Traces : revue de la Société des professeurs d'histoire du Québec, 1 janvier 2023, Vol. 61, no 1, hiver 2023
[" REVUE DE LA SOCIÉTÉ DES PROFESSEURS D\u2019HISTOIRE DU QUÉBEC Wehrmacht et prisonniers de guerre soviétiques \u2022 Archives religieuses et situations d\u2019apprentissage \u2022 Cimetière, gardien d\u2019histoire locale \u2022 Pointe-du-Buisson TRACES ISSN 0225-9710 HIVER 2023 VOLUME 61 \u2013 NO 1 1 TRACES | Volume 61 no 1 Revue de la SPHQ | Hiver 2023 Sommaire Traces Volume 61 no 1 \u2022 Hiver 2023 SPHQ Mot du président Raymond Bédard 3 Le 60e congrès en photos 6 Pleins feux sur l'Histoire La Wehrmacht et ses prisonniers de guerre soviétiques, 1941-1943 Martin Destroismaisons 9 Pointe-du-Buisson : cinq millénaires d\u2019occupations et six décennies de recherches Patrick Eid 22 Activités pédagogiques Le cimetière : gardien de notre histoire locale ! Caroline Perreault 24 Balado Passé date ?(3e saison) \u2013 Quiz 31 \u2013 Solutionnaire 20 Didactique en mouvement Les archives religieuses au service des situations d\u2019apprentissage en histoire de la troisième secondaire (Première partie) Dominique Laperle 34 Recension Bande dessinée en mémoire \u2013 Moult histoires Ramon Vitesse 40 Quoi de neuf ?Côté livres 44 Côté musées 47 REVUE DE LA SOCIÉTÉ DES PROFESSEURS D\u2019HISTOIRE DU QUÉBEC Wehrmacht et prisonniers de guerre soviétiques \u2022 Archives religieuses et situations d\u2019apprentissage \u2022 Cimetière, gardien d\u2019histoire locale \u2022 Pointe-du-Buisson TRACES ISSN 0225-9710 HIVER 2023 VOLUME 61 \u2013 NO 1 En page couverture, le Musée canadien pour les droits de la personne situé à Winnipeg au Manitoba, construit entre 2008 et 2012, et inauguré en septembre 2014.Photo des passerelles en albâtre, illuminées par des LED, qui permettent aux visiteurs d\u2019accéder aux différentes galeries du Musée.Plus d\u2019information en page 33.Photo : Raymond Bédard, 2022 2 TRACES | Volume 61 no 1 Revue de la SPHQ | Hiver 2023 Comité de rédaction : Raymond Bédard (rédacteur en chef), Patrick Baker, Dominique Laperle, Samuel Rabouin, Adriana Catinca Stan Infographie : Vivadesign Impression : Imprimerie des Éditions Vaudreuil, 2891, rue du Meunier, Vaudreuil- Dorion, Québec, J7V 8P2 Dépôt légal : Bibliothèque et Archives nationales du Québec et Bibliothèque et Archives Canada, ISSN 0225-9710.Envoi de publication no 40044834.Port de retour garanti.Date de parution : janvier 2023 Indexé dans Repère.Les opinions exprimées dans les articles publiés dans ce numéro engagent la responsabilité de leurs auteurs uniquement.Les titres, textes de présentation, encadrés, illustrations et légendes sont de la rédaction.Le masculin est utilisé comme genre neutre pour désigner les hommes et les femmes.Revue Traces Case postale 311 Saint-Bruno-de-Montarville (Québec) J3V 5G8 www.sphq.quebec Publicité : president@sphq.quebec Adhésion annuelle à la SPHQ avec 4 numéros Individu : 80 $ Institution : 85 $ Retraité ou étudiant : 40 $ Frais de poste et de manutention inclus La Société des professeurs d\u2019histoire du Québec (SPHQ) a été fondée à Québec le 20 octobre 1962 à l\u2019initiative du professeur Pierre Savard (1938-1998), secrétaire de l\u2019Institut d\u2019histoire de l\u2019Université Laval, avec la complicité du professeur Marcel Trudel (1917-2011), de la même institution, et de l\u2019abbé Georges-Étienne Proulx (1921-1998).La SPHQ a pour mission de promouvoir l\u2019enseignement de l\u2019histoire au Québec, sous tous ses aspects auprès de ses membres et de la population en général, et de contribuer à assurer l\u2019information et le développement professionnel de ses membres.À cette fin et par son expertise, elle peut mener des campagnes d\u2019information et d\u2019éducation, faire des représentations et des recherches concernant l\u2019enseignement de l\u2019histoire au Québec, développer des alliances avec d\u2019autres organismes et prendre tout autre moyen jugé utile pour réaliser cette mission.La revue Traces vise à assurer la diffusion de l\u2019information et le développement professionnel des membres de la SPHQ.Elle se veut un outil de perfectionnement pour tous ceux que l\u2019enseignement de l\u2019histoire intéresse, et le promoteur de l\u2019enseignement des sciences humaines au primaire et de l\u2019histoire au secondaire.Le nom Traces a été choisi pour rappeler les fondements de l\u2019Histoire qui se construit à partir des preuves de la présence des humains et de leur société dans le passé.Il rejoint, en second lieu, l\u2019empreinte particulière laissée par l\u2019enseignement de l\u2019Histoire sur l\u2019individu qui le reçoit.Il évoque finalement l\u2019action et l\u2019influence passées et présentes de la SPHQ dans le domaine de l\u2019Histoire et de son enseignement au Québec. 3 TRACES | Volume 61 no 1 Revue de la SPHQ | Hiver 2023 Mot du président Raymond Bédard Enseignant à la retraite Avec l\u2019arrivée de ChatGPT, ce nouvel outil d\u2019intelligence arti?cielle de la compagnie OpenAI, il sera impossible d\u2019exiger ce genre de travail aujourd\u2019hui puisque, sur demande et dans un temps record, un essai de qualité pourrait être produit à la place de l\u2019élève sans que l\u2019enseignant ne puisse le véri?er.Sans vouloir renier les nouvelles technologies de l\u2019information qui assurément ont leur raison d\u2019être, je crains que cet outil numérique, dif?cile à encadrer, nuise à l\u2019apprentissage des élèves.Assisterons-nous à la ?n des travaux scolaire à la maison ?Chose certaine, nous ne pouvons pas ignorer l\u2019arrivée de ce nouvel outil dans le milieu de l\u2019éducation.60e Congrès de la SPHQ Le 60e congrès de la SPHQ qui s\u2019est tenu les 27 et 28 octobre dernier à l\u2019Hôtel Delta de Trois-Rivières, fut un très grand succès avec une participation record de 265 inscriptions.Les quelques 36 ateliers proposés dans les trois catégories, soit histoire, pédagogie et didactique, ont répondu aux attentes des enseignants qui nous ont fait part de leur satisfaction à l\u2019égard de la sélection variée et pertinente pour leur enseignement.La conférence d\u2019ouverture de Pierre Duchesne, précédée d\u2019un court extrait d\u2019une entrevue réalisée en juillet 2022 avec le sociologue Guy Rocher, dernier membre vivant de la Commission Parent, a permis de mieux comprendre l\u2019importance de certains personnages clés liés à la création du ministère de l\u2019Éducation dans les années de la Révolution tranquille.Pour sa part, la cinéaste Annabelle Loyola a partagé avec nous, lors d\u2019un déjeuner causerie, la démarche qui l\u2019a menée à réaliser son documentaire Les mémoires cachés de Jeanne Mance.Un salon des exposants avec plus de 35 kiosques et une activité de soirée constituée d\u2019une visite au musée POP et Boréalis, suivi d\u2019un souper, complètent le tableau de ce 60e congrès de la SPHQ.(voir le 60e congrès en images p.6) Changement de garde au ministère de l\u2019Éducation Voilà c\u2019est fait, nous avons un nouveau ministre de l\u2019Éducation du Québec en la personne de Bernard Drainville.C\u2019était à prévoir, compte tenu que ce ministère est connu pour ne pas garder très longtemps ses titulaires.Déjà Jean- François Roberge, avait accompli un exploit en restant pendant un mandat complet de quatre ans à la barre de ce ministère.On en attendait peut-être un peu trop de Jean- François Roberge du fait qu\u2019il était lui-même enseignant au primaire avant d\u2019être élu député puis nommé ministre de l\u2019Éducation.Sa gestion plutôt molle et un peu jovialiste des problèmes engendrés par des années de pandémie a nui à son image.Il est vrai que ce fut une situation pour le De Wikipédia à ChatGPT Il y a quelques années, j\u2019avais développé un projet pédagogique appelé « Objet d\u2019histoire » qui consistait à demander à mes élèves de 4e secondaire de chercher des objets anciens dans leur environnement immédiat, soit chez eux ou chez la parenté.Après une courte description des objets et de leur origine, les élèves en choisissaient un seul sur lequel ils allaient effectuer des recherches plus approfondies en vue de rédiger un essai avec comme angle d\u2019analyse la question suivante : en quoi votre objet est-il le re?et de son époque ?Parmi les critères exigés, trois idées principales pour un texte d\u2019environ 10 pages, incluant une introduction et une conclusion, avec une dizaine de sources variées, encyclopédies, ouvrages de référence, monographie, etc.J\u2019insistais pour que l\u2019usage de l\u2019encyclopédie en ligne Wikipédia soit restreint à quelques ?ches, conscient que cette source offrait trop facilement des informations et réduisait les efforts que devait faire les élèves pour chercher d\u2019autres sources et les comparer.Ce travail de longue haleine était très formateur pour les aider à développer une méthode de travail et un raisonnement les menant à structurer leur pensée dans un texte. 4 TRACES | Volume 61 no 1 Revue de la SPHQ | Hiver 2023 moins inédite dans l\u2019histoire récente de l\u2019éducation que de gérer la fréquentation scolaire avec les directives souvent changeantes de la Santé publique.Il y a eu bien sûr la ?n des commission scolaires (pour les francophones) et des augmentations salariales pour les enseignants, mais les ressources manquent de partout et la pénurie d\u2019enseignants ne semble pas en voie de se régler rapidement.Malgré les investissements pour améliorer la qualité des bâtiments, encore trop d\u2019écoles sont en mauvais état et certaines à la limite de la salubrité.Est-ce que le nouveau ministre Drainville réussira à donner un souf?e nouveau à l\u2019école québécoise au moment où le premier ministre Legault, bien en selle avec un mandat très majoritaire, dit en faire une priorité des priorités ?La balle est maintenant dans le camp du nouveau ministre.À suivre\u2026 Holodomor et guerre en Ukraine En 1932 et 1933, sous le régime autoritaire de Staline dans la Russie soviétique, l\u2019Ukraine et la région du Kouban (Russie) ont connu une grande famine (Holodomor en ukrainien) qui a provoqué la mort de millions d\u2019habitants.On estime entre 2,6 et 5 millions de personnes qui sont mortes de cette famine, résultat de la collectivisation (processus d\u2019appropriation collective de moyens de production : les terres, les usines et les entreprises), des réquisitions excessives de denrées alimentaires auprès des paysans et des limitations aux déplacements imposées.Longtemps niée par les autorités soviétiques, quoique évoquée dans le célèbre roman L\u2019Archipel du Goulag d\u2019Alexandre Soljenitsyne (1819-2008), cette famine meurtrière est, depuis le début du XXIe siècle, généralement reconnue.D\u2019ailleurs, en 2008, le Parlement européen a reconnu le Holodomor comme crime contre l\u2019humanité, jugeant qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019une famine provoquée et d\u2019un crime contre le peuple ukrainien.Le 21 septembre 2014, sur la colline parlementaire du Parlement du Manitoba à Winnipeg, était inauguré un monument pour rendre hommage aux millions de victimes de la famine imposée pendant l\u2019Holodomor, le génocide par la faim en Ukraine de 1932 à 1933.Le monument original a été érigé en 2008 sur le site du musée national de l\u2019Holodomor, à Kiev, en Ukraine, lors des commémorations du 75e anniversaire de l\u2019Holodomor.Tel que mentionné sur la plaque commémorative qui accompagne le monument, « de nombreux survivants ont immigré au Canada et se sont établis au Manitoba où ils ont trouvé la paix et la liberté.Les familles et les amis leur dédient ce monument en souvenir éternel.» Avec la guerre en Ukraine déclenchée en février 2022 par Vladimir Poutine et sa nouvelle stratégie adoptée à l\u2019automne de détruire les infrastructures vitales telles que les centrales électriques et le réseau d\u2019aqueduc, on ne peut s\u2019empêcher de faire un parallèle troublant avec l\u2019Holodomor.Encore une fois, un dictateur russe prend en otage toute une population pour assouvir sa soif de pouvoir et de grandeur.À l\u2019instar de Staline, l\u2019histoire ne sera pas tendre à l\u2019égard de Poutine et de ses visées impérialistes.Entretemps, la population ukrainienne résiliente, malgré le peu d\u2019espoir d\u2019un règlement du con?it à court terme, se prépare à vivre un hiver dif?cile.Espérons que la solidarité des pays occidentaux envers l\u2019Ukraine se maintiendra et que l\u2019aide militaire et humanitaire soit toujours au rendezvous.La monarchie britannique et l\u2019Assemblée nationale Le décès de la reine Élisabeth II d\u2019Angleterre, survenu le 29 septembre dernier après un règne d\u2019une longueur inégalée dans l\u2019histoire de ce pays, a mené au couronnement de son ?ls sous le titre de Charles III.Cet événement a donné l\u2019occasion au chef du Parti québécois Paul Saint-Pierre-Plamondon, fraichement élu lors des dernières élections du Québec, de remettre à l\u2019ordre du jour le protocole législatif lié à la monarchie.Ainsi, le projet de loi 4 visant à rendre optionnel le serment au nouveau roi d\u2019Angleterre a ?nalement été adopté avant l\u2019ajournement Monument : Amers souvenirs d\u2019enfance, Winnipeg Conception artistique : Anatolij Hajdamaka.Sculpteur : Petro Drozdovsky Photo : Raymond Bédard 5 TRACES | Volume 61 no 1 Revue de la SPHQ | Hiver 2023 des travaux parlementaires en décembre dernier et dans une belle unanimité des députés au Salon bleu.C\u2019est l\u2019ancien ministre de l\u2019Éducation et nouveau ministre des Institutions démocratiques, Jean-François Roberge qui a été responsable du dépôt de la loi rendait inopérant pour le Québec l\u2019article 128 de la Loi constitutionnelle de 1867.Ainsi, Pascal Bérubé, Joël Arseneau et leur chef Paul Saint-Pierre Plamondon ont gagné leur pari de siéger à l\u2019Assemblée nationale du Québec sans devoir prêter serment à Charles III, mais plutôt au peuple du Québec.Pour la majorité des Québécois qui appuyait le projet de loi, le temps était venu de mettre ?n à cette pratique d\u2019une autre époque et quelque peu anachronique.Cependant, malgré la portée symbolique de ce changement législatif, le Canada reste bel et bien une monarchie constitutionnelle dont le chef of?ciel de l\u2019État est le monarque britannique.De nombreuses institutions et symboles issus de cet état de fait restent bien en place dans le système tant au fédéral qu\u2019au provincial : la gouverneure générale et le lieutenant- gouverneur qui doivent apposer leur signature sur les lois canadiennes et provinciales, les procureurs de la couronne, la monnaie canadienne, etc.L\u2019adoption du projet de loi 4 est un bon moment pour aborder en classe le concept de la monarchie parlementaire et de le comparer avec celui de la république présidentielle.Traces Dans ce numéro d\u2019hiver de Traces, Martin Destroismaisons aborde la question des prisonniers russes pendant la Deuxième Guerre mondiale.Dominique Laperle, nouveau membre du comité de rédaction, fait état des archives religieuses au service des situations d\u2019apprentissage en histoire de 3e secondaire.Avec l\u2019autorisation du site Archeolab.quebec, nous reproduisons un article de l\u2019archéologue Patrick Eid sur les fouilles au site Pointe-du- Buisson près de Beauharnois.La conseillère pédagogique Caroline Perreault nous présente son projet original et stimulant, Le cimetière : gardien de notre histoire locale ! par lequel la visite d\u2019un cimetière par les élèves devient l\u2019occasion de découvrir l\u2019histoire.A?n d\u2019exploiter en classe le balado Passé date ?dont la 3e saison a été lancée lors du congrès d\u2019automne, je vous propose un Quiz sur l\u2019épisode L\u2019invasion américaine de 1775.Notre chroniqueur BD Ramon Vitesse nous propose quelques titres dignes d\u2019intérêt.En terminant, la rubrique Quoi de neuf ?fait un tour d\u2019horizon des nouvelles parutions en histoire et des suggestions d\u2019expositions à visiter.Bonne lecture ! Prix d\u2019excellence 2022 de la SPHQ Félicitations à Véronique Traversy, récipiendaire du prix d\u2019excellence en enseignement de l\u2019histoire de la SPHQ, qui a reçu son prix lors du 60e congrès à Trois-Rivières.On la voit ici en compagnie du président, Raymond Bédard et de Jean-Pierre Lagueux, récipiendaire du Prix d\u2019excellence 2021. 6 TRACES | Volume 61 no 1 Revue de la SPHQ | Hiver 2023 Le 60e congrès en photos Ouverture du 60e congrès de la SPHQ Véronique Charlebois (trésorière), Annabelle Loyola (conférencière : Les mémoires cachées de Jeanne Mance) et Raymond Bédard (président) Le président Raymond Bédard en compagnie de Pierre Duchesne, le conférencier d\u2019ouverture L\u2019équipe de bénévoles : Shanel Pigeon, Mathieu Mc Duff, Jérémy Fortin-Dufour, Annie Boissonneault et Leia Charrette, (absente de la photo : Sara-Kim Lauzon) Ouverture du congrès 7 TRACES | Volume 61 no 1 Revue de la SPHQ | Hiver 2023 Salon des exposants et activités Benoit Gilbert (Commission des champs de batailles nationaux- Plaines d\u2019Abraham) en compagnie de deux enseignants Alain Houle (représentant CEC), Marie-Hélène Arbour (gagnante du Ipad, prix de présence) et Raymond Bédard (président) Stéphanie Charest et Caroline Paré du MEQ Visite du jeudi soir au Musée Boréalis de Trois-Rivières Activité, visite de la vieille prison au Musée POP Kiosque au Salon des exposants 8 TRACES | Volume 61 no 1 Revue de la SPHQ | Hiver 2023 Ateliers Patrick Péloquin et Alexandre Chennette : Agora, jeu de rôle pédagogique en Grèce antique Martin Destroismaisons : Les prisonniers de guerre soviétiques, 1941-1943 Raphaël Weyland : Saladin et la réaction musulmane aux Croisades Table d\u2019accueil Raymonde Beaudoin : Les draveurs au Québec Stéphane Castonguayr : Bienvenue dans l\u2019Anthropocène Martin Landry : Le balado dans ta classe Dominique Deslandres : Femmes en Nouvelle-France Marise Bachand : Société esclavagiste et société avec esclaves\u2026 9 TRACES | Volume 61 no 1 Revue de la SPHQ | Hiver 2023 La Wehrmacht et ses prisonniers de guerre soviétiques, 1941-1943 Martin Destroismaisons, M.A.Histoire, enseignant au Collège St-Louis et ancien étudiant de la Yad Vashem International School for Holocaust Studies (Israël) La citation ci-dessus montre comment un of?cier allemand combattant en URSS percevait son rôle à l\u2019intérieur du régime national-socialiste.Or, nous savons aujourd\u2019hui que le soldat allemand, loin d\u2019y avoir agi en héros, se comporta plutôt en bourreau dans le pays de Staline.Il fut l\u2019un des maillons les plus importants de l\u2019entreprise criminelle nazie qui y broya des millions de vies.Le texte qui suit a pour but de jeter un éclairage sur le comportement criminel de la Wehrmacht en URSS en regard aux millions de prisonniers de guerre qu\u2019elle y ?t, et ce, entre 1941 et 1943 .Nous nous pencherons donc sur quatre aspects de notre sujet, à savoir la plani?cation d\u2019une guerre d\u2019agression, l\u2019instauration du cadre immoral et criminel de l\u2019opération Barbarossa, la préparation qui amena moult soldats allemands à perdre tout sens moral dans la steppe russe et, ?nalement, le sort réservé aux prisonniers de guerre soviétiques.L\u2019armée allemande planifie une guerre d\u2019agression Paradoxalement, un des plus grands crimes commis par les autorités militaires allemandes en regard aux soldats soviétiques eut lieu des mois avant le déclenchement de la guerre germano-russe.C\u2019est que la caste militaire allemande, sous la direction du général Halder3, prépara et rendit possible une guerre d\u2019agression.Cette action délictueuse allait donner le ton pour la suite.Se conduisant beaucoup plus en alliés des nazis qu\u2019en simples exécutants, les dirigeants militaires allemands allèrent, à propos de l\u2019URSS, « dans le sens de la volonté du Führer4 », et ce, dès mai 1940.C\u2019est-à-dire qu\u2019ils plani?èrent, sans l\u2019assentiment préalable d\u2019Hitler, une future campagne à l\u2019Est alors que celle de France n\u2019était point close.Aussitôt que le 19 juin 1940, Halder avait en main le « plan Otto ».Ce dernier était fort optimiste.