La presse, 4 décembre 1999, B. Plus
[" 6LP0101B1204 b01 samedi 4 d cembre 6LP0101B1204 ZALLCALL 67 00:50:05 12/04/99 B B Montréal, samedi 4 décembre 1999 Plus ÉDITORIAL / OPINIONS / MONDE / POLITIQUE / MÉTÉO Comprendre la religion à travers la violence MARIE-FRANCE LEGER PARIS Son épaisse chevelure blanche et ses sourcils très noirs donnent au philosophe René Girard un air de patriarche méridional.Né en 1923 à Avignon, il vit depuis la fin des années quarante aux États-Unis, mais garde malgré tout un léger accent provençal qui adoucit l\u2019austérité apparente du personnage, consacré par le Grand Prix de philosophie de l\u2019Académie française en 1996 et le prix Médicis essais en 1990.Il se partage entre Stanford, en Californie, où il enseigne la littérature française et son appartement parisien.C\u2019est dans son pied-àterre du VIIe arrondissement, au pied de la tour Eiffel, qu\u2019il a aimablement répondu aux questions de La Presse quelques jours avant son départ pour Montréal.L\u2019oeuvre de René Girard peut se définir comme une anthropologie de la religion.Une discipline qui a fait de lui un précurseur.« J\u2019essaie de comprendre la religion à travers la violence », énonce-t-il.Son dernier livre Je vois Satan tomber comme l\u2019éclair, chez Grasset, peut se lire comme une apologie du christianisme.Il y développe l\u2019idée que les Évangiles sont une théorie de l\u2019homme avant d\u2019être une théorie de Dieu.Avec le pitoyable cortège de la violence, de l\u2019envie, de l\u2019orgueil qui en fait partie.Au contraire des autres religions, seul le christianisme, croit M.Girard, pose le problème de la violence au lieu de l\u2019évacuer.« Il y a eu échec de Jésus quand il a dénoncé la violence.On en fait un bouc émissaire », fait-il remarquer.Grâce à la Bible, les stratégies de l\u2019inconscient pour enrayer la violence sont dévoilées : freiner les entreprises de « lynchage », de mise à mort en faisant faire à chacun sa propre introspection.En empêchant la lapidation du plus petit, du mendiant, de Marie-Madeleine, Jésus brise le cycle de la violence en espérant un emballement inverse de la machine.Il faut remonter aux années soixante-dix pour voir émerger sa démarche originale auprès du grand public avec des ouvrages comme La Violence et le sacré (1972), et Des choses cachées depuis la fondation du monde (1978).Des livres qui ont pris le chemin des lycées et des universités pour y être décortiqués par les professeurs et les étudiants.Sa thèse centrale, et qui a fait son succès : celle du désir mimétique.L\u2019individu désire ce que l\u2019autre possède, une conception du désir, source de rivalité et de conflits et révélée par la Bible.René Girard fait l\u2019apologie du christianisme, mais demeure loin du triomphalisme.« Le christianisme n\u2019a jamais prévu d\u2019empêcher la violence », assène-t-il en soulignant que les premiers chrétiens eux-mêmes prévoyaient un échec rapide.Mais, enchaîne-til, cette vision sans complaisance, la reconnaissance de l\u2019échec, c\u2019est aussi la force du christianisme.D\u2019ailleurs, il considère les athées bien plus près de la foi chrétienne qu\u2019ils ne l\u2019imaginent.Car sur quoi sont fondées les démocraties d\u2019aujourd\u2019hui si ce n\u2019est sur les droits humains, la défense des plus faibles, la protection des innocents ?En fait, pour René Girard, la mondialisation, c\u2019est aussi la mondialisation du christianisme.La démarche du philosophe aboutit à la seule issue possible : la recherche de la nonviolence.Mais, pour cela, il faut placer à nouveau l\u2019homme devant ses responsabilités.Le christianisme n\u2019a jamais prévu d\u2019empêcher la violence.Le philosophe René Girard.La concurrence, la face cachée de la violence Il est très difficile pour l\u2019être humain de ne pas perpétuer le cycle de la violence puisque, au sein de la société, les règles de la concurrence sont bien établies.Est-ce à dire que le philosophe français René Girard, invité par l\u2019Université du Québec à Montréal dans le cadre du colloque organisé par la Société de philosophie du Québec et la Fondation du 6 décembre à l\u2019occasion du 10e anniversaire de la tragédie de l\u2019École polytechnique, a une vision pessimiste de l\u2019homme ?Non, car, dit-il, « nous sommes dans un monde qui connaît pourtant un certain succès dans la résistance à la violence ; le monde a jusqu\u2019à maintenant résisté à se détruire avec la bombe atomique.» Après plus de quatre décennies passées aux États-Unis, M.Girard, professeur à l\u2019Université de Stanford, en Californie, a eu l\u2019occasion de réfléchir sur les tensions raciales, d\u2019abord, et maintenant sur l\u2019explosion de violence qui secoue \u2014 et décime parfois \u2014 les rangs de la jeunesse.Une rivalité, savamment dosée, un désir bien entretenu pour ce que souhaite ou possède l\u2019autre, voilà des germes qui, s\u2019ils sont mal contenus, sont à la source de bien des drames entre des gens qui se connaissent depuis longtemps.Les rapports sont faits de réciprocité.Et a fortiori les rapports violents.Cette réflexion amène M.Girard à imaginer le contexte dans lequel un certain Marc Lépine a évolué.« Si vous refusez ma main, je vous refuserais la mienne.Il est facile de glisser vers la mauvaise réciprocité.Tout le monde a l\u2019impression de se contenter de représailles et de ne pas prendre l\u2019initiative de la violence.Ainsi, les relations s\u2019aigrissent et ne peuvent qu\u2019empirer.» Rompre le cycle, c\u2019est l\u2019affaire de chacun Ainsi la violence qui mûrit serait faite de rancoeurs accumulées d\u2019un côté et de l\u2019autre d\u2019une succession de refus.Et interrompre ce cycle, selon le philosophe, c\u2019est ne pas montrer de mauvaise humeur ou de violence.Ce qui suppose que chacun surveille l\u2019autre et se surveille lui-même.« C\u2019est loin d\u2019être utopique.Seule l\u2019absence de représailles peut interrompre ce glissement.» Dans les sociétés archaïques, le sacrifice rituel d\u2019une victime qu\u2019on disait coupable servait à apaiser les tensions en rétablissant un semblant de paix.Cette thèse du bouc émissaire, le philosophe l\u2019a développée dans plusieurs ouvrages, comme explication du conflit dans nos sociétés.La peine de mort aux États-Unis se veut peut-être la prolongation de ces sacrifices visant à empêcher le désordre.Aujourd\u2019hui toutefois, la violence légitime se délégitimise avec l\u2019avancée du savoir.En contrepartie, croit-il, notre société se fragilise car elle n\u2019évacue plus ses tensions et n\u2019arrive plus à empêcher les jeunes à résister à leurs impulsions.« Marc Lépine se jugeait victime du féminisme, victime des temps actuels.Son rôle de persécuteur lui a été dicté par le type de vie qu\u2019il a mené », estime M.Girard.Il se garde de jeter la première pierre à celui qui a ôté la vie à plusieurs jeunes femmes brillantes se destinant à la profession d\u2019ingénieur.Une attitude qui reflète son choix de philosophe chrétien.Le refus du « lynchage », le refus de l\u2019emballement collectif contre un seul individu, c\u2019est la base de toute sa réflexion philosophique.La rivalité, une machine bien huilée René Girard nous rappelle que la rivalité est partout autour de nous et que nous sommes les premiers à huiler la machine.Les bébés se disputent un hochet, les enfants un jouet, les jeunes une bourse ou une place dans une entreprise.« L\u2019homme devient désir à partir du moment où il est lié à un rival », constate le philosophe.Cette rivalité est habilement exploitée par la société, mais les tensions qui en résultent sont de plus en plus difficiles à contrôler.Elle s\u2019accompagne en effet aujourd\u2019hui d\u2019un affaiblissement de toutes les communautés, familiale, éducative et religieuse.Le drame de Polytechnique, celui de Littleton, au Colorado, où deux adolescents ont tué plusieurs de leurs camarades, nous incite à réfléchir douloureusement sur la réalité suivante : la concurrence s\u2019intensifie dans le monde alors que la jeunesse a perdu sa force intérieure.« Les jeunes ne reçoivent plus une éducation qui leur permette de se maîtriser.Beaucoup cèdent à la violence.Notre monde ne traite pas sa jeunesse de façon à l\u2019éviter », souligne René Girard .Quant on dit réciprocité des rapports, on dit également réciprocité des rapports non violents.Si Jésus est mort sur la croix, c\u2019est qu\u2019il n\u2019a pas réussi à juguler la violence entre humains.« Gandhi était certainement un homme admirable, poursuit le philosophe, mais s\u2019il avait eu Staline ou Hitler en face de lui au lieu des Anglais, je ne suis pas sûr que ça aurait marché.» Marie-France Léger PARIS Autres textes en pages B3, B8 et B9 2802012 6LP0201B1204 b2-samedi-edito 6LP0201B1204 ZALLCALL 67 00:56:00 12/04/99 B B 2 LA PRESSE, MONTRÉAL, SAMEDI 4 DÉCEMBRE 1999 Editorial ANDRÉDESMARAIS PRÉSIDENT DU CONSEIL D\u2019ADMINISTRATION ROGER D.LANDRY PRÉSIDENT ET ÉDITEUR MARCELDESJARDINS VICE-PRÉSIDENT ET ÉDITEUR ADJOINT YVES BELLEFLEUR DIRECTEUR DE L\u2019INFORMATION ALAINDUBUC ÉDITORIALISTE EN CHEF Poly, dix ans après La tragédie de Polytechnique, nous le savons maintenant, n\u2019aura pas été oubliée.La commémoration de ce drame tout au cours de cette semaine a bien montré qu\u2019une décennie plus tard, l\u2019assassinat de ces quatorze jeunes femmes suscite toujours de vives émotions, et sert toujours de déclencheur à une intense réflexion collective sur la place des femmes dans notre société et sur la violence.Alain Dubuc adubuc@lapresse.ca Cela nous montre que Poly n\u2019était pas, n\u2019est pas et ne sera pas un drame comme tous ces autres qui, malgré leur horreur, glissent doucement dans l\u2019oubli au fil des ans.Pourquoi ?La tuerie de Poly n\u2019était pas un accident, mais un geste délibéré, un geste de haine, porteur d\u2019un message.Ses victimes l\u2019étaient parce que c\u2019étaient des femmes qui avaient voulu bâtir leur vie dans un domaine d\u2019activité autrefois réservé aux hommes.Le moment était aussi d\u2019une infinie tristesse, symbole de promesses trahies, parce que la mort a frappé des jeunes femmes qui incarnaient si clairement l\u2019énergie, l\u2019espoir, le dynamisme.Mais aussi, ce drame a permis aux femmes du Québec, dans leur empathie avec les victimes, d\u2019exprimer tout ce qu\u2019elles avaient tu sur les violences, petites et grandes, qui faisaient partie de leur quotidien.Et ébranlé bien des hommes.Mais est-ce que cet événement marque un point de rupture, comme certains et certaines le croient, est-ce qu\u2019il incarne un virage majeur des perceptions et des attitudes ?Sans doute pas.Il a bien sûr provoqué toute une démarche de dénonciation de la violence, qui a culminé avec l\u2019adoption d\u2019une loi sur le contrôle des armes à feu.Mais il s\u2019agit là davantage d\u2019initiatives qui nous protègent de façon concrète de la violence que d\u2019un processus presque thérapeutique pour faire collectivement le deuil et exorciser le choc du drame.L\u2019événement a surtout joué le rôle d\u2019un catalyseur qui a forcé la société québécoise à faire le point sur elle-même, à réfléchir avec plus d\u2019intensité sur les questions de la violence, des rapports entre les hommes et les femmes, sur la place des femmes dans la société.Poly n\u2019a pas changé les choses, mais a provoqué un vaste brassage qui nous a amenés à mieux voir ce qui se passait autour de nous.Une réflexion qui nous a permis de prendre conscience des grands changements qui se produisaient, parfois à notre insu, dans la société québécoise.Les Québécois ont ainsi soudainement découvert que l\u2019idée qu\u2019ils se faisaient de leur propre société ne correspondait pas à la réalité.La nature du crime commis par Marc Lépine correspondait à une forme de violence que l\u2019on associait implicitement à la culture américaine.Cela ébranlait aussi l\u2019image que nous avions de nous-mêmes, celle d\u2019une société conviviale, capable de résoudre ses tensions par la recherche du consensus.Par ailleurs, le drame de Polytechnique a probablement marqué, dans un significatif paradoxe, le chant du cygne du féminisme militant traditionnel.Sous le coup de l\u2019émotion intense qu\u2019a provoqué cet événement, bien des féministes classiques y ont vu un projet politique, qui reflétait une mouvement de refus et qui annonçait le retour du balancier et les premiers moments d\u2019une montée de la violence envers les femmes.Ce n\u2019est évidemment pas ce qui s\u2019est passé.La suite des événements a montré à quel point le geste du tireur était le produit d\u2019un esprit dérangé et à quel point Marc Lépine, dans son délire, était seul.Tout au contraire, l\u2019attention plus grande que l\u2019on a alors porté à ces questions a montré que les progrès que les femmes avaient réalisés grâce à leurs combats étaient bien amorcés et irréversibles.La violence envers les femmes n\u2019est pas en pleine explosion ; au contraire, le seuil de tolérance de notre société s\u2019est abaissé, dans les attitudes, mais aussi dans nos lois et dans les comportements des forces de l\u2019ordre et du système judiciaire.Quant aux femmes, carrément triomphantes dans le monde de l\u2019éducation, elle poursuivent, quoique trop lentement, leurs progrès sur le marché du travail et dans les lieux de pouvoir.Tout n\u2019est pas réglé, loin de là.Mais l\u2019affrontement entre un féminisme primaire et un chauvinisme qui l\u2019est autant s\u2019est estompé devant une lecture bien plus nuancée de problèmes dont on mesure mieux l\u2019infinie complexité.DROITS RÉSERVÉS Serge.Chapleau@lapresse.ca L\u2019an 2000 débogué On pourra peut-être, le 2 janvier 2000, franchement rigoler de l\u2019extraordinaire enflure qui a caractérisé les pronostics servis au bon peuple, depuis des mois et même des années, concernant le saut dans le nouveau millénaire \u2014 célébré un an trop tôt, répéteront les puristes qui, eux, attendent le premier janvier 2001 pour festoyer.Nous l\u2019a-t-on suffisamment répété : on allait être témoin des plus folles, décadentes et coûteuses festivités que l\u2019humanité ait connues depuis la mort de Néron.Et, à la fois, subir un désastre technologique, le fameux bogue, digne des oeuvres d\u2019anticipation les plus catastrophistes.Or, rien de tout cela ne va apparemment se produire.Pour commencer, peu de gens vont dilapider leurs avoirs pour se payer quelques heures de fastueux plaisir \u2014 un plaisir d\u2019ailleurs parfois douteux : chacun a déjà fréquenté cette sorte de party monstre où, arrivé à une certaine heure de la nuit, l\u2019ennui, le cafard et le mal de bloc dominent.Ainsi, le Conseil québécois du commerce au détail prévoit une augmentation du volume d\u2019affaires guère plus élevée que celle enregistrée chaque année, an 2000 ou pas.Même chose dans l\u2019ensemble du Canada, selon une enquête réalisée par American Express auprès de ses membres canadiens.De l\u2019autre côté de la frontière, 61 % des Américains investiront moins de 300 $ dans une célébration du Premier de l\u2019An pas plus spectaculaire qu\u2019à l\u2019habitude, indique un sondage Time / CNN.Selon cette même consultation, 87 % des gens vivront l\u2019heure H en petit cercle avec leurs amis et leur famille, ou même seuls avec leur conjoint.Le fait est que, mises à part les célébrations populaires inscrites dans la tradition des grandes capitales du monde (comme chaque année, on attend un million de personnes au Times Square, à New York, et autant sur les ChampsÉlysées, à Paris), les aventures extravagantes proposées par les industriels du voyage et de l\u2019hôtellerie trouvent difficilement preneurs.La « tour Eiffel » de Las Vegas, une reproduction migrandeur de l\u2019originale, offerte pour une nuit à tout groupe de 50 personnes prêt à tendre un chèque de 200 000 $, était toujours disponible, il y a quelques jours.À Toronto, la tour du CN a dû réduire ses tarifs de moitié (en plus de garantir que ses ascenseurs sont débogués et reliés à des génératrices !) pour attirer une clientèle qui tarde à venir.Plusieurs grands hôtels du Québec ont également dû réaménager leurs forfaits.Il est significatif que le succès tous azimuts en ce domaine appartienne au Banff Springs Hotel, en Alberta, qui a prévu un party de l\u2019an 2000 \u2014 coût : 3000 $ par famille pour trois nuits, ce qui n\u2019est pas déraisonnable \u2014 où les enfants sont intégrés à la fête, où on a prévu gardiennage et environnements thématiques, jeux et repas adaptés, et qui, en conséquence de cela, affiche complet.On voit ici se manifester une réaction presque animale de l\u2019être humain : resserrer les liens primaux, les liens du sang, lorsque survient un événement de quelque importance, fût-il symbolique.Une vague crainte résiduelle du fameux bogue de l\u2019an 2000 participe d\u2019ailleurs à ce phénomène : si devait survenir un problème, mieux vaut avoir les siens près de soi.Or, il est douteux que celui-ci provoque des catastrophes.Les lignes aériennes, qui sont de commune renommée particulièrement vulnérables à une défaillance de l\u2019informatique, seront un peu moins occupées pendant 24 ou 48 heures : c\u2019est actuellement la principale conséquence du Y2K, comme disent les anglo-saxons.Les pays où l\u2019affichage sur les écrans du « 01-01-00 » pourrait causer de véritables problèmes \u2014 Chine, Russie, Biélorussie, Cuba, Arabie Saoudite, Inde, Israël, Bahreïn \u2014 sont en même temps moins dépendants de l\u2019ordinateur et donc moins menacés.n n n Au total, l\u2019Homme, cette bête pensante à qui on ne fait peut-être pas suffisamment confiance dans les circonstances ordinaires ou extraordinaires de la vie, aura prévisiblement réussi à dompter ses machines pour qu\u2019elles ne se retournent pas subitement contre lui, du moins sur la plus grande partie de la planète.Et, selon ce qu\u2019on peut en prévoir encore une fois, il aura largement dédaigné le faste et le clinquant pour se blottir dans l\u2019essentiel, en quelque sorte, et vivre le moment historique avec ses proches, sa famille, ses enfants.Il conserve, quoi qu\u2019on en dise, la capacité de résister à tous les incitatifs, même les plus puissants, ceux du marketing, du commerce, du symbolisme quasi religieux et des plaisirs artificiels, pour se replier sur l\u2019essentiel : la communion avec les siens.L\u2019Homme aura largement dédaigné le faste et le clinquant pour se blottir dans l\u2019essentiel, en quelque sorte, et vivre le moment historique avec ses proches, sa famille, ses enfants.LA BOÎTE AUX LETTRES edito@lapresse.ca Un châtiment trop lourd n À première vue, on ne peut que se réjouir du projet de loi qui prévoit l\u2019emprisonnement à perpétuité pour conduite avec facultés affaiblies causant la mort.Cependant, la réalité n\u2019est pas si simple : déjà, le durcissement des peines prônées dans la Loi C-82, entrée en vigueur en juillet dernier, a fait augmenter en flèche le nombre de délits de fuite mortels.On peut présumer que, dans la plupart des cas, les conducteurs fautifs avaient bu et ont négligé de porter secours à leur victime parce qu\u2019ils craignaient les conséquences de leur geste et qu\u2019une accusation de délit de fuite était bien préférable à une accusation de conduite avec facultés affaiblies causant la mort.Maintenant que ces conséquences sont plus lourdes encore, combien d\u2019autres victimes seront laissées pour mortes au bord de la route ?Par ailleurs, tant et aussi longtemps qu\u2019on n\u2019aura pas mis au point un instrument capable de lire le taux d\u2019alcool instantanément, il me semble injuste de prévoir une peine aussi dure que l\u2019emprisonnement à perpétuité.D\u2019abord, parce que le châtiment est pire que celui que mériterait un bandit qui assassine une caissière de sangfroid au cours d\u2019un hold-up.Et ensuite, parce que j\u2019ai beau être sensibilisé au phénomène de l\u2019alcool au volant et prendre toutes les précautions voulues, je frémis à l\u2019idée de devoir séjourner 25 ans en prison si, malgré toutes mes précautions, j\u2019ai mal évalué la vitesse à laquelle l\u2019alcool s\u2019est éliminé de mon sang et qu\u2019un piéton s\u2019est jeté sous mes roues.