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Titre :
Traces : revue de la Société des professeurs d'histoire du Québec
Éditeur :
  • Montréal :Société des professeurs d'histoire du Québec,1988-
Contenu spécifique :
Vol. 62, no 2, printemps 2024
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
autre
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Traces : revue de la Société des professeurs d'histoire du Québec, 2024-03, Collections de BAnQ.

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[" TRACES REVUE DE LA SOCIÉTÉ DES PROFESSEURS D\u2019HISTOIRE DU QUÉBEC L\u2019esclavage en Nouvelle-France \u2022 La bataille du Saint-Laurent (1942-1944) \u2022 L\u2019histoire selon ChatGPT \u2022 Le récit en histoire \u2022 Le régime seigneurial PRINTEMPS 2024 VOLUME 62 \u2013 NO 2 ISSN 0225-9710 E X P O S I T I O N DÈS maintenant ACHETEZ VOS BILLETS pacmusee.qc.ca Photo : Conrad Poirier.BAnQ Vieux-Montréal 1 TRACES | Volume 62 no 2 Revue de la SPHQ | Printemps 2024 Sommaire Traces Volume 62 no 2 \u2022 Printemps 2024 SPHQ ÉDITO Raymond Bédard 3 Mot du conseil d\u2019administration 5 Pleins feux sur l'Histoire Perspectives historiques Histoire « critique » ou « nationale » ?La fausse opposition Éric Bédard 6 L\u2019occupation franco-belge de la Ruhr : les buts d\u2019une action délictueuse (2e partie) Martin Destroismaisons 9 L\u2019esclavage en Nouvelle-France Dominique Deslandres 15 Pour en finir avec la Nouvelle-France : relecture de l\u2019histoire du régime seigneurial au Québec Benoît Grenier 22 La bataille du Saint-Laurent (1942-1944) : la réplique canadienne Samuel Venière 26 Activités pédagogiques ONU Balado Passé date ?(3e saison) \u2013 Quiz Raymond Bédard 33 \u2013 Solutionnaire 38 Projet de simulation d\u2019une assemblée du conseil de sécurité de l\u2019ONU Alexandre Robillard et Denis Robitaille 36 L\u2019histoire selon ChatGPT : retour sur une expérience pédagogique Mahdi Khelfaoui 39 Didactique en mouvement Le récit en histoire : étude exploratoire sur sa conception et son usage en enseignement chez des étudiants en formation Stéphane Martineau et Félix Bouvier 42 Quoi de neuf ?Côté livres 48 Côté musées 52 TRACES REVUE DE LA SOCIÉTÉ DES PROFESSEURS D\u2019HISTOIRE DU QUÉBEC L\u2019esclavage en Nouvelle-France \u2022 La bataille du Saint-Laurent (1942-1944) \u2022 L\u2019histoire selon ChatGPT \u2022 Le récit en histoire \u2022 Le régime seigneurial PRINTEMPS 2024 VOLUME 62 \u2013 NO 2 ISSN 0225-9710 En page couverture : Le Vieux-Moulin de Saint-Bruno (crédit photo : Raymond Bédard) Construit en 1725 d\u2019un commun accord entre Pierre Boucher de Boucherville, premier seigneur de Montarville, et Charles Le Moyne, baron de Longueuil, le premier moulin à eau produisait de la farine.Dès sa mise en marche, il joue un rôle déterminant dans le développement économique de la seigneurie.En 1741, le moulin, alors devenu la propriété du seigneur René Boucher de la Bruère, fils de Pierre Boucher de Boucherville, est reconstruit en pierre.Vingt ans plus tard, il est une nouvelle fois reconstruit en pierre.C\u2019est d\u2019ailleurs ce moulin que l\u2019on peut encore apprécier dans le parc du mont Saint-Bruno, près du lac du Moulin.À la fin du 19e siècle, le moulin reconstruit est transformé en chapelle par les propriétaires anglophones de la Mount Bruno Association résidant sur la montagne.Puis, dans le cadre de la création du parc national du Mont-Saint-Bruno, il est racheté par le gouvernement du Québec.Source : https://stbruno.ca/culture/attraits/le-vieux-moulin/ 2 TRACES | Volume 62 no 2 Revue de la SPHQ | Printemps 2024 Comité de rédaction : Raymond Bédard (rédacteur en chef), Patrick Baker, Dominique Laperle, Samuel Rabouin, Adriana Catinca Stan Infographie : Vivadesign Impression : Imprimerie des Éditions Vaudreuil, 2891, rue du Meunier, Vaudreuil- Dorion, Québec, J7V 8P2 Dépôt légal : Bibliothèque et Archives nationales du Québec et Bibliothèque et Archives Canada, ISSN 0225-9710.Envoi de publication no 40044834.Port de retour garanti.Date de parution : mars 2024 Indexé dans Repère.Les opinions exprimées dans les articles publiés dans ce numéro engagent la responsabilité de leurs auteurs uniquement.Les titres, textes de présentation, encadrés, illustrations et légendes sont de la rédaction.Le masculin est utilisé comme genre neutre pour désigner les hommes et les femmes.Revue Traces Case postale 311 Saint-Bruno-de-Montarville (Québec) J3V 5G8 www.sphq.quebec Publicité : redaction@sphq.quebec Adhésion annuelle à la SPHQ avec 4 numéros Individu : 80 $ Institution : 90 $ Retraité ou étudiant : 40 $ Frais de poste et de manutention inclus La Société des professeurs d\u2019histoire du Québec (SPHQ) a été fondée à Québec le 20 octobre 1962 à l\u2019initiative du professeur Pierre Savard (1938-1998), secrétaire de l\u2019Institut d\u2019histoire de l\u2019Université Laval, avec la complicité du professeur Marcel Trudel (1917-2011), de la même institution, et de l\u2019abbé Georges-Étienne Proulx (1921-1998).La SPHQ a pour mission de promouvoir l\u2019enseignement de l\u2019histoire au Québec, sous tous ses aspects auprès de ses membres et de la population en général, et de contribuer à assurer l\u2019information et le développement professionnel de ses membres.À cette fin et par son expertise, elle peut mener des campagnes d\u2019information et d\u2019éducation, faire des représentations et des recherches concernant l\u2019enseignement de l\u2019histoire au Québec, développer des alliances avec d\u2019autres organismes et prendre tout autre moyen jugé utile pour réaliser cette mission.La revue Traces vise à assurer la diffusion de l\u2019information et le développement professionnel des membres de la SPHQ.Elle se veut un outil de perfectionnement pour tous ceux que l\u2019enseignement de l\u2019histoire intéresse, et le promoteur de l\u2019enseignement des sciences humaines au primaire et de l\u2019histoire au secondaire.Le nom Traces a été choisi pour rappeler les fondements de l\u2019Histoire qui se construit à partir des preuves de la présence des humains et de leur société dans le passé.Il rejoint, en second lieu, l\u2019empreinte particulière laissée par l\u2019enseignement de l\u2019Histoire sur l\u2019individu qui le reçoit.Il évoque finalement l\u2019action et l\u2019influence passées et présentes de la SPHQ dans le domaine de l\u2019Histoire et de son enseignement au Québec. 3 TRACES | Volume 62 no 2 Revue de la SPHQ | Printemps 2024 ÉDITO Raymond Bédard Rédacteur en chef Pour lire l\u2019étude de Tania Tremblay, L\u2019utilisation des écrans en contexte scolaire et la santé des jeunes de moins de 25 ans : effets sur la cognition (novembre 2023) : https://www.inspq.qc.ca/publications/3434 Portrait de l\u2019ascension de Poutine Deux ans après le début de l\u2019invasion russe en Ukraine, rien ne laisse présager que cette guerre se terminera bientôt.La volonté du président Poutine d\u2019étendre sa domination sur l\u2019Ukraine semble inébranlable.La prochaine élection présidentielle en Russie, couronnera certainement une fois de plus Vladimir Poutine, le nouveau tsar.Pour mieux comprendre l\u2019homme et son accession au pouvoir, je vous invite à lire le roman Le Mage du Kremlin de Giuliano da Empoli, paru en 2022, qui s\u2019est mérité le Grand prix du roman de l\u2019Académie française.L\u2019auteur, un journaliste qui commente l\u2019actualité politique en France et en Italie, a publié en 2019 un essai remarqué sur le pouvoir, Les Ingénieurs du Chaos.Dans son dernier ouvrage et premier roman, Le Mage du Kremlin, il « relate sa rencontre imaginée, une nuit à Moscou, avec l\u2019énigmatique Vadim Baranov (personnage inspiré de Vladislav Sourkov, homme d\u2019affaires et homme politique russe, cofondateur du parti Russie unie qui mena Poutine au pouvoir en 2001), autrefois artiste, producteur d\u2019émissions de télé-réalité et éminence grise de Vladimir Poutine, surnommé le Tsar. » (Wikipédia) Hormis le personnage imaginé de Baranov, une grande partie des personnages du roman sont réels.Le roman nous entraîne dans les rouages politiques qui ont permis à Vladimir Poutine de cheminer vers le pouvoir absolu.De simple officier du KGB au moment de la chute du mur de Berlin, puis de conseiller du président Boris Elstine en 1998, Vladimir Poutine a su s\u2019imposer comme le nouveau maître de la Russie postsoviétique.Plus qu\u2019un simple roman, Le Mage du Kremlin, est un véritable traité politique qui nous permet de comprendre l\u2019âme russe et les dérives autoritaires de son président tout puissant qui n\u2019hésite pas à éliminer « physiquement » ses opposants politiques, comme ce fut le cas récemment avec Alexeï Navalny.Le retour des autodafés de livres Autodafé : Destruction par le feu d\u2019un objet (en particulier des livres) que l\u2019on désavoue, que l\u2019on condamne.(Larousse) En 1953, l\u2019auteur Ray Bradbury publiait Farenheit 451, un roman d\u2019anticipation dans lequel il créait un monde où le livre était interdit et où des personnes, de façon clandestine, se donnaient comme tâche d\u2019apprendre par cœur chacune une œuvre littéraire afin de préserver cet héritage pour le futur de l\u2019humanité.De tout temps, le livre a facilité la diffusion des idées et des connaissances permettant la confrontation des points de Écrans et apprentissages Dans La Presse+ du 9 février dernier, on apprenait qu\u2019une récente analyse de l\u2019Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) révélait que l\u2019usage des écrans en classe pour développer la lecture et la prise de note « n\u2019apporterait aucune valeur ajoutée à la compréhension de texte ou à l\u2019apprentissage ».L\u2019étude allait encore plus loin en affirmant que « la lecture numérique entraîne une diminution de la compréhension de texte par rapport à la lecture papier ».Entre les partisans inconditionnels des multiples bienfaits pédagogiques de l\u2019usage des écrans en classe et ceux qui souhaitent leur limitation, il y a place pour entamer une saine réflexion à ce sujet.La concertation des enseignants d\u2019un même niveau, pour mieux encadrer l\u2019apprentissage des élèves et leur éviter de passer une journée entière devant un écran, serait déjà un pas dans la bonne gestion pédagogique de ces outils numériques.À cet égard, on ne peut que saluer l\u2019interdiction du cellulaire en classe en vigueur dans les écoles du Québec depuis le 1er janvier. 4 TRACES | Volume 62 no 2 Revue de la SPHQ | Printemps 2024 vue, suscitant des débats et favorisant ainsi l\u2019évolution des sociétés.Mais l\u2019utilisation du livre n\u2019a jamais fait l\u2019unanimité parmi ceux qui détenaient le pouvoir spirituel ou temporel, car plusieurs y voyaient une incitation à la contestation des règles établies voire à la révolte.Ainsi, dès le XVIe siècle, à la suite de l\u2019augmentation de livres en circulation grâce à l\u2019invention de l\u2019imprimerie, l\u2019Église toute puissante publie, lors du Concile de Trente, l\u2019Index des livres interdit lequel illustre bien la peur des autorités religieuses de la diffusion d\u2019idées contraires au dogme établi.En 1933, lors de l\u2019accession au pouvoir des nazis, on assiste en Allemagne à la destruction par le feu d\u2019ouvrage dissidents ou dont les auteurs juifs, communistes, modernes, féministes ou simplement pacifistes (le livre À l\u2019Ouest, rien de nouveau de l\u2019Allemand Erich Maria Remarque, paru en 1929, interdit par le régime nazi, a sans doute connu un tel sort).De 1998 à 2001, les talibans détruisent les 55 000 livres rares de la plus vieille fondation afghane, ainsi que ceux de plusieurs autres bibliothèques publiques et privées.En 2019, plus près de chez nous, une commission scolaire francophone de l\u2019Ontario, brûle 5 000 livres pour la jeunesse en raison des propos jugés racistes qu\u2019ils contiennent à l\u2019égard des Autochtones du pays.Pour certain, le livre semble être un outil dangereux dont il faut absolument contrôler la diffusion et le contenu.Récemment aux États-Unis, un livre de la sexologue québécoise Myriam Daguzan Bernier a subi le triste sort de l\u2019autodafé au lance-flamme par la candidate américaine Valentina Gomez au poste de secrétaire d\u2019État du Missouri.Comme quoi l\u2019autodafé de livres n\u2019est pas tout à fait mort! L\u2019éducation, et plus particulièrement les cours d\u2019histoire, sont des remparts contre les dérives de l\u2019obscurantisme.ChatGPT, GEMINI et l\u2019histoire Rien ne semble vouloir freiner le développement des nouveaux robots conversationnels par l\u2019intelligence artificielle.Google propose maintenant son propre modèle d\u2019IA, avec GEMINI, qui ne se contente plus de générer des textes, mais crée aussi des illustrations, des sons et mêmes des vidéos.Sera-t-il possible un jour de remplacer un enseignant malade par un cours donné par son duplicata virtuel généré par l\u2019IA ?Je n\u2019ose l\u2019imaginer.Le Devoir, du samedi 17 février dernier, publiait un excellent texte du professeur Mahdi Khelfaoui de l\u2019UQTR, intitulé L\u2019histoire selon ChatGPT (que nous reproduisons avec son autorisation à la page\u2026), qui soulignait les dangers de recourir sans discernement au robot conversationnel pour générer de l\u2019information historique.Sans négliger l\u2019apport indéniable de ces nouveaux outils numériques pour l\u2019enseignement, il faut adopter une approche prudente et garder un regard critique face à son utilisation en classe.Traces Dans ce numéro du printemps de Traces, Martin Destroismaisons conclut son article sur l\u2019occupation franco-belge de la Ruhr après la Première Guerre mondiale, tandis que Samuel Venière nous rappelle, à l\u2019aide de multiples photos, les moments forts de la bataille du Saint-Laurent lors de la Deuxième Guerre mondiale.Dominique Deslandres porte un regard nouveau sur l\u2019esclavage en Nouvelle-France.Le comité de rédaction est heureux d\u2019accueillir à titre de collaborateur, l\u2019historien Éric Bédard qui tiendra une nouvelle chronique : « Perspectives historiques  ».Pour leurs parts, Stéphane Martineau et Félix Bouvier font état d\u2019une étude sur le rôle du récit en histoire chez les futurs enseignants.De son côté, Benoit Grenier nous propose une relecture du système seigneurial au Québec, tandis que Mahdi Khelfaoui souligne les limites de l\u2019utilisation de ChatGPT pour le traitement de sujets historiques.Quant à eux, Alexandre Robillard et Denis Robitaille présentent leur projet de simulation d\u2019une assemblée du Conseil de sécurité de l\u2019ONU.Afin d\u2019exploiter en classe le balado Passé date ?de la 3e saison, je vous propose un quiz sur l\u2019épisode consacré à Duplessis.En terminant, la rubrique Quoi de neuf ?fait un tour d\u2019horizon des nouvelles parutions en histoire et des suggestions d\u2019expositions à visiter.Bonne lecture Note aux lecteurs : Cette rubrique n\u2019a pas été rédigée par ChatGPT.Le premier autodafé nazi eut lieu le 10 mai 1933 à Berlin (Opernplatz) (Source : Wikimédia Commons) 5 TRACES | Volume 62 no 2 Revue de la SPHQ | Printemps 2024 Mot du conseil d\u2019administration Chères et chers membres, Le conseil d\u2019administration de la SPHQ tient à exprimer sa sincère gratitude pour votre soutien continu envers la mission de notre organisation, qui représente la voix des enseignantes et enseignants spécialisés en histoire et en univers social depuis 1962.Nous sommes ravis de vous présenter la composition du CA, qui inclut les nouveaux membres élus lors de l\u2019assemblée générale annuelle, qui s\u2019est déroulée de manière virtuelle le 9 novembre 2023.Véronique Charlebois, Présidente | Enseignante au Collège Héritage de Châteauguay Catinca Adriana Stan, Vice-présidente | Professeure de didactique de l\u2019histoire à l\u2019Université Laval Samuel Rabouin, Trésorier | Chargé de cours à l\u2019UQTR Laurent Constantin, Secrétaire | Enseignant au CCSVDC Laurence Murray-Dugré, Administratrice | Conseillère pédagogique à l\u2019UQTR Samuel Venière, Représentant muséal | Historien et chargé de projets au Musée naval de Québec Nous souhaitons exprimer ici notre profonde reconnaissance envers M.Raymond Bédard, dont l\u2019engagement a été remarquable à partir de 2009, en tant qu\u2019administrateur puis en tant que président de la SPHQ, de 2011 à 2023.Parmi les dossiers qu\u2019il a su mener avec beaucoup de finesse intellectuelle et de passion, précisons sa contribution à la refonte du programme d\u2019histoire du Québec et du Canada, son rôle important dans la programmation des congrès, ainsi que sa direction inspirée de la revue TRACES, publiée trimestriellement au bénéfice de la communauté enseignante.Raymond Bédard a choisi de continuer son engagement en acceptant d\u2019agir en tant que rédacteur en chef de la revue TRACES.Nous lui sommes profondément reconnaissants, sachant combien la diversité des articles publiés, ainsi que leur pertinence au regard de l\u2019enseignement des disciplines de l\u2019univers social lui tiennent à cœur.Lancement de la 3e série Nos géants de la Fondation Lionel-Groulx Le 14 janvier dernier, plus de cinquante participants ont pris part à Montréal à une soirée festive, organisée en collaboration avec la Fondation Lionel-Groulx, pour souligner le lancement de la 3e  saison de la série Nos géants de la Fondation Lionel-Groulx.Les enseignants ont pu échanger avec des créateurs (historiens, concepteurs et comédiens) de cette nouvelle saison de capsules Nos géants qui étaient conviés à cette occasion spéciale.Nous encourageons vivement la communauté enseignante à exploiter le potentiel pédagogique de cette ressource, parfaitement alignée avec le programme d\u2019histoire du 3e et 4e secondaire.Appel de communication \u2013 62e congrès En préparation du 62e congrès de la SPHQ, nous sollicitons actuellement des propositions d\u2019ateliers ou de communications liées aux programmes d\u2019études du domaine d\u2019apprentissage de l\u2019histoire au secondaire, incluant le programme de 5e  secondaire Monde contemporain, d\u2019éducation financière et de géographie.Le congrès propose des ateliers abordant les connaissances historiques et géographiques, la recherche en didactique, et les nouvelles approches pédagogiques, y compris les ressources éducatives et le matériel didactique.Vous êtes donc invité à proposer un atelier ou une communication d\u2019une durée de 70  minutes, incluant une période de questions, en remplissant le formulaire sur notre site web d\u2019ici le 15 juin 2024.Invitation pour la communauté enseignante et pour les membres Art et histoire, une association porteuse de sens Le 17 avril 2024, nous vous convions à une activité spéciale, Art et histoire, une association porteuse de sens, organisée en collaboration avec l\u2019Association des enseignantes et enseignants spécialisés en arts plastiques (AQESAP) et le Musée des Beaux-Arts de Montréal (MBAM).Cette causerie, qui se tiendra en soirée, sera animée par des intervenants du milieu muséal et universitaire et offrira une analyse pédagogique des œuvres d\u2019art, suivie d\u2019une visite VIP du musée et d\u2019un cocktail favorisant les échanges entre les participants.Prochaines éditions du congrès annuel de la SPHQ Enfin, le comité organisateur du congrès annuel sollicite votre collaboration afin de mieux répondre à vos attentes liées à votre participation aux prochaines éditions du congrès de la SPHQ.Les coûts liés à la planification et à la tenue de ces journées de formation ont augmenté significativement depuis la fin de la crise sanitaire, et nous souhaitons recueillir vos avis sur plusieurs aspects, notamment la date et le lieu des futurs congrès.Vos commentaires seront très utiles pour garantir le succès continu de notre congrès.Merci à l\u2019avance pour votre participation active.Vous pouvez remplir le sondage via le lien fourni sur notre site web dans la section Actualités. 6 TRACES | Volume 62 no 2 Revue de la SPHQ | Printemps 2024 « Perspectives historiques » Histoire « critique » ou « nationale » ?La fausse opposition Éric Bédard, Historien et professeur à l\u2019Université TÉLUQ, membre de l\u2019Académie des lettres du Québec C\u2019est un poncif que répètent certains didacticiens et qui m\u2019exaspère.Il faudrait choisir entre histoire « critique » et histoire « nationale ».D\u2019un côté, la distance, le recul et une vraie méthode scientifique ; de l\u2019autre, l\u2019embrigadement, la propagande et la fiction d\u2019idéologues « ceinture fléchée ».Foutaise ! Bien évidemment, l\u2019histoire nous permet de mieux comprendre le présent, de situer les enjeux de l\u2019époque dans un temps long.Et cette mise à distance nous offre des clefs de compréhension utiles pour analyser les grands enjeux auxquels nous sommes quotidiennement confrontés : injustices sociales, diversité culturelle, égalité femmes/hommes, populisme, censure, etc.Mais si on se tourne vers le passé, c\u2019est aussi parce qu\u2019on cherche à savoir d\u2019où l\u2019on vient et à comprendre ces divers héritages qui nous ont façonnés : la langue, les institutions politiques, un certain rapport au religieux, etc.L\u2019histoire est connaissances mais elle est aussi quête d\u2019identité.Ces deux grandes finalités sont complémentaires et légitimes ; on ne devrait jamais les opposer.L\u2019histoire comme mise à distance\u2026 Si j\u2019ai choisi de devenir historien, c\u2019est en partie parce que l\u2019étude du passé donne du recul et permet de relativiser nos malheurs.On le sait, beaucoup de jeunes sont convaincus qu\u2019avec le réchauffement climatique la fin du monde serait à nos portes ; plusieurs, pessimistes, sont même convaincus que les êtres humains n\u2019arriveront jamais à surmonter cet immense défi.Ceux-là sont à ce point éco-anxieux qu\u2019ils hésitent à faire des enfants.J\u2019ai complété récemment un programme de lectures sur le 16e  siècle.Je voulais comprendre l\u2019attitude plutôt bienveillante de Champlain et des premiers Français à l\u2019endroit des autochtones, au début du 17e  siècle.Pour mémoire, je rappelle qu\u2019en 1603, une alliance déterminante est conclue à Tadoussac, laquelle permet à Champlain et à ses hommes de construire la première «  habitation  » de Québec, cinq ans plus tard.C\u2019est ce qu\u2019on appelle la «  tabagie » de Tadoussac  : une alliance informelle scellée entre les représentants de la grande coalition laurentienne et les Français qui perdurera jusqu\u2019à la chute de la Nouvelle-France.Pour éclairer l\u2019attitude du roi Henri IV, j\u2019ai voulu comprendre le contexte social, politique et religieux qui va marquer son règne (1589-1610) et celui de ses prédécesseurs.Je suis tombé sur un gros ouvrage savant de l\u2019historien Denis Crouzet : Les guerriers de Dieu.La violence au temps des troubles de religion (Champ Vallon, 1990).L\u2019historien s\u2019est immergé dans les sources de ce siècle violent, marqué par la naissance du protestantisme et les guerres de religions.Ce qui domine les esprits des femmes et des hommes de ce siècle, soutient-il, c\u2019est leur «  angoisse eschatologique  », c\u2019est-à-dire leur conviction que la fin du monde était toute proche ; l\u2019apocalypse, imminente.Crouzet a recensé plus d\u2019une cinquantaine de « prophètes » qui annonçaient un nouveau déluge ! Cette grande angoisse de la colère de Dieu expliquait, selon Crouzet, le succès des thèses de Luther et de Calvin, premiers penseurs de la «  réforme » chrétienne.Au lieu d\u2019attendre passivement le déluge, on pouvait se régénérer par la foi, pour peu qu\u2019on mène une vie austère et pieuse, inspirée par les Saintes écritures (fait nouveau : grâce aux imprimeries de Gutenberg, tous pouvaient posséder une bible).En étant, individuellement, de bons chrétiens, on pourrait éviter ce que d\u2019aucuns considéraient comme une fatalité.Toujours selon Crouzet, cette « angoisse eschatologique » expliquait aussi l\u2019engouement du même siècle pour les faux prophètes qui disaient prévoir l\u2019avenir.C\u2019est au 16e siècle que Nostradamus (1503-1566) est devenu l\u2019une des personnalités les plus connues d\u2019Europe.Ses prophéties furent beaucoup discutées et ses avis, recherchés.En 1556, le roi français Henri II le recevait à la cour.En lisant le livre de Crouzet, j\u2019étais frappé par les rapprochements à faire avec notre siècle.Avec les femmes et les hommes du 16e  siècle, nous partageons cette angoisse d\u2019une fin imminente.Pour certains, la nouvelle 7 TRACES | Volume 62 no 2 Revue de la SPHQ | Printemps 2024 figure divine s\u2019appelle Gaïa, cette déesse païenne d\u2019une terre nourricière.Avec l\u2019exploitation effrénée de nos ressources, le manque d\u2019égards pour les forêts, les mers et la biodiversité, Gaïa pourrait punir l\u2019homme, prédisent certains.Attention, je ne dis pas que les écologistes sont des illuminés, au contraire.Mais certains d\u2019entre eux, par leurs très sombres pronostics d\u2019avenir, alimentent une angoisse très répandue.Nos peurs d\u2019aujourd\u2019hui n\u2019ont évidemment rien à voir avec celles du 16e  siècle mais les deux époques sont travaillées par une conscience malheureuse, un sentiment d\u2019impuissance.Comparer les deux siècles, montrer les similitudes, n\u2019offre aucune solution durable aux maux qui nous accablent mais cela permet de «  relativiser  » nos malheurs, de montrer que parfois d\u2019autres époques ont été hantées par des idées noires.C\u2019est aussi montrer que nos devanciers ont pu surmonter ces épreuves et trouver une voie de sortie, même s\u2019il a souvent fallu du temps et beaucoup de tâtonnements.Au 16e  siècle, ces angoisses ont mené à des massacres qui ont profondément marqué les contemporains.Le 24 août 1572 \u2013 jour de la Saint-Barthélemy \u2013, des milliers de protestants sont massacrés à Paris et jetés dans la Seine.Dans plusieurs autres villes de provinces, des catholiques fanatiques se sont aussi déchaînés contre ceux qu\u2019on appelait « huguenots » : des corps profanés sur des places publiques, des scènes de barbarie sans nom, difficiles à imaginer aujourd\u2019hui.Las de ces affrontements et de cette violence, des humanistes comme Montaigne ont milité pour un compromis.Ce fut l\u2019édit de Nantes (1598) qui permettait aux protestants de pratiquer leur culte, à la condition qu\u2019ils restent dans leurs régions et évitent le prosélytisme.J\u2019avancerais l\u2019idée que de cette grande noirceur angoissée a émergé quelque chose de bien et de sain : l\u2019idée que sans compromis, on n\u2019arrive à rien ; que sans concorde, il est impossible de construire quelque chose de durable.C\u2019est du moins la leçon qu\u2019avait retenue Henri IV de toute cette violence inutile.Et c\u2019est cette nécessité de la concorde qui inspirera Champlain à Tadoussac, en 1603 et durant toute sa carrière.S\u2019il y a une « leçon » que je retiens de l\u2019histoire, c\u2019est bien celle-là : les humains ont montré leur capacité à rebondir, à surmonter les obstacles, à affronter l\u2019adversité, même lorsque l\u2019horizon s\u2019assombrit et que la peur nous envahit.