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Titre :
Traces : revue de la Société des professeurs d'histoire du Québec
Éditeur :
  • Montréal :Société des professeurs d'histoire du Québec,1988-
Contenu spécifique :
Vol. 60, no 3, été 2022
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
autre
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Traces : revue de la Société des professeurs d'histoire du Québec, 2022-06, Collections de BAnQ.

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[" REVUE DE LA SOCIÉTÉ DES PROFESSEURS D\u2019HISTOIRE DU QUÉBEC Vikings, dragons des mers du Nord \u2022 Les cageux \u2022 \u2022 Enseigner le génocide des Premiers Peuples \u2022 Revues jeunesses des années 50 et 60 \u2022 Edson Loy Peace TRACES ISSN 0225-9710 ÉTÉ 2022 VOLUME 60 \u2013 NO 3 Revue de la SPHQ | Été 2022 1 TRACES | Volume 60 no 3 Sommaire Traces Volume 60 no 3 \u2022 Été 2022 SPHQ Mot du président Raymond Bédard 3 Prix d\u2019excellence universitaire 2022 de la SPHQ 5 Prix d\u2019excellence de la SPHQ 19e législature du Parlement des jeunes 55 Pleins feux sur l'Histoire Les cageux en vogue au Québec Isabelle Regout et Alexandre Pampalon 6 Edson Loy Pease, la Banque Royale du Canada et Saint-Bruno-de-Montarville : Chemins croisés Raymond Bédard 11 VIKINGS \u2013 Dragons des mers du Nord Samuel Moreau 17 Le Royal William de Québec Eileen Reid Marcil 24 Inscrire le patrimoine au cœur de l\u2019apprentissage par le biais du site patrimonial Cartier-Roberval Mourad Boussetta, Myriam Mathieu-Bédard et Habib Saidi 30 Activités pédagogiques Jeunesse de papier : une incursion dans la culture jeunesse des années 1950 et 1960 Leah Szopko et Catherine Larochelle 35 \u2013 Solutionnaire 40 En route vers les élections générales provinciales 41 Favoriser la discussion historique par le jeu Daniel Deschênes, Marie-Eve Ferland, Claudine Goupil, Maude Labonté, Danny Legault et Steve Quirion 43 Didactique en mouvement L\u2019histoire du génocide des Premiers Peuples au Canada : une approche interdisciplinaire pour enseigner et analyser cet événement à l\u2019étiquette controversée Sabrina Moisan, Sivane Hirsch et Karine Gélinas 48 Recension Bande dessinée en mémoire \u2013 Guerres interminables Ramon Vitesse 56 Quoi de neuf ?Côté livres 59 Côté musées 62 REVUE DE LA SOCIÉTÉ DES PROFESSEURS D\u2019HISTOIRE DU QUÉBEC Vikings, dragons des mers du Nord \u2022 Les cageux \u2022 \u2022 Enseigner le génocide des Premiers Peuples \u2022 Revues jeunesses des années 50 et 60 \u2022 Edson Loy Peace TRACES ISSN 0225-9710 ÉTÉ 2022 VOLUME 60 \u2013 NO 3 En page couverture, un drakkar viking.Conception graphique Dominique Boudrias, Pointe-à-Callière, 2022. 2 Revue de la SPHQ | Éte 2022 TRACES | Volume 60 no 3 Comité de rédaction : Raymond Bédard, Catinca Adriana Stan et Samuel Rabouin Infographie : Vivadesign Impression : Imprimerie des Éditions Vaudreuil, 2891, du Meunier, Vaudreuil- Dorion, Québec, J7V 8P2 Dépôt légal : Bibliothèque et Archives nationales du Québec et Bibliothèque et Archives Canada, ISSN 0225-9710 Envoi de publication no 40044834 Port de retour garanti Date de parution : juin 2022 Indexé dans Repère Reproduction autorisée avec mention de la source, à moins d\u2019avis contraire.Les opinions exprimées dans les articles publiés dans ce numéro engagent la responsabilité de leurs auteurs uniquement.Les titres, textes de présentation, encadrés, illustrations et légendes sont de la rédaction.Correspondance Revue Traces de la SPHQ C.P.311 Saint-Bruno-de-Montarville (Qc) J3V 5G8 Site Internet : www.sphq.quebec Publicité et distribution president@sphq.quebec Adhésion annuelle à la SPHQ avec 4 numéros Individu : 80 $ Institution : 85 $ Retraité ou étudiant : 40 $ Frais de poste et de manutention inclus La Société des professeurs d\u2019histoire du Québec (SPHQ) a été fondée à Québec le 20 octobre 1962 à l\u2019initiative du professeur Pierre Savard (1938-1998), secrétaire de l\u2019Institut d\u2019histoire de l\u2019Université Laval, avec la complicité du professeur Marcel Trudel (1917-2011), de la même institution, et de l\u2019abbé Georges-Étienne Proulx (1921-1998).La SPHQ a pour mission de promouvoir l\u2019enseignement de l\u2019histoire au Québec, sous tous ses aspects auprès de ses membres et de la population en général, et de contribuer à assurer l\u2019information et le développement professionnel de ses membres.À cette fin et par son expertise, elle peut mener des campagnes d\u2019information et d\u2019éducation, faire des représentations et des recherches concernant l\u2019enseignement de l\u2019histoire au Québec, développer des alliances avec d\u2019autres organismes et prendre tout autre moyen jugé utile pour réaliser cette mission.La revue Traces vise à assurer la diffusion de l\u2019information et le développement professionnel des membres de la SPHQ.Elle se veut un outil de perfectionnement pour tous ceux que l\u2019enseignement de l\u2019histoire intéresse, et le promoteur de l\u2019enseignement des sciences humaines au primaire et de l\u2019histoire au secondaire.Le nom Traces a été choisi pour rappeler les fondements de l\u2019Histoire qui se construit à partir des preuves de la présence des humains et de leur société dans le passé.Il rejoint, en second lieu, l\u2019empreinte particulière laissée par l\u2019enseignement de l\u2019Histoire sur l\u2019individu qui le reçoit.Il évoque finalement l\u2019action et l\u2019influence passées et présentes de la SPHQ dans le domaine de l\u2019Histoire et de son enseignement au Québec. Revue de la SPHQ | Été 2022 3 TRACES | Volume 60 no 3 Mot du président Raymond Bédard Enseignant d\u2019histoire retraité Conférence d\u2019ouverture du 60e congrès de la SPHQ Les 27 et 28 octobre prochain, lors de son congrès annuel, la SPHQ fêtera son 60e anniversaire de fondation.Il y a 60 ans, en pleine Révolution tranquille, le monde de l\u2019éducation était sur le point de connaitre des bouleversements sans précédent qui allait modi?er en profondeur l\u2019ancien système scolaire devenu désuet.Quelques mois plus tôt, le gouvernement Lesage créait une commission d\u2019enquête sur l\u2019enseignement au Québec, présidée par Mgr Alphonse-Marie Parent, dont les recommandations marqueront le début d\u2019un temps nouveau en éducation.A?n de mesurer tout le chemin accompli depuis cette époque, quoi de mieux que de rencontrer le dernier membre de la Commission Parent qui peut encore aujourd\u2019hui témoigner du travail fondateur de cette commission, le sociologue Guy Rocher.C\u2019est dans cet esprit que M.Rocher a accepté de rencontrer Véronique Charlebois et moi-même cet été pour la captation d\u2019une entrevue dont un court extrait sera présenté lors de la conférence d\u2019ouverture du congrès.Pierre Duchesne, qui enseigne le journalisme et la communication politique à l\u2019Université Laval, à l\u2019UQAM et à l\u2019ENAP, et qui vient de publier une biographie en deux tomes sur M.Rocher, sera le conférencier d\u2019ouverture avec une communication sur la Révolution tranquille de 1960 à 1970.La programmation complète du congrès, qui aura lieu à l\u2019Hôtel Delta de Trois-Rivières, sera disponible sur notre site web dès le début du mois d\u2019août.Mobilisation Franco | 2022 La SPHQ a été invitée à participer à l\u2019événement Mobilisation | Franco 2022 qui a rassemblé à Québec, les 9 et 10 mai dernier, une cinquantaine de représentants de la société civile francophone canadienne.Cet événement a été organisé conjointement par la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA) et le Centre de la francophonie des Amériques (CFA), avec le soutien du Secrétariat québécois aux relations canadiennes (SQRC).Un des objectifs était de favoriser le réseautage entre organismes du Québec et des collectivités francophones des autres provinces et territoires.Ce fut l\u2019occasion pour la SPHQ de tisser de nouveaux liens prometteurs avec des organismes liés à l\u2019éducation et aux médias.Le balado Passé date ?produit par QUB Radio et Montréal en Histoires, et diffusé sur notre site web, a suscité un vif intérêt.D\u2019ailleurs, à la ?n mai, le balado a reçu le prix NUMIX 2022, dans la catégorie divertissement.Parlons de l\u2019école Les récents propos de Grégory Charles sur sa conception de l\u2019école québécoise ont fait réagir nombre d\u2019intervenants du milieu scolaire.Même si sa fausse bonne idée de séparer les ?lles des garçons ne tient pas la route en regard des différentes études sur le sujet, ses propos ont le mérite de susciter un intérêt sur l\u2019école.En effet, il semble opportun que l\u2019éducation soit au cœur de nos préoccupations sociétales et suscite des débats et ré?exions au sein de la population.Le moment est peut-être venu, soixante après le début de la commission Parent, de lancer un nouveau chantier de travail sur l\u2019école québécoise de demain.D\u2019ailleurs le collectif Debout pour l\u2019école !, vient de publier un ouvrage dans ce sens : Une autre école est possible et nécessaire, préfacé par nul autre que le sociologue Guy Rocher qui a participé à la commission Parent des années 1960.La question des projets particuliers sélectifs dans les écoles secondaires publiques semble nourrir le débat, mais aussi le ?nancement des écoles privées.Au-delà de l\u2019architecture redessinée des nouvelles écoles, il y a assurément place pour un rebrassage d\u2019idées sur notre conception collective de l\u2019école québécoise. 4 Revue de la SPHQ | Éte 2022 TRACES | Volume 60 no 3 Depuis 2010, les Prix NUMIX récompensent l\u2019excellence des contenus numériques du Québec.Colloque international en éducation La vice-présidente de la SPHQ, Adriana Catinca- Stan, Marion Sauvaire et Denis Jeffrey de l\u2019Université Laval étaient responsables du colloque international en éducation qui se tenait au Palais des congrès de Montréal, le 5 mai dernier.Le thème de ce symposium du CRIFPE était : Éducation citoyenne : regards croisés sur des pratiques d\u2019enseignement dans diverses disciplines scolaires.Ce rendez-vous annuel fut l\u2019occasion pour des chercheurs en éducation du Québec et de la francophonie de partager le résultat de leurs recherches.Véronique Charlebois, membre du CA de la SPHQ, y a présenté un atelier intitulé : L\u2019éducation patrimoniale, une porte d\u2019entrée pour connaître sa communauté : le projet « Coup d\u2019œil sur le patrimoine ».Le nouveau référentiel de compétences professionnelles En 2020, le ministre Jean-François Roberge annonçait la publication du nouveau référentiel de compétences professionnelles de la profession enseignante.Ce document, fruit de la collaboration entre des partenaires des milieux universitaire et scolaire, remplace l\u2019ancien référentiel de 2001 et « vise à actualiser, à améliorer et à enrichir la formation à l\u2019enseignement pour permettre au personnel enseignant de continuer à jouer un rôle déterminant dans la réussite éducative des élèves.» Souvent méconnu des enseignants eux-mêmes, ce document a le mérite d\u2019encadrer la profession enseignante à l\u2019aide de grands principes liés à la pratique.Dans la Partie 4 Former aux connaissances à la base de l\u2019acte d\u2019enseigner, il y a un passage qui souligne l\u2019importance de la connaissance de la discipline enseignée, ce qui rejoint le travail de formation continue qu\u2019offre la SPHQ depuis des décennies entre autres lors du congrès annuel d\u2019octobre.« Finalement, les disciplines scolaires possèdent leurs propres ancrages scienti?ques avec leurs concepts, leurs méthodes et leurs démarches.Elles nécessitent donc la transmission de connaissances et l\u2019enseignement de méthodes actuelles, spéci?ques à leur domaine, que les enseignantes et les enseignants s\u2019engagent à connaître et à maîtriser.» p.35 Les associations professionnelles disciplinaires, telle que la SPHQ, ont donc un rôle important à jouer dans le développement de compétences professionnelles en enseignement.Le français et le CN : scène 1, prise 2 Le 20 novembre 1962, lors d\u2019un témoignage livré devant un comité parlementaire fédéral, le président du Canadien National (CN), Donald Gordon, justi?ait l\u2019absence de francophones parmi les 17 vice-présidents de l\u2019entreprise qu\u2019il dirigeait en déclarant que les francophones n\u2019avaient pas nécessairement les compétences requises pour combler ces postes.Cette déclaration, pour le moins provoquante et en pleine Révolution tranquille, a eu l\u2019effet d\u2019une bombe médiatique entraînant plusieurs manifestations nationalistes un peu partout au Québec et plus particulièrement à Montréal où l\u2019ef?gie du président a été brûlée lors d\u2019une de ces manifestations.Cet événement est passé à l\u2019histoire comme un élément qui s\u2019ajoute à la liste des frustrations des francophones face à l\u2019arrogance de l\u2019establishment anglophone qui va alimenter la montée du nationalisme québécois.Soixante ans plus tard, malheureusement l\u2019histoire se répète.Le CN, qui a son siège social à Montréal, estime qu\u2019aucun gestionnaire francophone n\u2019a les aptitudes pour siéger à son conseil d\u2019administration.Après l\u2019af?rmation récente du président d\u2019Air Canada qui se vante de pouvoir vivre à Montréal sans avoir besoin de parler français, ce nouvel épisode linguistique rappelle de bien mauvais souvenirs aux francophones du Québec.Propagande et guerre ! Le 24 février 2022 sera une date à inscrire dans les annales de l\u2019histoire des guerres du XXIe siècle.C\u2019est à cette date que la Russie de Vladimir Poutine a envahi militairement l\u2019Ukraine, un pays voisin souverain et gouverné par un parlement démocratiquement élu.Le nouveau Tsar de Russie veut reconquérir ce territoire, riche en ressources, qu\u2019il souhaite assujettir à son pouvoir.La fuite en Russie du président pro-Russe Ianoukovytch, le 23 février 2014, après quatre années au pouvoir, et l\u2019élection du nouveau président Porochenko qui souhaite un rapprochement avec l\u2019Union européenne ont mises à mal les relations russo-ukrainiennes.C\u2019est alors l\u2019occasion pour le président Poutine d\u2019enclencher son plan de reconquête de l\u2019Ukraine pour la ramener dans le giron russe.Première étape, soutenir les séparatistes pro-russes de la région du Donbass a?n qu\u2019ils déclarent la région autonome et annexer purement et simplement la Crimée.Entretemps en 2019, un nouveau président, Volodymyr Zelensky, est élu en Ukraine.Il est pro-européen et pro-OTAN et son élection vient accélérer les intentions belliqueuses de Poutine.Deuxième étape, préparer la population russe à une intervention militaire en Ukraine avec une campagne bien orchestrée usant de la désinformation et de la propagande gouvernementale. Revue de la SPHQ | Été 2022 5 TRACES | Volume 60 no 3 Le message est clair, l\u2019Ukraine est sous l\u2019emprise d\u2019un gouvernement nazi, rien de moins, et il faut libérer la population de cette menace pour sauver des vies.Cette rhétorique fonctionne grâce à l\u2019absence presque totale d\u2019information indépendante dont les organes sont à toute ?n pratique éliminés.Seule alternative pour sauver l\u2019Ukraine du fascisme qui la gangrène, une opération militaire d\u2019envergure.Les parallèles avec le discours et les moyens de Hitler pour justi?er ses actions d\u2019invasions dans les années 1930 sont troublants et n\u2019augurent rien de bon pour un règlement rapide du con?it.La réaction outrée des pays membres de l\u2019OTAN devant cette invasion non justi?ée a amené ces derniers à soutenir ?nancièrement l\u2019Ukraine dans la défense de son territoire.À l\u2019heure de la mondialisation, les conséquences sociale, politiques et économiques de ce nouveau con?it du XXIe siècle seront assurément importantes.Mais le plus dur reste pour le peuple ukrainien de voir leur pays ravagé et leur population décimée.Nul doute que les historiens auront de nouveaux chapitres sombres à écrire dans les livres d\u2019histoire du monde.Traces Dans ce numéro d\u2019été de Traces, en collaboration avec les éditions Septentrion, nous vous offrons un extrait du livre Le Royal William de Québec, de Eileen Reid Marcil sur le premier bateau à vapeur transatlantique.Sabrina Moisan, Sivane Hirsch et Karine Gélinas nous présentent une approche interdisciplinaire pour enseigner et analyser l\u2019histoire du génocide des Premiers Peuples au Canada.Samuel Moreau nous brosse un portrait de la civilisation viking en lien avec la magni?que exposition qui se tient au Musée Pointe-à-Callière.Le chroniqueur BD Ramon Vitesse, fait la recension d\u2019ouvrages sur les guerres.Isabelle Regout et Alexandre Pampalon nous font revivre l\u2019épopée des cageux sur le Saint-Laurent.Leah Szopko et Catherine Larochelle ont préparé une activité pédagogique originale qui puise dans les magazines pour adolescents des années 1950.Élections Québec donne le coup d\u2019envoi pour parler des élections au Québec qui devraient être déclenchées dans les prochains mois.De son côté, l\u2019équipe du Récitus nous propose de stimuler la discussion historique par le jeu.Mourad Boussetta et Myriam Mathieu-Bédard nous parlent d\u2019un projet de recherche en lien avec le site patrimonial Cartier-Roberval.Pour ma part, je vous fais découvrir le lien historique entre Edson Loy Pease de la Banque Royale et la ville de Saint-Bruno-de-Montarville.En terminant, la rubrique Quoi de neuf ?fait un tour d\u2019horizon des nouvelles parutions en histoire et des suggestions d\u2019expositions à visiter.Bonnes vacances scolaires ! Prix d\u2019excellence universitaire 2022 de la SPHQ En collaboration avec les départements des sciences de l\u2019éducation des universités participantes, la SPHQ offre à des étudiantes ou étudiants finissants du BES ayant obtenu la meilleure moyenne générale de leur faculté, un prix d\u2019excellence qui consiste en une inscription gratuite au congrès annuel de la SPHQ, ainsi qu\u2019un abonnement d\u2019une année à la revue Traces .Félicitations aux récipiendaires du prix d\u2019excellence universitaire de la SPHQ pour l\u2019année 2022 : Thomas Paradis, Université du Québec à Trois-Rivières Stéphane Assamoi, Université de Sherbrooke Véronique Roy, Université de Montréal Olivier Turgeon-Doyon, Université Laval 6 Revue de la SPHQ | Éte 2022 TRACES | Volume 60 no 3 Les cageux en vogue au Québec Ces risque-tout affrontent, avec un superbe sang-froid, les obstacles maritimes pour acheminer le bois équarri par radeaux jusqu\u2019au marché de Québec.Isabelle Regout et Alexandre Pampalon Experts de l\u2019ère des cageux N.D.A.Cette co-parution, dans la revue Histoires forestières du Québec de la Société d\u2019histoire forestière du Québec (SHFQ) et la revue Traces de la Société des professeurs d\u2019histoire du Québec (SPHQ), vulgarise les connaissances les plus à jour reliées aux cageux et cageuses alors que se poursuit notre travail de recherches : www.maisondescageux.com.La loi du plus fort De 1806 à 1813, les échanges européens ont été troublés par toute une série de mesures contraignantes comme le Blocus continental décrété par Napoléon 1er, le contre-blocus britannique et des droits de douane [P.Branda, 2007].L\u2019Angleterre en plein essor industriel dépend royalement du bois comme matière première pour maintenir sa suprématie sur les mers, autant pour ses navires de combat que pour ses navires de commerce pénétrant les comptoirs commerciaux du monde entier.Londres identi?e ses colonies de l\u2019Amérique du Nord britannique pour s\u2019approvisionner en bois naval et commercial [S.Pagé, 2005].La vallée de l\u2019Outaouais qui semble recouverte d\u2019in?nies et d\u2019inépuisables pinèdes et chênaies, devient un spectaculaire territoire d\u2019approvisionnement de ce diamant brut.Le commerce du bois du Saint-Laurent gon?e exponentiellement le volume de transport maritime qui mobilise « un grand nombre des meilleurs navigateurs et matelots » [J.S.Hogan, 1855].Le phénomène ?évreux du tra?c portuaire à Sillery répond aux besoins croissants de la Royal Navy en mâts et en espars [G.Paquet et J.-P.Wallot, 1971].Après les guerres napoléoniennes, ce commerce de bois équarri continuera de croître et demeurera la base du tra?c extérieur du Canada-Uni.Ce siècle d\u2019exception, tout en jetant les bases de la grande histoire industrielle du Canada, engendre la fabuleuse épopée des cageux (raftsmen).Ces voyageurs au tempérament de braise sont devenus le levain naturel d\u2019innombrables contes, récits et chansons populaires à leur gloire, tout comme la mie ?lante d\u2019un corpus littéraire international.La mise en train du bois Au cours de l\u2019hiver 1805-06, les collines de la Gatineau résonnent des coups de haches et des craquements des grands pins abattus [S.J.Gillis, 1975].Sous l\u2019œil attentif de Philemon Wright, sept cents grumes sont équarries.Dans nos forêts vierges, le pin blanc mesure jusqu\u2019à 60 m (197 pi) de hauteur [M.Huot, 2015].Un tel géant offre une récolte de trois plançons de 18 m (60 pi) pesant 1,6 tonne chacun.À l\u2019arrivée du dégel, les bois carrés de Wright sont assemblés dans une échancrure du littoral du canton de Hull pour former un train de bois (timber raft) ou une cage capable de résister aux rudes conditions de navigation.Sur le pont de la cage, des milliers de douves et de pièces de charpenterie supplémentaires sont chargées [R.Henderson, 2018].Pour cette périlleuse traversée de 250 miles marins (460 km) jusqu\u2019à Québec, tout repose sur le courage de cinq hommes d\u2019équipage, dont Philemon Wright et London Oxford, gentleman afro-américain.Guidée par la vigueur des courants, la masse de bois est un dé?de tous les instants à manœuvrer [L.Robidoux, 1988].Au mépris des infortunes, le train de bois Columbo mouille l\u2019ancre à Québec le 12 août 1806 permettant le commerce du bois de la cage.Ce tour de force révèle le parfait moyen de transport des billes sorties des forêts profondes.Plusieurs entrepreneurs forestiers suivent donc les traces de ce père de l\u2019industrie forestière et s\u2019investissent dans l\u2019assemblage des radeaux de bois carré [P.L.Lapointe, 2015].Le pin est crucial dans la construction de la cage, puisque cette essence fait ?otter le bâtiment.Pour atteindre le port de Québec, deux routes ?uviales de cages vont prévaloir.Venue d\u2019aussi loin que le lac Témiscamingue, la cage du nord descend la rivière des Outaouais jusqu\u2019au lac des Deux-Montagnes pour en?ler la rivière des Prairies et rejoindre le ?euve.La cage du sud quittant le lac Ontario suit le cours du ?euve en passant Revue de la SPHQ | Été 2022 7 TRACES | Volume 60 no 3 par les rapides de Lachine.En raison de l\u2019hydrographie, chaque trajet a ses particularités ouvrant le champ à deux méthodes distinctes de fabrication des cages [E.Labastrou, 2005].L\u2019ingéniosité de ces structures est époustou?ante lors même qu\u2019aucun clou n\u2019entre dans la construction ! Rien n\u2019est laissé au hasard et on débute par l\u2019assemblage des plançons en radeaux directement au plan d\u2019eau.La cage du sud, d\u2019une longueur n\u2019excédant pas 305 m (1000 pi), comporte généralement huit drames détachables répartis sur deux colonnes dans l\u2019axe proue-poupe.Le drame est composé d\u2019un groupe de plus petits radeaux indivisibles dont l\u2019ensemble mesure 18 m sur 76 m (60 pi sur 250 pi).Chacun de ces petits radeaux est formé d\u2019une rangée de billes disposées côte à côte, puis reliées entre elles à l\u2019aide de traverses en rondin et de harts souples en bouleau [A.Shortt, 1902 et D.D.Calvin, 1945].Lorsque les billes ont une longueur de 18 m (60 pi), on peut compter jusqu\u2019à huit petits radeaux par drame, mais lorsque les billes ont 12 m (40 pi) il y a plutôt 12 petits radeaux par drame.Le drame peut comporter jusqu\u2019à trois niveaux de bois, où le centre est placé perpendiculairement aux autres.Le niveau supérieur, hors de l\u2019eau et exempt de harts, accueille les cabines des cageux.Dans les couches inférieures au pont, un espace d\u2019environ 61 cm (2 pi) est prévu entre les extrémités des plançons conférant une certaine élasticité à ce tapis de bois [W.A.Foster, 1990] qui suit l\u2019ondulation de l\u2019eau.Les drames résistent à un dénivelé de plus de 61 m (200 pi) dans le corridor maritime Kingston-Montréal.La cage du nord, d\u2019une longueur n\u2019excédant pas 457 m (1500 pi), comporte un maximum de deux cent cinquante radeaux appelés cribes.Selon le Musée McCord [G.J.J.Tulchinsky, 1981], chaque cribe dont la longueur correspond à celui des plançons de 12 m (40 pi) ou de 18 m (60 pi), a une largeur de 7 m (24 pi).D\u2019autres l\u2019évaluant à 8 m (26 pi), il semble pertinent de collecter encore des données historiques sur le terrain.Or, la fabrication d\u2019un cribe répond à des normes particulières [C.Whitton, 1943], car sur la rivière des Outaouais une dizaine de glissoirs \u2014 aménagée à grands frais au XIXe \u2014 est capable de faire transiter, d\u2019amont en aval d\u2019une chute, un cribe entier.Une fois le glissoir passé, les radeaux intacts sont réassemblés en train de bois.Cette grande innovation technique contribue à l\u2019accélération du transit du bois et donc, à l\u2019expansion de l\u2019industrie forestière.On rapporte dans l\u2019Illustrated London News (1863) qu\u2019avant l\u2019invention de ces glissoirs, les cages Cage du Nord sur la rivière des Outaouais au XIXe siècle.Crédit : Paul Aird Université de Toronto L\u2019heure du repas sur une cage du sud au XIXe siècle.Crédit : Musée maritime des Grands Lacs à Kingston 8 Revue de la SPHQ | Éte 2022 TRACES | Volume 60 no 3 tardives en saison sont « dans l\u2019incapacité d\u2019atteindre la ville de Québec à temps » pour expédier le bois la même année en Angleterre.Puisque le premier glissoir à radeaux construit en 1828 aux chutes des Chaudières est toujours présent en 2022 sur le site de la E.B.Eddy, à Gatineau, on a tout à gagner à préserver et à mettre en valeur cet artéfact maritime unique.Au surplus, nous avons découvert à travers nos recherches que le grand Jules Verne, avec ses récits archiconnus à l\u2019international, en parle à son tour dans Famille-Sans-Nom (1888) : « On appelle cages, en Canada, des trains de bois, composés de (\u2026) cribes c\u2019est-à-dire de sections, dont l\u2019ensemble comprend au moins mille pieds cubes.