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Titre :
Québec science
Principal magazine d'information scientifique généraliste québécois. [...]

Le mensuel d'information scientifique Québec Science est publié à partir de 1970. Il est le résultat de l'acquisition par l'Université du Québec de la revue Jeune scientifique, qui était publiée par l'Acfas. C'est Jocelyne Dugas, auparavant responsable de la revue Techniques, publiée par le ministère de l'Éducation, qui préside à cette mutation.

Québec Science opte pour une formule plus journalistique que pédagogique. La revue sera un terreau de développement de la profession de journaliste scientifique. Michel Boudoux, Yannick Villedieu, Christian Coutlée, Daniel Choquette, Solange Lapierre-Czerniecki, Pierre Sormany, Michel Gauquelin, Madeleine Harbour, Fabien Gruhier, Lise Laberge, Gilles Provost, Gilles Paquette, François Picard y participent.

La revue vise à intéresser les jeunes à la science et aux carrières scientifiques en leur offrant une information scientifique à jour présentée par des articles rigoureux et approfondis. Un accent est mis sur l'attractivité visuelle; une première couverture signée par le graphiste Jean-Pierre Langlois apparaît ainsi en septembre 1973. Pierre Parent et Richard Hodgson poursuivront le travail de ce dernier. Diane Dontigny, Benoit Drolet et André Delisle se joignent à l'équipe au milieu des années 1970, alors que Jean-Pierre Rogel en dirige la rédaction à partir de l'automne 1978.

Les premières années sont celles de l'apprentissage du journalisme scientifique, de la recherche de l'équilibre entre la vulgarisation, ou plutôt la communication, et la rigueur scientifique. Les journalistes adoptent styles et perspectives propres à leur métier, ce qui leur permet de proposer une critique, souvent liée à l'écologie ou à la santé. Plus avant dans les années 1970, le magazine connaît un grand succès, dont témoignent l'augmentation de ses ventes et la résonance de ses dossiers.

Québec Science passe sous la responsabilité des Presses de l'Université du Québec en 1979. La revue est alors prospère; en 1980, le magazine est vendu à plus de 25 000 exemplaires, dont 20 000 par abonnement. Les années 1980 sont plus difficiles à cause de la crise économique. Luc Chartrand pratique le journalisme d'enquête pour la revue, dont l'équipe de rédacteurs se renouvelle. On assiste ainsi à l'arrivée de Gilles Drouin, Bernard Giansetto, Claude Forand, Louise Desautels, François Goulet et Vonik Tanneau. Québec Science produit des articles sur les sujets de l'heure : pluies acides, sida, biotechnologies.

Au tournant des années 1990, le magazine fait davantage appel à des collaborateurs externes - journalistes, professeurs et scientifiques. Le cégep de Jonquière devient l'éditeur de la revue. Il en gardera la charge jusqu'au transfert de Québec Science à Vélo Québec en 2008.

Au moment de l'arrivée, en 1994, du rédacteur en chef actuel, Raymond Lemieux, le magazine est encore en difficulté financière. Il connaîtra cependant une relance, fort de la visibilité engendrée par la publication, depuis février 1993, d'un numéro spécial sur les découvertes scientifiques de l'année au Québec. Québec Science devient le premier média québécois à se trouver sur Internet, ce qui lui offre un rayonnement international. Le magazine surfe sur cette vague, avec davantage de contenus et de grands reportages qui franchissent les frontières du Québec; il obtient un soutien accru du gouvernement québécois, ce qui lui permet de recomposer une équipe de journalistes : Catherine Dubé, Vincent Sicotte, Marie-Pierre Élie, Joël Leblanc viennent travailler pour la revue.

Québec science profite ensuite de l'engouement pour les avancées technologiques et s'attire de nombreux collaborateurs qui maintiennent le dynamisme de la revue.

Source :

LEMIEUX, Raymond, Il était une fois¿ Québec Science - Cinquante ans d'information scientifique au Québec, Québec / Montréal, MultiMondes / Québec Science, 2012, 165 p.

Éditeurs :
  • Québec :Les Presses de l'Université du Québec,1970-,
  • Montréal :Vélo Québec éditions inc.
Contenu spécifique :
Juin
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Jeune scientifique
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Références

Québec science, 2022, Collections de BAnQ.

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[" QUEBEC SCIENCE Comment vont nos lacs ?JUIN 2022 Vin biodynamique : progrès ou lubie ?Partager la ville avec les rats F o ndé e n 1962 ?Fondé en 1962 ?Fo n d é e n 1 9 6 2 ?F o n d é e n 1 9 6 2 ?F o ndé e n 1962 ?Fondé en 1962 ?Fo n d é e n 1 9 6 2 ?F o n d é e n 1 9 6 2 ?60 ans QUEBEC SCIENCE Une plongée au cœur de la question 2 QUÉBEC SCIENCE | AVRIL-MAI 2021 GRIL-LIMNOLOGIE.CA JUIN 2022 | QUÉBEC SCIENCE 3 PHOTO DE LA COUVERTURE : DONALD ROBITAILLE /MODÈLE : STÉPHANIE HANDFIELD SOMMAIRE 6 P.Q U É B E C S C I E N C E S U R L E V I F 12 P.4 Édito par Mélissa Guillemette La grande demande 5 Babillard | 9 Carnet de santé Par la Dre Alexandra S.Arbour | 11 Technopop Par Chloé Freslon | 12 Polémique Par Jean-François Cliche | 46 Culture Par Émilie Folie- Boivin | 49 Anthropocène Par Jean- Patrick Toussaint | 50 Rétroviseur Par Saturnome JUIN 2022 6 Le cabinet des curiosités Données historiques, statistiques et diagrammes sont au cœur des œuvres de Marilou Lemmens et Richard Ibghy.8 Une découverte récrit l\u2019histoire de l\u2019humain moderne D\u2019étonnantes trouvailles éclairent d\u2019un jour nouveau les liens entre Homo Sapiens et Néandertaliens.10 Les paradoxes de l\u2019eau L\u2019eau chaude refroidit parfois plus vite que l\u2019eau froide et l\u2019inverse est aussi vrai.Zoom sur cet étrange phénomène.11 L\u2019homme qui numérisait les arbres Un chercheur utilise le lidar terrestre pour sonder la structure de la forêt urbaine.14 VIH : l\u2019incessante bataille Depuis 40 ans, des chercheurs frappent sur tous les fronts pour éliminer le sida.Peut-on espérer la ?n prochaine du combat ?Lac bien-aimés, lacs malmenés 24 P.Quel avenir pour les lacs du Québec ?On en visite cinq qui donnent une idée de l\u2019étendue des possibles, et des problèmes.REPORTAGES 18 Mort aux rats, vive les rats ! En ville, les rats sont partout.On les déteste, alors qu\u2019on ne sait presque rien d\u2019eux.Des chercheurs s\u2019intéressent à ces citadins de l\u2019ombre.32 Un poison à l\u2019origine de la vie sur Terre ?Cyanure rime avec poison.Pourtant, cet élément pourrait avoir joué un rôle clé dans l\u2019apparition des premiers êtres vivants.34 Les touche-à-tout ont-ils raison ?Et si l\u2019avenir appartenait aux généralistes, profanes et autres couteaux suisses ?De quoi repenser la dé?nition de l\u2019expert.38 Le mystère biodynamique Ésotérique pour certains, nécessaire a?n de preserver l\u2019environnement pour d\u2019autres, la viticuture biodynamique gagne du terrain.CHERCHEUSE EN VEDETTE 44 Le consommateur, cet être complexe À titre de spécialiste du comportement du consommateur, Amélie Guèvremont a un accès privilégié à nos contradictions.E N C O U V E R T U R E 4 QUÉBEC SCIENCE | JUIN 2022 Éditorial MÉLISSA GUILLEMETTE @mguillemett L\u2019offre et la demande, voilà les éléments de base qui font notre économie.Jusqu\u2019à maintenant, pour réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) qui bouleversent le climat, on a mis en place toutes sortes de stratégies censées diminuer la pollution qu\u2019engendre la production de biens et d\u2019énergie ?l\u2019offre ?sur la planète.On capte par exemple le CO 2 qui sort de raf?neries pour le stocker dans le sol et l\u2019on tente d\u2019améliorer les carburants des avions.Pour accélérer la décarbonation de nos sociétés, prenons plutôt l\u2019affaire à l\u2019envers, propose le cinquième chapitre du dernier rapport du Groupe d\u2019experts intergouvernemental sur l\u2019évolution du climat (GIEC).S\u2019il porte sur la réduction des changements climatiques, il est en fait une feuille de route pour une véritable révolution économique ! Pour la première fois, les experts présentent un chapitre sur « la demande, les services et les aspects sociaux de l\u2019atténuation ».Soutenus par la littérature en sciences sociales et par différentes études de cas, ils af?rment qu\u2019on peut utiliser l\u2019économie pour réduire les émissions de GES à court terme.Il n\u2019est pas question ici de proposer des produits plus verts.Ni de faire de l\u2019économie circulaire une religion ?les auteurs indiquent d\u2019ailleurs que les avantages de ce dernier concept restent à prouver.L\u2019idée est d\u2019agir sur la demande pour élargir la palette de solutions à la crise climatique.Car pour l\u2019instant, c\u2019est surtout l\u2019offre qui oriente l\u2019économie, a rappelé l\u2019une des auteures, la chercheuse en économie écologique de l\u2019Université de Lausanne Julia Steinberger, au site d\u2019information Drilled News.Après tout, est-ce vraiment le consommateur qui demande plus de plastique dans sa vie ?Ou alors est-ce l\u2019industrie du pétrole qui stimule la demande en inondant les marchés de résine vierge à prix dé?ant toute concurrence ?Mais que diriez-vous d\u2019avoir accès à de meilleurs services et qu\u2019en prime ceux-ci aient une empreinte carbone réduite ?Ça vous titillerait la demande, pas vrai ?Les membres du GIEC mentionnent qu\u2019agir ainsi sur la demande aurait le pouvoir de réduire de 40 à 70 % les émissions de GES d\u2019ici 2050.Impressionnant ! Mais qu\u2019est-ce que ça veut dire, au juste ?Une phrase du fameux chapitre dit tout : « Pour améliorer leur bien-être, les gens demandent des services et non de l\u2019énergie primaire et des ressources matérielles en soi.» En effet, on n\u2019a jamais vu la population militer pour son droit à plus d\u2019électricité ou d\u2019aluminium ! Ce qu\u2019elle veut, c\u2019est se chauffer en hiver et de quoi contenir sa bière.La stratégie proposée consiste donc à répondre aux besoins réels des consommateurs à l\u2019aide de solutions qui nécessitent peu d\u2019énergie et de ressources et qui sont à faible coût.On dit souvent qu\u2019on se « crée des besoins ».C\u2019est plutôt qu\u2019on les perd de vue.Personne n\u2019a « besoin » de recevoir les différents ingrédients de son souper dans des emballages individuels eux-mêmes disposés dans une boîte en carton livrée par un camion.Les adeptes de ces solutions pratiques souhaitent plutôt bien s\u2019alimenter et réduire le gaspillage alimentaire sans y perdre un temps fou.De la même façon, avons-nous besoin d\u2019une auto ?Non, nous avons besoin de nous déplacer ef?cacement et de façon sécuritaire.Avons-nous besoin d\u2019un nouveau téléphone intelligent tous les deux ans ?Non, nous avons besoin de communiquer facilement et d\u2019obtenir de l\u2019information.Avons-nous besoin d\u2019une hypothèque de 400 000 $ ?Non, nous avons besoin d\u2019un logement convenable duquel nous ne serons pas évincés.Au lieu de nous créer des besoins, créons des services « selon les besoins » et sans oublier ceux de la planète.Soyons créatifs ! Entrons dans une nouvelle économie qui n\u2019aura rien à envier à l\u2019ancienne.Ce chapitre du dernier rapport du GIEC aux visées révolutionnaires parle d\u2019ailleurs autant de gaz à effet de serre que de justice sociale et de bien-être.Car les besoins auxquels nous devrons répondre sont communs à tous les humains.Puisque nous n\u2019avons qu\u2019un seul budget carbone pour la planète, ceux dont le mode de vie émet beaucoup de gaz à effet de serre devront amorcer un virage, tandis que ceux qui peinent à se loger, se nourrir, étudier et se soigner verront leur empreinte carbone grandir.Un niveau de vie quali?é de « décent » est la cible pour tous.Nous sommes de toute évidence du côté des nantis.N\u2019ayons pas peur ! Si toute l\u2019énergie utilisée aujourd\u2019hui était distribuée également aux habitants de la Terre, la consommation de chacun serait équivalente à celle d\u2019un Suisse des années 1960, calculait la géochimiste et géobiologiste Hope Jahren dans The Story of More, un ouvrage remarqué paru en 2020.« J\u2019ai vu des photos de la Suisse dans ces années-là et vous savez quoi ?Ça n\u2019a pas l\u2019air si mal.Des gens dans des stations de train vêtus de manteaux de laine épais ou assis à la table d\u2019un café en train de boire dans de petites tasses.» J\u2019en redemande ! La grande demande Un niveau de vie décent pour tous, voilà un plan clair pour lutter contre les changements climatiques. Le magazine Québec Science est imprimé sur du papier certi?é FSC® (Forest Stewardship Council®), donc issu de forêts bien gérées et d\u2019autres sources responsables.C M C A A U D I T E D JUIN 2022 | QUÉBEC SCIENCE 5 JUIN 2022 VOLUME 60, NUMÉRO 8 Rédactrice en chef Mélissa Guillemette Rédactrice en chef adjointe Marine Corniou Journalistes Annie Labrecque, Raphaëlle Derome Collaborateurs Maxime Bilodeau, Chloé Bourquin, Jean-François Cliche, Émilie Folie-Boivin, Chloé Freslon, Joël Leblanc, Hugo Ruher, Alexandra S.Arbour, Saturnome, Jean- Patrick Toussaint Correctrice-réviseure Sophie Cazanave Directrice artistique Natacha Vincent Photographes/illustrateurs/graphiste Françoise Abbate, François Berger, Nicole Aline Legault, Christinne Muschi, Donald Robitaille, Sébastien Thibault, Vigg Éditeur Jean-François Rheault Vice-présidente marketing, communications et partenariats Marie-Hélène Juneau Comptabilité Mimi Bensaid Chargée de projets, communications marketing Maryvonne Charpentier Conseillère, relations de presse et marketing Stéphanie Couillard SERVICE AUX ABONNÉS : 514 521-8356, poste 504, ou 1 800 567-8356, poste 504 serviceclient@velo.qc.ca PUBLICITÉ : Claudine Mailloux 514 909-4601 cmailloux@velo.qc.ca Impression Solisco Distribution Messageries Dynamiques Parution : 12 mai 2022 (578e numéro) Abonnement Canada, 1 an : 41 $ + taxes États-Unis, 1 an : 84 $ Outre-mer, 1 an : 126 $ Québec Science est publié par Vélo Québec Éditions Dépôt légal : Bibliothèque nationale du Québec, Bibliothèque nationale du Canada : ISSN-0021-6127 Envoi Poste-Publications Convention no 40065387.© Copyright 2022 \u2013 Québec Science.Tous droits de reproduction, de traduction et d\u2019adaptation réservés.Indexé dans Québec Science reçoit l\u2019aide ?nancière du ministère de l\u2019Économie et de l\u2019Innovation du Québec.Nous reconnaissons l\u2019appui ?nancier du gouvernement du Canada.PHOTOS : DONALD ROBITAILLE ; PHILIPPE MAROIS NOTRE COUVERTURE Abonnez-vous www.quebecscience.qc.ca/ abonnez-vous 514 521-8356, poste 504 1 800 567-8356, poste 504 Un changement d\u2019adresse : serviceclient@velo.qc.ca Écrivez-nous courrier@quebecscience.qc.ca Magazine Québec Science 1251, rue Rachel Est Montréal (QC) H2J 2J9 Suivez-nous www.quebecscience.qc.ca BABILLARD Pour illustrer notre dossier sur la santé des lacs, je cherchais une image qui incarnerait la relation entre ces étendues d\u2019eau calme et l\u2019humain.J\u2019avais en tête une représentation de sirène ou d\u2019homme-poisson.C\u2019est auprès de notre collaborateur Donald Robitaille que j\u2019ai trouvé mon compte.Il nous a proposé cette photo prise au lac des Deux Montagnes, très fréquenté pour la baignade.J\u2019adore le camaïeu de bleu-violet de cette photo et sa simplicité graphique.Elle ne manque pas pour autant de dynamisme ; cette image est vivante, sympathique.On s\u2019imagine facilement plonger dans cette eau et pro?ter de ce moment de symbiose entre soi et la nature.C\u2019est pour continuer à vivre des moments comme celui-ci que nous devons protéger nos lacs.?Natacha Vincent, directrice artistique CE QUE NOUS AVONS LU OU ENTENDU AU COURS DE CE NUMÉRO Sur plus de trois millions de lacs du Québec, seulement 60 000 ont un nom of?ciel.L\u2019originalité n\u2019est pas toujours au rendez-vous.On compte d\u2019innombrables lacs Rond, loin de l\u2019être tous, et un lac Carré plutôt rond.Les lacs à la Truite sont aussi légion.Beaucoup de plans d\u2019eau ont pris le nom d\u2019un habitant du coin, comme le lac à Pierre, le lac à Égide et le lac à Napoléon.D\u2019autres font dans la poésie, tels le lac Violon et le lac du Cœur.D\u2019autres encore dans la ségrégation sociale : le lac Pauvre et le lac Riche, situés l\u2019un à côté de l\u2019autre.J\u2019ai aussi trouvé un lac Caché, un lac Bidou, un lac Bois- bouscache (quessé ça ?) et les peu ragoûtants lac la Crasse, lac à Vase, lac Vaseux, lac de la Vase.Au milieu de tous ces noms, quelques toponymies autochtones ont résisté, à l\u2019instar des lacs Masko Oponapananik, Kawisaskopek ou Kanicokohotek.?Annie Labrecque, journaliste À Paris, au début du 20e siècle, des combats entre chiens et rats étaient organisés dans des « ratodromes » pour divertir les foules.La lutte contre les rats dans la capitale française s\u2019est intensi?ée en 1920, à la suite d\u2019une épidémie de peste (34 morts) qui a conduit la préfecture de police à mettre sur pied un « laboratoire du rat ».L\u2019une des campagnes de dératisation les plus mémorables a eu lieu en 1969, alors que l\u2019immense marché des Halles, au centre de Paris, venait de déménager en banlieue.Pour éviter que les rats qui y vivaient se répandent en ville, 150 techniciens ont déversé 10 t de raticide dans les locaux commerciaux désertés, les caves et les égouts.Les jours suivants, seuls 8 cadavres de rongeurs ont été retrouvés ! Finalement, environ 20 000 rats seraient morts (cachés) à la suite de cette opération.?Marine Corniou, journaliste DU NOUVEAU DANS L\u2019ÉQUIPE ! L\u2019équipe de Québec Science est heureuse d\u2019accueillir une nouvelle collègue, Raphaëlle Derome.Formée en géographie physique et en journalisme, cette reportrice d\u2019expérience a passé les six dernières années dans le monde du magazine jeunesse, chez nos amis Les Débrouillards, Les Explorateurs et Curium.Vous avez aussi pu l\u2019entendre régulièrement sur les ondes d\u2019ICI Radio- Canada Première, aux émissions Plus on est de fous, plus on lit !, Médium large et Histoires d\u2019objets.Nous lui souhaitons des tonnes de reportages fascinants ! QUEBEC SCIENCE Comment vont nos lacs ?JUIN 2022 Une plongée au c?ur de la question Vin biodynamiq ue : progrès ou lubie ?Partager la ville avec les rats F o n d é en 1 962 ?Fondé en 1962 ?Fond é e n 1 9 6 2 ?F o n d é e n 1 9 6 2 ?F o n d é en 1 962 ?Fondé en 1962 ?Fond é e n 1 9 6 2 ?F o n d é e n 1 9 6 2 ?60 ans QUEBEC SCIENCE des curiosités LE CABINET S i vous êtes déjà passé devant le Centre hospitalier de l\u2019Université de Montréal (CHUM), au centre-ville, peut-être avez-vous aperçu la quinzaine de colonnes multicolores qui se dressent boulevard René-Lévesque.De loin, l\u2019œuvre conçue par Marilou Lemmens et Richard Ibghy pourrait passer pour de l\u2019art abstrait avec ses motifs géométriques répétés.Mais chaque colonne correspond plutôt à une statistique tirée de l\u2019histoire des trois hôpitaux fusionnés pour créer le CHUM : le nombre de vaches dans le jardin de l\u2019Hôtel-Dieu dans les années 1930, les kilos de linge lavés, le décompte des visiteurs venus passer la nuit au chevet d\u2019un proche\u2026 « Des dimensions qu\u2019on n\u2019évoque pas souvent, mais qui sont pourtant au cœur de la mission de soin, souligne Marilou Lemmens.Et qui re?ètent l\u2019évolution de la société depuis 1642.» Autrement dit, si les monuments traditionnels célèbrent les valeurs of?cielles de l\u2019État et les grands hommes, les chiffres, eux, peuvent raconter une autre histoire.Et ce sont ces données historiques, scienti?ques ou économiques qui servent justement de matière première aux deux artistes.HOMMAGE AUX ANIMAUX Le duo reçoit Québec Science pour le thé dans un appartement d\u2019Hochelaga- Maisonneuve, mais vit à Durham-Sud, dans la campagne près de Drummondville.« Là-bas, la plupart de nos voisins sont des oiseaux ! » constate Marilou Lemmens.Ce voisinage est d\u2019ailleurs à l\u2019origine de Bibliothèque d\u2019outils communautaire pour les oiseaux, un coquet cabanon en hommage à l\u2019intelligence de la faune aviaire.L\u2019installation Anthology of Performance Pieces for Animals, quant à elle, est une reconstruction en couleurs des labyrinthes pour rats et autres dispositifs scienti?ques créés pour mesurer la cognition animale.« C\u2019est chatoyant, alors ça permet d\u2019attirer l\u2019attention sur des sujets parfois lourds ou dérangeants comme l\u2019expérimentation sur les animaux », dit Marilou Lemmens.