Traces : revue de la Société des professeurs d'histoire du Québec, 1 juin 2023, Vol. 61, no 3, été 2023
[" REVUE DE LA SOCIÉTÉ DES PROFESSEURS D\u2019HISTOIRE DU QUÉBEC Fort Saint-Jean et invasion américaine de 1775 \u2022 Portraits de femmes en Nouvelle France \u2022 Les cent ans de l\u2019ACFAS (extraits) \u2022 Apprendre l\u2019histoire à l\u2019aide d\u2019organisateurs graphiques TRACES ISSN 0225-9710 ÉTÉ 2023 VOLUME 61 \u2013 NO 3 1 TRACES | Volume 61 no 3 Revue de la SPHQ | Été 2023 Sommaire Traces Volume 61 no 3 \u2022 Été 2023 SPHQ Mot du président Raymond Bédard 3 Pleins feux sur l'Histoire Pour l\u2019avancement des sciences.Histoire de l\u2019Acfas (1923-2023) Yves Gingras 8 Femmes de Nouvelle-France Dominique Deslandres 16 Les réfugiés acadiens au Canada (1755-1763) André-Carl Vachon 22 L\u2019invasion de 1775 au fort Saint-Jean à travers l\u2019archéologie Marijo Gauthier-Bérubé 29 Activités pédagogiques Balado Passé date ?(3e saison) \u2013 Quiz Raymond Bédard 37 \u2013 Solutionnaire 5 Exposition muséale et artéfacts : outiller les élèves pour interpréter les discours Kevin Péloquin 39 Didactique en mouvement Enseigner l\u2019histoire du Québec et du Canada avec des organisateurs graphiques Pascal Di Francesco 48 Quoi de neuf ?Côté livres 52 Côté musées 55 REVUE DE LA SOCIÉTÉ DES PROFESSEURS D\u2019HISTOIRE DU QUÉBEC Fort Saint-Jean et invasion américaine de 1775 \u2022 Portraits de femmes en Nouvelle France \u2022 Les cent ans de l\u2019ACFAS (extraits) \u2022 Apprendre l\u2019histoire à l\u2019aide d\u2019organisateurs graphiques TRACES ISSN 0225-9710 ÉTÉ 2023 VOLUME 61 \u2013 NO 3 En page couverture, une vue aérienne du Collège militaire royal Saint-Jean sur les bords de la rivière Richelieu.Crédit photo : Cpl Louis Brunet, 20 juin 2014 Collège militaire royal de Saint-Jean Ministère de la Défense nationale 2 TRACES | Volume 61 no 3 Revue de la SPHQ | Été 2023 Comité de rédaction : Raymond Bédard (rédacteur en chef), Patrick Baker, Dominique Laperle, Samuel Rabouin, Adriana Catinca Stan Infographie : Vivadesign Impression : Imprimerie des Éditions Vaudreuil, 2891, rue du Meunier, Vaudreuil- Dorion, Québec, J7V 8P2 Dépôt légal : Bibliothèque et Archives nationales du Québec et Bibliothèque et Archives Canada, ISSN 0225-9710.Envoi de publication no 40044834.Port de retour garanti.Date de parution : juin 2023 Indexé dans Repère.Les opinions exprimées dans les articles publiés dans ce numéro engagent la responsabilité de leurs auteurs uniquement.Les titres, textes de présentation, encadrés, illustrations et légendes sont de la rédaction.Le masculin est utilisé comme genre neutre pour désigner les hommes et les femmes.Revue Traces Case postale 311 Saint-Bruno-de-Montarville (Québec) J3V 5G8 www.sphq.quebec Publicité : president@sphq.quebec Adhésion annuelle à la SPHQ avec 4 numéros Individu : 80 $ Institution : 90 $ Retraité ou étudiant : 40 $ Frais de poste et de manutention inclus La Société des professeurs d\u2019histoire du Québec (SPHQ) a été fondée à Québec le 20 octobre 1962 à l\u2019initiative du professeur Pierre Savard (1938-1998), secrétaire de l\u2019Institut d\u2019histoire de l\u2019Université Laval, avec la complicité du professeur Marcel Trudel (1917-2011), de la même institution, et de l\u2019abbé Georges-Étienne Proulx (1921-1998).La SPHQ a pour mission de promouvoir l\u2019enseignement de l\u2019histoire au Québec, sous tous ses aspects auprès de ses membres et de la population en général, et de contribuer à assurer l\u2019information et le développement professionnel de ses membres.À cette fin et par son expertise, elle peut mener des campagnes d\u2019information et d\u2019éducation, faire des représentations et des recherches concernant l\u2019enseignement de l\u2019histoire au Québec, développer des alliances avec d\u2019autres organismes et prendre tout autre moyen jugé utile pour réaliser cette mission.La revue Traces vise à assurer la diffusion de l\u2019information et le développement professionnel des membres de la SPHQ.Elle se veut un outil de perfectionnement pour tous ceux que l\u2019enseignement de l\u2019histoire intéresse, et le promoteur de l\u2019enseignement des sciences humaines au primaire et de l\u2019histoire au secondaire.Le nom Traces a été choisi pour rappeler les fondements de l\u2019Histoire qui se construit à partir des preuves de la présence des humains et de leur société dans le passé.Il rejoint, en second lieu, l\u2019empreinte particulière laissée par l\u2019enseignement de l\u2019Histoire sur l\u2019individu qui le reçoit.Il évoque finalement l\u2019action et l\u2019influence passées et présentes de la SPHQ dans le domaine de l\u2019Histoire et de son enseignement au Québec. 3 TRACES | Volume 61 no 3 Revue de la SPHQ | Été 2023 Mot du président Raymond Bédard Enseignant à la retraite Dans la foulée de ce projet de loi, le ministre souhaite par la même occasion créer un Institut national d\u2019excellence en éducation qui aura comme mission de colliger les meilleures pratiques pédagogiques afin d\u2019en faire profiter les enseignants par l\u2019entremise de la formation continue.Nous ne sommes pas contre la vertu, cependant, un éventuel droit de regard du ministre de l\u2019Éducation sur la formation continue des enseignants ne doit pas entrer en contradiction avec le principe de l\u2019autonomie professionnelle des enseignants dans le choix de leur formation.Il faut d\u2019éviter d\u2019imposer des formations qui ne répondent pas aux attentes et aux besoins des enseignants.Dans ce contexte, une reconnaissance officielle des associations professionnelles en enseignement, qui offrent depuis des décennies de la formation continue pertinente et de grande qualité par le biais de leur congrès et de leurs différentes publications, serait bienvenue.Depuis maintenant trois ans, la SPHQ travaille sur ce dossier en collaboration avec 7 autres associations professionnelles en enseignement, regroupées au sein de la Coalition des associations professionnelle en enseignement (CAPE).La SPHQ et l\u2019IHAF Fondée en 1946 par Lionel Groulx, l\u2019Institut d\u2019histoire de l\u2019Amérique française (IHAF) regroupe des professeurs, professionnels et amateurs d\u2019histoire provenant de toutes les régions du Canada et de l\u2019étranger.La SPHQ et l\u2019IHAF travaillent présentement à l\u2019élaboration d\u2019un partenariat visant à rapprocher les deux organismes qui partagent un même intérêt pour l\u2019histoire et son enseignement.Ainsi, lors du 75e congrès de l\u2019IHAF, qui aura lieu au Collège militaire royal Saint-Jean du 19 au 21 octobre, la SPHQ en collaboration avec l\u2019IHAF, le Musée du Fort Saint-Jean et l\u2019organisme Je me souviens, participera au cocktail dinatoire offert aux congressistes lors de l\u2019ouverture du congrès.Les membres de la SPHQ seront invités à participer à cet événement qui comprendra une visite guidée du Musée du Fort Saint-Jean situé sur le site du collège en bordure de la rivière Richelieu.Plus d\u2019information dans la prochaine édition de Traces et dans l\u2019infolettre.ONU impuissante ! Préparée par les États alliés en pleine Deuxième Guerre mondiale, la Charte des Nations unies est signée à San Francisco le 26 juin 1945 par les représentants de cinquante et une nations en guerre contre les forces de l\u2019Axe.Prenant la relève de la Société des Nations, elle-même créée à la fin de la Première Guerre mondiale, l\u2019ONU s\u2019est dotée d\u2019une structure comprenant six organes : l\u2019Assemblée générale, le Conseil de sécurité, le Conseil économique et social, le Conseil de tutelle, la Cour internationale de Justice et le Secrétariat.Ces organismes sont voués à maintenir la paix dans le monde et à cette fin « prendre des mesures collectives efficaces en vue de prévenir et d\u2019écarter les menaces à la paix et de réprimer tout acte d\u2019agression ou autre rupture de la paix\u2026 » (Article 1, Charte des nations Unies, Chapitre 1).Quand on sait qu\u2019en avril dernier la Russie, elle-même sanctionnée par les États membres de l\u2019ONU pour sa présente guerre contre l\u2019Ukraine, a assumé la présidence du Conseil de sécurité dont la mission est le maintien de la paix et de la sécurité internationale, il est pour le moins inquiétant de constater Projet de loi 23 Le 4 mai dernier, le ministre de l\u2019Éducation, Bernard Drainville, a annoncé une importante réforme de l\u2019éducation avec son projet de loi 23 modifiant la Loi sur l\u2019instruction publique et la Loi sur le Conseil supérieur de l\u2019éducation.Avec cette réforme, le Conseil supérieur de l\u2019éducation (CSE), dont l\u2019origine remonte au rapport Parent, ne s\u2019occuperait plus que de l\u2019enseignement post secondaire alors que sa mission actuelle est d\u2019informer les ministres de l\u2019Éducation et de l\u2019Enseignement supérieur sur l\u2019état et les besoins de l\u2019éducation et de leur faire des recommandations.Dommage pour la vision d\u2019ensemble que le CSE pouvait avoir sur l\u2019ensemble du réseau scolaire. 4 TRACES | Volume 61 no 3 Revue de la SPHQ | Été 2023 les limites de cette structure et l\u2019effritement de l\u2019influence réelle de l\u2019ONU pour régler les conflits.Dans ce contexte, il est difficile pour l\u2019enseignant, qui souhaite expliquer aux élèves l\u2019importance des organismes internationaux dans la résolution des conflits, de rester positif sans être cynique.Les 75 ans d\u2019Israël Il y a 75 ans cette année, le 14 mai 1948, Ben Gourion proclamait l\u2019indépendance de l\u2019État d\u2019Israël.Le chemin pour la création d\u2019un État juif au Proche-Orient sur les territoires de la Palestine a été un long processus marqué par de vives tensions et de conflits armés entre les peuples arabes de Palestine et les immigrants juifs.Cette année, les célébrations de la création de l\u2019État d\u2019Israël ont été perturbés par d\u2019importantes manifestations pro et anti- réforme du système de justice donnant un pouvoir plus grand au parlement israélien face à la cour suprême.En l\u2019an 70, la fin de l\u2019État juif antique à la suite de la prise de Jérusalem par Titus, et son intégration à l\u2019empire romain, provoqua un vaste mouvement migratoire vers l\u2019Europe et l\u2019Asie.Des siècles d\u2019exil n\u2019effacent pas l\u2019espoir au sein de la Diaspora juive d\u2019un éventuel retour en Palestine, espoir ravivé par la montée de l\u2019antisémitisme au XIXe siècle.L\u2019historien Michel Mourre rappelle le rôle de la Russie à cet égard : « L\u2019idée de la restauration prit une force nouvelle au XIXe siècle, particulièrement en Russie, où les juifs étaient victimes de mesures discriminatoires et de pogroms périodiques.L\u2019appel lancé en 1882 par le docteur Léon Pinskler, d\u2019Odessa, fut accueilli avec ferveur par des groupes d\u2019étudiants juifs de Russie.De nombreuses sociétés sionistes se formèrent ; durant l\u2019été 1882 fut fondée la première colonie agricole de Palestine, près de Jaffa.Cette colonisation pris rapidement de l\u2019ampleur et bénéficia de l\u2019appui financier du baron Edmond de Rothschild.(\u2026) En 1914, la population juive de Palestine, qui ne dépassait pas 24 000 âmes en 1880, atteignait le chiffre de 100 000. » Un personnage lié à l\u2019histoire du Canada a joué un rôle important dans la promotion de l\u2019idée d\u2019un État juif en Palestine.Il s\u2019agit de lord Balfour, secrétaire d\u2019État au Foreign Office, qui publie en 1917 une déclaration dans laquelle il apporte son soutien à l\u2019établissement d\u2019un foyer national pour le peuple juif.C\u2019est à ce même personnage que le gouvernement de la Grande-Bretagne demande d\u2019étudier la nouvelle orientation des rapports entre les dominions et l\u2019empire.En 1926, il dépose un rapport dans lequel il suggère de traiter les dominions d\u2019égal à égal avec la métropole.En 1931, à la suite du rapport Balfour, le parlement britannique promulgue une loi qui accorde, par le Statut de Westminster, la pleine autonomie du Canada face à l\u2019Angleterre.Documentaire Éducation L\u2019école autrement est le titre d\u2019un documentaire choc et pas toujours réjouissant réalisé par Érik Cimon sur l\u2019état dans lequel se trouve notre système d\u2019éducation.En 52 minutes, à l\u2019aide de différents témoignages d\u2019acteurs du monde de l\u2019éducation, syndicalistes, universitaires, enseignants en poste ou ayant récemment quitté la profession et même, Guy Rocher, le sociologue et dernier représentant vivant de la Commission Parent, on y trace un portrait parfois sombre mais très pertinent de l\u2019école québécoise.Par ce documentaire, le réalisateur veut amener la société à réfléchir sur les enjeux de l\u2019éducation au Québec.L\u2019école à trois vitesses, souvent décriée, est au banc des accusés et le moment est peut-être propice pour revoir ce modèle qui semble ne plus répondre au besoin d\u2019équité sociale.Vous pouvez visionner ce documentaire sur le site de Télé Québec.Documentaire 100 ans de science (ACFAS) L\u2019histoire des sciences au Québec est un sujet souvent méconnu auprès de la population et même chez les enseignants car peu mis en valeur dans les programmes d\u2019histoire.Une nouvelle série télévisée, La fabuleuse histoire des sciences au Québec, coproduite par Savoir Média et l\u2019Association canadienne-française pour l\u2019avancement des sciences (ACFAS), tente de remédier à cette situation.Notre conférencier d\u2019ouverture du prochain congrès, Yves Gingras, qui a publié un livre sur le sujet en 1999, est l\u2019un des spécialistes qui a participé à l\u2019enregistrement de la série offerte gratuitement sur le site web de Savoir Média.Cette série raconte les avancées qui ont marqué le domaine des sciences au Québec de 1920 à aujourd\u2019hui.Pour chaque décennie, on aborde un sujet précis, comme la présence du laboratoire nucléaire secret sur les flancs du mont Royal dans les années 1940.C\u2019est une belle façon de découvrir le rôle des scientifiques dans l\u2019évolution du Québec depuis 100 ans.Traces Dans ce numéro d\u2019été de Traces, l\u2019archéologue du Musée Fort Saint-Jean, Marijo Gauthier-Bérubé, retrace les événements de l\u2019invasion américaine de 1775 à l\u2019aide de l\u2019archéologie.Avec la permission des éditions du Boréal, nous vous proposons un extrait du livre d\u2019Yves Gingras sur les 100 ans de l\u2019ACFAS.Dominique Deslandres trace un portrait de femmes de la Nouvelle-France qui sort des sentiers battus, tandis que André-Carl Vachon aborde la question des réfugiés acadiens au Canada de la déportation au Traité de Paris.Kevin Péloquin nous fait part d\u2019une activité pédagogique où la visite muséale vient participer à l\u2019apprentissage de l\u2019histoire.Pascal Di Francesco du 5 TRACES | Volume 61 no 3 Revue de la SPHQ | Été 2023 RÉCIT décrit l\u2019expérimentation en classe d\u2019une approche pédagogique originale à l\u2019aide d\u2019organisateurs graphiques.Afin d\u2019exploiter en classe le balado Passé date ?dont la 3e saison a été lancée lors du congrès d\u2019automne, je vous propose un Quiz sur l\u2019épisode consacré à Samuel de Champlain.En terminant, la rubrique Quoi de neuf ?fait un tour d\u2019horizon des nouvelles parutions en histoire et des suggestions d\u2019expositions à visiter.Bonne lecture ! Réponses : Balado Passé date ?(3e saison) \u2013 Quiz sur Samuel de Champlain, père de la Nouvelle-France de la page 29 1.B 7.B 2.B 8.C 3.C 9.A 4.A 10.D 5.B 11.A 6.D 12.A Prix d\u2019excellence de la SPHQ lors du Parlement des Jeunes 2023 Collection Assemblée nationale du Québec Photographe Claude Mathieu Catinca Adriana Stan, vice-présidente de la SPHQ et Ève-Marie Tremblay, de l\u2019école secondaire Pointe-Lévy, lauréate de la bourse de 100$ pour son adhésion aux valeurs de respect, d\u2019ouverture et de tolérance.Collection Assemblée nationale du Québec Photographe Claude Mathieu Catinca Adriana Stan, vice-présidente de la SPHQ et Alexis-Roy Letarte, de l\u2019école secondaire des Pionniers, lauréat de la bourse de 100$ pour la qualité de ses discours. 6 TRACES | Volume 61 no 3 Revue de la SPHQ | Été 2023 Événements spéciaux Une visite au musée Le 27 avril dernier, en collaboration avec le Musée Pointe-à-Callière et l\u2019organisme Archéo-Québec, la SPHQ offrait à ses membres un 5 à 7 à la Maison des Marins du Musée Pointe-à-Callière dans le cadre de l\u2019exposition temporaire Égypte, trois milles ans sur le Nil.À cette occasion, la SPHQ a présenté brièvement le plus récent numéro de la revue Traces et les différents avantages pour les membres, tandis qu\u2019Archéo-Québec et le Musée PAC dévoilaient leur offre éducative pour les enseignants.Des tirages concluaient cette soirée (une carte murale offert par les Cartes Amérix, visite pour un groupe scolaire offert par PAC, et rabais sur les trousses éducatives d\u2019Archéo-Québec).Sur la photo de gauche à droite : Marie-Ève Boisjolis (coordonnatrice à la médiation) et Janson Rebecca (directrice générale) d\u2019Archéo-Québec, Raymond Bédard (président) et Véronique Charlebois (trésorière et responsable des communications) de la SPHQ, et Katy Tari (directrice, Collections \u2013 programmes et services éducatifs) du Musée Pointe-à-Callière 7 TRACES | Volume 61 no 3 Revue de la SPHQ | Été 2023 Un lancement de Traces à l\u2019Assemblée nationale du Québec Sur la photo : Véronique Charlebois (trésorière et responsable des communications de la SPHQ), Nathalie Roy (présidente de l\u2019Assemblée nationale du Québec) et Raymond Bédard (président de la SPHQ) Le 11 mai dernier, avait lieu à l\u2019Agora de l\u2019Hôtel du parlement de Québec, en collaboration avec Élections Québec et l\u2019Assemblée nationale du Québec, le lancement de la revue Traces 61-2.C\u2019est la présidente de l\u2019Assemblée nationale, Mme Nathalie Roy, qui a inauguré cette soirée spéciale à laquelle prenaient part des enseignants, des conseillers pédagogiques, des représentants du milieu de l\u2019éducation et des représentants muséaux (conviés à l\u2019événement par Samuel Venière, notre représentant muséal sur le conseil d\u2019administration).Après une présentation de l\u2019offre éducative d\u2019Élections Québec et des Services pédagogiques de l\u2019Assemblée nationale, l\u2019historien Mathieu Drouin a animé une conférence très appréciée sur l\u2019origine du drapeau québécois.Le tout dans une atmosphère décontractée en formule cocktail dinatoire.Une visite privée du Parlement par les guides de l\u2019Assemblée nationale concluait cette soirée spéciale. 8 TRACES | Volume 61 no 3 Revue de la SPHQ | Été 2023 Pour l\u2019avancement des sciences.Histoire de l\u2019Acfas (1923-2023) Yves Gingras, Historien, UQAM CHAPITRE 1 La mise en faisceau des ressources Pour grouper les forces et coordonner les travaux, pour stimuler et diriger, pour multiplier les points de contact entre des spécialités et des spécialistes qui risqueraient de s\u2019ignorer et de se méconnaître, de grandes organisations dites « associations pour l\u2019avancement des sciences » ont été créées un peu partout.On connaît les associations françaises, anglaise et américaine.Il y en a d\u2019autres.La dernière-née est l\u2019Association canadienne-française pour l\u2019avancement des sciences.C\u2019est un pas en avant décisif que nous venons de faire.C\u2019est la mise en faisceau de nos modestes ressources, et la mise en valeur dans tous les domaines scientifiques des talents et des bonnes volontés qui ne manquent pas.Chez une nation si jeune d\u2019espoir, [\u2026] nul ne peut prévoir la portée d\u2019une telle création.Nous savons seulement que désormais des cadres sont dressés, où vont s\u2019organiser les travaux et les études de nos compatriotes.Nous savons encore que ce séculaire isolement du travailleur scientifique, isolement splendide mais désastreux, va cesser.Marie-Victorin, 19241 Nous reproduisons avec l\u2019aimable autorisation des Éditons du Boréal deux extraits du livre Pour l\u2019avancement des sciences.Histoire de l\u2019Acfas (1923-2023), rédigé par Yves Gingras et publié en 2023.L\u2019année 1920 constitue sans contredit une date charnière dans l\u2019histoire de l\u2019enseignement supérieur au Québec.L\u2019Université de Montréal vient tout juste d\u2019obtenir son statut d\u2019institution indépendante de l\u2019Université Laval et possède désormais sa propre charte civile.Son premier geste est de fonder une Faculté des sciences chargée d\u2019offrir des cours (physique, chimie et sciences naturelles) préparatoires à l\u2019entrée à la Faculté de médecine.L\u2019Université répondait ainsi à la demande de la fondation américaine Rockefeller qui, pour apporter sa contribution financière, exigeait que soit rehaussé le niveau de formation scientifique des médecins2.Pour faire face à la nouvelle concurrence créée par l\u2019Université de Montréal devenue indépendante, et comprenant que « le temps est venu de former des chimistes pour l\u2019industrie », l\u2019Université Laval crée l\u2019École supérieure de chimie, embryon d\u2019une future Faculté des sciences qui verra le jour en 19373.L\u2019importance de ces événements tient au fait que ces deux institutions, la Faculté des sciences et l\u2019École supérieure de chimie, jettent les bases institutionnelles nécessaires au développement cohérent de la recherche scientifique et de la formation de chercheurs au sein des deux universités francophones.Jusque-là en effet, et depuis le milieu du XIXe siècle, on pouvait compter sur 1.Marie-Victorin, « L\u2019Association canadienne-française pour l\u2019avancement des sciences », Revue trimestrielle canadienne, vol.10, 1924, p.98-99.2.Voir Denis Goulet, Histoire de la Faculté de médecine de l\u2019Université de Montréal, 1843-1993, Montréal, VLB éditeur, 1993; Denis Goulet et Robert Gagnon, Histoire de la médecine au Québec, 1800-2000.De l\u2019art de soigner à la science de guérir, Québec, Septentrion, 2014; Denis Goulet, Histoire du Collège des médecins du Québec, 1847-2022, Québec, Septentrion, 2022.3.Pour plus de détails, voir Luc Chartrand, Raymond Duchesne et Yves Gingras, Histoire des sciences au Québec.De la Nouvelle- France à nos jours, Montréal, Boréal, 2008, p.250-257 (la citation est à la page 255); Danielle Ouellet, Histoire de chimistes.L\u2019École supérieure de chimie de l\u2019Université Laval, 1920-1937, Presses de l\u2019Université Laval, 1996. 9 TRACES | Volume 61 no 3 Revue de la SPHQ | Été 2023 4.« Notre corps professoral : M.Paul Riou », Les Nouvelles de l\u2019École des hautes études commerciales, vol.3, nos 9 et 10, décembre 1929, janvier 1930, p.1; Pierre Harvey, Histoire de l\u2019École des hautes études commerciales de Montréal, tome 1 : 1887-1926, Montréal, Québec/Amérique et Presses de l\u2019École des hautes études commerciales, 1994.5.Gilles Janson, « Introduction historique », Répertoire numérique simple du fonds de la Société de biologie de Montréal, sous la direction de Francine Pilote, UQAM, Service des archives, Publication no 13, 1983, p.1; André St-Arnaud, Société de biologie de Montréal, 1922-2012.90e anniversaire, Montréal, SBM, 2012.les doigts de la main les scientifiques canadiens-français qui avaient dépassé, à des degrés divers, le stade du dilettantisme et de l\u2019amateurisme : si les abbés Louis-Ovide Brunet, professeur à Laval, et Léon Provancher, curé à Cap- Rouge, ont fait réellement avancer les connaissances en botanique et en entomologie, la plupart \u2013 qu\u2019on pense aux abbés Hamel, Laflamme et Simard de l\u2019Université Laval \u2013 ont été davantage des enseignants que des chercheurs, et aucun n\u2019a vraiment formé de disciples.Les débuts de l\u2019enseignement scientifique supérieur au Canada français En 1920, la situation est différente.On réunit à Québec et à Montréal deux équipes de professeurs qui, dans l\u2019enthousiasme et le sentiment d\u2019urgence, vont créer rapidement, et à partir de rien dans le cas de Montréal, un enseignement scientifique supérieur dont la qualité va aller croissant au fil des années.À Québec, l\u2019Université ne disposant pas des ressources humaines suffisantes pour faire démarrer l\u2019École de chimie, elle va recruter des professeurs à l\u2019Université catholique de Fribourg, en Suisse.En cinq ans, l\u2019École attirera ainsi une première équipe de professeurs laïques venus prêter main-forte aux abbés Philéas-J.Gagnon et Alexandre Vachon : le chimiste Paul Cardinaux, premier directeur de l\u2019École, ses collègues suisses Alphonse Cristin, physicien, Carl Faessler, géologue, et Joseph Risi, chimiste, appuyés par Adrien Pouliot, diplômé de l\u2019École polytechnique de Montréal, chargé de l\u2019enseignement des mathématiques.