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Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Octobre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
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L'action nationale, 2022-10, Collections de BAnQ.

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[" L \u2019 A C T I O N N A T I O N A L E \u2013 v o l u m e C X I I , n u m é r o s 8 - 9 \u2013 O c t o b r e - N o v e m b r e 2 0 2 2 volume CXII numéros 8-9 OCTOBRE-NOVEMBRE 2022 envoi de publication N° de la convention 0040012293 L\u2019Action Octobre-Novembre 2022 Vol.CXII, nos 8-9 L\u2019Action Ukraine et Taïwan Aux mains des empires 978-2-89070-062-8 En couverture Claire Aubin Andrée face à la mer Dessin, Ligurie 2014 Démarche artistique Je suis à l\u2019écoute, j\u2019observe les expressions, les mimiques, les émotions qui se cachent, ma main s\u2019active avec le stylo, qu\u2019il soit à l\u2019encre ou numérique.Je veux le réel, le spontané, l\u2019indiscutable, le vrai.Le stylo lui se moque de la rectitude, il impose sa liberté, fait taire d\u2019autorité le jugement.Ce qui est dit est dit.Je prends beaucoup de photos rapides, imparfaites.Il m\u2019arrive de revoir ces images et une mémoire revient de la pensée et de l\u2019émotion captées à ce moment.Je les utilise comme point de départ pour élaborer des formes nouvelles, faire jaillir une autre pensée, une autre dimension.J\u2019ai l\u2019impression d\u2019aboutir à une meilleure compréhension des êtres et des situations en dessinant.C\u2019est peut- être pour cela que la recherche de la perfection devient un obstacle.Je cherche à comprendre ce que je perçois au-delà de ce qui apparait comme réel.Ce qui se révèle à moi.Quand je ne travaille pas le numérique, je préfère travailler sur du papier assez épais, car il m\u2019arrive d\u2019incorporer d\u2019autres matériaux comme l\u2019argile ou du tissu.Une sorte de besoin de sentir l\u2019autre dimension qui cherche à sortir du tableau.En sculpture, le buste et le corps humain, principalement féminins, ont été mes sujets majeurs.En dessin, le portrait continue d\u2019être un sujet d\u2019étude qui ne se tarit pas.Même dans l\u2019œuvre abstraite, il apparait souvent quelque part.Je le forme, le déforme et le reforme sans cesse.Depuis quelque temps le dessin est devenu une part importante de mon activité.Mes dessins suivent le même processus de recherche que mes sculptures antérieurement.Je ne me soucie pas de la tradition historique esthétique du dessin, je me situe dans une perspective qui n\u2019est pas esthétique.Le dessin est pour moi une manière de découvrir, un processus de découverte.Le dessin m\u2019intéresse pour la recherche, la découverte et non pour son résultat.La découverte est le monde tel qu\u2019il existe et non tel qu\u2019il apparait.Ma perception intuitive guide mes dessins qui sont en réalité des métaphores d\u2019une visualisation de l\u2019invisible.https://www.claireaubin.net/ 82, rue Sherbrooke Ouest Montréal (Québec) H2X 1X3 Téléphone : 514 845-8533 Numéro sans frais : 1 866 845-8533 revue@actionnationale.quebec www.actionnationale.quebec Directeur : Robert Laplante Directeur adjoint : Sylvain Deschênes Comité de rédaction : Mathieu Bock-Côté, sociologue et chroniqueur ;  Nicolas Bourdon, professeur de français, cégep Bois-de-Boulogne ;  Sylvain Deschênes, rédacteur et infographiste ; Lucia Ferretti,  professeure (UQTR) ; Sylvie Ménard, Centre d\u2019histoire des  régulations sociales (UQAM) ; Denis Monière, professeur (Université  de Montréal) ; Hubert Rioux, Ph. D. ÉNAP-Montréal ; Michel Rioux,  journaliste ; Pierre Serré, chercheur.Animation du séminaire de lecture : Mathieu Bock-Côté L\u2019Action REVUES CULTURELLES QUÉBÉCOISES ARTS VISUELS CRÉATION LITTÉRAIRE CINÉMA CULTURE ET SOCIÉTÉ HISTOIRE ET PATRIMOINE LITTÉRATURE THÉÂTRE ET MUSIQUE | THEORIES ET ANALYSES da sodep revues culturalies 1vébécoises = BR SODEP.QC.CA Sommaire Éditorial Divisé contre lui-même - Robert Laplante 4 Hommage à Andrée Ferretti (1935-2022) Décès d\u2019une pionnière du mouvement indépendantiste - Lucia Ferretti 21 La militante Andrée Ferretti, notre amie - Claire Aubin et France Théoret 23 Andrée Ferretti : femme de tête et femme de cœur - Denis Monière 26 Articles Pour une convergence des mouvements et des partis indépendantistes - Gilbert Paquette 29 Deux Québec ?- Rémi Villemure 41 Le Québec peut se passer de la péréquation en créant sa propre monnaie et en devenant un pays indépendant - Jacques C. Martin 48 Les chantiers de l\u2019avenir - Jean-Luc Dion 65 La méfiance de nos élites - Pascal Leduc 76 Bataille contre l\u2019âme du Québec - Léandre St-Laurent 82 Abolissons l\u2019écriture « inclusive » - Philippe Barbaud 98 Bref historique de l\u2019étiolement du Collège des médecins du Québec\u2026 - Steve Bissonnette, Christian Boyer   et Frédéric Morneau-Guérin 103 La loi controversée d\u2019indemnisation de 1849 - François Deschamps 109 Les habits tournés à l\u2019envers - Alain Messier 131 La faim justifie les moyens ! - Mario Dion 138 Primeur Le piège des langues officielles - Éric Poirier 149 International Ukraine : ce qui ne fait pas la nouvelle - Michel Seymour 164 Bras de fer annoncé dans le détroit de Taïwan - Richard Desjardins 184 Lectures Recensions Guillaume Lavallée 196 Voyages en Afghani Francis Dupuis-Déri 200 Panique à l\u2019université.Rectitude politique, wokes et autres menaces imaginaires Élizabeth Lemay 206 Daddy Issues Livres reçus 4 Éditorial Robert Laplante Divisé contre lui-même En 1962, parlant des Canadiens français au moment de la résurgence des idées d\u2019indépendance, Hubert Aquin en décrivait ainsi l\u2019ambivalence typique : « ils veulent simultanément céder à la fatigue culturelle et en triompher, ils prêchent dans un même sermon le renoncement et l\u2019ambition [\u2026] La culture canadienne-française offre tous les symptômes d\u2019une fatigue extrême : elle aspire à la fois à la force et au repos, à l\u2019intensité existentielle et au suicide, à l\u2019indépendance et à la dépendance1 ».Sa tragique lucidité nous donne la mesure de la régression politique dans laquelle est aspiré le Québec comme dans un vortex toxique.Qui pourrait prétendre sans faire semblant d\u2019y croire que cela ne résume ni n\u2019illustre parfaitement le projet, le style et la conduite de la CAQ, d\u2019hier à aujourd\u2019hui où son triomphe électoral achèvera d\u2019enivrer les producteurs de simulacres ?Le vote de la CAQ a été en 2018 un vote reposoir où plusieurs ont cru qu\u2019il ne méritait le pouvoir de la province que pour se débarrasser des libéraux du funeste Couillard.Celui de 2022 est pourtant encore un vote reposoir ! Mais la médiocre campagne électorale et les abysses d\u2019insigni- 1  Hubert Aquin « La fatigue culturelle du Canada français » Liberté, vol.  IV, no.23, mai 1962, p.299-325. Repris dans Blocs erratiques, Montréal  Typo, 2016, p.73-113. 5 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 fiance où elle a baigné nous en a fourni les motifs profonds.Débarrassé des anecdotes de conjoncture de la précédente, cette campagne a révélé plus brutalement que jamais les ressorts du projet CAQ : s\u2019employer à se reposer de soi-même.Proposer de continuer dans un régime qui accélère les moyens de briser la cohésion nationale, qui propose ouvertement la noyade démographique, qui instruit le procès de légitimité de notre existence nationale pour mieux nous accorder le statut de minorité galeuse du multiculturalisme, proposer le « ninisme » c\u2019est chercher refuge dans un enclos préservant le Québec de sa propre Histoire.Une chimère.Mais une chimère qui répond bien à la douleur sourde qu\u2019inflige la déportation des espérances devant les coups de boutoir d\u2019un régime qui n\u2019a de cesse de distiller l\u2019humiliation, de faire sentir son impuissance à un Québec affamé de vertu environnementale, de sécurité culturelle et tout disposé à se laisser séduire par les perspectives d\u2019une quiétude existentielle.Malléable comme une bonne pâte, disponible « Comme des millions de gens fragiles/À des promesses d\u2019élections » comme le chantait Claude Gauthier2, l\u2019électorat du Québec s\u2019est de lui-même enlisé dans le marécage rhétorique où l\u2019a conduit cette campagne électorale déconnectée du champ de forces réel qui l\u2019enserre dans un régime et un ordre constitutionnel qui le dépouillent de sa capacité d\u2019orienter son destin.C\u2019est le triomphe du déni qui caractérise le mieux le résultat de cette élection.Le mandat qu\u2019il inaugure ne manquera pas d\u2019en révéler les limites.Cela ne durera pas toujours et les valeureux ninistes ne manqueront pas de se faire bardasser de tous bords et tous côtés : par 2  Claude Gauthier « Le plus beau voyage » 6 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 Ottawa d\u2019abord, bien déterminé à finir la besogne de la minorisation, par de plus en plus d\u2019électeurs ensuite qui découvriront au fil des crises que la province est devenue ingouvernable avec les moyens que le Canada lui laisse.Les arguties sur la péréquation ne tiendront pas longtemps.Les limitations de compétences, les choix imposés unilatéralement et le choc des visions de développement vont finir par porter ombrage aux savants calculs du comptable en chef pour faire endurer le fédéralisme payant.Le Québec ne pourra pas longtemps prendre congé de lui-même devant les enjeux qui se pointent et devant les réponses inadéquates et bancales auxquelles le condamnera le régime.Du point de vue de l\u2019action indépendantiste, cela peut définir le champ des possibles de mobilisation, mais cela ne garantit rien.Quoi qu\u2019en disent les bonimenteurs et les partisans du régime, notre Histoire est tragique.Il se pourrait que le Canada nous broie.Notre fragilité ontologique va resurgir tôt ou tard.Et c\u2019est en renouant avec ce qu\u2019elle a d\u2019exigence qu\u2019il faut analyser les résultats de cette élection.Certes, il est n\u2019est pas inutile d\u2019analyser les distorsions du mode de scrutin, de calculer les écarts de résultats et les mouvements de clientèles, de passer en revue la quincaillerie et la joute partisanes, mais là n\u2019est pas l\u2019essentiel de ce qui s\u2019est joué avec la réélection de ce gouvernement d\u2019attentistes et d\u2019indolents.Il faut dépasser ces préoccupations pour réaliser une analyse indépendantiste de l\u2019élection provinciale.Dans cette perspective force est d\u2019abord de constater que le trait principal de la conjoncture qui s\u2019ouvre est bel et bien celui de la régression historique.Non seulement le projet de la CAQ a-t-il été confirmé largement comme retour à l\u2019ambivalence atavique du Canada français minoritaire, 7 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 mais encore l\u2019a-t-il été dans le refus de l\u2019avenir : Continuons quoi ?De vivre sans trop d\u2019ambition, en fuyant les risques et les efforts du combat national et en tentant de nous convaincre collectivement de notre volonté de vivre en espérant que nos dirigeants vont faire, de temps en temps, quelques fanfaronnades.Ce qui se cachait derrière ce slogan c\u2019est la clé du projet caquiste : le refus de miser sur le caractère instituant de la nation.C\u2019est la dynamique profonde de la folklorisation, pas tellement la fétichisation des symboles que leur utilisation comme alibi.En effet, le refus de soi n\u2019est pas tenable comme horizon politique.Une société \u2013 et à plus forte raison une société fragilisée dans ses fondements \u2013 a besoin d\u2019une matrice de dispersion idéologique pour mettre en tension les intérêts et ambitions des groupes qui la composent.Dans la politique de folklorisation, cette matrice sert à produire du simulacre.Les alibis et les faux combats nourrissent les débats, fixent les paramètres des affrontements idéologiques tout en leur donnant semblant de réalité.L\u2019ambivalence se nourrit dans cette matrice, faisant de l\u2019aspiration à l\u2019être et du consentement à la dépendance les deux pôles qui donnent à sa rhétorique les tensions qui la mettent en mouvement.D\u2019un côté la crainte de la louisia- nisation et la loi 96 comme demi-mesure pour se donner l\u2019air d\u2019être raisonnable et pragmatique, de l\u2019autre l\u2019éloge de la péréquation comme horizon politique.Un alibi pour la langue et la culture, un simulacre pour consentir à se laisser mener par d\u2019autres.Il faut dire à la décharge des caquistes qu\u2019ils ne sont pas les seuls responsables de la régression politique folklorisante.Le point de bascule peut être placé au lendemain du référendum volé de 1995.La rapidité avec laquelle le résultat a été accepté malgré les signes évidents d\u2019irrégularités, 8 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 l\u2019empressement d\u2019un Lucien Bouchard à revenir dans les cases de la politique provinciale pour renoncer à conserver l\u2019initiative, sa peur atavique de faire face à la situation linguistique et aux enjeux identitaires (songeons au discours du Centaur et au congrès du miroir) et son refus de poser le conflit de légitimité ont laissé le champ libre à une riposte fédérale déterminée à ce que la menace séparatiste disparaisse à jamais.La régression politique était bel et bien enclenchée.Du point de vue indépendantiste, c\u2019est là que se trouve la clé de l\u2019énigme.En quelques mois à peine tous les efforts des trois décennies précédentes ont été pulvérisés : le Parti québécois a refusé obstinément de faire son retour critique, les bonimenteurs à gages ou simplement candides se sont empressés de réduire un processus historique en un événement ponctuel, voire en point final.Il fallait passer à autre chose.Et avec la CAQ, le Québec et les Québécois seraient censés être ailleurs.Où ?Nulle part c\u2019est-à-dire dans le Canada.Le retour à la politique provinciale du consentement à l\u2019impuissance, au refus de « l\u2019agir par soi » pour le dire comme Maurice Séguin, pointe le plus grand défi pour (re)penser l\u2019ouverture de l\u2019espace politique.Il faudra de nombreux efforts pour inscrire cette tâche dans l\u2019espace public.Ce sera un exercice très exigeant, car les forces qui se donnent pour celles du statu quo dominent avec un répertoire infini de faux-fuyants.La vision du Québec de lui-même ne se joue pas seulement, pas même d\u2019abord, dans le champ politique, mais bien dans la culture et ses courants de fond.Consentir à la minorisation et parvenir à se persuader des bienfaits de sa dépendance n\u2019est pas une mince affaire, mais cela renvoie à un choix fondamental : se considérer comme nation avec un pouvoir instituant ou se laisser définir de l\u2019extérieur comme un agent d\u2019influence sur la vie du Québec\u2026 9 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 À cet égard, il y a un piège à penser que le nationalisme de la CAQ et celui des deux partis qui se réclament de l\u2019indépendance s\u2019additionnent dans un Québec bleu, axé sur la majorité francophone.C\u2019est un bel exemple de l\u2019effet pervers de la politique du simulacre : une telle addition ne procède que du renouvellement de l\u2019ambivalence.Servir à la fois une vision de soi comme nation en droit et devoir de se conduire comme force légitime et comme minorité (fut- elle qualifiée comme « nation ») qui s\u2019accommode ne fait pas que nourrir d\u2019insolubles contradictions, c\u2019est se berner sur son propre espace politique.C\u2019est une telle distorsion qui nourrit les fantasmes de la transmutation de la CAQ en parti qui fera l\u2019indépendance alors que tout confirme que son chef, loin d\u2019avoir été grandi par sa fonction, s\u2019est affalé \u2013 comme Lucien Bouchard, diront ceux qui l\u2019ont vu à l\u2019œuvre.La lecture indépendantiste du résultat de cette élection ne pointe pas du côté de la constitution d\u2019un bloc, alors qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un amalgame fragile incapable de se saisir dans son champ de force réel.La dispersion du vote entre les cinq partis est bien davantage le signe que le Québec est divisé contre lui-même, alors que le seul bloc réel résultant de l\u2019élection n\u2019a rien pour nourrir l\u2019ambivalence de la culture politique québécoise et tout pour renforcer l\u2019emprise canadian.La vérité de cette élection c\u2019est que le Québec est dualisé.Pas seulement divisé sur le plan électoral entre Montréal et les régions, mais désormais marqué par une dynamique inédite : le Parti libéral du Québec est non seulement devenu un parti ethnique, mais encore et surtout une tête de pont.C\u2019est clairement, franchement, le parti du Canada, une force politique qui donnera à Ottawa de puissants leviers pour combattre la politique provinciale caquiste (loi 96 et loi 21 d\u2019abord).Et c\u2019est bien là l\u2019ironie de la situation, la politique du simulacre ce n\u2019est que pour consommation locale.Même 10 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 fadasses, les demi-mesures lui sont intolérables ; Ottawa veut canadianiser le Québec, le Parti libéral du Québec s\u2019en fait désormais une politique qui sera déclinée sur tous les plans.Ce qui est en jeu c\u2019est la réalité de l\u2019existence nationale, sa légitimité existentielle elle-même.Le Québec français est de plus en plus ouvertement contesté, non seulement sa législation linguistique, mais sa réalité nationale, comme le disait ouvertement un candidat libéral de l\u2019Ouest de l\u2019île qui a été élu sans même avoir été désavoué par sa chef en cours de campagne.C\u2019est sans parler du Bloc Montréal et des déclarations qui se multiplient et qui sont toujours accueillies comme des anecdotes\u2026 La fonction politique du PLQ dans la présente conjoncture sera de brouiller les repères, de tenter d\u2019imposer le lexique et les catégories conceptuelles de la politique d\u2019Ottawa pour dresser des écrans opaques devant la réalité toute nue : la minorisation en acte.Cela posé, la médiocrité de cette campagne électorale ne renvoie pas seulement aux erreurs de calcul, à l\u2019incompétence des Legault et autres Boulet pour traiter de l\u2019immigration ou de Nadeau-Dubois pour définir les ultra-riches.Elle a d\u2019abord révélé l\u2019extrême indigence de l\u2019analyse politique servie par les bonimenteurs qui font vendre dans les médias.À quelques exceptions près, ils auront été les principaux relais de la politique du simulacre, des ouvriers de l\u2019insignifiance payés pour « faire semblant que c\u2019est intéressant » comme le chante Richard Desjardins.Les exemples sont trop nombreux pour en faire ici l\u2019inventaire exhaustif, quelques thématiques suffiront néanmoins à illustrer la profondeur de l\u2019abîme d\u2019ignorance qu\u2019ils ont contribué à creuser.La critique du régime fédéral a été aussi absente des analyses que de la campagne des partis \u2013 sauf peut-être un 11 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 peu, mais cela a paru tellement rafraichissant de la part du PQ.Les promesses ont virevolté sans trop de considération pour les moyens de la province dans le Canada réel.Le sujet a vite été refermé avec la joie de Legault à l\u2019idée de recevoir 10 milliards en péréquation.Quelques voix ont néanmoins fait remarquer que cela ruinait sa position de négociation pour réclamer le rehaussement du financement fédéral en santé.Mais on est vite passé à autre chose puisque les Québécois sont ailleurs\u2026 Quand quelques éclairs de lucidité perçaient l\u2019opacité du voile d\u2019aveuglement, c\u2019était généralement pour reconnaître qu\u2019Ottawa devra faire sa part, c\u2019est-à-dire pour concéder que les promesses québécoises ne sont réalisables qu\u2019avec les moyens que le Canada lui laisse.Et prolonger le cycle du quéman- dage qui transforme l\u2019Assemblée nationale en groupe de pression.C\u2019est évidemment dans les délirants débats sur le troisième lien que la politique du simulacre a le mieux fonctionné.Ottawa ne bougera pas sur un projet irréalisable sans sa participation financière et ses analyses d\u2019impacts, mais qu\u2019à cela ne tienne, les débats ont emprunté tous les chemins de travers pour contourner la difficulté : GES, auto-solo, démographie.Tout pour faire semblant que le Québec pourrait décider de lui-même en cette affaire, même en supposant qu\u2019elle aurait de l\u2019allure.Les débats sur la situation linguistique ont été aussi courts que tordus.Les échauffourées sur le cégep français ont nourri de faux arguments, transformé en faux combat cette composante partielle d\u2019une politique adaptée à la situation réelle.Il s\u2019en est trouvé pour penser que cela contribuerait à renverser l\u2019anglicisation en ignorant que c\u2019est d\u2019abord, comme l\u2019a montré Charles Castonguay l\u2019assimilation des natifs francophones qui explique le déclin du français.C\u2019est 12 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 un phénomène qui ne se résume pas à la question du cégep : il faut faire semblant de ne pas voir le rôle clé de la socialisation et du système d\u2019éducation où l\u2019anglais est enseigné dès le primaire et promu, avec les fonds publics, comme une voie royale pour se faire un avenir.C\u2019est faire l\u2019impasse sur la dynamique réelle de l\u2019immigration que de faire croire que la sélection de l\u2019immigration permanente constitue une clé.Le débat sur les seuils n\u2019aura représenté qu\u2019un exemple de plus d\u2019un faux combat délirant.Surenchère à la hausse ou à la baisse, procès de xénophobie, de frilosité ou d\u2019indifférence à la rareté de main-d\u2019œuvre, tout y a passé sauf une chose déterminante : la région montréalaise est submergée par les travailleurs étrangers temporaires et les étudiants qui l\u2019anglicisent massivement.C\u2019est moins le contingent d\u2019immigrants permanents qui est en cause que la structure institutionnelle dualisée et tenue en place grâce à ces anglicisants de passage qui est en cause.Les chiffres varient, mais on estime à près de 200 000 personnes qui vivent en anglais grâce à du soutien public aux institutions qu\u2019elles fréquentent sans avoir à tenir compte du Québec.Là encore les débats et le savant babillage des commentateurs sont partis sur des fausses pistes ou des chemins de travers.La dualisation institutionnelle rend possible et encourage cette pression sur le français dans la région métropolitaine.Le réseau anglophone des institutions scolaires, de santé et d\u2019enseignement supérieur, largement surfinancé et faussement présenté comme au service de la minorité anglaise est au cœur du problème.Le Québec s\u2019efface lui-même : dans la région métropolitaine, c\u2019est le gouvernement du Québec qui est le plus gros employeur exigeant le bilinguisme.Par le même retournement de sens, les faits sont évités et évidés pour ne pas avoir à reconfigurer les institutions au service d\u2019une cohérence nationale dans un Québec français. 13 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 Anne-Michèle Meggs a montré dans une série d\u2019articles parus dans l\u2019Aut\u2019journal que le Québec, en vertu de l\u2019entente avec Ottawa, a les pouvoirs d\u2019agir sur la sélection des étudiants étrangers.Il ne le fait pas.L\u2019explication n\u2019a pas été abordée clairement, mais il est évident que s\u2019il faisait primer la sélection et la filtrait en vue de servir le Québec français, il serait contraint de remettre à leur place les McGill, Concordia et autres Dawson.La question des étudiants temporaires recouvre donc une démission (en plus de tolérer le racisme systémique que pratique Ottawa pour écarter les étudiants de l\u2019Afrique francophone).Il est plus simple de se lamenter.Et force est de reconnaître que là-dessus le cinglant Trudeau a raison.Évidemment, il serait le premier à combattre les mesures nécessaires pour que le Québec occupe pleinement cette compétence, car les lobbys de l\u2019anglosphère ne tolèreraient pas de se faire recentrer sur une dynamique institutionnelle dont le français (et la majorité francophone) serait le centre de gravité.Cette oblitération d\u2019un enjeu démographique majeur n\u2019aura pas été la seule à faire dévoyer la réflexion collective.Trudeau a eu beau répéter sur tous les tons et toute la superbe dont il est capable que Legault n\u2019aura pas plus de pouvoir en immigration, les palabres sont restées centrées sur les enjeux secondaires.Le comble de l\u2019affaire, Legault lui-même a multiplié les génuflexions en ouvrant la porte à des ententes de moindre portée : il est pragmatique et recule avant même de négocier quoi que ce soit.Mais il ne ménage aucun superlatif pour exprimer son inquiétude.C\u2019est un exemple parfait de fausse polémique et de politique du simulacre jouant sur une ambivalence qui rend possible la politique détachée du réel.Que dire de l\u2019absurdité complète de ces discussions de campagne au cours de laquelle à peu près rien n\u2019a été dit 14 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 des conséquences de la politique fédérale d\u2019accroissement phénoménal de l\u2019immigration.Quelques fois, la chose a été évoquée, mais il n\u2019y a pas eu de réel examen, ni par les partis ni par les commentateurs, de la conjoncture réelle dans laquelle cela place d\u2019ores et déjà le Québec.Ottawa a fait des annonces pour rendre plus confortable et facile le recours à la passoire du chemin Roxham et l\u2019on a continué de parler de la crise du logement sans cadrer les enjeux démographiques d\u2019une immigration incontrôlée et des effets déstabilisant sur des pans entiers de la vie collective, à commencer par la crise des écoles montréalaises.Même si elle a été brandie comme une panacée, la régionalisation ne sera pas un moyen de riposte : c\u2019est un alibi.Partout dans le monde l\u2019immigration est un phénomène de grands centres urbains.La structure de notre peuplement chancelle, les immigrants n\u2019auront pas davantage d\u2019intérêt à se cramponner dans les régions que les natifs qui les quittent.C\u2019est par une politique de population globale \u2013 et que le régime lui interdit \u2013 qu\u2019il faut traiter de ces appariements.Cela renvoie certes à une vision claire des enjeux territoriaux, mais cela inclut également un examen sérieux des enjeux de la natalité, tabou tenace s\u2019il en est.La volonté de vivre et de se projeter dans l\u2019Histoire ne peut s\u2019exprimer longtemps dans l\u2019ambivalence dont parle Aquin.C\u2019est la vie agonique dont parlait Miron avec ses mensonges à soi-même ou l\u2019élan vital.Le sort du Québec reste entre ses mains, quoi qu\u2019en pensent ceux-là qui voudraient s\u2019en décharger sur les immigrants.Le fétichisme immigration- niste n\u2019est rien d\u2019autre que la survivance par procuration.La politique du simulacre nourrit une pratique politique reposant sur la rhétorique d\u2019évitement, la restriction mentale et l\u2019éternelle minimisation des pertes.Elle produit aussi des mythes compensatoires, certes, mais ils deviendront de 15 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 plus en plus difficiles à rendre efficaces.Ce sera la tâche des indépendantistes que de les débusquer au nom d\u2019une lucidité qu\u2019il faudra réapprendre à pratiquer comme vertu politique.Heureusement les faits sont têtus et les années qui viennent vont susciter de graves rappels à la réalité.À peine la campagne terminée que les inquiétudes ont monté devant les résultats d\u2019une étude du Cégep de Jonquière sur la consommation et la connaissance des œuvres de la culture québécoise.Les enjeux sur les failles de socialisation qui rendent possibles en plein complexe institutionnel de tels comportements d\u2019apatrides ne pourront guère être minimisés longtemps.Et cela n\u2019est pas qu\u2019une affaire de programme et de ministère, c\u2019est la réalité brutale de la domination culturelle sur l\u2019ensemble de notre société.C\u2019est le procès de la culture québécoise et de son pouvoir instituant qui est en cause.La transmission est enrayée, les mécanismes de socialisation se grippent.Il y aura un examen de conscience à faire, comme on disait jadis.Ce déni de la gravité et de l\u2019ampleur de la démission qui se dessine aura été d\u2019autant plus occulté que la campagne est restée pusillanime sur les capacités du Québec à harnacher les GAFAM pour qui Ottawa est si complaisant.La CAQ n\u2019a même pas osé ressusciter le concept de souveraineté culturelle.Fidèle à sa vision du monde, ses efforts en culture ont été mesurés en termes comptables.C\u2019est pourtant le rôle instituant de la culture qui est en cause.La reconnaissance de ce caractère imposerait une approche globale et globalisante exprimant le projet culturel québécois (peu importe comment on le définit) comme fondateur, plaçant l\u2019ensemble des institutions dans un univers de référence et de partage, faisant de la langue française et de nos héritages le socle de la sociabilité et de la citoyenneté.Cela exigera une force qui n\u2019a pas grand-chose à voir avec les désirs de 16 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 reconnaissance et la nostalgie des maisons de la fierté, et encore moins avec le divertissement et les industries de la culture.Une telle force ne se peut construire qu\u2019en maintenant une tension entre la volonté de s\u2019affirmer majoritaire et le refus intransigeant de tout compromis reposant sur la représentation de soi comme minoritaire.Le Québec doit redevenir le centre de son propre monde, c\u2019est la seule direction à prendre pour s\u2019affranchir des clichés de « l\u2019ouverture au monde », cet alibi pour mieux se dissoudre dans l\u2019anglomédiocrité marchande.Cela suppose de triompher de l\u2019insécurité, de construire sa confiance en prenant des risques.À commencer par celui de s\u2019assumer dans les controverses et procès de légitimité mâtinées de procès en xénophobie et repli sur soi.Cela dépasse largement le champ politique et pose dans tous les lieux et les occasions de socialisation un impératif de construction et de convergence des pratiques et des valeurs qui neutraliseront les effets toxiques du multiculturalisme, mais, surtout, rendront incontournables et indispensables les mots, les œuvres et les récits de l\u2019aventure québécoise.Le peuple qui ne s\u2019impose pas périra, a déjà écrit Pierre Vadeboncoeur.Pour les indépendantistes le mandat de la CAQ avant d\u2019être celui de la convergence des partis, des pactes électoraux et des convergences de programmes, devra d\u2019abord être celui du recentrage de la référence québécoise et de la critique du régime.Cela veut dire d\u2019abord de raccorder le Québec avec la perception claire de ses intérêts.C\u2019est le consensus sur une doctrine de l\u2019intérêt national qui doit fournir le socle pour l\u2019élaboration des moyens de se donner une unité d\u2019action.Il ne faut pas, à ce stade-ci de la lutte, se laisser distraire par les ratiocinations sur les conditions de la convergence des forces.Il est stérile de peser la vertu et 17 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 la pureté des convictions de QS ou de revenir sur la tradition velléitaire du PQ.Certes, il faut faire le retour critique, mais sur l\u2019ensemble du mouvement, pas seulement sur les parcours des partis.La concurrence entre eux ne disparaîtra pas.L\u2019enjeu est plutôt de savoir sur quoi faire porter les sujets sur lesquels est possible une mobilisation globale des partis comme de la société civile.Avant de s\u2019exprimer dans les considérations électorales et la lutte partisane \u2013 nécessaire et incontournable \u2013, la convergence politique requise pour donner au Québec l\u2019élan nécessaire pour faire l\u2019indépendance passe d\u2019abord par l\u2019expression et le partage d\u2019une doctrine de l\u2019intérêt national qui permettra de faire une critique acérée du régime et d\u2019en tirer les conclusions pour faire voir des avenues incontournables pour toutes les formations politiques indépendantistes.Ce ne sont pas les professions de foi indépendantistes qui feront la différence, mais bien la capacité de tenir des analyses et des pratiques politiques compatibles avec l\u2019intérêt national.Ce n\u2019est pas d\u2019abord une affaire d\u2019argumentaires \u2013 il s\u2019en est produit des dizaines au fil des ans \u2013 mais bien plutôt une compétence à décoder les distorsions et les limites du régime.Il faut débusquer les sédiments de la servitude partout où le Québec les confond avec des fondements solides.C\u2019est une vaste tâche qui s\u2019amorce.Mais il faut se redire que l\u2019indépendance ne se fera pas par le bricolage des plomberies partisanes, mais bien par une forme (à inventer) d\u2019union sacrée.Est-elle possible ?Une société vieillissante en peut-elle avoir la force ?Cela nous renvoie à la dimension tragique de notre combat.u Mesdames, Messieurs, En ces temps tourmentés, le travail de la pensée est plus nécessaire que jamais.Les débats sont l\u2019énergie vitale de la démocratie.Ils aident à la clari?cation des repères sociétaux, à la formulation des espérances et à la mobilisation des forces rassembleuses.C\u2019est la poursuite de L\u2019Action nationale depuis plus de 100 ans.C\u2019est un lieu où s\u2019élaborent, se discutent et se partagent les aspirations nationales.Sa mission est essentielle à la vitalité de notre culture, au partage et à la valorisation de ses manifestations dans tous les domaines de la vie.La défense et la promotion de la langue française, la reconnaissance et la valorisation de la culture québécoise comme fondement de notre existence nationale et le combat pour que le Québec contrôle tous les instruments de son développement sont les dimensions fondamentales de son travail.À chacune de ses livraisons, la revue explore et discute des enjeux qui font le devenir de notre société, fait connaitre et discute des œuvres de ses créateurs, exerce une pensée critique indispensable à la construction du bien commun.C\u2019est un travail qu\u2019elle réalise grâce à la ?délité de ses lecteurs, grâce à l\u2019engagement des auteurs qu\u2019elle publie et grâce à la générosité de ses donateurs.Vos dons gardent L\u2019Action nationale en vie.Ils lui apportent les moyens nécessaires à l\u2019édition, mais c\u2019est d\u2019abord parce qu\u2019ils sont des gestes de solidarité et d\u2019engagement qui peuvent changer les choses.En soutenant L\u2019Action nationale, vous redites votre attachement à la vie intellectuelle et à la place qu\u2019elle doit occuper dans la culture.L\u2019avenir du Québec dépendra toujours de la force de sa culture.L\u2019Action nationale y contribue à sa manière.Je vous invite à participer avec moi à l\u2019essor de cet indispensable con?uent de nos délibérations.Je vous remercie d\u2019avance pour votre don et je salue votre engagement à « faire lever l\u2019horizon » (Gaston Miron).L\u2019Action nationale remet des reçus ?scaux à titre d\u2019organisme d\u2019éducation politique reconnu par le gouvernement du Québec (no OEP/002).à partir du site internet de L\u2019Action nationale actionnationale.quebec/campagne au téléphone avec votre carte de crédit VISA ou Mastercard 514 845-8533 ou sans frais 1 866 845-8533 L\u2019Action nationale 82 rue Sherbrooke Ouest Montréal (Québec) H2X 1X3 Campagne de financement de L\u2019Action nationale 2022 sous la présidence d\u2019honneur de Lorraine Pintal Comédienne, metteuse en scène, réalisatrice, directrice artistique et autrice Première lauréate du prix du Québec Denise-Filiatrault des arts de la scène en 2021 Juli Aubin composition graphique, dessin Claire Aubin d\u2019après photo de Josée Lambert. 21 Hommage à Andrée Ferretti (1935-2022) Lucia Ferretti* Décès d\u2019une pionnière du mouvement indépendantiste Andrée Ferretti est morte jeudi 29 septembre à Montréal, au terme d\u2019une vie de militantisme et d\u2019écriture.Née le 6 février 1935 dans Villeray, à l\u2019époque un quartier montréalais très ouvrier, elle a été l\u2019une des pionnières du mouvement indépendantiste contemporain, en plus d\u2019offrir à la littérature des portraits de femmes, surtout, mais aussi d\u2019hommes libres.Très jeune, à travers l\u2019expérience de sa propre famille, elle prend conscience de la domination sociale et nationale subie par le peuple canadien-français.C\u2019est en suivant les cours publics du samedi de l\u2019historien Maurice Séguin à l\u2019Université de Montréal qu\u2019elle devient indépendantiste, en 1956.Parallèlement, elle a un emploi à la librairie Beauchemin.Elle y rencontre Gaston Miron, d\u2019autres poètes et artistes, et celui qui allait devenir son époux, le libraire Febo Ferretti.Elle a 25 ans au début de la Révolution tranquille.Le mouvement indépendantiste se renforce.Elle rejoint le Rassemblement pour l\u2019indépendance nationale en 1963.Aux élections de 1966, elle est la candidate de ce parti dans Laurier et y affronte le député libéral sortant, René Lévesque.En 1967, elle devient vice-présidente du *  Historienne, fille d\u2019Andrée Ferretti. 22 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 parti, mais quitte celui-ci l\u2019année suivante au moment de sa fusion avec le Mouvement Souveraineté-Association, tout juste fondé par Lévesque.En 1970, lors de la crise d\u2019Octobre, elle est emprisonnée pendant presque deux mois en vertu de la Loi sur les mesures de guerre.Militante en action, en parole et en écrits jusqu\u2019au début des années 2000, très connue de plusieurs générations de Québécois au fil des ans, Andrée Ferretti est nommée en 1979 Patriote de l\u2019année par la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal.Elle reçoit le Prix Rosaire-Morin de L\u2019Action nationale pour l\u2019ensemble de son engagement en 2013.Dans les années 1990 et 2000, elle publie plusieurs recueils de ses écrits politiques, en plus de préparer, avec Gaston Miron, une anthologie des Grands Textes indépendantistes québécois des XIXe et XXe siècles (L\u2019Hexagone, puis Typo).Elle est activement engagée dans les campagnes référendaires de 1980 et 1995, au cours desquelles elle sillonne l\u2019ensemble du Québec pour donner des cours de formation politique aux militants du OUI issus de tous les milieux.Parallèlement, depuis les années 1980, elle entreprend une œuvre littéraire faite de plusieurs romans, récits et nouvelles, qui lui ont valu notamment d\u2019être finaliste du Grand Prix littéraire de Montréal pour Renaissance en Paganie en 1987, et lauréate du Prix Alfred-Desrochers 2009 pour Bénédicte sous enquête.Les grands thèmes de son œuvre de fiction sont le combat, la liberté et la joie d\u2019exister.Tous les critiques parlent du style « Ferretti », ciselé, court et moderne.Son dernier titre littéraire Pures et dures (XYZ, 2015) a été reçu comme le condensé de l\u2019œuvre de fiction d\u2019une femme qui est toujours restée fidèle à ses convictions.u Claire Aubin et France Théoret* Andrée Ferretti parle avec clarté.Des mots assertifs.Dans les lieux publics, devant des assemblées.Les gens veulent l\u2019entendre.La soif pour ses déclarations nettes, sculptées.Andrée a du souffle.Elle est désirée pour cela : ses phrases formulées en langue affirmative.Elle est une oratrice, une grande.Nous avons vu tant de fois ces désirs qu\u2019on peut avoir de la parole : la pensée et la parole d\u2019une femme militante, libre penseuse, du même élan, une écrivaine originale qui s\u2019est éteinte paisiblement le 29 septembre dernier, au bout de son âge.Des déclarations d\u2019amitié, il y en a eu entre nous.L\u2019amitié tient de l\u2019usage verbal.Les échanges tendent vers l\u2019intelligence.Avant ou après, cela n\u2019importe pas, la tendresse dite une nouvelle fois.Andrée a écrit des fictions, des romans.La plupart de ses personnages sont des philosophes, des femmes érudites.Elle croit au savoir, à sa nécessité tout autant qu\u2019à l\u2019amour, le corps et la passion.La militante Andrée Ferretti, notre amie *  Claire Aubin est artiste visuelle et France Théoret est autrice.23 Hommage à Andrée Ferretti (1935-2022) 24 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 Elle proclame qu\u2019il est plus facile d\u2019être féministe que d\u2019être indépendantiste.L\u2019irrévérence.Des personnages de femmes inventés par elle, des fictions de violence.Figures violentées, qui violentent à leur tour, largement situées au milieu de la brutalité et des terreurs.En résumé, des images de femmes libres.La liberté est un arrachement.Lectrice, elle se réclame de la joie.Les écrivains, qu\u2019elle suit de livre en livre, ce sont pour la plupart des hommes traçant le bonheur de vivre.Comme libre penseuse, elle va du côté de la victoire.Son œuvre est exceptionnelle par la qualité de l\u2019expression, de sa pensée et de son engagement.Andrée Ferretti rappelle constamment qu\u2019elle est une autodidacte.Au cours des années 1970, elle a étudié la philosophie à l\u2019Université de Montréal et s\u2019est reconnue dans l\u2019œuvre de Spinoza, le philosophe de la joie.Son écriture est résolument classique.Son premier roman, Renaissance en Paganie (1987), ouvre sur la pensée philosophique d\u2019Hypatie d\u2019Alexandrie.La clarté de la langue va de pair avec ce qu\u2019elle raconte, illustre, débat : une invitation à penser.Son roman Bénédicte sous enquête (2008), sur Spinoza dans une identité de femme, propose un personnage lumineux.Andrée Ferretti est aussi une nouvelliste accomplie.Octobre de lumière raconte son incarcération lors des événements d\u2019octobre 1970.La nouvelle reprend donc les événements historiques et la narration se hausse à cette dimension.Elle a fui l\u2019école très tôt, l\u2019école étant une prison.La prison a été son université. 25 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 Dans une entrevue avec Jean Royer, Andrée Ferretti a dit privilégier la liberté en retraçant des destins de femmes.Des méditations sur la liberté traversent ses fictions.Tard venue à l\u2019écriture littéraire, elle écrit un monde contrasté dans une langue limpide.Passionaria de l\u2019Indépendance, elle a écrit plusieurs essais.À 80 ans, elle a publié Mon désir de révolution qui relate l\u2019histoire de ses idées et son parcours.Comment dire que le seul titre de cet essai est iconoclaste ?Andrée Ferretti était une vraie amie.u Denis Monière* Andrée Ferretti : femme de tête et femme de cœur Écrivaine et militante pour la libération nationale du peuple québécois, Andrée Ferretti a été un modèle de pugnacité et de persévérance.Elle avait une conception exigeante de la démocratie qui supposait que le peuple exerce véritablement le pouvoir et soit responsable de son destin.Cette ambition valait autant sur le plan social que national.Pour y arriver, elle misait sur le développement de la conscience des rapports de domination.Il revenait aux mouvements et aux partis de développer cette conscience.La formation politique devait être le moteur de la vie civique et elle s\u2019y est investie pleinement dès les années soixante au sein du Rassemblement pour l\u2019indépendance nationale.En 1966, elle se porte candidate pour le RIN dans la circonscription de Laurier, où elle affronte René Lévesque.En 1967, elle sera élue vice-présidente du RIN.Dans l\u2019arrière-boutique de la librairie de son mari Febo, elle réunissait toutes les semaines de jeunes militants à qui elle enseignait la théorie de la décolonisation et les pratiques de l\u2019agit-prop.Pour elle, un parti n\u2019était pas une machine électorale, mais une école de formation politique.Entre les élections, un parti indépendantiste devait déployer une panoplie d\u2019interventions : diffusions de *  Politologue.26 Hommage à Andrée Ferretti (1935-2022) 27 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 tracts, cours d\u2019histoire politique, multiplication des assemblées de cuisine et organisation de manifestations contre des entreprises anglophones comme Ayers à Lachute ou Seven-Up à Montréal.Sa fougue, sa lucidité et sa détermination ont inspiré toute une génération de militants dont j\u2019étais.Elle n\u2019a jamais lâché le combat parce que férue d\u2019histoire, elle savait que les projets qui vont au fond des choses et remettent en cause l\u2019ordre établi doivent s\u2019inscrire dans le temps long.Elle savait que l\u2019indépendance du Québec était un projet révolutionnaire et qu\u2019il ne se réaliserait pas seulement par l\u2019action électorale.Au lieu de se complaire dans le désabusement et la désespérance comme l\u2019ont prêché trop de dirigeants souverainistes, elle croyait que par l\u2019analyse rationnelle et l\u2019esprit critique, on pouvait convaincre les Québécois de changer la nature du régime politique.Elle a soutenu son pari pédagogique en publiant des ouvrages théoriques et des romans qui sont des défenses et illustrations de la liberté.Merci Andrée. Joignez le mouvement ! caissesolidaire.coop La coopérative ?nancière des mouvements sociaux, des entreprises collectives et des citoyens engagés pour une transition socioécologique. 29 Articles Gilbert Paquette* Pour une convergence des mouvements et des partis indépendantistes D\u2019un point de vue indépendantiste, l\u2019événement marquant de l\u2019élection 2002 a certainement été le progrès du Parti québécois sauvé in extremis d\u2019une mort annoncée.Tous les jours de la campagne électorale, Paul Saint-Pierre Plamondon a parlé d\u2019indépendance, là où ça compte, pendant que les gens et les médias écoutent.C\u2019est ce que, avec plusieurs autres, je réclamais depuis des années.Nous avons enfin vécu une élection, la première depuis le référendum de 1995, où le Parti québécois a intégré l\u2019indépendance au cœur de sa campagne électorale.Malheureusement, il n\u2019en a pas été de même de Québec solidaire dont le programme indépendantiste est pourtant clair.Celui-ci a préféré imiter le Parti québécois des mauvaises années en faisant une campagne strictement provinciale, sans référence aucune à notre dépendance politique à l\u2019égard du Canada dont il nous faut nous libérer.La récolte de sièges à l\u2019Assemblée nationale n\u2019a pas été à hauteur de l\u2019extraordinaire campagne menée par le chef du Parti québécois, mais celui-ci a fait à nouveau la preuve que faire campagne pour l\u2019indépendance n\u2019est pas suicidaire, mais au contraire payant stratégiquement.*  Professeur émérite de l\u2019Université TÉLUQ, et ancien député et ministre  du Parti québécois. 