À mon avis, il faut laisser aux campagnes de prévention le soin de changer les mentalités.Elles obtiennent déjà de fort bons résultats.Augmenter la répression ne servira à rien.Christian BOISVERT Plus ça change.n Quand l\u2019homme vivait tout nu dans la brousse, il était bien vulnérable.Il se blessait souvent et se tuait parfois.Sans doute davantage par nécessité que par jeu, mais cela ne consolait que les vivants.Grâce à la petite boule de matière grise qu\u2019il avait entre les deux oreilles, il apprit vite à se protéger de peaux de bêtes, de boucliers et de cuirasses de plus en plus efficaces.Mais, allez savoir pourquoi, sa témérité augmenta toujours un cran plus rapidement que son sentiment de sécurité.Il continua donc à se casser la gueule avec un bel entrain.On aurait pu croire que le point culminant de cette folie avait été atteint au Moyen Âge, alors que bardés de métal, les gentils hommes s\u2019attaquaient à coup de massues et de piques, accélérés, pour mieux s\u2019occire, de toute la puissance de leurs chevaux.Que non ! Le raffinement de la témérité a cru avec l\u2019usage : on se tue maintenant à coup de chevaux-vapeur, on se jette en bas des montagnes sur des planches étroites et glissantes, on se balance en bas des avions suspendus à un mouchoir.On réussit même à faire le grand saut aux guidons d\u2019une bicyclette ou en jouant à s\u2019auto-étouffer ! Tout ceci pour dire que ce n\u2019est pas en obligeant les cyclistes à porter un stupide casque en matière plastique qu\u2019on va leur inculquer de la jugeotte ! Nous sommes déjà hyper-réglementés, sécurisés, signalisés, peinture-jaunisés et ça n\u2019empêche pas les cons de faire les cons.Aucune loi n\u2019aura jamais de prise sur l\u2019imbécillité.Et de grâce, qu\u2019on ne prétende surtout pas qu\u2019on agit ainsi dans le but de sauver des vies.Si c\u2019est vraiment ça qu\u2019on cherche, qu\u2019on s\u2019attaque aux vraies problèmes ! Dans l\u2019ordre, je pense au tabac, à la drogue sous toutes ses formes, aux relations sexuelles non protégées, aux excès de toutes sortes, y compris de travail.Et il y en aurait encore bien d\u2019autres à ajouter.Jean-Paul FONTAINE N.B.n La Presse accorde priorité sous cette rubrique aux lettres qui font suite à des articles publiés dans ses pages et se réserve le droit de les abréger.L\u2019auteur doit être clair et concis, signer son texte, donner son nom complet, son adresse et son numéro de téléphone.Adresser toute correspondance comme suit: La boîte aux lettres, La Presse, 7, rue Saint-Jacques, Montréal, H2Y 1K9.Les textes peuvent également être acheminés par fax au 285-4816 ou par email à l\u2019adresse: edito@ lapresse.ca 6LP0301B1204 b3-samedi-edito 6LP0301B1204 ZALLCALL 67 00:49:05 12/04/99 B LA PRESSE, MONTRÉAL, SAMEDI 4 DÉCEMBRE 1999 B 3 Plus/colloque Violence, Victimes et Vengeances La violence et les cours de justice C\u2019est souvent à l\u2019occasion du procès d\u2019un contrevenant que les valeurs sont remises en question JEAN-PIERRE BONIN L\u2019auteur est juge à la Cour du Québec.Le texte qui suit est le préambule de la conférence qu\u2019il donnera demain à l\u2019UQÀM, lors du colloque Violence, Victimes et Vengeances, organisé par la Société de philosophie du Québec dans le cadre des activités du 10e anniversaire de la tragédie de l\u2019École polytechnique de la Fondation des victimes du 6 décembre contre la violence.Nous sommes tous ici aujourd\u2019hui pour faire ensemble une réflexion sur la violence.J\u2019ai choisi le titre qui associe la violence et les tribunaux agissant en matière pénale, parce que c\u2019est devant les tribunaux, celui où j\u2019exerce entre autres à la Cour du Québec, chambre criminelle et pénale, que se retrouvent les situations de violence.C\u2019est donc pour nous le travail quotidien, le défilé journalier de ces victimes blessées qui viennent raconter leur drame et recherchent justice.Mes propos auront pour but de tenter de cerner comment les tribunaux criminels traitent le phénomène de la violence et entendent les appels de plus en plus pressants des victimes, leurs doléances et leurs souffrances ; de quelles façons ces tribunaux ont, à l\u2019intérieur de leurs moyens, de leur mandat qui est de décider de la culpabilité ou de l\u2019innocence d\u2019un accusé, réussi à intégrer ces préoccupations et faire en sorte que la victime ait une place dans tout le processus.Les tribunaux criminels font quelque fois face à des critiques sévères.Certaines sont justifiées, d\u2019autres ne le sont pas.Il nous arrive d\u2019entendre les réflexions suivantes : le système judiciaire est trop lent, la justice est faite pour protéger les criminels, les femmes victimes d\u2019agression n\u2019ont pas d e c h a n c e d\u2019être entendues devant les cours, les sentences sont trop légères et cetera.Je n\u2019ai pas l\u2019intention de vous convaincre que la situation est parfaite, que les sources d\u2019insatisfaction ont toutes été réduites à néant.Mais nous regarderons ensemble ce qui a été fait dans ce contexte.n n n L\u2019accès de plus en plus facile aux médias fait en sorte que les grands drames humains sont aujourd\u2019hui étalés dans toute leur horreur, et ce, de façon presque instantanée.Les 10 dernières années nous ont apporté des images terrifiantes qui nous démontrent que la violence est partout et que nul n\u2019est à l\u2019abri.En 1989, Marc Lépine pénètre dans les locaux de Polytechnique et abat 14 jeunes femmes.Nous vivons cette semaine le 10e anniversaire de cette tuerie.Dans la note qu\u2019il laisse, Lépine explique qu\u2019il tue ces jeunes femmes parce qu\u2019elles sont femmes.Il veut extirper le mouvement féministe et fait de sa mort un geste politique.Ces jeunes femmes lui étaient toutes inconnues.Il les a tuées au hasard et le seul critère qui a dirigé son action est son désir de tuer des femmes.Dix ans plus tard, un employé de la compagnie Xérox se rend à son lieu de travail et abat 7 employés.L\u2019assassin est un homme apparemment tranquille, il n\u2019a pas de passé de violence, et est sur le point d\u2019être congédié.Les personnes qu\u2019il a tuées sont des employés de la compagnie qui l\u2019emploie, et c\u2019est à ce titre qu\u2019il les a abattus.Il ne semble pas qu\u2019il ait entretenu aucune haine particulière à l\u2019égard d\u2019un ou de plusieurs d\u2019entre elles.Depuis 1996, une série d\u2019assassinats se produisent dans les écoles d\u2019Amérique.Le 2 février 1996, deux étudiants et un professeur sont tués dans une classe d\u2019algèbre à Moses Lake dans l\u2019état de Washington.Le 19 février 1997, un principal et un étudiant sont tués dans une école de Bethel, en Alaska.Le 1er octobre 1997, deux enfants sont tués et sept autres sont blessés par un étudiant de 16 ans à Pearl, Missouri.Le 1er décembre 1997, trois étudiants sont tués et cinq autres sont blessés par un enfant de 14 ans, à Padicah.Le 15 décembre 1997, deux étudiants sont blessés à Stamps, Arkansas par un jeune de 14 ans.Le 24 mars 1998, quatre étudiants et un professeur sont abattus et 10 enfants sont blessés à Jonesboro en Arkansas.Le 24 avril 1998, un professeur est tué et deux enfants sont blessés à Edinboro, Pennsylvania.Le 19 mai 1998, à Fayetteville, Tennessee, un étudiant est tué trois jours avant sa graduation.Le 21 mai 1998, deux enfants sont tués et 22 autres sont blessés à Springfield, Oregon.Le 15 juin 1998, un professeur et un conseiller en éducation sont blessés par un enfant de 14 ans, à Richmond.Le 20 avril 1999, 14 étudiants et un professeur sont tués et 23 autres enfants sont blessés à Columbine High School, Littleton, Colorado.Plus près de chez nous, le 28 avril 1999, à Taber, Alberta, un étudiant est abattu et un autre blessé par un suspect de 14 ans.Et finalement, le 20 mai 1999, à la fin de la dernière année scolaire, six étudiants sont blessés dans un High School américain par un jeune de 15 ans.Il est donc clair que la violence existe, qu\u2019elle nous frappe tous : femmes, travailleurs, étudiants.Les gestes spectaculaires abondamment médiatisés en sont la preuve.Mais parallèlement à toute cette violence que nous pouvons voir journalièrement à la télévision et dont nous pouvons entendre les reportages à la radio, il existe une violence anonyme ou quasi anonyme encore beaucoup plus importante et qui touche principalement la violence faite aux femmes et aux enfants.Nous parlons ainsi de la violence conjugale, des agressions contre les enfants, du harcèlement en milieux de travail ou autres et enfin de toute cette violence qui est parfois dénoncée mais qui demeure bien souvent sous le couvert de l\u2019anonymat.La violence dénoncée est amenée devant les tribunaux criminels.Elle est alors soumise aux dispositions du Code criminel, de la jurisprudence, de la doctrine et de la Charte des droits et libertés.Le Code criminel est en somme le catéchisme des sociétés civiles modernes.On y retrouve l\u2019ensemble des valeurs qu\u2019une société se donne.On y retrouve les grands principes : il est interdit de tuer, d\u2019agresser les gens, de voler, de frauder et cetera.Le Code contient aussi les sanctions qui seront imposées aux contrevenants.Le Code criminel contient donc les valeurs d\u2019une société à un moment donné.Ce code est en constante évolution.La pensée qui l\u2019anime, les valeurs qu\u2019il représente changent de la même façon que ces valeurs changent dans la société.Et ainsi au fil des interventions tant sociales que judiciaires, le Code criminel est modifié.Plusieurs exemples peuvent être donnés de ces interventions publiques ou judiciaires qui ont amené des modifications importantes au Code criminel et qui proviennent de mutation des valeurs traditionnelles.L\u2019affaire Morgentaler et le dossier de l\u2019avortement en est un.Il faut ici remarquer que c\u2019est souvent à l\u2019occasion du procès d\u2019un contrevenant que les valeurs sont remises en question.Monsieur Morgentaler procède à des avortements, il invoque à son procès la nécessité, le jury refuse de le condamner malgré une preuve écrasante.La décision du jury est renversée par la Cour d\u2019appel.La Cour suprême intervient dans une affaire célèbre qui amène une importante modification législative traduisant ainsi le nouveau sentiment de la société relativement au phénomène de l\u2019avortement.Les articles qui touchent la possession d\u2019arme à feu ont abondamment été modifiés aux cours des dernières années.La société a véhiculé le sentiment que les armes à feu sont trop facilement accessibles, qu\u2019elles sont une source de violence et qu\u2019il faut en restreindre l\u2019acquisition et l\u2019utilisation.Le législateur a donné suite à cette préoccupation et c\u2019est au Code criminel que les modifications ont été inscrites.Quand le phénomène de l\u2019écoute électronique, à cause des améliorations techniques aux équipements, est devenu une préoccupation sociale, l\u2019État est intervenu pour en limiter l\u2019utilisation et faire en sorte qu\u2019elle soit soumise au contrôle judiciaire.C\u2019est par le biais du Code criminel qu\u2019il a réalisé ces objectifs.Face aux inquiétudes de la société devant la montée du crime organisé et des sommes importantes que le trafic illégal génère, l\u2019État est intervenu pour faire en sorte que les biens criminellement obtenus puissent être beaucoup plus facilement saisis et confisqués.C\u2019est par l\u2019entremise du Code criminel qu\u2019il a réalisé son but.On voit donc que les valeurs sociales changent, que ces valeurs finissent par se retrouver à l\u2019intérieur du Code criminel, que ces modifications au Code criminel sont imposées, soit par la société ou par les tribunaux à l\u2019intérieur de la jurisprudence, et que des modifications importantes finissent par se retrouver dans ledit Code.La violence est un phénomène de tous les jours, la violence inquiète la population.Cette inquiétude a amené les tribunaux et le législateur à s\u2019interroger sur le sort réservé aux victimes de violence et à proposer des amendements majeurs tant au niveau des textes qu\u2019au niveau de l\u2019interprétation.Ces modifications ont eu pour effet de sensibiliser les cours à certains aspects de la violence principalement de cette violence qui n\u2019est pas nécessairement étalée au grand jour dans les médias, mais qui s\u2019exerce journalièrement dans la société en général et dans les familles ou les milieux de travail en particulier.Il convient donc maintenant d\u2019examiner comment les tribunaux ont réagi à ces phénomènes de violence conjugale, de violence faite aux enfants, de violence et d\u2019injustice faites aux personnes atteintes de maladie mentale, de cette violence que génère le racisme, et ce, à l\u2019intérieur même du système judiciaire.(.) L\u2019Honorable Jean-Pierre Bonin Les dix dernières années nous ont apporté des images terrifiantes qui nous démontrent que la violence est partout et que nul n\u2019est à l\u2019abri.La violence contre les femmes: un phénomène complexe CLAUDE FILION L\u2019auteur est président de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse.Le texte qui suit est un extrait de la conférence qu\u2019il donne aujourd\u2019hui à l\u2019UQÀM, lors du colloque Violence, Victimes et Vengeances, organisé par la Société de philosophie du Québec dans le cadre des activités du 10e anniversaire de la tragédie de l\u2019École polytechnique de la Fondation des victimes du 6 décembre contre la violence.Le droit des femmes de voir leur intégrité respectée est la pierre angulaire des autres droits.Il occupe d\u2019ailleurs une place de premier plan, aussi bien dans la Charte québécoise que dans la Déclaration universelle.La première menace à l\u2019intégrité des femmes réside sans contredit dans la violence qui leur est faite.La violence contre les femmes est un phénomène complexe, comprenant des dimensions physiques, psychologiques, sexuelles et même économiques.Elle prend des formes diverses à travers le monde : harcèlement, voies de fait, inceste, agressions sexuelles, viol, mutilations génitales à l\u2019encontre des femmes et des filles.Dans nos sociétés dites avancées, elle se manifeste aussi bien à la maison qu\u2019en milieu de travail, dans la rue ou à l\u2019école.Tout en transcendant les classes sociales et les catégories ethniques et d\u2019âge, la violence faite aux femmes contribue à renforcer les autres formes d\u2019oppression des femmes.La violence faite aux femmes est trop souvent acceptée ou excusée, sous prétexte qu\u2019elle relève du domaine privé ou des traditions culturelles.Il est pourtant facile de constater que les femmes subissent davantage que les hommes certains types de violence.Ainsi, les femmes sont huit fois plus souvent victimes d\u2019agressions sexuelles ou de harcèlement criminel.Et comment oublier qu\u2019en 1989, c\u2019est en raison de leur appartenance sexuelle que quatorze femmes ont perdu la vie à l\u2019École polytechnique de Montréal, événement dont nous commémorons lundi le triste anniversaire ?Outre la violence qui se déploie dans la rue, créant la peur et limitant la mobilité des femmes, la violence sévit souvent aussi au coeur même de la relation intime.Les crimes violents commis contre les femmes sont, dans 80 % des cas, le fait de leur entourage (conjoint, ex-conjoint, enfant).On sait par ailleurs qu\u2019une large part de la violence conjugale n\u2019est jamais signalée à la police.La violence envers les femmes ne saurait donc être considérée comme un simple « problème de femmes ».Il s\u2019agit bien d\u2019un problème s\u2019inscrivant dans le tissu même des relations sociales.Dans la mesure de ses moyens, et compte tenu des responsabilités qui sont les siennes, la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse a cherché à élaborer des outils d\u2019intervention propres à corriger certains types d\u2019atteinte à l\u2019intégrité des femmes.Parmi nos outils d\u2019éducation (et donc, de prévention) je citerai à titre d\u2019exemple notre modèle de politique visant à contrer le harcèlement sexuel en milieu de travail.Le harcèlement sexuel constitue non seulement une atteinte à l\u2019intégrité physique et psychologique mais aussi, par son effet sur le climat de travail, un obstacle à l\u2019égalité des femmes en milieu de travail.La Politique sur le harcèlement sexuel fait aujourd\u2019hui partie des politiques internes de nombreuses entreprises et institutions québécoises.Elle définit le harcèlement sexuel de manière suffisamment large pour englober le phénomène dans toutes ses principales dimensions, et énonce clairement la responsabilité de l\u2019employeur pour les actes de harcèlement commis en milieu de travail.Cette politique constitue un outil d\u2019intervention précieux dans la lutte contre cette forme particulièrement pernicieuse d\u2019atteinte à l\u2019intégrité des femmes.D\u2019autres formes d\u2019atteinte à l\u2019intégrité tombent dans le champ d\u2019intervention de la commission.En vertu de la Loi sur la protection de la jeunesse, la Commission peut ainsi oeuvrer dans la sphère de la violence qui s\u2019exerce contre les enfants.Bien que les données officielles sur la violence ne permettent pas d\u2019isoler celle qui s\u2019exerce spécifiquement à l\u2019encontre des filles et que les garçons soient également victimes de violence, les filles semblent en être les victimes les plus fréquentes.À l\u2019autre extrémité de l\u2019échelle des âges, l\u2019exploitation des aînés, dont les femmes sont ici encore les premières victimes, demeure un sujet préoccupant.Il s\u2019agit d\u2019un problème complexe, que la commission est amenée à traiter non seulement via sa compétence d\u2019enquête, mais en concertation avec les associations d\u2019aînés, les services sociaux et les corps policiers.Autre forme de violence devant être abordée sous l\u2019angle des droits fondamentaux des femmes : les mutilations sexuelles.Dans bon nombre de pays, des pratiques condamnées par la communauté internationale, telles que l\u2019excision et l\u2019infibulation, existent encore.En raison du flux migratoire international, on ne doit pas exclure la possibilité que ces pratiques puissent être ou avoir déjà été importées au Québec.Interrogée sur les moyens qui pourraient être mis en oeuvre dans une telle éventualité, la commission a souligné qu\u2019outre les poursuites criminelles auxquelles s\u2019exposent les auteurs de ces pratiques, celles-ci peuvent donner lieu à des poursuites civiles fondées sur le droit à l\u2019intégrité.En effet, si les sanctions pouvant être imposées à l\u2019encontre de la violence sont avant tout du domaine pénal, toute atteinte à l\u2019intégrité des femmes constitue également une atteinte aux principes de la charte.Qui plus est, la responsabilité de ces actes peut être imputée non seulement à la personne qui pratique les mutilations, mais aussi aux personnes qui en auraient fait la demande, y compris les parents de la victime, ainsi qu\u2019à tout centre hospitalier qui aurait permis ou toléré de telles pratiques.On le voit, la perspective des droits fondamentaux nie que la violence faite aux femmes soit une affaire strictement privée.Elle fournit des outils d\u2019intervention permettant, d\u2019une manière différente du droit pénal, mais souvent complémentaire, de faire face à diverses situations où l\u2019intégrité des femmes est mise en péril, que le contexte soit celui du travail, de la vie civile ou des traditions culturelles.Il faut souhaiter, en ce sens, une plus étroite imbrication des droits fondamentaux et des revendications relatives à l\u2019intégrité des femmes.(.) La violence faite aux femmes est trop souvent acceptée ou excusée, sous prétexte qu\u2019elle relève du domaine privé ou des traditions culturelles.Claude Filion 6LP0401B1204 b04 samedi4 d cembre 6LP0401B1204 ZALLCALL 67 00:46:04 12/04/99 B Plus B 4 LA PRESSE, MONTRÉAL, SAMEDI 4 DÉCEMBRE 1999 L\u2019égalité des sexes.retrouvée Helen Fisher Dans le cadre de ses projets de l\u2019an 2000, La Presse vous propose une grande série rétrospective, les Sagas du XXe siècle, qui aborde différents thèmes qui ont marqué les 100 dernières années.Tous les samedis, nous nous intéressons aux idées politiques, aux phénomènes sociaux, à l\u2019urbanisme, aux communications, aux sciences.Chaque saga comprend deux éléments : une entrevue de fond avec un spécialiste du thème abordé et une chronologie illustrée.Aujourd\u2019hui, nous vous présentons la Saga des femmes, avec la collaboration de la réputée anthropologue américaine Helen Fisher.Bonne lecture.RICHARD HÉTU collaboration spéciale, NEW YORK Anthropologue de renom, Helen Fisher se définit comme une optimiste.Selon elle, les femmes retrouveront au XXIe siècle le statut dont elles jouissaient dans la savane africaine, il y a des millions d\u2019années, c\u2019est-à-dire l\u2019égalité économique, sociale et sexuelle ! Dans la conclusion de son dernier livre, The First Sex (Random House, 1999), Fisher écrit : « Nous nous acheminons vers une société où régnera une vraie collaboration, une culture globale au sein de laquelle les qualités des deux sexes seront comprises, appréciées et utilisées.Le XXIe siècle sera peutêtre le premier de l\u2019ère moderne où les sexes travailleront et vivront comme des égaux.comme les hommes et les femmes l\u2019ont fait pendant plusieurs millénaires de notre remarquable passé d\u2019humains.» Chercheur à l\u2019Université Rutgers, au New Jersey, Fisher n\u2019est pas très populaire auprès des féministes traditionnelles.