Québec science, 1 janvier 2022, Mars
[" QUEBEC SCIENCE NUMÉRO SPÉCIAL 60 ansPour son anniversaire, votre magazine revisite six décennies de science.MARS 2022 P P 4 0 0 6 5 3 8 7 NOUS INNOVONS POUR LE MIEUX-ÊTRE EN SOCIÉTÉ De gauche a droite : ALEXANDRE CAMPEAU-LECOURS Professeur à la Faculté des sciences et de génie PAULE HALLEY Professeure à la Faculté de droit CATHERINE BÉGIN Professeure à la Faculté des sciences sociales FRANÇOIS BERNARD MALO Professeur à la Faculté des sciences sociales MARIE-PIERRE GAGNON Professeure à la Faculté des sciences in?rmières ulaval.ca/recherche Tout comme Québec Science, nous avons à cœur de partager et transmettre nos savoirs aux communautés.Nos équipes s\u2019unissent pour transformer les sociétés et surmonter les défis auxquels le monde fait face.Bon 60e anniversaire! MARS 2022 | QUÉBEC SCIENCE 3 SOMMAIRE les défis auxquels le monde fait face.44 35 11 6 4 Éditorial Par Mélissa Guillemette | 5 Babillard | 9 En image Par Marine Corniou 11 | Technopop Par Chloé Freslon | 12 Polémique Par Jean-François Cliche | 56 Culture Par Émilie Folie-Boivin 61 Anthropocène Par Jean-Patrick Toussaint | 62 Rétroviseur Par Saturnome I L L U S T R A T I O N D E L A C O U V E R T U R E : P I E R R E - P A U L P A R I S E A U SUR LE VIF 6 LE CABINET DES CURIOSITÉS Dans les sols et montagnes du Québec, des pierres ?nes se cachent.8 VERS DES GINS ENCORE PLUS QUÉBÉCOIS La recherche se mobilise pour que voie le jour une culture locale des baies de genièvre.10 L\u2019ÉQUILIBRE DE LA VIE MARINE BRISÉ La surpêche a ébranlé une loi fondamentale : le spectre de Sheldon.11 DU FROID POLAIRE AU CHAUFFE-EAU SOLAIRE Pour réduire la demande en électricité l\u2019hiver, une équipe se penche sur le chauffage de l\u2019eau.14 MEDICAGO: PETITE POUSSE DEVENUE GRANDE Entrevue avec la directrice principale des affaires scien- ti?ques et médicales de Medicago, Nathalie Charland.CHERCHEUSE EN VEDETTE 54 LA DÉPRESSION, CE N\u2019EST PAS QU\u2019ENTRE LES DEUX OREILLES Caroline Ménard s\u2019évertue à mieux comprendre la réponse au stress chronique.EN COUVERTURE 19 60 ans à raconter la science Pour souligner les 60 ans de Québec Science, notre équipe a plongé dans les archives pour en tirer des moments marquants, des bijoux et autres faits cocasses.REPORTAGES 35 Dans les dédales de la honte La honte est une émotion universelle et puissante.Apprenons à la connaître pour la désamorcer.44 L\u2019art de la mesure Si le monde tourne à peu près rond, c\u2019est parce que l\u2019humanité mesure tout ce qui est mesurable avec les mêmes unités.QUÉBEC SCIENCE MARS 2022 4 QUÉBEC SCIENCE | MARS 2022 Éditorial MÉLISSA GUILLEMETTE @mguillemett Si la vie vous intéresse Toute personne qui a travaillé pour Québec Science vous le dira : la simple mention du magazine peut susciter une émotion vive chez un interlocuteur.S cénario classique : notre journaliste se présente avant de commencer une entrevue ou notre directrice artistique mentionne son occupation dans une soirée entre voisins.Aussitôt, le visage dudit interlocuteur s\u2019illumine, ses yeux et son sourire s\u2019agrandissent.Puis il s\u2019exclame « J\u2019ai commencé à militer quand j\u2019ai lu un reportage de Québec Science sur les pluies acides dans les années 1980 ! », « Je ne serais pas biologiste sans Québec Science ! », « J\u2019ADORE les trous noirs ! » ou encore « Mon père était abonné à Québec Science et je l\u2019ai lu religieusement toute ma jeunesse ! Tant de beaux souvenirs ! » (Gâtez-vous et abonnez-vous à votre tour, que je réponds aux derniers !) Pourquoi tant d\u2019émotions pour des articles traitant de chimie, de médecine, de psychologie, d\u2019astronomie, de mathématiques, d\u2019anthropologie, de technologies ?Parce que tout ça, c\u2019est la vie ! Cela fait 60 ans que Québec Science anime des regards, bouleverse des convictions et allume les esprits.Au ?l des décennies, le magazine y est parvenu aussi bien en abordant des avancées scienti?ques qu\u2019en éclairant les grandes questions d\u2019actualité à la lumière de la recherche.Ses 60 volumes font le récit de quêtes collectives et individuelles ?parfois réussies, parfois ratées ?pour un environnement plus sain, pour un tableau plus clair, pour un changement de paradigme.Ils parlent de l\u2019origine même de l\u2019Univers, du temps qui nous ?le entre les doigts, de ce qui grouille dans les océans et forêts, de l\u2019air que nous respirons, des étoiles que nous admirons, de l\u2019énergie qui propulse nos voitures, de notre assiette, du cancer de nos proches, de la famille, de la sexualité et de notre identité.À fouiller les archives, l\u2019équipe de Québec Science aussi a été émue.La variété des sujets couverts en profondeur est impressionnante, tandis que l\u2019en?lade de grands noms du journalisme scienti?que et de plumes talentueuses au ?l des pages force l\u2019admiration (de Fernand Seguin à Marie-Pier Elie en passant par Serge Bouchard, Yanick Villedieu et Bouchra Ouatik).Côté graphique, il faut avouer que la modernité des pages frontispices des années 1970 est particulièrement saisissante ?comme l\u2019est l\u2019originalité de celles des années 1980 d\u2019ailleurs.Nous avons ri devant des prédictions qui se sont avérées totalement erronées, comme celle-ci : « Les vols humains vers Mars devraient s\u2019effectuer au cours des années 1980 et l\u2019on parle même de 1979.» Nous avons aussi été fâchées devant le sexisme ouvert qui prévalait en science il n\u2019y a pas si longtemps encore (voir le segment sur la place des femmes dans les laboratoires en page 21 de ce numéro).Le courrier des lecteurs, qui s\u2019étendait sur plusieurs pages à une certaine époque, révèle à quel point la publication a toujours intéressé à la fois les érudits et les néophytes, ce qui nous réjouit.Depuis le début de la pandémie, les webinaires ou autres conférences signalant l\u2019importance de la science et de la culture scienti?que se sont multipliés.Des experts y af?rment qu\u2019expliquer les résultats de la recherche ne suf?t pas : il faut aussi faire connaître la démarche et contextualiser les débats.Les coulisses de la science représentent justement notre pain et notre beurre.Les équipes successives du magazine sont allées sur le terrain, d\u2019un bout à l\u2019autre du Québec (et de la planète !), pour raconter des histoires marquantes.C\u2019est la force du format magazine, construit dans la durée et pour durer.Ces évènements, auxquels nous participons souvent, sont sources de motivation pour nous : en plus de con?rmer ce que Québec Science martèle depuis 60 ans, ils soulignent combien notre travail est important.Mon souhait est de voir ce discours se traduire en de nouvelles actions pour soutenir les organisations comme la nôtre qui répondent à un besoin toujours plus évident de compréhension de notre monde.Beaucoup pensent que nous sommes une armée à Québec Science, mais nous sommes en réalité une minuscule équipe qui se dévoue corps et âme pour accomplir cette mission.Si l\u2019heure est à la science, elle est aussi à la célébration.Pour moi, recevoir un nouveau magazine, c\u2019est toujours une fête.Mes enfants vous diront la même chose avec Les Explorateurs (de nos amis Les Débrouillards, qui fêtent leurs 40 ans en même temps que nous célébrons nos 60 ans, sorte de cumul de 100 ans de journalisme scienti?que !).Je souhaite donc à Québec Science encore une tonne de numéros fouillés et de sourires au sortir de la boîte aux lettres ou de la messagerie.Longue vie à Québec Science et à l\u2019émerveillement et l\u2019engagement qu\u2019il suscite ! *** Au nom de toute l\u2019équipe, je remercie Marie Lambert-Chan, qui était rédactrice en chef depuis l\u2019été 2016.Elle a non seulement écrit des éditoriaux percutants, mais a aussi soulevé des montagnes ces dernières années pour faire briller le magazine.Merci, Marie ! Le magazine Québec Science est imprimé sur du papier certi?é FSC® (Forest Stewardship Council®), donc issu de forêts bien gérées et d\u2019autres sources responsables.C M C A A U D I T E D MARS 2022 | QUÉBEC SCIENCE 5 MARS 2022 VOLUME 60, NUMÉRO 6 Rédactrice en chef Mélissa Guillemette Journaliste Marine Corniou Journaliste Web et médias sociaux Annie Labrecque Collaborateurs Maxime Bilodeau, Chloé Bourquin, Jean-François Cliche, Émilie Folie-Boivin, Chloé Freslon, Sophie Grenier-Héroux, Rachel Hussherr, Saturnome, Jean- Patrick Toussaint Correctrice-réviseure Sophie Cazanave Directrice artistique Natacha Vincent Photographes/illustrateurs/graphiste Françoise Abbate, Louise Bilodeau, Nicole Aline Legault, Christinne Muschi, Pierre- Paul Pariseau, Sébastien Thibault, Vigg Éditeur Jean-François Rheault Vice-présidente marketing, communications et partenariats Marie-Hélène Juneau Comptabilité Mimi Bensaid Chargée de projets, communications marketing Maryvonne Charpentier Conseillère, relations de presse et marketing Stéphanie Couillard SERVICE AUX ABONNÉS : 514 521-8356, poste 504, ou 1 800 567-8356, poste 504 serviceclient@velo.qc.ca PUBLICITÉ : Claudine Mailloux 514 909-4601 cmailloux@velo.qc.ca Impression Solisco Distribution Messageries Dynamiques Parution : 24 février 2022 (576e numéro) Abonnement Canada, 1 an : 41 $ + taxes États-Unis, 1 an : 84 $ Outre-mer, 1 an : 126 $ Québec Science est publié par Vélo Québec Éditions Dépôt légal : Bibliothèque nationale du Québec, Bibliothèque nationale du Canada : ISSN-0021-6127 Envoi Poste-Publications Convention no 40065387.