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Titre :
La Revue moderne.
Publiée à Montréal de 1919 à 1960, La Revue moderne est une revue généraliste mensuelle de grand tirage qui vise principalement un public féminin. La publication prend le nom de Châtelaine en 1960. [...]

Publiée à Montréal de 1919 à 1960, La Revue moderne est une revue généraliste mensuelle de grand tirage qui vise principalement un public féminin. C'est la journaliste d'expérience Madeleine Huguenin, de son vrai nom Anne-Marie Gleason, qui fonde La Revue moderne. L'éditeur torontois Maclean Hunter achète la revue en 1960 pour fonder Châtelaine, toujours publiée aujourd'hui.

La Revue moderne se donne une double mission, à la fois intellectuelle et populaire, qu'elle maintiendra tout au long de son existence. Elle vise à satisfaire à la fois une clientèle intellectuelle intéressée par la science, la littérature et les idées, et une clientèle populaire à laquelle elle offre un contenu de divertissement adapté au goût et à la morale du Canada français. Les deux sections de la revue sont autonomes et évoluent en parallèle.

Dans les premières années de son existence, La Revue moderne vise une clientèle aisée, qui profite d'une certaine croissance économique d'après-guerre. En font foi les annonces publicitaires de produits de luxe et le grand soin mis dans la conception des illustrations. La revue prend un ton qui va à l'encontre du nationalisme alors en vogue véhiculé par Lionel Groulx et Henri Bourassa.

La Revue moderne montre dès le départ un intérêt certain pour la littérature : en plus de publier des romans-feuilletons, elle compte sur des collaborations de Louis Dantin et de Louvigny de Montigny. De 1930 à 1935, l'engagement de Jean Bruchési pour la littérature canadienne alimentera aussi le contenu littéraire de la revue. Celui-ci sera ensuite plus orienté vers la France. Dans les années 1950, La Revue moderne fait moins de place à la littérature, et s'intéresse davantage à la télévision.

Plus de la moitié du contenu de La Revue moderne est voué aux pages féminines. Un roman de littérature sentimentale et d'évasion, visant particulièrement la clientèle féminine, y est publié en feuilleton chaque mois. Ces romans sont principalement l'oeuvre d'auteurs français, dont la romancière Magali, qui jouit d'une immense popularité. Les pages féminines traitent de la mode, des soins de beauté, des arts ménagers, de l'éducation des petits et d'activités mondaines, comme le bridge. Le public féminin est aussi la principale cible des annonceurs.

La lectrice type de La Revue moderne est mariée et mère, elle est citadine et catholique, aisée et charitable, sentimentale et raisonnable. Elle a le souci de son apparence et de celle de son foyer. Elle bénéficie de temps libres pour se cultiver. C'est une femme moderne intéressée par les nouveautés, mais pas féministe pour autant. Elle ne cherche pas à rompre avec la tradition. Cela changera avec Châtelaine.

La Revue moderne gagnera des lectrices jusqu'à la fin de sa publication. Le tirage de la revue, de 23 120 en 1922, passe à 12 904 en 1929, à 31 343 en 1940, à 80 000 en 1944 et à 97 067 en 1956, pour atteindre un peu plus de 101 650 exemplaires en 1960.

La publication de La Revue moderne est interrompue pendant cinq mois de décembre 1938 à avril 1939, pour revenir en mai 1939 avec une nouvelle facture graphique. Cette renaissance est attribuée à Roland Beaudry, alors vice-président et administrateur de la revue.

En plus des collaborateurs nommés plus haut, La Revue moderne s'attire la participation de personnalités comme Robert Choquette, Albert Pelletier, Alfred DesRochers, Michelle Tisseyre, Jehane Benoit, Damase Potvin, Ringuet (Philippe Panneton), Alain Grandbois, Robert de Roquebrune, Gustave Lanctôt, Adrienne Choquette, Germaine Guèvremont, René Lévesque, Jean Le Moyne et Valdombre (Claude-Henri Grignon).

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Québec, Presses de l'Université Laval, 1982, vol. V, p. 294-295.

DES RIVIÈRES, Marie-José, Châtelaine et la littérature (1960-1975), Montréal, L'Hexagone, 1992, 378 p.

PLEAU, Jean-Christian, « La Revue moderne et le nationalisme, 1919-1920 », Mens, vol. 6, no 2, 2006, p. 205-237.

RICARD, François, « La Revue moderne : deux revues en une », Littératures (Université McGill), no 7, 1991, p. 76-84.

Éditeur :
  • Montréal :[s.n.],1919-1960.
Contenu spécifique :
août
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Successeur :
  • Châtelaine.
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Références

La Revue moderne., 1929-08, Collections de BAnQ.