«Nous aimons utiliser le côté ludique pour critiquer », ajoute Richard Ibghy.AU-DELÀ DES CHIFFRES Avec sa série de sculptures Les prophètes, le duo, inspiré par la crise ?nancière de 2008, s\u2019intéresse à trois siècles de science économique.Elle regroupe 400 petites sculptures, chacune correspondant à un diagramme ou un graphique tiré de la littérature spécialisée.« Les économistes calculent, mais produisent aussi énormément d\u2019images, souvent très esthétiques, mentionne Marilou Lemmens.Et nous, en art, nous pouvons rendre ça visible.» « Quand on voit un graphique dans un livre d\u2019économie, tout a l\u2019air vrai et coulé dans le béton.Mais nous avons choisi de représenter les mêmes données avec des matériaux simples », dit Richard Ibghy.Baguettes de bois, ?celle, colle apparente\u2026 : dans ces matériaux précaires et imparfaits, les mêmes données semblent soudainement bien moins solides.Une manière de critiquer la toute-puissance du discours économique.Les données scienti?ques ont aussi servi de base à L\u2019affaire Louis Robert, du nom d\u2019un agronome du ministère de l\u2019Agriculture, des Pêcheries et de l\u2019Alimentation du Québec congédié de manière injusti?ée en 2019.Louis Robert avait dénoncé dans les médias l\u2019emprise de l\u2019industrie des pesticides sur la recherche publique.À l\u2019aide de bâtonnets, les artistes ont reproduit la ?gure principale d\u2019une étude (censurée par l\u2019industrie) qui démontrait l\u2019inutilité des pesticides pour augmenter les rendements des cultures de maïs et de soya.« Comme il y avait eu tentative de cacher ces résultats, c\u2019était important pour nous de montrer les données au public.Le visiteur n\u2019a pas besoin de connaître les chiffres précis : un coup d\u2019œil suf?t pour voir que les rendements agricoles sont les mêmes, avec ou sans pesticides », raconte Marilou Lemmens.Et si les manchettes n\u2019ont duré qu\u2019un temps, l\u2019œuvre, elle, perdurera.« C\u2019est important de rappeler cet épisode et de valoriser l\u2019engagement citoyen de M. Robert.Il a pris des risques pour protéger le bien commun », rappelle l\u2019artiste qui, avec son partenaire, se renseigne toujours auprès des scienti?ques concernés avant de créer une œuvre.Préoccupés par le dénigrement croissant à l\u2019égard de la recherche scienti?que, les artistes présenteront cet été une nouvelle œuvre à la Fondation Guido Molinari, à Montréal.Faits alternatifs du 21e siècle est une série de céramiques inspirées par les théories du complot, les mensonges et la désinformation.« Les conspirations, les fausses nouvelles, ça vient remettre en question la valeur des connaissances scienti?ques », déplore Marilou Lemmens.« L\u2019œuvre donne à ré?échir sur ce qu\u2019on sait, ce qu\u2019on peut savoir, comment se diffuse la connaissance et la dif?culté aujourd\u2019hui de distinguer le vrai du faux », conclut Richard Ibghy.Expositions à voir cet été au Québec : www.ibghylemmens.com 6 QUÉBEC SCIENCE | JUIN 2022 IMAGES : H&S Données historiques, statistiques économiques et diagrammes scienti?ques sont au cœur des œuvres du duo formé par Marilou Lemmens et Richard Ibghy.Rencontre.Par Raphaëlle Derome L\u2019ESTHÉTIQUE DES DONNÉES Bibliothèque d\u2019outils communautaire pour les oiseaux présente brindilles, miroirs et autres cailloux utilisés comme outils par certaines espèces, mais aussi d\u2019autres accessoires proposés par les artistes.Un clin d\u2019œil à tout ce qu\u2019on ne connaît pas des oiseaux\u2026 « Ils pourraient encore nous épater ! » prédit Marilou Lemmens.Test d\u2019intelligence pour araignée Portia (tiré de l\u2019installation Anthology of Performance Pieces for Animals).L\u2019araignée au sommet de la tour de droite voit des proies sur l\u2019autre tour.Pendant qu\u2019elle s\u2019approche, un scienti?que retire ou ajoute quelques proies à son insu.Si l\u2019arachnide hésite à son arrivée, on déduit qu\u2019elle a remarqué le changement.L\u2019œuvre d\u2019art public 1+1+1=1 devant le CHUM.Chaque colonne représente une statistique tirée de l\u2019histoire des trois hôpitaux fusionnés pour créer le superhôpital.JUIN 2022 | QUÉBEC SCIENCE 7 SUR LE VIF IMAGES : LUDOVIC SLIMAK 8 QUÉBEC SCIENCE | JUIN 2022 I ls étaient plusieurs dizaines ?hommes, femmes et enfants ?, à revenir, année après année, dans cet abri rocheux surplombant le ?euve.Ils y ont taillé des milliers de pointes de silex, que les archéologues exhument patiemment, au milieu d\u2019ossements d\u2019animaux.Jusqu\u2019ici, rien de très inhabituel, si ce n\u2019est que la grotte Mandrin, située dans la vallée du Rhône, est incroyablement riche en outils en tous genres, re?et de 80 000 ans d\u2019occupation néandertalienne.Mais après 30 ans de fouilles, l\u2019équipe de Ludovic Slimak, de l\u2019Université de Toulouse, vient d\u2019arriver à une conclusion déroutante.Cette grotte aurait aussi été occupée par Homo sapiens en plein milieu des séjours néandertaliens.Une quasi- cohabitation, jamais entrevue jusqu\u2019ici ! Ce n\u2019est pas tout : les Homo sapiens en question seraient passés sur le site il y a environ 54 000 ans.Or, les plus anciennes traces connues de l\u2019« humain moderne » en Europe occidentale datent de 42 000 ans.La découverte, publiée dans Science Advances, repousse donc de 12 millénaires la conquête de ces régions par nos ancêtres ! « Pendant 40 ans, il y a eu une incursion d\u2019Homo sapiens sur un territoire néanderta- lien.Puis, c\u2019est le retour des Néandertaliens, ce qui est unique au monde.Sur les autres sites, chaque fois que Sapiens arrive, c\u2019est la ?n des autres populations.La réalité a donc été plus complexe », avance Ludovic Slimak, aussi chercheur au Centre national de la recherche scienti?que en France.C\u2019est la présence d\u2019un niveau archéologique atypique, pris en sandwich entre des artéfacts néandertaliens, qui lui a mis la puce à l\u2019oreille dès 2004.Dans cette couche remontant à plus de 50 000 ans (selon plusieurs méthodes de datation), les chercheurs ont trouvé 1 500 pointes de silex très régulières, mesurant de un à trois centimètres.Elles tranchent radicalement avec les outils taillés par les artisans néan- dertaliens, massifs et tous différents.« Des pièces normalisées, produites en série : on ne trouve ça nulle part ailleurs en Europe à cette époque.Mais la standardisation des outils est typique des humains modernes », indique l\u2019archéologue.C\u2019est l\u2019analyse morphologique d\u2019une dent d\u2019enfant, en 2018, qui a ?ni de convaincre l\u2019équipe : la molaire ne peut pas être néandertalienne, ni être une dent plus récente de la préhistoire.L\u2019équipe peau?ne l\u2019hypothèse en « zoo- mant » sur la période de transition des couches grâce à une ingénieuse technique.Les feux successifs allumés dans l\u2019abri ont laissé des traces sur les parois.Or, la roche est très friable : dans chaque niveau géologique, les chercheurs en recueillent des fragments qui témoignent de l\u2019activité des peuplements.« Au microscope, on voit des liserés noir et blanc qui sont les successions des dépôts de suie.Ils correspondent à 500 phases d\u2019installation dans la cavité.Ce sont des sortes de codes-barres qui nous donnent une résolution de plus ou moins six mois, contre plus ou moins 1 000 ans avec le carbone 14\u2026 C\u2019est donc une grande avancée.» De quoi constater que, lorsque le groupe d\u2019Homo sapiens arrive à la grotte Mandrin, il s\u2019est écoulé moins d\u2019un an depuis le départ des précédents occupants, néandertaliens.« Ces travaux déstabilisent les scénarios dominants, commente Julien Riel-Salvatore, anthropologue à l\u2019Université de Montréal et spécialiste des transitions Néandertal- Sapiens.Trouver des traces d\u2019Homo sapiens au milieu des couches néandertaliennes, c\u2019est vraiment singulier.Et l\u2019âge de la découverte est sidérant.» UN FLOT DE QUESTIONS Voilà qui soulève de nombreuses questions.D\u2019abord, celle des routes empruntées par les humains modernes.On pensait Une découverte récrit l\u2019histoire d\u2019Homo sapiens en Europe Pointe de silex (moins de 30 mm de long) trouvée dans la strate datée de -54 000 ans.La molaire, de la même époque, est caractéristique des humains modernes.D\u2019étonnantes trouvailles éclairent d\u2019un jour nouveau les liens entre humains modernes et Néandertaliens.Par Marine Corniou Carnet de santé Dre ALEXANDRA S.ARBOUR @alexandraarbour JUIN 2022 | QUÉBEC SCIENCE 9 jusqu\u2019ici qu\u2019ils avaient progressé d\u2019est en ouest, depuis le Moyen-Orient, il y a 45 000 ans ; il faut désormais envisager des migrations antérieures, peut-être le long des côtes méditerranéennes.En?n, cette « colocation » laisse penser qu\u2019il y a eu des échanges entre les deux espèces humaines.Certes, ce n\u2019est pas une surprise totale, puisqu\u2019il y a eu plusieurs métissages (dont on garde la trace dans nos génomes), mais la nature des contacts reste spéculative.« Certains des silex utilisés par le groupe sapiens viennent d\u2019un vallon, à 90 km de la grotte.Les Néandertaliens employaient les mêmes : ils connaissaient les ressources, car ils occupaient le territoire depuis des générations.Mais les Sapiens, qui ne sont venus que 40 ans sur place, n\u2019ont pas pu tout explorer; les populations aborigènes leur ont sans doute transmis leurs connaissances.On a toujours supposé que Néandertal a été acculturé par les humains modernes ; or, les transmissions pouvaient aussi se faire dans l\u2019autre sens », soutient Ludovic Slimak.Pour certains chercheurs, ce scénario est loin d\u2019être démontré.Les petites pointes pourraient-elles avoir été taillées par des Néandertaliens ?La morphologie de la dent est-elle si convaincante ?« La découverte est un peu esseulée, avertit Julien Riel-Salvatore.Il faudrait d\u2019autres données, d\u2019autres sites, pour savoir s\u2019il s\u2019agit d\u2019un phénomène culturel à grande échelle.» En attendant, pour avoir la preuve ultime qu\u2019Homo sapiens a bel et bien occupé les lieux, l\u2019équipe de Ludovic Slimak a fait appel à des spécialistes allemands de l\u2019ADN ancien, et 800 prélèvements de sol sont en cours d\u2019analyse.On retient notre souf?e en attendant les résultats ! En début de pratique, combien de fois ai-je prescrit un médicament ou un soin, enivrée par un sentiment du devoir accompli, convaincue de réellement régler le problème de mon patient ?Pour M. Gauthier, ?ni le diabète grâce à son hypoglycémiant oral ! Pour Mme Nguyen, un vaporisateur nasal et des inhalateurs pour l\u2019asthme mettraient ?n à sa toux chronique ! Si c\u2019était si facile\u2026 Ce que je ne savais pas encore, c\u2019est que M. Gauthier prendrait son médicament un jour sur deux et continuerait de boire des boissons sucrées en cachette.Et que Mme Nguyen n\u2019irait même pas à la pharmacie chercher ses appareils, préférant avaler des pastilles et de la tisane aux herbes traditionnelles.J\u2019exagère à peine.Comme bien d\u2019autres, je suis devenue médecin avec l\u2019envie d\u2019aider mon prochain.Un idéal qui s\u2019est buté, dans la réalité, à la faible observance thérapeutique de certains patients.Et en toute honnêteté, constater qu\u2019on ignore carrément mes conseils n\u2019est pas la partie que je préfère dans mon travail.Qu\u2019est-ce donc que l\u2019observance ?C\u2019est le degré auquel un patient se conforme aux modalités associées au traitement prescrit par un professionnel de la santé.Cela concerne bien sûr les médicaments, mais aussi les exercices recommandés par le physiothérapeute et les changements d\u2019habitudes de vie comme l\u2019arrêt tabagique.Au moins 40 % des patients n\u2019adhèrent pas aux traitements prescrits par leur médecin.On estime également que jusqu\u2019à 2 ordonnances sur 10 ne se rendent pas chez le pharmacien.Cette inobservance coûte très cher au système de santé québécois.Certains l\u2019évaluent à 200 millions de dollars par année.À qui la faute ?Évidemment, dans certains cas, c\u2019est non intentionnel : on oublie de prendre un médicament ou l\u2019on ne se rappelle pas comment le prendre exactement.Le manquement peut aussi être associé à une question socioéconomique, si le traitement prescrit n\u2019est pas couvert par la Régie de l\u2019assurance maladie du Québec ou par un assureur privé.Ou il peut simplement s\u2019agir d\u2019un problème de communication : le médecin n\u2019est pas clair, le patient n\u2019a pas la capacité de comprendre ou les deux en même temps.Une partie de la solution se trouve donc entre les mains du médecin, qui doit s\u2019assurer que son patient comprend sa maladie et qu\u2019il accepte les moyens proposés pour la soigner.Des techniques empruntées au domaine du marketing peuvent également aider à améliorer la fidélité au traitement.Pren- driez-vous davantage un médicament très bien toléré par 80 % des patients ou un qui provoque 20 % d\u2019effets indésirables ?Vous aurez compris qu\u2019on parle du même traitement, mais que tout réside dans la façon de présenter les chiffres ! En outre, d\u2019autres professionnels de la santé ont aussi leur rôle à jouer pour favoriser l\u2019observance du traitement, par exemple le pharmacien, qui est la personne tout indiquée pour passer en revue les effets secondaires possibles des médicaments prescrits, donner des trucs pour les soulager et offrir des rappels.Mais parfois l\u2019enjeu est carrément métaphysique : la maladie ?ou son traitement ?est dénuée de sens pour le patient.Il faut alors accepter que son patient décline les solutions qu\u2019on lui propose pour préserver malgré tout la relation thérapeutique.Au quotidien, je constate que les arguments rationnels sont parfois inutiles.La pandémie aura malheureusement aggravé la crise de con?ance de la population à l\u2019égard de la science.Et cela, c\u2019est encore plus dif?cile à régler qu\u2019un diabète ou une toux chronique ! Les rendez-vous manqués SUR LE VIF 10 QUÉBEC SCIENCE | JUIN 2022 IMAGE : SHUTTERSTOCK.COM G laçon fondu, eau frémissante, condensation sur les vitres : on expérimente au quotidien le passage de l\u2019eau par différents états.Mais dans des cas bien particuliers, elle adopte des comportements étranges et dif?cilement explicables par la science.« Par exemple, on s\u2019attend à ce que ce soit plus long de faire geler de l\u2019eau chaude que de l\u2019eau tiède.Or, on sait depuis l\u2019époque d\u2019Aristote que, parfois, c\u2019est l\u2019inverse qui se produit », illustre Raphaël Chétrite, mathématicien au Laboratoire J.A.Dieudonné, à Nice.Et cet étrange phénomène pourrait même se produire dans l\u2019autre sens : une eau froide pourrait ainsi se réchauffer plus vite qu\u2019une eau tiède ! C\u2019est ce qu\u2019avance une étude cosignée par le chercheur et publiée début 2022 dans les Proceedings of the National Academy of Sciences.« On est les premiers à voir cet effet inverse », se réjouit l\u2019auteur principal John Bechhoefer, professeur au département de physique de l\u2019Université Simon Fraser, en Colombie-Britannique.Pour mieux comprendre les choses, il faut revenir en 1963, date à laquelle ce phénomène contre-intuitif ressurgit dans le milieu scienti?que après quelques siècles d\u2019oubli.Un élève tanzanien de 13 ans, Erasto Mpemba, fait alors geler par hasard du lait brûlant plus rapidement que ses camarades, qui avaient attendu que leur « crème glacée » tiédisse avant de la mettre au congélateur.Il publie sa découverte en 1969 et lui donne son nom, l\u2019effet Mpemba.Depuis, de nombreux chercheurs se sont penchés sur cet effet pour tenter de l\u2019expliquer.Mais si l\u2019expérience du verre d\u2019eau bouillante mis au congélateur jusqu\u2019à ce que l\u2019eau gèle semble simple à réaliser, la réaction est très complexe à étudier.L\u2019eau ne gèle pas instantanément ; faut-il attendre que toute l\u2019eau soit devenue glaçon ou qu\u2019une ?ne couche de glace ait commencé à se former ?Chacun interprète la « recette » à sa façon.« Et chaque expérience est dif?cile à répéter, car le système est très sensible aux poussières, à la rugosité des parois du verre, etc.», mentionne John Bechhoefer.Au ?l des ans, les résultats ont donc été très variables selon les études, voire contradictoires.D\u2019où l\u2019idée du chercheur de laisser de côté le verre d\u2019eau et d\u2019opter pour un système beaucoup plus petit et facilement contrôlable pour voir si cet effet est démontrable avec d\u2019autres dispositifs.Le verre d\u2019eau et le congélateur ont été remplacés par une bille de verre microscopique, quelques lasers optiques et une bonne dose de calculs mathématiques.L\u2019expérience est alors ramenée à une échelle de science beaucoup plus fondamentale, mais elle peut ainsi être répétée des centaines de fois dans les mêmes conditions.Les premiers résultats, publiés en août 2020 dans Nature, ont montré que l\u2019effet existait bel et bien avec ce dispositif optique.Et les chercheurs viennent de révéler que l\u2019inverse était aussi observable.Reste à expliquer comment l\u2019eau parvient ainsi à tromper notre intuition.Diverses hypothèses ont été avancées, comme les courants de convection, le rôle des gaz dissous ou la force des liaisons H-O de l\u2019eau, mais aucune ne fait encore consensus.Ce système simpli?é aidera peut-être à trancher.Qui eût cru qu\u2019il y avait tant de science et de mystère derrière les glaçons ?Les paradoxes de l\u2019eau L\u2019eau chaude refroidit parfois plus vite que l\u2019eau froide et l\u2019inverse est aussi vrai.Des chercheurs se penchent sur cet étrange phénomène.Par Chloé Bourquin Technopop CHLOÉ FRESLON @f_chloe L\u2019homme qui numérisait les arbres Par Raphaëlle Derome JUIN 2022 | QUÉBEC SCIENCE 11 IMAGE : BASTIEN LECIGNE/UNIVERSITÉ DU QUÉBEC À MONTRÉAL L es grands arbres sont les poumons et les climatiseurs de nos villes.Mais ils doivent partager l\u2019espace avec le réseau électrique.À moins de trois mètres des fils, les élagueurs rabattent systématiquement les branches.« C\u2019est souvent contre-productif, car l\u2019arbre produit de nombreux rejets pour compenser les pertes.Trois ou quatre ans plus tard, c\u2019est à refaire ! déplore Bastien Lecigne, postdoc- torant à l\u2019Université du Québec à Montréal et spécialiste de l\u2019architecture des arbres en milieu urbain.L\u2019élagage trop agressif crée aussi des plaies qui servent de porte d\u2019entrée aux pathogènes.À long terme, ça peut fragiliser les branches.» Sans compter que les géants charcutés font souvent pitié à voir\u2026 Pour améliorer les pratiques, il faut mieux comprendre l\u2019effet des élagages sur la physiologie et la structure des arbres.Mais comment comparer la super?cie du feuillage avant et après une taille ?Ou surveiller précisément la croissance annuelle des branches ?Pourrait-on arriver à prédire lesquelles casseront lors d\u2019un épisode de verglas ?C\u2019est ce que cherche à faire Bastien Lecigne grâce au lidar terrestre, un laser qui numérise les objets en 3D à haute résolution.Les impulsions du lidar (light detection and ranging) frappent les surfaces et reviennent vers le viseur.Le temps écoulé depuis l\u2019impulsion indique à l\u2019appareil à quelle distance se trouve l\u2019objet.« Ces allers-retours se font un million de fois par seconde, dans toutes les directions.L\u2019appareil permet une acquisition rapide et extrêmement détaillée de la géométrie des arbres sous la forme d\u2019un nuage de points en 3D », dit Bastien Lecigne.Jusqu\u2019ici, le chercheur déplaçait lui-même son lidar autour de l\u2019arbre de manière à en obtenir un portrait ?dèle sur 360°.Dans son postdoctorat, il passe à l\u2019étape supérieure : ?xer le capteur sur un véhicule circulant en ville (un peu comme dans le cas de Google Street View) dans le but d\u2019obtenir le portrait le plus exact possible de tous les arbres.Une information précieuse pour Hydro-Québec, bien sûr, mais aussi pour les gestionnaires municipaux.