Mainmise, 1 janvier 1977, mai
PER M-414 10 mai au 15 mai 17 mai au 22 mai 24 mai au 29 mai 31 mai au S juin JIM ET BERTRAND THE WHITE RIVER BLUEGRASS BAND ROBERT PAQUETTE LE TEMPS Heure des spectacles: 21 h 30 et 23h 30 Réservation des billets: 867 5731 um production BEAU BEC 6- mainmise no 70 Pour célébrer le mois de mai, le renouveau, la montée de la sève et l'explosion de la végétation québécoise, la grande fièvre amoureuse du printemps, Mainmise se met sous le signe du Taureau.Pas question de décoller cette fois.Les deux pieds sur la Terre et tous les sens ouverts, le corps vivant, vibrant, réceptif.Ce numéro de Mainmise, nous l'offrons à la terre québécoise, à sa richesse, ses odeurs, ses beautés grandioses, ses ciels sublimes, à la qualité, la transparence de son air, à la générosité de ses cours d'eau sans pareils, victimes du grand Gâchis.A Pierre Dansereau qui parle si bien, si clair et sans ménagement du rapport trop abstrait des québécois avec la nature, à leur criminelle indifférence surtout (qui n'est pas irréversible !).A Claudine Brelet-Rueff, un point fort dans le grand réseau de conscience écologique et cosmique de la planète auquel nous nous sentons plus que jamais reliés.Aux jeunes, qui à travers la grande vague hédoniste de la contre-culture et l'animisme du nouvel âge, retrouvent, au-delà de leur culture latine qui chosifie la nature, leurs vraies racines.Aux Celtes et aux Amérindiens, donc, ces fils de la Terre, ces amoureux de la Vie qui sont avec nous, partout présents, et qui se manifestent de toutes les manières, par exemple : ce concert de musique celtique et québécoise du groupe "Barde" à la Bilbiothèque Nationale, un ravissement.A tous les "dropés", les campagnards, les communards, ces expérimentateurs du futur dont Mainmise voudrait être le point de ralliement.Aux sages-femmes de la transformation.Aux sages-femmes tout court.A l'amour, aux fleurs, aux petits oiseaux.Michèle Favreau RECHERCHE : L'AUSTERITE JOYEUSE, entrevue avec Pierre Dansereau, écologiste, par Georges Khal et Jean-Michel Montbriand p.5 SAVEZ-VOUS PLANTER DES CHOUX ?, les jardins communautaires en milieu urbain, par Madeleine p.8 LES DEUX COTES DU PARADOXE NECESSAIRE, par Stewart Brand, traduction Georges Khal p.9 JOURNEE INTERNATIONALE DE LA BICYCLETTE, communiqué du "Monde à Bicyclette p.11 CLAUDINE BRELET-RUEFF, l'amour, la réincarnation, l'écologie, la continuité p.12 PRAXIS MAINMÏSE/MATANE par l'équipe des Petits Vallons.To Be "different".or not to be p.20 Les nouvelles du monde p.21 La mutation agricole Renaissance de la sage-femme Les plantes sauvages curieuses du Québec Trucs pratiques, recettes zé conseils p.22 p.24 p.27 p.30 "NFORMATION HRONIQUE LIVRES p 15 LE COIN DES YEUX p.31 LE CHAMAN MASKE p.32 JUPITER SATURNE URANUS, ou la respiration de l'âme p.33 MUSIQUE VERTIGES, Tangerine Dream & Dream Tangerine, par Marc Desjardins p.34 PHILIP GLASS, par Marc Desjardins p.39 L'OISEAU-ROCK, par Clodomir Sauvé p.41 RED MITCHELL, entrevue par C.Belleau p.42 OFFENBACH, par Bruno Dostie p.43 DISQUES p.44 Page couverture : Madeleine Hébert André Roussil Equipe de production : Michel Bélair, Nicolas Devil, Michèle Favreau, Madeleine Hébert, Marlyse Piccand, Yves Poissant, Pierre-François Tassé, Michel Chevrier, Catherine et Claude.Mainmise est publié mensuellement par les EDITIONS MAINMISE INC., filiale à soixante pout cent de la-FONDAT ION DE RECHERCHE EN ECOLOGIE ET ALTERNATIVES QUEBECOISES INC.(FREAQ), et distribue par Les Messageries Dynamiques, 775 Lebeau, Montreal (514) 332-0680.Dépôt légal : deuxième trimestre 1977.Courrier de deuxième classe, no.2511.Port de retour garanti par Mainmise.Fondateurs : Jean Basile et Georges Khal.Rédaction, fabrication, administration, abonnements : Mainmise, 1591 St-Denis, Montréal (514) 843-4792, Publicité (514) 843-5844.On peut rencontrer ou rejoindre par téléphone l'équipe de rédaction les lundis et jeudis de 13h à 17h à l'adresse du journal.Mainmise se vend $1 l'exemplaire et l'abonnement (12 numéros) est de S10 par année.Imprimé au Kébek.Mainmise n'est pas responsable des taches de café ou pistes de pattes de chat ou tout autre ennui pouvant survenir aux manuscrits ou dessins qui lui sont envoyés.On vous promet de faire attention quand mainmise no 70 Ma vie est comme une lente promenade sur la plage Qui m'amène tout près, tout près de l'onde Si près que la vague parfois couvre mes pas nonchalants ¦ 11 ' "'i Et'que je m'arrête pour mieux sentir sa caresse Thoreau GUERISON DE LA FAMILLE MONDIALE Gila National Forest New Mexico Avez-vous remarqué comment il peut y avoir du bon dans les philosophies religieuses mais qu'il manque de quoi parmi ceux qui sont fanatiques.Ils sont si absorbés par leurs , .„ .buts qu'ils manquent le présent.Ou comment les freaks sont libres mais poignes par °"Se/.euJln^n0l^.^ ** fogf* «J*».1* t8mPte * 'yy^yy.'yy^ leurs trips.Et entre les deux se trouve la nature et ses joies.Comment faire pour être RASSEMBLEMENT du 1 au 7 juillet 1977 que tous les peuples peuvent vivre et travailler ensemble en harmonie et guérir la terre.Le rassemblement cette année est à un endroit bien retire.Viens préparé.L'épicerie la plus proche est à plus de 90 milles.Il y a une marche de 3 à 4 milles.C'est un événement totalement pas commercial.Si tu peux pas venir tu seras avec nous où que tu sois.Amène ton bol, ta cuiller, ta hutte, du manger en gros, des fruits, des légumes, autant de manger que possible.Toi-même, tes capacités, tes amis, et surtout laisse ton chien chez vous.Toute donation acceptée et pour d'autres informations tribu arc-en-ciel, CP.366, Val-David.Message d'une Source Angélique et Communication par Télex Humain m'a impressionné.Pouvez-vous me donner plus de détails de son origine ?Merci.Gabriel Bourdon Réponse : le 1er message a été reçu par les gens de la communauté de Findhorn et le second a été imaginé par Georges Khal, de Mainmise.Chers mainmisiens et terriens, Il est temps que les vivants mettent main-mise sur terre.Voici qu'il vous est bffe/t terre riche comme pas vu souvent pour que chacun-ensemble nous vivions jardin Unitaire sur une même Terre pour toute la Belle Saison Unite de terre minimum essentiel de 1/4 d'acre (champ) 1300 m2) assez grand pour y récolter vos legumes pour l'année.Et pour ceux qui le désirent, lieu de campement d'un village (tentes pyramides) communautaire dans de multiples petites clairières.Le tout pourossiopeuque $50.Principe, Aimer la Vie Loi, ne pas la tuer Fait, la cultiver *** C'est la plus too much terre en ville.La plus grande (600 acres), la plus près (1 