\u2026et quête d\u2019identité L\u2019histoire est mise à distance, donc, mais elle est aussi quête d\u2019identité.C\u2019est qu\u2019on se tourne vers le passé pour comprendre ce que nous sommes, comme individu et collectivité.Cette quête est souvent privée.On cherche à mieux connaître la vie de nos parents, grands-parents et ancêtres.L\u2019engouement pour la généalogie témoigne de ce besoin vital d\u2019aller aux sources.Enfant, j\u2019avais été beaucoup marqué par la série Racines, inspirée par l\u2019histoire familiale d\u2019un afro-américain (Alex Haley).On remontait jusqu\u2019au premier Africain, kidnappé sur sa terre natale et transporté dans un horrible «  négrier  ».Après avoir visionné cette série, j\u2019appris que mon père avait offert en cadeau à mon grand-père notre arbre généalogique.L\u2019histoire de tous ces ancêtres, depuis le pionnier Isaac Bédard, arrivé vers 1660, jusqu\u2019à mon père, stimulait mon imagination de jeune adolescent.Cette quête des origines est normale et saine.Lorsqu\u2019on cherche à savoir qui nous sommes, on raconte toujours notre histoire.C\u2019est ce que le philosophe Paul Ricoeur appelait « l\u2019identité narrative ».Ce récit de soi est souvent très subjectif.Deux frères ayant grandi dans un milieu identique risquent de proposer des récits bien différents sur leurs parents, l\u2019ambiance qui régnait à la maison, les valeurs inculquées par leurs enseignants ou des amis.Ce qui est vrai pour les individus l\u2019est également pour les peuples.Nous ne naissons pas au milieu de nulle part sur une île déserte ! Nous intégrons un monde particulier qui préexiste à notre arrivée, lequel a été façonné par une histoire.Québécois ou Catalans, Français ou Américains, nous sommes les héritiers d\u2019aventures historiques singulières.Ces héritages conditionnent nos manières d\u2019appréhender le monde.Évidemment, l\u2019importance des conditionnements est difficile à évaluer et nous sommes libres de nous en affranchir.Mais il suffit de quitter notre pays et de voyager un peu pour comprendre ce qui nous distingue dans notre rapport à la religion, notre conception de l\u2019égalité homme/femme ou notre respect de l\u2019ordre ou des hiérarchies, etc.Depuis les années 1990, ai-je remarqué, il est de bon ton dans les milieux progressistes et/ou didacticiens de prendre de haut ce qu\u2019on appelle malicieusement le « roman national ».Cette formule dépréciative nous vient de la gauche française pro-européenne qui dénonçait les manuels d\u2019histoire de la IIIe République (1871- 1940), lesquels auraient nourri la haine de l\u2019Allemagne, contribué à l\u2019esprit de revanche et mené, grosso modo, à la boucherie de la Grande Guerre.C\u2019est du moins la thèse de chercheures comme Anne-Marie Thiesse (la création des identités nationales, Seuil, 1999) ou Suzanne Citron (Le mythe national.L\u2019histoire de France revisitée, Éditions ouvrières, 2008), souvent citées, même au Québec.Il y a quelques années, une brochette d\u2019historiens français proposaient une Histoire mondiale de la France (Seuil, 2017) précisément pour prendre le contrepied d\u2019une histoire nationale plus traditionnelle, jugée désuète, voire dangereuse. 8 TRACES | Volume 62 no 2 Revue de la SPHQ | Printemps 2024 Ce que je déplore dans le concept de « roman national », c\u2019est d\u2019abord cette idée que l\u2019histoire nationale serait une fiction, un pur produit de l\u2019imagination élaboré par des élites «  bourgeoises  » généralement mal intentionnées.Leur objectif  ?Enrégimenter un peuple pour servir de sournois desseins  : guerres, colonialisme, respect de l\u2019autorité et des institutions, etc.Ce qui est presque toujours sous-entendu dans la formule « roman national », c\u2019est qu\u2019une telle histoire mène forcément à l\u2019intolérance et à l\u2019exclusion-de-l\u2019autre.Je conviens que l\u2019histoire nationale peut être militante lorsqu\u2019elle enjolive trop le passé ou qu\u2019elle passe sous silence certains faits gênants.Mais est-ce si différent de l\u2019histoire des femmes ou de l\u2019histoire sociale, la plupart du temps écrite par des féministes ou des progressistes ?L\u2019histoire nationale peut être «  nationaliste  » comme l\u2019histoire des femmes peut être « féministe » mais c\u2019est loin d\u2019être une fatalité.J\u2019ajoute que les historiens de profession doivent faire valider leurs travaux par leurs pairs et que si certaines de leurs interprétations ne sont pas soutenues par des sources, elles seront illico invalidées et leurs auteurs, disqualifiés.Le programme d\u2019histoire nationale enseigné en 3e et 4e secondaire offre des perspectives riches et un panorama rigoureux de l\u2019expérience québécoise, même si certains le trouvent un peu trop dense.Cette histoire du Québec nous oblige à comprendre de grands phénomènes mondiaux  : les explorations européennes du 16e  siècle, la réforme catholique du 17e  siècle, les causes et les conséquences de la première véritable guerre mondiale (la guerre de Sept ans), les révolutions industrielles et l\u2019urbanisation, la décolonisation et l\u2019avènement de l\u2019État- providence.Impossible d\u2019enseigner la crise d\u2019Octobre sans parler des manifestations contre la guerre du Viêt- Nam, des soulèvements en Amérique du Sud ou du Front de libération national en Algérie.Au lieu d\u2019enfermer, cette histoire nationale nous en apprend beaucoup sur les fureurs du monde et ses mutations.Nous vivons une époque de polarisation extrême dont profitent les réseaux sociaux et leurs dangereux algorithmes.Dans cette démocratie de «  crinqués  », l\u2019histoire est mobilisée par les uns et les autres pour clore le bec de l\u2019autre camp, mais sans trop d\u2019égards pour les faits et la vérité.Il est donc essentiel d\u2019offrir aux jeunes des perspectives nuancées, fondées sur les recherches les plus récentes.Dans un tel contexte, opposer histoire «  critique  » et « nationale » ne rend service à personne.C\u2019est qu\u2019il faut les deux, bien sûr  : cultiver une saine distance face aux prophètes de notre époque qui nous enseigne que tout est foutu (ou que «  ça va bien aller »  !), mais en même temps, chercher à comprendre, par l\u2019étude du passé, qui l\u2019on est et comment s\u2019est constitué, au fil des siècles, ce Pays reçu en héritage, que nous léguerons aux prochaines générations.Éric Bédard vient de faire paraître Figures marquantes de notre histoire.Volume 1 : Bâtir (VLB, 2023). 9 TRACES | Volume 62 no 2 Revue de la SPHQ | Printemps 2024 L\u2019occupation franco-belge de la Ruhr : les buts d\u2019une action délictueuse (2e partie) Martin Destroismaisons, M.A.Histoire1 et enseignant d\u2019Histoire au Collège Saint-Louis L\u2019occupation Le gouvernement allemand n\u2019eut jamais l\u2019intention de s\u2019incliner devant la volonté de l\u2019occupant.Ne pouvant s\u2019opposer militairement à l\u2019envahisseur, il opta pour une politique se résumant à ce leitmotiv  : Waffenlos, aber nicht Wehrlos (une réponse morale à l\u2019usage de la force).On allait donc pratiquer une résistance morale à l\u2019encontre de toute agression française et belge2.Ainsi naquit le dogme de la résistance passive dont le but n\u2019était pas de rendre impossible la prise de gage mais de rendre l\u2019opération si onéreuse qu\u2019elle ne rapporterait rien à ses exécuteurs.Cette Widerstandspolitik (politique de résistance) ne tarda pas à se mettre en place malgré qu\u2019elle n\u2019eût pas été planifiée d\u2019avance3 et que son véritable géniteur était beaucoup plus l\u2019opinion publique allemande que le gouvernement.En effet, ce dernier ne faisait qu\u2019avaliser les souhaits de la population4.Dès l\u2019arrivée des troupes étrangères, Berlin envoya une note de protestation aux signataires du traité de Versailles.La résistance passive allemande connut des débuts fort modestes; on se contenta de rappeler les ambassadeurs en poste à Paris et à Bruxelles et de signifier à la CR que l\u2019Allemagne était hors d\u2019état de payer des prestations aux puissances d\u2019occupation.La république allemande affirmait aussi qu\u2019elle cesserait de dédommager les propriétaires allemands des mines pour les livraisons de charbon effectuées auprès des envahisseurs.C\u2019était rendre l\u2019exploitation des gages encore plus problématique.De plus, afin de complexifier la tâche des ingénieurs et techniciens de la MICUM5 qui avaient pour mission de rendre le gage de la Ruhr productif (lire saisir le charbon et le coke allemand), on institutionnalisa la résistance passive.Le 19 janvier 1923, Berlin ordonna une grève générale dans la zone occupée pour limiter l\u2019extraction de charbon et de coke.Cette consigne fut suivie de nombreuses autres.Bientôt, les fonctionnaires, les simples citoyens et surtout les cheminots des zones occupées furent mis à contribution.Dans le cas des cheminots, ils avaient pour tâche de retirer à l\u2019occupant les fruits de son occupation en organisant sciemment la paralysie du réseau ferroviaire de la Ruhr.Au début du mois de février, c\u2019était tout le système ferroviaire de la rive gauche du Rhin qui était paralysé car l\u2019ensemble des 170 000 cheminots et ouvriers de la Reichsbahn, une entreprise d\u2019État, se mirent en grève6.Les grévistes recevaient l\u2019aide financière de Berlin  : en date du 31 août 1923, pas moins de 222,3 milliards de marks avaient été envoyés illégalement dans les territoires occupés pour soutenir la résistance passive7.Soldat français dans la région de la Ruhr en 1923.Source : Wikimedia Commons 1.Le texte qui suit se veut un bref tour d\u2019horizon d\u2019une plus vaste problématique explorée antérieurement par l\u2019auteur dans son mémoire de maîtrise.Voir à ce sujet : Destroismaisons, Martin.L\u2019occupation de la Ruhr et le révisionnisme de l\u2019ordre versaillais dans deux grands journaux français (1920-1924) (M.A.), Université de Montréal, 2008.125 pages.2.Conan Fischer, The Ruhr Crisis, 1923-1924, Oxford, Oxford University Press, 2003, p.31.3.Fischer, The Ruhr Crisis\u2026, p.1.4.Michel Launay, Versailles, une paix bâclée?Bruxelles, Éditions Complexe, 1981, p.145.5.Il s\u2019agit de la la Mission Interalliée de Contrôle des Usines et des Mines.6.Marc Trachtenberg, Reparation in world politics.France and European economic diplomacy (1916-1923), New York, Columbia University Press, 1980, p.293.7.Martin Destroismaisons, L\u2019occupation de la Ruhr et le révisionnisme de l\u2019ordre versaillais dans deux grands journaux français (1920- 1924) (M.A.), Université de Montréal, 2008, p.54. 10 TRACES | Volume 62 no 2 Revue de la SPHQ | Printemps 2024 8.Destroismaisons, L\u2019occupation de la Ruhr\u2026, p.53.9.Jeannesson, Poincaré., p.200.10.Schmidt, Versailles and the Ruhr., p.122.11.Le Temps, 10 mai 1923, p.1.12.Schmidt, Versailles and the Ruhr., p.116.13.Fischer, The Ruhr Crisis\u2026, p.46.14.Fischer, The Ruhr Crisis\u2026, p.91.On alla jusqu\u2019à faire appel aux hôteliers et aux restaurateurs afin qu\u2019ils refusent d\u2019admettre les soldats dans leurs établissements.On vit aussi l\u2019apparition d\u2019actes de sabotage dirigés contre du matériel utilisé par l\u2019occupant comme des aiguillages, des signaux de voies ferrées et des liens téléphoniques8.Devant la résistance allemande, le réflexe français fut de brandir l\u2019arme économique.Les premières mesures de rétorsion affectèrent inévitablement l\u2019industrie charbonnière et les cokeries.Le 26 janvier, les gouvernements français et belge interdirent tout envoi de coke et de charbon de la Ruhr vers le reste de l\u2019Allemagne.Il s\u2019agissait d\u2019asphyxier l\u2019industrie allemande afin d\u2019amener Berlin à résipiscence.Devant la fuite en avant du gouvernement Cuno et des grands industriels de la Ruhr, on décida, le 12 février 1923, d\u2019étendre le blocus aux produits manufacturés et d\u2019en interdire l\u2019exportation à partir de la zone occupée.Les occupants utilisèrent aussi le prétexte de la résistance pour imposer des décisions leur permettant de rationaliser leurs opérations et de conjurer certaines difficultés.C\u2019est ainsi que l\u2019on commença à disturber sans grande parcimonie de lourdes réquisitions et d\u2019innombrables amendes qui constituaient, outre le produit des gages en tant que tel, les principales sources de revenus des occupants.Dans les deux cas, on se mit à travailler au pillage financier de la région assez tôt.Les réquisitions pouvaient prendre la forme de marchandises saisies au titre des livraisons en nature ou de saisies de numéraire que l\u2019on effectuait à même les coffres des succursales de la Reichsbank.Ce pillage de banques apparut dès le huitième jour suivant l\u2019entrée des troupes dans la Ruhr.Et l\u2019usage se généralisa.En date du 6 avril 1923, c\u2019est 28 milliards de marks qui avaient été ainsi dérobés9.Ces saisies, appelées Strafexpeditionen par les Allemands, connurent aussi des débordements comme celui survenu à Gelsenkirchen le 17 février 1923.À cette occasion, un ordre émanant d\u2019éminences grises françaises stipulait qu\u2019il fallait saisir tout l\u2019argent allemand disponible dans la ville; se substituant à des bandits de grands chemins, les soldats installèrent un cordon sanitaire bloquant la rue principale et entreprirent de détrousser les passants de leur argent10! La raison de cette punition : la ville refusait de payer une amende.Des amendes, il y en eut d\u2019ailleurs un véritable déluge.Le montant de celles-ci pouvait varier infiniment selon le crime reproché et le statut de la personne ou de l\u2019institution impliquée.Par exemple, un individu richissime comme Krupp von Bohlen fut condamné à quinze ans de pénitencier et à une amende de 100 millions de marks11.Des municipalités furent également mises à l\u2019amende.Même la résistance littéraire fut réprouvée; le conseil de guerre belge de Crefeld condamna à 100  000  marks d\u2019amende ou à un mois d\u2019emprisonnement trois rédacteurs en chef de journaux.Ils avaient osé publier une note de protestation.Une autre importante conséquence du régime d\u2019occupation fut la perte de toute indépendance nationale dans la Ruhr.Très tôt, les occupants prirent des mesures afin de spolier les Allemands des territoires occupés de toute souveraineté et de disjoindre sur plusieurs plans la Ruhr du reste du pays.Cette dépossession était visible notamment par la présence d\u2019une myriade de militaires étrangers qui logeaient occasionnellement chez l\u2019habitant.On reconvertissait aussi de force des écoles en caserne12 et on s\u2019appropriait parfois des biens pour vivre off the land13.À cette perte de souveraineté allait bientôt s\u2019ajouter l\u2019imposition d\u2019un statut juridique spécial.Malgré le fait que Poincaré ait toujours affirmé que l\u2019occupation n\u2019était pas militaire, on décida que les lois de la guerre s\u2019appliqueraient à la population civile des territoires occupés.Les autorités françaises instaurèrent aussi l\u2019état de siège pour la rive droite du Rhin.Dès lors, les administrations officielles, la police et les services publics furent assujettis aux autorités militaires et les journaux allemands exposés à la censure.L\u2019occupant se consacra ensuite à l\u2019évacuation du régime juridique du Reich de la zone occupée.C\u2019est sous cet angle que nous devons voir l\u2019action du général Degoutte.Le 5  février 1923, il s\u2019arrogea le droit de bloquer ou d\u2019amender la législation allemande dans la Ruhr.Neuf jours plus tard, un décret fut promulgué soumettant tous les Allemands travaillant pour l\u2019occupant à la loi martiale française14.Une autre étape de ce processus 11 TRACES | Volume 62 no 2 Revue de la SPHQ | Printemps 2024 d\u2019empiètement fut franchie le 14 mars 1923.Ce jour-là, par l\u2019arrêté 25, l\u2019occupant dissout la Schutzpolizei (Schupo)15.On reprochait à cette organisation des altercations avec les troupes d\u2019occupation ayant causé la mort à Essen et Gelsenkirchen.Chose étonnante, on remplaça cette force de police par des corps policiers municipaux coupés de la république de Weimar et placés sous l\u2019autorité de l\u2019Armée du Rhin.On retirait ainsi aux Allemands un des rouages les plus importants du pouvoir exécutif.Des représailles territoriales marquèrent également l\u2019occupation.Utilisant toujours le prétexte de la résistance, les autorités françaises ne cillèrent pas devant un agrandissement de la zone occupée.L\u2019acte de naissance de cette politique fut rédigé le 15 janvier 1923 alors que l\u2019on décida d\u2019occuper la zone entourant Bochum.Fait significatif, cette ville était un centre de production de coke.La dilatation de la zone occupée continua dans les semaines qui suivirent.Cette politique devait être maintenue jusqu\u2019en septembre 1923.À ce moment, on cessa de menacer Berlin d\u2019étendre l\u2019occupation puisque l\u2019abandon de la résistance passive aurait rendu un tel geste moralement et politiquement nuisible pour la France.Non contents de se borner à la sphère économique qui était apparemment le fondement de cette intervention, les Français se mirent à punir la population civile des territoires occupés.Ces punitions prirent deux formes qui, souvent, se relayèrent : les arrestations et les expulsions.Les arrestations concernèrent surtout des représentants ou des fonctionnaires du pouvoir allemand qui refusaient de coopérer avec l\u2019occupant.L\u2019exemple du bourgmestre de Dortmund, arrêté pour non-coopération le jour même de l\u2019institutionnalisation de la résistance, est parfaitement représentatif de cette méthode coercitive16.Quant aux expulsions, elles consistaient à chasser un individu et sa famille immédiate (afin d\u2019éviter que l\u2019indésirable n\u2019ait des raisons de revenir) des territoires occupés, et ce, dans des conditions loin d\u2019être toujours humaines.On poursuivait alors deux objectifs : punir les Allemands dont la coopération laissait à désirer et remplacer ceux-ci par d\u2019autres plus fiables et moins « prussiens »17.Pis, à partir du 14 avril 1923, on commença à expulser massivement des groupes d\u2019individus (cheminots, douaniers, postiers, policiers et autres subalternes) ayant pour caractéristique commune leur refus de besogner pour l\u2019occupant.D\u2019abord utilisées à l\u2019encontre des policiers taxés d\u2019indolence face à la résistance, ces expulsions se faisaient parfois avec un ridicule préavis de 24 heures18.Encore une fois, les fonctionnaires d\u2019origine prussienne furent particulièrement touchés car, en les chassant, l\u2019occupant croyait pouvoir plus facilement isoler les zones occupées et couper le lien névralgique entre elles et la capitale.En date du 1er octobre 1923, pas moins de 8 500 personnes avaient été expulsées de la Ruhr et 130 000 de la rive gauche du Rhin19.Le régime d\u2019occupation décrit ci-dessus avait évidemment un arrière-goût bien saumâtre pour les Allemands.Malheureusement, un événement allait survenir au sein de ce climat pernicieux et allait noircir le tableau : la bourde de l\u2019Essener Blutbad.Le 31 mars 1923, les employés des usines Krupp d\u2019Essen se rendirent à leur travail.Ils y reçurent la visite d\u2019un détachement français commandé par le lieutenant Durieux du 160e régiment d\u2019infanterie.Cette unité devait dresser un inventaire des véhicules se trouvant au Zentrale Garage de Krupp.Or, une rixe entre les deux groupes éclata bientôt avec pour résultat que 13 ouvriers perdirent la vie et 52 autres furent blessés20.À partir de cet incident, la résistance prit une nouvelle dimension.Désormais, les saboteurs allemands ne se circonscrivent plus à ne s\u2019attaquer qu\u2019à des lignes téléphoniques et télégraphiques, aux voies ferrées et aux aiguillages.On sabotait aussi des ponts, des tunnels et des canaux, et ce, sans plus aucun souci pour la vie humaine.On aurait cependant tort d\u2019imputer à l\u2019incident d\u2019Essen l\u2019entière responsabilité de cette radicalisation de la lutte.Le 16 janvier, à Bochum, on avait déjà eu une démonstration prouvant que les frictions entre occupants et occupés pouvaient se transmuer en combats meurtriers.Cela étant dit, on ne peut nier que le massacre d\u2019Essen servit de catalyseur dans la tentative d\u2019adjoindre à la résistance passive une résistance active, plus de nature d\u2019ailleurs à trouver grâce aux yeux des milieux nationalistes.L\u2019utilisation de l\u2019arme terroriste ne fut aucunement une réaction agressive spontanée, dépolitisée et isolée.Cette forme de résistance armée, dont on allait tirer de son aboutissement l\u2019expression Ruhrkampf (combat de la Ruhr), fut nourrie et organisée par les trois grands piliers de la république weimarienne : l\u2019armée, des éléments de l\u2019industrie lourde et le gouvernement.15.Cette police d\u2019État, que l\u2019on appelait également police verte, était dirigée par le ministre prussien de l\u2019Intérieur.Elle succédait à la Sicherheitspolizei qui fut dissoute en 1920 car les Alliés jugeaient son organisation trop militaire.16.Pierre Broué, Révolution en Allemagne (1917-1933), Paris, Les Éditions de Minuit, 1971, p.655.17.Le 22 janvier 1923, Poincaré informa Paul Tirard (le président de la Haute Commission interalliée des territoires rhénans) que les mesures prises à l\u2019encontre des fonctionnaires allemands étaient probablement insuffisantes et qu\u2019il fallait expulser les « Prussiens ».18.Fischer, The Ruhr Crisis\u2026, p.93 et 105.19.Jeannesson, Poincaré., p.204.20.William Manchester, Les armes des Krupp 1587-1968, Paris, Éditions Robert Laffont, 1970, p.291 et 292. 12 TRACES | Volume 62 no 2 Revue de la SPHQ | Printemps 2024 Cette politique allait très tôt montrer ses limites.À Berlin, on vint rapidement à la conclusion que rien de bon ne pouvait se dégager de la Ruhrkampf dès lors qu\u2019elle ne venait pas à bout de la détermination d\u2019occupants mieux armés et surtout déterminés à ne pas partir de la Ruhr en perdant la face.En ajoutant à cela les misères supplémentaires vécues par les populations locales à cause du durcissement de l\u2019occupation on comprit que cette politique devait être abandonnée tôt ou tard.Pis, la politique de résistance active avait l\u2019effet pervers d\u2019annihiler le regain de sympathie éprouvé par le monde envers les Allemands.Ce furent les Britanniques et le Vatican qui mirent conjointement fin à la Ruhrkampf.Ils poussèrent le chancelier Cuno, le 7 juillet 1923, à publier un texte répudiant le recours à la violence.Les pressions qu\u2019ils exercèrent étaient surtout dues à l\u2019horrible attentat à la bombe qui avait touché un wagon de troisième classe de la ligne Duisbourg-Friemersheim le 30 juin précédent.L\u2019explosion avait fait dix morts et trente blessés parmi des permissionnaires belges.Devant le tollé international que cet événement avait créé, et surtout parce que l\u2019Allemagne ne pouvait espérer améliorer sa situation si l\u2019Angleterre décidait de se rallier aux occupants, Cuno décida de cesser d\u2019appuyer la résistance active.Ce qui se passa ensuite est, comme le dit si bien l\u2019historien Stanislas Jeannesson, une preuve a posteriori de l\u2019influence directe et réelle du gouvernement allemand dans cette affaire.À la suite de la déclaration du chancelier, les actes violents se raréfièrent et cessèrent à la fin d\u2019août avant même que l\u2019on abandonne la résistance passive21.