30 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 L\u2019appui populaire à l\u2019indépendance se situe toujours entre 35 et 40 %.De plus, le Parti québécois est arrivé deuxième dans 64 circonscriptions, le plus grand nombre de deuxièmes places tous les partis.Ces deux facteurs offrent aux indépendantistes un potentiel de croissance qu\u2019il faudra alimenter au cours des quatre prochaines années.L\u2019indépendance est toujours une idée forte malgré sa faible défense au cours des dernières années.Le soir de l\u2019élection du 3 octobre, le chef du Parti québécois a déclaré : « Nous sommes arrivés au début de ce qui commence ».En endossant cette phrase de Gaston Miron, il mettait en évidence pour ce qui doit être la préoccupation de tous les indépendantistes : la préparation à partir de maintenant de l\u2019élection de 2026.Cette fois, il faudra faire en sorte que l\u2019enjeu en 2026 soit de choisir, non pas un bon gouvernement de province, comme ce fut le cas encore cette fois-ci, mais un gouvernement qui a le mandat de faire du Québec un pays.Pour recréer la confiance en notre capacité collective de réussir l\u2019indépendance, il faudra mettre en place plusieurs conditions.Une démarche claire, une feuille de route commune que les indépendantistes de toute tendance pourront proposer à l\u2019ensemble de la population, une proposition concrète de ce pays à construire.Pendant quatre ans, ce projet de pays devra être illustré à travers l\u2019actualité sur toutes les questions, sur toutes les tribunes, à toutes les occasions, en présentant des projets actuels d\u2019avenir, comme la lutte pour le climat et l\u2019environnement, ainsi que l\u2019établissement définitif du Québec comme un pays francophone.Ce ne sera pas facile, car la tentation sera forte de laisser les débats dans le cadre provincial actuel prendre toute 31 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 la place.Les parlementaires à Québec et les commentateurs des médias seront préoccupés de solutions pouvant être mises en route rapidement même lorsqu\u2019elles ne règlent rien.Il faudra éviter que pendant la majeure partie du prochain mandat, tout le débat public soit accaparé mentalement dans l\u2019espace que le Canada nous veut bien laisser.Cette omniprésence d\u2019Ottawa dans nos affaires entretient une provincialisation des esprits dont il faudra nous débarrasser pour réussir notre indépendance.Le débat public des quatre prochaines années sera inévitablement marqué par la défense des timides projets de loi 21 et 96, par la politique d\u2019immigration et la défense du français, par la crise climatique, par la remise sur pied du système de santé, la crise du logement et les difficultés économiques.Il faudra lier ces questions à notre dépendance nationale et surtout préparer pour 2026 notre proposition pour sortir de cette dépendance.*** Quatre questions dont je traiterai ici me semblent fondamentales : d\u2019abord l\u2019élection de 2026 doit agir comme élément déclencheur de l\u2019accession à l\u2019indépendance ; deuxièmement la nécessaire convergence des partis et des mouvements doit générer une confiance nouvelle en notre capacité de réussir ; troisièmement une constitution de pays doit être proposée à l\u2019élection ; et finalement des projets de pays devront être véhiculés à travers les questions d\u2019actualité tout au long des quatre prochaines années.J\u2019utilise ici à dessein le pluriel, car il me semble inévitable que plusieurs chemins et plus d\u2019un projet de pays mèneront à l\u2019indépendance, en autant qu\u2019ils convergent sur l\u2019objectif de faire du Québec un pays. 32 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 L\u2019élection 2020, événement déclencheur J\u2019ai publié en 2020 un ouvrage intitulé « Le sens du pays ».J\u2019en avait commencé la rédaction en 2016 lorsque Jean- François Lisée avait remporté la course à la direction du PQ en proposant de repousser l\u2019indépendance à un hypothétique deuxième mandat.Il avait justifié sa proposition en déclarant : « L\u2019engagement de tenir un référendum dans le premier mandat est suicidaire pour le Parti québécois ; si on s\u2019entête, nous serons le troisième parti au Québec en 2018.On se sera marginalisé.Ce sera très dur pour la suite.» Comme vous le savez, ce qui est arrivé est bien pire, à un point tel que le Parti québécois allait être menacé de disparition lors de la dernière élection.Dans cet ouvrage, je me suis demandé qu\u2019est-ce qui faisait que des chefs d\u2019un parti indépendantiste évitaient d\u2019en proposer la réalisation lors des campagnes électorales ?Et même nous enfonçaient dans un rôle qui ne peut être le nôtre, celui d\u2019un parti provincial dont l\u2019horizon se limitait à défendre le Québec dans le régime canadien.Cela a commencé en 1976 l\u2019année où j\u2019ai été élu pour la première fois à l\u2019A.N.Malgré le programme du parti voté en 1974, qui faisait de l\u2019élection l\u2019élément déclencheur d\u2019une démarche vers l\u2019indépendance, la direction du parti avait proposé une chose à la fois : un bon gouvernement à l\u2019élection, le choix d\u2019un pays plus tard, au moment du référendum, ce qui est toujours d\u2019ailleurs la position officielle du programme du Parti québécois.Ce changement de cap a été dramatique.Depuis 1976, seules les deux années préparatoires aux référendums ont servi à faire véritablement campagne sur l\u2019indépendance. 33 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 Deux années sur 46 ! C\u2019est trop peu.Les interventions à l\u2019Assemblée nationale ou sur la place publique sont devenues presque uniquement ancrées dans le cadre provincial, contribuant ainsi, à chaque élection, à nous enfoncer dans ce que j\u2019ai appelé la provincialisation des esprits.Ce « provincialisme » a marqué profondément toutes les stratégies du Parti québécois depuis 1995 jusqu\u2019à la présente campagne où les prises de position sans équivoque de PSPP ont réussi à stopper la descente du Parti québécois.Pour éviter une campagne souverainiste qu\u2019ils jugeaient à tort « suicidaire », à chaque élection, sauf en 1994 sous Jacques Parizeau, tous les dirigeants du Parti québécois ont préféré reporter le débat sur l\u2019indépendance.Au grand plaisir des adversaires, on acceptait que les débats électoraux se déroulent sans projet concret de pays.Arrivés au gouvernement à Québec, les indépendantistes se consacraient à la gouvernance provinciale pour respecter le mandat demandé et reçu de la population.Ils étaient jugés dans les médias selon leur capacité à tirer parti du régime canadien.Les mythiques conditions gagnantes n\u2019arrivant pas \u2013 parce qu\u2019on n\u2019y avait pas travaillé \u2013 on répétait que l\u2019indépendance n\u2019était pas mure, qu\u2019il serait suicidaire de tenir une élection là-dessus, contribuant ainsi à renforcer le discours des adversaires.C\u2019est aussi ce que répètent les anciens souverainistes devenus caquistes comme Legault et Dainville.Après chaque élection le cycle recommençait avec de moins en moins d\u2019appui de la population, jusqu\u2019à la récente élection.Cela doit changer ! Mais sommes-nous vraiment sortis de ce cercle vicieux ?Sans doute en partie, grâce à la campagne vigoureuse de PSPP, mais est-ce que cela va durer ? 34 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 Jacques Parizeau nous a montré ce qu\u2019il faudra faire à l\u2019élection de 2026.En 1994, l\u2019appui à la souveraineté était à moins de 40 % dans les sondages comme maintenant.Il a pris le risque de perdre une élection, pour se donner la chance de gagner l\u2019indépendance.Il a parlé d\u2019indépendance sur toutes les questions, sur toutes les tribunes, avant, pendant et après l\u2019élection en promettant une décision dans l\u2019année suivant l\u2019élection.On a atteint 50 %.Sans le référendum volé de 1995, nous serions aujourd\u2019hui un pays.Pour nous remettre en marche, pour parler d\u2019indépendance et surtout être écouté largement par les médias et la population, il faut que l\u2019élection de 2026 soit un moment marquant, déterminant, déclencheur d\u2019une démarche vers l\u2019indépendance.On ne peut remettre l\u2019indépendance au cœur du débat public en l\u2019excluant des débats électoraux et préélectoraux comme on l\u2019a fait au cours toutes les élections avant la toute dernière.On ne pourra se faire entendre que si l\u2019élection peut mener à un résultat déterminant pour l\u2019avenir du Québec.L\u2019élection doit porter sur une feuille de route pour l\u2019accès à l\u2019indépendance permettant de réaliser des projets concrets qui nécessitent que l\u2019on soit un pays.Les partis qui prônent l\u2019indépendance doivent avoir demandé et obtenu de la population le mandat de faire les gestes de rupture nécessaires pour réaliser leurs programmes respectifs en tant que pays, avec les moyens législatifs et budgétaires d\u2019un pays.L\u2019alliance des partis indépendantistes Une forme ou l\u2019autre d\u2019alliance entre les partis indépendantistes est incontournable pour amener une majorité d\u2019indépendantistes à l\u2019Assemblée nationale. 35 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 Certains espèrent qu\u2019il y aura un jour fusion du PQ et de QS, mais les programmes de ces partis sont trop différents et leur compétition électorale les éloigne d\u2019une intégration forte comme celle qui a eu lieu entre Option nationale et Québec solidaire.D\u2019autres croient au contraire impossible toute forme d\u2019alliance indépendantiste.Ce serait se résigner à ne pas pouvoir faire du Québec un pays, car sans cela, il n\u2019y aura jamais une majorité de députés indépendantistes à l\u2019Assemblée nationale.Pour créer les conditions de rapprochement, il faut d\u2019abord prendre nos distances des accusations faciles.Il est faux de dire que le Parti québécois est ancré dans un nationalisme conservateur et rétrograde.Le parti, j\u2019y étais, est né au centre-gauche, ouvert aux minorités invitées à construire avec nous le futur pays du Québec.Il est tout aussi faux de dire que Québec solidaire n\u2019est pas vraiment indépendantiste, surtout depuis qu\u2019il a adopté le programme d\u2019Option nationale sur l\u2019accession à l\u2019indépendance.J\u2019étais dans la salle comme observateur quand il a été adopté presque à l\u2019unanimité sous les cris de « On veut un pays ».Les directions des deux partis doivent obéir à leurs militants pour créer les conditions d\u2019une future alliance électorale et d\u2019un gouvernement indépendantiste de coalition.Bien que la discussion soit impossible sur certaines orientations des programmes, elle peut et elle doit se faire sur la question fondamentale de l\u2019indépendance du Québec.On y est presque arrivé en 2017 à l\u2019initiative de la société civile, grâce à une table de concertation mise en place par les OUI Québec.L\u2019alliance peut se réaliser au moyen d\u2019un pacte électoral pour la réalisation de l\u2019indépendance qui ne remet- 36 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 trait pas en question les programmes de chaque parti, comme cela s\u2019est vu ailleurs, en France notamment.Elle peut se faire au moyen d\u2019élections primaires organisées par le mouvement indépendantiste dans des comtés stratégiques, par des ententes entre les directions des partis pour le partage du financement public ou par tout autre moyen.Il faut faire mentir ceux qui souhaitent dans chacun des deux partis que l\u2019autre parti parce que supposément moins indépendantiste ou moins à gauche.Il est irréaliste de le penser et surtout contre-productif.De la même façon qu\u2019il y a plus d\u2019un parti fédéraliste qui se partagent l\u2019électorat, il faut plus d\u2019un parti indépendantiste pour accueillir tout l\u2019éventail des raisons de faire l\u2019indépendance et des projets de pays.Il faut laisser place à différentes orientations pour rejoindre des segments de la population correspondants.Il faut additionner ces segments de la population pour atteindre une majorité.Il faut le plus tôt possible recréer un camp du OUI comme l\u2019a proposé l\u2019actuel chef du PQ.La société civile indépendantiste, les OUI Québec, la SSBJ, les IPSO et le mouvement syndical doivent en reprendre l\u2019initiative comme cela a été le cas lors des États généraux sur la souveraineté.Une constitution du pays proposée à l\u2019élection de 2026 Un plan doit être proposé à l\u2019élection de 2026 qui autoriserait une Assemblée nationale devenue majoritairement indépendantiste à donner au Québec sa première Constitution de pays.Ce plan, présenté deux ans avant l\u2019élection, serait débattu publiquement avant et pendant la campagne électorale.Pendant cette campagne, chaque parti indépendantiste présenterait son propre projet de 37 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 pays.Ces projets auraient en commun le rapatriement de tous les pouvoirs d\u2019Ottawa au moyen d\u2019une loi constitutionnelle.Lorsqu\u2019ils seront majoritaires à l\u2019Assemblée nationale, les députés de ces partis adopteraient cette Constitution initiale.Cette loi du Québec, approuvée par la population lors de l\u2019élection aura une légitimité plus grande que la constitution canadienne qui n\u2019a jamais été soumise au peuple du Québec ou approuvée par son gouvernement.La loi constitutionnelle québécoise aura priorité sur toute loi canadienne, créant une nouvelle assise légale, en rupture avec le droit canadien, mais respectueuse du droit international.Ce geste fondateur du Québec pays lui donnera la capacité d\u2019adopter toutes ses lois, d\u2019utiliser tous ses budgets et de conclure tous ses traités avec les autres nations.La Constitution initiale définira les droits du peuple québécois fondés sur sa souveraineté, établissant l\u2019État du Québec comme une république laïque, de langue française, démocratique, souveraine et indépendante ; elle intégrera à la constitution la charte des droits et libertés du Québec et une charte du français étendue.Elle reconnaîtra le droit à l\u2019autodétermination des peuples autochtones au sein du Québec.Elle réaffirmera l\u2019engagement du Québec dans la protection de l\u2019environnement et la lutte contre les changements climatiques.Une telle constitution initiale comptant une quarantaine d\u2019articles a été élaborée en 2017, principalement par Louis Bernard et André Binette.L\u2019un des articles prévoyait la création d\u2019une assemblée constituante non partisane chargée d\u2019établir subséquemment la constitution permanente du Québec indépendant. 38 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 Cette démarche en deux temps créerait un ordre juridique québécois nouveau, remplaçant la constitution canadienne actuelle, ce qui permettra la réalisation des projets de pays par l\u2019Assemblée nationale dès le lendemain de son adoption, sans attendre un OUI référendaire.En parallèle, l\u2019assemblée constituante pourra prendre tout le temps nécessaire pour élaborer une constitution permanente de la république du Québec (complétant la constitution initiale), laquelle sera soumise au peuple québécois par référendum.Son adoption complèterait la démarche constituante du Québec pays.Plusieurs projets de pays Plusieurs chemins peuvent mener à l\u2019indépendance.Des projets de pays possiblement différents seront proposés par les partis politiques pour rejoindre différentes sensibilités des segments de population qui supportent ces partis.Le fait qu\u2019il y ait de profondes divergences sur certaines politiques n\u2019est pas un obstacle à la réalisation d\u2019un plan commun pour réaliser l\u2019indépendance.D\u2019autres questions peuvent s\u2019y ajouter.Le PQ, Québec solidaire et Climat Québec reconnaissent qu\u2019on ne peut vraiment protéger climat comme province dans le Canada pétrolier.À la dernière élection, ces partis ont proposé un plan élaboré de lutte pour le climat.Une analyse de ces propositions montre que certains objectifs de leurs programmes peuvent s\u2019intégrer dans un plan commun de gouvernement.J\u2019ai coordonné les États généraux sur la souveraineté du Québec.Il faudrait reprendre cet exercice auquel tous les partis avaient contribué, ce qui permettrait notamment de regrouper des projets dont les objectifs suivants recueillent un large appui dans la population : 39 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 \u2022 Protéger le climat et l\u2019environnement en utilisant tous les moyens d\u2019un pays pour remplacer les énergies fossiles et mettre en place un Québec sans pétrole pour 2050 ; en même temps développer une économie durable axée sur les énergies renouvelables et les technologies numériques, la recherche et l\u2019innovation ; \u2022 Rapatrier et développer nos moyens de culture et de communications largement aux mains de l\u2019État canadien, ainsi que le contrôle de notre immigration, pour faire du Québec un pays de langue française et où nos valeurs d\u2019identité et de laïcité seront respectées ; \u2022 Prendre en main et aménager le territoire du Québec, le dix-septième plus grand pays au monde ; développer les transports routiers et ferroviaires, ainsi que les ports et les aéroports ; valoriser le fleuve Saint- Laurent ; développer les régions en misant sur un développement régional autocentré, la décentralisation des responsabilités et des budgets, une démocratie et une autonomie large des régions et des communautés autochtones ; \u2022 Lutter contre la pauvreté et la précarité en récupérant et en intégrant de façon cohérente les programmes de soutien au revenu partagés actuellement entre les deux paliers de gouvernement ; consolider nos deux parties de budget public pour réinvestir dans l\u2019éducation et la santé.Avant et pendant la prochaine élection, de tels objectifs seraient concrétisés par des projets concrets soumis par chacun des partis de l\u2019alliance indépendantiste (comme ce fut le cas pour le climat à la dernière élection), en lien avec l\u2019actualité, soulignant l\u2019urgence de l\u2019indépendance 40 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 pour les réaliser.On peut se fier sur l\u2019intransigeance du Canada pour créer des crises à répétition qui fourniront de nombreuses occasions de braquer l\u2019attention des médias sur ces projets de pays.*** Les tentatives d\u2019alliance d\u2019avant 2018 de la part des OUI Québec ont été entreprises trop tard pour avoir une chance de réussir.Il est temps de reprendre les efforts de convergence des partis indépendantistes en vue de l\u2019élection de 2026.Les mouvements indépendantistes de la société civile doivent en faire leur première préoccupation.Il faut remettre l\u2019indépendance nationale du Québec au centre des débats publics pour que l\u2019élection de 2026 soit une étape marquante de notre émancipation nationale.u 41 Articles Rémi Villemure* Deux Québec?On entend souvent dire qu\u2019il y a deux Québec.Qu\u2019il y a le Québec des régions et le Québec métropolitain.On peut jouer avec les mots autant qu\u2019on le souhaite, il n\u2019en demeure pas moins que subsiste une réalité de plus en plus insistante : le Québec et Montréal ne vivent pas au même diapason.Par ailleurs, le constat est frappant depuis le 3 octobre dernier.Quiconque observe la province vue du ciel peut apercevoir que « face au raz-de-marée caquiste, Montréal résiste1 ».Le phénomène n\u2019est évidemment pas nouveau.Il avait intéressé les sondeurs de CROP il y a quatre ans.Ces derniers avaient conclu que Montréal et le reste du Québec étaient loin de composer deux régions seulement distinctes au plan géographique.En effet, les résultats de l\u2019enquête démontraient que les habitants interrogés appartenaient littéralement à deux communautés d\u2019esprit, lesquelles refusaient obstinément de s\u2019entendre autour des enjeux identitaires (contrôle de la destinée, identité régionale, appartenance au village planétaire).Sans surprise, le sondage révélait que les Montréalais posaient un regard plus progressiste sur le monde \u2013 au sens de l\u2019idéologie 1  CUCCHI, Maud. « Face au raz-de-marée caquiste, Montréal résiste et le  PQ prouve qu\u2019il existe », Radio-Canada, 4 octobre 2022 *  Auteur. 42 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 progressiste \u2013 tandis que les Québécois exprimaient une volonté claire d\u2019enracinement et de conservation2.Puis, le premier mandat de François Legault a donné de la force à cette idée des « deux Québec ».Un sondage publié en janvier dernier a déterminé que près de 60 % des francophones de la province appuyaient la loi 21.Quant aux anglophones \u2013 installés de façon extrêmement majoritaire à Montréal \u2013 74 % d\u2019entre eux s\u2019opposaient à cette vision de la laïcité3.Aujourd\u2019hui, n\u2019ayons pas peur de le dire : c\u2019est le sort de la géographie qui réunit non sans peine Montréal et le Québec.La preuve que la passion a quitté le nid il y a longtemps, c\u2019est qu\u2019un mouvement partitionniste, très marginal pour le moment, a vu le jour dans les dernières années.Balamara Holness, candidat défait à la mairie de Montréal en 2021, rêve toujours un an plus tard d\u2019un statut de cité-État pour la métropole de même qu\u2019une marge de manœuvre tout à fait unique pour la ville afin notamment de détacher Montréal du destin québécois en matière de politiques linguistique et identitaire.Balamara Holness, qui a obtenu plus de 30 000 voix aux dernières élections municipales, a même tenté le coup sur la scène provinciale cet automne.Bloc Montréal a obtenu la faveur d\u2019un peu moins de 8 000 électeurs tandis qu\u2019une autre organisation, le Canadian Party of Québec, a obtenu près de 13 000 voix.2  GIGUÈRE, Alain. « Quand le fossé se creuse entre la métropole et les  régions », L\u2019actualité, 16 octobre 2018 3  LOWRIE,  Morgan.  « Poll  suggests  support  for  Bill  21  provision  may  have dropped in Quebec », The Canadian Press, 16 janvier 2022 43 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 Évidemment, certains préféreront ne pas trop s\u2019inquiéter de l\u2019écart de plus en plus marqué entre Montréal et le reste du Québec sur le plan des idées et de la destinée.Ces derniers feront valoir que ceux qui soutiennent publiquement la partition de la métropole sont pour l\u2019instant assez peu nombreux.D\u2019autres rappelleront également que le jour où Montréal songera véritablement à obtenir un statut distinct, le Québec sera devenu indépendant du Canada.Mais alors justement, cette avenue devrait-elle déjà préoccuper les acteurs du mouvement indépendantiste québécois ?Faudrait-il déjà commencer à tracer l\u2019esquisse d\u2019un Québec, devenu pays, sans Montréal ?Montréal ne sera plus jamais francophone Dans Disparaître ?, paru aux éditions Liber en 2019, Jacques Houle, qui a fait carrière à Immigration Canada, rappelait que « la proportion de Montréalais de langue maternelle française devrait chuter de 48 % en 2011 à environ 40 % en 2036 ».Au mois d\u2019août dernier, les données du recensement de 2021 nous apprenaient qu\u2019il n\u2019y avait plus que 44 % de Montréalais de langue maternelle française sur l\u2019île.Jacques Houle ainsi que Frédéric Lacroix \u2013 auteur de Pourquoi la loi 101 est un échec ?\u2013 avaient déjà en commun une vision pessimiste de l\u2019avenir linguistique de la métropole.Ils partagent maintenant, de surcroît, le fait d\u2019avoir vu leurs tristes prévisions être devancées par le cours des événements.N\u2019en déplaise à sa charte, Montréal n\u2019est donc plus française.À vrai dire, même si on laisse de côté l\u2019indice statistique « Langue maternelle française », force est de constater que le sort de la métropole est le même.En effet, la proportion 44 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 de personnes parlant le plus souvent le français à la maison \u2013 ceux que l\u2019on définit plus simplement par l\u2019appellation « francophones » \u2013 s\u2019abaisse désormais à 48,3 %.En seulement cinq ans, l\u2019anglais parlé à la maison, lui, a augmenté en flèche, frôlant désormais le 25 %.Évidemment, on pourrait faire valoir que si le Québec déclare un jour son indépendance, il disposera alors des pleins pouvoirs en immigration et pourra alors refranciser Montréal.Deux réalités doivent pourtant être rappelées.D\u2019abord, en attendant l\u2019indépendance, l\u2019état actuel de la situation ira en dépérissant.Jacques Houle, qui a vu ses prévisions être devancées par le tragique de l\u2019histoire, prévoyait il y a trois ans que les Montréalais de langue maternelle française ne composeraient plus que le tiers de la population vers 2036.À quelques mois de l\u2019année 2023, ce qui nous sépare désormais de 2036 s\u2019apparente à une distance d\u2019une verge à l\u2019échelle de l\u2019histoire.En d\u2019autres mots, d\u2019ici l\u2019indépendance, une chose est certaine : le français continuera de subir la volée du siècle.De plus, s\u2019il est vrai qu\u2019une forte immigration francophone pourrait contribuer à refranciser l\u2019île de Montréal, rien n\u2019indique pour autant que cette importante population de nouveaux arrivants saurait réussir le défi de l\u2019intégration.Doit-on rappeler que l\u2019enjeu de la compatibilité en matière d\u2019immigration est à la fois linguistique et civilisationnel ?À ce sujet, on ne nous fera pas oublier les résultats de l\u2019étude de l\u2019Institut de recherches en politiques publiques qui a démontré que « 52 % des francophones s\u2019identifient au Québec avant tout, alors que cette préférence chute à 16 % pour les minorités visibles4 ».Comme le rappelait 4  HOULE, Jacques.Disparaître ?, Liber, Montréal, 2019, p. 56 45 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 Robert Dutrizac : « En tout, majorité et minorités visibles divergent d\u2019opinion au Québec dans 11 des 12 indicateurs évalués par le sondage5.» C\u2019est sans parler du coût économique de l\u2019immigration trop souvent présentée \u2013 à la manière d\u2019une catéchèse incontestable \u2013 comme une richesse.Heureusement, la nouvelle génération d\u2019intellectuels conservateurs au Québec insiste depuis quelques années sur les liens entre une forte immigration et la crise du logement ainsi que la pression à la baisse sur les salaires, tout particulièrement sur le territoire montréalais.Le bruit enterre la douceur L\u2019été qui vient de s\u2019écouler à Montréal en a saisi plusieurs.Il y a encore quelques années, on pouvait encore circuler paisiblement, l\u2019instant de quelques semaines.Les automobilistes, mais aussi les cyclistes et les piétons ne se butaient pas à une telle quantité de chantiers \u2013 85 majeurs cet été selon l\u2019administration municipale.Transformée en véritable boucherie, Montréal s\u2019est littéralement réveillée tous les jours des dernières semaines sous les sirènes de recul des camions, le tambour des marteaux piqueurs et le furieux grincement des pelles mécaniques contre l\u2019asphalte.Tandis que les chantiers n\u2019ont presque épargné aucune rue, que la cacophonie s\u2019est étendue comme certains rêvaient de le faire sur une plage très loin d\u2019ici, un trafic monstre s\u2019est entêté à la manière d\u2019un paysage, enfermant ainsi les automobilistes dans un jeu insupportable 5  DUTRIZAC, Robert. « Majorité et minorités visibles sont aux antipodes  au Québec », Le Devoir, 1er décembre 2015 46 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 de klaxons et certains cyclistes dans un dédain de plus en plus prononcé à l\u2019égard de tout ce qui n\u2019appartient pas à leur si prestigieuse caste.Au milieu du désordre, on pouvait apercevoir certains piétons déboussolés, très souvent effrayés, ensevelis sous les cris, la poussière et la violence.Une violence qui s\u2019est déployée à l\u2019arme blanche et aux coups de feu par ailleurs.Des passants ont été abattus en pleine rue, 80 coups de feu ont été tirés en à peine 24 h le 12 août.Dix jours plus tard, deux personnes se faisaient abattre en plein jour dans des espaces publics devant femmes et enfants à trente minutes d\u2019intervalle.Bien que cette ambiance se soit produite en sol québécois, elle n\u2019appartient pas pour autant à notre tradition du vivre-ensemble.Cette atmosphère est incontestablement celle de Montréal, une ville de plus en plus bruyante, sale et hostile qui aspire manifestement à décrocher le titre de Far West de la côte-est.Nous nous en doutions, mais nous en sommes désormais certains : nous sommes loin du Québec de Lionel Groulx, celui où rien ne se fermait « à clef, ni les maisons, ni les coffres, ni les caves ».Tenir à Montréal en 2022, c\u2019est donc s\u2019accrocher à un univers qui entre de plus en plus en contradiction avec les valeurs québécoises : la préservation de la langue française, l\u2019hospitalité, la laïcité, l\u2019égalité entre les hommes et les femmes, l\u2019ordre public et plus largement, la dignité d\u2019une vie calme et douce en Amérique.Québec : métropole québécoise ?Tôt ou tard, les indépendantistes québécois devront donc renoncer à Montréal.De toute façon, cette ville pourrait bien voir ses habitants ne même pas reconnaître l\u2019indépen- 47 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 dance du Québec.Après tout, ceux-ci ne l\u2019ont pas supporté en 1980, ni en 1995.À noter que « les anglophones et les allophones ont voté à la hauteur de 90 % pour le non6 » à chacune des deux occasions.Puisqu\u2019un Québec indépendant pourrait ne pas pouvoir compter sur l\u2019appui de Montréal, mais que nous ne pourrions en revanche nous passer d\u2019une métropole économique et politique, nous devons impérativement regarder ailleurs, et ce, immédiatement.Considérant que la fonction publique est déjà majoritairement installée dans la Vieille Capitale et que Québec compte sur un bassin de près de 600 000 personnes, cette ville pourrait-elle déjà être investie par la finance québécoise francophone, le milieu académique, celui des nouvelles technologies et l\u2019industrie de la culture ?Nous en convenons : ce projet est ambitieux, complexe et pourrait même être inenvisageable si l\u2019on tient compte de la force économique montréalaise et du chantage qu\u2019elle exerce depuis la Conquête.En revanche, ce projet ne saurait être ridiculisé sans avoir été au préalable sérieusement mis en perspective, considéré et étudié.Montréal ne collaborera pas au rêve québécois.Prendre en compte cette réalité est essentiel, lui imaginer des solutions est audacieux.Mais la nier pourrait bien s\u2019avérer une faute fatale.u 6  HOULE, Jacques. Disparaître ?, Liber, Montréal, 2019, p. 59 48 Articles Jacques C. Martin* Le Québec peut se passer de la péréquation en créant sa propre monnaie et en devenant un pays indépendantCet article jette un éclairage sur les véritables causes de la péréquation et démontrera que celle-ci constitue une séquelle de la politique monétaire.L\u2019État du Québec n\u2019est pas pauvre, en tant que tel, mais subit les effets délétères de la politique monétaire canadienne.En fait, la péréquation vise à atténuer les impacts négatifs, sur plusieurs régions (provinces), résultants du dysfonctionnement de la politique monétaire.Cet article traite dans un premier temps : a) des systèmes de péréquation en vigueur dans certaines fédérations dans le monde occidental, b) du fonctionnement du mécanisme de péréquation au Canada, c) de la politique monétaire canadienne, d) de la théorie des zones monétaires optimales (ZMO), e) ce qui conduit à se demander à qui bénéficie la monnaie unique, f ) et quels seraient les avantages pour le Québec de sortir de sa dépendance envers la politique monétaire canadienne afin de s\u2019assumer pleinement comme pays indépendant, en adoptant sa propre monnaie.*  L\u2019auteur a travaillé dans le domaine des finances publiques au  gouvernement du Québec, notamment sur les paiements de transferts,  via la péréquation, sous la direction de monsieur Jacques Parizeau,  alors conseiller économique auprès du premier ministre. Il a également  été professeur agrégé à l\u2019École Polytechnique et associé-fondateur de  deux cabinets de conseillers en administration et en économie. 49 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 Les systèmes de péréquation en vigueur dans certaines fédérations Le principe à la base de la péréquation repose sur l\u2019idée que tous les citoyens d\u2019une même fédération doivent pouvoir recevoir des services publics comparables sans devoir être assujettis à des taux d\u2019imposition trop différents.Un grand nombre de pays européens ont reconnu depuis nombre d\u2019années que les disparités de richesse entre les régions d\u2019une même fédération pouvaient mettre en péril leur cohésion sociale.Les paiements de transferts ont été désignés dans la plupart des fédérations européennes sous le vocable : « transferts de solidarité ».Les systèmes de péréquation varient d\u2019une fédération à l\u2019autre1.Plusieurs fédérations issues de pays occidentaux disposent d\u2019un système national de péréquation, sauf les États-Unis d\u2019Amérique, qui n\u2019en n\u2019ont pas.Cependant, l\u2019importance des paiements de transferts varient d\u2019un pays à l\u2019autre.Dans certaines fédérations, comme en Allemagne, en Australie et au Canada, les formules de péréquation sont plus élaborées.En général, la péréquation prend la forme de paiements de transferts fédéraux destinés aux États, Provinces ou régions moins nantis, composants la fédération.Le programme de péréquation n\u2019apparut au Canada qu\u2019en 1957.Les paiements de transferts versés par le gouvernement fédéral, sous forme de péréquation, ont pour objectif d\u2019améliorer la capacité fiscale des provinces moins prospères ou celles plus durement affectées par la politique monétaire nationale, en réduisant l\u2019écart de richesse entre elles et celles plus fortunées.1  Ronald L. Watts, Comparaison des régimes fédéraux, L\u2019Institut des relations intergouvernementales, École des études en politiques  publiques de l\u2019Université Queen\u2019s, Presses universitaires McGill- Queen\u2019s, 1998-2002. 50 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 Comment fonctionne le programme de péréquation au Canada Ces paiements de transferts ou « allocations de péréquation » sont calculées selon une formule mathématique assez complexe qui compare la capacité fiscale (capacité de percevoir divers types d\u2019impôts et de taxes) de chacune des provinces par rapport à la moyenne canadienne.Seules les provinces ayant une capacité fiscale, per capita, moins élevée que la moyenne des provinces, peuvent recevoir des paiements de péréquation.Ces versements sont inconditionnels, en ce sens que les provinces bénéficiaires peuvent les utiliser à leur discrétion, selon leurs priorités.Pourquoi la province de Québec retire-t-elle davantage de péréquation que les autres provinces canadiennes, en terme absolu ?En fait, en 2019-2020, la province de Québec ne reçoit que 1593 dollars, par habitant, soit le plus faible montant versé aux provinces bénéficiaires.Cependant, à cause de sa population nombreuse, le Québec encaisse le montant de péréquation le plus important en valeur absolue, soit 13,1 milliards de dollars, en 2019-20202.Une politique monétaire unique, émanant d\u2019une fédération comme le Canada, justifie la mise en place d\u2019un système de péréquation car l\u2019adoption d\u2019une monnaie commune crée généralement une distorsion de richesse entre la province centrale (au Canada, c\u2019est la province de l\u2019Ontario) où se situe généralement la banque centrale3 ainsi que les pouvoirs décisionnels de l\u2019État fédéral, et les provinces périphériques.2  Lettres  envoyées  aux  provinces  et  aux  territoires :  Québec  2019.,  Ministère  des  finances,  Gouvernement  du  Canada,.  https://www.canada.ca/fr/ministere-finances/programmes/transferts-federaux/ lettres-provinces-territoires/2019/quebec.html 3  Banque du Canada (BdC). 51 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 La politique monétaire au Canada Les États ou Provinces membres du système monétaire unique, comme au Canada, acceptent la présence d\u2019une seule banque centrale, soit la Banque du Canada (BdC) et renoncent par le fait même à créer leur propre banque centrale.La BdC a été érigée en 1935 mais devint une société publique qu\u2019en 1938.Elle est chargée de la conduite de la politique monétaire.Toutefois, la responsabilité des politiques de change et de la dette publique incombe au ministre des Finances du Canada.En pratique, des consultations incessantes entre la BdC et le ministre des Finances surviennent au sujet de la politique monétaire.De plus, le sous-ministre des Finances est membre permanent du Comité de direction et du Conseil d\u2019Administration de la BdC.Notons qu\u2019aucun Ministre des finances des provinces ne fait partie du Conseil d\u2019Administration de la BdC.La création de la BdC implique que tous les États membres de la Confédération canadienne (provinces) perdent accès à une politique monétaire distincte , c\u2019est-à-dire spécifique à chacune des régions administratives du Canada.Les pays occidentaux s\u2019appuient sur deux instruments clés pour gérer leur économie.La première est la politique fiscale (ou budgétaire) qui leur permet d\u2019augmenter les impôts et les taxes ou de les réduire en fonction de la situation l\u2019économie.Si un État veut accélérer la croissance de l\u2019économie pour contrer le chômage, il aura tendance à réduire les charges fiscales et dans le cas contraire, s\u2019il désire la freiner à cause d\u2019une inflation trop élevée, il lui suffira d\u2019augmenter les impôts, ce qui réduira les revenus disponibles chez les consommateurs et les entreprises.Chacune des provinces membres de l\u2019union monétaire canadienne peut utiliser à sa guise sa propre politique fiscale. 52 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 Le second levier dont dispose un État, c\u2019est la politique monétaire.Cet instrument est confié à la banque centrale d\u2019un pays donné, en l\u2019occurrence la BdC pour la confédération canadienne.Si la BdC convient de stimuler l\u2019économie, elle réduira son taux directeur4 ce qui l\u2019autorisera à augmenter l\u2019offre de crédit en donnant l\u2019occasion aux consommateurs et aux entreprises d\u2019emprunter et dans le cas contraire, si elle désire la freiner, elle relèvera son taux directeur, ce qui réduira l\u2019offre de crédit dans l\u2019économie.Les gouvernements provinciaux ne contrôlent plus leur taux d\u2019intérêt et ils ne peuvent plus dévaluer leur monnaie afin de stimuler leurs exportations, car ils ne disposent plus d\u2019une banque centrale, ni d\u2019une politique monétaire exclusive, puisqu\u2019ils ont choisi de les confier au gouvernement fédéral.En octroyant au gouvernement central leur politique monétaire, les gouvernements des provinces ont perdu une partie essentielle de leur autonomie et de leur marge de manœuvre.La politique monétaire compte aussi sur la fluctuation du taux de change, s\u2019il y a un déséquilibre persistant entre les exportations et les importations, dans un pays donné.Si un pays comme le Canada importe trop, son taux de change aura tendance à diminuer ce qui favorisa ses exportations et défavorisa par le fait même ses importations.Cet instrument n\u2019existe plus pour chacun des États membres (ou provinces) de la Confédération canadienne, car ils ont adopté une politique monétaire commune.Cependant, le gouvernement du Canada dispose globalement de ce dispositif via sa Banque centrale.L\u2019économiste et prix Nobel canadien Robert Mundell, a élaboré, la théorie des zones monétaires optimales (ZMO) 4  Taux directeur = c\u2019est le taux d\u2019intérêt que doivent payer les banques à  charte canadienne lorsqu\u2019elles empruntent à la BdC. 53 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 afin de déterminer si un pays (ou États/provinces) a intérêt à se joindre à une union monétaire en adoptant une monnaie commune.Depuis l\u2019énoncé de Robert Mundell, le concept des zones monétaires optimales (ZMO) s\u2019est enrichi avec l\u2019apport d\u2019autres économistes.Des critères furent ajoutés à ceux formulés initialement par Mundell, mais les fondements de la méthode n\u2019ont pas été altérés de manière significative5.Il serait donc pertinent de s\u2019interroger si le Québec a intérêt à faire partie de la zone monétaire canadienne ou à créer sa propre monnaie à l\u2019intérieur de sa zone monétaire exclusive, soit sur le territoire correspondant à celui de l\u2019État Québécois ?La théorie des Zones monétaires optimales (ZMO) de Robert Mundell6 Mundell étudie les zones monétaires pour en déterminer la taille optimale.Par exemple, au Canada est-il logique de constituer une seule zone monétaire pour l\u2019ensemble d\u2019un pays qui est « aussi vaste qu\u2019un continent » ?Ne serait-il pas plus cohérent de considérer que les cinq grandes régions économiques que sont : la Colombie Britannique, les trois provinces de l\u2019Ouest, l\u2019Ontario, le Québec et les quatre provinces Atlantiques, constituent chacune (ou regroupées) des zones monétaires en soi ?Nous allons d\u2019abord déterminer ce qui constitue une zone monétaire optimale (ZMO).5  Tremblay Denis, La zone monétaire canadienne, Mémoire présenté à la Faculté des Sciences Sociales, Département d\u2019économie, Université  Laval, Mai 1997., p. 8.6  Mundell, Robert, A., « A Theory of Optimun Currency Areas »,  American Economic Review, Volume 51, Issue 4 ( Sept., 1961), 657- 665., et Armand- Denis Schor., L« a théorie des zones monétaires  optimales : L\u2019optimum, le praticable, le crédible et le réel ». L\u2019Actualité économique, Vol 76, numéro 4, décembre 2000. 54 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 La théorie de la ZMO vise à déterminer la région monétaire où la stabilité de l\u2019emploi et de l\u2019inflation serait la plus efficiente.L\u2019économiste Mundell énonce que dans une zone où il existe deux régions et une seule monnaie, le compromis ou la conciliation entre l\u2019inflation et le chômage est déterminé par la banque centrale.Au Canada, la BdC possède toute l\u2019autonomie pour administrer la politique monétaire.C\u2019est la BdC qui décide d\u2019accroître le chômage dans une région (ou province) peu affectée par l\u2019inflation (ex : le Québec) pour mater celle-ci dans une autre région administrative en pleine croissance (ex : l\u2019Ontario).Les avantages d\u2019adopter une monnaie commune, pour un pays comme le Canada, résident dans la réduction des coûts de transactions qu\u2019entraînent l\u2019existence de monnaies multiples dans l\u2019hypothèse où certaines provinces adopteraient leur propre devise.Cette monnaie commune provoque aussi un gain de liquidité à cause notamment de l\u2019agrandissement de l\u2019espace de transactions, ce qui bénéficie à l\u2019ensemble des marchés financiers7.La monnaie-papier, appelé monnaie « fiduciaire » constitue une relique du passé, à l\u2019exemple de l\u2019or et de l\u2019argent qui ont été jadis à la base du mécanisme des paiements, mais qui s\u2019avèrent maintenant désuets.On observe depuis quelques années, qu\u2019il est bien plus efficace d\u2019utiliser la monnaie électronique, en abandonnant progressivement l\u2019argent liquide au profit de ce nouveau mode de paiement plus moderne.Les transferts électroniques sont très bon marché mais les institutions bancaires et les compagnies de cartes de crédit facturent des tarifs exor- 7  Swoboda Alexandre, Robert Mundell, Le Nobel d\u2019économie qui a  fondé théoriquement l\u2019Euro., Le Temps, le 13 décembre 1999., p.1-2. 55 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 bitants pour ces services.De plus, la monnaie virtuelle permet d\u2019économiser les coûts d\u2019impression des billets de banque et réduit énormément l\u2019étendue de l\u2019évitement fiscal.Avec ce type de devise, un État (ou une Province) peut quitter plus facilement, soit par exemple la zone euro, soit encore sortir de l\u2019emprise de sa monnaie nationale8, comme par exemple au Canada .La devise électronique, permettra au Québec d\u2019émettre beaucoup plus facilement qu\u2019auparavant, sa propre monnaie, lorsqu\u2019il deviendra un pays indépendant.Une zone monétaire (ZM) n\u2019est optimale, c\u2019est-à-dire durable, qu\u2019aux cinq conditions suivantes : \u2022 il lui faut éviter les chocs asymétriques ; \u2022 les facteurs de production circulent sans entraves ; \u2022 la production et de l\u2019activité économique sont diversifiées ; \u2022 il est impératif que l\u2019économie soit ouverte ; \u2022 l\u2019intégration financière doit être présente.Nous n\u2019examinerons pas dans ce texte la pertinence de créer une zone monétaire distincte pour chacune des cinq régions économiques du Canada, car cela dépasse le cadre de cet article.Nous nous concentrerons seulement sur la faisabilité d\u2019en créer une pour le territoire du Québec.8  Stiglitz Joseph E., L\u2019Euro : Comment la monnaie unique menace  l\u2019avenir de l\u2019Europe., Éditions : LLL., Les Liens qui libèrent, 2016, p. 316  à 318. 56 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 Éviter les chocs asymétriques dans la zone monétaire (ZM) Les chocs asymétriques surviennent dans un pays lorsqu\u2019il y a rupture de leurs moyens de production, comme en temps de guerre, ou encore lors d\u2019une récession majeure.Deux économies répondant de façon symétrique aux chocs économiques forment, d\u2019un strict point de vue économique, de bons candidats pour faire partie d\u2019une ZM unique.Si l\u2019on observe ce qui se passe dans les cinq régions administratives du Canada, lors de récessions économiques ou même lors de simples ralentissements économiques, on constate qu\u2019elles ne réagissent pas toutes de façon symétrique.Généralement, la BdC intervient pour ralentir une poussée inflationniste trop vive en Ontario ; les autres régions économiques la subissent et encaissent souvent les impacts négatifs des actions prises par la BdC.Si deux régions encaissent des chocs asymétriques, chacune a intérêt à émettre une monnaie distincte pour isoler ce type de choc.Mundell a déjà signalé « que la zone monétaire canadienne n\u2019est pas optimale ».Il observe que le Canada est divisé en deux régions distinctes, le Centre et l\u2019Est d\u2019une part et d\u2019autre part l\u2019Ouest, entre lesquelles la mobilité de la main-d\u2019œuvre est faible.Un article du Fonds monétaire international (FMI) portant sur la zone monétaire de l\u2019ALÉNA9 conclut au bien fondé de l\u2019observation de Mundell concernant l\u2019absence d\u2019optimalité de la zone monétaire canadienne10.Par ailleurs, les chocs économiques en provenance de l\u2019Ontario sur le Québec sont asymétriques ce qui sous-tend que ces deux régions auraient intérêt à former deux zones monétaires distinctes11.9  ALÉNA = Accord de libre \u2013 échange nord-Américain.10  Bayoumi et Eichengreen, «?Monetary and Exchange Rate Arrangements for NAFTA?», International Monetery Fund Working Papers, March 1993.11  Tremblay Denis., op. cit. 57 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 Les économies du Canada et des États-Unis se comportent de manière asymétrique et ne seraient pas compatibles à former une zone monétaire optimale12.L\u2019économiste John Murray mentionne : « Le Canada, n\u2019est pas une zone monétaire optimale, cependant lui et les États-Unis remplissent encore moins bien cette condition13 ».Pour éviter que le taux de chômage augmente ailleurs au Canada, il est nécessaire qu\u2019il y ait mobilité des facteurs de production, (capital et main d\u2019œuvre) en l\u2019occurrence la mobilité de la main-d\u2019œuvre d\u2019une région comme le Québec vers celle de l\u2019Ontario ou vers d\u2019autres provinces.Or, à cause de barrières linguistiques et culturelles, il risque d\u2019y avoir peu de mobilité de la main-d\u2019œuvre du Québec vers l\u2019Ontario, ou vers d\u2019autres régions.Par conséquent, le taux de chômage augmentera au Québec à cause des taux d\u2019intérêt plus élevés décrétés par la BdC pour résoudre un problème d\u2019inflation dans la province voisine, en l\u2019occurrence l\u2019Ontario, alors que cette inflation serait inexistante ou minime au Québec ou dans les Provinces maritimes.Cette main-d\u2019œuvre subira un effet de polarisation vers le point focal qu\u2019est l\u2019Ontario, ce qui occasionnera des conséquences fâcheuses pour certaines régions administratives du Canada.La politique monétaire a pour effet d\u2019aspirer les principales activités économiques d\u2019un pays vers un pôle central ce qui entraînent le sous-développement des 12  Marcoux Jean-Philippe et Thivierge-Hotte Jean-Hugo, « L\u2019Évolution du  régime monétaire canadien dans le contexte du régionalisme nord- américain », Cahiers de recherche \u2013 CEIM, Groupe de recherche sur  l\u2019intégration continentale, Université du Québec à Montréal, Juillet 2002.13  Murray John, « Going With the flow: The benefits of a floating C$ »,  Canadian Business Economics, vol .7, no 4, 1999 p. 5-6., Lafrance  Robert et St-Amant Pierre, Banque du Canada, « Les zones monétaires  optimales; Une revue de la littérature récente », L\u2019Actualité économique, Revue d\u2019analyse économique, vol 76, no 4, décembre 2000, p. 605. 