h.de Montreal), la plus riche (ceinture noire d'Amérique du Nord !), la plus facile (pays plat et instruments disponibles à user sciemment, et la plus belle (comme partout nature) c'est à chacun qu'est laissée l'appréciation, Martres Pins et Cèdres du Kébek, sentiers de mousses et ruisseau chantant; tout ça pour qu'ensemble chacun de nous se libère un peu plus, devenant autonome et indépendant de l'indésirable pour dépendre librement du désirable sein même de notre Mère la Terre.Du jardin individuel à l'agriculture organique communautaire, en passant par toutes les formes de culture harmonieuse possibles, biodynamique et Findhorn, écologie et magie, la culture naturelle est ouverte.C'est de Montréal vers le Sud, Hemming-ford (Bordure de Passage) (près du park Safari Africain), nous-mêmes, sanctuaire pour animaux d'ici, astrophiles, pyrami-dophiles, et autres amoureux y vivent et y sont de passage.Donc c'est une invitation à venir partager la vie terrestre, à venir te connaître par ton rapport d'expérience avec la nature, à camper sous tente pyramidale, centrale d'énergie universelle, à venir y tirer ta substance vitale, à venir t'emplir du divin de l'air des pins, du Soleil et de la bonne vie, de l'Universel Amour de tous et du Tout qui est UN.Info : 388-5226 Avec Amitié, Amandré J'écris ces mots dans l'espoir qu'on me lise.Les rideaux sont tombés sur un enjôlement général, le5 mars 77, à l'Outremont, un spectacle qui faisait rire et pleurer autant l'auditoire que les musiciens.Harmonium est devenu en très peu de temps l'image de la plupart des Québécois, ils sont comme nous autres, simples et accueillants.Quand ils sont sur scène, c'est comme s'ils étaient assis en face de moi, dans l'salon, à me jaser bien tranquillement.Hier, on aurait écouté la belle voix de Fiori toute la nuit.Mais c'est fini; trop vite d'ailleurs.On a à peine goûté le centième de ce qu'ils valent.Harmonium ça fait flipper, ça poigne au coeur.On vous aime.Patricia, Montréal P.S.: Mainmise manque de bandes dessinées révélatrices.Les éditions Mainmise publient une revue de BD : Ballo une.Pourquoi ne pas y jeter un coup d'oeil ?MAISON EMMAUS La maison Emmaus, une oasis de silence en plein coeur de Montréal.On peut venir s'y recueillir quelques minutes, quelques heures, quelques jours, quelques semaines ou même quelques mois.A la Maison Emmaus, l'initiation à la méditation se fait dans la ligne de cette tradition mystique née des 40 jours de Jésus au désert.Une attention particulière est apportée à l'hésychasme, une technique de méditation issue des moines des déserts de Palestine et d'Egypte.La liturgie, la prière spontanée, la danse sacrée, la lecture de la Bible et des auteurs spirituels y trouvent également leur place.L'initiation à la méditation se vie à l'intérieur d'une expérience de vie communautaire et d'accueil.Le climat veut favoriser la redécouverte de son rythme intérieur en étroite liaison avec le rythme de la nature.Apprendre à vivre pleinement le temps présent de façon plus consciente, plus ouverte, plus accueillante et plus saine.Dans ce but, le décor de la Maison Emmaus est simple et dépouillé; le style de vie, dégagé; l'ordre du jour, planifié; l'alimentation, soignée et naturelle.- du lundi au vendredi : méditation à 7h et 18h - samedi, sessions d'initiation à la méditation, hésychaste - sur demande, initiation à la méditation hésychaste sur place, pour groupes à oartir de 16 ans.Maison Emmaus (près métro Pie IX) 2600 Desjardins Montréal H1V2H7 tél.255-4773 non conformiste et faire partie de l'harmonie ?Et bien j'ai tiré de bonnes conclusions après avoir participé à divers projets et j'aimerais me joindre à tous ceux qui veulent aller dans la même direction pour fonder un lien entre nous et la nature, entre l'homme (ou la femme) et l'univers.En commençant par faire des excursions ensemble dans la nature pour s'approcher les uns des autres dans l'ambiance qu'on y trouve.Ecrivez-moi à cette adresse et même si vous demeurez loin de Montréal, ça n'a pas d'importance.André Juneau 1794 Bréboeuf, apt.103 Longueuil, P.Q.Soleil tout l'monde cé des bêtises que je vous envoie via mes pensées, j'ai pas vu une explication de Vous pour nous dire Nous les chercheurs solitaires, où est passé le texte concernant les pyramides.Il devait paraître dans le no.67, même qu'il était commencé dans le no.66, je le trouvais correct, en accord avec ma pensée et mes recherches, j'aurais aimé connaître SA pensée, sa vision de la pyramide et des énergies qui s'y focalisent, sa manier de la contruire mais y eu Vous, vous n'aviez pas assez de pages sûrement, "il" le truc du restez en ligne on Vous reploggera bientôt.Ca sent le capitalisme.Et j'en passe.Cé pas moi qui veut vous décider n'empêche qu'asteur, je Va regarder les titres de vos papier et pi quand que yara pas sui qu'Veux."LES PYRAMIDES SUITE ET FIN." Je vous laisse TOMBER.Il es plus important pour moi d'expérimenter que de lire des placotages sur la dualité ou sur le changement des structures internes de la société.Y a bel lurette que j'ai compris que la révolution elle se fait en dedan, connais les Vibrations.Paix profonde.Claude Côté R : Merci pour le rappel - la suite de cette recherche sur les pyramides sera publiée dans le no.de juin de MM.Je suis à la recherche d'un associé muni de fonds nécessaires à la mise en marche d'un restaurant végétarien.J'y apporterais une note nouvelle en cuisine et tout mon amour Marie-Madeleine 523-6366 Alio toulmonde ! J'ai des graines de "wood rose" à vendre.C'est une médecine psychédélique naturelle organique.20 graines pour 5 piastres (appr.4 doses).Ecrire à Rhona Achtman, a/s tribu arc en ciel, CP.366, Val David.Nous sommes à la recherche de musiciens (musiciennes) et de chanteurs (chanteuses) pour groupe musical créatif expérimental.L'objectif est de monter un spectacle audio-visuel.Si intéressés : Richard : 522-6827 Maurice : 525-5379 Merci d'avance.Recherche album du groupe instinc The Fugs "Tenderness Junction".Richard 524-6217 après 6h.La science-fiction t'intéresse ?Tu écris des textes ?Tu fais des dessins ?Ecris-nous : REQUIEM (Science-Fiction/Fantastique) 1085 St-Jean, Longueuil Si tu écris de la science-fiction, participe au Prix Dragon 77.Tu peux gagner $100.Règlements : REQUIEM, 1085 St-Jean, Longueuil.Je suis à la recherche d'un emploi intéressant.J'aimerais travailler dans le domaine de la production.Dans la préparation, à la coordination de spectacles ou encore de tournées soit pour le compte d'un groupe (orchestre) spécifique ou pour une maison de production.Ecoutez je ne suis pas