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Titre :
Traces : revue de la Société des professeurs d'histoire du Québec
Éditeur :
  • Montréal :Société des professeurs d'histoire du Québec,1988-
Contenu spécifique :
Vol. 61, no 2, printemps 2023
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
autre
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Traces : revue de la Société des professeurs d'histoire du Québec, 2023-03, Collections de BAnQ.

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[" REVUE DE LA SOCIÉTÉ DES PROFESSEURS D\u2019HISTOIRE DU QUÉBEC Les 75 ans du fleurdelisé \u2022 Célébrité et migrations dans le Nord-Est américain \u2022 Le hockey à ses débuts \u2022 Comprendre l\u2019histoire par les réseaux conceptuels TRACES ISSN 0225-9710 PRINTEMPS 2023 VOLUME 61 \u2013 NO 2 1 TRACES | Volume 61 no 2 Revue de la SPHQ | Printemps 2023 Sommaire Traces Volume 61 no 2 \u2022 Printemps 2023 SPHQ Mot du président Raymond Bédard 3 Pleins feux sur l'Histoire Mille après mille, Célébrité et migrations dans le Nord-Est américain (extrait) Pierre Lavoie 7 Le hockey a-t-il été inventé au Québec?Martin Landry 15 Le fleurdelisé a 75 ans ! Alain Gariépy 18 « De l\u2019audace, encore de l\u2019audace et toujours de l\u2019audace » Les origines oubliées de la devise de la Réserve navale du Canada Samuel Vénière 24 Activités pédagogiques Balado Passé date ?(3e saison) \u2013 Quiz Raymond Bédard 33 \u2013 Solutionnaire 30 À découvrir : un espace consacré à l\u2019exercice du droit de vote, d\u2019hier à aujourd\u2019hui Marlène Lebreux 35 Didactique en mouvement Tisser des réseaux conceptuels pour construire sa compréhension des réalités sociales en histoire au premier cycle du secondaire Jean-Louis Jadoulle 37 Quoi de neuf ?Côté livres 44 Côté musées 48 REVUE DE LA SOCIÉTÉ DES PROFESSEURS D\u2019HISTOIRE DU QUÉBEC Les 75 ans du fleurdelisé \u2022 Célébrité et migrations dans le Nord-Est américain \u2022 Le hockey à ses débuts \u2022 Comprendre l\u2019histoire par les réseaux conceptuels TRACES ISSN 0225-9710 PRINTEMPS 2023 VOLUME 61 \u2013 NO 2 En page couverture, la statue de Maurice Duplessis Le monument Maurice-Duplessis est situé en bordure de la Grande Allée, à l\u2019ombre de l\u2019hôtel du Parlement.Ce monument de la ville de Québec a été inauguré par le gouvernement de René Lévesque en 1977, plus de 15 ans après la réalisation de la statue.Il représente un hommage au nationalisme de Maurice Duplessis qui fut premier ministre du Québec de 1936 à 1939 et de 1944 à 1959.Commandé au sculpteur Émile Brunet en 1959 par le gouvernement unioniste de Paul Sauvé, le bronze du controversé premier ministre Duplessis fut livré en 1960 alors que le Parti libéral était de retour au pouvoir après un intermède de plus de 15 ans.Le gouvernement de Jean Lesage avait alors refusé d\u2019élever un monument à celui qui avait été si longtemps son adversaire et qui était associé à une période de « grande noirceur » pour le Québec.Source : Commission de la capitale nationale du Québec | Photo : Raymond Bédard 2 TRACES | Volume 61 no 2 Revue de la SPHQ | Printemps 2023 Comité de rédaction : Raymond Bédard (rédacteur en chef), Patrick Baker, Dominique Laperle, Samuel Rabouin, Adriana Catinca Stan Infographie : Vivadesign Impression : Imprimerie des Éditions Vaudreuil, 2891, rue du Meunier, Vaudreuil- Dorion, Québec, J7V 8P2 Dépôt légal : Bibliothèque et Archives nationales du Québec et Bibliothèque et Archives Canada, ISSN 0225-9710.Envoi de publication no 40044834.Port de retour garanti.Date de parution : mars 2023 Indexé dans Repère.Les opinions exprimées dans les articles publiés dans ce numéro engagent la responsabilité de leurs auteurs uniquement.Les titres, textes de présentation, encadrés, illustrations et légendes sont de la rédaction.Le masculin est utilisé comme genre neutre pour désigner les hommes et les femmes.Revue Traces Case postale 311 Saint-Bruno-de-Montarville (Québec) J3V 5G8 www.sphq.quebec Publicité : president@sphq.quebec Adhésion annuelle à la SPHQ avec 4 numéros Individu : 80 $ Institution : 90 $ Retraité ou étudiant : 40 $ Frais de poste et de manutention inclus La Société des professeurs d\u2019histoire du Québec (SPHQ) a été fondée à Québec le 20 octobre 1962 à l\u2019initiative du professeur Pierre Savard (1938-1998), secrétaire de l\u2019Institut d\u2019histoire de l\u2019Université Laval, avec la complicité du professeur Marcel Trudel (1917-2011), de la même institution, et de l\u2019abbé Georges-Étienne Proulx (1921-1998).La SPHQ a pour mission de promouvoir l\u2019enseignement de l\u2019histoire au Québec, sous tous ses aspects auprès de ses membres et de la population en général, et de contribuer à assurer l\u2019information et le développement professionnel de ses membres.À cette fin et par son expertise, elle peut mener des campagnes d\u2019information et d\u2019éducation, faire des représentations et des recherches concernant l\u2019enseignement de l\u2019histoire au Québec, développer des alliances avec d\u2019autres organismes et prendre tout autre moyen jugé utile pour réaliser cette mission.La revue Traces vise à assurer la diffusion de l\u2019information et le développement professionnel des membres de la SPHQ.Elle se veut un outil de perfectionnement pour tous ceux que l\u2019enseignement de l\u2019histoire intéresse, et le promoteur de l\u2019enseignement des sciences humaines au primaire et de l\u2019histoire au secondaire.Le nom Traces a été choisi pour rappeler les fondements de l\u2019Histoire qui se construit à partir des preuves de la présence des humains et de leur société dans le passé.Il rejoint, en second lieu, l\u2019empreinte particulière laissée par l\u2019enseignement de l\u2019Histoire sur l\u2019individu qui le reçoit.Il évoque finalement l\u2019action et l\u2019influence passées et présentes de la SPHQ dans le domaine de l\u2019Histoire et de son enseignement au Québec. 3 TRACES | Volume 61 no 2 Revue de la SPHQ | Printemps 2023 Mot du président Raymond Bédard Enseignant à la retraite Draft & Goal contre ChatGPT Assisterons-nous à une guerre entre logiciels d\u2019intelligence artificielle ?Avec l\u2019arrivée en février dernier du nouveau logiciel franco-québécois Draft & Goal conçu pour détecter les textes écrits par le robot conversationnel ChatGPT, les hostilités semblent être lancées.Difficile pour les enseignants de s\u2019y retrouver avec toute cette nouvelle technologie qui évolue si rapidement.Chose certaine, le développement de l\u2019esprit critique chez les élèves par le recours à diverses sources d\u2019information reste une mission fondamentale pour l\u2019école québécoise.Les deux compétences transversales du nouveau référentiel de la profession enseignante, mobiliser le numérique et agir en accord avec les principes éthique de la profession sont, dans ce contexte d\u2019effervescence technologique, plus pertinentes que jamais.L\u2019électricité du Labrador Le contrat d\u2019approvisionnement en électricité en provenance du complexe Churchill Falls qui lie le Québec à Terre-Neuve-et-Labrador, viendra à échéance en 2041.En raison des besoins croissants en électricité, le premier ministre François Legault prend l\u2019initiative d\u2019entamer dès cette année des pourparlers en vue de renouveler ce contrat.Terre-Neuve dénonce généralement cette entente signée en 1969 par laquelle le gouvernement du Québec obtient à faible coût l\u2019électricité en échange d\u2019une participation au financement et de l\u2019expertise d\u2019Hydro-Québec pour la construction du barrage sur la rivière Churchill au Labrador.Les négociations risquent d\u2019être difficiles compte tenu du sentiment d\u2019injustice que les Terre-neuviens ressentent à l\u2019égard du Québec qui s\u2019enrichi en vendant l\u2019électricité achetée à bas prix chez eux pour la revendre aux États-Unis à prix fort.Or, on oublie parfois que les frontières du Labrador n\u2019ont pas toujours été celles d\u2019aujourd\u2019hui.En 1912, le territoire de l\u2019Ungava est rattaché au Québec confirmant par la même occasion que le territoire du Labrador, appartenant à Terre-Neuve, alors toujours colonie de l\u2019Angleterre, correspond à plus ou moins 2 km le long de la côte.Dans les années 1920, une compagnie de pâtes et papier qui devait s\u2019installer au Labrador et qui avait obtenu 15 millions de dollars du trésor britannique, est acculée à la faillite.En 1926, le Conseil privé de Londres, alors le plus haut tribunal du Canada, est saisi du dossier et l\u2019année suivante octroie la totalité du Labrador à Terre-Neuve.Curieusement, deux des cinq lords-juges sont requérants dans cette faillite.Le Québec vient de perdre un territoire au potentiel hydroélectrique immense.Le gouvernement libéral du Québec, alors dirigé par L.-A.Taschereau, tentera sans succès de contester cette décision du Conseil privé.Dans le livre Québec un siècle d\u2019électricité, les auteurs racontent la rencontre de 1954 entre Bill Southam, directeur général de la compagnie Brinco, et Maurice Duplessis, afin d\u2019obtenir la collaboration du gouvernement du Québec pour permettre d\u2019écouler la future production d\u2019électricité des chutes Hamilton (rebaptisées Churchill en 1965).« Duplessis lui laisse entendre que le Québec est très bien pourvu en richesses naturelles et va même jusqu\u2019à se demander, sur un ton à peine moqueur, si les Un nouveau plan\u2026 Le nouveau ministre de l\u2019Éducation, Bernard Drainville a fait connaître à la fin de janvier ses priorités pour améliorer la situation dans les écoles.Que ce soit pour bonifier l\u2019apprentissage du français, pour favoriser l\u2019obtention plus rapide du brevet en enseignement pour les détenteurs de baccalauréat disciplinaire ou pour rénover les écoles, pour n\u2019en nommer que quelques- unes, on sent que le ministre a sondé le terrain et veut donner un souffle nouveau à l\u2019Éducation.Mais au-delà de cette volonté d\u2019améliorer la situation, il faut aussi connaitre les moyens qui seront mis en place pour y arriver.Cet aspect essentiel n\u2019est pas encore précisé dans son message.À suivre\u2026 4 TRACES | Volume 61 no 2 Revue de la SPHQ | Printemps 2023 chutes Hamilton sont vraiment à Terre-Neuve. » 1 Le litige frontalier entre le Québec et Terre-Neuve-et-Labrador ne date pas d\u2019hier et n\u2019est pas tout à fait réglé puisque le Québec ne reconnait toujours pas le tracé de la frontière sud du Labrador.Pour en savoir plus sur la question de l\u2019évolution des frontières du Québec, le livre de Henri Dorion et de Jean- Paul Lacasse, Le Québec : territoire incertain, publié chez Septentrion en 2011, fait toujours autorité.Auschwitz-Birkenau de l\u2019intérieur L\u2019écrivain portugais José Rodrigues Dos Santos qui s\u2019est fait connaitre en 2012 avec le roman La Formule de Dieu, vient de publier deux romans troublants sur la vie dans les camps de la mort en Pologne, Le Magicien d\u2019Auschwitz et Le Manuscrit de Birkenau.Ces deux romans, dont l\u2019histoire se déroule d\u2019abord en Tchécoslovaquie puis en Pologne dans le camp d\u2019Auschwitz-Birkenau de 1939 à la fin de la guerre, mettent en scène Herbert Levin, un artiste qui pratique la magie et Francisco Latino, un soldat d\u2019origine portugaise enrôlé dans les SS.Ces personnages ont réellement existé, comme la majorité des personnages de ces romans, et servent de fil conducteur dans une histoire où l\u2019on découvre toute l\u2019horreur de la vie dans les camps de la mort.Les notes de l\u2019auteur à la fin du deuxième roman montrent le sérieux de la démarche de recherche historique, ce qui rend d\u2019autant plus crédible le récit.Le Manuscrit de Birkenau fait référence aux manuscrits retrouvés enterrés près des fours crématoires qui sont des témoignages des Sonderkommandos, des prisonniers forcés de travailler à la mise en œuvre de la solution finale.Comme le précise l\u2019auteur, « Il s\u2019agit d\u2019un ensemble de manuscrits rédigés par des membres de l\u2019unité spéciale au moment des gazages, qui ont été enterrés à proximité des crématoires afin qu\u2019on les découvre plus tard, une fois les camps libérés.Tous leurs auteurs ont été tués, à l\u2019exception de Marcel Nadsari, mais plusieurs manuscrits nous sont parvenus.Ils constituent les récits les plus terrifiants de ce qu\u2019il s\u2019est réellement passé dans les chambres à gaz. » Ballons d\u2019essai ! La découverte récente de ballons étrangers de différentes grandeurs dans l\u2019espace aérien du Canada et des États-Unis, dont deux ont a été abattus par l\u2019aviation américaine, l\u2019un au-dessus de l\u2019Atlantique et l\u2019autre plus gros au-dessus du Canada, nous rappelle l\u2019importance de la défense de nos frontières terrestres et de l\u2019espace aérien nord-américain.S\u2019agit-il de ballons espions chinois, comme le prétend Washington, ou de simples ballons météorologiques comme l\u2019affirme la Chine  ?Quelle que soit la réponse, ces événements illustrent les limites et faiblesses des systèmes de détection mis en place au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale avec notre voisin américain, soit le réseau DEW (Distant Early Warning).Ce système constitué de radars déployés dans les années 1950  en Arctique a vieilli et a besoin d\u2019être mis à jour.La guerre menée par la Russie de Vladimir Poutine en Ukraine et les tensions commerciales et politiques avec Four crématoire du camp d\u2019Auschwittz-Birkenau (Photo Raymond Bédard) 1.Clarence Hogue, André Bolduc et Daniel Larouche, Québec, un siècle d\u2019électricité, Montréal, Libre expression, 1979, p.294.2.J.R.Dos Santos, Le manuscrit de Birkenau, Éditions Hervé Chopin, Paris, 2022, p.514 Le premier ministre Taschereau, à Londres en octobre 1926, venu plaider la cause du Labrador devant le Conseil Privé.(Source Wikipédia commun) 5 TRACES | Volume 61 no 2 Revue de la SPHQ | Printemps 2023 la Chine de Xi Jinping, deux régimes autocratiques, a des relents de Guerre froide.C\u2019est une belle occasion pour les enseignants de rappeler aux élèves le contexte historique qui a présidé à la création des organisations internationales telles que l\u2019ONU et l\u2019OTAN ou du défunt Pacte de Varsovie.Colloque du BES La SPHQ a participé au 27e colloque en enseignement au secondaire organisé par l\u2019Université Laval qui avait lieu à Lévis en mars dernier.Cet événement annuel, auquel participent des étudiants des universités du Québec et de la francophonie, a pour objectif de parfaire leur formation et de créer des liens avec de futurs collègues.Au kiosque de la SPHQ, Véronique Charlebois, responsable des communications, a informé les futurs enseignants sur l\u2019offre éducative de la société (congrès, site web, revue Traces et événements spéciaux) et a souligné l\u2019importance de joindre une association professionnelle telle que la SPHQ dans le processus de formation continue.61e Congrès de la SPHQ Le 61e congrès de la SPHQ se tiendra à l\u2019Hôtel Sheraton de Saint-Hyacinthe les 26 et 27  octobre prochain.La conférence d\u2019ouverture sera donnée par l\u2019historien des sciences au Québec Yves Gingras qui vient de publier chez Boréal Pour l\u2019avancement des sciences Histoire de l\u2019Acfas (1923-2023).Au programme du congrès, 36 ateliers portant sur l\u2019histoire et le domaine de l\u2019univers social, la pédagogie et la didactique, ainsi qu\u2019un salon des exposants composé de kiosques des maisons d\u2019édition, des organismes et musées qui offrent des activités pédagogiques liées à l\u2019histoire.C\u2019est le rendez-vous annuel des enseignants en univers social.Traces Dans ce numéro du printemps de Traces, en collaboration avec les éditions du Boréal, nous vous offrons un extrait du livre Mille après Mille, Célébrité et migrations dans le Nord- Est américain, de l\u2019historien Pierre Lavoie.De son côté, Martin Landry nous fait revivre les premiers temps du hockey, tandis que Samuel Vénière raconte l\u2019histoire de la devise « De l\u2019audace, encore de l\u2019audace et toujours de l\u2019audace » de la Réserve navale du Canada.Alain Gariépy, historien de l\u2019Assemblée nationale, nous fait découvrir l\u2019origine du drapeau Fleurdelysé.Marlène Lebreux nous présente un nouveau lieu consacré à l\u2019exercice du droit de vote d\u2019hier à aujourd\u2019hui.Le didacticien, Jean-Louis Jadoulle propose une approche pour tisser des réseaux conceptuels afin de construire sa compréhension des réalités sociales en histoire.Afin d\u2019exploiter en classe le balado Passé date ?dont la 3e saison a été lancée lors du congrès d\u2019automne, je vous propose un Quiz sur l\u2019épisode Le Référendum de 1980.En terminant, la rubrique Quoi de neuf ?fait un tour d\u2019horizon des nouvelles parutions en histoire et des suggestions d\u2019expositions à visiter.Bonne lecture ! 6 TRACES | Volume 61 no 2 Revue de la SPHQ | Printemps 2023 Témoignage de Guy Rocher Le 20  juillet 2022, Véronique Charlebois et moi-même avons eu le privilège de rencontrer M.Guy Rocher, dernier représentant vivant de la Commission Parent à l\u2019origine de la grande réforme de l\u2019éducation des années 1960.C\u2019est dans son appartement de l\u2019Île-des-Sœurs que M.Rocher nous a chaleureusement accueilli pour une entrevue sur sa contribution à l\u2019évolution de l\u2019école québécoise.C\u2019est avec une énergie incroyable pour ses 98 ans que M.Rocher a répondu à nos nombreuses questions.Le cinéaste Alexis de Gheldere a fait la captation de la rencontre qui a duré deux heures et procédé au montage par la suite.Une version de 18 minutes fut présentée lors de la conférence d\u2019ouverture du dernier congrès en lien avec le thème abordé par Pierre Duchesne, la Révolution tranquille des années 1960.Cette version courte est accessible à tous sur notre site, tandis que la version intégrale est disponible dans la section membre de la SPHQ.Cette initiative de la SPHQ s\u2019inscrit dans la volonté de garder des traces de témoignages de personnalités qui ont marqué l\u2019histoire du Québec. 7 TRACES | Volume 61 no 2 Revue de la SPHQ | Printemps 2023 MILLE APRÈS MILLE Célébrité et migrations dans le Nord-Est américain Pierre Lavoie, @Éditions du Boréal, 2022 CHAPITRE 1 De la mobilité migratoire à la mobilité artistique et médiatique À la fin des années 1920, alors que les carrières artistiques de Mary Travers, de Rudy Vallée et de Jean Grimaldi prennent leur essor, l\u2019Amérique du Nord tourne la page sur près d\u2019un siècle de migrations intracontinentales et intercontinentales soutenues.Simultanément, la popularisation de la radio, du disque et du cinéma sonore génère de nouveaux modes de mobilité.Comme jamais auparavant, les artistes ont la possibilité de diffuser le son de leur voix et l\u2019image de leur corps aux quatre coins du continent et, dans certains cas, du monde entier.Au moment où le corps du migrant s\u2019immobilise, celui de l\u2019artiste s\u2019anime grâce à ces nouveaux médias.Or, les legs culturels, démographiques et institutionnels des migrations, de même que les pratiques médiatiques et artistiques qui ont précédé les années 1920, ne disparaissent pas du jour au lendemain.[\u2026] La mobilité des artistes francophones du Nord-Est américain avant la Grande Dépression Dès la seconde moitié du XIXe  siècle, Montréal est intégré au marché intérieur des industries culturelles américaines, alors en pleine expansion dans les milieux du théâtre, de la musique et, plus tardivement, du cinéma52.Les circuits de salles de spectacles, les compagnies de distribution de partitions et de disques ainsi que, à partir des années 1920, la création et l\u2019expansion des réseaux Nous reproduisons avec l\u2019aimable autorisation de la maison d\u2019édition du Boréal un extrait du livre Mille après mille, Célébrité et migrations dans le Nord-Est américain de l\u2019historien Pierre Lavoie.52.Jean-Marc Larrue, « Entrée en scène des professionnels, 1825-1930 », dans Renée Legris et al., Le Théâtre au Québec, 1825-1980, p.29. 8 TRACES | Volume 61 no 2 Revue de la SPHQ | Printemps 2023 radiophoniques nationaux encouragent et facilitent les pratiques culturelles transnationales.Au tournant du XXe siècle, l\u2019imposante majorité des pièces théâtrales présentées à Montréal sont en anglais, tandis que les productions locales en français sont quantitativement négligeables53.À partir de 1892, la majorité des établissements montréalais et québécois d\u2019importance passent sous contrôle américain, ce qui assure la régularité et le renouvellement de l\u2019offre de spectacles54.À la suite de la crise économique de 1894, les principales compagnies de production théâtrale new-yorkaises, rassemblées sous le nom de trust ou de syndicate, s\u2019entendent pour imposer leur hégémonie dans toute l\u2019Amérique du Nord en luttant contre les «  indépendants55  ».Cette lutte commerciale qui dure plus de dix ans concerne surtout les théâtres qui présentent du répertoire légitime et épargne donc les salles où on diffuse des spectacles de variétés comme le burlesque, les minstrel shows ou le vaudeville.C\u2019est dans ces salles secondaires laissées de côté par le trust et par ses belligérants que s\u2019installe l\u2019industrie cinématographique à partir de la première décennie du XXe siècle, créant dès lors une alliance entre variétés scéniques et projections de films qui perdurera jusqu\u2019au milieu du siècle.Au tournant du XXe  siècle, le public théâtral montréalais est habitué aux productions à grand déploiement venues de Broadway, mais l\u2019offre de ce type demeure quasi exclusivement de langue anglaise56.L\u2019acteur et directeur artistique français Paul Cazeneuve tente d\u2019y remédier en présentant des pièces en français à la manière des grandes productions new-yorkaises au Théâtre national français.Jean-Marc Larrue soutient que c\u2019est d\u2019abord et avant tout l\u2019esthétique des productions américaines qui s\u2019installe dans le Montréal francophone plutôt que le répertoire venu des États-Unis57.Au théâtre d\u2019inspiration américaine de Cazeneuve s\u2019oppose toutefois un théâtre qui émule la France et plus particulièrement Paris, comme celui des « Soirées de famille » d\u2019Elzéar Roy au Monument- National entre 1898 et 190158.Pour ces entrepreneurs culturels promoteurs du nationalisme canadien-français, la résistance à l\u2019américanisation passe avant tout par la promotion de la francité.Avant l\u2019inauguration du Théâtre des Variétés, à la fin du XIXe siècle, les spectateurs de la classe moyenne et de la classe ouvrière francophones préfèrent les représentations en anglais du Théâtre royal et du Théâtre français à celles offertes au Monument-National, probablement en raison de l\u2019ouverture des premiers au vaudeville59.