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7 7l7 ROMAN COMPLET: MON CYGNE par Emmanuel Soy Art et Artistes par HENRI D'ARLES L'Architecture moderne par Henri Girard Poésies de Alice Lemieux et Simone Routier lauréates du Prix David 1W Le Théâtre en France: par Robert Rumilly Une nouvelle d'Olivier Carignan Sciences Voyages Pages féminines illustrées 10* &mtée MONTREAL, CANADA AOUT 1929 — No 1 0 Service prompt, courtois, économique pour la femme automobiliste LASSURANCE d'obtenir un bon service du ' distributeur est une des caractéristiques de l'auto Ford comme le sont la beauté de ses lignes et de ses couleurs, la sécurité, le confort, la fiabilité, l'économie et la facilité de contrôle.Ceci est d'une importance spéciale pour la femme qui désire avoir un auto en bon état de fonctionnement, en tout temps, et qui ne veut pas s'occuper de l'entretien.Nous sommes particulièrement intéressés en la matière parce que nous croyons qu'il est de notre devoir non seulement de fabriquer un bon auto, mais aussi d'aider l'acquéreur à en retirer le meilleur service possible avec un minimum d'ennui et de dépenses.En vue de ceci, tous les distributeurs de Ford ont été spécialement formés et outillés pour assurer un excellent service.Lorsque vous recevrez votre auto Ford, le distributeur vous expliquera les simples petits détails dont vous devez prendre soin, à intervalles réguliers, pour vous assurer le meilleur rendement.Il vous parlera aussi de notre service d'inspection gratis, donné à tout Fordiste à 500, 1000, et 1500 milles.Cette inspection comprend la vérification de l'accumulateur, de la charge du générateur, du distributeur, de l'ajustement du carburateur, de l'éclairage, des freins, des amortisseurs de chocs, du gonflement des pneus et de la direction.L'huile du carter est changée et le châssis est lubrifié avec un gicleur à pression.Durant l'inspection finale on vérifie l'alignement des roues et les jumelles des ressorts.of Canada Vous n'avez rien à payer pour ce service ni pour le matériel utilisé excepté pour les réparations rendues nécessaires par suite d'accident, négligence ou abus.Le service pour le changement d'huile et la lubrification du châssis est gratuit, vous ne payez que la nouvelle huile.Quoique cette inspection ne soit gratuite qu'à 500, 1000, et 1500 milles, vous ne devriez pas discontinuer cette pratique mais continuer pendant toute la durée de votre auto.Une somme minime vous est chargée après les premiers 1500 milles.De fait, chaque fois que vous conduisez votre auto Ford chez le distributeur pour faire changer l'huile « le faire graisser, il serait bon de faire vérifier tous les points importants dont dépend le bon fonctionnement et vous faire dire ce dont votre auto a besoin.Vous remarquerez que le distributeur vous donnera un prompt service, à prix raisonnable*, et qu'il sera anxieux de faire un bon travail en tout temps.Il s'efforcera de vous éviter de voir aux détails d'entretien de votre auto et vous aidera à obtenu des milliers et des milliers de milles de tourisme sans aucun ennui — sans tnerne lever le capot.C'est avec ce but en vue que l'auto Ford a été modelé et construit-C'est la "vraie" signification du Service Ford. Moderne.— Montréal, Août 19 29 Page 3 omme un Wagon Privé UNE chambre coquette et confortable pour vous seul.un vrai lit avec sommier et matelas .eau courante, chaude et froide, pour votre usage exclusif.systèmes de chauffage et de ventilation que vous contrôlez vous-même .absence de bruit, de friction et de secousses .une sensation de confort et de détente encore accrue par l'élégance de l'ameublement et de la décoration .un sommeil calme et reposant, qui répare vos forces pendant que le train fuit dans la nuit, guidé par une main sûre .voilà ce que vous offre le Pacifique Canadien.Chambres avoisinantes arrangées en suites pour groupes voyageant ensemble.PACIFIQUE CANADIEN EQUIPEMENT dt Luxe I Q U E N D I N Page La Revue Moderne.— Montréal, Août 1 9 29 ÛLXmbsor Mrtte Prince LE CABRIOLET QUE LA FEMME DESIRE IES femmes qui suivent le style, qui sont fières de leur connaissance très définie et positive de ce qu'est le style ne peuvent résister à cette Nouvelle Mode d'Auto apparue pour la première fois dans le Cabriolet Windsor White Prince de 1930.Elles ne peuvent fermer les yeux à l'appel de ces nouvelles lignes individuelles, ne peuvent dédaigner cet équilibre nouveau, l'individualité, l'élégance.Mécaniquement, le Windsor est la perfection même, un monde de puissance, grande souplesse, facilité de direction et de manutention, et les Fameuses Quatre Vitesses Avant avec Deux Grandes Vitesses.Cette Nouvelle Mode d'Auto peut être obtenue dans les Six et les Huit.Prenez rendez-vous aujourd'hui pour votre démonstration.Les prix du Windsor sont de $1,795.00 et plus, entièrement équipé, livré à Montréal.(Hinùsor (Mhik Prince MODERN MOTOR SALES LIMITED 1400 Dorchester Ouest,'au pied de la rue Bishop.Tél.UPtown 6920-21 SUCCURSALES: 5004 Sherbrooke Ouest, Westmount 4076, rue Sainte-Catherine Est, angle Boulevard Pie IX, Montréal.6384-90 Saint-Laurent, Montréal.Valleyfield, P.Q.Saint-Jean, P.Q.\us avons besoin de bons agents pour quelques territoires excellents où nous ne sommes pas représentés. La Revue Moderne || n'est pas accepté d'abonnement pour moins d'une année.Toute année commencée est due en entier.Tout chèque pour paiement d'abonnement doit être fait payable au pair à Montréal.loe Annie—A'o 10 320 Est, rue Notre-Dame, MONTREAL, Canada Tel: Harbour 6195 Nobl E.LANOIX PrésuUnt ti Dirtcltur Robert CHOQUETTE Directeur Littéraire Georgine C.LEMAIRE Secrétaire de la Rédaction la revue nr repond pas des manuscrits communiqu1 "S'Unir pour Grandir* Chèques, mandats, bons de poste doivent être faits payable à ordre de "La Revue Moderne".Prière d'adresser toute communication à — "LA REVUE MODERNE" Montréal Août IQ2Ç Une causerie de M.C.Holmes "Votre voisin—Baptiste" Au club Kiwanis de Kingston LE 24 juin dernier, devant les membres du Club Kiwanis d e Kingston, M.Charles Holmes, -'président de l'Association de Publicité de Montréal, donnait une causerie intitulée: Your Neighbor — Baptiste, soit Un mot sur vos concitoyens les Canadiens français.Nous avons eu le plaisir de lire à tête reposée le texte de la causerie de M.Holmes.Rarement nous fut-il donné de trouver dans un même travail tant d'arguments solides unis à une compréhension si profonde de notre mentalité, à une cordialité si sincère à notre égard.Un délicieux brin d'humour se glisse à travers le sérieux des arguments.Nous voudrions traduire en entier le texte de M.Holmes.L'orateur, en présentant Baptiste — la contrepartie de Johnny Canuck — met sur leurs gardes ceux qui s'étonnent de rencontrer le verbe français, et lui seul, sur les lèvres de certains Baker, Ross, MacDuff, MacMillan, Reid, Miller, Donaldson, etc.Autant de descendants de Loyalistes de l'Empire, venus des Etats-Unis après la révolution de 1776 et qui se marièrent avec des Canadiennes françaises.De leurs aïeux écossais ils n'ont conservé que le nom.Bien mieux, l'on trouve parmi nous des noms hébreux: Hart, Simon, Abram, Globensky, Esinhart, Glackmeyer, Levy, descendants d'immigrants juifs qui, eux aussi, épousèrent nos jeunes filles, et dont les fils sont aujourd'hui de parfaits Canadiens français."Ce à quoi je veux en venir", continue l'orateur, "c'est à cette extraordinaire et merveilleuse puissance d'assimilation qui caractérise la race canadienne-française.Le fameux melting pot américain n'a pas encore réussi à s'assimiler les deux millions de Canadiens français qui habitent la République.C'est une race essentiellement assimi-latrice.Le vieux sang français qui court dans les veines de nos concitoyens est, de toute évidence, trop vigoureux pour ne pas avoir le meilleur dans tout voisinage avec d'autres races.J'ai dit le sang français, je veux dire le sang normand.Le Canadien français n'est donc pas si loin de l'Anglais que cela, après tout! Nous nous dénommons Saxons, mais nos poètes, chantant notre sang normand, ont proclamé que c'était là ce que nous avions de meilleur en nous.A ceux qui s'attachent encore à cette idée de la supériorité des Anglo-Saxons, cette parenté etnologique entre les Canadiens fiançais et les Canadiens anglais sera possi- Par Robert CHOQUETTE blenitnt d'un petit goût amer.Mais la chose existe et, quoi que nous fassions, demeurera telle."Ces frères par le sang parlent une autre langue, il est vrai.Et il s'en trouve encore pour émettre l'opinion que l'uniformité de langage est indispensable à l'unité nationale.Rien n'est plus contraire à la vérité comme à la conception même que la Grande-Bretagne se fait de la démocratie.Elle n'a pas oublié cette leçon apprise à l'école de l'expérience, il y a de cela de nombreuses et nombreuses générations, au temps où la reine Elisabeth prétendit forcer les habitants de l'Irlande à parler l'anglais exclusivement.La Grande Bretagne s'est dit alors que l'unité nationale provient de l'estime mutuelle entre les différentes races qui habitent un pays.Ceux qui pensent autrement se sont tout simplement américanisés sans le savoir!" Quoique l'estime des Canadiens anglais à notre égard ait sensiblement augmenté depuis une dizaine d'années, il y s'en trouve encore parmi eux, malheureusement, qui nous considèrent et nous traitent comme des inférieurs.Nous serions, à leur dire, ignorants et sans éducation; nous parlerions un patois; nous serions emmaillotés dans une bigotterie ridicule; enfin, nous n'aurions aucune loyauté vis-à-vis de l'Angleterre.M.Holmes répond à la première attaque en prouvant que les illettrés, dans la province de Québec, ne forment que 6 pour cent de la population entière, ce qui est un meilleur état de choses que dans les provinces du Nouveau-Brunswick, du Ma-nitoba et de la Colombie Britannique.(La moyenne des illettrés, pour tout le Canada, est de 5.10).Québec possède 8,116 écoles et maisons d'éducation ; sur un total de 718,873 enfants en âge d'aller à l'école, on en compte 597,364 sur les registres des écoles.L'école obligatoire n'existe pas chez nous, fort juste; mais n'est-elle pas nôtre la loi qui défend le travail aux enfants au-dessous do seize ans, à moins que ces mêmes enfants ne produisent un certificat témoignant qu'ils savent lire et écrire et possèdent un minimum de connaissances égales à celles que leur aurait procurées l'école obligatoire?L'orateur continue en citant uno vingtaine de noms canadiens-français célèbres au delà de la frontière dans divers domaines littéraires et artistiques.Pour ce qui est du patois, dont on nous accuse, "il n'existe pas de Parisietn French", assure M.Holmes, à moins que l'on n'entende par là l'argot de l'apache".Ceux qui parlent d'un français de Paris sont des snobs et des sots.Après la reddition du Canada à l'Angleterre, il n'y eut, pendant cent ans, aucune relation entre le Canada et la France (les gouverneurs anglais y avaient l'oeil).Pendant que le parler de France évoluait en Europe, les Canadiens français conservaient dans toute sa pureté le français de Louis XIV, de Corneille, de Racine, de Molière.Il va sans dire que la langue française, au Canada, a subi certaines modifications; mais ce fut dans un autre sens.Il fallut, par exemple, créer des mots pour désigner des choses essentiellement canadiennes.Quoi qu'il en soit, pourquoi les Canadiens anglais feraient-ils tant de bruit à propos de tels détails, quand, pour faciliter à des visiteurs de vieille souche anglaise leur séjour parmi nous, la compagnie du Pacifique Canadien a dû publier un dictionnaire de termes canadiens-anglais! Mais les Canadiens français ne sont-ils pas des bigots?Pas tant que ça.De quelle couleur \otent-ils?En bloc, presque sans exceptions: iouge."Et c'est un fait acquis, continue M.Holmes, que leur clergé est, en politique, conser-\ ateur.A chacun de tirer ses conclusions".M.Holmes explique alors l'origine de la Saint-Jean-Baptiste.Plusieurs années avant la Confédération, alors que la loi martiale planait sur Québec, les soldats prirent l'habitude de dénommer les Canadiens français des Johnny Baptiste (probablement parce que le nom prédominait chez eux).Quand Duvernay décida de fonder une société sur le modèle des sociétés Saint-George, Saint-David, Saint-André et Saint-Patrice, il crut bon de choisir saint Jean-Baptiste comme patron de sa société, glorifiant ainsi un nom dont on s'était moqué.Et maintenant, que dire de l'accusation de déloyauté dont on écrase les Canadiens français?On raconte que lorsque le Roi Edouard VII monta sur le trône d'Angleterre, un vieux Canadien français, à cette nouvelle, s'écria: "Pensez-vous s'il fallait que le Prince de Galles fût en bon termes avec Laurier!" C'est une blague, qui en (Suite à la page 12) Jardin du Poète, Melles Routier et Le- mieux .6 Art et Artiste, Henri d'Arles .7 Le professeur de piano, O.Carignan .S L'Architecture moderne, Henri Girard .9 Promenade, André Lespérance .10 Le théâtre en France, Robert Rumilly 11 Le sport chez nos dames .12 SOMMAIRE Croquis de Montréal, Emile Coderrc .53 La vocation de mon ami Auguste, L.Germain.54 ROMAN Mon Cygne (au complet), E.Soy .15 FEMINA Eve au Miroir .14 Une chambre pour chaque heure .23-24-25 Pour embellir planchers et boiseries .30-31 Les Modes .33 Le Courrier du mois .46 Les choses féminines .51 Les Conseils de Manette-.52 Page 6 La Revue Moderne.— Montréal, Août 1929 JE T'AIME Parfois on dit: "Je t'aime" et seule la pensée En nous a décidé de cet attachement: Le physique plaisait, l'image s'est glissée Dans la mémoire assez vite et consciemment.Et le fait étant sûr qu'il nous est agréable.On dit: "Je l'aime" et c'est tout.Ce n'est rien, voilà] Il est un autre amour beaucoup plus implacable.Le cœur ne sait comment il se fait qu'il soit là.Il admet qu'il y vit puisqu'il parle et s'agite, Pleure, exige et fait mal, et que le raisonner, Vouloir l'analyser, l'amplifie et l'irrite; Mais il ne peut saisir, ni même soupçonner Par quel mystère il a pris ce gîte.On aime alors sans mot, sans définition, Parce que simplement on aime — et c'est, je pense, La plus déchirante et la plus forte façon D'aimer, d'aimer d'amour plus grand que la souffrance.Tu venais de partir.Seule je remontais Au salon si désert de toi, mais où quand même Flottaient les yeux, ta voix et tout ce que tu sais.Et j'ai compris que c'est bien ainsi que je t'aime: Douloureusement et à jamais.Simone ROUTIER Al/ SOLEIL Pour boire lentement ton baiser de lumière, Sur un arbuste en fleur j'ai renversé mon front.Soleil! je veux l'aimer comme t'aime la terre, Ah! laisse-moi mêler mes doigts à tes rayons.Vois: je ne suis plus rien qu'un peu de vie aimante, Rien qu'un credo d'amour, qu'un orgueil exalté De savoir que c'est moi ta plus fidèle amante, Et que nous sommes seuls sous le toit de l'été.Oui, que nous sommes seuls, Soleil, et que tu verses En mes yeux, tes regards qui font s'ouvrir les fleurs.Que je pourrais mourir d'ardeur, car tu transperces D'une flèche d'azur le pavot de mon cœur.Je me rappellerai toujours cette heure pure Où j'ai connu, par toi, le rêve illimité, Le rêve éblouissant, sans borne et sans mesure, De l'amour qui jamais ne peut être chanté.Alice LEMIEUX Poésies inédites, dues aux deux lauréates (ex-sequo) du Prix David de Poésie, 1929.Melle Simone Routier, de Québec s'est assuré le prix avec son volume "L'Immortel Adolescent".Melle Alice Lemieux, de St-Michel de Bellechasse, a mérité le prix grâce à son recueil intitulé modestement "Poèmes".Le prix de littérature fut attribué à M.Jean-Chs.Harvey pour son très beau recueil de nouvelles "L'Homme qui va." La Revue Moderne de septembre jmbliera une critique de M.Harvey sur un jeune poète de IVuest.LHonorable Georges-Elie Amyot LA REVUE MODERNE entreprend dans le présent numéro une série de courtes biographies qui aura pour but de propager davantage les noms dont la province de Québec peut se montrer fière.Il ne s'agit pas de propagande personnelle ni de favoritisme.C'est un simple tribut d'hommage rendu à des hommes dont les œuvres ont enrichi le patrimoine national.* * * Llieutenant-colonel honorable Georges-Elie Amyot est né à Québec, le 28 janvier 1856, de Dominique Amyot de Larpinière et de Louise Nolin (seigneurie de Vincelot, 1678).Il a épousé, en 1881, Marie-Joséphine Tanguay, de Québec.De ce mariage sont nés trois filles et deux fils.L'honorable M.Amyot fondait en 1885 la compagnie de la Eox Head Brewery; il fondait l'année suivante la compagnie de la Dominion Corset, dont les établissements, entièrement rasés par le feu le 27 mai 1911, furent reconstruits sans retard et sur un plan beaucoup plus considérable.D'innombrables titres parent le nom de l'honorable M.Georges-Elie Amyot.En plus d'être le président de la Dominion Corset, de la Québec Paper Box, de la Canada Corset Steel and VVire, il est le vice-président de la Banque Canadienne Nationale et le vice-président de la Caisse d'Economie de Notre-Dame-de-Québec, le directeur de l'Ecole Tech- nique de Québec et le gouverneur des Fonds de l'Université Laval.L'honorable M.Amyot a été également président de la Chambre de i nninu-n u.I.r, ci président de la Se< tion de Québec de l'Association des Manufacturiers canadiens.Hon.Georges-Elie AMYOT Candidat malheureux à la Chambre des Communes pour le comté de Québec, en 1906, l'honorable M.Amyot fut par contre nommé au Conseil législatif pour la division de La-Durantaye, le 18 décembre, 1911.Parmi les événements marquants dans la vie de l'honorable M.Amyot, disons qu'au mois de mai 1905 il était présenté à Leurs Majestés le roi Edouard VII et la reine Alex-andra; qu'au mois de mai 1911 Sa Sainteté le pape Pie X lui accordait une audience privée; qu'en 1914 c'est lui qui eut l'honneur de recevoir officiellement à Québec Sa Grandeur royale le Duc de Connaught et sa suite.Lieutenant-colonel honoraire du 61e Régiment, notre distingué concitoyen est aussi le président, pour la section de Québec, de la St.John Ambulance Association.Le 28 juillet 1914, en Angleterre, il fut créé, par Sa Majesté George V, chevalier de Grâce de l'Ordre de l'hôpital de St-Jean-de-Jérusalem.Il est eu plus depuis 1916, Chevalier Commandeur de l'Ordre de St-Grégoire-le-Grand.En politique, libéral.En religion, catholique L'honorable M.Georges-Elie Amyot est membre du Club de la Garnison, à Québeus il'une lui isM à longue barbe qui polira la chevelure et à barbe ferme pour stimuler l'action du cuir.Avec les années le cuir chevelu devient plus mince, plus serré et par conséquent nourrit moins le cheveu.Les messages alors sont tout indiqués (mieux vaut cinq minutes chaque jour qu'une demi-heure par-ci par-là) ; aussi les exercices physiques.Certains traitements sont mervi I-leux comme résultats.Il se vend sur le marché un onguent qu'on applique le soir avant de se mettre au lit; et un bon "shampoo" le matin suivant.|| en résulte des reflets satinés et une lumière d'or bruni délicieuse, puis les cueveux s'épaissisent rapidement.Avec les bas minces et les robes courtes, il est très important que disparaissent les poils follets.Ce sont de parasites dont se passe la beauté.Il se vend dans le commerce des pâtes, des cires, etc., à cet effet, on est sûr de réussir.Il faut être prudent, naturellement, et bien étudier la manière de s'en servir.L'été: c'est aussi la saison des déodorants.Les robes d'aujourd'hui sont trop claires et trop légères pour qu'on puisse comme autrefois porter des sous-bras; avec les déodorants, vous passez à travers la vie, confiante, parce que votre transpiration est non seulement amoindrie, mais aussi sans odeur.Il suffit souvent d'en faire usage au moment de sortir.Faites-vous une beauté, c'est votre devoir et ce doit être aussi votre bon plaisir.Soignez votre beauté de ce côté; bannissez la paresse qui peut fort bien s'emparer de vous dans les grandes chtileurs.Ne perdez pas la réputation acquise à la saison des réceptions et des bals.Ne dites pas: "Cet été je me laisse aller, je serai ce que la nature m'a faite, je ne demanderai pas à l'art de me soigner et de m'embel-lir." Vraiment?et vous pensez que là est le confort et la liberté?Gare à une peau qui fait penser à du cuir, au menton retombé, à la taille qui s'oublie! Ce que la vie moderne réclame, c'est un peu de "camphre"! LA COUPE DES JUPES DU SOIR La jupe du soir, il faut le reconnaître, est presque toujours uniformément longue, de temps à autre, le derrière de la robe, seul, tombe jusqu'à terre, mais la couture tend de plus en plus à dissimuler complètement les jambes par des volants, des pans, des pointes de dentelle, de tulle ou de mousseline de soie.Cette nouvelle combinaison allonge adroitement la silhouette, d'autant que la taille ayant remonté, le buste apparaît plus court.Les robes, presque toujours faites de volants superposés, commencent cependant à se garnir plus généreusement dans le bas.N'avons-nous pas vu dans une grande maison de la rue Royale, des plumes de coq et des plumes d'autruche défrisées, border des volants de tulle?Allons-nous revenir, décidément, aux façons "froufroutantes"?Il est permis de se le demander.D'autant que les manteaux suivent, bien entendu, la même ligne. Roman d'amour complet MON CYGNE Par Emmanuel SOY i Ala gare d'embranchement de X., 1rs vny.lueurs i un nt l.i i nritrariété de constater que le train correspondant était parti depuis dix minutes et que, grâce à cela, ils avaient devant eux env:ron trois heures d'attente.Ils en prirent assez philosophiquement leur parti, car le motif de leur voyage — en ce printemps de 1917, où l'horizon d ii encore si obscur, où de si épais nuages cachaient l'aube de la victoire — n'avait, cependant, rien de tragique.Le colonel Montcharmin était venu ici même, au-devant de sa femme et de sa fille, lesquelles allaient le rejoindre dans le centre de la France, au camp de Caillou-la-l'laine, où, après de longues fatigues, il allait passer quelque temps.Ainsi, chaque fois que, depuis le commencement de la guerre, le colonel avait été éloigné du front, Mme Montcharmin s'était héroïquement transportée auprès de lui, acceptant, sans trop maugréer, des logis d'emprunt, plus ou moins commodes, qui ne lui rappelaient guère sa luxueuse installation du temps de la paix.Le mot d'héroïsme venait tout naturellement à l'esprit, quand on contemplait Mme Montcharmin, presque obèse, avec son air de lassitude accablée et souffrante.Il est vrai que cette forme louable de l'amour conjugal avait surtout pesé sur Mme Andrial, la colonelle n'ayant guère fait que de confier son imposante personne à la sollicitude des compagnies de chemins de fer.Madame Andrial était cette jeune veuve qui, précédemment, avait soigné la mère du colonel durant sa longue maladie dernière.Ayant pu la voir à l'œuvre, Mme Montcharmin avait, en sa compagne, toute confiance.C'était très commode, pour une femme si lourde et toujours (atiguée, de se reposer sur une personne sûre, de la direction de l'intérieur, du soin d'accompagner Mlle Montcharmin et d'être son mentor.Les amis des Montcharmin avaient bien trouvé Mme Andrial un peu jeune pour ce rôle, et aussi trop jolie, quoique la colonelle, sur ce chapitre de la beauté, trouvât la veuve plutôt insignifiante.Madame Andrial avait environ trente ans, et, en dépit de l'opinion de la colonelle, était singulièrement belle.Mais son deuil de veuve, qu'elle portait depuis plusieurs années et qui était de peu, de très peu, antérieur à la guerre, son deuil de veuve, son extrême correction, sa grande réserve contribuaient à effacer la jeune femme, à la faire passer plutôt inaperçue.Et la parfaite attitude de cette salariée finit par désarmer les critiques.D'ailleurs, à cause de sa santé, Mme Montcharmin n'avait plus guère de prétentions personnelles.Et Mlle Geneviève Montcharmin, en ces dernières années, n'était encore qu'une longue fillette.Aujourd'hui, sur le point d'atteindre ses 'lix-huit ans, elle commençait bien à paraître une jeune fille avec la beauté du ¦ liable, ses cheveux très dorés, la fraîcheur de son teint, pas mal d'aplomb et de la vanité aussi.Geneviève Montcharmin — Eve ou Eva pour les intimes — commençait à attirer les regards sur sa pétulante petite personne.Celle qui remplissait, tour à tour, chez les Montcharmin, le rôle d'intendante, d'institutrice, de mentor,— rôle fort bien rétribué, il faut le dire,— était, elle aussi, une Geneviève, mais que personne n'appelait plus par son prénom.Pour employer ces heures d'attente, qui semblent si longues, les voyageurs s'en allèrent à travers la ville.Ils visitèrent deux églises.Puis M.Montcharmin proposa d'entrer au Musée, dont la sombre façade était devant eux.