qui s\u2019imposent, la rédactrice indépendante Josiane Cossette et le gérontologue social Julien Simard, à la tête d\u2019un collectif de rédacteurs, ont décidé de publier un ouvrage des plus critique « ne serait- ce qu\u2019au nom des morts qui ne peuvent plus parler4 ».Les auteurs de l\u2019étude ont souligné certes le succès de la campagne de vaccination pour les premières et deuxièmes doses, mais ils creusent un peu plus du côté des errements du gouvernement Legault et de son directeur national de la Santé publique qui sont, écrivent-ils, « passés maîtres dans l\u2019art de mettre de l\u2019avant ce qui brille ».L\u2019étude met en lumière notamment les « zones d\u2019ombre » de cette gestion étatique, zones d\u2019ombre « dont l\u2019ignorance volontaire s\u2019est soldée par d\u2019importants coûts sociaux, économiques et humains, à commencer par le déni répété de la transmission aérienne, digne d\u2019une pièce de Ionesco5 ».La liste des faux pas étalée par ces experts est impressionnante.Je cite : mensonges sur les tests de qualité de l\u2019air, mépris de la science, refus du gouvernement de protéger adéquatement ses « anges gardiennes », « négligence cri- 4  Traitements-chocs et tartelettes \u2013 Bilan critique de la gestion de la Covid-19 au Québec, ouvrage collectif sous la direction de Josiane Cossette et de  Julien Simard, éditions Somme Toute, Montréal 2022, 296 pages.5  Ibid. L\u2019Action nationale \u2013 Septembre 2022 65 V E I L L E D \u2019 É L E C T I O N S minelle » dans les CHSLD, « silence radio » sur la Covid longue, « illusion » du couvre-feu, politisation de la santé publique, etc.Autre constatation : cette pandémie a surtout remis au premier plan les lacunes et les incohérences de notre système de santé.Souvenons-nous que la santé fut l\u2019une des cinq grandes priorités de François Legault en 2011.Une décennie plus tard et après quatre années au pouvoir, force nous est de constater les errements de la CAQ à ce chapitre.Il y a eu les paroles ; il y a eu la promesse en 2011 de réformer le système de santé du Québec, promesse réitérée depuis maintes fois.Il s\u2019agissait déjà à l\u2019époque de « donner à tous les Québécois un médecin de famille, [de] décentraliser le réseau de santé et [de] contrôler le coût des médicaments6 ».Aujourd\u2019hui, les résultats ne sont pas au rendez-vous malgré l\u2019augmentation des dépenses en santé de plus de 4,1 %.Le Québec est à court de quelque 1 000 omnipraticiens, les listes d\u2019attente pour obtenir des services s\u2019allongent sans cesse, près d\u2019un million de Québécois n\u2019ont donc pas de médecin de famille, le délai maximal promis de 36 heures pour consulter un médecin n\u2019a pas été atteint pas plus que la promesse d\u2019un délai de 90 minutes d\u2019attente moyenne aux urgences n\u2019a été concrétisée.Certes, des efforts ont été faits pour donner aux pharmaciens et aux superinfirmières le pouvoir d\u2019accomplir des actes médicaux qui étaient habituellement réservés aux médecins, mais cela n\u2019est pas suffisant pour répondre aux problématiques récurrentes qui paralysent le système de santé du Québec.6  Op. cit., Le Mirage François Legault, p. 58. L\u2019Action nationale \u2013 Septembre 2022 66 V E I L L E D \u2019 É L E C T I O N S L\u2019illusion d\u2019une troisième voie La fameuse « troisième voie » cultivée par la CAQ depuis son apparition dans le paysage politique du Québec entretient ainsi l\u2019illusion de pouvoir livrer la marchandise en santé alors qu\u2019elle masque en réalité la source du problème.Le maintien du Québec au sein de la fédération canadienne est la cause fondamentale du sous-finance- ment de notre système de santé.François Legault, dans sa recherche de la solution miracle à ce chapitre (par exemple un report des soins à hauteur de 20 % vers le secteur privé), n\u2019a guère concrètement cheminé dans sa capacité à admettre que l\u2019État québécois ne peut continuer à assumer 78 % de la facture en santé.Prises à la gorge, les provinces ont certes réclamé du gouvernement Trudeau cette année une hausse de 22 % à 35 % de la contribution fédérale en santé, mais cette demande fut brutalement refusée par le premier ministre canadien Justin Trudeau malgré la situation intenable pour les provinces.Admettre autrement qu\u2019en paroles l\u2019existence de ce problème structurel, se libérer de cette cécité accommodante semble impensable pour François Legault qui préfère \u2013 sans doute pour des raisons électoralistes \u2013 ne pas regarder la réalité en face.Ce ne sont pas ses quelques manifestations théâtrales d\u2019irritation face à l\u2019arrogance du gouvernement fédéral qui redonneront au Québec le moyen de ses ambitions en santé.Les paroles ne sont jamais suivies chez lui de gestes concrets qui leur donneraient une emprise sur le réel.Face au discours irrémédiablement en opposition avec l\u2019engagement soi-disant « nationaliste » du premier ministre François Legault, ce dernier choisit immanquablement, depuis son renoncement à la voie de l\u2019indépendance du L\u2019Action nationale \u2013 Septembre 2022 67 V E I L L E D \u2019 É L E C T I O N S Québec voici une dizaine d\u2019années, le repli et l\u2019attentisme, le déni du réel qui n\u2019est d\u2019aucune façon favorable à l\u2019épanouissement de la nation québécoise, comme si la stagnation dans laquelle le pouvoir canadien hostile enfonce le Québec allait comme par magie disparaître toute seule.La langue commune La loi 96 sur la langue officielle et commune du Québec en est encore une fois la parfaite illustration.Avec cette loi, François Legault nous fait prendre des vessies pour des lanternes.L\u2019intention était en somme de mettre un terme une fois pour toutes au déclin du français au Québec \u2013 démontré et prouvé maintes fois par la grande majorité des experts sur cette question \u2013, d\u2019autant plus que la Charte de la langue française a été charcutée et rendue caduque au fil du temps, faut-il le rappeler, par quelque 200 amendements imposés par la Cour suprême du Canada.La loi 96 ne peut mener à bien ce projet ; elle tient du mirage.Ses faiblesses sont criantes ; elles font en sorte que l\u2019objectif de contrer la minorisation systématique des francophones par l\u2019État canadien ne pourra être atteint.Mentionnons seulement le refus du gouvernement d\u2019étendre l\u2019application de la loi au cégep, le droit donné par la CAQ aux municipalités de fonctionner dans les deux langues, même si la proportion d\u2019anglophones y est négligeable, l\u2019impasse faite sur le coup de force d\u2019Ottawa de ne pas astreindre les entreprises fédérales du Québec à travailler en français, le surfinancement du réseau scolaire anglophone sans compter les échappatoires enchâssées dans la loi qui exemptent les écoles passerelles et les écoles privées à caractère religieux de l\u2019application de la loi, même pour les élèves qui ne font pas partie de la minorité anglophone. L\u2019Action nationale \u2013 Septembre 2022 68 V E I L L E D \u2019 É L E C T I O N S Conclusion : le chercheur Gilbert Paquette l\u2019a fort bien démontré dans un ouvrage publié l\u2019année dernière7 : « la loi 96 ne pourra freiner l\u2019érosion du français au Québec8 ».D\u2019autant plus que le projet de loi 96 fait aussi l\u2019impasse sur les liens existentiels qui existent entre immigration et francisation.Pourtant François Legault semblait vouloir faire de l\u2019enjeu du rapatriement des pleins pouvoirs en immigration un enjeu majeur du prochain rendez-vous électoral.Il n\u2019a pas le courage de tirer les leçons qui s\u2019imposent des refus cinglants du gouvernement Trudeau de lâcher du lest au profit du Québec en matière d\u2019immigration.François Legault est aujourd\u2019hui Gros-Jean comme devant en regard de ce dossier.Et il se berce de l\u2019illusion qu\u2019un mandat « fort », qu\u2019il réclame à hauts cris, lui permettra de faire infléchir le premier ministre canadien.Dans un contexte de radicalisation du pouvoir fédéral, il est clair que l\u2019immigration, comme elle est administrée et contrôlée par Ottawa, continuera à servir de cheval de Troie pour l\u2019assimilation et la minorisation de la nation québécoise.On constate ainsi que cet aveuglement volontaire est un comportement récurrent chez François Legault ; depuis au moins une décennie, il s\u2019écrase lorsqu\u2019il se voit contraint à poser des gestes de rupture avec le Canada, sans doute pour ne pas heurter l\u2019aile fédéraliste de son parti politique.Il s\u2019interdit donc de franchir le Rubicon, préférant s\u2019en tenir à la parole « nationaliste », une parole dépourvue, encore une fois, de gestes concrets pour la soutenir.Il continue de vivre dans la nébuleuse du « dire sans le faire ».7  « L\u2019indépendance  nécessaire  à  la  pérennité  et  à  l\u2019essor  de  la  langue  française au Québec », par Gilbert Paquette, L\u2019Action nationale Éditeur,  Montréal 2021, 71 pages.8  Ibid., p. 32. L\u2019Action nationale \u2013 Septembre 2022 69 V E I L L E D \u2019 É L E C T I O N S Le parti qu\u2019il a créé, un parti constitué d\u2019un étrange amalgame de souverainistes et de fédéralistes, est en soi, par sa nature hybride, un empêcheur de tourner en rond.Toute mesure radicale risquerait en effet à tout moment de provoquer des dissensions internes telles que l\u2019éclatement de la formation politique en serait l\u2019inévitable résultat.Mais la liste des paralysies systémiques du gouvernement Legault ne s\u2019arrête pas là.Des vingt et une demandes présentées à Ottawa en 2015 dans le cadre de son programme constitutionnel, aucun des gains annoncés ne fut concrétisé.La CAQ essuya vingt et un refus.Sur le plan de la fiscalité notamment, le désir maintes fois réitéré du gouvernement Legault d\u2019obtenir d\u2019Ottawa une déclaration fiscale unique administrée par le Québec (qui aurait permis des économies d\u2019environ 600 millions $) n\u2019a pas été exaucé.Le gouvernement de la CAQ n\u2019a pas réussi non plus à obtenir les pouvoirs réclamés dans les domaines de l\u2019agriculture, de l\u2019environnement et de la culture.La camisole de force du régime fédéral est solidement sanglée à tous ces égards.Sans compter que l\u2019économie des hydrocarbures, prépondérante dans la pensée ottavienne, mine les tentatives du Québec \u2013 timides il est vrai \u2013 d\u2019atteindre les cibles climatiques qu\u2019il s\u2019est fixées.On le constate et le reconstate, le mal caquiste le plus profond, dans le parcours cahoteux de sa courte existence, est ce refus de voir en face les murs qui sont érigés sans cesse par le pouvoir fédéral pour freiner l\u2019avancement du Québec.Cette cécité commode et volontaire fait en sorte que l\u2019heure L\u2019Action nationale \u2013 Septembre 2022 70 V E I L L E D \u2019 É L E C T I O N S de vérité ne sonne jamais pour François Legault.Ce renoncement mènera à coup sûr à l\u2019indigence politique de la nation québécoise.Donc, reposons la question : y\u2019a-t-il eu cheminement chez François Legault depuis 2018 et même depuis 2011 ?Comme la grande majorité des gouvernements qui ont précédé celui de la CAQ depuis les années 70, François Legault s\u2019est cantonné dans l\u2019approche provincia- liste, une approche qui confine et limite le Québec « dans le cadre restreint des responsabilités provinciales défini par la constitution canadienne9 », renonçant du coup à l\u2019exigence de liberté et d\u2019identité qui devrait être l\u2019apanage de toute nation aspirant en toute légitimité à sa pleine autonomie.Le Québec envoie 1 milliard $ par semaine de ses revenus au gouvernement fédéral alors que près de 80 % de son budget est consacré à la santé et à l\u2019éducation, contraignant ses dirigeants à tenter de résoudre la quadrature du cercle pour satisfaire tous les autres postes budgétaires.C\u2019est le sempiternel constat du déficit fiscal en croissance continue, un constat qui persiste depuis le fameux rapport de la commission Séguin en 200110.Ruse souverainiste ?Reste la question des motivations secrètes de François Legault.Dans les milieux politiques et chez les commentateurs de tout acabit, il est souvent fait allusion 9  Gilbert  Paquette,  Le sens du pays, refonder le combat indépendantiste,  éditions Liber, Montréal 2020, p. 165.10  https://www.groupes.finances.gouv.qc.ca/desequilibrefiscal/fr/ document/rapport_final.htm L\u2019Action nationale \u2013 Septembre 2022 71 V E I L L E D \u2019 É L E C T I O N S à la « ruse souverainiste » de François Legault.Le grand jeu du premier ministre consisterait, selon cette théorie, à placer ses pions pour faire la démonstration à terme de l\u2019ingouvernabilité du Québec à l\u2019intérieur de l\u2019entité canadienne ; démontrer ainsi à dose homéopathique et sur le temps long que la radicalisation du régime fédéral à l\u2019encontre du Québec fait de l\u2019autonomie du Québec une illusion.Cette stratégie mènerait ainsi à terme à une prise de conscience collective de la nation et au rejet du régime paralysant et aliénant d\u2019Ottawa.Ainsi François Legault serait en son for intérieur resté fidèle à ce qu\u2019il écrivit jadis dans une lettre ouverte ?« La souveraineté peut être conçue comme une fin, disait-il.Le Québec possède une histoire, une langue, une culture, des institutions, une pratique de la solidarité qui le distinguent des autres nations du monde.Il est tout à fait légitime de militer pour que cette nation d\u2019Amérique puisse un jour maîtriser tous les leviers de son développement.Ce combat pour le pays n\u2019a rien de passéiste.Ce sont les nations qui font le monde aujourd\u2019hui, non les provinces11.» Comment donc aujourd\u2019hui concilier cette profession de foi indépendantiste enthousiaste avec cette déclaration sentie \u2013 à la Elvis Gratton \u2013 du 2 juin dernier : « Moi, affirmait- il, je suis nationaliste à l\u2019intérieur du Canada.Il n\u2019y a pas d\u2019appétit pour la souveraineté ».Il est préférable de laisser aux amateurs de boules de cristal l\u2019interprétation de ces contorsions verbales.Mais il n\u2019en demeure pas moins que cette récente déclaration du premier ministre entrouvre une porte.Est-ce à dire que s\u2019il y avait un appétit au sein de la population pour la souveraineté François Legault 11  François  Legault,  « Cap  sur  la  souveraineté »,  Le Nouvelliste, 8  mai  2003, p. 6. L\u2019Action nationale \u2013 Septembre 2022 72 V E I L L E D \u2019 É L E C T I O N S s\u2019empresserait de s\u2019en faire une nouvelle fois un phare et un drapeau ?Nous sommes évidemment sur le terrain des conjectures et des hypothèses\u2026 Il n\u2019en demeure pas moins que ce genre de passe-passe oratoires n\u2019est pas sans abîmer la crédibilité de la parole du chef du gouvernement qui professe une chose et son contraire.Depuis qu\u2019il a pris le pouvoir en 2018, la réalité consternante du fédéralisme, on l\u2019a vue, ne cesse de rattraper le premier ministre Legault.Sa réponse à cet état de fait est celle de l\u2019ambiguïté, de la tergiversation, de l\u2019attentisme qui, à l\u2019image de la grenouille qui agonise lentement dans sa marmite chauffante sans s\u2019en rendre compte, engourdit le Québec, inconscient de sa lente marche vers la folklo- risation, inconscient de son effritement et inconscient de la privation des outils et des moyens dont il a besoin pour progresser.François Legault, empêtré dans ses contradictions, fait fi des exigences de la réalpolitique.Il semble aujourd\u2019hui incapable de