À la fin de la décennie 1890, ces spectacles qui allient musique et comédie sortent des théâtres pour s\u2019installer dans les cafés-concerts, notamment l\u2019El Dorado.La réglementation montréalaise s\u2019attaque rapidement à ces lieux de diffusion 53.Jean-Marc Larrue, Le Théâtre à Montréal à la fin du XIXe siècle, p.85.54.Jean-Marc Larrue, « Entrée en scène des professionnels, 1825-1930 », p.42-43.55.Jean-Marc Larrue, « Le cinéma des premiers temps à Montréal et l\u2019institution du théâtre », Cinémas, p.122.56.Sylvain Schryburt, « L\u2019Amérique du théâtre québécois : un parcours en trois mouvements », Jeu, p.83.57.Jean-Marc Larrue, « Entrée en scène des professionnels, 1825-1930 », p.54.De la mobilité migratoire\u2026 58.Sylvain Schryburt, « L\u2019Amérique du théâtre québécois », p.84.59.Jean-Marc Larrue, Le Théâtre montréalais, p.109.L\u2019acteur français Paul Cazeneuve dans Hamlet en 1903.Album universel, vol.19, no 47 (21 mars 1903), p.1106.de la mobilité migratoire\u2026 9 TRACES | Volume 61 no 2 Revue de la SPHQ | Printemps 2023 populaires qu\u2019on accuse d\u2019immoralité.Le 27 mai 1901, un décret municipal ordonne leur fermeture dans toute la ville.Toutefois, la censure et l\u2019opposition organisée face aux variétés, au vaudeville et au burlesque ne sont pas le fait de l\u2019Église catholique du Québec.À la suite de l\u2019effondrement boursier de 1929, plusieurs salles situées en plein cœur de Manhattan sont achetées par des producteurs de spectacles burlesques.L\u2019arrivée de ces «  indésirables  » sur Broadway pousse des regroupements comme la Forty-Second Street Property Owners and Merchants\u2019 Association à mettre sur pied des campagnes destinées à expulser les burlesque houses de leur voisinage.On invoque même l\u2019augmentation du nombre de crimes sexuels à Times Square pour s\u2019opposer au renouvellement des permis de ces salles, mais sans grand succès60.À Montréal, c\u2019est principalement sur la Main, le boulevard Saint-Laurent \u2013 nommé rue Saint-Laurent jusqu\u2019en 1905 \u2013, que ce secteur du divertissement se développe.S\u2019y côtoient projections cinématographiques, expositions de « curiosités » et spectacles vaudevillesques61.Au début du XXe siècle, les cadres de présentation y sont quasi systématiquement partagés  : les salles de théâtre projettent des films et les premiers « scopes » diffusent des spectacles théâtraux minimalistes pour attirer le public62.Avec l\u2019arrivée de salles de cinéma plus grandes et plus luxueuses où on présente aussi des numéros de variétés, les petits établissements du boulevard Saint-Laurent ne peuvent plus rivaliser en fait de confort et de qualité des projections.Leurs propriétaires doivent redoubler de dynamisme et d\u2019ingéniosité pour se démarquer de la concurrence.Vers 1919, l\u2019arrivée de la troupe franco- ontarienne d\u2019Arthur Petrie sur les planches du Starland \u2013 situé au rez-de-chaussée du Monument-National \u2013 ouvre la voie à l\u2019ébauche d\u2019une scène théâtrale burlesque locale63.L\u2019intégration progressive de répliques et de numéros en français, alors que le burlesque se jouait jusqu\u2019alors exclusivement en anglais, connaît un franc succès.Pour attirer le plus vaste public possible, les comédiens font alterner les répliques dans les deux langues.Les artistes populaires montréalais font preuve d\u2019un grand dynamisme et offrent des spectacles adaptés aux particularités culturelles, linguistiques et socioéconomiques de la population.Conjugué à la présence de francophones en Nouvelle-Angleterre, ce dynamisme fait rapidement en sorte que la mobilité artistique ne se limite pas à la présence d\u2019entreprises culturelles et d\u2019artistes américains à Montréal : on traverse aussi la frontière en sens inverse.Le va-et-vient et la circulation de corps, de biens et d\u2019idées au sein de réseaux institutionnels ne sont pas propres au phénomène migratoire.La mobilité est aussi au cœur des pratiques artistiques et culturelles de cette période.La majorité des productions itinérantes qui vont de la province de Québec vers les États-Unis avant les années 1930 sont l\u2019œuvre d\u2019artistes invités par le milieu associatif franco-américain ou dépêchés par les institutions nationales canadiennes-françaises dans le but d\u2019y promouvoir la « Bonne Chanson » et le « Théâtre français ».C\u2019est dans ce contexte que des figures influentes de l\u2019histoire du théâtre à Montréal, notamment Paul Cazeneuve, Fred Barry et Henri Poitras, étendent leurs activités au sud de la frontière.Henri Rollin, qui agira plus tard à titre de gérant des tournées de Mary Travers, fait partie de ces artistes montréalais qui sont présents en Nouvelle-Angleterre dès les premières décennies du XXe  siècle.De 1915 à 1925, il parcourt les villes de l\u2019est du Canada et des États- Unis avec son codirecteur de troupe, Alfred Nohcor64, pour présenter des pièces mélodramatiques.En 1921, Rollin coécrit Aurore, l\u2019enfant martyre avec Léon Petitjean en s\u2019inspirant d\u2019un fait divers.La pièce séduit le public avide de sensations fortes et de drame autant au Québec qu\u2019en Nouvelle-Angleterre.Nohcor continuera d\u2019ailleurs à exploiter le succès d\u2019Aurore avec ses troupes jusqu\u2019au début des années 1940.Plusieurs artistes et entrepreneurs culturels européens francophones bénéficient eux aussi des réseaux établis entre Montréal et les villes de la Nouvelle-Angleterre pour étendre leurs activités aux États-Unis.C\u2019est le cas des exploitants de « vues animées » Henry de Grandsaignes d\u2019Hauterives et Marie de Kerstrat.Originaires de France, ils se servent du Québec comme tremplin vers une carrière américaine à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, et ce, avec un certain succès65.Théodore Botrel, barde breton et instigateur du mouvement de la Bonne Chanson en France, profite également de son passage dans la province pour visiter les centres urbains à forte 60.Robert C.Allen, Horrible Prettiness : Burlesque and American Culture, p.252- 253 et 257.61.André-G.Bourassa et Jean-Marc Larrue, Les Nuits de la « Main ».Cent ans de spectacles sur le boulevard Saint-Laurent (1891-1991), p.72.62.Ibid., p.73.63.Jean-Marc Larrue, Le Monument inattendu.Le Monument-National de Montréal, 1893-1993, p.98-102.64.De son vrai nom Alfred Rochon.65.Germain Lacasse, « Dream World » : parcours et discours d\u2019un duo d\u2019exploitants français aux USA (1899-1910). 10 TRACES | Volume 61 no 2 Revue de la SPHQ | Printemps 2023 concentration francophone de la Nouvelle-Angleterre.Le Montréalais Charles Marchand et le Français Alfred Larrieu reprendront la mission éducatrice et civilisationnelle de Botrel dans les années 1920, autant au Québec qu\u2019en Nouvelle-Angleterre, sans toutefois systématiser le modèle de leurs tournées transnationales.Ils organisent des spectacles ponctuels, souvent liés aux activités sociales et aux fêtes soulignées par les communautés franco-américaines66.Des migrants et des descendants de migrants du Québec ont par ailleurs fait leur marque sur la scène artistique américaine à l\u2019époque de l\u2019« exode » sans nécessairement s\u2019intégrer à la vie ethnoculturelle franco-américaine ou aux réseaux transnationaux francophones.Louise Beaudet, une actrice originaire de Lotbinière qui fait partie des premières générations de migrants du Québec établis aux États- Unis, est une des plus célèbres interprètes de répertoires théâtraux classiques et populaires du tournant des années 188067.Elle exerce son métier surtout en Amérique du Nord mais se déplace à la grandeur du Commonwealth britannique.En public, elle se dit française plutôt que canadienne, une posture qui s\u2019inscrit dans la tendance observée chez les communautés franco-américaines à s\u2019identifier à la notoriété historique et culturelle de la France.La comédienne Eva Tanguay, qui ne se réclamera jamais elle non plus de son ascendance canadienne- française en public, gravit les échelons à partir de la fin du XIXe siècle jusqu\u2019à devenir une des plus grandes vedettes du vaudeville américain à force de travail et grâce à son charisme.Reconnue pour l\u2019intensité de ses performances, elle fait même un passage remarqué au cinéma avant de sombrer dans l\u2019oubli au milieu du siècle68.Il s\u2019agit d\u2019une des premières figures de la célébrité multimédiatique du XXe  siècle aux États-Unis.Au début de sa carrière, la cantatrice Emma Albani bénéficie pour sa part de l\u2019appui matériel et symbolique de l\u2019élite francophone des deux côtés de la frontière et devient un objet de fierté nationale lorsqu\u2019elle accède à la célébrité en Amérique et en Europe69.Plusieurs éléments différencient ces pratiques de celles de la période qui commence avec la Grande Dépression.Tout d\u2019abord, à partir des années 1930 et au cours des trois décennies suivantes, ce sont certaines des plus grandes vedettes de la scène artistique populaire montréalaise, avec, en tête, Travers et les étoiles des troupes Grimaldi, qui choisissent de se déplacer en Nouvelle-Angleterre.Contrairement aux célébrités établies aux États-Unis, qui n\u2019ont pas tendance à exploiter leurs origines ou à représenter leur ethnicité à des fins promotionnelles, ceux qui partent en tournée dans les années 1930 misent sur le fait qu\u2019ils sont canadiens ou canadiens-français pour faire leur promotion.Beaudet et Tanguay ne bénéficient pas du même degré de médiatisation et de publicisation transnationales dont Vallée sera l\u2019objet à compter de la fin des années 1920  grâce à la radio et au cinéma sonore.De surcroît, alors que les incursions du marché américain du début du XXe siècle, notamment celles de Rollin et de Nohcor, sont ponctuelles et sporadiques, les circuits et les formules de spectacles se stabilisent et deviennent un véritable modèle d\u2019exploitation des réseaux institutionnels franco-américains en Nouvelle-Angleterre.Notons enfin que ce survol ne prend pas en compte l\u2019apport des nombreux artistes anglophones originaires du Québec qui, comme le producteur et réalisateur irlando-québécois Mack Sennett, laissent leur marque indélébile sur l\u2019histoire des industries culturelles états-uniennes au début du XXe siècle.66.À propos des tournées de Botrel, de Larrieu et de Marchand en Nouvelle Angleterre, voir Jean-Nicolas De Surmont, La Bonne Chanson.Le commerce de la tradition en France et au Québec dans la première moitié du XXe siècle, p.51-60.67.Marjolaine Saint-Pierre, Louise Beaudet.68.Andrew L.Erdman, Queen of Vaudeville : The Story of Eva Tanguay.69.Cheryl MacDonald, Emma Albani : Victorian Diva.54 mille apr Carte postale à l\u2019efÏgie d\u2019Eva Tanguay en représentation au Teck Theater, 1912.BAnQ, Rosemont\u2013La Petite- Patrie, CP 025849 CON.AfÏche promotionnelle mettant en vedette la cantatrice Emma Albani lors d\u2019un passage à Montréal en 1901.Le Monde illustré, vol.17, no 880 (16 mars 1901), p.763. 11 TRACES | Volume 61 no 2 Revue de la SPHQ | Printemps 2023 La crainte de l\u2019américanisation au Québec et aux États-Unis À l\u2019aube des années 1930, alors que des artistes populaires du Québec et des États-Unis comme Travers, Vallée et Grimaldi s\u2019évertuent à adoucir l\u2019épreuve de la Grande Dépression chez leurs contemporains sur scène, sur disque, dans les films et sur les ondes, les élites culturelles et les intellectuels nationalistes canadiens-français, minoritaires mais fort bruyants, s\u2019emploient à expliquer les causes de la crise et à proposer des solutions.Ils voient dans la débâcle successive au krach de 1929 une preuve de la déchéance du modèle américain, de son matérialisme et de son individualisme70.La décennie suivante sera le théâtre d\u2019une flambée d\u2019opinions acrimonieuses à propos du plus grand mal entre tous qui, selon eux, menace la société canadienne-française  : l\u2019américanisation.Cette réaction n\u2019est pas propre au Québec : on l\u2019observe aussi en Europe, principalement en France et en Italie71.Plutôt que de limiter leurs critiques aux aspects économiques et politiques de la crise, les élites des deux côtés de l\u2019Atlantique dirigent leur attention sur des phénomènes sociaux et culturels en faisant des médias, des arts populaires et des loisirs des cibles de prédilection.Cet extrait d\u2019un texte du père Raymond-M.Voyer paru dans une série d\u2019enquêtes de la Revue dominicaine en 1936 sous le titre «  Notre américanisation » en témoigne : Cette action païenne n\u2019y est pas moins réelle, particulièrement redoutable, parce que anonyme, diffuse, multiforme.Ses organes principaux sont le journal, le magazine et le cinéma.La marchandise colportée est toujours la même  : une vie morale dévaluée, l\u2019idéale [sic] humain réduit à son égoïsme jouisseur, un matérialisme abject des sentiments individuels et des ambitions sociales72.Selon l\u2019historien Damien-Claude Bélanger, deux groupes conservateurs \u2013 les impérialistes anglophones et les nationalistes canadiens-français \u2013 dirigent la charge antiaméricaniste au Canada entre la fin du XIXe siècle et la Seconde Guerre mondiale.Pour eux, les États-Unis incarnent la modernité libérale et ses facettes techniques, philosophiques et culturelles73.Ce pays devient le symbole de valeurs qui dépassent largement son statut politique et civique.Il représente un mode de vie et un système idéologique aux prétentions universalistes74.L\u2019américanisation, telle que comprise par les nationalistes canadiens-français, s\u2019inscrit dans un continuum qui comprend l\u2019annexion et l\u2019assimilation75.Elle marque la fin de la société traditionnelle, la perversion de la moralité, l\u2019érosion de la foi et l\u2019effacement de la culture française en Amérique.Cet extrait de l\u2019enquête « Notre américanisation par la femme » (1936) d\u2019Ernestine Pineault-Léveillé résume bien les griefs formulés au cours de l\u2019entre-deux-guerres : Selon moi, [l\u2019américanisation] c\u2019est d\u2019adopter, de force aveugle ou consciente, le niveau de vie, les façons de vivre, de penser, de jouir, de se vêtir, de manger, des Américains [sic].C\u2019est accepter sans même discuter des théories et une morale incompatibles à nos cerveaux latins et nos âmes catholiques.C\u2019est importer chez nous les traits d\u2019une civilisation vieillie avant l\u2019âge et trahir nos origines françaises.C\u2019est renier un passé plein de gloire et de mérites en s\u2019attachant à la perte de la famille et de la race canadienne-française, héritière de l\u2019une des plus grandes civilisations de la terre.C\u2019est s\u2019unir aux prédicants de la puissance matérielle pour chasser de notre pays la religion, l\u2019idéal, la spiritualité, l\u2019individualité, et y intégrer l\u2019indifférence religieuse, le dieu dollar, le matérialisme, la standardisation à tous les degrés.S\u2019américaniser, c\u2019est donc, pour des Canadiens français, donner des signes de débilité générale76.La question de l\u2019émigration occupe encore beaucoup de place au Québec dans les années 1920.Les critiques formulées prennent souvent la forme de projections dystopiques à appliquer au sort qui attend la culture canadienne-française dans la province et dans le reste du Canada.La stigmatisation de l\u2019émigration devient le prisme par lequel les intellectuels nationalistes canadiens-français observent la société américaine77.C\u2019est dans ce contexte particulier, au cours des années 1920 et 1930, que l\u2019abbé Lionel Groulx devient un des intellectuels nationalistes les plus influents de sa génération78.Groulx, contrairement à ses contemporains nationalistes anglophones, ne 70.Damien-Claude Bélanger, Prejudice and Pride, p.208.71.Olivier Dard et Hans-Jürgen Lüsebrink (dir.), Américanisation et anti-américanismes comparés, p.12.72.Raymond-M.Voyer, « L\u2019américanisme et notre vie religieuse », dans Marcolin-Antonio Lamarche (dir.), Notre américanisation.Enquête de la Revue dominicaine (1936), p.19.73.Damien-Claude Bélanger, Prejudice and Pride, p.7.74.Ibid., p.24.75.Ibid., p.154.76.Ernestine Pineault-Léveillé, « Notre américanisation par la femme », dans Marcolin-Antonio Lamarche (dir.), Notre américanisation, p.129-130.77.Damien-Claude Bélanger, Prejudice and Pride, p.19-20.78.Ibid., p.8. 12 TRACES | Volume 61 no 2 Revue de la SPHQ | Printemps 2023 s\u2019inquiète pas outre mesure de l\u2019annexion politique du Canada par les États-Unis puisqu\u2019il ne croit pas qu\u2019elle entraînerait la disparition de la nation.À son avis, c\u2019est l\u2019annexion morale ou l\u2019américanisation culturelle qui est à craindre79.Alors que Groulx et ses collègues se concentrent sur l\u2019américanisation des Canadiens français en sol canadien et, seulement par extension, dans les communautés franco- américaines de la Nouvelle-Angleterre, de l\u2019autre côté de la frontière, les migrants et les descendants de migrants du Québec expérimentent une forme plus concrète d\u2019américanisation, appuyée par des actions politiques et accélérée par la pression de groupes nativistes parfois violents.Cette autre américanisation émerge au confluent de deux formes de crainte collective aux États-Unis : celle de l\u2019incapacité du pays à assimiler les migrants arrivés par centaines de milliers depuis la fin du XIXe  siècle ainsi que celle liée à la Première Guerre mondiale et à la présence en sol américain de populations étrangères et ennemies, comme les Allemands, qu\u2019on croit susceptibles d\u2019antiaméricanisme.Comme le rappelle John Higham, chaque nouvelle période d\u2019arrivées massives de migrants aux États-Unis donne à penser à certains contemporains qu\u2019elle est singulière et qu\u2019elle met en péril la nation80.L\u2019américanisation aux États-Unis se manifeste comme un véritable projet d\u2019assimilation, porté à partir de 1915 par des campagnes et par des organisations nationales telles que le National Americanization Committee et le Committee for Immigrants in America81.Les arrivées nombreuses de migrants d\u2019Europe de l\u2019Est et du Sud au tournant du XXe  siècle ravivent l\u2019idéologie nativiste qui favorise la résurgence du Ku Klux Klan.Celui-ci s\u2019implante maintenant dans tout le pays plutôt que seulement dans les anciens États esclavagistes du Sud82 et dirige ses attaques vers de nouvelles cibles, notamment les catholiques.La stratégie des groupes plus modérés, souvent issus du mouvement progressiste, consiste pour sa part à utiliser les leviers offerts par les institutions officielles en politique, en santé publique et en éducation pour assimiler le plus rapidement possible les nouveaux arrivants à la société américaine en favorisant par exemple la naturalisation, l\u2019adoption de valeurs américaines, l\u2019effort militaire ou encore l\u2019anglicisation des enfants et des adultes.Ces groupes et leurs projets trouvent en partie leur légitimité dans la classe politique au moment où des présidents comme Theodore Roosevelt et Woodrow Wilson se posent en ardents opposants à l\u2019ethnicisation des migrants et à la possibilité d\u2019être des « Américains à trait d\u2019union ».L\u2019enseignement du français dans les écoles publiques est interdit dans plusieurs États, notamment dans le Maine à partir de 191983.Dans le Rhode Island, on impose les mêmes restrictions aux écoles privées grâce à la loi Peck de 1922, mais des leaders franco-américains réussiront à les faire amender en 1925.Selon l\u2019historien Ludovic Tournès, les intellectuels, les chercheurs et tout particulièrement les historiens ont négligé de prendre en compte l\u2019évolution parallèle des discours sur l\u2019américanisation aux États-Unis et dans le monde.La comparaison de l\u2019américanisation comme politique nationale et de la crainte de l\u2019américanisation à l\u2019international permet en effet de souligner certaines caractéristiques communes qui émergent de la «  configuration culturelle nationale  » américaine, portée au cours du XXe  siècle par la volonté de créer une communauté illimitée ou, pour paraphraser Tournès, pour fabriquer des Américains aux États-Unis et dans le reste du monde84.Cette comparaison permet aussi de mettre en évidence des distinctions nettes entre ces deux phénomènes.Pour les migrants et pour les descendants de migrants francophones \u2013 et encore plus pour ceux qui se réclament de l\u2019identité franco-américaine \u2013, la définition de l\u2019américanisation défendue par les nationalistes canadiens-français a peu de résonance.La culture invasive dont on leur parle est celle de leur propre pays, celui qu\u2019ils ont, dans plusieurs cas, choisi.L\u2019américanisation civique et politique qui leur est imposée rend beaucoup moins urgente la question de la culture, du divertissement et des médias.Cependant, l\u2019expérience de l\u2019américanisation des Franco- Américains n\u2019influence en rien la vision défendue par la majorité des nationalistes canadiens-français de l\u2019entre- deux-guerres.Pour ceux-ci, l\u2019américanisation est avant tout un phénomène culturel qui menace l\u2019intégrité de l\u2019identité canadienne-française.C\u2019est sans surprise qu\u2019ils orientent leurs attaques vers la forme la plus visible de cette menace qui provient du sud et qui porte dans son bagage les tares 79.Ibid., p.153.80.John Higham, Strangers in the Land : Patterns of American Nativism, 1860- 1925.81.Christina A.Ziegler-McPherson, Americanization in the States : Immigrant Social Welfare Policy, Citizenship, and National Identity in the United States, 1908-1929, p.38.82.Mark Paul Richard, « \u201cThis Is Not a Catholic Nation\u201d : The Ku Klux Klan Confronts Franco-Americans in Maine », The New England Quarterly, p.285-303.83.Barry Rodrigue, « Francophones, pas toujours », p.135.84.Ludovic Tournès, Américanisation.Une histoire mondiale (XVIIIe-XXIe siècles), p.8. 