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Titre :
La Revue moderne.
Publiée à Montréal de 1919 à 1960, La Revue moderne est une revue généraliste mensuelle de grand tirage qui vise principalement un public féminin. La publication prend le nom de Châtelaine en 1960. [...]

Publiée à Montréal de 1919 à 1960, La Revue moderne est une revue généraliste mensuelle de grand tirage qui vise principalement un public féminin. C'est la journaliste d'expérience Madeleine Huguenin, de son vrai nom Anne-Marie Gleason, qui fonde La Revue moderne. L'éditeur torontois Maclean Hunter achète la revue en 1960 pour fonder Châtelaine, toujours publiée aujourd'hui.

La Revue moderne se donne une double mission, à la fois intellectuelle et populaire, qu'elle maintiendra tout au long de son existence. Elle vise à satisfaire à la fois une clientèle intellectuelle intéressée par la science, la littérature et les idées, et une clientèle populaire à laquelle elle offre un contenu de divertissement adapté au goût et à la morale du Canada français. Les deux sections de la revue sont autonomes et évoluent en parallèle.

Dans les premières années de son existence, La Revue moderne vise une clientèle aisée, qui profite d'une certaine croissance économique d'après-guerre. En font foi les annonces publicitaires de produits de luxe et le grand soin mis dans la conception des illustrations. La revue prend un ton qui va à l'encontre du nationalisme alors en vogue véhiculé par Lionel Groulx et Henri Bourassa.

La Revue moderne montre dès le départ un intérêt certain pour la littérature : en plus de publier des romans-feuilletons, elle compte sur des collaborations de Louis Dantin et de Louvigny de Montigny. De 1930 à 1935, l'engagement de Jean Bruchési pour la littérature canadienne alimentera aussi le contenu littéraire de la revue. Celui-ci sera ensuite plus orienté vers la France. Dans les années 1950, La Revue moderne fait moins de place à la littérature, et s'intéresse davantage à la télévision.

Plus de la moitié du contenu de La Revue moderne est voué aux pages féminines. Un roman de littérature sentimentale et d'évasion, visant particulièrement la clientèle féminine, y est publié en feuilleton chaque mois. Ces romans sont principalement l'oeuvre d'auteurs français, dont la romancière Magali, qui jouit d'une immense popularité. Les pages féminines traitent de la mode, des soins de beauté, des arts ménagers, de l'éducation des petits et d'activités mondaines, comme le bridge. Le public féminin est aussi la principale cible des annonceurs.

La lectrice type de La Revue moderne est mariée et mère, elle est citadine et catholique, aisée et charitable, sentimentale et raisonnable. Elle a le souci de son apparence et de celle de son foyer. Elle bénéficie de temps libres pour se cultiver. C'est une femme moderne intéressée par les nouveautés, mais pas féministe pour autant. Elle ne cherche pas à rompre avec la tradition. Cela changera avec Châtelaine.

La Revue moderne gagnera des lectrices jusqu'à la fin de sa publication. Le tirage de la revue, de 23 120 en 1922, passe à 12 904 en 1929, à 31 343 en 1940, à 80 000 en 1944 et à 97 067 en 1956, pour atteindre un peu plus de 101 650 exemplaires en 1960.

La publication de La Revue moderne est interrompue pendant cinq mois de décembre 1938 à avril 1939, pour revenir en mai 1939 avec une nouvelle facture graphique. Cette renaissance est attribuée à Roland Beaudry, alors vice-président et administrateur de la revue.

En plus des collaborateurs nommés plus haut, La Revue moderne s'attire la participation de personnalités comme Robert Choquette, Albert Pelletier, Alfred DesRochers, Michelle Tisseyre, Jehane Benoit, Damase Potvin, Ringuet (Philippe Panneton), Alain Grandbois, Robert de Roquebrune, Gustave Lanctôt, Adrienne Choquette, Germaine Guèvremont, René Lévesque, Jean Le Moyne et Valdombre (Claude-Henri Grignon).

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Québec, Presses de l'Université Laval, 1982, vol. V, p. 294-295.

DES RIVIÈRES, Marie-José, Châtelaine et la littérature (1960-1975), Montréal, L'Hexagone, 1992, 378 p.

PLEAU, Jean-Christian, « La Revue moderne et le nationalisme, 1919-1920 », Mens, vol. 6, no 2, 2006, p. 205-237.

RICARD, François, « La Revue moderne : deux revues en une », Littératures (Université McGill), no 7, 1991, p. 76-84.

Éditeur :
  • Montréal :[s.n.],1919-1960.
Contenu spécifique :
samedi 15 avril 1922
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Successeur :
  • Châtelaine.
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La Revue moderne., 1922-04, Collections de BAnQ.