penser le Québec dans sa totalité et dans sa réalité existentielle fondamentale.u 73 VEILLE D\u2019ÉLECTIONS Camille Goyette-Gingras* OUI-Québec Vouloir gagner Il est certain que les campagnes électorales sont électrisantes.La certitude que les élections reviendront toujours a une dimension rassurante pour le militant ; on sait que l\u2019on a l\u2019opportunité de se reprendre, si on veut, et que c\u2019est toujours à recommencer.Le « beat » électoral finit par devenir presque mécanique.C\u2019est ce qui est confrontant, quand on soutient une cause comme l\u2019indépendance, c\u2019est que le métronome électoral n\u2019agit plus comme un phare.Une partie des réponses, sur la suite des choses et sur ce qui doit être fait, doit émerger du mouvement indépendantiste en lui-même.Au courant de cette élection dont l\u2019issue n\u2019est pas connue, mais dont tous reconnaissent l\u2019importance, il faudra poser le constat du mouvement dans son ensemble, pas seulement de celui des partis individuellement et se positionner pour sa relance.En 2017, les OUI Québec ont proposé un chantier porteur, un laboratoire inédit depuis 1995 ; la table de concertation.Rappelons que cette table rassemblait à l\u2019époque le Parti québécois, Québec solidaire, Option nationale et le Bloc québécois, dans l\u2019objectif d\u2019en arriver à une feuille de route commune vers l\u2019indépendance.Bien que le projet n\u2019a pas livré le résultat espéré, il faut nous permettre *  Présidente OUI-Québec. L\u2019Action nationale \u2013 Septembre 2022 74 V E I L L E D \u2019 É L E C T I O N S de revenir sur ces événements sans tabou, de façon à les analyser afin d\u2019y trouver des pistes d\u2019amélioration pour le futur.La propension à chercher un coupable fait de l\u2019ombre sur l\u2019objectif le plus important de cette proposition : celle de la réunification de tous les souverainistes.En soi, c\u2019est nous les indépendantistes qui en payons le prix.Cette proposition aura certainement le mérite d\u2019avoir rendu concrète la place du terme Convergence dans le vocabulaire souverainiste, ce qui en soi, est une bonne nouvelle pour la suite des choses.Pour l\u2019instant, nous ne pouvons même pas nous permettre de penser à des questions telles que le nom du chef du mouvement souverainiste ou du bien-fondé de chaque politique publique promise par chaque parti.Dans notre manque de cohésion, notre mouvement souffre alors que le contexte serait favorable à l\u2019émergence d\u2019un mouvement indépendantiste prolifique.À condition, bien sûr, que nous ayons un projet commun à proposer.Plusieurs éléments nous rappellent les circonstances favorables qui ont mené à la tenue de référendums sur l\u2019indépendance ; ne serait-ce que le fait que le salaire moyen des francophones est 20 % moins élevé que celui des anglophones ou le recul du français démontré par le recensement fédéral de 2016-2021.Malgré cela, les rues sont vides.Pourtant, ce n\u2019est pas par manque de volontarisme des différents partenaires : la Fédération des travailleuses et travailleurs du Québec (FTQ) qui mène pendant l\u2019été une campagne d\u2019affichage majeure sur l\u2019importance du français, par exemple, ou encore les alliés naturels de la protection de la langue qui se démènent pour raffermir les articles de la loi 96.Les appuis sont présents, mais pas concertés.Les enjeux, majeurs, ont soif de mobilisation. L\u2019Action nationale \u2013 Septembre 2022 75 V E I L L E D \u2019 É L E C T I O N S Presque tous les sondages d\u2019opinion qui sondent l\u2019appui à la souveraineté dans les dernières années donnent des résultats similaires à ceux que l\u2019on a connus, une année avant le référendum de 1995.Comme le rappelle sur toutes les tribunes le sondeur Jean-Marc Léger, il est possible de gagner 15 % en un mois de campagne électorale\u2026 À condition que l\u2019humeur y soit.Puis il y a les jeunes.Si les générations sont régulièrement théorisées sur une base cyclique, celle des millénariaux est étiquetée comme étant une génération pragmatique, voire matérialiste \u2013 dans tous les sens du terme.Quand on pense à cette génération de souverainistes, soit celle qui a mené la grève étudiante de 2012 et qui s\u2019est mobilisée pour le parti Option nationale, dont les froids arguments de nature économique en ont charmé plus d\u2019un, on reconnait bien-là les millénariaux.Ils veulent améliorer les institutions en place, mais ils perdent de vue les raisons pour lesquelles celles-ci ont été mises en place en premier lieu.Dans les faits, les revendications de la grève étudiante de 2012 visaient à réformer et améliorer les services des institutions scolaires, mais pas en une refonte systémique.Les millénariaux, c\u2019est ma génération, mais je veux vous parler de ceux qu\u2019on appelle la génération Z, née aux alentours de l\u2019année 2000.Ils arrivent en fin de cycle1 ; les institutions sont épuisées, ils se sentent au bord de la crise, ils vivent une crise.C\u2019est la mobilisation pour l\u2019environnement, l\u2019écoanxiété.Ils veulent révolutionner le genre et choisissent leurs employeurs en fonction de leurs convictions politiques.Étrangement, si on les a associés à la globalisation, ils sont plutôt nationalistes, et ce, partout 1  Generations: The History of America\u2019s Future,  1992, William Strauss &  Neil Howe L\u2019Action nationale \u2013 Septembre 2022 76 V E I L L E D \u2019 É L E C T I O N S à travers le monde2 ; ils sont à la croisée de la génération baby-boomers et de la génération silencieuse, à la fois dans la souffrance d\u2019un système, qui à leurs yeux s\u2019écroule, mais dans l\u2019espoir de pouvoir le refonder.Ils sont marqués par des changements sociétaux majeurs, par un contexte de politique internationale en crise, par des taux de chômage similaires aux boomers, au même âge.Bref, tout porte à croire que cette génération porte en elle le pouvoir de soulever le mouvement souverainiste.En 1980, la génération silencieuse était opposée à l\u2019indépendance, faisant de nous un mouvement mieux positionné que nous l\u2019étions à l\u2019époque, sur cet aspect au moins.De tout temps, et c\u2019était vrai en 2012, c\u2019était vrai lors des manifestations pour l\u2019environnement de 2019, c\u2019était vrai aussi dans les années 60, les jeunes sont à l\u2019avant- garde des grands mouvements sociaux et des nouvelles idéologies.Le mouvement souverainiste, depuis les années 2000, s\u2019est régulièrement demandé comment mobiliser les jeunes.Ils ne doivent pas assurer une présence dans nos événements simplement pour rajeunir nos salles, parce que ça parait bien.Ils doivent faire partie de notre stratégie globale et ils doivent développer cette stratégie avec nous.Les parents de la génération Z ne leur ont jamais parlé de souveraineté.Ils n\u2019y sont pas hostiles, mais ils n\u2019y sont pas initiés.Pour qu\u2019ils soient 350 comme lors de notre exposition du mois de mai dernier, pour qu\u2019ils soient 1000 comme à notre Saint-Jean indépendantiste, ils doivent sentir qu\u2019ils sont en mesure d\u2019exercer leur influence et leur vision du Québec.Si on veut un mouvement pour eux, faut que ça passe par eux.2  «Identifying What Matters Most to the Next Generation» International  Federation of Accountants. 2019 L\u2019Action nationale \u2013 Septembre 2022 77 V E I L L E D \u2019 É L E C T I O N S En ce sens, l\u2019urgence de la protection de l\u2019environnement et l\u2019importance d\u2019intégrer les questions autochtones à notre action politique ne peuvent pas être mises de côté.Ces questions constituent, à quelques détails près, des consensus au sein de nos troupes et peuvent jouer le rôle de base pour un programme collectif.En bref, ce sont des exemples de ce que peut nous apporter la jeunesse en intégrant leurs idées.Surtout, pour les militants qui ont un long historique de militantisme, ils nous permettent de nous projeter dans leur bonheur de s\u2019impliquer pour la première fois et de mettre de côté nos guerres intestines.Bien sûr, qu\u2019elle est belle la jeunesse.Surtout, nous avons besoin d\u2019elle pour gagner.Et gagner, c\u2019est ce que nous devons vouloir à nouveau.Former l\u2019opposition officielle n\u2019est pas un objectif d\u2019intérêt.Modeste, peut-être.Mais nous devons recommencer à planifier former le gouvernement et avoir le mordant de vouloir réaliser l\u2019indépendance d\u2019une façon qui est crédible.Pour ce faire, il n\u2019y a qu\u2019une seule solution : faire élire un maximum d\u2019élus souverainistes à l\u2019Assemblée nationale, qui se présentent avec le mandat de faire l\u2019indépendance.En ce sens, même si le gouvernement caquiste a le mérite d\u2019avoir soufflé sur le sentiment de fierté des Québécois, ils n\u2019ont pas et n\u2019auront pas ce mandat.On maintient un peu, dans le mouvement souverainiste, le fantasme d\u2019une décomposition de l\u2019unité chez la CAQ sur la base, essentiellement, de potinage.Un tel serait secrètement souverainiste.C\u2019est vrai, que cette coalition peut sembler fragile tant les divergences idéologiques, sur la question nationale entre autres, sont profondes.La question n\u2019est pas de savoir si la CAQ est souverainiste, ou non, ou si elle va le devenir.Pour les OUI Québec et pour le mouvement souverainiste, notre mission première L\u2019Action nationale \u2013 Septembre 2022 78 V E I L L E D \u2019 É L E C T I O N S est que la cause indépendantiste soit un incontournable, qu\u2019elle soit la seule issue possible.C\u2019est ce qui s\u2019est vu en Catalogne dans les dernières années, où la société civile a poussé sur le parti nationaliste au pouvoir jusqu\u2019à ce qu\u2019il devienne souverainiste.Cela s\u2019est fait parce que la société civile s\u2019était bâti un rapport de force immense, largement supérieur aux formations politiques.Rêvons ! Or, il y a une réelle possibilité que la CAQ réussisse son pari de l\u2019unité.Réalistement, l\u2019option d\u2019une réforme du mode de scrutin ne figure pas dans les cartons de la CAQ pour les prochaines années.Cela ne veut pas dire de baisser les bras quant à la nécessité d\u2019une telle réforme.Mais l\u2019échec de ce projet, la domination d\u2019un très important parti au pouvoir et la multiplication des oppositions a pour effet de maintenir la CAQ de façon quasi éternelle au pouvoir.Dans les faits, le mode de scrutin uninominal à un tour favorise le bipartisme.Ainsi, cette situation de division de l\u2019opposition permet à la CAQ de maintenir sa cohésion.Tant que le parti de François Legault pourra assurer une réélection à ses élus, il pourra maintenir son unité.Surtout, penser que le gouvernement fédéral sera suffisamment maladroit pour piloter les dossiers de la loi 96 et de la 21 de façon à créer une révolte populaire trahit plutôt notre désir.Encore, le Canada a vu à quel point le dossier de la langue n\u2019a pas mobilisé des foules ici, du moins pour l\u2019instant.Depuis le dernier référendum, les souverainistes ont souvent basé leur stratégie sur des circonstances extérieures, sur lesquelles nous n\u2019avons que peu de pouvoir.Toujours est-il qu\u2019à chaque fois que nous avons réussi à prendre le pouvoir et à proposer un référendum, c\u2019est parce que nous avons pris les choses en main nous-même et que nous avons imposé notre agenda.C\u2019est ce leadership là L\u2019Action nationale \u2013 Septembre 2022 79 V E I L L E D \u2019 É L E C T I O N S que les OUI Québec peuvent jouer.Dans des moments d\u2019incertitudes, le véritable leadership, c\u2019est d\u2019être capable de mettre sur la table des propositions structurantes qui ont le potentiel de changer le cours des choses, c\u2019est-à-dire de donner une direction claire pour tous les indépendantistes québécois.Et des propositions audacieuses, aux lendemains de la prochaine élection, il y en aura probablement beaucoup.En effet, notre mouvement est connu pour voir naître régulièrement des initiatives visant à nous renouveler, par exemple un nouvel argumentaire pour l\u2019indépendance, de nouveaux mouvements ou partis, et j\u2019en passe.Il faut être prudent, mais en tendant toujours l\u2019oreille avec ouverture.Comme souverainiste, nous avons maintenant la responsabilité d\u2019analyser ces propositions en fonction d\u2019une question, d\u2019un pilier : est-ce que cette initiative favorise l\u2019unité de tous les souverainistes, peu importe leurs bannières ?Cette question devra aussi être omniprésente dans les interactions des militants pendant les élections.La campagne risque de laisser des cicatrices partisanes chez les militants.Si nous jugeons l\u2019unité de la CAQ fragile, imaginons la nôtre comme mouvement souverainiste.Plus que jamais, nous avons le devoir de protéger l\u2019unité de notre mouvement et j\u2019en appelle aux partis indépendantistes d\u2019éviter les attaques en bas de la ceinture.Ces attaques ne font que creuser encore davantage le fossé que l\u2019on sait déjà trop profond entre les partisans des différentes formations politiques.Elles font mal à l\u2019unité de la famille indépendantiste au grand complet, car n\u2019oublions jamais que ce sont nous, les indépendantistes, qui faisons les frais de cette division et de ces querelles stériles.Imaginez ensuite les dommages sur le plan de la crédibilité de notre cause auprès de la population. L\u2019Action nationale \u2013 Septembre 2022 80 V E I L L E D \u2019 É L E C T I O N S Évidemment, les OUI Québec appellent tous les indépendantistes à voter pour un parti souverainiste, qu\u2019il s\u2019appelle le Parti Québécois ou Québec Solidaire, par exemple.Par contre, si notre objectif final est de réaliser l\u2019indépendance, nous savons tous qu\u2019il faudra la somme de tous les souve- rainistes.Il nous a manqué 40 000 voix à notre dernier rendez-vous.Une chose est certaine, le statu quo ne peut plus durer et nous avons des opportunités majeures devant nous, mais il faudra les saisir.En somme, il faudra tout mettre en œuvre pour que l\u2019élection québécoise de 2022 soit la dernière élection de division du mouvement souverainiste, et les suivantes, celles du début de la force de frappe dont nous avons besoin pour gagner.u 81 VEILLE D\u2019ÉLECTIONS Nic Payne* Indépendance Jamais trop tard pour bien faire Québec solidaire est-il un parti indépendantiste ?Pour ceux qui constatent l\u2019impressionnant écart qui existe entre l\u2019étiquette indépendantiste que revendique \u2013 mollement et furtivement, mais tout de même \u2013 ce parti, et son action concrète au quotidien, cette question se pose certainement, comme, d\u2019ailleurs, se la sont posée les qsistes eux-mêmes lors du congrès de fondation de leur parti en 2006.Voilà qui n\u2019est pas banal : traiter comme une sorte de détail, un objectif politique qui devrait pourtant constituer, sinon la raison d\u2019être d\u2019une formation politique, à tout le moins, un élément de programme majeur, structurant, qui en imprègnera profondément la démarche.Si les congressistes de QS ont finalement choisi, à l\u2019époque, de se dire formellement indépendantistes, cette prise de position reste, à ce jour, le seul moment fort de la très évanescente histoire de l\u2019indépendantisme qsiste.Depuis, en ce qui a trait à cette question, le silence de QS est assourdissant, et son inconséquence est totale.Alors que cette fausse représentation manifeste devrait, dans un monde normal, être intenable et sévèrement critiquée, dans l\u2019univers parallèle du Québec, elle passe *  Chroniqueur et