À l\u2019automne 1923, les adversaires étaient épuisés (l\u2019Allemagne avait abandonné toute forme de résistance et la France n\u2019avait pas fait les profits escomptés).C\u2019est alors que l\u2019Angleterre et les États-Unis s\u2019ingérèrent dans ce baroud en demandant la réinternationalisation de la problématique des réparations.Cette démarche mena à la conférence de Londres qui devait aplanir les difficultés entourant la réalisation du plan Dawes.À la suite de la victoire du Cartel des Gauches lors des dernières législatives, c\u2019est Édouard Herriot, en sa nouvelle qualité de président du Conseil et de ministre des Affaires étrangères, qui fut appelé à aller défendre les intérêts français.Dans les mois qui suivirent la conférence de Londres (16 juillet \u2013 15 août 1924), la France d\u2019Herriot liquida les rouages primordiaux de la doctrine poincariste22.L\u2019année suivante les troupes françaises débutèrent leur retrait de la Ruhr et d\u2019une partie de la Rhénanie.Il faudra attendre jusqu\u2019au 25 août 1925, date du retour de Düsseldorf, Duisburg et Ruhrort dans le sillon germanique, pour pouvoir considérer l\u2019occupation comme étant terminée dans la région.Il serait maintenant utile de dresser le bilan de l\u2019occupation en regard aux objectifs français.Le bilan de l\u2019occupation de la Ruhr : un échec patent Du point de vue strictement économique, l\u2019occupation ne permit nullement la prise d\u2019un gage productif.Dès le départ, la rentabilité de l\u2019opération fut mise à mal par les énormes coûts engendrés par l\u2019expédition militaire rendue nécessaire par la résistance allemande.Ces coûts firent passer le déficit budgétaire français de 9,7 à 11,8 milliards de francs et, avant même la signature du plan Dawes, Poincaré fut obligé de réduire de 80  % les effectifs de ses troupes dans la Ruhr23.Quant à la volonté française d\u2019aller quérir le charbon et le coke de la Ruhr, l\u2019expérience fut infructueuse.À cause du refus des mineurs et des cheminots allemands de travailler pour eux pendant la majeure partie de l\u2019occupation, les Français durent réquisitionner des stocks sur le carreau des mines et les expédier avec leur propre personnel.Ceci fit en sorte qu\u2019en date du 22 mars 1923, l\u2019occupation n\u2019avait rapporté qu\u2019environ 1 % de la quantité de charbon livrée normalement par les Allemands avant l\u2019occupation24.Il fallut attendre les accords avec les propriétaires miniers de novembre 1923 pour que la quantité de charbon perçue par l\u2019Hexagone atteigne les 5/8 de ce qu\u2019elle était avant 192325.En définitive, l\u2019affaire de la Ruhr n\u2019aurait rapporté que 424 millions de francs-or (répartis entre les Alliés par la CR)26.Le second volet des buts économiques français, à savoir la réorganisation des structures économiques du continent au profit de la France, ne fut pas non plus atteint.En font foi l\u2019échec de l\u2019établissement d\u2019une monnaie rhénane appuyée sur le franc et les déboires entourant la tentative d\u2019intégration de la sidérurgie lorraine qui fut encore 21.Jeannesson, Poincaré., p.265.22.Il s\u2019agissait d\u2019une convention, signée par Herriot à Londres le 30 août 1924, qui portait sur l\u2019abandon du régime des gages à compter du 1er octobre 1924.23.Robert Frank, La hantise du déclin.Le rang de la France en Europe, 1920-1960 : finances, défense et identité nationale, Paris, Éditions Belin, 1994, p.155 et 156.24.Schmidt, Versailles and the Ruhr., p.123.25.John F.V.Keiger, Raymond Poincaré, Cambridge, Cambridge University Press, 1997, p.298.26.Roth, Raymond Poincaré., p.461. 13 TRACES | Volume 62 no 2 Revue de la SPHQ | Printemps 2024 condamnée à dépendre du coke allemand.La résistance passive joua un très grand rôle dans cet échec notamment grâce à la grève des cheminots.Celle-ci permit de réduire dans une proportion de plus de 66  % le volume des biens transitant par chemins de fer vers la France27.Dès lors toute tentative d\u2019interpénétration et de subjugation économique était vouée à l\u2019échec.Bien loin de juguler la puissance industrielle allemande, l\u2019occupation permit le renforcement et la modernisation de celle-ci grâce au jeu hyperinflationniste auquel s\u2019adonnèrent ses grands magnats.De ce point de vue, l\u2019occupation doit être considérée comme un cinglant revers pour la France.L\u2019échec fut également patent en ce qui concerne les visées politiques françaises.Bien loin de servir de levier pour forcer l\u2019Allemagne à aller à Canossa, l\u2019occupation eut une énorme conséquence qui ne fut entrevue que trop tard au Quai d\u2019Orsay.En s\u2019engageant à fond dans la résistance passive, Berlin fit en sorte de se retrouver dans un état monétaire et financier si précaire que l\u2019on éloigna toute perspective d\u2019un remboursement rapide de ses dettes envers la France28.De plus, la misère allemande apporta à cette nation une certaine sympathie des pays anglo-saxons, sympathie qui ne fut pas étrangère à la peur de voir un «  octobre allemand ».Ces nations, ainsi que bien d\u2019autres, considérèrent alors que le paiement des réparations était avant tout subordonné au relèvement de l\u2019Allemagne.Quant au but de renforcer les liens de l\u2019Hexagone avec les pays de la Petite Entente, notons qu\u2019il ne pouvait être complètement atteint puisque Prague dépendait des principaux acheteurs des denrées tchèques, en l\u2019occurrence les Allemands29.Finalement, face aux résultats de la conférence de Londres, force est de constater que la Ruhr ne représenta nullement un bon gage politique.Quant aux visées révisionnistes contenues dans le poincarisme, l\u2019inanité des efforts français allant dans ce sens au cours de l\u2019après-guerre fut consacrée lors de cette même conférence de Londres.L\u2019épisode de la Ruhrkampf allait bientôt laisser sa place à une normalisation des relations franco-allemandes.L\u2019arrivée au pouvoir de l\u2019équipe conciliante d\u2019Herriot, le retrait des troupes d\u2019occupation, la mise en place de l\u2019emprunt Dawes et l\u2019épuisement des forces vives des deux puissances se faisant face sur le Rhin expliquent la période de détente qui allait suivre.Pour reprendre les mots d\u2019Alfred Sauvy, même si l\u2019on doit réprouver l\u2019occupation de la Ruhr dans son concept et son exécution, voire dans sa légalité, il faut la replacer dans le processus historique30.Ce processus, c\u2019était la voie qui allait mener l\u2019Allemagne et la France à Locarno et, ainsi, à une autre chance pour la paix européenne.Bilbiographie sélective Sources : Auld, George Percival.The Dawes Plan and the New Economics.Garden City, Doubleday, 1927, 317 pages.Haffner, Sebastian.Histoire d\u2019un Allemand.Souvenirs (1914-1933).Arles, Actes sud, 2003.434 pages.Lichtenberger, Henri.Relations between France and Germany.Washington, Carnegie Endowment for International Peace, 1923.133 pages.Journaux : Le Temps, 11 janvier 1923 p.1 et 10 mai 1923, p.1 Ouvrages : Amson, Daniel.Poincaré.L\u2019acharné de la politique.Paris, Taillandier, 1997.442 pages.Artaud, Denise.La reconstruction de l\u2019Europe (1919-1929).Paris, Presses universitaires de France, 1973.94 pages.Artaud, Denise.La question des dettes interalliées et la reconstruction de l\u2019Europe (1917-1929).Lille, Université de Lille III, 1978.2 volumes.Bernard, Philippe.La Fin d\u2019un monde 1914-1929.Paris, Éditions du Seuil, 1975.250 pages.Bernard, Philippe et Henri Dubief.The Decline of the Third Republic, 1914-1938.Cambridge, Cambridge University Press, 1985.358 pages.Bonnefous, Édouard.Histoire politique de la Troisième République.Paris, Presses universitaires de France, 1959.3 volumes.27.Geoffrey M.Gathorne-Hardy, A short history of international affairs.1920 to 1934, London, Oxford University Press, 1934, p. 43.28.Christian Delporte, La IIIe République (1919-1940).De Raymond Poincaré à Paul Reynaud, Paris, Pygmalion/Gérard Watelet, 1998, p.74.29.Piotr S.Wandycz, France and Her Eastern Allies 1919-1925.French-Czechoslovak-Polish Relations from the Paris Peace Conference to Locarno, Westport, Greenwood Press, 1974, p.275.30.Alfred Sauvy, Histoire économique de la France entre les deux guerres, Paris, Librairie Arthème Fayard, 1965, Tome I, p.149. 14 TRACES | Volume 62 no 2 Revue de la SPHQ | Printemps 2024 Broué, Pierre.Révolution en Allemagne (1917-1933).Paris, Les Éditions de Minuit, 1971.988 pages.Delporte, Christian.La IIIe République (1919-1940).De Raymond Poincaré à Paul Reynaud.Paris, Pygmalion/ Gérard Watelet, 1998.425 pages.Fischer, Conan.The Ruhr Crisis, 1923-1924.Oxford, Oxford University Press, 2003.312 pages.Frank, Robert.La hantise du déclin.Le rang de la France en Europe, 1920-1960  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p.13-20.Soutou, Georges-Henri.«  Le coke dans les relations internationales en Europe de 1914 au plan Dawes (1924) ».Relations internationales, no.43 (automne 1985), p.249-267.Mémoire de maîtrise : Destroismaisons, Martin.L\u2019occupation de la Ruhr et le révisionnisme de l\u2019ordre versaillais dans deux grands journaux français (1920-1924) (M.A.), Université de Montréal, 2008.125 pages. 15 TRACES | Volume 62 no 2 Revue de la SPHQ | Printemps 2024 L\u2019esclavage en Nouvelle-France Dominique Deslandres , Université de Montréal Malgré les ouvrages de Sue Peabody et de Pierre Boulle qui contredisent l\u2019adage encore très souvent prononcé, qu\u2019il n\u2019y a pas d\u2019esclaves en France, malgré l\u2019extraordinaire mise au jour de l\u2019ampleur de l\u2019esclavage par Brett Rushforth pour la Nouvelle- France, par Roland Viau pour St-Armand, ou par Frank Mackey pour Montréal afro-descendant, malgré la science citoyenne que déploient chacun, chacune, à leur manière Webster, Rito Joseph ou Émilie Monnet, bien des gens sont convaincus qu\u2019ici on n\u2019a pas vécu l\u2019esclavage! Au mieux, quand on convient que l\u2019esclavage a existé en Nouvelle-France, on le considère encore comme un phénomène mineur parce que peu fréquent, « doux » parce que « familial », sans impact socio-économique parce qu\u2019essentiellement ostentatoire, voire, comme une impasse de la recherche.Ainsi les 4185 esclaves, recensé.e.s dans les années 1960 par Marcel Trudel pour la période qui va de 1632 à 1834 (l\u2019abolition), ces 4185 esclaves ne sont pas censé.e.s faire le poids quand on compare leur nombre à celui, immense et majoritairement afro-descendant, des plantations du sud.Les mythes entourant l\u2019esclavage Or, s\u2019opposant au silence qu\u2019imposent les grands nombres, une tout autre histoire de l\u2019esclavage en Nouvelle-France émerge, lorsque, armé des outils conceptuels, statistiques et numériques d\u2019aujourd\u2019hui, on examine, dans leur pluralité et leur évolution, les formes et les logiques de domination à l\u2019œuvre, sur le terrain.C\u2019est que la volonté de Marcel Trudel et de ses collègues de démarquer les Canadiens Français des Américains, les colons de Nouvelle-France des esclavagistes du sud, a mené à la création d\u2019un véritable mythe.Le mouvement des droits des Afro-descendants des années 1960-70 concomitant à l\u2019invisibilité dans laquelle étaient plongées les nations autochtones du Canada alors que l\u2019histoire se focalisait sur la traite des fourrures qui nécessitait peu de main- d\u2019œuvre, tout cela a posé des œillères à la recherche.Il s\u2019agit maintenant de les faire tomber.En effet, alors que le mouvement des droits dénonçait l\u2019ignominie de l\u2019esclavage et de la ségrégation raciale, Marcel Trudel a trouvé qu\u2019en fait, dans le Québec ancien, le nombre d\u2019esclaves afro-descendants représentait « seulement » un tiers des 4185 esclaves qu\u2019il avait repérés dans les archives de deux siècles d\u2019histoire.Soulignant le coût prohibitif (entre 600 et 2000 livres) de ces esclaves, supposant qu\u2019ils appartenaient à des propriétaires urbains plutôt qu\u2019à des ruraux, présumant que la traite des fourrures n\u2019avait pas besoin de beaucoup de main-d\u2019œuvre servile, Trudel en a conclu que les esclaves étaient des objets de luxe, réservés à l\u2019élite coloniale qui voulait bien paraitre \u2013 des êtres bien traités à l\u2019intérieur des maisons des riches qui pouvaient se les payer.Ce qui fait qu\u2019aujourd\u2019hui encore lorsqu\u2019on évoque l\u2019esclavage en Nouvelle France, on pense que ce petit nombre d\u2019esclaves servaient surtout à servir le café! Plus encore, Marcel Trudel a parachevé le mythe d\u2019un esclavage doux en Nouvelle-France en avançant que «  l\u2019affection réciproque des maîtres et des esclaves  » a donné à l\u2019institution servile «  un petit air patriarcal, un certain caractère familial; bien souvent, l\u2019esclave ne se distingue pas du domestique et, en bien des cas, on le considère comme un enfant adoptif ».Ce mythe tenace de l\u2019esclave « traité comme un membre de la famille » floute, en la lénifiant, la vision qu\u2019on peut avoir de l\u2019esclavage en Nouvelle-France.Il empêche la prise en compte de la violence ordinaire qui régit l\u2019asservissement \u2013 une cruauté à ce point normalisée qu\u2019elle fait partie des mœurs, et de la famille, et de la société française d\u2019ancien régime, et \u2026 de l\u2019historiographie qui s\u2019en est suivie.Sans doute la réputation des Français d\u2019aimer les Premières Nations (alors que les Américains voulaient les faire disparaitre), a contribué à n\u2019accorder d\u2019importance ni aux Autochtones \u2013 ceux et celles qu\u2019on appelait Panis* qui composaient pourtant le plus grand nombre des esclaves des Français \u2013 ni à l\u2019évolution de la mise en esclavage des différents peuples qui ont servi la Nouvelle-France au cours des 17e et 18e siècles.Toutes ces raisons expliquent pourquoi les recherches récentes peinent à instiller dans l\u2019imaginaire commun ce qui caractérise l\u2019esclavage en Nouvelle-France.*Définition  : Le terme panis est une déformation de pawnees devenu générique pour désigner les captifs et captives provenant des nations du Nebraska et du Haut- Missouri actuels, qui étaient vendu.e.s aux Français par leurs alliés autochtones 16 TRACES | Volume 62 no 2 Revue de la SPHQ | Printemps 2024 Caractéristiques de l\u2019esclavage français Il faut souligner que l\u2019esclavage est une forme d\u2019organisation sociale établie par la loi et la coutume, dont tous les Français et toutes les Françaises des 17e et 18e siècles reconnaissent l\u2019existence, sinon la légitimité, tout comme aujourd\u2019hui tous et toutes, même les écologistes, reconnaissent le règne des voitures.Dans des sociétés de subsistance, comme le sont la France et ses colonies, il va de soi que l\u2019esclavage est une condition socio-économique, tout au bas de l\u2019échelle humaine, où l\u2019on peut tomber, rester, en sortir, y retomber.Comme le reste de l\u2019Europe, la France de l\u2019époque emploie déjà sur son propre sol des esclaves, non seulement dans ses maisons comme domestiques, mais aussi dans ses mines, ses salines, ses galères et tout autre emploi dégradant, répétitif et pénible.Du coup, les colons trouvent normal, pour exploiter le continent américain, de se procurer des esclaves afin de leur confier les travaux les plus durs, environnés des nuées de moustiques et mouches.Pour les hommes, il s\u2019agit de dessoucher les énormes arbres de la forêt primaire, des colosses de 50 mètres de haut, labourer, bûcher, ramer et portager les grands et lourds canots des expéditions de traite, charger et décharger les cargaisons, travailler dans les dangers des mines, de la coupe de bois et de la construction des maisons, dans l\u2019extrême chaleur des forges, dans la puanteur des tanneries et de l\u2019évacuation des « boues ».Pour les femmes qui représentent le plus grand nombre des esclaves recensés en Nouvelle-France, il s\u2019agit, à côté des rudes travaux de la maison et des champs, de cultiver potagers et vergers, garder les bestiaux, chercher et porter l\u2019eau et le bois de chauffage, nettoyer les lieux de vie, laver et coudre les vêtements, cuisiner, s\u2019occuper des enfants, servir de nourrice, voire d\u2019exutoire sexuel aux hommes de la maison.Comme le dit l\u2019historien Frank Mackey, les esclaves représentent tout simplement, pour leurs maîtres, «  un investissement en capital, un bien que l\u2019on achet[e] comme on le fa[it] pour de la machinerie ou de l\u2019équipement, pour le mettre à l\u2019œuvre dans son métier ou sa profession ou pour participer aux tâches quotidiennes ».Dans la colonie, les Français ont su profiter des pratiques esclavagistes déjà existantes de leurs alliés autochtones, en leur appliquant la juridiction gréco-romaine du partus sequitur ventrem qui fait que l\u2019enfant d\u2019une esclave naît esclave.Ce qui permet « l\u2019élevage » et le trafic d\u2019un « cheptel » servile in situ.Dans la société française, profondément inégalitaire de l\u2019époque, l\u2019esclavage s\u2019ancre dans une chaine de servitudes, de type familial patriarcal, qui lie intimement les trois ordres de la hiérarchie sociale (noblesse qui combat, clergé qui prie et roturiers qui travaillent) \u2013 une chaine de servitudes qui assujettit les fidèles aux prêtres, les épouses aux époux, les enfants aux pères, les serviteurs et engagés aux maîtres, les esclaves aux esclavagistes, les moines et les soldats à leurs supérieurs respectifs, les censitaires aux seigneurs, les sujets au roi « père des peuples de France » et tout ce beau monde, à Dieu le père.Dans un tel cadre hiérarchique et patriarcal, il est attendu que l\u2019ensemble de la famille (l\u2019épouse, les enfants, les serviteurs et les esclaves) obéisse loyalement au pater familias en échange de sa protection.Et en Nouvelle-France, les autorités civiles et religieuses, les colons, les alliés autochtones et les esclaves mêmes adhèrent à ces règles.Tous les Français, il est vrai, ne sont pas propriétaires d\u2019esclaves.On remarque que ceux et celles qui n\u2019emploient pas de main-d\u2019œuvre servile connaissent plus de difficultés financières que ceux et celles qui y ont recours.De fait, le rapport différencié à l\u2019esclavage impacte directement le succès ou l\u2019insuccès socioéconomique des colons.À ce stade-ci de la recherche, on constate que se procurer un.e ou des esclaves autochtones est une bonne façon, peut- être la meilleure, pour les colons, de s\u2019enrichir.De la sorte, ce n\u2019est pas parce qu\u2019on est riche qu\u2019on a des esclaves, c\u2019est plutôt parce qu\u2019on se procure des esclaves autochtones qu\u2019on devient riche.Quasi toutes les familles des marchands montréalais témoignent de ce phénomène.Ce n\u2019est donc pas par ostentation, pour bien paraitre ou pour servir le café, comme on l\u2019a si longtemps prétendu, mais bien par nécessité \u2013 pour pallier le manque criant de main-d\u2019œuvre de la colonie \u2013 que la grande majorité des colons se procurent un ou une unique esclave autochtone.En effet, on dénombre un très grand nombre de petits propriétaires d\u2019esclaves possédant un ou deux esclaves (pour lesquels ils s\u2019endettent parfois) et une poignée de gros propriétaires (détenant entre 3 et 26 esclaves).Selon les informations que nous possédons aujourd\u2019hui, nous constatons qu\u2019au cours du régime français, sur un total de 1627 propriétaires dont nous connaissons au moins le prénom, le nom ou le métier (incluant les institutions, telles que la Société de Jésus, la Congrégation Notre Dame et la royauté), 1024 (soit 62,9%) possèdent un seul esclave, 276 (soit 17,0%) en ont deux qu\u2019ils emploient au champ, à l\u2019échoppe ou à la maison (au sens de domus).Et, mêmes ceux et celles qui n\u2019ont pas les moyens d\u2019en acheter, profitent de l\u2019exploitation servile en louant ponctuellement les services d\u2019un ou d\u2019une esclave à leur propriétaire, lequel en retire un bénéfice immédiat \u2013 en témoignent les tractations notariales où les maîtres engagent leurs esclaves masculins pour le Pays-d\u2019en-haut et les requêtes que font les maîtres devant la justice pour réclamer les gages ou les hardes de leurs esclaves ainsi mis en location. 17 TRACES | Volume 62 no 2 Revue de la SPHQ | Printemps 2024 Ainsi peut-on dire que, même si l\u2019esclavage ne se pratique pas sur la même échelle dans la colonie laurentienne que dans une île des Antilles ou en Louisiane par exemple, l\u2019exploitation humaine a bel et bien servi le développement de Montréal, de la colonie, de notre pays.Des esclaves en plus grand nombre qu\u2019on l\u2019a cru Selon les estimations de l\u2019historien Brett Rushforth, qui révise à la très grande hausse les chiffres de Marcel Trudel, près de 10 000 esclaves autochtones auraient servi en Nouvelle- France entre 1670 et 1760.Sur cent ans, ces hommes, femmes et enfants ont ainsi servi de très nombreux petits propriétaires d\u2019esclaves, de tout métier et condition.Et ce sont les profits tirés de la mise en esclavage des Autochtones qui donnent aux colons, les moyens de se procurer des esclaves d\u2019origine afro-descendante, lesquels arrivent en Nouvelle-France via les Antilles.Si l\u2019on s\u2019en tient aux seuls chiffres de Marcel Trudel qui ne disposaient pas de tous nos moyens conceptuels, statistiques et numériques actuels, on peut déjà dire que, jusqu\u2019à la conquête, les esclaves autochtones sont quatre fois plus nombreux que les esclaves afro-descendants.Après la conquête, le nombre d\u2019esclaves afro-descendants triple car ils arrivent avec les Britanniques puis, après la révolution américaine de 1776, ils sont rejoints par ceux, nombreux qui arrivent littéralement dans les bagages des Loyalistes.Mais ce que révèlent les chiffres terrifiants issus des travaux en démographie historique de la doctorante en histoire, Cathie-Anne Dupuis, c\u2019est qu\u2019entre 1632 et 1759, la moitié des esclaves masculins autochtones meurent avant 17 ans, et qu\u2019entre la conquête anglaise et l\u2019abolition de l\u2019esclavage en 1834, cet âge médian au décès n\u2019est plus que de 11 ans  ! Celui des femmes esclaves autochtones passe de 21 ans, pendant le régime français à 13 ans pendant le régime anglais.Notons que le tableau global est différent pour les Afro-descendants qui arrivent adultes dans la colonie laurentienne.Tous ces décès autochtones, il faut le souligner, ne coïncident pas avec les occurrences des épidémies.Ce qui frappe dans l\u2019esclavage laurentien, c\u2019est l\u2019extrême jeunesse d\u2019une grande partie de cette population asservie : entre 1632 et 1760, sur un total de 2199  personnes recensées, 734 esclaves sur les 1574 dont nous connaissons l\u2019âge ont moins de 12 ans, à leur dernière mention dans les registres paroissiaux.Ces données mènent à interroger autant les fondements moraux, sociaux et économiques de la colonie que l\u2019aspect « familial » que Marcel Trudel prêtait à l\u2019esclavage laurentien.La mise en esclavage des enfants révèle, en effet, un véritable phénomène de société qui a, jusqu\u2019à présent, échappé aux historiens, même les plus avertis, de l\u2019esclavage.Les enfants esclaves et l\u2019aspect « familial » de l\u2019esclavage Pourtant, la mise en esclavage des enfants ne date pas d\u2019hier.Déjà en 1535, Jacques Cartier embarqua «  une fille de l\u203aaage d\u2019environ huict a neuf ans et refusa ung petit garçon de deux ou trois ans pource qu\u2019il estoit trop petit ».Derrière le paravent de la diplomatie autochtone, nul parmi les historiens, ne s\u2019est interrogé sur le destin de cette enfant au sein d\u2019un équipage uniquement masculin.Seconde mention d\u2019un enfant esclave : lorsque la colonie est rétrocédée à la France en 1632, Olivier Le Jeune, emmené tout jeune d\u2019Afrique par l\u2019un des frères Kirke, est vendu au commis Le Baillif pour 50 écus, lequel le donne à Guillaume Couillard et Guillemette Hébert, considérés comme le premier couple de colons en Nouvelle-France et, dont les descendants seront esclavagistes.Son parrain, Paul Le Jeune, le supérieur de la mission jésuite, rapporte qu\u2019après l\u2019avoir baptisé, il a dû le rendre à son maître « qui ne s\u2019en peut pas longtemps passer, autrement nous l\u2019aurions retenu avec nous ».En quoi un enfant de six à sept ans est-il indispensable à ses maître et maîtresse, qui ont déjà charge d\u2019enfants ?Quand Olivier meurt en 1654 à l\u2019Hôtel-Dieu, est-il toujours esclave ?on ne le sait pas.Son acte de sépulture précise qu\u2019il est « domestique » de M. Couillard.Puis dix-sept ans s\u2019écoulent avant que ne soient à nouveau évoqués des esclaves dans la vallée laurentienne.Jusque dans les années  1670, les autorités civiles et religieuses poursuivent leur stratégie de fusion des peuples autochtone et allochtone, afin d\u2019assimiler les Premières Nations à la civilisation euro-chrétienne.C\u2019est pourquoi les enfants autochtones, libres ou non, sont confiés aux religieux et aux religieuses.Il faut donc souligner le cadre profondément autochtone dans lequel s\u2019enracine l\u2019esclavage à la française dans la colonie, particulièrement à Montréal, ville marchande, que sa position géographique dans le réseau hydrographique laurentien ouvre grand sur le continent américain.Aussi, est-ce par des cadeaux d\u2019esclaves entre alliés français et autochtones, que l\u2019esclavage pénètre dans la vallée laurentienne.Comme le souligne l\u2019historien Gilles Havard, selon la diplomatie autochtone, un esclave est « un objet de médiation au même titre qu\u2019une brasse de tabac ou qu\u2019une fourrure de castor ; mais son don cristallis[e] d\u2019autant mieux la paix entre les alliés qu\u2019il exalt[e] la guerre contre l\u2019ennemi commun ».Par exemple, en 1671, le gouverneur Rémy de  Courcelles reçoit des Iroquois, avec lesquels il vient de faire la paix, deux jeunes Poutéouatamises qu\u2019ils ont asservies.Courcelles confie ces dernières aux sœurs de la Congrégation de Notre-Dame, 18 TRACES | Volume 62 no 2 Revue de la SPHQ | Printemps 2024 pour qu\u2019elles leur enseignent « le langage français » et les élèvent à l\u2019européenne afin de les marier à des Français.Autre exemple, de retour de son expédition au Mississippi en 1674, Louis Jolliet, dont l\u2019embarcation chavire en amont de Montréal, écrit à Monseigneur de Laval : « Jay beaucoup de regret dun petit esclave de dix ans qui mavoit esté donné en present  II estoit dou?e dun bon naturel, plain D\u2019esprit, diligent et obeisant, Il sexpliquoit en françois ; commencoit a lire et a escrire.» Dans une lettre à Jean- Baptiste Colbert, le gouverneur Frontenac précise que cet enfant esclave lui était destiné : Jolliet « perdit tous ses papiers et un petit Sauvage qu\u2019il m\u2019amenait de ces pays-là, duquel j\u2019ai eu un grand regret.» Dans la même veine, on peut soupçonner que les deux enfants « sauvages », Louis et Alexandre, placés en 1677 dans la famille de Repentigny, sont bel et bien des esclaves, car le missionnaire qui les baptise ne nomme pas les parents des enfants comme c\u2019est l\u2019usage pour les Autochtones libres.En tous cas, dans les archives paroissiales, bien d\u2019autres enfants sont clairement désignés comme panis ou panise, tels Pierre, 10  ans, et Jacques, 9 ans, qui sont inhumés respectivement le 15 octobre et le 29 décembre 1687, Louis, panis, qui est confirmé en 1688, et ce garçon anonyme, « esclave » de René Charrier, qui périt l\u2019année suivante lors du raid guerrier sur Lachine.Dans les premières années, certains parmi les premiers colons à se procurer des esclaves autochtones semblent traiter ces derniers comme des engagés à émanciper après un certain laps de temps passé à leur service : est-ce parce qu\u2019ils se souviennent d\u2019être eux-mêmes « venus en qualité de serviteurs » comme le note Pierre Boucher, ce roturier devenu gouverneur de Trois-Rivières?Il arrive, mais c\u2019est fort rare, que des familles françaises adoptent les enfants esclaves.Quand c\u2019est le cas, bien peu parmi les propriétaires officialisent ce statut.On note entre 1706 à 1760 plusieurs caractéristiques de ces rares adoptions, relatives à l\u2019ethnie (on compte treize adoptions d\u2019esclaves d\u2019origine autochtone et aucune d\u2019origine afro-descendante), au genre (trois filles seulement sont adoptées contre dix garçons), à l\u2019âge (la majorité des adoptions se font autour de six ans), à la classe sociale, la majorité des adoptants sont des marchands, officiers et voyageurs ou leurs proches, bref ceux qui bougent dans la colonie, plutôt que des paysans.Adoptés ou non, ces enfants demeurent au service des Français comme « domestiques », « appartenant à » leurs maître et maîtresse, tout en bas de la hiérarchie de la maisonnée, dominée par la figure patriarcale du maître de la famille.