La Revue moderne., 1 octobre 1932, octobre
ini Roman complet: LE JARDIN DE L'ENCHANTEMENT, par MAGALI OTEMODM 15* Etats-Inis : 25c "Je vois que tu t'es défait de la vieille auto, Ed." "Mais certainement, ce gros sedan McLaughlin-Buick coûte seulement $I405" ÇJ^j Vous n'avez qu'à examiner le gros Sedan luxueux, le huit en ligne de McLaughlin-Buick, marqué à $1405 à l'usine, Oshawa, pour savoir pourquoi des milliers de personnes qui possédaient auparavant de petites voitures achètent maintenant des McLaughlin-Buick.C'est un superbe sedan spacieux, du McLaughlin-Buick d'un bout à l'autre, construit pour donner plus de milles de meilleur service, une très belle performance, digne de confiance.Il possède une splendide carrosserie par Fisher, le nouveau moteur huit en ligne, à soupapes en tête, l'arbre propulseur dans un tuyau et le Contrôle Wizard de McLaughlin-Buick—l'embrayage automatique, le Roulement Libre Contrôlé et le Syncro-Mesh à Deuxième Vitesse Silencieuse.Il offre une qualité extra qui porte les automobilistes à lui accorder la plus grande faveur dans sa classe de prix.Et cependant, il est offert à un prix qui met la joie et la fierté de posséder un McLaughlin-Buick bien à votre portée! 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Montréal, Octobre 1932 EVUE MODERNE Revue mensuelle l'i ir.itlriil-lhnrtciir Noèl-E.Lanoix Ri ilactrur r,i du / Jean DRUCBMI Pages féminines.Marjolaine Bureaux : 320 est, rue Notre-Dame Tél.HArbour 6195 Bureaux à : Toronto, New-York, Chicago, Londres, Ang.PRIX D'ABONNEMENT : Canada: 1 an.11.60 — Etata-Unla: 1 an.12.00 Sommaire Le Devoir National.3 Albert Levesque Le Jardin du Poète.4 Jeanne Grise — Mariette Doran Albert Giraud Au Jardin.4 Gabrielle Raisenne Dans la Lumière de Raguse.5 Jean Bruciiesi Au fond de la mine Eustis-Capelton.6-7 Léonidas Bachand Dans le monde des lettres.8 Jean Bruchesi Jean-Louis Vaudoyer.9 Robert Rumilly La Vie Canadienne.10 Laissez voir votre main.^.20 Celia Caroline Cole Les armoires sans portes.23 Les modes.24-29 Nos mots croisés.30 Les bonnes vieilles recettes.32 Le courrier du mois.36 Etudes graphologiques.38 Mamans et bébés.39 En causant.41 La Petite Poste.42 Marjolaine ROMAN Le JardirTde l'Enchantement Par Magali .présente une héroïne sympathique que les misères de la vie éloignent de son village natal et placent en face d'un inconnu redouté qui lui ouvre la route de l'Amour et du Bonheur.11 Le D evoir National Par Albert Levesque IL est un devoir qui incombe à tout jeune citoyen d'un pays, dès l'éclosion de sa personnalité.C'est le devoir national.Après le devoir religieux, c'est le plus important, et particulièrement au Canada français.Car si, chez nous, la vie religieusj bénéficie de la situation privilégiée que lui garantissent la doctrine immuable et infaillible de l'Eglise catholique, une législation chrétienne et généralement bienveillante, la forte tradition romaine de notre peuple et les puissantes organisations familiale, paroissiale et scolaire dont notre clergé dispose pour assurer la pérennité et l'expansion du catholicisme au sein de notre peuple, notre vie nationale est loin de s'appuyer sur les mêmes gages.Ici, pas de dogmes immuables, de Pontife infaillible, de doctrines séculaires, de traditions suffisamment établies et encore moins d'organisations ou de systèmes dont la vigueur puisse nous justifier d'interroger l'avenir sans inquiétude.De plus, existe-t-il au Canada français, une conscience nationale?Des notions exactes du devoir national sont-elles formulées, enseignées, répandues, défendues et imposées?Enfin, actuellement, sur quel organisme autorisé la nation canadienne-française peut-elle compter pour l'étude de ses problèmes vitaux, l'orientation de ses énergies, la sauvegarde et la défense de ses intérêts collectifs?Les deux seules hiérarchies organiques et disciplinaires qui exercent une autorité et une direction influentes sur notre peuple sont la hiérarchie ecclésiastique et la hiérarchie politique.Or, ni l'une ni l'autre ne consacre particulièrement ses efforts à la poursuite d'une fin nationale, à l'accomplissement des devoirs nationauxx.Le clergé canadien-français est, d'abord, par nature, soumis aux directives, aux disciplines et aux intérêts catholiques romains.Son action et son influence doivent, avant tout, poursuivre des fins religieuses, universelles et surnaturelles.Le devoir national incombe sans doute individuellement aux membres du clergé, comme à tous les citoyens d'un pays, mais non pas collectivement.En fait, notre clergé a souvent servi, mieux que toute autre classe sociale de notre peuple, la cause nationale, parce que longtemps, chez nous, la survivance nationale s'est confondue avec la survivance religieuse.Mais notre clergé, en principe, n'est pas tenu d'accepter les responsabilités de l'orientation, de la sauvegarde ni de la défense nationales de notre peuple.Telle n'est pas sa mission normale.Et d'ailleurs, les dernières encycliques pontificales sont explicites et péremptoires sur la participation des clergés de toirtes nations dans la vie nationale des peuples.L'action catholique s'élève et se déroule au-dessus et en dehors des groupes ou des éléments nationaux."Elle n'est pas terrestre et politique, mais céleste et religieuse".(1) Quant à l'action politique, au Canada français, qui oserait soutenir qu'elle poursuit, avant tout, la sauvegarde des droits et des intérêts de notre collectivité nationale?L'autorité politique, dans le Québec, a-t-elle conscience même de ses devoirs envers la nation dont elle participe?Existe-t-U, chez nos gouvernants d'hier et d'aujourd'hui, depuis le régime fédératif, le souci dominant d'une orientation nationale en fonction du peuple canadien-français d'abord?Il suffit de consulter les annales politiques des soixante dernières années pour en constater l'absence lamentable, quand ce n'est pas une indifférence absolue ou des négligeances coupables.En fait, nos autorités politiques n'ont guère servi la cause nationale proprement dite, bien qu'en principe elles y soient normalement tenues.Que faut-il conclure?Que si notre vie nationale est sans chef, sans discipline, sans organisation, il importe de combler la lacune, en créant une action nationale, orientée et organisée, s'il le faut, en marge des autorités ecclésiastiques et politiques.Mais avant de fonder cet organisme, n'est-il pas prudent de bien préciser la mission qui lui sera confiée?Il convient donc de se demander: 1.— Le peuple canadien constitue-t-il une véritable nation?Si oui, quels en sont les caractères distinctifs?2.— Si la nation canadienne-française existe, a-t-elle des droits?Quels sont-ils?3.— Si la nation canadienne-française existe et a des droits, comment doit-elle vivre et faire respecter ses droits?Quiconque saura dûment répondre à ces trois questions nous semblera qualifié pour orienter l'action nationale de notre peuple et fonder l'organisme destiné à secouer les jougs qui paralysent son évolution.A quand cet ouvrage?(1) Lettre de Pie XI aux Evêques de Pologne.13 novembre 1928. Page U La Revue Moderne — Montréal, Octobre 1932 Jardin du Porte Mon Ciel La céleste coupole est prise par le noir A certaine heure, et c'en est fait de la conquête Du bleu qui, reculant jusqu'aux confins, s'apprête A jeter dans l'espace un funèbre au revoir.Arec des yeux nouveaux, j'ai regardé ce soir L'immense champ d'azur au-dessus de ma tête Comme un drap satiné tendu pour une fête; J'ai retrouvé la paix et l'extase et l'espoir.Il faut du rose et de l'amour en l'existence.Il faut aussi du bleu! Quand le ciel le dispense C'est alors qu'on oublie un peu le goût du fiel.Mais ce n'est pas assez de voir sur mes épaules Ce long manteau d'azur qui s'étend jusqu'aux pôles, Je veux porter en moi tout l'infini du ciel.Jeanne Grise Septembre L'été qui meurt nous fait songer: Voici bientôt l'hiver morose.La silhouette d'un berger Se profile sur le ciel rose.Septembre a des tons de vin vieux Et des colliers de chrysanthèmes, Septembre a des langueurs d'adieu; Les adieux de mon coeur qui t'aime! Mariette Doran ooir de moisson Soir de Septembre.L'air est calme.Le soleil Met des reflets sanglants sur le blé qui frissonne: Malgré le crépuscule, une fille moissonne.Mêlant l'or de sa tresse aux épis de vermeil.Le ciel est clair et bleu comme un regard humain.C'est l'heure du retour.A u travail, faisant trêve.L'humble fille s'en va, dans le jour qui s'achève.En s'essuyant le front du revers de sa main.Le couchant met un nimbe au front de la fontaine.La glaneuse a, malgré sa robe de futaine, Le galbe pur d'une déesse, dans le soir.Elle chemine, au fil de la route incertaine.Au loin monte le citant de la cloche lointaine Comme un subtil parfum monte d'un encensoir.Mariette Doran Départ Tes regards mouillés et bleus Où dort un gouffre mystique, Ont les lointains fabuleux D'une douce Adriatique.Leur flot languide est si pur, Leurs extases sont si vagues.Que je crois voir~dans l'azur Des bleuets fleurir les vagues.Je sens que leur charme amer Est pUin de soleils magiques El de climats nostalgiques Et, sur leur profonde mer, Mon âme, où l'orgueil expire, Cingle comme un beau navire.Au Jardin Par Gabrielle Raisenne Albert GiRAiD ?1A petite Dollie s'impatienta.Son beau regard s'assombrit.La lèvre boudeuse, elle jeta avec toute l'insouciante cruauté de son âge; — Maman, c'est ennuyeux d'être toujours sage auprès de toi.Tu ne peux pas jouer.Tu n'est pas petite comme moi ! Et après un gros soupir, elle acheva: — Je voudrais aller là-bas avec les autres ! — Eh ! bien va ! consentit brusquement la jeune femme.Dollie courut dans l'allée vers deux petites qui s'amusaient sous les yeux de leur bonne.On entendait leurs rires d'enfants.De temps à autres.Dollie se retournait pour sourire à sa mère, mais la jeune femme ne la regardait pas.Elle paraissait absorbée par une pensée intime.Son livre ouvert était tombé sur le sol.Elle l'oubliait ainsi qu'on oublie un ami qui a cessé de nous plaire ou qui ne saurait ni nous comprendre ni nous consoler.A certaines heures, on recherche l'isolement.On aime à se noyer dans sa tranquillité.Dollie ne se doutait pas de la mélancolie que son caprice avait fait naître au coeur de la jeune femme.C'était un caprice très légitime certes, mais un peu cruel aussi, si l'on considère la tendresse profondément subtile que cette maman portait à sa fille.Malgré les meilleurs raisonnements qu'elle imposait à sa passion maternelle, elle n'arrivait pas à s'apaiser.A l'idée que sa petite lui échapperait un jou., pour suivre son propre destin, elle se révoltait ou repoussait cette possibilité, comme une obsession néfaste à la santé morale.Enfin, elle s'aveuglait d'illusion ! Hélas! le désir de l'enfant brusquait les événements.Dans le jardin que septembre embaumait, l'inévitable, qui mène les gens et les choses, venait de briser encore un trop beau rêve.Dollie avait dit: "Je veux aller là-bas".Oui, "là-bas", il y a — du moins on le croit — la liberté, la réalisation de nos désirs, l'objet