animateur. L\u2019Action nationale \u2013 Septembre 2022 82 V E I L L E D \u2019 É L E C T I O N S généralement comme lettre à la poste.Car \u2013 et c\u2019est ici que le bât blesse, pour ceux qui seraient tentés de ne voir dans ce souverainisme creux qu\u2019une simple particularité des qsistes \u2013 au Québec, l\u2019idée même de nation, et à travers elle, celle d\u2019indépendance nationale, sont des notions confuses et dévaluées comme, peut-être, elles ne le sont nulle part ailleurs dans le monde.Déjà conditionnés par des siècles de subordination politique à redouter leur propre affranchissement national, les Québécois d\u2019ascendance culturelle canadienne-fran- çaise se voient aujourd\u2019hui ravalés au modeste statut de « Québécois francophones », l\u2019édification d\u2019une identité québécoise universelle dont ils eurent été le socle ayant échoué suite au non-aboutissement du projet indépendantiste.Entre ce chantier inachevé et la féroce concurrence identitaire du dominant canadian, le « nous » québécois reste indéfini, fracturé, et surtout, largement interdit.De ce point de vue, on comprend qu\u2019il sera ensuite difficile, pour une nation qui n\u2019a même pas la certitude de sa propre existence, ni, le cas échéant, des termes et de la légitimité de cette dernière, d\u2019imaginer son indépendance, voire, de simplement comprendre l\u2019idée d\u2019indépendance nationale.De cet état de choses participe aussi, et avec force, la longue et lancinante démission post-référendaire des élites péquistes qui, de plans fumigènes en flous artistiques en promesses de ne pas agir, ont fini par faire de l\u2019indépendantisme et du souverainisme des espaces politiques aux critères d\u2019admission extrêmement faibles, se résumant essentiellement à la simple profession de foi : pour être reconnu comme indépendantiste, il suffit de se dire indépendantiste.On peut ensuite, avec soulagement, passer à autre chose, c\u2019est-à-dire, aux proverbiales « vraies affaires ». L\u2019Action nationale \u2013 Septembre 2022 83 V E I L L E D \u2019 É L E C T I O N S Ce dévoiement, méthodique et presque acharné, aura fait du souverainisme une simple marque de gouvernance provinciale parmi d\u2019autres, et de l\u2019indépendance, un idéal lointain, mais non essentiel, voire une extrémité peu recommandable.Au Québec, il est normal et raisonnable, pour un parti qui se dit indépendantiste, de ne proposer aucune démarche indépendantiste concrète.C\u2019est le contraire qui est mal vu.Paul Saint-Pierre-Plamondon tente aujourd\u2019hui d\u2019en changer, mais pour l\u2019heure, cela n\u2019est perçu par la plupart des observateurs que comme une posture stratégique ponctuelle visant à sauver le PQ.C\u2019est dans ce contexte-là, donc, que le processus de fondation de Québec solidaire fut mené.Même si le soubresaut de fièvre souverainiste découlant du scandale des commandites fédérales survint entretemps, l\u2019apparition de QS fut surtout motivée par ce que les mouvements de gauche voyaient comme un insupportable virage à droite du PQ, remontant aux années quatre-vingt-dix sous Lucien Bouchard.De fait, QS eut, parmi ses premiers objectifs électoraux, celui de récupérer les indépendantistes de gauche déçus du PQ ; il lui fallait donc, pour mieux y parvenir, battre pavillon souverainiste.Mais attention : il ne s\u2019agissait, pour les stratèges qsistes, que de se borner à égaler la mise sou- verainiste péquiste \u2013 très modeste défi \u2013, sans y ajouter le moindre supplément d\u2019âme.C\u2019était le service minimum sur la souveraineté, dans l\u2019espoir d\u2019un gain maximal pour le projet social de gauche.La surenchère ne devrait jamais porter sur la souveraineté, et toujours sur la gauche, pour une raison aussi simple qu\u2019existentielle : Québec solidaire fut le fruit d\u2019une alliance délicate entre deux gauches, l\u2019une relativement nationaliste, et l\u2019autre, issue du courant marxiste-léniniste, se méfiant de la nation et de l\u2019indé- L\u2019Action nationale \u2013 Septembre 2022 84 V E I L L E D \u2019 É L E C T I O N S pendance nationale, à laquelle elle préférait le concept de « souveraineté du peuple ».D\u2019ailleurs, les premières versions du programme de QS jouaient sur ce concept de façon assez confuse et brouillonne, exactement comme si l\u2019effet recherché avait été de laisser croire aux qsistes sou- verainistes qu\u2019on y traitait d\u2019indépendance nationale, alors qu\u2019il n\u2019en était rien.En effet, et c\u2019est assez remarquable, il n\u2019y a jamais eu, dans le programme qsiste, la moindre ligne permettant de penser qu\u2019un gouvernement de Québec solidaire s\u2019affairerait un jour à réaliser l\u2019indépendance du Québec, ou à tout le moins, à proposer aux Québécois de mettre en œuvre sa réalisation.En lieu et place de tels engagements, les diverses moutures du programme de QS contiennent une série d\u2019exposés vaseux et tarabiscotés dont on ne sait trop ce qu\u2019ils veulent dire : grand-messes aux objectifs imprécis, référendums, tantôt sur une réforme provinciale, tantôt sur une constitution d\u2019état souverain, certes, mais tenu en contexte provincial et sans qu\u2019on sache si, ni comment serait tranchée la question de la souveraineté elle-même, etc.Entre de telles propositions et le simple gadget occu- pationnel pour souverainistes orphelins en mal d\u2019action, impossible de tracer une ligne certaine.Quoi qu\u2019il en soit, en reprenant le modèle d\u2019affaires du souverainisme subliminal mis au point par le PQ, les qsistes l\u2019ont revu et corrigé selon leurs objectifs propres.Ainsi, alors que le souverainisme péquiste se déclinait comme une façon de gouverner la province qui permettrait la tenue d\u2019un référendum gagnant dans un très lointain deuxième temps, celui des qsistes se résumait en un « projet social » provincial de gauche.C\u2019est donc dire que, de la fin de 1995 jusqu\u2019au récent virage tenté par Paul St-Pierre- Plamondon, aucune des deux principales formations poli- L\u2019Action nationale \u2013 Septembre 2022 85 V E I L L E D \u2019 É L E C T I O N S tiques québécoises dites indépendantistes n\u2019a été capable de décrire son projet immédiat comme étant l\u2019accession du Québec au statut de pays souverain.Une telle situation ne peut pas ne pas avoir d\u2019effets dévastateurs sur l\u2019idée politique qui en fait les frais.En clair, sur le front de la souveraineté, Québec solidaire et le Parti québécois se seront livrés pendant des années à un concours d\u2019insignifiance politique et d\u2019indigence intellectuelle dont QS n\u2019aura été qu\u2019un participant tardif, mais très performant, avec pour résultat ce que Jacques Parizeau nomma, vers la fin 2014, « champ de ruines », pour parler d\u2019un souverainisme qui ne savait plus ce qu\u2019il voulait ni où il s\u2019en allait.QS se distingue toutefois du PQ en ce qu\u2019il n\u2019a jamais été commis à l\u2019indépendance ni à la nation.Tant s\u2019en faut.Là-dessus, son électorat ne se trompe pas, malgré les protestations et atermoiements de ses plus chauds militants lorsqu\u2019on le leur fait remarquer : en effet, depuis la fondation de ce parti, les sondeurs montrent avec régularité, sans que jamais ne s\u2019inverse la tendance, qu\u2019une majorité des électeurs de QS s\u2019opposent à l\u2019indépendance du Québec et voteraient NON à un référendum sur cette question, et ce, en proportion toujours plus forte ces dernières années.Voilà un exploit qui, dans l\u2019histoire des partis indépendantistes sans démarche indépendantiste, place QS dans une classe à part.À la lumière de ces quelques constats, revenons à notre question de départ : Québec solidaire est-il, dans les faits, un parti indépendantiste ?Bien sûr que non.C\u2019est un parti dont les priorités, légitimes par ailleurs, sont tout autres et parfaitement provinciales, même s\u2019il n\u2019est pas exclu qu\u2019il puisse un jour, contrairement au Parti libéral, par exemple, L\u2019Action nationale \u2013 Septembre 2022 86 V E I L L E D \u2019 É L E C T I O N S prendre part à une hypothétique coalition du OUI, à ses conditions.Il faudrait que ce jour vienne plus tôt que tard, cependant, car plus les années passent, plus QS est dominé par son aile antinationale, désormais reconvertie au wokisme, ce néo-gauchisme moral états-unien qui, partout où il s\u2019exporte, œuvre à ringardiser les identités nationales pour leur substituer le logiciel culturel anglo-américain et son habit de vertu, le diversitarisme anglo-conforme.Dans ce contexte, qui est aussi celui, plus large, d\u2019une angloaméricanisation fulgurante de la jeunesse québécoise qui n\u2019épargne pas sa frange bourgeoise progressiste très acquise à Québec solidaire, de la décomplexion du discours colonialiste et nationaliste canadian, et de l\u2019apparition en sol québécois de nouveaux partis voués à la « défense des droits des anglophones », il n\u2019est pas illégitime de penser que QS, à terme, puisse être tenté de se délester encore davantage, sinon complètement, de toute velléité indépendantiste.La crainte de l\u2019apparition d\u2019un NPD-Québec, qui serait à la fois fédéraliste et de la gauche états-unienne dernier cri, pourrait peser lourd en ce sens.Dans l\u2019intervalle, en tout cas, Québec solidaire reste un parti provincial aux propositions parfois fantaisistes et ruineuses, qui, dans une perspective nationale, ne signifie pratiquement rien, sauf de par le pouvoir de nuisance qu\u2019il exerce en harnachant le vote de jeunes qui, normalement, seraient de très précieux alliés d\u2019une démarche indépendantiste digne de ce nom.Plus QS prospère dans sa teneur actuelle, plus nous savons que la nation québécoise restera une « communauté » provinciale en cours d\u2019assimilation dans le Canada anglais.Évidemment, s\u2019il existait au Québec, depuis un certain nombre d\u2019années, des leaders indépendantistes sérieux, L\u2019Action nationale \u2013 Septembre 2022 87 V E I L L E D \u2019 É L E C T I O N S engagés dans la diffusion d\u2019une grille de pensée indépendantiste cohérente et accessible, nous n\u2019en serions probablement pas là.Est-il trop tard pour combler ce vide ?Il est certainement trop tard pour transformer Québec solidaire en parti indépendantiste ; il est peut-être, aussi, trop tard pour sauver le PQ.Mais il n\u2019est jamais trop tard pour bien faire.u 88 VEILLE D\u2019ÉLECTIONS Sébastien Ricard* Québequeer Langue et culture au Québec sont de vains mots sans la prise de conscience d\u2019une liberté politique, première et indépassable, qui vraiment les fait vivre.Car cette prise de conscience est aussi et en même temps prise sur le réel, possibilité inouïe de s\u2019y inscrire et de le penser, comme pour la première fois et pour la suite du monde.« \u2019Who\u2019s world is this ?The world is your\u2019s », scandait le rap- peur afro-américain Nas, dans son chef-d\u2019œuvre Illmatic (le mal en propre), paru en 1994.J\u2019entrais à l\u2019école de théâtre, le rap m\u2019emballait, on allait en faire, et la liberté politique du Québec était pour tantôt : le monde était à nous, il suffisait de dire oui et ça [devenait] possible\u2026 C\u2019est beaucoup plus tard que j\u2019ai réalisé l\u2019écart qui existait entre ces deux conceptions de la liberté, entre celle que partage Pierre Perrault et Nas, et celle que défendent les indépendantistes comme à peu près toute la classe politique québécoise d\u2019hier et d\u2019aujourd\u2019hui, l\u2019écart entre la proie et l\u2019ombre\u2026 Car nous sommes à peu près unanimes là-dessus, au Québec, unanimes et silencieux, la liberté pour nous tous *  Comédien. Ex membre des Loco Locass. L\u2019Action nationale \u2013 Septembre 2022 89 V E I L L E D \u2019 É L E C T I O N S tient de l\u2019illusion.L\u2019Illusion de déjà la posséder renvoie à l\u2019illusion de la posséder un jour, un même principe d\u2019absence, au présent, au réel, qui détermine ces conceptions jumelles.À quoi tient cet écart ?Lâcher la proie pour l\u2019ombre, pourquoi ?Peut-être que c\u2019est de n\u2019avoir jamais tenu la chose entre ses doigts qui explique cela.Aucune absence chez Perrault et Nas, en tout cas, mais la conscience révoltée d\u2019être malvenus, malavisés, mal- dégrossis, malpropres, et condamnés à se taire et à se terrer à cause de ça\u2026 c\u2019est le malheur de leur condition, celle de leur peuple, son allure de fatalité silencieuse qui les révèle à eux-mêmes, et dès lors ils le brandissent, en font scandaleusement l\u2019étalage, vont tout faire pour le mettre dans la lumière et ce faisant transformer ce malheur en la chose la plus précieuse qui soit : de la liberté.Le cancer du silence, ils en font la joie d\u2019une parole libérée.C\u2019est ce que la culture peut faire.C\u2019est de l\u2019alchimie\u2026 je le dis en pensant aux vers si poignants de Saint-Denys Garneau : Je marche à côté d\u2019une joie / D\u2019une joie qui n\u2019est pas à moi / D\u2019une joie à moi que je ne puis pas prendre / Je marche à côté de moi en joie\u2026 C\u2019est pour l\u2019avoir goûté, n\u2019en doutons pas, pour en avoir pris conscience, que le poète nomme ainsi ce qui l\u2019accompagne.La joie, qui n\u2019est rien d\u2019autre que la liberté une fois qu\u2019on en a fait l\u2019expérience, est la seule chose qui importe et qu\u2019il importe de partager.La simplicité enfantine de ce poème en est un indice, nul effet, rien pour égarer le poète qui cherche à mettre le doigt sur ce qui est là, espérer L\u2019Action nationale \u2013 Septembre 2022 90 V E I L L E D \u2019 É L E C T I O N S prendre la place, le corps et la présence de ce qui l\u2019accompagne maintenant partout où il va.S\u2019il se contente pour le moment de cette compagnie, le poète à un plan : Je machine en secret des échanges / Par toutes sortes d\u2019opérations, des alchimies / Par des transfusions de sang / Des déménagements d\u2019atomes / Par des jeux d\u2019équilibre / Afin qu\u2019un jour, transposé / Je sois porté par la danse de ces pas de joie\u2026 Accompagnement, le poème fameux de Garneau sonne encore à mes oreilles comme la comptine du malheur québécois.Comme Garneau avant lui, Pierre Perrault a cherché par le moyen de sa pratique nouvelle et révolutionnaire du cinéma à faire surgir une culture propre, une langue propre, malpropre au regard des deux cultures dominantes en présence, l\u2019Anglaise et la Française.