À Montréal, les circonstances permettent de compter davantage sur l\u2019expertise locale : les Drs Joseph- Ernest Gendreau et Georges-H.Baril deviennent ainsi respectivement titulaires des chaires de physique et de chimie, tandis que les mathématiques sont confiées à Arthur Léveillé, un bachelier de l\u2019Université de Londres.La botanique est naturellement prise en charge par Marie- Victorin, un frère des Écoles chrétiennes qui s\u2019est déjà fait connaître par ses nombreux articles sur la flore du Québec et ses volumes Récits laurentiens, paru en 1919 et, l\u2019année suivante, Croquis laurentiens.Pour la biologie, on fait venir Louis-Janvier Dalbis, qui enseignait au collège Stanislas de Paris.Cette équipe pourra également tirer profit de l\u2019expertise de collègues de la Faculté de médecine et de l\u2019École polytechnique, et même de l\u2019École des hautes études commerciales où, depuis 1917, Paul Riou donne des cours d\u2019initiation à la chimie4.Profitant de la situation de métropole de la ville, la Faculté des sciences de l\u2019Université de Montréal croît plus rapidement que l\u2019École supérieure de chimie de Québec.La première a déjà dix professeurs en 1920 alors que la seconde n\u2019en a encore que huit en 1925.Cette même année, il n\u2019y a que vingt étudiants inscrits à l\u2019École de chimie alors qu\u2019on en compte quatre-vingt-treize à la Faculté des sciences.Dans ces circonstances, on comprend que Montréal soit le lieu privilégié du mouvement scientifique qui émerge au début des années 1920.Les premières sociétés savantes La collaboration entre les professeurs de la Faculté de médecine et ceux de la Faculté des sciences mène rapidement à la création d\u2019une première société savante : la Société de biologie de Montréal.Sur l\u2019initiative de Louis-Janvier Dalbis, le frère Marie-Victorin et plusieurs médecins se réunissent le 16 février 1922 et se donnent pour objectifs l\u2019étude et la vulgarisation des sciences biologiques, le développement des travaux de recherche et l\u2019établissement de rapports scientifiques entre les biologistes canadiens et étrangers5.L\u2019idée de rassembler ainsi ses forces pour mieux faire avancer des entreprises encore balbutiantes va stimuler la création de plusieurs sociétés.Sans trop se soucier de savoir si le nombre de collaborateurs sera suffisant pour assurer leur survie, les professeurs de la Faculté des sciences, de même que ceux de l\u2019École polytechnique de Montréal, vont créer des organisations dans leurs champs disciplinaires respectifs.Plus ou moins actives à leurs débuts, les sociétés de physique avec Ernest Gendreau, de chimie avec Jean Flahault, de Polytechnique, et de chimie industrielle avec son confrère Louis Bourgoin, se rendront bien vite compte que leurs rangs sont plutôt clairsemés et fusionneront après quelques années.Avec l\u2019appui d\u2019Arthur Léveillé, la Société de mathématiques et d\u2019astronomie naîtra dans les mêmes circonstances.Le 10 juin 1923, c\u2019est au tour de la Société canadienne d\u2019histoire naturelle (SCHN) de voir le jour autour ici encore de Louis-Janvier Dalbis, de Marie- Victorin, de l\u2019avocat et entomologiste Germain Beaulieu \u2013 son premier président \u2013 et de quelques autres.Elle poursuit, pour les sciences naturelles, les mêmes objectifs que la Société de biologie, soit l\u2019étude, la vulgarisation 10 TRACES | Volume 61 no 3 Revue de la SPHQ | Été 2023 et l\u2019avancement des recherches en sciences naturelles6.Au cours des années suivantes, la SCHN sera de loin l\u2019association la plus active; Marie-Victorin, qui présidera à ses activités pendant quinze ans (de 1925 à 1940), utilisera cette tribune pour lancer et réaliser ses nombreux projets, dont celui du Jardin botanique.Le caractère commun à toutes ces associations est qu\u2019elles visent simultanément la vulgarisation et la recherche spécialisée.Leurs promoteurs sont en effet convaincus que, pour créer une communauté scientifique francophone, il faut s\u2019attaquer en même temps aux deux bouts de la chaîne des activités scientifiques : en amont, pour assurer l\u2019éveil des vocations scientifiques en faisant connaître l\u2019intérêt et la contribution des diverses disciplines à l\u2019avancement des connaissances et de la société et, en aval, pour stimuler la recherche par la discussion collective des activités de chacun, qu\u2019il soit professeur ou étudiant.Les origines montréalaises de l\u2019Acfas Pour mieux coordonner le foisonnement des associations, le radiologue Léo Pariseau, de la Faculté de médecine, suggère que la Société de biologie prenne l\u2019initiative de provoquer leur fédération en créant une « Société canadienne pour l\u2019avancement des sciences7 ».La suggestion obtenant l\u2019approbation générale, le secrétaire, Marie-Victorin, adresse le 8 juin une lettre au recteur de l\u2019Université de Montréal, Mgr Vincent Piette, l\u2019invitant « à présider un déjeuner-causerie qui aura lieu au Cercle universitaire vendredi le 15 juin à midi (heure solaire).On y jettera les bases de la SOCIÉTÉ CANADIENNE POUR L\u2019AVANCEMENT DES SCIENCES et nous comptons beaucoup sur le distingué patronage que vous voudrez bien nous accorder8 ».Ce vendredi 15 juin 1923 marque donc la date de naissance officielle de l\u2019Acfas9.6.Anne-Marie Cadieux, « Introduction historique », dans Gilles Janson (dir.), Répertoire numérique simple du fonds de la Société canadienne d\u2019histoire naturelle, UQAM, Service des archives, Publication no 24, 1986, p.9.Louis-Janvier Dalbis, professeur de biologie à l\u2019Université de Montréal et président d\u2019honneur de l\u2019Acfas en 1923 (La Presse).7.Procès-verbal de la réunion du 6 juin 1923, p.41, Archives de l\u2019UQAM, Fonds de la Société de biologie de Montréal, 18 P1/1.8.Marie-Victorin à Mgr Piette, 8 juin 1923, Archives de l\u2019UQAM, Fonds de la Société de biologie de Montréal, 18 P5/11.9.Il n\u2019est peut-être pas superflu de rappeler ici que, pendant longtemps, on a écrit que l\u2019Acfas est née le vendredi 15 mai 1923.Prenant appui sur « l\u2019évidence » des procès-verbaux, tous les auteurs, depuis le texte de Jacques Rousseau dans le volume 1 des Annales de l\u2019Acfas, publié en 1935, jusqu\u2019à l\u2019Histoire des sciences au Québec publiée en 1987, ont repris à leur compte cette date.Nous n\u2019avançons donc pas la date du 15 juin sans avoir fait la traditionnelle et nécessaire mais fastidieuse « critique des sources », qui est au fondement de la méthode des historiens.Le premier document qui a éveillé nos doutes est contenu non pas dans les archives de l\u2019Acfas, mais dans celles de la Société de biologie de Montréal, l\u2019organisme qui est à l\u2019origine de l\u2019Acfas.Nous y avons trouvé deux lettres datées du 8 juin 1923, dont celle qui a été citée plus haut.Surpris par cette trouvaille, nous avons cherché à la corroborer : les deux dates (15 mai et 15 juin) devant être chacune un vendredi, se pouvait-il que l\u2019une d\u2019entre elles ne le soit point?Après vérification, il apparaît que le 15 mai 1923 mentionné dans les procès-verbaux n\u2019est pas un vendredi mais bien un mardi.De plus, les procès-verbaux de la Société de biologie font aussi référence à la date du 15 juin.Comment expliquer une telle erreur dans un document original?La réponse ne vient qu\u2019à la lecture du procès-verbal de la réunion de l\u2019Acfas du 5 février 1929 où l\u2019on apprend que l\u2019incendie survenu à l\u2019École polytechnique le 20 juin 1928 a détruit les archives et « brûlé les minutes ».L\u2019abbé Wilfrid Labrosse a alors retranscrit les procès-verbaux dans un nouveau registre.Il est donc possible que le feu ait endommagé surtout les premières pages rendues difficilement lisibles et que l\u2019abbé ait pu lire « vendredi le 15 mai » au lieu de « vendredi le 15 juin ».Le seul article publié avant cette retranscription et qui mentionne une date autre que celle du 15 mai est le texte d\u2019une allocution de Léo Pariseau prononcée à l\u2019occasion de l\u2019inauguration officielle de l\u2019Acfas au cercle universitaire le 15 mai 1924 et publiée le lendemain dans Le Devoir.Rappelant les débuts de l\u2019Acfas, Pariseau note que « le 12 juin 1923, ici même, sous la présidence du docteur Arthur Bernier, avait lieu une réunion préparatoire ».On est déjà plus près du 15 juin.Curieusement, ce texte, republié dans les Annales de l\u2019Acfas en 1937, a été corrigé par Jacques Rousseau et se lit « le 12 mai 1923 »! Rousseau fait une autre erreur en indiquant que l\u2019inauguration a eu lieu en 1925 et non en 1924.Entre le 12 et le 15 juin, nous avons choisi la seconde date car elle correspond à la lettre du 8 juin, au procès-verbal de la Société de biologie, de même qu\u2019au jour indiqué dans le procès-verbal.Il s\u2019agit bien entendu d\u2019un détail, mais qui a l\u2019intérêt de rappeler l\u2019importance de la critique attentive des sources\u2026 Enfin, selon cette nouvelle chronologie, la fondation de la SCHN précède celle de l\u2019Acfas au lieu d\u2019y succéder, ce qui est plus plausible. 11 TRACES | Volume 61 no 3 Revue de la SPHQ | Été 2023 10.À l\u2019exception de la Société médicale de Montréal, fondée en 1871; voir Denis Goulet et André Paradis, Trois siècles d\u2019histoire médicale au Québec, Montréal, VLB éditeur, 1992, p.337.11.Fonds Acfas, 17P1/2, procès-verbal du Conseil, Archives de l\u2019UQAM.12.Voir Robert Gagnon et Pierre Frigon, Augustin Frigon.Sciences, techniques et radiodiffusion, Montréal, Boréal, 2019.13.Les raisons qui ont poussé les dirigeants de l\u2019Acfas à le nommer vice-président d\u2019honneur sont notées au procès-verbal de la réunion du 7 février 1925, à la demande expresse de Dalbis qui vient de démissionner de la Société de biologie de Montréal.Fonds Acfas, 17P/2.14.Archives de l\u2019Université de Montréal, procès-verbal des réunions du Conseil de la Faculté des sciences, 11 décembre 1922.L\u2019immeuble de l\u2019Université de Montréal, rue Saint-Denis, siège du secrétariat de l\u2019Acfas de 1923 à 1939 (Archives de l\u2019Université de Montréal).Réunis au Cercle universitaire, situé au 191 de la rue Saint- Hubert, le recteur, le secrétaire général de l\u2019université Édouard Montpetit, entourés des membres des conseils de onze sociétés savantes à peine créées10, écoutent le projet de fédération présenté par le Dr Arthur Bernier et Louis-Janvier Dalbis.Il est alors convenu que la fédération portera le nom d\u2019« Association canadienne-française pour l\u2019avancement des sciences », et que le recteur en sera le président d\u2019honneur.Après une brève allocution pour saluer le « beau mouvement scientifique né à l\u2019Université de Montréal et qui va rayonner sur tout le pays », Mgr Piette doit quitter la réunion, non sans avoir assuré ses collègues de son « concours puissant et très dévoué pour toutes les initiatives qui ne manqueront pas de résulter de la fédération proposée11 ».Sur ce, Édouard Montpetit propose que le Dr Bernier et le frère Marie-Victorin agissent respectivement comme président et secrétaire pour la réunion en cours.Les formalités accomplies, on constitue un « bureau provisoire » composé des présidents des sociétés présentes et des membres du bureau de la Société de biologie, qui étaient les initiateurs du projet.Cette société est ainsi représentée par Arthur Bernier, président, Louis-Janvier Dalbis, vice-président, Léo Pariseau, vice- président, Marie-Victorin, secrétaire, Victor Doré, trésorier, de même que par Aimé Cousineau, secrétaire adjoint, et le Dr Élie-Georges Asselin, de la Faculté de médecine.Le Dr J.-N.Roy représente la Société médicale de Montréal, Louis Bourgoin la Société de chimie industrielle, Augustin Frigon12 la Société de physique, Édouard Montpetit la Société des sciences historiques et politiques, Germain Beaulieu la SCHN, Alfred Fyen la Société de mathématiques et d\u2019astronomie, et l\u2019abbé Lucien Pinault la Société de philosophie.Ce groupe est chargé d\u2019élaborer une constitution, d\u2019assurer les premières démarches et de pourvoir aux premiers besoins de la nouvelle organisation.Il est convenu de ne faire aucune annonce publique en attendant qu\u2019Édouard Montpetit rédige les statuts.Ceux- ci sont discutés et modifiés par les membres du comité au cours d\u2019une réunion tenue le 20 décembre.Le président aura un mandat d\u2019un an sans réélection immédiate, et les sociétés adhérentes paieront une cotisation annuelle dont le montant reste à préciser.Tout est maintenant prêt pour une nouvelle réunion le 12 janvier 1924 au cours de laquelle on élit officiellement le premier bureau de direction de l\u2019Acfas.Mgr Piette, qui est présent, est nommé président d\u2019honneur, et Louis-Janvier Dalbis accepte le titre de vice-président d\u2019honneur qui lui est offert en reconnaissance de sa participation active à la fondation de l\u2019Association13.On confie à Léo Pariseau le poste de président actif, tandis que ceux de premier et second vice- présidents reviennent au Dr G.Archambault et à Germain Beaulieu.Marie-Victorin est nommé secrétaire, et Victor Doré trésorier.Pour assurer la participation de toutes les sociétés, on nomme sept « conseillers », soit un par société membre : le père Léo-G.Morin, le Dr Ernest Gendreau, l\u2019abbé Lucien Pinault, Alfred Fyen, Jean Désy et Louis Bourgoin.Malgré les ambiguïtés des premières formulations (« Société canadienne pour l\u2019avancement des sciences »), l\u2019idée de la fédération fait référence au mouvement des « associations pour l\u2019avancement des sciences », dont le modèle a été fourni par la British Association for the Advancement of Science (BAAS), fondée en 1831.Les Américains ont suivi en 1848 avec l\u2019AAAS et les Français en 1872 avec l\u2019AFAS.Ces regroupements de scientifiques se donnaient tous pour objectif de stimuler le développement des sciences grâce à l\u2019enseignement et à la recherche, et tenaient chaque année un congrès dans une ville différente au cours duquel les scientifiques de toutes les disciplines présentaient les résultats de leurs recherches et discutaient de questions d\u2019intérêts communs.Connaissant le modèle à suivre, il restait à trouver un nom approprié : l\u2019Association devait-elle être canadienne ou canadienne-française?On a vu que la première suggestion de Pariseau, reprise dans les lettres de Marie-Victorin au recteur, était de créer une société « canadienne » et non pas « canadienne-française » pour l\u2019avancement des sciences.Pourtant, pour des nationalistes reconnus comme Pariseau et Marie-Victorin, il était clair que le mouvement scientifique auquel ils participaient s\u2019adressait uniquement aux francophones.La question de la collaboration possible des savants francophones et anglophones au sein d\u2019une même organisation avait d\u2019ailleurs été posée 12 TRACES | Volume 61 no 3 Revue de la SPHQ | Été 2023 directement par Ernest Gendreau six mois plus tôt au cours d\u2019une séance du Conseil de la Faculté des sciences de l\u2019Université de Montréal.À la question de l\u2019opportunité pour les professeurs de faire partie des sociétés savantes en collaboration avec les professeurs de l\u2019Université McGill, le Conseil avait émis l\u2019avis suivant : « comme la plupart des questions de principe nous divisent, il est plus sage de se tenir à distance, dans la mesure où la chose est compatible avec des relations sociales » aussi cordiales que possible entre les professeurs des deux universités14.Il est donc plausible que les membres fondateurs de la fédération aient eux aussi souligné le danger de récupération qu\u2019aurait pu entraîner avec le temps l\u2019appellation d\u2019Association canadienne pour l\u2019avancement des sciences; et tous se sont donc probablement rapidement mis d\u2019accord sur le nom d\u2019Association canadienne-française pour l\u2019avancement des sciences.La création de l\u2019Acfas survient au moment où les institutions nécessaires à la formation d\u2019un véritable champ intellectuel et scientifique sont en place depuis quelques années.Alors que des regroupements comme la Société canadienne d\u2019économie sociale de Montréal15, créée en 1888, ou la Société pour l\u2019avancement des sciences, des lettres et des arts au Canada16, fondée en 1908, ne pouvaient compter que sur quelques notaires, avocats et médecins pour participer à leurs réunions, faisant de ces rencontres des lieux d\u2019échanges mondains davantage que des occasions de discussions entre chercheurs, le développement soutenu des universités à compter de 1920 rendra possible l\u2019émergence de véritables chercheurs dans la plupart des disciplines.Cette transformation permettra ainsi à l\u2019Acfas de réussir là où ses prédécesseurs ont échoué.14.Archives de l\u2019Université de Montréal, procès-verbal des réunions du Conseil de la Faculté des sciences, 11 décembre 1922.L\u2019immeuble de l\u2019Université de Montréal, rue Saint-Denis, siège du secrétariat de l\u2019Acfas de 1923 à 1939 (Archives de l\u2019Université de Montréal).L\u2019immeuble de l\u2019Université de Montréal, rue Saint-Denis, siège du secrétariat de l\u2019Acfas de 1923 à 1939 (Archives de l\u2019Université de Montréal) CHAPITRE 4 La formation d\u2019une communauté scientifique L\u2019Acfas s\u2019est donné pour mission de mettre sur pied une modeste science canadienne-française, [\u2026] il importe de dénombrer les hommes de science à quelque discipline qu\u2019ils se rattachent; recenser chaque année la production scientifique de chez nous, en peser la qualité, la valeur; stimuler les chercheurs, les faire mieux se connaître, s\u2019estimer et s\u2019entraider.Chaque congrès prouve que, partie de très loin, la science canadienne-française est enfin en marche.Elle veut exister, se perfectionner.Georges Maheux, 19361 1.« Allocution du président de l\u2019Acfas », Annales de l\u2019Acfas, vol.3, 1937, p.71-72.2.Marie-Victorin, « La science et nous », Revue trimestrielle canadienne, vol.48, décembre 1926, p.423; repris dans Science, culture et nation, Montréal, Boréal, coll.« Boréal compact », 2019, p.69-85.En 1926, Marie-Victorin déplorait que les francophones n\u2019eussent « pas encore de milieu scientifique saisissable2».Six ans seulement après la création de la Faculté des sciences de l\u2019Université de Montréal et de l\u2019École supérieure de chimie de l\u2019Université Laval, et trois ans après celle de l\u2019Acfas, qui regroupait elle-même des sociétés savantes à peine écloses, la communauté scientifique était en effet encore en gestation.Mais, juste avant que l\u2019Acfas ne fête son dixième anniversaire, certains commençaient à sentir que la recherche progressait et que le temps était peut-être 13 TRACES | Volume 61 no 3 Revue de la SPHQ | Été 2023 3.Fonds Acfas, 17P1/3, procès-verbal de l\u2019assemblée générale du 27 octobre 1932.4.Lettre de Jacques Rousseau aux associations, 9 novembre 1932, Archives de la Société canadienne d\u2019histoire naturelle, 15 P2/18; Archives de l\u2019UQAM.5.Fonds Acfas, 17P1/3, procès-verbal de la réunion du 15 décembre 1932.6.Jacques Rousseau aux associations, 21 janvier 1933, Archives de l\u2019Université de Montréal, Fonds D35/1451.venu d\u2019accoucher publiquement des premiers résultats.En 1931, le jeune Jacques Rousseau \u2013 il n\u2019avait alors que 26 ans et obtiendra son doctorat trois ans plus tard \u2013 avait une première fois lancé l\u2019idée d\u2019un congrès, mais celle-ci ne reçut aucun appui.Profitant de l\u2019assemblée générale annuelle d\u2019octobre 1932, tenue à l\u2019Université de Montréal, il revint à la charge et, appuyé par Léon Lortie, proposa que l\u2019Association organise un premier congrès au cours duquel les professeurs et leurs étudiants présenteraient les fruits de leurs travaux.L\u2019Acfas étant une fédération d\u2019associations, on s\u2019entendit sur la proposition de Victor Doré, soutenue par Arthur Léveillée, de consulter les sociétés affiliées pour obtenir leurs points de vue sur la question3.Au début de novembre, Rousseau s\u2019adresse aux associations et leur explique : Dans l\u2019esprit des promoteurs, il s\u2019agirait d\u2019un congrès modeste et sans trop d\u2019apparat.Il pourrait y avoir deux ou trois conférences publiques et de nombreuses réunions de sections [\u2026] les séances seraient consacrées à la présentation de courtes communications.Un congrès de cette nature, durant une couple de jours, serait de nature à promouvoir la recherche au Canada français et à unir davantage les travailleurs scientifiques4.Un mois plus tard, le Conseil a déjà reçu plusieurs avis favorables, et seule la Société médicale de Montréal a manifesté son désaccord.Les médecins participant déjà au congrès annuel des médecins de langue française, le congrès proposé ferait, pour eux, double emploi5.Le Conseil décide donc d\u2019aller de l\u2019avant et d\u2019organiser un congrès général pour l\u2019automne 1933.Il se tiendra à Montréal et coïncidera avec l\u2019assemblée générale annuelle.On estime que deux jours devraient suffire pour récolter les fruits des chercheurs et on divise déjà les travaux en trois sections: 1) sciences morales, 2) sciences mathématiques, physiques et chimiques et 3) sciences naturelles.On prévoit également une séance générale sur l\u2019enseignement des sciences et de toutes les disciplines au programme du congrès: philosophie, géographie, histoire, etc.On prévoit tenir en soirée une conférence publique.L\u2019élaboration du programme est confiée à un comité comprenant un membre de chacune des sociétés affiliées.L\u2019Acfas en compte alors 11, dont 8 de nature scientifique et 3 vouées respectivement à l\u2019histoire, à la philosophie et à l\u2019économie politique.On prévoit déjà que le congrès se tiendra alternativement à Montréal et à Québec, mais on attend de voir les résultats du premier pour décider s\u2019il sera annuel ou bisannuel.Enthousiaste, Rousseau fait connaître la décision du Conseil aux sociétés membres et insiste pour avoir « un programme varié et bien rempli, afin de faire un succès de ce premier congrès de l\u2019avancement des sciences au Canada français6 ».L\u2019Acfas sort de ses langes Utilisant sa tribune habituelle, Le Devoir, Marie-Victorin annonce publiquement l\u2019importance du congrès quelques jours avant son ouverture : Jeudi soir, le 2 novembre, s\u2019ouvre à Montréal le premier congrès de l\u2019Association canadienne-française pour l\u2019avancement des sciences.Pour ceux qui ne s\u2019en douteraient pas, disons tout de suite que c\u2019est une date dans l\u2019histoire culturelle de notre pays, parce que c\u2019est la première tentative de réunir, de grouper en un faisceau, non pas seulement \u2013 comme nous en avons l\u2019habitude invétérée \u2013 de beaux projets et des espérances sur le papier, mais des réalisations, les réalisations opérées dans le domaine scientifique à la suite d\u2019un mouvement concerté qui date d\u2019une dizaine d\u2019années.L\u2019ouverture du premier congrès de l\u2019Acfas.Première rangée : le frère Marie-Victorin, Fernand Rinfret, maire de Montréal, Mgr V.Piette, recteur de l\u2019Université de Montréal, le père Ceslas Forest, o.p., président de l\u2019Acfas.Debout: Léon Lortie, l\u2019abbé Wilfrid Laverdière, le Dr D.-A.Déry, Adrien Pouliot, Augustin Frigon et Jacques Rousseau, secrétaire général de l\u2019Acfas (La Patrie, 3 novembre 1933). 14 TRACES | Volume 61 no 3 Revue de la SPHQ | Été 2023 Admettant d\u2019emblée que les réalisations sont modestes, il croit tout de même qu\u2019elles « surprendront sans doute l\u2019observateur attentif, familier avec la situation d\u2019il y a vingt ans ».Feuilletant le programme, il se réjouit de : la diversité des milieux d\u2019où viennent les communications, diversité qui affirme une réconfortante unité dans la détermination de travailler à la création d\u2019une science canadienne-française.Pour une fois, les questions de clocher, les rivalités de chapelle, les oppositions de clans ne sont pas intervenues.[\u2026] Les universitaires y coudoient les professeurs de l\u2019enseignement secondaire et de l\u2019enseignement primaire supérieur; les techniciens de nos services gouvernementaux y fraternisent avec les sociologues et les philosophes7.Selon celui qui avait tant fait pour la cause de la science parmi les siens, c\u2019était là, « au milieu de la tristesse que tout le monde connaît [la crise économique], l\u2019un des spectacles consolants de l\u2019heure ».Toutes les disciplines n\u2019étaient pas également représentées à ce premier congrès qui allait permettre, toujours selon les mots de Marie-Victorin, de « dresser l\u2019inventaire de nos modestes ressources scientifiques, de marquer le progrès accompli, de faire le point ».La section des sciences morales accueillait 20 communications regroupées en deux sous-sections présidées respectivement par le sociologue Léon Gérin et le philosophe dominicain Ceslas Forest.Cette faible présence des sciences morales ne passera pas inaperçue et, après le congrès, Jacques Rousseau l\u2019expliquera par « ce fait malheureux que ces disciplines \u2013 histoire, géographie, philologie, ethnographie, philosophie et sciences sociales \u2013 relèvent encore chez nous beaucoup plus de la littérature que de la science8».La section des sciences physiques, chimiques et mathématiques présentait 41 communications alors que celle des sciences naturelles en comptait 99, dont 23 dans la sous-section d\u2019ornithologie.Enfin, 6 communications étaient regroupées dans une section de pédagogie des sciences.Cette distribution reflète très bien le fait que la chimie et les sciences naturelles ont été les premières disciplines à faire l\u2019objet d\u2019un enseignement organisé et à donner lieu à des recherches.Ainsi, 30 des 41 présentations de la section physique-chimie-mathématiques traitent de questions chimiques.Seul ou avec ses étudiants, Georges-H.Baril, directeur du Département de chimie à l\u2019Université de Montréal, en signe cinq, et son jeune collègue Léon Lortie quatre, dont une de nature historique (sur Jean- Baptiste Meilleur).Les chimistes de Laval sont également présents, Joseph Risi signant cinq communications avec ses étudiants.La géologie n\u2019est représentée que par trois communications (le père Léo Morin de Montréal ainsi que Carl Faessler et l\u2019abbé Laverdière de Laval), et la physique apparaît grâce à une présentation d\u2019Ernest Gendreau sur l\u2019absorption des radiations de courte longueur d\u2019onde dans divers milieux, et à deux communications d\u2019ingénieurs de Polytechnique (J.-C.Bernier sur la télévision et J.- A.Villeneuve sur l\u2019éclairage artificiel et la vision).En mathématiques, on compte sept communications, dont trois d\u2019Adrien Pouliot et trois d\u2019André Wendling de Polytechnique.En sciences naturelles, cela va de soi, c\u2019est l\u2019équipe de Marie-Victorin qui domine la scène avec la participation de Jacques Rousseau (cinq présentations), de Jules BruneI (cinq) et de René Pomerleau (sept).Pierre Masson, Louis-Charles Simard et Ernest Van Campenhout représentent la biologie avec deux communications chacun, tandis qu\u2019Armand Frappier en présente trois sur le vaccin BCG dont deux avec son collègue Victorien Fredette.En somme, tous ceux qui comptaient dans le petit monde de la recherche canadienne-française de l\u2019époque avaient fait un effort pour être présents.Comme plusieurs présentaient plus d\u2019une communication, on comptait 85 auteurs différents pour les 164 présentations.Malgré tout, Marie-Victorin avait raison de dire que, « avec le congrès de 1933, l\u2019Acfas se dégage définitivement de ses langes ».Toujours au premier rang pour défendre l\u2019Association, il profita de l\u2019occasion pour critiquer au passage ceux qui appuyaient encore l\u2019ISFC, formule utile mais infiniment plus coûteuse et « dont l\u2019académisme, en faisant de nous 7.Marie-Victorin, « Le premier Congrès de l\u2019Acfas », Le Devoir, 30 octobre 1933, reproduit dans les Annales de l\u2019Acfas, vol.1, 1935, p.25-29.8.Jacques Rousseau, « Après le Congrès de l\u2019Acfas », Le Devoir, 17 février 1934.Quelques membres du conseil d\u2019administration de l\u2019Acfas en 1934 (Annales de l\u2019Acfas).Quelques membres du conseil d\u2019administration de l\u2019Acfas en 1934 (Annales de l\u2019Acfas). 15 TRACES | Volume 61 no 3 Revue de la SPHQ | Été 2023 d\u2019éternels et passifs auditeurs, nous éloigne de l\u2019action qui crée et qui construit9».Si le congrès permettait de montrer au public le fruit de dix années de promotion de la recherche scientifique, Marie-Victorin avait insisté pour qu\u2019y soient associées les expositions des Jeunes naturalistes, qui représentent l\u2019autre versant des activités de l\u2019Acfas \u2013 la promotion de la culture scientifique.Dans son article du Devoir, il invite donc le public à se rendre en grand nombre à l\u2019exposition tenue au collège Mont-Saint-Louis à Montréal \u2013 une exposition semblable se tenant concurremment à l\u2019Académie commerciale de Québec \u2013 pour admirer et encourager l\u2019effort de la jeunesse.Toujours prêt au combat, il s\u2019en prend aux « esprits claquemurés dans une conception collet monté du rôle de l\u2019université », qui l\u2019avaient accusé de faire entrer l\u2019école primaire dans l\u2019université, et insiste sur le rapport étroit qui unit le congrès de l\u2019Acfas et les expositions des Cercles des jeunes naturalistes (CJN) : On a souvent dit que notre stagnation scientifique, que plus personne ne songe à nier, a été le résultat d\u2019un cercle vicieux: un enseignement trop inadéquat pour créer les éléments d\u2019un milieu scientifique; un milieu scientifique indigent, impuissant à engendrer un corps professoral à la hauteur de sa tâche.En l\u2019occurrence, nous assistons à un effort méritoire pour briser le cercle par les deux points à la fois10.On connaît la suite; le message sera entendu et plus de 100 000 personnes visiteront l\u2019exposition11.Même si Marie-Victorin préférait l\u2019action aux discours, il allait tout de même en entendre plusieurs à ce premier congrès.À l\u2019ouverture, le jeudi soir, le vice-président Ceslas Forest, en l\u2019absence du président Alexandre Vachon retenu en Europe, fit lecture des nombreux messages de félicitations reçus du gouverneur général du Canada, du lieutenant- gouverneur de la province, des premiers ministres Bennett du Canada et Taschereau du Québec et des recteurs des universités Laval et de Montréal.Après la conférence de Léo Pariseau sur « Les étapes d\u2019une recherche », le maire de Montréal, Fernand Rinfret, président d\u2019honneur de la soirée, remercia le conférencier.L\u2019exposition des CJN étant également à l\u2019honneur, les discours allaient reprendre de plus belle le lendemain soir à l\u2019occasion de son ouverture.Présenté par le frère Adrien, fondateur et directeur général des CJN, et remercié par Édouard Montpetit, secrétaire général de l\u2019Université de Montréal, Marie-Victorin prononça pour l\u2019occasion une conférence intitulée « Les flores condamnées de la Laurentie ».Enfin, après avoir présenté leurs communications et entendu celles de leurs collègues, au cours des journées du vendredi et du samedi, les quelque 200 congressistes prirent un repos bien mérité le samedi au banquet de clôture, à 1,50$ le couvert, tenu au Cercle universitaire, rue Sherbrooke.Le nouveau président, le père Ceslas Forest, remercia les convives et leur rappela que le mérite de la réussite du congrès revenait avant tout à Jacques Rousseau, qui avait porté « presque tout le poids de l\u2019organisation ».Il déclara également : « Après avoir essayé ses ailes dans une ville assez vaste pour qu\u2019un insuccès eût pu y passer inaperçu [\u2026] elle vient de décider de tenir son congrès l\u2019an prochain à Québec12 ».Tous les congrès se ressemblent un peu, mais le premier congrès de l\u2019Acfas a une valeur symbolique certaine et, au dire de René Pomerleau, l\u2019un des participants, il « éclata comme un coup de foudre dans le ciel québécois [et ce] fut une révélation pour tous de voir réuni un si grand nombre de participants, pendant trois jours, présenter et entendre autant de communications13 ».9.Marie-Victorin, « Le premier Congrès de l\u2019Acfas », op.cit.10.10.Marie-Victorin, ibid., reproduit dans les Annales de l\u2019Acfas, vol.1, 1935, p.28.11.Luc Chartrand, Raymond Duchesne et Yves Gingras, Histoire des sciences au Québec.De la Nouvelle-France à nos jours, Montréal, Boréal, 2008, p.275.12.Annales de l\u2019Acfas, vol.1, 1935, p.40.L\u2019exposition des Cercles des jeunes naturalistes, tenue au Mont-Saint-Louis pendant le premier congrès de l\u2019Acfas (Mont-Saint-Louis).13.René Pomerleau, « Jacques Rousseau (1905-1970) », Le Naturaliste canadien, vol.98, 1971, p.219.Image page 119 : L\u2019ouverture du premier congrès de l\u2019Acfas.Première rangée: le frère Marie-Victorin, Fernand Rinfret, maire de Montréal, Mgr V.Piette, recteur de l\u2019Université de Montréal, le père Ceslas Forest, o.p., président de l\u2019Acfas.Debout: Léon Lortie, l\u2019abbé Wilfrid Laverdière, le Dr D.