« Partout où nous sommes pour le bien de notre grande patrie allemande, nous sommes fiers de pouvoir aider notre Führer.Ce ne sont que les générations qui viendront après nous qui pourront comprendre la grandeur de notre époque.Mais nous, nous voulons affirmer devant le tribunal de l\u2019Histoire que nous sommes fiers d\u2019avoir accompli notre devoir1\u2026 » - Un caporal de l\u2019armée allemande 1.Cité dans : Walter Manoschek, « \u201cIl n\u2019y a qu\u2019une seule solution pour les Juifs : l\u2019extermination\u201d.L\u2019image du Juif dans les lettres de soldats allemands (1939-1944) », Revue d\u2019Histoire de la Shoah, 2007/2 (no.187), p.21.2.La période 1941-1943 fut choisie car elle débutait par l\u2019invasion de l\u2019URSS et se clôturait par l\u2019année où l\u2019armée allemande perdit, pour de bon, l\u2019initiative militaire à l\u2019Est.3.À l\u2019époque, Franz Halder (1884-1972) était le chef d\u2019état-major de l\u2019OKH (Oberkommando des Heeres ou commandement suprême de l\u2019armée de terre allemande).4.Cette expression a été popularisée par l\u2019historien Ian Kershaw.Elle signi?e que certains anticipaient les désirs et demandes d\u2019Hitler.Il y a eu donc, au sein du IIIe Reich, une double radicalisation : celle provenant d\u2019en haut (le Führer) et celle découlant des décisions d\u2019instances inférieures.Dans ce cas-ci, il s\u2019agit de l\u2019OKH. 10 TRACES | Volume 61 no 1 Revue de la SPHQ | Hiver 2023 En neuf semaines de Blitzkrieg, la Wehrmacht serait maîtresse des États baltes, de la Russie blanche et de l\u2019Ukraine.Volonté belliqueuse se traduisant d\u2019ailleurs sur le terrain; pas moins de 600 000 soldats étaient sur le pied de guerre à l\u2019Est à la ?n juillet.Ceci est à juger à l\u2019aune du fait que le Führer ne sut les tenants et aboutissants du « plan Otto » et du déploiement de divisions à l\u2019Est que le 21 juillet5.Ces préparatifs n\u2019étaient d\u2019ailleurs pas pour lui déplaire.Le 29 juillet, il annonça au colonel général Alfred Jodl6 son intention d\u2019en ?nir avec l\u2019URSS.Ceci ne disculpe pas tant Hitler de son rôle d\u2019agresseur mais inculpe plutôt l\u2019armée allemande.Celle-ci ne peut d\u2019ores et déjà plus prétendre avoir été une simple exécutante des volontés du dictateur.Au contraire, la Wehrmacht s\u2019est associée à la dé?nition de la politique hitlérienne7.À ce stade-ci de notre propos, on peut se demander à juste titre ce qui poussa le corps des of?ciers allemands à participer activement aux menées d\u2019Hitler à l\u2019Est.En fait, les militaires et les nazis poursuivaient souvent des objectifs similaires.C\u2019est d\u2019ailleurs cette communauté d\u2019intérêts qui déboucha sur une Machtpolitik8 criminelle.Il faut d\u2019abord se rappeler à quel point l\u2019avenue du IIIe Reich avait été avantageuse pour les of?ciers.L\u2019accélération des programmes de réarmement, le rétablissement du service militaire obligatoire et l\u2019accroissement du nombre d\u2019hommes sous les drapeaux avaient fait en sorte que les cadres militaires avaient béné?cié d\u2019un avancement professionnel rapide.Ils avaient aussi pro?té d\u2019une recrudescence de leur importance sociale car le nouveau régime faisait de la Wehrmacht un pilier de l\u2019État national- socialiste9.Plus fondamental encore était le fait que moult généraux désiraient, à l\u2019instar d\u2019Hitler, mener à l\u2019Est une guerre de destruction (Vernichtungskrieg) qui éradiquerait une idéologie honnie (Weltanschauungskrieg)10.Les deux groupes, nazis et of?ciers de carrière, étaient d\u2019accord sur l\u2019idée d\u2019une guerre radicale contre le « judéo- bolchevisme » et les « hordes asiatiques »11.Pis, maints généraux pensaient que la guerre avec l\u2019URSS était inévitable12 et qu\u2019il valait mieux attaquer avant que Staline n\u2019ait renforcé l\u2019Armée rouge.Tout ce beau monde croyait aussi qu\u2019il fallait parer au risque de voir les Soviétiques et les Britanniques s\u2019allier en détruisant les premiers13.Les hauts gradés partageaient aussi avec leur Führer l\u2019idée que la ?nalité d\u2019une telle guerre était la conquête d\u2019un Lebensraum (espace vital) a?n d\u2019assurer la pérennité de l\u2019Allemagne comme grande puissance.Il s\u2019agissait d\u2019une reprise de ce qu\u2019avaient tenté Hindenburg et Ludendorff après la signature du traité de Brest-Litovsk en mars 191814.Il y avait donc une symbiose entre Hitler et ses généraux tant au niveau de la décision de faire une guerre préventive que des objectifs politiques et économiques de celle-ci.L\u2019armée était donc une composante intégrée du système totalitaire nazi15.Mais les similitudes entre Hitler et une partie de ses généraux ne s\u2019arrêtaient pas là.Certains de ceux-ci étaient eux aussi habités d\u2019un esprit fort belliqueux.Deux exemples suf?ront ici.Il y a d\u2019abord une lettre qu\u2019Erich von Manstein16 a écrite au colonel général Ludwig Beck17.Envoyée en pleine crise des Sudètes, son auteur y implorait que l\u2019on raye de la carte la Tchécoslovaquie.Proposition qui remportait l\u2019adhésion de la majorité des hauts gradés de la Wehrmacht18.Ensuite, il y a le discours qu\u2019Halder tint, au printemps 1939, à la Kriegsakademie 5.Benoît Lemay, « La guerre des généraux de la Wehrmacht : Hitler au service des ambitions de ses élites militaires ?», Guerres mondiales et con?its contemporains, 2005/4 (no.220), p.92.6.Alfred Jodl (1890-1946) était Generaloberst et chef d\u2019état-major de la Wehrmacht (OKW).7.Benoît Lemay, « Le feld-maréchal Erich von Manstein : étude critique du stratège de Hitler », Guerres mondiales et con?its contemporains, 2006/1 (no.221), p.76.8.En français : politique de puissance.9.Lemay, « Le feld-maréchal\u2026 », p.76 et 77.10.Omer Bartov, « Guerre barbare.Politique guerrière de l\u2019Allemagne et choix moraux pendant la Seconde Guerre mondiale », Revue d\u2019Histoire de la Shoah, 2007/2 (no.187), p.115.et Jürgen Förster, « Barbarossa Revisited: Strategy and Ideology in the East », Jewish Social Studies, 50 (no.1/2, hiver 1988 et printemps 1992), p.23.11.Bartov, « Guerre barbare\u2026 », p.115 et 116.12.Voir à ce sujet : Lemay, « La guerre des généraux\u2026 », p.93.et Christian Baechler, Guerre et exterminations à l\u2019Est.Hitler et la conquête de l\u2019espace vital, 1933-1945, Paris, Éditions Tallandier, 2016, p.207.13.David Stahel, Operation Barbarossa and Germany\u2019s Defeat in the East, Cambridge, Cambridge University Press, 2011, p.39.14.Ce traité avait permis au IIe Reich de s\u2019adjuger de vastes régions à l\u2019Est (États baltes, Russie blanche, Ukraine, Crimée et même le Kouban).15.Stahel, Operation Barbarossa\u2026, p.87.16.Ce dernier, en plus d\u2019être le plus grand stratège d\u2019Hitler, était le neveu de Paul von Hindenburg.Rappelons qu\u2019Hindenburg fut feld-maréchal et commandant en chef de l\u2019armée impériale de 1916 à 1918 et président du Reich de 1925 à 1934.C\u2019est lui qui nomma Hitler chancelier en 1933.17.Le général Ludwig Beck (1880-1944) était alors le chef d\u2019état-major de l\u2019OKH.18.Lemay, « Le feld-maréchal\u2026 », p.77 et 78. 11 TRACES | Volume 61 no 1 Revue de la SPHQ | Hiver 2023 de Berlin.Au cours de celui-ci, le général prêcha pour une offensive contre la Pologne et l\u2019URSS19.Le moins que l\u2019on puisse dire est qu\u2019Hitler partageait leur point de vue; le 5 novembre 1937, il informait certains of?ciers de son désir de s\u2019attaquer à l\u2019Autriche et à la Tchécoslovaquie et de se lancer dans une Machtpolitik mondiale entre 1943 et 194520.Fait révélateur, très peu de militaires s\u2019inquiétèrent des projets du dictateur pour des raisons morales.Au mieux on s\u2019alarmait de l\u2019impréparation de l\u2019armée.Il n\u2019y eut pas de vaste mobilisation contre les projets démentiels d\u2019Hitler21.Rajoutons à cette communauté d\u2019esprit l\u2019extrême popularité d\u2019Hitler à la suite de la remilitarisation de la Rhénanie, du plébiscite triomphal de la Sarre, de l\u2019Anschluss, du dépècement de la Tchécoslovaquie et des campagnes victorieuses et peu coûteuses en vies humaines en Pologne et à l\u2019Ouest et on comprend pourquoi l\u2019armée marcha au pas de l\u2019oie pour son Führer.Mais les crimes imputables à l\u2019armée allemande ne se limitaient pas à la préparation de l\u2019invasion de l\u2019URSS.Ses hauts gradés étaient aussi responsables de la mise en place du cadre immoral et criminel de l\u2019opération Barbarossa qui allait avoir d\u2019horribles répercussions sur les prisonniers de guerre soviétiques.Le cadre immoral et criminel de l\u2019opération Barbarossa À la veille du déclenchement de la guerre germano- soviétique, les dirigeants militaires se rendirent coupables de trois types d\u2019actions amorales.D\u2019abord, ils ne s\u2019opposèrent point aux ordres criminels provenant de la chancellerie et les ont retransmis à la troupe.Ensuite, ils ont pondu eux-mêmes des ordres délictueux.Finalement, ils s\u2019entendirent avec la SS a?n de faciliter les opérations de tueries de masse de celle-ci.Le moins que l\u2019on puisse dire est que le caractère criminel de la future campagne fut rapidement mis en exergue.Dès le 26 février 1941, le Reichsmarschall Hermann Göring con?a au général Thomas que l\u2019élimination des dirigeants bolcheviques suivrait l\u2019occupation de l\u2019URSS22.Thomas ne semble pas avoir manifesté sa réprobation à cette occasion.Le 3 mars suivant Hitler, devant Jodl, renchérit sur les propos de son dauphin : La campagne à venir est plus qu\u2019une simple lutte armée; elle conduit à l\u2019affrontement de deux visions du monde.Pour mettre ?n à cette guerre, il ne suf?ra pas, vu l\u2019espace à dominer, d\u2019écraser l\u2019armée ennemie.[\u2026] La classe intellectuelle judéo-bolchevique, qui opprime le peuple jusqu\u2019à aujourd\u2019hui, doit être éliminée23.Jodl, docilement, transmit cet appel au meurtre à ses subordonnés24.Le 17 mars, le Führer fut encore plus explicite devant un parterre de hauts gradés : La classe intellectuelle installée au pouvoir par Staline doit être exterminée.L\u2019appareil dirigeant de l\u2019empire russe doit être abattu.Dans l\u2019espace grand-russe, le recours à la violence la plus brutale est nécessaire.Les liens idéologiques ont du mal à maintenir encore les Russes ensemble.L\u2019élimination des fonctionnaires achèvera de déchirer tout cela25.19.Lemay, « Le feld-maréchal\u2026 », p.78.20.Wolfgang Benz, A concise history of the Third Reich, Berkeley, University of California Press, 2006, p.160.21.David Stahel, Kiev 1941.Hitler\u2019s Battle for Supremacy in the East, Cambridge, Cambridge University Press, 2013, p.67.22.Richard Breitman, Himmler et la Solution ?nale.L\u2019architecte du génocide, Paris, Calmann-Lévy, 2009, p.183.23.Cité dans : Édouard Husson, « L\u2019appareil de terreur de Himmler, le commandement de la Wehrmacht et les projets génocidaires du régime nazi.Le développement des méthodes d\u2019extermination en Pologne et en Union soviétique (1939- 1941) », Revue d\u2019Histoire de la Shoah, 2007/2 (no.187), p.77.24.Breitman, Himmler\u2026, p.183.25.Cité dans : Husson, « L\u2019appareil de terreur\u2026 », p.78.Concentration de véhicules et de chars Panzer III en Pologne à la veille du déclenchement de l\u2019opération Barbarossa.Source : Wikipédia 12 TRACES | Volume 61 no 1 Revue de la SPHQ | Hiver 2023 Hitler enclenchait ainsi la logique génocidaire et ordonnait à la troupe de participer à la curée.Le 30 mars, il prononça un discours-?euve devant quelque 250 of?ciers.Il y af?rma que l\u2019armée allait devoir livrer aux Einsatzkommandos26 les fonctionnaires et les commissaires politiques qu\u2019elle capturerait.Du même souf?e, il avoua qu\u2019il serait préférable que la Wehrmacht tue elle-même ces derniers car, assura-t-il, ils n\u2019étaient pas de véritables prisonniers de guerre27.Il fallait oublier la camaraderie entre soldats.La campagne à venir serait une guerre d\u2019extermination .La réaction de l\u2019auditoire devant ces propos criminels ?Si l\u2019on en croit le général Warlimont, personne ne mentionna ceux-ci lors du repas qui suivit29.Ces ordres ne furent ni profondément questionnés ni critiqués.La raison en est que le corps des of?ciers était imprégné d\u2019une triple haine; celle du Slave, du Juif et du bolchevique30.Or, en URSS, ces trois mots permettaient de caractériser la vaste majorité des prisonniers de guerre que l\u2019armée allemande allait faire.Le cadre « légal » de la future campagne militaire se précisa entre le 13 mai et le 6 juin 1941 par divers décrets et ordres.Par exemple, le décret Barbarossa se résumait en plusieurs ordres opérationnels ainsi qu\u2019en une série d\u2019instructions sur la manière dont la Heer31 devait agir en sol soviétique.Il faisait en sorte que les tribunaux militaires sanctionneraient la soldatesque allemande que si la discipline au combat avait été enfreinte ou si le crime était de nature sexuelle (les femmes slaves étant jugées inférieures)32.C\u2019était donner une amnistie préventive et ainsi signer un chèque en blanc aux soldats du IIIe Reich.Chèque qu\u2019allaient devoir encaisser les militaires et civils soviétiques.Le décret préconisait aussi de terribles violences à l\u2019encontre des partisans33, dont la dé?nition était d\u2019une souplesse déconcertante, et de ceux qui les aidaient.Il permettait aux of?ciers d\u2019ordonner la destruction d\u2019un village et l\u2019exécution de ses habitants si on suspectait ces derniers de soutenir des partisans.La paternité de cette clause ne revenait pas à Hitler, mais bien à Halder34 ! On appelait aussi à l\u2019assassinat des francs-tireur35.Le principe de représailles collectives y était mis de l\u2019avant ainsi que celui de l\u2019exécution d\u2019otages en cas de sabotages ou d\u2019attaques de partisans36.Bien que le fait de tuer des otages n\u2019était pas illégal aux yeux de la loi internationale de l\u2019époque, il faut savoir que la Heer se démarqua par la grande sévérité de ses mesures de rétorsion.Le 19 mai on publia les Directives pour le comportement de la troupe en Russie.On y préconisait la prise de mesures « \u2026 brutales et énergiques contre les agitateurs bolcheviques, les francs-tireurs, les saboteurs et les Juifs ainsi que l\u2019élimination totale de toute résistance active ou passive37.».Notons ici le fait que les Juifs étaient le seul groupe de cette liste à y être pour ce qu\u2019ils étaient et non pour ce qu\u2019ils faisaient.Il y eut aussi l\u2019infâme Kommissarbefehl (ordre des commissaires du 6 juin 1941) qui exigeait la liquidation immédiate de tous les commissaires politiques38 de l\u2019Armée rouge capturés.L\u2019initiative de cet ordre provenait aussi du haut commandement de l\u2019armée39.Le colonel général von Schobert, quant à lui, voulait aussi tuer les commissaires politiques civils que sa 11e Armée rencontrerait40.Cet ordre fut tout de même critiqué par les maréchaux von Bock et von Kluge.Ultimement, le 26.Les Einsatzkommandos, des sous-groupes d\u2019un Einsatzgruppe, étaient des unités de police militarisées œuvrant à l\u2019arrière des forces armées allemandes.Elles avaient pour mission de tuer en masse les ennemis réels ou supposés du IIIe Reich.27.Breitman, Himmler\u2026, p.184.28.Stahel, Operation Barbarossa\u2026, p.96.29.Stephen G.Fritz, Ostkrieg.Hitler\u2019s War of Extermination in the East, Lexington, The University Press of Kentucky, 2011, p.67.30.Ben H.Shepherd, Hitler\u2019s soldiers.The German Army in the Third Reich, New Haven, Yale University Press, 2017, p.122.31.Nom donné à l\u2019armée de terre allemande.32.David Stahel, The Battle for Moscow, Cambridge, Cambridge University Press, 2017, p.25.33.Les partisans soviétiques étaient des résistants qui pratiquaient la guérilla à l\u2019arrière du front a?n de nuire à l\u2019armée allemande.Ils furent surtout importants à partir de 1943.34.Stahel, Operation Barbarossa\u2026, p.101.35.Baechler, Guerre\u2026, p.230.36.Christopher R.Browning, Politique nazie, travailleurs juifs, bourreaux allemands, Paris, Éditions Tallendier, 2009, p.39.et Shepherd, Hitler\u2019s soldiers\u2026, p.127.37.Cité dans : Édouard Husson, « L\u2019appareil de terreur\u2026 », p.79.et Jean Solchany, « La lente dissipation d\u203aune légende : la «Wehrmacht» sous le regard de l\u203ahistoire », Revue d\u203ahistoire moderne et contemporaine, 47 (no.2, avril-juin 2000), p.340.38.Les commissaires politiques œuvrant au sein de l\u2019Armée rouge ne relevaient pas des militaires mais du NKVD.Ils avaient trois missions : faire en sorte que les décisions militaires soient conformes aux instructions émanant des autorités politiques, faire de la propagande auprès de la troupe et « discipliner » l\u2019armée.Ce troisième élément leur permettait, entre autres, de révoquer des militaires et de présider des cours martiales ad hoc.39.Förster, « Barbarossa Revisited\u2026 », p.24 et 25.40.Stahel, The Battle for Moscow., p.26. 13 TRACES | Volume 61 no 1 Revue de la SPHQ | Hiver 2023 Führer ne toléra aucune désobéissance41.Il se justi?ait en rappelant que l\u2019URSS n\u2019avait pas signé les conventions de Genève et de La Haye42.Argument spécieux s\u2019il en est puisque massacrer un groupe nonobstant ses actions au combat est absolument illégal en regard du droit international43.De toute façon, la plupart des of?ciers considéraient que les commissaires étaient des malfaiteurs et devaient être traités comme tels44.La dernière action immorale que nous aborderons ici survint le 28 avril 1941.Ce jour-là, les militaires en vinrent à une entente avec des représentants d\u2019Heydrich45.Celle- ci stipulait que des Einsatzkommandos garantiraient la sécurité des territoires conquis46.Ces groupes pourraient aussi prendre des « mesures exécutives » contre la population civile47.En regard à ce qui s\u2019était passé précédemment en Pologne, un tel vocable ne pouvait signi?er que le meurtre de masse.À la suite de cet accord, qui allait sceller le sort de centaines de milliers d\u2019innocents, on ordonna à l\u2019armée d\u2019aider les Einsatzkommandos dans leur immonde tâche en leur fournissant une aide militaire et logistique.Au cadre immoral et criminel de l\u2019opération Barbarossa allait se juxtaposer un autre élément fort important nous permettant de comprendre le sort que l\u2019armée allemande réserva à ses prisonniers de guerre soviétique : la préparation idéologique du Landser (simple soldat).La préparation idéologique du Landser Il ne serait pas inutile de relever ici le fait que les jeunes soldats de la Heer avaient déjà, avant même leur incorporation, un lourd passif concernant l\u2019idéologie nazie.Après avoir été socialisés au sein de la turbulente république de Weimar, ils avaient passé de nombreuses années au sein d\u2019institutions nazi?ées telles que l\u2019école48, la Hitlerjugend (Jeunesses hitlériennes) et le Reichsarbeitsdienst (Service du travail du Reich).Ils étaient imprégnés de l\u2019idéologie nationale-socialiste.La Wehrmacht allait en rajouter une couche à la suite de leur mobilisation.En octobre 1940, l\u2019OKH décida d\u2019inculquer encore plus à la troupe la Weltanschauung (vision du monde) nazie.On présenta alors aux soldats des conférences, des émissions de radio et des ?lms qui explicitaient le nazisme et mettaient l\u2019accent sur l\u2019importance pour tout Allemand de partager cette idéologie.Ce bourrage de crâne fut pérenne sous le IIIe Reich; en avril 1943, la 126e division d\u2019infanterie avait à sa disposition 53 ?lms, 692 livres et 1 600 pamphlets de propagande nazie49 ! Bref, l\u2019armée endoctrina ses soldats a?n d\u2019en faire des « soldats politiques » voire des « soldats raciaux ».Ces derniers étaient au fait de la théorie raciale nazie qui considérait d\u2019ailleurs les Slaves comme des Untermenschen (sous-hommes) que l\u2019on pouvait exproprier, assassiner, affamer et exploiter comme main- d\u2019œuvre50.La propagande nazie décrivait aussi la plupart des commissaires politiques de l\u2019Armée rouge comme étant « judéo-bolcheviques »51.L\u2019OKW mit aussi beaucoup d\u2019énergie dans son propre département de propagande.Placé sous l\u2019égide du brigadier-général Hasso von Wedel, il répandait des messages anti-slaves, anti-juifs et antibolchéviques aux combattants de l\u2019Est.L\u2019objectif était de créer une distance psychologique entre les Allemands et les Soviétiques a?n de faciliter l\u2019acceptation, chez les premiers, de l\u2019idée de tuer les seconds.On désirait donc faire approuver par la troupe l\u2019idée d\u2019une guerre d\u2019extermination52.