difficile en fait je n'ai qu'énuméré quelques facettes, évidemment il y a beaucoup plus.Merci.Experience, bilingue Je m'appelle Marc 766-7889 Auriez-vous la gentillesse de me dire comment et où je pourrais me procurer les poèmes de Normand Décary ayant rapport avec les dessins de Pierre Tétreault.L'oeuvre de ce dernier m'a ravie et apporté beaucoup de joie et la lecture des poèmes trouvés dans votre journal m'a apporté aussi de grands points de réflexions.F.Bourgon Leur adresse est : 220 chemin des Vingts, St-Basile le Grand, J0L ISO Je cherche des cartes à jouer du Valet de Coeur ou du Joker usagées ou fait main.Mère si.Valet de Coeur 2072 St-Hubert app.3, Montréal mainmise no 70 An 'austérité joyeuse une entrevue avec Pierre Dansereau par Jean-Michel Montbriand et Georges Khal transcription des bandes : Jean Guernon Inutile de presenter Pierre Dansereau.H est le doyen des écologistes québécois, et sa réputation est internationale.Son dernier livre LE CADRE D'UNE RECHERCHE ECOLOGIQUE INTERDISCIPLINAIRE, publié dans la série EZAIM aux Presses Universitaires de Montréal a été couvert dans le no.68 (mars 1977) de Mainmise.Trois pleines pages sont consacrées à Dan sereau dans "Le Répertoire Québécois des Outils Planétaires" au début de la deuxième section 'La Planète".Cette entrevue, qui justement avait été faite pour paraître dans le Répertoire, nous a semblée plus appropriée dans les pages de Mainmise.Nous ne pouvons cependant en présenter les extraits, l'entrevue originale ayant duré plusieurs heures et couvert un ample terrain.Nous nous excusons de ne pouvoir ajouter à cet article quelques photographies de Pierre Dansereau.La fabrication et la préparation du numéro ont coincide avec une absence assez longue de Dansereau à l'extérieur du Québec.MM — Quand on parle du Québec, on a généralement des portraits.Disons un portrait culturel, un portrait historique, un portrait social, mais on ne parle jamais de la terre même du Québec, de son insertion dans les cycles écosystémiques de l'Amérique du Nord.C'est quoi la définition du Québec comme entité écologique ?P.D.— Pour essayer de comprendre cette situation-là, il faut constater que l'accentuation des données écologiques par les Québécois va à l'encontre des courants naturels qui ont prévalu dans notre histoire.Exemple : qui a sauvé les architectures montréalaises ?Le professeur Ramsay Trackware de McGill, beaucoup d'anglophones, des juifs.L'histoire de la propriété St-Sulpice, on aurait fait n'importe quoi avec St-Sulpice, n'eurent été les protestations des anglophones ! MM — Vous ne pensez pas qu'il y a une certaine prise de conscience des éléments francophones, en tout cas dans le mouvement "Sauvons Montréal" et certains efforts du côté des professeurs d'urbanisme ?PD — Nous sommes en 1976, hein ! Historiquement, les canadiens-français se sont préoccupés tout d'abord de liberté collective et pas de liberté individuelle.Chez les canadiens-français, l'amour de la liberté ce n'était pas l'amour des droits de l'homme, mais l'amour des droits du groupe, du groupe ethnique.Deuxièmement, vous allez dans nos campagnes.j'ai publié dans mes rapports une photo aérienne de la région de Mirabel,*le secteur français et le secteur anglais.Le secteur français, toutes les.maisons sont aussi près de la route que possible et il n'y a pas d'arbres autour de la maison.Dans le secteur anglais, les maisons sont aussi loin de la route que possible et elles sont complètement entourées d'arbres.En partant de là, je pense qu'on retrouve des thèmes, des thèmes fondamentaux qu'on retrouve jusqu'en Europe.Le sentiment de la nature chez les Français, les Italiens, les Espagnols, c'est bien la nature-décor, comme dans Lafontaine, c'est la nature humanisée.Le sentiment de la nature chez les Allemands, les Scandinaves, les Anglais, c'est pas ça, on aime la feuille pour la feuille, l'oiseau pour l'oiseau, la qualité de l'air pour la qualité de l'air.Alors on a un point de départ complètement différent.Il n'a pas été question d'installer les valeurs écologiques sur le plan des valeurs à maintenir tant qu'on n'a pas traditionnellement voulu conserver les vieux édifices, les vieux meubles, etc.Ceci dit, je reconnais que nos vieux bourgeois d'Outremont et d'ailleurs se sont mis à conserver les vieilles chaises de cuisine, les tables de réfectoire, les vieux chandeleirs et les reliques d'église; tout ça est venu du jour au lendemain ou presque, on peut dire vingt ans mais pas beaucoup plus.Mais maintenant, c'est très répandu, on veut faire québécois et on a rejoint les éléments spatiaux, la terre, l'architecture, les meubles, les jouets.Robert-Lionel Séguin a été un des grands artisans de cette renaissance, de cet éveil de l'intérêt pour les choses et objets, pour la dimension matérielle.Quand on lit nos sociologues, nos économistes, qui nous décrivent des situations à force de chiffres, nulle part, qu'il s'agisse de St-Jérôme ou de la Côte-Nord, nulle part on ne touche, on ne sent de paysage derrière ça.Ce sont des idées économiques, des idées de liberté politique, des idées de participation, toutes plus généreuses d'une part et objectives d'autre part, d'accord.Mais les éléments spatiaux, l'intégration des problèmes du Québec dans un cadre spatial en trois dimensions, bien claires et bien nettes, ce n'est pas fait.La meilleure définition que nous ayons du Québec, nous la devons à un étranger, le professeur Raoul Blanchard, qui a publié quatre magnifiques volumes de description selon les critères d'un des meilleurs géographes français et mondiaux.Mais nous-mêmes, nos romanciers, qu'est-ce qu'ils ont raconté ?Jean-Charles Falardeau en a fait le procès en quelque sorte : les dimensions psychologiques depuis Angéline de Montbrun et Laure Conan jusqu'à Marie-Claire Biais et Anne Hébert.Les dimensions psychologiques, on les touche du doigt.C'est très bien tout ça, mais est-ce que dans Laure Conan et même Marie-Claire Biais, est-ce qu'on sent le paysage, la couleur de la terre, l'odeur des feuilles ?Nous n'avons à peu près pas d'écrivains, sauf quelques poètes comme Paul-Marie Lapointe, qui ont ce sens de l'objet, de la chose, du milieu.Alors c'est vous dire que l'écologiste qui pense de cette façon-là, qui a de la terre entre les orteilles, qui a au bout des doigts le sentiment de la feuille, du pelage des animaux.ces dimensions-là sont évidemment très utiles pour une compréhension de ce qui nous entoure.La conscience de l'environnement, je l'ai toujours dit à mes étudiants, ça vous vient autant par la peau que par l'esprit.C'est très joli de