À partir du jour où la débâcle rend le ?euve à la navigation, nombre de ces cages le descendent vers Montréal ou Québec (\u2026) Qu\u2019on se ?gure un assemblage ?ottant (\u2026) composé de troncs, qui ont été équarris sur les lieux mêmes par la hache du bûcheron, ou débités en madriers et en planches par les scieries établies aux chutes des Chaudières, sur la rivière des Outaouais.De ces trains, il en descend ainsi des milliers depuis le mois d\u2019avril jusqu\u2019au milieu d\u2019octobre, évitant les sauts et les rapides au moyen de glissoirs construits sur le fond d\u2019étroits canaux à fortes pentes.» Comment ce cribe est-il construit ?En 1903, Arthur Heming explique qu\u2019on prépare d\u2019abord un cadre composé de deux pins équarris ?xés aux extrémités par deux traverses plates.Les quatre coins sont fermement chevillés en position par des piquets de bois franc d\u2019un mètre (3 pi) taillés grossièrement à la hache.Sous ce cadre et entre les plançons extérieurs, on glisse douze à quinze pièces de bois équarris.En moins d\u2019une journée, les plançons détrempés en?ent légèrement permettant le renvoi des forces achevant l\u2019équilibre et la solidité de cette ossature.Tirés sur les traverses, trois ou quatre plançons de chêne sont placés parallèlement aux plançons inférieurs et aussi chevillés en place.La pesanteur des chênes joue un rôle de lest qui stabilise la navigation du cribe pesant approximativement 47 tonnes quand les bois ont 18 m (60 pi).En?n, les cribes sont réunis entre elles par des dosses perforées qu\u2019on en?le sur une paire de piquets de cribes à jumeler.Quand on désassemble des cribes, on retire des dosses.C\u2019est l\u2019opération effectuée au légendaire rapide du Rocher Capitaine du Haut-Outaouais où la cage est subdivisée en plusieurs groupes d\u2019environ 10 cribes qui passent sous les commandes des pilotes accompagnés chacun d\u2019un petit bataillon de cageux.En aval de l\u2019obstacle, la cage réassemblée s\u2019étend « sur plusieurs acres » [H.Gingras, 1974].Imaginez cette cage du nord de 200 cribes avec ses 25 rangées de 8 cribes de large.Cette immense île ?ottante mesure 457 m (1500 pi) sur 60 m (197 pi) et couvre une super?cie de 2,7 hectares soit l\u2019équivalent de 22 piscines olympiques ! Le romancier victorien Charles Dickens écrit : « Je fus impressionné de voir un gigantesque radeau ?ottant au gré du courant, avec 30 ou 40 maisonnettes à bord, et autant de mâts, de sorte que cela s\u2019apparentait à une avenue pavée en bois sur le Saint-Laurent.» [American Notes, 1842] Heming se souvient qu\u2019à côté de la cambuse se trouve un cribe portant la cabine du cuisinier.D\u2019autres cribes supportent les cabines cubiques de 2 m de côté (7 pi de côté) du maître de cage et des pilotes.Il y a aussi plusieurs maisonnettes conçues pour deux cageux.La cage, avec ses nombreuses voiles et ses cabanes, ressemble à un « petit village qui marche sur l\u2019onde » [J.C.Taché, 1884].Le train est hérissé de mâts auxquels pendent des voiles.Quand le vent ne les gon?e pas, on met de longues rames d\u2019environ 9 m (30 pi) dans les tolets, par bâbord et à tribord, pour faire avancer la cage.Selon la taille du train de bois ou le passage à franchir, un équipage peut compter entre cinquante et cent vingt cageux.Joseph-Charles Taché dans son livre Forestiers et Voyageurs portraiture cette caravane pittoresque : Glissoir à radeaux aux chutes des Chaudières Crédit : Archives Ville d\u2019Ottawa no.CA019921.tif Revue de la SPHQ | Été 2022 9 TRACES | Volume 60 no 3 « Qui n\u2019a pas passé des heures à voir ces trains de bois la nuit, alors que le brasier de leur vaste cambuse les illumine d\u2019une étrange lumière qui se re?ète dans l\u2019eau; alors que les hommes de cages, qui marchent, rament, ou dansent au son de la voix ou du violon, apparaissent dans le clair- obscur comme autant d\u2019êtres fantastiques faisant sorcellerie sur l\u2019eau ?» Beau temps, mauvais temps, qu\u2019importe, le but est d\u2019arriver à destination.Les cageux entrent ?èrement au port.Dans les auberges de la Basse-Ville de Québec, on célèbre les derniers exploits des cageux du nord jusqu\u2019au sud.Certains serrent leur scapulaire sur la poitrine en évoquant le vif souvenir d\u2019une vague redoutable sur le Long-Sault (Cornwall), un haut fond à la run du Coteau ou encore, un pilier du pont Victoria frôlé de trop près.Les cageux font ?gure de héros [J.A.Froment, 1915].Certains sont entrés dans la légende comme Jos Montferrand \u2014 ce coq de radeau à la force herculéenne et ce guide de cages respecté [A.G.Gard, 1906] \u2014 auquel l\u2019antiquité aurait élevé une statue [E.-Z.Massicotte, 1909].Lorsque le bois est roi Le métier séculaire de cageux est associé à deux activités majeures dans l\u2019histoire du Québec, soit l\u2019industrie forestière et la construction navale.Quelques 1 200 bateaux se rendent annuellement à Québec, vers 1840, pour y prendre le bois à livrer au Canada Dock à Liverpool.Durant le XIXe siècle, plus de 2 000 navires sont construits à la porte d\u2019entrée de l\u2019Amérique française.Le port de Québec est le troisième en importance d\u2019Amérique et le sixième au monde.Dans cette ambiance survoltée, l\u2019écossais Charles Wood, architecte naval, se rend à Québec.Son projet des navires-radeaux prend forme.Entre 1823-25, le public médusé assiste à la mise en service successive de deux mastodontes à l\u2019île d\u2019Orléans.Le Columbus de 3 690 tonneaux et le Baron de Renfrew de 5 294 tonneaux sont dix fois plus gros que la moyenne des navires en construction au port [E.R.Marcil, 2011].L\u2019ambition de Wood est de transporter des quantités extraordinaires de bois de la « manière la plus simple possible et au meilleur coût ».Certains bois équarris se gâtent dans les anses, au pied du Cap Diamant, car ils sont si volumineux qu\u2019aucun voilier ne veut s\u2019en encombrer par peur qu\u2019une tempête ne les déplace dans la cale et entraîne accidentellement la perforation de la coque.Wood prévoit construire une douzaine de navires-radeaux, mais l\u2019issue malheureuse des voyages des prototypes a plombé les espoirs.Il demeure que ce sont de véritables exploits maritimes réalisés chez nous.Le Canada, puissance forestière À la création du Canada-Uni en 1841, le débat s\u2019en?amme autour du choix unique de la capitale.Fait plus méconnu, les villes subodorées \u2014 Kingston, Montréal, Toronto, Hamilton, Ottawa et Québec \u2014 sont toutes situées sur l\u2019une des six routes ?uviales des cageux.La reine Victoria est priée en 1857 de sceller l\u2019emplacement dé?nitif de la capitale canadienne.Encore appelée Bytown deux ans plus tôt, Ottawa a des atouts géographiques, militaires et économiques de taille.Le célèbre Anthony Trollope Navire en construction au chantier de Lévis en 1885 Crédit : BAnQ no.03Q_P560S2DP11531 Anses à bois depuis Spencerwood à Québec en 1872 Crédit : Musée McCord no 1-76310 10 Revue de la SPHQ | Éte 2022 TRACES | Volume 60 no 3 relate dans North America (1862) que « la rivière des Outaouais est l\u2019endroit formidable pour ces radeaux de bois.On pourrait (\u2026) l\u2019appeler le quartier général du bois à travers le monde.» À l\u2019Exposition universelle de 1867, l\u2019année qui marque la naissance du Canada fédéré, notre pays y expédie plusieurs peintures à l\u2019huile de l\u2019artiste Cornelius D.Krieghoff.La représentation du commerce du bois carré est dominante.Son œuvre Wrecked Raft illustre une scène dramatique au lac Saint-Pierre où les cageux, tels des Ulysses, se sont ligotés aux mâts de leur cage coincée dans une tempête hurlante.Les nations étrangères ont en tête un Canada boisé [F.Ducuing, 1867] et cette image de marque perdure encore aujourd\u2019hui [F.De Cia, 2019].Sir Adolphe-Basile Routhier, auteur du chant patriotique Ô Canada en 1880, immortalise sa rencontre avec les cageux dans « Souvenirs d\u2019enfance » [G.Boileau, 1997] : « Pendant l\u2019été ce sont les hommes de cages, que nous appelons les Voyageurs.Les grands convois de bois carré sont partis des forêts lointaines.Les grandes cages [font] leur apparition comme une imposante procession de navires, plus grands que les transatlantiques géants s\u2019avançant avec lenteur sur les eaux (\u2026) Chaque cage avait son escouade de rameurs qui obéissaient aux cris cadencés du guide.Du rivage, on entendait leurs chants (\u2026) Je ne pouvais me lasser d\u2019écouter les voix robustes et souvent très belles de ces infatigables chanteurs.» Dans les griffes de l\u2019imaginaire Le train de bois épouse les vagues Et se débat comme un poisson frétillant Frais pêché, déboussolé, hors de l\u2019eau.[A.Pampalon, 2021] Les cageux ont participé graduellement à construire un riche folklore par la nature héroïque de leur long voyage sur les eaux [J.Pomerleau, 2001].Cette époque romanesque a inspiré de grands créateurs comme Crémazie, Buies, de Montreuil, Fréchette, Julien, Le May, Hopkins, Bartlett, Chapman, Girard, Guyon, Narrache, O\u2019Brien, Heming, Caron, et bien d\u2019autres ! Et maintenant, montez à bord ! [La Presse, 1903 et W.A.Foster, 1890] Après une nuit de sommeil à la belle étoile, un déjeuner est pris à la hâte.Le travail commence.Les cris d\u2019Aimé Guérin, maître de cages surnommé Le Vieux Prince, et des pilotes couvrent le rugissement des rapides.Au signal, le train de bois se déchire et d\u2019énormes sections se détachent.Les pilotes sont en position et, en quelques instants, les cinq drames l\u2019un après l\u2019autre s\u2019élancent.Vingt-quatre cageux, répartis à l\u2019avant et à l\u2019arrière, plongent leurs rames au plus profond de l\u2019eau.Les vagues bondissent à leur rencontre.Les rameurs de proue tombent à genoux et s\u2019accrochent aux traverses.Le pilote donne un ordre rapide, et instantanément, on inverse les rames.Plongez, tourbillonnez, tourbillonnez ! Les dents serrées, les sourcils noués, les muscles tendus, l\u2019équipage parvient à garder la proue vers l\u2019aval.Le cœur battant et la respiration haletante, ils arrivent au milieu des rapides et les courants se croisent dans tous les sens.C\u2019est au sein de cette Charybde et Scylla qu\u2019il faut passer.Le drame, disparaissant dans l\u2019écume, continue de descendre les rapides de Lachine dans une danse échevelée.Quelques moments encore avant que le drame sorte des rapides endiablés.Ils sont en?n sains et saufs, l\u2019équipage se sourit dont trois femmes mohawks du village de Kahnawà:ke.Retenez de cette histoire la présence des cageuses dans la conduite des radeaux ! Renouer avec une tradition maritime Les exploits de ces mariniers hors-norme \u2014 majoritairement canadiens-français grâce à « leur dextérité, leur expérience de la navigation et leur connaissance de la rivière » [T.Brennan, 1976] \u2014 ont charmé l\u2019imagination populaire.Ces légendes authentiques sont « la moelle » de notre littérature nationale [J.S.Lesage, 1925].Les 125 députés de l\u2019Assemblée nationale du Québec ont fraîchement adopté une motion historique honorant la mémoire de nos marins atypiques du ?euve Saint- Laurent.Ce geste réservé au Salon bleu s\u2019est amarré à notre traité qui longe toutes les rives du Québec : https://bit.ly/31CVbWP.Appuyez la création par l\u2019État québécois du premier musée sur les cageux en naviguant sur www.columbo1806.com.Ouvert au grand public, la nouvelle Maison des cageux du ?euve Saint-Laurent, situé au 383 rue Notre-Dame à Lanoraie, permet de découvrir l\u2019univers des cageux et d\u2019examiner de près la reconstitution historique d\u2019un radeau en pin blanc.Soyez les bienvenus ! Revue de la SPHQ | Été 2022 11 TRACES | Volume 60 no 3 Edson Loy Pease, la Banque Royale du Canada et Saint-Bruno-de-Montarville : Chemins croisés Raymond Bédard, enseignant retraité Depuis la fondation en 1817 de la Banque de Montréal, la première banque au Canada, l\u2019histoire industrielle du Québec et du Canada est intimement liée aux institutions ?nancières qui vont graduellement s\u2019installer au Canada-Uni en 1840, puis dans le Dominion du Canada de 1867.Le développement bancaire frénétique, mais instable, de la ?n du 19e siècle entraine un processus de concentration des institutions ?nancières au début du 20e siècle.La Banque Royale sera une de celles qui vont jouer un rôle de premier plan dans cette transformation du milieu bancaire.Une bourgeoisie d\u2019affaire, principalement anglophone, contrôle ces grandes institutions ?nancières et grandes entreprises issues d\u2019une économie capitaliste en pleine expansion.Par la même occasion, la montée de la bourgeoisie industrielle entraîne une transformation de l\u2019aménagement des grandes villes, principalement Montréal, alors métropole économique du Canada.Les grandes familles bourgeoises quittent la vieille ville pour s\u2019installer en hauteur, sur les versants du Mont Royal, dans le quartier appelé le Golden Square Mile.Parallèlement à cette transformation de la ville, un phénomène moins connu se développe au sein de cette bourgeoisie d\u2019affaire, l\u2019aménagement de villa de campagne pour s\u2019éloigner, en période estivale, de la clameur de la ville.C\u2019est dans cette mouvance que le parcours professionnel d\u2019Edson Loy Pease, ?gure marquante du milieu ?nancier montréalais au tournant du 20e siècle en tant que directeur de la Banque Royale, est lié au développement d\u2019un petit village agricole de la Rive sud de Montréal, Saint-Bruno-de-Montarville.Edson Loy Pease (1856-1930) Douzième d\u2019une famille de quatorze enfants, Edson Loy Pease naît le 2 septembre 1856 sur une ferme de Coteau- Landing, un village situé à environ 70 km à l\u2019ouest de Montréal.Son père, Orton Pease s\u2019était installé au Bas- Canada en 1823 en provenance du Massachusetts.D\u2019abord cordonnier, Orton Pease devient propriétaire d\u2019un magasin général et investit avec succès dans l\u2019immobilier, ce qui en fait un personnage in?uent de la petite localité.En 1873, suivant l\u2019exemple de Charles Rudolph Hosmer, un ami d\u2019enfance qui deviendra un homme d\u2019affaire in?uent, Edson Loy prend le chemin des États-Unis où il trouve du travail dans une compagnie de télégraphe à Ogdensburg, dans l\u2019État de New York.Son séjour américain est de courte durée car, dès le printemps de 1875, il obtient un poste de commis junior à la succursale Wikimedia Commons : Musée McCord: Edson Loy Pease en 1881 12 Revue de la SPHQ | Éte 2022 TRACES | Volume 60 no 3 montréalaise d\u2019une institution torontoise, la Banque canadienne de commerce.Il gravit rapidement les échelons pour devenir inspecteur, poste qui consistait à faire respecter les directives du siège social.À cette époque des débuts de la fédération canadienne, on assiste à un phénomène de raffermissement du système bancaire avec le rachat, par de grandes banques, de nombreuses petites institutions ?nancières trop fragiles.C\u2019est dans ce contexte que Pease amorce une carrière dans les hautes sphères du milieu ?nancier.La Banque des marchands de Halifax En 1883, la Banque des marchands de Halifax, qui possède des succursales dans les trois provinces atlantiques, souhaite prendre de l\u2019expansion.Edson Loy Pease est alors recruté par l\u2019institution à titre de comptable et part s\u2019installer dans la capitale de la Nouvelle-Écosse.C\u2019est dans cette ville portuaire qu\u2019il se marie et où naîtront ses trois enfants.La première tâche de Pease consiste à harmoniser les méthodes utilisées au sein de l\u2019institution pour prévenir des détournements de fonds dont la banque avait été victime quelques temps auparavant et à uniformiser les pratiques de crédit.Conscient de l\u2019importance de Montréal, au centre d\u2019un Canada alors en pleine expansion vers l\u2019Ouest, et pour améliorer les rendements de la banque, il propose en 1887 l\u2019ouverture d\u2019une succursale dans la métropole canadienne de l\u2019époque.D\u2019abord réticents, les administrateurs se laissent convaincre de la pertinence de cette opération d\u2019expansion.Pease devient directeur de la succursale montréalaise et s\u2019emploie à trouver de nouveaux clients d\u2019affaires dans la ville.Ses liens d\u2019amitié avec Hosmer, devenu chef du service télégraphique de la compagnie de chemin de fer Canadien Paci?que, seront un atout important pour lui ouvrir les portes du milieu des affaires de Montréal.À la ?n des années 1890, la Banque des marchands est devenue une institution d\u2019envergure nationale, dotée d\u2019un actif de 17 102 000 $ et de 42 succursales.1 En 1897, en quête de nouveaux marchés, Pease se rend en Colombie-Britannique où il inaugure des succursales dans deux villes minières en plein essor.Deux ans plus tard, c\u2019est dans l\u2019État de Washington qu\u2019il procède à nouveau à l\u2019ouverture de succursales.En 1898, la courte guerre hispano-américaine, dans laquelle les États-Unis soutiennent l\u2019indépendance de Cuba et leur permettent de mettre en place un protectorat sur l\u2019île, offrira l\u2019occasion à Pease d\u2019entrevoir une collaboration avec les entreprises américaines.Pease se trouve déjà à La Havane dans les mois qui suivent le débarquement des troupes américaines.Il est rapidement rejoint par d\u2019autres hommes d\u2019affaires canadiens, dont William Cornélius Van Horne, le grand patron du Canadien Paci?que, qui va créer le Cuba Railroad.En 1899, la Banque des marchands ouvre une succursale à La Havane, puis dans d\u2019autres provinces de Cuba productrices de sucre et dont la production est exportée principalement vers les États-Unis.La Banque des marchands s\u2019installe aussi dans d\u2019autres parties des Antilles et de l\u2019Amérique du Sud : à Porto Rico en 1907, à la Jamaïque en 1911, au Brésil en 1919 et au Panama en 1929.L\u2019Europe n\u2019est pas reste avec des succursales à Londres (1910), à Barcelone (1918) et à Paris (1919).« En 1928, la Banque des marchands était l\u2019institution bancaire canadienne la mieux représentée outre-mer : elle avait 121 succursales réparties dans 28 pays.»2 Wikimedia Commons : Musée McCord, L\u2019ancien édifice de la Banque Royale à Montréal tel qu\u2019il apparaissait en 1920, incluant les quatre statues d\u2019Augustus Lukeman, enlevées depuis.1.Duncan McDowall, PEASE, EDSON LOY, dans Dictionnaire biographique du Canada, vol.15, Université Laval/University of Toronto, 2003, p.3 2.Ibid p.4 Revue de la SPHQ | Été 2022 13 TRACES | Volume 60 no 3 La Banque Royale En 1899, Pease devient co-directeur général avec comme responsabilité Montréal, la Colombie-Britannique et Cuba.Puis avec le départ à la retraite de David Hunter Duncan, l\u2019autre co-directeur, Pease obtient l\u2019entière responsabilité du poste de directeur général.En 1901, dans une volonté de donner une image plus nationale et avec l\u2019appui du président, il modi?e le nom de la Banque des marchands pour Banque Royale du Canada.Il rapatrie les principales opérations à Montréal et y installe le siège social dès 1907.La création de deux nouvelles provinces canadiennes dans l\u2019Ouest, la Saskatchewan et l\u2019Alberta en 1905, sous le gouvernement libéral de Wilfrid Laurier, laisse entrevoir un bel avenir pour l\u2019économie.La croissance économique est au rendez-vous au cours de la première décennie du 20e siècle.Dans une vision d\u2019expansion continentale et d\u2019un processus d\u2019amélioration de la rentabilité, Pease amorce un programme de fusion de succursales à travers tout le pays.De 1910 à 1925, la Banque royale procède ainsi à cinq fusions dans différentes régions du Canada.« Réalisée en 1912, sa fusion avec la Traders Bank of Canada, sise à Toronto, raffermit sa position en Ontario.L\u2019acquisition de la Banque de Québec en 1917 accrut son in?uence sur le commerce anglo-québécois et la fusion avec la Northern Crown Bank en 1918 grossit son réseau dans les Prairies.La dernière fusion, et la plus importante, qui apporta à la Banque royale 217 succursales de la Banque Union du Canada fut conçue par Pease et réalisée en 1925 par son successeur, Charles Ernest Neil.»3 Ces fusions s\u2019inscrivent dans un mouvement de concentration bancaire amorcé à la ?n du 19e siècle et qui s\u2019accentue au début du 20e siècle.Ainsi, le nombre de banques à charte au Canada passe de 37 en 1896 à 22 en 1914 et 11 en 1925.« La Banque Royale est celle qui connait la croissance la plus importante.Son actif qui est de 179 millions de dollars en 1913, frise le milliard en 1929.À ce rythme, elle dépasse la vénérable Banque de Montréal à la ?n des années 1920 et devient dès lors la plus importante institution ?nancière du pays.»4 En 1916, en pleine Première Guerre mondiale qui a stimulée grandement la production industrielle à laquelle les banques sont liées, Pease est nommé président de l\u2019Association des banquiers canadiens, poste qu\u2019il occupe jusqu\u2019en 1919 alors qu\u2019il est nommé président honoraire à vie.Progressiste, Pease est conscient des dif?cultés de crédit occasionnées par la guerre et souhaite la mise sur pied d\u2019une banque centrale canadienne à l\u2019image de la banque de la Réserve fédérale américaine qui peut intervenir dans l\u2019économie en ?xant, entre autres, les taux d\u2019intérêts.Cette approche interventionniste inquiète les présidents de plusieurs banques en particulier celle de Montréal qui, en tant que banque du gouvernement, craint de perdre ses avantages.Le projet de Pease est soumis au ministre fédéral des Finances William Thomas White mais ne sera pas retenu.La grande dépression des années 1930 va relancer le projet et en 1934, à la suite de la tenue d\u2019une commission royale d\u2019enquête sur les banques et la monnaie au Canada, la Banque du Canada est ?nalement créée.Compte-tenu de l\u2019importance de cette institution fédérale dans la vie économique canadienne, il est regrettable que l\u2019histoire n\u2019ait pas retenu le rôle majeur qu\u2019Edson Loy Pease a tenu dans sa conception.Pease meurt d\u2019un cancer, le 29 décembre 1930, à Nice près de Cap Antibes sur la côte d\u2019Azur où il venait tout juste de louer une villa.Sa femme et son plus jeune ?ls étaient décédés quelques années avant lui.Il est enterré au cimetière du Mont-Royal, aux côtés de son ami Charles R.Hosmer décédé en 1927.Mount Bruno Association « Ce désir de construire des maisons de campagne et de s\u2019évader de l\u2019atmosphère étouffante des cités dès le mois de juin est une tradition implantée au Canada par le général Frederick Haldimand à la ?n du XVIIIe siècle.En effet, peu de temps après son entrée en fonction comme gouverneur à Québec en 1870, Haldimand cherche un endroit de fraîcheur en banlieue et s\u2019établit sur les hauteurs de la falaise, à la chute Montmorency.Il érige une villa palladienne entourée de vastes galeries et pavillons.Là, le tout Québec se retrouve durant la belle saison.Ce fut la première villa à être érigée au Canada.»5 À l\u2019image de ce qui se passe aux États-Unis à la ?n du 19e siècle, et avec le développement du réseau de chemin de fer, on assiste au Québec à la construction d\u2019hôtels de villégiature pour une classe riche en quête de repos et de fraicheur pour la période estivale.Cependant, il n\u2019est 3.Ibid p.5 4.Paul-André Linteau, Histoire de Montréal depuis la Confédération, Boréal, Montréal, 1992, p.304.5.France Gagnon Pratte, Maisons de campagne des Montréalais 1892-1924 : l\u2019architecture des frères Maxwell, Éditions du Méridien, Montréal, 1987, p.19. 14 Revue de la SPHQ | Éte 2022 TRACES | Volume 60 no 3 pas toujours nécessaire d\u2019aller très loin de Montréal pour chercher ces havres de paix.La construction de maisons de campagne ou résidences secondaires dans la région de Montréal offre une alternative très attrayante.C\u2019est dans cette mouvance que Edson Loy Pease acquiert, en 1897, 405 hectares de terres sur le Mont Saint-Bruno situé à une trentaine de kilomètres sur la rive sud de Montréal.Depuis 1849, la petite municipalité rurale de Saint-Bruno est reliée par le train, sur la ligne Montréal- Saint-Hyacinthe.Le mont Saint-Bruno offre l\u2019avantage d\u2019être près de Montréal et de posséder une nature généreuse avec des lacs entourés de forêts.À l\u2019époque où Pease achète ces terres, le manoir des seigneurs de Montarville (le régime seigneurial ayant été aboli en 1854) qui appartient à la famille Bruneau, est toujours là.C\u2019est par l\u2019intermédiaire de William-Henry Drummond, un poète d\u2019origine irlandaise, que Pease fréquente et avec qui il vient y pêcher, qu\u2019il découvre le site.« Pease, sensible au lieu, entend par la suite parler de la criée pour sa vente, à l\u2019église du village, et acquiert le domaine pour 45 000 $.»6 Pease a comme objectif de subdiviser le pourtour du lac Seigneurial en une trentaine de lots qui seront vendus à de riches hommes d\u2019affaire de Montréal et il crée à cette occasion la Mount Bruno Association.C\u2019est sur les rives du lac du Moulin, quelques mètres plus bas où se déverse le lac Seigneurial, qu\u2019il fait construire sa propre résidence secondaire.C\u2019est l\u2019architecte montréalais de renom Edward Maxwell qui a la charge de la conception de la villa, baptisée The Pines, ainsi que celle de deux autres villas de ses amis (George Drummond et Hal Brown), qui se joignent au projet et s\u2019installent dans le domaine.« Ces trois maisons de campagne pour messieurs Drummond, Pease et Brown sont admirées par les Montréalais et les attirent dans ce nouvel endroit de villégiature.À partir de ce moment, de vastes terrains sont vendus et d\u2019imposantes résidences apparaissent, qui font ?gure de petits châteaux de bardeaux régnant sur de magni?ques domaines.»7 Malheureusement, la maison Pease brûla dans un incendie quelques mois à peine après sa construction et fut remplacée par une nouvelle bâtisse qui sera aussi détruite par le feu en 1941.Raymond, le ?ls aîné de Pease, périt dans cet incendie.Au milieu de la végétation près de grands pins blancs, on peut toujours apercevoir les fondations de cette maison près du moulin seigneurial.Présidé par Pease jusqu\u2019à sa mort en 1930, le vaste domaine est géré et entretenu en copropriété par l\u2019association.L\u2019ancien moulin seigneurial, alors situé à l\u2019intérieur du domaine, est converti en chapelle où les membres y célèbrent des mariages, des baptêmes et des messes.La maison dite Murray du nom du premier gardien qui y a résidé et qui servait de poste de contrôle à l\u2019entrée du domaine, existe encore aujourd\u2019hui.Elle appartient au gouvernement du Québec, par le biais de la SÉPAQ qui administre le Parc du Mont-Saint-Bruno.En phase avec son époque, le domaine Pease est en quelque sorte le re?et de la période de développement de la villégiature de luxe au mont Saint-Bruno.6.Jacques Des Rochers, Étude historique et analyse patrimoniale en vue d\u2019établir la pertinence du rétablissement d\u2019un jardin au Mont Saint-Bruno, Montréal, 1994, p.9.7.France Gagnon Pratte, Maisons de campagne des Montréalais 1892-1924 : l\u2019architecture des frères Maxwell, Éditions du Méridien, Montréal, 1987, p.179.Pines house, résidence d\u2019Edson Loy Pease à la montagne en 1941, Archives de la Société d\u2019histoire de Montarville Maison Murray à l\u2019entrée Parc du Mont Saint-Bruno, chemin de la Rabastalière Est, photo Yves Bédard Revue de la SPHQ | Été 2022 15 TRACES | Volume 60 no 3 La Mount Bruno Floral L\u2019aménagement de la villa de campagne de Pease sur le mont Saint-Bruno aura des conséquences sur le développement économique du village, non seulement par l\u2019embauche d\u2019ouvriers saisonniers travaillant pour la Mount Bruno Association, mais aussi par la mise sur pied par Pease lui-même d\u2019une ferme ?orale non loin de sa maison de campagne.Passionné de plantes, Pease fonde en 1908 la Mount Bruno Floral et fait construire d\u2019immenses serres sur le mont Saint-Bruno.La compagnie produit et transporte jusqu\u2019à la gare des roses, des œillets, des pois de senteur, des violettes, des lys et des chrysanthèmes pour les acheminer vers les marchés urbains des grandes villes.En 1910, a?n de faciliter le transport de la production ?orale, les installations sont déménagées près de la gare où l\u2019on construit de grandes serres chauffées au charbon.En 1922, l\u2019entreprise se spécialise dans la production de rose et aménage de nouvelles serres à cet effet.La production annuelle atteindra même 2 200 000 roses qui sont expédiées à travers le Canada et même aux États-Unis.L\u2019entreprise jouit d\u2019une grande réputation au Canada et est considérée comme la plus grande productrice de ?eurs coupées à l\u2019est de Toronto.À la mort d\u2019Edson Loy Pease, c\u2019est son ?ls Raymond qui prend la relève, puis une ?ducie au décès de ce dernier, suivit d\u2019un dernier propriétaire de 1967 à la faillite de l\u2019entreprise de la Ferme ?orale en 1982.