-A.Déry, Adrien Pouliot, Augustin Frigon et Jacques Rousseau, secrétaire général de l\u2019Acfas (La Patrie, 3 novembre 1933).L\u2019exposition des Cercles des jeunes naturalistes, tenue au Mont-Saint-Louis pendant le premier congrès de l\u2019Acfas (Mont-Saint-Louis). 16 TRACES | Volume 61 no 3 Revue de la SPHQ | Été 2023 Femmes de Nouvelle-France Dominique Deslandres, Professeure, Université de Montréal Qui peut remonter les lignages maternels de son arbre généalogique?Qui peut donner les noms de famille de ses quatre arrière-grands-mères ?Qui peut parler des métiers qu\u2019elles ont exercés?Il faut bien le constater, dans la culture commune, l\u2019histoire de nos familles est amputée de moitié et la mémoire féminine s\u2019efface en moins d\u2019une génération.Et qui plus est, quand on évoque les femmes de la Nouvelle France, ce sont les Françaises débarquant en Amérique qui viennent à l\u2019esprit : les Filles du roi, mères de la nation; les femmes fortes comme Jeanne Mance ou Marguerite d\u2019Youville; les saintes Marie de l\u2019Incarnation ou Marguerite Bourgeois; les héroïnes comme Madeleine de Verchères.Mais ce faisant, on omet les femmes des Premières Nations pourtant les plus nombreuses et absolument essentielles au développement du pays.C\u2019est normal, comme l\u2019a montré, Rosemarie Brodeur dans son mémoire de maitrise, l\u2019histoire des femmes de l\u2019époque moderne occupe en moyenne 1,2% de la trame narrative des manuels d\u2019histoire francophones et anglophones enseignés au CEGEP publiés entre 1990 et 2010! Comme si les recherches historiques sur les femmes depuis les cinquante dernières années ne percolaient pas jusque dans nos écoles et le grand public.La faute en incombe aux historiens des 19e-20e siècles sur lesquels reposent encore l\u2019historiographie et l\u2019enseignement actuel de l\u2019histoire \u2013 la plupart d\u2019entre ces historiens sont des bourgeois pour qui les tâches ménagères vont de soi, le travail des ouvrières, paysannes et artisanes ne comptent pas et surtout, les revendications féminines mènent au monde à l\u2019envers.Un tel topos des relations conjugales doit faire rire tout en renforçant la hiérarchie fondamentale de la société.Afin de ne pas déstabiliser l\u2019ordre du monde patriarcal, il faut éviter que les femmes s\u2019approprient l\u2019autorité « naturelle » des hommes.Or la constante répétition de telles moqueries au cours des siècles, indique que le « problème » persiste et que les Françaises possèdent bel et bien des pouvoirs pragmatiquement reconnus par leur société.Rappelons qu\u2019entre 1559 et 1661, de Catherine de Médicis à Anne d\u2019Autriche, la France connait soixante ans de régence féminine.Dans les mêmes années, se développe un véritable féminisme catholique qui, au nom de l\u2019égalité des sexes devant le salut, prescrit aux honnêtes femmes la même obligation que les hommes, de « se rendre utiles au public ».Des deux côtés de l\u2019Atlantique, les femmes de toutes conditions investissent massivement leurs argents, leurs temps et leurs énergies dans ce qui constitue les fondements de la société civile : la bienfaisance, l\u2019éducation, la santé afin de reconstruire la France qui relève de quarante ans de guerres civiles et religieuses et de, simultanément, construire une France nouvelle en Amérique.Ainsi, des femmes de pouvoir jusqu\u2019aux plus humbles dévotes, toute une génération de Françaises, exactement contemporaines des Marie de l\u2019Incarnation, Madeleine de la Peltrie, Jeanne Mance et Marguerite Bourgeoys, se vouent à relever le royaume et à l\u2019étendre en Amérique.L\u2019importance de leurs pouvoirs se lit en effet, a contrario, dans les estampes qui circulent à partir des années 1660 au moment de la prise de pouvoir personnel de Louis XIV, le roi masculiniste, et qui mettent en scène Lustucru (L\u2019eusse-tu-cru), un forgeron tantôt « raccomodeur » des langues des femmes qui ne savent pas se taire, tantôt carrément « opérateur céphalique », qui offre de « reforger et repolir sans faire mal ny douleur les testes de Femmes Accariastres, Bigeardes, Criardes, Diablesses, Enragées, Fantasques, Glorieuses, Hargneuses, Insupportables, Lunatiques, Meschantes, Noiseuses, Obstinées, Piegriesches, Revesches, Sottes, Testues, Volontaires, et qui ont d\u2019autres incommodités, le tout à prix raisonnable aux riches pour de l\u2019argent et pauvre gratis ».Témoignent aussi de ces pouvoirs féminins, les railleries contre les Précieuses, qui, loin d\u2019être ridicules, tentent alors d\u2019éviter que disparaisse des dictionnaires et du langage courant la féminisation des termes de métiers et de fonctions dont usent les Français pour parler des autrices, médecines, sculpteresses, peintresses, demanderesses, apothicairesses, thrésorières, etc.Remarquons qu\u2019en Nouvelle-France, Marie de l\u2019Incarnation pour qui, en grammaire, le masculin ne l\u2019emporte pas sur le féminin, utilise le terme de « capitainesse », pour expliquer le pouvoir des femmes autochtones dans leurs sociétés.Les hommes des 17e et 18e siècles ne peuvent se penser sans femmes En Nouvelle-France comme en France s\u2019imposent des documents normatifs, comme la Coutume de Paris, qui, 17 TRACES | Volume 61 no 3 Revue de la SPHQ | Été 2023 émanant de la plume éminemment masculine de certains hommes d\u2019Église, de juristes, de médecins mêmes, et suintant la misogynie, insistent sur la place seconde réservée aux femmes dans la société.Le colonialisme cherche à imposer cet état de fait aux colonisés.Ce contexte figé d\u2019autrefois dicte encore aujourd\u2019hui les représentations que fait l\u2019historiographie des femmes fortes de la Nouvelle-France, qu\u2019elle présente comme des exceptions, voire des miracles.Mais cet argument de l\u2019exceptionnalisme n\u2019explique pas la place éminente des femmes dans les jeux de pouvoir à l\u2019œuvre dans la colonie \u2013 des dynamiques qui demeurent trop souvent ignorées, puisque l\u2019on s\u2019arrête plus souvent aux prescriptions qu\u2019à leur application effective sur le terrain.Pourtant, la réalité des femmes d\u2019autrefois est beaucoup plus nuancée.Les exigences des travaux et des jours et le pragmatisme des usages imposent en effet des arrangements qui font l\u2019affaire de tous et de toutes.Moult détails exhumés des archives révèlent, en effet, les activités exercées par les femmes et, du coup, les pouvoirs réels et valorisés qui s\u2019y rattachent.On y voit, en effet, des femmes de tout âge, de toute condition et de toute ethnie, faire valoir leurs droits et ceux de leur famille mais aussi évoquer leur travail, leurs gains et leurs pertes.Rappelons que contrairement à ce qui se fait en France, dans la colonie, ce sont les femmes qui choisissent leur mari, et non leurs parents! De plus la très grande majorité des femmes travaille pour augmenter les revenus de leur famille \u2013 les filles rapportant leur salaire de domestiques, de petites mains, ou de manouvrières à leurs parents, les épouses apportant au ménage les gains non négligeables de la production textile ou de la vente des produits de la ferme.Par le biais des procurations conférées par leurs maris ou par leurs pères, nombre d\u2019entre elles, filles, mariées ou veuves se font marchandes ou femmes d\u2019affaires.Les femmes jouissent ainsi d\u2019une certaine autonomie, à tout le moins, d\u2019une réelle reconnaissance de leur apport économique.Dans cette perspective on voit comment les autorités françaises ont pensé la fusion des peuples en Amérique en donnant aux femmes une place centrale ; on découvre pourquoi le coureur des bois puis le voyageur ne réussissent pas leurs entreprises sans une femme autochtone épousée à la mode du pays ou devant l\u2019Église ; on constate que le colon paysan ne subsiste pas sans une femme aguerrie aux travaux de la ferme et du marché ; l\u2019artisan non plus ne se pense pas sans femme, à qui confier finition et vente des objets, administration des finances, gestion du réseau et de la publicité ; le soldat ne peut avancer sans l\u2019intendance assurée par les femmes qui suivent de près ou de loin les armées ; même les missionnaires dont la mission doit tout aux bienfaitrices et aux religieuses.Or si ces hommes ne peuvent suffire à leurs tâches sans femme, les femmes survivent la plupart du temps sans l\u2019homme de la famille.Guerres, déplacements saisonniers, maladies, mort\u2026 la force de la nécessité oblige la majorité des femmes à se tirer d\u2019affaire sans homme, travaillent, élèvent leurs nombreux enfants, en s\u2019appuyant sur de solides réseaux de solidarité féminine, fondés sur l\u2019entraide, le service, l\u2019instruction et la transmission.Tout cela, à travers les relations de pouvoir inter et intrasexes, les hiérarchies socio-économiques, les ethnies, les différends dogmatiques et la géographie.Les femmes des Premières Nations Dès le début, les colonisateurs français ont compris que les femmes autochtones sont essentielles à leur survie.Sans elles, ils ne peuvent ni pénétrer dans le continent, ni exploiter ses ressources, ni fonder une colonie.C\u2019est pourquoi chaque fois que Samuel de Champlain entre en relation avec une nouvelle nation autochtone, il émet la même proposition : « nos garçons se marieront à vos filles, & nous ne ferons plus qu\u2019un seul peuple ».Cela tombe bien, car, tant pour les Premières Nations que pour les Français, la parenté est le ciment qui lie ensemble la société.C\u2019est elle qui détermine tout : la façon dont s\u2019organise la société comme les relations diplomatiques et commerciales qu\u2019elle entretient avec les Autres.Gage d\u2019alliance et de bénéfices réciproques, l\u2019intermariage est donc très bien accueilli par les partis en présence.Toute l\u2019histoire de la Nouvelle France est basée sur cet accord.Mais les objectifs respectifs diffèrent.Pour les Premières Nations, intégrer les nouveaux venus signifie se garantir l\u2019approvisionnement en biens et moyens de défense européens afin de garder le contrôle de leurs territoires.La poignée de Français qui débarque en Amérique espère, quant à elle, se faire une meilleure vie qu\u2019en France.Pour la Couronne française et l\u2019Église qui gouvernent ces colons, il s\u2019agit d\u2019accroître leur empire respectif sur la planète, en transformant par le baptême les peuples autochtones en sujets français, car, dans le droit français, tout ce qui appartient aux sujets appartient au roi et de cette manière, les territoires autochtones passeront sans coup férir sous le contrôle de la France.Ainsi, pense-t-on, s\u2019étendra la domination des rois du Ciel et de la terre.Mais sur le terrain, ce plan ne se réalisera pas sans heurts.Car tout au long du Régime français, dans cette rencontre-choc des souverainetés, ce sont les Premières Nations qui imposent leurs conditions aux nouveaux venus français et à leurs descendants.Pour survivre en Amérique, ces derniers n\u2019ont d\u2019autre choix que de s\u2019y adapter.Il s\u2019agit ainsi pour les Français non seulement d\u2019apprendre les langues et les coutumes diplomatiques, politiques, militaires et socio- économiques des Premières Nations, mais aussi de s\u2019allier leurs bonnes grâces, et en particulier, celles des femmes 18 TRACES | Volume 61 no 3 Revue de la SPHQ | Été 2023 autochtones, car ce sont elles qui, traditionnellement, acceptent les étrangers, leur enseignent langues et façons de faire, bref, les intègrent à leur monde.Celles que les nouveaux venus français et leurs descendants épouseront à la façon du pays les aideront à s\u2019établir durablement dans leur territoire, en portant leurs enfants, en les faisant bénéficier de leurs réseaux familiaux, vitaux pour le commerce et la diplomatie, et en travaillant avec eux à la traite et aux champs.D\u2019autres, appelées parfois femmes de chasse, guideront leur expédition, monteront et démonteront les camps, s\u2019occuperont de la petite chasse et de la cueillette pour assurer la subsistance du groupe, façonneront les peaux du gibier abattu, porteront les bagages et, parfois, serviront de maîtresses.L\u2019histoire n\u2019a pas souvent retenu le nom de ces femmes.Pourquoi un tel silence ?Parce que toutes ces femmes ne sont pas converties, et donc sont considérées aux yeux de la loi et de la religion françaises, comme illégitimes, étrangères sur leur propre sol.Les missionnaires s\u2019empressent de légitimer les unions contractées à la façon du pays en mariant, devant la Sainte Église, un Français avec une convertie au catholicisme.Cette épouse a été évangélisée dans les missions établies dans les territoires des Premières Nations ou auprès des religieuses hospitalières et éducatrices de Québec et de Montréal.Il est tout à l\u2019avantage d\u2019un colon de l\u2019épouser.En effet, il gagne le réseau social et économique de son épouse et le soutien des colonisateurs qui lui donnent une dot et une terre.Jusqu\u2019à la fin du Régime français, les colons français des deux sexes se marieront avec les hommes et les femmes des Premières Nations ou avec des individus nés de mariages mixtes, vivant dans les missions chrétiennes autour de Québec et de Montréal, ce qui leur permet de s\u2019établir sur de bonnes terres ou de consolider leur fortune.Des femmes puissantes Dans les Pays d\u2019en Haut, des converties comme l\u2019Illinoise Marie Rouensa-?cate?a?, la Franco-Illinoise Marie Madeleine Réaume ou les Franco-Outaouaises Madeleine Laframboise et Thérèse Schindler deviennent de redoutables femmes d\u2019affaires au centre des réseaux commerciaux de leur époque.L\u2019histoire de Marie Rouensa- ?cate?a?est particulièrement révélatrice des pouvoirs qu\u2019exercent de telles femmes issues des Premières Nations.Elle prospère par l\u2019agriculture et la traite des fourrures qu\u2019elle domine à travers sa nombreuse parenté installée depuis les Pays d\u2019en Haut et jusqu\u2019au Mississippi.Quand elle décède en 1725, son héritage s\u2019élève à plus de 45 000 livres, une somme considérable pour l\u2019époque.Son testament indique que son mari et ses six enfants se partageront plusieurs terres arables, deux maisons dans le village de Kaskaskia, neuf tonnes de bois coupé et écorcé, de l\u2019avoine, du blé d\u2019une valeur de 3 300 livres, 19 à 20 arpents de maïs, deux granges avec bœufs et taureaux, treize vaches, 31 porcs, 48 poules ainsi que\u2026 quatre esclaves africains et un esclave autochtone.Un mot ici sur la sombre réalité de l\u2019esclavage : les femmes représentent la majorité des 10 000 esclaves autochtones asservis en Nouvelle-France entre 1670 et 1760.Très tôt, les missionnaires jésuites réclament la venue de Françaises pour convertir et franciser les femmes des Premières Nations qui seront mariées aux colons.Religieuses et laïques de toutes conditions sont nombreuses à répondre à l\u2019appel pour déployer un véritable humanitaire matériel et spirituel en territoires autochtones.Les héroïnes de ce qui a été qualifié d\u2019épopée mystique entendent convertir les Autochtones par l\u2019éducation, la santé et l\u2019assistanat social.Mais c\u2019est sans compter la forte résistance culturelle des filles et des femmes des Premières Nations.En 1668, Marie de l\u2019Incarnation souligne que, s\u2019il est tout à fait possible de les christianiser, il est impossible d\u2019en faire des Françaises.Par ailleurs, sans les religieuses, les filles françaises « seroient aussi sauvages, et peut-être plus que les sauvages mêmes ».De telles remarques sur les influences réciproques entre autochtones et allochtones, réitérées au fil du siècle, démontrent la grande proximité des deux mondes.Les Françaises L\u2019historiographie s\u2019est plus intéressée à la contribution des ventres féminins au développement démographique de la colonie qu\u2019à l\u2019apport des femmes à la construction d\u2019une société nouvelle.Cela rend invisibles le rôle essentiel des Françaises à la venue et à l\u2019installation des colons en Nouvelle-France.C\u2019est souvent en effet grâce à l\u2019argent de l\u2019épouse que le colon s\u2019enrichit; c\u2019est aussi grâce aux réseaux féminins que les hommes s\u2019établissent en Nouvelle- France.Pensons par exemple à Radisson qui, en 1651, rejoint à Trois-Rivières ses trois sœurs qui l\u2019ont précédé en Nouvelle-France ou à Jean, Pierre et Marie Gareau, dont les chemins vers la colonie passent par les réseaux familiaux, amicaux et d\u2019affaires de leur mère Marie Pinard et de leur grand-mère maternelle Marguerite Gaigneur.Par ailleurs, nombre de ces Françaises qui débarquent en Amérique déploient une agentivité remarquable.Des femmes d\u2019affaire C\u2019est en effet lorsque les Françaises sont arrivées en nombre dans la colonie, que cette dernière s\u2019est développée.Cette dernière aurait-elle seulement survécu s\u2019il avait fallu que les colons se contentent des seuls gains de la traite des fourrures?Des négociantes, des aubergistes et cabaretières, il y en a eu beaucoup en Nouvelle-France. 19 TRACES | Volume 61 no 3 Revue de la SPHQ | Été 2023 Et pas seulement des allochtones, des autochtones aussi, comme on l\u2019a vu.En 1744, François-Xavier de Charlevoix témoigne de l\u2019entrepreneuriat féminin à tous les échelons de l\u2019échelle sociale : Les femmes « qui l\u2019ont [l\u2019esprit] fort brillant, aisé, ferme, fécond en ressources, courageux et capable de conduire les plus grandes affaires.[\u2026] Je puis vous assurer qu\u2019elles sont ici le plus grand nombre et qu\u2019on les trouve telles dans toutes les conditions ».À tous les niveaux de l\u2019échelle sociale, s\u2019illustrent en effet des femmes d\u2019affaire.En voici quelques exemples : très tôt dans l\u2019histoire de la colonie, l\u2019immigrante et noble Marie Pournin de la Faye (1622-1699) se distingue à Montréal.Montréaliste de la première heure, sage-femme dès 1644, administratrice de l\u2019Hôtel Dieu de Jeanne Mance en 1659, elle se révèle à partir de 1663 \u2013 date de la mort de son second mari \u2013 et jusqu\u2019à sa mort à 78 ans, en 1699, une puissante marchande dont les activités apparaissent clairement dans les archives notariales et judiciaires.Propriétaire de deux maisons de bois, elle décède entourée de la considération des quelques 1350 Français alors installés à Montréal: c\u2019est en effet une notable importante qui est enterrée avec tous les honneurs, « en présence de tout le clergé ».Du parcours remarquable de Thérèse Catin (1686-1763) on retiendra que celle qui commença par être la femme de chambre de la marquise de Vaudreuil, finit sa vie à la tête d\u2019un empire commercial qui va de Montréal aux Pays d\u2019en Haut.Malgré ses quatre maternités, elle assume très tôt de grandes responsabilités dans les affaires de son mari Simon Réaume, presque toujours parti dans les Pays d\u2019en haut, elle est sa procuratrice, puis son héritière et, tout en louant une chambre et assurant les repas d\u2019officiers de passage à Montréal, elle mène à bien toutes sortes de transactions: dont le prêt d\u2019argent; et elle prête beaucoup d\u2019argent à beaucoup de gens; elle n\u2019hésite ni à poursuivre les mauvais payeurs en justice quand elle veut récupérer son dû, ni à loger des appels.Les treize enfants de Marie-Anne Barbel (1704-1793), ne l\u2019empêchent nullement de devenir une marchande et entrepreneuse de renom.Certes son réseau est celui des marchands bourgeois de Québec.En 1745, à la mort de son mari Louis Fornel, elle reprend les rênes de ses entreprises et commerces et agrandit le patrimoine immobilier familial dans la basse ville de Québec; elle fait la traite des fourrures, s\u2019illustre notamment dans la chasse aux phoques du Labrador et, à la suite d\u2019une pénurie causée par la guerre, elle ouvre une manufacture de poterie qu\u2019elle dirige pendant six ans.Comme témoignent ses associés Havy et Lefebvre « Il ne vient Point de terrerie de france et En aparence tant que la guerre durera il en Sera de Mesme Mais voici une Resource que le Pays trouve en Mademoiselle fornel qui en a Elevé une Manufacture Elle a un tres Bon ouvrier et Sa terre Se trouve Bonne ».La poterie, finie avec des glaçures de plomb et de cuivre, est d\u2019une telle qualité qu\u2019on la confond avec celle de France.Le succès est immédiat.Cependant la Guerre de Conquête (1756-1760) porte un coup dur à ses affaires et la force à se retirer.Parmi toutes ces femmes d\u2019affaire, il ne faudrait pas oublier les religieuses.Ces dernières sont pleinement investies on l\u2019a dit dans la mission de gagner des âmes à Dieu.Et pour y arriver il leur faut des fonds.C\u2019est pourquoi elles entretiennent des liens très serrées avec leurs bienfaitrices et bienfaiteurs demeuré-e-s en France \u2013 d\u2019où les quelques 10 000 lettres de Marie de l\u2019Incarnation; c\u2019est pourquoi aussi les religieuses veillent avec assiduité à assurer la subsistance de leurs entreprises respectives.Ainsi les Ursulines tiennent-elles des comptes fort complets des pensions qu\u2019elles reçoivent pour éduquer les filles qui leur sont confiées, mais aussi, elles font du troc, elles échangent les broderies de luxe qu\u2019elles font contre, par exemple, une concession de pêche à l\u2019anguille comme en 1653.Les sœurs grises, quant à elles, font travailler les « filles déchues » de Montréal, à qui elles enseignent les « métiers honnêtes » que sont la couture, ou la confection d\u2019articles de traite (capots, mitasses, etc).Après le décès de Mme d\u2019Youville, en 1771, les sœurs trouvent de nouvelles sources de financement, telles que la reliure de livres, l\u2019élevage de serins et la réalisation d\u2019ouvrages en cire, dont des Jésus en cire afin d\u2019orner les crèches des églises.Les communautés religieuses établies en Nouvelle-France sont de puissantes gestionnaires de propriétés foncières dont elles tirent profit afin de subvenir aux besoins de leurs œuvres et de leur personnel.Pensons par exemple, à la concession qu\u2019obtient Marguerite Bourgeoys en 1662 à la Pointe-Saint-Charles, qu\u2019elle agrandit en achetant le terrain et la maison de son voisin François le Ber, en les payant en peaux de castor et qui deviendra la ferme Saint-Gabriel, considérée comme la « mère nourricière » de la Congrégation Notre Dame \u2013 laquelle congrégation finira par en posséder quinze fermes autour de Montréal et développer une grande expertise agronomique.Catherine Crolo (1619-1699) qui devient la première gérante de la ferme alors appelée La Providence « dirige le défrichement, la mise en culture, le fermage et la gestion des récoltes, en accueillant en même temps les Filles du Roy et en assurant leur éducation en vue de leur apprendre à tenir maison.Les produits de la ferme servent premièrement à nourrir les sœurs de la Congrégation qui enseignent à Montréal et dans les faubourgs ».En tant que seigneuresses, les communautés religieuses féminines assument pleinement leurs devoirs de mise en valeur et de colonisation de terres.Alors que les Ursulines 20 TRACES | Volume 61 no 3 Revue de la SPHQ | Été 2023 de Québec font fructifier la Seigneurie de Ste-Croix de 1637 à 1923, le patrimoine seigneurial des Augustines de l\u2019Hôtel-Dieu de Québec est impressionnant.Ces dernières possèdent entre autres la seigneurie de Saint-Charles-des- Roches (les Grondines), dès 1640 et à partir de 1713 celle de l\u2019île aux Oies, de 1734 celle de Maur, appelée Saint- Augustin ou des Pauvres ainsi que des zones de pêche, libres de redevances, à l\u2019embouchure de la rivière Saint- Charles, dès 1648, et au pied du cap Diamant en 1651, et plusieurs autres terres en roture à Québec ou aux alentours.Quant aux Augustines de l\u2019Hôpital Général, Mgr de St Vallier leur a racheté des Récollets en 1693 la seigneurie et le couvent de Notre-Dame-des-Anges, sur la rivière Saint-Charles et au fil du temps plusieurs autres seigneuries leur seront léguées.Il n\u2019est donc pas étonnant qu\u2019en 1765 Marguerite d\u2019Youville achète la très productive seigneurie de Châteauguay afin de nourrir les malades et sa communauté de l\u2019Hôpital Général.Elle y fait reconstruire le moulin, ensemencer les terres et planter des pommiers (c\u2019est le verger actuel, le plus ancien de la province de Québec).Cette seigneurie sera longtemps le plus important lieu de la communauté après l\u2019Hôpital général de Montréal.Après l\u2019abolition du régime seigneurial, les Sœurs Grises ont conservé l\u2019île Saint- Bernard à Châteauguay et la Commune.Les pouvoirs féminins Porter, allaiter et éduquer les enfants, tenir maison, soigner malades et indigents, porter l\u2019eau, ramasser le bois, entretenir le feu, s\u2019occuper des bestiaux, travailler aux champs, au potager, au verger, vendre au marché ou au comptoir, recouvrer dettes et crédits, transmettre nouvelles et rumeurs, organiser les mariages, réunir la famille élargie et régner en matriarche sur elle, entretenir réseaux et clientèles, ester en justice, toutes ces tâches dévolues aux femmes témoignent de l\u2019exercice des pouvoirs féminins reconnus par la société de leur époque.Pourtant, ces pouvoirs ne sont jamais mis en valeur dans nos livres d\u2019histoire, car les travaux dont ils découlent sont considérés comme relevant de la nature féminine, immuable, anhistorique.Répétitifs, non rémunérés, ils sont jugés anachroniquement selon les critères de rentabilité financière et de force physique d\u2019aujourd\u2019hui.Des exemples ?À côté des autres travaux domestiques que notre œil moderne juge peu contraignants, car nous oublions l\u2019effort physique et le savoir-faire qu\u2019ils exigeaient à l\u2019époque, les ouvrages réservés aux femmes, tels que le filage, le tissage, le lavage, le ravaudage, la taille, la couture, la broderie, sont négligés par les histoires de l\u2019économie alors même qu\u2019à l\u2019époque de la Nouvelle- France, l\u2019industrie des draps demeurait la principale source de richesse.Fondement du proto-capitalisme, elle correspond en effet à l\u2019industrie du pétrole aujourd\u2019hui \u2014 du coup, le tissage et la broderie si importants autrefois, si dépréciés aujourd\u2019hui, relèvent aussi de l\u2019industrie du luxe et, surtout, rapportent gros.Il n\u2019est donc pas étonnant que ce soit une fille du pays, Agathe de Saint-Père, qui ait établi la première « manufacture de toile, droguet, serge croisée et couverte » de la colonie.Pour pallier la pénurie de lin et de laine, elle expérimente divers matériaux locaux tels les orties et les filaments d\u2019écorces, l\u2019asclépiade et la laine de bœufs illinois, pour fabriquer notamment draps et couvertures.Grâce au savoir qui lui vient des autochtones, elle découvre nombre de colorants et de nouveaux procédés de fixation.Les quelques vingt métiers à tisser de l\u2019atelier fourniront quotidiennement 120 aunes d\u2019étoffe et de toiles grossières, durables et bon marché.Bénéficiant d\u2019une rente royale annuelle de 200 livres son atelier fonctionne de façon rentable jusqu\u2019en 1713, date à laquelle elle prend sa retraite.Cela dit, plus de 80% de la population en arrache à tenter de vivre de l\u2019agriculture et la majorité des nouvelles venues françaises doivent être aptes « comme les hommes » au travail de la terre, en plus d\u2019assurer la lignée et la survie matérielle de leurs maisonnées.Et cela, dans un pays qui manque de tout ce qui rend la vie française facile.La montée généralisée des crimes contre la propriété au 18e siècle témoigne de la persistance de cette pauvreté.Il existe d\u2019ailleurs une communauté de misère entre les Autochtones et la majorité des Allochtones, qui leur fait partager une même connivence cognitive, fondée sur les mêmes structures du quotidien, elles-mêmes modelées par la pauvreté matérielle, la frugalité, la promiscuité, l\u2019esprit communautaire, l\u2019entre-reconnaissance d\u2019une même humaine condition.Le monde entremêlé des femmes autochtones et allochtones De fait, les histoires du pays ne le soulignent pas souvent, mais, pendant le régime français, les Françaises et Euro- descendantes sont en rapport constant avec les femmes et filles des Premières Nations, qui sont en plus grand nombre qu\u2019elles.L\u2019histoire patriarcale et coloniale ne s\u2019est pas intéressée à ces liens qui relèvent du monde des femmes \u2013 ce qui a contribué à les effacer de la mémoire commune.Or c\u2019est par les femmes autochtones, converties ou non, que les Françaises et Euro-descendantes apprendront les comportements nécessaires pour fonctionner et survivre dans leur nouveau quotidien colonial : elles apprendront à parler suffisamment d\u2019Innu, d\u2019Anaschinabeg ou d\u2019Iroquois, pour s\u2019habiller, nourrir et se nourrir, soigner, se protéger des ennemis, reconnaître et faire pousser les plantes indigènes, traiter et coudre les peaux et les cuirs et surtout, surtout, échanger des biens et des services. 