de nos pensées, l'introuvable, le merveilleux, enfin tout ce que l'on n'a pas "ici" ! Et c'est avec ces espérances humaines que nous parvenons à vivre.C'est à cela que la maman de Dollie songeait.Elle voyait sa fille grandie, connaissait la vie dans ses beautés, dans ses disgrâces; elle la voyait, obéissant malgré elle peut-être à la loi de la nature, c'est-à-dire accomplissant sa destinée.Finie la petite vie tout intime, fermée comme un cercle d'or.Finies les prome- nades à deux seulement, par les beaux après-midis ensoleillés.Fini tout cela.Dé-qu'un d'autre pour compléter le bonheur de Dollie ! Et cette certitude faisait mal à la jeune femme.Une autre maman plus positive aurait ri de ce chagrin, mais elle ne l'aurait pas effacé! La jeune femme était une des rares personnes qui aiment avec une extraordinaire délicatesse, qui aiment non pas tout à fait parce que c'est naturel, mais pour la joie d'aimer! Prise par ses réflexions, la maman de Dollie oubliait l'heure.Le soleil n'était plus qu'une flamme mourante.La fillette revenue s'écria avec gaieté : — Maman, maman, il va faire noir, tu ne t'en viens pas?La jeune femme sursauta.Elle prit son livre et se dirigea avec Dollie, vers la maison.Etonnée par le silence de sa mère, la petite questionna: — Maman, tu es fâchée ?Et par une intuition charmante, comme si elle eut deviné le chagrin de la jeune femme, elle reprit aussitôt: — Je me suis bien amusée avec Mireille et Janette, mais .je suis mieux avec toi, tu sais ! Oh! Cet aveu fut magique.Il caressa magnifiquement ce coeur maternel, un peu fou, effrayé par les exigean-ces de la vraie vie comme l'oiseau par l'approche du soir .Vieux usages Saint-Jean Chrysostome raconte que.lorsqu'il s'agissait, chez les anciens chrétiens, de choisir le nom que porterait un enfant nouveau-né, le parrain, après avoir convoqué toute la famille, faisait allumer un certain nombre de lampes, à chacune desquelles on attribuait un nom.L'enfant recevait le nom de celle qui s'éteignait la dernière.En agissant de cette façon, les fidèles croyaient s'en rapporter au jugement de Dieu qui devait, pensaient-ils, manifester sa volonté par l'intermédiaire de ces (lam beaux, considérés comme emblèmes de la durée de la vie humaine.Situations dans les affaires Nous croyons être utiles à nos lecteurs en leur signalant que "l'Union Nationale du Commerce Extérieur," Association d'Industriels patronnée par le Gouvernement français, dispose parmi ses membres de nombreuses situations diverses en France et à l'étranger pour les personnes des deux sexes et de tous âges.Les candidats capables peuvent avoir tout de suite des situations lucratives; les débutants peuvent faire un stage, ou recevoir des leçons par correspondance, à l'Ecole Professionnelle de l'Association, tout en travaillant pour augmenter leur valeur et leur gain.Pour tous renseignements, il suffit de s'adresser à la Direction, 3 bis, rue d'Athènes, à Paris.k La Revue Moderne — Montréal, Octobre 1932 Page 5 Bonne feuilles Dans la Lu mière de R aguse (i) RAGUSE! DeB hôtels et des villas comme on en voit sur la cote d'azur et la Riviéra italienne.Des terrasses fleuries.De hauts palmiers dont une faillie luise- agile le p.in.n lie Desi.nl us el îles aînés rampant H.Des figuiers et des oliviers le long d'escaliers de pierre qui escaladent la montagne.Des allées de cyprès qui évoquent Cortone sur le lac de I.ugano ou San-V igilio sur le lac de Garde, En plus petit, Cannes ou San-Remo, où règne, dit-on, un printemps perpétuel, où affluent, en hiver, Allemands, Tchèques, Américains et Anglais.Mais aussi, interrompant la suite des jardins el des villas, adossée au roc, dominée par une forteresse que fit construire Napoléon, ce qui fut, pendant des siècles, l'orgueilleuse république de Raguse offrant toujours, dans son enceinte fortifiée percée de deux portes, les monuments de sa splendeur passée.Les rochers et les forts, qui défendaient jadis l'entrée de Raguse, ajoutent au pittoresque du paysage, et les remparts, qui l'enferment de trois côtés, en fonfune cité moyenâgeuse avec laquelle peuvent seules rivaliser Car-cassonne et Aigues-Mortes.A chaque extrémité de ces remparts, une porte.D'une porte à l'autre, une grande rue.la "Plaça", qui divise la vieille ville en deux parties.Des deux côtés de cette "Plaça", des maisons de pierre, des églises de style baroque, aux larges perrons de pierre, des fontaines, des monuments aux inscriptions latines, des couvents, franciscain à un bout, dominicain à l'autre.Comme à Venise, des pigeons viennent manger sur la piazetta, non loin de l'ancien palais du Recteur, d'inspiration à la fois romane et gothique, rappelant le palais des Doges.La maison des douanes, la Divona, a des arcades et, tout près, des barques dorment dans le vieux port que domine la forteresse Saint-Jean.Entre deux maisons, parfois, un escalier qui conduit à des jardins d'où le regard embrasse la ville, le port et les iles qui Les fortifications de Raguse appartinrent jadis à la république: Lokrum, propriété des empereurs d'Autriche qui la donnèrent aux dominicains et où venait le malheureux archiduc Rodolphe.Lapud, Lastovo.Derrière les murs des couvents, sont des cloîtres embaumés.Une maison de pierre abrite les plus précieuses collections de livres rares et de manuscrits: c'est la bibliothèque des franciscains.Dans une autre sont conservées les archives de l'ancienne république, depuis l'année de sa fondation, au XI le siècle, jusqu'à l'occupation française (1808-11).Partout présente, l'image de l'Occident rappelle que notre civilisation chrétienne, dans ce qu'elle a de plus pur, s'est implantée ici.Comme on est loin de Relgradc et des sauvages \ allées de l'Herzégovine! 11 semble que quelques heures seulement nous séparent de Rome, de la côte italienne.Et pourtant, il y a toute l'Adriatique à traverser."Notre mer", disent les Serbes qui se heurtent ici aux prétentions de l'Italie fasciste .Car il faut prendre bien garde de se tromper.Ces noms de villes et de rues, ces palais inspirés de ceux de Venise ou de Florence, ce christianisme même auquel les Dalniales sonl ilenieines ubst inémenl fidèles: tout cela est latin.Ce n'est pas italien.Les Italiens n'y sont qu'en intime minorité.Leur langue n'y est à peu près pas parlée.Mais le souvenir de l'ancien impérialisme de Venise et le désir d'être les maîtres de l'Adriatique ont poussé les Italiens à réclamer, au lendemain de la guerre, non seulement la majeure partie des îles de la côte dalmate, mais toute l'Istrie, où sont restés un demi-million de Yougoslaves, Slovènes pour la (1) Noua aommea heureux d'offrir noa lecteura cea quolquca extraits du livre IntltuK-: Alix Marches de l'ralropc.qui paraîtra, a la fin d'octobre, aux édltlona Albert L£-veaque.Par Jean Bruchesi plupart, et la Dalmatie.Le traité de Rapallo (1922) a cédé l'Istrie et la presque totalité des iles qui leur assurent la prépondérance en Adriatique.Ils se sont emparés de Fiume et la jeune marine marchande yougoslave se heurte toujours à la concurrence des navires caboteurs italiens qui détenaient, avant la guerre, la majorité du commerce des ports de la côte.La montagne rocheuse, qui fait de la côte dalmate un rempart naturel coupé ici et là de creux où s'abritent de petits ports, ne s'arrête pa6 à Raguse.Bien au contraire, poursuivant sa course jusqu'en Grèce, elle atteint ses plus hauts sommets au pied même de Cattaro d'où, par une extraordinaire route en lacets que les Autrichiens ont construite dans le roc, on gagne les plateaux monténégrins.De Raguse à Cattaro.sur une distance d'une trentaine de milles c'est encore la route aux origines françaises qui, au delà de la porte sud, domine l'Adriatique jusqu'à l'entrée de la célèbre Bouche de Cattaro.On laisse derrière soi la ville fortifiée dont on n'aperçoit plus bientôt que les clochers et les tours.Plus de terrasses fleuries, mais toujours des oliviers et des figuiers qui montent à l'assaut de la montagne jusqu'à une certaine hauteur au de là de laquelle le rocher offre sa nudité lisse ou bosselée.La petite Peugeot, que conduit un aimable Monténégrin, ami du préfet de police de Raguse, gravit les pentes redescend vers la mer, traverse des villes mortes qui appartinrent jadis à la république et dont les noms rappellent les inlluences latines: Epidarius, Castelnuovo.Des palais abandonnés mirent leur façade sculptée dans les eaux bleues.Des paysannes dalmates, tout en blanc, chevauchent par les sentiers qui gagnent la montagne où s'accrochent de rares maisons de pierre aux toits de paille.De l'autre côté de la Bouche, de petitsvillages, dont l'église est le centre, s'étalent en longueur sur les morceaux de terrains plats où s'arrête la montagne.Puis la route atteint Cattaro, gros bourg de 6.000 habitants dont les maisons de pierre, que domine le dôme blanc de l'ancienne cathédrale, s'entassent au pied de la "Montagne Noire".Au flanc même de la masse rocheuse, à quelque 3,000 pieds, courait jadis la ligne de frontière entre l'Autriche et la minuscule principauté de Monténégro.De leurs plateaux déchiquetés à l'aspect désertique qui s'étendent jusqu'à l'Albanie, les Monténégrins, groupe de Slaves réfugiés sur les hauteurs pour échapper à la domination ottomane, dominaient tout le pays turc avant 1873.De temps à autre, ces montagnards indomptables organisaient des razzias.Sur un signal de leurs chefs ils descendaient dans la plaine par les sentiers connus d'eux seuls, et cette descente prenait le nom de tch'la qui signife avalanche.Puis, en toute hâte, ils regagnaient leurs al ris, cultivant avec peine le peu de terre arable qui leur donnait pommes de terre et mas.Jamais les Turcs ne purent en venir à bout, et, dès le début du XYIe siècle, le Monténégro jouissait d'une complète indépendance sous l'autorité de ses évêques.A cette époque, la lutte reprit, plus vive que jamais, contre le Turc et, de Cettigné, partirent d'incessants appels à l'union des Slaves.Chaque fois qu'un soulèvement éclatait dans la plaine, les Monténégrins étaient les premiers à prendre les armes pour voler au secours de leurs frères opprimés et tâcher d'obtenir des grandes puissances un accès à la mer qui eût assuré leur" indépendance économique.En 1905, leur prince, Nicolas, qui chantait en vers les aspirations de son peuple, se sentant appuyé par l'Italie dont le souverain, Victor-Emmanuel, était devenu son gendre, transformait la principauté en monarchie constitutionnelle.c'est du Monténégro que partit, en 1912, tiré par le fils aîné du roi, le premier coup de canon des guerres balkaniques.Cattaro et sa célèbre Mais, six ans plus tard, " Bouche ".le vieux roi, obstacle à l'union des Yougoslaves, était chassé de sa capitale.Le Monténégro disparaissait comme unité politique.Les montagnards n'ont pas changé grand'chose à leur vie d'autrefois.Nombreux encore ceux qui portent la robe rouge, le large pantalon bleu plissé aux genoux, les guêtres blanches et la toque à fond rouge.L'ancienne capitale, Cettigné, ne peut encore être