« Taisez-vous, homme de la musique, que j\u2019entende l\u2019oiseau de dedans, la note du dessous », écrivait Miron, son contemporain.Perrault a passé sa vie à dresser sa pêche à fascine pour y saisir notre liberté, notre joie, et essayer de comprendre ce qui le plus souvent nous en aliène.Cette recherche émouvante est au cœur de notre culture.Et cette quête est absolument politique.Y mettre fin, c\u2019est faire de la langue et de la culture, non plus les voies royales de la liberté, mais les voies d\u2019évitements de notre condition et de notre rapport au monde.Pour notre plus grand malheur, nous avons perdu de vue notre malheur, celui-ci ne coïncide plus avec l\u2019idée que nous avons aujourd\u2019hui de nous-mêmes.Notre malheur est de nouveau malvenu. L\u2019Action nationale \u2013 Septembre 2022 91 V E I L L E D \u2019 É L E C T I O N S Nous avons enterré notre malheur sous des couches et des couches de normes, de lois, et l\u2019achèvement à bride abattue de l\u2019État technocratique provincial québécois \u2013 l\u2019obsession du retard pris sur la modernité qui l\u2019explique \u2013 a fini de confondre pour nous tous les moyens de notre libération politique avec la fin elle-même.Nous sommes finis.Cet achèvement est un cul-de-sac.Les deux normes qui ont encadré le débat politique depuis plus de soixante ans, la fédéraliste et la souverainiste n\u2019arrivent plus à masquer l\u2019évidence.Si l\u2019une est un champ de ruine, l\u2019autre est dans le champ depuis toujours.L\u2019identité québécoise, cette fiction, vacille.Je m\u2019en réjouis : un monde se meurt, un nôtre se lève.La crise, politique, identitaire, que nous traversons, fait écho à une crise beaucoup plus profonde, sans doute, crise des modes de vie, des modes de production, crise des savoirs et des représentations : crise épistémologique.L\u2019étymologie du mot nous renseigne sur sa signification profonde, en grec, krisis, est la phase aiguë d\u2019une maladie, elle commande une décision.Au cœur de cette crise, au fond du cul-de-sac, la tentation du retour en arrière est puissante, la réaction, la crispation identitaire s\u2019observe partout, au Québec aussi bien.Elle s\u2019entend dans la langue que nous parlons et que nous défendons.Elle imprègne la culture.Langue et culture sont hantées, elles aussi, de l\u2019idée qu\u2019elles ont d\u2019elles-mêmes. L\u2019Action nationale \u2013 Septembre 2022 92 V E I L L E D \u2019 É L E C T I O N S Cette idée agit comme un glacis qui fait luire et fige tout à la fois ce qu\u2019il recouvre.Elle offre une tranquillité d\u2019esprit, le sentiment d\u2019une certaine permanence aussi, mais à quel prix ?Le mouvement de la culture, sa liberté, son étrangeté, son érotisme, le propre de ce qu\u2019est la culture passe ainsi à la trappe, s\u2019efface, s\u2019absente.Pouvons-nous encore parler de culture ?Et c\u2019est à ça que devrait se joindre celles et ceux qui arrivent, qui à la maturité politique, qui de partout ailleurs dans le monde ?Le français qui fait dit-on notre différence, notre singularité en Amérique, laisse indifférent un nombre croissant de gens.Je ne m\u2019en étonne plus, nous parlons entre-nous le français « à la maison », nous parlons « la langue la plus souvent parlée à la maison de la personne », pour le dire comme Statistique Canada, mais dans l\u2019espace public qui, s\u2019il n\u2019est pas souverain, serait autonome.« Libres chez nous », annonce le slogan du parti conservateur du Québec.À quoi riment au juste ce propos et cette proposition ?Pas nécessaire d\u2019épiloguer là-dessus, car comme dit M.Legault, « c\u2019est comme ça qu\u2019on vit au Québec ; c\u2019est comme ça qu\u2019on parle au Québec »\u2026 Aucune mesure, aussi forte soit-elle, aucun remède de cheval, ne pourra infléchir le déclin d\u2019une langue qui, à l\u2019image des individus qui la pratiquent, est depuis toujours hétéronome, c\u2019est à dire aliénée, « dominée par un imaginaire vécu comme plus réel que le réel, quoique non su comme tel, précisément parce que non su comme tel », précise le philosophe Cornélius Castoriadis.Nous voulons oublier cette crue vérité en faisant comme les autres, en commerçant, mais avec beaucoup moins de moyens.Nous faisons le commerce de notre langue et de notre culture, un peu à l\u2019image de HEC Montréal, une L\u2019Action nationale \u2013 Septembre 2022 93 V E I L L E D \u2019 É L E C T I O N S université à vocation francophone, qui offre aux étudiants du monde entier la possibilité de s\u2019instruire, à nos frais, en français, en bilingue et en trilingue.Est-ce que c\u2019est vraiment le hidjab que porte l\u2019étudiante de la pub, le problème ?L\u2019industrie culturelle a elle aussi des allures de fin de règne ; il y règne la morale et la productivité, en contradiction flagrante.On essaie encore d\u2019y métaboliser pour le plus grand nombre, quel mépris !, les enjeux sociaux de l\u2019heure, il nous faut un noir de service, un trans de service, une jeune révoltée contre l\u2019establishment climatosceptique, une étudiante qui porte le hidjab\u2026 On tourne des séries télévisées trois fois plus vite et avec trois fois moins d\u2019argent qu\u2019il y a vingt ans.Morale et production.Mais les gens qui la font, cette industrie, y gagnent leur vie, c\u2019est un cercle vicieux.Il faut entendre ce qui se dit en coulisses\u2026 L\u2019idée de la culture fait donc écho à celle de la liberté, ce sont des vases communicants qui refoulent sans cesse la conscience de la liberté \u2013 une liberté toujours politique.Il n\u2019y a pas plus de liberté en soi que d\u2019homme coupé de la communauté humaine.La liberté est politique ou n\u2019est pas.La liberté se partage ou n\u2019est pas.La culture et la langue doivent être les lieux par excellence de ce partage, mieux, de cette contamination.Au Québec, la liberté ne se partage pas, son surgissement, lorsqu\u2019il advient \u2013 c\u2019est rare \u2013, contamine un espace que nous imaginons sain, au-delà de toute raison, de toute évidence du contraire, « plus réel que le réel », et auquel nous tenons frénétiquement, conditionnés que nous sommes aux discours historiques du péril permanent en la demeure, de la disparition à plus ou moins brève échéance, et de la survivance comme valeur cardinale, comme valeur refuge. L\u2019Action nationale \u2013 Septembre 2022 94 V E I L L E D \u2019 É L E C T I O N S Le Québec est un safe space, ses habitants des survivants, raconte cette Histoire.Il faudrait en être fier.Ce discours ancien, qu\u2019on voulait croire disparu, l\u2019interminable hiver de force pandémique semble lui avoir redonné du corps.Littéralement.Durant ces trois dernières années, le corps \u2013 pas la raison, pas la conscience ou l\u2019inconscient, le corps \u2013 a repris ses droits.Corps menacés, corps contraints, assignés à demeure, absents, corps suspects, corps étrangers\u2026, le rappel brutal de notre finitude, l\u2019émotion qu\u2019il suscite encore, laisse le champ libre aujourd\u2019hui à un retour en force, à une réincarnation du discours de la survivance et de la disparition possible, si rien n\u2019est fait, du peuple québécois.Ce discours, un chantage éhonté, a longtemps tenu en respect un peuple qui pour s\u2019éviter davantage de misère, lui qui en avait une longue expérience, a cru bon laisser à ses élites le soin de sa gouverne et de sa liberté.Ce discours donne la vraie mesure de ce que l\u2019état d\u2019urgence sanitaire prolongé la gouvernance par décrets et sans considération pour les conventions collectives, a pu laisser comme trace, à moins d\u2019en avoir réveillé de plus anciennes.Le contrôle strict des corps et des pulsions, ce n\u2019est pas comme si au Québec on ne connaissait pas ça intimement\u2026 Mais, ce retour du corps dans l\u2019espace public peut être aussi une chance, l\u2019occasion de lui faire vivre autre chose, autre chose que la peur, et l\u2019habitude enracinée de laisser à d\u2019autres le soin de le déterminer, la possibilité, en somme, de le décoloniser.J\u2019emprunte aux écrits de la transidentité, eux-mêmes inspirés des écrits de la décolonisation des peuples qui ont tant donné, au Québec comme ailleurs, cet appel pressant à la décolonisation des corps, aliénés par « l\u2019épistémologie de la différence sexuelle et des genres », pour le dire comme le philosophe Paul B.Preciado. L\u2019Action nationale \u2013 Septembre 2022 95 V E I L L E D \u2019 É L E C T I O N S Pour celui-ci, « cette épistémologie (ou) régime de savoirs, loin d\u2019être la représentation d\u2019une réalité, est une machine performative qui produit et légitime un ordre politique et économique spécifique : le patriarcat hétérosexuel colonial.* Cette épistémologie, quoiqu\u2019on en pense, n\u2019a rien à voir avec la nature, elle projette plutôt sur la nature (par nature illimitée) les limites de sa conception du monde, et assoit son autorité sur cette méprise.Les savoirs, tous, et même ceux qui en font la critique, comme la psychanalyse et la psychiatrie, sont inféodés, plus ou moins consciemment, à ce paradigme.C\u2019est un régime profondément narcissique, gare à ceux qui voudraient le blesser ! Hier encore, cette critique était accueillie avec des sourires en coin et des sarcasmes, la violence qu\u2019elle déchaîne maintenant, encore sourde, ici, puisque sise sur les réseaux sociaux, ou dans les groupes privés de discussion (une sorte de placard à double fond), me stupéfie.Cela ne devrait pas, la violence est le propre de ce régime.Les corps, territoires infinis, véritables « archives vivantes », pour le dire comme Préciado, des « soma- thèques » où sont consignée la mémoire du monde et de ses formes, les corps demeurent absurdement réduits par ce régime de la différence sexuelle à leurs forces de production et de reproduction, violentés par ce que le philosophe, à la suite de Michel Foucault, nomme la nécropolitique.Par essence « historique et changeant », cet ordre du patriarcat hétérosexuel et colonial coïncide avec l\u2019avènement du capitalisme, lui-même né de la découverte du L\u2019Action nationale \u2013 Septembre 2022 96 V E I L L E D \u2019 É L E C T I O N S territoire américain et de l\u2019exploitation de ses ressources, au XVe siècle, exploitation rendue possible par le commerce des esclaves, appelé triangulaire, car c\u2019est l\u2019argent d\u2019Europe qui servait à affréter les navires partis en Afrique y « puiser » la main-d\u2019œuvre nécessaire à l\u2019exploitation des ressources en Amérique.L\u2019esclavagisme, cette violence au-delà de la violence, est au fondement de ce régime qui se cristallise au milieu du XIXe siècle, au moment où le Canada se constitue.C\u2019est cette épistémologie de la différence sexuelle et des genres qui est en crise, ce patriarcat hétérosexuel et colonial qui a de l\u2019eau dans le gaz, ou plutôt du mazout dans son eau.Le confort qu\u2019a donné à un minuscule nombre d\u2019élus la révolution industrielle, née du capitalisme, a pris le pas sur le soin des corps vulnérables, innombrables aujourd\u2019hui.L\u2019éthique du soin, qui est « issue d\u2019une approche genrée de la morale dite \u201cféminine\u201d » rappelle la philosophe et psychanalyste Cynthia Fleury, est devenu, au cours des quarante dernières années, un modèle plus large de la justice qui fait dissidence avec la violence comme seule approche du monde, comme de la nature, considérés tout deux depuis longtemps comme une altérité dangereuse, qu\u2019il faut dominer, pour exploiter ensuite jusqu\u2019à plus soif.L\u2019éthique du soin n\u2019est pas strictement féminine, « elle renvoie à la spécificité humaine, à sa capacité primordiale de créer un monde habitable ».La fuite en avant de l\u2019homme tout puissant laisse derrière elle un monde en dévastation, peuplé de corps relégués, population de sans dents déshumanisée par la violence systémique \u2013 les zombies qui hantent la production télévisuelle et cinématographique américaine.Cette fuite me L\u2019Action nationale \u2013 Septembre 2022 97 V E I L L E D \u2019 É L E C T I O N S fait penser à la strip de Las Vegas qui avance un peu plus chaque année, s\u2019allonge, laissant derrière elle sa jeunesse d\u2019hier, en déshérence, un désert dans le désert, un monde en abîme.Ça, c\u2019est le cauchemar.Il existe déjà, cela devrait nous suffire.Les Pères de la Confédération canadienne, au nombre desquels figuraient quelques Canadiens français « réformistes », descendent en droite ligne de cette matrice hétérosexuelle et coloniale qui a produit ici ses symboles, ses idéologies, ses représentations singulières auxquels nous tenons comme à la prunelle de nos yeux et qui sont la cause d\u2019un aveuglement quasi congénital.La mythologie des deux peuples fondateurs, l\u2019idéologie du biculturalisme, du bilinguisme, son institution politique, le parlement bicaméral, le serment d\u2019allégeance à la reine qui donne à ce système son essence divine et son caractère irréductible, font écho au régime binaire des genres et, comme lui ou à sa suite, induisent une pauvreté d\u2019existence qui est à la politique, ici, ce que la bidimensionnalité est aux représentations graphiques.Nous vivons pour ainsi dire à plat, sans point de fuite ni perspective, avec la même foi en ce système que ceux qui autrefois défendaient le géocentrisme, avec un même appareil de répression tout puissant et légitime pour recadrer celles et ceux qui oseraient le remettre en question.C\u2019est notre puissance vitale qui est atteinte ; ce que Hubert Aquin, hier encore, nommait la fatigue culturelle du Canada français, ce mal profond et lancinant, n\u2019a pas disparu, loin de là, il est tabou depuis que les felquistes, en 1970, ont osé s\u2019attaquer à ce qui en est la cause, osé opposer à la violence institutionnelle d\u2019essence divine et irréductible, la violence révolutionnaire. L\u2019Action nationale \u2013 Septembre 2022 98 V E I L L E D \u2019 É L E C T I O N S Cette pensée de la transidentité, passionnante et subversive, a le double mérite d\u2019actualiser les luttes et les termes de la décolonisation, décolonisation qu\u2019on a dit achevée et dont on ne veut plus entendre parler, et de rendre possible des alliances inédites entre gens et genres, alliances transversales, transgénérationnelles et transexuelles, une dynamique déjà bien présente chez les plus jeunes générations, les plus politisées que j\u2019ai connues.Parce que leurs corps se revendiquent autres que la norme hétérosexuelle, de toutes sortes de façons autres que cette norme binaire réductrice et aliénante, parce que cette revendication est reconnue par un nombre grandissant de leurs pairs, indifféremment de leurs genres, parce que leur corps est en jeu et en lutte contre l\u2019effacement qu\u2019induit la norme, par le refus affiché de voir leurs corps déterminés, ne serait-ce qu\u2019un jour de plus, par cette norme débile et violente, cette génération fait une expérience du politique autrement plus réelle, plus incarnée que la mienne, par exemple.C\u2019est avec eux et par eux que ça se passe.Je ne passerai pas à côté de cette chance, de ce retour en force du politique dans l\u2019espace public québécois.Que ce retour nous déstabilise est le signe de sa réalité, car le politique bouscule toujours, la liberté dérange toujours, son étrangeté fout le malaise, toujours, la liberté est queer.Le peuple québécois, auquel ces jeunes gens appartiennent, est une bête étrange, un monstre comme le dit de lui-même Preciado, dont la seule présence historique dérange, et lorsqu\u2019il parle, ce monstre, il fait carrément scandale.Il fait peur et les rires malaisés fusent autour de lui quand ce n\u2019est pas les coups qui pleuvent.À cause de cela, il s\u2019est renfrogné, s\u2019est tu à nouveau, terré depuis. L\u2019Action nationale \u2013 Septembre 2022 99 V E I L L E D \u2019 É L E C T I O N S Nous privant tous depuis de notre lumière et de notre force sans limites.Non pas de notre toute-puissance, cet épouvantail, mais de notre puissance d\u2019agir.Je sais, dans ma chair, que ce peuple n\u2019a pas tant peur de disparaître que d\u2019apparaître.