À son avis, l\u2019évolution de l\u2019espèce humaine n\u2019a pas seulement donné aux hommes et aux femmes des corps différents, mais également des façons différentes de penser, de communiquer, de sentir, de voir, d\u2019agir.La thèse évolutionniste a évidemment déjà permis à Darwin d\u2019arguer que l\u2019homme était supérieur à la femme.Or, Fisher s\u2019en sert aujourd\u2019hui pour soutenir pratiquement le contraire dans The First Sex (le titre est accrocheur, mais trompeur).Au XXIe siècle, selon l\u2019anthropologue, les talents naturels de la femme ne lui permettront peut-être pas de dominer le monde, mais certainement de le changer en profondeur.Auteur de deux autres livres, The Sex Contract et Anatomy of Love, la New-Yorkaise de 53 ans s\u2019est prêtée récemment à une entrevue dans son appartement de Manhattan.Que pensiez-vous trouver en entreprenant la recherche de votre dernier livre ?Je n\u2019avais aucune idée préconçue.Je savais que les femmes s\u2019empilaient dans le marché du travail partout dans le monde.Et je savais qu\u2019elles arrivaient équipées de talents particuliers acquis il y a des millions d\u2019années dans la savane africaine.Ma question de départ était donc : quel impact ces femmes auront- elles au XXIe siècle sur le droit, la médecine, les communications, l\u2019éducation, les affaires, la politique, la société civile, la sexualité, la famille ?Au cours de mes quatre années de recherche, j\u2019ai notamment réalisé que les changements de l\u2019économie favoriseront l\u2019intelligence féminine.Que voulez-vous dire ?La hiérarchie traditionnelle des entreprises commencent à s\u2019aplatir.Ce que nous voyons, c\u2019est le début d\u2019une société horizontale.Plusieurs compagnies se débarrassent de leurs cadres moyens et mettent l\u2019accent sur le travail d\u2019équipe.Cela joue en faveur des femmes qui tendent naturellement à former des équipes égalitaires, à rechercher le consensus et l\u2019harmonie.L\u2019autre changement intéressant est illustré par la popularité de nouvelles expressions dans le monde des affaires.On parle de « system thinking », de « depth of vision », de « breadth of vision ».Les entreprises veulent embaucher des gens qui ont une vue d\u2019ensemble, qui sont capables de penser de façon systématique et à long terme.Encore une fois, cela joue en faveur des femmes, qui ont une plus grande facilité à généraliser, à schématiser, à synthétiser.Les hommes, en revanche, ont tendance à compartimenter les problèmes, à fixer leur attention sur une situation particulière au détriment de l\u2019ensemble.Est-ce à dire que les hommes seront désavantagés par les changements de l\u2019économie au XXIe siècle ?Je ne pense pas que l\u2019ascension des femmes sur le plan économique signifiera le déclin des hommes.S\u2019il y a une chose que j\u2019aimerais que vous écriviez, c\u2019est bien cela.Je pense que les femmes, en devenant plus fortes économiquement, permettront aux hommes de retourner à l\u2019école, d\u2019élever les enfants eux-mêmes, de prendre leur retraite plus tôt.Ce sera bon et pour les femmes et pour les hommes.Cela dit, il ne faut pas penser que les talents naturels des hommes en affaires n\u2019auront plus leur place.C\u2019est juste que le modèle hiérarchique ne dominera pas comme avant.Qu\u2019en est-il du rôle que les femmes joueront en politique ?Ce que je sais, c\u2019est que nous avons une population vieillissante, et que les femmes auront un poids politique considérable au XXIe siècle.En 2050, 25 % de la population sera âgée de 65 ans et plus.Dans ce groupe, il y aura deux fois plus de femmes que d\u2019hommes.Elles seront alertes, actives et vigoureuses.Elles s\u2019intéresseront beaucoup plus que les hommes aux questions sociales.Elles choisiront le type d\u2019hommes qui les représenteront.Voulez-vous dire que les femmes continueront à hésiter à se porter elle-mêmes candidates ?Sur ce plan, il y a une vraie différence entre les hommes et les femmes.Les jeunes femmes sont plus intéressées à préserver l\u2019équilibre entre le travail et la famille, et elles ne sont pas attirées autant que les hommes par la politique.Les jeunes hommes dans la vingtaine finissent leurs études universitaires et s\u2019engagent très tôt dans la vie politique, gravissant les échelons de la hiérarchie dominée par les hommes.Les femmes, en revanche, ne veulent pas mettre en péril leur santé, leur sécurité, leur temps de loisir, leur vie familiale pour gravir les mêmes échelons.Par contre, elles exerceront un leadership de plus en plus visible au sein des organismes non gouvernementaux, où seront mises en valeur leur compassion, leur empathie et leur vue d\u2019ensemble.C\u2019est un phénomène qui ébranle déjà plusieurs gouvernements à travers le monde.Derrière ce qu\u2019on appelle la société civile, il y a une véritable armée de femmes.Les femmes seraient-elles en train de créer un nouveau type de leadership ?Tout à fait.Prenez la révolution à laquelle on assiste dans le monde des communications.Qui programmera les émissions des 500 chaînes de télévision qui verront bientôt le jour aux États-Unis ?Qui les produira ?Qui les animera ?Des femmes, en bonne partie, en raison de leur supériorité langagière.Il y a derrière les mots un pouvoir énorme.C\u2019est une forme de leadership remarquable.Et les femmes ne l\u2019exerceront pas seulement dans les communications, mais également à l\u2019école.Pendant des millions d\u2019années, nous avons appris en observant, en imitant.Aujourd\u2019hui, nous apprenons en écoutant, en lisant, en écrivant, des activités où les femmes sont supérieures aux hommes.Les hommes ne sont pas aussi patients.Ils n\u2019ont pas la même facilité avec les mots.Je ne suis donc pas surprise d\u2019apprendre que le nombre de diplômés universitaires est aujourd\u2019hui plus grand chez les femmes que chez les hommes.Quels seront les gains des femmes dans les pays moins favorisés ?Les Nations unies effectuent des enquêtes régulières sur l\u2019écart entre les hommes et les femmes autour du monde.En 1995, dans chacune des 130 sociétés étudiées, on a relevé une diminution graduelle de cet écart au chapitre de l\u2019éducation, de la santé et du statut économique.Je pense que cette tendance s\u2019accélérera au XXIe siècle.Vous avez une théorie intéressante à propos du pouvoir des femmes ménopausées.Oui.Plusieurs femmes de la génération des baby-boomers arrivent au mitan de la vie, pas seulement aux États-Unis, mais également en Europe, au Japon, en Australie et au Canada.Aux États-Unis seulement, 50 millions de femmes sont à la veille de vivre la ménopause.Elles verront en conséquence leur pouvoir s\u2019accroître de façon significative, pour des raisons culturelles notamment.Elles n\u2019auront plus à prendre soin de jeunes enfants.Elles auront créé des réseaux dans la communauté.Elles auront peut-être bénéficié d\u2019un héritage.Mais au-delà de ces avantages culturels, les femmes profiteront aussi des dividendes de la nature.À la ménopause, le niveau des oestrogènes baisse et celui de la testostérone, l\u2019hormone mâle, augmente.La testostérone est une drogue « classy ».Elle est associée au rang et au pouvoir.Si vous injectez de la testostérone dans un poisson, un oiseau ou un singe, il se mettra aussitôt à se battre pour monter en grade.Or, pour la première fois de l\u2019histoire, nous assisterons à un raz-de-marée derrière lequel se trouvera des dizaines de millions de femmes ménauposées, chargées de testostérone, bien éduquées, bien connectées, bien expérimentées.Plusieurs d\u2019entre elles brigueront les suffrages dans les municipalités et dans les États.Malheureusement, elles arriveront trop tard pour commencer une carrière politique nationale.Vous écrivez dans votre dernier livre que les femmes lanceront « une nouvelle ère de civilité sexuelle ».Que voulez-vous dire ?Aujourd\u2019hui, quand les femmes intentent des poursuites pour harcèlement sexuel, elles gagnent de plus en plus souvent.À une autre époque, quand il y avait un problème du genre dans un bureau, c\u2019était les femmes qu\u2019on congédiait, pas les hommes.Donc, ceux-ci commencent à avoir peur.Ce n\u2019est pas une mauvaise chose.D\u2019autre part, les femmes deviennent de plus en plus confiantes sur le plan sexuel.Non seulement commencent- elles plus tôt à avoir des relations sexuelles, mais elles ont un plus grand nombre de partenaires et elles expriment moins de remords à leur sujet après coup.En contrepartie, les hommes tentent de se faire de plus en plus désirables.Ils se font teindre les cheveux pour avoir l\u2019air jeune.Ils se prêtent à des chirurgies plastiques pour faire disparaître leurs rides.Bref, ils veulent plaire.La nouvelle ère de civilité sexuelle, c\u2019est un peu tout ça.Et la famille, comment se portera-t-elle au 21e siècle ?Les Occidentaux ont tendance à idéaliser la famille traditionnelle, patriarcale.Ils se plaignent de l\u2019augmentation des divorces, par exemple.Ce qu\u2019ils ne comprennent pas, c\u2019est que les mariages d\u2019aujourd\u2019hui durent plus longtemps que ceux d\u2019il y a 100 ans.Il y a 100 ans, un des deux époux perdait souvent la vie après quelques années seulement de mariage.La famille n\u2019a donc jamais été stable, et elle ne le sera jamais.Nous continuerons ainsi à divorcer en grand nombre.Personne n\u2019acceptera de rester dans une union insatisfaisante.Le résultat sera apparemment contradictoire : les mariages, surtout ceux entre pairs, seront plus heureux que jamais. LA PRESSE, MONTRÉAL, SAMEDI 4 DÉCEMBRE 1999 B5 Plus Iles sagas du xxesiècle M M Elles ont brisé les barrières Ces femmes ne sont pas toutes les plus connues de notre siècle.Mais chacune d'entre elles a brisé une barrière.À leur façon, toutes ont su faire avancer la cause de leurs semblables en réduisant progressivement l'écart entre hommes et femmes.X 1900.Mother Jones (États-Unis) conduit les femmes à faire grève et à se battre contre l'exploitation des enfants.Eilen Key (Suède) publie L'Âge d'un enfant, un ouvrage qui remet en cause les stéréotypes sexuels.1901.Else von Richthofen (Allemagne) est la première femme à être nommée médecin à l'Université de Heidelberg.Anita McGee (États-Unis) met en place le corps des infirmières JULIA WARD H0WE de l'Armée.1904.Isadora Duncan (États-Unis) fonde une école de danse d'avant-garde à Berlin.Rosa Luxemburg (Pologne, Allemagne) entre pour la première fois au directoire de l'Internationale socialiste.Elle occupera ce rôle pendant dix ans.1905.Heien Stocker (Allemagne), partisane de l'amour libre, met en place des foyers pour les mères célibataires.Bertha Suttner (Autriche) est la première femme à recevoir le prix Nobel de la paix pour ses romans pacifistes.1906.Florence Nightingale (Angleterre), connue pour ses actions en tant qu'infirmière militaire, reçoit l'Ordre du Mérite anglais.1907.Marie Geiiu-Lajoic participe à la fondation et devient la première présidente de la Fédération nationale Saint-Jean-Baptiste, qui réunit des femmes de différents milieux.Dix-neuf Finlandaises deviennent les premières femmes députés dans le monde.1908.Julia Ward Howe (États-Unis), compositrice de l'hymne militaire républicain, est la première femme élue à l'Académie des arts et de littérature.Élise Déroche (France), appelée la baronne Raymondcde Laroche, est la première femme à recevoir une licence de pilote.1911.Bleanor Davics-< olley (Royaume-Uni) est la première femme à être officiellement reconnue chirurgien.Marie Curie (France) reçoit le prix Nobel de chimie pour la deuxième lois.1917.Constance Coltman (Grande-Bretagne) devient la première femme pasteur de l'Église congrégationnaliste.Gabrielle Chanel (France) rend populaire la mode des cheveux courts.Alexandra Kollontai est nommée au Comité central du Parti communiste ; elle devient ainsi la première femme à occuper un poste politique aussi important en Russie.1918.Mary Stopes (Grande-Bretagne) provoque un scandale avec son livre Amour conjugal, dans lequel elle parle des relations sexuelles, de l'orgasme des femmes et de la contraception.Rosika Schwimmcr (Hongrie) devient la première femme ambassadrice.Elle occupe un poste en Suisse.1919.Alice Hamilton (États-Unis) est la première femme professeur à Harvard.Hoda Chaaraoui (Egypte) refuse de porter le voile en et réussit à élever à 16 ans l'âge minimal du mariage.1921.Mary Ellen Smith (Canada) devient la première femme ministre dans le monde.Susanne Lcnglen (France), la «diva» du tennis, remporte la médaille d'or aux Jeux olympiques et domine le tennis féminin.1922.Alice M il liai (France) organise les premiers Jeux olympiques féminins à Paris.Annie Swynnerton (Grande-Bretagne) est la première femme peintre à faire partie de l'Académie royale.1924.Ichikawa Fusae (Japon) crée une association pour défendre le droit de vote des femmes.1925.Ethel Leginska (Angleterre) dirige l'Orchestre symphonique de New York.Sarojini Naidu (Inde) est élue présidente du Parti du Congrès en Inde.1926.Gertmde Ederle (États-Unis) traverse la Manche à la nage.Victoria Kent (Espagne) est nommée ministre de la Justice.1931.Maria del Refugio Garcia (Mexique) est emprisonnée pour avoir réclamé le droit de vote des femmes.Jane Addams (États-Unis) reçoit le prix Nobel de la paix pour son oeuvre dans les quartiers pauvres de Chicago.1932.Amelia Earhart (Etats-Unis) vole au- dessus de l'Atlantique.1934.Évangeline Booth (France) est élue général dans l'Armée du salut.Ellen Mùller-Preis (Autriche) remporte les Championnats du monde d'escrime.Elle s'imposera à quatre reprises.1936.DJuna Barnes (États-Unis) célèbre pour sa beauté, son humour, et ses amours lesbiennes, publie un roman d'avant-garde intitulé Nighhvood.Dolores Ibarruri (Espagne), appelée la «Pasionaria», devient une héroïne de la guerre civile de 1936-1939.1937.Conchita Cintron (Pérou), montée sur un cheval, tue son premier taureau dans une corrida à Lima.1938.Pauline Ossipenko (URSS) est surnommée le «Héros île l'URSS».1940.Thérèse Casgrain et les suffragettes québécoises obtiennent finalement le droit de vote aux élections pro\\ inciales.Les Canadiennes votent aux élections fédérales depuis 1917.La reine .Wilhelmine (Pays-Bas) i se réfugie à Londres d'où elle dirige le mouvement de la résistance hollandaise.Pe-Mei-Huang (Chine) dirige un navire de guerre et capture un navire ennemi japonais.lancl Wyman (États-Unis) échange avec son partenaire le baiser le plus long île l'histoire cinématographique ( .mu et *5s) dam le film île Régis Tonmeiy YOU'Tt in Lhe Annv Now.1944.Yvonne l-oin.int (l'iamc) crée la première Association professionnelle féminine des chefs d'entreprise.Vijaya L.ikshmi Pandid (Inde) représente son pa>s aux Nations unies et devient ensuite présidente de l'Assemblée générale.1945.Angela Jourdak (Liban) est la première femme diplomate venant d'un pays arabe.Mary Ritter Beard (États-Unis) publie l'ouvrage Wometi as Force in History (Les femmes sont une force dans l'histoire).1946.Evita Peron (Argentine) crée la branche féminine du Parti péroniste.1948.Simone de Beauvoir (France) publie Le Deuxième Sexe, ouvrage vendu à un million d'exemplaires aux États-Unis.Margarita Nazarova (Russie) emballe les foules par sa maîtrise des tigres au Cirque de Moscou.MERETERESA AUNG SAN SUU KYI 1951.Marguerite Higgins (États-Unis), correspondante de guerre en Corée, reçoit le prix Pulitzer pour ses reportages à l'étranger.1953.Ann Davidson (Grande-Bretagne) traverse seule à la voile l'océan Atlantique.1954.Nadine Gordimer (Afrique du Sud) publie son premier roman contre l'apartheid : 77ie Lying Days.Liaguat Ali Khan (Pakistan) devient la première femme ambassadeur venant d'un pays musulman non arabe.1956.Colette Duval (France) établit le record féminin de parachutisme en sautant de 12 080 mètres.1957.Assia Djebar (Algérie) provoque un scandale avec son ouvrage : La Soif, où elle évoque l'émancipation d'une jeune fille.1959.Indira Gandhi (Inde) est élue présidente du Parti du Congrès et devient ensuite le premier ministre de son pays.1960.Simiravo Bandaranaike (Sri Lanka) devient la première femme premier ministre dans le monde.1962.Marie-Louise Monnet (France) devient la première femme à participer au deuxième Concile du Vatican, mais n'a toujours pas le droit de voter.Ewy Joenson-Rosquist (Suède) remporte le Grand Prix de Formule Un en Argentine.1963.Valentina Terechkova (Russie) est la première femme à voler dans l'espace.1966.Betty Friedan (États-Unis) crée l'Organisation nationale des femmes.1967.Angela Davis (États-Unis), militante de la cause noire américaine, rejoint le Parti communiste.1968.Bernadette Devlin (Irlande du Nord); militante catholique pour les droits civils, est élue député de Londonderry.Shirley Chisholm (États-Unis) est la première femme noire à être élue au Congrès.1969.Golda Mcir (Israël) est élue premier ministre.Simone Veil (France) est nommée premier secrétaire gênerai du Conseil supérieur de la magistrature.1971.Gloria Steinem (États-Unis) fonde l'Alliance pour l'action des femmes et, par la suite.Ms Magazine.1972.Sally Priesand (États-Unis) est la première femme à être ordonnée rabbin.Navval el Saadavvi (Egypte) publie Les Femmes et le sexe, pour dénoncer la circoncision des femmes.Anne-Marie Renger (Allemagne) est élue présidente du Bundestag.1975.Bernadette Olowo (Ouganda) devient la première femme ambassadeur SU Saint-Siège.Margaret Thatcher (Angleterre) est élue présidente du Parti conservateur.Elle devient premier ministre en 1979.Yunko Tabei (Japon) est la première femme à atteindre le sommet de l'Everest.Barbara Walters (États-Unis) dev lent la INDIRA GHANDI présentatrice sur une chaîne de télévision américaine, ABC.Elle y gagne un salaire annuel record d'un million de dollars.1979.Mere Tferesa (Albanie) reçoit le prix Nobel de la paix pour son œuvre en Inde.Maria de Lurdes Pintassilgo (Portugal) devient premier ministre.Vigdis Finnboggadottir (Islande) est élue présidente.1982.Thérèse Klipfel (France) est élue présidente du Conseil synodal de l'Église réformée.1983.Barbara Me Clintock (États-Unis) reçoit le prix Nobel de physiologie et de médecine.1986.Madeleine Griselin (France) conduit la première expédition féminine vers le pôle Nord.Amira Dotan (Israël) est nommée général dans l'Armée israélienne.1988.Vasso Papandreou (Grèce) et Christiane Scrivener(France) sont nommées à la Commission européenne.Benazir Bhutto (Pakistan) devient premier ministre.C'est la première femme à diriger un pays musulman.1989.Catherine Lalumière (France) est nommée secrétaire général du Conseil européen.Chai Ling et Wang Chaohua (Chine) font partie des 21 étudiants ayant mené la révolution de Tiananmen.Florence Arthaud (France) est la première femme à remporter une course internationale à la voile.Linda Bray (États-Unis) membre de la police militaire, dirige 30 hommes lors d'une intervention militaire à Panama.1991.Aung San Suu Kyi (Birmanie) reçoit le prix Nobel de la paix.1992.Maria Jopsen (Allemagne) est la première femme à être nommée évêque dans l'Église luthérienne.Liliana Ferraro (Italie) devient l'un des principaux juges anti-mafia.Rigoberta Menchu (Guatemala) reçoit le prix Nobel de la paix.1993.Jacqui Nofokeng (Afrique du Sud) est la première Miss noire dans son pays.Tansu Ciller (Turquie) devient premier ministre.Hillary Clinton (États-Unis) donne un nouveau poids au rôle de «fïrst lady».Tas lima Nasreen (Bangladesh), médecin et écrivain, est condamnée à mort par les fondamentalistes à cause de son roman Lajja {La Honte).1994.Hisako Takahashi (Japon) est la première femme juge à la Cour suprême.1997.Emma Bonino (Italie), Commissaire européenne pour l'aide humanitaire, surnommée «< pasionaria », défend les droits des femmes en Afghanistan et se fait arrêter par les talibans.Lady Di (Royaume-Uni), princesse de Galles, mondialement connue pour son activité humanitaire, disparaît danrsn accident à Paris.1999.L'astronaute Fîilecn Collins (États-Unis) est la première femme commandant de bord de la navette spjti.de.© La Presse.équipe des projets spéciaux / World meda LADY DI première femme MARIE GERIN-LAJ0IE AMELIA EARHART SAMEDI PROCHAIN: THERESE CASGRAIN LES INTELLECTUELS À l'aube de l'an 2000, La Presse offre à ses lecteurs un modeste échantillon de la diversité humaine en relatant le quotidien, les préoccupations et les passions de personnes «ordinaires» rencontrées dans neuf pays.Notre journaliste Marc Thihodeau était de passage la semaine dernière a Los Angeles, aux États-Unis.MARC THIBODEAU envoyé spécial, LOS ANGELES Los Angeles, comme bien des grandes villes américaines, compte sa part de ghettos ethniques.Les parents de Ken Kuwahara, qui ont quitté le Japon quelques années avant sa naissance, ne voulaient rien entendre de tels regroupements.Ils ont misé pour leurs enfants sur une éducation à l'américaine, immersion totale à l'appui, en négligeant leur propre bagage culturel.Ils me parlaient toujours en anglais à la maison, jamais en japonais.Aujourd'hui, je ne comprends quasiment rien de cette langue, sauf quelques expressions simples», dit-il.Le pays de ses ancêtres lui demeure parfaitement étranger.