13 TRACES | Volume 61 no 2 Revue de la SPHQ | Printemps 2023 du matérialisme et du libéralisme : les arts populaires, les médias et la culture de masse.Dès la fin des années 1910 et surtout au cours des années 1920, les formes artistiques véhiculées par les médias émergents deviennent la cible d\u2019attaques des critiques culturels montréalais.Ceux-ci associent quasi unanimement ces formes au caractère superficiel et matérialiste de la nation américaine.En 1920, Frédéric Pelletier, critique à La Revue moderne, s\u2019en prend à la déformation du goût des Canadiens au contact de la musique populaire américaine : La facilité de goûter l\u2019art sans effort l\u2019a mené [le Canadien] à se complaire dans l\u2019effort des autres [\u2026].Les théâtres d\u2019opérettes américaines ont peut-être plus d\u2019auditeurs canadiens qu\u2019anglais.Dans presque tous les salons, on n\u2019entend que la facile et mélasseuse chanson américaine, pianotée ou phonographiée85.Comme aux États-Unis, le jazz devient un fourre-tout définitoire pour qualifier les musiques de danse populaires auxquelles on attribue divers torts moraux et culturels.L\u2019utilisation péjorative du terme jazz débute d\u2019ailleurs dès sa popularisation.Aux oreilles de ses critiques, le jazz s\u2019apparente davantage à un assemblage de bruits qu\u2019à un style musical86.Cette accusation se divise en deux tendances paradoxales dans les années 1920.D\u2019une part, on compare le jazz au bruit des machines, de l\u2019industrie, des moyens de transport et, plus généralement, de la modernité.D\u2019autre part, on le compare aux bruits des musiques jugées primitives d\u2019inspiration africaine ou asiatique.La critique du jazz se nourrit du racisme ambiant et y contribue activement, qui se manifeste également dans les tentatives de réhabilitation de certains musiciens blancs associés à ce style.C\u2019est le cas du chef d\u2019orchestre Paul Whiteman, à qui la revue culturelle La Lyre consacre un long article en 1924.Cet artiste y explique comment il a, avec le temps, raffiné et standardisé la forme pour la rendre plus musicale, en l\u2019épurant de ses traits jugés trop sensuels et vulgaires, une critique implicite du style des musiciens afro-américains87.Cette réaction de l\u2019élite culturelle canadienne-française et américaine vise à préserver son rôle de guide auprès de la population et à affirmer la prééminence de la culture légitime eurocentriste88.Des historiens intéressés par l\u2019américanité du Québec, avec en tête Gérard Bouchard et Yvan Lamonde, se sont penchés sur les rapports qui unissent la hiérarchisation culturelle et l\u2019expérience continentale des Canadiens français entre la fin du XIXe siècle et la Seconde Guerre mondiale.Ils présentent l\u2019américanité comme un fait incontournable pour ceux qui vivent l\u2019Amérique au quotidien plutôt que pour ceux qui la conceptualisent à partir des sphères de la politique, de la religion et de l\u2019idéologie89.Selon Lamonde, lorsque l\u2019élite canadienne-française de la fin du XIXe siècle se fait de plus en plus sévère dans son évaluation des États- Unis, la population réagit au contraire par l\u2019adhésion à des propositions américaines comme l\u2019émigration, le syndicalisme, la fréquentation de parcs d\u2019attractions et le cinéma.L\u2019historien renchérit : Dès le tournant du 20e siècle, le clivage social de la culture nationale des Québécois est en place  : la culture des élites, toute différenciée que soit celle des libéraux et des conservateurs ultramontains, est centrée sur la langue, l\u2019écrit et le verbe et tournée vers la France, tandis que la culture des milieux populaires ruraux et urbains \u2013 la culture de la majorité \u2013 mise sur le geste et le spectaculaire et regarde vers les États-Unis90.Ces oppositions entre cultures élitaire et populaire ainsi qu\u2019entre l\u2019Europe et l\u2019Amérique sont problématiques dans la mesure où elles suggèrent l\u2019existence de formes et de pratiques culturelles stables, fixes et nationales.Surtout, elles omettent de prendre en compte les nombreux exemples de compromis et d\u2019hybridation entre ces diverses catégories.C\u2019est le cas des pratiques analysées au chapitre suivant : Travers bâtit son circuit de tournées en établissant des partenariats durables avec les paroisses et avec les associations ethnoculturelles, des institutions contrôlées par des individus associés à l\u2019élite.Plutôt que de penser ces relations comme des formes de domination unilatérale de l\u2019élite sur le domaine du divertissement, il me semble préférable d\u2019observer les stratégies de conciliation mises en œuvre entre les acteurs historiques pour tenter de satisfaire les volontés de chaque partie.De nombreux historiens ont par ailleurs voulu nuancer l\u2019influence des élites nationalistes canadiennes-françaises en soulignant les limites de leur action et les étapes successives de la modernisation sociale qui se produit malgré leur réprobation91.En ce sens, les discours sur 85.Frédéric Pelletier, « Vie musicale », La Revue moderne, p.16, cité dans De Surmont, La Bonne Chanson, p.98.86.Michael Denning, Noise Uprising : The Audiopolitics of a World Musical Revolution, p.94.87.« De l\u2019influence du jazz sur la musique américaine », La Lyre, p.30.88.Damien-Claude Bélanger, Prejudice and Pride, p.209.89.Gérard Bouchard et Yvan Lamonde (dir.), Québécois et Américains.La culture québécoise aux XIXe et XXe siècles, p.46.90.Ibid., p.80.91.Gérard Bouchard, « L\u2019imaginaire de la Grande Noirceur et de la Révolution tranquille : fictions identitaires et jeux de mémoire au Québec », Recherches sociographiques, p.418. 14 TRACES | Volume 61 no 2 Revue de la SPHQ | Printemps 2023 l\u2019américanisation auraient eu une portée assez faible au sein de la population.Or, ces discours influencent les artistes dans la façon dont ils font la promotion de leurs spectacles et dont ils médiatisent leur personnalité publique.Comme j\u2019aurai l\u2019occasion de le montrer au cinquième chapitre, ces traces médiatiques sont elles-mêmes d\u2019une grande importance puisqu\u2019elles deviendront la matière utilisée au cours des décennies suivantes pour créer la mémoire publique de Travers, de Vallée, de Grimaldi et de leurs contemporains.Par sédimentation, les discours des nationalistes canadiens-français sur l\u2019américanisation affectent donc la façon dont on se représente aujourd\u2019hui les cultures nationales de l\u2019entre-deux-guerres.Ainsi, qu\u2019ils vivent au Canada ou aux États-Unis, les francophones du Nord-Est américain apprivoisent progressivement les nouveaux médias et les formes artistiques qui s\u2019offrent à eux au cours des premières décennies du XXe siècle.Toutefois, au Québec, la question de l\u2019américanisation se mêle à cet apprentissage, au point de produire des amalgames entre Amérique, médias et culture de masse.Pourtant, comme le rappelle Michael Denning, cette période charnière de l\u2019histoire culturelle et médiatique mondiale ne devrait pas être assimilée à une course inéluctable vers l\u2019effacement des cultures vernaculaires et locales, qu\u2019elles soient nationales ou ethniques92.92.Michael Denning, Noise Uprising, p.6.De gauche à droite : Raymond Bédard (président), Samuel Rabouin (conseiller), Laurence Murray-Dugré (conseillère), Romain Rombret (représentant muséal sortant, remplacé par Samuel Venière), Laurent Constantin (conseiller) et Véronique Charlebois (trésorière) Absente de la photo, Catinca-Adriana Stan (vice-présidente) Membre du Conseil d\u2019administration 2022-2023 15 TRACES | Volume 61 no 2 Revue de la SPHQ | Printemps 2023 Le hockey a-t-il été inventé au Québec?Martin Landry, Professeur d\u2019histoire Collège Regina Assumpta Match de hockey au parc Notre-Dame-de-Grâce, 1957, VM105-Y-2_0134-003 D e nombreux historiens croient que le hockey a comme ancêtre direct le bandy, un sport provenant des Pays-Bas.Le bandy se joue aussi sur patins à onze contre onze sur de grandes surfaces gelées.Les joueurs se disputent une balle à l\u2019aide d\u2019une crosse de bois.Au cours du 17e siècle, ce jeu migre des Pays-Bas vers la Grande-Bretagne.Influence européenne Au Canada, on constate que la pratique de ce sport coïncide avec l\u2019arrivée massive des populations britanniques au pays au milieu du 19e siècle.Ces immigrants anglo-saxons apportent dans leurs bagages des jeux semblables au hockey, comme le shinty écossais ou le hurling irlandais.On commence donc à pratiquer ici dans certaines cours d\u2019école des versions hybrides de ces sports européens, qui sont ni plus ni moins les ancêtres du hockey.Étant donné que pendant longtemps les meilleurs joueurs de hockey sur glace au monde étaient canadiens, on a toujours tenu pour acquis que ce sport était « le nôtre ».C\u2019est dans cet esprit un peu chauvin que plusieurs villes canadiennes comme Kingston en Ontario ou Windsor en Nouvelle-Écosse revendiquent haut et fort qu\u2019elles sont le berceau de notre sport national d\u2019hiver.Soyons sérieux, le hockey n\u2019a vraisemblablement pas été inventé en Amérique ! Toutefois, c\u2019est sans aucun doute ici qu\u2019il est devenu le sport spectacle que l\u2019on connait.Les annales mentionnent la date du 3 mars 1875 comme premier match codifié officiel de l\u2019histoire au Québec, à Montréal.Ce premier match de 60 minutes opposait deux équipes de neuf joueurs qui évoluaient sur la glace du Victoria Skating Rink de Montréal, une superbe patinoire couverte qui, aujourd\u2019hui, serait située à 200  mètres du Centre Bell actuel.James Creighton, le capitaine de l\u2019équipe gagnante, est considéré comme le père du hockey sur glace bien que le principal intéressé n\u2019ait jamais vraiment revendiqué cet honneur.Le sport se structure au pays Le hockey sur glace suscite rapidement un très fort engouement, assurément aidé par le fameux Carnaval d\u2019hiver, une organisation qui rayonne sur le plan international et qui fait découvrir Montréal comme une grande capitale boréale.En effet, au cœur de l\u2019hiver, entre 1883 et 1889, Montréal est l\u2019hôte d\u2019un imposant carnaval nordique.On y présente une série d\u2019activités et de compétitions hivernales.On fait de la raquette, des compétitions de curling, du toboggan et du patin.C\u2019est aussi au cours de la première édition du carnaval qu\u2019on réalise le premier tournoi de hockey sur glace de l\u2019histoire.Même si à la fin du 19e siècle le hockey organisé est bien nouveau, et que seules Ottawa et Montréal disposent de vraies ligues, le hockey sur glace gagne rapidement en popularité au pays.En 1888, le récent gouverneur du Canada, sir Frederick Arthur Stanley, assiste à son premier match de hockey à Montréal.Stanley est fasciné par les 16 TRACES | Volume 61 no 2 Revue de la SPHQ | Printemps 2023 performances des joueurs, tout comme sa fille Isobel et ses fils Edward, Arthur et Algernon.Quatre ans plus tard, en 1892, lord Stanley fait don d\u2019un petit bol en argent pour récompenser l\u2019équipe championne du Dominion du Canada au hockey.La coupe Stanley est alors née ! Au départ, les règles du jeu sont bien différentes de celles que l\u2019on connait aujourd\u2019hui.Par exemple, à l\u2019origine, l\u2019arbitre déposait la rondelle faite en bois sur la glace, puis s\u2019éloignait et, après quelques secondes, donnait finalement le signal du début de la partie.Les femmes aussi pratiquent le hockey souvent pour des œuvres de charité.On trouve des traces d\u2019une première équipe féminine de hockey au tournant du siècle.Elles ont joué par exemple pour ramasser des fonds pour les soldats qui combattent en Afrique du Sud durant la guerre des Boers.Les Canadiens français ne s\u2019intéressent au hockey qu\u2019environ 15  ans après la communauté anglophone.Ce sont probablement de jeunes Irlandais qui montrent comment jouer aux jeunes francophones.Même si plusieurs ligues existent un peu partout au pays, on peut dire qu\u2019en 1900, Montréal s\u2019impose comme la Mecque du hockey avec plus d\u2019une centaine d\u2019équipes organisées.GO HABS GO Évidemment, de toutes ces équipes aucune ne rayonnera autant que le Club de hockey Canadien.À l\u2019origine, le nom « Canadien » ne fait pas référence aux citoyens du Canada, pays fondé en 1867, mais fait plutôt référence aux premiers habitants francophones de la vallée du Saint-Laurent de l\u2019époque de la Nouvelle-France.L\u2019histoire du Canadien commence quand, en 1909, l\u2019homme d\u2019affaires John Ambrose O\u2019Brien amasse les fonds nécessaires pour mettre sur pied une équipe de hockey canadienne-française à Montréal.Pour constituer la formation, il se tourne vers une légende sportive, un surdoué de la crosse et du hockey, Jack Laviolette.Ce dernier exercera une grande influence dans la création de l\u2019équipe.En plus d\u2019être un athlète exceptionnel, il est le premier capitaine et le premier entraineur du célèbre club.Il assume aussi la responsabilité de recruter les meilleurs joueurs francophones au monde.Laviolette est un habile négociateur, il réussit à signer de grosses pointures pour le Canadien, comme le redoutable Didier Pitre.Ce joueur est capable de « décapiter » les gardiens de but adverses avec son tir du poignet.Son jeu est tellement puissant que même le gardien des Sénateurs d\u2019Ottawa demande à la Ligue l\u2019autorisation de porter un masque quand il joue contre le Canadien.Laviolette a également le lourd mandat de créer une formation qui peut battre un autre club montréalais, les Wanderers qui n\u2019embauchent pratiquement que des joueurs anglophones.Il n\u2019en fallait pas plus pour que la rivalité entre les partisans des deux solitudes soit exacerbée.Les médias jouent aussi un rôle important dans la popularité du hockey sur glace.Au début, les amateurs peuvent lire les comptes rendus des rencontres dans les journaux.Puis, à partir des années 1930, la radio diffuse les matchs.C\u2019est le 11 octobre 1952, l\u2019année même de la mise en onde de la télévision de Radio-Canada, qu\u2019un premier match de nos Glorieux est diffusé à la télévision.Dans les Archives McGill.Match de hockey à l\u2019université McGill (MIKAN 3332330) Musée McCord.Équipe Selwyn House 1933-1935 Musée McCord.Le hockey des Montréalaises 17 TRACES | Volume 61 no 2 Revue de la SPHQ | Printemps 2023 faits, les téléspectateurs ne voient que la troisième période parce qu\u2019on craignait que la télédiffusion des rencontres nuise à la vente de billets et que les gradins se vident.Au tournant de la Seconde Guerre mondiale, le hockey supplante tous les autres sports en matière de notoriété au Québec.Au fil du temps, à travers des géants comme les frères Richard, Jean Béliveau, Guy Lafleur, Jacques Plante et Patrick Roy du côté de Montréal ou Peter Stastny et Michel Goulet du côté des Nordiques de Québec, c\u2019est toute une communauté qui se reconnait et qui s\u2019affirme.Le hockey représente bien plus qu\u2019un spectacle sur glace, il permet à la société québécoise de s\u2019exprimer, de rayonner et même de rêver.On peut donc prétendre que notre sport national d\u2019hiver a largement contribué à forger notre identité commune.Documents d\u2019archives et anecdotes PIETER BRUEGHEL Plusieurs toiles d\u2019artistes flamands ou néerlandais représentent un sport pratiqué sur la glace à l\u2019aide d\u2019un bâton recourbé.La plus célèbre s\u2019intitule Les Chasseurs dans la neige de Pieter Brueghel (1565).Certains historiens ont longtemps cru qu\u2019elle montrait une version ancienne du hockey sur glace.En fait, elle présente probablement le jeu de Kolf, une version ancienne du golf.NAISSANCE DES GLORIEUX Le premier exploit du Club de hockey Canadien est d\u2019avoir survécu à sa difficile première saison de 1909- 1910.En effet, l\u2019équipe finit en dernière place et ne récolte que deux victoires en 12  rencontres.Il faudra attendre quelques années pour voir la Sainte Flanelle gagner une première Coupe Stanley.En 1916, l\u2019équipe remporte les grands honneurs en battant en finale les Rosebuds de Portland grâce entre autres aux quatre buts en cinq matchs de Didier Pitre et des prouesses de Georges Vézina devant le filet (moyenne de buts alloués de 2,60).SALAIRE Aujourd\u2019hui, une excellente recrue de la LNH gagne un peu moins d\u2019un million de dollars américains pour une première saison.Savez-vous combien d\u2019argent gagnait Maurice Richard à son année recrue en 1942 ?Son salaire était de 6 000 $ en comptant sa prime.Petit ou gros salaire à votre avis ?Toute proportion gardée, c\u2019est un peu plus de quatre fois le salaire moyen qui, en 1942, est de 1 400 $ au Canada.Photo fournie par le Musée Kunsthistorisches.Les chasseurs dans la neige Pieter Brueghel l\u2019Ancien Équipe saison 1915-1916 Archive de la Bibliothèque et Archives Canada.Canadiens de Montréal en 1942.Maurice Richard est le deuxième joueur de la rangée du fond à partir de la droite. 18 TRACES | Volume 61 no 2 Revue de la SPHQ | Printemps 2023 Le fleurdelisé a 75 ans ! Alain Gariépy, Archiviste et historien, Assemblée nationale du Québec « Nous sommes un peuple nouveau sur la terre d\u2019Amérique; or, à un peuple nouveau, il faut un drapeau nouveau ».Elphège Filiatrault, curé de Saint-Jude, 1903.En 2023, le drapeau québécois fête son 75e anniversaire.Cet article rappelle le contexte dans lequel a été créé l\u2019ancêtre du fleurdelisé, proposé en 1902 par le curé de Saint-Jude Elphège Filiatrault, et la joute politique qui mena à son adoption, avec une légère modification, comme drapeau officiel du Québec, le 21 janvier 1948.Le lecteur qui désire approfondir ses connaissances sur l\u2019histoire du drapeau québécois est invité à visiter l\u2019exposition Fleurdelisé, rassembleur depuis 75  ans  ! présentée à l\u2019hôtel du Parlement jusqu\u2019au 26  janvier 2024, ou à parcourir en ligne sa version virtuelle1.Un drapeau distinctif pour le Québec Le 21  janvier 1948, le fleurdelisé flotte pour la première fois sur la tour centrale de l\u2019hôtel du Parlement.Jusqu\u2019à ce jour, le Québec n\u2019avait pas de drapeau officiel.De nombreux étendards étaient arborés lors de manifestations populaires, mais il s\u2019agissait surtout de drapeaux étrangers, comme le tricolore français et l\u2019Union Jack du Royaume- Uni, ou de drapeaux à connotation religieuse, tels que le Carillon Sacré-Cœur et le drapeau du Vatican.Or, au début du XXe siècle, l\u2019un des débats qui animent la société canadienne-française porte justement sur le choix d\u2019un drapeau distinctif.Parmi les nombreuses propositions qui seront soumises à différentes instances, une seule finira par rallier une majorité de citoyennes et de citoyens.1.Parcourir l\u2019exposition (assnat.qc.ca).Le curé Elphège Filiatrault Source : Centre d\u2019histoire de Saint-Hyacinthe. 19 TRACES | Volume 61 no 2 Revue de la SPHQ | Printemps 2023 Le carillon d\u2019Elphège Filiatrault Il s\u2019agit du drapeau dévoilé le 23 septembre 1902 à Saint- Jude, dans le district électoral de Saint-Hyacinthe, par le curé Elphège Filiatrault.Ce jour-là, on lui organise une grande fête pour souligner ses 25 ans de prêtrise.Il profite de l\u2019évènement qui lui est consacrée pour proposer un drapeau, dont il est le créateur, s\u2019inscrivant dans cette grande réflexion sur le choix d\u2019un drapeau distinctif pour les Canadiens français.« Au centre du village, on a élevé un superbe mat, au bout duquel flotte un large drapeau d\u2019une création toute nouvelle.Le champ est bleu.Il est orné de quatre fleurs de lys et traversé, dans toute son étendue, par une croix blanche.[\u2026] De l\u2019avis de ceux qui ont pu l\u2019apprécier, c\u2019est un heureux essai de drapeau national pour les Canadiens-français »2.L\u2019année suivante, Elphège Filiatrault explique ses choix dans la brochure Aux Canadiens français : notre drapeau.«  Nous sommes un peuple nouveau sur la terre d\u2019Amérique; or, à un peuple nouveau, il faut un drapeau nouveau [\u2026] puisque le temps semble venu pour nous de nous créer un drapeau national, quels éléments convient-il que nous employions ?Avant tout, NOTRE BANNIÈRE DE CARILLON, c\u2019est-à-dire, son champ bleu et ses quatre fleurs de lis blanche.[\u2026] Or, notre bannière de Carillon porte d\u2019un côté les armes de maison de France, et de l\u2019autre l\u2019image de la Vierge.Par quoi les remplacerons-nous ?