atteinte, comm Une vue de Cettigné au temps où les frères Tharaud la visitaient, qu'à dos de mulet ou en voiture.Dès la sortie de Cattaro.la route s'accroche à la montagne dont elle raye le flanc de son long ruban de poussière blanche aux quarante-sept tournants.A chaque détour, on voudrait s'arrêter pour admirer le paysage: les maisons de Cattaro.des clochers parmi les cyprès, la nappe bleue de la Bouche que recouvre en partie l'ombre des rocs géants et qu'enlace la route serpentante, et, par delà le rempart de calcaire.l'Adriatique tant convoitée.En haut, du roc, toujours du roc, tacheté ici et là de noisetiers et de frênes.Finalement, c'est le sommet, l'un de ces plateaux désertiques où les lopins de terre arable sont rares, où pousse le pin, où vit le montagnard dans sa maison de pierre au toit bas.Et ainsi.jusqu'en Albanie.dont, à certain moment, par temps clair, on aperçoit le lac de Scutari.se succèdent les alvéoles de cette immense ruche qu'est le Monténégro.Pas de villages; mais de simples hameaux dont les quelques maisons bordent la route L'n peu plus loin, le pavsage cesse d'être aussi triste.La route descend un peu et court à travers une petite plaine.Des maisons aux toits de tuiles, des rues droites qui servent aux piétons comme aux animaux et aux automobiles, quelques arbres: c'est Cettigné.tombée du rang de capitale à celui de très modeste et très triste sous-préfecture.5.000 habitants à peine vivent ici: "un de ces lieux, écrivaient les frères Tharaud.où il faut naître .vivre et mourir, ou ne pas rester une heure".J'y suis resté plus d'une heure.Le temps de prendre un mauvais déjeuner à l'hôtel de Paris !), de visiter l'ancien "pala's" transformé en musée où aucune sentinelle ne monte plus la garde, et d'arpenter les rues sans ombre et sans vie.De temps à autre une maison, plus imposante que les autres, entourée d'un jartiin, s'offre à la vue.Ces maisons mortes abritaient, avant 1918, les amlassades et légations que toutes les puissances d'Europe entretenaient ici auprès de Sa Majesté Nicolas 1er Avant que la nuit vienne, la vaillante petite Peugeot, que rien n'arrête, même pas la chaleur torride faisant éclater les pneus, a repris sa course vers Cattaro et Raguse.vers les Peurs et la lumière, vers la vie.De nouveau, le désert de pierre, la route en lacets, mais, cette fois, pour la descente au soleil couchant.1 e regard ébloui erre de la cime des monts rugueux à la mer qui, tout en bas.se couvre peu à peu de grandes ombres.Les premières lumières de Cattaro s'allument.La nuit est complètement venue, incomparable nuit de pleine lune.Diner à Castelnuovo sur une terrasse brillamment éclairée.Comme musique, le clapotis des vagues sur les rochers voisins.Des barques qui glissent, invisibles.Puis, les maisons et les vieux palais abandonnés.Des milles et des milles, pendant lesquels on ne rencontre âme qui vive.Mais aux approches de Raguse.vers les deux heures du matin, des femmes, tout de blanc vêtues, qui conduisent à la ville leurs mulets chargés de pastèques, de grosses 'gués juteuses et saignantes.Elles chantent.Voix pures comme en ont les Italiennes, de l'autre côté de l'Adriatique, et qui brisent seules la bienfaisante paix de la nuit.Au passage, elles nous jettent un sonore "addio". Page 6 La Revue Moderne — Montréal, Octobre 1 9 S 2 AU FOND DE LA MINE A 15 MINUTES DE SHERBROOKE LINVITATION ne pouvait me laisser insensible.C'était du reste une tentation de plusieurs années à laquelle j'allais me prêter.A mi-hauteur de la montagne, nous arrivons, mon hôte et moi, aux bâtiments où sont les moteurs, compresseurs, forges et le reste.Sans plus de façon, j'enfile une salopette, je mets mes caoutchoucs et l'on me munit d'une lanterne de mineur.Par précaution je me nantis de la lanterne électrique que je traine toujours dans ma voiture.Et nous voilà à l'orifice de la mine.Tunnel horizontal long de 1,000 pieds, haut de 7 à 8 pieds, creusé à vif dans le schiste solide, ondulant et tourmenté sans doute au cours de certaines transformations du sol.Un courant d'air froid nous fait frissonner.Ce contraste avec la chaleur accablante du dehors nous saisit.On m'explique que c'est le retour de l'air fourni par les compresseurs qui nous donne l'impression qu'on veut nous souffler à l'extérieur.Nous marchons sur les traverses d'une voie ferrée à petit écartement et sans transition nous sommes dans l'obscurité que des ampoules à pauvre lumière jaune trouent de distance en distance.Je regarde la voûte: du roc, au-dessous et à côté.Pas un étai.La puissance herculéenne de la masse ne requiert aucun appui.Ici, une goutte froide me tombe sur le nez.L'eau suinte, mais de fissure nulle part.Nous avançons toujours et passons à quelques pieds du puits pour nous rendre à la chambre des machines.Encore dans le roc vif, 15 pieds de hauteur, vaste, cette pièce à 400 pieds sous la montagne, à 800 pieds au-dessus du niveau de la mer, renferme les énormes tambours mus par l'électricité et commis aux soins (des plus attentifs) d'un mécanicien qui tire ou pousse les leviers de commande après avoir reçu les signaux du téléphone ou d'une sonnerie: drigne, drigne, drigne, un temps, drigne: un wagonnet va remonter d'une galerie à une autre.Signaux lumineux rouges ou blancs.Le mécanicien doit être familié avec le code de tous les signaux, car ce n'est que par eux qu'il peut communiquer avec ceux qui sont en bas, au fond, tout au fond de la mine .tout au fond où nous irons tantôt.De grandes aiguilles, de grands doigts plutôt, suivent sur des disques le trajet des véhicules; cela rappelle l'indica' teur du parcours d'un ascenseur.Personne autre que l'administration, dont le bureau est dans la vallée, et les chefs d'équipes, ne peut parler à l'appareil.De l'administration, on parle au fond, tout au fond de la mine.Personne autre que les préposés au chargement des wagonnets n'en peut demander le mouvement.Et ces préposés sont en dessous, dans une galerie ou repos.* — Ces énormes machines ont été fabriquées à Sherbrooke, à l'Ingersall-Rand.Elles sont probablement les plus souples et les plus perfectionnées au monde.Je les vois obéissantes au moindre commandement et je crois en la parole que l'on me dit.— Je note que le cabestan a deux bobines d'enroulement.Les wagonnets montent et descendent en même temps ?— Les cabestans tournent dans le même sens, mais les cables y sont attachés inversement de manière qu'une montée et une descente soient simultanées.Mais pas par contrepoids.A-t-on besoin d'un seul wagonnet, une manœuvre désaccouple les bobines et l'une d'elles tourne alors isolément.Voyez, l'accouplement va se produire, la." J'aperçois d'énormes ressorts qui se détendent et repoussent un disque qui s'accole à son voisin à la suite d'une puissante friction .le système de l'ancienne transmission Ford.Un signe d'amitié au mécanicien et nous refaisons une partie de la route déjà parcourue.J'entends l'eau qui coule.— Diable, y a-t-il une source?— L'eau envoyée au fond du puits est refoulée par une pompe et s'écoule au dehors par le "canal" que vous voyez".Nous voici dans la galerie des arrivées et départs du funiculaire.Je jette un coup d'ail sur l'entrée du puits.Brrr.A quinze pieds, c'est l'obscurité totale et cet air froid qui persiste à souffler.Notre haleine en est gelée, une vapeur sort de nos bouches Brr, et je descendrai là?.Je suis venu pour ce motif, D'ailleurs je ne puis plus reculer.Le wagonnet vient de stopper près de nous et l'on m'y fait prendre place.— C'est ce cable d'un pouce de diamètre (ou un peu plus) qui va nous.qui retient le wagonnet ?Nous arrêtons à chaque galerie ?— C'est ce cable en effet, d'une longueur de 5,700 pieds (plus d'un millei, fait du meilleur acier connu.Il est examiné quotidiennement et maintenu en parfait état.D'ailleurs nous le remplaçons par un neuf, dans quelques jours.— .?— Oui, le puits aura bientôt 6,000 pieds de profondeur.Cette mine est l'une des plus profondes au monde, vous savez".Je l'ignorais.Je suis heureux qu'on me l'apprenne.— Alors, nous aurons un nouveau cable qui va coûter $2,750.00.Car nous descendons sur une voie ferrée jusqu'au fond, tout au fond de la.— Oui, je sais.Sortie de la mine — Vous êtes prêt ?Un signe de tête.Il y a des moments dans la vie où l'on ne parle que par signes.Je suis à un de ces moments.Le signal.Allons, pourquoi serais-je moins brave que ces cent à cent cinquante hommes qui vont et viennent tous les jours par le même chemin?C'est que c'est que explications futiles.Nous partons, et tout de suite je mets ma confiance en ce cable qui me semble un fil et en la parole de l'excellent ingénieur Plumb qui me sourit de contentement.Il est si fier de me faire voir ce qu'il y a dans cette obscurité.Féru du Jules Verne de mon enfance, je vais moi aussi faire mon voyage au centre de la terre.Je vous ferai observer que je n'en reviendrai pas par le Stromboli Nous descendons à raison de 400 pieds à la minute.A vide, les wagonnetslfont du 750 pieds.Ils remontent à cette même allure.J'ai la sensation d'enfoncer dans le froid; c'est la sensation dominante.Çà et là des ampoules blafardes.Je darde le rayon de mes lampes et je vois l'autre cable qui se balance en tirant un wagonnet.Nous sommes sur la voie numéro un.Bruit sourd, enfermé, que fait notre véhicule par son roulement de métal sur métal.J'ai encore au cœur un petit froid, mais ça ne dure guère.Couché dans le wagonnet, je regarde au-dessus de moi le défilé du chevalement et du bâti de la voie.Il y aura de ces énormes pièces de bois tout le long du chemin.Fils électriques, tuyaux pour l'eau et l'air comprimé, sont appendus à cette charpente et transportent leurs services partout où l'on en a besoin.Des excroissances blanches, que je prends tout d'abord pour du frimas, ne sont que des fongosités (champignons), qui couronnent le haut de certains poteaux.Çà et là, la voûte s'abaisse presqu'à la hauteur du char, puis fuit à nouveau dans l'ombre de la pierre.Travail gigantesque et patient que le périment de ce long couloir en profondeur dans le roc de for.'nation pré-cambrienne ( la plus ancienne des formations géologiques).C'est en 1863 que George Capel, le premier propriétaire de la mine, fit des sondages.Il Cherchait de l'or, il trouva du pyrite cuprifère (cuivre) en grande et riche quantité et bientôt apparut le minerai que l'on extrait depuis celle époque.I >ans le même sei leur, .mpte plusieurs .unies mines King, Ascot (McCaw), Clark, Suffield, Capelloii.A l'exception de la Eustis-Capelton, toutes sont inexploitées.Sait-on que l'on vendit du cuivre de Capelton aux Etats-Unis pendant la guerre civile (1861-1865)?— 1,500 pieds._ ! ! ! ! De distance en distance, sur une petite plateforme, un mineur debout surveille le va et vient du minerai que l'on expédie au dehors.Cette fois c'est sur nous qu'il a l'œil.Nous avons dépassé le niveau de la mer.Le tunnel d'entrée était à 800 pieds au-dessus de la mer, tandis qu'en bas nous serons à 2,800 pieds sous la mer.Et déjà mon excellent cicérone me dit que nous avons laissé loin par delà nos têtes, et la voie du chemin de fer Québec Central.et la rivière Massawipi.