À l\u2019aube de l\u2019opération Barbarossa, la Heer distribua un vade-mecum aux soldats qui allaient participer à l\u2019invasion.On y retrouvait l\u2019extrait suivant : 41.Breitman, Himmler\u2026, p.185.42.Philippe Masson, Histoire de l\u2019armée allemande, 1939-1945, Paris, Librairie Académique Perrin, 1994, p.166.43.Shepherd, Hitler\u2019s soldiers\u2026, p.128.44.Fritz, Ostkrieg\u2026, p.69.45.Reinhard Heydrich (1904-1942) était un SS-Obergruppenführer et directeur du Reichssicherheitshauptamt (RSHA, Of?ce central de la sécurité du Reich).Il fut l\u2019un des plus importants organisateurs de l\u2019Holocauste.46.Jeff Rutherford, Combat and Genocide on the Eastern Front.The German Infantry\u2019s War, 1941-1944, Cambridge, Cambridge University Press, 2014, p.74.47.Husson, « L\u2019appareil de terreur\u2026 », p.82.48.Voir à ce sujet : Martin Destroismaisons, « La nazi?cation de l\u2019éducation en Allemagne, 1933-1939.», Traces, volume 56, no.2 (printemps 2018), p.7-16.49.Rutherford, Combat and Genocide\u2026 », p.353.50.Bartov, « Guerre barbare\u2026 », p.115.51.Shepherd, Hitler\u2019s soldiers\u2026, p.128.52.Wolfram Wette, The Wehrmacht.History, Myth, Reality, Cambridge, Harvard University Press, 2006, p.98 et 100. 14 TRACES | Volume 61 no 1 Revue de la SPHQ | Hiver 2023 Soldats ! Vous allez combattre un ennemi duquel vous ne pouvez attendre des méthodes de combat [dignes d\u2019un] adversaire loyal et chevaleresque.L\u2019Armée rouge bolchevique sait qu\u2019elle va au-devant d\u2019un anéantissement certain par l\u2019armée allemande, et va de ce fait employer les moyens les plus répugnants et les plus déloyaux.[\u2026] Des parachutistes en civil vont tenter de combattre dans notre dos.Ce ne sont pas des soldats, mais des francs-tireurs : ils doivent être liquidés.Faites attention ! Soyez durs et in?exibles partout où vous rencontrerez de telles méthodes de combat \u2013 peu importe qu\u2019il s\u2019agisse de civils ou de soldats53.De cette citation, deux éléments sont à retenir.Tout d\u2019abord, on instillait la peur chez le Landser en lui annonçant qu\u2019il allait combattre un ennemi fourbe, prêt à toutes les turpitudes.Ensuite, l\u2019armée brouillait les repères des soldats en confondant tout : soldats, civils et francs-tireurs.Les débuts victorieux de la guerre germano-soviétique ne calmèrent pas le jeu.En octobre 1941, l\u2019armée tenta de convaincre ses soldats de ne pas traiter humainement les prisonniers soviétiques en établissant un lien direct entre la nourriture donnée à ces derniers et le rationnement des êtres aimés à la maison54.Puis, quand Hitler et ses sbires considérèrent que seules la volonté et l\u2019idéologie pouvaient pallier l\u2019écrasante supériorité en hommes et en matériel des ennemis du IIIe Reich, l\u2019armée créa des of?ciers chargés de la propagande sur le terrain (National Sozialistische Führungsof?ziere).À toute cette préparation idéologique, il faut ajouter les encouragements criminels d\u2019Hitler et de certains hauts gradés.L\u2019exemple de l\u2019appel aux soldats du front de l\u2019Est d\u2019octobre 1941 est signi?catif.Le Führer y annonçait que l\u2019ennemi n\u2019était pas fait de « \u2026 soldats, mais en grande partie uniquement de bêtes55.».Cette exhortation à la déshumanisation de l\u2019adversaire n\u2019était pas suf?sante pour certains militaires en vue tels que von Reichenau56 et von Manstein.Ainsi, en octobre et novembre 1941, ces deux of?ciers réitérèrent à leurs hommes que le système judéo-bolchevique devait être néantisé.Pour Reichenau, ses soldats devaient avoir « pleine compréhension pour la nécessité de la peine, dure, mais justi?ée, in?igée à la sous-humanité juive57 » et il fallait « libérer une fois pour toutes le peuple allemand de la menace asiatico- juive58 ».Manstein, lui, af?rmait : C\u2019est pourquoi le soldat allemand non seulement a le devoir d\u2019écraser le potentiel militaire de ce régime, mais il doit aussi se poser en défenseur d\u2019une conception raciale et en vengeur de toutes les cruautés qui ont été perpétrées contre lui et le peuple allemand59.Quels furent les résultats tangibles de cet endoctrinement ?Le moins que l\u2019on puisse dire c\u2019est que les directives criminelles et l\u2019intense préparation idéologique donnèrent les résultats escomptés.Dès les premiers jours de la guerre, les Landser se comportèrent de façon extrêmement brutale en rossant et tuant des militaires et des civils soviétiques.Pis, les soldats soviétiques dépassés par le mouvement rapide du front vers l\u2019Est et égarés de la masse de leur formation furent considérés comme des francs-tireurs ou des partisans.Alors qu\u2019ils étaient des soldats réguliers ayant droit à une capture dans les règles de l\u2019art, ils furent plutôt fusillés dès lors qu\u2019ils faisaient partie d\u2019un groupe de moins de 30 hommes60.En fait, on pourrait dire que les Allemands étaient dans un état proche de la psychose lorsqu\u2019ils pénétrèrent en URSS; ils s\u2019imaginaient voir des partisans, des saboteurs et des francs-tireurs partout61.En 1941, le Landser moyen croyait combattre en URSS une conspiration judéo-bolchévique et le barbarisme asiatique62.Il était nazi?é.Selon Stephen G.Fritz, qui 53.Cité dans : Christian Ingrao, « Violence de guerre et génocide.Le cas des Einsatzgruppen en Russie », Les Cahiers de la Shoah, 2003/1 (no.7), p.29 et 30.54.Fritz, Ostkrieg., p.167 et 172.55.Cité dans : Baechler, Guerre\u2026, p.318.56.Walter von Reichenau (1884-1942) fut un Generalfeldmarschall et un ardent nazi.57.Cité dans : Édouard Husson, « Nous pouvons vivre sans les Juifs » Novembre 1941.Quand et comment ils décidèrent de la Solution ?nale, Paris, Perrin, 2005, p.122.58.Cité dans : Nicholas Stargardt, La Guerre allemande.Portrait d\u2019un peuple en guerre, 1939-1945, Paris, Vuibert, 2017, p.223.59.Cité dans : Benoît Lemay, « Le feld-maréchal Erich von Manstein : un instrument docile dans une entreprise criminelle », Revue d\u2019Histoire de la Shoah, 2007/2 (n° 187), p.189.60.Christian Ingrao, « Un champ de recherche spéci?que ?La politique nazie de lutte contre les partisans », Revue d\u2019Histoire de la Shoah, 2007/2 (no.187), p.234.61.Ingrao, « Violence\u2026 », p.31.62.Stephen G.Fritz, Frontsoldaten.The German Soldier in World War II, Lexington, The University Press of Kentucky, 1995, p.241 et 242.et Stephen G.Fritz, « We are trying\u2026 to change the face of the world » - Ideology and Motivation in the Wehrmacht on the Eastern Front: The View from Below », The Journal of Military History, 60 (octobre 1996), p.697. 15 TRACES | Volume 61 no 1 Revue de la SPHQ | Hiver 2023 dépouilla des milliers de lettres et de journaux intimes de soldats déployés à l\u2019Est, ces derniers étaient des partisans d\u2019Hitler63.Le corps des of?ciers avait aussi été nazi?é.En 1942-1943, 44 % des aspirants of?ciers avaient appartenu au NSDAP64.De plus, au sein des trois divisions étudiées par l\u2019historien Omer Bartov, 29 % des of?ciers étaient membres de ce parti65.Moult of?ciers importants étaient aussi des créatures du régime et lui devaient leur ascension fulgurante66.Ces faits ne sont pas anodins.Plusieurs études montrent l\u2019importance de l\u2019idéologie des of?ciers dans le comportement de leurs hommes.Un of?cier brutal et meurtrier dirige généralement une unité brutale et meurtrière67.Bref, la préparation idéologique ?t en sorte qu\u2019une grande partie des soldats allemands voyaient dans les Soviétiques des Untermenschen.Cette déshumanisation allait permettre l\u2019abaissement des standards moraux allemands et ouvrir la voie à la maltraitance, aux atrocités et au meurtre de masse à l\u2019encontre des prisonniers de guerre soviétiques68.Wilhelm Prüller fut le parangon du jeune soldat avili par l\u2019idéologie nazie.Le 4 juillet 1941, il écrivait dans son journal intime que lui et ses collègues ne se battaient pas contre des gens, mais bien contre des animaux69.Dans les lignes qui suivent, nous décrirons le sort réservé, par la Wehrmacht, aux prisonniers de guerre soviétiques.Le sort des prisonniers de guerre soviétiques Le 22 juin 1941, le IIIe Reich lança une énorme campagne militaire sous le cryptonyme d\u2019opération Barbarossa.L\u2019URSS fut envahie par 153 divisions (plus de 3 millions d\u2019hommes), plus de 600 000 véhicules à moteur, 500 000 chevaux, 2 995 avions, 7 146 pièces d\u2019artillerie et 3 505 véhicules blindés70.À cela s\u2019ajoutaient plus de 650 000 hommes provenant d\u2019alliés71.La guerre germano-soviétique débuta sans ultimatum, sans casus belli et sans qu\u2019aucune condition de paix ne soit envisagée72.Elle allait être selon les souhaits d\u2019Hitler; elle serait idéologique et marquée par l\u2019asservissement et l\u2019extermination.Bref, une campagne dé?nie par son hubris et son amoralité73.Penchons-nous maintenant sur le sort réservé aux prisonniers de guerre soviétiques au cours des deux années qui suivirent l\u2019invasion allemande.Les vicissitudes du soldat soviétique débutaient dès qu\u2019il levait les bras en signe de reddition.À ce moment, deux choses pouvaient lui arriver.Soit il était sommairement abattu74, ce qui constituait une violation des us et coutumes guerriers communément entendus en Europe, soit on le désarmait et on l\u2019envoyait à l\u2019arrière.Nous n\u2019avons pas de statistiques précises en regard aux infortunés exécutés sur place.Mais ce crime n\u2019était pas une occurrence exceptionnelle car nous savons que des centaines de milliers de soldats furent tués avant d\u2019être comptabilisés75.Ces atrocités étaient souvent le fait de troupes combattantes, vivant un stress physique et psychologique sévère à la suite de combats ayant causés la mort de nombreux camarades76, et dont les of?ciers ne purent, ou ne voulurent, brider la violence.Des of?ciers aggravaient aussi la situation en rappelant ad nauseam à leurs hommes le caractère sournois des prisonniers de guerre « asiatique »77.Pis, le 29 juin 1941, le maréchal Kluge ordonna à ses troupes de fusiller toute femme vêtue de l\u2019uniforme ennemi78.63.Fritz, Frontsoldaten\u2026, p.55.64.Baechler, Guerre\u2026, p.249.65.Boris Laurent, La guerre totale à l\u2019Est.Nouvelles perspectives sur la guerre germano-soviétique 1941-1945, Paris, Nouveau Monde éditions, 2017, p.78.66.Omer Bartov, « Soldiers, Nazis, and War in the Third Reich », The Journal of Modern History, 63 (no.1, mars 1991), p.55 et 56.67.David W.Wildermuth, « \u201cI am fully aware of my guilt .\u201d: Insights from a Soviet Military Tribunal\u2019s Investigation of the German Army\u2019s 35th Division, 1946\u201347 », The Journal of Military History, 83 (octobre 2019), p.1197.68.Laurent, La guerre\u2026, p.78.69.Stahel, Kiev 1941\u2026, p.194.70.Benz, A concise history\u2026, p.188.et David Stahel, Operation Typhoon.Hitler\u2019s march on Moscow, October 1941, Cambridge, Cambridge University Press, 2015, p.32.71.On parle ici de la Roumanie, de l\u2019Italie, de la Slovaquie, de la Hongrie et de la Finlande.Voir à ce sujet : David Glantz et Jonathan M.House, When Titans Clashed.How the Red Army Stopped Hitler, Kansas, University Press of Kansas, 2015, p.34.72.Raul Hilberg, La destruction des Juifs d\u2019Europe, Paris, Gallimard, 2006, Tome I, p.490.73.Shepherd, Hitler\u2019s soldiers\u2026, p.110.74.Fritz, Frontsoldaten\u2026, p.53.et Stahel, The Battle for Moscow\u2026, p.42.75.Nicolas Werth, « La société et la guerre dans les espaces russe et soviétique, 1914-1946 », Histoire, économie & société, 2004/2 (23e année), p.204.76.Fritz, Frontsoldaten\u2026, p.53.77.Omer Bartov, L\u2019armée d\u2019Hitler.La Wehrmacht, les nazis et la guerre, Paris, Hachette, 1999, p.126.78.La présence de femmes dans l\u2019Armée rouge choquait plusieurs Allemands.On estime à plus d\u2019un million le nombre de femmes ayant servi dans l\u2019armée ou dans des détachements de partisans au cours de la guerre.Voir à ce sujet : Stahel, Operation Barbarossa\u2026, p.365. 16 TRACES | Volume 61 no 1 Revue de la SPHQ | Hiver 2023 Les exécutions sommaires étaient en fait si fréquentes que la 16e armée rappela à ses soldats qu\u2019une fois les prisonniers organisés en bataillons de travail il ne fallait plus les fusiller ! Il ne faudrait pas penser que cet ordre émanait d\u2019un sentiment de commisération de la part des hauts gradés; il s\u2019agissait plutôt d\u2019éviter de perdre le contrôle sur les hommes qui se radicalisaient de plus en plus.La preuve en est que ces mêmes dirigeants demandèrent subséquemment d\u2019éviter d\u2019utiliser les wagons de la troupe pour transporter les Soviétiques capturés.Il ne fallait pas les salir et les contaminer79 ! Nous pouvons également ajouter à toutes ces victimes les milliers de commissaires politiques éliminés dans le cadre du Kommissarbefehl ainsi que les 140 000 responsables politiques que l\u2019armée remit au SD et dont le sort ne faisait aucun doute80.Ceux qui avaient été assez « chanceux » pour ne pas être assassinés de sang-froid n\u2019étaient pas tirés d\u2019affaire pour autant.C\u2019est que la maltraitance des prisonniers était imbriquée dans la politique guerrière hitlérienne.Le 16 juin 1941, on ordonnait ainsi d\u2019enregistrer et de communiquer à la Croix-Rouge les noms des prisonniers de guerre que lorsqu\u2019ils avaient atteint leur Stalag (Stammlager ou camp de détention dé?nitif pour les conscrits et les sous-of?ciers).Cela revenait implicitement à dire que l\u2019on s\u2019accommoderait de la disparition de détenus entre leur reddition et leur arrivée au camp81.Mais comment traitait-t-on les captifs entre ces deux étapes ?Notons d\u2019abord que ces derniers étaient parfois torturés82.Règle générale, si on ne les torturait pas, on les désarmait et on les dirigeait vers un Dulag (Durchgangslager ou camp de transit) situé à l\u2019arrière du front.Pendant ce voyage, qui se faisait à pied dans des conditions abjectes et sur parfois des centaines de kilomètres, les retardataires étaient liquidés et on empêchait la populace de nourrir les détenus83.À titre d\u2019exemple, les soldats capturés à Kiev en 1941 durent marcher 400 km vers leur camp d\u2019internement84 ! On peut aisément en déduire que ceux qui étaient blessés lors de leur capture ne survécurent pas.Les Allemands volaient aussi les biens de valeur des prisonniers et, à partir de l\u2019automne 1941, leurs vêtements d\u2019hiver et leurs bottes.Le soldat Max Landowski raconta qu\u2019un déserteur soviétique s\u2019était fait voler presque tous ses vêtements.On ?nit par l\u2019abattre car il aurait, de toute façon, péri par le froid.C\u2019était toute la miséricorde que les Soviétiques pouvaient attendre des Allemands85.À son arrivée au Dulag, le détenu appréhendait l\u2019ampleur de la politique criminelle poursuivie par ses ennemis.Il y découvrait un camp dépourvu d\u2019installation sanitaire digne de ce nom, des rations alimentaires insuf?santes (parfois inexistantes) et, s\u2019il était chanceux, des baraques en bois non chauffées où un nombre impressionnant de détenus (parfois jusqu\u2019à 6 500) devaient s\u2019entasser pour la nuit.On n\u2019y soignait pas toujours les blessés86.Certains Dulag n\u2019étaient que des champs entourés de barbelés que l\u2019on surnommait morbidement « camps d\u2019été ».Ils étaient évidemment mortels en hiver.D\u2019autres enfermaient 20 000 détenus alors qu\u2019ils étaient conçus pour seulement 2 000 captifs87.Il y avait aussi un camp de 11 000 détenus qui n\u2019avaient que deux latrines88 ! Cette promiscuité ajoutée à une situation sanitaire déplorable ?rent en sorte que les rangs des détenus furent décimés par la maladie (le typhus et la dysenterie notamment)89.En novembre 1941, au Dulag 126, environ 100 détenus mourraient quotidiennement sur une population de 15 00090.Pis, dans certains Dulag, les Allemands supprimaient des détenus sans raison.À Gomel, on tuait quotidiennement entre quinze et cinquante prisonniers affectés aux commandos de travail.Des prisonniers suppliaient parfois leurs gardiens de les tuer91 et, au 79.Bartov, L\u2019armée d\u2019Hitler\u2026, p.128 et 133.80.Bartov, « Guerre barbare\u2026 », p.118.81.Husson, « L\u2019appareil de terreur\u2026 », p.86.82.Voir à ce sujet : Jochen Hellbeck, Stalingrad.The city that defeated the Third Reich, New York, Public Affairs, 2015, p.391.83.Baechler, Guerre\u2026, p.321.et Stahel, Operation Typhoon\u2026, p.164.84.Timothy Snyder, Terres de sang.L\u2019Europe entre Hitler et Staline, Paris, Éditions Gallimard, 2012, p.282.85.Stahel, Operation Typhoon\u2026, p.169.86.Geoffrey P.Megargee, dir.The United States Holocaust Memorial Museum Encyclopedia of Camps and Ghettos 1933-1945, Bloomington, Indiana University Press, 2022, Tome IV, p.75.et Rutherford, Combat and Genocide\u2026 », p.158.87.Shepherd, Hitler\u2019s soldiers\u2026, p.213 et 214.88.Stahel, Kiev 1941\u2026, p.307.89.Masha Cerovic, « De la paix à la guerre : les habitants de Minsk face aux violences d\u203aoccupation allemandes (juin 1941 - février 1942) », Relations internationales, 2006/2 (n° 126), p.73.et Stahel, The Battle for Moscow., p.41.90.Stahel, The Battle for Moscow\u2026, p.239.91.Stahel, The Battle for Moscow\u2026, p.239. 17 TRACES | Volume 61 no 1 Revue de la SPHQ | Hiver 2023 Dulag 342, certains le ?rent même par écrit92 ! Lorsque des détenus étaient réquisitionnés pour être envoyés en Allemagne, leurs gardiens leur imposaient parfois une course à pied jusqu\u2019à la gare.Les derniers arrivés ou ceux qui étaient tombés en chemin n\u2019étaient pas revus vivants93.Des prisonniers étaient aussi sélectionnés pour le voyage vers le Stalag ou l\u2019O?ag (camps pour les of?ciers).Ils étaient alors entassés dans des wagons sans toit car l\u2019armée prohibait toute autre forme de transport par rail.Ceci eut pour corollaire la mort par hypothermie de bon nombre de ceux transférés l\u2019hiver94.On a déjà calculé que le taux de mortalité dans les transports, l\u2019hiver, montait à 70 %95.Les survivants qui arrivaient au Stalag n\u2019étaient pas sortis de l\u2019auberge pour autant.Depuis l\u2019entente entre Heydrich et le général Reinecke du 16 juillet 1941, l\u2019armée remettait à la SS les prisonniers soupçonnés de propager le bolchevisme96.Le traitement que ces derniers devaient attendre de la SS n\u2019est que trop connu.Pis, en octobre 1941, la Heer ouvrit toutes grandes les portes de ses camps aux Einsatzkommandos et au SD97.Pour ceux qui survivaient à cette sélection idéologique, les conditions de vie du Stalag étaient à peine meilleures qu\u2019au Dulag et ne respectaient en rien les lois internationales98.Citons ici l\u2019exemple du Stalag 352 de Minsk où moururent quotidiennement, en janvier et février 1942, au moins 400 détenus.Ce chiffre représentait 2,2 % de la population du camp99.Les prisonniers y étaient si à l\u2019étroit qu\u2019ils ne pouvaient bouger et faisaient leurs besoins naturels sur place100.Quant au Stalag 349, un témoin raconta plus tard y avoir vu entre 15 000 et 20 000 blessés étendus au sol; ces derniers ne recevaient aucune aide médicale101.Mais le pire pour les prisonniers était la faim.Ils la côtoyaient autant dans le Dulag qu\u2019au Stalag.Ils ne recevaient parfois que de l\u2019eau et s\u2019entretuaient pour un morceau de pain102.Au Dulag 160, une petite quantité de pain (2 kg) devait être partagée entre 100 à 150 détenus103.Les détenus devaient donc souvent se contenter de gazon, de feuilles, d\u2019écorce104 ou d\u2019aiguilles de pin105.