[par] cette croix blanche qui était incontestablement la marque française d\u2019un drapeau à l\u2019époque où nous fûmes séparés de la mère patrie; cette croix blanche que nos pères ont connue et qui ornait les drapeaux que le chevalier de Lévis fit disparaître dans les flammes pour les sauver de l\u2019humiliation; cette antique croix blanche, mettons-là sur notre bannière de Carillon»3.Ainsi, cette proposition de «  drapeau nouveau pour un peuple nouveau » est librement inspirée de la bannière de Carillon, qui, croyait-on à l\u2019époque, avait flotté lors de la victoire des troupes françaises sur les Britanniques à Fort Carillon en 1758.Il faut toutefois souligner que cette description de la mythique bannière s\u2019est avérée, plusieurs années plus tard, fausse.Un examen minutieux par le Centre canadien de conservation au début des années 1970  a démontré que les armes du marquis de Beauharnois, gouverneur de la Nouvelle-France de 1726 à 1746, étaient présentes sur la bannière.Difficile alors de croire qu\u2019elle a pu flotter lors de la bataille de Carillon, en 1758, sous les ordres du général Montcalm.De plus, il a clairement été établis que le champ de la bannière n\u2019était pas bleu, mais plutôt de couleur pâle, probablement un ton de beige.Sans le savoir, Elphège Filiatrault conçoit son drapeau, qui deviendra l\u2019ancêtre de notre fleurdelisé, en s\u2019inspirant d\u2019une « fausse description ».Le Carillon Sacré-Cœur 2.La Presse, 24 septembre 1902, p.1.3.Ibid., p.16-20.Ce drapeau imprimé de façon artisanale est le seul prototype, connu à ce jour, fabriqué pour Elphège Filiatrault vers 1902.Il a été retrouvé dans le presbytère de Saint-Jude en 1955 et précieusement conservé par M.Raymond Girouard et sa famille jusqu\u2019à son dépôt, en 1995, au Centre d\u2019histoire de Saint-Hyacinthe.Drapeau du Carillon Sacré-cœur drapeau Source : Collection Richard G.Gervais.Assemblée nationale du Québec 20 TRACES | Volume 61 no 2 Revue de la SPHQ | Printemps 2023 Le résultat est néanmoins fort réussi.Tellement que le Comité du drapeau national du Québec emprunte le design du Carillon, mais propose d\u2019ajouter l\u2019image du Sacré-Cœur de Jésus au centre du drapeau.À partir de ce moment, les deux drapeaux seront utilisés simultanément dans les rassemblements populaires bien que le Carillon Sacré-Cœur va avoir, au départ, une meilleure visibilité en raison principalement de l\u2019appui du clergé qui sollicite la présence du Carillon Sacré- Cœur, notamment lors des célébrations de la fête Dieu.Le Carillon Sacré-Cœur devient le drapeau officiel de la Société Saint-Jean-Baptiste de Québec en 1926.Il est à noter que le Carillon Sacré-cœur continuera d\u2019être déployé dans certaines fêtes patriotiques et religieuses jusqu\u2019à la fin des années 1950, soit même après l\u2019adoption du fleurdelisé.Toutefois, l\u2019idée qu\u2019une image religieuse soit présente sur le drapeau d\u2019un peuple était loin de faire l\u2019unanimité.Quoi qu\u2019il en soit, les années passent et le peuple canadien- français est toujours en attente de son drapeau.La pression populaire et la joute politique Au cours des années 1930, le débat sur le choix d\u2019un drapeau distinctif reprend de plus belle.Parrainé par la Ligue d\u2019action nationale, le Comité du drapeau Carillon- fleurdelisé lance une vaste campagne de promotion en distribuant, entre autres, des drapeaux, des banderoles et des cartons buvards, etc.Le débat fait relâche pendant la Deuxième Guerre mondiale mais, en 1945, le comité est renommé Comité de propagande du drapeau et relance sa campagne publicitaire.Au même moment, la pression populaire prend la forme de diverses initiatives menées par des organismes patriotiques comme les Jeune Laurentiens, la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, l\u2019Ordre de Jacques- Cartier, etc.Le gouvernement fédéral discute également de l\u2019opportunité de doter le Canada d\u2019un drapeau distinctif, mais une grande majorité de Canadiens anglais restent attachés à l\u2019Union jack.En juillet 1946, un red-ensign remanié est adopté par la Chambre des communes mais ce choix ne fait pas l\u2019unanimité et, comme on le sait, le choix d\u2019un drapeau canadien distinctif ne sera clos que 20 ans plus tard ! Source : Loi du Québec, (L.Q.), 1926, c.86.Carton buvard aux couleurs du Carillon-fleurdelisé.Source : Collection Alain Lavigne.Assemblée nationale du Québec. 21 TRACES | Volume 61 no 2 Revue de la SPHQ | Printemps 2023 Les motions du député indépendant, René Chaloult À Québec, en mars 1947, le député indépendant René Chaloult dépose une motion, appuyée par le chef du Bloc populaire canadien, André Laurendeau, qui «  invite le Gouvernement du Québec à arborer sans délais, sur la tour centrale de son hôtel, un drapeau nettement canadien et qui symbolise les aspirations du peuple de cette province».4 Peu de temps après, le premier ministre Maurice Duplessis délègue la question à un comité parlementaire spécial formé de 12 parlementaires, dont la majorité sont issus des rangs de son parti.Sans grande surprise, aucune décision concrète ne sera prise après les travaux de ce comité.Toutefois, le 2  décembre 1947, René Chaloult dépose une nouvelle motion qui demande au gouvernement « de doter cette province, au cours de la présente session et à l\u2019exemple de la Nouvelle-Écosse, d\u2019un drapeau véritablement québécois  ».Selon le menu législatif, la motion de Chaloult doit être débattue le 21 janvier 1948.Entretemps, Maurice Duplessis se sent de plus en plus coincé politique avec ce débat sur le choix d\u2019un drapeau distinctif pour le Québec.Un consensus se dessine de plus en plus pour l\u2019adoption du fleurdelisé conçu par le curé Filiatrault comme drapeau officiel du Québec.Pour le premier ministre, ce drapeau est l\u2019emblème des «  nationaleux  » gravitant autour d\u2019André Laurendeau et du chanoine Lionel Groulx.Il n\u2019est donc pas très chaud à l\u2019idée d\u2019adopter un emblème qu\u2019il qualifie lui-même de « séparatiste ».Derrières les portes closes, Duplessis consulte et discute.René Chaloult d\u2019abord, qui lui-même consulte discrètement le chanoine Lionel Groulx après chaque entretien avec le premier ministre.Duplessis consulte également Burroughs Pelletier, directeur du Service provincial de l\u2019urbanisme au ministère des Affaires municipales et héraldiste féru qui lui fait plusieurs propositions.Au fil des discussions et des consultations, on lui suggère d\u2019adopter le fleurdelisé avec la modification suivante  : redresser les fleurs de lys à la verticale afin que le drapeau soit plus conforme aux règles du blason.Le premier ministre voit enfin s\u2019ouvrir la porte de sortie qu\u2019il espérait tant.Il est plus enclin à adopter le fleurdelisé modifié, une décision qui lui permettra de ne pas donner entièrement raison à ses adversaires, mais de rallier une grande majorité de Québécoises et de Québécois, y compris ses adversaires politiques, derrière ce choix d\u2019un drapeau distinctif.L\u2019adoption du fleurdelisé Maurice Duplessis a maintenant tous les atouts entre les mains pour éviter le débat sur la motion Chaloult à l\u2019Assemblée législative et pour faire tomber la pression populaire en faveur de l\u2019adoption d\u2019un drapeau véritablement québécois.Le 21  janvier 1948, peu après l\u2019ouverture de la séance de l\u2019après-midi, le premier ministre déclare : «  Cet avant-midi, nous avons tenu une séance du Conseil des ministres.Un arrêté ministériel a été proposé par le ministre de l\u2019Industrie et du Commerce (l\u2019honorable M.Beaulieu), accueilli avec beaucoup de satisfaction et d\u2019enthousiasme par tous ses collègues, adopté à l\u2019unanimité puis sanctionné immédiatement par Son Excellence le lieutenant-gouverneur.En vertu de cet arrêté ministériel, un drapeau officiel est donné à notre province et, au moment même où je vous parle, ce drapeau, qui est en conformité avec nos traditions et nos aspirations, est déjà arboré sur la tour centrale du parlement.(Applaudissements prolongés à droite) L\u2019an dernier, la Législature a adopté à l\u2019unanimité une motion demandant l\u2019adoption d\u2019un drapeau distinctif pour symboliser les aspirations de la province de Québec.Depuis, l\u2019opinion publique a eu le temps de se manifester clairement et avec force.Nous avons reçu de toutes les parties de la province, un grand nombre de résolutions, de requêtes nous recommandant l\u2019adoption du drapeau fleurdelisé.C\u2019est sur ces sollicitations de toutes sortes qu\u2019est basé l\u2019arrêté ministériel que nous avons adopté.Nous nous rendons avec une grande joie au désir de la population, et c\u2019est le drapeau fleurdelisé que nous avons hissé sur la tour du parlement.(Applaudissements prolongés des députés et dans les galeries) 4.Assemblée législative du Québec, Journal des débats, 27 mars 1947.Le chanoine Lionel Groulx (1878-1967) Source : Collection Assemblée national du Québec René Chaloult en 1939 Source Collection Assemblée nationale du Québec 22 TRACES | Volume 61 no 2 Revue de la SPHQ | Printemps 2023 Suivant les conseils des experts en art héraldique, nous avons cependant fait subir certaines modifications au dessin du drapeau.Nous avons fait redresser les fleurs de lis.Comme elles apparaissaient légèrement penchées aux quatre coins du drapeau, ordre a été donné pour qu\u2019elles se dressent à l\u2019avenir bien droites vers le ciel, afin de bien indiquer la valeur de nos traditions et la force de nos convictions.La journée du mercredi est habituellement réservée à l\u2019étude des motions des députés.Le représentant de Québec (M.Chaloult) a fait inscrire une motion sur l\u2019ordre du jour qui a trait au choix d\u2019un drapeau spécifique pour la province.La question étant réglée, du point de vue de l\u2019action gouvernementale, il ne devrait pas y avoir de débat sur la motion.Celle-ci n\u2019a plus sa raison d\u2019être.Nous sommes maintenant prêts à l\u2019accepter immédiatement.Je propose donc que la motion soit adoptée sans délai et à l\u2019unanimité.(Applaudissements à droite)5.Les réactions sont enthousiasmes.Le chef de l\u2019opposition, Adélard Godbout, malgré quelques réserves au sujet du redressement des fleurs de lys, souligne que « la province de Québec tout entière se réjouira d\u2019apprendre que le gouvernement lui a donné un emblème particulier »6.René Chaloult est le suivant à prendre la parole en Chambre : Je sacrifie avec joie, évidemment, le plaidoyer en faveur du fleurdelisé que j\u2019avais préparé à l\u2019appui de la motion en faveur d\u2019un drapeau provincial que j\u2019ai inscrite au Feuilleton.Le gouvernement de ma province vient de nous donner un drapeau, un drapeau que toute la population réclamait et je m\u2019en réjouis profondément.Le gouvernement a fait une légère modification en redressant les fleurs de lis tout au bout du drapeau et je crois que c\u2019est même une amélioration.Ainsi le drapeau sera maintenant en tous points conforme aux règles de l\u2019art héraldique.L\u2019adoption de ce drapeau constitue 5.Assemblée législative du Québec, Journal des débats, 21 janvier 1948.6.Idem.Source : Collection Assemblée nationale du Québec. 23 TRACES | Volume 61 no 2 Revue de la SPHQ | Printemps 2023 7.Idem.Maurice Duplessis (1890-1959) Source : Collection Assemblée nationale du Québec.pour nous une nouvelle affirmation de l\u2019autonomie provinciale que défendent le premier ministre et son gouvernement.C\u2019est un geste hautement autonomiste.Je remercie très sincèrement le gouvernement, en particulier le premier ministre qui vient de poser là un geste digne d\u2019Honoré Mercier.Toute la province, incontestablement, sera reconnaissante au premier ministre et au gouvernement de lui avoir donné enfin un drapeau.Désormais, lorsque nous viendrons au parlement et que nous verrons notre drapeau flotter sur la tour centrale de la Législature, nous nous sentirons plus chez nous, nous nous sentirons encore plus fiers d\u2019être Québécois7.Pour saisir toute la fierté qui anime le député Chaloult ce jour-là, il faut rappeler les sentiments qu\u2019il éprouvait à sa première élection.« Élu député à Québec en 1936, j\u2019ai éprouvé une double répugnance  : celle de prêter le serment d\u2019allégeance au roi d\u2019un pays étranger et celle de siéger dans un Parlement à l\u2019entrée des plaines d\u2019Abraham, sous le signe d\u2019un drapeau également étranger, symbole de notre défaite ».Et c\u2019est ainsi qu\u2019il y a 75  ans, Maurice Duplessis mettait fin au débat sur le choix d\u2019un drapeau distinctif pour le Québec.Longtemps hésitant à trancher la question, ses alliés politiques tenteront de lui attribuer le titre de père du drapeau québécois.En effet, après 1948, il n\u2019est pas rare de voir un fleurdelisé en arrière-plan des photographies officielles du chef de l\u2019Union nationale.Toutefois, l\u2019histoire du choix du fleurdelisé comme drapeau officiel du Québec doit minimalement retenir deux autres noms  : ceux d\u2019Elphège Filiatrault et de Renée Chaloult.INVITATION SPÉCIALE La Société des professeurs d\u2019histoire du Québec (SPHQ) en collaboration avec Élections Québec et l\u2019Assemblée nationale du Québec, invite la communauté enseignante à participer au lancement de la revue TRACES 61-2 à l\u2019Agora du Parlement de Québec le 11 mai 2023.Une conférence, animée par Mathieu Drouin, historien et guide, sera proposée lors de cette soirée.Celle-ci sera suivie d\u2019une présentation de l\u2019offre éducative proposée par l\u2019Assemblée nationale et par Élections Québec et sera complétée par l\u2019entremise d\u2019une visite privée des installations du parlement.Inscription obligatoire en ligne avant le 1er mai.Assemblée nationale du Québec Hôtel du Parlement Entrée principale en face de la tour de l\u2019Assemblée 1045, rue des Parlementaires Québec (Québec) G1A 1A3 24 TRACES | Volume 61 no 2 Revue de la SPHQ | Printemps 2023 « De l\u2019audace, encore de l\u2019audace et toujours de l\u2019audace » Les origines oubliées de la devise de la Réserve navale du Canada Samuel Vénière, Historien et chargé de projet Musée naval de Québec / Quartier général de la Réserve navale du Canada Certificat d\u2019adoption de l\u2019écusson et de la devise de la Réserve navale du Canada, approuvés en mars 1988 par l\u2019inspecteur des drapeaux et insignes des Forces canadiennes M.V.Bezeau.Fonds de la Marine royale du Canada, Collection du Musée naval de Québec.Introduction « De l\u2019audace, encore de l\u2019audace et toujours de l\u2019audace! ».Telle est la devise de la Réserve navale du Canada, le corps de réserve de la Marine royale du Canada.Une devise en Français, dans une institution profondément ancrée dans la tradition britannique et dont les unités, majoritairement anglophones, sont basées dans toutes les grandes villes canadiennes, n\u2019est-ce pas curieux?En réalité, les francophones jouèrent un rôle majeur et largement méconnu dans la création du Service naval en 1910  et celle de la Réserve des volontaires de la marine en 1923.De manière générale, l\u2019histoire navale s\u2019est déroulée dans une grande indifférence du public québécois, et parfois même des milieux militaires eux-mêmes.Pour preuve, la manière dont cette devise est venue à représenter l\u2019identité des réservistes de la marine est aujourd\u2019hui totalement oubliée des membres de la Réserve navale.Comment cette devise est-elle arrivée jusqu\u2019à nous?Qui est responsable de son instauration?Les réponses à ces questions n\u2019existaient tout simplement pas avant aujourd\u2019hui.En 2023, la Réserve navale du Canada célèbre ses 100 ans d\u2019existence.L\u2019occasion est idéale pour éclaircir ce mystère et refaire le parcours de cette devise, dont les premières traces remontent à la Révolution française, à la fin du 18e siècle.Un héritage de la Révolution française C\u2019est en mars 1988 qu\u2019étaient adoptés l\u2019écusson et la devise de la Réserve navale du Canada1.Cette date historique marquait un anniversaire important, celui du 65e de la création des demi-compagnies de la Réserve des volontaires de la marine royale du Canada, dont les premiers éléments sont fondés en mars 1923.La devise « De l\u2019audace, encore de l\u2019audace et toujours de l\u2019audace » fait référence à un moment bien connu de la Révolution Membres de la division de réserve navale de Québec, le HMCS Montcalm, en 1941.1.Certificat d\u2019authentification de l\u2019écusson et de la devise de la Réserve navale du Canada, mars 1988.Fonds de la marine royale du Canada, Collection du Musée naval de Québec. 25 TRACES | Volume 61 no 2 Revue de la SPHQ | Printemps 2023 française.C\u2019est dans son discours du 2  septembre 1792  devant l\u2019Assemblée législative de Paris que le révolutionnaire George Danton prononce les mots qui deviendront ceux qui symbolisent l\u2019esprit de la Réserve navale du Canada.George Jacques Danton est le fils d\u2019un procureur devenu avocat en 1787.Ce n\u2019est que quelques années plus tard, en 1792, qu\u2019il connait son heure de gloire au moment de prononcer ce discours.Il s\u2019agit d\u2019une année troublée.Le 10  août, la monarchie française est renversée par la commune insurrectionnelle de Paris, qui prend d\u2019assaut le Palais des Tuileries, le siège du pouvoir royal.L\u2019Assemblée législative s\u2019effondre et laisse place à une assemblée constituante, dont Danton devient ministre de la Justice au sein du conseil exécutif.Mais la révolution est fragile et l\u2019Assemblée doit faire face à un danger imminent.La France est en guerre contre l\u2019Autriche depuis le 20  avril 1792.Le duc de Brunswick vole au secours de la monarchie et fait parvenir un manifeste menaçant les Parisiens de mort pour ceux qui s\u2019en prendraient à la famille royale.Le 19  août, l\u2019armée austro-prussienne franchit la frontière française et envahit le territoire.Une panique collective s\u2019empare des Français alors que l\u2019ennemi progresse sans opposition.La révolution semble perdue.Le 2  septembre, George Danton monte à la tribune et prononce ce discours flamboyant afin de redonner vigueur à la résistance.Les sans-culottes les plus fanatiques le prennent au mot et déclenchent une série de massacre, dont seront victimes des prêtres réfractaires de carmes2.Mais le discours insuffle aussi une énergie nouvelle au mouvement révolutionnaire.Toutes les églises de Paris sonnent le tocsin et des coups de canon appellent les volontaires à rejoindre l\u2019armée sur le Champ- de-Mars.Le 20  septembre 1792, dans un revirement totalement inattendu, l\u2019armée française, mal équipée mais déterminée, bat l\u2019armée autrichienne à la bataille de Valmy dans une victoire jugée « miraculeuse ».C\u2019est la première victoire militaire décisive de l\u2019armée française pendant les guerres révolutionnaires.Danton devient aussitôt un héros de la Révolution.On lui attribue le mérite de cette victoire, qui galvanise les foules.Cette bataille devient un des moments fondateurs de la Révolution française et donne à la jeune Convention nationale la légitimité suffisante pour abolir officiellement la monarchie le 21 septembre 1792 et commencer à dater les nouveaux événements de l\u2019An 1 de la République.Au cours des décennies suivantes, les mots « de l\u2019audace, encore de l\u2019audace, toujours de l\u2019audace » deviennent le symbole de la détermination nécessaire pour retourner une situation désespérée en éclatant succès.La tirade devient même un proverbe, qui sera fréquemment utilisé (et déformé!) au cours du 19e siècle par les politiciens et les orateurs publics désireux de s\u2019associer à la grandeur des événements, perpétuant du même coup cet héritage de la Révolution française jusqu\u2019au Québec.Le discours Le discours prononcé par George Danton le 2 septembre 1792 devant l\u2019Assemblée : Il est bien satisfaisant, messieurs, pour les ministres du peuple libre, d\u2019avoir à lui annoncer que la patrie va être sauvée.Tout s\u2019émeut, tout s\u2019ébranle, tout brûle de combattre.Vous savez que Verdun n\u2019est point encore au pouvoir de vos ennemis.Vous savez que la garnison a promis d\u2019immoler le premier qui proposerait de se rendre.Une partie du peuple va se porter aux frontières, une autre va creuser des retranchements, et la troisième, avec des piques, défendra l\u2019intérieur de nos villes.Paris va seconder ces grands efforts.Les commissaires de la Commune vont proclamer, d\u2019une manière solennelle, l\u2019invitation aux citoyens de s\u2019armer et de marcher pour la défense de la patrie.C\u2019est en ce moment, messieurs, que vous pouvez déclarer que la capitale a bien mérités de la France entière.C\u2019est en ce moment que l\u2019Assemblée nationale va devenir un véritable comité de guerre.Nous demandons que vous concouriez avec nous à diriger ce mouvement sublime du peuple, en nommant des commissaires qui nous seconderont dans ces grandes mesures.Nous demandons que quiconque refuse de servir de sa personne, ou de remettre ses armes, soit puni de mort.Nous demandons qu\u2019il soit fait une instruction aux citoyens pour diriger leurs mouvements.Nous demandons qu\u2019il soit envoyé des courriers dans tous les départements pour les avertir des décrets que vous aurez rendus.Le tocsin qu\u2019on va sonner n\u2019est point un signal d\u2019alarme, c\u2019est la charge sur les ennemis de la patrie.Pour les vaincre, messieurs, il nous faut de l\u2019audace, encore de l\u2019audace, toujours de l\u2019audace, et la France est sauvée .2.