« Actuellement, les inventaires indiquent le lieu approximatif de l\u2019arbre, son diamètre et c\u2019est tout.Avec une image numérique précise de la forêt urbaine, nous pourrions mieux quanti?er les services que nous rendent les arbres ?ombre, captage des eaux de pluie, habitats fauniques, etc.?pour mieux cibler nos interventions.Par exemple, choisir où planter un arbre pour maximiser l\u2019ombre.Ou prioriser l\u2019élagage d\u2019espèces à croissance rapide, comme l\u2019érable à Giguère, plutôt que lente, comme les thuyas », indique l\u2019étudiant.Reste à déterminer si l\u2019on pourra obtenir des mesures utiles avec les capteurs qui, à bord de véhicules, ne verront que le côté de l\u2019arbre qui fait face à la rue.Bastien Lecigne a bon espoir d\u2019y parvenir.« D\u2019après moi, d\u2019ici 15 ans, cette méthode sera largement répandue.» Je traverse actuellement une période nostalgique.Je m\u2019ennuie du Web passé où tout semblait toujours plus simple et harmonieux.Je me suis mise à penser à Tumblr, cet incontournable du Web des années 2010.J\u2019y avais créé un blogue sans prétention où je publiais des photos de ce que je mangeais.C\u2019était petit, c\u2019était niché et j\u2019adorais ça ! Comment une plateforme si populaire a-t-elle pu quasiment disparaître ?Retour en 2007.Alors que Mark Zuckerberg est aux commandes de Facebook depuis trois ans, un jeune homme de New York âgé de 20 ans, David Karp, construit une plateforme aux objectifs moins prétentieux : créer un lieu « sous le radar » où les secrets et les pseudonymes sont légion.Aucun risque de tomber sur le pro?l de sa mère, en somme.Le site devient rapidement une source de mèmes, de bandes dessinées, de nouvelles formes d\u2019art et de culture populaire.D\u2019énormes fandoms (ces regroupements d\u2019inconditionnels en tous genres) y voient le jour, on y élabore un vocabulaire et des codes sociaux spéci?ques.Des sujets iconoclastes y sont fréquemment abordés : la positivité corporelle, l\u2019identité de genre ou encore la discrimination fondée sur la capacité physique.Tumblr est avant-gardiste et les utilisateurs en redemandent ! Mais le pragmatisme commercial vient cogner à la porte\u2026 Alors que le chiffre d\u2019affaires de Facebook dépasse vite le milliard, Tumblr n\u2019arrive pas à dégager de revenus.Après cinq ans de résistance aux publicités, la plateforme ?nit par les expérimenter, avec des résultats timides.Pourtant, son jeune auditoire et son importance culturelle ont une grande valeur.À preuve, Yahoo ! achète l\u2019entreprise 1,1 milliard de dollars en 2013 ! Mais à la ?n de 2017, David Karp quitte l\u2019entreprise et l\u2019ADN de la plateforme change.En décembre 2018, les contenus « adultes » sont bannis.Les utilisateurs de Tumblr réagissent brutalement : un exode s\u2019ensuit, la fréquentation s\u2019effondre.La plateforme est revendue en 2019 à Automattic, l\u2019entreprise derrière WordPress, pour moins de trois millions de dollars\u2026 Dans une ultime tentative de monétisation et de séduction des créateurs de contenus, Tumblr propose désormais un abonnement à 4,99 $ par mois, mais reste dans l\u2019ombre.Tumblr n\u2019était pas seulement une plateforme de blogues ; c\u2019était aussi un lieu de rassemblement d\u2019une variété de mouvements alternatifs et de cultures parallèles, un espace identitaire pour les gens qui ne trouvaient pas leur place ailleurs.Aujourd\u2019hui, Tumblr est un archaïsme.De quoi attirer les adeptes de la marginalité ?Qui sait, la plateforme renaîtra peut-être de ses cendres.Tumblr quoi ? Polémique JEAN-FRANÇOIS CLICHE @clicjf 12 QUÉBEC SCIENCE | JUIN 2022 ILLUSTRATION : VIGG A u Québec, toutes les femmes de 50 à 69 ans sont invitées à passer une mammographie tous les deux ans pour des raisons aussi bonnes qu\u2019évidentes : cela permet de détecter les cancers du sein avant l\u2019apparition de symptômes, et la détection hâtive augmente beaucoup les chances de survie.Mais les programmes de dépistage massif comme celui du Québec sont contestés depuis plusieurs années parce qu\u2019ils ont tous le même « effet secondaire » : le surdiagnostic, soit la détection et le traitement de cancers qui n\u2019auraient jamais progressé assez pour menacer la santé ou la vie des patientes.Le surdiagnostic crée beaucoup de stress inutile, en plus d\u2019enclencher d\u2019autres interventions comme des biopsies, qui viennent avec des risques de complications (faibles, mais non nuls).Il est donc important de bien le mesurer pour savoir si ces programmes font plus de bien que de mal.Pas étonnant, donc, qu\u2019une multitude d\u2019études se soient penchées là-dessus.Que disent-elles ?C\u2019est là que le bât blesse : elles disent beaucoup de choses différentes.Une revue de littérature parue en 2016 dans Cancer Biology and Medicine avait révélé des taux de surdiagnostics qui se situaient n\u2019importe où entre 0 et\u2026 76 % ! Pour être rigoureux, il faut préciser qu\u2019un autre exercice du même genre paru en 2021 dans le British Medical Journal Open a mis en lumière que la plupart des résultats restent sous la barre des 20 %, mais il y a quand même plusieurs études qui se sont conclues par une proportion autour de 50 % de surdiagnostics.Dans ces conditions, on comprend que l\u2019idée de proposer des mammographies régulièrement à toutes les femmes passé un certain âge ait été critiquée.Dans une étude du New England Journal of Medicine de 2019, trois chercheurs américains ont fait remarquer que, depuis les années 1970, les taux de cancer du sein avaient fortement augmenté à cause du dépistage, passant d\u2019environ 230 cas par 10 000 femmes à près de 400, mais que la proportion de tumeurs qui mènent à la formation de métastases (donc des cancers du sein qui se répandent ailleurs dans le corps) était restée relativement stable, ce qui donne à penser qu\u2019une grande partie des cancers supplémentaires détectés par les mammographies à grande échelle relèverait du surdiagnostic.« C\u2019est dérangeant parce que c\u2019est un enjeu important dans la balance des avantages et des inconvénients, admet l\u2019épidémiologiste de l\u2019Institut national de santé publique du Québec Marie-Hélène Guertin, qui fait partie de l\u2019équipe d\u2019évaluation du Programme québécois de dépistage du cancer du sein.Les méthodes sont tellement variables que c\u2019est dif?cile de concilier les résultats.» Une partie du problème, dit-elle, tient au fait que, de nos jours, presque toutes les femmes de plus de 50 ans passent une mammographie régulièrement.Il est donc très dif?cile de rassembler un grand groupe de femmes qui ne participent pas à un programme de dépistage et l\u2019on se trouve alors sans point de comparaison ?able.« Au départ, les grands essais cliniques [dans les années 1990] avaient fourni des estimations du surdiagnostic [à des échelons très acceptables], indique la spécialiste.Mais maintenant, on doit souvent faire des modélisations à la place des essais cliniques, et il y a tellement de variables que ça peut donner des résultats très différents.» De plus, la durée du suivi n\u2019est pas suf?sante dans toutes les études, enchaîne Marie-Hélène Guertin.« Au fond, le dépistage va surtout venir devancer le diagnostic.Alors, s\u2019il y a peu ou pas de surdiagnostics et qu\u2019on arrête le dépistage après 70 ans, on devrait voir une baisse des taux de cancer passé cet âge [parce que le dépistage aura permis de les détecter tous plus tôt].Or, il y a des études qui se sont intéressées au devancement, mais qui n\u2019ont pas effectué de suivi après.Pourtant, on ne peut pas dire qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un surdiagnostic si la femme présente des symptômes liés au cancer du sein quatre ou cinq ans plus tard.Quand on la mesure de cette façon, on exagère l\u2019ampleur du surdiagnostic », mentionne l\u2019épidémiologiste.C\u2019est d\u2019ailleurs la conclusion à laquelle était parvenue une étude danoise lancée dans les années 1990, à une époque où l\u2019on pouvait encore constituer des groupes témoins : plus de cancers du sein avaient été découverts entre 55 et 70 ans (pour une même cohorte de femmes nées la même année), mais moins après.Peut-être aussi que le nombre total de cancers du sein détectés n\u2019est pas le bon point de comparaison.En 2010, une équipe suédoise a estimé que, pour chaque cas de surdiagnostic, le dépistage permettait de sauver de 2 à 2,5 vies.Vu sous cet angle, il semble en valoir pas mal plus la peine\u2026 Cancer du sein : a-t-on surdiagnostiqué le surdiagnostic ? ad EE Ce Ce | wm A : X 4 Ÿ a T a y sa | .SCI § g [ =) +, ent & I ® PA I 9 f = © pd _ TA es % (D a us i a 2 \u201d | 11) ri â = (|) 3 an I \u2014 - v- \u20ac = aL) À Ed \u2014 A h = 7 w wv D > 2 ?LE k 4 + a £ oe ii wu Ty 4 4 C > = \u2018 / je [a] GC à Ma LC 0 4 v > AC y > 4 % Ng \u20ac SG ss \u2019 ÿ - S Vu ee: ) F4 - : \u2018a 3 \\ ÿ \u2019 ÿ ÿ or \u201c 2 9 \u201c+ = À Na oN 1 \u201c ek.Net NR x\" CL Ned, P.~ + ; \\ oe u A wy Xx a - L Ed \u2026 Ty ir = a - BY Sir fa ; 5 D _ au EX J ; +\" >\u201d me ~~ ve TE yas \\@ den ad ne Ta, { Re of in a ise a T a hq vis LL wa ds _ a bh a mere & \u201cla x A, Pete ie arts i Fes WV | = ASF =f.wr A i \u201ca i oie ow 15 en = ; Ne, ri TE \u2014\u2014\u2014 = 0 = i 2s; LE Log - +4 we oT \u2014 = \u2014\u2014 ra 0 OR Ce \u2014 ë is od ~ ES ik à & 2, Mr a = 4, Ent À à 5 ; we #.on Eo) k A = Ag ll} La 1 ds ct \u201cA, ™ 2% = 0 PE a \u201ca Te ++ Yo To \u201cey oo aw, Fa Ld 7 \u201c = TS mx a, 255 = si > * a F4 yu Li Jn D oy Fa at ll £ r= + Lee \u2018 2 + \u201d a à TE: = à 5 wh > \u201ci Rath _ bas =.¥ >.Sin > a 2e ru Sw a Ts ve a Z = DIOICH KOI ME Gia ve ne Le sr 2; Pa LA os ï # 3 = \u201ca = I x 74 - > Wa we [rd a ra r \u201c 3 wd Eh La xy PL peace Sh # us fr Age = te wif + ENTREVUE IMAGE : SHUTTERSTOCK.COM VIH : l\u2019incessante bataille Depuis 40 ans, des chercheurs frappent sur tous les fronts pour éliminer le sida.Peut-on espérer la ?n prochaine du combat ?Par Annie Labrecque JUIN 2022 | QUÉBEC SCIENCE 15 IMAGE : JEAN-PIERRE ROUTY ne pandémie peut en cacher une autre.Ou du moins détourner l\u2019attention\u2026 La crise de la COVID-19 a entravé la lutte contre de nombreuses maladies infectieuses, dont l\u2019infection au virus de l\u2019immunodé?cience humaine (VIH).Selon le Programme commun des Nations unies sur le VIH/ sida, on dénombrait à travers le monde plus de 37 millions de personnes vivant avec le VIH en 2020 ?et environ 1 million d\u2019entre elles en meurent chaque année.Ici, au Québec, le Dr Jean-Pierre Routy est aux premières loges de la recherche sur le sida depuis une trentaine d\u2019années.Directeur clinique du service des maladies virales chroniques au Centre universitaire de santé McGill et directeur du Réseau sida et maladies infectieuses, il est coprésident du comité organisateur de la 24e Conférence internationale sur le sida, qui se tiendra du 29 juillet au 2 août à Montréal.Sur le thème « Se réengager et suivre la science », cette rencontre d\u2019envergure réunira des dizaines de milliers de participants avec l\u2019objectif de mobiliser à nouveau les efforts mondiaux contre le VIH.Québec Science : Les premiers cas de sida of?ciels ont été signalés en 1981 aux États-Unis.La trithérapie, mise au point en 1996, a grandement amélioré l\u2019espérance de vie des patients.Aujourd\u2019hui, quel est l\u2019état de la recherche ?Jean-Pierre Routy : Les patients n\u2019ont plus besoin de prendre quotidiennement des pilules, car on a maintenant des médicaments injectables qui agissent pendant deux mois [injection intramusculaire d\u2019antiviraux approuvée par Santé Canada en mars 2021] et qui provoquent peu d\u2019effets secondaires.Des patients de notre service qui ont participé dès le début aux essais cliniques reçoivent des injections depuis huit ans et se portent très bien.Un deuxième médicament, encore à l\u2019étude, présente même une durée d\u2019action allant jusqu\u2019à six mois après l\u2019injection.Une autre avancée importante a été la prophylaxie préexposition chez des sujets sains à risque de s\u2019exposer au virus.Ces comprimés pris au moins deux heures avant un rapport sexuel non protégé possèdent une ef?cacité allant jusqu\u2019à 98 % pour prévenir l\u2019infection au VIH.Des études sont aussi en cours chez des sujets sains à très haut risque d\u2019exposition pour évaluer l\u2019ef?cacité de médicaments injectables tous les deux mois a?n de prévenir l\u2019acquisition du VIH.QS Ce virus est connu pour échapper aux traitements.Comment fait-il ?JPR Pour répondre à cette question, un projet, appelé Last Gift , a été lancé [en 2017] à l\u2019Université de Californie à San Diego auprès de personnes porteuses du VIH en phase terminale de la maladie qui ont décidé de donner leur corps à la science après leur mort.Au Canada, une étude similaire a été mise sur pied par des chercheurs de l\u2019Ontario, de l\u2019Université de Montréal et de l\u2019Université McGill.Jusqu\u2019à présent, deux autopsies ont été réalisées.On a longtemps pensé que le VIH se cachait dans des réservoirs anatomiques [cerveau, yeux, testicules].Or, les chercheurs canadiens ont examiné une vingtaine d\u2019organes à la recherche du virus.Et ils ont découvert que les cellules immunitaires qui sont infectées par le virus, les lymphocytes T CD4, et le VIH lui-même circulent et se dispersent au hasard ou au ENTREVUE 16 QUÉBEC SCIENCE | JUIN 2022 gré d\u2019une réaction in?ammatoire.Il n\u2019y a donc pas moyen de donner un coup de bistouri pour éradiquer ce virus.QS Peut-on tout de même détruire ces réservoirs cellulaires ?JPR Il n\u2019existe pas de solution miracle.Éliminer ce virus nécessitera d\u2019agir sur plusieurs fronts.Les stratégies doivent viser les cellules infectées sans attaquer ce qui est autour tout en restaurant l\u2019immunité, qui est particulièrement ciblée par le virus.Des études sont en cours pour inciter le virus à sortir de ses réservoirs cellulaires en recourant à la trithérapie et en stimulant le système immunitaire.Les pistes incluent les anticorps monoclonaux, les vaccins à ARN, les médicaments limitant l\u2019in?ammation et l\u2019immunothérapie, semblable à celle utilisée contre le cancer.Des données solides en monothérapie seront toutefois nécessaires avant de combiner, dans le futur, ces traitements.QS Début 2022, un essai clinique de phase I de vaccin à ARN contre le VIH a été lancé aux États-Unis.Les progrès réalisés avec les vaccins à ARN contre la COVID-19 aideront-ils aussi la recherche sur le sida ?JPR L\u2019acquisition de connaissances, notamment sur la structure et le rôle complexe des anticorps, a été extraordinaire pendant la pandémie de COVID-19.On pourra bien sûr se servir de ces avancées pour faire progresser la recherche chez les patients séropositifs.Les vaccins à ARN sont prometteurs, car ils ne provoquent pas d\u2019in?ammation.Or, ces dernières années, on s\u2019est aperçu que les vaccins expérimentaux à adénovirus testés contre le VIH provoquaient une in?ammation, ce qui activait le virus.En général, l\u2019in?ammation aide le corps à se défendre, mais dans le cas du VIH, elle facilite l\u2019infection.QS Jusqu\u2019à présent, trois personnes ont guéri de la maladie : deux grâce à des greffes de moelle osseuse et l\u2019autre, un cas rapporté plus récemment, après une greffe de cellules souches.Y a-t-il de l\u2019espoir de ce côté ?JPR En théorie, c\u2019est magnifique parce que la guérison est possible, mais c\u2019est de l\u2019artillerie lourde qui peut avoir des effets secondaires importants.Il y a toutefois d\u2019autres pistes.Sur 800 personnes séropositives, on en compte une chez qui le virus ne se multiplie pas parce qu\u2019elle possède de très bonnes fonctions immunitaires.Il y a eu aussi le cas en 2021 [le deuxième connu] d\u2019une patiente surnommée Esperanza qui a éliminé le virus sans traitement.Ici, dans notre laboratoire, nous avons mis au jour un marqueur cellulaire chez 33 personnes ayant « contrôlé » le VIH pendant au moins cinq ans sans médicament et chez qui la charge virale reste indétectable.Dans un premier temps, nous utilisons ces résultats pour tenter d\u2019augmenter la réponse immunitaire cellulaire chez des patients soumis à la trithérapie dans l\u2019espoir qu\u2019ils éliminent le virus.Puis, si nous comprenons bien le mécanisme, nous pourrons éventuellement mettre au point des médicaments pour supprimer le virus.QS La prévention reste primordiale.Est-ce que certains pays ont particulièrement failli à cet égard ?JPR On n\u2019en parle pas pour des raisons politiques, mais le plus grand pays qui a failli est la Russie.Elle a toujours mis les toxicomanes en prison et continue de punir les homosexuels.Quelques pays musulmans intégristes sont aussi plus durs dans leur législation, mais heureusement, il y a eu globalement une certaine amélioration.Le Canada reste également très sévère [une personne pourrait faire face à des accusations si elle ne dévoile pas sa sé- ropositivité à ses partenaires sexuels].On souhaite que pendant le congrès, cet été, le premier ministre Justin Trudeau assouplisse un peu cette règlementation, qui met toute la responsabilité sur la personne séropositive.QS Quels sont les autres enjeux importants ?JPR Il y a le vieillissement des personnes séropositives, qui présentent un état d\u2019inflammation de quatre à cinq fois plus élevé que le reste de la population.On suppose que cela est dû au VIH qui reste caché.Ces personnes présentent plus de risques d\u2019athérosclérose, de ralentissement cognitif, de démence, d\u2019hypertension, etc.Ces maladies surviennent aussi plus tôt chez elles que dans la population générale.On espère également que la recherche continue d\u2019avancer, malgré le fait qu\u2019il est dif?cile de tester des traitements.Même si les stratégies pour contrer le VIH sont analogues à celles contre le cancer, les personnes qui ont le VIH et qui prennent des antiviraux vont très bien.On ne veut donc pas les rendre malades avec des traitements destinés à éliminer le VIH, mais dont on ne connaît pas la toxicité.Cela ralentit énormément certaines de nos approches.QS Pensez-vous que la pandémie de sida a aidé à mieux gérer la pandémie de COVID-19 ?A-t-on pu mettre certaines leçons en pratique ?JPR Dans le cas du sida, la pression exercée par les personnes séropositives a poussé les chercheurs et les gouvernements à agir.Face à la COVID-19, ce n\u2019est que très tard qu\u2019on s\u2019est interrogé sur l\u2019accès aux soins ou qu\u2019on s\u2019est intéressé au niveau de compréhension de la maladie au sein de la population.Beaucoup de gens, notamment les activistes qui militent contre le sida, ont été déçus de ne pas être invités au sein des comités nationaux ou provinciaux pour partager leur ressenti des évènements.À postériori, on réalise qu\u2019on a raté une occasion d\u2019entendre des gens qui comprennent ce que cela signi?e d\u2019affronter des dif?cultés de santé à long terme.Cette expérience de la maladie a été ignorée.QS Quels ont été les effets de la pandémie de COVID-19 sur la lutte contre le VIH ?JPR Bien que légitime, le combat contre la pandémie a entravé la recherche sur le sida à l\u2019échelle mondiale.Des camions de médicaments ne sont pas arrivés en Afrique et des centres de dépistage au Québec sont restés fermés pendant plusieurs mois par exemple.Tous les efforts qui faisaient le succès de la lutte contre le VIH sont tombés à l\u2019eau.Beaucoup de médecins et de chercheurs ont arrêté les soins et les recherches sur le VIH pour se tourner vers le coronavirus.Il y a eu un désengagement dans les soins, dans le suivi, dans la prévention et dans le dépistage.C\u2019est très important de relancer les recherches, de se réengager et de continuer de se fonder sur la science. Une recherche à l\u2019interface de la géographie et de l\u2019écologie pour comprendre, anticiper, réhabiliter les écosystèmes aquatiques à l\u2019échelle des bassins versants.PLAINE INONDABLE MILIEU HUMIDE BIODIVERSITÉ AQUATIQUE HUMAIN - ENVIRONNEMENT EAU SOUTERRAINE LAC QUALITÉ DE L\u2019EAU CHANGEMENT CLIMATIQUE RIVIÈRES GLACE UQTR.CA/RIVE FLEUVE DE LA GOUTTE D\u2019EAU AU FLEUVE COMPRENDRE ANTICIPER RÉHABILITER 10e ANNIVERSAIRE CYCLE DU CARBONE 18 QUÉBEC SCIENCE | JUIN 2022 MORT AUX RATS, VIVE LES RATS ! En ville, les rats sont partout.On en a peur, on les déteste, mais paradoxalement on ne sait presque rien d\u2019eux.Des chercheurs s\u2019intéressent en?n à ces citadins de l\u2019ombre dans l\u2019espoir d\u2019apaiser les tensions.n devine leur omniprésence avant même d\u2019en croiser un.Que ce soit dans les parcs des quartiers chics ou dans les microespaces verts du quartier populaire des Halles, les panneaux « Stop aux rats » s\u2019af?chent partout dans la ville de Paris, enjoignant aux habitants de jeter leurs déchets dans les poubelles plutôt qu\u2019au sol.Sous les buissons, on remarque des dizaines de boîtes noires, autant de pièges renfermant un poison anticoagulant ?auquel de plus en plus de rats deviennent d\u2019ailleurs résistants.Et il n\u2019y a pas à attendre très longtemps avant de voir déambuler, en plein jour et en toute quiétude, un gros spécimen justement occupé à ramasser des détritus dans un desdits parcs.Les rats « envahissent » la capitale française, ils y « pullulent », y « prolifèrent », comme on le lit régulièrement dans les journaux locaux.Ces nuisibles rongent les circuits électriques et la ?bre optique, coûtent des milliers d\u2019euros en désinfes- tation aux restaurateurs chaque année, épouvantent les touristes et ternissent l\u2019image de la Ville lumière.Ils seraient aussi nombreux que les Parisiens, voire deux fois plus ! Sauf que\u2026 « Il est souvent avancé qu\u2019il y a trop de rats dans Paris.En réalité, personne ne sait vraiment combien ils sont », dit d\u2019emblée Aude Lalis, chercheuse au Muséum national d\u2019histoire naturelle (MNHN).Pour remédier à ce manque criant de données, elle a lancé en mars 2021 un projet d\u2019envergure, soutenu par la Ville de Paris.Nommé Armaguedon, le projet vise à mieux comprendre la biologie, la démographie et la dynamique des populations de rats citadins, représentés par l\u2019espèce Rattus norvegicus ou rat brun.