— Oh! des vieilles poteries et des débris de pierres tombales! soupira Eve, irrévérencieusement.Enfin, puisqu'il faut passer son temps, entrons dans le local! Mme Andrial nous guidera.Vous connaissez la ville, m'avez-vous dit.— Oui! fit doucement Mme Andrial.Autrefois, je l'ai souvent visitée.C'est le berceau de ma famille paternelle.Elle n'en dit pas davantage.Du reste, la généalogie et les souvenirs de cette silencieuse personne importaient peu aux autres.Le musée était plus intéressant que ne le supposait la moqueuse Eve.Certaines salles furent rapidement traversées.On flâna un peu, dans celle des tableaux.— La jolie toile! fit la jeune fille qui exprimait, à voix haute, toutes ses impressions.Le colonel était déjà en arrêt devant la toile en question, un charmant tableau de genre, représentant une pièce d'eau, des cygnes et une petite fille vêtue de blanc.Sur le cadre doré étaient gravés ces deux mots: "Mon cygne".— C'est l'a-uvre d'un peintre du pays, mort jeune, expliqua le guide, flatté de l'admiration enfin provoquée chez la moqueuse demoiselle blonde.Cette petite, c'est sa fille.Il y a assez longtemps de cela.— Elle doit être devenue une fort jolie femme, pensa tout haut Eve Montcharmin.Et cela doit la flatter, quand elle revient ici.A ces deux questions, le gardien répondit par un geste vague.— Je ne sais pas .Cette famille a quitté le pays.Le titre du tableau, sans doute amoureusement choisi par le peintre, convenait à merveille à l'enfant, dont il exprimait jamais questionnée au sujet de son mari, mort dans un naufrage.Ces époux, en tout cas, étaient séparé-s depuis plusieurs années, puisque Mme Andrial, avant son deuil de veuve, vivait auprès de la mère du colonel, à laquelle elle avait été chaleureusement recommandée par la supérieure d'une grande maison religieuse d'éducation.Geneviève Andrial parlait fort rarement de son passé, et plus rarement encore de son mari.On savait, toutefois, qu'elle avait été une jeune fille heureuse et choyée, que rien n'avait préparée à gagner sa vie.— Pauvre petite! c'est, sans doute, son mari qui l'a ruinée! pensait Mme Montcharmin, non sans compassion.Si l'on savait!.Ce passé, dont les vagues d'amertume revenaient, incessamment, ronger la paix fragile de la jeune femme, ce passé contenait une catastrophe secrète, un effondrement lamentable.L'enfance et la première jeunesse de Geneviève Andrial avaient été à la fois heureuses et banales.Pour le père, destiné à partir si tôt, pour la mère qui, elle, devait l'élever, Geneviève avait été "mon cygne", c'est-à-dire l'enfant la plus adulée, la plus admirée de la terre.Dans notre livraison de septembre lisez le roman AIMER, C'EST PARDOKHER de T.Trilby la grâce fière.Petite fille blanche et brune, aux traits d'une extrême délicatesse, aux grands yeux sombres, à l'air songeur et détaché, comme les cygnes, ses voisins, elle semblait faite pour le noble décor d'un beau parc.On ne regardait point Mme Andrial.On ne s'occupait point d'elle.Nul ne se fût avisé de découvrir, en ce visage de femme, les traits de l'enfant aux cygnes, dans les gestes et l'attitude de la veuve la grâce rare, innée de l'enfant.On ne fit pas attention au nom écrit dans un coin de la toile .ou bien, on le déchiffra mal.Mme Andrial, qui, tout d'abord, avait paru vouloir parler, serra les lèvres, d'un air de tristesse résolue et tranquille.A quoi bon se parer de ce petit rayon de gloire, quand on porte un tel fardeau et qu'on ne tient qu'à rester inconnue ?Une émotion profonde, mêlée de stupeur, croissait en elle, à se retrouver ainsi, inopinément, pour quelques heures, dans le cadre familier de son passé le plus lointain .car elle était née ici, elle avait vécu ici une partie de sa première jeunesse.Cette révélation, si elle l'avait faite aux Montcharmin, n'eût point touché au mystère de sa vie, au secret qu'il lui fallait garder.Mais elle avait une frayeur presque maladive de se trahir, de mettre les autres sur la voie.Et, à ce moment même, elle se répétait, avec un frisson: "Si l'on savait!" Car la destinée de l'enfant aux cygnes avait été étrange et tragique.II Les personnes qui, journellement, frôlaient Mme Andrial, à qui son visage, son sourire doux et ses gestes étaient devenus familiers, ne s'imaginaient pas à quel point cette jeune femme en deuil leur était étrangère.La colonelle avait cru comprendre que sa compagne avait eu de grandes tristesses conjugales.Par discrétion, elle ne l'avait Sa vie morale, par suite de cette singulière éducation, était'absolument en dehors du bien et du mal.Elle était bonne naturellement, et douce, et droite; mais pas dévouée et, pour tout dire, naïvement, élégamment égoïste.La dot de Mlle Andrial n'était pas considérable.Et, dans notre siècle vénal, les plus charmantes ont besoin de dot.Déjà, des mères de famille, jalouses, prédisaient le célibat à cette Geneviève, dont l'élégance éclipsait celle de riches héritières.Car des habitudes de luxe effraient les hommes, et, à moins de tomber sur quelque naïf .ce qui est assez rare! Mais la déraison de Mme Andrial ne fut pas punie.La destinée se faisait tout sourires.Il y a, ainsi, de ces moments.Geneviève eut la chance de rencontrer l'homme désintéressé, capable d'être plus qu'un admirateur.Ce fut un jeune ingénieur, auquel en prédisait un avenir distingué.François-Ré'gis de Bréaux, issu d'une vieille famille ardéchoise, était un grand garçon blond, un peu frêle, aux traits fins, à l'air pensif et studieux.Il était charmant, avait grand air.Il plut à Geneviève, qui trouva très naturel d'être adorée, par lui, comme une petite reine.Pour comble de bonheur, le jeune ingénieur avait un titre de comte en espérance, qui lui reviendrait après la mort de deux vieux cousins.Comtesse, Geneviève! comtesse Geneviève de Bréaux! Aussi, comme Mme Andrial rayonnait, le jour du mariage de son Cygne! La jeune fille, en sa robe nuptiale, était belle idéalement.Les deux époux partirent, afin de s'installer dans une sombre ville industrielle et populeuse, au ciel obscurci par les nombreuses cheminées des grandes usines de guerre.Mais François-Régis avait découvert aux abords de la ville, une habitation fort jolie, entourée d'arbres.La jeune femme et sa mère — car Mme Andrial entendait bien ne jamais quitter Geneviève — furent ravies.Ici, la nouvelle Mme de Bréaux, toujours incroyablement jeune, insouciante, éprise un peu de son mari et beaucoup d'elle-même, candidement fière de sa royauté, heureuse d'être belle, aimée, admirée, avait vécu la plus brillante période de sa vie.Hélas! comme cela avait été court! Geneviève n'avait passé que huit mois dans son coquet foyer! .Huit mois à peine! Un jour, François-Régis, ce mari très doux, très tendre, mais grave, un peu taciturne, et dont, elle s'en aperçut alors, elle ne connaissait pas le fond de l'âme, fut arrêté par la police, dans sa propre maison.De si terribles charges pesaient sur lui,— cette affaire de détournement et de trahison, subitement révélée aux deux femmes apparaissait si effarante, si convaincante, que Mme Andrial n'eut pas un doute et crut à la culpabilité de son gendre.Les plans d'une de nos armes nouvelles avaient été dérobés, puis vendus à l'Allemagne.On avait organisé une sourde enquête.Et tous les soupçons étaient tombés sur l'ingénieur de Bréaux.Parmi d'autres charges non moins accablantes, se classait la découverte, dans son portefeuille, de la copie d'un des plans et d'une lettre en langage chiffré, dont il ne put, ou ne voulut donner la clef.Après tant de jours écoulés, Geneviève sentait encore un frisson mortel se glisser dans ses veines, lorsqu'elle évoquait les premiers moments de cette affreuse épreuve., le coup de foudre, la perquisition dans la villa, puis l'arrestation de l'ingénieur, qui, pâle, frappé de stupeur, avait assisté à toute la scène.— Défends-toi! mais défends-toi donc! criait la jeune femme, qu'une maternité future rendait plus fragile et plus nerveuse.Emmenée par sa mère, Geneviève n'assista pas à ce qui suivit.Elle demeura prostrée et muette, tandis que Mme Andrial se lamentait sur le grand malheur d'avoir marié sa fille à un misérable.Tout à coup, le jeune homme, défait et chancelant, pénétra dans la chambre.Il n'était pas seul.Deux agents entrèrent avec lui et demeurèrent près de la porte.François-Régis, pâle comme un mort, dit à la jeune femme qu'il s'en allait.mais qu'il reviendrait, car cette erreur était par trop monstrueuse.Il se pencha sur elle; et, d'un mouvement instinctif, elle se rejeta en arrière.Lui, demeura, un instant, comme accablé par cette épreuve pire que toutes les autres.— Geneviève! fit-il, dans un cri.Alors, elle écarta ses mains et rencontra le regard de François-Régis.Toute sa vie, elle devait se souvenir de cette indicible expression de reproche et de douleur.Innocent ou coupable, il souffrait un supplice.Elle doutait de son honneur, mais sans douter de son amour pour elle.— Geneviève, comprends-moi r .On m'emmène mais je ne suis pas coupable ?.Ne veux-tu pas me dire au revoir ?— Si.Au revoir! balbutia-t-elle, ébranlée, outre mesure, par cette imploration révoltée et désespérée.Il se pencha encore et elle ne le repoussa plus.Mais il ne rencontra, sous ses lèvres, qu'une froide statue.Geneviève était glacée par l'idée que tout était vrai.Il se redressa, se toucha le front, d'un geste fou, et quitta la pièce.Un instant après, un roulement de voiture annonça son départ qui devait être définitif.Geneviève fut gravement malade.Son état de souffrance et de langueur dura des mois.L'enfant, qu'on eût dû recevoir dans la joie, naquit enfin.Et la jeune mère pleura sur le berceau, pleura à flots, comme elle le faisait si souvent, dans sa faiblesse nerveuse.A quoi bon donner, à cette petite fille infortunée, le nom à la mode qu on lui eût choisi ?On l'appela simplement Marie, qui signifie: amertume.Geneviève continua de languir, de vivre dans la torpeur.Grâce à de puissantes influences, mises en jeu par sa mère, Mme de Bréaux avait obtenu de ne pas paraître au procès, qui venait de s'ouvrir.Cependant, par une conversation, surprise entre Mme Andrial et une amie, Geneviève apprit que son mari avait tenté de se suicider dans sa prison.i Page 16 Malgré cet acte qui eût pu faire pencher encore la balance du côté de la culpabilité, l'ingénieur de Bréaux fut acquitté, après de longs débats.Certains faits étaient venus diminuer la valeur des preuves et faire hésiter les juges.— Oui, acquitté, parce qu'il a été bien défendu et parce qu'il a nié toujours! expliqua Mme Andrial, d'un air de mépris et d'inexorable rancune.Mais un tel acquittement ne le lave pas de la honte.— Alors, il va revenir?demanda craintivement la jeune femme, sans bien savoir ce qu'elle éprouvait à cette idée.— Non, ma chérie, non, mon Cygne! Il ne reviendra pas! J'ai tout arrangé, en dehors de toi, afin de t'éviter la moindre secousse.Il ne reviendra pas troubler notre retraite.— Mais, maman, nous n'allons pas divorcer ?questionna encore Geneviève, accablée.— Non.Pas maintenant, du moins.On a fait assez de bruit autour de nous.Tu ne porteras plus son nom.Et il ne reviendra pas, sois tranquille! François-Régis de Bréaux ne réapparut pas, en effet, dans la vie des deux femmes.Mais d'autres troubles leur vinrent d'ailleurs.Geneviève finissait pas redevenir mieux portante, lorsqu'une dépêche l'appela dans le village où sa petite Marie avait été placée en nourrice.L'enfant, née trop fragile, venait de succomber, après quelques mois de vie.Et c'était bien la plus innocente victime de ce drame.MON Geneviève revit l'enfant, pauvre petite poupée de cire, à jamais immobile au milieu de ses fleurs.En pensant à l'héritage de honte et au nom de cette enfant, la jeune mère pensa que Dieu lui avait fait grâce.Geneviève, tout en pensant qu'il valait mieux que l'enfant lût partie, elle pleura amèrement sur cette petite morte, car, plus jamais, elle n'aurait à s'occuper d'un berceau.Il valait mieux que l'enfant fût partie, oui.mais tout était fini pour la mère.Elle sentit, tout à coup, la force du lien sacré qui l'unissait à François- Réçis.Et, comme si la petite morte eût plaidé pour son père, une voix s'éleva dans l'âme de la jeune femme: "S'il n'était pas coupable!" "Oh! ce serait trop affreux!.Mais Mme Andrial était si persuadée de la culpabilité de son gendre, elle l'avait tant maudit auprès de sa fille, que le doute, en faveur du malheureux, ne fut, ce jour-là, que faible et tremblant.D'ailleurs, il remplissait Geneviève de remords.Qu'avait-elle fait pour lui ?Elle l'avait repoussé, abandonné.Et.s'il était innocent ?Sa mère lui avait dit avoir tout arrangé en dehors d'elle.Et Geneviève, arrachée à sa léthargie, s'inquiéta de ce qui s'était passé.La Revue Moderne.CYGNE Lorsqu'elles se retrouvèrent seules, elle demanda, à sa mère, quelques explications.— C'était, peut-être, mon devoir de le suivre! insista Geneviève, avec des larmes au bord de ses longs cils.Elle ne savait pas encore si elle désirait revoir son mari; et la voix, qui avait parlé en elle, était seulement celle de sa conscience réveillée.Geneviève porta la main â sa poitrine.Sur le front de cire de son enfant, elle avait coupé deux mèches blondes, l'une pour elle, l'autre pour le père.Mais elle n'osa avouer cela.Devant tant de ruines, tant de malheurs accumulés, devant sa jeunesse brisée, son cœur mort, elle eut une crise de larmes, une crise sans fin.— Maman! dit tout à coup la jeune femme.Sais-tu pourquoi François-Régis a tenté de se suicider dans sa prison ?.Ah! j'aurais dû me dominer et aller le voir, là-bas!.S'il était mort ainsi, il n'y aurait plus eu une seule heure de paix dans ma vie! .Dis-moi s'il m'avait demandée ?.S'il n'a pas été désespéré par des refus qui ne sont pas venus de moi?.Car, innocent ou coupable, il m'aimait tant! A cette minute, probablement parce que Geneviève avait dû toucher à une partie de la vérité, Mme Andrial entra dans une colère, d'autant plus violente qu'il s'y cachait, peut-être, comme un remords.Mme Andrial était cardiaque.Elle se trouva mal.Et Geneviève, effrayée, soigna sa mère, l'embrassa, se promettant de ne plus lui parler du passé.A quoi bon, puisque tout cela était l'irrévocable?Mais la jeune femme se demandait comment elle-même aurait le courage de vivre.Les eaux où voguait le pauvre Cygne étaient couleur de plomb.A peine un mois plus tard, à la nouvelle d'une catastrophe financière, où se trouvaient compromis presque tous ses intérêts, Mme Andrial tomba, foudroyée.Ce fut donc, autour de Geneviève, l'isolement absolu, la pauvreté menaçante.Laissant deux tombes en arrière — la première dans un petit cimetière campagnard, l'autre à Bordeaux où les deux femmes s'étaient réfugiées — Mme de Bréaux, éperdue, s'en alla, à travers la France, jusqu'à ce couvent des environs de Lyon, où elle avait passé, jadis, plusieurs années.Elle y retrouva de saintes amies, qui l'accueillirent maternellement.Durant quelques mois, elle demeura ici, travaillant à la lingerie.C'était modeste, mais momentané.La maison, ruinée par la fermeture brutale de son établissement d'éducation, ne pouvait la garder longtemps.Chaudement recommandée par la supérieure, Mme de Bréaux rentra dans le monde, pour y gagner sa vie.Mais, de cette maison, elle sortait relevée, transformée, avec une religion renouvelée, ferme et forte, aussi peu semblable à sa religiosité de jadis, que la femme grave et douloureuse d'aujourd'hui à l'insouciante Geneviève de naguère.Elle savait qu'il lui faudrait, désormais, vivre chez les autres, pour les autres, et que, malgré sa jeunesse, elle n'avait plus rien à attendre de la vie.III La première étape de cette existence nouvelle fut singulièrement paisible et monotone.Devenue Mme Andrial, Geneviève s'en alla dans le Morvan, au fond d'une campagne perdue, prendre la place d'institutrice, près d'une fillette délicate et peu développée, tâche pour laquelle il fallait surtout s'armer de patience.L'enfant était souvent malade et les leçons, par suite, interrompues.Geneviève avait donc de grands loisirs, qu'elle pouvait employer à son gré.Elle brodait et songeait.En ces longues méditations, une image se levait peu à peu en elle, se refaisait plus distincte, plus vivante: celle de François-Régis, avec ses regards, ses attitudes, ses paroles.Elle revivait tout son passé.Plus femme, elle comprenait mieux, aujourd'hui, combien François-Régis l'avait aimée, quelle ardente floraison de toute son âme il avait jetée à ses pieds.Innocent ou coupable?Des gestes de bonté, de franchise, de délicatesse, se rappelaient à la mémoire de Geneviève Montréal, Août 11129 Où était-il ?Elle avait fait des recherches i >our découvrir François-Régis.Le jeune li0m.me, n'avait, en France, d'autres parenti que des vieux cousins qui, maintenant, |c reniaient.Il ne lui restait qu'un oncle, un frèiede sa mère, Alexis Baskirief, un des p|ut grands industriels de la Russie, dont |e nia, Vassili, à peu près de l'âge de François Régis, à qui il ressemblait beaucoup, avait été, jadis, élevé en France.Les deux jeunes gens s'étaient connus et aimés.Ils avaient gardé depuis, malgré l'éloigncnicnt de Vassili, retourné en Russie des relations extrêmement aï(.iii-> l.i luminosité de cette nuit., souffles tièdes agitaient les branches.Et des parfums, doux et grisants, Je fleurs d'acacias, enveloppaient de leurs effluves la jeune femme anéantie.pendant que, là-bas, au pas rythmé de leurs chevaux, les deux cavaliers s'avançaient, comme des héros de légende.On arriva à temps pour rassurer U famille Montcharmin.Madame Andrial fut malade pendant deux jours, des suites de cette étrange aventure.XI Les habitants de la villa des Cèdres trj-vaillaient, paisiblement, sur la terrasse, à l'ombre des grands arbres.Un impérieux coup de cloche retentit à la porte du jardin.— Le coup de papa! fit Eve, étonnée.Effectivement, c était le colonel, mais accompagné d'un visiteur, un vieillard île haute taille, pourvu d'une longue barhe blanche.— Le père Noël en cette saison! s'écria Eve, en pouffant de rire.Qui cela peut il bien être ?Mais le vieillard, qui s'inclina devant Mme Montcharmin, un peu ahurie par son brusque réveil, n'avait rien d'un bonhomme.Geneviève eut à peine le temps de remarquer le grand air de cet inconnu, la noblesse de sa taille et de son visage .Elle eut à peine le temps de trouver quelque chose de familier dans ces traits, qu'elle tressaillit, devant la révélation.— Monsieur Baskirief, le père du capitaine! avait dit M.Montcharmin.Geneviève pâlit un peu et ses mains tremblèrent d'émotion.Pendant un instant, elle n'entendit pas ce qui se disait autour d'elle.Elle n'avait vu l'oncle Alexis qu'en photographie.Mais le vieillard savait, certainement, qui elle était.Il eût été incompréhensible que Vassili eût caché, à son père, la présence ici de la veuve de François-Régis.Peut-être, M.Baskirief était-il venu pour la voir.En tout cas, il faisait comme son fils et respectait fort strictement l'incognito de Mme de Bréaux.Madame Montcharmin était visiblement enchantée de cette visite, et sa fille se fondait en sourires, à l'adresse du voyageur.C'est que M.Baskirief était un personnage.Geneviève s'en rendait mieux compte, aujourd'hui, à la considération que lui témoignait chacun, y compris le colonel.Monsieur Baskirief ne demeura pas longtemps à la villa des Cèdres.Geneviève, en proie à une secrète détresse, le vit disparaître, sans avoir reçu de lui d'autre signe d'attention que quelques coups d'oeil, attentifs et rapides.Après cette visite, Eve Montcharmin, qui travaillait aussi pour les orphelins de la guerre, se déclara incapable de se remettre au travail.— II a l'air très grand seigneur, M.Bas kirief! dit-elle, en se balançant sur son siège.Avouez, maman, que vous ne vous attendiez pas à l'honneur de sa visite ?Geneviève devina que la jeune fille s'imaginait n'être pas étrangère à la visite du grand industriel.Elle eut un demi-sourire de pitié pour Eve et pour elle-même.» • Le lendemain, elle ressentit encore de la pitié pour quelqu'un d'autre.Eve arbora, au déjeuner, une figure si maussade, que sa compagne lui demanda si elle n'était pas souffrante.— Non.Mais j'ai des ennuis! répondit la jeune fille, en pliant les épaules, comme si le poids du monde eût pesé sur elle.