58 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 régions périphériques.La même anomalie s\u2019observe avec l\u2019Union monétaire européenne qui concentre l\u2019activité économique des pays membres vers l\u2019État pivot qu\u2019est l\u2019Allemagne.Cette dernière devient le centre de gravité de la zone euro et de l\u2019Union européenne toute entière14.En l\u2019absence de mobilité des facteurs de production, les chocs asymétriques peuvent être amenuisés en faisant varier le taux de change, à la condition que les régions ou provinces affectées détiennent leur propre monnaie.La diversification de la production La diversité de la production d\u2019une zone (ou province) atténue l\u2019impact sur l\u2019économie, de chocs ou d\u2019une baisse importante de la demande qu\u2019elle pourrait subir.À l\u2019inverse, plus les régions sont spécialisées15, plus elles s\u2019exposent à encaisser des chocs asymétriques.Le degré de diversification de l\u2019économie d\u2019une région ou d\u2019un pays devient donc un élément additionnel d\u2019optimalité d\u2019une ZM16.Si la demande d\u2019un bien ou d\u2019un service décroît, les impacts du choc sur l\u2019emploi d\u2019une économie diversifiée seront bien moindres que sur ceux d\u2019une économie tributaire d\u2019une seule industrie ou très peu diversifiée.Pour pouvoir mieux réagir aux chocs économiques, il faudrait que les provinces diversifient leurs exportations17.Sur cet aspect, l\u2019économie du Québec peut être qualifiée de diversifiée.14  Delaume Coralie et Cayla David, La fin de l\u2019Union européenne, Michalon  éditeur, 2017.15  Spécialisée ou non diversifiée.16  Kenen  P.  (1969),  « The  Theory  of  Optimun  Currency  Areas:  An  Eclectic  View »,  in  Mundell,  R.  et  Swoboda  A.,  Monetary Problems in International Economy, Chicago, University Press.17  Schor Armand-Denis, «La théorie des zones monétaires optimales :  l\u2019optimun, le praticable, le crédible et le réel», L\u2019Actualité économique,  Vol 76, numéro 4, décembre 2000. 59 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 Le degré d\u2019ouverture de l\u2019économie Selon MacKinnon, le degré d\u2019ouverture de l\u2019économie d\u2019une zone (ou région ou pays) s\u2019ajoute aux indicateurs d\u2019optimalité18.Plus l\u2019économie d\u2019une région ou d\u2019un pays est ouverte (ou exporte) par rapport à ses partenaires, dans une union monétaire, plus elle aspirera à des gains et à des avantages de sa participation à celle-ci.Le Québec bénéficie d\u2019une économie ouverte.L\u2019intégration financière L\u2019économiste Ingram19 insère la dimension financière dans sa définition de la ZMO.Dans une telle zone, les transferts de richesses via la péréquation rééquilibrent les balances des paiements internes des régions ou provinces concernés.Ingram affirme que la ZMO correspond à une zone financière intégrée.Plus elle l\u2019est, plus les déficits sont aisés à financer sans contraintes fortes sur le taux de change ou les taux d\u2019intérêt.La ZM canadienne s\u2019avère sans doute intégrée mais cela s\u2019opère au détriment du Québec qui a vu, entre autres, son Centre financier de Montréal s\u2019éclipser au profit de Toronto, au cours des dernières décennies.En effet, les sièges sociaux des banques, des compagnies d\u2019assurances, de fiducies, de même que la Bourse de Montréal, et autres, se sont agglutinés à Toronto laissant désert le Centre financier Montréalais.La région Montréalaise qui était jadis la métropole du Canada s\u2019est vu ravir ce titre par Toronto depuis plusieurs décennies.Il s\u2019agit d\u2019une conséquence directe de la politique monétaire canadienne.18  MacKinnon,  R.,  « Optimun  currency  Areas »,  American Economic Review, No 53, p. 717-725, 1963.19  Ingram, J.,( 1969), «?Comment : The Optimun Currency Problem?», In R.Munsell et A.Swoboda, Monetary Problems in International Economy , Chicago University Press., 1969. 60 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 Qui bénéficie de l\u2019union monétaire canadienne Dans une union monétaire, il y aura toujours un membre, un État ou une province, qui en bénéficiera de façon optimale alors que les autres en subiront les impacts négatifs.Au Canada, on observe une tendance à concentrer les investissements de l\u2019ensemble du pays, dans la province dominante de la fédération, soit l\u2019Ontario qui bénéficie des effets salutaires de la politique monétaire canadienne.À titre d\u2019exemple, c\u2019est en Ontario que l\u2019on observe une centralisation des effectifs de la fonction publique fédérale, de l\u2019agglomération des édifices gouvernementaux desservant l\u2019ensemble du Canada, de la présence des laboratoires de recherche du gouvernement central, des employés et députés du Parlement canadien, des employés des sièges sociaux de la BdC et de la Banque de l\u2019infrastructure du Canada, de la polarisation des sièges sociaux des secteurs bancaire et financier, y compris de la Bourse canadienne, de la focalisation des investissements des secteurs secondaire et tertiaire, etc.Puisqu\u2019il y a une convergence des investissements publics de toutes sortes, en Ontario, le secteur privé y retrouve des infrastructures de première qualité qui lui permet d\u2019accroître sa productivité et l\u2019incite à son tour à canaliser ses investissements dans cette même province.La même singularité s\u2019observe en Allemagne, qui joue le rôle de plaque tournante de la zone monétaire européenne20 et reçoit la part majeure des investissements des secteurs publics et privés de l\u2019ensemble des pays membres de l\u2019UE.En Europe, l\u2019Allemagne a réussi à focaliser en 2017, 50 % de tous les investissements directs de la zone euro, laquelle 20 Martin Jacques C., «La révolte des gilets jaune en France», L\u2019Action nationale, Novembre-Décembre 2019, Vol CIX nos 9-10., p. 64., et  Stiglitz Joseph E., L\u2019Euro : Comment la monnaie unique menace l\u2019avenir de l\u2019Europe, Éditions LLL., Les liens qui libèrent, 2016. 61 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 regroupe dix-neuf pays21.Notons que l\u2019Union européenne (l\u2019UE) compte 27 pays membres.Cette situation s\u2019explique par le fait que les investisseurs retrouvent en Allemagne des infrastructures de premier ordre par rapport aux autres pays européens.Lorsqu\u2019une union monétaire existe, comme c\u2019est le cas dans la zone euro, les entreprises jugent non nécessaire de diversifier leur production entre plusieurs pays.Dans un tel cas, les entreprises transféreront leur production et, l\u2019ensemble de leur chaîne d\u2019approvisionnement suivra graduellement vers le pays qui disposera des meilleures infrastructures (transport, éducation, santé, recherche, et autres).Il y aura donc une concentration maximale des investissements privés dans le pays en question, en l\u2019occurrence l\u2019Allemagne, pour la zone euro22.Bref, la politique monétaire de l\u2019UE, devient précisément celle de l\u2019Allemagne.La politique monétaire du Canada a pour effet de polariser les investissements publics et privés vers la province de l\u2019Ontario.La conséquence de cette focalisation excessive de l\u2019activité économique dans une province pivot sera de créer un effet de distorsion ou un dysfonctionnement dans la fédération canadienne.Pour atténuer ce désordre fonctionnel, les fédérations ont mis en place des systèmes de péréquations variés lesquels absorbent, en partie, les chocs causés par une politique monétaire unique.21  Quels pays utilisent l\u2019euro ?, https://europa.eu/european-union/ about-eu/euro/which-countries-use-euro_fr 22  OCDE \u2013Principaux indicateurs économiques, Volume 2019/1 Janvier  et Volume 2019/3, Mars., https://read.oecd-library.org/economics/ principaux-indicateurs-economiques/volume- 2019/issue-1_mei-v2019- 1-fr., et Gasparotti Alessandro ert Kullas Matthias, « L\u2019Euro a 20 ans :  qui sont les perdants ? qui sont les gagnants ? », Février 2019, Les Études du cep., et Delaume Coralie et Cayla David, « La fin de l\u2019Union  monétaire européenne », Les Crises, https://www.les-crises.fr/la-fin-de- lunion-européenne-de-coralie-delaume-et-david-cayla/ 62 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 Conclusion : Quels seraient les avantages pour le Québec de sortir de l\u2019union monétaire canadienne et devenir un pays indépendant Au-delà des considérations strictement économiques que nous venons d\u2019évoquer, il y a surtout des considérations politiques qui doivent être tenues en compte pour déterminer si une région peut créer sa propre monnaie.Dans une fédération unie où l\u2019on retrouverait une forte solidarité et un grand respect entre les États membres, le gouvernement fédéral pourrait mettre en place un « système de péréquation » pour combler les lacunes d\u2019une politique monétaire centralisée ou unique, qui cause toujours des effets nocifs chez plusieurs États ou provinces membres.L\u2019UE ne procède pas de cette façon, car il n\u2019y a pas de systèmes de péréquation en vigueur, ce qui cause de graves problèmes d\u2019équité et des déséquilibres économiques et sociaux entre les pays membres de la zone euro23 et pourrait provoquer, à terme, la dislocation de cette zone.Dans le régime politique canadien actuel, le Québec subit les effets toxiques de la politique monétaire canadienne et il aurait donc avantage à gérer sa propre politique monétaire ainsi qu\u2019à émettre une monnaie spécifique.C\u2019est précisément ce que l\u2019Angleterre a choisi en n\u2019acceptant pas de se joindre à la monnaie unique (l\u2019Euro).Plusieurs pays développés du Nord de l\u2019Europe tels, la Suède, la Norvège et le Danemark ont choisi de ne pas adhéré à la monnaie européenne24.23  Martin, Jacques C., op.cit., p. 64 à 74.24 Le Danemark et la Suède font partie de l\u2019UE., mais pas de la zone  euro. 63 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 Dans la fédération canadienne, les provinces bénéficient d\u2019une certaine solidarité fiscale entre elles grâce au programme de péréquation.En contrepartie de l\u2019adoption de la formule fédérale de péréquation, les provinces doivent accepter une politique monétaire unique pour l\u2019ensemble de l\u2019espace canadien.Or, l\u2019adoption de cette politique monétaire unique se double d\u2019effets délétères pour les provinces prises individuellement, telles, la perte du levier monétaire et la flexibilité du taux de change.Même si on assiste à une certaine solidarité fiscale dans le régime fédéral canadien, on ne peut pas dire qu\u2019il existe un « grand respect » entre les États membres.En effet, les campagnes incessantes de dénigrement en provenance du Canada anglais envers le Québec, « Quebec Bashing », sans que les principaux leaders anglophones, issus des médias, de la classe politique ou des affaires ou autres, ne répliquent pour faire taire de tels propos racistes, en disent long sur le clivage profond qui existe entre les deux solitudes.Les attaques permanentes en provenance du ROC25 concernant le fait que le Québec reçoive de la péréquation et que nous serions, selon eux, les assistés sociaux de la Confédération, témoignent d\u2019une méconnaissance élémentaire du fonctionnement du fédéralisme canadien.La population en général peut très bien ignorer la mécanique du fédéralisme canadien, et de la péréquation en particulier, mais il est aberrant que les grands médias ainsi que les dirigeants politiques du ROC (et les élites canadiennes) ne contredisent les inepties formulées par ces adeptes du « dénigrement du Québec », au sujet des paiements de transferts.C\u2019est une démonstration de plus qu\u2019il n\u2019y a pas consensus entre les dirigeants des provinces concernant la justice sociale qui doit émaner d\u2019un régime fédératif ayant une politique monétaire unique.25  ROC = Rest of Canada. 64 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 Le Québec peut très bien se passer de la péréquation offerte par le Canada en recouvrant toute sa latitude vis- à-vis sa politique monétaire.Il réunit toutes les conditions nécessaires pour le faire et évidemment, il pourrait émettre sa monnaie distincte.À cette fin, l\u2019État du Québec n\u2019a qu\u2019à choisir de se gouverner par ses propres moyens et à devenir un « pays indépendant ».Il en a tous les moyens et toute la capacité et pourra même devenir un des États les plus prospères parmi le concert des nations.u 65 Articles Jean-Luc Dion* Les chantiers de l\u2019avenir Un projet pour ouvrir l\u2019esprit, régénérer nos forêts Et donner de l\u2019espoir aux jeunes Québécois De toutes conditions et de toutes origines Introduction Sans projets structurants pour l\u2019avenir qui suscite un grand intérêt pour la majorité des Québécois, des projets qui pourront donner des résultats vraiment significatifs, il est peu probable que la population soit sérieusement convaincue de la nécessité de l\u2019indépendance.C\u2019est ce qu\u2019on peut dégager de la faiblesse des appuis manifestée dans les sondages depuis une vingtaine d\u2019années.Or, la réalisation du projet ici décrit pourrait permettre d\u2019atteindre simultanément au moins deux objectifs marquants : \u2022 Réunir dans une activité stimulante et productive des jeunes de tous les milieux, particulièrement ceux de nos grandes villes qui sont sous-scolarisés, désœuvrés, désorientés, qui pourront prendre conscience de leurs *  Ingénieur, professeur titulaire retraité et chercheur du département de  Génie  électrique  et  Génie  informatique  de  l\u2019Université  du  Québec  à  Trois-Rivières. 66 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 possibilités en faisant un travail productif, tout en découvrant les vastes ressources du Québec et créant des liens avec des compatriotes de toutes les régions.\u2022 Donner naissance à une véritable régénération et appropriation de nos forêts dans toutes les régions du Québec dont pourront bénéficier nos descendants.Les éléments de base de ce projet avaient été présentés par l\u2019auteur à la Commission Mauricie \u2013 Bois-Francs sur l\u2019avenir du Québec, à Louiseville, en février 1995\u2026 Constatations \u2022 Nos forêts sont largement devenues improductives et délabrées par la surexploitation qu\u2019on en fait depuis des décennies, sinon des siècles.Les affreuses « coupes à blanc » plus récemment, et surtout l\u2019absence de véritables pratiques sylvicoles à grande échelle dont ne se soucient pas les exploitants actuels qui veulent toujours plus d\u2019ouverture vers les territoires protégés, afin de raser de nouvelles forêts.On ne trouve pratiquement plus de beaux arbres dont la taille permette une exploitation rentable à long terme.Des espèces comme le pin rouge et le chêne blanc sont pratiquement disparues et ne peuvent plus être vraiment utilisées.\u2022 En beaucoup d\u2019endroits, particulièrement dans les forêts de résineux, les arbres sont beaucoup trop rapprochés, parce que non cultivés, de sorte qu\u2019ils n\u2019ont aucune chance de grossir et grandir.Actuellement, on rase des forêts d\u2019arbres beaucoup trop petits avec des machines monstrueuses, au lieu de faire une coupe sélective avec de petites machines qui permettrait aux arbres de grandir et d\u2019être récoltés avantageusement et indéfiniment après quelques décennies. 67 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 \u2022 La récupération des déchets de matière ligneuse en grande quantité peut être à la base d\u2019une nouvelle industrie chimique produisant non seulement du papier, mais une foule d\u2019autres dérivés utiles et moins polluants.\u2022 Une trop grande proportion de nos jeunes, en plus d\u2019avoir des déficiences en culture générale, semblent avoir souvent été mal orientés au cours de leurs études secondaires.Malgré leurs efforts, les services d\u2019orientation de nos écoles ratent parfois l\u2019objectif essentiel : faire en sorte que les jeunes choisissent une voie dans laquelle ils pourront développer leurs talents au maximum, en étant heureux, responsables et utiles à la société.Cette proportion est considérablement plus élevée pour les jeunes provenant de milieux défavorisés.Leur a-t-on suffisamment répété qu\u2019il est parfaitement honorable et valorisant d\u2019être un bon menuisier, un bon mécanicien, un bon pâtissier, etc.Tous les hommes et toutes les femmes ont un talent particulier et devraient normalement trouver beaucoup de satisfaction et de bien-être dans le travail bien fait, quel qu\u2019il soit.C\u2019est une vérité élémentaire qui semble souvent oubliée.Trop de jeunes Québécois, par un effet d\u2019entraînement, se sont engouffrés dans des études et des formations pour lesquelles ils n\u2019avaient pas les aptitudes et ont accumulé les déceptions et les échecs.Pourtant, la plupart avaient certainement des talents divers qu\u2019ils auraient dû normalement utiliser pour se forger une carrière honorable et valorisante.Ils doivent aussi avoir une chance de reprendre des études supérieures s\u2019ils en ont le talent.\u2022 Ces adolescents ne possèdent souvent aucun entraînement à un travail quelconque et n\u2019ont qu\u2019une vague 68 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 idée des exigences d\u2019un milieu de travail moderne.Leur avenir est bloqué à toutes fins pratiques.Il est scandaleux de laisser tant de talents se gaspiller depuis si longtemps.L\u2019oisiveté détruit l\u2019homme, c\u2019est bien connu.Les conséquences de ces échecs sont indiscutablement néfastes pour la nation.Sans parler de l\u2019influence anglo-américaine délétère dans divers domaines qui influencent la jeune génération, particulièrement sur les réseaux sociaux\u2026 \u2022 Les jeunes Québécois connaissent généralement mal les diverses régions du Québec et les ressources inouïes de notre territoire.De plus, ces jeunes ont trop rarement l\u2019occasion de se rencontrer et d\u2019échanger leurs idées, particulièrement avec ceux des peuples autochtones.\u2022 Les milliards de dollars consacrés annuellement à l\u2019assurance chômage et à la sécurité sociale sont souvent improductifs, et ont parfois des effets pervers sur certaines personnes aptes au travail.Nature du profit Il s\u2019agit de l\u2019organisation de chantiers forestiers de sylviculture intensive dans nos forêts publiques, du printemps à l\u2019automne particulièrement, mais non exclusivement, pour les jeunes chômeurs, chômeuses et assistés sociaux des grandes villes, leur permettant d\u2019acquérir une formation au travail tout en découvrant notre magnifique territoire et une nature qu\u2019ils ignoraient, en contribuant à réparer les dégâts d\u2019une imprévoyance séculaire en ce qui concerne nos forêts publiques.La participation de jeunes Autochtones facilitera certainement cette découverte et les relations fraternelles.Il s\u2019agit d\u2019une réappropriation de nos 69 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 forêts publiques et d\u2019un investissement massif dans notre avenir économique, tout en apportant une solution à un problème social de première importance.Ce projet pourrait même être élargi et transformé en un service civique pour tous les jeunes citoyens, dans la perspective d\u2019une société qui se soucie d\u2019établir des règles de vie en harmonie pour le bien commun.Objectifs \u2022 Utiliser d\u2019une façon constructive les fonds publics consacrés à l\u2019aide aux chômeurs et à la sécurité sociale en général.\u2022 Redonner l\u2019espoir aux Québécois qui se gaspillent dans l\u2019inactivité, par un travail communautaire valorisant et rétribué, pendant une période limitée dans un milieu différent de leur milieu habituel.\u2022 Donner l\u2019occasion à des dizaines de milliers de jeunes Québécois et Québécoise, ainsi qu\u2019à de jeunes immigrés, de découvrir les immenses ressources notre si beau territoire, de mieux se connaître et de créer des liens dans le cadre de travaux d\u2019équipe valorisants qui seront un investissement dans leur avenir.\u2022 Leur permettre de vivre une période intense de travail productif, de formation et de réflexion.Leur faire découvrir les joies du travail dans la nature.Normalement, au cours d\u2019un tel stage, la plupart devraient trouver une nouvelle motivation à faire les efforts qui s\u2019imposent pour régler leurs problèmes, trouver les idées et l\u2019information qui leur permettent de réorienter efficacement leur vie.Leur donner une occasion de mettre en valeur leurs qualités d\u2019organisateurs et de chefs d\u2019équipe. 70 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 \u2022 Donner à plusieurs la possibilité de se refaire une santé, de se dégager de l\u2019emprise de l\u2019alcool et de la drogue, de prendre de saines habitudes de vie et de bonne alimentation.\u2022 Développer l\u2019amour du patrimoine et la solidarité nationale des Québécois de toutes origines.Actuellement, les habitants du Québec sont divisés par toutes sortes de barrières : l\u2019école, le statut social, l\u2019origine ethnique, la religion, la langue, etc.Il importe au plus haut point de mettre ensemble tous ces Québécois dans un milieu propice, afin qu\u2019ils découvrent finalement un vouloir-vivre collectif.\u2022 Réaliser des travaux de sylviculture à grande échelle dans des territoires désignés afin de régénérer nos forêts, accélérer la croissance des arbres et nous assurer des réserves de bois de diverses essences de très haute qualité pour l\u2019avenir.Il s\u2019agit largement de couper une bonne partie des petits arbres pour permettre aux autres de grossir plus rapidement et de nettoyer la forêt selon des directives professionnelles.\u2022 Développer l\u2019aptitude à comprendre la nécessité de travaux à long terme, sans rentabilité immédiate pour assurer l\u2019avenir d\u2019une nation sur un territoire.Description Le secteur forestier doit être prioritaire du fait que la forêt une de nos plus importantes ressources naturelles, et qu\u2019elle est renouvelable indéfiniment si on le veut.D\u2019autres secteurs peuvent être considérés, mais peu permettent de mobiliser autant de personnes simultanément avec des effets perceptibles à court et à moyen termes. 71 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 Les forêts à nettoyer et cultiver doivent être désignées par nos plus grands experts dans le domaine, en fonction de critères reconnus par tous.L\u2019équipement utilisé doit être du type léger : on doit favoriser largement le travail manuel et ne pas investir dans un équipement mécanisé importé et coûteux.Un chantier pourrait être composé d\u2019une moyenne d\u2019une centaine de personnes, incluant les divers professionnels, avec des camps séparés pour les garçons et les filles.Dans une première phase ou projet-pilote de deux ans, on pourrait prévoir l\u2019organisation à court terme de deux chantiers dans des forêts de la rive nord du Saint-Laurent dans des forêts de résineux, et deux chantiers sur la rive sud dans les bois francs.On fera suivre d\u2019une évaluation approfondie en vue de la poursuite dans toutes les régions du Québec.Considérant le nombre actuel de chômeurs et d\u2019assistés sociaux, il faudra probablement multiplier cet effort rapidement.Ces chantiers pourraient normalement fonctionner du début mai à la fin octobre.Mais une partie pourrait fort bien fonctionner à longueur d\u2019année.La journée de travail pourrait être de 6,5 à 7,5 heures selon le nombre d\u2019activités de formation et loisir organisées.On fournira une bonne alimentation, saine et abondante : on en fera une matière de formation (mens sana in corpore sano\u2026).Le logement sera simple, mais confortable.On incitera toutes les personnes aptes au travail, assistés sociaux et chômeurs, à participer à ces chantiers, dans la perspective d\u2019une réinsertion à court terme dans la société active.On devra aussi incorporer des jeunes qui réussissent bien dans la vie pour leur bénéfice mutuel.Il faut évidemment une sérieuse incitation monétaire : par 72 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 exemple, ceux qui participeront seront nourris et logés pendant leur stage, tout en recevant une généreuse allocation leur permettant de faire des économies.Les vêtements et chaussures de travail pourraient être fournis suivant des normes à établir.Par contre, ceux qui refuseraient ne recevraient plus qu\u2019une fraction de l\u2019allocation habituelle.D\u2019autre part, ceux qui sont vraiment inaptes au travail continueront d\u2019avoir droit à des allocations leur permettant de vivre dignement.La durée normale d\u2019un séjour dans un chantier devrait être d\u2019une période de 4 à 5 mois, à la fin de laquelle un encadrement efficace devrait être proposé aux stagiaires, avec une rémunération minimale, pour les aider à trouver une nouvelle activité valorisante.Ils pourraient aussi bénéficier d\u2019une deuxième période selon des critères à préciser.On mettra à contribution tous les secteurs de notre société pour organiser une grande variété d\u2019activités de formation et d\u2019activités de loisir : des conférences, des entrevues avec des chefs de file, des jeux, des sports organisés, etc.La matière ligneuse récupérée ainsi en très grandes quantités d\u2019une façon régulière peut être transformée en divers sous-produits : papier et carton, matériaux de chauffage (briquettes), alcools, etc.La récupération et le sarclage seront faits conformément aux directives de professionnels de la forêt.Il ne s\u2019agit aucunement d\u2019un projet visant à procurer de la main-d\u2019œuvre à bon marché à qui que ce soit. 73 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 Moyens \u2022 Le financement proviendra essentiellement d\u2019une nouvelle allocation des crédits de l\u2019assurance-chômage, de la sécurité sociale, des ressources naturelles, etc.Il devrait être facile, pour des économistes et des gestionnaires, d\u2019en démontrer la rentabilité économique par rapport au laisser-aller et au délabrement actuel dont les effets sont désastreux.\u2022 La réalisation et le bon fonctionnement de ce projet devront mettre à contribution l\u2019expertise et les ressources de plusieurs ministères de l\u2019État du Québec comme les suivants prioritairement : \u2013 le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs.\u2013 le ministère du Travail, de l\u2019Emploi et de la Solidarité sociale.\u2013 le ministère de l\u2019Économie et de l\u2019Innovation.\u2013 le ministère de l\u2019Agriculture, Environnement et Ressources naturelles.Les suivants pourraient éventuellement y contribuer de diverses façons pour de la formation et de l\u2019information : \u2013 le ministère de l\u2019Énergie et des Ressources naturelles \u2013 le ministère de l\u2019Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques \u2013 le ministère de l\u2019Immigration, de la Francisation et de l\u2019Intégration : en lien avec la participation de jeunes immigrés et immigrées aux Chantiers.\u2013 le ministère des Finances\u2026 74 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 \u2022 On devra développer un intéressement des entreprises privées, surtout des entreprises industrielles, auxquelles ce projet devrait profiter du fait que les travailleurs issus de ce programme devraient être plus motivés, plus habiles, plus efficaces, mieux formés, etc.\u2022 La clé du succès de cette opération : une organisation à toute épreuve, mettant à contribution toutes les compétences dont nous disposons.Il faut du personnel d\u2019encadrement hautement qualifié, trié sur le volet et surtout très motivé et bien entraîné.Ce personnel comptera pour moins de 10 % de la population d\u2019un chantier et participera évidemment aux travaux sur le terrain.\u2022 Les chantiers doivent disposer d\u2019un personnel dans une variété de secteurs : des contremaîtres forestiers d\u2019expérience, de bons cuisiniers, des enseignants dans divers domaines, des organisateurs de loisirs divers : sports, concerts, récitals, théâtre, ateliers de peinture, de sculpture, etc., etc.\u2022 On pourra mettre éventuellement à contribution les militaires québécois pour l\u2019organisation matérielle des chantiers (baraquements, tentes, groupes électrogènes, etc.), l\u2019organisation d\u2019un bon entraînement physique : enfin une armée pourrait servir à un objectif civil valorisant1.Une fraction du temps pourrait être consacrée à un entraînement de défense civile de base pour tous.1  L\u2019éventuelle armée du Québec devrait être formée d\u2019un strict minimum  d\u2019effectifs permanents et d\u2019équipement, à l\u2019image de celle de la Suisse.  La  meilleure  protection  d\u2019un  pays  est  une  population  pleinement  responsable, prête à défendre sa liberté par tous les moyens, avec des  armes légères qui lui seront confiées dans le cadre d\u2019une défense civile  bien organisée. 75 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 \u2022 On organisera des tournées d\u2019artistes dans les chantiers, des tournées de conférences par toutes sortes de spécialistes du monde de l\u2019enseignement, de l\u2019industrie, des spectacles, récitals, etc.On favorisera la projection de bons films choisis parmi les meilleurs, surtout québécois, français, européens et autres, dans un répertoire essentiellement non violent (nos écrans sont saturés de films américains, le plus souvent très violents).\u2022 On invitera l\u2019entreprise privée à contribuer : encadrement technique pour la coupe du bois et la récupération, prêt d\u2019experts de toutes sortes pour l\u2019organisation d\u2019activités de formation théorique et pratique, etc.Conclusion On a présenté ici les grandes lignes d\u2019un projet qui pourrait permettre d\u2019atteindre simultanément plusieurs objectifs sociaux et économiques de grande valeur, un projet permettant à un nombre considérable de Québécois de retrouver l\u2019espoir, tout en investissant massivement dans la culture de la forêt, notre grande ressource renouvelable, pour préparer un avenir prospère.Il s\u2019agit bien sûr d\u2019une ébauche et il faudrait évidemment développer ce projet et en étudier toutes les implications.Il faut espérer qu\u2019il suscite suffisamment d\u2019intérêt pour qu\u2019il soit rapidement étudié à son mérite.u 76 Articles Nos élites mondialisées du monde des affaires ont eu amplement l\u2019occasion d\u2019exprimer leur inquiétude devant la pertinence et la nécessité de soumettre au peuple des questions politiques touchant les secteurs économiques et des flux migratoires.Au cours des dernières années, et contrairement à ce qu\u2019on pourrait s\u2019attendre pour une petite nation comme la nôtre, plusieurs de nos hérauts du monde des affaires ont clairement opposé une indifférence et parfois une hostilité décomplexée à la souveraineté du peuple et ont utilisé leur présence démesurée dans les différents médias et forums pour le faire savoir.Ceux qu\u2019on présente faussement comme des « conservateurs » sont plutôt des conformistes, saluant les diktats de la mondialisation heureuse et cédant aux membres les plus bruyants et puissants de leur association patronale.Cette situation n\u2019est pas unique au Québec.Car en plus de ces acteurs locaux, le monde subit la pression des GAFAM et autres monstres oligopolistiques.Selon l\u2019auteure du livre Capitalisme woke, la française Anne de Guigné, les acteurs du monde des affaires soustraient des décisions Pascal Leduc* La méfiance de nos élites *  L\u2019auteur  est  dirigeant  commercial  depuis  plus  de  20  ans  dans  l\u2019industrie  des  biens  de  consommation  au  Canada.  Au  cours  des  dernières années, il a également occupé des rôles de direction sur des  conseils d\u2019administration et comités d\u2019association de manufacturiers  canadiens. Il partage ses réflexions à titre personnel. 77 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 politiques dans une sphère parallèle et volontairement hors de portée du citoyen : Sous l\u2019effet de la mondialisation, l\u2019empreinte des grandes sociétés sur la vie des hommes s\u2019est encore accrue.Les grands groupes transnationaux participent au mouvement d\u2019homogénéisation des cultures, tout en assumant, parfois malgré eux, une forme de privatisation de la sphère normative1.On comprend qu\u2019une des conséquences directes est le bâillonnement des discussions est l\u2019affaiblissement du débat dans l\u2019espace public au profit de l\u2019intérêt de certains groupes d\u2019élite.D\u2019ailleurs, en fin de campagne électorale au Québec (au moment d\u2019écrire ces lignes), on peut s\u2019inquiéter de l\u2019absence relative de critiques ou de contre-arguments dans les médias face aux failles évidentes et arrière-pensées idéologiques de certaines positions des associations patronales.On peut s\u2019inquiéter tout autant de l\u2019incompétence du gouvernement sortant de s\u2019exprimer sur des sujets comme l\u2019immigration sans se discréditer, sans se rendre carrément odieux.Pourtant, de nombreuses questions restent en suspens à ce sujet.Par exemple, pendant que les lobbys patronaux réclament l\u2019arrivée massive d\u2019immigrants à bon marché pour remplir les cuisines de restaurants, les commerces de détail et kiosques de festivals, on voit assez peu d\u2019experts soulever l\u2019effet de ressac qui caractérisera le retour à des niveaux normaux de faillites avec le retrait du soutien gouvernemental lié à la crise.Parmi ceux-ci, entend-on Mia Homsy, ex-présidente-directrice générale de l\u2019IDQ 1  Anne Guigné, Le capitalisme woke.Quand l\u2019entreprise dit le bien et le mal,  Presses de la Cité,2022, 200 pages. 78 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 qu\u2019on ne peut certainement pas soupçonner de nationalisme militant, nous dire : « Il ne faut pas penser qu\u2019augmenter les seuils d\u2019immigration ou reporter l\u2019âge de la retraite va nous sauver.C\u2019est faux.Il faut agir sur tous les fronts et aller dans toutes les directions ».Plus important, elle nous prévient qu\u2019une réalité tout aussi inquiétante devrait attirer notre attention : « En matière d\u2019investissement, qui est la clé de l\u2019augmentation de la productivité, le Québec accuse un retard inquiétant.» Le professeur des HEC Jacques Nantel s\u2019inquiète aussi : Il y a beaucoup d\u2019entreprises québécoises qui sont encore sur le respirateur artificiel grâce aux aides gouvernementales qui sont encore extrêmement présentes.Lorsque ce soutien disparaitra, beaucoup d\u2019entre elles ne survivront pas.J\u2019espère me tromper, mais je crois que la récession surviendra au 3e ou au 4e trimestre de cette année (2022)2.S\u2019inquiète-t-on aussi de la pression que cet accueil massif de nouveaux arrivants mettra sur nos services publics déjà débordés et en pénurie de travailleurs ?Ou de la crise du logement conséquente qui s\u2019aggrave comme le constate déjà un témoin privilégié dans un article du journal Les Affaires : Depuis environ 10 ans, la construction ne suffit pas à la demande par rapport à la croissance démographique, notamment en raison de l\u2019immigration, relève Charles Brant, directeur du Service de l\u2019analyse du marché à l\u2019Association professionnelle des courtiers immobiliers du Québec (APCIQ).C\u2019est encore plus vrai pour l\u2019unifa- miliale, très recherchée depuis le début de la pandémie3.2  Emmanuel  Martinez,  « Une  récession  en  vue  cette  année,  selon  Jacques Nantel », Les Affaires, 16 février 2022.3  Émilie Laperrière, « Jongler avec la rareté », Les Affaires, 16 février 2022. 79 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 Combien d\u2019immigrants à faibles moyens se dirigeront vers des emplois précaires, voire le chômage, pour ensuite se retourner vers les services publics pour faire face à une crise sociale et des prix de logements exorbitants ?Le cheap labour en abondance est une solution bien facile face aux investissements requis en transformation numérique ou en machinerie.Une solution partielle qui amène d\u2019autres problèmes.Nous sommes potentiellement devant une bombe à retardement voire une correction socio-économique qui mènera à l\u2019aggravation des conditions d\u2019un surnombre de nouveaux arrivants.Cela dit, il n\u2019est pas question de rejeter en bloc l\u2019ensemble des positions de nos lobbys d\u2019affaires, même que plusieurs continuent de contribuer au débat et permettent de prendre le pouls de leur communauté sur plusieurs sujets, de la transformation numérique au télétravail en passant par la formation, la chaine d\u2019approvisionnement et les différends face à la réglementation tant locale qu\u2019internationale.Néanmoins, il est difficile de ne pas s\u2019inquiéter de quelques-unes de leurs positions dogmatiques et en décalage marqué face aux inquiétudes de la population, comme la survie de la langue française et la cohésion sociale.On pourrait se rassurer d\u2019un contrepoids venant de la gauche.En effet, les positions du monde des affaires ont été historiquement associées à la pensée de la droite libérale et plusieurs citoyens admettent encore cette définition.Pour plusieurs, il pourrait sembler normal et même intuitif que le peuple aille se réfugier dans ce qu\u2019on appelle « la gauche ».En effet, on voyait auparavant celle-ci comme la voix du peuple, le refuge des travailleurs, du prolétariat et des défavorisés.Pourtant, un peu partout à travers l\u2019occident, on assiste à la disqualification des mouvements de gauche comme porteurs de la voix du peuple.Le Québec ne fait pas exception. 80 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 Combien de chroniqueurs, militants et politiciens « de gauche » ne jurent que par la charte des droits et libertés pour l\u2019opposer systématiquement aux initiatives populaires et collectives et ralliant la majorité des citoyens, comme les lois 21 et 96 ?Combien de chroniqueurs de cette même chapelle se désoleront de l\u2019opinion de leur lectorat lorsque celui-ci refusera de se faire imposer la « densification » telle qu\u2019on la présente aujourd\u2019hui, alors que d\u2019aucuns redoutent cet empilage de citoyens les uns par-dessus les autres qu\u2019on nous présente comme une initiative environnementale et de resserrement des liens communautaires ?Toujours sous ce thème de la méfiance et du décalage face au peuple dans cette gauche, il fût fascinant de lire l\u2019influente militante multiculturaliste écologiste et chroniqueuse Laure Waridel réagir récemment devant le scepticisme ou le manque d\u2019empressement que suscite ses idées politiques : Parce que les mesures nécessaires seraient impopulaires.Nuisibles aux prochaines élections.Voilà pourquoi les tribunaux doivent intervenir.Les juges sont au-dessus des intérêts électoralistes.Ils sont tenus de veiller au respect des droits fondamentaux protégés par les Chartes canadienne et québécoise des droits et libertés.Les jeunes l\u2019ont compris.Eux qui subiront la crise climatique de façon disproportionnée comparativement à leurs parents et grands-parents.C\u2019est pour cela qu\u2019ENvironnement JEUnesse, au nom de tous les jeunes de moins de 35 ans au Québec, demande à la Cour suprême de les entendre4.Évidemment, l\u2019inquiétude de madame Waridel face à l\u2019urgence climatique est partagée par plusieurs, dont l\u2019auteur de ces lignes.Néanmoins, elle illustre également cette ten- 4  Laure Waridel, « Des solutions juridiques à la crise climatique », Journal de Montréal, 12 février 2022. 81 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 dance d\u2019une partie non négligeable de nos élites, nonobstant leur chapelle idéologique, de vouloir dépouiller le peuple de son pouvoir de décider.Dans son texte, la chroniqueuse fait appel à des OSBL et aux juges, deux organismes ayant leur utilité, mais non élus et donc aucunement redevables devant la population.On lit aussi ce doux rêve de voir remplacer le peuple par un autre, avec la succession des générations.Mieux, des politiciens comme la solidaire Shophika Vaithyanathasarma réclament même que ceux qui ne sont plus « jeunes » soient exclus de protestations pacifiques, comme la marche pour le climat.Si cet âgisme devait prévaloir sur le droit démocratique de manifester pacifiquement, j\u2019en conclus que Laure Waridel, plusieurs mères au front et chroniqueurs de gauche devront aussi rester à la maison lors de la prochaine marche.On le sait : la révolution est comme saturne, elle dévore ses propres enfants.Ainsi, peu importe leur chapelle idéologique, plusieurs visages connus de notre élite se comportent comme de véritables apôtres d\u2019une cause bénie se renfrognant devant ce peuple qui refuse de voir la lumière.Campés derrière leur statut souvent autoproclamé d\u2019expert, ils réclament le musèlement de toute opposition, nuancée ou non.Fiers de leur prêt-à-penser politique, ils montent alors sur leur piédestal pour désigner du menton les bouseux en bas, au risque de voir leur rhétorique humanitaire faire place à un dédain qui semble étrangement plus authentique, plus naturel chez eux.On les retrouve aussi souvent soumis à ce chagrin, opposant leur rejet des chaînes de l\u2019État-nation à cette quête de l\u2019adoubement international qui se formulera en déplorant « ce que le monde pensera de nous ».Et pour accompagner leurs états d\u2019âme, cette constante : le rejet du proche pour l\u2019idéalisation du lointain.u 82 Articles Léandre St-Laurent* Quelques lieux communs  néoprogressistes Bataille contre l\u2019âme du Québec Certaines œuvres incarnent l\u2019état d\u2019esprit d\u2019une époque.C\u2019est le cas du documentaire réalisé par Francine Pelletier, Bataille pour l\u2019âme du Québec.Le film fait le récit du nationalisme québécois, ainsi que le procès de son évolution des dernières décennies.On a là la version intelligente et la parfaite synthèse de l\u2019ethos du néo-progressisme québécois des dernières années.Pour cette raison, c\u2019est une œuvre importante.La thèse maîtresse du film embrasse une certaine part de nationalisme \u2013 civique et non pas « classique » !, comme aiment le répéter vitam aeternam plusieurs collaborateurs du film \u2013, mais rejette son variant « conservateur » qui se serait développé dans les dernières décennies, que l\u2019œuvre vise à démonter.Avec ce film, nous avons droit aux pires caricatures intersectionnelles du moment, mais pas que.Le documentaire de Pelletier a le mérite de donner la parole à certains intervenants nuancés, comme Gérard Bouchard, que nous n\u2019avons plus besoin de présenter, ainsi qu\u2019à certains autres (minoritaires dans le film) qui n\u2019épousent pas cette critique radicale du nationalisme historique du peuple québécois, que l\u2019on pense au sociologue Jacques Beauchemin ou aux péquistes Sylvain Gaudreault et Stéphane Bédard.*  Enseignant. 83 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 Mais ne nous trompons pas : le point de vue défendu par Pelletier, qui se veut un nationalisme alternatif, mais qui prend en vérité les apparences d\u2019un antinationalisme, se base sur des lieux communs sans lesquels plusieurs positions néoprogressistes sont difficilement tenables.La critique du film est ici un prétexte pour démonter certains postulats.Qui critique de façon convaincante l\u2019œuvre de Pelletier contribue à ébranler le temple néo- progressiste.Lieu commun néoprogressiste : Il y aurait un nationalisme « ouvert » et « pluraliste », à l\u2019opposé d\u2019un nationalisme « fermé », devenu hégémonique, qui, lui, s\u2019attaquerait aux minorités.En regardant concrètement le peuple québécois, on se demande bien à quoi ce sombre tableau correspond.Il est assez difficile de trouver un peuple dans le monde où les droits des minorités et des femmes sont plus respectés qu\u2019ici et où les libertés publiques sont plus chéries.Nos mœurs sont ultralibérales, la rectitude religieuse ne concerne que des minorités à la marge, les crimes haineux y sont parmi les plus bas en Amérique, plus que chez ces parangons de la vertu que seraient nos voisins ontariens1, les discriminations à l\u2019emploi demeurent marginales pour les arrivants qui y sont établis depuis quelques années et qui maîtrisent le français et/ou l\u2019an- 1  L\u2019on  peut  par  exemple  s\u2019intéresser  à  l\u2019augmentation,  depuis  2020,  des crimes haineux au Canada, comparée entre les provinces. Comme  partout  en  Occident,  ces  types  de  crimes  augmentent  de  façon  marquée, depuis quelques années, mais, dans l\u2019absolu, demeurent bas  en sol canadien : Hui Wang, J. et Moreau, G. (2022, mars), Les crimes haineux déclarés par la police au Canada, 2020, Statistique Canada. 84 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 glais (l\u2019anglais pour le grand Montréal)2, nous avons les lois parmi les plus progressistes en Amérique concernant les minorités, et, nulle part ailleurs sur le continent, ne peut-on observer une société aussi égalitaire que la nôtre sur le plan socio-économique3.Si c\u2019est bien là la société qu\u2019un nationalisme « fermé » contribue à produire, nous avons là une drôle de « fermeture ».Depuis la Révolution tranquille, le nationalisme québécois suit organiquement cette trajectoire.Les Québécois ont majoritairement adhéré à un nationalisme civique qui se base sur la construction d\u2019un État national.C\u2019est une construction lente, par étapes, qui ne va ni au rythme des indépendantistes ni à celui des progressistes qui voudraient voir s\u2019étendre toujours plus notre modèle de social-démocratie, mais elle fait tout de même son bout de chemin.Ce nationalisme accueille quiconque fait du Québec sa patrie et intègre sa culture et sa langue.C\u2019est une machine à faire des Québécois.La machine, plusieurs communautés ethnoculturelles l\u2019ont rejetée et ont contribué à l\u2019enrayer.En 1995, la majorité historique était enfin déterminée à faire aboutir son projet national.60 % des francophones ont voté « oui ».Nombre de ces communautés se sont jointes au groupe anglais historique, constituant une minorité de blocage.Que fait-on de cette donne ?Que fait-on 2  Il est statistiquement démontré qu\u2019il n\u2019y a pas de différence significative,  au Québec, entre les taux d\u2019emploi des gens appartenant aux minorités  visibles  et  celles  appartenant  au  groupe  ethnique  majoritaire.  Il  est  même légèrement supérieur pour les minorités visibles établies depuis  plus de dix ans au Québec : Institut de la statistique du Québec (2022,  février),  État du marché du travail au Québec.Bilan de l\u2019année 2021,  Institut de la statistique du Québec.3  À ce sujet, voir Nicolas Zorn. Le 1 % le plus riche : l\u2019exception québécoise.  