« Je ne craignais qu\u2019une chose : non d\u2019être méconnu, non d\u2019être refusé, mais d\u2019être découvert », écrivait Saint-Denys Garneau, dans son journal, publié après sa mort.u PLUS C5 / pourle + Qu *45C \\ 4 35%, boulevard Albiny-Poquette ZF Mont-Lourier = (Québec) J9L 1K5 » 1 866 440-3091 : ha SF 124, rue Principole Est | J Sainte-Agathe -des- Monts i ny (Québec) JBC 1K1 1 844 750-1450 + 0 mh.goudreaud@parl.ge.co Marip-Héléne Ggudreau GOODS mhgoudreau quebec Cépidlée de Lourenyities- Lobeile DMHGQudreguEX ik.L 4 Xavier Barsalou-Duval Député de Pierre-Boucher\u2014Les Patriotes\u2014Verchères 1625, boulevard Lionel-Boulet, bureau 202 Varennes (Québec) J3X 1P7 Téléphone : 450 652-4442 Courriel : xavier, barsalou-duvai@parl.gc.ca a >» 5 SE Nt ar 0 in 1 er LT EE Ia Chai dh Ea Ln A } i ; | 450 357-9100 | 100, rue Richelieu, bureau 210, Saint-Jean-sur-Richelieu, Québec 138 6X3 christine normandin@parl.acca | www.christinenormandin.quebec 3 , rt Gabriel Ste-Marie TL Depute federal de Joliette v 120, Place Bourget Nord, Joliette gabriel.ste-marie@parl.gc.ca 450 752-1940 \\ @gabrielsmarie www.gabrielstemarie.quebec 909 L& Quêbes sans compromis, jusqu éa Oo gta.ale a, ds -PIERRE » SAVARD-TRE LAY Lilli DE SHINT-RYACIATHE-HAENT Leu \u201c Tl A= | oct \\¢ s I = lar Chl) fr Lt abonnements et achats actionnationale.quebec Le magazine des essais québécois Les Cahiers de lecture de L\u2019Action nationale 3 numéros par année Des centaines de recensions publiées depuis 2007 ! Des entrevues et des extraits en primeur ! Lectures Recensions Collectif 104 Ce qui nous délie.Une critique du projet de pays de Québec solidaire Mélikah Abdelmoumen 107 Baldwin, Styron et moi Alexis Tétreault 110 La nation qui n\u2019allait pas de soi : la mythologie politique de la vulnérabilité du Québec Note critique Le bel avenir du français au Québec selon le chroniqueur Jean-Benoît Nadeau - Michel Paillé  122 Livres reçus Lectures 104 Articles 104 Recensions ColleCtif Ce qui nous délie.Une critique du projet de pays de Québec solidaire Les Éditions du Renouveau québécois, Montréal, 2022, 107 pages.Six auteurs se réunissent ici pour donner une impitoyable lecture du livre des solidaires.C\u2019est un véritable jeu de massacre.À les lire, Ce qui nous lie, n\u2019aura jamais si bien porté son titre : c\u2019est un nœud de contradictions qui fait office de programme, mieux, de projet de société grandiloquent pour « ce machin assez extraordinaire qui a des porte-parole sincères, mais pas de parole » comme le résume si brillamment Gilles Gagné.Le sociologue de l\u2019Université Laval signe dans ce recueil un jugement sans appel : QS se paie de mots.Son exposé reste le plus solide de ce petit ouvrage.Il y offre, avec une ironie bienveillante, une véritable déconstruction du fétichisme idéologique.C\u2019est par l\u2019écologie que QS entend conduire le Québec sur le chemin de l\u2019indépendance.L\u2019indépendance pour l\u2019environnement ?Gagné examine sérieusement ce que le combat pour l\u2019environnement devrait comporter si QS prenait vraiment la chose au sérieux.Il n\u2019y trouve qu\u2019une pensée molle et indigente, bien éloignée, voire étrangère à ce que signifie l\u2019indépendance dans le champ politique. 105 L\u2019Action nationale \u2013 Septembre 2022 À lire Gagné et ce qu\u2019il déconstruit du bricolage intellectuel de QS, on ne peut que rester médusé par le tour de force communicationnel de cette nébuleuse.Comment diable cela peut-il tenir la route ?On serait bien tenté de conclure que cela ne peut être pris au sérieux que dans le cirque médiatique, dans la spirale de la folklorisation et de la médiocrité qu\u2019impose au Québec la décomposition de sa sphère politique.Le recours à la constituante brandi comme un certificat de vertu y apparaît plutôt en comme une défilade, un truc pour reporter dans les limbes les choix que QS ne veut pas envisager ici et maintenant.C\u2019est un liant pour la pensée molle comme le démontre presque avec férocité le texte d\u2019André Binette qui n\u2019y va pas par quatre chemins : QS ne sait pas de quoi il parle.Pis, en matière de rapports aux nations autochtones ce que QS pense dire est à des années-lumière des termes élémentaires de la problématique politique des rapports du Québec avec les nations autochtones.Moulue, sa position que les bonnes intentions ne sauvent de rien.Marie-Claude Girard n\u2019est guère plus tendre en parlant de laïcité.Elle déboulonne la statue de la tolérance auto- proclamée en dressant l\u2019inventaire des volte-face sur la laïcité : elle n\u2019y voit que décrochage intellectuel et politique à l\u2019égard du combat des femmes.Elle s\u2019explique mal les motifs qui ont justifié de tels renoncements qui font de QS l\u2019allié local de fondamentalistes que personne ne voudrait voir ici gagner en influence alors que QS s\u2019ingénie à leur construire un espace de légitimité.Un espace qui ne peut-être que celui des enclos du multi- culturalisme.Qu\u2019il s\u2019agisse de langue, de laïcité ou des autochtones, le prisme est toujours le même : c\u2019est le bricolage des formules creuses qui s\u2019additionnent, qui habille l\u2019indigence 106 L\u2019Action nationale \u2013 Septembre 2022 de la pensée.Les bons sentiments ont beau dégouliner, le réel fuit de partout, surtout lorsqu\u2019il est question de penser l\u2019oppression.Simon Rainville en identifie bien le ressort profond : « Québec solidaire nous parle de l\u2019indépendance d\u2019un peuple absent.» L\u2019universalisme désincarné caractérise son discours et lui facilite la vie.La domination politique et culturelle sous laquelle vit le Québec n\u2019apparaît même pas comme une « raison forte » tant le Qsistes se méfie de la majorité et de son histoire.La posture reste celle des donneurs de leçon qui se voient d\u2019abord comme des redresseurs de torts devant un passé décrété trouble à tenir en laisse.Les énoncés sur la culture québécoise restent pétris d\u2019un moralisme qui renforce toute la matrice du multiculturalisme : QS se méfie de la majorité qu\u2019il veut libérer d\u2019elle-même bien davantage que de ses chaînes dans le régime canadian dont il n\u2019est nulle part question.Là encore, aucune prise sur le réel sauf pour ce qui est de lever le nez sur les héritages.Ce n\u2019est pas un propos sur la culture, mais un prêchi-prêcha d\u2019ingénieurs sociaux qui confondent les fétiches avec le réel.Les horizons de la plateforme politique de QS ainsi analysés ne donnent aucune envie de « s\u2019attacher » au cortège de cette gauche.Ils suffisent à convaincre de la force du vide, de la puissance du néant dans les alibis politiciens.Ce qui nous délie instruit tout autant le procès du livre qu\u2019il déconstruit que celui de l\u2019ère du vide.Tout cela tient davantage des avatars post-modernes des cultes du cargo que de l\u2019utopie de gauche.Cultes du cargo ?Ses éminences grises vont devoir faire quelques lectures\u2026 Robert Laplante  Directeur de L\u2019Action nationale 107 L\u2019Action nationale \u2013 Septembre 2022 Mélikah abdelMouMen Baldwin, Styron et moi Montréal, Mémoire d\u2019encrier, 2022, 179 pages Parcours d\u2019écrivaine, itinéraire d\u2019auteure, peu importe quels mots servent à décrire cet ouvrage, il vaut le détour, surtout si on cherche à percer certains effets d\u2019immigration et si les modes de subjectivation nous préoccupent, autrement dit la manière dont on s\u2019approprie les auteurs lus et les événements vécus pour se constituer en sujet.Si ce livre explorait l\u2019amitié entre deux écrivains, ce serait un simple essai littéraire.Or, les écrivains James Baldwin (1924-1987) et William Styron (1925-2006) sont issus de généalogies radicalement opposées en ce qui a trait au problème de l\u2019esclavage aux États-Unis.L\u2019écrivaine québécoise décrit sa relation avec leurs écrits et biographies.Comment ?Depuis son Saguenay natal, en passant par Montréal, puis Lyon, puis retour à Montréal, l\u2019écrivaine raconte les pratiques et expériences relatives à une forme de vie, la sienne, où la lecture, l\u2019écriture et le dialogue marquent la route et montrent les avancées.Et elle sait raconter\u2026 comme si elle tenait la main du lecteur et l\u2019accompagnait pas à pas.Son parcours, celui d\u2019une sujet-femme québécoise, compose avec trois sites interreliés : la société au Québec, la France lyonnaise, le rapport social de race dont deux écrivains états-uniens ont fait leur objet.Son livre établit que la sujette, par allers-retours dans et entre ces trois sites, se déploie sur le sol de la langue d\u2019ici.Des « jeux de vérité », pour reprendre le concept de Michel Foucault, sont manifestes sur chacun des trois 108 L\u2019Action nationale \u2013 Septembre 2022 sites, comme autant de résonnances et dissonances qui se prolongent et jouent sur un soi non monologique engagé dans un mode de subjectivation.Le site de la société au Québec ?Sa parenté du Lac-Saint- Jean vers laquelle elle revient périodiquement est ouverte et chaleureuse ; ses amitiés éclectiques sont des repères pour son écriture et son déplacement.Le site de la France lyonnaise ?Un réseau d\u2019amis la conforte, l\u2019accompagne, entre en débats avec elle.Cette France est aussi un contexte, ni abstrait ni objet, qui la confronte, à même le nom qu\u2019elle porte, les Roms qu\u2019elle fréquente et le lieu qu\u2019elle habite.1 Et puis, de part en part du livre, le rapport social, ni figé, ni gelé, entre ces deux écrivains qui sont chevillés au mouvement et à l\u2019histoire des droits civiques aux États-Unis.Elle décrit leur écriture et leur vie pour faire ressortir leur sensibilité, leur intelligibilité.Sur et entre chacun des trois sites, elle donne à penser.Pas par hasard.Tel est l\u2019objectif du livre.Elle esquisse une problématique avec laquelle on n\u2019a pas fini de se colleter.La problématique a trait à la société qui vient.À propos de laquelle, il faut multiplier les écrits pour trouver les logiques et les effets de rapports sociaux à transformer.Baldwin, Styron et moi est un livre en recherche d\u2019humanité.Il souligne que la migration se transmet entre générations et il retrace une « série de passations ».L\u2019auteure chemine à même les amitiés qu\u2019elle recherche et cultive.1  En  2018,  elle  a  livré  le  récit  de  sa  vie  sur  ce  site  dans  Douze ans en France, Montréal, vlb éditeur.   109 L\u2019Action nationale \u2013 Septembre 2022 Elle dit qu\u2019une interprétation n\u2019est pas une absolution et un dialogue n\u2019est pas une recherche de consensus.Mélikah Abdelmoumen se penche sur les « irréductibles complexités » de relations sociales difficiles à cerner et s\u2019efforce de « tirer les classifications vers la vie ».Elle fouille des situations piégées et pose un regard inquiet sur elles.Elle cherche la résonnance humaine.Son option politico- symbolique est le dialogue, résolument contemporain.André Campeau  Anthropologue    110 L\u2019Action nationale \u2013 Septembre 2022 alexis tétreault La nation qui n\u2019allait pas de soi : la mythologie politique de la vulnérabilité du Québec VLB éditeur, 2022, 251 pages Alexis Tétreault n\u2019est pas inconnu dans le monde des idées, et encore moins en les pages de notre revue.Doctorant en sociologie à l\u2019UQAM, il s\u2019est d\u2019abord engagé dans la vie intellectuelle à L\u2019Action nationale, où il contribue par son influence à la renaissance de la pensée nationale.Tétreault fait partie de cette cohorte brillante de jeunes intellectuels qui entendent prendre leurs distances avec la doxa et refaire de la « référence québécoise » la pierre d\u2019angle de leur réflexion sur le monde.C\u2019est dans cet esprit qu\u2019il a lancé le balado À la recherche du Québec, qui donne une voix et une présence aux chercheurs et aux penseurs d\u2019ici.Le premier livre qu\u2019il fait paraître chez VLB éditeur, La nation qui n\u2019allait pas de soi : la mythologie politique de la vulnérabilité du Québec, apparaît comme le point d\u2019orgue d\u2019un engagement qui s\u2019annonce déjà très prometteur.Son essai repose sur une idée simple, et, pourtant, très riche : chaque nation dispose d\u2019un fonds mythique, dans lequel elle est amenée à puiser dans les moments de crise pour féconder son histoire et la mettre en mouvement.Hantée par ce que l\u2019auteur, après Nicolas Berdiaeff, appelle « le royaume de l\u2019empirie », la pensée contemporaine s\u2019appuie sur un positivisme qui tend à faire du mythe l\u2019alibi d\u2019une mystification, plutôt que le moteur symbolique d\u2019une histoire qui ne peut que se dérober, en son essence, à toute forme de réduction conceptuelle.Au Québec, ce furent le mythe de la Nouvelle-France, qui incitait aux vastes horizons et à la grande aventure un peuple brisé par la Conquête, ainsi que celui de la survivance, né dans le sillage de l\u2019échec des Rébellions de 1837-38, mémoire ambivalente dont les Québécois étaient invités à s\u2019inspi- 111 L\u2019Action nationale \u2013 Septembre 2022 rer et à triompher par le truchement d\u2019un autre mythe, la Révolution tranquille et la conquête de l\u2019indépendance.Lecteur de Raoul Girardet, théoricien français des mythes politiques, aussi bien que des meilleurs exégètes de la condition québécoise, le jeune penseur a l\u2019ambition de faire revivre une tradition délaissée, où les intellectuels plaçaient le Québec au centre de leur pensée et de la chose politique.Ils s\u2019intéressaient aux couches profondes de leur nation, écrit-il, citant au passage les noms de Fernand Dumont, Léon Dion et Marcel Rioux.Ils sondaient sans relâche les fondements mythologiques, qui rendaient intelligible un parcours historique et permettaient d\u2019appréhender un avenir incertain.