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Titre :
Mainmise
Réponse québécoise à l'underground californien qui exerçait alors un puissant magnétisme culturel sur la jeunesse rebelle du monde entier, Mainmise a été le principal et le plus durable des porte-étendards de la culture hippie au Québec. [...]

Mainmise est une revue bimestrielle, puis mensuelle, publiée à Montréal de 1970 à 1978. Parmi les principaux porte-étendards québécois de la culture hippie d'influence américaine, la revue offre une incursion dans le mode de vie et les aspirations de la jeunesse séduite par le rock, la poésie et les plaisirs sensuels et psychédéliques véhiculés par la contre-culture des années 1960 et 1970.

La première équipe est constituée de Jean Basile Bezroudnoff, journaliste culturel au Devoir et hippie notoire, Georges Khal, animateur radio à CKGM, Kenneth Chalk, professeur à l'université Sir George Williams, Linda Gaboriau, animatrice radio à CKGM, Christian Allègre et Denis Vanier. Se joindront à eux, au cours des années, Michel Bélair, Liliane Lemaître-Auger, Rolland Vallée, Guy Latulipe, Daniel Vincent, Merrily Paskal, Gérard Lambert, Michel Bogos, Paul Chamberland, Raôul Duguay et Claude Péloquin.

Comme membre associé de l'Underground Press Syndicate, Mainmise a, pour une modique contribution annuelle, accès à une banque de textes et d'images produite par un réseau de publications contre-culturelles principalement américaines. Plusieurs des textes sont traduits en français; c'est le cas surtout d'articles thématiques et spécialisés. Les éditoriaux, chroniques et textes de création sont en grande partie des créations originales.

Le mouvement de la contre-culture auquel s'alimente Mainmise est diffusé à partir des États-Unis, et est relayé ailleurs dans le monde, particulièrement en Europe. Il s'attaque aux institutions établies qui, selon ses adeptes, transmettent la tradition et le conformisme : école, famille, Église et système politique. La subversion sociale prendrait les chemins épars de la transformation de la conscience individuelle, de la spiritualité et des religions orientales, du rejet de la recherche d'intérêts pécuniaires, ainsi que de la lutte au contrôle de l'information, le tout facilité par une expérimentation de plaisirs sensoriels artificiels.

La drogue, la libération sexuelle, le féminisme, l'écologie, l'école alternative, la musique rock, le syndicalisme et l'autogestion sont les principaux sujets qui alimentent les pages de Mainmise, alors que l'utopie et la pensée magique en colorent l'approche.

D'abord présentée en format poche, la revue adopte en 1973 la forme du magazine, puis celle du tabloïd à partir de l'automne 1975. Ces changements entraînés par des considérations financières et de mise en marché, ainsi que des tentatives de distribution sur le marché européen, ne permettront pas à Mainmise de surmonter ses difficultés budgétaires récurrentes, mais la revue survit tout de même jusqu'en 1978. Cette même année, la revue Le Temps fou viendra combler le vide laissé par la défunte Mainmise.

Après avoir oscillé autour de 8000 exemplaires pendant les premières années de vie de la revue, le tirage de Mainmise aurait atteint son apogée à l'automne 1973 avec 23 000 ou 26 000 exemplaires.

MOORE, Marie-France, « Mainmise, version québécoise de la contre-culture », Recherches sociographiques, vol. 14, no

WARREN, Jean Philippe, « Fondation et production de la revue Mainmise (1970-1978) », Mémoires du livre / Studies in Book Culture, vol. 4, no

Éditeur :
  • Montréal :Payette et Payette,1970-1978
Contenu spécifique :
octobre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
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Références

Mainmise, 1974, Collections de BAnQ.

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LES POUVOIRS, UNE QUÊTE JNÎTiATipUE vAERt Michel CASTANE&A : décii d'iimê.çuête CHPirtôeRiANÛ: VERS L6 C++AMG£H6rOT POttER PARTOUT &o tfA^CvK'cH au hakoc ?inpessifeue ! 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Binages fréquents.En hiver, on protège les plants avec un bon paillis, lequel est placé entre les rangs au printemps ce qui inhibe la croissance des mauvaises herbes, maintient l'humidité et assure la propreté des fruits.En automne, transplanter les jeunes plants de l'année en les séparant du plant-mère.Récolte: A mesure.Usages: Riches en sels minéraux (phosphore, chaux, fer) et en vitamines A, B, C, les fruits sont bons contre l'hypertension.Les feuilles et les racines des plants sauvages (les premières récoltées avant l'apparition des fruits, les secondes avant l'apparition des feuilles) sont diurétiques, astringentes et s'emploient contre la diarrhée et la dysenterie (bouillies dans de l'alcool).Simplement infusées, les feuilles donnent u.n thé diurétique et dépuratif qu'on parfume de cannelle ou de vanille.Les fraises s'emploient en confiture, tartes, sirops, gâteaux, vin, hydromel ou liqueur.On peut les servir telles quelles avec un peu de poivre.Bons voisins: Fèves, laitues, épinard, ail, oignon, ciboulette.9.Framboisiers sauvages et cultivés: vivaces, Rosacées.Variétés cultivées: A fruits rouges, noirs, pourpres ou jaunes.A l'état sauvage: Framboisier Ronce du Mont Ida (le plus commun).Ronce acaule (régions froides du Québec), Ronce pubescente ou Catherineltes, à fruits jaunes (marais et bois humides).Appartiennent à la même famille les mûriers (voir mûriers).Plantation: Mise en terre des jeunes plants en octobre-novembre (sols légers) ou avril (sol glaiseux) dans une terre meuble el profonde.Les tiges sont rabattues de 8-10 pouces et la terre est bien foulée sur les racines.Sol: Légèrement acide, riche, humide.Exposition: Demi-ensoleillée.Distance entre: Rangs: 8-10 pieds, Plants: 2 pieds.Retouches: Buttages répétés des plants.Binages el sarclages fréquents.La récolte terminée (elle dure de 2 à 4 semaines), éliminer tous les plants qui ont porté des Iruils cl les pousses «je l'année trop frêles.En novembre, couvrir le pied des plants d'un paillis de 6-8 pouces d'épaisseur.Réduire ce paillis à 3-4 pouces d'épaisseur au printemps.Il esl recommandé d'attacher les plants en bouquets ou sur des supports de bois en hiver, ceci afin d'empêcher la neige de l'aire ployer ou se casser les plants.Si on attache les plants en bouquets, défaire les cordes dès l'apparition des feuilles au printemps.Usages: Riches en vitamines A, B et C, les framboises s'emploient en gâteaux, tartes, confitures, hydromel, liqueur, vin etc.¦ * ¦ 10.Genévrier: Vivace, Cupressacée.C'est avec les fruits du genévrier (ou genièvre) qu'on fait le gin.Ils ont en outre des propriétés médicinales.11.Gadeliers rouge et blanc (Gadeiies).Vivaces, Ribésiaeées.Même culture que celle des groseilliers à maquereaux.A l'état sauvage: Gadelier amer, Gadelier rouge, Gadelier glanduleux.MAINMISE Usages: Les fruits servent à faire une excellente gelée ou du vin.On peut les employer en taries, gâteaux etc.12.Groseillier à maquereaux: Vivace, Ribésiacée.A l'état sauvage: Groseillier cultivé (redevenu sauvage).Groseillier hérissé.Groseilliers des chiens.Plantation: Mise en terre des plants de I à 2 ans tard en automne ou très tôt au printemps en rabattant les cimes de 8 à 10 pouces et tassant la terre fortement sur les racines; éliminant en outre les racines brisées et raccourcissant du tiers les racines trop longues, les plants commencent à produire la 11 m sic me année.Une plantation bien entretenue dure plusieurs années.Sol: Franc ou argileux, meuble, profond, très riche en matières organiques.I xposition: Demi-ombre, lieu 1res humide.Dislance entre: Rangs: 6 pieds, Plants: 5 pieds.Retouches: Binages fréquents.Tard en automne, tailler les plants en éliminant les branches qui ont porté des fruits et ne gardant que celles qui doivent en produire l'année suivante.Nourrir les plants en matières organiques chaque année.Proléger d'un paillis en hiver (en laisser quelques pouces au printemps pour inhiber la croissance des mauvaises herbes).Usages: Les groseilles s'emploient en gelée.Les feuilles donnent une infusion très parfumée diurétique et digestive.I es groseilles peuvent encore s'employer en tartes, gâteaux, vin, h\dromel etc., 13.Merisier: Vivace, Rosacée.Les fruits servent comme ceux du cerisier sauvage en gelées.14.Morelle noire (Tomates bleues): Annuelle.Solanacée.Vénéneux à l'état vert, comestibles quand ils sont mûrs, les fruits bleus-noirs servent à l'aire une très bonne confiture (Même recette que celle des tomates jaunes).Cultivée comme la tomate, la plante se rencontre parfois à l'état sauvage cl ne doit pas être confondue avec la Morelle douce-amère dont les fruits rouge vif sont vénéneux.Suite dans ma prochaine chronique.Ecrivez-moi.les filles, je m'ennuie.IN CONCERT 2 Le Royer (coin St-Laurent, Les plus grands n$r.«» du Jazz, du Blues et du Soul.Coiffure pour hommes 6236 St Hubert / Pour rendez-vous 271-3161 DUTCHY'S RECORD CRIE 1238 Crescent Mtl.8614303 L* magasin da dlaquaa i prix ImbaWablaa |au ' Rock/ Bluaa/Claaalqua/Français.Daa prix antl-lnflallonlalaa: 4 partir da .50* Pour des enregistrements "live" et inédits sur disques : Stones, Beatles, Jethro Tull, Led Zeppelin, Moody Blues., écrive et joindre .25$ pour catalogue de 32 pages à: DISQUES RARES, CP.53, Succursale K, Montréal.LE CHATEAU MAINMIRF 3 MAINMISE Messages Cherche monde pour tripper en Gaspésie (passer l'hiver).Ecrire à Raymonde Charbonneau, Mont-St-Pierre, Gaspé, P.Q.Tél.: 797-2765 Nicole, je te cherche depuis plusieurs années mais en vain.Si tu me lis rejoins-moi au plus vite j'ai besoin de toi (NDLR: il s'agit de Nicole Diotte qui demeurait sur la rue Vimont et ensuite sur la rue Davidson.) Appelle Alain à 254-2850.J'aurais besoin de communiquer avec d'autres mutants plutôt que ceux que je fréquente présentement.J'ai 19 ans, j'aimerais faire la point sur certaines choses, mais pour cela j'aurais besoin de communiquer avec des personnes extérieures au groupe que je fréquente depuis longtemps.Je ne sais pas si j'ai réussi à me faire comprendre clairement, mais j'espère que quelques-uns ou -unes auront le goût de communiquer.Serge Bastien, 3221 rue Holt, Montréal.D'un Mutant à l'Autre: Arrêtes d'intellectualiser la réalité et vis.AGIR?commence par toé.La science du Biorythme?Ca t'aide ben gros à décrocher du système, en t'aidant à te connaître toé.T'as une PROGRAMMATION: 1 — héréditaire, 2 — dans ta façon de dégager ton énergie personnelle.Arrêtes d'être victime de ce conditionnement.PRENDS CONSCIENCE DE TES TROIS CYCLES D'ÉNERGIE VITALE.Connais ta programmation pi maitrise la.Un graphique en trois courbes: physique, nerveux, intellect.Envoies ta date de naissance à Manou, CP 13 Milot, PQ Lac St-Jean, GOW 2B0.PS Ton deux aide à faire connaître ceci à plus d'monde possible.Recommandation de J.Bonnevie au sujet du psylocybe quebequensis.Il existe à l'Université Laval des publications relatives au Psilocybe quebequensis.Si quelqu'un va faire un tour par là, il pourrait rassembler cette information et l'envoyer à Mainmise pour y être publié.Concours de bandes dessinées.La "Librairie Québécoise" organise un concours mensuel de "bandes dessinées".Vos bandes doivent être présentées sur une feuille 8V2 x 11 ou 8V2 x 14, en noir et blanc, et doivent comporter entre 3 et 6 dessins originaux avec ou sans paroles.Les oeuvres seront exposées à la Bouquinerie, 1629 St-Denis et les gens voteront pour choisir la meilleure.Le vote sera dépouillé à la fin de chaque mois.1er prix: $15.00; 2e prix: $10.00.1) Envoyez-en comme vous voulez; les 12 meilleures seront sélectionnées et exposées chaque mois.2) Les meilleures bandes dessinées seront envoyées à un journal quotidien de la métropole pour une possible publication.Pour renseignements: Michel Leduc, 842-1507, entre midi et 6 heures.Je suis au pénitencier depuis 16 mois sur une sentence de 7 ans.Avec une bonne conduite, je serai libéré l'été prochain.J'aimerais correspondre avec toi.Bien sûr, je cherche surtout lafemme idéale et complémentaire pour moi, mais.Je veux profiter de mon temps utilement, j'ai 30 ans, je suis musicien, chanteur, compositeur, je suis aux études, 12e et programmeur d'ordinateur.Mon idéal de vie future: la ferme, l'élevage, l'agriculture.Ce que je veux surtout, c'est correspondre, connaître, t'ap-prendre, te découvrir qui que tu sois.Je serai pour toi ce que tu veux que je sois.J'attends avec impatience et calmement.Je t'aime.Georges Lebrun , no.3817, Institution de Cowansville, R.R.1, Cowansville, P.Q.MAINMISE 5 Les pouvoirs: récit d'une quête par Carlos Castaneda traduction française d'un chapitre du dernier livre de Carlos Castaneda.Tales of Power qui sera publié en anglais en octobre 74.Ce chapitre a été publie en septembre 74 dans la revue Harper's.En préparant ce numéro anniversaire sur la marijuana, nous avions bien conscience que le su/et allait largement déborder des cadres restreints où l'enferment les ignorantes categories officielles.Et c est ainsi que nous tomba dessus ce texte de Castaneda qui manifestement ne demandait pas mieux que de s'insérer dans ce numéro.Hallucinogènes et chamanisme.botanique et vol magique, plante verte et vision de l'univers Castaneda.certainement l'un des auteurs authropologiques les plus controverses en Amérique (oui ou non.qui sait?seul son chaman./.nous apporte dans ses livres la plus merveilleuse presentation du chamanisme qui soit.D'abord, parce qu'il vit intensément lui-même son apprentissage, et ensuite parce qu'il en rapporte avec la plus grande franchise et naivete les moindres moments: ses doutes, ses apprehensions, ses peurs, ses questions, ses /oies: il n'omet rien de ce qui nous permet de suivre pas à pas la formidable quête du guerrier qui essaie de "voir".Dans cet extrait titré: un récit de pouvoirs, on voit l'incroyable sorcier Yaqui.don Juan, essayer de faire comprendre au non moins incroyable anthropologue américain.Castaneda.que le but de / apprentissage qui mène au chamanisme reside dans le démantèlement complet de la perception du monde et de la reorganisation des sensations que nous saississons dans le monde.Pour un chaman.pour le guerrier, la question quést-ce qui est vrai?n'a plus de sens.Rappelons les titres des trois premiers livres de Carlos Castaneda.traduits tous trois en français: L'Herbe du diable et la petite fumée (Soleil Noir).Voir (Gallimard) et Voyages à Ixtlan (Gallimard).Note sur la traduction: une expression revient souvent dans le texte anglais: "the sorcerer's explanation".Par là, don Juan et Castaneda entendent non pas l'explication que donnerait tel sorcier précis mais bien l'explication que fournit l'univers du sorcier.Nous l'avons traduite quelquefois par: "l'explication du sorcier", et quelquefois par "l'explication chamanique ".bien que dans ce dernier cas, le mot chamanique ne soit /amais employe par don Juan ou Castaneda.Mais il importe bien de ne pas lire ici le mot: "sorcier", dans un contexte chrétien / catholique où la sorcellerie est une activité diabolique tendant vers le noir absolu, mais de comprendre que "sorcier" équivaut à chaman, et qu'un chaman est un personnage qui vit dans un monde de lumière et perçoit le monde comme lumière.Un sorcier est un guerrier qui a réussi la difficile conquête de ses perceptions.6 MAINMISE Un rendez-vous avec la connaissance L'oiseau solitaire doit remplir cinq conditions.Un: il doit voler au plus haut point du ciel; deux: il ne doit s'encombrer d'aucun compagnon, pas même de son espèce; trois: il doit toujours avoir la tête dirigée vers le ciel; quatre: il ne doit être d'aucune couleur définie; cinq: il doit chanter très doucement.S t-Jean de la Croix Lumière et Amour Je n'avais pas vu don Juan depuis plusieurs mois.C'était à l'automne de 1971.J'avais la certitude qu'il se trouvait chez don Genaro, un de ses amis sorciers du Mexique central, et m'apprêtai à faire un long voyage pour aller le visiter.Le deuxième jour du voyage, cependant, je décidai brusquement de m'arrêter à la maison de don Juan à Sonora.C'était l'après-midi; à ma grande surprise, je l'y trouvai.Ma surprise parut le réjouir.Il était assis devant sa porte et semblait m'attendre.Il y avait comme de la satisfaction dans l'élégance comique avec laquelle il me reçut: il enleva son chapeau et le fit vibrer de tous les côtés.Il le remit sur la tête et me fit le salut militaire."Assieds-toi, assieds-toi," dit-il joyeusement."J'allais me rendre jusqu'au Mexique central pour rien," dis-je."Et alors, il m'aurait fallu revenir jusqu'à Los Angeles.Vous trouver ici m'a épargné des journées de conduite." "De toute façon, tu m'aurais trouvé, dit-il d'un ton mystérieux, mais disons que tu me dois maintenant les six jours que ce voyage t'aurait pris." Je lui racontai que j'avais relu mes premières notes et que je m'étais rendu compte que, depuis le début de notre association, il m'avait donné une description complète de l'univers du sorcier.A la lumière de ce qu'il m'avait dit à cette époque, je commençais à remettre en question le rôle des plantes hallucinogènes."Pourquoi m'avez-vous fait prendre si souvent ces plantes de pouvoir?" lui demandai-je.Il marmonna doucement, "Parce que t'es con." Il me tapota la tête."Tu es plutôt lent, et il n'y avait pas d'autre moyen de te secouer." "Alors rien de tout ça n'était vraiment nécessaire?" je demandai."