Montréal : Les Presses de l\u2019Université de Montréal, 2017, 191 p. 85 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 face à ce constat de Néo-Québécois qui rejettent aussi massivement le projet historique porté par un peuple qui, pourtant, les a accueillis, et dont le naturel devrait plutôt porter vers la gratitude envers cette collectivité unique en Amérique ?La réponse des néoprogressistes est d\u2019affirmer que les Québécois n\u2019ont pas fait assez de place pour la « diversité », et pourtant\u2026 Si on compare le projet d\u2019affirmation nationale québécois à la grande histoire des nations, notre peuple n\u2019a fait que ça, depuis les années 1960, se montrer « ouvert », se montrer le plus présentable possible, quitte au reniement, et à exorciser ses démons « ethniques ».Voilà une hypothèse que le progressisme contemporain n\u2019envisage jamais : se pourrait-il que peu importe les courbettes de la grande famille nationaliste, que cesdites « minorités » ne changent jamais leur fusil d\u2019épaule ?Se pourrait-il que ce soit elles qui rejettent le projet québécois plutôt que l\u2019inverse ?Et que si elles agissent ainsi, c\u2019est que c\u2019est dans leur intérêt objectif de gagner en puissance en s\u2019assimilant à la majorité anglo-saxonne d\u2019Amérique ?Que c\u2019est là un pragmatisme normal pour plusieurs nouveaux arrivants qui font face à une petite nation confinée dans une province et submergée dans un continent anglophone, et sur laquelle ils ne pensent pas qu\u2019il soit raisonnable de miser leur destin ?Dans ce contexte, si le projet national québécois n\u2019attire pas davantage, ce n\u2019est pas parce qu\u2019il serait « fermé », mais plutôt parce qu\u2019il constitue le projet historique d\u2019une minorité faible, historiquement dominée, et encore sous tutelle politique.Voilà qui relativise la relation de dominant/dominé issue d\u2019une grille de lecture ultra- progressiste importée du monde anglo-américain, qui embrouille plutôt qu\u2019elle n\u2019éclaire. 86 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 Lieu commun néoprogressiste : Le nationalisme actuel serait radicalement différent de celui (fantasmé) des années 1960 à 1995, à un tel point qu\u2019il n\u2019y aurait pas de filiation véritable à établir entre les deux.Le politologue Jean-Pierre Couture n\u2019y va pas avec le dos de la cuillère : comme ennemi de la cause nationale, les Québécois seraient « passés de l\u2019impérialisme américain à la femme musulmane », véritable « déroute ».Passons un instant cette caricature grossière, et retenons ce qu\u2019elle a de vrai.Que le nationalisme québécois ait brutalement mué dans les soixante dernières années, c\u2019est l\u2019évidence même.Nous sommes en effet passés d\u2019un nationalisme conquérant, qui posait les jalons d\u2019une nouvelle voix au concert des nations, à un nationalisme défensif qui vise à sauver les meubles.Les tenants d\u2019un nationalisme dit « progressiste » méprisent cette trajectoire récente du peuple québécois, et appellent de leurs vœux un patriotisme « inclusif » axé sur la bataille contre le colonialisme et le grand capital.Ce mépris pour cette mutation du nationalisme québécois, qui représente pourtant l\u2019univers mental auquel s\u2019identifie une majorité de Québécois, peut rapidement se transformer en mépris du peuple.C\u2019est que cette position ne donne pas l\u2019impression que le contexte historique auquel les Québécois font face est pris en considération.Nous ne sommes plus dans une séquence historique de babyboum, durant laquelle l\u2019Occident traversait une période inouïe d\u2019essor économique et durant laquelle le monde connaissait une phase brutale de décolonisation.L\u2019économie occidentale est désormais à bout de souffle, nos modèles d\u2019État-pro- vidence craquent de partout, nos sociétés connaissent un déclin démographique inédit et les identités nationales s\u2019effritent en même temps que les pays non occidentaux 87 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 connaissent un phénomène inverse.Les Québécois, eux, ont connu deux échecs historiques majeurs, ont échoué à faire valoir leurs droits culturels collectifs au sein de l\u2019ensemble canadien, constituent désormais l\u2019une des sociétés les plus vieillissantes au monde et font face à un basculement démographique les vouant à la disparition.Il est absolument déraisonnable de plaquer sur le peuple actuel les paramètres de celui du passé, qui ne faisait pas face aux mêmes dangers, qui avait en lui des forces vives différentes de celles d\u2019aujourd\u2019hui et dont les ressorts sociologiques se sont transformés.La déraison est encore plus importante lorsqu\u2019on calque sur lui les catégories d\u2019un peuple imaginaire fantasmé par les néoprogressistes.Le peuple québécois concret en est un qui est forcé de se réfugier à nouveau dans une logique de survivance, comme il l\u2019a fait par le passé.Ce n\u2019est pas glorieux, mais c\u2019est devenu une nécessité existentielle.Dans le documentaire, il est dit que la population québécoise agit en « peuple assiégé ».Mais, justement, il l\u2019est, assiégé : politiquement, linguistiquement et démographiquement.L\u2019on ne peut pas demander à l\u2019assiégé d\u2019user des mêmes tactiques et stratégies que celui qui est en pleine conquête de son destin.Pour sortir les Québécois de cette torpeur, l\u2019on se fait soi-même modeste et l\u2019on prend les préoccupations de ce peuple au sérieux.On essaie de les comprendre, même celles qui nous sont étrangères, qui nous dérangent, et on les inscrit dans quelque chose de plus grand.On ne redresse pas la tête d\u2019un peuple en le frappant à nouveau, sous prétexte qu\u2019il est honteux qu\u2019il baisse la tête lorsque frappé.Et sur le fond, en quoi le nationalisme dit « conservateur » ou « identitaire » serait-il si différent de celui de la Révolution tranquille ?Lorsqu\u2019on s\u2019intéresse à l\u2019essentiel, le combat demeure le même : celui de la survie de 88 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 notre culture, de notre langue et de notre art de vivre.Et à bien des égards, si les progressistes actuels n\u2019étaient pas aussi sélectifs dans leur rapport au nationalisme des années 1960-1990, ils se rendraient compte qu\u2019il s\u2019inscrivait dans un regard sur le Québec qu\u2019eux-mêmes rejetteraient aujourd\u2019hui.Il suffirait que les néoprogressistes actuels s\u2019intéressent sérieusement à ce que René Lévesque et ses consorts préconisaient en termes de langue et d\u2019immigration pour se rendre compte qu\u2019ils n\u2019étaient pas bien différents de ces « identitaires » et « réactionnaires » d\u2019aujourd\u2019hui.Pourtant, ils osent quand même se revendiquer de son héritage.Dans un passé rapproché, la gauche québécoise était, dans sa majorité, nationaliste, enracinée et attachée à un modèle de convergence culturelle.Aujourd\u2019hui, elle a toutes les apparences d\u2019un attachement au multiculturalisme anglo-saxon, est déracinée et prône la déconstruction des normes nationales.Se pourrait-il que, sur l\u2019essentiel, c\u2019est bien plus la gauche dite « progressiste » qui ait changé, bien davantage que le fond nationaliste du Québec profond ?Lieu commun néoprogressiste Le nationalisme québécois des belles années était « progressiste » alors, qu\u2019aujourd\u2019hui, il est devenu « conservateur ».Cette vision fantasmée d\u2019un Québec tout à gauche est, bien sûr, celui dont les « anti-identitaires » se revendiquent et qu\u2019ils prétendent incarner, dans la continuité.Mais de quel progressisme parlent-ils ?Dans le Québec des années 1960-1970, tout comme dans la décennie 1950 qui l\u2019a préparé, plusieurs variantes du progressisme prenaient forme, au Québec.Et elles n\u2019étaient pas toutes compatibles avec le nationalisme, que l\u2019on pense au marxisme ou aux formes les plus radicales de libéralisme politique.La forme de progressisme d\u2019antan qui correspond le plus 89 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 au fantasme progressiste du moment, c\u2019est celle de Cité libre qui, avec Trudeau père, aura finalement accouché du multiculturalisme canadien et de la charte de 1982.Ce n\u2019est évidemment pas ce que revendiquent explicitement les néoprogressistes québécois et nous excluons ici d\u2019emblée des gens nuancés comme Gérard Bouchard que l\u2019on ne peut raisonnablement associer à ce nouveau progressisme.Mais leur pulsion de déconstruction culturelle supposée par leur adhésion à une certaine forme de pensée intersec- tionnelle y mène inéluctablement, tel un chemin de croix.Elle y mène à un point où Québec solidaire, à mesure qu\u2019il se modère sur le plan socio-économique et qu\u2019il fait preuve de pragmatisme, prend de plus en plus l\u2019apparence de ses consorts idéologiques que sont devenus le NPD et les ailes gauches des partis libéraux canadien et québécois.La gauche qui épousait le nationalisme québécois de cette période faisait plutôt preuve d\u2019un progressisme tempéré sur le plan culturel, d\u2019un progressisme enraciné, qu\u2019il s\u2019agisse des intellectuels de Parti pris ou du Rassemblement pour l\u2019indépendance (RIN).Il épousait certes le rêve d\u2019un État social, mais avant tout celui d\u2019un Québec maître chez lui, pour tous les Québécois, de gauche comme de droite.C\u2019est ce pari d\u2019un progressisme enraciné qui mena à celui du PQ, par lequel les tendances conservatrices et progressistes du mouvement indépendantiste convergèrent vers un projet national commun.Et, de façon générale, c\u2019est ce qui fit la force de la Révolution tranquille.Elle s\u2019incarnait dans un mouvement de fond qui aspirait toutes les tendances politiques vers l\u2019affirmation nationale des Québécois et de leur État.L\u2019idée que la Révolution tranquille n\u2019était que l\u2019expression d\u2019un ultra-progressisme est non seulement fausse, mais occulte des pans entiers de son processus, que l\u2019on pense, par exemple, au gouvernement de Daniel Johnson père, à qui l\u2019on doit beaucoup, ou 90 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 à tous ces intellectuels plus ou moins conservateurs qui ont donné du souffle au nationalisme québécois.C\u2019est également oublier que le nationalisme canadien-français préparait déjà le terrain de celui de la Révolution tranquille, avec, en premier plan, Lionel Groulx, aujourd\u2019hui honni.Évacuer la Révolution tranquille de ces pans aujourd\u2019hui considérés par certains comme « identitaires » ou « conservateurs », c\u2019est la trahir.Lieu commun néoprogressiste : La Révolution tranquille n\u2019a rien à voir avec la laïcité.En sous-texte, ce que cette affirmation suppose, c\u2019est que ce qui apparaît aujourd\u2019hui comme la consolidation d\u2019un modèle de laïcité québécois ne relèverait que d\u2019un combat d\u2019arrière-garde dans lequel le nationalisme québécois, privé de son combat principal, se serait réfugié ; une qua- si-pulsion de mort contre l\u2019autre, pulsion se drapant des oripeaux de la neutralité religieuse pour mieux écraser.La façon de se mettre à distance par rapport l\u2019adhésion majoritaire à cette gestion du religieux est de dissocier ce choix collectif du parcours national québécois, d\u2019affirmer à qui veut bien l\u2019entendre qu\u2019il n\u2019y a aucun lien crédible à faire entre la laïcité québécoise et la construction de notre État national hérité de la Révolution tranquille.C\u2019est là une occultation majeure de la mémoire de la Révolution tranquille dont certains néoprogressistes font montre lorsqu\u2019ils affirment une telle chose, sans n\u2019être aucunement gênés de se présenter en même temps comme les continuateurs du combat politique québécois que les années 1960 ont en partie initié.Disons-le d\u2019emblée : il n\u2019y aurait pas de Révolution tranquille sans laïcité.L\u2019élan des années 1960 aurait été impossible si l\u2019Église avait préservé sa mainmise sur la population.La décolonisation de ces 91 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 années, tant chérie pas nos progressistes, passait par une sécularisation radicale de la société et par une laïcisation tout aussi tranchée de nos institutions.Les Québécois se sont attachés à un État moderne affichant un espace neutre sur le plan religieux, au-dessus de nos têtes, diffé- rent du type de modèle hérité du libéralisme anglo-saxon.Cet espace permettait l\u2019édification d\u2019une nation civique, expression de la nation historique, qui devenait le nouvel horizon vers lequel se déployer.Ce changement brutal de façon d\u2019être se déployait de façon si organique que nous n\u2019avons pas eu besoin de lois ou d\u2019un usage sérieux de la contrainte pour le faire aboutir.Le modèle de laïcité québécois avait beau ne pas s\u2019affirmer explicitement par un texte de loi, il existait en chair et en os.Historiquement, tout semblait couler naturellement.Les Québécois avaient le sentiment d\u2019avoir réglé le rapport entre l\u2019État et le religieux, tournant une page de son histoire qui, sur plusieurs aspects, était bien sombre.Mais voilà que les vagues migratoires de la fin du XXe siècle et du début du XXIe siècle ont introduit au Québec des gens qui n\u2019entretiennent pas le même rapport au religieux.Certains font montre d\u2019une identité religieuse assumée, en phase avec le bagage culturel qu\u2019ils portent en eux.À cet effet, il est absolument vrai que le grand Montréal ne correspond plus tout à fait au portrait d\u2019un Québec cana- dien-français mur à mur qui aurait épousé un certain sens de la laïcité.Sur ce point, le documentaire de Pelletier vise juste.Là où les progressistes de la trempe de la réalisatrice font fausse route, c\u2019est lorsqu\u2019ils associent nécessairement les crispations sociales normales que cette nouvelle donne collective génère à un racisme supposé de la collectivité historique.Pourtant, pour n\u2019importe quelle société, ce type de bouleversement mène à un appel d\u2019air pour un nouvel aménagement du vivre-ensemble. 92 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 Dans leur majorité, et surtout auprès des baby-boomers et de la génération X, les Québécois sont hostiles à l\u2019expression du religieux dans les institutions publiques.Bon nombre d\u2019entre eux sont incapables d\u2019associer la neutralité dans l\u2019octroi de services publics à une personne qui exhibe ses convictions religieuses.À leurs yeux, c\u2019est tout le bagage laïc de la Révolution tranquille qui est en jeu.Avant que la CAQ ne tranche avec sa loi 21, il en découlait une perte de confiance envers les institutions publiques québécoises.Réduire ce phénomène à une volonté de la majorité de « dominer » plus petit que soi, comme le fait, dans le film, la chroniqueuse Manal Drissi, est fantasmagorique.Pour contrer ce phénomène de défiance envers les institutions, il est devenu nécessaire d\u2019établir formellement le cadre légal d\u2019une laïcité québécoise.Pendant un bon moment, c\u2019est le consensus Bouchard/Taylor qui posait les bases minimales de ce cadre, dont le CAQ n\u2019est pas très éloignée.Si, pour d\u2019obscures raisons idéologiques, les néoprogressistes ont fini par rejeter ce consensus auquel eux-mêmes adhéraient pendant longtemps, ça les regarde.Leur rejet de la majorité démocratique ne change absolument rien au fait qu\u2019il s\u2019agit là d\u2019un trait sociologique distinct du Québec, qui prend racine dans l\u2019avènement de sa modernité.Et ce phénomène national n\u2019est pas que l\u2019affaire d\u2019une supposée « droite conservatrice ».Au contraire, la laïcité naît historiquement à gauche.Lieu commun néoprogressiste : Le fait français n\u2019est pas menacé de disparition au Québec.Face à la caméra, l\u2019auteur-compositeur et interprète Émile Bilodeau est catégorique : « Je pense pas que le Québec va disparaître, puis sa culture, parce que, au contraire, la culture québécoise est définie par son chan- 93 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 gement.» Il accompagne le tout d\u2019un éloge du franglais, associé fautivement au joual, et qui constitue fort probablement un stade intermédiaire vers l\u2019anglicisation complète du grand Montréal.Le changement, certes.C\u2019est ce qui, d\u2019une époque à l\u2019autre, donne sa coloration à une culture.Mais la culture, par définition, se définit primordialement par ses éléments de continuité.En Amérique anglo-saxonne, la discontinuité rime souvent avec l\u2019assimilation.Pour quiconque s\u2019intéresse un tant soit peu à la démo- linguistique, ce sont là des affirmations qui font grincer des dents.Pour la très grande majorité des chercheurs en démolinguistique, que l\u2019on pense aux plus éminents d\u2019entre eux comme Frédéric Lacroix4, Charles Castonguay5 ou Jacques Houle6, les facteurs de la langue maternelle et de celle parlée à la maison constituent les variables les plus certaines pour évaluer la vitalité d\u2019une langue.C\u2019est encore plus vrai pour une langue minoritaire qui subit la compétition asymétrique d\u2019une langue continentale et hégémonique sur le plan mondial.Lorsque l\u2019on s\u2019intéresse à ces variables, les chiffres d\u2019études récentes de l\u2019Office québécois de la langue française ou de Statistique Canada parlent d\u2019eux-mêmes : le groupe francophone du Québec est voué à devenir une minorité sur son propre territoire, avant même que le siècle actuel ne se close, et le fait français aura, à toute fin pratique, disparu du reste du Canada.4  Frédéric  Lacroix,  Pourquoi la loi 101 est un échec.  Montréal :  Boréal,  2020, 264 p.5  Charles Castonguay, Le français en chute libre : La nouvelle dynamique des langues au Québec. Montréal : Mouvement Québec français, 2021, 85 p.6  Jacques  Houle,  Disparaître ?: afflux migratoires et avenir du Québec.  Montréal : Liber, 2019, 144 p. 94 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 Ces données ont de quoi susciter une bonne dose de dissonance cognitive chez un camp progressiste qui tient tout de même à rester fidèle au legs de la Révolution tranquille.En effet, l\u2019analyse du portrait linguistique québécois nous porte tous à nous intéresser aux problèmes associés à nos politiques migratoires, à leurs balises, à l\u2019intégration des immigrants, à nos capacités de francisation, à l\u2019efficacité de nos lois linguistiques et celle de nos politiques culturelles, ainsi qu\u2019à notre statut politique.C\u2019est là un terrain politique qu\u2019une certaine pensée intersectionnelle confinerait normalement au « conservatisme », au camp des « réactionnaires », au « racisme systémique », voir même à l\u2019« extrême droite ».Rien de mieux, alors, qu\u2019une fuite en avant qui ne rend pas compte de ces faits difficiles à regarder en pleine face.L\u2019on se met alors à délégitimer les critères de recherche employés par les démographes, en les assimilant à un cadre d\u2019analyse intolérant et ethnocentré.Pour s\u2019assurer de ne pas sombrer trop abruptement dans l\u2019obscurantisme, l\u2019on sélectionne méticuleusement la minorité de travaux qui vont dans le sens de leur vision progressiste d\u2019une certaine représentation de la « diversité ».C\u2019est, par exemple, ce que fait Émilie Nicholas, dans les pages du Devoir7, ou Jean- Benoît Nadeau, dans celles de l\u2019Actualité8, en se concentrant sur les travaux des sociologues Calvin Vetnam et Jean-François Corbeil.Ce sont certes des travaux intéressants, usant des méthodes de la sociolinguistique et 7  Émilie Nicolas, « Les agents du déclin », Le Devoir, 28 avril 2022.8  Jean-Benoît  Nadeau,  « Pour  en  finir  avec  le  déclin  de  la  langue  française », L\u2019Actualité, 9 avril 2022 ; « Pour en finir-encore plus ! \u2013 avec  le déclin de la langue française », L\u2019Actualité, 23 avril 2022. 95 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 de la psycholinguistique9.Ils permettent de nuancer le portrait général du déclin, en se concentrant sur d\u2019autres variables comme la deuxième langue parlée à la maison, et de découper le processus d\u2019assimilation d\u2019une langue nationale de façon à rendre compte de son déploiement au moyen terme.Et c\u2019est là une chose que la démographie arrive difficilement à faire, elle qui se concentre sur des phénomènes au très long terme.Mais ces travaux n\u2019invalident pas le constat d\u2019un déclin massif du Québec français.Ils proposent plutôt un portrait atténuant, et d\u2019autres variables à considérer, de façon à avoir un portrait plus précis.Et pourquoi certains néoprogressistes choisissent-ils, parmi tous les travaux disponibles, ceux qui contredisent ce qui se dégage globalement de la métarecherche québécoise en démolinguistique ?Agiraient-ils de la sorte avec, disons, la métarecherche concernant les changements climatiques ?Non seulement le réflexe défensif de la collectivité québécoise est-il vilipendé, mais, en plus, l\u2019on nie ce qui le motive.Lieu commun sous-jacent : un Québec « colonial » Ce que tous ces lieux communs du néo-progressisme contre le nationalisme québécois cachent, et qui n\u2019est pas explicitement mentionné dans l\u2019œuvre de Pelletier, mais transparait dans les propos de nombreux intervenants, réside en une croyance fondamentale d\u2019une certaine gauche québécoise contemporaine, sans laquelle une telle articulation de postulats progressistes n\u2019aurait aucun sens.C\u2019est la croyance selon laquelle les Québécois, et les 9  Voir les études de Calvin Vetnam, sur :   https://mobilitelinguistiqueveltman.net/etudes-recentes/ 96 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 Canadiens français de façon plus générale, ne constitueraient pas vraiment un peuple historiquement colonisé10.C\u2019est désormais un quasi-effet de mode idéologique de définir le projet national québécois comme quelque chose de colonial.L\u2019élévation générale du niveau de vie durant les dernières décennies, ajoutée au surgissement historique des peuples autochtones dont les conditions historiques d\u2019oppression sont infiniment plus graves que les nôtres, nous resitue collectivement dans notre rapport au monde et face à nous-mêmes.Il suffit alors d\u2019agrémenter cet état d\u2019esprit de notre sentiment national de « permanence tranquille11 », qui nous fait croire que c\u2019est en restant calme dans notre petit coin du monde que nous nous rendons culturelle- ment indestructibles, et ce, peu importe les aléas de l\u2019histoire.Certains sont alors portés à relativiser notre statut de petite nation dont l\u2019existence demeure pourtant toujours incertaine.C\u2019est d\u2019autant plus vrai pour des progressistes, surtout les plus jeunes, qui ressentent concrètement dans leur quotidien ce statut historique récent de peuple matériellement choyé.Ils ne se sentent en aucun cas conquis ou écrasés.La plupart d\u2019entre eux vivent très bien.Dans une bonne part du grand Montréal, ils en épousent le cosmopolitisme.La culture majoritaire est ainsi dépouillée de son statut 10  La version  la plus  intelligente et  la plus  rigoureuse de ce  regard porté  sur  les  Canadiens  français,  et  qui  ne  nie  pas  les  difficultés  auxquelles  ce  peuple  a  fait  face  en  le  transformant  en  odieux  colonisateur,  est  à  trouver chez Alain Deneault, pour qui le statut de colon, ni colonisateur,  ni colonisé, correspondrait davantage à notre statut historique : Bande de colons ! : une mauvaise conscience de classe. Montréal : Lux, 2020, 216 p.11  Voir  « La  permanence  tranquille »  dans  Jacques  Beauchemin,  Une démission tranquille : La dépolitisation de l\u2019identité québécoise. Montréal :  Boréal, 2020, 216 p. 97 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 d\u2019assiégé et de colonisé, voire même de minorité.Celle-ci n\u2019apparaît plus que comme quelque chose d\u2019étouffant qui empêche le grand bouleversement culturel contemporain d\u2019advenir.Comme y affirme la chroniqueuse Manal Drissi, c\u2019est l\u2019idée même d\u2019« appartenir à une société dont [on] sent que l\u2019acceptation est conditionnelle » qui devient scandaleuse, pourtant normale chez n\u2019importe quel peuple.L\u2019historien Jean-François Nadeau ose même une comparaison du nationalisme québécois actuel avec le « make America great again » du populisme trumpien.S\u2019adressant à la majorité, le musicien Émile Bilodeau s\u2019élance d\u2019un « Sortez de votre salon, tabarnak ! Allez voir, c\u2019est quoi, le Québec ! ».Et pourtant les Québécois sortent.Simplement que le Québec ne se résume pas aux pans les plus multi- culturels de l\u2019île de Montréal.Et c\u2019est là un déracinement du Québec historique que de vouloir le réduire au cosmopolitisme urbain qui tente d\u2019entraîner avec lui l\u2019ensemble de la culture nationale.Dans une part majoritaire de ce qui constitue encore son territoire, ce demi-pays demeure relativement homogène sur le plan culturel.Et l\u2019existence de cette culture unique en Amérique est en soi une diversité, lorsque comparée au grand creuset anglo-américain si commun dans l\u2019ensemble du continent.Le même constat peut être fait pour les cultures autochtones.Si, au sein de l\u2019univers mental progressiste, la majorité historique n\u2019avait pas été préalablement détachée de sa condition de minoritaire et de colonisé, elle aurait droit à la même défense que pour toutes les autres petites nations du monde non occidental.Les postulats de la pensée néoprogressiste empêchent un tel regard porté sur le Québec.u 98 Articles Philippe Barbaud* Abolissons l\u2019écriture « inclusive » La récente publication en ligne des Lignes directrices de l\u2019écriture inclusive par le Bureau de la traduction du gouvernement fédéral est un document qui fait plusieurs dizaines de pages d\u2019instructions se revendiquant de six grands principes « qui devraient guider l\u2019application des différents procédés d\u2019écriture inclusive ».Ne nous y trompons pas : le ton est directif, à preuve l\u2019emploi répété de l\u2019infinitif « jussif » ou injonctif, p.ex.« Respecter les préférences des personnes concernées ».L\u2019objectif inavoué est le reformatage en profondeur de la culture et de la conscience collectives de la population francophone du Canada, entre autres, pour qu\u2019elle se plie aux exigences des minorités qui désormais nous gouvernent.Une acculturation à l\u2019envers de la majorité, en quelque sorte.Or surtout, n\u2019allez pas croire que l\u2019écriture inclusive se veut une réforme de l\u2019orthographe.Celle-ci est souhaitable, sans être vraiment nécessaire, mais celle-là est une véritable manipulation des esprits.Autant la féminisation des noms de métier et des titres, par exemple, s\u2019avère conforme à nos valeurs d\u2019égalité et de démocratie, autant l\u2019intrusion de la diversité dans le code écrit relève d\u2019une démarche *  Linguiste. 99 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 totalitaire qui vous enjoint de communiquer pour qu\u2019une « personne se sente respectée ».Mais de quoi je me mêle ?J\u2019ai le droit de respecter qui je veux et je ne suis pas responsable de la sensibilité des autres.J\u2019en suis le seul juge et je l\u2019assume.À cette offensive idéologique du multiculturalisme canadien se joint le volumineux document contenant les directives, plus nuancées faut-il admettre, de l\u2019Office québécois de la langue française.Celui-ci s\u2019articule en quatre volets : rédaction épicène, formulation neutre, rédaction non binaire et écriture inclusive.Le moindre qu\u2019on puisse dire, c\u2019est que ces organismes officiels mettent le paquet pour parvenir à leur fin.Au lieu de simplifier l\u2019enseignement du français et de le rendre plus attrayant, ces documents gouvernementaux sont « toxiques » parce qu\u2019ils ne feront qu\u2019empoisonner la vie des enseignants et de nos élèves en rendant cette matière scolaire encore plus rébarbative qu\u2019on le dit.Au fond, ces deux entreprises ne font que perpétuer le même esprit de normativité que celui qui était dévolu à l\u2019Académie française, fondée en 1634 et si décriée par certains (et certaines, cela va de soi) « réformistes » d\u2019au- jourd\u2019hui.La différence de contexte est pourtant énorme.Au début du XVIIe siècle, la langue française du pouvoir royal visait à rallier la diversité dialectale de la France en la dotant d\u2019une langue commune qui n\u2019existait toujours pas malgré l\u2019édit de Villers-Cotterêts proclamé presque cent ans plus tôt par François Ier en 1539.De nos jours, la diversité constitutionnelle fait peser l\u2019anathème de la discrimination sur l\u2019individu qui écrit dans une langue française conventionnelle enfin devenue commune depuis deux cents ans.Il ne s\u2019agit plus de politique linguistique, mais de religion. 100 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 En effet, l\u2019écriture conventionnelle en langue française serait devenue discriminatoire en vertu de la croyance religieuse qui définit « la nouvelle culture de l\u2019offense » faite au prochain, comme l\u2019écrit si bien Salman Rushdie.Le masculin est une offense au féminin.Le genre est une offense à la non-binarité.Son accord par défaut est une offense à la diversité.L\u2019épicène est la rédemption de toutes les dénominations.L\u2019offense présumée est ainsi devenue le fond de commerce de la bigoterie communautariste anglo-américaine qui déferle sur le monde entier, et non pas seulement occidental, grâce à l\u2019argent des églises évangélique, baptiste, catholique, pentecôtiste, méthodiste, et sectes affiliées, dont le zèle apostolique fournit le terreau nécessaire à la diffusion de l\u2019islamisme radical et mortifère soutenu par les pétrodollars des monarchies musulmanes.Il s\u2019agit ni plus ni moins que d\u2019enfoncer à travers la gorge des ignorants les pratiques d\u2019écriture de la bienséance diversitaire.Le stratagème est vieux comme le monde : se servir du pouvoir pour culpabiliser quiconque déroge aux normes que ce pouvoir édicte en matière de langue, de langage, de communication et de grammaire.Aussi l\u2019écriture inclusive adopte-t-elle le procès d\u2019intention pour fondement de sa mise en œuvre.Une plaie « censurielle », comme au temps de l\u2019affaire Calas rendue célèbre par Voltaire.Un bel exemple de procès d\u2019intention linguistique nous est donné dans cet extrait tiré du document fédéral : « On ne devrait pas supposer que toutes les personnes à qui s\u2019adresse un document se sentent incluses et reconnues lorsque le masculin est employé comme générique, par exemple dans l\u2019énoncé : \u201cLa satisfaction de nos clients et de nos employés nous tient à cœur.\u201d » Morbleu ! Qu\u2019est-ce qui autorise un quidam à supposer ce que je suppose en écrivant de cette manière ?Tel est l\u2019aspect banal du procès d\u2019intention. 101 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 Ne pas écrire selon les nouvelles normes de la bienséance linguistique fera de vous un être qui adhère à « toute forme de discrimination fondée sur le sexe, le genre, l\u2019orientation sexuelle, la race, l\u2019origine ethnique, les handicaps », y compris « tout autre facteur identitaire ».La langue française définissant l\u2019identité d\u2019un francophone, écrire en langue française traditionnelle, c\u2019est-à-dire non conforme à l\u2019écriture inclusive, fait de vous par défaut un délinquant ou une délinquante « normatif.ve ».Bref, ne pas écrire en écriture inclusive vous relègue dans le camp du racisme si vous dérogez au « Principe 4 : Faire des choix représentatifs de la diversité ».Voilà comment s\u2019y prend l\u2019idéologie diversitaire pour formater l\u2019esprit du scripteur (ou de la scriptrice, cela va de soi) idéal.e (faut-il préciser ?).Écrire selon les règles conventionnelles laisse donc entendre que vous ne respectez pas votre destinataire, comme si vous ne connaissiez rien d\u2019autre que Twitter, Facebook, Snapchat ou Tiktok.Évidemment, ces deux organismes gouvernementaux protesteront en vous assurant que rien n\u2019est exigé, rien n\u2019est imposé, rien n\u2019est obligatoire.Hypocrisie ! Nos gouvernements sont devenus des directeurs de conscience à l\u2019autorité morale desquels il est difficile de se soustraire, surtout quand ils sont la main qui vous nourrit.Cette « volonté d\u2019inclusion » (verbatim) de nos gouvernements est un vecteur puissant de la rectitude politique qui aseptise notre société.C\u2019est pourquoi il faut ouvertement contester, s\u2019opposer, voire abolir cette entreprise de déstructuration du patrimoine commun que constitue le code écrit de notre langue.Restons dans les clous d\u2019une réforme orthographique de bon aloi, qui fait la place à la féminisation des titres et autres ajustements, p.ex.les mots composés, sans pour autant dénaturer le système pronominal, les règles d\u2019accord et les lois de la prononciation qui régissent la lecture à haute voix, p.ex.le fameux iel, qui fait disparaître 102 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 le i du masculin à la lecture, c\u2019est-à-dire lorsque prononcé à voix haute.Cette appréciation me vaudra probablement d\u2019être rangé dans le camp de la droite conservatrice, voire des linguistes complotistes, que m\u2019importe.Mais un fait demeure : la langue écrite du français est une convention socialement établie après des décennies de consensus.L\u2019écriture inclusive est un coup de pied dans la ruche du consensus.Elle est donc clivante.u 103 Articles Steve Bissonnette, Christian Boyer  et Frédéric Morneau-Guérin* Bref historique de l\u2019étiolement du Collège des médecins du Québec\u2026Incorporé en 1847 sous le nom du Collège des médecins et chirurgiens du Bas- Canada, le Collège des médecins du Québec (CMQ) célèbre cette année ses 175 ans d\u2019existence.L\u2019un de ses rôles, et celui pour lequel il est sans doute le plus connu dans la société, consiste à protéger le public contre les pratiques médicales qui ne respectent pas les normes rigoureuses reconnues et contre le charlatanisme.À ce rôle s\u2019en ajoutent d\u2019autres, et notamment celui de veiller à la qualité des programmes de formation médicale des universités, à l\u2019accréditation des programmes et des milieux de formation médicale postdoc- torale et à la certification des médecins.Il appert qu\u2019au fil des ans, le CMQ a abdiqué une part non négligeable de ses responsabilités en transférant celles-ci notamment au Collège royal des médecins et chirurgiens du Canada (CRMCC), pour ce qui est de la formation dans les spécialités autres que la médecine familiale.Cela s\u2019est fait pour diverses raisons.L\u2019harmonisation canadienne de la pratique médicale en est une.Cette harmonisation de la pratique médicale s\u2019est associée, par intérêts conjoncturels, au courant de la globalisation (mondialisation) du commerce, *  Steve  Bissonnette,  professeur  titulaire  au  département  d\u2019éducation  de  la  TÉLUQ,  Christian  Boyer,  consultant  en  pédagogie  et  en  orthopédagogie,  Frédéric  Morneau-Guérin,  professeur  adjoint  au  département d\u2019éducation de la TÉLUQ.  104 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 qui a marqué la fin du XXe siècle, concept économique libéral et néo-libéral, mais dont une certaine gauche a étrangement avalé goulûment l\u2019hameçon, la canne et le pêcheur.En 1994, dans le branle-bas de combat de la globalisation effrénée \u2013 dans laquelle il faut aplanir tous les obstacles au commerce, partout et coûte que coûte \u2013 le gouvernement fédéral et les gouvernements provinciaux signent une entente favorisant la mobilité de la main-d\u2019œuvre entre les provinces.C\u2019est dans cet élan que l\u2019uniformisation médicale s\u2019accélère au Canada et surtout au Québec puisqu\u2019une certaine harmonisation canadienne était sans doute déjà présente dans le reste du pays.Essentiellement, avant cette uniformisation, les médecins québécois qui désiraient pratiquer ailleurs au Canada devaient réussir un processus de certification supplémentaire canadien à celui passé avec le CMQ et ceux venant du reste du Canada désirant exercer au Québec devaient réussir le processus de la certification du CMQ.Il est curieux de constater que la poussée à l\u2019harmonisation ou l\u2019uniformisation canadienne n\u2019a pas affecté avec la même fougue plusieurs professions comme l\u2019ingénierie, l\u2019ergothérapie, la physiothérapie, le nutritionnisme, la pharmacie\u2026 Dans ces professions, le droit d\u2019exercer relève des provinces et est généralement restreint à la province ayant émis le permis ou la certification avec parfois des droits limités et contrôlés d\u2019exercer dans d\u2019autres territoires.On peut dire que c\u2019est entre 1994 et le début du XXIe siècle que l\u2019uniformisation canadienne de l\u2019accréditation des facultés de médecine, de la formation médicale et de la certification des médecins se réalise.Le dernier élément permet alors aux médecins québécois de pratiquer n\u2019importe où au Canada, et vice versa. 105 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 Pourtant, jusqu\u2019en 2014, le Québec connaissait une grave pénurie de médecins.L\u2019ouverture du Québec à une certification pancanadienne n\u2019avait donc, dans ces circonstances, aucun sens.C\u2019est néanmoins le chemin qu\u2019ont choisi d\u2019emprunter le CMQ et, par ricochet, le Québec.La probabilité qu\u2019un contingent substantiel de médecins du reste du Canada vienne s\u2019installer au Québec pour régler le problème d\u2019accès à un médecin était nulle.En revanche, le risque de voir nos médecins résidents s\u2019envoler vers d\u2019autres cieux était élevé, étant donné la différence importante du revenu qu\u2019ils pouvaient encaisser en pratiquant dans certaines provinces comme l\u2019Ontario.Dans ces années-là et encore aujourd\u2019hui, l\u2019Université McGill ne pouvait qu\u2019acquiescer à cette globalisation canadienne, car un imposant pourcentage de ses médecins résidents choisissent de pratiquer de toute façon ailleurs qu\u2019au Québec (et au Canada) \u2013 plus ou moins 50 % d\u2019entre eux dans les dernières années.Il nous apparaît légitime de soutenir que les impératifs de la globalisation ont passé, à ce époque, bien avant l\u2019accès aux soins de santé au Québec.En 2017 au Québec et au Canada, le CRMCC implante une orientation pédagogique particulière, la Compétence par conception (CPC), au niveau de la résidence de différentes spécialités médicales (excluant la médecine familiale).La CPC s\u2019inscrit et complète l\u2019harmonisation canadienne de la pratique médicale.Le rôle du CMQ dans ce dossier capital semble en être un de figurant : aucun document écrit significatif dans le domaine public n\u2019a été produit par cette organisation sur le sujet en cinq ans.La CPC du CRMCC amorce un changement profond du programme pédagogique de la formation des médecins résidents, sans que plusieurs entités québécoises du domaine de la santé et de l\u2019éducation ne s\u2019en mêlent ou semblent 106 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 même s\u2019y intéresser.Est-ce que le ministère de la Santé a donné son aval à ce changement ?Si oui, sur quelles bases ?Est-ce que le ministère de l\u2019Éducation a été consulté ?Si oui, a-t-il appuyé ce nouveau programme de formation au niveau de la résidence ?À partir de quelles données ?Est-ce que les facultés de médecine ont été impliquées ?Et quel a été le rôle du CMQ ?Est-ce que la CMQ a vérifié les bases théoriques et empiriques de la CPC, avant d\u2019engager le Québec dans cette avenue ?Quelles ont été les bases théoriques et empiriques du CMQ pour entériner la CPC ?En fait, on n\u2019en sait strictement rien puisque ces organisations ont peu écrit et publié sur le sujet, comme si cela ne relevait pas de leur juridiction.Quand nous avons communiqué avec le CMQ pour échanger sur la CPC mise en place pour les médecins résidents, ils nous ont gentiment redirigés vers le CRMCC.En septembre 2022, un rapport est publié sur la CPC (https://www.editionsdelapprentissage.com/ewExternal- Files/ParaResiM.290922.pdf).Ce rapport constate la faible rigueur générale de la CPC du CRMCC, incluant le processus d\u2019élaboration, d\u2019implantation et du suivi de ce programme de formation des médecins résidents au Québec.La conception même de la CPC du CRMCC n\u2019est pas appuyée sur des données probantes de la recherche scientifique.La validation préalable de la CPC au Canada s\u2019est limitée à quelques expérimentations pilotes aux méthodologies très faibles, sans groupes contrôles effectifs permettant de comparer les effets de la CPC à l\u2019ancien programme de résidence, sans mesurer les compétences professionnelles des médecins résidents, sans évaluer la qualité des soins aux patients et sans mesurer le taux d\u2019événements indésirables (événements non souhaitables affligeant les patients traités en milieu médical).Il est important de le mentionner : toutes ces variables non mesurées étaient au nombre des justifications avancées pour justifier la création de la CPC. 107 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 Malgré cinq années d\u2019application de la CPC, le CRMCC et le CMQ n\u2019ont toujours pas de données empiriques permettant de savoir si la CPC améliore les habiletés des médecins résidents, les soins aux patients et le taux d\u2019événements indésirables.La médecine étant avec raison connue et louée pour son insistance sur la rigueur, pour l\u2019objectivité et le sérieux avec lequel elle implante ses innovations, la surprise de voir le niveau d\u2019amateurisme dans l\u2019élaboration et l\u2019application du CPC du CRMCC au Québec a été totale pour les auteurs dudit rapport.Il est difficile de ne pas penser que l\u2019absence de suivi réel de l\u2019élaboration et de l\u2019implantation de la CPC auprès des médecins résidents au Québec, qui aurait pu démasquer rapidement les faiblesses générales de l\u2019approche, est au moins, en partie, le reflet direct d\u2019un désengagement du CMQ en faveur du CRMCC.Il va cependant de soi que cela n\u2019exonère en rien ni le ministère de la Santé ni les facultés de médecine au Québec qui ne se sont pas intéressés sérieusement à ce dossier comme elles auraient pourtant dû le faire.Après avoir examiné la CPC du CRMCC appliquée à la résidence des médecins résidents pendant un an, il nous apparaît évident que l\u2019harmonisation canadienne n\u2019aurait jamais dû se faire au détriment de la rigueur et du légitime contrôle que l\u2019État québécois exerce dans les domaines de la santé et de l\u2019éducation.Le Québec n\u2019est plus le maître d\u2019œuvre de la formation de ses médecins résidents (santé et éducation) ; il a délégué cette responsabilité à un organisme pancanadien dont le siège social est à Toronto, qui n\u2019a pas de compte à rendre à l\u2019État québécois et sur lequel l\u2019État québécois n\u2019a aucun contrôle.En fait, dans le train de la formation de nos médecins résidents, l\u2019État québé- 108 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 cois est devenu, par choix, un passager assis à la dernière rangée du dernier wagon, dans une indolence et une indifférence totales.L\u2019harmonisation canadienne au Québec semble avoir agi comme un puissant soporifique, engourdissant la responsabilité de veille et du sens critique minimal des organisations québécoises, médicales et éducatives.Faut-il attendre que les gens de Toronto et du reste du Canada sortent éventuellement de leur torpeur pour que le Québec s\u2019autorise à rectifier le tir ?u 109 Articles François Deschamps* Le fanatisme extravagant de la  faction ultra-tory de Montréal  exposé au grand jour La loi controversée d\u2019indemnisation de 1849** Résumé L\u2019omission dans Montréal capitale (2021) de la référence aux abus présumés des brigades volontaires et de l\u2019armée en 1837 et 1838 entraîne, dans l\u2019examen de la loi d\u2019indemnisation de 1849 et ses suites, une déficience majeure quant aux causes de la destruction par les émeutiers du Parlement canadien.Une mise en contexte adéquate requiert un retour critique sur les futurs possibles de la décennie 1830 au Bas-Canada (Québec).Le loyalisme à tout crin dont se réclamaient les officiers des brigades volontaires a longtemps jeté dans l\u2019ombre leur programme politique et les intérêts privés bien compris qu\u2019ils défendaient.L\u2019examen croisé de leurs doléances dans le Montreal Herald, la dépêche du 9 août 1838 du Haut-Commissaire Durham et le Rapport de 1839 apporte des nuances importantes quant à leur « loyalisme exclusif » et la nature même de leur engagement aux côtés de l\u2019armée dans la répression musclée des deux soulèvements de 1837 et 1838 dans le district de Montréal.Une réflexion plus approfondie s\u2019impose sur le rôle occulté, mais décisif de la violence dans la fondation des institutions politiques de l\u2019État libéral canadien.the extravagance of the leaders of this fanatical movement [\u2026] Charles Buller, Sketch of Lord Durham\u2019mission in Canada in 1838 *  Historien.**  Je remercie Robert Comeau et Robert C. H. Sweeny. Leurs commentaires  et suggestions m\u2019ont permis de resserrer les mailles de cet article. 110 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 Une occasion manquée Montréal capitale (MC) est un livre d\u2019une facture impeccable destiné à un large public1.Il résulte, au départ, de la mise en valeur archéologique des décombres de l\u2019édifice du défunt parlement canadien (1844-1849), enfouis sous la Place d\u2019Youville au centre-ville de Montréal.Peu après que la sanction royale ait été apposée en avril 1849 au projet d\u2019indemnisation des « victimes » des rébellions de 1837-1838 au Bas-Canada (Québec), des émeutiers y ont, en effet, mis le feu.L\u2019expertise du Laboratoire d\u2019histoire et de patrimoine de Montréal (UQAM) a été sollicitée en vue de présenter, dépeindre et faire comprendre les « innombrables facettes du lieu et du contexte social, politique et culturel de l\u2019époque » (MC12).Quant à la gageure d\u2019en présenter un « récit inédit » permettant de voir d\u2019un « œil neuf » cette histoire « exceptionnelle », le pari était de taille.Loin toutefois de « prendre la mesure » de l\u2019événement et d\u2019« en considérer tous les angles » (MC197), la mise en contexte tout en surface et lacunaire des enjeux fondamentaux que cet événement soulevait à cette époque suggère, au contraire, qu\u2019il n\u2019a été tenu qu\u2019à moitié.L\u2019« exceptionnel » se trouve rarement là où on l\u2019attend.On s\u2019est contenté, en fait, de rafistoler le bon vieux script sur l\u2019accession au « gouvernement responsable » d\u2019une classe politique sous l\u2019Union encore largement à couteaux tirés (à Montréal autant qu\u2019à Londres) en y indexant le mouvement patriote et réformiste des années 1830.1  Louise Pothier et al. (dir.). Montréal capitale. L\u2019exceptionnelle histoire du site archéologique du marché Saint-Anne et du parlement de la province du Canada, Ponte-à-Callière et Éditions de L\u2019HOMME, Montréal, 2021. 