Voir les informations

Détails du document

Informations détaillées

Conditions générales d'utilisation :
Protégé par droit d'auteur

Consulter cette déclaration

Titre :
Québec science
Principal magazine d'information scientifique généraliste québécois. [...]

Le mensuel d'information scientifique Québec Science est publié à partir de 1970. Il est le résultat de l'acquisition par l'Université du Québec de la revue Jeune scientifique, qui était publiée par l'Acfas. C'est Jocelyne Dugas, auparavant responsable de la revue Techniques, publiée par le ministère de l'Éducation, qui préside à cette mutation.

Québec Science opte pour une formule plus journalistique que pédagogique. La revue sera un terreau de développement de la profession de journaliste scientifique. Michel Boudoux, Yannick Villedieu, Christian Coutlée, Daniel Choquette, Solange Lapierre-Czerniecki, Pierre Sormany, Michel Gauquelin, Madeleine Harbour, Fabien Gruhier, Lise Laberge, Gilles Provost, Gilles Paquette, François Picard y participent.

La revue vise à intéresser les jeunes à la science et aux carrières scientifiques en leur offrant une information scientifique à jour présentée par des articles rigoureux et approfondis. Un accent est mis sur l'attractivité visuelle; une première couverture signée par le graphiste Jean-Pierre Langlois apparaît ainsi en septembre 1973. Pierre Parent et Richard Hodgson poursuivront le travail de ce dernier. Diane Dontigny, Benoit Drolet et André Delisle se joignent à l'équipe au milieu des années 1970, alors que Jean-Pierre Rogel en dirige la rédaction à partir de l'automne 1978.

Les premières années sont celles de l'apprentissage du journalisme scientifique, de la recherche de l'équilibre entre la vulgarisation, ou plutôt la communication, et la rigueur scientifique. Les journalistes adoptent styles et perspectives propres à leur métier, ce qui leur permet de proposer une critique, souvent liée à l'écologie ou à la santé. Plus avant dans les années 1970, le magazine connaît un grand succès, dont témoignent l'augmentation de ses ventes et la résonance de ses dossiers.

Québec Science passe sous la responsabilité des Presses de l'Université du Québec en 1979. La revue est alors prospère; en 1980, le magazine est vendu à plus de 25 000 exemplaires, dont 20 000 par abonnement. Les années 1980 sont plus difficiles à cause de la crise économique. Luc Chartrand pratique le journalisme d'enquête pour la revue, dont l'équipe de rédacteurs se renouvelle. On assiste ainsi à l'arrivée de Gilles Drouin, Bernard Giansetto, Claude Forand, Louise Desautels, François Goulet et Vonik Tanneau. Québec Science produit des articles sur les sujets de l'heure : pluies acides, sida, biotechnologies.

Au tournant des années 1990, le magazine fait davantage appel à des collaborateurs externes - journalistes, professeurs et scientifiques. Le cégep de Jonquière devient l'éditeur de la revue. Il en gardera la charge jusqu'au transfert de Québec Science à Vélo Québec en 2008.

Au moment de l'arrivée, en 1994, du rédacteur en chef actuel, Raymond Lemieux, le magazine est encore en difficulté financière. Il connaîtra cependant une relance, fort de la visibilité engendrée par la publication, depuis février 1993, d'un numéro spécial sur les découvertes scientifiques de l'année au Québec. Québec Science devient le premier média québécois à se trouver sur Internet, ce qui lui offre un rayonnement international. Le magazine surfe sur cette vague, avec davantage de contenus et de grands reportages qui franchissent les frontières du Québec; il obtient un soutien accru du gouvernement québécois, ce qui lui permet de recomposer une équipe de journalistes : Catherine Dubé, Vincent Sicotte, Marie-Pierre Élie, Joël Leblanc viennent travailler pour la revue.

Québec science profite ensuite de l'engouement pour les avancées technologiques et s'attire de nombreux collaborateurs qui maintiennent le dynamisme de la revue.

Source :

LEMIEUX, Raymond, Il était une fois¿ Québec Science - Cinquante ans d'information scientifique au Québec, Québec / Montréal, MultiMondes / Québec Science, 2012, 165 p.

Éditeurs :
  • Québec :Les Presses de l'Université du Québec,1970-,
  • Montréal :Vélo Québec éditions inc.
Contenu spécifique :
Avril
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Jeune scientifique
Lien :

Calendrier

Sélectionnez une date pour naviguer d'un numéro à l'autre.

Fichiers (8)

Références

Québec science, 2022, Collections de BAnQ.