« On veut savoir comment cet animal vit, se reproduit et se déplace.On a beau le côtoyer depuis des millénaires, on ignore pratiquement tout de lui dans les mégapoles modernes.Et il est impossible de dire si les populations augmentent ou pas sans un suivi rigoureux », ajoute la spécialiste en génétique des populations rencontrée par Québec Science l\u2019automne dernier.Le dé?est de taille.Car en dehors des laboratoires où ils constituent 14 % des animaux de recherche, les rats bruns ne coopèrent pas beaucoup avec les scien- ti?ques.Nocturnes, discrets, ils passent PAR MARINE CORNIOU SCIENCES IMAGE : SHUTTERSTOCK.COM JUIN 2022 | QUÉBEC SCIENCE 19 Le manque de connaissances sur le comportement du rat en ville nuit à l\u2019ef?cacité des programmes de gestion et ampli?e indirectement les risques sanitaires associés.IMAGE : ARMAGUEDON/DORIANE CAZALS SCIENCES 75 % de leur temps dans leurs nids, c\u2019est- à-dire des terriers creusés dans le sol ou des abris dans les égouts, les décombres ou les bâtiments abandonnés.Et ils sont doués pour déjouer les pièges, remarquent les chercheurs.Pour accéder au bureau d\u2019Aude Lalis, dans un vieux bâtiment jouxtant le Jardin des plantes, on longe des mètres linéaires de meubles à tiroirs qui renferment les collections de petits mammifères du Muséum.La plupart ont été pris lors des expéditions naturalistes des 18e et 19e siècles.Les tiroirs ne contiennent qu\u2019une poignée de rats parisiens, bien moins exotiques que les genettes d\u2019Afrique de l\u2019Ouest ou autres zorilles de Libye.Mais l\u2019équipe d\u2019Armaguedon a déjà commencé à enrichir la collection avec des spécimens locaux.Dans le congélateur du laboratoire, des individus capturés récemment attendent d\u2019être autopsiés.Chaque rat est pesé, mesuré et des prélèvements d\u2019organes (foie, rate, reins, poumons) sont effectués pour les études génétiques et épidémio- logiques.« Ces dernières sont réalisées par l\u2019Institut Pasteur, où l\u2019on dépiste les éventuels pathogènes et parasites portés par les rats, comme les bactéries causant la leptospirose », explique Aude Lalis.Cette maladie, transmise par l\u2019urine des rongeurs, peut atteindre ?bien que rarement ?les humains, notamment par le biais de plans d\u2019eau contaminés.Elle inquiète la Ville de Paris, qui veut assainir la Seine d\u2019ici 2024 a?n que les épreuves de triathlon et de nage en eau libre se déroulent sans risque pour les athlètes qui participeront aux prochains Jeux olympiques d\u2019été.PESTE ET VERMINE Les rats ne sont pas considérés comme « sales » pour rien.Outre la leptospirose, on les associe depuis le Moyen Âge aux pires épidémies de peste noire, dont celle du 14e siècle, qui a tué la moitié de la population européenne.En réalité, ce sont les rats noirs et leurs puces (et celles sur les humains) qui étaient les vecteurs du bacille de la peste.De plus, d\u2019autres rongeurs, comme les gerbilles introduites d\u2019Asie par les voies commerciales, auraient peut-être joué un rôle de réservoirs plus important que les rats.Mais peu importe leur responsabilité dans l\u2019histoire, cette image de vermine leur colle à la peau.Et en ces temps pandémiques, la crainte des zoonoses est plus présente ?et justi?ée ?que jamais.D\u2019autant que, d\u2019ici 2050, 70 % de la population mondiale vivra en ville ; et donc au contact des rats, qui ont conquis toutes les cités sans exception.C\u2019est d\u2019ailleurs ce risque infectieux qui a initialement conduit Chelsea Himsworth, en 2011, à s\u2019intéresser aux rats de Vancouver.À l\u2019époque, cette vétérinaire tombe des nues quand elle s\u2019aperçoit que les données sur les rats sauvages canadiens se résument à une seule étude menée sur 43 individus de Richmond en 1984.Autre continent, autre ville, mais même constat qu\u2019à Paris.« On en sait moins sur les rats que sur les requins blancs ou les ours polaires, qui sont pourtant plus dif?ciles à étudier », déplore cette professeure de l\u2019École de la santé publique et populationnelle de l\u2019Université de la Colombie-Britannique.Elle lance alors le Vancouver Rat Project et capture, dans la première phase, plus de 700 rats dont elle analyse les puces et pathogènes.Conclusion ?« Oui, les rats peuvent transmettre des maladies », af?rme-t-elle sans détour.Ils hébergent toutes sortes de bactéries potentiellement nocives pour l\u2019humain, dont des leptospires, mais aussi des salmonelles, des Clos- tridium dif?cile, des Escherichia coli et des staphylocoques dorés résistants à la méthicilline (SARM), des bactéries souvent transmises en milieu hospitalier et résistantes à plusieurs antibiotiques.« On a déterminé par analyses génétiques que les souches de SARM des rats étaient identiques à celles trouvées sur les humains sur le même territoire.Autrement dit, les rats peuvent absorber les pathogènes humains, comme des éponges [par les déchets et les eaux usées notamment].Ils pourraient aussi constituer un réservoir dans lequel les bactéries échangent des gènes de résistance », craint la pathologiste.Loin des fantasmes de rats agressifs qui mordraient les humains dans leur sommeil, la réalité est plus prosaïque : la plupart des maladies se transmettent par la salive, les urines ou les fèces, qu\u2019ils laissent derrière eux lors de leurs visites dans les appartements ou les garde-mangers.RAT DES VILLES, RAT DES CHAMPS Rattus norvegicus : malgré son nom, le rat des villes n\u2019a rien de norvégien, puisqu\u2019il est originaire d\u2019Asie.Aussi appelé « rat surmulot », « rat brun » ou encore « rat d\u2019égout », il a conquis le monde au 18e siècle en suivant les Européens dans leurs colonies.Espérance de vie : un an.Rattus rattus : également nommé « rat noir » ou « rat des champs », le rongeur a été supplanté dans nos régions par le rat brun.Cela dit, environ cinq pour cent de rats noirs ont été trouvés dans l\u2019étude de Vancouver.4 mois C\u2019EST LE TEMPS qu\u2019ont mis des chercheurs pour récupérer un rat qu\u2019ils avaient lâché sur une île néo-zélandaise a?n de suivre son comportement invasif, malgré « des efforts intensifs » de piégeage et de détection (collier GPS à l\u2019appui)! 20 QUÉBEC SCIENCE | JUIN 2022 IMAGES : LINDSAY ELLIOTT ; ARMAGUEDON/AUDE LALIS, MAËVA GANACHEAU À Vancouver, l\u2019équipe de Chelsea Himsworth a capturé des centaines de rats pour analyser, entre autres, leurs pathogènes.Les chercheurs de Paris traquent les rats grâce à ce type de balise, qu\u2019on attache aux rongeurs.Ceux-ci restent en général dans un rayon de 50 m autour de leur terrier.L\u2019équipe d\u2019Armaguedon prélève un échantillon d\u2019urine sur un rat capturé pour dépister la leptospirose.Les analyses génétiques permettront de savoir s\u2019il y a plusieurs populations et si la Seine est une barrière, par exemple. SCIENCES Le constat n\u2019est guère plus rassurant à New York, où une étude faite sur 133 rats en 2014 avait révélé la présence de puces, de diverses bactéries, du virus Séoul ?encore jamais repéré dans la métropole (un hantavirus capable d\u2019infecter l\u2019humain) ?, mais aussi de 18 virus auparavant inconnus.Certes, on ne sait pas si ces virus sont dangereux pour la population, mais le potentiel de désastre sanitaire est indéniable.UNE BATAILLE PERDUE D\u2019AVANCE Cette épée de Damoclès ne laisse, à première vue, pas le choix aux métropoles.De New York à Paris en passant par Vancouver, Mumbai ou São Paulo, toutes sont en perpétuelle campagne de dératisation.Pièges, appâts empoisonnés ou contraceptifs, rodenticides en tous genres, asphyxie des terriers par la glace carbonique, armées de chats errants, elles rivalisent de techniques pour dératiser leurs entrailles, encouragées par des compagnies d\u2019extermination inventives.Entre 1838 et 1996, plus de 4 400 brevets de pièges à rongeurs ont été délivrés rien qu\u2019aux États-Unis, reposant sur des méthodes d\u2019électrocution, d\u2019explosion, d\u2019étouffement, de noyade, etc.« Tout le monde se targue de posséder le meilleur piège à rats.Mais si ça marchait, ça se saurait », commente Chelsea Himsworth, un sourire en coin.Avec une capacité de reproduction exponentielle (un couple pouvant peupler son environnement d\u2019environ 15 000 descendants en un an), les rats retrouvent très vite leurs effectifs initiaux après le passage des exterminateurs.En fait, tuer massivement les rats peut même avoir un effet\u2026 délétère.C\u2019est ce que l\u2019équipe de Vancouver a mis au jour en 2018 en observant le nombre de pathogènes d\u2019une colonie avant et après une opération de dératisation.« Au cours de notre expérience, on a constaté que la prévalence de la leptospirose dans la colonie avait augmenté [jusqu\u2019à un facteur de 10 !] après la dératisation », note la vétérinaire.Pourquoi ?En éliminant certains rats dominants et en bousculant la hiérarchie en place, il est possible que les individus restants se livrent à davantage de combats.« Les maladies des rats sont des ITS, soit des infections transmises socialement, par le biais des contacts et des con?its.En perturbant des colonies stables, on peut aggraver la situation sanitaire.Cette découverte est un gros changement de paradigme ! » souligne Chelsea Himsworth.Et ce n\u2019est pas tout.En étudiant les génomes de 600 rongeurs, dans une seconde phase du projet, l\u2019équipe a montré que ces bestioles sont incroyablement casanières.Les chercheurs ont pu cibler 1 200 couples d\u2019individus apparentés et seul un pour cent d\u2019entre eux avait été attrapé dans des pâtés de maisons différents.En gros, les familles se cantonnent à un seul quadrilatère et ne s\u2019aventurent qu\u2019à quelques dizaines de mètres de leur quartier général.Ce qui explique que les maladies, elles aussi, sont très localisées.« Paradoxalement, le risque de contracter une maladie ne dépend pas du nombre de rats auquel on est exposé, mais plutôt de l\u2019état de la colonie.Certaines sont saines, d\u2019autres non », résume l\u2019experte.Désorganiser un clan peut donc conduire à des conquêtes de nouveaux territoires et à la propagation de germes.RAT CACHOTTIER Il y a donc urgence à se pencher sur les modes de dispersion de ces rongeurs, leurs comportements reproductifs, l\u2019organisation hiérarchique des colonies (qui peuvent rassembler 150 individus), etc.À Paris, les chercheurs d\u2019Armaguedon s\u2019apprêtent justement à équiper une vingtaine de rats de balises GPS pour mieux comprendre leur emploi du temps.Le jour de notre passage au MNHN, Benoît Pisanu, de l\u2019Of?ce français de la biodiversité et chercheur associé au Muséum, testait dans le parc la qualité des enregistrements de ces émetteurs de quelques centimètres de long, dotés d\u2019une grande antenne.« On se demande comment les attacher sur les rats : avec de la colle chirurgicale, un harnais, un collier\u2026, s\u2019interrogeait-il.Vu le poids de la balise [10 g], on ne pourra équiper que des femelles adultes de plus de 300 g pour observer leurs déplacements à l\u2019air libre.Si l\u2019on arrive à obtenir des balises plus petites, on aimerait en équiper des jeunes parce que ce sont eux qui se dispersent le plus.» LE ROI DE L\u2019ADAPTATION À New York, on dit que les rats du quartier italien apprécient les pizzas, alors que ceux du quartier chinois préfèrent les dumplings.Une chose est sûre : ce sont d\u2019incroyables opportunistes qui se sont adaptés à nos modes de vie au point de siroter des stocks d\u2019alcool ou de se régaler de poison sans en subir d\u2019effets néfastes.En 2020, des généticiens de New York se sont penchés sur les atouts génétiques qui ont favorisé la très grande adaptabilité de ces rongeurs en comparant le génome de rats urbains avec celui d\u2019une lignée chinoise, dont dériveraient tous les rats bruns.L\u2019étude révèle des variations acquises récemment dans des gènes jouant un rôle dans le métabolisme, le système nerveux, le comportement locomoteur et\u2026 la digestion.De quoi pouvoir manger du poisson de la rivière Hudson, notamment, et assimiler les gras et les sucres transformés des aliments industriels.22 QUÉBEC SCIENCE | JUIN 2022 IMAGES : SHUTTERSTOCK.COM De New York à Paris en passant par Vancouver, les métropoles sont toutes en perpétuelle campagne de dératisation.À New York et Vancouver, les tentatives de suivi par GPS ont toutes échoué.D\u2019abord parce que les rats arrachent leur appareil en se fau?lant dans des trous.« Et aussi parce que traquer un animal qui vit sous des immeubles de 10 étages ne fonctionne pas.Quiconque a essayé de capter le réseau cellulaire dans un métro sait de quoi je parle\u2026 », commente Chelsea Himsworth à Vancouver.Si les rats parisiens collaborent, le protocole de suivi par GPS du MNHN pourra être appliqué ailleurs (la petite communauté de chercheurs sur les rats urbains semble avide d\u2019échanges !).En attendant, l\u2019équipe d\u2019Armaguedon utilise aussi la bonne vieille méthode de capture-marquage-recapture.« Cela permet d\u2019estimer précisément les densités des rats.On procède également à un décompte visuel pour évaluer leur abondance », précise Aude Lalis.Ce comptage se fait au cours d\u2019une marche le long d\u2019un itinéraire dé?ni ; des modélisations statistiques permettent ensuite d\u2019extrapoler les données pour avoir une idée du nombre d\u2019individus par unité de surface.Le premier constat des chercheurs : les rats semblent avoir pâti de la pandémie.En cause ?Les fermetures de restaurants et d\u2019espaces verts, qui leur offraient des déchets accessibles en tout temps.Poussés par la faim, les animaux se sont probablement aventurés plus loin, ce qui expliquerait que davantage de plaintes ont été enregistrées dans plusieurs villes pendant les con?nements.Quoi qu\u2019il en soit, on est loin de la terrible invasion alors rapportée par certains médias\u2026 Et quand bien même il y aurait 1,7 rat par Parisien et 2 millions d\u2019entre eux à New York, des chiffres souvent avancés, est-ce trop ?« Pour certaines personnes, apercevoir 2 rats, c\u2019est déjà trop ! » relativise Aude Lalis.FAIRE LA PAIX ?Sur le plan scienti?que, en tout cas, il est temps de se rendre à l\u2019évidence : exterminer coûte que coûte ces rongeurs n\u2019a pas de sens.Les pièges et les kilos de poisons employés partout, qui nuisent aux oiseaux et autres animaux, ne sont pas la bonne solution.« Cela ne veut pas dire qu\u2019il faut accepter les rats dans nos maisons.Outre les risques infectieux, notre étude a montré que les rats peuvent nuire à la santé mentale, causer de l\u2019anxiété, perturber le sommeil.La symbolique associée aux rats est très forte : aux yeux d\u2019un locataire, leur présence est un rappel constant de la négligence du propriétaire et du fait que personne ne s\u2019intéresse à lui.Il y a donc un enjeu de justice sociale », soutient la vétérinaire Chelsea Himsworth.Car les rats sont immanquablement plus nombreux dans les quartiers pauvres, où l\u2019on trouve des bâtiments délabrés et une gestion des déchets défaillante.Et ils pro?tent des crises.« Les rats tirent avantage du chaos.Ils prospèrent partout où l\u2019existence humaine est troublée, par exemple lors d\u2019inondations, d\u2019épidémies\u2026 », poursuit-elle.Ainsi, s\u2019il faut imputer à quelqu\u2019un la présence de rats, c\u2019est bien\u2026 à nous, les humains.Buffet à ciel ouvert, maisons mal isolées et pleines de trous, manque criant de toilettes publiques (oui, les rats mangent vraiment de tout) : nous leur offrons un tout inclus de choix.Pour limiter l\u2019infestation, il faut commencer par balayer devant nos portes.Or, au Canada, les rats tombent entre les chaises de toutes les juridictions.Personne ne veut les gérer : ni les municipalités, ni les provinces, ni les différents ministères.À Montréal, la ville centre nous a dirigés vers les arrondissements, qui nous ont renvoyés vers la ville centre.Finalement, ce sont bien les arrondissements qui reçoivent les (rares) plaintes des Montréalais, en faisant appel à des exterminateurs privés, mais il n\u2019y a pas d\u2019approche coordonnée.« Les rats ne sont pas considérés comme une espèce de la faune, mais comme des animaux nuisibles.Cette étiquette les a exclus du domaine scienti?que », indique Chelsea Himsworth.D\u2019où le manque de travaux de recherche sur ces rongeurs.En fait, observer les rats est même un dé?pour les chercheurs.Le sujet est si tabou que l\u2019équipe de New York offre une récompense aux propriétaires d\u2019immeubles qui les laissent étudier les indésirables\u2026 Jusqu\u2019à récemment, les quelques travaux sur les rats urbains n\u2019étaient même pas publiés dans des revues scientifiques, mais circulaient dans le réseau des cols bleus et des exterminateurs.L\u2019équipe de Vancouver plaide pour que les rats intègrent les rangs de la faune urbaine au même titre que les pigeons, les ratons laveurs ou les corbeaux.Elle assure qu\u2019il est possible de limiter les contacts avec les humains sans que cela coûte forcément des millions de dollars.« Les villes pourraient par exemple forcer les propriétaires à offrir des environnements salubres à leurs locataires.De plus, en améliorant l\u2019isolation, on fait d\u2019une pierre deux coups, puisqu\u2019on lutte aussi contre les changements climatiques.Pour l\u2019instant, on agit toujours en réaction, quand la catastrophe est là », déplore la vétérinaire.« Les rats sont incroyablement adaptables et intelligents.Alors que les humains ont rendu leurs villes plus faciles à vivre, ils ont aussi donné aux rats beaucoup de ressources pour prospérer », résume Jacqueline Buckley, chercheuse au Lincoln Park Zoo de Chicago, qui pilote depuis peu le Chicago Rat Project.Son équipe va notamment comparer d\u2019ici l\u2019été différents modes de ramassage des poubelles pour en mesurer l\u2019effet sur les populations de rongeurs.« Les rats, les villes et les gens n\u2019entrent pas dans un moule standard ; il n\u2019existe pas de solution universelle qui marcherait partout », déclare-t-elle.Finalement, il faut aussi, petit à petit, changer notre regard sur ces animaux qui ont autant que nous droit de cité.À l\u2019heure où les villes veulent être de plus en plus vertes, la faune urbaine, en particulier les rongeurs, nous met face à nos contradictions.Des animaux, oui, mais pas sur notre territoire ! L\u2019équipe d\u2019Armaguedon sait que le volet social est crucial pour améliorer la cohabitation entre les humains et les rats.Elle compte interroger les Parisiens sur leurs perceptions du rat pour relever les préjugés, déconstruire certaines légendes urbaines et présenter des faits scienti?ques.