111 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 Séquence événementielle, causalité et problématique Rappelons d\u2019abord les faits : gonflé à bloc par la presse « tory » aux abois, des milliers de manifestants se sont rués sur le parlement, le soir du 25 avril 1849, quelques heures à peine après que le gouverneur Elgin ait sanctionné la loi d\u2019indemnisation du cabinet LaFontaine-Baldwin visant à dédommager les « victimes » des rébellions au Bas- Canada survenues douze ans auparavant dans le district de Montréal2.L\u2019incendie « criminel3 » non seulement rase cet édifice imposant (à la fois marché public comportant des salles de réunion et un parlement), mais inaugure une période de chaos et de désordre aux limites de la sédition qui culminera avec le manifeste annexionniste de septembre 1849 sous la houlette de deux meneurs de la communauté américaine-britannique de Montréal, John Molson jr.et Robert Mackay.Après de tortueuses procédures préliminaires, un seul prévenu sera finalement inculpé en octobre 1850 sous un chef d\u2019accusation mineur \u2013 « vandalisme, plutôt qu\u2019émeute criminelle ou même trahison, contournant ainsi en grande partie le problème des réticences des jurys à prononcer une condamnation entraînant une peine de mort4 ».Mais, dans son verdict, 2  Étant  donné  qu\u2019aucun  article  de  Montréal capitale  ne  reproduit  des  extraits des éditoriaux sulfureux de la Montreal Gazette ou du Herald,  je  me  permets  de  renvoyer  à  Deschamps  (2013) :  « L\u2019incendie  du  parlement  et  le  manifeste  annexionniste :  la  face  cachée  du  torysme  montréalais (1832-1849) », Bulletin d\u2019histoire politique, 22, 1, 28-57.3  Selon  l\u2019Oxford English Dictionary  [OED],  l\u2019anglais  arson a  conservé  le  sens originel de l\u2019anglo-normand et du vieux français arsun et cite en  renfort W. Blackstone Comm.Laws Eng.  IV. 220  [1769]: \u201cthe malicious and wilful burning of the house or outhouses of another man\u201d.4  Donald  Fyson  (2009,  182-183).  \u201cThe Trials and Tribulations of Riot Prosecutions: Collective Violence, State Authority, and Criminal Justice in Quebec, 1841-92\u201d,  in Barry  Wright  and  Susan  Binnie  (eds.),  Canadian State Trials, vol.III, Toronto, Osgoode Society, 161-203. 112 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 le jury acquittera le prévenu, si bien que, pour Fyson, « du point de vue de la poursuite, le procès en entier fut un échec » (2002, 183).Quant aux causes \u2013 proches et lointaines \u2013 de cet épisode, l\u2019explication qu\u2019on en donne (MC204-209) ne va guère au-delà des symptômes.L\u2019émoi autour de l\u2019adoption de la loi d\u2019indemnisation n\u2019aurait été, en effet, qu\u2019un « prétexte » pour canaliser le mécontentement des « Tories » suite à l\u2019abolition des tarifs préférentiels au nom du credo libéral triomphant à Londres ; et encore, ce mécontentement a-t-il été exacerbé par le mode de prélèvement prévu : une taxe de bienvenue sur les permis d\u2019exploitation des tavernes\u2026 au Haut-Canada ! Y a-t-il là, vraiment, matière à perpétrer, d\u2019avril à septembre 1849, sous l\u2019œil somnolent d\u2019un Commissariat de police inerte, une succession ininterrompue d\u2019actes criminels, de rassemblements séditieux, d\u2019assauts armés et de vandalisme cautionnée par une partie de la bourgeoisie anglophone ?On aurait pu au moins en douter.Les motifs ayant poussé des émeutiers gonflés à bloc à la destruction par les flammes du parlement canadien en 1849 sont plus complexes qu\u2019on se l\u2019imagine.Il faut creuser un peu plus.Une poignée d\u2019éléments déclencheurs ne forment pas une causalité effective.Un retour sur les brigades volontaires de 1837-1838 et l\u2019agenda politique des principaux officiers au sein de l\u2019association constitutionnelle de Montréal expurgée est indispensable.Seul l\u2019examen de la référence aux brigades volontaires et à l\u2019armée britannique de 1837 et 1838 permet, à vrai dire, de comprendre pourquoi, en ouvrant ce panier de crabes, le « Losses Rebellion Act » de 1849 a réactivé de virulents affects en sommeil.L\u2019examen du loyalisme et des objectifs politiques fondamentaux des Volontaires au 113 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 sein du « British party » dans les articles et les éditoriaux du Montreal Herald des années 1835-1838 est, à cet égard, indispensable, puisque ce journal radical tory était leur organe exclusif de diffusion et, en particulier, celui du Doric Club5.Dans ce qui suit, je vais donc procéder au croisement de quelques coupures du Herald avec les propos que Durham lui-même a tenus dans la « dépêche » du 9 août 18386, un passage du Rapport et un extrait de l\u2019« Esquisse » de Charles Buller qui l\u2019accompagne.Ce que visait la loi d\u2019indemnisation (Burrows, 1971) Si quelques articles dans Montreal capitale évoquent en passant le concept d\u2019Empire by Consent de Peter Burrows7, aucun, par contre, ne souligne comme l\u2019a fait Burrows le but visé par la loi de 1849 (les italiques sont les miennes) : 5  Voir  F.  Deschamps,  La  « rébellion  de  1837 »  à  travers  le  prisme  du  Montreal Herald.  La  refondation  par  les  armes  des  institutions  politiques canadiennes, Québec, PUL, 2015.6  L\u2019idée  d\u2019un  « rapport  préliminaire »  accolée  à  la  « dépêche  secrète  et  confidentielle »  du  9  août  1838  est  une  appellation  contrôlée  tendancieuse.  Voir  à  ce  sujet,  Jarret  Henderson  (2010,  167),  « \u201cI  Am  Pleased  with  the  Lambton  Loot\u201d :  Arthur  George  Doughty  and  the  Making of the Durham Papers », Archivaria, 70, 153-176. La dimension  stéganographique  du  Rapport  que  Durham  dépose  en  février  1839  échappe à la plupart des interprétations. Un des aspects méconnus de la  « mission » impossible où Downing Street a engagé le plénipotentiaire  britannique  consistait,  en  effet,  à  « couvrir »  de  l\u2019onction  impériale  les charges à fond de train xénophobes à l\u2019endroit des Canadiens que  Durham, dans la posture du « spectateur impartial », ne partageait pas.7  Colonial Reformers and Canada, 1830-1849.Selections from Documents and Publications of the Times,  Toronto,  McClelland  and  Stewart,  coll.  « Carleton Library » n° 42. On retrouve, tel quel, ce concept dans British Attitudes (1971) que j\u2019ai consulté. 114 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 [\u2026] la question fut effectivement réglée en 1849 avec la confirmation par le gouvernement britannique du Rebellion Losses Act.Ce dernier proposait d\u2019indemniser les résidents du Bas-Canada au moment des rébellions qui avaient subi des dommages matériels ou d\u2019autres pertes à cause des activités des Volontaires loyalistes ou des troupes britanniques.Malgré les protestations et les manifestations des colons anglais au Canada qui s\u2019opposaient au dédommagement de ceux qui avaient ouvertement ou tacitement soutenu la rébellion, les autorités impériales ont sanctionné l\u2019acte comme une affaire purement locale et comme une mesure d\u2019un ministère possédant l\u2019appui d\u2019une majorité à l\u2019assemblée.La presse en Angleterre était fortement divisée sur la question [\u2026]8.(1971, 67-68).On le voit bien : sous couvert du retour à l\u2019ordre par leurs bons soins (doublé du sauvetage de l\u2019empire menacé de démembrement par la faction patriote et réformiste anti- britannique), il apparaissait, à douze ans de distance, que les milices volontaires et les régiments de l\u2019armée s\u2019étaient sans doute laissé entraîner à des abus et à des représailles sur lesquels il était temps maintenant d\u2019ouvrir tout grand les yeux.Telle est la brèche cependant \u2013 à 172 ans de distance \u2013 que le comité scientifique de Montreal capitale n\u2019a pas jugé à propos d\u2019ouvrir.Par une sorte de tropisme invincible, on se rabat plutôt sur l\u2019idée que, dans la mise à jour des rapports métropole/colonies de peuplement blanc, « un tel consentement [à l\u2019autonomie locale et l\u2019unité de l\u2019empire], douze ans à peine après les rébellions, ne va pas de soi pour tous » (MC197).Pour bien expliquer et comprendre le sursaut d\u2019affects de 1849, il aurait fallu se demander si les objectifs 8  L\u2019affaire ressortit donc à ce que Fyson, à propos du « Riot Act » (1715),  nomme  des  « procès  d\u2019État  d\u2019une  espèce  différente »,  c\u2019est-à-dire  des  « (occasional  trials  of  officials  and  troops  involved  in  violently  suppressing riots » (2002, 175). 115 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 indéniables à long terme à travers le « Losses Rebellion Act » (consolidation du « gouvernement responsable » et « consentement » au régime de l\u2019Union au sein de l\u2019empire) n\u2019étaient pas déjà au cœur des dissensions ayant conduit aux rébellions.Le seul indice dont on dispose dans Montréal capitale est plutôt mince.S\u2019il est question de l\u2019embrasement des campagnes en 1837 « sous le feu des discours patriotes » (MC84), on ne tient aucun compte, en contrepartie, de l\u2019impact que le discours de leurs adversaires a pu avoir sur le cours des événements et ce que Clausewitz appelle « la montée aux extrêmes ».Même sommaire, une mise en contexte sur le loyalisme tory qu\u2019on accole d\u2019emblée à ce discours aurait été bienvenue.Il faut donc pousser l\u2019enquête, notamment à propos du recyclage de membres avérés du Doric Club dans le Queen\u2019s Light Dragoons, ainsi que l\u2019affiliation des officiers des brigades au sein de l\u2019Association constitutionnelle de Montréal (1835-1838).Ce dernier aspect est important, car il permet d\u2019identifier l\u2019objectif politique ultime que ces forces de l\u2019ordre loyalistes (soutenus par l\u2019état-major) ont cherché à promouvoir à travers la répression militaire et les abus présumés qu\u2019elle a entraînés.Tory et ultra-tory L\u2019usage généralisé et non critique du terme « Tory » dans Montréal capitale appelle un remarque liminaire.Le sens qu\u2019on lui attribue se rapproche passablement de la définition qu\u2019en donne Donald Fyson, une autorité en la matière.Dans une note ajoutée à l\u2019édition française de son bouquin, Fyson en circonscrit l\u2019aire sémantique pour la période allant jusqu\u2019à 1837 : 116 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 J\u2019utilise « tory » pour désigner de manière générale les individus au Bas-Canada dont l\u2019identité politique est fondée sur l\u2019appui à l\u2019administration coloniale et, encore plus, sur le maintien d\u2019un lien impérial fort et l\u2019opposition à la fois au Parti canadien/Parti patriote et au républicanisme9.Cet usage hyper-conventionnel ne tient plus la route aujourd\u2019hui.Pour deux raisons : d\u2019une part, le caractère conditionnel de leur appui à l\u2019administration comme l\u2019a établi Jarret Henderson10 et, de l\u2019autre, le crypto-républi- canisme de ces « Torys » qui s\u2019autorise d\u2019une filiation avec les insurgés américains-britanniques de 177611.Pour ce qui est du premier point, dès l\u2019assemblée de fondation de l\u2019Association constitutionnelle de Montréal en janvier 1835, la note caractéristique est celle d\u2019un soutien conditionnel au gouvernement impérial.Une résolution adoptée fait état, en effet, du « système vacillant et défectueux de la politique coloniale » au Bas-Canada, de la « confiance ébranlée des sujets de Sa Majesté d\u2019origine britannique et irlandaise » et se termine par l\u2019appréhension de maux qui ne pourront mener, à terme, qu\u2019« aux résultats les plus malheureux, à moins que nos rapports avec le gouvernement impérial soient désormais conduits 9  Magistrats, police et société : la justice criminelle ordinaire au Québec et au Bas-Canada, 1764-1837, Montréal, Hurtubise, 2010, 37.10  Henderson,  Jarret  (2010).  \u201cUncivil Subjects: Metropolitan Meddling, Conditional Loyalty, and Lord Durham\u2019s 1838 Administration of Lower Canada\u201d, York University, Toronto, Ontario.11  J\u2019ai  souligné  dans  mon  analyse  des  Anti-Gallic Letters  d\u2019Adam  Thom  cette dimension méconnue du discours radical tory. Voir infra n. 20, 21  et 24. Nancy Christie distingue à juste titre dans le républicanisme la  « forme spécifique de gouvernement » de ce qu\u2019elle appelle « an older  form  of  oppositional  political  discourse »  présent  dans  les  journaux  anglophones des années 1780 et 1790, notamment le Quebec Mercury  et  le  Quebec Herald.  Voir  The Formal and Informal Politics of British Rule in Post-Conquest Quebec, 1760-1837: A Northern Bastille,  Oxford  University Press, 2020, 114. 117 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 suivant les principes d\u2019un caractère ferme, cohérent et inébranlable » (HA, 29 janvier 1835)12.Le sort des prisonniers politiques : une pomme de discorde entre Durham et les volontaires La référence par ailleurs à une « adresse de soutien » le 13 juin 1838 des « hommes d\u2019affaires et torys montréa- lais » (MC69) à l\u2019endroit de Durham aurait mérité une mise en contexte plus élaborée.Car sous l\u2019échange de politesses convenues \u2013 « we will heartily co-operate in the arduous, but not impracticable task, of establishing peace and harmony in this Province, by means of a consistent and impartial Administration of the Government » (HA, 16 juin 1838) \u2013 couvait un brasier d\u2019attentes pressantes : outre la lenteur dans l\u2019exécution du mandat d\u2019arrêt pour trahison contre LaFontaine et les mises en accusation contre les meurtriers présumés du Lieutenant George Weir et du « délateur » Chartrand, les craintes d\u2019une amnistie générale à l\u2019endroit des prisonniers politiques \u2013 le jour même du premier anniversaire du couronnement de la reine Victoria \u2013, laissaient planer de sombres présages.Se basant sur un passage de la Proclamation de Durham à son arrivée, le Herald s\u2019attendait au châtiment exemplaire des « rebelles » sans trop de formalités.C\u2019est précisément ce point sensible qui rebondit à retardement, douze ans plus tard, quand il est question de dédommager « ceux qui avaient ouvertement ou tacitement soutenu la rébellion ».Des « traîtres », affir- 12  Herald Abstract (ci-après MH) du 8 janvier 1835 (MIC, BAnQ, 1er janvier  1835  -  22  décembre  1840).  J\u2019ai  consulté  par  ailleurs  des  copies  originales  d\u2019articles  et  d\u2019éditoriaux  du  Montreal Herald and Daily Commercial Gazette contenues dans les spicilèges de Charles Kadwell  (ci-après KMH) et de Robert Mackay (ci-après MMH) à la Rare Books and Special Collection Division de  l\u2019Université McGill).  Je reproduis tel  quel l\u2019original, mais à l\u2019occasion des traductions sont proposées. 118 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 ment le Montreal Herald au nom des Volontaires en juin 1838 (les italiques sont les miennes) : If any thing could possibly disgust an injured loyal people, and tend to the commission of acts, at the bare idea of which the mind recoils with pain, it will be this general amnesty to traitors (KMH, s.d.)13.[\u2026] We believe there is but one opinion among the volunteers, and that is of regret that they should have come forward in the manner they did, and have exerted themselves as they have done, and after all see their bitter and unrelenting enemies who were sworn to exterminate them, go unpunished.Verily, treason is a profitable trade [\u2026]14.Épineux problème.La difficulté résidait, au départ, dans les profondes réticences des autorités coloniales à déférer le cas des prisonniers politiques au jugement expéditif et forcément partial d\u2019une Cour martiale (comme ce sera le cas en 1839)15 ; puis dans le fait, selon le journal, « that no jury could be found to convict them, constituted as juries at present are » (HA, 30 juin 1838).Or, tout traitement de faveur de la part de Durham envers ces « prisonniers de guerre » (J.S.Mill) serait inévitablement interprété comme un acte « suicidaire » qui s\u2019avérera fatal à la conduite de sa « mission » : Les habitants britanniques s\u2019attendent, et ont le droit de s\u2019attendre, à ce que la loi soit appliquée contre ceux 13  Difficile de ne pas voir dans ce sous-entendu menaçant une sorte de  préfiguration de l\u2019incendie criminel du 25 avril 1849.14  John Stuart Mill avait écrit des Canadiens ayant pris les armes contre  « an oppressive \u201cforeign yoke\u201d » : « They are styled rebels and traitors.  The  words  are  totally  inapplicable  to  them. »  (1838,  Complete Works,  6:414).15  Voir  sur  ce  point,  Jean-Marie  Fecteau  « \u2019This  Ultimate  Resource\u2019:  Martial  Law  and  State  Repression  in  Lower  Canada,  1837-1838 »,  in  Greenwood, F., Murray and Wright, Barry (ed.), Rebellion and Invasion in the Canadas, 1837-1839. Canadian States Trials, vol. II, 2002, 207-247. 119 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 qui envisageaient de voler leurs biens et de les tuer \u2013 ils se sont battus et ont tout sacrifié pour le maintien de la connexion et de la suprématie britannique, et maintenant ils sont insultés en voyant blanchis de toute accusation des hommes qui se vantaient de tuer tous les loyalistes et qui considéraient leurs femmes, leurs sœurs et leurs filles comme faisant partie du butin qu\u2019ils entendaient se partager.La conduite pusillanime de l\u2019exécutif au cours de l\u2019hiver dernier a dégoûté le public, et il ne manque plus grand-chose maintenant pour transformer ce dégoût en un sentiment très différent.Les constitutionnalistes [je souligne] ont été stigmatisés au Parlement impérial par les épithètes les plus infamantes de la part même des ministres de Sa Majesté, ils ont été insultés par notre regretté gouverneur imbécile [Gosford], et maintenant leurs efforts acharnés au cours de l\u2019hiver dernier doivent être récompensés par l\u2019acquittement aveugle des ennemis de leur pays (HA, 30 juin 1838).Une conclusion s\u2019impose : on ne devrait pas prendre pour argent comptant le soutien des « constitutionnalistes » à Durham.L\u2019amnistie générale du 28 juin 1838 en signe, au contraire, sa fin abrupte.D\u2019où le torpillage de sa mission dès ce moment-là.Les « constitutionnalistes » ont été les premiers d\u2019ailleurs à souligner l\u2019illégalité de la mise au ban par décret de huit leaders patriotes aux Bermudes.Le désaveu ultérieur en septembre à la Chambre des Lords n\u2019est qu\u2019un écran de fumée qui en dissimule la cause véritable : la résistance acharnée du parti britannique de Montréal et des volontaires à la politique impériale de conciliation.En août, le fossé ira s\u2019accentuant entre Durham et les six lieutenants-colonels à la tête des brigades volontaires : J.S.McCord, Norman Bethune, John Molson, John H.Maitland, Henry Dyer et Benjamin Holmes.Le refus du proconsul britannique de rémunérer les Volontaires mobilisés en novembre et décembre 1837 semble même ajouter 120 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 l\u2019injure à l\u2019insulte, bien qu\u2019il occasionne dans le Montreal Herald une autre de ces envolées patriotiques dont le public anglais était friand : Les lieutenants-colonels commandant les différents régiments de Volontaires de cette ville ont adressé à Son Excellence une pétition en vue de rémunérer les hommes sous leur commandement pendant la dernière rébellion, mais parce qu\u2019ils sont loyalistes, leur demande semble être ignorée par l\u2019exécutif.Ils ne se sont pas battus pour l\u2019argent \u2013 ils ne se sont pas battus pour leur glorification personnelle, mais se sont ralliés avec audace et chevalerie autour de l\u2019étendard de la Croix-Rouge de leur patrie pour préserver inviolée l\u2019intégrité de l\u2019Empire britannique et pour écraser les mécréants insolents qui ont osé défier son pouvoir.Ils sont fiers de la terre dont ils sont issus et du sang saxon qui coule dans leurs veines, et ils ne se déshonoreront pas non plus en se soumettant à la tyrannie canadienne-française, même si ces derniers bénéficient de la faveur d\u2019un exécutif vice-royal britannique.Ils sentent maintenant la pleine mesure de leur dégradation, le fer est entré dans leur âme, et ils sont convaincus qu\u2019un changement important doit s\u2019opérer dans leur position face aux Canadiens, soit par la vigueur et l\u2019impartialité du gouvernement britannique, soit par leurs propres efforts.Ils connaissent maintenant leur force, et ils savent aussi comment l\u2019utiliser.Chaque heure qui passe les voit se désespérer en voyant marcher dans nos rues des hommes qui méritaient amplement la potence, et ils blâment à juste titre Lord Durham pour l\u2019amertume des sentiments qui prévaut maintenant, plus qu\u2019à aucune autre période antérieure, entre les deux races (KMH, s.d.).Durham (9 août 1838) : British party, Doric Club et loyalisme conditionnel 121 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 Longtemps objet de caviardage non officiel, il est question au départ, pour Durham, dans cette dépêche « secrète & confidentielle », « of explaining the present disposition of the British party16 ».Nulle part il n\u2019y est question des « volontaires » en tant que tels.Mais en jaugeant les mots sous les mots, Durham toutefois s\u2019y réfère toujours implicitement quand il parle des « leaders and their followers » ou du « parti britannique » de Montréal.Ce sont des termes équivalents.Quant au Doric Club, qu\u2019il ne désigne jamais non plus par ce vocable, il confie à Glenelg, le secrétaire d\u2019État aux Colonies et à la Guerre : « si le Gouvernement impérial les laissait tomber (j\u2019emploie leurs propres mots), ils sauraient bien trouver les moyens de se protéger eux-mêmes » (Doughty, 1924, 324)17.Or, en rapportant leurs propres mots, Durham se réfère très précisément à la douzième résolution d\u2019une assemblée publique du Doric Club tenue en mars 1836 (j\u2019ai mis en caractères gras la référence) : [\u2026] car si abandonnés par le gouvernement britannique et le peuple britannique, plutôt que de nous soumettre à la dégradation de sujets d\u2019une république canadienne- française, nous sommes déterminés, par nos propres armes, à œuvrer à notre délivrance de ce joug insupportable ; et pour le soutien de cette déclaration, avec une confiance inébranlable dans la protection de la 16  Arthur  G.  Doughty,  Report of the Public Archives for the year 1923,  Ottawa,  F.  A.  Acland,  1924,  316-325.  La  désignation  « British  party »  qui  devait  s\u2019imposer  est  le  fruit  de  la  polémique  au  sein  de  l\u2019association constitutionnelle de Montréal en 1836 avec le Courier de  Christopher Dunkin, le concurrent libéral du Herald : « We have positive  evidence that the Constitutional cause has suffered, both here and at  Home, from the false impression that has been propagated, that such  illiberal and ultra-Tory principles as  those which  load  the columns of  the Herald are in unison with the sentiments of the British party in this  Province » (HA, 26/9/1836).17  Les italiques sont les miennes. « [\u2026] they shall find a way to take care of  them ». 122 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 Divine Providence, nous devons mutuellement engager nos vies, nos fortunes et notre honneur sacré (HA, 24 mars 1836)18.Qui plus est, Durham, dans cette version intégrale non censurée, anticipe, douze ans à l\u2019avance, le mouvement annexionniste proaméricain lancé dans la foulée de l\u2019incendie criminel d\u2019avril 1849 : On m\u2019a assuré, écrit-il, que les chefs et leurs partisans, du premier jusqu\u2019au dernier, ont l\u2019habitude de déclarer que plutôt que d\u2019être encore soumis aux Français (voulant dire par là que plutôt que de voir une autre majorité canadienne à l\u2019Assemblée), ils préféreraient de beaucoup une union avec les États-Unis ; et que si le Gouvernement impérial les laissait tomber (j\u2019emploie leurs propres mots), ils sauraient bien trouver les moyens de se protéger eux-mêmes (Doughty, 1924, 324).Est passée ainsi sous le radar académique une connexion intéressante entre les velléités annexionnistes de John Molson jr.et Robert Mackay en 1849 et celles de la police clandestine, mais tolérée du Doric Club des années 1836-1837.On voit bien que le « loyalisme » indéfectible à la Couronne imputé aux « membres du Doric Club » lors de l\u2019émeute chorégraphiée du 6 novembre 1837 (MC84) suscite, pour le moins, un doute raisonnable.Sur les traces de Jarret Henderson, on devrait plutôt parler de « loyalisme conditionnel ».Loin d\u2019être une apostasie, 18  Selon Q. Skinner ce  type d\u2019engagement solennel consistant à mettre  en  jeu  « nos  vies »,  « notre  fortune »  ou  « nos  libertés »  se  trouve  déjà  dans  la  théorie  « néo-Romaine »  de  la  liberté  en  vogue  chez  les  publicistes  anglais  à  partir  de  la  « Petition  of  Rights »  de  1628,  « moment  charnière  du  grand  récit  Whig »  (Quentin  Skinner,  From Humanism to Hobbes.Studies in Rhetoric and Politics, Cambridge [UK],  Cambridge University Press, 2018, 139). Voir aussi J. G. A. Pocock, The Machiavellian Moment (with a new afterword by the author) : Florentine Political Thought and the Atlantic Republican Tradition,  Princeton,  Oxford: Princeton University Press, (2003) [1975], 359. 123 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 des recherches trans-nationales hors des sentiers battus amèneraient à se demander si ce type de discours ne prendrait pas sa source dans celui des patriotes américains des années 1760 et 1770.Eliga Gould a suivi ce filon : Au Canada et aux Antilles, en particulier, les colons britanniques sont restés bien conscients \u2013 parfois vivement \u2013 du sort de la liberté aux États-Unis, et ils ont continué à insister sur bon nombre des droits que leurs anciens concitoyens avaient revendiqués avant 1776 [\u2026] Comme l\u2019a mis en garde la Montreal Gazette pendant la crise provinciale qui a finalement produit le rapport Durham (1841), « Les Américains avant leur révolution [\u2026] s\u2019adressèrent patiemment et calmement au Parlement impérial, et quand celui-ci fit la sourde oreille à leurs plaintes, ils firent appel aux armes19 ».Propos convergent dans la correspondance privée du commissaire Grey (8 février 1836) : « la véritable menace politique, au Bas-Canada, était \u201cthe republican spirit and the tendency to a connexion with the United States of the colonizing, mercantile & monied classes\u201d » (Curtis, 2004, 51)20.19  E. Gould, 2009, 129, « Liberty and Modernity.The American Revolution and the Making of Parliament\u2019s Imperial History\u201d, in Jack P. Greene (ed.),  Exclusionary Empire: English Liberty Overseas, 1600-1900,  New  York,  Cambridge University Press, 2009, 112-131.20 Brian  Curtis,  2004,  «  Le  redécoupage  du  Bas-Canada  dans  les  années 1830 », Revue d\u2019histoire de l\u2019Amérique française, 58, 1, 27-66. Tout  ceci  se  trouve  déjà  écrit  en  toutes  lettres dans  les  Lettres anti- françaises  d\u2019Adam  Thom  (alias  Camillus)  publiées  à  l\u2019automne  1835  dans  le  Herald.  Voir  l\u2019édition  Philpot-Deschamps  (Baraka  Books,  2016)  de  Thom,  The Prophetic Anti-Gallic Letters,  XXIV,  ainsi  que  Les ennemis français de la race anglaise (Septentrion, 2019) où Adam Thom  promet  aux  ministres  du  cabinet  Melbourne  qu\u2019à  Montréal  la  « voix  transatlantique de tonnerre » saura se faire entendre à « la plus infidèle  des mémoires » (2016, 103 ; 2019, 94). 124 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 En ce qui a trait à l\u2019programme politique du Doric Club, Durham ne mentionne pas la résolution 9 de l\u2019assemblée publique de mars 1836 sur la « nécessité absolue de l\u2019union des provinces du Haut et du Bas-Canada » (HA, 24 mars 1836) afin de pallier le défaut rédhibitoire de représentation des citoyens d\u2019origine britannique.Il encapsule néanmoins dans une formule lapidaire la condition sine qua non de tout réaménagement à venir : « the abstraction of all legislation on British interests from the control of a French majority ».Durham reste confiant de parvenir à satisfaire cette exigence « without violence to Canadian rights, and in strict accordance with the soundest principles of constitutional government » (Doughty, 1924, 325).La difficulté ici consiste à bien se figurer le subterfuge permettant au discours radical du British party d\u2019être à cheval sur deux propositions contradictoires : veine républicaine étatsunienne d\u2019un côté, loyalisme à tout crin de l\u2019autre.Pour ce qui est de ce dernier, un des domaines prometteurs de recherche pourrait porter sur l\u2019imaginaire impérial et le réseau social ultra-tory de Montréal.Fin décembre 1838, par exemple, lors du premier souper du mess régimentaire de la Montreal Light Infantry et du Queen\u2019s Light Dragoons, la salle de l\u2019hôtel Orr est ainsi : [\u2026] appropriately decorated with transparencies21 of Her Majesty, the Duke of Wellington, Britannia, an Irish harp with a rose, thistle and shamrock joined, the steamer Caroline in flames descending the falls of Niagara, and a globe with the motto \u201cThe British empire on which the sun never sets.\u201d (HA, 1er janvier 1839).S\u2019y trouvaient, entre autres, « dans leur nouvel uniforme, vestes écarlates à parements de velours noir [\u2026], le 21  Oxford English Dictionary : « A picture, print, inscription, or device on some translucent substance, made visible by means of a light behind ». 125 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 lieutenant-colonel Harcourt des Grenadiers Guards, le lieutenant-colonel Hughes du 24e Régiment, les lieutenants- colonels [N.] Bethune, [J.] Molson, [H.] Dyer, et [J.S.] McCord des Volontaires » (HA, 1er janvier 1839).Deux semaines plus tard, c\u2019est au tour du lieutenant-colonel Molson de recevoir dans sa maison de Belmont (Westmount) les officiers sous ses ordres et d\u2019autres officiers des bataillons volontaires (HA, 19 janvier 1839).Le Rapport (février 1839) : loyaux services et prise d\u2019armes dans la balance L\u2019extrait que je vais maintenant citer est intéressant22.Il est sans contredit de la main de Durham.Il se réfère explicitement en effet à sa dépêche du 9 août 1838.L\u2019entrée en matière est révélatrice.Il est question des sentiments d\u2019hostilité réciproque ayant prévalu en 1838 de part et d\u2019autre dans la « population ».Pas plus que les francophones en général, les anglophones ne sont nullement enclins, note-t-il, à un éventuel règlement pacifique des différends avec la « race hostile » adverse basé sur le moindre partage de pouvoir.Durham, d\u2019autre part, ne s\u2019explique pas par quel retournement « les Anglais » ont été jetés dans les rangs du gouvernement et se sont revêtus de l\u2019autorité de la loi, eux qui se trouvaient depuis longtemps à couteaux tirés avec l\u2019exécutif.Le constat s\u2019impose toutefois : seul leur enrôlement a permis de maintenir la suprématie de la loi et la connexion avec la Grande Bretagne.Mais, ajoute-t-il du même souffle, les autorités impériales courraient à la catastrophe en s\u2019imaginant prendre appui sur les sen- 22  C.  P.  Lucas  (ed.),  1912.  Lord Durham\u2019s Report on the Affairs if British North America (Three Volumes), Oxford, Clarendon Press, vol. 2, 59-61. 126 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 timents qui prévalent actuellement parmi eux au cas où celles-ci décidaient de desserrer l\u2019étau sur la colonie rebelle en vue de rétablir un régime constitutionnel.Toute mesure pondérée et impartiale en vue de calibrer les positions antagonistes des deux partis en lice leur apparaîtrait injurieuse et inique.Ces « Anglais », à son avis, considèrent qu\u2019ils ont droit aux faveurs exclusives du gouvernement, étant donné que c\u2019est par leur entremise seulement que la Grande-Bretagne a pu et pourra y maintenir son emprise.Dans la lutte d\u2019ascendance en cours entre les deux races ennemies, ils font entendre leurs plaintes avec force et amertume.En encourageant les « prétentions malicieuses de la nationalité française », Londres, selon eux, a fait preuve d\u2019ignorance et de mépris total quant à l\u2019enjeu réel du conflit.Inversement, croit-il, les incohérences et hésitations du Colonial Office ont eu pour effet de décourager les sentiments de loyauté en fomentant sous-main la rébellion23.Chaque mesure de clémence envers leurs adversaires [l\u2019amnistie générale du 28 juin 1837], est perçue comme une blessure d\u2019amour- propre et continue d\u2019alimenter leur rancœur.Se considérant comme une minorité, ces Anglais appréhendent le retour au cours normal d\u2019un gouvernement constitutionnel où ils se retrouveraient aux prises encore avec une indélogeable majorité française.Jamais, précise-t-il, ils ne s\u2019y soumettront de manière pacifique.Ils disent ouverte- 23  « They complain loudly and bitterly of the whole course pursued by the  Imperial Government, with  respect  to  the quarrel of  the  two  races,  as  having  being  founded  on  an  utter  ignorance  or  disregard  of  the  real  question  at  issue,  as  having  fostered  the  mischievous  pretensions  of  French  nationality,  and  as  having  by  the  vacillation  and  inconsistency  which  marked  it,  discouraged  loyalty  and  fomented  rebellion »  (je  souligne).  La  « rébellion »  dont  il  est  question  ici  n\u2019est  pas  celle  des  patriotes : « Une insurrection anglaise, voilà ce qu\u2019un Cabinet conciliant  devrait redouter \u2013 insurrection dirigée contre non pas un roi britannique,  mais un vice-roi français » (Camillus, Lettre anti-française XI). 127 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 ment qu\u2019ils ne toléreront plus d\u2019être le jouet d\u2019un marché de dupes entre les partis en Grande-Bretagne.Si la « mère- patrie » oublie la dette d\u2019honneur qu\u2019elle leur doit, ils trouveront bien le moyen d\u2019assurer leur autodéfense \u2013 « they must protect themselves24 ».En conclusion, Durham cite en renfort un extrait d\u2019un éditorial paru dans le Montreal Herald d\u2019un de leurs plus brillants avocats, « Scotus » : « le Bas-Canada doit être anglais, au prix, s\u2019il le faut, de ne plus être britannique25 ».Conclusion.Loyauté, intérêts privés, menaces et ligne de conduite impériale Dans cet extrait de Durham, la mise en sourdine de la violence armée et des intérêts économiques cède le pas, curieusement, à la langue des émotions et des sentiments.Discrètement inscrite, la charge comminatoire d\u2019un tel langage codé est cependant indubitable.En juillet 1838, au retour de Durham du Haut-Canada (Ontario), elle allait déclencher une autre controverse à Montréal dans la pétition réclamant, par décret du Conseil spécial, la commutation du régime foncier seigneurial.Le Haut-Commissaire britannique ne se gênera pas alors d\u2019épingler l\u2019espèce de 24 Durham  reprend  une  formule  de  la  dépêche  du  9  août :  « [\u2026]  they  shall  find  a  way  to  take  care  of  them ».  Concernant  le  lien  entre  l\u2019« autodéfense » et « the anglo-american  right  to arms », voir Patrick  J.  Charles  (2010).  « The Right of Self-Preservation and Resistance: A True Legal and Historical Understanding of the Anglo-American Right to Arms », Cardozo Law Review De Novo, 18, 18-60.25  Nul doute : il s\u2019agit d\u2019Adam Thom sous un autre pseudonyme signant  une  série  d\u2019articles  adressés  « To  His  Excellency,  sir  John  Colborne »  (HA,  27/1/1838).  « Scotus »  revient  en  fait  sur  la  prophétie  lancée  dans une des Lettres anti-françaises (XLIII) où il anticipe, à la barbe des  autorités  impériales,  le  succès  inévitable que couronnera  la  rébellion  des  « loyalistes »  soutenue  par  l\u2019état-major.  L\u2019enjeu  ultime  pour  les  loyalistes concerne la possession de l\u2019île de Montréal et le contrôle de  tout le réseau hydrographique qui l\u2019encercle. 128 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 chantage contenu dans le libellé.Dans l\u2019« Esquisse de la mission de lord Durham au Canada », Charles Buller s\u2019en fait l\u2019écho (Doughty, 1924, 341-369).Le ton des porte- parole du « parti britannique » à l\u2019endroit de Durham est sans équivoque : When Lord Durham visited Montreal on his return from Upper Canada a petition got up by these persons [\u201cthe more stirring and unreasonable of the British party\u201d] was presented to him, remonstrating very warmly against the arrangement, and not very covertly insinuating, after a fashion too common in the private conversation of those who in both Canadas affected the greatest loyalty, that the continuance of that loyalty would in a great measure depend on a compliance with their demands (356).Venant tout juste de rejoindre le personnel de son Excellence le comte de Durham, l\u2019ex-éditorialiste Adam Thom plaidera en faveur des pétitionnaires.Huit ou neuf mois plus tôt, dit-il : [\u2026] la plupart d\u2019entre eux avaient donné des « preuves manifestes de loyauté », non pas en signant des adresses, mais en épaulant le mousquet, non pas en se prosternant dans les salles vice-royales, mais en bravant de nuit et de jour les horreurs d\u2019un hiver presque polaire, \u2013 à leurs frais principalement et à leur propre charge.Leur loyauté, sans doute, avait été cruellement travestie chez eux [Grande-Bretagne] par ceux qui auraient dû savoir mieux et agir autrement, alors qu\u2019il ne s\u2019est agi, pour eux, que d\u2019amour fervent du souverain et de l\u2019empire (HA, 7/8/1838).La seconde rébellion de novembre 1838 devait apporter de l\u2019eau au moulin à la cause « loyaliste » des Volontaires, occasionnant encore dans son sillage toutes sortes d\u2019abus et de débordements sur lesquels le « Losses Rebellion Act » devait faire la lumière.Le retour virulent d\u2019affects d\u2019avril à septembre 1849 des fanatiques ultra-torys du British party 129 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 exposera au grand jour leur désarroi.À douze ans d\u2019intervalle, les doutes persistants sur leur tonitruante profession de foi loyaliste et le dévouement suspect des officiers volontaires envers la Couronne entacheront un moment la haute idée qu\u2019ils se faisaient d\u2019eux-mêmes avant que les cendres de l\u2019oubli n\u2019en effacent les traces compromettantes26.On peut se demander par ailleurs si \u2013 contrairement à l\u2019ordre hiérarchique habituel allant du haut vers le bas \u2013, avec ses menaces à peines voilées de guerre civile et de séparation, le groupe sélect des officiers des brigades volontaires affilié au parti britannique n\u2019est pas parvenu finalement \u2013 par l\u2019entremise du comité exécutif de l\u2019association constitutionnelle de Montréal et du Conseil spécial (1838-1841) qui votera l\u2019Union \u2013, à dicter au fond la ligne de conduite aux autorités impériales27.L\u2019hypothèse rejoint les conclusions auxquelles John Darwin est parvenu28.Darwin en effet, un des spécialistes de l\u2019impérialisme britannique à l\u2019ère victorienne, se demande si la trajectoire plutôt erratique au XIXe siècle de l\u2019expansion britannique aux quatre 26 Le  cas  du  Queen\u2019s  Light  Dragoons  (1837-1852)  est  particulièrement  intéressant à cet égard. Créé sur simple paraphe par  le commandant  militaire Colborne en novembre 1837,  la négligence dont ce corps de  gendarmerie s\u2019est rendu coupable en n\u2019assurant pas adéquatement la  protection du convoi du gouverneur Elgin le jour même de l\u2019incendie  entraînera sa disgrâce discrète.27  Sur le Conseil spécial, voir l\u2019étude approfondie de Steven Watt, 2002,  « State Trial by Legislator: The Special Council of Lower Canada, 1838-41 »,  in F. Murray Greenwood and Barry Wright (eds.), Canadian State Trials volume II, Rebellion and Invasion in the Canadas, 1837-1839,  Toronto,  London, Buffalo, University of Toronto Press, 248-278 ; de même que  Robert C. H. Sweeny, 2015, Why did we choose to industrialize Montreal, 1819-1849,  Montreal  &  Kingston ;  London  ;  Ithaca,  McGill-Queen\u2019s  University Press, 210-211.28  John  Darwin,  1997,  \u201cImperialism and the Victorians: The Dynamics of Territorial Expansion\u201d, The English Historical Review,  112, 447, 614-642.  Je  remercie  Andrew  Barros  du  département  d\u2019histoire  à  l\u2019UQAM  de  m\u2019avoir aiguillonné vers cet auteur. 130 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 coins du globe « découle principalement de la logique des décideurs politiques ou était-elle vraiment le résultat d\u2019un système politique décentralisé et pluraliste qui ne pouvait qu\u2019occasionnellement imposer une discipline et une direction à son activité extérieure » (1997, 614).Les « tensions perpétuelles entre le \u201csiège\u201d de l\u2019empire et les branches locales » (628-9) mettent bien en relief le rôle déterminant, à son avis, des agents locaux en périphérie.Darwin en déduit que « les intérêts privés britanniques devaient forcer le rythme vers le changement économique là où ils le pouvaient, là où ils osaient et commandaient le soutien du centre impérial » (619).D\u2019où le concept de « tête de pont » (« bridgehead ») pour rendre compte de la « forme déroutante » de l\u2019empire.Puis il conclut : Le rôle du gouvernement était parfois de faciliter, de réguler cette dynamique expansive multiple.Le gouvernement avait ses propres objectifs : contenir ses engagements financiers et militaires ; éviter l\u2019embarras diplomatique ou pire [\u2026].Mais il pouvait rarement se permettre de faire obstacle à de puissants groupes expansionnistes ou de s\u2019identifier trop étroitement ou trop longtemps à l\u2019un d\u2019entre eux.Étant donné que ces groupes d\u2019intérêt se sont collectivement élargis et se sont fait entendre à la fin du XIXe siècle, il n\u2019était pas surprenant que les gouvernements dans toutes les sphères politiques aient accédé promptement à leurs souhaits (641). 131 Articles Alain Messier* Le seigneur  Pierre-Dominique Debartzch Les habits tournés à l\u2019envers Derrière la langue il y a les dents Proverbe afghan Dans le Bas-Canada de 1837-1838 (Québec actuel), un événement singulier se faufile dans les méandres de l\u2019Histoire pour se rapprocher de l\u2019actualité récente, favorisant une réflexion sur la loyauté en politique.Pierre-Dominique Debartzch1 est d\u2019ascendance polonaise, son ancêtre Dominicus Bartsch est présent en Nouvelle- France en 1752, il est orginaire de la paroisse catholique polonaise de Sainte-Marie à Danzig (Gdansk).Très tôt l\u2019ancêtre modifie son nom pour Bartzch et y ajoute la particule « de » de la noblesse, s\u2019est-il proclamé noble polonais, il y a doute.Fils unique, Pierre-Dominique est un des premiers Bas- Canadiens à être admis à l\u2019Université Harvard à Boston dont il obtiendra son diplôme en 1806 pour des études en droit, puis il peaufinera ses connaissances cléricales sous la tutelle de Denis-Benjamin Viger2.1  Pierre-Dominique Debartzch. (22 septembre 1782-6 septembre 1846).  Avocat. Homme politique. Seigneur. Propriétaire des  journaux L\u2019Écho du Pays et Le Glaneur.2  Cousin de Louis-Joseph Papineau.*  Historien. 132 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 En 1809, il se joint au Parti patriote et est élu député colistier avec Louis-Joseph Papineau dans le comté de Kent.En 1810, il hérite d\u2019une grande partie de la seigneurie de Saint- Hyacinthe, car sa mère était la fille du seigneur Jacques- Hyacinthe Delorme.En 1812, capitaine de milice dans le 5e bataillon il se distingue par sa bravoure et ses qualités de chef militaire lors des batailles devant l\u2019envahisseur américain, notamment à Châteauguay.En 1814, sa carrière politique bifurque pour un poste de conseiller législatif.Il s\u2019agissait d\u2019une poste de non élu, alors que le Parti patriote luttait pour que les fonctions de conseillers législatifs et exécutifs soient élus par le peuple plutôt que des nominations des favoris du gouverneur.Louis-Joseph Papineau et les patriotes n\u2019en tiennent pas rigueur au seigneur Debratzch puisque celui-ci devient la voix non officielle du parti auprès des conseillers législatifs qui ont droit de veto sur les lois votés par la Chambre d\u2019Assemblée.Parallèlement à ses activités politiques, il acquiert très tôt des propriétés foncières et son mariage le 25 juillet 1815 avec Josette Saint-Ours, fille de Charles Saint-Ours un des plus riches seigneurs canadiens, lui permettra d\u2019ac- croitre ses biens fonciers et acquérir le titre de seigneur.Il multiplie des acquisitions, ouvre des chemins, concède des terres, son activité commerciale est débordante.En bon administrateur et entrepreneur, il fait fructifier son capital.Si bien que voilà marchands, artisans, commerçants, potiers, maçons, chapeliers, beurrerie, briquerie, tanneurs, débits d\u2019alcool, forges, meunerie s\u2019installent sur ses terres et un quai est construit pour la venue de cette nouvelle invention le bateau à vapeur, qui amène gens, fournitures et nouveautés. 133 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 Bref, le seigneur Debartzch qui possède déjà le grand rang de La Présentation, le cordon de Saint-Jean-Baptiste, Rougemont, Saint-Césaire, Sainte-Pie, Saint-Paul une partie de la seigneurie de Saint-Hyacinthe voit ses terres attribuées du nom de village Debartzch ce qui correspond en partie à la municipalité contemporaine de Saint-Charles- sur-le-Richelieu seigneurie qu\u2019il avait acquise en 1826.Homme politique appuyant Louis-Joseph Papineau et ses 92 Résolutions3, opposé à l\u2019Union projetée du Bas et du Haut-Canada en 1822, il fonde aussi le journal L\u2019Écho du Pays le 7 mars 1833, qui sera avec La Minerve de Ludger Duvernay, un journal prônant les idées réformistes du parti patriote.Mais voilà qu\u2019une brèche s\u2019insère dans son attitude, le seigneur Debartzch est inquiet devant la tournure des évènements.Il comprend que l\u2019Angleterre dont les lords ne sont pas élus n\u2019accordera jamais un Conseil législatif électif, ce qui serait contraire à sa constitution et qu\u2019elle n\u2019était surtout pas prête à favoriser la responsabilité ministérielle dans sa colonie, il prend alors ses distances avec Louis- Joseph Papineau4.3  Après trente années de parlementarisme et de luttes constitutionnelles  stériles,  excédé  du  mépris  et  du  mur  d\u2019indifférence  du  pouvoir  mercantile  des  princes-marchands  anglophones,  de  leur  influence  indue auprès des conseils  législatifs et exécutifs non élus,  il dénonce  dans un manifeste les abus du pouvoir,  les fraudes,  les vols, nomme  les  responsables,  décrit  les  cumulations  d\u2019emplois,  le  népotisme  de  l\u2019oligarchie  anglaise.  Il  somme  l\u2019administration  coloniale  d\u2019établir  de  vraies réformes constitutionnelles avec un gouvernement responsable.  Et  surtout,  souligne  son  admiration  pour  le  gouvernement  démocratique  des  États-Unis.  Les  92  Résolutions  dûment  votées  en  Chambre d\u2019Assemblée seront transmises au gouvernement colonial à  Londres.4  Pierre  Meunier,  L\u2019insurrection à Saint-Charles et le seigneur Debartzch,  Fides, 1986, p. 60. 134 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 L\u2019Écho du Pays cesse de paraître, ce qui devient suspect au yeux des patriotes et réjouit la presse loyaliste.« C\u2019est tout au plus une perte pour les marchands de tabac qui faisaient la plus grande consommation de cette feuille5 » Le seigneur Debartzch va mettre sur pied un nouveau journal moins compromettant politiquement en éditant Le Glaneur dont l\u2019orientation est liée à l\u2019agriculture, le commerce et l\u2019industrie.Mais ses liens avec le gouverneur Gosford et son appui à celui-ci pour que l\u2019Assemblée accorde le budget aux fonctionnaires est la goutte qui fait déborder le vase, car il s\u2019agissait de la seule arme démocratique pouvant accorder le respect des griefs des bas-canadiens.Le pouvoir colonial s\u2019emparera néanmoins de l\u2019argent de ceux-ci en contravention à la sacro-sainte constitution qui ne les favorisait pas\u2026 Le seigneur Debratzch tout caméléon qu\u2019il soit devient alors un paria pour le Parti patriote.Il faut comprendre que la mentalité bas-canadienne de cette période est imbue d\u2019une vertu sans équivoque, « la loyauté ».Le duel, bien qu\u2019interdit, est toujours présent, une parole non respectée, un manquement, deviennent vite affront à l\u2019honneur.Louis-Joseph Papineau témoigne ainsi de l\u2019attitude de Debratch dans une lettre qu\u2019il écrit à Julie Bruneau son épouse le 8 février 1836 : Les aspects du pays prennent un aspect de plus en plus grave, de plus en plus encourageant pour les âmes fortes, décidées à ne céder aucun de leurs droits.Le Haut-Canada formule les mêmes réclamations que nous.Il a été déjà plus loin que nous l\u2019avons fait ; il désavoue l\u2019intervention de la commission et celle du Bureau colonial.Il va, je crois, refuser les subsides à son 5  Ibid, p. 60. 