21 TRACES | Volume 61 no 3 Revue de la SPHQ | Été 2023 Les contacts des nouvelles venues françaises avec les femmes des Premières Nations se font sur une base journalière, à la maison, dans la rue, à l\u2019église, au lavoir, aux champs, en déplacements\u2026 Faut-il rappeler que, collectivement ou individuellement, les Autochtones vivent à proximité des communautés françaises, en particulier autour de l\u2019hôpital ou des lieux de traite comme aussi dans les missions environnant les communautés françaises.Tout au long du Régime français, des membres des Premières Nations ont l\u2019occasion d\u2019aller et venir dans les villes et villages, où ils sont reçus dans les maisons françaises.Ils y travaillent, troquant leurs biens ou payant en espèces sonnantes et trébuchantes pour de la nourriture et des boissons, passant de maison en maison ou demandant d\u2019y passer la nuit \u2014 c\u2019est- à-dire, comme ils disent, de « s\u2019y retirer ».De fait, dans les procès contenus dans les archives judiciaires, les Françaises interrogées montrent une grande connaissance de leurs vis-à-vis autochtones : elles savent parler dans leur langue (puisque les autochtones n\u2019apprennent pas le français), les appeler par leur nom autochtone et surnom francophone, nommer les membres de leur famille, reconnaître les signes distinctifs de leur nation.Les Françaises recourent même aux Autochtones pour se soigner, s\u2019occuper de leurs enfants, les employer à différents travaux.Souvent les cabaretières et aubergistes françaises les hébergent et leur servent ce qu\u2019ils aiment, du chien \u2014 qu\u2019elles cuisinent sans façon \u2014 et de l\u2019alcool\u2014 qu\u2019elles leur servent comme elles le font à leurs clients français.En conclusion, on continue de se représenter les femmes de Nouvelle France comme si elles sortaient rarement des mondes silencieux, répétitifs et ennuyeux de la maison, des enfants ou\u2026 du couvent.Comme si, dans l\u2019accomplissement des tâches dites féminines, elles n\u2019avaient eu ni pouvoir réel ni voix au chapitre dans le développement de la colonie.Les rares exceptions, toujours les mêmes citées, confirment cette règle que les femmes étaient reléguées au second plan de la vraie histoire.Pourtant, contrairement à l\u2019histoire qui se fait et s\u2019enseigne au pays et qui cloisonne encore les périodes, les espaces et les histoires allochtones et autochtones, nous pouvons dire que sans les femmes autochtones et allochtones, libres et esclaves, il n\u2019y a tout simplement pas de Nouvelle- France.Pour aller plus loin Denyse BAILLARGEON, Brève histoire des femmes au Québec, Montréal, Boréal, 2012.Scarlett BEAUVALET-BOUTOUYRIE, Les femmes à l\u2019époque moderne, Paris, 2003 ; Dominique DESLANDRES, « Femmes devant le tribunal du roi : la culture judiciaire des appelantes dans les archives de la juridiction royale de Montréal (1693-1760) », Les Cahiers des Dix, 71 (2017), p.35-63; « \u201cEt loing de France, en l\u2019une & l\u2019autre mer, Les Fleurs de Liz, tu as fait renommer\u201d.Quelques hypothèses touchant la religion, le genre et l\u2019expansion de la souveraineté française en Amérique aux XVIe-XVIIIe siècles », Revue d\u2019histoire de l\u2019Amérique française, 64, 3-4 (hiver-printemps 2011), p.93-117 ; « \u201c\u2026 alors nos garçons se marieront à vos filles, & nous ne ferons plus qu\u2019un seul peuple\u201d.Religion, genre et déploiement de la souveraineté française en Amérique aux XVIe-XVIIIe siècles », Revue d\u2019histoire de l\u2019Amérique française, 66, 1 (été 2012), p.5-35.« Roman familial, roman national ?L\u2019histoire de Montréal sous la loupe de la filiation généalogique féminine », Les Cahiers des Dix, 74 (2020), p.71\u2013100.« L\u2019intimité française avec la \u201csauvagerie\u201d à Montréal aux XVIIe et XVIIIe siècles », Dix-huitième siècle, 52 (2020), p.101-118, et « Discours d\u2019en haut et discours d\u2019en bas.Représentations de l\u2019altérité autochtone et lieux communs revisités », Tangence, 123 (2020), p.37\u201348 Dominique GODINEAU, Les femmes dans la société française, 16e-18e siècle, Paris, Colin, 2003.Allan GREER, Brève histoire des peuples de la Nouvelle- France, Montréal, Boréal, 1998.Yves LANDRY, Les Filles du Roi au XVIIe siècle, Montréal, Leméac, 1992 ; Y.LANDRY [dir.], Pour le Christ et le Roi : la vie au temps des premiers Montréalais, Montréal, Libre Expression/Art Global, 1992.Karen L.MARRERO, « Founding Families.Power and Authority of Mixed French and Native Lineages in Eighteenth-Century Detroit », Thèse de doctorat (philosophie), New Haven, Yale University, 2011 Jan NOEL, Along a River.The First French-Canadian Women, Toronto, Toronto University Press, 2013.Brett RUSHFORTH, Bonds of Alliance.Indigenous and Atlantic Slaveries in New France, Chapel Hill, University of North Carolina Press, 2012.Bruce G.TRIGGER et Wilcomb E.WASHBURN [dir.], The Cambridge History of the Native Peoples of the Americas, Cambridge, Cambridge University Press, 1996 ; Marcel TRUDEL, Dictionnaire des esclaves et de leurs propriétaires au Canada français, Montréal, Hurtubise, 1990, Sylvia VAN KIRK, « The Role of Native Women in the Fur Trade Society of Western Canada, 1670-1830 », Frontiers.A Journal of Women Studies, 7, 3 (1984), p.9-10 Roland VIAU, Femmes de personne : sexes, genres et pouvoir en Iroquoisie, Montréal, Boréal, 2000.Enfants du néant et mangeurs d\u2019âmes.Guerre, culture et société en Iroquoisie ancienne, Montréal, Boréal, 1997 22 TRACES | Volume 61 no 3 Revue de la SPHQ | Été 2023 Les réfugiés acadiens au Canada (1755-1763) André-Carl Vachon, Enseignant au Collège Jean-Eudes Dans le programme de formation de l\u2019école québécoise, il y a quelques aspects touchant l\u2019histoire des Acadiens.Selon les précisions sur les connaissances à approfondir dans le programme d\u2019Histoire du Québec et du Canada de 3e et 4e secondaire, pour la période 1608-1760 et la réalité sociale « L\u2019évolution de la société coloniale sous l\u2019autorité de la métropole française », quatre aspects sont traités concernant la Guerre de la Conquête : Déportation des Acadiens, Bataille des Plaines d\u2019Abraham, Bataille de Sainte-Foy et Milice canadienne (programme, p. 29).Ensuite, pour la période 1760-1791 et la réalité sociale « La Conquête et le changement d\u2019empire », trois aspects sont traités concernant la Situation sociodémographique : Immigration britannique, Réfugiés acadiens et Composition de la population (programme, p.34).Il sera question des aspects sociodémographiques dans cet article.C\u2019est à partir de la capitulation du fort Beauséjour, en Acadie française (aujourd\u2019hui, le Nouveau-Brunswick), le 16 juin 1755, que certains Acadiens ont commencé à se réfugier au port de Québec, soit près d\u2019un an avant le déclenchement de la guerre de Sept Ans.Par la suite, le sort des Acadiens a été déterminé le 28 juillet 1755 par les autorités britanniques de la Nouvelle-Écosse qui procèdent à leur déportation dans les colonies britanniques du Massachusetts à la Géorgie.Les Acadiens réfugiés au Canada Il ne nous est pas parvenu de récit provenant des Acadiens qui se sont réfugiés au Canada.Or, on retrouve des bribes d\u2019informations dans les lettres et mémoires du gouverneur Pierre de Rigaud de Vaudreuil de Cavagnial, du commissaire ordonnateur Jacques Prévost (à Louisbourg), du marquis de Montcalm, du chevalier François-Gaston duc de Lévis, de Louis-Antoine de Bougainville, du maréchal Desandrouins, du lieutenant général Malartic, du major général Jean-Daniel Dumas, de l\u2019intendant François Bigot, du notaire royal Louis-Léonard Aumasson de Courville et du commandant Charles Deschamps de Boishébert, de l\u2019évêque Mgr Dubreil de Pontbriand, des Annales des Ursulines, ainsi que des prêtres et des missionnaires, comme Jean-Félix Récher (curé de Québec) et François Le Guerne (vicaire auprès des Acadiens).Tous font mention des réfugiés acadiens dans les écrits qu\u2019ils nous ont laissés, notamment à ce qui a trait à leur nombre, à leurs conditions, à leur ration alimentaire et à leur état de santé.Combien d\u2019Acadiens sont venus au Canada ?Pour réussir à comptabiliser leur nombre, il nous a fallu constituer une base de données.Nous avons consulté les œuvres incontournables de Bona Arsenault, Histoire des Acadiens (1994) et de Pierre-Maurice Hébert, Les Acadiens du Québec (1994).Nous avons donc répertorié et colligé tous les noms qui se trouvaient dans le chapitre « Les Acadiens établis au Québec », du livre d\u2019Arsenault.Dans ce chapitre, les Acadiens ont été inventoriés selon les agglomérations où ils se sont réfugiés.Les Acadiens s\u2019étant déplacés à quelques reprises, certaines familles sont répertoriées dans plus d\u2019une région.Il est donc impératif d\u2019éviter les doublons.Hébert, quant à lui, a réparti en chapitres dans la troisième partie de son livre, Lieux d\u2019établissement, seize régions dans lesquelles se trouvaient les Acadiens.Nous avons ainsi fusionné les listes proposées de ces deux sources.La majorité des noms recueillis se répètent de l\u2019une à l\u2019autre, mais, dans une moindre mesure, ces sources sont aussi complémentaires.Cette nouvelle liste combinée est-elle complète ?En consultant les registres paroissiaux catholiques du Québec, nous nous sommes rendu compte que certaines familles ne faisaient pas partie des listes proposées par Arsenault et Hébert.Cette banque de données essentielles, « Québec, registres paroissiaux catholiques, 1621-1979 », se retrouve sur le site Web Familysearch, dans lequel nous pouvons consulter l\u2019ensemble des registres manuscrits et numérisés des églises, des chapelles et des hôpitaux du Québec.En faisant une lecture attentive de ces registres, nous pouvons identifier les Acadiens mentionnés.Dans les actes de baptêmes, de mariages et de sépultures, les prêtres ont généralement accompagné les noms de la nomenclature suivante : Acadiens ou « Cadiens », habitants ou anciens habitants de l\u2019Acadie, Acadiens de nation, ou même, Acadiens réfugiés.Dans certains cas, ils ne sont pas identifiés et la formule généralement employée est « de cette paroisse ».C\u2019est pour cette raison qu\u2019il faut absolument corréler les informations recueillies dans les registres avec les données du Programme de recherche en démographie historique (PRDH) de l\u2019Université de Montréal, afin de s\u2019assurer d\u2019avoir tous les membres d\u2019une même famille.Était-ce une façon de les cacher en écrivant qu\u2019ils étaient de la paroisse ? 23 TRACES | Volume 61 no 3 Revue de la SPHQ | Été 2023 Pour compléter notre base de données, il est impératif de consulter le « Dictionnaire généalogique des familles 1621-1824 (Québec, Canada français) » qui se trouve sur le site Web du PRDH.Créé en 1966, le PRDH loge au Département de démographie de l\u2019Université de Montréal, qui s\u2019est donné le mandat de « reconstituer exhaustivement la population du Québec ancien depuis le début de la colonisation française au XVIIe siècle.La réalisation de cet objectif se présente sous la forme d\u2019un registre informatisé de population ».Cela dit, les fiches des familles acadiennes ne sont pas complètes et comportent quelques lacunes.L\u2019historien John Alexander Dickinson, qui a également utilisé ces données pour son article, « Les réfugiés acadiens au Canada, 1755-1775 », nous met en garde à ce propos.Par exemple, Dickinson affirme qu\u2019il « manque également des réfugiés ayant fait un court séjour au Canada avant de retourner en Acadie et qui n\u2019ont fait l\u2019objet d\u2019aucun acte d\u2019état civil.Il reste aussi les cas de nombreux parents dont les enfants décèdent ou se marient dans la vallée laurentienne mais qui ne sont présents à aucun évènement.Ils sont considérés comme n\u2019étant jamais venus mais est- ce vraiment le cas ? » En effet, certains Acadiens n\u2019ont pas bénéficié des sacrements de l\u2019Église catholique, tels le baptême, le mariage ou la sépulture pendant la période étudiée (1755-1763).Néanmoins, certains Acadiens sont mentionnés uniquement comme parrains, marraines ou témoins lors d\u2019un mariage ou d\u2019une sépulture.Finalement, nous avons consulté Parchemin, la banque de données notariales du Québec ancien 1626-1799, afin de retrouver ces Acadiens qui n\u2019ont pas bénéficié de sacrements à l\u2019église pendant la guerre de Sept Ans.Ainsi, nous avons découvert une dizaine d\u2019Acadiens n\u2019ayant pas été identifiés dans les autres sources et bases de données.Estimation du nombre d\u2019Acadiens arrivés au Canada entre 1755 et 1763 Nombre d\u2019Acadiens Date du dénombrement Les acteurs du 18e siècle Les auteurs du 20e siècle 1300 Mars 1758 Jean-Félix Récher John A.Dickinson, 2000 1500 Septembre 1757 Jean-Nicolas Desandrouins Daigle et Leblanc, 1994 1500 ou 1600 Février 1758 François Bigot Aucun 1800 Décembre 1757 Louis-Joseph de Montcalm Michel Roy, 1981 1900 Aucun Aucun John A.Dickinson, 1994 Nombre d\u2019Acadiens Date du dénombrement Les acteurs du 18e siècle Les auteurs du 20e siècle 2000 Décembre 1757 François-Gaston de Lévis Pierre-Maurice Hébert, 1994 Louise Dechêne, 2008 Source : André-Carl Vachon, Les réfugiés et miliciens acadiens en Nouvelle-France.1755-1763, Tracadie, La Grande Marée, 2020, p.481.En réalité à la fin de l\u2019année 1757, il y avait donc un total de 1565 Acadiens arrivés dans la ville de Québec.Toutefois, 55 familles comptant 274 personnes se sont installées en dehors de la ville de Québec avant la fin de l\u2019année 1757.Il y avait donc 1291 Acadiens dans la ville de Québec.Donc Récher, Desandrouins et Bigot avaient raison dans leur contexte.Montcalm et Lévis avaient surestimé leur nombre pour cette période.Au total, le Canada a accueilli 1935 réfugiés acadiens entre 1755 et 1763.À cette époque, il y avait près de 14 143 Acadiens dans les Maritimes.Le Canada a donc offert l\u2019hospitalité à 13,5 % de la population acadienne entre 1755 et 1763.Ces réfugiés provenaient principalement de la région du fort Beauséjour, de l\u2019île Saint-Jean (aujourd\u2019hui, l\u2019Île-du-Prince- Édouard), ainsi que des établissements sur les berges du fleuve Saint-Jean, notamment Sainte-Anne-des-Pays- Bas (aujourd\u2019hui Fredericton, Nouveau-Brunswick).Tous les réfugiés acadiens sont venus par bateau au port de Québec et par canot pour les 200 Acadiens qui se sont réfugiés sur la Côte-du-Sud, via le fleuve Saint-Jean et les divers portages.Parmi tous ces Acadiens, 30 familles qui avaient été embarquées sur le Pembroke ; le seul bateau qui a réussi une mutinerie lors de la déportation en 1755.Nombre total d\u2019Acadiens en 1755 Territoires français dans les Maritimes Nombre d\u2019Acadiens selon l\u2019abbé de L\u2019Isle-Dieu, à la fin de l\u2019année 1754 Nombre d\u2019Acadiens maximum selon Stephen A.White Acadie anglaise (Nouvelle-Écosse) 6318 6634 Acadie française (région du fort Beauséjour) 2897 3047 Île Saint-Jean 2968 2958 Fleuve Saint-Jean 2000 312 Île Royale 1192 Total 14 183 14 143 Source : Stephen A.White, « The True Number of the Acadians », Ronnie- Gilles LeBlanc, dir., Du Grand Dérangement à la Déportation.Nouvelles perspectives historiques, Moncton, Chaire d\u2019études acadiennes, 2005, p. 23-28 et 55.1.Nous connaissons l\u2019ambiguïté de l\u2019expression « Nouvelle- France ».Certains acteurs de l\u2019époque et historiens l\u2019utilisent pour exprimer l\u2019ensemble des territoires français de l\u2019Amérique septentrionale, alors que d\u2019autres l\u2019utilisent comme synonyme de la colonie canadienne, notamment sur plusieurs cartes géographiques : « Nouvelle-France ou Canada ».Nous avons opté pour l\u2019expression « Nouvelle-France » afin d\u2019éviter une confusion anachronique avec le Canada actuel.Nous utilisons donc cette expression pour parler du territoire québécois. 24 TRACES | Volume 61 no 3 Revue de la SPHQ | Été 2023 Les Acadiens accusés d\u2019avoir apporté la variole en 1757 En 1757, plusieurs maladies ont frappé le Canada.En plus de l\u2019épidémie de variole, il y a eu le typhus, mais probablement aussi le scorbut et la fièvre jaune.À l\u2019été, il y avait à l\u2019Hôpital général de Québec, plus de 500 malades.En effet, le 30 juillet 1757, le curé de l\u2019église Notre-Dame- de-Québec, Jean-Félix Récher a noté dans son journal que « nombre des malades soit matelots ou soldats transportés des vaisseaux à l\u2019Hôpital-Général est de 420.[\u2026] Le 31 juillet, on a encore transporté 80 malades à l\u2019Hôpital-Général2 ».Quelques jours plus tard, le 9 août, il écrit dans son journal que douze hommes sont décédés dans la même journée et « comme on y porte, tous les jours, de nouveaux malades, leur nombre est encore aujourd\u2019hui de plus de 530 ; on dit même près de 6003 ».Lors de l\u2019épidémie de variole qui a eu lieu entre novembre 1757 et février 1758 inclusivement.L\u2019intendant Bigot rapportait dans une lettre que 300 Acadiens étaient décédés de la variole.Il avait probablement obtenu ses informations du curé Récher qui avait écrit dans son journal qu\u2019« environ 300 Acadiens » étaient décédés de la variole.Dans le registre de Notre-Dame-de-Québec, sur 472 décès enregistrés pendant cette période, nous avons comptabilisé 306 sépultures qui étaient des Acadiens.Mois Nombre de sépultures de réfugiés acadiens Nombre total de sépultures Novembre 1757 38 78 Décembre 1757 179 222 Janvier 1758 71 129 Février 1758 18 43 Total 306 472 Source : André-Carl Vachon, Les réfugiés et miliciens acadiens en Nouvelle-France.1755-1763, Tracadie, La Grande Marée, 2020, p.99.Les Acadiens représentent donc 86 % des personnes décédées et enregistrées dans le registre de l\u2019église Notre-Dame-de-Québec.Il est difficile d\u2019identifier la cause de ces nombreux décès, puisqu\u2019elle n\u2019est pas inscrite dans le registre de l\u2019époque.Malgré cela, la variole se distinguait des autres fièvres malignes.Après dix jours asymptomatiques, le malade ressentait des malaises accompagnés d\u2019une fièvre, ainsi que l\u2019apparition de pustules sur son corps4.Le maréchal Desandrouins le mentionne dans son journal à l\u2019hiver 1758, « [l]a petite vérole fit des ravages effrayants.Un cinquième de la population fut enlevé, surtout parmi les Sauvages5 », et ce, sans spécifier les réfugiés acadiens.La malnutrition et la famine peuvent aussi avoir causé la mort de certaines personnes.Comme nous le savons, les carences alimentaires provoquent plusieurs problèmes de santé graves qui résultent en une mort certaine, comme l\u2019a écrit l\u2019annaliste des Ursulines : « La misere en fait mourir un grand nombre6 ».De plus, il ne faut négliger que certaines personnes peuvent également être décédées des suites d\u2019autres maladies, telles que le typhus, le scorbut et la fièvre jaune.Néanmoins, plusieurs écrits attestent que les Acadiens ont bel et bien été atteints par la variole.Comme vous venez de la constater dans le tableau, c\u2019est le mois de décembre 1757 qui a été le plus mortel.Il n\u2019est pas surprenant de lire dans le journal de Montcalm que quinze à vingt Acadiens étaient enterrés par jour7.L\u2019annaliste des Ursulines ajoute même que plusieurs ont été mis dans le même cercueil, comme vous le lirez plus loin.Or, la variole ne s\u2019est pas confinée aux limites de la ville de Québec.Pour la même période, nous avons compilé d\u2019autres sépultures dans les localités où se trouvent les réfugiés acadiens, soit à Charlesbourg (1 décès), à Saint- Jean de l\u2019île d\u2019Orléans (2 décès), à Saint-Charles-de- Bellechasse (25 décès), à Saint-Michel-de-Bellechasse (2 décès) et à Saint-Pierre-de-la-Rivière-du-Sud (2 décès).Il faut donc ajouter les 7 Acadiens inhumés à l\u2019Hôpital général de Québec aux 306 Acadiens inhumés à Notre- Dame-de-Québec, ainsi qu\u2019aux 30 autres décédés dans les autres localités mentionnées ci-dessus.Le total des Acadiens possiblement décédés de la variole entre novembre 1757 et février 1758 est de 343 Acadiens dans la colonie canadienne.À ce nombre, il faut retrancher les 8 Acadiens qui seraient morts de froid le 6 et le 7 janvier 1758, à Notre-Dame-de-Québec.Le total est donc de 335 Acadiens décédés de la variole.Pour compléter cette analyse sur la variole et les réfugiés acadiens, nous avons remarqué que Bougainville et Montcalm les accusaient d\u2019avoir transmis l\u2019infection virale dans la colonie, tout en accusant les Britanniques.2.Henri Têtu, « M.Jean-Félix Récher, curé de Québec, et son journal 1757-1760 », BRH, vol.9, nº 10, octobre 1903, p.296.3.Ibid., p.298.4.Jacques Mathieu et Sophie Imbeault, La Guerre des Canadiens.1756-1763, Québec, Septentrion, 2013, p.241.5.Charles-Nicolas Gabriel, Le maréchal de camp Desandrouins, 1729-1792.Guerre du Canada 1756-1760.Guerre de l\u2019indépendance américaine 1780-1782, Verdun (Québec), imprimerie Renvé-Lallemant, 1887, p.121-122.6.MQ,1/E,001,001,003,002,0001, Annales du Monastère des Ursulines de Québec 1639-1822, p.237.7.Extrait daté du 7 décembre 1757.Henri-Raymond Casgrain, Journal du marquis de Montcalm durant ses campagnes en Canada de 1756 à 1759, Québec, Imprimerie de L.-J.Demers & frères, 1895, p.322. 25 TRACES | Volume 61 no 3 Revue de la SPHQ | Été 2023 8.Amédée-Edmond Gosselin, « Journal de l\u2019expédition d\u2019Amérique commencée en l\u2019année 1756, le 15 mars » (Louis-Antoine de Bougainville), RAPQ pour l\u2019année 1923-1924, Québec, 1924, p.314.9.Henri-Raymond Casgrain, Journal du marquis de Montcalm durant ses campagnes en Canada de 1756 à 1759, Québec, Imprimerie de L.-J.Demers & frères, 1895, p.317.10.Dictionnaire de Trévoux (édition lorraine), Nancy, Pierre Antoine, 1740, vol.1, p.1033.« Bière : Cercueïl de bois pour mettre un mort ».11.MQ,1/E,001,001,003,002,0001, Annales du Monastère des Ursulines de Québec 1639-1822, p.237.Note : Ce texte n\u2019est pas daté.Toutefois, la page suivante est datée du 9 août 1757.À la page 235, il est écrit : « Sur la fin de l\u2019année 1756 » et à la page 236, il est écrit : « Cette année 1757 ».Après le paragraphe cité, l\u2019annaliste des Ursulines écrit : « dés les premieres nouvelles que nous avons eue de france cette année ».Nous déduisons que ce texte a donc été écrit entre janvier 1757 et le 22 mai 1757.En effet, selon le journal de Bougainville, les premiers navires venus de France sont arrivés : « Le 22 [mai 1757].\u2014Nouvelles enfin à 10h ½ du matin de bâtimens arrivés à Québec ».Amédée-Edmond Gosselin, « Journal de l\u2019expédition d\u2019Amérique commencée en l\u2019année 1756, le 15 mars » (Louis-Antoine de Bougainville), RAPQ pour l\u2019année 1923-1924, Québec, 1924, p.321.12.Amédée-Edmond Gosselin, « Journal de l\u2019expédition d\u2019Amérique commencée en l\u2019année 1756, le 15 mars » (Louis-Antoine de Bougainville), Rapport de l\u2019archiviste de la province de Québec (RAPQ), tome 4, 1923-1924, p.278.13.Lettre de Vaudreuil de Cavagnial au ministre, Montréal, 20 juillet 1757.Archives nationales d\u2019outre-mer (ANOM, France), COL C11A 102/fol.88-89.14.Henri Têtu, « M.Jean-Félix Récher, curé de Québec, et son journal 1757-1760 », BRH, vol.9, nº 10, octobre 1903, p. 299. Le 8 [novembre 1757], [\u2026] La petite vérole fait cette année beaucoup de ravages ; communément elle ne venait que tous les vingt ans.Cependant elle avait régné il y a deux ans.Ce sont les Acadiens et les prisonniers anglais qui l\u2019ont communiquée, écrit Bougainville8.Du 13 novembre 1757.