© Copyright 2021 \u2013 Québec Science.Tous droits de reproduction, de traduction et d\u2019adaptation réservés.Indexé dans Québec Science reçoit l\u2019aide ?nancière du ministère de l\u2019Économie et de l\u2019Innovation du Québec.Nous reconnaissons l\u2019appui ?nancier du gouvernement du Canada.Abonnez-vous www.quebecscience.qc.ca/ abonnez-vous 514 521-8356, poste 504 1 800 567-8356, poste 504 Un changement d\u2019adresse : serviceclient@velo.qc.ca Écrivez-nous courrier@quebecscience.qc.ca Magazine Québec Science 1251, rue Rachel Est Montréal (QC) H2J 2J9 Suivez-nous www.quebecscience.qc.ca Babillard NOTRE COUVERTURE QUEBEC SCIENCE NUMÉRO SPÉCIAL 60 ansPour son anniversaire, votre magazine revisite six décennies de science.MARS 2022 P P 4 0 0 6 5 3 8 7 Pour notre couverture portant sur les 60 ans de Québec Science, j\u2019ai fait appel à Pierre-Paul Pariseau.Cet illustrateur est reconnu internationalement pour sa touche singulière et colorée.Ses œuvres sont teintées de surréalisme et s\u2019inspirent du mouvement pop art.Ce dernier courant a pris son essor dans les années 1960, comme notre revue.Notre collaborateur avait donc le style parfait pour traverser les âges ! Sa mission artistique était de produire un paysage dans lequel la faune, la ?ore, l\u2019espace et différents symboles associés à la science ajouteraient du relief.Sous un ciel ardent, le résultat est tout simplement magni?que ! Sa seconde illustration, qui introduit le dossier sur nos 60 ans, en page 19, est la suite harmonieuse de sa proposition.Bon voyage à travers le temps, mais aussi à travers ces deux paysages, chers lecteurs, et bon anniversaire, Québec Science ! ?Natacha Vincent, directrice artistique CE QUE NOUS AVONS LU OU ENTENDU AU COURS DE CE NUMÉRO À quoi bon toujours améliorer notre façon de mesurer les choses ?Un argument convaincant est venu de Patrizia Tavella, physicienne au Bureau international des poids et mesures, sous la forme d\u2019un exemple, celui de la détection des ondes gravitationnelles en 2015.Imaginez un peu la précision requise : sur les détecteurs LIGO, qui font quatre kilomètres de long, le passage d\u2019une onde gravitationnelle représente une compression ou un étirement d\u2019environ un millionième de milliardième de millimètre, soit 1 000 fois moins que la taille d\u2019un proton ! ?Marine Corniou, journaliste Pour le Cabinet des curiosités, j\u2019ai rencontré un couple de Québec passionné de minéraux : Lise Lepage et Denis Villeneuve.Ils accumulent tellement de belles pièces chez eux que certaines ?nissent par atterrir dans des bacs à ?eurs en bordure de leur maison, qu\u2019ils ont renommés « bacs à roches » ! Pourquoi pas ?Mélissa Guillemette, rédactrice en chef À LIRE SUR NOTRE SITE WEB Les hivers plus doux favorisent la survie des tiques porteuses de la maladie de Lyme L\u2019hiver venu, les tiques ne vont malheureusement pas se cacher pour mourir.Retrouver son odorat après la COVID-19 : possible ?Des chercheurs tentent d\u2019aider celles et ceux chez qui ce sens n\u2019est pas encore revenu.Rendez-vous au www.quebecscience.qc.ca/babillard des curiosités LE CABINET 6 QUÉBEC SCIENCE | MARS 2022 Q uand Jacques Cartier est passé devant les falaises de ce qui a plus tard été appelé Québec, il a cru apercevoir des diamants, d\u2019où le nom donné au cap sur lequel s\u2019élève la citadelle de la ville.Les re?ets scintillants étaient ?nalement\u2026 ceux du quartz.C\u2019est d\u2019ailleurs de cette anecdote que vient l\u2019expression Faux comme un diamant du Canada ! Le territoire québécois abrite néanmoins une multitude de pierres précieuses et semi-précieuses, qu\u2019on appelle aujourd\u2019hui pierres gemmes.Il y a même des diamants ?et pas faux du tout ! Une seule mine est en activité présentement, la mine Renard dans les monts Otish, à 350 km au nord de Chibougamau.D\u2019autres diamants ont aussi été découverts lors de travaux d\u2019exploration dans les monts Torngat (baie d\u2019Ungava), dans le secteur de Wemindji (baie James) et dans le Témiscamingue.Le diamant compte parmi les quatre pierres dites précieuses, avec le saphir, le rubis et l\u2019émeraude.Côté semi-précieux, « une mine d\u2019agate et deux mines de quartz sont exploitées de façon artisanale et seulement durant une période bien dé?nie de l\u2019année », indique un porte-parole du ministère de l\u2019Énergie et des Ressources naturelles du Québec.Il s\u2019agit de la Mine d\u2019agates du mont Lyall, en Gaspésie, et des mines de quartz Cristal du lac, au Lac-Saint-Jean, et Mine Cristal, en Estrie, qui offrent des excursions ou leurs produits en boutique.Mais de l\u2019Outaouais à la Côte-Nord, bien plus de pierres ont été trouvées par des prospecteurs, des collectionneurs ou des fonctionnaires : aigue-marine, tourmaline, jade néphrite, apatite, pyrope, labradorite, microline, scapolite, gaspéite\u2026 Mais d\u2019abord que veulent dire ces termes précieux et semi-précieux sur le plan scien- ti?que ?Rien du tout ! Ce sont avant tout des classifications pour l\u2019industrie des pierres ornementales.Le cas du saphir est particulièrement éloquent.« Le vrai nom du saphir, c\u2019est le corindon, un oxyde d\u2019aluminium, explique Olivier Rabeau, conservateur du Musée de géologie René-Bureau de l\u2019Université Laval.C\u2019est le minéral le plus dur après le diamant.Dans sa version translucide et bleue, c\u2019est le saphir.Dans sa version translucide et rouge, c\u2019est le rubis.Et dans sa version brune et opaque, ça donne du papier sablé ! » Du corindon bleu a été découvert au Québec, mais il n\u2019était pas suf?samment translucide et beau pour susciter un intérêt, dit le géologue.Pour tailler de la pierre, la dureté est importante.La présence de plans de clivage dans le minéral est quant à elle nuisible.Ce sont des angles dans la pierre qui sont en quelque sorte prêts à casser.Olivier Rabeau en a un exemple à portée de main ?son bureau a tout d\u2019une galerie.« Ici, c\u2019est de la ?uorite.On voit des plans déjà dessinés dans la pierre.Si je la frappe, ça va probablement casser à ces endroits.Pour les tailleurs, cela ajoute un dé?supplémentaire.Ils polissent la pierre avec une machine spéciale ; si le plan de clivage saute, ils perdent toute la face ! » Côté minéral joli, le mont Saint-Hilaire est une Mecque.Il recèle plus de 400 minéraux.« Les collectionneurs japonais connaissent le mont Saint-Hilaire ! » assure M.Rabeau.Les collectionneurs d\u2019ici aussi, comme en font foi les morceaux de sérandite et d\u2019analcime recueillis dans ce lieu par Lise Lepage et Denis Villeneuve, un couple de Québec qui se passionne pour les minéraux depuis 20 ans.Mais pour eux, tailler les cristaux revient à les gaspiller.Ils préfèrent les exposer dans leur salon et leur sous-sol dans des présentoirs soignés.Ils ont trouvé eux-mêmes la plupart des éléments de leur collection.Leurs trouvailles locales préférées ?M.Villeneuve sort deux pièces de vésuvianite vert pomme ramassées à la mine Jeffrey, en Estrie, à une époque où elle était encore accessible.Mme Lepage attire plutôt notre attention sur des grenats vert émeraude originaires de la mine de Black Lake, dans la région de Chaudière-Appalaches, puis une pièce de pyrite étincelante, cueillie dans le ?euve, à Québec.« À marée basse, on fouille ! » mentionne-t-elle.L\u2019homme et la femme montrent une roche de la grosseur d\u2019un boulet de canon récoltée à la mine Lyall.« Là-bas, vous ramassez [les boules] comme des pommes tombées à terre, dit Denis Villeneuve.Les petites, la plupart du temps, il n\u2019y a rien dedans.Mais celle-là, c\u2019en est une grosse.» De retour à la maison, ils l\u2019ont coupée en deux pour y trouver une magni- ?que agate mauve.Pour eux, ce souvenir est un trésor.LE QUÉBEC SEMI-PRÉCIEUX Dans les sols et montagnes du Québec, de magni?ques pierres ?nes se cachent.S\u2019ils ?nissent rarement montés sur une bague, ces minéraux ne sont pas moins l\u2019objet de convoitise.Par Mélissa Guillemette \u2022 IMAGES : MÉLISSA GUILLEMETTE De la de pyrite trouvée à marée basse dans le ?euve Saint-Laurent Grâce à un don de Jean Beaudin, la collection du Musée comprend également cette sérandite, l\u2019espèce la plus convoitée du mont Saint-Hilaire.Une roche coupée en deux qui a révélé une agate à Denis Villeneuve et Lise Lepage.Un cristal de cubanite tiré de la mine Henderson 2 de Chibougamau.Il fait aussi partie de la collection du Musée.Olivier Rabeau présente des morceaux de quartz du Cap-Diamant.Ils font partie de la collection du Musée de géologie René-Bureau de l\u2019Université Laval. SUR LE VIF \u2022 IMAGE : SHUTTERSTOCK.COM 8 QUÉBEC SCIENCE | MARS 2022 Vers des gins québécois encore plus québécois Devant la multiplication des gins d\u2019ici et leur popularité grandissante, la recherche se mobilise pour que voie le jour une culture locale des baies de genièvre.Par Rachel Hussherr E n 2021, sur 167 gins québécois vendus à la Société des alcools du Québec, 29 seulement portaient la mention Origine Québec, qui certi?e que les produits sont faits d\u2019ingrédients exclusivement locaux.Cette contradiction, Maxim Tardif l\u2019avait déjà relevée en 2011, à l\u2019arrivée du premier gin local sur les tablettes.Ce codirecteur de l\u2019innovation et du transfert de technologie pour les produits forestiers non ligneux chez Biopterre, un centre de recherche af?lié au Cégep de La Pocatière et à l\u2019Institut de technologie agroalimentaire du Québec, compte bien corriger la situation.« À l\u2019époque, j\u2019avais remarqué que la baie de genièvre utilisée dans ce gin était importée des Balkans alors qu\u2019elle pousse au Québec à l\u2019état sauvage.Pour un produit qui se vantait d\u2019employer des aromates du terroir québécois, c\u2019était un non-sens », raconte cet adepte de la consommation locale.Essentielles à la fabrication d\u2019un gin, 90 % des baies de genièvre dont se servent les distilleries d\u2019ici sont importées d\u2019Europe.Et pour cause : aucun producteur du fruit aromatique n\u2019existe actuellement en Amérique du Nord.Il y a bien 10 % de ces baies qui sont cueillies dans la nature.Mais cela ne représente pas une solution pour l\u2019ensemble des distilleries du Québec, pense Maxim Tardif.Le genévrier pousse dans des milieux hostiles, où peu de plantes parviennent à s\u2019établir, notamment à ?anc de falaise sur les bords du ?euve Saint-Laurent.« En huit heures de cueillette, vous récolterez peut-être un litre de baies, ce qui n\u2019est pas ef?cace si vous en avez besoin de plus d\u2019une tonne », plaide de son côté Joël Pelletier, cofondateur de la Distillerie du St.Laurent, à Rimouski.De plus, ces milieux sont sensibles au piétinement et dif?ciles d\u2019accès, même si « les entreprises qui effectuent les récoltes ont généralement une éthique de cueillette très stricte », souligne Sam Chaib, coordonnateur de l\u2019Association pour la commercialisation des produits forestiers non ligneux (ACPFNL).De ces constats a germé l\u2019idée d\u2019une culture du genévrier adaptée au sol québécois.Le projet est lancé en 2017 par Biopterre en collaboration avec plusieurs acteurs de la région du Bas-Saint-Laurent.Deux objectifs sont initialement au menu.D\u2019abord, mettre au point un protocole de multiplication du genévrier à partir des espèces indigènes : Juniperus commu- nis et Juniperus horizontalis, les plus répandues dans le Bas-Saint-Laurent.Ensuite, tester la qualité aromatique des baies sauvages et comparer le résultat avec les produits élaborés à partir des baies importées.Franchies avec succès, ces deux étapes ont permis au projet de passer à la vitesse supérieure en 2019.Huit producteurs agricoles du Bas-Saint-Laurent ont été sélectionnés pour accueillir des plants de genévriers en pleine terre.Et comme les données scienti?ques sont maigres concernant la culture de ce conifère utilisé surtout comme plante ornementale, l\u2019équipe de Biopterre a préféré explorer plusieurs options.Par exemple, « même si la littérature indique que le genévrier en Europe aime moins les sols argileux, on a quand même testé la plantation dans ce type de sol », mentionne Béatrice Perron, professionnelle de recherche dans l\u2019équipe.RÉCOLTER DANS 10 ANS Se lancer dans une telle aventure en partant de zéro n\u2019est pas sans risque.Le genévrier, dont la croissance est lente, ne serait mature qu\u2019à partir de cinq à sept ans.Ensuite, les cônes (qu\u2019on appelle baies à tort) mûrissent sur l\u2019arbre pendant trois ans.