« La crise énergétique des années 1980, l\u2019emploi d\u2019engrais et la vétusté des installations suscitèrent de graves dif?cultés qui menèrent à la faillite.»8 Finalement, les serres sont démantelées en 1985.Mount Bruno Country Club Autre aspect de l\u2019in?uence de Pease sur le développement de Saint-Bruno, en 1918, il entreprend la construction d\u2019un club de golf sur le ?anc sud-est du Mont Saint-Bruno.Ce sport est très à la mode au sein de la bourgeoise d\u2019affaire depuis la ?n du 19e siècle, avec l\u2019ouverture du premier club de golf au Canada le Royal Montreal Golf Club en 1873.« Mal à l\u2019aise dans le milieu guindé des banquiers montréalais, il prit une part active à la création du Mount Bruno Country Club, au sud de la ville.[\u2026] Cet endroit sélect était fréquenté par l\u2019élite anglophone de Montréal qui ne se sentait pas la bienvenue au Royal Montreal Golf Club.»9 L\u2019aménagement du Mount Bruno Country Club est ?nancé par Pease par le biais de la Banque Royale et la composition des premiers membres ne laisse aucun doute sur les liens étroits qu\u2019il entretient avec les milieux ?nanciers et industriels de Montréal.On y retrouve entre autres l\u2019homme d\u2019affaire William Birks, des bijouteries Henry Birks and Sons, Sir Vincent Meredith, président de la Banque de Montréal et de la Royal Trust Co, et George Drummond président de la Drummond Mines Ltd et directeur de la Liverpool & London & Globe Assurance Co.Le Club est l\u2019hôte de nombreux championnats, où s\u2019illustrent des vedettes du monde du golf.En 1922, l\u2019Omnium du Canada se tient dans ces lieux.Pease est président du club de sa fondation jusqu\u2019en 1928.Ce club de golf privé très sélect est toujours en opération aujourd\u2019hui.Conclusion C\u2019est ainsi que les chemins d\u2019Edson Loy Pease, personnage incontournable de l\u2019histoire ?nancière du Québec et du Canada pour son rôle majeur au sein de la Banque Royale du Canada au tournant du 20e siècle, ont croisé celui de ce petit village agricole de Saint-Bruno- de-Montarville devenu grande ville de banlieue.8.Charlotte Leclerc Bonnefant, Saint-Bruno-de-Montarville, Fragments d\u2019histoire, Société d\u2019histoire de Montarville, 1992, p.55.9.Duncan McDowall, op.cit, p.6.Les serres de la Mount-Bruno Floral en 1956, Archives de la Société d\u2019histoire de Montarville 16 Revue de la SPHQ | Éte 2022 TRACES | Volume 60 no 3 Sources Des Rochers, Jacques.Étude historique et analyse patrimoniale en vue d\u2019établir la pertinence du rétablissement d\u2019un jardin au Mont Saint-Bruno, Montréal, 1994.Dickinson, John A.et Brian Young, Brève histoire socio- économique du Québec, Septentrion, Québec, 1992.Gagnon Pratte, France.Maisons de campagne des Montréalais 1892-1924 : l\u2019architecture des frères Maxwell, Éditions du Méridien, Montréal, 1987.Leclerc Bonnefant, Charlotte.Saint-Bruno-de-Montarville, Fragments d\u2019histoire, Société d\u2019histoire de Montarville, 1992.Linteau, Paul-André.Histoire de Montréal depuis la Confédération, Boréal, Montréal, 1992.Linteau, Paul-André, René Durocher et Jean-Claude Robert, Histoire du Québec contemporain, de la Confédération à la crise, Boréal, Montréal, 1979.McDowall, Duncan.PEASE EDSON LOY, dans Dictionnaire biographique du Canada, vol.15, Université Laval/ University of Toronto, 2003.Portrait du patrimoine culturel et identitaire, cahier Saint-Bruno-de-Montarville, L\u2019enclume, 2014. Revue de la SPHQ | Été 2022 17 TRACES | Volume 60 no 3 VIKINGS \u2013 Dragons des mers du Nord Samuel Moreau, Chargé de projets expositions au Musée Pointe-à-Callière Dans le cadre de la production d\u2019une exposition comme Vikings \u2013 Dragons des mers du Nord, nous avons à nous plonger dans le sujet et à tenter de le représenter de la façon la plus complète et authentique possible.Nous ne sommes au départ pas des experts du contenu, mais nous devenons des experts de la façon de le présenter et de créer un dialogue entre le monde scienti?que et les visiteurs.Ce travail de diffusion et d\u2019éducation se fait en collaboration avec des experts et des conseillers scienti?ques qui vouent leur carrière au sujet.Cette façon de faire nous permet de présenter des expositions à la fois rigoureuses et accessible au grand public.L\u2019image du Viking Ils ont ravagé des villes, pillé des monastères, souillé l\u2019Europe par leur barbarie à l\u2019aube du Moyen Âge.Mais est-ce la vraie histoire ?À partir du 8e siècle, Francs et Anglo-saxons sont témoins des exactions de ces peuples scandinaves sur leur territoire et vont en faire le récit dans leurs chroniques.L\u2019histoire est donc écrite du point de vue de l\u2019opposant à l\u2019envahisseur viking ce qui donnera longtemps une version partielle et biaisée de la réalité historique.En vérité, une faible proportion des gens des sociétés scandinaves partait piller, et les Vikings forment davantage des sociétés d\u2019agriculteurs, de chasseurs, de pêcheurs, et de commerçants.Mais c\u2019est l\u2019image de Exposition Vikings \u2013 Dragons des mers du Nord Photo : Patrick Desrochers © Pointe-à-Callière, Cité d\u2019archéologie et d\u2019histoire de Montréal 18 Revue de la SPHQ | Éte 2022 TRACES | Volume 60 no 3 guerriers redoutables qui passera à l\u2019histoire et que le cinéma et les séries télés vont exploiter à fond.Le sujet étant très présent dans la culture populaire, c\u2019est l\u2019occasion idéale pour le Musée Point-à-Callière d\u2019aborder la civilisation viking sous un angle plus large, plus complet a?n de brosser un tableau plus juste de ces peuples du Nord.Qui sont vraiment les Vikings ?L\u2019âge des Vikings est une période temporelle traditionnellement datée de 793 à 1066.Pourquoi ces dates ?En 793, des guerriers en provenance de Norvège traversent la mer du Nord dans leurs fameux navires, et attaquent le monastère dédié à Saint-Cuthbert à Lindsfarne, en Northumbrie (aujourd\u2019hui le Nord de l\u2019Angleterre).Cet événement marque le début de l\u2019ère viking.Près de trois siècles plus tard, en 1066, le roi anglo- saxon Harold Godwinson vainc le Viking Harald à la Belle chevelure à Stamford Bridge près de York, puis est lui- même défait par Guillaume le Conquérant à Hastings dans le sud de l\u2019Angleterre.Ces deux batailles marquent la ?n de l\u2019ère viking.Comme ses repères temporels sont liés à des événements se déroulant en sol anglais, ils ne re?ètent que partiellement la réalité historique scandinave.L\u2019âge des Vikings, c\u2019est l\u2019aube du Moyen Âge, ou le « Haut Moyen Âge ».Comme les Vikings n\u2019ont pas de réel système d\u2019écriture, nous sommes donc techniquement toujours à la préhistoire pour cette civilisation ! C\u2019est aussi la période Carolingienne, marquée par l\u2019empire Franc de Charlemagne et sa succession.Se côtoient aussi à la même époque le califat abbasside dans le monde musulman, le califat de Cordoue (Espagne actuelle), et l\u2019empire byzantin de Constantinople.Les Vikings ont d\u2019ailleurs des contacts avec tous ces peuples.Les Vikings sont les sociétés de langues scandinaves de la Norvège, de la Suède et du Danemark.Bien que ces pays n\u2019existent pas encore, leur dénomination, elle, existe déjà.Les Vikings vont par contre rapidement s\u2019établir en Angleterre, principalement sur la côte Est (un territoire qu\u2019on appellera le Danelaw), et vont aussi coloniser les iles de la Mer du Nord (Shetland, Orcades, Ile de Man\u2026).Ils vont aussi s\u2019installer en Irlande, au Nord de la France, et éventuellement en Islande et au Groenland.Les Vikings suédois sont aussi à l\u2019origine du royaume des Rus\u2019, ancêtre de la Russie actuelle.Vigingr Les Vikings sont avant tout un peuple de paysans, d\u2019agriculteurs, de pêcheurs, d\u2019artisans et de commerçants, que le contexte socio-économique a amenés à se transformer en guerriers, le temps d\u2019une expédition pour s\u2019enrichir, ce que signi?e le mot « vikingr ».Une occupation saisonnière, à laquelle on s\u2019affaire lors d\u2019une partie de sa vie.C\u2019est dire donc, que ceux qu\u2019on appelle aujourd\u2019hui les Vikings, ne se s\u2019appellent pas ainsi entre eux.Les Anglais les appelaient « Danes » peu importe s\u2019ils étaient Danois, Norvégiens, ou Suédois.Les Francs les appelaient les Hommes du Nord, ou Normands.Les chrétiens les appelaient païens, ou « heathens ».Par extension, nous en sommes venus par appeler « Vikings » l\u2019ensemble des sociétés scandinaves du haut Moyen Âge.Comment réconcilier l\u2019image populaire et la réalité Si la guerre ne constitue pas l\u2019activité principale des populations vikings, cependant, l\u2019idéologie guerrière, elle, est bien présente.Parmi la douzaine de principaux dieux du panthéon nordique, au moins quatre sont des dieux de la guerre.La possibilité de mourir d\u2019une façon glorieuse au combat et de rejoindre Odin dans son palais, le Valhalla, est une histoire qu\u2019on se raconte au quotidien.C\u2019est cet aspect de la culture viking qui façonne sa représentation dans la pop-culture, et qui rejoint l\u2019image que le Viking se faisait de lui-même.C\u2019est dans les sagas et les autres textes scandinaves qui nous sont parvenus, que nous pouvons déceler toute cette idéologie guerrière.Et c\u2019est d\u2019ailleurs par ces mêmes récits, que nous avons construits cet archétype viking.La littérature des Vikings Mais que sont donc ces sagas ?Dans les sociétés scandinaves, les contes, les poèmes chantés et les récits de héros viennent colorer les sombres et longs hivers.Le scalde, l\u2019équivalent nordique des troubadours, délivre Exposition Vikings \u2013 Dragons des mers du Nord Photo : Patrick Desrochers © Pointe-à-Callière, Cité d\u2019archéologie et d\u2019histoire de Montréal Revue de la SPHQ | Été 2022 19 TRACES | Volume 60 no 3 ses histoires dans les maisons longues, ou à la cour du chef.Mais ces personnages sont plus que de simples conteurs, ils sont en quelques sortes les historiens des Vikings, car ils conservent la mémoire collective.Ils transmettent les valeurs et les traditions par leurs nombreux contes mythologiques et surtout, ils vantent les exploits de leurs chefs, faisant de ceux-ci des héros plus grands que nature.À partir du 11e siècle, alors que les Vikings se convertissent à la religion chrétienne et que les scaldes deviennent lettrés, ils mettent par écrit ces histoires.Le plus important de ces auteurs est sans nul doute Snori Sturlusson (1179-1241), qui écrira l\u2019Edda de Snorri.En fait, l\u2019œuvre de Snori est si colossale, qu\u2019on croit qu\u2019il n\u2019a pas pu à lui seul rédiger toutes ces compilations, et qu\u2019il aurait plutôt supervisé un immense travail fait par plusieurs scribes.À cela s\u2019ajoute d\u2019autres compilations de récits, comme l\u2019Edda en prose, ainsi que les nombreuses Sagas.La littérature des Vikings est complexe et extensive, et est comparable en qualité et en quantité à l\u2019Odyssée des Grecs.« Je me souviens des géants nés à l\u2019aurore des temps, De ceux qui jadis m\u2019ont donné naissance.Je connais neuf mondes, neuf domaines couverts par l\u2019arbre du monde, Cet arbre sagement édi?é qui plonge jusqu\u2019au sein de la terre\u2026 Je sais qu\u2019il existe un frêne qu\u2019on appelle Yggdrasil La cime de l\u2019arbre est baignée dans de blanches vapeurs d\u2019eau, De là découlent des gouttes de rosée qui tombent dans la vallée.Il se dresse éternellement vert au-dessus de la fontaine d\u2019Urd.» - Extrait de L\u2019Edda poétique La création du monde Ces écrits relatent comment le monde fut créé selon les Vikings.Selon ces légendes il n\u2019y avait au commencement que le vide, ainsi qu\u2019au Nord, la glace, et au Sud, le feu.Un jour, les deux éléments se sont rencontrés, et du vide, a été créé un géant primordial, et une vache (on voit ici toute l\u2019importance de la ferme chez le Viking, même jusque dans le mythe fondateur !).De ces êtres sont nés les trois premiers dieux, Odin et ses frères.Et c\u2019est en sacri?ant un géant, et en utilisant sa dépouille, que les trois dieux ont créé le monde dans lequel nous vivons.Par la suite, les dieux ont créé un homme et une femme, à partir de deux troncs d\u2019arbre, Ask et Embla.Ce monde des humains se nomme Midgard, l\u2019enclos du milieu, ou la terre du milieu comme la nomme Tolkien dans Le seigneur des anneaux.Ce monde est entouré de huit autres mondes, qui de pair, créent des équilibres, le domaine du froid et de la chaleur, ou encore celui des elfes et celui des nains.Certains défunts, morts de façon déshonorable, vont se retrouver dans le monde la déesse Hel, Helheim, d\u2019où l\u2019origine de « hell » en anglais.Les dieux eux, se divisent en deux grandes classes, les dieux principaux, aux grands pouvoirs, sont les Ases, ils habitent Asgard.Des dieux secondaires nommés Vanirs habitent le monde de Vanaheim.Ces dieux sont d\u2019avantage proches de humains et ont des qualités et pouvoirs plus proches du quotidien et de la réalité.Mythologie Parmi les principaux dieux, on retrouve évidemment Odin, le père de toutes choses, qui se reconnait facilement par son unique œil.Il a sacri?é l\u2019autre auprès du géant Mimir pour obtenir la connaissance des runes a?n de voir le futur.Odin est armé d\u2019une lance et est accompagné de ses deux corbeaux Huggin et Munin, l\u2019intelligence et la mémoire.Bien qu\u2019Odin soit un dieu de la guerre, sa connaissance et sa sagesse remarquables, en font un modèle pour les Vikings où la force physique doit se conjuguer avec la force morale.Dans les descriptions, Odin se présente à nous parfois sous la forme d\u2019un vieillard habillé de gris et coiffé d\u2019un chapeau, ce n\u2019est pas sans rappeler le Gandalf de Tolkien qui s\u2019en est grandement inspiré pour construire ce personnage.Alors que l\u2019acteur Chris Hemsworth nous présente un Thor très viril et guerrier au cinéma, c\u2019est plutôt la version du ?lm Endgames qui s\u2019approche de l\u2019original.Thor est un dieu de la guerre et du tonnerre.Son nom est la source de l\u2019anglais Thunder.C\u2019est grâce à son marteau Mjolnir qu\u2019il peut accomplir ce pouvoir et affronter les géants.Les femmes sont aussi bien représentées dans le panthéon viking.Freya est le pendant féminin d\u2019Odin.Sœur jumelle de Freyr, elle est de la famille des Vanirs et est considérée comme la déesse de l\u2019amour, de la fertilité, mais est aussi reliée à la guerre.Sociétés vikings Bien que les sociétés vikings soient composées majoritairement de paysans, l\u2019idéologie guerrière est bien présente malgré tout.Ainsi, pour le Viking mourir au combat permet de rejoindre dignement Odin et sa grande famille dans son palais, Valhalla, lui conférant une presque immortalité.Au Valhalla, il pourra festoyer et se battre pour l\u2019éternité, ou du moins jusqu\u2019au moment de la ?n des temps prédite par la mythologie.Cette ?n des mondes, c\u2019est le Ragnarök, le moment ou les guerriers et les dieux affronteront géants et créatures, dont le loup géant Fenrir et le serpent de Midgard. 20 Revue de la SPHQ | Éte 2022 TRACES | Volume 60 no 3 La plupart des habitants de la Scandinavie habitent dans des villages organisés autour de fermes familiales.Des villes commerciales commencent à émerger à partir de la ?n du 8e siècle, telles Ribe, Arrhus et Hedeby au Danemark, Kaupang et Bergen en Norvège, et Birka en Suède.Ces villes sont la plupart du temps dirigées par un petit roi, ou chef de clan nommés Yarl.Plus que de simples chefs, ils représentent une classe sociale, celle des nobles.Car les sociétés vikings sont des sociétés hiérarchisées doté d\u2019un système de classes, ou de castes.Les Vikings croient au destin, que la vie est déterminée d\u2019avance.Ce sont les Nornes, des divinités vivant au pied de l\u2019arbre- monde Yggdrasil, qui déterminent le destin des êtres vivants, en tissant les ?ls de leurs destinés.Les Nornes sont au nombre de trois et tissent respectivement le passé, le présent et le futur.Ce mythe fondateur est très courant dans les civilisations anciennes, dont chez les Grecs.Les Vikings croient que c\u2019est le dieu Heimdall qui a engendré les trois rangs sociaux.Les Yarls forment donc l\u2019élite, les nobles, les chefs, les rois, les Karls (d\u2019où provient le prénom Carl) sont les personnes libres : marchands, commerçants, paysans, navigateurs et guerriers et ?nalement, les Thralls sont les personnes non-libres, réduites à l\u2019esclavage.La civilisation viking ne fait pas exception des autres civilisations du Moyen Âge sur le plan de l\u2019esclavage, largement pratiqué depuis l\u2019Antiquité.Cependant, il ne s\u2019agit pas d\u2019un esclavagisme racial, car un grand nombre d\u2019esclaves sont des Scandinaves.Les autres sont des Français, des Anglais, des Irlandais, des Écossais, ramenés lors des raids.Bien qu\u2019il soit possible pour un esclave de s\u2019affranchir, en obtenant le consentement de son maitre, ou en payant sa liberté, il semble que ceci demeure un phénomène rare.Autant l\u2019archéologie que les sources écrites taisent l\u2019histoire de ces hommes et de ces femmes qui composaient une proportion importante des sociétés vikings et qui contribuaient grandement à l\u2019économie de ces peuples.Système de chefferie Le système de gouvernance des Vikings en est un de chefferie.À l\u2019origine, ce n\u2019est pas par hérédité, mais par mérite qu\u2019on accède à cette fonction.Issu bien sûr de la classe des Yarls, le chef se doit d\u2019être un bon guerrier, mais aussi un bon orateur.Il doit aussi être un hôte remarquable et partager son butin, à défaut de quoi, il pourrait perdre son titre.Le chef habite généralement dans une maison longue, ou hall, composé de ses appartements privés, et d\u2019un espace commun, servant à partager les repas lors des fêtes.La maison longue est probablement l\u2019élément architectural le plus marquant des villages vikings.Son toit incurvé rappelle la forme d\u2019un navire renversé.Habillement L\u2019apparence des Vikings est probablement ce qui s\u2019éloigne le plus de l\u2019image véhiculée par la culture populaire.Premièrement, les armures étaient assez rares, bien que des cottes de mailles ont été retrouvées par les archéologues, seulement quelques rares casques en métal nous sont parvenus.Les hommes portaient une longue tunique en laine par-dessus une chemise et un pantalon.Les femmes portaient une robe-tablier, aussi par-dessus une longue chemise.Les souliers étaient en cuir, et une mince ceinture en cuir, ou en laine tissée permettait d\u2019ajuster le vêtement à la taille et d\u2019y suspendre ses effets personnels.Hommes et femmes portent de nombreux bijoux, broches et ?bules.En fait, si on cherche l\u2019artéfact le plus représenté dans les fouilles archéologiques, ce ne sera ni la hache, ni l\u2019épée, mais bien la broche.Les hommes vont surtout les porter pour fermer leur tunique ou retenir leur cape.Les femmes vont porter deux broches ovales pour retenir les bretelles de leur robe-tablier, et vont souvent y suspendre des perles de verre ou de pierre, ou même des pièces de monnaie d\u2019argent.Église en bois debout de Hoprekstad.Collection Pointe-à-Callière Épée Ulfberth.9 e siècle.Norvège.Collection du Musée national du Danemark Revue de la SPHQ | Été 2022 21 TRACES | Volume 60 no 3 Des artisans hors-pairs Les Vikings ont en fait amené la fabrication des broches et des bijoux au rang d\u2019art.Ils ont maitrisé le travail du bronze et la dorure, ainsi que le travail de l\u2019argent.Ces fameux « anneaux d\u2019allégeance », en argent, que l\u2019on porte au poignet, sont retrouvés en grande quantités dans les fouilles archéologiques.Bien qu\u2019on ne comprenne pas encore complètement leur rôle, il semble qu\u2019ils aient servis à marquer une alliance, ou à s\u2019assurer la ?délité de ses disciples.Les nombreuses histoires des maitres forgerons Nains dans les sagas soulignent leur importance au sein de la société viking et sont la source de nombreux récits de culture populaire.Les anneaux du Seigneur des anneaux de Tolkien sont directement inspirés de Draupnir, cet anneau forgé par les nains Brokk et Eitri.Le bateau viking Les causes de la migration des Vikings à partir du 8e siècle ne sont pas clairement dé?nies.L\u2019hypothèse du manque de terres cultivables ne peut expliquer entièrement leur départ.Il semble plutôt que le goût de l\u2019aventure, combiné à la promesse de richesses les a amenés dans les îles britanniques, puis un peu partout en Europe, au Moyen-Orient, et éventuellement en Amérique.Mais c\u2019est surtout la conception de leurs bateaux qui leur a permis de parcourir de grandes distances en mer et sur les ?euves.Le navire viking est une merveille technologique.Sa plus grande particularité est une parfaite combinaison entre robustesse et ?exibilité.Ceci est réussis grâce à l\u2019emploi de différentes essences de bois, durs et mous, mais aussi de différents bois ayant poussés dans des conditions particulières.Le bordage des navires est constitué de planches à clins, c\u2019est-à-dire placées les unes sur les autres, comme le bardeau d\u2019une toiture.Ceci confère robustesse et ?exibilité à la coque, qui peut se tordre au ?l des vagues.La voile est tissée en laine, imperméabilisés avec de la graisse et souvent teinte à l\u2019ocre.La voile et les cordages, faits de crins de cheval, sont très longs à produire et ont une aussi grande valeur que tout le reste du navire.Un mot sur le « drakkar » Mais est-ce que nous parlons ici des drakkars ?En fait, la raison pour laquelle nous évitons ce mot, est qu\u2019il n\u2019est pas juste historiquement.Les Vikings n\u2019ont probablement jamais appelé leurs navires des drakkars.Ils avaient une panoplie de noms pour désigner spéci?quement chacun de leurs types de navires, selon leurs fonctions.Le lankship, on long ship en anglais, est ce long navire qui sert à naviguer sur les mers.Le drakkar quant à lui, est un mot créé au 19e siècle par les archéologues français.Ce mot s\u2019inspire de drekki ou dreka : dragon.Il réfère à la ?gure de proue qui orne certains de ces navires, et par extension, à tous les navires ornés de ce genre de ?gure.L\u2019Anse aux Meadows Les sagas nous donnent un portrait dif?cile à déchiffrer des voyages en Amérique de Leif Erickson, ?ls d\u2019Érik le rouge, car ces récits mêlent réalité et ?ction.On sait toutefois, que les Vikings du Groenland, ont parcouru les côtes du Labrador et de Terre-Neuve, et qu\u2019ils nomment trois « terres ».Helluland, décrite comme une terre de glaces, correspondrait à la terre de Baf?n et l\u2019île d\u2019Ellesmere au Nunavut.Markland, décrite comme une terre de roches, correspondrait aux côtes du Labrador.Finalement, Vinland, décrite comme une terre où poussent de quoi faire paître les animaux, ou de la Exemple de broches ovales portées par les femmes.Collection du Musée national du Danemark.Photo : Patrick Desrochers © Pointe-à-Callière, Cité d\u2019archéologie et d\u2019histoire de Montréal Ces fameux anneaux d\u2019allégeance.Collection du Musée national du Danemark.Photo : Patrick Desrochers © Pointe-à-Callière, Cité d\u2019archéologie et d\u2019histoire de Montréal 22 Revue de la SPHQ | Éte 2022 TRACES | Volume 60 no 3 vigne sauvage, selon les traductions, serait Terre-Neuve.Il existe de nombreuses hypothèses sur la possible remontée des Vikings le long du Saint-Laurent, dans la baie des Chaleurs ou encore en Nouvelle-Angleterre.Toutefois, l\u2019archéologie n\u2019a réussis à démontrer pour l\u2019instant qu\u2019un seul site a été occupé par les Vikings, celui de l\u2019Anse aux Meadows, découvert à Terre-Neuve en 1961.Ce site n\u2019aurait été occupé que quelques années, à partir de l\u2019an 1021.Plusieurs sites archéologiques situés dans le grand Nord ont révélé des objets de tradition matérielle nordique.Il semble qu\u2019il y ait eu des contacts entre les Inuits du Nunavut et les Vikings, ou du moins des échanges entre les européens qui vivaient au Groenland et les Inuits, entre le 11e et le 15e siècle.Il est aussi possible que les Inuits aient simplement ramené dans leurs habitations des objets trouvés, laissés derrières par les Vikings.Mais il ne fait nul doute que des objets en fer et en bronze, dont des rivets de navires retrouvés sur l\u2019Île d\u2019Ellesmere et sur l\u2019Île Skraeling au Nunavut, sont des objets vikings.Skraeling est d\u2019ailleurs curieusement le mot nordique que les Vikings utilisent dans les sagas pour désigner les autochtones.La fin de l\u2019ère viking L\u2019âge des Vikings se termine, selon les historiens en 1066, mais en réalité, il est dif?cile de déterminer exactement quand cette époque fut révolue.Les Vikings étaient sommes toutes un peuple très perméable et tolérant.Ils apprenaient les langues des peuples conquis, adoptaient les coutumes de leurs terres d\u2019accueil.Les Vikings ?nissent par se christianiser, souvent mélangeant les deux fois.Au 11e siècles, les scaldes mettent par écrit les nombreux contes et récits de la mythologie vikings.Les chefferies se transforment en royaumes et les raids ne sont plus une source de richesse.Aux 15e et 16e siècle, avec le développement de la navigation en Europe, le commerce maritime est dorénavant contrôlé par les grands royaumes européens, dont les navires sillonnent les mers en quête de ressources.Même si les Vikings deviennent chrétiens, les traditions persistent.Et c\u2019est d\u2019ailleurs grâce à cette chrétienté que la civilisation viking va se perpétuer.Les sagas, les Eddas, et tous ces importants récits sont transcrits en norrois et en latin et compilés dans des importants Codex, qui nous parviendront.Ce sont ces mêmes tomes qui sont étudiés et traduits à partir du 19e siècle.On redécouvre alors que les Vikings avaient une littérature immensément riche.Wagner avec son opéra Die Walkyrie viendra ?ger dans une image romantique, avec casque à cornes, le Viking qu\u2019il découvre.Puis des auteurs comme Tolkien ou Gracia Marquez s\u2019inspireront du genre pour créer leurs chefs-d\u2019œuvre.Aujourd\u2019hui, l\u2019héritage culturel viking est immense.En anglais, on nomme Thursday et Friday les jours de Thor et de Freya (Thor\u2019s day, Freya\u2019s day).Tout le vocabulaire naval fait écho aux langages des navigateurs vikings (bâbord, tribord, hublot, fjord, havre\u2026).On fête un Noël que les Vikings appelaient Yule, avec une bûche qu\u2019on mange au lieu de la brûler, et avec un arbre de Noël, culte de l\u2019arbre hérité d\u2019Yggdrasil.Nos ?lms et nos livres sont peuplés d\u2019elfes et de géants, issus de la mythologie nordique.Du long hiver de Games of Thrones, jusqu\u2019aux Nains du Hobbit qui portent les mêmes noms que ceux des Sagas, les auteurs continuent de puiser dans l\u2019inépuisable tradition viking.Même le jeu de carte, dont l\u2019As est la carte la plus forte, est redevable de la culture viking puisqu\u2019il réfère à aux Ases, cette classe de dieux supérieurs chez les Vikings.La ?n du monde n\u2019est pas encore arrivée, mais le Viking a pu obtenir cette immortalité qu\u2019il cherchait tant.Il est devenu une marque permanente dans nos mémoires.Il peuple la culture populaire.Leurs noms sont toujours présents, jusqu\u2019à celui de Harald Bluetooth, qui orne nos périphériques informatiques.La civilisation viking fascine toujours et l\u2019exposition Vikings \u2013 Dragons des mers du Nord de Pointe-à-Callière le démontre de belle façon.Broche trilobée.La forme est typique des broches vikings, l\u2019ornementation est franque, ou carolingienne.Il peut s\u2019agir d\u2019un objet pillé lors d\u2019un raid, ou bien réalisé dans les ateliers vikings, mais inspirés des décorations vues chez les Francs.Collection du Musée national du Danemark. Revue de la SPHQ | Été 2022 23 TRACES | Volume 60 no 3 Repères chronologiques 793 : Les Vikings débarquent en Northumbrie pour piller le monastère dédié à St-Cuthbert, à Lindisfarne.D\u2019autres raids ont sûrement eu lieu avant celui-ci, mais Lindisfarne passe à l\u2019histoire car St-Cuthbert est grandement vénéré et les chrétiens voient ce geste de pillage comme un exemple flagrant de la non-civilité des Vikings.On les nomme alors païens, ou heathens.Fin du 8 e siècle : Les Vikings suédois, qu\u2019on appelle « Varègues », ont fondés la ville de Novgorod et le royaume des Rus\u2019, future Russie moderne.845 : Siège de Paris en remontant la Seine.851 : Siège de Londres.Les Vikings s\u2019installent à Dublin et à York, durablement.874 : Le roi viking Harald à la belle Chevelure veut faire de la Norvège une monarchie.Plusieurs Vikings fuient alors la Norvège pour coloniser l\u2019Islande.878 : Le roi du Wessex Alfred le Grand remporte la bataille d\u2019Eddington et force les Vikings établis en Angleterre à se christianiser.Il crée ainsi le territoire du Danelaw.911 : Le chef viking Rollon signe le traité de Saint-Clair-sur-Epte et la Normandie (qui veut dire le territoire des hommes du Nord) leur est cédé en échange de protection.Vers 960 : Le roi Harald à la Dent bleu se convertit au christianisme et fait de tous les Danois des chrétiens.985 : Erik le Rouge colonise le Groenland.Vers 990, des Vikings servent de garde rapprochée à l\u2019empereur byzantin à Constantinople : la garde Varègue.Vers l\u2019an 1000 : Les Vikings circulent sur les côtes du Labrador et de Terre-Neuve.1021 : Occupation du site de l\u2019Anse aux Meadows à Terre-Neuve.1066 : Le roi viking norvégien Harald Hardrada envahit l\u2019Angleterre, mais il est tué à la bataille de Stamford Bridge.Quelques temps plus tard, les Anglo-Saxons sont vaincus, mais cette fois par Guillaume le Conquérant, à Hastings.Ceci marque la fin du règne des rois anglo-saxons en Angleterre, mais aussi la fin de l\u2019ère viking, ce qui est particulier, car Guillaume le Conquérant est lui-même un descendant des Vikings de Normandie.Bibliographie sélective Bauduin, P.