Ça l'était, dans ton cas.Il y a d'autres sortes de gens qui ne semblent pas en avoir besoin, cependant." Il dit que Eligio, son autre apprenti, n'avait pris des plantes psychotropiques qu'une seule fois, et que pourtant il était peut-être plus avancé que moi."Certaines personnes sont naturellement sensibles," dit-il."Pas toi.Mais moi non plus.En dernière analyse, la sensibilité importe peu.Tu as déjà accompli des actes de sorcier, et je crois que c'est maintenant le moment de parler de la source de ce qui importe vraiment.Alors je dirai que ce qui importe pour un guerrier c'est d'arriver à la totalité de soi-même." Il mit fin alors à la conversation, et d'un geste me fit comprendre qu'il voulait que j'arrête de parler.Apparemment il y avait quelque chose ou quelqu'un tout près.Il pencha sa tète à gauche comme pour écouter.Je pouvais voir le blanc de ses yeux pendant qu'il épiait les broussailles derrière la maison.Il écouta attentivement quelques instants et murmura que nous devions aller marcher."Quelque chose ne va pas?.", je demandai, en murmurant aussi."Non.Il n'y a rien qui n'aille pas," dit-il."Même que tout va plutôt bien." Il me conduisit au début du désert, à un petit endroit circulaire privé de toute végétation.Le lieu avait un diamètre de 12 pieds; la terre y était rouge, tassée et plane.Don Juan s'assit au milieu du cercle, en direction du sud-est.Il m'indiqua une place à cinq pieds de distance de lui et me demanda de m'y asseoir face à lui."Nous avons un rendez-vous ici, cette nuit," dit-il.Il regarda rapidement autour de lui, tourna sur lui-même jusqu'à ce qu'il revienne face au sud-est.Ses mouvements m'effrayèrent.Je lui demandai avec qui nous avions rendez-vous."Avec la connaissance, dit-il.Disons que la connaissance rôde autour d'ici." Il changea rapidement de sujet et me demanda d'agir avec naturel, c'est-à-dire de prendre des notes et de parler comme nous l'aurions fait à la maison.Ce qui me préoccupait le plus à ce moment, c'était le vif souvenir d'avoir "parlé" à un coyote il y a six mois.Cet événement avait signifié pour moi que pour la première fois j'avais été capable de visualiser ou de saisir, à travers mes sens et une conscience sobre, la description que fait le sorcier de l'univers, une description dans laquelle communiquer avec les animaux par la parole était chose commune."Nous n'allons pas nous attarder sur ce genre d'expériences," me dit don Juan en réponse à ma question."Il y a beaucoup de choses que tu fais maintenant qui t'auraient semblées impossibles ou démentes il y a dix ans.Ces choses elles-mêmes n'ont pas changées: c'est ton idée de toi-même qui a changée.Ce qui était impossible auparavant est parfaitement possible maintenant, et peut-être n'est-ce qu'une question de temps avant que tu réussisses à te transformer complètement.Dans cette affaire, la seule voie possible pour un guerrier est d'agir MAINMISE 7 avec consistance et sans réserves.Tu connais assez le chemin du guerrier pour t'y conformer, mais tes vieilles habitudes et routines t'en empêchent." Je compris ce qu'il voulait dire."Pensez-vous qu'écrire est une de ces vieilles habitudes que je devrais changer?" lui-demandai-je.Il ne répondit pas.Il se leva et regarda au loin.Je lui dis que j'avais reçu des lettres qui me prévenaient que c'était mal d'écrire au sujet de mon apprentissage.Elles avaient cité comme précédents que les maîtres des docti-nes esotériques orientales exigeaient le secret absolu sur leurs enseignements."Peut-être ces maîtres prennent-ils trop plaisir à être des maîtres," dit don Juan sans me regarder."Je ne suis pas un maître, je ne suis qu'un guerrier.Alors, je ne sais vraiment pas ce que ressent un maître." "Mais peut-être que je révèle des choses que je ne devrais pas, don Juan." "Peu importe ce que quelqu'un révèle ou garde pour soi," dit-il."Tout ce que l'on fait, tout ce qu'on est, dépend de notre pouvoir personnel.Si nous en possédons assez, un seul mot qu'on nous dit suffirait à changer le cours de notre vie.Mais si nous ne possédons pas assez de pouvoir personnel, on pourra nous dévoiler la plus sublime et éloquente sagesse, et cette révélation n'aura pas le moindre petit effet sur nous." Don Juan regarda l'horizon et dit qu'il restait encore quelques heures avant la noirceur."Nous devrons rester ici assez longtemps," expliquar t-il."Alors, ou bien nous restons assis tranquillement, ou nous parlons.Comme il n'est pas naturel pour toi de rester silencieux, alors nous continuerons à parler.Cet endroit est lieu de puissance, et il doit s'habituer à nous avant le coucher du soleil.Tu dois t'asseoir ici, aussi naturellement que pssible, sans peur ou impatience.Il semble que la façon la plus facile pour toi de te détendre est de prendre des notes, alors écris tout ton soûl.Et maintenant, si tu me racontais ce à quoi tu as rêvé." "Rêver" signifiait exercer un contrôle très précis sur ses rêves de telle sorte que les expériences de temps de rêve et celles vécues en temps éveillé acquièrent la même valeur pragmatique.Le point de vue du sorcier se résumait ainsi: chez quelqu'un qui rêvait, les critères utilisés pour distinguer le rêve de la réalité devenaient inopérants et ne jouaient plus aucun rôle.Chez don Juan la praxis du "rêver" était un exercice qui consistait à localiser ses propres mains dans un rêve.En d'autres mots, délibérément rêver qu'on cherchait et trouvait ses propres mains dans un rêve, en rêvant simplement qu'on les élevait au niveau de ses yeux.Après des années d'essais ratés, j'y étais parvenu.En y repensant, il m'était devenu évident que je n'avais réussi que seulement après avoir acquis un certain contrôle sur le monde de ma vie quotidienne.Don Juan voulait en connaître les faits saillants.Je commençai par lui raconter que le simple fait d'avoir à me commander de regarder mes mains m'apparaissait, le plus souvent, comme une difficulté insurmontable.Il m'avait prévenu que la première étape de la préparation, qu'il appelait "la mise en place du rêver", consistait en un jeu mortel que se jouait notre propre pensée avec elle-même, et qu'une partie de moi-même allait faire tout son possible pour m'empêcher de mener mon projet à terme.Cela pouvait aller, d'après don Juan, jusqu'à perdre toute notion de sens, à la mélancolie, et même à la tentation du suicide.Je n'allai pas si loin, cependant.Mon expérience en fut une plutôt légère et comique: néammoins, elle n'en demeura pas moins frustrante.Chaque fois que j'étais sur le point de regarder mes mains, quelque chose d'extraordinaire se produisait; je me mettais à voler, ou bien mon rêve se transformait en cauchemar, ou bien il devenait une excitation physique extrêmement plaisante.Tout dans le rêve prenait un tel caractère d'intensité, nettement au-delà du normal, que je m'y absorbais totalement.A la lumière de la nouvelle situation, j'oubliais toujours mon intention originale de regarder mes mains.Une nuit, d'une façon imprévue, je trouvai mes mains dans mon rêve.Je rêvais que je marchais le long d'une rue inconnue dans une ville étrangère, et soudainement je levais les mains et les plaçais devant mon visage.C'était comme si quelque chose à l'intérieur de moi-même avait cédé et me permettait d'examiner le dos de mes mains.Au moment où mes mains commenceraient à se dissoudre ou à se transformer en quelque chose d'autre, Don Juan m'avait recommandé de transporter mon regard sur un autre objet dans le décor de mon rêve.Dans ce rêve-ci, je portai mon regard vers un édifice.Lorsque l'édifice se mit à se dissoudre, je me concentrai sur d'autres objets du décor.Le résultat final fut que j'eus une image incroyablement précise d'une rue déserte dans une ville étrangère quelconque.Après lui avoir raconté cette expérience particulière et autres essais de "rêves", don Juan se dirigea vers les broussailles.J'étais nerveux.C'était une sensation inexcusable puisqu'il n'y avait rien à craindre.Don Juan revint et remarqua mon trouble.Il me fit asseoir et reprendre mon calepin.Il me suggéra d'écrire pour ne pas troubler le lieu de puissance avec mes sentiments de peur et d'hésitation."Pourquoi est-ce que je suis si nerveux?" demandai- je."C'est naturel", dit-il."Quelque chose en toi se sent menacé par tes activités de rêve.Tant que tu ne pensais pas à ces activités, tout allait bien.Mais maintenant que tu as révélé tes actions, tu es sur le point de t'évanouir."Chaque guerrier a sa propre façon de rêver.Chaque façon est différente.La seule chose que nous ayons tous en commun est que nous nous jouons tous de mauvais tours pour nous obliger à abandonner la quête.On ne peut contrer cette attitude qu'en persistant malgré toutes les barrières et les désapointements.Un guerrier choisit un sujet particulier en maintenant délibérément dans sa tête une image précise et en réduisant à zéro le dialogue intérieur.En d'autres mots, s'il est capable de ne pas se parler à lui-même pendant un moment et s'il peut maintenir une image ou l'idée de ce qu'il veut rêver, même si ce n'est que pour un instant, alors le sujet qu'il s'est choisi viendra à lui.Je suis sûr que tu l'as déjà fait, quoique tu n'en sois pas conscient." Il marcha vers les broussailles et y regarda un moment.Il semblait examiner quelque chose dans les feuilles, sans s'en approcher trop près."Qu'est-ce que vous faites?' demandai-je.Il revint vers moi, souriant, et leva les sourcils."Ces broussailles sont remplies d'étranges choses," dit-il en s'assoyant.Le ton de sa voix était si désinvolte que j'en eus plus peur que s'il avait hurlé brusquement.Le calepin et le crayon me tombèrent des mains.Il se mit à rire et m'imita; il me dit que rrres réactions exagérées étaient un de ces tils 8 MAINMISE perdus qui encombraient encore ma vie.Je voulus objecter quelque chose mais il ne me laissa pas parler.Il ajouta alors que d'après ce que je lui avais raconté de mes rêves je devais être capable d'arrêter mon dialogue intérieur à volonté.Je confirmai la chose.Au début de notre association, don Juan m'avait décrit une autre procédure: marcher de longues distances sans concentrer les yeux sur quoique ce soit.Il m'avait recommandé de ne regarder aucun objet directement mais de maintenir une vue périphérique de tout ce qui se présentait à mes yeux, en croisant ces derniers légèrement.Quoique je ne l'aie pas compris à l'époque, il avait souligné le fait que si on gardait ses yeux fixés sur un point juste au-dessus de l'horizon sans pourtant les concentrer, il était possible de remarquer immédiatement tout ce qui se trouvait à l'intérieur du champ de vision dans un angle de 180 degrés.Il m'avait assuré que cet exercice était la seule façon de faire cesser le dialogue intérieur.Je dis à don Juan que j'avais pratiqué cette technique pendant des années sans remarquer aucun changement, ce à quoi je m'attendais de toute façon.Mais un jour, cependant, je me rendis compte brusquement que je venais marcher pendant dix minutes sans m'être dit un seul mot.Je mentionnai à don Juan qu'à cette occasion j'avais compris qu'arrêter le dialogue intérieur signifiait beaucoup plus que simplement réduire les mots que je me disais à moi-même.Tout le mécanisme des pensées était stoppé, et je m'étais senti comme quelqu'un qui flotte en suspension.Dès que je m'en rendis compte, ce fut la panique, et je dus reprendre le dialogue intérieur pour m'en sortir."Je t'avais dit que c'est le dialogue intérieur qui nous ancre et qui nous retient, dit don Juan.Le monde nous apparaît de telle façon ou de telle autre seulement parce que nous nous racontons qu'il est de telle façon ou de telle autre." Don Juan m'expliqua que le passage qui menait au monde du sorcier ne se découvre que lorsque le guerrier a appris à faire cesser le dialogue intérieur."Le point crucial du chamanisme, c'est de changer l'idée que l'on se fait du monde, dit-il et la seule façon d'y arriver, c'est de réussir à arrêter le dialogue intérieur.Tout le reste, c'est de la petite cuisine.Maintenant tu es en position pour comprendre que rien de ce que tu as vu ou fait, à l'exception de l'arrêt du dialogue intérieur, aurait pu en soi changer quelque chose chez toi ou à l'idée que tu te fais du monde.Etant bien entendu, évidemment, que ce changement demeure lui-même inchangé." Nous continuâmes à parler jusqu'à ce qu'il fasse noir et qu'il me fut impossible de prendre des notes; je devais accorder plus d'attention à ce que j'écrivais et cela dérangeait ma concentration.Don Juan s'en aperçut et se mit à rire.Il me fit remarquer que je venais de faire un autre acte de sorcier: écrire sans concentration.Au moment même où il le dit, je me rendis compte que je n'avais effectivement prêté aucune attention au fait de prendre des notes; c'était devenu une activité séparée qui ne me concernait plus.\A la nuit tombante, il me demanda d'être silencieux et de bannir toute pensée.Je n'y réussis pas au début et cela m'impatienta.Don Juan se tourna de dos à moi et me demanda de m'appuyer sur son épaule.Il me dit qu'une fois mes pensées apaisées, je devrais garder les yeux ouverts et regarder vers le sud-est.Il ajouta qu'il était en train de monter un problème pour moi et que si j'arrivais à le résoudre, je serais prêt à absorber un autre aspect du monde du sorcier.Alors quelque chose sembla s'éteindre.J'eus l'impression d'être suspendu.Mes oreilles parurent se déboucher: j'eus conscience alors de millions de bruit venant du désert.Il y en avait tellement que je ne pouvais en distinguer aucun séparément.Je pensais m'endormir, mais soudain quelque chose retint mon attention.Cela n'avait rien à voir avec mes pensées et leur mécanisme; ce n'était pas une vision, ou un objet de l'environnement non plus, j'étais parfaitement conscient et complètement éveillé.Mes yeux s'étaient concentrés sur la végétation près du désert, mais je ne regardais rien, ni ne pensais à quoi que ce soit; je ne me parlais pas non plus.Ce que je ressentais venait de mon corps, je n'avais pas besoin de mots.J'eus l'impression d'être précipité dans quelque chose d'indéfini.C'était comme si j'étais pris dans un tremblement de terre et que j'eus été au sommet d'une avalanche de terre.Quelque chose m'attirait vers le désert.Je pouvais distinguer la masse noire des broussailles en avant de moi.Etrangement, je pouvais en percevoir chaque arbuste distinctement, comme au crépuscule.Les arbustes semblaient bouger et la masse de leur feuillage ressemblait à des jupes noires qui ondulaient vers moi portées par le vent, mais il n'y avait pas de vent.Ce mouvement me fascina; rythmiquement, la vague de ces jupes se rapprochait de moi.Et alors je remarquai une silhouette plus claire qui se détachait sur cette masse sombre.Je regardai légèrement à côté de cette silhouette et je crus y discerner une lueur chartreuse.J'essayai de regarder la forme sans m'y concentrer et j'eus la certitude que cette silhouette était celle d'un homme qui se cachait dans les broussailles.J'étais, à ce moment là, dans un état de conscience bien particulier.Je percevais ce qui m'entourait ainsi que les processus mentaux que déclenchait cette perception, et pourtant je ne semblais pas penser comme je pense en temps normal.Un moment je crus pouvoir retenir l'homme caché et le forcer à demeurer où il était.Et alors une étrange douleur se fit sentir au fond de mon estomac.Quelque chose semblait se déchirer à l'intérieur de moi et je ne pus retenir plus longtemps les muscles abdominaux dans leur état de tension.Au moment où je cédai, la forme noire d'un énorme oiseau ou d'un animal volant se précipita vers moi des broussailles.C'était comme si la forme d'un homme s'était transformé en forme d'oiseau.J'eus alors peur.Je sursautai, hurlai et tombai sur le dos.Don Juan m'aida à me relever.Son visage était très près du mien.Il riait.Je criai: "Qu'est-ce que c'était?" Il mit sa main sur ma bouche et murmura que nous devions quitter les lieux d'une façon calme et recueillie comme si rien ne s'était passé.Nous marchâmes l'un à coté de l'autre.Son allure était régulière et paisible.A deux reprises il se retourna rapidement.Je fis de même et les deux fois je perçus une masse noire qui semblait nous suivre.J'entendis un hurlement derrière moi.Je fus pris de panique complète; des vagues de tension contorsionnèrent mon estomac; les spasmes augmentèrent jusqu'à ce que je me mis à courir.Soudain je me retrouvai à la maison de don Juan.Apparemment, il avait couru lui aussi et nous étions arrivés ensemble à sa maison.Finalement, je lui demandai: "Qu'est-ce qui s'est passé là-bas?' "Tu avais rendez-vous avec la connaissance", dit-il."Je t'ai emmené là-bas parce que j'avais aperçu un frag- MAINMISE 9 ment de connaissance qui rodait autour de la maison cet après-midi.Disons que la connaissance savait que tu étais venu et elle t'attendait.Au lieu de la rencontrer ici, j'ai pensé qu'il serait plus convenable de la rencontrer sur un lieu de puissance.Alors je t'ai préparé une épreuve afin de voir si tu avais assez de pouvoir personnel pour l'isoler de tout ce qui t'entourait.Tu t'en es bien tiré." "Minute," je protestai."J'ai vu la silhouette d'un homme qui se cachait dans les broussailles, et ensuite j'ai vu un énorme oiseau." "Tu n'as pas vu un homme!" dit-il avec emphase."Tu n'as pas vu d'oiseau non plus.La silhouette dans les broussailles et l'oiseau, ce n'était qu'un papillon de nuit.Si tu veux être précis dans le jargon des sorciers, et complètement ridicule dans le tien, tu pourrais dire que cette nuit tu as eu un rendez-vous avec un papillon de nuit.La connaissance est un papillon de nuit.Un peu plus tard, j'entendis d'étranges bruits venant du désert.Don Juan releva le menton et me fit signe de prêter attention."C'est le papillon de nuit qui t'appelle," dit-il sans émotion.Je me levai d'un bond.Le bruit cessa aussitôt.Je regardai don Juan pour lui demander une explication.Il fit un geste comique en haussant les épaules."Tu n'as pas encore complété ton rendez-vous," ajouta-t-il.Je lui dis que je ne me sentais pas digne et que peut-être je devrais retourner chez moi et revenir quand je me parce qu'il n'y avait personne avec qui tu pouvais te mettre d'accord." "Voulez-vous dire que vous n'avez pas vu ce qui s'est passé?" "Evidemment que j'ai vu.Mais moi je ne compte pas.C'est moi le menteur dans cette histoire, n'oublies pas." Nous rimes tous les deux.Je lui dis que ce qu'il venait de me dire me faisait encore plus peur."Tu as peur de moi?" demanda-t-il."Pas de vous, mais de ce que vous représentez.' "Je représente la liberté du guerrier.As-tu peur de cela?" "Non, mais j'ai peur du coté imposant de votre connaissance.Il n'y a pas de consolation pour moi, aucun abri où aller." "Tu confonds tout.Consolation, abri, peur, tout cela n'est que des humeurs que tu as apprises sans jamais remettre en question leur valeur.Comme tu peux voir, les magiciens noirs ont une excellente emprise sur toi." "Qui sont les magiciens noirs, don Juan?" "Nos semblables sont les magiciens noirs.Et puisque tu fais partie d'eux, toi aussi tu es magicien noir.Penses-y un instant.Peux-tu dévier du chemin qu'ils ont tracé pour toi?Non.Tes pensées et tes actes sont tous fixés à jamais pour eux.C'est l'esclavage.Moi, au contraire, je t'ai apporté la liberté.La liberté se paie chère, mais le prix n'est pas hors d'atteinte.Alors, aie peur de tes gardiens et de tes maîtres.Ne perds pas ton temps et ton pouvoir à avoir peur de moi." Je savais qu'il avait raison, et malgré mon profond assentiment à ce qu'il disait, je savais aussi que mes vieilles habitudes me retiendraient prisonnier du vieux sentier.Je me sentais vraiment esclave.sentirais plus fort."Tu dis n'importe quoi," grogna-t-il."Un guerrier accepte son sort quoiqu'il soit, et l'accepte avec la plus complète humilité.Il accepte humblement ce qu'il est, non pour se prendre en pitié, mais bien pour y vivre un défi.C'est pourquoi je t'ai dit plus tôt aujourd'hui que je ne comprends pas comment se sent un maître.Je ne connais que l'humilité d'un guerrier, et cela ne me permettra jamais de devenir le maître de quiconque." Il y eut un silence.Ses paroles m'avaient troublé profondément.J'étais ému et pourtant je me sentais encore harcelé par ce que j'avais vu cette nuit.J'étais sûr, en repensant à la soirée, que don Juan me cachait quelque chose et qu'il savait ce qui s'était réellement passé.J'étais perdu dans ces pensées lorsque les mêmes bruits vinrent m'en arracher."Tu aimes l'humilité