« On a de 7 à 10 ans de travail avant d\u2019arriver à une production digne de ce nom », prévient Maxim Tardif.Le \u2022 IMAGE : NASA MARS 2022 | QUÉBEC SCIENCE 9 Objectif Lune C\u2019est la fusée la plus puissante du monde : le SLS, pour Space Launch System, devrait être testé au printemps (à moins d\u2019un nouveau report) pour un vol inhabité en direction de la Lune, dans le cadre de la phase 1 du programme Artemis de la NASA.Conçu pour expédier dans l\u2019espace des charges lourdes et des équipages, le SLS entièrement assemblé est un colosse de 98 m, couronné par la capsule Orion.L\u2019étage principal, contenant de l\u2019hydrogène et de l\u2019oxygène liquides, est ?anqué de deux propulseurs qui fourniront 75 % de la poussée.L\u2019ensemble est propulsé à la base par quatre moteurs RS-25, chacun de la taille d\u2019une voiture ?les mêmes que ceux qui équipaient les navettes spatiales américaines.Les différents essais d\u2019allumage du SLS, dans les derniers mois, ont essuyé leur lot d\u2019échecs : arrêt prématuré des moteurs, problème de contrôleur d\u2019un des moteurs, composant défectueux\u2026 Autant dire que le coup d\u2019envoi de 2022 suscite des craintes.D\u2019autant que les Américains ne sont pas les seuls à convoiter la Lune.Au total, neuf nouvelles missions devraient s\u2019y poser ou se placer en orbite autour du satellite en 2022, menées par l\u2019Inde, le Japon, la Russie, la Corée du Sud et les Émirats arabes unis.Mais avec le SLS, la NASA voit loin.Elle travaille déjà avec ses partenaires sur le second SLS, qui lancera la phase 2 d\u2019Artemis, avec des astronautes à son bord, en 2023.« La fusée SLS est conçue pour évoluer, ce qui lui permettra de remplir plusieurs types de missions, incluant des missions humaines vers Mars et des missions scienti?ques vers la Lune, Mars, Saturne et Jupiter », espère l\u2019agence.M.C.rendement en champs sera donc décisif pour la viabilité du projet à long terme.De nombreux facteurs pèsent dans la balance.« Avec les quatre années de sécheresse consécutives qu\u2019a connues la région, l\u2019irrigation est essentielle pour l\u2019enracinement des jeunes plants, mais dif?cile dans les sols légers et bien drainés que les genévriers préfèrent », expose Béatrice Perron.Pour Sam Chaib, de l\u2019ACPFNL, adapter une plante sauvage à une culture agricole en champs est un dé?en soi.« Les principes actifs de la plante, qui lui donnent son goût, sont souvent plus importants en milieu hostile, car la plante est stressée.Est-ce qu\u2019une fois domestiquée la plante deviendra fainéante et perdra certaines de ses qualités ?» La question reste ouverte.Si le projet de Biopterre est un succès dans quelques années, l\u2019ACPFNL veut être prête à soutenir les producteurs motivés à entreprendre cette culture.L\u2019Association travaille actuellement sur un plan stratégique à l\u2019échelle de la province a?n d\u2019étudier la viabilité d\u2019une telle culture et de favoriser le transfert des connaissances.Et quand on lui demande si ce n\u2019est pas trop tôt pour entamer une telle démarche, le coordonnateur répond que « le meilleur moment pour planter un arbre, c\u2019était hier ».Les baies sauvages demeurent un incontournable pour les microdistilleries qui proposent des produits ?ns, comme c\u2019est le cas de la Distillerie des Marigots, en Gaspésie.Pour son fondateur, Joseph Boulanger, il est hors de question de s\u2019approvisionner outre-mer.« Douze des 14 aromates que j\u2019utilise viennent du terroir gaspésien, les autres du reste du Québec », signale-t-il avec ?erté.Si les baies sauvages de Gaspésie venaient à manquer, se fournir dans le Bas-Saint-Laurent serait une option intéressante pour ce passionné qui caresse aussi l\u2019idée d\u2019implanter la culture du genévrier en Gaspésie.La chronique de la Dre Alexandra S.Arbour sera de retour dans le prochain numéro.EN IMAGE SUR LE VIF 10 QUÉBEC SCIENCE | MARS 2022 \u2022 IMAGE : SHUTTERSTOCK.COM La surpêche a ébranlé le spectre de Sheldon, une loi fondamentale qui régit l\u2019équilibre des espèces dans l\u2019océan.Par Sophie Grenier-Héroux S aviez-vous que, lorsque l\u2019on compare leurs biomasses, toutes les formes de vie marine ?du plancton à la baleine ?pèsent la même chose ?Autrement dit, plus les organismes sont petits, plus ils sont nombreux, et chaque groupe totalise au ?nal une sorte de constante : environ un milliard de tonnes.Cette hypothèse, avancée dans les années 1970 par le scienti?que R.W.Sheldon, vient d\u2019être testée à l\u2019échelle planétaire sur toutes les catégories de taille.Les résultats publiés récemment dans la revue Science Advances démontrent que non seulement Sheldon disait vrai, mais que l\u2019équilibre est maintenant brisé.Le « spectre de Sheldon » est à la biologie ce que la gravité est à la physique : une loi naturelle qu\u2019on ne remet pas en question.Mais elle n\u2019avait été validée jusqu\u2019ici que de façon partielle, à l\u2019échelle locale, principalement sur des bancs de plancton.« Sheldon avait fait le tour des Amériques à bord d\u2019un navire de recherche.Il recueillait des échantillons d\u2019eau et mesurait, à l\u2019aide d\u2019une machine sophistiquée pour l\u2019époque, le nombre de particules microscopiques.Pour la première fois, il voyait l\u2019abondance des organismes selon leur taille.Il a constaté qu\u2019il n\u2019y avait pas de concentration [prédominante] de certains d\u2019entre eux, mais plutôt un équilibre », détaille Eric Galbraith, professeur au Département des sciences de la Terre et des planètes de l\u2019Université McGill, qui a entrepris de valider cette théorie de façon plus globale.Avec son équipe de chercheurs basés un peu partout dans le monde, il a travaillé pendant près de trois ans à dénombrer les 12 grands groupes d\u2019organismes marins selon leur taille grâce à des données issues de nombreuses études récentes.Les données en question avaient été obtenues par satellite, d\u2019autres au moyen de ?lets scienti?ques ou à partir des statistiques de pêche.L\u2019équipe a aussi prélevé directement plus de 200 000 échantillons partout sur la planète pour quanti?er la taille des organismes microscopiques (bactéries, phyto- et zooplancton).Ce travail colossal a permis de valider l\u2019hypothèse de Sheldon, qui fonctionnait\u2026 au temps de Sheldon, souligne le professeur.Car une fois toutes les informations réunies, l\u2019équipe a noté une cassure dans le spectre de Sheldon due aux ravages d\u2019un grand prédateur : l\u2019être humain.Les dommages sont surtout visibles à l\u2019extrémité du spectre, du côté des espèces marines que l\u2019humain consomme ou dont les habitats ont été fragilisés par les activités humaines, notamment plusieurs types de poissons et de baleines, qui ont connu une perte de biomasse par rapport à l\u2019époque préindustrielle pouvant atteindre 90 %.Philippe Archambault, professeur de biologie à l\u2019Université Laval qui n\u2019a pas pris part à l\u2019étude, est abasourdi par ces résultats.« Soudainement, les gros organismes sont moins nombreux, on n\u2019a plus la même biomasse.Quelles en seront les conséquences sur le réseau trophique ?On ne peut pas le savoir, dit-il.Ce n\u2019est pas seulement la biodiversité qui change, mais les relations entre les espèces.Cela va modi?er tout le réseau alimentaire », dont le nôtre.Eric Galbraith affirme que ce que nous avons fait à la vie marine est plus dommageable que les changements climatiques.« Mais pour moi, il y a un message d\u2019espoir ! Il n\u2019est pas trop tard pour régler les choses.Il faut simplement beaucoup moins pêcher.Politiquement, c\u2019est une décision dif?cile, car de très nombreux travailleurs dépendent de la pêche.J\u2019espère qu\u2019on la considérera dans une vision à long terme, que les jeunes entendront le message et qu\u2019on arrivera à modi?er nos habitudes.» L\u2019équilibre de la vie marine brisé Technopop CHLOÉ FRESLON @f_chloe Du froid polaire au chauffe-eau solaire Par Chloé Bourquin MARS 2022 | QUÉBEC SCIENCE 11 \u2022 IMAGE : SHUTTERSTOCK.COM C haque hiver, c\u2019est la même chose : en ?n de journée, beaucoup de Québécois montent le chauffage et utilisent de l\u2019eau chaude pour faire la vaisselle ou prendre une douche.Plus les températures dégringolent, plus le réseau électrique est sollicité, et parfois jusqu\u2019à saturation.« C\u2019est ce qu\u2019on appelle les pointes hivernales », précise Martin Bourbonnais, titulaire de la Chaire TERRE du Cégep de Jonquière.Hydro-Québec peine alors à répondre à la forte demande, ce qui peut entraîner des pannes de courant, en particulier lors des jours les plus froids de l\u2019année.Le chercheur et son équipe ont proposé une solution qui à la fois diminuerait ces pointes hivernales et pourrait être appliquée tout au long de l\u2019année : chauffer l\u2019eau avec des panneaux solaires.Malgré la chute de leur coût ces dernières années, les panneaux solaires classiques ne sont pas encore assez compétitifs par rapport à l\u2019hy- droélectricité en raison des nombreux composants électroniques qui les accompagnent pour alimenter toute la maison.Mais pour seulement chauffer de l\u2019eau, nul besoin de tout cela : il suf?t de brancher une simple résistance électrique, placée dans le chauffe-eau, à une dizaine de panneaux solaires installés sur le toit.« En enlevant tout ce matériel électronique super?u, on réduit de 75 à 90 % le coût du système », ajoute Martin Bourbonnais.D\u2019après ses simulations, les coûts d\u2019installation et d\u2019entretien des panneaux solaires seraient amortis en une vingtaine d\u2019années d\u2019utilisation sur une durée de vie de 40 ans environ.Mais comment cela fonctionne-t-il exactement ?« On se sert du chauffe- eau comme d\u2019une batterie de stockage thermique », explique le chercheur.L\u2019eau y est maintenue à 60 °C par Hydro-Québec.Pendant la journée, la résistance chauffe grâce à l\u2019électricité produite par les panneaux solaires et l\u2019eau emmagasine un surplus de chaleur (elle peut atteindre 85 °C).Le soir venu, cette eau très chaude est utilisée en quantité moindre que si elle avait été à 60°C seulement ; et même si elle refroidit dans le chauffe-eau durant la nuit, tant qu\u2019elle se maintient au-dessus de 60 °C, Hydro-Québec n\u2019a pas besoin de prendre le relai.