\u2013 La petite vérole qui n\u2019est regardée en Canada que comme une maladie populaire qui prend tous les vingt ans, fait du ravage cette année, quoiqu\u2019on l\u2019ait eue il y a deux ans.Elle a été communiquée par les Acadiens et les Anglois pris au fort Guillaume-Henry, écrit Montcalm9.Toutefois, tous ne sont pas de cet avis.En effet, les religieuses, qui étaient en quelque sorte les intervenantes de première ligne, avaient une autre vision des choses.L\u2019annaliste des Ursulines rapporte que les Acadiens ont attrapé la variole une fois rendue à Québec en écrivant : Les pauvres accadiens ne pouvant plus restes sur leurs biens pour la pesse actions que les anglois leurs faisaient sur tout pour la religion [.] sont venus à québec pour se mettre à couvert de leurs vération y trouvant la famine [.] on ne peut exprimer à qu\u2019ils ont à souffrir [.] la misere en fait mourir un grand nombre joins à la picotte qu\u2019ils n\u2019avaient point eu en leur pays et qu\u2019ils ont maintenant [.] c\u2019est un objet d\u2019autant plus digne de compassion qu\u2019on se voit hors d\u2019état de les soulager [.] des familles entieres ont eté détruites [.] on est obligé de les mettre plusieurs dans une même biere [cercueil10] n\u2019ayant pas le moyen de faire autrement [.] ces pauvres exilés vivant dans une inoncence qui tient de la primitive église [.] ils portent une croix si pesante avec une résignation qui charme tout le monde [.] jamais le pays ne s\u2019est trouvé dans une pareille situation, écrit l\u2019annaliste des Ursulines11.Alors pourquoi Bougainville et Montcalm accusent-ils les Acadiens d\u2019avoir propagé l\u2019infection dans la colonie canadienne?Pourtant, Bougainville, Vaudreuil et Récher étaient au courant de l\u2019éclosion de variole à Halifax, Nouvelle-Écosse, et au fort Georges (qu\u2019on appelait aussi Guillaume-Henri ou même William-Henry).Que disent-ils à ce propos dans leurs écrits?Dans son journal, Bougainville écrit le 14 juillet 1757 : Par une lettre de la rivière St-Jean en date du 20 juin, Mr de Boishébert mande que pendant son quartier d\u2019hyver passé à Miramichi, il avait fait subsister sa troupe avec des peaux de bœufs ; [.] on avait appris par un petit bâtiment arrivé au fort St-George que cette flotte était rentrée à Chibouctou [Halifax] et que la petite vérole continuait à faire de grands ravages dans ce port12.Quant au gouverneur Vaudreuil, il écrit dans sa lettre destinée au ministre, le 20 juillet 1757, que : Les grands préparatifs des anglais seront par conséquent infructueux d\u2019autant mieux que dans leur flotte il y a une grande quantité de malades de la petite vérole, elle n\u2019osera pas vraisemblablement sortir d\u2019[H]alifax13.Un mois plus tard, le curé Récher écrit dans son journal : 31 [août 1757].Sur la fin du mois, sont arrivés à Québec 3 ou 400 Anglais faits prisonniers par les Sauvages après la prise du Fort Georges, et ce contre le contenu de la capitulation, et ayant été rachetés des Sauvages par les Français.Le nombre des malades de l\u2019Hôpital- Général est encore de 50014.Information confirmée par Desandrouins dans son journal, où il rapporte que les Amérindiens qui les ont aidés lors de 26 TRACES | Volume 61 no 3 Revue de la SPHQ | Été 2023 l\u2019attaque du fort Georges y ont contracté la variole.Grande agitation, dit-il, dans l\u2019esprit des « Sauvages des Pays d\u2019en Haut.Tous ces peuples, ayans descendus l\u2019année dernière pour le siège du fort Georges, ont rapporté la petite vérole dans leur pays qui y a fait des ravages étonnans.Ces peuples soupçonneux ont imaginé que les François ne les avoient attirés que pour les faire périr par la maladie15.Finalement, si c\u2019étaient les Acadiens qui avaient propagé l\u2019infection dans la ville de Québec?Analysons la question ensemble.Selon Santé Canada, l\u2019incubation de la variole est d\u2019une durée de 10 à 14 jours sans signes de maladie.Ensuite, la variole « se manifeste tout d\u2019abord par une éruption aiguë qui perdure durant une à deux semaines16 ».De plus, la personne infectée décède lors de cette deuxième semaine.Nous pouvons donc déduire que la personne décédée de la variole a contracté l\u2019infection entre les 20 à 28 jours précédents.En analysant les sépultures du registre de Notre-Dame-de-Québec, nous avons constaté que les trois premières sépultures sont des « anglais de la garnison du fort Georges17 », dont deux soldats et un Amérindien.La première sépulture est datée du 30 octobre et les deux suivantes, du 3 novembre 1757.Dans le cas des Acadiens, la première sépulture, celle de Marie Brun, veuve de Michel Poirier, est datée du 4 novembre 1757.Si Marie Brun a bel et bien eu la variole, elle a donc été infectée entre le 7 et 15 octobre.Avant de se réfugier au Canada, elle avait séjourné au camp d\u2019Espérance, à Miramichi.Au préalable, elle demeurait à Beauséjour18 avant la chute du fort.En 1757, le dernier bateau venu de Miramichi est arrivé au port de Québec le 16 octobre 1757.Ceci renchérit les dires de l\u2019annaliste des Ursulines qui affirme qu\u2019il n\u2019y avait pas de variole en Acadie française.Or, il est possible qu\u2019elle ait été infectée par un marin du bateau qui l\u2019avait conduite à Québec.Toutefois, nous n\u2019avons pas trouvé de documentation pour soutenir cette hypothèse.Combien de réfugiés acadiens sont venus pendant la famine ?Entre juillet 1755 et octobre 1757, 1144 Acadiens s\u2019étaient réfugiés à Québec, soit 59 % des réfugiés.Pendant cette période de famine en Nouvelle-France, soit d\u2019octobre 1757 à juin 1758, 424 Acadiens sont venus s\u2019y réfugier, soit 22 % des réfugiés.Finalement, 19 % des réfugiés acadiens vont venir en Nouvelle-France après la famine entre juin 1758 et la fin de la guerre de Sept Ans en 1763.Les immigrants acadiens au Québec (1765-1775) La deuxième vague d\u2019arrivée des Acadiens, soit celle de l\u2019immigration britannique qui a eu lieu entre les années 1765 et 1775.Cette deuxième vague s\u2019est faite après la publication de la proclamation du 1er mars du gouverneur du Québec, James Murray, publiée dans The Quebec Gazette dans l\u2019édition du 7 mars 1765 ; proclamation que nous avons nommée l\u2019offre de Murray.Cette proclamation stipulait que le gouverneur offrait des terres gratuitement aux nouveaux immigrants et qu\u2019ils recevraient un congé de taxes pendant les deux premières années, soit le temps de défricher leur nouvelle terre.C\u2019était une offre dont les Acadiens ne pouvaient se passer.Le temps de s\u2019organiser et d\u2019avertir les Acadiens répartis dans les colonies de la Nouvelle-Angleterre, une requête a été déposée au gouverneur du Massachusetts le 8 février 1766 pour demander la permission de partir afin de s\u2019établir au Québec.Toutefois, il fallut attendre le 20 février 1766 pour que les hommes de la Chambre des représentants demandent officiellement au gouverneur Francis Bernard d\u2019écrire la requête formelle au gouverneur du Québec, James Murray.De plus, ils ont offert 20 livres sterling pour payer le voyage à deux Acadiens pour aller porter la lettre à Québec.La lettre a été écrite en date du 25 février 1766.Ce sont les frères Étienne et Joseph Hébert qui ont été choisis pour cette mission.Ils sont partis en raquettes peu de temps après.Ils ont pris divers sentiers pour se rendre de Boston à Albany, pour ensuite remonter la rivière Hudson gelée.Cette expédition est d\u2019une distance d\u2019environ 885 km, soit d\u2019une durée d\u2019environ deux mois.Peu de temps après leur arrivée, ils ont remis la lettre du gouverneur Bernard au gouverneur Murray.Les négociations ont eu lieu au château Saint-Louis à Québec.Par la suite, le gouverneur Murray a écrit la lettre en date du 28 avril 1766, pour répondre au gouverneur Bernard, où il écrit « je n\u2019hésiterai pas à les recevoir ».Joseph Hébert 15.Charles-Nicolas Gabriel, Le maréchal de camp Desandrouins, 1729-1792.Guerre du Canada 1756-1760.Guerre de l\u2019indépendance américaine 1780-1782, Verdun (Québec), imprimerie Renvé-Lallemant, 1887, p.135-136.16.« Variole », Agence de la santé publique du Canada [En ligne], http://www.phac-aspc.gc.ca/ep-mu/smallpox-fra.php (Page consultée le 21 novembre 2017).17.« Québec, registres paroissiaux catholiques, 1621-1979 », Familysearch [En ligne], https://familysearch.org/search (Page consultée le 25 janvier 2017).18.Lors du mariage de son fils, Grégoire Poirier, le 8 janvier 1759, à Saint-Charles-de-Bellechasse, il déclare être de « Beauséjour en L\u2019Acadie ».Ibid. 27 TRACES | Volume 61 no 3 Revue de la SPHQ | Été 2023 19.-« The Quebec Gazette (1764-1823) », [microforme], Ottawa, Bibliothèque et Archives Canada, Central Microfilm Unit, 1977.20.William Lincoln, History of Worcester, Massachusetts : from its earliest settlement to September 1836 ; with various notices relating to the history of Worcester County, Worcester (Massachusetts), Charles Hersey, 1862, p.61.21.François Lesieur-Desaulniers, Les vieilles familles d\u2019Yamachiche.Tome 4, Montréal, A.-P.Pigeon imprimeur, 1908, p.80.22.Napoléon Bourassa, Jacques et Marie.Souvenir d\u2019un peuple dispersé, Montréal, Eusèbe Senécal éditeur-imprimeur, 1866, p.7-8.est reparti seul, sans son frère, en direction de Boston.Il semble qu\u2019il aurait embarqué à bord d\u2019un bateau au port de Québec.Ce dernier aurait fait escale à Halifax, pour ensuite se rendre à Boston.Dans The Boston-Gazette, and Country Journal daté du 26 mai 1766, on peut lire que le capitaine du sloop Swallow, Nathan Atwood, venait tout juste d\u2019arriver d\u2019Halifax.C\u2019est avec enthousiasme qu\u2019il a annoncé la bonne nouvelle, c\u2019est-à-dire que les Acadiens sont les bienvenus au Québec s\u2019ils prêtent le serment d\u2019allégeance absolue.Quelques jours plus tard, soit le 2 juin, les Acadiens ont rédigé une liste afin de confirmer leur demande d\u2019émigrer au Québec.Près d\u2019un mois plus tard, le premier bateau, le Polly du capitaine Benjamin Torrey, quitte le port de Boston en direction de Québec.Quant à Étienne, il était resté à Québec pour préparer et organiser l\u2019arrivée des Acadiens au port de Québec.Le premier bateau en provenance de Boston arriva le 31 août 1766.On retrouve Étienne Hébert comme parrain d\u2019Élisabeth Thibodeau, fille de Jean La Croix Thibodeau et d\u2019Anne Pellerin (passagers du Polly), lors de son baptême le 25 septembre 1766, à Notre-Dame-de-Québec.Un avis a également été publié dans The Quebec Gazette le 15 septembre 1766, afin d\u2019aviser tous les seigneurs de la colonie de l\u2019arrivée des Acadiens.Le Conseil de Sa Majesté a ordonné d\u2019en donner cet avis aux différens Seigneurs, à fin qu\u2019ils puissent s\u2019accommoder avec ces Acadiens pour établir les terres non concédées de leurs Seigneuries.[\u2026] Il est ordonné de leur distribuer des provisions pour un mois, [illisible] des Magazins du Roi, pour les soutenir jusques à ce qu\u2019ils puissent se pourvoir comme il est dit ci-dessus.Par Ordre du Conseil19.Tous les Acadiens se sont embarqués dans des bateaux dans les ports des colonies américaines pour arriver au port de Québec.Un bel exemple, c\u2019est la ville de Worcester, Massachusetts, qui paye les frais de transport : La ville a alors accordé 7 Livres sterling pour faire des provisions et pour payer le passage de Jean Lebere [Hébert] au Québec, et a autorisé les échevins à recueillir cette somme en empruntant20.Après leur arrivée et un court séjour au port de Québec, plusieurs Acadiens reprennent un bateau pour se rendre à Trois-Rivières en 1766.L\u2019écrivain Raphaël Bellemare a écrit ce que sa grand-mère Marie-Josèphe LeBlanc lui avait raconté au sujet de leur arrivée.Cette dernière avait 17 ans lors de son arrivée au port de Québec, le 23 juillet 1767 : [Ils] vinrent en bateau, à Québec, puis se rendirent à Trois-Rivières, à Yamachiche et dans les paroisses environnantes21.Alors comment se fait-il que nous appris que les Acadiens avaient marché de Boston ou de New York jusqu\u2019à Montréal ?Sur quel autre argument se sont basés les auteurs du 19e et du 20e siècle pour nous transmettre cette information ?Au chapitre 17 de son livre, Les Acadiens du Québec (1994), Pierre-Maurice Hébert explique son raisonnement en disant qu\u2019il s\u2019est fié essentiellement aux textes de Napoléon Bourassa, etc.Alors que dit Napoléon Bourassa sur la question dans le livre Jacques et Marie, écrit en 1866 ?Voici ce qu\u2019il a écrit dans son prologue : Il serait difficile aujourd\u2019hui de les recueillir [les histoires] dans leur exactitude primitive : malgré que la source en soit peu éloignée, il s\u2019y est évidemment introduit, beaucoup de versions étrangères et invraisemblables ; elles ne peuvent donc trouver place que dans le recueil des légendes de mon village.Le récit que je vais offrir aux lecteurs de la Revue résume les impressions vagues qui me sont restées de tous ceux que j\u2019ai entendus dans mon enfance sur les Acadiens.M\u2019étant engagé à faire une œuvre d\u2019imagination\u202622 Au total, la Province of Quebec a accueilli 1309 immigrants acadiens entre 1765 et 1775.Puis, il ne faut pas oublier les 104 Acadiens sont venus s\u2019installer au Québec en 1764, dont 36 étaient de retour.Pour la très grande majorité de ces derniers, ce sont des Acadiens qui étaient prisonniers au fort Frederic (Fredericton, Nouveau- Brunswick).Cela fait un total de 1377 Acadiens, soit 12,4 % des 11 106 Acadiens de l\u2019époque.En ajoutant les 1935 Acadiens, qui étaient venus se réfugier entre 1755 et 1763, aux 1377 immigrants acadiens venus entre 1764 et 1775, le total est maintenant de 3312 Acadiens ; ce qui représente 30 % des 11 106 Acadiens de l\u2019époque.C\u2019est sans compter les 85 Acadiens qui étaient aux îles de la Madeleine en 1763 et qui ne faisaient pas partie du Québec à ce moment-là.L\u2019incorporation des îles ne s\u2019est faite qu\u2019en 1775.Ces Acadiens ont fondé des villages et se sont aussi mélangés à la population locale.Saviez-vous que 78,5 % des Québécois d\u2019origine canadienne-française ont des ancêtres acadiens. 28 TRACES | Volume 61 no 3 Revue de la SPHQ | Été 2023 Des élections, à quoi ça sert ?Je me présente aux élections de mon conseil d\u2019élèves.Pourquoi c\u2019est important de voter ?Demain, on vote pour élire notre représentant de classe.Accompagnez-les dans leurs apprentissages sur la démocratie et sur ses concepts clés.ZONE D\u2019ÉDUCATION À LA DÉMOCRATIE www.electionsquebec.qc.ca/ZED CONSULTEZ LE La démocratie fait partie de votre quotidien\u2026 et de celui de vos élèves?! Des programmes?Des activités pédagogiques?Des capsules vidéo 29 TRACES | Volume 61 no 3 Revue de la SPHQ | Été 2023 L\u2019invasion de 1775 au fort Saint-Jean à travers l\u2019archéologie Marijo Gauthier-Bérubé, Archéologue Le Lieu historique national du Canada Fort-Saint-Jean a une histoire riche.Situé aux abords de la rivière Richelieu au sud-est de Montréal, le site est d\u2019abord un lieu de passage par les différentes populations autochtones avant d\u2019être occupé par les Européens en 1666 avec la construction du premier fort.Aujourd\u2019hui, le site est occupé par le Collège militaire royal du Fort Saint-Jean ce qui en fait le lieu ayant l\u2019occupation militaire la plus longue au pays.Par sa longue histoire, le site du fort Saint-Jean offre aux archéologues, depuis plusieurs années, un lieu de fouilles riche en vestiges dont certains font toujours partie du paysage contemporain.Dans certains secteurs, on peut difficilement envisager des projets d\u2019aménagement sans tomber sur des vestiges ou des artefacts qui témoignent de la longue occupation du site.Des interventions archéologiques sont d\u2019ailleurs menées régulièrement depuis les années 1980, à la fois par des équipes de Parcs Canada, le chantier-école de l\u2019Université Laval ou encore des firmes privées mandatées lors de projets d\u2019aménagement.Grâce à toutes ces interventions, l\u2019histoire du fort Saint-Jean est documentée par l\u2019archéologie jusqu\u2019à avant l\u2019arrivée des Européens dans la région en 1666.En plus des artefacts, dont certains sont exposés au Musée du Fort Saint-Jean, ce dernier possède également une collection étendue de documents d\u2019archives, surtout de cartes anciennes.Cette documentation revêt une importance particulière pour les archéologues qui peuvent alors établir des liens avec ce que les sols et les vestiges dévoilent.Lors des différentes interventions archéologiques, les vestiges ont été abondants, mais surtout très révélateurs des différentes occupations humaines du site.Les fouilles ont également permis de remettre en contexte certaines cartes et d\u2019offrir une perspective unique sur la réalité derrière les écrits.Les évènements de 1775, même s\u2019ils furent brefs à l\u2019échelle du temps, ont laissé des traces indélébiles sur le site et les vestiges qui en résultent impactent encore aujourd\u2019hui son paysage.Ces évènements occupent d\u2019ailleurs une place importante de l\u2019exposition permanente du Musée du Fort Saint-Jean qui aborde l\u2019invasion américaine de 1775 à travers les sources écrites, mais aussi à travers les vestiges archéologiques découverts au fil des années.En font état, le cas de l\u2019aménagement des redoutes, la transformation de la maison Hazen-Christie en poudrière, et enfin une sélection d\u2019artefacts laissés dans le sol après 45 jours de siège.Le fort Saint-Jean au cœur de l\u2019invasion de 1775 Central dans l\u2019occupation stratégique de la vallée du Richelieu depuis 1666, le fort Saint-Jean avait connu des jours plus glorieux lorsque, le 18 mai 1775, le colonel Benedict Arnold vole, au nez et à la barbe des Britanniques, le navire Betsy qu\u2019il s\u2019empresse de ramener sur le Lac Champlain et de rebaptiser Enterprise.Le fort Saint-Jean est alors presque à l\u2019abandon.Seulement un officier, un sergent et 10 soldats sont postés dans un corps de garde érigé dans l\u2019enceinte de l\u2019ancien fort français construit en 1748.Ce sont de bien maigres défenses face aux troubles révolutionnaires qui gronde au sud de la Province of Quebec, dans les Treize colonies américaines.Les autorités britanniques appréhendent une invasion du Canada après la saisi des forts Ticonderoga et Crown Point par les Rebelles américains au printemps 1775.Le fort Saint-Jean devient alors un point névralgique pour le contrôle de la rivière Richelieu et la région alors qu\u2019une priorité moindre est donnée au fort alors abandonné de l\u2019Île-aux-Noix.Les autorités britanniques craignent que si les rebelles prennent le fort Saint-Jean, la porte vers Montréal leur soit grande ouverte.Dès le mois de juin 1775, le Gouverneur Guy Carleton ordonne au major Charles Preston de munir le fort Saint- Jean de défense avec deux redoutes : une autour du corps de garde au sud et une autre autour de la maison Christie Hazen au nord (figure 1).Un chemin doit ensuite relier les deux redoutes pour permettre la communication entre elles.Les deux redoutes sont cependant indépendantes ayant chacune leurs propres défenses et pouvant mutuellement se défendre ou encore s\u2019attaquer si l\u2019une est prise.Plus de 500 hommes sont été assignés à la construction et la défense du fort, des Britanniques, des Canadiens et plusieurs membres de la communauté Mohawk. 30 TRACES | Volume 61 no 3 Revue de la SPHQ | Été 2023 En plus des redoutes, des efforts sont également menés du côté de la rivière Richelieu avec la construction d\u2019une galère et la réfection d\u2019une goélette.On n\u2019établit pas encore de chantier de construction navale, il faudra attendre l\u2019année suivante après l\u2019invasion pour qu\u2019un véritable chantier se développe sur le site du fort Saint-Jean.Les efforts se poursuivent tout l\u2019été alors que du côté des Rebelles, le plan de l\u2019invasion se précise.Deux routes d\u2019invasion sont prévues avec deux armées distinctes : le colonel Bénédict Arnold doit guider son armée sur les rivières Kennebeck et Chaudière pour se rendre à Québec, et puis le général Philip Schuyler (et plus tard Richard Montgomery) doit se rendre à Montréal en passant par la rivière Richelieu avant de joindre les troupes d\u2019Arnold à Québec pour tenter de prendre la ville aux Britanniques.45 jours sous tension Le 6 septembre 1775, les troupes de Schuyler sont à l\u2019Île- aux-Noix après la signature d\u2019une proclamation la veille pour aviser la population que leurs actions visaient les autorités britanniques et non pas les Canadiens.Après une échauffourée, puis un bref retrait de leurs troupes, les forces américaines reviennent à la charge le 17 septembre avec cette fois-ci Montgomery à leur tête, Schuyler étant tombé malade.Les Américains ont alors une petite flotte composée d\u2019une goélette, un sloop, deux galères à rames et 10 bateaux ce qui permet de bloquer la rivière et d\u2019empêcher les Britanniques de s\u2019approvisionner.La flotte permettra aussi aux Américains d\u2019installer des batteries des deux côtés de la rivière pour assiéger le fort Saint-Jean.Pendant tout le mois de septembre, les Américains installent leurs batteries et s\u2019engagent dans des petites escarmouches avec les troupes britanniques.Après quelques ratés, comme un mortier qui explose après quelques tirs sous la pression de trop fortes charges de poudre, les Américains maintiennent la pression sur le fort Saint-Jean.Vers la fin du mois, la dysenterie et le manque de munition affaiblissent les rebelles alors que du côté des Britanniques les vivres commencent à manquer.Les nuits sont de plus en plus froides et des deux côtés, les conditions de vie se dégradent rapidement.Sous la tente ou alors à l\u2019intérieur du fort, mais dormant directement sur le sol, l\u2019humidité ronge les soldats.Dans les deux camps, Plan des deux redoutes construites au fort Saint-Jean en 1775 ainsi que les installations mises en place avant et pendant le siège.(Anonyme, 1775, BAC, NMC-2771). 31 TRACES | Volume 61 no 3 Revue de la SPHQ | Été 2023 les soldats sont malades et affamés, personne n\u2019avait prévu que le conflit soit aussi long.Dès la mi-octobre, les munitions sont rationnées du côté des Britanniques alors que les troupes américaines envisagent de construire une nouvelle batterie avec les projectiles explosifs qu\u2019ils ont ramenés du fort de Crown Point.Leur puissance de tir augmente considérablement alors que des grenades et des bombes s\u2019abattent quotidiennement sur le fort Saint-Jean.Malgré la situation difficile, les Britanniques réussissent à résister.Le 20 octobre, le vent tourne alors que les troupes américaines réussissent à prendre le fort Chambly qui sert de lieu d\u2019entreposage et d\u2019approvisionnement pour le fort Saint-Jean.Après moins de 36 heures de siège, les Américains se rendent maîtres du fort Chambly et y récupèrent les vivres et l\u2019armement : des pierriers, des boulets, des mortiers, des canons, des obus et des bombes (entre 61 et 300 selon les sources !), environ 500 grenades et 124 barils de poudre.Cette nouvelle est une catastrophe pour les Britanniques qui se verront bombardés de plus belle par leur propre armement alors que leurs propres ressources s\u2019amenuisent.À la fin du mois d\u2019octobre, les redoutes sont bombardées de plus belle.On dit alors que le corps de garde de la redoute sud est tellement troué, que l\u2019on dit que les boulets pouvaient repasser par les mêmes trous ! Le 1er novembre c\u2019est une pluie de projectiles qui s\u2019abat sur le fort Saint- Jean comme le raconte le notaire Antoine Foucher dans son journal tenu pendant le siège : « À neuf heures l\u2019ennemi a découvert sa nouvelle batterie d\u2019en bas (NO), et le feu des plus violent a duré sans relâche jusqu\u2019à 4 heures après-midi, on nous a tiré 840 coups de canon et 120 bombes, il n\u2019y avait un seul pied de terre en nos deux forts où l\u2019on pût être à l\u2019abri du feu de l\u2019ennemi.» Le lendemain, le major Preston capitule après 45 jours de siège.Malgré l\u2019intensité du bombardement, le conflit fait peu de morts.Chez les Britanniques, on recense de 43 à 60 blessés, dont la moitié succombe à ses blessures, et du côté Américains, environ 100 morts et blessés, la majorité étant décédé de malade dont la dysenterie.Les Américains prennent alors possession du fort Saint-Jean avant de continuer leur marche vers Montréal puis Québec où ils subiront une importante défaite.Au printemps de 1776, les troupes britanniques reviennent au fort Saint-Jean et entreprennent d\u2019importants travaux.Le fort est agrandi à partir des deux redoutes et un important chantier naval est mis en place pour défendre la rivière Richelieu et amener le conflit contre les Américains jusqu\u2019au Lac Champlain.Les vestiges défensifs Les visiteurs qui s\u2019arrêtent au Musée du Fort Saint-Jean sont souvent très surpris lorsqu\u2019ils apprennent que les vestiges du troisième (1775) et quatrième fort (1776) sont toujours visibles.Ils scrutent alors le paysage à la recherche d\u2019un fort de pierre à l\u2019image du Fort Chambly ou du Fort Lennox.Pourtant, la réponse est souvent juste devant leurs yeux sous la forme d\u2019imposantes redoutes de terre qui serpentent sur le site, apparaissant et disparaissant au rythme des bâtiments modernes (figure 2).Une redoute est un système de fortifications, souvent de forme carrée avec des batteries de canons qui peut servir à la fois pour la défense et pour l\u2019offensive.À l\u2019intérieur on retrouve différents bâtiments comme un corps de garde, une poudrière, un magasin d\u2019artillerie, cuisine, etc.Au fort Saint-Jean, les deux redoutes prennent la même forme, soit un carré irrégulier, l\u2019un à l\u2019emplacement du fort français de 1748 et l\u2019autre autour de la maison Christie-Hazen.Les redoutes sont en terre et les remparts levés à 45 degrés ne sont pas revêtus.Au pied des redoutes, il y avait un fossé probablement humide d\u2019une profondeur d\u2019environ 3,05 mètres et une largeur au fond de 2,60 mètres.D\u2019après le plan de 1775, les redoutes ont été percées de 15 embrasures à canon et il y avait une fraise presque horizontale dans l\u2019escarpe.Cette fraise devait servir à empêcher l\u2019ennemi d\u2019escalader le rempart ou de le ralentir considérablement (figure 3).Photo aérienne de 1994 du site du Collège militaire royal de Saint-Jean sur lequel on peut apercevoir le tracé des redoutes du fort de 1776 qui est un agrandissement des redoutes de 1775. 32 TRACES | Volume 61 no 3 Revue de la SPHQ | Été 2023 D\u2019après le plan des redoutes de 1775, celles-ci avaient été munies d\u2019une fraise, mais aucune trace archéologique n\u2019avait été retrouvée malgré plusieurs campagnes de fouilles et de surveillance.Comme le plan montrait aussi d\u2019autres incongruités comme la position des traverses et le nombre d\u2019embrasures à canon, il avait été envisagé que les fraises n\u2019avaient possiblement jamais été installées vu la rapidité à laquelle les redoutes avaient été construites.On envisageait également que si une fraise avait été installée en 1775, celle-ci avait été complètement détruite lors des réaménagements du fort.Lors d\u2019une surveillance archéologique près de la redoute sud en 2015, un ensemble de sept pieux déposés horizontalement ont été mis au jour à un intervalle relativement régulier.Chaque pieu était maintenu en place avec un épais niveau d\u2019argile gris et le poids de la terre qui devait les recouvrir à l\u2019époque laisse penser qu\u2019aucun contrepoids n\u2019aurait été nécessaire.Grâce aux plans, nous savons qu\u2019une fraise avait aussi été mise en place en 1778.Celle-ci étant perpendiculaire par rapport à l\u2019escarpe et donc un angle de 45 degrés rapport par du fond de la fosse.En 2012, des vestiges de la fraise de 1778 avaient été localisés selon cet arrangement.Cependant, les pieux de bois découverts en 2015 ne correspondaient pas du tout à la position et à l\u2019arrangement la fraise de 1778.De plus, leur position stratigraphique les plaçait un peu plus profond, plus près des contextes de 1775- 1776.Le positionnement des pieux, horizontaux par rapport au fossé, est également conforme aux traités de fortification de la fin du 18e siècle.Même si des recherches supplémentaires pourraient permettre de mettre au jour plus de pieux et donc de mieux documenter la structure, il est très probable qu\u2019il s\u2019agisse des vestiges de la fraise de 1775, confirmant ainsi la position et l\u2019arrangement vu sur le plan.D\u2019une habitation à une poudrière : la transformation de la maison Christie-Hazen Lorsque les Britanniques débutent la construction des redoutes, en plus du corps de garde, il y a, un peu plus au nord, la maison du colonel britannique Gabriel Christie et Moses Hazen.Ces deux propriétaires terriens de la région louaient le territoire du fort en tant que co-propriétaire d\u2019une grange et d\u2019une maison.Construite en 1770, la maison Christie-Hazen apparaît sur une gravure de 1776 comme une construction de pierres avec des caves voutées (figure 4).La maison a deux étages avec combles et un toit à mansardes.Sur la gravure, on voit plusieurs fenêtres au premier étage ainsi que dans les combles, les murs latéraux et les pignons.Lors de la construction des redoutes en 1775, la maison prend un tout nouveau rôle issu de la nécessité de se défendre rapidement, quitte à improviser avec les structures disponibles : les étages supérieurs logent les officiers alors que les caves servent à entreposer les poudres.Un rôle tout à fait inusité pour une maison quand on sait le danger constant que représentent le feu et les explosions à l\u2019époque, surtout dans un cadre militaire où l\u2019on s\u2019attend à affronter l\u2019ennemi.Les fondations de la maison Christie-Hazen ont été mises au jour par les archéologues sous une épaisse couche de débris de démolition.Le bâtiment ayant subi plusieurs modifications, il reste peu d\u2019indices sur la construction originelle, mais on suppose que les constructeurs avaient une bonne connaissance du sol, une argile très compacte et imperméable, car les fondations sont bien adaptées pour éviter les infiltrations d\u2019eau.Pour améliorer l\u2019éclairage, les murs ont été recouverts d\u2019un enduit blanchâtre dès la construction du bâtiment.Le sous-sol ayant déjà des caves voûtées, cette section n\u2019a pas subi de modifications importantes.Détail du plan anonyme de 1775 montrant la présence d\u2019une fraise ainsi que le système de fortification de la redoute.