« Car que raconte-t-on ?nalement, quand on parle de ces rats, si ce n\u2019est le récit de nos vulnérabilités urbaines, sociales, économiques et sanitaires ?» se demande l\u2019équipe.Les rats ne sont pas près de disparaître.Autant cesser de les détester.JUIN 2022 | QUÉBEC SCIENCE 23 24 QUÉBEC SCIENCE | JUIN 2022 LACS BIEN-AIMÉS, LACS MALMENÉS Quel avenir pour les lacs du Québec ?On en visite cinq qui donnent une idée de l\u2019étendue des possibles, et des problèmes.PAR ANNIE LABRECQUE ENVIRONNEMENT IMAGE : SHUTTERSTOCK.COM i l\u2019on pouvait explorer tout le territoire québécois à vol d\u2019oiseau, le paysage qui dé?lerait serait parsemé d\u2019une centaine de milliers d\u2019étendues d\u2019eau.Ces lacs représentent des écosystèmes importants et une richesse naturelle d\u2019eau douce inestimable.Pourtant si précieux, ils sont malmenés par le réchauffement du climat, les déversements agricoles ou d\u2019eaux usées, les espèces envahissantes, la pollution, le tra?c maritime, les microplastiques, et bien d\u2019autres menaces les guettent.D\u2019après les suivis de la qualité de l\u2019eau effectués en 2018 et en 2019 par le Réseau de surveillance volontaire des lacs, sur 464 lacs évalués, 10 % sont en mauvais état.De quoi souffrent ces lacs ?Québec Science vous amène sur le bord de cinq lacs autour desquels toute une communauté de résidants et de chercheurs se mobilise.ARRÊT 1 LE LAC HERTEL Montérégie Niché au cœur du mont Saint-Hilaire, le lac Hertel a été formé par la fonte des glaciers il y a 10 000 ans.Il possède un statut privilégié, puisqu\u2019il se trouve dans la Réserve naturelle Gault, propriété de l\u2019Université McGill.« C\u2019est un lac peu perturbé par les activités humaines, car il est situé en hauteur.Il n\u2019est donc pas touché par les ruissellements des terres agricoles ou des routes par exemple », indique Beatrix Beisner, professeure au Département des sciences biologiques de l\u2019Université du Québec à Montréal (UQAM), qui a mené des expériences sur le plan d\u2019eau.En raison de cette caractéristique, le lac est mésotrophe, c\u2019est-à-dire qu\u2019il est moyennement enrichi d\u2019éléments nutritifs (voir l\u2019encadré sur la page de droite).Malgré sa situation géographique favorable et son statut protégé, le lac n\u2019est pas à l\u2019abri de tout.« Il connaît des problèmes analogues à ceux d\u2019autres lacs.Ainsi, on doit combattre l\u2019invasion du myriophylle à épis, une plante envahissante.Et depuis quelques étés, on observe des épisodes de floraisons de cyanobactéries [aussi connues sous le nom d\u2019algues bleu-vert] », dit Frédérique Truchon, biologiste et chargée des communications à la Réserve naturelle Gault.La croissance des cyanobactéries est souvent favorisée par un excès de nutriments apportés par les eaux usées ou encore par le ruissellement des terres agricoles.Puisque le lac Hertel n\u2019est exposé à aucun des deux, une autre hypothèse est avancée pour expliquer le phénomène : ce serait les oiseaux, en particulier les bernaches du Canada qui se rassemblent au printemps et à l\u2019automne sur le lac, qui fertiliseraient l\u2019eau avec leurs excréments.UN LAC DE RÉFÉRENCE POUR LA SCIENCE Depuis 2020, l\u2019outil BOB (bouée d\u2019observation biologique) a été installé au milieu du lac pour effectuer différentes mesures en temps réel : température et turbidité de l\u2019eau, pH, taux de chlorophylle, taux d\u2019oxygène dissous, etc.La « santé » de l\u2019eau est ainsi surveillée en permanence.« L\u2019outil détectera si, par exemple, il y a peu d\u2019oxygène dissous dans le fond de l\u2019eau », mentionne Frédérique Truchon.Peu pollué, le lac Hertel est un lac « témoin » pour une multitude d\u2019études.A?n de comprendre les effets que l\u2019épandage de sel sur les routes peut avoir sur les lacs à proximité, l\u2019équipe de Beatrix Beisner a comparé le zooplancton du lac Hertel, dans lequel il n\u2019y a pas de sel, avec celui de 15 autres lacs à travers le monde, dont les concentrations en sel variaient.En exposant en parallèle le zooplancton à plusieurs gradients de sel, ses collègues et elle ont noté une perte de biomasse et de biodiversité.Pour limiter les dommages, plusieurs pistes sont envisagées : épandre des produits qui contiennent moins de sel (saumures de betterave ou de fromage), utiliser le sel de façon plus judicieuse sur les routes ou encore éviter de placer des dépôts à neige près des cours d\u2019eau.« J\u2019en ai déjà vu un situé tout juste à côté d\u2019une rivière à Laval.On y avait détecté des concentrations extrêmement élevées de sel », raconte Beatrix Beisner.Au-delà de ce rôle comparatif, le lac Hertel est un fabuleux terrain de jeu pour les scienti?ques.Des installations sont ainsi disponibles pour les équipes de recherche : un quai expérimental pour étudier les communautés aquatiques, un étang expérimental et un laboratoire donnant accès à l\u2019eau du lac. QU\u2019EST-CE QU\u2019UN ZOO OU UN AQUARIUM ACCRÉDITÉ?Assez méconnue du public, l\u2019accréditation est une reconnaissance qu\u2019un zoo ou un aquarium s\u2019engage à répondre à des standards et des normes de qualité quant aux soins et au bien-être des animaux, à participer à conservation ainsi qu\u2019à la recherche scienti?que.L\u2019Association of Zoos and Aquariums (AZA) est nord-américaine alors que l\u2019Association européenne des zoos et des aquariums (EAZA) fait un travail similaire en Europe.Chez nous, l\u2019Aquarium et Zoos Accrédités du Canada (AZAC) regroupe 30 installations au pays, et sept établissements québécois en sont membres (dont le Biodôme de Montréal et le zoo de Granby).Cette accréditation est accordée à une institution au terme d\u2019une inspection rigoureuse des installations par un groupe d\u2019experts du milieu zoologique (des vétérinaires, des responsables des acquisitions, etc), qui a lieu chaque cinq ans.IMAGES OU PHOTOS : XXXXXXXXXXXXX JUIN 2022 | QUÉBEC SCIENCE 25 Le lac Hertel possède une super?cie de 0,3 km2 et une profondeur maximale de 9 m.ÉCHELLE DE SANTÉ Un lac « vieillit » naturellement en passant par plusieurs stades.Ce processus naturel, appelé eutrophisation, se produit très lentement sur des milliers d\u2019années.Au tout début de sa jeune vie, au stade oligotrophe, le lac contient peu de nutriments, les espèces aquatiques qui y vivent ne sont pas nombreuses et l\u2019eau est claire.Il évolue vers le stade mésotrophe en présence de nutriments abondants et d\u2019une faune aquatique plus nombreuse et il possède une eau opaque.Finalement, le lac est classé eutrophe lorsqu\u2019il est riche en nutriments et qu\u2019il compte une surabondance d\u2019algues, une faune aquatique réduite et une eau très opaque.Les sédiments s\u2019accumulent petit à petit jusqu\u2019à combler complètement le lac, qui ?nit par disparaître.Les activités humaines accélèrent grandement l\u2019eutrophisation des étendues d\u2019eau.À preuve : les lacs eutrophes sont situés en grande partie près des aires urbaines.Pour classer les lacs selon leur état ?oligotrophe, mésotrophe ou eutrophe ?, les experts tiennent compte de différentes données comme la quantité totale de phosphore, la concentration en chlorophylle (une mesure indirecte des algues), la transparence de l\u2019eau et l\u2019oxygène dissous.Le phénomène d\u2019eutrophisation peut être renversé, c\u2019est-à-dire qu\u2019un lac peut passer de l\u2019état eutrophe à l\u2019état mé- sotrophe si l\u2019apport de nutriments diminue. ENVIRONNEMENT ARRÊT 2 LE LAC BROMONT Estrie Direction le lac Bromont, situé à 70 km du lac Hertel.Comme des centaines de lacs du Québec, le lac Bromont a connu depuis 2006 plusieurs éclosions de cyanobactéries.Celles-ci prolifèrent en très grand nombre en présence d\u2019éléments nutritifs et libèrent des toxines.Ces épisodes, qu\u2019on appelle aussi ?oraisons, perturbent la qualité de l\u2019eau et empêchent la baignade.Le regroupement citoyen Action conservation du bassin versant du lac Bromont (ACBVLB) a sollicité l\u2019aide d\u2019une équipe de scienti?ques de l\u2019UQAM, qui a étudié le lac pendant quatre ans, a?n de déterminer l\u2019origine du phosphore responsable de ces proliférations de cyanobactéries.Si les eaux de surface environnantes en apportent une certaine quantité vers le lac, il s\u2019est avéré que le principal contributeur était les sédiments déjà présents dans le fond de l\u2019eau.« En examinant le passé du lac, on a découvert que les sédiments contenaient beaucoup de phosphore accumulé depuis 30 ans, peut-être même 100 ans, provenant de l\u2019agriculture et des eaux usées non traitées », constate Dolors Planas, professeure émérite et spécialiste des écosystèmes aquatiques d\u2019eaux douces à l\u2019UQAM.Pendant l\u2019été, les eaux du lac ont tendance à se strati?er : une couche chaude en surface et une couche froide en profondeur.Cependant, avec le réchauffement climatique, ce phénomène se produit sur une plus longue période, isolant ainsi la couche profonde en la privant des échanges d\u2019oxygène.« C\u2019est à ce moment que le phosphore emprisonné dans les sédiments va s\u2019échapper vers la surface de l\u2019eau », indique Dolors Planas.Comment limiter les dégâts ?« Nous avons trouvé une solution qui avait le potentiel de fonctionner pour le lac Bromont, un nouveau procédé appelé Phoslock », ajoute-t-elle.Ce produit granuleux, à base d\u2019argile, possède une forte af?nité avec le phosphore et peut le capter en grande quantité.À l\u2019automne 2017, 179 t de Phoslock ont été déversées dans le lac Bromont.« Depuis, les éclosions de cyanobacté- ries ont diminué de 50 % pendant l\u2019été », observe la chercheuse.Mais elle souligne que le succès de ce traitement va de pair avec le contrôle des autres apports de phosphore qui peuvent affecter l\u2019eau de surface.« La municipalité a notamment exigé que tous les chalets adoptent de nouvelles normes relatives aux fosses septiques pour éviter que les eaux usées s\u2019écoulent vers le lac », dit-elle.Des plans sont aussi mis en place pour réduire l\u2019effet des autres sources de phosphore que sont l\u2019agriculture et l\u2019érosion des berges (augmenter l\u2019aire des bandes riveraines, conserver le couvert forestier, restaurer des bordures près des cours d\u2019eau, etc.).La chercheuse convient qu\u2019avec les changements climatiques il pourrait s\u2019avérer nécessaire de procéder à un traitement supplémentaire au Phoslock.Cette solution, si elle réussit à améliorer la santé du lac Bromont, n\u2019est pas applicable partout.« L\u2019ef?cacité du traitement dépend du pH du lac.Si le lac est acide ou très alcalin, le Phoslock ne fonctionne pas.De plus, si les apports secondaires de phosphore ne sont pas coupés, le traitement est également inutile.» ARRÊT 3 LE LAC À LA TRUITE D\u2019IRLANDE Chaudière-Appalaches Dans un territoire de collines et d\u2019éoliennes, une cinquantaine de chalets entourent le lac à la Truite d\u2019Irlande.Le mal de ce lac date de la période où l\u2019activité minière battait son plein dans la région.« De 1955 à 1959, le lac Noir de Thetford Mines a été complètement vidangé, drainé et excavé pour créer l\u2019une des plus importantes mines d\u2019amiante au monde [la mine Lac d\u2019amiante] », raconte Olivier Jacques, doctorant en sciences géographiques à l\u2019Université Laval et originaire de la région.À la suite de cette grande transformation minière, une quantité considérable de sédiments s\u2019est transportée dans la rivière Bécancour, qui sillonne la ville de Thetford Mines, jusque dans les plans d\u2019eau en aval, dont le lac à la Truite d\u2019Irlande.Depuis cette période, l\u2019état du lac s\u2019est dégradé et celui-ci est devenu eutrophe.Pour mesurer les conséquences réelles de l\u2019industrie minière sur le lac, Olivier Jacques et son directeur de recherche, Reinhard Pienitz, ont effectué une étude de paléolimnologie, c\u2019est-à-dire une reconstitution du passé du lac à partir des sédiments accumulés entre 1955 et 2017.Sur cette période, une cinquantaine de centimètres de sédiments se sont accumulés, ce qui représente un taux de sédimentation d\u2019environ 1,24 cm par année.« C\u2019est énorme pour un lac du sud du Québec.En général, on s\u2019attend à un taux de sédimentation de 0,2 cm par année », déclare Olivier Jacques.Les analyses qualitatives montrent la présence de sédiments riches en magnésium, en chrome et en nickel, des métaux retrouvés en abondance dans les résidus miniers.Même si les activités minières ont cessé dans la région, la situation continue à se détériorer.En effet, le produit de l\u2019érosion des haldes, ces grandes montagnes de résidus amiantés, coule aussi vers la rivière Bécancour.Le Groupe de concertation des bassins versants de la zone Bécancour travaille d\u2019ailleurs sur un plan a?n de limiter les résidus miniers et l\u2019érosion.« Il est notamment prévu de créer des bassins de sédimentation au pied de certaines haldes, détaille Olivier Jacques.Un autre projet vise à détourner la rivière Bécancour vers l\u2019ancien lac minier [le lac Noir], ce qui permettrait aux sédiments de s\u2019y déposer avant que l\u2019eau puisse continuer sa route.» APRÈS LES RÉSIDUS MINIERS, LES EAUX USÉES Le lac à la Truite d\u2019Irlande reçoit également les débordements d\u2019eaux usées de la ville de Thetford Mines.« Il y a beaucoup d\u2019eaux usées non puri?ées rejetées lors des épisodes de pluie abondante, lorsque la station d\u2019épuration ne suf?t plus à la tâche.Dès lors, les eaux sont dirigées vers la rivière Bécancour », constate Olivier Jacques.En janvier 2015, l\u2019Association de protection du lac à la Truite d\u2019Irlande (APLTI) déposait son mémoire Le lac à la Truite d\u2019Irlande en voie de disparition.Le lac est mal en point, con?rme Réjean Vézina, président de l\u2019Association.« Du phosphore 26 QUÉBEC SCIENCE | JUIN 2022 IMAGES : ACBVLB ; APLTI IMAGES OU PHOTOS : XXXXXXXXXXXXX Le lac à la Truite d\u2019Irlande, d\u2019une su- per?cie de 1,24 km2, est relié par la rivière Bécancour à d\u2019autres lacs qui subissent aussi un ensablement.Le lac Bromont a une super?cie de 0,46 km2 et est peu profond avec ses 7,6 m maximum.Vue aérienne du lac Bromont et des coliformes fécaux sont présents à des niveaux élevés.La baignade n\u2019y est d\u2019ailleurs pas recommandée », prévient-il.Il fonde lui aussi beaucoup d\u2019espoir sur le détour de la rivière Bécancour vers l\u2019ancien lac minier, ce qui pourrait réduire à la fois les résidus miniers et les eaux usées dans les cours d\u2019eau.ARRÊT 4 LE LAC SAINT-PIERRE Centre-du-Québec Entre les villes de Sorel-Tracy et de Trois-Rivières, le fleuve Saint-Laurent s\u2019élargit pour former le lac ?uvial Saint- Pierre, long de 32 km.Ce plan d\u2019eau abrite une riche biosphère reconnue par l\u2019Unesco et est une aire privilégiée pour plusieurs espèces aquatiques, aviaires et végétales.Plusieurs cours d\u2019eau convergent vers le lac Saint-Pierre, notamment les rivières Yamaska, Richelieu, Saint-François et Maskinongé.« Le lac Saint-Pierre est un milieu in?niment plus complexe qu\u2019un petit lac des Laurentides ou de l\u2019Estrie », souligne Christiane Hudon, chercheuse retraitée d\u2019Environnement et Changement climatique Canada, qui s\u2019est penchée sur les répercussions des activités humaines sur l\u2019écosystème du ?euve Saint-Laurent.« Les ef?uents de toutes les activités humaines des villes de Montréal, de Laval et de Longueuil se dirigent vers le lac Saint-Pierre », af?rme-t-elle.François Guillemette, chercheur à l\u2019Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR) et titulaire de la Chaire de recherche sur l\u2019écologie du Saint-Laurent, observe que, même si les eaux usées des grands centres urbains subissent un traitement physicochimique qui enlève les matières solides et quelques contaminants comme le phosphore et une certaine quantité de métaux, le reste s\u2019écoule tout de même vers le ?euve.Une partie de cette masse d\u2019eau est ?ltrée naturellement par son passage entre les îles de Sorel et par les nombreux macrophytes, qui sont des plantes aquatiques.« On trouve quand même une quantité considérable de coli- formes fécaux ainsi que de contaminants émergents comme les métaux utilisés dans l\u2019imagerie médicale ou les appareils électroniques », détaille le chercheur.Christiane Hudon s\u2019inquiète également de ces produits émergents dans le lac.« Les eaux contiennent des contaminants dont on ignore les effets et la teneur.Prenez par exemple les hormones, les produits pharmaceutiques, les nanoparticules, les microplastiques\u2026 », énumère-t-elle.Malgré cela, il n\u2019y a pas encore de suivi de ces substances émergentes, selon le Rapport sur l\u2019état des ressources en eau et des écosystèmes aquatiques du Québec 2020, réalisé par le ministère de l\u2019Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques.LE CAS DES PESTICIDES L\u2019autre inquiétude rapportée par les chercheurs concerne les terres agricoles qui entourent le lac Saint-Pierre.« Le territoire agricole dans les basses terres du Saint-Laurent compte pour plus de 70 à 80 % des apports de pesticides, de nutriments et de turbidité du lac Saint- Pierre », déclare Christiane Hudon.En effet, le rapport du ministère soulève le fait que « certains pesticides sont souvent en concentrations supérieures aux seuils de protection pour la vie aquatique ».La solution pour diminuer l\u2019apport des contaminants par le secteur agricole est loin d\u2019être simple, car les origines sont multiples.« C\u2019est un énorme travail où UN HABITAT À PRÉSERVER De nombreuses espèces de poissons, comme la perchaude, pro?tent de la crue des eaux au printemps pour aller pondre leurs œufs dans les plaines inondables aux alentours du lac.D\u2019autres espèces aviaires migratoires, comme les grands hérons et les biho- reaux gris, y passent l\u2019été.ENVIRONNEMENT Il n\u2019y a pas encore de suivi des contaminants émergents, comme les métaux utilisés dans l\u2019imagerie médicale.28 QUÉBEC SCIENCE | JUIN 2022 IMAGES : PIERRE-ANDRÉ BORDELEAU/CENTRE DE RECHERCHE RIVE La réserve de la biosphère du Lac- Saint-Pierre a été reconnue par l\u2019Unesco en 2000.Vue aérienne montrant distinctement les différentes masses d\u2019eau qui circulent dans le lac Saint-Pierre.IMAGES OU PHOTOS : XXXXXXXXXXXXX l\u2019on doit intervenir au cas par cas en accompagnant chaque agriculteur pour réduire les problèmes à la source », plaide Christiane Hudon.Du côté des bonnes nouvelles, la chercheuse remarque une diminution de certains contaminants dans l\u2019eau tels que les métaux, en partie transformés par les usines de traitement, et les bi- phényles polychlorés, dont les rejets sont interdits depuis 2008.« Le lac Saint- Pierre est précieux, dit la chercheuse.L\u2019engagement citoyen et les efforts déployés notamment par le Comité de la zone d\u2019intervention prioritaire du lac Saint-Pierre sont cruciaux pour aider à la préservation de cet écosystème.Ce comité de résidants est parvenu à réunir autour de la table différents acteurs ?agriculteurs, politiciens, pê- cheurs, promoteurs immobiliers ?pour discuter des enjeux du lac.Une somme de petites interventions peut avoir une grande portée.» ARRÊT 5 LES LACS ARCTIQUES Nord-du-Québec Le voyage se termine en Arctique, une région formée d\u2019innombrables lacs.Il y en a tellement qu\u2019ils ne portent pas tous de nom, contrairement à ceux dans le sud du Québec.Reinhard Pienitz, professeur et biogéographe à l\u2019Université Laval, sait à quel point ces étendues d\u2019eau doivent être protégées des conséquences du réchauffement climatique.« L\u2019épaisseur du couvert de glace diminue, ce qui change la biologie et la dynamique des lacs.On note, par exemple, une croissance amplifiée des cyanobactéries, ainsi que le dégel du pergélisol.Cela peut provoquer des glissements de terrain qui altéreront la qualité de l\u2019eau », décrit le spécialiste de la recherche nordique.Il rappelle que les communautés autochtones dépendent de ces sources situées à proximité de leur village pour s\u2019approvisionner en eau, car elles ne possèdent pas d\u2019infrastructures d\u2019assainissement.« L\u2019accès à l\u2019eau potable de bonne qualité n\u2019est pas facile dans le Nord et peut devenir un enjeu majeur », indique le chercheur, qui raconte le cas d\u2019un village au Nunavik, Umiujaq, dont le dépotoir est situé près de la rivière dans laquelle les gens puisent leur eau.Sans oublier les nombreux polluants qui arrivent du Sud, transportés par l\u2019air.Pour parer au manque d\u2019eau potable dans ces villages, des collègues de Rein- hard Pienitz au Centre d\u2019études nordiques sont en train de concevoir des méthodes de carottage à travers le socle granitique du Bouclier canadien, qui est composé de roches très dif?ciles à percer.