Évidemment, il faut déneiger les panneaux solaires en hiver.Un prototype a déjà été implanté dans deux résidences début 2022, en Montérégie et au Saguenay?Lac-Saint- Jean.« On veut le faire fonctionner un an auprès de vrais consommateurs avant d\u2019analyser les résultats, souligne Martin Bourbonnais.On espère lancer un projet pilote à plus grande échelle aux alentours de 2023.» Q ui n\u2019a pas vu sa consommation de repas livrés augmenter pendant la pandémie ?Le marché a doublé depuis l\u2019arrivée de la COVID-19 et le chiffre d\u2019affaires devrait atteindre plus de 10 millions de dollars en 2025, une hausse de près de 70 %, par rapport à 2021.Rien d\u2019étonnant à cela, mais vous êtes-vous déjà demandé d\u2019où vient votre poulet au beurre favori ?Il pourrait avoir été préparé dans un restaurant virtuel ! Il s\u2019agit d\u2019un établissement qui propose un menu complet, mais qui n\u2019existe pas dans un lieu physique.Il n\u2019a ni salle à manger ni serveurs.En général, il n\u2019a même pas de vitrine, même s\u2019il possède une cuisine où des chauffeurs viennent chercher les repas commandés par des clients par l\u2019entremise d\u2019applications de livraison comme Uber Eats.En avril 2021, le Groupe St-Hubert s\u2019inspirait de ce concept pour lancer MALGAM La centrale bouffe : plusieurs enseignes populaires cuisinent dans un même endroit des plats destinés à être livrés à domicile ou récupérés sur place par des clients.Pourquoi cette ruée sur la restauration virtuelle ?Parce que le modèle est hyper?exible.Le fait d\u2019exister uniquement sur le Web signi?e qu\u2019on peut modi?er le concept d\u2019un restaurant à l\u2019envi sans y laisser sa peau d\u2019entrepreneur.Si un ingrédient devient trop cher ou si un produit n\u2019est plus de saison, on peut changer la carte sans avoir à réimprimer le menu.Grosses économies ! Pas besoin de dépenser pour des décorations, de la vaisselle, de la verrerie et du mobilier, ni d\u2019embaucher serveurs et maîtres d\u2019hôtel.Les exploitants se concentrent seulement sur le recrutement et le maintien en poste des cuisiniers, de même que sur l\u2019achat d\u2019ingrédients et d\u2019appareils de qualité.Cela étant dit, il y a des inconvénients à ce modèle, entre autres les coûts liés à la mise en place d\u2019un service de livraison ?nancièrement viable.La plupart des restaurants virtuels font appel à des sous-traitants qui prélèvent de 15 à 30 % du prix de chaque commande.Les services de livraison rendent ces établissements virtuels complètement dépendants : ces derniers n\u2019ont pas de contrôle sur leur position dans les résultats du moteur de recherche interne ?à moins de payer pour, évidemment ?et ils ne possèdent pas les données des clients (les noms, adresses courriel, préférences de consommation, etc.).Il reste à voir si ces restaurants conserveront leur popularité.M\u2019est avis que ce sera le cas : l\u2019industrie de la restauration risque d\u2019avoir du mal à se relever de la pandémie, laissant toute la place à ce modèle économique fantôme pour s\u2019implanter solidement .Les nouveaux restos fantômes Polémique JEAN-FRANÇOIS CLICHE @clicjf 12 QUÉBEC SCIENCE | MARS 2022 \u2022 ILLUSTRATION : VIGG C ommençons par une devinette.Aux États- Unis, seulement 38 % des garçons et des ?lles ont reçu leurs deux doses de vaccin contre le virus du papillome humain (VPH) lorsqu\u2019ils atteignent l\u2019âge de 13 ans.À quelle proportion croyez-vous qu\u2019on passe chez les enfants dont la mère a déjà eu un diagnostic de cancer du col de l\u2019utérus ?Et chez celles qui ont subi une biopsie du col utérin et qui ont donc craint d\u2019avoir ce cancer ?À première vue, on se dit que ce pourcentage doit être beaucoup plus élevé.Après tout, le VPH est responsable d\u2019une vaste majorité des cancers du col de l\u2019utérus : à eux seuls, les sous-types 16 et 18 de ce virus causent pas moins de 70 % de ces cancers.Faut-il rappeler que ceux-ci tuent environ le quart des femmes qui en souffrent ?C\u2019est l\u2019hypothèse qu\u2019avaient faite des chercheurs de l\u2019Université Harvard.Dans une étude parue en décembre dernier dans le JAMA Network Open, ils ont épluché les données d\u2019assurance maladie de plus de 750 000 enfants et adolescents américains.Les mères d\u2019environ 38 000 de ces jeunes avaient subi une biopsie du col utérin dans le passé ?biopsies qui avaient révélé un cancer chez les mamans de 1 100 enfants.Et les résultats sont frappants (bien qu\u2019un peu décourageants) : non, les enfants dont la mère a combattu un cancer du col de l\u2019utérus ne sont pas plus nombreux à recevoir leurs vaccins anti-VPH.Les écarts trouvés par l\u2019étude n\u2019étaient « statistiquement signi?catifs » ni pour les garçons ni pour les ?lles.Le fait d\u2019avoir eu une biopsie était, pour sa part, associé à une légère augmentation de la vaccination, mais l\u2019effet était très mince ?environ 40 % de vaccination au lieu de 38 %.Il est possible, supputent les auteurs, qu\u2019une partie de ces mères n\u2019aient pas été au courant que le VPH est la principale cause de cancer du col utérin, en plus d\u2019être un facteur important pour plusieurs autres cancers (bouche et gorge, anus, pénis, etc.).Cela pourrait expliquer pourquoi certaines d\u2019entre elles n\u2019ont pas fait vacciner leurs enfants.Mais il serait étonnant que cela représente une grande partie de ces mères : l\u2019information sur le VPH est abondamment disponible et les autorités médicales font campagne pour accroître la couverture vaccinale, ce qui implique que le personnel soignant est sensibilisé et communique l\u2019information aux patients.À l\u2019évidence, il faut chercher ailleurs.En un sens, cette étude ne fait que rappeler ce qu\u2019on savait déjà : la menace de conséquences graves pour la santé ne suf?t pas à convaincre tout le monde de se faire vacciner.Si cela avait été le cas, il y a longtemps qu\u2019on aurait atteint une couverture de 100 % pour des maladies comme la diphtérie (qui peut tuer), la poliomyélite (qui peut entraîner une paralysie permanente) ou la rougeole (qui peut causer des dommages permanents au cerveau et un retard mental dans 0,1 % des cas).Or, il y a encore et toujours autour de 5 % des enfants qui ne reçoivent pas ces vaccins chez nous, d\u2019après un rapport récent de l\u2019Institut national de santé publique du Québec.Bref, avoir l\u2019information est une chose.Ce qu\u2019on en fait en est une autre ?et ici les fausses croyances sur les vaccins peuvent avoir une forte in?uence sur leurs taux d\u2019administration, jusqu\u2019à « tasser » complètement l\u2019information scienti?quement valide.Mais l\u2019article du JAMA Network Open fait plus que démontrer cela.En regardant le comportement des mères ayant déjà dû combattre un cancer du col de l\u2019utérus ou qui ont craint d\u2019en avoir un, les auteurs ont fait jouer un biais bien connu en neurosciences : le biais de saillance, qui fait en sorte qu\u2019on remarque certaines choses mieux que d\u2019autres, notamment celles qui sont plus près de nous.Par exemple, le fait d\u2019être directement témoin de l\u2019incendie chez un voisin immédiat risque fort de marquer davantage quelqu\u2019un ?et d\u2019in?uer sur sa décision future de contracter une assurance ?que de simplement lire dans le journal qu\u2019une maison a brûlé quelque part.Ce biais de saillance aurait donc dû pousser ces mères à faire vacciner leurs enfants davantage.Mais elles ne l\u2019ont pas fait.C\u2019est soit parce qu\u2019elles sous-estimaient les avantages du vaccin, soit parce qu\u2019elles croyaient à certaines fables sur les « dangers » des vaccins, ou alors un mélange des deux.Dans tous les cas, le résultat est le même : le biais de saillance a été carrément annulé à grande échelle.Ce qui montre, de manière spectaculaire, la puissance de la désinformation.La puissance de la désinformation antivaccin Polytechnique Montréal est heureuse de souligner les 60 ans du magazine de référence en vulgarisation scienti?que au Québec BRAVOS À 60 polymtl.ca ENTREVUE \u2022 IMAGE : MEDICAGO 14 QUÉBEC SCIENCE | MARS 2022 Medicago : petite pousse devenue grande Dans la course effrénée au vaccin contre la COVID-19, Medicago a plutôt bien tiré son épingle du jeu.Car même si elle accuse un peu de retard, son « vaccin sur plantes » démontre avec brio la faisabilité de cette approche novatrice.Par Marine Corniou MARS 2022 | QUÉBEC SCIENCE 15 our une société qui a commencé en 1999 dans un garage, nous avons de quoi être ?ers du chemin parcouru ! » lance Nathalie Charland.Depuis deux ans, la directrice principale des affaires scienti?ques et médicales de Medicago enchaîne les entrevues dans les médias, toujours avec le sourire.Son enthousiasme et sa ?erté sont contagieux.Il faut dire qu\u2019après quelques embûches, dans un contexte extrêmement stressant, le vaccin mis au point par l\u2019entreprise de Québec a fait la preuve de son ef?cacité.Du même coup, il assoit la pertinence de la « pharmaculture », une approche originale qui consiste à utiliser des plantes pour produire des médicaments et des vaccins.Avec une usine de production à grande échelle en construction à Québec, Medicago n\u2019aura bientôt rien à envier aux grandes compagnies pharmaceutiques.Québec Science : En décembre, Medicago annonçait les résultats de la phase III de l\u2019essai clinique avec son vaccin candidat contre la COVID-19.Verdict : 71 % d\u2019ef?cacité contre les infections symptomatiques.