(Anonyme, 1775, BAC, NMC-2771).Détails d\u2019une gravure de 1776 montrant la maison Christie Hazen au milieu de la redoute nord après le siège (Parcs Canada 120/02/ic.100) 33 TRACES | Volume 61 no 3 Revue de la SPHQ | Été 2023 Au-delà de la maison même, c\u2019est également le paysage aux alentours qui est modifié pour s\u2019adapter à la présence d\u2019une poudrière.Par exemple, la maison est complètement isolée et, à l\u2019exception des latrines, il n\u2019y a aucun autre bâtiment dans la redoute.On installe également le front nord de la redoute contre la poudrière même, possiblement pour l\u2019éloigner et peut-être même en prévision de l\u2019agrandissement de 1776.On entoure également la maison avec des traverses pour protéger la poudrière comme le ricochet des boulets.Ces traverses prennent la forme de levée de terre de formes et de longueurs variables qui s\u2019élevait environ 2,90 mètres au-dessus du champ de bataille (figure 5).Jusqu\u2019en 2011, on pensait que les traverses n\u2019avaient laissé aucune trace puisque l\u2019intérieur des redoutes avait été rasé par les Britanniques à leur retour en 1776.Puis, les traces de la construction des traverses sont apparues lors des fouilles archéologiques de la redoute nord.En fait, ce ne sont pas les traverses qui sont directement observées par les archéologues, mais plutôt les fossés situés devant et derrière.Les traverses ayant été dérasées quelques mois après leur érection, c\u2019est la variation de couleur, de composition et de compacité du sol qui permettent aux archéologues de voir la position des fossés et donc d\u2019identifier la position de la plupart des traverses.Comme le témoignent les journaux du siège de 1775, les traverses ont été érigées pendant le siège, d\u2019abord dans la redoute sud puisque c\u2019est le premier emplacement à être exposé aux tirs de la batterie américaine.Les traverses sont alors érigées pour contrer les tirs provenant de l\u2019ouest puisque les Américains ont installé leur batterie de l\u2019autre côté de la rivière Richelieu.Dans la redoute nord, les travaux pour les traverses débutent seulement le 25 septembre soit 10 jours après l\u2019arrivée des troupes américaines.On lève les premières traverses pour bloquer des tirs venant du sud : en effet, si jamais la redoute sud est prise par l\u2019ennemi, on doit pouvoir se défendre.On construit alors les traverses 1 à 4 du plan de 1775.Quelque temps plus tard, on ajoute les travers 6 et 7 alors que les Américains installent une redoute au nord-ouest de la redoute nord.En octobre, alors que les Américains érigent une autre batterie au nord de la précédente sur la rive opposée de la Richelieu, on doit alors protéger la poudrière.On craint que des traverses limitent trop les mouvements à l\u2019intérieur de la redoute et l\u2019on décide plutôt de déposer de la terre et des rondins contre les fondations de la maison de façon à couvrir les caves qui sont alors exposées.La construction d\u2019une autre batterie, cette fois-ci sur la rive est de la rivière juste en face de la redoute nord force les Britanniques à améliorer leurs défenses avec deux nouvelles traverses, identifiées par le numéro 5 et 8 sur la carte de 1775.C\u2019est alors un feu constant que les Britanniques subissent.Et rien ne s\u2019améliore lorsque le 18 octobre, les Américains s\u2019apprêtent à construire une autre batterie au nord-ouest avec les munitions et pièces d\u2019artillerie prises à Chambly.La redoute tient bon malgré le bombardement incessant et la poudrière, bien qu\u2019elle subisse de nombreux dégâts, est toujours debout lorsque les Britanniques capitulent le 3 novembre.La construction de ces traverses entraîne des changements majeurs dans la redoute nord puisqu\u2019il faut abaisser le niveau du sol pour réussir à les élever.Ce choix ne sera pas sans conséquences, car le champ de parade se retrouve alors tout juste un pied au-dessus du niveau de l\u2019eau.Le champ de parade sera constamment boueux ce qui rendra la vie des soldats difficile et le déplacement de l\u2019artillerie compliqué, voire périlleux.L\u2019humidité sera une difficulté constante pendant le siège, plusieurs projectiles incendiaires britanniques doivent même être détruits, car ils sont complètement humides et donc inutilisables ! La construction des traverses n\u2019est pas sans conséquence sur la poudrière, l\u2019ouvrage même qu\u2019elles doivent défendre.En effet, l\u2019abaissement du niveau des sols contribue à exposer considérablement les fondations de la maison et donc d\u2019augmenter son exposition à d\u2019éventuels boulets de canon ou bombes.C\u2019est pourquoi certaines traverses, celles les plus proches de la poudrière, n\u2019ont pas eu de fossé pour éviter d\u2019exposer encore plus les caves, mais aussi pour permettre la circulation autour de la poudrière.Vivre 45 jours de siège au fort Saint-Jean Au-delà des aspects défensifs, le fort Saint-Jean pendant le siège de 1775 est d\u2019abord et avant tout une expérience humaine.Ce ne sont pas moins de 300 hommes avec quelques femmes et enfants, qui vivent dans les deux redoutes pendant les 45 jours du siège.Même si l\u2019évènement est de courte durée, le sol garde les traces toujours visibles de ceux qui l\u2019ont vécu.Les artefacts Détail du plan anonyme de 1775 montrant le système de construction des traverses avec un fossé devant et derrière le mur de terre.(Anonyme, 1775, BAC, NMC-2771). 34 TRACES | Volume 61 no 3 Revue de la SPHQ | Été 2023 témoignent ainsi de la vie quotidienne, mais aussi du statut social et des activités des soldats du fort Saint-Jean.Les centaines de munitions et de pièces d\u2019artillerie sont à la fois le témoin de l\u2019arsenal militaire de la fin du 18e siècle, mais aussi de l\u2019intensité des bombardements pendant le conflit.La latrine, cette amie des archéologues Moins reluisante que les ouvrages défensifs ou les éléments logistiques comme un corps de garde ou une cuisine, les latrines sont pourtant un élément essentiel à n\u2019importe quel groupe d\u2019êtres humains.Souvent absentes des plans et des journaux, les latrines étaient pourtant bien présentes et très importantes pour garder un cadre de vie hygiénique, surtout pendant un siège où les maladies peuvent faire des ravages dans les troupes.Deux latrines ont été identifiées pendant les fouilles, une dans chaque redoute.Les latrines sont des alliés importants de l\u2019archéologue.Remplies de macrorestes, elles permettent de déterminer le type d\u2019alimentation, mais aussi d\u2019usages grâce aux objets de la vie quotidienne qu\u2019on y trouve puisqu\u2019elles jouent un rôle de dépotoirs.On y jette les résidus de nettoyage et de préparation des aliments, les déchets de constructions et des objets brisés.Grâce à leur composition chimique et les conditions anaérobiques, les latrines ont généralement un niveau de préservation exceptionnel qui permet de conserver les objets en très bon état.De plus, les objets brisés que l\u2019on y jette sont souvent complets ; les chances de pouvoir reconstituer l\u2019objet en entier sont assez élevées.Les latrines du fort Saint-Jean avaient deux formes différentes selon leur emplacement.Dans la redoute nord, la latrine prenait la forme d\u2019une fosse fermée par un coffrage en bois de forme carrée fixée au-dessus de la fosse.Il ne reste rien de la structure de bois hors-sol, mais les archéologues ont pu documenter des restes de planches et de clous forgés.La fosse avait une profondeur de 1,33 mètre.En plus des macrorestes, plusieurs tessons de terre cuite fine blanche de type creamware typique de la fin du 18e siècle ont permis de reconstituer des bols et des assiettes.La latrine de la redoute sud, contrairement à celle du nord, était indiquée sur le plan de 1775 près du rempart du front ouest.Elle n\u2019a cependant pas été retrouvée à cet endroit, ajoutant aux anomalies et incohérences du plan de 1775 et rappelant l\u2019importance de ne pas aborder les plans et les cartes comme étant des représentations fidèles de la réalité.La latrine de la redoute sud était peu profonde et complètement fermée par un coffrage de bois qui formait la fosse elle-même.En plus des macrorestes, la latrine sud était remplie de nombreuses pièces de vaisselle presque complète de type creamware, de bouteilles de vin anglaises, d\u2019ossements de boucheries, de quincaillerie d\u2019architecture, de clous forgés, de verre à vitre, de fragments de terres cuites locales et de fragments de pipe à fumer (figure 6).Une distinction sociale à travers les artefacts En plus des latrines, plusieurs artefacts ont été retrouvés dans les sols des deux redoutes.Dans la redoute nord, la majorité des artefacts témoignent de la consommation des aliments, mais pas de leur préparation.Cette absence pourrait s\u2019expliquer par le fait que la cuisine était située dans la redoute sud ; on acheminait le repas des officiers vers la maison Christie-Hazen par le chemin de communication.D\u2019ailleurs, plusieurs artefacts liés à la consommation du thé sont retrouvés et il était notoire que les officiers se réunissaient à la poudrière où siégeait l\u2019État- major pour prendre le thé.L\u2019ensemble des artefacts de thé sont des objets importés ce qui témoigne du statut social élevé des officiers présents sur le site (figure 7).Le bombardement L\u2019intensité de l\u2019occupation militaire des lieux et du conflit a laissé des traces matérielles qui dépassent les ouvrages défensifs.Même si les Britanniques ont fait un nettoyage une fois de retour en 1776, de nombreux types de Artefacts associés aux évènements de 1775 dans l\u2019exposition permanente du Musée du Fort Saint-Jean (Gauthier-Bérubé, Marijo 2023) Théière retrouvée sur le site du fort Saint-Jean et associée aux évènements de 1775-1776.La qualité de l\u2019objet témoigne du statut social élevé de son propriétaire (Musée du Fort Saint-Jean, 2015) 35 TRACES | Volume 61 no 3 Revue de la SPHQ | Été 2023 projectiles ont été retrouvés dans les sols des redoutes, mais aussi ailleurs sur le site.On retrouve donc cinq catégories distinctes : la mitraille, les grappes de mitrailles, les boulets, les grenades et les bombes.Les mitrailles sont des petites balles de fonte dont le diamètre varie entre 2 et 3 centimètres environ.À l\u2019origine, les mitrailles sont regroupées à l\u2019intérieur de boîtes qui se brisent immédiatement lors du tir, libérant ainsi une centaine de balles à haute vitesse.L\u2019étendue couverte par les projectiles permettait de blesser et de tuer à courte portée.On pouvait également mettre des clous et des débris de fer.Les grappes de mitrailles sont légèrement différentes.Elles sont plus grosses, un diamètre entre 3,4 et 4,6 cm, et elles étaient enduites de goudron, empilé sur un plateau de fer ou de bois puis recouvert d\u2019un sac de toile.Contrairement à la mitraille qui servait à attaquer les fantassins, les grappes de mitrailles étaient aussi tirés sur les navires pour briser leurs voiles et leurs mâts.Dans les journaux du Siège, on raconte qu\u2019un soldat avait perdu un œil après un tir de mitraille puis le 1er novembre, que le chien d\u2019officier avait été mortellement blessé par une mitraille après avoir eu sa mâchoire détruite par le tir.Les boulets de canon retrouvés sur le site du fort Saint- Jean sont très représentant des calibres utilisés par l\u2019armée britannique et américaine.Plusieurs exemples portent la flèche moulée en creux indiquant leur origine britannique.Leur position dans le sol indique cependant qu\u2019il s\u2019agit des boulets de canon tirés par les Américains à partir des munitions volées dans les différents forts assiégés comme Ticonderoga, Crown Point puis Chambly.Bien que les canons permettaient de tirer loin, leur objectif était généralement de tirer à courte distance pour détruire les ouvrages de défense en y créant des brèches par exemple.On retrouve dans la collection du Fort Saint-Jean deux exemplaires de boulets à deux têtes associées au siège (figure 8).L\u2019un d\u2019entre eux est particulièrement intéressant, car sa fabrication est assez grossière.Il a été fabriqué en fer forgé et non pas en fonte ce qui semble indiquer un projectile de fortune, probablement fait par un forgeron.Bien que nous ignorions son origine, britannique ou américaine, ce boulet à deux têtes témoigne de la difficulté de l\u2019approvisionnement vécue par les deux camps à différents moments et par la nécessité d\u2019improviser.Le second boulet à deux têtes a été volontairement coupé en deux, possiblement car il était brisé ou défectueux, rendant seulement une des deux têtes utilisables.Les documents du Siège ne mentionnent à aucun moment l\u2019utilisation de boulets à deux têtes, mais l\u2019archéologie nous montre leur usage sur le champ de bataille.Deux types de projectiles explosifs ont été lancés contre les redoutes pendant le siège : des grenades, et des bombes.Ces deux projectiles étaient des sphères creuses et remplies de poudre noire.Les grenades étaient plus petites, entre 7 et 9 cm de diamètre alors que les bombes pouvaient atteindre 33 centimètres de diamètre et peser presque 200 livres.Tirées par un mortier, elles explosaient soit en vol ou encore à proximité ou sur sa cible.Souvent très lourdes, les bombes pouvaient détruire les toits des bâtiments et mettre le feu lors de l\u2019explosion.Lorsqu\u2019elle explosait près du sol ou sur le sol, les éclats (plus d\u2019une quinzaine pour les plus grosses bombes !) causaient de lourds dommages, tant humains que matériels.Parmi les exemples retrouvés pendant les fouilles archéologiques, on retrouve une bombe de 13 pouces, soit la plus grosse munition de l\u2019époque.La collection de projectiles du siège de 1775 du fort Saint-Jean illustre la diversité des différentes minutions de l\u2019époque, mais aussi l\u2019ampleur des évènements.Tous les types de projectives du 18e siècle, à l\u2019exception de la carcasse incendiaire, sont présents dans la collection et sont illustrés avec plusieurs exemplaires.Chaque nouvelle fouille dans les zones du siège amène son lot de nouvelle découverte de projectile, ramenant l\u2019envergure des évènements et l\u2019intensité des combats vécus par les Britanniques et les Américains pendant le conflit.Nous savions par les documents d\u2019époque que les Américains avaient mis la main sur des centaines de projectiles, dont les plus gros mortiers et canons de l\u2019époque, mais l\u2019archéologie a permis de confirmer que c\u2019était bien le cas et non pas le résultat de propagande, ou de déformation des faits à travers les écrits.Bien que les évènements de 1775 furent de courtes durées, quelques mois à peine entre le début de la construction des redoutes et la fin du siège, les traces laissées sont bien réelles.Ainsi, grâce aux efforts du Musée du Fort Saint- Jean et des archéologues, la riche histoire du LHNC Fort- Saint-Jean reprend vie, non seulement à travers les écrits, mais également à travers les traces matérielles.On peut ainsi apprécier, au fil des collections mises en valeur dans l\u2019exposition, les artefacts qui apportent un aspect tangible à l\u2019histoire et au passé.Les deux exemplaires de boulets à deux têtes sont dans l\u2019exposition permanente du Musée du Fort Saint-Jean (Gauthier-Bérubé, Marijo 2023). 36 TRACES | Volume 61 no 3 Revue de la SPHQ | Été 2023 CRÉDITS : Animation: Martin Landry Rédaction et recherches historiques: Raymond Bédard et Martin Landry Montage : Philippe Séguin Réalisation : Anne-Sophie Carpentier Production : Montréal en Histoires et QUB radio Partenaire de contenu : Société de professeurs d\u2019histoire du Québec et CEC Montréal, capitale du Canada?La naissance du Canada Révoltes patriotes de 1837-1838 APRÈS 1867 Honoré Mercier Wilfrid Laurier, le Canada et l\u2019Empire Les débuts du syndicalisme La 2e phase de l\u2019industrialisation Le Canada et la Première Guerre mondiale La crise des années 1930, il y avait de quoi en faire une Grande Dépression ! Découvertes et inventions made in Canada 1939-45, on n\u2019était pas des figurants Le coopératisme, le pouvoir de l\u2019entraide Le néolibéralisme NOUVEL ÉPISODE saison 3 L\u2019American way of life : 1945-1960 NOUVEL ÉPISODE saison 3 Duplessis, le Cheuf ! NOUVEL ÉPISODE saison 3 C\u2019est le temps qu\u2019ça change, l\u2019heure de la révolution a sonné! Le référendum de 1980 NOUVEL ÉPISODE saison 3 Le référendum de 1995 NOUVEL ÉPISODE saison 3 Castor trop maigre et pitas libanais Histoires surprenantes - De la patente aux blasphèmes TOI, ES-TU PASSÉ DATE?10 nouveaux épisodes disponibles sur les sites web de Montréal en Histoires et de QUB radio, ou sur toutes les plateformes de téléchargement de podcast (ex: Spotify, Apple).Gagnant d\u2019un prix Numix en 2022, le balado PASSÉ DATE?raconte avec esprit et dynamisme l\u2019histoire du Québec et du Canada par le biais de récits palpitants et d\u2019anecdotes méconnues.Inspiré des contenus historiques des cours d\u2019histoire de 3e et 4e secondaire, il vise autant les 15-16 ans que les amoureux de l\u2019histoire.LE BALADO LE PLUS ÉCOUTÉ PAR LES JEUNES DE 14 À 17 ANS AU QUÉBEC! LISTE DES ÉPISODES JUSQU\u2019À 1763 Hochelaga et le mystère iroquoien Samuel de Champlain, père de la Nouvelle- France NOUVEL ÉPISODE saison 3 Le temps des Cent Associés L\u2019homme de confiance du Roi-Soleil (Jean-Talon) Frontenac : Par la bouche de mes canons! NOUVEL ÉPISODE saison 3 D\u2019Iberville, personnage légendaire La vie urbaine en Nouvelle-France NOUVEL ÉPISODE saison 3 La Paix de Trente Ans (1713-1744) La Guerre de la Conquête (1754-1760) 1763 à 1867 L\u2019invasion américaine de 1775 NOUVEL ÉPISODE saison 3 L\u2019immigration irlandaise NOUVEL ÉPISODE saison 3 De la crosse au hockey, des petites histoires sportives qui ont forgé notre identité! 37 TRACES | Volume 61 no 3 Revue de la SPHQ | Été 2023 Balado Passé date ?(3e saison) \u2013 Quiz Épisode : Samuel de Champlain, père de la Nouvelle-France Raymond Bédard 1.Lors de ses premiers voyages en Amérique, Samuel de Champlain accompagne son oncle capitaine de vaisseau qui navigue dans la région des Antilles.À quel roi de France fait-il des rapports sur les positions espagnoles dans la région?A) François 1er B) Henry IV C) Louis XIII D) Louis XIV 2.En 1603, Champlain effectue son premier voyage en Nouvelle-France sous le commandement de Pontgravé qui arrête au poste de traite de Tadoussac.À l\u2019embouchure de quel cours d\u2019eau Tadoussac se trouve-t-il ?A) De la rivière Richelieu B) Du Saguenay C) De la rivière Chaudière D) De la rivière Saint-Charles 3.Lors de la grande tabagie de Tadoussac de 1603, au cours de laquelle Champlain et quelques marins rencontrent des Autochtones, comment Champlain peut-il discuter avec eux malgré la différence de langue?A) Ils discutent seulement par signe.B) Le grand chef Anadabijou parle un peu le français.C) Deux membres autochtones de la nation montagnaise qui ont passé un an en France servent d\u2019interprètes.D) Champlain maitrise très bien les langues autochtones.4.Au cours de la grande tabagie, Champlain fait part des intentions de la France d\u2019installer des colons dans la région.Quelle condition le grand chef Anadabijou impose-t-il à Champlain pour autoriser la colonisation?A) Que les Français combattent leurs ennemis les Iroquois.B) Que les Français empêchent les Anglais de s\u2019installer sur le territoire.C) Que les mariages entre les deux peuples soient interdits.D) Que les Français paient un droit de passage sur le Saint-Laurent.5.En 1604, Champlain est de retour en Nouvelle-France non pas dans la vallée du Saint-Laurent, mais en Acadie.Comment se nomme l\u2019établissement français qu\u2019il fonde avec Pierre Du Gua de Monts?A) Saint-Jean B) Port-Royal C) Halifax D) Annapolis royal 6.En 1608, de retour en Nouvelle-France, Champlain convainc de Monts de choisir le site de Québec dans la vallée du Saint-Laurent, plutôt que l\u2019Acadie.Parmi les arguments suivants, lequel n\u2019en est pas un ?A) La traite des fourrures serait plus rentable.B) Le monopole des fourrures est plus facile à défendre.C) La possibilité de trouver un passage vers l\u2019Asie.D) Les relations avec les Autochtones d\u2019Acadie ont été désastreuses. 38 TRACES | Volume 61 no 3 Revue de la SPHQ | Été 2023 7.Le premier hiver à Québec est particulièrement difÏcile pour les colons français, dont plusieurs meurent de maladie.De quelle maladie s\u2019agit-il?A) La scarlatine B) Le scorbut C) La peste D) La grippe 8.En juillet 1609, Champlain et une douzaine de ses hommes accompagnent des guerriers autochtones alliés pour affronter leurs ennemis les Iroquois.Quelle nouvelle arme Champlain et ses hommes vont-ils utiliser face aux guerriers iroquois?A) L\u2019arbalète B) Le canon C) L\u2019arquebuse D) La grenade 9.Les débuts de la colonie de Québec sont difÏciles et Champlain, lors de séjours en France fait la promotion des richesses de la Nouvelle-France auprès de la Chambre de commerce de Paris pour inviter le roi à soutenir la colonisation.Parmi les ressources suivantes, laquelle n\u2019en fait pas partie?A) Gisements d\u2019or et de diamant B) Pêche à la morue C) Forêts abondantes D) Fertilité des terres 10.Pour soutenir les efforts de colonisation, Champlain fait venir des membres de communautés religieuses qui amorcent le travail d\u2019évangélisation et offrent des services religieux aux colons.Comment se nomme la première communauté religieuse à venir en Nouvelle-France?A) Les Jésuites B) Les Ursulines C) Les Hospitalières D) Les Récollets 11.Quel événement survenu en 1627 vient ralentir le développement de la Nouvelle-France ?A) La prise de Québec par les corsaires au service de l\u2019Angleterre.B) L\u2019attaque des Iroquois sur Québec.C) Une nouvelle épidémie.D) La mort du roi Henry IV 12.Considéré comme le père de la Nouvelle-France, Samuel de Champlain meurt le jour de Noël 1635.Dans quelle ville a-t-il été enterré ?A) À Québec B) À Montréal C) À Paris D) À Larochelle 39 TRACES | Volume 61 no 3 Revue de la SPHQ | Été 2023 Exposition muséale et artéfacts : outiller les élèves pour interpréter les discours Kevin Péloquin, Enseignant en univers social au Collège Saint-Hilaire Chargé de cours à l\u2019Université de Montréal Introduction Les artéfacts sont des manifestations physiques de croyances, de savoirs et de savoir-faire à une époque donnée.Par la conservation et la mise en scène de ce patrimoine, les institutions muséales participent au dialogue entre les traces matérielles et les élèves.Des recherches montrent que les élèves font confiance à ce qu\u2019ils voient dans les musées et sur les sites historiques.Pourtant, ces musées ne sont pas neutres et les discours mis de l\u2019avant méritent d\u2019être interrogés.Ces institutions agissent comme interprètes de ces témoignages matériels du passé.Alors, comment exploiter ce patrimoine pour l\u2019enseignement et l\u2019apprentissage de l\u2019histoire?Comment amener les élèves à décoder ces discours lors d\u2019une visite au musée ?Nous souhaitons apporter des pistes de réponses à ces questions à partir d\u2019un récit de pratique concernant une séquence didactique réalisée dans un collège privé de la grande région de Montréal avec 22 élèves de 4e secondaire du cours Cultures et sociétés, durant l\u2019année scolaire 2021-2022.Dans cet article, nous campons d\u2019abord le contexte théorique dans laquelle s\u2019inscrit la situation d\u2019enseignement-apprentissage.Ensuite, nous décrivons chacune des activités proposées aux élèves en amont de la visite de l\u2019exposition Vikings : dragons des mers du Nord présenté au musée Pointe- à-Callière de Montréal.Finalement, nous examinons les missions réalisées par les élèves durant la visite et présentons les façons dont ils ont décodé les discours de cette exposition, nous permettant ainsi d\u2019interroger le sens des pratiques enseignantes privilégiées tout au long de la séquence d\u2019apprentissage.Usage des sources primaires pour l\u2019enseignement et l\u2019apprentissage de l\u2019histoire Dans une recherche réalisée par Antichan et coll.(2016), des élèves français sont amenés à visiter des expositions en lien avec le centenaire de la Première Guerre mondiale.À la suite d\u2019une sortie scolaire, les auteurs interrogent des élèves pour connaitre leur point de vue sur l\u2019expérience de la visite.Le commentaire d\u2019une participante de 16 ans ne nous a pas surpris, mais il est venu consolider notre engagement à concevoir une situation d\u2019enseignement- apprentissage qui puisse donner sens à la visite au musée et interroger les discours présentés aux visiteurs.Interrogée sur son expérience, la jeune fille expose sa vision qui n\u2019est probablement pas étrangère à celle de certains de nos élèves : « On a le support [mais] on ne sait pas quoi faire devant.[.] Il y a de l\u2019histoire partout, c\u2019est.[il] y a plein de choses à découvrir mais on est là et on [ne] peut que regarder. » 1 Notre intention pédagogique est de chercher à outiller les élèves pour qu\u2019ils puissent interroger les artéfacts d\u2019un musée afin de les faire parler et de les lier à la scénographie dans laquelle ils se trouvent.Nous voulons que les élèves puissent donner sens à ce qu\u2019ils voient grâce à une préparation dans laquelle ils sont amenés à jouer le rôle d\u2019interprètes de l\u2019histoire et même de muséologue.Visites scolaires et pratiques enseignantes Selon l\u2019état actuel de nos connaissances, la recherche en didactique de l\u2019histoire traite peu des artéfacts ou des sites historiques comme objet d\u2019interprétation de l\u2019histoire en apprenant aux élèves la méthode critique associée à la pensée historienne et à son mode de lecture.Boutonnet (2013) souligne qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un usage inaccoutumé en classe d\u2019histoire.Pourtant, le recours à ces sources primaires a l\u2019avantage, selon VanSledright (2010), de donner l\u2019image d\u2019un témoin incarné et contextualisé du passé.De plus, le manque de connaissances antérieures des élèves, les conceptions épistémologiques erronées de l\u2019histoire et l\u2019image d\u2019autorité associée aux discours produits par les musées et les lieux d\u2019histoire publics (Charland, 2003) dressent autant de barrières à la lecture 1.Extrait d\u2019un entretien, élève de 16 ans, dans Antichan et coll.(2016).Visites scolaires, histoire et citoyenneté: les expositions du centenaire de la Première Guerre mondiale (p.58).La documentation française. 40 TRACES | Volume 61 no 3 Revue de la SPHQ | Été 2023 historienne des traces du passé par les élèves (Nokes, 2011 ; Péloquin, 2022).Bien que le numérique rende possible un accès virtuel à une multitude d\u2019artéfacts et de lieux historiques, Nokes (2013) souligne qu\u2019il est toujours difficile pour les écoles de se procurer des artéfacts pouvant être observés et manipulés en classe.Peu de recherches mettent de l\u2019avant les pratiques enseignantes orientées vers le recours aux lieux historiques et aux artéfacts comme sources primaires pour l\u2019apprentissage de l\u2019histoire en amont d\u2019une sortie scolaire (Demers et coll., 2016).Pour leur part, Noel et Colopy (2012) soulignent qu\u2019une majorité d\u2019enseignants qui préparent et accompagnent les élèves lors de visites scolaires s\u2019en remettent surtout aux guides ou aux ressources documentaires fournies par les institutions muséales.Au Québec, une majorité d\u2019enseignants du secondaire (78 %) mentionne utiliser très peu souvent, voire jamais, la visite de lieux historiques dans leurs pratiques enseignantes (Boutonnet, 2013).Alors, comment penser différemment la visite au musée dans un cadre scolaire pour outiller les élèves à contextualiser les artéfacts rencontrés au musée ?Comment amener les élèves à décoder les discours proposés dans une exposition muséale ?Nous proposons un récit de pratique vécu avec 22 élèves de 4e secondaire en amont et pendant une visite au musée Pointe-à-Callière pour l\u2019exposition Vikings : dragons des mers du Nord (2022).En amont de la visite au musée Pointe-à-Callière Avant la visite de l\u2019exposition sur les Vikings, nous avons engagé les élèves dans un situation d\u2019enseignement- apprentissage qui s\u2019est déroulée sur une dizaine de cours (tableau 1).Les élèves qui suivent le cours Cultures et sociétés ont trois périodes d\u2019enseignement sur un cycle de neuf jours.Nous souhaitons contextualiser les activités d\u2019apprentissage proposées aux élèves durant la première étape.Le premier thème de l\u2019année était le suivant : les artéfacts comme témoins d\u2019une époque.Phase de préparation Comment les artéfacts nous renseignent-ils sur les sociétés du passé et celles du présent ?Voilà le point de départ du premier thème de l\u2019année scolaire.Puisque les élèves ont peu souvent l\u2019opportunité de manipuler et travailler avec des artéfacts en classe, nous avons commandé et reçu une mallette (Boite à histoires) du Musée canadien de l\u2019histoire d\u2019Ottawa/Gatineau comprenant 25 artéfacts associés à l\u2019histoire canadienne.Figure 1 \u2013 Exemples d\u2019artéfacts proposés par le Musée canadien de l\u2019histoire Source : https://www.museedelhistoire.ca/apprendre/boites-a-histoires/ a-propos-des-boites-a-histoires/#tabs Ceux-ci ont été disposés sur plusieurs bureaux au centre de la classe.Les élèves se sont d\u2019abord familiarisés avec ces facsimilés d\u2019originaux qui se trouvent dans les salles d\u2019exposition du musée.Ils ont eu la chance de les observer, les manipuler, les peser, les sentir et discuter entre eux sur leurs fonctions et usages.