Éric Serres, « De l\u2019audace, encore de l\u2019audace, toujours de l\u2019audace ! » Danton n\u2019en manqua point, L\u2019Humanité (humanite.fr), 18 juillet 2017, https://www.humanite.fr/de-laudace-encore-de-laudace-toujours-de-laudace-danton-nen-manqua-point-638926 26 TRACES | Volume 61 no 2 Revue de la SPHQ | Printemps 2023 La notoriété de la devise Au 19e siècle, l\u2019expression de Danton est enseignée aux jeunes étudiants français afin d\u2019illustrer les histoires de la Révolution française3.Elle devient également une phrase populaire au sein de l\u2019élite politique, qui l\u2019utilise comme une exclamation de leur détermination.La phrase est d\u2019ailleurs régulièrement déformée ou raccourcie à force d\u2019être répétée, arborant des variantes différentes selon celui qui la formule.L\u2019auteur, poète et homme d\u2019État Alphonse Lamartine, dont la contribution à la seconde République et au drapeau tricolore sera décisive, l\u2019utilise dans un discours en 18484.Le mot de Danton est aussi connu de l\u2019autre côté de la Manche où il se retrouve fréquemment dans les discours des parlementaires britanniques, toujours associé à la témérité et/ou au courage5.Il n\u2019est pas anodin de noter que les Britanniques prononcent toujours la devise dans la langue de Molière, en Français.L\u2019expression voyage partout dans le monde et devient un cri de ralliement.Elle est instrumentalisée pour soutenir des causes sociales, comme celle des suffragettes au Royaume-Uni en 19116, politiques, comme lorsque Alexeï Rykov l\u2019utilise pour promouvoir le communisme aux obsèques de Lénine en 19257, ou même militaires.À cause de son ton martial, on confond parfois son auteur avec Frédéric le Grand, fameux stratège prussien du 18e siècle, ou encore avec l\u2019empereur Napoléon8.Au Québec, la phrase apparaît dans la presse dès les années 1880.Elle devient plus fréquente dans les années 1930  au moment de la crise économique, alors que le Clergé et les intellectuels nationalistes la citent9 pour dénoncer l\u2019échec du système libéral10.Ces derniers appellent les Canadiens français au « courage » de rejeter l\u2019industrialisation rapide, pointée comme la cause de la crise économique, tout en idéalisant un mode de vie rural basé des valeurs conservatrices.Pendant la Deuxième Guerre mondiale, la maxime est utilisée dans la propagande pour encourager les francophones à l\u2019effort de guerre.Dans le conflit contre l\u2019Allemagne, l\u2019image de la France luttant héroïquement contre les Prussiens interpelle les Canadiens français.Par des amalgames historiques (parfois douteux), l\u2019expression est utilisée comme un rappel des valeurs françaises que doivent porter les Québécois  : «  L\u2019héroïsme de Dollard, les traits de bravoure qu\u2019on relève à profusion dans les campagnes d\u2019Afrique et de Grèce, la formule magique de Danton qui électrisa la France de quatre-vingt-douze : « De l\u2019audace, encore l\u2019audace, toujours de l\u2019audace! ».Enfin, l\u2019intrépidité fougueuse de notre Royal 22e Régiment \u2013 voilà les faits dont le Canada devrait s\u2019inspirer aujourd\u2019hui11. » Le mythe de Churchill Comment la phrase de Danton est-elle devenue la devise de la Réserve navale du Canada?On a oublié pendant longtemps quand et comment cette devise est venue à représenter un service militaire important des Forces armées canadiennes.Dans son ouvrage « NCSM Horace Vernet, Bataille de Valmy, 20 septembre 1792, Source The National Gallery.https://www.nationalgallery.org.uk/ paintings/emile-jean-horace-vernet-the-battle-of-valmy 3.Pierre Larousse, L\u2019école normale : journal de l\u2019enseignement pratique, vol.7, 1861-1962, p.403, L\u2019école normale: journal de l\u2019enseignement pratique - Google Livres 4.Lamartine poète social et penseur politique, dans Revue de l\u2019Université Laval qui traite de philosophie, de théologie, de questions sociales, de linguistique, d\u2019arts et de littérature, vol.XXXI, No.5, Janvier 1944, p.350, https://numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/2679288?docsearchtext=de%20l%27audace%20toujours%20de%20l%27audace 5.4 August 1891, Commons Sitting \u2013 EAST INDIA (REVENUE ACCOUNTS), COMMITTEE, Registre des discours du parlement britannique en ligne HANSARD, https://api.parliament.uk/historic-hansard/commons/1891/aug/04/committee.6.From Miss Lila McCarthy, Votes for Women, 8 décembre 1911, British newspapers Archives online.7.Vers la guerre\u2026URSS, l\u2019œuvre des tracts, Montréal, 1932, p.7, BAnQ Journaux, Vers la guerre./ | BAnQ numérique 8.Dans le film Patton, sorti en 1970, le général affirme « Remember what Frederick the great said: \u2019l\u2019audace, l\u2019audace, toujours l\u2019audace\u2019 ».La confusion est encore présente en 2010, alors qu\u2019on qualifie la devise de « napoléonienne ».Voir Russell Williams appelle à l\u2019audace, La Presse, 7 octobre 2010, BAnQ Journaux, La presse | BAnQ numérique 9.L\u2019Abbé Joseph-Arthur Paquin, Les maux dont souffre notre nationalité, Le Canada français, 16 novembre 1933, BAnQ Journaux, Le Canada français | BAnQ numérique 10.Voir Paul-André Linteau, Le Québec depuis la Confédération, Encyclopédie canadienne, 2006, Le Québec depuis la Confédération | l\u2019Encyclopédie Canadienne (thecanadianencyclopedia.ca) 11.Au-devant de l\u2019ennemi! Le Samedi, 31 mai 1941, BAnQ Journaux, Le samedi | BAnQ numérique 27 TRACES | Volume 61 no 2 Revue de la SPHQ | Printemps 2023 Montcalm : le Français dans la marine royale canadienne 1923-2008  », Christian Hébert avance l\u2019hypothèse que cette devise est inspirée d\u2019une réponse de Winston Churchill en 1914, au moment où ce dernier est premier Lord de l\u2019Amirauté12.Interrogé sur l\u2019état de la flotte, Churchill aurait repris ces mots célèbres, qui seraient depuis devenus la devise de la Réserve navale du Canada.Or, ce discours n\u2019est pas cité dans l\u2019œuvre de M.Hébert.De plus, la Réserve navale n\u2019existait pas en 1914.Finalement, une recherche approfondie parmi les discours prononcés au parlement britannique au temps de Churchill ne nous a pas permis d\u2019identifier la source de cette affirmation.Au contraire, cette recherche nous a plutôt permis de conclure que l\u2019expression n\u2019est pas courante chez Churchill.Ce dernier n\u2019est connu que pour l\u2019avoir utilisé deux fois dans ses ouvrages.En 1897, alors qu\u2019il est en rédaction de son livre The Story of the Malakan Field Force, An Episode of the Frontier War, il écrit à sa mère \u201cAltogether my dash across the frontier has been a good business.De l\u2019audace toujours de l\u2019audace as Danton said13.\u201d Quelques années plus tard, dans son livre London to Ladysmith dans lequel il raconte son expérience pendant la Guerre des Boers, Churchill raconte comment il s\u2019est évadé d\u2019une prison où il était incarcéré.À un certain moment de sa fuite, seul un jardin se dresse entre lui et sa liberté.Or, des sentinelles surveillent les lieux.Churchill hésite  : doit-il rebrousser chemin, ou traverser le jardin?Dans ses mémoires, il écrit : \u201cI said to myself, \u201cToujours de l\u2019audace\u201d: put my hat on my head, strode into the middle of the garden .without any attempt at concealment.after walking a hundred yards and hearing no challenge, I knew .I was at large in Pretoria14.\u201d Ce livre sera un succès littéraire fulgurant et fera de Churchill un auteur connu dans le monde entier.Churchill reprend cette même histoire dans son autobiographie My early life en 1930.La Francisation de la Marine royale canadienne S\u2019il est vrai que de nombreux liens existent entre la Marine royale canadienne et Winston Churchill depuis la Première Guerre mondiale, la preuve documentaire démontrant que la devise de la Réserve navale serait inspirée de lui n\u2019a pu être identifiée.Cette conclusion fut le premier indice permettant de remettre en question les connaissances actuelles sur la question.Le second indice ne tarda pas à arriver.Dans ses recherches pour faire la lumière sur la question, le Musée naval de Québec est entré en communication avec les Autorités héraldiques du Canada, qui nous ont plutôt révélé que la devise serait le résultat d\u2019un concours lancé en 1984.Cette date n\u2019est pas anodine : les années 1980 sont une période de renouveau et de grandes festivités dans la Marine canadienne et la Réserve navale du Canada, propice à la création d\u2019une nouvelle identité.La conjoncture sociale était idéale pour l\u2019implantation d\u2019un programme de francisation de la Marine, une préoccupation constante dans l\u2019histoire navale du Canada.12.Christian Hébert, NCSM Montcalm : le Français dans la marine royale canadienne 1923-2008, Québec, 2008, p.40.13.David Lough, Darling Winston: Forty Years of Letters Between Winston Churchill And His Mother, 2008, lettre du 15 décembre 1897, Darling Winston: Forty Years of Letters Between Winston Churchill and His Mother - David Lough - Google Livres 14.Emily Burns, Winston Churchill: Wanted Dead or Alive!, National Portrait Gallery, 15 May 2014, https://www.npg.org.uk/ blog/winston-churchill-wanted-dead-or-alive.php À droite, le Premier Lord de l\u2019Amirauté britannique Winston Churchill en 1912.Source Gallica, Bibliothèque nationale de France, https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b6920799z/ 28 TRACES | Volume 61 no 2 Revue de la SPHQ | Printemps 2023 En 1982, lors d\u2019une conférence à bord du destroyer HMCS Annapolis ancré au Port de Québec, le ministre de la Défense Gilles Lamontagne annonce un vaste programme pour augmenter le nombre de francophones au sein de la marine canadienne15.En effet, seulement 13% de francophones composaient la marine à cette époque, comparativement à 28% dans l\u2019armée de terre et dans l\u2019aviation.Le projet, appelé Présence navale au Québec (PNAQ), prévoit d\u2019abord la mise sur pied d\u2019une équipe chargée d\u2019étudier les mesures à prendre afin d\u2019améliorer la présence francophone au sein de la marine sous la direction du capitaine David Pollard.C\u2019est ce dernier qui sera responsable de l\u2019implantation du programme de francisation, qui sera surtout porté par la Réserve navale du Canada.En 1983, la seconde phase du projet est enclenchée et le quartier général de la Réserve navale est déménagé de Halifax, où il se trouvait depuis 1969, à la Ville de Québec, non sans attirer de vives critiques des officiers de la marine16.En effet, Halifax étant le principal port d\u2019attache de la flotte canadienne de la côte atlantique, il était logique que le QG de la Réserve demeure à proximité des opérations.Qu\u2019allaient faire à Québec des marins sans navire?L\u2019événement avait de quoi alimenter la plume des caricaturistes.Qu\u2019à cela ne tienne, le 25 juillet 1983, le nouveau QG est inauguré par M.Lamontagne au 900  Place d\u2019Youville17, dans l\u2019édifice Adams.Le même jour voit la cérémonie de passation de commandement des Divisions de la Réserve navale, alors au nombre de 18, du capitaine Peter Traves au capitaine David Pollard, qui devient ainsi le Commandant de la Réserve navale du Canada18.Ce poste étant généralement occupé pendant deux ans par les officiers de marine, il demeure directeur du service jusqu\u2019en 1985.L\u2018année 1983 coïncide avec le 60e anniversaire de la création des premières demi-compagnies de la Réserve navale des volontaires de la Marine royale du Canada en 1923, alors appelée Royal Canadian Naval Volunteer Reserve (RCNVR).Le déménagement du QG à Québec et la volonté de francisation de la marine s\u2019inscrivent directement dans cet événement.L\u2019année suivante, en 1984, toute la ville est en fête pour célébrer le 450e anniversaire de l\u2019arrivée de Jacques Cartier au Canada.Dans le cadre des festivités de Québec \u201984, la ville accueille des milliers de navires et de voiliers.Tout le secteur de la Pointe-à-Carcy du Vieux-Port est rénové au coût de 110 millions de dollars, avec l\u2019aménagement de bureaux modernes, de grands marchés et de boutiques.C\u2019est dans ces bâtiments que s\u2019installera, 10  ans plus tard, le complexe naval de la Pointe-à-Carcy.Pour l\u2019instant, le QG de la Réserve navale se trouve toujours Place d\u2019Youville, au même moment où le Pape Jean-Paul II défile dans les rues de Québec tout près et passe par la porte Saint-Jean19.Toutes ces festivités, étroitement liées aux célébrations du fait français en Amérique du Nord, créaient une conjoncture sociale favorable à la francisation de la Marine canadienne.C\u2019est dans ce contexte que semble avoir lieu le concours pour trouver une nouvelle devise à la Réserve navale.Autre exemple frappant de ces efforts, en 1984, le préfixe traditionnel HMCS signifiant Her Majesty\u2019s Canadian Ship et précédant le nom des navires militaires canadiens, est officiellement francisé en NCSM, pour Navire canadien de Sa majesté.Avant cette date charnière, tous les navires de guerre et établissements navals à terre portaient le préfixe anglophone.En 1985, d\u2019autres festivités suivent encore avec le 75e anniversaire de la Marine royale canadienne.Des événements ont lieu dans tout le pays et la Réserve navale est, encore une fois, directement impliquée.Malheureusement, la plupart de ces événements passent sous le radar de la presse québécoise, qui s\u2019intéresse peu au monde de la mer.15.Norman Delisle, Lamontagne veut plus de marins francophones, Le Devoir, 4 août 1982.BAnQ Journaux.16.Le QG de la réserve de la marine déménagerait de Halifax à Québec, Journal Le Soleil, 31 juillet 1982, feuillet F-5, BAnQ Revues et Journaux, https://numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/2732137 17.François Roy, La Réserve navale s\u2019installe à Québec, Journal Le Soleil, 26 juillet 1983.BAnQ Revues et Journaux, https:// numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/2973832 18.Historical Report for 1983, Historical Matters, HMC COND, Fonds de la Marine Royale canadienne, Collection du Musée naval de Québec.19.Jean-François Racine, Le Pape soulevait les foules, Journal Le Soleil, 8 septembre 2019, BAnQ Revues et Journaux, https:// www.journaldequebec.com/2019/09/08/le-pape-soulevait-les-foules La réserve arrivant à Québec.Caricature parue dans Le Soleil du 4 août 1982, feuillet A-4. 29 TRACES | Volume 61 no 2 Revue de la SPHQ | Printemps 2023 L\u2019adoption de l\u2019écusson et de la devise de la Réserve navale du Canada En 1984, la Réserve navale du Canada n\u2019avait encore ni écusson ni devise.Il est pourtant coutume, dans la marine canadienne, que les navires et les divisions de réserve navale \u2013 considérés comme des « frégates de pierre » et désignées comme des navires depuis 1941  \u2013 aient un emblème et une devise officielle en tant que symboles identitaires.Il en va de même dans de nombreux régiments des forces armées canadiennes, comme le Royal 22e Régiment dont la devise « Je me souviens » est un appel au souvenir de notre histoire.Dans le cadre des festivités et de la francisation de la marine, un concours fut donc lancé afin de doter ce service d\u2019une identité qui lui est propre.À ce moment- là, nous l\u2019avons vu, le Commandant des Divisions de la Réserve navale est le capitaine David Pollard, qui a travaillé au projet de Présence navale au Québec.Le musée s\u2019est donc naturellement intéressé à M.Pollard afin d\u2019obtenir son témoignage, mais fort malheureusement, ce dernier est décédé en 2021, quelques mois seulement avant le début de ces recherches.Si le second indice semblait confirmer le rôle du capitaine Pollard dans l\u2019instauration de la devise, un troisième allant dans la même direction se révéla lors d\u2019une conversation avec M.Charles-André Nadeau, commandant en second des Divisions de la Réserve de 1987 à 1991, historien et proche collaborateur du Musée naval.Selon lui, M.Pollard était connu pour prononcer souvent le mot de Danton.M.Nadeau se rappelle que « durant mes visites à Québec, qui furent plutôt fréquentes, je l\u2019ai souvent entendu mentionner la fameuse devise à propos de l\u2019audace.Et si ma mémoire ne me trompe pas, il y avait un projet à l\u2019époque pour un écusson de la Réserve navale.À ma connaissance, il n\u2019y avait pas un écusson pour la Réserve depuis sa création.J\u2019ai toujours cru que c\u2019est lors de ce déménagement à Québec que la devise et l\u2019écusson ont commencé.Pollard était le genre d\u2019homme à s\u2019intéresser à des projets du genre20. » Les documents envoyés par les Autorités héraldiques du Canada au Musée naval, quelques semaines plus tard, achevèrent de confirmer le rôle de Pollard dans cette décision.Dans une lettre datant du 25 mai 1984, signée par David Pollard, ce dernier fait part au secrétaire administratif de l\u2019Amirauté des besoins d\u2019identifier le service dont il est désormais responsable.\u201cThe Commander, Naval reserve Divisions (COND) was established as a formation commander in December 1982.A formation badge was not decided and so COND is the only naval formation without badge\u201d.Il informe ensuite l\u2019Amirauté des mesures prises pour corriger la situation: \u201cA competition was held and the winning entry was submitted by the graphic artist from NAVRESDIV QG.This design is submitted for approval as the official badge of Commander, naval Reserve Divisions.The propose motto is «  De l\u2019audace, encore de l\u2019audace et toujours de l\u2019audace »21.Ce document démontre le rôle central joué par capitaine de vaisseau Pollard dans l\u2019adoption de l\u2019écusson et de la devise de la Réserve navale, mais il ne mentionne pas le nom de l\u2019auteur.Ce dernier mentionne que c\u2019est tout simplement l\u2019artiste graphique du QG qui a soumis l\u2019écusson gagnant.Le capitaine Pollard précise aussi qu\u2019une devise est proposée, sans mentionner la source exacte.Sachant qu\u2019il était connu pour dire souvent le mot de Danton lui-même, se pourrait-il que la phrase vienne directement de lui?Seuls les témoignages de ceux qui l\u2019ont connu pouvaient le confirmer.Le commodore à la retraite Jean-Claude Michaud, commandant de la Réserve navale de 1993  à 1995  et premier (et seul) francophone à atteindre ce grade dans l\u2019histoire de la Marine canadienne, apporta la dernière pièce du puzzle.Dans sa correspondance avec le Musée naval en 2021, il affirme qu\u2019«  Il est fort probable qu\u2019il y 20.Correspondance entre M.Samuel Venière, historien du Musée naval de Québec, et M.Charles-André Nadeau, Juillet 2021.Archives du Musée naval de Québec.21.Captain (N) D.E.Pollard, COND, Attention : Admiral Executive Secretary, Formation badge/Commander naval Reserve Divisions, 25 mai 1984.Copie de document obtenu par les Autorités héraldiques du Canada, Collection du Musée naval de Québec.Le ministre de la Défense, M.Gilles Lamontagne, s\u2019entretient sur le pont du navire de guerre Annapolis, avec l\u2019amiral Andrew Fulton, chef de la marine canadienne, et le capitaine David Pollard (au centre), à leur arrivée à Québec.Journal La Presse, 4 août 1982, Cahier E. 30 TRACES | Volume 61 no 2 Revue de la SPHQ | Printemps 2023 ait eu plusieurs soumissions transmises au QG par les unités de la Réserve navale et que la touche finale aurait été exécutée par l\u2019artiste graphique au QG de la Réserve.Il se devait d\u2019appliquer les normes du commandement maritime ainsi que les exigences héraldiques.Cela me parait très plausible, l\u2019explication concernant la devise en provenance directement du CapV (capitaine de vaisseau) Pollard.Il avait une certaine connaissance et habileté pour ce genre de projet.22 » Cette façon de procéder, à la manière d\u2019un concours, est tout à fait commune dans les Forces armées canadiennes.En 1973, lors du 50e anniversaire, les divisions étaient invitées à proposer une devise qui les représenterait.La question fut débattue dans chaque division, suite auxquelles le commandant de l\u2019unité faisait parvenir au Quartier général la proposition de leurs marins.La devise était ensuite approuvée par le Commandant du Quartier général23, qui jouait un rôle central dans le processus.En 1984, c\u2019est la même procédure qui guide la création de l\u2019écusson et de la devise de la Réserve navale du Canada.Encore en 2023, la création du badge officiel du Centenaire de la Réserve navale était le résultat d\u2019un concours remporté par le matelot de 2e  classe (mat 2) Joseph Dimayuga, ancien membre de l\u2019équipage du Navire canadien de Sa Majesté (NCSM) Discovery24.En mars 1988, la devise et l\u2019écusson sont donc officiellement adoptés par l\u2019Inspecteur des drapeaux et insignes des Forces canadiennes, M.V.Bezeau.L\u2019événement n\u2019est pas couvert par les médias, mais représente une période charnière pour la Réserve.Cette date spécifique correspondait au 65e anniversaire de la création des premières unités de Réserve navale.1988 voyait aussi le déménagement du QG de la Place d\u2019Youville au 94 rue Dalhousie, dans le Vieux-Port de Québec.Par ailleurs, la plupart des citadins l\u2019ignorent, mais les 24  divisions de Réserve navale du Canada dispersées d\u2019une côte à l\u2019autre sont encore aujourd\u2019hui administrées depuis la ville de Québec, où se trouve le quartier général de la Réserve navale.Plus que jamais, Québec est, et a toujours été, une ville militaire.Conclusion On a longtemps oublié quand et comment étaient arrivés cet écusson et cette devise.Nous avons aujourd\u2019hui une meilleure idée du contexte dans lequel ce changement s\u2019opéra.Grâce aux témoignages de Monsieur Charles- André Nadeau et de Monsieur Jean-Claude-Michaud, ainsi que des documents obtenus par les Autorités héraldiques du Canada, nous connaissons mieux le rôle historique joué par le capitaine David Edward Pollard dans ce processus.Bien que le décès de ce dernier nous a privés de renseignements précieux, l\u2019enquête menée par le Musée naval permet de mettre en évidence le parcours fascinant des mots qui, prononcés pour la première fois en 1792, se frayèrent un chemin jusqu\u2019à nous.Espérons que ces recherches permettent également de restituer une partie de la mémoire oubliée de la Réserve navale du Canada.22.Correspondance entre M.Samuel Venière, historien du Musée naval de Québec, et M.Jean-Claude Michaud, commodore de la Réserve navale à la retraite, 9 mars 2022.Archives du Musée naval de Québec.23.Rapport historique de l\u2019année 1973, Historical matters.HMC Divisions, Fonds de la Marine Royale du Canada.Collection du Musée naval de Québec.24.Ainsi est née la conception du symbole graphique du Centenaire de la Réserve navale, Nouvelles de la Marine, Gouvernement du Canada, 11 février 2022.https://www.canada.ca/fr/ministere-defense-nationale/feuille-derable/ mrc/2022/02/graphique-centenaire-resnav.html Réponses : Balado Passé date ?