Êtes-vous satisfaite de ce résultat ?Nathalie Charland : C\u2019est vraiment une bonne nouvelle ! Nous avons beau arriver après d\u2019autres, nous faisons tout de même partie des 10 compagnies qui ont terminé un essai de phase III.L\u2019ef?cacité de notre produit est concurrentielle.Attention, toutefois : il ne faut pas comparer nos résultats avec les premières données annoncées par Moderna et P?zer ?n 2020 [l\u2019ef?cacité de leurs vaccins tournait alors autour de 95 %].Au moment de ces essais initiaux, seul le virus original circulait.Lors de notre essai, les variants Gamma et Delta étaient en circulation ?Omicron est apparu plus tard.Contre le variant Delta, notre vaccin candidat a atteint 75 % d\u2019efficacité, ce qui est comparable et même supérieur à la protection offerte par les vaccins déjà commercialisés.QS Quelle est la particularité de votre vaccin ?NC J\u2019aime dire que c\u2019est un beau mélange de technologie traditionnelle et novatrice.Le produit ?nal n\u2019est pas à base d\u2019ARN messager, mais bien de protéines, ce qui ressemble beaucoup à des vaccins connus, comme ceux contre l\u2019hépatite B ou le virus du papillome humain.Mais il s\u2019agit du premier « vaccin sur plantes » à usage humain au monde, ce qui est très innovant.Les plantes servent de miniusines de production.Ce ne sont pas les plantes en tant que telles qui constituent le vaccin, mais nous les forçons à produire des protéines étrangères en leur faisant croire que le matériel génétique inséré est leur propre matériel génétique.Nous leur jouons un tour ! Dans le cas du vaccin contre la COVID-19, nous leur faisons produire des protéines S de coronavirus [la protéine de surface qui permet au virus de s\u2019ancrer à nos cellules].Ces protéines s\u2019assemblent pour former une sorte de capsule sphérique, comme un faux virus.C\u2019est pourquoi on parle de pseudoparticules virales.QS Comment se passe la production concrètement ?NC Nous utilisons de petits « facteurs » pour livrer la recette du vaccin à l\u2019intérieur des plantes.Il s\u2019agit de bactéries du sol qui ont la capacité de transférer n\u2019importe quel matériel génétique \u2013 ici le gène qui code pour la protéine S ?à l\u2019intérieur des cellules végétales.Les plantes sont trempées la tête en bas dans la solution qui contient ces bactéries.Le vide est fait pour enlever l\u2019air des feuilles ; celles-ci absorbent ensuite la solution bactérienne comme une éponge.Cette étape-là prend deux minutes ; après, nous laissons les plantes faire leur travail.Pendant quelques jours, elles produisent la protéine, jusqu\u2019à ce que leur système de défense se rende compte de la supercherie et détruise le matériel génétique intrus. ENTREVUE 16 QUÉBEC SCIENCE | MARS 2022 Les protéines se rassemblent dans la membrane de la cellule et vont bourgeonner comme de vrais virus.Mais elles sont bloquées par la paroi de cellulose rigide qui entoure toutes les cellules de plante.Il ne reste plus qu\u2019à récupérer les feuilles, les broyer et digérer la cellulose avec des enzymes pour récupérer les pseudoparticules virales [qui viendront déclencher la réaction immunitaire chez les vaccinés].Il y a bien sûr une étape de puri?cation pour avoir un produit de grade pharmaceutique.QS Vous vous êtes lancés très rapidement dans la course au vaccin, en janvier 2020.Quels ont été les principaux obstacles ?NC Le déroulement de la phase III a été perturbé par l\u2019arrivée des autres vaccins commerciaux [Pfizer, Moderna, Astra- Zeneca] au printemps 2021.Lorsque nous avons commencé à recruter les sujets pour notre essai, la vaccination de masse commençait, notamment au Canada, aux États-Unis et au Royaume-Uni, où nous avions prévu conduire le test.Dif?cile, dans ce contexte, de trouver des volontaires pour tester un vaccin dont on ne connaissait pas l\u2019ef?cacité ! Nous nous sommes donc tournés vers l\u2019Amérique centrale et l\u2019Amérique du Sud, notamment le Brésil et l\u2019Argentine, pour compléter le recrutement.Au total, nous avons recruté 24 000 personnes dans six pays ; 20 000 ont participé à l\u2019entièreté du protocole ?deux doses de nos protéines combinées avec un adjuvant de GSK [une grande compagnie pharmaceutique], le tout administré avec un intervalle de 21 jours.Malgré tout, le processus a été plutôt rapide, considérant que Medicago compte à peine 500 employés, dont une petite équipe responsable de l\u2019essai clinique.Mais je peux vous dire que les ?ns de semaine et les soirées n\u2019existent plus chez nous depuis quelques mois ! QS Aviez-vous vu venir le succès des vaccins à ARN messager ?N\u2019est-ce pas décourageant pour vous, qui misez sur une autre technique ?NC C\u2019est quelque chose que nous surveillions avant la pandémie, mais l\u2019avancement de la science a été complètement fou ! Et soyons clairs, je suis très heureuse qu\u2019il y ait eu plusieurs vaccins ef?caces contre la COVID-19 en un an, même si le nôtre n\u2019est pas arrivé premier ! Vous allez trouver que je prêche pour ma paroisse, mais je crois qu\u2019il y a de la place pour plusieurs vaccins dans notre boîte à outils, notamment pour améliorer la durée de protection.Il nous reste encore beaucoup à apprendre sur l\u2019immunité.De plus, des études récentes ont montré que le fait de changer de vaccin entre la première et la seconde dose permet d\u2019avoir une meilleure réponse immunitaire et une durée de protection accrue.Une option pourrait être de recevoir d\u2019abord un vaccin à ARN messager, puis un vaccin à base de protéines comme le nôtre en guise de dose de rappel.D\u2019ailleurs, s\u2019il me faut une nouvelle dose de rappel dans l\u2019avenir, j\u2019aimerais bien qu\u2019elle soit de Medicago ! QS La production de vaccins par des plantes est très rapide, soit moins d\u2019un mois ; mais avec l\u2019arrivée des vaccins à ARN, eux aussi très rapides à fabriquer, cet argument perd de sa force.Comment la « pharmaculture » peut-elle se démarquer ?NC C\u2019est une technologie transférable et exportable.Si un pays est capable d\u2019avoir de grandes serres, alors il peut se lancer dans la production de vaccins sur plantes.La partie en amont de la production est elle aussi plus abordable que d\u2019autres techniques de fabrication de vaccins, qui nécessitent des biofermenteurs de plusieurs milliers de litres par exemple.QS Quelles sont les prochaines étapes pour Medicago ?NC Après l\u2019approbation de Santé Canada [pas encore accordée au moment de mettre sous presse], nous lancerons des essais de doses de rappel.Car malheureusement, je ne crois pas que le coronavirus va disparaître demain matin.Va-t-il devenir endémique comme la grippe ?Faudra-t-il reformuler le vaccin chaque année, ou tous les deux ans, en fonction des variants circu- lants ?Quoi qu\u2019il en soit, nous avons une équipe qui suit quotidiennement l\u2019évolution des variants et une autre qui produit de nouvelles pseudoparticules virales avec les séquences génétiques de ces variants.Nous avons des banques d\u2019Alpha, de Gamma et d\u2019Omicron pour être prêts à nous adapter.Nous sommes également en discussion pour commencer au printemps un essai clinique chez les moins de 18 ans.Il y a un intérêt pour des vaccins protéiques dans cette tranche d\u2019âge, puisqu\u2019on a davantage de recul quant à leur innocuité.En parallèle, nous souhaitons proposer le vaccin aux participants qui étaient dans le groupe placébo de notre essai ; les discussions sont en cours à ce sujet avec les autorités règlementaires des pays où ils ont été recrutés.D\u2019ailleurs, nous serons toujours reconnaissants envers ces personnes qui ont aidé à faire avancer la science.Mais notre premier marché reste le Canada.Nous avons signé un contrat avec le gouvernement fédéral pour livrer jusqu\u2019à 76 millions de doses.QS Justement, reste-t-il de la place pour un nouveau vaccin ?NC D\u2019une part, il y a une petite partie de la population qui ne voulait pas recevoir les vaccins à ARN messager par décision personnelle ou qui ne pouvait pas les recevoir, par exemple pour des questions d\u2019allergie.Notre vaccin pourrait leur être proposé.Nous avons également communiqué avec les agences règlementaires américaines et britanniques.D\u2019autre part, le gouvernement du Canada est en discussion avec le groupe COVAX [collaboration visant à assurer un accès équitable aux vaccins dans le monde] pour distribuer des doses dans les pays qui n\u2019ont malheureusement pas reçu d\u2019autres vaccins jusqu\u2019à maintenant.Cela pourrait être un débouché pour nous.QS Quelles sont les ambitions de Medicago à court terme ?NC Nous travaillons fort pour construire notre siège social, où pourront être produites un milliard de doses de vaccins pandémiques par année, dans l\u2019est de la ville de Québec.Pour l\u2019instant, notre usine principale est en Caroline du Nord, mais nous voulions que notre centre de production mondiale soit ici.Il sera fonctionnel dès 2024.Nous avons toujours cru à notre plate- forme et nous pouvons dire que nous jouons maintenant dans la cour des grands.La pandémie nous a rappelé qu\u2019il est nécessaire d\u2019avoir plusieurs cordes à son arc, d\u2019avoir plusieurs options pour la population et les gouvernements à travers le monde.Ce qui est sûr, c\u2019est que nous ressentons une immense ?erté de faire partie de la solution à cette crise.Et de faire partie de l\u2019histoire. S uis-je vacciné contre la tuberculose ?» Cette maladie a beau ne toucher que de 200 à 280 personnes par année au Québec, c\u2019est une question que se sont posée de nombreuses personnes au début de la pandémie.Et pour cause : plusieurs médias avaient alors relayé les résultats d\u2019études révélant une corrélation entre le taux de vaccination contre la tuberculose par le vaccin BCG (bacille de Calmette-Guérin) et la prévalence de la COVID-19.Plus précisément, les pays qui administrent le plus de vaccins BCG paraissaient mieux s\u2019en sortir que les autres durant les premiers mois de la pandémie.À première vue, le vaccin BCG semble effectivement être un bon candidat pour protéger contre la COVID-19, car il permet d\u2019activer l\u2019immunité « innée ».« Cette première ligne de défense du système immunitaire est générale, contrairement à la réponse par anticorps, qui est ultraspé- cialisée », explique Marie-Claude Rousseau, professeure d\u2019épidémiologie à l\u2019Institut national de la recherche scienti?que.En stimulant cette première ligne, le vaccin BCG pourrait aider le système immunitaire à mieux lutter contre d\u2019autres maladies que la tuberculose.Cependant, entre corrélation et causalité, il y a un monde, et la chercheuse l\u2019a bien montré dans ce dossier.Il se trouve qu\u2019elle est la gestionnaire scienti?que du registre québécois de vaccination au BCG, qui comprend 4,2 millions de certi?cats vaccinaux.Son équipe s\u2018est attachée à vérifier l\u2019hypothèse d\u2019une protection à très long terme contre la COVID-19 en épluchant les dossiers des années 1956 à 1976.Durant cette période, un programme de vaccination contre la tuberculose a été mis en place au Québec, dont ont béné?cié de 40 à 50 % des tout-petits.Plus de 3 000 personnes nées entre 1956 et 1976 ont ainsi été interrogées entre mars et octobre 2020 : 920 d\u2019entre elles ayant reçu un test PCR positif à la COVID-19 et 2 123 n\u2019ayant pas été contaminées.Pour que les deux groupes soient comparables, l\u2019étude a tenu compte de plusieurs facteurs comme l\u2019âge, le sexe biologique et l\u2019emploi occupé.Le résultat, paru dans la revue Vaccine en 2021, est sans appel : dans le groupe positif à la COVID-19, 54 % avaient reçu le vaccin BCG d\u2019après le registre, tandis que cette proportion s\u2019élevait à 53 % dans le second groupe ?une différence minime.Le vaccin contre la tuberculose n\u2019a donc pas d\u2019effet protecteur à long terme contre la COVID- 19.De plus, l\u2019étude n\u2019a révélé aucun lien entre le fait d\u2019avoir reçu le vaccin BCG dans l\u2019enfance et le fait d\u2019avoir été hospitalisé en raison de la COVID-19 ou d\u2019en être décédé.Cependant, cette étude ne portait que sur des individus ayant été vaccinés il y a plus de 40 ans.