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PAQUES PAQUES LA REVUE MODERNE 1 Tilt ae jeune Vjk, " 1^ /^RlL.lCm.Pkix.25 Sous U UN ROMAN COMPLET DANS CHAQUE NUMERO LA REVUE MODERNE 15 avril 1922 m mmmmmwmmm LA VIE ME SAURAIT ET: complètement heureuse qu'entourée d'un luxe raisonné et confortable.Vous avez à cœur d'embellir les jours de ceux qui vous sont chers.Vous ne sauriez mieux le l'aire qu'en créant à votre "foyer" une ambiance toute de confort, d'art et de beauté.Ce sera alors véritablement votre "Home sweet I lome" dans l'atmosphère duquel vous aimerez vous retremper pour oublier les heurts de la grande lutte.I ! est de notre domaine d'apporter à votre demeure un cachet de dignité et de bien-être en y disposant d'artistiques draperies de velours, des meubles-bibelots, des chesterfields, des fauteuils, des coussins, des lampes avec abat-jour, des cadres de style, des tables-console, et d'autres objets pas nécessairement dispendieux mais ayant du genre.Vous serez les bienvenus à visiter le "Studio DesRosiers" et nous 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prompte attention.Vous êtes cordialement invité à devenir \Fun de nos déposants.BANQUE DE MONTREAL Etabli* depuis au-delà de 100 ans.Capital Payé.$ 22,000,000 Réserve.$ 22,000,000 Profits indivis.$ 1,531,927 Actifs totaux.$507,199,946 COMPAGNIE GENERALE TRANSATLANTIQUE LIGNE FRANÇAISE Servie* hebdomadaire postal.NEW YORK—LE HAVRE-PARIS Par les paquebots à 4 et 2 hélices PARIS,FRANCE, LAFAYETTE, LA LORRAINE, LA SAVOIE, ROC H AM BEAU, LEOPOLDIN A, CHICAGO, LA-TOURAINE.ROUSSILLON, LA BOURDONNAIS GENIN, TRUDEAU & CIE Limitée Agents Généraux Canadiens Tél.M.2615.22 Notre-Dame Ouest Montréal LIVRES DE PRIX RECOMPENSES SCOLAIRES La Maison Granqer Frères Limitée offre en vente, cette année, le choix le plus varié et le plus considérable de Livres de Prix jamais offert par aucune Maison au Canada.Messieurs les Membres du Clergé, les Directeurs et Directrices de Maisons d'Education, les Commissaires d'Ecoles sont invités à visiter notre étalage.Ceux de nos clients qui ne pourraient se rendre à 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et que le coté intellectuel a été négligé.Elle est bonne, tendre, mais timide et un peu gauche.La volonté est vive et ferme: je lui vois des signes de résolution: elle a des idées arrêtées et elle discute volontiers pour les défendre.Son impressionnante cependant la rend très influençable quand le sentiment est en jeu surtout.Elle est souvent triste et les difficultés l'effraient.L'activité et l'humeur sont très capricieuses.Pas de vanité, aucune prétention.Elle est un peu susceptible.MADONE.—Elle est sensée et pratique, un peu routinière, gentiment simple, sans l'ombre de prétention ou rie vanité.Elle est d'une réserve timide qui nuit à l'expansion et si on ne la connait pas.on ne soupçonne pas comme elle est sensible, car elle le cache bien.Bonne, sincère, capable d'un dévouement tranquille et constant pour les siens qu'elle aime sincèrement.La volonté est forte et remarquable par son opiniâtreté.Elle est timide et même craintive souvent.Un peu de susceptibilité.L'activité est paisible et persévérante.L'humeur est très capricieuse.Quelques années apporteront bien des modifications chez Madone qui est encore! très jeune.ME MAI NE.—Voici une jeune personne décidée de prendre bien la vie et qui ne se tracasse jamais.Gaie, bienveillante, très optimiste, elle a du bon sens et pas mat d'esprit pratique.L'activité est assez égale mais elle ne se fera jamais mourir à travailler I Elle n'a pas d'initiative et elle a une volonté plutôt faible : l'obstination douce lui permet d'opposer parfois une résistance muette, mais elle cède sous une forte pression.Pas d'ordre personnel, mais le goût des choses qui sont à leur place.Délicate, affectueuse, peu expansive, assez sensible, généreuse, il me semble que sous la poussée des grandes affections, elle aura de grands dévouements, car elle n'a aucunégolsme, elle est droite et elle sait aimer.c'est la volonté résolue et persévérante qui manque mais elle pourrait en acquérir.LOUISE.—Positif, il a un esprit clair et juste qui réagit contre les impulsions d'une nature ardente.Il est bon et il a un esprit de protection qui s'exerce sur ceux qui sont petits et faibles.Il est actif, ambitieux, prudent, discret et d'une grande réserve.La volonté est impulsive, ardente, autoritaire, tenace et persévérante.C'est un homme énergique et courageux.Le coeur est sensible et tendre.Il a besoin d'affection; il sait aimer avec constance et il se mêle un grain de jalousie à ses affections, mais rien de grave.Il apprécie les bonnes choses de ce monde et il ne s'en prive pas plus qu'il n'en abuse.Enthousiaste, généreux et comme tous les êtres vibrants, très sympathique (à suivre page >i TELEPHONE EST 1235 LA SOCIETE COOPERATIVE DE FRAIS FUNERAIRES 242 RUE SAINTE-CATHERINE EST MONTREAL Constituée en corporation par Acte du Parlement de la Province de Québec le 16 Août 1895 ASSURANCE FUNERAIRE.—Nouveaux taux en conformité aveo la nouvelle loi des Assurances, sanctionnée par le Parlera la Province de Québec, le 22 Décembre 1916.Assurance pour Enterrements de la valeur en marchandises de $50.00, $100.00 et $150.00 Fonds de réserve en garantie pour les porteurs de POLICES approuvé par le Gouvernement.DEPOT DE $25,000.00 AU GOUVERNEMENT La première Compagnie d'Assurance Funéraire autorisée par le Gouvernement.DEMANDEZ NOTRE PROSPECTUS i5 avril 1922 LA REVUE MODERNE 3 8^2G ou* ' T«EcANAnvPAwrca ^* the surface and i ,^!saveall-%L>^ * De la Peinture pour l'Apparence et la Protection "CANADA PAINT" {La peinture Canadienne favorite) Quelque soit le motif pour lequel vous achetez de la peinture— que vous peinturiez pour l'apparence ou pour "ménager la surface"—vous constaterez que la peinture canadienne CANADA PAINT est réellement la "peinture de mérite" et celle qui donne la meilleure satisfaction a tous les points de vue.Avec du blanc de plomb marque "Eléphant Brand" comme base essentielle, la qualité de la peinture canadienne CANADA PAINT est absolument garantie.Elle s'étend plus facilement sous le pinceau, elle est de beaucoup plus durable et elle couvre une plus grande superficie que toutes les peintures bon marché.LA QUANTITE REQUISE Pour calculer la quantité de peinture requise, additionne» le nombre de pieds de la largeur, en avant et en arrière, au nombre de pieds de la longueur de chaque côté de la bâtisse, multiplie» par la hauteur moyenne et divisez par 425.Vous aurez la quantité nécessaire pour deux couches.L'agent de la CANADA PAINT dans'jvotre localité a un assortiment complet de produits C.P.,gui donneront un beau fini a toute surface peinturée.Il sera heureux de vous fournir des cartes d'échantillons des couleurs et toutes les informations et conseils concernant tout travail de peinture que vous désireriez faire.Si vous préférez nous écrire directement nous vous enverrons gratuitement des projets de décorations intérieures et extérieures.THE CANADA PAINT CO.LIMITED MONTREAL, TORONTO.HALIFAX.WINNIPEG.CALGARY.VANCOUVER.Fabriquée au Canada par les fabricants de la fameuse marque de vrai blanc de plomb "Eléphant Brand" hs Attend de tw enfants dans ta vieil- Le desordre a trois inconvénients: l'en-lesse oe que toi-même auras fait pour ton nui, l'impatience, la perte de temps.Père Pittacus.Marc Aurôle.Une société de frères uni-» \aut mieux que touks lea murailles du monde Plutarqiif.Notre sort,, si tristo soit-il, est toujours meilleur qu'il pourrait être.L'expérience est souvent la méditation d'une sottise.Dr Ch.Fiessinger.On a la réputation que l'on mérite. -1 LA REVUE MODERNE 15 avril 1922 ^tnais Oui! VesPetitsVois "Il y a 20 ans que j en mange", nous disait récemment un vieil amateur de ces délicieux légumes et petits pois belges, réputés dans I e monde entier.Quand on y goûte, on les adopte! Qualité absolument irréprochable.Autres spécialités importées de grande réputation.S»»on de Caitille " "Le Soleil" Huile d'Olive James PlagiùU Champignon» "Fejret" Pâté» Foie fra» "Feyrel" Légume» "Le Soleil" Fromage Roquefort "Crimal" Fromage Gruyère " Bouquetin " Eau gaieuae "Perrier" Eau de table Efian Cachât Moutarde "Géodite" 7hé Ç^Ma 01mA Le parfum des fleurs sous une forme rafraîchissante, —voilà ce que vous obtenez quand vous commandez ce thé nouveau.LAPORTE, MARTIN, Limitée DISTRIBUTEURS 684, rue Saint Paul Ou«st MONTREAL Études Grnpholo&îques (svile de la page S) N1TOUCHE.—Il a bien fallu attendre votre tour et vous n'aurez pas eu votre cadeaul Très impressionnable, délicate, sensible et, nerveuse, elle a l'humeur très capricieuse et qui change de la manière la plus imprévue.Elle est vaniteuse, un peu coquette olle n'est pas toujours juste dans ses appréciations, car son imagination favorise les 11l'i?ions et les préjugés, et elle consacre peu de temps à la réflexion.Affectueuse et sincère, elle a un bon coeur qu'elle n'écoute pas toujours, préférant se laisser mener par l'orgueil qui est susceptible et rancunier.La volonté est vive, ferme, tenace, indépendante: elle contredit et discute beaucoup, et cependant elle se laisse facilement influencer par ses amis.A.LYS.—Imaginative et idéaliste, c'est une petite nature délicate, sensible, aimante et enthousiaste.Très ardente, s'intéressant à tout, elle est elle-même attirante et sympathique.Enjouée, sincère, sociable, bienveillante et fine.Elle observe bien et elle devine facilement les autres.Elle-même est réservée et un peu mystérieuse, elle parait s'observer, être toujours sur ses gardes, et sans aller jusqu'à la défiance, elle pratique bien la prudence.La volonté est vive, active, impulsive: c'est une volonté qui manque de persévérance mais qui se renouvelle sans cesse.Elle est économe.Fière et timide, elle est un peu susceptible, mais pas beaucoup.Pratique, soigneuse, elle aime que les choses soient "just so".Un peu nerveuse; variable et irritable quand elle est fatiguée.Alternatives de gaieté aimable et com-municative et d'humeur muette et un peu sombre, mais elle a un coeur bon et affectueux où le sentiment domine et commande.MELANO - Beaucoup d'imagination favorise les exagérations et nuit à la sûreté du jugement.Elle est vive, sensible, impressionnable, elle aime à parler et elle le fait avec une animation et un coloris amusants.L'activité devient aisément de l'agitation et entraîne rapidement de la fatigue.L'orgueil est susceptible, et elle n'est pas très endurante.Bonne, tendre, dévouée, très généreuse, avec de singuliers retours sur olle-môme dus à un peu d'égoïs-me combattu par tous les instincts aimants et larges.Elle est un peu dépensière.La volonté, très variable dans ses manifestations, est autoritaire, obstinée et impulsive.Tendance à contredire vivement.Elle est fine cependant, et elle ne manque pas de souplesse habile quand il en faut.Très réservée, disant peu ses impressions intimes, malgré la vivacité de ses allures et sa tendance à parler qui feraient croire à l'expansivité.UNE VIEILLE INDIFFERENTE.—Comment peut-on être une vieille grand'mère, madame, quand on n'a jamais eu d'enfants?Vous m'expliquerez cela?Délicate, fine, sensièe, elle a l'esprit clair et naturellement juste, mais elle manque quoiquefois de réflexion, ot il en faut pour bien mentirI II fautt aussi manquer de droiture et ma corresponeante est droite et sincère, mais c'est difficile de bien connaître ses impressions car elle se livre peu.Simple, modeste, sans aucune vanité.Elle est sensible et tendre, ses affections sont profondes et constantes.Fiôre et timide, elle s'avance peu, mais elle est charmante dans l'intimité.La volonté manque d'initiative et semble faite uniquement pour la résistance.Elle est obstinée toujours, d'une obstination douce, silencieuse,très difficile à entamer, justement parce qu'elle ne dit rien et va son chemin sans attirer l'attention.Elle est soigneuse, d'une activité paisible et d'un grand sens pratique.Humeur douce et aimable, elle est bienveillante, enjouée et conciliante.C.Ml NOU.—C'est nu homme nerveux, d'humi ur inégale: il est irrtable, et alors, pointu et brusque.Quand il est bien disposé, il est gai, animé et il aime la plaisanterie.C'est un bon coeur capable d'affection et de confiance avec une forte tendance à se défier.Il est droit et sincère.Il est égoïste, habitué à tout rapporter à lui, souvent oublieux du confor t du plaisir ou des préférences des autres.L'activité est un peu variable et dépend beaucoup de l'humeur.La volonté est très obstinée, assez résolue et, en somme , énergique, quoiqu'il subisse souvent des dépressions morales qui amènent la tristesse.(à suivre page 63) pour Bébés et Malades Un breuvage nutritif pour tous les.âges.Ayez toujours du HORLICK'S pour col-lationner au Bureau ou à la Maison.Morxncy Frères Ltee.DORURES - ENCADREMENTS TABLEAUX - RESTAURATION - OBJETS D'ART Tél.Est 3202 346 STE-CATHERINE Est >ooo»^=>ooo«=r> c 15 avril 1922 LA REVUE MODERNE 5 Cette année le Canada vous appelle! 1 ! i i ! ! i LE PAYS DES VACANCES AU CLIMAT D'EIE IDEAL i La fièvre des foins est inconnue dans cet atmosphère clair et embaumé de l'odeur des pins et des résines.Le territoire à choisir est illimité: de vastes vallées boiséees où coulent les ruisseaux et où foisonnent les fleurs sauvages; 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Romans et nouvelles LA FONTAINE: LE SAGE: ce MASSILLON: FLECHER, MASCARON MUSSET: OCITARD: STAËL (Mme de; Fables Le Diable boiteux Théâtre Petit Carême : Oraisons Premières poésies Poésies nouvelles L'Anthologie de l'amour Corinne ou l'Italie LISTE DE CETTE COLLECTION SUR DEMANDE.LIBRAIRIE DEOM 251 est, Ste-Catherine, Téléphone: est 2551.MONTREAL.GRAINS de BON-SENS Le locataire n'a pas de FOYER; Il campe en attendant qu'on le fasse décamper.Poartiol, rill pouvez vous mcltro thu-nus Si(voui avu on terrain, non ertns le reste.Notre plan de financer la construction d'une maison est unique et supérieur à tout autre.Vous pouvez vous faire construire a votre goût, sur votre propre terrain, au prix qui vous conviendra et a des conditions de paiements exceptionnelles.Titres parfaits assuré* au cas de mort.Les hommes les mieux cotés dirigent notre compagnie.Aucun risque ni aucune déchéance possible—tout y est prévu RENSEIGNEMENTS SUR DEMANDE Compagnie NATIONALE DE MAISONS, Limitée 224, rue St-Jacques, Montréal.Tel.Main 609 Tel : Est 799-4624 RESTAURANT à la CARTE Salons particuliers pour "Pa r t/ retenus par Téléphone: Est 4928.BIERES ET VINS DE 1" CHOIX Cuisine pour la ville, banquets, 'm /Notre salle de thé, la plus /Notre salle s joliede Montréal est à louer tous les ^ /après-midi pour par 0./.Jr ties de cartes, euchre— / (75 table») V*3 / V^V /Essayez nos Cafés Noirs, T*^^ (dernière création de la maison) KERHULU & OniAU.Limitée Propriétaires 184 Rue S.-Denis, - Montréal.Succursale: 4901 Sherbrooke Ouest.Tél.: Westmount 7909 6 LA REVUE MODERNE 15 avril 1922 E courez pas au luxe et au plaisir qui cachent sous leurs brillants appâts l'indigence, la pauvreté, la misère.Suivez le chemin droit du Devoir, de la Sobriété, de ['ÉPARGNE, qui conduit sûrement à la prospérité et au bonheur.La B anque d Eparg ne de la Cite et du District de Montre'al bureau Principal cl Seize Succursales à Montréal.:: :: A.P.LESPÉRANCE, Gcrjiii Général. LA REVUE MODERNE ABONNEMENTS l an Canada: 13 00 Etranger: $4 00 6 mois $1.50 S2 00 LITTÉRAIRE, POLITIQUE, ARTISTIQUE Rédigée en Collaboration Directrice : MADAME 111 Ci l EN IN (MADELEINE) Tél.: Est 1418 DIRECTION RÉDACTION ANNONCES Privé i est 205» 147, RUE S.-DENIS.— ADRESSE POSTALEi ROITE 35, STATION "N", MONTRÉAL.3*ra° Année—No.5 S'unir pour grandir.Montréal.15 Avril 1922 La Revue ne répond pas des manuscrits communiqués.SOMMAIRE: Un beau Geste.Madeleine .Une mise au point de l'Action Française, de Paris.Sans Adieu, joli Canada\ (poésie).Théodore Botrel .Ceux qui nous font honneur.Luc Aubry .Regrettez-vous le temps.(poésie).Emile Vezina.L'In-Plano (conte de Pâques).Pierre Louts.Les Nouveaux Livres.Louis Dantin.Livres et Revues.Loris Claude.Revue Artistique.Louise Charpentier .M.Edouard Montpetit .La Directrice.La Vie Sportive .Ludor.Le Sénateur Boyer.Féminisme Rationnel .Edmond Turcotte .La Revue Moderne Incorporée.Un Homme d'Honneur (suite).M.Gaillard de Champris Charte de la Revue Moderne.ROMAN La Vengeance de Ralph (au complet) M.Delly Pages 9 10 11 12 13 14 17 20 21 21 22 22 23 26 58 64 29 COURRIER DE MADELEINE Lettres Intimes:—"Ce que femme veut".Madeleine L Entre-Nous.".Madeleine .Choses Féminines.Soeur Marthe Le Français au Cinéma .La Petite Poste.59 CO 62 65 tu; Etudes Graphologiques Claude Ceyla.2-4-63 Nos Illustrations:—M.René du Roure;—Le Sénateur Dandurand;—Madame Dandurand;—Madame de Gaspé Beaubien et ses enfants; — L'In-Plano; —Lacs Laurenliens; — Veillée de Pâques — Madame J.Israël Tarte;—M.Edouard Montpetit;—Le Sénateur Boyer;—Les jolies Modes de Paris;—Plats choisis —Travaux de dames, etc.JE PRIVEE DU Dr.PREVOST Des hôpitaux de Paris - Londres - New - York Voies Cénito - Urinaires Jftalabite bea rrina, ï>f la Vf mit ti i>re urçianra gmitaux 460 rue ST-DENIS iHivlaïiir: vt n t r i 111 n r » ri malabitm bt la fini; Tél.Est 7580 "Un bon livre est un ami" Faites-vous de bons et loyaux amis à La Librairie Déom Ml-Eat, rue Ste-Catherina MONTREAL On y trouve toujours le plu* grand choix de nouveautés TaUphoam E«i 2591 \ LA REVUE MODERNE 15 avril 1922 Préparations pour la Toilette, de Gouraud.Comment acquérir une belle apparence Permettez-nous de vous f prouver que vous pouvez ren- dre votre peau séduisante et attrayante-aussi pure et jeune qu'elle devrait être.Les trois préparations suivantes de Gouraud vous donneront ce résultat.La Crème Orientale de Gouraud donne instantanément une apparence de merveilleuse beauté.Elle produit un teint doux, délicat, raffiné qui ajoutera encore de la beauté aux peaux les plus belles naturellement.Ne s'enlève pas au toucher, et ne donne pas cette impression de "figure faite".En usage depuis 80 ans.Fabriquée en trois couleurs: Blanche — Chair — Brunette.La Crème froide Cold Cream Orientale de Gouraud Une crème délicieusement parfumée qui enlève la poussière ou autres saletés qui s'introduisent dans les pores de la peau.Assouplit les rugosités et guérit les irritations.Stimule et fortifie les peaux indolentes et redonne le doux éclat de bonne santé de la Belle Jeunesse.Le Savon médicamenteux de Gouraud chasse les maladies de la peau.Il est essentiel de s'en servir pour nettoyer la peau avant d'appliquer la Crème Orientale de Gouraud, si l'on veut obtenir les meilleurs résultats.Il produit une écume crémeuse et parfumée.En vente dans les Pharmacies el les Magasins à Rayons.1 '¦ .