RIS ou Zotero

Enregistrer
[" QUEBEC SCIENCE AVRIL-MAI 2022 AU CŒUR DU MÉTAVERS F o ndé e n 1962 ?Fondé en 1962 ?Fo n d é e n 1 9 6 2 ?F o n d é e n 1 9 6 2 ?F o ndé e n 1962 ?Fondé en 1962 ?Fo n d é e n 1 9 6 2 ?F o n d é e n 1 9 6 2 ?60 ans QUEBEC SCIENCE Le dé?du pollen en ville Archéo : reproduire les gestes du passé Visite inédite dans un monde virtuel 2 QUÉBEC SCIENCE | AVRIL-MAI 2021 .ET QUELQUE CHOSE EN PLUS ! NOUS APPORTONS NOTRE GÉNIE AU QUÉBEC DE DEMAIN PLUS de développement durable PLUS de talents PLUS d\u2019innovations polymtl.ca 00_00_SOMMAIRE E?DITO_BABILLARD_2022-04.indd 2 ?2022-03-10 10:25 \u2022ILLUSTRATION DE LA COUVERTURE : SÉBASTIEN THIBAULT SOMMAIRE 12 P.18 P.6 P.Q U É B E C S C I E N C E E N C O U V E R T U R E AVRIL?MAI 2022 4 Édito par Marine Corniou Au nom de la science 6 Le cabinet des curiosités Une loi mathématique a été découverte dans les ondulations du sable sur Terre et ailleurs dans le système solaire.8 Voyage au centre de la galaxie Sagittarius A*, le trou noir super- massif du centre de notre galaxie, révèle peu à peu ses secrets.10 Faire de la politique par les papilles L\u2019alimentation occupe une place de plus en plus grande dans les départements universitaires.11 La courte échelle de la pornographie Des chercheurs québécois ont mis au point un outil pour diagnostiquer rapidement une dépendance à la pornographie.14 L\u2019économie, cette soupe d\u2019atomes Il est temps de repenser notre manière d\u2019analyser l\u2019économie, et la physique peut nous aider à comprendre ce qui nous échappe.Quel est le rêve (ou le cauchemar) qui se dessine derrière le métavers ?Nous vous proposons une courte anticipation.REPORTAGES 24 Big Brother en forêt Des caméras cachées dans la forêt sont à l\u2019affût de la faune.Une technique qui suscite un engouement auprès des chercheurs du monde entier.28 Raviver le passé, un objet à la fois Des archéologues tentent d\u2019explorer des pans insoupçonnés du passé en reproduisant des artéfacts.36 À vos souhaits Notre gestion des allergies saisonnières est basée sur des connaissances très lacunaires du potentiel allergène des différents pollens.C\u2019est le temps d\u2019un grand ménage ! 42 À la recherche du pois chiche parfait Une poignée de scienti?ques, dont certains du Québec, tentent d\u2019améliorer l\u2019humble légumineuse.S U R L E V I F 5 Babillard | 9 Carnet de santé Par la Dre Alexandra S.Arbour | 11 Technopop Par Chloé Freslon | 12 Polémique Par Jean-François Cliche | 46 Culture Par Émilie Folie- Boivin | 49 Anthropocène Par Jean- Patrick Toussaint | 50 Rétroviseur Par Saturnome AVRIL-MAI 2022 | QUÉBEC SCIENCE 3 Une vision du métavers À L\u2019INTÉRIEUR, Précieuse mémoire Un supplément réalisé en collaboration avec le réseau de l\u2019Université du Québec C2_03-05_SOMMAIRE E?DITO_BABILLARD_2022-04.indd 3 ? 4 QUÉBEC SCIENCE | AVRIL-MAI 2022 Éditorial MARINE CORNIOU @MarineCorniou R éduire, remplacer, raf?ner : la règle des trois R régit l\u2019expérimentation animale en Amérique du Nord et en Europe.Son précepte ?Réduire le nombre d\u2019animaux utilisés, les remplacer autant que possible par des dispositifs in vitro ou des modélisations et raf?ner les protocoles pour limiter la douleur et l\u2019inconfort.Cette règle, de nombreux éthiciens demandent son application en urgence à un autre modèle expérimental : l\u2019humain.La pandémie a braqué les projecteurs sur les courageux qui ont tendu leur bras pour se faire inoculer un vaccin inconnu.Il faut se rappeler qu\u2019en situation sanitaire « normale », ce sont des dizaines de milliers de « volontaires sains », c\u2019est-à-dire en pleine santé, qui participent chaque année aux phases initiales de centaines d\u2019essais cliniques.Contrairement aux patients, recrutés dans les phases ultérieures des essais, qui ont l\u2019espoir de voir leur état de santé s\u2019améliorer en béné?ciant d\u2019un nouveau traitement, les volontaires sains ont tout à perdre.Ils font of?ce de canaris dans une mine de médicaments aux effets incertains.Des drames récents, dont le décès d\u2019un participant en France en 2016, sont des rappels douloureux du risque couru ?même si celui-ci est, le plus souvent, minime.Outre les vaccins, on sollicite généralement ces humains de laboratoire pour voir si une nouvelle molécule est toxique, pour en lister les effets indésirables et pour mesurer la vitesse à laquelle elle est éliminée par l\u2019organisme.Ce qui implique le plus souvent de les garder « captifs » quelques jours, voire plus, pour les soumettre à divers examens, le tout dans des conditions contrôlées.Certes, toute recherche médicale doit satisfaire à des normes éthiques qui continuent d\u2019évoluer depuis leur création, à la ?n de la Seconde Guerre mondiale.Mais le diable est dans les détails.« Dans le cas des animaux, on est très attentif par exemple à la taille de la cage.Quand il s\u2019agit d\u2019humains, on fait un peu moins attention : certains dorment dans des lits superposés et mangent de la nourriture médiocre », déplorait la sociologue Jill Fisher, de l\u2019Université de Caroline du Nord, au cours d\u2019une rencontre sur le sujet qui s\u2019est tenue en février dernier à l\u2019Unesco.L\u2019objectif : amorcer la discussion en vue de l\u2019élaboration de règles internationales s\u2019appliquant précisément aux volontaires sains.Car on est loin d\u2019un standard satisfaisant, notamment dans les pays qui sont de gros « fournisseurs » de cobayes comme l\u2019Inde, le Brésil et les États-Unis.Il faut dire que la plupart des compagnies pharmaceutiques sous-traitent la besogne du recrutement et des tests à des sociétés privées (les contract research organizations ou CRO).Celles-ci privilégient les pays où la règlementation sur la déclaration des effets secondaires, entre autres, est plutôt laxiste.Et pro?tent d\u2019un ?lon juteux : entre 2020 et 2026, le marché des CRO devrait passer de 61 à près de 100 milliards de dollars.Pour les volontaires, l\u2019argent est aussi central.Si le désir d\u2019aider la science est souvent réel, la motivation première est la rétribution ?nancière, comme l\u2019ont documenté plusieurs études.En théorie, celle-ci ne devrait être qu\u2019un dédommagement ; en pratique, elle peut atteindre plusieurs milliers de dollars par expérience.Ce n\u2019est pas forcément injusti?é, mais c\u2019est suf?sant pour biaiser le consentement « éclairé » ?qui prend une tout autre tournure quand il est synonyme de gagne-pain.Même si personne ne devient riche par cette voie, certains volontaires font de leur participation à des essais cliniques une carrière à temps plein.C\u2019est le cas aux États-Unis, où la précarité pousse un grand nombre d\u2019hommes jeunes, pour la plupart afro- ou latino-américains, à prêter leur corps à la science à répétition.Comment protéger au mieux cette main-d\u2019œuvre pharmacologique ?Comment s\u2019assurer que participation ne rime pas avec exploitation ?Les pistes de solution sont diverses et comprennent la constitution de registres nationaux des volontaires, l\u2019obligation de clari?er la somme du dédommagement et l\u2019adaptation au contexte socioculturel des explications données en vue du consentement.Certains pays, comme la France, ont établi un plafond annuel des sommes perçues grâce à ce « travail ».Les Britanniques recommandent quant à eux une pause de trois mois entre deux participations pour éviter l\u2019over- volunteering.Au Canada, la situation est ?oue.Outre le fait d\u2019exiger l\u2019approbation du comité d\u2019éthique de l\u2019établissement qui entreprend l\u2019essai, « Santé Canada n\u2019a pas de mandat règlementaire ni de position sur ce qui serait considéré comme une rémunération appropriée des participants », selon un représentant du ministère.Chaque établissement ?xe lui-même les règles.À l\u2019Unesco, lors de la rencontre chapeautée par le Comité d\u2019éthique de l\u2019Institut national de la santé et de la recherche médicale de France, la règle des trois R a été enrichie of?cieusement d\u2019un quatrième R, pour respect.Car sans ces volontaires discrets, qui ont peu de chances de pro?ter un jour des médicaments qu\u2019ils testent, la médecine aurait bien du mal à avancer.Il est temps de les traiter comme il se doit.Au nom de la science La pandémie force à constater la faiblesse des règles éthiques en place pour protéger les cobayes humains.C2_03-05_SOMMAIRE E?DITO_BABILLARD_2022-04.indd 4 ?2022-03-15 14:38 Le magazine Québec Science est imprimé sur du papier certi?é FSC® (Forest Stewardship Council®), donc issu de forêts bien gérées et d\u2019autres sources responsables.C M C A A U D I T E D AVRIL-MAI 2022 | QUÉBEC SCIENCE 5 AVRIL-MAI 2022 VOLUME 60, NUMÉRO 7 Rédactrice en chef Mélissa Guillemette Rédactrice en chef adjointe Marine Corniou Journaliste Web et médias sociaux Annie Labrecque Collaborateurs Jean-François Cliche, Émilie Folie- Boivin, Chloé Freslon, Sophie Grenier Héroux, Joël Leblanc, Philippe Marois, Charles Prémont, Karl Rettino-Parazelli, Alexandra S.Arbour, Saturnome, Jean- Patrick Toussaint Correctrice-réviseure Sophie Cazanave Directrice artistique Natacha Vincent Photographes/illustrateurs/graphiste Françoise Abbate, Nicole Aline Legault, Sébastien Thibault, Vigg Éditeur Jean-François Rheault Vice-présidente marketing, communications et partenariats Marie-Hélène Juneau Comptabilité Mimi Bensaid Chargée de projets, communications marketing Maryvonne Charpentier Conseillère, relations de presse et marketing Stéphanie Couillard SERVICE AUX ABONNÉS : 514 521-8356, poste 504, ou 1 800 567-8356, poste 504 serviceclient@velo.qc.ca PUBLICITÉ : Claudine Mailloux 514 909-4601 cmailloux@velo.qc.ca Impression Solisco Distribution Messageries Dynamiques Parution : 31 mars 2022 (577e numéro) Abonnement Canada, 1 an : 41 $ + taxes États-Unis, 1 an : 84 $ Outre-mer, 1 an : 126 $ Québec Science est publié par Vélo Québec Éditions Dépôt légal : Bibliothèque nationale du Québec, Bibliothèque nationale du Canada : ISSN-0021-6127 Envoi Poste-Publications Convention no 40065387.© Copyright 2022 \u2013 Québec Science.Tous droits de reproduction, de traduction et d\u2019adaptation réservés.Indexé dans Québec Science reçoit l\u2019aide ?nancière du ministère de l\u2019Économie et de l\u2019Innovation du Québec.Nous reconnaissons l\u2019appui ?nancier du gouvernement du Canada.NOTRE COUVERTURE LE PRIX DU PUBLIC DE LA DÉCOUVERTE DE L\u2019ANNÉE 2021 Depuis maintenant 29 ans, notre magazine réunit chaque automne un jury de chercheurs et de journalistes.Leur mission : sélectionner les 10 découvertes québécoises les plus impressionnantes de la dernière année.Le public est ensuite invité à voter pour celle de son choix.Cette année, c\u2019est le traitement prometteur contre le cancer du sein triple négatif, le plus agressif des cancers du sein, qui a séduit nos lecteurs.Ce prix revient au Dr Jean-Jacques Le- brun, de l\u2019Institut de recherche du Centre universitaire de santé McGill, et aux membres de son équipe : Meiou Dai, Gang Yan, Ni Wang, Girija Daliah, Sophie Poulet, Julien Boudreault et Suhad Ali, de l\u2019Institut, ainsi qu\u2019Ashlin M.Edick et Sergio A.Burgos, de l\u2019Université McGill.Grâce à la technologie CRISPR, les chercheurs ont traqué les faiblesses des cellules cancéreuses et ainsi révélé deux voies de signalisation cellulaires en jeu dans la progression des tumeurs.Ils ont ensuite constaté qu\u2019un cocktail de deux médicaments donnait des résultats prometteurs contre les cellules cancéreuses.Ce travail de longue haleine, qui s\u2019est étalé sur une période de cinq ans, se poursuivra avec le lancement d\u2019essais cliniques.Si ce duo de médicaments s\u2019avère ef?cace, cela pourrait changer les choses pour toutes celles qui souffrent d\u2019un tel cancer du sein.Les lecteurs qui participaient au concours couraient la chance de remporter un séjour familial au parc national du Mont-Mégantic.Le gagnant est Maxime Vigneault, de Victoriaville, un nouvel abonné de Québec Science.Dans ce numéro, on vous propose de plonger dans le métavers, un univers virtuel où tout est possible.En plein développement, ce monde parallèle est peuplé d\u2019avatars, animé de sons, d\u2019ambiances .L\u2019utilisateur y entre, personnalise son expérience et y navigue sans ?n.Pour notre couverture, il nous fallait un concept simple et fort a?n d\u2019imaginer cette dimension qu\u2019on peut ouvrir et fermer à tout moment, contrairement à la réalité qui nous entoure.Ainsi, l\u2019idée d\u2019utiliser le symbole marche/arrêt (ou symbole power) proposée par notre incontournable illustrateur Sébastien Thibault était vraiment en connexion avec le concept.D\u2019ailleurs, saviez-vous que cette icône a d\u2019abord été utilisée comme schéma en électronique et qu\u2019elle fut ensuite reprise et dessinée sur les premiers ordinateurs ?Sébastien Thibault illustre aussi les pages intérieures de ce reportage, toujours avec une grande cohérence dans sa trame narrative.Bonne lecture et bonne visite dans le métavers de demain.?Natacha Vincent, directrice artistique À LIRE SUR NOTRE SITE WEB Vivre avec le virus de la COVID-19, qu\u2019est-ce que cela veut dire ?Vivre avec le virus de la COVID-19 ne sera pas simple, ce sera même l\u2019un des plus gros dé?s des prochaines années.Apprendre des écureuils pour préserver les muscles des astronautes Ces petits rongeurs ne perdent pas leur masse musculaire pendant l\u2019hibernation.Des chercheurs viennent de percer leur secret.Rendez-vous au www.quebecscience.qc.ca/babillard Abonnez-vous www.quebecscience.qc.ca/ abonnez-vous 514 521-8356, poste 504 1 800 567-8356, poste 504 Un changement d\u2019adresse : serviceclient@velo.qc.ca Écrivez-nous courrier@quebecscience.qc.ca Magazine Québec Science 1251, rue Rachel Est Montréal (QC) H2J 2J9 Suivez-nous www.quebecscience.qc.ca BABILLARD QUEBEC SCIENCE AVRIL-MAI 2022 F o n d é en 1 962 ?Fondé en 1962 ?Fond é e n 1 9 6 2 ?F o n d é e n 1 9 6 2 ?F o n d é en 1 962 ?Fondé en 1962 ?Fond é e n 1 9 6 2 ?F o n d é e n 1 9 6 2 ?60 ans QUEBEC SCIENCE llen : Le dé?du pollen en ville Archéo : reprodu ire les gestes du pas sé AU C?UR DU MÉTAVERS Visite inédite dans un monde vir tuel 00_00_SOMMAIRE E?DITO_BABILLARD_2022-04.indd 5 ?2022-03-10 10:25 des curiosités LE CABINET 6 QUÉBEC SCIENCE | AVRIL-MAI 2022 LA LOI DU DÉSERT L es déserts n\u2019inspirent pas que les écrivains et les aventuriers.Les physiciens aussi se passionnent pour les dunes mouvantes, sculptées par le vent.Pourquoi les grains de sable s\u2019amoncellent-ils parfois en collines immenses et d\u2019autres fois en petites ridules, comme sur les plages ?Plus rarement, ils forment dans certains déserts des structures intermédiaires entre ces « longueurs d\u2019onde » extrêmes appelées mégaondulations.Espacées de quelques dizaines de centimètres à plusieurs mètres, ces vagues recèlent une loi mathématique que vient de mettre au jour une équipe internationale menée par des chercheurs de l\u2019Institut de physique théorique de l\u2019Université de Leipzig, en Allemagne.La loi s\u2019énonce simplement : quelle que soit la taille des grains de sable façonnant ces motifs, on obtient toujours la même valeur lorsqu\u2019on divise le diamètre des plus gros grains par celui des plus petits.Une sorte de nombre d\u2019or que les chercheurs ont mis en évidence à partir d\u2019échantillons de sable provenant de Namibie, de Chine, d\u2019Inde, d\u2019Israël, de Jordanie et des États-Unis.« C\u2019est vraiment frappant et les scientifiques auraient pu s\u2019en rendre compte depuis longtemps.D\u2019un autre côté, il aurait été difficile de découvrir cet étrange effet par hasard.Nous l\u2019avions prédit de façon théorique, donc nous savions exactement quoi chercher », explique Klaus Kroy, auteur principal de l\u2019article paru dans Nature Communications.Si les chercheurs ont eu cette intuition, c\u2019est qu\u2019ils connaissaient les mécanismes qui font naître ces mégaondulations.« Elles se forment dans diverses conditions et leur croissance dépend de la quantité de sable mobile, de la force des vents, etc.Mais elles sont toujours composées d\u2019un mélange de grains fins et de grains grossiers, détaille le physicien, qui parle de sable \u201cbimodal\u201d.Les grains les plus fins font de petits sauts sous l\u2019effet du vent et viennent percuter les grains plus lourds, qui se mettent en mouvement à leur tour et avancent par paliers.» D\u2019où l\u2019idée de regarder le rapport de taille entre les petits grains sauteurs et les gros rouleurs pour trouver une règle constante.Ce processus de « saltation et reptation » du sable est étudié en laboratoire depuis plusieurs décennies dans le but de comprendre la physique des matériaux granulaires.Les chercheurs allemands ont d\u2019ailleurs inclus des données de collègues du Laboratoire de simulation éolienne de l\u2019Université Ben-Gourion du Néguev, en Israël, qui disposent d\u2019un tunnel dans lequel la formation de rides de sable se produit en direct.En 2019, cette équipe avait constaté que, dans les mégaondulations, les grains grossiers s\u2019accumulent au sommet des crêtes, les fins se déposant plutôt dans les creux.Dans les sables où les grains sont plus homogènes, ce type de structure ne peut donc jamais émerger.Ces résultats sont importants pour mieux comprendre comment naissent les motifs désertiques, ici comme ailleurs dans le système solaire.Car la Terre n\u2019a pas le monopole des dunes : on en trouve sur Vénus, sur Pluton, sur la comète 67P et même sur Titan, un satellite de Saturne qui comporte des dunes de 50 km de long composées d\u2019hydrogène et de carbone.Mars aussi est connue pour ses ondoiements inhabituels ; les chercheurs allemands ont d\u2019ailleurs validé leur théorie en s\u2019appuyant sur des données martiennes obtenues par l\u2019astromobile Opportunity.« Mars a des structures plus variées que la Terre, comme des \u201ccrêtes éoliennes transverses\u201d et des rides qui ressemblent à celles qui tapissent le fond des océans.Les chercheurs débattent de leurs origines et de leur similarité avec celles de la Terre, mais pour l\u2019instant il n\u2019y a pas de consensus.Avec nos travaux, nous espérons contribuer à mieux comprendre leur formation et les conditions de vent sur place », ajoute Klaus Kroy.À ce chapitre, la planète rouge est moins tranquille qu\u2019il y paraît.Une étude publiée en 2020, entre autres par l\u2019équipe israélienne, a justement révélé que les mégaondulations martiennes qu\u2019on croyait figées se déplacent en fait d\u2019environ 10 cm par an, preuve qu\u2019il y existe des vents suffisamment forts malgré la fine atmosphère.Enfin, décortiquer les marques d\u2019ondulation est une manière de déchiffrer le passé.« Les mégaondulations sont des archives des conditions météorologiques et climatiques passées sur Terre.Et parfois, on en trouve des pétrifiées qui permettent de remonter encore plus loin dans le temps », indique l\u2019expert.Cela étant, on peut aussi se contenter d\u2019admirer le paysage et de laisser son regard se perdre dans ces tortueux méandres.Par Marine Corniou Une loi mathématique a été découverte dans les ondulations du sable sur Terre et ailleurs dans le système solaire. \u2022 IMAGES : NASA/JPL-CALTECH UNIVERSITY OF ARIZONA ; KLAUS KROY ; JOONYEOP BAEK/UNSPLASH Les mégaondulations à la surface de Mars ne sont pas immobiles, comme on l\u2019a longtemps cru.Ces images ont été prises par la caméra HiRISE du Mars Reconnaissance Orbiter.Lors de la formation des rides, les grains de sable les plus grossiers se retrouvent au sommet.Les mégaondulations ne peuvent se former qu\u2019avec du sable hétérogène.L\u2019équipe de Klaus Kroy au travail lors d\u2019un voyage de terrain.À droite, le chercheur Hezi Yizhaq et l\u2019un de ses étudiants.Des ondulations dans le parc national de White Sands, au Nouveau- Mexique.Les déserts présentent souvent une diversité de motifs, avec des « longueurs d\u2019onde » allant des dunes aux petites rides.AVRIL-MAI 2022 | QUÉBEC SCIENCE 7 SUR LE VIF \u2022 IMAGE : NASA 8 QUÉBEC SCIENCE | AVRIL-MAI 2022 J amais on n\u2019avait observé le cœur de la Voie lactée avec autant de précision : les images livrées ?n 2021 par l\u2019équipe de l\u2019Institut Max Planck de physique extraterrestre, en Allemagne, sont époustou?antes.On y voit plusieurs étoiles littéralement danser, à des vitesses vertigineuses, autour du trou noir supermassif du centre de notre galaxie.Ce monstre, appelé Sagittarius A* (prononcez « A étoile »), est un puits de gravité si intense qu\u2019il fait tourbillonner les astres à toute allure autour de lui.C\u2019est ce qui permet aux astronomes de l\u2019espionner et de le jauger sans le voir ?un trou noir étant invisible par dé?nition.« Ce qui est fascinant, c\u2019est qu\u2019on ait pu distinguer autant d\u2019étoiles si proches du trou noir et déterminer leur position aussi précisément », se réjouit Julia Stadler, coauteure des deux études parues dans Astronomy & Astrophysics.En scrutant ainsi l\u2019orbite des étoiles, les astronomes ont pu donner la meilleure estimation à ce jour de la masse du trou noir.Celle-ci atteint 4,3 millions de fois celle du Soleil, mais est contenue dans un « petit » espace (31 fois le diamètre de notre étoile).Les nouvelles observations con?r- ment en outre que les étoiles suivent exactement les trajectoires prédites par la théorie de la relativité générale, là où le « tissu » de l\u2019espace-temps est déformé à l\u2019extrême par le corps massif.Sur la cinquantaine d\u2019étoiles qui ?irtent dangereusement avec Sagittarius A*, c\u2019est la dénommée S29 qui détient le record de proximité.En mai 2021, elle est passée à une distance de 13 milliards de kilomètres du trou noir, soit environ 90 fois la distance Soleil-Terre, à la vitesse hallucinante de 8 740 km/s, précise l\u2019équipe.« Nous avons aussi découvert une nouvelle étoile, ce qui est excitant », ajoute Julia Stadler.Baptisée S300, elle est moins lumineuse que les autres, mais constitue une sonde de plus pour les chercheurs.Pour atteindre ce niveau de détail sur une région située à 26 000 années-lumière de la Terre, les astronomes ont combiné quatre télescopes de 8,5 m chacun (les VLT, au Chili) pour en faire un « interféromètre », soit un système dont la résolution est équivalente à celle d\u2019un télescope de 130 m.Cet interféromètre, appelé GRAVITY, est entré en fonction en 2016 et avait déjà permis de valider certains aspects de la relativité générale, dont le fait que la lumière des étoiles est « étirée » vers les longueurs d\u2019onde rouges par la force gravitationnelle.Mais la collaboration GRAVITY, dirigée par l\u2019Allemand Reinhard Genzel, dont les travaux sur Sagittarius A* lui ont valu un prix Nobel en 2020, a peau?né sa technique pour gagner encore en précision.« Pour avoir une meilleure sensibilité et détecter des objets moins brillants, dont S300, nous avons utilisé un algorithme d\u2019apprentissage automatique appelé \u201cthéorie des champs d\u2019information\u201d », indique Julia Stadler.Cette technique permet de modéliser les sources que GRAVITY sait repérer et de comparer cette simulation avec les observations réelles, histoire d\u2019af?ner les analyses d\u2019images.« Nous avons aussi conçu cet algorithme pour nous aider à gérer la grande variabilité de Sagittarius A* », note-t-elle.Car ce dernier lâche aléatoirement des « bouffées » de rayons X et d\u2019ondes radio qui perturbent tout le voisinage.CARACTÈRE IMPÉTUEUX Cette variabilité fait justement l\u2019objet de recherches poussées par la spécialiste des trous noirs Daryl Haggard, de l\u2019Uni- Voyage au centre de la galaxie Sagittarius A*, le trou noir supermassif qui trône au centre de notre galaxie, révèle peu à peu ses secrets\u2026 Mais c\u2019est son visage que tous veulent voir ! Par Marine Corniou Au centre de la Voie lactée siège un trou noir supermassif autour duquel se massent des étoiles et de la poussière un milliard de fois plus denses qu\u2019en périphérie de la galaxie. Carnet de santé Dre ALEXANDRA S.ARBOUR @alexandraarbour AVRIL-MAI 2022 | QUÉBEC SCIENCE 9 M.Tanguay a 70 ans et toutes ses dents.Il a aussi toute sa tête, mais aujourd\u2019hui, il sent qu\u2019il va la perdre.« Docteure, je n\u2019en peux plus.Je crains d\u2019y passer.» Mais quel est donc le problème ?« Je n\u2019arrive plus à dormir.» Moi-même mère d\u2019un jeune enfant, la sympathie que j\u2019éprouve à son égard est immense.Je suis de ceux qui ont compris à la dure que la qualité du sommeil est une condition sine qua non de la qualité de vie.En effet, nous passons ?en principe ?le tiers de notre existence à dormir ! Les problèmes au moment de se mettre au lit ne sont pas le propre de la petite enfance ou du troisième âge.La moitié des Canadiens en souffrent à un moment ou à un autre de leur vie.Cette proportion n\u2019a pas diminué durant la pandémie, où toutes les raisons étaient bonnes pour mal dormir.Mais qu\u2019entend-on par « insomnie » ?D\u2019abord, notons qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un trouble de santé mentale décrit dans le DSM-5, manuel de référence en matière de critères diagnostiques en psychiatrie.On y qualifie d\u2019insomniaque le patient qui est insatisfait de la qualité ou de la quantité de son sommeil, qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019une difficulté d\u2019endormissement (insomnie initiale), d\u2019éveils fréquents (insomnie de maintien) ou d\u2019un éveil matinal involontaire, prématuré et prolongé (insomnie terminale).Dans un article qu\u2019a publié la revue The Lancet, des chercheurs ont tenté de préciser cette définition.Pour eux, un patient a des problèmes de sommeil quand il lui faut plus de 30 minutes pour s\u2019endormir, qu\u2019il reste involontairement éveillé plus de 30 minutes la nuit ou qu\u2019il n\u2019arrive pas à dormir plus de 6,5 heures au total.« Je suis malade, docteure », croit fermement M.Tanguay.Mais est-ce vraiment le cas ?Je dois explorer avec lui les causes d\u2019insomnie sous-jacentes réversibles.Est-ce un trouble psychiatrique qui l\u2019empêche de dormir, comme l\u2019anxiété, la dépression ou encore des hallucinations ?A-t-il un problème physique mal soigné, telle une inflammation du nerf sciatique ou une insuffisance cardiaque ?Ou ne souffre- t-il pas plutôt du syndrome des jambes sans repos ou d\u2019apnée du sommeil ?une affection qui, non traitée, est un facteur de risque très important de troubles cognitifs ?Bien que M.Tanguay n\u2019ait rien de tout cela, il me supplie de lui prescrire un médicament qui lui permettra de retrouver les bras de Mor- phée.Je lui explique que les sédatifs ne sont pas une panacée.Ils n\u2019offrent que 23 minutes de sommeil supplémentaire par nuit, au prix de risques notables sur la santé comme des chutes, de la confusion et même ?presque toujours ?une dépendance à long terme.M.Tanguay bougonne devant mon refus de lui offrir cette solution de dépannage.Je ressens souvent de la pression de la part de mes patients pour leur donner une molécule qui facilitera leur sommeil.Comme gériatre, je suis certainement encline à déconseiller les médicaments pour dormir, tels que les benzodiazépines, les antipsychotiques ou les antihistaminiques, qu\u2019ils soient sur ordonnance ou en vente libre.Je préfère discuter avec mes patients d\u2019hygiène du sommeil : réduire le nombre de siestes par jour, se coucher à heures fixes, se lever et retourner plus tard au lit si l\u2019on ne s\u2019endort pas afin d\u2019accentuer l\u2019association lit-sommeil, éviter l\u2019alcool et le café avant d\u2019aller se coucher, limiter le recours aux écrans deux heures avant de se glisser sous les couvertures.Si certains patients tendent l\u2019oreille, la majorité d\u2019entre eux reviennent à la charge, comme M.Tanguay : « Je suis anormal, je le sais ! » Tiens, tiens\u2026Et si c\u2019était cela, le problème ?La science est sans équivoque : le meilleur remède pour les troubles du sommeil est la thérapie cognitivocomportementale.Ce n\u2019est pas aussi rapide qu\u2019avaler une pilule, mais les résultats sont au rendez-vous et durables.Le thérapeute peut ainsi déconstruire les distorsions cognitives en lien avec le sommeil et restaurer des habitudes de repos nocturne optimales.De plus, il semble que la méthode soit tout aussi efficace en télémédecine, selon un récent essai randomisé décrit dans la revue savante Sleep\u2026 Plutôt pratique par les temps qui courent.Prendre plus de temps à s\u2019endormir, connaître davantage de microéveils, se réveiller plus tôt le matin\u2026 J\u2019ai dû dire à M.Tanguay que tout cela fait dorénavant partie de sa vie et qu\u2019il doit, d\u2019une certaine façon, s\u2019y faire.