À la suite de ce premier contact, les élèves avaient pour tâche de choisir deux artéfacts ayant attiré leur attention afin d\u2019identifier leurs hypothèses sur les matériaux utilisés, l\u2019époque et l\u2019endroit de fabrication, les usages et fonctions.Les questions suivantes se trouvaient sur le document à remplir : Tableau 1 \u2013 Synthèse de la situation d\u2019enseignement- apprentissage Nombre de cours Choix pédagogiques 3 cours Étape 1 : - Ouverture de la Boite à histoires du Musée canadien de l\u2019histoire.- Manipulation et exploration des artéfacts de l\u2019histoire canadienne.- Analyse d\u2019un artéfact et présentation d\u2019un modèle de lecture.3 cours Étape 2 : - Création d\u2019un plan pour une exposition muséale avec les artéfacts de la Boite à histoire.- Description et explication des choix associés à une exposition muséale.4 cours Étape 3 : - Présentation du projet « Et si mon artéfact pouvait parler.».- Les élèves apportent un artéfact de la maison (recherche documentaire et analyse de l\u2019artéfact).- Réalisation d\u2019une capsule vidéo sur l\u2019histoire de l\u2019artéfact.2 cours Étape 4 : - Conception d\u2019une exposition muséale à l\u2019école à partir des artéfacts des élèves. 41 TRACES | Volume 61 no 3 Revue de la SPHQ | Été 2023 Qu\u2019est-ce que c\u2019est ?À quoi sert-il ?Qui a pu l\u2019utiliser ?Connaissez-vous un objet semblable aujourd\u2019hui ?Que révèle l\u2019objet sur les sociétés du passé ?Pour chaque hypothèse notée, les élèves devaient s\u2019appuyer sur des indices tirés de leur analyse de l\u2019artéfact ainsi que sur leurs connaissances.Une fois l\u2019analyse terminée, nous avons mené une discussion de groupe pour mettre de l\u2019avant la manière dont il est possible de construire des hypothèses sur la vie d\u2019un artéfact ainsi que les limites de ces analyses.Par la suite, nous avons remis une fiche descriptive de chaque artéfact au centre de la classe afin que les élèves puissent comparer leurs hypothèses avec les caractéristiques connues de ces objets.Ainsi, nous avons pu identifier les écarts entre les hypothèses et les données existantes.Les élèves ont pris conscience de la nature polysémique d\u2019un artéfact et pour tirer des informations de ceux-ci, des connaissances déclaratives sont nécessaires et une recherche documentaire sur le contexte d\u2019utilisation s\u2019impose pour trouver des réponses à leurs interrogations.Le sens donné aux usages d\u2019un artéfact s\u2019exprime en précisant des éléments du contexte de fabrication et d\u2019utilisation.De plus, cette activité et discussion de groupe nous ont permis de préciser la nature de ce qu\u2019est un artéfact.Les élèves mentionnent que la lecture d\u2019un artéfact varie en fonction des individus et des milieux dans lesquels ils vivent.Ce constat émane du fait que les interprétations sur les caractéristiques d\u2019un même artéfact varient d\u2019une équipe à l\u2019autre.Bref, cette première activité a mis la table à la présentation du modèle de lecture d\u2019un artéfact de Hooper- Greenhill (1991), modèle qui sera repris dans le cadre des prochaines étapes de la séquence d\u2019apprentissage.Figure 2 \u2013 Modèle de lecture d\u2019un artéfact (Hooper-Greenhill) Maintenant que les élèves se sont familiarisés avec la nature des artéfacts, nous les avons engagés dans la création d\u2019une exposition muséale à partir des 25 artéfacts de la Boite à histoire.Pour cette deuxième étape, l\u2019objectif de cette activité était d\u2019amener les élèves à réfléchir sur le rôle du musée comme interprète de l\u2019histoire en créant une exposition fictive sur papier.Les élèves ont formé des équipes de deux ou trois.Chaque équipe avait pour mission de concevoir les plans d\u2019une toute nouvelle exposition mettant en valeur les 25 artéfacts de la Boite à histoires.Pour réaliser cette mission de médiation muséale, nous leur avons présenté quelques exemples de salles d\u2019exposition dans les musées du Québec pour montrer la possibilité de varier les façons de présenter les artéfacts.Par la suite, nous avons exposé le plan à suivre (tableau 2) pour les guider dans la conception d\u2019une exposition sur papier, du titre de l\u2019exposition jusqu\u2019au choix de la scénographie et des matériaux nécessaires à la réussite de leur exposition.Pour chacune des questions, les élèves devaient justifier leurs choix.Tableau 2 \u2013 Plan pour guider la conception d\u2019une exposition muséale \u2022 Dessiner un plan de votre exposition (vol d\u2019oiseau) \u2022 Comment regrouper les objets ?\u2022 Avez-vous un thème pour vos sections ?\u2022 Quel est le thème général de l\u2019exposition?\u2022 Avez-vous des objets-vedettes (mettre en évidence certains d\u2019entre eux) ?\u2022 Quel genre de mobilier auriez-vous besoin ?\u2022 Comment voyez-vous les déplacements des visiteurs ?(Ils entrent par.Ils sortent par.) \u2022 Prévoyez-vous des activités interactives ?\u2022 Auriez-vous besoin d\u2019écrans tactiles, de musique, de projecteurs, de bancs. ?\u2022 Que souhaitez-vous que les visiteurs retiennent de l\u2019exposition?Les élèves ont eu deux cours pour réaliser leur mission et présenter le fruit de leur travail à leurs collègues sur l\u2019écran de la classe.Les plans ont été numérisés par l\u2019enseignant avant leur présentation au groupe.Exemple de plan d\u2019une équipe 42 TRACES | Volume 61 no 3 Revue de la SPHQ | Été 2023 Concevoir une exposition n\u2019est pas simple.Durant la démarche, les élèves s\u2019interrogeaient sur le coût de certains matériaux, sur la difficulté de créer une exposition moins classique ou bien différente de ce qu\u2019ils connaissent.Certaines équipes ont pris conscience des contraintes et des limites dans l\u2019élaboration d\u2019une exposition : l\u2019espace disponible, le coût du matériel, la difficulté de trouver un emplacement judicieux pour certains artéfacts.Néanmoins, la richesse de cette activité se trouve dans les discussions tenues après les présentations de chaque plan.Dans la majorité des expositions, les élèves rassemblent les artéfacts selon l\u2019époque de fabrication et disposent les objets en ordre chronologique (rarement de façon thématique ou par l\u2019étude comparative d\u2019objets).Les élèves accordent beaucoup d\u2019importance au besoin de rendre l\u2019exposition intéressante pour les jeunes.Ils cherchent très souvent la façon de faire connaitre des artéfacts qui semblent à leurs yeux « ordinaires » au départ, mais très riches après leur enquête.Les élèves ont aussi mis l\u2019accent sur le défi associé à la création des thèmes qui rassemblent certains artéfacts.Deux équipes sur 11 ont tout simplement reproduit les thèmes proposés par le Musée canadien de l\u2019histoire sur son site Internet.Bref, ce choix pédagogique de créer un plan a obligé les élèves à réfléchir sur le rôle d\u2019un musée et les défis auxquels font face les responsables d\u2019une exposition muséale.Par leurs idées, les élèves ont pu construire la trame narrative d\u2019une exposition fictive et prendre conscience de la variété des discours historiques proposés par chacune des équipes, et ce, à partir des mêmes artéfacts exposés.Après deux semaines d\u2019exploitation en classe, la Boite à histoires a repris son chemin vers Gatineau.Pour réinvestir les apprentissages observés dans les derniers cours, nous avons demandé aux élèves d\u2019apporter un artéfact de la maison pour concevoir une toute nouvelle exposition muséale présentée à l\u2019ensemble des élèves de l\u2019école.Et si un objet pouvait parler, que nous dirait-il ?Comment cet objet peut-il nous en apprendre davantage sur une période historique, une société, une famille, une personne ?La prochaine mission des élèves était de présenter une capsule vidéo de trois à cinq minutes sur un objet de son choix.Les élèves ont d\u2019abord visionné une capsule vidéo d\u2019une conservatrice du British Museum sur sa rencontre avec une amphore grecque du 6e siècle avant notre ère.Il s\u2019agissait d\u2019un point de départ pour observer comment une spécialiste de l\u2019archéologie gréco-romaine analyse une amphore grecque et la façon de faire parler l\u2019objet.Dès lors, les élèves ont pu constater comment la conservatrice interprète cet objet en fonction des questions qu\u2019elle se pose.Pour la première fois de l\u2019année scolaire, nous avons invité les élèves à entreprendre des recherches à la maison ou chez les membres de leur famille pour choisir et apporter un objet à faire découvrir aux collègues.Pour chacun des objets, les élèves devaient identifier les raisons de leur choix et déterminer ce que cet objet peut nous apprendre sur le contexte d\u2019une période historique et/ou ses usages et usagers.Pour le choix de l\u2019artéfact, nous avions deux contraintes : la dimension et la sécurité.D\u2019une part, l\u2019objet devait entrer dans l\u2019un de nos cabinets muséaux (voir les images plus loin).D\u2019autre part, l\u2019objet ne pouvait pas être une arme ou aller à l\u2019encontre de la sécurité des élèves de la classe.Nous avons engagé les élèves dans une enquête historienne en mettant à profit les composantes de la méthode historique : élaboration d\u2019une question de recherche ; critique interne (description de l\u2019objet, dimension, couleur, propriétaire, année de fabrication) et externe de l\u2019artéfact (présentation du contexte de fabrication et d\u2019utilisation, détails sur la période historique, usages et fonctions, contexte économique, politique et social dans lesquels est né et a été utilisé l\u2019artéfact.) grâce à une recherche documentaire sur l\u2019objet ; traitement des données recueillies sur le web et par des échanges avec des membres de leur famille (corroboration et contextualisation) ; synthèse et présentation de l\u2019objet dans une capsule vidéo de trois à cinq minutes.La finalité éducative de ce projet était de permettre aux élèves de montrer ce que peut nous apprendre un artéfact sur les croyances, les savoirs, les savoir-faire des sociétés du passé ainsi que les limites de ses interprétations et de sa recherche documentaire (montrer les lacunes de leurs connaissances puisque certaines questions d\u2019analyse étaient laissées sans réponse).Pour faciliter le dialogue avec leur artéfact, les élèves ont pu s\u2019inspirer du modèle de lecture d\u2019un artéfact de Hooper-Greenhill (1991) présenté durant la première étape de cette séquence d\u2019enseignement-apprentissage.Une fois la capsule vidéo terminée, nous avons associé chacune d\u2019elle à un code QR afin de rendre accessible ce travail d\u2019enquête à tous les visiteurs de la future exposition.C\u2019est à ce moment que nous avons souhaité réinvestir les apprentissages observés dans l\u2019activité de création du plan d\u2019une exposition muséale.En effet, dans la classe, nous possédons quatre présentoirs muséaux.Les élèves ont installé tous leurs artéfacts au centre de la classe afin d\u2019engager une discussion sur le thème de la future exposition du groupe et la manière de présenter ces artéfacts.Un élève animait la discussion pour noter au tableau le fil conducteur de la future exposition ainsi que les regroupements d\u2019artéfacts sous un même thème.Les élèves devaient ainsi construire le discours de leur future 43 TRACES | Volume 61 no 3 Revue de la SPHQ | Été 2023 exposition, en plus de déterminer les endroits propices à déposer les cabinets muséaux.Les élèves ont formé des équipes de travail pour assurer chacune des tâches à remplir : création du plan de l\u2019exposition pour chacune des vitrines ; organisation de la scénographie pour réunir certains artéfacts autour d\u2019un même thème ; visite de l\u2019école pour déterminer le meilleur endroit où déplacer et déposer les cabinets muséaux ; concevoir les cartels pour chaque artéfact ; créer les affiches publicitaires pour faire connaitre l\u2019exposition auprès des enseignants et des élèves de l\u2019école.Le fruit de ce travail collaboratif est présenté par les images suivantes.Image 1 \u2013 Thème Culture Image 2 \u2013 Thème musicale et littéraire Consommation Image 3 \u2013 Positionnement des cabinets dans un corridor fréquenté par les élèves L\u2019exposition est restée en place durant toute la première étape.Chaque élève du groupe a pris le temps d\u2019évaluer la qualité de la recherche documentaire et l\u2019analyse critique de trois artéfacts parmi les 22 disposés à l\u2019intérieur des présentoirs.Cette exposition est venue clore une séquence d\u2019enseignement-apprentissage bâtie sur une dizaine de cours durant la première étape.Cette séquence nous a permis d\u2019engager les élèves à faire de l\u2019histoire à partir d\u2019un artéfact et à prendre conscience du rôle des musées dans la construction d\u2019un discours sur une réalité sociale.Les musées ne sont pas des institutions neutres.Alors pour que les élèves puissent en prendre conscience, nous avons cru bon les engager dans cette démarche de construction des savoirs en histoire, en archéologie et dans une certaine mesure, en muséologie.Or, sont-ils en mesure de saisir un discours muséal lorsqu\u2019ils se rendent au musée ?C\u2019est ce que nous avons tenté de comprendre à la fin de l\u2019année scolaire, lors de la visite de l\u2019exposition Vikings : dragons des mers du Nord présenté au Musée Pointe-à-Callière.Visite de l\u2019exposition sur les Vikings Du 14 avril 2022 au 10 octobre 2022, le Musée Pointe- à-Callière a accueilli des objets de la collection viking du Musée national du Danemark.De plus, l\u2019entreprise Ubisoft Montréal était un partenaire de l\u2019exposition pour y présenter des images tirées du mode éducatif du jeu vidéo Valhalla.Nous avons eu l\u2019occasion de visiter cette exposition au début du mois de juin 2022.En cette fin d\u2019année scolaire, nous souhaitions faire un lien avec le premier thème de l\u2019année, les artéfacts comme témoins d\u2019une époque, et voir comment les élèves arrivent ou non à percevoir le discours privilégié par les responsables du musée pour faire connaitre les Vikings.Pour préparer la visite, nous avons seulement présenté la bande-annonce de l\u2019exposition ainsi que la description de l\u2019exposition présentée sur le site du musée.Nous n\u2019avons pas fait un cours spécifique sur l\u2019histoire viking ni sur la scénographie du musée Point-à-Callière pour ne pas influencer les éléments associés aux trois missions.Les objectifs de la sortie étaient les suivants : \u2022 Identifier les choix de la scénographie.\u2022 Analyser le rôle des images du jeu Valhalla pour la compréhension du contenu.\u2022 Décrire l\u2019image que l\u2019on souhaite présenter des Vikings.\u2022 Expliquer les stratégies du musée pour mettre en valeur certains artéfacts.\u2022 Expliquer le rôle des artéfacts pour nous faire connaitre une société du passé.Pour répondre à ces objectifs, nous avons divisé cette activité d\u2019apprentissage en deux étapes.D\u2019abord, à la sortie de l\u2019autobus, chaque élève a reçu « une mission » (une intention de visite) sur un papier comprenant trois questions d\u2019analyse.Durant leur visite, les élèves pouvaient prendre des photos pour se documenter afin de répondre à ces questions dans un travail écrit le cours suivant la sortie.Nous avons distribué ces trois missions : 44 TRACES | Volume 61 no 3 Revue de la SPHQ | Été 2023 Mission # 1 a) Quelle image retenez-vous des Vikings à la suite de votre visite de l\u2019exposition ?Décrivez votre réponse.b) Cette image est-elle la même que vous aviez avant d\u2019entrer dans l\u2019exposition ?Expliquez votre réponse.c) Expliquez une stratégie mise en place par les responsables de l\u2019exposition pour mettre en valeur les plus belles pièces de la collection.Donnez un exemple concret.Mission # 2 a) Selon vous, quel rôle jouent les images du jeu vidéo Assassin\u2019s Creed Valhalla d\u2019Ubisoft Montréal dans l\u2019exposition ?Est-ce que cela fonctionne selon vous ?Expliquez votre réponse.b) Quel rôle joue l\u2019archéologie pour nous faire connaitre une époque datant d\u2019environ mille ans ?c) Quelle image retenez-vous des Vikings à la suite de votre visite de l\u2019exposition ?Décrivez votre réponse en vous appuyant sur des faits.Mission # 3 a) Selon vous, comment a été organisée l\u2019exposition pour nous transmettre des informations sur les Vikings (structure du parcours à suivre, lumière, couleurs, etc.) ?Décrivez à l\u2019aide d\u2019exemples concrets.b) Identifiez un bon coup des responsables de l\u2019exposition dans la présentation des artéfacts associés à la vie des Vikings.c) Selon vous, quelle image les responsables du musée souhaitent-ils transmettre sur les Vikings dans cette exposition ?Décrivez en vous appuyant sur des faits.Pour donner un aperçu des observations et analyses des élèves, nous présentons quelques exemples de réponses qui nous semblent représentatives des travaux reçus.L\u2019image que retiennent les élèves des Vikings semble avoir été modifiée par le choix des artéfacts exposés, leur mise en valeur et ce qui les a surpris lors de la lecture de certains cartels : Exemples #3 c) Selon vous, quelle image les responsables du musée souhaitent-ils transmettre sur les Vikings dans cette exposition?« Je crois qu\u2019ils ont essayé de montrer les Vikings n\u2019étaient pas nécessairement des barbus roux sanguinaires comme nous les imaginons.Ils jouaient à des jeux collectivement, avait de grands soupers et avaient développé tout un mode de vie et structure politique différente de la nôtre.J\u2019ai eu l\u2019impression de lire qu\u2019ils avaient un certain savoir- vivre et solidarité, contrairement à l\u2019histoire qu\u2019on nous offre notamment dans les livres pour enfants.Si le but était de nous faire changer d\u2019avis, ça a été acquis pour moi et plusieurs à qui j\u2019ai parlé après l\u2019exposition. » « Cette image est-elle la même que vous aviez avant d\u2019entrer dans l\u2019exposition?L\u2019image que j\u2019avais des vikings était fondée sur certains films, séries et livres, et à ma grande surprise ce que ces films et livres décrivait comme étant les vikings n\u2019était pas exactement la réalité.Avant cette exposition, lorsqu\u2019on me parlait de vikings, j\u2019avais en tête cette caricature d\u2019un homme bien bâtit, qui porte un casque de métal avec des cornes ainsi qu\u2019un équipement en métal.Pourtant, comme expliqué à la question plus haute, les vikings avait un sens de la créativité développé et ne ressemblait pas nécessairement à l\u2019image que nous avons souvent en tête. » #3 a) Selon vous, comment a été organisée l\u2019exposition pour nous transmettre des informations sur les Vikings (structure du parcours à suivre, lumière, couleurs, etc.) ?« Les responsables de l\u2019exposition, utilisent la lumière pour mettre en valeur/ attirer l\u2019œil vers les plus beaux artefacts et ceux qui en disent le plus sur l\u2019époque des Vikings.L\u2019exposition était dans un lieu assez sombre et ils focalisaient une lumière sur l\u2019artefact en question, ce qui le faisait ressortir un peu entre autres et lui donnait une certaine importance.Je trouve aussi que des scènes qui accompagnent les objets, soit interactives ou en papier aidaient l\u2019imagination et à comprendre comment et pourquoi un certain objet ou outil était utiliser.Cette scène interactive à côté de bols et tasses [l\u2019élève fait référence à deux images tirées du jeu Valhalla qui représentent un grand banquet], aidait l\u2019imagination, créait une autre scène dans notre tête de comment, à quelle occasion l\u2019objet devants nous avait été utilisé. » 45 TRACES | Volume 61 no 3 Revue de la SPHQ | Été 2023 #1 a) Quelle image retenez-vous des Vikings à la suite de votre visite de l\u2019exposition?« Après avoir observé attentivement l\u2019exposition portant sur les Vikings, je retiens qu\u2019ils étaient une communauté beaucoup plus créative que je ne l\u2019aurais imaginé.En effet, les objets qui m\u2019ont le plus marqués sont les bijoux.En les observant, j\u2019imaginais dans quelle occasion les femmes vikings les portaient, etc.C\u2019est en regardant minutieusement tous les détails sur ces bijoux que leur créativité m\u2019a frappée.J\u2019ai trouvé très intéressant d\u2019observer leur mode ainsi que leurs habitudes de vie.#1 c) Expliquez une stratégie mise en place par les responsables de l\u2019exposition pour mettre en valeur les plus belles pièces de la collection.Cette pierre sculptée est magnifique et je crois que c\u2019est pourquoi les responsables de l\u2019exposition ont utilisé plusieurs stratégies afin de la mettre en valeur.Premièrement, la pièce est seule sur sa boîte, contrairement à plusieurs autres objets (les bijoux).Deuxièmement, il y a une lumière juste au-dessus de l\u2019objet qui est destinée à éclairer seulement cet objet.Finalement, son emplacement : il n\u2019y avait pas plein d\u2019objets près de lui.Ces trois stratégies font en sorte que l\u2019objet tape dans l\u2019œil des visiteurs et lui donne un peu plus d\u2019importance que certains objets placés différemment.Il s\u2019agit d\u2019un très petit échantillon, mais nous retrouvons un contenu similaire dans la majorité des réponses associées à la première mission.La représentation des Vikings se voit transformée au fil de la visite et les élèves sont en mesure de préciser l\u2019influence des choix scénographiques et l\u2019information présentée sur les cartels pour mettre en valeur les croyances, les savoirs et les savoir-faire des individus de cette société.Les élèves auraient-ils pu comprendre le discours de cette exposition sans avoir suivi les cours sur les artéfacts en début d\u2019année ?Il nous est impossible de répondre à cette question.Toutefois, nous croyons que les élèves ont pu mettre à profit les apprentissages réalisés dans la première moitié de l\u2019année pour mieux cerner comment une institution muséale s\u2019y prend pour véhiculer un message sur le thème central d\u2019une exposition.Les réponses des élèves nous permettent de croire que l\u2019analyse du travail de médiation est possible lorsqu\u2019ils sont amenés à porter une attention particulière à la création d\u2019une exposition.Les élèves auraient pu côtoyer un guide médiateur pour explorer les choix scénographiques et le discours muséal, mais nous avons misé sur la visite libre afin de leur laisser toute la latitude requise pour déambuler seul ou en petits groupes dans l\u2019exposition.En somme, par cette sortie muséale, nous espérions que les activités réalisées avec les artéfacts du Musée canadien de l\u2019histoire et ceux apportés de la maison permettraient aux élèves de considérer les artéfacts associés à la culture viking comme polysémiques.Grâce à l\u2019élaboration d\u2019une exposition muséale sur papier et dans l\u2019école, nous espérions qu\u2019ils seraient en mesure de réfléchir aux choix scénographiques et d\u2019expliquer comment ceux- ci contribuent à la construction du discours muséal sur les Vikings.Conclusion Avec le recul, nous pouvons dire que l\u2019utilisation des artéfacts en classe ouvre un espace de dialogue pour interroger les croyances, les savoirs et les savoir-faire des sociétés du passé.Les élèves apprécient le fait de pouvoir manipuler des artéfacts.Ils ont l\u2019impression que cela facilite leur analyse et qu\u2019elle contribue à émettre des hypothèses sur les usages et fonctions.Les élèves ont également pris plaisir à fouiller à la maison ou chez les membres de leur famille pour trouver un artéfact sur lequel il serait possible d\u2019enquêter.D\u2019ailleurs, le résultat de ces enquêtes montre qu\u2019un artéfact peut être interprété de plusieurs façons.Toutefois, pour engager un travail d\u2019enquête, il faut apprendre à lire et interroger un artéfact.Le modèle de Hooper-Greenhill (1991) nous semble pertinent puisqu\u2019il offre aux élèves des pistes de questions à poser.Lorsqu\u2019ils sont rassemblés dans une exposition, les 46 TRACES | Volume 61 no 3 Revue de la SPHQ | Été 2023 artéfacts prennent un autre sens puisqu\u2019ils participent à la production d\u2019un discours muséal.Les élèves ont pu jouer le rôle de médiateur dans la conception d\u2019une véritable exposition à l\u2019école.Il est donc possible de réfléchir collectivement à l\u2019usage public de ces artéfacts dans le but de transmettre un discours déterminé par leur mise en valeur à l\u2019intérieur d\u2019une scénographie orchestrée par les élèves eux-mêmes.Ces différents choix pédagogiques nous ont permis de voir comment les élèves mobilisent des compétences disciplinaires lorsqu\u2019ils visitent une exposition organisée par des professionnels.Demers et Éthier (2013) mentionnent que le sens donné par l\u2019enseignant à son action et à ses pratiques façonne les buts qu\u2019il formule comme moteur de son enseignement.Adopter cette idée, c\u2019est placer les élèves dans une posture interprétative et de (re)construction d\u2019une réalité sociale à partir de l\u2019analyse de documents et par la mise en œuvre d\u2019une méthode et d\u2019un mode de pensée rigoureux.Cependant, il faut donner le temps et l\u2019occasion aux élèves d\u2019observer, de découvrir, de se poser des questions à propos des témoignages matériels du passé, de se les approprier, de les utiliser, de les comparer.C\u2019est le pari que nous avons pris dans le cadre du cours Cultures et sociétés.Bibliographie Antichan, S., Gensburger, S., Teboul, J.et Torterat, G.(2016).Visites scolaires, histoire et citoyenneté.Les expositions du centenaire de la Première Guerre mondiale.La Documentation française, coll.Musées-Mondes.Boutonnet, V.(2013).Les ressources didactiques : typologie d\u2019usages en lien avec la méthode historique et l\u2019intervention éducative d\u2019enseignants d\u2019histoire au secondaire [thèse de doctorat, Université de Montréal].Papyrus.Charland, J.-P.(2003).Les élèves, l\u2019histoire et la citoyenneté : enquête auprès d\u2019élèves des régions de Montréal et de Toronto.Les Presses de l\u2019Université Laval.Demers, S.et Éthier, M.-A.(2013).Rapprochement entre curriculum, savoirs savants et pratiques enseignantes en enseignement de l\u2019histoire: l\u2019influence de l\u2019épistémologie pratique, Éducation et didactique, 7(7-2), 95-113.Demers, S., Boutonnet, V., Lessard, G., Éthier, M.-A.et Lefrançois, D.(2016).Interpréter le patrimoine et l\u2019espace urbain pour initier les élèves à la pensée historique.Dans M.-C.Larouche, J.Burgess et N.Beaudry (dir.), Éveil et enracinement : approches pédagogiques innovantes du patrimoine culturel (p.71-93).Québec : Presses de l\u2019Université du Québec.Hooper-Greenhill, E.(1991).Museum and Gallery Education.Leicester University Press.Noel, A.M.et Colopy, M.A.(2006).Making history field trips meaningful: Teachers\u2019 and site educators\u2019 perspectives on teaching materials.Theory and Research in Social Education, 34(4), 553-568.Nokes, J.D.(2011).Recognizing and addressing the barriers to adolescent\u2019s reading like historians.The History Teacher, 44(3), 379-404.Nokes, J.D.(2013).Building students\u2019 historical literacies.Routledge.Péloquin, K.(2022).Cours-voyage virtuel et enseignement de l\u2019euristique de la contextualisation à partir d\u2019artéfacts et de sites historiques : étude de cas en 4e et 5e secondaire [thèse de doctorat, Université de Montréal].Papyrus.VanSledright, B.A.(2010).What does it mean to think historically\u2026 and how do you teach it?Dans W.C.Parker (dir.), Social Studies Today: Research and Practice (p.113-120).Routledge. 47 TRACES | Volume 61 no 3 Revue de la SPHQ | Été 2023 LE PRIX D\u2019HISTOIRE DU GOUVERNEUR GÉNÉRAL P O U R L\u2019 E XC E L L E N C E D E S P R O G R A M M E S C O M M U N AU TA I R E S DEUX PRIX DE 2 500 $ CHACUN Un prix dans une communauté francophone et un dans une communauté anglophone seront remis lors d\u2019une cérémonie mémorable.