— Ah! des ennuis.graves, sans doute, à en juger par votre mine! repartit Mme Lisez "L'architecture moderne", par Henri Girard, page 9 lu Revue Moderne.— Montréal, Août 19 2 9 Page 27 An.ial, en souriant.Vous n'avez pas pvu vos catalogues de Paris ?.Ou le» tillons que vous attendiez?.Ou pjpn encore, cette petite couturière aurait -die raté votre kimono de soie rose ?— C'est cela!.Moquez-vous de moi! fit Eve, nerveusement.En réalité, il ¦'agit de.d'un mariage.Madame Andrial en eut le souffle coupé.Uni" horrible appréhension lui vint, d'en-ten'lre un nom trop connu sortir de ces lèvres fraîches.Mais non! Eve eût été heureuse, triomphante .Il ne s'agissait pas de Vassili.— C'est mon cousin Michel, qui, hier au soir, a eu la fâcheuse idée de me demander en mariage .lia parlé à mes parents, puis à moi.Je l'ai refusé net.Mes parents sont peines .Maman boude.Miehel leur plaisait Et puis, il est riche .Mais moi, n'est-ce pas?chère Madame, je ne dois pas me marier avec quelqu'un qui ne me plaît pas assez, pour l'unique raison de faire un bon mariage.Pauvre garçon! Lui qui vous aime tant! murmura Geneviève, d'un ton ému.la jeune fille haussa les épaules.- Oui, il m'aime; mais moi.Elle allait dire, évidemment: "J'en aime un autre!" Elle recula devant l'aveu.Et, un peu rouge, elle abandonna la place.Geneviève resta troublée de cette confidence.Quoique Eve fût indépendante et assez peu affectueuse à son égard, la jeune femme prenait souci de cette âme téméraire, qui eût eu besoin d'un guide attentif.Pourquoi certaines jeunes filles sont-elles si pressées de donner leur cœur, qu'elles le jettent ainsi, à l'aventure,aux pieds d'un premier venu, d'un étranger dont elles ne savent rien et qui se soucie peu d'un tel don ?Oh! non, Vassili Baskirief n'aimerait jamais Eve.Il ne penserait point à la veuve de François-Régis .mais pas davantage à la petite Montcharmin! Comment, avec sa maturité d'esprit, son air d'homme désabusé' de la vie, sa philosophie amrrc, le Slave s'accorderait-il avec cette enfant capricieuse et inexpérimentée ?Et, en repoussant son cousin Michel, ce noble rirur tout empli de son image.Eve m | i.iss.iil -elle p.is ,'i côté du bonheur ' "Comme c'est la vie, cela! .Ah! oui, c'est bien la vie!" pensa Mme Andrial, avec un soupir.L'idée lui vint d'essayer de raisonner Eve.Mais cela était extrêmement difficile et délicat.D'ailleurs, la jeune fille ne revint pas auprès d'elle.Mlles Varix se présentèrent, et, après un instant d'hésitation, Eve consentit à les suivre, pour une longue promenade.Le colonel n'était pas là.Mme Mont-' liirmin parut contrariée du départ de sa fille .; mais, soit qu'elle ne voulût point chapitrer celle-ci devant Mlles Varix, soit qu'elle sût l'inutilité de la chose, elle ne tenta pas de l'empêcher de sortir.— Quel caractère à cette enfant!.J'ai une abominable migraine! dit-elle, ensuite, à Mme Andrial.Puis elle se retira dans sa chambre.De la sorte, environ une demi-heure plus tard, Geneviève se trouva seule pour recevoir le lieutenant Michel Ferrier.— Madame Montcharmin repose.Mais elle vous recevra, peut-être., dit-elle, apitoyée par la pâleur et le trouble \ isible du jeune homme.— Et ma cousine Eve ?demanda-t-il, en hésitant.— Mademoiselle Montcharmin est sortie.Elle ne rentrera que ce soir.Le pauvre garçon eut un gémissement étouffé.Il s'affaissa sur son siège et se cacha le visage entre ses mains.Absolument interdite, Geneviève n'eut ^as même l'idée de se lever et de sortir.Le jeune Ferrier releva la tête, montrant un visage marbré, des yeux meur-t ris, un air de douleur et de honte.— Pardon, Madame, pardon.Que devez-vous penser de moi ?Mais je dois partir ce soir.Je retourne au front.Je venais faire mes adieux.Elle le savait.Et "elle" est sortie.— Elle ne devait pas sortir, dit Mme Andrial, avec une compatissante douceur.Mais des amies sont venues et l'ont entraînée.Sa bonté aida l'officier à se reprendre.Il dit encore, entre ses dents serrées: — Vous êtes bonne, vous.Mais elle! On dit adieu à des étrangers.Et pas à moi, un parent, presque un frère.Uncf désolât ion sans bornes parut dans ses yeux sombres .Après lui avoir annoncé que Mme Montcharmin consen- MON CYGNE tait A le recevoir, Geneviève se retira discrètement.Un homme s'en retournait au front, désespéré par la faute d'une petite fille étourdie .Il semblait avoir la mort dans l'âme .Reviendrait-il ?.Et, parce qu'elle avait elle-même le coeur meurtri par la vie, la jeune femme plaignit le soldat qui s'en allait.Le soir, elle manœuvra de façon à voir Eve en particulier.Elle lui conta la scène de l'après-midi.Eve devint un peu pâle .puis, avec un geste vif, elle protesta: — S'il m'aime vraiment, Madame.cela lui aurait été dur de me revoir, après mon refus .; je le plains, mais je ne l'aime pas.On ne peut rien à ces choses.Vous l'ignorez, peut-être.Madame Andrial ne releva pas ces derniers mots.Se faisant presque maternelle, elle dit, avec douceur: — Si, mon enfant.je crois que vous auriez dû revoir votre cousin .car ses sentiments sont du genre le plus solide .Vous pouviez ignorer l'amoureux et être suffisamment affectueuse pour le parent, pour l'ami d'enfance qui s'en va au feu .à la mort, peut-être.De cette façon, il est parti désespéré.— Je n'ai pas rélléchi!.Mais pourquoi me dites-vous cela, à présent que je n'y puis plus rien ?— Très jolie, la robe corail de Mlle Montcharmin! — Mais, chère Andrial, c'est vous qui êtes belle! fit Mme Montcharmin, en pinçant un peu les lèvres, d'un air d'éton-nement.Madame Andrial lut un mécontentement dans les yeux de Mlle Montcharmin.Elle fut gênée, péniblement.Mais comment pouvait-on la trouver parée, avec cette simple chose de mousseline ?Loyalement, Geneviève désirait ne porter ombrage à personne.Et voilà que Mme Montcharmin s'étonnait et que sa fille semblait offusquée! .Un peu plus tard, le grand salon désuet était fort animé.Une légère flamme aux joues, Geneviève allait et venait, ou demeurait dans son coin, avec une broderie, selon les instants et ce que demandait son rôle.Un insaisissable et grisant parfum d'admiration masculine flottait autour de la jeune femme.Souvent, on avait eu l'air de la remarquer un instant: mais, aujourd'hui, les regards venaient à elle.Et tous les hommages adressés à M mes Montcharmin, toutes les paroles flatteuses ne valaient pas le silencieux langage de ces regards.Geneviève entendit la femme du capitaine Varix dire, à Mme Montcharmin, d'un ton négligent: Ferme où vécut Louis Hémon, en 1912 "Plus tard .peut-être .qui sait?" se dit Geneviève, pensant à ces graines, semées par hasard et qui finissent par germer, à la longue, malgré les herbes folles.XII Cet après-midi, Mme Montcharmin allait recevoir.Comme elle ne se décidait pas facilement à entrer dans les armatures baleinées qui contenaient un peu sa trop volumineuse personne, la colonelle n'aimait plus le monde que par devoir de rang et de situation.Elle profitait de ce jour de réception pour donner un grand dîner, dans lequel allait, forcément, dominer l'élément masculin, en les personnes de MM.les officiers du camp de Caillou.Madame Andrial ayant eu bien des soins à prendre, ayant dirigé le travail des domestiques, remontait dans sa chambre, un peu lasse.Au passage, Eve ouvrit sa porte, afin de se faire admirer; ce qui fut fait, en termes aimables, par la dame de compagnie.Puis, se sentant en retard, Geneviève se hâta de s'occuper d'elle-même.Elle arrangea ses cheveux, se rafraîchit le visage.Elle ôta sa blouse noire, afin d'éclaircir, pour la première fois, son deuil, en revêtant un corsage de mousseline blanche.Lorsqu'elle eut achevé sa rapide toilette, qu'elle compléta par un collier de perles noires, Geneviève se regarda dans son miroir, et un involontaire sourire, ému, surpris, mélancolique, lui vint aux lèvres."C'est mon moi physique.mais je n'aurai plus jamais la même âme!" songea-t-elle, troublée.Et elle soupira, avec un sourd regret.Sa beauté survivait donc seule aux ruines de sa vie ?Madame Montcharmin, un peu oppressée, était assise au salon et feuilletait, distraitement, une revue illustrée de la guerre.Auprès d'elle, d'un doigt léger, Eve rectifiait un détail de la toilette maternelle.— Je crois que le major Corthil a laissé son cour chez vous.Madame! — Ah! Et à qui donc ?fit la colonelle, en riant de la révélation.— Tout simplement à votre dame de compagnie! — Bah! fit encore Mme Montcharmin, un peu moins amusée.— Très vrai, chère Madame! D'ailleurs figurez-vous que ces messieurs trouvent votre Mme Andrial très jolie! Je suis peut-être trop ombrageuse, mais je n'aurais pas aimé avoir, dans ma maison, une aussi jolie femme que Mme Andrial! conclut la visiteuse, rêveusement.Geneviève n'en entendit pas davantage.La gorge serrée, elle fit un grand effort pour ne pas fondre en larmes.Mais Mme Montcharmin l'appela d'un signe et lui parla, comme à l'ordinaire.La jeune femme se sentit un peu réconfortée et s'affermit l'âme, dans le sentiment de son innocence.C'était si ridicule de se trouver trop élégante, avec ce simple corsage transparent, à peine orné d'un peu de guipure! Du reste, elle n'eut plus le temps d'y songer.Elle entra, en conscience, dans son rôle ingrat et effacé, qui lui donnait les devoirs d'une maîtresse de maison, sans lui en donner les droits.Comme elle s'efforçait d'apaiser la toute petite Mlle Varix, qui trépignait en réclamant une statuette, assez fragile, à laquelle Eve Montcharmin attachait un grand prix, Mme Andrial vit, non loin d'elle, le capitaine Baskirief.Il venait d'entrer, avec un autre officier.Il saluait Mme Montcharmin.Eve, toute rose, dans sa jolie robe, lui tendait sa main fine, un peu chargée de bagues.Geneviève éprouva une émotion brusque et très vive.Elle n'avait pas revu son cousin, depuis cette singulière promenade dans la vallée déserte, au pied des bois de Presseules.Il fit les quelques pas qui le séparaient d'elle.Il la salua et elle ne put s'empêcher de lui tendre la main.Nerveusement, peut-être «ans y prendre garde, Vassili serra très fort les doigts de sa cousine.Et il murmura, en la regardant profondément: — Qu'avez-vous, aujourd'hui ?.Vous êtes toute transformée! Et Geneviève, un peu de sang aux joues, baissa les yeux sous cet insoutenable regard.Elle n'eut pas à répondre.L'approche de la robe rose corail de Mlle Montcharmin rompit cet entretien à peine né.Vassili laissa retomber la main de Geneviève, un peu meurtrie par ses bagues.Et il s'écarta d'elle.La jeune femme se trouva fort occupée.Cependant, tout en allant et venant, elle tressaillait, à rencontrer, plus fréquemment que de coutume, le regard de l'ingénieur russe.Et c'étaient d'orageuses prunelles, tantôt claires, tantôt sombres.Et Geneviève se souvint que, lorsque François-Régis était ému, troublé, de quelque façon que ce fût.ses yeux bleus changeaient ainsi, à chaque seconde.Qu'avait donc Vassili Baskirief?Geneviève n'osa penser qu'il s'occupait d'elle: Elle savait quels soucis pouvait avoir l'ingénieur.Elle savait aussi combien peu certains hommes jeunes sont sensibles au charme féminin, quand ils sont emportés par de grandes idées ou de puissantes préoccupations matérielles.Les visiteurs fartaient peu à peu.Seuls, restaient ou survenaient les invités au dîner.Vassili Baskirief était de ceux-là.Geneviève garda un souvenir un peu étrange du repas et de l'heure qui suivit.A table, elle se trouva placée auprès du grave capitaine Varix et du malencontreux major, dont l'empressement commençait à beaucoup déplaire à la jeune femme.Fort heureusement, la conversation avait pris une allure générale qui excluait,un peu les entretiens particuliers.Eve Montcharmin, les joues colorées, les yeux brillants, regardait fréquemment du côté de la dame de compagnie.Et Gcncvi've Andrial lut, ce soir, une sorte d'aversion, dans le regard de cette autre < "¦cnevi'-vc.La jeune femme se demanda si la cause n'en était nas dans l'attention involontaire de Vassili Baskirief.Le Russe était auprès d'Eve; mais, tout en causant, il regardait, très fréquemment, lui aussi, du côté de Mme Andrial.Geneviève éprouvait un réel malaise.Il lui semblait être surveillée, d'abord par Eve, jalouse et malveillante , puis par Vassili, un observateur celui-là, et un juge.Par sa froideur, elle s'efforçait'de décourager le major.Elle savait Mme Montcharmin avertie des sentiments de M.Corthil.Les moindres faits et gestes de celui-ci avaient donc chance d'être interprétés tous de la même façon.Pourtant, Geneviève était libre.Si le major l'était, lui aussi, et qu'il en vint à lui offrir son nom, pourquoi la jeune veuve n'envisagerait-elle pas la perspective de refaire sa vie ?Un homme épris, en la couvrant de son nom, ferait disparaître la tache du nom qu'elle avait porté.Geneviève tenait à s'affirmer ainsi qu'elle était libre.Une fois encore, passant devant une grande glace, elle fut surprise de sa beauté.Les lumières, qui nuisaient à Eve, augmentaient encore l'éclat des yeux noirs de la jeune femme.Pensive, elle roula, sous ses doigts, les perles de son collier de deuil.Ramenez une peau blême a la vie et a la santé Un» peau blême ou huileuse e«t maladive.\M cellulea et tlaeua enarorKee retardent l'action naturelle néceeaalre * la *ante de la peau.N'eaaayel paa de couvrir cet Mat -corrlsei-le.Ramené» le» tlaaua au fonctionnement aaln normal, apportei un» nouvelle vie aux cellulea endormie», al'tnule» la circulation pour libérer la penu des poison»: et v au a pourres cclalrclr et embMIir un teint M.-m.- tout en évitant ce "relui»»ii*." de-aairréabl*.Deux ou trol» fola p*r semaine, donnei à votr» peau c* vivifiant "reconetl-tuant".Prenei quelquea once* de Poudre de Peroxtne chet n'Importe quel pbarmaclen.Appliques dea lineee ebauda aur la fleure pula froltei doucement avec la poudre par un mouvement rotatif: faite» suivre d'un lava.ee a ea.u chaude et froid» et appliquai une bonne crem» (noua recommandone la crème Cerol).Ceci aida à refaire un fini velouté aao à votr» peau, améliore aa teiture »t ramené la couleur naturelle aux Jouée, 3-29 Page 28 La Revue Moderne — C'est peut-être une réunion d'adieux! dit, tout haut, le capitaine Varix.Qui sait.Messieurs, où nous serons, dans quelques jours d'ici ?Des verres furent levés.La gravité, dont ces hommes ne s'étaient que superficiellement départis, reparut sur leurs visages.Le colonel dit, simplement: "A la France, Messieurs! A votre bon retour avec la victoire!" Dans le murmure qui suivit, le major dit à sa jolie voisine: — Nous mourrions plus facilement encore, Madame, si nous étions sûrs d'être pleures! Madame Andrial.un peu moqueuse, répondit, avec son plus beau sourire, par cette phrase décevante: — Toute la France vous pleurerait, Monsieur! Elle regarda, très vite, du côté d'Eve et entendit la jeune fille dire au capitaine Baskirief, son voisin: — Avouez, capitaine, que, malgré, toute votre bravoure, ces dernières heures de vie paisible doivent vous sembler singulièrement précieuses .Il faut être absolument détaché de la vie, pour s'en aller à la bataille sans un regard en arrière! — Vous avez raison, Mademoiselle! Mais peut-être suis-je détaché de la vie! répliqua, flegmatiquement, l'officier.Et il jeta encore, à la jeune veuve, un de ces regards, dont elle n'arrivait point à déchiffrer l'énigme.A cet instant, elle tressaillit, sous l'empire d'une illusion folle.Ce regard, où passait une douceur inaccoutumée, émouvante, ne disait-il pas à Geneviève de Bréaux ce que Geneviève Montcharmin eût voulu s'entendre dire ?.Mais, lorsque Mme Andrial, toute tremblante, osa regarder du côté de son cousin, Yassili, impassible, s'entretenait, à travers la table, avec le colonel."J'ai rêvé! pensa-t-elle, avec de la confusion et un grand mécontentement contre elle-même.Pendant que ces messieurs sortaient sur la terrasse, pour y fumer à leur aise, les quelques dames présentes se groupèrent dans le salon, dont les portes-fenêtres l'taient ouvertes sur la tiédeur étoilée de la nuit.Et l'on fit un peu de musique.Eve Montcharmin, qui avait une jolie voix, chanta, avec beaucoup d'expression, la chanson de Barberine: Beau chevalier, qui parlez pour la guerre, Qu'allez-vous faire.Si loin de nous ?.Vais-je pleurer, moi qui me laissais dire Que mon sourire Etait si doux ?.Dans l'obscurité de la terrasse, où luisaient leurs cigares, les officiers applaudirent, galamment.— Ne craignez-vous pas, Mademoiselle, d'affaiblir notre courage ?fit l'un d'eux, en |M-.inl de\.mt une porte-fenêtre.— Je sais que cela ne se peut pas, Messieurs! répondit la fille du colonel, en riant.M.lis -.1111 regard, qui semblait i lien lier dans l'ombre, relléta bientôt une sorte de déception, mal dissimulée.Elle se tourna vers Geneviève et, avec un brin d'insolence, lui fit une observation, à propos d'un soi-disant ordre de Mme Montcharmin.La jeune femme rougit un peu, humiliée de se voir rappelée, ainsi, par cette toute jeune fille, a l'effacement de son rôle subalterne.Elle se contint et dit seulement: Je suis au regret de vous assurer que vous vous êtes trompée.Mme Montcharmin ne m'a jamais parlé de ceci! Elle aperçut soudain le capitaine Baskirief.dans l'embrasure de la plus proche des baies.Et, à l'idée que son cousin avait été le témoin de ce petit affront, elle rougit davantage.Elle se leva et s'en alla auprès de Mme Montcharmin, qui 9e tenait à l'autre extrémité du salon.Puis, un peu plus tard, lorsque tous ces messieurs furent rentrés, la jeune femme, sûre que nul n'avait besoin d'elle, sortit sur la terrasse.Elle s'appuya sur la balustrade.Le vent léger rafraîchissait son front brûlant.— C'est vous, Madame! Je vous supplie de ne pas rester ici.I.a fraîcheur de l.i nuit pourrait vous être mauvaise, dit, auprès d'elle, une voix d'homme.MON — Je viens seulement de sortir! expliqua Geneviève, en essayant de retrouver un peu de sang-froid.Yassili reprit, lentement: — Ma proche parenté doit m'autoriser à vous dire combien vous êtes charmante, ce soir.Vous avez bien fait de quitter le noir du veuvage .Le blanc idéalise la beauté des brunes.Et puis, vous n'êtes pas veuve! Sans même y prendre garde, Geneviève se dirigeait vers la maison, et Yassili marchait auprès d'elle.Quoiqu'il eût parlé avec une certaine douceur, la jeune femme rougit, dans l'ombre, comme si elle sentait, en ses paroles, une amère leçon.Elle rentra dans la lumière de la salle.XIII Le lendemain, Mme Montcharmin témoigna, à la dame de compagnie, un refroidissement marqué, dont Geneviève fut fort peinée.Eve boudait.Elle desserra à peine les dents et témoigna à Mme Andrial une hostilité mal dissimulée» dont celle-ci croyait deviner la cause.Avec une grande amertume, la jeune femme pensa que sa situation, ici, était ébranlée, par le fait seul qu'elle portait ombrage à la fille de la maison.Lorsqu'elle était entrée chez les Montcharmin, Eve n'était qu'une adolescente, une fillette encore.Maintenant, Eve devenait jeune fille, et il lui déplaisait fort de trouver toujours, à côté d'elle, une rivale capable de l'éclipser.Pourtant, la jeune veuve n'avait pas cherché à briller, au détriment d'Eve.CYGNE Mais Mme Montcharmin elle-même s'était aperçue que le voisinage de la dame de compagnie nuisait à sa fille.Et s'il n'était pas urgent de penser au mariage d'Eve, vu sa grande jeunesse et la tristesse de cette guerre qui faisait tant de veuves, néanmoins, il était peu agréable de garder, auprès d'Eve, une trop charmante compagne.Mais ce n'était pas tout.Eve était jalouse, et sa jalousie avait un objet précis.Geneviève, en y pensant, haussa les épaules.Elle se raillait, elle-même, plus qu'elle ne raillait Eve Montcharmin.Elle se rappelait la voix de Vassili, et de quel ton d'avertissement voilé il lui avait rappelé qu'elle n'était pas veuve.Ainsi, il ne pensait qu'à François-Régis.Genevic-ve ne pouvait donc s'illusionner sur l'attitude de son cousin.Et, pour se fortifier, pour oublier sa faiblesse anxieuse et frémissante, pour oublier la mauvaise humeur de Mine Montcharmin, la visible antipathie d'Eve, l'incertitude du lendemain où la rejetaient ces dispositions de ses hôtesses, Geneviève se mit à évoquer tous les deuils, toutes les grandes misères de la guerre.Elle faisait souvent ainsi, plaignant les autres, généreusement .oubliant qu'elle n'avait rien à perdre, parce qu'elle avait déjà tout perdu et qu'elle n'était plus qu'une éternelle réfugiée.XIV DEl'X jours plus tard, Geneviève, qui ne recevait presque jamais de lettres, examina d'un œil perplexe, son nom tracé d'une Montréal, Août 1 écriture rude et appliquée, qui éveillai» en elle, une vive iinpreani m de déjà vu.' C'était, en effet, l'écriture de M Alexis Baskirief."Ma chère Nièce, "Désireux d'assurer votre avenir et de vous éviter une dépendance qui doit vou» être pénible, je viens, aujourd'hui, vous offrir une rente qui vous permettri de quitter immédiatement votre poste.