« Il est tout à fait normal de ne plus dormir comme un bébé quand on avance en âge.Et si vous voulez mon avis, un bébé non plus ne dort pas si bien que ça, parole de jeune maman ! » Je dors, donc je suis versité McGill.Dans un article publié début 2022, son équipe a passé en revue 15 ans de données pour conclure que « notre » trou noir était à la fois instable d\u2019une journée à l\u2019autre et imprévisible à long terme.Après une accalmie entre 2008 et 2012, les émissions de rayons X ont repris de plus belle depuis 2017.Les mécanismes derrière ces sursauts énergétiques ne sont pas encore élucidés.Il pourrait s\u2019agir de distorsions du champ magnétique ou encore de corps qui sont déchirés par le trou noir.Une chose est sûre : cette inconstance complique la tâche des chercheurs, notamment ceux du consortium Event Horizon Telescope (EHT), un réseau de huit radiotélescopes répartis sur la planète qui est parvenu en 2019 à « photographier » un autre trou noir supermassif, au cœur de la galaxie M87.On parle ici de l\u2019image des photons émis par la matière et les gaz qui orbitent autour du trou noir, car l\u2019astre lui-même ne renvoie aucune lumière.Sagittarius A* est leur deuxième cible, mais il rechigne à se faire tirer le portrait.« La variabilité est un gros dé?: les images peuvent varier après quelques dizaines de minutes, alors que nous essayons de prendre une photo sur plusieurs heures », con?e Geoffrey Bower, qui fait partie des 300 chercheurs de l\u2019EHT.L\u2019autre obstacle : les gaz ionisés qui se trouvent dans l\u2019axe du centre galactique et qui ?outent l\u2019image.« Cette diffusion est très forte.Nous avons dû mettre au point des techniques pour limiter cet effet et nous devons comprendre comment elles in?uent sur nos résultats.Nous sommes prudents, mais l\u2019image devrait être publiée en 2022 », ajoute l\u2019expert de l\u2019Institut d\u2019astronomie et d\u2019astrophysique de Taiwan.Sagittarius A* s\u2019apprête donc à sortir de l\u2019ombre. SUR LE VIF 10 QUÉBEC SCIENCE | AVRIL-MAI 2022 \u2022 IMAGE : SHUTTERSTOCK.COM L a diplomatie culinaire existe depuis toujours.Les chefs d\u2019État s\u2019invitent autour de bonnes tables pour créer des liens et négocier des accords.Un outil de prestige pour montrer la puissance du pays, mais qui permet aussi d\u2019entretenir des rapports de con?ance.Faire de la politique par les papilles appartient à l\u2019arsenal pluridisciplinaire d\u2019une grande nation.De quoi créer un programme universitaire de science politique ?Eh oui ! La première cohorte de la majeure Boire, manger, vivre, de l\u2019Institut d\u2019études politiques de Lille, en France, achève sa première année.Malgré ce que son nom laisse entendre, le sujet est sérieux.On articule les thèmes habituels de la science politique, tels que l\u2019environnement et les relations internationales, autour des enjeux contemporains de l\u2019alimentation.Cela donne des cours sur les politiques agricoles, l\u2019histoire du véganisme, la production viticole et l\u2019inégalité des sexes en cuisine, entre autres choses.Le maître de conférence responsable du programme, Benoît Lengaigne, explique : « Il faut à la fois embrasser ces verbes ?boire, manger, vivre ?dans des enseignements de sciences sociales et \u201cvraiment\u201d boire, manger et vivre », c\u2019est-à-dire que les étudiants apprennent littéralement à déguster les vins, spiritueux et sakés, en plus d\u2019être formés en cuisine.De quoi donner envie ! Un autre sujet est au menu : la gastro- diplomatie, dont les étudiants pourraient un jour user.Cela consiste à utiliser la gastronomie pour promouvoir une ville, une région, un pays sur la scène internationale, montrer ses forces et nourrir l\u2019intérêt des touristes et des investisseurs.Julia Csergo est professeure invitée à l\u2019Institut d\u2019études politiques de Lille.Elle est également professeure au Département d\u2019études urbaines et touristiques de l\u2019Université du Québec à Montréal, où l\u2019École des sciences de la gestion a lancé, à l\u2019automne 2021, deux programmes de deuxième cycle portant sur les enjeux contemporains de l\u2019alimentation.Elle raconte que le terme gastrodiplomatie est apparu pour la première fois en 2002 en Thaïlande.Le pays a investi dans certains restaurants pour qu\u2019ils deviennent des ambassadeurs et pour augmenter ainsi le nombre d\u2019établissements thaïlandais dans le monde.La Corée du Sud aussi a développé sa gastrodiplomatie.En 2009, le gouvernement a injecté 44 millions de dollars pour que la cuisine coréenne se hisse parmi les cinq premières cuisines du monde.« Le but était de concurrencer les sushis avec le bibimbap ! relate Julia Csergo.L\u2019État donne des bourses d\u2019études à l\u2019étranger et a inscrit ses produits au patrimoine immatériel de l\u2019Unesco ; c\u2019est toute une stratégie.» Cette diplomatie parallèle permet de travailler l\u2019image de marque d\u2019un pays.La photo de Justin Trudeau attablé avec l\u2019ancien président américain Barack Obama au restaurant Joe Beef à Montréal illustre bien les retombées que la cuisine peut apporter à un État sur la scène internationale.« Et ces avantages réputa- tionnels se traduisent par des avantages économiques.C\u2019est un levier important dont les pays doivent désormais tenir compte dans leurs échanges commerciaux mondiaux », rappelle la professeure.Faire de la politique par les papilles L\u2019alimentation prend beaucoup de place dans nos vies et en occupe une de plus en plus grande dans les départements universitaires.Par Sophie Grenier-Héroux Technopop CHLOÉ FRESLON @f_chloe La courte échelle de la pornographie Par Charles Prémont AVRIL-MAI 2022 | QUÉBEC SCIENCE 11 \u2022 IMAGE : SHUTTERSTOCK.COM P our les psychologues, diagnostiquer une utilisation problématique de la pornographie chez un patient n\u2019est pas chose aisée, car les tabous qui entourent cette activité sont persistants.La pornographie étant souvent considérée comme immorale, l\u2019impression d\u2019en être dépendant relève beaucoup des principes éthiques de chaque individu, qui sont nécessairement subjectifs.D\u2019où l\u2019importance de posséder un outil permettant d\u2019établir un diagnostic objectif, tel que celui mis au point par une équipe formée entre autres de chercheurs québécois.Le trouble du comportement sexuel compulsif (ou CSBD pour compulsive sexual behaviour disorder) est reconnu comme une maladie mentale par l\u2019Organisation mondiale de la santé depuis 2018.Selon Beáta Böthe, chercheuse postdoctorale en psychologie à l\u2019Université de Montréal, le CSBD présente plusieurs sous-formes.« Certaines études cliniques montrent que l\u2019utilisation problématique de la pornographie en serait la manifestation la plus commune, indique-t-elle.Environ 80 % des gens qui consultent [pour un CSBD] rapportent avoir cette dépendance.» Or, ce n\u2019est pas toujours le cas.Après avoir créé une première échelle il y a quelques années, la PPCS-18 (pour Problematic Pornography Consumption Scale), utilisée en Chine, en Pologne et au Québec, Beáta Böthe et des collègues en ont conçu une version plus courte.Cette nouvelle version permettra de faire un dépistage rapide en clinique et sera plus facile à intégrer dans de grandes études scienti?ques.La PPCS-6 se concentre sur 6 des 18 questions du premier outil.L\u2019équipe l\u2019a testée : même s\u2019il était évident que cette échelle serait moins multidimensionnelle que sa version longue, elle devait quand même permettre de déceler un éventuel problème de manière précise.Grâce à une enquête à laquelle plus de 15 000 répondants ont participé, les chercheurs ont démontré que la PPCS-6 conserve la majeure partie des qualités psychométriques de la PPCS-18.Mais l\u2019une comme l\u2019autre possèdent des angles morts.« Dans nos recherches, la plupart du temps, nous interrogeons des hommes blancs, dit Beáta Böthe.Est-ce que les outils de diagnostic que nous en tirons fonctionnent aussi bien pour les femmes ?Nous travaillons là-dessus ! » A vant de parler du « J\u2019aime pas », commençons par le « J\u2019aime ».Ce bouton est devenu un incontournable du Web ; c\u2019est un moyen relativement standardisé d\u2019exprimer une réaction positive\u2026 ou pas.Vous pouvez ainsi aimer une publication Facebook qui vous enchante, mais aussi une mauvaise nouvelle et, malgré l\u2019ambigüité, tout le monde comprendra ce que votre pouce en l\u2019air signifie.Fait amusant, Adam Bosworth, ingénieur chez Facebook, raconte que le bouton devait au départ s\u2019appeler « Génial », mais qu\u2019il a ensuite été remplacé par « J\u2019aime », plus universel.Le « J\u2019aime pas » est plus controversé.Facebook ne l\u2019a jamais intégré à sa palette de réactions, tandis que d\u2019autres plateformes, comme Reddit, ont depuis longtemps adopté l\u2019idée en utilisant les votes négatifs comme mécanisme de base pour attribuer une valeur qualitative au contenu.YouTube le propose également, mais l\u2019affichage du nombre exact de « J\u2019aime pas » pour un contenu précis est disparu en novembre 2021 ; seul le créateur de la vidéo a accès à cette donnée.YouTube s\u2019est expliquée en disant vouloir « mieux protéger les créateurs du harcèlement, contribuer à ce que les petits créateurs et ceux qui débutent puissent prospérer et créer un environnement inclusif et respectueux ».Ce changement n\u2019est pas passé inaperçu ! Il existe des arguments convaincants en faveur du « J\u2019aime pas ».D\u2019abord, il s\u2019agit d\u2019un des rares signaux que les utilisateurs des différentes plateformes Web peuvent employer pour distinguer ce qui est bon de ce qui ne l\u2019est pas.Car en général, les plateformes donnent très peu d\u2019indications aux utilisateurs quant à la qualité du contenu, désireuses qu\u2019ils restent le plus longtemps possible sur la plateforme et que les annonceurs y affichent plus de publicités.L\u2019internaute est perdant, surtout que notre capacité d\u2019attention semble diminuer d\u2019année en année.Une accumulation de pouces en bas pour signifier qu\u2019un contenu est mauvais nous ferait gagner du temps.Si l\u2019utilisation du bouton « J\u2019aime pas » peut renforcer le harcèlement en ligne, il m\u2019apparaît jouer un rôle plutôt mineur par rapport aux commentaires hargneux et à la cyberintimidation, qui nécessitent l\u2019attention particulière de YouTube et auxquels la plateforme a l\u2019air de porter peu d\u2019intérêt.S\u2019attaquer au symbole du pouce est peut-être plus facile ?Le controversé bouton « J\u2019aime pas » Polémique JEAN-FRANÇOIS CLICHE @clicjf 12 QUÉBEC SCIENCE | AVRIL-MAI 2022 \u2022 ILLUSTRATION : VIGG P endant presque toute l\u2019histoire de l\u2019humanité, les virus ont été des vecteurs de maladies qui ne pouvaient faire aucun bien.Or, maintenant qu\u2019on est capable de les manipuler avec une extrême précision, ils peuvent être bien plus que des nuisances ?en fait, certains sont devenus des outils très pratiques.Mais chaque fois que l\u2019humanité maîtrise une nouvelle technique, cela soulève des questions épineuses.Deux vaccins anti-COVID-19 (AstraZeneca et Janssen) montrent bien cette utilité.Ils contiennent des adénovirus inoffensifs qui portent un gène du SRAS-CoV-2 jusque dans nos cellules.Celles-ci se mettent alors à produire la protéine de spicule grâce à laquelle le coronavirus s\u2019accroche à nos cellules.Le système immunitaire apprend à la reconnaître et à la bloquer, et nous voilà immunisés.Ces adénovirus ?qu\u2019on désigne par le terme vecteurs viraux ?ont été modi?és de manière qu\u2019ils ne puissent pas se répliquer.Une fois qu\u2019ils sont entrés dans la cellule avec leur « cargaison », leur chemin s\u2019arrête là.Si l\u2019on n\u2019avait pas procédé ainsi, ils se multiplieraient pendant un certain temps et la personne vaccinée pourrait les transmettre à d\u2019autres personnes qui\u2026 deviendraient alors vaccinées contre la COVID-19.Pour la grande majorité des gens, ce serait un avantage.Mais il y a aussi des individus immunosupprimés pour qui même un adénovirus bénin peut être mortel.Il est donc important que ces virus ne puissent pas se reproduire.En 2016 cependant, trois chercheurs proposaient, dans l\u2019Expert Review of Vaccines, de se servir de ce type de « vaccin contagieux » pour protéger la faune sauvage contre des maladies qu\u2019elle transmet à l\u2019humain, comme la ?èvre Ebola.Comme il s\u2019avérerait impossible de capturer toutes les chauves-souris qui servent probablement de réservoir à ce terrible virus pour les vacciner, il serait envisageable d\u2019en immuniser un petit nombre, puis de les relâcher dans la nature, où elles « infecteraient » leurs semblables avec le vaccin.Au lieu de contenir les épidémies, on les empêcherait carrément de survenir.La pandémie de COVID-19 ?dont on soupçonne fortement une origine sauvage ?a évidemment relancé l\u2019idée.En 2020, dans Nature Ecology & Evolution, deux chercheurs de l\u2019Université d\u2019Idaho, aux États-Unis, voyaient dans les virus autodisséminants de vaccins « une occasion de changer complètement la manière dont on considère les maladies infectieuses émergentes ».Mais voilà, l\u2019idée n\u2019est pas sans risque.Des virus en mesure de se répliquer sont des virus qui ont la capacité d\u2019évoluer, et il est impossible de prédire de quelle manière, rappelaient en janvier dernier, dans Science, des virologues qui dénonçaient une érosion dangereuse de la prudence qui a toujours marqué ce champ de recherche.L\u2019une des plus belles preuves de cela est un vaccin contre la poliomyélite.Ce vaccin contient un virus atténué qu\u2019on a modi?é pour qu\u2019il perde toute virulence, mais qui reste capable de se reproduire dans l\u2019intestin.On sait maintenant que le virus atténué de ce vaccin qui n\u2019est plus offert au Québec depuis 1996 peut non seulement passer d\u2019une personne à l\u2019autre, mais aussi muter pour redevenir dangereux.Des travaux parus en 2021 dans Cell Host & Microbe ont révélé que des pressions de sélection s\u2019exerçaient sur ce virus.Les défenseurs de la méthode répondent à cela qu\u2019on peut « programmer » une lignée de virus pour qu\u2019elle cesse rapidement de se transmettre, au bout de quelques générations.Je ne sais pas trop de quel côté pencher dans ce débat.Le fait de se servir d\u2019outils dont on ignore s\u2019ils entraîneront des catastrophes soulève des problèmes éthiques aussi graves qu\u2019évidents.Mais est-il plus éthique de dire aux populations les plus exposées au virus Ebola qu\u2019on pourrait faire quelque chose de plus pour les aider, mais qu\u2019en raison de risques vagues et dif?ciles à évaluer on ne le fera pas ?Ce qui m\u2019apparaît clair, cependant, est que l\u2019appel à encadrer au plus vite l\u2019usage des virus autodisséminants lancé dans Science mérite d\u2019être entendu.Comme l\u2019indiquent les auteurs, les capacités techniques dont on dispose aujourd\u2019hui rendent la modification des virus très accessible.Beaucoup de laboratoires dans le monde pourraient facilement et rapidement s\u2019engager dans une telle entreprise pour peu qu\u2019un gouvernement les y autorise ou leur en donne les ressources.Il est probablement plus réaliste de se demander « quand » pareils travaux s\u2019amorceront plutôt que « si ».Autant commencer à y réfléchir tout de suite.Les « vaccins contagieux » L\u2019heure est à la science RESTEZ CONNECTÉ À LA SCIENCE www.quebecscience.qc.ca Science \u2022 Santé \u2022 Espace \u2022 Société \u2022 Technologie Et suivez-nous ENTREVUE \u2022 IMAGES : SHUTTERSTOCK.COM 14 QUÉBEC SCIENCE | AVRIL-MAI 2022 L\u2019économie, cette soupe d\u2019atomes Il est temps de repenser notre manière d\u2019analyser l\u2019économie, plaide Jean-Philippe Bouchaud.Et selon ce chercheur atypique qui n\u2019a pas la langue dans sa poche, la physique peut nous aider à comprendre ce qui nous échappe.Par Karl Rettino-Parazelli \u2022 IMAGE : CFM ans l\u2019univers de l\u2019économie et de la ?nance, où les graphiques bien lisses et les prévisions à la décimale près sont rois, Jean-Philippe Bouchaud est un électron libre.Non seulement parce qu\u2019il remet en question les modèles en place, mais aussi parce que sa spécialité, c\u2019est la physique.Depuis ses débuts dans le monde de la physique statistique il y a près de 40 ans, ce Français élu en 2018 à la prestigieuse Académie des sciences, qui enseigne à l\u2019École normale supérieure de Paris et qui préside le Capital Fund Management (CFM), une importante société d\u2019investissement, tente d\u2019élargir les horizons des décideurs et de M.et Mme Tout-le-monde en leur proposant une nouvelle manière de concevoir l\u2019économie.Une vision selon laquelle les marchés ?nanciers sont comme des atomes en interaction : complexes et bien plus imprévisibles qu\u2019on aimerait le croire.Québec Science : Comment vous décririez-vous ?Jean-Philippe Bouchaud : Je suis un chercheur dans l\u2019âme.Je suis très actif dans la recherche universitaire, mais aussi dans une recherche beaucoup plus appliquée en tant que président du CFM.J\u2019ai donc deux casquettes assez différentes, mais je me décrirais comme un chercheur-chef d\u2019entreprise.J\u2019aime porter les deux en même temps.QS Pourquoi critiquez-vous les modèles économiques traditionnels ou « néoclassiques » ?JPB Les modèles classiques ne tiennent pas compte des crises extrêmes engendrées par le système lui-même.C\u2019est facile de comprendre des crises créées par des éléments exogènes, comme un tremblement de terre ou la pandémie que nous connaissons actuellement.Un choc bien circonscrit permet d\u2019expliquer ce qui se passe.Mais la possibilité que les marchés ?nanciers ou les économies soient intrinsèquement instables échappe à la façon de penser néoclassique.Pour les économistes traditionnels, les marchés ?nanciers re?ètent le prix fondamental.Les modèles néoclassiques ne tiennent pas compte de l\u2019interaction entre des agents économiques [investisseurs, entreprises, consommateurs, etc.] qui ne sont pas complètement rationnels ni du fait que nous vivons dans un monde extrêmement complexe.Nous avons tous des biais comportementaux ; nos actions sont notamment in?uencées par ce que font les autres.QS Qu\u2019est-ce que la physique a à voir avec ces constats?JPB Depuis le début du 20e siècle, la physique statistique nous a appris que, en présence d\u2019interactions, un système peut être déstabilisé sans raison apparente.Par exemple, une avalanche est déclenchée par AVRIL-MAI 2022 | QUÉBEC SCIENCE 15 ENTREVUE un évènement complètement anecdotique qui, par un effet d\u2019interactions et d\u2019ampli- ?cation, entraîne une conséquence qui n\u2019a rien à voir avec l\u2019amplitude de la cause.Les modèles des systèmes complexes sur lesquels je travaille permettent d\u2019introduire de petites causes qui peuvent engendrer de grands effets.Dans ces modèles, il existe plusieurs équilibres possibles : on peut se trouver dans un équilibre pendant un certain moment et, de façon presque inattendue, se retrouver dans un nouvel équilibre sans revenir à l\u2019équilibre précédent.C\u2019est comme une bille dans un bol.Avec les modèles économiques traditionnels, quand on secoue le bol, la bille bouge et, quand on arrête de le secouer, elle retombe au fond.Avec les systèmes complexes, il y a plusieurs bols les uns à côté des autres et, quand on ballotte suf?samment la bille, elle peut sauter d\u2019un bol à l\u2019autre.Quand on est dans un modèle comme celui-là, on peut faire des prédictions complètement différentes.QS Est-ce à dire que vous voulez offrir plus de flexibilité à notre analyse de l\u2019économie ?JPB Exactement.John Maynard Keynes [un important théoricien de l\u2019économie du 20e siècle] disait qu\u2019« il est préférable d\u2019avoir presque raison que précisément tort ».Les modèles néoclassiques essaient de faire des prédictions extrêmement précises, mais ratent une bonne partie de ce qui se passe réellement dans l\u2019économie.Pour revenir à notre image des bols, si le modèle qu\u2019on utilise n\u2019a qu\u2019un seul bol, on ne peut pas tout décrire.Avoir « presque raison », c\u2019est comprendre les scénarios possibles.Nos modèles simulent donc le monde avec des millions d\u2019agents qui ont des interactions les uns avec les autres ainsi que des biais comportementaux.De la même manière qu\u2019on peut faire apparaître des phénomènes physiques très différents à partir d\u2019une soupe d\u2019atomes, comme l\u2019eau qui peut être liquide ou glacée, on peut faire apparaître l\u2019économie dans des états très différents, qui peuvent être fonctionnels ou dysfonctionnels.Si l\u2019on jette à la poubelle la notion d\u2019interactions, on ne pourra pas décrire les effets de type avalanche, comme la panique bancaire, qui font en sorte que l\u2019économie est beaucoup plus volatile que les modèles traditionnels l\u2019envisagent.QS Est-ce que vos modèles peuvent prédire ce qui va se produire au-delà des scénarios possibles ?JPB Non.C\u2019est un peu frustrant ; la science devrait être prédictible.Mais je pense qu\u2019il faut l\u2019accepter.On ne peut pas tout maîtriser, on ne peut pas tout calculer, mais au moins, essayons de ne pas rater des évènements rares qui sont en fait faciles à anticiper quand on possède les bons outils.QS Les banques centrales devraient-elles utiliser ce type de modèle pour prendre leurs décisions ?JPB Nous ne prétendons pas que nos modèles sont assez sophistiqués pour devenir des outils de politique monétaire ?ables à l\u2019heure actuelle, mais ils sont des outils d\u2019aide à la ré?exion.Ce sont des générateurs de scénarios.Par exemple, dans un article rédigé au début de la crise de la COVID-19, mes collègues et moi avons constaté que la mise en place de politiques qui permettraient d\u2019éviter l\u2019effondrement de l\u2019économie entraînerait ensuite de l\u2019in?ation.Je ne dis pas que l\u2019in- ?ation que nous voyons actuellement est exactement celle que nous avions prédite, mais il y a un mécanisme très clair que nous avons compris en effectuant la simulation.Notre modèle a montré un autre état d\u2019équilibre possible, celui d\u2019une in?ation plus élevée à long terme, qui n\u2019existe pas dans les modèles classiques.QS Comment votre rôle de président d\u2019une société d\u2019investissement est-il perçu par vos collègues scientifiques ?JPB La finance n\u2019a pas toujours bonne presse, donc porter une casquette de chef d\u2019entreprise, ce n\u2019est pas toujours facile.Les « On ne peut pas tout maîtriser, on ne peut pas tout calculer, mais au moins, essayons de ne pas rater des évènements rares qui sont en fait faciles à anticiper quand on possède les bons outils.» 16 QUÉBEC SCIENCE | AVRIL-MAI 2022 choses ont toutefois évolué depuis 30 ans.Je pense qu\u2019il y avait beaucoup de sourcils levés à l\u2019époque, mais que maintenant les interrelations sont plus fortes entre le monde universitaire et le monde de l\u2019entreprise.L\u2019interdisciplinarité, c\u2019est une chose dont tout le monde parle.On dit qu\u2019il faut des gens de toutes les disciplines pour accomplir des progrès.En théorie, c\u2019est très bien.En pratique, l\u2019interdisciplinarité est dif?cile à mettre en place parce que les gens ne vous écoutent pas ou trouvent que vous ne connaissez rien.Le chemin a été long, mais je crois avoir réussi à démontrer que mon approche est applicable.Elle permet à la physique d\u2019irriguer une autre discipline.C\u2019est le mieux qu\u2019on puisse espérer pour une science.QS Le plus récent prix Nobel d\u2019économie a été remis à des chercheurs qui ont confronté les modèles économiques à la réalité du terrain, à de véritables situations locales, sortes d\u2019expériences naturelles.Est-ce que cette façon de faire se rapproche de la vôtre ?JPB Tout à fait.Je pense que l\u2019économie va beaucoup évoluer dans les années à venir.La science économique n\u2019est pas monolithique, il y a un très large spectre de recherches.Le malheur, c\u2019est que le haut du pavé est occupé par des économistes très classiques.Ce sont les gardiens du temple.En 20 ans, je n\u2019ai jamais réussi à faire publier un seul article dans l\u2019une ou l\u2019autre des cinq plus grandes revues de la discipline.Cela dit, je pense que nous sommes arrivés à un point de basculement.QS Lequel ?JPB Je crois que les modèles néoclas- siques seront remplacés.Cela dit, je ne pense pas que la physique à elle seule sera suffisante pour y arriver.Il faudrait faire intervenir des gens avec des connaissances très variées : des historiens, des sociologues, des économistes, des mathématiciens, des informaticiens, des physiciens\u2026 La physique a sa pierre à apporter, j\u2019en suis absolument convaincu, mais il faut l\u2019insérer dans un effort intellectuel beaucoup plus vaste.editionsmultimondes.com Offert en version numérique Qui était Lady Sapiens ?Une enquête passionnante basée sur les plus récentes recherches en paléontologie TECHNOLOGIE Quel est le rêve (ou le cauchemar) qui se dessine derrière le métavers dont on assistera bientôt à l\u2019essor ?Nous vous proposons ici une courte anticipation.PAR CHARLES PRÉMONT S on réveil-matin sonne.Aurélie ouvre les yeux et son premier geste, un réflexe, est de mettre ses lunettes.Alors qu\u2019elle s\u2019étire dans son lit, encore engourdie de sommeil, la lentille numérise son iris.Son identité confirmée, Ivy, l\u2019assistante intelligente du métavers, lui souhaite la bienvenue.Dehors, de lourds nuages pèsent sur Montréal.?Ivy, mets l\u2019ambiance californienne s\u2019il te plaît.Immédiatement, les fenêtres de son logement se couvrent d\u2019une belle lumière dorée.En passant devant l\u2019une d\u2019elles pour aller se servir un café, Aurélie aperçoit la plage et le quai de Santa Monica, alors que les quelques enceintes acoustiques réparties dans l\u2019appartement font entendre le bruit que feraient les vagues derrière les vitres.L\u2019illusion n\u2019est pas parfaite, mais suf?sante pour lui faire oublier la grisaille de ce mois de novembre.Mis à part quelques meubles et un vélo stationnaire de location, le studio d\u2019Aurélie est vide.Elle est à Montréal pour quelques semaines seulement.Ensuite, ce sera Vancouver pour un mois ou deux, puis l\u2019Asie du Sud-Est.Son travail dans une grande ?rme d\u2019architecture française lui donne la liberté de travailler à distance et de voyager, tant qu\u2019elle s\u2019accommode des fuseaux horaires.Elle a tout de même l\u2019impression d\u2019être chez elle.Grâce à ses lunettes intelligentes, les murs sont tapissés de ses œuvres numériques préférées qui la suivent, peu importe où elle se trouve dans le monde.Une icône dans le coin de son champ de vision lui rappelle qu\u2019il est l\u2019heure de son entraînement.Elle se dirige vers son vélo et, lorsqu\u2019elle se met en selle, son application démarre.Elle retrouve avec plaisir son amie Anne, qui est en Afrique du Sud, et elles en pro?tent pour échanger quelques mots en visioconférence.Deux minutes plus tard, leur instructeur belge, Bertrand, se joint à elles.Pendant qu\u2019il explique le programme de la journée, les étapes de la séance à venir, un chronomètre et le rythme cardiaque d\u2019Aurélie, retransmis par sa montre intelligente, s\u2019af?chent devant ses yeux.Le métavers est un concept né dans l\u2019imagination d\u2019auteurs de science-?c- tion.La paternité en est le plus souvent attribuée à l\u2019auteur américain Neal Stephenson et son livre Le samouraï virtuel.L\u2019idée romancée ?et dystopique ?qu\u2019on s\u2019en fait aujourd\u2019hui a aussi été popularisée par l\u2019ouvrage d\u2019Ernest Cline Player One, adapté en 2018 au cinéma par Steven Spielberg.PLONGÉE DANS LE MÉTAVERS ILLUSTRATIONS : SÉBASTIEN THIBAULT DIRECTION ARTISTIQUE : NATACHA VINCENT 18 QUÉBEC SCIENCE | AVRIL-MAI 2022 AVRIL-MAI 2022 | QUÉBEC SCIENCE 19 \u2022ILLUSTRATION : SÉBASTIEN THIBAULT Il y est présenté comme un environnement numérique en trois dimensions dans lequel on peut travailler, créer, se divertir, faire des rencontres et, surtout, acheter.C\u2019est un univers virtuel en continu, existant en temps réel, qui construit son histoire (pour tenir compte de paiements ou de droits acquis).C\u2019est ce que Facebook (sous son nouveau nom Meta) expérimente avec sa nouvelle plateforme sociale, Horizon World.Microsoft a développé Mesh et plusieurs croient que sa récente acquisition d\u2019Activision Blizzard, au coût de 68,7 milliards de dollars américains, est en grande partie un investissement dans le métavers.Epic Games a déjà annoncé sa volonté d\u2019y investir et les efforts de Roblox en ce sens ont été maintes fois soulignés par la presse.Google et Apple travaillent aussi sur des technologies de réalité augmentée ou de réalité virtuelle (RV) qui pourront être utilisées dans le métavers.Révolutionnaire ?Pas tant que ça.La plateforme Second Life proposait déjà, au début des années 2000, une sorte de métavers.Des jeux massivement multi- joueurs (JMM), comme Fortnite ou Roblox, présentent également des environnements numériques très proches de ce concept.Les compagnies qui les possèdent en sont conscientes.Epic Games a déjà tenu des concerts dans Fortnite, dont celui de Travis Scott qui a attiré 28 millions de spectateurs.