— 3,500 pieds._ ! I i — Nous arrêtons ici, car il y a d'intéressantes galeries à visiter.Ressentez-vous un malaise à la tête ?Le sang vous bât-il aux tempes?— Je ne ressens rien d'autre que le plaisir de voyager dans l'inconnu.Et en votre compagnie, c'est comme un beau livre que je feuillette.— La pression atmosphérique a changé graduellement durant la descente.Suivez-moi".Nous prenons le couloir de gauche et sur le conseil d'éviter une chute, je sens tout à coup mes jambes flageoler.Je suis légèrement étourdi.Je franchis le madrier qui fait passerelle et marche sur une petite voie plus étroite que l'autre.Ce couloir — la station en compte plusieurs — mène à une issue (man-way) de sauvetage.Et l'on m'explique que, malgré la solidité des parois, des voûtes et des piliers de grande dimension qu'on a soin de laisser au soutient du toit fabuleusement lourd que fait la montagne au-dessus des galeries, les éboulis sont possibles quand même, car le globe terrestre est toujours en travail et les vides (j'en décrirai un bientôt) que produit l'extraction du minerai peuvent parfois se remplir par effondrement ou sous la pression titanesque des masses supérieures.Alors ce serait l'emprisonnement, l'écrasement et l'obstruction du puits.Pour obvier aux accidents possibles mais jamais survenus, les chutes dont on a fini l'utilisation servent d'issues d'une galerie à l'autre.Il y en a qui ont 25, d'autres 50 pieds ou plus qu'il faudrait en cas d'alerte gravir presque verticalement.Ces chutes — appelons-les plutôt cheminées, — ont deux pieds environ de diamètre et font communiquer deux chambres.Dans la chambre supérieure, à la dynamite, au pic et au marteau, le mineur désagrège le minerai et le lance dans la cheminée.Parvenu au bas, il reste à d'autres mineurs à le pelleter dans les wagonnets qui transportent le minerai dans un magasin d'où il sera basculé dans le wagonnet de remonte.De sorte que le puits central ne verra jamais de blocs dévaler jusqu'en bas, car avec la vitesse acquise ces blocs deviendraient meurtriers.Ces cheminées ont encore d'autres fonctions.C'est par elles que s'exerce la circulation de l'air.Travaille-ton dans telle chambre, l'air frais devra y passer.Et pour qu'il accomplisse sa mission, on fermera telle cheminée à serre au moyen d'une porte massive qu'on aura soin de ne jamais barrer ou obstruer parce que lorsqu'il se produira à cet étage, ou ailleurs, un fort déplacement d'air, soit par la tombée d'un corps lourd ou la déflagration de le dynamite, il faudra que cette porte ait la faculté de s'ouvrir d'elle-même.Autrement voleront en éclat, porte, cadre et cloison.Nous nous engageons dans une de ces étroites cheminées pour pénétrer dans une chambre en contre-bas ou trois ou quatre mineurs-noirs comme les démons de l'enfer qu'ils cherchent à atteindre dirait-on, mais hâtons-nous d'ajouter que ce sont tous de bons diables qui vous disent bonjour, — s'empressent de se rendre charmants envers le visiteur et vous donnent une démonstration de leur travail.Armés de perforatrices à air comprimé, et La Revue Moderne — Montréal, Octobre 1 9 S 2 Page 7 D'EUSTIS Par LEON 11 )AS BACHAND, Notaire CAPELTON qui font un bruit d'enfer,— je vous dis que nous en sommes tout près, croyez-moi,— ils attaquent la paroi d'où jaillit une gerbe d'étincelles provenant du souffre qui brûle instantanément sous la morsure terrible de l'outil tournant à une excessive vitesse.Car le minerai contient du cuivre, du fer et du souffre; — n'est-ce pas que l'image de l'enfer est à peu près complète ?Mais le feu d'artifice disparait sous le jet d'eau passant pu le trou percé au centre de la tige.Cette eau sauve sans relâche la vie des mineurs.C'est elle, qui au fond de la cavité produite par le foret, humecte le minerai pulvérisé que sans elle le mineur respirerait à l'état sec et qui en peu de temps lui lacérerait les poumons et le tuerait.L'eau est l'amie qui lui vient d'en haut .- Quand il se détache des morceaux, les parois brillent comme de l'or au rayon de nos lanternes.Quelques sueurs perlent à mes tempes; la chambre où je suis ne communique que par en bas avec la grande galerie.Je manque d'habitude évidemment et la raréfaction de l'air m'oppresse légèrement.Mais cela ne m'incommode pa.s.A un signe, je reviens aux échelles; bonjour aux bons et prévenants ouvriers; j'attrape un souvenir de minerai et me revoilà dans la grande galerie.J'attire l'attention de M.Plumb sur un quartier de quartz incrusté dans les strates.— A côté de la veine de cuivre soudée au roc, il y a ce dernier qui est de la même nature commune de celui que vous voyez sur la montagne.L'immense filon passe dans une fissure de ce schiste que vous voyez.Et la distinction est nette: schiste, ici; pyrite, là.Le gisement n'a pas partout la même épaisseur cependant".D'un coup de marteau, l'ingénieur casse un morceau de quartz que je mets dans ma poche.Le wagonnet est revenu et nous attend.Nous nous y glissons et la descente reprend.Nous passons d'autres galeries ou stations.— 5,000 pieds._ ; ! ; Nous sommes forcés de changer de voiture, car la voie sur laquelle nous voyageons n'atteint pas le fond.La voisine s'y rend mais elle est occupée.Cette station, comme les précédentes, se compose d'une vaste chambre avec plancher de madriers.C'est en ces endroits que les mineurs se rassemblent pour remonter à la surface, la journée finie.La nouvelle voiture est plus étroite et roule sur une voie de moitié moins large.Là est une réplique en plus petit de la chambre aux machines d'en haut.Cabestan, leviers, signaux, etc.Et leur maître, assis, fume sa pipe béatement, comme vous et moi.C'est lui qui nous conduira à la dernière étape.Nous nous tassons dans la wagonnette et reprenons notre marche.Le puits semble se rétrécir, mais nous parvenons sans encombre: "Sautez".— 5,300 pieds.Alerte comme un habitué, plus rien ne m'effraye.Je saute.Nous sommes au fond, tout au fond .A 2.S00 pieds sous la nier.A 5,.100 pieds dans le ventre de la terre.A quelques milliers de milles de l.i Sibérie qui est sous nos pieds .pourvu que la terre soit ronde et que Christophe Colomb et Philéas Fogg n'aient pas menti.Je suis dans un réduit de 10 pieds environ.Tout autour de moi, du minerai; là, à cinq pieds, le bout des rails que j'entrevois et notre voiture disparue.Je retourne et retourne sous les regards amusés de mon cicérone et d'un chef d'équipe.— Quelle impression ?— Je ne puis vous en faire part; il faudra d'abord que j'en revienne.A 5,300 pieds à l'intérieur du Globe, dans l'obscurité qui serait parfaite si nous n'avions pas nos vaillantes petites lampes à carbure.A 5.300 pieds, loin des tracas de cette maudite dépression économique, de tous les bruits.Mais qu'est-ce que cette vibration de tout ce qui m'entoure, ce bruit sourd, cette commotion du réduit où je me trouve enfermé ?.— Une décharge de dynamite là-haut, à mille pieds peut-être.Vous venez d'éprouver la sensation d'un tremblement de terre.Une quinzaine de fois dans l'année, on enregistre ici des chocs sismiques survenus on ne sait où, mais ils sont plus prononcés que celui dont vous venez d'être témoin.Tenez, en février, le contremaître que voici et ses hommes eurent la frousse.Un choc sismique de 20 secondes faillit provoquer une panique.Etait-ce un effondrement causé par des piliers cédant sous le poids de la montagne ' ou une cavité inconnue qui se comblait ?Une galerie d'extraction du minerai.Au bas de la vignette, une cheminée ou chute communiquant à une galerie inférieure.Avec l'habitude qu'on a de ces phénomènes, la quiétude reprit son cours.Du reste, la mine de Capelton n'est pas susceptible d'écroulement.Notez que vous êtes aussi en sûreté ici qu'à la surface; plus encore, parce qu'il y a surveillance de tous les instants.Sauf distraction chez quelqu'un, et imputable à lui seul, il n'y a aucun danger pour nos ouvriers.On rallume nia lampe éteinte par l'explosion de tout à l'heure.— Je vois que vous avez apporté un thermomètre.Je serais curieux de connaître le degré de la température ici.ah! 80e Farenheit.à peu de chose près, la température du dehors.Je n'ai jamais pensé à trainer un thermomètre avec moi; je suis heureux que vous me donniez l'occasion de faire une constatation intéressante.Voyez, nous sommes dans une mine absolument sèche.C'est un fait rare.Nos équipes de jour et de nuit percent environ 50 à 56 trous de 3 pieds de profondeur et chaque sautage nous enfonce à peu près de 2 à 2 1-2 pieds par jour.— Le minerai est-il dur ?— Pas ici, parce que l'action des explosifs l'ébranlé.Mais ailleurs, quand on le pique, il a la dureté du roc." D'un coup de marteau, M.Plumb fait sauter un morceau de minerai.— Mettez-le dans votre gousset avec vos échantillons.Celui-ci n'a pas plus de valeur que les autres, mais vous saurez qu'il a été cueilli à 5,300 pieds sous terre".Nous remontons maintenant.Cette fois, les passagers sont au nombre de quatre, car les mineurs ont fini leur journée et ont hâte — bien légitimement — de retourner à leur foyer.Nous faisons escale à la prochaine galerie où nous retrouvons le gros wagonnet au bout de son cable que je vois remuer dans l'ombre.— Venez par ici.On nous attendra quelques minutes".Etonnement! Que vois-je là que mes deux lanternes et celle du cicérone peuvent à peine éclairer! Une caverne immense: 100 pieds de longueur, 50 de largeur et 25 de hauteur! Une caverne creusée par la main de l'homme; une caverne où la température est tiède et douce.Une caverne qu'on remplit peu à peu des déchets de la mine.Quel spectacle, cette nef immense sous la montagne! D'énormes piliers trapus de 10 pieds de diamètre faisant corps avec elle en supportent l'entrée.— Savez-vous à quel indice on perçoit un effondrement prochain ?On constate en frappant d'un marteau le roc ou le minerai que les bribes sont lancées dans l'air avec l'élan de la flèche.C'est que la compression devient terrible et alors il y a danger.On abandonne l'endroit temporairement et quand on y revient, c'est pour recommencer l'expérience.Il faut étayer le toit afin de réduire la pression qui vient d'en haut; et si, malgré cela, le travail lent de la compression continue, comme il n'y a ni colonnes, ni piliers si puissants qui puissent s'opposer à l'effet formidable de ce qui va se produire, on obture l'entrée de la chambre et l'abandonne à son sort.Merveilleux! merveilleux! Nous n'arrêtons plus qu'au point de départ, à cette station où est le tunnel de sortie.