À Rjev, un of?cier allemand fut épouvanté de voir des prisonniers se balader avec des membres humains a?n d\u2019avoir de quoi se sustenter.Dans ce camp, les chiens de garde recevaient des rations 50 fois plus importantes que les Soviétiques106 ! Lorsque les cas de cannibalisme se multiplièrent, les Allemands af?rmèrent que ceci était un effet du faible niveau de la civilisation soviétique107.Les 100 000 détenus du camp d\u2019Hola moururent tous de faim108.Ce n\u2019est donc pas pour rien que l\u2019on ne se donnait souvent même pas la peine d\u2019enregistrer nommément les prisonniers de guerre; on se contentait de les compter.Fait intéressant, même les camps de concentration enregistraient les arrivées; il n\u2019y a que dans les camps d\u2019extermination où l\u2019on agissait aussi cavalièrement109.Cette hécatombe avait d\u2019ailleurs été pressentie dès le mois de septembre 1941.Ainsi, un rapport du 29 septembre du Wirtschaftsstab Ost mentionnait : La question de la nourriture commence dès à présent à être un problème en ce qui concerne l\u2019utilisation possible des prisonniers de guerre russes comme force de travail dans le territoire occupé [\u2026].L\u2019impression que donnent les prisonniers de guerre au travail est que beaucoup ne passeront pas l\u2019hiver110.92.Snyder, Terres de sang\u2026, p.286.93.Husson, « L\u2019appareil de terreur\u2026 », p.87.94.Fritz, Ostkrieg\u2026, p.168.95.Snyder, Terres de sang\u2026, p.282.96.Hilberg, La destruction\u2026, Tome I, p.603.97.Snyder, Terres de sang\u2026, p.292.98.Stahel, The Battle for Moscow\u2026, p.42.99.Cerovic, « De la paix\u2026 », p.74.100.Snyder, Terres de sang\u2026, p.286.101.Megargee, dir.The United States Holocaust\u2026, Tome IV, p.351.102.Fritz, Frontsoldaten\u2026, p.55.et Fritz, Ostkrieg\u2026, p.167.103.Megargee, dir.The United States Holocaust\u2026, Tome IV, p.93.104.Stahel, Kiev 1941\u2026, p.307.105.Snyder, Terres de sang\u2026, p.284.106.Fritz, Ostkrieg\u2026, p.168.107.Snyder, Terres de sang\u2026, p.284.108.Stahel, The Battle for Moscow\u2026, p.42.109.Snyder, Terres de sang\u2026, p.283.110.Cité dans : Husson, « L\u2019appareil de terreur\u2026 », p.86 et 87. 18 TRACES | Volume 61 no 1 Revue de la SPHQ | Hiver 2023 Cette extermination par la faim était voulue par l\u2019armée allemande.Dès février 1941, le Generalquartiermeister Wagner (l\u2019intendant général de l\u2019armée allemande) avait transformé, dans l\u2019exercice de ses fonctions, le ravitaillement des prisonniers soviétiques en une variable d\u2019ajustement des besoins de la Wehrmacht111.Le 23 novembre 1941, il af?rma que les détenus incapables de travailler devaient mourir de faim112.La résultante fut qu\u2019entre le début octobre et la ?n décembre 1941, plus d\u2019un million de prisonniers de guerre soviétiques périrent d\u2019inanition.À titre de comparatif, et pour prouver la volonté exterminatrice de l\u2019armée allemande, notons que la Wehrmacht avait capturé presque deux millions de Français lors de la campagne de l\u2019Ouest et que ces derniers ne connurent point de famine113.Si l\u2019on étudie les six premiers mois de la guerre, on découvre que sur les 3,3 millions de soldats soviétiques capturés plus de 2 millions (60,6 %) moururent de faim ou furent fusillés avant la ?n de l\u2019année 1941114 ! Ils étaient alors vus comme un fardeau; c\u2019est d\u2019ailleurs pour cette raison qu\u2019ils servirent de cobayes dans l\u2019expérimentation du Zyklon B à Auschwitz115.La culpabilité de la Wehrmacht dans la menée d\u2019une guerre criminelle appert tout aussi évidente lorsque l\u2019on se penche sur le sort des prisonniers de guerre juifs.Mis à l\u2019écart des autres détenus, ils étaient moins nourris et plus maltraités.Des soldats allemands fusillaient parfois ces derniers à cause de leur judéité116.Des commandants de Stalag et de Dulag ordonnaient aussi occasionnellement à leurs hommes de fusiller leurs détenus juifs.Certaines unités, dont la 6e armée, affectèrent ces derniers à de dangereuses opérations de déminage117.Il arrivait même que l\u2019on tue des musulmans par mégarde; on les confondait avec des Juifs à cause de leur circoncision118.Après toutes ces vexations et privations, moins de 50 % des prisonniers soviétiques étaient employables comme esclaves.De septembre à la ?n décembre 1941, environ 308 000 d\u2019entre eux furent envoyés en Allemagne pour y travailler119.Quant aux « bouches inutiles », ils étaient mis à l\u2019écart et on diminuait leurs rations a?n d\u2019abréger leur vie.Les plus affaiblis étaient parfois jetés vivants, toujours sous l\u2019autorité des militaires, dans des fosses pour y mourir de froid120.Pour se sortir de cet enfer, certains acceptaient de devenir des espions pour les Allemands.Pour s\u2019assurer de leur loyauté, ces derniers demandaient parfois à leurs nouveaux collaborateurs de tuer un autre prisonnier de guerre, et ce, tout en étant photographiés121.D\u2019autres devenaient des Hilfswillige (des volontaires) dans la Wehrmacht à partir d\u2019octobre 1941.En 1943, ils étaient 50 000 à servir leurs bourreaux122.Durant la guerre germano-soviétique (1941-1945), c\u2019est environ 3,3 millions de soldats soviétiques qui décédèrent entre les mains de l\u2019armée allemande.À l\u2019aune des 5,7 millions de captifs, c\u2019est dire que 57,8 % d\u2019entre eux périrent.Une proportion sans commune mesure avec celles des autres nations en guerre contre l\u2019Allemagne123.En fait, ce taux est de moins de 5 % pour les prisonniers de guerre occidentaux124.Dans sa lutte pour acquérir un Lebensraum aux dépens des Slaves, la Wehrmacht a aussi été la grande responsable du meurtre de 1,5 million de Juifs et de 5 à 7 millions de civils à l\u2019arrière du front125.À l\u2019instar d\u2019Édouard Husson, nous croyons qu\u2019elle a participé à un projet criminel de génocide, celui des peuples « slaves et asiatiques126 ».111.Édouard Husson, Heydrich et la Solution ?nale, Paris, Perrin, 2012, p.338 et 339.112.Shepherd, Hitler\u2019s soldiers\u2026, p.214.et Stahel, The Battle for Moscow\u2026, p.43.113.Husson, « L\u2019appareil de terreur\u2026 », p.88 et 89.114.Werth, « La société\u2026 », p.204.115.Stahel, The Battle for Moscow\u2026, p.44.et Snyder, Terres de sang\u2026, p.347.116.Megargee, dir.The United States Holocaust\u2026, Tome IV, p.77.117.Hilberg, La destruction\u2026, Tome I, p.605.118.Dieter Pohl, « L\u2019armée allemande et les crimes commis contre les Juifs durant la Seconde Guerre mondiale », Revue d\u2019Histoire de la Shoah, 2007/2 (no.187), p.103.119.David Stahel, Retreat from Moscow.A New History of Germany\u2019s Winter Campaign, 1941-1942, New York, Picador, 2019, p.267.120.Husson, « L\u2019appareil de terreur\u2026 », p.88 et 89.121.Stahel, Operation Typhoon\u2026, p.271.122.Förster, « Barbarossa Revisited\u2026 », p.33.123.Werth, « La société\u2026 », p.204.et Glantz et House, When Titans Clashed\u2026, p.68.124.Snyder, Terres de sang\u2026, p.290.125.Lemay, « Le feld-maréchal\u2026 », p.79.126.Husson, « L\u2019appareil de terreur\u2026 », p.88 et 89. 19 TRACES | Volume 61 no 1 Revue de la SPHQ | Hiver 2023 Conclusion À la lumière des explicitations ci-dessus, plusieurs conclusions peuvent être tirées.D\u2019abord que les dirigeants de la Wehrmacht plani?èrent une guerre de prédation criminelle à l\u2019égard de l\u2019URSS.Ensuite, que ces derniers commirent trois actions amorales.Tout d\u2019abord, ils ne se sont pas opposés aux ordres criminels provenant du pouvoir politique et les ont retransmis sans broncher à la troupe.Ensuite, ils ont surenchéri avec leurs propres directives scélérates.Finalement, ils se sont entendus avec la SS pour l\u2019aider dans ses funestes desseins.Ce n\u2019est donc pas pour rien qu\u2019à l\u2019issue du procès de Nuremberg (1945-1946), l\u2019OKH et l\u2019OKW furent déclarées « organisation criminelle ».De plus, lorsque l\u2019armée ?t ses premiers prisonniers de guerre soviétiques, on vit rapidement à quel point la propagande nazie avait pénétré les esprits.Les soldats allemands croyaient qu\u2019il était acceptable d\u2019envahir un pays avec lequel ils avaient un pacte de non-agression en vigueur et d\u2019en maltraiter les citoyens capturés.Entre 1941 et 1945, des millions de Soviétiques connurent des dégradations et moururent entre les mains de l\u2019armée allemande, et ce, dans des proportions bien plus grandes que pour les autres prisonniers de la Wehrmacht.L\u2019armée était imprégnée de l\u2019idéologie nazie; les groupes « inférieurs » (Slaves, Juifs, etc.) furent conséquemment plus maltraités que les autres (Américains, Britanniques, Français, etc.)127.L\u2019endoctrinement avait porté fruit.Hitler était aussi populaire chez ses soldats et ces derniers croyaient vraiment mener une croisade idéologique pour la défense de la communauté aryenne et la civilisation européenne128.Finalement, la Wehrmacht ne fut pas différente des autres institutions allemandes de l\u2019époque; elle ne put se soustraire à l\u2019entreprise criminelle des nazis car elle devait y jouer un rôle clé129.Et bien que la vaste majorité des soldats allemands se percevaient comme étant décents et honorables130, il n\u2019en demeure pas moins que même ceux d\u2019entre eux qui l\u2019étaient vraiment participèrent tout de même à une guerre répugnante et défendirent un régime abject\u2026 127.Shepherd, Hitler\u2019s soldiers\u2026, p.529.128.Fritz, Frontsoldaten\u2026, p.202 et 216.129.Pohl, « L\u2019armée allemande\u2026 », p.111.130.Fritz, Frontsoldaten\u2026, p.220.Sélection bibliographique Ouvrages : Baechler, Christian.Guerre et exterminations à l\u2019Est.Hitler et la conquête de l\u2019espace vital, 1933-1945.Paris, Éditions Tallandier, 2016.726 pages.Bartov, Omer.L\u2019armée d\u2019Hitler.La Wehrmacht, les nazis et la guerre.Paris, Hachette, 1999.317 pages.Benz, Wolfgang.A concise history of the Third Reich.Berkeley, University of California Press, 2006.309 pages.Breitman, Richard.Himmler et la Solution ?nale.L\u2019architecte du génocide.Paris, Calmann-Lévy, 2009.410 pages.Browning, Christopher R.Politique nazie, travailleurs juifs, bourreaux allemands.Paris, Éditions Tallandier, 2009.278 pages.Fritz, Stephen G.Frontsoldaten.The German Soldier in World War II.Lexington, The University Press of Kentucky, 1995.299 pages.Fritz, Stephen G.Ostkrieg.Hitler\u2019s War of Extermination in the East.Lexington, The University Press of Kentucky, 2011.640 pages.Glantz, David et Jonathan M.House.When Titans Clashed.How the Red Army Stopped Hitler.Kansas, University Press of Kansas, 2015.557 pages.Hellbeck, Jochen.Stalingrad.The city that defeated the Third Reich.New York, PublicAffairs, 2015.500 pages.Hilberg, Raul.La destruction des Juifs d\u2019Europe.Paris, Gallimard, 2006.3 volumes.Husson, Édouard.« Nous pouvons vivre sans les Juifs » Novembre 1941.Quand et comment ils décidèrent de la Solution ?nale.Paris, Perrin, 2005.179 pages.Husson, Édouard.Heydrich et la Solution ?nale.Paris, Perrin, 2012.751 pages.Laurent, Boris.La guerre totale à l\u2019Est.Nouvelles perspectives sur la guerre germano-soviétique 1941-1945.Paris, Nouveau Monde éditions, 2017.555 pages.Masson, Philippe.Histoire de l\u2019armée allemande, 1939-1945.Paris, Librairie Académique Perrin, 1994.537 pages.Megargee, Geoffrey P., dir.The United States Holocaust Memorial Museum Encyclopedia of Camps and Ghettos 1933-1945.Bloomington, Indiana University Press, 2022.4 volumes. 20 TRACES | Volume 61 no 1 Revue de la SPHQ | Hiver 2023 Rutherford, Jeff.Combat and Genocide on the Eastern Front.The German Infantry\u2019s War, 1941-1944.Cambridge, Cambridge University Press, 2014.423 pages.Shepherd, Ben H.Hitler\u2019s soldiers.The German Army in the Third Reich.New Haven, Yale University Press, 2017.639 pages.Snyder, Timothy.Terres de sang.L\u2019Europe entre Hitler et Staline.Paris, Éditions Gallimard, 2012.710 pages.Stahel, David.Operation Barbarossa and Germany\u2019s Defeat in the East.Cambridge, Cambridge University Press, 2011.483 pages.Stahel, David.Kiev 1941.Hitler\u2019s Battle for Supremacy in the East.Cambridge, Cambridge University Press, 2013.468 pages.Stahel, David.Operation Typhoon.Hitler\u2019s march on Moscow, October 1941.Cambridge, Cambridge University Press, 2015.412 pages.Stahel, David.The Battle for Moscow.Cambridge, Cambridge University Press, 2017.440 pages.Stahel, David.Retreat from Moscow.A New History of Germany\u2019s Winter Campaign, 1941-1942.New York, Picador, 2019.545 pages.Stargardt, Nicholas.La Guerre allemande.Portrait d\u2019un peuple en guerre, 1939-1945.Paris, Vuibert, 2017.794 pages.Wette, Wolfram.The Wehrmacht.History, Myth, Reality.Cambridge, Harvard University Press, 2006.371 pages.Articles de périodiques : Bartov, Omer, « Guerre barbare.Politique guerrière de l\u2019Allemagne et choix moraux pendant la Seconde Guerre mondiale ».Revue d\u2019Histoire de la Shoah, 2007/2 (no.187), p.113-142.Bartov, Omer « Soldiers, Nazis, and War in the Third Reich ».The Journal of Modern History, 63 (no.1, mars 1991), p.44-60.Bartov, Omer.« German Soldiers and the Holocaust: Historiography, Research and Implications ».History and Memory, 9 (no.1/2, automne 1997), p.162-188.Cerovic, Masha.« De la paix à la guerre : les habitants de Minsk face aux violences d\u2019occupation allemandes (juin 1941 - février 1942) ».Relations internationales, 2006/2 (n° 126), p.67-79.Destroismaisons, Martin.« La nazi?cation de l\u2019éducation en Allemagne, 1933-1939.».Traces, volume 56, no.2 (printemps 2018), p.7-16.Fritz, Stephen G.« We are trying\u2026 to change the face of the world » - Ideology and Motivation in the Wehrmacht on the Eastern Front: The View from Below ».The Journal of Military History, 60 (octobre 1996), p.683-710.Husson, Édouard.« L\u2019appareil de terreur de Himmler, le commandement de la Wehrmacht et les projets génocidaires du régime nazi.Le développement des méthodes d\u2019extermination en Pologne et en Union soviétique (1939-1941) ».Revue d\u2019Histoire de la Shoah, 2007/2 (no.187), p.59-92.Ingrao, Christian.« Un champ de recherche spéci?que ?La politique nazie de lutte contre les partisans ».Revue d\u2019Histoire de la Shoah, 2007/2 (no.187), p.229-246.Ingrao, Christian.« Violence de guerre et génocide.Le cas des Einsatzgruppen en Russie ».Les Cahiers de la Shoah, 2003/1 (no.7), p.15-44.Lemay, Benoît.« Le feld-maréchal Erich von Manstein : un instrument docile dans une entreprise criminelle ».Revue d\u2019Histoire de la Shoah, 2007/2 (n° 187), p.177-192.Lemay, Benoît Lemay.« Le feld-maréchal Erich von Manstein : étude critique du stratège de Hitler ».Guerres mondiales et con?its contemporains, 2006/1 (no.221), p.71-82.Lemay, Benoît.« La guerre des généraux de la Wehrmacht : Hitler au service des ambitions de ses élites militaires ?».Guerres mondiales et con?its contemporains, 2005/4 (no.220), p.85-96.Manoschek, Walter.« \u201cIl n\u2019y a qu\u2019une seule solution pour les Juifs : l\u2019extermination\u201d.L\u2019image du Juif dans les lettres de soldats allemands (1939-1944) ».Revue d\u2019Histoire de la Shoah, 2007/2 (no.187), p.13-58.Pohl, Dieter.« L\u2019armée allemande et les crimes commis contre les Juifs durant la Seconde Guerre mondiale ».Revue d\u2019Histoire de la Shoah, 2007/2 (no.187), p.93-111.Solchany, Jean.« La lente dissipation d\u2019une légende : la «Wehrmacht» sous le regard de l\u2019histoire ».Revue d\u2019histoire moderne et contemporaine, 47 (no.2, avril-juin 2000), p.323-353.Werth, Nicolas.« La société et la guerre dans les espaces russe et soviétique, 1914-1946 ».Histoire, économie & société, 2004/2 (23e année), p.191-214.Wildermuth, David W.« \u201cI am fully aware of my guilt .\u201d: Insights from a Soviet Military Tribunal\u2019s Investigation of the German Army\u2019s 35th Division, 1946\u201347 ».The Journal of Military History, 83 (octobre 2019), p.1189-1212.Réponses : Balado Passé date ?(3e saison) \u2013 Quiz sur l\u2019invasion américaine de 1775 de la page 29 1.A 7.C 2.B 8.A 3.B 9.B 4.C 10.C 5.D 11.D 6.A 12.C 21 TRACES | Volume 61 no 1 Revue de la SPHQ | Hiver 2023 reservations@pacmusee.qc.ca 514 872-9127 Pour en savoir plus sur les activités scolaires : · Adaptées au programme scolaire · Animées par des guides qualifiés · Apprentissage interactif et amusant · Deux formules : visites au Musée ou virtuelles Découvrez notre offre scolaire renouvelée, avec de nouvelles activités stimulantes et riches en contenu ! ACTIVITÉS SCOLAIRES 22 TRACES | Volume 61 no 1 Revue de la SPHQ | Hiver 2023 Pointe-du-Buisson : cinq millénaires d\u2019occupations et six décennies de recherches Patrick Eid, Archéologue L\u2019assemblage d\u2019artéfacts présenté ici n\u2019est qu\u2019un échantillon d\u2019une collection renfermant plus de deux millions d\u2019objets, mise au jour sur le site archéologique de la Pointe-du-Buisson (BhFl-1), à Beauharnois.Les artéfacts sélectionnés témoignent de cinq millénaires d\u2019occupations de ce lieu unique.Les objets proviennent de différents secteurs du site (appelés « stations »), ayant chacun leurs caractéristiques particulières.Le site de la Pointe-du-Buisson est un jalon incontournable pour la compréhension de la période préhistorique au Québec.L\u2019attrait pour ce site, occupé depuis près de 5000 ans, vient d\u2019abord de son emplacement stratégique en aval de rapides du ?euve Saint-Laurent qui en fait un lieu obligé de portage pour les groupes humains voyageant en embarcations.Il se situe également près d\u2019un carrefour de voies d\u2019eau permettant la liaison entre diverses régions du Nord-Est américain.De plus, le cadre hydrographique particulier du secteur crée un contexte des plus favorables aux ressources halieutiques avec la présence d\u2019environ 75 espèces de poissons.En?n, les nombreux plateaux séparés par des ravinements et peuplés d\u2019une érablière à caryer offrent autant de lieux d\u2019occupation où abondent des ressources animales et végétales convoitées par les Premières Nations.Ainsi, des groupes autochtones s\u2019y sont établis de génération en génération, laissant derrière eux des millions d\u2019archives sous la forme d\u2019artéfacts (pierre taillée et polie, céramique, outils en os, etc.), d\u2019écofacts (os, restes botaniques) et d\u2019aménagements (foyers, fosses, traces de poteaux, sépultures).L\u2019archéologie, en tant que discipline naissante au Québec, a choisi ce site exceptionnel pour déployer ses premières recherches d\u2019envergure sur la préhistoire dans les années soixante.Depuis 1965 jusqu\u2019à ce jour, le site a fait l\u2019objet de recherches presque ininterrompues par divers intervenants, dont l\u2019Université de Montréal.En effet, le Nous reproduisons avec l\u2019aimable autorisation de Pointe-à-Callière, Cité d\u2019archéologie et d\u2019histoire de Montréal, ce texte déjà publié dans le site ARCHEOLAB.QUÉBEC (www.archeolab.quebec), la collection archéologique de référence du Québec.Vue aérienne de la Pointe-du-Buisson.© Pointe-du-Buisson 2011.Pointe-du-Buisson, Musée québécois d\u2019archéologie (ouvert depuis 1986).© Pointe-du-Buisson. 