« Lorsque je travaillais chez Epic Games [entre 2013 et 2017], cela faisait déjà longtemps qu\u2019on parlait du concept de métavers, indique Celia Hodent, une psychologue française reconnue aujourd\u2019hui comme l\u2019une des grandes expertes de l\u2019expérience utilisateur dans l\u2019industrie du jeu vidéo.L\u2019idée est de concevoir un univers que les joueurs pourraient expérimenter \u201cde l\u2019intérieur\u201d, où ils seraient des créateurs.» Rien de nouveau sous le soleil, alors.Mais avec les avancées en réalité augmentée et en réalité virtuelle, le métavers pourrait trouver un second souf?e et en?n atteindre un large public, notamment en améliorant l\u2019effet de présence que nous pourrons y ressentir.C\u2019est le rêve des géants technologiques : mettre au point un Internet « incarné ».Autrement dit, nous ne serons pas devant un ordinateur à regarder un écran : nous serons « dans » Internet.Il sera partout et toujours autour de nous.Une fois sa douche prise, Aurélie se prépare en vue d\u2019une réunion avec des investisseurs américains.Elle revêt des gants haptiques qui lui donnent l\u2019impression de toucher les objets qu\u2019elle manipule dans la réalité virtuelle et met son casque de RV, plus performant que ses simples lunettes intelligentes.Celui-ci ?lme son visage en permanence et retransmet chacune de ses expressions faciales à ses interlocuteurs.Avant de se connecter à la réunion, elle choisit l\u2019habillement de son avatar principal, celui qui est en tout point semblable à sa propre apparence (quelques rides en moins).Elle opte pour une tenue d\u2019affaires décontractée : une chemise et une jupe griffées d\u2019un designer new-yorkais, 20 QUÉBEC SCIENCE | AVRIL-MAI 2022 \u2022ILLUSTRATION : SÉBASTIEN THIBAULT « L\u2019idée est de concevoir un univers que les joueurs pourraient expérimenter \u201cde l\u2019intérieur\u201c, où ils seraient des créateurs.» \u2014 Celia Hodent, spécialiste de l\u2019expérience utilisateur dans l\u2019industrie du jeu vidéo des escarpins d\u2019une maison française qui lui ont coûté trop cher.Il s\u2019agissait d\u2019une série limitée, ce qui a eu pour effet d\u2019en accroître la valeur.Peu importe, le tout fera bonne impression.L\u2019avatar est central dans l\u2019idée d\u2019un métavers.Il s\u2019agit du corps virtuel qui nous représentera dans cette « métaréa- lité ».À la différence de nos enveloppes charnelles, nous aurons le contrôle de son apparence.Nous pourrons aussi en posséder plusieurs.Dans un métavers, nous aurons tout le loisir de changer de genre ou de couleur de peau, de taille et de silhouette, voire de devenir un robot ou un personnage de dessin animé.Une des promesses des promoteurs de l\u2019idée est de permettre à des artistes de créer des vêtements, des animaux de compagnie ou des accessoires qu\u2019ils pourront vendre à ceux qui souhaitent se distinguer dans cet univers numérique.C\u2019était déjà le cas dans Second Life et, aujourd\u2019hui, des designers conçoivent des toilettes pour des avatars (qu\u2019on appelle skins) sur différentes plate- formes.Certaines les vendent plusieurs milliers de dollars pièce.Conséquemment, des utilisateurs du métavers pourraient ?nir par éprouver un attachement profond pour leur double numérique, jusqu\u2019à brouiller la frontière identitaire entre leur alter égo virtuel et l\u2019être qu\u2019ils sont en chair et en os.Un phénomène déjà bien documenté dans les JMM.Les amateurs de ce genre de jeux y passent généralement de très nombreuses heures.Ils peuvent y faire évoluer leurs personnages et effectuer des quêtes, mais aussi assurer la gestion d\u2019une guilde ou d\u2019un club social.« Les joueurs empruntent des pseudonymes qu\u2019ils emploient d\u2019un jeu à l\u2019autre, explique Maude Bonenfant, professeure au Département de communication sociale et publique de l\u2019Université du Québec à Montréal.Ça devient leur identité de joueur.On ne sait pas qu\u2019un tel s\u2019appelle Francis, mais on sait qui est Thunderkill, on le reconnaît.Ils sont généralement très ?ers de cette identité.» Plusieurs utilisateurs ne font donc pas la distinction entre leur personne en ligne et celle dans la « vraie vie ».Il s\u2019agit plutôt d\u2019un tout : chaque morceau est une partie du casse-tête.Un peu comme nous manifestons différents aspects de notre personnalité selon les contextes.Nous n\u2019agissons pas de la même manière au bureau, dans notre équipe sportive ou avec nos amis d\u2019enfance.Maude Bonenfant, comme Celia Hodent, dénonce le préjugé répandu voulant que la vie numérique soit moins riche que la vie réelle.« En 2000, on a mené une grosse étude sur les hardcore gamers [joueurs passionnés], dit Maude Bonenfant.Ces joueurs nous parlaient toujours de leurs amis.On croyait d\u2019abord qu\u2019il s\u2019agissait de connaissances de l\u2019école ou du travail, mais non : c\u2019était des gens qu\u2019ils n\u2019avaient jamais vus, qui habitaient au Danemark, aux États-Unis, un peu partout sur la planète.On s\u2019est rendu compte que, ?nalement, l\u2019amitié qui s\u2019était développée ainsi s\u2019avérait aussi sincère qu\u2019en face à face.» Il ne serait pas surprenant que le même phénomène se reproduise quand nous serons AVRIL-MAI 2022 | QUÉBEC SCIENCE 21 TECHNOLOGIE Plusieurs utilisateurs ne font pas la distinction entre leur personne en ligne et celle dans la « vraie vie ».Il s\u2019agit plutôt d\u2019un tout : chaque morceau est une partie du casse-tête.tous dans le métavers.De nombreuses formes nouvelles de relations pourraient émerger.Aurélie apparaît dans le salon de la réunion.L\u2019avatar de son patron, Jacques, s\u2019y trouve déjà, élégamment vêtu d\u2019un complet italien, aux côtés des clients américains.Ces derniers sont ?lmés en direct par une caméra à 360° vissée au plafond de leur salle de conférence et portent des lunettes de réalité augmentée, beaucoup moins encombrantes qu\u2019un casque de réalité virtuelle.Jacques commence la rencontre par la présentation des esquisses du nouveau pont à bâtir.En quelques mouvements simples, Aurélie fait surgir la maquette en trois dimensions au- dessus de la table de réunion.Elle la manipule facilement, la faisant tourner pour en montrer certains aspects ou zoomant sur des détails techniques.Elle affiche, un peu partout dans la pièce, d\u2019autres ouvrages semblables à travers le monde.Lorsqu\u2019un des clients lui demande la force des vents qu\u2019un tel ouvrage pourrait soutenir, elle active une simulation qui démontre le comportement et la résilience du pont en cas d\u2019ouragan, chiffres à l\u2019appui.Les lieux d\u2019apprentissage et de travail sont un marché évident pour le métavers.Selon des entreprises comme Microsoft, les avancées en réalité virtuelle et réalité augmentée devraient permettre des collaborations plus ?uides entre les personnes.Le potentiel est immense pour collaborer à des tâches complexes, recruter des talents partout dans le monde, entraîner des étudiants ou des employés et rendre les réunions et les cours à distance plus conviviaux et intéressants.La réalité virtuelle présente, entre autres, des avantages pour appréhender les objets en trois dimensions (3D).Simon Drouin, professeur à l\u2019École de technologie supérieure (ÉTS) à Montréal, étudie comment cette technologie aide au sentiment de compréhension de ces objets et facilite la coopération entre experts, notamment dans le domaine médical.Par exemple, grâce à un traceur injecté dans le sang, il est maintenant possible d\u2019obtenir une carte tridimensionnelle du réseau des vaisseaux sanguins du cerveau humain.« La première fois que je mets un casque de réalité virtuelle sur la tête d\u2019un chirurgien pour lui montrer cette avancée, il a toujours une révélation.Parce qu\u2019on a vraiment des perceptions précises avec la 3D.On comprend bien ce qui est derrière, ce qui est devant, on peut tourner autour\u2026 » Le fait d\u2019être en mesure de décortiquer précisément des structures complexes ouvre de grandes possibilités pour la formation.« Les entreprises s\u2019intéressent de plus en plus à ces technologies pour simuler des interventions chirurgicales, mentionne Simon Drouin.Pour l\u2019instant, on simule des choses très simples.Ce qu\u2019on verra de plus en plus dans le futur, ce sont des simulations spéci?ques à chaque patient.Autrement dit, le chirurgien pourra s\u2019entraîner en simulant son opération grâce aux données de son patient avant de la réaliser réellement.» Pour arriver à un effet de présence encore plus réaliste, le métavers pourra aussi miser sur des sensations physiques.En alliant des vibrations, des retours de forces, des étirements ou des pincements de la peau avec des images et du son, il est possible de tromper le cerveau et de donner l\u2019illusion que la tasse virtuelle que nous tenons est réelle.Meta a déjà annoncé qu\u2019elle travaille sur un gant haptique de nouvelle génération.Des œuvres de science-?ction comme Player One poussent le concept jusqu\u2019à des combinaisons complètes.Vincent Lévesque, professeur à l\u2019ÉTS, étudie ces technologies depuis des décennies.S\u2019il est convaincu qu\u2019elles ont un grand potentiel pour nous faire ressentir le métavers, il y a encore loin de la coupe aux lèvres pour obtenir des équipements qui permettraient une simulation parfaite.Les dé?s d\u2019ingénierie demeurent immenses pour concevoir des appareils précis, mais qui conservent des dimensions pratiques pour le commun des mortels.« On n\u2019a peut-être pas besoin de créer un réalisme parfait, il faudrait plutôt tenter de donner un signal pour aider les gens à comprendre ce qui vient de se passer.22 QUÉBEC SCIENCE | AVRIL-MAI 2022 J\u2019ai espoir qu\u2019on y parviendra un jour [à un réalisme parfait], cela fait quand même longtemps qu\u2019on y travaille, mais il reste beaucoup à faire.» Cela étant, des entreprises comme Facebook ont la capacité d\u2019investir massivement dans la recherche et le développement.Peut-être qu\u2019une surprise nous attend.Sa réunion terminée, Aurélie prend son après-midi de congé.Sa banque de journées libres baisse dangereusement et elle avait promis à sa mère de déjeuner avec elle, mais son artiste préférée n\u2019offre qu\u2019une représentation de son nouveau spectacle.Pas question de la manquer, l\u2019idée même de ne pas y assister l\u2019angoisse.Elle revêt une combinaison haptique qui lui permet de ressentir les vibrations de la musique et se joint au concert.La mélodie est endiablée, son cœur palpite au rythme de la basse.Bien qu\u2019elle ne perçoive que quelques centaines d\u2019avatars autour d\u2019elle, le compteur montre que plus de trois millions de personnes sont connectées.La chanteuse et ses partenaires s\u2019envolent vers les étoiles.Aurélie lève les bras et décolle à son tour.Un spectateur commence à lui tourner autour.Elle s\u2019amuse avec lui dans une danse céleste.Mais il se fait insistant.Il avance toujours plus près et ses mains virtuelles tentent de se poser sur sa poitrine, ses fesses, son sexe.Aurélie, aussi dégoûtée que bouleversée, active sa bulle de protection personnelle.Aussitôt, le harceleur ne peut plus l\u2019approcher.Un assistant du concert apparaît devant elle.?Vous avez mis en marche votre espace sécuritaire, est-ce que tout va bien ?J\u2019ai été agressée.L\u2019intelligence arti?cielle prend une seconde pour visionner ce qui vient de se passer.?Les gestes de 6HDJY53 contreviennent à nos conditions d\u2019utilisation.Souhaitez-vous formuler une plainte ?Aurélie enlève son casque, découragée.Avec un pseudonyme pareil, il est évident que son agresseur a créé un avatar aléatoire dans le seul but de commettre des méfaits.Même si elle le dénonce, il reviendra sous un autre nom.Les entreprises responsables du métavers disent avoir les mains liées, qu\u2019elles ne peuvent pas enrayer ce ?éau, mais les rumeurs veulent qu\u2019environ 30 % des comptes existants soient frauduleux.Une diminution si abrupte du nombre d\u2019abonnés paraîtrait mal auprès des annonceurs et des actionnaires\u2026 Aurélie sort découvrir Montréal.Le soleil a percé les nuages.Depuis son apparition dans la science-?ction, le métavers est associé à la dystopie.Dans la réalité, le métavers n\u2019a même pas encore véritablement pris son essor que des problèmes éthiques se présentent.Un article de la MIT Technology Review publié en décembre 2021 révélait qu\u2019une femme a été agressée sexuellement sur la plateforme de Facebook, Horizon World.La plateforme était encore embryonnaire : la victime était une testeuse « bêta », une personne qui essaie la version préliminaire d\u2019un logiciel.L\u2019arrivée d\u2019un métavers omniprésent, de nature commerciale et susceptible d\u2019entraîner une dépendance, fait souvent craindre le pire.On imagine facilement l\u2019environnement toxique qu\u2019il peut devenir, l\u2019explosion des données personnelles auxquelles auront accès les entreprises pour en tirer pro?t ou manipuler l\u2019opinion publique, les problèmes de cyberdépendance qu\u2019il pourrait engendrer.La science-fiction nous a habitués à des images présentant une multitude d\u2019êtres humains en pyjama, constamment accrochés à leurs casques, tellement absorbés par le monde virtuel qu\u2019ils en oublient la réalité.« Les plateformes ne sont jamais neutres, indique Maude Bonenfant.Elles découragent ou encouragent certains types de comportements sociaux.C\u2019est pourquoi on parle de plus en plus de la responsabilité des développeurs de jeux vidéos de créer des environnements qui sont les moins toxiques possible.» Il devrait en être de même pour tous les types d\u2019espaces virtuels.Celia Hodent reconnaît que les spécialistes de l\u2019expérience utilisateur auront une responsabilité de premier plan à cet égard.Si tous les designs in?uencent les comportements par nature, certains mettent à pro?t ce qu\u2019on appelle des dark patterns.Ceux-ci exploitent nos failles psychologiques pour favoriser une conduite pro?tant à une entreprise, mais pas nécessairement à l\u2019utilisateur.Par exemple, nous avons utilisé un mauvais design dans notre courte ?ction qui suscite la crainte de passer à côté d\u2019un moment exceptionnel (le fameux FOMO, pour fear of missing out).S\u2019il est vrai que certains évènements peuvent être spontanés dans le métavers, un concert virtuel pourrait très bien être enregistré et regardé à d\u2019autres moments sans que les spectateurs s\u2019en aperçoivent.« J\u2019insiste pour dire que notre métier consiste justement à ne pas aller dans cette direction, souligne Celia Hodent.Tout est une question d\u2019équilibre : le métavers créera des pressions psychologiques sur les individus, comme tout dans la vie.Si cela se produit de temps à autre et que l\u2019intérêt des utilisateurs est au cœur du design, c\u2019est une pratique acceptable.Par contre, l\u2019omniprésence de la technologie peut faire en sorte qu\u2019on y soit confronté pratiquement tout le temps.Cela peut devenir problématique d\u2019un point de vue éthique.» Maude Bonenfant et Celia Hodent s\u2019inquiètent du fait que le métavers soit développé dans une perspective marchande.« On ne parle pas assez de l\u2019aspect commercial et de l\u2019utilisation des dark patterns, estime Celia Hodent.Pourtant, c\u2019est cela qui devrait nous préoccuper.» On pourrait développer le métavers avec une visée éthique et cette façon de faire pourrait se révéler très positive, renchérit Maude Bonenfant.« Ainsi, on pourrait rendre accessibles différents contenus ?comme des concerts, des salles de musées ou des cours ?à des populations qui n\u2019y ont normalement pas accès.Elles pourraient alors découvrir ces contenus de manière très dynamique, beaucoup plus intéressante que ce que les sites Web actuels permettent.C\u2019est entre autres pour cette raison qu\u2019il faut développer le métavers avec un souci du bien commun et non pour le bien d\u2019une entreprise.» Hélas, pour le moment, c\u2019est tout le contraire qui semble se dessiner, dans notre récit ?ctif tout comme dans la réalité\u2026 AVRIL-MAI 2022 | QUÉBEC SCIENCE 23 IMAGES OU PHOTOS : XXXXXXXXXXXXX 24 QUÉBEC SCIENCE | OCTOBRE-NOVEMBRE 2021 Les caméras permettent de saisir des scènes étonnantes, comme ce loup qui poursuit un orignal (ci-dessus).À gauche, un grizzly pris sur le vif dans l\u2019Ouest canadien ; à droite un caribou de la Gaspésie.B I G B R O T H E R E N F O R Ê T ENVIRONNEMENT \u2022IMAGES : UQAR/FABIEN ST-PIERRE ; UNIVERSITÉ DE LA COLOMBIE-BRITANNIQUE ET FONDS MONDIAL POUR LA NATURE/ROBIN NAIDOO ; UQAR artin-Hugues St-Laurent ne lésine pas sur les moyens pour étudier la faune.Il a déjà inventorié des orignaux par hélicoptère, traîné des carcasses de phoques et de poulets au fond des bois pour attirer des ours, posé des dizaines de colliers GPS sur des loups et des caribous, ramassé des touffes de fourrure pour des analyses génétiques\u2026 Mais récemment, c\u2019est derrière un écran qu\u2019il a vécu des émotions fortes.« Je ne pensais jamais voir ces images ! s\u2019étonne le biologiste de l\u2019Université du Québec à Rimouski (UQAR).Je suis tombé sur une scène de prédation de loups sur un ours et des loups à la poursuite d\u2019un orignal.» Des séquences dignes des meilleurs documentaires animaliers, croquées sur le vif par des caméras « espionnes » installées par le chercheur dans des chemins forestiers de la Côte-Nord, entre autres.Ce type de « piège » photographique est de plus en plus prisé en écologie et en biologie de la conservation.L\u2019approche consiste à placer aléatoirement des caméras sur un territoire ou encore dans des lieux stratégiques, par exemple près d\u2019un plan d\u2019eau, et à laisser faire la nature.Activés par des détecteurs de mouvement, en général des capteurs infrarouges, les appareils tirent le portrait des animaux qui passent devant l\u2019obturateur, sans les déranger.De quoi recenser les espèces présentes dans une région, estimer les densités, voire observer des comportements inattendus.Utilisée de façon anecdotique dès les années 1920, la technique a connu un véritable essor ces dernières années grâce à l\u2019avènement de caméras peu chères (certaines valant à peine 100 $) et de batteries longue durée et à l\u2019augmentation considérable de la capacité de stockage.Avec, à la clé, la possibilité d\u2019accumuler des données pendant des mois, à l\u2019abri dans des boîtiers résistants aux intempéries.« J\u2019ai des caméras qui restent plus de trois mois sur le terrain.On récupère sur place les cartes mémoire.Certaines peuvent même envoyer les données par ondes cellulaires.C\u2019est moins contraignant et moins intrusif qu\u2019en capturant ou en marquant les animaux », témoigne Martin-Hugues St-Laurent.Cette science à distance s\u2019est révélée particulièrement pertinente pendant la pandémie.Alors que les missions sur le terrain ont presque toutes été interrompues en 2020 et 2021, les appareils automatiques, eux, ont continué à enregistrer des données.Grâce à son réseau de 300 caméras installées en Utah, l\u2019étudiant de doctorat Austin Green a pu voir dé?ler coyotes, pumas, hérons et orignaux pendant un an sans sortir de chez lui.Enthousiaste, il a signé au printemps 2021, avec ses collègues de l\u2019Université d\u2019Utah, une revue systématique dans Biological Conservation appelant à exploiter davantage cette source intarissable d\u2019informations.Les auteurs y saluent l\u2019existence de plusieurs bases de données comprenant des images de partout dans le monde et accessibles à tous, comme eMammal ou Wildlife Insights.Cette dernière, lancée en 2019 par Google Earth et le Fonds mondial pour la nature, propose notamment des algorithmes d\u2019intelligence arti?cielle pour aider les scienti?ques à passer au travers des millions d\u2019images de certains projets.YEUX EN RÉSEAU L\u2019engouement est tel qu\u2019on dispose au- jourd\u2019hui d\u2019un solide réseau planétaire de caméras fauniques.Cela ouvre la voie à des études inédites à large échelle sur un animal en particulier ou sur des sujets plus vastes.Des chercheurs de la faculté de foresterie de l\u2019Université de la Colombie-Britannique ont synthétisé les données de 91 réseaux de caméras dans 23 pays pour répondre à cette question cruciale : les aires protégées sont-elles ef?caces ?Les 8 671 appareils Des caméras cachées dans la forêt sont à l\u2019affût des moindres mouvements de la faune.Cette technique suscite un engouement auprès des chercheurs du monde entier, même si elle a ses défauts.PAR MARINE CORNIOU Initialement conçu pour la chasse ou la surveillance, ce type de caméra, avec capteur de mouvement infrarouge, est désormais utilisé par les chercheurs pour étudier la grande faune.\u2022IMAGE : SHUTTERSTOCK.COM AVRIL-MAI 2022 | QUÉBEC SCIENCE 25 ENVIRONNEMENT mis à contribution ?du jamais-vu pour une seule étude ! ?ont ainsi comparé les prises d\u2019images effectuées dans les sanctuaires avec celles réalisées dans des zones voisines non protégées.Résultat : la diversité de mammifères est plus grande dans les habitats préservés, y compris dans les parcs ouverts aux loisirs et à l\u2019exploitation forestière.Pour les auteurs de l\u2019article publié début 2022, ce constat est un encouragement à respecter la Convention sur la diversité biologique des Nations unies, qui vise à protéger 30 % de la planète d\u2019ici 2030.Un objectif que le Québec, qui compte aujourd\u2019hui 17 % de territoires protégés, s\u2019est lui aussi engagé à atteindre.Les biologistes de la Sépaq (la Société des établissements de plein air du Québec) ont d\u2019ailleurs installé des pièges photographiques dans plusieurs parcs nationaux pour mesurer la densité de la grande faune ou, au parc du Mont-Tremblant, pour observer l\u2019évolution de la meute de loups.Martin-Hugues St-Laurent participera cet été à un projet dans les parcs d\u2019Orford et des Grands-Jardins pour évaluer l\u2019in- ?uence des promeneurs sur la répartition de la faune.Il vient aussi de terminer une étude sur l\u2019abondance des orignaux dans six territoires du Bas-Saint-Laurent en comparant l\u2019ef?cacité de l\u2019inventaire aérien avec celle de centaines de caméras disposées aléatoirement.« Les caméras sont un outil prometteur, mais elles sont loin d\u2019être parfaites.On s\u2019aperçoit qu\u2019il y a beaucoup de biais, déplore-t-il.Nos études visent à comprendre les contextes dans lesquels elles peuvent remplacer les techniques classiques.» Or, les questions sont nombreuses.Où placer les caméras, à quelle hauteur ?Comment savoir si l\u2019on a vu 12 fois le même orignal ?Et comment tenir compte des « fausses absences », c\u2019est-à-dire les animaux qui sont passés devant l\u2019objectif, mais qui n\u2019ont pas été pris en photo ?« On peut conclure à tort qu\u2019il n\u2019y a pas de martres à un endroit alors que l\u2019appareil ne s\u2019est simplement pas déclenché », donne en exemple le biologiste.Il ajoute que le calcul de densité de la faune est aussi complexe.Il dépend du nombre de caméras, de la vitesse de déplacement des animaux, de leur distance par rapport à l\u2019objectif, du type d\u2019habitat\u2026 et du matériel.Ainsi, il a constaté des écarts considérables en testant 40 caméras (cinq modèles) posées à trois hauteurs auprès d\u2019animaux de ferme.« Les caméras les plus chères ne sont pas forcément les meilleures ! Et deux appareils du même modèle peuvent même réagir différemment.» Bref, pour que les études par caméras soient solides, il ne suf?t pas d\u2019une commande Amazon et d\u2019une balade en forêt.« Comme les caméras sont relativement faciles à installer et à maintenir sur le terrain, les chercheurs peuvent avoir un faux sentiment de sécurité et négliger d\u2019importants aspects de la conception des études », notaient justement les auteurs de la revue de 2021.Le biais est aussi « spéciste ».Sans surprise, les petits animaux échappent en général à l\u2019inventaire photographique ; ils sont trop furtifs, trop bas et trop menus pour déclencher les mécanismes.La plupart des recherches menées jusqu\u2019ici se sont donc concentrées sur des mammifères et principalement sur de gros animaux de plus de un kilo.Or, le poids moyen des mammifères sur la planète est bien en deçà (86 g).Les oiseaux, eux, pèsent encore moins lourd.Autant dire qu\u2019on passe à côté d\u2019une bonne partie du tableau ! Cette lacune a poussé le bio-informaticien belge Kevin Leempoel à comparer la détection d\u2019animaux par caméras avec une autre méthode, l\u2019analyse de l\u2019ADN environnemental.Le concept est simple : on prélève des échantillons de sol et l\u2019on examine tout l\u2019ADN qui est présent à l\u2019intérieur.En confrontant ces trouvailles à des bases de données, on répertorie toutes les espèces ayant laissé traîner leur matériel génétique (sous forme de poils, d\u2019excréments, de salive\u2026).Les résultats de son étude publiée en 2020 sont sans appel : la technique génétique permet de repérer plus d\u2019animaux, notamment des membres de la petite faune jamais aperçus en neuf ans de surveillance photographique.« L\u2019ADN environnemental a le potentiel de remplacer les études par caméras, d\u2019autant que c\u2019est une approche beaucoup plus rapide.Nous ne sommes pas loin de pouvoir réaliser les analyses en quelques jours, contre des mois pour les caméras.Et avec nos échantillons, nous avons décelé du même coup des oiseaux, des lézards, des vers de terre et des insectes », explique le chercheur, qui travaille aujourd\u2019hui aux Royal Botanic Gardens de Kew, à Londres.Mais pas question, pour lui, de ranger les appareils photo au placard.« Je pense que nous aurons toujours besoin de photos de la faune.Pas seulement pour con?rmer la présence des animaux, mais aussi parce qu\u2019elles donnent des informations comme l\u2019âge ou le sexe de l\u2019animal, son comportement, sa prédation.» FAIRE PARTICIPER LES ACTEURS LOCAUX Et bien qu\u2019imparfaites sur le plan scienti?que, les caméras ont un atout de taille : elles démocratisent l\u2019accès à la faune et à la recherche.Pour Alexia Constantinou, biologiste à l\u2019Institut de technologie de la Colombie-Britannique, ce sont des outils en or pour sensibiliser le public aux enjeux de conservation de la faune.La jeune femme coordonne le projet WildCAM, lancé en 2018, qui vise à mettre en place un réseau d\u2019observation de la faune en Colombie-Britannique et en Alberta.