(2018).Les Vikings.Paris, Presses universitaires de France.Boyer, R.Idées reçues sur les Vikings.(2018).Éditions Le Cavalier Bleu.Boyer, R.(2015).Les Vikings : Histoire et civilisation.Paris, Perrin.Boyer, R.(2008).Les Vikings : Histoire, Mythes, Dictionnaire.Paris, Robert Laffont.Collectif.(2022).Vikings, Dragons des mers du Nord.Catalogue de l\u2019exposition, BeauxArts Éditions.Hayeur Smith, M.(2020).The Valkyries\u2019 Loom.The Archaeology of Cloth Production and Female Power in the North Atlantic.University Press of Florida.Pentz, P.(2018).Vikings.Copenhague, Musée national du Danemark.Williams, G.et Pentz, P.(2014).Vikings : Life and Legend.Cornell University Press. 24 Revue de la SPHQ | Éte 2022 TRACES | Volume 60 no 3 Nous reproduisons avec l\u2019aimable autorisation de la maison d\u2019édition Septentrion un extrait du livre Le Royal William de Québec, le véritable premier bateau à vapeur transatlantique, rédigé par Eileen Reid Marcil et publié en 2022 (chap.1).Le Royal William de Québec Eileen Reid Marcil, Historienne maritime CHAPITRE 1 Les précurseurs Àl\u2019été 1807, un événement qui se trame sur le ?euve Hudson, à New York, pique la curiosité du brasseur -montréalais John Molson, surtout lorsqu\u2019il apprend que le 17 août, Robert Fulton et son associé Robert R.Livingston ont inauguré sur ce cours d\u2019eau un service de navette en bateau à vapeur entre Albany et New York.Si Fulton peut exploiter un service de vapeur sur l\u2019Hudson, se dit Molson, pourquoi ne pas en faire autant sur le Saint-Laurent ?Le fameux courant Sainte-Marie, causé par le rétrécissement du ?euve Saint-Laurent devant le port de Montréal, force souvent les voiliers à mouiller pendant des jours, voire des semaines, dans l\u2019attente d\u2019un vent favorable.Molson se dit que s\u2019il construisait des vapeurs, il pourrait non seulement offrir un service de navette entre Montréal et Québec, mais aussi touer les voiliers encalminés pour les faire remonter le courant Sainte-Marie.Lancement du vapeur à aubes Accomodation de Molson, en 1809.(Cap Breton Post, BAC) Revue de la SPHQ | Été 2022 25 TRACES | Volume 60 no 3 Un an et demi plus tard, Molson et deux associés ont fait dresser les plans de la coque et des œuvres mortes d\u2019un vapeur à aubes et signé un contrat pour sa construction.Le navire doit être construit au chantier naval de David Munn, juste en amont de la brasserie Molson; George Platt et Ezekiel Cutter ont déjà commencé à construire sa machinerie à leur fonderie de Montréal.Ses arbres et plusieurs pièces de ses moteurs seront moulés et fabriqués aux Forges du Saint-Maurice, à Trois-Rivières.Le 19 août 1809, lors d\u2019une cérémonie de lancement empreinte de simplicité, le vapeur à aubes est baptisé Accommodation, après quoi on le remorque jusqu\u2019à la brasserie a?n de l\u2019équiper de son moteur de 6 CV et de ses roues à aubes.Son enregistrement indique qu\u2019il mesure 85 pieds de longueur sur 16 de largeur.Après plusieurs sorties d\u2019essai jusqu\u2019à Boucherville et une fois apportées les modi?cations nécessaires à ses chaudières pour améliorer sa vitesse, le vapeur à aubes Accommodation est prêt à faire la navette entre Montréal et Québec.Il effectue son voyage inaugural le 1er novembre 1809, s\u2019inscrivant ainsi dans l\u2019histoire comme le premier bateau à vapeur en service sur le ?euve Saint-Laurent.Nous ignorons comment a débuté l\u2019association entre les hommes responsables de sa construction : le brasseur John Molson, le constructeur de navires John Bruce et le mécanicien John Jackson.Ce que nous savons, c\u2019est que John Molson a ?nancé le projet, payant tous les frais de construction du vapeur, comme l\u2019indique une entente of?cielle signée par les trois hommes en juin 1809.Ces frais comprennent le versement à ses associés d\u2019un salaire de 7 shillings et 6 pence par jour.Les émoluments du constructeur de navires John Goudie, de Québec, pour 19¾ jours d\u2019expertise au même taux, font l\u2019objet d\u2019un contrat distinct.Outre la méthode de ?nancement, l\u2019entente précise que lors de la mise en service du vapeur, Bruce en sera le capitaine et Jackson le mécanicien, ce qui vaudra à chacun 10 shillings par jour plus les repas.Ils devront toutefois payer eux-mêmes leur bière.Il est également stipulé que les pro?ts et pertes sont à partager également entre les trois associés.Le projet suscite un profond scepticisme chez les citoyens : seulement dix des vingt couchettes sont réservées lorsque le bateau lève l\u2019ancre à Montréal en direction de Québec pour son voyage inaugural.Outre Québec vue de la pointe de Lévy.Dessin de James Gray, aquatine de J.Gleadah, publié par Willet and Blanford, 1828.(3FDE4C5C, Toronto Reference Library) Le brasseur montréalais John Molson (1763-1836), qui a introduit le bateau à vapeur sur le Saint-Laurent.(C-115899 BAC) 26 Revue de la SPHQ | Éte 2022 TRACES | Volume 60 no 3 le capitaine et le mécanicien, son équipage de six personnes comprend le pilote ?uvial Amable Laviolette, qui assure la fonction de commis aux vivres (steward), et deux hommes employés à la fois comme chauffeurs et matelots de pont.À l\u2019arrivée du vapeur à Québec, le Quebec Mercury relate les dif?cultés du voyage : Samedi matin, à huit heures, est arrivé ici de Montréal, pour son premier voyage, le bateau à vapeur Accommodation, transportant dix passagers.C\u2019est le premier navire du genre à faire son apparition dans notre port.Une foule de visiteurs s\u2019y presse continuellement.Il a quitté Montréal mercredi, à deux heures de l\u2019après-midi, de sorte que son trajet a duré soixante-six heures, dont trente à l\u2019ancre.Il a mis vingt-quatre heures à rallier Trois-Rivières.Il est actuellement équipé de couchettes pour vingt passagers, un nombre qui sera considérablement augmenté l\u2019an prochain.Ni vent ni marée ne peut l\u2019arrêter.Sa quille mesure 75 pieds et son pont, 85 pieds.Le prix du passage est de neuf dollars vers l\u2019amont et huit vers l\u2019aval, et le navire fournit les provisions.Le principal avantage d\u2019un navire ainsi construit vient de la possibilité de calculer la durée du trajet avec un certain degré de certitude, ce qui ne saurait être le cas avec un navire propulsé uniquement par des voiles.Le bateau à vapeur reçoit son impulsion de roues perpendiculaires ouvertes à rayons doubles, sans bande ni pourtour circulaire, installées de part et d\u2019autre du navire.Au bout de chaque rayon double est ?xé un panneau carré qui entre dans l\u2019eau et, sous l\u2019action rotative de la roue, agit comme une pagaie.Les roues sont actionnées et maintenues en mouvement par la machine à vapeur installée à l\u2019intérieur du navire.Celui-ci sera muni d\u2019un mât aux ?ns de mettre à la voile lorsque le vent sera favorable, accélérant ainsi sa progression.L\u2019allégation que « ni vent ni marée » ne peut arrêter l\u2019Accommodation sera tristement remise en question à son retour à Montréal, où il faudra atteler des bœufs pour le touer contre le courant Sainte-Marie.Pourtant, trois de ses passagers donnent un compte rendu élogieux de leur voyage dans une lettre ouverte à un journal local, où ils af?rment que son manque de puissance est uniquement imputable à un mauvais calcul de la quantité nécessaire de combustible, en l\u2019occurrence du bois de chauffage.Selon eux, les autres aspects de leur voyage \u2013 les repas, l\u2019hébergement, le service \u2013 ont été excellents.Le vapeur fait un second aller-retour le 15 novembre, achevant ainsi sa première saison de service.Des améliorations sont apportées à la machinerie de l\u2019Accommodation l\u2019hiver suivant, de sorte qu\u2019il amorce la saison 1810, le 5 juin, avec une puissance accrue, une chaudière et un mécanisme de roues à aubes améliorés, deux mâts permettant de hisser des voiles auxiliaires, une cuisine et plusieurs couchettes supplémentaires.Ainsi gréé, le vapeur poursuit son parcours régulier jusqu\u2019en octobre.Au terme de cette deuxième saison, les dépenses du vapeur s\u2019élèvent à 4 000 £ et les recettes, à moins de 500 £.Bien que son projet soit jusqu\u2019ici un échec ?nancier, Molson est conscient du potentiel du bateau à vapeur.Il rachète donc les parts de ses deux associés qui, eux, préfèrent ne pas courir de risques supplémentaires.La prochaine étape, pour Molson, consiste à rendre visite à Robert Fulton à New York.Celui-ci le convainc de commander désormais ses moteurs chez Boulton and Watt, dans le quartier de Soho, à Birmingham, et Molson prend rapidement les dispositions nécessaires pour aller rencontrer les propriétaires de cette fabrique en Angleterre.Fulton le convainc aussi de solliciter le droit exclusif d\u2019exploiter des bateaux à vapeur dans la province, et Molson rédige une requête à cet effet.Celle- Le traversier coûte moins cher que la traversée en canot offerte par les passeurs locaux.(Quebec Mercury, 1 er mai 1818) Revue de la SPHQ | Été 2022 27 TRACES | Volume 60 no 3 ci est déposée par Joseph Papineau et Denis-Benjamin Viger et acceptée par l\u2019Assemblée législative en 1811, mais le Conseil législatif la rejette.Fulton suggère aussi à Molson de s\u2019associer avec lui pour exploiter la navigation à vapeur sur le Saint-Laurent, mais le brasseur décline cette proposition.Molson passe l\u2019hiver de 1810 à 1811 en Angleterre, où il visite la fabrique Boulton and Watt de Soho et commande deux moteurs à vapeur.Ceux-ci sont livrés au printemps 1812, accompagnés par John Bennet, un mécanicien de 21 ans qui, à son arrivée, signe un contrat de trois ans avec Molson.Bennet est chargé, pour un salaire annuel total de 400 $, d\u2019installer les moteurs, d\u2019en enseigner l\u2019entretien et le fonctionnement aux employés de Molson et de leur apprendre le métier de mécanicien-monteur.Le vapeur à aubes Swiftsure, le nouveau bateau sur lequel l\u2019un des moteurs de 30 CV a été installé, sert à transporter des troupes et leurs fournitures au cours de la guerre de 1812, sans toutefois jouer le rôle envisagé par Molson.Celui-ci pensait que le gouvernement déciderait de réaffecter le bâtiment en transporteur et l\u2019affréterait pour toute la saison.En fait, cela ne se produira qu\u2019à l\u2019occasion.Bientôt, les constructeurs de navires du Saint- Laurent mettent à l\u2019eau des vapeurs munis de moteurs bien plus puissants, et la présence de ces navires sur le ?euve devient monnaie courante.C\u2019est à ce moment que les traversiers à vapeur font leur apparition, à commencer par le vapeur à aubes amphidrome Lauzon.Construit par John Goudie à son chantier naval de Saint-Roch (alors un faubourg de Québec), il fait transiter les passagers et le fret entre la pointe de Lévy et Québec.La société qui en est propriétaire est formée d\u2019éminents marchands de Québec : John Caldwell, John Davidson, François Languedoc, Hiram Nicholas, John White et Goudie lui-même.Ce service offert à partir de 1818 est très apprécié du public, qui l\u2019utilise pour traverser le ?euve à moindre coût et avec plus de confort qu\u2019en canot, comme cela se faisait auparavant.De leur côté, toutefois, les passeurs locaux accusent Goudie de leur voler leur gagne-pain et appellent le Lauzon « la chienne d\u2019invention anglaise ».Mais le capitaine du traversier est choisi parmi eux et, bientôt, d\u2019autres passeurs deviennent à leur tour de ?ers capitaines du traversier à vapeur.John Goudie ne s\u2019en tient pas à un seul navire à vapeur.L\u2019année suivante, il lance le vapeur à aubes Quebec, le premier des vapeurs construits à Québec et faisant la navette entre Québec et Montréal, concurrençant la INITIEZ VOS ÉLÈVES AU VOTE AVEC UNE SIMULATION ÉLECTORALE Rentrée scolaire 2022 Bourses à gagner ! Électeurs en herbe est offert gratuitement à toutes les écoles secondaires et primaires (troisième cycle) du Québec.Vous recevrez tout le matériel nécessaire pour organiser une simulation électorale et aurez accès à des activités pédagogiques electionsquebec.qc.ca/ZED ZONE D\u2019ÉDUCATION À LA DÉMOCRATIE ZEDemocratie electeursenherbe@electionsquebec.qc.ca INSCRIVEZ-VOUS SUR NOTRE SITE DU 30 MAI AU 16 SEPTEMBRE 28 Revue de la SPHQ | Éte 2022 TRACES | Volume 60 no 3 ligne de navigation montréalaise.On lit ce qui suit dans le Quebec Mercury du 11 mai 1819 : Le vapeur à aubes Quebec de 1819.LANCEMENT Le bateau à vapeur Quebec a été mis à l\u2019eau samedi matin au chantier de M.Goudie, à Saint- Roch.Il a largué les amarres dans les règles de l\u2019art, au son de la fanfare du 76e Régiment et sous les acclamations des milliers de personnes assemblées pour l\u2019occasion.Il a fait route presque immédiatement, descendant la Saint-Charles jusqu\u2019au quai de M.Goudie dans la Basse- Ville.De là, le vapeur a fait des allers-retours sur le Saint- Laurent pendant la majeure partie de la journée, que les propriétaires ont passée à bord avec plusieurs de leurs amis, dans une ambiance conviviale et festive.Nous comprenons que le Quebec sera prêt à faire route vers Montréal dans environ une semaine.Sa facture, son apparence et ses aménagements font certes honneur au constructeur et aux propriétaires, et nous ne doutons pas qu\u2019il ajoutera beaucoup de confort aux communications entre les deux villes.Nous croyons qu\u2019il s\u2019agit du huitième bateau à vapeur sur le ?euve, dont six ont été construits à Montréal et seulement deux à Québec.La navigation à vapeur frappe déjà l\u2019imagination du public.Tous les printemps, lorsque le ?euve se libère de ses glaces, les gens attendent avec impatience le retour des vapeurs de leurs quartiers d\u2019hiver à Sorel.Le 12 mai 1815, on lit dans la Gazette de Québec : « Samedi dernier, notre port a présenté un spectacle gai et animé avec l\u2019arrivée de pas moins de huit bateaux à vapeur, battant pavillons et tirant des salves, de leurs quartiers d\u2019hiver de William Henry [Sorel] \u2013 le Swiftsure, le Montreal, le Lady Sherbrooke, le Caledonia, le Malsham, le Quebec, le Telegraph et le Car of Commerce.» Parfois, cependant, le sport prend le pas sur le transport, et des courses impromptues animent le voyage.Sous l\u2019impulsion de passagers enthousiastes, la suralimentation des chaudières et le blocage des soupapes d\u2019échappement provoquent à l\u2019occasion une explosion, allant jusqu\u2019à faire des victimes.En plus de transporter des passagers et des marchandises, les vapeurs réalisent toutes sortes de tâches de remorquage, dont celle de retenir les navires lors de leur mise à l\u2019eau.On met bientôt en service le premier remorqueur à vapeur construit à cette ?n sur le Saint-Laurent.Le Hercules, un bateau-remorqueur de 100 -tonneaux construit par Alexander Young dans le chantier naval Munn\u2019s, à Montréal, est lancé en décembre 1822.Bientôt, faisant la navette le long du courant Sainte- Marie, il toue de gros voiliers qui, autrement, auraient dû demeurer à l\u2019ancre en attendant un vent favorable.En 1824, après avoir visité le Haut et le Bas-Canada, Edward Allen Talbot écrit : On ne compte pas moins de sept bateaux à vapeur continuellement en service sur le Saint-Laurent, entre Québec et Montréal, dont cinq sont presque aussi grands que des frégates de quarante canons.Les aménagements pour les passagers ont été très bien conçus.Certains peuvent loger une centaine de personnes en cabines de part et d\u2019autre du navire et sont équipés de deux rangées de lits superposés.Les couchettes sont dotées d\u2019une excellente literie et de rideaux coulissants.Les femmes disposent de cabines séparées des hommes pour la nuit.Elles prennent toutefois le petit déjeuner, le dîner et le thé dans une pièce commune avec les hommes.Les passagers sont traités avec les plus grandes attentions sur ces vapeurs.Des domestiques sont prêts à intervenir pour répondre à leurs moindres demandes.Tous les jours, les tables sont garnies de mets délicats saisonniers et de toute la richesse des mets les plus recherchés que ce pays fécond peut offrir.En un mot, tous ces aménagements n\u2019ont rien à envier aux hôtels les plus respectables d\u2019Europe.(Talbot, Five Years Residence in Canada, 1824) Lorsque, la même année, le navire-radeau de 3 690 tonneaux Columbus, suivi en 1825 du Baron of Renfrew, jaugeant 5 294 tonneaux, chacun étant en son temps le plus gros navire en circulation, mettent les voiles depuis Québec vers l\u2019Angleterre, le Hercules les remorque vers l\u2019aval sur 400 km jusqu\u2019à Bic, où il les laisse amorcer leur traversée de l\u2019Atlantique.Les bateaux- radeaux ne représentent pas un plus gros dé?pour le Hercules que les chaînes de trois barges \u2013 voire de trois grands voiliers \u2013 que l\u2019on voit ce remorqueur touer sur le ?euve Saint-Laurent, comme d\u2019autres le feront plus tard.Vers 1825, les citoyens de Québec, comme ceux de bien d\u2019autres villes et villages de par le monde, ont maintenant l\u2019habitude d\u2019entendre le sif?et strident des bateaux à vapeur sur leurs cours d\u2019eau et leurs lacs.Un peu partout, des vapeurs naviguent le long des côtes et font des voyages en mer avec escales.Qui plus est, dans le port de Québec, on mettra bientôt sur cales un vapeur à aubes destiné à réaliser un bond prodigieux qui marquera l\u2019histoire. Revue de la SPHQ | Été 2022 29 TRACES | Volume 60 no 3 VIKINGS DRAGONS DES MERS DU NORD Exposition dès le 14 avril 2022 POINTE-À-CALLIÈRE présente En collaboration avec POINTE-À-CALLIÈRE Cette exposition est réalisée par Pointe-à-Callière, Cité d\u2019archéologie et d\u2019histoire de Montréal, en partenariat avec le Musée national du Danemark et MuseumsPartner en Autriche 30 Revue de la SPHQ | Éte 2022 TRACES | Volume 60 no 3 Inscrire le patrimoine au cœur de l\u2019apprentissage par le biais du site patrimonial Cartier-Roberval Projet de collaboration entre l\u2019Unité mixte de recherche Capitales et patrimoines de l\u2019Université Laval et la Société des professeurs d\u2019histoire du Québec Mourad Boussetta, coordonnateur scientifique, et Myriam Mathieu-Bédard, professionnelle de recherche, sous la supervision d\u2019Habib Saidi, professeur titulaire à la Faculté des lettres et des sciences humaines et directeur de l\u2019Unité mixte de recherche Capitales et patrimoines de l\u2019Université Laval en partenariat avec la Commission de la capitale nationale du Québec © UMRcp-Université Laval 1.Introduction Pour donner suite à la présentation faite par l\u2019équipe de l\u2019UMRcp lors du 59e congrès de la SPHQ à l\u2019automne 2021, cet article décrit le projet pilote réalisé dans le cadre d\u2019une collaboration entre l\u2019Unité mixte de recherche Capitales et patrimoines (UMRcp) et la Société des professeurs d\u2019histoire du Québec (SPHQ).Après une brève description de l\u2019historique et de la mission de l\u2019UMRcp, ainsi que de son mandat lié à l\u2019étude et à la mise en valeur du site patrimonial Cartier-Roberval, à Québec, l\u2019article revient sur les principales étapes du projet de développement d\u2019ateliers de médiation et de diffusion en milieu scolaire depuis son démarrage et sur certains enjeux ayant entouré son déroulement.En?n, la structure préliminaire de la trousse pédagogique du site patrimonial Cartier-Roberval issue de ce projet pilote est dévoilée.2.L\u2019Unité mixte de recherche Capitales et patrimoines : historique et mission Lancée of?ciellement le 7 juillet 2020, l\u2019Unité mixte de recherche Capitales et patrimoines résulte d\u2019une collaboration stratégique entre la Commission de la capitale nationale du Québec (CCNQ) et l\u2019Université Laval.La mission de l\u2019UMRcp consiste à soutenir le développement de projets de recherche dans les champs du patrimoine et à assurer une formation de qualité en études patrimoniales.Concrètement, l\u2019UMRcp vise à devenir un pôle d\u2019expertise d\u2019avant-garde à l\u2019échelle mondiale dans l\u2019étude et la mise en valeur du patrimoine de capitales, en partenariat avec la CCNQ.Rattachée à la Faculté des lettres et des sciences humaines de l\u2019Université Laval, l\u2019UMRcp est dirigée par Habib Saidi, professeur titulaire d\u2019ethnologie et de muséologie au Département des sciences historiques.3.La première phase du programme de recherche de l\u2019UMRcp : étude et mise en valeur du site patrimonial Cartier-Roberval La phase initiale du programme de recherche de l\u2019UMRcp est dédiée au site patrimonial Cartier-Roberval, lieu d\u2019implantation de la première colonie française en Amérique.Les vestiges de cette colonie fondée entre 1541 et 1543 par Jacques Cartier et Jean-François de La Rocque de Roberval ont été découverts à Cap-Rouge en 2005.Sous la supervision de la CCNQ, mandatée par le gouvernement, le site a ensuite été ciblé par des campagnes de fouilles (2007-2010) et diverses études spécialisées jusqu\u2019en 20121.C\u2019est plus de 6000 artefacts datant du 16e siècle qui ont alors été mis au jour.Quelques années plus tard, la création de l\u2019UMRcp 1.Voir Commission de la capitale nationale du Québec.(s.d.).Site archéologique Cartier-Roberval.https://www.capitale.gouv.qc.ca/sites-de-la-capitale/sites/site-archeologique-cartier-roberval/. Revue de la SPHQ | Été 2022 31 TRACES | Volume 60 no 3 répondait au besoin précis de poursuivre l\u2019étude et la recherche multidisciplinaire sur le site et sa collection, notamment dans une perspective de mise en valeur et de diffusion, tout en permettant de susciter d\u2019éventuelles collaborations visant l\u2019innovation.L\u2019UMRcp assure ainsi la coordination scienti?que entre les différentes parties prenantes et agit comme une plateforme de recherche multifacultaire, interdisciplinaire et pluridisciplinaire au pro?t de ses partenaires fondateurs.Basée sur le mandat que l\u2019Université Laval s\u2019est vu con?er par la CCNQ quant à l\u2019étude du site Cartier-Roberval, et reposant sur une vision stratégique, synergique, inclusive et durable du patrimoine, la programmation scienti?que de l\u2019UMRcp s\u2019articule autour des approches et des objectifs suivants : 1) contribuer à l\u2019avancement des connaissances en menant des recherches innovantes sur le site Cartier-Roberval; 2) conserver et transmettre ce dernier pour les générations futures; et 3) appréhender le site patrimonial comme un grand projet enraciné dans le passé et tourné vers l\u2019avenir2.Ces objectifs se déploient au sein des deux axes de recherche de la programmation scienti?que de l\u2019UMRcp.L\u2019Axe 1 s\u2019intitule « Patrimoine archéologique : analyse, conservation et restauration ».Les projets qu\u2019il englobe visent à approfondir la connaissance scienti?que archéologique et historique du site Cartier-Roberval, notamment dans la continuité de la première phase de recherche sur ce même site qui a été pilotée par la CCNQ entre 2005 et 2012.Les études et les projets réalisés dans l\u2019Axe 1 servent aussi à nourrir les activités de recherche et de diffusion menées dans l\u2019Axe 2.Intitulé « Mise en valeur, diffusion et innovations », ce deuxième axe cherche quant à lui à favoriser l\u2019appropriation du site Cartier-Roberval, entre autres par sa mise en public et la valorisation large de sa collection, grâce à une diversi?cation des moyens de diffusion, de médiation et de démocratisation du patrimoine qui lui est rattaché.Les projets menés dans cet axe sont gouvernés par une approche collaborative qui promeut notamment la recherche-action, la co-construction des connaissances et l\u2019usage des nouvelles technologies.Un objectif des projets menés dans l\u2019axe 2 est de rejoindre et d\u2019impliquer dans cette démarche entre autres les communautés culturelles, les Premières Nations, les visiteurs d\u2019ici et d\u2019ailleurs, la société civile ainsi que le public des établissements scolaires, comme les élèves et les professeurs de l\u2019enseignement secondaire.Ce dernier groupe ciblé est au cœur du projet dont traite cet article, qui consiste à créer des ateliers de médiation et de diffusion en milieu scolaire en collaboration avec la Société des professeurs d\u2019histoire du Québec.Dans les sections qui suivent, nous expliquerons d\u2019abord les raisons qui ont mené à cette collaboration puis nous poursuivrons avec la présentation de ses différentes étapes et nous ?nirons par la description du projet clé en main qui couronnera ce projet de co-construction, soit une trousse pédagogique.2.Saidi, H.et Boussetta, M.