23 TRACES | Volume 61 no 1 Revue de la SPHQ | Hiver 2023 site de la Pointe-du-Buisson a été le lieu de formation des étudiants en archéologie pendant plus de vingt ans et a fait l\u2019objet de nombreuses recherches académiques.Celles-ci ont généré une abondance de données qui ont entre autres permis de dé?nir le cadre chrono culturel de la préhistoire du Québec.Les premières fréquentations du site de la Pointe-du- Buisson remontent à la phase laurentienne de l\u2019Archaïque supérieur (5500 à 4200 AA).Les indices matériels de cette époque demeurent relativement discrets, mais ils deviennent plus marqués à la phase post-laurentienne (4500 à 3000 AA).On retrouve durant ces deux périodes nombre d\u2019artéfacts en pierre taillée et polie, notamment des pointes de projectiles dont les styles sont souvent af?liés aux grands types rencontrés ailleurs dans le Nord- Est américain.Durant le Sylvicole inférieur (3000 à 2400 AA), époque où les premiers vases en céramique font leur apparition au Québec, le site semble encore plus fréquenté qu\u2019à la période précédente.Le matériel associé à cette époque est souvent af?lié à la tradition Meadowood, caractérisée par une poterie sans décoration et des objets en pierre taillée fabriqués dans une pierre provenant de la région des Grands Lacs (chert Onondaga).Des sépultures attribuées à cette époque, comportant un riche mobilier funéraire, ont également été trouvées dans un des secteurs du site (station 5).Au Sylvicole moyen ancien (2400 à 1500 AA), la poterie est très présente sur plusieurs stations du site et la fréquentation des lieux s\u2019intensi?e toujours, que ce soit pour des haltes de courte durée ou des séjours plus prolongés.C\u2019est toutefois au Sylvicole moyen tardif (1500 à 1000 AA) que le site de la Pointe-du-Buisson connaît l\u2019apogée de son occupation.Durant les cinq siècles de cette période, des groupes fréquentant le secteur s\u2019installent sur le site de manière prolongée pour exploiter les ressources du ?euve.Cette semi- sédentarisation, rendue possible par la pêche intensive, a probablement été un facteur déterminant vers l\u2019adoption d\u2019un mode de vie sédentaire et horticole à la période suivante.Cette activité économique a généré ainsi de nombreux outils, notamment des hameçons et des harpons en os dont certains ont pu résister à l\u2019action du temps.Le Sylvicole moyen tardif au site de la Pointe-du-Buisson se démarque par une tradition céramique régionale particulière (tradition Melocheville).Les groupes en présence ont développé une production inédite caractérisée par l\u2019ajout de parements et la fréquence élevée de ponctuations créant des bosses sur la paroi interne des vases.L\u2019intensité du travail de la céramique est d\u2019ailleurs corroborée par la présence de milliers de rebuts d\u2019argile cuite.La persistance, pendant près de 500 ans, de cette production céramique relativement homogène traduit de manière certaine l\u2019existence d\u2019une stase technologique qui se démarque des productions contemporaines dans l\u2019État de New York et en Ontario.Au Sylvicole supérieur (1000 à 450 AA), l\u2019occupation du site baisse considérablement.En effet, les sols argileux sont peu propices à l\u2019exploitation horticole qui devient la nouvelle économie de subsistance des groupes iroquoiens fréquentant la vallée du Saint-Laurent.La production céramique sera elle aussi touchée par un vent de changement, puisqu\u2019on y observe désormais la signature unique des potières iroquoiennes.Durant la période historique, le site demeure un chemin de portage pour les Premières Nations et les Français, mais on semble désormais s\u2019y arrêter très peu.Vers 1835 cependant, la villa seigneuriale de la famille Ellice est érigée sur place et le site devient un lieu de villégiature.Il est fréquenté par des seigneurs dans un premier temps, puis plus tard par des promeneurs, des pêcheurs récréatifs et des vacanciers.Aujourd\u2019hui, le site et sa forêt vernaculaire sont protégés et font partie de l\u2019institution Pointe-du-Buisson, Musée québécois d\u2019archéologie, qui assure la diffusion et la mise en valeur du fruit de plusieurs décennies de recherche.Fouilles archéologiques ouvertes au public sur le site de la Pointe-du- Buisson (BhFl-1), activité éducative offerte par le musée.© Pointe-du-Buisson 2016.Fouilles archéologiques ouvertes au public sur le site de la Pointe-du- Buisson, tamisage des sols afin de retrouver les artéfacts de très petites dimensions.© Pointe-du-Buisson 2019. 24 TRACES | Volume 61 no 1 Revue de la SPHQ | Hiver 2023 Le cimetière : gardien de notre histoire locale ! Caroline Perreault, Conseillère pédagogique en univers social, CSS des Samares Une idée qui germe\u2026 Nous sommes à l\u2019automne 2020.Le début de l\u2019année scolaire est entamé en pleine pandémie.On parle de bulle classe, de limiter les contacts, plus de sorties scolaires autorisées, de classes hybrides, de virtuel\u2026Tout en étant des « acteurs dans un moment historique », nos cours d\u2019histoire en prennent pour leur rhume.Aux Samares, nos milieux sont généralement défavorisés, ce qui constitue un dé?quotidien pour les enseignants de chez nous.Depuis longtemps, l\u2019enseignement de l\u2019histoire au 2e cycle semble souvent loin des préoccupations de nos élèves et nous constatons une certaine dif?culté pour eux à bien comprendre les notions et les concepts qui doivent être abordés dans le programme d\u2019histoire du Québec et du Canada.En 2014, j\u2019enseignais en 3e et 4e secondaire et constatant les dif?cultés de mes élèves, j\u2019avais décidé de mettre en place un rallye historique à Lavaltrie (berceau de la Chasse-Galerie).Tous les élèves circulaient pendant une journée, à la rencontre de personnages historiques qui leur « racontaient » des événements historiques, avant de leur lancer un dé?dans lequel ils devaient transférer leur connaissance dans la réalisation d\u2019une tâche spéci?que.Par exemple, à la bibliothèque municipale, Joseph Guibord, bibliothécaire de l\u2019Institut canadien de Montréal, et Mgr Bourget, l\u2019évêque de Montréal, (rien de moins !) les attendaient pour raconter l\u2019histoire de l\u2019Institut canadien en mettant bien en évidence la différence de leur opinion.Pendant que M.Guibord parlait des bienfaits de rendre les ouvrages littéraires accessibles à tous, de son côté, Mgr Bourget leur expliquait ce qu\u2019était « l\u2019Index » et ses supposés « bienfaits » qui devait en résulter.Par la suite, les élèves étaient placés devant une quinzaine de livres contemporains et devaient se poser la question suivante : quels ouvrages auraient été interdits si l\u2019Index était encore en vigueur ?Une fois l\u2019exercice réalisé, les élèves devaient se questionner sur l\u2019impact de cette pratique dans la culture.Un riche exercice qui a rendu très clair et très explicite la raison d\u2019être de l\u2019Institut canadien.Bref, ce rallye m\u2019a permis de remarquer que c\u2019est le fait d\u2019être sur le terrain, d\u2019être actif, de questionner les milieux et les personnages et de vivre un dé?en lien avec les notions du cours d\u2019histoire qui permettaient vraiment à mes élèves de se les approprier.Cette année-là, les résultats de mes élèves ont fait un bond spectaculaire à la hausse.Vivre l\u2019histoire, leur permettait de mieux la comprendre.Déjà depuis un moment, je caressais l\u2019envie de travailler le potentiel historique des cimetières.De plus, je savais qu\u2019un de mes collègues AVSEC (animateur de vie spirituelle et communautaire), Ernesto Castro, passionné d\u2019histoire comme moi, souhaitait aussi travailler le côté « identitaire » de ce lieu.J\u2019avais autour de moi des enseignants engagés et inspirants qui aiment faire des projets audacieux et qui ne demandaient qu\u2019à sortir du brouillard covideux.Je savais aussi que le patrimoine de Joliette est riche et que ma ville est un terreau fertile de partenaires de toutes sortes.Voilà ! La table est mise pour le projet « le cimetière : gardien de notre histoire locale ! » La COVID-19 nous obligeant à être plus créatifs, je cherchais à élaborer un projet extérieur, permettant aux élèves de respecter les consignes de sécurité de la Santé publique et me permettant de leur montrer que l\u2019histoire qu\u2019on raconte dans les manuels, s\u2019est aussi déroulée chez nous, par le biais d\u2019acteurs locaux.Il s\u2019agissait d\u2019amener les élèves de 3e et 4e secondaire, à faire une immersion dans notre histoire locale.L\u2019histoire peut parfois être enseignée de façon statique et théorique et c\u2019est notre devoir de la rendre dynamique, stimulante et « vivante » pour les élèves.Toutefois, vu les conditions, il fut impossible de rassembler des acteurs et des historiens sur le terrain.L\u2019activité doit donc se faire de façon autonome.Il est décidé que nous procéderons par capsules enregistrées.C\u2019est donc ironiquement l\u2019exploration d\u2019un cimetière qui nous permettra de rendre « vivante » l\u2019histoire.Le projet prend forme L\u2019objectif du projet pédagogique est d\u2019amener les élèves à parcourir le cimetière, qu\u2019ils recherchent des emplacements à l\u2019aide d\u2019une carte, et qu\u2019à l\u2019aide d\u2019un appareil numérique, ils écoutent des capsules vidéo qui leur racontent notre histoire.Nous souhaitons aussi qu\u2019ils se questionnent pour développer leur compréhension de certains aspects de l\u2019histoire.Nos intentions pédagogiques s\u2019appliquent sur 4 niveaux : 25 TRACES | Volume 61 no 1 Revue de la SPHQ | Hiver 2023 Niveau historique : \u2022 Comprendre que l\u2019histoire enseignée n\u2019est pas seulement dans les livres, mais qu\u2019elle s\u2019est aussi déroulée à l\u2019échelle locale.\u2022 Apprendre comment nos personnalités locales ont aussi joué un rôle dans l\u2019histoire.Niveau géographique : \u2022 Apprendre à se repérer avec une carte.\u2022 Développer les compétences de lecture de carte.\u2022 Utiliser la rose des vents.\u2022 Vivre une expérience pédagogique hors classe (sur le terrain).Niveau pédagogique : \u2022 Analyser des documents (vidéos, photos, monuments, épitaphes, etc.).\u2022 Travailler les aspects de société en les associant à du contenu.\u2022 Découvrir d\u2019une façon différente le contenu du programme d\u2019histoire du 2e cycle.\u2022 Répondre à des questions de type « opérations intellectuelles » ou « pensée historique ».\u2022 Utiliser les compétences numériques dans notre enseignement.Niveau identitaire : \u2022 Démysti?er le lieu qu\u2019est le cimetière.\u2022 Se questionner sur ses origines, sur les traces qu\u2019on veut laisser et sur la place dans l\u2019histoire ?\u2022 Comprendre que le cimetière, lieu de mémoire, est aussi porteur de nombreuses informations sur l\u2019histoire.Le parcours du combattant : la recherche ! Nos intentions étant claires, il fallait maintenant se donner les moyens de les atteindre.Sans la collaboration précieuse de Jean-Claude De Guire, de la Société d\u2019histoire de Joliette, rien n\u2019aurait été possible.Nous étions à l\u2019aube d\u2019un travail de moine qui durerait presque un an.Dans un premier temps, j\u2019avais sélectionné tous les points du programme qui me semblaient pertinents d\u2019aborder.Avions-nous des informations sur l\u2019immigration à travers les années ?Sur le travail des femmes en usine ?Sur le développement économique, sur les révolutions industrielles, sur les patriotes, sur le passage de la seigneurie à la ville ?Avions-nous des soldats ?Avions-nous des morts de la grippe espagnole ?Bref, plus de 75 thèmes ont été sélectionnés et soumis à la Société d\u2019histoire de Joliette qui de son côté est partie à la recherche d\u2019informations sur ces thèmes.Évidemment, M.De Guire regorgeait aussi d\u2019histoires fabuleuses ou d\u2019anecdotes savoureuses sur notre la ville de Joliette.Dif?cile de ne pas les inclure même si elles nous détournent du programme.Voilà comment d\u2019autres thèmes se sont imposés par eux-mêmes, par exemple, comment aurions-nous pu taire le fait que la ma?a a déjà commandité l\u2019incendie d\u2019un hôtel de Joliette, mais que le responsable de l\u2019incendie s\u2019est trompé d\u2019adresse et a fait ?amber un bâtiment à quelques pas de là, pour revenir, quelques jours plus tard, avec la bonne adresse et incendier l\u2019hôtel en question.C\u2019est ainsi, tout naturellement, que ce sont ajoutés et éliminés des thèmes.En effets, certains sujets ne disposaient pas de suf?samment d\u2019informations pour pouvoir en faire des capsules.Julie Champagne enseignante sur les lieux du projet 26 TRACES | Volume 61 no 1 Revue de la SPHQ | Hiver 2023 Maintenant armés de nos sujets, la prochaine étape serait la plus dif?cile : il nous fallait trouver les noms des gens, mais surtout, leur emplacement au cimetière.OUF ! Pas facile ! La société d\u2019histoire nous a fourni une liste des noms à trouver et c\u2019est la Société de Généalogie de Joliette ainsi que le gérant du cimetière qui se sont mis à éplucher les dossiers a?n de savoir «QUI» de tous ces noms, étaient réellement enterré dans notre cimetière, et «OÙ» étaient-ils ?Beaucoup plus dif?cile qu\u2019il ne le semblait, nous avons arpenté des kilomètres en cherchant des noms et des emplacements : « Hourra ! J\u2019ai trouvé Hervé Desrosiers\u2026 Zut, il y a aussi un H.Desrosiers, un avec une femme, l\u2019autre pas\u2026 découragement ! » Vite, on retourne à nos recherches ! Finalement, ce n\u2019est ni un ni l\u2019autre, les dates ne correspondent pas\u2026 Le cimetière ayant été déplacé, certaines dépouilles moins bien relocalisées, bref, de beaux dé?s ! C\u2019est à cette étape que nous avons perdu le plus de sujets, ne pouvant pas associer une dépouille et sa localisation à un thème.Nous avons dû mettre une croix, entre autres, sur le thème de la présence autochtone sur notre territoire, et ce, avec regret et déception.Le rassemblement du village ! Ce minutieux travail accompli, nous avions des thèmes et des anecdotes qui y étaient associés, ainsi que des noms d\u2019acteurs de notre histoire et des emplacements de tombes au cimetière.Il nous restait à trouver ceux qui accepteraient de se prêter au jeu de l\u2019enregistrement des capsules, mes complices de toujours, mes collègues enseignants.C\u2019est ainsi qu\u2019une invitation leur fut lancée.La réponse et l\u2019enthousiasme de mes enseignants sont sans égal.La richesse du projet est sans aucun doute due aux personnes qui se sont engagées à le rendre possible.Neuf des dix écoles secondaires du territoire ont été représentées.L\u2019invitation qui s\u2019adressait au départ aux enseignants du 2e cycle s\u2019est vite répandue.Je me suis mise à recevoir des offres d\u2019enseignants du premier cycle qui souhaitaient aussi participer.De plus, en parlant du projet, nous nous sommes rendu compte que de nombreux partenaires avaient envie de participer, c\u2019est ainsi que 12 partenaires se sont joints à nous pour les enregistrements : \u2022 Jean-Claude De Guire, Président et archiviste de la Société d\u2019histoire de Lanaudière a enregistré la capsule sur l\u2019art funéraire.\u2022 Véronique Hivon, ancienne députée du Parti québécois dans la circonscription de Joliette a enregistré la capsule sur Clémentine Roch, une femme qui se démarque.\u2022 Gabriel Ste-Marie, Député du Bloc québécois pour la circonscription de Joliette a enregistré la capsule sur un l\u2019Abbé Gravel qui a milité pour l\u2019avortement.\u2022 Yves Perron, Député du Bloc québécois pour la circonscription Berthier-Maskinongé, mais aussi ancien enseignant d\u2019histoire à l\u2019école secondaire de l\u2019Érablière dans notre CSS, a enregistré la capsule sur les rites funéraires au Québec.\u2022 Mgr Louis Corriveau, Évêque de Joliette a enregistré la capsule « Qu\u2019est-ce qu\u2019un cimetière ?» \u2022 Pierre-Luc Bellerose, à ce moment-là Directeur général du Centre régional universitaire de Lanaudière et maintenant maire de Joliette a enregistré la capsule sur Jean-Baptiste Fontaine.\u2022 Alain Sylvestre, représentant des Salons funéraires Lachance et d\u2019Azur, cimetière écologique a enregistré les capsules sur le cimetière écologique et sur les vestiges du cimetière protestant.\u2022 Nicolas Perreault, conférencier invité pour l\u2019Association forestière de Lanaudière (AFL) a enregistré la capsule sur le développement industriel de Joliette.\u2022 André Nadeau, journaliste retraité, a enregistré la capsule sur l\u2019évolution des médias.\u2022 Philippe Jetté, intervenant en traditions vivantes, a enregistré nos capsules d\u2019introduction et de conclusion.Un échantillon de nos dignitaires dont, Véronique Hivon ancienne députée du PQ dans Joliette, Gabriel Ste-Marie Député du Bloc québécois dans Joliette, Yves Perron : Député du Bloc québécois dans Berthier-Maskinongé, Mgr Corriveau, André Nadeau (anciens journalistes), ainsi que 3 enseignant.es (Josée Allard, Stéphanie Jahandiez, Philippe Vallée) 27 TRACES | Volume 61 no 1 Revue de la SPHQ | Hiver 2023 L\u2019énumération de tous ces noms me rappelle le proverbe africain qui dit « Il faut tout un village pour élever un enfant ».Ce projet est un parfait exemple d\u2019une communauté qui s\u2019est rassemblée pour faire naître un projet exceptionnel qui aidera certainement nos élèves à apprendre, à comprendre et à se questionner.On peut dire que le « village » était au rendez-vous ! Merci à tous ! C\u2019est au début du mois de mai 2021 que nous commençons le tournage de nos capsules.Un marathon digne d\u2019Hollywood se met en branle au cimetière de Joliette.En deux blocs de tournage sur deux jours, les 55 capsules seront tournées dans un froid sibérien (pour le mois de mai).C\u2019est aux grands vents, entre deux bourrasques de pluie (limite neige) que nous avons tourné.L\u2019engagement est au rendez-vous.Les « acteurs » arrivent tous plus ou moins préparés.Certains ont appris leur texte par cœur, et d\u2019autres se sont fait de petits (ou de grands !) aide-mémoires.Le terrain\u2026 un lieu riche à exploiter Filmer sur le terrain nous permet de ré?échir à des informations qui nous viennent de l\u2019environnement et qui n\u2019étaient pas prévues.C\u2019est ainsi que notre capsule sur l\u2019arrivée de l\u2019électricité prendra un tout autre tournant lorsque nous constaterons le double monument funéraire d\u2019Arthur Normand.En effet, le premier monument est réservé à M.Normand et son épouse, mais juste à côté, on retrouve une 2e pierre sur laquelle nous retrouvons un monument avec les 8 enfants de la famille soit, mort- nés, soit décédés très jeune.Impossible de passer ce détail sous silence.Tout le monde qui se trouve devant ce monument a inévitablement des questions.Pourquoi tant d\u2019enfants ?Pourquoi les enfants meurent si jeunes ?Voilà exactement ce que nous voulons avoir comme impact avec un tel projet.Ces questions qui émergent et nous rappellent le fonctionnement de la pensée historique, permettent aux élèves de questionner leur environnement, d\u2019émettre des hypothèses et suscitent suf?samment de curiosité pour qu\u2019ils poussent un peu les recherches.C\u2019est ainsi qu\u2019ils font des liens avec les infrastructures sanitaires de l\u2019époque, les taux de mortalités infantiles, etc.Les élèves développent des ré?exes d\u2019observateurs, j\u2019ose dire qu\u2019ils développent l\u2019œil de l\u2019historien.Ils se rendent compte que l\u2019âge des morts et la date peuvent nous donner des indices.Que certaines personnes laissent des traces de leur vie sur leur épitaphe.(Par exemple une femme qui a écrit qu\u2019elle était ?ère d\u2019être une artiste dont les œuvres avaient été exposées à expo 67.) Que des symboles peuvent nous fournir des informations sur le métier des gens (certaines croix pour les soldats, d\u2019autres types de croix pour les religieux, etc.).Leurs observations permettent aussi de tirer des conclusions en lien avec la forme des monuments ou leurs emplacements dans le cimetière.À ce sujet, il est fort intéressant d\u2019apprendre que notre cimetière a été déménagé au milieu des années 1800.Fait rare à cette époque, il n\u2019est pas directement à côté d\u2019une église ou de notre cathédrale.C\u2019est pourquoi lors du « déménagement » les familles les plus riches ont payé de petites fortunes pour avoir les emplacements les plus « près » de la Cathédrale de Joliette, c\u2019est-à-dire la partie Nord-est du cimetière.Pourtant, cette section du nouveau cimetière était un ancien dépotoir où l\u2019on enfouissait les déchets.Ironie du sort, les plus fortunés se sont retrouvés enterrés sur d\u2019anciens déchets, tandis que les plus pauvres, dans de la bonne terre.Même dans la mort, certains individus font preuve d\u2019humour.Ainsi, dans leur parcours, les élèves ont droit à une question bonus.On encercle une section du plan du cimetière et on demande aux élèves de trouver « l\u2019individu qui a fait preuve d\u2019humour dans la mort ».L\u2019humour étant parfois subtil et ironique, peu d\u2019élèves trouvent le monument en question sur lequel il est inscrit, et je cite : « Je vous l\u2019avais bien dit que j\u2019étais malade ».Il se trouve que ce message, disons, ponctué d\u2019humour noir et de sarcasme, s\u2019adressant probablement à de la famille ou des amis, laissant les élèves sans mots.La plupart d\u2019entre eux ne trouvent vraiment rien de drôle là-dedans.