d'un mendiant, dit-il doucement, Tu t'inclines devant la raison."Je suis toujours en train de penser qu'on essaie de me tromper," dis-je."C'est là l'essence de mon problème." "Tu as raison.On essaie de te tromper," dit-il avec un sourire désarmant."Cela ne peut pas être ton problème.Le noeud du problème c'est que tu penses que je te mens délibérément, n'est-ce pas?" "Oui.Il y a quelque chose en moi qui ne me laisse pas croire que ce qui arrive est vrai." "Tu as raison, encore une fois.Rien de ce qui arrive n'est vrai." "Qu'est-ce que vous voulez dire par là?" "Les choses ne sont vraies qu'une fois qu'on s'est mis d'accord sur leur réalité.Ce'qui est arrivé cette nuit, par exemple, ne pouvait vraisemblablement être vrai pour toi Après un long silence, don Juan me demanda si j'avais encore assez de force pour une^utre ronde avec la connaissance."Qu'est-ce que vous voulez dire par: la connaissance est un papillon de nuit?" demandai-je."Il n'y a pas d'autre signification, " répondit-il."Un papillon de nuit est un papillon de nuit.Il me semble qu'après tout ce temps et après tout ce que tu as fait, tu aurais eu assez de pouvoir pour voir.Au lieu de cela, tu as aperçu un homme; mais cela, ce n'est pas vraiment voir." Depuis le début de mon apprentissage avec lui don Juan définissait voir comme une aptitude spéciale que quelqu'un pouvait développer et qui lui permettait de saisir la nature "ultime" des choses.Au cours des années de notre association, je m'étais fait une idée sur ce qu'il voulait dire par "voir"; c'était une saisie intuitive des choses ou la capacité de comprendre quelque chose instantanément; peut-être aussi une aptitude à percer les interactions humaines et à y découvrir des sens et des mobiles cachés."Je dirais que cette nuit lorsque tu as fait face au papillon de nuit, tu regardais à moitié et tu voyais à moitié, enchaina don Juan.Dans cet état, quoique tu n'étais pas dans ton état normal, tu étais encore capable d'être pleinement conscient et d'appliquer ta connaissance du monde.Cette connaissance t'a dit que dans les broussailles ne peuvent se trouver que des animaux embusqués ou des hommes cachés.Tu tenais à cette idée, et naturelle- 10 MAINMISE ment tu as trouvé moyen de faire se conformer le monde à cette idée." "Mais je ne pensais pas du tout, don Juan." "Alors, n'appelons pas cela penser.C'est plutôt cette habitude de s'arranger pour que l'univers se conforme à l'idée que nous en avons.Mais même quand ça ne marche pas, nous obligeons l'univers à se conformer.Des papillons de nuit aussi gros qu'un homme ne peuvent pas exister, même en pensée, alors tu t'es arrangé pour y voir un homme.La même chose s'est passé avec le coyotte.Ce sont tes vieilles habitudes qui ont décrété la nature de cette rencontre, aussi.Quelque chose s'est passé entre toi et le coyote, mais il n'y avait pas de mots prononcés.J'ai eu le même problème aussi.Je t'ai raconté qu'une fois j'ai parlé avec un daim; toi tu as parlé avec un coyote, mais ni toi ni moi saurons jamais ce qui s'est vraiment passé." "Qu'est-ce que vous me racontez, don Juan?" "Lorsque je compris l'explication du sorcier, il était trop tard pour que je sache ce que le daim m'avait fait.J'ai dit que nous avions parlé, mais ça ne s'est pas passé comme ça.Dire que nous avons eu une conversation n'est qu'une façon d'arranger l'événement de façon à pouvoir en parler.Le daim et moi avons fait quelque chose, mais au moment où la rencontre eut lieu, j'avais besoin, comme toi, que le monde se conforme à mes idées.Toute ma vie, -comme toi, je n'avais fait que parler; donc mes habitudes eurent le dessus et englobèrent le daim.Lorsque le daim est venu à moi et fit ce qu'il fit, je fus forcé d'interpréter cela comme une conversation." "Est-ce l'explication du sorcier?" "Non.C'est mon explication pour toi.Mais elle ne contredit pas celle du sorcier." Ce que je venais d'entendre me précipita dans une fébrile excitation intellectuelle.A tel point que j'en oubliai le papillon de nuit et m'arrêtai de prendre des notes.J'essayai de rephraser ce qu'il avait dit, et nous partîmes dans une longue discussion sur la nature reflexive de l'univers.Le monde, selon don Juan, devait se conformer à la description que nous en faisions; c'est-à-dire que la description ne faisait que se réfléchir elle-même.Je frissonnai; mon coeur se mit à battre fort.Don Juan me fit asseoir et reprendre mes notes."Si tu as trop peur, tu ne pourras tenir ton rendez-vous," dit-il."Un guerrier doit être calme et recueilli, et ne jamais perdre le contrôle." "J'ai vraiment peur," dis-je."Papillon de nuit ou autre, il y a quelque chose qui rôde dans les broussailles." "Evidemment qu'il y a quelque chose!" s'exclama-t-il."Je ne m'objecte qu'au fait que tu persistes à penser que c'est un homme, comme tu persistais à croire que tu avais parlé avec le coyote." Une partie de moi-même comprenait exactement ce dernier point; mais une autre partie de moi-même, cependant, ne voulait pas céder, et malgré les preuves s'agrip-, pait à la "raison".Je dis à don Juan que son explication ne satisfaisait pas mes sens, quoiqu'intellectuellement j'étais en parfait accord avec lui.• "Il y a un vice dans tes mots," dit-il d'un ton assuré."Les mots nous obligent toujours à nous sentir éclairés, mais lorsque nous avons à faire face au monde, ils nous trahissent toujours, et à chaque fois il nous faut faire face au monde de la même façon, c'est-à-dire sans aucune lumière.C'est pourquoi un sorcier cherche à agir plutôt qu'à parler, et à cet effet il se fabrique une nouvelle description de l'univers — une nouvelle description où il n'est pas très important de parler et où les nouveaux actes renvoient de nouvelles images." Il s'assit près de moi, me regarda dans les yeux et me demanda de décrire ce que j'avais vraiment "vu" dans le désert.Il y avait dans tout cela une contradiction fascinante.J'avais vu la silhouette sombre d'un homme, mais j'avais vu aussi cette forme se transformer en celle d'un oiseau.J'avais donc été témoin d'un phénomène que ma raison ne me permettait pas de considérer possible.Mais plutôt que de rejeter ce que ma raison me dictait, quelque chose en moi avait choisi des fragments de l'expérience, tels que la grandeur et le profil général de la silhouette sombre, et les considérait comme des possibilités raisonnables, tout en rejetant les autres parties, telles que la transformation de cette forme en oiseau.Et ainsi je m'étais convaincu que j'avais vraiment vu un homme.Don Juan me dit que, tôt ou tard, l'explication chamanique me viendrait en aide, et tout deviendrait parfaitement clair, sans avoir à décider si cela était raisonnable ou déraisonnable."Entretemps, tout ce que je peux faire pour toi c'est de t'assurer que ce n'était pas un homme," dit-il.Nous sortîmes sur la ramada au devant de la maison.Don Juan accrocha la lanterne à une poutre."Nous allons nous asseoir ici," dit-il, "et tu vas écrire et me parler d'une façon très normale.Le papillon de nuit qui t'a assailli aujourd'hui est quelque part autour de nous.Bientôt, il s'approchera pour te regarder.C'est pourquoi j'ai installé la lanterne à une poutre juste au-dessus de toi.La lumière guidera le papillon et l'aidera à te trouver.Lorsqu'il atteindra la limite des broussailles, il t'appellera.C'est un bruit très spécial qui pourra t'aider.C'est un chant.En temps normal, on ne .peut l'entendre, mais le papillon qui se trouve là-bas est un rare papillon; tu vas entendre son appel très clairement, et si tu te comportes d'une façon impeccable, il restera avec toi le restant de tes jours." "A quoi m'aidera-t-il?" "Cette nuit,tu vas essayer de terminer ce que tu avais commencé plus tôt.Un guerrier ne peut voir que s'il est capable d'arrêter le dialogue intérieur.Aujourd'hui, tu as pu t'arrêter de parler à volonté.Et tu as vu.Ce que tu as vu n'était pas clair.Tu as cru que c'était un homme.Moi je dis que c'était un papillon de nuit.Ni l'un ni l'autre n'avons raison, mais c'est parce que nous sommes obligés de parler.Mais j'ai l'avantage sur toi parce que je vois mieux que toi et parce que je connais très bien l'explication chamanique; alors, je sais, quoique ce ne soit pas complètement juste, que la silhouette que tu as vu cette nuit était celle d'un papillon de nuit.Et maintenant, tu vas garder le silence et ne penser à rien et tu vas laisser ce petit papillon s'approcher de toi une nouvelle fois." Je pouvais à peine prendre des notes.Don Juan m'encouragea à continuer d'écrire comme si rien ne me dérangeait.Il me dit qu'écrire demeurait mon meilleur bouclier.A ce moment là, j'entendis comme le bruit voilé d'une branche frottée contre une autre, ou comme les pétarades d'un petit moteur perdu dans le lointain.Le bruit changea de tonalité, comme une mélodie musicale, produisant ainsi un rythme mystérieux.Le bruit cessa."C'était le papillon, dit don Juan.Peut-être as-tu remarqué que même si la lumière de la lanterne brille assez MAINMISE 11 pour attirer les papillons de nuit, il n'y en a aucun qui tournoie autour d'elle." Je n'avais accordé aucune attention à ce détail, mais dès que don Juan m'en fit prendre conscience, je remarquai l'incroyable silence qui entourait la maison."Ne t'énerves pas," dit-il calmement."Il n'y a rien dans ce monde qu'un guerrier ne puisse expliquer.Vois-tu, un guerrier se considère comme mort, alors il n'a rien à perdre.Le pire lui est déjà arrivé; en conséquence, il est calme et concentré.A en juger par ses actes ou ses paroles, on ne se douterait jamais qu'il a tout connu." Les paroles de don Juan et surtout son humeur me réconfortèrent considérablement.Je lui dis que dans ma vie quotidienne je n'étais plus l'esclave d'une peur obsédante comme dans le passé, mais que ce soir, mon corps tremblait rien qu'à l'idée de ce qui se trouvait là-bas dans l'obscurité." "Là-bas, il n'y a que la connaissance, dit-il d'un ton objectif.La connaissance nous fait peur, c'est juste.Mais si un guerrier accepte la nature effrayante de la connaissance, il en fait disparaître le côté imposant et terrifiant." Le même bruit se répéta, plus près et plus fort.J'écoutai attentivement.Plus je me concentrais sur le bruit, plus il m'était difficile d'en déterminer la nature.Ce ne semblait pas être le cri d'un oiseau ou d'un animal du désert.Le timbre de chaque pétarade était riche et profond; et leur tonalité passait du très bas au très haut.Elles avaient un rythme et une durée très précise.Certaines étaient longues; d'autres courtes et concentrées, comme le staccato d'une mitraillette."Les papillons de nuit sont les annonciateurs, ou encore mieux, les gardiens de l'éternité, dit don Juan une fois les bruits disparus.Pour une raison quelconque, ou de mes amis.Je gardai les yeux fermés pour ce que je crus être un instant, et je devins conscient que quelqu'un me secouait par les épaules.J'ouvrai les yeux et me retrouvai couché sur le côté gauche.Je m'étais apparam-ment endormi si profondément que je ne me souvenais plus d'avoir glissé sur le plancher.Don Juan me dit qu'il fallait tout recommencer à zéro.Je suivis les étapes prescrites.Les bruits saccadés recommencèrent.Cette fois-ci, cependant, ils ne venaient pas du désert; il me semblait plutôt qu'ils originaient de moi, comme si c'était mes lèvres, ou mes jambes ou mes bras qui les produisaient.Les sons, bientôt, m'inondèrent totalement.J'avais l'impression que des boules molles venaient me frapper ou éjaculaient de moi; j'avais l'exquise et apaisante sensation d'être bombardé par de grosses boules de coton.Soudainement, j'entendis une porte qui s'ouvrit sous la pression du vent et je me remis à penser.Je pensais que je venais de ruiner une autre chance.J'ouvris les yeux et me retrouvai dans ma chambre.Les objets sur mon bureau étaient tels que je les avais laissés.La porte était ouverte; dehors, le vent soufflait dur.J'eus l'idée de vérifier le chauffe-eau.J'entendis alors un grattement dans les fenêtres coulissantes que j'avais installés moi-même et qui s'emboitaient mal sans le cadre des fenêtres.C'était un grattement furieux, comme si quelqu'un voulait entrer.Une décharge de peur me traversa.Je me levai et sentis que quelqu'un tirait après moi.J'hurlai Don Juan me secouait par les épaules.Tout excité, je pour aucune raison du tout, ils sont les dépositaires de la poussière d'or de l'éternité." La métaphore m'était inconnue.Je lui demandai de l'expliquer."Les papillons de nuit transportent de la poussière sur leurs ailes, dit-il.Une poussière d'or foncé.Cette poussière est la poussière de la connaissance." Cette explication ne me rendit la métaphore que plus obscure.Un moment, je cherchai la meilleure façon de formuler ma question.Mais il se remit à parler."Pour un guerrier, la connaissance est quelque chose qui vient d'un seul coup, l'enveloppe, et passe son chemin." "Quel rapport entre la connaissance et la poussière sur les ailes des papillons de nuit?" demandai-je après un silence."De temps immémorial, les papillons de nuit furent les amis et les aides des sorciers.La connaissance s'avance en flottant comme des particules de poussières d'or.Alors, pour un guerrier, la connaissance c'est comme s'il pleuvait des poussières d'or foncé."Cette nuit le problème est d'arriver à voir les gens.D'abord, tu dois arrêter ton dialogue intérieur; ensuite tu, dois évoquer l'image de la personne que tu veux voir; toute pensée qu'on réussit à maintenir mentalement dans un silence complet devient en fait un ordre, puisqu'il n'y a pas d'autres images pour se disputer le terrain.Cette nuit, le papillon de nuit dans les brousailles veut t'aider, alors il va chanter pour toi.Son chant t'apportera de la poussière d'or, et alors tu verras la personne que tu as choisie." Je voulus avoir plus de détails, mais d'un geste brusque il me fit signe de commencer.Après quelques minutes d'efforts pour arrêter mon dialogue intérieur, le silence m'envahit.J'ancrai brièvement dans ma tête l'image d'un lui racontai ma vision.Elle avait été si vive que j'en tremblais encore.Il me semblait que je venais à peine de quitter mon bureau dans mon corps physique.Don Juan secoua la tête d'un air incrédule et me dit que j'avais du génie pour me tromper moi-même.Il rejeta carrément mon récit et m'ordonna de recommencer.J'entendis alors le même bruit mystérieux qui venait du désert; il me semblait qu'il provenait du plus profond de moi-même.Le son vint à moi, comme don Juan l'avait décrit, sous la forme d'une pluie de poussières d'or.Ce n'était pas tant des flocons que des bulles sphériques.Elles flottaient vers moi.Une d'elles éclata, s'ouvrit et me révéla une scène.C'était comme si elle s'était arrêté,devant mes yeux et s'était ouverte pour me faire voir un objet étrange.Cela ressemblait à un champignon.Je le voyais vraiment et non pas comme dans un rêve.Le "champignon" demeura intact devant moi et soudain disparut comme si la lumière qui l'éclairait s'était éteinte.Une interminable obscurité suivit cette scène.Un tremblement se fit sentir, et puis un choc, et je me rendis compte brusquement qu'on me secouait.Don Juan me brassait vigoureusement et je le regardais.Je venais à peine d'ouvrir les* yeux.Il m'asperga le visage d'eau.La fraîcheur de l'eau me fit du bien.Il voulut savoir ce qui s'était passé.Je lui raconté ma vision en détail."Mais qu'est-ce que j'ai vu?" lui demandai-je."Ton ami," répondit-il.Je me mis à rire et lui expliquai patiemment que j'avais "vu" quelque chose qui ressemblait à un champignon.Quoique je n'avais aucun étalon pour juger des dimensions, j'avais eu le sentiment que le champignon mesurait un pied de haut.Don Juan souligna que le sentiment était tout ce qui comptait.Il dit que mes sentiments étaient la 12 MAINMISE mesure qui déterminait l'état de la personne que je "-voyais"."D'après ta description et tes sentiments, j'en conclus que ton ami doit être une fort bonne personne." dit-il.Ses paroles me déroutèrent.Il me dit que la forme du champignon était la forme essentielle que prenaient les êtres humains lorsqu'un sorcier les "voyaient" de loin.Par contre, lorsque le sorcier faisait face directement à la personne qu'il "voyait", la qualité humaine se traduisait par un faisceau ovoide de fibres lumineuses."Tu étais en face de ton ami," dit-il."C'est pourquoi il ressemblait à un champignon.C'est tout simplement la forme sous laquelle apparaissent les hommes dans ce genre précis de "vision"." Il ajouta que dans la physionomie du champignon chaque trait avait une signification spéciale, mais qu'il était possible à un débutant d'interpréter correctement ces détails.J'eus alors un souvenir curieux.Quelques années auparavant, me trouvant, sous l'influence d'une plante psychotropique, dans un état de réalité non-ordinaire, j'avais perçu en regardant un ruisseau un groupe de bulles qui flottaient vers moi et qui m'engloutirent.Les bulles d'or que je venais de voir avaient flotté vers moi et m'avaient englouti de la même façon.En fait, je peux affirmer que les deux essaims de bulles avaient la même structure et la même forme.Don Juan écouta mes commentaires distraitement."Ne perds pas ton temps sur des bagatelles," dit-il."Tu fais affaire avec toute l'immensité là-bas." Il pointa vers le désert."Transformer toute cette magnificence en arguments raisonnables ne t'avancera à rien.Ici, nous entou- rant, se trouve l'éternité elle-même.Se préoccuper de la réduire en inanités maniables est un comportement minable et carrément désastreux." Il insista alors pour que j'essaie de "voir" d'autres amis.Il me recommanda, une fois la vision terminée, d'essayer d'ouvrir les yeux par moi-même et de revenir par moi-même à la conscience normale.J'évoquai trente-deux personnes et je vis toute sorte de formes et de lueurs à la champignon, et devant chacune j'éprouvai des sentiments qui allaient de la joie jusqu'au dégoût.Don Juan m'expliqua que chaque configuration humaine représentait des souhaits, des problèmes, des peines, et que seul un sorcier puissant pouvait déchiffrer le sens de ces configurations.Quatjt à moi, je devais me contenter de ne pouvoir discerner que leur forme générale.Tout cela m'avait donné la nausée.Je me sentais emprisonné et perdu devant toutes ces formes étranges.Don Juan me demanda alors d'évoquer des personnes que lui-même choisirait.Une nouvelle série de formes se produisirent.Elles ne ressemblaient pas à des champignons mais plutôt à de petites tasses japonaises pour boire le saké, posées à l'envers.Leurs formes étaient gracieuses et apaisantes.Il me semblait qu'il y avait un sens profond du bonheur dans ces formes.Elles sautillaient, contrairement aux formes précédentes toutes imprégnées de lourdeur et de gravité."Pourquoi ces gens ont-ils une forme différente?" demandai-je."Ils ont plus de pouvoir personnel." "Qu'est-ce qui leur donne cette légèreté?Sont-ils nés ainsi?" "Nous sommes tous nés aussi légers et sautillants, mais nous devenons lourds et ancrés.Et c'est nous qui en sommes responsables.Peut-être alors pouvons-nous affirmer que ces gens ont une forme différente parce qu'ils vivent en guerriers." Il se leva et s'étira les bras et les jambes.Il m'enjoignit de faire la même chose.Je remarquai une faible lumière dans le ciel à l'est.Nous nous rassîmes.Il se pencha vers moi et murmura: "La dernière personne que tu vas appeler, c'est Genaro." Je me sentis envahi par la curiosité et l'excitation.Rapidement, je recommençai le rituel.Les bruits étranges s'intensifièrent.Je les avais presque oubliés.Les bulles dorées m'engloutirent à nouveau et dans l'une d'elles j'aperçus don Genaro lui-même.Il se tenait devant moi, le chapeau à la main et souriant.J'ouvris immédiatement les yeux et m'apprêtaient à parler à don Juan; mais avant même que je puisse dire un seul mot, mon corps se raidit comme une planche, mes cheveux se dressèrent sur la tête.Un long moment, je restai immobile, ne sachant ni quoi faire ou dire.Don Genaro se tenait droit devant moi! En personne! Je regardai don Juan; il soiyiait.Et alors les deux explosèrent de rire.J'essayai moi aussi de rire mais en vain.Je me levai.Don Genaro se gratta la tête et réprima un sourire."Alors, tu ne salues pas Genaro?" me demanda don Juan.