\u2022 Les conférences publiques ou virtuelles \u2022 Les forums \u2022 Les expositions \u2022 Les présentations multimédias \u2022 Les projets de conservation \u2022 Les activités de sensibilisation \u2022 Les activités de commémoration \u2022 Les ateliers participatifs \u2022 Les festivals Exemples de projets admissibles : Présentez votre projet dès maintenant ! Déposez votre dossier de candidature avant le 15 juillet 2023.Visitez : HistoireCanada.ca/GGcandidature Lauréat 2022 \u2014 Sur les traces de Dubuc par La Pulperie de Chicoutimi / Musée régional 48 TRACES | Volume 61 no 3 Revue de la SPHQ | Été 2023 Enseigner l\u2019histoire du Québec et du Canada avec des organisateurs graphiques Pascal Di Francesco Service national du RÉCIT, domaine de l\u2019univers social Pour expérimenter l\u2019utilisation des organisateurs graphiques en classe, le RÉCIT univers social a collaboré avec Karim Binette, un enseignant d\u2019histoire du Québec et du Canada à l\u2019école secondaire Cavelier-De LaSalle.En plus de lire cet article, vous pouvez consulter la chaine YouTube du RÉCIT univers social pour voir les élèves de Karim témoigner de leur expérience d\u2019apprentissage avec les organisateurs graphiques1.Les organisateurs graphiques en classe La collaboration avec Karim Binette commence dans le cadre du 60e congrès de la SPHQ, lorsqu\u2019il partage sa volonté de diversifier son enseignement en vue de rendre les élèves plus actifs dans leur apprentissage.Quelques semaines plus tard, le RÉCIT univers social lui propose d\u2019aborder les mouvements sociaux de la période 1945 à 1980 par le biais d\u2019une tâche qui mise sur la création d\u2019organisateurs graphiques par les élèves2.En discutant avec Karim, deux intentions orientent la conception de la tâche et la planification du déroulement des trois périodes en classe avec la flotte d\u2019ordinateurs portables.D\u2019une part, nous souhaitons que les élèves s\u2019approprient de manière autonome les connaissances en lien avec le mouvement social de leur choix.D\u2019autre part, nous souhaitons amener les élèves à choisir l\u2019organisateur graphique le plus approprié pour illustrer les changements liés à ce mouvement et à justifier leur décision auprès de leurs camarades et de leur enseignant.La modélisation Durant la première période de l\u2019expérimentation, Karim aide d\u2019abord les élèves à se familiariser avec le contexte au sein duquel évoluent les mouvements sociaux, les revendications liées à ce contexte ainsi que des exemples de luttes sociales aux États-Unis et en France.Pour résumer les informations, le groupe-classe aide Karim à compléter un organisateur graphique qui servira de point de départ pour dégager une compréhension commune des mouvements sociaux (figure 1).Figure 1 Source : Service national du RÉCIT, domaine de l\u2019univers social.Licence : Creative Commons (BY-NC-SA).La première période de l\u2019expérimentation se poursuit avec la présentation de la question d\u2019enquête, qui interroge les élèves sur l\u2019influence des mouvements sociaux sur la société québécoise.Pour permettre aux élèves de répondre à cette question, Karim modélise la démarche d\u2019enquête qu\u2019ils devront réaliser de manière individuelle à la période suivante.En prenant l\u2019exemple du féminisme, l\u2019enseignant demande aux élèves d\u2019utiliser le site histoire.recitus.qc.ca pour caractériser le mouvement social dans le contexte québécois et pour déterminer des changements liés aux revendications féministes (figure 2).Pour terminer la première période, Karim demande encore une fois au groupe-classe de synthétiser les informations dans un organisateur graphique, mais cette fois-ci en exigeant que les élèves choisissent eux-mêmes le modèle qui illustre le mieux les changements liés au féminisme.1.RÉCIT univers social, Structurer sa pensée avec les organisateurs graphiques, en ligne sur https://youtu.be/s7OlF8cQeDc.2.Tâche offerte sur le site principal du RÉCIT univers social : https://www.recitus.qc.ca/ressources/secondaire/publication/ mouvements-sociaux-et-organisateurs-graphiques 49 TRACES | Volume 61 no 3 Revue de la SPHQ | Été 2023 Figure 2 Source : https://histoire.recitus.qc.ca/ Source du document historique : Antoine Désilets, Henry Morgentaler, manifestations (entre 1960 et 1970), Bibliothèque et Archives nationales du Québec.Licence : Creative Commons (BY-NC-ND).Le choix du thème et du type d\u2019organisateur graphique La deuxième période commence avec le choix d\u2019un mouvement social par les élèves, qui doivent travailler individuellement sur l\u2019influence du syndicalisme, de l\u2019affirmation des nations autochtones ou du néonationalisme.Les élèves amorcent ensuite leur démarche d\u2019enquête sur le mouvement choisi avec une cueillette de données sur le site histoire.recitus.qc.ca et une prise de notes sur les changements apportés par ce mouvement.Après la recherche d\u2019informations, les élèves sélectionnent un type d\u2019organisateur graphique en fonction des changements qu\u2019ils souhaitent représenter et ils amorcent la construction de leur organisateur graphique.En plus de fournir plusieurs questions pour guider leur choix (figure 3), le document de travail propose une douzaine de modèles d\u2019organisateurs graphiques prêts à être modifiés pour rendre la construction plus efficace.Figure 3 Source : Service national du RÉCIT, domaine de l\u2019univers social.Licence : Creative Commons (BY-NC-SA). 50 TRACES | Volume 61 no 3 Revue de la SPHQ | Été 2023 Pour terminer la deuxième période, les élèves forment des équipes de deux ou trois avec des camarades qui ont travaillé sur le même mouvement social.Les élèves peuvent ainsi comparer leur choix d\u2019organisateur graphique, justifier ce choix et discuter de leurs bons coups ou de leurs défis pour améliorer leurs travails respectifs.Durant toute la période, l\u2019enseignant circule dans la classe afin de fournir une rétroaction aux élèves, de les questionner sur les composantes de leur organisateur graphique et de leur demander d\u2019expliquer la relation entre ces composantes.À la fin de la période, les élèves envoient leur organisateur graphique à l\u2019enseignant pour qu\u2019il puisse vérifier l\u2019avancement de la tâche et fournir une rétroaction avant la dernière période de travail (figure 4).Figure 4 Source : Production d\u2019un élève de Karim Binette.La réponse à la question d\u2019enquête La troisième période offre d\u2019abord du temps aux élèves pour répondre à la question d\u2019enquête individuellement.Pour soutenir les élèves dans la rédaction de leur réponse, une banque de mots fut ajoutée au document de travail entre la deuxième et la troisième période en vue d\u2019aider les élèves à expliciter la mise en relation entre le mouvement social, les changements liés à ce mouvement et les exemples de ces changements (figure 5).Au moment où les élèves finalisent leur réponse à la question d\u2019enquête, l\u2019enseignant sélectionne quelques productions d\u2019élèves sur chaque mouvement social (syndicalisme, affirmation des nations autochtones et néonationalisme).Figure 5 Source : Service national du RÉCIT, domaine de l\u2019univers social.Licence : Creative Commons (BY-NC-SA).De retour en plénière, l\u2019enseignant diffuse les productions sur le tableau blanc interactif et il demande aux élèves dont la production est affichée d\u2019utiliser leur organisateur graphique pour expliquer au reste de la classe l\u2019influence du mouvement social sur la société québécoise.Ce retour mène à des discussions entre les élèves qui soutiennent ou qui remettent en question les choix de leurs camarades.L\u2019enseignant profite de ces discussions pour relancer les élèves sur leurs justifications et pour montrer qu\u2019il existe plusieurs choix valables pour synthétiser les informations sous forme d\u2019organisateurs graphiques.En guise de retour, l\u2019enseignant aurait aussi pu combiner des groupes ayant travaillé sur différents mouvements sociaux et leur demander de se les enseigner mutuellement.Les retombées de l\u2019expérimentation En somme, les élèves sont restés actifs durant les trois périodes nécessaires pour répondre à la question d\u2019enquête en structurant leur pensée à l\u2019aide d\u2019un organisateur graphique de leur choix.Les appréhensions liées au fait de délaisser un enseignement magistral pour privilégier un apprentissage par problème misant sur l\u2019autonomie des élèves dans leur choix de sujet et d\u2019organisateur graphique furent rapidement mises de côté.En effet, la tâche a rapidement mis en valeur la débrouillardise et la créativité des élèves au fil des phases de recherche, de création d\u2019organisateurs graphiques et de retour sur la question d\u2019enquête.Au cours de ces phases, Karim a pu constater plusieurs défis de ses élèves : respecter les bornes chronologiques de la question d\u2019enquête, faire la distinction entre les caractéristiques d\u2019un concept et les exemples qui illustrent ces caractéristiques ainsi qu\u2019expliciter les relations entre les composantes de l\u2019organisateur graphique.Cela dit, l\u2019alternance entre les moments de travail individuel, en groupe et en plénière a permis à l\u2019enseignant de fournir une rétroaction constante et personnalisée aux élèves afin que ceux-ci puissent surmonter ces défis et poursuivre leur démarche. 51 TRACES | Volume 61 no 3 Revue de la SPHQ | Été 2023 Figure 6 Source de la capture d\u2019écran : https://histoire.recitus.qc.ca/ Source du document historique : Chemin de fer national du Canada, Jeunes femmes ayant trait les vaches dans le champ, région de Chicoutimi (vers 1930), Bibliothèque et Archives nationales du Québec, P428,S3,SS1,D18,P11.Licence : domaine public.En utilisant le site histoire.recitus.qc.ca (figure 6), les élèves ont pu développer leurs compétences à caractériser et à interpréter, mais on peut certainement envisager une bonification de la tâche qui impliquerait un plus vaste corpus de références ainsi qu\u2019une utilisation plus soutenue des documents historiques.Cela dit, Karim considère qu\u2019il a atteint son objectif, qui était de réaliser un premier pas vers une diversification de son enseignement et de tirer profit des organisateurs graphiques pour aider les élèves à développer leur capacité de synthèse et à structurer leur pensée.Évidemment, on peut imaginer qu\u2019une tâche plus exigeante sera de mise une fois que la démarche aura été mobilisée à différents moments dans l\u2019année, puis intégrée par les élèves au fil des répétitions.Pour l\u2019enseignant, cela nécessitera de planifier l\u2019utilisation des organisateurs graphiques afin de recouper des connaissances ou de construire des concepts particuliers de manière à utiliser son temps efficacement.En ce qui a trait à l\u2019évaluation des compétences, la création d\u2019organisateurs graphiques a permis aux élèves de se familiariser avec une démarche qui nécessite de synthétiser des informations dans un schéma.Cette démarche n\u2019est pas étrangère à ce qui est attendu des élèves dans les questions « longues » de l\u2019épreuve unique d\u2019histoire du Québec et du Canada.En mobilisant les organisateurs graphiques à de multiples reprises durant l\u2019année et en appuyant leur construction sur une analyse de documents historiques, on pourrait aider les élèves à comprendre ce que peut communiquer la forme d\u2019un schéma, mais aussi développer leur capacité à donner un sens aux composantes du schéma et aux relations entre ces composantes.L\u2019accompagnement du RÉCIT univers social Pour accompagner Karim Binette dans la diversification de ses pratiques, le RÉCIT univers social lui a proposé une tâche clés en main qui a servi de point de départ pour décider ensemble des intentions de l\u2019expérimentation et de son déroulement.Dès le départ, l\u2019objectif était de tester une approche pédagogique avec les élèves de Karim, mais aussi de mettre en valeur sa démarche de développement professionnel par l\u2019entremise d\u2019une vidéo de quelques minutes.Cette vidéo est désormais offerte à l\u2019ensemble des enseignants et des enseignantes du Québec sur la chaine YouTube du RÉCIT univers social.En classe, le RÉCIT univers social a donc capté l\u2019expérimentation, mais il a aussi pu observer le déroulement de la tâche, répondre aux questions des élèves et questionner les élèves sur leurs choix.Ces interactions avec les élèves ont mené à plusieurs entrevues dont certains segments font partie de la vidéo.À chaque fin de période, une discussion avec Karim permettait de revenir sur les défis rencontrés, ce qui a mené à certains ajustements de la part de l\u2019enseignant et à quelques modifications de la tâche par le RÉCIT univers social.Les nombreux échanges avec Karim ont permis au RÉCIT univers social de valider une approche en classe et d\u2019apporter des corrections à la tâche comme l\u2019ajout d\u2019un organisateur graphique pour amorcer l\u2019activité avec un exemple concret et d\u2019une banque de mots pour aider les élèves à formuler les mises en relation.Ces échanges ont aussi donné un temps d\u2019arrêt à l\u2019enseignant pour réfléchir à sa pratique, comme en témoigne cette citation tirée de la vidéo qui résume la collaboration : « Peut-être que parce que j\u2019enseigne en secondaire 4, la peur de ne pas couvrir tout le programme fait que j\u2019ai parfois de la misère à lâcher prise, donc c\u2019est beaucoup dans le sens de je donne l\u2019information, vous l\u2019acceptez, vous la copiez, vous la notez.Là, j\u2019ai aimé que ça parte d\u2019eux vers moi, ce que je trouvais particulièrement pertinent. » 52 TRACES | Volume 61 no 3 Revue de la SPHQ | Été 2023 Une histoire d\u2019amour-haine : L\u2019empire britannique en Amérique du Nord Gilles Bibeau Mémoire d\u2019encrier, Montréal, 2022 Une histoire d\u2019amour-haine raconte la saga de la naissance de l\u2019Empire britannique en Amérique du Nord.Pour les Britanniques, le rêve de dominer le monde passait par la conquête de l\u2019Arctique, ce Nord mythique et indomptable où l\u2019on a longtemps cherché une route vers l\u2019Asie.Une histoire d\u2019amour-haine retrace la trajectoire de ces peuples insulaires qui, partis des îles de brumes, de fantômes et de légendes, se sont imposés à la fois aux Autochtones et aux descendants de la Nouvelle-France.En s\u2019appuyant sur les récits de voyage des moines irlandais reclus sur les îles de l\u2019Atlantique, les épopées des Vikings, et sur les journaux de bord des navigateurs, marchands et pirates sous le règne d\u2019Élizabeth Ire, l\u2019anthropologue Gilles Bibeau raconte comment ces voyageurs ont mis en place les assises d\u2019un empire au prix de terres volées, de vies fauchées et de corps suppliciés.Remontant vers ces temps anciens qui existèrent bien avant que l\u2019Angleterre et la France ne fondent des colonies sur les mêmes terres, Une histoire d\u2019amour-haine dresse le portrait millénaire d\u2019un monde animé par la démesure et la frénésie de conquête.Quoi de neuf Côté livres ?Le génocide des Amériques, Résistance et survivance des peuples autochtones Marcel Grondin et Moema Vierzzer Écosociété, Montréal, 2022 Combien de gens savent que le plus grand génocide de l\u2019histoire de l\u2019humanité a été perpétré contre les peuples autochtones des Amériques ?On estime en effet que, dans la foulée de la conquête du Nouveau Monde, 90 à 95% de la population originaire du continent, soit quelque 70 millions de personnes, a été éliminée en raison des guerres, du pillage, de l\u2019asservissement et des maladies introduites par les colons européens.Avec Le génocide des Amériques, Moema Viezzer et Marcel Grondin cherchent à montrer comment une telle hécatombe a pu se produire.Cinq grands espaces \u2013 Caraïbes, Mexique, Andes, Brésil et États-Unis \u2013 sont passés en revue, auxquels s\u2019ajoute un chapitre inédit sur le cas canadien, signé Pierrot Ross-Tremblay et Nawel Hamidi.Si ce livre offre un panorama du génocide des peuples premiers des Amériques, il fait aussi le récit de leur résistance et de leur lutte pour survivre jusqu\u2019à aujourd\u2019hui.Car les blessures liées à la colonisation européenne ne sont pas seulement chose du passé : de nombreux peuples indigènes, dépossédés de leurs territoires et de leurs biens, se battent encore pour faire respecter leurs droits humains les plus élémentaires.Pour que la vérité et la réconciliation ne soient pas que des mots creux, il est temps de décoloniser l\u2019histoire des Amériques. 53 TRACES | Volume 61 no 3 Revue de la SPHQ | Été 2023 La paix, malgré tout, un siècle de réflexions et d\u2019actions contre la guerre Carl Bouchard Septentrion, Québec, 2023 Du désordre mondial de la fin de la Grande Guerre au Manifeste de la Ligue internationale des femmes pour la paix et la liberté publié en 2015, Carl Bouchard propose une contre-histoire des 100 dernières années, qui ne met pas l\u2019accent sur la violence et la guerre, mais plutôt sur la quête de la paix.Il offre ainsi une vision plus inspirante et plus engageante que l\u2019histoire qu\u2019on nous raconte habituellement.Parmi les 10 chapitres de cet ouvrage on retrouve entre autres les sujets suivants: Le pacte Briand-Kellogg : la guerre hors-la-loi?Einstein et Freud : pourquoi la guerre?Du Mahatma au Führer : les lettres de Gandhi à Hitler.Les musiciens militaires de la Nouvelle-France, pratiques et espaces Jean-François Plante Presse universitaire de Laval, Québec, 2023 Personnages méconnus de la Nouvelle-France, les musiciens militaires ont tenu des fonctions importantes dans cette société naissante, autant sur le plan social que militaire.L\u2019auteur décrit en premier lieu les pratiques des quatre types de musiciens qui sont venus (tambour, fifre, hautbois, trompette) et montre comment ils ont dû s\u2019adapter à la réalité nord-américaine dans l\u2019exercice de leur métier.La deuxième partie de l\u2019ouvrage nous amène dans le monde du symbolisme d\u2019Ancien Régime.On y voit que ces musiciens occupent une place déterminante dans l\u2019expression des symboles attachés aux valeurs sociales de l\u2019époque de même que dans l\u2019ensemble des moyens utilisés par l\u2019État et l\u2019Église pour se tenir tête dans le paysage sonore de la ville de Québec.Finalement, la description détaillée et l\u2019analyse de la criée des ordonnances montrent le rôle essentiel du tambour dans la réalisation de ce rituel nécessaire à l\u2019affirmation de l\u2019état monarchique.Papineau l\u2019incorruptible : le président rebelle (1833-1871) T.2 Anne-Marie Sicotte Édition Carte blanche, 2023 À la tête de l\u2019Assemblée législative du Bas-Canada, Louis-Joseph Papineau vit les années les plus tragiques de sa longue existence.Malgré ses épreuves personnelles, il s\u2019engage résolument sur le chemin de la résistance aux injustices et aux abus perpétrés par l\u2019oligarchie.Il ouvre la voie au peuple patriote du Québec : des 92 Résolutions de 1834 au boycott économique de 1837, il est réclamé partout en tant que porte-étendard des droits et libertés.De la part de ses adversaires, il essuie une tempête de calomnies et de violences\u2026 Pour la clique de favoris du gouverneur, rien ne vaut la terreur militaire et judiciaire pour maquiller des démocrates en rebelles sanguinaires et en méprisables traîtres.La féroce répression \u2013 supposément pour tuer dans l\u2019œuf les prétendues Rébellions de 1837 et de 1838 \u2013 vise en réalité à terrasser la vigueur égalitaire des gens du Québec et, par-dessus tout, celle de Papineau.Ce dernier ose néanmoins se relever et se tenir debout, droit comme un chêne, il dénonce la corruption et réclame la justice de toute la force de sa voix. 54 TRACES | Volume 61 no 3 Revue de la SPHQ | Été 2023 Le Devoir d\u2019histoire : Regards croisés sur le Québec Dave Noël & Al Le Devoir, Montréal, 2023 Comment les Québécois ont-ils réagi aux différents types de violence déployés durant la crise d\u2019Octobre?Quel a été l\u2019apport de la page féminine du Devoir pour la libération des femmes du début du XXe siècle?Quelle influence les romans « canadiens » de Jules Verne ont-ils eu sur la perception du Québec à l\u2019intérieur et à l\u2019extérieur de nos frontières?Toutes ces questions, mais aussi la représentation des Autochtones par les premiers historiens, l\u2019héritage des patriotes et les échos de l\u2019histoire d\u2019Aurore Gagnon font partie des relais qui ont permis aux collaborateurs d\u2019ausculter notre époque et ses grands débats.Retrouvez ici une sélection de chroniques parues dans la série « Le Devoir d\u2019histoire », publiée par le quotidien depuis 2017.Une fois par mois, on y lance à des passionnés d\u2019histoire le défi de décrypter un thème d\u2019actualité à partir d\u2019une comparaison avec un événement ou un personnage historique.Penser l\u2019histoire et son enseignement au Québec Olivier Lemieux Presse universitaire de Laval, Québec, 2023 L\u2019enseignement de l\u2019histoire \u2013 comme la discipline historique \u2013 a connu d\u2019importants changements au Québec depuis la Révolution tranquille.Si ses orientations ont été influencées par l\u2019évolution de la science historique en elle-même, elles le furent tout autant par celle des sciences de l\u2019éducation.Cette évolution a inévitablement impliqué des moments de débats et de confrontations qui ont souvent pris forme au Québec autour de nouveaux programmes d\u2019histoire et offert l\u2019occasion de mieux comprendre les idées et les intérêts des acteurs prenant part au jeu politique.Cet ouvrage d\u2019entretiens propose d\u2019aborder ce thème au regard de la perspective de 11 acteurs clés qui ont joué un rôle de premier plan au cours des dernières décennies en ce qui concerne l\u2019histoire et son enseignement au Québec.Comment ces acteurs en sont-ils venus à s\u2019intéresser à l\u2019histoire et à son enseignement ?Quel fut leur rôle dans l\u2019élaboration des programmes d\u2019histoire du Québec au secondaire ?Quelle est leur vision des finalités de l\u2019enseignement de l\u2019histoire et des enjeux qui guettent cet enseignement ?Qu\u2019ont-ils légué ou qu\u2019espèrent-ils avoir légué à l\u2019histoire et à son enseignement au Québec ?Voilà quelques questions qui ont guidé la conduite des entrevues publiées dans le présent ouvrage. 55 TRACES | Volume 61 no 3 Revue de la SPHQ | Été 2023 .Côté Musées ?Musée Pointe-à-Callière 350, Place Royal, Vieux-Montréal Égypte.Trois mille ans sur le Nil Du 20 avril au 15 octobre 2023 Avec ses trois mille ans d\u2019histoire, l\u2019Égypte ancienne est l\u2019une des plus longues et des plus brillantes civilisations du monde.Nous lui devons notre héritage intellectuel, notre écriture, ainsi que la naissance de l\u2019architecture, la conception de l\u2019espace, du temps, de la vie éternelle.En exclusivité nord-américaine, l\u2019exposition Égypte.Trois mille ans sur le Nil vous fait découvrir plus de 300 objets authentiques issus de la collection du Museo Egizio de Turin en Italie, au fil d\u2019un parcours historique exceptionnel.Des origines jusqu\u2019à la conquête romaine, plongez au cœur de cette société millénaire, fortement hiérarchisée, dont le majestueux fleuve du Nil constitue la colonne vertébrale.Une immersion touchante et à visage humain dans la vie quotidienne, sociale et religieuse à l\u2019époque des pharaons vous attend ! L\u2019exposition vous fait voyager au cœur de la vie des femmes, hommes et enfants qui constituent le peuple égyptien.Du pêcheur au pharaon, en passant par le scribe, le prêtre et l\u2019embaumeur, apprenez- en davantage sur l\u2019organisation sociale et les structures du pouvoir.Explorez également le culte des animaux, les pratiques funéraires et religieuses.Outils de travail, objets du quotidien et bijoux côtoient ainsi sarcophages, stèles, momies et statues monumentales.Pour l\u2019histoire nationale, Valeurs, nation, mythes fondateurs Gérard Bouchard Boréal, Montréal, 2023 Le fil directeur de ce livre tient dans la crise qui menace actuellement les fondements symboliques de nos sociétés où les principaux vecteurs traditionnels de transmission culturelle (églises, école, littérature, médias, famille et autres) sont affaiblis ou en difficulté, sinon en retrait.Dans ce contexte, l\u2019ouvrage pose une question difficile mais déterminante : dans quelle mesure l\u2019histoire nationale et son enseignement peuvent-ils contribuer à atténuer la crise en assurant la sensibilisation aux idéaux propres à allumer une nouvelle ferveur et à susciter des engagements citoyens ?Le livre se veut donc un plaidoyer en faveur de l\u2019histoire nationale, un genre qui a été remis en question depuis trente ou quarante ans.Il en découle un ouvrage ambitieux qui propose une réflexion d\u2019ensemble sur la genèse, la situation et le devenir de l\u2019histoire nationale et de son enseignement au Québec.Cet objectif général est exploré dans de nombreuses directions : une revue des facteurs qui fondent la pertinence et l\u2019avenir de l\u2019histoire nationale, ce qui inclut une réhabilitation de la nation; un survol des finalités qui ont été assignées à l\u2019histoire nationale depuis le XIXe siècle ; son rôle dans la promotion de mythes fondateurs (ou de valeurs fondatrices) ; une formule d\u2019intégration de la diversité socioculturelle dans ce champ historiographique pour en faire un véritable récit national ; une analyse de la controverse récente entourant le Renouveau pédagogique, assortie d\u2019une proposition de compromis; un appel à une histoire nationale plus engagée culturellement et socialement. 56 TRACES | Volume 61 no 3 Revue de la SPHQ | Été 2023 Musée de la civilisation 85, rue Dalhousie, Québec René Lévesque Jusqu\u2019au 4 septembre 2023 René Lévesque est, incontestablement, une figure marquante du paysage politique québécois.Son parcours, son style et ses réalisations demeurent encore aujourd\u2019hui l\u2019objet d\u2019un grand intérêt, et pour plusieurs, suscitent l\u2019admiration ou, à tout le moins, un grand respect.Afin de lui rendre hommage dans le cadre des célébrations entourant son 100e anniversaire de naissance, le Musée de la civilisation et la Fondation René-Lévesque collaborent à la réalisation de cette exposition qui brosse un portrait intime du célèbre personnage politique et public.Outre son image de figure publique, que sait-on vraiment de lui?Les jeunes générations sont très peu au fait de sa carrière de journaliste, de correspondant de guerre pour l\u2019Armée américaine et de son ascension en politique.Et peu de Québécois.es connaissent sa tumultueuse enfance et adolescence ainsi que son saut dans la vie d\u2019adulte comme jeune homme différent, ultra brillant et effronté.L\u2019exposition met de l\u2019avant les étapes de vie marquantes qui ont forgé la personnalité de René Lévesque jusqu\u2019à son décès en 1987.La présentation mise sur la diffusion de documents d\u2019archives et d\u2019objets significatifs.Elle propose aux visiteurs d\u2019explorer ces facettes méconnues de René Lévesque, sous l\u2019angle de sa personnalité et de ses traits de caractère qui ont forgé à la fois l\u2019humain, le fils, le père, l\u2019homme du peuple et le grand politicien public.Une exposition forte et sensible, toute en nuances.Musée de la Mer des Îles de la Madeleine 1023, Chemin de la Grave, Havre-Aubert, Îles-de-la-Madeleine Vivre aux Îles, vivre les Îles Exposition permanente Tandis que les vastes colonies de Terre-Neuve, d\u2019Acadie et de Nouvelle-France se développent, seules les ressources marines intéressent marchands et armateurs qui disposent de droits d\u2019exploitation dans l\u2019archipel.Ainsi, sont arrivés aux Madeleine les premiers résidents permanents ou saisonniers, des hommes engagés, Canadiens et Acadiens.Nous sommes alors au début des années 1700.Avec les déportations successives d\u2019Acadiens et la conquête définitive du Canada en 1760 par la Couronne anglaise, des groupes apparentés et des clans formés par le long exil en viennent à s\u2019installer dans l\u2019archipel, en gardant toujours un œil sur d\u2019autres régions peut-être plus propices.Car l\u2019histoire des Madelinots est faite d\u2019arrivées, de départs, d\u2019exodes et de recommencements.C\u2019est aussi une histoire d\u2019adaptation, d\u2019entraide et de résilience.De nombreuses familles ont contribué à la mise sur pied et au développement du musée depuis sa fondation en 1969.Ce sont bien souvent les descendants de ces premiers habitants qui ont donné les plus belles pièces de notre collection.Elles témoignent aujourd\u2019hui de leur mode de vie, de leur savoir- faire, de leur détermination et de leur foi en ce que nous appelions alors le progrès."]
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