135 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 tour.Et c\u2019est dans ces circonstances que Debartzch a eu l\u2019inconséquence d\u2019abonder assez dans son sens (la commission) pour créer une malencontreuse division dans la Chambre.Lord Gosford a la prétention insidieuse de défendre et d\u2019excuser les employés qui ont perdu ses prédécesseurs tout en faisant de la libéralité en propos sans rien effectuer en effet.Et Debartzch, par sa politique, semble vouloir assurer la durée du conseil.Néanmoins son sort est scellé.Le « confident de Gosford » comme le surnomment maintenant les journaux, est aussi jugé sans appel par Louis-Joseph Papineau : « Pourrait-il même rester en Canada et n\u2019y être pas regardé comme le traître Arnold l\u2019est aux États-Unis6 ».Louis-Joseph Papineau est plus que sévère envers Debratzch, mais continuons la lecture de son écrit pour avoir une connaissance plus précise de son opinion : Car enfin supposé que nous eussions eu tort dans toutes nos démarches, pendant longtemps il les avait approuvées ; il en avait voulu de plus violentes que nous en voulions.Il n\u2019y a qu\u2019après que des avantages et des prévenances personnelles eurent flatté son avarice qu\u2019il a déserté ses amis, qu\u2019il a demandé leur mort qu\u2019il demandera leurs dépouilles, qu\u2019il a trahi ses engagements qu\u2019il avait cru être conformes aux intérêts de son pays7.La poudrière Debartzch prend feu le 22 août 1837 alors qu\u2019il est nommé au sein du Conseil exécutif.Ses relations 6  Arnold  Benedict.  (Norwich,  Connecticut  14  janvier  1741  \u2013  Londres  14  juin  1801).  Général  de  l\u2019armée  continentale  durant  la  guerre  d\u2019indépendance  contre  les  Britanniques  pour  ce  qui  deviendra  les  États-Unis  d\u2019Amérique.  Connu  pour  avoir  trahi  en  proposant  aux  Britanniques  de  leur  livrer  le  fort  de  West  Point  pour  la  somme  de  20 000 livres et le poste de brigadier général. Ce qui n\u2019adviendra pas.  Mort pauvre, malade et oublié de tous à Londres.7  Yvan Lamonde, Violences coloniales et résistance patriote au bourg pourri de Sorel et à Saint-Ours-sur-le-Richelieu (1780-1838),  Delbusso  éditeur,  2017, p 133. 136 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 privilégiées avec lord Gosford et son appui à la saisie de l\u2019argent des bas-canadiens sans l\u2019assentiment de la Chambre d\u2019Assemblée lui ont obtenu ainsi ce rejet.Blâmé par les journaux patriotes, qualifié de girouette, de renégat, ostracisé par le chef patriote, la population prépare un charivari au seigneur Debartzch pour son retour à Saint- Charles8.Celui-ci choisit de les affronter à l\u2019automne 1837, alors qu\u2019il revient chez lui à son manoir, mais voilà qu\u2019alors qu\u2019il est présent entre Saint-Ours et Saint-Denis il demande à un habitant des nouvelles de son patelin, celui-ci naïvement lui raconte que les patriotes se proposaient de l\u2019escorter à cheval munis de grelots, avec ses habits tournés à l\u2019envers\u2026 qu\u2019il y a déjà son effigie pendue au bout d\u2019une perche.Après maints déboires pour rejoindre son manoir par des chemins détournés, Debartzch choisit de quitter les lieux puis de se réfugier à Québec.Il y demeurera jusqu\u2019à la fin des rébellions, entre-temps son manoir servira de quartier général aux patriotes lors de la bataille du 25 novembre 1837.8  Charivari. Au Bas-Canada en 1837-1838 perdure une tradition issue de  la  France  moyenâgeuse :  le  charivari.  Cette  tradition  se  pratiquait  à  l\u2019origine  pour  protester  contre  un  mariage  dépareillé :  une  veuve  qui  se  remariait  trop  tôt  ou  bien  avec  un  compagnon  dont  la  différence  d\u2019âge était trop prononcée. Les habitants se réunissaient alors la nuit  tombée,  accoutrés  de  façon  effrayante,  portant  des  objets  bruyants  et  faisant  un  tel  tintamarre  qu\u2019ils  réveillaient  les  personnes  visées  lesquelles  devaient  offrir  une  amende  symbolique  pour  pouvoir  réintégrer leur communauté après en avoir été symboliquement exclus  provisoirement. Lors des rébellions de 1837-1838, des charivaris seront  exercés  contre  des  officiers  de  milice  qui  refusent  de  remettre  leurs  commissions pour protester contre  l\u2019incurie du gouvernement et ses  injustices. Déguisements, tapages, mais aussi tombes creusées, coup  de  fusil  en  l\u2019air,  chevaux  dont  on  aura  coupé  la  queue,  menaces  de  brûler les bâtiments toute une violence psychologique est mise en place  pour intimider les loyaux aux Britanniques. Messier Alain. Dictionnaire encyclopédique et historique des patriotes de 1837-1838, seconde édition  revue et augmentée, Guérin, 2022, p 269 137 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 Le seigneur Debartzch, après les rébellions, fait l\u2019acquisition de la seigneurie de Cournoyer, de nos jours Saint-Marc- sur-le-Richelieu.Il ne retourna jamais à Saint-Charles.Le passé toujours présent nous permet de constater que depuis plusieurs mois, un long cortège funèbre de désistements, de conversions soudaines, soupoudrés d\u2019explications alambiquées pour justifier le travestissement des idéaux en nouveaux projets, font partie de la nouvelle donne politique.La triste réalité est que ces politiciens ont maintenant des vestes à l\u2019envers à l\u2019image du seigneur Debartzch privilégiant leurs intérêts personnels.Auront-ils leur charivari ?u 138 Articles Mario Dion* La faim justifie les moyens ! L\u2019inflation occupe toutes les tribunes et surtout le porte feuille des citoyens.Nos économistes, sauf exception, n\u2019ont pas venu venir la hauteur du tsunami économique.Même la banque centrale n\u2019a pas pris la mesure du contexte inflationniste et de ses conséquences sur l\u2019ensemble de l\u2019économie et sur les budgets familiaux.Nos économistes en ajoutent une couche.(Bérubé, Le Devoir, le 2 et 3 juillet 2022, p.7).Nous nous dirigeons vers une récession.On est passé de 30 % de probabilité à 50 %, maintenant, en juillet 2022.Ce « retour à la grande inflation » n\u2019annonce rien de bon pour l\u2019avenir à court terme.Au contraire, elle risque encore d\u2019hypothéquer non seulement l\u2019avenir économique, mais aussi l\u2019avenir social et environnemental.Nos politiciens, pendant ce temps, mettent de l\u2019huile sur le feu.Le fameux chèque de 500 $ de M.Legault envoyé à tous les adultes gagnant 100 000 $ et moins.Un investissement de 3,2 milliards aura eu pour effet d\u2019augmenter l\u2019inflation et les inégalités sociales, considérant que les plus riches pourront se payer un bon repas au resto et *  Chargé de cours en travail social, Université du Québec en Outaouais 139 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 que les plus pauvres ne pourront s\u2019offrir que les miettes des banques alimentaires.Les plus pauvres c\u2019est beaucoup de monde ! « Les plus affectés, parce que dépourvus ou presque de marge de manoeuvre, sont le 20 % des ménages au bas de l\u2019échelle des revenus » (Cornellier : Le Droit, le 2 juillet 2022, p.30) Cette crise de l\u2019inflation a un impact réel sur le coût du logement, mais aussi sur l\u2019alimentation pour les consommateurs marginalisés.La Table sur la faim et le développement social du Montréal métropolitain propose une « solution nuancée ».L\u2019État doit intervenir face à la surchauffe des prix des aliments.Pour ce faire, on propose de contrôler les prix de quelques aliments de première nécessité que nous produisons au Québec.Au même moment, un cri du cœur émerge des fermes de proximité.« À l\u2019échelle du Québec, la Coopérative pour l\u2019agriculture de proximité écologique (CAPÉ) soutient que le nombre des inscriptions aux paniers bio a chuté de 11,65 % par rapport à 2021 » (Sabourin, Le Droit, 2 juillet 2022, p.32) La raison de cette chute est simple : l\u2019inflation.« Beaucoup de gens nous ont dit qu\u2019avec l\u2019augmentation du coût de la vie, ils ne sont plus en mesure de payer notre panier.».(Léouzon, Le Devoir, du 15 juin 2022, p.10).Pour répondre à cette crise qui risque la fermeture de plusieurs fermes bio, on appelle au gouvernement d\u2019agir via le « Manifeste de la résilience ».Bref, la crise de l\u2019inflation enflamme d\u2019autres crises, dont celle de l\u2019insécurité alimentaire.Pourtant, le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels (PIRDESC) duquel le Canada et le Québec sont signataires stipule que le droit à une alimentation suffisante est un droit pour tous (article 11). 140 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 Les crises dans la crise Comment trouver une vision globale et des alternatives suffisamment concrètes et fédératives pour faire bouger tout le monde face à un gouvernement omnipotent pour les prochaines années dans quelques mois ?La question est de taille.Le défi est énorme.Chose certaine les crises dans lesquelles nous sommes plongés vont se multiplier dans les prochaines années.Elles prendront des couleurs et des perspectives différentes, peu importe, LA crise climatique sera toujours là.Ces crises du quotidien des productrices ou des consommateurs pauvres qui ne peuvent se payer le panier bio auraient une ampleur, un sens bien différent si ces crises étaient vécues hors de la crise climatique, de la perte de la biodiversité, etc.Dans une étude de Desjardins parue en juin, Marc-Antoine Dumont souligne que « le nombre de catastrophes naturelles répertoriées est trois fois plus élevé qu\u2019il y a 50 ans.Ces événements ont un impact négatif sur la production agricole, ce qui entraîne une réduction de l\u2019offre et une augmentation des prix.» (Rolland, La Presse canadienne, le 28 juin 2022) Comme la crise écologique ne disparaîtra pas, il y aura d\u2019autres crises inflationnistes.La question qui se pose est de comment concilier les crises inflationnistes dans la grande crise de la terre ?Le temps d\u2019agir urge.Carole Poliquin, dans son récent documentaire, nous invite à prendre au sérieux l\u2019état de la situation comme l\u2019annoncent les nombreux rapports du GIEC : « il reste 60 ans de terre arable », si on ne fait rien.Il nous faut donc concilier la grande crise climatique avec les « petites » crises du moment.Il faut surtout mobiliser 141 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 l\u2019ensemble des actrices, producteurs ou consommateurs, à agir de concert.Mais voilà que chacun dans son coin, on demande l\u2019intervention de l\u2019État.Des demandes fragmentées qui sont loin de faire peur à un gouvernement qui aura une large majorité pour les quatre prochaines années.Ce gouvernement pourra faire la sourde oreille à tout le monde préoccupé par la sécurité alimentaire et les changements climatiques.L\u2019objectif d\u2019un gouvernement c\u2019est de garder le pouvoir pour faire les changements en fonction de ses intérêts, de ce qui est rentable économiquement et politiquement.Or, comme le soulignait Francois Daoust (Cossette dans le Devoir du 15 juin 2022, p.9) : « Désolé pour le climat, c\u2019était pas rentable ».On pourrait dire la même chose des pauvres : « Désolé, vous n\u2019êtes pas rentable ! » Or, il me semble qu\u2019il y a trop de fragments qui trainent.Comment intervenir à court terme pour régler des problèmes à moyen et long terme ?Comment et sur quelle base peut-on faire bouger un gouvernement loin de toutes ces préoccupations pour donner de l\u2019espérance à des changements structurants ?Comment faire gagner tout le monde dans un contexte où chacun veut sa part du lion comme dirait Lafontaine ?Etc.De la fragmentation des demandes à une vision intégrée des alternatives Face aux défis énormes dans lequel nous sommes, il faut plus que des petits gestes.Ils sont importants, soit ! Mais les solutions impliquent plus que les individus.Il faut une vision fédérative des producteurs et des consommateurs et des alternatives pour incarner rapidement cette vision.Des projets, il n\u2019en manque pas.Le problème c\u2019est de s\u2019entendre sur une vision intimement collée à des alternatives 142 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 réalisables progressivement.Le maintenant en fonction de l\u2019avenir.Cette première condition est déjà un défi.Pas de mobilisation possible face à M.Legault sans cette vision solidaire et organisée.Manon Boulianne a développé une approche territorialisée du système alimentaire qui pourrait servir de vision pour le développement d\u2019alternatives à grande échelle en impliquant tout le monde : La notion de système alimentaire retenue dans le cadre de notre recherche englobe [\u2026] tous les facteurs impliqués dans la production alimentaire, la transformation, la distribution, l\u2019entreposage, la consommation et la gestion des déchets » ainsi que les produits (intrants et extrants), les acteurs (producteurs, transformateurs, distributeurs, grossistes, consommateurs, régulateurs) et les modes de coordination mobilisés (par le marché, les standards ou l\u2019État)1 .Il me semble que la professeure Boulianne offre un socle sur lequel une vision et des alternatives peuvent prendre racine.L\u2019avantage de cette vision c\u2019est qu\u2019elle s\u2019assoit sur le réel, sur des petites alternatives qui demeurent à être consolidées et inscrites dans un ensemble.Sans nier les rapports de pouvoir entre les petits et les gros.Ceux qui veulent toujours leur part du lion.Dans un système territorialisé et durable, chacun pourrait trouver sa part.Une vision pour que tout le monde puisse mettre l\u2019épaule à la roue afin de mobiliser le plus grand nombre d\u2019organisations dans notre société.Voilà pour la première condition de réussite.1  BOULIANNE, Manon, DESPRÉS, Carole, MUNDLER, Patrick, PARENT,  Geneviève  et  PROVENCHER,  Véronique  (2021).  « Une  approche  territorialisée du système alimentaire : le cas de la région de Québec ».  Canadian Food Studies, 8 (1), p.29-48. doi : 10.15353/cfs-rcea.v8i1 143 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 D\u2019une vision intégrée à une mobilisation solidaire Outre la vision, il faut une mobilisation suffisamment forte pour faire bouger M.Legault.Les mouvements sociaux ont été depuis le XIXe siècle les seuls à changer les structures sociales, économiques, politiques et environnementales de nos sociétés.Quand ces mouvements de syndicats, de femmes, d\u2019étudiantes, de groupes communautaires, de groupes écologiques, etc.poussent en même temps, il est possible de faire des changements.C\u2019est la deuxième condition pour rendre des alternatives possibles.Un autre énorme défi ! Plus qu\u2019une vision, une cause affective Or, pour qu\u2019il y ait mobilisation, il faut plus qu\u2019une vision.Les idées mobilisent certaines personnes déjà conscien- tisées.Les raisons d\u2019une cause mobilisent les personnes, mais pas les masses.Les grands projets institutionnalisés par l\u2019État dans les dernières décennies ont touché le quotidien des gens et avaient une dose affective importante.Le développement et le bien-être des enfants ont été d\u2019une bonne part dans la mise sur pied des CPE et du programme d\u2019assurance parentale.Deux projets institutionnalisés qui ont permis de changer structurellement notre société.Des études ont démontré que le Régime québécois d\u2019assurance parentale (RQAP) a changé profondément la culture parentale.Les mères sont plus présentes sur le marché du travail, faisant plus d\u2019heures par semaine et étant plus nombreuses également à travailler à temps plein ; tandis que les pères voient leur temps de travail diminuer.Les nouveaux pères passent 21 minutes de plus par jour en soins aux enfants2.Ce n\u2019est pas rien ! Les hommes du 2  Harvey,  Valerie,  (2019)  Papa 2,0, Les père québécois et les congés parentaux, thèse de doctorat, Université Laval. 144 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 Québec sont plus impliqués dans le développement des enfants que partout ailleurs au Canada.Peut-on s\u2019inspirer de ce qu\u2019on a déjà fait comme société distincte pour offrir une sécurité et une souveraineté alimentaire pour tous et particulièrement pour nos enfants ?Une autre assurance pour la sécurité alimentaire de nos enfants ?La question peut paraître loufoque.Plusieurs diront : pas encore une autre taxe ! Pourtant, qui serait prêt aujourd\u2019hui à enlever les cotisations pour le RQAP ?La majorité encore aujourd\u2019hui appuierait le maintien de cet impôt social.Bien plus, nos amis ontariens et d\u2019ailleurs au Canada sont jaloux de cette assurance et encore plus de nos CPE.Alors, est-il possible de penser à un Régime québécois d\u2019assurance alimentaire (RQAA) pour l\u2019avenir de nos enfants (et rendre encore plus jaloux le ROC) ?Certes, il s\u2019agit d\u2019une hypothèse, mais il faut trouver un peu d\u2019argent pour investir dans des alternatives intégrées dans une vision de souveraineté et de sécurité alimentaire.Il s\u2019agit de l\u2019avenir de notre planète et surtout de l\u2019avenir de nos enfants.Car, pour les plus vieux d\u2019entre nous, nous serons morts, lorsque les changements les plus importants se réaliseront.Pouvons-nous faire un effort d\u2019exploration pour débloquer nos imaginaires ?En bref, le RQAP est une cotisation sur le salaire selon le revenu.Dans ce sens, il tient compte de la capacité de payer de chaque contribuable.Il a généré en 2021 2,6 milliards de dollars.Un conseil de gestion de l\u2019assurance parentale voit à garder le cap sur la vision du programme.Le tout est encadré par plusieurs politiques qui garantissent une saine gestion. 145 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 On pourrait penser à un Régime québécois d\u2019assurance alimentaire (RQAA) qui pourrait disposer d\u2019environ 2,6 milliards chaque année pour soutenir une agriculture territo- rialisée.Si on utilise les mêmes taux que le RQAP, on peut imaginer qu\u2019on pourrait offrir environ 50 % de ce fonds à environ 1,3 million ménages avec enfant au Québec.Tous les enfants pourraient avoir accès à des légumes via un système d\u2019assurance alimentaire.L\u2019autre 50 % pourrait être investi dans des prêts d\u2019achat de terre, de matériel pour la culture bio, soutenir les réseaux de distribution comme les marchés publics, etc.Il faudrait aussi utiliser une part de ce fonds pour l\u2019éducation.La population a perdu les habilités pour s\u2019offrir des repas domestiques de qualité.Il semble qu\u2019il faudra développer ces habiletés en milieu scolaire au secondaire, afin que les produits ne deviennent pas des déchets.C\u2019est un changement de culture dans les deux sens du mot ! Évidemment, il faudra poser des limites pour ne pas voir une nouvelle génération de fermes industrielles qui veulent le monopole de certains produits ou de secteurs alimentaires.On est encore dans un système capitaliste qui produit des monopoles.L\u2019expérience des mégas fermes au Québec a tué la diversification agricole.Il faut créer un modèle souple, mais encadré ou tout le monde peut avoir une place viable économiquement dans un système alimentaire territorialisée et durable.Doubler la mise Le droit à la sécurité alimentaire du PIRDESC implique que les États ont l\u2019obligation fondamentale d\u2019adopter les mesures nécessaires pour lutter contre la faim, comme le prévoit le paragraphe 2 de l\u2019article 11, même en période de 146 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 catastrophe naturelle ou autre.Pendant que nous sommes dans un processus de catastrophe naturelle à répétition et qu\u2019au même moment « les milliardaires de notre monde ont accumulé 3600 milliards de plus en un an.L\u2019équivalent de 12 fois le budget annuel du Canada.» (Nadeau, Le Devoir, du 4 juillet 2022, p.3) Nos gouvernements ne peuvent pas dire qu\u2019ils n\u2019ont pas d\u2019accès aux ressources financières.Il suffirait d\u2019imposer un impôt annuel sur le patrimoine des millionnaires comme le suggère Tomas Piketty3.« L\u2019impôt annuel sur la propriété et l\u2019impôt sur les successions rapporteraient au total environ 5 % du revenu national » dans les pays d\u2019Europe.Si nous pouvons établir un type d\u2019impôt semblable à un taux de 2 % au Québec, on pourrait récolter autour de 2,6 milliards de dollars.De quoi doubler la mise pour soutenir un système de sécurité et de souveraineté alimentaire pour tous4.Évidemment, les patrons des grandes entreprises seront les premiers à monter aux barricades contre ce genre d\u2019impôt social.Ça ne serait pas la première fois\u2026 Il reste que ce sont eux les premiers à dire : « Désolé pour le climat, c\u2019était pas rentable ».M.Legault et M.Fitzgibbon font partie de ce club des « pas rentable ».Ils ne changeront pas du jour au lendemain.Les mouvements sociaux qui voudront vraiment changer le paysage de l\u2019alimentation au Québec devraient commencer maintenant.La route sera longue ! 3  Piketty, Tomas, (2019) Capital et idéologie, Seuil, p. 1129.4  La crise n\u2019est pas juste locale, mais internationale. « Les gouvernements  des  pays  occidentaux  doivent  également  libérer  des  ressources,  notamment  en  taxant  les  entreprises  agroalimentaires  et  les  milliardaires, afin d\u2019investir dans une production alimentaire durable,  locale  et  diversifiée  qui  aidera  les  pays  à  devenir  moins  dépendants  des  importations  alimentaires. »Hanna  Saarinen,  Responsable  des  politiques alimentaires chez Oxfam. Voir rapport du 6 juillet d\u2019Oxfam. 147 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 Conclusion Une chose est claire, les avantages économiques, sociaux, écologiques et culturels d\u2019un investissement massif de quelques milliards pour garantir la sécurité alimentaire sont considérables.On peut aussi montrer par la recherche l\u2019effet boule de neige de l\u2019exploration d\u2019une telle vision, d\u2019une telle mobilisation et d\u2019un tel investissement.Il s\u2019agit, dans les faits, d\u2019un investissement si petit sur le quotidien de l\u2019ensemble des travailleurs et des entreprises du Québec, et même de nos millionnaires locaux : quelle personne en haut de la pyramide sociale en souffrirait vraiment ?Quel impact sur l\u2019ensemble des enfants, sur nos écosystèmes, sur la réorientation majeure de notre économie ?Quel impact sur la culture de notre solidarité collective ?Tout cela n\u2019est pas impossible.Car le Québec a déjà fait des possibles avec des impossibles.u ASSIS L'assurance d\u2019une culture québécoise ASS Jorte et et vivante [13 temas, T7 Rocittd 8 re Le] STR pp ty HISTOIRE PATRIMOINE péri \"Here.de soutenir Noa r= TET OT-de là fe By dt [oi Tri = î lal Ml dd ONALE PET LS canin +! 1800 943-2519 | www.ssjbeq quebec D eRassemblement pourun PAYS SoUverain Québec notre seule patrie = www.rps.quebec LANGUE PATRIMOINE SOUVERAINETÉ FRANÇAISE NATIONAL DU QUESTS Fay fi ga hs de ia Mauricie Saint-Jean-Bapifste y WWW.complément 149 Primeur Le piège des langues officielles Éric Poirier 150 L\u2019Action nationale - Octobre-Novembre 2022 La date de l\u2019audience est fixée.Le 14 juin 1989, les parties doivent présenter leurs arguments devant la Cour suprême du Canada dans une affaire qui oppose un groupe de parents francophones de l\u2019Alberta et le gouvernement albertain.Il y a maintenant plus de sept ans, soit depuis l\u2019entrée en vigueur de la Charte canadienne des droits et libertés (ci-après Charte canadienne, qui prévoit un droit constitutionnel à l\u2019instruction dans la langue de la minorité dans son article 23), que ces parents d\u2019Edmonton réclament pour leurs enfants des écoles françaises, soumises à un programme français et administrées par un conseil scolaire français.Plutôt que d\u2019y répondre, favorablement ou non, la province s\u2019est jusque-là contentée de renvoyer leurs demandes au conseil scolaire dont ils relèvent, un conseil scolaire anglais.Celui-ci a cédé, petit à petit, sur quelques points.Une école d\u2019immersion est transformée en partie en école primaire française, offrant l\u2019instruction en français de la maternelle à la sixième année ; les septième et huitième années du primaire demeurant offertes en immersion.Puis une école secondaire française ouvre ses portes\u2026 Mais les parents se voient refuser ce qui est considéré comme essentiel par la communauté francophone : un conseil scolaire distinct doté du pouvoir d\u2019administrer les écoles, c\u2019est-à-dire le droit de gestion et de contrôle des écoles.La Charte canadienne est peu bavarde sur cette question.Le droit à l\u2019instruction dans la langue de la minorité comprend bien, explicitement, le droit de faire instruire les enfants « dans des établissements d\u2019enseignement de la minorité1 ».Mais tout est à faire.Ce droit à des « établissements d\u2019enseignement de la minorité » 1  Dans sa version anglaise :  le droit de faire instruire les enfants « in  minority language educational facilities ». 151 Primeur \u2013 Le piège des langues officielles compte-t-il le droit à une école séparée, à des locaux dans une école, à un bâtiment scolaire, ou encore le droit à une forme de représentation au sein d\u2019un conseil scolaire déjà existant ou d\u2019administrer des écoles par l\u2019intermédiaire d\u2019un conseil scolaire distinct ?La réponse n\u2019est alors écrite nulle part.En plus des principaux opposants qui alimentent l\u2019affaire depuis maintenant plus de sept ans, quelque quinze intervenants supplémentaires s\u2019invitent, un à un, dans le débat qui prend place devant la Cour suprême : le gouvernement fédéral, cinq autres provinces, dont le Québec, des associations représentant des minorités francophones hors Québec et le groupe de pression anglo-québécois Alliance Québec.Si le litige intéresse tout le Canada, c\u2019est que ce droit à des « établissements d\u2019enseignement de la minorité », écrit dans les mêmes termes, trouve application partout au pays.La Cour est appelée à entendre une affaire provenant de l\u2019Alberta, mais l\u2019issue intéresse évidemment toutes les provinces et leurs minorités officielles, qu\u2019elles soient francophones en Alberta ou ailleurs au Canada, ou anglophones au Québec.Ajoutons un peu de contexte : en 1982, la Charte canadienne enchâsse dans la Constitution le projet porté par la Loi sur les langues officielles, une loi fédérale adoptée en 1969 qui déclare l\u2019égalité de l\u2019anglais et du français.De plus, elle le prolonge, ce projet, par l\u2019ajout d\u2019un droit à l\u2019instruction dans la langue de la minorité, en anglais ou en français, offert simultanément à la communauté anglo-québécoise et aux minorités françaises à l\u2019extérieur du Québec.Ainsi, lorsque du côté des parents francophones albertains et de leurs alliés on réclame le droit constitutionnel à un conseil scolaire distinct doté du pouvoir d\u2019administrer des écoles, au même moment, du 152 L\u2019Action nationale - Octobre-Novembre 2022 côté du gouvernement du Québec, on craint qu\u2019un gain pour les minorités francophones hors Québec, limitant la compétence exclusive des provinces en matière d\u2019éducation, gruge d\u2019autant la compétence québécoise en la matière, au profit des établissements anglophones du Québec.Après tout, sur ce point, le Québec reste juridiquement une province comme les autres.Il est vrai, les Anglo-Québécois gèrent et contrôlent déjà complètement leurs écoles, et depuis longtemps.Mais qui sait ce que réserve l\u2019avenir ?Le gouvernement du Québec peut vouloir protéger sa pleine marge de manœuvre sur la question, pour que toutes les modalités du droit à l\u2019instruction dans la langue de la minorité continuent à l\u2019avenir d\u2019être débattues à Québec devant l\u2019Assemblée nationale, et non à Ottawa devant les neuf juges de la Cour suprême nommés par le fédéral.Le gouvernement québécois songe-t-il alors à intervenir devant le plus haut tribunal pour appuyer l\u2019Alberta, qui croit qu\u2019une école française gérée par un conseil scolaire anglais respecte la Charte canadienne ?La rumeur s\u2019ébruite.La rumeur se confirme.Mars 1989, la Fédération des francophones hors Québec, l\u2019organisme qui se veut le premier porte-parole de la francophonie canadienne hors Québec, intervient auprès du gouvernement québécois2.Elle rencontre alors une première fois le ministre de l\u2019Éducation, Claude Ryan, pour lui exprimer ses préoccupations.Insatisfait des réponses obtenues, l\u2019organisme relance deux mois plus tard, par écrit, non seulement Claude Ryan, mais également le premier ministre Robert Bourassa et le ministre de la Justice et ministre délégué aux Affaires intergou- 2  L\u2019organisme changea de nom en 1991 pour devenir la Fédération des  communautés francophones et acadienne du Canada. 153 Primeur \u2013 Le piège des langues officielles vernementales canadiennes, Gil Rémillard.Au début de juin, l\u2019organisme tente une dernière fois de réorienter le discours du gouvernement québécois, rencontrant cette fois des fonctionnaires des ministères de la Justice et des Affaires intergouvernementales.Mais c\u2019est peine perdue, ou presque.Le 1er juin 1989, le quotidien Le Devoir révèle la position qu\u2019entend défendre le gouvernement québécois devant la Cour suprême.Il titre : « Les Franco-Albertains n\u2019admettent pas le croc-en-jambe du Québec.» L\u2019article décrit la réaction de l\u2019Association canadienne-française de l\u2019Alberta, une autre intervenante dans l\u2019affaire, qui est présentée comme « furieuse contre le gouvernement du Québec ».Elle « dénon[c]e » vertement la position du Québec et souligne, avec hargne, que celle-ci est indigne d\u2019un gouvernement qui se targue « de défendre et d\u2019être les champions » des droits des francophones hors Québec.Le premier ministre Bourassa est directement interpellé : « Il nous abandonne.» « Veut-il la disparition des Franco-Albertains ?», questionne même le président de l\u2019organisme.Le mémoire que dépose le procureur général du Québec devant la Cour suprême défend clairement la compétence des provinces en matière d\u2019éducation3.Le droit à des « établissements d\u2019enseignement de la minorité » prévu dans la Charte canadienne ne compterait, ainsi, que le droit à des écoles.« C\u2019est aux provinces qu\u2019il revient de régir l\u2019Éducation et de prescrire ce qui doit être enseigné », peut-on y lire.Et puisque cette charte ne mentionne jamais l\u2019existence de protections pour des éta- 3  Les mémoires des parties déposées dans les affaires analysées dans  le  présent  ouvrage  peuvent  être  retrouvés  dans  les  archives  de  la  Cour suprême du Canada, à Ottawa. 154 L\u2019Action nationale - Octobre-Novembre 2022 blissements dotés d\u2019un pouvoir d\u2019administration, le droit à des « établissements d\u2019enseignement de la minorité » ne comprendrait pas « un droit de contrôle et de gestion de structures scolaires » (soulignements dans l\u2019original).Seul un simple « droit de regard » y serait rattaché.Le 7 juin, Le Devoir donne cette fois la parole à la Fédération des francophones hors Québec, qui se déclare « très déçue » de la position du gouvernement québécois.Deux jours plus tard, c\u2019est au tour de Paul-André Comeau, rédacteur en chef au Devoir, d\u2019ajouter sa voix au concert.« Il ne faut pas voir s\u2019installer un nouveau clivage entre le Québec et les minorités francophones ! Le Québec ne peut pas s\u2019afficher comme foyer de la culture française dans ce pays sans pratiquer envers les francophones de l\u2019extérieur une politique où dominent sympathie et vigilance.» Il poursuit : défendre un simple « droit de regard », c\u2019est « nettement insuffisant, c\u2019est même un peu insultant ».Encaissant ces attaques, le gouvernement du Québec refuse toute invitation à y répondre publiquement.Le 14 juin 1989, c\u2019est le jour J.La Cour suprême entend les parties.Finalement, la pluie de critiques qui s\u2019est abattue sur le gouvernement québécois dans les jours suivant le dépôt de son mémoire n\u2019aura pas été sans conséquences.Dans sa plaidoirie orale, le procureur général du Québec prétend que la Charte canadienne confère aux minorités francophones « le droit à une participation efficace à la gestion de leurs écoles », et que les provinces « ont une obligation de résultat à cet égard ».Il ne s\u2019agit pas du droit de gestion et de contrôle des écoles, certes, mais cette position constitue quand même un pas de plus que le simple « droit de regard » défendu 155 Primeur \u2013 Le piège des langues officielles dans le mémoire.Et ce pas de plus, tous en conviennent.Si bien que Jean-Claude Mahé, un des parents francophones qui porte l\u2019affaire devant la Cour suprême, et qui donnera son nom au jugement qui en découlera, déclare au Devoir être « heureux » de la position défendue par le procureur général du Québec.C\u2019est toutefois trop peu pour les autres défenseurs de la cause.Par exemple, la Commission nationale des parents francophones se dit « scandalisé[e] » par cette position du Québec, qu\u2019elle qualifie d\u2019« inacceptable, voire malhonnête ».Si le gouvernement québécois est incapable de défendre le droit de gestion et de contrôle pour les minorités francophones, c\u2019est, selon le président de l\u2019organisme, parce que Québec « ne se soucie guère de [leur]s préoccupations ».Puis il condamne le gouvernement québécois : « En aucun cas il peut se prétendre le défenseur du fait français au Canada.» La Fédération des francophones hors Québec demeure également tout aussi déçue qu\u2019elle l\u2019était avant l\u2019audience.Puis c\u2019est l\u2019attente.La Cour suprême rend sa décision l\u2019année suivante, le 15 mars 1990.Dans l\u2019arrêt Mahé c.Alberta, une cour unanime déclare que le droit à des « établissements d\u2019enseignement de la minorité » comprend le droit de gestion et de contrôle des écoles.Elle raisonne ainsi : si le droit à l\u2019instruction dans la langue de la minorité inclut déjà implicitement le droit d\u2019être instruit dans des établissements (car l\u2019instruction est reçue quelque part, nécessairement dans des établissements), le droit explicite à des « établissements » doit comprendre quelque chose de plus que des écoles, des locaux ou des bâtiments ; il comprend donc le droit de gestion et de contrôle.De plus, comme la Charte canadienne, dans sa version fran- 156 L\u2019Action nationale - Octobre-Novembre 2022 çaise, protège le droit à des « établissements d\u2019enseignement de la minorité », et non « pour la minorité », il faut conclure que ce droit comprend « une certaine mesure de gestion et de contrôle ».Alors, grande victoire pour la minorité francophone de l\u2019Alberta ?Oui et non, car le droit de faire instruire ses enfants « dans des établissements d\u2019enseignement de la minorité » l\u2019est uniquement, ajoute la Charte canadienne, « lorsque le nombre de ces enfants le justifie ».Et le juge Brian Dickson, qui rédige les motifs de la Cour, conclut : « Cela dit, je ne suis pas convaincu, au vu de la preuve produite en l\u2019espèce, que l\u2019on ait établi que le nombre d\u2019élèves qui fréquenteront vraisemblablement les écoles francophones à Edmonton soit suffisant pour justifier la création d\u2019un conseil scolaire francophone indépendant.» La minorité francophone doit se contenter d\u2019une représentation dans le conseil scolaire anglais déjà existant.La communauté anglo-québécoise, elle, considère désormais qu\u2019elle détient une protection constitutionnelle pour des commissions scolaires linguistiques.Avec le droit à l\u2019instruction dans la langue de la minorité, offert simultanément à la communauté anglo- québécoise et aux minorités françaises, a-t-on voulu programmer cette division entre Québec et les minorités francophones ?[\u2026] À partir de l\u2019événement de 1969 [l\u2019adoption de la Loi sur les langues officielles], et pour les années qui suivent, les concepteurs de la politique linguistique canadienne ne peuvent ignorer que leur entreprise met le Québec et les francophones minoritaires dans des camps opposés. 157 Primeur \u2013 Le piège des langues officielles Pourtant, ils ne font rien pour l\u2019éviter.C\u2019est qu\u2019à l\u2019époque, à Ottawa, tous les yeux sont rivés sur l\u2019unité canadienne qu\u2019il faut solidifier.On se souvient de la célèbre mise en garde retrouvée en 1965 dans le rapport préliminaire de la Commission royale d\u2019enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme, la commission fédérale coprésidée par André Laurendeau et Davidson Dunton qui ouvre la voie à l\u2019intervention canadienne sur les langues officielles de 1969 : « Le Canada traverse actuellement, sans toujours en être conscient, la crise majeure de son histoire.Cette crise a sa source dans le Québec.» Et plus loin : « Il en résultera soit la rupture, soit un nouvel agencement des conditions de son existence » (Guay : en ligne).Dans les circonstances, le fait que la politique linguistique canadienne soit susceptible de diviser le Québec et la francophonie hors Québec peut ne pas avoir été envisagé à Ottawa comme une conséquence indésirable de l\u2019entreprise.Cette division constitue au contraire un élément pouvant déstabiliser un mouvement québécois.À l\u2019avenir, le Québec pouvait se voir opposer les minorités francophones, campées du côté fédéral sur la question du bilinguisme officiel.Évidemment, c\u2019est la volonté souverainiste qui semble de plus en plus gagner la population québécoise et l\u2019ambition d\u2019ériger le Québec en État national qui sont à combattre.Dans le premier tome de son rapport, publié en 1967, la commission Laurendeau-Dunton suggère la reconnaissance des deux communautés nationales qui composent le Canada, la française et l\u2019anglaise (Dupuis 2019 : 80).Mais, au gouvernement fédéral, on croit plutôt de plus en plus que c\u2019est justement ce qu\u2019il faut éviter de faire si le pays ne veut pas s\u2019engager sur la pente savonneuse du statut particulier pour le Québec qui mènera, croit-on, à son 158 L\u2019Action nationale - Octobre-Novembre 2022 indépendance.Lorsque Pierre Elliott Trudeau devient premier ministre du Canada en 1968, il propose de « divorcer les concepts d\u2019État et de nation » et de s\u2019en tenir à deux langues officielles dans un pays multiculturel (p.89).Le sociologue Hubert Guindon l\u2019a décrit mieux que quiconque.Le projet de langues officielles tel qu\u2019il a été conçu par Trudeau est une façon d\u2019agir sur le terrain de la reconnaissance sans reconnaître la principale minorité nationale du Canada, composée du Québec et des francophones hors Québec.Il s\u2019agit même de nier son existence (Guindon 1995 : 174 et 182).Avec la Loi sur les langues officielles de 1969, les programmes fédéraux de subventions qui s\u2019y ajoutent pour encourager le leadership communautaire des francophones minoritaires et des Anglo-Québécois, l\u2019enchâssement en 1982 du droit à l\u2019instruction dans la langue des minorités francophones hors Québec et anglophones au Québec, etc., le pouvoir fédéral « crée deux minorités officielles ».Il confirme aussi l\u2019égalité des provinces.Guindon décrit le projet de la façon suivante : Lorsqu\u2019on l\u2019interrogea sur ses motifs de fonder la politique linguistique du pays sur les minorités officielles plutôt que sur les deux majorités du pays, il [Trudeau] répondit cyniquement : les majorités n\u2019ont pas besoin de protection.En faisant des Québécois francophones une majorité, il s\u2019évitait l\u2019embarras d\u2019avoir à les considérer comme une minorité nationale (p.178).Si Guindon parle de la « fiction légale des minorités officielles », « perçues et traitées de façon identique », c\u2019est parce qu\u2019il sait bien que les francophones hors Québec et les Anglo-Québécois n\u2019ont en réalité rien en commun, ou presque (p.183).Au Canada, et en Amérique du Nord, toutes les forces jouent en faveur de la langue anglaise 159 Primeur \u2013 Le piège des langues officielles et au détriment de toutes les autres langues ; surtout s\u2019il s\u2019agit moins de travailler à leur maintien comme objet de folklore que comme élément donnant forme à une société.Si la politique linguistique canadienne s\u2019y acharne, c\u2019est parce qu\u2019elle veut « nier l\u2019existence de [l]a minorité nationale » du Canada et « unifier les \u201cminorités officielles\u201d pour dénoncer les efforts d\u2019affranchissement de celle-ci » (p.184).Ainsi, la politique canadienne « désolidaris[e] les francophones hors Québec de la majorité québécoise » qui, se rangeant dans le camp fédéral du bilinguisme officiel et prenant parti contre l\u2019intention de faire du Québec un État français, « tombent dans la souricière que leur a tendue le régime Trudeau » (p.179 et 184).Confronté aux francophones minoritaires sur l\u2019enjeu linguistique, le gouvernement du Québec se trouve atteint dans sa prétention d\u2019être le représentant du Canada français, ce qui n\u2019est pas banal.Il s\u2019agit alors de son argument le plus fort au soutien d\u2019un statut particulier au sein de la fédération.Formulons-le ainsi : puisque le Québec représente un des peuples fondateurs du pays, le peuple français, celui-ci ne peut constituer une province comme les autres et doit donc se voir consentir un nouveau statut face au reste du Canada.Or, c\u2019est précisément l\u2019argument que cherche à contrecarrer la politique linguistique canadienne.En reconnaissant une minorité officielle francophone hors Québec, le gouvernement fédéral pouvait vouloir s\u2019assurer de sa loyauté pour qu\u2019elle puisse ensuite se retourner contre le gouvernement du Québec.Contre Québec, car ces minorités francophones \u2013 voulant faire avancer les droits à s\u2019exprimer et à recevoir une éducation en français dans le reste du Canada \u2013 pouvaient trouver sur leur chemin un Québec désirant aller en 160 L\u2019Action nationale - Octobre-Novembre 2022 sens inverse.C\u2019est le propre de la politique linguistique canadienne : toute avancée pour les droits du français hors Québec vient avec pour contrepartie une avancée réciproque pour l\u2019autre minorité officielle et les droits de la langue anglaise au Québec.« L\u2019intervention du gouvernement fédéral est vue par plusieurs comme une façon d\u2019utiliser les francophones [minoritaires] pour mater le nationalisme du Québec et ainsi créer de la rivalité entre le Québec et les francophones hors Québec » (Denault 2013 : 40).La littérature témoigne de cette intention prêtée au gouvernement fédéral4.Le projet est adopté en 1969, puis constitutionnalisé, réformé et mis à jour en 1982, 1988 et 2005.Mais il s\u2019est rapidement déployé parce qu\u2019il est fixé à l\u2019événement de 1867.[\u2026] Le présent ouvrage déconstruit les mécanismes qui provoquent la division de la francophonie.Un événement, celui de 1969, a su donner un élan à un projet ; il réinterprète l\u2019événement fondateur de 1867, il annonce ce qui doit lui être ajouté en 1982 et pour la suite.Mais l\u2019histoire n\u2019est pas écrite d\u2019avance.Elle ne l\u2019a jamais été.Un nouvel élan peut être donné dans une direction opposée, forçant les juges à adopter une nouvelle stratégie leur permettant d\u2019arriver à leurs fins.Le cadre d\u2019action que s\u2019imposent les tribunaux découle des contraintes juridiques qui pèsent sur chaque acteur participant au fonctionnement et à l\u2019évolution du système.Sont ainsi visés les juges, avocats, procureurs généraux, gouvernements, premiers ministres, administrateurs publics, législateurs, constituants, etc.[Le philosophe du droit] Michel Troper illustre son propos à 4  .Voir Martel 2008 : 211 ; Cardinal 2003 : 18 ; Balthazar 1995 : 89. 161 Primeur \u2013 Le piège des langues officielles l\u2019aide d\u2019une analogie.Comme dans une partie d\u2019échecs, outre les contraintes matérielles, les joueurs sont libres de déplacer leurs pièces comme ils le souhaitent.Les règles du jeu ne forcent aucun d\u2019entre eux à les jouer d\u2019une façon ou d\u2019une autre.Le respect des règles, ou leur interprétation, relève plutôt d\u2019une stratégie.Ainsi, comme le joueur qui cherche la reconnaissance par la communauté des joueurs d\u2019échecs, le juge inscrit son action dans un certain cadre.Dans une partie d\u2019échecs, le joueur déplace ses pièces pour répondre au jeu de son adversaire.Chaque mouvement est une décision.Chaque décision révèle un choix influencé par les mouvements précédents du joueur adverse, qui à son tour cherche à influencer ce dernier.Pour remporter la partie, le joueur est contraint de déplacer ses pièces de façon à éviter de mettre son roi en échec, et de façon à capturer celui de son adversaire par l\u2019échec et mat.Plus la partie avance, plus les contraintes deviennent pressantes ; le jeu se resserre, les possibilités se raréfient et le meilleur coup peut finalement être de prendre la seule décision qui pouvait être prise.Malgré toute la liberté du joueur, on dira alors que celui-ci n\u2019avait plus le choix.Il était contraint, car « tout joueur compétent aurait nécessairement joué [l]e même coup » (Champeil- Desplats et Troper 2005 : 3).Ainsi, la contrainte juridique force le juge à prendre la décision qui assure sa légitimité auprès des autres acteurs.Il peut se sentir plus ou moins contraint selon les contextes.La francophonie ne peut poser une nouvelle pierre à l\u2019édifice de l\u2019intention législative sur les langues officielles au Canada.Elle est minoritaire.Elle ne dispose pas non 162 L\u2019Action nationale - Octobre-Novembre 2022 plus, pour la même raison, du pouvoir de nommer les juges de la Cour suprême du Canada ou des autres tribunaux les plus importants du pays.Ce pouvoir relève exclusivement du gouvernement fédéral.Cependant, la francophonie peut agir sur les contraintes juridiques qui pèsent sur les juges, voire en créer de nouvelles, de façon à forcer l\u2019émergence de l\u2019asymétrie de principes.L\u2019exécutif fédéral est un lieu très important de pouvoir au Canada, mais il n\u2019est pas le seul.Tous les acteurs, même ceux qui ne contrôlent pas le gouvernement fédéral, participent à la création des contraintes juridiques.Dans le monde des échecs, les contraintes ne se pensent pas que dans les officines de la Fédération internationale des échecs (FIDE), là où sont officialisées les règles du jeu.Dans une partie, chaque joueur, peu importe son niveau, est un acteur qui génère des contraintes pour son adversaire.L\u2019analogie a ses limites, mais, comme tout joueur d\u2019échecs, la francophonie canadienne, qui dispose toujours de lieux de pouvoirs \u2013 un État fédéré (constitué des pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire), des municipalités, des hôpitaux, des structures scolaires, la capacité de peser de l\u2019intérieur sur les décisions prises par le cabinet fédéral ou d\u2019influencer, voire de contrôler, l\u2019opposition officielle à la Chambre des communes, etc.