-, Je dus faire un énorme effort pour mettre de l'ordre dans mes pensées et mes sentiments.Finalement, je bafouillai quelques mots de bienvenue à don Genaro.Il me fit la révérence.| "Tu m'as appelé, n'est-ce pas?" dit-il.Je marmottai que j'avais été fort surpris de le trouver là devant moi."Il t'a vraiment appelé," intervint don Juan."Eh bien, me voici," me dit Genaro."Que puis-je faire pour toi?" Lentement, je retrouvai ma lucidité, et je "sus" ce qui s'était vraiment passé: don Genaro était en visite chez don Juan, et aussitôt qu'ils avaient entendu mon auto approcher, don Genaro avait été se cacher dans les broussailles et avait attendu là jusqu'à la nuit.Don Juan de temps à autre me donnait des indices puisque de toute évidence il avait monté l'affaire et la dirigeait.Au moment choisi, don Genaro avait fait sentir sa présence; et lorsque don Juan et moi étions revenu à la maison, il nous avait suivi de la façon la plus évidente dans le but de me faire peur.Il avait alors attendu dehors et s'était mis à faire les bruits étranges chaque fois que don Juan lui en donnait le signal.Le dernier signal avait été de sortir de sa cachette pendant que j'avais les yeux fermés et que j' "appelais" don Genaro.Ce dernier s'était alors dirigé vers la maison, avait attendu que j'ouvre les yeux, et, par sa présence subite, avait provoqué une terrible frayeur en moi.Cette explication logique avait des points faibles: j'avais vu l'homme qui se cachait dans les broussailles se transformer en oiseau, et j'avais d'abord visualisé don Genaro comme une image dans une bulle dorée.Dans ma vision, il était habillé exactement comme il l'était en personne devant moi.Puisqu'il n'y avait aucune façon logique d'expliquer ces détails incongrus, je supposai, comme je l'ai toujours fait dans ce genre de circonstances, que le stress émotif avait joué un rôle important et avait déterminé ce que "je croyais avoir vu".MAINMISE 13 Bien involontairement, je me mis à rire devant l'énor-mité de la blague.Je leur racontai mes déductions.Les deux se tordirent de rire.Je crus alors sincèrement que ce rire était un aveu de leur part."Vous vous cachiez dans les broussailles, n'est-ce-pas?" demandai-je à Genaro.Don Juan s'assit et prit sa tête dans ses mains."Non, je ne me cachais pas," m'expliqua patiemment Genaro."J'étais très loin d'ici et tu m'as appelé, alors je suis venu te voir." "Où étiez-vous don Genaro?" "Très loin." "Combien loin?" Don Juan intervint et me dit que don Genaro était venu par déférence pour moi et que je ne pouvais lui demander où il se trouvait avant parce qu'il n'avait été nulle part.Don Genaro vint à ma défense et dit que je pouvais lui demander n'importe quoi."Si vous n'étiez pas caché autour de la maison, où donc étiez-vous?" "J'étais chez moi", répondit-il avec candeur." "Dans le Mexique central?" "Oui.C'est le seul chez moi que je possède!" Il se regardèrent l'un l'autre et explosèrent à nouveau de rire.Je savais qu'ils se foutaient de moi mais je décidai de ne pas insister.J'en conclus qu'ils devaient avoir de sérieuses raisons de m'offrir un tel spectacle.Je me rassis.Je me sentais complètement coupé en deux.Une partie de moi n'était pas du tout étonnée et acceptait à leur pleine valeur les actes et gestes de don Juan ou de don Genaro.Mais une autre partie de moi s'y refusait obstiné- Juan et Genaro étaient penchés sur moi.J'étais agenouillé comme si je m'étais endormi dans cette position.Don Juan me donna de l'eau, et je me rassis le dos contre le mur de la maison.Ce fut bientôt l'aube.Le désert semblait, se réveiller.La fraîcheur du matin me fit du bien.Le papillon de nuit n'avait pas été don Genaro.Mes structures rationnelles s'effondraient.Je ne voulais plus poser de questions et ne voulais pas garder le silence non plus.Finalement, il me fallut parler."Mais si tu étais au Mexique central, don Genaro, comment t'es-tu rendu ici?" Don Genaro grimaça comiquement de la bouche."Je regrette," me dit-il, "ma bouche ne veut pas parler." Il se tourna vers don Juan et lui dit en riant: "Toi, dis-lui." Don Juan hésita, et me dit que don Genaro était un artiste consommé de la sorcellerie et pouvait donc réaliser des prodiges.La poitrine de don Genaro' s'enfla comme si les mots de don Juan le gonflaient.Il semblait avoir inspiré tellement d'air que sa poitrine apparaissait deux fois plus grande.Il sauta en l'air comme si l'air dans ses poumons l'y avait forcé.Il se mit à marcher de long en large jusqu'à ce qu'il regagne le contrôle de sa poitrine.Il ia tapotta et, avec beaucoup de force, il fit glisser les paumes de ses mains depuis ses muscles pectoraux jusqu'à l'estomac, comme s'il chassait l'air d'un tube de pneu.Finalement, il se rassit.Les yeux de don Juan brillaient de plaisir."Prends des notes," m'ordonna-t-il gentiment."Ecris, écris, ou tu vas mourir." Il ajouta que même don Genaro ne s'offusquait plus de ce que je prenne des notes."C'est vrai!" reprit don Genaro."Je pense même à me mettre à écrire moi-même." "Don Genaro est un homme de connaissance," dit ment; cette partie était la plus forte.Mon évaluation consciente se résumait ainsi: j'acceptais intellectuellement la description chamanique de l'univers que faisait don Juan, alors que tout mon corps la refusait.D'où mon dilemne.Mais cependant, au cours des années de mon association avec don Juan et don Genaro, j'avais fait l'expérience de phénomènes extraordinaires, et ces phénomènes avaient tous été physiques et non intellectuels.Cette nuit même j'avais eu d'incroyables visions amenées strictement par le seul effet de ma volonté.Je leur expliquai la nature de mon pénible mais sincère embarras."Ce type est un génie," dit don Juan à don Genaro."Tu es un énorme génie, Carlitos," reprit Genaro, comme s'il me relayait un message.Don Juan m'ordonna d'arrêter mes pensées mais de garder les yeux ouverts et concentrés sur la bordure du désert devant moi.Il dit que le papillon de nuit avait changé de position parce que don Genaro était présent, et que s'il allait se manifester à moi, il viendrait du devant de la maison.Je fis un effort pour arrêter le flot de mes pensées et je preçus à nouveau les bruits.Ils étaient plus riches que jamais.J'entendis d'abord des pas assourdis comme si quelqu'un marchait sur des brindilles sèches, et ensuite je les sentis sur mon corps.A cet instant, je distinguai une masse noire directement devant moi, en bordure du désert.Je sentis qu'on me secouait.J'ouvris les yeux.Don don Juan."Et puisqu'il est un homme de connaissance, il est parfaitement capable de se transporter sur de grandes distances." "Il me rappela un incident vieux de quelques années.Nous étions tous les trois en montagne, et don Genaro, pour me convaincre de laisser tomber ma stupide raison, avait sauté d'un bond prodigieux jusque sur le sommet des Sierras, dix milles plus loin.Je me souvenais de l'incident, mais je me souvenais aussi que je ne pouvais même pas concevoir à l'époque que don Genaro ait pu sauter.Don Juan ajouta que don Genaro était capable d'exploits extraordinaires à certains moments."Genaro, à certains moments, n'est pas Genaro, mais son double," dit-il.Il répéta cela trois ou quatre fois.Et alors les deux me regardèrent comme s'ils attendaient ma réaction imminente.Je n'avais pas compris ce qu'il voulait dire par "son double".Il n'avait jamais parlé de cela avant.Je demandai une explication."Il y a un autre Genaro," dit-il.Nous échangeâmes tous les trois des regards.Je devins très inquiet."Tu pourrais dire," continua don Juan, "-qu'en ce moment Genaro est son propre jumeau." Cette phrase les fit à nouveau crouler de rire.Mais je ne pouvais partager leur hilarité.Mon corps tremblait.Don Juan me dit d'un ton sévère que j'étais trop grave et me donnais trop d'importance."Laisse toi aller, m'ordonna-t-il.Tu sais très bien que Genaro est capable d'exploits impossibles à concevoir pour l'homme moyen.Son double, l'autre Genaro, est un de ces exploits." Après avoir réfléchi assez longtemps, je demandai: "Est-ce que l'autre est semblable à son moi?" "L'autre est son moi," répondit don Juan." 14 MAINMISE "De quoi l'autre est-il fait?" lui demandai-je après quelques minutes d'indécision."Il n'y a aucune façon de le savoir." "L'autre est-il réel ou seulement une illusion?" "Il est réel, évidemment." "Est-ce qu'il serait juste alors de dire qu'il est fait de sang et de chair?" "Non.Ce ne serait pas juste," répondit Don Genaro." "Mais s'il est aussi réel que moi." "Aussi réel que toi?" s'écrièrent ensemble don Juan et don Genaro." Don Genaro jeta son chapeau par terre et se mit à y danser autour.Sa danse était agile et gracieuse et, pour une raison inexplicable, extrêmement drôle.Peut-être l'humour venait-il du côté absolument exquis et "professionnel" des mouvements qu'il exécutait.Leur inconvenance était si subtile et si remarquable à la fois que je m'écrasai par terre en hurlant de rire."L'ennui avec toi, Carlitos," me dit-il en se rassoyant, "c'est que tu es un génie." "Il faut que je sache au sujet du double," dis-je."Il n'y a pas moyen de savoir s'il est fait de chair et de sang," dit don Juan, "parce qu'il n'est pas aussi réel que toi.Le double de Genaro est aussi réel que Genaro.Comprends-tu ce que je veux dire?" "Mais vous devez admettre, don Juan, qu'il doit y avoir une façon de le savoir." "Le double est le moi: cette explication devrait suffire.Si tu voyais cependant, tu saurais qu'il y a une grande différence entre Genaro et son double.Pour un sorcier qui sait voir, le double est plus brillant." dis mon crayon.Aussitôt don Juan et don Genaro se mirent en frais de le chercher de la façon la plus comique qui soit.Je n'avais jamais vu une aussi étonnante performance de magie théâtrale et de tours de passe-passe.Avec cette réserve qu'il n'y avait pas de scène, pas de décors, aucune sorte de gadget, et que les artistes ne semblaient utiliser aucun tour de passe-passe.-Le magicien en chef, don Genaro, et son assistant, don Juan, réussirent en l'espace de quelques minutes à faire apparaître la collection la plus étonnante, la plus insensée et la plus bizarre d'objets qu'ils parvenaient à dénicher au-dessous, derrière et par-dessus à peu près tout ce qui se trouvait dans la périphérie de la maison.Dans le style des spectacles de magie, don Genaro commençait par trouver un objet qu'il s'empressait aussitôt de rejeter une fois convenu que ce n'était pas mon crayon.Parmi ces objets, il y avait du linge, des perruques, des verres d'approche, des jouets, des ustensils, des pièces mécaniques, des sous-vêtements de femme, des dents humaines, des sandwiches, et des objets religieux.Un des items produits était franchement dégoûtant.C'était un morceau d'excrément humain que don Genaro avait déniché sous ma veste.Finalement, don Genaro retrouva mon crayon et me le remit après l'avoir nettoyé avec le rebord de sa chemise.Ils clôturèrent leur spectacle avec force rires et hurlements.Incapable de me joindre à eux, je ne pouvais que les regarder."Ne prends donc pas les choses si sérieusement, Carlitos," me dit don Genaro avec sollicitude.Après qu'ils eurent fini de rire, je demandai ce que faisait un double, ou que faisait un sorcier avec son double.Don Juan dit qu'un double avait du pouvoir, et qu'il Je me sentais trop faible pour poser d'autres questions.Je déposai mon calepin et pensai que j'allais m'éva-nouir.J'avais une vision de tunnel; tout était sombre autour de moi à l'exception d'une tache circulaire devant mes yeux où je pouvais voir clairement.Don Genaro nous annonça qu'il était affamé et rentra à l'intérieur.Don Juan se leva et me fit signe de le suivre.Dans la cuisine, don Genaro se servait à manger et se mit à imiter avec beaucoup d'humour quelqu'un qui veut manger mais ne peut avaler.Je me servis à manger aussi, ainsi que don Juan; et nous retournâmes au devant de la maison.Le soleil brillait, le ciel était dégagé, et un vent matinal raffraîchissait l'air.Je me sentais heureux et fort.nous nous assîmes en triangle, face l'un à l'autre.Je me sentais admirablement bien et voulais exploiter ma force."Dites-moi en plus sur le double, don Juan," dis-je."Un double, c'est le sorcier lui-même tel qu'il se développe à partir de ses rêves," expliqua don Juan."Un double est un acte de pouvoir pour un sorcier, mais seulement un récit de pouvoir pour toi.Dans le cas de Genaro, on ne peut distinguer son double de l'original,.parce que c'est un guerrier suprêmement impeccable; ainsi, toi-même tu n'as jamais fait la différence.Au cours de toutes les années où tu l'as connu, tu n'as rencontré le Genaro original que seulement deux fois.Toutes les autres fois, tu étais avec son double." "Mais c'est absurde!" m'écriai-je.Je sentis une angoisse se former au niveau de la poitrine.Je devins si agité que j'échappai mon calepin et per- servirait à accomplir des exploits inimaginables en termes de réalité ordinaire."Je t'ai dit maintes et maintes fois que l'univers est insondable," me dit-il."Ainsi que nous-mêmes, et ainsi que tout être qui existe dans ce monde.C'est pourquoi il est impossible de trouver une explication "raisonnable" du double.Tu as eu l'occasion d'en voir un, cependant, et cela devrait te suffire." "Mais i! doit y avoir une façon d'en parler," dis-je."Vous-même m'avez dit que vous aviez trouvé une explication à votre conversation avec le daim, de façon à pouvoir en parler.Ne peut-on faire la même chose avec le double?" Il garda le silence un moment.Je le suppliai.L'angoisse qui me traversait était au-dessus de tout ce que j'avais connu."Bien, un sorcier peut se dédoubler," dit-il."C'est tout ce qu'on peut dire." "Mais est-il conscient qu'il est dédoublé?" "Evidemment qu'il en est conscient." "Sait-il qu'il se trouve à deux endroits différents en même temps?" Les deux me regardèrent et échangèrent ensuite un regard entre eux.Où est l'autre don Genaro?" demandai-je.Don Genaro se penha vers moi et me regarda dans les yeux."Je ne sais pas," dit-il, doucement."Aucun sorcier ne sait où se trouve son autre." "Genaro a raison," dit don Juan."Un sorcier ne sait pas qu'il se trouve à deux endroits en même temps.En ê-tre conscient serait l'équivalent de rencontrer son double, et le sorcier qui se trouve face à face avec son double est MAINMISE i 15 un sorcier mort.C'est la règle.C'est le pouvoir qui a voulu que les choses en soient ainsi.Personne ne sait pourquoi." Don Juan m'expliqua qu'une fois que le guerrier avait dompté le "rêver et le "voir" et avait développé un double, il devait aussi avoir réussi à effacer toute histoire personnelle, toute importance de soi et ses habitudes.Il dit que toutes les techniques qu'il m'avait apprises et qui ne m'avaient semblé que des paroles vides étaient essentielle- le témoin, de l'expérience qu'il vient de vivre.Dans sa conscience, il n'y a qu'un seul souvenir.Mais pour quelqu'un qui regarde le sorcier de l'extérieur, il peut sembler que le sorcier vit deux épisodes à la fois.Le sorcier, cependant, se souvient de deux instants distincts et séparés, parce que la colle de la description du temps ne le retient plus." Don Genaro m'examina avec des yeux curieux."I| a raison," dit-il."Nous sommes toujours -en retard" d'un ment des moyens de faire disparaître l'impraticabilité de posséder un double dans le monde ordinaire, et ce, en rendant et le moi et le monde parfaitement fluides, et en les situant à l'extérieur des limites de la prédiction."Un guerrier fluide ne peut plus rendre le monde chronologique," expliqua don Juan."Et pour lui, le monde et lui-même ne sont plus des objets.Il est devenu un être lumineux qui existe dans un monde lumineux.Le double est une entreprise facile pour un sorcier parce qu'il sait ce qu'il fait.Pour toi, rien de plus facile que de prendre des notes, mais tu fais encore peur à Genaro avec ton crayon." "Est-ce qu'un étranger qui regarderait un sorcier pourrait s'appercevoir qu'il est à deux endroits à la fois?" "Bien sûr.Ce serait la seule façon de le savoir." "Mais ne peut-on supposer logiquement que le sorcier s'apercevrait lui aussi qu'il se trouve à deux endroits?" "Aha!" s'écria don Juan."Pour une fois, tu as dis juste.Un sorGier peut très bien remarquer par après qu'il s'est trouvé à deux endroits en même temps.Mais cela n'est que de la comptabilité et n'influence en rien le fait que lorsqu'il agit, il n'a aucune notion de sa dualité." Il me semblait que si j'arrêtais d'écrire, j'exploserais."Réfléchis à cela," reprit-il."Le monde ne s'apprivoise pas directement, parce qu'entre le monde et nous il y a toujours la description que nous en faisons.Alors à proprement parler, nous sommes toujours en retard d'une étape, et notre expérience du monde est toujours un souvenir de cette expérience.Nous sommes constamment en train de nous ressouvenir de l'instant qui vient d'arriver, qui vient de passer.Nous nous souvenons, souvenons, souvenons." saut." Il retourna sa main comme l'avait fait don Juan; son corps se mit à sautiller par en arrière.C'était comme s'il avait le hoquet et que le hoquet obligeait son corps à reçu-1er.Il recula ainsi jusqu'à l'extrémité de la ramada et revint de la même façon.Le spectacle de don Genaro sautant par en arrière sur ses fesses, au lieu de me faire rire comme il aurait du, provoqua chez moi une peur si intense que don Juan dut me frapper à plusieurs reprises sur la tête avec ses jointures."Je ne comprends absolument rien à tout cela, don Juan," dis-je."Moi non plus," répliqua-t-il, en haussant les épaules."Et moi non plus, cher Carlitos," ajouta don Genaro.La fatigue, la masse de mes perceptions sensorielles, l'atmosphère