À partir des années 1680, les choses changent, la pratique esclavagiste se durcit.La demande en main-d\u2019œuvre se fait plus pressante, car « les gens de travail et les Domestiques sont d\u2019une rareté et d\u2019une cherté si extraordinaire en Canada qu\u2019ils ruinent tous ceux qui font quelque entreprise ».Et on se met à penser que le moyen de pallier ce problème serait d\u2019importer des esclaves africains des colonies antillaises dont ils font le succès.C\u2019est pourquoi les colons laurentiens en réclament au roi.Les autorités métropolitaines tergiversent, invoquant le climat néfaste pour les Africains, leur prix élevé, puis le début de la guerre de succession d\u2019Espagne (1701-1714) qui tarit le commerce triangulaire.Ce qui fait que la traite des esclaves autochtones avec les nations alliées prend vite le pas sur celle des esclaves d\u2019origine afro-descendante et qu\u2019elle s\u2019intensifie dans la vallée laurentienne, à un point tel que, en 1709, l\u2019intendant Raudot juge nécessaire de «  normaliser  » l\u2019esclavage qui se pratique en Nouvelle- France avec une ordonnance qui garantit aux propriétaires la pleine possession de leurs esclaves auxquels il est interdit « de quitter leurs maîtres Et à qui que ce soit de les débaucher, sous peine de 50  livres d\u2019amande (sic)».Cette dernière recommandation témoigne autant d\u2019un resserrement dans les allées et venues des esclaves que de la diversité des attitudes à l\u2019égard de l\u2019esclavage.Dès lors, les « arrivages » des Pays d\u2019en haut se font plus nombreux et continus \u2014 si nombreux d\u2019ailleurs que les esclaves autochtones en deviennent invisibles, faisant littéralement partie des meubles.Comme le confirmera d\u2019ailleurs l\u2019article 47 des demandes de capitulation de Montréal en 1760 qui spécifie : « Les Nègres et panis des deux Sexes resteront En leur qualité d\u2019Esclaves, en la possession des François et Canadiens à qui lls appartiennent; Il leur Sera libre de les garder à leur Service dans la Colonie, ou de les Vendre, Et ils pourront aussi Continuer à les faire Elever dans la Religion Romaine ».Au fil du 18e siècle, de plus en plus d\u2019enfants esclaves, en grande majorité autochtones, sont mentionnés dans les archives jusqu\u2019à la fin du Régime français.Le tableau de la page suivante permet de visualiser l\u2019ampleur de cette population enfantine asservie pendant le régime français à Montréal, dans le gouvernement de Montréal et dans le reste de la colonie.Quelques évocations parmi des centaines, permettent ici d\u2019habiller d\u2019un peu de chair et d\u2019âme ces sombres statistiques.Ainsi, le 22  octobre 1713, l\u2019esclave renarde de Toussaint Truteau, Marie Madeleine, est baptisée à l\u2019âge de cinq ans tandis que, trois semaines plus tard, le marchand Dominique Nafrechoux cède à ses parents un esclave nommé Joseph, âgé de huit ans.Trois ans plus tard, lors d\u2019un « arrivage » à Montréal, a lieu le 13 avril une série de baptêmes d\u2019enfants esclaves âgés de onze à 19 TRACES | Volume 62 no 2 Revue de la SPHQ | Printemps 2024 quinze ans, dont trois appartenaient à Etienne Campeau et les autres à Louis Ducharme, à Antoine Magnan, à Pierre Billeron, au sieur Déprez, au procureur du roi Raimbault\u2026 L\u2019asservissement et le trafic des enfants autochtones sont alors bien établis.Les exemples abondent au 18e  siècle, tels que François, l\u2019esclave autochtone émancipé de Pierre Prud\u2019homme qui est arrivé dans la colonie âgé entre cinq et huit ans ou cette « petite fille esclave [que le mari de Marguerite Fafard Delorme] avoit amene pour la cervir » qui est vendue pour 400 livres à René Bourassa dit Laronde, le 28 septembre 1717.Et la mise en esclavage des enfants continue par-delà le Régime français, comme en témoigne le cas de la panise Marie Marguerite, qui meurt le 7 avril 1821 à l\u2019Hôpital général de Montréal, âgée de 76  ans, au terme d\u2019une longue vie d\u2019esclave passée dans la colonie.Les archives révèlent régulièrement la présence de centaines d\u2019enfants esclaves, principalement autochtones.Parcourir les actes de baptêmes et de sépultures permet de découvrir la présence à Montréal de centaines d\u2019enfants asservis dont il convient de saluer le bref passage sur terre.Souvent dotés d\u2019un seul prénom, voire anonymes, ces enfants, âgés de 5 à 12 ans, sont rarement pourvus d\u2019un patronyme distinct, portant généralement celui de leur maître.Leur prénom quand ils et elles en ont un, est celui de leur baptême.Ces pratiques d\u2019anéantissement participent de la mort sociale qu\u2019impose l\u2019esclavage.Et quand les propriétaires décident de les faire baptiser ou inhumer, c\u2019est en rappelant sans complexe que ces enfants leur « appartiennent ».Comment expliquer cet attrait pour l\u2019asservissement des enfants autochtones  ?Est-ce parce qu\u2019ils coûtent moins chers que les esclaves afro-descendants ?Leur prix varie entre 350 et 400 livres pour un ou une esclave autochtone et entre 600 et 2000  livres, pour un ou une esclave d\u2019origine africaine.Est-ce une question d\u2019âge?Les esclaves noir.e.s qui parviennent dans la vallée laurentienne sont des adultes qui ont survécu non seulement aux maladies de l\u2019enfance mais aussi à la traversée transatlantique, tandis que les esclaves issues des Premières Nations sont en majorité des enfants.Il est sans doute plus facile de « faire à sa main » un enfant esclave plutôt qu\u2019un adulte qui disposerait de plus de moyens pour résister aux conditions de son asservissement.Certes, il est plus aisé de cultiver la loyauté d\u2019un être arraché très jeune à sa famille, coupé des relations significatives qui définissent le statut, la condition, l\u2019appartenance, la mémoire, les aspirations de l\u2019individu incorporé au bas de l\u2019échelle, dans un monde ordonné par les maîtres.De plus, posséder un ou une esclave âgé.e de 5 ans et plus, alors qu\u2019on a déjà ses propres enfants, permet sans doute de pallier la terrible mortalité infantile de l\u2019Ancien régime qui fait qu\u2019entre le quart et le tiers des Dupuis, Cathie-Anne.« Base de données de la population esclave du Québec ancien (BDPEQA) ».Base de données.Université de Montréal, 2020. 20 TRACES | Volume 62 no 2 Revue de la SPHQ | Printemps 2024 enfants nés sont décédés avant un an et qu\u2019un enfant sur deux n\u2019atteint pas l\u2019âge de 5 ans.Une autre raison possible à l\u2019esclavage des enfants est liée au système familial patriarcal qui met en relief les tensions liées à l\u2019héritage.Ainsi en 1721, l\u2019intendant Bégon encourage la possession d\u2019esclaves car les « pères et mères qui auroient beaucoup défriché et bien étably leur habitation pourroient lorsque par leur grand age ou infirmité ils seroient hors d\u2019état de travailler, rester maîtres de leurs biens et continuer à les faire valoir par le moyen de leur Negre, ils ne seroient plus réduits a dependre de leurs enfants et exposés à en recevoir de mauvais traitemens ».Voire, les « veuves et les vieillards qui n\u2019ont point d\u2019enfant en état de travailler ne seroient plus obligés d\u2019abandonner leurs habitations ou de les donner à vil prix par l\u2019impuissance ou ils sont de les faire valoir ».S\u2019acheter et fidéliser, en l\u2019élevant, un enfant esclave permettrait ainsi de s\u2019assurer une retraite paisible, à l\u2019abri de l\u2019avidité des héritiers.Dans l\u2019ancienne comme dans la nouvelle France, les enfants participent aux tâches domestiques et agricoles selon les forces de leur âge : aux filles, ménage, lavage, filage de la laine ou du chanvre, soins du potager, de la basse-cour ou de l\u2019étable, en particulier en ce qui concerne le conditionnement du lait (traite, barattage, fabrication du fromage), ainsi que certaines activités champêtres (fenaison, moisson).Aux garçons, reviennent les courses et le soin bestiaux, en attendant d\u2019être aptes aux gros travaux (labour, battage, charrois, rame).À tous les enfants, la glane et la chasse aux oiseaux qui attaquent les champs.C\u2019est à la maîtresse que revient la gestion du personnel servile, et partant, l\u2019entretien et à la formation des enfants esclaves.C\u2019est en effet sous sa gouverne que le « cheptel » enfantin accomplit ses tâches \u2013 des tâches qui sont sans doute les mêmes réservées aux jeunes enfants placés en service chez autrui, comme c\u2019est la coutume chez les plus pauvres.Ce qui fait d\u2019ailleurs que ces garçons et filles ainsi placé.e.s passent leur enfance hors du foyer familial.Les termes d\u2019un contrat type stipulent que l\u2019enfant est placé jusqu\u2019à l\u2019âge de 18  ans, sans salaire; «  logé, nourri, vêtu et traité humainement » il ou elle devra « faire tout ce qui lui sera commandé de licite et d\u2019honnête ».La grande différence entre les enfants libres et esclaves réside dans le fait qu\u2019au terme de son contrat, l\u2019engagé.e ainsi formé.e est libre de quitter son maître alors que l\u2019enfant esclave est attaché.e à vie à celui ou celle qui le possède (ou jusqu\u2019à ce qu\u2019il s\u2019en défasse en le vendant ou en l\u2019émancipant).Pour Marcel Trudel, tous ces soins et particulièrement les mises en nourrice des enfants d\u2019esclaves montrent que ces derniers reçoivent les mêmes attentions que les enfants des propriétaires, voire, qu\u2019ils sont traités comme des enfants adoptifs.Ne s\u2019agit-il pas plutôt de libérer la mère asservie afin qu\u2019elle se consacre entièrement à ses tâches ?De même, on prend grand soin de l\u2019esclave, non seulement à cause de son prix élevé mais pour longtemps de ses services.Alors on l\u2019envoie à l\u2019Hôtel-Dieu pour soigner ses maux comme aujourd\u2019hui, sa voiture au garage, pour entretien.S\u2019il ou elle est toujours apte à servir, ce bien meuble est transmis d\u2019une génération à l\u2019autre.Et quand l\u2019esclave n\u2019est plus utile ou trop âgé.e, on veille à ne pas en surcharger les héritiers. Comme le recommande le Code Noir, on l\u2019émancipe (et ce même, si la liberté désavantage l\u2019esclave rétif, âgé ou handicapé, ce qui fait que l\u2019émancipation mène souvent à la mendicité, à l\u2019errance et aux larcins commis pour survivre).Dans le meilleur des cas, on placera l\u2019esclave devenu.e.inapte à l\u2019Hôpital général.Ainsi, comme le montre le registre des entrées de l\u2019hôpital général de Montréal au 18e siècle, séjournent dans cet asile des déshérités, 118 esclaves dont 104 isssu.e.s de nations autochtones et 14 d\u2019origine africaine.Dans la chaîne de servitude patriarcale, l\u2019esclave autochtone semble s\u2019apparenter à l\u2019engagé en ce sens qu\u2019elle ou il est forcé d\u2019abandonner au maître sa force de travail, son autonomie, son corps et, surtout, la libre volonté qui caractérisent l\u2019âge adulte.Placé au bas de l\u2019échelle sociale, il ou elle appartient à son maître ou à sa maîtresse, lui doit obéissance et fidélité, ne peut quitter la maison de ses maîtres sans leur consentement.S\u2019il lui prend l\u2019idée de s\u2019enfuir, son maître le fera rechercher et ramener \u2014 dans le cas de l\u2019engagé « comme un père le ferait à l\u2019égard de son propre enfan » ou, dans le cas de l\u2019esclave, comme un propriétaire qui réclame son bien.L\u2019engagé reçoit du maître « l\u2019éducation que doit un père à son Enfant » et il est traité comme son « enfant propre ».Selon le Code noir, l\u2019esclave doit quant à lui être traité « humainement ».Or, ce traitement humain est remis en question en Nouvelle- France par les statistiques qui démontre que c\u2019est entre 8 et 20 ans qu\u2019on observe le plus de décès chez les esclaves autochtones, et la courbe des décès ne suit pas celle des épidémies.Il arrive certes qu\u2019une profonde affection lie l\u2019esclave à son propriétaire, mais ce sentiment repose sur la peur non moins profonde et soigneusement entretenue de déplaire au maître, duquel dépend toute survie.Aussi, le mythe de l\u2019esclave « membre de la famille », est- il donc à réviser en tenant compte du cadre patriarcal de la société, et donc de l\u2019institution servile.Car le maître est responsable devant Dieu, le roi et la justice, des comportements de sa maisonnée (c\u2019est-à-dire son épouse, ses enfants, ses serviteurs et ses esclaves) considérée comme un ensemble d\u2019enfants, immatures, démuni-e-s et dépendant-e-s dont il convient de se méfier et de faire obéir à la baguette.Pour toutes et tous, et pour les enfants esclaves en particulier, l\u2019obéissance ici est le maître 21 TRACES | Volume 62 no 2 Revue de la SPHQ | Printemps 2024 mot, relayé par les religieux, qui présentent l\u2019esclavage aux esclaves comme une occasion de gagner leur ciel.Le maître attend de son esclave une loyauté sans faille, sous peine de cachot, de vente ou de bannissement aux Antilles comme on en menaçait Angélique la prétendue incendiaire de Montréal (1734) et comme y fut envoyée Marguerite Duplessis (1730) la première esclave à demander sa liberté ou alors, carrément, sous peine d\u2019envoi aux galères comme le malgache Ollivier Lejeune en 1638 et Constant le panis de Mr de St-Pierre en 1756.Conclusion L\u2019esclavage en Nouvelle-France est longtemps demeuré un véritable angle mort de la recherche.Pourtant, par toutes ces questions qu\u2019il soulève, il éclaire d\u2019une lumière crue autant les dynamiques de pouvoir de la société coloniale patriarcale que son développement socio- économique \u2013 compte tenu du fait que la majorité des foyers qui aujourd\u2019hui possède une voiture, posséderait au moins un esclave pendant le Régime français.Pour aller plus loin Pierre H.BOULLE, Race et esclavage dans la France d\u2019Ancien Régime, Paris, Perrin, 2007.Cathie-Anne DUPUIS, « Étude comparée de la mortalité des esclaves noirs et des esclaves autochtones du Québec ancien (1632-1834) ».Mémoire de maîtrise (démographie), Université de Montréal, 2020.Dominique DESLANDRES, «  Intimes ennemis : l\u2019asservissement des enfants pendant le Régime français  »  Les Cahiers des Dix.Vol.76,  2022, p.29-51.« Voix des esclaves et des esclavagistes.Un cas d\u2019histoire intersectionnelle dans les archives judiciaires de Montréal » Cahiers des Dix, vol.72, 2018, p.145-175.« Le christianisme dans les Amériques: Amérique latine, Amérique française, Amérique britannique et Amérique de l\u2019esclavage » Histoire du Christianisme IX: L\u2019Âge de raison, 1620-1750, dir.M.Venard, Paris-Tournai: Desclée-Fayard, 1997, p.615-736.Gilles HAVARD, Empire et métissage: Indiens et Français dans le Pays d\u2019en Haut, 1660\u20131715, Paris, Presses de l\u2019Université Paris-Sorbonne, 2003.Marcel TRUDEL, L\u2019esclavage au Canada français.Histoire et conditions de l\u2019esclavage, Québec, Presses Universitaires Laval, 1960; Marcel TRUDEL et Micheline DALLAIRE, Deux siècles d\u2019esclavage au Québec, Montréal, Hurtubise, 2008 Noël ÉRICK, «  L\u2019esclavage dans la France moderne  », Dix-huitième siècle, 2007/1 (39), p.361-383.Sue PEABODY, There Are no Slaves in France, New York, Oxford University Press, 1996.Roland VIAU, Roland Viau, Enfants du néant et mangeurs d\u2019âmes.Guerre, culture et société en Iroquoisie ancienne Montréal, Boréal, 1997; Ceux de Nigger Rock.Enquête sur un cas d\u2019esclavage des Noirs dans le Québec ancien Montréal, Libre Expression, 2003; Gens du fleuve, gens de l\u2019île  : Hochelaga en Laurentie iroquoienne au XVI e   siècle Montréal, Boréal, 2021. 22 TRACES | Volume 62 no 2 Revue de la SPHQ | Printemps 2024 Pour en finir avec la Nouvelle-France : relecture de l\u2019histoire du régime seigneurial au Québec Benoît Grenier, Université de Sherbrooke (Texte tiré de la conférence présentée le 26 novembre 2023 au Congrès de la SPHQ) Le plus souvent associé à la période de la Nouvelle-France et présenté comme un «  outil de peuplement  », le régime seigneurial a constitué une forme de propriété foncière, mais aussi une relation socioéconomique qui s\u2019est perpétuée longtemps après la fin du Régime français (Grenier, 2012).Plus qu\u2019une facette de l\u2019occupation du territoire, le cadre seigneurial constitue une particularité qui a contribué, au même titre que la religion catholique, la langue française et le droit civil, à l\u2019émergence de l\u2019identité canadienne- française, puis québécoise, dans ce qui a d\u2019abord été le Bas-Canada, puis le Canada-Est et enfin le Québec.Notre plus récent ouvrage, Persistances seigneuriales.Histoire et mémoire de la seigneurie au Québec depuis son abolition (septentrion, 2023), aboutissement d\u2019une dizaine d\u2019années de recherches en archives et d\u2019enquêtes orales, propose de s\u2019éloigner de la période fondatrice de l\u2019histoire du Québec et prend comme point de départ l\u2019abolition du régime seigneurial en 1854.Alors que cette date est habituellement envisagée comme le point d\u2019arrivée, le moment ultime de la disparition du cadre seigneurial implanté dès les années 1620, nous proposons plutôt d\u2019y voir un moment de renaissance de l\u2019institution.Pourtant, alors que de nombreux faits d\u2019actualité rappellent à notre mémoire l\u2019autorité de l\u2019Église catholique sur la société québécoise, le monde des seigneurs et des censitaires semble appartenir à un passé révolu et sans rapports avec le Québec contemporain.L\u2019abolition de la propriété seigneuriale fut considérée par les contemporains, comme par des historiens de l\u2019époque, comme un événement d\u2019une importance capitale ; on a même écrit qu\u2019elle était la Magna Carta du cultivateur canadien (Morin, 1941, p.225)  ! Si cette abolition nécessita une importante injection de capitaux par le gouvernement (environ 10 millions de dollars au cours de la décennie 1860), elle n\u2019a pourtant été que partielle et très progressive.Plus encore, l\u2019abolition a assuré l\u2019étonnante permanence, pendant près d\u2019un siècle, de rapports socioéconomiques issus de la féodalité, en plus de maintenir l\u2019autorité des seigneurs dans la province de Québec.Il faudra en effet attendre 1940 pour que le lien entre seigneurs et censitaires ne soit véritablement rompu grâce à l\u2019intervention du gouvernement du Québec et d\u2019un organisme mandaté à cette fin, le Syndicat national du rachat des rentes seigneuriales.Toutefois, même après cette date, le capital symbolique et culturel des familles seigneuriales, en particulier dans le monde rural, ne disparut pas pour autant.Cette longévité, que le législateur n\u2019avait sans doute pas anticipée en 1854, a contribué à une extinction très progressive sur le terrain et à un oubli graduel dans les mémoires.Il faut reconnaître une certaine indifférence de la société québécoise actuelle pour ces persistances de l\u2019Ancien Régime.Ce désintérêt contraste d\u2019ailleurs avec un autre rapport de domination, celui de l\u2019Église catholique au Québec, qui s\u2019avère omniprésent dans la mémoire collective.Si le rejet du pouvoir clérical a été soudain \u2013 tout autant que la sécularisation de la société québécoise \u2013 (Paquet & Savard, 2021), l\u2019extinction du pouvoir seigneurial s\u2019est avérée, au contraire, lente et progressive, voire incomplète à certains égards.Ce contraste entre l\u2019effacement des pouvoirs seigneuriaux et celui des pouvoirs religieux au Québec pourrait-il constituer un élément d\u2019explication ?D\u2019un côté, l\u2019oubli de la hiérarchie seigneuriale et sa folklorisation graduelle et, de l\u2019autre, un rapport sensible, voire épidermique envers la hiérarchie ecclésiastique qui resurgit épisodiquement dans l\u2019actualité ?Pourtant, si nous avons oublié cette longévité de l\u2019autorité seigneurial, il faut savoir que durant une grande partie du XXe siècle, les enjeux de l\u2019abolition se sont faits lourdement ressentir.Dans un ouvrage portant sur la période de l\u2019Union (1840-1867), le juriste Ludovic Brunet écrivait, en 1908  : «  Il est universellement admis que l\u2019abolition de la tenure seigneuriale a été un des plus grands, sinon le plus grand événement de cette époque. » Et lorsque, en 23 TRACES | Volume 62 no 2 Revue de la SPHQ | Printemps 2024 février 1941, Gabrielle Roy, alors journaliste, consacre un article dans Le Bulletin des Agriculteurs à la fin du régime seigneurial, c\u2019est à un fait d\u2019actualité que la future auteure de Bonheur d\u2019occasion s\u2019intéresse et non pas à une page d\u2019histoire! Mais bientôt, en dépit des réminiscences seigneuriales pourtant nombreuses qui font l\u2019objet de notre dernier livre, la mémoire collective québécoise se souviendra bien peu du régime seigneurial, en dehors des images d\u2019Épinal entretenues par une historiographie trudélienne (Trudel, 1956; 1968) et, il faut bien le dire, par les manuels scolaires (Jaumain et Sanfilippo, 1987 et Morisset & Lemieux, 2013).Si bien qu\u2019on ne retiendra finalement que la réciprocité des « droits et devoirs » et la géométrie des terres comme si c\u2019était là l\u2019essence du régime seigneurial.Enfin, l\u2019histoire nationale n\u2019a pas non plus retenu cet événement comme central à notre « grand récit », peut- être est-il trop socioéconomique pour la trame politique classique  ?La principale raison de l\u2019oubli pourrait toutefois résider dans le rythme même de cette abolition progressive et dans l\u2019absence d\u2019événements ou d\u2019acteurs propices à l\u2019émergence d\u2019une mémoire collective.On ne consigne ni rupture dramatique, comme celle de la France révolutionnaire, ni sang versé pour cette abolition.Comme le résumait avec un brin de cynisme Marcel Trudel : « il coula un peu d\u2019encre et beaucoup d\u2019argent » (Trudel, 1956, p.19).Une seconde hypothèse de l\u2019oubli du « fait seigneurial » tient aux représentations entretenues à son propos.En effet, la mémoire seigneuriale propagée par la littérature et l\u2019histoire, depuis le XIXe  siècle, est si étroitement associée au Régime français et au peuplement du territoire (par les seigneurs-colonisateurs) de la Nouvelle- France qu\u2019elle rend très difficile toute tentative de proposer une autre vision, voire une autre période, de l\u2019histoire seigneuriale au Québec, fût-elle plus récente.Interprétée depuis Philippe Aubert de Gaspé (1786-1871) comme un instrument de colonisation utile et un cadre de vie harmonieux.Pensons en particulier à la brochure produite pour la Société historique du Canada, Le régime seigneurial, publiée initialement en 1956, traduite en anglais et rééditée maintes fois.L\u2019interprétation reposant sur la réciprocité des droits et devoirs et la vision d\u2019un régime social fondé sur l\u2019entraide sociale et comme outil de peuplement seront récupérées dans d\u2019autres travaux de Trudel, dont son Initiation à la Nouvelle-France (1968), et de nombreux autres manuels scolaires., la seigneurie est devenue un objet constitutif de l\u2019identité nationale et de la définition du territoire.Par conséquent, on ne semble la concevoir que comme un « acte fondateur » figé dans le temps.La récente traduction en français d\u2019un livre de l\u2019historien italien Matteo Sanfilippo permet de dresser avec une grande précision la genèse de cette construction historiographique (Sanfilippo, 2022).Les lieux d\u2019interprétation du régime seigneurial, telle la Seigneurie des Aulnaies ou encore le manoir Mauvide- Genest, mais également des reconstitutions historiques comme les Seigneuriales de Vaudreuil-Dorion ou encore pendant un certain temps la «  seigneurie Volant  », reprennent la vulgate classique et mettent en scène un régime seigneurial essentialisé à l\u2019époque du régime français.En cela, il appert que ces lieux historiques répondent en quelque sorte aux attentes des visiteurs pour qui l\u2019association seigneurie / Nouvelle-France semble une évidence.En réaction à cette association persistance, notre projet consistait à inscrire l\u2019histoire « seigneuriale » dans l\u2019étude du Québec contemporain et de rompre avec la périodisation traditionnelle.Loin de nous l\u2019objectif de prétendre que les persistances de la seigneurie constitueraient une caractéristique centrale de la socioéconomie québécoise du 20e  siècle, mais assurément il y a lieu de considérer ces vestiges de féodalité comme une dimension, jusqu\u2019ici négligée, de l\u2019identité sociale et culturelle du Québec contemporain, en particulier dans le monde rural.Ajoutons que cette longévité du «  fait seigneurial  » distingue assurément le Québec des autres régions du Canada et, plus largement, de l\u2019Amérique du Nord où des cadres féodaux ont pu exister, qu\u2019il s\u2019agisse des composantes de l\u2019ancienne Nouvelle-France ou des autres colonies, britanniques ou hollandaises, où les conquêtes et, surtout, la révolution américaine (1776-1783) ont constitué d\u2019importantes ruptures (Greer, 2017).C\u2019est dans l\u2019objectif de débusquer la mémoire de ces persistances du régime seigneurial durant le siècle qui suivit son abolition que nous nous sommes lancés en 2014 dans une enquête orale qui nous a conduit sur les routes du Québec et de l\u2019Ontario afin de rencontrer Le régime seigneurial, brochure par Marcel Trudel, 1956. 