«i• ,' i i-1 11 combinaison requise pour la Beauté.Envoyé/ pi' L An°'e Ouest ,ue orescent 15 avril 1922 LA REVUE MODERNE 39 qui m'a préféré mon cousin héritier d'une brillante position et d'une fortune superbe.Et bien des gens lui ont donné raison.—Je ne suis pas de ce nombre!.A moins qu'elle eût de l'affection pour lui.—Non, elle n'en avait pas.Emil n'était pas un homme qu'on pût aimer.—Alors, c'est très mal, si elle l'a épousé seulement pour sa fortune future! —Oh ! reprit Ralph elle n'est pas la seule! Vous verrez que l'intérêt, partout, est le grand moteur des actions humaines.Vous verrez comment le monde se met aux pieds de ceux qui possèdent les honneurs et la puissance dv l'argent.Il leva les épaules et dit de son ton habituel : —Ma chère Serena, nous allons lire un peu de Shakespeare, n'est-ce-pas?Mais Serena n'écouta la lecture que d'une oreille distraite.Elle pensait à cette femme inconnue, qui avait eu à choisir entre Ralph Hawton et Emil Adley.Elle se disait, avec une sorte de crainte et de méfiance: "Il l'aimait, peut-être?.Il l'a demandée en mariage, et elle lui a préféré l'autre?.Alors il n'a jamais pardonné.Ah! comme je voudrais lui faire oublier cela, et lui montrer qu'il peut exister une tendresse dévouée, absolue, en dehors de tout intérêt!" Mais cette tendresse qui remplissait son cœur, Serena n'osait la laisser voir tout entière à Ralph, car elle était de celles dont l'âme se referme, quand elle ne trouve pas en l'être aimé une chaleur correspondant à la sienne.Et pourtant, parfois.il lui semblait que la froideur de Ralph n'était qu'un masque, et qu'une lutte violente se livrait dans cette âme d'homme.D restait toujours parfaitement maître de lui, même lorsque se manifestaient ces rares éclairs, après lesquels il se montrait froid, presque indifférent.Pourtant, en dépit de ces doutes, la jeune femme se sentait heureuse Elle put le dire sincèrement à M.Beck-ford, une après-midi où il vint la voir.Il se frotta les mains, en déclarant: —Ah! tant mieux! Dis donc, à propos, ma petite, sais-tu qu'elles sont furieuses, ma belle-mère et Simonne de n'avoir pas été reçues quand elles sont venues te voir?Elles prétendent que tu y étais.Voyant que Serena rougissait, il lui frappa sur l'épaule, avec un bon rire: —Ah! ah! c'était vrai!.Et maintenant, on t'en veut à mort, parce que tu n'as pas renouvelé ta visite.Serena dit avec embarras: —Ralph désire que je m'en abstienne, car il ne peut souffrir Mme de la Ridiôre.—Oui, oui, je le comprends! Bah! ne vous occupez pas de ce qu'elle peut dire! Ralph, étant entré sur ces entrefaites, invita le visiteur à dinor pour le lendemain.1 V fut un beau tapage, quand M, Beekford apprit cette nouvelle chez lui ! Mme de la Ridière, indignée, déclara: —Je croyais que cet individu avait au moins le sentiment des convenances! Voyez-vous cette impertinence de vous inviter et de nous laisser de côté! Simonne s'écria: —Il se croit tout permis, cet ingénieur 'le rien du tout! On l'a accueilli ici très limahloment et il nous remercie par une 'îisolenoe!.Au moins, j'espère, papa, que vous avez refusé?M.Beekford bredouilla: —Non.C'était difficile.—Vous ne savez donc pas, dit Mme de la Ridière, ce que c'est que la dignité?.Mous, de notre coté, nous saurons quelle attitude prendre, quand nous nous rencontrerons avec cette petite sotte ou son mari.Quelques jours plus tard, passant avec sa petite-fille près du pavillon dans le jardin duquel ses yeux fureteurs avaient découvert Ralph et Serena, elle fit à voix très haute une réflexion désagréable, qui parvint jusqu'aux intéressés.Serena rougit, mais Ralph eut un léger rire de sarcasme en murmurant: —Dire que nous pourrons voir ces êtres-là rampant à nos pieds, un jour! Serena leva sur lui un regard interrogateur.U effleura ses cheveux d'une caresse: —Vous n'apprécieriez pas ce plaisir-là, puisque vous n'admettez pas la vengeance.Mais peut-être seriez-vous très contente d'être riche et d'occuper une situation enviée ?—Non, je suis heureuse ainsi! —Vous ne désirez rien autre chose ?—Rien.sinon de vous donner un peu de bonheur.—Mais vous m'en donnez, ma chère.vous m'en donnez.Soyez rassurée sur ce point.Le ton était léger, et impressionna désagréablement Serena, qui ne vit pas l'expression émue du regard détourné.Ralph reprit, après un silence: —Je persiste à croire qu'une vie élégante, un entourage luxueux vous plairaient beaucoup.Elle répliqua: —C'est possible.Mais je ne verrais pas là le bonheur.—Bah! qu'en savez-vous?Sur ce point-là ,vous êtes complètement ignorante, ma chère enfant.—Eh bien! je souhaite le demeurer toujours! —Oh! oh! souhait téméraire! Il ne sera pas exaucé, d'ailleurs.Sur ce, je vous laisse, car je dois retourner à l'usine et je rentrerai un peu tard.Il se pencha, mit un baiser sur la main de la jeune femme et s'éloigna La pensée de Serena suivait Ralph.Une fois de plus, elle venait de sentir chez lui ce scepticisme qui semblait s'attaquer spécialement aux femmes.Elle en comprenait le motif, depuis qu'il lui avait parlé de son cousin Emil.Evidemment, il avait été blessé, désillusionné.Cependant, il devait bien voir qu'elle était sincère, la tendre affection de Serena.Pourquoi avait-il l'air de croire qu'elle était, au fond, vaine, frivole, avide de richesse comme celle qui lui avait préféré la fortune à venir d'Emil Adley?Elle secoua la tête, en souriant.Vraiment, elle avait l'impression qu'il ne pensait pas ce qu'il disait, en parlant ainsi! Vers sept heures, en quittant le jardin, elle rencontra Christopher qui sortait, un télégramme à la main.—Ceci vient d'arriver pour Monsieur; je vais le lui porter.Serena se demandait:"Est-ce quoique nouvelle fâcheuse?.peut-être d'Angleterre?.Une de ses cousines, ou son vieux parent?" Quand elle entendit le pas do Ralph sur le gravier du jardin, elle sortit de sa chambre et s'avança vers l'escalier.Mais elle s'immobilisa au bord de la première marche.La voix de Ralph disait: —Vous préparerez ma valise, Christopher, avec le nécessaire pour la cérémonie.Dès que nous serons partis, vous emhallo-rez ici les objets que je veux consorvor, vous les mettrez au ohemin de fer, et, les clefs du pavillon remises à M.Sorbin, vous viendrez nous rejoindre à Leinborough-Castle.—Oui, mvlord.—Et si des curieux viennent vous ennuyer de leurs questions, ayez soin de les renvoyer à leurs affaires.—Mvlord peut être tranquil.Ralpn se dirigea vers l'escalier.Serena rentra dans la chambre.Elle se disait, un peu ahurie:"Voyons,.Qu'est-ce que signifie cela?" Quand Ralph entra, elle leva sur lui un regard interrogateur.—On m'annonce, dit-il, la mort de mon vieux cousin, lord Felborne.Comme je sui s son héritier, il faut que je me rende là-ba s Naturellement, vous m'accompagnerez.Elle répéta, les yeux agrandis par la surprise: —Vous êtes.l'héritier?—Je suis maintenant le comte de Fel-born, pair d'Angleterre et possesseur d'une des plus belles fortunes du Royaume-Uni.Sa voix restait calme; mais un éclair de triomphe luisait en ses yeux.¦—Je vous ai ménagé une agréable surprise, n'est-ce-pas ?—^Quand vous m'avez épousée, vous saviez ?.-7-Que j'étais l'héritier de lord Felborne ?.Mais oui, puisque Emil Adley, son plus proche parent, était mort.Lafortune, en grande partie en majorat, devait de ce fait me revenir sans conteste.Mais mon cousin, oubliant nos dissentiments, m'a tout légué.Serena demanda: —Pourquoi m'avez-vous caché cela?—Mais parce qu'il me plaisait de vous faire un jour cette surprise.En outre, j'aime mieux que vous ayez épousé l'ingénieur Ralph Hawton plutôt que l'héritier du comte de Felborne.GRATIS • Catalogue français U plu* complet du paya pour Graine» de légume*, fleur», gazon, plante*.ELngraia chimique.Insecticide*.Incubateurs.Articles pour volailles, outils de jardin, etc.etc.Demandez une copie de ce catalogue, GRATIS.HECTOR L.DERY Bat.Notre-Dame MON TU ri AL 40 LA REVUE MODERNE 15 avril 1922 Il songea un moment, les sourcils un peu rapproohés, puis il reprit: # —Nous prendrons le train demain matin.Emportez simplement le nécessaire, pour quelques jours.Christopher nous apportera le reste.A Leinborough-Castle on vous confectionnera ce qu'il faudra pour votre deuil.—Et.nous habiterons l'Angleterre?—Une partie de l'année ,du moins.Cela vous contrarierait-il?Elle dit vivement: —Oh! non!.Du moment où je suis avec vous!.Mais.Elle s'interrompit, hésitante.Ralph pencha vers elle son visage attentif —Quoi donc?—Une comtesse de Felborne doit être une très grande dame.et moi.je ne saurai pas.—Allons donc! Vous êtes ,par votre mère ,de race aussi noble que la mienne et parfaitement douée pour le rôle que vous aurez à remplir.Maintenant, allons diner, puis vous ferez vos préparatifs.—Aurai-je le temps d'aller voir mon cousin Beckford ?—Non, car le train part de fort bonne heure.Ecrivez-lui un mot que Christopher lui portera.—Je puis lui dire ce qui arrive ?—Mais certainement! Serena murmura, sans pouvoir s'empêcher de sourire: —Je voudrais bien savoir ce que vont dire Mme de la Ridière et Simonne ?—Ce serait en effet très intéressant!.Vous voyez, Serena, quand je vous promettais une revanche ?La voici, telle que probablement vous n'auriez osé la souhaiter.—Je n'ai pas de revanche à prendre, Ralph, je vous l'ai déjà dit.Ces femmes ont été mauvaises pour moi, mais je leur pardonne.—Elles recevront néanmoins leur punition par le seul jeu des événements, dit Ralph.Imaginez-vous le désespoir de Simonne, à l'idée qu'elle avait là, sous la main, un membre de la plus vieille noblesse d'Angleterre, héritier d'une immense fortune, et qu'elle l'a laissé enlever par sa oousine?.Et Mme de la Ridière qui me faisait une mine si maussade ?.Ce serait amusant de les entendre et de les voir, quand elles apprendront la nouvelle! Prenant la main de Serena, il emmena vers la salle à manger la jeune femme qui se demandait si tout ce qu'elle venait d'entendre n'était pas un rêve.Ce fut, en effet, un effondrement, quand, le lendemain, M.Beckford lut à sa belle-mère et à sa fille le billet écrit par Serena.Mme de la Ridière s'exclama en joignant ses grosses mains chargées de bagues: —Ce jeune homme s'est conduit d'une manière abominable!.On ne cache pas des choses pareilles!.Comte de Felborne, vous dites?.et riche?—Serena écrit: "Une très grosse fortune" —C'est inouï!.C'est à en perdre la tête!.Cette petite fille.De quoi aura-t-elle l'air dans cette position-là ?Il aurait fallu au comte de Felborne une femme.une femme comme Simonne , par exemple.Mlle Beckford dit d'une voix sifflante: —Il en aura bien vite assez, de cette Serena, de cette petite coquette, soi-disant naïve.M.Beckford protesta encore.—Coquette, Serena?Que vas-tu chercher là ?Simonne haussa les épaules.—Vous vous êtes laissé prendre à ses airs de sainte Nitouche; mais grand-mère et moi l'avons bien jugée.—Absolument! appuya Mme de la Ridière.Je vous l'ai dit, Charles, autoriser ce mariage était une folie! Ces jeunes gens ne se convenaient en aucune façon, et le comte de Felborne aurait fini par s'apercevoir qu'une autre jeune fille réalisait parfaitement tout ce qu'il pouvait désirer."Allons, bon, voilà que c'est de ma faute si ce jeune homme n'a pas choisi ma fille! pensa M.Beckford.Je doute fort qu'il y eût jamais songé, car Simonne—je m'en rends compte—n'a pas du tout le genre qui peut convenir à un homme comme celui-là.Tandis que Serena!.Je crois au contraire qu'ils sont parfaitement assortis." VII —Voici Tringham, Serena.La jeune femme jeta un coup d'œil sur la campagne, noyée dans la brume d'une pluie persistante, et ramena son regard vers Ralph, assis en face d'elle dans le compartiment.—Quel dommage de n'avoir pas un rayon de soleil! —Je le déplore, car Leinborough-Castle sous la pluie est mélancolique et j'aurais aimé que votre impression première fût agréable.Elle eut son tendre sourire: —Oh! avec vous, je serai bien partout! Il ne releva pas ces paroles.Ce n'était pas sans appréhension que Serena voyait approcher le moment où elle connaîtrait cette demeure, et les parentes pauvres, lady Sabina et lady Deborah Hasbyll, qui attendaient l'héritier de Lord Felborne.Comment serait-elle accueillie?par ces personnes qui ignoraient son existence?.Car Ralph lui avait appris qu'il ne leur avait pas fait connaître son mariage, préférant, avait-il ajouté qu'elles eussent la surprise complète.Au cours du voyage, il avait donné à sa femme quelques détails sur sa famille.Son père, Lewis Hawton, officier dans l'armée des Indes, avait connu Blanche de Castilly au cours d'un voyage en France.Elle était pauvre et lui n'avait qu'une fortune médiocre.Néanmoins il l'épousa et l'emmena aux Indes ,après l'avoir présentée à lord Felborne, chef de la famille.Trois ans plus tard, il mourait, laissant sa femme avec un enfant de deux ans, dans une situation financière embrouillée.Lord Felborne offrit alors l'hospitalité à la veuve de son petit cousin.11 était de caractère original, autoritaire et peu facile à vivre, disait-on.Mais il appréciait la nature droite, énergique et douce à la fois de la jeune veuve dont, en outre, la beauté, la rare distinction flattaient son orgueil.D'un commun accord ils dirigeaient l'éducation de Ralph, que lord Felborne préférait ouvertement à Emil Adley, héritier du titre.Ainsi, Ralph fut élevé dans ce milieu de faste aristocratique et reçut l'éducation d'un grand seigneur, qui s'adaptait fort à ses goûts.Sa mère .très prudente, tenait à ce qu'il travaillât et eût les moyens d'être indépendant, s'il le fallait un jour.C'est pourquoi il acquit ses diplômes d'ingénieur, qui lui servirent lorsque, s'étant brouillé avec lord Felborne, un peu après la mort de Mme Hawton, il gagna la France pour y chercher une situation.Du motif de ce dissentiment qui l'avait séparé de son parent, il ne dit mot à Serena.Mais il déclara qu'il n'en avait jamais voulu à lord Felborne, victime, à ce moment-là, des manœuvres hypocrites d'une intrigante Ralph avait parlé à sa femme de Leinborough-Castle, demeure des comtes de Felborne, ainsi que de l'hôtel de Londres et d'un second château situé dans le Sussex.La jeune femme l'écoutait comme en un rêve.Et voici que le train s'arrêtait à la petite station de Tringham, qui desservait le domaine de Leinborough.Sur le quai se tenaient un personnage maigre et raide, vêtu de noir, et deux domestiques en livrée de deuil.L'homme maigre s'avança et s'inclina devant Ralph.Le jeune homme dit avec un mélange d'affabilité et de hauteur: —Bonjour, Dickson.Toujours fidèle au poste ?—Toujours, my lord.Et je suis heureux d'être le premier à saluer Votre Seigneurie.Ralph se détourna pour offrir sa main à la jeune femme, qui apparaissait au seuil du compartiment.Quand elle fut sur le quai, il dit, en désignant l'homme dont la physionomie exprimait la stupéfaction: —^Serena, voici Dickson, l'intendant de Leinborough, un des meilleurs serviteurs qui existent sur la terre.Dickson, Leinborough-Castle aura désormais une châtelaine.L'intendant, ahuri, s'inclina de nouveau, tandis que Serena lui adressait un mot gracieux—tout à fait ce qui convenait", lui déclara plus tard son mari avec satisfaction.Les nouveaux châtelains sortirent de la gare, salués respectueusement au passage.Deux voitures attendaient dans la cour: un phaéton attelé de chevaux superbes, et un omnibus pour les bagages.Voyez^les dernières créations de Paris et New-York ainsi que nos plus récents modèles.The Flora Shoppe (Flora Douglas) 464 Avenue Union 15 avril 1922 LA REVUE MODERNE 11 —Que signifie cette voiture découverte?demanda Ralph.—C'est Mrs Adley qui a donné l'ordre, my lord.—Ah! c'est Mrs Adley qui a eu cette belle idée ?.Alors, nous allons être obligés de monter dans l'omnibus aux bagages, car je ne veux pas vous exposera la pluie, Serena.—Mais il ne pleut plus du tout, voyez!.Et cette promenade au grand air me sera très agréable.—Soit, à condition d'être bien couverte.L'intendant dit respectueusement: —Il y a un manteau dans la voiture, my lord.—Eh bien! donnez-le à lady Felborne.L'élégante voiture quitta la gare, emportée par les chevaux pleins de sang que conduisait avec maîtrise le nouveau lord Felborne.Ralph dit d'un ton indifférent: —Vous trouverez à Leinborough-Cas-tle la veuve de mon cousin Emil, avec sa fille.Lord Felborne les hébergeait.Mais moi, je n'ai pas l'intention de les garder.Serena avait sur les lèvres cette interrogation :"Est-ce la femme qui vous a préféré cet Emil?." Mais elle n'osa la formuler, et se contenta d'objecter: —Si elles sont pauvres ?.Il ne répondit pas, mais un sourire de froide raillerie entr'ouvrit ses lèvres.Puis il annonça bientôt: —Voici l'entrée de Leinborough-Castle.Ralph arrêta les chevaux devant une porte qui laissait voir un hall immense, voûté, superbement éclairé.Jetant les guides à un domestique, il mit pied à terre et offrit sa main à la jeune femme.Sentant que les petits doigts tremblaient, il les serra fortement, en disant tout bas: —Allons, petite peureuse, que craignez-vous ?Je suis le maître ici, Serena, rassurée, gravit les degrés conduisant au hall.Dans celui-ci était rangés les domestiques.Le jeune homme, ayant répondu par quelques mots à leur salut, les nomma à sa femme, sur laquelle s'attachaient des regards stupéfaits.Après quoi, Ralph se dirigea vers un salon dont la porte laissait passer des flots de lumière.Là avait été dressée la chapelle ardente.Des lustres, des torchères de bronze, une véritable forêt de cierges, répandaient la plus intense lumière sur le cercueil, drapé de velours noir à franges d'argent, placé >ur une estrade et couvert de fleurs magnifiques.Près de lui étaient placés des prie-Dieu drapés de deuil.Une femme se trouvait agenouillée sur l'un d'eux.Ralph, suivi de sa femme, s'avança jusqu'au cercueil.La femme agenouillée tourna la tête vers lui.Et Serena vit un visage jeune et très blanc, des yeux pleins de suave douceur qui, d'abord, s'attachaient à Ralph, puis se fixaient sur elle et se dilataient.Serena essaya de se recueillir pour prier.Ralph dit à mi-voix, en s'adressant à l'étrangère après un bref salut: —Mes cousines m'attendent-elles, mis-'ress Adley?