« Il se pourrait que la vaccination BCG au début de la pandémie ou très récemment ait un effet protecteur », indique la professeure Rousseau.D\u2019autres recherches sont en cours pour examiner cette question.Prudence, donc, avec les études qui établissent des corrélations.« Elles permettent de formuler des hypothèses, mais il faut poursuivre ensuite avec des études qui sont un peu plus structurées et mieux contrôlées pour voir si ces hypothèses tiennent la route, ajoute la chercheuse.Il est important d\u2019éduquer les gens et de leur expliquer ce que veulent dire les résultats de ces études.» Une protection contre la COVID-19 n\u2019est pas le seul élément qui intéresse la communauté scientifique quant au vaccin BCG.« Il y a des recherches qui sont conduites aussi sur le diabète, la sclérose en plaques et plusieurs infections, souligne Marie-Claude Rousseau.On en apprend encore sur ce vieux vaccin et sur ses effets non spéci?ques.Malgré ses 100 ans, il est encore d\u2019actualité ! » La production de cet article a été rendue possible grâce au soutien de l\u2019Institut national de la recherche scienti?que.MARS 2022 | QUÉBEC SCIENCE 17 IMAGE : CHRISTIAN FLEURY/INRS LE VACCIN BCG PROTÈGE-T-IL CONTRE LA COVID-19 ?Marie-Claude Rousseau, professeure à l\u2019Institut national de la recherche scienti?que Par Chloé Bourquin EN PARTENARIAT de contribution au développement des talents et de la passion des sciences.60 ans d\u2019articles scienti?ques de qualité qui font de Québec Science un partenaire de choix pour le ministère de l\u2019Économie et de l\u2019Innovation.Félicitations?! 60 s DOSSIER 60 ANS Il y a 60 ans, un premier Américain effectuait un vol en orbite, la construction du métro de Montréal commençait, le premier réacteur CANDU était mis en service au pays\u2026 et un magazine scientifique naissait au Québec.Pour souligner cet anniversaire, notre équipe a plongé dans les archives pour en tirer des moments marquants, des bijoux et autres faits cocasses.Les milliers de pages publiées retracent non seulement l\u2019histoire du magazine, mais également celle de l\u2019avancement des sciences, des technologies et de la société québécoise.Bon voyage dans le temps ! 60 ans ILLUSTRATION?:?PIERRE-PAUL?PARISEAU?DIRECTION?ARTISTIQUE?:?NATACHA?VINCENT IL ÉTAIT UNE FOIS\u2026 LE JEUNE SCIENTIFIQUE En 1962, Québec Science tel qu\u2019on le connaît n\u2019existe pas encore.Le magazine s\u2019appelle alors Le Jeune Scienti?que et lui-même vient tout juste d\u2019adopter ce nom : de 1950 à 1962, on le connaissait plutôt comme Le Jeune Naturaliste.Les Clercs de Saint-Viateur du Collège de Joliette en cèdent la propriété à l\u2019Association canadienne-française pour l\u2019avancement des sciences (Acfas).En novembre 1962, le tout premier numéro est imprimé.Tout comme le magni?que monarque qui orne la couverture, le magazine déploie ses ailes pour s\u2019adresser « à l\u2019étudiant de la deuxième moitié du 20e siècle, à ce jeune témoin d\u2019une montée scienti?que spectaculaire », écrit dans son mot d\u2019introduction le directeur de la publication, Léo Brassard.DES MACHINES EFFRAYANTES Dans un article de 1966 retraçant l\u2019histoire des mathématiques, on évoque l\u2019apparition des « machines à calculer électroniques ».« On ne sait s\u2019il faut éprouver de l\u2019effroi ou de l\u2019enthousiasme devant ces monstres d\u2019acier doués de mémoire qui effectuent en quelques minutes des opérations qui prendraient un mois à un savant et sont même capables de corriger les erreurs de l\u2019être humain.» La photo ci-dessus est tirée d\u2019une édition de 1964 et présente « le tiers environ du grand calculateur électronique de grande performance qui sera bientôt installé à l\u2019Université de Montréal ».PLACE À QUÉBEC SCIENCE « Comment doit-on appeler une revue jeune, dynamique, pour les gars et les ?lles intéressés aux sciences en 1970 et même pour ceux de l\u2019an 2000 ?» demande l\u2019équipe du Jeune Scienti?que, qui souhaite faire peau neuve en 1969.La publication vient de passer aux mains des Presses de l\u2019Université du Québec.La rédactrice en chef Jocelyne Dugas souhaite non seulement éveiller la jeunesse aux progrès des sciences pures et appliquées, mais elle veut aussi couvrir les avancées dans le champ des sciences humaines.À celui qui trouvera le nouvel intitulé de la revue, on promet un voyage en France.Le gagnant sera Michel Dubuc, 17 ans, de Verdun.Pourquoi Québec Science ?« Pour personnaliser, pour animer la science qui dort encore ici, au Québec.Pour revaloriser le contexte social dans lequel nous vivons.» 2,50 $ Le coût d\u2019un abonnement d\u2019un an à la revue 1 9 6 2 - 1 9 7 1 DOSSIER 60 ANS 20 QUÉBEC SCIENCE | MARS 2022 PEUR DE RIEN Prédire l\u2019éradication d\u2019une maladie est un pari risqué.Pourtant, c\u2019est ce que fait le magazine en 1963 en af?rmant que le paludisme sera bientôt chose du passé grâce au « révolutionnaire » DDT, qui vient à bout des moustiques porteurs du parasite responsable de la maladie.Cet insecticide avait pourtant été sévèrement critiqué un an plus tôt par la biologiste américaine Rachel Carson dans le célèbre ouvrage Silent Spring, où elle déclarait que le produit était nocif pour la santé humaine et pour la biodiversité.L\u2019avenir lui donnera raison et le DDT sera interdit au début des années 1970.ÉCRASEZ ! En 1963, alors que la cigarette est partout, Roger Ghys, chercheur au Département de biochimie de l\u2019Université Laval, signe un texte où il se demande si la consommation de nicotine nuit à la santé.Il y résume de nombreuses études et conclut que « l\u2019effet nocif de la cigarette est démontré par les statistiques, la pathologie et l\u2019expérimentation ». PAS NÉS POUR UN PETIT PAIN LES FEMMES AU LABO « Peut-on être femme de science au Québec ?» s\u2019interroge la journaliste Paule Sainte-Marie en 1971.La réponse est en demi-teinte, les préjugés sur les compétences des femmes étant tenaces.Selon une psychologue de l\u2019Université Stanford citée dans l\u2019article, « la capacité de créer, dans un domaine quelconque, est étroitement liée à trois qualités : initiative, indépendance, af?rmation de soi, que les garçons semblent posséder naturellement plus fréquemment que les ?lles, et que l\u2019éducation réprime sévèrement chez les ?lles au nom de la \u201cféminité\u201d.Les femmes qui réussissent sur le plan intellectuel auraient généralement été des garçons manqués ».On revient de loin\u2026 LA TERRE S\u2019ÉCROULE Le 4 mai 1971, un glissement de terrain se produit à Saint-Jean-Vianney.Trente et une personnes y perdent la vie.Québec Science est aux premières loges en la personne de Jean-Yves Chagnon, géotechnicien au ministère des Richesses naturelles du Québec dépêché sur les lieux, qui écrit un texte exclusif qu\u2019il livre en mains propres à la rédaction.L\u2019expert aborde les conséquences du drame sur la psyché collective.« La presse écrite et parlée rapportait chaque jour des faits et des opinions alarmants pour la population.Il me fallait empêcher la panique.La situation devint plus intolérable encore lorsqu\u2019on chercha à en attribuer la responsabilité au gouvernement québécois.Or, [\u2026] la science s\u2019avère impuissante à prédire de telles coulées avec les moyens dont elle dispose à l\u2019heure actuelle.» Louis Berlinguet, biochimiste qui a grandement contribué au développement du système de recherche et d\u2019innovation du Québec, signe un plaidoyer pour que la province se dote d\u2019une politique scienti?que.« L\u2019effort de recherche du Québec reste limité et ne représente qu\u2019environ 0,7 pour cent du produit national brut », sou- ligne-t-il, alors que le Canada y consacre 1,4 % et les États-Unis 2,9 %.Il remarque que les francophones accusent un certain retard.« Il nous semble inacceptable que le Québec, peuplé de six millions d\u2019habitants, doté d\u2019un niveau de vie relativement élevé, riche d\u2019immenses territoires inexploités, ne se donne pas de politique scienti?que.» 108 C\u2019est le nombre de roches lunaires rapportées par l\u2019équipage d\u2019Apollo 14 en 1971.Lorsque les astronautes amerrissent dans l\u2019océan Paci?que avec leur butin, le personnel du centre spatial de Houston explose de joie, rapporte le journaliste de Québec Science Michel Gauquelin, qui était sur place.« Ni le prestige de ton sujet et la puissance de tes instruments, ni l\u2019étendue de tes connaissances et la précision de tes plans ne pourront jamais remplacer l\u2019originalité de ta pensée et l\u2019acuité de ton observation.» ?Hans Selye, pionnier de l\u2019étude du stress, qui, dans un essai sur sa vision de la recherche, cite les mots inscrits à l\u2019entrée de l\u2019Institut de médecine et de chirurgie expérimentale de l\u2019Université de Montréal, qu\u2019il a fondé en 1945.MARS 2022 | QUÉBEC SCIENCE 21 \u2022 IMAGES : REPRODUCTIONS PAR BANQ \u2022 QS \u2022 SHUTTERSTOCK.COM PLUS VRAI QUE JAMAIS ?« Dans les salles de rédaction, les journalistes scienti?ques sont considérés comme les parents pauvres.Le plus souvent, on utilise simplement les dépêches d\u2019agences qui insistent sur des aspects sensationnels.Il y a pourtant là une éducation populaire absolument indispensable à faire.S\u2019ils ne connaissent rien à la science et la technique, qu\u2019est-ce que le public et les politiciens peuvent comprendre aux problèmes actuels ?» ?Fernand Seguin, premier vulgarisateur de la télévision francophone au Canada, en 1972.Il signera des chroniques dans Québec Science entre 1987 et 1988.LA FIÈVRE DU HOCKEY En 1972, l\u2019équipe canadienne a décroché une victoire contre l\u2019URSS au cours de l\u2019inoubliable Série du siècle.Deux ans plus tard, le but de Paul Henderson est encore frais dans la mémoire des Québécois\u2026 et de Gaston Marcotte, de l\u2019Université Laval, qui crée un groupe de recherche voué au hockey avec l\u2019aimable collaboration des Nordiques.Il brosse le portrait type du joueur offensif : il mesure 175,2 cm et pèse 75,9 kg, dont 10 % de graisse.OÙ VA LE CLIMAT ?C\u2019est la question posée par le magazine en couverture de son numéro de septembre1974, qui souligne déjà l\u2019in?uence des activités humaines sur les « sautes d\u2019humeur » du climat.