« Ils tentent d\u2019atteindre les aquifères en profondeur pour les rendre ensuite accessibles aux communautés », explique le chercheur.S\u2019il existe encore des lacs arctiques « intacts », c\u2019est-à-dire qui n\u2019ont pas été Lacs de thermokarst au Nunavik.La présence de ces lacs est liée aux processus de fonte des glaces dans le pergélisol.30 QUÉBEC SCIENCE | JUIN 2022 IMAGES : REINHARD PIENITZ ; SHUTTERSTOCK.COM ENVIRONNEMENT touchés directement par les activités humaines, les changements climatiques changent déjà la donne avec le dégel du pergélisol.« Les humains ont une incidence directe sur les lacs, que ce soit par les activités minières ou industrielles ou par les eaux usées.Même nos actions ici, dans le Sud, peuvent avoir un effet à des milliers de kilomètres, jusque dans le Nord », conclut Reinhard Pienitz.Un essai qui jette UN REGARD LUCIDE ET RIGOUREUX SUR LES CHOIX URGENTS à effectuer en matière d\u2019énergie et de climat.editionsmultimondes.com Offert en version numérique En Arctique, le réchauffement a déjà un effet sur les lacs : l\u2019épaisseur du couvert de glace diminue et le pergélisol dégèle.Le lac Pingualuk a été formé à la suite de l\u2019impact d\u2019une météorite il y a environ 1,4 million d\u2019années.Situé dans le parc national des Pingualuit, au Nuna- vik, le lac est le plus profond du Québec avec ses 267 m.sr sinisqu iaerrunt C omment la Terre est-elle passée d\u2019une boule de magma incandescente à une planète dotée d\u2019une atmosphère riche en oxygène et où pullule la vie ?Il n\u2019y a toujours pas de réponse claire à cette question, qui a suscité au ?l des décennies d\u2019innombrables débats et théories.Et pour cause.Il ne reste aucune trace des premières formes de vie, probablement apparues au fond des océans il y a quatre milliards d\u2019années environ, alors que la surface était le théâtre de pluies d\u2019astéroïdes et d\u2019immenses éruptions volcaniques.Cela dit, un nouvel élément de réponse pourrait tenir en un mot, paradoxalement plus associé à la mort qu\u2019à la vie : le cyanure.C\u2019est ce qu\u2019avance une étude parue dans Nature Chemistry en février dernier.Selon les auteurs, cet élément toxique (sous forme d\u2019acide cyanhydrique gazeux) aurait joué un rôle primordial dans l\u2019apparition des premières formes de vie, bien avant que l\u2019oxygène s\u2019accumule dans l\u2019atmosphère il y a environ deux milliards d\u2019années.« Nous pensons que le cyanure a pu transformer les molécules simples en composés chimiques essentiels à la vie », résume le principal auteur, Ramanarayanan Krishnamurthy, chimiste à l\u2019Institut de recherche Scripps, en Californie.Pour bien comprendre comment cela peut être possible ou même imaginable, il faut d\u2019abord se pencher sur le processus qui a probablement mené à l\u2019émergence des premières formes de vie sur Terre.Pour résumer, des composés organiques (à base de carbone) ont commencé à s\u2019agglutiner, à créer des réactions nouvelles en utilisant les ressources à leur disposition, jusqu\u2019à devenir des structures plus complexes.C\u2019est lorsque ces structures ont réussi à se reproduire de manière stable que la Terre a hébergé ses premiers « êtres vivants ».Ces organismes originels ont disparu depuis longtemps, et la Terre a été tellement bouleversée en quatre milliards d\u2019années que les indices de leur ancienne présence sont rares.Les chercheurs doivent donc se baser sur des modèles pour reconstituer l\u2019environnement physicochimique de l\u2019époque et sur des expériences en laboratoire pour véri?er si telle ou telle réaction est plausible.Le secret ?Ne pas trop intervenir.« Quoi qu\u2019il se soit passé, il a fallu que ce soit spontané.Si nous voulons raconter cette période, il faut laisser faire la nature », indique Joseph Moran, spécialiste canadien de la chimie « prébiotique », aujourd\u2019hui chercheur à l\u2019Université de Strasbourg, en France.On suppose que l\u2019apparition de la vie a été possible à la suite de plusieurs phases.La plupart des modèles s\u2019entendent sur la présence de molécules simples dans la soupe prébiotique primordiale : de l\u2019eau, bien sûr, mais aussi du dioxyde de carbone, de l\u2019azote sous forme d\u2019ammoniac, du dioxygène et du dihydrogène.Ces molécules, qui se sont d\u2019abord assemblées par des processus encore mystérieux, sont à la base de toutes les molécules organiques : les acides aminés, les sucres, les nucléotides\u2026 Par la suite, ces molécules se sont associées en longues chaînes appelées polymères.Les protéines, par exemple, sont des chaînes d\u2019acides aminés et l\u2019ADN et l\u2019ARN sont de longues chaînes de nucléotides et de sucres.Une dernière phase a consisté en l\u2019assemblage de ces grosses molécules entre elles pour exploiter les ressources alentour comme le carbone et l\u2019hydrogène a?n de se répliquer et de former les premières cellules.Plusieurs voies chimiques permettent aujourd\u2019hui de créer de la matière organique à partir de molécules simples comme le dioxyde de carbone.L\u2019une d\u2019elles, utilisée par certains microorganismes, est le « cycle de Krebs inverse » et intéresse particulièrement les adeptes de la chimie prébiotique.Mais il y a un (gros) souci : les macromolécules ne peuvent pas s\u2019assembler seules.Dans la chimie que l\u2019on connaît, des agents extérieurs comme des enzymes (qui sont des protéines) jouent le rôle de catalyseur et orchestrent ces réactions.D\u2019ailleurs, les bactéries qui ont recours au cycle de Krebs inverse utilisent de nombreuses enzymes pour y parvenir.Autrement dit, il faut des protéines pour fabriquer des protéines et autres macromolécules\u2026 C\u2019est l\u2019œuf ou la poule ! Aux origines de la vie, on doit donc supposer qu\u2019autre chose a servi de catalyseur.C\u2019est ici que le cyanure, présent dans l\u2019atmosphère primitive, entre en scène.Selon les auteurs de l\u2019étude, l\u2019acide cyanhydrique (HCN) interviendrait dès la première phase du processus, c\u2019est-à-dire lors de la transformation de simples molécules en acides aminés, en permettant des échanges d\u2019électrons et une addition progressive d\u2019atomes de carbone.32 QUÉBEC SCIENCE | JUIN 2022 SCIENCES UN POISON À L\u2019ORIGINE DE LA VIE SUR TERRE ?Dans l\u2019esprit populaire, cyanure rime avec poison.Pourtant, cet élément pourrait avoir joué un rôle clé dans l\u2019apparition des premiers êtres vivants sur Terre.PAR HUGO RUHER JUIN 2022 | QUÉBEC SCIENCE 33 IMAGES : SHUTTERSTOCK.COM « Nous pensons que la chimie qui a guidé les premières formes de vie est différente de celle qui a servi à les faire perdurer.Les conditions, les ressources n\u2019étaient pas les mêmes », note Ramanarayanan Krishna- murthy.En véri?ant cette hypothèse par des expériences in vitro, l\u2019équipe a constaté qu\u2019en effet les réactions survenaient spontanément en présence du cyanure ! Les auteurs soulignent toutefois que d\u2019autres théories font intervenir différents déclencheurs potentiels, notamment des éclairs, des argiles et des métaux océaniques.Autant d\u2019éléments qui auraient pu ajouter des électrons aux atomes des molécules pour qu\u2019elles amorcent leur transformation.« Le problème, précise Ramanarayanan Krishnamurthy, c\u2019est que, selon nos expériences en laboratoire, l\u2019apparition de ces molécules à partir de ces déclencheurs n\u2019est possible que dans des conditions extrêmement hostiles, avec une forte chaleur ou une forte acidité.Au point où les molécules auraient dû être détruites à mesure qu\u2019elles étaient produites.» Le cyanure, lui, semble fonctionner dans des conditions plus réalistes, af?rme-t-il.Ce n\u2019est d\u2019ailleurs pas la première fois que ce poison attire l\u2019attention.Dès 2015, John Sutherland, chimiste à l\u2019Université de Cambridge, avait imaginé un tel scénario, arguant que le HCN et le sulfure d\u2019hydrogène, un autre gaz, ont pu donner naissance à toute une variété d\u2019acides aminés.« Cette étude a ouvert la voie en proposant le cyanure comme une source prébiotique de molécules, dit Ramanarayanan Krishnamurthy.Mais nous sommes les premiers à nous en servir comme réducteur naturel [un élément qui cède un électron à une autre espèce chimique lors d\u2019une réaction].» Naturel, vraiment ?Sur ce point, les avis divergent.Pour Joseph Moran, les conditions expérimentales de l\u2019équipe américaine ne sont pas si spontanées.« Le problème, c\u2019est qu\u2019elle a modi?é les conditions environnementales au fur et à mesure.Il y a plusieurs étapes avec des conditions et des méthodes différentes, ça n\u2019a plus rien de naturel.» Pour en voir le détail, il faut éplucher la partie technique de l\u2019étude, un document aride d\u2019une centaine de pages dans lequel les auteurs explicitent leurs expériences.On constate qu\u2019ils chauffent leur préparation à base de cyanure avant d\u2019ajouter d\u2019autres éléments, puis qu\u2019ils la chauffent de nouveau à une autre température\u2026 Bref, ces expériences sont dirigées par la main des humains, dans des conditions très contrôlées.« Cela reste intéressant, concède Joseph Moran, et leurs résultats sont solides.Le problème, c\u2019est qu\u2019en aucun cas cela ne peut correspondre à la réalité.» Pour Ramanarayanan Krishnamurthy, ces concessions à la réalité ne sont pas forcément invalidantes : « Ce qui a été fait en laboratoire, c\u2019est une manière d\u2019accélérer le processus pour que les expériences ne s\u2019étendent pas indé?niment.Si nous avions laissé les choses agir d\u2019elles-mêmes, ça aurait duré plusieurs mois, ce qui est plus compliqué pour ce type de recherche.» De plus, des conditions changeantes pourraient ?nalement être tout à fait réalistes.« Notre planète était à l\u2019époque beaucoup plus instable, les changements de température dans le cycle jour-nuit étaient plus marqués, il y avait de l\u2019humidité, de l\u2019acidité et de nombreuses variables impossibles à prévoir, mais qui ont pu altérer les molécules dans ces instants », ajoute-t-il.« La vie est un système autoorganisé, reprend Joseph Moran.C\u2019est le fruit de tout un ensemble de réactions complexes et dif- ?ciles à cerner, c\u2019est pourquoi le dé?est de trouver un cadre dans lequel ces réactions ont pu avoir lieu.» Son équipe penche plutôt vers un rôle majeur joué par des métaux et des ions métalliques comme le fer et le zinc qui auraient réagi avec le dioxyde de carbone et accompli une portion du cycle de Krebs inverse.Pour Ramanarayanan Krishnamurthy, malgré l\u2019absence de preuves directes, l\u2019hypothèse du cyanure doit être creusée : « C\u2019est un changement de paradigme.Si une simple molécule peut avoir tant de pouvoir, cela redé?nit notre rapport à la biochimie et à l\u2019origine de la vie.C\u2019est en tout cas une piste à explorer.» Si cette piste est bonne, cela signi?erait que la recette de la vie est plus simple qu\u2019on le croit et que, peut-être, celle-ci pourrait apparaître plus facilement sur d\u2019autres planètes, notamment celles où du cyanure a été découvert, ce qui est relativement fréquent.« Certaines molécules utilisées par les êtres vivants peuvent être retrouvées sur des exoplanètes, rappelle Ramanarayanan Krishnamurthy.Mais elles peuvent très bien être le résultat d\u2019un processus abiotique, sans présence de vie.Lorsque de telles molécules sont trouvées, il serait intéressant de s\u2019interroger sur la présence de cyanure, qui constituerait un argument de plus dans la recherche d\u2019un processus biologique ! » Bref, il va peut-être falloir élargir nos horizons pour inclure un poison mortel dans la liste des « preuves » potentielles de vie extraterrestre\u2026 R arement un essai m\u2019a- t-il aussi longtemps habité.Dans Range : le règne des généralistes, le reporteur et auteur américain David Epstein s\u2019emploie à démontrer que les détours sur le chemin vers l\u2019excellence sont non seulement normaux, mais souhaitables.Au passage, il déboulonne la statue du spécialiste, cette ?gure d\u2019autorité qui gagnerait à élargir ses horizons.Des thèses qui, sans surprise, m\u2019avaient immédiatement rejoint lors de la parution du livre dans sa langue originale, il y a plus de deux ans.Le journaliste n\u2019est-il pas, par dé?nition, un généraliste qui se mêle de tout au gré des diktats de l\u2019actualité ?Comme il est courant de le faire dans ce type d\u2019ouvrage, l\u2019auteur fait ?èche de tout bois à grand renfort d\u2019études scienti?ques renversantes et d\u2019anecdotes révélatrices.Au diable la désormais célèbre règle des 10 000 heures (ou des 10 ans), qui veut que l\u2019expertise ne s\u2019acquière qu\u2019au prix d\u2019années de « pratique délibérée », soit d\u2019efforts ciblés et soutenus.À la trappe cette injonction de se spécialiser dans un domaine le plus vite et le plus tôt possible pour réussir.Mais est-ce également vrai en science ?Le modèle de l\u2019université, lieu par excellence où se concentrent les détenteurs de savoirs spécialisés, a émergé au 19e siècle et s\u2019est depuis imposé.Dans un éditorial paru en 2014 dans la revue Infection and Immunity, deux éminents microbiologistes comparaient justement le monde de la recherche à celui, très fermé, des guildes de marchands au Moyen Âge.« La spécialisation scientifique encourage l\u2019efficacité, la rigueur et le respect de normes éthiques en recherche ; elle est aussi synonyme d\u2019un certain conformisme qui favorise le travail en silo et freine l\u2019innovation », écrivaient-ils.Il vaudrait mieux ressusciter le modèle de la Renaissance, où les scienti?ques étaient aussi des artistes, si l\u2019on veut encourager l\u2019innovation, disaient un autre duo de chercheurs en 2015 dans la revue Research Policy.Une étude de 2008 conclut d\u2019ailleurs que les lauréats de prix Nobel ont plus tendance à s\u2019adonner à des passe-temps extérieurs à la science que leurs collègues non nobélisés.Ils sont 1,5 fois plus à même de s\u2019engager durablement dans ces activités par rapport aux membres de la prestigieuse Académie nationale des sciences, aux États-Unis.Dans l\u2019échantillon étudié, avoir un loisir s\u2019avère un meilleur facteur prédictif de l\u2019excellence scienti?que que le quotient intellectuel, relèvent les chercheurs.Tous au tricot ?Qu\u2019ils aient reçu un Nobel ou non, les experts obtiennent la con?ance du grand public.« Si l\u2019on regarde par exemple les sondages effectués par le Pew Research Center, la con?ance envers les scienti?ques demeure stable et élevée depuis des décennies.Elle a même augmenté durant la 34 QUÉBEC SCIENCE | JUIN 2022 SOCIÉTÉ Et si l\u2019avenir appartenait aux touche-à-tout, profanes et autres couteaux suisses ?De quoi repenser la dé?nition de l\u2019expert.PAR MAXIME BILODEAU ILLUSTRATION : FRANÇOIS BERGER \u2022 DIRECTION ARTISTIQUE : NATACHA VINCENT LES TOUCHE-À-TOUT ONT-ILS RAISON ? IMAGES OU PHOTOS : XXXXXXXXXXXXX JUIN 2022 | QUÉBEC SCIENCE 35 « Les jeunes les moins compétitifs sont ceux qui tendent à ne faire que du hockey à longueur d\u2019année, entre autres en participant à des camps de perfectionnement estivaux.» \u2014 Jean Lemoyne, professeur à l\u2019UQTR SOCIÉTÉ crise sanitaire », indique François Claveau, professeur au Département de philosophie et d\u2019éthique appliquée de l\u2019Université de Sherbrooke.Le titulaire de la Chaire de recherche du Canada en épistémologie pratique apporte néanmoins quelques nuances : « La con?ance du public dans la science est une chose.Déterminer si cette dernière est justi?ée en est une autre.» Un chapitre entier du livre Experts, sciences et sociétés, que François Claveau a codirigé et qui est paru en 2018, porte sur les biais cognitifs, ces « pièges de l\u2019esprit » qui guettent les experts.Tel l\u2019excès de confiance, qui survient lorsque la con?ance subjective d\u2019une personne dans ses jugements est nettement supérieure à leur précision objective.« Pensons à l\u2019artiste militant qui af?che ses couleurs sur la question des changements climatiques.Dans ce cas, le soi-disant expert se prononce à l\u2019extérieur de son champ d\u2019activité », dit Gilles Beauchamp, étudiant de doctorat en philosophie à l\u2019Université McGill et coauteur de ce chapitre.Le contraire est aussi vrai ; l\u2019expert (le vrai !) peut croire dur comme fer en ses jugements dans son domaine de spécialisation même si ces derniers sont objectivement peu précis, une forme de « surcon?ance » tout aussi dangereuse.Une propension plus masculine que féminine, si l\u2019on se ?e à la sous-représentation des expertes dans les médias \u2013 elles représentent à peine le tiers de toutes les personnes citées au Canada entre autres parce qu\u2019elles déclinent plus souvent les demandes d\u2019entrevue que leurs vis-à-vis masculins.PAS QU\u2019À L\u2019UNIVERSITÉ Si l\u2019université constitue un modèle d\u2019organisation de l\u2019expertise, elle n\u2019est toutefois pas la seule.« L\u2019hôpital est l\u2019autre exemple auquel on peut spontanément penser, expose Julien Prud\u2019homme, professeur et directeur du Département des sciences humaines de l\u2019Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR).C\u2019est une grande organisation dont le fonctionnement repose sur une division formelle et poussée des tâches », mentionne-t-il.Le chercheur sait de quoi il parle, lui qui a consacré sa thèse de doctorat à l\u2019histoire de l\u2019expertise en santé entre 1940 et 2005 au Québec.Le cas des médecins est parlant.« Au Québec, à partir des années 1950, ils ont été incités à se spécialiser dans des branches particulières.Cela correspond à leur entrée dans les hôpitaux, eux qui travaillaient jusqu\u2019alors dans leur cabinet », relate Julien Prud\u2019homme.De nos jours, on se heurte cependant à un paradoxe : le système de santé souffre d\u2019une pénurie de médecins de famille, les généralistes de la profession ! Rien de bien surprenant, à la suite de sorties répétées de certains politiciens contre les omnipraticiens\u2026 « Ces médecins se présentent désormais comme des spécialistes de la médecine familiale », relève-t-il d\u2019ailleurs au passage.Le sport est un autre domaine où la ?gure de l\u2019expert domine.Sidney Crosby, proclamé l\u2019un des 100 plus grands joueurs de la Ligue nationale de hockey en 2017, en est une incarnation.Dès ses premières armes au hockey, on lui reconnaît un talent hors du commun.Élevé très tôt au rang de phénomène, l\u2019enfant prodige dépasse sans cesse les attentes partout où il patine, du camp d\u2019entraînement destiné aux meilleurs joueurs des Maritimes auquel il participe à l\u2019âge tendre de sept ans jusqu\u2019à son équipe actuelle, les Penguins de Pittsburgh, avec qui il a gagné trois coupes Stanley.Est-ce le parcours à privilégier ?En réalité, le hockey est un sport à spécialisation tardive, selon l\u2019organisme à but non lucratif canadien Le sport c\u2019est pour la vie, qui publie le document de référence Développement à long terme par le sport et l\u2019activité physique.Contrairement à la gymnastique par exemple, il exige une multitude d\u2019habiletés motrices et tactiques que seule une grande diversi?cation des activités physiques et sportives durant l\u2019enfance permet d\u2019acquérir.La spécialisation, c\u2019est-à-dire le moment où l\u2019athlète décide de placer tous ses œufs dans le même panier, ne devrait se faire que vers la ?n de l\u2019adolescence, une fois la maturité physique atteinte, dit-on.Au Québec, où le hockey est considéré comme le sport national, c\u2019est rarement le cas.« Les dirigeants de fédérations aiment dire que c\u2019est un sport à sélection hâtive.Cela incite de nombreux jeunes à se sur- spécialiser a?n de pouvoir décrocher une place dans une équipe d\u2019élite, à un moment où ils développent encore leur littératie 36 QUÉBEC SCIENCE | JUIN 2022 sportive », explique Jean Lemoyne, professeur au Département des sciences de l\u2019activité physique de l\u2019UQTR.Il a réalisé une enquête auprès de 404 joueurs québécois âgés de 12 à 17 ans pour documenter le phénomène.Ses travaux publiés en 2020 dans le Journal of Expertise démontrent toute l\u2019étendue des dommages de cette foire d\u2019empoigne.