—Oui, elles sont dans lo salon vert, my lord —Je vous remercie.Venez, Serena.Ils quittèrent la pièce et entrèrent dans m salon somptueux.Doux femmes assises ¦rès d'une table se levèrent.Dans l'une l'elles, Serena reconnut cette lady Sabina lont son mari lui avait montré le portrait.Ralph dit avec cette aisance qui ne abandonnait jamais: —Bonsoir, mes cousines.Nous nous re- voyons en une circonstance pénible.Il baisait les mains qu'on lui tendait, tandis que les regards ahuris se dirigeaient vers Serena.Ralph prit la main de sa femme, l'attira près de lui, d'un mouvement à la fois doux et dominateur.—Je vous présente ma femme, lady Serena; une Anglaise par son père.Rapidement, à l'intention de lady Sabina, il répéta ces paroles en langage des sourd-muets.Puis s'adressant à Serena —Mes cousines: lady Dorothy, lady Sabina.Le visage de lady Dorothy laissait voir une stupéfaction qui touchait à l'effondrement Dans les yeux de sa sœur, une lueur avait passé—lueur de joie, aussitôt éteinte, et sa main se tendit vers Serena.—Je suis heureuse, ma chère enfant.très heureuse.Se reprenant, lady Dorothy avançait sa main sèche, en grimaçant un sourire, et disait d'une voix onctueuse: —Quelle bonne surprise, Ralph!.Mais comment ne nous avez-vous pas annoncé?.—Je suis devenu fort original, ma cousine.D'ailleurs mon mariage est récent, il ne date guère que d'un mois.—Ah! en effet.Et vous avez fait un bon voyage?—Excellent.Mais donnez-moi quelques détails sur la mort de lord Henry.—Oh! ce fut bien vite fait!.Une congestion.Il a prononcé votre nom.Puis il est mort une demi-heure après.—J'aurais été heureux de le revoir, car je n'ai jamais oublié ce que je lui dois.Mes cousines, nous allons vous souhaiter le bonsoir car, pour ne pas fatiguer ma femme, nous dînerons ce'soir dans notre appartement Au seuil de la pièce se tenait Mrs Adley.Avec son visage rigide, sa taille mince raidie dans la robe de deuil, elle semblait changée en statue.Ralph dit, avec une froide aisance, en la désignant à sa femme: —Mrs Adlev, la veuve de mon cousin Emil Les deux jeunes femmes se saluèrent.Une voix douce prononça: —Vous faites connaissance avec Leinborough-Castle en un triste jour, de toutes façons ,my lady —Oui, nous avons eu un temps affreux pendant tout le voyage.Votre fillette va bien, Madame?Serena parlait avec effort.Mrs Adley eut un sourire mélancolique.—Ma chérie est un peu délicate.Néanmoins je la trouve bien, en ce moment.L'air est si bon, ici! Ralph dit de sa voix nonchalante: —Excellent.Je orois qu'il vous sera très favorable, Serena.Allons, venez vite vous reposer Il s'inclina et quitta le salon.VIII Serena crut encore sortir d'un songe, en s'éveillant, le lendemain matin, dans la chambre qui avait été celle de Ralph lorsqu'il vivait chez son oncle.Elle venait de s'asseoir dans le cabinet de toilette, et commençait de démêler la magnifique chevelure éparse sur >es épaules, lorsque Ralph entra et vint à elle.—Ah! vous voilà levée?.Vous dormiez si bien que je n'ai pas voulu vous réveiller.Elle dit d'un ton de reproche: —Vous avez eu tort! Il est si tard! —Rien ne vous pressait.Ma chère amie, il va falloir vous accoutumer aux services d'une femme de chambre.L'ère de la simplicité est close pour vous, petite Cendnllon! Vous êtes maintenant la comtesse de Felborne, une des plus grandes dames d'Angleterre.Ses doigts se glissaient dans la chevelure brune, soulevaient le flot soyeux.Serena secoua doucement la tête.—Le changement sera trop grand pour moi, Ralph! Je crains que vous me trouviez très sotte.Il sourit.—Ne vous faites pas ces imaginations ridicules.Quand on est charmante comme vous, que peutr-on craindre?Ces paroles, et surtout le regard qui les accompagnait, firent battre plus vite le cœur de Serena.Mais, déjà, Ralph semblait les regretter.Il fit quelques pas dans la pièoe, puis s'arrêta, en disant: —La couturière qui se trouve icience moment pour le deuil de mes cousines, viendra vous trouver à dix heures.Vous vous arrangerez avec elle.Les obsèques auront lieu après-demain.J'ai fort à faire, pour toutes les dispositions à prendre, et vous ne me reverrez pas avant le lunch qu'on nous servira dans cet appartement.Mais nous dînerons ce soir avec mes cousines.Voyez à vous faire arranger une robe sombre, pour la circonstance, en attendant votre deuil.Quand elle eut déjeuné, Serena, ne sachant trop encore à quoi s'occuper, vint s'accouder au balcon de pierre du salon.Sous se yeux s'étendaient les jardins, éclairés ce matin par un soleil déjà brûlant Deux femmes venaient vers le château, d'un pas très lent.En l'une d'elles, Serena crut reconnaître une des ladies HasbyU, sans pouvoir préciser laquelle.L'autre était Mrs.Adley.La vue de cette jeune femme lui produisait une impression désagréable.Elle ne LE FLEURISTE '¦MODERNE" Rim n'—i piuë approprié ri> 1 • - di' !' fan-' au cas où lady Felborne serait souffrante.Trois jours plus tard arrivait une lettre ,1, Ualpii.Il s informait 'i' la santé den femme, sans faire allusion à sa maladie, il annonçait qu'il prolongerait son absence, ayant à se rendre en France.Cette indifférence affecta cruellement Serena.La fièvre revint plus forte.Le médecin hochait la tête, en disant à Mrs Beckwint: —J'aimerais mieux que lord Felborne fût là! Un peu de mieux se manifesta enfin, dans l'état de Serena.Ce jour-là, elle écrivit à son mari, quelques lignes, aussi froides qu'elle put, sans dire un mot de sa santé.La réponse lui parvint de Paris.Ralph annonçait son retour pour la fin de la semaine.Quand Serena apprit cette nouvelle à lady Dorothy et à Jane, la premèire s'écria: —Ah! il se décide enfin à revenir?.Heureusement, il vous trouvera presque remise, ma chère enfant.Il y compte bien, sans doute, car.les hommes n'aiment guère les malades! Jane approuva, en ajoutant avec une douce mélancolie: —Il nous faudrait jouir toujours de la plus parfaite santé, pour ne pas les mécontenter.Ce fut avec un mélange d'angoisse et de désir que Serena attendit ce retour.Elle voulut se lever, pour ce jour-là, et revêtit un peignoir de laine blanche qu'elle avait fait au pavillon.Elle était si délicieusement jeune et jolie que Bessie, sa femme de chambre, s'arrêta un moment pour la contempler quand elle fut étendue sur une chaise longue, dans le salon voisin de sa chambre.Jane Adley eut sans doute la même impression, quand elle vint s'asseoir un instant près de la jeune femme ,dans l'après-midi, car ses yeux s'attachaient avidement sur elle et semblaient ne pouvoir s'en détourner.Jane se leva au bout de cinq minutes.Il lui fallait répondre à une de ses amies, qui venait de lui écrire une lettre désespérée.—La pauvre chère est si malheureuse! Son mari sous prétexte d'affaires, passe une partie de sa vie loin d'elle, occupé à se distraire, tandis qu'elle se morfond dans un vieux manoir.Je vais essayer de la consoler, de l'encourager un peu.Elle aimait tant son Andrew! Ah! vraiment, qu'il est difficile de savoir ce que vaut un homme! Elle se tut un moment, le regard songeur, et secoua la tête.—C'est une si tendre nature .cette Lizzy! Elle faillit mourir, lors de la naissance de son dernier enfant.Son mari se trouvait alors sur le continent—à Deauville, j i crois ,où il était assidu au Casino.Il prétendit n'avoir jamais reçu la dépêche lui annonçant l'état si grave de sa femme, et arriva tranquillement une quinzaine de jours plus tard.Elle secoua la tête, en souriant avec amertume.—Je ne dis pas qu'ils sont tous ainsi.Enfin, il faut se résigner, continuer d'accomplir son devoir.C'est ce que je vais écrire à ma pauvre Lizzy.Quand elle fut partie, le cœur de Serena se serrait sous l'étreinte d'une anxieuse tristesse.Jane Adley venait d'entr'ouvrir une porte sur des horizons nouveaux pour ell.v Elle ne s'arrêtait pas à l'idée que Ralph avait usé d'un prétexte, pour cette absence.Mais il prolongeait peut-être son séjour parce qu'il n'était aucunement pressé de revoir cette petite Serena qu'il n'aimait plus ,sans doute., Un tremblement fébrile l'agita, quand elle entendit dans le corridor le pas ferme de son mari.La porte du salon s'ouvrit et Ralph entra vivement, la physionono-mie tendue, le regard anxieux.—Que me dit-on, Serena?.Vous avez été malade?Il prit sa main en attachant des yeux émus, inquiets, sur le visage amaigri où montait en ce moment une vive rougeur.Elle balbutia: , —Comment?.Vous le saviez.Je vous l'ai écrit et Beckwint aussi.—Je n'ai jamais reçu un mot de Beckwint.Et rien dans vos lettres, n'a pu me donner l'idée que vous fussiez malade.—Cependant ces deux lettres ont été écrites! Bessie a pris la mienne pour la joindre au courrier.Et celle de Beckwint était partie deux jours avant.—Je vais faire une enquête immédiate à ce sujet.Deux lettres perdues, c'est un peu trop fort!.Mais parlons de vous.Que vous est-il donc arrivé?Il mettait un baiser sur son front, sans quitter la main brûlante qui tremblait un peu dans la sienne.Son regard adouci, ému, enveloppait la jeune femme.Et le cœur de Serena se dilata, soudainement.Elle lui parla de sa maladie et il se déclara très mécontent de ce qu'on ne lui eût pas télégraphié.—Beckwint s'est conduite ridiculement, en cette circonstance! —Mais elle vous a écrit.—Oui, évidemment.C'est bizarre, cela!.Avez-vous dîné, ma chère Serena?.Non?.Eh bien! je vais donner l'ordre qu'on nous serve tousdeuxici,et jereviens.Il fit un pas puis s'arrêta: —Dites-moi, pourquoi, dans vos lettres, vous ne faisiez pas allusion à votre santé ?.Ceci, encore, m'a maintenu dans l'erreur.Elle rougit et ses cils battirent sur son regard gêné.—Je ne voulais pas vous ennuyer à ce sujet.—Comment?.Je ne comprends pas.Il pouvait être question en cette circonstance d'inquiétude, mais non d'ennui.Elle balbutia: —Comme vous ne m'en parliez pas, dans vos lettres, je croyais que.que vous n'y attachiez pas d'importance.—Ah! bon! Vous me jugiez complètement indifférent à votre maladie ?Des larmes remplissaient les beaux yeux.Ralph s'avança et mit sa main sur îa chevelure brune.—Il faut calmer cette folle imagination-là.Serena Je dois vous assurer que je suis quelque peu peiné de constater combien vous doutez de mon affection pour vous.Elle le regarda avec une surprise joyeuse.—Oh! Ralph!.pardonnez-moi!.Je suis folle, c'est vrai! Toujours, vous avez été si bon!.C'est parce que je vous aime tant, que je.que je m'inquiète à tort.Elle saisit la main de son mari et y appuya ses lèvres.Ralph tressaillit.Il retira sa main en disant, d'une voix dont les intonations mécontentes et railleuses semblaient un peu forcées: —Quelle petite romanesque vous êtes! Bientôt ,vos idées évolueront, et vous deviendrez une jeune femme très raisonnable.telle que je désire que vous soyez.Il s'éloigna, laissant Serena toute frémissante, partagée entre une joie indécise et la tristesse inquiète que venaient de jeter en son âme les dernières paroles de Ralph.XII Avec lord Felborne était revenu Christopher, qui avait terminé en France les divers arrangements nécessités par le départ de son maître.Ralph, au passage, avait salué les Sorbin, et serré la main de 15 avril 1922 LA REVUE MODERNE 17 M.Beckford.Quant à Simonne et à sa grand'mère.il les avait oubliées, ainsi qu'il le ilil souriant à Serena.La jeune femme murmura: —Pauvre cher petit pavillon!.Je l'aimais bien.J'y ai été heureuse.—Croyez-vous ne pas l'être ici ?—Oh! je ne veux pas dire cela!.Mais l'existence était plus simple, là -bas.Elle n'osa ajouter: "Et que nous étions aussi plus proches l'un de l'autre!" —Dans trois mois d'ici, vous aurez changé de sentiments, je vous l'affirme!.Et, tenez, voici qui va peut-être commencer de dissiper vos regrets.Il alla prendre des écrinsqu'il avait déposés sur une table en entrant, et revenant à Serena: —Ceci vous prouvera que je ne vous oubliais pas.Il ouvrit les écrins.Sur le satin des gemmes précieuses étincelaient, admirablement serties.—Oh! que c'est beau!.Vraiment, c'est trop beau!.Je n'ai jamais rien imaginé de semblable! Il détacha un collier d'émeraudes et le mit un instant autour du cou de la jeune femme.—Oui, cela vous ira très bien.Serena considérait les bijoux superbes.D'un coup d'oeil anxieux, eût-on dit, Ralph suivait sur sa physionomie toutes ses impressions.—Oh! c'est merveilleux!.Je vous remercie, Ralph, de m'avoir ainsi.royalement gâtée! Ses yeux souriants se levaient sur lui.—Oh! je suis très remercié, du moment où vous êtes contente!.D'ailleurs, avec des bijoux, des toilettes, on est toujours sûr de faire plaisir à une femme.Dans l'accent de Ralph, une note de froid sarcasme la surprit, l'impressionna désagréablement.Elle dit d'un ton sérieux: —C'est assez naturel—à condition que nous ne mettions pas ces satisfactions en première ligne, dans notre existence.—Voilà!.Mais combien feront passer les satisfactions inférieures avant le devoir, avant la simple honnêteté?Elle dit gravement: —Oh! beaucoup plus que vous ne le pensez, je l'espère! D'une main un peu nerveuse, il remit les bijoux dans leurs écrins.L'animation un instant apparue sur le visage de Serena s'évanouissait, et ses yeux redevenaient mélancoliques.lialph jeta un regard vers elle.—Je crois, mon amie, que nous ferons bien de mettre en pratique les prescriptions que le docteur vous a faites, c'est-à-dire la promenade en voiture.Votre mine a besoin de se refaire.Pour obtenir ce résultat, nous irons chercher l'air vivifiant de la forêt.Pille eut un sourire qui éclaira tout son visage, en répondant: —Oh! je ne demande pas mieux! Car ces promenades, avec Halph.ce serait délicieux.Et peut-être.peu à peu, arriverait-elle à vaincre cet obstacle qu'elle sentait entre lui et elle! Vers la fin de l'après-midi, lady Dorothy apprit à Serena que Mrs Adley quitterait demain Leinhorough-Castle pour YVhite-Cottage.—Elle viendra vous faire ses adieux, si vous le voulez bien ?—Je ne serai pas ici demain, précisément! Dites à Mrs Adley que j'irai lui rendre visite, ma cousine.Et j espère bien que nous \ errons encore quelquefois N'ell par ici'" Lady Dorothy murmura, en prenant un air pathétique: —Ma pauvre Jane s'imagine que Lein-borough-Castle lui sera fermé, à elle et à son enfant.Je lui dis bien cependant que la.l'antipathie de lord Felborne à son égard n'ira pas jusque-là, et qu'elle pourra venir me voir quelquefois.—Mais certainement! Je suis persuadée que Ralph trouvera cela fort naturel.Lady Dorothy leva les yeux au ciel en marmottant: —Je le lui dis.je le lui dis.Quand Serena parla à son mari de la visite promise à White-Cottage, Ralph eut up froncement de sourcils.—Oui, faites cette visite, mais tenez-vous sur la réserve, car Mrs Adley est du bois dont on fait les intrigantes.d'autant plus que je ne suppose pas qu'elle ait à votre égard des sentiments très bienveillants.Ces paroles laissèrent la jeune femme un peu intriguée.Jane qui n'avait pas, la veille, paru au dîner, vint ce soir-là s'asseoir pour la dernière fois à sa place, près de Serena.Pas une fois, elle ne fit allusion à son départ, jusqu'au moment où, prenant congé, elle dit à Serena: —J'aurai donc, lady Serena, le très grand plaisir de vous voir à mon nouveau logis ?—Je compte en effet vous y faire une visite, mistress Adley.—Vous serez la très bienvenue!.Et, une fois de plus, lord Felborne, laissez-moi vous remercier, au nom de ma petite Nell.Puis e le ajouta, d'un ton de timide déférence : —Si vous accompagnez lady Felborne, lors de sa visite, ce sera un précieux honneur pour White-Cottage, et pour ses occupantes.Ralph dit avec une froide politesse: —Je ne vois pas que cela me soit possible, mistress Adley.Mais je vous souhaite heureuse existence, dans votre nouveau logis.Serena, qui regardait en ce moment la jeune veuve, vit se contracter le fin visage, et s'assombrir les yeux si bleus.Tout aussitôt, Jane dit du même air doux et grave: —Je vous remercie, my lord.Une huitaine de jours plus tard, Serena se rendit à White-Cottage.Ce petit logis s'élevait à deux kilomètres environ du château.Ainsi que l'apprit Jane à Serena, ce cottage, bât' un siècle auparavant, avait toujours abrité des parentes pauvres.Elle dit cela sans amertume.La petite Nelly semblait triste, un peu souffrante.Jane expliqua qu'elle ne pouvait se consoler d'avoir quitté Le nbo-rmigh-t 'asl le.—C'est une nature sensible.Puis ici, nous sommes bien solitaires!.Si au moins, chère lady Felborne, elle pouvait vous voir quelquefois, car elle s'est pr.se d'affection pour vous.Serena dit spontanément: Mais amenez-la moi, souvent!.le ne demande pas mieux! —Vous êtes bonne, lady Serena! Deux mains fraîches saisissaient celles de Serena.—.Mais je n'oserais.Lord Felborne pourrait en être mécontent.—Je ne crois pas.En tout cas, je puis venir moi-même.—Oh! oui, venez!.venez voir une pauvre solitaire! Serena regretta aussitôt cette offre imprudente, en songeant à ce que son mari lui avait dit, au sujet des relations avec Mrs Adley.Mais elle pensa: "Je m'arrangerai pour voir la mère le moins possible.Il me sera facile d'envoyer chercher Nell, de temps à autre" Lord Felborne laissait maintenant sa femme faire seule ses promenades.Il était, disait-il, fort occupé avec ses régisseurs.Le domaine se trouvait en mauvais état, et il entrevoyait déjà maintes améliorations à y apporter.Cependant, Serena pensait parfois que, s'il l'eût voulu, il pouvait.Mais elle s'efforçait de ne pas s'attacher à cette idée que Ralph s'éloignait d'elle volontairement.Devant lui, elle restait discrètement gaie, d'humeur égale et charmante.Sa santé se remettait vite.Ralph veillait à ce qu'elle exécutât les prescriptions du docteur Dugvil.Il ne négligeait rien de ce qui pouvait la distraire.Des livres, des revues arrivaient pour elle de Paris.Ralph lui offrit une charmante voiture attelée d'un petit cheval, qu'elle pouvait conduire elle même.