\u2013, peut générer des contraintes juridiques dans le contentieux des droits linguistiques au Canada.Elle doit toutefois savoir déplacer ses pièces en conséquence.D\u2019ailleurs, le gouvernement fédéral dirigé par Justin Trudeau n\u2019est-il pas justement en plein processus pour revoir la Loi sur les langues officielles ?Peut-être assisterons-nous au sixième événement construisant l\u2019intention législative sur les langues officielles.Et le gouvernement québécois dirigé par François Legault ne 163 Primeur \u2013 Le piège des langues officielles cherche-t-il pas à revoir ses liens avec les francophones minoritaires du Canada ?Dans tous les cas, une nouvelle alliance entre le Québec et les minorités francophones, libérés d\u2019une dynamique de quémandeurs, est nécessaire.Il s\u2019agit de se reconnecter à l\u2019histoire longue de l\u2019Amérique française et du Canada français pour tendre à nouveau les ressorts politiques.[\u2026] 164 Articles 164 International Michel Seymour* Ukraine : ce qui ne fait pas la nouvelleLa Russie peut être blâmée d\u2019être intervenue militairement en Ukraine, mais l\u2019OTAN et les États-Unis peuvent être blâmés de l\u2019avoir provoquée.La situation est semblable à celle du Hamas qui, en désespoir de cause, lance des missiles sur les populations israéliennes.Il s\u2019agit d\u2019un crime de guerre, à n\u2019en pas douter, mais quand on opère un certain recul, on comprend les causes profondes du conflit qui permettent d\u2019expliquer comment on en est arrivé là : l\u2019occupation et la colonisation de la Cisjordanie, le blocus de Gaza et les mille et une exactions quotidiennes commises par l\u2019armée israélienne contre le peuple palestinien.Bien entendu, la Russie est incomparablement plus forte que le Hamas, mais les États-Unis sont incomparablement plus forts qu\u2019Israël.Certains seront cependant tentés de distinguer les deux situations en soulignant le fait qu\u2019Israël occupe le territoire et agresse physiquement le peuple palestinien, alors que ce n\u2019est pas le cas des États-Unis face à la Russie.Et pourtant, la Russie peut elle aussi avoir des réclamations sécuritaires légitimes.Les peuples n\u2019ont pas seulement le droit de ne pas être physiquement agressés.Ils ont aussi le droit à la sécurité.*  Philosophe, professeur retraité de l\u2019Université de Montréal. 165 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 La Russie a depuis longtemps fait valoir le principe de l\u2019indivisibilité de la sécurité en Europe : un pays ne doit pas renforcer sa sécurité aux dépens de celle d\u2019un autre.Ce principe est présent dans le traité d\u2019Istanbul de 1999 signé par les membres de l\u2019Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE).Un pays qui s\u2019allie à l\u2019OTAN et donc aux États-Unis, et qui peut à ce titre être un lieu d\u2019installation de missiles nucléaires remet en cause la sécurité de la Russie et la place face à un péril évident, surtout s\u2019il lui est géographiquement voisin.Quand un fusil est posé contre votre tempe, il n\u2019y a pas d\u2019agression physique à proprement parler, mais votre sécurité est quand même compromise de façon criminelle.Ainsi que je vais le montrer, ceux qui voient l\u2019intervention russe comme un geste de pure paranoïa sont des gens géopolitiquement ignorants.La conjoncture géopolitique Qu\u2019est-ce qui explique l\u2019escalade insensée dans laquelle nous sommes engagés ?À mon avis, c\u2019est le rêve américain d\u2019un monde unipolaire et d\u2019une hégémonie planétaire qui explique comment on en est arrivé là.Pour comprendre comment ce rêve fou peut être possible alors que les États-Unis ne représentent pas plus que 4 % de la population mondiale, il faut se mettre à la place des dirigeants américains.Le pays est la première puissance économique mondiale.Le dollar est la devise de référence.Avec la dissolution de l\u2019URSS, on semble être parvenu à la fin de l\u2019histoire, telle que décrite par Francis Fukuyama dans un livre paru en 1992.Le capitalisme semble victorieux.Sur le plan militaire, les Américains sont aussi les plus forts.Les dépenses étatsuniennes à cet égard dépassent maintenant 166 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 750 milliards de dollars par année.C\u2019est plus que les neuf puissances suivantes réunies.La Russie dépense pour sa part seulement 60 milliards de dollars par an.Les Américains ont en outre été en guerre pendant la plus longue partie de leur histoire.Le pays a même, pendant un certain temps, mené sept guerres de front.Il est intervenu militairement plus d\u2019une centaine de fois depuis 1991.Les États-Unis ont 800 bases militaires partout à travers le monde (dont quatre cents encerclant la Chine), alors que la Russie n\u2019en a que neuf.Les États-Unis ont imposé des sanctions à des dizaines de pays, incluant la Chine et la Russie bien sûr, mais aussi le Liban, l\u2019Iran, l\u2019Afghanistan, la Libye, Cuba et le Venezuela.L\u2019anglais est la lingua franca internationale et le cinéma hollywoodien est partout présent.Comment dans ces conditions résister à l\u2019envie de dominer le monde ?Comment ne pas céder à l\u2019envie de posséder l\u2019Anneau du pouvoir ?Or, dans la situation actuelle, le rêve fou des Américains est confronté de plus en plus à une dure réalité.La Chine s\u2019apprête à les supplanter comme première puissance économique mondiale et la Russie joue un rôle économique de plus en plus important en Europe, surtout grâce aux pipelines Nordstream 1 et Nordstream 2.Ensuite, le BRICS, cette association réunissant le Brésil, la Russie, l\u2019Inde, la Chine et l\u2019Afrique du Sud, représente 42,1 % de la population mondiale (soit 3,1 milliards d\u2019habitants).En 1990, leur poids dans le PIB mondial atteignait à peine 10 %, mais il représentait 25,5 % du PIB mondial en 2018 ; aujourd\u2019hui, le BRICS totalise un PIB de près de 20 000 milliards d\u2019euros et est plus élevé que celui du G7 (É.-U., Allemagne, Grande-Bretagne, France, Canada, Italie et Japon).Enfin, les Américains ont apparemment eu récemment de la difficulté à vendre des bons du trésor, ce qui laisse présager une perte de confiance de plus en plus présente à l\u2019égard du dollar, comme monnaie de référence. 167 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 La peur de perdre le contrôle sur l\u2019idéal d\u2019un monde unipolaire dominé par les É.-U.est donc ce qui pousse les Américains à intervenir partout dans le monde.L\u2019islamophobie, la russophobie et la sinophobie sont des moyens utilisés par les Américains pour créer de toute pièce un choc des civilisations et justifier des interventions militaires appuyées par l\u2019OTAN : au Moyen-Orient, en Ukraine ou en mer de Chine.Retour sur l\u2019Ukraine Venons-en à l\u2019Ukraine.Les médias décrivent Vladimir Poutine comme étant à l\u2019origine du conflit, comme s\u2019il cherchait à reconstituer l\u2019URSS.À ce propos, on a invoqué depuis quelque temps la figure du philosophe conservateur Alexandre Douguine, voulant à tout prix s\u2019accrocher à l\u2019idée que l\u2019opération militaire s\u2019explique à partir d\u2019une logique interne à la Russie (l\u2019influence de Douguine sur Poutine) et non comme une réaction à la provocation des États-Unis.Ce scénario imaginaire a comme insigne avantage d\u2019évacuer les enjeux géopolitiques et de ne pas tenir compte de l\u2019éléphant étatsunien dans la pièce.Et pourtant, les États-Unis ont rompu leur promesse de ne pas élargir l\u2019OTAN au-delà de l\u2019Allemagne de l\u2019Est.Ils ont ajouté 14 nouveaux pays malgré l\u2019opposition russe à tout élargissement de l\u2019OTAN exprimée par Mikhaïl Gorbatchev, Boris Eltsine et Vladimir Poutine.Ils se sont retirés des traités portant sur les boucliers antimissiles (2002) et sur les missiles à portée intermédiaire (2019).Ils ont installé des bases militaires dans les nouveaux pays intégrés à l\u2019OTAN.Ils ont installé des boucliers antimissiles capables d\u2019être utilisés offensivement notamment en Pologne et en Roumanie. 168 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 Les Américains ont aussi appliqué à la lettre l\u2019ensemble des mesures d\u2019escalade proposées dans un document de 2019 de la Rand Corporation, un think tank financé en grande partie par le gouvernement américain à la hauteur de 360 millions de dollars par année.On peut y lire : Ce rapport cherche à définir les domaines dans lesquels les États-Unis peuvent rivaliser à leur avantage [\u2026] ce rapport examine les vulnérabilités et les inquiétudes économiques, politiques et militaires de la Russie.Il analyse ensuite les options politiques potentielles pour les exploiter.La plupart des mesures abordées dans ce rapport sont, d\u2019une certaine manière, des mesures d\u2019escalade, et la plupart d\u2019entre elles provoqueraient probablement une contre-escalade de la part de la Russie.Les mesures que nous examinons n\u2019auraient pas pour objectif premier la défense ou la dissuasion, bien qu\u2019elles puissent contribuer aux deux.Elles sont plutôt conçues comme des éléments d\u2019une campagne destinée à déséquilibrer l\u2019adversaire, en amenant la Russie à se battre dans des domaines ou des régions où les États-Unis ont un avantage concurrentiel, en poussant la Russie à se dépenser militairement ou économiquement ou en faisant perdre au régime son prestige et son influence au niveau national et/ou international.Parmi l\u2019ensemble des mesures proposées, on trouve notamment celles-ci : \u2022 entraver les exportations de pétrole russe ; ; ; \u2022 réduire les exportations de gaz russe ; \u2022 entraver l\u2019expansion des pipelines russes ; \u2022 imposer des sanctions aux Russes ; 169 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 \u2022 fournir une aide létale à l\u2019Ukraine ; \u2022 augmenter les forces terrestres de l\u2019OTAN en Europe ; \u2022 augmenter les exercices de l\u2019OTAN en Europe ; \u2022 se retirer du traité INF (forces nucléaires à portée intermédiaire).Les Américains ont présenté leur retrait du traité de l\u2019INF comme ayant été causé par les violations russes de l\u2019entente contenue dans le traité, mais il appert maintenant que c\u2019est une initiative des États-Unis, comme mesure d\u2019escalade susceptible de déstabiliser la Russie.L\u2019avis des experts Les Américains sont allés de l\u2019avant et ont décidé d\u2019appliquer à la lettre ce plan, et ce, malgré les avis contraires répétés de plusieurs politiciens, anciens diplomates de carrière ou experts en géopolitique depuis plusieurs années.George F Kennan, qui était le concepteur de la stratégie de l\u2019endiguement de l\u2019URSS pendant la guerre froide, a le premier fait valoir un point de vue critique dans un article intitulé « A Fateful Error » paru dans le New York Times en 1997, où il écrit : L\u2019élargissement de l\u2019OTAN serait la plus fatale erreur depuis la fin de la guerre froide.On peut s\u2019attendre à ce que cette décision attise les tendances nationalistes antioccidentales et militaristes de l\u2019opinion publique russe, qu\u2019elle relance une atmosphère de guerre froide dans les relations est-ouest et oriente la politique étrangère russe dans une direction qui ne correspond pas vraiment à nos souhaits. 170 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 William Burns est pour sa part l\u2019actuel directeur de la CIA ; dans un mémo à la secrétaire d\u2019État Condoleezza Rice, en 2008, il écrit : L\u2019entrée de l\u2019Ukraine dans l\u2019OTAN est la plus vive de toutes les lignes rouges pour l\u2019élite russe (et pas seulement Poutine).En plus de deux ans et demi de discussions avec des acteurs russes clés [\u2026] je n\u2019ai encore trouvé personne qui considère l\u2019entrée de l\u2019Ukraine dans l\u2019OTAN comme autre chose qu\u2019un défi direct aux intérêts russes.Onze ans plus tard, il ajoutait dans ses Mémoires : Là où nous avons commis une grave erreur stratégique [\u2026], c\u2019est que nous avons ensuite laissé l\u2019inertie nous pousser à demander l\u2019adhésion à l\u2019OTAN de l\u2019Ukraine et de la Géorgie, malgré les profonds attachements historiques de la Russie à ces deux États et les protestations, encore plus fortes.Cela a causé des dommages indélébiles et a nourri l\u2019appétit d\u2019une future direction russe de se venger.Jack Matlock est l\u2019ancien ambassadeur des États-Unis en Russie, l\u2019un des rares spécialistes de la Russie dans le corps diplomatique américain.Juste avant l\u2019invasion, il écrivit : Puisque la principale exigence de Poutine est l\u2019assurance que l\u2019OTAN ne prendra pas de nouveaux membres, et en particulier pas l\u2019Ukraine ni la Géorgie, il est évident que la crise actuelle n\u2019aurait pas eu lieu s\u2019il n\u2019y avait pas eu d\u2019expansion de l\u2019alliance après la fin de la guerre froide, ou si l\u2019expansion s\u2019était faite en harmonie avec la construction d\u2019une structure de sécurité en Europe qui incluait la Russie.En plus de Kennan, Burns et Matlock, il y avait aussi Henry Kissinger, ancien secrétaire d\u2019État des États-Unis, 171 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 Chas Freeman, ancien sous-secrétaire à la Défense pour les affaires de sécurité internationale des États-Unis, William Perry, secrétaire de la Défense sous Bill Clinton, John Mearsheimer professeur de science politique à l\u2019Université de Chicago, Stephen F Cohen, regretté professeur de la NYU et de Princeton, Noam Chomsky, intellectuel de renommée internationale et Barack Obama, ancien président démocrate.Ils ont tous en vain essayé de faire comprendre que l\u2019Ukraine était un intérêt vital pour la Russie, mais n\u2019était pas un intérêt vital pour les États-Unis.L\u2019implication américaine en Ukraine La collaboration militaire entre l\u2019Ukraine et les États- Unis a fonctionné à plein régime depuis le coup d\u2019État de 2014, coup que les Américains ont instrumentalisé à leur avantage.Cinq milliards de dollars US ont été engloutis pour favoriser le changement de régime.Des visites répétées de John McCain, Joe Biden, John Kerry et Victoria Nuland ont eu lieu pour préparer le coup.Ils ont tous rencontré des représentants de l\u2019opposition ukrainienne, et notamment Oleg Tyagnibok, chef du parti Liberté (Svoboda) qui a été classé en 5e position dans le palmarès des 10 plus grands antisémites de 2012 par la fondation Simon Wiesenthal.Le nouveau premier ministre a été décidé par l\u2019administration américaine sans consultation avec l\u2019Union européenne (« Fuck the EU », dixit Nuland).Une Américaine fut naturalisée ukrainienne pour pouvoir occuper dès décembre 2014 la fonction de ministre de l\u2019Économie.Les Américains ont mis sur pied des laboratoires de recherche portant sur des produits chimiques qui, selon Victoria Nuland, « ne doivent pas tomber aux mains des 172 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 Russes ».La formation de soldats a par la suite été assurée, notamment par des militaires américains et canadiens.Les fortifications au cœur de l\u2019Ukraine ont préparé la confrontation.Un équipement militaire a été installé.L\u2019Ukraine était en train de devenir un membre de facto de l\u2019OTAN.Zelensky annonça son intention de reprendre le contrôle sur le Donbass et de reprendre la Crimée.L\u2019armée ukrainienne se massait à l\u2019est du pays.Le secrétaire d\u2019État Anthony Blinken répéta en novembre 2021 que les États- Unis travaillaient chaque jour pour inclure l\u2019Ukraine dans l\u2019OTAN et la vice-présidente Kamala Harris a renchéri par la suite en répétant la même chose.Le document russe préconisant la neutralité de l\u2019Ukraine fut rejeté du revers de la main par les Américains.La Russie ne pouvait pas béatement accepter cette situation qui allait permettre aux États-Unis d\u2019installer en Ukraine des boucliers antimissiles ou des missiles à portée intermédiaire, en principe susceptibles d\u2019être aussi utilisés de manière offensive, comme ceux déjà installés en Pologne et en Roumanie, et qui allaient être suffisamment proches de la Russie pour être en mesure d\u2019atteindre Moscou en quelques minutes seulement.Cela revenait pour les Russes à accepter d\u2019avoir un fusil sur la tempe.Or, ceux qui ont accusé les États-Unis et l\u2019OTAN d\u2019être en très grande partie responsables du conflit ont ipso facto été qualifiés de pro-Poutine.Les faits sont pourtant têtus et accablants.Les É.-U.sont bel et bien engagés dans une guerre par procuration avec les Russes en se servant des Ukrainiens comme d\u2019une chair à canon.On ne devrait pas s\u2019en étonner.Ce stratagème américain n\u2019est tout de même pas nouveau.Les Américains se sont 173 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 servis des moudjahidines pour combattre les Russes en Afghanistan, des contras pour combattre les sandinistes au Nicaragua, des Kurdes pour combattre DAESH et d\u2019Al- Qaeda pour combattre le régime syrien.Ils se servent maintenant des Ukrainiens pour affaiblir les Russes et ils se servent de plus en plus des Taiwanais pour s\u2019en prendre à la Chine.Le secrétaire d\u2019État à la défense des États-Unis, Lloyd Austin, a d\u2019ailleurs admis que les Américains cherchaient à affaiblir la Russie.Le sénateur Lindsay Graham a parlé d\u2019un combat devant être mené jusqu\u2019au dernier Ukrainien.La question se pose : qui a à cœur le sort des Ukrainiens ?Sont-ce les va-t\u2019en guerre qui font la promotion d\u2019une intervention directe, d\u2019une no fly zone ou de l\u2019aide militaire accrue, ou ceux qui, depuis le début, accusent les Américains de jeter de l\u2019huile sur le feu et de favoriser l\u2019escalade au lieu de recourir à la négociation et à la diplomatie ?L\u2019interruption des négociations, imposée aux Ukrainiens par l\u2019OTAN grâce à la mission de Boris Johnson, n\u2019est pas critiquée seulement par la gauche que l\u2019on qualifie de pro-Poutine, mais bien par l\u2019ancien ministre de l\u2019Europe et des Affaires étrangères de la France, Hubert Védrine.Ce dernier écrit : « Boris Johnson est irresponsable.Il est sur une ligne maximaliste [\u2026] prêt à se battre jusqu\u2019au dernier ukrainien [\u2026] pour affaiblir la Russie ».Les Américains n\u2019ont pas seulement forcé Zelensky à mettre un terme aux négociations avec les Russes.Ils ont adopté une nouvelle politique concernant l\u2019usage de l\u2019arme nucléaire.Dans une note du service d\u2019information du Congrès américain publiée au mois de mars 2022, on peut lire : 174 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 L\u2019examen de la révision de la position à l\u2019égard du nucléaire (NPR) de l\u2019administration Biden a passé en revue la politique déclaratoire nucléaire des États-Unis, à savoir les déclarations que font les États-Unis sur le moment, la manière et la raison de l\u2019utilisation des armes nucléaires pour dissuader les adversaires et rassurer les alliés des États-Unis au sujet de leur engagement en matière de défense.Mais, selon une fiche d\u2019information de l\u2019administration, le NPR ne modifiera pas cette politique pour inclure un engagement de « non-utilisa- teur premier » stipulant que les États-Unis n\u2019utiliseront jamais les armes nucléaires en premier dans un conflit et n\u2019inclura pas une politique de « but unique » stipulant que le seul but des armes nucléaires est de dissuader l\u2019utilisation de l\u2019arme nucléaire.Au lieu de cela, le NPR déclarera que « le rôle fondamental des armes nucléaires américaines est de dissuader toute attaque nucléaire contre les États-Unis, nos alliés et nos partenaires ».Il indiquera également que « les États-Unis n\u2019envisageront l\u2019utilisation d\u2019armes nucléaires que dans des circonstances extrêmes pour défendre les intérêts vitaux des États-Unis ou de leurs alliés et partenaires ».https://sgp.fas.org/crs/nuke/IN10553.pdf La politique américaine ne comporte donc pas d\u2019engagement à ne pas tirer en premier et la dissuasion n\u2019est pas nécessairement le seul but recherché.Un florilège de mensonges éhontés Depuis le début du conflit, on accuse à tort les Russes de vouloir conquérir de nouveaux territoires, alors que la séquence des événements ne permet pas de lire les choses de cette façon.En réaction à la promesse faite à Bucarest d\u2019inclure la Géorgie et l\u2019Ukraine dans l\u2019OTAN, ils sont tout d\u2019abord intervenus militairement en Géorgie, mais ils s\u2019en sont retirés par la suite.Ils n\u2019ont pas voulu annexer l\u2019Ossétie du Sud et de l\u2019Abkhazie.Ils les ont reconnues 175 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 comme des républiques souveraines.Il s\u2019agissait de placer la Géorgie en face d\u2019un problème concernant son rapport aux minorités russophones qu\u2019elle considère comme faisant partie du pays.C\u2019est un bon moyen pour bloquer son inclusion dans l\u2019OTAN, puisque pour faire partie de cette organisation, il faut bien traiter les minorités se trouvant sur son territoire.Au lendemain du coup d\u2019État du 22 février 2014, la Russie a annexé la Crimée qui n\u2019était plus en sa possession depuis seulement 23 ans (depuis la dissolution de l\u2019URSS en 1991).Un référendum initié par la Crimée avait déjà eu lieu avant même la dissolution de l\u2019URSS qui était favorable à l\u2019annexion et les intérêts commerciaux sécuritaires de la Russie entraient en ligne de compte.La Russie organisa un second référendum qui fut à nouveau favorable à l\u2019annexion.Le coup d\u2019État, les intérêts sécuritaires et commerciaux, de même que les deux référendums permettent de comprendre les motifs de l\u2019annexion.Le parlement ukrainien adoptait dès le lendemain du coup d\u2019État (le 23 février 2014) un décret annulant les lois linguistiques qui protégeaient les minorités russophones de l\u2019Ukraine.Les oblasts de Lougansk et Donetsk ont déclaré leur indépendance.Pour mater ces deux régions sécessionnistes, des milices néonazies ou ultranationalistes se sont engagées dans une guerre civile qui a fait 14 000 morts.Moscou a malgré tout refusé de reconnaître les deux nouveaux États et a privilégié les accords de Minsk qui auraient eu pour effet de restaurer les droits des russophones en vertu d\u2019un amendement constitutionnel qui conférait une autonomie au Donbass.Pour les Russes, cela permettait d\u2019espérer que leur soit accordé un droit de veto qui aurait pour effet de contrecarrer toute possibilité d\u2019inclusion de l\u2019Ukraine dans l\u2019OTAN. 176 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 Cependant, voyant que les accords de Minsk n\u2019allaient jamais être appliqués (comme les accords d\u2019Oslo pour la Palestine), les Russes ont procédé comme pour la Géorgie, et ils se sont rabattus sur la reconnaissance de l\u2019indépendance de Donetsk et de Lougansk en février 2022, tout juste avant d\u2019engager l\u2019opération militaire du 24 février 2022.C\u2019est seulement après avoir reconnu leur indépendance que les Russes ont pu être en droit d\u2019intervenir.L\u2019article 51 de la Charte des Nations unies affirme le droit de se défendre et il permet à des pays agressés de demander l\u2019assistance d\u2019un pays ami.Le principe de la sécurité collective reconnue à l\u2019article 51 de la Charte s\u2019applique non pas à la sécurité interne, mais seulement aux actes extérieurs d\u2019agression.C\u2019est seulement parce que ces accords n\u2019ont pas été appliqués, que l\u2019escalade a par la suite continué et que l\u2019OTAN est intervenue à trois reprises pour mettre fin aux négociations, que la Russie est par la suite passée à l\u2019étape de l\u2019annexion des deux républiques et des oblasts de Kherson et Zaporijié.Suite à l\u2019opération militaire du 24 février 2022, certains ont comparé Vladimir Poutine à Adolf Hitler.Cette comparaison, en plus d\u2019être complètement absurde, est profondément insultante, car la Russie a été à l\u2019origine de la victoire contre le régime nazi en 1945.Elle a subi des pertes de 26 millions de personnes civiles et militaires durant cette guerre.Cette association entre Poutine et Hitler est d\u2019autant plus odieuse que ce sont des bataillons néonazis ou ultranationalistes financés par des oligarques ukrainiens, notamment le bataillon Azov et Secteur droit, qui ont joué un rôle décisif (i) dans le renversement en 2014 du président ukrainien démocratiquement élu de 2010 (ii) dans l\u2019abrogation des lois linguistiques garantissant les droits des russophones (iii) 177 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 dans le massacre d\u2019Odessa ainsi que (iv) dans la guerre civile contre les russophones du Donbass.Il faut savoir aussi que l\u2019État ukrainien a intégré ces bataillons néonazis et ultrana- tionalistes à l\u2019armée ukrainienne, comme en ont fait état, à l\u2019époque, de nombreux reportages de la BBC.Depuis l\u2019intervention militaire de la Russie en Ukraine, cependant, les médias occidentaux ne font plus référence à ces bataillons en les décrivant comme des groupes « néo-nazis ».Et pourtant, le problème est profond.La population ukrainienne célèbre partout au pays l\u2019« héroïsme » de Stepan Bandera, un collabo nazi responsable au début des années 1940 de la mort de plusieurs milliers de Juifs polonais.Même l\u2019ambassadeur de l\u2019Ukraine en Allemagne a refusé récemment de condamner Stepan Bandera.Depuis le début du conflit, on a aussi accusé la Russie d\u2019avoir tiré sur des populations ainsi que sur des écoles, des hôpitaux et des théâtres, mais Amnistie internationale a démontré que l\u2019armée ukrainienne s\u2019installait dans ces bâtiments et se servait des civils comme boucliers humains.On a accusé les soldats russes de violer systématiquement les femmes, mais la procureure ukrainienne qui a fait ces allégations a dû démissionner faute de preuves fournies.On a accusé la Russie de bombarder des camps de prisonniers ukrainiens composés de membres du régiment néo- nazi Azov, alors que l\u2019Ukraine avait tout intérêt à chercher à museler ces prisonniers pour ne pas montrer à la face du monde la haine raciste qui les anime.Certains ont évoqué la possibilité que des milices russes soient à l\u2019origine de l\u2019assassinat de la fille d\u2019Alexandre Douguine, alors que son nom, de même que 178 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 celui de son père apparaissaient avec leurs coordonnées sur une liste de personnes jugées propagandistes confectionnée par les autorités américaines à Langley.Zelensky a accusé la Russie de lancer des missiles sur la centrale nucléaire de Zaporijjia pourtant contrôlée par les Russes, alors qu\u2019une autre version sortie le lendemain alléguait que l\u2019armée ukrainienne avait lancé des missiles à proximité de la centrale parce que l\u2019armée russe y occupait les lieux (alors que la centrale était en fait gardée par une police russe et non par l\u2019armée).Voilà maintenant qu\u2019un sabotage des deux pipelines Nordstream 1 et 2 a lieu et que l\u2019on cherche encore une fois à accuser la Russie.Et pourtant, Vladimir Poutine venait tout juste d\u2019affirmer qu\u2019il était prêt à fournir à nouveau du gaz en Europe pourvu que l\u2019Europe mette fin aux sanctions.À l\u2019occasion d\u2019une intervention récente faite en septembre 2022 à Samarkand, il a dit : Après tout, s\u2019ils ont un besoin urgent [de gaz], si la situation est si mauvaise, il suffit de lever les sanctions contre Nord Stream 2, avec ses 55 milliards de mètres cubes par an \u2013 il leur suffit d\u2019appuyer sur le bouton et ils le feront démarrer.Mais ils ont choisi de le fermer eux-mêmes ; ils ne peuvent pas réparer un pipeline et ont imposé des sanctions contre le nouveau Nord Stream 2 et ne l\u2019ouvriront pas.Sommes-nous à blâmer pour cela ?Qu\u2019ils réfléchissent bien à qui est à blâmer et qu\u2019aucun d\u2019entre eux ne nous reproche ses propres erreurs.Gazprom et la Russie ont toujours rempli et rempliront toutes les obligations découlant de nos accords et contrats, sans jamais faillir.À l\u2019opposé, Joe Biden a promis dès le début du conflit qu\u2019il allait mettre fin au fonctionnement de ces deux pipelines.Le journaliste Joe Lauria rapporte l\u2019échange suivant survenu en février 2022 : 179 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 Le président Joe Biden, avec le chancelier allemand Olaf Scholz à ses côtés, a promis lors d\u2019une conférence de presse à la Maison-Blanche au début du mois de février que les États-Unis étaient « capables » de fermer le gazoduc germano-russe Nord Stream 2 en mer Baltique si la Russie envahissait l\u2019Ukraine.Un journaliste a demandé à Biden : « Mais comment ferez-vous exactement, puisque [\u2026] le projet est sous le contrôle de l\u2019Allemagne ?» Biden a répondu : « Je vous promets que nous serons en mesure de le faire ».Pendant le conflit, alors que les sanctions étaient en application, les pipelines avaient cessé de fonctionner.Mais alors que des manifestations en Allemagne commençaient à réclamer la fin des sanctions et depuis qu\u2019une certaine reprise des négociations entre l\u2019Ukraine et la Russie pouvait être envisagée suite à une initiative de l\u2019Arabie saoudite, les Américains ont peut-être senti qu\u2019il fallait passer à l\u2019action pour ne pas que le fonctionnement des pipelines reprenne.Cette hypothèse est d\u2019autant plus plausible que des navires et des sous-marins de l\u2019OTAN se sont livrés à des manœuvres quelques semaines plus tôt.Un journal allemand aurait également rapporté que les autorités scandinaves avaient été alertées par les Américains de l\u2019éventuel sabotage des gazoducs.Le silence des médias occidentaux s\u2019explique par le fait que la responsabilité américaine saute aux yeux.Ce qui vient de se produire est d\u2019une gravité innommable.C\u2019est une escalade de plus qui place l\u2019Europe dans une situation intenable.Il ne faudrait pas se surprendre d\u2019avoir affaire à des mensonges.C\u2019est un pattern, cela se répète constamment d\u2019une guerre à l\u2019autre.La stratégie du fer à cheval prétendument développée par le régime serbe contre le Kosovo servait à justifier une intervention militaire de l\u2019OTAN, mais 180 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 c\u2019est une stratégie qui, selon le Der Spiegel, n\u2019a jamais existé.L\u2019histoire des bébés sortis de leurs pouponnières à Koweït city par les soldats irakiens et lancés sur le plancher froid où ils seraient morts, avait été inventée par un « témoin » qui n\u2019était pas une infirmière, mais en réalité la fille de l\u2019ambassadeur du Koweït à Washington.Tout le monde se rappelle la supposée existence d\u2019armes de destruction massive par l\u2019Irak, qui s\u2019est avérée mensongère.Plusieurs pensent encore que les Américains étaient sincères et qu\u2019ils se sont trompés.Peu savent qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019une histoire parfaitement inventée servant de prétexte à l\u2019invasion de l\u2019Irak.On a également confectionné de toute pièce l\u2019histoire d\u2019une intention présumée du leader libyen Mouammar Kadhafi de bombarder la population à Benghazi, alors que rien ne permettait de l\u2019affirmer.L\u2019hypothèse de l\u2019utilisation d\u2019armes chimiques de la part du régime syrien contre les rebelles de Douma demeure douteuse, alors que le rapport des scientifiques ne permettait pas de tirer cette conclusion.Nos médias neutres La responsabilité américaine dans ce conflit est immense, mais elle est dans l\u2019angle mort de médias qui nous donnent le beau rôle, à défaut de nous donner l\u2019heure juste.De ce côté-ci de l\u2019Atlantique, on n\u2019a droit qu\u2019à une version des faits.Le même discours est repris de manière incessante dans les médias dominants.Nous subissons depuis des mois au Québec une prose journalistique adoptant une perspective unidimensionnelle tronquée, entièrement proaméricaine.Elle est véhiculée par des gens comme François Brousseau (Le Devoir), Richard Hétu (La Presse), Tamara Alteresco (Radio-Canada), Luc Laliberté (Journal de Montréal), Dominique Arel (Collège royal militaire) et Loïc Tassé (Université de Montréal). 181 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 Nos médias nous ont-ils jamais exposé au grand jour la haine antirusse à la base de l\u2019escalade dans laquelle les États-Unis nous ont engagés ?Vont-ils enfin, par exemple, révéler au grand public l\u2019ampleur du Russiagate ?Le Russiagate est la forme que prend aujourd\u2019hui la russopho- bie aux États-Unis et il est contemporain de l\u2019implication américaine en Ukraine.C\u2019est le nom de la stratégie qui s\u2019est avérée n\u2019être qu\u2019un tissu de mensonges des démocrates cherchant à associer Donald Trump, Wikileaks et Julian Assange à la méchante Russie.Il s\u2019agit pourtant d\u2019une théorie du complot complètement mensongère.Trump a, selon le Washington Post, proféré au moins trente mille mensonges pendant son mandat.Les démocrates n\u2019en ont proféré qu\u2019un seul, mais c\u2019est un méga-média- mensonge qui se reproduit et se perpétue depuis 2016.Les Russes ne sont pas à l\u2019origine de la défaite des démocrates en 2016.Robert Mueller, chargé d\u2019instruire l\u2019enquête sur l\u2019implication russe dans le processus électoral américain, n\u2019a rien trouvé d\u2019incriminant en deux ans de recherches.L\u2019entreprise Crowdstrike, qui a émis l\u2019hypothèse d\u2019un piratage russe, a admis au Congrès qu\u2019elle n\u2019avait aucune preuve à cet effet.Des avocats de Hilary Clinton ont révélé en cour qu\u2019elle avait approuvé de faire circuler l\u2019idée fausse selon laquelle Trump aurait fait affaire avec la banque russe Alfa Bank.L\u2019histoire au sujet de Trump et de deux prostituées (racontée dans le « Christopher Steele dossier ») était aussi une fausse nouvelle.Roger Stone (ami et consultant politique de Trump) fut emprisonné pour avoir fourni de fausses informations concernant les liens entre Wikileaks et Trump.Julian Assange (grand journaliste australien risquant l\u2019extradition aux É.-U.pour des motifs politiques) n\u2019a pas été au service des Russes.Paul Manafort (directeur de campagne de Trump) n\u2019a jamais rencontré Julian Assange à l\u2019ambassade de l\u2019Équateur.Les courriels incriminants de 182 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 Hilary Clinton qu\u2019Assange a divulgués n\u2019ont pas été obtenus de la Russie.Bref, en faisant croire à une intrusion russe dans le processus électoral américain, les Américains n\u2019ont fait qu\u2019attiser la haine antirusse.On ne cesse de répéter que la liberté de presse est plus grande en Occident qu\u2019en Russie.Les médias Spoutnik et la RT sont sous contrôle étatique et l\u2019État russe emprisonne, assassine ou empoisonne les journalistes dissidents.Mais les principaux médias américains sont possédés par des oligarques.Les têtes dirigeantes de CNN et de MSNBC sont des anciens membres de la CIA, du FBI ou de la NSA.Les États-Unis s\u2019en prennent aussi à la liberté de presse : au journaliste Julian Assange, ainsi qu\u2019aux sonneurs d\u2019alerte Ed Snowden, Daniel Hale et Chelsea Manning.Personne ne s\u2019offusque de l\u2019effacement en Occident de la chaîne RT et de Spoutnik.On fait pourtant disparaître en même temps des intellectuels et journalistes, dissidents ou expulsés des médias dominants occidentaux, comme Chris Hedges, Abby Martin, Jacques Sapir et Frédéric Taddéï.Leurs émissions disponibles depuis des années sur la chaîne YouTube ont été évacuées de nos antennes, et ce dans l\u2019indifférence générale des politiciens qui vantent pourtant les mérites de la liberté de presse.Ça ne s\u2019arrête pas là.Un journaliste du Guardian recommande la fermeture de la plateforme The Grayzone et Twitter bloque les publications de Scott Ritter.Ce dernier a d\u2019ailleurs reçu des menaces de mort.Pour ne pas être en reste, la ministre des Affaires extérieures canadiennes, Mélanie Joly, veut, elle aussi, s\u2019en prendre à la « désinformation russe ».Au cours d\u2019une visite récente aux États- Unis, la ministre a été l\u2019hôte d\u2019un événement intitulé « Défendre la démocratie et les droits de la personne face 183 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 à la montée de la désinformation » (Upholding Democracy and Human Rights in the Face of Rising Disinformation), à l\u2019occasion duquel elle présenta les mesures prises par le Canada pour contrer la désinformation, lutter contre l\u2019autoritarisme numérique et défendre le libre accès à Internet.C\u2019est que le Canada est en 2022 à la tête de la Coalition « Liberté en ligne » sur le site de laquelle on peut lire une déclaration provenant des autorités canadiennes, produite en mars 2022 énonçant ceci : À un moment sans précédent de l\u2019histoire, où les gens du monde entier se tournent vers l\u2019Internet pour se connecter, apprendre et consommer leurs nouvelles, la campagne de désinformation coordonnée par la Fédération de Russie a créé des récits faux et trompeurs destinés à corrompre l\u2019environnement de l\u2019information.Cette campagne vise à semer la confusion, à susciter la division et à éroder la confiance dans la démocratie.Au final, elle met des vies en danger.Il est difficile dans un tel contexte de penser que la dissidence pourra encore longtemps s\u2019exprimer.Les mots d\u2019ordre de la ministre semblent indiquer que la chasse aux sorcières est bel et bien amorcée.Conclusion La conclusion est terrible.En un certain sens, la liberté de presse est encore plus mise à mal ici qu\u2019en Russie.Là-bas, personne ne se fait d\u2019illusion sur le contrôle de l\u2019information.Ici la désinformation partisane russophobe se déploie à son maximum et fonctionne à plein régime propagandiste sans que les citoyens ne s\u2019en formalisent ou ne s\u2019en rendent pas compte.Les outils de propagande sont donc en un certain sens ici beaucoup plus importants, parce qu\u2019ils sont beaucoup plus efficaces et trompeurs.u 184 Articles 184 International Richard Desjardins* Bras de fer annoncé dans le détroit de TaïwanL\u2019administration Biden se prépare à nous servir dans le détroit de Taïwan la même approche qui semble avoir fait recette en Ukraine : pousser un adversaire stratégique à répondre à une provocation déguisée dans ce qu\u2019elle considère comme un périmètre sécuritaire inviolable à ses frontières.Seulement ici, l\u2019adversaire stratégique est d\u2019un autre ordre de grandeur et de loin plus rusé.Contrairement à l\u2019Ukraine, très peu de pays reconnaissent Taïwan comme pays souverain.Ainsi, ce n\u2019est qu\u2019une douzaine de pays, dont le Vatican, qui reconnaisse la République de Chine (RDC), cet état rescapé de la guerre civile chinoise et réfugié sur l\u2019île de Taïwan.À la question de savoir si Taïwan fait partie de la Chine, les opinions sont partagées et largement partisanes.Pour la Chine, la question a été tranchée en 1971 lorsque l\u2019Assemblée générale de l\u2019ONU a adopté la résolution 2758 reconnaissant le régime de Beijing comme le gouvernement légitime de la Chine.C\u2019est sur cette base que la République populaire de Chine (RPC) justifie vouloir reprendre le contrôle de Taïwan.Pour des raisons historiques, mais aussi géopolitiques, les États-Unis soutiennent l\u2019île dans son conflit qui l\u2019op- *  Fonctionnaire fédéral retraité. 185 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 pose à la Chine.Le parti qui forme le gouvernement actuel à Taïwan, le Parti progressiste démocrate (PPD), a pour objectif de promouvoir l\u2019île comme État souverain.L\u2019opposition politique inclut plusieurs partis dont particulièrement le Guomindang (parti nationaliste \u2013 GMD) fondé en Chine par le père de la République Sun Yatsen.Le Guomindang est favorable à des négociations avec la Chine.Bien qu\u2019il démente publiquement être favorable à la réunification, il semble être réceptif à l\u2019établissement d\u2019un modus vivendi.Il y a également le Parti du peuple taïwanais (PPT) fondé par Ke Wenzhe, le maire actuel de Taipei.Le parti se présente comme une alternative au PPD et au GMD et semble être marqué par le pragmatisme vis- à-vis de la Chine.Officiellement, les États-Unis appuient un règlement pacifique du conflit entre les deux côtés du détroit, mais rejette toute tentative de changer le statu quo ante par la force.Pour bien comprendre les tenants et aboutissants de la crise actuelle dans cette région du monde, il faut examiner la réalité géopolitique de la région et revoir brièvement l\u2019histoire des dernières années.Le retour de Taïwan dans le giron de la Chine n\u2019est pas qu\u2019une question de souveraineté, c\u2019est encore plus une question géopolitique.Depuis que la Chine s\u2019est affirmée comme puissance économique et commerciale au niveau mondial, elle sent le besoin de sécuriser ses gains et intérêts.Dans la sphère immédiate de l\u2019Océan Pacifique (ouest), la géographie présente des obstacles majeurs au rayonnement de la puissance chinoise.Ainsi, dans le nord-est, il y a la péninsule coréenne et l\u2019archipel japonais.Au sud-est, il y a l\u2019archipel des Philippines.Toutes ces régions sont parsemées de multiples bases militaires (aériennes et navales) américaines.Le seul moyen de briser cet encerclement maritime serait de reprendre Taïwan, une île qui dans l\u2019esprit des Chinois fait partie de toute façon du territoire 186 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 national.Ainsi, le blocage du retour de l\u2019île frustre la Chine dans ses ambitions de briser cet encerclement et d\u2019étendre sa sphère d\u2019influence dans la région et de sécuriser les voies maritimes qui passent par le détroit de Malacca au sud vers l\u2019Afrique et le Moyen-Orient.Le commerce chinois utilise ces voies maritimes pour le transport des matières premières (minerai et pétrole) qui alimentent l\u2019industrie chinoise.C\u2019est donc cette réalité qui mène les États-Unis à soutenir Taïwan dans sa résistance vis-à-vis de la Chine.La position de Taïwan est vulnérable pour plusieurs raisons.Par exemple, la Chine est son plus grand partenaire commercial (26,3 % en 2020) suivi de loin par les États-Unis (13,2 %).Des milliers de Taïwanais font des affaires ou étudient en Chine.Ainsi, sur le plan économique et commercial, Taïwan pourrait difficilement se passer de la Chine.Cependant, c\u2019est sur le plan militaire que le bât blesse.L\u2019équilibre militaire penche déjà en faveur de la Chine.Les réformes militaires en Chine qui ont débuté dans les années 1980 ont porté fruit.À l\u2019émission « Across the Taiwan Strait » (?) de la télévision chinoise du 10 juillet dernier, le professeur Lai Yueqian (?) de la National Defense University à Taiwan rapportait que les satellites de l\u2019armée chinoise étaient en mesure de suivre à la trace tous les mouvements des porte-avions américains rendant risquée la circulation de ces navires dans le détroit de Taïwan dans le contexte d\u2019un conflit.Les exercices militaires chinois récemment tenus autour de Taïwan suite à la visite de Nancy Pelosi ont démontré que la Chine a maintenant les moyens de défier une intervention américaine.Un examen du rapport de force démontre clairement que dans l\u2019état actuel des choses, l\u2019armée taïwanaise ne pourrait tenir le coup, seule devant la Chine.L\u2019appui militaire 187 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 américain pourrait peut-être assurer sa survie.Si certains observateurs notent qu\u2019une opération de reprise de l\u2019île serait un défi énorme pour la Chine, il ne le serait pas moins pour les États-Unis d\u2019empêcher un coup de force (comme un blocus) et ils devraient s\u2019appuyer sur leurs alliés régionaux (Japon en tête).Il est de notoriété publique que les pays de la région sont plutôt réticents à l\u2019idée de devoir prendre parti dans ce conflit.Pour nombre de ces pays, la Chine est de loin le partenaire commercial le plus important.De plus, selon certains commentateurs taïwa- nais, citant une enquête du Wall Street Journal, l\u2019armée taïwanaise est en mauvaise condition et le moral des troupes est bas.L\u2019agence Reuter rapportait l\u2019automne dernier que de hauts officiers retraités de l\u2019armée étaient sous l\u2019influence de l\u2019Armée populaire de libération.Les médias ont rapporté au fil des ans des cas d\u2019infiltration des forces armées taïwanaises par les services de renseignement chinois.Les médias rapportent aussi régulièrement que l\u2019achat de matériel militaire auprès de l\u2019industrie militaire américaine suit souvent une logique commerciale plutôt que de défense militaire, ce qui nuirait à la cohésion d\u2019une défense efficace.Rien donc pour accroître la confiance et la sécurité.Quant à eux, les États-Unis parlent deux langages dans leurs rapports avec la Chine sur la question de Taïwan.Ainsi, le Département d\u2019État dit soutenir la politique d\u2019une seule Chine et entretient l\u2019ambiguïté stratégique quant à une possible intervention militaire dans l\u2019éventualité d\u2019un conflit.Cependant, dans les faits ils continuent d\u2019entretenir le doute sur leurs véritables intentions, une situation que les porte-parole du ministère des Affaires étrangères chinois notent de plus en plus fréquemment dans leurs déclarations publiques.Le président Biden lui-même a alimenté ces doutes il y a quelques mois en déclarant que 188 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 les États-Unis interviendraient militairement dans un éventuel conflit, une déclaration que ses diplomates ont tenté de nuancer sans trop de succès.Il a depuis répété ses propos à quelques reprises.Entretemps, les ventes d\u2019équipement militaire à Taïwan ont crû de manière significative sous les administrations Trump et Biden, des gestes qui ne font rien pour stabiliser la situation dans le détroit.Avec l\u2019aide des médias, le gouvernement américain encourage chez les populations taïwanaise et occidentale une frénésie vis-à-vis d\u2019une possible invasion par l\u2019armée chinoise.Cette campagne médiatique massive vise d\u2019abord à secouer la population taïwanaise qui jusqu\u2019à récemment était plutôt nonchalante.Pourtant, le gouvernement américain sait très bien, comme les experts militaires le soutiennent, que l\u2019armée chinoise n\u2019a pas encore les moyens logistiques d\u2019organiser un débarquement à Taïwan.De plus, il y a plusieurs indices qui suggèrent que la stratégie chinoise pour la prise de contrôle de Taïwan exclut toute intervention militaire à court ou moyen terme pour les raisons évoquées plus haut, mais aussi parce que la Chine mise sur une autre option beaucoup moins risquée.Sur la base d\u2019observations de discussions des commentateurs taïwanais et chinois dans les émissions d\u2019actualité diffusées à la télévision d\u2019État chinoise, il appert que la stratégie de la Chine à moyen terme pour la reprise de Taïwan s\u2019appuie sur deux volets.D\u2019une part, le gouvernement chinois tente de convaincre l\u2019opinion publique taïwanaise que ce sont les autorités taïwanaises qui imposent une hausse des tensions dans le détroit.Ainsi ces réactions suivent généralement une action du gouvernement taïwanais ou américain comme la 189 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 visite de Nancy Pelosi.Le gouvernement chinois fait usage des moyens de l\u2019Armée populaire de libération (APL) tels les vols de ses avions-chasseurs près de l\u2019île pour créer une atmosphère tendue.C\u2019est d\u2019ailleurs à la suite de l\u2019élection de madame Tsai Ingwen à la présidence en 2016 que les tensions ont augmenté de manière significative.Tsai a rejeté à peu près tous les acquis de la confiance mutuelle des administrations précédentes qui avaient le mérite de maintenir le dialogue entre les deux entités politiques.D\u2019autre part, le gouvernement chinois semble jeter son dévolu sur une série d\u2019élections qui doivent avoir lieu entre novembre 2022 et l\u2019automne 2024 pour chasser du pouvoir le Parti progressiste démocrate (PPD).En effet, des élections municipales doivent se tenir dans les villes de Taïwan le 26 novembre prochain.Des sondages laissent croire que l\u2019opposition au PPD pourrait faire une percée dans les grandes villes.Ainsi à Taipei, la capitale, la lutte se joue à trois avec le candidat du PPD, Chen Shizhong, en troisième place.Si ces élections devaient porter au pouvoir dans les grandes villes des candidats de l\u2019opposition, elles pourraient donner le ton aux élections législatives et présidentielles prévues pour l\u2019automne 2024.Les partis d\u2019opposition susceptibles de remporter ces élections sont plus ouverts à un compromis ou tout au moins à un modus vivendi avec la Chine.Malgré ce scénario plausible, il ne faut pas exclure une tentative des États-Unis de torpiller cette stratégie en jetant de l\u2019huile sur le feu.Le président chinois a d\u2019ailleurs prévenu son homologue américain en déclarant que « ceux qui jouent avec le feu finissent par se brûler ».L\u2019édition du 17 septembre dernier du South China Morning Post rapportait les propos incendiaires d\u2019un général américain tenus lors d\u2019une audience devant le Sénat américain.Dans son témoignage, l\u2019officier supérieur suggérait implicitement 190 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 que l\u2019arsenal nucléaire américain pourrait servir à dissuader une invasion par la Chine, comme quoi la surenchère nucléaire est maintenant de mode.L\u2019administration Biden tente également de rallier plusieurs pays à sa cause.Ainsi le premier ministre japonais Fumio Kishida a participé à une réunion de l\u2019OTAN en juin dernier \u2013 une organisation dont la mission initiale était de protéger l\u2019Europe d\u2019une invasion soviétique.