(3e saison) \u2013 Quiz sur le référendum de 1980 de la page 33 1.D 7.B 2.D 8.C 3.B 9.D 4.A 10.A 5.D 11.A 6.C 12.C 31 TRACES | Volume 61 no 2 Revue de la SPHQ | Printemps 2023 PRIX D\u2019EXCELLENCE DE LA SPHQ 1 000 $ aux élèves et enseignant en histoire ÉLÈVES : 5 PRIX DE 100 $ Ces prix récompensent les élèves de 3e ou 4e secondaire s\u2019étant démarqués par l\u2019intérêt soutenu qu\u2019ils ont démontré pour l\u2019histoire du Québec, par leur participation active dans les cours et activités scolaires liés à l\u2019histoire et par des résultats académiques supérieurs à la moyenne.Sont admissibles les élèves qui ont suivi un cours d\u2019histoire du Québec pendant l\u2019année scolaire 2022-2023.ENSEIGNANT : 1 PRIX DE 500 $ Ce prix vise à souligner le travail accompli par un enseignant d\u2019histoire du secondaire pour faire découvrir, connaître et aimer l\u2019histoire.L\u2019enseignant doit s\u2019être démarqué par des approches pédagogiques originales, par son dynamisme en classe et au sein de l\u2019école ou par la conception et la publication de matériel didactique.REMISE DES PRIX Les prix d\u2019excellence ne histoire pour les élèves sont transmis aux écoles participantes afin qu\u2019elles puissent les remettre aux lauréats à la fin de l\u2019année scolaire lors de leurs soirées Méritas.Le prix d\u2019excellence en histoire pour l\u2019enseignant est remis à l\u2019automne lors du congrès annuel de la SPHQ.MODALITÉS Les enseignants doivent soumettre leur candidature ou celle de leur élève en envoyant par la poste le formulaire complété et les documents requis avant le 15 mai 2023.Les formulaires pour poser une candidature sont disponibles sur le site internet de la SPHQ à l\u2019adresse www.sphq.quebec 32 TRACES | Volume 61 no 2 Revue de la SPHQ | Printemps 2023 CRÉDITS : Animation: Martin Landry Rédaction et recherches historiques: Raymond Bédard et Martin Landry Montage : Philippe Séguin Réalisation : Anne-Sophie Carpentier Production : Montréal en Histoires et QUB radio Partenaire de contenu : Société de professeurs d\u2019histoire du Québec et CEC Montréal, capitale du Canada?La naissance du Canada Révoltes patriotes de 1837-1838 APRÈS 1867 Honoré Mercier Wilfrid Laurier, le Canada et l\u2019Empire Les débuts du syndicalisme La 2e phase de l\u2019industrialisation Le Canada et la Première Guerre mondiale La crise des années 1930, il y avait de quoi en faire une Grande Dépression ! Découvertes et inventions made in Canada 1939-45, on n\u2019était pas des figurants Le coopératisme, le pouvoir de l\u2019entraide Le néolibéralisme NOUVEL ÉPISODE saison 3 L\u2019American way of life : 1945-1960 NOUVEL ÉPISODE saison 3 Duplessis, le Cheuf ! NOUVEL ÉPISODE saison 3 C\u2019est le temps qu\u2019ça change, l\u2019heure de la révolution a sonné! Le référendum de 1980 NOUVEL ÉPISODE saison 3 Le référendum de 1995 NOUVEL ÉPISODE saison 3 Castor trop maigre et pitas libanais Histoires surprenantes - De la patente aux blasphèmes TOI, ES-TU PASSÉ DATE?10 nouveaux épisodes disponibles sur les sites web de Montréal en Histoires et de QUB radio, ou sur toutes les plateformes de téléchargement de podcast (ex: Spotify, Apple).Gagnant d\u2019un prix Numix en 2022, le balado PASSÉ DATE?raconte avec esprit et dynamisme l\u2019histoire du Québec et du Canada par le biais de récits palpitants et d\u2019anecdotes méconnues.Inspiré des contenus historiques des cours d\u2019histoire de 3e et 4e secondaire, il vise autant les 15-16 ans que les amoureux de l\u2019histoire.LE BALADO LE PLUS ÉCOUTÉ PAR LES JEUNES DE 14 À 17 ANS AU QUÉBEC! LISTE DES ÉPISODES JUSQU\u2019À 1763 Hochelaga et le mystère iroquoien Samuel de Champlain, père de la Nouvelle- France NOUVEL ÉPISODE saison 3 Le temps des Cent Associés L\u2019homme de confiance du Roi-Soleil (Jean-Talon) Frontenac : Par la bouche de mes canons! NOUVEL ÉPISODE saison 3 D\u2019Iberville, personnage légendaire La vie urbaine en Nouvelle-France NOUVEL ÉPISODE saison 3 La Paix de Trente Ans (1713-1744) La Guerre de la Conquête (1754-1760) 1763 à 1867 L\u2019invasion américaine de 1775 NOUVEL ÉPISODE saison 3 L\u2019immigration irlandaise NOUVEL ÉPISODE saison 3 De la crosse au hockey, des petites histoires sportives qui ont forgé notre identité! 33 TRACES | Volume 61 no 2 Revue de la SPHQ | Printemps 2023 Balado Passé date ?(3e saison) \u2013 Quiz Épisode : Le référendum de 1980 Raymond Bédard 1.Lors de la Révolution tranquille, un nouveau nationalisme québécois prend forme auquel est associé l\u2019idée de l\u2019indépendance du Québec.Quel parti politique indépendantiste est fondé en 1968 par René Lévesque, ex-ministre du Parti libéral du Québec?A) L\u2019Alliance laurentienne B) Rassemblement pour l\u2019indépendance nationale C) L\u2019Union nationale D) Le Parti québécois 2.Lors de la campagne électorale de 1976, le parti de René Lévesque avait pris un engagement auprès des électeurs pour les rassurer au sujet de l\u2019indépendance du Québec.De quelle promesse s\u2019agit-il?A) De tenir un référendum sur la souveraineté-association au début de leur mandat.B) D\u2019obtenir le consentement de tous les partis politique du Québec avant de procéder à un référendum sur la souveraineté-association.C) De s\u2019assurer que le gouvernement fédéral accepte le principe d\u2019un référendum.D) De tenir un référendum sur la souveraineté-association à la fin de leur mandat.3.Le Parti québécois prend le pouvoir en novembre 1976 et dans les quatre premières années de son mandat, le parti de René Lévesque adoptera plusieurs lois.Parmi les lois suivantes, laquelle n\u2019est pas associée au gouvernement du Parti québécois?A) Loi sur la protection du territoire agricole B) Loi sur l\u2019assurance-maladie C) Loi sur l\u2019assurance automobile D) Charte de la langue française (loi 101) 4.Au cours de son premier mandat, le Parti québécois a adopté une réforme du financement des partis politiques.Quel but visait cette réforme?A) Empêcher les entreprises privées de financer un parti politique.B) Limiter à 1 000$ la contribution des entreprises privées à un parti politique.C) Permettre aux entreprises privées de financer un parti politique.D) Limiter à 200 $ à la contribution des citoyens à un parti politique.5.En 1980, lors de la campagne référendaire sur le projet de souveraineté-association proposé par le Parti québécois, deux camps vont s\u2019affronter, celui du Oui et celui du Non.Quel premier ministre canadien va jouer un rôle important pour le camp du Non?A) Daniel Johnson B) Joe Clark C) Claude Ryan D) Pierre-Elliott Trudeau 6.Quelle est la place du Québec dans la conception du fédéralisme canadien du premier ministre du Canada au moment du référendum ?A) Le Québec doit avoir un statut particulier.B) Le Québec doit obtenir une plus grande autonomie.C) Le Québec est une province comme les autres.D) Le Québec est assez autonome. 34 TRACES | Volume 61 no 2 Revue de la SPHQ | Printemps 2023 7.Le 20 mai, les résultats du référendum confirment l\u2019échec de l\u2019option souverainiste.Dans quelle proportion la population du Québec a-t-elle rejeté le projet de souveraineté-association ?A) 51 % B) 60 % C) 70 % D) 80 % 8.Dans ses engagements, pris lors de la campagne référendaire, le premier ministre Trudeau avait promis de procéder à une réforme constitutionnelle pour satisfaire aux demandes du Québec.Au lendemain du référendum, que fait-il pour respecter sa promesse ?A) Il convoque seulement les premiers ministres de l\u2019Ontario et du Québec pour discuter de leur place dans la Confédération canadienne.B) Il convoque René Lévesque à Ottawa pour discuter des options pour améliorer la place du Québec au sein du Canada.C) Il convoque tous les premiers ministres des provinces canadiennes à Ottawa pour participer à une conférence constitutionnelle.D) Il fait une tournée du Canada pour présenter sa nouvelle vision du fédéralisme canadien.9.Lors des négociations, le premier ministre du Canada Pierre Elliott Trudeau parle de rapatrier la constitution canadienne.À quelle constitution fait-il allusion?A) L\u2019Acte de Québec B) L\u2019Acte d\u2019union C) L\u2019Acte de la Confédération D) L\u2019Acte de l\u2019Amérique du Nord Britannique 10.Pourquoi le premier ministre canadien veut-il procéder de façon unilatérale au rapatriement de la constitution canadienne?A) Parce que les provinces canadiennes s\u2019y opposent.B) Parce que l\u2019Angleterre l\u2019exige.C) Parce que seule l\u2019Ontario y est favorable.D) Parce que c\u2019est la seule façon de procéder.11.Comment se nomme le ministre de la Justice canadien qui participe aux négociations sur le rapatriement de la constitution?A) Jean Chrétien B) Claude Morin C) Joe Clark D) Claude Ryan 12.Quelle expression a-t-on utilisée pour désigner l\u2019événement où les représentants du Québec ont été exclu des pourparlers lors des rencontres constitutionnelles de novembre 1981 à Ottawa?A) La nuit blanche B) La nuit de la pleine lune C) La nuit des longs couteaux D) La nuit des rois Retrouvez les réponses en page 30 Balado Passé date ?(3e saison) \u2013 Quiz Épisode : Le référendum de 1980 35 TRACES | Volume 61 no 2 Revue de la SPHQ | Printemps 2023 À découvrir : un espace consacré à l\u2019exercice du droit de vote, d\u2019hier à aujourd\u2019hui Marlène Lebreux, Conseillère en éducation à la démocratie, Élections Québec Lors d\u2019élections, des millions de Québécoises et de Québécois votent afin d\u2019élire les personnes candidates qui les représenteront et qui prendront des décisions en leur nom au sein du gouvernement.Au fil de l\u2019histoire, l\u2019exercice du droit de vote n\u2019a pas toujours été de mise.Même quand ce droit a été accordé, certaines personnes, notamment les femmes et les Autochtones, n\u2019y avaient pas accès.D\u2019hier à aujourd\u2019hui, nous avons parcouru beaucoup de chemin pour créer un système électoral reposant sur des mécanismes et des règles précises permettant à l\u2019ensemble des électrices et des électeurs de voter librement et en toute confiance.Le privilège de vivre dans une démocratie est un précieux héritage.Pour comprendre ce trésor et en apprécier les différentes facettes, Élections Québec ouvrira bientôt les portes du carrefour de la Démocratie.Dans cet espace public, le présent et le passé se conjugueront au cœur d\u2019une exposition permanente consacrée aux élections et à l\u2019exercice du droit de vote.À quelques semaines de l\u2019ouverture de ce lieu, nous vous proposons un survol de ce qui attend les visiteurs, tout en testant vos connaissances historiques et démocratiques.Sur les traces du passé L\u2019exercice du droit de vote tel qu\u2019on le connaît aujourd\u2019hui est le fruit de plusieurs siècles d\u2019évolution.Pendant la plus grande partie du XIXe siècle, les élections se tenaient sur plusieurs jours, parfois même sur quelques semaines.Le vote se faisait de vive voix ou à main levée, devant les autres électeurs.Cela occasionnait souvent des disputes entre adversaires politiques.Aujourd\u2019hui, on s\u2019assure que le vote est secret et que les électrices et électeurs votent librement, sans crainte ni intimidation.Le carrefour de la Démocratie posera un regard historique sur les événements qui ont mené à l\u2019adoption du suffrage universel au Québec.Il racontera les grands moments de notre passé électoral sur une ligne du temps ponctuée de hauts, de bas, de débats et de revendications.Des pièces d\u2019archives inédites montreront les nombreuses transformations que le matériel électoral a connues  : une urne métallique datant de la fin du XIXe siècle, des bulletins de vote historiques (ceux des référendums de 1980 et de 1995, par exemple) ainsi que des outils utilisés pour dessiner les cartes électorales bien avant l\u2019arrivée des technologies de pointe.Sauriez-vous dire en quelle année se sont déroulés ces événements marquants de l\u2019histoire du droit de vote au Québec?\u2022 L\u2019âge pour voter passe à 18 ans.Réponse : En 1963.L\u2019âge légal pour voter passe de 21 à 18 ans, faisant passer le nombre d\u2019électeurs inscrits de 2,7 millions, en 1962, à 3,2 millions, en 1966.\u2022 La première élection provinciale est tenue par vote secret.Réponse : En 1875.Ce sera aussi la première fois, au Québec, qu\u2019une loi traitera du contrôle des dépenses électorales.\u2022 Le premier président général d\u2019Élections Québec est nommé.Réponse  : En 1945.À ce moment, il est nommé à vie par le gouvernement.Son mandat concerne essentiellement les opérations électorales.\u2022 Le nom d\u2019une femme est inscrit pour la première fois sur un bulletin de vote lors d\u2019une élection provinciale.Réponse : En 1947.C\u2019est lors de l\u2019élection partielle du 23 juillet 1947, dans la circonscription de Huntingdon, qu\u2019une première candidate se présente  : Mme Dennis James (Mae) O\u2019Connor.\u2022 La personne nommée à titre de directeur général des élections obtient le droit de vote.Réponse : En 1989.Les juges, les personnes détenues ainsi que les directrices et directeurs du scrutin avaient retrouvé leur droit de vote en 1979.Ce n\u2019est que dix ans plus tard que le directeur général des élections peut enfin, à son tour, voter.Les élections aujourd\u2019hui L\u2019exercice du droit de vote est la base du fonctionnement de notre société démocratique.L\u2019organisation d\u2019élections provinciales et de référendums est d\u2019ailleurs l\u2019un des mandats les plus connus d\u2019Élections Québec.Neutre et impartiale, cette institution met en œuvre l\u2019ensemble des activités nécessaires au bon déroulement des élections, conformément à la Loi électorale. 36 TRACES | Volume 61 no 2 Revue de la SPHQ | Printemps 2023 Élections Québec a aussi d\u2019autres responsabilités, comme gérer la liste électorale permanente et le registre des entités politiques autorisées, former le personnel électoral et s\u2019assurer du respect des règles liées au financement politique et au contrôle des dépenses électorales.La promotion des valeurs démocratiques est un autre volet important de sa mission.En effet, Élections Québec sensibilise les électrices et les électeurs actuels et futurs à l\u2019importance d\u2019exercer leurs droits électoraux.Elle les outille pour le faire et elle les encourage à prendre part à la vie démocratique de notre société.La visite du carrefour de la Démocratie permettra de se familiariser avec le rôle et les champs d\u2019expertise d\u2019Élections Québec.Différents concepts liés au fonctionnement de notre système électoral seront expliqués : le rôle important que jouent les directrices et directeurs du scrutin, les grandes étapes nécessaires à l\u2019organisation des élections, les règles qui encadrent le financement politique, les activités de coopération que mène Élections Québec à l\u2019international, etc.Connaissez-vous bien les élections provinciales et leurs différentes facettes?Voici quelques questions pour mesurer vos connaissances.\u2022 Vrai ou faux?En votant pour votre personne candidate ou votre parti politique préféré, vous lui permettez d\u2019avoir davantage de financement.Réponse : Vrai.Voter aide financièrement la personne candidate ou le parti politique que l\u2019on choisit, puisque chaque vote a une valeur financière, que la personne soit élue ou non.La Loi électorale prévoit des règles bien précises en matière de financement politique.\u2022 Quand les élections sont déclenchées, le calendrier électoral commence.Combien de jours compte-t-il?Réponse : De 33 à 39 jours.La tenue d\u2019élections libres, fiables et transparentes est le résultat d\u2019une série d\u2019opérations inscrites au calendrier électoral.\u2022 Nous sommes 125 personnes qui assurent le bon déroulement des élections dans leur circonscription.Qui sommes-nous?Réponse  : Les directrices et directeurs du scrutin.Nommés pour un mandat de dix ans, ils agissent de concert avec le directeur général des élections afin que les électrices et les électeurs puissent voter librement et en toute confiance.\u2022 Avant mon entrée en vigueur, il fallait mener de vastes opérations de recensement partout au Québec avant chaque élection.Qui suis-je?Réponse  : La liste électorale.Elle contient les informations requises afin de produire les listes d\u2019électrices et d\u2019électeurs pour les élections provinciales, municipales et scolaires.\u2022 Comment se nomme le document qui découpe le Québec en 125 circonscriptions?Réponse  : La carte électorale.Elle assure la représentation juste et équitable des électrices et des électeurs à l\u2019Assemblée nationale.D\u2019ailleurs, le processus de révision de cette carte a été enclenché au lendemain des élections provinciales, l\u2019automne dernier.La carte électorale provinciale est révisée toutes les deux élections générales.Depuis 1979, cette responsabilité est confiée à la Commission de la représentation électorale.Comme Élections Québec, la Commission est neutre et indépendante.À bientôt au carrefour de la Démocratie ! Ouvert à l\u2019ensemble des citoyennes et des citoyens, le carrefour de la Démocratie sera situé dans les locaux d\u2019Élections Québec, à Québec.En plus de l\u2019exposition permanente, ce lieu proposera diverses activités  : conférences, ateliers, tables rondes, projections virtuelles, etc.Un programme d\u2019activités sera lancé dès l\u2019automne 2023.C\u2019est une invitation à venir découvrir cet espace citoyen au cours de la prochaine année, seul, en groupe ou même avec des élèves.Des activités et des ateliers éducatifs pourront y être animés avec les jeunes.Voilà une belle occasion de parfaire ses connaissances et de se laisser surprendre par des facettes méconnues de notre démocratie et de son histoire! Lectures et activités complémentaires : \u2022 Activité pédagogique : Il était une fois\u2026 le droit de vote! \u2013 https://www.electionsquebec.qc.ca/ressources- pedagogiques/il-etait-une-fois-le-droit-de-vote/ \u2022 Histoire d\u2019Élections Québec \u2013 https://www.elections quebec.qc.ca/francais/a-propos-de-nous/dge- historique.php \u2022 Jeu-questionnaire sur le droit de vote des femmes \u2013 https://www.electionsquebec.qc.ca/francais/provincial/ vote/jeu-questionnaire-sur-le-droit-de-vote-des- femmes.php \u2022 Voter \u2013 https://www.electionsquebec.qc.ca/voter/ \u2022 Comprendre les cartes électorales \u2013 https://www.electionsquebec.qc.ca/comprendre/comprendre-les- cartes-electorales/ \u2022 Comprendre le financement politique \u2013 https://www.electionsquebec.qc.ca/comprendre/comprendre-le- financement-politique/ \u2022 Vocabulaire des élections (réalisé en collaboration avec l\u2019Office québécois de la langue française) https://www.electionsquebec.qc.ca/comprendre/ comprendre- la-democrat ie-et- les-elect ions/ vocabulaire-des-elections/ 37 TRACES | Volume 61 no 2 Revue de la SPHQ | Printemps 2023 Tisser des réseaux conceptuels pour construire sa compréhension des réalités sociales en histoire au premier cycle du secondaire Jean-Louis Jadoulle, Didacticien, Université TÉLUQ Outre le développement des compétences et l\u2019étude des réalités sociales, le programme Histoire et éducation à la citoyenneté (MEQ, 2003) demande aux élèves d\u2019apprendre des concepts.Cette tâche n\u2019est pas mince car le programme en comprend près d\u2019une centaine.Or, apprendre un concept suppose, de la part de l\u2019apprenant, un travail de conceptualisation de nature inductive ou, à tout le moins déductivo-inductive, qui le conduit à comparer des exemples et des contre-exemples afin d\u2019en dégager ou d\u2019y valider la présence de caractéristiques communes (Barth, 1987, 1993a, 2013; Desrosiers-Sabbath, 1984 ; Jadoulle e.a., 2004).Pour l\u2019enseignant d\u2019histoire, engager l\u2019élève dans pareille démarche suppose d\u2019y consacrer une part non négligeable du temps d\u2019enseignement.Face au grand nombre de concepts, l\u2019enseignant doit donc inévitablement faire des choix.Le programme semble l\u2019outiller en distinguant des concepts « centraux » et des concepts «  particuliers  ».Toutefois, rien n\u2019est dit quant au sens de cette distinction ni quant aux raisons qui font que tel ou tel concept est « central » ou « particulier ».Dans plusieurs cas, le choix du concept central semble implicitement justifié par l\u2019angle d\u2019entrée associé à la réalité sociale.Ainsi, dès lors que l\u2019étude de la Renaissance est soutenue par le projet de faire découvrir à l\u2019élève que cette période est «  marquée par un mouvement d\u2019affirmation de la confiance en l\u2019homme » (MEQ, 2003, p.359), il paraît justifié d\u2019ériger le concept d\u2019humanisme en concept central.En revanche, le projet de faire découvrir le