prendre un mètre, de prendre un instrument et de qualibrer la qualité de l'air, la hauteur des arbres, etc., et de restituer tout ça sous forme de tableaux avec des chiffres et des moyennes, des graphiques, mais qu'est-ce que c'est qu'un arbre ?Un arbre, c'est autre chose que ça.Il faut aussi avoir le sentiment, l'intuition de ce que sont centres vivants et non-vivants.Qu'est-ce qu'un fleuve ?Le-fleuve St-Laurent, nous nous le sommes caché à Montréal.Il n'y a presque pas d'endroits à Montréal où vous voyez le fleuve St-Laurent.On n'y tient pas.Si on y tenait, on ferait comme les Anglais avec la Tamise, les Français avec la Seine, on l'encadrerait, il y aurait des balustrades, des plateformes.MM — Dans la nouvelle allégeance politique du Québec, on voit quelque chose à l'horizon.Voyez-vous un avantage à ce que nous soyons entourés de l'élément mainmise no 70 anglo-saxon, qui est plus près de la nature, et que poten tiellement, il y a ici quelque chose de mieux qu'en Euro pe, scindée entre les nordiques et les latins ?PD — Bien sûr que j'y vois un avantage.Nous avons, si pauvre soit-elle, une culture qui nous appartient, qui fut dérivée autrefois de la culture française, mais qui en diffère profondément.Nous sommes des français d'Amérique et non pas des français d'Europe.Nous avons une attitude américaine vis-à-vis de nos problèmes intérieurs et extérieurs.Par intérieur, je veux dire intime, personnel.D'autre part, nous avons cet héritage français, nous avons certaines habitudes de pensée avec certains défauts et inhibitions qui peuvent se corriger.Remarquez que lorsque je semblais regretter le manque de sentiment en vers la nature chez les canadiens-français, je ne pense pas que ce trait-là, pas plus qu'un autre, ne soit irréversible.On dit qu'au XVIIle siècle le peuple allemand était le peuple le plus malpropre de toute l'Europe.Or, de mé moire d'homme vivant jusqu'à maintenant, l'Allemagne a toujours été un exemple d'hygiène, de propreté, etc.Ca été une conversion.Chaque peuple, chaque culture est susceptible à un moment donné de changer ses patrons culturels.Prenez le cas de la natalité ici, il y a eu un changement énorme.La révolution sexuelle, même si elle a été mondiale, n'a pas les mêmes effets partout.Il y a eu ici une espèce de refus de la procréation en faveur de quoi ?On n'a pas encore approfondi cette question-là et quand on le fera, on y trouvera des éléments positifs qui visent un standard de vie meilleure, de meilleure édu cation, un standard de vie dépensier aussi : moins on a d'enfants, plus on peut abonder dans la consommation.Il y a un élément encore plus pénible qui est une sorte de désespoir : "ça ne vaut pas la peine de mettre des enfants au monde".Je crains que ce facteur-là ait été présent dans la dénatalité.Il y a aussi l'abolition du mariage comme institution à tel point qu'on ne parle même plus de bâtardise.On n'utilise plus ce mot; les enfants nés en dehors du mariage ne sont plus handicapés comme avant.Ainsi, il y a toute une série de changements d'ordre culturel et d'ordre éthique où le Canada-français est allé à triple allure.Alors, il y a d'autres domaines où on pourrait également accélérer le processus de changement social, et peut-être, ça c'est une chose que dans mes meilleurs moments j'espère profondément, qu'une société de conservation pourrait être expr'imentée ici, qu'on pourrait se donner des objectifs, de ménager l'électricité, de recycler les déchets, je n'énumererai pas toutes les disciplines auxquelles nous pourrions nous plier si nous étions motivés.La motivation, dernièrement, surtout au cours des dix dernières années, elle nous a manqué.Est-ce qu'elle peut nous apparaitre dans la perspective politique actuelle ?C'est une possibilité.Pendant la guerre, si peu motivés que nous ayons été nous au Québec vis-à-vis la guerre, nous nous sommes plies, si vous voulez, à un tas de vexations et de privations, et sans trop de frustrations.Il est à remarquer que dans les cas de grandes crises visibles comme la guerre, les maladies mentales diminuent, elles n'augmentent pas.Ce sentiment de solidarité qui est créé par une crise porte les gens vers des gestes positifs.Mais cet état de crise, je crois comme écologiste qu'il existe; 4 4 Historiquement, les canadiens-français se sont préoccupés tout d'abord de liberté collective et pas de liberté individuelle " que la crise de l'énergie va être suivie éventuellement d'une crise de l'alimentation.Ce qui nous obligerait à peut-être faire attention à notre agriculture, à ne pas dépendre, au point ou nous en dépendons, de l'extérieur, soit de l'Ontario, de la Californie, pour nos oeufs, nos légumes, etc.Je crois que des dirigeants politiques et para-politiques qui sauraient bien définir les buts intermédiaires pourraient avoir beaucoup de succès.Les buts intermédiaires, ce sont des restrictions à la liberté de l'individu ou de la famille, du groupe domestique, qui sont orientées vers le bien commun et acceptées comme telles.Si le maire Drapeau avait le courage d'interdire la circulation des automobiles particulières de sept heures du matin à sept heures du soir dans le centre-ville, ça nous préparerait pour le jour où nous serons obligés d'interdire la possession de plus de deux automobiles et éventuellement de plus d'une par maisonnée ou individu.Il y a des restrictions disciplinaires qui s'en viennent, c'est ce que j'ai osé appeler la joyeuse austérité Kc.à d.le consentement à regarder dans l'avenir des éléments qui sont peu-être pius ou moins inévitables et qui nous obligent dès aujourd'hui à faire un choix.Est-ce qu'il nous faut vraiment jeter aux rebuts tous nos appareils dans les maisons dès qu'ils cessent de fonctionner, ou est-ce qu'on ne doit pas encourager une société de bricolage ?Est-ce que chaque individu ne devrait pas savoir réparer les choses les plus élémentaires dans la maison, les petits circuits électriques, même un peu de plomberie, etc.Est-ce que ça ne créerait pas des habitudes qui évidemment augmenteraient la conscience de l'environnement ?On vit avec ces monstres que sont les machines à laver, les poêles, les fournaises, et on ne sait pas ce que c'est.Prenons l'exemple de la Nouvelle-Zélande : là tout le monde est bricoleur, les jeunes, les vieux, tout le monde sait faire toutes sortes de choses.Ils font des économies de bout de ficelle, un peu parce qu'ils sont tellement loin, le ravitaiellement est compliqué, le papier ils n'en fabriquent pas tellement, alors.Il y a un élément de nécessité.MM — Qu'est-ce qui se passe au Québec dans le domaine de la recherche en écologie ?PD — Il se tait pas mal de choses.Une façon répondre, c'est en prenant ce que j'ai appelé dans mes travaux les niveaux trophiques, c.