«J'y suis allé une fois et je ne m'y suis pas senti très à l'aise.Tout me semblait bizarre», note M.Kuwahara, qui ne se fait guère de mouron à l'idée que ses parents ont choisi de ne pas insister sur leur passé nippon.«Je crois qu'ils ont toujours tout fait pour nous laisser la plus grande latitude possible.Ça m'a rendu rapidement très indépendant», dit-il.Site Web Cette indépendance est des plus évidentes dans la vie quotidienne du policier de 34 ans, qui a notamment appris tout ce qu'il faut savoir sur Internet en autodidacte.La confortable maison qu'il occupe en banlieue de Los Angeles avec sa femme et leur fils unique de 5 ans, Kevin, est rempli d'épais livres techniques sur le sujet.«Lorsqu'il y a quelque chose que je ne comprends pas, je m'achète une autre brique», explique-t-il.Les connaissances qu'il a acquises dans ce domaine lui ont bien servi pour mettre sur pied l'infrastructure électronique requise pour son site Web sur les poursuites policières, accessible à: www.pursuitwatch.com.«Je me cherchais une idée pour faire de l'argent avec Internet et ça m'est venu un soir, vers minuit.Je me suis dis que je pourrais sans doute y parvenir en donnant aux gens la possibilité de savoir à quel moment une poursuite est diffusée en direct à îa télévision», note-l-il.Le réseau compte _ aujourd'hui un millier de personnes, qui peuvent appeler en tout temps à la résidente de M.Kuwahara pour sonner l'alerte lorsqu'une poursuite est diffusée en direct.Les uleavertisseurs de l'ensemble des membres, qui paient quelques dollars par mois pour le service, sont alors activés par l'entremise du système automatisé qu'il a mis sur pied.«C'est d'abord les ordinateurs qui m'intéressent, pas les poursuites)», explique-t-il.Son intérêt pour ce \\ olet des activités policières est loin d'être négligeable pour autant.« C'est sur que ta m'intéresse de suivre les poursuites.Je suis curieux de voir comment se comportent mes collègues au travail, comment évoluent les techniques d'intervention», dil-il.La majorité des gens, estime M.Kuwahara, veulent voir de tels événements simplement parce qu'ils soin «excitants»».«Ça va plus loin que les reality shows puisque c'est diffusé en direct.On ne sait pas comment ça va finir.» Outre la célèbre poursuite d'O.J.Simpson, quelques autres incidents l'ont convaincu de l'intérêt de la population pour la diffusion des faits divers en direct.Une longue fusillade survenue a North Hollywood il y a quelques années l'a notamment marqué, tout comme une poursuite qui s'est terminée par le suicide du fuyard et un gros plan d'un chien en train de brûler vif datis une voiture.Ces événements ont soulevé de sérieux débats sur le bien-fondc de la retransmission de tels événements en direct, reconnaît M.Kuwahara, qui a eu droit à sa part de critiques lorsqu'il a annoncé la création de son réseau et «le son site Internet.«Ce n'est pas moi qui choisis de diffuser les poursuites, ce sont les chaînes de lélé-vision.I Iles font de l'aigent avec ça et je m'accroche a elles pour en faire aussi», note-t-il comme pour évacuer le débat.Lorsqu'on insiste, M.Kuwahara s'empresse de souligner que la retransmission des poursuites peut a-voir un effet dissuasif sur la population.«Les gens savent qu'ils vont nécessairement être pris s'ils tentent de s'enfuir», dil-il.La police, ajoute-t-il, se sert par ailleurs des images retransmises pour diriger ses voitures durant la poursuite et les enregistre pour faire par la suite de la formation.Suicide en direct Depuis sa création, le réseau a signalé une trentaine de pousuites à ses membres.La plus récente est survenue pas plus tard que vendredi dernier.Un homme d'une quarantaine d'années a contraint les autorités à le pourchasser pendant près de trois heures.Les images étaient diffusées en continu par non moins de cinq chaînes télévisées, qui ne cessaient de spéculer sur ses moindres faits et gestes.Les policiers ont finalement réussi à le forcer à s'immobiliser en posant des clous sur une autoroute.L'homme, qui voulait en finir, est sorti de la voiture en pointant une arme sur les policiers.Ils devaient finalement faire feu à plusieurs reprises en le touchant mortellement.Bien que la plupart des chaînes aient choisi de diffuser la scène en gros plan, leurs auditeurs ont ainsi assisté à un suicide en direct.Le débat éthique a repris dès le lendemain dans les journaux, qui multiplient les interrogations relativement à cette singulière pratique journalistique.Mais M.Kuwahara n'en a cure.Le policier, qui dit réussir pour le moment à couvrir ses frais de fonctionnement avec les revenus que lui rapporte son réseau, espère étendre bientôt le service à l'ensemble du pays.L'initiative, controversée ou pas, est la plus récente manifestation de la débrouillardise de l'entreprenant personnage qui a mis sur pied au fil des ans, en marge de son travail principal, toutes sortes de petites entreprises.«Il faut tout le temps que je sois occupé à faire quelque chose», répète-t-il en s'empressant de souligner qu'il prend bien garde de ne pas laisser ces occupations empiéter démesurément sur sa vie familiale.Pilote d'hélicoptère Il y a une dizaine d'années, M.Kuwahara a décidé d'entreprendre des cours pour devenir pilote d'hélicoptère.Quelques années plus tard, il achetait un petit appareil avec un ami, ce qui lui a permis d'accumuler des heures de vol.L'expérience s'est avérée profitable puisqu'elle lui sert depuis deux ans pour son travail principal.Il pilote en effet un hélicoptère au sein d'une escouade spéciale vouée à la lutte contre les narco-trafiquants dans la région de Los Angeles.«Nous servons par exemple d'appui lors d'une intervention au sol.Du haut des airs, on a un autre point de vue de la scène.On peut observer les déplacements des criminels durant un affrontement», note M.Kuwahara, qui a d'abord travaillé comme patrouilleur et comme agent double avant d'occuper cette fonction.Le travail de policier, dit-il, l'attirait depuis son plus jeune âge.«Je ne voulais pas d'un emploi qui m'obligerait à m'asseoir derrière un bureau toute la journée.Je cherchais quelque chose d'excitant, de stimulant.Chaque journée est différente», indique l'Américain, qui affirme avoir toujours eu le plus grand respect pour la loi et l'ordre.Cette préoccupation explique notamment pourquoi il a choisi de vivre dans une banlieue cossue plutôt qu'au coeur de Los Angeles.«J'ai la chance de pouvoir élever mon fiîs loin de Ujuic mauvaise influence.La dernière fois que j'ai mis les pieds au centre-ville, c'était pour acheter une bague de mariage à ma femme il y a plus de six ans», note-t-il.PHOTO MARC THIBODEAU Le soir, au centre-ville, on remarque surtout les clochards qui se promènent dans les rues avec des chariots de supermarché remplis de babioles représentant leur modeste part des biens terrestres.L'espagnol Beaucoup de per sonnes n'ont pas cette possibilité.Le soir, lorsque la faune du jour formée par les hommes d'affaires, les banquiers et les touristes déserte les lieux, on remarque surtout les clochards qui se promènent dans les rues avec des chariots de supermarche remplis de babioles représentant leur modeste part des biens terrestres.La représentation latino-américaine dans le quartier est aussi très forte, même en soirée, ce qui semble tout a lait approprié puisque Los Angeles - «les anges» en espagnol - a été fondée par leurs ancêtres.Dans certaines rues, il est préférable de parler espagnol plutôt qu'anglais pour obtenir un renseignement.Même s'il ne la maîtrise pas, cette langue n'est pas totalement étrangère à M.Kuwahura puisque sa conjointe est d'origine latino-américaine.L'idée de transmettre son propre héritage culturel, ou minimalement linguistique, à son fils ne semble pas, là encore, constituer une priorité.«Elle ne parle que très rarement avec lui en espagnol», note le policier, qui a adopté la religion de sa conjointe.«Mes parents, qui étaient bouddhistes, n'ont jamais insisté sur la religion.J'étais agnostique mais ma femme m'a incité à devenir chrétien.Ça m'a permis de répondre à plusieurs questions importantes qui me trottaient dans la tête.La science ne peut pas tout expliquer.Elle n'explique pas l'âme, par exemple.Elle ne dit pas pourquoi je suis ce que je suis», estime M.Kuwahara.Plus tôt cette semaine, les élèves de la Villa Sainte-Marcelline ont lu l'entrevue de Ken Kuwahara réalisée par notre journaliste.Les questions des élèves ont été transmises à M.Kuwahara par Internet.Voici ses réponses.¦ Marie, canadienne française: Vous dites que vos parents n'ont accordé que très peu d'importance à leur propre culture en vous élevant Pourtant, vous affirmez aussi qu 'ils ont toujours tout fait pour vous laisser la plus grande latitude possible.N'est-ce pas contradictoire?K.K.: Il faut comprendre que leur premiere preoccupation était de me permettre de réussir ma vie.Lorsqu'ils sont arrivés aux États-Unis, ils ne connaissaient pas d'autres Japonais.Ils cherchaient à s'assurer que je serais en mesure de m'intégrer à la société américaine, que je ne serais pas exclu.Si j'avais été à leur place, j'aurais quand même mis plus d'accent sur la culture japonaise.¦ Seetha, originaire du Sri-Lanka: Que ressentez-vous en présence de deux personnes d'origine japonaise qui discutent dans leur langue d'origine?Est-ce humiliant?K.K.: Lorsque j'entends des gens qui parlent en japonais, je suis naturellement attire, je me sens lié à eux.Je ne ressens pas pour autant d'amertume ou d'humiliation parce que je ne ies comprends pas.Après tout, je suis américain.¦ Stephanie, origine libanaise: Quels aspects de la vie ii Los Angeles jugez-vous néfastes pour votre enfant?K.K.: Je crois que la criminalité est vraiment la chose la plus préoccupante.Je ne veux pas que mon fils y soit expose, autant que possible, et j'ai la chance de pouvoir choisir un endroit plus tranquille pour lui.Les services publics dans la ville laissent aussi à désirer, ce qui a un impact direct sur la qualité de vie des gens qui y habitent.En banlieue, les services sont plus efficaces et il est plus facile de faire respecter la réglementation.¦ Iphigénie, origine vietnamienne: Craignez-vous, en vue du poids de la communauté latino-américaine a Los Angeles, que la culture américaine soit éventuellement engloutie?K.K.: L'influence latino-américaine a toujours été importante dans cette region mais je ne crains pas qu'elle réussisse à prendre toute la place.L'anglais, en particulier, \\ .i toujours être parlé ici.Les lois qui ont été mises en place pour protéger notre langue permettent d'assurer un équilibre au sein de notre société.¦ Nathalie, origine libamiise: Rêx'ez-vous de changer de ville ou de pays?K.K.: Je suis ouvert a l'idée d'aller travailler ailleurs aux États-Unis, mais je ne voudrais pas m é-tablir dans un autre pays.Lorsque l'on change de ville ici, le mode de vie reste quand même identique.C'est un facteur très important pour moi.Je me sens à l'aise alors que ce ne serait pas le cas dans un autre pays.¦ Geneviève, canadienne française: A\\\\~-veus déjà vécu une grande peur dans votre travail?Si oui, est-ce que ça pourrait vous amener à choisir une nouvelle profession?K.K.: J'ai été pris il y a quelques années dans une fusillade entre des policiers habillés en civil, à qui je venais prêter main-forte, et des criminels.C'était très inquiétant parce que pendant quelques minutes, je ne savais même pas qui était qui et les balles volaient.Finalement, j'ai réussi à établir le contact avec mes collègues et les choses se sont réglées.J'adore quand même mon travail.¦ Rania, origine libanaise: Lequel de vos différents métiers vous a le plus marqué?K.K.: Celui de policier.Comme tout travail, il a une influence déterminante sur ma façon de voir la vie.Étant quotidiennement confronté à la criminalité, j'ai tendance à favoriser la répression.Je suis plus conservateur.Un enseignant aura tendance à voir les choses différemment.Il accordera beaucoup plus d'importance à l'origine sociale des actions des criminels.¦ Lena, canadienne française:Vous n'hésitez pas, pour gagner de l'argent, à utiliser les poursuites policières diffusées à la télévision.Mais ce phénomène n'a-t-il pas une influence négative sur la population?N'est-ce pas, dans un tel contexte, égoïste de votre part?K.K.: Je ne crois pas qu'il y ait quelque chose de moralement reprehensible dans ce que je fais.Après tout, ça ne fait de mal à personne.Les États-Unis sont basés sur un système capitaliste.S'il y a une possibilité de faire un profit, quelqu'un va foncer.Cela dit, mon site est géré de façon responsable.Je défends le principe nue les poursuites doivent être diffusées de façon respectueuse en évitant par exemple les gros plans sensationnalistes lorsqu'une fusillade survient et que des gens peuvent être blessés ou tués.J'ai aussi mis sur pied un fonds pour venir en aide aux policiers ou aux personnes qui sont blessés lorsque de tels événements surviennent.Le confort des riches Détente et démence dans la circulation.¦ Une etude parue la semaine dernière confirme que les autoroutes qui traversent Los Angeles sont les plus congestionnées aux États-Unis, au grand dam des automobilistes qui multiplient les stratagèmes pour ne pas perdre leur sang-froid lorsqu'ils progressent à un rythme de tortue.Certains vont même jusqu'à se projeter des films dans leur voiture en installant un écran sur leur tableau de bord.«Lorsque je suis pris dans un bouchon, je m'installe un bon film.Comme ça, je reste tranquille.Je le fais même parfois en roulant», expliquait la semaine dernière à une chaîne de television locale un automobiliste qui lait visiblement peu de cas des consignes de sécurité les plus élémentaires.¦ Chcv les gens moins imaginatifs, l'impact des bouchons peut être tout a fait dément.Récemment, deux respectables mères de famille âgées d'une quarantaine d'années qui revenaient du travail se sont engagées dans une sérieuse prise de bec.Elle a connu une fin abrupte et définitive lorsque l'une des belligérantes a sorti son revolver et lait leu.¦ Les ÊtatS-UniS< la chose est connue, constituent la terre promise pour les avocats.Impossible de passer une semaine dans ce pays sans être submerge d'exemples qui illustrent a merveille leur emprise sur la société.Les entreprises, pour éviter de coûteuses poursuites, doivent multiplier les mises en garde à l'intention des usagers en présupposant que leur produit sera utilisé par le dernier des imbéciles.Ainsi, dans une buanderie du centre-ville de Los Angeles, la première instruction donnée a l'usager est-elle de s'assurer qu'«aucun enfant ou animal domestique» ne se trouve dans l'appareil avant de l'activer.¦ Le Whisky à Go Go, haut lieu de la carrière des Doors sur Sunset Boulevard, à Hollywood.On s'attend a découvrir un endroit ténébreux, enfume.Bref, un temple classique du rock digne de Jim Morrisson et de ses excès.Quelle surprise de constater l'absence de la moindre volute.«Il est désormais interdit de fumer dans les bars», explique un quidam local qui ne semble pas s'e-mouvoir outre mesure de cette draconienne me- sure.Autre manifestation de la purge anti-cigarette en sol californien: l'omniprésence d'immenses affiches où l'on peut voir des cowboys, parodiant la virile mascotte de Marlboro, qui tiennent entre leurs lèvres de flasques cigarettes.«Impuissant», clament les publicités en s'inspirant de récentes études liant supposément la consommation de cigarettes a la performance sexuelle.¦ Le passage de Tokyo a Los Angeles constitue un véritable hoquet temporel puisque 17 heures séparent les deux villes.En arrivant en sol américain, le voyageur est contraint de revivre la journée qu'il croyait avoir complétée.On se croirait dans ce film américain où Bill Murray incarne un journaliste qui, a son corps défendant, est obligé de revivre à plusieurs reprises la journée de la marmotte.Le scénariste hollywoodien qui a eu cette fulgurante idee revenait sans doute du pays du Soleil levant.¦ Le centre de Los Angeles compte nombre de taudis où des familles d'origine latino-américaine sans le sou s'entassent.Les conditions inhumaines dans lesquelles elles doivent vivre avaient amené la mairie et les grandes banques de la ville à mettre sur pied un programme de réfection prévoyant des prêts de 150 millions de dollars.Deux ans plus tard, ces institutions, qui s'étaient longuement félicitées de leur générosité et de leur clairvoyance en conférence de presse, n'ont toujours pratiquement rien déboursé sous prétexte que de tels prêts ne sont pas sûrs.¦ Les dirigeants de Los Angeles, à défaut de s'attaquer véritablement aux problèmes résidentiels des plus démunis, sont très fiers de leur nouveau centre sportif, le Staples, un impressionnant immeuble érigé en plein centre-ville qui a, lui, réellement coûte des millions de dollars.«Le centre de sport et de divertissement de la planée eeeeeète», clamait la semaine dernière l'annonceur avant le début du match des Lakers.La modestie américaine dans toute sa splendeur.¦ Les Américains raffolent des talk-shows qui leur permettent de plonger librement dans l'intimité d'autrui.Cette propension au voyeurisme, difficile à comprendre, est particulièrement manifeste sur le plateau de l'émission du tristement célèbre Jerry Springer, qui n'a jamais froid aux yeux lorsqu'il s'agit de choisir un thème.Les motivations des gens qui viennent étaler leurs états d'âme, si l'on suppose pour un instant qu'il ne s'agit pas de comédiens, sont tout aussi intrigantes.La semaine dernière, une femme qui venait d'annoncer fièrement a la nation qu'elle couchait avec le meilleur ami de son mari pour pouvoir s'adonner aux pratiques sadomasochistes qu'il rejcite, a réagi agressivement lorsque le public en studio l'a huée.«Mèlcv-vous de vos allai res.Ça ne vous concerne pas», a-t-elle lance a l'auditoire.Implacable logique.MARC THIBODEAU La richesse des États-Unis cache une pauvreté inacceptable, estime l'économiste John Kenneth Galbraith, qui reproche à la société américaine, et tout particulièrement aux principaux partis politiques, de faire peu de cas du sort des plus démunis.«Sur le plan intérieur, c'est la question la plus urgente.Nous sommes un pays très riche aux prises avec des écarts de revenus inégalés et un problème énorme de pauvreté», note-t-il.Cette situation s'accompagne parallèlement d'une montée marquee de l'indifférence envers la misère, déplore M.Galbraith.«Nous avons réussi avec notre politique économique à permettre à un groupe important de personnes de bénéficier d'un réel confort financier.Une telle évolution entrai ne inévitablement une baisse de la sensibilité face à la pauvreté», déplore l'économiste.Pragmatisme Cette dynamique a été amplifiée par la chute du bloc communiste.«Elle a entraîné un énorme et excessif sentiment de satisfaction aux États-Unis.Plusieurs ont eu l'impression que nous avions fait la preuve que notre système économique était presque parfait.Je peux difficilement imaginer plus grande erreur», note M.Galbraith, qui, en matière d'économie, plaide pour une approche «pragmatique» plutôt qu'idéologique.«J'ai toujours été porté vers le pragmatisme.À mes yeux, l'idéologie est l'abandon de la pensée au profit de la formule.Or, des situations changeantes nécessitent une pensée originale.Quiconque essaie ut résoudre u»us les problèmes à l'aide d'une même formule refuse de penser», juge-t-il.Son approche pragmatique l'amène notamment à préconiser, pour venir en aide aux plus démunis, le maintien d'un système d'imposition fortement progressif.Il plaide aussi pour l'introduction d'un revenu minimal garanti.«Rien ne mine plus la liberté individuelle que le manque complet d'argent.Les États-Unis, comme pays riche, peuvent se permettre d'offrir un revenu minimum à tout le monde.Il y aura certainement des personnes qui en profiteront pour ne rien faire mais c'est aussi le cas pour les riches.Ce qui est paresse chez les pauvres devient loisir chez les riches», note, moqueur, M.Galbraith.Pouvoir de dépenser L'économiste s'oppose particulièrement à ceux qui réclament l'imposition d'un plafond au pouvoir de dépenser du gouvernement.«Ce n'est pas une mesure qui prend en compte la situation et les besoins de la société.Il s'agit plutôt d'une façon pour les classes aisées de se protéger contre d'éventuelles hausses de taxes», estime-t-il.