Être sur le terrain permet aussi aux élèves de faire des déductions intéressantes.Par exemple, nous avons un très grand cimetière catholique et juste en face, de l\u2019autre côté de la rue, se trouve un autre cimetière nettement plus petit.Anciennement, ce cimetière était de confession protestante.Nous y retrouvons, entre autres, les traces des grands fondateurs des villes à consonance anglophone autour de Joliette, telles la famille Crabtree, ou encore des traces de la famille Vessot, qui ont joué un grand rôle dans le développement industriel de Joliette.D\u2019ailleurs un des membres les plus célèbres de la famille Vessot, Samuel, était un inventeur de génie dont la « machine à moudre Champion », qu\u2019on surnommait en anglais la « champion feed mill » gagnera de nombreux prix en ra?ant la médaille d\u2019argent à l\u2019exposition agricole de Paris en 19001.Des élèves de Barthélémy Joliette en plein rallye. 28 TRACES | Volume 61 no 1 Revue de la SPHQ | Hiver 2023 On y voit aussi d\u2019autres types de traces de la culture protestante, par exemple, le fait que les hommes d\u2019Église soient nommés « révérend ».Dans les faits, le cimetière protestant malgré le fait qu\u2019il hébergeait de nombreuses personnalités importantes a pratiquement été abandonné pendant de nombreuses années.En 2018, Denis Lachance, du Complexe funéraire Lachance, acquiert ce lieu de sépulture pour le transformer en cimetière écologique2.Le site historique reprend alors de la valeur.M.Lachance raconte candidement qu\u2019au moment de son achat, il a promis aux « morts » de ne pas les laisser sombrer dans l\u2019oubli et de redonner toute la valeur à leur lieu de repos.M.Lachance n\u2019a jamais rompu sa promesse puisque le cimetière écologique comprend encore les anciens monuments protestants qui cohabitent avec les 4 nouvelles sections du cimetière.Il a aussi exposé un authentique corbillard ancien qui orne l\u2019entrée du cimetière.Que de riches informations pour nos élèves.Tout d\u2019abord, ils peuvent en déduire que Joliette n\u2019était pas la ville d\u2019une seule confession.Ils peuvent aussi conclure, en raison de la grandeur des deux cimetières, que la communauté catholique était de loin plus nombreuse que la communauté protestante.Ils peuvent aussi clairement conclure que même dans la mort, la cohabitation des deux confessions ne semblait pas simple, puisque les gens ne peuvent être enterrés dans un seul et même endroit.De plus, l\u2019appellation cimetière écologique éveille la curiosité des jeunes et en indique long sur l\u2019ère dans laquelle nous nous trouvons.Quels sont les bienfaits d\u2019un cimetière écologique ?Quelle différence fait cela dans l\u2019environnement ?Comment interfèrent les inhumations justement avec l\u2019environnement.J\u2019ajoute qu\u2019avec la présence d\u2019un columbarium juste à côté du cimetière catholique, quoique la pensée puisse sembler un peu morbide, nombreux sont les jeunes, qui tout bonnement se sont questionnés sur la façon de disposer des corps après leur mort, n\u2019étant pas conscient avant leur visite, de la panoplie de choix qui s\u2019offrent.Finalement, il serait impossible de mener un tel projet à terme sans la participation ?nancière de Pierre- Luc Bellerose, Directeur général du Centre régional universitaire de Lanaudière, qui a rendu possible l\u2019achat des cartes micros SD.Soulignons aussi l\u2019apport ?nancier de Gabriel Ste-Marie, Député du Bloc québécois pour la circonscription de Joliette, qui nous a permis d\u2019offrir collations et cafés aux participants en ces deux très froides journées de tournage.Finalement, il faut remercier notre Centre de services scolaire qui a permis la libération de tous les enseignants pour les tournages, ainsi que le prêt de Michel Tremblay, notre conseiller pédagogique responsable du tournage et du montage des capsules vidéo.Mémoire collective\u2026 L\u2019enseignement de l\u2019histoire et la valorisation du patrimoine sont des dé?s qui appartiennent à tous.La mémoire de la collectivité est une richesse précieuse et il faut la transmettre aux jeunes générations qui seront, à leur tour un jour, les porteurs de nos souvenirs.Je crois fermement qu\u2019une collaboration entre différents partenaires du milieu est essentielle et nous permet de rendre cette mission possible et de lui donner encore plus de valeur.Ce projet pédagogique motivant pour les élèves et tellement enrichissant pour la communauté, fut certainement un rayon de soleil dans une année pandémique assez morose.Nous sommes heureux de constater qu\u2019avec les années, il devient de plus en plus populaire.Nous croyons fermement, qu\u2019au ?l des années, ce projet aidera à faire comprendre à plusieurs cohortes d\u2019élèves, que l\u2019histoire que l\u2019on apprend dans les livres, c\u2019est aussi la nôtre, et qu\u2019elle s\u2019est déroulée chez nous : que l\u2019histoire, c\u2019est nous ! 1.Source : https://montrealbb.ca/village-vessot/ 2.Source : https://www.azurcimetiereeco.ca/ L\u2019équipe en plein tournage : Caroline Perreault, Ernesto Castro au son, Michel Tremblay à la caméra et Charles-Olivier Brodeur, enseignant qui acte. 29 TRACES | Volume 61 no 1 Revue de la SPHQ | Hiver 2023 PRIX D\u2019EXCELLENCE DE LA SPHQ 1 000 $ aux élèves et enseignant en histoire ÉLÈVES : 5 PRIX DE 100 $ Ces prix récompensent les élèves de 3e ou 4e secondaire s\u2019étant démarqués par l\u2019intérêt soutenu qu\u2019ils ont démontré pour l\u2019histoire du Québec, par leur participation active dans les cours et activités scolaires liés à l\u2019histoire et par des résultats académiques supérieurs à la moyenne.Sont admissibles les élèves qui ont suivi un cours d\u2019histoire du Québec pendant l\u2019année scolaire 2022-2023.ENSEIGNANT : 1 PRIX DE 500 $ Ce prix vise à souligner le travail accompli par un enseignant d\u2019histoire du secondaire pour faire découvrir, connaître et aimer l\u2019histoire.L\u2019enseignant doit s\u2019être démarqué par des approches pédagogiques originales, par son dynamisme en classe et au sein de l\u2019école ou par la conception et la publication de matériel didactique.REMISE DES PRIX Les prix d\u2019excellence ne histoire pour les élèves sont transmis aux écoles participantes afin qu\u2019elles puissent les remettre aux lauréats à la fin de l\u2019année scolaire lors de leurs soirées Méritas.Le prix d\u2019excellence en histoire pour l\u2019enseignant est remis à l\u2019automne lors du congrès annuel de la SPHQ.MODALITÉS Les enseignants doivent soumettre leur candidature ou celle de leur élève en envoyant par la poste le formulaire complété et les documents requis avant le 15 mai 2023.Les formulaires pour poser une candidature sont disponibles sur le site internet de la SPHQ à l\u2019adresse www.sphq.quebec 30 TRACES | Volume 61 no 1 Revue de la SPHQ | Hiver 2023 CRÉDITS : Animation: Martin Landry Rédaction et recherches historiques: Raymond Bédard et Martin Landry Montage : Philippe Séguin Réalisation : Anne-Sophie Carpentier Production : Montréal en Histoires et QUB radio Partenaire de contenu : Société de professeurs d\u2019histoire du Québec et CEC Montréal, capitale du Canada?La naissance du Canada Révoltes patriotes de 1837-1838 APRÈS 1867 Honoré Mercier Wilfrid Laurier, le Canada et l\u2019Empire Les débuts du syndicalisme La 2e phase de l\u2019industrialisation Le Canada et la Première Guerre mondiale La crise des années 1930, il y avait de quoi en faire une Grande Dépression ! Découvertes et inventions made in Canada 1939-45, on n\u2019était pas des figurants Le coopératisme, le pouvoir de l\u2019entraide Le néolibéralisme NOUVEL ÉPISODE saison 3 L\u2019American way of life : 1945-1960 NOUVEL ÉPISODE saison 3 Duplessis, le Cheuf ! NOUVEL ÉPISODE saison 3 C\u2019est le temps qu\u2019ça change, l\u2019heure de la révolution a sonné! Le référendum de 1980 NOUVEL ÉPISODE saison 3 Le référendum de 1995 NOUVEL ÉPISODE saison 3 Castor trop maigre et pitas libanais Histoires surprenantes - De la patente aux blasphèmes TOI, ES-TU PASSÉ DATE?10 nouveaux épisodes disponibles sur les sites web de Montréal en Histoires et de QUB radio, ou sur toutes les plateformes de téléchargement de podcast (ex: Spotify, Apple).Gagnant d\u2019un prix Numix en 2022, le balado PASSÉ DATE?raconte avec esprit et dynamisme l\u2019histoire du Québec et du Canada par le biais de récits palpitants et d\u2019anecdotes méconnues.Inspiré des contenus historiques des cours d\u2019histoire de 3e et 4e secondaire, il vise autant les 15-16 ans que les amoureux de l\u2019histoire.LE BALADO LE PLUS ÉCOUTÉ PAR LES JEUNES DE 14 À 17 ANS AU QUÉBEC! LISTE DES ÉPISODES JUSQU\u2019À 1763 Hochelaga et le mystère iroquoien Samuel de Champlain, père de la Nouvelle- France NOUVEL ÉPISODE saison 3 Le temps des Cent Associés L\u2019homme de confiance du Roi-Soleil (Jean-Talon) Frontenac : Par la bouche de mes canons! NOUVEL ÉPISODE saison 3 D\u2019Iberville, personnage légendaire La vie urbaine en Nouvelle-France NOUVEL ÉPISODE saison 3 La Paix de Trente Ans (1713-1744) La Guerre de la Conquête (1754-1760) 1763 à 1867 L\u2019invasion américaine de 1775 NOUVEL ÉPISODE saison 3 L\u2019immigration irlandaise NOUVEL ÉPISODE saison 3 De la crosse au hockey, des petites histoires sportives qui ont forgé notre identité! 31 TRACES | Volume 61 no 1 Revue de la SPHQ | Hiver 2023 Balado Passé date ?(3e saison) \u2013 Quiz Épisode : L\u2019invasion américaine de 1775 1.Au lendemain de la Guerre de Sept Ans, pourquoi le roi d\u2019Angleterre et le Parlement britannique veulent- ils hausser les taxes dans les colonies américaines?A) Pour faire payer aux colonies américaines une partie des dépenses militaires liées à la conquête.B) Pour financer l\u2019achat des terres à l\u2019Ouest des Appalaches.C) Pour respecter le principe « pas de taxation sans représentation ».D) Pour financer l\u2019immigration des Britanniques dans la Province of Quebec.2.Afin de s\u2019assurer de la fidélité des Canadiens à la couronne britannique au moment où les colons américains remettent en question l\u2019autorité de la Grande-Bretagne, l\u2019Acte de Québec de 1774 accorde certains avantages aux Canadiens.Parmi les éléments suivants, lequel n\u2019en fait pas partie?A) Rétablissement des lois civiles françaises B) Reconnaissance de la religion catholique C) Augmentation de la superficie de la Province de Québec D) Mise en place d\u2019une chambre d\u2019assemblée 3.De quelle façon les colons américains vont-ils réagir à l\u2019adoption de l\u2019Acte de Québec?A) Ils sont indifférents car cela ne les concerne pas.B) Ils considèrent cette loi comme intolérable.C) Ils sont favorables à cette démarche de l\u2019Angleterre pour amadouer les Canadiens D) Ils planifient l\u2019invasion de la Nouvelle-Écosse en mesure de représailles.4.Comment se nomme le gouverneur britannique en poste au moment de la capitulation de Montréal par les troupes américaines?A) Richard Montgomery B) Benedict Arnold C) Guy Carleton D) James Murray 5.Pourquoi les généraux américains lancent-ils un assaut sur la ville de Québec, le 31 décembre 1775?A) La tempête de neige qui sévit permet de camoufler les soldats.B) Afin de pouvoir célébrer la victoire au nouvel an.C) Parce que les troupes américaines viennent tout juste de se réunir.D) Car le contrat d\u2019engagement des miliciens se termine le 31 décembre.6.Quel événement entraine le retrait des soldats américains de la ville de Québec au printemps de 1776?A) L\u2019arrivée de navires britanniques transportant des mercenaires allemands au début du mois de mai.B) La création d\u2019une force militaire canadienne pour repousser les envahisseurs.C) Le peu d\u2019intérêt des Canadiens à se joindre à leur mouvement de révolte contre l\u2019Angleterre.D) L\u2019arrivée des glaces sur le Saint-Laurent.7.En quelle année est signée le traité de Versailles par lequel l\u2019Angleterre reconnait l\u2019indépendance des États-Unis?A) 1763 B) 1776 C) 1783 D) 1791 32 TRACES | Volume 61 no 1 Revue de la SPHQ | Hiver 2023 8.Quelle modification territoriale pour la Province de Québec le traité de Versailles entraine-t-il?A) La région située au sud des Grands Lacs passe aux mains des Américains.B) La Province de Québec récupère l\u2019île d\u2019Anticosti.C) La région de la Baie d\u2019Hudson devient territoire américain.D) La Province de Québec perd les territoires du Nord-Ouest.9.Comment se nomme la nouvelle compagnie de fourrures fondée par Simon McTavish et établie à Montréal au lendemain du Traité de Versailles?A) La Compagnie de la Baie d\u2019Hudson B) La Compagnie du Nord-Ouest C) La Compagnie du Nord-Est D) La Compagnie de Montréal 10.Comment nomme-t-on les Américains qui ont soutenus les troupes britanniques lors de la Révolution américaine?A) Les Royalistes B) Les Suprématistes C) Les Loyalistes D) Les Monarchistes 11.Dans quelle région de la Province de Québec s\u2019installeront les Américains qui ont quitté les États-Unis en raison de leur rejet de l\u2019indépendance de États-Unis?A) En Abitibi B) Au Lac Saint-Jean C) En Mauricie D) Dans les Cantons de l\u2019Est 12.Parmi les revendications suivantes, laquelle ne fait pas partie des demandes des nouveaux arrivants en provenance des États-Unis?A) L\u2019application du mode de division des terres en township.B) La mise en vigueur des lois civiles anglaise.C) Le maintien de la religion catholique.D) La création d\u2019un territoire séparé à l\u2019ouest de l\u2019Outaouais.Retrouvez les réponses en page 20 Balado Passé date ?(3e saison) \u2013 Quiz Épisode : L\u2019invasion américaine de 1775 33 TRACES | Volume 61 no 1 Revue de la SPHQ | Hiver 2023 Musée canadien pour les droits de la personne Situé à Winnipeg au Manitoba, le Musée canadien pour les droits de la personne a été inauguré en septembre 2014.C\u2019est sous l\u2019instigation d\u2019Israel Asper, avocat canadien à la tête d\u2019un empire médiatique (CanWest Global Communications corporation) et philanthrope, que ce musée a vu le jour.D\u2019origine juive, ses parents ukrainiens ont immigré au Canada dans les années 1920.C\u2019est en 2000 qu\u2019Israel Asper a l\u2019idée de construire un Musée canadien de droits de la personne.Malheureusement, il décède quelques mois après l\u2019annonce de la création du musée par le gouvernement du Canada.« Le mandat du musée est « d\u2019étudier le thème des droits de la personne en mettant un accent particulier, mais non exclusif, sur le Canada, dans le but d\u2019accroître la compréhension qu\u2019a le public des droits de la personne, de promouvoir le respect des autres et de favoriser la ré?exion et le dialogue.» Situé dans le paysage des prairies, à la fourche de deux rivières, le Musée s\u2019élève à partir de quatre « racines » de pierre qui symbolisent le lien de l\u2019humanité avec la Terre mère.La structure incarne certains aspects du paysage canadien : une montagne calcaire escarpée entourée d\u2019un nuage de verre et surmontée d\u2019un pic glacé.Mais en regardant de nouveau, le nuage devient les ailes d\u2019une colombe qui embrasse le bâtiment sous un phare d\u2019espoir lumineux.Les multiples visages et les humeurs changeantes de la structure symbolisent également la valeur des différents points de vue.Une fois à l\u2019intérieur, les visiteurs et les visiteuses cheminent de l\u2019ombre vers la lumière, re?étant ainsi nos espoirs en matière d\u2019éducation aux droits de la personne.Le Musée est construit sur des terres des Premières Nations visées par le traité no 1, au cœur d\u2019un territoire de grande importance pour le peuple métis.Cet endroit est un lieu de rencontre depuis des milliers d\u2019années.Avant la construction, une fouille archéologique a permis de récupérer plus de 400 000 objets.Des aînés autochtones ont participé aux discussions sur les fouilles et le traitement des objets sacrés.Des sacs de guérison traditionnels ont été déposés dans plus de 500 trous creusés pour les piliers qui soutiennent le bâtiment.L\u2019un des plus grands concours d\u2019architecture avec jury jamais organisés au Canada a été lancé en 2003 par les Amis du MCDP.Les candidatures provenaient de 63 ?rmes situées dans 21 pays.La candidature de l\u2019éminent architecte Antoine Predock d\u2019Albuquerque, au Nouveau-Mexique, a ?nalement été retenue.Sa conception magistrale évoque de nombreux éléments naturels.Predock a décrit l\u2019édi?ce comme « taillé dans la terre et se fondant dans le ciel ».Connu pour sa capacité à interpréter l\u2019identité régionale au moyen de bâtiments, Predock s\u2019efforce de créer des formes qui s\u2019harmonisent aux paysages et à l\u2019expérience humaine.Ses structures montrent l\u2019interaction spirituelle humaine avec les bâtiments, la technologie et le milieu naturel, et entre ces aspects.» Source : droitsdelapersonne.ca/propos/architecture (en ligne) Vue extérieure du musée Vue intérieure du musée Photos : Raymond Bédard, 2022 34 TRACES | Volume 61 no 1 Revue de la SPHQ | Hiver 2023 Les archives religieuses au service des situations d\u2019apprentissage en histoire de la troisième secondaire (Première partie) Dominique Laperle, Enseignant au Pensionnât du Saint-Nom-de-Marie, Montréal Les manuels scolaires traitent souvent le sujet en surface, ne touchant au passage que les principaux éléments identi?és dans le Programme d\u2019histoire (Voir tableau I).Lorsque l\u2019on se penche sur les éléments de connaissance proposés, plusieurs ne sont pas si simples à expliquer.Dans un contexte où la majorité des jeunes ne sont plus liés directement à la tradition catholique, il m\u2019apparaît clair que l\u2019on ne peut plus tenir pour acquis que des expressions comme paroisse, évêque ou congrégation religieuse soient comprises.Époque de la Nouvelle-France : les missions Le thème de l\u2019évangélisation des Autochtones demeure, encore à ce jour, le parent pauvre des sujets accessibles virtuellement, dans le délicat contexte actuel.Pour l\u2019instant, il n\u2019existe pas de matériel éducatif produit par les Premières Nations dans une perspective proprement autochtone.Notons toutefois la belle exception du site www.fort-odanak.ca, une initiative de Musée des Abénakis qui propose des animations intéressantes, une chronologie, des analyses archéologiques et une page sur la mission jésuite de la rivière Saint-François.Plusieurs documents présentés sur le site peuvent faire l\u2019objet d\u2019analyse de la part des élèves.Mentionnons aussi, au passage, l\u2019existence d\u2019un enregistrement musical du Studio de musique ancienne de Montréal intitulé Musique sacrée en Nouvelle-France (disques Atma) sur lequel on retrouve des chants religieux manuscrits de la mission abénakise de Saint-François-de-Sales (Odanak) chantés dans la langue de cette Première nation.On retrouve plusieurs extraits sur Youtube ainsi que des capsules d\u2019information tirée du site Ici Musique de Radio-Canada.On peut espérer des projets interdisciplinaires avec des matière comme musique ou ECR et se centrer ainsi sur des aspects négligés de la mission, soit sa dimension culturelle.On ne peut pas terminer cette section sans parler aussi de l\u2019exposition virtuelle Ahchiouta\u2019a raconte les Hurons-Wendat du St-Laurent (museehuronwendat.ca), une visite virtuelle en 360° qui plonge les visiteurs dans les mythes et les traditions préeuropennes.La nouvelle équipe d\u2019archivistes de la Province jésuite du Canada prépare actuellement du matériel éducatif pour qu\u2019il soit accessible en ligne.Bien qu\u2019il n\u2019y ait pas, pour le moment, d\u2019exposition virtuelle consacrée exclusivement Les révélations des dernières années sur le sort des enfants, dans les pensionnats autochtones du Canada, a plongé l\u2019Église catholique dans une nouvelle crise et questionné à l\u2019impact de son « aventure missionnaire » auprès des Premières Nations.La visite du pape et ses excuses sont venues alimenter l\u2019actualité autour de l\u2019événement et bien des enseignants se sont retrouvés à discuter de l\u2019objet « religion catholique » avec leurs élèves.Si certains ne se privent pas pour pointer du doigt la responsabilité collective des Québécois dans cette opération colonialiste et même questionner la dimension raciste de certains enseignements, d\u2019autres cherchent plutôt, à travers des situations d\u2019apprentissage basées sur la lectures des archives des différentes époques et l\u2019analyse des textes d\u2019historiens, à permettre aux élèves de se construire une image nuancée de l\u2019apport de l\u2019institution catholique à l\u2019histoire des collectivités québécoises en troisième et en quatrième secondaire.Comment aborder le sujet ?Sous quel(s) angle(s) ?L\u2019objet de ce texte est de diriger les enseignants vers des ressources en ligne qui sont susceptibles de leur offrir des fondements pour construire des tâches, provoquer des discussions ou simplement se documenter afin de mieux faire face au défi d\u2019enseigner ce sujet en troisième secondaire.Il sera suivi d\u2019un second texte, dans un prochain numéro, qui se centrera sur la quatrième secondaire. 