| "Vous pouvez, il me semble, accepter' très simplement, ce présent affectueux d'un vieil oncle, le seul parent qui oui reste.Faites-moi ce plaisir, je vous prie."Je mets à ceci une seule condition mais elle sera expresse.Vous ne cher' clierez pas à contracter mariage durant toute la durée de cette guerre, car j'jj l'intime conviction que mon malheureux neveu, François-Régis, est vivant."Je ne puis faire des recherches avant la fin des hostilités.Mais mon fils Vassili vous a, je crois, certifié qu'il avait eu, entre les mains, une preuve péremptoire de la survivance de François-Régis, après le naufrage du Lida."S'il vous plaisait, ma chère nièce, de me dire immédiatement de quelle façon vous désirez recevoir cette rente, vous me feriez plaisir, car il se peut que j'essie bientôt de rentrer en Russie et j'aimerais alors être tranquillisé à votre sujet."Avec l'expression de mes meilleurs sentiments, "Alexis Baskirief" Confondue, Geneviève leva les yeux, regarda autour d'elle, puis relut, lentement, cette lettre.La liberté, le repos, la sécurité assurés oui, c'était tout cela! Mais .La sévère et imposante figure de M.Baskirief passa devant elle.Ce vieillard, noble et fier, qui l'avait à peine regardée ! Au fond d'elle-même, la jeune femme éprouvait une honte douloureuse, à la pensée qu'elle devrait son pain à l'oncle de François-Régis.M.Baskirief savait, à n'en pouvoir douter, quelle avait été la conduite de la femme de son neveu, lorsque celui-ci avait été accusé.Cependant, il jugeait de son devoir de s'occuper d'elle.Il le faisait avec de la condescendance, et même du dédain.Mais, à la place de Geneviève une autre femme eût été ravie de voir s'éclaircir, d'une façon inespérée, son horizon laborieux.Elle faillit fondre en larmes.Elle eût voulu que cette embarrassante et désagréable lettre ne lui fût pas arrivée.Elle redoutait de froisser M.Baskirief, et, pourtant, elle ne pouvait se résoudre à accepter tout simplement, comme on le lui demandait.Car était-ce bien l'oncle Alexis qui avait eu, le premier, une telle idée ?.Si oui, quelqu'un l'avait, récemment, pressé de la mettre à exécution."Ah! je ne puis accepter cela! pensa la jeune femme, torturée.Je voudrais ne plus entendre parler d'eux.Ne plus les revoir! Etre en paix, ô mon Dieu !" Elle pensa encore: "La destinée est, parfois, bien étrange! Vassili venge son cousin .Les lèvres de François-Régis m'ont dit, souvent, des mots d'amour qui me trouvaient presque distraite Et ces autres lèvres d'homme si semblables n'auront, pour moi' qu'un pli de dédain, ou des mots d'indif-' férence, sinon d'aversion!" Toute la souffrance inavouée du sentiment étrange, né en elle pour Vassili, tenait dans cette pensée.Irrésolue, elle regarda l'adresse inscrite sur la lettre.M.Baskirief habit.it Lyon.Le soir même, elle essaya d'écrire une lettre.Elle en fit plusieurs, qu'elle décla ra, successivement.Le lendemain, sous un prétexte d'achats indispensables, elle partit.Elle n'avat annoncé cette résolution qu'au dernier moment, laissant son élève s'engage pour une partie, avec les filles du capitaii' Varix.Si cette petite peste d'Eve eût, à tout prix, voulu la suivre, qu'eût-elle fait?Geneviève, en y pensant, fronça le* sourcils.La jeune fille lui devena' singulièrement antipathique.Monsieur Baskirief habitait, provisoi rement, le quartier des Brotteaux.Sot Etes-vous Abonné -A LA- REVUE MODERNE Sinon, ne manquez pas de profiter de l'une des deux offres que nous faisons.Vous recevrez la Revue chaque mois, sans avoir à vous déranger, et en même temps vous écono- miserez.NOS DEUX OFFRES $1.50 ($2.00 AUX ETATS-UNIS) Cette somme vous assure la réception régulière de LA REVUE MODERNE chaque mois, pendant un an à un prix très modique.UNE ANNEE D'ABONNEMENT VOUS PROCURE DOUZE MAGNIFIQUES NUMEROS POUR LE PRIX DE DIX.$3.00 UNE ANNEE D'ABONNEMENT GRATIS Pour trois dollars, la Direction enverra LA REVUE MODERNE pendant trois ans (deux ans aux Etats-Unis), soit une année GRATUITEMENT.Ceci ne représente que les frais d'expédition.Cette Offre ne peut manquer de vous intéresser.REMPLISSEZ LE COUPON AUJOURD'HUI ! LA REVUE MODERNE, 320, rue Noire-Dame Est.Montréal, Canada.Messieurs, Veuillez me faire le service de LA REVUE MODERNE chaque mois pendant.ans selon votre offre.Ci-joint, veuillez trouver la somme de Nom._.„._.Adresse._.'. Revue Moderne.— Montréal, Août 1929 Page 29 MON CYGNE Fumez les Player's et procurez-vous la série de cartes illustrant et expliquant les coups des plus célèbres joueurs de golf.PLAYERS NAVY CUT 3|,| irtement était au premier étage d'une p île maison, régulière et morose.Hl.nlaiiie Andrial fut introduite dans un, pièce, sévèrement meublée, qu'une 501, lire tapisserie assombrissait encore.L'installation n'était guère luxueuse, pour u,i homme aussi riche que l'industriel du fj„i|.Mais Geneviève savait combien l'on le Alexis était dédaigneux du luxe.| Ile était a peine dans ce salon, qu'une l„ i ^'ouvrit, du i nié opposé.Et Vassili enti i dans la pièce.Vous, Madame! s\'< ri.i-l il, avec une surprise qui frisait la contrariété.Madame Andrial rougit un peu et se repentit, vivement, de n'avoir pas donné sou nom au domestique.—Je désirerais voir mon on., M.H, .kirief., afin de lui donner, de vive voix, une réponse à sa lettre! expliqua-t-elle, en balbutiant.Avec une parfaite courtoisie, l'officier lui avança un siège et la pria d'attendre un instant, son père étant sorti.Tout l'embarras de ce tête-à-tête semblait être pour la visiteuse.La grande aisance de Vassili n'était pas le moins du monde en déroute.Cet homme avait des pensées, des soucis de soldat.Il avait un but, tris noble, qui devait contribuer à l'arracher à lui-même.Peut-être s'amusait-il à flirter un peu avec Eve Montcharmin.Mais ce n'était pas de l'amour.Le cœur de l'homme n'a pas soif de tendresse autant que le cœur de la femme.Il souffre rarement de l'isolement sentimental, car il sait qu'il le fera cesser, cet isolement, dès qu'il le voudra.Et puis, le cœur de l'homme se nourrit d'ambitions, que la femme, sauf certaines exceptions, ne connaît guère.Prête à esquisser un mouvement de retraite, elle dit, en hésitant: — Je voulais remercier mon oncle.je ne suis guère libre, et mon temps, aujourd'hui, est fort mesuré, mais j'écrirai.Devant l'attention intense des yeux bleus de Vassili, elle ajouta, comme malgré elle: — Vous savez, sans doute, ce que m'a offert M.Baskirief ?L'officier s'inclina, en silence.- Je désire le remercier et lui dire.Elle s'arrêta, embarrassée à l'extrême.Cependant, sa fierté révoltée voulait apprendre, sans tarder, à son cousin, qu'elle n'avait pas besoin d'une aumône.— Que vous acceptez ses arrangements! suggéra-t-il, impassible.Cette indifférence dédaigneuse acheva de révolter la jeune femme.— Je ne puis accepter! dit-elle, avec hâte, sans de se douter son air de hauteur.Je suis très reconnaissante.mais, comprenez je ne puis.Vassili fronça les sourcils, ce qui durcit extrêmement son visage.— Est-ce parce que .votre sécurité matérielle vous viendrait, en quelque sorte, de François-Régis ?demanda, lentement, Vassili.La ressemblance de son cousin avec le disparu fut, en ce moment, intolérable à Geneviève.Elle lutta contre elle-même, pour ne point fondre en larmes, de souffrance et d'énervement.— Je vous prie de me dire la véritable raison de votre refus! insista, posément, Vassili, après un instant de silence.¦— Vous me jetez une aumône! dit, enfin, Geneviève.Et vous n'admettez même pas que je puisse la refuser.Ce n'est pas d'aujourd'hui que je suis pauvre et que je travaille.je ne vous ai rien demandé.je ne veux rien devoir à l'oncle de mon mari! — De votre mari! Voila le grand mot! s'écria le Russe, en trahissant une émotion soudaine.C'est donc de la haine que vous gardez contre lui?.Vous n'avez donc jamais pensé qu'il pouvait être innocent ?Cette fois, son masque de froideur était tombé.Atteint par les paroles ou l'attitude de sa cousine, il se rejeta en arriè-re.Aux notes passionnées de sa voix, Geneviève avait compris davantage combien les deux cousins-jumeaux s'étaient aimés et que Vassili s'indignait des sentiments qu'il attribuait à la jeune veuve.— Vous vous méprenez! répliqua-t-elle en gardant une dignité simple et pourtant fière.je n'accepterai rien de li famille de mon mari, parce que .j'ai eu des torts envers Franco s-Régis ., j'étais si jeune., j'ai subi de fortes influences.Toutes les apparences étaient, hélas! contre lui! .On m'avait persuadée de sa culpabilité.On eût dit qu'une force é-trangère s'i mpo-sait à elle.Elle acheva, plus bas, avec un mélange de colère et de désespoir: — .Et, depuis, j'ai pensé, bien souvent, qu'il était innocent .que des fatalités seules avaient pesé sur lui et trompé- ses juges car on l'a acquitté sans l'innocenter Je ne me pardonnerai jamais de n'avoir pas répondu à son dernier appel.Sa voix mourut.—-lia amèrement souffert de votre abandon! prononça Vassili, qui était ému et pâle.— Est-ce que vous pensez que je n'ai pas souffert, moi ?.De honte, de remords, d'impuissance! .Alors, vous croyez qu'rl est vivant ?— Je crois qu'il est venu en France, pour se battre.C'est tout ce que je puis vous dire! — Comment n'a-t-il jamais cherché à me revoir ?questionna-t-elle encore, sans réfléchir.Vassili garda le silence, et elle rougit, comprenant que son cousin ne voulait prononcer aucune parole blessante.Mais son silence, à lui seul, était un reproche.Elle reprit, avec une grande amertume: — Il me semble être déjà une vieille femme Avoir tant de choses, dans son passé! Tant de choses affolantes!.François-Régis ne comprendra jamais ce qui peut excuser ma conduite Ne trouvez-vous pas, Monsieur, qu'elle a été affreusement triste, notre histoire ?Il regardait à terre.Une seconde, Geneviève le regarda, à son tour, avec un mélange de trouble et d'effroi.Elle était sûre, aujourd'hui, qu'elle n'avait jamais été veuve.Des sentiments violents et contradictoires l'agitaient, à chaque instant François-Régis était vivant! Ah! il viendrait! Il romprait, par sa venue, le charme étrange et tyrannique, exercé sur elle, par cet autre qui lui ressemblait! "Je m'en irai! Nous nous en irons!" pensait Geneviève.Et elle avait soif de se dévouer à François-Régis, de se faire pardonner, de racheter ses fautes.Il était si bon, le pauvre Franco s-Régis, qu'il aimerait encore cette femme jadis tant aimée.Mais, sans bien se l'avouer, Geneviève ne tenait tant à le retrouver, à le revoir, que pour se délivrer de l'obsession de cet autre visage.— Mon cousin, vous ne me dites pas tout, je le sens! Vous avez le droit de garder les secrets de François-Régis.Mais vous savez où il se trouve.et, peut-être, le rejoindrez-vous bientôt! — Peut-être!.Ma cousine, si je le revois, que lui dirai-je de votre part ?Oui, Vassili Baskirief savait beaucoup de choses! Geneviève frémit, ébranlée jusqu'au fond de l'âme.Devant cet homme, hautain et sévère comme un juge, elle sentit les derniers restes de son orgueil s'écrouler.— Dites-lui .que je regrette amèrement le passé!.Dites-lui que, le jour où il aura la force de me pardonner, je serai, de nouveau, sa femme aimante et dévouée.— Vous!.Vous reviendriez à lui ?.Malgré sa honte ?demanda l'officier, presque bas.— Je crois, à présent, sa honte imméritée., je l'aiderai à la porter.D'ailleurs, ai-je cessé d'en être, moi-même, accablée ?.Je me cache, j'ai changé de nom.Lui aussi, sans doute?.Que vous disait-il de moi ?.C'est vous, mon cousin, qui devez me rapprocher de lui.Le visage du Russe exprima une intensité d'émotion qui saisit la jeune femme.Ses yeux avaient perdu leur éclat d'acier; ils rappelèrent soudain la douceur des yeux bleus de François-Régis.comme si un instant d'attendrissement eût suffi pour donner à ce visage, fier et froid, une plus grande ressemblance avec le pensif visage du disparu.— Ne me tentez pas! dit-il enfin, d'une voix altérée.Laissez François-Régis à sa tâche! Ne me forcez pas à le trahir!.11 a — j'aurais préféré vous le taire — $3.00 vous donne gratis il a assumé, au service de la France, une tâche dangereuse .Devant l'impossibilité de découvrir le vrai coupable.Vil cherche à se laver de sa honte, par de la gloire .c'est-à-dire, comme il le peut! De façon à ce qu'on dise, plus tard: "Cet homme, qui a fait cela, ne pouvait être un voleur et un traître!." Comprenez-vous ?— Si je comprends! gémit Geneviève accablée.Il a accepté une mission dangereuse! .Et.s'il ne revient pas, je ne l'aurai pas revu! je n'aurai pas eu son pardon ! L'officier fit quelques pas agités, à travers la pièce.Puis, il revint à son :nter-locutrice.— S'il meurt, vous recevrez une lettre de lui, son testament, son pardon.Je puis vous assurer cela! Quant à ne l'avoir pas revu.François-Régis est si tristement changé que vous le reconnaîtriez à peine! Geneviève n'osa mentionner la photographie, donr le souvenir avait hanté sa pensée.;—Oh! je le reconnaîtrai toujours!.Je vous ai bien reconnu, vous que je n'avais jamais vu! .Et je ne crois pas que les pires souffrances puissent empêcher François-Régis de vous ressembler.comme un frère! — De cette ressemblance, je suis mauvais juge! repiqua Vassili, avec une ombre de sourire.On nous a toujours dit que nous ressemblions, plus que bien des frères.Mais François-Régis a vieilli.Enfin, ma cousine, votre mari s'est confié à moi et je ne puis le trahir.Il a une mission des plus graves à remplir et, en ce moment, il n'a pas besoin d'une femme! — N'avez-vous pas essayé de le détourner du danger trop grand ?.Que dit de cela M.Baskirief ?.— Un oncle n'est pas un père! dit l'officier, du même ton doux et détaché.11 a fait quelques observations à son neveu ; mais il ne se reconnaît pas le droit de l'empêcher de suivre sa voie! — La voie de la mort, peut-être! prononça Geneviève, toute pâle.Vzssili sourit, lentement II la regard.i, avec une plus grande douceur.— Qui sait si ce que vous me chargez de lui dire ne le garantira pas de la mort ?A moins que cela ne lui rende la mort plus douce!.Soyez-en remerciée.pour lui (jui a tant souffert! une année d'abonnement Geneviève se sentit repoussée .avec émotion, sans doute, mais enfin repoussée.Le cousin, le confident de François-Régis avait été, tout à l'heure, sur le point de faiblir.Puis il s'était repris.Il fallait que les recommandations de François-Régis eussent été bien pressantes, que sa mission fût bien dangereuse et sacrée, pour que Vassili Baskirief n'eût pas consenti à rapprocher les deux époux.— Et si j'écrivais une lettre pour lui, accepteriez-vous de la transmettre ?demanda Mme Andrial avec angoisse.L'officier, fort surpris, hésita.Il parut très mal à l'aise.Enfin, il fit un signe d'acquiescement.A ce moment, une porte s'ouvrit et M.Baskirief entra dans la pièce.Un sourire très fin, très bon, adoucit étonnamment ses grands traits mornes.Vassili parut soulagé.Lorsque son père eut accueilli la jeune femme, qu'il baisa au front, il s'avança à son tour, mais pour prendre congé.— Je te prie de rester, Vassili, dit le vieillard, de sa voix autoritaire et tranquille, qui donnait au français un accent un peu bizarre.Ma nièce, vous lui permettez de rester, n'est-ce pas?.Ou! il est libre encore, pour deux heures! Vous a-t-il fait ses adieux ?.Il repart demain, pour le front! Ces derniers mots atteignirent la visiteuse.Le cœur serré, elle fit un geste signifiant son ignorance.Monsieur Baskirief s'informa de l'heure à laquelle elle était arrivée.Il parut surpris et regarda son fils, d'un air interrogateur.Celui-ci eut un petit signe négatif, que Geneviève surprit, entre ses cils à demi baissés.Elle pensa, naturellement, qu'il s'agissait de François-Régis et que Vassili répondait: "Non, je n'ai rien dit!"; ou "Il ne faut rien dire!' Monsieur Baskirief s'assit en face de sa nièce.Mis au courant de son refus, il entreprit de l'en faire revenir.Un peu à l'é-cart, Vassili gardait le silence, comme s'il dédaignait de prendre part à cette nouvelle tentative.Monsieur Baskirief, en quelques instants, l'accabla d'instances si pressantes qu'elle ne sut plus que répondre.— Vous ne pouvez refuser, ma nièce! Vous pourrie; vous établir dans cette ville même, par exemple, au couvent de .(Suite à la page il) Page 30 La Revue Moderne.— Montréal, Août l 9 it frais et neufs, comme s'ils avaient été Peints de la veille.Nul besoin de frott* r Vous trouverez aux endroits où l'on vend de la peinture des préparations spéciales, grâce auxquelles le soin de nettoyer les murs est devenu une chose des plus faciles.Une solution de cette nature vous évitera le frottage et l'effort, indispensables dans les conditions ordinaires pour obtenir les résultats désirés.Si sale que le mur soit devenu, cette solution le rafraîchira.Vous feriez bien de vous servir de ces préparations pour le nettoyage de vos meubles et de vos boiseries, partout où, comme dans les escaliers, la saleté s'introduit si profondément qu'elle décourage le frottage le plus vigoureux.S'il ne vous est pas facile de vous procurer une de ces préparations spéciales, faites comme suit: prenez d'abord de l'eau, du savon, de la colle, une éponge et un chamois très doux.Emiettez le savon (un savon pur non-alcalin) dans une pinte d'eau bouillante jusqu'à ce que le savon soit tout à fait liquéfié.Faites dissoudre alors environ deux onces de colle granulée dans un peu plus d'une pinte d'eau bouillante.Mêlez les deux liquides et laissez-les se raffermir.Ils formeront une sorte de gelée dont vous vous servirez comme d'un savon ordinaire.Mettez-en suffisamment dans un seau d'eau tiède pour rendre l'eau bien savonneuse.Appliquez alors sur le mur, à l'aide de l'éponge, en commençant par le bas du mur et en montant.Enlevez à l'aide du chamois.Cette excellente manière de laver les murs n'endommagera en aucune façon le glacé de la surface.Il est de beaucoup plus simple de laver ainsi un mur tout entier que de s'évertuer à laver séparément les taches, ce qui laisse invariablement, surtout si le mur est graisseux, de grands cercles.On l'emploie pour laver les boiseries On peut procéder de cette façon pour laver les meubles et les boiseries.Dans le cas d'une surface vernie, qui recueille aisément la poussière et la saleté, employez de l'eau tiède dans laquelle vous aurez mis une petite quantité d'ammonia de ménage.Ayez bien soin de nettoyer parfaitement, d'après la méthode quenous venons d'exposer, toute surface que vous devez peinturer et vernir de nouveau.N'espérez jamais faire un ouvrage — peinture ou vernissage — satisfaisant, si vous n'avez pris soin auparavant de faire disparaître la graisse et la saleté.Puisque les demeures sombres et sales ont une influence démoralisante non seulement sur l'esprit des adultes mais sur celui des enfants également, — et puisqu'il est si aisé de donner à sa maison cette propreté qu'assurent seulement les murs fraîchement peinturés, mieux vaut, quant on a commencé le lavage des murs, couvrir tout l'intérieur de la maison.C'est un travail si simple.Quelle que soient les décorations qui l'ornementent, si vous procédez de la façon exposée tout à l'heure, l'effet sera de tous points tel que nous vous le promettons.LES MURS PEINTS ET L'HYGIENE La supériorité des hôtels modernes sur les hôtels d'autrefois, sombres et malpropres, tient en grande partie au fait récemment découvert, que la peinture dont on recouvre les murs exhale des vapeurs sanitaires.La découverte se fit un jour dans un laboratoire dont les murs de plâtre n'étaient recouverts d'aucune peinture; l'on s'aperçut que les préparations contre le vaccin se contaminaient.C'est que toute surface poreuse, comme l'étaient ces murs de plâtre, absorbe et retient l'humidité, ce qui ne peut que répandre la bactérie.Et l'on obtint de bons résultats avec ces préparations contre le vaccin que lorsque les murs eurent été recouverts d'une peinture à l'huile. Page 32 La Revue Moderne.— Montréal, Août 1 9 • g A SERVIR DANS DES VERRE 5 QUI SE PROLONGENT.Les boissons au fruits si rafraîchissantes.Les "granits" à l'orange et la partie de bridge.RIF.N ne vous remet de la fatigue d'un brûlant jour d'été, comme un breuvage aux fruits, glacé.Ktincelant, délicat et frais, avec sa musique des cubes de glace carillonnant sur le verre, et révêlant toute la magie d'un chaud soleil sur le vert des champs, sur le cristal de l'eau fraîche du ruisseau.(|uel bienfait! < es boissons fraîches varient presque à l'infini ainsi que leurs ingrédients; inutile de craindre d'avoir à se répéter trop souvent.Tous les jus de fruits frais ou en conserve, les ginger aies, les chocolats, etc., offrent de superbes combinaisons.Les breuvages dits "granit" sont parmi les meilleures boissons d'été et si faciles à faire, car c'est la saison idéale des jus de fruits.Veut-on un breuvage un peu surette?II suffit de diminuer la proportion du sucre, ou de l'augmenter si on veut la consistance d'un sirop glacé.Assurez-vous seulement au moment de servir que la boisson est vraiment glacée.Le café ou le chocolat sont recomman-dables pour un "granit".Granit a l'Orange Une pinte de jus d'orange, le jus de deux citrons et une chopine d'eau.l'elez et tranchez six oranges et couvrez-les d'une tasse de sucre.Mettre de côté pour quelques heures, afin d'obtenir un sirop.Passez à la passoire et ajoutez à ce sirop au jus d'orange et à l'eau.Congelez de huit à dix minutes avec huit parties de glace pour une partie de sel.Retirez de la glace et battez avec une cuillère au moment de servir.Puis servez promptement dans de grands verres.Tous les fruits peuvent être ainsi traités et même une combinaison c arrivé d'une direction différente.| 'industriel alla lui parler et, après quelques instants, l'air assombri, revint vers sa nièce.— Ma pauvre enfant, notre voyage est inutile! J'ai vu un soldat permissionnaire qui vient des environs de T.Or les troupes avec lesquelles se trouve ton mari n'ont fait que passer dans cette ville Elles s'en allaient plus près du (roMi .Il faut te résigner, Geneviève! La jeune femme était devenue toute Elle dit seulement: — Savez-vous où "il" est, aujourd'hui?— Non, pas au juste!.Mais François-Régis m'a dit, précédemment, que, dans peu de jours, il serait à X.Ce soldat a confirmé le renseignement .Car le village de X.est très peu loin du front, et les civils ne vont pas jusque-là, ma nièce! — Non, bien sûr, Madame! Lorsqu'on a son soldat si près du front, on ne peut pas aller le voir! dit, près de Geneviève, une voix de femme.Madame de Bréaux se retourna.Elle et son oncle s'étaient retirés un peu à l'écart.Mais une femme était assise sur une malle, à deux pas, dans l'ombre.Elle se leva à demi, en ajoutant, devant l'air interrogateur de Geneviève: — Moi, je suis de X., même.Et j'y puis rentrer.Mais je vous préviens, Madame, que vous n'y arriverez pas! — C'est ce que je te disais, Geneviève! fit M.Baskirief.— J'ai de sérieuses raisons pour désirer voir, au plus tôt, mon mari.Et je ferai tout pour y parvenir! chuchota Geneviève.L'inconnue semblait bonne et vulfaire.Flaira-t-elle une récompense.ou obéit-elle simplement à un instinct de serviabilité ?Elle médita un instant et dit, d'un air sérieux: — Vous n'entrerez pas à X., Madame! A moins que je ne vous y aide ! — Alors, aidez-moi, je vous en supplie, La jeune femme étrangère expliqua qu'elle tenait, à X., un établissement, restaurant-épicerie, auquel des dépôts de troupe donnaient une grande animation.Elle, Mme Berger, pourrait faire passer la voyageuse pour une sienne cousine, venue de Lyon, afin de l'aider à servir ses clients.Rien ne pouvait rebuter Geneviève; elle accepta.— Cela prendra d'autant mieux! dit la (lame Berger, que, cet été, j'avais une fille de Z.Elle est partie depuis trois semaines, ainsi je suis seule.Et, vrai, cela ne pouvait pas durer.