poids de l\u2019Église au Moyen Âge ne nous paraît pas justifier le choix du concept central qu\u2019est l\u2019Occident : celui-ci ne constitue en effet pas un outil de compréhension à même d\u2019appréhender ni le processus de christianisation ni la chrétienté qui en résulte.De plus, cette distinction ne fournit aucun repère opérationnel susceptible d\u2019orienter l\u2019enseignant et de lui permettre d\u2019identifier le ou les concepts par le(s)quel(s) il serait plus opportun de débuter et comment les élèves pourraient être amenés, pas à pas, à «  se doter d\u2019un réseau de concepts nécessaires à la construction [d\u2019une] représentation » (MEQ, 2003, p.350) de la réalité sociale à l\u2019étude.Le but de cet article est d\u2019esquisser quelques propositions qui permettront aux enseignants, face à la centaine de concepts, d\u2019identifier ceux à propos desquels il serait pertinent de mettre en œuvre des démarches de conceptualisation et comment, à partir de ces concepts que nous proposerions de substituer aux concepts centraux du programme, il est possible d\u2019articuler, sous la forme d\u2019un réseau, les autres concepts.Les élèves pourraient ainsi être conduits à élaborer leur compréhension des réalités sociales que les concepts sont censés éclairer.1.Des concepts \u2026 qui n\u2019en sont pas\u2026 Les concepts analytiques ou de second ordre qui sont l\u2019objet de cet article se distinguent des concepts méthodologiques ou de premier ordre comme source, cause, changement, synchronie\u2026 Ces derniers constituent les outils intellectuels inhérents à la méthode ou la pensée historienne.En revanche, les concepts analytiques servent, eux, «  à examiner des situations sociales nouvelles, passées et présentes » (Martineau, 1999, p.154).Souvent empruntés aux sciences sociales et refaçonnés par l\u2019historien (Herrero e.a., 1997; Noël, 2004), ils constituent des connaissances déclaratives particulières, à savoir des catégories abstraites (Bouvier & Chiasson-Desjardins, 2013) qui désignent un ensemble de réalités partageant un certain nombre de caractéristiques.Ainsi, la catégorie abstraite qu\u2019est la dictature désigne, aujourd\u2019hui, un ensemble de réalités (les États chinois, russe, nord- coréen\u2026) qui ont en commun des restrictions en matière de libertés, la non-séparation des pouvoirs, etc.Or, parmi ces concepts analytiques que le programme du premier cycle demande à l\u2019enseignant d\u2019enseigner, il faut d\u2019abord relever la présence d\u2019intitulés qui nous semblent davantage relever des faits (Martineau, 2010) ou des phénomènes (Wilschut e.a., 2013).Il en est ainsi de l\u2019Occident, qui est l\u2019objet de la christianisation à l\u2019œuvre à 38 TRACES | Volume 61 no 2 Revue de la SPHQ | Printemps 2023 partir de la fin de l\u2019Antiquité, et de l\u2019Église, qui en est le vecteur : ces termes désignent un territoire particulier et unique et un acteur historique déterminé et ne constituent donc pas des catégories abstraites.De même, le Grand commerce désigne une réalité circonstanciée, celle qui prévaut en Occident entre le 11e et le 15e siècles.Quant à la Réforme, à la Renaissance, aux «  Grandes Découvertes », au Siècle des Lumières, ils constituent des phénomènes, c\u2019est-à-dire des «  situations, institutions, mouvements et idéologies qui ont persisté, sous une forme quasi inchangée, durant une longue période de temps » (Wilschut e.a., 2013 ; trad.Jadoulle, 2018, p.15).Comprise dans le contexte de la colonisation européenne des 15e et 16e siècles, l\u2019économie-monde constitue aussi un phénomène unique.Il apparaît donc préférable d\u2019enseigner ces faits ou phénomènes comme des connaissances déclaratives à caractère non conceptuel.2.Des concepts de niveaux d\u2019abstraction différents Les autres concepts énoncés dans le programme du premier cycle peuvent revêtir des niveaux d\u2019abstraction variés.Comme l\u2019a montré Barth (1993b), le niveau d\u2019abstraction d\u2019un concept détermine sa position au sein du réseau conceptuel où il s\u2019inscrit.En effet, un concept se définit par un concept plus englobant qui le situe dans un genre et par un ou plusieurs concepts plus spécifiques.Ainsi, la monarchie parlementaire (concept que nous qualifions d\u2019intermédiaire) est un régime politique (genre ou concept de rang supérieur) qui se caractérise par l\u2019existence d\u2019un parlement (attribut ou concept de rang inférieur) qui limite les pouvoirs du monarque.Ces trois niveaux d\u2019abstraction ont été utilisés pour classer l\u2019ensemble des concepts énoncés dans le programme du premier cycle.Il s\u2019agit bien entendu d\u2019une proposition qui n\u2019a de valeur qu\u2019heuristique.Comme le montre le tableau 1, la plupart des concepts peuvent être considérés comme des concepts de rang inférieur.Les concepts de rang intermédiaire sont beaucoup plus nombreux  : hiérarchie sociale, démocratie, chrétienté, bourgeoisie, urbanisation, humanisme, colonisation, classe sociale, libéralisme, socialisme, impérialisme, colonisation, nationalisme.Remarquons que certains apparaissent à propos de plusieurs réalités sociales tandis que trois d\u2019entre elles en sont dépourvues : la civilisation mésopotamienne, la romanisation et la reconnaissance des droits civils.Le concept de civilisation a vraisemblablement été placé par les auteurs pour jouer ce rôle de concept de rang intermédiaire.Sa charge idéologique, d\u2019une part, et sa grande proximité avec le concept de culture, utilisé préférentiellement par les archéologues, les anthropologues et les historiens, d\u2019autre part, rendent toutefois malaisée, à nos yeux, son utilisation comme un outil de compréhension des réalités sociales.Enfin, le programme retient plusieurs concepts de rang supérieur : ils apparaissent d\u2019ailleurs très souvent à propos de plusieurs réalités sociales.C\u2019est le cas des concepts de société, pouvoir, territoire, religion, culture, science, philosophie, art.Certains de ces concepts se situent eux- mêmes à des niveaux d\u2019abstraction différents.Ainsi, le concept de culture englobe ceux de religion, science, philosophie, art. 39 TRACES | Volume 61 no 2 Revue de la SPHQ | Printemps 2023 Tableau 1 Proposition de classification des concepts énoncés dans le programme Histoire et éducation à la citoyenneté (MEQ, 2003) Faits ou phénomènes Concepts de rang inférieur Concepts de rang intermédiaire Concepts de rang supérieur Réalités sociales en 1re secondaire La sédentarisation L\u2019émergence d\u2019une civilisation Une première expérience de démocratie La romanisation La christianisation de l\u2019Occident L\u2019essor urbain et commercial Concept central Société Civilisation Démocratie État Occident Bourgeoisie Concepts particuliers Division du travail Communication Cité-État Citoyen Chrétienté Bourg Échange Échange Citoyen Culture Croisade Capital Hiérarchie sociale Justice Éducation Droit Culture Charte Pouvoir Pouvoir Espace privé Empire Éducation Droit Production Religion Espace public Infrastructure Église Grand commerce Propriété Institution Institution Féodalité Hiérarchie sociale Territoire Philosophie Peuple Pouvoir Institution Pouvoir Territoire Science Urbanisation Régime politique Réalités sociales en 2e secondaire Le renouvellement de la vision de l\u2019homme L\u2019expansion européenne dans le monde Les révolutions américaine et française L\u2019industrialisation L\u2019expansion du monde industriel La reconnaissance des libertés et des droits civils Concept central Humanisme Économie-monde Droits Classes sociales Impérialisme Liberté Concepts particuliers Art Colonisation Citoyen Capitalisme Acculturation Censure Critique Commerce Démocratie Législation Colonisation Démocratisation Individu Culture Hiérarchie sociale Libéralisme Discrimination Discrimination Liberté Empire Justice Mode de production Métropole Dissidence Philosophie Enjeu Philosophie Révolution Nationalisme Droits Réforme Esclavage Régime politique Socialisme Égalité Renaissance Grandes Découvertes Révolution Syndicalisme Répression Responsabilité Technologie Séparation des pouvoirs Urbanisation Ségrégation Science Territoire Siècle des Lumières 3.Hiérarchiser pour enseigner plus efficacement Bien qu\u2019elle soit imparfaite et discutable, cette classification nous semble pouvoir guider l\u2019enseignant dans le choix des concepts à propos desquels il pourra affecter un temps d\u2019apprentissage suffisant à une démarche de conceptualisation.\u2022 En effet, vu leur grand nombre et, souvent, leur faible complexité, les concepts de rang inférieur peuvent faire l\u2019objet d\u2019un travail de définition, comme on le ferait s\u2019agissant de notions dont on engrange les définitions dans un lexique.Les élèves peuvent élaborer ces définitions sur la base de l\u2019analyse de documents, les découvrir grâce à l\u2019utilisation du manuel, d\u2019un dictionnaire, du Web\u2026 ou les obtenir de l\u2019enseignant.\u2022 Les concepts de rang supérieur se prêtent difficilement à une démarche de conceptualisation Dans le cadre de l\u2019étude d\u2019une seule réalité sociale.Ce n\u2019est qu\u2019au fil de l\u2019étude de plusieurs d\u2019entre elles que les élèves pourront dégager les attributs de «  la  » société, du pouvoir, du territoire, de « la » religion, etc. 40 TRACES | Volume 61 no 2 Revue de la SPHQ | Printemps 2023 \u2022 Les concepts de niveau de complexité intermédiaire, comme démocratie, chrétienté, bourgeoisie, urbanisation, humanisme, colonisation, hiérarchie sociale, libéralisme, socialisme, impérialisme, nationalisme\u2026, nous paraissent, par contre, se prêter à des démarches de conceptualisation.En effet, il est possible d\u2019amener des élèves à observer des exemples et des contre-exemples de bourgeois, de démocratie, d\u2019urbanisation, d\u2019humanisme, de colonisation, de hiérarchie sociale, de libéralisme, de socialisme, d\u2019impérialisme, de nationalisme\u2026 Il faut souligner enfin que, à quelques reprises, les intitulés des réalités sociales sont eux-mêmes porteurs d\u2019un concept intermédiaire qui pourrait être très pertinent.Ainsi, l\u2019étude de la sédentarisation comporte évidemment le concept de sédentarisation ou de sédentarité.Il en est de même pour la christianisation de l\u2019Occident et l\u2019essor ou la croissance des villes et du commerce.4.Partir des concepts intermédiaires et les relier aux concepts inférieurs et supérieurs Notre proposition consiste donc à déterminer, pour chaque réalité sociale, un ou deux concepts de rang intermédiaire qui peut être l\u2019objet d\u2019une démarche de conceptualisation par les élèves.Ces concepts deviennent ainsi centraux, quitte à ce qu\u2019ils ne soient pas indiqués comme tels par le programme.Les concepts de rang inférieur ou supérieur pourraient être qualifiés de « périphériques », plutôt que de « particuliers ».La sédentarisation Pour l\u2019étude de la sédentarisation, ce concept de rang intermédiaire pourrait être celui de sédentarisation ou, plus pertinemment encore, celui de sédentarité  : le premier met l\u2019accent sur le processus par lequel une société se sédentarise, ce qui nous semble très difficile à documenter, tandis que le second met l\u2019accent sur le résultat de ce processus, soit les traits caractéristiques d\u2019une société sédentaire vs nomade.En choisissant ce concept, l\u2019enseignant adopte l\u2019angle d\u2019entrée préconisé dans le programme et qui doit permettre de mettre en évidence l\u2019organisation sociale, politique, économique et territoriale propre aux premières sociétés sédentaires.Les autres concepts, de rang intermédiaire (hiérarchie sociale), inférieur (division du travail, échange, production, propriété) ou supérieur (société, pouvoir, territoire) trouveront aisément à se greffer à titre périphérique.Les élèves découvriront ainsi que la sédentarité est le fait pour une société, organisée selon une certaine hiérarchie, de s\u2019établir de façon définitive ou pour une longue durée sur un territoire et que cet état de fait amène des conséquences multiples sur le plan des échanges, de l\u2019organisation du pouvoir, de la production, de la division du travail et de la propriété.Figure 1.Les concepts périphériques au concept central de sédentarité.L\u2019émergence d\u2019une civilisation Faute d\u2019un concept intermédiaire qui n\u2019est pas connoté idéologiquement, comme l\u2019est celui de civilisation, et dont les contours sont aisés à circonscrire, l\u2019étude de la civilisation mésopotamienne peut constituer une occasion de confirmer les traits fondamentaux d\u2019une société sédentaire, en y ajoutant les conséquences de l\u2019apparition de l\u2019écriture sur le plan de la vie collective.Le fait de centrer à nouveau l\u2019étude de cette réalité sociale sur le concept de sédentarité ne devrait pas être vu comme une redite, mais comme relevant de l\u2019essence même des concepts  : des connaissances-outils mobilisables pour comprendre des sociétés différentes.Une première expérience de démocratie L\u2019étude de la cité athénienne au 5e siècle avant J.-C.sera évidemment organisée autour du concept de démocratie.Celle-ci pourra être définie comme le régime politique défendu par des philosophes grecs, établi dans le territoire de la Cité-État d\u2019Athènes et qui octroie à certains (hiérarchie sociale) membres de la société, les citoyens, tous de genre masculin, un mode de participation au pouvoir au moyen de certaines institutions.Figure 2.Les concepts périphériques au concept central de démocratie défini dans le contexte de la cité athénienne.La romanisation Le concept d\u2019État qui a été choisi par les auteurs du programme ne nous semble pas en tous points pertinent.En effet, si la romanisation est évidemment le fait de l\u2019État romain, le concept d\u2019État ne constitue pas un outil Sédentarité Société Territoire Hiérarchie sociale Échange Production Propriété Division du travail Pouvoir Pouvoir Territoire Société Cité-État Démocratie Institution Citoyen Hiérarchie sociale Régime politique Philosophie 41 TRACES | Volume 61 no 2 Revue de la SPHQ | Printemps 2023 intellectuel réellement opérant pour comprendre le processus de romanisation  : il permet uniquement d\u2019en désigner l\u2019acteur dominant.L\u2019enseignant pourrait donc choisir un autre concept, de rang intermédiaire, prévu au programme, mais associé à l\u2019expansion du monde industriel au 19e siècle, à savoir le concept d\u2019impérialisme.Ce concept est en effet en mesure de rendre compte du processus de romanisation.Les élèves pourraient ainsi découvrir que Rome, pour assurer son pouvoir, a constitué, sur son territoire, un empire en mettant en œuvre une politique impérialiste organisée par l\u2019État et ses institutions.Cela l\u2019a amenée à intégrer tous les peuples conquis en leur imposant sa culture et le droit romain, ainsi qu\u2019en y développant des infrastructures typiquement romaines, comme des aqueducs ou des routes.Toutefois, certains membres de ces peuples ont pu devenir des citoyens.Figure 3.Les concepts périphériques au concept central d\u2019impérialisme défini dans le contexte de la romanisation.La christianisation de l\u2019Occident L\u2019étude de la christianisation de l\u2019Occident pourrait prendre appui sur le concept de christianisation ou de chrétienté : le premier met l\u2019accent sur le processus et le second sur le résultat.Le programme ayant retenu le second, on pourra définir la chrétienté comme le modèle de société appliqué par l\u2019Église de Rome en Occident et qu\u2019elle tenta d\u2019imposer dans le domaine de la culture (art, science, éducation), de la société et dans la sphère du pouvoir, notamment au moyen de la féodalité.Elle tenta aussi d\u2019imposer ce modèle en Orient au moyen de la croisade, celle-ci servant aussi, en Occident, à réprimer les hérésies.Figure 4.Les concepts périphériques au concept central de chrétienté défini dans le contexte de la christianisation aux époques médiévale et moderne.L\u2019essor urbain et commercial Deux concepts intermédiaires essentiels semblent pouvoir soutenir la découverte de l\u2019essor urbain et commercial.L\u2019enseignant pourrait choisir de centrer l\u2019apprentissage sur la bourgeoisie, conformément à l\u2019angle d\u2019entrée du programme qui incite à mettre en évidence « les conditions qui favorisent la montée de la bourgeoisie marchande et [\u2026] son rôle dans le développement urbain » (MEQ, 2003, p.358).Les élèves seront ainsi en mesure de découvrir que, à partir du 11e siècle, en Occident, la hiérarchie sociale évolue, faisant place à une nouvelle classe sociale, la bourgeoisie.Celle-ci vit dans un bourg (une agglomération à vocation commerciale), se distingue par la possession d\u2019un capital qui provient en partie du développement du Grand commerce et bénéficie d\u2019institutions autonomes et d\u2019un droit urbain grâce à une ou des chartes concédées par des seigneurs.Mais l\u2019enseignant pourrait aussi faire le choix de mettre l\u2019accent sur l\u2019urbanisation afin de faire découvrir les liens que ce processus entretient avec le développement du Grand commerce et de la bourgeoisie, laquelle se distingue par son cadre de vie (le bourg), ses revenus (capital) et des prérogatives politiques et juridiques (institutions autonomes, droit urbain) concédées par les seigneurs à la faveur de chartes.Figure 5.Les concepts périphériques au concept central de bourgeoisie défini dans le contexte de l\u2019essor urbain et commercial au Moyen Âge.Le renouvellement de la vision de l\u2019homme L\u2019étude du renouvellement de la vision de l\u2019homme aux 15e et 16e siècles permettra aux élèves de mettre en évidence les traits originaux de la pensée humaniste par rapport à la conception de l\u2019homme et du monde prônée par l\u2019Église catholique.Les élèves pourront ainsi découvrir ses accents principaux (une philosophie qui se caractérise par son souci critique, notamment par rapport à la religion, et qui valorise l\u2019individu et sa liberté) et ses répercussions dans les domaines de l\u2019art et de la science, et ce, dans le contexte de la Renaissance et de la Réforme.Pouvoir Territoire Impérialisme Empire Peuples Infrastructure Citoyens Culture Droit Institution État Église Croisade Occident Chrétienté Féodalité Pouvoir Société Éducation Science Art Culture Orient Société Hiérarchie sociale Classe sociale Bourgeoisie Grand commerce Urbanisation Institution Droit Bourg Capital Charte 42 TRACES | Volume 61 no 2 Revue de la SPHQ | Printemps 2023 Figure 6.Les concepts périphériques au concept central d\u2019humanisme défini dans le contexte des 15e et 16e siècles.L\u2019expansion européenne dans le monde La découverte de l\u2019expansion européenne dans le monde et aux 15e et 16e siècles pourra s\u2019organiser autour du concept intermédiaire de colonisation.Celui-ci peut être défini comme un «  processus intentionnel d\u2019occupation d\u2019un territoire par des humains étrangers  » à celui-ci (Jadoulle & Bouhon, 2001, p.243) et qui, fort de leur supériorité sur le plan technologique et, au besoin, en ayant recours à l\u2019esclavage, construisent un empire.Durant les « Grandes Découvertes », cet empire a permis aux pays colonisateurs d\u2019établir la première économie-monde centrée sur l\u2019Occident; celle-ci a permis aux métropoles d\u2019étendre leur commerce, leur culture et leur pouvoir.Figure 7.Les concepts périphériques au concept central de colonisation défini dans le contexte de l\u2019expansion européenne des 15e et 16e siècles.Les révolutions américaine et française Le concept de démocratie s\u2019impose sans doute, s\u2019agissant des révolutions américaine et française.L\u2019enseignant pourra ainsi faire découvrir aux élèves que, tant sur le plan du régime politique qu\u2019en matière de justice, les principes fondamentaux de la démocratie (droits des citoyens, séparation des pouvoirs\u2026) hérités de la philosophie des Lumières et qui constituent la première expression du libéralisme politique attestent d\u2019une réelle révolution dans le champ du pouvoir, révolution qui est toutefois à nuancer en fonction de la position des citoyens dans la hiérarchie sociale.Figure 8.Les concepts périphériques au concept central de démocratie défini dans le contexte des révolutions américaine et française.L\u2019industrialisation L\u2019étude de l\u2019industrialisation aux 18e et 19e siècles est assortie, par les auteurs du programme, de plusieurs concepts intermédiaires pertinents  : classe sociale, libéralisme, socialisme, urbanisation.Le premier (classe sociale) permettra de mettre en évidence le bouleversement ou la révolution de la hiérarchie sociale et du mode de production consécutif au développement du capitalisme hérité du libéralisme économique.Le second concept (libéralisme) met l\u2019accent sur les ressorts idéologiques de ces bouleversements qui se déploient au profit de la bourgeoisie.Le troisième concept (socialisme) permettra aux élèves de cerner la teneur des solutions de rechange politiques et économiques socialistes promues par les adversaires du libéralisme et du capitalisme, lesquels plaident pour une réforme du mode de production et de la propriété et le développement d\u2019une législation sociale.Enfin, le quatrième concept (urbanisation) peut constituer une porte d\u2019entrée pour découvrir la révolution que l\u2019industrialisation provoque dans le mode de vie des travailleurs, jusqu\u2019alors très majoritairement occupés à l\u2019agriculture, et le bouleversement de la hiérarchie sociale au profit d\u2019une classe sociale, la bourgeoisie, dont la domination s\u2019affiche jusque dans