35 TRACES | Volume 61 no 1 Revue de la SPHQ | Hiver 2023 à la période coloniale, il faut demeurer aux aguets et revenir à leur site de temps à autre1.En attendant du nouveau matériel archivistique sur la mission de l\u2019époque de la Nouvelle-France, il faut se rabattre sur le Musée virtuel de la Nouvelle-France qui propose quelques pages d\u2019informations qui témoignent d\u2019une manière datée de présenter le sujet et de mettre en ligne des informations historiques qui ne sont pas articulées sur le programme d\u2019histoire2.C\u2019est la même chose pour la page écrite par Cornelius Jaenen intitulée « Relations entre les Autochtones et les Français » sur l\u2019Encyclopédie canadienne3.On peut aussi glaner beaucoup de choses sur les acteurs religieux et autochtones de ces rencontres dans les imposantes notices biographiques du dictionnaire biographique du Canada (www.biographi.ca).Cet outil permet de croiser tous les acteurs religieux importants, évêques, membres du clergé séculiers, prêtres de Saint-Sulpice et membres des différents instituts religieuses.Ils fournissent souvent des citations courtes intéressantes et des contenus d\u2019historiens bien appuyés par des sources primaires et des analyses critiques.Comme je viens de le mentionner, le mieux demeure d\u2019aborder la période à travers l\u2019analyse d\u2019extraits de textes d\u2019époque.À ce chapitre, Bibliothèque et archives nationales du Québec (BANQ) offrent les lettres de Marie de l\u2019Incarnation4 ainsi que l\u2019intégrale des relations des Jésuites5 que l\u2019on retrouve aussi sur Bibliothèque et archives Canada (BAC-LAC)6.En?n, une belle édition de l\u2019Histoire de Montréal de Dollier de Casson est hébergée sur le site de la Bibliothèque nationale de France7.Si les questions de littératies vous imposent un usage modéré des textes anciens, pourquoi ne pas alors passer par les œuvres d\u2019art ?Une manière simple serait de développer une activité autour de tableaux comme celui intitulé La foi apportées aux Hurons de la Nouvelle- France (Figure 1) et de le confronter avec un tableau contemporain comme celui de Kent Monkman (?gure 3).Outre les éléments historiques, chronologiques, les symétries artistiques, les allusions subtiles comme l\u2019incarnation de la foi sous la ?gure de la Reine Anne d\u2019Autriche dans le premier tableau ou le clin d\u2019œil au pêcheur à la Nigogue qui trône devant l\u2019édi?ce de l\u2019Assemblée nationale à Québec dans le second (?gure 2) peuvent faire l\u2019objet de dé?s auprès des jeunes.Ce qui m\u2019apparaît clair, c\u2019est que la comparaison des aspects positifs et négatifs des contacts entre colonisateurs et Premières nations n\u2019est jamais une affaire de jugement radical.Il permet de travailler les nuances et ouvrir les élèves à une perception renouvelée et dynamique de cette histoire trop souvent présentée de manière banale comme une liste d\u2019actions, de communautés, de dates et de domaines d\u2019intervention.Ici, le développement de l\u2019esprit critique est fondamental8.Utiliser l\u2019art permet de provoquer des discussions tout en s\u2019inspirant de la méthode historique, ce qui pourrait être un aboutissement réussi d\u2019une telle activité.1.https://archivesjesuites.ca/ 2.https://www.museedelhistoire.ca/musee-virtuel-de-la-nouvelle-france/population/communautes-religieuses/ 3.https://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/relations-entre-les-autochtones-et-francais 4.https://numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/2022621 5.http://bibnum2.banq.qc.ca/bna/numtxt/relations.htm 6.https://epe.lac-bac.gc.ca/100/206/301/lac-bac/jesuit_relations-ef/jesuit-relations/h19-150-f.html 7.https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5772735v.texteImage 8.https://www.sciencepresse.qc.ca/blogue/dire/2019/07/16/histoire-derriere-castors-roi Figure 1 : La France apportant la foi aux Hurons de la Nouvelle-France ».Anonyme.Huile sur toile.Fin du 17e siècle.Source 1 : Monastère des Ursuline/L\u2019Union canadienne des Moniales de l\u2019Ordre de Sainte-Ursule/ Musée virtuel du Canada 36 TRACES | Volume 61 no 1 Revue de la SPHQ | Hiver 2023 9.http://archives.monasteres.ca 10.www.ursulines-uc.com/visiter 11.Voir https://www.monastere3d.com/index.php 12.https://www.cnd-m.org/100/fr/index.php#articles et https://www.cnd-m.org/fr/marguerite-bourgeoys/ Pour le patrimoine bâti et les premières œuvres caritatives, éducatives ou hospitalières, les instituts religieux féminins installés dans la colonie comme les Augustines9 et les Ursulines de Québec10 exposent des pages d\u2019informations historiques et de belles iconographies sur leurs sites, en plus de permettre des visites virtuelles des lieux historiques majeurs de leur histoire11.Notons au passage pour les enseignants de la Mauricie, l\u2019excellente présentation en réalité virtuelle de l\u2019évolution du monastère des Ursulines de Trois-Rivières, mais qui ne peut que se vivre in situ.À la congrégation de Notre-Dame, on tarde un peu à remettre à jours les dernières capsules déposées sur différents sujets liés à la communauté et ses institutions.Cependant, la page consacrée à Marguerite Bourgeoys est riche et s\u2019appuie sur une belle bibliographie12.D\u2019autre part, une équipe multidisciplinaire s\u2019est regroupée pour réaliser un ambitieux projet : Nouvelle- France numérique.Cela consiste en un regroupement, sur une plate-forme commune, de différents corpus iconographiques et textuels ainsi que du dépouillement de métadonnées sur l\u2019époque a?n de permettre le questionnement et le croisement de tous les documents.Le projet est encore à ses débuts, mais il apparaît prometteur.C\u2019est à suivre.En lien avec celui-ci, le site www.archivesvirtuelles.com présente l\u2019exposition « Cathédrale virtuelle », qui met en valeur les archives de l\u2019archidiocèse de Québec.Tableau 1 : Les thèmes et sujets religieux en histoire de la 3e secondaire Thèmes et sujets liés à l\u2019Église catholique PROGRAMME DE LA 3e SECONDAIRE L\u2019Évolution de la société coloniale sous l\u2019autorité de la métropole française (1608-1760) Église catholique a.Communautés religieuses b.Évangélisation des Autochtones c.Services sociaux et soins de santé d.Rôle de l\u2019évêque e.Encadrement des colons f.Établissement de paroisses La Conquête et le changement d\u2019empire (1760-1791) Régime militaire e.conditions imposées aux Canadiens Figure 2 : Louis-Philippe Hébert : Le pêcheur à la nigogue (1916) Source 2 : Le pêcheur à la nigogue, œuvre du sculpteur Louis-Philippe Hébert ornant la fontaine de la façade du Parlement de Québec, 1948, BAnQ Québec, Fonds Ministère de la Culture et des Communications, (03Q,E6,S7,SS1,P66089), Neuville Bazin Figure 3 : Les castors du roi, Kent Monkman, 2011, acrylique sur toile, 96\u201dx 84\u201d Source : Musée des Beaux-Arts de Montréal : artiste : Kent Monkman 37 TRACES | Volume 61 no 1 Revue de la SPHQ | Hiver 2023 Proclamation royale a.Traité de Paris (1763) b.Structures politiques, juridiques et administratives.Instructions au gouverneur Murray a.Instauration du gouvernement civil b.Assimilation des Canadiens c.Serment du Test d.Concessions accordées aux Canadiens Acte de Québec a.Religion et droits civils Église catholique a.Clergé b.Communautés religieuses c.Écoles d.Hôpitaux Église anglicane a.Lieux de culte b.Écoles Les revendications et les luttes nationales (1791-1840) Guerre de 1812 b.Église catholique Église anglicane a.Diocèse de Québec b.Participation de l\u2019évêque aux conseils c.Réserves du clergé d.Écoles publiques gratuites La paroisse Voilà un sujet qui est rapidement esquissées sinon esquivés ! Il faut bien dire que rien de cela n\u2019a été enseigné au baccalauréat en enseignement, à moins d\u2019avoir suivi un cours d\u2019histoire religieuse, désormais rarissime dans les différentes universités et je ne parle même pas de tout ce qui touche l\u2019anglicanisme.Il existe pourtant une ressource totalement ?able qui loge sur le site du Centre interuniversitaire d\u2019études québécoises (CIEQ)13.Le centre a eu l\u2019excellente idée de numériser tous les titres de la série et de les rendre accessible en ligne.Celui qui est intitulé La Paroisse14, permet justement de combler les vides liés à ce sujet sous de multiples angles.Au-delà de certains textes pointus et au ton parfois académique, l\u2019ensemble demeure très accessible.Ceux qui hésiteront à y jeter un coup d\u2019œil rateront d\u2019abord une iconographie riche (photos anciennes, cartes géographiques), des diagrammes et des tableaux dignes de se retrouver dans des cahiers documentaires.Je ne peux guère tout présenter ici, mais à titre d\u2019exemples ( pour la quatrième secondaire ), la section sur le coopératisme est splendide (jetez un coup d\u2019œil sur la ?gure 22 : Le réseau des caisses Desjardins et le dispositif bancaire de l\u2019île de Montréal et de l\u2019île Jésus, à la page 217, il y a un beau travail d\u2019interprétation à faire sur cette image), tout comme celle qui porte sur les paroisses franco-américaines ou anglo-catholiques, les cimetières, les pratiques de dévotions (beau projet interdisciplinaire possible avec Français grâce à des liens à faire avec les écrits de Michel Tremblay comme Pierrette et Thérèse à l\u2019école des Saints-Anges) et l\u2019urbanisation.Bref, j\u2019invite les enseignants à explorer les documents, ils y trouveront quelque chose de valable, j\u2019en suis certain.L\u2019anglicanisme dans le module Les revendications et les luttes nationales (1791- 1840) Les luttes parlementaires qui s\u2019instillent dès la mise en place de l\u2019Acte constitutionnel prennent le gros du pavé de la place dans la plani?cation et c\u2019est absolument normal.L\u2019anglicanisme occupe pourtant une section complète.Parent pauvre de l\u2019histoire religieuse, l\u2019Église of?cielle de la nouvelle métropole s\u2019impose avec la Conquête, mais ne paye pas de mine sur le web, ni en français, ni en anglais ! La ressource la plus susceptible de guider les enseignants demeure la page titrée « L\u2019anglicanisme au Canada » sur le site de l\u2019Encyclopédie canadienne15.Elle a fait l\u2019objet d\u2019une mise à jour en 2020.Cela dit, les manuels traitent cela super?ciellement, malgré le fait que le module La Conquête et le changement d\u2019empire (1760-1791) insistent sur les bouleversements engendrés.La majorité des enseignants se limiteront ici à parler 13.https://atlas.cieq.ca/ 14.Serge Courville et Normand Séguin (Sous la dir.), La Paroisse, Québec, collection « Atlas du Québec », Les Presses de l\u2019Université Laval, 2001, 296 pages.15.https://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/anglicanisme Figure 4 : Atlas historique du Québec : la paroisse Source 3 : https://atlas.cieq.ca/ la-paroisse/la-paroisse.pdf 38 TRACES | Volume 61 no 1 Revue de la SPHQ | Hiver 2023 16.Voir particulièrement l\u2019introduction de son livre L\u2019établissement de la première province ecclésiastique au Canada, 1783- 1844, Montréal, Fides, 1968 et le premier chapitre du tome 1, volume 2, de l\u2019Histoire du catholicisme québécois intitulé « Les années dif?ciles (1760-1839), Boréal, 1989.17.Robert Choquette, Canada\u2019s Religions: An Historical Introduction, Ottawa, University of Ottawa Press, 2004.18.Richard W.Vaudry, Anglicans and the Atlantic World.High Churchmen, Evangelicals, and the Quebec connection, Montréal/ Kingston, McGill-Queen\u2019s University Press, 2003 19.Peter M.Doo, Revolution, Religion and National Identity.Imperial Anglicanism in British North America, 1745-1795, Cranbury, Farleigh Dickinson University Press, 2000.20.Laurier Lacroix, « Les tableaux Desjardins : un héritage fructueux », Cap-aux-Diamants, 5(3), 1989, p.43\u201346.21.https://www.mnbaq.org/exposition/le-fabuleux-destin-des-tableaux-des-abbes-desjardins-1247 22.https://collections.mnbaq.org/fr/album/28 23.Lucia Ferretti, « Garder le cap face au vent : l\u2019Église catholique au Bas-Canada », dans Guillaume Kazerouni et Daniel Drouin (dir.), Le fabuleux destin des tableaux des abbés Desjardins.Peintures des XVIIe et XVIIIe siècles des musées et des églises du Québec, Heule, Snoeck, 2017, p.49-53.de période dif?cile pour l\u2019Église catholique et à moins de se plonger dans les ouvrages de Lucien Lemieux16, traiteront de cela en surface.Ils ne parleront pas du tout de l\u2019anglicanisme (on doit faire des choix aussi diront, avec raison, certains !).Avis aux archivistes, historiens et bibliothécaires spécialistes de ces questions, il y a de la place a?n de proposer du matériel ! En?n, si certains se sentent d\u2019attaque, les ouvrages de Robert Choquette17, Richard W.Vaudry18 et l\u2019excellent mais dense ouvrage de Peter M.Doll19 peuvent combler les vides en attendant.Un dernier détour par l\u2019histoire par l\u2019art Une activité complémentaire dans ce dernier module de la troisième secondaire pourrait suivre les effets des idées libérales et républicaines en se penchant sur le destin de la collection des tableaux des abbés Desjardins.Le Musée national des Beaux-Arts du Québec avait tenu entre juin et septembre 2017 une exposition intitulée Le fabuleux destin des tableaux des abbés Desjardins20.Le site du Musée21 continue à exposer quelques œuvres22.Détour rapide et ludique qui permet à travers un parcours pictural de traiter un sujet pas toujours facile.Je m\u2019en voudrais de ne pas terminer cette section en rappelant l\u2019excellent texte de l\u2019historienne Lucia Ferretti qui couvre la période allant de 1760 à 1840 et qui se retrouve à l\u2019intérieur du catalogue de l\u2019exposition.Dans une langue accessible, il couvre parfaitement cette période de tumultueuse23.Conclusion Ce premier survol des fonds d\u2019archives et des ressources disponibles ouvre la porte à une meilleure intégration des connaissances et des réalités sociales reliées au thème du religieux.Le même exercice sera fait pour la quatrième secondaire a?n de permettre aux enseignants de tirer leur épingle du jeu et d\u2019intéresser les élèves sur un sujet qui n\u2019est pas toujours facile de rendre attirant, mais qui occupe une place centrale dans l\u2019histoire de la collectivité québécoise.Figure 5 : Jean-Jacques Lagrenée : L\u2019incrédulité de Saint-Thomas (1770), Huile sur toile,156 x 206,6 cm Source : Musée national des Beaux-Arts du Québec, no inventaire 1970.114 39 TRACES | Volume 61 no 1 Revue de la SPHQ | Hiver 2023 40 TRACES | Volume 61 no 1 Revue de la SPHQ | Hiver 2023 Recension Bande dessinée en mémoire \u2013 Moult histoires Ramon Vitesse Biblio vélo et culture active René Lévesque, quelque chose comme un grand homme Collectif, scénario et direction MARC TESSIER Éditeur : MOËLLE GRAPHIK, 2022 Dans la bien nommée collection Souches de l\u2019éditeur artisanal québécois Moëlle Graphik, Marc Tessier, auteur, éditeur et enseignant en scénario à l\u2019UQO narre en treize chapitres les étapes et les faits marquants du parcours de René Lévesque.Cet homme politique incomparable a durablement marqué le Québec, à défaut de « faire l\u2019indépendance » comme le prévoyait l\u2019article 1 du Parti québécois qu\u2019il a fondé en 1968.Le projet éditorial de cette bande dessinée avait comme point de départ un exercice avec les étudiants de Marc Tessier qui exigeait d\u2019utiliser le fantôme de René Lévesque dans un récit.Par la suite, Tessier s\u2019est plongé dans la biographie de Pierre Godin, consacrée au personnage politique.L\u2019auteur a tôt fait de ?gurer, graphiquement, des pages de BD conséquentes.Pas moins de treize récits de la vie de René Lévesque par autant de dessinateurs (Rémillard, Blanche, Chansigaud, Quesnel, etc.) sont illustrés, complétés par des contributions graphiques ou caricatures.Par-delà les différents styles graphiques (une richesse pour l\u2019œil), le scénario constitue la pierre angulaire et le socle de ce travail de mémoire qui dépeint René Lévesque au travers différents aspects de ses engagements professionnels, notamment : le journalisme comme reporter de guerre en Corée (Alain Chevarier), la grève des réalisateurs de Radio-Canada (Marc Pageau) et l\u2019épisode de la campagne électorale de Lévesque pour le Parti libéral \u2013 une saga non dénuée de gangstérisme quasi surréelle (Réal Godbout).Il y a aussi la bataille pour l\u2019Hydro (Jordanne Maynard), une épopée d\u2019une cinquantaine de pages, tandis que l\u2019épisode 1970-1976 (Christian Quesnel) force l\u2019admiration.Une BD biographique de 268 pages sur un individu aussi coloré s\u2019imposait, en voici toute une. 41 TRACES | Volume 61 no 1 Revue de la SPHQ | Hiver 2023 Un Paris pour Dallaire TESSIER et SIRIS Éditeur : LA PASTÈQUE, 2022 Le ministre & la Joconde BOURHIS, BOURGERON et TANQUERELLE Éditeur : CASTERMAN, 2022 Ce livre graphique sur le peintre Jean Dallaire est en soi fascinant mais, en plus il permet de camper l\u2019évolution de l\u2019art à l\u2019époque de Duplessis, du Refus Global et de la Révolution tranquille.Pour Tessier et Siris, l\u2019admiration pour Pellan, et peut-être plus encore celle pour Dallaire, qui a moins retenu l\u2019attention des Québécois, a été un scellant entre eux il y a plus de trente ans! Tessier voyait dans la touche graphique de Siris une in?uence de Dallaire.Siris a même rencontré les deux ?ls du peintre en 2012.Le dessin de Siris ajoute énormément : fantaisie et cirque ne sont jamais loins et offrent une vision du monde proche du burlesque.Cet apport est bienvenu quand on narre la vie de Dallaire qui fut laborieuse et en dents de scie.En effet, bien que cette vie, rétrospectivement, même si elle fut marquée par celle de jeune peintre prodigue chez les Dominicains à Ottawa et récipiendaire d\u2019une bourse du Québec à Paris (où il rencontre Pellan), Dallaire connaîtra des passages plus dif?ciles voire tumultueux : prisonnier au Stalag, problèmes amoureux, controverses académiques et abus d\u2019alcool ce qui n\u2019aidera certes pas son parcours.Une vie fascinante d\u2019un couvert à l\u2019autre! Entre documentaire et docu?ction, on revit une étonnante aventure historique échevelée, soit le voyage de la Joconde prêtée par la France aux États-Unis.Loin de connaître un voyage ordinaire, le célébrissime tableau transitera vers l\u2019Amérique, dans des conditions dignes d\u2019un feuilleton à rebondissements.Ce fait réel remonte à 1962 et met en scène le fantasque ministre d\u2019État en charge de la culture qui embarque avec la Joconde sur le paquebot France, un symbole fort de la France gaullienne.En plus, le ministre, de multiplier galas et délires tout au long d\u2019une houleuse traversée, gardera le tableau dans sa propre cabine, en dépit des règles élémentaires de sécurité et des conditions muséales appropriées! Avec des relents de comédie et de polar, le tableau ?nira par-dessus bord dans l\u2019océan.Heureusement, la conservatrice du musée, également du voyage hautement politique, avait substitué une copie du précieux tableau et placé le vrai en sécurité avec la complicité du capitaine du navire.