de légèreté et d'humour qui régnait, et les facéties de don Genaro pesaient trop sur mes nerfs.Je n'arrivais pas à calmer l'agitation des muscles de mon estomac.Don Juan me fit coucher sur le sol jusqu'à ce que je retrouve un certain calme.Je me rassis ensuite devant eux."Le double est-il solide?" demandai-je à don Juan après un long silence.Ils me regardèrent."Estrce que le double a une réalité corporelle?" repris-je."Certainement," répondit don Juan."La solidité, la réalité corporelle ne sont que des souvenirs.Comme tout le reste de ce que nous percevons du monde, ce ne sont que des souvenirs que nous accumulons.Des souvenirs de notre description du monde.Tu as la mémoire de ma solidité, de la même façon que tu as la mémoire de la communication par les mots.Ainsi tu as parlé avec un coyote et tu me perçois comme solide." Don Juan posa son épaule contre la mienne et me poussa légèrement."Touche-moi," dit-il.Je le touchai et ensuite je l'étreignis.J'étais au bord des larmes.Don Genaro se leva et s'approcha de moi.Il avait l'air Il retourna sa main plusieurs fois pour préciser ce qu'il voulait dire."Si toute notre expérience de l'univers n'est qu'un souvenir, alors il n'est pas si absurde de penser qu'un sorcier puisse se trouver à deux endroits en même temps.Mais du point de vue du sorcier et de sa perception, cela n' est pas le cas, parce qu'un sorcier qui veut saisir le monde doit, comme tout homme, se souvenir du geste qu'il vient de faire, de l'événement dont il vient d'être d'un petit enfant aux yeux espiègles et brillants.Il arcbouta ses lèvres et me regarda pendant un long moment."Et moi?" demanda-t-il en essayant de réprimer un sourire."Ne vas-tu pas m'embrasser aussi?" Je me levai et tendis les bras pour le toucher.Mon corps figea sur place.Je n'avais plus la force de bouger.J'essayai de forcer mes bras à le toucher, mais en vain.Don Genaro et don Juan me regardaient.Je sentais mon 16 MAINMISE corps se tordre sous la pression d'une force inconnue.Don Genaro s'assit et fit semblant de bouder parce que je ne l'avais pas embrassé.Il fit une moue et frappa le sol des talons.Alors, les deux explosèrent de rire.Les muscles de mon estomac tremblaient; tout mon corps tremblait.Je dis à don Juan que mon corps me demandait de partir.Je saluai don Genaro de la main.Je ne voulais pas leur laisser le temps de me convaincre de rester."Bonjour, don Genaro!" criai-je.Il me renvoya mon nora ou au Mexique central, et toujours je le trouvais qui m'attendait.J'avais appris à prendre la chose pour acquise et n'y avais jamais accordé la moindre attention, jusqu'ici."Dis-moi quelque chose, don Juan," dis-je, en plaisantant à demi."Es-tu toi-même, ou bien es-tu ton double?" Il se pencha vers moi.Il ricanait de toutes ses dents."Mon double," murmura-t-il.salut.Don Juan fit quelques pas avec moi en direction de l'auto."As-tu un double aussi, don Juan?" "Bien sûr!" Une pensée folle traversa aussitôt la tête.Je voulus la rejeter et quitter les lieux tout de suite, mais quelque chose en moi insistait.Au cours des années de notre association, je m'étais accoutumé au fait que chaque fois que je voulais voir don Juan, je n'avais qu'à me rendre à So- Mon corps sursauta comme si une force énorme avait voulu me projeter.Je courus vers l'auto."Je ne faisais que blaguer," cria don Juan d'une voix forte."Tu ne peux pas partir tout de suite." Les deux coururent vers l'auto comme je la reculais.Ils riaient et sautaient dans tous les sens."Carlitos, tu peux m'appeler quand tu veux!" cria don Genaro."Réfléchis à cela," reprit-il."Le monde ne s'apprivoise pas directement, parce qu'entre le monde et nous il y a toujours la description que nous en faisons.Alors à proprement parler, nous sommes toujours en retard d'une étape, et notre expérience du monde est toujours un souvenir de cette expérience.Nous sommes constamment en train de nous ressouvenir de l'instant qui vient d'arriver, qui vient de passer.Nous nous souvenons, souvenons, souvenons." MAINMISE 17 > co m 20 MAINMISE (eh Egypte, dans l'Ancien Empire) et la crise économique dégénère en crise sociale ou rormidable soulèvement populaire éclate dans toutes /es villes et jusque dans Id capitale, de Memphis les nobles er les gens riches sont massacres, les bureaux du cadastre sont détroits" Prenne MAINMISE 21 individu devient conscience de .'espèce l'humanité harmonique peu a Peu se forme d'individus qui réalisent une telle-conscience L V i l * i s., naturellement "erre tous les hommes change Quelque chose a la vie tousles purs mais nous sommes encore des marginaux ce n'est pas l'Occident moderne, avec sa machine excrémentielle-impérialiste, qui va reconnaître dans sa generation de mutants ('ultime imprévisible Terme de son trajet occulte trajet con joignant tes contraires notre civilisation aura eu pour effet spécifique d'opérer- la densification maxima de la conscience involueè dans la matière , et cela jusqu'à l'atome.Hiroshima le point-limite ou toOT le Processus Histoire s'inverse., ou la matière désintégrée mute brusquement en son contraire 1 Energie pure nous sommes les calmes enFsnfe de l'après-histoire c'est du no/au 'e plus dense, le plus noir, le mieux resistant - ce temps du monde, notre temps /fâ|i'Vl)Q production - c'est ce que k mode de production capitaliste a mis à nu a mis ê nu, du même coup, la chosificaîïon de/a communication dans / 'argent C'a marchandise) l'drqenfesf te signifiant despote de /a communication sociale /amac/i/ne sociale harmonique subordonnera /a production d'échange) d'obje/s à 'a communication /a Communication consciente entre 'es agents humains sera /e moyen de produire la socié/e harmonique le nous/nous la fission de /a chose-argent , dégagera le Flox d eherg f& common i caT/on qui lancera" /a noosphère la Fission est I effet" spécifique de /a machine reVolutionnaire-tnansmutatoire, dont nous sommes les agents 26 MAINMISE /économie.harmonique c'est te partage entre tous des moyens de produire la jouissance et le bonheur pas de polices pas de patrons pas de gouvernements un seul peuple la télédiffusion /ntracellulaire, entre nos systèmes nerveux branches les uns sur les autres, % garantit une socioregulation parfaitement endogène nous ne connaissons pas d'autres lois que le Fonctionnement des e'qu/libres hormonaux .w *> ^synapse rec*roq"8 enrre roos 'es organismes d'un unique homme-espece ^stnofre seul honzon neVolutionnaire nous agissons déjà dans le Circuit de transfusion énergétique , /eliant un nombre sans cesse croissant «générateurs A)Uttiain5 qui ont résolument «saute« hors du système de priVatisat/on œs moyens de production de la We 2ot3paul chamberland MAINMISE 27 Les voyages.L'élément le plus connu de-la mythologie du pot.Partir.Redescendre.Remonter.Comme si c'était tout arrangé d'avance, il se trouve que c'est plus trippant de voyager en voyage que de.le faire écrasé dans un fauteuil à écouter le même disque pour la vingt-septième fois.C'est d'ailleurs peut-être une des raisons pour lesquelles les freaks voyagent autant.On les rencontre partout; en Europe, en Amérique du Sud, en Turquie, aux Indes ou sur îes fies grecques.Partout, on tombe sur le même style de personnages à la seule exception près de la qualité du stock qu'ils apportent avec eux.Il y en a tellement sur la route, le phénomène des nouveaux nomades implique au fond tellement de monde que même PERSPECTIVES s'est payé le luxe d'un grand reportage sur les freaks du Maroc.C'est pour dire.Fumer partout.Le Maroc.Se matérialiser brusquement en plein coeur de la médina à Marakesh.dans le souk des teinturiers.Au détour d'une ruelle couverte, un vieil arabe édenté accroupi sur ses talons; il s'approche en tendant une longue pipe de bois ornée de fines arabesques en vert, rouge et bleu.Une ou deux touches; le grand sourire du bonhomme qui se rassied tout fier de son coup.Au bout de la ruelle et de son plafond de bambou, une grande tache lumineuse qui s'avance en grandissant avec le bruit tout autour.Bing! Une large coulée de couleur orange qui flotte au-dessus du passage appuyée davantage encore par la blancheur des murs; on fait sécher la laine en la sus- pendant au toit des boutiques.Chacune des petites rues s'étire en un prolongement coloré brûlé par le soleil.Après l'orange, le rouge sang, le jaune, le vert, le bleu.Des couleurs aussi tranchantes que le fil d'un couteau; liquides.Mûries.Pendant deux minutes, TOUT est rouge.Le sol en brille presqu'autant que cette éclaircie lumineuse qui joue le rôle d'un filtre de couleur et qui répand sur les jellabas des Marocains qui s'affairent partout des taches en pointillé rouge clair.Puis tout à coup, c'est jaune et du fond des arrières-boutiques s'étire une musique nasillarde qui elle aussi semble flotter sur un fond de couleur.28 MAINMISE Fumer partout, c'est presque prendre un ticket en double pour être encore plus certain de ne rien manquer.En Turquie, dans un petit village tout près de la frontière grecque, quatre gros bonhommes à moustache assis sur des petits bancs autour'd'un immense nar-ghillé d'où sortent trois tuyaux de couleur.L'un d'eux prononce "to-baco" en me mettant la pipe dans les mains.Les autres se tapent sur les cuisses.Ça commence à être très drôle quand j'apprends' que celui qui s'occupe des charbons (ici l'ouverture de la pipe est tellement grande qu'on y met un mélange de tabac noir et de has-chich qu'on recouvre de braise) est le douanier de la place.Pendant trois heures avant d'aller dormir sous la tente, leur gros trip sera d'expliquer! comment fonctionne la pipe de verre transparent tout en soutenant dur comme fer que ce fameux mélange qu'ils ne veulent pas montrer est du tabac "spécial".(Ils prononcent "s-pessial" en éclatant de rire).Ce même tabac "spessial" pousse dans des grands champs aux pieds du plateau d'Anatolie au sud-est du pays.Sur une plage, un soir, j'ai rencontré un Hollandais qui flottait là depuis 4 mois dans un immense camion et qui avait fait provision de cinq kilos de chanvre en passant près du fameux champs.Fumer partout, c'est voir la télévision en couleur sans Irais supplémentaires.C'est d'ailleurs étrange de voir à quel point la couleur joue un rôle important lorsqu'elle se met à amplifier la "couleur locale".A Santorini, une île grecque que l'on rejoint du Pirée au bout d'une incroyable traversée qui dure 27 heures et où les poules, les melons, l'huile d'olive et les Grecs en chemise blanche campent littéralement sur le pont d'un bateau qu'on prendrait à peine pour se rendre à l'île Ste-Hélène, cette "-couleur locale" avait tout autant le goût de l'Ouzo dont m'imbibait un vieux maçon de la place que du haschich fourni par une tribu de freaks américains campant sur le bord de la plage de Kamari.Comme si le chanvre dégageait une onde de choc qui lui est propre et que les autres ressentent comme une sorte de vibration molle invitant à la confiance et à l'implication directe, la Grèce de- vint en cette occasion le lieu d'un pacte planant bien au-dessus des contingences de l'histoire et de la géographie.Panos ne parlait que le grec; il avait quitté son île à 20 ans pour aller travailler sur le continent à Athènes.Il est revenu au bout de trois jours; il a soixante ans et il n'a depuis jamais osé sortir de son sanctuaire, persuadé qu'il est que le monde extérieur n'a plus aucun sens.Cet homme arborait une couleur qui le faisait ressembler à un arbre lorsque le haschich jouait le rôle d'un filtre.Le plus drôle, c'est que je n'ai jamais parlé grec mais qu'à travers une soif commune, rythmée par les fumées du chanvre autant que par les vapeurs de l'Ouzo, s'exprimait une sorte de retrait débouchant sur l'exigence fondamentale d'une nouvelle vérité.Fumer partout, c'est toucher les racines des arbres tout autant que les feuilles.Je me souviens d'un tronc d'arbre aussi.A Fez, la ville sacrée de l'ancien empire marocain.Sur ce tronc d'arbre, un matin, tout juste à côté de l'endroit où j'installais , ma cafetière, une carabine s'est posée.Toc! Au bout, un soldat marocain; celui qui gardait l'entrée du camping.Il s'assied sur le tronc d'arbre en nous prenant des mains la pipe qui commençait à circuler; il y a comme un lourd temps de silence.En bon Marocain qu'il est, il semble prendre un malin plaisir à faire durer la scène puis il sort une pochette dé son uniforme et glisse dans la pipe une poudre noire qu'il a roulé en boule en y mêlant le haschich qui traînait déjà au fond du fourneau.Il nous rend la .pipe en poussant un incroyable éclat de rire, en reprenant sa carabine et en retournant s'installer à son poste de garde à l'entrée du camping; c'est la première fois que je fumais du kif et ce jour-là les villes superposées qui forment l'enceinte de la ville sacrée prirent un air encore plus irréel qu'à l'habitude.Fumer partout, c'est visionner sur grand écran le vidéo des instants présents.L'instant présent.le chanvre a cette particularité d'en faire ressortir les contours et la profondeur, de situer hors-contexte chacune des couches de signification de l'événement.Le présent est partout.Présent ce vent qui souffle de la mer et qui atteint la crête de la falaise de Split, sur l'Adriati- que.La pleine lune qui découpe un décor de cinéma, les saules qui plissent en jouant avec les lumières de la ville un peu plus loin.Il y a trois ou quatre heures que Miho et moi essayons de nous comprendre en faisant des dessins sur une grande feuille blanche.Il est Hongrois et nous ne partageons aucun élément de vocabulaire commun mais le chanvre trace des avenues d'intuitions communes à travers lesquelles nous nous retrouvons en riant.C'est en descendant vers la ville qu'il me fait comprendre qu'il est soldat.en tassant vite la paranoia qui accourt à grands pas avec toute sa panoplie de tensions et de silences mal compris, c'est encore le chanvre qui tisse le lieu d'une véritable rencontre se situant bien au-delà de toute idéologie sociale et politique.Fumer partout, c'est rejoindre le filet d'eau sous-terrain où l'Homme lui-même trouve sa définition.Près de la frontière syrienne, à l'extrémité sud de la Turquie, dans le défilé étroit des gorges du Verdon en Provence, dans cet incroyable dédale de rues, de cafés et de tonneaux de vin que sont les bas-fond de Seville ou encore dans ce musée vivant qu'est Florence, dans ce sanctuaire de grottes qu'est la Cappa-doce toute entière et dans cette omniprésente rue St-Laurent qu'est devenue Athènes, partout, le "cannabis sativa" fait ressortir une sorte de canevas commun plongeant aux racines de la définition même de ce que nous sommes tous.Le monde est une tapisserie sur laquelle d'autres hommes ont déjà posé les couleurs de fond; le rôle du chanvre, par rapport à l'histoire de l'humanité toute entière, est peut-être précisément de faire prendre conscience de l'entremêlement des fils et des couleurs afin de se placer soi-même dans la position de celui qui tisse.L'allié dont parle le don Juan de Castaneda.Un jour, il faudra écrire l'histoire de ces alliés non connus que sont les végétaux et dont on ne voit encore l'importance que dans le processus de la photosynthèse.Au fond, en fumant son joint quelque part autour du Lac St-Jean ou n'importe où au pays, c'est peut-être le meilleur moyen de brancher le Kébek sur la trame la plus signifiante de ce qu'on nomme encore la "réalité".M.B.MAINMISE 29 Du haschich au maroc?.impossible! (Paul Bowles est un écrivain américain âgé de 63 ans; il vit au Maroc depuis une quarantaine d'années et il est un des premiers expatriés de sa génération.L'entrevue dont nous avons traduit une partie est tiré de Rolling Stones.) Avant de rencontrer Bowles, je me "suis promené dans la médina et j'ai visité un de mes amis qui occupe un petit hôtel "cheap" très populaire chez les voyageurs à cheveux longs et à sac à dos.Le propriétaire français est tout fier de montrer la signature de Scott Fitzgerald sur le registre; dans le lobby, aujourd'hui, on ne voit plus pourtant que ces voyageurs "ordinaires" qui passent leurs quelques jours à Tanger complètement gelés.Q: Pour les jeunes qui voyagent, le Maroc est une attraction en soi à cause du haschich.Bowles: Ouais, mais ça n'existe pas ici.Ce qu'on trouve facilement, ce sont des feuilles de kif pressées qui n'ont strictement aucun rapport avec le haschich.Q: C'est quoi ce fameux kif?Bowles: Le kif est un produit pur.Pour le fabriquer, on n'utilise qu'une infime partie de la plante, les petites feuilles près des bourgeons des fleurs; on les coupe en très petits morceaux habituellement mêlés avec du tabac noir.On fait 200 grammes de kif à partir d'un kilo de chanvre.Ici, les touristes achètent les restants, les grosses feuilles dont les Marocains ne se servent pas.Q: Et c'est ça le haschich qu'on trouve sur la rue.Bowles: Oui, sans exception.Ce sont les Américains et les Anglais qui viennent ici depuis quinze ans qui ont montré auxnMarocains comment fabriquer du haschich.Il n'y a pas de bon haschich marocain.C'est un produit qu'on n'a jamais fabriqué ici.Les premiers à en faire furent des Noirs américains qui sont arrivés ici avec leurs presses.Ce que les Marocains vendent sous le nom de haschich n'est en fait que ce qu'on laisse habituellement de côté.Ce qu'on ne fume pas.Le haschich marocain est un produit américain vendu aux Américains.La seule chose qui existe ici depuis une éternité c'est le kif et le ma-joun.Q: le majoun.?Bowles: C'est une confiture de chanvre.C'est fait avec du miel, des noix et du kif; on y rajoute aussi des dates ou des figues.Q:Est-ce que c'est très fort?Bowles: Ca dépend; ça peut être très fort.Q: Et ça goûte quoi?Bowles: Vous pouvez essayer la recette est simple.Majoun marocain traditionnel 2 Ib.de kif Vi Ib.de beurre non salé V2 Ib.de germe de blé 1 Va Ib.de dattes Va Ib.de figues (séchées) Va Ib.de noix 1 oz de graines de carvi 1 oz de graines d'anis I Ib.de miel et de la muscade au goût Vous placez le kif dans un chaudron d'eau bouillante rempli au deux tiers.Ajoutez le beurre et laissez mijoter pendant huit heures en brassant de temps en temps.Pendant ce temps là, passez les germes de blé au moulin à café; écrasez les noix, les dattes et les figues.Même chose avec les graines que vous pilez au mortier.II ne reste plus qu'à mêler les fruits, les noix et les épices au miel.Après les huit heures, vous enlevez le chaudron du feu; laissez refroidir puis enlevez le beurre à la surface.Mettez de côté le kif et l'eau qui reste.Nous en sommes à la dernière opération.Dans une poêle vous faitez revenir la poudre de germe de blé dans le beurre jusqu'à ce qu'il brunisse et que cela forme une pâte.C'est cette pâte que vous liez au mélange fruits / noix / é-pices et miel.Le majoun peut se conserver indéfiniment dans un contenant en, verre ou en métal fermé hermétiquement.Servez deux cueil-lers à thé, sur des biscuits, par jour.Q: Quelle est la position officielle du gouvernement marocain