— Geneviève! commença M.Baskirief, avertissant ainsi sa nièce qu'il éprouvait, pour ce projet, une répugnance des plus vives.Mais un courage indomptable ainimait la jeune femme.Finalement, tout ce décida selon ses désirs.M.Baskirief, qu'il était difficile de déguiser, et dont la présence eût peut-être fait échouer le plan, dut se résigner à demeurer à l'arrière.Geneviève avait simplifié sa mise, en '"¦tant de son cou une trop belle écharpe de plume.Elle changea de manteau avec M me Berger, et se rendit compte que celle-ci, en proposant l'échange, avait eu irfaitcment raison.Elle, connue là-bas, ne pouvait être suspectée.La beauté de l'étoffe et de la coupe du vêtement se remarquait à peine sur elle, grâce à l'alliance d'une 'urnure lourde, inélégante, et d'un ' hapeau prétentieux.Sur les indications très pratiques de cette Mme Berger, qui semblait douée d'une grande finesse, comme d'une grande l'ligeance, Geneviève prit maintes autres précautions.Elle dit au revoir à M.Uaskirief, désolé et préoccupé.Et elle "•e trouva dans un compartiment de troisième, à côté de l'aubergiste de X.Ce mois-ci nous amène Madame de Bréaux, fatiguée, préoccupée, commençait à ressentir une nerveuse impatience d'arriver.Elle avait mis la main sur une compagne merveilleusement apte à la bien servir.Les difficultés de la route et de l'arrivée, qui semblaient menaçantes, s'aplanirent les unes après les autres.Enfin, dans l'éclat d'un soir orangé, les voyageuses arrivèrent sans encombre.Genevfc've traversa un bourg assez vaste, dont maintes maisons portaient des traces de bijml>.ird,st,lh lus linUtttl de l'ancien accusé.Et, après la première défaillance, causée par une émotion trop forte, Fram,ois-Régis reprenait cette expression de force fière et tranquille, qu'il avait acquise en s'fforçant de vaincre la destinée.Tout à coup, on frappa à la porte.Une toux discrète se fit entendre.— C'est Mme Berger! fit Geneviève, en courant ouvrir.C'était elle, en effet, elle voulait prévenir le capitaine que son ordonnance venait le chercher, de la part du colonel.— Déjà, s'écria Geneviève! Madame Berger sourit et déclara que l'officier reviendrait ici et qu'il leur serait encore possible de se revoir.Elle s'en alla, pressée par son travail.— Tu es là contre tous les règlements et je dois te renvoyer! dit François-Régis à sa femme.— Je ne veux pas m'en aller! Tu vas passer ici quelques jours! Quand tu partiras, je partirai! j'ai fait trop de choses pour ne te revoir qu'un instant! Et nous avons encore tant à nous dire! Cela était vrai.Visiblement, François-Régis trouvait très dur de laisser si vite cette chère àme reconquise.Passionnément, dans l'exaltation croissante de son triomphe, de sa joie de délivrance, il pressa Geneviève contre son cœur.Puis il sortit, presque en courant.Madame de Bréaux trouva l'après-midi interminable.Elle aida son hôtesse autant qu'elle le put.Elle se tint, de préférence, dans la cuisine.Elle lava et rinça la vaisselle, les verres, tout en surveillant, à travers le vitrage, la salle où les hommes s'attablaient tour à tour.Le papa Berger, l'air de belle humeur, allait et venait entre les tables.Sa femme passait de la salle à la boutique.Tout à coup, une violente détonation se fit entendre.Les vitres, la vaisselle, tout trembla.— Bon! voilà la musique! s'écria un soldat, dans la salle.Une deuxième détonation se fit entendre, plus proche, celle-là .si proche, que Geneviève ne put retenir un cri.Une troisième lui succéda, très vite, mais sur un autre point du village Puis, ce fut une quatrième, une cinquième.De sinistres miaulements emplirent l'air.Il y eut, dans la maison, un remue-ménage subit.Mme Berger vint auprres de Geneviève.— Vous avez dû avoir peur, ma pet'te! dit-elle, d'un ton maternel Vite aux caves! Berger et des soldats ont lout fermé.Allons! c'est souvent comme cela, quand nous avons des troupes! Elles ont été signalées! Ces caves, où l'on avait fait beaucoup de travaux, communiquaient toutes par des couloirs numérotés, ou marqués de plaques de rues.Bien que ce coup d'ceil l'intéressât, Geneviève ne poussa pas plus loin sa visite.Mme Berger s'installa avec elle dans une cave assez indépendante, où, dit la brave hôtesse, on était bien chez soi.L'installation fit sourire Geneviève.Deux sacs vides servaient de portière.Tout le reste était à l'avenant.Cependant, l'inquiétude torturait la jeune femme.Où était François-Régis ?Parfois, le sol tremblait sous les explosions incessantes.Le cœur de Geneviève était donc partagé entre l'angoisse et la joie profonde, indicible, que lui avait donnée l'accueil de François-Régis.Tout l'après-midi, elle avait savouré cette joie.Mais, maintenant, elle ne pouvait s'y abandonner.Mme Berger, bavarde, l'empêchait de se replier, jalousement, sur elle-ême.Et puis, le fait trop anormal d'être dans ces salles souterraines, l'anxiété au sujet de son mari, le bruit du bombardement!.Elle sursauta, lorsque la voix connue et chère dit, derrière elle: — Eh bien! c'est donc le baptême du feu?Viril et souriant, François-Régis était débout, dans la vague clarté de la petite lampe.Il salua Mme Berger et lui demanda si sa femme avait eu très peur.Mail.mu- Hcr^cr rc'|umdit~quc - |n compagne s'était comportée en femme h! soldat.— Je n'ai pas eu peur du tout! .,iT.rm Geneviève, prévoyant ce que Fr.m 0; Régis allait (lire.— Eh bien! c'est moi qui ai peur! dit l'officier, dont le sourire dis,.Si chaque officier, chaque soldat 'levait trembler pour sa femme, je ne s,is ^ nous en serions! Je me suis occupe'.de toi, plus encore que de mes homm.s Je t'ai cherchée! Et, sans le flair 4 ,M,,n ordonnance un garçon sur qui j, pt.Ux compter! Geneviève, tu partiras, Wn5 retard! — Mais, Monsieur le Caoitaine, votre "dame" ne peut pas partir tout de suite' plaida l'hôtesse, apitoyée.Pas cette nuit .demain seulement!.En attendant, je vous laisse! ApKs quelques recommandations, elles» retira, sûre que ses hôtes étaient p»u désireux de jouir de sa conversation.La porte refermée sur elle, François-Régis et Geneviève se regardèrent.Ils goûtaient, en ce moment, une joie plus recueillie.Plus de stupeur entre eux, plus de malentendu.Avec l'émotion d'un homme jeune encore qui a frôlé la mort, François-Régis jouissait de ce semblant de foyer.Il savourait la douceur d'une tendresse partagée, avec d'autant plus de joie que ces longues années avaient été, pour lui, plus tristes et cruelles.— Geneviève, dit-il, avec un étonne-ment plein d'ivresse, je me croyais incapable d'être encore heureux! Son ton seul disait assez de choses Et ce bonheur actuel avait, peut-être, d'autant plus de prix, que c'était du bonheur de contre-bande, précaire et destiné à être bref.Sur les instantes prières de François-Régis, la jeune femme se mit à lui conter son histoire.Au commencement, elle fut brève, car elle n'avait à dire que des choses pénibles.Mais elle fut humblement sincère et ce fut lui qui, miséricordieux, lui trouva des mots d'excuses.D'ailleurs, elle avait été malheureuse; elle avait toute perdu, l'enfant d'abord, puis sa mère et sa petite fortune.La pensée de cette enfant, de cette toute petite fille qu'il n'avait pas connue, émouvait visiblement François-Régis.De cette paternité immolée, il avait souffert, dans sa prison d'abord, puis sur les routes de l'exil, comme d'un surcroît inouï d'infortune imméritée.Geneviève conta son entrée chez les Montcharmin, sa stupeur de rencontrer Vassili, en qui elle ne pouvait reconnaître François-Régis, que, d'ailleurs, elle croyait mort son émoi de cette ressemblance, qui l'avait troublée et tourmentée.François-Régis sourit.Il conta sa propre stupeur d'être traité par elle de cousin — ce à quoi, cependant, il eût pu s'attendFe.Il est vrai qu'il ignorait sa propre mort.Lorsque l'émissaire de son oncle l'avait rejoint, il s'apprêtait à s'embarquer sur le Lida.Il changea donc de résolution, ce qui lui évita une mort fatale, et causa l'erreur officielle.Sombre, désespéré, il arriva auprès de son oncle, qui portait le deuil de Vassili, son fils unique, mort trois ans auparavant.Monsieur Baskirief, triste et sévère, souffrant de cette douloureuse ressemblance avec un mort, se montra d'une froideur glaciale envers ce neveu qu'il ne savait comment juger.".Un jour — il y avait déjà des mois que je vivais auprès de mon oncle — nous passions, en voiture légère, sur une chaussée, tracée entre deux étangs.I es chevaux, effrayés par l'apparition d'un vagabond, assis entre les joncs de la rive, se cabrèrent et, d'un bond formidable, se jetèrent du côté opposé.Je me trouv.u debout, sans savoir comment, tandis que chevaux et voiture clapotaient dans la vase.Mon oncle, lancé la tête en avar t, ne se fût pas sauvé seul.J'eus cette chance de le retirer à temps, pendant qui domestique, de son côté, se tirait d'affaire."— Et ma valise ?demanda mon oncl> en ouvrant les yeux."J'avais oublié la valise, qui contenait cependant une somme considérable.L'oi cle Alexis se dit, sans doute, qu'un coqui de neveu eût laissé son vieux parent bai boter une minute de plus, afin d'êti ensuite maître de la belle valise et de ton le reste."Il ne dit rien de cela.Mais, depui ce jour, progressivement, il changea d'at la Revue Moderne.— Montréal, Août 19 2 9 Page U9 MON CYGNE "Votre voisin — Baptiste" (Suite de la page 12) TOUJOURS OUVERT lis» SAIXT-DEMS - TéL: H\rbour 7104* MAGASIN cle pâtiiierleti e—fltilei, boulangerie , s CONSEILS N'ayez pas l'air de voua ai» que vos convives arrivent en ni ou en avance —et quelle que soit I accueillez-les comme ai leur venu.parfaitement exacte.• • » Astreignez-vous, si quelqu'un semble éprouver de la difficulté à voua oitir à bien articuler et aussi à élever qu.!,|Ue peu votre voix: s'obstiner à ne pas hau s, r légèrement le ton, serait faire preuve d'un manque de complaisance.Autant que possible ne faites pas usage à table d'un cure-dents; si \uus l'employez, tâchez que cela soit rapidement et furtivement.LE PROFESSEUR DE PIANO (Suite de la page 8) la toile qui recouvrait leur charge, ils pénétrèrent dans la cage du conducteur pour faire démarrer le camion.Le moteur étant froid faisait quelques tours puis s'éteignait.Au bout de quelques minutes, cependant, il se mit à ronronner régulièrement.Avant de partir, Arthur mit la main dans sa poche et dit à son compagnon : — Oh bateau, j'ai oublié ma montre.Attendez-moi, je vas aller la chercher.Ça sera pas long.Faites attention au moteur.Il revint au bout de quelques minutes et l'on se mit en route.C'était un jour de gros marché.Aux premières heures on avait vendu aux femmes d'ouvriers pauvres qui venaient chercher leurs provisions dans des sacs de papier, de toile, de coton ou même dans leurs bras.C'étaient les plus faciles à servir parce qu'elles ne connaissaient pas la valeur des produits et qu'elles ne marchandaient pas.C'étaient donc celles à qui on vendait le plus cher.Ensuite étaient venus les petits rentiers et leurs femmes.Ces gens-là veulent toujours tâter ce qu'ils voient, rechignent toujours devant le prix des choses.C'étaient les plus capricieux, les plus malaisés à servir.Maintenant, c'étaient les femmes riches, venues en limousine et accompagnées de leur chauffeur.Celles-ci ne prenaient que les meilleurs morceaux mais ne mar chandaient pas trop, sauf quelques vieilles malcommodes, qu'Arthur connaissait et qu'il servait lui-même.Quand la charge fut toute vendue, on remit les toiles, les barils et les sacs vides dans le camion.— Ça été mieux que je pensais, dit Arthur; on avait une bonne charge .Combien est-ce que je vous doi*.Alexis?— Ah! c'est rien, Arthur .Ça m'a fait plaisir.— Bon, bien moi je vas m'en aller chez nous, à cette heure.Je vas vous dire, M.Godin, je vous ramènerais bien avec moi mais voyez-vous je suis souvent obligé de partir comme ça la nuit, et puis vous laisser tout seul avec ma femme ça ferait jaser les voisins.Vous savez comment ça jase le monde dans les campagnes, hein?Vous connaissez ça ?— Bien oui, Arthur, je comprends bien ça et puis je vous approuve.Je vas aller chercher mon linge chez vous puis je m'en irai aprèe.— C'est pas nécessaire de revenir jusqu'à la maison.Votre linge, je l'ai emporté.Il est là dans le coin, en arrière du siège.Allez vous changer dans le marché et je vous donnerai un billet de char pour vous rendre à la gare.Olivier CARIGNAN la Revue Moderne.— Montréal, Août 1929 Page 51 LES CHOSES FEMININES Par SOEUR MARTHE recettes eprouvees Coquilles de thon milanaise.— Achetez du thon en conserve; pour une grande boîte qui permet de servir quatre personnes il laut un quart de gruyère râpe Egouttez le thon de l'huile et mélangez-le avec le gruyère.Remplissez de ce mélange des coquilles Saint-Jacques, saupoudrez de chapelure blanche couronnée d'un flocon de beurre et mettez au four pendant quelques minutes.Agréable hors-d'œuvre chaud qui corse un déjeuner un peu court où des convives arrivent à l'improviste.Œufs soubise.— Faites cuire doucement au beurre des oignons émincés, un par œuf; d'autre part, préparez une béchamelle à la farine de riz et au lait et faites durcir des œufs que vous épluchez et coupez en deux, en travers.Prenez un plat à gratin, étendez sur le fond beurré la purée d'oignons, mettez ensuite côte à côte les moitiés d'œufs, nappez le tout de la béchamelle, couvrez de fromage râpé et de chapelure blanche et passez au four, dix minutes environ.Servir dans le plat à gratin.Sauce crand'mere.— Faites durcir deux œufs; laissez-les refroidir et ensuite épluchez-les et séparez les jaunes des blancs.Hachez les blancs que vous réservez dans une tasse.Dans une terrine, écrasez les jaunes en pâte fine et ajoutez-leur peu à peu de la moutarde, de l'huile, du sel, du poivre, un peu de vinaigre.Ajoutez ensuite les blancs hachés, une ou deux échalotes, écrasées et quelques câpres.Mélangez bien pour rendre homogène cette sauce qui est excellente avec la viande ou le poisson froids.Elle remplace la sauce mayonnaise.Tournedos portugaise.— Mettez dans une sauteuse une cuillerée d'oignons hachés pour quatre tournedos et la chair de quatre tomates épluchées et épépinées et coupées en morceaux.Faites cuire en plein feu en assaisonnant de sel, de poivre et d'un demi-verre de vin blanc.D'autre part, faites cuire dans du beurre cinq minutes de chaque côté les tournedos taillés dans le filet, mettez-les dans un plat chaud, ajoutez, en les déglaçant d'un peu de bouillon, leur cuisson à la sauce portugaise que vous versez dessus.Servez avec des assiettes chaudes.Tartelettes au sirop d'erable.— 2 tasses de sirop d'érable, 4 cuillerées à soupe d'eau, une demi-cuillerée à thé de sel, quatre cuillerées à soupe de farine, deux aufs entiers ou bien quatre jaunes.Façon de procéder: mélangez la farine avec l'eau et incorporez le sirop d'érable.Cuisez jusqu'à ébullition et incorporez en brassant les œufs battus.Cuisez jusqu'à ce que le mélange soit épaissi et 'étirez du feu immédiatement.Remplissez les croûtes préalablement cuites.Couronnez d'une meringue ou d'une crème h'uettée.Gâteau aux amandes et au chocolat — 1 tasse de sucre, 1 tasse de beurre, 1 tasse de chocolat râpé (un quart de hvre de chocolat en palette), 2 tasses « amandes moulues, 1 tasse de farine, -' cuillerées à thé de poudre à pâte, ' pointe de couteau de cannelle, autant 'le clou de girofle moulu, 6 blancs d'œufs, jaunes, 3 cuillerées à table de Kirsch ' u de cognac.Défaire le beurre en crème, jouter graduellement le sucre, les jaunes '"us, la farine tamisée avec la poudre à 'e, les amandes moulues, les épices, cognac ou le kirsch, puis les blancs Uns en neige ferme.Verser cette Les Menus de la Reçue Moderne (Les dtners d'une semaine entière) préparation dans un moule beurré et la cuire à four très doux 40 à 00 minutes.Tete de veau a l'américaine.— Une demi-tête de veau, 2 onces de beurre, sel, poivre, chapelure, court-bouillon.Faites cuire la tête de veau au court-bouillon.Quand elle est bien cuite, retirez-la, enlevez les os; mettez la moitié de tête dans un plat allant au four.Ajoutez dans le plat cinq ou six bonnes cuillerées de la cuisson.Ajoutez aussi 1 once de beurre.Assaisonnez de sel et poivre.Couvrez la tête de chapelure et arrosez-la avec le reste de beurre fondu.Faites grainer au four, jusqu'à ce que les mets ait pris belle couleur.Servez dans le même plat.Oeufs brouilles a l'italienne.— Battre huit œufs avec sel et poivre et les faire cuire dans une sauteuse avec deux cuillerées à bouche de bon beurre.Les tourner à la cuillère de bois et les tenir très mœlleux.Au dernier moment ajouter deux cuillerées à bouche de parmesan râpé ou de gruyère.Dresser les œufs sur un plat en formant une couronne.Mettre au milieu une sauce tomate très épaisse et disposer autour des tomates de petites escalopes.On aura préparé, sauce et jambon d'avance, car les œufs brouillés n'attendent pas.Poulet saute a la minute.— Prendre un poulet très jeune, le découper en morceaux (les membres et la carcasse divisée en deux parties).Assaisonner d'une pincée de sel et d'une pincée de poivre.Mettre ces morceaux à rissoler dans une casserole plate avec 30 grammes de beurre.Retourner les membres, afin qu'ils cuisent également.Les ailes et l'estomac, de chair plus délicate, seront cuits avant les cuisses.On aura soin de les retirer et de les tenir au chaud.Lorsque le tout est parfaitement cuit, l'égoutter et le dresser sur un plat rond en ayant soin de placer les carcasses en dessus, puis les cuisses croisées et enfin, par-dessus, on mettra les blancs et les ailes.Déglacer la casserole avec \ verre de vin blanc; faire réduire, ajouter 2 cuillerées de jus de rôti ou glace de viande, le jus de \ citron et incorporer hors du feu, environ 25 grammes de beurre.Verser la sauce sur le poulet et servir brûlant.Le diplomate princesse.— Il faut une $ livre de biscuits à la cuiller.Couvrez chacun de marmelade d'abricots et disposez-les par rangées dans un moule à timbale largement beurré.Entre chaque rangée mettez des raisins de Corinthe lavés et essuyés, des écorces de fruits confits coupées en petits dés et finissez par une rangée de biscuits.D'autre part, mélangez cinq jaunes d'œufs avec un litre de lait bouilli sucré et parfumé au rhum ou au marasquin.Remplissez le moule avec la moitié de cette crème qui ne doit pas être cuite et faites prendre au bain-marie.Cuisez tout doucement le reste de la crème.Démoulez le gâteau sur un compotier creux, decorcz-le de fruits confits et versez autour la crème anglaise.Servez froid.Tarte a la minute.— Prenez une demi-livre de farine, autant de sucre en poudre et autant de beurre.Travaillez bien le tout et étendez ensuite cette pâte vite, préparée à l'aide du rouleau.Disposez-la sur une plaque beurrée, roulez les bords et emplissez-la de haricots secs pour qu'elle ne gondole pas en cuisant.Faites cuire, enlevez les haricots et garnissez la tarte d'une bonne confiture: mirabelles, cerises ou fraises.Saupoudrez de sucre et servez sur le plat à tartes.Potage brunoise.— Couper en dés, par parties égales: carottes, navets, blanc de céleri, blanc de poireaux et d'oignons.Ces dés devront avoir un demi centimètre environ.On les mettra dans une casserole avec du beurre et on les fera dorer.Quand ils auront pris belle couleur on les saupoudrera avec deux cuillerées à bouche de sucre en poudre.Mouiller ensuite en quantité voulue pour le nombre de convives avec du bon bouillon gras.(Le bouillon de poitrine de mouton ou d'agneau pourra très bien être employé à cet effet).Laisser mijoter jusqu'à complète cuisson des légumes.Gigot d'agneau rôti a la brésilienne.— Mettre un joli gigot d'agneau à la broche et l'arroser souvent avee la graisse qui en découle.Vers la fin de la cuisson, le saupoudrer de mie de pain rassis râpée et mêlée d'un peu d'échalotte finement hachées; remettre au four ou, mieux, à la broche, faire dorer le gigot ainsi pané en même temps qu'une sauce à l'échalote servie dans une saucière.Aux Mamans des Poupons Mettez ce coupon à la poste: LA CIE BORDEN LTEE.Dépt.RM 140 Ouest, rue St-Paul.Montréal.Veuillrx m'eipédier GRATIS 1*3 hvrets " Bien-être du Bébé" et " Record du Bébé " NOM ADRLSSE Si voux aimez acoir ces lirrets utile»—GRATUITS x_i a.i'x'' CONDENSÉ eagle Brand Pur Sain Facile à Digérer Il n'y d qu'une qualité de POUDRE A PATE MAGIQUE et c'est la plus haute qualité fabriquée, en Canada NE CONTIENT PAS D'ALUN LA CIE.E-W.GILLETT LTEE.TORONTO MONTREAL QUEBEC .Magic baking powder "Les Cuisines Clark vous aideronf Servez cette Soupe spéciale Riche, savoureuse.exQntae-, • tout le monda eut friand de la «mupo 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avec la crème blanche qui sert à l'entretien de nos chaussures.Le chevreau, l'antilope, le crocodile foncé, le veau graine, sont également en faveur.Et notre goût des ensembles nous présente le sac de tissu, semblable à notre costume ou, du moins, à quelqu'un des détails de notre toilette.Le mélange de cuir mat et brillant, dans le corps même du sac, se fait en ton sur ton.Si vous préférez un effet contrasté, choisissez un sac foncé, bordé d'un liséré de cuir vif.Cette formule est surtout employée pour la forme pochette, toujours élégante.Voici encore: le sac droit, le trapèze, le tambourin, le cabas, la mallette.Le fermoir sera de métal brillant.On a créé de jolis effets de cadenas émaillés.La fermeture éclair a ses fidèles, de même que le fermoir extensible, rappelant le square mouth des sacs de voyage.Les poignées en cuir tressé sont très nouvelles, ainsi que la petite anse pour passer le pouce.S'il s'agit du trapèze ou du tambourin que vous voudrez certainement confectionner vous-même, montez-le sur un fermoir de bois ou de galalithe (blonde, de préférence) et doublez-le d'une soie de nuance vive, munie des indispensables pochettes.Au moyen d'une piqûre à la machine, vous pourrez intercaler dans votre tissu une large bande de peau: chevreau ou daim de même ton.La mode des jupes courtes ayant donné à la chaussure une importance primordiale, le» fabricants se surpassent pour nous offrir des modèles, fréquemment renouvelés et la chaussure de ville s'est un peu arrondie du bout et nous offre, en général, des talons de hauteur très modérée (cuir ou demi-cubain, selon les genres).Un mot de la formule: sport.C'est toujours le triomphe du box-calf, d'un seul ton ou mélangé, utilisant toute la gamme des beiges, bruns, havane, fauves.Le Richelieu partage la vogue du soulier à barrette.Un talon de cuir, peu évidé, est obligatoire, en ce genre.Le chevreau donne un soulier aussi léger qu'agréable au porter, en de délicates nuances: noisette, Champagne, mais, gris.Il sera, parfois, finement perforé ou bien travaillé en lanières, en cuir tressé, montrant de séduisantes oppositions de couleurs.Quant au vernis noir, de forme Charles IX, il est classique et rien ne saurait le détrôner.Strictement uni, il peut s'allier au daim.L'empeigne est en vernis, le quartier en daim, ou bien cette union se réalise par des effets de barrettes, de bordure.Signalons, enfin, pour terminer, le grand succès des souliers de daim, bordés de chevreau, et celui des boucles plates d'émail fantaisie, ou de cristal.La tenue de sport n'admet que les bijoux sobres, tels que collier en boule d'argent, gros bracelet rond en argent massif, épingle plate à la cravate, broche discrèteau feutre souple.C'est par tous ces menus détailsque se révèle la distinction.L'ampleur des jupes est à l'ordre du jour, soit que celle-ci soit obtenue par de l'en-forme, des godets rapportés, de larges et de fins plissages ou que, sur les robes du soir, cette ampleur soit plus marquée encore par des volants ondulés, des masses froncées, des pans flottants taillés dans le biais, des panneaux superposés.Parfois l'ampleur s'épanouit au bas du fourreau, parfois la jupe est étoffée à partir de la ceinture.Du noir et blanc toujours, parce que l'association de ces couleurs est distinguée.Mélanges de fourrure: loutre et hermine; mélange de tissu: velours et crêpe de Chine; mélange de fourrure et étoffe: fourrure noire, étoffe blanche; étoffe noire, fourrure blanche selon que le manteau et la robe sont destinés au jour ou au soir.Pour la ville et le sport rien n'est mieux que le costume noir complété par un impeccable chemisier d'éclatante blancheur.La jaquette trois-quarts garnie d'hermine peut servir de manteau.Le soir les écharpes sont fort élégantes.Quand elles sont très larges, on les drape à la manière des châles ou des capes, tantôt en un ou deux volants, tantôt rejetées sur l'épaule.La mousseline transparente d'une tonalité plus soutenue que la robe offre beaucoup d'intérêt, mais les fourrures plates, dites fourrures d'été, sont ravissantes quand elles atteignent la souplesse d'une étoffe.N'abordez pas deux personnes semblant avoir plaisir à causer ensemble, de manière à couper leur entretien car, neuf fois sur dix, tout en répondant à votre "bonjour" inopportun, une des deux interlocutrices tout au moins, maudira votre interruption.Ne vous croyez pas tout permis, du fait que vous êtes une jeune mariée.Persuadez-vous bien et persuadez votre époux qu'il est inutile de vous livrer devant tout le monde à l'échange de manifestations de tendresse, que la décence conseille de réserver pour le tête-à-tête.Vos sentiments n'y perdront rien, et chacun vous saura gré d'avoir le bon goût et la pudeur d'éviter de vous donner en spectacle.Rideaux de Luxe (faits sur mesure) Dentelles de Bruges Point de Venise Garnitures pour salons, salles à manger, chambres.Articles étampés de tous genres.AUBES ET SURPLIS fait» à la main et sur mesure, exposés chaque jour de 1 h.