(\u2026) On pouvait considérer ces mythes sévèrement, voire les tourner en ridicule, comme ce fut le cas du mythe de l\u2019évangélisation de l\u2019Amérique par les Canadiens français catholiques.Mais il ne fut jamais question de déconstruire ni même de condamner l\u2019idée qu\u2019un peuple, le nôtre, possédait et chérissait des mythes qui lui étaient consubstantiels (p.11).En d\u2019autres termes, il ne fut jamais question, même chez un penseur d\u2019inspiration marxiste comme Marcel Rioux, de nier et de saper l\u2019origine pour se projeter dans une utopie antinationale.Au fondement de la démarche de l\u2019auteur loge le constat d\u2019une démission de l\u2019intelligentsia.Non seulement ne sou- haite-t-elle plus assumer la responsabilité du destin national, mais elle semble s\u2019être retournée contre lui.Les universitaires se sont éloignés de l\u2019objet d\u2019étude « Québec », et de tout ce qui relève de l\u2019identité nationale et des grands récits, pour privilégier les identités particulières, dont le repoussoir théorique emblématique est la majorité culturelle.Cette destitution et mise en retrait du Québec, dans les représentations collectives et au sein même des insti- 112 L\u2019Action nationale \u2013 Septembre 2022 tutions qu\u2019il subventionne, n\u2019a pas été sans conséquence dans les dernières décennies sur l\u2019état de la conscience collective.Tétreault déplore la rupture avec ce qu\u2019il perçoit comme le fil d\u2019intelligibilité de la condition québécoise.La nation serait entrée, depuis le tournant de la Révolution tranquille, dans la fiction de sa normalité et de sa permanence, en porte-à-faux avec ce qui avait constitué la matrice de son histoire : l\u2019angoisse devant l\u2019imminence politique et démographique de sa disparition et de son assimilation par la majorité anglo-canadienne.Lecteur attentif de Lionel Groulx et de l\u2019École de Montréal, Tétreault voit en la Conquête de 1760 le point de bascule du roman national : le pays embryonnaire est détourné de son développement et passe sous tutelle étrangère.Mais c\u2019est à 1840 qu\u2019il fait remonter la naissance du « mythe politique de la vulnérabilité ».Le groupe canadien-français fait alors véritablement l\u2019expérience d\u2019un « phénomène de non identification », condition selon Girardet de la naissance du mythe politique.Comptant depuis 1791 sur une assemblée législative, l\u2019élite canadienne-française vivait jusque-là dans l\u2019illusion relative d\u2019influer sur le cours de son destin en raison des libertés que lui conférait le parlementarisme britannique.Toutefois, ce n\u2019est qu\u2019à partir du rapport Durham et de 1840 que la nature du rapport politique qui l\u2019unit à la majorité anglaise se révèle dans toute sa nudité et toute sa brutalité.On remarque que le rapport, dit-il, du moins dans sa partie qui traite du problème bas-canadien, s\u2019enthousiasme pour deux perspectives qui deviendront la hantise des Canadiens français : la mise en minorité de la nation et la disparition progressive de sa culture.Par un mouvement d\u2019opposition aux aspirations légitimes d\u2019un peuple, ce programme assimilationniste féconde l\u2019imaginaire politique canadien-français et fonde la volonté de le conjurer autant que faire se peut.» (p.19) 113 L\u2019Action nationale \u2013 Septembre 2022 Certes, la volonté d\u2019assimilation du conquérant n\u2019est pas nouvelle ; elle était là dès le départ, dans la proclamation de 1763.Mais le discours de Durham, l\u2019un des seuls que produisent les autorités sur le peuple canadien-français, pousse les conquis à élaborer un contre-discours et à adopter une stratégie consciente de résistance pour lui répondre.C\u2019est ce que Garneau vient concrétiser dans son Histoire du Canada, en présentant la période de 1791 à 1840 sous le signe de la nécessaire cohésion face à la menace de la dissolution.Le contraste entre la préface, imprégnée d\u2019un kitsch progressiste tiré des Lumières, et la conclusion, pessimiste et d\u2019une prudence crépusculaire, symbolise la création d\u2019un conservatisme moins idéologique que national.Il s\u2019agit de discerner sous le voile des « maximes libérales les plus avancées » l\u2019intention du conquérant et d\u2019adapter les principes démocratiques à notre architecture particulière de petite nation ; bref, de se défendre sur le plan extérieur tout en continuant de se développer sur le plan intérieur.Comme on le voit, les stratégies d\u2019un côté comme de l\u2019autre n\u2019ont pas changé et, deux siècles plus tard, nous en sommes au même point face à la coalition majoritaire anglaise.De même que Robert Laplante,voyait dans le projet de colonisation du curé Labelle, non un mythe compensateur et consolateur, mais une « poussée auto-instituante de la nation », en dépit d\u2019un rétrécissement imposé de l\u2019extérieur, Tétreault voit dans l\u2019œuvre d\u2019Honoré Mercier la première poussée auto-instituante du nationalisme de conservation.Mercier développe son projet national d\u2019abord en réaction à la Confédération de 1867.Politicien engagé au niveau fédéral, il constate très tôt l\u2019impossibilité où se trouve le groupe canadien-français de faire respecter ses intérêts.C\u2019est pourquoi il se replie sur le niveau provincial, 114 L\u2019Action nationale \u2013 Septembre 2022 seul à même, pense-t-il, de servir son projet, en ce que le Québec constitue le seul territoire où les Canadiens français forment une majorité incontestable.Depuis Québec, Mercier multiplie les gestes d\u2019affirmation pour transformer la majorité numérique en une réalité qualitative : défense de l\u2019autonomie provinciale, ébauche d\u2019une politique internationale tournée vers Paris, Rome et Bruxelles, occupation du territoire par la colonisation et expansion de l\u2019espace majoritaire, création de liens avec la diaspora franco-américaine, initiatives en faveur de la scolarisation de la classe ouvrière francophone \u2013 sauf pour quelques faits d\u2019époque, on se croirait presque dans un ersatz de la Révolution tranquille, soixante-dix ans à l\u2019avance.Comparaison d\u2019autant plus légitime que Tétreault ne voit pas dans la Révolution tranquille un reniement du Canada français, même s\u2019il y voit une rupture évidente ; distinction subtile mais nécessaire, qui le conduit à présenter le néo- nationalisme comme la refondation politique d\u2019un peuple qui se savait menacé et devait agir pour renverser la fatalité et se faire « maître chez lui ».La tension entre sentiment de vulnérabilité et appel au redressement imprègne La nation qui n\u2019allait pas de soi.Elle est manifeste dans les passages sur Lionel Groulx, parmi les plus programmatiques du livre.Tétreault fait de Groulx l\u2019inspirateur du projet politique de la Révolution tranquille, la figure autour de laquelle se noue l\u2019histoire du nationalisme québécois.C\u2019est par lui que s\u2019opère la dissociation, dans la conscience collective, avec le nationalisme panca- nadien de Bourassa, qui reporte sur le Québec l\u2019essentiel de la pulsion de vie et de création de la nation.« Notre État français, nous l\u2019aurons » et autres « Maîtres chez nous » préfigurent, dans la pensée du chanoine, la métamorphose du nationalisme canadien-français en un projet politique de consolidation de la majorité géographique. 115 L\u2019Action nationale \u2013 Septembre 2022 Revisitant le mythe de Dollard des Ormeaux, Tétreault met en valeur la résonance entre la vulnérabilité du Canada français du temps de Groulx, qui a connu la conscription et le Règlement 17, et la vulnérabilité de la colonie du temps de la Nouvelle-France.C\u2019est donc dire que, loin de s\u2019exclure, sentiment de vulnérabilité et appel au redressement se nourrissent et se fécondent chez Groulx.La même dialectique serait à l\u2019œuvre dans la Révolution tranquille, ce qui le conduit à réfuter ce qu\u2019il considère comme de fausses dichotomies, dans l\u2019histoire intellectuelle aussi bien que dans l\u2019histoire politique : Autant la « rupture » Groulx-Séguin nous semble cosmétique, autant il est vain de voir dans le projet politique de la Révolution tranquille un reniement du Canada français et de ses aspirations.Cette réorientation est, au contraire, la sédimentation d\u2019un vieil idéal tirant sa substance de la mythologie de la vulnérabilité.La Révolution tranquille est le produit politique de la survivance.Le rassemblement des forces vives autour de l\u2019espace-Québec avec, comme horizon, l\u2019autonomie ou l\u2019indépendance de la communauté nationale traverse l\u2019histoire politique et intellectuelle du Canada français depuis 1840 (p.130).Pour l\u2019auteur, la rupture de 1960 serait à chercher ailleurs : d\u2019abord chez l\u2019École de Laval et Cité libre (ainsi que chez leurs descendants « interculturels ») et, dans un second temps, dans la mutation de la conscience historique, qui passe d\u2019un statut de peuple minoritaire menacé, à un statut de peuple majoritaire plutôt satisfait de son sort.C\u2019est le grand mérite d\u2019Alexis Tétreault que de ne pas reprendre les catégories de ses prédécesseurs sans examen.Outre la rupture, selon lui artificielle, entre Groulx et l\u2019École de Montréal et la rupture, toute relative, entre le Canada français et la Révolution tranquille, il propose une 116 L\u2019Action nationale \u2013 Septembre 2022 critique des dichotomies dans l\u2019œuvre de Gérard Bouchard.On se souvient que Bouchard oppose le mythe de la survivance, qu\u2019il assimile à une étroitesse d\u2019esprit des élites et à une fabulation qui allaient à l\u2019encontre de la réalité, à l\u2019esprit de reconquête de la Révolution tranquille.Selon Tétreault, en reprenant la critique de l\u2019irréalisme des élites canadiennes-françaises, comme si elles avaient eu d\u2019autre choix que celui de la survivance dans une nation dominée, Bouchard se poserait moins en héritier du néo- nationalisme qu\u2019en fils putatif de Cité libre et de l\u2019École de Laval : « L\u2019analyse bouchardienne fait sienne l\u2019idée de la stérilité et de la fausseté de l\u2019imaginaire canadien-français.Il s\u2019agit d\u2019une des manifestations de ce sur quoi repose l\u2019imaginaire de la nation québécoise émergente : la dénonciation de la mythologie de la vulnérabilité au moment où se réalisent les aspirations politiques qu\u2019elle porte.Ce phénomène est caractéristique du double mouvement qui fait advenir le sujet politique québécois et lui donne son essence politique et culturelle.Dans les années 1960, on assiste aussi bien à la réalisation d\u2019un vieil idéal qu\u2019au procès des générations l\u2019ayant porté.Bref, le néonationalisme s\u2019institutionnalise en même temps que s\u2019implante le citéli- brisme culturel.» (p.136-37).Pour l\u2019École de Laval, Cité libre et Bouchard, ainsi que pour leurs nombreux épigones, le Québec ne rencontre pas les défis qui sont les siens parce qu\u2019il évolue dans un cadre politique dont il ne contrôle pas les leviers les plus importants, ou parce qu\u2019il bute contre les limites du régime politico-juridique de 1982, mais parce qu\u2019il n\u2019est pas assez ouvert sur l\u2019Amérique et sur le monde.Le principe de réalité politique est congédié au profit d\u2019un universalisme d\u2019emprunt, qui se fonde sur le procès permanent de la majorité nationale et de tous les intellectuels qui se risquent à situer leur pensée dans son orbite \u2013 seuls obs- 117 L\u2019Action nationale \u2013 Septembre 2022 tacles résiduels à l\u2019avènement d\u2019une société « pluraliste » et ouverte sur « l\u2019Autre ».En s\u2019obstinant à voir ce qu\u2019ils voient et à décrire un réel façonné par l\u2019histoire nationale et les rapports politiques, les héritiers de l\u2019École de Montréal verseraient dans une « crispation identitaire », feraient la promotion d\u2019une « nation unitaire » et fermée sur elle- même.Tétreault rejette du revers de la main cette nouvelle fausse dichotomie, où les intellectuels cléricaux se donnent le beau rôle, dans les habits d\u2019humanistes bienveillants en lutte contre l\u2019obscurantisme nationaliste.Il n\u2019y a pas, d\u2019une part, les « ouverts » et les « pluralistes », et d\u2019autre part, les « fermés » et les « unitaires » : il y a ceux pour qui la chose politique existe, et les autres, pour qui elle n\u2019existe pas (sinon chez le détenteur du pouvoir central, seul dépositaire du sceau d\u2019approbation démocratique) ; il y a ceux qui parlent depuis la référence québécoise, et les autres qui, selon leurs propres mots, sont « rendus ailleurs », soit à une destination restée inconnue à ce jour.Depuis la Révolution tranquille, à mesure que s\u2019éloignaient les années pionnières du redressement, le peuple minoritaire a été invité par ses intellectuels à ne plus se percevoir comme une petite nation.Il était au contraire invité à remplir avec empressement les obligations démocratiques d\u2019un peuple majoritaire et souverain, auprès de la communauté historique anglophone et de minorités de plus en plus nombreuses ; l\u2019exemplarité était censée garantir par elle-même l\u2019accession à la normalité politique.C\u2019est dans la Charte de la langue française, issue des remous provoqués par la crise de Saint-Léonard, et la loi 21, née de la « crise des accommodements raisonnables », que Tétreault traque les traces de cette paradoxale permutation.Paradoxale, en ce que la période qui s\u2019ouvre avec la Révolution tranquille voit bel et bien un peuple, naguère minoritaire, assumer le conflit en proposant un contre-pro- 118 L\u2019Action nationale \u2013 Septembre 2022 gramme sur le seul territoire qu\u2019il contrôle.Ce qui est un progrès.Mais c\u2019était comme si la promotion de la minorité ontologique en majorité politique devait demeurer floue, le Québec étant marqué majoritaire ou minoritaire sur l\u2019échiquier selon les besoins cyniques du pouvoir central.Pour Tétreault, les lois 101 et 21 procèdent toutes les deux du mythe de la vulnérabilité.Elles ont puisé leur carburant dans la conscience d\u2019une petite nation, menacée sinon dans sa survie, du moins dans le maintien de ses références communes et de son identité.Mais tandis que la loi 101 était l\u2019expression d\u2019un esprit de reconquête d\u2019une majorité précaire, dont le souvenir de la domination anglaise était encore frais, avec pour horizon la téléologie hégémonique de l\u2019indépendance, la loi 21 s\u2019est inscrite dans un tout autre contexte.Partout en Occident, le régime démocratique a subi d\u2019importantes mutations : l\u2019on est passé de ce que la philosophe française, Dominique Schnapper, appelait la « transcendance de la citoyenneté », à ce que Jacques Beauchemin (mentor d\u2019Alexis Tétreault) appelle « la société des identités ».« La référence [québécoise], écrit l\u2019auteur dans une formule tout particulièrement inspirée, devient [ainsi] l\u2019objet d\u2019une négociation, alors que dans la société de la démocratie nationale, elle en était la condition.» (p.203) À l\u2019intérieur de ce nouveau paradigme, dont se font le relais les intellectuels cléricaux, pour qui le régime unitaire de 1982 a cessé depuis longtemps d\u2019être un problème, la majorité précaire mais volontaire de 1977, s\u2019est transformée en une majorité entachée de préjugés, dont il faudrait au plus tôt parachever la conversion au monde nouveau.Tétreault cite à ce propos Gérard Bouchard qui, dans une formule que n\u2019aurait pas reniée Pierre Elliott Trudeau, a écrit que « la population québécoise de souche n\u2019a pas complété son apprentissage dans son rôle de majorité démocratique.» Du 119 L\u2019Action nationale \u2013 Septembre 2022 groupe de référence que tous étaient appelés à rejoindre, de la condition de continuité d\u2019un parcours national avec sa dignité propre, qui faisaient d\u2019elle le sujet d\u2019une histoire qui la portait et l\u2019honorait, la majorité francophone a été reléguée à un statut négatif contraire : celui de repoussoir d\u2019un nouveau pouvoir axé sur la reconnaissance des identités, qui la transforme en une majorité culturelle coupable comme les autres.Il lui sera donc demandé tantôt d\u2019expier un passé qui n\u2019est pas le sien, tantôt de remplir les devoirs démocratiques d\u2019un pays souverain, et ce, au moment même où sa mise en minorité devient palpable au Canada.Parcourant les mémoires déposés sur la loi 21, Tétreault s\u2019étonne de la domination de la nouvelle vision dans la société civile, et chez les détracteurs et chez les apologistes de la nouvelle loi, qui fait du bloc démographique québécois une « majorité normale », délivrée de son historique précarité et des menaces qui pesaient sur elle.Le mythe de la normalité s\u2019est tellement substitué au mythe de la vulnérabilité, plaide l\u2019auteur, que ni la situation politique du Québec dans la fédération, ni la menace de l\u2019acculturation et de l\u2019assimilation ne sont à l\u2019ordre du jour.Le débat sur le déclin du français a, certes, créé une brèche dans ce sentiment de permanence en apparence invincible, mais le mythe de la normalité n\u2019a pas dit son dernier mot.Chose certaine, nous dit Tétreault, toute forme de renaissance ne pourra faire l\u2019économie d\u2019un détour par le mythe politique de la vulnérabilité : tel serait le sens de notre histoire.Réapprendre à nous percevoir comme une minorité précaire en Amérique, mais également comme une majorité précaire sur notre propre sol, ce n\u2019est pas renoncer à la normalité des nations constituées ; c\u2019est renouer au contraire avec le ressort de l\u2019action libre et responsable, qui a inspiré en leur temps les plus belles figures de l\u2019histoire du Québec, d\u2019Honoré Mercier à René Lévesque. 