sur le cannabis?Bowles: Clairement, on tente de s'en débarasser, mais c'est très difficile parce que tout le monde fume ici.De temps en temps, la police lance une campagne et fait des descentes dans les cafés où elle brise les pipes des fumeurs.Q: Mais ils n'arrêtent personne?Bowles: Pas vraiment.Ils arrêtent les dealers ou s'ils prennent quelqu'un en possession d'une grosse quantité (ça dépend du poids) les amendes sont très lourdes.Mais, ici comme ailleurs, les lois sont faites pour forcer les gens à les briser; ce qui fait que n'importe qui peut se faire prendre n'importe quand.Il est difficile de rester à l'intérieur des normes prescrites par la loi parce qu'elle est justement faite pour être transgressée.Toutefois, la police arrête généralement peu de gens à moins de vouloir quelque chose, c'est-à-dire de l'argent.Q: Est-ce que vous avez fumé à votre arrivée au Maroc?Bowles: Pendant les quatre premières années que j'ai passé ici, je n'ai pas fumé une seule fois.Lorsqu'on me passait la pipe, je fumais, mais durant ces quatre années je n'ai pas inhalé la fumée parce que j'étais persuadé qu'il s'agissait d'un très mauvais tabac.Ce qui vous montre à quel point on peut rester naïf en vivant ici.Finalement, un jour j'ai réalisé que les Marocains fumaient autre chose que du tabac.Q: Et après.?Bowles: Je me suis mis à fumer des quantités absolument énormes sur une période d'à peu près 25 ans.C'est beaucoup.La production en chaine; plus que je ne fumerai jamais de tabac.Une overdose pour n'importe qui, j'en Suis sûr.De sorte qu'il doit maintenant y avoir une sorte d'accoutumance.Ce n'est pourtant certainement pas une drogue qui crée une accoutumance mais, dans le fond, on peut devenir "addict" de n'importe quoi.Même les biscuits soda.Q: Est-ce que vous écrivez sous l'influence du kif?Bowles: Oh oui! beaucoup.J'écris d'ailleurs la grande majorité de mes livres sur le kif.Dans "The Sheltering Sky", par exemple, à un moment donné j'essayais de décrire l'expérience de la mort et j'étais bloqué: j'ai pris une grande quantité de majoun, je me suis allongé tout l'après-midi et le lendemain je n'ai eu absolument aucun problème à reprendre mon livre où je l'avais laissé.Q: Avez-vous essayé des drogues psychédéliques plus fortes?Bowles: La mescaline oui; le LSD, jamais.Il me semble trop difficile d'arriver au dosage parfait.J'ai vu des gens que je connaissais sous, l'influence du LSD, je les trouvais dépersonnalisés.Après quelques années et beaucoup d'acide, ils n'avaient plus du tout le même esprit (mind).Ils fonctionnaient aussi bien intérieurement, d'accord, mais leur conversation m'est apparu beaucoup moins intéressante.Q: Avez-vous déjàrencontré Timothy Leary, Bowles: Oui, il est venu ici en '61 et il semblait.comment dire, sur la crête de la vague.Lorsque je l'ai revu, il y a trois ans, il m'a semblé avoir beaucoup moins le vent dans les voiles.Il parlait en changeant constamment de système symbolique, comme si ce qui sortait de sa bouche était la réflexion d'une sorte d'état strobos-copique de sa conscience où rien n'arrivait à durer plus longtemps que chacune de ses phrases.Même si ce qu'il disait avait-évidemment un sens, j'avoue que la soirée m'a laissé plutôt déprimé parce qu'il en était exactement au même point à la fin qu'au début.Toutefois, ce que j'admire chez cet homme, c'est son incroyable esprit de combativité.30 MAINMISE (Une présentation du livre Weed, de Jerry Kamstra (éditions Harper & Row, suivie d'une entrevue avec l'auteur.) Le monde de la contrebande de la mari Si vous vous êtes jamais demandé comment il se fait que l'herbe-qui-rend-fou (belle folie!) est sans cesse disponible sur le marché et ce, en dépit des efforts acharnés des gouvernements mexicain et américain, alors ce livre vous passionnera.C'est qu'il fait vraiment le tour de tous les aspects du commerce de la mari.L'auteur, Jerry Kamstra, est un ancien contrebandier qui mandé par le magazine Life alla, pour écrire son livre, faire une dernière passe au Mexique.Il commence son histoire en racontant comment au début il "importait" des jeans là-bas et combien il était facile d'en ramener de l'herbe et de vivre des profits de la vente.Il explique comment il s'embarqua, vers 1962, dans le monde de la contrebande et comment il fut "brûlé" à la frontière en 1966."Dans ce commerce, il y a seulement deux sortes de contrebandiers.Celui qui s'est fait prendre et celui qui va se faire prendre." Après s'être installé à Big Sur et avoir connu sa première histoire d'amour de l'écriture (chacun sait qu'écrire ne paie pas ou mal tandis que la vente de l'herbe.), il lui vint une offre étrange du magazine Life.On lui proposait la somme de 5,000 dollars pour aller au Mexique et en ramener un article sur l'industrie de la mari.En dépit du fait qu'il était en liberté surveillée et persona non grata au Mexique, Jerry se rendit là-bas en profitant du même coup pour réaliser une dernière affaire.Cette passe est la base de son livre mais le livre est beaucoup plus que l'histoire de cette passe.Weed est l'histoire des effets de la Révolution de la Marijuana mexicaine.La mari qui fut en effet longtemps comprise dans la pharmacopée mexicaine en est aujourd'hui disparue, ce, à cause du gouvernement américain désireux d'éliminer l'"herbe" de la surface de la Terre.Le livre nous montre dans le détail comment de nombreux fermiers risquent leurs peaux pour faire pousser la mari qu'ils vendent 8 dollars le kilo.Il nous entraîne dans la vie quotidienne des fermiers des montagnes et leurs procédés de culture.Il nous apprend pourquoi tous les "campesinos" sont armés.Comment les hélicoptères fournis par le gouvernement américain sont parfois descendus.Comment les autorités fournissent de mari les soldats, qui vont ensuite tuer, piller et violer ceux qui la font pousser.Kamstra raconte tout de lui-même.Son amour du peuple mexicain, sa haine profonde des Mexicains qui jouent aux américains.Il ne s'arrête pas là.Il raconte les différentes étapes de sa dernière passe: la récolte: l'embarquement de nuit sur un bateau; le déchargement de la marchandise à San Francisco.Et le "High".MAINMISE 31 L'entrevue qui suit a été enregistrée le 16 juillet de cette année.A noter que Jerry Kamstra a concédé 10% des profits de la vente de son livre à un fonds s'occupant de venir en aide aux américains qui sont dans les prisons des anciens Fils du Soleil, dans les conditions qu'il décrit plus bas: Jerry: C'est il y a six ans que m'est venue l'idée d'écrire Weed.En fait, c'est beaucoup plus qu'un livre sur la mari un reportage sur le Mexique et son contexte social, culturel, économique, politique et anthropologique.Je voyage au Mexique depuis 17 ans.J'y ai vécu, j'y ai eu ma fille et j'y ai beaucoup d'amis.Je suis né et j'ai grandi dans une ville appelée Coulton et qui est pour ainsi dire mexicaine.Je me considère à demi mexicain.Sam: Pourrais-tu me parler un peu de ton idée d'offrir une partie des profits de la vente de ton livre aux américains prisonniers au Mexique?Jerry: Il y a deux ans quand je suis allé là-bas terminer Weed, j'avais de faux visas.J'ai toujours transporté de faux visas dans mes bagages.En cas d'urgence, il est utile d'avoir plusieurs identités.Malheureusement pour moi, au bureau d'immigration de l'aérogare de Mazatlan, un officier des douanes découvrit un de ces visas de même que le manuscrit du livre que je transportais.Le FBI fut alerté et c'est ainsi que je me retrouvai dans une cellule d'une prison de Mexico où je passai presque tout un mois.C'est là que je vis les conditions dans lesquelles sont gardés les prisonniers américains désargentés — et ils sont nombreux.Une prison mexicaine est l'équivalent d'un petit village perdu du pays avec sa place principale, ses animaux, ses chiens, ses chats, ses femmes.Si tu as de l'argent, tu peux avoir accès à tout et à n'importe quoi.Tu peux même te construire un petit appartement équipé d'une télévision et un réfrigérateur.En un mot, tu peux te construire ton petit monde.Si tu n'as pas d'argent, c'est une autre histoire.Tu te trouves forcé de rester jour et nuit sur le ciment dur sous le soleil comme sous la pluie.Pas de lit ni même de couvertures à ta disposition.Tu n'as même pas droit à une tasse quand on apporte le café commun.Il te faut te débrouiller pour t'en trouver une.C'est lors de mon séjour en prison que je me suis dit qu'il fallait absolument venir en aide aux prisonniers démunis.Vers le temps où Weed parut, une nouvelle fit état de la présence de 63 américains à la prison Lucamberri de Mexico.Ce fut l'occasion que j'attendais pour mettre mon idée en pratique.J'envoyai 10% des premiers profits de la vente de mon livre à ces 63 prisonniers.C'est de mon geste qu'est née l'idée de créer AIM-J (Americans in Mexican Jails — Américains prisonniers au Mexique).L'argent envoyé ne sert pas à l'aide légale mais seulement d'argent de poche aux prisonniers.10 dollars par semaine à un prisonnier X dans une prison X.Il se peut que l'aide légale suive un jour.Dix dollars par semaine, c'est beaucoup d'argent pour quelqu'un qui est dans une prison mexicaine.Avec ça, il peut s'acheter de quoi manger, loger et même un peu plus.Mon idée est d'envoyer quelqu'un là-bas — j'irais bien moi-même si je n'étais persona non grata au Mexique — qui trouverait ceux qui sont dans le besoin et leur donnerait de l'argent en mains propres.Il est bien connu que lorsqu'on envoie de l'argent au Mexique par la poste — soit par chèques, mandats-poste ou comptant — il ne se rend jamais à destination.Sam: Parle-nous donc un peu de l'aide légale qui pourrait éventuellement être apportée aux prisonniers.Jerry: L'aide légale sera vraisemblablement la prochaine étape de l'action de AIM-J.Le problème est qu'il nous faille d'abord trouver de bons avocats (honnêtes) sur place.Il est en effet très facile à un avocat mexicain de prendre de l'argent d'un client américain et de disparaître avec dans la brume.Quand j'étais prisonnier à Mazatlan, il y avait là une demi-douzaine de bonshommes dont les parents avaient déjà envoyé de l'argent à des avocats.Ceux-ci ne se sont jamais montré la face même si certains des gars étaient là depuis trois ans.Sam: Parle donc un peu du commerce de la mari au Mexique.Jerry: C'est un groupe de mexico-américain, le Syndicat du Texas, qui opère à la frontière américaine, à Brownsville, au sud-ouest de Juarez.Les gars qui en font partie sont des mexicains et des américains qui ont de la famille au Mexique et qui ont déjà transporté des tonnes et des tonnes de mari de la frontière sud-ouest (surtout) vers des grands centres comme Chicago ou New-York.Le transport se fait, soit par camion, soit par avion.Au Mexique-même, viennent d'abord les "cam-pesinos" — "gens des champs" — qui cultivent déjà des fèves, du maïs, des courges et autres choses du genre qu'ils peuvent échanger contre l'essentiel dont ils ont besoin.Mais la culture de la mari est à peu près la seule qui les paye vraiment, celle avec laquelle ils peuvent s'acheter un radio ou du lait.Ces campesinos sont souvent associés avec ce que j'appelle un entrepreneur.Un entrepreneur mexicain est un agent de liaison qui a accès autant aux montagnes qu'aux postes de contrebande.C'est lui qui garde le contact entre le fermier et T'importateur".Il faut aussi compter les détaillants locaux qui n'ont pas accès aux montagnes et qui font affaire avec les "entrepreneurs".En fait, le rôle de l'entrepreneur ne se borne pas à celui que j'ai décrit.Très souvent, ce dernier prend en mains quelques fermiers d'une région auxquels il fournit les graines, les systèmes d'irrigation et même, pendant la saison sèche, de l'argent de soutien.Il dit aux fermiers comment cultiver la mari car il est connu que la mari mexicaine est sous-cultivée."Laisse mûrir tes plants plus longtemps, leur dit-il, ne les coupe pas si vite, ne les mets pas en briques, ne les sucre pas." i>am: Explique-nous comment se tait la contrebanae proprement aite.Je.ry: Je veux préciser, avant de continuer plus avant, que je ne suis pas, même si je les connais tous deux depuis longtemps, une super-autorité sur le Mexique et sur l'industrie de la mari.Il y a déjà eu une tentative faite par le gouvernement américain d'arrêter la contrebande de la mari.Cette tentative s'appelait l'Opération Interception.Elle dura en tout et pour tout un mois — celui de septembre 1969 — et se solda par un échec complet.32 MAINMISE Après ce ïlop monumental, le gouvernement de l'Oncle Sam lança l'Opération Coopération.Ils fournirent les Mexicains d'argent (beaucoup d'argent), d'avions, d'hélicoptères, d'outils et les convainquirent, puisque cela s'avérait impossible aux frontières-mêmes d'arrêter la production de la mari mexicaine au Mexique.Cette Opération, toujours en marche, donne certains résultats.Ainsi, on trouve aujourd'hui des patrouilles mobiles qui fouillent, ce qui ne s'était encore jamais vu au Mexique.En d'autres mots, le Mexique est devenu moins tolérant à l'endroit de la mari simplement parce que les Etats-Unis font, en y mettant le prix, pression sur lui.C'est une des raisons pour lesquelles les prisonniers de Lucamberri disent qu'il y a, de la part de l'ambassade américaine, un complot visant à les punir et à les faire servir d'exemples.Il est bien évident qu'un gouvernement qui fait pression sur un pays pour une chose n'ira pas réclamer la mise en liberté de ceux qui se sont rendus coupables de cette même chose.Sam: Certains médecins prétendent que si la mari devait être légalisée, elle remplacerait, à titre de sédatif, des médicaments comme le valium.Qu'en penses-tu?Jerry: J'ai passé, lors d'un voyage que je faisais au Yucatan en 1959, quelques temps avec les Indiens Mayas qui me donnèrent de la mari sous forme d'infusion pour combattre ma fatigue.A l'époque j'étais ignorant de tout.C'est depuis des milliers d'années que la mari fait partie de la pharmacopée mexicaine.Sam: Est-il encore possible d'acheter de la mari dans une pharmacie mexicaine?Jerry: Non, pas à ma connaissance.Il y a seulement dix ans, on pouvait acheter des herboristes des marchés de village autant du peyote que des psilocybes que de la "mota".Plus aujourd'hui.Sam: Tu parlais tantôt de la pression exercée par les Etats-Unis sur le gouvernement mexicain.En quoi cela touche-t-il les campesinos?Jerry: Ils sont maintenant sous la surveillance des patrouilles qui survolent les montagnes.Celles-ci utilisent de petits avions comme des Cessna puis si elles détectent quelque chose reviennent à l'attaque avec des hélicoptères.Elles se rendent jusque dans les régions éloignées.On se croirait parfois dans 1984 d'Orwell.Cela force les campesinos à voyager de nuit à cause des patrouilles mobiles que bloquent souvent les routes pour fouiller les camions.L'Opération Coopération est efficace en ce sens que l'ancien système de pots-de-vin — la "mordia" — ne fonctionne plus.Depuis que Luis Echeverria est président du Mexique, il tente par tous les moyens d'abolir ce système.Autrefois, quand tu te faisais prendre avec une tonne de mari tu pouvais toujours marchander le silence de la police.Ce n'est désormais plus possible.Sam: Faut-il comprendre que les campesinos se sont politisés?Jerry: Les campesinos ont toujours été contre le gouvernement et contre l'armée.Il leur suffit d'apercevoir un uniforme pour devenir antis.Et ils n'hésitent pas à tirer.Au Mexique, on entend constamment des coups de feu.Il y a deux ans, quand j'étais là-bas, il y a eu une histoire dans un petit village appelé, je crois, Renoza.A la recherche d'un stock de mari, des soldats sont arrivés.Un campesinos a dégainé.Dans le temps de le dire, douze personnes étaient mortes dont deux enfants de douze ans.Les Mexicains se servent de M-16 et n'arrêtent de balayer leur champ de vision que quand "ça ne bouge plus".Les Américains s'émeuvent de la mort d'un étudiant contestataire.Durant les Olympiques de 1968, c'est 300 étudiants mexicains qui ont été massacrés et enterrés dans des fosses ouvertes sur place au bulldozer.Il y a des parents qui se demandent encore si c'est leur fils qui était là.Sam: Ainsi la contrebande de la mari n'est pas aussi simple qu'elle le paraît?Jerry: Comme je le dis dans mon livre, il y a toute une histoire derrière chaque joint que tu fumes.Des gars se lancent en affaires qui ne connaissent ni a ni b du Mexique ni de la mari.C'est d'ailleurs une des raisons pour lesquelles je me suis retiré de ce commerce.Trop de gens s'y sont lancés.Autrefois avec un peu d'argent et du temps, tu pouvais faire la bonne affaire.A la fin des années 60 tu pouvais payer un kilo de mari de première qualité — "primo" — 10 ou 15 dollars.Aujourd'hui la même quantité te coûte entre 35 et 55 dollars.Ça ne paye pas assez.Sam: Où va le plus gros de l'argent?Au campesinos ou à l'entrepreneur?Jerry: A l'entrepreneur, évidemment.Le campesinos n'a qu'à le faire pousser tandis que l'entrepreneur doit, lui, payer le transport et entretenir ses fermiers.C'est aussi lui qui prend le plus gros des risques.Si tu veux te lancer en affaires et que quelqu'un te finance le tout, il est bien évident que c'est lui qui fera les plus gros profits.C'est naturel.Sam: Pourquoi es-tu persona non grata au Mexique?Jerry: D'abord parce que j'ai écrit ce livre sur la mari et puis parce qu'ayant été arrêté avec un faux visa sur moi, j'ai été déporté.Toute personne ayant été déportée devient automatiquement persona non grata.Mais je n'hésite pas à retourner là-bas quand j'en ai envie.Je peux toujours voyager sous de faux noms.et je le fais.Mais le Mexique que j'aimais change rapidement.Sur les 200 hôtels d'Acapulco, un seul est mexicain.Tous les autres sont américains.Même chose pour les lignes aériennes.Les Mexicains disent toujours avec fierté que le tourisme est leur plus grosse industrie.En vérité, le tourisme mexicain est l'une des plus grosses industries américaines.Je pense que c'est la raison pour laquelle le Mexique coopère avec les Etats-Unis.Pour la simple raison qu'il est désormais sous la botte américaine.