(2019, 23 septembre).Programmation scienti?que.Mise en valeur du site Cartier-Roberval [document non publié].Unité mixte de recherche Capitales et patrimoines, Université Laval, p.7.Le promontoire de Cap-Rouge où se trouvent des vestiges de la colonie établie par Cartier et Roberval, photo : UnikMedia, 2020 32 Revue de la SPHQ | Éte 2022 TRACES | Volume 60 no 3 4.Le projet de collaboration entre l\u2019UMRcp et la SPHQ La collection du site Cartier-Roberval au cœur d\u2019une approche transversale d\u2019éducation patrimoniale La ré?exion et l\u2019idéation qui ont mené au démarrage de ce projet collaboratif reposaient sur un constat issu de la comparaison entre, d\u2019une part, l\u2019importance qu\u2019acquiert l\u2019enseignement du patrimoine, ou les études patrimoniales, comme domaine d\u2019étude universitaire en quête d\u2019autonomie et, d\u2019autre part, son absence quasi totale de l\u2019enseignement primaire et secondaire.La revue de la littérature con?rme que, autant au Québec qu\u2019ailleurs dans le monde, le patrimoine est animé par des chercheurs de différentes disciplines (ethnologues, historiens, géographes, sociologues, archéologues, etc.,) dont les travaux sont peu connus en dehors de la sphère universitaire et plus précisément dans le milieu de l\u2019enseignement primaire et secondaire.En ce sens, on peut dire que le patrimoine est encore absent, ou presque, du cursus d\u2019apprentissage formel par exemple au secondaire, bien qu\u2019il s\u2019arrime avec certaines matières qui y sont enseignées, et qu\u2019il les rejoint de manière transversale, comme l\u2019histoire et l\u2019éducation à la citoyenneté3, sans compter d\u2019autres apprentissages non formels comme l\u2019éducation relative à l\u2019environnement et à l\u2019écocitoyenneté (EREE)4.Découlant de ce qui précède, l\u2019UMRcp a souhaité travailler de concert avec la SPHQ en proposant de développer un programme de collaboration qui s\u2019ouvre progressivement à toutes les écoles secondaires du Québec.Son objectif principal était de jumeler l\u2019expertise scienti?que des membres de l\u2019UMRcp (professeurs, collaborateurs, professionnels de recherche, étudiants de 2e et de 3e cycles universitaires, auxiliaires de recherche\u2026) au savoir-faire pédagogique et didactique des enseignants membres de la SPHQ.L\u2019idée était de travailler en étroite collaboration pour ré?échir aux modalités de création d\u2019un projet pédagogique centré sur le site Cartier-Roberval et sa collection, projet qui placerait l\u2019élève au centre d\u2019ateliers et d\u2019activités de médiation et de mise en valeur de ce patrimoine classé depuis 2018 en vertu de la Loi sur le patrimoine culturel du Québec.Un projet qui répond à la mission de formation de la relève en études patrimoniales Conformément à sa mission d\u2019appui à la relève, la direction de l\u2019UMRcp a intégré un étudiant de 2e cycle au projet avant même son lancement, a?n qu\u2019il appuie le travail de ré?exion et d\u2019idéation qui a été mené par le chercheur principal et les professionnels de recherche.L\u2019étudiant en question, Alexandre Lemay, est candidat à la maîtrise en ethnologie et patrimoine sous la direction d\u2019Habib Saidi et récipiendaire d\u2019une bourse d\u2019études de l\u2019UMRcp.En plus de participer directement à l\u2019idéation du projet avec la SPHQ à titre d\u2019auxiliaire de recherche, dans le cadre de sa maîtrise, Alexandre prend également appui sur la collection du site Cartier-Roberval pour explorer les possibilités d\u2019intégration de l\u2019éducation au patrimoine au cours d\u2019histoire du Québec et du Canada de 3e secondaire.Son projet de mémoire, intitulé provisoirement « Les collections archéologiques du site Cartier-Roberval dans les écoles du Québec : médiation et éducation au patrimoine en milieu scolaire », consiste en une recherche-action impliquant l\u2019élaboration de trois ateliers de médiation cocréés avec des enseignants du secondaire.Chacun de ces ateliers se concentre sur une forme différente d\u2019intégration à l\u2019école de l\u2019éducation au patrimoine.La recherche d\u2019Alexandre, complémentaire au projet de collaboration dont il est question ici, a également été présentée lors du 59e congrès de la SPHQ en octobre 2021.Le lancement de la collaboration entre l\u2019UMRcp et la SPHQ Après la phase d\u2019idéation initiale, un appel à collaboration a été préparé par l\u2019UMRcp puis diffusé auprès des membres de la SPHQ à l\u2019été 2020.Plusieurs réunions avaient eu lieu au préalable entre l\u2019équipe de l\u2019UMRcp, Catinca Adriana Stan, professeure adjointe à la Faculté des sciences de l\u2019éducation de l\u2019Université Laval, et Véronique Charlebois, responsable des communications à la SPHQ, pour raf?ner les objectifs de l\u2019appel et l\u2019adapter au contexte scolaire.Le projet de création d\u2019ateliers de diffusion et de médiation dans le milieu scolaire a ensuite commencé à l\u2019automne 2020 en suivant une démarche en deux temps : 1) le démarrage d\u2019ateliers-tests avec les candidates et les candidats retenus à la suite de la diffusion de l\u2019appel à collaboration et 2) la création d\u2019une 3.Voir Gouvernement du Québec, ministères de l\u2019Éducation et de l\u2019Enseignement supérieur.(s.d.).Histoire et éducation à la citoyenneté.http://www.education.gouv.qc.ca/enseignants/pfeq/secondaire/domaine-de-lunivers-social/histoire-et- education-a-la-citoyennete/.4.Voir Sauvé, L, (dir.).(2019).Mobiliser les acteurs de changement \u2013 Stratégie québécoise d\u2019éducation en matière d\u2019environnement et d\u2019écocitoyenneté : dé?s, visions et pistes d\u2019actions.Montréal : Les Éditions du Centr\u2019ERE. Revue de la SPHQ | Été 2022 33 TRACES | Volume 60 no 3 trousse pédagogique destinée à être prêtée dans les écoles.Le démarrage des ateliers-tests : enjeux dans la collaboration et adaptation à la pandémie L\u2019étape des ateliers-tests a débuté dès septembre 2020 en collaboration avec les membres du corps enseignant Véronique Charlebois (Collège Héritage, Châteauguay), Judith Montpetit (École Sainte-Martine, Sainte-Martine), Christian Lagueux (Polyvalente de Saint-Georges, Saint- Georges) et Jean-Pierre Lagueux (Polyvalente Bélanger, Saint-Martin).Une première itération d\u2019ateliers-tests a vu des élèves de troisième secondaire du collège Héritage et de l\u2019école Sainte Martine se familiariser avec le site Cartier-Roberval en remplissant des carnets d\u2019activités thématiques qui présentaient les rôles de différents experts ayant pris part aux fouilles, à la réalisation d\u2019analyses spécialisées et à la mise en valeur du site Cartier-Roberval.Le premier carnet était centré sur les activités liées à l\u2019archéologie et à l\u2019interrogation générale des sources matérielles.Le deuxième carnet s\u2019attardait au travail de l\u2019historien et proposait des activités liées à l\u2019analyse et à la critique des sources historiques.Le troisième et dernier carnet abordait quant à lui le travail du muséologue, en s\u2019intéressant notamment à la lecture que les élèves pouvaient faire du langage de l\u2019exposition « La colonie retrouvée », présentée de 2013 à 2019 au Musée de l\u2019Amérique francophone et qui était axée sur la valeur de « témoignage » des artefacts.Il convient aussi de préciser que les carnets de l\u2019élève cherchaient à complémenter, entre autres par le développement de compétences transversales, les objectifs d\u2019apprentissage propres au cours d\u2019histoire dans lequel les activités s\u2019inséraient.De plus, les carnets ont été conçus de façon à servir d\u2019outil de suivi entre les professeures et l\u2019UMRcp.Pour sa part, le « carnet de l\u2019enseignant » a permis de suggérer des réponses aux questions que pourraient avoir les élèves et d\u2019aiguiller la réalisation des ateliers.Développée par la suite en réponse aux conclusions tirées de l\u2019essai en classe des premiers carnets, l\u2019activité de création intitulée « Jeunes ambassadrices et ambassadeurs du site Cartier-Roberval » avait comme objectif de conférer à chaque élève participant le titre de porte-parole du potentiel du site.Ainsi, chaque « porte- parole » devait créer une vidéo promotionnelle sur des objets de la collection qu\u2019elle ou il choisissait en fonction de ses intérêts personnels et à partir des connaissances qu\u2019elle ou il avait acquises sur le site, le tout en étant assisté par son enseignante.La collaboration avec messieurs Lagueux prévoyait une autre démarche dont l\u2019objectif était de s\u2019arrimer au projet « Reproduction d\u2019un objet historique de l\u2019histoire du Québec et du Canada » qu\u2019ils mènent avec succès depuis plusieurs années.La réalisation d\u2019une activité complémentaire, « Cartier-Roberval au quotidien », était prévue pour prolonger ce projet et amener les élèves à aller plus loin dans leur ré?exion accompagnant la reproduction d\u2019un objet à l\u2019identique.Ainsi, après avoir reproduit un artefact du site Cartier-Roberval par une méthode artisanale ou artistique, elles et ils étaient invités à participer à la création d\u2019une exposition virtuelle collaborative.Les modalités de cette proposition ont été validées avec les enseignants et un journal de bord a été créé pour accompagner les élèves tout au long du processus et pour permettre une évaluation du déroulement de l\u2019activité en fonction des objectifs établis.Toutefois, la réalisation de cette activité a dû être mise sur pause en raison de la pandémie, avec l\u2019espoir de la reprendre plus tard.Quelque temps après le début des différentes collaborations, la COVID-19 a de nouveau forcé le corps enseignant et les élèves à s\u2019ajuster en limitant le temps d\u2019apprentissage en présentiel et en fonction des directives du ministère de l\u2019Éducation, qui a progressivement appelé les enseignantes et les enseignants à se concentrer sur les apprentissages essentiels.L\u2019équipe de l\u2019UMRcp et ses collaborateurs ont ainsi dû apporter divers ajustements au projet en cours de route en raison des restrictions imposées par la pandémie.Par exemple, le carnet de l\u2019élève destiné à être rempli en format papier et en classe a été adapté pour être entièrement numérique a?n que la collaboration puisse se poursuivre à distance.Plusieurs activités de Élèves de troisième secondaire de l\u2019école Sainte-Martine durant la présentation du projet d\u2019ateliers de médiation et de diffusion le 30 septembre 2020, photo : Productions Cina 34 Revue de la SPHQ | Éte 2022 TRACES | Volume 60 no 3 reproduction d\u2019artefacts, d\u2019abord conçues pour être menées en classe, ont aussi dû être suspendues en raison des restrictions sanitaires.Le projet clé en main de l\u2019UMRcp : la trousse pédagogique du site patrimonial Cartier-Roberval Les différents ateliers-tests, tout comme les échanges avec divers membres du corps enseignant en secondaire 3 menés depuis l\u2019automne 2020, ont permis de raf?ner les objectifs du projet de collaboration, ceux-ci visant désormais la création d\u2019une activité de type clé en main.La participation de l\u2019UMRcp à la 59e édition du congrès annuel de la SPHQ en octobre 2021 a permis de mesurer l\u2019enthousiasme des professeures et des professeurs participants pour cette formule qui peut facilement être intégrée en classe, renforçant les conclusions auxquelles arrivait l\u2019équipe à l\u2019interne.Depuis la session d\u2019hiver 2021 et en collaboration avec deux auxiliaires de recherche, Alexandre Lemay et Étienne Gagnon, l\u2019équipe de l\u2019UMRcp travaille sur l\u2019élaboration d\u2019une trousse pédagogique appropriée pour des élèves de troisième secondaire qui pourra être utilisée de façon autonome par les membres du corps enseignant.Telle qu\u2019actuellement conçue, cette trousse sera notamment composée de répliques d\u2019artefacts imprimées en 3D, d\u2019hyperliens menant vers des modélisations 3D et d\u2019une gamme de documents informatifs dont : \u2022 «?À retenir sur le site Cartier-Roberval?» : Ce court document a été conçu pour servir de référence rapide sur certains éléments clés liés au site Cartier-Roberval, tant au niveau de la chronologie des évènements historiques connus que des démarches qui sont survenues depuis la redécouverte du site en 2005 (période de fouilles archéologiques, première exposition au Musée de l\u2019Amérique francophone, début du processus de la mise en valeur du site et de sa collection, etc.).Il est destiné autant aux enseignants qu\u2019aux élèves.\u2022 Fiches techniques simplifiées : Ces courts documents fournissent une description de chacun des objets de la collection inclus dans la trousse pédagogique.Outre les caractéristiques de base des objets (taille, matériaux, état, etc.), les fiches expliciteront les liens tissés entre les différentes thématiques développées dans la trousse.En effet, l\u2019activité proposée sera organisée en fonction de quatre thématiques, soit 1) Diversité sociale au sein de l\u2019expédition : nobles, prisonniers et gens de métier, 2) Vie quotidienne dans la colonie : se loger, se nourrir, s\u2019habiller, se divertir, etc., 3) Exploitation des ressources naturelles, et 4) Relations avec les Autochtones.Avec l\u2019appui d\u2019enseignantes et d\u2019enseignants collaborateurs, la trousse pédagogique sera testée dans certaines écoles à l\u2019automne 2022.Des ajustements pourront y être apportés par la suite au besoin.Après la ?nalisation de la trousse, l\u2019UMRcp rendra publiques les modalités de prêt de celle-ci et les communiquera tout spécialement aux membres de la SPHQ.5.Conclusion Dans cet article, nous avons présenté un projet de collaboration basé sur une vision innovante : bâtir des ponts entre les milieux d\u2019enseignement supérieur et secondaire en mobilisant le potentiel pédagogique du patrimoine à travers l\u2019exemple du site patrimonial Cartier-Roberval et de sa collection.Malgré différents enjeux liés entre autres à la pandémie, le projet de création d\u2019ateliers de médiation et de diffusion en milieu scolaire imaginé par l\u2019UMRcp continue de prendre forme et d\u2019évoluer, notamment grâce à la précieuse collaboration de la SPHQ et de ses membres.Ce projet pilote a mené à la conception d\u2019une trousse pédagogique qui permettra aux élèves de se familiariser avec la collection patrimoniale du site Cartier-Roberval, autrement actuellement inaccessible, et de se l\u2019approprier.Cette trousse pourra être bientôt empruntée, consultée et manipulée par des élèves, participant ainsi à leur processus d\u2019apprentissage.Pour en savoir plus sur l\u2019Unité mixte de recherche Capitales et patrimoines et ses projets, visitez le www.umr-cp.ulaval.ca Présentation au 59e congrès de la SPHQ le 21 octobre 2021, photo : Alexandre Lemay Revue de la SPHQ | Été 2022 35 TRACES | Volume 60 no 3 Activité pédagogique Jeunesse de papier : une incursion dans la culture jeunesse des années 1950 et 1960 Leah Szopko, candidate à la maîtrise en histoire, Université de Montréal Catherine Larochelle, professeure au département d\u2019histoire, Université de Montréal Le site Jeunesse de papier est une incursion dans la culture des jeunes Québécois et Québécoises des années 1950 et 1960.À travers l\u2019analyse d\u2019un lot de vieilles revues catholiques1, le site aborde différents événements et phénomènes de cette période charnière pour l\u2019histoire du Québec par le prisme de l\u2019histoire de la jeunesse2.Composées de bandes dessinées et de diverses rubriques, ces revues des années 1950 et 1960 sont les premières incarnations d\u2019une littérature périodique pour les jeunes dans le Québec d\u2019avant la Révolution tranquille.Créé dans le cadre d\u2019un séminaire de maîtrise, le site propose aux enseignant(e)s et aux élèves de plonger dans la jeunesse de ce temps, en les outillant à la fois d\u2019une ligne du temps, d\u2019une présentation du contexte local et international ayant permis l\u2019émergence de ces revues et d\u2019exemples de ce qu\u2019on trouvait dans celles-ci.Les enseignants et les élèves sont ainsi invités à jeter un regard renouvelé sur la jeunesse des années 1950 et 1960 grâce à une ?ction historique basée sur le courrier des lecteurs, un portrait de l\u2019appréciation de ces périodiques par les jeunes, des analyses critiques, des entrevues avec des personnes ayant grandies dans les années 1950 ainsi qu\u2019un atelier pédagogique à reproduire en classe.En somme, le site Jeunesse de papier offre une fenêtre sur la jeunesse de l\u2019époque, ce qui l\u2019intéressait, ce qu\u2019elle consommait, mais aussi ce qui était attendu d\u2019elle, les chemins qui lui étaient proposés et les cadres normatifs qui lui étaient imposés.Jeunesse de papier permet également aux enseignant(e) s d\u2019aborder le module « 1945-1980 La modernisation du Québec et la Révolution tranquille » du programme ministériel en tenant compte de l\u2019expérience des jeunes de la génération du bébé boom.En effet, la société de consommation, la laïcisation, la Guerre froide, la période duplessiste, la Révolution tranquille, l\u2019effervescence socioculturelle et le bébé-boum sont autant de phénomènes qui ont des échos dans ces revues.Une discussion de la construction de la féminité et des représentations des populations marginalisées dans les revues est également offerte sur notre site, ce qui permet de revisiter la question du genre et de l\u2019altérité durant la période suivant la Deuxième Guerre mondiale.Un mot sur l\u2019atelier pédagogique Dans le cadre du séminaire, Leah s\u2019est intéressée à une série d\u2019articles intitulés « Les étudiants face à eux- mêmes », publiés en 1960 et 1961 dans la revue Claire.Il s\u2019agit de courtes entrevues où des jeunes, garçons et ?lles, s\u2019expriment au sujet de débats ou répondent à des questions qui divisent la jeunesse du temps.L\u2019intérêt de 36 Revue de la SPHQ | Éte 2022 TRACES | Volume 60 no 3 ces articles relève du fait qu\u2019ils permettent de retracer concrètement les voix des jeunes du passé, sources rares en histoire de l\u2019enfance, en plus de mettre en lumière à la fois les convictions, les préoccupations, les questionnements et les intérêts de certains jeunes de l\u2019époque.Devant ces témoignages, Leah s\u2019est alors demandé ce qui avait changé, ou non, entre la jeunesse (catholique) des années 1960 et celle d\u2019aujourd\u2019hui.Son intérêt pour la didactique de l\u2019histoire lui a inspiré la création d\u2019un atelier d\u2019analyse de sources à partir des rubriques « Les étudiants face à eux-mêmes ».Cet atelier cherche non seulement à mettre au jour les voix des jeunes du passé, mais aussi à inclure les perspectives des jeunes d\u2019aujourd\u2019hui à l\u2019histoire de la jeunesse.L\u2019activité a été testée dans deux classes de 5e secondaire, durant un cours d\u2019histoire du 20e siècle à l\u2019automne 2021.Le tout fut un succès ! L\u2019atelier est divisé en trois étapes.D\u2019abord, une lecture active de deux articles de la revue Claire doit être réalisée avant l\u2018activité en classe.L\u2019enseignant(e) anime par la suite une discussion au sujet des articles en invitant les élèves à se prononcer sur les éléments de changement et de continuité entre la jeunesse des années 1960 et celle d\u2019aujourd\u2019hui.En?n, les élèves effectuent un travail ré?exif à la maison, assurant ainsi un suivi des connaissances acquises en classe, tout en explorant de nouveaux questionnements.A?n de reproduire l\u2019exercice dans vos classes, le site propose : \u2022 Un guide de préparation de l\u2019atelier expliquant les éléments de la pensée historique qui sont mis en pratique durant l\u2019atelier, ainsi que les ré?exions à avoir en prévision de l\u2019activité; \u2022 Une rétrospection sur quelques questions posées en classe, plus précisément celles qui ont eu un impact direct sur le contenu des réponses partagées par les élèves; \u2022 Le travail ré?exif demandé aux élèves, commenté par Leah à la suite de la réception des réponses, a?n de recti?er le tir pour un éventuel atelier.Cela vous permet également de l\u2018adapter à vos besoins; \u2022 La numérisation des 14 articles « Les étudiants face à eux-mêmes » a?n d\u2019offrir une variété de sujets pour tenter l\u2019exercice.En somme, il s\u2019agit d\u2019un exercice pertinent pour développer l\u2019analyse critique de sources primaires et la pensée historique, car il demande aux élèves de se questionner non seulement sur l\u2019in?uence du contexte historique québécois des années 1960 sur les jeunes de l\u2019époque, mais également sur les causes et les conséquences qui engendrent des changements et des continuités au sein des préoccupations et des convictions de la jeunesse québécoise.A?n d\u2019explorer Jeunesse de papier, nous vous proposons aujourd\u2019hui un minitest à faire passer aux élèves après la consultation des pages « Contexte » et « Corpus » du site.Il permet non seulement de tester les connaissances historiques acquises grâce à la consultation du site, mais également de véri?er leur capacité à bien lire l\u2019information et l\u2019organisation d\u2019un texte (auteur, arguments, reformulations, résumé, etc.). Revue de la SPHQ | Été 2022 37 TRACES | Volume 60 no 3 Corpus Question 1 : Qu\u2019est-ce qui motive la publication de la revue Hérauts par les Éditions Fides?A) La publication de revues jeunesse par des congrégations protestantes motive les congrégations catholiques à faire de même B) La concurrence européenne grandissante sur le marché de la bande dessinée fait pression sur les maisons d\u2019éditions canadiennes C) Les congrégations catholiques associent les comic books américains, très appréciés de la jeunesse canadienne- française, à une mauvaise influence qu\u2019elles cherchent à contrer avec Hérauts D) Les Éditions Fides sont en faillite et cherchent un moyen pour relancer leurs activités Question 2 : Vrai ou faux?\u2013 Les revues de la JEC gagnent en popularité grâce à l\u2019important public que constituent les écoles de la province, mais le lectorat se limite aux jeunes du Québec.A) Vrai.Justifiez : _____________________________________________________________________________ B) Faux.Justifiez : _____________________________________________________________________________ Question 3 : Identifiez tous les endroits où l\u2019on peut consulter les archives alimentant notre corpus, ainsi que les revues qui le constituent.A) Archives nationales à Montréal B) Bibliothèque et Archives Canada C) Collection nationale de BAnQ D) BAnQ numérique E) Réseau des bibliothèques publiques de Montréal F) Grande Bibliothèque G) L\u2019hôtel du Parlement du Québec Question 4 : Quelle raison n\u2019explique pas l\u2019importance des célébrations de Noël dans la construction des différentes figures d\u2019altérité (« l\u2019Autre ») que l\u2019on retrouve dans les revues?A) Noël est un événement célébré par plusieurs nations autour du globe, mais dans des contextes variés et de manières différentes.B) L\u2019utilisation de la figure du Père Noël permet aux revues de montrer les différences entre ceux qui méritent des cadeaux, soit les bons chrétiens, et les « Autres » qui ne les méritent pas, car ils ne sont pas catholiques.C) Ces célébrations permettent de mettre de l\u2019avant l\u2019œuvre missionnaire québécoise réalisée dans les pays colonisés.D) L\u2019iconographie chrétienne permet de rappeler l\u2019aspect paternaliste de la colonisation.Question 5 : Vrai ou Faux?\u2013 Les représentations des Autochtones dans les revues ont des impacts négatifs sur la manière que les jeunes ont de concevoir l\u2019histoire de ces peuples.A) Vrai.Justifiez et donnez deux exemples pour appuyer votre afÏrmation : ______________________________ _________________________________________________________________________________________ _________________________________________________________________________________________ _________________________________________________________________________________________ B) Faux.Justifiez et donnez deux exemples pour appuyer votre afÏrmation : ____________________________ _________________________________________________________________________________________ _________________________________________________________________________________________ _________________________________________________________________________________________ 38 Revue de la SPHQ | Éte 2022 TRACES | Volume 60 no 3 Question 6 : Pourquoi les auteurs et autrices des revues cherchent-ils à émettre une distinction entre le « Nous » et « l\u2019Autre »?A) Elle permet la construction d\u2019une identité canadienne-française distincte.B) Les représentations des populations marginalisées dans les revues (« l\u2019Autre ») permettent aux jeunes d\u2019identifier (visuellement) la norme à laquelle ils et elles appartiennent (le « Nous »).C) La différence, présentée ainsi, justifie le traitement paternaliste et méprisant réservé aux populations coloniales se trouvant en marge du « Nous ».D) Toutes ces réponses E) Aucune de ces réponses Question 7 : Associez les concepts aux définitions : Corpus de sources, Missionnariat, Essentialisation A) _______ : Processus qui regroupe des individus sous un ou des termes englobants, stéréotypés et généralement réducteurs.B) _______ : Ensemble de documents issus du passé à partir desquels les historiens travaillent.Dans le cas de nos recherches, ce sont les revues Hérauts, L\u2019Abeille, Stella Maris, Ave Maria, Petit Héraut, Fanchon et Jean-Lou, François et Claire qui le constituent.C) _______ : Mouvement qui a joué un rôle non négligeable dans la promotion de la foi catholique dans le monde, mais également dans le renforcement d\u2019images racistes dans les revues.Question 8 : Complétez les fiches suivantes.A) Nicole Germain Date de naissance et de décès : Occupation(s) : Son apport aux revues étudiées : B) Paul-Aimé Martin Date de naissance et de décès : Occupation(s) : Son apport aux revues étudiées : Question 9 : À qui doit-on la publication d\u2019histoires réalistes pour les jeunes filles dans la revue Claire?A) Charlier et Hubinon B) Paule Daveluy C) Les dirigeantes de Chambord D) Nicole Germain E) Jean-Paul Desbiens Question 10 : Complétez la biographie suivante.