—Ce sera plus agréable pour vous, déclara- t-il.Serena remerciait, mais sans élan.Et, en se rappelant certaines de ses paroles, Serena songeait: "S'imagine-t-i que tout son luxe, tous ses présents peuvent compenser l'affection qu'il semble me retirer, après me l'avoir montrée un peu—si peu!—dans les premiers temps de notre mariage?" XIII Un après-midi, Serena vint s'asseoir avec Nell au bord du petit lac.Elle avait été chercher l'enfant à Wliite-Cottage.Elle avait trouvé Mrs Adley astiquant les vieux meubles, la jeune servante n'arrivant pas à faire la moitié de l'ouvrage.Le sourire aux lèvres, Jane disait: —Heureusement, je puis l'aider.Cela m'occupe.de manière un peu fatigante, il est vrai, car je n'y suis pas accoutumée.Serena lui offrit de l'aider.Mais la jeune veuve se récria: —Oh! par exemple!.Avec vos jolies mains —Mes jolies mains se connaissent à cette sorte de travaux et à d'autres plus durs! —Comment cela?En quelques mots, Serena lui dit qu'elle avait été sa vie.Jane laissait échapper de petites exclamations de pitié.—Oh! vraiment!.Pauvre chère!.Oui, je vois.vous avez connu des jours durs.Mais c'est fini! Ralph., lord Fiibiiriie, veux-ie dire, a agi à votre égard de façon chevaleresque.Maintenant Serena regrettait d'avoir ainsi parlé d'elle-même.A nouwau li-s conseils de méfiance donnés par Ralph lui revenaient à l'esprit.Mais, devant Jane, elle les avait oubl és.Non prévenue, Serena aurait eu confiance en elle.Mais Halph devait la connaître, lui.Le regard pensif de Serena suivait 'e vol d'une libellule.Puis ce regard vint à Nell, et s'y arrêta.Serena ne retrouvait plus chez, l'enfant la vivacité des premiers temps.Il semblait u'une préoccupation demeurât sans cesse ans ce petit cerveau, et gênât jusqu'aux mouvements de N'ell.Elle témoignait à Serena une affection très ardente, et restait longuement assise pris d'elle Iji jeune femme lui sourit, puis reprit l'ouvrage qu'elle emportait dans ses pro-menades :i 18 LA REVUE MODERNE 15 avril 1922 Il y avait presque deux mois qu'elle était arrivée avec Ralph à Leinborough-Castle.Elle commençait d'y avoir ses habitudes ,ses occupations réglées, et de s'attacher à la vieille demeure seigneuriale, où tout d'abord elle s'était sentie si dépaysée.Elle ne voyait guère Ralph qu'aux repas et à l'heure du thé.Parfois, après le dîner il restait près d'elle, une demi-heure.Puis il se retirait, pour travailler dans son appartement.Pourquoi semblait-il ainsi s'écarter d'elle?.Vainement, elle cherchait à en découvrir le motif.La voix de Nell l'enleva tout à coup à ses réflexions.—Voilà lord Felborne! Serena vit son mari qui venait vers elle.Il tondit une lettre à sa femme, en répondant par un bref "bonjour, petite" au craintif salut de Nell.—C'est d'Emilienne.Elle doit être en vacances, maintenant.C'était en effet une lettre de la cadette des Beckford.Elle se trouvait au logis paternel, et confiait à sa cousine combien, au bout do quelques jours seulement, elle s'y trouvait malheureuse, par la faute de sa grand'mère, de sa sœur et de son frère."En outre, je suis malade—très, trèsané-tii¦ 11ii• -.'In lo (luctiur.Mais Si.me prétend que cela se guérira tout seul.En attendant, je me sens bien faible, et je crois que je suis en train de m'en aller "Grand'mère et Simonne sont furieuses de voir que tu ne 'eux écris pas.Elles disent que tu fais la fière maintenant.Mais moi, je suis b en sûre qu'il n'en est rien et que tu aimes toujours ta petite Emmy".Pauvre Emmy, comme on sentait qu'elle souffrait!.Ah! si elle avait pu la faire venir quelque temps ici, pour jouir de cet air pur, et l'éloigner de sa grand'mère, de sa sœur.Lord Felborne en entendant le froissement de la feuille que repliait sa femme, se détourna.—Que vous dit votre oousine, Serena?.Rien de nouveau chez les Beckford ?—Rien du tout.Mme de la Ridiôre et Simonne m'en veulent, de ce que je ne leur écris pas.—Bien dommage, vraiment!.Il faut convenir qu'elles ont de l'aplomb! —Maintenant, c'est Emmy qui endure leurs méchancetés.La pauvre petite m'écrit une lettre bien triste.Voulez-vous voir?Ralph parcourut rapidement la lettre et la rendit à sa femme.—Elle doit être malheureuse.Si cela vous fait plaisir, Serena, invitez-la à venir passer un mois ou deux ici ?—Cela ne vous contrariera pas trop ?—Mais aucunement, si elle ne ressemble pas à sa grand'mère et à sa sœur.—Oh! non, certes! Sans cela, je n'aurais pas d'affection pour elle ?Ralph se mit à rire.—Eh bien! adressez-lui votre invitation, en la faisant passer par M.Beckford.Les autres vont êtres furibondes! Elles sont capables d'empêcher la petite de venir! —Ce n'est pas impossible.Il faudrait que mon cousin eût le courage d'imposer sa volonté.—Enfin, nous verrons!.Vous partez?Serena répondit: —Oui.Je vais reconduire Nell à sa mère.Lord Felborne regarda sans bienveillance l'onfant, qui restait muette, les yeux baissés.Ils s'engagèrent dans le sentier qui longeait le lac, sur la droite.Ralph qui suivait sa emme dans la sente étroite, se rapprocha d'elle quand le chemin s'élargit.Il dit d'un ton mécontent: —Je crains que vous ne voyiez trop souvent Mrs Adley, Serena.—Peut-être.en effet.J'y ai été entraînée à cause de l'enfant.Pnis je n'ose avoir l'air de repousser les amabilités.Il eut un rire sardonique.—Vous en avez un peu pitié, au fond, j'en suis sûr.Elle a vu que vous étiez bonne, que l'enfant vous intéressait.et elle vous joue la comédie de la mère inquiète pour l'avenir de sa fille, de la femme résignée sous les coups de l'adversité.Il rit de nouveau —.Ah! comédienne!.Mais je comprends que vous vous y laissiez prendre, Serena, puisque moi, autrefois.Mieux vaut que je vous le dise.Vous comprendrez alors ma façon d'agir à son égard.Elle et moi avons été fiancés, il y a six ans.—Fiancés! fit Serena.—Oui.Nous n'en avions encore rien dit à personne, lorsque Adley vint s'installer ici.Aussitôt Jane lui plût.et elle.Celui-là était le futur comte de Felborne.Moi, je semblais destiné à rester Ralph Hawton, dépourvu des biens de ce monde.Elle partit pour Londres, chez une amie, et m'écrivit une lettre pour se dégager de sa promesse.Elle disait qu'elle s'était trompée, qu'elle n'avait pour moi qu'une affection fraternelle.C'ost lo moyen classique pour s'excuser, dans un cas sombla-ble.Tout aussitôt, mes yeux se sont ouverts, et j'ai reconnu— un peu tard—la vérité de ces paroles dites un jour par ma mère, qui n'avait pas de sympathie pour Jane:' Je crains que cette enfant ne soit que duplicité." Il n'y avait bien que cela, en effet, dans cette âme de jeune fille.Affamée de luxe, de grande vie, elle n'avait pas balancé à renier ses promesses pour choisir celui qui devait réalisor ses rêves ambitieux Serena dit d'une voix indignée: —C'était odieux!.Je compr nds Ra ph, que vous n'ayez pu oublier., surtout si vous l'aimiez beaucoup.Il eut un léger rire —Oui comme peut aimer un jeune homme de vingt-quatre ans, croyant à mille choses stupides telle que la sincérité du cœur féminin Ah' Jane Delson s'est chargée de me désabuser!.Vous comprenez maintenant pourquoi je la connais si bien ?Serena murmura —Oh! oui, je comprends! —Vous concevez quels doivent être les sentiments de cette femme, à votre égard, quand e le vous voit jouissant de tout ce qui fa sait l'objet de ses rêves.Elle ne peut que vous haïr.et chercher à vous nuire.—-Eh bien! je me tiendrai sur mes gardes, désormais.Il n'y a que l'enfant qui est si gentille.Ralph dit avec ironie : —Mrs Adley s'en sert pour vous apitoyer et vous attirer Oh! elle est habile! —Il est vrai que si vous ne m'aviez pas prévenue contre elle, je l'aurais peut-être crue sincère.Cependant, dès le premier jour, elle ne m'a pas plu.—Oui, quelque chose vous repoussait en ele.C'est que vous êtes s différentes.du moins pour le moment.—Comment, pour le moment?demanda Serena surprise Il hésita, puis se mit à rire.—Eh oui! Qui me dit que, dans quelques années, vous ne serez pas devenue fausse et perfide, comme Jane et comme d'autres?—Oh! Ralph! Le reproche douloureux des beaux yeux veloutés, fit tressaillir lord Felborne.Son regard s'adoucit , et il prit la main de la jeune femme pour la glisser sous son bras.—Ne prenez pas mes paroles au tragique! Je suis persuadé qu'entre vous et Jane il ! " F> R E S T O " APPAREIL CHAUFFANT L'EAU Un instantanement Suppression du réservoir.Suppression des allumettes.ÉCONOMIE de gaz.de.temps.DÉMONSTRATION SUR DEMANDE.The PRESTO Manufacturing Co.Tél.EST 4430 340, RUE AMHERST, MONTREAL -i-i-i-i-i- 15 avril 1922 LA REVUE MODERNE 49 Adley, il existera toujours un abîme.Pendant un moment, ils marchèrent en silence.Puis Ralph dit d'un ton railleur: —Pour achever de vous édifier sur Jane Adley, je vais vous montrer quelque chose.Il déplia un papier sous les yeux de sa femme.—.Voici une note de couturière, toute récente, au nom de Mrs Adley, mais qui m'est adressée.Comme j'ai payé les factures antérieures à la mort de mon cousin, on s'est imaginé que j'allais continuer ou, tout au moins, on a voulu faire cette tentative.Qu'en dites-vous, Serena?Que possède-t-elle en fait de fierté, ou même de simple dignité, la femme qui, ayant été souffletée de mon indifférence, de mon dédain, dès le premier jour où j'ai paru à Leinborough-Castle, ne craint pas de s'abaisser à de telles manœuvres, par intérêt, par esprit de lucre ?Serena, stupéfaite, murmura: —Est-ce possible?.Vraiment, est-elle inconsciente, ou.—Cynique?.La seconde hypothèse est la bonne, croyez-moi.Malheureusement pour elle, je suis devenu trop clairvoyant.Aussi vais-je, de ce pas, lui reporter la note qui s'est "égarée" chez moi.Elle comprendra, et n'y reviendra plus.Maintenant, ne parlons plus de cette peu intéressante personne.Et puisque nous voilà près du nouveau cottage des Molwell, allons le visiter.XIV Sur une éminence boisée, au-dessus de la petite rivière qui longeait le parc, s'élevait un grand cottage à peine achevé.Lord Felborne le destinait à la famille de de son fidèle Christopher.Ralph, connaissant l'affection que Christopher portait à sa sœur Esther et à ses neveux, leur donnait une situation qui les mettait tout à coup dans l'aisance.Esther Molwell se trouvait à la porte du cottage, avec sa fille Janie.Lord et lady Felborne visitèrent l'habitation non encore meublée.En sortant, Ralph dit à sa femme, en lui désignant la jeune fille, une gentille blonde toute rougissante: —Vous plairait-il, Serena, d'avoir cette jeune personne comme seconde femme de chambre?.Je sais que ce serait son rêve.—Oh! bien volontiers! —Donc, c'est entendu ?.Vous êtes con sentante, mistress Molwell ?—Je crois bien, Votre Seigneurie!.C'est un honneur pour nous et une grande joie! Tandis que Ralph et Serena s'éloignaient, Janie dit avec enthousiasme: —Comme elle est belle! Quels yeux magnifiques!.Esther secoua la tête.—Oui.Mais votre oncle Christopher prétend qu'elle n'est pas bien heureuse.Non pas que Lord Felborne soit mauvais pour elle!.Mais il n'est pas ce qu'il devrait être.Et pourtant, elle est si charmante!.White-Cottage se trouvait à cinq minutes de l'habitation des Molwell.Comme Ralph et Serena s'en approchaient, les sons d'un piano parvinrent jusqu'à eux.Lord Felborne dit: —Elle joue une romance de Mendels-sohn, autrefois mon morceau préféré! Quelle coïncidence!.Ecoutez!.Quel art, dans la façon de nuancer!.Et là encore, elle sait exprimer des sentiments qu'elle n'a jamais éprouvés.Nell sonna à la porte du cottage.Lady Dorothy, qui ouvrit, eut un sursaut à la vue des visiteurs; puis un sourire forcé vint à ses lèvres.—Ah! vous venez faire une petite visite à la solitaire ?.Ralph dit tranquillement: —Non, il s'agit de réparer une erreur.Jane apparut dans le vestibule, souriante, jolie dans sa toilette de deuil.—Quelle bonne surprise!.Entrez donc, je vous en prie! _ —Inutile, mistress Adley.Je voulais simplement vous remettre ce papier, qui s'est égaré chez moi par une erreur d'adresse.Il lui tendait la note qu'il avait, tout à l'heure, montrée à Serena.Une rougeur monta aux joues de Jane qui s'écria d'un ton de confusion: —-Oh! pardon!.Quelle ridicule erreur! Veuillez l'excuser my lord!.Cette couturière aura perdu l'adresse que je lui avais donnée.—Sans doute.Enfin, vous pourrez remédier à cela, maintenant.—Certes, et tout aussitôt!.Quoiqu'il n'y ait rien de pressant, car maintenant je n'aurai pas besoin de ses services, d'ici longtemps! Puis souriant de nouveau, elle demanda: —Vous allez nous faire le plaisir de prendre le thé avec nous ?—Je regrette de devoir vous répondre par un refus.Ma femme et moi rentrons à l'instant au château.Ils prirent congé, brièvement, de la jeune femme et de lady Dorothy.Quand ils furent à quelque distance, Ralph dit à Serena.—Eh bien! vous l'avez vue?.Je lui donne un soufflet et elle n'en est que plus aimable! C'est -vraiment délicieux! Elle joue supérieurement son rôle!.Je voudrais bien savoir si Dorothy est sa dupe ,ou sa complice.Vous avez remarqué comme elles sont intimes?—En effet.Lady Dorothy se rend quotidiennement chez Mrs Adley.—H en a toujours été ainsi.Au contraire, Sabina.comme ma mère, n'a jamais eu de sympathie pour Jane.Serena fit observer: —^Je la crois bien atteinte, cette pauvre Sabina! On la sent très fatiguée, à certains jours surtout.—Elle dit cependant qu'elle n'est pas plus mal.C'est une bonne personne, celle-là.Au bout d'un instant de silence, il conclut, d'un ton d'impérieuse décision: —Je ferai comprendre à Dorothy que ces relations me déplaisent, et qu'il faut choisir entre Mrs Adley et nous.Serena fit observer: —Ce serait peut-être exagéré.F> la regarda, d'un air ironique.—Vous vous imaginez que ces femmes-là ont un cooeur sensible comme le vôtre ?.La sympathie qui les rapproche est faite de défauts communs, de haine-; semblables.—De la haine?.Pourquoi lady Dorothy en aurait-elle ?—Le sais-je?Elle détestait lord Felborne, parce qu'elle était sous sa dépendance, ma mère, parce qu'elle était bonne, et que lord Henry lui témoignait beaucoup de considération.moi, parce que je la perçais à jour.et maintenant parce que j'ai rejeté dans le néant les rêves ambitieux de sa chère Jane.Quant à vous , Serena.Son regard glissa sur le charmant visage.—.Quant à vous, il apparait très évident qu'en dépit de ses airs doucereux à votre égard, vous n'êtes pas beaucoup mieux partagée.Ainsi donc, défiez-vous d'elle, défiez-vous de Jane.Tenez la première à l'écart, discrètement, et quant à l'autre.eh bien' tournez-ui le dos.si cela vous convient! C'est tout ce qu'elle mérite.Serena dit pensivement- —C'est la petite fille qui me fait de la peine.Elle a l'air triste, je trouve, depuis quelque temps.—Je le regrette, puisqu elle était une distraction pour vous.Mais nous vous en trouverons d'autres.Dans quelques jours, la première période de notre deuil étant passée, je vous mènerai rendre visite aux principales personnalités des alentours, et vous pourrez prendre part à quelques réunions, en donner même à Leinborough-Castle, car nous ne sommes pas très rigoureux, en Angleterre, pour le deuil.Serena murmura —Je ne sais trop si ce sera une distraction pour moi.—Que dites-vous là ?—Je serai gauche ,gênée.Il répéta, aveo un petit rire d'ironie: —Gauohe ?.gênée ?Son regard enveloppait la jeune femme, souple, aisée, infiniment éléçante.Les derniers rayons du soleil éclairaient l'harmonieuse beauté de ce visage, le pur et doux éclat de ces yeux noirs si veloutés.Ralph ajouta d'un ton moqueur: —Vous vous calomniez, ma chère.Si j'étais plus habile faiseur de compliments, je vous en adresserais un, pour vous rassurer Mais point n'en sera besoin, je crois.Vous devinerez vite ce que l'on pensera de vous, et toute inquiétude disparaîtra.Cette ironie impressionna désagréablement la jeune femme.Arrivés au château, chacun d'eux gagna son appartement.Jos.Lagarde 113, rue Bordeaux BEAUX ruft» neufs, — Spécialité [tapis, préIarts et rideaux].Nous sommes dans notre maison privée, pas de dépenses, notre assortiment est complet.ACHETEZ maintenant, n'attendes pas la hausse de mat.Avec un léfter acompte on vous le tardera pour le temps désiré Tél.Est 3217 W. 50 LA REVUE MODERNE 15 avril 1922 Bessie en habillant sa maitresse pour le dîner, lui apprit que lady Sabina était souffrante et qu'elle ne quitterait pas sa chambre ce soir.Aussitôt habillée, Serena se rendit chez lady Sabina qu'elle trouva assise dans un fauteuil, avec une Bible ouverte sur les genoux.Une lueur de contentement passa dans les yeux mélancoliques, à la vue de la jeune femme.—Ah! que vous êtes gentille de venir!.Rien que de voir votre joli visage et vos beaux yeux pleins de lumière, je me trouve mieux! Serena s'assit près d'elle.—Je suis malheureusement rentrée tard ; sans quoi, je serais venue plus tôt vous tenir compagnie.—Vous vous promeniez, ma chère enfant?—Oui.J'avais été chercher Nell, et nous sommes restées assises près du lac.Puis Ralph est arrivé.Comme il avait un mot à dire à Mrs Adley, il est venu avec moi reconduire l'enfant.Lady Sabina demanda d'un ton hésitant : —Vous voyez souvent Jane ?—Assez souvent, à cause de Nell que j'aime bien.Mais Ralph m'ayant éclairée au sujet de la mère, il me faudra cesser presque complètement les rapports avec elle.—Eclairée?.C'est-à-dire qu'il vous a appris.leurs fiançailles d'autrefois, dé-loyalement rompues par elle?—Oui, c'est cela.Lady Sabina secoua la tête.Un sourire de mépris glissait entre ses 'èvres pâlies.—An! je comprends que Ralph n'oublie pas une pareille insulte!.Un homme comme lui, rejeté pour se voi préférer un Kmil Adley!.Kl après avoir rn;ii des assurances d'éternel attachement!.Quel abîme de duplicité, que le cœur de cette femme! —Oui, vraiment!.Je ne puis comprendre!.—Oh! non, vous ne pouvez la comprendre, dit Lady Sabina, car vous êtes tout autre!.Vous êtes loyale, incapable d'une bassesse .m d'une hypocrisie.Kl si bonne, avec cela!.Ahf Ralph doit être bien heureux ! Les yeux de Serena se détournèrent.Heureux ?.Il ne lui avait jamais dit qu'il le fut, par elle.La jeune femme se força à sourire, en disant —Vous me jugez avec beaucoup d'indulgence, ma cousine.—Non pas! Je suis même certa ne de ne connaître qu'une part e de vos qualités.Mais, pour en revenir à Jane, je dois vous dire: méfiez vous! —Ralph m'a déjà avertie.