# % ^ ^ * ^ % MAINMISE 33 La Marijuana à Amsterdam: précisions sur un paradis urbain Conversation-éclair avec Christian Allègre Christian, qui avait contribué à la fondation de Mainmise et avait participé à ses premiers numéros, travaille présentement comme recherchiste et rédacteur à Radio-Canada pour l'émission QUI VIVE.Au début de l'année '74, il a passé huit semaines en Hollande, dont quelques-unes bien sûr à Amsterdam, cette Mecque des fumeurs de marijuana.Nous lui avons posé quelques questions.MM: Est-ce vrai que le pot est légal en Hollande?Christian: Tout de suite une précision: la marijuana n'est pas plus légale en Hollande que partout au monde.Sauf qu'elle est tolérée, et ce, abondamment.D'ailleurs, la tolérance est une vertu séculaire des Hollandais.Un provo m'expliquait que la tolérance est une institution quasi génétique en Hollande à cause de leur situation "géographique.La Hollande, comme on sait, est en majeure partie située sous le niveau de la mer; les habitants ont du très tôt dans leur histoire collaborer ensemble pour bâtir des digues et se protéger efficacement de l'envahissement de la mer.Cette nécessité de collaborer entre eux leur a ouvert l'esprit et les idées au • point d'en faire le peuple le plus tolérant de l'Europe, si ce n'est de la planète.MM: Quelles formes a prise cette tolérance envers la marijuana?Christian: Comme toujours, dans ce genre de chose, ce fut par le biais légal.Par exemple, un provo, Jasper Grootveld, n'en revenait pas qu'il existât des lois aussi bêtes sur une plante si belle et si plaisante et de surcroît si vieille.Il décida d'approfondir la question et de fouiller les textes de loi au microscope.Il découvrit que la loi interdisait spécifiquement "la possession et l'usage de la plante séchée".Aha, de la plante séchée, et non pas de la plante vivante ou fraîchement cueillie et donc encore fraîche.Cet unique détail lui suffit et, en 1971, il installa une péniche au quai Wittenburg à Amsterdam et se mit à y faire pousser quelques 20,000 plants de marijuana, et tout ça juste en face d'un poste de police.Et sur ce bateau, il vend, dans la plus grande légalité, ses plants de marijuana.Un plant pour un florin, environ 40 cents.Inutile de dire que le gouvernement fut ravi de collaborer à ce projet, car en Hollande, les législateurs cherchent moins à changer les lois, ce qui consume beaucoup de temps et d'argent au Parlement, qu'à contourner légalement les obstacles et aider certains éléments de la population à vivre de facto une situation de tolérance pure mais stable.Un après-midi, j'étais sur ce bateau et parlait avec Jasper et ses deux partenaires.Dix personnes imposantes arrivent, toutes bien mises et d'une mine impeccable.On me présente et la conversation s'engage entre eux.Je n'y comprends pas un seul mot, mais je savais une chose, ces gens s'entendaient à merveille.Ils repartent.Je demande à Jasper qui étaient ces personnages et il me répond très calmement: c'étaient le Secrétaire d'État à la Justice avec son adjoint, le chef de Police et ses adjoints, et autres notables de la ville.Ils étaient venus vérifier le bon fonctionnement de l'opération et s'enquérir si tout allait bien, s'il n'y avait pas d'ennuis, etc.J'avoue que je n'en revenais pas d'avoir vu le Secrétaire d'Etat à la Justice de la Hollande et le chef de Police d'Amsterdam se balader parmi 20,000 plants de pot et poser avec une merveilleuse sollicitude des questions sur la santé de ces vertes et résineuses demoiselles.MM: Nimporte qui peut aller sur ce bateau et acheter son plant?> Christian: Absolument.Le bateau est amarré en permanence: vous pouvez y monter, achetervotre plant, et repartir avec votre pot sous le bras.La confiance règne, et elle règne à cause de Jasper.Son entreprise n'est justement pas une entreprise au sens courant, ce n'est pas une grosse business; il fait campagne contre toutes les formes de speed et d'héroïne; il va même jusqu'à faire campagne contre 34 MAINMISE le haschich en provenance du Moyen-Orient.parce que le produit n'est pas pur.Il m'a montré une boîte contenant du hasch de toutes les couleurs: "tout ça, c'est de la chimie, dit-il; on ajoute des produits à la résine du chanvre indien, parce qu'il y a de gros sous à faire; on le gonfle, on le tripote; finalement le seul produit dont on peut être sûr est la plante qu'on a fait pousser soi-même au grand air ou chez soi et dont on sait qu'elle ne contient rien d'autre qu'elle-même." MM: On parle toujours de ces fameux endroits à Amsterdam où.Christian: Oui, il y a trois endroits à Amsterdam où il est permis d'acheter et de consommer de la marijuana.Ces centres sont subventionnés par le gouvernement, et le fumeur n'a rien à craindre ni de la police ni de la pègre.En voici les noms et les adresses: le Milkway ou le MELKWEG MULTIMEDIA CENTRUM, Lijnbaansgracht, ouvert en 1971; le PARADISO, le plus ancien, date de 1969, sur Wette-ringschaug; le MOOZES EN AARON KERK, près du marché aux puces.Il faut avouer qu'il y a quelque chose d'insensé dans ces endroits: tout d'abord c'est le rendez-vous de toute la jeunesse.d'Europe, et on peut y voir les costumes les plus extravagants comme les egotrips les plus phosphorescents; on y entend toutes les langues, et évidemment on y consume de la mari et du hash.Un de ces endroits est une ancienne église, et l'intérieur y est d'une beauté que les freaks se sont empressés d'aviver en y mettant des plantes partout et en la décorant d'une façon absolument trippante.Ces endroit sont de véritemples de la consommation.Au Milkway, par exemple, on peut soit regarder un film, soit dormir, soit écouter un groupe rock, ou danser, ou manger (trois restaurants), ou tripper écrasé devant un aquarium, ou jouer du piano, etc.Et quelque part au milieu de tous les couloirs du centre, il y a un petit stand anodin, où une petite affiche-annonce vous apprend qu'il y a du hasch à vendre ici: du népalais, de l'afghan, du marocain, du libanais, et ça va du brun pâle au vert foncé.Tout est le même prix: $1.00 pour un gramme.MM: Mais qui fournit ces endroits en hasch, le gouvernement ou des individus?Christian: Peut-être le gouvernement, mais certainement le marché noir pour qui le port d'Amsterdam est un véritable paradis.Tout y entre, tout en sort, sans aucun freak-out de la part de personne.Ce sont les gens du Milkway qui tiennent ce stand, mais n'importe qui peut y aller avec son stock et en vendre.Cette extraordinaire liberté fait du reste le désespoir des pays voisins qui observent une certaine réserve dans leurs relations avec la Hollande.MM: Comment la jeunesse hollandaise réagit-elle à cette situation?Christian: Dans son immense majorité, elle nage dans le plaisir, ce qui veut dire non seulement la jeunesse hollandaise, mais aussi toute la jeunesse européenne, ce qui n'est pas sans agacer un peu la jeunesse hollandaise constamment envahie par des jeunes qui ne viennent que se stoner impunément, pas plus.Mais à côté de cette masse jouisseuse, il y a la gauche intellectuelle et les vieux freaks qui protestent contre cet arrosage continuel de fonds du gouvernement, qui selon eux noient les vrais problèmes.Mais il faut comprendre qu'en Hollande comme en Angleterre, l'opposition est autant subventionnée que le parti au pouvoir.Le gouvernement subventionne non seulement ces endroits libres mais aussi un grand nombre de cliniques ou plutôt des centres d'accueil du genre drogue-secours.MM: As-tu rencontré des mutants en Hollande?Christian: En sept semaines, pas un.La conscience cartésienne matérialiste domine encore.Très peu de sentiment magique, de discipline spirituelle de mysticisme de la Nature, ou de conscience cosmique comme en trouve beaucoup en amérique du nord.Mais j'ai l'impression qu'ils sont la dernière génération, la crête de la vague du matérialisme européen, et que leurs jeunes frères et soeurs seront eux des mutants d'ici quelques années, ou plutôt j'espère.MAINMISE 35 iOST£ ASSÊ2.Lon&reHPs.poor 0) m tes Cochons SoNr y pa 105 ans *=>r Jv'**j C tfOSfHc£ TftMTÔr- ÇOfl/ff) ^' VAS y ftU&L Il y a la mari; et il y a ceux qui la font pousser, ceux qui la récoltent (pas toujours ceux qu'on pense), ceux qui la distribuent, ceux qui la dealent, ceux qui la pushent, ceux qui l'achètent, ceux qui les surveillent, ceux qui les arrêtent, ceux qui les défendent, ceux qui les condamnent, ceux qui les libèrent, ceux qui légifèrent sur, ceux qui étudient sur et qui disent à ceux qui légitèrent sur quoi interdire à ceux qui partent sur.Au tond, y a peut-être trop de monde.La prochaine fois, faites pousser votre propre pot, et surtout, n'en parlez à personne: vraiment trop de gens se sont faits voler leurs plants cet été ou ont été dénoncés à la si complaisante SQ.Bon, ce dossier s'est fait tout seul comme on ne dit plus dans le milieu.D'abord une lettre reçue de la campagne nous décrivant l'espèce de médiocre horreur des busts en campagne; on se sert des ordinateurs, de photos aériennes, des hélicoptères de l'Hydro, des mouchards, des agents déguisés.sibol on é tu au Vietnam?Qu'on bust les gens à la ville, ok, c'est la règle, du jeu, c'est le marché noir et bla, bla, bla.Mais qu'on aille buster à la campagne des gens qui font pousser leur chanvre sans faire de mal à personne, qui justement essaient de sortir du marché noir urbain et des contrôles pathétiques qu'essaient de mettre sur pied ou la pègre-lette, ou les gangs de motards, ou n'importe qui qui se prend pour le roi de la patate verte du quartier, ça devient absolument inadmissible.Mais t'énerves pas d'même, prends ça cool, ça toujours été d'même pi ça va rester d'même, intiquette toé pas.et il reprend la plume mécanique.Ensuite, Romain Rolland, le nôtre, pas l'autre, a fouillé sans mandat le Rapport Le Dain, question d'y trouver des perles rarement exposées en vitrine.Saviez-vous que.allez-y voir, l'histoire du chanvre au Québec est beaucoup plus louche qu'il ne semble.Il s'est aussi informé sur la nouvelle LOI SUR LA DOPE (saserâ ti l'tun si le speaker de la Chambre arrivait pi disait LOI S'A DOPE) et nous en livre des avant-goûts.Pour ce qui est des arrestations, nous nous sommes adressés à celui qu'officieusement on considère le meilleur avocat pour les causes de marijuana, maître Serge Ménard, le Robin des Bois de la jungle légale.Dans son papier, il nous entretient du danger principal de la marijuana, danger qu'aucun laboratoire ne s'est efforcé de prouver encore: la prison, et des façons d'éviter les crocodiles.Et voilà pour le mini-dossier sur la marie Jeanne, section "qu'en pense la Chambre de Commerce et l'autre Chambre." En parlant de Chambre, connaissez-vous l'étymologie de ce mot, et à quel autre mot fait-il penser dans la langue trançaise?Que signifie l'expression "maison de chambre" et que s'y passe-t-il?Envoyez vos réponses à Commission royale pour le Répandement (sic) du Chanvre indien sur les Territoires Inutilisés et pourtant Propres à la Culture de la Portion Nord du Continent Américain.Et, s'il vous plaît, semez à tout vent.k 38 MAINMISE Lettre reçue m au sujet des busts en campagne Je vous envoie les photos de deux de nos amis à tous: deux flics déguisés en monde.Sans être paranoïaque, il est étonnant de voir à quel rythme se multiplient les saisies de dope ici en Mauricie.A St-Etienne-des-Grès près de Trois-Rivières, les flics sont retournés au même endroit deux fois en deux semaines et ont porté deux séries d'inculpations.A St-François-du-Lac, près de Pierreville sur la rive-sud, plus de 180 beaux plants bien fournis ont été saisis.Même chose à St-Narcisse, St-Pierre-les-Becquets et ben d'autres places.A l'heure du procès-simulacre et grosse farce de l'agent Robert Samson, les méthodes de nos flics se raffinent et deviennent, aussi incroyable que cela puisse paraître, "subtiles".Les techniques mises de l'avant sont constamment modifiées On n'a qu'à se rappeler des premières escouades an-tidope pour constater l'ampleur dû changement.Les gros gras avec gros bras ont été remplacés en partie par des cheveux longs pouilleux grassement payés.Comment expliquer tout ça?En Mauricie de plus en plus de monde s'en va en campagne.Il ne s'agit pas souvent d'un retour à la terre en bonne et due forme mais d'un certain retrait de la ville.Les postes de la SQ à l'extérieur de Trois-Rivières ne sont pas remplis de "Sherlock Holmes" mais depuis l'arrivée des mutants beaucoup de choses ont changé.La gendarmerie qui avait entrepris cet hiver de "visiter" notre région depuis La Tuque jusqu'à Drum-mondville consacre maintenant ses efforts à la détection des cultures.Son but n'est pas tant d'enrayer la consommation de la dope mais de garder le commerce entre bonnes mains.c'est-à-dire de bons capitalistes qui font une piasse vite en contrôlant le marché tout en s'opposant pour des raisons "-morales" à la légalisation du pot.C'est un peu comme la très respectable famille Kennedy qui s'est graissé d'argent pen- dant la prohibition aux Etats-Unis.Il n'y a plus que les pilotes d'hélicoptères de l'Hydro-Québec qui en plus de vérifier l'état des fils électriques jettent un coup d'oeil sur ce qui sort du sol.Aujourd'hui, il semble que des photos aériennes spéciales aident les flics à découvrir les concentrations de pot.Les gens de la ville qui viennent s'installer à la campagne risquent d'être traqués par la police.Les vérifications de licences et d'enregistrement d'autos sont leurs façons de vous dire bonjour.Une fois ce premier contact établi, peu de temps ne s'écoule avant que vous ne soyez soupçonnés d'être l'auteur de tous les vols ou viols qui se commettent à trois cent milles à la ronde.Toutes les identités sont minutieusement vérifiées et l'ordinateur central de la Sûreté à Parthe-nais crache rapidement ce qu'il sait.D'autre part, maintenant que tous les postes locaux de la SQ en Mauricie sont reliés au quartier-général régional situé au Cap-de-la-Madeleine, il est moins coûteux d'avoir des "spécialistes".L'escouade régionale alcool-moralité (ERAM), l'escouade de la sécurité (alias les S.S.de la SQ) l'unité d'urgence de la Mauricie font affaire dans toute la région et sont à toutes les places importantes.(Page publicitaire: A Louiseville, les vieux qui ont vécu la grève du textile en 1952 se rappellent encore du policier-matraqueur favori de Maurice Duplessis.Il s'agit de Paul Benoît qui est aujourd'hui à la tête de la SQ) De son côté la Gendarmerie compétitionne avec la SQ pour les saisies, la jalousie est partout.Cet hiver deux fédés se sont tués dans un accident d'auto mais ils ont été remplacés et toutes les mé- thodes sont bonnes pour eux.Il y aurait encore beaucoup de choses à dire au sujet des activités policières dans la région de la Mauricie, mais je termine en vous rappelant que, l'Institut de police du Québec se trouve à Nicolet.(Page publicitaire: L'agent Goulet de Ste-Thérèse-de-Blainville a suivi un cours à l'Institut APRES avoir tué André Vas-sart.Maintenant il sait comment faire pour ne plus se faire prendre) Ce qui se passe en Mauricie doit se répéter en plusieurs exemplaires en Gaspésie, dans l'Outaouais, à Montréal ou à Québec.Face à cette situation, Mainmise qui est habitué de publier des textes qualifiés par certains de "théoriques" pourrait peut-être rédiger un petit guide pratique pour faire face aux flics.Les meilleurs informateurs au sujet des écoeu-ranteries policières sont probablement les lecteurs de Mainmise eux-mêmes.Comment semer son pot sans se faire prendre?Les arrestations?Les interrogatoires?Les procès?En somme comment se défendre devant les bourreaux du système et les putains en toge noire?Bien sûr la meilleure façon dans notre social-démocrasserie où règne la liberté comme dirait BOUBOU, t'as le droit de toutte toutte faire à condition de ne pas te faire prendre ou ben d'être ben riche comme un bon boss rouge.C'est rien qu'à Montréal que les chiens sont chiens pis ça serait l'fun d'être tranquille chez-nous pis partout.Pour ça va falloir s'organiser nous autres même pis Mainmise pourrait nous aider à faire face aux flics.Salut, Louis.m - y MAINMISE 39 Histoire du Cannabis au Canada "Débarqué sur les côtes d'A-cadie avec Samuel de Cham-plain en 1606, Yapothicaire français Louis Hébert est non seulement le premier colon de la Nouvelle-France, mais aussi le premier, semble-t-il, à cultiver le chanvre en Amérique du Nord.Peu de temps après, les Pèlerins (Colons de la Nouvelle-Angletterre) commençaient eux aussi à cultiver cette plante.La France tout d'abord et l'Angleterre ensuite ont encouragé la culture du cannabis dans leurs colonies du Nouveau Mondes en raison de la qualité des fibres textiles qu'on pouvait en obtenir." (Rapport Le Dain) Question: La raison évoquée ici serait-elle la seule plausible?Le traffic des fourrures serait-il une couverture pour faire passer le POT à la cour du Roi?Par analogie nous vous referons aux "POUFS" de l'ami de Robert Samson en provenance du Maroc.Il y a un point du rapport LE DAIN qui attire particulièrement notre attention; le Shaman Louis Hébert (il était apothicaire, en l'occurence pharmacien, qui à cette époque n'avait pas la lourde responsabilité de vendre des Q-tips, des 222 ou du Chanel No 5, mais qui préparait des philtres, ou breuvages magiques, des onguents, des remèdes pour l'extérieur et l'intérieur, des liniments, des herbes ou drogues vénéneuses, celui qui préparait les drogues, qui broyait les couleurs, ensorcelait, charmait, enchantait etc.Pourquoi Louis Hébert cultivait-il le canabis?Il serait dans le même ordre d'idée de supposer que Don Juan prépare sa "Petie Fumée".Quoi qu'il en soit, à l'époque du shaman de Samuel de Champlain, "on s'en servait pour confectionner des vêtements et pour faire des cordages, voilures et gréements.Vers la fin du 16e siècle, la rivalité Hollandaise (NDLR: Tout le monde connaît le Paradiso d'Amsterdam) empêcha les britaniques d'avoir libre accès à leurs sources habituelles d'approvisionnement d'Extrême-Orient.Le Roi Jacques 1er ordonna à ses colons d'Amérique du Nord de cultiver le chanvre; en 1630, c'était l'une des principales cultures de la côte de l'Atlantique.Plus tard le gouvernement de la Virginie a même Subventionné La culture du chanvre et imposé des amendes à ceux qui n'en produisaient pas." (Rapport Le Dain) c'est tu assez Too-Much Hein?"C'est de toile de chanvre qu'étaient couvertes les diligence à l'usage des pionniers de l'ouest (des Cow-boys stones).Au 17e siècle, le chanvre servait à confectionner la moitié des vêtements des colons et jusqu'en 1847, les esclaves n'auraient guère porté que du chanvre.