24 TRACES | Volume 62 no 2 Revue de la SPHQ | Printemps 2024 des personnes susceptibles de nous parler des ultimes traces du régime seigneurial, notamment des rentes seigneuriales payées jusqu\u2019en 1940, puis remplacées par une taxe municipale «  spéciale  » qui sera acquittée par les contribuables jusqu\u2019en novembre 1970.Après avoir parcouru 15 000 km et rencontré près d\u2019une quarantaine de témoins âgés de 8 à 95 ans, issus d\u2019une quinzaine d\u2019anciennes seigneuries, nous avons pu rendre compte de la longévité, aujourd\u2019hui oubliée, du régime seigneurial et ce à l\u2019échelle des familles seigneuriales elles-mêmes, des « censitaires » et des institutions (séminaire de Québec et de Montréal).Ailleurs, ce sont des « porteurs de mémoire » seigneuriales, souvent des propriétaires de bâtiments patrimoniaux (manoirs, moulins), qui nous ont ouvert leurs portes pour témoigner de leur engagement envers cet héritage.Cette enquête orale menée entre 2015 et 2018, a donné lieu en parallèle des publications classiques (livre, articles\u2026) à d\u2019autres formes de diffusion, notamment à un documentaire long-métrage réalisé par la documentariste et historienne Stéphanie Lanthier et plusieurs autres courts-métrages thématiques.Qui plus est, les entretiens oraux filmés ont été déposés pour conservation, avec le consentement des participants, au Musée de la Mémoire vivante de Saint-Jean Port-Joli.Une exposition itinérante bilingue « Traces et mémoires du régime seigneurial » a pu être réalisée par le Musée, grâce au soutien financier de Patrimoine Canadien.Inaugurée à Trois-Pistoles à l\u2019été 2022, cette exposition, qui inclut des extraits audio-visuels et des artéfacts, continue de se déplacer dans les régions du Québec.Module d\u2019écoute des témoignages au Musée de la mémoire vivante.Ces matériaux (films, exposition, livre) peuvent tout à fait se prêter à des approches didactiques originales pour aborder le régime seigneurial dans une perspective d\u2019histoire régressive.Si l\u2019objet «  seigneurie  » peut effectivement sembler éloigné, pour ne pas dire déconnecté, des réalités des élèves de 3e et 4e  secondaire en 2024, les traces et la mémoire de cette institution peuvent servir de points d\u2019ancrage pour amorcer une réflexion à partir du présent et chercher à comprendre comment et surtout pourquoi une institution issue de l\u2019Europe féodale et implantée au Canada à l\u2019époque de la Nouvelle-France, a pu laisser des vestiges jusqu\u2019à nos jours.Notre enquête orale a donné la parole à des descendants de familles seigneuriales, d\u2019ascendance noble ou roturière, francophones ou anglophones, hommes et femmes, qui ont témoigné des privilèges qui se sont maintenus envers leur famille, parfois jusqu\u2019à nos jours, comme le relate savoureusement Yves de Roquebrune en rappelant son enfance au manoir de ses grands-parents dans la seigneurie de Fossambault, près de Québec : On était [mon frère et moi] les petits seigneurs au manoir.On n\u2019avait pas le droit de jouer avec les autres enfants à Sainte-Catherine.Je me souviens quand on allait au village avec grand-papa pour aller chercher la poste ou aller à la boulangerie, on était des petits La famille Rioux réunie lors du tournage de la recherche Persistances seigneuriales au Québec.Mme Anita Rioux, Trois-Pistoles, 2015. 25 TRACES | Volume 62 no 2 Revue de la SPHQ | Printemps 2024 Monsieurs  ! Donc, il y avait cette distance qui était\u2026 concrète et qui était respectée de part et d\u2019autre.Quand Elzéar venait porter la crème en charrette ou le beurre dans les moules, il aurait été extrêmement inconfortable si grand-maman l\u2019avait invité à rentrer dans la cuisine.Il fallait vraiment respecter son rôle.[Entretien 2015-07 avec Yves La Roque de Roquebrune, Montréal, 16 juin 2015] Rencontrée en 2015, Anita Rioux a été considérée sa vie durant comme la « seigneuresse » de Trois-Pistoles, tandis que les Lotbinière-Harwood continuent d\u2019être enterrés sous l\u2019église de Vaudreuil, érigée sur un terrain donné par leur ancêtre à la fin du 18e siècle! Et que dire du Séminaire de Québec qui gère un important parc éolien nommé «  La Seigneurie de Beaupré  » sur les terres privées que la loi d\u2019abolition, soucieuse de la propriété privée, leur a laissées! Ces quelques exemples montrent qu\u2019en partant du présent, en identifiant certaines des traces (que je nomme persistances) dans le territoire et la culture québécoise, plutôt qu\u2019en adoptant une stricte approche chronologique (celle du peuplement de la Nouvelle-France), la seigneurie peut s\u2019avérer moins désincarnée pour les élèves.Le principal objectif de mon travail est de rappeler que l\u2019objet « seigneurie » est beaucoup plus près de nous qu\u2019on peut le penser\u2026 Si la toponymie et les paysages ruraux peuvent continuer à révéler des vestiges du temps des seigneurs et des censitaires, l\u2019étude de la mémoire et des persistances seigneuriales permet d\u2019appréhender d\u2019autres manières de voir cette longévité et, même, d\u2019associer des visages contemporains à une institution mise en place au temps de Louis XIV et de Jean Talon! La famille Lotbinière-Harwood pendant les Seigneuriales Pour en savoir plus : Benoît Grenier, Persistances seigneuriales.Histoire et mémoire de la seigneurie depuis son abolition, septentrion, 2023, 266 p.Projet Persistances seigneuriales et films documentaires réalisés dans le cadre de la recherche  : https  ://www.usherbrooke.ca/histoire/recherche/projets/persistances Bibliographie sélective AUBERT DE GASPÉ, Philippe.Les Anciens Canadiens.Québec, Desbarats et Derbishire, 1863.BRUNET, Ludovic.La Province du Canada : histoire politique 1840-1867.Québec, Laflamme et Proulx, 1908.GREER, Allan.Property and Dispossession : Natives, Empires and Land in Early Modern North America.Cambridge et New York, Cambridge University Press, 2018.GRENIER, Benoît.Brève histoire du régime seigneurial.Montréal, Boréal, 2012.JAUMAIN, Serge et Matteo SANFILIPPO.«  Le régime seigneurial en Nouvelle-France vu par les manuels scolaires du Canada », Cultures du Canada français, n°4, 1987, p.14-26.MORIN, Victor.« La féodalité a vécu \u2026 » Les Cahiers des Dix, vol.6, 1941, p.225-287.MORISSETTE, Michel, et Olivier LEMIEUX.«  Le régime seigneurial : un regard sur les manuels scolaires ».Traces, vol.51, no 2, 2013, p.38-42.PÂQUET, Martin Pâquet et Stéphane SAVARD.Brève histoire de la Révolution tranquille.Montréal, Boréal, 2021.TRUDEL, Marcel.Le régime seigneurial.Ottawa, SHC, 1956.TRUDEL, Marcel.Initiation à la Nouvelle-France.Montréal, Éditions HRW, 1968.SANFILIPPO, Matteo.Le féodalisme dans la vallée du Saint-Laurent : un problème historiographique.Traduit de l\u2019italien par Arnaud Montreuil.Édité par Olivier Guimond et Arnaud Montreuil, Ottawa, PUO, 2022.Parc éolien de la Seigneurie de Beaupré. 26 TRACES | Volume 62 no 2 Revue de la SPHQ | Printemps 2024 La bataille du Saint-Laurent (1942-1944) : la réplique canadienne Samuel Venière, Historien et chargé de projet Musée naval de Québec | Quartier général de la Réserve navale du Canada Texte publié le 19 novembre 2023 dans le Journal de Québec Introduction Entre 1942 et 1944, une douzaine d\u2019U-boote (diminutif de Unterseeboote, ou « sous-marin » en Allemand) pénètrent profondément dans le fleuve Saint-Laurent et coulent 27 navires.Cet épisode de la Bataille de l\u2019Atlantique est mieux connu sous le nom de « Bataille du Saint-Laurent » et demeure largement méconnu au Québec.Pour la première fois depuis la guerre de 1812, des navires ennemis envahissent les eaux territoriales.La guerre, jusqu\u2019alors lointaine, devient soudainement beaucoup plus concrète et menaçante, certaines batailles ayant même lieu sous le regard consterné des riverains.Encore plus méconnue est la contre-attaque canadienne de cette invasion.En effet, l\u2019offensive dans le Saint- Laurent n\u2019est pas une croisière pour les équipages de la Kriegsmarine, qui peinent à naviguer dans ces eaux difficiles et ne parviennent pas à sortir leur périscope sans être repérés.Bref, tout commence avec\u2026 Carte allemande du Saint-Laurent, tirée d\u2019un manuel de navigation d\u2019U-boot en 1943.Une légende, en haut à gauche, indique la présence des phares (Signalstelle), des stations radio côtières (Küstenfunkstelle), ou encore de menaces telles que des batteries de défense côtière (Küstenbefestigung).Musée canadien de la guerre, Collection d\u2019archives George-Metcalf. 27 TRACES | Volume 62 no 2 Revue de la SPHQ | Printemps 2024 L\u2019opération Paukenschlag Le 27 juin 1942, l\u2019U-132 décode le message suivant : « Rendez-vous dans la zone ordonnée QU BB 14 et QU 36 (l\u2019embouchure du Saint-Laurent) pendant la période où la lune est décroissante.Approchez-vous de la zone sans être observé.Restez immergé de jour.[.] Interceptez la navigation dans la partie la plus étroite du tuyau (détroit).[\u2026] Les forces de surface sont faibles. »1 L\u2019invasion du Saint-Laurent se déroule dans le cadre de l\u2019Opération Paukenschlag (battement de tambour), une offensive de la Kriegsmarine (Marine de guerre allemande) contre les côtes d\u2019Amérique du Nord2.Lancés depuis leurs bases en France, les U-boote peuvent traverser l\u2019Atlantique, semer la mort, et revenir en Europe sans refaire le plein.Plus de 600 navires sont coulés par les Allemands pendant cette période surnommée Zweite Glückliche Zeit (deuxième moment heureux).Pris de vitesse, les Canadiens ne tarderont toutefois pas à réagir.Le coup de feu : les torpillages des SS Nicoya et Leto La Bataille du Saint-Laurent débute dans la nuit du 11 au 12 mai 1942, lorsque l\u2019U-553 s\u2019introduit dans le golfe et parvient à couler deux cargos marchands, les SS  (Steam Ship) Nicoya et Leto.Ces agressions, survenues à quelques heures d\u2019intervalle, entraînent la mort de 18 marins3.Si le Canada est mal préparé pour cette attaque, le pays n\u2019est pas sans ressource.Deux jours auparavant, l\u2019U-553 doit plonger en urgence après avoir été repéré et attaqué par un avion B-17 de l\u2019US Air Force, surnommé «  forteresse volante  ».Le submersible plonge à 20 mètres pour éviter les bombes, mais il est endommagé.Malgré sa détection, le commandant allemand Karl Thurmann, note dans son rapport qu\u2019il n\u2019est pas poursuivi.Le lendemain, un gardien de phare de Cap-des-Rosiers rapporte aux autorités avoir aperçu un « tuyau de poêle » (périscope) dans les eaux gaspésiennes, mais cet appel n\u2019est pas pris au sérieux.Ainsi, les deux premières attaques dans le Saint-Laurent demeurèrent sans répons4.Navire torpillé, P84 Fonds Roy Woodruff.Collection du Musée naval de Québec Quatre torpillages en juillet : la perte des SS Anastasios Pateras, Hainaut, Dinaric et Frederika Lensen Le 6 juillet 1942, vers 23h, l\u2019U-132 repère un convoi de 14 navires au large de Gaspé.Aucun n\u2019aperçoit la tourelle de l\u2019U-boot, l\u2019une des rares à être peinte d\u2019une croix gammée.À 800 mètres de distance, le commandant Ernst Vogelsang ordonne une salve de quatre torpilles.La première frappe de plein fouet le SS Anastasios Pateras.Quelques secondes plus tard, une autre détonation illumine le brouillard nocturne du Saint-Laurent, alors que le SS Hainaut subit le même sort.Volgelsang observe le convoi se disperser dans toutes les directions et poursuit le SS Dinaric, qu\u2019il touche à 1h45 le lendemain matin.Or, au moment de porter le coup de grâce, l\u2019officier allemand est surpris par un obus éclairant lancé depuis le dragueur de mines HMCS Drummondville, qui fonce sur lui à pleine vitesse pour l\u2019éperonner.L\u2019U-boot plonge en urgence, évitant le choc de justesse, mais est endommagé par les charges de profondeur (des barils de 400 livres d\u2019explosif) lancées depuis le navire canadien et coule à 185 mètres.Par une manœuvre audacieuse, il parvient toutefois à s\u2019échapper.Le 20 juillet Vogelsang frappe de nouveau (en plein jour!) en torpillant le SS Frederika Lensen depuis le cœur même d\u2019un autre convoi5.1.Nathan Greenfield, The Battle of the St.Lawrence (Draft Copy), Chapter 2: \u201cFour Sinkings in July\u201d (July 6 and 20, 1942; SS Anastassios Pateras, Hainaut, Dinaric and Frederika lensen), p.7.Collection du Musée naval de Québec.2.James Essex, Victory in the St Lawrence: Canada\u2019s Unknown War, Chapter 9: \u201cPauchenslag\u201d; Canada\u2019s trial begins, Boston Mills Press, 1984, page 63.3.Stephen J.Thorne, Battle of the St.Lawrence: U-Boats Attack, Part Two: Battles on land and sea, Canvet Publications Ltd, 2022, p. 28 à 33.4.Op.Cit., James Essex, 1984, p.70 5.Op.Cit., Nathan Greenfield, p.16 à 37. 28 TRACES | Volume 62 no 2 Revue de la SPHQ | Printemps 2024 6.Entrevue avec Paul Hartwig, Vice-amiral de la Bundesmarine et ancien commandant du U-517 pendant la bataille du Saint-Laurent.Collection du Musée naval de Québec.7.Fraser McKee et Robert Darlington, The Canadian naval Chronicle 1939-1945, Vanwell Publishing Limited, Ontario, 1996, Chapter 18 - HMCS Charlottetown: a St.Lawrence river casualty, p.68 Photographie d\u2019équipage du HMCS Drummondville.P62 Fonds William Mylett.Collection du Musée naval de Québec.Les « loups gris » de l\u2019Atlantique : à l\u2019intérieur du U-boot allemand Un U-boot est constitué d\u2019un équipage de 45 personnes, dont l\u2019âge moyen se situe entre 18 et 23 ans.C\u2019est le cas du U-517, le sous-marin ayant coulé le plus de navires dans le Saint-Laurent en 1942, et dont le commandant, Paul Hartwig, a 27 ans6.Regroupés en « meutes », leur stratégie d\u2019attaque leur vaut le surnom de « loups gris ».Les sous- mariniers sont triés sur le volet parmi les meilleurs éléments, peu de marins pouvant supporter la chaleur accablante à l\u2019intérieur de l\u2019U-boot, l\u2019exiguïté des lieux et la monotonie des patrouilles, qui durent généralement huit semaines.Pour trouver ses proies, l\u2019équipage a deux options : sortir au sommet de la tourelle pour scruter l\u2019horizon avec des jumelles, ou plonger et écouter les bruits ambiants à l\u2019aide de l\u2019hydrophone.Comme le son voyage mieux sous l\u2019eau, un opérateur radio peut déceler le bruit émis par les hélices d\u2019un convoi dans un rayon de plus de 100 km.Le submersible s\u2019approche ensuite de sa proie en immersion, frôle la surface pour lancer ses torpilles, puis replonge aussitôt et disparaît.S\u2019il est détecté, le sous-marin peut plonger en urgence en moins de 35 secondes.Vue vers l\u2019arrière de la salle de contrôle d\u2019un U-boot.L\u2019échelle mène à la tourelle et le cylindre blanc est le périscope d\u2019observation.Photo Défense nationale, gracieuseté de Dave Shirlaw.Vie et mort du HMCS Charlottetown Le HMCS Charlottetown est une corvette de classe Flower révisée mise en service à Québec en décembre 1941.Sa vie sera brève : 9 mois seulement.En juillet 1942, elle est affectée à la Force d\u2019escorte du Golfe, chargée de protéger les convois de type QS (de Québec à Sydney en Nouvelle-Écosse).Le 11 septembre 1942, la corvette navigue lentement sans effectuer les zigzags requis afin de tromper les calculs d\u2019un éventuel ennemi.Vers 8h du matin, au large de Cap-Chat, elle est frappée par deux torpilles provenant de l\u2019U-517.L\u2019impact tue quatre marins et fait exploser les charges de profondeur de la corvette, tuant six membres d\u2019équipages supplémentaires.Le navire sombre en moins de quatre minutes7.« \u2026 la torpille a frappé juste en dessous où j\u2019étais.Ça fait que j\u2019ai r\u2019volé dans les airs, j\u2019ai fait une pirouette pis je suis r\u2019tombé sur la partie du bateau qui restait.[\u2026] J\u2019ai été quatre heures dans l\u2019eau, avec un bras et une jambe cassée. » Léo-Paul Fortin, RCNVR, survivant du HMCS Charlottetown. 29 TRACES | Volume 62 no 2 Revue de la SPHQ | Printemps 2024 En arrière-plan, le HMCS Chedabucto, coulé après une collision dans le Saint-Laurent en 1943.Au premier plan, le HMCS Swift Current lui vient en aide.Bibliothèque et Archives Canada.Margaret Brooke et la tragédie du SS Caribou Le 14 octobre 1942, vers 3h du matin, les infirmières Margaret Brooke et Agnes Wilkie dorment à bord du traversier SS  Caribou lorsque le navire est frappé par une torpille lancée par l\u2019U-69.Les deux femmes sont brusquement projetées hors de leur couchette.Sur le pont, c\u2019est la panique.« Les gens criaient et hurlaient.[\u2026] tout le monde était terrifié8. » Le Caribou coule en cinq minutes.Les deux femmes se cramponnent aux câbles d\u2019un radeau de sauvetage chaviré.Conformément au protocole militaire qui privilégie une posture agressive, le dragueur de mines qui les escorte, le HMCS Grandmère, attaque d\u2019abord l\u2019U-boot avant d\u2019aller secourir les naufragés9.Entre-temps, toutefois, les heures passent et Agnes faiblit.Plusieurs fois, Margaret la rattrape, se retenant d\u2019une seule main.À l\u2019aube, une vague emporte le corps d\u2019Agnes Wilkie.136 personnes périssent dans cette tragédie \u2013 la plus meurtrière de la Bataille du Saint-Laurent - donc des femmes et des enfants.Pour avoir tout tenté pour sauver son amie, Margaret Brooke est décorée de l\u2019ordre de l\u2019Empire britannique.Un navire militaire porte aujourd\u2019hui son nom : une première dans l\u2019histoire canadienne.Explosion d\u2019une charge de profondeur, l\u2019arme principale utilisée pour la chasse anti-sous-marine.Fonds P62 William Mylett.Collection du Musée naval de Québec.Les convois : organisation et efficacité Pour contrer la menace des U-boote, les Alliés organisent des convois d\u2019environ 45 navires pour les traversées transatlantiques à partir d\u2019Halifax et de Sydney.Les cargos sont généralement disposés à égale distance sur neuf colonnes de large et cinq rangs de profondeur.Au centre, endroit le mieux protégé, se trouvent les transporteurs de matière dangereuse, comme les pétroliers, dont le torpillage peut engendrer des explosions dévastatrices.Une escorte armée de corvettes et au moins un destroyer se déploient en périphérie pour former un écran de protection10.L\u2019ensemble du cortège se déplace à la vitesse du bateau le plus lent et en zigzag afin de compliquer les attaques sous-marines11.La tactique des convois est aussi employée pour le transport maritime sur Saint-Laurent à partir de 1942.Pour s\u2019adapter à l\u2019hydrographie, le nombre de navires diminue et la disposition est davantage linéaire12.Les convois descendant le fleuve répondent au nom de code QS (Québec-Sydney), ou SQ (l\u2019inverse), et sont généralement des convois lents (moins de 7 nœuds, ou 13km/h) : les plus vulnérables face aux U-boote. 30 TRACES | Volume 62 no 2 Revue de la SPHQ | Printemps 2024 Deux espions et une station météorologique En 1942, deux espions mettent pied à terre au Québec.Leur mission est de saboter la machine industrielle canadienne.Le premier, Alfred Langbein, débarque du U-213 avec 7 000$ en billets américains et de faux papiers de poche.Il se rend à Montréal et Ottawa où il passe pratiquement 2 ans et demi de bombance dans les clubs.Une fois son argent épuisé, il se rend aux autorités canadiennes qui ont tôt fait de découvrir, en déterrant son matériel de communication demeuré sur le site de son arrivée, que Langbein n\u2019a d\u2019espion que le nom.Le deuxième, Werner Von Janowski, arrive à New Carlisle en Gaspésie (la ville natale de René Lévesque), mais son odeur de diesel et son fort accent le trahissent immédiatement et il est appréhendé dans son train vers Montréal.Janowski avoue tout et durant plus d\u2019un an, travaille comme agent double pour le gouvernement canadien.En octobre 1943, le U-537 déploie même au nord du Labrador une station météorologique qui ne sera découverte qu\u2019en\u2026 1977! Trouvée par hasard par un scientifique, la station est aujourd\u2019hui conservée au Musée canadien de la guerre à Ottawa.Photographie du matériel de von Janowski récupéré par la GRC, Collection du Musée de la GRC.Gaspésie, champs de bataille : le Blackout En 1942, un journaliste de La Presse écrit : « Les Gaspésiens ont l\u2019œil ouvert.Chaque Gaspésien est devenu un guetteur en service 24h par jour13» .La région se transforme alors en véritable champ de bataille.Le port de Gaspé est verrouillé d\u2019un filet anti-sous-marin, des masques à gaz sont distribués et l\u2019obscurcissement (souvent nommé « Blackout ») est imposé.Pour empêcher les U-boote de repérer les villages côtiers, les habitants doivent couvrir leurs fenêtres de rideaux opaques et masquer les phares de leurs véhicules.En descendant le fleuve, la zone de guerre commence à L\u2019Isle-Verte: c\u2019est là que les voitures devaient faire halte pour peindre leurs phares en noir.Cette vigilance s\u2019applique aussi aux navires, dont la silhouette doit demeurer discrète14.Le matelot Guy Jobin se souvient qu\u2019il était presqu\u2019impossible de fumer lors d\u2019un blackout : « [\u2026] en arrière du [canon] 40 millimètres là, tu rouvres une porte, pis là c\u2019est plein d\u2019ammunitions là, Ok ?Tu t\u2019en vas en d\u2019dans, tu fermes la porte, pis tu fumes.C\u2019est ça qu\u2019tu fais [rires], t\u2019sais.Parc\u2019que si tu fumes en dehors, apparemment, le feu d\u2019une cigarette, dans la marine, peut être vu par un sous-marin [\u2026] »15.13.Julie Fournier, Caroline Lantagne et André Kirouac, La bataille du St-Laurent : Vue du rivage, Magazine Gaspésie.Dossier : La bataille du St-Laurent, été 2003, p.23 14.Anne Michaud, Zone de guerre : le golfe du Saint-Laurent, Le Devoir, 2006, https://www.ledevoir.com/culture/125540/ zone-de-guerre-le-golfe-du-saint-laurent 15.Guy Jobin, Où fumer lors d\u2019un black out.Anciens Combattants Canada : Des héros se racontent, 2019, https://www.veterans.gc.ca/fra/video-gallery/video/6253 Convoi sur le Saint-Laurent en 1942, Fonds P78 Ian Tate.Collection Musée naval de Québec 31 TRACES | Volume 62 no 2 Revue de la SPHQ | Printemps 2024 La frégate canadienne HMCS Magog en cale sèche au chantier maritime Davie de Lauzon en 1944 après avoir été torpillée par le sous-marin allemand U-1223 au large de Pointe-des-Monts.Bibliothèque et Archives Canada Québec, port en guerre Le port de Québec grouille d\u2019activités militaires pendant la guerre.La Pointe-à-Carcy abrite une centrale d\u2019opérations nommée HMCS  Chaleur II d\u2019où sont dirigées toutes les opérations militaires dans le fleuve, y compris l\u2019organisation des convois.L\u2019officier naval responsable de Québec, Maurice Gauvreau, est aussi responsable de l\u2019armement, la réparation et la mise en service de tous les navires de guerre construits dans les chantiers navals des Grands Lacs et du Saint-Laurent.