« Les jeunes les moins compétitifs sont ceux qui tendent à ne faire que du hockey à longueur d\u2019année, entre autres en participant à des camps de perfectionnement estivaux.Ils sont aussi moins actifs sur une base quotidienne et ont une perception plus négative de leur sport que les hockeyeurs les plus compétitifs, qui ont une pratique sportive plus éclatée », rapporte-t-il.Les joueurs qui ont une pratique récréative sont ainsi plus à risque de se blesser et de s\u2019épuiser prématurément.« Des études avancent que l\u2019âge de la première séance de musculation est le principal déterminant du décrochage sportif », ajoute-t-il.Ces résultats contre-intuitifs ?pratiquer plusieurs sports à un jeune âge est plus commun chez l\u2019élite ?se véri?ent aussi chez les musiciens.Les virtuoses ont souvent joué de plusieurs instruments (trois, quatre, voire cinq) tôt dans leur parcours par rapport à leurs vis-à-vis qui ont jeté leur dévolu sur un seul dès le départ, selon des travaux scienti?ques, dont ceux du chercheur britannique John Sloboda.Le choix d\u2019un instrument en particulier se fait sur le tard, généralement de manière spontanée, parce que le musicien l\u2019a décidé et non parce qu\u2019il lui a été imposé.INTERDÉPENDANCE De là à af?rmer que les généralistes sont mieux préparés que les spécialistes pour exceller, comme le fait David Epstein dans Range, il n\u2019y a qu\u2019un pas à franchir.Pour Julien Prud\u2019homme, cette mise en opposition est néanmoins artificielle et revient plutôt à enfoncer des portes ouvertes.« Dans les faits, ces deux archétypes collaborent l\u2019un avec l\u2019autre.Le spécialiste l\u2019est parce qu\u2019il est en dialogue avec d\u2019autres qui ne le sont pas et vice versa, relève-t-il.Je rejette l\u2019idée de l\u2019expert dans sa tour d\u2019ivoire.Au contraire : c\u2019est un personnage issu de la coopération.» Autre bémol : les dé?nitions de l\u2019expertise, qui varient selon les domaines.À ce chapitre, l\u2019exemple de la spécialisation sportive prématurée est parlant.En gros, un enfant est spécialisé dès lors qu\u2019il se consacre à un seul sport huit mois et plus par année et que cela nuit à la pratique d\u2019autres activités physiques ou sportives.« Ce sont des critères qui, de facto, font d\u2019à peu près tous les jeunes hockeyeurs des victimes de la spécialisation hâtive.Cela limite beaucoup les analyses que nous faisons dans la foulée de nos enquêtes sur le sujet », déplore Jean Lemoyne.La polyvalence, en ?n de compte, est un peu comme une tarte aux pommes.Personne n\u2019est véritablement contre, surtout pas ceux qui gravitent dans les domaines pointus, où la pression relative à la spécialisation est forte.Un sondage réalisé il y a une dizaine d\u2019années auprès de 1 353 chercheurs a d\u2019ailleurs montré que 70 % d\u2019entre eux estiment que l\u2019interdisciplinarité est gagnante (les ingénieurs mécaniques et les économistes étaient les moins enclins à le penser).Tout le monde rêve de pratiquer plusieurs sports, de parler plusieurs langues, d\u2019acquérir sans cesse de nouvelles connaissances parce que\u2026 pourquoi pas ?C\u2019est d\u2019ailleurs ce qui me plaît le plus dans mon travail de journaliste.Le risque de parler de tout à tort et à travers représente bien peu de chose lorsqu\u2019on a la chance d\u2019embrasser au quotidien la diversité des potentialités humaines. L\u2019 histoire se passe en juin 1924.Dans la petite municipalité de Kobierzyce, maintenant polonaise mais alors en territoire allemand, un riche comte accueille sur son domaine plus d\u2019une centaine de personnes, dont une quarantaine de cultivateurs.Venus de plusieurs pays, ils sont là pour entendre ses conseils agricoles.Sans formation en agronomie ni expertise en agriculture, l\u2019intellectuel autrichien Rudolf Steiner retiendra l\u2019attention de tout ce beau monde durant huit longues conférences prononcées sur plus d\u2019une semaine.De ses enseignements naîtra une nouvelle façon de cultiver la terre qui sera ultérieurement appelée « agriculture biodynamique ».Presque 100 ans plus tard, au Domaine Bergeville de Hatley, dans les Cantons- de-l\u2019Est, Ève Rainville et son conjoint font croître leurs raisins dont ils tireront bientôt leurs vins effervescents selon les principes énoncés par Steiner.« Nous pratiquons la biodynamie pour être au diapason avec notre ferme, explique l\u2019ancienne géologue.Le vignoble est un organisme que nous aidons à devenir fort pour qu\u2019il puisse affronter les éléments.La biodynamie met des outils à notre disposition pour permettre à nos vignes de mieux se développer.Le mode d\u2019action est parfois mystérieux, mais ça fonctionne ! » L\u2019agriculture biodynamique connaît un engouement renouvelé depuis une vingtaine d\u2019années dans différents pays, surtout dans le secteur viticole.Par exemple, environ 600 vignobles en France ont adopté ses préceptes.Chez nous, le site Web de la Société des alcools du Québec propose 710 produits lorsqu\u2019on tape biodynamique dans le moteur de recherche.MODE D\u2019EMPLOI Cette forme d\u2019agriculture, respectueuse de la terre et des plantes, serait en quelque sorte du biologique « augmenté ».Parmi les pratiques prescrites par l\u2019agriculture biodynamique, plusieurs sont en effet partagées par l\u2019agriculture biologique, comme la non-utilisation de pesticides et d\u2019engrais de synthèse.Mais d\u2019autres sont teintées d\u2019ésotérisme, comme le respect des calendriers lunaires et du zodiaque ou l\u2019ajout de décoctions artisanales au pied des vignes.38 QUÉBEC SCIENCE | JUIN 2022 ENVIRONNEMENT LE MYSTÈRE BIODYNAMIQUE Complètement ésotérique pour certains, nécessaire a?n de préserver l\u2019environnement pour d\u2019autres, la viticulture biodynamique gagne du terrain.Qu\u2019en dit la science ?PAR JOËL LEBLANC ILLUSTRATION : SÉBASTIEN THIBAULT DIRECTION ARTISTIQUE : NATACHA VINCENT IMAGES OU PHOTOS : XXXXXXXXXXXXX ENVIRONNEMENT « J\u2019ai lu les transcriptions des \u201ccours aux agriculteurs\u201d que Rudolf Steiner a donnés en 1924.Je n\u2019y ai rien compris », sourit Jean Masson, directeur de recherche à l\u2019Institut national de recherche pour l\u2019agriculture, l\u2019alimentation et l\u2019environnement de Colmar, en France.Truffés de métaphores et d\u2019allusions aux forces cosmiques et telluriques, les « cours » sont effectivement hermétiques.Mais d\u2019autres sont passés après Steiner et ont proposé des interprétations de ses écrits, plus accessibles mais pas forcément concordantes.« Certaines de ces interprétations ont ?ni par s\u2019imposer.L\u2019agriculture biody- namique d\u2019aujourd\u2019hui est le résultat de cette sélection », indique le biologiste et anthropologue.La première catégorie de consignes est de nature astrologique.Certaines actions ne peuvent être menées que lorsque la Lune est ascendante, d\u2019autres lorsqu\u2019elle est descendante.Selon la constellation zodiacale dans laquelle passe la Lune, les jours portent des noms différents, comme « jours feuilles » ou « jours racines ».Les soins apportés aux vignes dans ces jours précis doivent respecter ce calendrier, qui est en bonne partie le fruit du travail de l\u2019Allemande Maria Thun, l\u2019une des interprètes des conférences de Steiner.In?rmière de formation, elle a fait au début des années 1960 des essais avec des plants de radis, interprétant elle-même, à l\u2019œil, la qualité des légumes produits selon le jour du semis.Il y a aussi des choses qui doivent ou ne doivent pas être accomplies à certaines heures du jour, par exemple au lever du soleil.Et certaines fêtes religieuses chrétiennes ont aussi une in?uence.L\u2019autre catégorie d\u2019instructions consiste en des prescriptions de différentes « préparations » qu\u2019il faut pulvériser sur le sol ou sur les plantes à quelques reprises durant la croissance.Au nombre de neuf, numérotées de 500 à 508, elles ont chacune une fonction précise pour favoriser le sol ou la croissance végétale.La plus connue, la préparation 500, est aussi appelée « bouse de corne ».En gros, il faut de la bouse, provenant idéalement d\u2019une vache gestante, qu\u2019on insère dans une corne de vache.La corne est placée sous terre et y séjourne tout un hiver.Après ce temps, une petite quantité de la bouse est incorporée au compost qui est utilisé pour engraisser le sol au pied des vignes.Pourquoi une corne de vache ?Selon la cosmologie de Steiner, les appendices cornés de la vache seraient des capteurs d\u2019« énergie cosmique » qui lui permettraient de recueillir l\u2019énergie durant toute sa vie et de la stocker.Une fois l\u2019animal mort, la corne garderait des traces de cette énergie et pourrait la transmettre au fumier, qui se verrait « dynamisé ».On retrouve ici un concept et une terminologie communs à l\u2019homéopathie.La préparation 501, elle, demande de placer une poudre ?ne de silice dans une corne de vache (aussi et pour les mêmes raisons) et de l\u2019y laisser tout un été.Elle permet à son tour de «vitaliser » de l\u2019eau, par un brassage consciencieux dans un certain sens pendant un certain temps, sans faire d\u2019éclaboussures.Puis, sans tarder, il faut pulvériser cette eau sur les feuillages des plantes, idéalement au lever du jour.« Nous mettons 6 g de silice dans 150 L d\u2019eau, explique Ève Rainville.Nous pulvérisons ensuite cette eau sur trois hectares de vignes.» Des doses que certains quali?ent d\u2019homéopathiques.Selon ses adeptes, cette méthode servirait à fournir un « surplus de soleil » aux plantes a?n de permettre un pic de photosynthèse à des moments importants, comme lors de la production de fruits.Le mécanisme d\u2019action, si action il y a, est inconnu, mais cela n\u2019empêche pas Ève Rainville d\u2019utiliser cette préparation d\u2019une à trois fois par été.« J\u2019ai vu de mes yeux un effet lors d\u2019une pulvérisation, raconte-t-elle.Nous avions commis l\u2019erreur de pulvériser de la préparation 501 sur nos vignes tout de suite après les avoir effeuillées.L\u2019eau de silice s\u2019est donc déposée directement sur les raisins.Exposés au soleil, les raisins ont bruni en 15 minutes, comme s\u2019ils avaient été brûlés.J\u2019ignore comment, mais l\u2019eau dynamisée à la silice semble faire l\u2019effet d\u2019une loupe, elle concentre la lumière solaire et la transmet.C\u2019est bon pour la photosynthèse, mais ça brûle les fruits.Nous avons appris la leçon ce jour-là.» TESTS SCIENTIFIQUES Au-delà de ces observations anecdotiques, des scienti?ques se sont réellement penchés sur la biodynamie pour savoir si elle est signi?cativement différente de l\u2019agriculture biologique.Depuis ses débuts, l\u2019agriculture biodynamique prétend lutter contre la « dégénérescence » des plantes et la diminution de la qualité des aliments.Même si ces assertions peuvent être vagues, il y a matière à analyses et à comparaisons.Et comme la pratique est presque centenaire, on a eu le temps de faire des études et même des méta- analyses, c\u2019est-à-dire de compiler des données de plusieurs études pour obtenir des synthèses encore plus solides.Du côté de la santé microbiologique des sols, une méta-analyse française publiée en 2020 et basée sur une centaine d\u2019études a révélé que l\u2019agriculture biologique permet d\u2019obtenir des sols de trois à quatre fois plus sains que l\u2019agriculture traditionnelle en termes de biomasse, de respiration et d\u2019activité microbiologique.La viticulture biodynamique, elle, offre les mêmes performances que l\u2019agriculture biologique, mais sans plus.Une revue systématique, allemande celle-là, parue en 2019 a réuni les résultats de 24 études et montre que la viticulture biologique et la viticulture biodynamique se ressemblent sur les plans des propriétés du sol et de la biodiversité (supérieures à l\u2019agriculture classique), de la croissance des vignes et du rendement (inférieurs au mode traditionnel de culture) et de la fréquence des maladies (plus courantes qu\u2019en agriculture classique).À Strasbourg, Jean Masson s\u2019est lui aussi intéressé aux performances des plants de vigne.« Les producteurs traditionnels soulignent souvent la mauvaise santé apparente des plants de vigne chez les producteurs biodynamiques.Les plants sont plus petits, les feuilles sont plus jaunes\u2026 Nos analyses publiées en 2018 ont montré que les feuilles sont moins vertes non pas parce qu\u2019elles manquent de chlorophylle, mais parce qu\u2019elles contiennent des pigments secondaires en plus grande quantité, comme des anthocyanes.Nous avons aussi relevé des taux plus élevés de métabolites secondaires antioxydants et antifongiques.Cela confère aux plants biodynamiques une meilleure résistance aux pathogènes et aux extrêmes de chaleur comparativement aux plants classiques.» 40 QUÉBEC SCIENCE | JUIN 2022 IMAGES : DOMAINE BERGEVILLE/EMMANUELLE ROBERGE ; SHUTTERSTOCK.COM ; WIKIMEDIA COMMONS IMAGES OU PHOTOS : XXXXXXXXXXXXX JUIN 2022 | QUÉBEC SCIENCE 41 Des cornes de vache remplies de bouse qui séjournent sous terre tout un hiver pour donner la préparation 500.Pulvérisation dans les vignes de la préparation biodynamique 501 au lever du soleil au Domaine Bergeville ANTHROPOSOPHIE Avant de devenir le père de l\u2019agriculture biodynamique, Rudolf Steiner était reconnu pour avoir créé l\u2019anthroposophie, une philosophie conservatrice qui rejette la modernité et qui se démarque par une croyance en des mondes supérieurs au nôtre où transitent des énergies.Incapable d\u2019accéder à ces mondes, la science des humains est considérée comme futile.L\u2019intuition, à l\u2019opposé, provient directement des dieux, ce qui l\u2019élève au rang de vérité.La doctrine anthroposophique a donné naissance à différentes déclinaisons : la pédagogie Waldorf-Steiner, contestée par les milieux éducatifs et surveillée en France pour possible dérive sectaire, la médecine anthroposophique, notamment antivaccin, et bien sûr l\u2019agriculture biodynamique, qui prétend par ses pratiques établir des liens avec les mondes « au-dessus » pour en tirer les énergies (cosmique, spirituelle, psychique, tellurique, éthérique) et en faire béné?cier les plantes. Ce qui est attendu, car les vignes laissées à elles-mêmes sans pesticides sont plus souvent sujettes aux maladies et doivent développer un arsenal de défense plus imposant.Voilà pour les vignes et les sols, qui semblent s\u2019en tirer plutôt bien sans pesticides.Mais qu\u2019en est-il du vin ?Le mode d\u2019agriculture in?uence-t-il sa qualité, son goût ?Il faut savoir que, en plus de la culture des vignes, l\u2019étape suivante, la fabrication du vin, peut être biodynamique elle aussi.Les méthodes sont toutefois sujettes à débat, mais reposent notamment sur l\u2019utilisation exclusive des levures sauvages naturellement présentes sur les raisins au moment des vendanges.Des articles ont annoncé que les vins biologiques et biodynamiques étaient en moyenne « meilleurs » que les autres sur la base des scores sur 100 que leur donnent les grands spécialistes du vin dans leurs guides.Pour les vins californiens, les pointages accordés augmentent d\u2019en moyenne 4,1 points lorsque le vin est certi?é ; pour les vins français, l\u2019augmentation est de 6,2 pour les vins biologiques et de 11,8 pour les vins biodynamiques, toujours par rapport au vin traditionnel.« Il faut faire attention avec de telles études, met en garde Karine Pedneault.Elles ne sont pas le fruit d\u2019analyses de laboratoire, mais de dégustations par des experts.Aussi réputés soient-ils, cela demeure hautement subjectif.» Experte en métabolomique des plantes, la chercheuse de l\u2019Université du Québec en Outaouais est spécialisée en analyse du pro?l aromatique des vins.« Ces études sont réalisées par des économistes et ce qu\u2019elles nous apprennent, c\u2019est que les certi?cations bios ont une incidence sur la perception des consommateurs et des sommeliers.Mais pour être ?able, une étude comparative de la qualité des vins se devrait d\u2019inclure des analyses biochimiques pour comparer les molécules présentes et des dégustations à l\u2019aveugle faites selon un protocole rigoureux.» De telles études existent.Par exemple, une équipe italienne a publié en 2020 un article comparant la qualité de vins san- giovese produits de façon classique avec ceux produits en biodynamie.« Même si les analyses biochimiques ont révélé des différences de concentration pour plusieurs composés aromatiques principalement dues aux souches de levures, détaille Karine Pedneault, et que les dégustations à l\u2019aveugle par une quinzaine de sommeliers experts ont permis de détecter des différences subtiles, la qualité des deux vins a été jugée égale.» Bref, la viticulture biodynamique est aussi ef?cace que la viticulture biologique pour produire des raisins avec un effet diminué sur l\u2019environnement, voire des vins au goût riche, mais elle ne lui est pas supérieure\u2026 et demande même plus de travail ! Pour ses détracteurs, elle n\u2019est que de l\u2019homéopathie appliquée aux cultures, arrosée d\u2019astrologie.Pour ses défenseurs, il s\u2019agit plutôt d\u2019un niveau supérieur de soins apportés au vignoble, d\u2019une relation étroite avec celui-ci, dont on perçoit les besoins par intuition.Mais cela n\u2019a pas suf?à convaincre l\u2019Italie qui, après 10 ans de travail, a adopté en février dernier des lois pour régir l\u2019agriculture biologique sur son territoire\u2026 en excluant la biodynamie de cette dé?nition.La sénatrice Elena Cattaneo, ancienne chercheuse, a déclaré : « Il y a eu une intervention claire et sans équivoque pour éliminer d\u2019une loi la reconnaissance de pratiques ésotériques et non scienti?ques.La Chambre a évité d\u2019apposer le sceau de l\u2019État sur l\u2019équation entre croyances et évidences, réalité et magie, astrologie et astronomie.» À Hatley, au Domaine Bergeville, les deux mains dans le raisin, on ne se préoccupe guère de ces discussions légales et politiques.« Notre souci est de produire le meilleur vin possible avec le moins d\u2019intrants possible dans les vignes, en perturbant le moins possible les sols et la biodiversité locale.Et pour nous, ça passe par la biodynamie », insiste Ève Rainville.Même si la science démontre que des pratiques « seulement bios » apportent des résultats semblables, ce petit plus ne peut probablement pas faire de tort.ENVIRONNEMENT « Notre souci est de produire le meilleur vin possible avec le moins d\u2019intrants possible dans les vignes, en perturbant le moins possible les sols et la biodiversité locale.» \u2014Ève Rainville, du Domaine Bergeville 42 QUÉBEC SCIENCE | JUIN 2022 Plastique biodégradable : du potentiel pour le Québec et les Maritimes En partenariat avec Parcs Canada, une équipe de l\u2019Université McGill dirigée par Audrey Moores transformera des carapaces de crustacés en plastique biodégradable.Sur la Côte-Nord du Québec uniquement, quelque 2 000 tonnes de coquilles de crabe sont produites chaque année.Cette initiative pourrait donner naissance à une véritable industrie de chimie verte dans les villages de pêcheurs.Du bioplastique durable Forgé par des ingénieux Forgé par McGill 44 QUÉBEC SCIENCE | JUIN 2022 mélie Guèvremont pratique une forme d\u2019anthropologie des temps modernes : la « netnogra- phie », contraction des mots network et ethnographie.La professeure du Département de marketing de l\u2019École des sciences de la gestion (ESG) de l\u2019Université du Québec à Montréal (UQAM) s\u2019immerge dans une communauté numérique de consommateurs attachés à une marque, les cosmétiques Lush par exemple.Pendant quelque temps ?parfois une année ?, elle analyse leurs interactions sur des médias sociaux comme Instagram, allant même jusqu\u2019à participer aux échanges.« Ces communautés sont constituées de gens pour qui la marque en question fait partie intégrante de leur quotidien et rejoint leurs valeurs.Au travers des commentaires des inter- nautes, on réalise que la ligne est mince entre le plaisir et des phénomènes plus sombres, telles la dépendance et la surconsommation », explique celle qui a remporté le Prix de la relève professorale en recherche l\u2019automne dernier.Cette distinction remise annuellement à des professeurs de l\u2019ESG UQAM vise à soutenir un scienti?que en début de carrière dont le programme de recherche est prometteur.MATIÈRE FISSILE La consommation, à bien des égards, constitue une fenêtre grande ouverte sur la psyché humaine.Par ses comportements, le consommateur dévoile ainsi ses motivations réelles et ses contradictions apparentes.