À la clef : grenouillages politiques, amphétamines, lutte contre le communisme, colonialisme et même une sidérante rêverie sur les origines de l\u2019énigmatique sourire de la Joconde. 42 TRACES | Volume 61 no 1 Revue de la SPHQ | Hiver 2023 Je suis toujours vivant ROBERTO SAVIANO et ASAF HANUKA Éditeur : GALLIMARD / STENKIS, 2022 11 Septembre 2001 le jour où le monde a basculé BAPTISTE BOUTHIER et HÉLOÏSE CHOCHOIS Éditeur : TOPO / DARGAUD, 2022 Voici une œuvre de très haut niveau pour nous immerger dans l\u2019autobiographie (inédite) de Roberto Saviano.En 2006, cet auteur a publié le roman-enquête Gomorra dans lequel il cartographiait l\u2019empire criminel de la camorra.Le livre, qui a connu un succès retentissant par le monde, a valu à Saviano une condamnation à mort par la ma?a napolitaine.Décris comme un « survivant », l\u2019auteur doit vivre depuis sous constante protection policière.Levant le voile sur les conséquences de son travail documentaire, Saviano demeure lucide et exemplaire : « Je fais tout ce qui est en mon pouvoir avec le peu de liberté qu\u2019il me reste.Je fais entendre ma voix.Même si nous sommes ensevelis sous un tas de fumier, la vérité y ?eurira.Et moi\u2026 je suis toujours vivant.» Avec ce livre extrêmement touchant, l\u2019auteur dévoile un résistant dans ce qu\u2019il a de plus fragile et précaire.À toutes ?ns pratiques, ce combat contre Goliath l\u2019a effacé d\u2019un quotidien et de rapports simples avec le monde tels que nous les connaissons.C\u2019est tellement paradoxal de dénoncer une organisation criminelle et de devoir s\u2019effacer pour toujours.Toutefois, malgré un ancrage historique et même féodal qui gangrène la société entière, chacun semble se dire que, comme pour bien d\u2019autres choses, ça ne le concerne pas! Saviano vise à démontrer le contraire.Il a osé dé?er un ordre séculaire con?né au binôme « gendarmes-bandits » et ses références, particulièrement poétiques sont impressionnantes : « Je ne crains pas qu\u2019on me piétine.Une fois piétinée, l\u2019herbe devient sentier.» (Vera Marinova) L\u2019auteur de ce témoignage déploie une inventivité et une lisibilité graphique favorisant un haut niveau de lecture qui demeure, à l\u2019instar du propos, inoubliable.Ce livre souligne le vingtième « anniversaire » du tragique évènement terroriste qui a secoué durablement le monde et qui rattrape des pays autrement épargnés par les guerres.Rompus au documentaire en BD (Revue TOPO) les auteurs ont privilégiés de raconter l\u2019histoire sous deux angles : d\u2019une part, la chronologie détaillée de l\u2019évènement et d\u2019autre part, les conséquences sur la situation géopolitique internationale (bombardements en Afghanistan, guerre en Irak, Patriot Act, Guantanamo, naissance de Daech, etc.).En somme, dans un style graphique sobre et ef?cace, la mise en perspective plus large que le seul évènement daté du 11 septembre, offre de mesurer les tenants et aboutissants d\u2019un chamboulement important de l\u2019échiquier international a?n de parvenir à une compréhension élargie de l\u2019événement dans une approche pédagogique. 43 TRACES | Volume 61 no 1 Revue de la SPHQ | Hiver 2023 L\u2019homme à la tête de lion XAVIER COSTE Éditeur : SARBACANE, 2022 Oscillant entre les transformations que subirent les cirques avec la concurrence des nouvelles technologies du XXe siècle (cinéma, télévision, etc.) et l\u2019attrait qu\u2019éprouvent les humains envers les curiosités et les difformités, voici un parcours à travers l\u2019évolution du spectacle et du rapport à la « monstruosité ».Cette histoire ?ctionnelle retrace les tribulations d\u2019un homme à la pilosité évoquant la crinière d\u2019un lion à partir de eses débuts dans un cirque miteux jusqu\u2019à un méga cirque américain qui, lui-même, vivra le déclin pour les exhibitions de « freaks » en aparté des numéros usuels.L\u2019historien mesurera cette étonnante mise en abime de ce que nous nommons prosaïquement le progrès.Par le truchement de cet homme lion et d\u2019autres ?gures « monstrueuses » bien connues, comme le « Géant de Beaupré » et la femme à barbe, qui font partie de la troupe, nous nous trouvons à l\u2019autre bout de la lorgnette.Une équipe de médecins venus ausculter et toiser ces phénomènes pour, notamment, prédire leur espérance de vie, en restent pantois! Une œuvre graphique inventive, quasiment impressionniste! Un projet de la Dès le 23 janvier, découvrez la nouvelle saison de la série de capsules pédagogiques télévisuelles et web Nos géants?!?Rendez-vous incontournables avec notre histoire et notre langue, ces courtes vidéos sont diffusées sur les ondes TVA et de MAtv en plus d\u2019être offertes sur la plateforme pédagogique des Éditions CEC.Toutes les informations sur?:?fondationlionelgroulx.org Une série présentée par Avec le soutien financier de Grands partenaires Partenaire collaborateur Partenaire pédagogique SAISON 2 44 TRACES | Volume 61 no 1 Revue de la SPHQ | Hiver 2023 Quoi de neuf Côté livres ?Les Plaines d\u2019Abraham, Champs de bataille de 1759 et 1760 Commission des champs de bataille nationaux en collaboration avec Hélène Quimper Boréal, Montréal, 2022 Sir Hormidas Laporte, Homme d\u2019affaire et maire de Montréal, 1850-1934 Marjolaine Saint-Pierre Septentrion, Québec, 2022 Encore aujourd\u2019hui, cette bataille a une résonnance très forte.Le débarquement surprise des troupes britanniques, la courte durée de l\u2019altercation et la mort des généraux Wolfe et Montcalm ont marqué les esprits.Souvent interprétée comme un tournant décisif, elle tend à éclipser les autres épisodes de la campagne d\u2019Amérique, qui s\u2019est pourtant échelonnée de 1754 à 1760.Ce livre replace la bataille des plaines d\u2019Abraham dans un cadre plus large, celui d\u2019un con?it aux rami?cations mondiales : la guerre de Sept Ans.Il présente d\u2019abord le contexte et les faits qui occasionnent les premiers affrontements en Amérique et entraînent les royaumes de France et de Grande-Bretagne dans le sillage de la guerre.Il relate ensuite par le menu les événements qui se sont déroulés en 1759 et en 1760, depuis le siège de Québec jusqu\u2019à la capitulation de Montréal.En?n, il met l\u2019accent sur l\u2019héritage mémoriel de ces années charnières \u2013 symboles de la perte des institutions et du lien avec la France \u2013 qui ont conservé au ?l des siècles une profonde charge émotive.En plus d\u2019offrir au lecteur curieux comme au spécialiste une synthèse claire et rigoureuse qui tient compte des recherches historiographiques les plus récentes, Les Plaines d\u2019Abraham présente plus d\u2019une centaine de documents iconographiques et imprimés, dont certains rarement vus du grand public.Cartes, tableaux, af?ches et photographies permettent ainsi de revivre, dans toute son ampleur et son intensité, cette période d\u2019affrontements et de transition à travers les traces et le legs qu\u2019elle a laissés.Hormisdas Laporte est un homme d\u2019exception qui s\u2019est élevé au-dessus de la mêlée pour devenir un des grands commerçants et entrepreneurs montréalais de la ?n du XIXe siècle, un prince du commerce international, un président de banque, un échevin, le 27e maire de Montréal et, en?n, le chevalier sir Hormisdas Laporte.Toujours, il s\u2019est prouvé utile à sa société.Il s\u2019est préoccupé du bien-être, de l\u2019éducation et de l\u2019avenir de ses concitoyens canadiens-français immobilisés par la pauvreté, l\u2019isolement, le statut de conquis et la présence dominante et coercitive des Anglais.Marjolaine Saint-Pierre rend hommage à ce grand Montréalais qui a trouvé sa voie dans l\u2019action et qui a su se tenir debout face à l\u2019adversité. 45 TRACES | Volume 61 no 1 Revue de la SPHQ | Hiver 2023 Mille après mille, Célébrité et migrations dans le Nord-Est américain Pierre Lavoie Boréal, Montréal, 2022 Revue d\u2019histoire de la Nouvelle-France, No 1, Partir en Nouvelle-France Laurent Veyssière Septentrion, 2022 Qu\u2019ont en commun Mary Travers, dite La Bolduc, aujourd\u2019hui considérée comme la première autrice-compositrice de la chanson québécoise, Rudy Vallée, qui a perfectionné l\u2019art du crooning à Broadway et à Hollywood, et le directeur de tournée Jean Grimaldi, qui a fait connaître Alys Robi ou Olivier Guimond ?ls dans tout le Nord-Est américain ?Tous les trois entretiennent des liens étroits avec les communautés issues d\u2019un siècle de migration canadienne-française vers la Nouvelle-Angleterre.Tous les trois, artistes populaires eux-mêmes migrants ou descendants de migrants, sont des ?gures subversives, nomades, qui s\u2019opposent au mode d\u2019être et de pensée sédentaire en parcourant les routes qui vont de Montréal à New York.Mille après mille raconte tout autant l\u2019histoire de ces artistes que celle des familles ouvrières qu\u2019ils ont diverties et pour qui la mobilité était un mode de subsistance et d\u2019existence, voire une culture, une identité.Plus précisément, c\u2019est la « communauté imaginée » canadienne-française outre-frontière qui apparaît ainsi modulée par le contexte technologique et médiatique \u2013 la démocratisation de l\u2019automobile, la popularisation du disque, de la radio, du cinéma, de la télévision \u2013, lequel mène à l\u2019essor de Travers, de Vallée et de Grimaldi.L\u2019historien Pierre Lavoie propose ici une fascinante enquête sur la mémoire publique des francophones du Nord-est américain, illustrant l\u2019importance de la célébrité, des médias et de ce qu\u2019on nomme souvent péjorativement la culture de masse dans la création, la popularisation et la circulation des identités et des appartenances au XXe siècle.Embarquez pour la Nouvelle-France avec les pionniers qui ont eu l\u2019audace de rejoindre une colonie naissante de l\u2019autre côté de l\u2019océan.Gervais Carpin, auteur de l\u2019étude de référence sur le sujet, vous invite dans les coulisses des départs de La Rochelle.Des portraits d\u2019émigrants viennent affermir le contour d\u2019une population mue par des motivations diverses : l\u2019esprit de mission du Père Marquette, les perspectives économiques de deux frères pêcheurs ou la soif d\u2019entreprise de Robert Giffard.Un même goût pour l\u2019aventure réunit tous ces pro?ls variés.Ces études de cas emblématiques de la Nouvelle-France ne nous ont pas empêchés de nous pencher sur des contingents de population plus con?dentiels.Ainsi, l\u2019historien Didier Poton vous propose un article passionnant sur le rôle des huguenots tandis Samantha Rompillon-Tran retrace de son côté les mariages des immigrants arrivés au XVIIIe siècle dans la vallée du Saint-Laurent.En balayant toutes ces trajectoires, notre revue vous entraîne à la rencontre des pionniers qui ont donné naissance à un peuple. 46 TRACES | Volume 61 no 1 Revue de la SPHQ | Hiver 2023 Papineau l\u2019incorruptible, Une enquête biographique Anne-Marie Sicotte Éditions Carte blanche, 2022 Feu : Lueurs et fureurs Christian Gates St-Pierre et Yves Monette Les Éditions de l\u2019Homme, Montréal, 2022 Encore aujourd\u2019hui, cette bataille a une résonnance très forte.Le débarquement surprise des troupes britanniques, la courte durée de l\u2019altercation et la mort des généraux Wolfe et Montcalm ont marqué les esprits.Souvent interprétée comme un tournant décisif, elle tend à éclipser les autres épisodes de la campagne d\u2019Amérique, qui s\u2019est pourtant échelonnée de 1754 à 1760.Ce livre replace la bataille des plaines d\u2019Abraham dans un cadre plus large, celui d\u2019un con?it aux rami?cations mondiales : la guerre de Sept Ans.Il présente d\u2019abord le contexte et les faits qui occasionnent les premiers affrontements en Amérique et entraînent les royaumes de France et de Grande-Bretagne dans le sillage de la guerre.Il relate ensuite par le menu les événements qui se sont déroulés en 1759 et en 1760, depuis le siège de Québec jusqu\u2019à la capitulation de Montréal.En?n, il met l\u2019accent sur l\u2019héritage mémoriel de ces années charnières \u2013 symboles de la perte des institutions et du lien avec la France \u2013 qui ont conservé au ?l des siècles une profonde charge émotive.En plus d\u2019offrir au lecteur curieux comme au spécialiste une synthèse claire et rigoureuse qui tient compte des recherches historiographiques les plus récentes, Les Plaines d\u2019Abraham présente plus d\u2019une centaine de documents iconographiques et imprimés, dont certains rarement vus du grand public.Cartes, tableaux, af?ches et photographies permettent ainsi de revivre, dans toute son ampleur et son intensité, cette période d\u2019affrontements et de transition à travers les traces et le legs qu\u2019elle a laissés.Découvrir le Québec autrement\u2026 c\u2019est-à-dire à la lumière de ce que les archéologues mettent au jour depuis des décennies sur son vaste territoire ! Voilà l\u2019aventure exceptionnelle à laquelle vous convie la collection « Archéologie du Québec », née de la volonté du ministère de la Culture et des Communications du Québec et de Pointe-à-Callière, cité d\u2019archéologie et d\u2019histoire de Montréal, de rendre accessibles au public, de façon synthétique et rigoureuse, les résultats de quelque 60 années de recherches archéologiques.Et ainsi, de révéler la richesse d\u2019un patrimoine québécois irremplaçable, qu\u2019il importe de mieux connaître et de préserver.Penser au feu, c\u2019est voir danser les ?ammes d\u2019un foyer près duquel on se réchauffe ou voir s\u2019élever dans la nuit celles d\u2019un incendie ravageur.Depuis que l\u2019espèce humaine en a apprivoisé l\u2019usage, le feu a été tout à la fois un allié indispensable et un destructeur acharné.C\u2019est cette dualité, qui se manifeste depuis des millénaires sur le territoire québécois, que ce nouvel ouvrage explore et illustre à travers les multiples pouvoirs d\u2019un élément insaisissable.Feu qui jaillit de la braise sous le souf?e.Feu qui anime des mythes fondateurs, qui stimule l\u2019esprit, qui préside aux rituels.Feu qui réunit, nourrit, éclaire.Feu des fours, des forges et des industries, qui transforme l\u2019argile, le métal et tant d\u2019autres matériaux encore.Feu des armes et des con?agrations, mais qui préserve aussi, parfois, ce qu\u2019il a touché.Un autre écho essentiel de la recherche archéologique en marche au Québec.Lueurs et fureurs Christian GATES ST-PIERRE Yves MONETTE 47 TRACES | Volume 61 no 1 Revue de la SPHQ | Hiver 2023 Ils étaient l\u2019Amérique, De remarquables oubliés.Tome 3 Marie-Christine Lévesque et Serge Bouchard LUX, Montréal, 2022 Donnacona, Membertou, Anadabijou, Tessouat, Langlade, Pontiac et Kondiaronk sont les personnages centraux d\u2019Ils étaient l\u2019Amérique.Aucun d\u2019eux n\u2019a laissé de témoignage direct de sa vie ni de trace écrite, aucun d\u2019eux n\u2019a eu la vanité de soigner son image pour la postérité.Il a été terriblement facile d\u2019enterrer leur importance politique et d\u2019effacer de la mémoire collective leurs aspirations.C\u2019est l\u2019histoire en miettes d\u2019un choc entre deux mondes, dont on dit à tort que l\u2019un était ancien et l\u2019autre nouveau, qui est racontée dans cette mosaïque de textes courts et poétiques.Avec Ils étaient l\u2019Amérique, Serge Bouchard et Marie-Christine Lévesque terminent la trilogie des Remarquables oubliés, dont le premier tome était consacré à des femmes exceptionnelles (Elles ont fait l\u2019Amérique) et le second à des coureurs des bois légendaires (Ils ont couru l\u2019Amérique).Côté Musées ?Musée de la Civilisation 85, rue Dalhousie, Québec Le temps des pharaons Après avoir fait découvrir la civilisation des Mayas et celle des Romains de Pompéi au cours des 18 derniers mois, voici que le Musée de la Civilisation à Québec propose à ses visiteurs un grand voyage en Égypte antique avec l\u2019exposition Le temps des pharaons.Au-delà des temples, des momies et des pyramides, l\u2019exposition propose un regard sur les mythes et les codes sociaux régissant les sphères de vie publique et privée de l\u2019époque, des grands pharaons aux plus humbles de leurs sujets.Pendant des siècles, le pharaon, cet être mi-humain mi-divinité a façonné l\u2019histoire sous les yeux admiratifs de ses sujets.Ces derniers, hommes et femmes, jouaient un rôle bien dé?ni au sein de leur société, selon leur rang.Divisée en huit thèmes, l\u2019exposition permet de les suivre dans leurs champs, leurs temples, leurs demeures, leurs cours et à travers leurs croyances jusqu\u2019à leurs tombes respectives.Les propos sont illustrés par quelque 350 précieux trésors, parmi lesquels ?gurent les outils de scribes, des stèles aux mystérieux hiéroglyphes, des statues de divinités diverses, de magni?ques bijoux, des cercueils richement peints ainsi que des pièces fabuleuses pour leur état de conservation tels des fragments de tissus, une momie de femme et même un fragment de papyrus du Livre des morts.Des vidéos interactives re?étant le résultat de recherches récentes permettent de mieux apprécier plusieurs d\u2019entre eux.De grandes maquettes et des projections grands formats dynamisent l\u2019espace et mettent en contexte les différents objets. 48 TRACES | Volume 61 no 1 Revue de la SPHQ | Hiver 2023 Musée des Hospitalières 201, Avenue des Pins Ouest, Montréal Une montagne emblématique Jusqu\u2019au 31 août 2024 Le mont Royal, que les Montréalais.e.s surnomment affectueusement «la montagne», est un lieu caractéristique de Montréal.Situé au cœur de la ville, ce vaste territoire offre une richesse écologique et une biodiversité exceptionnelle.Aujourd\u2019hui, le mont Royal est un site patrimonial et plusieurs acteurs œuvrent à sa protection.Mais quels regards nos ancêtres ont-ils portés sur la montagne ?Comment l\u2019ont-ils habitée ?Le mont Royal a été le témoin privilégié de l\u2019évolution du centre de l\u2019île de Montréal depuis plus de 5 000 ans.L\u2019exposition Notre montagne.Mémoires du mont Royal s\u2019attarde sur l\u2019histoire de ce lieu emblématique.Réalisée à l\u2019occasion du bicentenaire de naissance du concepteur du parc du Mont-Royal, l\u2019architecte paysagiste américain Frederick Law Olmsted (1822- 1903), l\u2019exposition se concentre sur les grands enjeux qui ont marqué le développement et la sauvegarde de la montagne.La montagne territoire Le mont Royal est l\u2019une des dix collines montérégiennes de la région.Dotée de trois sommets, dont le plus haut atteint 233 mètres, elle s\u2019impose au cœur du centre-ville de Montréal.Son territoire comprend de nombreux espaces verts, dont plusieurs parcs, des cimetières et de grandes institutions qui se sont érigées sur ses ?ancs.La montagne sacrée Il y a 5 000 ans, des nations nomades et semi-nomades commencent à fréquenter l\u2019île de Montréal.À partir des années 1300 de notre ère, les Iroquoiens du Saint-Laurent s\u2019y installent et établissent le village connu sous le nom d\u2019Hochelaga.Installés sur l\u2019un des versants de la Montagne, ils pro?tent de ses ressources tout en lui accordant une valeur mythique et vraisemblablement sacrée.Le mont Royal sera aussi adopté par plusieurs communautés religieuses, comme les Sulpiciens et les Religieuses Hospitalières de Saint-Joseph.La montagne jardin Au cours des siècles, des agriculteurs exploitent le bois, la pierre et le sol fertile des alentours de la montagne.Au début des années 1800, citadins fortunés fuyant la densité urbaine y érigent des villas qui métamorphoseront le paysage du mont Royal et ses abords.Il devient alors un terrain de jeu pour les résidents qui y pratiquent des sports comme la raquette.Le parc du Mont-Royal Dans les années 1860, un projet de parc émerge peu à peu.Plusieurs citoyens souhaitent préserver la montagne et la rendre accessible aux Montréalais.e.s.C\u2019est en 1874 que Frederick Law Olmsted est engagé par la Ville de Montréal pour dresser les plans du parc du Mont-Royal, inauguré en 1876.On célèbre en 2022 le bicentenaire de la naissance de cet architecte paysagiste de renom."]
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