— Ce minerai que nous extrayons à raison de 200 tonnes par jour est expédié au moulin où les broyeurs le réduisent en pqudre.Cette dernière sera soumise au lavage, c'est-à-dire sera mécaniquement amenée en des bains à fond de canevas sous lesquels souffle l'air comprimé qui provoque ainsi des myriades de bulles qui porteront le cuivre sur leur rondeur fragile.Celles-ci se hâteront vers un canal tandis que le fer resté au fond sera dirigé ailleurs.Ces minerais subiront encore quelques bains consécutifs et ce qui n'avait pas réussi à être séparé, le sera définitivement pour être conduit aux séchoirs, énormes cylindres rotatifs à parois doubles entre lesquelles l'eau sera aspirée.Mais il restera dans le minerai 71', d'humidité.On le soumettra au four et il en sortira pratiquement sec: le cuivre en une poudre d'un vert sombre, le fer d'une teinte gris sale.Dès cet instant, on en fait l'expédition aux fonderies (srhclters) où ils seront purifiés et le cuivre deviendra lingot, et le fer, gueuse.Avant cela, on en aura extrait le souffre et l'acide sulfurique sans pour cela leur enlever leur nature de cuivre ou de fer pour fins commerciales.Au moment de remonter, on me fit coucher sur le côté afin d'avoir du puits une vue d'afl lée.— C'est singulier, à la descente j'avais cru que le trajet était vertical.— Le puits est par échelons, les uns inclinés à 45o, les autres, un peu moins.Nous approchons du point de départ.Mais non, cette lumière est celle d'une plateforme.Et ainsi de suite, le tube continue sans interruption et nous suivons le cable courageux qui se balance devant nous malgré la tension que lui imprime le poids qui y est accroché.— Nous traversons en ce moment une veine (dyke) qui pendant quelque temps interrompit nos travaux.Nous localisâmes cette veine de matière exceptionnellement dure (porphyrite) et d'une épaisseur de 30 pieds.Elle est de composition toute différente du roc de la montagne et des pyrites aussi, évidemment.Elle est d'origine ignée (fusion volcanique^ et doit être venue du centre de la terre à l'âge préhistorique des grands méta-morphismes.A la suite d'effroyables dislocations qui [Suite à la page ji) Pape 8 La Revue Moderne — Montréal, Octobre 1 9 S 2 D ans le Mond' des Lettres » » AUnuUUU.UA.'.A.Ll.H A A A A A A A .nTITTT) Le Coffret de Crusoé (1) LOUIS OUIS DANTIN passe à juste titre pour notre meilleur critique, le plus juste, le plus serein, le plus pondéré, réunissant la sûreté des vues à la pureté et à l'élégance du style.Ceux-là, sans doute, ne le voient pas du même oeil, pour qui la critique consiste d'abord à manier la hache, voire même à vider un carquois de flèches soi-disant empoisonnés où à brûler de l'encens, dans la mesure où ils ont des rancunes à satisfaire, des haines à assouvir, des jalousies à traduire ou des faveurs à gagner.La critique, oeuvre de jugement, de bon sens et de saine pondération est aussi mal servie par ces petits maîtres grossiers, dont certain s'est interdit (?) la profession de notaire, que la politique — la véritable — peut l'être par des journalistes transformés en valets sans honneur ni sincérité.Louis Dantin poète était, jusqu'ici, moins connu du public, bien qu'il ait, à plusieurs reprises, soit par le rythme de sa prose, par sa compréhension de nos poètes (cf.la préface aux oeuvres de Nelligan et Poètes de l'Amérique française), soit encore par sa manière de voir, de sentir et d'exprimer (cf.La Vie en Rêve), trahi le poète sensible et délicat caché dans le prosateur, maître de sa langue.Il figure en bonne place dans l'anthologie des poètes canadiens et ses amis ont pu se délecter à la lecture de quelques poèmes publiés pour eux seuls en plaquettes.La plupart de ces vers, déjà parus ou demeurés jusque là dans les cartons de l'auteur, forment la substance pleine de suc du Coffret de Crusoé où éclatent tour à tour l'accent des symbolistes et celui des parnassiens, s'ajoutant à la grande voix des romantiques.Louis Dantin a eu l'heureuse pensée d'ouvrir "ces cahiers secrets" auxquels il avait confié "les souvenirs et les rêves" de sa jeunesse.On retrouve dans ces pages, à la lecture d'une demi-douzaine de sonnets, d'une vingtaine de courts poèmes et de quatre ou cinq pièces de longue haleine, l'homme indulgent et bon, épris de liberté, toujours à la recherche du beau et du vrai, sincère même dans ses erreurs — ce qui n'excuse pas les erreurs — mais dont le coeur tourmenté ne trouve pas le sûr abri du port après les heures d'orage.Ce coeur, "dans la mer jeté," continue d'être le jouet des vagues que sont les passions, les faiblesses de la nature humaine, les incertitudes et les douleurs.Et toujours dans l'antre profond Son coeur descendait plus au fond.Les derniers vers que renferme Le Coffret de Crusoé en disent plus long sur ce point, jettent plus de lumière sur l'âme de l'auteur, que tout le volume.Ah! mon coeur est un gouffre insondable et béant (lit /.Ih-ir l'rinnr il Imiit comme une braise.Et, pauvres oiseaux fous qu'attirait le néant.Tous mes amours sont là, tombés dans la fournaise.Et pourtant, en dépit de ses souffrances, des deuils qu'il porte, des regrets qu'il exprime, le poète, parce qu'il est poète vraiment, un créateur d'illusion, trouve encore la force de chanter l'"Op-timisme"; un optimisme appuyé sur la foi dans le progrès continu et la bonté naturelle de l'homme.Il en arrive à voir que .toute fange est d'or quand le soleil se lève, et que .l'enfer est divin dans l'extase du Dante.volume, aux édition* Albert Levesque.Par Jean Bruchesi Comme si la fange, même avec un rayon de soleil, cessait d'être la fange; comme si l'enfer pouvait être divinisé par le génie du poète.De là à nier la laideur du péché, le péché lui-même, à ne plus distinguer le bien du mal, il n'y a pas loin.Dilettantisme moral qui permet de ne pas faire un choix, dans la pensée que choisir c'est aliéner une part de sa liberté.Et, chose étrange mais facile à prévoir, 1» poète fera de la vie et de la mort, penchées sur "les berceaux," deux spectres pareils, Farouches, l'oeil flambant d'un mystère fatal.Ou bien, contemplant un jour le ciel où glisse un petit nuage, "dans la splendeur tranquille du couchant," il en verra sortir .larve atroce et sans nom, Un avion sanglant ferré pour le désastre.La vie en soi, même avec ses incertitudes et son mystère, même avec ses peines n'est-elle pas plutôt quelque chose de beau pour quiconque sait lui donner, ainsi qu'à la mort, son véritable sens ?Et l'avion qui sort tout à coup du nuage, pour voler en pleine lumière, n'a-t-il pas plutôt l'air d'un grand oiseau aux ailes d'argent, à la fois un symbole et la manifestation de l'effort humain ?Ayant tout au moins la religion de 1 humanité et celle de l'art — combien décevantes et fragiles! — Louis Dantin devait traduire son admiration, son amour pour Jean-Jacques Rousseau, le grand-prêtre de cette religion.Et cependant, Jean-Jacques, dont personne ne conteste l'influence sur l'évolution des idées, n'est pas précisément un beau spécimen de notre humanité.Sans s'arrêter à ce que Louis Dantin appelle "l'humaine faiblesse" — ne serait-ce pas plutôt une lâcheté, l'une des plus inhumaines?— du père qui met ses petits aux Enfants-Trouvés — rien, du reste, ne prouve absolument que Jean-Jacques ait agi de la sorte — la vie du père d'Emile est pleine de bassesses et de laideurs.Presque chaque vers du poème que lui consacre Louis Dantin fait surgir un point d'interrogation.Car nul moins que Rousseau n'a "renié tous les esclavages," à moins qu'il suffise, pour ne pas être un esclave, de rejeter toute autorité, toute discipline morale.Quant aux idées, aux théories du philosophe, pas n'est besoin d'étudier longtemps l'histoire du dernier siècle — sans remonter plus loin — pour en percevoir la néfaste influence.Et le monde se serait bien passé de "l'égire nouvelle" saluée par le poète.Mais il s'agit ici moins de Rousseau et même des idées de Louis Dantin que des qualités incontestables et des faiblesses du poète qui demeure sincère au risque de déplaire ou d'offusquer.Ce poète, qui sait exprimer ses doutes, ses penchants bons ou mauvais, ses amours et ses inimitiés — il n'est jamais question de haine avec Louis Dantin — qui se raconte dans ses vers, est un artiste.A mon sens, le poète n'a toutefois ni l'aisance, ni la souplesse, ni la verve du prosateur.L'effort, chez le premier, est beaucoup plus apparent.La langue, sans doute, a presque une richesse égale, le vocabulaire est abondant, si le sens de l'image juste n'est pas aussi développé.De la première à la dernière page, les beaux vers sont nombreux, assez nombreux, certes, pour que l'auteur obtienne le pardon d'un brin de clinquant ou de quelques clichés malheureux.Son vers, comme sa prose, a de la couleur, de la vie, surtout dans ces poèmes, "La complainte du coeur noyé" dont la forme et le thème évoquent "la chanson de la glu" de Richepin, "La triste histoire de Li-Hung Fong" et "Le Désert" débordant à la fois d'ironie et d'émotion.La fantaisie du poète y circule, s'y exprime avec plus d'aisance, n'étant assujettie qu'à la rime.Et, pour ma part, c'est le poète des "bouts rimes," le chan- tre des pauvres bougres parlant comme ils Ben-tent, que je préfère à l'autre poète plus contraint et embarrassé, porté à faire abus des épithètes et à délayer un sujet qui |.vai< i'-t n- 1 >i i¦ -\ \ N- TOl'TKS I.KS III WCMAI II-.N LA REVUE MODERNE est éditée par Noël-E.Lanoix, Limitée, et Imprimée par la Compagnie d'Imprimerie des Marchands Limitée, 320 est.rue Notre-Dame, Montréal.CORS DOULOUREUX Ne | s lu is»e* i.111 - voiim tort iiri-r, car t i .Lfttre \ "»i U .r M i OU UU9NTJ lfliie-jit> vous offre un moyen sûr de PMI ni débarrasser.\ mit l'It".soulagé dès l'Instant nu le -«Miole tampon de feutre OOOMlBa le point sensible, élî iniiiiilil I» pression «I.I.t ¦ h;illosnre l'ilis le doux inecli r in le n I il H ne lie le EXTO-Rapld triomphe scientifiquement de» cheveux gris en pénétrant Jusqu'à li» racine des cheveux et en leur fournissant le pigment nécessaire.Il agit en outre en nourrissant h» papille, qui est lu vérituble source de la vie des cheveux.Avez-vnua essayé ÎNECTO-Rapld?Il peut être utilisé facilement à la maison.Procarez-voiis-le a votre magasin d'articles pour la chevelure, a votre pharmacie, dans tout magasin à rayons, on hlen écrivez directement aux magasins W.T.Pemlter.Grandeur de bouteille d'essai: 11.60.Oran-deor moyenne: *3 00.Plu» grande bouteille: (6.25; poste payée.Envoyez un échantillon de vos cheveux.Dépt.R.M.W.T.PEMBER STORES LTD.12».rne l'once — — Toronto THE "Le parti que votre dernier courrier me conseillait était, en effet, le plus raisonnable: rester ici et attendre les événements, pendant que vous cherchiez pour moi une situation."Eh bien, rassurez-vous, monsieur le curé, j'en ai trouvé une.Oh! pas très brillante, allez.mais enfin, mes ressources s'épuisent, j'ai dû me décider."Sachez donc que je suis entrée lundi, au service de la famille Bourrichon, propriétaire du domaine de Bellevue, aux portes de Riveraine.En qualité de quoi ?Attendez-vous à être renversé, monsieur le curé.Là.Vous y êtes?.En qualité d'Anglaise, tout simplement.Ce n'est pas une situation ?.Détrompez-vous.C'est même une situation très nouvelle, quoique singulière: "Fausse Anglaise pour nouveaux riches".Voilà qui est très moderne! "Sans doute, allez-vous penser que ma tâche consiste à apprendre l'anglais — vous savez que je le parle assez bien, grâce à cette pauvre miss Alice que j'ai fait enrager pendant des années — à ces marchands crépins enrichis ?"O le plus candide des mentors, détrompez-vous une deuxième fois.Je n'apprends l'anglais à personne, mais, pour cinq cents francs par mois, je remplis, à Bellevue, de dix heures du matin à six heures du soir, — et les jours de réception jusqu'à minuit, — le rôle d'Anglaise pour jeunes filles désœuvrées."Je suis, dès à présent, 1"'Anglaise de Monique Bourrichon", miss Muriel pour vous servir."Mme Mère m'a expliqué que Monique — Mademoiselle Monique — ne voulait pas mordre à la langue d'Albion, que c'était d'ailleurs inutile, étant donné, Dieu merci! qu'elle n'aurait pas besoin d'en faire usage (hélas! hélas! qui peut savoir ?.) mais que, dans leur "situation' les Bourrichon se devaient d'avoir une Anglaise pour leur fille."Votre tâche, a achevé cette moderne châtelaine, se bornera donc à tenir compagnie à Mlle Monique, — Mme Bourrichon trouve très distingué de ne pas désigner autrement mon élève, — à vous mettre au piano quand elle voudra faire danser ses amies, à vous occuper du thé et des petits gâteaux les jours de réception, enfin, à rendre les menus services qu'on réclamera de vous."Naturellement, vous supprimerez ce d'Andrieux.qui n'est pas compatible avec vos fonctions ici."