(.).Il ne semble pas que les premiers colons aient utilisé le chanvre pour ses propriétés toxiques.Il est possible cependant que certaines personnes les aient connues, par exemple George Washington qui cultivait le cannabis à Mount Vernon.Certains indiens d'Amérique du Nord, notamment le chef Sitting Bull, se servaient du cannabis comme ingrédients des préparations qu'ils fumaient dans leurs calumets de paix.Il est probable que les esclaves noirs venus d'Afriaue avaient certaines connaissances sur les propriétés psychotropes du chanvre.Au Canada la culture du cannabis s'est poursuivie à une faible échelle jusque vers 1930.En 1938, un amendement à la loi sur l'opium et les drogues narcotiques (le pot n'est pas un narcotique) interdisait la culture du cannabis sauf autorisation spéciale; le Canada importe depuis tout le chanvre qu'il utilise.On a récemment songé à faire renaître la culture du cannabis en Amérique du Nord pour des raisons d'ordre écologique et économique.Pour une même superficie en effet, le cannabis cultivé peut donner un rendement annuel infiniment supérieur à celui de la forêt dans l'industrie des pâtes et papiers." (Rapport Le Dain) Actuellement en 1974 que se passe-t-il dans notre environ- MAINMISE \ nement immédiat?Rien sinon qu'il y à toujours des bust, des arrestations, des mises en accusations, des comparutions sommaires, des dossiers à vie ou pour 1 an ou deux, des paranoias, des insécurités, des amendes, des policiers, des avocats, des juges, des problèmes.oui finalement nous pouvons relever des problèmes, mais où sont les solutions, les recommendations passent toujours innaperçues, la répression continue et augmente selon les périodes.La section aide à la jeunesse de la police de Montréal a été affectée au problème de la drogue, c'est la raison principale qui fait que depuis le début de septembre on ne peut plus consommer à l'hôtel Nelson (et Dieu sait que c'était l'une des places les plus cool de Montréal); on embête délibérément les contribuables, on remplit les coffres de la ville et de la province et du pays.La situation a assez durée, qui sont les criminels?Certainement pas nous, et ils le savent, sauf qu'ils votent des lois qui les arrange, ils tirent sur des jeunes consommateurs et ils sont acquités à l'enquête préliminaire.Nous avons des yeux pour voir, fini de rire du monde.On ne parlera pas de libérer la conscience collective d'une population, en lui vendant les jeux olympiques, la mini Loto ou du bon pain Weston.Il s'agit de se regrouper, d'aller voir les gens qui veulent nous gouverner et d'entreprendre par les moyens légaux de faire changer une fois pour toute ce qui ne fonctionne pas.Et nous savons ce qui ne fonctionne pas, la population canadienne entière est près de l'abime, elle mange mal, elle est constipée et dans tous les sens du mot, elle s'alliène de jour en jour.OK nous allons prendre les moyens qu'il faut mais point par point.Le gouvernement Trudeau a fait passer de grandes Lois pour donner une plus grande liberté individuelle, il est à nouveau politiquement majoritaire, il doit considérer dans un éventuel projet de Loi, qu'un Canadien sur vingt, au minimum, fait usage du cannabis à l'occasion.Exclusion faite des personnes de plus de 60 ans et de moins de 6 ans, la proportion est d'un sur sept ou huit.Dans certains milieux, elle s'élève à une personne sur deux.Il doit aussi considérer la répression coûteuse et inefficace, le caractère non éducatif de la loi, l'absence de contrôle sur les prix et la qualité.Il doit considérer aussi que les chiffres que nous lui transmettons aujourd'hui son très conservateurs, car la réalité que nous connaissons et que nous vivons à tous les jours dépasse ce que nous pouvons trouver à l'intérieur du rapport de la commission d'enquête sur l'usage des drogues à des fins non médicales.Le gouvernement Trudeau doit noter que seul Mainmise pour la population française a essayé de démistifier et de sensibiliser l'opinion publique sur l'usage des drogues, nous avons depuis notre existence répondu à des miliers d'appels téléphoniques, des centaines de lettres et des centaines de visites à nos locaux, il serait grandement temps qu'un organisme gouvernemental fournisse l'information autre que le rapport le Dain (qui reste sur les tablettes) ou les petits tracts insignifiants du Ministère de la santé.A moins que le Secrétariat d'Etat nous alloue un compte de dépense pour payer le Bell Téléphone! Encore une fois amusant mais pas très sérieux.Nous connaissons beaucoup de personnes de professions libérales qui fument régulièrement, qu'ils soient avocats, dentistes, médecins, ingénieurs, architectes, politi-coloques, pharmaciens, notaires, administrateurs, curés, députés, urbanistes, écrivains, sociologues, professeurs, ou tout simplement pushers nous pouvons tous les identifier à une appellation commune: Ce sont des CRIMINELS DE DROITS COMMUNS.Vous avez, et vous le savez, des criminels à la Chambre des Communes.Nous savons tous que le Québec et l'Ontario sont prêts à légaliser le cannabis.Il ne vous reste plus que de faire en sorte de préparer le reste du Canada au grand tournage, faites-le maintenant, préparez l'opinion publique, n'attendez pas votre prochain mandat.il sera trop tard.Romain Rolland Vallée La dope: une nouvelle loi! Il y a une rumeur qui veut qu'un projet de loi sot présenté à la chambre des communes à l'ouverture de la session parlementaire le 30 septembre.Il semble en effet que le ministre de la justice procéderait au transfert du cannabis qui est actuellement sur la loi des Stupéfiants et qui serait transposé à la Loi des Aliments et Drogues.Quels sont, pour le consommateur, les avantages d'un tel transfert.Présentement, la possession de marijuana est passible d'une peine sous la Loi des Stupéfiants: pour possession: sur déclaration de culpabilité, jusqu'à 7 ans.Sur déclaration sommaire i r r y CANNABIS SATIVA de culpabilité: jusqu'à 6 mois et ou une amende allant jusqu'à $1,000.Pour culture: jusqu'à 7 ans.Pour trafic ou possession pour fins de traffic: pouvant atteindre le maximum, à vie.Pour importation et exportation: Minimum, 7 ans.Maximum: à vie.Si la marijuana devait être inclue à l'annexe J de la Partie 4 de l'Acte sur les Aliments et MAINMISE 41 drogues, les peines seraient comme suit: a) sur déclaration sommaire de culpabilité, s'il s'agit d'une première infraction, une amende de $1,000 ou un emprisonnement de 6 mois ou à la fois l'amende et l'emprisonnement et, en cas de récidive, une amende de $2,000.ou un emprisonnement d'un an ou a la fois l'amende et l'emprisonnement.OU b) sur déclaration de culpabilité par voie de mise en accusation, une amende de $5,000.ou un emprisonnement de 3 ans ou à la fois l'amende et l'emprisonnement.1) Nul ne doit faire le trafic d'une drogue d'usage restreint ou d'une substance quelconque qu'il représente ou offre comme étant une drogue d'usage restreint.2) Nul ne doit avoir en sa possession une drogue d'usage restreint aux fins d'en faire le trafic.3) Quiconque contrevient aux dispositions des paragraphes (1) ou (2) est coupable d'une infraction et encourt, a) sur déclaration sommaire de culpabilité, un emprisonnement de 18 mois; OU b) sur déclaration de culpabilité par voie de mise en accusation un emprisonnement de 10 ans.C'est un bon pas vers la légalisation, mais nous ne devons absolument pas en demeurer à ce stade.Le ministère de la justice applique l'une des recommendations du rapport Le Dain, mais il nous semble raisonnable qu'il applique et ce dans le plus bref délais ces trois recommendations du rapport Le Dain: 1- La Commission recommande l'adoption de mesures législatives prévoyant la destruction, après un délai raisonnable, de tous les dossiers relatifs à une codamnation pour de tels actes.2- La Commission est d'avis que personne ne devrait être passible d'emprisonnement pour simple possession d'une drogue psychotrope à des fins non médicales.Elle recomande plutôt qu'une telle infraction soit punissable par voie de déclaration sommaire de culpabilité d'une amende d'au plus $100.3- La Commission recom- mande que la définition du trafic soit modifiée de façon à ne pas inclure le fait, pour un usager, de donner sans contrepartie à un autre usager une quantité de cannabis à être consommée en une seule fois.Un tel acte devrait être plutôt assujetti à la peine prévue pour simple possession.De toute façon nous en sommes actuellement à de simples hypothèses, nous ne connaissons pas exactement ce qui sera présenté en Chambre.Mainmise ira le 24 septembre rencontrer le ministre de la Justice à ce sujet, nous serons accompagnés de notre conseiller juridique Maître Serge Ménard, nous ferons rapport de l'entretien au numéro de novembre.Une chose est certaine: au moment de la lecture de cet éventuel projet de Loi, il sera absolument nécessaire que tous les lecteurs envoient un télégramme ou une lettre à M.Otto Lang pour le féliciter de ce premier pas et de l'encourager à continuer dans cette bonne direction.Mainmise prendra contact avec les autres revues du pays afin de faire passer Te message à plus de gens possibles.Il faut absolument que le Ministre reçoive des milliers de télégrammes.Ca fera boule de neige et il sera peut-être possible de faire engager le débat en chambre sur la question.Il ne faut pas passer à côté, faites circuler l'information c'est dans vôtre intérêt.Nous allons tous ensemble libérer des centaines de milliers de criminels de droit commun.Ce n'est qu'un début, préparons la libération.Amusant.et de plus en plus sérieux.Des dangers bizarres, réels et méconnus de la marijuana Les usagers comme les gens bien informés sur les effets des drogues, savent tous que le plus grand danger de la marijuana, c'est encore la prison.Au moment où cet article sera publié, il est probable que le Gouvernement aura rendue publique son intention de faire passer la marijuana comme tous les autres produits du cannabis, de la Loi sur les Stupéfiants à la liste des drogues d'usage restreint.Ce simple transfert mettra fin à quelques incohérences dans le régime légal qui recouvre l'ensemble des drogues mais pas à toutes.Je me propose donc de vous parler des façons inattendues dont les lois actuelles peuvent vous conduire en prison même si les amendements qu'on proposera bientôt sont votés par le Parlement.Tout le monde croit actuellement qu'on ne risque pas sérieusement la prison si on se contente de consommer de la marijuana et par conséquent, n'en avoir en sa possession que de petites quantités.Par contre, dès qu'il s'agit de trafic, ne fût-ce que d'une intention de trafiquer, ce risque devient une quasi-certitude.Mais sait-on ce que c'est que trafiquer?La loi sur les stupéfiants ne se réfère pas au dictionnaire; elle définit ainsi le trafic: "trafiquer, ou "faire le traffic" désigne le fait a) de fabriquer, vendre, donner, administrer, transporter, expédier, livrer ou distribuer ou b) offrir de faire l'une ou l'autre des opérations mentionnées à l'alinéa a)." "Offrir de faire l'une ou l'autre des opérations mentionnées à l'alinéa a) ": "Qu'en termes élégants, ces choses là sont dites."Cela veut dire: "offrir de donner".Tu es chez toi, tu allumes un joint, tu l'offres à un ami, il refuse, peu importe tu as trafiqué, tu es un trafiquant de stupéfiant passible de l'emprisonnement à perpétuité.Les amendements proposés s'ils sont votés, changeront cela pour la marijuana.La définition 42 MAINMISE de "trafic" applicable sera celle de la Loi des Aliments et Drogues; elle ne comprend ni le mot donner ni celui d'offrir mais elle comprend encore celui de "transporter".Il reste aussi une autre façon tout à fait inattendue de devenir légalement trafiquant de stupéfiants et d'encourir toute la sévérité de la loi pour ce genre de commerce.C'est celle qu'a apprise à ses dépens un jeune accusé à la comparution duquel j'ai récemment assisté.Il s'agissait d'un jeune homme qui consomme régulièrement des drogues mineures en petite quantité.Quand il en veut, il s'adresse à un type que tout le monde connaît au restaurant qu'il fréquente.Un bon soir, deux bums entrent dans le restaurant et commencent à demander à gauche et à droite si on peut leur procurer de la drogue.Ils s'adressent à ce jeune homme qui leur dit qu'il n'en a pas et que de toute façon, il ne trafique pas.Mais voyant le type qui l'approvisionne habituellement, il leur indique.Les deux bums s'approvisionnent de quelques grammes de haschich et de quelques pilules de mescaline.Au moment de payer, ils sortent leur badge, ce sont deux agents du Bureau de l'Aide à la Jeunesse de la Police de Montréal.Ils arrêtent le "pusher" (cela on s'y attend un peu) mais aussi le jeune homme qui leur a indiqué ce "-pusher".Le lendemain, à sa comparu- tion, la Couronne s'oppose à ce qu'il ait un cautionnement.Motif: il est sous le coup d'une sentence suspendue pour possession de stupéfiants (soit de la marijuana) et le voici maintenant accusé d'avoir trafiqué un stupéfiant (le haschich) et d'avoir trafiqué une drogue d'usage restreint (du L.S.D.), T'intérêt public" commande que ce jeune homme attende son procès en prison.Son avocat a toutes les difficultés à replacer cet incident dans son véritable contexte car les policiers présentent ainsi la chose: "Nous nous sommes rendus à tel restaurant, nous avons demandé à l'accusé s'il pouvait nous procurer de la drogue, n'importe quelle sorte, il nous à dirigés vers son "complice" duquel nous avons acheté quelques grammes de haschich et de la mescaline (l'analyse a révélé que les pilules contenaient du LSD)." En fait, si cette histoire est prouvée, ce jeune homme risque très sérieusement la prison.Car accomplir quelque chose en vue d'aider quelqu'un à commettre une infraction, c'est être, dit la loi, partie à cette infraction.Cela veut dire être son complice, être,coupable du même trafic que lui, risquer les mêmes peines.Il est bon aussi qque l'on sache que le doute raisonnable est une doctrine bonne pour les meurtriers et les voleurs mais non pour les usagers trop enthousiastes de la marijuana ou d'autres drogues.En effet, chacun sait qu'au Canada, avant de mettre quelqu'un en prison pour meurtre ou pour vol, on s'assure que c'est bien lui au-delà de tout doute raisonnable.C'est également vrai pour le trafic d'un stupéfiant ou d'une drogue.Mais si on accuse une personne non pas d'avoir trafiqué mais seulement d'en avoir eu l'intention, l'on n'aura pas besoin d'établir sa culpabilité, ce sera à elle d'établir son innocence, non pas de soulever un doute quant à son innocence comme si elle était accusée de meurtre ou encore d'avoir tué un enfant alors qu'elle était ivre au volant d'un véhicule, mais d'établir par une prépondérance de preuve, c'est-à-dire de convaincre à cinquante pour cent plus un.Je suis personnellement convaincu que ceux qui ont rédigé cette loi comme ceux qui l'ont votée n'ont jamais voulu cette incohérence mais les mots qu'ils ont utilisés et le sens que les tribunaux leurs ont donnés dans d'autres lois font que cette incohérence est aujourd'hui une certitude.Il y a donc dans les prisons canadiennes des gens qui servent des sentences sévères pour possession pour fins de trafic d'un stupéfiant ou d'une drogue alors que le juge ou le jury qui les avait condamnés avait un doute raisonnable sur leur culpabilité.L'ensemble des lois canadiennes sur les drogues et les stupéfiants contient beaucoup d'autres incohérences dont je pourrai parler plus tard si le besoin s'en fait sentir.Mais j'ai remarqué dans ma pratique que la moyenne des gens ne connaît pas leur rigueur.J'espère que cet article aura appris quelques chose à ceux qui consomment de la marijuana ou des drogues mineures sans avoir un esprit délinquant parce que pour eux, la limite de leur droit est située là où commence le droit d'autrui.A cause de leur naïveté et de leur bonne conscience, ce sont souvent eux qui écopent des applications inattendues de ces lois mal faites.La marijuana est beaucoup plus dangereuse qu'on le croit.légalement dangereuse.Serge Ménard Avocat MAINMISE 43 nintic GOUVERNEMENT PL' QUÉBEC MINISTÈRE DE L'ÉDUCATION BX 279 5 Questionnaire d*examen d'entrée pour le cours, CANNABIS 408 (terminal) Durée de l'examen: .bof! 6 questions de 27 points'chacune (au choix 27 questions de six points chacune: demandez le formulaire GX7-Yo9b6) /; Culture générale a) La marijuana es.t I: chien mexicain 2: prénom italien 3; chanteuse du Coconut Inn 4: plante verte 5: non 6: parfois, ça dépend b) La marijuana se cultive I: en pot 2: bien 3; parce qu'elle protège les choux 4: comme les tomates sauf que des fois il y a des variations subtiles dans la couleur » 5: loin de la route et des hélicoptères de l'Hydro-Québec c) Les effets de la marijuana sont 1: affaiblissement profond de l'activité psychique affectant les fonctions intellectuelles de l'affectivité.2: S35 d'amende pour simple possession 3: accroissement profond de l'activité psychique éclaboussant lé"s fonctions intellectuelles el_ l'affectivité d'une illurninalion profonde 4: pas pire 5: classiques d) Identifiez le plan de marijuana dans les photos suivantes //: Economie du chanvre a) Votre pusher arrive par l'autobus de Québec à 8h22, avec 4 minutes de'retard: il vous propose une once de Pakistanais à S25.Combien vous aurait coûté I dime de Pakistanais s'il avait pris le train et s'il était arrivé 30 minutes avant'.' » b) Discutez le problème suivant: Si l'once de haschich vaut plus qu'une once d'or, dans combien de temps, selon vous, l'économie mondiale reposera-t-elle sur la marijuana?(voir MM no 96) c) Si.selon un certain rapport, "ne contient du THC que la sommité fleurie des plans femelles non fécondés (MM nb 4)", est-il vrai que 140 plants de St-Edouard Gold ne font que ,2 onces et dites dans quel procès cet argument a été invoqué avec succès.d) Vous avez huit dents cariés, deux obturations et un bouton sur le menton.Sachant qu'une carie se réduit de 0.001% par centaine de joints fumés et qu'une acre de chanvre cultivé produit 6,000,000 de cigarettes moyennes (I /3 de gramme), combien de temps vos dents mettront-elles à disparaître? GOUVERNEMENT OU QUEBEC Ministère de l'Education BX 279 5 ///: Psychologie du canabis Cochez le nombre de fumeurs sur lu photo ci-joint a) de 7 à^31 fumeurs b) plus de 32 fumeurs c) tous IV: Vrai ou faux a) tous les chiffres précédents sont tirés du rapport Le Dain b) Tivresse canabique est une maladie de la plante du pied c) le Ministère de la Santé et du Bien-être social croit que l'usage augmente avec l'habitude d) le Ministère de la Santé et du Bien-être social croit que l'habitude augmente avec l'usage e) le Ministère de la Santé et du Bien-être social croit à peu près n'importe quoravec l'usage V: Test de personnalité Etes-vous paranoiaque?I: Le téléphone sonne a: vous répondez que vous êtes sorti b: vous lancez le téléphone par la fenêtre c: vous appelez le voisin pour qu'il réponde à votre place d: vous cherchez l'inspiration e: vous décrochez f: vous éclatez de rire 2: Par un pénible hasard, un policier entre chez vous alors que vous éteigne/ votre dernier joint a: vous lui offrez un café b: vous lui parle/ de l'odeur qui vient de chez les voisins c: vous lui dites' que vous partez d: vous lui parle/ de votre mère c: vous appelez votre avocat VI: Test d'habileté mentale Reliez la colonne A à la colonne B Avant 1,000 joints Après 1,000 joints Iles productions kosmos présentent: 3 novembre H,- 7 novembre CENTRE MUNICIPAL DES CONGRES CENTRE HILTON QUÉBEC.46 MAINMISE Anthologie vagabonde cannabinique Voici quelques citations d'écrivains, poètes et érudits où le chanvre indien est mentionné dans un contexte autre que médical ou moralisateur.Certaines des citations ne contiennent aucune allusion au chanvre mais sont, par contre, de pure inspi- ration cannabinique (quel beau mot).A remarquer dans la plupart des cas la justesse des précisions.Que ie lecteur se réfère à ses propres expériences cannabiniques (vraiment, quel beau mot!).ftu rti'cf3.oscope £Ltcxf&H\
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