«Nous vivons dans un monde où les dépenses privées extravagantes sont légion mais personne ne parle d'imposer des limites à ce sujet.Parallèlement, on veut limiter le financement de l'éducation, des arts, de la science et on parle de limiter la couverture médicale et sociale pour les plus démunis, qui en ont grand besoin.Quiconque veut limiter ces dépenses devrait expliquer pourquoi il ne veut pas faire la même chose pour les dépenses privées», estime-t-il.L'État doit conserver son pouvoir de dépenser, notamment pour relancer l'économie en période de disette budgétaire, note M.Galbraith, qui demeure fidèle aux principes d'intervention élaborés par John Maynard Keynes.«Si nous vivons une nouvelle récession, comme ça risque fort d'être le cas, l'État interviendra sans l'ombre d'un doute.La demande pour une intervention de ce type sera très forte», note M.Galbraith, qui met en garde les élus trop pressés de réduire les impôts des contribuables.«Nous générons maintenant d'énormes surplus, plus encore aux États-Unis qu'au Canada.Le véritable débat est de savoir ce qu'il faut en faire.Personnellement, je ne réduirais certainement pas les impôts maintenant.J'utiliserais les surplus pour réduire la dette et soutenir les services sociaux de manière à être en position pour dépenser lorsque la prochaine dépression va survenir», note l'économiste.Le sort des démunis La sensibilité de M.Galbraith envers le sort des démunis s'exprime également dans son appréciation de l'évolution de la démocratie américaine.Trop peu de ces démunis, particulièrement dans les grandes villes, utilisent leur droit de vote pour faire valoir leurs besoins.«J'espere que les classes pauvres vont prendre conscience de leur poids potentiel sur l'échiquier politique.Leur absence actuelle est l'un des grands avantages des riches», note-t-il.Parallèlement, les deux partis se contentent de courtiser les classes favorisées, note M.Galbraith, qui s'inquiète tout particulièrement du glissement du Parti démocratique.«Leur déplacement idéologique est lié au rôle sans cesse plus important de l'argent et de la télévision dans les campagnes électorales.Le parti s'est recentré pour obtenir l'argent», estime l'économiste.L'affaire Lewinsky, qui a fait couler beaucoup d'encre, ne constitue pas à ses yeux un indice d'un problème fondamental de la démocratie américaine.Il parle plutôt d'une «aberration temporaire)».«Pendant le processus de destitution, j'étais hospitalisé en raison d'une légère pneumonie.J'aurais mieux fait d'être dans un asile pour comprendre ce qui se passait a Washington», note en rigolant M.Galbraith, qui critique durement les médias dans cette affaire.«L'affaire Lewinsky ne doit pas être prise trop au sérieux, répète-t-il.Il s'agissait surtout d'une occasion en or pour les journalistes les plus limités sur le plan intellectuel.L'économie ou la politique étrangère sont des choses plus difficiles à comprendre que le sexe.» Sur le plan international, M.Galbraith plaide pour une aide accrue des pays riches envers les pays pauvres.Les États-Unis, dit-il, doivent montrer le chemin à ce sujet.Le pays doit aussi apporter un appui important à l'Organisation des Nations unies en réglant au plus vite ses dettes envers l'organisme tout en reconnaissant son autorité lorsque des conflits comme celui du Kosovo surviennent.«Les États-Unis ne doivent pas procéder unilatéralement, dit-il.L'ONU n'est pas parfaite mais sa légitimité, en ce qui concerne ce type d'intervention, est beaucoup plus grande.» M.Galbraith réclame aussi un contrôle international plus sévère des armes nucléaires de manière à éviter que des groupes mal intentionnés puissent s'en approprier dans les États les plus instables.«Je crois que c'est la principale menace qui pèse sur nous pour le prochain siècle», dit-il. 6LP0801B1204 b08 samedi4 d cembre 6LP0801B1204 ZALLCALL 67 00:51:07 12/04/99 B B 8 LA PRESSE, MONTRÉAL, SAMEDI 4 DÉCEMBRE 1999 Plus/colloque Violence, Victimes et Vengeances Comment réparer l\u2019irréparable?MYLÈNE JACCOUD collaboration spéciale L\u2019auteur est professeure à l\u2019École de criminologie de l\u2019Université de Montréal où elle donne un cours sur la médiation dans le secteur pénal.Le texte qui suit est l\u2019essentiel de la conférence qu\u2019elle donnera demain à l\u2019UQAM lors du colloque Violence, Victimes et Vengeances organisé par la Société québécoise de philosophie dans le cadre des activités du 10e anniversaire de la tragédie de l\u2019École polytechnique de la Fondation des victimes du 6 décembre.Le terme de violence est une notion polysémique, qui sert à qualifier une gamme considérable de comportements, d\u2019actions, de situations et d\u2019interactions.On parle de violence pour désigner un meurtre, une agression, une altercation, un geste, une parole.Des qualificatifs se sont greffés au concept de violence pour embrasser encore plus large le spectre des événements que ce concept chapeaute désormais : on parle de violence physique, de violence mortelle, de violence non mortelle, de violence morale, de violence psychologique, de violence verbale.Et je crois bien que sociologiquement, il est peut-être tout aussi intéressant de se pencher sur le phénomène de l\u2019élargissement des usages de la notion de violence qui semble caractériser nos sociétés contemporaines occidentales que sur le phénomène de la violence lui-même.En effet, le surcroît de sens associé au concept de violence ne constitue-til pas en fin de compte les signes d\u2019un surcroît de sensibilité, voire d\u2019intolérance qui ne peuvent surgir que dans une société obsédée par la sécurité et qui, désormais, est incapable de tolérer le moindre conflit.Il est d\u2019ailleurs frappant de constater que le déclin de la violence correspond paradoxalement à une montée de la sensibilité à l\u2019égard de la violence dans les enquêtes sur la représentation de l\u2019insécurité chez les citoyens.La violence est une notion fourre-tout, subjective, polysémique et donc banalisée et l\u2019hétérogénéité de ses usages atténue grandement la pertinence analytique et conceptuelle de cette notion et ce, aussi bien à travers le temps que dans l\u2019espace.Tant et si bien qu\u2019il est difficile, voire impossible de saisir l\u2019évolution du phénomène de la violence.La seule lecture historique que nous sommes capables d\u2019en faire, c\u2019est bien l\u2019évolution des types de comportements qui sont, à un moment donné de son histoire, considérés comme menaçant et déstabilisant pour une société.Il devient donc plus facile de suivre l\u2019histoire des qualifications et des réactions à la violence que de reconstruire l\u2019histoire de la violence elle-même.Cette lecture historique est instructive puisqu\u2019elle nous apprend que ces échelles de valeurs se sont considérablement diversifiées et modifiées dans le temps et l\u2019espace.Par exemple, dans les sociétés autochtones traditionnelles, et particulièrement chez les Inuit que j\u2019ai davantage étudiés, les actions les moins tolérées étaient celles qui portaient atteinte à la survie du groupe.Aussi, le refus de partager collectivement le gibier, les actes qui compromettaient le succès d\u2019une chasse et la paresse d\u2019un individu qui chassait insuffisamment pour subvenir aux besoins de sa famille étaient davantage réprouvés qu\u2019un meurtre isolé.Il faut toutefois se garder de prendre systématiquement appui sur la nature des réactions et des sanctions qu\u2019une société adopte et se dote à l\u2019égard des transgressions pour mesurer l\u2019échelle de gravité qu\u2019elle privilégie à un moment donné de son histoire.En effet, il n\u2019y a pas nécessairement concordance entre la gravité de l\u2019acte et la gravité de la sanction.Par exemple, les Inuit pouvaient aussi bien mettre en place des duels de chants dans des cas d\u2019homicide que dans des transgressions de moindre gravité.Ce mécanisme consistait à mettre face-à-face un représentant de la famille de la victime et l\u2019auteur de l\u2019homicide dans un duel verbal sous forme de chants à laquelle la communauté assistait et que celle-ci arbitrait.Ces chants visaient essentiellement à critiquer, ridiculiser, voire humilier l\u2019adversaire.Une fois le combat terminé, l\u2019opinion publique élisait un vainqueur.Fait important à relever : le vaincu était celui qui était à court de chants ou dont la qualité était jugée inférieure à celle de son adversaire ; ce n\u2019était donc pas forcément celui qui avait les torts dans le conflit initial qui perdait le duel.Les historiens du droit ont mis en évidence l\u2019ingénierie régulatrice (pour reprendre l\u2019expression de Xavier Rousseaux) que la justice médiévale mettra en place pour tenter de neutraliser l\u2019omniprésence de la violence et de la vengeance qui en découle : procédures de réconciliation entre familles, victimes et auteur d\u2019homicide, lettres de rémission, rituels d\u2019amende honorable, octroi de pardon, rachat possible de la loi du talion.Cette absence de concordance que l\u2019on a pu constater dans l\u2019histoire des sociétés qui nous ont précédé, permet de démontrer que des situations qu\u2019aujourd\u2019hui nous qualifions de violentes ou graves n\u2019ont pas systématiquement correspondu à la mise en place des sanctions punitives et graves.Qu\u2019en est-il aujourd\u2019hui ?Même s\u2019il n\u2019existe pas de consensus et de définition universelle sur la qualification de la violence, il faut convenir que les États se sont dotés de codes juridiques dans lesquels certains actes et comportements sont codifiés et sanctionnés selon une échelle de valeur caractérisée par une intolérance à l\u2019égard des gestes qui menacent l\u2019intégrité physique.Si l\u2019on considère l\u2019ensemble des crimes de violence enregistré, on arrive à des taux de 975 crimes de violence pour 100 000 habitants au Canada et de 643 crimes de violence pour 100 000 habitants au Québec.En comparaison, les crimes contre la propriété enregistrés sont quatre fois et demie plus nombreux au Canada et six fois plus nombreux au Québec.En 1998, le Canada a enregistré son plus bas taux d\u2019homicides depuis 1968.De manière générale, notre époque est marquée par une décroissance considérable des affaires de violence et une montée des crimes contre la propriété.Mais parallèlement et paradoxalement, le sentiment d\u2019insécurité face à la violence a augmenté.Dans notre système de droit contemporain, la gravité des sanctions est ainsi directement proportionnelle à la gravité des gestes qui portent atteinte à l\u2019intégrité physique des citoyens.La construction de cette échelle de valeurs est bien entendu le produit d\u2019un processus historique, elle traduit aussi dans une certaine mesure les valeurs de la société qu\u2019elle régule tout comme elle remplit une fonction de socialisation et de réaffirmation de cette échelle de valeurs auprès des citoyens.On peut donc affirmer qu\u2019aujourd\u2019hui, la concordance entre les transgressions et les sanctions s\u2019est systématisée, codifiée et, par le fait même, fixée.Cependant, cette échelle ne correspond pas toujours nécessairement aux valeurs des citoyens qui sont régis par ces normes.Même si on s\u2019entend que certains comportements font majoritairement et de manière consensuelle l\u2019objet de réprobation, les conséquences vécues par les personnes qui en sont victimes ne sont pas nécessairement vécues de la même manière.Chacun de nous a vécu des situations difficiles que d\u2019autres, confrontés à la même situation, ont vécu moins difficilement et inversement.Et ce, même dans des situations que l\u2019on qualifie de criminelles.Pas plus tard que la semaine dernière, je m\u2019arrête dans une station-service pour faire le plein.La pompiste m\u2019informe que la station-service venait de faire l\u2019objet d\u2019un vol à main armée.Touchée mais aussi intriguée par la situation en raison de mes préoccupations de chercheure, j\u2019engage la conversation.J\u2019apprends qu\u2019elle ne travaillait pas cette fin de semaine mais qu\u2019elle a déjà fait l\u2019objet d\u2019un vol à main armée il y a deux ans.L\u2019auteur du hold-up lui a braqué une arme entre les deux yeux.Comment a-telle vécu la situation ?Deux jours plus tard, elle était de retour au travail, a dit avoir été secouée mais sans plus, ayant même de la difficulté à reconnaître la réalité de cet événement tant celui-ci s\u2019était produit rapidement.Lorsque j\u2019avais 16 ans, je travaillais dans un magasin d\u2019alimentation et le propriétaire, dans l\u2019arrière-boutique, a posé un geste à connotation sexuelle.Trois ans plus tard, j\u2019ai été victime d\u2019une tentative de viol qui a duré près d\u2019une heure.Je me suis débattue et battue avec mon agresseur qui m\u2019avait enfermé dans une chambre.Mes vêtements étaient déchirés, l\u2019altercation avait été assez violente.Au bout d\u2019une heure, il a déverrouillé la porte et je me suis enfuie.Sans pouvoir donner une explication rationnelle à mes réactions, j\u2019ai été bien plus traumatisée par le premier événement, qui comportait moins de violence objective que par le second.Il existe un implacable décalage entre les conséquences vécues par les personnes victimes de situations problématiques et les pratiques du système de justice pénale : la réaction pénale s\u2019établit à partir de l\u2019infraction et du comportement de son auteur mais beaucoup moins en fonction des conséquences vécues à la suite de l\u2019infraction par la victime.Ces pratiques ont pour effet non seulement de ne pas agir sur les conséquences vécues par les personnes victimes, mais encore d\u2019instaurer une distance, un écart entre la réalité vécue par les personnes victimes et l\u2019ampleur des sanctions, un écart qui joue à double sens : une peine sera tantôt perçue comme trop sévère pour les uns ou trop clémente pour les autres.La justice réparatrice Comme son nom l\u2019indique, la justice réparatrice est une approche qui vise la réparation, la réparation des torts vécus à la suite d\u2019une infraction.On peut définir la justice réparatrice comme une approche qui privilégie toute forme d\u2019action (collective ou individuelle) qui se déroule dans un cadre formel ou informel, visant la réparation des préjudices vécus à l\u2019occasion d\u2019une infraction.L\u2019objet de la réparation peut être autrui, un objet matériel, soi-même, une relation, signifiant par le fait même qu\u2019une réparation peut être plus symbolique, psychologique ou plus matérielle.Par contre, le terme évoque mal la réalité des situations où la réparation est impossible à atteindre, comme c\u2019est le cas dans les situations de pertes humaines ou de pertes matérielles irremplaçables.Dans ces situations, il serait sans doute préférable de parler d\u2019approches reconstructives.Parler de justice réparatrice, c\u2019est nécessairement procéder à des changements de perspective.En particulier trois déplacements sont nécessaires dans une telle approche : 1) le crime ne doit plus et ne peut plus être défini comme une transgression à une norme juridique ; 2) il ne peut plus être conçu uniquement en fonction des besoins de l\u2019auteur de l\u2019infraction ; 3) il ne peut plus être conçu en dehors de la personne lésée par l\u2019infraction et, dans la mesure du possible \u2014 en particulier lorsque l\u2019auteur de l\u2019infraction est connu et identifié \u2014 il ne peut pas être conçu en dehors de l\u2019auteur de l\u2019infraction.Par conséquent, en comparaison d\u2019un modèle de justice punitif, la justice réparatrice opte pour un autre point de départ, soit celui des conséquences vécues à la suite d\u2019une infraction.La reconnaissance de la responsabilité de l\u2019auteur de l\u2019infraction et le volontariat des parties constituent des pré-requis indispensables à la mise en place d\u2019une approche réparatrice.La place et le rôle des victimes sont essentiels dans le processus tout comme, idéalement, ceux de l\u2019auteur.Ce point de départ tend vers un autre point d\u2019arrivée : celui de la réparation, c\u2019est-à-dire la diminution, l\u2019atténuation voire l\u2019annulation des préjudices.Ces nouvelles postures renferment une autre exigence : pour réparer les conséquences d\u2019une infraction, il faut être en mesure de les évaluer, de les mettre en évidence, mais de les évaluer de la manière la plus juste possible.Et quand je dis « de la manière la plus juste possible », je ne dis pas de manière proportionnelle à la gravité de l\u2019acte, puisque l\u2019on ne part plus de l\u2019infraction dans une approche réparatrice, mais de la manière qui correspond le plus à la réalité (objective et subjective) de la personne qui a vécu le préjudice.Par conséquent, cette évaluation nécessite la présence, l\u2019intervention, la participation active de la personne lésée, personne qui se trouve être la plus apte à dire ce qu\u2019elle a vécu, ce qu\u2019elle a ressenti.Puisque la justice réparatrice privilégie les conséquences de l\u2019infraction, nécessite le rôle actif des principaux concernés, la justice réparatrice requiert la mise en oeuvre de processus où le dialogue et l\u2019échange sont centraux et indispensables.Actuellement, divers processus de négociation sont appliqués : la médiation directe, la médiation indirecte, les conférences familiales, inspirées des traditions maori en Nouvelle-Zélande, et qui consistent à réunir la ou les personnes victimes, les auteurs de l\u2019infraction, les personnes significatives dans l\u2019entourage du contrevenant et celui de la victime, parfois les policiers, les magistrats, les agents de probation, les cercles de guérison, utilisés dans les communautés autochtones.Le cercle de guérison le plus connu est celui de la communauté de Hollow Water au Manitoba, mis en place en 1989, et qui est appliqué particulièrement aux agresseurs sexuels et à leurs victimes.La particularité et l\u2019intérêt des processus de négociation et de soutien élargis tels que cercles de guérison et conférences familiales résident dans la prise en compte des conséquences directes, mais aussi indirectes d\u2019une infraction.Car, on oublie trop souvent que les familles des victimes subissent aussi les contrecoups d\u2019une infraction et qu\u2019elles requièrent également que l\u2019on s\u2019occupe de leurs blessures.Que visent ces initiatives ?Elles visent à réparer, résoudre les conflits, réconcilier les parties au conflit qui se connaissent, favoriser la « clôture émotionnelle des traumatismes engendrés par le délit ; elles permettent aux personnes victimes de s\u2019exprimer, de raconter ce qu\u2019elles ont subi, d\u2019obtenir des réponses aux questions qu\u2019elles se posent, parfois de mieux comprendre la situation de l\u2019auteur ; elles permettent aux auteurs de prendre conscience des torts qu\u2019ils ont fait subir, torts dont bien souvent ils n\u2019ont pas conscience lorsque le système punitif les met à l\u2019écart, les distanciant par le fait même de la réalité des personnes qu\u2019ils ont traumatisés, elles leur offrent l\u2019opportunité de contribuer à la réparation.Actuellement, au Québec, les initiatives de justice réparatrice sont principalement utilisées dans les situations de moindre gravité, ou auprès de jeunes contrevenants parce que l\u2019on présuppose que les jeunes, les non-récidivistes, sont davantage récupérables que des personnes dont le style de vie délinquant est intégré, que la justice réparatrice n\u2019est pas adpatée aux situations de violence.Ces prémisses reposent également sur la présomption que la gravité des conséquences requiert l\u2019exclusion de son auteur, nécessite l\u2019affliction d\u2019une peine venant réaffirmer l\u2019ordre social et qu\u2019une peine proportionnelle à la gravité de l\u2019acte contribue à dissuader des auteurs potentiels, tout comme elle recèle un caractère éducatif auprès de son auteur et, par le fait même, préventif.Mais la peine protège-t-elle ?Est-elle dissuasive ?Une personne victime se sent-elle protégée par la sanction ?Voit-elle son traumatisme diminué par la peine affligée à son auteur ?Deux paradoxes doivent être soulignés.Le premier, c\u2019est que l\u2019on écarte le récidiviste de la possibilité d\u2019être orienté vers une alternative réparatrice alors même que sa récidive témoigne dans une certaine mesure de la faillite du système de justice punitive.On le retourne ainsi dans le même système qui n\u2019a pas su amorcer un changement de comportement.Le second paradoxe, c\u2019est que l\u2019on oriente les personnes victimes vers des approches réparatrices lorsque les conséquences des infractions sont moindres, alors que l\u2019inverse est plus logique.Plus les conséquences vécues à la suite d\u2019une infraction sont graves et plus justement le besoin de réparation est grand.L\u2019un des arguments avancés pour limiter l\u2019accès aux modèles de justice réparatrice est de prétendre que la victime n\u2019est pas prête à affronter son agresseur dans les situations de grands traumatismes.Au nom du respect des droits des personnes victimes et en vue de la préserver d\u2019une victimisation secondaire, on la considère inapte à assumer un tel processus.Il s\u2019agit à mon sens d\u2019un faux argument : je ne connais aucune victime qui est opposée à la justice réparatrice.Dans le sens que je ne connais aucune victime qui ne souhaiterait voir ses souffrances diminuées.Par contre, ce qu\u2019elle peut refuser, c\u2019est le moyen qu\u2019on lui offre pour y parvenir, ce qui est fort différent.C\u2019est la raison pour laquelle il faut mettre en ouvre un éventail de processus pour tenir compte de la diversité des situations, des besoins et des limites des personnes concernées.En fin de compte, les victimes réclament réparation et protection.La peine ne protège pas.Elle inflige une souffrance à son auteur, une souffrance qui se répercute d\u2019ailleurs sur son entourage (famille, conjoint(e), enfants).Elle crée d\u2019autres victimes secondaires sans résoudre les traumatismes des personnes victimisées.On confond trop souvent neutralisation et peine.Dans certaines situations, il est parfois nécessaire de neutraliser et mettre une personne à l\u2019écart de son environnement immédiat.Mais cette mise à l\u2019écart doit s\u2019accompagner de mesures préparatoires pour tenter d\u2019amener son auteur à s\u2019amender et réparer les torts.Mais qu\u2019advient-il dans des situations irréparables ?