« Grâce à la climatologie, il est permis d\u2019espérer que dans l\u2019avenir l\u2019homme agira plus intelligemment.Du moins, agira-t-il en meilleure connaissance de cause lorsqu\u2019il implantera de nouvelles usines, construira de nouveaux barrages hydroélectriques ou créera de nouvelles villes.» Cet article ne s\u2019est pas avéré prescient.EMPLOI D\u2019ÉTÉ DEMANDÉ « Je vous félicite pour votre revue et je voudrais vous demander un service.Si jamais vous entendez parler d\u2019un emploi d\u2019été, soit en biologie, en géologie ou en océanographie, faites-le-moi savoir s\u2019il vous plaît.» Publié dans le courrier des lecteurs en 1974, ce message est signé par nul autre que Rémi Quirion, qui est aujourd\u2019hui scienti?que en chef du Québec ! 1 9 7 2 - 1 9 8 1 CHACUN DANS SA BULLE En 1972, l\u2019Université de Montréal et Bell Canada imaginent un bureau nouveau genre : une sorte de supercabine téléphonique sphérique en plexiglas, haute de deux mètres et entièrement équipée d\u2019appareils de télécommunication.« Est-ce là rêver en couleurs ?S\u2019agit-il d\u2019un concept révolutionnaire, mais inapplicable ?» se demande le journaliste Gilles Provost.Une idée à recycler en cette ère pandémique ?DOSSIER 60 ANS 22 QUÉBEC SCIENCE | MARS 2022 INNOVATIONS MADE IN QUÉBEC En mai 1973, l\u2019organisme Invention Québec tient un salon à la Place-Bonaventure pour souligner « le bien-fondé de l\u2019aide apportée aux inventeurs ».Au programme, des objets sérieux\u2026 et moins sérieux, dont un marteau aimanté pour ?xer un clou d\u2019une seule main, un tremplin de golf à hauteur réglable pour frapper la balle sans abîmer le gazon et une moustiquaire pour vitres d\u2019auto\u2026 Selon le compte rendu, l\u2019exposition a connu un vif succès ! ectement l'état - pour- dans - distance ' U- entrepri volu déjà que volu tion, à humain pou tenté confo L on êtr s'ou de acousti dont 70 À BAS LA VOITURE ! En mai 1977, le magazine annonce à ses abonnés qu\u2019il ne leur reste « qu\u2019une vingtaine d\u2019années, voire une dizaine d\u2019après les pessimistes » pour se servir de leur voiture.Pourquoi ?« Il est certain que c\u2019est avant la ?n de ce siècle que l\u2019essence, l\u2019huile à chauffage et les autres dérivés du pétrole commenceront à manquer.» Finalement, il en reste\u2026 LA QUESTION TRANS Sous la plume de Yanick Villedieu, les lecteurs découvrent en 1975 comment des chercheurs québécois étudient la transsexualité.La conclusion de l\u2019article est toujours d\u2019actualité : « Pour reprendre les mots [du chercheur de l\u2019Université du Québec à Montréal] Jules Bureau, tous sans doute admireront \u201cle courage des transsexuels, leur incroyable et tenace volonté de passer à travers problèmes et difficultés pour enfin être eux-mêmes\u201d.Tous admireront cette \u201cbelle leçon d\u2019humanité\u201d.» LA BOSSE DES SCIENCES « La question la plus importante aujourd\u2019hui, au Canada, [\u2026] c\u2019est le développement de la science.C\u2019est d\u2019elle que dépend tout notre mode de vie futur.Et pourtant, allez demander aux passants dans la rue ce qu\u2019ils pensent de la science.Ils vous répondront qu\u2019ils n\u2019ont jamais eu la \u201cbosse des mathématiques\u201d et qu\u2019ils n\u2019y comprennent rien\u2026 et ça ne semble pas les déranger.» ?David Suzuki, vulgarisateur scienti?que, en 1979 C\u2019est le poids du télescope de l\u2019Observatoire du Mont-Mégantic, qui ouvre ses portes au printemps 1978.ET LA NORDICITÉ FUT « [La nordicité] est un mot très jeune : je l\u2019ai trouvé un matin, à Yellowknife, en 1965.Au début, j\u2019en avais besoin pour désigner une réalité géographique, puis [\u2026] il m\u2019a été utile pour aller jusqu\u2019au fond des choses.\u201cNordicité\u201d est devenu un ami avec qui j\u2019ai conversé\u2026 si je puis dire.J\u2019ai essayé de le dépouiller, de l\u2019approfondir, de le retourner dans tous les sens.Et je me suis rendu compte que son champ d\u2019application était beaucoup plus vaste que prévu\u2026 qu\u2019il exprimait \u201cl\u2019état du Nord\u201d.» ?Louis-Edmond Hamelin, pionnier des études nordiques à l\u2019Université Laval, en 1975 r /, 22 tonnes MARS 2022 | QUÉBEC SCIENCE 23 À QUAND LE PREMIER BÉBÉ-ÉPROUVETTE DU QUÉBEC ?« Nous comptons bien en avoir un dès 1981 », annoncent en 1980 dans nos pages le gynécologue Jacques-Émile Rioux et le biologiste Raymond Lambert, tous deux af?liés au Centre hospitalier de l\u2019Université Laval.Finalement, ils accueilleront ce nouveau-né le 12 août 1985, soit sept ans après le tout premier bébé-éprouvette, Louise Brown, née en Grande-Bretagne.entrepri \u2022 IMAGES : REPRODUCTIONS PAR BANQ \u2022 QS \u2022 NASA \u2022 SHUTTERSTOCK.COM \u2022 CHRISTINNE MUSCHI LES ANNÉES SIDA Le sida est mentionné pour la première fois dans nos pages en novembre 1982 : « Une véritable épidémie d\u2019une maladie que les médecins américains ont baptisée dé?cience immunitaire transmissible (Acquired Immunode?ciency) qui, jusqu\u2019à présent, a surtout été diagnostiquée chez les homosexuels mâles semble sur le point de se répandre à l\u2019ensemble de la population.» Le magazine y consacrera deux couvertures dans les années suivantes, en 1983 et en 1986.Québec Science parle de la stigmatisation des communautés homosexuelle et haïtienne, à qui l\u2019on fait porter l\u2019étiquette de « groupes à risque ».« Ce sont les droits acquis par les gais depuis les années 1970 qui sont en jeu.La discrimination et la répression ressortent », se désole alors le Dr Réjean Thomas, de la clinique L\u2019annexe (aujourd\u2019hui L\u2019actuel).Certains experts af?rment qu\u2019il faudra peut-être « apprendre à vivre avec le sida ».Un discours familier en ces temps de COVID-19, n\u2019est-ce pas ?« Certaines personnes ont mentionné que la première impression que l\u2019on a en apesanteur est celle de tomber indéfiniment.Dans mon cas, je me suis senti à l\u2019aise dès le début.Je regardais le mur devant moi et, même si j\u2019avais la tête en bas, je n\u2019en éprouvais pas de malaises.J\u2019ai défait mes sangles et j\u2019ai quitté mon siège.» ?L\u2019astronaute Marc Garneau, qui raconte sa mission à bord de Challenger dans un article de 1985.1 9 8 2 - 1 9 9 1 LA MENACE NUCLÉAIRE L\u2019ombre de la guerre froide s\u2019in?ltre depuis un moment dans les pages du magazine.En février 1983, la journaliste Liliane Besner rapporte par le menu une conférence donnée à l\u2019Université McGill sur les aspects médicaux de la guerre nucléaire.On y étudie les conséquences d\u2019une bombe qui serait lâchée sur le centre-ville de Montréal.« C\u2019est précisément dans cette zone que sont concentrés 80 % des services médicaux et 50 % des médecins de toute la province.Il va de soi que les rares médecins ou in?rmières qui survivront ne pourront traiter le très grand nombre de brûlés au premier ou au deuxième degré », écrit-elle.Quelques semaines plus tard, le président américain Ronald Reagan annonçait son programme de défense antimissile, la Guerre des étoiles.brûlures ment dans concentrés ices médi des méde province.Il va médecins ou ont ne grand premier qu\u2019on de point de nt; pourra nts nt hées.Le sanguin est aussi per à long Guère plus rassurant que le premier : avortements, malformations congénitales, aberrations chromosomiques.le Toutef tir balis tisé bre les méc de réa ne sont et de bris En que 151 produites.tinental trav sépare les soviétique le cas où lâchés d\u2019un des côtes ennemie peu de temps une fausse alarm Et devant ce guerre nucléair plus en plus penser du plan UNE GRANDE DAME DE LA NEUROPSYCHOLOGIE Le passage de la comète de Halley est prévu pour le mois d\u2019avril 1986 et ne réjouit pas que les astronomes.Les commerçants multiplient les occasions d\u2019affaires : livres, teeshirts, croisières à thème, etc.Pierre Bastien, astronome à l\u2019Université de Montréal, explique la raison de cet engouement : « Historiquement, la comète de Halley a été la première dont on a prédit le retour.Ensuite, il s\u2019agit de la seule comète périodique brillante dont toutes les parties sont en activité.En?n, comme son retour est prévu depuis longtemps, les scienti?ques ont eu le temps de se préparer.» Verra-t-on pareil emballement lors du retour de la comète en 2061 ?EN ATTENDANT HALLEY GRAVITÉ ZÉRO WM&:- /, '\u2022 /.i iï' réal, H.M.cal icain crises tra atteint jusqu'à heures Il icale pro la bique régu té.prati de n'eut souf de, les ration.onnels ité és L o u i s P é p i n En 1984, c\u2019est en ces termes que le magazine présente la chercheuse Brenda Milner, alors directrice du laboratoire de neurospsychologie de l\u2019Institut neurologique de Montréal et pro- fesseure à l\u2019Université McGill.Collaboratrice du célèbre Dr Wilder Pen?eld, la scienti?que a acquis une réputation sur la scène internationale grâce à ses travaux pionniers sur la mémoire ?en particulier son étude de cas d\u2019un patient devenu amnésique après une ablation de parties du cerveau pour diminuer ses crises d\u2019épilepsie.DOSSIER 60 ANS 24 QUÉBEC SCIENCE | MARS 2022 LA MUSÉOLOGIE SE FAIT SCIENTIFIQUE L\u2019Insectarium de Montréal ouvre ses portes le 8 février 1990.L\u2019inauguration de l\u2019intrigant Biodôme doit avoir lieu deux ans plus tard, mais déjà tout le monde parle de cette future « maison de la vie » qui sera un « véritable théâtre de la nature ».La muséologie scienti?que et technique connaît alors un essor fulgurant au Québec.AU CHEVET DE L\u2019OZONE Quelques mois après la signature du protocole de Montréal en septembre 1987, le journaliste Gilles Drouin rappelle que la destruction de la couche d\u2019ozone est loin d\u2019être renversée.La lutte contre les chloro?uorocarbones et les halons n\u2019est pas simple.Leurs quantités dans l\u2019atmosphère sont alors si importantes « qu\u2019elles suf?raient à attaquer l\u2019ozone pendant encore près d\u2019une centaine d\u2019années », écrit-il.Depuis, d\u2019immenses progrès ont été accomplis, à tel point que l\u2019on considère le protocole de Montréal comme l\u2019un des accords environnementaux les plus ef?caces.PLACE AUX FEMMES ! Au tournant des années 1990, à quelques mois d\u2019intervalle, le magazine met en couverture des femmes scienti?ques à deux reprises : la chercheuse en génétique moléculaire Mona Nemer et la primatologue Pascale Sicotte (qui, 30 ans plus tard, continuent de briller, la première étant devenue conseillère scien- ti?que en chef du Canada et la seconde doyenne de la Faculté des arts et des sciences de l\u2019Université Concordia).Au cours de cette période, la journaliste Claire Chabot se penche sur la place des femmes en science au Québec dans une série de reportages.Des chercheuses comme Karen Messing, Donna Mergler, Trang Hoang, Francine Descarries, Helga Guderley, Marie-Andrée Bertrand et Louise Filion lui racontent leur trajectoire, les dé?s de travailler dans un monde d\u2019hommes et la dif?cile mais inévitable conciliation travail-famille.Tristement, pendant cette même période survenait la tuerie de Polytechnique, un drame pour les femmes en science.19 3.25 $ / / Volume 28, numéro 4 DECEMBRE 1989 U SCIENCE J QUÉBEC IE PLACE DORE A CONQUERIR !» AVALEURS Wr SITES GUIDÉES SCIENCE CTACLE S! PRIX NOBEL MARS 2022 | QUÉBEC SCIENCE 25 HALTE AUX ANTIBIOTIQUES ! Dans un reportage qui lui a valu des accolades par la suite, le journaliste Gérald Le Blanc soulève le problème des doses massives d\u2019antibiotiques données aux animaux d\u2019élevage et celui des résidus médicamenteux qui ?nissent dans les assiettes des consommateurs.Il avertit le public du risque d\u2019être un jour à court de traitements pour les animaux, mais aussi pour les humains.