« Nous relions de nombreux projets entre eux, créons des documents de référence pour l\u2019installation de caméras et assurons la relève chez les membres des Premières Nations, mentionne-t-elle.Nous faisons aussi le lien entre des organisations communautaires et des étudiants pour faire ?eurir des projets béné?ciant à tous.En?n, nous organisons des formations pour encourager les scienti?ques-citoyens à utiliser la technique.Le Québec pourrait être notre prochaine étape ! » Attention, toutefois ! Selon un sondage mené par des chercheurs de l\u2019Université de Cambridge auprès de 235 collègues, 90 % des répondants ont admis avoir pris dans leurs « ?lets » beaucoup d\u2019images d\u2019humains, que ce soit des braconniers ou des promeneurs, parfois dans des postures peu recommandables.Décidément, les pièges photographiques sont l\u2019instrument rêvé pour admirer la vie sauvage sous toutes ses formes.\u2022IMAGE : SHUTTERSTOCK.COM 26 QUÉBEC SCIENCE | AVRIL-MAI 2022 1 MÉMOIRE VIVE LA RECHERCHE DANS LE RÉSEAU DE L\u2019UNIVERSITÉ DU QUÉBEC PRÉCIEUSE MÉMOIRE Réactiver les traumatismes pour mieux les dompter Les arbres, ces témoins du temps qui passe L\u2019identité québécoise, des arbres généalogiques à la mémoire collective Y plonger pour mieux la préserver.et la célébrer sous toutes ses formes 2 C O U V E R T U R E E T M O N T A G E   : S H U T T E R S T O C K .C O M , N A T A C H A V I N C E N T JE ME SOUVIENS Elle est humaine, animale, informatique, quantique, génétique, organisationnelle, historique, patrimoniale, politique, collective\u2026 Elle se déploie en octets, en neurones, en souvenirs, en archives, en artefacts.La mémoire est un rouage essentiel à notre monde.Même les plantes auraient des souvenirs ! Et, tout le monde le sait, lorsque la mémoire s\u2019efface peu à peu, ce sont des pans entiers de notre identité qui s\u2019étiolent et meurent.Longtemps réservée aux philosophes, puis aux psychologues, notre fabrique à souvenirs est aujourd\u2019hui étudiée dans toute sa complexité.Ses failles, ses blessures, ses ressorts sont mieux compris.Ceux qui luttent contre son érosion sont mieux armés que jamais, forts des avancées récentes des neurosciences, et convaincus qu\u2019une approche globale, presque holistique, doit être privilégiée.Si elle est le fondement de notre identité, la mémoire est aussi essentielle à notre survie, puisqu\u2019elle constitue une « boîte à outils » dans laquelle nous puisons sans même nous en rendre compte pour faire face aux dé?s et anticiper l\u2019avenir.À l\u2019échelle de la société, elle joue le même rôle.Comprendre le passé climatique pour affronter la crise actuelle ; stocker les données du monde présent pour laisser notre empreinte dans l\u2019histoire ; témoigner des tragédies personnelles ou collectives ; nous souvenir d\u2019où nous venons pour mieux marcher vers l\u2019avenir.3 MÉMOIRES AFFECTIVES 6 CES ODEURS QUI RAPPELLENT UN AUTRE TEMPS 7 ALZHEIMER : ENTRE GESTION ET PRÉVENTION 10 VOYAGER DANS LE TEMPS GRÂCE AUX ARBRES 12 LES RAYONS COSMIQUES, DES MENACES INFORMATIQUES 13 LORSQUE L\u2019ART NUMÉRIQUE INSPIRE LE RÉEL 14 FAIRE REVIVRE LES PHOTOS DE FAMILLE 15 MILLE ET UNE FAÇONS DE SE SOUVENIR S O M M A I R E Les 10 établissements du réseau de l\u2019Université du Québec ont pour mission de faciliter l\u2019accessibilité à l\u2019enseignement universitaire, en plus de contribuer au développement scienti?que du Québec et au développement de ses régions.Coordination : \u2022 Mélissa Guillemette \u2022 Valérie Reuillard Rédaction : \u2022 Maxime Bilodeau \u2022 Annie Labrecque \u2022 Martine Letarte \u2022 Renaud Manuguerra-Gagné Direction artistique : Natacha Vincent Révision-correction : Pierre Duchesneau Bibliothèque nationale du Canada : ISSN-0021-6127 Comité consultatif : Yves Chiricota, UQAC Josée Gauthier, ENAP Nathalie Gendron, INRS Louis Imbeau, UQAT Éric Lamiot, Université TÉLUQ André Manseau, UQO Jean-François Millaire, UQTR Geneviève Proulx, UQAM Claude Thibeault, ÉTS Guillaume Werstink, UQAR Josée Charest, UQ Valérie Reuillard, UQ Marie Lambert-Chan, QS Ce dossier est inséré dans le numéro d\u2019avril-mai 2022 du magazine Québec Science (QS).Il a été ?nancé par l\u2019Université du Québec (UQ) et produit par le magazine Québec Science.E LA RECHERCHE DANS LE RÉSEAU DE L\u2019UNIVERSITÉ DU QUÉBEC 3 MÉMOIRE VIVE Réjean Tremlay - UQAR Roberto Morandotti et Tiago Falk - INRS Gelareh Momen - UQAC xxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxx Deux personnes sont frappées par une même balle courbe dont seule la vie a le secret ; pensons à une banale rupture amoureuse.La première vit « bien » cet événement, mais pas la seconde, qui sombre dans une profonde dépression teintée de pensées suicidaires.Pourquoi ?Selon Frédérick Philippe, professeur au Département de psychologie de l\u2019Université du Québec à Montréal (UQAM) et titulaire de la Chaire de recherche stratégique sur la mémoire, les événe- ments aversifs et la santé mentale, c\u2019est au chapitre de l\u2019encodage de cet épisode dans la mémoire que se différencient ces deux êtres.« Ce souvenir autobiographique se lie avec d\u2019autres souvenirs demeurés ancrés dans la mémoire pour former un récit de vie dont on tire du sens.Cette réactivation [de vieux souvenirs] peut entraîner un déséquilibre dans le fonctionnement psychologique d\u2019une personne si elle a trait à des souvenirs d\u2019autres événements douloureux vécus dans le passé », explique le chercheur.Ces associations faites par l\u2019hippocampe, siège de la mémoire dans le cerveau, ne sont pas toujours terre à terre.Elles s\u2019avèrent parfois symboliques, voire singulières ; un sous-sol inondé peut ainsi évoquer la relation con?ictuelle avec le père, par exemple.Si la nature des expériences antérieures importe, la manière dont elles ont été régulées compte aussi.Les événements auxquels on évite de penser parce qu\u2019ils suscitent des émotions négatives se révèlent tout particulièrement nocifs.« Lorsque ces souvenirs non élaborés sont réactivés, ils peuvent nous perturber à nouveau, souligne Frédérick Philippe.C\u2019est là qu\u2019on voit sortir des problèmes de santé mentale.» La dépression et l\u2019anxiété, pour ne citer qu\u2019elles, coûtent chaque année 10 000 milliards de dollars américains (12 500 milliards de dollars canadiens) à l\u2019économie mondiale, selon l\u2019Organisation mondiale de la santé.Dans ses travaux, Frédérick Philippe se penche notamment sur le degré d\u2019intégration des souvenirs dans le contexte de la pandémie de COVID-19.Ce traumatisme collectif, comparable à bien des égards à une catastrophe naturelle, engendre des troubles de santé mentale dans la population.A?n de véri?er dans quelle mesure la faible intégration d\u2019événements chargés du passé peut prédire ces problèmes \u2014 comme le trouble de stress post-traumatique (TSPT) \u2014, le chercheur et son équipe suivent un échantillon de 1000 personnes depuis mai 2020.« Nous avons interrogé les participants sur leurs réseaux de souvenirs à quelques reprises.Il faudra néanmoins attendre la ?n de la pandémie avant de con?rmer l\u2019ensemble de nos hypothèses », dit le professeur.À terme, cette recherche pourrait ouvrir la porte à des approches de prévention inédites utilisées auprès des gens plus à risque de développer D Des chercheurs font des souvenirs d\u2019événements traumatiques leur cheval de bataille pour traiter divers problè es de santé mentale.Par Maxime Bilodeau MÉMOIRES AFFECTIVES LA RECHERCHE DANS LE RÉSEAU DE L\u2019UNIVERSITÉ DU QUÉBEC 4 I M A G E S : S H U T T E R S T O C K .C O M ; I L L U S T R A T I O N : N A T A C H A V I N C E N T ; L A R A P O U L I N des problèmes de santé mentale : « Il existe des techniques de reconsolidation qui permettent de réduire l\u2019intensité de souvenirs douloureux et, ainsi, de recon?gurer la mémoire.Nous pensons qu\u2019elles pourraient être déployées en première ligne.» SOIGNER PAR L\u2019IMAGE La mémoire, il faut le dire, n\u2019est pas ?xe.Des découvertes en neurosciences effectuées dans les deux dernières décennies ont au contraire démontré qu\u2019elle est en constante reconstruction.« Chaque fois qu\u2019on la réactive, on la façonne et on la transforme.L\u2019évitement des émotions douloureuses associées par exemple à un traumatisme empêche néanmoins ce processus », affirme Sophie Boudrias, professeure en art-thérapie et responsable de la formation pratique au sein de l\u2019Unité d\u2019enseignement et de recherche en sciences du développement humain et social de l\u2019Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT).L\u2019une des caractéristiques des souvenirs de nature traumatique est qu\u2019ils repassent souvent en boucle, de manière perceptuelle et associative.Ainsi, une victime d\u2019un agresseur qui portait un chapeau au moment où il a commis son crime court le risque de revivre l\u2019événement à la vue d\u2019un couvre-chef similaire.C\u2019est la porte d\u2019entrée plutôt inusitée qu\u2019emprunte Sophie Boudrias dans ses recherches sur la psychothérapie par l\u2019art, et plus précisément par l\u2019image.« L\u2019image permet d\u2019accéder à des dimensions autres que conceptuelles », constate-t-elle.La chercheuse mène depuis l\u2019automne dernier un projet de recherche-action à ce sujet auprès d\u2019une dizaine de participants.À la suite d\u2019une entrevue préliminaire, elle les accompagne pendant cinq séances de psychothérapie, au cours desquelles ils dessinent le contenu de leurs rêves chargés en émotions.Le but : identi?er les souvenirs traumatiques associés à ces images.Les volontaires sont ensuite invités à modi?er leurs œuvres, ce qui prépare le terrain à la transformation de leurs réponses émotionnelles et comportementales apprises.« Ce sont des travaux encore très exploratoires, avertit Sophie Boudrias.Cela étant dit, si je me ?e à mes premiers résultats, l\u2019approche est très prometteuse.» Parmi ses avantages, il y a celui de la durée d\u2019activation de la mémoire dite émotionnelle.« Une fois les souvenirs réactivés, il faut composer et rester en contact avec eux pendant un certain temps ; une dizaine de minutes au moins.La simple réactivation ne suffit pas », spéci?e celle qui compte une quinzaine d\u2019années d\u2019expérience à titre de psychologue clinicienne.Autre avantage de l \u2019image  : elle permet de mesurer l \u2019évolution du client au fil de la thérapie.« D\u2019une séance à l \u2019autre, il est de nouveau mis en contact avec les dessins qui suscitaient jadis de fortes émotions chez lui.La diminution de la réponse émotionnelle, voire son absence complète, peut alors être interprétée comme un succès du processus de recon- solidation thérapeutique », analyse celle qui entame sa carrière universitaire.Si tout va bien, les résultats de ces travaux seront dévoilés d\u2019ici la ?n de l\u2019année. 5 MÉMOIRE VIVE « Chaque fois qu\u2019on réactive la mémoire, on la façonne et on la transforme.L\u2019évitement des émotions douloureuses associées à un traumatisme empêche ce processus.» Une autre manière de mettre un événement traumatique derrière soi est d\u2019en discuter ouvertement.On peut par exemple demander à la victime de décrire à voix haute chacun des détails de l\u2019épisode, même les plus horribles, a?n de reconstituer le ?l de l\u2019histoire.C\u2019est ce en quoi consiste la psychothérapie cognitivo-comportementale axée sur le traumatisme, à laquelle la psychologue Suzie Bond, professeure au Département Sciences humaines, Lettres et Communication de l\u2019Université TÉLUQ, et sa collègue Béatrice Pudelko, du Département Éducation de ce même établissement d\u2019enseignement, s\u2019intéressent.Certains chercheurs avancent que les victimes de TSPT éprouvent un problème avec l\u2019inscription de l\u2019événement traumatique dans la mémoire à long terme.Le souvenir se retrouve donc en suspens.« Cette dissociation, qui est un mécanisme de protection, constitue paradoxalement un des trois principaux facteurs de prédiction du développement d\u2019un TSPT », expose Suzie Bond.La psychothérapie axée sur le traumatisme fait passer ce dernier dans la mémoire à long terme, et il devient alors ce qu\u2019il devrait être in ?ne : un souvenir douloureux, mais seulement un souvenir.Bien qu\u2019éprouvante pour les victimes, cette exposition au souvenir du traumatisme s\u2019avère nécessaire.On estime qu\u2019environ 10 % des personnes qui ont fait face à la mort, à des blessures graves ou à la violence sexuelle développent un TSPT.Pire encore : elles sont ensuite « prises » avec lui parfois des décennies après le traumatisme, puisque les cas de rémission spontanée sont anecdotiques.« Dans leur quotidien, les victimes ont l\u2019impression de revivre l\u2019événement \"comme si c\u2019était hier \"10, 20, voire 30 ans après les événements », déplore Suzie Bond.Elle poursuit  : « Le problème est que ce traitement [la psychothérapie cognitivo-comportementale axée sur le traumatisme] est peu accessible, en raison du faible nombre de cliniciens formés pour le dispenser.Des victimes me contactent régulièrement pour me supplier de les prendre en consultation, ce à quoi je ne peux obtempérer.Les journaux sont remplis de cas de TSPT.» Avec sa collaboratrice Béatrice Pudelko, spécialiste de la technologie éducative, Suzie Bond a donc récemment entrepris de monter une formation en ligne asynchrone sur la psychothérapie axée sur le traumatisme destinée à tous les professionnels de la santé qui sont en mesure de l\u2019offrir : psychologues, in?rmières spécialisées, médecins, etc.Le défi est considérable.C\u2019est que les intervenants marchent sur un terrain miné avec les victimes de TSPT\u2026 La psychothérapie axée sur le traumatisme peut même se révéler dommageable si elle est mal faite.« On peut l\u2019assimiler à une opération à cœur ouvert, mais avec des souvenirs explosifs », illustre la chercheuse.C\u2019est pourquoi le projet, ?nancé par la Croix-Rouge canadienne, comparera deux groupes de cliniciens : un qui reçoit une formation en ligne et un autre qui fait de même, mais avec la supervision d\u2019un expert en traumatisme.« Si nos résultats sont concluants, la formation sera diffusée en anglais et en français partout au Canada », conclut Suzie Bond.?SOPHIE BOUDRIAS, PROFESSEURE EN ART-THÉRAPIE ET RESPONSABLE DE LA FORMATION PRATIQUE AU SEIN DE L\u2019UNITÉ D\u2019ENSEIGNEMENT ET DE RECHERCHE EN SCIENCES DU DÉVELOPPEMENT HUMAIN ET SOCIAL DE L\u2019UNIVERSITÉ DU QUÉBEC EN ABITIBI-TÉMISCAMINGUE (UQAT) 6 I M A G E S : S H U T T E R S T O C K .C O M ; I L L U S T R A T I O N N A T A C H A V I N C E N T LA RECHERCHE DANS LE RÉSEAU DE L\u2019UNIVERSITÉ DU QUÉBEC L La mémoire et l\u2019odorat sont si intimement liés dans le cerveau que la perte de ce sens pourrait être un signe précurseur de maladies neurodégénératives comme l\u2019alzheimer.Par Annie Labrecque Le café matinal, le pain tout juste sorti du four, le parfum d\u2019une ?eur\u2026 L\u2019odorat est un sens discret, mais beaucoup plus important qu\u2019il n\u2019y paraît.« Le milieu scienti?que s\u2019y intéresse depuis longtemps, mais son rôle est souvent méconnu du grand public », constate Johannes Frasnelli, neuroscienti?que et professeur au Département d\u2019anatomie de l\u2019Université du Québec à Trois- Rivières (UQTR).Les divers effluves du quotidien sont captés par les millions de neurones situés sur les muqueuses de notre cavité nasale.Ces données olfactives cheminent ensuite du nez jusqu\u2019au système limbique, une région du cerveau qui se charge à la fois de l\u2019odorat, de la mémoire et de la formation de nombreux souvenirs.C\u2019est ainsi qu\u2019une simple bouffée d\u2019air peut déclencher de vives émotions.« Une odeur peut faire ressurgir des souvenirs intenses de ma jeunesse, ou me faire penser à mon grand-père ou à mon amie », illustre Johannes Frasnelli.COMME UN SIGNAL Selon les estimations du chercheur, 20 % des gens auraient un trouble de l\u2019odorat : « Environ 15 % de la population possède un odorat réduit et 5 % ne sent plus rien », détaille-t-il.Plusieurs maladies sont responsables de cette perte d\u2019acuité olfactive.Par exemple, les infections virales causées par une sinusite chronique ou par la COVID-19 peuvent provoquer la perte de l\u2019odorat de façon plus ou moins temporaire.Quelques projets de recherche examinent la possibilité de rééduquer ce sens, grâce à des « exercices » olfactifs.« Il faut noter que certaines personnes vont retrouver l\u2019odorat sans même participer à un entraînement », souligne Johannes Frasnelli.Pour d\u2019autres, la perte de l\u2019odorat est un symptôme d\u2019une maladie neu- rodégénérative, comme le parkinson ou l\u2019alzheimer.« Chez ces patients, on observe une dégénérescence dans les parties du cerveau responsables à la fois de la formation des souvenirs, de l\u2019apprentissage et de la mémoire, mais aussi du traitement olfactif », affirme le chercheur.Ses collègues de l\u2019UQTR et lui ont réalisé une revue systématique d\u2019études impliquant 152 patients atteints de la maladie d\u2019Alzheimer chez qui un déclin olfactif avait été décelé.Elle a été publiée dans Brain Sciences en 2021.« Nous savons que l\u2019odorat est affecté très tôt dans le développement de l\u2019alzheimer, avant même que les gens présentent des troubles cognitifs légers », dit le neuroscienti?que.Ce dernier travaille d\u2019ailleurs sur un projet de recherche qui a pour but de procéder au dépistage précoce de maladies neurodégénératives.Il faut toutefois rester prudent : la diminution de la capacité olfactive ne signi?e pas systématiquement que la maladie viendra.« Il est normal de perdre un peu l\u2019odorat en vieillissant, comme on perd d\u2019autres sens tels que la sensibilité sensorielle ou visuelle », conclut Johannes Frasnelli.?CES ODEURS QUI RAPPELLENT UN AUTRE TEMPS I M A G E S : S H U T T E R S T O C K .C O M ; I L L U S T R A T I O N : N A T A C H A V I N C E N T 7 MÉMOIRE VIVE E Et si quelque chose d\u2019aussi simple que la prise d\u2019antioxydants avait le potentiel de ralentir la progression de la maladie d\u2019Alzheimer ?L\u2019affirmation a de quoi surprendre, car l\u2019alzheimer est l\u2019une des maladies les plus complexes et les plus difficiles à comprendre de notre époque.C\u2019est pourtant ce que suggèrent les travaux du professeur Charles Ramassamy, spécialiste de l\u2019Institut national de la recherche scienti?que (INRS).« L\u2019alzheimer est une maladie liée à l\u2019âge, et l\u2019un des indicateurs les plus courants du vieillissement, c\u2019est le stress oxydatif », mentionne le chercheur.Ces molécules dérivées de l\u2019oxygène, qui s\u2019avèrent très toxiques pour les cellules et dont la production augmente avec l\u2019âge, sont impliquées dans de nombreuses maladies.« Or, bien qu\u2019on sache que ce stress est plus élevé chez les patients atteints d\u2019alzheimer, on ne sait pas s\u2019il est une conséquence ou un précurseur de la maladie », ajoute-t-il.Ce n\u2019est pas dans le cerveau que le professeur Ramassamy a concentré ses efforts a?n de résoudre ce dilemme, mais plutôt en périphérie, dans la circulation sanguine.« Le sang contient une grande quantité de ce qu\u2019on appelle des vésicules extracellulaires, explique-t-il.Ces petites poches sont libérées par tout type de cellules, y compris les neurones du cerveau, et contiennent une panoplie de molécules, dont des marqueurs de stress oxydatif.» Leur analyse permettrait donc d\u2019obtenir de l\u2019information sur ce qui se passe dans le cerveau au moyen d\u2019une simple prise de sang, ce qui est beaucoup plus simple qu\u2019avec de l\u2019imagerie médicale ou une ponction lombaire ! En analysant les marqueurs de stress oxydatif dans des échantillons de sang provenant d\u2019une banque de patients à risque de développer la maladie d\u2019Alzheimer, l\u2019équipe de Charles Ramas- samy a montré qu\u2019on pouvait distinguer les personnes qui seront atteintes de ce mal de celles qui seront touchées par d\u2019autres types de démences, et ce, jusqu\u2019à cinq ans avant l \u2019apparition des premiers symptômes.« Ce stress oxydatif est présent dans plusieurs maladies ; pas juste l\u2019alzheimer, précise le professeur Ramassamy.Cependant, certains marqueurs oxydatifs augmentent uniquement chez les patients qui développeront l\u2019alzheimer.Si on ajoute à l\u2019analyse différents gènes de prédisposition à la maladie, il est possible d\u2019augmenter encore plus la précision des prédictions.» Les avantages de cette découverte sont doubles.Tout d\u2019abord, elle montre qu\u2019il est possible de détecter des signes de la maladie d\u2019Alzheimer des années avant les premiers symptômes ; un point crucial, puisque l\u2019une des plus grandes difficultés avec ce type de neu- rodégénérescence est qu\u2019on la détecte souvent alors qu\u2019il est déjà trop tard.« Cette maladie est irréversible, poursuit Charles Ramassamy.Lorsqu\u2019on détecte sa présence à l\u2019aide de tests cognitifs, les dommages sont déjà étendus.Si on veut avoir la chance de prévenir ou ralentir son évolution, il est important de trouver des marqueurs qui sont faciles à surveiller et qui apparaissent bien avant le développement de symptômes.» ALZHEIMER : ENTRE GESTION ET PRÉVENTION Chaque année qui passe, la maladie d\u2019Alzheimer prive les personnes qui en sont atteintes d\u2019un peu plus de leur mémoire, mais aussi d\u2019une part d\u2019elles-mêmes.Toutefois, des avancées scienti?ques donnent de l\u2019espoir.Par Renaud Manuguerra-Gagné LA RECHERCHE DANS LE RÉSEAU DE L\u2019UNIVERSITÉ DU QUÉBEC 8 I M A G E S : S H U T T E R S T O C K .C O M ; I L L U S T R A T I O N : N A T A C H A V I N C E N T ; L I N O C I P R E S S O ; J O S É E L E C O M P T E Ensuite, ces biomarqueurs précoces ne servent pas qu\u2019à prévenir le patient de la maladie qui le guette : ils pourraient servir à en retarder l\u2019évolution.« Puisqu\u2019une oxydation anormale semble précéder le déclin cognitif de nombreuses années, la prise d\u2019antioxydants \u2014 notamment par la nutrition \u2014 non seulement a le potentiel d\u2019agir sur le cerveau et de ralentir la progression de l\u2019alzheimer, mais elle pourrait aussi être béné?que pour une panoplie de problèmes systémiques, conclut le chercheur.Plusieurs études évaluent actuellement cette possibilité.» AU CŒUR DU LANGAGE Il n\u2019y a pas que des marqueurs biologiques qui permettent la détection précoce de l\u2019alzheimer.Pour certains chercheurs, une autre piste se trouve dans des marqueurs\u2026 linguistiques ! « Le langage est affecté très tôt par la maladie d\u2019Alzheimer, souligne Sylvie Ratté, professeure au Département de génie logiciel et des technologies de l\u2019information de l\u2019École de technologie supérieure (ÉTS).Même avant que des tests cognitifs réalisés par un médecin ne soient envisagés, on peut détecter des altérations dans le langage qui pointent vers un alzheimer précoce.» Ces altérations peuvent être aussi nombreuses que subtiles, surtout en début de maladie.« On peut trouver des changements du côté de la syntaxe, du lexique, des silences, des pauses, des mots qu\u2019on ne trouve pas\u2026 Des centaines de caractéristiques peuvent servir d\u2019indices », poursuit la chercheuse.Pour repérer ces indicateurs, Sylvie Ratté fait appel à un associé de recherche hors du commun : une intelligence arti?- cielle ! « Même pour les meilleurs experts, c\u2019est impossible de capter tous les détails montrant une détérioration.À l\u2019opposé, une machine peut analyser des centaines de paramètres extraits d\u2019une conversation, en plus de faire des corrélations entre différents événements dans le temps.» Ce type d\u2019intelligence arti?cielle peut être utilisé dans deux contextes.Dans le premier scénario, le patient peut se soumettre à un test qui consiste à décrire une image ; on s\u2019attend à ce qu\u2019une liste de mots ou de points clés soit mentionnée.L\u2019autre possibilité est d\u2019enregistrer une conversation avec cette personne, a?n d\u2019analyser la qualité et la richesse de son langage.En utilisant des banques de données contenant des enregistrements de participants suivis sur une échelle de plusieurs années, période au cours de laquelle certains ont développé la maladie d\u2019Alzheimer, l\u2019intelligence arti?cielle de l\u2019équipe de la professeure Ratté a atteint un taux de succès de détection précoce d\u2019un peu plus de 85 %.Maintenant, le dé?est de distinguer les signes avant-coureurs de l\u2019alzheimer de ceux d\u2019autres types de démences. « On doit trouver quelles sont les principales caractéristiques de chacune d\u2019entre elles, précise Sylvie Ratté.À l\u2019heure actuelle, on fait un suivi de la dégradation uniquement grâce à un enregistrement audio, mais bientôt, on pourra aussi le faire avec des caméras suivant les expressions faciales.En suivant le regard de la personne, son niveau d\u2019attention ou son apathie, on pourra améliorer la détection.C\u2019est important d\u2019avoir plusieurs modalités.» Chaque élément supplémentaire peut donc affiner le diagnostic.SYLVIE RATTÉ, PROFESSEURE AU DÉPARTEMENT DE GÉNIE LOGICIEL ET DES TECHNOLOGIES DE L\u2019INFORMATION DE L\u2019ÉCOLE DE TECHNOLOGIE SUPÉRIEURE (ÉTS) 9 MÉMOIRE VIVE CHARLES RAMASSAMY, PROFESSEUR À L\u2019INSTITUT NATIONAL DE LA RECHERCHE SCIENTIFIQUE (INRS) RESTER CHEZ SOI L\u2019intelligence arti?cielle ne sert pas qu\u2019au diagnostic précoce de l\u2019alzheimer.Pour les personnes chez qui les symptômes de la maladie ont déjà commencé à se manifester, elle pourrait être utilisée pour assurer une certaine forme de suivi à domicile.À l\u2019aide de différents types de capteurs, ces algorithmes permettent non seulement de porter assistance à un patient mal en point, mais également d\u2019offrir un cadre sécuritaire permettant aux personnes affectées par la maladie de rester quelques années de plus à la maison.C\u2019est du moins ce que tentent de faire des chercheurs comme Sébastien Gaboury, professeur au Département d\u2019informatique et de mathématique de l\u2019Université du Québec à Chicoutimi (UQAC).« Équiper un domicile de capteurs permet de voir ce que la personne qui y vit fait en temps semi-réel, explique le chercheur.On veut reconnaître l\u2019activité de la personne, mais surtout détecter s\u2019il y a un changement dans ses habitudes à court, moyen et long termes.Comment oc- cupe-t-elle ses journées ?S\u2019abreuve-t-elle et s\u2019alimente-t-elle bien ?Cuisine-t-elle ou sort-elle de moins en moins ?Fait-elle de l\u2019errance nocturne ?Suivre tout ça dans le temps et signaler la présence de changements à un clinicien peut faciliter non seulement le suivi, mais aussi l\u2019envoi d\u2019un intervenant.» Attention : il ne s\u2019agit pas ici de renoncer entièrement à sa vie privée en vivant sous l\u2019œil de caméras.En fait, les capteurs les plus utilisés par l\u2019équipe du professeur Gaboury sont surtout ceux qui permettent de détecter des mouvements \u2014 comme le fait un système d\u2019alarme à domicile \u2014, ainsi que d\u2019autres reconnaissant l\u2019ouverture ou la fermeture de portes et d\u2019armoires, ou encore des prises intelligentes en mesure de détecter la mise en marche d\u2019appareils électroménagers.« Ces capteurs donnent des informations indirectes et se basent sur des éléments que des algorithmes peuvent reconnaître, décrit Sébastien Gaboury.Une fois qu\u2019on a assez de données, on peut commencer à analyser certains paramètres.Tout ce qui a été enregistré avant une date est considéré comme des paramètres normaux, et tout ce qui vient après devient le sujet de notre analyse pour véri?er si les comportements changent.» Le chercheur résume ainsi : « L\u2019intelligence arti?cielle permet de décortiquer l\u2019historique de vie d\u2019une personne dans un environnement donné, pour ensuite voir s\u2019il y a des changements subtils dans ses habitudes qu\u2019on ne serait pas capables de voir autrement.» Le point le plus important : ces systèmes sont bien acceptés par les occupants, selon le professeur de l\u2019UQAC.