À eux seuls, le chantier naval Morton Engineering sur la rivière Saint-Charles et Davie Shipyard à Lauzon, produisent des dizaines de bâtiments militaires chaque année.Sur la rive sud, le Fort de la Martinière possède deux canons de 7,5 pouces pointés vers le fleuve ainsi qu\u2019une batterie antiaérienne manœuvrés par les soldats du 6e  régiment d\u2019artillerie de Lévis.À Saint-Jean, sur l\u2019île d\u2019Orléans, une station de démagnétisation permet de réduire la signature magnétique des navires quittant le port dans un effort pour contrer les mines magnétiques allemandes.On y trouve aussi une station d\u2019observation et de signaux dont le personnel est chargé d\u2019inspecter chaque navire entrant au port.Nul ne peut entrer ou sortir avant d\u2019avoir été contrôlé.Les équipes d\u2019inspection basées à Saint-Jean vérifiaient les papiers des navires arrivant au port et examinaient leur cargaison.Bibliothèques et Archives Canada.Conclusion La bataille du Saint-Laurent est-elle une victoire ou une défaite canadienne?Bien que le Canada ait perdu plusieurs navires et ne soit parvenu à couler aucun sous-marin dans le fleuve, les incursions des U-boote allemands diminuent drastiquement après 1942 suite à l\u2019intensification de la défense navale et aérienne des eaux territoriales.Seuls quatre autres torpillages auront lieu après cette période, tous en 1944.Du point de vue stratégique, on pourrait conclure que les Allemands ont été repoussés, entraînant en une victoire du Canada.Finalement, la réplique ne fut pas vaine et aura permis au Canada de démontrer sa capacité à défendre ses côtes. 32 TRACES | Volume 62 no 2 Revue de la SPHQ | Printemps 2024 CRÉDITS : Animation: Martin Landry Rédaction et recherches historiques: Raymond Bédard et Martin Landry Montage : Philippe Séguin Réalisation : Anne-Sophie Carpentier Production : Montréal en Histoires et QUB radio Partenaire de contenu : Société de professeurs d\u2019histoire du Québec et CEC Montréal, capitale du Canada?La naissance du Canada Révoltes patriotes de 1837-1838 APRÈS 1867 Honoré Mercier Wilfrid Laurier, le Canada et l\u2019Empire Les débuts du syndicalisme La 2e phase de l\u2019industrialisation Le Canada et la Première Guerre mondiale La crise des années 1930, il y avait de quoi en faire une Grande Dépression ! Découvertes et inventions made in Canada 1939-45, on n\u2019était pas des figurants Le coopératisme, le pouvoir de l\u2019entraide Le néolibéralisme NOUVEL ÉPISODE saison 3 L\u2019American way of life : 1945-1960 NOUVEL ÉPISODE saison 3 Duplessis, le Cheuf ! NOUVEL ÉPISODE saison 3 C\u2019est le temps qu\u2019ça change, l\u2019heure de la révolution a sonné! Le référendum de 1980 NOUVEL ÉPISODE saison 3 Le référendum de 1995 NOUVEL ÉPISODE saison 3 Castor trop maigre et pitas libanais Histoires surprenantes - De la patente aux blasphèmes TOI, ES-TU PASSÉ DATE?10 nouveaux épisodes disponibles sur les sites web de Montréal en Histoires et de QUB radio, ou sur toutes les plateformes de téléchargement de podcast (ex: Spotify, Apple).Gagnant d\u2019un prix Numix en 2022, le balado PASSÉ DATE?raconte avec esprit et dynamisme l\u2019histoire du Québec et du Canada par le biais de récits palpitants et d\u2019anecdotes méconnues.Inspiré des contenus historiques des cours d\u2019histoire de 3e et 4e secondaire, il vise autant les 15-16 ans que les amoureux de l\u2019histoire.LE BALADO LE PLUS ÉCOUTÉ PAR LES JEUNES DE 14 À 17 ANS AU QUÉBEC! LISTE DES ÉPISODES JUSQU\u2019À 1763 Hochelaga et le mystère iroquoien Samuel de Champlain, père de la Nouvelle- France NOUVEL ÉPISODE saison 3 Le temps des Cent Associés L\u2019homme de confiance du Roi-Soleil (Jean-Talon) Frontenac : Par la bouche de mes canons! NOUVEL ÉPISODE saison 3 D\u2019Iberville, personnage légendaire La vie urbaine en Nouvelle-France NOUVEL ÉPISODE saison 3 La Paix de Trente Ans (1713-1744) La Guerre de la Conquête (1754-1760) 1763 à 1867 L\u2019invasion américaine de 1775 NOUVEL ÉPISODE saison 3 L\u2019immigration irlandaise NOUVEL ÉPISODE saison 3 De la crosse au hockey, des petites histoires sportives qui ont forgé notre identité! 33 TRACES | Volume 62 no 2 Revue de la SPHQ | Printemps 2024 Balado Passé date ?(3e saison) \u2013 Quiz Épisode : Duplessis, le cheuf! Raymond Bédard 1.Depuis 1897, c\u2019est le Parti libéral du Québec qui remporte les élections provinciales et forme le gouvernement.Qui est le Premier ministre du Québec dans les années 1920 ?A) Camilien Houde B) Maurice Duplessis C) Louis-Alexandre Taschereau D) Paul Gouin 2.Comment s\u2019appelle le nouveau parti politique créé par de jeunes députés libéraux mécontents des politiques économiques du Parti libéral dans les années 1930 ?A) Action libérale nationale B) Union nationale C) Action nationale du Québec D) Union libérale nationale 3.En 1935, alors qu\u2019il est chef de l\u2019opposition, quel moyen Maurice Duplessis va-t-il utiliser pour dénoncer la mauvaise gestion du gouvernement libéral et provoquer la démission du Premier ministre ?A) Mandat d\u2019arrêt contre le Premier ministre pour cause de patronage B) Vote de non-confiance à l\u2019Assemblée législative C) Publication de dossiers secrets sur le Premier ministre D) Mise sur pied d\u2019une commission d\u2019enquête sur les finances publiques 4.Une fois au pouvoir en 1936, Duplessis provoque le mécontentement de plusieurs députés de son propre parti, l\u2019Union nationale, ce qui entraine la démission de quelques-uns.Quelle promesse non tenue provoque cette situation ?A) La nationalisation de l\u2019électricité B) La mise en place d\u2019un régime d\u2019aide aux veuves C) L\u2019aide aux agriculteurs D) La création de la Société des alcools du Québec 5.La Deuxième Guerre mondiale a relancé l\u2019économie et dans les décennies qui suivent, l\u2019économie québécoise connait une période de prospérité.Parmi les éléments suivants, lequel n\u2019est pas un facteur de prospérité pour le Québec ?A) L\u2019Europe en pleine reconstruction requiert des ressources naturelles.B) La guerre froide entre pays capitalistes et communistes stimule la production militaire.C) L\u2019éducation reste entre les mains de l\u2019Église catholique.D) L\u2019épargne résultant des Bons de la Victoire.6.Tout au long de son règne, Duplessis applique les principes de la politique économique, appelée libéralisme économique.Quel est le rôle de l\u2019État dans cette politique ?A) L\u2019État doit investir massivement dans l\u2019économie.B) L\u2019État doit limiter son intervention dans l\u2019économie.C) L\u2019État doit exiger des tarifs élevés aux entreprises privées pour qu\u2019elles aient accès aux ressources naturelles.D) L\u2019État doit acheter des actions des entreprises privées. 34 TRACES | Volume 62 no 2 Revue de la SPHQ | Printemps 2024 7.Quelle région du Québec connaitra un développement minier important dans les années 1950?A) La Baie James B) L\u2019Outaouais C) Les Laurentides D) Le Nouveau Québec 8.La Loi du cadenas, adoptée par le gouvernement de Duplessis en 1937, avait pour objectif de freiner la propagation d\u2019une idéologie.Laquelle ?A) Le capitalisme B) Le communisme C) Le socialisme D) Le protestantisme 9.De nombreuses grèves auront lieu au Québec au cours du règne de Duplessis.Quelle atÝtude le Premier ministre adopte-t-il lors de ces conflits ?A) Il soutient les grévistes à l\u2019aide d\u2019allocations spéciales B) Il interdit l\u2019utilisation de briseurs de grèves C) Il est généralement favorable aux demandes des syndicats D) Il est généralement favorable aux intérêts des grandes compagnies 10.Les relations entre le gouvernement fédéral et celui du Québec sont tendues dans les années d\u2019après- guerre.Duplessis poursuit la position traditionnelle des premiers ministres du Québec.De quelle position s\u2019agit-il ?A) L\u2019indépendance du Québec B) L\u2019autonomie provinciale C) Le fédéralisme centralisateur D) Le fédéralisme coopératif 11.Quel moyen le gouvernement du Québec va-t-il utiliser pour augmenter ses revenus?A) La création d\u2019un impôt provincial B) L\u2019augmentation des taxes sur l\u2019essence C) La fin des transferts au fédéral D) La fin des subventions aux universités 12.Le 21 janvier 1948, Maurice Duplessis fait une annonce importante aux députés de l\u2019Assemblée législative du Québec au cours de laquelle il souligne le nationalisme canadien-français.De quelle annonce s\u2019agit-il?A) La création de l\u2019Université de Sherbrooke B) L\u2019adoption de l\u2019hymne national du Québec C) L\u2019adoption du drapeau québécois, le fleurdelisé D) L\u2019adoption du drapeau canadien, l\u2019unifolié Retrouvez les réponses en page 38 Balado Passé date ?(3e saison) \u2013 Quiz Épisode : Duplessis, le cheuf! 35 TRACES | Volume 62 no 2 Revue de la SPHQ | Printemps 2024 Annie Masson, Chantal Clabrough et Pascal Bureau \u2014 lauréats québécois du Prix de 2023.Photo par Kate Jaimet.L E S P R I X D \u2019 H I S TO I R E D U G O U V E R N E U R G É N É R A L P O U R L\u2019 E X C E L L E N C E E N E N S E I G N E M E N T Pour de plus amples renseignements ou pour proposer un enseignant, visitez HistoireCanada.ca/PrixGG.\u2022 une bourse de 2 500 $; \u2022 une seconde bourse de 1 000 $ réservée à leur école; \u2022 une médaille.VOUS CONNAISSEZ DES ENSEIGNANTS QUI ONT UNE APPROCHE ORIGINALE POUR ENSEIGNER L\u2019HISTOIRE CANADIENNE?NOUS VOULONS LES CONNAÎTRE! La Société Histoire Canada est à la recherche des meilleurs professeurs d\u2019histoire canadienne au pays.Peu importe qu'ils aient trois ou trente années d\u2019expérience, la Société veut souligner le leadership et l\u2019esprit innovateur de ceux et celles qui transmettent aux jeunes leur passion pour le passé.SIX LAURÉATS RECEVRONT 36 TRACES | Volume 62 no 2 Revue de la SPHQ | Printemps 2024 Projet de simulation d\u2019une assemblée du conseil de sécurité de l\u2019ONU Alexandre Robillard, Enseignant d\u2019histoire et géographie culturelle en 3e et 5e secondaire, Académie Ste-Thérèse Denis Robitaille, Enseignant d\u2019histoire en 3e et 5e secondaire, Académie Ste-Thérèse Récipiendaires du prix d\u2019excellence en enseignement de l\u2019histoire de la SPHQ 2023 Genèse du projet Rentrée scolaire  2020, une autre année s\u2019amorce pour les enseignants du système scolaire québécois.Derrière un mois de septembre comme tous les autres, une situation extraordinaire se dessine au fil du temps.Dans la grisaille de l\u2019hiver, nous évoquons l\u2019idée de mettre sur pied un grand projet afin de revaloriser l\u2019enseignement des sciences humaines ainsi que le rayonnement de notre département au sein de notre école.Comment « donner le goût » à nos élèves d\u2019embrasser la géographie et l\u2019histoire, la sociologie et l\u2019actualité tout en étant des joueurs actifs de ces apprentissages si importants ?Comment rivaliser avec le monde de la science qui, évidemment, « ouvre toutes les portes » ?Dans notre école, les sciences sont très présentes, club de robotique, FABLAB (Laboratoire de fabrication), laboratoires où de belles expériences sont réalisées.Bref, tout pour attirer les élèves dans l\u2019univers des sciences dures.Comment un cours de géographie culturelle et d\u2019histoire du XXe siècle pourrait bien rivaliser devant une offre aussi alléchante ?Frappés de plein fouet par la pandémie, malgré la réorganisation de notre travail et de nos méthodes d\u2019enseignement « virtuelles », nous réfléchissons toujours à notre grand projet.Après quelques mois de réflexion, nous nous entendons pour créer notre première simulation d\u2019un Conseil de Sécurité de l\u2019ONU.Deux années s\u2019écouleront entre la prise de décision concernant l\u2019activité et la réalisation de cette dernière.Beaucoup de planifications et de consultations.Un grand merci à Bruno Marcotte et Emmanuel Coutu du Cégep Lionel Groulx pour tous les conseils, et l\u2019accès à la pratique régionale des cégeps et universités de la grande région montréalaise.Pour nous, pas question de rater notre chance de mettre en place une superbe activité non évaluée et mobilisatrice pour nos élèves.Réalisation du projet Un travail de cette ampleur ne se faisait pas sans préparation.Les élèves, divisés en 15  équipes, ont eu du temps en classe pour préparer l\u2019Assemblée.Ils et elles avaient à étudier les règles et procédures d\u2019une assemblée, effectuer une recherche approfondie sur leur pays et étudier l\u2019enjeu de la simulation afin de préparer leur discours d\u2019ouverture et leur argumentaire.C\u2019est donc ainsi que, le vendredi 21 avril 2023, se déroulait la première édition de la Simulation des Nations Unies de 37 TRACES | Volume 62 no 2 Revue de la SPHQ | Printemps 2024 l\u2019Académie Ste-Thérèse.Pour cette grande première, les élèves avaient la lourde tâche de trouver des solutions aux problèmes de la faim et de la malnutrition dans le monde.En lever de rideau, témoignage d\u2019une ancienne élève de la cohorte 2003-2004, Léa Pelletier Marcotte.Cette dernière est venue témoigner de la richesse et des opportunités que son parcours en univers social lui a offert et de son amour pour les Simulations des Nations Unies, tant aux niveaux secondaire, que collégial et universitaire.Elle a réussi à briser, aux yeux de nos élèves, le mythe bien ancré qu\u2019étudier en sciences humaines offre bien peu de perspectives palpitantes.Avocate, chargée de cours universitaire, impliquée dans différents projets sociaux, elle a également travaillé à Genève pour l\u2019ONU, précisément ONUSIDA.Son public, nos élèves, était subjugué.Lors du dîner, elle a répondu à une multitude de questions, particulièrement de jeunes filles lui disant vouloir suivre un cheminement similaire au sien.Retournons à l\u2019activité principale, la simulation.Tout au long de la journée, les délégués ont échangé avec verve et intensité afin de faire approuver des solutions concrètes à la problématique de la faim dans le monde et à la malnutrition, tout en s\u2019assurant de défendre les intérêts géopolitiques du pays qu\u2019ils et qu\u2019elles représentaient.À la fin de la journée, les jeunes diplomates sont parvenus à signer une déclaration commune regroupant 10  engagements pour s\u2019attaquer aux problématiques alimentaires mondiales.Une nouvelle dramatique allait chambouler la journée peu avant le dîner et a semé l\u2019émoi chez les représentants réunis en session formelle.Notre journaliste maison informait l\u2019auditoire qu\u2019un convoi d\u2019aide alimentaire en route pour le Gabon venait tout juste d\u2019être attaqué par les troupes du groupe Wagner, des mercenaires employés régulièrement par la Russie.Cette nouvelle « coup de poing » a bien évidemment engendré son lot de protestation à l\u2019encontre des représentants de la Russie et relancé les débats et négociations pour un après- midi haut en couleur.Didactique du projet L\u2019Assemblée était divisée, en alternance, en périodes de travail formel et en périodes de travail informel.Les périodes de travail formel correspondaient au temps passé en assemblée, tandis que les périodes de travail informel correspondaient au temps passé à l\u2019extérieur de l\u2019assemblée.C\u2019est à ce moment que les élèves débattaient, négociaient, créaient des alliances et préparaient des propositions qu\u2019ils allaient soumettre lors du prochain temps d\u2019Assemblée.Élèves participants à la simulation d\u2019une assemblée générale du Conseil de sécurité de l\u2019ONU.Une plateforme numérique a été utilisée pour communiquer les temps de travail aux élèves et pour leur permettre de remettre leurs propositions par écrits.Pour rédiger leurs propositions, les élèves avaient un document canevas à remplir.Ce document, sous forme de tableau, leur permettait d\u2019organiser leurs idées tout en respectant la formulation et le décorum attendu.Lors du temps en Assemblée, les élèves allaient présenter les propositions qu\u2019ils avaient rédigées avec d\u2019autres délégations.Une période de questions faisait suite à la présentation avant que l\u2019Assemblée ne passe aux votes.Les élèves prenaient donc le micro à tour de rôle.Pour qu\u2019une proposition soit acceptée, la majorité de la salle, soit 9  équipes sur 15 devaient voter en faveur sans qu\u2019il n\u2019y ait de rejet de la proposition par un membre permanent (équipe possédant un droit de veto, soit : Chine, États-Unis, France, Royaume-Uni et Russie).Nous avons fait le choix stratégique de diviser les élèves en 15  équipes (Conseil de sécurité) afin de maximiser le temps de parole et l\u2019implication des équipes.Nous avons aussi fait le choix de garder le droit de veto afin de sensibiliser les élèves au contexte géopolitique et diplomatique actuel.Contexte qui démontre le poids de certaines nations sur les affaires mondiales.Succès et rayonnement Le succès de cette journée a été incontestable et le département d\u2019univers social a rayonné plus que jamais en ce 21 avril 2023.La direction, les collègues, nos élèves et même les élèves de chimie et physique n\u2019avaient que de commentaires positifs.Notre collègue de Chimie nous demandait même d\u2019inclure une délégation du GIEC (Groupe d\u2019experts intergouvernemental sur l\u2019évolution du climat) formé d\u2019élèves de science lors de notre prochaine simulation.Ce succès, nous le devons surtout aux délégués, nos élèves, qui se sont préparés tout au long 38 TRACES | Volume 62 no 2 Revue de la SPHQ | Printemps 2024 de l\u2019année et qui ont joué un grand rôle dans la réussite de cette journée.Devant tant de commentaires élogieux, nous avons confirmé que la Simulation des Nations Unies serait de retour pour 2023-2024, avec une deuxième édition fortement attendue.Les 19 avril 2024, nos jeunes délégués chercheront à trouver des solutions au problème des réfugiés climatiques.Document préparatoire Ce qui est magnifique, outre la journée mémorable que nous avons vécue et l\u2019atteinte de l\u2019objectif de stimuler l\u2019intérêt de l\u2019histoire, de la géographie et des sciences humaines, c\u2019est le rayonnement et l\u2019effet boule de neige que cette simulation a créée.Des élèves de l\u2019équipe technique nous ont soutenues dans la réalisation audiovisuelle de cette journée et certains ont déjà hâte de vivre cette activité dans quelques années.L\u2019enseignante de français responsable de l\u2019option journalisme a produit un magnifique journal avec ses élèves de 4e et 5e secondaire.Ces derniers sont venus couvrir l\u2019évènement, faire des entrevues avec les diplomates et notre présidente d\u2019honneur ainsi que prendre des centaines de photos.Certains ont même fait un éditorial autour du débat entre les sciences et l\u2019univers social.Plus important encore, le nombre d\u2019élèves qui ont terminé l\u2019année en disant que maintenant ils avaient un plan, un projet d\u2019avenir.Quelques jeunes filles dynamiques et allumées désirant même se retrouver dans des fonctions diplomatiques ou politiques.Reconnaissants envers les efforts que nous avons commencé à déployer il y a bientôt trois ans, plusieurs élèves nous ont demandé de pouvoir revenir l\u2019an prochain afin de camper les positions clés de l\u2019administration de cette journée.Quand des jeunes du Cégep veulent revenir bénévolement investir de leur précieux temps pour vous et votre activité, vous pouvez dire mission accomplie.Réponses : Balado Passé date ?(3e saison) \u2013 Quiz sur Duplessis, le cheuf! de la page 33 1.C 7.D 2.A 8.B 3.D 9.D 4.A 10.B 5.C 11.A 6.B 12.C 39 TRACES | Volume 62 no 2 Revue de la SPHQ | Printemps 2024 L\u2019histoire selon ChatGPT : retour sur une expérience pédagogique Mahdi Khelfaoui, Professeur au Département des sciences humaines, UQTR Texte publié le 17 février dans Le Devoir Les avancées actuelles en intelligence artificielle (IA) s\u2019accompagnent d\u2019une litanie de prophéties annonçant des révolutions tous azimuts dans presque tous les secteurs de l\u2019activité humaine, de la production manufacturière à la pratique juridique en passant par le diagnostic médical et la création artistique.Récemment, une émission télévisée réunissant le gratin du milieu montréalais de l\u2019IA listait même l\u2019enseignement, domaine d\u2019interaction humaine par excellence, dans les champs qui allaient bientôt être bouleversées par l\u2019introduction des modèles d\u2019IA générative.Cette prédiction n\u2019a cependant rien d\u2019étonnant puisqu\u2019elle s\u2019inscrit dans le concert des discours, souvent alarmistes, d\u2019autoproclamés « experts » en pédagogie qui annoncent la transformation inéluctable des modèles d\u2019apprentissage et d\u2019évaluation dits « traditionnels », en anticipation de l\u2019utilisation massive des agents conversationnels par les étudiants.On ne compte évidemment plus les révolutions technologiques qui, depuis trente ans, étaient censées transformer radicalement le monde de l\u2019éducation.Il suffit de penser à la révolution des tableaux blancs interactifs annoncée il y a quelques années, avant que l\u2019on ne se rende compte que, pour différentes raisons, la plupart des enseignants n\u2019utilisaient cet onéreux dispositif que comme un simple projecteur.L\u2019enseignement à distance en période pandémique a également dévoilé les limites pédagogiques de l\u2019école virtuelle, voire ses effets néfastes sur les apprentissages.Pourtant, les experts sont de nouveau affirmatifs : cette fois, les choses seront différentes avec l\u2019IA.Les prenant au mot, j\u2019ai décidé à l\u2019automne dernier d\u2019assigner aux étudiants inscrits à mon cours d\u2019histoire des sciences et des techniques un exercice pratique qui leur permette, dans une démarche réflexive, d\u2019évaluer les aptitudes réelles en histoire du plus populaire des agents conversationnels, ChatGPT (dans sa version gratuite).Les étudiants devaient dans un premier temps rédiger une biographie synthétique d\u2019un scientifique ou d\u2019un inventeur relativement connus, sur le modèle des textes produits dans le Dictionnaire biographique du Canada.Pour réaliser ce travail, ils se documenteraient avec au moins trois sources évaluées par les pairs (articles de revues ou d\u2019encyclopédies, ouvrages).Dans un second temps, les étudiants devaient produire la même biographie, mais en s\u2019appuyant cette fois uniquement sur des interactions avec ChatGPT.Dans un troisième temps, les étudiants devaient comparer les deux biographies et réaliser une analyse critique des écarts observés entre les deux textes.Un des objectifs visés par l\u2019exercice était de permettre aux étudiants de sonder l\u2019agent conversationnel en ayant déjà une certaine maîtrise de leur sujet, afin d\u2019identifier plus facilement les limites d\u2019un usage « à l\u2019aveugle » de cet outil souvent présenté comme miraculeux.Des faits erronés et des références inventées Les étudiants n\u2019ont pas été déçus par les résultats de leurs échanges avec ChatGPT.Premier constat, qui était attendu, les erreurs factuelles produites par l\u2019algorithme furent légion.