« Mon nom est _________, mais on m\u2019appelle aussi le Père Ambroise.Je suis né en ______ et décédé en _____.Au cours de ma vie, j\u2019ai non seulement été ________, mais aussi _______ et animateur à la radio et à la télévision pour jeunes et adultes.Je suis également un grand ______ (j\u2019ai visité près de 150 pays?!), ce qui a inspiré l\u2019écriture des _______________ que je publie dans la revue Hérauts.Enfin, je me suis impliqué dans de nombreuses initiatives catholiques pour la jeunesse; je deviens ______________ en 1944 et membre fondateur de la __________________ (________).» Contexte Question 1 : Associez aux événements suivants, la date correspondante : 1935, 1937, 1943, 1944.C) Création de la revue François par la JEC : ____ D) Naissance de la JEC au Québec : _____ E) Début de la publication de la revue Hérauts : _____ F) Création de la maison d\u2019édition Fides : _____ Question 2 : Comment les jeunes conçoivent-ils et elles leur implication dans la Jeunesse étudiante catholique?A) Une façon de mieux comprendre l\u2019idéologie dominante pour s\u2019y soumettre B) Une possibilité d\u2019obtenir une formation pour entrer dans les ordres religieux C) Une façon d\u2019avoir des loisirs supervisés D) Une opportunité pour réfléchir à leurs problèmes loin de l\u2019influence de la classe politique Revue de la SPHQ | Été 2022 39 TRACES | Volume 60 no 3 Question 3 : Complétez la phrase suivante.A) L\u2019âge d\u2019or de la bande dessinée américaine durant les années ________ influence le monde de la littérature jeunesse dans plusieurs endroits, notamment au ________.Question 4 : L\u2019essor de la littérature jeunesse au Québec se fait durant la Deuxième Guerre mondiale car A) Les mères se retrouvent massivement sur le marché du travail et ne peuvent plus raconter des histoires aux enfants B) Le War Exchange Conservation Act limite les importations, notamment les bandes dessinées américaines C) La guerre inspire les auteurs qui en font un thème central de la littérature jeunesse, ce qui fait vendre.Question 5 : Qu\u2019est-ce que Timeless Topix?A) Une revue de comics américaine et catholique B) Une revue de comics américaine et protestante C) Une organisation jeunesse américaine D) Une maison d\u2019édition belge Question 6 : Quelle notion parmi les suivantes est relativement récente?A) La beauté B) L\u2019adolescence C) Le pouvoir D) La lecture Question 7 : Dans la section \u201cQuelques lectures pour en savoir plus\u201d, qui a rédigé la notice sur le livre Pop Culture Panics de Karen Sternheimer?Réponse : _______________________________ Question 8 : Associez les sujets au bon livre : Les jeunes et la Guerre froide aux États-Unis - Les adolescentes belges (1919- 1965) - Les mouvements d\u2019action catholique au Québec - L\u2019influence des médias de masse sur les enfants américains A) Louise Bienvenue Quand la jeunesse entre en scène : ______________________________ B) Laura Di Spurio Du côté des jeunes filles : _______________________________________ C) Margaret Cassidy Children, Media, and American History : _________________________ D) Victoria M.Grieve Little Cold Warriors : ________________________________________ Question 9 : Identifiez tous les phénomènes, parmi les suivants, qui aident à comprendre la nouvelle conceptualisation de la jeunesse qui apparaît durant la première moitié du 20 e siècle.A) Le travail en manufacture est de moins en moins fréquent pour les jeunes B) Obtention du droit de vote pour les femmes (Québec, 1940) C) Les tavernes deviennent des lieux ségrégés, interdites aux femmes (Québec, 1937) D) L\u2019immigration se diversifie E) Description psychologique de l\u2019adolescence (Hall, 1904) F) La prospérité issue de la guerre amène moins de familles à avoir besoin du salaire des enfants Question 10 : À qui la revue Claire est-elle destinée?A) Les jeunes élèves du primaire B) Les adolescents fréquentant les collèges classiques C) Les adolescentes belges D) Les adolescentes canadiennes-françaises 40 Revue de la SPHQ | Éte 2022 TRACES | Volume 60 no 3 Réponses : Activité Jeunesse de papier Corpus Question 1 : C Question 2 : Faux: les lieux de provenance des participant.e.s aux concours sont situés dans la francophonie canadienne/hors- Québec.Question 3 : A-C-D Question 4 : B Question 5 : Vrai Justification : Les revues véhiculent des stéréotypes réducteurs et essentialisant; OU Les revues véhiculent une mauvaise image / une image péjorative des peuples autochtones; OU Les revues entretiennent des discours racistes et réducteurs sur les peuples autochtones; OU toute autre réponse similaire, axée sur l\u2019idée que les images et mots employés dans les revues font en sorte que les jeunes se font une image réductrice et essentialisée des peuples autochtones, qu\u2019ils apprennent des stéréotypes associés aux peuples autochtones plutôt que leur histoire.Exemples : Les revues regroupent les peuples autochtones sous le terme englobant d\u2019« Indiens » OU Les Autochtones sont représentés par des stéréotypes réducteurs (selon le texte, ou selon les images des revues qui se retrouvent dans le carrousel) : sont en train de faire la guerre, arborent la coiffe de plumes et/ou l\u2019arc à ?èche, sont présents seulement en fonction de la présence eurocanadienne, etc.OU On ne parle pas de toutes les nations autochtones.On ne fait la distinction qu\u2019entre les Hurons, les Iroquois et les Inuit (qu\u2019on appelle par le terme péjoratif « Esquimaux » dans les revues).OU Les Autochtones sont con?nés au passé; ils n\u2019existent pas dans le présent, sauf pour les Inuit.OU On dit des Hurons qu\u2019ils sont les « bons Indiens » alors que les Iroquois sont « ceux qui sont belliqueux/ceux qui font toujours la guerre/les ennemis ».OU Tout autre exemple qui met en lumière le fait que dès un jeune âge, les lecteurs et lectrices se trouvent devant une image réductrice des peuples autochtones, qui est assimilée et reproduite.Question 6 : D Question 7 : A) Essentialisation B) Corpus de sources C) Missionnariat Question 8 : Nicole Germain Date de naissance et de décès : 1917-1994 Occupation(s) : actrice, animatrice, écrivaine et journaliste.Son apport aux revues étudiées : Le nom, l\u2019image et la réputation de Nicole Germain sont utilisés dans la revue Claire afin d\u2019influencer de manière positive les jeunes filles qui lisent la revue en leur présentant une vedette québécoise comme exemple.Paul-Aimé Martin Date de naissance et de décès : 1917-2001 Occupation(s) : prêtre, bibliothécaire, professeur et directeur de différentes bibliothèques religieuses.Son apport aux revues étudiées : fondation de la maison d\u2019édition Fides; publications de Mes ?ches.Question 9 : B Question 10 : « Mon nom est Ambroise Lafortune, mais on m\u2019appelle aussi le Père Ambroise.Je suis né en 1917 et décédé en 1997.Au cours de ma vie, j\u2019ai non seulement été prêtre, mais aussi écrivain et animateur à la radio et à la télévision pour jeunes et adultes.Je suis également un grand voyageur (j\u2019ai visité près de 150 pays !), ce qui a inspiré l\u2019écriture des romans historiques que je publie dans la revue Hérauts.En?n, je me suis impliqué dans de nombreuses initiatives catholiques pour la jeunesse; je deviens membre de la JEC en 1944 et membre fondateur de la Presse Étudiante Nationale (PEN).» Contexte Question 1 : A) 1943.B) 1935.C) 1944.D) 1937 Question 2 : D Question 3 : L\u2019âge d\u2019or de la bande dessinée américaine durant les années 1920 et 1930 in?uence le monde de la littérature jeunesse dans plusieurs endroits, notamment au Québec.Question 4 : B Question 5 : A Question 6 : B Question 7 : Kathleen Villeneuve Question 8 : A) Les mouvements d\u2019action catholique au Québec B) Les adolescentes belges (1919-1965) C) L\u2019in?uence des médias de masse sur les enfants américains D) Les jeunes et la Guerre froide aux États-Unis Question 9 : A - E - F Question 10 : D Revue de la SPHQ | Été 2022 41 TRACES | Volume 60 no 3 En route vers les élections générales provinciales Élections Québec Saviez-vous que la première élection provinciale tenue par vote secret au Québec a eu lieu en 1875 ?Auparavant, il fallait exprimer oralement et publiquement son vote devant les personnes candidates et leurs partisans.Cela menait souvent à des représailles ou à des séances d\u2019intimidation.Aujourd\u2019hui, le droit de vote s\u2019exerce dans le cadre d\u2019élections libres et justes.Il s\u2019agit d\u2019un privilège que nous avons acquis grâce à de nombreuses luttes qui ont marqué notre histoire.En cette année électorale, l\u2019occasion est belle pour apprendre ou se rappeler tout ce qui doit être mis en œuvre a?n de permettre à plus de six millions d\u2019électrices et d\u2019électeurs de voter librement et en toute con?ance.Élections Québec a le mandat d\u2019assurer la tenue des élections provinciales.Tout le processus électoral est encadré par la Loi électorale.Cette loi ?xe les règles du jeu, comme les dates et les exigences liées au dépôt d\u2019une candidature, les dates où peuvent se tenir les différents types de vote, les cartes d\u2019identité qu\u2019une électrice ou un électeur peut montrer pour s\u2019identi?er a?n de s\u2019inscrire sur la liste électorale ou de voter, etc.Elle établit également des règles claires en matière de ?nancement politique et de contrôle des dépenses électorales.Le décret : le coup d\u2019envoi Quand le décret ordonnant la tenue des élections provinciales est adopté, il faut réaliser un ensemble d\u2019opérations d\u2019ici le jour du scrutin.Toutes ces opérations sont plani?ées dans le calendrier électoral, qui dure de 33 à 39 jours.Si le calendrier compte 33 jours, le directeur général des élections et son équipe ont autant de jours pour effectuer toutes les opérations nécessaires pour le jour de l\u2019élection.Dès l\u2019adoption du décret, les directrices et directeurs de scrutin des 125 circonscriptions électorales du Québec ouvrent leur bureau.Ils doivent rapidement recruter et former les personnes qui travailleront dans les bureaux de vote.En période électorale, Élections Québec devient un employeur de taille.En effet, des milliers de postes doivent être pourvus dans toute la province : préposées et préposés à l\u2019information et au maintien de l\u2019ordre (PRIMO), scrutatrices et scrutateurs, secrétaires de bureau de vote et membres de la table de véri?cation de l\u2019identité des électeurs, notamment.Depuis décembre dernier, l\u2019âge minimal requis pour faire partie du personnel électoral est de 16 ans.Alors, cet automne, des jeunes de 16 ans et plus pourront occuper certains postes dans les bureaux de vote.Cela leur permettra de vivre une expérience enrichissante de démocratie ! La période de réception des candidatures est une étape importante.En effet, lors d\u2019une élection, toute personne qui le souhaite peut se porter candidate.Les citoyennes et citoyens ont jusqu\u2019au 16e jour avant le jour du vote pour poser leur candidature.Au début de la période électorale, plus de 4 millions de Guides pour les élections provinciales et d\u2019avis d\u2019inscription sont envoyés aux électrices et aux électeurs pour leur indiquer où et quand aller voter, entre autres.L\u2019avis d\u2019inscription précise également comment véri?er et modi?er son inscription à la liste électorale.Les électeurs doivent s\u2019assurer que leur nom et leur adresse y sont correctement inscrits.Ils ont jusqu\u2019à quatre jours avant l\u2019élection pour s\u2019inscrire à la liste ou pour modi?er leur inscription.L\u2019inscription à la liste électorale n\u2019est pas obligatoire, mais une électrice ou un électeur doit y être inscrit pour pouvoir exercer son droit de vote.Lors d\u2019élections provinciales, on ne peut pas s\u2019inscrire le jour même de l\u2019élection (alors qu\u2019on peut lors d\u2019élections fédérales).Cependant, une fois qu\u2019un électeur y est inscrit, il n\u2019a pas à s\u2019y inscrire à nouveau avant chaque élection. 42 Revue de la SPHQ | Éte 2022 TRACES | Volume 60 no 3 Jours de vote Lorsque les personnes candidates au poste de député sont connues dans chaque circonscription, l\u2019impression des bulletins de vote peut commencer.Tout doit être prêt pour l\u2019ouverture des bureaux de vote par anticipation, qui fermeront quatre jours avant l\u2019élection.Des journées de vote sont également prévues dans les établissements d\u2019hébergement, dans les établissements d\u2019enseignement et au bureau de la directrice ou du directeur de scrutin.Le jour des élections, les électrices et les électeurs se rendent à leur lieu de vote, s\u2019ils n\u2019ont pas voté avant.Dès la fermeture des lieux de vote, les urnes sont ouvertes et les bulletins de vote comptés.Le soir même des élections, les résultats préliminaires sont connus, mais ce n\u2019est qu\u2019une semaine plus tard que les personnes ayant obtenu le plus de votes seront of?ciellement proclamées élues.Elles auront le mandat de prendre, en notre nom, des décisions importantes pour notre société\u2026 jusqu\u2019au jour où nous serons de nouveau appelés aux urnes à l\u2019occasion d\u2019une autre élection ! Participation électorale à la baisse La participation électorale est l\u2019une des grandes préoccupations d\u2019Élections Québec.Le meilleur taux de participation à une élection a été enregistré en 1976 : 85,27 % des électrices et des électeurs du Québec avaient alors exercé leur droit de vote.Le plus bas taux de participation de l\u2019histoire de la province est celui de l\u2019élection de 1919 : 27,30 %.Depuis les années 2000, la participation électorale est en baisse constante.Lors des deux dernières élections générales provinciales, on a observé des taux relativement bas : 71,44 % en 2014 et 66,45 % en 2018.Les données sont encore plus critiques quand on se concentre sur les plus jeunes générations d\u2019électrices et d\u2019électeurs.Par exemple, lors des élections provinciales du 1er octobre 2018, le taux de participation de l\u2019électorat âgé de moins de 35 ans était de 53,41 %, alors que celui des personnes de 35 ans et plus était de 69,68 %.Les élèves peuvent aussi voter Dans ce contexte, faire vivre une simulation électorale aux futures électrices et aux futurs électeurs est une excellente façon de les intéresser à notre processus électoral et de les initier à l\u2019exercice du droit de vote avant même qu\u2019ils aient l\u2019âge de voter.À l\u2019occasion des élections générales provinciales, le programme Électeurs en herbe invite toutes les écoles primaires (plus précisément les élèves du troisième cycle) et secondaires du Québec ainsi que les organismes jeunesse à réaliser une simulation des élections avec leurs jeunes, en classe ou dans toute l\u2019école.Ce programme est offert partout au Québec, en français et en anglais (sous l\u2019appellation Voters in training).Tout le matériel électoral est envoyé gratuitement : urnes, isoloirs, guide de préparation à la simulation et bulletins de vote avec le nom des personnes candidates de la circonscription de l\u2019école ou de l\u2019organisme.Ce programme comprend également un volet pédagogique : les enseignantes et enseignants ont accès à des activités qu\u2019ils peuvent réaliser en classe avec leurs élèves.Ils peuvent faire plusieurs liens avec le Programme de formation de l\u2019école québécoise, tout particulièrement dans le domaine de l\u2019univers social.Au cours de ces activités, les apprentis électeurs développent leurs compétences citoyennes et leurs connaissances sur le fonctionnement de nos institutions démocratiques.Ils apprennent, entre autres, à distinguer les différents paliers de gouvernement (fédéral, provincial et municipal), à se questionner sur divers enjeux de la société, à développer leur esprit critique et à découvrir différentes façons de s\u2019engager dans leur milieu.À l\u2019automne 2018, plus de 169 000 jeunes ont participé au programme et ont eu accès au matériel pédagogique.Puisque les élections générales provinciales approchent, la période d\u2019inscription à Électeurs en herbe est en cours.Les enseignantes et les enseignants ont jusqu\u2019au 16 septembre pour s\u2019inscrire.Pour postuler à un poste a?n de travailler dans un bureau de vote lors des prochaines élections provinciales : www.electionsquebec.qc.ca/emplois/emploi-lors-des- elections-provinciales/ Pour connaître tout ce que vous devez savoir et faire pour voter : https://www.electionsquebec.qc.ca/voter/ Pour en savoir davantage sur les élections et la démocratie : https://www.electionsquebec.qc.ca/comprendre/ Pour inscrire sa classe, son école ou son organisme jeunesse aux simulations électorales d\u2019Électeurs en herbe : https://www.electionsquebec.qc.ca/education- a-la-democratie/electeurs-en-herbe/ Revue de la SPHQ | Été 2022 43 TRACES | Volume 60 no 3 Favoriser la discussion historique par le jeu Daniel Deschênes, CSS des Découvreurs Marie-Eve Ferland, CSS des Appalaches Claudine Goupil, CSS de la Beauce- Etchemin Maude Labonté, Service national du RÉCIT de l\u2019univers social Danny Legault, Service national du RÉCIT de l\u2019univers social Steve Quirion, Service national du RÉCIT de l\u2019univers social Lors du 59e congrès de la SPHQ, en octobre 2021, des conseillers pédagogiques ainsi que des représentants du RÉCIT univers social ont eu la chance de présenter le jeu Discussion historique, un jeu de société réalisé par un collectif, destiné à favoriser les échanges en classe d\u2019univers social.Le jeu et l\u2019apprentissage Le jeu et l\u2019apprentissage sont étroitement liés.Dès leur plus jeune âge, les enfants apprennent lorsqu\u2019ils s\u2019engagent dans une activité ludique où ils sont soutenus et encouragés.Ce faisant, ils développent des habiletés liées au langage, à la pensée et aux capacités sociales et émotives1.Si les vertus du jeu ne sont plus à prouver durant l\u2019enfance, il en est tout autre au cours de l\u2019âge adulte.En effet, des chercheurs ont établi qu\u2019à partir du 19e siècle en Occident, une séparation s\u2019est opérée entre les activités productives matériellement et celles qui ne servent à rien : le jeu par exemple2.De nos jours, cette perception du jeu se matérialise, par exemple, dans le regard porté sur les jeux vidéo.En contrepartie, on observe depuis plusieurs années une utilisation croissante des mécanismes propres au jeu, les récompenses par exemple, dans le domaine de la consommation et sur les réseaux sociaux, notamment.Ce mouvement axé sur la motivation extrinsèque est quali?é de ludi?cation.En éducation, une forte tendance vers la ludicisation est observée alors que le jeu cherche à favoriser l\u2019apprentissage et la motivation intrinsèque des élèves.C\u2019est d\u2019ailleurs dans cet esprit humaniste que le jeu Discussion historique s\u2019inscrit.La discussion historique est indissociable des conséquences provoquées par la pandémie en éducation, plus précisément, des dif?cultés à amasser les traces d\u2019apprentissage des élèves et à suivre leur progression durant l\u2019épisode d\u2019enseignement à distance.À l\u2019inconstance dans la remise des travaux et aux dif?cultés à maintenir l\u2019engagement des élèves s\u2019ajoutent aussi les dif?cultés présentes avant l\u2019épisode de la formation à distance (FAD), soit celles liées à la maîtrise de la langue écrite.C\u2019est dans ce contexte que la conversation est devenue une solution envisageable à tous ces problèmes vécus par les enseignants.Inspirée d\u2019une pratique répandue dans le domaine des langues, la discussion historique est une conversation structurée entre l\u2019enseignant et un ou plusieurs élèves.Elle permet de créer un contact personnalisé avec l\u2019élève tout en lui offrant un espace pour développer sa pensée et démontrer sa compétence disciplinaire.En ouvrant sur un autre type de trace d\u2019apprentissage, l\u2019enseignant peut, de son côté, valider son jugement sur la compétence réelle de l\u2019élève.En fonction du nombre d\u2019élèves présents dans cette activité d\u2019apprentissage, la durée peut varier entre 4 et 10 minutes.La discussion historique peut être plani?ée pour l\u2019ensemble du groupe divisé en équipes de 3 ou 4 élèves ou offerte comme une alternative à certains élèves qui en feraient la demande.De fait, elle peut prendre des allures formelles avec l\u2019emploi d\u2019une grille de consignation axée sur la tâche ou des allures informelles, comme dans le cas du jeu Discussion historique, dans un contexte de révision.Règles du jeu Discussion historique Le jeu vise à développer l\u2019habileté des élèves à discuter entre eux sur des sujets historiques.La discussion autour d\u2019un jeu de cartes devient ainsi un moyen ludique de véri?er la compréhension des événements, des faits et des concepts historiques.1.CTREQ (2018).Le pouvoir du jeu dans le développement des jeunes enfants.Centre de transfert pour la réussite éducative du Québec (CTREQ), https://rire.ctreq.qc.ca/pouvoir-jeux/ 2.BONENFANT, M.(2011).Les mondes numériques ne sont pas «virtuels»: l\u2019exemple des jeux vidéos en ligne, Revue des sciences sociales, Jeux et enjeux, (45), 60-67, http://www.patrick.schmoll.fr/pdf/2011-Jeux&Enjeux.pdf 44 Revue de la SPHQ | Éte 2022 TRACES | Volume 60 no 3 Pour jouer, il existe quatre types de cartes: - Les cartes bleues permettent de nommer les 3QO (qui, quoi, quand, où) - Les cartes rouges permettent à l\u2019élève de donner des informations en lien avec les aspects de société (culturel, économique, politique, territorial et social).- Les cartes vertes amènent l\u2019élève à développer sa pensée historique (cause, conséquence, changement, continuité, utilisation de documents et similitude ou différence).Ces cartes sont souvent considérées comme les plus complexes à jouer.A?n de faciliter une première expérimentation en classe ou encore de jouer avec les plus jeunes, il peut être intéressant de les enlever au départ et de les ajouter graduellement a?n d\u2019augmenter le niveau de complexité du jeu.- Les cartes noires sont des cartes de hasard qui viennent agrémenter le jeu (choisis un sujet, pioche une carte, passe ton tour, change de paquet, change une carte, miroir, changement de sens).Mise en place : - Placer les élèves en groupe de 3 ou 4.- Distribuer un paquet de cartes par groupe.- Donner un thème historique de discussion (par exemple, l\u2019arrivée des Loyalistes).3 - Prévoir des sous-thèmes pour relancer les élèves.Déroulement du jeu - Au début de la partie, chaque joueur reçoit cinq cartes.- Le reste des cartes est placé dans une pile au centre de la surface de jeu.- À tour de rôle, les élèves jouent une carte de leur choix.- L\u2019élève doit énoncer oralement un fait historique en lien avec la carte jouée.- Les autres joueurs valident ou non le fait historique énoncé par l\u2019élève.Cette validation peut se faire avec un dossier documentaire ou le matériel didactique utilisé en classe.- Le joueur pige une carte si la réponse n\u2019est pas validée ou s\u2019il n\u2019est pas en mesure d\u2019énoncer un fait.- Le premier joueur qui écoule ses cartes remporte la partie.Exemple sur le thème de l\u2019arrivée des Loyalistes 1.L\u2019élève A joue une carte bleue (Qui ?).L\u2019élève mentionne que les Loyalistes sont des habitants des Treize colonies qui sont restés ?dèles à la couronne britannique.Les élèves B, C et D con?rment que la réponse leur convient.Si la réponse ne convient pas, l\u2019élève A doit piger une carte.2.L\u2019élève B joue une carte rouge (Social).L\u2019élève mentionne que les Loyalistes sont des anglophones protestants.Les élèves A, C et D con?rment que la réponse leur convient.Si la réponse ne convient pas, l\u2019élève B doit piger une carte.3.L\u2019élève C joue une carte noire (Miroir).Il impose le thème de son choix à un autre joueur.L\u2019élève D doit nommer une conséquence de l\u2019arrivée des Loyalistes.3.Le jeu peut aussi être utilisé en géographie, il faut cependant retirer certaines cartes. Revue de la SPHQ | Été 2022 45 TRACES | Volume 60 no 3 4.L\u2019élève D doit répondre à une question, ce qui met ?n au premier tour.L\u2019élève mentionne que les Loyalistes revendiquent une Chambre d\u2019assemblée.Les élèves A, B et C con?rment que la réponse leur convient.Si la réponse ne convient pas, l\u2019élève D doit piger une carte.L\u2019expérimentation du jeu Il était important de valider rapidement le prototype de jeu en classe a?n de s\u2019assurer que celui-ci réponde à des besoins pédagogiques et didactiques, mais aussi de con?rmer sa jouabilité; est-ce que les élèves allaient apprécier jouer à Discussion historique ?Le prototype du jeu a été expérimenté par Geneviève Audet et Mélanie Belle?eur, enseignantes au CSS de la Rivière-du-Nord et Andréane Lavoie du CSS des Mille-Îles.Rapidement, les enseignantes ont con?rmé que les élèves avaient l\u2019impression de réviser tout en s\u2019amusant.Un des éléments les plus surprenants, selon elles, est la régulation qui se faisait spontanément au sein des différentes équipes.Dans l\u2019expérimentation du prototype, les élèves ont même proposé des modi?cations au jeu et l\u2019ajout de la carte Change de paquet qui suscite d\u2019ailleurs beaucoup de réactions.Aussi, lors de notre atelier à la SPHQ, nous avons testé le jeu avec les enseignants présents et nous avons pu échanger sur l\u2019intérêt pédagogique de celui-ci.De façon unanime, tous y voyaient un potentiel intéressant en classe notamment sur le plan du rappel constant des outils conceptuels de l\u2019historien : le temps, les aspects de société et les concepts de la pensée historique comme les causes, les conséquences, le changement et la continuité.Depuis, les différentes expérimentations nous ont permis d\u2019identi?er les éléments importants à mettre en place a?n que le jeu soit utilisé à sa pleine valeur pédagogique et didactique et qu\u2019il ait un impact sur le plan de l\u2019apprentissage des élèves.Voici donc nos constats : Importance de préparer le jeu Comme toute activité pédagogique, l\u2019enseignant doit plani?er l\u2019utilisation du jeu en classe.Il est donc important d\u2019identi?er quelques sujets de conversation a?n d\u2019encadrer et de relancer les échanges des élèves.L\u2019équipe du service national du RÉCIT de l\u2019univers social a élaboré des exemples de diaporamas pour structurer les échanges autour d\u2019une question problème et des thèmes pour guider la discussion.En 3e secondaire, par exemple, la question problème pourrait être la suivante : « Quelles sont les conséquences de la Conquête ?» L\u2019enseignant peut ensuite animer les discussions avec les thèmes suivants : La Proclamation royale, L\u2019Acte de Québec, La population et l\u2019économie et La Révolution américaine et ses conséquences.Les thèmes sont annoncés de façon successive par l\u2019enseignant pour relancer les échanges.Avoir accès à ses notes ou à un document synthèse Lors des expérimentations, nous avons remarqué que les élèves faisaient souvent référence à leurs notes de cours.Certains enseignants avaient même préparé des feuilles synthèses qui étaient largement utilisées par les élèves.Il s\u2019agit d\u2019un élément important du jeu puisque l\u2019intention est de favoriser les échanges et, par le fait même, de développer l\u2019autonomie des équipes dans la validation des réponses.L\u2019accès aux notes de cours ou même à un dossier documentaire permet d\u2019avoir des réponses plus complètes et donne aussi lieu à des moments de recherche en groupe a?n de véri?er si la réponse d\u2019un joueur est valable.Certains élèves ont d\u2019ailleurs fait le constat qu\u2019ils avaient de la dif?culté à se retrouver dans leurs notes de cours.Modéliser les réponses attendues Il est très important de modéliser les réponses attendues avec les élèves pour éviter que celles-ci soient trop succinctes ou incomplètes.Idéalement, le jeu est utilisé à plusieurs reprises dans l\u2019année, ce qui permet de raf?ner les réponses des élèves.Rappelons que les cartes bleues demandent des réponses plus courtes, par exemple, avec la carte Quand ?, l\u2019élève peut dire : « 1774, adoption de l\u2019Acte de Québec ».En ce qui concerne les cartes rouges et vertes, elles demandent des réponses plus élaborées.Par exemple, avec la carte Conséquence, le joueur peut expliquer que « l\u2019Acte de Québec est une loi intolérable pour les 13 colonies et mène à la Révolution américaine ».Circuler pendant l\u2019activité Pendant le jeu, nous avons observé différents modèles d\u2019accompagnement.Certains enseignants jouent avec les différentes équipes ce qui permet de modéliser les réponses attendues.D\u2019autres circulent et relancent les élèves sur des réponses qu\u2019ils jugent incomplètes ou accompagnent les élèves qui ont plus de dif?culté.Le jeu est aussi un excellent outil de triangulation de l\u2019évaluation; nous aborderons cet aspect plus loin dans l\u2019article.Importance du retour À la ?n de l\u2019activité, il nous apparaît important de revenir sur les notions vues lors du jeu a?n de s\u2019assurer qu\u2019il n\u2019y ait pas eu de mauvaises interprétations dans les équipes.C\u2019est aussi l\u2019occasion de relancer les élèves sur des aspects notionnels qui n\u2019ont pas été abordés, mais aussi sur les concepts liés à la pensée historique.Par exemple, l\u2019enseignant peut questionner les élèves sur les éléments de continuité relevés dans une période et faire référence à des réponses entendues lors des conversations et interpeller 46 Revue de la SPHQ | Éte 2022 TRACES | Volume 60 no 3 un élève sur le sujet.C\u2019est lors du retour, avec l\u2019aide de l\u2019enseignant, que les élèves peuvent prendre conscience des processus cognitifs liés à la pensée historique, ce qui permet de faciliter leur intégration à plus long terme.Varier les règles du jeu Les différentes expérimentations nous ont permis de voir que les enseignants adaptent le jeu en fonction de la classe et trouvent de nouvelles façons de l\u2019utiliser a?n d\u2019en maximiser son potentiel pédagogique.Certains enseignants, comme Alexandre Eycken du CSS de la Rivière-du-Nord, utilisent des cartons avec des sujets déterminés par l\u2019enseignant pour relancer les discussions.D\u2019autres enseignants, comme