l\u2019urbanisation qui transforme de nombreuses villes européennes puis américaines.Figure 9.Les concepts périphériques au concept central de classe sociale, de socialisme ou d\u2019urbanisation définis dans le contexte de l\u2019industrialisation.Philosophie Religion Humanisme Art Renaissance Science Réforme Critique Liberté Individu Colonisation Territoire Technologie Esclavage Empire Grandes Découvertes Économie-monde Commerce Culture Pouvoir Occident Pouvoir Révolution Démocratie Hiérarchie sociale Libéralisme Régime politique Séparation des pouvoirs Citoyen Droits Justice Philosophie Siècle des Lumières Société Hiérarchie sociale Révolution Classe sociale Urbanisation Socialisme Propriété Législation sociale Bourgeoisie Industrialisation Capitalisme Libéralisme Mode de production 43 TRACES | Volume 61 no 2 Revue de la SPHQ | Printemps 2023 L\u2019expansion du monde industriel Dans les dernières décennies du 19e siècle, cette nouvelle société industrielle se lance à la conquête de l\u2019Afrique et de l\u2019Asie.Le concept d\u2019impérialisme semble particulièrement pertinent pour comprendre cette réalité sociale.Ce concept permettra, en effet, aux élèves de découvrir que les États industriels européens ont mis en œuvre une politique impérialiste, c\u2019est-à-dire une politique de domination politique, militaire, économique et culturelle, par la force ou l\u2019influence sur un ou des peuples ou États (Jadoulle, Bouhon, & Nys, 2004) à l\u2019extérieur de leur territoire national, dans leur empire.Ce processus impérialiste va de pair avec la colonisation par l\u2019État métropolitain et ses institutions des territoires occupés par ces peuples ou États, leur acculturation, la pratique de la répression et la mise en place de nombreuses discriminations ou ségrégations.Au 19e siècle, ce processus impérialiste nourrit également le nationalisme à l\u2019œuvre dans les métropoles et qui les conduit à exalter leur sentiment d\u2019appartenance à la nation et à l\u2019empire que celle-ci possède.Figure 10.Les concepts périphériques au concept central d\u2019impérialisme défini dans le contexte de l\u2019expansion du monde industriel au 19e siècle.La reconnaissance des libertés et des droits civils Enfin, la dernière réalité sociale énoncée dans le programme du premier cycle, à savoir la reconnaissance des libertés et des droits civils, pourrait trouver à s\u2019organiser autour du concept de démocratie ou de démocratisation, selon que l\u2019enseignant veut mettre l\u2019accent sur les résultats ou le processus.Vu la difficulté de comparer différents processus de démocratisation, le concept de démocratie nous semblerait mieux se prêter à une démarche de conceptualisation.5.Tisser des réseaux conceptuels En procédant de cette manière, les élèves seraient conduits à tisser un «  réseau conceptuel  » (MEQ, 2003, p.350).Les auteurs du programme Histoire et éducation à la citoyenneté le recommandent  : le cours doit servir à «  enrichir graduellement le réseau de concepts [que l\u2019élève] déploie pour comprendre l\u2019univers social » (MEQ, 2003, p.337).Comme le montrent les exemples ci-dessus, ces réseaux conceptuels pourraient d\u2019abord être tissés à partir d\u2019un concept central qui est utilisé pour aborder une réalité sociale.Mais progressivement, ces différents réseaux conceptuels isolés pourraient s\u2019articuler.Par exemple, une fois découverts les réseaux relatifs aux concepts de démocratie à l\u2019époque des révolutions américaine et française et d\u2019industrialisation au 19e siècle, les élèves pourraient être amenés à les relier via le concept de libéralisme et à composer ainsi un réseau plus complexe.Figure 11.Deux réseaux conceptuels s\u2019articulant autour du concept de libéralisme.Cette pratique de construction d\u2019un réseau conceptuel aurait l\u2019avantage d\u2019amener les élèves à remobiliser des concepts déjà appris et donc, a priori, d\u2019améliorer la rétention de leurs connaissances.Elle constituerait aussi une occasion privilégiée de leur faire découvrir qu\u2019un même concept prend des contours et des significations différentes selon le contexte historique.Il nous semble donc que, en procédant de cette manière, c\u2019est-à-dire, d\u2019abord, en centrant les démarches de conceptualisation sur un concept intermédiaire pour chaque réalité sociale et, ensuite, en rattachant, à ce concept intermédiaire devenu central, des concepts périphériques, de rang inférieur et supérieur, et enfin en tissant des liens entre les réseaux conceptuels que les élèves auront ainsi élaborés, l\u2019enseignant pourrait arriver à « dompter » la centaine de concepts énoncés dans le programme Histoire et éducation à la citoyenneté.Références Barth, B.-M.(1987).L\u2019apprentissage de l\u2019abstraction.Méthodes pour une meilleure réussite de l\u2019école.Paris  : Retz.Barth, B.-M.(1993a).Le savoir en construction.Former à une pédagogie de la compréhension.Paris : Retz.Barth, B.-M.(1993b).La détermination et l\u2019apprentissage des concepts.Dans J.Houssaye (Éd.), La pédagogie : une encyclopédie pour aujourd\u2019hui (pp.275-288).Paris : ESF.Barth, B.-M.(2013).Élève chercheur, enseignant médiateur.Donner du sens aux savoirs.Paris-Montréal  : Retz \u2013 La Chenelière.Pouvoir Institutions État Métropole Peuples États Nationalisme Impérialisme Empire Colonisation Acculturation Répression Discrimination Ségrégation Libéralisme Société Hiérarchie sociale Révolution Classe sociale Urbanisation Socialisme Propriété Législation sociale Bourgeoisie Industrialisation Capitalisme Mode de production Libéralisme Pouvoir Révolution Démocratie Hiérarchie sociale Régime politique Séparation des pouvoirs Citoyen Droits Justice Philosophie Siècle des Lumières 44 TRACES | Volume 61 no 2 Revue de la SPHQ | Printemps 2023 Bouvier, F.& Chiasson-Desjardins, S.(2013).L\u2019apprentissage par concepts en première secondaire dans un cadre d\u2019arrimage de l\u2019histoire et de l\u2019éducation à la citoyenneté.Revue des sciences de l\u2019éducation de McGill, 48 (2), 297-316.Desrosiers-Sabbath, R.(1984).Comment enseigner les concepts.Vers un système de modèles d\u2019enseignement.Québec : PUQ.Herrero, D., Mattei, D., Meynac, J.-P., & Vennereau, G.(1997).Enseigner le concept de liberté en histoire au collège et au lycée.Dans F.Audigier (Éds), Concepts, modèles et raisonnements  : Actes du huitième colloque des didactiques de l\u2019histoire, de la géographie, des sciences sociales (pp.176-186).Paris : INRP.Jadoulle, J.-L.(2018), Faire apprendre l\u2019histoire.Pratiques et fondements d\u2019une « didactique de l\u2019enquête » en classe du secondaire (2e éd.).Namur : Érasme.Jadoulle, J.-L., & Bouhon, M.(Éds).(2001).Développer des compétences en classe d\u2019histoire.Louvain-la-Neuve : UCL.Jadoulle, J.-L., Bouhon, M.& Nys, A.(Éds) (2004), Conceptualiser le passé pour comprendre le présent.Conceptualisation et pédagogie de l\u2019intégration en classe d\u2019histoire.Louvain-la-Neuve : UCL.Martineau, R.(1999).L\u2019histoire à l\u2019école, matière à penser\u2026 Paris-Montréal : L\u2019Harmattan.Martineau, R.(2010).Fondements et pratiques de l\u2019enseignement de l\u2019histoire à l\u2019école.Traité de didactique.Québec : PUQ.Ministère de l\u2019Éducation du Québec (2003).Programme de formation de l\u2019école québécoise.Enseignement secondaire.Domaine de l\u2019univers social.Histoire et éducation à la citoyenneté (1er cycle).Québec  : Gouvernement du Québec.Noël, R.(2004).L\u2019historien et les concepts.Dans J.- L.Jadoulle, M.Bouhon, & A.Nys (Éds), Conceptualiser le passé pour comprendre le présent.Conceptualisation et pédagogie de l\u2019intégration en classe d\u2019histoire (pp.37-51).Louvain-la-Neuve : UCL.Veyne, P.(1976).L\u2019inventaire des différences, Paris : Seuil.Wilschut, van Straaten, & van Riessen (2013).Geschiedenisdidatiek.Handboek voor vakdocent (2e éd.).Bussum : Coutinho.Quoi de neuf Côté livres ?La question des Premières Nations au Canada Nouvelle édition mise à jour Renée Dupuis Boréal, Montréal, 2023 La première édition de ce livre est parue en 1991 sous le titre La Question indienne au Canada.Dans le sillage du rapatriement de la Constitution en 1982 et de la crise d\u2019Oka-Kanesatake en 1990, cette synthèse a grandement contribué à la prise de conscience de la portée des revendications autochtones et aux profonds changements qui se sont opérés depuis dans la manière de percevoir ces communautés.Trente ans plus tard, l\u2019avocate Renée Dupuis reprend ce texte, revu et mis à jour.Elle explique comment le statut de ces communautés est passé de celui de tribus indiennes à celui de peuples autochtones.Elle propose un survol de l\u2019histoire des relations entre les Blancs et les Premières Nations au Canada et un portrait socioéconomique de ces dernières.Elle fait le bilan de trente années d\u2019activisme judiciaire qui ont donné naissance à de nouvelles initiatives, comme la Commission de vérité et réconciliation.Elle montre enfin que, malgré toutes ces avancées, la question est encore loin d\u2019être réglée. 45 TRACES | Volume 61 no 2 Revue de la SPHQ | Printemps 2023 Pour l\u2019avancement des sciences, Histoire de l\u2019Acfas (1923-2023) Nouvelle édition mise à jour Yves Gingras Boréal, Montréal, 2023 L\u2019Association canadienne-française pour l\u2019avancement des sciences, maintenant nommée Acfas, célèbre son centenaire en 2023.Cet ouvrage propose la biographie de cette institution unique au Canada.Il met en évidence le travail accompli par une génération de pionniers \u2013 les Léo Pariseau, Marie-Victorin et Jacques Rousseau \u2013 et poursuivi depuis par leurs successeurs en vue de promouvoir la culture et les professions scientifiques par la création de conditions institutionnelles et sociales propices au développement de la recherche dans toutes les disciplines.L\u2019histoire de l\u2019Acfas nous fait découvrir les revendications de scientifiques francophones qui, dès le début des années 1920, font la promotion d\u2019une vision moderne et urbaine du Québec.On y découvre des chercheurs en relation avec les associations étrangères pour l\u2019avancement des sciences, des professeurs qui voyagent aux États-Unis et en Europe, des professeurs étrangers qui viennent ici donner des cours, des conférences et participer aux congrès tenus annuellement depuis 1933.Ces congrès sont une première façon pour l\u2019Acfas d\u2019intervenir publiquement et collectivement au nom de la science.Depuis les années 1960, l\u2019Acfas intervient aussi régulièrement en faveur du développement des politiques scientifiques québécoises et soutient les chercheurs œuvrant en francophonie canadienne minoritaire grâce à des sections régionales.L\u2019histoire de l\u2019Acfas montre que, à côté des discours cléricaux conservateurs tant cités, il existait aussi au Québec, pendant l\u2019entre-deux-guerres, un milieu intellectuel ouvert et au diapason de la science internationale.Un siècle plus tard, la mission de l\u2019Acfas n\u2019a rien perdu de sa pertinence, car la promotion des sciences est toujours un thème d\u2019actualité, dans un monde de plus en plus fondé sur les technologies.L\u2019Histoire nous le dira : Tabarnouche, pâté chinois et autres traits culturels du Québec Laurent Turcot Hurtubise, Montréal, 2022 Qu\u2019est-ce qui fait que le Québec est tel qu\u2019on le connaît  ?Nous pourrions dire que c\u2019est grâce à sa culture, entre autres choses.Mais de quelle culture parle-t-on, exactement ?Il y a notre langue avec ses sacres, ses accents, ses expressions.Il y a aussi notre gastronomie avec sa poutine, son sirop d\u2019érable et son fameux pâté chinois, qui, on s\u2019en doute, ne vient pas de Chine.Ensuite, il y a le sport.Par exemple, le hockey, avec ses grandes rivalités et les émotions fortes qu\u2019il suscite chez les Québécois.Nous n\u2019avons qu\u2019à penser à la fameuse Bataille du Vendredi saint en 1984! Parlant de saint\u2026 le calendrier religieux a longtemps ponctué l\u2019ordinaire de la vie du Québec.Malgré tout, savons-nous pourquoi nous célébrons le jour de l\u2019An, la fête des Rois ou la Saint-Valentin?Ou ces fêtes bien québécoises comme la Saint-Jean-Baptiste et le Carnaval de Québec?De plus, la façon dont nous nous sommes dotés d\u2019un système de santé et comment nous nous sommes soignés à travers l\u2019histoire s\u2019avère également un parcours bien singulier.Le Québec, c\u2019est tout cela et plus encore. 46 TRACES | Volume 61 no 2 Revue de la SPHQ | Printemps 2023 L\u2019appel de l\u2019Ouest, La Vérendrye, Louis Jolliet et leurs intrépides compagnons Renée Joyal Septentrion, Québec, 2023 Québécois et Autochtones, Histoire commune, histoires croisées, histoires parallèles?Sous la direction de Geneviève Nootens et François-Olivier Dorais Boréal, Montréal, 2023 Les immenses territoires de l\u2019Ouest de l\u2019Amérique du Nord, aujourd\u2019hui comme hier, en ont fait rêver plus d\u2019un.Avant l\u2019arrivée des Européens, cette vaste contrée était habitée par des nations qui, au rythme des saisons et des époques, l\u2019ont occupée pacifiquement ou se la sont âprement disputée.À peine les Européens eurent-ils mis le pied sur ce continent qu\u2019ils échafaudaient déjà plans et expéditions pour l\u2019explorer et le traverser.Renée Joyal revient sur les grands moments de l\u2019histoire de l\u2019Ouest canadien, depuis les expéditions de La Vérendrye et de ses fils au XVIIIe siècle jusqu\u2019aux combats de Louis Riel et des Métis au siècle suivant.Elle s\u2019intéresse ensuite à la formation du peuple métis - issu d\u2019unions entre hommes blancs et femmes autochtones - et aux luttes titanesques menées par Louis Riel et les siens pour la reconnaissance de leurs droits.Entremêlant la grande et la petite histoire, L\u2019Appel de l\u2019Ouest retrace les chemins empruntés par les descendants de Jacques Goulet - premier du nom à s\u2019établir en Nouvelle-France - qui ont répondu à l\u2019appel des grandes plaines.À travers leurs parcours, ce sont ceux de tous les pionniers de l\u2019Ouest qui sont entrevus.Les projets politiques de la nation québécoise et des peuples autochtones sont imbriqués dans des rapports de pouvoir historiquement marqués par le colonialisme et la non-reconnaissance.Or, la rencontre de ces projets s\u2019est inévitablement reportée dans un choc des historiographies, la tradition historiographique québécoise ayant longtemps invisibilisé, sinon instrumentalisé, les Premières Nations.Comment articuler le récit historique du Québec comme nation minoritaire et société dominante dans l\u2019espace de ses frontières, avec la construction par les Premières Nations de leur(s) propre(s) historiographie(s)?Comment rendre justice à ces points de vue qui, sans être exempts de recoupements, sont contradictoires à de nombreux égards?Quels enjeux méthodologiques, épistémologiques et politiques une telle démarche de réflexion soulève-t-elle?À défaut d\u2019apporter des réponses complètes et définitives à ces questions, les textes réunis ici, signés par des penseurs tant autochtones que non autochtones, contribuent à aménager un espace de dialogue entre historiographies.Sans oser présumer de la possibilité d\u2019une réconciliation, ils proposent des pistes de réflexion quant aux conditions d\u2019une conciliation des récits. 47 TRACES | Volume 61 no 2 Revue de la SPHQ | Printemps 2023 L\u2019épopée des Bateaux Blancs Louis-Vincent Barthe GID, 2023 Les photos présentées dans cet ouvrage évoquent l\u2019âge d\u2019or des croisières sur le fleuve Saint-Laurent et la rivière Saguenay.Une époque révolue de notre histoire maritime.Cette période faste s\u2019est écoulée, au gré des courants et des marées pendant près de quarante ans et fut représentée par les « paquebots fluviaux » SS  Québec, SS Richelieu, SS St.Lawrence et SS Tadoussac, de la compagnie Canada Steamship Lines.Les fameux Bateaux Blancs.La description de ces navires a été maintes fois abordée : leur silhouette, leur élégance et leur somptuosité.Leurs caractéristiques ont été détaillées.Leur construction a été évoquée.Et puis, l\u2019abandon des activités de croisière par Canada Steamship Line à l\u2019automne 1965 et la vente des trois derniers Bateaux Blancs au printemps 1966 ont été racontés.Mais qu\u2019en est-il de ces hommes et de ces femmes qui ont navigué à bord des « Blancs » ?Quel métier pratiquaient-ils / elles ?Quel était leur quotidien ?Quels étaient leurs passe-temps ?Le marin est le sujet de cet ouvrage.On le retrouve à bord.C\u2019est son lieu de travail, mais aussi son milieu de vie : il y mange, il y dort, il y fraternise, il s\u2019y amuse.Les Bateaux Blancs à l\u2019échelle humaine.Vous découvrirez ou revisiterez ces navires au fil des récits du personnel de bord et racontés par celui-ci.La relation enseignant-élève, Perspectives affective, humaniste, cognitive et sociale Sous la direction de Carl Beaudoin Presses universitaire UQAM, Montréal, 2022 Plusieurs chercheuses et chercheurs se sont déjà intéressés à la relation enseignant-élève (REÉ) dans les divers ordres d\u2019enseignement.Au Québec, plus précisément, nombre de travaux ont porté en tout ou en partie sur la REÉ, dans une perspective tantôt affective, tantôt humaniste, tantôt cognitive, mais rarement dans une perspective sociale.Et que dire d\u2019une prise en compte simultanée de ces quatre perspectives pour examiner la REÉ ?Bien peu ont osé s\u2019y aventurer jusqu\u2019à maintenant.Et s\u2019il y avait encore des zones d\u2019ombre ou un manque de complétude théorique ou scientifique pour étudier la REÉ ?La recherche éducative traduit-elle encore la REÉ de manière empiriquement ou scientifiquement fondée ?Emprunte-t-elle trop souvent les raccourcis du sens commun, ce qui légitimerait l\u2019étude de la REÉ ?Ces questions auxquelles nous tentons de répondre dans cet ouvrage ont pour but d\u2019inviter le lectorat à réfléchir aux fondements de la REÉ, à apprécier ses bienfaits et sa portée dans le monde scolaire québécois.Ce livre s\u2019adresse donc à tous les acteurs de l\u2019éducation qui gravitent de près ou de loin autour des élèves (parents, personnel enseignant et de direction, décisionnaires politiques) et qui désirent approfondir leurs connaissances sur la REÉ, sur ses plans historique, social, éducatif et scientifique de même que remettre en doute certains de leurs a priori, ceux-ci étant susceptibles de réduire toute la portée de l\u2019importance de la qualité de la REÉ entre le personnel enseignant et les élèves. 48 TRACES | Volume 61 no 2 Revue de la SPHQ | Printemps 2023 .Côté Musées ?Musée canadien de l\u2019histoire 100, rue Laurier, Gatineau De Pépinot à la Pat\u2019Patrouille, Prenez-en plein les yeux! Jusqu\u2019au 1er septembre 2023 Parcourez 70 ans d\u2019émissions de télévision canadiennes pour enfants.En plus de nombreux clips d\u2019émissions favorites, l\u2019exposition présente des marionnettes, des costumes originaux et plus encore.Cette exposition présente près de 100 émissions télévisées novatrices qui ont encouragé les enfants de partout au Canada à lire, écrire et à compter, ainsi que du contenu pour les publics préadolescent et adolescent.Musée naval de Québec 170, rue Dalhousie, Québec Exposition permanente Le Musée naval de Québec raconte l\u2019histoire du fleuve Saint-Laurent et de la Réserve navale du Canada.Vous serez captivé par des récits historiques qui font appel aux émotions et qui engendrent des questionnements sur l\u2019impact des guerres et l\u2019importance d\u2019œuvrer pour la paix.Vous y découvrirez des histoires méconnues : les batailles navales du Saint-Laurent, les récits des hommes et des femmes qui ont fait l\u2019histoire de la Marine canadienne.Plusieurs objets de la collection et documents d\u2019archives sont présentés au cœur de l\u2019exposition pour illustrer l\u2019univers naval : instruments de navigation, maquettes, objets personnels des marins.L\u2019exposition Héritiers des Guerres présente l\u2019expérience de la guerre par le regard des familles et des amis des anciens combattants.Une visite touchante, qui porte à réfléchir sur l\u2019impact des guerres et la nécessité d\u2019œuvrer en faveur de la paix.Musée de l\u2019Holocauste Montréal 5151, chemin de la Côte-Sainte-Catherine, Montréal Exposition permanente L\u2019exposition du Musée de l\u2019Holocauste Montréal raconte la vie des communautés juives avant, pendant et après l\u2019Holocauste.À travers les histoires des survivants montréalais qui ont survécu, vous êtes invités à réfléchir sur la destruction engendrée par les préjugés, le racisme et l\u2019antisémitisme.Votre visite débute par la découverte de la diversité des vies des Juifs d\u2019Europe et d\u2019Afrique du Nord avant la Seconde Guerre mondiale.Ensuite, vous découvrez les politiques antijuives mises en place par les nazis dès leur arrivée au pouvoir et les réactions des Juifs d\u2019Allemagne.Vous terminez la période d\u2019avant-guerre par la question de l\u2019antisémitisme au Québec et au Canada et leurs réactions quant aux évènements en Europe.Vous voyez ensuite la mise en place rapide du génocide des Juifs dès le début de la guerre.Malgré les terribles conditions, la fin de la liberté et les persécutions, vous serez surpris par la richesse de la vie dans les ghettos et les camps ainsi que les formes de résistance qui s\u2019organisent.L\u2019exposition permet de comprendre la fin de la guerre et la libération des camps.Vous êtes informés sur la situation des Juifs en Europe après la guerre et leur immigration, notamment à Montréal.Votre visite s\u2019achève dans une salle dédiée à la réflexion et la commémoration des victimes."]
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