Évidemment, dans des situations où les pertes sont irremplaçables et irréparables, il faut tendre vers des mesures visant à atténuer le traumatisme.Il existe certains programmes aux États-Unis et au Canada où des médiations sont organisées entre des victimes et des détenus dans des délits graves exclusivement.Le but de tous ces programmes est de permettre aux victimes de clore émotionnellement le traumatisme et de conscientiser le détenu en vue de faciliter sa réintégration.Au Canada, des associations de familles de survivants d\u2019homicides se sont organisées et travaillent activement dans une philosophie réparatrice.En 1997, j\u2019ai assisté à la conférence de Wilma Derkson, fondatrice de Family Survivors of Homicide.Sa fille a été assassinée.Dans son témoignage, elle racontait avoir mis sept ans pour arriver à pardonner à l\u2019assassin de sa fille.Dans son cas, le pardon a joué à la fois un rôle libérateur tout comme il a résulté d\u2019un long processus d\u2019atténuation des traumatismes.Le déclencheur de son processus d\u2019aboutissement du pardon a été le moment où elle a réalisé qu\u2019elle désirait la mort de cet homme.C\u2019est à ce moment, ditelle, qu\u2019elle a pris conscience que la frontière entre ce qu\u2019elle croyait distinguer fondamentalement cet agresseur d\u2019elle-même s\u2019est effritée.Elle a réalisé qu\u2019elle ne pouvait prôner la valeur du respect de la vie humaine en ne respectant pas elle-même cette valeur.Le témoignage d\u2019une autre mère dont le fils a été assassiné à Montréal il y a plusieurs années est également très révélateur.Le père et la mère ont développé deux réactions complètement opposées à la suite du drame.Elle, elle a procédé à une démarche l\u2019ayant amenée à rencontrer l\u2019assassin de son fils.Lors de cette rencontre, elle lui a signifié qu\u2019elle le pardonnait mais qu\u2019elle ne pourrait jamais pardonner son geste.De son côté, son mari a acheté une arme, s\u2019est mis à boire et ne pensait plus qu\u2019à venger la mort de son fils.Elle l\u2019a finalement quitté en lui disant ceci : « Je te laisse parce que tu es devenu aussi tueur que l\u2019assassin de ton fils ».Si j\u2019ai fait état de ces témoignages en sachant que d\u2019autres personnes victimes parviennent à pardonner et parfois même à développer un lien avec les responsables de leurs traumatismes, j\u2019aimerais toutefois préciser que le pardon ne constitue pas un aboutissement nécessaire et requis.Le pardon est une démarche individuelle et la justice réparatrice n\u2019a pas pour objectif ultime d\u2019acheminer les personnes victimes vers cet état.Loin de là.Principaux résultats de recherche Pour terminer, j\u2019aimerais faire état des résultats de recherche qui ont évalué certains programmes de justice réparatrice que j\u2019ai évoqués.Les personnes victimes soutiennent que l\u2019expression des sentiments d\u2019angoisse et de colère a été cruciale et que la rencontre de médiation a été très bénéfique pour atteindre la clôture émotionnelle.Les détenus affirment avoir compris à travers la rencontre qu\u2019ils n\u2019avaient pas seulement atteint la personne victime, mais aussi leur entourage.Ils soutiennent également qu\u2019un sentiment de croissance personnelle et le respect de soi représentent les effets majeurs de leur participation à ces programmes.Le succès de la médiation, partagée par les personnes victimes et les détenus est notamment attribué au fait d\u2019avoir pu bénéficier d\u2019un certain temps entre l\u2019infraction et la rencontre (au moins un an), d\u2019avoir bénéficié, de part et d\u2019autre, de thérapie et de préparation précédant la rencontre.La plupart des évaluations réalisées à ce jour confirment que les personnes victimes voient leur angoisse diminuer à la suite de telles rencontres.Conclusion Évidemment, les approches réparatrices ne sont pas une panacée.Il existe des situations, certes plus exceptionnelles, où ces approches risquent bien de ne pas avoir d\u2019incidence.Ces approches sont plus limitées dans les situations spécifiques au crime organisé ou encore dans des formes pathologiques de criminalité telles que les cas de meurtriers en série, fort heureusement extrêmement marginales parmi l\u2019ensemble des situations dont le système de justice pénale a connaissance.On ne peut certes pas réparer l\u2019irréparable, mais on peut très certainement l\u2019atténuer en amenant les auteurs à assumer la responsabilité de leurs actions en leur donnant la possibilité de s\u2019amender, de s\u2019excuser, de prendre conscience de leurs gestes.De l\u2019extérieur, cela peut paraître minime devant la perte d\u2019un être cher.Seulement voilà, on juge trop rapidement de l\u2019extérieur.Malgré la bonne volonté et le professionnalisme des intervenants et des experts du milieu judiciaire, les situations gérées par le pénal le sont par des personnes extérieures qui ont toujours nécessairement une connaissance limitée de la réalité des personnes dont ils ont à évaluer la situation.Les personnes victimes, qui ont participé à de telles initiatives, sont ressorties avec un sentiment de justice.Les excuses, l\u2019expression de remords, l\u2019expression de colère et d\u2019angoisse ont favorisé une certain cicatrisation, cicatrisation que n\u2019offre malheureusement pas un système punitif qui reste, il faut l\u2019admettre, un système de vengeance institutionnalisé et légitimé.Une véritable justice ne peut pas être une justice stigmatisante, excluante et créatrice de souffrances, mais une justice constructive, cicatrisante et dans laquelle les principaux acteurs directement concernés par le crime deviennent les artisans de leur propre reconstruction et réintégration dans la société.PHOTO ARMAND TROTTIER, La Presse © Mylène Jaccoud 6LP0902B1204 b09 samedi 4 d cembre 6LP0901B1204 ZALLCALL 67 00:49:48 12/04/99 B Plus/colloque Violence, Victimes et Vengeances LA PRESSE, MONTRÉAL, SAMEDI 4 DÉCEMBRE 1999 R B 9 Pour une approche éthique du corps meurtri LUKAS K.SOSOE collaboration spéciale L\u2019auteur est professeur de philosophie à l\u2019Université de Montréal.Le texte qui suit est l\u2019essentiel de la conférence qu\u2019il donnera demain à l\u2019UQAM lors du colloque Violence, Victimes et Vengeances organisé par la Société québécoise de philosophie dans le cadre des activités du 10e anniversaire de la tragédie de l\u2019Ecole polytechnique de la Fondation des victimes du 6 décembre.Dans son ouvrage devenu classique sur la violence, George Sorel écrivait, au début de ce siècle : « Les problèmes relatifs à la violence sont demeurés jusqu\u2019ici très obscurs ».Pourtant, bien avant son temps, des classiques de la philosophie politique et juridique, sans parler des pères fondateurs des sciences sociales, les théologiens et commentateurs du droit canonique, avaient consacré d\u2019importantes réflexions à la violence sous des formes différentes.On peut dire, en général que, quantitativement, les choses semblent avoir changé entretemps.Sur la violence, les textes sont pléthores et se comptent par milliers.Des effets dévastateurs de la violence à ses effets libérateurs, purificateurs, rien ne semble manquer à cette littérature consacrée au couple pouvoir et violence que plus personne aujourd\u2019hui ne saurait prétendre entièrement maîtriser.Seulement si Sorel avait raison, s\u2019il existe encore des problèmes obscurs autour de la violence, ne serait-ce que l\u2019obscure et horrible fascination et crainte qu\u2019elle peut exercer et exerce effectivement dans plusieurs domaines de la vie humaine, que dire de la victime, des victimes, surtout dans une perspective éthique ?L\u2019oubli de la victime Qu\u2019on ouvre un dictionnaire d\u2019éthique, mieux de bioéthique, cet étrange militantisme tendant à se suppléer aux structures habituelles de régulation sociale, et l\u2019on se rendra compte d\u2019une chose : l\u2019absence du mot victime et la présence du mot violence, que même les ardents défenseurs de la mort dans la dignité ont oublié de thématiser.L\u2019oubli général de la victime est frappant.Les blessures ou la mort sont-elles à ce point complices du silence ?De fait, c\u2019est la conclusion qui s\u2019impose et ceci avec une redoutable clarté.La ruée sur l\u2019éthique n\u2019y fait rien, elle qui tend à devenir un mode \u2014 à notre avis illusoire \u2014 de régulation.L\u2019oubli de la victime a la vie dure.Les partisans de l\u2019éthique de la discussion dont le critère veut que toutes les personnes concernées prennent part à l\u2019élaboration des normes éthiques, faute de quoi il n\u2019y aurait que partialité, ne font pas exception à cet oubli devenu une règle universelle, une loi d\u2019airain.Dans un domaine qui se définit comme une réflexion sur la conduite humaine et ses normes, l\u2019éthique, une lourde houppe a recouvert la vie de la victime, le corps que la violence, parfois gratuite, a blessé.Le silence a recouvert de son linceul trouble et troublant l\u2019autre de la violence, lui infligeant, même dans la mort, une autre mort sociale, celle de la réflexion (ou de l\u2019action, mais quelle action ?), ajoutant aux blessures une amnésie dont il convient de souligner en quoi elle est doublement déchirante.Une exception toutefois : l\u2019éthique féministe.Seulement, décréter l\u2019engagement social et politique sur la violence faite aux femmes remplace-t-elle l\u2019efficacité d\u2019une réflexion proprement éthique ?Si, malgré son importance que nous ne voudrions pour rien au monde sous-estimer, l\u2019appel à l\u2019engagement relève plus du militantisme politique que de l\u2019éthique, n\u2019est-il pas temps de se souvenir de cette étrange absence de la victime en éthique, et même pendant longtemps dans les sciences sociales où l\u2019intérêt consistait à se demander si la victime n\u2019était pas consentante, voire fautive ?Tout laisse croire que la violence n\u2019a pas seulement engendré la victime.Dans la mort elle l\u2019a entraînée ou vivant dans la douleur, elle a parfaitement réussi, semble-t-il, à la museler.Peut-être vaut-il la peine de réfléchir quelque peu à ce qui pourrait être à la source de cette absence.À tout le moins, tenter d\u2019y réfléchir.Étrange absence en effet que celle de la victime dans l\u2019éthique.Seulement une fois le constat posé, où commencer ?Que dire ?Que dire surtout quand on se trouve de l\u2019autre côté comme sur une autre rive, non pas face-à-face, mais le dos tourné ?Comment parler au nom de celles ou de ceux qui ne sont plus là ?De celles ou de ceux dont le corps est meurtri, le plus souvent moins par les armes du crime que par sa gratuité dont aucune réflexion aussi savante soit-elle ne dévoilera jamais le sens ultime ?De quelle façon se mettre dans leur peau, sentir comme elles sentent, pleurer comme elles pleurent, geler comme elles sous le choc qui les a pétrifiées, lorsque, dans le meilleur des cas, la vie ne les a pas laissées à l\u2019abandon ?Peut-être ne faudrait-il pas rendre l\u2019éthique seule responsable de l\u2019occultation de la victime.Même les sciences sociales, qui étaient à l\u2019avant-garde des recherches en criminologie, semblaient n\u2019avoir d\u2019intérêt pour la victime que lorsque les circonstances rendaient sa prise en compte inévitable.Étant créée par l\u2019acte du criminel, sa situation servait à établir le portrait de ce dernier.Autrement dit, le portrait du criminel servait à dessiner le profil de la victime, dont le visage méconnu est relégué à l\u2019imaginaire.Le visage de la victime, c\u2019est l\u2019accessoire.Le droit, tant s\u2019en faut, constituait peut-être une exception.Elle n\u2019est pas si grande.Il faut bien dédommager les victimes.Aussi faut-il des preuves qui ne sont pas toujours faciles à apporter, à juger.Les victimes de viol, pour prendre un exemple classique, connaissent bien la chanson, elles qui ont quelquefois préféré le silence au fait d\u2019exposer au grand jour le mal qu\u2019on leur fait.Après tout : exposer le mal qu\u2019on a senti dans sa chair, c\u2019est s\u2019exposer, parfois à la risée des autres, le plus souvent confortablement assis dans les limites de la morale sociale.Et quand elles réussissent, quand elles y parviennent, la loi recule devant la culture ou la classe sociale dont les victimes font partie.De victimes de viol qu\u2019elles étaient, le dossier psychiatrique fait d\u2019elles des malades.Les victimes de viol qu\u2019elles étaient, elles se découvrent soudainement une identité culturelle au mépris de la loi et surtout du bon sens.Étranges métamorphoses qui font d\u2019elles tout : sauf des victimes.Le corps meurtri Comme on peut le voir, l\u2019étouffement de la voix de la victime n\u2019est pas à mettre sur le compte de l\u2019éthique exclusivement.En plus des problèmes liés spécifiquement à l\u2019élaboration d\u2019une éthique du corps meurtri, on peut émettre quelques hypothèses capables d\u2019expliquer l\u2019intérêt exclusif, ou si l\u2019on veut, quasi-exclusif accordé à la réflexion sur la violence, au crime et aux criminels au détriment de la victime.D\u2019autres pistes sont certainement possibles.En effet, une fois ces hypothèses explicatives du silence sur la victime émises, il nous sera possible d\u2019envisager dans quelle mesure une éthique est possible qui prenne en compte ce qu\u2019il convient d\u2019appeler le corps meurtri et accorder la place qui convient.Il se pourrait que l\u2019oubli de la victime soit due à la fascination qu\u2019exerce le criminel, surtout le Grand criminel sur notre conception de l\u2019ordre social.Qui dit fascination, dit quelque chose de peu précis.Mais ici, il conviendrait de donner au terme un sens technique qui l\u2019éclaire d\u2019un nouveau jour.Par fascination, nous voudrions dire que l\u2019intérêt accordé au criminel est tel que la victime est traitée comme un simple environnement.Elle est le produit du crime et traité comme tel.L\u2019idée de la victime-environnement est si enracinée dans nos cultures que même les tentatives de théorisation que nous en donnent les sciences sociales, la criminologie, mieux encore la victimologie, demeurent, le plus souvent seulement descriptives, statistiques.Tout au plus, arrive-t-on à dire pourquoi une catégorie de victimes attire telle catégorie de prédateurs ou de criminels.Là s\u2019arrête l\u2019explication.Cette dernière signifie très simplement ceci : que la victime est une victime, qu\u2019elle représente une victime de prédilection pour tel type de criminel.Point final.C\u2019est à se demander s\u2019il faut une théorie pour en arriver à cerner ce que le bon sens peut mieux dire.Seulement, il est fort probable qu\u2019avec une telle conclusion, nous soyons encore à des années lumières du but, celle qui pourra peut-être permettre une perpective aussi riche qu\u2019abondante sur la victime, comparable à ce qui a été fait sur les criminels et le crime.Quant aux statistiques, nous savons ce qu\u2019elles valent, c\u2019est-à-dire pas plus que les plus attentifs des citoyens constatent déjà : les personnes qui n\u2019ont pas perdu leur vie, les groupes de défense du droit des victimes ou ceux qui luttent pour la prévention du crime ou encore ceux ou celles qui ont perdu des êtres chers et qui osent de plus en plus s\u2019exprimer.C\u2019est d\u2019ailleurs grâce à eux qu\u2019on a l\u2019impression d\u2019une recrudescence du crime et de la violence.La perte d\u2019autorité sociale et politique rend aussi plus facile le dévoilement, voire la mise en accusation de personnes haut placées.Toutefois, cela ne suffit pas encore pour retirer entièrement la victime de l\u2019ombre où elle se trouve.À l\u2019hypothèse de la fascination, il faut ajouter un facteur peut-être banal, mais important : l\u2019attention portée au crime et à la violence est sans doute due à la menace de rupture de l\u2019ordre social.Comment, malgré tout, l\u2019ordre social est-il possible ?C\u2019est la question principale à laquelle la sociologie, l\u2019anthropologie et d\u2019autres sciences sociales ont voulu répondre.Elle est même constitutive de leur projet.On comprend d\u2019ailleurs l\u2019importance relativement plus grande accordée à la resocialisation à la réinsertion sociale et à « l\u2019humanisation de la condition carcérale » par rapport à l\u2019aide psychologique aux victimes.Seulement, à un plan sociologique, on pourrait retourner la question, on pourrait aussi se concentrer sur le désordre social et demander comment il est possible, non pas uniquement en termes de déviance, mais avant, en tant que recherche d\u2019une présentation de soi dans une société qui a tendance à offrir aux individus des modèles d\u2019identification trop standardisés.Le désordre social serait alors la recherche d\u2019un ordre alternatif, d\u2019un vécu alternatif, auquel participerait le crime violent.Si elle se vérifie, une telle hypothèse expliquerait, entre autre, pourquoi ce vécu alternatif parmi d\u2019autres contribue \u2014 et a contribué \u2014 à reléguer la victime au second plan, fixés qu\u2019étaient les chercheurs sur la possibilité de l\u2019ordre social dont nous ne pouvons déduire , dialectiquement, comment le désordre est possible.Car, pour répondre à cette question, la collecte de quelques facteurs explicatifs de la déviance ne suffirait pas.Notre tentative d\u2019expliquer l\u2019absence de la victime ne se veut nullement exhaustive.Il pourrait y en avoir d\u2019autres.Mais une fois ce diagnostic posé, comment ramener la victime au centre d\u2019une réflexion éthique ?Que veut dire en définitive une approche éthique de la situation de la victime, une éthique du corps meurtri ?Au-delà des définitions possibles, comment la construire ?