—Il a bien fait!.Ne vous le dissimule/ |i;is, m;i ehe e enfant elle \ nus fera tout le mal qu'elle pourra.Il y eut un long silence.Serena, pensive, laissait errer son regard autour d'elle, sur les vieux meubles noyés dans l'ombre.Lady Sabina la considérait avec une émotion mélancolique.Une question était sur les lèvres de Se-icna: "Savez-vous s'il l'aimait beaucoup?" Elle n'osa la formuler.D'ailleurs, lady Sabina semblait lasse, et, le jour s'évadant, elli ne de\ail plus suivre qu'avec difficulté le mouvement des lèvres de son interlocutrice.Serena descendit pour rejoindre Ralph qui s'entrenait avec lady Dorothy.A la seu e vue de la physionomie de celle-ci, la jeune femme comprit qu'il venait de lui laisser entendre son déplaisir au sujet des rapports trop fréquents avec White-Cot-tage.Mais elle ne vit pas le coup d'oeil sournoisement haineux dont, au passage, la grat fiait la vieille demoiselle.XV La révélation de Ralph avait expliqué à Serena une certaine face du caractère de son mari : ce scepticisme au sujet des sentiments féminins qu'il lui avait plus d'une fois laissé entrevoir.Parce qu'une femme s'était jouée de lui, avait marché sur sa promesse, par intérêt, il semblait s'imaginer que toutes—ou presque— étaient capables de semblables vilenies.La déception d'autrefois avait introduit en lui le poison de la défiance.Puis une autre souffrance s'imposait à Serena.Cet amour que Ralph lui refusait, silencieusement, une autre l'avait connu.Et, s'il fallait en croire la vivacité de son ressentiment, que les années ne semblaient pas avoir affaibli, il avait aimé de toutes les forces de son cœur la femme fourbe et ambitieuse qu'il accablait aujourd'hui de son mépris.Mais celle qui lui était si tendrement attachée, celle qui était prête pour lui à tous les sacrifices, ne trouvait plus chez ui que cette défiance, fruit de son amère désillusion.Serena avait écrit à Emil enne pour lui faire part de l'invitatio de Ralph.La fillette répondit aussitôt, en disant toute sa joie.Sa grand mère et sa sœur, furieuses d'être laissées de côté par lord Felborne, avaient essayé d'empêcher qu'elle répondit par une acceptation.Mais M.Beck-ford, inquiet de voir sa fille si faible, avait parlé ferme contre son habitude, et les deux femmes devaient baisser pavillon."Donc, dans huit jours, ma chère Serena, je serai près de toi, concluait Emilien-ne Papa veut m'accompagner jusqu'à Londres.Là, il me mettra dans le train, et j'espère arriver sans encombre à Tring-ham".Ralph déclara: —Il faut inviter votre cousin à venir passer quelques jours ici, en y accompagnant sa fille.Elle objecta: —Je ne voudrais pas que ce fût un ennui pour vous?—Mais aucunement! Je n'ai toujours reproché qu'une chose à M.Beckford: sa faiblesse coupable, qui laisse tyranniser les innocents.Autrement, je n'aurais eu que sympathie pour lui.A quelques jours de là, Ralph emmena sa femme dans une tournée de visites.Serena avait déjà vu ces personnalités du voisinage, au moment des obsèques de lord Henry, et un peu après, quand elles étaient venues faire à Leinborough-Castle leur visite de condoléances.Les nouveaux châtelains furent accueillis a\ec un empressement plein de déférence.Serena, délicieusement vêtue de blanc, n'avait jamais été plus jolie.Sans doute Ralph ne s'en aperçut-il pas, car il ne sortit de ses lèvres aucun compliment.Et, au retour, il sembla à la jeune femme qu'il était distrait, préoccupé.L'arrivée d Emilienne fit diversion aux soucis de Serena.Emmy plut à lord Felborne, ainsi qu'il le déclara à sa femme.Et la sympathie fut réciproque.—Comme il est bien, ton mari! répétait la fillette à Serena.Et très aimable, très accueillant.Ce n'est pas ainsi que me le représentaient grand'mère et Simonne! Elles m'ont prédit: "Tu ne tarderas pas à revenir, car tu on auras bientôt assez de la morgue de lord Felborne, et des manières de Serena qui doit en faire des embarras, maintenant!" Jetant ses bras autour du cou de sa cousine, Emmy ajouta: —Quant à ce dernier point, je n'en ai rien cru du tout.Et au sujet de lord Felborne.me voici rassurée.Oh! je me doutais bien que tout cela n'était que racontars de jalouses.M.Beckford, de son côté, se trouvait dans l'enchantement.Leinborough-Castle l'émerveillait.Ralph le promena dans le domaine, et il partit convaincu que son ancienne pupille était la plus heureuse femme de la terre.Le lendemain de son départ, Serena, au retour de la messe où elle assistait presque chaque jour, se rencontra avec son mari qui revenait de sa quotidienne promenade à cheval.Jetant les rênes de sa monture à un domestique, il vint l'aider à descendre de voiture.Tandis qu'ils gravissaient les degrés conduisant au hall, Ralph dit d'un ton d'ironie légère: —Vous devenez de plus en plus fervente.Vous allez faire l'édification des catholiques du pays, comme autrefois la "pieuse" miss Delson.La jeune femme s'arrêta pour 1» regarder, tandis qu'elle ripostait: —Penseriez-vous que, moi aussi, je joue la comédie de la dévotion ?11 eut un geste de protestation.—Oh! non, non!.Serena! Sur ce point-là, je vous crois sincère! —Sur ce point-là ?.Pas sur d'autres ?_ Avec un sourire forcé, Ralph répondit: —Mais sur d'autres aussi, machèreamie! Je n'ai aucune idée de vous confondre avec une Jane Adley! A l'extrémité du hall apparut à ce moment lady Dorothy, dont la mine paraissait soucieuse.Elle annonça: —Je viens de faire demander le docteur Dugvil, pour Sabina.Elle a passé une très mauvaise nuit et, ce matin, les étouffe-ments ne cessent pas.Serena se rendit près de la malade qui l'accueillit avec un sourire.—Vous êtes bonne de vous déranger.—Ralph va venir dans un moment, dit Serena en serrant la main qui lui était tendue.—Ralph est très bon aussi.Une crispation passa sur le visage blêmi, et les paupières bleuâtres s'abaissèrent un instant.—Il vous aime beaucoup, ma cousine.Il m'avait déjà parlé de vous, en me montrant votre photographie.La jeune femme s'interrompit.Oubliant l'infirmité de la vieille demoiselle, elle venait de lui parler vainement, puisque ses yeux étaient clos Mais les paupières se soulevèrent et lady Sabina dit à mi-voix: —Oui, ma photographie.Il l'a emportée, avec celle de lord Henry, quand il a quitté Leinborough-Castle.La jeune femme songea:" Mais elle entend donc mieux qu'on ne le pense?.J'ai parlé d'un ton ordinaire, et même plutôt bas, cependant." Lady Sabina poursuivait: —C'est Jane qui a été cause de tout.Lord Henrv se laissait volontiers circonvenir, et elle en profita pour l'exciter contre Ralph, à propos de légères contesta- 15 avril 1922 LA REVUE MODERNE 51 tions qui s'étaient élevées entre eux.Apre* ses 1 i;iriMI< — avec Emil, elle -'arrangea pour faire survenir une brouille complète elllre ees lieux homme-, qui s'aimaient cependant.Serena écoutait avec attention.Elle souhaitait connaître ce qui avait trait au passé de Ralph!.Cependant elle objecta: —Vous allez vous fatiguer, cousine! ¦—Non.Cela me fait du bien de vous parler.Je disais qu'elle les avait brouillés.Mais lord Henry ne fut pas longtemps dupe.Après le mariage d'Emil, il se montra froid, à l'égard de Jane, en dépit des cajoleries de celle-ci.Il regrettait d'avoir rompu avec Ralph.A ses derniers moments, c'est le nom de Ralph, qu'il a prononcé.J'étais là, j'ai entendu.EIIp s'interrompit, tandis qu'une faible rougeur montait à ses joues blêmes.—.Je veux dire.Dorothy m'a répété.Et puis j'avais vu sur ses lèvres.On frappa à ce moment.C'était Ralph, qui venait prendre des nouvelles de la malade.—Oh! je ne vais pas bien du tout!.Ce cœur m'étouffe.Bientôt, peut-être.Ses yeux s'emplirent d'effroi.—J'ai tellement peur de mourir Serena pressa la main brûlante.—Oh! ma cousine, n'avez-vous pas confiance en la miséricorde de Dieu ?—Il n'y a pas de miséricorde pour moi! Serena protesta: —Il y en a pour tous! Dieu accueille tous les repentirs.Et d'ailleurs, ma pauvre cousine, je ne crois pas que vous ayez de bien grands crimes sur la conscience! Les paupières se soulevèrent un instant, et Serena crut voir passer une lueur de tragique désespoir dans les yeux.La malade murmura: —Dieu est juge! XVI Une amélioration se manifesta dans l'état de lady Sabina.Serena venait fréquemment la voir.Sa charmante sollicitude etl'affectueuxinté-térêt de Ralph reconfortaient la malade.Mais , dès que sa sœur venait, sa physionomie changeait, devenait sombre, et elle ne parlait, plus.Elle semblait toujours poursuivie par la terreur des jugements divins.Un jour elle dit à Serena: —Ah! que vous êtes heureuse d'avoir la confession!.Serena dit avec émotion: —Mais vous pouvez y recourir aussi?.Il vous suffit de reconnaître que dans le catholicisme se trouve la vérité, et le pardon divin vous sera donné, comme à nous.Lady Sabina joignit les mains: —Ah! le pardon!.le pardon! Serena, devant cette angoisse, se demandait quelle faute secrète pesait sur la conscience de la malade.La jeune femme faisait avec Emilienne de longues promenades en voiture.Elle voyait peu son mari, occupé aux améliorations qu'il faisait faire, dans le château et dans le domaine.Il lui témoignait la même sollicitude tranquille et froide.De tout ce qu'elle avait appris, depuis quelque temps, ressortait pour Serena le soupçon qu'il l'avait épousée dans le but de réaliser une triomphante vengeance contre Jane Adley.Elle avait beau s'efforcer d'éloigner cette idée, elle lui revenait sans cesse.Des habitantes de \Vhite-< 'ottage, on n'entendait plus parler.Serena évitait de diriger par là ses promenades.Un après-midi, tandis qu'elle se trouvait près de lady Sabina, Deborah, la femme de chambre attachée au service des deux sœurs, entra tout à coup, la mine bouleversée.—My lady.on ramène lord Felborne.blessé!.—Blessé?En jetant ce cri de terreur, Serena s'élançait hors de la chambre.Dans le hall Ralph était étendu sur une civière.Des linges tachés de sang enveloppaient sa tête.A la vue de sa femme, il fit un mouvement pour se soulever, en disant avec vivacité: —Ce n'est rien, Serena!.rien! Elle lui prit la main.—Oh! Ralph, qu'est-ce donc?.U faut faire demander le docteur Dugvil, tout de suite!.Ces mots s'adressaient aux domestiques.L'un d'eux répondit: —Une automobile part pour Tringham, my lady.—Alors, portez lord Felborne dans sa chambre.Le premier saisissement passé, la jeune femme se révélait énergique, adroite, aidant avec intelligence Christopher, puis, ensuite, le médecin.L'accident était dû à un madrier, tombé sur la tête de Ralph, tandis qu'il visitait l'usine d'électricité en construction.Le docteur Dugvil déclara: —Votre Seigneurie en sera quitte pour peu de chose, après tout! La blessure est profonde, mais sans gravité réelle.Ralph avait refusé que personne demeurât près de lui pendant la nuit.Mais, vers une heure, Serena, inquiète, vint voir s'il dormait, s'il n'avait pas besoin de quelque chose.Elle se pencha vers le blessé qui attachait sur elle des yeux brillants.—Donnez-moi un peu de quinine, Serena.J'ai la fièvre.Elle lui prépara la quinine et déclara qu'elle allait rester avec lui.—Non , je ne le veux pas, dit Ralph.Christopher s'est mis tout habillé sur son lit.Quand je sonnerai, il sera là.—Je ne doute pas du dévouement de Christopher.Mais il m'est doux de vous donner ces soins, Ralph, de veiller sur vous.Elle posa sa main souple et fraîche sur le front brûlant, en couvrant le blessé d'un regard de tendresse émue.Ralph prit cette main et la fit descendre jusqu'à ses lèvres.—Eh bien! restez,ma petite Serena, si vous le voulez.Elle s'installa dans un fauteuil.Chaque fois qu'elle dirigeait ses yeux vers le blessé, elle rencontrait son regard, qui se détournait aussitôt.Au bout de quelque temps, la jolie tête s'inclina sur le dossier du fauteuil, et Serena tomba dans une somnolence qui l'engourdissait.L'état du malade prit très vite une tournure favorable.Il put bientôt se lever, s'asseoir sur la terrasse.l*rès de lui se tenait Serena.Elle semblait deviner tous ses désirs.Parfois, il avait un geste affectueux qu'il semblait aussitôt regretter Souvent Emilienne venait causer avec lui.Il faisait remarquer à sa femme que la fillette commençait à prendre meilleure mine, à devenir gaie.Serena ripostait: —C'est à vous qu'elle lo doit.Aussi vous en est-elle reconnaissante, je vous assure.Lady Dorothy et sa sœur se tenaient à l'écart: la première, parce qu'elle n'était pas les bonnes grâces de Ralph, et lady Sabina à cause de son état de santé.Un matin.Serena trouva la vieille demoiselle plus sombre qu'à l'ordinaire.Son regard voilé par la souffrance morale s'attachait sur la jeune femme.Et.tout à coup, elle murmura, en joignant les mains: —Oh! priez pour moi.Serena!.priez!.Ce poids sur ma conscience!.Si vous saviez!.Elle s'affaissa sur ses oreillers dans une crise de suffocation.Serena et la femme de chambre lui donnèrent les soins nécessaires.Cette nouvelle alerte avait affaibli lady Sabina.—La pauvre cousine ne sera plus pour longtemps avec nous! dit Ralph, quand sa femme lui rapporta l'incident.D'ailleurs, le docteur Dugvil ne m'a pas caché qu'elle avait, au plus, quelques mois à vivre.Les deux époux se trouvaient assis, après le dîner sur la terrasse, devant le cabinet de travail.Lord Felborne.silencieux, tenait ses paupières demi-baissées.Mais entre les cils un regard attentif et ardent se glissait vers la délicieuse figure de femme, tout éclairée par les grands yeux d'Andalouse.Serena dit tristement : —Elle est en effet bien changée.En outre, elle se tourmente beaucoup.Elle a des craintes très vives ,au sujet de la mort.On dirait qu'un lourd fardeau pèse sur sa conscience.—Oh! Pauvre Sabina! Que pourrait-elle bien avoir à se reprocher de très grave ?—Je me le demande, aussi.Pensivement, elle laissait errer son regard sur les jardins éclairés par la lune.Les parterres, les bassins de marbre aux eaux tranquilles se découpaient dans la clarté bleuâtre, qui baignait les arbres immobiles.Serena se pencha en avant.—Qu'est-ce donc, là-bas?.Cette ombre qui parait avancer?.Voyez-vous, Ralph?—En effet.C'est une enfant, je crois.—.Vêtue de blanc.Serait-ce.Nell ?Tout en parlant, la jeune femme allait au-devant de l'arrivante imprévue.C'était bien Nell.Nell, haletante, secouée de frissons, qui se jetait entre les bras de Serena.—Voyons, Nell!.Qu'est-il arrivé?—Je voulais vous voir!.Maman m'empêchait.Elle disait que vous ne vouliez plus.—Vous seriez-vous sauvée, sans rien dire?—Oui.—Mais c'est très mal! Votre maman va être très inquiète.Ralph eut un petit rire en murmurant- —On! oui, en effet! Et il demanda à l'enfant; —Comment avez-vous fait pour partir, sans qu'on vous entende ?La petite \oix tremblante répondit: —Maman a oublié de fermer la porte, avant de se coucher.Alors, quand elle a été endormie, je me suis levée tout doucement, j'ai mis ma robe.et je suis sortie.Mais j'avais pour, toute »eule.Une fois je me suis retournée, j'ai cru voir maman loin sur le chemin.Mais ce n'était pas elle, elle dormait trop bien quand je suis partie.—Oui, elle dormait.évidemment.Eh bien! ma petite, on va vous reconduire, et je pense que vous n'aurez plus l'idée de vous enfuir, une autre fois. 52 LA REVUE MODERNE 15 avril 1922 Serena protesta.—Oh! Ralph, à cette heure!.Elle est fatiguée, émotionnée.-Il l'interrompit: —Andrew la portera.Mais elle rentrera ce soir chez sa mère, La jeune femme n'osa insister.Ralph donna ses ordres à un domestique.Serena embrassant la petite fille, lui dit avec douceur: —Vous allez retourner avec Andrew, ma chérie.Soyez bien raisonnable.Nell dit d'une voix étouffée: —Est-ce que c'est vrai, que vous ne voulez plus venir?—Je ne peux pas.je suis trop occupée.—Oh! quand vous aurez un moment, vous viendrez, dites?.Serena baisa la joue humide de larmes, en répondant: —Oui, peut-être.Allez avec Andrew.Nell dit d'une voix sanglotante: —Maman va se fâcher.je serai battue! Ralph laissa échapper, entre ses dents: —Ce serait le comble!.Andrew s'éloigna, avec l'enfant dans ses bras.Nell agitait ses mains, en signe d'adieu, à l'adresse de Serena.Ralph dit en se penohant un peu: —Une fois de plus, vous me taxez de dureté Serena ?Elle leva sur lui ses beaux yeux ou brillaient des larmes.—Cette pauvre petite obéissait à son affection pour moi.—Et aux suggestions de sa mère.—Oh! Ralph! —Certainement.Voici comment la chose s'est passée.Jane Adley a tout rempli le cerveau de l'enfant du désir de vous revoir, tout en la persuadant que vous ne re\ii.ndrie/, plus.Quand elle l'a vue à.point, elle a feint de s'endormir profondément, en"oubliant" de fermer la porte.Et la petite s'est enfuie pour venu- vous trouver,—l'idée a pu lui en être suggérée facilement.On escomptait que vous la garderiez cette nuit.Demain matin, nous aurions vu venir une mère éplorée.Effusions, larmes, rien n'aurait manqué.Serena écoutait avec stupéfaction.—Ralph, comment savez-vous?.—Je ne sais pas, je devine.Evidemment, je regrette d'être obligé d'agir ainsi, à l'égard de cette enfant, dont la mère se sert comme d'un instrument.—C'est odieux! dit Serena._—Jane Adley ne regarde pas à une vilenie près.A propos, je ne vous ai pas informée du résultat de l'enquête, au sujet de ces lettres disparues, pendant mon absence ?La jeune femme fit un signe négatif.—Eh bien! je suis arrivé à la quasi-certitude qu'elles ont été soustraites par cette femme.—Par Mrs Adley!.—La oorrespondence est jetée dans une botte dont il existe deux clefs: une est entre le- m.un- île .lnliii, eharré île remettre ce qu'elle contient au facteur; je détiens l'autre, Jane ,du temps déjà de lord Henry, avait pu en faire faire une autre.Cette idée m'a été donné par Sabine, qui, lorsqu'elle m'écrivait, faisait porter sa lettre à la poste de Tringham ,tant elle se défiait de cette femme.—C'est incroyable.Mais quel est son but?—Tentative de désaccord entre nous.Son coeur est rempli de jalousie à votre égard.Vous occupez la place qu'elle avait rêvé d'être la sienne, près du comte de Fel- borne , jeune ou vieux, bien ou mal bâti, intelligent ou stupide.Car o'est sa haute position qu'on épouse avant tout.Il eut un rire de froid sarcasme.