À une étudiante qui avait travaillé sur le pionnier de l\u2019informatique (et de l\u2019IA!) Alan Turing, ChatGPT affirma que le mathématicien britannique avait conçu et non pas déchiffré les codes des machines Enigma utilisées par les Nazis durant la Seconde Guerre mondiale  : une erreur grossière.Il lui apprit également que Turing avait effectué un séjour de recherche à l\u2019Institute of Advanced Studies de l\u2019Université Princeton entre 1945 et 1946, alors que l\u2019étudiante avait plutôt noté les dates de 1936 et 1938 dans sa propre recherche.Interrogé à propos de cet écart de dates, ChatGPT a confessé s\u2019être emmêlé les pinceaux entre Turing et l\u2019un de ses contemporains, le mathématicien hongrois John von Neumann, dont le nom est plutôt associé à la théorie des jeux.Hélas, vérification faite, von Neumann, bien qu\u2019il se trouvât aux États-Unis entre 1945 et 1946, n\u2019avait pas non plus mis les pieds à Princeton.Un autre étudiant qui travaillait sur l\u2019inventeur Alexander Graham Bell remarqua que ChatGPT lui attribuait la paternité du «  visible speech  », alors que c\u2019est à son père, Alexander Melville Bell, qu\u2019il aurait dû créditer l\u2019invention de ce système phonétique.ChatGPT a également appris à un étudiant que le prix Nobel de physique français Louis Néel avait été formé par Marie Curie avant de fonder son propre laboratoire à l\u2019Université de Strasbourg, puis d\u2019occuper un poste de professeur à La 40 TRACES | Volume 62 no 2 Revue de la SPHQ | Printemps 2024 Sorbonne, autant d\u2019affirmations erronées.Dans les cas de figures scientifiques moins connues, comme l\u2019astronome française du 18e  siècle Nicole-Reine Lepaute, ChatGPT s\u2019est montré encore plus confus en générant des pans entiers de biographies fictives.Si ces écarts ont pu faire sourire les étudiants, ils et elles ont cependant trouvé moins drôle que les élans d\u2019inventivité non-contrôlés de ChatGPT, ou « hallucinations » comme les désigne le jargon de l\u2019IA par un anthropomorphisme abusif, s\u2019étendent aux références bibliographiques.L\u2019étudiant qui travaillait sur le physicien Louis Néel avait peiné à collecter des sources pour documenter son travail.Il fut donc surpris de constater que la biographie produite par ChatGPT renvoyait à plusieurs ouvrages universitaires qu\u2019il avait été incapable de trouver, avant d\u2019être encore plus étonné de découvrir que ces références étaient en fait inventées de toute pièce.Une étudiante ayant choisi d\u2019explorer la carrière du médecin Ignace Philippe Semmelweis a non seulement découvert que ChatGPT lui avait suggéré des références inexistantes, bien qu\u2019elles paraissent à première vue plausibles, mais que même les vraies références qu\u2019il avait fournies ne mentionnaient Semmelweis que de façon anecdotique.Fait intéressant, un des ouvrages mentionnés par ChatGPT était même considéré comme une référence de qualité médiocre par les historiens sérieux du médecin austro-hongrois.Deuxième constat, méthodologique cette fois, ChatGPT était non seulement susceptible d\u2019enrichir l\u2019historiographie d\u2019œuvres imaginaires, mais même lorsqu\u2019il proposait des références réelles, la qualité de sa revue de littérature pouvait s\u2019avérer faible et peu pertinente.D\u2019un point de vue pédagogique, j\u2019aurais pu exploiter ces références bibliographiques inventées pour expliquer aux étudiants la « mécanique » derrière le fonctionnement de ChatGPT: ses « hallucinations » ne sont pas uniquement dues, comme on l\u2019entend souvent, au fait que les données sur lesquelles il a été entraîné (en gros, le contenu d\u2019Internet jusqu\u2019en 2021) contiennent elles-mêmes des erreurs factuelles ou des informations contradictoires et biaisées, puisque les références erronées qu\u2019il produit n\u2019existent tout simplement pas sur Internet.Ces «  hallucinations  » sont en réalité indissociables de l\u2019outil lui-même, qui reste un très puissant générateur de texte \u2026 probabilistes, formant des phrases à partir de la probabilité que des mots apparaissent dans des phrases et des contextes similaires.Autrement dit, ni intelligent, ni créatif, ChatGPT est un algorithme qui s\u2019appuie sur des méthodes statistiques de calcul de probabilités et une quantité massive de données d\u2019apprentissage pour générer le texte ayant les chances les plus élevées de répondre «  correctement  » à une question qui lui est posée.Même s\u2019il était entraîné sur un corpus de données « parfaites » (encore faudrait- il définir ce que cela signifie, en particulier en histoire), la probabilité qu\u2019il génère des erreurs demeurerait non nulle.ChatGPT répond donc en termes probabilistes et non en fonction de critères de vérité, son « intelligence » n\u2019est par conséquent qu\u2019apparente, comme l\u2019est celle de tous les algorithmes.Une approche biographique simpliste La troisième limite identifiée par certains étudiants dans la prose de ChatGPT renvoie à la nature même de ce que devrait être une bonne biographie scientifique.Plusieurs étudiants ont remarqué que les textes générés par ChatGPT versaient régulièrement dans l\u2019hagiographie et présentaient les savants ou les inventeurs comme des génies individuels et des héros solitaires de la science, oblitérant du même coup le contexte social et intellectuel qui avait influencé leur trajectoire.Un étudiant qui avait pris Antoine Lavoisier pour sujet a ainsi constaté que, contrairement à son texte, celui de ChatGPT avait omis de situer les découvertes du chimiste français sur l\u2019oxygène par rapport aux expériences de son contemporain britannique Joseph Priestley, qui s\u2019appuyait sur le concept de phlogistique.Cette mise en contexte est pourtant cruciale pour comprendre l\u2019originalité de la démarche scientifique de Lavoisier et la rupture épistémologique qu\u2019elle opère avec l\u2019approche qualitative qui prévalait jusque-là en chimie.Encore plus flagrant est le cas de Thomas Edison, présenté par ChatGPT comme l\u2019« inventeur » de l\u2019ampoule électrique, une affirmation qui relève du sens commun mais qui est dénuée de profondeur historique.En effet, le développement de la lampe à incandescence avec filament de carbone découlait plutôt d\u2019un travail d\u2019invention collectif, Edison étant lui-même à la tête d\u2019une équipe d\u2019inventeurs employés dans son laboratoire à la fin des années 1870.À l\u2019époque, Edison était d\u2019ailleurs loin d\u2019être le seul à travailler sur un concept de lampe à incandescence, comme en témoigne son association avec l\u2019électricien britannique Joseph Swan.Le succès de son modèle était également tributaire du recours à d\u2019autres innovations, avec au premier chef la pompe à mercure développée par le chimiste germano-britannique Hermann Sprengel en 1865.Présenter Thomas Edison sous le seul angle de l\u2019inventeur génial, c\u2019est oublier que ce qui a rendu son existence sociale possible est l\u2019émergence de la recherche industrielle, qui commençait à s\u2019organiser en activité collective dans les entreprises à la fin du 19e siècle.Pour conclure, même si ChatGPT a généré des biographies scientifiques d\u2019apparence impeccable, composées de phrases bien structurées et dénuées de fautes de grammaire ou de syntaxe, il a également montré des limites 41 TRACES | Volume 62 no 2 Revue de la SPHQ | Printemps 2024 importantes tant du point de vue de la précision des faits présentés, de la pertinence des sources fournies, que de la problématisation de ses sujets biographiques.Pour les professeurs, cela en fait sans doute pour l\u2019instant un très bon outil réflexif à exploiter dans des cours de méthodologie de la recherche historique.Pour les étudiants, c\u2019est un outil qui peut sans doute s\u2019avérer utile dans la simplification de certaines tâches (traduire des extraits de texte, suggérer des sujets de travaux ou des pistes de réflexion, améliorer la qualité de leurs écrits).Néanmoins, l\u2019exercice réalisé par mes étudiants montre qu\u2019avant de mener un échange approfondi avec ChatGPT sur un sujet historique donné, une connaissance raisonnable du sujet en question demeure un préalable essentiel afin de ne pas se laisser berner par ses multiples pièges.Cours d?été intensifs de latin et de grec ancien FONDATION HUMANITAS Présentation en soirée de quelques grands auteurs de l?Antiquité C O N S U LT E Z L E S I T E fondationhumanitas.ca > Nos formations > Cours d?été intensifs Plusieurs bourses étudiantes offertes Du 23 juin au 6 juillet 2024 En hébergement à l?Abbaye Saint-Benoît-du-Lac 42 TRACES | Volume 62 no 2 Revue de la SPHQ | Printemps 2024 Le récit en histoire : étude exploratoire sur sa conception et son usage en enseignement chez des étudiants en formation Stéphane Martineau et Félix Bouvier, UQTR Introduction Depuis de nombreuses années, les deux auteurs de cet article, collègues en sciences de l\u2019éducation et amis échangent sur de nombreux sujets liés à la sociologie et à la philosophie de l\u2019éducation, mais davantage encore sur l\u2019histoire de l\u2019éducation, en particulier québécoise (Allard et al., 2019), cela dans le contexte de la formation des maîtres qui est leur prisme professionnel.Évidemment, le débat sur l\u2019enseignement de l\u2019histoire (2006-2017) qui a animé le monde didactique, ainsi que nombre d\u2019historiens québécois de l\u2019histoire du Québec et du Canada (Bouvier, F.et C.-P.Courtois, 2021) a très souvent fait l\u2019objet d\u2019échanges entre eux.Au fil de ces conversations, l\u2019importance du récit en enseignement-apprentissage de l\u2019histoire nationale a éventuellement émergé comme étant souvent l\u2019angle mort de cet immense débat, tel que le développe par ailleurs avec beaucoup d\u2019acuité ces dernières années le sociologue et historien Gérard Bouchard (2019; 2023), cela de façon corollaire à la présence de mythes nationaux sains lorsque l\u2019on enseigne ou que l\u2019on apprend cette noble discipline qu\u2019est l\u2019histoire nationale.En conséquence, tant en aval qu\u2019en amont de ces considérations, nous avons eu l\u2019idée ces dernières années de stimuler la réflexion des futurs enseignantes et enseignants d\u2019histoire à l\u2019ordre secondaire sur ces sujets.Le texte qui suit rend ainsi compte du processus et des résultats de recherche sur ces thèmes et tout particulièrement sur l\u2019importance du récit à insuffler ou non à la génération montante lorsqu\u2019on se prépare à lui enseigner.Mise en contexte Que l\u2019on étudie ou enseigne l\u2019histoire générale ou l\u2019histoire de sa propre nation, nous sommes confrontés à un implacable problème qui consiste à intégrer, comprendre et rendre au mieux le concept de temps.Car le temps est un phénomène à la fois simple et éminemment complexe quant à ses nombreux tenants et aboutissants (Johnson, 1979).Comme le souligne et l\u2019analyse Paul Ricoeur, à la suite de Platon, nous dit-il, il s\u2019agit entre autres «de l\u2019invincible parole qui, avant toute notre philosophie et malgré toute notre phénoménologie de la conscience du temps, enseigne que nous ne produisons pas le temps, mais qu\u2019il nous entoure, nous encercle et nous domine de sa redoutable puissance (1983, p.30 à 32).Le temps est éminemment fuyant, en particulier pour ce qui est d\u2019essayer de le conceptualiser.Alors, comment lui donner une cohérence qui peut à la fois encadrer et stimuler le ou la pédagogue d\u2019une part et les élèves ou étudiants, d\u2019autre part?Comment rendre le temps qui s\u2019écoule cohérent, comment éviter de se sentir happer et peut-être noyé par la nomenclature peu compréhensible d\u2019événements dénués d\u2019un sens qui peut nous atteindre et nous stimuler?Bref, comment produire du sens par l\u2019étude du temps?Ricoeur répond : par l\u2019intrigue! (1986) Une intrigue est ce qui permet, par-delà les mises en place de la méthode historique, néanmoins très souhaitable, de transformer le flot d\u2019événements multiples en une suite cohérente de faits.Cette intrigue est la mise en récit de soi, ou de son histoire nationale, dans le temps.C\u2019est rendre le temps intelligible, c\u2019est identifier un départ, un développement et une possible fin au récit.Chaque étape participe dans ce contexte au déroulement de l\u2019intrigue et devient un élément qui s\u2019inscrit dans le développement du récit, puis contribue de manière cohérente au cheminement vers un aboutissement.Malgré ce qu\u2019affirment certains didacticiens (Dagenais et Laville, 2007), en histoire, il ne saurait donc y avoir présentation de la matière sans une certaine mise en récit.Il s\u2019agit moins de remplacer l\u2019histoire-récit par quelque chose d\u2019autre que de savoir quelle histoire-récit est privilégiée?Comme le rappelle judicieusement Bruner (1996, 2005), l\u2019histoire est nécessairement sélection de ce qui est estimé pertinent et approprié ou ne l\u2019est pas, car elle implique une forme d\u2019évaluation des événements.Ultimement, elle est proposition d\u2019un récit, c\u2019est-à-dire présentation d\u2019une séquence d\u2019événements et de leur raison d\u2019être, ce qui peut expliquer pourquoi ce récit plutôt qu\u2019un autre ou plutôt que le silence?Aussi, comme il le 43 TRACES | Volume 62 no 2 Revue de la SPHQ | Printemps 2024 dit si bien : « Les modèles narratifs ne se bornent en effet pas à donner forme au monde; ils façonnent également les esprits qui cherchent à lui donner un sens  » (2005, p.40).Tel que l\u2019énonce Jean Leduc (2007), qui reprend l\u2019expression de Marrou (1954), « le travail de l\u2019historien est «relatif à sa situation dans le monde et sa situation d\u2019être dans le monde» et sa reconstruction du passé ne peut être qu\u2019un honnête compromis.Compromis dans la mesure où son travail est soumis à des contraintes et est jalonné de choix.Honnête dans la mesure où il est conscient de ses limites, accepte d\u2019être mis en question, joue cartes sur table et n\u2019occulte pas délibérément certains pans du passé.» (n.p.) En partant néanmoins du principe que le « temps est une base sûre » (Riondet, 2008, p.10), nous avons mené une modeste recherche exploratoire avec des étudiants en formation à l\u2019enseignement au secondaire, dans un cours de didactique de l\u2019histoire nationale du Québec-Canada, étude et données colligées à l\u2019hiver 2023.Une question qui se pose d\u2019abord à partir de lectures ciblées que nous leur avons fait faire (Leduc, 2007; Ricoeur, 1985, 1986; Riondet, 2008), est de constater et comprendre ce qu\u2019ils conçoivent du rôle du récit en tant que futurs enseignantes ou enseignants à l\u2019ordre d\u2019enseignement secondaire.Par exemple, est-ce que pour ces étudiants le récit national est essentiel, ou non et jusqu\u2019où le cas échéant, pour rendre intelligible cette histoire nationale?Pour eux, est-ce que cet enseignement à venir part, à l\u2019image de l\u2019historien, d\u2019une utilisation efficace d\u2019une documentation appropriée et est-ce que la pédagogie ainsi mise en place a aussi « besoin de toute son expérience personnelle et de son imagination pour reconstituer le passé » (Riondet, 2008, p. 10)?Aspects théoriques qui ont guidé cette recherche Dans notre étude, nous nous sommes essentiellement inspiré des travaux du philosophe Paul Ricoeur.C\u2019est pourquoi, avant de parler plus spécifiquement de sa vision de l\u2019histoire, nous jugeons ici important de présenter brièvement sa pensée générale.Pour le philosophe français - 1913-2005 - la conscience n\u2019est ni une origine, ni un fondement.Elle est plutôt une tâche à faire.C\u2019est pourquoi il a développé une phénoménologie de la volonté en pensant la conscience comme ce qui dit «  je veux  ».Selon lui, nous nous comprenons nous même d\u2019abord comme volonté.Il ne faut toutefois pas penser cette volonté comme souveraine, comme une subjectivité qui domine le monde et les évènements.Au contraire, la volonté est pensée ici comme un enchevêtrement perpétuel de volontaire et d\u2019involontaire.Assumer la partie involontaire de ma volonté - le monde qui résiste, l\u2019inconscient, l\u2019histoire qui me fait, etc.- signifie passer de la volonté que j\u2019ai à la volonté que je suis.Ainsi, la volonté que je suis coïncide avec mon existence, avec tout mon être.À cette question de la volonté, Ricoeur adjoint une définition du comprendre.Comprendre pour lui c\u2019est passer par la « voie longue » de la médiation, notamment celle des productions humaines.C\u2019est pourquoi il considère que la philosophie ne peut être la science des consciences.Parce que l\u2019appréhension directe de soi par soi est impossible : pas plus pour le commun des mortels que pour le philosophe.On ne peut en effet connaître le sujet entièrement par la seule réflexion directe parce que son activité se dépose inévitablement dans des objets, des actes et des œuvres qui constituent le monde du sujet.Par conséquent, la compréhension de soi - la compréhension de l\u2019être humain - passe nécessairement par l\u2019analyse du monde symbolique, social et culturel où la conscience peut trouver les traces de sa propre activité devenue, en quelque sorte, extérieure à elle-même.On ne part donc jamais de zéro dans notre réflexion mais, toujours, on recommence; recommencement nourri du langage, nourri des œuvres de l\u2019humanité.L\u2019être humain est ainsi à la fois finitude (notre vie prend fin un jour) et infinitude à travers les œuvres avec lesquelles nous dialoguons.L\u2019infinitude de l\u2019être humain se trouve dans le langage qui est certes un système de signes mais qui est aussi - et peut-être surtout - un discours, c\u2019est-à-dire capacité de dire quelque chose sur le monde, tant pour soi que pour les autres.Donc, afin de me penser, je dois nécessairement passer par l\u2019extériorité (langages, œuvres, l\u2019histoire, autrui).Cette rencontre de l\u2019extériorité est nécessaire et représente non seulement une exigence épistémologique mais aussi un principe éthique.Dans ses travaux, Ricoeur a aussi mené une critique de trois importants courants en histoire  : L\u2019histoire antipositiviste axée sur l\u2019intentionnalité des acteurs; l\u2019historiographie française des Annales (par exemple, on pense aux travaux de Fernand Braudel); l\u2019histoire inspirée de la philosophie analytique.Selon le philosophe français, les trois courants font la même erreur : ils oublient l\u2019importance du récit.  Un fait historique ne peut être réduit à un statut d\u2019exemple d\u2019une loi (comme le pense le positivisme).Mais, contrairement à ce que pense le courant intentionnaliste, on ne peut en rester aux seules intentions des acteurs, notamment parce que nous n\u2019avons pas un accès direct à ces intentions, tel que mentionné.Ainsi, contre les antipositivistes, Ricoeur affirme que l\u2019histoire n\u2019est pas la somme des intentions des protagonistes.  Contre les positivistes, en revanche, il rappelle que les explications historiques sont insérées dans des discours narratifs, ils sont déjà des «  faits  » interprétés.  Ainsi, l\u2019histoire ne se 44 TRACES | Volume 62 no 2 Revue de la SPHQ | Printemps 2024 résume pas à des causes ni aux intentions, elle renvoie plutôt à des actions et donc, en partie, à la contingence.Les trois courants \u2013 lesquels sont tous anti-narrativistes \u2013 mettent ou bien l\u2019accent sur l\u2019explication (positivisme) ou sur la compréhension des intentions (antipositivisme) et, ce faisant, ils instaurent une coupure entre méthode et expérience (car l\u2019expérience de l\u2019histoire par les acteurs se fait sous forme de récit).Or, le choix entre méthode objectiviste et méthode subjectiviste est un faux choix selon Ricoeur.Si l\u2019histoire est inséparable du récit (et donc de la prise en compte des intentions des acteurs), elle est tout de même une discipline à visée scientifique qui doit faire la preuve de ce qu\u2019elle avance.Par conséquent, explications (faits objectifs) et compréhensions (intentions des acteurs) sont alors nécessaires. En tant que discipline éminemment herméneutique, l\u2019histoire doit donc dépasser à la fois la phénoménologie et le positivisme pour interpréter adéquatement le passé.  À sa réflexion sur l\u2019histoire, il faut aussi adjoindre celle sur la fiction, car, comme les spécialistes le savent, celle-ci a donné lieu à de multiples réflexions dans la discipline (Loriga et Revel, 2022).Selon Ricoeur, la fiction possède deux fonctions : 1- elle est « révélante »; 2- elle est aussi «  transformante  ».Ainsi, il affirme  : «  (.) révélante, en ce sens qu\u2019elle porte au jour des traits dissimulés, mais déjà dessinés au cœur de notre expérience praxique; transformante, en ce sens qu\u2019une vie ainsi examinée est une vie changée, une vie autre » (1985, p.285).Pour Ricoeur, le récit a aussi un effet cathartique.La catharsis produite par le récit est possible en raison de l\u2019effet de prise de distance par rapport à nos affects.Le récit a ainsi un effet « moral » parfois plus qu\u2019esthétique sur le lecteur.À la lumière de la pensée de Ricoeur, on comprend aisément le défi qui incombe aux enseignants d\u2019histoire.Comment aider les élèves à comprendre le monde - et à se comprendre eux-mêmes dans ce monde - en les faisant passer par la « voie longue » de la médiation des productions humaines  ?Comment guider la rencontre de «  l\u2019extériorité  » que représente l\u2019histoire, passage obligé à la compréhension de soi (individuellement et collectivement)  ?Comment dépasser une vision de l\u2019histoire anti-narrativiste en ne se limitant ni aux intentions des acteurs, ni aux seuls faits et en faisant parfois usage de la fiction sans que celle-ci ne dénature, et cela est important, l\u2019histoire à enseigner, c\u2019est-à-dire que les faits historiques eux-mêmes et admis par l\u2019historiographie ne soient pas remis en cause.Bref, comment mettre en récit l\u2019histoire pour qu\u2019elle soit significative?C\u2019est donc avec ce cadre général de pensée que nous avons invité des étudiants en formation à l\u2019enseignement secondaire à réfléchir sur la mise en récit de l\u2019histoire en vue de son enseignement.Méthodologie Notre recherche est exploratoire et bien modeste, nous tenons à le préciser.La collecte des données a été effectuée à l\u2019hiver 2023 auprès de la vingtaine d\u2019étudiants du cours Didactique de l\u2019histoire nationale du Québec et du Canada.Il s\u2019agit d\u2019étudiantes et d\u2019étudiants en deuxième année de formation au baccalauréat en enseignement secondaire du Département des sciences de l\u2019éducation de l\u2019Université du Québec à Trois-Rivières.Au départ, l\u2019un de nous deux donne, à la quatrième rencontre (sur quinze), une prestation relative aux différents volets de ce débat qui a eu cours au Québec quant à ce que doit ou devrait être l\u2019enseignement-apprentissage de l\u2019histoire nationale, (Bouvier, F.et C.-P.Courtois, (dir.), 2021, p.336 à 375).Une semaine plus tôt, les étudiants ont reçu un courriel les subdivisant en équipes en vue d\u2019une confrontation d\u2019équipes (de leur choix, avec un nombre prescrit d\u2019équipiers) qui aura lieu trois semaines plus tard (cours sept), moment où ils devront aussi remettre un texte d\u2019une dizaine de pages résumant entre autres les plus importantes phases de ce débat.À l\u2019occasion de ce même courriel, les étudiants sont aussi prévenus (ils l\u2019ont aussi été verbalement dès la lecture du plan de cours à la première rencontre, en tout début de session) qu\u2019une page (ou deux, environ) devra porter sur l\u2019utilité potentielle du récit dans l\u2019enseignement de l\u2019histoire nationale au Québec.Pour ce faire, ils ont eu accès à deux textes déposés sur le portail de cours.Il s\u2019agit d\u2019un texte de Jean Leduc (2007) et d\u2019un second d\u2019Odile Riondet (2008), tous deux ayant le récit en histoire comme problématique de base, la seconde y mettant notamment de l\u2019avant la pensée du philosophe Paul Ricoeur.Au jour du débat, les étudiants ont évidemment toutes et tous remis le texte évoqué et une réflexion collective s\u2019est amorcée quant à différentes perceptions relatives à l\u2019utilité et à l\u2019utilisation du récit dans l\u2019enseignement de l\u2019histoire du Québec à des adolescents de quatorze à seize ans, en troisième et quatrième secondaires.Au cours des semaines suivantes, les deux auteurs de cet article ont lu attentivement chacune des réflexions écrites.Les textes ont été annotés en suivant une approche inspirée de l\u2019analyse par questionnement analytique (Paillé et Mucchielli, 2016, chapitre 10).Ensuite, les deux auteurs ont comparé leurs analyses de manière à bonifier celles-ci et à valider la procédure.Présentation et discussion des éléments relevés chez les étudiants Rappelons que nous n\u2019avons d\u2019autres ambitions dans ce qui suit que de soulever des éléments qui pourraient 45 TRACES | Volume 62 no 2 Revue de la SPHQ | Printemps 2024 alimenter la réflexion pour des recherches ultérieures.Sur la base des textes produits par les étudiants, il apparaît que l\u2019histoire est reconnue comme une science.Cependant, ce dernier concept semble pour eux relativement flou, à tout le moins jamais explicitement défini.Il est toutefois expressément associé à une démarche argumentée et rigoureuse.L\u2019enseignement de l\u2019histoire est, de son côté, jugé essentiel pour la compréhension non seulement du passé mais aussi du monde actuel.En cela, nos étudiants s\u2019alignent sur le discours proposé dans le programme d\u2019histoire pour les écoles secondaires mais, plus généralement, sur la pensée de Ricoeur pour qui, comme on l\u2019a vu plus haut, la compréhension de soi n\u2019est jamais directe mais passe par la voie longue de l\u2019étude des productions humaines.L\u2019histoire et son enseignement, il faut aussi le préciser, reposent sur un socle constitué par ce que les étudiants appellent les faits.Bien que l\u2019histoire soit vue comme une science, elle n\u2019est pas perçue comme une science de même nature que les sciences dites exactes.