À partir de quoi la réflexion peut-elle prendre son vol ?Sur quoi peut-elle s\u2019appuyer ?L\u2019éthique Si l\u2019éthique est avant tout une réflexion sur l\u2019action, une première difficulté surgit et semble faire obstacle aux prémisses empiriques d\u2019une éthique de la victime.La victime est précisément celle qui n\u2019agit pas.Elle subit et subit injustement l\u2019action d\u2019un autre.Injustement, disons-nous, parce que, contrairement au soldat, qui de par son métier sait qu\u2019un jour il pourrait être appelé au front et y subir des blessures ou même mourir, la victime d\u2019un acte de violence ne s\u2019attend même pas au sort qui lui est réservé.Passive, sa situation est celle d\u2019une personne à laquelle un mal, une souffrance est infligée.La douleur dans toute son étendue et le mal, ce sont les choses dont elle souffre.Soumise à cette condition de souffrance par l\u2019acte délibéré d\u2019autrui et non une maladie quelconque ou un sort que lui impose la fatalité et les aléas de la vie humaine, on comprend d\u2019ailleurs pourquoi elle n\u2019était pas au centre des réflexions.La passivité de sa situation la condamne à l\u2019environnement d\u2019un acteur : le criminel et son acte, le crime.Or, si l\u2019éthique se définit comme réflexion sur l\u2019action humaine, il y a de toute évidence, dans le cas de la victime, inaction, mal et souffrance.Dans ce contexte précis, l\u2019inaction n\u2019est pas pensable philosophiquement.Ne nous reste que la réflexion sur le mal subi, sur la souffrance induite par le crime.Or, là où elle se veut encore philosophique, l\u2019éthique se voit inévitablement confrontée ici à un double échec : 1) à l\u2019échec, voire l\u2019impossibilité de penser la passivité non qualifiée qui n\u2019est pas omission consciente de quelque chose et donc elle n\u2019est pas action ; 2) et surtout au mal ou à la douleur qui, dans son entier, défie toute philosophie systématique.Face à la fatalité, Job pouvait maudire le jour de sa naissance et crier scandale.Il avait un dieu.La victime, le corps meurtri, est d\u2019abord saisi par l\u2019incompréhensible de la question qui s\u2019impose dans sa situation.Lorsqu\u2019on arrive par chance à poser la question de savoir pourquoi est-ce à moi que cela arrive, toute réponse demeure contestable et insatisfaisante.Le corps meurtri trouve devant lui une limite, celle d\u2019une question qu\u2019elle ne peut jamais résoudre.Est-ce à dire que l\u2019éthique philosophie n\u2019a rien à dire audelà des limites que lui déclare la souffrance ou le mal ?Nous le savons tous : les religions ont presque toutes une réponse à la question de la souffrance.Dans notre monde séculier, ces réponses sont devenues personnelles.Elles ne sont plus disponibles pour une réflexion générale.La souffrance, c\u2019est la fin des concepts philosophiques, peut-être un scandale pour la raison humaine.Cependant, les philosophes, ces infatigables ouvriers du concept, ont tenté, à leur manière, de construire des réponses.De la pensée stoïcienne au vitalisme nietzschéen, de l\u2019indifférence prônée par Sénèque aux théories du ressentissement ou à l\u2019expression esthétique de l\u2019accueil de la souffrance, il semble, à première vue, que la victime ne se retrouvera pas complètement.Peut-être jamais.Job pouvait se sentir encore heureux dans son dénuement.Il avait encore un dieu auquel il pouvait demander de mettre ses péchés dans une balance et les comparer à ses souffrances.La victime, qui le voudra aujourd\u2019hui, a bien condamné la société et ses structures, elle aura moins de réponse que ne l\u2019avait Job.Que pouvons-nous tirer aujourd\u2019hui des théodicées provenant des traditions juive et chrétienne, reprises depuis saint Augustin à Leibniz pour asseoir les bases d\u2019une réflexion éthique sur le mal ou la souffrance de la victime sans ajouter de l\u2019insulte à l\u2019injustice dont elle souffre déjà ?Leur dire que c\u2019est à cause du péché ou de l\u2019imperfection humaine ?Leur montrer le visage hideux d\u2019un dieu qui a créé l\u2019homme imparfait, lui a donné la liberté et qui permet que l\u2019innocent soit frappé de mort ou par la violence aveugle ?Ou alors affirmer, comme on l\u2019a fait sur d\u2019autres bases dans les sciences sociales, que le criminel est le malheureux, le plus souffrant ou que chaque crime est pathologique, l\u2019acte d\u2019une personne socialement exclue ou le produit injuste d\u2019une méchante société ?À supposer que ce soit vrai, qu\u2019en déduire pour le mal dont je souffre ?Qu\u2019est-ce qui expliquerait que le malheureux produit de la société s\u2019attaque à moi, à mon corps, à ma vie ?La souffrance Ainsi, le premier pas vers une éthique du corps meurtri se heurte-t-il d\u2019emblée à l\u2019expérience fondamentale de l\u2019indicible qu\u2019est la souffrance qui n\u2019est autre que l\u2019expression ultime de notre attachement à la vie.Car, si la mort peut être une délivrance, la souffrance exprime notre acceptation de vivre avec ce qui, peut-être, ne fait point sens.Faut-il alors choisir entre ou « comprendre » et « ne pas comprendre » la souffrance ?Faut-il alors voir dans l\u2019éthique du corps meurtri l\u2019épuisement de toute prétention de la raison, sa totale abdication devant la vie ?La fin de toute éthique ?Ses limites extrêmes où la sensibilité impose à la réflexion elle- même un obstacle insurmontable ?L\u2019éthique doit-elle se résoudre et se résigner à la passivité de la souffrance et de l\u2019inaction qui caractérise la vie ou la mort de la victime ?Peut-être est-il préférable, après ces préliminaires, de laisser toutes ces questions ouvertes et de dire provisoirement à la suite de Sorel que si les problèmes relatifs à la violence demeurent encore obscurs, ceux qui entourent la victime aussi sont inépuisables et plus difficiles à démêler que ne saurait le faire une éthique politique de la violence ou un regard éthique sur cette dernière.Toutefois, cette situation ne doit pas décourager au point de constituer un obstacle à toute possibilité d\u2019une éthique du corps meurtri.L\u2019objectif de cette dernière sera d\u2019accorder plus d\u2019importance à la voix de la victime, et même en cas d\u2019une douloureuse disparition, d\u2019honorer ou absence par le souvenir qui se manifeste à travers un témoignage d\u2019attention à ceux ou celles qui sont directement touchés par la mort d\u2019un ami, d\u2019une amie, de parents.S\u2019il est vrai que ce qui caractérise fondamentalement la situation de la victime, c\u2019est le mal infligé et la douleur qui vit en elle, s\u2019il est aussi vrai que la douleur c\u2019est l\u2019affirmation de la vie malgré l\u2019incompréhensible, une éthique qui veut s\u2019attacher à rendre à la victime une place plus importante se doit elle aussi de ne s\u2019arrêter aux questions métaphysiques touchant le mal et la souffrance et à ce que ces deux choses peuvent constituer de scandaleux et de défi pour l\u2019esprit humain.L\u2019éthique du corps meurtri doit impérativement inclure dans son programme l\u2019horizon de la justice, en même temps que son au-delà : le pardon.Car, en effet, la justice humaine est nécessaire et même indispensable.À elle seule, elle ne suffit pas.Elle doit se compléter de la dimension d\u2019une certaine gratuité qui la dépasse et qui a pour nom le pardon.Là où elle n\u2019est pas possible, une pensée de l\u2019imprescriptible s\u2019impose, celle-là même qui seule est, peut-être, capable de dire nos limites, notre finitude.PHOTO ROBERT SKINNER, La Presse © Lukas Sosoe 6LP1001B1204 B10, samedi, MONDE 6LP1001B1204 ZALLCALL 67 00:56:07 12/04/99 B B 10 LA PRESSE, MONTRÉAL, SAMEDI 4 DÉCEMBRE 1999 Monde L\u2019EXPRESS INTERNATIONAL Vague de répression contre des chefs de file d\u2019opposition au Burkina Faso GILLES PAQUIN Le gouvernement du Burkina Faso a libéré hier les cinq dirigeants de partis d\u2019opposition et chefs syndicaux arrêtés mercredi, mais il les a accusés d\u2019atteinte à la sécurité de l\u2019État et de sédition, crimes passibles de la peine de mort.Cette vague de répression politique a été dénoncée hier par la Confédération générale du travail du Burkina Faso qui reproche au gouvernement de se livrer à la provocation, à la répression et à l\u2019arrestation des forces vives pour détourner l\u2019attention des soupçons qui pèsent sur le frère du président.Elle a également été condamnée par le Groupe de recherche et d\u2019initiative pour la libération de l\u2019Afrique à Montréal (GRILA), un des organismes qui soutient la campagne pour la fin de l\u2019impunité et le rétablissement du droit dans ce pays.Les cinq accusés sont Halidou Ouedrago, président du Mouvement Burkinabé des droits de l\u2019homme ; Tolé Sagnon, secrétaire général de la Confédération générale du travail du Burkina Faso ; Norbert Tiendobréogo, chef du parti Sankariste ; André Tibiri, président de l\u2019Union générale des étudiants burkinabé et Bénéwendé Sankara, de l\u2019Union des jeunes avocats.Ces cinq dirigeants sont également membres du Collectif des organisations démocratiques de masse et de partis politiques, un organisme qui regroupe une quarantaine d\u2019associations de la société civile du Burkina Faso.Le Collectif cherche à faire la lumière sur l\u2019assassinat, le 13 décembre dernier, du journaliste Norbert Zongo et de ses trois compagnons.Selon Reporters sans frontières, Zongo a probablement été tué parce que son journalisme d\u2019enquête l\u2019avait conduit à poser trop de questions sur les leaders du pays, notamment sur François Compaoré, le frère du président.Le Collectif poursuit sa lutte politico- juridique de concert avec la « Campagne internationale justice pour Sankara », un mouvement qui tente de connaître la cause véritable de la mort violente de l\u2019ancien président Thomas Sankara en janvier 1988.Toute cette agitation inquiète le président qui a succédé à Sankara, Blaise Compaoré, d\u2019autant plus que les groupes d\u2019opposition laissent entendre qu\u2019il a profité de la mort de son prédécesseur pendant que son frère avait avantage à faire taire Zongo.L\u2019impunité dont jouissent les dirigeants du gouvernement et leurs protégés a suscité l\u2019indignation des élèves de la capitale qui ont débrayé cette semaine pour réclamer le rétablissement du droit, en particulier dans l\u2019affaire Zongo.« Lorsqu\u2019un régime arrête des dirigeants syndicaux, des chefs de partis et des avocats en portant ce genre d\u2019accusations, il révèle sa faiblesse », dit Me Vincent Valai de la « Campagne internationale justice pour Sankara ».Selon lui, les accusations contre les cinq chefs de file d\u2019opposition sont très graves puisque ceux-ci sont passibles de la peine de mort ou de 20 ans d\u2019emprisonnement.Les cinq hommes doivent comparaître mardi devant le tribunal de Ouagadougou.Visiblement inquiet, le GRILA a lancé hier un appel à toutes les bonnes volontés pour mettre le gouvernement du Burkina Faso devant ses responsabilités.Il a demandé la levée de toutes les accusations portées contre les cinq dirigeants et l\u2019ouverture d\u2019enquêtes judiciaires pour faire la lumière sur « la série de crimes politiques qui jalonnent l\u2019évolution du régime Compaoré ».NICARAGUA Haute tension n Un différend maritime entre le Nicaragua et le Honduras a provoqué une vive tension en Amérique centrale, Tegucigalpa demandant hier à l\u2019ONU et à l\u2019Organisation des États américains l\u2019envoi urgent d\u2019observateurs à sa frontière afin de maintenir la paix.Les Nations unies se sont immédiatement déclarées prêtes à fournir toute aide jugée nécessaire.Le Nicaragua accuse le Honduras de s\u2019approprier de quelque 30 000 km2 de territoire maritime et de déplacer à son avantage la frontière commune.d\u2019après AFP ALGÉRIE Pas de répit n Vingt-sept personnes ont été tuées qui dans un massacre dans le sud du pays, qui dans une opération antiterroriste, rapporte la presse algérienne à paraître aujourd\u2019hui.Dans le sud du pays 11 nomades, parmi lesquels des enfants et des femmes, ont été assassinés par un groupe terroriste dans leur campement.Seize terroristes ont par ailleurs été tués près de Chlef lors d\u2019une vaste opération de ratissage déclenchée par les forces de sécurité.d\u2019après AP INDE Étrangers s\u2019abstenir n Le parti au pouvoir en Inde a proposé hier un projet de loi visant à réserver les plus hautes responsabilités de l\u2019État aux Indiens « de naissance ».S\u2019il était adopté, cela mettrait un terme aux ambitions de Sonia Gandhi de devenir premier ministre.Cette proposition a provoqué un tollé au Parlement, où les députés du Congrès, le principal parti d\u2019opposition dirigé par Mme Gandhi, elle-même d\u2019origine italienne, l\u2019ont vivement dénoncée.Par ailleurs le ministre indien des Affaires étrangères, Jaswant Singh, a affirmé à Helsinki que New Delhi n\u2019a aucune intention de remettre en cause son moratoire sur les essais nucléaires et reprendra le dialogue avec le Pakistan si Islamabad en prend l\u2019initiative.d\u2019après AFP CHYPRE Le dialogue n Chypriotes grecs et turcs ont entamé hier à New York de nouvelles négociations de paix sous l\u2019égide des Nations unies, avec pour objectif une réunification de l\u2019île et une embellie des relations entre la Grèce et la Turquie.Les discussions sur l\u2019avenir de l\u2019île étaient suspendues depuis deux ans.C\u2019est le secrétaire général de l\u2019ONU, Kofi Annan, qui a eu une première série de discussions avec les dirigeants des communautés, divisées depuis 25 ans.d\u2019après AP et AFP CHILI Dictateur patient n Les avocats d\u2019Augusto Pinochet devront attendre le 20 mars 2000 pour contester devant la Haute Cour de Londres le jugement d\u2019extradition de l\u2019ancien dictateur chilien vers l\u2019Espagne, a-t-on annoncé hier de source judiciaire.L\u2019octogénaire est accusé de tortures.d\u2019après AFP IRAK Une semaine n Le Conseil de sécurité de l\u2019ONU a prolongé hier d\u2019une semaine le programme humanitaire pour l\u2019Irak « pétrole contre nourriture », mais la Russie, la Chine et la Malaisie se sont abstenues et la France n\u2019a pas pris part au vote pour exprimer son mécontentement.La décision française est un geste rarissime, selon des diplomates.Un délai de sept jours rend impossible techniquement la vente de pétrole par l\u2019Irak, a justifié l\u2019ambassadeur Alain Dejammet devant le Conseil, ajoutant que la résolution est délibérément irréalisable.L\u2019Irak, qui a suspendu ses exportations le 23 novembre pour protester contre une première reconduction du programme de 15 jours, a annoncé qu\u2019il continuerait à ne pas pomper de pétrole.d\u2019après AFP PHOTO AFP Ville nigériane mise à feu et à sang Non, ce n\u2019est pas la version africaine du Déjeuner sur l\u2019herbe.Ces soldats de l\u2019armée nigériane à l\u2019aspect presque bucolique, qui se reposent sur les rives du fleuve Niger, sont hélas bien réels.Ils ont été dépêchés il y a 15 jours à Odi, pour ramener l\u2019ordre après le meurtre de 12 policiers.Mais ils ont plutôt violé, tué et saccagé.Des cadavres jonchaient encore la ville hier, presque totalement détruite.Ils ont été « plus qu\u2019excessifs », a reconnu le gouverneur de l\u2019État, Diepreye Alameyeseigha.L\u2019Europe cesse d\u2019alimenter en pétrole deux villes serbes oppositionnistes Tchétchénie : les Russes auraient mitraillé 50 réfugiés d\u2019après AFP et AP GROZNY Les forces russes ont pris de nouvelles positions hier dans les faubourgs de Grozny, encerclant « à 90 % » la capitale tchétchène tandis que l\u2019agence officielle russe Itar- Tass annonçait la mort de 40 à 50 réfugiés mitraillés par l\u2019armée fédérale.Les combattants indépendantistes qui défendent Grozny ne disposent plus que d\u2019un corridor de quelques kilomètres de large vers le sud pour quitter éventuellement la capitale et gagner les zones montagneuses de la république.C\u2019est dans ce corridor, à une dizaine de kilomètres au sud de Grozny, qu\u2019une colonne de réfugiés composée d\u2019un autobus et de sept ou huit voitures a été mitraillée.De 40 à 50 personnes auraient été tuées et une dizaine d\u2019autres blessées, selon plusieurs témoins de la fusillade.Aucune confirmation de l\u2019incident ou du bilan n\u2019a toutefois pu être obtenue d\u2019une autre source.Après plusieurs jours d\u2019affrontements et de lourdes pertes de part et d\u2019autre, les Tchétchènes ont par ailleurs annoncé que leurs hommes avaient évacué la ville d\u2019Argoun, à huit kilomètres à l\u2019est de Grozny, et le village d\u2019Alkhan-Iourt, au sudouest de la capitale.Argoun était l\u2019une des rares villes importantes de la Tchétchénie indépendantiste, avec la capitale Grozny, Chali (sud-est) et Ourous- Martan (20 km au sud-ouest de Grozny), à être encore aux mains des combattants tchétchènes.L\u2019étau s\u2019est ainsi resserré encore un peu plus sur Grozny, où se trouve toujours le président indépendantiste Aslan Maskhadov, réfugié dans un bunker pour échapp e r a u x bombardements ininterrompus de l\u2019artillerie et de l\u2019aviation russes.Sur le plan diplomatique, la Russie a continué à refuser toute ingérence étrangère dans le conflit, s\u2019opposant notamment à une rencontre entre M.Maskhadov et le président en exercice de l\u2019OSCE, le Norvégien Knut Vollebaek, dont les offres de médiation ont été repoussées par Moscou.Le président russe Boris Eltsine a plutôt estimé que l\u2019Occident finira par donner raison à la Russie sur la Tchétchénie, ajoutant que Moscou ne cèdera pas un pouce de son territoire aux « terroristes ».« Je suis sûr que ceux qui en Occident n\u2019ont pas encore compris (la lutte contre le terrorisme que la Russie mène en Tchétchénie) nous donneront raison ».Le terrorisme international n\u2019a pas de frontières », a ajouté le président dans un communiqué publié par le Kremlin.Le président précise qu\u2019il a pris un décret sur l\u2019installation d\u2019une base permanente de l\u2019armée russe en Tchétchénie et rappelle son soutien à un projet d\u2019amnistie pour les combattants à certaines conditions.« Reprenez vos esprits, déposez vos armes, retournez à la vie civile », écrit le président.D\u2019autres informations font pourtant état de la mort de près de 250 soldats russes près d\u2019Ourous-Martan, une information réfutée par Moscou.Reste que, depuis le début de la semaine, la Russie reconnaît qu\u2019elle pourrait mettre des mois à se défaire des forces tchétchènes en raison de leur résistance accrue autour de la capitale.Les forces de Moscou ont également fermé hier le poste-frontière entre la Tchétchénie et l\u2019Ingouchie voisine, expliquant que des problèmes d\u2019approvisionnement en électricité compliquaient la vérification des papiers des candidats à l\u2019exode.La véritable raison de cette fermeture pourrait toutefois être la destruction de l\u2019unité russe près d\u2019Ourous- Martan.d\u2019après AP et AFP BELGRADE Face aux tracasseries administratives de Belgrade, l\u2019Union européenne a annoncé hier qu\u2019elle annulait son projet de livraison de 350 tonnes de mazout au profit de Nis et Pirot, deux villes du sud de la Serbie tenues par l\u2019opposition au président yougoslave Slobodan Milosevic.Un convoi de 15 camions-citernes est en effet bloqué depuis neuf jours à la frontière yougoslavo- macédonienne sous prétexte que ce chargement n\u2019est pas de nature humanitaire et que des taxes douanières doivent être payées.Les autorités serbes « utilisent toutes les excuses pour empêcher une livraison urgente de carburant au profit de la population », a déploré l\u2019ambassadeur de Finlande à Belgrade, Hannu Mantyvaara.Au total, l\u2019UE avait prévu de livrer 25 000 tonnes de carburant aux villes tenues par l\u2019opposition.Qualifiant ce projet de « farce », les autorités serbes ont contre-attaqué en promettant aux habitants de Nis la livraison de ce mazout tant attendu pour l\u2019hiver par l\u2019intermédiaire de la compagnie d\u2019État Jugopetrol.Une promesse qui n\u2019a nullement effacé la déception qui régnait à Nis et à Pirot après la décision de l\u2019Union européenne.La Commission européenne prend toutefois des dispositions urgentes pour une nouvelle tentative de livraison de mazout aux deux villes.« Nous nous attendions à ce qu\u2019il y ait des obstructions, mais que tout cela puisse se compliquer au point que l\u2019on renvoie les camions vers Skopje, personne ne pouvait s\u2019y attendre », a déploré M.Panajotovic, un responsable du Parti démocratique (DS) que préside Zoran Djindjic.Dans un autre ordre d\u2019idée une longue série de crimes a été attribuée par le gouvernement yougoslave et par la presse à un groupe de cinq Serbes arrêtés et accusés d\u2019avoir agi sur instructions des services de renseignement français.L\u2019accusation de complot pour tuer le président Slobodan Milosevic, portée par Belgrade contre les cinq hommes du groupe clandestin « Araignée », ne figure cependant pas dans l\u2019instruction menée par la justice, a-t-on appris de sources judiciaires.En révélant le 25 novembre l\u2019arrestation de ces cinq Serbes accusés d\u2019être liés à des services de renseignement français, le ministre yougoslave de l\u2019information, Goran Matic, avait déclaré qu\u2019ils avaient commis une série de crimes, entre autres lors des conflits en Bosnie-Herzégovine, au Zaïre et au Kosovo.Mais l\u2019accusation la plus sensationnelle portée par le ministre contre les cinq hommes était celle d\u2019avoir préparé « quatre scénarios » en vue de l\u2019assassinat de M.Milosevic.Le ministère français des Affaires étrangères a démenti toute participation de services français à un tel complot. 6LP1101B1204 b11 samedi 4 d cembre 6LP1101B1204 ZALLCALL 67 00:56:15 12/04/99 B LA PRESSE, MONTRÉAL, SAMEDI 4 DÉCEMBRE 1999 B 11 Politique Constitution, question et majorité référendaires : Bouchard pressé d\u2019en finir Harel siffle la fin de la récréation Les deux unions municipales doivent s\u2019asseoir à la même table MARTIN PELCHAT du bureau de La Presse, QUÉBEC Alors que le Conseil des ministres s\u2019apprête à trancher mercredi prochain , dans le dossier du pacte fiscal, la ministre des Affaires municipales et de la Métropole, Louise Harel, demande aux deux unions rivales de s\u2019asseoir pour la première fois à une même table afin d\u2019en arriver à un compromis.