à d.les niveaux où l'on trouve l'origine des ressources.Alors, si on pense à nos ressources minérales, il se fait beaucoup de travaux sur l'eau.Nous avons des centres de recherches qui sont exclusivement orientées vers non seulement la qualité physique et chimique de l'eau mais sur la dynamique de l'eau dans, le paysage, l'érosion, la sédimentation.Nous avons dans nos universités, dans les services gouvernementaux et dans les centres de recherches, une petite armée de chercheurs qui travaillant à partir de l'examen du contenu minéral des roches en passant par les changements de reliefs dûs à la glaciation.La glaciation a été le grand événement géologique qui a laissé sa marque la plus évidente sur tout le paysage québécois, parce qu'il y a eu de la glace absolument partout dans notre province, il n'y a pratiquement pas un pouce carré où il n'y a pas eu de glace jusqu'à une époque relativement récente, c.à d.il y a dix mille ans et plus récemment encore.Sur l'air, nos services météorologiques et nos climatologies professionnels font d'excellents travaux; d'ailleurs, et c'est là absolument nécessaire, en collaboration très étroite avec le reste du Canada, avec les Etats-Unis, avec le monde, parce qu'il n'y a rien à comprendre dans les déplacements de masse d'air si on adopte les limites territoriales; ça ne voudrait rien dire.Sur le sol, nous sommes peut-être un peu moins avancés; nous avons une cartographie faite par le ministère de l'agriculture fédérale et provinciale, et souvent en étroite collaboration entre les deux; nous avons des cartes du sol qui couvrent presque tout le territoire agricole en tout cas.seulement tout n'est pas dans l'investissement agricole, il y a la foresterie et les autres domaines, la récréation, etc.Il reste donc pas mal de travaux à faire.Au point de vue des végétaux, des plantes sauvages et particulièrement des arbres, là nous avons beaucoup d'excellents travaux, surtout celui qui a été fait par l'ex-ministère des forêts à Ottawa, qui a été intégré depuis quelques années dans le ministère de l'environnement, lequel ministère à Ottawa, comme vous le savez n'a aucune jurisdiction sur le territoire, sur les ressources naturelles, mais a fait d'excellentes recherches et à vrai dire n'a fait que cela.Le ministère des terres et forêts à Québec a fait énormément d'inventaires, et là, il y a un manque.Ces données sont extrêmement nombreuses, on en a des salles et des salles pleines, mais il n'y a pas beaucoup eu de synthèses, on n'a pas digéré ces données sur les forêts, on n'a pas établi d'une façon détaillée le potentiel, la productivité de nos forêts.On a fait des expériences un peu partout et on serait en mesure avec les données qu'on a de faire une synthèse et elle n'a pas été faite.L'agriculture, les productions végétales, il y a là toute une série de problèmes.Nous disposons de cartes qui ont été faites surtout par l'inventaire des terres du ministère de l'environnement à Ottawa donnant des valeurs au potentiel agricole des terres, et la plupart de nos terres de haute productivité sont occupées; seulement elles sont horriblement menacées, et même carrément envahies par la construction urbaine et par les installations urbaines; on n'a rien fait pour empêcher ça.On a absolument rien fait de sorte qu'il y a une menace très grande vis-à-vis de la productivité agricole.Il y aurait le besoin aussi d'innover, d'introduire d'autres cultures dans.j'ai vu ça d'un peu près dans la zorfe de Mirabel, où les terres sableuses par exemple sont à peu près laissées à l'état spontané, sont occupées actuellement par les petits bois de bouleaux gris qui ne sont pas un produit très utile, alors qu'on devrait faire de l'horticulture.Mais l'horticulture, dans la mentalité de nos habitants de la plaine de Montréal, ce n'est pas une occupation préférée.Ils ne veulent pas discontinuer l'industrie laitière et s'adonner à la fraise et à la framboise; ça ne marche pas.Qu'est-ce qu'il faudrait faire ?Importer des Belges, des Yougoslaves et les installer sur ces terres pour les faire produire ?On rejoint le problème très délicat de la natalité, de l'immigration, du retour à la terre d'un certain pourcentage de la population citadine.C'est possible, ça s'est déjà fait dans le cas de PAbitibi, avec un succès très mêlé mais avec des succès très certains d'autre part.Alors le problème agricole, la redistribution des terres, des terres qui sont trop petites pour être rentables à l'heure actuelle, l'amélioration de la technique.nous avons un groupe, l'Union des producteurs agricoles, qui est très éclairé là-dessus, et qui fait d'excellentes déclarations; il semble mieux posséder ce problème que les quelques derniers ministres de l'Agriculture, problème dont on se désintéresse totalement.Justement, dans la perspective industrielle de haut-rendement et du rendement en dollars, on a voulu privilégier l'agriculture la plus rentable.Alors les Iles de la Madeleine, bonjour.La Gaspé-sie, n'en parlons plus.Abandonnons ça, reboisons tout ce domaine là.Reboiser les Iles de la Madeleine, ça n'a aucun sens parce que ça n'a pas un haut potentiel forestier; d'autre part, il y a aux Iles suffisamment de terres arables pour qu'ils n'aient pas à importer des pommes de terre de l'Ile du Prince-Edouard.Les pommes de terre, les betteraves, les navets, on produit les meilleurs aux Iles de la Madeleine.Les oeufs, pourquoi est-ce qu'il aurait pas des poulaillers partout aux Iles ?Il n'y a pas de raison qu'on ne le fasse pas.Mais il n'y a pas de plan, il n'y a pas d'aide, depuis de nombreuses années il n'y a même pas un agronome aux Iles.Alors, il y a là un manque qu'il faudrait résorber.Il y a là des forces de production qui sont inemployées.on ne parle pas de la démoralisation.La Gaspésie avec 40 pr cent de chômeurs c'est devenu chronique, le chômage est un "way of life" pour les Gaspésiens.C'est criminel qu'on ait l'imagination d'inventer de nouveaux emplois.Je suis bien convaincu que pour le même prix, on obtiendrait quelque chose en retour.Ca a l'air très conservateur, puisque c'est au programme des partis conservateurs : "ne pas donner d'argent à des individus qui ne donnent rien en retour".En ce qui concerne, bien sûr, les gens trop âgés, infirmes ou handicappés, c'est d'accord; on ne leur demande rien en retour, et encore, il y a quantité d'handicappés qui sont capables de faire d'excellents travaux de reliure, de tissage, de