« Les études tendent à montrer que quand les personnes âgées sont informées du fait que ces technologies peuvent les aider à rester plus longtemps à la maison, elles les acceptent.Mais pour ça, il faut des équipes interdisciplinaires.» L\u2019intégration de ces systèmes dans un milieu de vie ne peut effectivement pas s\u2019improviser ; des spécialistes doivent identi?er les besoins et voir le patient comme un partenaire.« C\u2019est vraiment ce qu\u2019il faut pour faire progresser ces projets », conclut Sébastien Gaboury.? LA RECHERCHE DANS LE RÉSEAU DE L\u2019UNIVERSITÉ DU QUÉBEC 10 I M A G E S : S H U T T E R S T O C K .C O M ; I L L U S T R A T I O N : N A T A C H A V I N C E N T ; S U Z A N N E B É L A N D Les arbres, témoins du temps qui passe ?Oui, mais jusqu\u2019à un certain point.Dans la forêt boréale, rares sont les conifères qui survivent des centaines d\u2019années.La faute revient aux feux de forêt, qui régulent ces écosystèmes.« Dans le coin de la baie James, on estime qu\u2019il y a un feu tous les 50 ans.Au centre du Québec, vers le Labrador, la fréquence est davantage d\u2019un incendie tous les 300 à 400 ans », explique Dominique Arseneault, professeur au Département de biologie, chimie et géographie de l\u2019Université du Québec à Rimouski (UQAR).Cela fait une quinzaine d\u2019années que le chercheur s\u2019évertue pourtant à retracer l\u2019évolution écologique et climatique des forêts du nord du Québec depuis les deux derniers millénaires.Pour réaliser ce tour de force, lui et ses collaborateurs pêchent des troncs d\u2019arbre qui se trouvent au fond de lacs situés dans la région du réservoir de Caniapiscau, une partie du complexe hydroélectrique La Grande.« Techniquement, on plonge pour aller les recueillir, précise-t-il.Contrairement à la forêt, où ils se décomposent en moins de 100 ans, l\u2019eau préserve mieux les troncs en les protégeant de l\u2019air.» Une fois les précieux bouts de bois extirpés des profondeurs, les scienti?ques se pressent d\u2019analyser leurs cernes annuels de croissance.La largeur des cernes, la densité du bois qui les constitue et leurs caractéristiques isotopiques varient d\u2019une année à l\u2019autre, selon divers facteurs, parmi lesquels le climat joue un rôle prépondérant.« Les cernes offrent une résolution annuelle supérieure à celle des glaciers [qui font également l\u2019objet d\u2019analyses du même genre].Surtout, ils sont très sensibles aux variations de température, ce qui permet de dresser des lignes du temps assez précises », détaille Dominique Arseneault.Bien sûr, il faut plus qu\u2019une poignée de troncs d\u2019arbre pour reconstituer 2000 ans d\u2019histoire climatique.C\u2019est la mise en correspondance de plusieurs centaines de séries de largeurs de cernes mesurés sur des arbres différents qui permet de constituer une telle chronologie.Ce travail de grande patience a notamment permis de con?rmer que le climat du nord du Québec se réchauffe anormalement plus vite depuis un siècle en regard des 1000 dernières années.« Depuis 1850, on est dans la période de réchauffement climatique la plus longue et la plus forte depuis deux millénaires », ajoute Dominique Arseneault.FUTUR ET CHANGEMENTS CLIMATIQUES Le milieu du 19e siècle correspond à la première phase d\u2019industrialisation.Partout dans les sociétés occidentales poussaient alors des usines fonctionnant à la vapeur, donc au charbon.Plus de 150 ans plus tard, la situation n\u2019a guère VOYAGER DANS LE TEMPS GRÂCE AUX ARBRES Des experts utilisent les cernes de croissance d\u2019arbres de la forêt boréale pour remonter dans le passé et éclairer l\u2019avenir.Par Maxime Bilodeau L 11 MÉMOIRE VIVE CHANTE, FORÊT, CHANTE ! Maxence Martin a beau jouer de la guitare, il est incapable de lire une partition de musique.Cela n\u2019a pas empêché le chercheur postdoctoral en biologie à l\u2019Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) de créer des symphonies à partir des cernes annuels de croissance de plus de 750 arbres.Âgés de 80 à 300 ans, ces derniers sont issus de forêts anciennes situées à l\u2019est du lac Mistassini, dans le nord du Saguenay\u2013Lac-Saint-Jean.« On parle de sons générés par ordinateur, spécifie le chercheur.J\u2019ai mis sur pied un algorithme capable de définir des notes de musique selon la largeur des cernes de croissance.» Afin d\u2019éviter toute dissonance, il a privilégié une gamme associée au type plain-chant, qui rappelle, à bien des égards, le chant grégorien.Il a ensuite regroupé les différentes mélodies générées selon les peuplements, de manière à retracer, littéralement, leur histoire en chant.« Chaque symphonie a sa personnalité propre qui traduit la beauté et la grandeur typiques des vieilles forêts.À l\u2019écoute, on revient sur les différents épisodes qui ont marqué leur vie », raconte Maxence Martin.Une forêt qui se relève d\u2019un incendie produit ainsi des notes aiguës, puis moyennes ; les jeunes arbres repoussent en même temps à la faveur d\u2019un accès favorable à la lumière, jusqu\u2019à ce qu\u2019ils soient matures.Envie d\u2019en savoir plus ?Le grand public est invité à prendre part aux diverses déclinaisons de Symphonies boréales, de l\u2019exposition itinérante au concert symphonique en passant par un parcours pédagogique situé en plein cœur d\u2019une vieille forêt.www.symphoniesboreales.com changé.Nos sociétés humaines carburent toujours aux énergies fossiles, lesquelles rejettent dans l\u2019atmosphère des quantités importantes de gaz à effet de serre, principaux responsables des changements climatiques.Ces derniers in?uenceront certainement la forêt boréale du nord du Québec pour les décennies à venir.Comment ?C\u2019est la question qui intéresse Fabio Gennaretti, professeur en sciences forestières à l\u2019Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT).Comme Dominique Arseneault, avec qui il a réalisé son doctorat, il recourt aux cernes annuels de croissance des arbres pour se projeter dans le temps\u2026 mais dans l\u2019avenir en ce qui le concerne.« J\u2019utilise les cernes des arbres pour constituer des modèles écophysiologiques de la forêt boréale.En combinaison avec des projections climatiques, on peut prédire comment cette forêt réagira aux changements du climat », indique-t-il.Grâce aux données récoltées en temps réel dans plusieurs sites expérimentaux affiliés à l\u2019UQAT, comme la Forêt d\u2019enseignement et de recherche du lac Duparquet, le scienti?que est ensuite en mesure de con?rmer la validité de ses hypothèses et de véri?er ses simulations.Ces travaux permettent en outre de développer des pratiques sylvicoles adaptées à l\u2019écologie et à la croissance de plusieurs espèces d\u2019arbres, comme l\u2019épinette noire, le sapin baumier, le peuplier faux-tremble et le pin gris.Mené en collaboration avec le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs du Québec et l\u2019entreprise Produits forestiers Résolu, son projet de recherche en cours permettra de mieux prédire les réponses saisonnières des écosystèmes forestiers au réchauffement du climat en fonction du mélange d\u2019espèces dans une zone donnée et des propriétés du sol.À terme, il a même le potentiel de changer les pratiques de l\u2019industrie forestière.« Nos premiers résultats confirment que les forêts diversi?ées, parce qu\u2019elles répondent mieux aux perturbations inhérentes aux changements climatiques, favorisent la productivité forestière », conclut Fabio Gennaretti.?DOMINIQUE ARSENEAULT, PROFESSEUR AU DÉPARTEMENT DE BIOLOGIE, CHIMIE ET GÉOGRAPHIE DE L\u2019UNIVERSITÉ DU QUÉBEC À RIMOUSKI (UQAR) À Bien que l\u2019événement soit rare, une collision entre une puce électronique et une particule ionisante provenant de l\u2019espace peut rapidement devenir un cauchemar informatique.Par Renaud Manuguerra-Gagné À première vue, l\u2019accélérateur de particules canadien TRIUMF, à Vancouver, n\u2019est pas une destination de choix pour la recherche sur la mémoire informatique ; en temps normal, on y étudie plutôt la physique des particules.Mais pour Claude Thibeault, professeur au Département de génie électrique de l\u2019École de technologie supérieure (ÉTS), l\u2019endroit est idéal ! La raison est simple : en 10 minutes, il est possible d\u2019y recréer les effets de plusieurs années d\u2019exposition d\u2019une puce électronique à des rayons cosmiques.Dans la nature, ces particules de très haute énergie circulent dans l\u2019espace, avant d\u2019être bloquées par le champ magnétique de la Terre.Malgré cette couche de protection, certaines parviennent à atteindre la surface et entrent en contact avec nos appareils électroniques.Cela peut occasionner de mauvaises surprises\u2026 Le phénomène en cause est ce qu\u2019on appelle le basculement de bits, ou bit ?ip en anglais.Il faut se rappeler que la mémoire informatique est faite de deux unités de base : les 1 et les 0, qu\u2019on appelle des bits.« Quand les particules [ionisantes] entrent en contact avec certains types de puces, elles peuvent y inverser le contenu d\u2019un bit de mémoire ; un 1 devient un 0, ou l\u2019inverse, explique le professeur Thi- beault.Cela peut entraîner des erreurs de calcul ou même briser la puce.» LES RAYONS COSMIQUES, DES MENACES INFORMATIQUES Ce genre de réaction est rare.Par exemple, les puces les plus sensibles qu\u2019on trouve dans un avion, dont les séjours en haute altitude entraînent une exposition aux rayons cosmiques plus forte que sur la terre ferme, peuvent subir un bit ?ip toutes les 20 heures de vol.À la hauteur du sol, ces événements sont environ 500 fois moins fréquents.Cela ne veut pas dire qu\u2019on peut les ignorer pour autant ! « Les normes de ?abilité des puces qu\u2019on trouve dans des véhicules automobiles sont tellement rigoureuses que même si les rayons cosmiques ne sont pas une grosse menace, on doit s\u2019en préoccuper, précise Claude Thibeault.Avec l\u2019arrivée de l\u2019intelligence arti?cielle et de la voiture autonome, l\u2019électronique d\u2019un véhicule devient à ce point complexe que le moindre bit ?ip peut avoir des conséquences importantes.» Il existe heureusement des méthodes pour protéger les puces, dont celles des avions.On peut par exemple ajuster les transistors pour faire en sorte qu\u2019ils soient moins sensibles.Il y aussi moyen de rendre les puces plus tolérantes aux erreurs en ajoutant de multiples copies de certains calculs importants, ou alors des codes correcteurs d\u2019erreurs.Néanmoins, tous ces procédés rendent les puces plus coûteuses.Tout devient alors une question de probabilité.« Notre recherche consiste à amasser des informations sur la sensibilité des puces et à étudier le côté statistique de la chose.La probabilité qu\u2019une puce soit affectée par les radiations varie selon son contenu, et chaque type de mémoire a une sensibilité différente », détaille le chercheur.Il résume : « Les statistiques qu\u2019on produit à travers différentes simulations permettront de choisir les bonnes techniques de protection en fonction du risque.» Comme quoi se protéger d\u2019une menace de l\u2019espace ne demande pas toujours des scénarios dignes de ceux d\u2019Hollywood ! ?LA RECHERCHE DANS LE RÉSEAU DE L\u2019UNIVERSITÉ DU QUÉBEC I M A G E S : S H U T T E R S T O C K .C O M ; I L L U S T R A T I O N : N A T A C H A V I N C E N T 12 F Florent Veilleux est ce que l\u2019on peut appeler une drôle de bibitte.Cet artiste \u2014 qui a exposé à différents endroits dans le monde \u2014 est le roi québécois de la pataphysique, ou la science des solutions imaginaires aux problèmes inexistants, comme l\u2019a dé?ni le poète français Alfred Jarry.Une posture pour le moins audacieuse dans le monde hyper fonctionnaliste qui nous entoure.Tout au long de sa vie, Florent Veilleux s\u2019est attardé aux objets dont se débarrassent les gens, agissant comme un commissaire des déchets.Il les a choisis, nettoyés et conservés précieusement en une grande collection pendant 40 ans dans le sous-sol de son petit royaume de l\u2019avenue Papineau, à Montréal.Grâce à son processus d\u2019addition d\u2019objets, il crée des sculptures qui, au moyen d\u2019un simple bouton, s\u2019illuminent et s\u2019animent, comme de petits écosystèmes.« Enfant, je l\u2019avais vu à la télé avec ses sculptures, et il me fascinait déjà, raconte Obed José, un artiste diplômé du baccalauréat en création 3D à l\u2019Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT).Des années plus tard, alors que j\u2019habitais près de son atelier de l\u2019avenue Papineau, je passais souvent devant sa vitrine et, un jour, j\u2019ai osé frapper à sa porte.Il m\u2019a fait découvrir son univers.» Au cours de son baccalauréat, Obed José a parlé de cette rencontre marquante à Patrick Gauvin, professeur en création et nouveaux médias.C\u2019est là que son projet de ?n d\u2019études a pris naissance : provoquer une rencontre entre sa propre création numérique, le robot BaByBoT R \u2014 dont la mission était de détruire la nature, mais qui se retrouve ?nalement à la protéger \u2014, et l\u2019univers de Florent Veilleux.Il souhaitait recréer le robot dans le monde réel, à partir de la mine d\u2019or de l\u2019artiste.LA CAVERNE D\u2019ALI BABA La verve de Patrick Gauvin a su convaincre Florent Veilleux du sérieux de la folle démarche d\u2019Obed José.Résultat : l\u2019artiste a accepté de laisser les deux hommes entrer dans sa caverne d\u2019Ali Baba.« Si voir toutes ses machines allumées au rez-de-chaussée de son atelier, c\u2019est comme Noël, voir tous les objets récupérés depuis 40 ans dans son sous-sol, c\u2019est le chaos, affirme le professeur.Et le chaos, pour des artistes, c\u2019est le paradis ! C\u2019est un monde de possibilités.» Tuyaux d\u2019égout, caméra de surveillance, cruche d\u2019eau, petit trépied : voilà quelques-uns des objets qui ont inspiré Obed José dans la création de son robot.« Normalement, les créateurs 3D s\u2019inspirent de photos du réel, souvent d\u2019archétypes, pour créer des univers et des personnages numériques, souligne le professeur Gauvin.Mais ici, Obed a fait le contraire.Pour recréer dans le réel un robot qui existe dans le monde numérique, il a utilisé des objets ayant une densité, une existence réelle, une mémoire, et il leur a donné une deuxième vie, avec la complicité de Florent Veilleux.» Alors que la pandémie a frappé durement le milieu artistique, plusieurs personnes ont réalisé pendant le con?nement à quel point l\u2019art leur manquait.« Le musicien Brian Eno a dit à la COP26 que les artistes ont comme rôle de proposer des mondes différents, rappelle Patrick Gauvin.Florent Veil- leux l\u2019a toujours fait.Chacune de ses machines est un monde en soi.» D\u2019ailleurs, tout un mur du Centre des sciences de Montréal met en valeur des œuvres de Veilleux.On y trouve notamment le premier convertisseur d\u2019électricité en eau du monde : une création qui sonne l \u2019alarme sur la consommation effrénée d\u2019or bleu sur la planète.« Florent Veilleux est vraiment un artiste extraordinaire qui a été oublié, croit Patrick Gauvin.Pourtant, ses machines pourraient faire œuvre utile actuellement.Je souhaite que son univers puisse trouver sa place dans la mémoire collective.» ?Fasciné par l\u2019animation 3D et par l\u2019artiste hors norme Florent Veilleux, Obed José a réuni les deux univers pour faire du neuf avec du vieux.Par Martine Letarte LORSQUE L\u2019ART NUMÉRIQUE INSPIRE LE RÉEL 13 MÉMOIRE VIVE 14 I M A G E S : S H U T T E R S T O C K .C O M ; I L L U S T R A T I O N N A T A C H A V I N C E N T LA RECHERCHE DANS LE RÉSEAU DE L\u2019UNIVERSITÉ DU QUÉBEC I Il y a quelques années, Catherine Garcia Cournoyer a perdu son grand-père.Elle s\u2019est toutefois surprise à rester plutôt détachée devant le diaporama de photos qui dé?laient lors des funérailles de l\u2019aïeul.« Parfois, je reconnaissais mon grand-père, mais très souvent, je n\u2019avais aucune idée de qui se trouvait sur les photos, ni lors de quels événements elles avaient été prises », raconte la designer graphique.Elle s\u2019est inspirée de cette expérience pour donner de la substance à son projet de maîtrise sur les photos souvenirs, dirigé par Jérôme Vogel, professeur à l\u2019École multidisciplinaire de l\u2019image de l\u2019Université du Québec en Outaouais (UQO).« Je cherchais des moyens de recréer une liaison avec ces photos qui font partie de mon patrimoine, de me les approprier en utilisant différents outils comme la retouche et le photomontage », décrit Catherine Garcia Cournoyer.La designer graphique est donc partie à la rencontre de sa grand-mère et de ses six enfants pour en savoir plus sur les portraits.C\u2019est alors que, bien sûr, elle a pu récolter de l\u2019information au sujet des gens qui apparaissaient sur les photos et du contexte dans lequel ces images avaient été prises.Toutefois, on lui a aussi raconté une foule d\u2019histoires plus ou moins liées aux clichés.« Ces photos ont des déclencheurs, ce que le sémiologue français Roland Barthes appelle le punctum, soit des détails qui provoquent une forte émotion chez la personne qui les regarde », explique-t-elle.Son constat : ces déclencheurs ne généraient pas les mêmes souvenirs d\u2019une personne à l\u2019autre.« Inspirée par Roland Barthes, je n\u2019ai pas choisi une approche qui cherchait la vérité sur ce qui s\u2019était passé, mais une approche personnelle, intimiste, nuance la jeune femme.L\u2019émotion est très importante lorsqu\u2019on cherche l \u2019essence d\u2019une photo.» Catherine Garcia Cournoyer a d\u2019ailleurs reconnu un déclencheur en regardant une photo de son grand-père debout sur l\u2019herbe, cigarette au bec, à côté d\u2019un plan d\u2019eau, avec des montagnes derrière.« Il y avait certainement toute une histoire autour de cette photo de mon grand-père, qui était un pêcheur, mais elle m\u2019a rappelé qu\u2019il était un grand fumeur, dit-elle.Elle m\u2019a rappelé sa mort », due à l\u2019emphysème pulmonaire.Dans une vidéo, pièce centrale de l\u2019exposition présentée par l\u2019artiste en 2019, cette dernière transforme petit à petit l\u2019image en retirant différents éléments, comme les montagnes, le ciel bleu et l\u2019eau.« Il y a de moins en moins d\u2019air qui passe dans l\u2019image ; comme si le souffle était de plus en plus court, illustre-t-elle.À la ?n, il reste seulement mon grand-père sur la photo.Même la cigarette est disparue, dans l\u2019espoir qu\u2019elle n\u2019ait jamais existé.» Si cette réappropriation est très personnelle, Catherine Garcia Cour- noyer a réalisé avec l\u2019exposition que sa démarche touche le public.« Même si les photos de famille ne sont pas les leurs, les gens ont été ramenés à leurs propres souvenirs, remarque l\u2019artiste.Mon projet a aussi incité des gens à échanger des souvenirs, à raconter des choses qu\u2019ils n\u2019auraient pas pensé relater autrement.» Gageons que ce projet donnera envie à d\u2019autres d\u2019aller fouiller dans leurs vieilles photos de famille pour déclencher des souvenirs qui iront bien au-delà de l\u2019image\u2026 ?Rien de plus banal que des photos de famille, souvent semblables d\u2019un clan à un autre, d\u2019ailleurs.Mais si on allait au-delà de l\u2019image et qu\u2019on les utilisait comme déclencheurs de souvenirs ?Par Martine Letarte FAIRE REVIVRE LES PHOTOS DE FAMILLE I M A G E S : S H U T T E R S T O C K .C O M ; I L L U S T R A T I O N : N A T A C H A V I N C E N T 14 15 MÉMOIRE VIVE P PRÉSERVER L\u2019HISTOIRE DES FEMMES D\u2019ICI Le rôle et la place des femmes ont longtemps été ignorés dans l\u2019histoire québécoise.Qu\u2019à cela ne tienne ! En 1985, pour s\u2019assurer de rendre leurs nombreuses contributions visibles, Francine Descarries, sociologue et professeure à l\u2019Université du Québec à Montréal (UQAM), a consigné sur papier une chronologie de tous les événements marquants de 1600 à nos jours.Auparavant, dit-elle, « mes étudiantes n\u2019avaient pas la possibilité de se référer à des réalisations de femmes, qui existaient pourtant dans plusieurs domaines de la société ».Avec la collaboration du Réseau québécois en études féministes et du Conseil du statut de la femme, la ligne du temps a obtenu un nouveau souffle en 2010, au moment où elle migrait vers une plate- forme numérique.Mise à jour et boni?ée d\u2019images, de vidéos et de divers portraits de femmes, elle constitue aujourd\u2019hui la plus importante banque de données sur l\u2019histoire des femmes au Québec.Il s\u2019agit là d\u2019un outil nécessaire pour construire une société égalitaire.« Tant et aussi longtemps qu\u2019on ne montre pas les réalisations des femmes et leur impact social marquant, on tend à rendre leur participation secondaire et à dévaluer leur implication », affirme Francine Descarries.Elle évoque le cas de Jeanne Mance, qui a joué un rôle de premier plan et qui a ?nalement été reconnue comme cofonda- trice de Montréal en 1992.« Jeanne Mance a toujours été présentée comme une in?r- mière qui s\u2019occupait des soldats blessés, alors que l\u2019histoire démontre qu\u2019elle a sauvé la colonie [la Nouvelle-France] », insiste la professeure de l\u2019UQAM.LE PASSÉ MILITAIRE ET L\u2019IDENTITÉ QUÉBÉCOISE Comment la société choisit-elle de se souvenir de certains pans de son passé militaire ou encore de les oublier ?Stéphane Roussel, professeur à l\u2019École nationale d\u2019administration publique (ENAP), a dirigé son regard sur l\u2019incidence de l\u2019histoire militaire sur l\u2019identité québécoise.« Contrairement au reste du Canada, le Québec est beaucoup plus paci?ste et moins enclin à la guerre et aux engagements militaires à l\u2019étranger, dit-il.On est aussi plus mé?ant vis-à-vis de l\u2019armée en général.» Cette vision différente a motivé ses recherches, qui ont abouti à un constat : la société québécoise a tendance à retenir les événements traumatiques ou négatifs, comme la défaite de la bataille des plaines d\u2019Abraham et la rébellion des patriotes de 1837 et 1838.« On cultive la mémoire de la défaite », ajoute le professeur.Cependant, il remarque depuis les années 1990 une forme de réconciliation à l\u2019égard du passé militaire du Québec : « On accepte un peu mieux cette histoire-là, même si ce n\u2019est pas que du positif.Je pense que cela vient du changement amorcé pendant la Révolution tranquille, où la société québécoise a repris le contrôle de ses institutions économiques et a pu compétitionner dans le secteur commercial et ?nancier ; un terrain de jeu auparavant réservé aux Anglais.» Stéphane Roussel en conclut que le Québec n\u2019a plus besoin de se replier sur MILLE ET UNE FAÇONS DE SE SOUVENIR Comment le Québec se remémore-t-il son histoire ?Quatre initiatives s\u2019attardent à la fabrication de la mémoire collective.Par Annie Labrecque 16 I M A G E S : S H U T T E R S T O C K .C O M ; I L L U S T R A T I O N N A T A C H A V I N C E N T « Le ?chier BALSAC reconstitue l\u2019immense arbre généalogique de la population québécoise depuis le 17e siècle [.].C\u2019est le récit et la mémoire des gens du peuple qui y sont racontés.» ?HÉLÈNE VÉZINA lui-même pour affirmer son identité et cultiver sa mémoire collective.L\u2019HISTOIRE DE TOUTE UNE POPULATION Il y a 50 ans, l\u2019historien Gérard Bou- chard a mis sur pied le projet BALSAC, un ?chier de population comprenant les actes de l\u2019état civil tels que les cer- ti?cats de naissance ou de décès et les certi?cats de mariage des résidents du Saguenay\u2013Lac-Saint-Jean.Ces données, recoupées entre elles, ont permis de dresser la généalogie des familles de 1837 jusqu\u2019en 1971.Au ?l du temps, le ?chier BALSAC a évolué vers une infrastructure informatique (appelée i-BALSAC) qui compte désormais des millions de données généalogiques couvrant l\u2019ensemble de la province sur une période de 400 ans.« On reconstitue ainsi l\u2019immense arbre généalogique de la population québécoise depuis le 17e siècle », s\u2019émerveille Hélène Vézina, professeure au Département des sciences humaines et sociales de l\u2019Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) et directrice du projet BALSAC.Les données de ce gigantesque ?chier sont aussi synonymes d\u2019un riche héritage social.« C\u2019est le récit et la mémoire des gens du peuple qui y sont racontés.Avec ces données, on peut voir si la mortalité infantile était importante à une période précise, on peut étudier la mobilité de la population d\u2019après leur lieu de résidence et on peut véri?er si un métier se transmet d\u2019une génération à une autre », énumère la directrice du projet.Les données généalogiques servent ainsi de porte d\u2019entrée pour étudier une multitude de sujets.Des démographes, des sociologues, des historiens et des généticiens peuvent utiliser les données de BALSAC.Qui aurait cru qu\u2019un simple acte de l\u2019état civil pourrait nourrir la trace de toute une génération de Québécois pendant des siècles ?LA MÉMOIRE COLLECTIVE DU QUÉBEC Comment les spécialistes de la littérature et de l\u2019histoire se souviennent-ils du Québec d\u2019hier à aujourd\u2019hui ?Julien Goyette et Karine Hébert, de l\u2019Université du Québec à Rimouski (UQAR), ont dirigé avec deux autres collègues l\u2019ouvrage Je me souviens, j\u2019imagine \u2014 Essais historiques et littéraires sur la culture québécoise.Ils ont demandé à plus d\u2019une vingtaine d\u2019auteurs d\u2019écrire sur différents pans de la construction mémorielle du Québec et de les mettre en lumière.C\u2019est ainsi que l\u2019on y aborde l\u2019hiver québécois, le matriarcat, le Forum de Montréal, la rivalité Montréal-Québec, le joual, le passé catholique, etc.Pourquoi donc ces éléments culturels sont-ils le re?et de la mémoire collective du Québec ?À cela, Julien Goyette répond que ces événements ou objets culturels ont eu une certaine résonance et se sont imposés dans différentes sphères parmi la population.« Par exemple, l\u2019hiver québécois est porteur de sens dans nos vies.C\u2019est un thème présent dans les chansons, les romans, le cinéma, la peinture\u2026 », remarque-t-il.Il était donc inévitable d\u2019en parler dans l\u2019ouvrage.Comme la mémoire humaine, qui laisse naître et disparaître des souvenirs, les deux professeurs de l\u2019UQAR soulignent que le livre re?ète lui aussi ces instantanés du Québec au moment où la rédaction a commencé.« Notre mémoire collective est tributaire du contexte dans lequel on se situe.En refaisant l\u2019exercice dans 15 ans, on aura sûrement une autre relation à l\u2019hiver, avec l\u2019effet des changements climatiques et la présence plus importante de la littérature autochtone », fait valoir Karine Hébert.?LA RECHERCHE DANS LE RÉSEAU DE L\u2019UNIVERSITÉ DU QUÉBEC I M A G E S : S H U T T E R S T O C K .C O M ; I L L U S T R A T I O N : N A T A C H A V I N C E N T 16 veloquebecvoyages.com 514 521-8356 \u2022 1 800 567-8356, poste 506 Réservez dès maintenant ! Vos vélo-vacances au Québec ! Roulez entre amis, en famille, en amoureux et découvrez le Québec à votre rythme.1ER AU 3 JUILLET Le plaisir d\u2019aller en toute légèreté Attrapez l\u2019été qui débute.Offrez-vous trois jours de plaisir à vélo via Granby, où vous dormez deux nuits.Les vacances parfaites pour prendre le temps de vivre.Une belle occasion de vous initier aux joies du cyclotourisme.6 AU 12 AOÛT Des kilomètres de bonheur à partager Du ?euve aux Appalaches, via Saint-Agapit, Thetford Mines et Victoriaville, vous pédalez un itinéraire à saveur sportive, où les dénivelés doux laissent une belle part aux pentes dé?ant le mollet.Avec de superbes vues au sommet ! Forfaits vacances clé en main, incluant itinéraire balisé, encadrement, transport du bagage, repas et soirées animées.Informez-vous des différentes promotions et tari?cations offertes (famille, enfants et +).P h o t o s : S i m o n L a r o c h e , F r a n ç o i s P o i r i e r en partenariat avec Duo week-ends Roulez les DEUX et ÉCONOMISEZ RAVIVER LE PASSÉ, Des archéologues tentent d\u2019explorer des pans insoupçonnés du passé en reproduisant des artéfacts.Que révéleront ceux-ci ?PAR ANNIE LABRECQUE UN OBJET À LA FOIS SCIENCES 28 QUÉBEC SCIENCE | AVRIL-MAI 2022 \u2022IMAGES : SHUTTERSTOCK.COM ; MARTIN LOMINY IMAGES OU PHOTOS : XXXXXXXXXXXXX AVRIL-MAI 2022 | QUÉBEC SCIENCE 29 Différents outils en pierre et en andouiller ayant servi à la fabrication de la pirogue. SCIENCES « C\u2019est un peu comme si l\u2019on expérimentait la même chose que les gens de cette époque en essayant de comprendre leur raisonnement.» \u2014 Frédéric Hottin, archéologue ne pirogue d\u2019allure ancienne repose tout au fond du lac des Seize Îles, dans la région des Laurentides.Jusqu\u2019à maintenant, seule une dizaine de vieilles pirogues ont été repêchées des lacs du Québec.Ces rares objets possèdent une valeur historique, car ils sont les témoins d\u2019une période où les Premières Nations utilisaient soit le canot d\u2019écorce (embarcation légère) ou la pirogue pour naviguer et pêcher.Cette pirogue du lac des Seize Îles est toutefois particulière : elle a été fabriquée l\u2019été dernier dans le cadre d\u2019un projet d\u2019archéologie expérimentale, appelé Projet Pirogue, qui consistait à construire l\u2019embarcation avec des outils de l\u2019époque et selon les techniques décrites dans les récits historiques.