120 L\u2019Action nationale \u2013 Septembre 2022 Avec La nation qui n\u2019allait pas de soi, Alexis Tétreault s\u2019impose comme un penseur de tout premier plan et l\u2019une des voix les plus fortes de sa génération.Il n\u2019a pas choisi le chemin le plus facile : penser l\u2019universel à partir du particulier et, pis encore, à partir du national, est culturellement dévalorisé et socialement puni dans le régime sous lequel nous vivons.C\u2019est pourtant la seule voie honorable pour qui a compris, tel Berdiaeff dans Le sens de la création, que le courage était la haute vocation de la philosophie, et que sans l\u2019exercice de la liberté il n\u2019y a pas de conquête de l\u2019esprit possible.L\u2019engagement passionné qui court sous la rigueur transparente de la démonstration le distingue déjà des raisonneurs sans vocation et des essayistes sans écriture qui encombrent les rayons de nos librairies.Tétreault inaugure souvent un chapitre par la citation d\u2019un grand penseur occidental : outre Nicolas Berdiaeff, Simone Weil, Machiavel, Julien Freund, Alexis de Tocqueville et Christopher Lasch font partie de ceux qu\u2019il convoque avant de plonger plus en avant dans l\u2019étude du cas québécois, comme s\u2019il lui importait, avant tout, de déprovincialiser la nation pour la situer dans le « grand contexte ».Ce témoin lucide et cet esprit fin, on le sent, est hanté par la possibilité de la disparition, mais sa mélancolie ne se retourne jamais contre elle-même, elle ouvre sur une révolte salutaire contre la médiocrité de cœur et d\u2019esprit, au moins autant que contre toutes les expressions de démission nationale.On ne sera donc pas étonné que Gaston Miron soit une figure aimée et citée dans ce si beau livre.Tétreault place, à son exemple, le politique au cœur d\u2019une vision globale de l\u2019être humain, et a compris que le combat national était d\u2019abord celui de la dignité reconquise.Comme tous les livres importants, La nation qui n\u2019allait pas de soi tombe à point nommé, à un 121 L\u2019Action nationale \u2013 Septembre 2022 moment tragique de notre histoire (quelle période de notre histoire ne le fut pas ?).Espérons qu\u2019il trouve au plus tôt le lectorat qu\u2019il mérite, avant de percoler dans l\u2019ensemble de la culture.Au pays de l\u2019embâcle, le printemps commence à se faire tard.Carl Bergeron  Écrivain 122 Note critique Michel Paillé* Le bel avenir du français au Québec selon le chroniqueur Jean-Benoît Nadeau Jean-Benoît Nadeau, « Pour en finir avec le déclin de la langue française », L\u2019Actualité, 9 avril 2022 et « Pour en finir \u2013 encore plus ! \u2013 avec le déclin de la langue française », L\u2019Actualité, 23 avril 2022 Essentiellement, ces deux articles de Jean-Benoît Nadeau, truffés de faussetés, d\u2019inexactitudes et d\u2019approximations sur la question linguistique au Québec, dénoncent les travaux du mathématicien Charles Castonguay, auteur d\u2019une synthèse pour le Mouvement Québec français1, et du physicien Frédéric Lacroix, auteur d\u2019un essai2 bien accueilli par André Binette3, mais décrié par Jean-Pierre Corbeil4.Nadeau n\u2019hésite pas à se déclarer « périodiquement saisi d\u2019une sorte d\u2019abattement presque catatonique ».Toutefois, il aurait aperçu « quelques rayons de soleil dans les propos du sociolinguiste Calvin Veltman, professeur retraité de l\u2019UQAM, et du sociologue Jean-Pierre Corbeil, de l\u2019Université Laval ».1  Charles Castonguay, Le français en chute libre, MQF, 2020, 85 p.2  Frédéric Lacroix, Pourquoi la loi 101 est un échec, Boréal, 2020, 264 p.3  L\u2019Action nationale, février 2021, p. 122-128.4  Jean-Pierre  Corbeil,  « Sortir  des  ornières  de  la  démolinguistique  classique :  mieux  comprendre  l\u2019évolution  du  français  au  Québec »,  Recherches sociographiques, 62-1, janv.-avril 2021, p. 191\u2013205.*  Démographe. 123 L\u2019Action nationale \u2013 Septembre 2022 Les reproches de Nadeau Que reproche tant Nadeau à Castonguay et à Lacroix ?D\u2019entrée de jeu, il affirme ne pas adhérer « aux thèses catastrophistes du démographe Charles Castonguay et de l\u2019essayiste Frédéric Lacroix qui décrient un français en \u201cchute libre\u201d».En clair, il ne reconnait pas que la part du français dans l\u2019assimilation nette au Québec ait été limitée par Castonguay en 2016 à un maigre 53 %.Or, il confond l\u2019île de Montréal5 à l\u2019ensemble du Québec où cette part a été établie à 55,2 % par le mathématicien6.Pourtant, Castonguay n\u2019invente rien, car il tire l\u2019information des recensements canadiens en appliquant les règles élémentaires de la statistique descriptive.Par ailleurs, Castonguay montre une progression favorable au français de plus de 30 points en 35 ans : d\u2019un minimum de 24,4 % calculé pour 1981, il en arrive à 55,2 % en 20167.Or, au lieu de se réjouir de cette progression, Nadeau oppose à l\u2019étude de Castonguay une proportion de 75 % tirée d\u2019un article de Calvin Veltman8.Il déclare qu\u2019un tel « écart entre 75 % et 53 % [\u2026] représente une différence majeure qui remet en cause [\u2026] la théorie du déclin et l\u2019idée que la francisation bat de l\u2019aile ».Nous pensons au contraire qu\u2019une différence d\u2019une telle ampleur aurait dû amener Nadeau à se méfier d\u2019une 5  Charles Castonguay, op.cit., p.45.6  Ibid., p. 47.7  Ibid., p. 26.8  Calvin  Veltman,  « Le  français,  langue  d\u2019usage :  la  contribution  formidable  de  l\u2019immigration  francophone »,  [En  ligne]  https:// mobilitelinguistiqueveltman.net/etudes-recentes/ 124 L\u2019Action nationale \u2013 Septembre 2022 lecture distraite.En effet, en relisant Veltman, il aurait constaté avoir confondu deux types de pourcentages.Alors que Castonguay mesure une assimilation nette de 55,2 % favorable au français en 2016 \u2013 laissant 44,8 % à l\u2019anglais \u2013, Veltman a calculé un taux d\u2019accroissement brut de 75 % couvrant la période 2001-2016.Nul doute que Nadeau n\u2019aurait pas cité Veltman si celui-ci ne s\u2019était intéressé qu\u2019aux années 2011-2016 pour lesquelles il aurait obtenu une croissance de 18 % ! Quant au reproche fait à Lacroix, il vient de Jean- Pierre Corbeil et repose sur un quiproquo.S\u2019il est vrai que dans l\u2019ouvrage de Lacroix le terme francophone « se rapporte généralement à la langue maternelle9 », il est faux d\u2019en attribuer l\u2019inspiration aux « travaux de Castonguay et [au] discours de sens commun ».En effet, tant chez Castonguay que chez Termote et nous-mêmes, c\u2019est la langue parlée le plus souvent à la maison qui est la « variable dépendante ».La langue maternelle, une variable dite « indépendante », ne sert qu\u2019à mesurer les changements de comportements linguistiques entre l\u2019enfance et les recensements.Elle n\u2019a aucun intérêt en soi.À propos de Castonguay plus particulièrement, affirmer que ses travaux portent sur la langue maternelle conduit à un paradoxe : comment comprendre son vif intérêt méticuleux pour les substitutions linguistiques quand les données sur la langue maternelle devraient suffire ?Haro sur les démographes À partir de Castonguay et de Lacroix, Jean-Benoît Nadeau cible les démographes.Bien qu\u2019il utilise ce terme sou- 9  Lacroix, op.cit., p. 11. 125 L\u2019Action nationale \u2013 Septembre 2022 vent \u2013 abstraction faite d\u2019un usage erroné pour désigner MM.Castonguay et Veltman10 \u2013, il n\u2019en nomme aucun.Puisque Nadeau est chroniqueur, il se devait d\u2019en nommer quelques-uns, ne serait-ce que pour permettre aux lecteurs de L\u2019Actualité de distinguer « [l]es démographes traditionnels qui ont l\u2019oreille du gouvernement », de quelques autres lui apparaissant, disons, plus tatillons et mal vus des autorités politiques.Étant donné que Nadeau emploie des images fortes telles « théorie du déclin » et « thèses catastrophistes », voyons si les projections de Termote11, mentionnées par Veltman, justifieraient de telles expressions.Marc Termote a élaboré 13 scénarios, tous basés sur des hypothèses de mortalité, de fécondité, de migrations internes (Québec, Canada), de migrations internationales et de mobilité linguistique12.Des résultats détaillés, selon la langue parlée le plus souvent à la maison13, sont présentés pour six d\u2019entre eux14.10  Bien  que  Castonguay  n\u2019ait  jamais  prétendu  être  démographe,  cette  étiquette  lui  colle  à  la  peau  depuis  un  demi-siècle.  Quant  à  Calvin  Veltman,  il  n\u2019est  question  que  de  sociologie  sur  son  site  Internet :  https://mobilitelinguistiqueveltman.net/qui-suis-je/ 11  Marc  Termote  (Normand  Thibault,  coll.),  Nouvelles perspectives démolinguistique du Québec et de la région de Montréal 2001-2051, Office  québécois de la langue française, 2008, 146 p.12  Tous les facteurs ont été pris en compte ; Ibid., p. 69-82.13  Se  retrouvent  donc,  au  sein  d\u2019une  majorité  francophone  de  plus  en  plus diversifiée, toute personne parlant le plus souvent le français, peu  importe son lieu de naissance, sa langue maternelle, son « apparence  raciale »  (« apparence »,  car  il  n\u2019y  a  pas  de  races  dans  l\u2019espèce  humaine), sa religion, etc.14  Ibid., p. 133-144. 126 L\u2019Action nationale \u2013 Septembre 2022 Parmi les variantes du scénario A15, le résultat de la variante A2 donne une proportion de 80,6 % de personnes s\u2019exprimant le plus souvent en français dans les foyers de l\u2019ensemble du Québec en 201616.Or, c\u2019est exactement ce que Castonguay a retenu d\u2019après le recensement de 201617.Il faut donc admettre que Marc Termote a visé juste pour l\u2019ensemble du Québec et pour la période 2001-2016.Que peut-on demander de mieux à un démographe ?S\u2019inquiéter d\u2019une réduction de la majorité francophone du Québec de 2,4 points en 15 ans va de soi.Mais employer des images fortes à la manière de Jean-Benoît Nadeau est d\u2019autant plus exagéré qu\u2019elles ne reposent pour lui que sur les substitutions linguistiques, ignorant ainsi deux facteurs plus puissants : la croissance naturelle et les migrations18.Les navetteurs, une planche de salut ?Selon Jean-Pierre Corbeil \u2013 que M.Nadeau cite à partir d\u2019une entrevue19 \u2013, « [a]vant la pandémie, 300 000 personnes partaient des banlieues très majoritairement francophones pour venir travailler au centre-ville [de Montréal] ».Corbeil et Nadeau ont parfaitement raison d\u2019ajouter « [qu\u2019] un tel mouvement influence forcément la 15  Le scénario A est dit « de référence » ou « moyen » ; Ibid., p. 82-83.16  Ibid., p. 135.17  Charles Castonguay, op.cit., p. 71.18  Marc  Termote  démontre  l\u2019effet  marginal  de  la  mobilité  linguistique  « sur  l\u2019évolution  du  pourcentage  du  groupe  francophone »  (op.cit.,  p.  87)  en  comparaison  aux  comportements  démographiques  que  sont  la  croissance  naturelle,  de  plus  en  plus  faible,  et  l\u2019immigration  internationale très élevée (ibid., p. 86-90).19  Aucune  publication  de  Corbeil  n\u2019étant  citée,  nous  supposons  que  l\u2019information résulte d\u2019une entrevue, et que le chroniqueur a très bien  rapporté les propos du sociologue. 127 L\u2019Action nationale \u2013 Septembre 2022 situation linguistique » selon le premier, et que « Montréal est beaucoup plus francophone qu\u2019on le croit, pendant les heures de [travail] » selon le second.Mais, il n\u2019a jamais été démontré que les effets linguistiques négatifs de l\u2019étalement autour de Montréal et Laval soient compensés par le navettage quotidien des banlieusards.D\u2019autant plus que l\u2019étalement se fait de plus en plus loin en périphérie, obligeant ainsi un navettage de plus en plus important sur des distances de plus en plus longues.En somme, imparfaite et très coûteuse, la compensation a ses limites.Compter sur les migrations pendulaires des banlieusards francophones suppose que tous ceux qui parlent le plus souvent le français à la maison le parleront aussi dans l\u2019espace public en général, et dans leur milieu de travail en particulier.Or, l\u2019aliénation des francophones vis-à-vis de l\u2019anglais est telle que de nombreux bilingues montrent plus de spontanéité et de fierté à parler anglais (souvent sans nécessité, parfois baragouiné) que de faire retentir du français.Sur cette question, l\u2019essai de Christian Dufour est encore un incontournable20.Le français, langue d\u2019usage public Jean-Benoît Nadeau a raison d\u2019écrire que « l\u2019objectif de la loi 101 [est] de faire du français la langue publique ».Le « Préambule » de la Charte de la langue française ne fait-il pas référence au monde « du travail, de l\u2019enseignement, des communications, du commerce et des affaires » ?Voilà pour l\u2019objectif.20 Les québécois et l\u2019anglais.Le retour du mouton,  Les  éditeurs  réunis,  2008, 149 p. 128 L\u2019Action nationale \u2013 Septembre 2022 Mais de là à prétendre, comme le fait Jean-Pierre Corbeil, que « tout indique que le français se porte bien comme langue publique », et de déclarer que « la loi 101 a fait du français la langue publique », il y a là un grand fossé à combler par des études probantes.Or, depuis l\u2019adoption de la loi 101, une seule enquête portant sur la langue d\u2019usage public a été publiée en 199921.À la question « Quelle langue parlez-vous le plus souvent à l\u2019extérieur de la maison avec des personnes autres que vos parents ou amis ?», les résultats pour l\u2019usage du français dans l\u2019espace public ont été de 68 % dans l\u2019île de Montréal, et de 85 % dans l\u2019ensemble du Québec22.Précisons que ces proportions s\u2019appliquaient au lieu de résidence et non au lieu d\u2019occurrence.L\u2019auteur, Paul Béland, a construit un « indice de langue d\u2019usage public » (ILUP).Ses résultats donnent 61 % pour l\u2019île de Montréal et 82 % dans l\u2019ensemble du Québec23, soit moins que les pourcentages obtenus en réponse à la question citée plus haut.Cependant, comme l\u2019ILUP mesurerait mieux, semble-t-il, le bilinguisme français-anglais24, Béland a réparti les bilingues25 pour obtenir un usage du français mêlé d\u2019anglais de 71 % dans l\u2019île de Montréal et de 87 % dans l\u2019ensemble du Québec26 ! 21  Paul  Béland,  Le français, langue d\u2019usage publique au Québec en 1997,  Conseil de la langue française, 1999, 123 p.22  Ibid., p. 26.23  Cette étude ne livre aucune formule mathématique conduisant à l\u2019ILUP.24  Ibid., p. 30-31.25  10  points  sur  17  pour  l\u2019île  de  Montréal  (58,8  %)  et  5  points  sur  8  (62,5 %) pour l\u2019ensemble du Québec ! 26 Ibid., 43. 