bricolage, etc., et qui veulent le faire.Hier dans les journeaux, il y avait un petit homme de vingt ans qui avait perdu les jambes et qui faisait toutes sortes de choses, il est utile, il est productif.Je ne parlerai pas de la retraite à 65 ans ! Mon amie Thérèse Casgrain a fait un discours là-dessus, un discours très bien conçu d'ailleurs, c'est quand même idiot, particulièrement pour les travailleurs intellectuels, de les mettre à la retraite à 65 ans.Ca n'a aucun sens.! Une bonne utilisation des ressources minérales, des ressources végétales, des ressources animales.la petite ^ache canadienne qui vint en 1755 et sauva la colonie, eh bien, cette petite vache canadienne, elle existe toujours, et heureusement il y a un programme d'amélioration à la ferme expérimentale Deschambault, qui connaît un recrudescence.Le cheval canadien est devenu un petit cheval assez nerveux, très maniable, extraordinairement frugal étant donné son histoire de quasi-famine au temps de la colonie.L'équitation est à la hausse au Canada.Aujourd'hui l'Ontario a plus de chevaux qu'elle n'en a jamais eus du temps où l'agriculture était opérée par des chevaux; alors ces chevaux sont évidemment des chevaux de plaisance, de sport, d'équitation.Cette activité-là est en pleine expansion au Québec, et sin on voulait l'aider, la favoriser, on aurait de quoi.On a un héritage zootechnique assez intéressant : la pouTe chanteclair, le cheval canadien la vache canadienne.Si on monte dans l'échelle écologique, du minéral au végétal, à l'animal, aux ressources humaines, à l'utilisation des investissements que nous avons fait, on commence enfin depuis peut-être une quinzaine d'années à se dire que les écoles, les édifices publics fermés le soir et les fins de semaine, il faut les utiliser ! Les architectes eux-mêmes commencent à faire un design à fins multiples.Seulement, là aussi, il y a encore beaucoup de leste à rattraper, il y a encore énormément d'espaces qui ne sont pas utilisés.MM - Vous dites dans Le CADRE D'UNE RECHERCHE ECOLOGIQUE INTERDISCIPLINAIRE (vol.1 du rapport Ecologie de la Zone de l'Aéroport International de Montréal), dans l'introduction, qu'on assiste maintenant à l'émergence de l'écologie sur le plan social, mais comme foyer interdisciplinaire.Est-ce que d'après vous l'écologie sera la grande science de l'avenir, au sens où à la fois il y aura la convergence de toutes les sciences vers ce domaine, et à la fois la crise planétaire nous obligera à prendre l'écologie comme foyer interdisciplinaire?PD — C'est un peu la thèse que je défends si c'est une thèse.C'est plutôt une hypothèse, une hypothèse de travail qui est faite sans doute de façon un peu biaisée puisque je semble tirer vers ma discipline les données qui émergent de l'anthropologie, l'économie, la sociologie, la psychologie.Ce que je me demande, l'hypothèse que je formule est la suivante : "Est-ce quelqu'un qui est essentiellement écologiste, et donc nécessairement formé au sein des disciplines biologiques, dispose de cadres méthodologiques qui lui permettent de réinterprèter des don nées qui viennent d'autres disciplines, en utilisant son vocabulaire et sa méthodologie ?" Eh bien je prétends que oui.Un des exemples que je donne, c'est l'élevage du mouton.Dans la zone de Mirabel, si on prend les différents niveaux trophiques tels que je les ai définis, le rendement des cultures agricoles peut dépendre de l'inondation qui est un phénomène minéral.Débordement de la rivière du Nord et fonte des neiges.Il y a des terres qui sont limitées dans leur productivité par I inondation.Non seulement dans leur productivité mais dans leur habitabilité.C'est un des endroits où les maisons sont loins de la route parce que la route passe à un endroit qui n'est pas très sûr.Alors, il y a toutes sortes de consequences à l'inondation.Vous avez la pyralle du mais, un insecte qui s'attaque à une des cultures les plus productives, les plus payantes et les plus rentables.Vous avez alors un élément animal qui contrarie la productivité de la ferme.Vous avez aussi les invasions de sauterelles qui s'attaquent à toutes les cultures, ce qui est un autre facteur animal Si on considère l'élevage du mouton, qu'est-ce qui empêche l'élevage du mouton ?Le sol est bon, le climat n'est pas tellement défavorable, le pâturage de mouton est peu exigeant, beaucoup moins que pour les bovins et les chevaux.Alors toutes les conditons physiques sont remplies.Qu'est-ce qui manque ?Un facteur psychologique, psycho-culturel : les canadiens-français ne veulent pas manger de mouton.Ils n'en élèvent pas.Alors, on voit là un emprunt.Vous en avez un autre avec les vergers.les vergers seraient d'autant plus rentables que on permettrait la fabrication du cidre.Ca date de quand ?Une dizaine d'années ?Avant ça on jetait toutes les pommes de 2ème ou 3ème qualité, c'était complètement perdu.Les fluctuations du marché font que certaines années c'est telleme-ment peu rentable que les habitants ne peuvent se payer les insecticides et les fongicides qu'il faut; la qualité 6 mainmise no 70 Bien écoutez : très froidement, ON S'EN VA A LA CATASTROPHE Mais très chaudement, JE N'Y CROIS PAS diminue.C'est un facteur économique, un facteur régional, peut-être même mondial.Le marché des denrées agricoles subit des fluctuations.Ou bien, dans le cas de l'industrie laitière, courramment, au Québec, on condamne les producteurs a produire moins qu'ils ne pourraient produire; on leur donne un quota.Il y a donc ici un facteur économique.Mais si vous allez sur la ferme, c'est tout comme s'il y avait eu une maladie chez les bovins et qu'il y en avait la moitié qui étaient morts.Les causes sont différentes, elles peuvent être d'ordre soi-disant naturel ou d'ordre humain, y compris économique et même théologique.Si les Indiens en Indes ne veulent pas manger de boeuf, il n'y a rien à faire.Ils vont mourir de faim et il y a du boeuf à portée de la main.Maintenant, encore une fois, il y a des limites en vue à la productivité de la nourriture.Il n'y a pas tant que ça de terres non-cultivées qui peuvent être mises en culture ici au Canada par exemple, et qui pourraient servir à quelles cultures ?.C'est là qu'on rencontre un des faits les plus scandaleux, à l'effet que l'homme moderne n'a pas effectué de domestication nouvelle importante.Nous avons amélioré la pomme de terre, le blé, le mais, le riz, les tomates, et quelques autres cultures importantes, amélioré, mais nous n'avons pas trouvé en Amazonie, dans l'Ungava ou ailleurs, de plantes nouvelles pouvant servir de nourriture de base.On a trouvé