« Je vais demander aux deux unions de se rencontrer durant la présente fin de semaine et d\u2019échanger sur les solutions », a indiqué la ministre après une rencontre avec les préfets des MRC.Le président de la Fédération québécoise des municipalités (ex-UMRCQ), Florian St-Onge, s\u2019est montré ouvert à cette rencontre, tout comme le président de l\u2019Union des municipalités, Mario Laframboise.Ce dernier s\u2019est toutefois montré sceptique quant aux possibilités de compromis.« On est dans deux mondes bien à part », dit-il.L\u2019UMQ, dont le dirigeants ont approuvé hier la neuvième et dernière version de la proposition qui sera étudiée mercredi par le Conseil des ministres, qualifie d\u2019« inacceptable » la dernière offre de la FQM, en vertu de laquelle les villes renonceraient à la plus grande partie de leurs revenus de la taxe sur les Télécommunications, le gaz et l\u2019électricité (TGE), en échange de la suppression de la ponction gouvernementale de 350 millions.Ce sont principalement les plus grandes villes, membres de l\u2019UMQ, qui seraient touchées par cette renonciation, note M.Laframboise.« C\u2019est clair que pour nous, ce n\u2019est pas acceptable.On en est au \u2018mon père est plus fort que le tien\u2019.» La FQM rejette de son côté la proposition de l\u2019UMQ \u2014 qui fait l\u2019objet d\u2019une entente de principe avec Québec \u2014 qui échange la facture de 350 millions contre le transfert aux commissions scolaires de la facture du transport écolier.La hausse subséquente de 40 % de la taxe scolaire serait toutefois compensée par une baisse des taxes municipales.« Nous demandons au gouvernement combien il va mettre d\u2019argent pour contrôler la proposition actuelle ?demande M.St-Onge.Notre position au moins est applicable d\u2019une façon simple.» Favorable à la proposition de l\u2019UMQ et visiblement pressée de conclure après 23 séances de négociation, Louise Harel a refusé de commenter la contre-proposition de la FQM, dans l\u2019attente de simulations de ses effets sur chaque municipalité.Dans la version finale de la proposition de l\u2019UMQ, fruit d\u2019échanges constants avec les collaborateurs de la ministre, il n\u2019est plus question d\u2019une loi pour garantir les baisses de taxes municipales \u2014 comme l\u2019annonçait la semaine dernière Lucien Bouchard \u2014, mais d\u2019un engagement écrit des maires.« On veut qu\u2019il y ait un climat de confiance, lance M.Laframboise.Le gouvernement a compris que la volonté des maires est de donner ce qu\u2019ils récupèrent.» Selon M.Laframboise, Québec a de plus consenti à de nouvelles sources de revenus pour les villes, ainsi qu\u2019à une ouverture \u2014 une forme d\u2019« accompagnement » \u2014 en ce qui concerne les lois du travail.Il a toutefois refusé d\u2019en livrer les détails.DENIS LESSARD du bureau de La Presse, QUÉBEC Après s\u2019être laissé entraîner dans la surenchère des déclarations dans le récent débat constitutionnel avec Jean Chrétien, Lucien Bouchard voulait clore la discussion et passer à autre chose hier.« M.Chrétien devrait ne rien faire.Cela presse de ne rien faire, de laisser le jugement de la Cour suprême tel qu\u2019il est, de nous permettre de s\u2019occuper des choses prioritaires, de l\u2019économie et de l\u2019emploi », a dit M.Bouchard.La veille, M.Chrétien avait précisé ses intentions aux Communes, laissant entendre qu\u2019il comptait déposer un projet de loi \u2014 la semaine prochaine, selon la rumeur \u2014 pour définir les conditions où le fédéral accepterait de négocier avec un gouvernement souverainiste qui aurait remporté son référendum.Mais contrairement aux jours précédents, M.Bouchard a tenu à ne pas en remettre, lui qui avait promis la semaine dernière que Québec répliquerait par une déclaration unilatérale de souveraineté en cas de refus de négocier d\u2019Ottawa.« Tout cela est artificiel, c\u2019est créé de toutes pièces manifestement pour obtenir plus d\u2019appuis au Canada anglais.(M.Chrétien), c\u2019est un politicien qui prépare des élections, rien d\u2019autre », a lancé Lucien Bouchard.M.Bouchard a dit espérer que M.Chrétien ne dépose jamais ce projet de loi.Dans des propos rappelant étrangement ceux de Jean Charest la semaine dernière, il a souligné l\u2019exaspération de la population devant les politiciens qui entretiennent le débat constitutionnel.« J\u2019espère que M.Chrétien entendra la majorité silencieuse, les gens sont écoeurés de tout cela, et souhaitent que M.Chrétien se calme », a conclu M.Bouchard.Financement de l\u2019ADQ : une séance de lavage de linge sale en famille DENIS LESSARD du bureau de La Presse, QUÉBEC L\u2019affaire du financement illégal impliquant l\u2019Action démocratique du Québec a entraîné une séance de lavage de linge sale à l\u2019Assemblée nationale hier.Pour le député de Chomedey, Thomas Mulcair, deux accusations portées par le Directeur général des élections ne touchent que 1000 $ des 10 000 $ qu\u2019aurait encaissé illégalement l\u2019ADQ durant l\u2019année référendaire, en 1995.Le gouvernement, soutient le député, devrait demander des comptes au Directeur général des élections, qui vient de classer l\u2019affaire.Refusant de soumettre cette controverse à l\u2019étude d\u2019une commission de l\u2019Assemblée nationale, le ministre responsable de la Réforme électorale, Guy Chevrette, a répliqué que le déclenchement d\u2019un tel mécanisme, entrainerait aussi une vérification des accusations visant des militants libéraux dans Anjou, à la suite des dernières élections générales.« Tant qu\u2019à la convoquer on pourrait peut-être parler d\u2019Anjou », de lancer sur le ton du défi M.Chevrette.La Presse rapportait dans son édition d\u2019hier que du point de vue du Directeur général des élections, toute l\u2019enquête sur le financement reçu par le parti de Mario Dumont en 1995 s\u2019était conclue avec le dépôt de deux avis d\u2019infractions touchant l\u2019ex-directeur de l\u2019ADQ, Jacques Hébert, et un jeune militant, Éric Simonneau.M.Simonneau a sur le champ reconnu sa culpabilité d\u2019avoir encaissé un chèque de 1000 $ de l\u2019entrepriseme Gooding Limited, pour tout de suite après verser un montant équivalent à la caisse électorale de l\u2019ADQ \u2014 au Québec, seul un électeur peut contribuer au financement des partis politiques.M.Hébert, que le DGE accuse d\u2019avoir incité Éric Simonneau à poser ce geste illégal, conteste ce constat d\u2019infraction.Selon nos informations, la firme Gooding Limited a acheté la fonderie de la famille de Rodrigue Biron, l\u2019ancien ministre péquiste de Lotbinière.M.Biron fut aussi président de Titan Supply de Calgary, une firme reliée à celle de David Gooding.Hier, le député Mulcair a relevé que les 10 000 $ versés reprsentent la moitié du financement de l\u2019ADQ en 1995.Selon lui, il est facile de trouver d\u2019autres contributeurs au parti de Mario Dumont associés à l\u2019ancien candidat à la direction du Bloc québécois \u2014 trois « Birons » figurent sur la liste des contributeurs : Bastien, Dominique et Hughes, pour un total de 1300 $.Pour le leader parlementaire de l\u2019Opposition, Pierre Paradis, le chef de l\u2019ADQ, Mario Dumont devrait s\u2019expliquer publiquement.D\u2019autant plus qu\u2019il était, selon nos informations, au courant de ces pratiques.Hier, M.Dumont n\u2019a pas relever le gant.Tout juste réfléchitil à la possibilité de soumettre une « question de fait personnel » au président de l\u2019Assemblée nationale.Finalement, Mario Dumont.se demande si le gouvernement va enquêter sur la façon de comptabiliser les nouveaux comptes de dépenses du chef de l\u2019opposition officielle, Jean Charest, « qui risque de les utiliser pour payer ses tournées de campagne de financement ».PHOTO REUTERS © Mission accomplie L\u2019utilisation des mines antipersonnel a décliné « de manière spectaculaire » depuis la signature de la Convention d\u2019Ottawa il y a deux ans par 136 pays, a indiqué le ministre canadien des Affaires étrangères, Lloyd Axworthy.Selon un rapport de son ministère sur la convention signée par 89 pays, on ne compte plus que 16 pays producteurs contre 54 auparavant.Les États-Unis, la Russie et la Chine, « quelques grands États récalcitrants », selon M.Axworthy.Assurancemédicaments : des hausses en fonction des revenus Rita Dionne-Marsolais veut restreindre l\u2019accès aux cégeps anglophones publics Presse Canadienne QUÉBEC La ministre de la Santé et des Services sociaux, Mme Pauline Marois, a laissé entendre que les primes d\u2019assurance-médicaments pourraient être augmentées en fonction du revenu des assurés.C\u2019est la porte-parole libérale Michèle Lamquin-Ethier qui lui a soutiré cette précision au cours de la période de questions, hier.Après avoir rappelé que le régime public accuse un déficit de 210 millions $ et que la ministre a déjà laissé entendre qu\u2019elle allait agir, d\u2019une façon ou d\u2019une autre, pour corriger la situation, Mme Lamquin-Ethier a souligné qu\u2019une augmentation des primes aurait des effets pervers, particulièrement auprès des personnes âgées.« Est-ce que la ministre réalise, a demandé la députée libérale, qu\u2019en ce faisant, elle va aggraver les effets pervers de son régime, en plus de s\u2019attaquer encore une fois directement à des personnes âgées, un segment de la population extrêmement vulnérable ?\u2019 La ministre a d\u2019abord souligné son intention de présenter un rapport sur la situation dans le dossier de l\u2019assurance-médicaments et que la question des effets pervers ferait partie intégrante de cette analyse.DENIS LESSARD du bureau de La Presse, QUÉBEC L\u2019ex-ministre Rita Dionne-Marsolais croit que le gouvernement Bouchard devrait imposer au collégial les mêmes restrictions qu\u2019au primaire et au secondaire.Les francophones et les allophones ne devraient plus pouvoir s\u2019inscrire dans un cégep public anglophone.« Si on ne prend pas les moyens nécessaires pour défendre le français, c\u2019est la marginalisation qui nous attend.Montréal deviendra le french quarter de La Nouvelle-Orléans, a lancé Mme Dionne-Marsolais, qui souligne être devenue souverainiste après un voyage en Louisiane, fait au cours de la période suivant l\u2019échec de l\u2019accord du lac Meech.Aussi, la députée péquiste de Rosemont explique qu\u2019elle n\u2019a rien fait pour freiner les ardeurs de ses militants qui ont, avec quatre autres comtés de Montréal-Centre, proposé que les dispositions de la Charte de la langue française sur l\u2019admission au réseau scolaire anglophone s\u2019appliquent également au collégial.Préparée en prévision du congrès péquiste de mai 2000, cette proposition sera discutée aux congrès régionaux de mars, mais l\u2019appui qu\u2019elle obtient dans plusieurs comtés permet de prévoir qu\u2019elle se rendra dans le cahier de propositions d\u2019amendement au programme du PQ.« Je pense qu\u2019il faut examiner cette idée très sérieusement », dit Mme Dionne-Marsolais, même si au congrès péquiste de novembre 1996, le nouveau chef Lucien Bouchard avait dû utiliser tout son poids pour faire battre des propositions touchant l\u2019accès au réseau collégial anglophone et à l\u2019affichage.Pour celle qui a détenu les portefeuilles de l\u2019Industrie puis du Revenu dans le gouvernement Bouchard, la mise en place de telles restrictions « peut paraître draconienne, mais il n\u2019en est rien.Les conséquences sont minimes si on considère que les allophones qui y tiennent pourront toujours s\u2019inscrire au cégep privé ».(En fait dans les établissements qui ne reçoivent pas de subventions de l\u2019État.) Le flot des allophones qui optent pour le cégep anglophone ne correspond pas du tout au poids des anglophones au Québec.« Ils comptent pour 12 % de la population, il ne faut pas l\u2019oublier », dit-elle.Cette idée a maintes fois été soulevée dans les congrès péquistes et a constamment été battue en brèche.« C\u2019est un problème qui a été monté en épingle par les anglophones.Il faut comprendre que le réseau universitaire anglophone a besoin d\u2019accroître le nombre de ses étudiants pour obtenir son financement.Ceux qui vont au cégep en anglais optent presque toujours pour des études universitaires en anglais », observet- elle.Cette idée se trouvait déjà dans les recommandations d\u2019un comité qu\u2019elle avait coprésidé avec son ex-collègue Jeanne Blackburn en mars 1993, dit-elle.Vérification faite, le rapport de 1993 n\u2019allait pas si loin.Actuellement, un allophone est tenu d\u2019envoyer ses enfants au réseau francophone au secondaire, mais au niveau collégial, c\u2019est la liberté de choix.Environ la moitié des étudiants allophones qui ont fait leur secondaire en français optent pour l\u2019anglais au collégial.Le « bunker va hurler » La Presse rapportait hier que les associations péquistes de quatre circonscriptions, Laurier- Dorion, Lafontaine, Rosemont et Viau, appuyaient le resserrement de l\u2019accès au réseau collégial anglophone.Cette idée a toutefois fait tache d\u2019huile, a indiqué hier l\u2019ancien conseiller de René Lévesque Yves Michaud.« Le bal est parti aussi à Outremont », expliquait-il hier.Plusieurs comtés de la région de Montréal-Ville-Marie sont aussi derrière cette proposition, souligne M.Michaud, l\u2019un de ceux qui avaient mené la fronde pour le retour à l\u2019unilinguisme dans l\u2019affichage au congrès péquiste de 1996.Les présidents de Montréal-Centre et de Ville- Marie, Mario Beaulieu et Luc Thériault, doivent se concerter la semaine prochaine.« Je pense bien qu\u2019aux congrès régionaux de mars, on aura la très grande majorité des comtés de Montréal », prédit M.Michaud.« Ça va hurler au bunker ! Vont-ils encore flirter avec des propositions d\u2019apaisement.Je ne veux pas finir mes jours en assistant à un Munich linguistique au Québec », a lancé M.Michaud.En 1938, réunis à Munich, la France et l\u2019Angleterre avaient cautionné de leur silence l\u2019invasion de la Tchécoslovaquie par Hitler.« De compromission en compromission, quand pour éviter la guerre, on prend le chemin du déshonneur, on a à la fois la guerre et le déshonneur ! », a ajouté M.Michaud, disant reprendre le plaidoyer fait devant les militants d\u2019Outremont.Tous ont d\u2019ailleurs appuyé cette motion, hormis « la conseillère au programme, une apparatchik », souligne-t-il.Le bureau national du PQ se réunit d\u2019ailleurs aujourd\u2019hui à Montréal.Seule concession, la proposition de M.Michaud prévoit que les étudiants allophones déjà inscrits au collégial anglophone au moment de l\u2019adoption des amendements proposés pourront y continuer leurs études. 6LP1201B1204 b12 samedi 4 d cembre 6LP1201B1204 ZALLCALL 67 00:54:39 12/04/99 B B 12 LA PRESSE, MONTRÉAL, SAMEDI 4 DÉCEMBRE 1999 Renseignez-vous sur notre désodorisant et notre traitement de protection des fibres.Les pièces de plus de 200 pieds carrés comptent pour deux pièces ou plus.Frais additionnels pour moquette en laine.Prix fixé séparément pour escaliers et vestibules.Les offres expirent le 11 décembre 1999.2810654 Le PLC haut la main SONDAGE GALLUP Ce mois-ci, un peu plus de la moitié des électeurs canadiens (54 %) auraient voté pour le Parti libéral dans des élections fédérales, selon un sondage Gallup.L\u2019appui aux libéraux fédéraux a augmenté par rapport au mois dernier (50 %) et continue d\u2019être plus élevé que le pourcentage de votes des dernières élections (38 %).L\u2019appui aux conservateurs est quant à lui demeuré stable à 20 %, tandis que l\u2019appui aux réformistes augmentait, passant de 8 à 9 %.Dix pour cent des électeurs voteraient pour le Parti néo-démocrate ce mois ci, une légère baisse par rapport au mois précédent (8 %).De plus, 7 % des Canadiens, plutôt que 8 % le mois dernier \u2014 et 30 % des Québécois \u2014 appuieraient le Bloc québécois.Enfin 1 % des électeurs voteraient pour d\u2019autres partis, tandis que 31 % des Canadiens sont indécis.L\u2019appui aux libéraux a augmenté partout, sauf dans le Maritimes et en Ontario.Au Québec il a fait un bond de 8 points de pourcentage, passant de 50 à 58 % en novembre, creusant l\u2019écart avec le Bloc québécois.Le Parti conservateur (7 %) et le NPD (3 %) ferment la marche.Les résultats de ce sondage reposent sur 1007 entrevues téléphoniques réalisées avec des adultes de 18 ans et plus entre le 15 et le 22 novembre derniers.Un échantillon de cette taille a une marge d\u2019erreur de 3,1 points de pourcentage, 19 fois sur 20.La marge d\u2019erreur est plus élevée avec un échantillon plus restreint, par exemple au Québec où 264 entrevues ont été réalisés, avec une marge d\u2019erreur de 6 points, 19 fois sur 20.Notre prix ord.: 229 $ I Inclus : *Pour systèmes de chauffage simples .Services résidentiels seulement.Les offres expirent le 11 décembre 1999.2810657 Tirage du 99-12-03 Tirage du Tirage du 99-12-03 99-12-03 Tirage du 99-12-03 NUMÉROS 862555 62555 2555 555 55 5 LOTS 100 000 $ 1 000 $ 250 $ 50 $ 10 $ 2 $ NUMÉROS 206792 06792 6792 792 92 LOTS 50 000 $ 5 000 $ 250 $ 25 $ 5 $ 1 000 $ 100 $ 10 $ 1 3 29 36 37 41 45 43 Numéro 6 9 10 11 15 complémentaire 16 20 25 26 35 3 38 41 47 51 56 998 4 0865 Tirage du 99-12-03 20679 2067 206 57 58 63 65 66 Nuageux avec averses cessant en matinée, plutôt nuageux en après-midi.Probabilité de précipitations: 70%.Vents légers.MONTRÉAL ET LES ENVIRONS Ciel dégagé.Probabilité de précipitations: 0%.QUÉBEC MAXIMUM AUJOURD\u2019HUI AUJOURD\u2019HUI AUJOURD\u2019HUI LES SYSTÈMES MÉTÉOROLOGIQUES Le Soleil et La Lune .Calgary Charlottetown Cornwall Edmonton Frédéricton Halifax Iqaluit Moncton Régina Rouyn Saint-Jean Saskatoon Sudbury Thunder Bay Vancouver Victoria Whitehorse Windsor Winnipeg Yellowknife Variable 3/-3 Beau 9/-7 Beau 3/-2 Variable 6/-1 Averses 5/0 Averses 4/-4 Variable 0/-5 Beau 1/-11 Variable 4/-5 Averses 5/-4 Averses 5/-1 Variable 6/-1 Variable -10/-25 Beau -18/-26 Variable 4/-2 Éclaircies 6/-4 Beau -6/-12 Beau 3/-12 Nuageux 6/-2 Neige fond 3/-10 Neig fond 3/-4 Beau 4/-4 Beau -8/-11 Variable 2/-12 Averses 6/-3 Plu ou nei 3/-8 Pluie 5/-1 Variable 0/-11 Pluie 7/5 Pluie 9/6 Pluie 8/6 Pluie 10/6 Nuageux -6/-8 Faib neige -7/-14 Nuageux 10/3 Averses 6/-1 Variable -3/-13 Beau -2/-8 Ave neige -9/-11 Éclaircies -11/-19 Acapulco Bahamas Barbade Bermudes Cancun Daytona B.Ft.Lauderdale Honolulu Jacksonville KeyWest La Havane Las Vegas Miami Montego Bay Orlando Palm Springs Puerto Plata Tallahasse Tampa W.Palm B.Soleil 33/17 Pluie 26/19 Soleil 30/24 Beau 23/17 Pluie 28/19 Soleil 24/13 Beau 26/20 Averses 28/21 Soleil 24/12 Beau 24/22 Éclaircies 27/19 Soleil 13/1 Beau 25/19 Beau 29/22 Soleil 23/13 Soleil 22/4 Beau 29/22 Beau 24/6 Beau 26/12 Beau 24/18 Amsterdam Athènes Beijing Berlin Bruxelles Buenos Aires Lisbonne Londres Los Angeles Madrid Mexico Moscou New Delhi New York Paris Port-au-Prince Rio Rome Tokyo Washington MINIMUM MAX/MIN Nuageux avec averses.Probabilité de précipitations: 60%.Passages nuageux.Probabilité de précipitations: 10%.MAX/MIN AU PAYS LE MONDE AU SOLEIL L\u2019ALMANACH QUOTIDIEN POUR MONTRÉAL OTTAWA TORONTO Hier Normales du jour Auj.l\u2019an passé 4 0 10 0 -7 -3 Records Max Min Plus haut maximum: Plus bas minimum: 15 en 1982 -21 en 1972 Température Facteur Vent Aujourd\u2019hui : Nul Précipitation Hier: 0mm Val-d\u2019Or 4/-2 Chicoutimi 0/-5 Maniwaki 6/0 Sainte-Agathe 4/-2 Trois-Rivières 4/0 QUÉBEC 3/-3 La Tuque 3/-3 Rimouski 1/-3 Thetford Mines 3/-2 Sherbrooke 4/-4 Burlington 8/3 MONTRÉAL 6/0 HULL/OTTAWA 6/0 Plattsburgh 8/3 Front chaud Front froid Occlusion Creux A Anticyclone D Dépression 40 30 20 10 0 -10 -20 -30 Averses 8/3 Soleil 21/7 Soleil 1/-8 Pluie 7/2 Nuageux 8/1 Soleil 31/20 Nuageux 19/13 Nuageux 9/3 Soleil 23/9 Nuageux 14/-1 Soleil 25/3 Faib neige 1/-4 Soleil 23/1 Beau 14/6 Nuageux 9/3 Soleil 30/22 Pluie 31/21 Pluie 15/5 Pluie 15/7 Soleil 17/6 © Services Commerciaux MM 1999 AUJOURD\u2019HUI CETTE NUIT DEMAIN LUNDI 3/-5 4/-4 0 6 Les systèmes météorologiques sont prévus pour 14h00 cet après-midi.BAIE-COMEAU BAIE-JAMES GASPÉ SEPT-ÎLES New York Montréal Halifax Toronto Ottawa Chicago Winnipeg Dallas Los Angeles Vancouver Calgary Edmonton Neige Pluie Pluie verglaçante Orages .AUJOURD\u2019HUI DEMAIN AUJOURD\u2019HUI AUJOURD\u2019HUI Nuageux avec percées de soleil.3/ -3.Plutôt nuageux.6/ 0.Plutôt nuageux.9/ 3.PRÉVISIONS RÉGIONALES Régina St-Jean Nouvelle-Orléans Miami Sudbury Denver DEMAIN Nuageux avec averses.4/ -4.DEMAIN Nuageux avec averses.3/ -6.DEMAIN Nuageux avec averses.5/ -2.AUJOURD\u2019HUI Passages nuageux.4/ -4.DEMAIN Nuageux avec percées de soleil.3/ -5.AUJOURD\u2019HUI Passages nuageux.2/ -8.DEMAIN Plutôt nuageux.-1/ -9.AUJOURD\u2019HUI Ciel variable.-5/ -9.DEMAIN Nuageux avec averses de neige.-3/ -13.AUJOURD\u2019HUI Ciel variable.2/ -7.DEMAIN Pluie ou neige.1/ -4.7h18 16h12 N 07 déc 16 déc 22 déc 29 déc N N 3h44 14h53 Durée totale du jour: 8h54 1 mm d\u2019eau = environ 1 cm de neige © Services Commerciaux MM 1999 "]
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