À l\u2019instar de ce que Ricoeur affirme, les futurs enseignants considèrent qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une science où l\u2019interprétation n\u2019est jamais définitive.Un fait peut en effet être interprété de multiples façons : « un texte historique n\u2019est jamais un texte qui est complètement factuel, il est parsemé de petites opinions » (sujet 10); « le récit n\u2019est pas seulement basé sur des faits historiques, mais également sur les interprétations et les opinions personnelles  » (sujet 11).Nos répondants semblent avoir compris, à tout le moins en partie, la spécificité épistémologique de l\u2019histoire qui en fait une discipline herméneutique (même si ce terme leur demeure pour l\u2019essentiel inconnu).Un autre élément intéressant ressort de nos données.Pour nos sujets, la nature interprétative de l\u2019histoire fait en sorte que le recours à la fiction est permis, voire souhaité, pour l\u2019enseignement de l\u2019histoire.La fiction n\u2019est pas pour eux incompatible avec la vérité si elle est bien utilisée (la bonne utilisation restant toutefois à définir).Un aspect leur paraît toutefois évident à savoir que l\u2019usage de la fiction doit impérativement se faire en vue de l\u2019apprentissage et non seulement pour divertir les élèves.La fiction possède donc pour eux une fonction pédagogique  : «  je trouve que c\u2019est tout à fait normal qu\u2019on crée des personnages mythiques dans notre histoire  » (sujet 1).La tension possible entre faits, vérité et fiction n\u2019est toutefois jamais abordée directement par les étudiants.Dans une certaine mesure, on peut dire que pour nos sujets, le choix entre méthode objectiviste et méthode subjectiviste est un faux problème, comme le suggère d\u2019ailleurs Ricoeur.En tant que discipline herméneutique, l\u2019histoire se situe en quelque sorte sur une ligne de crête entre la phénoménologie (subjectivisme, compréhension de l\u2019intention des acteurs) et une approche positive des faits.Il y a là, selon nous, quelque chose que mériterait d\u2019être investigué.En ce qui concerne les contenus à enseigner, l\u2019enseignement de l\u2019histoire nationale du Québec semble avoir une fonction non seulement d\u2019acquisition de connaissances mais aussi de construction de la citoyenneté  : «  l\u2019utilisation du récit dans l\u2019enseignement au secondaire permet d\u2019atteindre une des visées du programme qui est l\u2019éducation à la citoyenneté  » (sujet 5).En cela, une fois de plus, les futurs enseignants qui ont participé à notre petite étude semblent adhérer aux finalités du programme d\u2019histoire et à une conception de cette discipline en tant qu\u2019élément constitutif de l\u2019identité.L\u2019histoire et son enseignement ont ainsi une fonction non seulement culturelle et sociale mais aussi, pour le dire directement, politique  : «  Le récit peut être utilisé pour aider les élèves à comprendre la question nationale du Québec et à développer leur identité nationale » (sujet 11).Toujours en ce qui concerne les contenus, en accord avec la pensée de Ricoeur, nos sujets conçoivent que l\u2019enseignant a un rôle capital dans le choix des matériaux, dans leur organisation et dans leur présentation.Pour eux, il est même inévitable en histoire que les préférences personnelles de celui qui enseigne ressortent d\u2019une manière ou d\u2019une autre  : «  un historien ou encore un enseignant n\u2019est jamais parfaitement neutre lorsqu\u2019il fait le récit du passé » (sujet 9).Cependant, ces préférences ne doivent en aucun cas conduire à l\u2019endoctrinement des élèves.Ici, nos futurs enseignants conseillent la vigilance.Pour eux, l\u2019enseignant doit connaître ses « filtres » afin de les dépasser.Surtout, il doit être en mesure de présenter objectivement plusieurs points de vue sur une même question.En fait, la mise en récit de l\u2019histoire en vue de son enseignement doit permettre que l\u2019élève se fasse sa propre idée sur ce qui lui est présenté : « un enseignant doit permettre à ses élèves de construire leur connaissance d\u2019un épisode historique à partir de positions variées ainsi que de sources variées  » (sujet 9).Donc, cette mise en récit ne peut être un discours fermé, imposant des vérités indépassables : « le récit permet d\u2019éveiller les consciences des jeunes » (sujet 12).Le récit et son usage doivent donc être soumis à une éthique professionnelle, ce qui peut inclure, tel que vu, un certain usage de la fiction, pour autant, encore une fois, que celle-ci soit en corrélation avec l\u2019historiographie reconnue, c\u2019est incontournable.Précisons que, dans la conception que se font nos sujets de l\u2019enseignement de l\u2019histoire, il ne saurait être question de se passer du récit et ce pour deux raisons.Premièrement, le récit sert à motiver les élèves et la motivation est ici conçue essentiellement comme une implication de leurs émotions.Deuxièmement, le récit a aussi pour fonction de rendre la matière compréhensible : « l\u2019histoire devrait être racontée comme un roman, pour porter nos « spectateurs » dans une période antérieures » (sujet 8).Comme le sujet 2 l\u2019affirme  : «  Le récit, c\u2019est la trame narrative qui donne 46 TRACES | Volume 62 no 2 Revue de la SPHQ | Printemps 2024 une certaine thèse au cours de l\u2019histoire ».Donc, le récit motive, suscite l\u2019attention et l\u2019intérêt, rend compréhensible, soutient la construction du sens.Rappelons que pour Ricoeur l\u2019expérience de l\u2019histoire par les acteurs se fait nécessairement sous la forme du récit.En ce qui concerne l\u2019enseignement du thème ou du concept de nation en lui-même  : «  le récit est un outil essentiel à la compréhension de la question nationale au Québec car il permet à l\u2019élève d\u2019établir un lien entre le passé et le présent, de mieux comprendre la signification profonde des événements historiques qui ont façonné la nation québécoise, ainsi que la manière dont les choix et les décisions du passé continuent de façonner la société québécoise actuelle » (sujet 13).On le constate, le récit est conçu en quelque sorte comme un élément consubstantiel de l\u2019enseignement de l\u2019histoire.Or, l\u2019enseignement de l\u2019histoire, sa mise en récit, comportent également une fonction éthique pour les élèves \u2013 rappelons que pour Ricoeur le récit comporte un effet « moral » \u2013 car cela permet, aux dires de nos sujets, de connaître et de comprendre les erreurs du passé pour ne pas les reproduire : « le récit peut promouvoir la compréhension et la tolérance interculturelle » (sujet 11).Le sujet 3 soutient : « la portion inévitablement subjective de l\u2019histoire, comme la narration qu\u2019on en fait, peut servir, surtout en enseignement, à captiver l\u2019attention des élèves, les impliquer émotionnellement et culturellement à un sujet qui leur est éloigné et les pousser à s\u2019engager dans la société d\u2019aujourd\u2019hui en les inspirant des erreurs passées à ne pas reproduire et des réussites sur lesquelles prendre exemple ».La mise en récit favoriserait donc la motivation, susciterait l\u2019attention et l\u2019intérêt des élèves, rendrait le contenu plus compréhensible (et donc plus aisé à apprendre), soutiendrait la construction du sens et participerait au développement éthique des jeunes.Le moins que l\u2019on puisse dire c\u2019est que les futurs enseignants accordent plusieurs vertus au récit.Des recherches plus poussées devraient être réalisées pour vérifier dans quelle mesure le récit possède bien toutes ces vertus et, si oui, à quelles conditions didactiques et pédagogiques.Sur la question nationale du Québec, toujours aux dires de nos sujets, l\u2019enseignant doit viser le développement par les élèves d\u2019un esprit critique, une critique qui s\u2019appuie sur des faits mais aussi sur des choix « politiques » raisonnés : « Grâce au récit, les étudiants peuvent savoir ce qui s\u2019est réellement passé.Alors, ils seront nettement mieux habilités pour décider de ce qu\u2019ils pensent à propos de leur nation.Le récit permet de guider les élèves pour qu\u2019ils décident eux-mêmes de ce qui est, selon eux, bon ou mauvais pour la pérennité de leur nation » (sujet 12) ou encore «  il est important d\u2019utiliser le récit lors de l\u2019enseignement de la question nationale aux élèves du secondaire puisque connaître l\u2019histoire permet de comprendre nos enjeux de société et d\u2019avoir une meilleure compréhension de ce qui a forgé le peuple québécois actuel » (sujet 5).Le sujet 13 souligne pour sa part : « le récit doit être vulgarisé de la manière la plus objective et la plus impartiale possible afin de permettre aux élèves de développer leur sens critique à partir des faits historiques ».Conclusion Nous nous sommes ici inspirés d\u2019un philosophe, Paul Ricoeur, à bon droit, car la question du récit et de son importance est souvent, ou bien peu étudiée par les historiens, ou bien carrément rejetée par de nombreux didacticiens de la discipline.Pourtant, la réflexion philosophique sur le récit et la fiction proposée par de Ricoeur nous semble une avenue féconde pour penser l\u2019enseignement de l\u2019histoire.Au sortir de l\u2019exposé de cette recherche aux proportions bien modestes menée avec une vingtaine d\u2019étudiants, il est fort intéressant de constater qu\u2019à l\u2019instar de Paul Ricoeur, ces étudiants en formation initiale sont d\u2019une relative unanimité.Cette unanimité porte sur l\u2019importance pédagogique et didactique à accorder à l\u2019utilisation dosée et la plus honnête possible du récit (quant à l\u2019historiographie reconnue, doit-on encore ici avancer) et quant à l\u2019usage de certains croyances ou idéaux (Bouchard, 2019; 2023) en enseignement de l\u2019histoire du Québec-Canada auprès les étudiants de l\u2019école secondaire.Le récit et la fiction dans l\u2019enseignement de l\u2019histoire sont des outils importants nous disent nos répondants.Leur utilisation doit toutefois se faire avec circonspection et pour ce faire l\u2019enseignant gardera constamment en tête des visées pédagogiques, visées axées sur le développement d\u2019une pensée autonome, libre et critique.En somme, cette petite étude ouvre, nous semble-t-il, des perspectives pour des recherches ultérieures, notamment sur la place du récit et de la fiction dans l\u2019enseignement de l\u2019histoire (en particulier nationale) au secondaire et sur la formation à leur usage didactique. 47 TRACES | Volume 62 no 2 Revue de la SPHQ | Printemps 2024 Références : Allard, M., P.Aubin, F.Bouvier et R.Desrosiers.(2019).Une histoire de la formation des maîtres au Québec, Septentrion, Québec, 225 p.Bouchard, G.(2019).Les Nations savent-elles encore 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la renforcer ou, au contraire, l\u2019ont fait vaciller  : Suède, Pologne, Lituanie, mais aussi Ukraine, pays des Balkans ou d\u2019Asie centrale.Dans un style limpide, l\u2019auteur, journaliste historien et pédagogue virtuose, éclaire une histoire méconnue, palpitante et essentielle pour notre avenir.Quoi de neuf Côté livres ?Les remorqueurs du Saint-Laurent Louis-Vincent Barthe | Éditions GID, Montréal, 2024 Après Les chroniques d\u2019un marin et L\u2019épopée des Bateaux Blancs, Louis-Vincent Barthe, toujours aussi passionné et désireux de faire connaitre des pans de l\u2019histoire maritime du Saint-Laurent, s\u2019intéresse à un sujet très peu documenté au Québec.Dans ce volume intitulé Les remorqueurs du Saint-Laurent, le marin et auteur regroupe une collection de photographies dont la plupart sont inédites et proviennent de collections privées.Non seulement dévoile-t-il une panoplie d\u2019informations sur les remorqueurs qui ont sillonné les eaux de notre Majestueux sur une période de 100 ans, mais il nous présente aussi l\u2019aspect et l\u2019histoire des remorqueurs, le savoir-faire des membres de l\u2019équipage, leur camaraderie sans oublier quelques évènements tragiques.Plus encore, Louis-Vincent Barthe est le premier à aborder ce vaste sujet qui occupe pourtant une place importante dans l\u2019histoire maritime du Québec.Il contribue ainsi à garder en mémoire le rôle méconnu des remorqueurs qui ont œuvré sur le Saint-Laurent.Amoureux du fleuve, embarquez à bord de ces petits navires pour un périple historique. 49 TRACES | Volume 62 no 2 Revue de la SPHQ | Printemps 2024 Le Canada : lieu de rencontres et de conflits Harold Bérubé | Septentrion, Québec, 2024 L\u2019histoire du Canada est marquée par des rencontres et des conflits.L\u2019unité du pays est toujours à refaire.Sa société se construit au rythme de vagues successives d\u2019immigrants, mais l\u2019accueil qu\u2019on leur réserve est souvent tiède, allant jusqu\u2019à prendre la forme de chapitres locaux du KKK dans les années 1920.On observe d\u2019intenses rivalités entre villes pour récolter les fruits de la croissance du pays, mais aussi d\u2019importantes luttes sociales pour obtenir un juste partage de cette richesse.Non, l\u2019histoire du Canada n\u2019a rien d\u2019un long fleuve tranquille.\u2022 Quitter la Confédération : le séparatisme néo-écossais (1864-1869) \u2022 Immigrer au Canada : le Quai 21 (1928-1971) \u2022 Un pays qui s\u2019urbanise, des métropoles en concurrence (1820-2020) \u2022 Grève générale à Winnipeg (1919) \u2022 Le Ku Klux Klan au Canada : une haine qui dépasse les frontières (1921-1939) \u2022 Une immigration involontaire : le cas des British Home Children (1832-1939) \u2022 Rencontre de deux mondes : un Américain à Drummondville (1927-1943) \u2022 Le programme énergétique national (1980-1985) La Patente, L\u2019Ordre de Jacques-Cartier, le dernier bastion du Canada français Hugues Théorêt | Septentrion, Québec, 2024 À l\u2019instar des Irlandais catholiques, avec les Knights of Columbus, et des anglophones protestants, avec leurs loges maçonniques et l\u2019Ordre d\u2019Orange, le Canada français a eu sa propre société secrète: l\u2019Ordre de Jacques-Cartier.Communément appelé «La Patente», l\u2019Ordre a vu le jour en 1926 dans l\u2019est d\u2019Ottawa et allait devenir, pendant cinq décennies, l\u2019épée et le bouclier de tout le Canada français.À son apogée, dans les années 1950, l\u2019ordre comptait plus de 40 000 membres.Parmi ceux-ci figuraient des personnages célèbres, dont l\u2019ex-maire de Montréal, Jean Drapeau, les anciens premiers ministres du Québec, Jean-Jacques Bertrand, Jacques Parizeau et Bernard Landry, et le cardinal Paul- Émile Léger.Que reste-t-il de l\u2019Ordre aujourd\u2019hui?Comment peut-on mesurer son importance dans l\u2019histoire du Canada français?Hugues Théorêt promet de jeter un peu de lumière sur les zones d\u2019ombre de cette société secrète qui fait partie de notre histoire collective. 50 TRACES | Volume 62 no 2 Revue de la SPHQ | Printemps 2024 La Chapelle Champlain Richard Couture | GID, 2024 En 1635, Samuel de Champlain meurt des suites d\u2019une « attaque de paralysie ».Soit par oubli, soit parce que l\u2019évidence du lieu rend inutile son évocation, les chroniqueurs de l\u2019époque restent muets pendant 5 ans sur l\u2019endroit précis de son inhumation.Ce silence subsiste jusqu\u2019en1641, alors que François Derré de Gand est enterré aux côtés du fondateur de Québec, dans la chapelle Champlain.Le lieu est évoqué 3 fois entre 1642 et 1661, avant de retomber dans l\u2019oubli pendant plus de 200 ans.Les abbés Casgrain et Laverdière se donnent comme objectif en 1866 de retrouver l\u2019emplacement exact du tombeau de Champlain, le départ d\u2019une des plus grandes quêtes de l\u2019histoire de la Nouvelle-France.Antoine-Aimé Dorion et le déclin du libéralisme républicain et émancipateur Yvan Lamonde | PUL, 2023 Figure de l\u2019ombre de la politique bas-canadienne du XIXe  siècle, Antoine-Aimé Dorion (1818-1891) est le maillon méconnu de la filiation libérale républicaine et démocrate, successeur de Louis-Joseph Papineau après son retrait de la vie publique en 1854.Principal tenant du projet d\u2019émancipation de Papineau, des patriotes et de l\u2019Institut canadien de Montréal et ouvrant la voie au radical puis modéré Wilfrid Laurier, Dorion est un libéral républicain qui, les mains liées, traverse l\u2019Union de 1840 à 1867 face aux triomphants La Fontaine et Cartier.Ne déviant pas de ses choix de démocrate, il s\u2019oppose farouchement au projet de Confédération de 1867, mais finit par s\u2019y rallier.L\u2019objet principal de cet ouvrage est de comprendre pourquoi et comment ces libéraux républicains, démocrates et tenants de l\u2019émancipation, comme Dorion, doivent plier devant la Confédération de 1867.Agathe de Saint-Père, Entrepreneure en Nouvelle-France Nicolle Forget | Septentrion, Québec, 2024 La vie d\u2019Agathe de Saint-Père aurait pu passer sous silence, comme celles de la plupart des femmes ayant vécu à Ville-Marie au XVIIe  siècle.Elle est passée à l\u2019histoire pour être la première manufacturière en Nouvelle-France, mais ce serait la réduire à peu de choses.Agathe de Saint-Père ne se contente pas de tenir maison entre les naissances et les décès; elle commerce et s\u2019occupe aussi des affaires de son mari.Sa vie durant, elle exploite des congés de traite, loue, échange et vend des propriétés.Née le 2 février 1657, Agathe n\u2019a que quelques mois lorsque son père est scalpé par les Iroquois.Sa mère se remarie avec le frère de Charles LeMoyne, Jacques Lemoyne de Sainte-Marie.Quand sa mère décède en couches, Agathe n\u2019a que 15 ans et une dizaine demi-soeurs et demi-frères.Elle prend charge de la maisonnée jusqu\u2019à son mariage avec Pierre LeGardeur de Repentigny, en 1685.Elle aura 8 enfants, avec ce petit officier et futur seigneur de LeGardeur de Repentigny, tout en continuant à gérer ses affaires, en plus de celles de son mari. 51 TRACES | Volume 62 no 2 Revue de la SPHQ | Printemps 2024 La vie familiale dans la vallée du Saint-Laurent.XVIIe-XVIIIe siècles Marie-Aimée Cliche | PUL, 2024 Gérer efficacement sa classe, 2e édition.Les ingrédients essentiels Nancy Gaudreau | Presse de l\u2019Université du Québec, 2024 Cet ouvrage de synthèse présente un bilan des connaissances accumulées par les historiens (y compris l\u2019autrice elle-même) sur la vie familiale dans la vallée du Saint-Laurent aux XVIIe et XVIIIe siècles.Après une présentation du cadre légal et du modèle religieux imposés à la population, il aborde les différents aspects de la vie familiale, soit la formation du couple, les relations conjugales, l\u2019éducation des enfants et la transmission des biens, en plus d\u2019exposer la situation des enfants nés hors mariage et des domestiques.Des comparaisons avec la France et les autres colonies d\u2019Amérique font ressortir les traits caractéristiques des familles d\u2019origine française, soit l\u2019organisation patriarcale, l\u2019ambiance religieuse, la dureté des conditions de vie adoucie par l\u2019entraide familiale au sein d\u2019une société fortement hiérarchisée.L\u2019autrice propose aussi des sujets à approfondir, comme l\u2019origine de la pratique de la bénédiction paternelle du jour de l\u2019An et le sort réel des enfants sans famille.La gestion de classe se révèle une tâche très complexe qui fait appel à un large spectre de compétences chez le personnel enseignant.Reconnue comme exerçant une influence majeure sur l\u2019évolution et la réussite des élèves, elle constitue la base d\u2019un climat de classe sain, sécurisant et favorable aux apprentissages.Cette seconde édition explore les caractéristiques personnelles de la personne enseignante qui influencent les pratiques de gestion de classe ainsi que la gestion des ressources.Cet ouvrage aborde toujours l\u2019établissement d\u2019attentes claires, le développement de relations positives, l\u2019attention et l\u2019engagement des élèves en classe et la gestion des comportements difficiles.Gérer efficacement sa classe : les ingrédients essentiels, s\u2019adresse aux personnels enseignants de tous les ordres et disciplines d\u2019enseignement ainsi qu\u2019à ceux et celles qui les accompagnent dans la mise en œuvre d\u2019une gestion de classe efficace selon ses six composantes.Faisant le pont entre la théorie et la pratique, ce livre suggère une variété de moyens et de stratégies d\u2019intervention soutenues par la recherche.Des exercices, des activités réflexives, des outils et des références sont proposés dans chacun des chapitres, facilitant l\u2019autoévaluation et le transfert vers la pratique. 52 TRACES | Volume 62 no 2 Revue de la SPHQ | Printemps 2024 .Côté Musées ?Musée canadien de l\u2019histoire 100, rue Laurier, Outaouais Premiers royaumes d\u2019Europe Jusqu\u2019au 19 janvier 2025 Découvrez les origines du pouvoir et des inégalités de l\u2019Europe ancienne.L\u2019exposition Premiers royaumes d\u2019Europe propose au public un voyage épique couvrant 6 500 ans d\u2019histoire, de l\u2019époque néolithique à la fin de l\u2019Âge du fer et à l\u2019aube des empires, alors que les métaux précieux étaient fondus pour la première fois en haches de cuivre, en épées de bronze et en bijoux d\u2019argent et d\u2019or, et qu\u2019on bâtissait des armées pour régner sur les masses.Pour la première fois au Canada, plus de 700 objets rares et sublimes provenant de 26 institutions du sud-est de l\u2019Europe ont été rassemblés pour explorer la manière dont des individus ont accru leur pouvoir en amassant des richesses et en contrôlant le commerce, les rituels, les cérémonies et les guerres.Cette exposition est présentée dans le cadre du projet First Kings of Europe, organisé par le Field Museum de Chicago.Écomusée du fier monde 2050, rue Atateken, Montréal À cœur de jour! Grandeurs et misères d\u2019un quartier populaire Exposition permanente À cœur de jour  ! Grandeurs et misères d\u2019un quartier populaire brosse le portrait du Centre-Sud de Montréal dès la seconde moitié du 19e siècle, en retraçant son évolution à travers les moments charnières de l\u2019industrialisation, de la désindustrialisation et de la mouvance communautaire.Soyez témoin des impacts de l\u2019industrie et des transformations urbaines sur le travail et les conditions de vie dans un quartier ouvrier, et explorez les réalités actuelles d\u2019un territoire et de sa population.MEM Centre des mémoires montréalaises 1210, boul.Saint-Laurent, Montréal Entre le passé et le présent : des histoires oubliées de Montréal Jusqu\u2019au 28 avril 2024 L\u2019exposition, prolongement du projet Entre le passé et le présent, du collectif Je suis Montréal, porte l\u2019attention sur l\u2019histoire et l\u2019identité des personnes autochtones, noires et chinoises qui ont été invisibilisées dans le récit du passé de Montréal.Des scènes historiques représentant ces communautés montréalaises ont été reconstituées pour relier le passé et le présent.Les collages de la photographe Bliss Mutanda juxtaposent ainsi des clichés d\u2019archives de Montréal et des photographies récentes de jeunes BIPOC.Entre le passé et le présent a d\u2019abord pris la forme d\u2019une exposition virtuelle en 2020, puis a été présenté durant une semaine à la galerie d\u2019art WIP lors de la Nuit blanche de février 2023.Il est maintenant adapté au Kiosque du MEM, à la suite d\u2019un processus de sélection par le comité de programmation citoyenne et communautaire du MEM. PRIX D\u2019EXCELLENCE DE LA SPHQ 1 000 $ aux élèves et enseignant en histoire ÉLÈVES : 5 PRIX DE 100 $ Ces prix récompensent les élèves de 3e ou 4e secondaire s\u2019étant démarqués par l\u2019intérêt soutenu qu\u2019ils ont démontré pour l\u2019histoire du Québec, par leur participation active dans les cours et activités scolaires liés à l\u2019histoire et par des résultats académiques supérieurs à la moyenne.Sont admissibles les élèves qui ont suivi un cours d\u2019histoire du Québec pendant l\u2019année scolaire 2023-2024.ENSEIGNANT : 1 PRIX DE 500 $ Ce prix vise à souligner le travail accompli par un enseignant d\u2019histoire du secondaire pour faire découvrir, connaître et aimer l\u2019histoire.L\u2019enseignant doit s\u2019être démarqué par des approches pédagogiques originales, par son dynamisme en classe et au sein de l\u2019école ou par la conception et la publication de matériel didactique.REMISE DES PRIX Les prix d\u2019excellence ne histoire pour les élèves sont transmis aux écoles participantes afin qu\u2019elles puissent les remettre aux lauréats à la fin de l\u2019année scolaire lors de leurs soirées Méritas.Le prix d\u2019excellence en histoire pour l\u2019enseignant est remis à l\u2019automne lors du congrès annuel de la SPHQ.MODALITÉS Les enseignants doivent soumettre leur candidature ou celle de leur élève en envoyant par la poste le formulaire complété et les documents requis avant le 15 mai 2024.Les formulaires pour poser une candidature sont disponibles sur le site internet de la SPHQ à l\u2019adresse www.sphq.quebec POSTES PUBLICATIONS NUMÉRO DE CONVENTION : 40044834 Adresse de retour SPHQ, CP 311, Saint-Bruno-de-Montarville Québec, J3V 5G8 ISSN 0225-9710 Les Templiers \u2022 Les récits de l\u2019Anthropocène \u2022 Nos Géants : fiche pédagogique sur Honoré Mercier \u2022 Analyser des oeuvres d\u2019art en univers social TRACES REVUE DE LA SOCIÉTÉ DES PROFESSEURS D\u2019HISTOIRE DU QUÉBEC HIVER 2024 VOLUME 62 \u2013 NO 1 REVUE DE LA SOCIÉTÉ DES PROFESSEURS D\u2019HISTOIRE DU QUÉBEC Fort Saint-Jean et invasion américaine de 1775 \u2022 Portraits de femmes en Nouvelle France \u2022 Les cent ans de l\u2019ACFAS (extraits) \u2022 Apprendre l\u2019histoire à l\u2019aide d\u2019organisateurs graphiques TRACES ISSN 0225-9710 ÉTÉ 2023 VOLUME 61 \u2013 NO 3 REVUE DE LA SOCIÉTÉ DES PROFESSEURS D\u2019HISTOIRE DU QUÉBEC Wehrmacht et prisonniers de guerre soviétiques \u2022 Archives religieuses et situations d\u2019apprentissage \u2022 Cimetière, gardien d\u2019histoire locale \u2022 Pointe-du-Buisson TRACES ISSN 0225-9710 HIVER 2023 VOLUME 61 \u2013 NO 1 REVUE DE LA SOCIÉTÉ DES PROFESSEURS D\u2019HISTOIRE DU QUÉBEC Les 75 ans du fleurdelisé \u2022 Célébrité et migrations dans le Nord-Est américain \u2022 Le hockey à ses débuts \u2022 Comprendre l\u2019histoire par les réseaux conceptuels TRACES ISSN 0225-9710 PRINTEMPS 2023 VOLUME 61 \u2013 NO 2 "]
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