« Le cadre théorique de mes travaux se base en grande partie sur la psychologie, en lien avec l\u2019identité et les processus perceptuels.Nos ré?exions vis-à-vis de nos choix de consommation sont complexes, nuancées, voire paradoxales par moments, et c\u2019est ce qui m\u2019intéresse le plus », af?rme Amélie Guèvremont.La chercheuse a consacré sa thèse de doctorat à l\u2019authenticité des marques.Au ?l de ses recherches, elle a sans cesse constaté que certaines marques accompagnent de façon pertinente les consommateurs en ciblant notamment leurs aspirations et pré- LE CONSOMMATEUR, CET ÊTRE COMPLEXE À TITRE DE SPÉCIALISTE DU COMPORTEMENT DU CONSOMMATEUR ET DE LA GESTION DE MARQUE, AMÉLIE GUÈVREMONT A UN ACCÈS PRIVILÉGIÉ À NOS CONTRADICTIONS LES PLUS PROFONDES.CHERCHEUSE EN VEDETTE EN PARTENARIAT AVEC LES FONDS DE RECHERCHE DU QUÉBEC PHOTO : DONALD ROBITAILLE JUIN 2022 | QUÉBEC SCIENCE 45 occupations les plus fondamentales.Amélie Guèvremont cite l\u2019exemple de marques alimentaires telle Trois fois par jour, qui a pour but de transformer pour le mieux la relation entre les gens et la nourriture au moyen de contenus déclinés sur les réseaux sociaux, dans des livres de recettes et même à la télévision.« Dans ces cas-là, on parle d\u2019in?uence positive : l\u2019authenticité aide le consommateur à prendre de meilleures décisions dans sa cuisine, ce qui peut se traduire entre autres par la réduction du gaspillage alimentaire », souligne-t-elle.Le contraire est aussi vrai.Certaines marques se contentent de répondre aux besoins utilitaires des consommateurs sans créer un lien réel avec lui.« La pertinence est ancrée dans le contexte.La pandémie de COVID-19 nous en a fourni la preuve », analyse celle qui considère la transparence, la bienveillance et la proximité comme les trois grands piliers de l\u2019authenticité.ESPRIT CRITIQUE La crise sanitaire a propulsé cette idée de proximité, par le biais de l\u2019achat local, à de nouveaux sommets.Amélie Guèvremont se promet justement de creuser cet intérêt renouvelé pour les marques québécoises dans les prochaines années.Les résultats de ses recherches contribueront, espère-t-elle, à nous faire prendre conscience de notre identité de consommateur.Cette dernière est après tout indissociable de celle de citoyen dans notre système capitaliste, comme l\u2019a écrit la journaliste canadienne Naomi Klein dans No Logo : la tyrannie des marques il y a plus de 20 ans.« La consommation est l\u2019un des multiples rôles qu\u2019on tient au quotidien, fait valoir Amélie Guèvremont.C\u2019est pourquoi il est nécessaire de développer un esprit critique face à cette réalité : on ne peut s\u2019en soustraire.» À une époque où les marques n\u2019hésitent plus à prendre position quant aux enjeux sociaux, politiques et environnementaux de l\u2019heure, cela est d\u2019autant plus important.« L\u2019invasion de l\u2019Ukraine par la Russie et des mouvements comme Black Lives Matter sont des sujets polarisants.Pourtant, certaines marques comme Ben & Jerry\u2019s prennent désormais le risque d\u2019af?cher leurs couleurs.» Loquace, la chercheuse passe de l\u2019abstrait au concret avec une facilité déconcertante.C\u2019est ce qui a donné le goût à Valentine Hainneville, étudiante de doctorat en administration, spécialisation marketing, à l\u2019ESG UQAM, de s\u2019initier au monde de la recherche.« Amélie est une véritable mentore.C\u2019est un privilège de l\u2019avoir comme superviseuse de thèse et de collaborer avec elle à divers projets », dit celle qui s\u2019intéresse au femvertising, soit la publicité articulée autour de messages féministes.« Elle sait rallier les étudiants à sa cause et est d\u2019ailleurs parmi leurs chouchous.» Par Maxime Bilodeau Les questions de Rémi Quirion * Le scienti?que en chef du Québec conseille le gouvernement en matière de science et de recherche, et dirige les Fonds de recherche.SCIENTIFIQUE EN CHEF DU QUÉBEC * P H O T O   : C H R I S T I N N E M U S C H I Vos travaux permettront-ils un jour de faire le portrait-robot du consommateur québécois ?Ce qui m\u2019intéresse particulièrement, c\u2019est de comprendre le consommateur ?et notamment le consommateur québécois ?dans toute sa complexité et à travers ses nombreux paradoxes.Je souhaite cerner les motivations profondes qui peuvent guider nos choix et les multiples in?uences qui façonnent nos décisions.Les contradictions sont particulièrement intéressantes pour tout ce qui touche à la consommation responsable ?on est tous et toutes en faveur de choix plus écologiques, mais dans les faits, pourquoi prend-on souvent des décisions non conformes à cette aspiration ?Poursuivrez-vous votre analyse des comportements de consommation adoptés durant la pandémie de COVID-19 ?Si oui, quelles leçons croyez-vous que nous pourrions en tirer ?Oui, nos recherches se poursuivent.J\u2019ai des travaux en cours dont les résultats permettront, je l\u2019espère, de saisir les leviers comportementaux et les axes communicationnels qui favoriseront des choix de consommation plus locaux ?une tendance forte et prometteuse observée pendant la pandémie.Globalement, cela permettra de maximiser l\u2019attrait des produits d\u2019ici avec les conséquences positives que l\u2019on connaît.C\u2019est à suivre ! Qu\u2019est-ce qui est le plus fascinant, selon vous, chez les consommateurs qui adhèrent aux communautés numériques attachées à une marque ?Ont-ils des traits de caractère particuliers ?L\u2019attachement émotionnel que les gens expriment au sein de certaines communautés et à l\u2019égard de certaines marques est particulièrement fascinant.J\u2019ai par ailleurs souvent remarqué une grande solidarité dans ces communautés ; les gens s\u2019écoutent, se conseillent et s\u2019encouragent.À l\u2019intérieur des communautés que j\u2019ai observées dans le domaine alimentaire, ce qui m\u2019a frappée, c\u2019est à quel point elles peuvent in?uencer positivement les comportements à l\u2019extérieur du cercle.Le changement comportemental positif peut donc venir en partie de ces groupes, ce qui est non négligeable ! scienti?que-en-chef.gouv.qc.ca facebook.com/SciChefQC @scichefqc 46 QUÉBEC SCIENCE | JUIN 2022 CULTURE V O I R REGARDER Plaisir et confettis de bran de scie Mettez cinq hommes à tout faire dans une grange avec de nombreux outils, laissez des enfants jouer les contremaîtres et leur dicter les idées les plus folles à réaliser et vous obtenez Les artisans du fun (Making Fun), une série télé joyeusement déjantée.Le quintette met au service des petits patrons ses talents en ingénierie, en ébénisterie et en design et donne ainsi vie aux constructions les plus inutiles (une catapulte géante à excréments de chat), amusantes (un tyrannosaure cracheur de tacos) ou surprenantes possibles (une guitare-bateau ?géante, évidemment !).Les artisans du fun, qui visent à donner envie de troquer la console de jeu contre une perceuse et du bois de charpente, sauront à coup sûr plaire aux jeunes grâce au ton pince-sans-rire régnant sur le chantier et aux facéties de Pat Lap (Patrick Lapierre), le clownesque tourneur de bois originaire de Shawinigan.Les artisans du fun (Making Fun), sur Net?ix, épisodes de 43 minutes chacun Tempête artistique Quelle jolie boîte à surprises que le Festival TransAmériques (FTA).Encore cette année, ce festival international de danse et de théâtre dévoile à Montréal des propositions audacieuses sur des sujets brûlants d\u2019actualité.Parmi celles-ci, il y a Holoscenes, une performance aquatique spectaculaire présentée il y a quelques années au World Science Festival, à New York.Des danseurs effectuent des gestes tout simples du quotidien, comme lire le journal, dormir, vendre des fruits, dans un aquarium géant quand soudain le bassin se remplit de 12 t d\u2019eau.Chacun doit alors adapter ses actions au chaos engendré par la montée des eaux.« Ultimement, cela devient une collision entre les corps humains et l\u2019eau », explique l\u2019artiste multidisciplinaire américain Lars Jan, concepteur de cette ré?exion sur la crise climatique et sur la myopie ambiante devant la tempête environnementale qui nous touche déjà.Holoscenes, d\u2019une durée de cinq heures, pourra être vue gratuitement à l\u2019esplanade Tranquille du Quartier des spectacles entre le 25 et le 29 mai dès 18 h.Le 28 mai, le FTA tiendra d\u2019ailleurs la Journée de l\u2019eau et proposera une série d\u2019activités spéciales autour de notre relation à l\u2019eau comme ressource, comme espace de vie et comme écosystème.Grande première nord-américaine, l\u2019installation performative Altamira 2042, de la metteuse en scène et chercheuse Gabriela Carneiro Da Cunha, est également à inscrire à l\u2019agenda.L\u2019étincelle pour cette création brésilienne est venue de l\u2019imposant barrage Belo Monte construit au cœur de l\u2019Amazonie et de ses conséquences sur la faune et la ?ore \u2013 le barrage bloque notamment le cours du ?euve Xingu.Altamira 2042 transmet et ampli?e les voix humaines (celles de la population indigène, des écologistes, des anthropologues) et non humaines (l\u2019écho du ?euve, de la pluie) par des vidéos, des haut-parleurs et des effets lumineux.Dé?nie comme une « expérience technochamanique », elle offre une expérience surréelle révélant l\u2019échec de l\u2019être humain à protéger la nature.Altamira 2042 sera présentée du 26 au 29 mai à l\u2019Espace bleu de l\u2019édi?ce Wilder.Festival TransAmériques, du 25 mai au 9 juin à Montréal, fta.ca IMAGES : NETFLIX.COM ; FTA, ALTAMIRA/NEREU JR ÉMILIE FOLIE?BOIVIN @efolieb JUIN 2022 | QUÉBEC SCIENCE 47 LIRE À vos marques ! Prêts ?Marchez ! En matière d\u2019activité physique simple et praticable à prix doux, la marche est assez imbattable.Ses bienfaits valent quant à eux largement plus que l\u2019effort qu\u2019elle requiert.À un point tel qu\u2019en lisant Le superpouvoir de la marche, du neuroscienti?que Shane O\u2019Mara, on se demande pourquoi elle est si sous-estimée ! Sa capacité à ralentir le vieillissement, à doper la créativité et la bonne humeur, à sceller les nouveaux apprentissages contribue au bien-être individuel, mais ses avantages rayonnent bien au-delà de notre petite personne.Elle permet de tisser des liens, de souder les communautés, de modi?er les lois, de changer le monde, rien de moins ! Appuyant chacun des atouts de la marche sur la science, ce livre est une précieuse prescription dont les effets sont concrets et, pour la plupart, immédiats.Le superpouvoir de la marche, par Shane O\u2019Mara, Éditions Château d\u2019encre, 248 p.Fausses cartes Les géographes n\u2019ont pas toujours le compas dans l\u2019œil ?ni toujours les meilleures intentions.Cartes qui exagèrent les frontières réelles des pays, plans où ont volontairement été glissées des bourdes topographiques en vue de piéger les concurrents qui se contentent de copier ceux qui sont existants, d\u2019autres où l\u2019on a effacé tout un pan d\u2019une ville en raison de con?its géopolitiques, Les erreurs dans les cartes répertorient les plus impressionnants spécimens de cartes déboussolées.De quoi se perdre agréablement dans l\u2019histoire.Les erreurs dans les cartes, par Benjamin Furst, sur une idée originale de Jean Poderos, Éditions courtes et longues, 144 p.V O I R L I R E É C O U T E R Mille lieues sous les mers Nouvelle attraction de l\u2019Aquarium du Québec, l\u2019expérience ImMERsion offre une saucette, bien au sec, dans les abysses et en met plein la vue dans une salle circulaire grâce à des projections animées d\u2019une centaine d\u2019espèces, campées dans leur environnement naturel.Ce face-à-face de 10 minutes avec des ours, des bélugas, des méduses et autres animaux marins est réalisé par Graphics eMotion.L\u2019accès est inclus dans le billet journalier.ImMERsion à l\u2019Aquarium du Québec Manège à méninges Jolie conquête de la matière grise, le livre Face à face avec son cerveau est une immersion grisante dans notre boîte crânienne.Dans ce format unique en son genre, le neuropsychologue français Stanislas Dehaene rend hommage à l\u2019imagerie par résonance magnétique en réunissant les plus importantes découvertes des dernières années liées à notre coco ?et honore du même coup toutes les grosses têtes s\u2019étant acharnées à comprendre cet organe qui nous est si cher.De l\u2019effet des gènes sur la bosse des maths à l\u2019origine des plissements cérébraux en passant par les secrets du ?let périneuronal, l\u2019auteur a le chic de vulgariser les études les plus poussées pour aider les esprits moyens que nous sommes à s\u2019exclamer « Eurêka ! » Et les images, du kaléidoscope de neurones aux microglies, sont toutes splendides.Face à face avec son cerveau, par Stanislas Dehaene, Éditions Odile Jacob, 214 p.IMAGE : IMMERSION/GRAPHICS EMOTION Perdues et retrouvées Pour chaque Hedy Lamarr, des dizaines d\u2019autres femmes scienti?ques demeurent tapies dans l\u2019ombre.Le balado Lost Women of Science s\u2019est donné comme mission de les inonder de lumière dans l\u2019espoir que la prochaine génération de femmes de science marche sur leurs traces.La première saison revient sur l\u2019héritage de Dorothy Andersen, pathologiste qui a été la première à reconnaître la ?brose kystique en tant que maladie à la ?n des années 1930.La passionnante enquête journalistique de l\u2019équipe, auprès des médecins et chercheurs l\u2019ayant côtoyée, en révèle autant sur son travail que sur la femme qu\u2019elle était.Lost Women of Science, épisodes de 26 à 40 minutes à télécharger sur votre plateforme de balados préférée, lostwomenofscience.org 48 QUÉBEC SCIENCE | JUIN 2022 quebecscience.qc.ca 514 521-8356 | 1 800 567-8356, poste 504 L?heure est à la science Abonnez-vous! Québec Science rayonne depuis 60 ans ! Abonnez-vous maintenant et économisez jusqu\u2019à 51 %* 68 $ +taxes 2 ANS 94 $ +taxes 3 ANS Aussi disponible en version numérique. JUIN 2022 | QUÉBEC SCIENCE 49 près deux ans d\u2019une pandémie épuisante, voilà que ?au moment d\u2019écrire ces lignes ?la guerre en Ukraine déclenchée par Vladimir Poutine vient nous accabler.Tout cela au milieu d\u2019une série de rapports tout aussi accablants présentés, au cours de la dernière année, par le Groupe d\u2019experts intergouvernemental sur l\u2019évolution du climat\u2026 Un cocktail qui fait planer de nouvelles incertitudes quant à l\u2019avenir de l\u2019humanité.Plusieurs experts estiment que ces crises sont intimement liées et représentent différentes facettes d\u2019une même problématique : celle de notre soif d\u2019énergies fossiles et de notre consommation effrénée.Rappelons que Moscou est le premier fournisseur d\u2019hydrocarbures de l\u2019Union européenne (45 % du gaz importé par l\u2019Europe venait de Russie en 2021).En réduisant les importations d\u2019hydrocarbures pour couper les vivres à Vladimir Poutine, les Européens scient en quelque sorte la branche énergétique sur laquelle ils sont assis\u2026 Ce qui fait dire à certains analystes que nous sommes à la croisée des chemins.D\u2019un côté, il s\u2019agirait de l\u2019électrochoc nécessaire pour accélérer la transition énergétique, en s\u2019affranchissant plus vite que prévu des énergies fossiles, ce que l\u2019Union européenne, et principalement l\u2019Allemagne, envisage.De l\u2019autre, il y a le risque d\u2019opter, à court terme, pour des investissements massifs dans les infrastructures et projets d\u2019exploitation d\u2019autres sources d\u2019hydrocarbures pour pallier la pénurie en urgence.Ce qui nous empêtrerait encore davantage dans la spirale climatique.Bien que je voie pour ma part l\u2019indéniable occasion de nous libérer un peu plus des énergies fossiles, je ne peux m\u2019empêcher de m\u2019interroger sur la pérennité et la variabilité de nos actions climatiques au regard de l\u2019état du monde.Notre avenir climatique est-il à la merci des aléas géopolitiques ?Pour éclairer ma lanterne, je me suis tourné en partie vers les travaux de Simon Dalby, chercheur en géographie et études environnementales à l\u2019Université Wilfrid-Laurier, qui se penche depuis longtemps sur ces questions complexes, notamment en matière de sécurité climatique (soit le fait de considérer la crise climatique comme une menace pour la paix et la sécurité internationales).S\u2019il est généralement admis que les changements environnementaux sont susceptibles d\u2019aggraver des con?its émergents et de fragiliser certaines composantes sociales, Dalby nous invite à considérer le problème sous l\u2019angle anthropocène.Pour lui, la question n\u2019est plus tant de savoir quelles répercussions auront les changements climatiques sur la géopolitique, mais plutôt quelles sont les répercussions de la géopolitique sur l\u2019enjeu climatique.Une inversion du lien de causalité, en somme.Qui plus est, un rapport publié en 2016 par le Stockholm International Peace Research Institute souligne qu\u2019il est impératif de gérer les rivalités géopolitiques actuelles de la manière la plus adéquate, paci?que et coopérative qui soit, sans quoi les cadres politiques qui ont contribué aux changements climatiques pourraient perdurer et perpétuer un cercle vicieux.Ainsi, nous ne pouvons faire l\u2019économie de prendre en compte les réalités géopolitiques dans nos efforts climatiques.Et comme nous le rappelle l\u2019historienne et journaliste américaine Anne Applebaum, non seulement nous ne sommes pas à l\u2019abri de con?its internationaux, mais nous faisons face à une montée de régimes politiques autoritaires.Or, qui dit régime autoritaire, dit souvent manque de considération pour les enjeux environnementaux, tel que je le soulignais dans une chronique passée.Deux ans après le début de la pandémie, personne ne souhaitait qu\u2019un climat d\u2019insécurité s\u2019instaure et que des vies humaines additionnelles soient sacri?ées.D\u2019un point de vue environnemental, il nous était même permis d\u2019espérer que la pandémie se transforme en occasion d\u2019effectuer une véritable transition climatique, juste et inclusive.Malgré la tourmente, c\u2019est en quelque sorte ce même espoir qui est entretenu devant un con?it ukrainien alimenté par les énergies fossiles.Reprenant le dicton de Winston Churchill, plusieurs disent ainsi qu\u2019il ne faut jamais gaspiller une bonne crise.Hélas, nous ne pouvons continuellement gérer nos actions climatiques à coups de crises.Vient alors l\u2019idée entretenue par des politiciens et des experts d\u2019un « plan Marshall pour le climat », mais il serait peut-être judicieux de se rappeler que, si le plan original a permis de relancer l\u2019économie européenne à la suite de la Seconde Guerre mondiale, il aura également eu comme effet collatéral d\u2019accélérer notre entrée dans l\u2019Anthropocène, en plus de façonner des contours géopolitiques dont les échos résonnent encore aujourd\u2019hui.Et comme les empreintes géopolitiques se mesurent souvent en décennies, nous voilà donc confrontés à un véritable problème épineux.S\u2019il y a donc une leçon à tirer des crises passées et présentes, c\u2019est qu\u2019il faut adapter nos mécanismes de gouvernance collective et de coopération dans un monde en profonde transformation politique et environnementale.L\u2019Anthropocène nous lance tout un dé?! La géopolitique dicte-t-elle notre avenir climatique ?A Les opinions exprimées dans cette chronique n\u2019engagent que leur auteur.JEAN-PATRICK TOUSSAINT @JeanPatrickT Anthropocène IMAGE : SHUTTERSTOCK.COM 50 QUÉBEC SCIENCE | JUIN 2022 L\u2018HISTOIRE DES SCIENCES VUE PAR SATURNOME RÉTROVISEUR JUIN 2022 | QUÉBEC SCIENCE 51 INSCRIVEZ-VOUS velo.qc.ca UN ÉVÉNEMENT DE DIM 29 MAI DÉFI MÉTROPOLITAIN VEN 3 JUIN TOUR LA NUIT MTL GO DIM 5 JUIN TOUR DE L\u2019ÎLE DE MTL VÉLO P h o t o s : M a x i m e J u n e a u , M a t h i e u D e s h a y e s / A P M J espacepourlavie.ca JEAN-DRAPEAU BIOSPHÈRE ACHETEZ VOS BILLETS EN LIGNE PLONGEZ AU CŒUR DES ENJEUX ENVIRONNEMENTAUX INSTALLATIONS ARTISTIQUES ET EXPOSITIONS "]
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