à 6 h.Bentelltère Pelge Tél.LAncaster 8012 2071, KIMBERLEY LES PARFUMS De même que les fards légers ne sont plus interdits à la jeunesse, les parfums sont de plus en plus en vogue.Mais là, comme pour la poudre et le rouge, il faut savoir conserver une juste mesure.Choisir un parfum est un art de grande coquette.Il en est même qui marient plusieurs essences et se composent des mélanges inédits.Sans aller jusque-là, une jeune fille ne portera sur elle nul parfum violent, car elle doit s'efforcer de ne point se faire remarquer, et rien n'est plus provocant que les essences trop capiteuses.L'essence de violettes, de rose ou de lilas, voire de muguet, mais à peine, suffit à parfumer légèrement et discrètement.Point n'est besoin de Chypre ou d'ambre réservés aux femmes plus âgées.Quelques gouttes sur le mouchoir, une légère vaporisation sur les vêtements, ou mieux des sachets d'iris ou de violette dans les armoires et penderies, et vous voilà entourée d'une brise fraîche et embaumée.Il serait du dernier mauvais goût de ne point assortir le parfum de votre poudre de riz (car qui d'entre vous n'en met point ?) à celui de l'essence employée.Le papier à lettres d'une jeune fille est rarement parfumé; en tout cas, s'il l'est, ce ne sera que très légèrement.Un très bon moyen est d'utiliser une feuille de papier buvard sur lequel on vaporise quelques gouttes de parfum habituel.En aucun cas on ne portera sur soi, on ne placera dans le papier à lettre de ces papiers violemment parfumés, distribués comme réclame, et dont les effuves sont excessifs et s'harmonisent rarement avec les essences préférées.Un mot pour finir, jeunes filles aux bourses légères: mieux vaut ne point utiliser d'autre parfum que l'eau de lavande ou de Cologne, que d'adopter des parfums vulgaires, bon marché, dont les violences peu agréables offusquent l'odorat et donnent, à qui les porte, une note de vulgarité fort déplaisante.Ne pas être parfumée n'est point une tare, l'être trop et à bon marché se remarque et peut nuire plus qu'on ne le pense.PROPOS ET LEGENDES SUR LE SOMMEIL LE sommeil, le bienfaisant repos du corps et de l'esprit nous est indispensable à tous.Nous ne pouvons nous passer de dormir, comme il n'est pas possible que nous restions un trop long temps sans prendre de nourriture.Sans doute n'avons-nous pas tous besoin d'un même temps de sommeil.Les uns se contentent de cinq ou six heures, un peu moins quelquefois; les autres, au contraire, en veulent huit ou neuf pour se bien porter.Cela est affaire de tempérament.Les enfants s'endorment généralement avec la plus grande facilité.Après une journée de grande fatigue physique, le sommeil s'empare de nous impérieusement.Mais il arrive souvent que l'affreuse insomnie nous tienne dans ses griffes, nous tourne et nous retourne dans notre lit, comme saint Laurent sur son gril, sans nous accorder grand répit.Bien des causes peuvent nous livrer à cette fée malfaisante.Tout d'abord, la digestion qui se fait mal; ensuite, les soucis ou la surexcitation cérébrale.Et puis, il y a aussi les nerveux qui presque toujours, trouvent difficilement le sommeil.Toutes ces causes exceptionnelles mises à part, il reste un grand nombre de personnes qui tantôt dorment bien, tantôt moins bien.Toutes les circons- tances étant semblables et sans c|U'j| puissent trouver une explication à < fa|t' Ils ne peuvent que le constater.Le professeur Coué, de Nancy, qu: prétendait, très justement d'ailleurs, nue l'auto-suggestion fait des miracles, r commandait aux malheureuses victime» de l'insomnie de répéter un certain nombre de fois — dix ou vingt — dès après s'être mis au lit, la courte phrase sui\ mte-"Je sens que je vais dormir".L'effet était magique, paraît-il, de l'aveu même de nombreux admirateurs du < , |,ri.guérisseur.Un autre, dont j'ai .ubli(-le nom, ce qui au demeurant a peu 'l'importance, préconisait de compter lentement, un, deux, trois, quatre, etc., etc Avant que d'être arrivé à quatre cents (ce qui est un maximum) le doux sommeil s'est emparé du récalcitrant.On prétend aussi que l'orientation indue sur le sommeil.Comment donc devons-nous orienter notre corps ou tout au moins le lit dans lequel nous nous couchons, si nous voulons trouver un bon sommeil?Il y a longtemps que les Japonais qui sont observateurs patients et tenaces, ont trouvé la solution du problème.D'après eux, la position la plus favorable est celle dans laquelle le corps est couché de façon que la tête soit dirigée vers le nord et les pieds vers le sud.Dans ces conditions le sommeil vient plus facilement: il est plus doux et plus reposant.Vous donc qui, peut-être, connaissez les affres de l'insomnie essayez un de ces procédés.Ils possèdent au moins un avantage: c'est d'être à la portée de toutes les bourses.Et rien ne nous empêche, étant couché les pieds vers le sud de répéter machinalement la phrase chère à Coué ou de compter lentement.Deux remèdes valent mieux qu'un, n'est-ce pas?Les Japonais attribuent — attribuaient plus exactement, car ils ont aujourd'hui d'excellents physiciens — le résultat qu'ils obtiennent en orientant le lit de la façon que je vous ai indiquée, à des génies invisibles.Mais des expériences précises permettent de dire que cette question relève du magnétisme, donc du domaine scientifique.Hâtons-nous de quitter ce domaine sévère pour celui plus aimable de la fantaisie.Ici, il ne s'agit plus de se procurer le sommeil, mais d'endormir les autres.C'est ainsi qu'un jeune Gabelarusse qui veut, en toute sécurité, faire un brin de cour à une jeune fille prend une poignée de terre d'une tombe et, d'un geste précis, l'envoie sur le toit de la maison, juste au-dessus de la chambre des parents de la belle endormie.Leur sommeil devient aussitôt plus profond et ils ne s'éveillent pas tant que dure le doux entretien de ces autres Roméo et Juliette.Ce procédé est, chez certains peuples, commun aux amoureux et.aux cambrioleurs.A Java, par exemple, le voleur éparpille de la terre funéraire tout autour de la maison qu'il a décidé de visiter: ceci plongeant la maisonnée dans un sommeil de plomb.Gageons qu'il lui faut malgré tout ne pas faire trop de bruit, s'il veut opérer sans être dérangé.Chez les Slaves du sud les voleurs — car c'est encore d'eux qu'il s'agit,— n'opèrent qu'après avoir lancé un os de mort sur la maison qu'ils ont choisie en prononçant, la bouche tordue par le sarcasme, cette phrase magique: "Puissent ces gens s'éveiller comme cet os s'éveille Le moyen est infaillible, paraît-il, pour tenir closes les paupières de ceux qui sont dans la demeure.Ah! si nos cambrioleurs le connaissaient.Les Ruthèncs, inventifs et mélomanes également, font d'un tibia une flèche et jouent avec art de cet instrument pour le moins macabre Et, si nous en croyons la légende, les sons qu'ils en tirent ne manquent pas de charn puisque tous ceux qui les entendent s'assoupissent.tout comme la Belle au bois dormant.Une croyance commune à plusieur> peuples veut que l'âme quitte momentanément le corps de celui qui dort, va voir (Suite à la page 57) Revue Moderne.— Montréal, Août 1929 Page 53 c |BT après-midi là, Robert Tanguay avait quitta son bureau cle|bonne heure, et, descendant de la rue Saint-Jacques, s'était mis ^ , 1er au hasard, rue Craig.Pour un homme hanté par l'image d'une femme, une rue ou une autre importe peu s'il veut rêver.Mais pour un pessimiste, la rue Craig était des plus niai choisies.Cette rue, en effet, depuis la rue Saint-Pierre à la rue Saint-Denis, est bordée du côté nord par une 5uiti presque ininterrompue de masures à un étage, à vieux toits pointus où s'abritent des centaines de regrattiers juifs, marchands de seconde-main et préteurs sur gages.C'est dans ces rch"ppes sordides que la haute et basse pègres viennent écouler le produit de leurs vols.Outre cela, ces braves Israélites achètent et vendent de tout.Leurs enseignes le proclament en lettres d'un demi pied peintes en blanc ou en noir sur les vitres poussiéreuses de leurs étalages.Les gueux, les bohèmes, les étudiants à court de fonds, les ouvriers sans travail, les pauvres honteux, enfin, les malheureux de toutes les classes et de tous les acabits viennent ici vendre des meubles, des livres, des habits, des bijoux et mille autres choses, ou, au besoin, viennent en acheter.Rien de plus intéressant que ces bazars pour quiconque ne croit pas aux microbes et ne redoute pas la poussière.On peut voir là, groupés dans la promiscuité la plus inattendue, les objets les plus hétéroclites.C'est un peu le paradis des collectionneurs de vieilleries.Les étalages des vitrines ne manquent pas d'intérêt tout d'abord.Parfois même, si le stock est considérable, on verra, pendue à des crochets fixés au bord de la toiture, toute une série de manteaux, de complets, de vestons de toutes sortes.Au beau milieu de cette installation peu banale, on voit briller les trois sphères de métal doré disposées en forme de griffe.Ah! ces griffes, quel symbole bien choisi! Dans l'embrasure de la porte, assis sur une chaise mi-défoncée ou sur une simple caisse d'emballage, surveille, d'ordinaire, le propriétaire de l'établissement.Il a l'air de sommeiller mais c'est à la façon du chat qui guette sa proie ou de l'araignée qui semble morte au milieu de son piège de fil.Règle générale, c'est un petit vieillard encore allègre, en habits sordides, chaussé de savates difformes.Il n'a pas de veston, ni de'gilet s'il fait chaud.F.n tout temps, il n'a pas de faux-col ; la chemise étant fermée au cou par un bouton de cuivre à tête ronde dont le dos laisse une tache ver-de-grisée sur la peau jaunâtre au bas de la pomme d'Adam.Ce que l'on voit de la figure derrière les broussailles d'une barbe inculte et des cheveux mal brossés vaut d'être examiné.C 'est d'abord invariablement le classique profil sémitique bien accusé: front fuyant, nez épaté, long et recourbé vers le bas en bec de cane, comme s'il allait tomber dans la bouche aux lèvres épaisses et sensuelles.Les joues sont ridées comme une vieille pomme, les yeux sont bistrés et le front, hachuré de rides aussi.Mais, ce qui vous saisit au milieu de cet ensemble, ce sont les yeux abrités derrière 'I intiques petites lunettes à monture de cuivre, de petits yeux jaunes, clairs, vifs où l'on devine t'ute la ruse, l'astuce, la rouerie, la bassesse, la vilenie, l'esprit sans scrupule, la haine du gentil et la peur de la police.Quand un miséreux entre ici vendre des 'utils ou sa montre pour se procurer quelques Sl,us afin que lui et sa famille ne périssent pas de faim, il est la pauvre mouche qui se j< i te dans les fils de l'araignée.Le Juif regarde l'objet à la loupe, le soupèse, le tourne et le désespoir et" de deuil.Il suffit de jeter un coup d'oeil parmi les médailles pour en trouver de toutes récentes, celles de la dernière guerre.Chacune d'elle porte gravés sur la tranche les noms, prénoms et rang du héros inconnu qui l'a gagnée au péril de sa vie en défendant un pays qui se soucie assez de ces dévouements pour élever des cénotaphes de marbre blanc aux morts et distribuer des médailles à ceux qui n'ont pas même de pain! Pauvres inconnus si heureux un jour, d'épingler à votre poitrine ce signe de dévouement, et quelques mois plus tard devenus assez dénués de tout pour en être rendus à vendre vos médailles aux regrattiers de la rue Craig!.Le Juif propriétaire du magasin en face duquel Tanguay s'était arrêté vint le tirer de sa rêverie en l'invitant à entrer voir de l'argenterie et des faïences anciennes.Le marchand flairait un amateur et un client riche.Machinalement toujours, Tanguay se laissa conduire dans l'échoppe noire, enfumée, basse de plafond.En entrant, il fut suffoqué par une forte odeur de poussière, d'humidité, de vieux cuir, de papiers jaunis et de moisissure qui s'exhalait de toutes sesvieilleries entre lesquelles il marchait en trébuchant.Il heurta presque de la tête une multitude de cannes, de parapluies, d'électroliers, de fusils de chasse et d'autres objets qui pendaient du plafond.(Extrait de "La première jupe", roman-nouvellle en préparation.) retourne en toussensavec'un'dédain d'autant plus accentué qu'il flaire un marché plus avantageux.Puis, il offre un prix dérisoire.Le pauvre diable proteste, explique, discute, san-glotte, pleurniche même un peu.Le Juif ne lâche pas prise, ne se laisse ni attendrir ni persuader.Il argumente, les deux bras élevés en forme de lyre chaque côté de la tête.Enfin, voyant que tout est inutile, l'homme accepte les quelques sous offerts et sort de là, la rage au cœur, malheureux comme les pierres.Ce n'est pas "une livre de chair taillée le plus près possible du coeur" qu'il vient de livrer pour quelques pièces de monnaie, c'est bien souvent un morceau même de son cœur.C'était donc au milieu de ces échoppes de malheur que Tanguay se promenait.Machinalement il s'arrêta devant une vitrine, regardant les objets en montre.Des revolvers de toutes les marques et de tous les calibres soutenus par des clous qui les tenaient par le canon étaient rangés au bord de la vitrine.Un peu en arrière, des bijoux, des montres, des chaînes, des médailles et des vieux sous étaient pêle-mêle dans des plateaux d'argent bosses.Plus au fond, s'amoncelaient, s'éta-geaient les uns sur les autres des lunettes marines, des appareils photographiques, des miroirs détamés, des sacoches, des outils, des chaussures, des clavigraphes, le tout, poussiéreux, sale et dans un désordre indescriptible.Tanguay regardait tout cela, ou plutôt, les yeux rivés à un de ces objets, il demeurait là, sans le voir, sans rien entendre, sans penser à rien.Il demeurait sans penser à rien, et cela valait peut-être mieux pour un pessimiste comme lui! Car, si une partie de ces objets sont le fruit du vol et du recel, beaucoup d'entre eux ont chacun leur histoire, histoire navrante de tristesse, de misère cachée, de Marges'd'histoire — l'art au Canada", par Olivier Maurault (Montréal, Arbour & Dupont, 1929).L'esthétique est à l'ordre du jour du Canada français.Des quatre coins de la province, des voix autorisées tant religieuses que laïques, invitent les intellectuels à étudier les données d'un problème dont la solution influera dans une large mesure sur la destinée intellectuelle de la minorité française d'Amérique.Pour ne parler que des plus récentes dissertations à ce sujet, rappelons que la livraison de décembre de l'Action canadienne-française renfermait un substantiel article de l'abbé Hamelin, du séminaire des Trois-Rivières; cet éducateur soutenait que "nos maisons d'éducation ne doivent pas croire qu'elles ont rempli leur mission en permettant aux jeunes gens d'aborder avec espoir de succès l'étude du droit, de la médecine et de ia théologie ou en formant des mathématiciens, des ingénieurs, voire des logiciens.Leur tâche est plus entière.Il leur incombe de façonner des hommes complets en cultivant la sensibilité et le goût des élèves." Quelques semaines plus tard, à l'occasion de la soirée d'Action intellectuelle organisée à Montréal par l'A.C.J.C, M.Edouard Montpetit félicitait tout particulièrement cette association d'avoir souligné l'importance de la culture artistique en accordant un prix à l'ouvrage remarquable de M.Jean Chauvin intitulé "Ateliers".Enfin en février lu29, M.Duncan McArthur professeur d'histoire à l'université Queen's de Kingston, ne craignait pas d'affirmer, devant l'auditoire anglo-saxon du Canadian Club d'Ottawa, que l'un des plus précieux legs de la Nouvelle-France, c'est le culte de l'art, hérité de la vieille France, développé par l'Eglise romaine et transmis à la nation canadienne du XXe siècle.Ainsi il semble bien que le récent ouvrage de M.l'abbé Olivier Maurault: "Marges d'histoire — L'art au Canada" arrive au moment psychologique: il aiguillonnera les artistes canadiens d'aujourd'hui en rappelant à leur souvenir les nombreuses tentatives — et quelquefois même les succès — de leurs devanciers; il permettra aux profanes de prendre connaissance d'un chapitre vraiment trop ignoré de notre histoire.L'abbé Maurault préconise la diffusion de la culture esthétique et répète à dessein des conseils qui méritent d'être colligés et qu'on voudrait entendre tomber plus souvent des lèvres d'un prêtre.Le style clair, souple et nuancé de l'abbé Maurault ajoute à l'attrait d'une saine doctrine le prestige de l'art.Il convient de renvoyer à ce livre les doctes penseurs qui se demandent encore si l'art ou la littérature existe chei nous.— Séraphin Marion (La Revue Dominicaine) Page SU La Revue Moderne.— Montréal, Août l-)2j La vocation de mon ami Auguste Auguste Charmer, musicien de son état, était mon ami depuis longtemps.Agé d'environ trente-huit ans, il ne paraissait guère que trente, malgré une calvitie précoce qui lui dégarnissait les tempes.Grand de taille, les cheveux roux coupés ras, les yeux petits et gris, les épaules équarries, avec une allure dégingandée répandue dans toute sa personne, voilà pour le physique.Quant au moral: pas pratique pour^deux sous; il se serait passé de dîner pour entendre un concert; patient comme un ange; gai comme un pinson, toujours en quête de faire une bonne farce aux amis; et pour saler le tout, célibataire endurci.Nous habitions tous deux un appartement rue Saint-Denis, composé d'une petite salle à manger, d'une mignonne chambre à coucher, et d'un cabinet de travail lilliputien où l'on ne travaillait jamais.Notre loyer, assez minime du reste, nous semblait horriblement cher car notre bourse, sauf respect, était plate comme une vieille galette de Juif.Ce soir-là, nous étions tous deux assis dans la salle à manger, la moins petite, la moins froide, et la moins laide de nos trois pièces.Lui, s'était installé sur un siège bas, dans l'attitude favorite du héros des Trois Mousquetaires, défiant toute description; moi dans celle plus modeste des gens ordinaires fatigués par une longue journée de labeur, savoir: les coudes appuyés sur la table, la tète dans les mains, le corps chaudement enveloppé dans une robe de chambre, et confortablement enfoui dans un large fauteuil.Auguste avait terminé récemment la cinquantième lecture des Aventures de monsieur Picwick de Charles Dickens, livre qui le plongeait dans le ravissement.Il avait conçu une telle admiration pour Sam Weller, qu'il ne jurait plus que par lui, et émaillait sa conversation de phrases imitées du langage de ce joyeux personnage.Quant à moi, j'avais un article promis depuis longtemps à composer, et les idées ne venant pas, cela me rendait l'humeur morose.Je me torturais l'esprit depuis quelque temps déjà, quand Auguste, qui s'était jusque-là occupé à chanter à tue-tête, en clef de fa, et sur un air lugubre de sa composition, le refrain populaire il y a quelque trente ans: "Prenez-vous celle femme pour votre épouse légitime ?" — "Ben non\" laissa échapper un formidable éclat de rire qui ébranla les vitres.— Eh bien! qu'est-ce encore?fis-je, impatienté.Ne peux-tu pas te tenir tranquille pendant que je travaille.Je t'assure que pour un musicien .! — Journaliste, mon ami, dit-il (c'était sa manière de montrer le dédain qu'il ressentait pour les gens de ma profession), journaliste, dit-il donc, quand son hilarité fut calmée, laisse là ton travail ennuyeux et écoute ce que je vais te conter, c'est très drôle.Pour le coup, j'éclatai: — Tiens, Auguste, laisse-moi tranquille, et va conter tes histoires à la police.J'en ai une qui me donne assez de travail, sans que tu te mettes de la partie.— Tiens, c'est une histoire ?— Oui, répondis-je d'un ton rogue.— J'ai ton affaire! Tu écriras ce que je vais te conter.Ça intéressera autrement tes lecteurs que n'importe quelle sottise qui pourrait te passer par la tête.— Quelle est cette nouvelle lubie ?demandai-je, vexé de son allusion à mes talents inventifs.— Ecoute et tu verras.