— Mais, madame."— Et vous prendrez l'accent anglais, a achevé péremptoirement cette aimable personne"."J'étais légèrement ahurie."— Comment l'accent anglais .je ne pourrai pas! Je me tromperai tout le temps"."Mme Bourrichon m'a jeté, à travers son face-à-main scintillant, un regard qui a failli me faire entrer sous terre."— On vous paie pour cela, mademoiselle.Acceptez-vous, oui ou non ?" "Que voulez-vous, monsieur le curé, il fallait bien .d'autant que je ne voulais pas désobliger ce bon Me Clamart, votre parent, qui s'était entremis et m'avait recommandée à ces gens-là."Je suis donc passée, au lendemain de cette édifiante entrevue, chez M.et Mme Bourrichon, "cuirs et peaux",— ils n'en fabriquent plus, mais ils ont gardé de leur ancien métier une fâcheuse tendance à dire colydor et miyonnaire, — j'y suis passée avec mon accent anglais et mon nom camouflé de miss Muriel, prononcez: Meuriel Androux."Les premiers jours, cela m'a amusée de dire liabitionde et costioume et vos êtres prenant une tasse de thé.J'étais très forte à la pension pour ce petit jeu-là; c'est toujours moi qui faisais VEnflish, en voile vert et jupe à carreaux.Ici, l'attrait de la nouveauté parti, cela me semble moins drôle."Mlle Monique me prend pour une vraie Anglaise sur la prière de sa mère, je ne l'ai pas détrompée, car il paraît que c'est le seul moyen de conserver sur elle une apparence d'autorité."Ainsi, m'a confié Mme Bourrichon, elle ne se donnera pas la peine de vous dire des insolences.Ce sera autant de gagné"."Le fait est, que cette aimable enfant est diantrement mal élevée.Je ne sais où elle a pris ces façons de corps de garde, mais ses parents — pour lesquels elle est le centre du monde — ne se doutent pas du mauvais service qu'ils lui rendent en cédant bénévolement à tous ses caprices."Toute la maisonnée est aux genoux de Mlle Monique, et il ferait beau voir qu'on lui résistât!.Quant à votre servante, la petite Anglaise de contrebande, combien voulez-vous que pèse sa prétendue autorité devant l'omnipotence de cette héritière qui ne reconnaît en fait de supériorité que celle du coffre-fort.Sans compter que la jeune personne n'a pas loin de vingt-trois printemps et qu'elle est mon aînée de près de deux ans."Pourtant, j'essaie avec la meilleure volonté du monde, de remplir le singulier rôle qu'on m'a dévolu.Je me rends utile comme je peux.Mais tout cela est tellement vain que j'en reste écœurée parfois.J'aimerais bien mieux un travail qui me demande plus d'effort physique, une assiduité plus constante et qui serait de la vraie besogne, occupant mes mains et mon esprit."Aussi, pardonnez-moi, si je me suis montrée, dans ces pages, moqueuse et mordante, — défauts que vous me reprochiez tant autrefois.Je sais bien que je devrais mettre plus de patience et d'indulgence dans mes jugements."Je m'en repens, tous les soirs, lorsque je fais mon examen de conscience, et je prends la résolution de devenir meilleure.Hélas! pauvre de moi!.Tâche difficile!.Je crois qu'on n'apprend cela que dans le corps à corps journalier avec la vie."Ah! je vous entends d'ici, monsieur le curé: "Le ciel nous envoie des épreuves afin de nous enseigner, qu'ici-bas, il faut arrondir les angles de son caractère." Entre nous, le ciel en use bien mal à mon égard, depuis quelque temps, ne trouvez-vous pas ?"Enfin, je dois m'estimer heureuse d'avoir assuré, par mon entrée en fonctions à Bellevue, mon existence matérielle, en attendant le jour, prochain, j'espère, où ma tante donnera signe de vie."Je rentre tous les soirs, reconduite à Riveraine, par l'auto du château qui me prend tous les matins en venant aux provisions."Notre curé à confié à Marizou la garderie de son école, et Marizou en revient régulièrement avec des histoires invraisemblables sur ses marmots."Dans chaque fillette aux cheveux bouclés, elle croit retrouver mon image: "— Tu sais, mademoiselle Muriel, cette petite, c'est tout à fait toi quand t'étais mauviette, avec sa bouche ronde et ses yeux malins .Et les mêmes giries! Elle est futée que c'est pas Dieu possible!." "Sur ce sujet, la verve de Marizou demeure intarissable."La maison de ma tante est somptueuse" ment meublée de choses orientales et curieuses.Je me suis installée dans une délicieuse chambre et rotonde dont les fenêtres s'enguirlandent de tout un décor fleuri."Vous n'avez jamais rien vu de plus beau, monsieur le curé, que ce jardin de Riveraine, le frère de celui qui inspira jadis Perrault."Il n'y manque que les fées, et encore.y sont-elles peut-être, bien que je ne sache pas les voir.N'est-ce pas l'une d'entre elles qui m'a ouvert un jour cette maison déserte mais hospitalière?.Non, c'est le jardinier Bertrand.mais il ne voulait pas accepter ma présence .et c'est sans doute une des "Dames", habitantes invisibles des vieux troncs moussus et des futaies frissonnantes, qui a soufflé à Me Clamart de m'accueillir en ce logis endormi."Aussi, souvent, le soir, lorsque je vais, par les allées bleuies de lune, je les évoque toutes, ces fées au visage de songe qui hantèrent mon imagination d'enfant.Je les évoque, au fond du jardin mystérieux, en leurs atours surannés de mousseline tissée d'or, avec les rayons de leur chevelure, le halo troublant qui les enveloppe et leurs danses légères au milieu de la fluidité transparente des voiles."Et j'imagine que, peut-être, un jour, derrière leur cortège gracieux et irréel, je verrai surgir en son costume d'autrefois, élégant et fier, le prince charmant."Priez un peu à cette intention, monsieur le curé, et croyez à toute la respectueuse affection de votre petite, "Muriel" VI Dans la salle à manger sompt ueuse, où, derrière les glaces élinielanlcs, tout un étalage d'argenterie massive et surchargée s'offre aux regards, au milieu des acajous de prix, M.et Mme Bourrichon, les châtelains de Bellevue, dégustent leur café de midi.Petit, chauve et bedonnant, l'ancien marchand crépin promène sur son luxe nouveau un regard de ravissement.Sa fortune, venue tout d'un coup et édifiée rapidement, après des années laborieuses d'échecs, d'efforts et de privations, lui a fait une âme réjouie et encline à l'indulgence, car c'est une nature simple de brave homme.Malheureusement, Mme Bourrichon, née Plumard, ne juge pas "distingué" ce souriant optimisme.Un homme dans la situation du châtelain de Bellevue se doit de prendre un air distant et blasé, de rabrouer les domestiques et de se montrer mécontent de tout et de tout le monde.M.Bourrichon, qui, s'il l'osait, remercierait le ciel toutes les dix minutes pour les faveurs qu'il en a reçues, a une fâcheuse tendance à vouloir faire profiter son entourage — sans distinction de caste ou de hiérarchie — de sa satisfaction présente.Au début, Mme Bourrichon a eu toutes les peines du monde à l'empêcher de distribuer des poignées de main énergiques et bienveillantes au jardinier, au chauffeur, voire au valet de chambre nouvellement engagé.— Enfin, Lionel, ça ne se fait pas! disait-elle, dépitée, en pinçant les lèvres.Lionel — Ernest de son vrai nom — baissait la tête, tout contrit.Ce nom, dont sa femme l'a affublé, encore qu'il évoque la prestance fière du roi du désert, l'incite à i'humilité: il lui remet en mémoire que sa moitié possède, beaucoup plus que lui-même, cette science du monde où ils viennent d'accéder.Dans ce monde, on ne s'appelle pas Ernest et on ne serre pas la main au valet de chambre.Au moins, Mme Bourrichon en décide-t-elle ainsi.— Cette fille est indécrottable, proféra tout à coup la maîtresse de céans, comme elle posait pour la troisième fois un doigt impérieux sur la sonnette.— C'est que .bobonne.Sous le regard courroucé de sa moitié, M.Bourrichon se reprit: — Enfin.tu comprends, Emerance.l'office est loin.— Je vous ai déjà prié de ne pas me tutoyer et de ne plus me donner ce nom ridicule d'Emerance.M.Bourrichon eut un sourire timide: — C'est vrai .j'oublie toujours.C'est que cela me fait si drôle, aussi, après vingt-cinq ans, de ne plus dire Emerance pour vous appeler Nicole.Un rire fusa, aigrelet.Mme Bourrichon leva les yeux vers sa fille.Mais Monique déclara sans s'émouvoir: — Ce pauvre papa! Il ne s'habituera pas plus à dire Nicole qu'à ne pas s'effacer devant Francis quand ce dernier lui ouvre la portière de l'auto.— Quoi.moi, je.L'entrée de la femme de chambre interrompit ses protestations.— Madame a sonné ?— Parfaitement.Trois fois.Vous êtes sourde ?— J'étais à l'office, s'excusa la servante.Je déjeunais.— Vous saurez qu'il n'y a pas de déjeuner qui compte, quand je sonne.— Je n'avais pas entendu.— Taisez-vous! Allez chercher un paquet de cigarettes pour Mademoiselle.' — Les muratti.Il y en a un paquet dans le tiroir de la desserte, avertit Monique.La femme de chambre, qui se dirigeait vers le fumoir, revint sur ses pas, et, passant derrière la jeune fille, prit les cigarettes demandées.Dès qu'elle fut sortie, M.Bourrichon déclara avec humeur: — Puisqu'elles étaient si près, tu aurais bien pu les prendre toute seule, au lieu de déranger.— Qu'est-ce que c'est ?grinça le timbre pointu de Mme Bourrichon, pendant qu'avec un haussement d'épaules impertinent Monique allumait une cigarette.Cette fille est là exprès pour qu'on la dérange.— Mais elle n'a pas déjeuné.à trois heures de l'après-midi.Nous avons terminé depuis une heure.et vous la bousculez continuellement.— Eh bien, après, je la paie! La Revue Moderne Le Jardin de M.Bourrichon se tut.Son regard glissa, un peu craintif, vers miss Meuriel — Dieu, que ce nom était donc difficile à prononcer!