—.Et la comtesse de Felborne, c'est vous, au lieu d'elle.En vérité, comment ne vous détesterait-elle pas?Il se penchait vers elle, et ses lèvres effleurèrent le front tiède.Serena eut un tressaillement léger.Une joie soudaine gonflait son cœur.XVII Le lendemain, un billet de Mrs Adley fut remis à Serena.La jeune veuve exprimait ses regrets au sujet de l'escapade de Nell."Je m'étais endormie très fatiguée, ajoutait-elle, et je n'ai rien entendu.J'espère que lord Felborne n'en voudra pas trop à la pauvre petite, qui n'a agi que par excès d'affection pour vous".Serena pensa avec mépris: "Fourbe!.Hypocrite!.Ah! Ralph doit bénir le ciel, qui lui a épargné d'être l'époux d'une pareille femme!" Dans l'après-midi, la jeune femme se rendit avec son mari à Wysmarck-Court, où lady Burnett donnait une petite réunion intime.L'élégance discrète de sa toilette blanche rehaussait encore sa beauté.Il était impossible de rêver femme plus charmante, ainsi que le déclara miss Violet Treenby, tante de lady Burnett, à lord Felborne, avec qui elle s'entretenait.Une lueur d'orgueil passa dans les yeux bruns, qui s'attachèrent pendant un moment à Serena.Ralph dit avec un sourire: —Je crois en effet que ma femme est douée de toutes les perfections, physiques et morales.Au retour il demanda: —Avez-vous pris plaisir à cette réunion, Serena ?—Très grand plaisir.Les Burnett me sont sympathiques et j'aime ce milieu sérieux, distingué.—Bien des jeunes femmes le trouveraient trop sérieux.Vous-même, quand vous aurez goûté aux grandes mondanités, quand vous serez devenue l'une des personnalités à la mode.—Ralph, tenez-vous beaucoup à ce que je devienne une de ces femmes ?—-Mais pas du tout! Vous le deviendrez, parce que vous prendrez goût au monde, aux adulations, quand vous les connaîtrez.C'est chose presque inévitable, pour une femme jeune et jolie surtout.Son regard enveloppait longuement le charmant visage qui se redressait en un mouvement de protestation.—Vous vous trompez!.Car, quoi que vous en pensiez, je ne désire aucunement une vie de plaisirs, soyez-en assuré.—Oui, j'en suis certain, car je sais que vous êtes sincère.Rien ne pouvait être plus précieux que cette parole, dans l'état d'inquiétude où se trouvait son cœur.Ralph .ainsi, l'assurait de sa confiance.Comme l'automobile approchait du château, elle croisa Mrs Adley.Ralph fit observer: —Elle vient sans doute d'un rendez-vous avec Dorothy.J'ai appris que celle-ci continuait de la voir.Il faudra que cela cesse, car je ne me soucie pas d'avoir chez moi une espionne.—Croyez-vous vraiment?.—J'en suis persuadé.Mrs Adley se renseigne ainsi sur nos faits et gestes, dans l'espoir de nous nuiro.11 murmura, les sourcils froncés: —Je regrette de lui avoir laissé la jouissance de White-Cottage.Le soir de ce jour, un domestique vint leur annoncer: —Deborali fait prévenir vos Seigneuries que Lady Sabina semble très mal.Ils montèrent chez la malade.Elle étouffait, les yeux pleins d'angoisse.En attendant l'arrivée du médecin, Serena et la fenmme de chambre donnaient à lady Sabina les soins voulus.Peu à peu, le cœur affolé se calma.Cette fois encore, la mort s'éloignait.Quand le docteur arriva, tout péril immédiat semblait conjuré.Le médecin dit à Ralph, en partant: —Elle passera dans une autre crise, très prochainement, sans doute.Lord Felborne en revenant vers la chambre de sa parente, se heurta presque, dans le corridor, à lady Dorothy qui rentrait, en se glissant le long des murs comme une conspiratrice.Ralph lui barra le chemin.—Ah! c'est vous, Dorothy?.Vous étiez en promenade ?—O.U1.La soirée est si belle.—En effet.Et la société de Mrs Adley vous est plus agréable que celle de votre soeur, qui a failli mourir pendant ce temps-là.Lady Dorothy bégaya: —Mourir?."Sabina?.Et que dites-vous?.Je n'ai pas vu Jane.—Vraiment?.Elle ne vous a pas donné rendez-vous ce soir, dans le parc ?Les yeux pâles de lady Dorothy se troublèrent, sous le regard moqueur de Ralph.—Mais non.aucunement.Connaissant votre désir.11 l'interrompit froidement: —Trêve de mensonges! Tout cela est inutile.Vous continuez de voir Mrs Adley.Eh bien! il est plus simple que vous vous installiez chez elle.Il est vrai qu'elle sera ainsi privée des petits renseignements que vous lui fournissiez.Mais on ne peut pas tout avoir! Lady Dorothy dit d'une voix rauque: —Ralph!.je ne sais ce que signifie.—Vous le savez parfaitement.Toujours, vous avez été l'alliée de cette femme.Maintenant vous cherchez un moyen de mettre la désunion entre ma femme et moi.—Je vous assure.—Oh! ne niez pas! Dès le début,j'ai vu le jeu se dessiner.Par le moyen de l'enfant, on cherchait à capter la confiance de Serena.Maintenant, votre plan est déjoué.Et je vous conseille de renoncer à toute tentative de ce genre, si vous ne voulez que je prenne des mesures radicales.Il se dirigea vers la chambre de la malade, laissant lady Dorothy anéantie.Lady Sabina demanda: —Qu'a dit le dooteur, Ralph ?—Qu'il faut vous tenir bien calme, ma cousine, et que cette crise n'est pas plus grave que les autres.—Si, je le sens.Une encore, peut-être, et ce sera fini.Ses yeux semblaient s'enfoncer dans les orbites creusées.Ralph se pencha vers elle.—Ne vous tourmentez pas, Sabina! En vous soignant beaucoup, vous éviterez une nouvelle crise.Elle secoua la tête.—Non, je ne crois pas.Elle se tut un moment, puis demanda: —Et Dorothy, où est-elle?.Comment ne l'ai-je pas vue? 15 avril 1922 LA REVUE MODERNE 53 La physionomie do Ralph se durcit.—Dorothy Elle était en conférence avec Jane dans le parc.Je viens de lui signifier ma façon de penser.Je crois qu'elle a compris.La malade eut un geste d'indignation.—Toujours sa sympathie pour cette Jane!.Défiez-vous de celle-ci, Ralph.et vous, Serena.—C'est bien ce que nous faisons!.Mais je me retire.Restez-vous encore un peu Serena ?Ce fut lady Sabina qui répondit: —Oh! oui, oui, je vous en prie!.La jeune femme dit aussitôt: —Mais je ne demande pas mieux!.Par exemple, il faudra essayer de dormir.La malade murmura: —Dormir!.Voici longtemps que je ne peux plus! Ralph se retira, laissant les deux femmes seules dans la grande chambre éclairée par une lampe voilée de vert.Pendant un moment, ce fut un silence complet.Puis la voix de la malade s'éleva, faible, tremblante d'angoisse.—Oh! Serena, j'ai peur! La jeune femme posa sur les cheveux grisonnants sa main fraîche et douce.—Ayez confiance en Dieu, ma cousine, et abandonnez-vous à sa miséricorde.—Il n'y a pas de miséricorde pour une criminelle comme moi! L'accent tragique fit tressaillir la jeune femme.Dans les yeux bleus de la malade passait une lueur d'épouvante.Elle saisit la main de Serena, et la serra entre ses doigts fiévreux.—C'est affreux!.Comment ai-je pu faire cela ?.Serena, je veux tout vous dire.Ce remords m'étouffe!.Elle appuya sa main libre contre sa poitrine haletante.—.D'abord, je ne suis plus sourde.plus du tout.Cet aveu ne surprit pas trop Serena qui avait bien cru s'apercevoir que cette surdité n'existait pas.—.Je l'ai été pendant quelque temps.Un jour, je m'aperçus que j'avais recouvré l'ouïe.Je m'arrangeai pour que nul ne s'en doutât, afin de mieux surveiller ainsi les agissements de Jane et de Dorothy.Une sourde.On pouvait chuchoter sans crainte d'être entendues, et comploter les meilleurs moyens de circonvenir lord Henry, qui devenait peu bienveillant à l'égard de Mrs Adley, comme s'il se fût douté que les soi-disant propos de Ralph, rapportés naguère par elle, n'étaient que d'odieux mensonges."Puis advint la maladie d'Emil." La voix de la malade fléchit, devint indistincte.Serena, se rappelant les circonstances de la mort d'Emil Adley, comprit tout à coup.Les lèvres agitées d'un tremblement, elle demanda: ¦—Vous aviez entendu?.la défense du médecin ?Un "oui" rauque sortit de la bouche crispée.Serena terrifiée, s'écria: —Oh!.Non ,ce n'est pas possible! Lady Sabina gémit sourdement: —Si!.Oh! je crois que j'étais vraiment folle, ce jour-là!.—Mais pourquoi?.pourquoi?—Je ne voulais pas que Jane devint comtesse de Felborne.Je voulais que Ralph prit sa revanche.Et j'ai commis.ce crime.Pâle, frissonnante d'horreur, Serena recula instinctivement.—Ah! vous me méprisez, maintenant?.Serena se pencha vers elle.—Non, ma cousine.Mais je me demande.comment vous avez pu.—Moi aussi, je me le demande!.Et depuis j'ai connu le remords.Voilà pourquoi j'ai tellement peur de mourir! —Dieu pardonne à tous les repentirs, dit Serena.Il suffit de s'accuser humblement.—S'accuser?.A l'un de vos prêtres?.Oui.voilà ce que je désire! —C'est facile.Je puis demander à l'abbé Twinks de venir vous voir.Si vous êtes disposée à devenir catholique, il prendra les dispositions nécessaires.—Oui, oh! oui!.à cause de la confession.Et quand ce sera fait.vous me mépriserez peut-être moins Serena?La jeune femme appuya ses lè\Tes sur le front brûlant.—Je ne vous méprise pas, ma pauvre cousine.Tous ,nous sommes sujets à la tentation, et nous ne sommes pas assurés de n'y pas succomber._ —Oh! vous, non!.jamais vous n'auriez fait cela!.Vous êtes une âme forte, une âme toute de lumière.Mais moi, j'avais une piété sans profondeur.Enfin, j'ai commis ce crime.Et j'en demande pardon à Dieu.—Demain j'irai avertir l'abbé Twinks que vous désirez le voir.—Merci! Vous êtes bonne.Je vous demande encore une grâce; c'est de répéter à Ralph l'aveu que je viens de vous faire.Moi, je n'aurais pas le courage.Je pressens qu'il sera si.si indigné!.Et il me serait trop pénible de voir le mépris dans ses veux! —Je ferai selon votre désir.Maintenant, calmez-vous, chassez vos inquiétudes, car déjà, devant votre repentir, Dieu vous a pardonné, j'en suis certaine.—Ah! chère enfant, béni soit le jour où vous êtes entrée dans cette demeure!.Sans vous, je n'aurais peut-être pas eu le courage d'avouer.La jeune femme gagna son appartement et se laissa tomber au hasard sur un siège.Cette révélation l'avait bouleversée jusqu'au fond de l'être.Et elle prévoyait quel effet elle produirait sur Ralph.Car son haut rang, il le devait au crime de la malheureuse femme qui avait cédé à sa liaine contre Jane et à son affection pour Ralph.—Seigneur, quelle terrible chose! murmura Serena.La femme de chambre entra.Serena se laissa revêtir d'un peignoir, et coiffer pour la nuit.Puis elle s'assit de nouveau, près de la fenêtre ouverte, et retomba dans ses réflexions.Le silence s'était fait partout, au dehors et à l'intérieur du château.Serena songea: "Ralph doit être couché.Il est encore faible, et a besoin de repos.Peut-être ferai-je mieux d'attendre quelques jours, pour lui apprendre cette triste chose, qui va lui donner tant d'émotion." Un bruit de porte la fit sursauter.Quelqu'un entrait dans le salon voisin.Puis la haute silhouette de Ralph apparut au seuil de la chambre.—Oomment, pas encore au lit, Serena 1.J'ai vu de la lumière qui s'échappait de votre fenêtre.Vous n'êtes pas souffrante ?—Non, pas du tout.Je m'attardais, en pensant.Mais vous-même, comment êtes-vous encore debout ?Vous savez qu'il vous faut des ménagements.—Oh! je me sens très fort, maintenant.J'ai simplement grillé quelques cigarettes, bien étendu dans un fauteuil, ce qui n'a rien de bien fatigant Son regard ne quittait pas les yeux qui semblaient gênés, hésitants.Posant sa main sur les cheveux bruns qui tombaient en natte sur le peignoir blanc, il demanda: —Qu'y a-t-il, Serena?.Quelque chose vous tourmente,vous inquiète ?Les yeux noirs se voilèrent un instant sous leurs cils tremblants.—Mais.qui vous fait penser?.—Je le vois sur votre physionomie.Allons, dites-moi ce que c'est.Assis sur l'accoudoir du fauteuil, il répéta: —Dites-moi, Serena.Elle murmura, en l'enveloppant d'un profond regard de tristesse: —J'aurais voulu attendre encore, parce que la communication que j'ai à vous faire La Crème glacée 11 UN1C is est "toujours lu meilleure" 54 LA REVUE MODERNE 15 avril 1922 sera pénible.—Qu'est-ce donc?.Parlez vite.Alors, elle lui répéta l'aveu de lady Sabi-na.Il sursauta, avec un cri d'indignation.—Elle a fait cela?.Elle a sciemment amené la mort d'Emil?.Ah! c'est odieux! Serena appuya sur son bras ses mains frémissantes.—La malheureuse est tourmentée par le remords.—C'est possible, mais il n'en reste pas moins que je suis le bénéficiaire de son crime!.Et cette pensée m'est odieuse! —Oh! certes, je le comprends!.Elle attachait sur lui ses beaux yeux émus, si profondément tendres.Ralph attira contre lui la jeune femme ,en disant d'une voix changée: —Vous êtes bonne toujours, ma Serena.Mais il faut que je sache tout.La pauvre femme a commis cette faute par affection pour moi, je le comprends, avec l'idée de me venger.Sa joue s'appuya un instant sur les cheveux de Serena.Puis il dit d'une voix un peu étouffée: —Vous aviez raison, la vengeance est une chose mauvaise, indigne, qui fait souffrir coupables et innocents.Parlait-il pour lui, en ce moment?Pour lui qui s'était vengé de Jane avec tant de subtil raffinement ?Les beaux yeux veloutés, qu'éclairait un émoi profond, se levèrent sur le visage penché.Mais ils virent de si merveilleuses choses dans le regard de Ralph, qu'ils se fermèrent un moment .comme éblouis.Une voix frémissante murmura: —Ma Serena si chère!.C'est vous qui m'avez appris la beauté supérieure du pardon.Ah! Serena, vous avez vaincu ma défiance!.Mais prenez garde de ne pas me décevoir jamais, car je souffrirais trop, vous aimant comme je vous aime! XVIII Le lendemain, l'abbé Twinks vint voir la mourante.Celle-ci affirma sa volonté fli' mourir i-atholiijue.Llle si- confessa, et le prêtre revint lui apporter le viatique et l'extrême-onction.Maintenant, la mort ne l'effrayait plus, puisqu'elle était pardonnée.Elle offrait en expiation ses souffrances et l'impression pénible causée par la réprobation qu'elle devinait chez Ralph, bien que celui-ci ne lui en témoignât rien.Humblement, quand il était entré le matin, la malade avait demandé ^'Voulez-vous me pardonner?" Et il avait répondu: "Vous avez le pardon de Dieu, ma cousine.Le mien ne peut vous être refusé." Tout s'était borné là.Le lendemain, dans l'après-midi, lord Felborne emmena sa femme jusqu'à l'usi- ne.Le coeur de Serena tressaillait de bonheur.Car, enfin, elle se savait aimée.! si profondément aimée! Les ombres, qui commençaient de s'écarter légèrement, depuis deux jours, s'étaient évanouies subitement hier.Elle comprenait qu'il s'était défié d'elle, qu'il avait craint de lui donner son amour, après la dure expérience déjà subie, du fait de Jane Delson.Sous sa froideur apparente, sous son calme orgueilleux, il avait une âme sensible, redoutant les heurts, les déceptions.A mesure que passaient les jours, il découvrait toutes les qualités de cette jeune âme, et s'assurait de sa droiture, de la pure et ardente affection dont il était l'objet.Alors, il avait laissé parler son cœur.Et, comme il le disait, c'était vraiment maintenant leur lune de miel.Quand il eut jeté un coup d'oeil sur les travaux en cours, il renvoya la voiture, ayant décidé avec Serena de rentrer à pied.Chemin faisant, elle lui dit: —Beckwint m'a appris ce matin que la petite Nell est très malade.—Vraiment?.Cette pauvre enfant! Je crains qu'elle ne soit guère bien traitée par sa mère!.—Non, pauvre mignonne! Et quelle éducation lui donnera-t-elle ?—Probablement, elle en fera une hypocrite, comme elle.A ce propos, l'aveu de lady Sabina m'a démontré qu'un tort grave ieur a été fait.Et quelle que soit la valeur morale de Mrs Adley, je me crois tenu d'assurer largement son existence et celle de sa fille.—En effet, sans la faute de notre pauvre cousine, Mrs Adley serait la comtesse de Felborne.—Mais il faudra qu'elle quitte ce pays.Je ne veux pas la savoir pès de vous.Il glissa la main de sa femme sous son bras, en accompagnant ce geste d'un long regard d'amour.Serena lui sourit, en répliquant: —Qu'ai-je à craindre d'elle, maintenant, si nous sommes sûrs de notre affection réciproque ?—Oh! pas grand-chose, évidemment!.Néanmoins, il m'est désagréable de la savoir là.Elle pourra habiter Londres, y mener la vie élégante.Et il est probable que Dorothy la suivra.—Elle n'a pas reparu au château ?—Non, Deborah l'a informée de ma part qu'elle pouvait venir voir sa sœur mourante.Je ne sais si elle viendra.Ils firent quelques pas, puis Ralph demanda: —Dites-moi Serena, puisque le temps est si beau, voulez-vous que nous allions jusqu'à l'abbaye?La jeune femme acquiesça joyeusement.me CREENWICH SHOP FOUR SIXTY NINE GUV STREET Pour la décoration d'un intérieur.Madame Lilian Mendelftsohn.qui est une experte dans l'art de choisir une nuance, ou de draper une tenture se fera un plaiair de vous fournir absolument gratuitement, les idées et les suggestions innombrables, dont son goût artistique et l'originalité de ses vues sont une source inépuisable.UNE VISITE AU SALON DE THE S'IMPOSE ! Tél.Up.47R» lilian w.mendelssoun, HMmu, Les ruines de l'abbaye étaient un de ses lieux de prédilection.Il restait d'assez importantes parties de ce lieu de prière et de travail, dévaste par les soldats de la reine Elisabeth.L'église n'avait plus de voûtes, mais on pouvait encore admirer la sveltesse de ses colonnes, l'élégance de ses fenêtres dont les ouvertures béantes étaient envahies par une folle végétation de lierre et d'arbustes éche-velés.Serena, un peu fatiguée, s'assit sur une pierre, tandis que Ralph allait voir une source qui coulait près de là, et que son régisseur lui avait dit être prête à tarir.Les minutes s'écoulaient, et Serena songeait, évoquant une fois de plus les doutes, les inquiétudes des mois passés, puis le bonheur qui tout à coup lui était donné.Une voix de femme l'enleva à sa rêverie.—Ah! lord Felborne!.Quelle bonne surprise! Serena tressaillit.C'était Jane Adley.Elle rencontrait Ralph qui revenait de la source.Lord Felborne répondit, froid et sar- castique: —Bonne.cela dépend.Je ne puis, d'ailleurs, vous interdire de la considérer comme telle.—Oh! non, vous ne le pouvez pas!.Et il n'est pas en votre pouvoir de me faire oublier mes torts.ma folie.La voix de la jeune veuve devenait pathétique.Serena comprit quelle avait dû être la puissance de séduction de cette femme, alors que Ralph croyait à sa sincérité.—Vos torts?.Votre folie?.Ceci est de la vieille histoire, sur laquelle il est inutile de revenir.Le ton de Ralph était glacial, et resta tel durant tout l'échange de paroles qu'entendait Serena, frémissante et attentive.