des éléments pharmaceutiques, on a trouvé des condiments.on a trouvé quelques bricoles.Mais la nourriture de base, c'est l'homme néolithique qui a tout inventé ça.Nous, nous n'avons rien d-ecouvert de neuf.MM — Vous ne pensez pas que du côté de la mer, on a débouché sur quelque chose, les algues ?PD - La mer est sous-exploitée.Les algues, non seulement les algues marines mais les algues terrestres.mon collègue André Marsant, quand il était au Rwanda, avait fait des expériences qu'il a continuées d'ailleurs à Sherbrooke quand il est revenu au Canada.Il y a dans les régions désertiques ou les savanes du plateau centre-africain des algues qui croissent dans des étangs qui éventuellement s'assèchent.Et ces algues ont un taux de croissance extrêmement rapide et fixent directement l'azote contenu dans l'air, l'azote atmosphérique.Leur rendement est assez substantiel; il y a des tribus centrafricaines qui s'en nourrissent, comme d'ailleurs les flamands roses.les deux millions de flamands roses que j'ai vus dans les lacs dù centre du Kenya se nourrissent à peu près exclusivement de petites algues microscopiques dans les lacs salés.Alors des sources de protéine, des sources de nourriture.ici, au Québec, la fève soya, on y a presque pas touché.Or, notre climat le permet quand même, et il y aurait moyen de faire quelque chose.MM - Vous dites dans EZAIM que finalement, la grande question, c'est la place de l'homme dans la Nature.Avec tout ce qu'on connait maintenant de l'homme et de la femme, de la nature humaine, avec tout ce que l'on sait de la planète et de ses contraintes physiques, pour vous, maintenant que vous pouvez voir ça avec un certain recul, c'est quoi notre place sur la planète ?PD — (Rire) On alterne toujours entre l'idée que l'humain est une sale bête, qu'il est une noble bête.Moi, parce que je suis un homme heureux, j'incline vers la noble bête, je fais confiance à l'homme.Je pense que l'agressivité, la cupidité et la gourmandise, tout ça fait partie du paysage.Et je regarde ça comme autant de leviers dans mon schéma écologique.Ca bloque certaines utilisations, ça permet à des groupes d'oppresser d'autres groupes.En Ethiopie, dans le Saè'l, au moment où il y avait la famine, on exportait du coton au lieu de cultiver des plantes alimentaires pour nourrir cette population qui mourrait de faim.Les grands propriétaires faisaient de grandes récoltes de coton et l'exportaient.Alors des exemples comme ça, il y en a des centaines; il y en a toujours eu.Je crois qu'il y en aura de moins en moins à mesure que les crises deviendront de plus en plus visibles.Dans le Sael, il n'y a pas moyen de l'ignorer, la crise a résulté dans la mort d'un très grand nombre d'êtres humains.Au Bengla-Desh, aujourd'hui, c'est loin d'être drôle.Il y a des remèdes à prendre.Est-ce qu'on peut espérer un système de partage ?C'est certain que c'est avec le partage que ça commence.Il y a un groupe des Nations-Unies qui vient de faire un livre sur la productivité mondiale des denrées comestibles et qui conclut, on pouvait s'y attendre un peu, qu'il y a avait un vice de distribution et non un manque à produire.Bon, c'est une étape.Moi je pense qu'il y a toujours en perspective, avec une augmentation trop grande de la population, le danger qu'on ne puisse absolument pas produire ce qu'il faut, même en mettant en production les terres productives qui ne produisent pas actuellement, qui ne produisent pas en tout cas de biens consommables, au niveau de la nourriture.C'est un problème à plusieurs dimensions.Cette distribution dépend de quoi ?Elle dépend de la générosité de ceux qui possèdent.MM — S'il faut, comme vous l'écrivez dans EZAIM, passer de l'intention à l'accomplissement, et qu'on veuille le faire au niveau planétaire, parce que.il n'y a pas de frontières écologiques, tout ça c'est un seul tout.PD — .l'interdépendance.MM — .faudra que ça passe par un organisme international qui va superviser tout ça, un peu comme le cerveau supervise le corps, le coordonne.PD — Si on arrivait à s'entendre sur des questions purement technologiques comme le monitoring de l'oxyde de carbone dans l'atmosphère, etc.A priori, ça semble facile que des technocrates qui sont souvent a-politiques, ou qui peuvent prendre des positions a-poli-tiques, favorisent de plus en plus ces mesures-là.C'est un peu ce qu'on a voulu faire à Stockholm, mais pas entièrement sans succès.On s'est dit : il y a une crise de l'environnement.Les représentants, à Stockholm, des pays industrialisés n'ont pas poussé très fort pour, par exemple, obtenir une interdiction mondiale du DDT.Les gens des Indes et du Brésil ont dit : "Mais si on fait ça du jour au lendemain, c'est certain qu'on fait un bon placement pour l'avenir éloigné; mais pour l'avenir immédiat, il y a des quantités de gens qui vont mourir de la malaria, il y a des quantités de gens qui ne seront pas nourris, parce que le rendement agricole va baisser.Ne nous demandez pas ca !" La conférence de Stockholm qui était très nourrie du point de vue technique n'était pas une conférence technique, mais une conférence politique.On s'est entendu sur un certain nombre de choses : on a jeté des bases, on a proposé des arguments pour un droit de la mer.Là aussi c'est un testing ground formidable, les droits.A qu appartient la mer ?Mais la mer n'appartient à personne et appartient à tout le monde.Alors, si c'est le patrimoi ne commun de tous les humains, est-ce qu'on va laisse, périr les baleines, est-ce qu'on va laisser polluer le plancton ?Est-ce qu'on n'a pas collectivement le devoir de maintenir la santé et de favoriser la productivité de l'océan ?La réponse est oui.C'est peut-être un peu plus facile que sur des territoires déjà aménagés.La mer est polluée, elle est exploitée, mais elle n'est pas aménagée dans le sens strict du mot.Alors, moi je mets mon espoir, là.Je vous parlais tout à l'heure de solutions intermédiaires où le maire Drapeau interdisait la circulation automobile dans le centre de Montréal.Je pense que dans un ordre de grandeur beaucoup plus grand, des solutions intermédiaires d'une certaine importance peuvent s'appliquer, comme le droit de 1a mer.l'exploitation des phoques et du saumon, c'est une situation dans laquelle on peut démontrer devant un tribunal international que l'intérêt de l'espèce prédomine sur l'intérêt économique des pays exploitants, comme la Norvège, le Canada, le Japon.Je suis peut-être très empiriste mais je crois qu'on apprend en faisant.Et si on mettait beaucoup de temps, beaucoup d'énergie, beaucoup d'argent aussi, parce qu'il en faut, à