— avec la peur i|ue cette réflexion n'ait blessé l'amour-propre de la jeune fille.En somme, elle n'était qu'une salariée, elle aussi, cette charmante enfant si réservée et si souriante, qu'on admettait p.ir faveur spéciale, à la table de famille.Mais Muriel n'avait sans doute pas entendu.Elle rêvait, les yeux ouverts, sur le décor du parc, qu'encadrait une vaste baie, et ne paraissait pas s'intéresser à ce qui se passait autour d'elle."Toujours à sa place, cette petite, pensa M.Bourrichon .Ali! elle n'est pas encombrante! " — Une cibiche, miss?Renversée sur le dossier de sa chaise, jambes croisées, Monique tendait le pa-qiM-i A Muriel.Cette dernière s'évada de son rêve.— No .meurci.prononca-t-elle avec un sourire poli et un délicieux accent.— Meur.ci! répéta l'autre, moqueuse.Vous avez peur que ça vous rende malade ?Muriel rit tout à fait.— No, indeedl Je souis very .plus solide, reaily.— Alors ?— Je n'ai pas Yhabitioude.— Vraiment ?Vous n'avez pas l'ha-bitioude.Vous n'avez donc jamais essayé ?— Oh ! no, mon père ne me peurmettait pas .réellement.Monique pouffa.— Vrai ?Il ne vous permettait pas! Je croyais les Anglaises plus émancipées — Je étais élevée à la française, dit Muriel simplement.Sans saisir l'ironie de la riposte, Monique rétorqua: — Vous savez, en France, toutes les jeunes filles fument.— Pas toutes.— Peuh! dit Monique, en faisant, d'un geste savant, tomber dans le cendrier de cuivre un feu d'artifice en miniature, presque toutes .à part les petites bourgeoises, ajouta-t-elle avec dédain .et encore!.Muriel n'insista pas.— Vous êtes libre pour une heure, miss, déclara soudain Mme Bourrichon.Dès que les amies de Monique seront arrivées, à quatre heures, vous ferez servir le five o'clock dans la serre.Il fait froid sur la terrasse.— Y es, medeme.Muriel se dirigeait vers la porte.— Attendez .Mme Bourrichon braqua son face-à-main sur la jeune fille et la toisa.— Vous n'avez pas d'autre robe que celle-ci ?Interloquée, Muriel regarda le fourreau qui l'habillait, vestige de sa garde-robe des années précédentes.— Non, madame.Je suis en deuil, s'ex-cusa-t-elle, ne sachant où Mme Bourrichon voulait en venir.Dans sa surprise, elle avait oublié son accent postiche.— Oh! oh! s'ébahit Monique.Miss fait des progrès.elle n'a presque pas eu d'accent.Sa mère esquissa un geste contrarié.— Je n'aime pas beaucoup, dit-elle sèchement à Muriel, cette robe de soie.La jeune fille jeta un coup d'œil à la glace: sa fraîcheur blonde ressortait sur la matité du tissu, et, dans sa gaine sombre et correcte, elle avait, certes, plus l'air de la jeune châtelaine de Bcllevue que Monique, enroulée d'un drapage compliqué de taffetas capucine.Indécise, elle attendait que Mme Bourrichon s'expliquât, et se disait, a part elle, que ses appointements actuels ne lui permettaient guère de déployer un grand luxe vestimentaire.— Vous mettrez, pour venir ici, une robe de serge, vous avez compris?.Je paierai le tissu et la façon.— J'ai du tissu, protesta brièvement Muriel, le rouge au Visage, je la taillerai moi-même.— C'est bon.Ce soir, pour y travailler, vous pourrez partir plus tôt, je vous y autorise.Mais vous tacherez de la terminer vite.La pseudo-Anglaise partie, Mine Bourrichon resta un instant pensive.Monique avait disparu nonchalamment; M.Bour- Montréal, Octobre 19 3 2 Page 17 l'Enchantement richon, derrière son journal, s'endormait dans la quiète béatitude des estomacs satisfaits.La voix de sa femme le tira de sa torpeur.— Vous avez eu tort d'engager cette petite, Lionel.— Quoi.quoi?., qu'est-ce qu'il y a, bobonne ?s'éberlua le bonhomme en se frottant les yeux.— Je dis que vous avez commis une maladresse en choisissant cette anglaise.— Moi ?.mais, ce n'est pas moi.— Ce n'est pas vous qui m'avez rapporté les recommandations de Me Cla-mart, relatives à sa protégée?— Vous m'aviez charge d'aller lui demander s'il ne connaîtrait pas une jeune fille susceptible de.— Il fallait la choisir autrement.— Qu'est-ce que vous lui trouvez ?Elle est très comme il faut.— Elle est trop jeune et trop blonde.Monique a l'air d'un pruneau à côté d'elle.— Vous disiez que les brunes étaient à la mode et qu'elles avaient plus de succès' Mme Bourrichon haussa les épaules.— Enfin, résuma-t-elle, le vin est tiré, il faut le boire.Nous la garderons jusqu'à la fin de l'été .à moins que, d'ici la.— D'ici là?— Monique se soit mariée.— C'est bien possible, émit tranquillement M.Bourrichon.Mme Bourrichon s'impatienta de l'incompréhension de son époux.— Si je vous dis ça, j'ai mes raisons.— Ah! oui, vous avez des raisons?— Le château de Boisfleury a été acheté.— Comment ?sursauta M.Bourrichon.Mais je ne l'ai pas su!.Elle eut un rire méprisant: — Est-ce que vous vous intéressez à quelque chose, vous, en dehors des heures des repas, de votre pêche et de votre éternel journal ?.Si encore c'était un journal de l'endroit ! Mais je vous demande un peu .Y Intermédiaire du Commerce.comme lorsque vous étiez en boutique.Voulant détourner l'orage, le malheureux interrogea: — Et par qui a-t-il été acheté, le château ?Sans répondre, Mme Bourrichon alla à la fenêtre.Au loin, on apercevait les tourelles d'ardoise et les pignons d'une ancienne demeure, trouant de leurs flèches élancées les futaies sombres d'un parc.Autour, un vignoble étendait ses ceps déjà feuillus, près desquels une troupe de travailleurs s'affairait.Ce château, un château historique, était le cauchemar de Mme Bourrichon.Inaccessible à sa bourse, il représentait pour elle son unique infériorité dans un pays où elle eût voulu régner avec l'omnipotence et l'absolutisme des seigneurs d'autrefois.En effet, le domaine de Bellevue, que les Bourrichon avaient acquis d'un ancien fermier, — lequel y avait construit, dans l'espoir d'en tirer parti, une maison moderne et spacieuse,— était, en réalité, une ancienne métairie détachée de Boisfleury.En dépit de la somptuosité des agencements nouveaux: création d'un parc, organisation d'une volière moderne, etc., Bellevue était restée, pour toute la contrée et les paysans d'alentour, une dépendance, "la borde", comme ils s'entêtaient à l'appeler, en dépit de la plaque de marbre qui étiquetait en lettres d'or, sur un portant de l'entrée, un Château dt Beikvuc impressionnant.Cette appellation de "château", qui tenait tant au ctvur de Mme Bourrichon, ils la réservaient pour Boisfleury qui, depuis des siècles, érigeait sa stature archaïque sur la colline boisée, de même qu'ils appelaient "Monsieur" le maître de ce domaine, le descendant de celui que leurs parents avaient servi, celui qu'ils servaient à leur tour au moment des travaux ou à la saison joyeuse des vendanges.Quoi qu'elle fasse, Mme Bourrichon sentait bien que, tant qu'elle ne posséderait pas le château,— le vrair— elle ne ferait illusion qu'à elle-même; qu'elle serait toujours, pour les campagnards traditionalistes, celle qui avait remplacé les fermières d'antan, "la mestro" de la borde.Elle avait fait des offres d'achat à l'ancien châtelain, qui habitait Paris et venait rarement à Riveraine; mais la somme demandée dépassait ses moyens.LE THE "SALAM 25S-F MÉLANGE ORANGE PEKOE 'Tout frais des plantations' HAxbour 3088 823 est, rue DORCHESTER Montréal J.H.Breton TEINTURIER ^ NETTOYEUR Propriétaire NEW SYSTEM CLEANING LISEZ.La Petite Revue En vente partout 15 sous faites réparer et modifier maintenant votre manteau de fourrure! 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Pourquoi?— Pour rien.Mais les mains du petit homme tremblaient, plus nerveuses, sur les pages qu'il feuilletait.— Je n'ai plus que tante Georgina, ajouta Muriel.Malheureusement, elle n'a pas l'air de se soucier beaucoup de moi.— Ne dites pas cela! s'écria l'employé avec une vivacité inattendue.Mme Smithson vous aimait bien.— Qu'en save^-vous ?s'enquit Muriel, très étonnée.( Le petit homme se troubla.Il parut décidé à ne plus rien dire.— Si vous savez quelque chose, il faut me le confier, pria la jeune tille, très émue.— Non, non, se hâta de nier l'autre, comme s'il avait peur de se compromettre.— Pourtant, vous venez d'affirmer que ma tante m'aimait bien .Vous l'avez vue ?Elle vous l'a dit ?L'employé s'affola.— Non, mademoiselle je ne l'ai-point vue.Oh! non, je ne sais pas où elle est je le jure! "Parce que .parce que, du temps de M.Tournié, mon ancien patron, je l'ai entendue qui lui parlait de vous, à l'étude.— Et que disait-elle?demanda Muriel, remuée.— Eh bien! je ne sais pas .qu'elle vous aimait beaucoup et votre père aussi.qu'elle voulait aller vous voir .L'entrée du notaire interrompit ces confidences.Muriel se hâta d'informer M.Clamart, dès qu'elle se trouva dans son bureau, de la singulière attitude de son clerc.Ce dernier fut appelé aussitôt, mais il éluda les questions .Il avait vaguement entendu des conversations où il était question de Muriel, entre Me Tournié et Mme Smithson mais ses souvenirs restaient imprécis.On ne put rien lui tirer d'autre .— Attendez encore, disait M.Clamart qui se souciait peu de s'arracher à sa béatitude villageoise pour aller courir à Mois-sac informer les autorités de ses craintes au sujet de la propriétaire de la villa des Glycines .Attendez! Les Indes sont loin et les courriers n'arrivent pas toujours facilement .Que dirait Mme Smithson d'une telle démarche?Muriel prenait son mal en patience .Elle continuait à aller régulièrement à Bellevue.Elle n'avait pas revu le châtelain de Boislleury, mais elle le rencontrait quelquefois, à cheval, quand le chauffeur la ramenait à Riveraine.Il la saluait profondément .Elle voulait voir de l'ironie dans ce salut empressé et y répondait par un signe de tête hautain.Elle gardait rancune à M.de Linerose de son intrusion à la villa, et, bien que s'expliquant mal comment un jeune homme aussi distingué, qui paraissait parfaitement correct, s était laissé aller à une ma- nOMIVre.aussi délibérément impertinente, elle ne lui pardonnait pas cet accroc aux convenances.Mais sans se l'avouer, elle lui tenait surtout rigueur du ridicule dans lequel elle avait sombré, jugeait-elle, au cours de leurs deux rencontres successives, surtout de l.i dernière, sur la Icriasse de IH-1-lc\ ne Certes, il avait dû la prendre pour une petite niaise en la voyant se troubler ainsi, demeurer si peu maîtresse d'elle-même.Et quel triomphe pour lui qu'elle avait chassé de chez elle, de la retrouver chez ses voisins, à la merci des railleries de jeunes filles impitoyables et jouant les Anglaises de contre-bande!.Monique, elle, ne tarissait pas d'éloges sur le seigneur de lîoislleury et passait son temps à tracer des écussons artistiques où s'enlaçaient deux initiales suggestives: L.B.: Linerose Bourrichon.— Cela ne fera pas mal sur mes cartes de visite, disait-elle â Muriel .Madame de Linerose Madame André de Linerose — Ah! Il s'appelle André ?— Oui.Joli nom, n'est-ce pas?.André Monique.C'est gentil: Monique de Linerose.Y a pas â dire .un "de", ca vous change un prénom Vous n'aimeriez pas avoir un "de" après le vôtre, miss Muriel ?Muriel sourit mélancoliquement, sans répondre.La noblesse du nom, quelle vanité, quand la noblesse du cœur est absente!.La future Mme de Linerose eut un jour une surprise.M.Bourrichon revint de la foire de Moissac avec un cheval blanc à la crinière imposante.