« C\u2019est la première fois qu\u2019on reproduit une pirogue préhistorique au Québec », souligne Martin Lominy, éducateur et archéologue qui pilote ce projet.Entouré d\u2019un petit groupe de collaborateurs et aidé par le Centre d\u2019interprétation des eaux laurentiennes, Martin Lominy a taillé l\u2019embarcation dans un seul tronc de pin blanc avec comme outils, entre autres, des hachettes, des grattoirs emmanchés, des ciseaux à bois en andouiller, des herminettes (une sorte de hachette) et des gouges en pierre.L\u2019intérieur de la pirogue a quant à lui été en partie creusé par la braise.L\u2019équipe du Projet Pirogue l\u2019a terminée avec succès au bout d\u2019une vingtaine de jours.« Ce n\u2019est pas seulement un tronc d\u2019arbre qui ?otte.Elle fonctionne très bien et elle est très performante », assure Martin Lominy.La pirogue est par contre très lourde avec ses 562 kg.Ce projet illustre une tendance.Depuis une vingtaine d\u2019années, des travaux d\u2019archéologie expérimentale sont menés dans tous les coins du monde, ce qui revient à cuisiner du pain égyptien avec d\u2019anciennes levures, à construire une réplique d\u2019un château du Moyen Âge ou à tisser à la manière des Vikings.Bref, il s\u2019agit de recréer une ancienne technique avec les outils d\u2019alors pour comprendre comment ces peuples les utilisaient.Tout cela au nom de la science ! Frédéric Hottin, archéologue et responsable des collections au Musée d\u2019archéologie de Roussillon, en Montérégie, confirme que l\u2019expérimentation sert à combler un manque de données et de connaissances sur les artéfacts.« Par exemple, on ne comprend pas très bien les procédés autochtones de l\u2019époque préhistorique, bien avant l\u2019arrivée des Européens.On a généralement beaucoup de questions à propos de ces outils ou de la façon dont les gens vivaient », indique-t-il.La reproduction d\u2019un outil en pierre et le contexte dans lequel les populations autochtones s\u2019en servaient peuvent ainsi fournir un nouvel éclairage sur le passé.« C\u2019est un peu comme si l\u2019on expérimentait la même chose que les gens de cette époque en essayant de comprendre leur raisonnement », imagine Frédéric Hottin.S\u2019il semble inconcevable de briser une pointe de ?èche ancienne, les reproductions peuvent quant à elles être malmenées sans gêne.« Les artéfacts sont des objets souvent fragiles, fragmentés et desquels on ne peut pas tirer d\u2019informations seulement en les observant, dit Martin Lominy, qui a fondé Technologies autochtones, une entreprise qui se spécialise dans la reconstitution d\u2019objets de toutes sortes à des ?ns éducatives.Même si l\u2019on possède des appareils sophistiqués [qui aident à étudier les populations anciennes], rien ne remplace l\u2019expérimentation.» RÉVISER L\u2019HISTOIRE L\u2019archéologie expérimentale peut même dans certains cas récrire le cours de l\u2019histoire.Il y a plus de 12 000 ans sur le continent américain vivait le peuple Clovis, qui était réputé pour chasser les mammouths.En 1929, des archéologues avaient découvert leurs pointes de lance parmi les fossiles de mammouths, lesquelles laissaient croire que ces habiles chasseurs avaient eu recours à ces lances pour abattre les bêtes.Mais l\u2019histoire pourrait changer d\u2019après les récentes données publiées par des scienti?ques américains dans le Journal of Archaeological Science : Reports.« Les expérimentations réalisées montrent qu\u2019il est à peu près impossible de tuer un gros animal avec ces pointes Clovis », constate Martin Lominy.Les archéologues américains ont pris connaissance de plusieurs expériences publiées par leurs collègues, en plus d\u2019effectuer leurs propres tests sur ces pointes.Pour éprouver l\u2019ef?cacité des pointes, les chercheurs se servent d\u2019un gel balistique, qui imite la masse et la densité musculaire d\u2019un mammifère, ou encore d\u2019animaux morts.L\u2019équipe américaine a calculé qu\u2019il fallait transpercer le corps du mammouth sur une surface de 17 à 30 cm pour que le coup soit fatal.Quand elle a reproduit l\u2019expérience en laboratoire, les pointes n\u2019ont pas réussi à s\u2019enfoncer assez 30 QUÉBEC SCIENCE | AVRIL-MAI 2022 Martin Lominy et Marie Trottier ont mis à l\u2019eau la pirogue pour la première fois.L\u2019embarcation fait preuve d\u2019une grande stabilité.Le tronc du pin blanc a été en partie creusé par la braise.L\u2019équipe du Projet Pirogue a volontairement coulé l\u2019embarcation, comme le faisaient les Premières Nations à la venue de la saison froide.\u2022IMAGES : SHUTTERSTOCK.COM ; JEAN-LOUIS COURTEAU ; MARIE TROTTIER ; ALEXANDRE BARNES SCIENCES profondément, atteignant une moyenne de moins de 20 cm.Elle a aussi noté que seulement 16 % des pointes Clovis présentaient des signes d\u2019impact, ce qui donne à penser que ces lances n\u2019étaient pas employées comme projectiles.« L\u2019équipe de recherche s\u2019est rendu compte que cela ne fonctionnait pas bien, résume Martin Lominy.Ces pointes servaient peut-être plutôt de couteaux pour récupérer la viande sur les carcasses.Ces expérimentations remettent en question une histoire qui circule dans les livres depuis 50 ans.» Ce n\u2019est pas rien ! L\u2019HIBERNATION DE LA PIROGUE Quant à la pirogue du lac des Seize Îles, son parcours n\u2019est pas encore terminé.L\u2019équipe ignore si elle a utilisé les bonnes techniques et à quel point l\u2019embarcation est semblable aux versions préhistoriques.Toutes les étapes de sa fabrication ont été minutieusement consignées pour que la comparaison avec d\u2019anciennes pirogues soit possible.Les outils seront aussi comparés avec de réels artéfacts et analysés par « tracéologie », c\u2019est-à-dire que les chercheurs examineront à l\u2019échelle microscopique les traces d\u2019usure laissées sur les objets.Ils pourront par exemple véri?er si les humains d\u2019aujourd\u2019hui et ceux d\u2019autrefois frappaient de la même façon avec une herminette.Mais comment la pirogue de l\u2019équipe a-t-elle abouti au fond de l\u2019eau, comme les « vraies » ?Grâce à des roches, ainsi que le faisaient les Premières Nations.Elles les coulaient volontairement à la venue de la saison froide.« C\u2019était une façon de les entreposer pendant l\u2019hiver.On ne peut pas laisser une pirogue à l\u2019extérieur au risque de voir le bois sécher et craquer », mentionne M.Lominy.La construction moderne s\u2019est révélée dif?cile à submerger, car elle possède une excellente capacité de ?ottaison.« La pirogue peut supporter deux fois son poids sans couler », dit-il.Après plusieurs heures d\u2019efforts ?et une quantité impressionnante de roches ! ?, le groupe a réussi à la submerger complètement.La pirogue devrait bien se conserver dans l\u2019eau froide.Elle doit être retirée du lac ce printemps et sera scrutée et analysée avant de terminer sa toute jeune vie dans un musée.Comme une machine à voyager dans le temps ! LIRE DANS LE GRAS DES POTERIES Pour mieux connaître le régime alimentaire et les pratiques culinaires des Anichinabés, qui étaient présents dans le secteur des Hautes-Laurentides, Karine Taché projette de recréer des poteries façonnées à la période du sylvicole inférieur, il y a plus de 2 500 ans.Cette professeure d\u2019archéologie et spécialiste du Nord-Est américain à l\u2019Université Laval s\u2019est aussi assurée d\u2019avoir la collaboration de cuisiniers autochtones pour reconstituer des recettes traditionnelles, ainsi que celle de l\u2019archéologue Martin Lominy.Ces poteries seront ensuite analysées de la même façon que les céramiques archéologiques.En confrontant les artéfacts et la production de laboratoire, « je pourrai comparer les signaux moléculaires et comprendre la préservation des molécules organiques dans les poteries », indique-t-elle.Les premières recettes testées seront cuisinées à partir d\u2019un seul ingrédient, puis le menu se complexi?era.Les « mauvais » cuisiniers du passé ne s\u2019en doutent pas, mais les restes carbonisés de nourriture qu\u2019ils ont laissés dans des poteries font le bonheur de la chercheuse.En effet, les poteries qui datent de plusieurs milliers d\u2019années ont la propriété de conserver la trace de lipides après tout ce temps.« Contrairement aux protéines ou à l\u2019ADN, la préservation des lipides est très bonne.Les céramiques ont tendance à être très poreuses et c\u2019est pour cela qu\u2019elles absorbent bien les gras », constate-t-elle.La graisse animale, qui est constituée de lipides, était présente dans l\u2019alimentation des populations autochtones.« La queue de castor, la graisse d\u2019ours et certaines parties de l\u2019orignal sont riches en lipides.À cette époque, trouver ce type d\u2019aliments n\u2019était pas une chose aisée », rappelle l\u2019archéologue.Pour elle, la nourriture et la façon de la préparer sont une porte vers des histoires.« Elles aident à mieux comprendre l\u2019identité de ces populations », remarque-t-elle.Mais il est dif?cile de déterminer avec précision le régime alimentaire de l\u2019époque.« Il n\u2019existe évidemment pas de livres de recettes datant de 3 000 ans.On doit se contenter du peu qu\u2019on a pour découvrir leurs pratiques alimentaires », mentionne-t-elle.Karine Taché tente donc d\u2019en apprendre davantage sur leur alimentation en examinant les anciennes poteries.Pour effectuer son analyse, elle retire une très mince couche de poterie qu\u2019elle réduit ensuite en poudre.Dans d\u2019autres scénarios plus chanceux, elle détecte un petit bout de nourriture carbonisée, une vraie mine d\u2019informations ! Le spécimen est récupéré et soumis à plusieurs réactions chimiques à l\u2019aide d\u2019un chromatographe en phase gazeuse couplé à un spectromètre de masse.L\u2019objectif est de séparer les différentes molécules dans l\u2019échantillon pour les identi?er.C\u2019est ainsi que la chercheuse est en mesure d\u2019établir la présence de gras animal, d\u2019huile de poisson ou d\u2019huile végétale dans la poterie.« On ignore cependant l\u2019espèce animale.Les analyses chimiques ne donnent pas toutes les réponses.Il y a beaucoup de limites dans les analyses de résidus organiques et beaucoup de questions qui restent en suspens », dit-elle.Le deuxième volet de son projet d\u2019archéologie expérimentale consiste à ensevelir des poteries dans la terre.« Est-ce que cela aura un effet [sur la conservation des lipides] de les enterrer un certain nombre d\u2019années dans un sol acide, forestier ou de la forêt boréale ?» se demande-t-elle.Qui aurait cru que le gras d\u2019un repas avait le potentiel d\u2019ouvrir une fenêtre sur le passé ?La comparaison entre d\u2019anciennes poteries et des reproductions pourrait fournir des indices sur le régime alimentaire des Autochtones.32 QUÉBEC SCIENCE | AVRIL-MAI 2022 \u2022IMAGE : SHUTTERSTOCK.COM L\u2019archéologue Karine Taché prend des notes de terrain sur le site archéologique au Grand lac Nominingue.Travaux sur un site archéologique au Grand lac Nominingue.Fragment d\u2019un récipient en céramique qui aurait plus de 500 ans.AVRIL-MAI 2022 | QUÉBEC SCIENCE 33 \u2022IMAGES : SYLVIE CONSTANTIN ; VERITY WHALEN Reproduction d\u2019une pointe triangulaire en pierre taillée pour expérimentation.Artéfact : pointe triangulaire en pierre taillée (chert) provenant de l\u2019île Saint-Bernard, à Châteauguay.SCIENCES DES POINTES IROQUOIENNES Avec l\u2019archéologie expérimentale, Frédéric Hottin, du Musée d\u2019archéologie de Roussil- lon, tente de percer le mystère des Iroquoiens du Saint-Laurent.« Ils étaient distincts des autres, comme les Hurons ou les Mohawks, par leur langue, leur culture et peut-être aussi sur le plan politique.Jacques Cartier les avait rencontrés lors de son voyage, mais quand Samuel de Champlain est arrivé au même endroit [quelque 60 années plus tard], il n\u2019y avait plus personne.On ignore la raison de leur départ de la vallée du Saint-Laurent.Y a-t-il eu une épidémie, une guerre ?» se demande l\u2019archéologue.Un élément de réponse pourrait se trouver dans les pointes de leurs ?èches.Les Iroquoiens du Saint-Laurent utilisaient presque exclusivement des pointes en os contrairement aux peuples des alentours, qui se servaient plutôt de pointes en pierre.C\u2019est peut-être ce choix qui aurait précipité leur chute ; une pointe en os est moins ef?cace pour combattre l\u2019ennemi.« Je vais tenter de savoir si cette hypothèse tient la route », dit Frédéric Hottin.L\u2019archéologue a fait appel à l\u2019expertise de Martin Lominy pour reproduire les pointes en os et en pierre.Des artéfacts ont été étudiés pour s\u2019assurer que les pointes et les flèches étaient similaires en termes de forme et de poids.« Les Autochtones combattaient souvent avec une armure.Celle-ci était composée de baguettes de bois entrelacées étroitement avec de la corde faite de plantes comme l\u2019asclépiade.Cela peut sembler primitif, mais c\u2019était très solide et ef?cace contre les ?èches », décrit Frédéric Hottin.S\u2019il ne croit pas nécessairement que l\u2019adoption des pointes en os ait précipité le départ des Iroquoiens du territoire, il émet une hypothèse à ce sujet.« Peut-être que les pointes en os sont meilleures pour passer à travers l\u2019armure des ennemis tandis que les pointes en pierre vont éclater sur l\u2019armure ?» Cela pourrait expliquer leur préférence pour les pointes en os dans les combats\u2026 mais pas leur disparition soudaine.Des tests préliminaires ont été effectués en tirant des ?èches munies de différentes sortes de pointes sur des blocs de gel balistique, dont certains étaient recouverts d\u2019une couche imitant l\u2019armure des combattants.La suite de cette expérience se déroulera plus tard dans l\u2019année et fournira peut-être de nouvelles pistes.Artéfact : pointe en os biseauté découverte sur le site du village iroquoien McDonald à Saint-Anicet.Reproduction  d\u2019une pointe en os biseauté pour expérimentation.34 QUÉBEC SCIENCE | AVRIL-MAI 2022 \u2022IMAGES : SHUTTERSTOCK.COM ; MUSÉE D\u2019ARCHÉOLOGIE DE ROUSSILLON ET RÉPERTOIRE DU PATRIMOINE CULTUREL DU QUÉBEC pacmusee.qc.ca pacmusee.qc.ca Parcourez un site archéologique unique et découvrez les témoins de notre histoire.LES HABILETÉS COGNITIVES DES HUMAINS PRÉHISTORIQUES Façonner des outils en pierre demande beaucoup plus d\u2019habiletés qu\u2019il y paraît.Pour étudier le tout de façon empirique, des chercheurs européens ont fait visionner à des étudiants en archéologie des vidéos sur la taille de pierre.En même temps, ils les bombardaient de questions : quelle est la bonne façon de frapper la pierre ?Comment une roche se brisera-t-elle sous l\u2019impact ?Pendant l\u2019expérience, les chercheurs ont examiné l\u2019activité cérébrale des participants (grâce à l\u2019imagerie par résonance magnétique, fonctionnelle et classique).Les chercheurs ont ainsi remarqué que le cortex préfrontal était sollicité durant cet exercice, selon les résultats parus dans le journal PLOS ONE en 2015.« La taille de pierre est une activité complexe sur le plan cognitif, souligne l\u2019archéologue Martin Lominy.En analysant les outils en pierre depuis les débuts de l\u2019humanité, on comprend que nos ancêtres étaient en mesure de résoudre des problèmes.» C\u2019est aussi le constat auquel est arrivée une équipe d\u2019archéologues australiens qui a reproduit des milliers d\u2019outils en pierre.Dans leur étude publiée dans PLOS ONE en 2016, ils indiquent que la technique de la taille de pierre est la preuve qu\u2019ils étaient dotés de capacités cognitives importantes il y a 1,6 million d\u2019années. 36 QUÉBEC SCIENCE | AVRIL-MAI 2022 SANTÉ Nos stratégies de gestion des allergies saisonnières sont basées sur des connaissances très lacunaires du potentiel allergène des différents pollens.C\u2019est le temps d\u2019un grand ménage ! PAR JOËL LEBLANC \u2022IMAGE : SHUTTERSTOCK.COM À V O S S O U H A I T S ! AVRIL-MAI 2022 | QUÉBEC SCIENCE 37 es démangeaisons et picotements aux yeux très vifs, accompagnés de sensations d\u2019aiguilles qui percent le globe oculaire, en même temps que les yeux deviennent extrêmement en?ammés et versent copieusement un épais fluide muqueux.[\u2026] Vient ensuite l\u2019irritation du nez, provoquant des crises d\u2019éternuements d\u2019une extrême violence [auxquelles] s\u2019ajoutent une sensation d\u2019oppression de la poitrine et une dif?culté à respirer\u2026 » C\u2019est en ces termes qu\u2019en 1819 le médecin anglais John Bostock énumère pour la première fois des symptômes qui surviennent chaque année, en juin et juillet, chez un patient qu\u2019il connaît très bien : lui-même.Le court article décrit of?ciel- lement ce qu\u2019on appelle aujourd\u2019hui les allergies saisonnières ou rhume des foins.Le médecin torturé explique aussi ne pas trop savoir à quoi sont dus ses malaises estivaux et liste différents traitements qu\u2019il a essayés sans trop de succès, comme les saignées, les bains froids ou l\u2019opium\u2026 Il présente alors l\u2019affection comme rare et inhabituelle.Aujourd\u2019hui, les allergies saisonnières touchent presque 20 % de la population, du moins en Europe et en Amérique du Nord.Et le problème va en s\u2019aggravant.« La prévalence des allergies saisonnières semble être en constante augmentation depuis les dernières décennies, et ce, à l\u2019échelle mondiale, indique Audrey Smargiassi, professeure à l\u2019École de santé publique de l\u2019Université de Montréal.L\u2019hypothèse la plus plausible : les changements climatiques.Les arbres ont une période de croissance allongée, ils produisent plus de pollen et ce pollen a une allergénicité plus élevée.» Une épidémie d\u2019allergies, donc, qui, au-delà des désagréments physiques que vivent les gens atteints, coûte cher à la société.Les évaluations ?nancières les plus récentes datent de 2005 et vont de 156,5 à 240 millions de dollars annuellement en frais de consultation, en achat de médicaments, en pertes dues à l\u2019absentéisme au travail\u2026 Dix-sept ans plus tard, ces coûts ont assurément augmenté.C\u2019est que même si l\u2019on a compris que les pollens transportés dans l\u2019air estival étaient les grands responsables des yeux qui piquent et des nez qui coulent, de nombreuses questions n\u2019ont pas plus de réponses qu\u2019au temps de John Bostock.« On veut verdir les villes, et avec raison, mais on n\u2019a pas de données ?ables sur les espèces d\u2019arbres à privilégier pour ne pas exacerber les allergies des résidants, fait observer Alain Paquette, professeur au Département des sciences biologiques de l\u2019Université du Québec à Montréal (UQAM) et titulaire de la Chaire de recherche sur la forêt urbaine.On s\u2019entend à peu près tous sur le fait que le pollen de bouleau est l\u2019un des principaux coupables, mais pour les autres espèces, c\u2019est le néant ou presque.Cela devient un problème de santé publique.» Il y a donc urgence à enquêter, ce à quoi son équipe s\u2019est attelée.LA CHASSE AUX DONNÉES Les questions sont nombreuses : le pollen de l\u2019érable argenté est-il plus allergène que celui de l\u2019érable de Norvège par exemple ?Y a-t-il des seuils déclencheurs différents pour chaque espèce ?Des pollens inoffensifs en solo peuvent-ils agir en synergie et devenir alors irritants ?« Il existe bien des bases de données sur l\u2019allergénicité des espèces d\u2019arbres, dans différents pays, mais elles ont été créées sur des critères imprécis et de façon peu rigoureuse, signale Rita Sousa-Silva, qui a réalisé des études postdoctorales sur la question au laboratoire d\u2019Alain Paquette.La conséquence : ces bases de données se contredisent parfois.Ainsi, l\u2019érable de Norvège est considéré comme allergène par la base de données la plus utilisée aux États-Unis, alors que les outils d\u2019ici le jugent inoffensif.On a démontré que les risques d\u2019allergie estimés pour une ville comme Montréal varient de 1 à 74 % selon la base de données utilisée ! » Ces résultats sont parus dans Scienti?c Reports en 2021.C\u2019est pour combler ce vide que les chercheurs de l\u2019UQAM se sont lancés dans un projet d\u2019envergure : dresser une carte temporelle du niveau de risque d\u2019allergie à une échelle locale pour Montréal.Durant l\u2019été 2021, les chercheurs ont installé 24 stations d\u2019échantillonnage à différents THÈME Rita Sousa-Silva et sa collègue Sarah Tardif.Fixée à un poteau, cette station d\u2019échantillonnage est une sorte de piège à pollen.Les chercheurs de l\u2019UQAM en ont réparti 24 dans la ville de Montréal a?n de dresser une carte temporelle du niveau de risque d\u2019allergie.Une étiquette rouge explique le projet aux résidants.Pendant l\u2019été 2021, toutes les deux semaines, l\u2019équipe de recherche récupérait le pollen accumulé dans les stations d\u2019échantillonnage.38 QUÉBEC SCIENCE | AVRIL-MAI 2022 \u2022IMAGES : MÉGANE DÈZIEL, JON URGOITI OTAZUA, RITA SOUSA-SILVA « La réalité sur le terrain, c\u2019est que l\u2019allergénicité à un moment donné dans une ville comme Montréal peut varier selon les arrondissements ou même selon les rues.» \u2014 Alain Paquette, professeur à l\u2019UQAM et titulaire de la Chaire de recherche sur la forêt urbaine endroits de la métropole.Quali?ées de passives, elles consistaient en de simples récipients cylindriques de la dimension d\u2019un gros pot de yogourt au fond duquel de la vaseline servait de piège à pollen.Avant cet ajout, il n\u2019y avait qu\u2019un seul échantillonneur de pollen sur toute l\u2019île, propriété d\u2019une entreprise privée (voir l\u2019encadré à la page 40).« Elle vend ses données à des clients comme les chaînes météo qui af?chent des indices d\u2019allergie en été ou à des compagnies pharmaceutiques qui aiment bien savoir à quel moment elles doivent acheminer plus d\u2019antihistaminiques dans les pharmacies pour suf?re à la demande », précise Alain Paquette.Les informations obtenues grâce à cette unique station sont mieux que rien.« Mais ce n\u2019est pas suf?sant, tempère le professeur.La réalité sur le terrain, c\u2019est que l\u2019allergénicité à un moment donné dans une ville comme Montréal peut varier selon les arrondissements ou même selon les rues.Sans compter que l\u2019identi?cation des pollens au microscope est très dif- ?cile : même les plus ferrés ne peuvent pas désigner les arbres jusqu\u2019à l\u2019espèce, tout au plus peuvent-ils établir le genre.Par exemple, le genre Acer, qui regroupe les érables, compte plusieurs espèces et, entre l\u2019arrivée du pollen de l\u2019érable argenté et celle du pollen de l\u2019érable de Norvège, il peut y avoir quatre semaines.On est toujours dans le ?ou.» Visités chaque semaine pendant toute la saison, les 24 nouveaux échantillonneurs ont permis de constituer un registre du pollen aérien de Montréal.L\u2019identi?cation de tous ces pollens a rivé les chercheurs à leurs microscopes.« On travaille sur un protocole de laboratoire qui permettra d\u2019identi?er les pollens par analyse génétique, mentionne Alain Paquette.Ce sera bien plus rapide et précis.» Maintenant qu\u2019on a une idée de la variation des types de pollen à Montréal, il reste à coupler le tout avec des données sur l\u2019intensité des allergies chez les résidants, détaille Rita Sousa-Silva.On a mis au point une application qu\u2019on a fournie à des dizaines de Montréalais souffrant d\u2019allergies.Pendant toute la saison 2022, ces volontaires vont indiquer la virulence de leurs symptômes et les lieux qu\u2019ils visitent et l\u2019on tentera de faire des liens avec les différentes dispersions de pollen.» À la clé ?D\u2019abord, une base de données précise du niveau d\u2019allergénicité des espèces d\u2019arbres qui, rappelons-le, n\u2019existe pas.« On saura en?n au pollen de quels arbres les gens sont surtout sensibles, espère Rita Sousa-Silva.Ensuite, cette information pourra être communiquée aux responsables de l\u2019aménagement végétal de la Ville.En connaissant de façon ?able les espèces les plus problématiques, les décideurs pourront éviter de les planter, pour le bien-être de tous.» Et surtout de nos yeux rougis ! SEXISME BOTANIQUE Planter de « mauvaises » espèces d\u2019arbres en ville peut favoriser les allergies.Mais une autre pratique courante empire les choses : la plantation exclusive d\u2019arbres mâles.C\u2019est que chez certaines espèces, dites dioïques, les individus portent soit des structures reproductives mâles (les étamines, productrices de pollen), soit des structures femelles (le pistil, qui capte le pollen et se transforme en fruit).Par paresse urbaine, la norme veut qu\u2019on ne plante que des arbres mâles dans les villes pour éviter d\u2019avoir à ramasser les graines et les fruits qui traînent au sol.Comme la proportion de mâles est exagérée, la quantité de pollen l\u2019est aussi, comparativement à une distribution mâle/femelle plus « naturelle ».Une masculinisation des boisés urbains, normalisée partout en Occident, qui contribue un peu plus au calvaire des allergiques. \u2022IMAGES : AEROBIOLOGY RESEARCH LABORATORIES LES CHASSEURS DE POLLEN La compagnie qui possède l\u2019échantillonneur de Montréal s\u2019appelle Aerobiology Research Laboratories, ou ARL, et est basée à Ottawa.La station montréalaise fait partie d\u2019un réseau de 12 échantillonneurs répartis dans les principales villes du Canada.Au Québec, on en compte 3, les 2 autres étant à Québec et à Sherbrooke.« Il s\u2019agit de petites boîtes d\u2019environ 25 cm de côté installées chez des volontaires, dans leur cour arrière, explique Dawn Jurgens, experte en pollen et directrice responsable de la qualité chez ARL.Une petite tige rotative dépasse sous la boîte.Toutes les 10 minutes, et 24 heures sur 24, de mars à octobre, la tige se met à tourner sur elle-même, ce qui déploie deux petits bras d\u2019une dizaine de centimètres enduits de silicone.En tournoyant dans l\u2019air, les petits bras attrapent les microparticules en suspension, incluant les pollens.L\u2019opération dure une minute, puis s\u2019arrête et les bras se replient.» Krystyna Trojanowska est la « responsable » de l\u2019échantillonneur de Québec.Dans sa cour du quartier Sainte-Foy, la joviale retraitée sort tous les matins à la même heure pour retirer les petits bras et les remplacer par des nouveaux, selon un protocole rigoureux.« Je les étiquette, les range minutieusement et les envoie à Ottawa une fois par semaine.Ma fille souffre d\u2019allergies ; je suis bien contente de contribuer à l\u2019amélioration de ces connaissances.» Lorsqu\u2019elle reçoit les paquets dans les laboratoires de la capitale, Dawn Jurgens observe au microscope les bâtons enduits de silicone, à un grossissement de 200 à 600 fois.