des programmes qui poseraient des jalons, qui nous empêcheraient de reculer.Il y a quand même des domaines, si on regarde le règlement international sur les drogues par exemple, il y a un manifeste progrès sur la situation qui existait autrefois, où il y avait beaucoup de liberté pour traverser les frontières.Ainsi, sur la pollution, il y a des accords internationaux qui commencent à se faire.Sur les Grands Lacs, le Canada et les Etats-Unis ont un programme, bien imparfait, mais tout de même, il y en a un.Il ya des ouvertures de ce genre-là, en Amérique du Sud, où l'Argentine, le Paraguay, l'Uruguay et le Brésil ont des accords.Le Canada et les Etats-Unis en ont sur les fleuves qui traversent les frontières.Pour moi, c'est une victoire à acquérir morceau par morceau.Créer une situation où il devient honteux de reculer en arrière.MM — Donc, dans la conjecture actuelle, la seule solution serait un cheminement puisque c'est impossible de tout bouleverser.PD - tout bouleverser ! D'abord, qui va faire ça ?Il n'y a.pas de superorganisme pour faire un autre superorganisme.Je pense qu'il faut vivre dans cette boutique-là, en conservant les meubles et en changeant tout ce qu'on peut changer dans l'aménagement intérieur.MM — Bon, alors très froidement : étant donné la nature humaine; étant donné l'ampleur du problème au niveau planétaire; étant donné le genre d'écologie bioloque à l'intérieur de laquelle nous vivons; étant donné l'heure à laquelle nous sommes rendus; étant donné tous les problèmes internationaux et l'entropie constante que génèrent les organismes nationaux et internationaux (déjà dans une entité aussi petite qu'une université, il n'y a presque aucune coopération entre les facultés et les départements, alors qu'est-ce que ça va être au niveau planétaire avec tous les intérêts économiques et politiques en jeu !); étant donné tout cela, pensez-vous que l'on s'en va vers l'évier cosmique, vers le bol de toilette des planètes-déchets, ou pensez-vous qu'il y aura une percée qui nous sortira du trou ?PD - Bien, écoutez : très froidement : ON S'EN VA A LA CATASTROPHE.Mais très chaudement .JE N'Y CROIS PAS ! MM — Pourquoi ?PD — Parce qu'encore une fois on va se ressaisir et qu'on va finir par faire les bonnes choses, en partie pour de bons motifs, et en grande partie pour de mauvais motifs.Des bourgeois qui achètent des tableaux ne con naissent rien à la peinture, mais ils font vivre les peintres Alors je crois, à cause de ce mélange de motifs, à cause du jeu des intimidations en faveur du bien, que le bien peut l'emporter et que nous allons survivre.Il n'est pas question de prédiction ici.Si on fait une projection toute pure, toute simple, eh bien on s'en va chez le diable.Mais viscéralement, non; je suis optimiste Je pense qu'on va s'arrêter à temps, qu'on va aplatir la courbe.MM — .un peu comme dans l'Histoire vue par Toynbee, le "challenge", le défi va créer les conditions psycho-culturelles de survie.PD — On va prendre possession de la planète d'une façon plus humble qu'on ne l'a fait jusqu'ici, en nous replaçant dans la création, parmi les plantes, les ani maux, les fleuves, etc.et que nous serons inspirés éventu ellement par un plus grand respect de nous-mêmes et des objets qui nous entourent.MM — Va-t-on pouvoir renverser la vapeur judéo-chrétienne qui consistait à sortir finalement de l'écosystème naturel ?Va-t-on enfin y revenir et étendre notre solidarité jusqu'aux animaux, jusqu'aux plantes et jusqu'aux pierres ?PD - Eh bien, la vapeur judéo-chrétienne, remarquez bien que pour moi ça fonctionne dans les deux sens.Je trouve encore, en 1976, dans le christianisme, dans une vision comme celle de Teilhard de Chardin aussi bien que dans celle de Shri Aurobindo, des motifs d'inspiration, des moyens d'axer notre motivation vers l'avenir.Il y a un avenir aussi judéo-chrétien qu'auparavant, mais moins touché par l'hérésie puritaine qui a fait de nous les rois de la création.Nous ne sommes pas rois de la création, nous sommes des mandataires, et c'est notre rôle de mandataire, d'intendant au sens évangélique, c'est ce rôle-là que nous pouvons jouer, jouer pleinement, nous sauver nous-mêmes et sauver les autres avec nous.C'est dans cet axe-là que je mets mon espoir.malgré les raisons scientifiques, psychologiques, sociologiques économiques, politiques de désespérer.parce que nous nous conduisons actuellement comme de sales bêtes.mainmise no 70 7 Savez-vous planter des choux ?C'est le printemps.Les petits oiseaux gazouillent, les fleurs embaument l'air et les vbres font éclater leurs bourgeons.L'appel de la terre se fait entendre.Tu te vois déjà cultivant tomates, laitues, aubergines, oignons, carottes et radis.Hélas, la réalité est toute autre : ton unique avocat s'étiole sur le bord de la fenêtre, ta cour est en béton.Adieux veaux, vaches, cochons, couvée.et la ville t'entoure de tous côtés.Heureusement qu'il existe quand même des alternatives.Parmi celles-ci, l'une des plus intéressantes me semble être l'expérience des jardins communautaires en milieu urbain.C'est une initiative assez récente mais qui a déjà pris pas mal d'ampleur.L'inspiration nous vient des Etats-Unis où il y en a maintenant-dans de nombreuses villes.LES JARDINS COMMUNAUTAIRES Ces jardins qui poussent à l'ombre des buildings manquent souvent d'espace et de perspective.Mais le plaisir de jardiner et de produire ses propres légumes est le même qu'à la campagne.Selon certains tests effectués à l'Université McGill, ces légumes, à condition d'être bien lavés, ne sont pas plus pollués que ceux des fermes, leur fraîcheur leur assure cependant beaucoup plus de aveur.On a donc vu ces jardins pousser ici et là à Montréal.Il y en a surtout dans les quartiers populaires (Centre-Sud, Petite Bourgogne, St-Louis-Nord, Laurier) où ils offrent des loisirs et une alternative économique, surtout aux familles à bas revenu.Mais ils existent aussi dans des endroits plus favorisés comme Côte-des-Neiges, Outremont et Notre-Dame-de-Grâce.LES JARDINS SUR LE TOIT Un de ces projets, les "JARDINS SUR LE TOIT", installé au Centre Communautaire St-Urbain, en est à sa troisième année.Il présente plusieurs aspects intéressants.D'abord, il bénéficie d'une très bonne installation.Son emplacement, sur le toit du Centre, l'éloigné du bruit et de la poussière des rues et lui donne un peu d'air.L'endroit est tout-à-fait charmant.A cause de leur poids, les boîtes de terre, les couches froides et les serres ont été disposées en respectant la structure de l'édifice.L
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