\u2022 IMAGES : REPRODUCTIONS PAR BANQ \u2022 QS \u2022 NASA \u2022 SHUTTERSTOCK.COM \u2022 WIKIMEDIA COMMONS OPÉRATION DE SAUVETAGE Québec Science a connu des hauts\u2026 et des bas.Le début des années 1990 est une période d\u2019incertitude.Les ventes déclinent.Les revenus sont à la baisse.Le magazine « n\u2019était plus que l\u2019ombre de lui-même », se souviendra plus tard Jean-Marc Fleury, cité dans l\u2019ouvrage Il était une fois\u2026 Québec Science (paru en 2012).Il est appelé en renfort avec son collègue Pierre Sormany.Tous deux sont des artisans de la première heure de Québec Science et contribueront à la remise sur pied de la publication.En février 1992, les Presses de l\u2019Université du Québec cèdent le magazine au Cégep de Jonquière pour la somme symbolique de un dollar.QUÉBEC SCIENCE SUR « LES INTERNET » 1 9 9 2 - 2 0 0 1 L\u2019AVÈNEMENT D\u2019INTERNET De la banque de données de la NASA au Centre de recherche sur le cancer du Japon en passant par la bibliothèque de l\u2019Université de Jérusalem, le journaliste Benoît Chapdelaine se promène dans le réseau informatique planétaire baptisé « Internet ».« Et cela, sans frais d\u2019interurbain ! » s\u2019étonne-t-il en 1993.Cela dit, même époustou?é, le journaliste conserve son sens critique et cite des experts qui, déjà, cernent des enjeux toujours criants d\u2019actualité, 30 ans plus tard.« Le plus dif?cile, c\u2019est de concilier la liberté d\u2019expression, la protection des renseignements personnels et le droit du public à l\u2019information », remarquait alors Marcel Simoneau, bibliothécaire au Centre canadien de recherche sur l\u2019informatisation du travail.L\u2019année1995 est une année « cyber » importante pour le magazine.Il est le premier média québécois à lancer son site Internet, cybersciences.com, piloté par Jean-Hugues Roy.Ce dernier inaugure également une chronique Internet dans les pages de la revue, en plus de publier un dossier spécial, en collaboration avec André Bélanger, pour mieux guider les lecteurs dans leur navigation sur l\u2019autoroute de l\u2019information.Au menu entre autres : un glossaire (que veut dire l\u2019expression babillards électroniques ?) et un carnet d\u2019adresses pour explorer la science sur le Web.DOSSIER 60 ANS 26 QUÉBEC SCIENCE | MARS 2022 100 000 NOMBRE DE GÈNES HUMAINS que la communauté scienti?que a entrepris de repérer en 1994.Le déchiffrage de notre génome est lancé et, avec lui, une véritable course contre la montre.Finalement, il compte quatre fois moins de gènes que les 100 000 initialement recherchés\u2026 LE SPECTRE D\u2019UNE MARÉE NOIRE L\u2019épave de l\u2019Irving Whale, pleine de mazout et de biphényles polychlo- rés, gît au fond du golfe du Saint-Laurent depuis 1970.On la considère comme une bombe écologique à retardement, car la coque et les tuyaux sont ravagés par la corrosion.Québec Science documente le feuilleton de son ren?ouage, d\u2019abord prévu en 1995, puis effectué le 30 juillet 1996. UNE TEMPÊTE CRUELLEMENT PARFAITE « Pour obtenir une tempête de verglas comme celle de l\u2019hiver dernier, il faut une conjugaison de plusieurs éléments : une masse d\u2019air chaud fortement chargée d\u2019humidité qui glisse sur une masse d\u2019air froid relativement mince dans des conditions atmosphériques qui font en sorte que le système stagne au-dessus d\u2019une région.C\u2019est un peu comme si vous deviez avoir six dés qui tombent en même temps sur le chiffre cinq.» ?Alain Bourque, climatologue à Environnement Canada, dans un reportage sur la crise du verglas de 1998 » DU « POT » MÉDICINAL ?NON MERCI ! À la ?n des années 1990, on lève les sourcils à l\u2019idée de légaliser la marijuana ?et même d\u2019en consommer dans un but thérapeutique.« Au Québec, il est dif?cile de trouver ne serait-ce qu\u2019un seul partisan du \u201cpot\u201d dans les rangs des médecins », écrit-on dans le magazine.Les soignants interviewés déclarent que le débat autour des vertus de cette plante est « dépassé et inutile », que cette drogue « ne présente plus aucun intérêt ».DES JEUX OLYMPIQUES SOUS SURVEILLANCE Aux jeux d\u2019Atlanta, en 1996, les regards sont dirigés vers les performances, certes, mais aussi sur la lutte contre le dopage.La chimiste Christiane Ayotte est au front.Elle est directrice du laboratoire antidopage de l\u2019Institut national de la recherche scienti?que depuis cinq ans (elle y est toujours en 2022 !), en plus de diriger la commission antidopage de la Fédération internationale d\u2019athlétisme amateur.« Dans certains pays, les laboratoires testent des produits sur des athlètes pour déterminer le temps qu\u2019il leur faut pour les éliminer ! En fait, on les prépare à contourner les contrôles antidopages », af?rmait-elle.MARS 2022 | QUÉBEC SCIENCE 27 \u2022 IMAGES : REPRODUCTIONS PAR BANQ \u2022 QS \u2022 SHUTTERSTOCK.COM \u2022 DENIS COURVILLE L\u2019ANGOISSE DANS L\u2019ASSIETTE Antibiotiques, organismes génétiquement modi?és (OGM), pesticides, aliments biologiques : que mange- t-on ?Que devrait-on manger ?Voilà qui intéresse le magazine, qui a rarement autant jasé de nourriture qu\u2019en 2001 ! Il faut se rappeler que, au cours des années précédentes, la maladie de la vache folle et la maladie du hamburger ont fait les manchettes.Les OGM sont devenus un épouvantail régulièrement agité.Le mode de production « biologique » est désormais une appellation réservée.Québec Science consacre un dossier aux pratiques agroalimentaires, en plus de publier les résultats d\u2019un sondage inédit sur la con?ance des Québécois à l\u2019égard du contenu de leur assiette, mené en collaboration avec Protégez-vous.La principale source d\u2019inquiétude (25 % des répondants) : les OGM\u2026 suivis de près par la contamination de la viande par des bactéries. AVERTISSEMENT PANDÉMIQUE 2 0 0 2 - 2 0 1 1 PRÉDICTION RATÉE En mars 2002, soit quelques mois après les évènements du 11 septembre, le magazine af?rme que les contrôles seront bientôt allégés dans les aéroports.« Le jour n\u2019est pas si loin où l\u2019on pourra monter à bord d\u2019un avion sans avoir à se soumettre à 36 contrôles de sécurité ni même à s\u2019arrêter à un comptoir pour s\u2019identi?er », prévoit-on alors.« Dans 15 ou 20 ans », la véri?cation de l\u2019identité se fera à l\u2019insu des voyageurs, grâce à la biométrie.C\u2019était sans compter la pandémie, le passeport sanitaire, les tests PCR\u2026 I Obésité, cancer, alzheimer, maladies cardiaques : * ^ '\u2018nndes batailles, de grandes victoires PER in BNQ i I >5^ ?< < w s/viatm tobre 2004, 5,95 $ r Sachez reconnaître les aliments miracles Pourquoi il faut repenser notre système de santé Le corps : une histoire de 4 000 ans Le bonheur selon Boris Cyrulnik www.cvbersciences.com |o -, Envoi de poste n° 40064577- publications - Enregistrement n° 08024.525.rue Louis-Pasteur.| Boucherville.Québec, Canada J4B 8E7 En vente jusqu'au 26 novembre 2004 I N S T I T U T C U L T U R E L A V A T A O / F A T H E R K E E S V E R S P E E K / ^ C ' 1 A l V D ' b c - r t A 1 Vers 1950.La pêche au béluga dans la baie d'Hudson.Chaque été, quand la banquise se métamorphose en eau libre, le chasseur attend le retour des bélugas.Depuis plus de 3 000 ans, les Inuits comptent sur cet animal pour fournir de la nourriture, de la chaleur et de la lumière à l\u2019iglou.Le chasseur est fier de sa chasse, non seulement parce que celle-ci requiert beaucoup d\u2019habileté, mais aussi parce qu\u2019elle permet d\u2019approvisionner la famille et la communauté.Son geste perpétue une tradition vitale.Il ne parle pas spontanément de son habileté ou de son instinct millénaire; il préfère simplement mentionner que son pays ne permet pas d\u2019élever des animaux de boucherie ou de cultiver des légumes.Depuis une dizaine d\u2019années, les Inuits reçoivent des demandes pour diminuer, ou cesser dans certains endroits, la chasse au béluga.Les biologistes de Pêches et Océans Canada observent une baisse marquée de certaines populations.Mais plusieurs Inuits restent perplexes : ils pensent que les scientifiques ne tiennent pas compte de certains facteurs, comme des changements dans les déplacements saisonniers des bélugas ou de l\u2019époque de l\u2019année où se font les inventaires.Dans l'Est de l'Arctique, il existe huit populations différentes de bélugas qui se distinguent par leur répartition estivale.La population de l\u2019est de la baie d\u2019Hudson a fait l\u2019objet jadis d\u2019une chasse commerciale intensive.D'après les archives de la Compagnie de la baie d'Hudson, on estime qu\u2019environ 10 000 bélugas ont été capturés entre 1750 et 1916 pour leur huile, leur peau et parfois leur viande.Avant cette période, les données historiques permettent d\u2019évaluer que cette population oscillait autour de 6 600 bélugas.En 1984, les inventaires aériens effectués par Pêches et Océans ont permis de compter 4 000 têtes à l\u2019est de la baie d\u2019Hudson.Aujourd\u2019hui, le ministère pense qu\u2019il en reste la moitié, et la tendance est toujours à la baisse.La population de l'est de la baie d'Hudson est dite « menacée » depuis 1988 et celle de la baie d'Ungava, où il semble ne rester que quelques dizaines d'individus, est considérée « en voie de disparition » (Comité sur la situation des espèces en péril au Canada [COSEPAC]).Depuis, un système de quotas a été mis en place.Ces quotas ont diminué progressivement.Dans les années 1980, la Société Makivik - qui s\u2019occupe des intérêts politiques, économiques et A^LCD PdAkVL^D A_oAc ,Pc.^»LVb crrvbÂjy, ^Pc_slPL-b LbOPLJc.3000a- 0HJV \u2019Pc-jLV^Sc-\u2019y A-dAc o-bPcMVb DV-Tn AdLc-[>PncMVb sdVro-b CAVLo-.PI>< Y^A^Oo-^L Ac bo-bbOPY «4LcSbcr4bbdc CSLa-rAA
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