—De la vieille histoire?.Oh! Ralph, si vous saviez ce que j'endure!.Mon remords.mon désespoir.vous les connaissez.Elle s'interrompit, attendant une protestation qui ne vint pas.—.Vous me détestez maintenant, après m'avoir aimée.Car vous m'avez aimée, Ralph ?—Rassurez-vous, la racine de ce sentiment n'était pas bien profonde, et il y a beau temps que cette amourette de jeune homme trop naïf a été oubliée.N'ayez donc aucun remords à ce sujet.—Le remords?.Il me poursuivra toute ma vie! Je ne puis oublier quels jours heureux j'ai vécus, pendant nos fiançailles.Puis un vent de démence a soufflé sur moi, et.et j'ai essayé de me persuader que je ne vous aimais plus.Mais j'ai dû reconnaître que je m'étais trompée, en croyant pouvoir vous oublier.La voix se brisa dans un sanglot.—Vraiment?.Ce dut être après la mort d'Emil, quand je devins le futur comte de Felborne?—Ah! ne m'insultez pas ainsi par votre cruelle raillerie! Déjà, vous vous êtes si bien vengé!.Car votre mariage lui-même a concouru à ce but! Cette jeune femme vous ne l'aimez pas.Oui, j'en suis sûre! Avouez-le donc! vous l'avez épousée simplement dans un but de représailles contre moi ?Son accent devenait violent.Ralph dit avec le même calme: —Je pourrais ne pas répondre à cotte question indiscrète.Mais, pour couper court à vos suppositions, je veux vous apprendre ceci: oui, j'ai eu d'abord, en épou- 15 avril 1922 LA REVUE MODERNE 55 sant miss Dochrano, l'idée de me venger plus sûrement do vous.Mais je n'ai pas été long à mettre ce motif au second plan, et à voir en elle, non un instrument de représailles, mais une femme ardemment, uniquement chérie.—Je ne le crois pas! —Libre a vous!.Bonsoir.—Non!.un instant!.Ralph, écoutez!.Votre ressentiment me fait mourir!.D me faut votre pardon!.Oh! pour l'obtenir, je ferai ce que vous voudrez!.—Ce serait inutile.Le mélodrame n'a aucune prise sur moi.Vous m'êtes complètement indifférente.Quelques minutes après, Serena voyait apparaître son mari.Il avait un pli de mépris aux lèvres, qui s'effaça dès qu'il eut rencontré le regard ému de Serena Il vint à la jeune femme et s'assit près d'elle.—Vous avez tout entendu, sans doute, ma chérie ?Elle fit oui de la tête.—Vous voyez son manque de dignité?Elle croyait pouvoir me reconquérir, à force de platitude.Ah! si elle voyait le mépris dont mon cœur est plein à son égard!.et la place souveraine qu'occupe dans ce cœur ma bien-aimée Serena! Elle murmura, d'une voix heureuse: —Mon Ralph ! XIX Pendant les deux jours suivants, l'état de lady Sabina resta stationnaire.Puis un matin, Deborah trouva sa mai-tresse sans vie.Lord Felborne accourut près de la défunte.Serena ne se trouvait pas là: elle était allé visiter une jeune femme qui venait d'avoir son neuvième enfant.En revenant, elle laissa chez sa mère le jeune groom Jemmy.La distance était courte jusqu'au château et le cheval fort paisible.Il lui était souvent arrivé de revenir ainsi seule.Comme la voiture tournait, à un coude du chemin, Serena vit, venant vers elle, lady Dorothy, et pensa avec déplaisir: "Quelle ennuyeuse rencontre!" Lady Dorothy s'arrêta, en disant, avec autant de calme que si rien ne s'était passé entre Ralph et elle: —Bonjour, Serena.Comment va Sabina ?La jeune femme répondit froidement: —Elle est très mal.Le docteur craint une terminaison subit*.—Ah! elle est si mal?.Je ne puis me rendre près d'elle, après ce que Ralph m'a dit.D'ailleurs, je suis exténuée, car je soigne depuis plusieurs jours cette pauvre Nell.Vous avez su peut-être qu'elle était bien malade?—Oui.Ne va-t-elle pas mieux?—Non.Je la trouve même plus affaiblie M matin.;—Pauvre petite!.Le docteur paraît-il inquiet?—Oui, depuis hier soir surtout.Jane est au désespoir.! Lady Dorothy porta son mouchoir à ses yeux.—.Cette chère mignonne!.Elle perle souvent de vous.Ce matin encore, elle disait: "Est-ce que lady Serena ne viendra pas me voir?." Ralph est si.si dur.Il ne vous permettrait pas.Une émotion avait saisi la jeune femme, à la pensée de la petite qui se mourait si près d'ici.Elle aussi aurait aimé à la revoir.Mais Ralph l'autoriserait-il?.Lady Dorothy lisait sans doute ses hésitations sur l'expressif visage, car elle dit d'un ton insinuant: —Ne pourriez-vous entrer un instant, simplement?.Nell, si elle doit nous quitter, emporterait au moins cette dernière joie.Serena se dit que Ralph la désapprouverait peut-être?.Et, d'autre part, cette pauvre petite mourante ?.—Ce serait tellement bon de votre part! reprit lady Dorothy.Oubliez un instant les griefs de Ralph contre «Jane.Si vous saviez comme elle les expie durement! Et voici, pour l'achever, cette maladie de sa petite Nell! Après une dernière hésitation, Serena déclara: —Eh bien! je vais voir Nell.Lady Dorothy monta dans la voiture, Serena arrêta son cheval devant la porte de White-Cottage et descendit.Lady Dorothy la précéda jusqu'à la chambre de l'enfant et, ouvrant la porte, elle annonça: —Nell, voici Lady Serena.Se soulevant dans son lit, Nell tendit les bras.—Lady Serena!.Oh! Serena l'embrassa longuement.—Ma chérie!.C'est vilain d'être malade! Il faut guérir bien vite! Puis elle s'assit près de Nell et lui parla tendrement.L'enfant appuyait câline-ment contre la joue de la jeune femme son petit visage brûlant.Lady Dorothy avait disparu.Dix minutes s'étaient écoulées, quand une porte s'ouvrit, laissant apparaître Jane.Elle vint à Serena, la main tendue.—Chère lady Felborne, quelle bonté de votre part! Ma petite Nell désirait tant vous revoir! Serena se leva, en attachant sur l'arrivante ses yeux fiers.—C'est en effet pour Nell que je suis venue.Et, se penchant vers Nell, elle ajouta, d'un ton doux et tendre: —Au revoir, ma chérie.Laissez-vous bien soigner.Elle embrassa l'enfant qui demanda d'un ton suppliant: —Vous reviendrez, dites?.Je vous reverrai ?Devant ce petit visage malade et ce regard de prière, Serena répondit: —Je tâcherai, ma petite Nell.Les petites mains serraient celles de Serena.La jeune femme mit un dernier baiser sur la joue de Nell et se dirigea vers la porte.Jane la suivit.Dans le vestibule, la veuve dit d'un ton suave: —Merci encore, lady Serena.Je n'oublierai pas le sacrifice que vous avez fait pour mon enfant, en risquant de mécontenter lord Felborne.Serena la regardant.—Gardez vos remerciements, mistress Adley.Inutile de feindre avec moi, car je sais à quoi m'en tenir! —Vous partagez donc les injustes préventions de votre mari ?—Injustes?.N'ayez pas l'aolomb de prononcer ce mot-là! Mais ce sujet n'a pas à être traité entre nous.—Au contraire, je désire beaucoup que nous le traitions! Serena fit un pas vers la porte.Mais Jane lui barra le chemin.—Comme vous êtes pressée!.Lord Felborne s'irritera si vous êtes en retard ?.Il n'est pas facile , le beau Ralph! Ayant découvert certains côtés fâcheux de son caractère, j'ai aocepté la demande d'Emil, en dépit de l'amour que j'éprouvais pour Ralph.—Ne mentez pas, Madame! dit Serena.Vos fourberies sont inutiles avec moi.Jane eut un petit rire aigu.—Vraiment?.Peut-être allez-vous encore m'accuser de mensonge, si je vous di6 que Ralph m'aimait ardemment.Et, si je le voulais, maintenant encore, je le reprendrais.Vous, il ne vous a épousée que par esprit de vengeance.Mais déjà, je le saie, il vous délaisse.Serena l'interrompit froidement: —Vous êtes dans l'erreur, mistressAdley.Près de lord Felborne, je n'ai rien à dési-sirer en fait de bonheur.Quant à l'opinion qu'il peut avoir à votre égard, je la connais, ayant entendu votre échange de paroles, l'autre jour, près des ruines de l'abbaye.Serena sortit, cette fois Jane lui laissant le chemin libre, en ricannant d'une voix dépourvue de toute suavité: —Je vous souhaite la continuation de votre bonheur conjugal, belle lady.Voilà ma seule façon de me venger.Serena sortit et, montant en voiture, s'éloigna avec un soupir de soulagement.Pour la première fois aujourd'hui cette mauvaise créature avait laissé tomber son masque de douceur et Serena avait vu la haine et la fureur éclater dans ce regard._ Heureusement que Ralph la connaissait bien, maintenant, et qu'il n'y avait pas à craindre qu'elle le reprît jamais, comme elle s'en vantait! Serena fut interrompue dans ses réflexions par une embardée de la légère voiture.Le cheval donnait depuis un instant des signes d'agitation.Serena essaya de le calmer, de le maintenir.Mais, au bout d'un moment, elle s'aperçut avec inquiétude qu'elle n'en était plus maîtresse.La bête s'emballait.La jeune frmme tenait ferme les guides, tout en songeant avec anxiété: "Pourvu qu'un obstacle ne se trouve pas devant lui!" Maintenant s'allongeait une route encaissée entre deux talus.L'animal s'y engagea.Serena se demandait si la voiture n'allait pas verser, ou se briser.Puis une prairie apparut, coupée par le chemin et, plus loin, la rivière.La rivière!.Le cheval galopait dans cette direction., et si rien ne l'arrêtait, il s'y jetterait, entraînant la voiture.Serena jeta un ardent appel vers le ciel: —0 mon Dieu, ayez pitié de moi! La rivière assez profonde à cet endroit, coulait entre de hautes berges.Serena songea:" C'est fini!.Ralph, mon cher Ralph, vous ne me reverrez plus!" Le cheval atteignait la rivière.11 y eut Tél.Plateau 99S Mademoiselle PRINGLB ELECTROLYSE Enlèvement rapide de poils follet*, duvet* etc.cura garantie.4 ans d'expérience dans les hôpitaux.232 Sherbrooke Ouest - - Apt, 1 56 LA REVUE MODERNE 15 avril 1922 un choc, une plongée terrible.Serena sentit à la tête une vive douleur, et perdit connaissance.Un cri s'éleva, dans le silence do la campagne: —Au secours!.Au secours! Un homme accourait vers le lieu de l'accident.C'était Christopher, le valet de chambre de lord Felborne.Il avait aperçu la voiture emportée par le cheval furieux, mais n'avait pu arriver à temps pour enipê-oher le drame.Debout sur la berge, il enlevait son veston, tout en clamant encore: —Au secours!.au secours: Puis il plongea.Il réussit à saisir le bras de Serena.Excellent nageur, il regagna la berge en soutenant la noyée.Des paysans qui, ayant entendu ses cris d'appel, accouraient en hâte, l'aidèrent à sortir de l'eau, et à transporter la jeune comtesse vers le château.Comme ils y atteignaient, le docteur Dugvil, appelé pour constater la mort de lady Sabina, traversait le hall en compagnie de lord Felborne.Celui-ci s'élança vers la jeune femme qui semblait morte, avec son visage livide, ses yeux clos.—Le cheval emballé a précipité my lady dans la rivière, expliqua Christopher.Heureusement, j'étais là, j'ai pu arriver à temps! —A temps ?.Sera-ce à temps ?Ralph saisissait la main glacée de Serena et attachait sur le visage immobile des yeux pleins d'angoisse.Peu après, Serena était étendue dans son lit, et le docteur Dugvil s'occupait de lui faire reprendre connaissance.La syncope occasionnée par une forte contusion à la tête, due probablement à un choc contre une partie de la voiture, céda bientôt aux soins du médecin et Ralph, avec un •oupir de soulagement, vit se soulever les paupières et les beaux yeux se fixer sur lui.Penché vers la jeune femme, il lui dit tendrement: —Ce ne sera rien, ma Serena! Rien du du tout, je vous assure! —Mais qu'ai-je donc ?—Il vous est advenu un accident qui, heureusement, n'aura pas de suites fâcheuses.—Un accident ?.Quoi donc ?Puis la mémoire lui revint.—Ah! oui, Kalet s'était emballé!.je ne pouvais pas le retenir.et je suis tombée.—Oui, c'est cela.Mais .grâce à Dieu, Christopher s'est trouvé là, pour vous sauver.¦—Oh! mon ami, j'ai bien cru que tout était fini, que je ne vous revendais jamais! Le soir, la jeune femme ne s'endormit qu'assez tard.Quand elle se réveilla, Ralph était assis près de son lit.—Comment vous trouvoz-vous, chère Serena ?—Mieux, mon ami.Hier, j'avais comme un voile sur le cerveau.Ce matin, il s'est écarté.—Allons, je crois que vous serez vite sur pied, ma chérie! —Je l'espère aussi!.Mais qu'a-t-il pu avoir, ce pauvre Kalet, pour s'emporter ainsi ?—Ce qu'il a eu ?.Je puis vous le dire.Hier, on l'a retiré de la rivière et, sous son harnais, on a trouvé des feuilles d'une certaine plante qui accosionne des démangeaisons terribles, au point que l'animal le plus tranquille devient furieux.—Est-ce possible, dit la jeune femme.Mais comment expliquer la présence de oette plante ?—Ah! voilà!.C'est le point qu'il faut élucider.Serena attachait sur lui des yeux qui, peu à peu, devenaient chercheurs, puis s'emplissaient d'effroi et d'une sorte d'horreur.Ralph se pencha vers elle.—Vous soupçonnez quelqu'un?.Dites-moi ce que vous pensez! —Je n'ose.Vraiment, ce n'est pas possible!.Et, d'ailleurs, comment aurait-elle pu ?.La jeune femme s'interrompit.Il semblait qu'une idée lui vint subitement.—Qui elle?.Jane Adley ?—Oh! Ralph* je n'ose l'imaginer!.Mais je sortais de chez elle.—Comment?.A quel propos?Serena raconta ce qui s'était passé en n'omettant rien des paroles échangées entre Jane et elle.Ralph, avec uuecolère contenue, déclara: —C'est cette misérable qui a tenté de vous faire périr.Tandis que vous étiez près de sa fille, elle a glissé la plante sous le harnachement du cheval.—Vous croyez qu'elle serait capable?.—Pour moi, il n'y a pas de doute.Tout concorde à prouver qu'elle est le criminel auteur de cette tentative de meurtre.tout, jusqu'aux paroles qu'elle a prononcées à votre départ.Serena joignit les mains.—C'est épouvantable!.Je ne puis le croire encore! —Elle vous hait, et, à tout prix, elle voûtait détruire notre bonheur.Maintenant, il s'agit de lui infliger la punition qu'elle mérite.En justice, il serait peut-être difficile d'apporter la preuve formelle de cet attentat, car, en dehors de Dorothy, qui ne compte pas, votre arrêt à White-Cot-tage n'a pas eu de témoins.Mais je saurai 'atteindre d'autre manière.Quand, une heure plus tard, il arriva à White-Cottage, il n'y trouva que lady Dorothy, demeurée près de la petite Nell, morte dans la nuit.Ralph se rendit compte qu'elle ignorait la tentative criminelle de Jane.Celle-ci était partie la veille, en déclarant qu'elle ne pouvait supporter la vue de l'agonie de sa fille.Elle se rendait à Londres, d'où elle devait envoyer son adresse à lady Dorothy.Ralph dit avec ironie: —Vous l'attendrez longtemps! —Pourquoi donc ?—Parce que cette misérable a tenté de faire périr ma femme! —Elle a.?bégaya lady Dorothy.—Oui, et moi qui la connais bien, je ne m'en étonne guère.Et pendant ce temps, vous négligiez votre pauvre sœur qui est morte hier.—Sabina est morte!.Et.et Jane aurait?.Non , ce n'est pas possible! —Cela est cependant.Dites-moi, à quel motif obéissiez-vous quand vous avez engagé ma femme à venir voir l'enfant ?—A quel motif ?.Mais.parce que Nell désirait.Il l'interrompit froidement: —Pas de fausses raisons!.Vous étiez sa complice pour attirer Serena dans un guet-apens.Dorothy protesta: —Oh ! non, non !.Je ne connaissais rien de ses projets.Mais elle m'avait dit ce matin-là: "Je voudrais voir cette Serena, seule à seule, et lui parler de tout ce qui me gon-fle I.' cuMir.lui montrer que, moi aussi, j'ai été aimée de Ralph, et lui faire craindre un retour de cet attachement".Alors, rencontrant lady Felborne, j'ai eu l'idée de l'amener ici.Je vous demande pardon, Ralph! Elle faisait de moi ce qu'elle voulait.Je ne croyais pas qu'elle fût si mauvaise.11 dit avec un mépris irrité: —Vous auriez pu le constater dopuis longtemps.En tout cas.vous n'ignoriez pas ses menées sournoises contre ma femme.Sur ce point, vous étiez même sa complice.Je ne l'oublierai pas( soyez-en sûre.Lady Dorothy baissait les yeux sous le regard de Ralph.Celui-ci ajouta: —Je vais donner des ordres pour les obsèques de l'enfant.Je vous laisserai la jouissance de White-Cottage, avec une rente suffisante pour vos besoins—car Lein-borough-Castle vous sera fermé, plus que jamais.Il quitta le cottage, laissant lady Dorothy effondrée, sous le poids de cette réprobation qui la reléguait dans la solitude de White-Cottage.XX Quelques jours plus tard, Serena pouvait se promener dans les allées du parc.Ralph l'avait entourée d'une sollicitude jamais démentie.De plus en plus, la jeune femme se sentait aimée.Emilienne avait aidé à soigner sa cousine.Elle savait se montrer fort discrète, et Ralph appréciait mieux de jour en jour ses charmantes qualités.—Il faudra l'enlever tout à fait à la tyrannie de sa grand'mère et de sa sœur, disait-il à Serena.Nous ferons achever son éducation et nous assurerons son sort matériel.Un après-midi, Ralph et Serena rencontrèrent dans le parc la fillette, qui tenait une lettre à la main.Elle avait la figure bouleversée, les yeux pleins de larmes.Serena s'écria: —Qu'as-tu Emmy?.Une mauvaise nouvelle ?—Papa m'écrit qu'il est ruiné.et grand'mère aussi.Une affaire de banque.Elle tendait la lettre à Serena.Ralph, penché sur l'épaule de sa femme, lut en même temps qu'elle.M.Beckford annonçait qu'un banquier, chez lequel se trouvaient sa fortune et celle de Mme de la Ri-dière, venait de se suicider, après d'énormes pertes d'argent.La liquidation ne donnerait qu'une somme infime."C'est la ruine, concluait M.Beckford.Il ne me reste que ma sutuation, pour vous faire vivre tous.Simonne n'a plus de dot, toi non plus.Heureusement, l'idée de mettre notre argent dans cette banque vient de ta grand-mère, alors je peux rétorquer vertement les reproches qu'elle essaye de me faire.Aveo les goûts, les habitudes de ces dames, et leur incapacité en fait de travail, qu'al-lons-nou s devenir ?' ' Serena dit avec émotion: —Pauvre cousin!.Que d'ennuis pour lui en perspeotive! —Oui, approuva Ralph, la vie sera intenable.Mais ne pleurez pas, Emmy, nous verrons à arranger cela.Il la regardait avec affection.—.Vous demeurerez avec nous.Quant à votre père, nous lui apporterons toute l'aide nécessaire.—Oh! que vous êtes bon.que vous êtes bon, mon cousin!.Ralph coupa court à ses remerciements en disant: —C'est à Serena que vous le devrez.Elle m'a appris à être bon, et à pardonner les offenses.Puis lord Felborne ajouta: —En octobre, nous irons faire un séjour à Paris.Au passage, nous nous arrêterons à Echanville, et je verrai à m'arranger aveo M.Beckford.* * * 15 avril 1922 LA REVUE MODERNE 57 Un après-midi d'octobre, M.Bockford entra dans le salon et dit a sa belle-mère et sa fille : L
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