Gino Lévesque du CSS de Montréal et Benoit Paquette du CSS de Sorel-Tracy, proposent notamment d\u2019amener les élèves à formuler leurs propres questions plutôt qu\u2019à faire des af?rmations.Dans la classe de Benoit, les élèves doivent, dans un premier temps, rédiger des questions sur les différentes cartes disponibles dans le jeu.Cette approche est intéressante puisqu\u2019elle amène l\u2019élève à s\u2019interroger sur ce qu\u2019est une bonne question en histoire et aussi s\u2019exercer à varier les types de questions.Les questions doivent porter sur le 3QO, mais aussi sur les aspects de société et les concepts de la pensée historique.Nous croyons que cette démarche peut permettre de varier l\u2019utilisation du jeu et en maximiser l\u2019apport pédagogique et didactique.De son côté, Annie Gosselin, enseignante au CSS de la Beauce-Etchemin, a expérimenté une variante du jeu.Lors de périodes de récupération, celle-ci modi?e les règles en devenant le maître du jeu et en imposant les sujets aux élèves présents.Ceux-ci, lorsqu\u2019ils fournissent la bonne réponse, « gagnent » la carte en question; l\u2019objectif étant de récolter le plus de cartes possible pour être élu vainqueur.Cette façon de faire lui permet de valider la compréhension des élèves et de rétroagir immédiatement pour con?rmer ou corriger la réponse donnée, tout en fournissant des explications supplémentaires au besoin.L\u2019apprentissage par les pairs En?n, en interviewant les élèves lors des expérimentations, ceux-ci nous ont mentionné que le jeu leur permet réellement de discuter en groupe, de comparer leurs réponses avec celles des autres élèves et de se corriger entre eux.Les cartes les amènent sur des éléments notionnels qu\u2019ils n\u2019auraient pas pensé aborder spontanément lors de la révision, comme les causes ou les conséquences par exemple.Ils ont même con?rmé qu\u2019il est possible d\u2019apprendre et de s\u2019amuser en univers social ! La discussion historique dans l\u2019évaluation par triangulation L\u2019évaluation en cours d\u2019apprentissage (Davies, 2008) est un processus dans lequel l\u2019enseignant, après avoir déterminé précisément les résultats d\u2019apprentissage et les critères d\u2019évaluation et les avoir communiqués aux élèves, Revue de la SPHQ | Été 2022 47 TRACES | Volume 60 no 3 4.DAVIES, Anne.L\u2019évaluation en cours d\u2019apprentissage.Chenelière Éducation (2008).recueille des preuves d\u2019apprentissage qui lui permettront d\u2019offrir aux élèves des rétroactions spéci?ques.Ainsi, les élèves seront en mesure de s\u2019autoévaluer, d\u2019évaluer leurs pairs et de se ?xer des objectifs personnels pour atteindre les cibles préalablement mentionnées.Ces preuves d\u2019apprentissage recueillies par l\u2019enseignant peuvent être des productions, des observations et des conversations; c\u2019est ce que l\u2019on nomme la triangulation.La création du jeu Discussion historique émane donc de ré?exions entre conseillers pédagogiques sur la possibilité de recueillir des traces en univers social, autrement qu\u2019à l\u2019écrit, a?n de valider la compréhension des élèves et appuyer le jugement professionnel.Le jeu peut être utilisé de diverses façons.Par exemple, lors d\u2019une période où l\u2019enseignant exploite le jeu en classe avec son groupe, celui-ci circule et écoute les conversations entre les élèves.Ainsi, il peut identi?er certains élèves qui éprouvent davantage de dif?cultés, ce qui lui permettra ensuite d\u2019intervenir auprès de ces derniers (niveau 2 du modèle de réponse à l\u2019intervention (RAI)).Une grille d\u2019observation où sont explicitement mentionnées les cibles d\u2019apprentissage peut être utilisée pour consigner les observations ou conversations.De même, pendant une conversation, dans une production ou par l\u2019observation en classe lors d\u2019une activité, l\u2019enseignant identi?e des élèves en dif?culté et les convoque, individuellement ou en sous- groupe a?n de tenir avec eux une discussion historique et ainsi valider et véri?er leur compréhension.D\u2019autres situations authentiques d\u2019échange où les élèves sont amenés à s\u2019exprimer en histoire peuvent être proposées et permettent à l\u2019enseignant de recueillir des preuves d\u2019apprentissage.Il peut s\u2019agir d\u2019une réalisation d\u2019un balado ou d\u2019une production multimédia.Ces traces d\u2019observation ou de conversation, jumelées aux productions, aident l\u2019enseignant à porter son jugement professionnel sur les apprentissages réalisés.« Lorsque les données d\u2019observation proviennent des trois sources (observations, productions, conversations) sur une période de temps suf?sante, des tendances et des modèles se dessinent, et la ?abilité et la validité de notre évaluation en classe s\u2019améliorent.Ce procédé a été nommé triangulation.»4 Pour en savoir davantage, nous vous invitons à consulter le site https://www.recitus.qc.ca/discussion-historique.Vous y trouverez toutes les informations nécessaires pour utiliser le jeu Discussion historique en classe.Sur le site, vous trouverez une synthèse du jeu et des règles, différentes intentions pédagogiques, des diaporamas pour structurer votre présentation, des précisions sur les différentes cartes et les instructions pour vous procurer le jeu.En?n, vous pourrez visionner une expérimentation réalisée en classe qui vous permettra de constater tout le plaisir qu\u2019il est possible d\u2019avoir en jasant d\u2019histoire ! 48 Revue de la SPHQ | Éte 2022 TRACES | Volume 60 no 3 L\u2019histoire du génocide des Premiers Peuples au Canada : une approche interdisciplinaire pour enseigner et analyser cet événement à l\u2019étiquette controversée Sabrina Moisan, professeure en didactique de l\u2019histoire et de l\u2019éducation à la citoyenneté, Université de Sherbrooke Sivane Hirsch, professeure titulaire en sciences de l\u2019éducation, Université du Québec à Trois-Rivières Karine Gélinas, étudiante au doctorant en éducation, Université du Québec à Trois-Rivières À l\u2019école québécoise, la manière de raconter l\u2019histoire des Premiers Peuples semble d\u2019apparence neutre.Pourtant, elle présente surtout les faits selon les perspectives eurocanadiennes.Elle contribue aussi à réduire cette histoire à une caricature en divisant, par exemple, les groupes autochtones en deux grandes familles linguistiques \u2013 algonquienne et iroquoienne \u2013 ou en insistant, à partir de 1608, sur leurs relations avec les puissances européennes en présence (Bories- Sawala et Martin, 2020).La chercheuse Mik\u2019mag\u2019, Marie Battiste (2013), avance même que l\u2019histoire savante se serait construite sur les ruines des savoirs autochtones et continuerait de l\u2019être encore de nos jours.De plus, les outils méthodologiques et conceptuels (prioritairement appuyés sur l\u2019écriture), la vision du temps (linéaire et progressive) ou les points de départ (eurocentrés) des interprétations historiques proposées sont autant d\u2019éléments contribuant à l\u2019exclusion des expériences, perspectives et savoirs des Premiers Peuples.Récemment, la Commission de Vérité et réconciliation du Canada (CVR, 2015) et l\u2019Enquête nationale sur les femmes et les ?lles autochtones disparues et assassinées (EFFADA, 2019) ont mis en lumière un segment de l\u2019expérience historique des Premiers Peuples qu\u2019elles appellent à quali?er de génocide.Or, cette étiquette soulève les débats social et scienti?que au Canada, ce qui laisse ainsi les personnes enseignantes dans une position inconfortable.Parler de l\u2019histoire du Canada sous l\u2019angle du génocide des Premiers Peuples au Canada est inhabituel dans les classes du Québec.Ainsi, avec 1.À noter que ce texte est une version remaniée et abrégée du chapitre « Enseigner l\u2019histoire du génocide des Premiers Peuples au Canada : une démarche pour l\u2019analyse critique de ce thème sensible », publié dans Moisan, S., Hirsch, S., Éthier, M.-A.et D.Lefrançois (dir.).Objets dif?ciles, thèmes sensibles et enseignement des sciences humaines et sociales, Fides, à paraître.La longue et riche histoire des Premiers Peuples au Canada demeure grandement méconnue de la population.Dans le contexte scolaire, elle n\u2019est présentée qu\u2019à partir de la période de la colonisation européenne, et ce, d\u2019un point de vue non autochtone.Ce texte prend part à ce grand travail d\u2019histoire en proposant d\u2019étudier l\u2019histoire coloniale sous l\u2019angle du génocide des Premiers Peuples.Aborder le passé canadien et québécois de cette manière est une avenue à la fois revendiquée et contestée par différents acteurs sociaux et politiques.Dans ce contexte litigieux, cet article offre une démarche et des outils issus de différentes disciplines pour penser et enseigner l\u2019histoire du génocide des Premiers Peuples au Canada. Revue de la SPHQ | Été 2022 49 TRACES | Volume 60 no 3 l\u2019appui de spécialistes et de membres de communautés victimes de génocide, notamment, nous avons développé une approche interdisciplinaire pour soutenir les enseignant.e.s dans l\u2019analyse et l\u2019enseignement de cet événement.Cette démarche est explicitée dans le guide pédagogique Étudier les génocides qui a été mis en ligne le 25 avril dernier (www.education-genocide.ca).« Génocide » : un terme à définir L\u2019une des premières embûches à parler de génocide en discutant de l\u2019histoire du Canada est la représentation sociale du concept de génocide.En effet, « le mot \u201cgénocide\u201d est parfois mal utilisé.Souvent employé en guise de synonyme pour désigner des massacres, il signi?e en fait l\u2019intention de détruire un groupe distinct et les efforts déployés en ce sens.» (Webster, 2021) Cette confusion, à l\u2019origine de certains débats publics, peut toutefois être éclaircie en se référant à l\u2019approche juridique de l\u2019étude des génocides.En effet, en consultant la dé?nition juridique du concept de génocide utilisée par la communauté internationale et contenue dans la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide (1948), on comprend que le phénomène peut prendre différentes formes.On y lit que le génocide s\u2019entend comme « l\u2019un quelconque des actes ci-après, commis dans l\u2019intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux, comme tel : a.Meurtre de membres du groupe; b.Atteinte grave à l\u2019intégrité physique ou mentale de membres du groupe; c.Soumission intentionnelle du groupe à des conditions d\u2019existence devant entraîner sa destruction physique totale ou partielle; d.Mesures visant à entraver les naissances au sein du groupe; e.Transfert forcé d\u2019enfants du groupe à un autre groupe.» (ONU, 1948) Nous avons mis en caractères gras les extraits clés de cette dé?nition permettant de mieux comprendre certaines sources d\u2019incompréhension.En effet, chacun des cinq actes listés constitue en soi un acte de génocide.Ce qu\u2019il faut, c\u2019est être en mesure de montrer que les coupables du génocide poursuivent bel et bien cet objectif intentionnellement.C\u2019est pourquoi le fait de ne pas réussir l\u2019objectif de détruire un groupe n\u2019est aucunement une preuve qu\u2019un génocide n\u2019a pas été commis.L\u2019usage du terme de génocide pour décrire des situations passées est aussi contesté au nom de l\u2019anachronisme.Or, le concept lui-même a été forgé par Raphaël Lemkin, qui y est arrivé en analysant des situations du passé, justement.La question n\u2019est donc pas tant l\u2019utilisation de concepts contemporains pour décrire une situation passée, que d\u2019apposer le concept sur des situations qui ne le représentent pas.Pour éviter cela, il faut ainsi bien contextualiser.Dans le cas de l\u2019histoire du Canada, la question qui pourrait se poser est celle de la période sur laquelle est perpétré le génocide.Les propositions vont du début de la période coloniale sur le territoire qui a été nommé Amérique par les Européens et s\u2019étirent jusqu\u2019à nos jours (Daschuk, 2015).Il y a ici une belle discussion à faire avec les élèves sur les thèmes de la périodisation et de la temporalité attribuée aux concepts.Il faut ensuite s\u2019arrêter sur l\u2019intention de commettre un génocide.Celle-ci est, entre autres, exposée dans des débats parlementaires au fédéral et certaines déclarations publiques prononcées par des membres de ce gouvernement, surtout à partir de 1867, mais avant cela aussi.Certes, cette question de l\u2019intention peut être débattue en fonction des périodes historiques, mais il est aussi clair que les traces laissées dans les archives canadiennes permettent de con?rmer qu\u2019il y avait bel et bien une intention de détruire « en tout ou en partie » les Premiers Peuples.C\u2019est en considérant cela que nous proposons dans le guide Étudier les génocides des exemples liés à la période de l\u2019histoire des pensionnats.Ces derniers ont été créés dans l\u2019intention de « tuer l\u2019Indien dans le cœur de l\u2019enfant », comme l\u2019aurait dit le superintendant adjoint au département des Affaires indiennes, Duncan Campbell Scott.À partir de la ?n du XIXe siècle, et ce, jusqu\u2019en 1996, des enfants des Premiers Peuples ont été enlevés à leur famille et transportés loin d\u2019elle, dans un bâtiment souvent isolé, où il leur était interdit de parler leur langue et de fréquenter leur fratrie.Le rapport de la CVR (2015) a permis de rappeler que les conditions de vie dans les pensionnats pour enfants autochtones étaient volontairement médiocres.Ces écoles étaient sous-?nancées et gérées parfois comme des prisons.Les enfants y étaient régulièrement affamés, soumis à des travaux forcés et à des expérimentations scienti?ques.Ces abus ont entrainé la mort de milliers d\u2019entre eux.Or, le génocide des Premiers Peuples ne se réduit pas à l\u2019expérience des pensionnats.Ce qu\u2019on nomme les ra?es des années 1960 s\u2019est poursuivi au moins jusqu\u2019aux années 1980 et peut aussi être considéré comme « le transfert forcé d\u2019enfants du groupe à un autre groupe ».Il en va de même pour les « mesures visant à entraver les naissances au sein du groupe », qu\u2019on con?rme par 50 Revue de la SPHQ | Éte 2022 TRACES | Volume 60 no 3 des enquêtes sur la stérilisation forcée des femmes autochtones qui sont en cours dans plusieurs provinces du Canada, dont le Québec (ENFFADA, 2019; Shaheen- Hussain, 2020).La dé?nition juridique du génocide permet de trancher sur la situation au Canada, mais elle ne satisfait pas quiconque souhaite comprendre plus amplement la portée et le sens du phénomène.Pour cela, une approche plus ancrée dans les sciences humaines s\u2019impose (Dufour, 2001).Le racisme, une idéologie qui se cache derrière le génocide Pour mieux comprendre les génocides, il est utile de les replacer dans leur contexte historique, idéologique et géographique, car chaque génocide est perpétré dans un dessein et des conditions qui lui sont propres.Pour cette raison, il est essentiel de considérer le contexte historique dans lequel le génocide prend racine, les enjeux qui s\u2019y vivent et leurs conséquences, l\u2019état d\u2019esprit des populations, les dynamiques de pouvoir, etc.Le racisme est l\u2019idéologie sous-jacente aux génocides.Elle prend différentes formes et se manifeste dans les discours et de nombreuses actions.Sur le territoire nommé le Canada, le racisme envers les Premiers Peuples s\u2019est exprimé de maintes façons.Ces derniers ont été racialisés, infériorisés, différenciés et exclus.L\u2019analyse de l\u2019histoire par le biais du processus génocidaire permet de voir ces manifestations du racisme avec acuité.Pour comprendre le concept de racisme, nous proposons de le présenter en fonction des trois courants idéologiques : le racisme biologique ou classique, le racisme d\u2019infériorisation et le racisme de différenciation (Wiewiorka, 1993).Le racisme biologique ou classique est celui qui hiérarchise les êtres humains en fonction du concept de « race », un concept construit par les théoriciens du 19e siècle, comme Gobineau, a?n de légitimer la domination des uns sur les autres.Le racisme d\u2019infériorisation propose une hiérarchisation favorisant l\u2019exploitation des humains au pro?t d\u2019autres humains, ce qui rend possible l\u2019esclavage tout comme les conditions de travail médiocres des ouvriers aux premières heures de l\u2019industrialisation.Le racisme de différenciation se concentre moins sur la « race » ou le statut social, mais davantage sur la culture.La hiérarchisation et les discriminations se justi?ent alors au nom de la protection de la culture, menacée par des migrations nord-sud de plus en plus prononcées, en contexte postcolonial.Ces trois courants prennent donc racine à différentes périodes de l\u2019histoire, mais ils coexistent aujourd\u2019hui dans l\u2019espace public et prennent des con?gurations différentes selon les sociétés.Le processus génocidaire En plus d\u2019une dé?nition juridique et d\u2019une compréhension du contexte historique et idéologique à la source du génocide, nous proposons aux personnes enseignantes d\u2019avoir recours à un autre outil que nous nommons la « grille du processus génocidaire » (Hirsch et Moisan, 2021).Adaptée d\u2019un outil du même type développé par le juriste et anthropologue Gregory Stanton et utilisée notamment par Genocide Watch, notre grille se divise en six étapes \u2013 catégoriser, déshumaniser, polariser, organiser, persécuter et mettre à mort et nier \u2013 auxquelles s\u2019ajoute la ré?exion sur la reconnaissance du génocide, la justice et la réparation.Notre objectif en réorganisant l\u2019outil de Stanton était d\u2019abord de ré?échir à certains dé?s didactiques et de le rendre plus accessible aux élèves de ?n de secondaire et à leur enseignant.e.Toutefois, nous avons voulu aussi renforcer la visibilité de la multiperspectivité et de l\u2019agentivité des différents acteurs d\u2019un génocide.Alors que les pratiques enseignantes s\u2019attardent souvent aux actions de génocidaires qui « mènent » l\u2019histoire (Moisan, 2019; Moisan, Hirsch, Audet, 2015), notre grille propose de considérer à chaque « étape » les actions des autres acteurs concernés.D\u2019ailleurs, les « étapes » du processus génocidaire ne se suivent pas nécessairement de manière chronologique, malgré qu\u2019une réelle progression de la violence s\u2019y opère.Nous les présenterons ici brièvement.Catégoriser La première étape, « catégoriser », est un phénomène de division sociale qui consiste à créer et à présenter les groupes en termes dichotomiques \u2013 « eux » et « nous » \u2013 et à attribuer des caractéristiques spéci?ques à l\u2019ensemble des membres d\u2019un groupe.La catégorisation existe dans toutes les sociétés, mais ne mène pas nécessairement au génocide.Elle n\u2019en est pas moins un élément de différenciation qu\u2019il convient de garder à l\u2019œil, notamment lorsqu\u2019elle implique des actions qui mènent à l\u2019exclusion ou l\u2019infériorisation, comme le fait d\u2019imposer aux victimes des restrictions ou des obligations sur le port de certains symboles ou vêtements spéci?ques.Par exemple, les Premiers Peuples ont été désignés par différents noms soulignant leur extériorité au groupe dominant: « Sauvages », « Indiens », « Autochtones », etc.Si ces termes n\u2019avaient pas forcément des objectifs d\u2019infériorisation au départ, ils sont devenus vite péjoratifs.Ainsi, les Premiers Peuples ont été forcés de délaisser leurs coutumes et leurs traditions pour adopter celles de la société majoritaire. Revue de la SPHQ | Été 2022 51 TRACES | Volume 60 no 3 Il est par ailleurs utile de faire voir l\u2019effet de la catégorisation sur les gens qui en sont victimes.De même, il s\u2019avère pertinent de redonner l\u2019agentivité aux différents acteurs d\u2019un génocide en s\u2019arrêtant aux possibles actions de résistance à la catégorisation (par ex.: refuser d\u2019utiliser les termes infériorisant, manifester son mécontentement, légiférer pour interdire les discriminations).Ces ré?exions gagnent par ailleurs à être menées lors de l\u2019étude de chacune des étapes du processus génocidaire.Déshumaniser La déshumanisation consiste à nier la nature humaine des victimes et à les affubler de surnoms propres aux maladies, aux insectes ou à la vermine.La déshumanisation des victimes, facilitée par la propagande du discours idéologique, permet, à plus ou moins long terme, l\u2019acceptation de la persécution et du meurtre.Les Premiers Peuples ont été déshumanisés, entre autres, par l\u2019usage du terme « Sauvage », qui les ramenait à l\u2019ordre primitif (Delâge et Warren, 2017).Cette représentation des Premiers Peuples, comme étant des êtres inférieurs, a entrainé un traitement conséquent.On a ainsi jugé acceptable de séparer \u2013 souvent de force \u2013 les enfants de leurs parents, de les empêcher de parler leur langue, de les dépouiller de leurs habits traditionnels, de leur couper les cheveux et de les habiller de manière identique.Certains pensionnats sont même allés jusqu\u2019à attribuer un numéro aux enfants, plutôt que d\u2019utiliser leur nom pour les nommer (CVR, 2015).La déshumanisation a aussi rendu acceptables les expérimentations scienti?ques menées sur certains de ces enfants (Mosby, 2013).Polariser La polarisation s\u2019exprime dans l\u2019exacerbation du discours dichotomisant et le rejet de la nuance, de la modération et des échanges entre les groupes.Les États vont alors jusqu\u2019à voter des lois discriminatoires.La Loi sur les Indiens est le symbole par excellence, au Canada, de ce type de polarisation, car elle est votée avec l\u2019intention avouée de détruire les cultures autochtones et de garder les membres des Premiers Peuples dans un statut de mineurs permanents, en dehors de la citoyenneté.Dans une société polarisée, les victimes peuvent se trouver sans moyens pour défendre leurs droits et exprimer leur culture.Dans les pires scénarios, elles perdent leur citoyenneté, leur emploi, leur réseau, etc.Elles sont déjà en danger de mort.Les Premiers Peuples ont subi la Loi sur les Indiens et autres entraves à l\u2019expression de leur culture et de leur mode de vie, mais plusieurs d\u2019entre eux ont résisté à cette hégémonie canadienne.Les Rébellions de la rivière Rouge et du Nord-Ouest en sont des illustrations éclatantes, mais d\u2019autres formes de résistance ont aussi été mises en œuvre, comme le maintien des célébrations ou le non-respect des limites de déplacement (Daschuk, 2015).Organiser Ce que l\u2019on nomme l\u2019organisation du génocide consiste en la constitution de milices ou de groupes paramilitaires et la plani?cation des persécutions et des meurtres.Les populations ciblées par les génocidaires peuvent alors être rassemblées, déplacées dans des ghettos ou des réserves et des pensionnats, comme ce fut le cas des Premiers Peuples au Canada.À ce stade, les victimes se trouvent limitées dans leurs déplacements, ce qui diminue leurs capacités d\u2019échapper aux persécutions.Persécuter et mettre à mort À l\u2019étape de la persécution et du meurtre, le plan génocidaire est mis à exécution.Les victimes sont souvent déjà rassemblées dans des lieux précis, ou bien identi?ées par les génocidaires.Les familles sont alors séparées, décimées et les personnes qui survivent se trouvent souvent sans ressources et sans réseau.Cela a été le cas des enfants des Premiers Peuples envoyés de force dans les pensionnats.Ils y ont subi les travaux forcés, la famine, les abus physiques et sexuels, en plus des traumatismes causés par la séparation d\u2019avec leur famille, leur communauté et leurs traditions (CVR).Les moyens d\u2019action pour lutter contre l\u2019oppression sont notamment de cacher les gens ou de les aider à fuir.Par exemple, chez les Premiers Peuples, des parents ont risqué la prison pour ne pas envoyer leurs enfants dans les pensionnats.De même, dès les années 1920, le médecin hygiéniste en chef du département des affaires indiennes au gouvernement du Canada, le Dr Peter Henderson Bryce a dénoncé les conditions de vie et le haut taux de mortalité des enfants dans les pensionnats pour Autochtones (Bryce, 1922), mais la sonnette d\u2019alarme n\u2019a pas été entendue (Tenant, 2020).Nier La négation d\u2019un génocide se fait bien sûr par les coupables directs, mais aussi par la société civile ou d\u2019autres groupes d\u2019intérêt.Les génocidaires peuvent camou?er et détruire les preuves de leurs actions, élaborer une rhétorique mensongère permettant 52 Revue de la SPHQ | Éte 2022 TRACES | Volume 60 no 3 d\u2019expliquer les faits autrement et, s\u2019ils en ont encore le pouvoir, ils peuvent interdire par la loi la reconnaissance du génocide.La société civile peut plaider l\u2019ignorance des faits ou encore relativiser ces faits à sa convenance.Pour contrer la négation, il est possible de donner la parole aux victimes, de les écouter et de les soutenir.La vérité et la justice sont essentielles dans leur quête pour retrouver une dignité humaine.De même, les générations descendantes des survivant.e.s de génocide portent elles aussi les traumatismes de leurs parents ou grands-parents.Il s\u2019agit d\u2019un phénomène important à considérer, qui nous ramène souvent dans les enjeux contemporains et qui permet de renforcer les liens passé-présent-avenir.Justice, reconnaissance et réparation Pour qu\u2019une société puisse aller de l\u2019avant dans la dignité, la reconnaissance du génocide et sa réparation sont nécessaires.Les sociétés post-génocides ou la communauté internationale peuvent ainsi mettre en place des tribunaux spéciaux pour juger les criminels.Au Canada, la Commission de vérité et réconciliation a permis de documenter l\u2019expérience des survivant.e.s des pensionnats, de la situer dans son contexte historique et idéologique et d\u2019identi?er des actions à entreprendre pour réparer les torts subis.Cet exercice s\u2019inscrit dans un processus de justice réparatrice toujours en cours et auquel la population entière est invitée à prendre part.Une démarche pour apprivoiser la complexité et la sensibilité des thèmes En somme, dans le guide pédagogique Étudier les génocides, nous proposons une approche pédagogique suivant une démarche d\u2019enquête.Elle part d\u2019une problématisation appuyée sur le choix ou sur la construction d\u2019une grande question (Grant et Gradwell, 2009) à laquelle les élèves sont amené.e.s à offrir des éléments de réponse après avoir comparé plusieurs cas de génocides.Cette ré?exion à l\u2019échelle macro permet de construire des généralisations prudentes sur les dynamiques qui animent les sociétés humaines dans le contexte spéci?que d\u2019un génocide ou sur d\u2019autres types de situations, de manière plus large.En suivant cette démarche d\u2019enquête historique, les élèves peuvent utiliser les documents écrits, les extraits de témoignages de personnes survivantes et les entrevues vidéos accessibles sur le site Internet du projet (www.education-genocide.ca) pour faire un travail d\u2019histoire.En analysant de manière critique ces sources de nature variée, ils et elles peuvent notamment dégager et relier entre eux les faits, les replacer dans leur contexte, et comparer les perspectives et motivations des acteurs.Ce travail d\u2019investigation et d\u2019analyse invite les élèves à prendre une distance critique avec les éléments abordés en classe et à déconstruire ainsi ce qui fait la sensibilité du thème du génocide.Ultimement, cette approche vise à outiller les élèves à mieux comprendre et à analyser le monde dans l\u2019optique de pouvoir agir sur lui.L\u2019approche permet d\u2019approfondir la compréhension de concepts tels que le génocide et ses acceptions légales et sociales, ou encore, de comprendre le racisme et ses manifestations.Informés par l\u2019étude du passé et dotés d\u2019outils intellectuels solides pour comprendre, juger et agir sur leur monde, les élèves apprennent à jongler avec ces concepts leur permettant de ré?