À cette réunion, Kishida a fait un lien direct entre la menace russe sur l\u2019Ukraine et une autre menace dans la mer de Chine (sans nommer la Chine) tel que rapporté sur le site du ministère japonais des Affaires étrangères.Le Japon ne se limite pas à exprimer par des mots sa détermination à résister à toute tentative de changer le statu quo dans la région.Le South China Morning Post rapportait en décembre 2021 que la marine japonaise était à transformer ses navires porte-hélicoptères en porte-avions.Toujours à l\u2019émission « Across the Taiwan Strait », un commentateur chinois rapportait que les États-Unis et le Japon avaient augmenté de manière significative les exercices conjoints entre leurs forces navales passant de 34 en 2019 à 85 en 2021.Les gestes du gouvernement américain ont un effet de loin plus délétère sur l\u2019attitude du gouvernement taïwanais.En prétendant soutenir Taïwan jusqu\u2019au bout, les États-Unis encouragent le gouvernement taïwanais à rejeter toute initiative qui pourrait mener à une résolution pacifique du différend avec la Chine.Il est inquiétant de noter que la seule leçon apparente que le gouvernement taïwanais semble avoir tirée de la guerre en Ukraine est que seule la résistance est la voie à suivre.Personne ne parle des destructions aux infrastructures, des morts de civils, et des effets sur le reste du monde.Les administrations américaines successives ont soutenu ce changement d\u2019attitude 191 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 de différentes manières en commençant par l\u2019appel de Tsai pour féliciter la victoire de Trump en 2016, un appel que ce dernier a accepté créant ainsi un dangereux précédent.On peut rajouter les visites de plus en plus fréquentes de fonctionnaires et politiciens américains au nez et à la barbe des autorités chinoises qui n\u2019ont de cesse de dénoncer ces gestes.Devant cet appui apparemment sans limites des administrations américaines, le gouvernement taïwanais se montre plus audacieux et sans égard aux avertissements de la Chine.Des initiatives pour relancer le dialogue comme celle du Guomindang récemment sont dénigrées par les autorités taïwanaises et les médias sympathiques au parti au pouvoir.Un sondage récent et rapporté dans les médias taïwanais indiquait qu\u2019une majorité de Taïwanais s\u2019attendait à plus de communications des deux côtés du détroit.Dans les mois qui viennent, nous pourrions assister à une évolution des tensions dans le détroit de Taïwan qui sera familière à tous ceux qui ont suivi la situation en Ukraine.Même modus operandi visant à provoquer un adversaire (la Chine) qui voit un intérêt stratégique en voie de lui échapper et devant déterminer s\u2019il doit intervenir avant qu\u2019il ne soit trop tard.La Chine mordra-t-elle à l\u2019hameçon ?Si oui, saura-t-elle éviter l\u2019enlisement à la manière russe ?À la lumière des évènements décrits plus haut, la ligne dure adoptée par les autorités taïwanaises apparait de plus en plus comme une fuite en avant qui, si elle se maintient, pourrait constituer une erreur stratégique fatale.Car la Chine n\u2019est pas la Russie, Taïwan n\u2019est pas Cuba et Xi Jinping n\u2019est pas Nikita Khrouchtchev.L\u2019issue d\u2019une confrontation dans le détroit pourrait donc être bien différente de celle qui a prévalu lors de la Crise des missiles de Cuba en 1962.u PLUS C5 / pourle + Qu *45C \\ 4 35%, boulevard Albiny-Poquette ZF Mont-Lourier = (Québec) J9L 1K5 » 1 866 440-3091 : ha SF 124, rue Principole Est | J Sainte-Agathe -des- Monts i ny (Québec) JBC 1K1 1 844 750-1450 + 0 mh.goudreaud@parl.ge.co Marip-Héléne Ggudreau GOODS mhgoudreau quebec Cépidlée de Lourenyities- Lobeile DMHGQudreguEX ik.L 4 Xavier Barsalou-Duval Député de Pierre-Boucher\u2014Les Patriotes\u2014Verchères 1625, boulevard Lionel-Boulet, bureau 202 Varennes (Québec) J3X 1P7 Téléphone : 450 652-4442 Courriel : xavier, barsalou-duvai@parl.gc.ca a >» 5 SE Nt ar 0 in 1 er LT EE Ia Chai dh Ea Ln A } i ; | 450 357-9100 | 100, rue Richelieu, bureau 210, Saint-Jean-sur-Richelieu, Québec 138 6X3 christine normandin@parl.acca | www.christinenormandin.quebec 3 , rt Gabriel Ste-Marie TL Depute federal de Joliette v 120, Place Bourget Nord, Joliette gabriel.ste-marie@parl.gc.ca 450 752-1940 \\ @gabrielsmarie www.gabrielstemarie.quebec 909 L& Quêbes sans compromis, jusqu éa Oo gta.ale a, ds -PIERRE » SAVARD-TRE LAY Lilli DE SHINT-RYACIATHE-HAENT Leu \u201c Tl A= | oct \\¢ s I = lar Chl) fr Lt Le numéro Été 2022 des Cahiers de lecture de L\u2019Action nationale est gratuit pour les nouveaux abonnés.abonnements et achats actionnationale.quebec Les Cahiers de lecture de L\u2019Action nationale Le numéro d\u2019automne est sous presse ! Le magazine des essais québécois Lectures Recensions Guillaume Lavallée 196 Voyages en Afghani Francis Dupuis-Déri 200 Panique à l\u2019université.Rectitude politique, wokes et autres menaces imaginaires Élizabeth Lemay 206 Daddy Issues Livres reçus Lectures 196 Articles 196 Recensions Guillaume lavallée Voyages en Afghani Montréal, Mémoire d\u2019encrier, 2022, 220 pages L\u2019auteur serait-il arabisant comme certains coureurs de bois étaient amérindianisants ?La question est ouverte.Entre son mémoire de maîtrise en philosophie, Habermas et le monde arabe en 20041 et ce livre, l\u2019écart n\u2019est pas si grand.Ce dernier porte sur un intellectuel aux prises avec la relation modernité/islam et le rapport colonial dans les pays où il séjourne.L\u2019intellectuel migrant se nomme Djemal ed-Din al Afghani (1838-1897)2.Le livre présente une aventure intellectuelle double : Lavallée suit la trace écrite laissée par son sujet dans le monde ; le sujet migrant se déplace d\u2019un pays à un autre, entre en débat dans la presse émergente de son époque et publie un livre donnant sa position dans le champ ouvert entre les pensées modernes et les théologies musulmanes.Deux motifs me font apprécier ce récit d\u2019aventures qui vaut le détour et le dépaysement.1  Guillaume  Lavallée,  2004,  Habermas et le monde arabe : les limites de la décontextualisation, Mémoire de maîtrise en philosophie, Université Laval.2  Je reprends l\u2019orthographe du nom adoptée par l\u2019auteur. 197 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 Premier motif d\u2019appréciation : l\u2019auteur montre que le monde musulman n\u2019est pas unifié, ne l\u2019a jamais été, que ce monde est tiraillé depuis longtemps par la modernité.Second motif : l\u2019auteur est soutenu par un métier double (philosophe et journaliste) dans une véritable position de truchement.Il cherche là-bas ce qui a pu précipiter la catastrophe de la mosquée de Québec en 2017.De ces deux motifs, je tire ma recension.Les chapitres sont courts et précis ; chacun aborde un épisode de la vie de Djemal ed-Din en contextualisant la relation modernité/islam et le rapport colonisateur/colonisé, celui entre Européens et musulmans, arabes et non arabes.Par exemple, il montre que la modernité entre en Égypte par l\u2019armée napoléonienne en forçant l\u2019ouverture, avant de se présenter dans ses avancées scientifiques et techniques.Autre exemple, le débat avec Ernest Renan3 éclaire les deux parties : le Français soutient une nation unie par l\u2019histoire et l\u2019Iranien qui se dit Afghan propose une nation constituée par la langue.Or, ce ne sont pas tant les Français, mais les Britanniques qui craignent son apport intellectuel et son potentiel à transformer la donne coloniale.Aussi, Djemal ed-Din a été l\u2019objet d\u2019investigations et d\u2019observations policières.Par ce livre, Guillaume Lavallée opère un transfert, celui d\u2019un intellectuel encore prisé dans le monde musulman, vers le monde euroaméricain et québécois où il n\u2019est pas connu.Sans en faire un héros, l\u2019auteur présente les préoccupations et les contradictions de ce migrant qui passe de l\u2019Iran où il naît, à l\u2019Afghanistan où il dit naître (une naissance structurale ?), à la Turquie, l\u2019Égypte, la France, la Grande-Bretagne, la Russie.3  Philologue, philosophe, historien (1823-1892). 198 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 Au fil des Cercles auxquels il participe, incluant ceux qu\u2019il fonde, Djemal ed-Din prend position, refusant l\u2019hétérogénéité des régimes européens et accueillant la modernité des sciences.Ce qu\u2019il cherche est difficile à circonscrire.Une mitoyenneté qui met en relation le savoir scientifique issu de recherches et le savoir prophétique issu de croyances ?Une sorte de basculement qui ne rejette pas certaines continuités entre les deux ?Lavallée ne tente pas de convaincre de la pertinence du migrant intellectuel.Il expose ce qui l\u2019habite, tout en contextualisant son discours dans le monde complexe de l\u2019islam arabe et non arabe faisant face au monde européen.Le récit est construit sur la base des connaissances disponibles, l\u2019auteur sachant que des connaissances nouvelles pourraient à terme modifier le regard sur l\u2019œuvre et sur l\u2019homme.L\u2019auteur ne cherche pas à penser comme celui qu\u2019il suit.Il entend exposer la variabilité et la complexité du monde musulman qu\u2019il fréquente depuis longtemps, au plus près.À certains moments de lecture, des parallèles peuvent être esquissés avec le Québec qui, au XIXe siècle, était aussi aux prises avec l\u2019hétérogénéité des institutions britanniques et l\u2019anti-intellectualité religieuse, en conflit avec la modernité.Quelle portée, non pas philosophique, mais anthropologique, ce livre peut-il avoir ?On présente le choc culturel comme le ressenti d\u2019une personne faisant face à une altérité plus ou moins radicale.Cette personne peut le vivre comme une épreuve ou comme un ravissement, selon sa rencontre avec l\u2019autre.Le choc culturel est le plus souvent conçu comme un événement qui génère de l\u2019anxiété personnelle. 199 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 Serait-ce une pathologie de la reconnaissance ?Comme le mépris, résulterait-il d\u2019un manque de connaissances à propos de l\u2019autre ?Ou d\u2019une objection faite à la relation entre des pensées qui se mettent à distance et s\u2019ignorent ?Lavallée présente l\u2019itinéraire d\u2019un intellectuel dont la vie est traversée par deux processus cognitifs qui s\u2019opposent : élaboration de la science par un chercheur, révélation de la croyance par un prophète.En traitant de son itinéraire, ce livre n\u2019ouvre pas sur une problématique du choc culturel.Il donne l\u2019exemple d\u2019une pensée relationnelle, celle de son auteur, au sein de laquelle une éthique de la discussion opère.Or, s\u2019il y a une faille dans ce livre, elle a trait à une insuffisance critique relative aux violences qui infiltrent les rapports sociaux.Le livre n\u2019en vaut pas moins une lecture attentive.Djemal ed-Din inspirait le rejet du rapport colonial et favorisait l\u2019éducation à la modernité.Les hiérarchies coloniales autant que religieuses faisaient l\u2019objet de sa critique, sans qu\u2019il aille toutefois jusqu\u2019à promouvoir la démocratie dans les sociétés où il vivait.Il se colletait avec la modernité culturelle (la science, la technique) plus qu\u2019avec la modernité politique (l\u2019État de droit démocratique).Le rapport colonial et l\u2019espace public sous constitution autonome ne font pas bon ménage, nulle part.Djemal ed-Din et Guillaume Lavallée abordent des fondements pré-poli- tiques de la démocratie, sans en faire un cas.Pour qu\u2019un espace public advienne, des raisons citoyennes doivent prévaloir, s\u2019accorder sur les dissensus et s\u2019associer à des efforts de traduction dans une culture politique commune4.4  Jurgen  Habermas,  2008,  Entre naturalisme et religion.Les défis de la démocratie, Gallimard 200 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 Si une réflexion ressort de ce livre, elle a trait au poids des mots, qui sont des bombes ou des baumes, selon ce qu\u2019on en fait.Le poids du mot est dans l\u2019énoncé qui le porte.Selon qu\u2019il est sorti du texte ou déconnecté du contexte, sa portée n\u2019est pas la même, son orientation change.Le mot est ce que le sujet humain a pour échanger, penser, décrire, transformer le réel.Le soupeser peut transformer une relation.Il faut en prendre soin.André Campeau, anthropologue Francis Dupuis-Déri Panique à l\u2019université.Rectitude politique, wokes et autres menaces imaginaires Lux Éditeur, 2022, 328 pages Dans son dernier essai remarquable de rigueur, de bonne foi et de finesse d\u2019esprit, Francis Dupuis-Déri publie un livre très nuancé sur la question du wokisme dans le monde universitaire.Faisant d\u2019abord un topo des critiques entendues dans les médias par des « polémistes réactionnaires », l\u2019auteur affirme que « l\u2019Université ressemble bien peu à ce que ces discours affolés laissent croire » (p.27).Certes, quelques événements malheureux arrivent, mais il s\u2019« étonne toujours qu\u2019une simple anecdote qui s\u2019y produit puisse susciter un tel intérêt médiatique, parfois au point de mériter un débat national » (p.33).C\u2019est vrai, après tout, qu\u2019ont donc eu tous ces médias à parler de Verushka Lieutenant-Duval, qui s\u2019est seulement fait suspendre après avoir utilisé un mot ?« Peu importe de ce que l\u2019on pense de l\u2019affaire », comme il le dit, « cette 201 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 amplification médiatique correspond exactement à la fabrication d\u2019une \u201cpanique morale\u201d » (p.54).À tous ces gens qui s\u2019inquiètent donc de voir des mots bannis d\u2019utilisation dans le monde académique, Francis Dupuis-Déri est là pour calmer le bon peuple.Arrêtons de nous faire des peurs ! Les « menaces imaginaires » de quelques « polémistes » ne sont rien d\u2019autre que des techniques de propagande.Lui qui est professeur dans l\u2019une des universités les plus militantes, il nous fait part de son expérience : « aucun conflit n\u2019éclate dans la très grande majorité des 35 000 cours (environ) offerts annuellement dans le réseau universitaire du Québec, où tout se déroule généralement très calmement, au risque de s\u2019y ennuyer même un peu » (p.56).Il est vrai que le climat très sain dans lequel baigne l\u2019université actuelle prête précisément à la prise de parole potentiellement conflictuelle.Ce n\u2019est pas comme si chaque étudiant avait compris, depuis plusieurs années, que le silence était requis pour se tailler une place dans le milieu académique.Ce n\u2019est pas non plus comme s\u2019il y avait une concentration de professeurs de gauche qui s\u2019amplifiait d\u2019année en année, au point où les professeurs moindrement non wokes se sentaient minorisés et surveillés pour chaque mot exprimé.Après tout, sous les régimes idéologiques, il n\u2019y avait pas non plus tellement de conflits causés par le peuple, qui au contraire était bien heureux de contribuer à l\u2019avancement du Parti et de la Justice.Notre auteur anarchiste a donc tout de suite appliqué ses vues dans son analyse : il ne peut y avoir d\u2019autorité coercitive à l\u2019encontre de qui que ce soit d\u2019autre que sa bande.Appuyé sur des sources très rigoureuses comme la « journaliste Judith Lussier » et Mark Fortier, le cou- 202 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 rageux éditeur qui est revenu de son « Super Size Me », l\u2019auteur défend l\u2019action des Black Block, ces gentils réformistes drapés de noir, dont « il ne s\u2019agit que de quelques poubelles renversées, de vitrines éclatées et de projectiles lancés vers des policiers lourdement armés » (p.136-137.).Oui, juste cela.Ou peut-être pourrait-on compléter, en évoquant les artifices projetés, l\u2019intimidation, les menaces de mort, le pillage, les automobiles incendiées, l\u2019utilisation de bombes chimiques et de cocktails Molotov, des fusils AR-15\u2026 L\u2019auteur ne fait pas dans la dentelle à l\u2019égard des figures de l\u2019anti-wokisme.Il décèle d\u2019abord un comportement de colonisé chez les anti-wokes, qui répètent maintes et maintes fois des termes anglais pour désigner l\u2019objet de leurs critiques.Évidemment, l\u2019auteur n\u2019a rien compris des raisons expliquant cette utilisation exceptionnelle de l\u2019anglais et va puiser chez Gaston Miron pour faire un portrait de la psychologie colonisée de ses adversaires.Lui qui parle du Québec comme une « province canadienne » et qui associe le nationalisme au totalitarisme s\u2019est probablement émancipé de la condition coloniale.S\u2019attaquant plusieurs fois à Mathieu Bock-Côté, qu\u2019il décrit sans gêne comme étant affilié au climatoscepticisme, aux réactionnaires et à l\u2019extrême droite, Dupuis-Déri va plus loin et l\u2019associe carrément à l\u2019antisémitisme (p.306-307).Juste comme ça.Et une maison d\u2019édition a accepté de publier ses propos.Peut-être y doit-on voir une simple réaction légitime à l\u2019égard de la violence d\u2019extrême droite et un geste de défense.Ou pas.Précédemment, quelques pages plus loin, il associe les signataires du Manifeste contre le dogmatisme universitaire à la suprématie blanche et à l\u2019attaque terroriste de Québec en 2017.Et quid des autres figures en société ?Allan Bloom : il y voit un « philosophe 203 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 paranoïaque (p.120) ».Christian Rioux ?Affilié à l\u2019extrême droite.Éric Zemmour ?Un fasciste (p.272).Même Normand Baillargeon n\u2019est pas épargné par l\u2019auteur, lui qui fait partie de ces « polémistes anti-woke, réactionnaires ou progressistes, [qui] ne manifestent pas de curiosité intellectuelle ni d\u2019ouverture de l\u2019esprit ou de l\u2019âme (p.272).» L\u2019auteur, lui, est bien ouvert « de l\u2019âme », lui qui couvre l\u2019ensemble de son analyse de la pure mauvaise foi et du simplisme à outrance.Francis Dupuis-Déri ne doit probablement pas voir de censure dans une société qui donne toute sa complaisance à l\u2019extrême gauche et qui associe n\u2019importe quelle personne dissidente au multiculturalisme à du terrorisme.Lorsqu\u2019on est au cœur du système, il est difficile de voir le problème.Ayant bien déjoué les stratagèmes des anti-wokes, Dupuis- Déri a vu clair dans leur jeu : « le totalitarisme est un régime qui écrase la dissidence et cherche à oblitérer toute division sociale [\u2026] Or, bien plus que les wokes, ce sont leurs détracteurs qui rêvent d\u2019une telle société sans division fondamentale et en appellent à une \u201cunité sociale\u201d qui se traduirait par une identification du \u201cpeuple\u201d à l\u2019État-nation.C\u2019est au nom du respect d\u2019une monoculture unifiée et homogène que ces polémistes voudraient faire taire toute critique féministe et antiraciste (p.147).» Une « monoculture unifiée et homogène » ?Oui, bien sûr.Il s\u2019agit en effet du discours dominant chez les pourfendeurs du wokisme, qui en appellent depuis longtemps, comme de véritables fascistes, au respect de toute personne indépendamment de sa couleur de peau, de son sexe ou de ses idées.Naturellement, l\u2019auteur ne ressent pas le besoin d\u2019apporter quelconque citation pour soutenir son analyse, nourri qu\u2019il est par des penseurs de la théorie critique qui ont tout compris d\u2019avance. 204 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 Regardons un extrait lumineux d\u2019intelligence : Ces polémistes évoquent compulsivement les pires violences politiques, mais n\u2019expriment aucune empathie pour les millions de victimes réelles dont ils détournent la mémoire pour stimuler l\u2019empathie pour l\u2019homme blanc et pour eux-mêmes, alors qu\u2019ils vivent confortablement sans que personne ne les condamne au bûcher, au lynchage, à la guillotine ou au camp de rééducation.Ce manque flagrant d\u2019humanité et d\u2019empathie avait déjà été constaté par le sociologue néomarxiste Theodor W.Adorno, au sujet de l\u2019extrême droite en Allemagne de l\u2019Ouest en 1967.Déjà, on a de la difficulté à croire que l\u2019auteur soit autre chose qu\u2019un cégépien qui commence tout juste sa première session, tellement la pauvreté du raisonnement est manifeste.Alors que Dupuis-Déri en appelle plusieurs fois à des données empiriques qu\u2019il ne trouve pas chez ses adversaires (alors qu\u2019elles existent bien et belles et qu\u2019elles sont citées), il est incapable de soutenir des accusations munies de la moindre citation.En réalité, quand on s\u2019intéresse minimalement à la pensée des contempteurs du wokisme, on y voit toujours des rappels de l\u2019importance des injustices historiques dénoncées par les wokes.Ce qui est critiqué, c\u2019est la manière d\u2019en parler et d\u2019amplifier les faits.Le genre de nuance que le cégépien Dupuis-Déri semble incapable de faire, lui qui va chercher chez les auteurs de la théorie critique des béquilles à ses raisonnements boiteux.Dupuis-Déri fait un constat simple : l\u2019université a toujours été le lieu du conflit entre différentes tendances ainsi qu\u2019entre professeurs et étudiants (p.71).Cette réalité lui permet ainsi de passer l\u2019éponge sur les cas de censure des dernières années qui ne feraient, après tout, que perpétuer la tradition universitaire de la conflictualité.Il revient sur des moments, dans l\u2019histoire de l\u2019université, où des vio- 205 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 lences physiques ont bien eu lieu de diverses manières.Cela lui permet de dire que, de nos jours, une telle violence a pratiquement disparu et que les anti-wokes s\u2019inquiètent pour rien.Félicitons tout de même l\u2019auteur pour cette pirouette intellectuelle qui permet de justifier la cancel culture sur les campus, phénomène qui n\u2019inquiète pas Dupuis-Déri un seul instant.Notre subtil auteur n\u2019a donc jamais pensé un seul instant que l\u2019ostracisme et le climat de peur pouvaient constituer des formes de terreur bien réelles.Jamais ne s\u2019est-il demandé combien de personnes se taisent, chaque jour, pour éviter la mort sociale.Puisque les Mathieu Bock-Côté de ce monde réussissent à faire leur vie tout en dénonçant vivement la rectitude politique, pourquoi tout un chacun aurait-il donc peur de ce phénomène ?Allons-y d\u2019une remarque qui semble avoir échappé à l\u2019auteur : les hommes et les femmes qui critiquent le wokisme font leur carrière essentiellement dans le monde médiatique, où quelques avenues leur sont encore possibles pour exprimer leur dissidence.Entend-on le point de vue des Mathieu Bock-Côté de ce monde au sein du système médiatique qui prescrit le discours légitime ?Entendons par-là les Radio-Canada, La Presse et Le Devoir qui répètent jour après jour le même message, tendant de temps à autre le micro aux dissidents pour donner un semblant de pluralité idéologique.À l\u2019université, les chercheurs non wokes n\u2019ont aucune possibilité d\u2019être recrutés à titre de professeur.Les questions posées lors des candidatures à des bourses sont maintenant orientées vers la situation de « victime » présupposée du demandeur.Dans le monde professionnel, il n\u2019y a plus moyen de faire partie d\u2019une grande entreprise ou d\u2019une banque sans passer par les quotas et les formations EDI.C\u2019est le genre d\u2019évidences qui sautent aux yeux de tous depuis un certain nombre d\u2019années et qui ne semble pas émouvoir le professeur de l\u2019UQAM. 206 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 En bref, que peut-on dire de ce nouveau livre ?Qu\u2019il est assurément un incontournable pour toute personne souhaitant saisir la psychologie du camp woke, qui fait tout pour se sauver la face.Francis Dupuis-Déri n\u2019est pas un auteur, mais un médiocre pamphlétaire incapable de la moindre rigueur.Son livre et sa présence à l\u2019université sont une énième preuve de l\u2019avancement de l\u2019extrême gauche dans nos institutions académiques et littéraires.Dupuis-Déri peut bien continuer à dire que la vraie victime, c\u2019est lui et ses amis des Black Block, il n\u2019en demeure pas moins que la complaisance médiatique dont il bénéficie témoigne, une fois de plus, de la domination culturelle de la gauche bien-pensante.Fort heureusement, il viendra un jour où nous nous tournerons vers ces livres comme les artefacts d\u2019une époque folle, qui en avait oublié jusqu\u2019à l\u2019existence du réel.Philippe Lorange  Candidat à la maîtrise en sociologie à l\u2019UQAM élizabeth lemay Daddy Issues Boréal, 2022, 184 pages Le quatrième de couverture de Daddy Issues, premier roman d\u2019Élizabeth Lemay, avait tout pour susciter la curiosité de L\u2019Action nationale.On peut y lire un extrait, dans lequel la narratrice et héroïne du récit confie : « Je suis issue d\u2019un peuple qui aime sa langue morte comme une maîtresse aime son amant, de ce même amour pénible et violent qu\u2019on ressent pour une passion évanescente ou pour tout autre chose qui n\u2019est pas à nous.L\u2019amour, le vrai, n\u2019existe que dans la fragilité.Les yeux que posent les maîtresses 207 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 sur leurs amants contiennent mille fois plus d\u2019amour que n\u2019en contiendront jamais les yeux des femmes pour leurs maris.Les peuples défaits et les maîtresses aiment leur langue et leur homme de ce même amour agonisant, mêlé d\u2019espoir et de désespoir.» Le ton est donné.Nous ne savons rien de l\u2019auteure, sinon qu\u2019elle a étudié en littérature française à l\u2019Université de Montréal et fait maintenant carrière en relations publiques, après avoir travaillé comme attachée de presse dans le milieu politique.La narratrice de son roman, une jeune femme dont on ne connaîtra pas le nom, qui aime le sexe et la littérature, vit une existence cloîtrée dans l\u2019orbite d\u2019un homme mûr et marié, dont on ne connaît pas davantage le nom.Les personnages de Daddy Issues n\u2019ont pas de nom, mais des surnoms génériques : la narratrice se voit tantôt comme une « gamine », une « petite fille », une « jeune fille », tantôt comme une « maîtresse diabolique », tombée amoureuse d\u2019un « monsieur », celui qu\u2019elle présente comme le « roi », qui consent tout au plus une fois par semaine à la visiter dans une chambre exiguë, au coin des rues Fullum et Sherbrooke.Si l\u2019homme mûr est dans la cinquantaine, la jeune femme serait, elle, dans la vingtaine.L\u2019anonymat et le huis clos sont des données centrales du récit, qui nous est livré en des chapitres elliptiques, souvent lestés de citations plus ou moins pertinentes : des auteurs à la mode comme Mona Chollet, Annie Ernaux et Frédéric Beigbeder côtoient Roland Barthes et Jean- Paul Sartre, sans harmonie ni cohérence, au milieu de renvois à des films de répertoire et à des téléséries américaines.Il est loin d\u2019être clair que la littérature soit au cœur de l\u2019existence de cette jeune femme : si l\u2019appel de la vocation intellectuelle n\u2019est pas absent, il ne vient pas en premier chez elle.Son vrai sujet est la dépendance amoureuse, 208 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 dans la douleur, le consentement et l\u2019extase ; la soumission au maître élu.La littérature semble lui être un alibi dans le théâtre du désir, servant à nourrir un personnage de composition pour satisfaire les fantasmes de l\u2019amant, lui- même un lecteur qui lui prête des livres qu\u2019elle s\u2019empresse de dévorer, mais qui refuse en retour de lire ceux qu\u2019elle lui donne, sous prétexte de manquer de temps.« Je choisis méticuleusement ma lecture avant l\u2019arrivée de mon roi et garde un air concentré alors qu\u2019il pousse la porte de ma chambre, dit-elle.[\u2026] J\u2019ignore ce que j\u2019attends de ces efforts.Sans doute veux-je cultiver à travers ses yeux une image idéalisée de moi-même.L\u2019image d\u2019une belle et jeune fille candide, une amoureuse au regard morose aimant Proust.Une maîtresse, éprise et mélancolique, une poète lisant à plat ventre en déshabillé de soie rouge en attendant un homme.» Daddy Issues est hanté par le cliché et la répétition, non en raison du thème de la jeune femme et de l\u2019homme mûr, comme l\u2019ont prétendu les journalistes culturels, mais de la pauvreté de la langue et de l\u2019imagination romanesque.La narratrice est prisonnière des images et des stéréotypes, et n\u2019arrive pas à accéder à son individualité, non plus qu\u2019à la diversité du réel et à la richesse des sentiments.L\u2019impuissance à écrire un vrai roman est revendiquée dès le début par la référence à Prochain épisode d\u2019Hubert Aquin, et de façon plus étonnante, à Michel van Schendel, qui évoquait dans les années 1960 une « malédiction canadienne- française », qui rendrait le monde étranger aux Québécois et leur expérience de l\u2019amour authentique, impossible.« Notre roman, à de rares exceptions près, disait-il en une formule tranchante, s\u2019en trouve irrémédiablement condamné : c\u2019est un roman anémique, dépossédé, irréel ».C\u2019est par ces caractéristiques et son défaut d\u2019incarnation que Daddy Issues se rattache à la condition québécoise.Les 209 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 spectres de la narratrice et de l\u2019amant cherchent à accéder à une réalité, à une présence, à une consistance, à travers un diaporama ininterrompu de références culturelles volatiles, sans que l\u2019identité de leur drame intérieur ne soit jamais trouvée ni fixée.Ils ont un corps, mais sont sans visage ; leur vie est dépourvue de contours ; ils ne semblent pas avoir de passé ; ont une chambre, mais pas de vrai chez eux, et encore moins de pays.Même Montréal n\u2019apparaît que par touches évanescentes.Le contraste entre le parc Baldwin, où la narratrice passe ses étés à lire, et le parc Laurier, où se tient l\u2019amant embourgeoisé, aurait pourtant dû se prêter à des observations sociologiques piquantes.Mais nous sommes devant une héroïne qui ne s\u2019intéresse pas au monde extérieur.Sur le plan proprement romanesque, comment ne pas déplorer l\u2019extrême modestie du résultat ?L\u2019auteure, qui n\u2019a pas trouvé sa voix, ne dépasse pas le stade de l\u2019anecdote et de la citation scolaire ; elle n\u2019atteint pas la maturité de la forme.Son imagination se fige volontiers en des images empruntées, sans force d\u2019évocation.La narratrice aspire pourtant du fond de son être à une réalité autre qui la rendrait à elle-même, où logerait le Graal de douleur, de poésie et de volupté propre aux cultures achevées, dont ce « pays impossible auquel on finit par ressembler » est par défaut exclu.Il serait si facile de réduire l\u2019héroïne de Daddy Issues à la caricature de la jeune femme qui tombe amoureuse d\u2019un homme mûr.D\u2019ailleurs, pourquoi ce sujet serait-il devenu soudainement plus éculé qu\u2019un autre, peut-on se demander, sinon pour des motifs idéologiques dus à l\u2019air du temps ?La réception en témoigne.Pour justifier l\u2019usage de ce thème devenu marqué dans la presse officielle, l\u2019auteure n\u2019a eu d\u2019autre choix que de revendiquer une légitimité idéologique : elle ferait entendre la parole d\u2019un personnage « invisibilisé » 210 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 et « objectivé » par le regard masculin, pour reprendre les non-mots de la novlangue de l\u2019époque.C\u2019est à ce titre que le livre a été reçu et discuté.On ne dira jamais assez à quel point cette approche médiatique et idéologique est profondément anti-littéraire.En acceptant de la faire sienne, l\u2019auteure commet selon nous une erreur : elle consent à se laisser « objectiver », mais cette fois par l\u2019idéologie.Elle renonce à être lue.Sous la trame amoureuse, un autre combat nous est raconté, beaucoup plus âpre : la pauvreté ontologique, la ponction de la tribu du Québec sur les êtres.Mutilée par son origine, qui la relègue dans un registre existentiel inférieur, voici une jeune femme qui a conscience d\u2019avoir été privée de sa vocation libertine, d\u2019avoir été détournée de sa nature.Sa féminité trouble n\u2019est pas de celles qui entrent dans les catégories sociales admises (« plutôt crever que de devenir mère »).Lucide sur la condition québécoise, elle en fait le sujet de sa réflexion, ce qui donne les meilleurs passages du livre.« Les grands romans, ceux dont regorge la littérature, soutient-elle, n\u2019ont rien à voir avec ce simulacre entremêlé d\u2019allers-retours que je m\u2019évertue à rendre vertueux et tangibles.Lord Durham avait raison : nous sommes un peuple sans histoire et sans littérature.Mes illusions sont finalement perdues et à des années-lumière de l\u2019œuvre balzacienne dont accouchent les peuples achevés et vrais.Notre histoire m\u2019échappe comme les mots pour la raconter.Et je ne suis même pas l\u2019écrivain de mon propre roman.» Anémique, dépossédée, irréelle.Sans aller jusqu\u2019à Balzac, il y aurait de la place, en littérature québécoise, pour une Pauline Réage et une Histoire d\u2019O écrite à l\u2019encre de la blessure nationale.Ou pour une démarche littéraire qui conjuguerait une recherche d\u2019absolu par la passion et la dégringolade historique de 211 L\u2019Action nationale \u2013 Octobre-Novembre 2022 tout un peuple, maintenu dans l\u2019illégitimité.C\u2019est de toute évidence le sujet d\u2019Élizabeth Lemay.Mais des obstacles se placent sur son chemin.Nous en avons repéré deux : l\u2019hiver et la famille.« Je rêve d\u2019un pays sans saison, écrit la narratrice.À moins trente, je vous jure qu\u2019une Françoise Sagan n\u2019aurait pu être Françoise Sagan ».« Dans mes songes éveillés, dit-elle encore, je ne peux m\u2019empêcher de faire périr mes proches.Je les anéantis tous, mon père, ma mère et ma sœur, pour que mon roi devienne ma famille.» Tout cela est juste et bon.Mais n\u2019aurait-il pas fallu écrire : pour que mon roi devienne mon soleil ?La famille n\u2019est compatible ni avec le désir ni avec la littérature.Les daddy issues, après tout, sont peut-être ce qui sépare la narratrice de la souveraineté, bien avant la « malédiction canadienne- française », pas moins responsable pour autant.Carl Bergeron  Écrivain 212 Articles 212 Livres reçus Pierre Lavoie Mille après mille.Célébrité et migrations dans le Nord-Est américain Montréal, Les éditions du Boréal, 2022, 336 pages Boucar Diouf Ce que la vie doit à la mort : quand la matriarche de famille tire sa révérence Montréal, Éditions La Presse, 2022, pages annie chaLoux, catherine Gauthier, huGo SéGuin,  PhiLiPPe SimarD La crise climatique à l\u2019aube d\u2019un monde incertain Québec, Presses de l\u2019Université du Québec, 2020, 176 pages PhiLiPPe Bernier arcanD Faux rebelles.Les dérives du politiquement incorrect Montréal, Éditions Poètes de brousse, 2022, 152 pages mouvement action-chômaGe Trouve-toi une job ! Montréal, Écosociété, 2022, 178 pages carmeL DumaS Tête-à-tête avec ma sœur Evelyn Lachine, Éditions de la Pleine Lune, 2022, 328 pages noam chomSky Une vie de militantisme Montréal, Écosociété, 2022, 210 pages Pierre LefeBvre Le virus et la proie Montréal, Écosociété, 2022, 80 pages maurice SéGuin L\u2019idée d\u2019indépendance au Québec.Genèse et historique Montréal, Les éditions du Boréal, Collection Boréal Compact, 2022, 96 pages eV vii Messier, Dictionnaire, LE JER J CI encyclopédique an historique des\u201d rs 183 A 838 \u2014 Deuxième édition, revue et augmentée \u2014\u2014 + Le Dictionnaire encyclopédique et historique des patriotes 1837-1838, À ed rected Orroroo c'est l'histoire exceptionnelle de plusieurs Bas-Canadiens.C'est pour | ee faire connaître les méconnus mais surtout les inconnus, ep mx issus de ce vaste mouvement populaire § fondé sur des idéaux a A XK Lo J iY Cl expression, de réformes I et do liberté d\u2019 assemblée.A Bde AA 0 qu Ce We dictionnaire.Plus de 5000 patriotes répertoriés.@NOUVEAUR Maintenant offert en versions numériques Contactez-nous pour plus d'informations.info@guerin-editeur.qc.ca -842-3481 » www.guerin-editeur.qc.ca Des petits livres bleus qui clarifient les choses ! 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; tous les dons qu\u2019elle reçoit sont d\u2019une grande importance puisqu\u2019ils permettent d\u2019offrir à nos abonnés une revue de qualité, et ce, sans s\u2019éloigner, même avec plus d\u2019un siècle d\u2019existence, de sa mission.Qu\u2019est-ce qu\u2019un don planifié ?Les dons immédiats, ceux qui sont mis à la disposition de la Ligue d\u2019Action nationale dès qu\u2019ils sont faits et les dons différés, dons destinés à être remis à la Ligue d\u2019Action nationale à une date ultérieure (ex.: dons testamentaires, d\u2019assurance-vie, fiducie testamentaire, etc.) Vous avez peut-être une police d\u2019assurance-vie de quelques milliers de dollars à laquelle vous avez souscrit il y a plusieurs décennies et qui pourrait être cédée à L\u2019Action nationale sous forme de don planifié et contribuer ainsi à la pérennité de la revue.Les dons planifiés font partie intégrante de la planification financière et successorale.Ils peuvent prendre diverses formes, et l\u2019avis d\u2019un planificateur financier professionnel pourra vous aider à choisir l\u2019option la plus avantageuse pour vous.Si dans votre testament vous nommez la Ligue d\u2019Action nationale comme bénéficiaire, faites-le-nous savoir afin que nous puissions vous manifester notre reconnaissance.Si vous désirez effectuer un don planifié à la Ligue, nous pourrons vous remettre un reçu pour dons.Contactez-nous si vous avez besoin des conseils du planificateur financier professionnel de la Ligue d\u2019Action nationale.Ligue d\u2019Action nationale \u2013 Programme de dons planifiés  a/s de Jacques Martin  82, rue Sherbrooke Ouest  Montréal (Québec) H2X 1X3 L\u2019Action en héritage taBLeau D\u2019honneur DeS DonateurS et LéGataireS De La LiGue D\u2019action nationaLe Plusieurs personnes nous ont laissé des legs ou des dons qui permettent d\u2019assurer la pérennité de la revue L\u2019Action nationale depuis maintenant 100 ans.C\u2019est la Fondation Esdras-Minville qui gère le patrimoine dédié à la revue, mais pour l\u2019obtention d\u2019un reçu pour fins fiscales, il faut libeller les dons et les legs à la Ligue d\u2019action nationale.Nous exprimons notre gratitude à nos généreux mécènes par une mention à perpétuité à ce tableau d\u2019honneur qui fait état du cumul des dons et des legs.Hector Roy \u2020 GranDS BâtiSSeurS de 25 000 $ à 49 999 $ Gabriel Arsenault Dominique Bédard \u2020 Alban Coutu \u2020 Bernard Lamarre \u2020 Bernard Landry \u2020 Isabelle Laporte Bryan L\u2019Archevêque Jacques C.Martin Paul Mainville \u2020 Michel Moisan Ghislaine Raymond \u2020 Ivan Roy Cécile Vanier \u2020 BâtiSSeurS de 5000 $ à 24 999 $ BâtiSSeurS émériteS plus de 50 000 $ François Beaudoin Gaston Beaudry \u2020 Pierre Karl Péladeau André Véronneau memBreS BienfaiteurS Robert Ascah Robert Auclair André Baillargeon Jacques Baillargeon Jean-François Barbe Luc Bertrand Antoinette Brassard Gaétan Breault Henri Brun Jacques Cardinal Claudette Carpentier Paul Carrier Jean-Paul Champagne Roch Cloutier George Coulombe Bernard Courteau Guy Cormier Normand Cossette Richard Côté Benoit Dubreuil André Dubuc Richard Dufresne Harold Dumoulin Lucia Ferretti Jean-Claude Gagner Raymond Gagnier Christian Gagnon Jean-Pierre Gagnon Marcel Gaudreault André Gaulin Yvon Groulx \u2020 Marcel Henry Benoît Houde Gérard N Houle Marcel et Hélène Jacob Henri Joli-Cœur Marc Labelle Georges Lacroix Raymond Laflamme Isabelle Lamarche Gérald Larose Isabelle Le Breton Maurice Leboeuf Richard Leclerc Pascal Leduc Laurent Mailhot \u2020 Pauline Marois Cécile Martin Marcel Masse \u2020 Yves Michaud Estelle Monette \u2020 Lucie Monette Denis Monière Réjean Néron Reginald O\u2019Donnell \u2020 Jean-Pierre Papineau Gilbert Paquette Hubert Payne Gilles Pelletier \u2020 Réal Pilon Alain Prévost Richard Rainville Antoine Raspa René Ricard Paul-Émile Roy \u2020 Hélène Savard-Jacob Ginette Simard Denise Simoneau Rita Tardif Claudette Thériault Frédéric Thériault Robert G.Tessier \u2020 Marcelle Viger Florent Villeneuve André Watier 1500 $ à 4999 $ Fernand Allard Patrick Allen \u2020 François-Albert Angers \u2020 Gaston-A.Archambault \u2020 Jean-Paul Auclair \u2020 Paul Banville Claude Belec Yvan Bédard \u2020 Jacqueline Claire Binette Henri Blanc René Blanchard Réjane Blary Charles Eugène Blier Gilles Blondeau Charles Eugène Blier David Boardman Yvon Boudreau Marcelle Brisson René Brault Édouard Cadotte Gilles Casgrain Jean-Charles Claveau Robert Comeau Louis-J.Coulombe Fernand Couturier Paul de Bellefeuille Gérard Deguire Jean-Jacques Delisle Gaston Deschênes Richard Dufresne Bob Dufour Yves Duhaime Marcel Fafard Nicole Forest Lynn-Ernest Fournier Léopold Gagnon Paul A Garneau Romain Gaudreault Henri-F.Gautrin \u2020 Claude Ghanimé Yves Gilbert Pierre Gosselin Paul Grenier \u2020 Michel Grimard Yvan Hardy Guy Houle Pierre André Julien Germain Jutras Pierre Lacombe Lucie Lafortune \u2020 Anna Lagacé-Normand \u2020 Gisèle Lapointe Roger Lapointe Alain Lavallée Germain Lavallée Hélène Lavoie Denis Lazure \u2020 André Leduc Maurice Leduc Gérard Lefebvre Émile Lemaire Jacques Libersan Pierre Lincourt Clément Martel Clément Mercier Yvon Martineau \u2020 Roger Masson Robert Mélanson Serge Ménard Monique Michaud Daniel Miroux Lise Monette Louis Morache Rosaire Morin \u2020 Gilles Ouimet Jacques Parizeau \u2020 Hélène Pelletier- Baillargeon Claude Pilote Fernand Potvin Arthur Prévost \u2020 René Richard \u2020 Dominique Richard \u2020 Jacques Rivest Jean-Denis Robillard Louis Roquet Pierre-Paul Sénéchal Michel Taillefer Réjean Talbot Serge Therrien François C Thivierge Guy Tremblay Marcel Trottier \u2020 Réal Trudel Denis Vaugeois Claude-P.Vigeant Madeleine Voora cLuB DeS 100 aSSociéS 1000 $ à 1499 $ Liberté d\u2019expression L\u2019Action nationale ouvre ses pages à tous ceux et à toutes celles que la question nationale intéresse.Respectueuse de la liberté d\u2019expression, elle admet les différences qui ne compromettent pas l\u2019avenir de la nation.La rédaction assume la responsabilité de tous les titres d\u2019articles, mais les auteurs restent responsables du contenu de leurs textes.Rédaction Un article soumis sans entente préalable peut varier de 1500 à 3000 mots alors que le compte-rendu d\u2019un livre compte généralement de 1000 à 1500 mots.Les textes sont reçus par internet.Le texte vulgarisé est la forme d\u2019écriture souhaitée.Index Les articles de la revue sont répertoriés et indexés dans « L\u2019index des périodiques canadiens » (1948-2002), dans « Périodex » depuis 1984, dans « Repères » publié par SDM Inc.et à la Bibliothèque nationale du Québec depuis 1985.Les numéros de L\u2019Action française et de L\u2019Action nationale de 1917 à 2013 sont numérisés et accessibles dans le site de la BAnQ.Reproduction La traduction et la reproduction des textes publiés dans L\u2019Action nationale sont autorisées à condition que la source soit mentionnée.Mise en page et infographie Sylvain Deschênes Impression Marquis imprimeur L\u2019Action 223 Ligue d\u2019action nationale Président Christian Gagnon Vice-président Pierre Serré Secrétaire Alexis Tétreault Trésorier Robert Ladouceur Conseillers Denis Monière Isabelle Le Breton Gilbert Paquette Ex Officio Robert Laplante Membres Djemila Benhabib Mathieu Bock-Côté Nicolas Bourdon Claude Coulombe Myriam D\u2019Arcy Jules Gagné Mathieu Gauthier-Pilote Léolane Kemner Philippe Lorange Jacques C.Martin Martine Ouellet Danic Parenteau Guillaume Rousseau Mathieu Roy Simon-Pierre Savard-Tremblay Gilles Toupin Membres honoraires Christiane Bérubé, Nicole Boudreau, Guy Bouthillier, Jacques Brousseau, Hélène Chénier, Lucia Ferretti, Léo Jacques, Delmas Lévesque, Yves Michaud, Pierre Noreau, Roméo Paquette, Hélène Pelletier-Baillargeon Membres émérites Jean-Charles Claveau, Henri Laberge, Jacques-Yvan Morin Mission La Ligue d\u2019action nationale est l\u2019éditrice de la revue L\u2019Action nationale.et du magazine Les Cahiers de lecture de L\u2019Action nationale.Sa mission est d\u2019être un carrefour souverainiste où se débattent les aspirations de la nation québécoise comme collectivité de langue française suivant une tradition de réflexion critique, d\u2019indépendance et d\u2019engagement, à partir des situations d\u2019actualité qui renvoient aux enjeux fondamentaux de notre avenir collectif. Tarifs 2022 (taxes et expédition comprises) L\u2019Action nationale 82, rue Sherbrooke Ouest Montréal (Québec) H2X 1X3 Téléphone : 514 845-8533 sans frais, 1 866 845-8533 Pour nous joindre par courriel revue@actionnationale.quebec www.actionnationale.quebec ISSN-0001-7469 Dépôt légal : Bibliothèque nationale du Québec Périodicité : 10 numéros par an L\u2019Action nationale est membre de la SODEP www.sodep.qc.ca Paiement par chèque ou carte de crédit VISA ou MASTERCARD \u2022 paiement internet sécurisé dans notre site \u2022 par la poste \u2022 par téléphone Paiement de votre compte bancaire (renouvellement d\u2019abonnement) \u2022 chez Desjardins et dans les institutions financières participantes   1 an  2 ans    10 numéros  20 numéros Abonnement   90 $ 160 $  (78,28 $ + taxes) (139,15 $ + taxes)  Abonnement de soutien  190 $ 300 $ Étudiant  60 $ 100 $    (47,84 $ + taxes) (78,28 $ + taxes) Institution 160 $ 250 $ (130,46 $ + taxes) (208,74 $ + taxes) Autres pays 160 $ 275 $ Abonnement PDF  60 $ 100 $ (52,18 $ + taxes)  (86,97 $ + taxes)   TVQ 1012563392 TQ0002  TPS 11901 9545 "]
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