129 L\u2019Action nationale \u2013 Septembre 2022 Fortement controversée, cette enquête a fait l\u2019objet de plusieurs critiques27.Elle ne fut jamais répétée malgré les intentions de refaire l\u2019exercice périodiquement.Conclusion À l\u2019époque où Jean-Benoît Nadeau s\u2019est manifesté publiquement les premières fois, mes collègues linguistes trouvaient qu\u2019il faisait de la mauvaise vulgarisation et qu\u2019il se laissait emporter par un enthousiasme béat.Ces collègues ayant vu juste, à mon tour de les mettre en garde sur les aspects quantitatifs.Il est regrettable que les connaissances de M.Nadeau en numératie laissent à désirer.Comment comprendre qu\u2019un pourcentage plus gros chez Veltman que chez Castonguay soit suffisant pour l\u2019enthousiasmer sur la pérennité du français au Québec ?Sans doute que les affinités idéologiques l\u2019ont emporté.On dit généralement dans le monde journalistique que l\u2019une des premières règles d\u2019or se trouve dans la vérification des faits.Normalement, face au discours lénifiant de Jean-Pierre Corbeil sur l\u2019usage du français dans l\u2019espace public, Jean-Benoît Nadeau se devait de lui demander des sources.Or, la seule que Corbeil aurait pu mentionner remonte à plus de 20 ans et a fait l\u2019objet de sévères critiques.u 27  Pour  une  synthèse  des  évaluations  tant  favorables  que  défavorables,  voir :  https://fr.wikipedia.org/wiki/Indice_de_langue_d%27usage_ public 130 Livres reçus Helen Joyce TRANS.Quand l\u2019idéologie heurte la réalité Saint-Joseph-du-Lac, M éditeur, Collection Mosaïque, 2022, 360 pages cHarles castonguay, andré Binette, Marie-claude girard, gilles gagné, siMon rainville, Pierre duBuc Ce qui nous délie.Une critique du projet de pays de Québec solidaire Montréal, Éditions du Renouveau québécois, 2022, 114 pages alain deneault Moeurs.De la gauche cannibale à la droite vandale Montréal, Lux Éditeur, Collection Lettres libres, 2022, 312 pages daniel sioui Indien stoïque Wendake, Éditions Hannenorak, 2021, 78 pages Jack kerouac La vie est d\u2019hommage (réédition) Montréal, Les éditions du Boréal, 2016, 352 pages 131 L\u2019Action nationale \u2013 Septembre 2022 siMon roy Ma fin du monde Montréal, Les éditions du Boréal, Collection Liberté Grande, 2022, 136 pages claude r.Blouin Au fil des Métamorphoses.Journal de lecture Montréal, Éditions Nota Bene, Collection Penser avec les mains, 2022, 150 pages Henri dorion Ce que cache le nom des lieux Montréal, Éditions Multimondes, 2022, 328 pages guillauMe étHier La ville analogique Montréal, Atelier 10, Collection Documents, 2022, 92 pages laurier lacroix Oser sa voix.La Galerie Roger Bellemare (1971-2021) Montréal, Les Presses de l\u2019Université de Montréal, 2022, 178 pages cHing selao D\u2019une négritude l\u2019autre.Aimé Césaire et le Québec Montréal, Les Presses de l\u2019Université de Montréal, Collection Espace littéraire, 2022, 328 pages MatHieu Bélisle Ce qui meurt en nous Montréal, Leméac Éditeur, 2022, 144 pages 132 L\u2019Action nationale \u2013 Septembre 2022 louis-PHiliPPe laMPron Maudites Chartes ! 10 ans d\u2019assauts contre la démocratie des droits et libertés Montréal, Éditions Somme toute, 2022, 239 pages Félix MatHieu et evelyne Brie Un pays divisé : identité, fédéralisme et régionalisme au Canada Québec, Les Presses de l\u2019Université Laval, 2021, 204 pages guillauMe lavallée Voyages en Afghani Montréal, Mémoire d\u2019encrier, 2022, 232 pages Mireille elcHacar Délier la langue.Pour un nouveau discours sur le français au Québec Montréal, Éditions Alias, 2022, 160 pages Les combats de L\u2019Action nationale sont utiles\u2026 Abonnez-vous pour les partager action-nationale.qc.ca Votre date d\u2019échéance Votre numéro d\u2019abonné Prévenez le coût ! Vous pouvez payer votre abonnement \u2022 par la poste (chèque et cartes de crédit*) ; L\u2019Action nationale 82, rue Sherbrooke Ouest Montréal (Québec) H2X 1X3 \u2022 par téléphone (cartes de crédit*) ; 514 845-8533 ou 1 866 845-8533 \u2022 par la boutique internet** action-nationale.qc.ca Paiement direct avec votre avis de renouvellement Vous pouvez maintenant inscrire la Ligue d\u2019action nationale parmi vos fournisseurs dans votre compte chez Desjardins et les autres institutions participantes.Votre avis de renouvellement indique votre numéro d\u2019abonné vous permettant de vous identifier et de payer directement votre abonnement au guichet ou par internet.Chaque abonné est important pour nous.* VISA et MASTERCARD acceptées ** VISA, MASTERCARD ou de votre compte PAYPAL Paiement numérique Saisissez votre adresse de courriel ou votre numéro de téléphone mobile pour commencer Payer avec Paypal Adresse de courriel ou numéro de téléphone mobile Suivant Adresse de courriel oubliée ?Payer avec une carte de débit ou de crédit 90,00 $ CAD Virement interac Vous pouvez payer votre abonnement par virement interac en expédiant votre paiement à revue@action-nationale.qc.ca La réponse à votre question devra être votre numéro d\u2019abonné.Boutique internet Les abonnés qui renouvellent leur abonnement par la boutique internet doivent remplir le formulaire et peuvent payer directement avec leur carte de crédit ou de débit (il n\u2019est pas nécessaire d\u2019ouvrir un compte PayPal).Compte fournisseur Vous pouvez renouveler votre abonnement directement de votre compte bancaire en inscrivant la « Ligue d\u2019action nationale » parmi vos fournisseurs (comme Hydro-Québec, Vidéotron, etc.) avec votre nom et votre numéro d\u2019abonné.C\u2019est la solution de paiement la plus économique. 819 397-4920 gfb1570@outlook.com ¥ Ecomusée du patrimoine funéraire et commémoratif MORT, SEPULTURE ET COMMEMORATION Un Forum en deux temps avec conférences et tables rondes Organisé par l\u2019Écomusée du patrimoine funéraire et commémoratif Montréal vendredi 28 octobre et Québec vendredi 11 novembre 2022 Pour plus d\u2019information et vous inscrire www.ecomuseedupatrimoine.org *+** Nombre de places limité *** Legs et dons planifiés Les dons planifiés constituent un apport essentiel pour un organisme comme la Ligue d\u2019action nationale ; tous les dons qu\u2019elle reçoit sont d\u2019une grande importance puisqu\u2019ils permettent d\u2019offrir à nos abonnés une revue de qualité, et ce, sans s\u2019éloigner, même avec plus d\u2019un siècle d\u2019existence, de sa mission.Qu\u2019est-ce qu\u2019un don planifié ?Les dons immédiats, ceux qui sont mis à la disposition de la Ligue d\u2019Action nationale dès qu\u2019ils sont faits et les dons différés, dons destinés à être remis à la Ligue d\u2019Action nationale à une date ultérieure (ex.: dons testamentaires, d\u2019assurance-vie, fiducie testamentaire, etc.) Vous avez peut-être une police d\u2019assurance-vie de quelques milliers de dollars à laquelle vous avez souscrit il y a plusieurs décennies et qui pourrait être cédée à L\u2019Action nationale sous forme de don planifié et contribuer ainsi à la pérennité de la revue.Les dons planifiés font partie intégrante de la planification financière et successorale.Ils peuvent prendre diverses formes, et l\u2019avis d\u2019un planificateur financier professionnel pourra vous aider à choisir l\u2019option la plus avantageuse pour vous.Si dans votre testament vous nommez la Ligue d\u2019Action nationale comme bénéficiaire, faites-le-nous savoir afin que nous puissions vous manifester notre reconnaissance.Si vous désirez effectuer un don planifié à la Ligue, nous pourrons vous remettre un reçu pour dons.Contactez-nous si vous avez besoin des conseils du planificateur financier professionnel de la Ligue d\u2019Action nationale.Ligue d\u2019Action nationale \u2013 Programme de dons planifiés  a/s de Jacques Martin  82, rue Sherbrooke Ouest  Montréal (Québec) H2X 1X3 L\u2019Action en héritage Alban Coutu fut un « grand Jeune Commerce parmi les grands », comme nous le disions à l'époque.Jusqu'au niveau international où il avait été un des fondateurs de l'Union mondiale des Jeunes Chambres d'expression française dont il fut longtemps le secrétaire général et l'animateur.À sa retraite, Alban Coutu s\u2019était porté acquéreur d\u2019une plantation d\u2019arbres à Racine, en Estrie, près de Valcourt où Joseph- Armand Bombardier a inventé la motoneige.Ses arbres il ne les abattait pas, se contentant de passer ses journées en leur compagnie à en prendre un soin jaloux et à les regarder pousser, ce qui lui valut de conserver la santé à un âge fort avancé.Il fallait l\u2019entendre parler d\u2019eux ! Comme de ces enfants qu\u2019il n\u2019avait pas eus.Legs d\u2019Alban Coutu 5000$ reçu en août 2022 taBleau d\u2019Honneur des donateurs et légataires de la ligue d\u2019action nationale Plusieurs personnes nous ont laissé des legs ou des dons qui permettent d\u2019assurer la pérennité de la revue L\u2019Action nationale depuis maintenant 100 ans.C\u2019est la Fondation Esdras-Minville qui gère le patrimoine dédié à la revue, mais pour l\u2019obtention d\u2019un reçu pour fins fiscales, il faut libeller les dons et les legs à la Ligue d\u2019action nationale.Nous exprimons notre gratitude à nos généreux mécènes par une mention à perpétuité à ce tableau d\u2019honneur qui fait état du cumul des dons et des legs.Hector Roy \u2020 grands Bâtisseurs de 25 000 $ à 49 999 $ Gabriel Arsenault Dominique Bédard \u2020 Alban Coutu \u2020 Bernard Lamarre \u2020 Bernard Landry \u2020 Isabelle Laporte Bryan L\u2019Archevêque Jacques C.Martin Paul Mainville \u2020 Michel Moisan Ghislaine Raymond \u2020 Ivan Roy Cécile Vanier \u2020 Bâtisseurs de 5000 $ à 24 999 $ Bâtisseurs éMérites plus de 50 000 $ François Beaudoin Gaston Beaudry \u2020 Pierre Karl Péladeau André Véronneau MeMBres BienFaiteurs Robert Ascah Robert Auclair André Baillargeon Jacques Baillargeon Jean-François Barbe Luc Bertrand Antoinette Brassard Gaétan Breault Henri Brun Jacques Cardinal Claudette Carpentier Paul Carrier Jean-Paul Champagne Roch Cloutier George Coulombe Bernard Courteau Guy Cormier Normand Cossette Richard Côté Benoit Dubreuil André Dubuc Richard Dufresne Harold Dumoulin Lucia Ferretti Jean-Claude Gagner Raymond Gagnier Christian Gagnon Jean-Pierre Gagnon Marcel Gaudreault André Gaulin Yvon Groulx \u2020 Marcel Henry Benoît Houde Gérard N Houle Marcel et Hélène Jacob Henri Joli-Cœur Marc Labelle Georges Lacroix Raymond Laflamme Isabelle Lamarche Gérald Larose Isabelle Le Breton Maurice Leboeuf Richard Leclerc Pascal Leduc Laurent Mailhot \u2020 Pauline Marois Cécile Martin Marcel Masse \u2020 Yves Michaud Estelle Monette \u2020 Lucie Monette Denis Monière Réjean Néron Reginald O\u2019Donnell \u2020 Jean-Pierre Papineau Gilbert Paquette Hubert Payne Gilles Pelletier \u2020 Réal Pilon Alain Prévost Richard Rainville Antoine Raspa René Ricard Paul-Émile Roy \u2020 Hélène Savard-Jacob Ginette Simard Denise Simoneau Rita Tardif Claudette Thériault Frédéric Thériault Robert G.Tessier \u2020 Marcelle Viger Florent Villeneuve André Watier 1500 $ à 4999 $ Fernand Allard Patrick Allen \u2020 François-Albert Angers \u2020 Gaston-A.Archambault \u2020 Jean-Paul Auclair \u2020 Paul Banville Claude Belec Yvan Bédard \u2020 Jacqueline Claire Binette Henri Blanc René Blanchard Réjane Blary Charles Eugène Blier Gilles Blondeau Charles Eugène Blier David Boardman Yvon Boudreau Marcelle Brisson René Brault Édouard Cadotte Gilles Casgrain Jean-Charles Claveau Robert Comeau Louis-J.Coulombe Fernand Couturier Paul de Bellefeuille Gérard Deguire Jean-Jacques Delisle Gaston Deschênes Richard Dufresne Bob Dufour Yves Duhaime Marcel Fafard Nicole Forest Lynn-Ernest Fournier Léopold Gagnon Paul A Garneau Romain Gaudreault Henri-F.Gautrin \u2020 Claude Ghanimé Yves Gilbert Pierre Gosselin Paul Grenier \u2020 Michel Grimard Yvan Hardy Guy Houle Pierre André Julien Germain Jutras Pierre Lacombe Lucie Lafortune \u2020 Anna Lagacé-Normand \u2020 Gisèle Lapointe Roger Lapointe Alain Lavallée Germain Lavallée Hélène Lavoie Denis Lazure \u2020 André Leduc Maurice Leduc Gérard Lefebvre Émile Lemaire Jacques Libersan Pierre Lincourt Clément Martel Clément Mercier Yvon Martineau \u2020 Roger Masson Robert Mélanson Serge Ménard Monique Michaud Daniel Miroux Lise Monette Louis Morache Rosaire Morin \u2020 Gilles Ouimet Jacques Parizeau \u2020 Hélène Pelletier- Baillargeon Claude Pilote Fernand Potvin Arthur Prévost \u2020 René Richard \u2020 Dominique Richard \u2020 Jacques Rivest Jean-Denis Robillard Louis Roquet Pierre-Paul Sénéchal Michel Taillefer Réjean Talbot Serge Therrien François C Thivierge Guy Tremblay Marcel Trottier \u2020 Réal Trudel Denis Vaugeois Claude-P.Vigeant Madeleine Voora cluB des 100 associés 1000 $ à 1499 $ Liberté d\u2019expression L\u2019Action nationale ouvre ses pages à tous ceux et à toutes celles que la question nationale intéresse.Respectueuse de la liberté d\u2019expression, elle admet les différences qui ne compromettent pas l\u2019avenir de la nation.La rédaction assume la responsabilité de tous les titres d\u2019articles, mais les auteurs restent responsables du contenu de leurs textes.Rédaction Un article soumis sans entente préalable peut varier de 1500 à 3000 mots alors que le compte-rendu d\u2019un livre compte généralement de 1000 à 1500 mots.Les textes sont reçus par internet.Le texte vulgarisé est la forme d\u2019écriture souhaitée.Index Les articles de la revue sont répertoriés et indexés dans « L\u2019index des périodiques canadiens » (1948-2002), dans « Périodex » depuis 1984, dans « Repères » publié par SDM Inc.et à la Bibliothèque nationale du Québec depuis 1985.Les numéros de L\u2019Action française et de L\u2019Action nationale de 1917 à 2013 sont numérisés et accessibles dans le site de la BAnQ.Reproduction La traduction et la reproduction des textes publiés dans L\u2019Action nationale sont autorisées à condition que la source soit mentionnée.Mise en page et infographie Sylvain Deschênes Impression Marquis imprimeur L\u2019Action 143 Ligue d\u2019action nationale Président Christian Gagnon Vice-président Pierre Serré Secrétaire Alexis Tétreault Trésorier Robert Ladouceur Conseillers Denis Monière Isabelle Le Breton Gilbert Paquette Ex Officio Robert Laplante Membres Djemila Benhabib Mathieu Bock-Côté Nicolas Bourdon Claude Coulombe Myriam D\u2019Arcy Jules Gagné Mathieu Gauthier-Pilote Léolane Kemner Philippe Lorange Jacques C.Martin Martine Ouellet Danic Parenteau Guillaume Rousseau Mathieu Roy Simon-Pierre Savard-Tremblay Gilles Toupin Membres honoraires Christiane Bérubé, Nicole Boudreau, Guy Bouthillier, Jacques Brousseau, Hélène Chénier, Lucia Ferretti, Léo Jacques, Delmas Lévesque, Yves Michaud, Pierre Noreau, Roméo Paquette, Hélène Pelletier-Baillargeon Membres émérites René Blanchard, Jean-Charles Claveau, Henri Laberge, Jacques-Yvan Morin Mission La Ligue d\u2019action nationale est l\u2019éditrice de la revue L\u2019Action nationale.Sa mission est d\u2019être un carrefour souverainiste où se débattent les aspirations de la nation québécoise comme collectivité de langue française suivant une tradition de réflexion critique, d\u2019indépendance et d\u2019engagement, à partir des situations d\u2019actualité qui renvoient aux enjeux fondamentaux de notre avenir collectif. Tarifs 2022 (taxes et expédition comprises) L\u2019Action nationale 82, rue Sherbrooke Ouest Montréal (Québec) H2X 1X3 Téléphone : 514 845-8533 sans frais, 1 866 845-8533 Pour nous joindre par courriel revue@actionnationale.quebec www.actionnationale.quebec ISSN-0001-7469 Dépôt légal : Bibliothèque nationale du Québec Périodicité : 10 numéros par an L\u2019Action nationale est membre de la SODEP www.sodep.qc.ca Paiement par chèque ou carte de crédit VISA ou MASTERCARD \u2022 paiement internet sécurisé dans notre site \u2022 par la poste \u2022 par téléphone Paiement de votre compte bancaire (renouvellement d\u2019abonnement) \u2022 chez Desjardins et dans les institutions financières participantes   1 an  2 ans    10 numéros  20 numéros Abonnement   90 $ 160 $  (78,28 $ + taxes) (139,15 $ + taxes)  Abonnement de soutien  190 $ 300 $ Étudiant  60 $ 100 $    (47,84 $ + taxes) (78,28 $ + taxes) Institution 160 $ 250 $ (130,46 $ + taxes) (208,74 $ + taxes) Autres pays 160 $ 275 $ Abonnement PDF  60 $ 100 $ (52,18 $ + taxes)  (86,97 $ + taxes)   TVQ 1012563392 TQ0002  TPS 11901 9545 "]
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