échir aux enjeux qui se posent au présent.Conclusion Considérant les dé?s posés par l\u2019enseignement de l\u2019histoire du Québec et du Canada sous l\u2019angle du génocide des Premiers Peuples, nous proposons une approche qui offre des outils analytiques et des pistes de questionnements qui favorisent l\u2019engagement des élèves dans des ré?exions historiennes et juridiques, en plus de donner une visibilité à l\u2019expérience autochtone comme le suggère la CVR.C\u2019est ainsi que l\u2019enseignement sur le génocide des Premiers Peuples et les génocides en général dépassera le seul exercice théorique et encouragera, nous le souhaitons, les élèves à prendre part aux initiatives de réparation qui interpellent toute la société. Revue de la SPHQ | Été 2022 53 TRACES | Volume 60 no 3 Battiste, M.(2013).Decolonizing Education.Nourishing the Learning Spirit.Vancouver: UBC Press, Purich Publishing.Bories-Sawala, H.et Martin, T.(2020).EUX ET NOUS.La place des autochtones dans l\u2019enseignement de l\u2019histoire nationale au Québec.VOLUME 1.Université de Brenen, Allemagne.Repéré le 4 janvier à l\u2019adresse : http:// classiques.uqac.ca/contemporains/Bories-Sawala_Helga_ Elisabeth/Eux_et_Nous_vol_1/Eux_et_Nous_vol_1.html Bryce, P.H.(1922).The Story of a National Crime.An Appeal to Justice to the Indians of Canada.Ottawa, Ontario: James Hope and Sons Limited.Repéré le 4 janvier 2022 à l\u2019adresse suivante : https://ehprnh2mwo3.exactdn.com/ wp-content/uploads/2021/01/National-Crime.pdf Commission Vérité et Réconciliation du Canada (2015).Honorer la vérité, réconcilier pour l\u2019avenir.Sommaire du rapport ?nal de la Commission de vérité et réconciliation du Canada, repéré le 4 janvier 2022 à l\u2019adresse : https:// nctr.ca/documents/rapports/?lang=fr#rapports-cvr Nations Unies.Haut commissariat aux droits de l\u2019Homme (1948).Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide, disponible en ligne : https://www.ohchr.org/ FR/ProfessionalInterest/Pages/CrimeOfGenocide.aspx Daschuk, J.(2015).La destruction des Indiens des Plaines.Québec : Presses de l\u2019Université Laval.Delâge, D.et Warren, J.(2017).Le piège de la liberté.Les peuples autochtones dans l\u2019engrenage des régimes coloniaux.Montréal: Boréal, p.340.Dufour, F.G (2001).Toward a Socio-historical Theory of Persecution and an Analytical Concept of Genocide, YCISS Occasional Paper, No 67, p.1-41.Enquête nationale sur les femmes et les ?lles autochtones disparues et assassinées.(2019).Réclamer notre pouvoir et notre place (Vol.1b.).Un rapport complémentaire de l\u2019Enquête nationale sur les femmes et les ?lles autochtones disparues et assassinées.https://www.mmiwg-ffada.ca/wp-content/uploads/2019/06/Rapport- compl%C3%A9mentaire_Qu%C3%A9bec.pdf Grant, S.G.et Gradwell, J.M.(2009).The Road to Ambitious Teaching: Creating Big Idea Units in History Classes.Journal of Inquiry & Action in Education, vol.2, no 1, p.1-26.Hirsch, S.et Moisan, S.(2021).Étudier les génocides, disponible en ligne à l\u2019adresse : www.education-genocide.ca Moisan, S.(2019).L\u2019enseignement de l\u2019histoire de l\u2019Holocauste et l\u2019éducation aux droits humains : pratiques et enjeux au Québec.Didactica Historica , vol 5, p.1-13, repéré le 4 janvier à l\u2019adresse : https://www.alphil.com/index.php/ alphil-revues/didactica-historica-revue-suisse-pour-la- enseignement-de-la-histoire/didactica-historica-5-2019.html Moisan, S.Hirsch, S.Audet, G.(2015).Holocaust Education in Quebec : Teachers\u2019 Positioning and Practices.McGill Journal of Education/Revue des sciences de l\u2019éducation de McGill, vol.50, no 2-3, p.247-268.Mosby, I.(2013).Administering Colonial Science: Nutrition Research and Human Biomedical Experimentation in Aboriginal Communities and Residential Schools, 1942\u2013 1952.Histoire sociale/Social history 46(1), p.145-172.Shaheen-Hussain, S.(2020).Plus aucun enfant autochtone arraché: Pour en ?nir avec le colonialisme médical canadien.Montréal: Lux.Tenant, Z.(2020, 17 avril).Unreserved.Pushed out and silenced: How one doctor was punished for speaking out about residential schools.CBC.https://www.cbc.ca/radio/unreserved/exploring-the-past-finding- connections-inlittle-known-indigenous-history-1.5531914/ pushed-outand-s i l enced-how-one-docto r-was - punished-for-speakingout-about-residential-schools- 1 .5 5 3 4 9 5 3 ?f b c l i d = I w A R 2 5 q r V t k 7 A s S K y _ K p p - uM4Cp6q601KXfuB3wrUzEdcs0uhhGgt_Y0bRZ5M Webster, D.(2021).« Optons pour la transparence en ce qui concerne les génocides », Le Devoir, IDÉES, 31 juillet, p.B12.Wieviorka, M.(1993) Nationalisme et racisme, Cahiers de recherche sociologique, no 20, p.159-181.Références 54 Revue de la SPHQ | Éte 2022 TRACES | Volume 60 no 3 Religieuses, enseignantes et.scienti?ques ! Une exposition pour toute la famille ! Site historique Marguerite-Bourgeoys 400, Saint-Paul Est, Vieux-Montréal (métro Champ-de-Mars) 2022-04-28 \u2022 2023-04-10 Billets : marguerite-bourgeoys.com/achats Ligne info : 514-282-8670 Revue de la SPHQ | Été 2022 55 TRACES | Volume 60 no 3 Prix d\u2019excellence de la SPHQ 19e législature du Parlement des jeunes Après une pause d\u2019une année en raison de la pandémie, la SPHQ poursuit sa collaboration avec l\u2019organisme Par ici la démocratie de l\u2019Assemblée nationale du Québec en offrant un prix de 100 $ à trois élèves s\u2019étant démarqués lors des trois journées de simulation parlementaire qui se sont déroulées du 20 au 22 avril 2022 au salon bleu de l\u2019Assemblée nationale et dans les salles des commissions parlementaires de l\u2019hôtel du parlement.Les élèves députés ont choisi eux-mêmes les lauréats par vote secret.Cette activité pédagogique a permis à 75 élèves de 3e et 4e secondaire, accompagnés par leurs enseignants en histoire, en provenance de toutes les régions du Québec de vivre toutes les étapes du processus législatif sur les lieux même où s\u2019exerce notre démocratie.Samuel Rabouin, membre du CA de la SPHQ, a procédé à la remise des trois prix, peu avant la clôture du parlement.Colin Renaud, du Collège Villa Maria a mérité le prix de la SPHQ pour les valeurs de respects, d\u2019ouverture et de tolérance.Adam Checroune, de l\u2019École secondaire Mont-de-Lasalle, et Samuel Boutin de l\u2019École Jésus-Marie de Beauceville se sont mérités (Ex aequo) le prix pour le meilleur discours.Crédit photos : Collection Assemblée nationale du Québec.Photographe, Claude Mathieu Colin Renaud Adam Checroune Samuel Boutin 56 Revue de la SPHQ | Éte 2022 TRACES | Volume 60 no 3 Recension Bande dessinée en mémoire \u2013 Guerres interminables Ramon Vitesse Biblio vélo et culture active L\u2019Histoire des con?its armés qui souvent ressurgissent et rebondissent sont des révélateurs des ?uctuations et fausses nécessités à l\u2019échelle de la planète.Les guerres se résument rarement, sauf de manière expéditive, à un seul duel.Qui plus est, les dommages collatéraux marqueront souvent les générations suivantes.Les BD qui suivent ont le mérite de proposer différentes perspectives propres à enrichir notre compréhension de ces périodes troubles de l\u2019histoire.L\u2019art en soi, et des traitements graphiques originaux concourent à l\u2019aspect immersif de telles narrations.LES CAHIERS UKRAINIENS \u2013 Mémoires du temps de l\u2019URSS Igort Éditeur : Futuroplis, 2015 La récente agression russe envers l\u2019Ukraine mérite d\u2019être approfondie et d\u2019être examinée en regard de l\u2019Histoire de cette région a?n de mieux mesurer l\u2019horreur de ce qui nous est rendu par les seules nouvelles quotidiennes dans le feu de l\u2019action; littéralement sous les bombardements ! LES CAHIERS UKRAINIENS \u2013 Mémoires du temps de l\u2019URSS (Futuroplis, 2015) ainsi que LES CAHIERS RUSSES \u2013 La guerre oublié du Caucase (Futuropolis, 2012) sont deux « récits-témoignage » du dessinateur Igort.Ce dernier travaille à la façon d\u2019un reporter en croisant des éléments historiques des années 1930 et 1940 pour également interviewer des survivants de l\u2019époque où Staline resserrait l\u2019étau russe communiste sur les koulaks (paysans petits propriétaires) qui refusaient la collectivisation imposée.Les années où l\u2019Ukraine fut affamée, ici détaillées, ont quelque chose d\u2019horrible, d\u2019inhumain même avec une recherche de nourriture paroxysmique.Par exemple, utiliser de la peau de cheval pour en faire des lanières à gruger.Non pas pour s\u2019alimenter mais pour\u2026 s\u2019occuper l\u2019esprit ! Les épisodes de cannibalisme illustrent également la détresse d\u2019une population surveillée et pillée.L\u2019Holodomor, cette famine plani?ée, l\u2019Ukraine d\u2019aujourd\u2019hui a tenté de la faire reconnaitre telle un génocide par l\u2019ONU.La Russie menaçant d\u2019exercer son veto, l\u2019Ukraine retirait sa motion en 2008. Revue de la SPHQ | Été 2022 57 TRACES | Volume 60 no 3 Dans LES CAHIERS RUSSES, la survie n\u2019est pas plus drôle \u2013 c\u2019est un euphémisme tellement l\u2019abomination y est monnaie courante.L\u2019être humain dépasse en tout point ce que l\u2019on évoque comme carnages, qui plus est, purement gratuit et non pas pour manger.Ce livre, toujours dessiné comme au stylo bille tout en volutes et en hachures avec, parfois quelques couleurs usées, s\u2019attache aux innombrables violences en les documentant auprès de témoins, de parents, de survivants mais également de militaires russes ayant subi des représailles pour avoir faibli en tant que bourreaux.Amnistie Internationale appose son logo sur ce livre qui, heureusement, témoigne également de ceux et celles qui résistent pour défendre l\u2019état de droit et la société civile.Le sort de la journaliste Anastasia Babourova et de l\u2019avocat Stanislav Makerlov, exécutés en 2009, y est relaté de même que les recherches et actions mettant en cause le pouvoir russe.Le livre est parsemé de tels actes qui se répètent, avec quelques variantes, exception faites de la quasi-impunité pour les commanditaires.LES CAHIERS RUSSES ont occupé Igort, l\u2019auteur de 2008 à 2011, tandis qu\u2019il voyageait à travers la Russie.Il s\u2019agit d\u2019un document aussi rigoureux qu\u2019une pièce de témoignage, illustré à l\u2019aide d\u2019un traitement graphique loin du sensationnalisme, donnant à comprendre qu\u2019il ne s\u2019agit pas d\u2019être pour ou contre, de prendre tel ou tel parti, mais bien d\u2019exiger que la vérité ressurgisse.Trop souvent au péril de sa vie.La Première Guerre mondiale fait l\u2019objet de nombreuses bandes dessinées.Tardi, un des auteurs les plus proli?ques à ce sujet, a écrit plusieurs ?ctions historiques \u2013 telles Adieu Brindavoine (Casterman) et La véritable histoire du soldat inconnu (Futuropolis), pour ramener la guerre à sa plus simple expression : celle de frères humains, les plus pauvres instrumentalisés par des désirs de puissants, qui doivent s\u2019entretuer dans des conditions apocalyptiques.Par la suite, il a produit des livres biographiques sur son grand-père et même sur son père qui prit part à la Seconde Guerre mondiale : PUTAIN DE GUERRE ! (Casterman), MOI, RENÉ TARDI, PRISONIER DE GUERRE AU STALAG II B (Casterman) de Jacques Tardi.Alors qu\u2019il était conducteur de char, Jacques Tardi, son paternel, capturé aux balbutiements du con?it, passa la presque totalité de la guerre, enfermé dans un Stalag.Moi, René Tardi, prisonier de guerre au Stalag II B Jacques Tardi Éditeur : Casterman 58 Revue de la SPHQ | Éte 2022 TRACES | Volume 60 no 3 LA GRANDE GUERRE, LE PREMIER JOUR DE LA BATAILLE DE LA SOMME (Futuroplis/ ARTE Éditions, 2014) de Joe Sacco, va dans le même sens antimilitariste que Tardi en illustrant, en noir et blanc, scrupuleusement et dans le détail sur le terrain la bataille célèbre dans sa réalité de fourmilière en branle-bas.Ce qui impressionne dans ce livre c\u2019est bien sûr l\u2019aspect muet et l\u2019absence de scénario outre que de déployer ce livre accordéon qui présente le jour un, le premier juillet 1916, de cette bataille qui devait, comme tant d\u2019autres, permettre d\u2019en découdre avec l\u2019ennemi\u2026 À cet égard, il importe de noter que le livre est bilingue pour le cahier d\u2019accompagnement \u2013 allemand/ français.Quand on parle de dommages collatéraux\u2026 Il n\u2019y a jamais de « gagnant », ultimement, à tuer en masse, à s\u2019entretuer.La grande guerre, le premier jour de la bataille de la somme Joe Sacco Éditeur : Futuroplis/ ARTE Éditions, 2014 La guerre laisse des traces qui sont parfois préservées a?n de mieux retenir ce qui s\u2019est passé en certains lieux.Toutefois, les dommages perdureront généralement des générations durant chez l\u2019humain.MAUS, le célèbre livre d\u2019ART SPIEGELMAN en est un exemple.Autrement moins connu, HEIMAT (Gallimard BD, 2018) de NORA KRUG est un des nombreux livres graphiques qui, toujours de manière unique, ouvrent à une forme de regard qui tente de dénouer un passé enseveli.Surtout qu\u2019ici, l\u2019autrice d\u2019origine allemande, installée aux États-Unis, entame une démarche introspective sur ses origines.Cette recherche l\u2019entraine dans une spirale qui, lorsqu\u2019elle visitera sa famille élargie en Allemagne, lui révèlera des accointances, désormais inacceptables, de certains parents : son grand-père maternel moniteur de conduite pendant la guerre et, un oncle paternel soldat SS mort au combat alors qu\u2019il était adolescent.Autobiographique et sous la forme de dessins surannés et de collages, entre autres de photos de familles, de lettres et de documents, elle réalise le journal exploratoire d\u2019une famille somme toute « ordinaire ».L\u2019autrice exhume des secrets familiaux trop longtemps enfouis et « soigneusement dissimulés ».Faire la paix nécessite de reconnaitre son passé pour mieux revivre ensemble; pour une réconciliation honnête, entière.L\u2019autrice accouche d\u2019une œuvre riche qui étaye les participations individuelles par-delà la seule horreur retenue par l\u2019Histoire; pourtant les deux sont indissociables.Heimat Nora Krug Éditeur : Gallimard BD, 2018 En conclusion, les guerres sont rarement glorieuses.Sur le champ de bataille, dans les tranchées, sur mer ou dans les airs, peu importe qu\u2019elles soient ou pas « gagnées », les guerres, par les chocs post-traumatiques notamment, seront autant de sujets de hantise qui ont le malheur de laisser des traces mêmes sur les générations futures. Revue de la SPHQ | Été 2022 59 TRACES | Volume 60 no 3 Quoi de neuf côté livres ?1972, répression et dépossession politique Olivier Ducharme Écosociété, Montréal, 2022 Le Royal William de Québec, Le véritable premier bateau à vapeur transatlantique Eileen Reid Marcil Septentrion, Québec, 2022 Au Québec, l\u2019année 1972 aurait pu être « révolutionnaire ».Mais elle aura plutôt été frappée du sceau de la répression, si bien que, pour Olivier Ducharme, le phénomène de la dépossession politique est au cœur de cette année mouvementée.L\u2019auteur d\u2019À bout de patience montre jusqu\u2019où l\u2019État et ses institutions sont prêts à aller pour mater toute contestation et décrédibiliser toute pensée critique et dissidente.De cette année ponctuée par d\u2019importants bouleversements politiques, culturels et sociaux, notre mémoire collective n\u2019a généralement retenu que les épisodes les plus spectaculaires, comme l\u2019importante grève du Front commun de la fonction publique et l\u2019emprisonnement de ses chefs syndicaux (Marcel Pepin, Louis Laberge et Yvon Charbonneau).Mais on assiste aussi à la montée des mouvements féministes, autochtones et environnementaux, et plusieurs autres événements témoignent d\u2019un Québec en pleine ébullition: les femmes bravant l\u2019interdiction d\u2019entrer dans les tavernes, les grèves sauvages de mai, les occupations, les « cégeps parallèles », la censure à l\u2019ONF, la résistance des Premières Nations\u2026 C\u2019est également l\u2019époque des hauts faits d\u2019armes du syndicalisme de combat: en 1972, les trois grandes centrales syndicales (CSN, FTQ et CEQ) ne craignent plus d\u2019af?cher leur orientation socialiste et partagent une même posture anticapitaliste.Puisant dans les archives de presse et s\u2019appuyant sur une riche iconographie, Olivier Ducharme nous plonge dans les événements qui ont marqué 1972 en dressant, de sa plume vivante, un portrait inédit d\u2019une année de bouillonnement politique, social et culturel.Il nous rappelle également que le projet de faire advenir une société québécoise anticapitaliste demeure d\u2019une criante actualité.La transition de la voile à la vapeur va entraîner une révolution du commerce mondial au XIXe siècle.De ce fait, la première traversée transatlantique avec un bateau à vapeur est un exploit technologique.Le droit à ce titre a souvent été contesté au nom de vapeurs d\u2019autres pays, mais c\u2019est au Canada que revient cet honneur et l\u2019historienne maritime Eileen Reid Marcil met un point ?nal à cette controverse.C\u2019est en effet le Royal William, un bateau à aubes construit au chantier naval Campbell and Black, dans le port de Québec, qui traversera le premier l\u2019océan Atlantique, en naviguant de Pictou, en Nouvelle-Écosse, à Portsmouth, en Angleterre.Eileen Reid Marcil a consacré de nombreuses années de recherche à ce bateau et a dépouillé toutes les sources pertinentes sur les premiers vapeurs.À bord du Royal William, elle nous invite à la rencontre de ses concepteurs et de ses constructeurs. 60 Revue de la SPHQ | Éte 2022 TRACES | Volume 60 no 3 Le 12e Régiment blindé du Canada est fondé le 24 mars 1871 sous le nom de Three Rivers Provisional Battalion of Infantry.Toutefois, il faut remonter jusqu\u2019au XVIIe siècle pour trouver les débuts d\u2019une présence militaire à Trois-¬Rivières, avec la création d\u2019une milice coloniale canadienne.Ses structures de recrutement continueront d\u2019être utilisées sous le Régime britannique et pendant tout le XIXe iècle.¬Aujourd\u2019hui, le Régiment est l\u2019héritier de cette histoire.Lors de la Première Guerre mondiale, plusieurs membres du Régiment sont enrôlés au sein du 178e Bataillon canadien-français et combattent en France.Tout au long de la Deuxième Guerre mondiale, le Régiment, devenu une unité blindée, reçoit de nombreux honneurs.Le 6 mai 1968, une deuxième unité de la Force régulière est formée sous le même nom à Valcartier.Depuis, les deux unités coexistent, se démarquant à de multiples reprises lors d\u2019opérations nationales et internationales.Fidèle à sa devise, Adsum, le 12e Régiment blindé du Canada est plus que jamais présent.Cet ouvrage est l\u2019occasion de revivre son histoire unique et de se remémorer ses faits saillants.De la Conquête à l\u2019élection du premier gouvernement de Maurice Duplessis en 1936, les hommes politiques du Québec \u2013 qu\u2019ils aient été députés, ministres ou premiers ministres \u2013 ont utilisé la littérature.Pendant deux siècles, ils se sont présentés comme des gens de culture, souvent même comme des littérateurs.C\u2019est un peu comme si leur capital culturel pouvait se transformer en capital politique.Comment percevaient-ils la littérature ?Comment ont-ils stigmatisé l\u2019inculture et la maladresse littéraires de l\u2019adversaire pour mieux l\u2019attaquer politiquement ?Jonathan Livernois s\u2019intéresse à la représentation de la littérature dans le champ politique, à la fois comme objet de l\u2019action gouvernementale, comme arme discursive, capital culturel et vecteur de ?ctions politiques.Il montre qu\u2019au début du XXe siècle l\u2019image de l\u2019homme de lettres / homme d\u2019État s\u2019est délitée tandis que les politiciens se sont professionnalisés, ce qui n\u2019a pas empêché la littérature, ou ses grands récits, de demeurer une arme politique subrepticement redoutable.Des élections de 1792 au Catéchisme des électeurs de 1935, en passant par les identités plurielles de Pierre-Joseph-Olivier Chauveau, les prétentions littéraires d\u2019Honoré Mercier et le populisme de Camillien Houde, ce livre renouvelle la compréhension que nous avons de l\u2019histoire intellectuelle, politique et littéraire du Québec.Histoire du 12e Régiment blindé du Canada, L\u2019héritage militaire de Trois-Rivières Stéphane Leblanc Septentrion, Québec, 2022 Entre deux feux, Parlementarisme et lettres au Québec (1763-1936) Jonathan Livernois Boréal, Montréal, 2021 Revue de la SPHQ | Été 2022 61 TRACES | Volume 60 no 3 Combattre le racisme, Essais sur l\u2019émancipation des Afro- Américains Howard Zinn Lux, Montréal, 2022 Comprendre le génocide des Arméniens, De 1915 à nos jours Hamit Bozarslan, Vincent Duclert, Raymond H.Kévorkian, Éditions Tallandier, coll.Texto, Paris, 2022 En 1956, Howard Zinn s\u2019installe à Atlanta a?n d\u2019enseigner au département d\u2019histoire du Spelman College, un établissement d\u2019enseignement supérieur uniquement fréquenté par des femmes noires.Arrivant de Boston, il découvre un Sud profond secoué par le mouvement des droits civiques, dans lequel le militantisme étudiant joue un rôle important.Intellectuel capable de penser l\u2019histoire sans renoncer à la faire, Howard Zinn s\u2019engage sans hésiter dans les luttes que mènent les Afro- Américains et il le paie cher: en 1963, on le licencie de Spelman College en raison de ses positions contre la ségrégation.Combattre le racisme raconte ces années de résistance tout en les replaçant dans la longue histoire des luttes contre l\u2019esclavage et le racisme aux États-Unis.Dans une prose claire, sensible et vivante, Zinn nous livre ses ré?exions sur les abolitionnistes, la marche de Selma à Montgomery, John F.Kennedy, les piquets de grève et, pour ?nir, son message aux étudiants de l\u2019université de New York au sujet de la question de la race, dans un discours qu\u2019il a prononcé à la veille de sa mort.Il exprime la conviction inébranlable que les gens ont le pouvoir de changer les choses s\u2019ils suivent ensemble la tradition américaine de la désobéissance civile.1915.Les Arméniens, parfaitement intégrés à l\u2019Empire ottoman, sont exterminés par les radicaux du gouvernement unioniste turc.Bilan : 1,5 million de victimes arméniennes, sujets ottomans, persans et russes.Au printemps 1915, la population arménienne ottomane est victime d\u2019un génocide \u2013 arrestations massives, déportations et massacres \u2013 plani?é et exécuté par le parti au pouvoir à Istanbul, le Comité Union et Progrès.Longtemps contesté, le génocide des Arméniens ne fait plus aucun doute mais Ankara continue d\u2019exercer des pressions pour empêcher sa reconnaissance of?cielle.Cent ans après, trois historiens ont uni leur force pour concevoir la première synthèse sur l\u2019extermination d\u2019un peuple qui fait entrer l\u2019humanité dans l\u2019âge des génocides. 62 Revue de la SPHQ | Éte 2022 TRACES | Volume 60 no 3 .côté musées ?Musée d\u2019histoire de Sherbrooke 275, rue Dufferin, Sherbrooke 21 juin au 23 octobre À la vôtre ! L\u2019exposition À la vôtre ! offre un portrait de l\u2019évolution du trio fabrication/vente/ consommation d\u2019alcools au Québec et dans la région sherbrookoise depuis environ 150 ans.Cette exposition met en évidence le lien entre la consommation d\u2019alcool et les rituels sociaux.En effet depuis des siècles boire des boissons alcooliques est un acte social : on le fait lors d\u2019occasions spéciales (mariage, fêtes, événements of?ciels), mais aussi « entre amis », lors de soupers familiaux ou d\u2019un repas au restaurant, etc.L\u2019alcool fait également partie du rituel eucharistique chez les catholiques (le fameux vin de messe).Du même coup, celles et ceux qui décident de ne pas boire le font souvent en s\u2019engageant socialement, notamment à travers les mouvements de tempérance et prohibitionnistes.Boire a également un genre; même si la perception négative envers les femmes qui consomment de l\u2019alcool, surtout en public, est moindre qu\u2019avant, le double standard n\u2019a pas complètement disparu.Le lieu de consommation, tout comme ce qui est bu, est également porteur de sens.La taverne sera un bastion du « boire entre homme et comme un homme » durant des décennies, alors que le sherry, le champagne ou même le scotch, seront des illustrations d\u2019une certaine réussite sociale, contrairement à la bière, moins chère, plus accessible et produite pour « le peuple ».Maison Saint-Gabriel 2146, Place Dublin, Montréal Découvrez la vie au quotidien en Nouvelle-France.En?n de retour, la visite guidée du plus ancien témoin de l\u2019architecture rurale de Montréal ! Votre guide en costume d\u2019époque vous relate le quotidien des gens qui ont habité cette ancienne maison de ferme.Acquise par Marguerite Bourgeoys en 1668, elle a été le lieu d\u2019accueil des Filles du Roy.Notre Maison vous présente le riche patrimoine de la vie rurale du 17e au 20e siècle.Une occasion unique de découvrir le passé des campagnes montréalaises.Venez y admirer les objets anciens exposés comme s\u2019ils avaient été utilisés la veille.À travers chaque pièce, votre guide vous fait découvrir l\u2019histoire des pionnières de Ville-Marie.L\u2019aventure des Filles du Roy ne vous aura jamais semblé aussi authentique.Le récit des exploits des sœurs fermières vous étonnera.Nommées métayères, celles- ci assurent la subsistance des sœurs enseignantes de la Congrégation de Notre-Dame pendant près de trois siècles. Revue de la SPHQ | Été 2022 63 TRACES | Volume 60 no 3 Exporail, le musée ferroviaire canadien 110, rue St-Pierre, Saint-Constant Jusqu\u2019au 5 septembre 2022 Train, transporteur de rêves : Un monde en miniature D\u2019abord présentée à Pointe-à-Callière en 2021, l\u2019exposition Train, transporteur de rêves a été réalisée par Pointe-à Callière avec la participation d\u2019Exporail, le Musée ferroviaire canadien.L\u2019exposition présentée à Exporail est ici rebaptisée pour l\u2019occasion Train, transporteur de rêves : Un monde en miniature, est consacrée aux trains miniatures qui, au-delà du jeu, imitent la réalité du chemin de fer.Ils renvoient à une histoire grandiose, celle de Montréal, berceau de l\u2019aventure ferroviaire au Canada, et celle des entreprises qui l\u2019ont marquée.Depuis l\u2019avènement de la locomotive à vapeur au 19e siècle, le train est synonyme de développement et d\u2019ouverture sur le monde.Il évoque l\u2019esprit d\u2019aventure et de découvertes ainsi que les rencontres, les départs et les retrouvailles sur le quai d\u2019une gare.Pour certains, le train rappelle l\u2019un des premiers jouets de l\u2019enfance, alors que pour d\u2019autres, qu\u2019ils soient jeunes ou moins jeunes, il fait l\u2019objet d\u2019une véritable passion ! Le train est sans contredit l\u2019un de ces objets que l\u2019homme reproduit sans cesse, sous toutes ses formes et de différentes manières.Maquettes ?dèles ou simple jeu pour enfants, il existe des petits trains depuis son invention.Cet univers du jeu ouvre sur notre identité, notre enfance et notre ouverture au monde des voyages et de la technologie.La déclinaison des modèles est sans ?n et les échelles passent du très petit au très grand.On peut en prendre certains dans nos mains alors que d\u2019autres nous invitent à monter à leur bord. 64 Revue de la SPHQ | Éte 2022 TRACES | Volume 60 no 3 "]
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