« Je compte les grains de pollen a?n d\u2019obtenir un indice d\u2019abondance et je les identi?e à l\u2019œil du mieux possible pour déterminer de quel genre il s\u2019agit.» Ce travail minutieux permet au ?nal de connaître approximativement le moment des disséminations de pollen.« En se basant sur des données recueillies de cette façon depuis plus de 25 ans, poursuit Dawn Jurgens, on est en mesure de voir venir le pic de pollen des érables, des bouleaux, de l\u2019herbe à poux\u2026 Même si nos données sont hebdomadaires, notre connaissance de l\u2019évolution des dispersions nous permet de détecter leurs premiers signes et d\u2019annoncer dans combien de jours le pic surviendra.» L\u2019un des échantillonneurs automatiques des laboratoires d\u2019Aerobiology Research.La tige rotative sous la boîte recueille les pollens qui peuvent ensuite être analysés au microscope.Les pollens d\u2019aulne, de thuya, de frêne, de bouleau sont reconnus par l\u2019œil expert de Dawn Jurgens.SANTÉ INSCRIVEZ-VOUS velo.qc.ca UN ÉVÉNEMENT DE DIM 29 MAI DÉFI MÉTROPOLITAIN VEN 3 JUIN TOUR LA NUIT MTL GO DIM 5 JUIN TOUR DE L\u2019ÎLE DE MTL VÉLO P h o t o s : M a x i m e J u n e a u , M a t h i e u D e s h a y e s / A P M J 42 QUÉBEC SCIENCE | AVRIL-MAI 2022 epuis qu\u2019il est tout petit, Valerio Hoyos- Villegas mange des légumineuses.Ce furent d\u2019abord des haricots rouges, qui faisaient partie intégrante de la culture alimentaire du centre de la Colombie, où se trouvait la ferme familiale.Puis, alors que ses études le menaient vers les sciences, il a réalisé l\u2019importance nutritionnelle de cette famille de plantes.« J\u2019aurais connu la malnutrition durant mon enfance si ce n\u2019avait été des légumineuses », dit-il.Aujourd\u2019hui, en tant que professeur au Département de sciences végétales de l\u2019Université McGill, il travaille activement à la culture sélective des pois chiches.Son objectif : mettre au point une variété facilement cultivable au Québec.Bref, faire en sorte qu\u2019une plante originaire des milieux semi-arides du Moyen-Orient puisse s\u2019épanouir sous notre climat.Le dé?n\u2019est pas mince.Mais comme l\u2019intérêt pour des aliments produits à proximité du consommateur va croissant et qu\u2019une alimentation faible en viande constitue une façon de limiter les gaz à effet de serre, le projet prend tout son sens.UNE CULTURE MILLÉNAIRE L\u2019histoire de la domestication du pois chiche a commencé il y a environ 10 000 ans.Comme pour toute plante cultivée par l\u2019humain, la sélection arti?- cielle a fait partie du processus pour que des espèces adaptées à la survie à l\u2019état sauvage puissent croître dans un contexte davantage contrôlé.À coups de croisements pour combiner des caractéristiques avantageuses que présentent naturellement diverses variétés, les cultivateurs ont, pendant des millénaires, cherché à améliorer le pois chiche.Un des premiers objectifs a été de faire pousser des plants dont les gousses velues n\u2019auraient pas la fâcheuse tendance à s\u2019ouvrir prématurément pour laisser leurs graines (les fameux pois chiches) tomber et s\u2019éparpiller au sol.Puis, on a rendu ce fruit plus digeste et goûteux.Désormais, ces petits plants, qui peuvent atteindre un mètre dans les conditions les plus favorables, sont cultivés sur tous les continents.Ils représentent une source cruciale de ?bres et de protéines pour des centaines de millions de personnes, principalement en Asie et en Afrique.Pratique lorsque la viande est dif?cile d\u2019accès.« On peut cultiver les pois chiches dans un sol pauvre.C\u2019est pour cette raison qu\u2019on en voit souvent dans les régions où sont exploitées de petites fermes qui n\u2019ont pas beaucoup de ressources, explique Jane Morrison, professeure adjointe en agriculture et systèmes alimentaires durables à l\u2019Université Bishop\u2019s.Mais surtout, ils peuvent ?xer l\u2019azote qui se trouve dans l\u2019atmosphère.» En effet, comme toutes les légumineuses, les pois chiches « recrutent » des bactéries dans le sol, qui se ?xent sur leurs racines et rendent l\u2019azote de l\u2019air assimilable pour la plante.Cette symbiose permet de limiter le recours aux engrais azotés, coûteux et polluants.Il s\u2019agit donc d\u2019une espèce à l\u2019empreinte écologique réduite, qui trouve graduellement sa place dans les assiettes nord-américaines, notamment sous forme de houmous, de farine ou de pâtes pro- téinées.Mais la culture du pois chiche peine toujours à s\u2019implanter au Québec.Le Canada est pourtant un grand exportateur de ce légume sec.Évidemment, le plus grand producteur de pois chiches, SCIENCES À LA RECHERCHE DU POIS CHICHE PARFAIT Une poignée de scienti?ques, dont certains du Québec, tentent d\u2019améliorer l\u2019humble légumineuse.PAR PHILIPPE MAROIS \u2022IMAGES : VADIM DANIEL ; WIKIMEDIA COMMONS/PRATHYUSH THOMAS IMAGES OU PHOTOS : XXXXXXXXXXXXX AVRIL-MAI 2022 | QUÉBEC SCIENCE 43 Originaire du Moyen-Orient, le pois chiche pousse maintenant sur tous les continents.Avec plus ou moins de succès.Valerio Hoyos- Villegas, professeur à l\u2019Université McGill.« On peut cultiver les pois chiches dans un sol pauvre.C\u2019est pour cette raison qu\u2019on en voit souvent dans les régions où sont exploitées de petites fermes qui n\u2019ont pas beaucoup de ressources.» \u2014 Jane Morrison, professeure à l\u2019Université Bishop\u2019s SCIENCES et de loin, demeure l\u2019Inde, suivie d\u2019autres pays comme la Turquie et le Pakistan.Mais quelque 150 000 t de ces légumineuses produites au Canada sont annuellement envoyées à l\u2019étranger, selon les chiffres de Statistique Canada, soit bien plus que la quantité consommée à l\u2019intérieur du pays.La très grande majorité de cette production provient de la Saskatchewan et de l\u2019Alberta, qui ont un climat propice à la culture de la légumineuse.Et le Québec ?« Il a une présence négligeable dans les statistiques », af?rme Valerio Hoyos-Villegas.Des chiffres qu\u2019il aimerait contribuer à changer.Après tout, le Québec a une saison agricole un peu plus longue que celle des Prairies.Mais les niveaux d\u2019humidité québécois favorisent l\u2019apparition de maladies sur les plants de pois chiches, comme la « pourriture blanche » causée par le champignon Sclerotinia sclerotiorum.Il faut donc créer une espèce adaptée aux conditions d\u2019ici.C\u2019est sur l\u2019île de Montréal que le professeur Hoyos- Villegas mène ses recherches, dans les serres et les champs du campus Macdonald de l\u2019Université McGill, à Sainte-Anne- de-Bellevue.Puisqu\u2019il existe plusieurs variations génétiques au sein d\u2019une même espèce de pois chiche, son équipe et lui scrutent leurs quelque 1 500 spécimens pour détecter ceux qui seraient dotés de caractéristiques intéressantes.Puis, à l\u2019aide de divers instruments, ils s\u2019assurent que ces spéci?cités individuelles sont bien le fruit de particularités génétiques, transférables à la génération suivante, et non de circonstances environnementales.« C\u2019est comme chercher une aiguille dans une botte d\u2019aiguilles », con?e le chercheur.Une fois que les spécimens les plus prometteurs ont été sélectionnés vient la tâche de les faire se reproduire entre eux.Oubliez les stéréotypes de manipulation génétique dans des laboratoires de haute technologie, cette étape se fait à la mitaine.« À l\u2019aide de petites pinces et de loupes, nous disséquons une ?eur pour prélever le pollen de la partie mâle, que nous appliquons ensuite sur la partie femelle d\u2019un autre plant.Ça prend de la dextérité », mentionne Valerio Hoyos-Villegas.Bref, de la procréation assistée sur de délicates fleurs d\u2019un demi-centimètre de long.Génération après génération, on accumule ainsi les caractéristiques gagnantes qui permettraient d\u2019aboutir éventuellement à la création d\u2019une variété adaptée à la culture dans les sols québécois.Celle-ci devrait donner des plants bien garnis permettant de maximiser le nombre de kilos produits par hectare, sans nécessiter trop d\u2019eau ni trop d\u2019engrais.Et bien sûr, ils devraient être résistants aux maladies et insectes a?n de réduire l\u2019utilisation de pesticides.LA SCIENCE DU TEMPS DE CUISSON Les pois chiches secs demandent beaucoup d\u2019amour avant de pouvoir être dégustés : il faut d\u2019abord les laisser tremper plusieurs heures, puis les faire bouillir de 90 à 120 minutes.Hosa- halli S.Ramaswamy tente de réduire ce délai.Ce professeur de la Faculté des sciences de l\u2019agriculture et de l\u2019environnement de l\u2019Université McGill est un expert de la transformation des aliments.Avec ses collègues, il a testé les résultats d\u2019une cuisson à haute pression des pois chiches.Mais attention, on parle d\u2019une pression (environ 6 000 bars) atteignable seulement avec de l\u2019équipement industriel, oubliez l\u2019autocuiseur de votre grand-mère ! Cela accélère le processus de cuisson, qui demande normalement une nuit de prétrempage.« Avec la haute pression, la cuisson peut être faite en 10 minutes », explique le chercheur.Une analyse méticuleuse des pois chiches cuits a de plus révélé une amélioration de leur couleur et de leur texture.Mieux encore, ils semblaient plus faciles à digérer qu\u2019avec une cuisson traditionnelle.Les champs du campus Macdonald de l\u2019Université McGill, à Sainte-Anne-de-Bellevue, où le professeur Valerio Hoyos-Villegas mène ses recherches.IMAGES OU PHOTOS : XXXXXXXXXXXXX de la MER Les Camps de vacances 2022 d'explos-nature Camps spécialisés en ornithologie Camp spécialisé sur les mammifères marins (baleines) Camps de la mer des Jeunes explos Camp Camp Séjours d'aventures scientifiques au pays des baleines, pour les familles ou pour les adolescents de 13 à 16 ans.Croisière aux baleines, visite des musées de la Haute-Côte-Nord, rencontre avec les animaux du fond marin et plusieurs autres! 1-877-MER-1877 explos@explosnature.ca 302, rue de la Rivière, Les Bergeronnes, Qc Familles Adolescents « Si les producteurs perçoivent que les variétés disponibles présentent un risque trop élevé d\u2019échec, ils ne seront pas intéressés par la culture des pois chiches.Mais en élaborant une variété conçue pour les conditions du Québec, c\u2019est une façon de diminuer ce risque », indique le professeur.En plus de pouvoir être cultivée de façon rentable dans différentes régions de la province, la variété visée devra évidemment être nutritive et surtout être bonne au goût et belle à l\u2019œil.Car le pois chiche ?nalement obtenu aura beau regorger de micronutriments, il ne trouvera jamais preneur si son apparence ne séduit pas les consommateurs.Les grains devront donc être homogènes et ne pas noircir quand on les cuisine.Une caractéristique bonus serait un temps de cuisson réduit, moins intimidant pour les cuistots à domicile, « la plupart des gens ne sachant pas quoi faire avec un paquet de pois chiches secs ! » souligne Valerio Hoyos-Villegas.Ce sont là tous les objectifs qu\u2019il s\u2019est fixés avec son équipe.« Ce qu\u2019il nous manque pour y arriver, c\u2019est un fort soutien de l\u2019industrie.Nous manquons de ?nan- cement ; nous avons vraiment besoin que le gouvernement soit derrière nous pour ces travaux.» UN POIS QUI SE FAIT ATTENDRE C\u2019est l\u2019un des principaux dé?s rencontrés par les chercheurs qui travaillent au perfectionnement du pois chiche.« C\u2019est une petite culture à l\u2019échelle mondiale, dit Bunyamin Tar\u2019an, professeur spécialisé dans la génétique de cette légumineuse à l\u2019Université de la Saskatchewan.Ce n\u2019est pas comme le blé, le soya ou le maïs, qui peuvent compter sur plusieurs programmes et entreprises pour améliorer l\u2019espèce.Pour le pois chiche, il n\u2019y a qu\u2019une poignée d\u2019experts à travers le monde qui s\u2019y consacrent.Il faut donc travailler ensemble pour concevoir les outils et les ressources génomiques dont nous pouvons tous pro?ter.» Il est ainsi l\u2019un des nombreux auteurs d\u2019une vaste étude internationale, publiée l\u2019automne dernier, qui a décrypté le génome de 3 366 plants de pois chiches, dont 200 provenant du Canada.Cela a notamment permis d\u2019établir une carte détaillée de la répartition des variations sur la planète.On peut ainsi repérer les gènes communs à toutes les espèces et désigner ceux qui se traduisent par des caractéristiques béné?ques dans certaines conditions.Cette analyse poussée facilite et accélère le travail d\u2019amélioration et de diversification des plants existants ; le consortium s\u2019est donné pour but d\u2019améliorer les rendements de 12 %.Pour Bunyamin Tar\u2019an, ces précieuses données permettent de déterminer avec précision les gènes à cibler pour favoriser la création d\u2019une variété mieux adaptée aux Prairies et prédire son rendement.« Grâce à cette approche, nous pouvons, par exemple, savoir quel gène fait en sorte que la plante ?eurit plus rapidement.Cela aurait été très dif?cile à connaître autrement », signale-t-il.Cette approche est prometteuse, mais il faudra davantage de ressources et d\u2019investissements avant qu\u2019elle devienne courante auprès de tous les experts en sélection des plantes.L\u2019équipe de Valerio Hoyos-Villegas continue quant à elle à observer et analyser les plants qui poussent dans ses champs de l\u2019ouest de l\u2019île de Montréal.Ce sera long : il y a une limite au nombre de nouvelles générations qu\u2019on peut faire pousser par année, pour additionner une à une les caractéristiques gagnantes.« Ça va nous prendre de sept à huit ans pour mettre au point une variété de pois chiche pour le Québec.La sélection arti?cielle des plantes est une technique ef?cace, mais c\u2019est graduel.» On a déjà hâte de goûter son houmous cent pour cent local ! AVRIL-MAI 2022 | QUÉBEC SCIENCE 45 \u2022IMAGE : VALERIO HOYOS-VILLEGAS 46 QUÉBEC SCIENCE | AVRIL-MAI 2022 C uL e TR u ÉMILIE FOLIE-BOIVIN @efolieb V O I R E T E N T E N D R E Des capsules à croquer Regarder dans le rétroviseur pour mieux apprécier le présent : voilà ce que proposent deux petits bijoux à consommer vite fait.Le premier est la mini (très mini) série Paléofutur.Ses vidéos animées remettent en perspective cette idée répandue que la vie était meilleure dans l\u2019ancien temps.Elles décodent le présent en revisitant le passé, un sourire en coin.La série se paie gentiment la tête des hipsters en leur montrant à quoi ressemblait réellement la nourriture « authentique » de nos ancêtres à la fin de l\u2019Antiquité, revient sur les géants du détail des ères pré-Bezos et rappelle que des psychotropes étaient vendus dans la Rome antique comme simples ingrédients des liqueurs douces.Une pause historique qui se prend bien dans la file d\u2019attente à l\u2019épicerie.Le second produit porte le nom de Qui a inventé ?De trois à six minutes, c\u2019est le temps pris par chaque épisode de cette série pour raconter à nos jeunes l\u2019origine d\u2019une invention ayant changé le monde.Ainsi, pour parler de celles du microscope et de la crème glacée, le balado jeunesse fait découvrir le destin du drapier Antoni Van Leeuwenhoek, qui avait besoin d\u2019un verre grossissant pour s\u2019assurer de la qualité des étoffes, et d\u2019un marchand de boissons qui, par hasard, a conçu un dessert givré prisé lors des chaudes journées d\u2019été.Certains sujets plus touffus, comme la création des ampoules et des pâtes, s\u2019étirent sur quelques épisodes et culminent en un jeu-questionnaire pour asseoir ses connaissances.Cette jolie production audio du magazine français Images Doc livre quatre nouvelles capsules chaque mois, pour le bonheur des sept ans et plus.Paléofutur, vidéos de trois à quatre minutes disponibles sur ARTE, arte.tv Qui a inventé ?à écouter et à télécharger sur votre plateforme de balados préférée REGARDER Capitaine océan Cousteau : de l\u2019homme à la légende permet de prendre un pas de recul par rapport à l\u2019imposante contribution de Jacques-Yves Cousteau aux découvertes du monde marin.Le documentaire retrace les réalisations de cet ambitieux pionnier de la plongée sous- marine moderne, inventeur du premier scaphandre autonome, cinéaste, rêveur et amoureux fou des mers ; il a d\u2019ailleurs œuvré à leur conservation et à leur protection jusqu\u2019à la fin de sa vie, en 1997, à l\u2019âge de 87 ans.Les archives saisissantes permettent de voir les premières plongées ayant dévoilé au public les beautés des océans.Des images-chocs révèlent également l\u2019inconscience écologique dont les gens ?et l\u2019équipage de Cousteau lui-même ?faisaient preuve à l\u2019égard des écosystèmes avant le milieu du 20e siècle.Ce documentaire montre le chemin parcouru par un ambassadeur qui a ouvert les portes d\u2019un monde méconnu et invite à porter le flambeau pour prendre soin des milieux dont dépend la survie de l\u2019humanité.Cousteau : de l\u2019homme à la légende, réalisé par Liz Garbus, 2021.Présenté sur Disney+, 93 minutes \u2022 IMAGES : BAYAM.TV/FR ; PIXABAY AVRIL-MAI 2022 | QUÉBEC SCIENCE 47 LIRE Beautés sauvages Livre indépendant qui a connu un succès surprise en 2021 (bien qu\u2019il ait été publié en\u2026 2013 !), Tresser les herbes sacrées : sagesse ancestrale, science et enseignement des plantes est une poétique offrande littéraire que nous avons maintenant la chance de pouvoir lire en version française.Robin Wall Kimmerer, botaniste, professeure de biologie et représentante de la nation des Potéouatamis, propose un récit initiatique fait d\u2019histoires sur la flore liées à son territoire, son peuple, sa famille et le milieu de la recherche.À l\u2019université, cette chercheuse singulière a dû s\u2019éloigner des savoirs traditionnels pour apprendre la langue des objets et ici elle la combine avec la langue des bois, partageant les leçons de générosité, de don de soi et de survie que le cèdre, les pacanes et les fraises sauvages ont à enseigner.Un livre remuant, enveloppé de la résilience de la nature et de bienveillance envers le vivant.Tresser les herbes sacrées : sagesse ancestrale, science et enseignement des plantes, par Robin Wall Kimmerer, Le lotus et l\u2019éléphant, 523 p.L I R E Une sacrée famille Quelles femmes dévouées, intelligentes et courageuses étaient les Curie ! Si Marie, la matriarche, a ouvert la porte à la radiothérapie et à la physique nucléaire, ses deux filles, Irène et Ève, ont hérité de sa détermination.La biographie Marie Curie et ses filles dresse un portrait de ces bosseuses qui ont œuvré sans relâche pour la paix.On accompagne Irène, qui a très tôt marché sur les traces de sa mère, montant à ses côtés à l\u2019âge de 17 ans dans les voitures-ambulances pour effectuer des radiographies sur les soldats au front lors de la Première Guerre mondiale.L\u2019ouvrage se concentre ensuite sur la cadette.Aux antipodes des deux scientifiques, Ève se dirige vers les arts et les lettres et devient correspondante de guerre, combattante au front pendant la Seconde Guerre mondiale et diplomate.Surtout, ce livre montre le travail acharné de pionnières ayant agi pour l\u2019autonomisation des femmes, soulignant au passage l\u2019importance des liens familiaux, des expériences de vie et de la curiosité.Une lecture inspirante sur toute la ligne.Marie Curie et ses filles, par Claudine Monteil, Éditions Calmann-Lévy, 331 p.Des pilotes en l\u2019air À chaque époque spatiale son ouvrage phare.Le récent Test Gods : Virgin Galactic and the Making of the Modern Astronaut (en anglais) célèbre les pilotes de l\u2019ère spatiale commerciale comme l\u2019a fait The Right Stuff pour le programme Mercury.Donnant suite à un reportage qu\u2019il a écrit pour le New Yorker, l\u2019auteur Nicholas Schmidle offre un accès exclusif aux ingénieurs et aux pilotes.S\u2019il remonte l\u2019histoire de Virgin Galactic (VG) ?des premières promesses de l\u2019excentrique visionnaire Richard Branson au décès médiatisé de l\u2019aviateur Michael Alsbury lors de l\u2019écrasement du VSS Enterprise en 2014 ?, il fait de Mark Stucky, pilote d\u2019essai en chef de VG, la figure de proue du livre.Test Gods explore nécessairement les périls et tragédies vécus par les aviateurs et le ton devient plus personnel à mi-lecture, ce qui le rend encore plus captivant.L\u2019auteur étant le fils d\u2019un pilote de chasse bien connu de Mark Stucky, cela l\u2019amène à survoler, avec son protagoniste, les thèmes de la paternité, des sacrifices et de la famille, tous intimement liés aux raisons qui poussent à vouloir conquérir de nouveaux territoires.Test Gods: Virgin Galactic and the Making of the Modern Astronaut, par Nicholas Schmidle, Henry Holt and Company, 333 p.La planète dans tous ses états Il y a quelque chose d\u2019assez méditatif à voir tous ces chiffres et toutes ces statistiques prendre sous nos yeux la forme d\u2019illustrations grandioses.C\u2019est donc un pur délice que de s\u2019épivarder devant Le grand atlas géo-graphique de la peintre catalane Regina Giménez.À l\u2019aide d\u2019empilages de prismes, de cercles soigneusement cordés et de lignes superposées, ce documentaire visuel se sert des éléments graphiques fondamentaux pour représenter notre univers.Il initie aux unités écologiques appelées biomes, fait prendre conscience de la différence de taille entre chacun des océans et montre concrètement les divers profils de volcans.Cet ouvrage a la créativité de la jeunesse ?il est classé pour elle d\u2019ailleurs ?, mais il serait dommage de passer à côté sous prétexte qu\u2019on peut se coucher à l\u2019heure qu\u2019on veut.Le grand atlas géo-graphique, par Regina Giménez, Éditions Rue du monde, 96 p. 48 QUÉBEC SCIENCE | AVRIL-MAI 2022 quebecscience.qc.ca 514 521-8356 | 1 800 567-8356, poste 504 L?heure est à la science Abonnez-vous! Québec Science rayonne depuis 60 ans ! F o ndé e n 1962 \u2022 Fondé en 1962 \u2022 Fo n d é e n 1 9 6 2 \u2022 F o n d é e n 1 9 6 2 \u2022 F o ndé e n 1962 \u2022 Fondé en 1962 \u2022 Fo n d é e n 1 9 6 2 \u2022 F o n d é e n 1 9 6 2 \u2022 60 ans QUEBEC SCIENCE AVRIL-MAI 2022 | QUÉBEC SCIENCE 49 omme plusieurs, je n\u2019ai pu m\u2019empêcher de visionner le long métrage Déni cosmique (Don\u2019t Look Up), dont tout le monde parlait ces derniers mois.Cette satire, qui dépeint le désespoir d\u2019une poignée de scientifiques tâchant de convaincre politiciens, grands médias et population incrédule de l\u2019imminence d\u2019une catastrophe planétaire, a fait couler beaucoup d\u2019encre depuis sa sortie.Le film se veut une caricature à peine voilée de notre relation avec la crise climatique et particulièrement de celle qu\u2019on entretient avec la communauté scientifique qui sonne l\u2019alarme depuis belle lurette à ce sujet.Chercheurs, climatologues, organisations environnementales, journalistes scientifiques, critiques de cinéma\u2026 tous y sont allés de leurs analyses quant à la portée du film.Au-delà des avis partagés, ce qui m\u2019intéresse ici n\u2019est pas tant le contenu du film que le contenant : l\u2019humour peut-il être un bon véhicule pour partager des informations scientifiques complexes comme celles sur le climat et l\u2019environnement tout en encourageant l\u2019action ?Qu\u2019on pense au film The Unchained Goddess (1958) ou au documentaire nobélisé Une vérité qui dérange (2006), la communication des enjeux environnementaux s\u2019est plutôt faite, au fil des décennies, par l\u2019entremise d\u2019approches sérieuses, voire angoissantes.Or, celles-ci peuvent avoir des effets mitigés sur les comportements liés à l\u2019action climatique.Serait-ce une bonne stratégie de répliquer, à contrepied, par le biais de l\u2019humour ?D\u2019emblée, il est admis que l\u2019humour peut avoir un certain effet persuasif lorsqu\u2019on veut transmettre un message ?sa portée a particulièrement été étudiée dans le domaine publicitaire.Par contre, la littérature scientifique portant sur l\u2019utilisation de l\u2019humour comme outil de persuasion ou de vulgarisation scientifique est plutôt récente, notamment en ce qui concerne la communication sur les sciences environnementales.Dans une revue de la littérature sur la question parue en 2020, des chercheurs espagnols indiquent que le recours à l\u2019humour peut contribuer à sensibiliser à l\u2019enjeu climatique, voire à influencer les perceptions sur la question, surtout chez les individus initialement peu intéressés par le sujet, ce qui n\u2019est pas sans rappeler le but du balado 3,7 planètes, de François Bellefeuille.Les auteurs soulignent toutefois que le type d\u2019humour utilisé peut influer sur la façon dont le message est perçu et interprété.Ainsi, certaines approches humoristiques pourraient comporter des risques.En réduisant la crédibilité du message diffusé ou encore en diminuant la perception du risque associé à l\u2019information climatique ou environnementale transmise, le véhicule humoristique peut parfois faire chou blanc.C\u2019est aussi ce qui s\u2019était dégagé d\u2019une étude menée par des chercheurs américains en 2018 qui laissait entendre que l\u2019humour pouvait contribuer à abaisser le niveau de peur ou de colère associé à la gravité des répercussions climatiques ?et donc limiter la motivation des troupes.Les chercheurs observaient d\u2019ailleurs que l\u2019utilisation de faits attisant la peur peut être tout aussi efficace que l\u2019humour afin de susciter un engagement concret à l\u2019égard des enjeux climatiques.Fait intéressant, il ressort de cette étude que ce sont les jeunes adultes âgés de 18 à 25 ans qui semblent plus susceptibles de répondre positivement aux mises en scène humoristiques, d\u2019où l\u2019importance d\u2019adapter le contenu et le contenant en fonction du public cible.Mais permettez-moi de revenir au type d\u2019humour employé.Prenons le cas de la satire, utilisée par le site américain The Onion et dans la série The Honest Government Ads, réalisée par la chaîne australienne The Juice Media.Lorsqu\u2019on y recourt de manière unidirectionnelle, c\u2019est-à-dire en se basant sur les faits scientifiques liés à la crise climatique plutôt qu\u2019en présentant deux argumentaires opposés, la satire peut donner les résultats attendus et convaincre de l\u2019urgence climatique.C\u2019est probablement dû au fait que ce type d\u2019humour force à comprendre la blague d\u2019une part et à décortiquer les faits de l\u2019autre\u2026 La satire ferait donc travailler les méninges un peu plus ! Pour ce qui est de Déni cosmique, on est en droit de se demander s\u2019il atteint sa cible, aussi populaire soit-il sur Netflix\u2026 D\u2019autant plus que l\u2019utilisation de la satire peut également avoir un effet polarisant et délétère, ce qui n\u2019est pas sans rappeler le spectre de réactions suscitées par le film.L\u2019ancien journaliste français Léon Zitrone dirait : « Qu\u2019on en parle en bien ou en mal, l\u2019important, c\u2019est qu\u2019on en parle.» Mais difficile pour moi d\u2019évacuer la question suivante : qui cherche-t-on réellement à convaincre par de telles tactiques de communication ?Car si l\u2019on admet que les gestes individuels sont insuffisants face à l\u2019urgence climatique au lieu de chercher constamment à convaincre le grand public, n\u2019est-ce pas nos élus et les grands pollueurs qui devraient plutôt rire jaune ?C Les opinions exprimées dans cette chronique n\u2019engagent que leur auteur .JEAN-PATRICK TOUSSAINT @JeanPatrickT Anthropocène \u2022IMAGE : SHUTTERSTOCK.COM Rire jaune 50 QUÉBEC SCIENCE | AVRIL-MAI 2022 RÉTROVISEUR L\u2018HISTOIRE DES SCIENCES VUE PAR SATURNOME AVRIL-MAI 2022 | QUÉBEC SCIENCE 51 la science accessible ! magazinesdescience.com La science se lit aussi ici : sciencepresse.qc.ca .acfas.ca/publications/magazine aestq.org/spectre .multim.com Cuba, Matane et le nord de Mont-Laurier Les Grands Prix de la photo Le Roselin pourpré CONCOURS PORTRAIT Escapades hivernales VOLUME 32 \u2014 NUMÉRO 2 HIVER 2021 La méthode scientifique Métier pompier forestier Les animaux bosseurs Le moustique Vol.23 n°1 PRINTEMPS 2020 La revue des Cercles des Jeunes Naturalistes 6,50 $ espacepourlavie.ca PIE-IX RÉSERVEZ EN LIGNE GRANDE RÉOUVERTURE?: 13 AVRIL "]
de

Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.

Lien de téléchargement:

Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.