— Puisqu'il est impossible de te faire taire, je me résigne, repris-je avec humeur, tout en grommelant des allusions directes aux gens qui veulent conter leurs "peurs" de force.— Voilà, commença-t-il, tu sais que mon oncle Charles, quand il mourut, me légua (drôle de corps tout de même, comme dirait Sam) une fortune de $500,000, que je dois recevoir seulement le jour de mon mariage, autant dire jamais.Tu sais que je refusai l'héritage à cause de la condition, comme disait l'ami du condamné à mort, quand celui-ci lui offrit un million pour prendre sa place.— Laisse là les "wellerismes" et tâche de rendre ton langage aussi intelligible que possible, je suis bête ce soir.Par Laure GERMAIN — Bien j'entre dans le vif.Tour l'occasion, je m'efforce d'être pratique, même logicien.— Toi ?interrompis-je, incrédule.— Oui, moi.D'abord pour faire un bon calcul, je compte toutes les tracasseries qu'une femme pourrait m'infliger: m'amener dans le monde, prêter mes livres à ses amies, me perdre ma musique, et surtout m'écorcher les oreilles avec du jazz, des fox-trots, que sais-je.Bref, j'en ai compté 967.— 967 quoi ?— 967 tracasseries donc! — Comment, tu as passé ton temps à cela ?m'écriai-je interloqué.— Mais oui, et toi qui me reprochais de ne rien faire.J'étais stupéfié.Je n'avais jamais vu une telle sottise s'afficher au grand jour.— Tu es incorrigible, fis-je en haussant les épaules.Continue.— Il y en avait donc 967 que j'évaluai chacune $1,000.— Tant que cela ?— Pense que c'est pour toute la vie, car je ne suis pas partisan du divorce.Cela faisait $967,000.soustraire $500,000, réponse $467,000!!! Plus que je n'ai jamais épargné dans toute ma vie, continua-t-il avec admiration.— Tu es fou, déclarai-je dédaigneux, enfin où veux-tu en venir ?— Voilà, comme célibataire, je ne vaux rien, mais comme homme à marier je vaux beaucoup.Et bien, imagine-toi que Maxime Brien, notre ami commun, a décidé de me donner en sacrifice à Junon.— Max! Ah ça, il est donc fou ?— Je crois qu'il l'a toujours été.Ce n'est pas étonnant, un poète! De plus, je n'ai jamais vu un pareil enragé pour les femmes.Il veut toutes les épouser! Je me demande comment il se fait qu'il ne soit pas encore pris au piège.C'est peut-être parce qu'il a un peu trop le caractère de l'âne de Buridan.En tous cas, il correspond avec une jeune fille qu'il ne connaît même pas, et.— Oui, oui, mais revenons à nos moutons.¦— C'est vrai.Donc Max veut me marier.Il y a une semaine nous avons fait tous deux un pari de $5,000.— Hein! m'écriai-je ahuri, es-tu devenu millionnaire! — Mais non! écoute et tu verras.Lui, Max, s'est engagé à me faire amouracher d'une jeune fille dans l'espace d'une semaine, ou à me verser au bout du même temps $2,000 et $3,000 le jour de son mariage.Ça ne lui est pas difficile, il est riche, lui.Mais de mon • i' 'I' m .h I»1 donner la même somme le jour de mon entrée dans le conjungo.Il avait pris ses précautions pour me faire perdre la gageure: il avait engagé sa cousine, experte en la matière, à lui procurer une jeune fille parfaite sur tous les points, l'idéal quoi!.C'est une grande blonde, l'air romantique.— Tiens, tiens, tu la connais, demandai-je intéressé.— Mais oui, nous nous sommes rendus tous les deux chez sa cousine Mme Després, nous devions lui être présentés ce même soir.¦— Max ne la connaissait donc pas?— Non, c'était une parente éloignée de Mme Després et elle demeurait en quelque part dans les Etats-Unis, et elle venait à Montréal en visite.— Et puis.?— Eh bien, imagine-toi ce qui est arrivé ?¦— Dis-le, je n'ai aucun goût pour les énigmes.— Eh bien.commença Auguste; mais le rire qu'il essayait de comprimer depuis quelques instants lui coupa la parole.— Voyons, ne t'étouffe pas! — Voilà, cette fille d'Eve, que Maxime voulait me faire épouser, c'était.Ah! ah, ah.— C'était ?—.sa correspondante inconnue dont il avait la photo! Du coup, je me déridai: 'Bigre, ce bon Maxime! et quelle tête fait-il ?— Dame, tu comprends, ce n'est pas rose pour |u; Mais c'est ce soir que je dois rendre ma décision.\\ sera ici dans quelques instants.Tu le recevra , j'ai affaire à sortir.Tu lui diras qu'il a gagné la g je suis prêt à convoler en justes noces, comme ¦ lisait Barbe-bleue après tvoii étouffé sa cinquième femmi — Comment, toi te marier ?haletai-je, stupéfait — Pourquoi non ?Je suis encore vert, L)icu mi — Mais enfin.•— Imbécile, tu ne comprends donc pas ?Et se penchant vers moi, il me dit quelques mots à l'oreille qui amenèrent aussitôt le rire sur mes lèvres — Bonsoir donc, reprit-il en s'habillant vivement.Et avant de fermer la porte: "Surtout, n'oublie pas ma commission".— Compte sur moi! lui criai-je.Maintenant, je vais pouvoir "bûcher" en paix, fut ma première pensée en me remettant au travail.Mais, zut! à peine m'étais-je installé, que j'entendis frapper à la porte."Au diable les importuns! Ce doit être Maxime", murmurai-je en allant ouvrir.C'était lui en effet.Il entra vivement, ferma la porte avec bruit, et s'informa d'une voix agitée: — Où est Auguste ?— Sorti, répondis-je laconiquement.— Sorti! mais comment se fait-il! Il devait m'at-tendre! — Mais il m'a.laissé une commission pour toi.— Vraiment, et tu ne pouvais pas me le dire avant ?— Dis donc, toi, tu pourrais prendre le temps d'entrer.— Enfin, dis-le, j'ai perdu, n'est-ce pas?Sa voix tremblait légèrement en prononçant ces mots.J'eus pitié de lui: j'hésitais à répondre, quand il s'écria: — Mais, réponds donc, animal! Ai-je gagné ou perdu ?— C'est suivant comment tu l'entends.Tu as gagné le pari, car Auguste se décide à.Mais il ne m'écoutait plus, et marchait fébrilement, en s'arrachant les cheveux.— Ce n'est pas possible! Allons donc! C'est tout bêtement ridicule, Auguste se marier! Voyons, c'est bien vrai, au moins?— Mais oui! puisque je te dis que tu as gagné.— Sacredié! Dire que j'ai gagné! ah, si j'avais su ça!.¦— Et bien, observai-je, retournant le fer dans la plaie, puisque tu as gagné, pourquoi cries-tu si fort ?Tu devrais être content.— Vraiment! Voilà qui est un peu fort, par exemple! — Ça se complique, murmurai-je, faisant l'innocent.Mais tu ne peux accuser Auguste, car il aime la jeune fille.— Ah! il l'aime! vociféra-t-il, et je ne l'aime donc pas, moi ?Dévouez-vous pour vos amis! continuât il en se promenant à grands pas comme unours en cage.Et tout à coup il saisit ma plume sur la table (laquelle plume il m'avait lui-même donnée la semaine précédente) et la brisa d'un coup sec.— Ah ça! criai-je, fâché, éloignant prudemment mon écritoire, est-ce que tu deviendrais fou furieux, par hasard?Faudrait le dire, tu sais.Je te savais fou mais pas à ce point-là.Pas la peine de m'apporter d> 9 plumes pour venir me les briser la semaine suivant' — Oh! Michel, ne raille pas, si tu savais comme je suis malheureux! J'eus quelque remords que j'étouffai traîtreusement en songeant à ma plume cassée.— Pauvre vieux, lui dis-je hypocritement, il faut en prendre ton parti.— Si tu penses cela facile! Ecoute un peu.Tu sai -que Auguste m'a rendu plusieurs services, pour lesque!-il ne voulait pas être payé; et j'avais pensé à ce moyen! de lui passer $5,000.— Seigneur, m'écriai-je, si tu as de l'argent de reste donne-le moi, et je t'assure que.(Suite à la page 57) la Revue Moderne.— Montréal, Août 19 29 Page 55 LIVRES D'ENFANTS Par le R.P.PauiEmile FarJey, c.s.v.LIMAGINATION étant, chez les enfants, la faculté la plus vive, l'auteur désireux de leur être agréable Jk doit satisfaire leur besoin de rêves, remplir le monde de merveilleux, dresser, à chaque coup de plume, un tableau plein de lumière et de couleurs.Qu'il ne craigne pas de les lancer à travers les étoiles, quitte à leur permettre, comme au personnage mythologique, de reprendre leurs forces en touchant du pied la terre.D'ailleurs ils y reviennent d'eux-mêmes avec une facilité étonnante.La petite fille de monsieur Henry Bordeaux, qui a de J'imaginative avec le sens des chimères, et qui aime à vivre dans le commerce des fées, "voulait un jour éblouir sa soeur cadette par le récit des rêves flatteurs, où elle tenait rang de princesse et portait de belles toilettes." Mais l'autre, d'un mot, l'a ramenée au sens de la réalité : — "Moi, quand je rêve, je rêve que je mange." N'importe, toutes les petites filles et les petits garçons aiment à rêver.Rien ne les charme comme les promenades sur les nuages ou dans la lune.Et.pour ces randonnées vertigineuses, le meilleur coursier, c'est Pégase.Un de mes vieux professeurs disait un jour : "Voulez-vous satisfaire vos lecteurs?donnez aux adultes de la psychologie, aux jeunes gens, de la logique, aux enfants, des images"."Age de la mythologie," a-t-on écrit de l'enfance.Voilà pourquoi elle se plaît tant dans les contes de fées.Tant pis! déclarent les sages.C'est là une école dangereuse où nous ne devons pas conduire nos petits.Et de ce chef, les contes de la Mère l'Oye furent mis à l'index.Ce sont des mensonges, et personne n'a le droit de mentir surtout à ceux qui ne savent pas découvrir l'erreur par eux-mêmes.C'est très grave, mais est-ce bien vrai?N'y aurait-il pas d'autre vérité que la vérité des faits?Par exemple, la vérité logique, la vérité morale, la vérité humaine.Croit-on que les enfants soient tout à fait inaptes à distinguer ces diverses vérités?Monsieur Maurice Bou-chor écrivait récemment dans la préface d'un livre poulies bambins, un avertissement aux petits lecteurs qui pourraient lui demander: "Et les histoires racontées dans ce livre, est-ce qu'elles sont vraies?" — Je vous répondrai que je ne désire pas que vous le croyiez, et je vous suppose assez malins pour discerner vous-mêmes ce qui a pu arriver.Nos histoires ne sont pas faites pour vous renseigner exactement sur le temps passé mais pour charmer votre esprit.Les fées, des menteuses?Pure calomnie.Les unes sont belles, portent des robes en dentelle, des chapeaux de soie; d'autres sont vieilles, capricieuses et parfois inexorables; mais toujours, à travers leurs gestes, il y a une vérité profonde qui transparaît : elles sont les gardiennes de la justice, les protectrices des orphelins.Leur puissance est ordinairement d'accord avec leur bonté.Subtiles, éthérées, lumineuses, elles sont nées d'un rayon de lune ou de la vapeur humide d'une source fraîche.Elles voltigent, apparaissent et disparaissent avec leur baguette magique qui, d'un coup léger, fait surgir de .terre des princes charmants ou des bergères adorables.Un peu susceptibles et ombrageuses, elles ne supportent pas qu'on cherche à violer leurs secrets; elles s'enveloppent d'un mystère qui ajoute d'ailleurs à leurs attraits.Madame Lucie Faure-Goyau a raconté La vie et la mort des Fées, et leur a fait une touchante oraison funèbre.En réalité, les fées ne sont pas mortes, elles se sont simplement voilées à cause de l'indiscrétion qui déborde chez les écrivains de nos jours.Elles sont prêtes à reparaître au premier appel.* * * Plus haut que les bois où régnent les fées, il y a un autre domaine dans lequel le merveilleux peut s'étendre à loisir.C'est le royaume des saints.Littérature d'histoire et de légendes éminemment propre à réjouir les imaginations enfantines, sans compter qu'elle peut, toujours en dehors de toute austère prédication, contenir un enseignement moral.Francis Jammes vient d'écrire le Livre de saint Joseph.Mais ce grand saint a été le héros d'une longue séries d'épopées qu'il importerait maintenant de recueillir.On sait combien de fois il a joué des tours à saint Pierre en ouvrant discrètement aux pécheurs, ses dévots, la porte de derrière au paradis du bon Dieu.Dans une altercation avec le concierge du ciel, il aurait, paraît-il, pour avoir raison de l'irréductible attitude de celui qui possède les clefs, menacés de partir, mais évidemment avec son épouse et son Fils.Le coup porta, saint Pierre s'adoucit à l'instant et l'affaire s'arrangea pour le mieux.N'y a-t-il pas jusqu'au Saint-Esprit qui possède ses contes?Jean et Rosette décidèrent, un soir de Noël, de voir le petit Jésus quand il descendrait par la cheminée.Comment faire?Impossible de rester dehors: le temps était froid, et d'ailleurs la maman avait ordonné de se coucher de bonne heure.Sans malice, ils tendirent sur le sommet de la cheminée, un noeud coulant où ne manquerait pas de se prendre le petit Jésus qui crierait et qu'aussitôt on irait délivrer.Jean et Rosette s'endormirent.Les étrennes arrivèrent sans qu'on entendît mot.Le matin, tout inquiets en s'éveillant, les deux bambins, avant même de regarder dans leurs bas, coururent au piège tendu .Quelle ne fut pas leur stupéfaction ! Une petite colombe blanche gisait morte et gelée."C'est le Saint-Esprit qui est venu, cette année, dit Jean; le petit Jésus a peut-être la rougeole".Mais le sacrilège était là ! Les deux enfants, consternés, portèrent très respectueusement le Saint-Esprit à monsieur le Curé, afin qu'il le ressuscitât à la première messe.D'autres êtres peuvent encore servir de héros aux récits enfantins : les animaux.Compagnons ordinaires des enfants dans leurs jeux, ils intéressent beaucoup leurs petits maîtres qui les associent à leurs occupations et leur prêtent volontiers des sentiments humains. Page 56 La Revue Moderne.— Montréal, Août 1 » 2 TAS-PA5 DEJA E MME ME TA FEMME FAIRE LIME PROMENADE À LA CAMPAGNE ET CONSTATÉ, AU BOUT DE QUELQUES MILLES QU'IL Y AVAIT QUELQUE CHOSE DE DÉRANGE DANS LE MOTEUR- -TU STOPPES ET TE METS EN FRAIS DE DECOUVRIR LA SOURCE Dit MAL- -LORSQUE SOUDAIN, EN RELEVANT LE SIÈGE D'ARRIERE, TON ÉPOUSE DÉCOUVRE TROIS BOUTEILLES VIDES DE BLACK MORSE-DERNIERS VESTIGES DE TA SOIRÉE PRÉCÉDENTE, SOI-DISANT PASSÉE A TRAVAILLER AU BUREAU"- T'AS-PAS ALORS ESSAYÉ UNE BLACK MORSE?RIEN DE TEL POUR CUIRASSER CONTRE LE FEU DES REMONTRANCES CONJUGALES._ „ dites simplement ~ 4* 2)aweâ rfl Revue Moderne.— Montréal, Août 19 2 9 LA PETITE POSTE •f* ** * » * * «« * * * ** ********* * ** •** 1- * » * t 1 * ** + **** + * * ATTENTION — A l'avenir, nous „!„,., >>epteronN plus de formules fan-(ilslsten pour les colonnes de la l'elte l>oste.Lu Direction espère ainsi en-fjjfr des abos.Nous aurons donc nn prix fixe pour chai|ue annonce.Il mfflra de nous adresser la somme de 50 unis (Bon postal ou timbres), ac-!.m ignée d'un pseudonyme et do D„ni crltable, ou de ce dernier seulement, suivi de l'adresse en détail.C'est-à-dire Rue, Numéro, ou Casier postal, Tille et comté.La rédaction iera la même pour tous.Les annonces doivent nous être «dressées avant le douze du mois qui précède la publication de la REYUE.Ceux qui désireront se faire adresser Ipor courrier à la Revue Moderne, o'Aoront qu'à ajouter quelques Um-bres en plus, pour que nous leur en fassions l'expédition.Le courrier non réclamé, après une période de soixante (60) Jours, sera détruit On devra adresser comme par le passé: La Petite Poste, La Revue Moderne, 320, Notre-Dame Est MontréaL Désire des Correspondants .Mesdemoiselles — Mlle A.DEMERS.— (Corrs Inst., Dist., de 35 à 45 ans), 320 Notre-Dame Est, Montréal.JEANNON.— (Corrs, entre 25 et 30 ans), 320 Notre-Dame Est, Montréal.R.L.DUBOIS.— (Rép.assurée.Corrs, de 36 à 45 ans).Gatineau Mill, Que.CLAUDE DE COTELLE.— (Corrs de 24 à 30 ans), 320 Notre-Dame-est, Montréal.VIOLETTE.— Corrs Instruits, sér., de 40 à 50 ans, veufs de préf., 320 Notre-Dame-est, Montréal.LISE LEBLANC— Corrs, Poste Restante, Rigaud, Que.HUGUETTE LAFONTAINE.— (Corrs dist., de 25 à 40 ans), 320 Notre-Dame-est, Montréal.FLEURETTE MONTCLAIR.— (Corrs.rép.assurée), 167, Laurier, St-Jean, Que.CARMEN.— (Corrs, 35 ans et plus), 185, Avenue Grey, Notre-Dame de Grâce.GABY GUIMOND.— 6227, Des Ecorces, Montréal.MARCELLE CHOPIN.— (Des Corrs inst., 25 à 35 ans.) St-Jérôme, Co.Terrebonne, Que.PIERRETTE VAUDREUIL.— B.P.185, St-Jean ,Qué.BELLY DLROY.—(Des Corrs, de 16 à 21 ans.) Boîte 141, Joliette, Que.•10AN LOY.— (Des Corrs, de 16 à 21 ans.) Boîte 141, Joliette, Que.— Tais-toi donc, imbécile! Donc je me disais: A supposer qu'Auguste tombe dans les filits de la jeune fille que je lui présenterai (je ne savais pas encore qui c'était, hélas!) il y gagnera encore les millions de son oncle Charles.— Tiens, c'est donc une fortune à extension ?Chaque fois qu'on m'en parle, 'Ile augmente.- Enfin, tu n'as donc pas compris, tr.mbone à coulisse Ic'était une de ses injures familières), que je désigne par là l'héritage.Eh b-en, vois ce que ça coûte d' vouloir aider ses amis.Je reconnais dans la jeune fille avec qui je voulais le 'aire convoler (ô ironie du sort!) une correspondante dont je cherchais l'iden-t'té depuis quelques mois.Si tu savais, r,,ntinua-t-il avec une note tendre dans la FRANCIS MCC.GURREN.— (Des Corrs, de 16 à 21 ans.) Boîte 141, Joliette, Que.CHARMAINE.—(Jeune fille sér., dist., des Corrs français.) 320, Notre-Dame-est, Montréal.M DE CAMILLE.—Veuve, 35 ans, inst., dist., des Corrs, de 40 à 45 ans, veufs ou célibataires.) 320, Notre-L>a-me-est, Montréal.LOUISETTE LA BRUYERE.— (E.G.M.), Drs, Prof, ou autres pers.dist.Rép.ass.320, Notre-Dlirr.>est, Montréal.FLEURETTE DES PRES.— (Dés.correspondre avec étrangers et étrangères.) C.P.7, Waterville, P.Que.SPIRATA.— (Dés.Corrs de 20 à 30 ans, français.) Boite 402, Kénoga-mi, Co.Champlain, Que.NINA.— (Dist., inst., de 20 à 30 ans.) 320, Notre-Dame est, Montréal LA PETITE RIEUSE.—320, Notre-Dame-est, Montréal.GISELE B.— (Correspondants et correspondantes.) 8237, rue Casgrain, Montréal.YOLANDE A LAJEUNESSE.— (Rép.ass.) Casier 133, Montmagny, Que.Désirent des Correspondantes .Messieurs — J.LARIVE.— (Veuf, 40 ans, dés.Corrs sér.de Montréal, 35 ans et plus.) 320, Notre-Dame-est, Montréal.LOUIS PAPINEAU.— (Dés.Corrs, de 18 à 22 ans.) Casier 521, Haute Ville, Québec.PAUL LALONDE.— (Jeunes filles ou veuves, 25 à 31 ans.) 1999 Blvd Rosemont, Montréal.M.BEAUDOIN.— (Veuf, 45 ans, sér., des Corrs, filles ou veuves, sér.) 790, Beaubien-est, Montréal.JEAN DERY.— (Corrs, dist.) Casier Postal.583, Jonquières, Co.Chi-coutimi, Que.Nrd.FARRELL.— (But sér., 18 à 22 ans, rép .ass.) Hôtel Beauceville, Co.Beauce, Que.JOHN MOORE.—(But sér., 18 à 22 ans, rép.ass.) Casier 28, Beauceville, Co.Beauce, Que.A.J.D'AMOUR.— (Des Corrs.) C.P.516, Rimouski, Que.ROBERT NAISSE.— (Corrs, 18 à 25 ans, françaises.) Springfield Mines, N.-E.MIREL ARVER.— (Demande des Corrs.) Beauceville-est, Que.EUGENE.— (Corrs, inst, 18 à 25 ans.) Metabetchouan, Que CHARLO.— (Dés.Corrs, inst., 18 à 25 ans.) Metabetchouan, Que.PAUL HETU.— (Désirerait Corr., avec jeune fille de 17 à 20 ans.) Cop-pel, Ontario.M.E.D'AMOUR.—(Dés.Corrs.) C.P.516, Rimouski, Que.voix, comme elle est jolie et intelligente, et je l'aime à la folie.Je chantonnai à mi-voix: Je l'aime pour ma folle ivresse.Je l'aime pour son amour Et je l'ai-ai-me.— Te tairas tu! tenitrua Maxime exaspéré.— Je veux bien, moi, mais tu devenais lyrique et j'ai fait chorus.— Oh, gronda-t-il entre ses dents, je voudrais pouvoir me venger sur quelque chose! Je songeai à ma plume, et enlevai subito presto un crayon-réservoir, une règle, ainsi que quelques feuillets oubliés sur la table, que j'allai déposer avec soin sur un dressoir, loin des mains de cet Attila improvisé.Il me lança un regard furieux et allait m'apostropher vertement quand Auguste qui entrait lui coupa la parole.— Bonsoir les amis, fit-il en accompagnant ses paroles d'une chiquenaude sur le nez de Maxime, ce qui fit bondir ce dernier.— Ah, c'est comme ça.tonna-t-il, tu me donnes rendez-vous ici et tu te sauves, et pour toute excuse tu me donnes une chiquenaude ! — Attends, mon petit, je t'apporte une grande nouvelle.— Laquelle, haleta notre victime, pres-santant quelque nouveau malheur.— Je suis allé demander sa main et on me l'a accordée ! — Hein, qu'est-ce que tu dis ?— C'est comme ça, mon garçon.Moi je fais les choses rondement, comme disait l'écolier après avoir mis une heure à réussir un cercle convenable.— Ah ! mon Dieu ! non seulement tu l'aimes, mais elle t'aime aussi.— Comment, je l'aime, moi! s'écria l'émule de Mozart, et pourquoi l'aimerais-je, s'il te plaît ?Peut-être parce qu'elle joue Humoresque en fox-trot ou qu'elle commet des ballades mauves sur un sujet éthéré, continua-t-il avec rancune, comme si c'était une insulte personnelle.— Comment, monstre, tu me la voles et tu ne l'aimes même pas! — Je te la vole! Mais tu t'imagines donc que tout le monde a aussi mauvais goût que toi ?Je ne t'aurais pas cru aussi fou que cela ! 11 est vrai .qu'aux ânes bien nés La sottis' n'attend pas le nombre des années'.— Mais alors, tu ne l'as donc pas demandée en mariage?articula Maxime, qui ne comprenait plus.— Certainement, mais en tes noms et qualité.— Pour moi! Bien vrai ?Ah, tu me rends la vie.Cher Auguste! Et elle veut ?Et Maxime esquissa un pas de danse extravagant.— Mais, ajouta-t-il, quand son exu-bérence fut passée, pourquoi me faisais-tu dire par Michel que tu voulais l'épouser?— Dame, je voulais te faire languir un peu, te punir aussi d'avoir eu si peu confiance en mes convictions de célibataire.— Tu m'as joué là un sale tour!W Qu'importe, je te pardonne.Le bonheur me rend magnanime.Même que voilà le chèque de $2,000 que j'avais préparé et je t'assure que tu n'attendras pas longtemps pour les autres $3,000.Je n'ai pas l'intention de mourir fiancé, tu sais.Mais, as-tu parlé à Blanche elle-même ?— Oui, à elle et à ta cousine, Mme Després.— N'ont-elles pas été étonnées de te voir arriver en ambassadeur?— Quelque peu, mais j'ai su arranger ça.— Tu as du me faire passer pour un idiot.J'y cours! — C'est ça, va-t-cn! cria Auguste et n'oublie pas que Michel et moi seront tes garçons d'honneur.Nous te devons bien ça- J'acquiesçai et Maxime, après une vigoureuse poignée de main à chacun de nous, s'en alla joyeusement rejoindre sa Dulcinée.— Journaliste, mon ami, conclut Auguste, je n'ai pas perdu ma journée, comme dit le bandit après avoir achevé sa troisième victime.J'ai fait deux heureux et j'ai gagné $5,000.Sur ce, je vais dormir, bonsoir.Laure GERMAIN Les conseils de Manette [Suite de la page 52) les personnes, visiter les lieux, et en un mot, accomplit les actes dont il rêve.Par exemple, quand un Indien s'éveille, il est persuadé que son âme est allée à la chasse, à la pêche ou s'est livrée à une quelconque occupation, selon le rêve qu'il a fait pendant son sommeil.Une croyance transylvanienne veut que l'âme s'échappe par la bouche du dormeur sous la forme d une souris ou d'un petit oiseau.Il ne doit pas faire bon avoir un chat dans la maison.Car, si la souris ou l'oiseau Page 57 Une nouvelle lame courbée pour votre rasoir de sûreté LAMES (OIRBEES SPECIALES WADE & BUTCHER «—SPECIAL
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