— Voilà, dit-il modestement.J'ai eu du mal à le trouver.Cet idiot de Tissan-dier, le métayer, voulait me faire acheter une espèce de bai rjrun, sous prétexte qu'il était plus jeune.— Le fait est que celui-ci a l'air assez âgé pour une bête de selle, remarqua Muriel appelée à donner son avis.— Vous n'y connaissez rien, riposta Mme Bourrichon.Croyez-vous que je veuille voir ma tille se casser la figure ?Muriel ne protesta point.Evidemment, avec cette rossinante, il n'y avait rien a craindre: Monique serait aussi en sécurité que sur les chevaux des manèges forains."C'est égal! pensa la jeune fille, je voudrais constater l'effet que peut donner une selle anglaise sur le dos de cet animal." Elle le vit incontinent.On fit appeler Tissandier; il arriva avec une magnifique selle en velours rouge qui eût fait le bonheur d'un caïd du désert.Muriel regarda l'objet avec inquiétude.— Mais .on vous a vendu ça pour — Je l'ai trouvée chez un revendeur de Moissac, coupa triomphalement M.Bourrichon.J'avais visité tous les bourreliers de l'endroit sans découvrir ce que je cherchais.Enfin, j'ai déniché celle-ci.Le marchand la tient d'un officier de spahis qui l'a rapportée dans ses cantines, avec des soies brodées et des plateaux de cuivre de là-bas ."Elle fait riche, eh! fillette?Fillette ne parait pas très enthousiaste.Sans doute juge-t-elle que cette selle rutilante sur le dos vénérable de sa "blanche haquenée" s'apparente quelque peu avec le numéro sensationnel de cirques.Mais non.ce n'est pas là le motif de son anxiété.Muriel l'entend dire avec un soupir: — Et moi qui ai commandé une amazone en drap bleu! .Si j'avais su, je l'aurais choisie grenat, pour l'assortir."Il ne manquera plus, pense Muriel, hilare, que des paillettes dans les cheveux et des cerceaux de papier .O bois vénérables de Bellevue, qu'êtes-vous appelés (La solution de ce problème et les noms des gagnants seront publiés dans La Revue Moderne de novembre) UN MOT D'EXPLICATION L'omission des Mots croisés dans notre dernier numéro de la revue, est due à la maladie de Marjolaine.Nous regrettons le désappointement causé à nos lecteurs qui comprendront, nous n'en doutons pas, que nous avons, de ce fait, subi un double ennui: le leur et le nôtre. La Revue Moderne — Montréal, Octobre 19 3 l'âge 31 A voir un de res proches malins! .IJe saisissement, si vous allie/ en perdre vos feuilles1 I lès le lendemain, les liions d'éipnlal uni eiimmeni èrent.Ce fui Tissandier qui s'en chargea.Il av.iil servi, durant la guerre, dans un régiment de cavalerie et c'était toujours lui qui moulait les hôtes du domaine pour les conduire chez le marée liai (errant.Sous les yeux émerveillés rie la famille et des dolliesl iques ai courus, on hissa l.i selle rouge à galons dorés sur le dos de Rafale — ainsi avait été baptisée par Monique et sa mère l'acquisition de M.Bour-richon.Un peu pâle, dans son aui.i/one gros bleu dont la l raine balayait noblement les dalles, bottée, éperonnée, un feutre à plumes hardiment posé sur ses cheveux courts, Monique descendit l'escalier de la terrasse avec la fière assurance que lui donnaient ses nouvelles prérogatives.• L'homme tenait le cheval par la bride.— Faites attention, Tissandier, lui cria M.Bourrichon, c'est un animal qui a du sang.Le métayer haussa irrévérencieusement les épaules I >ll salie,1 A peu pris au tant qu'une rave, oui Sûr que Fanny, la jument borgne qui ne voulait jamais tirer la charrue dans les pentes, en avait plus que i et I e bel e pai ilique ! — Si vous voulez monter, mademoiselle ?Monique regarde les mains jointes du bonhomme et le dos du cheval avec inquiétude.Cela lui parait bien haut, à vrai dire.—Attendez! attendez! crie soudain Mme Bourrichon.El dégringolant avec une hâte fébrile les escaliers du perron, elle se précipite sur Monique.— Ma tille, embrasse-moi! La jeune amazone se dégage de l'étreinte maternelle qui a quelque peu dérangé l'équilibre de son feutre à panache.Mme Bourrichon lève vers la terrasse des yeux humides d'émotion et d'orgueil: — Cette petite a un cran inouï! — Allons! dit la petite avec le courage du désespoir.Et, pleine d'une désinvolture magnifique, elle met le pied à l'étrier.Hi! Hue ho hisse! Monique s'accroche, Tissandier pousse, la jambe droite de l'écuyère balaie un instant le vide comme un bras de nageur maladroit.— Il bouge! il bouge! crie-t-elle afTolée, cramponnée à la bride.Au fond de la mine .(Suite de la page 7) firent surgir ces montagnes et chassèrent l'eau de l'océan, cette matière est venue combler une faille géante, incommensurable, et a refroidi lentement pour s'y incruster à jamais.Aux temps les plus reculés, l'océan couvrait cette partie de notre planète, comme du reste à peu près toute la province de Québec.On a trouvé des fossiles d'origine aussi lointaine que l'époque primitive, alors que la terre était inhabitée.Notre wagonnet ralentit et s'arrête tout doucement.Nous respirons l'air froid du début, car nous avons effectué notre voyage et nous repassons le tunnel à 16 heures et 10 minutes.Nous y étions entrés à M heures 20.Une pluie intermittente ondoie le sol et par les trouées des nuages, le soleil se laisse voir avec bienveillance.A l'allure de l'auto prudent, nous revenons à la maison de la Compagnie (Consolidated Copper i"" Sulphur Co.) La ravis-saute vallée du Massawipi se dévoile devant nous et, de-ci de-la., de belles vaches rendues ,umtisi nies par la distance brou tent paisiblement l'herbe verte et grasse des champs.La fenaison commence à peine.Tout là-bas, un attelage de deux vigoureux chevaux tire une faucheuse mécanique.Plus loin, une érablière, la sucrerie cunatlini>i-\ Plus loin encore, un coin du lac Massawipi (Hatley nord).Auprès, des bambins nous regardent.A notre gauche, une petite chapelle montre le pointu de son clocher.Le paysage est digne d'un peint re.Merveilles au-dessous, splendeurs au-dessus1 — Merci, M l'ingénieur Plumb.Le Jardin de l'Enchantement Juillet 1932 Léonidas B \cn.wn.notaire — Ho! là ho! s'exclame le métayer pour immobiliser Rafale qui s'est déplacée cri avant."N'ayez pas peur, mademoiselle < esi i|u'il voit de l'herbe II voudrait bien brouter Ho! je te dis! ho! là Enfin, Monique est assise sur la selle, les yeux fixes, la bouche un peu crispée.Là-haut, sur la terrasse, des bravos éclatent.Mme Bourrichon, M.Bourrichon, la cuisinière et le chauffeur, ces deux derniers un peu en arrière, applaudissent ce premier essai.— C'est tout à fait médiéval, juge Muriel, retenant à grand'peine le fou rire qui la possède.Nous avons l'air des nobles habitants de quelque château féodal, assistant au départ du chevalier pour le tournoi.En réponse aux applaudissements, Monique tourne la tête, la tête seulement, car son buste figé ne saurait effectuer le plus petit mouvement de crainte d'effrayer sa monture.Klle sourit d'un sourire tremblant et crispé.— Y êtes-vous, mademoiselle ?— Oui, dit farouchement Monique s'agrippant de plus lielle à la bride.— Vous pouvez appuyer vos pieds aux flancs de la bête.Ne craignez rien .L'amazone, qui tenait ses jambes à bonne distance, de peur d'effleurer "l'ombrageux Rafale", les ramène craintivement.— Là! Allons, hi! Allez! Hi, que je te dis, bonsoir de sort! Et, du revers de sa main calleuse, Tissandier allonge une claque sur la croupe du "pur sang" qui se décide à se mettre en marche, avec l'allure majestueuse d'un cheval à la parade.— Tenez-le, Tissandier! Ne le lâchez pas, murmure Monique à voix entrecoupée Vous le laisserez aller dans la prairie, quand je vous le dirai.C'est ainsi qu'évoquant les temps bibliques, Monique s'éioigne au petit pas de sa monture que mène philosophiquement le métayer résigné.XII Le retour fut moins triomphal.Monique au premier galop, pourtant bien anodin de son blanc destrier, avait pris peur, lâché les brides, vidé les étriers, et dégringolé à terre entre les jambes de Rafale qu'un "Ho! .là! " de Tissandier immobilisait aussitôt.De sa chute, la nouvelle amazone n'aurait gardé aucune trace, si, tandis qu'elle glissait le long de la selle, un clou mal épointé ne lui avait éraflé le genou.A la vue du sang, Mme Bourrichon s'était presque évanouie, pendant qu'on allongeait Monique, gémissante, sur la chaise longue du hall.— Vite! vite! commanda Mme Bourrichon, affolée, que miss Muriel aille avec Francis à Riveraine pour prévenir le docteur et rapporter ce qu'il faut pour un pansement.Muriel chercha Francis.Le chauffeur, ayant son après-midi libre, était allé, tenté par ce coquin de soleil, taquiner le goujon sur les bords du Tarn.La jeune fille le chercha en vain à l'office et au garage.L'auto était là, une Tallxit qu'elle connaissait pour en avoir conduit une semblable, chez des voisins de campagne, autrefois .Son capot allongé luisait dans l'ombre comme le museau soyeux d'une bête de race, une bête de sang qui attend, pour bondir, qu'on lui ouvre les portes de j'espace."Si j'osais " se dit Muriel.Klle regardait les nickels scintillants, hésitante, plus tentée par la course que par le désir d'aller prévenir le docteur dont elle savait la visite parfaitement Inutile.Quelle belle occasion de rouler sur cette superbe route de Riveraine de retrouver des sensations de conductrice, déjà lointaines dans sa mémoire et pourtant inoubliées! Allons! qui le saurait?.Et puis, Francis n'était pas là et on lui avait ordonné de se rendre au village.Klle sortit la voiture et, gamine, s'installa au volant avec un rire de ploisir.Obéissant à sa manœuvre sûre, l'auto démarra silencieusement, traversa l'allée Le portail franchi, la ieune fille fut reprise par la griserie qu'elle éprouvait toujours quand elle se sentait maîtresse de la machine vivante qu'habite l'âme rapide et trépidante de la vitesse.Elle appuya son pied sur l'accélérateur.— Allez, ma belle, gazons! s'exclama-t-elle, la voix joyeuse.L'auto bondit comme un coursier qui a senti l'éperon et fila sur la route ombreuse, étoilée de taches dorées.Muriel, les mains au volant qu'elle effleurait à peine en conductrice experte, roulait entre les haies de vigne, prenait les virages à toute allure, le visage offert à la caresse fraîche du vent.Klle expédia ses courses à Riveraine, courut embrasser Marizou, entra quelques minutes à l'église, le cœur en fête, la joie inattendue qui lui était échue ce jour-là, puis reprit vite le chemin du retour.Sur la route, elle évita de justesse une bande de petits romanichels haillonneux qui encombraient le chemin, près des roulottes arrêtées.Deux hommes, d'allure sauvage, surveillaient une marmite mystérieuse cuisant sur un feu de bois sec entre deux pierres rapprochées.Il lui jetèrent des injures dans une langue rocailleuse et gutturale.Elle rit, rendue téméraire par son âme retrouvée de petite chauffeuse intrépide."Tout de même, pensa-t-elle avec un frisson d'effroi si j'avais une panne! là.je ne serais pas tranquille! Les parages sont déserts et ces gens pas rassurants".Ce ne fut pas la panne qui arriva, mais un accident banal et stupide autant qu'inattendu.Une de ces bêtes affolées qui s'obstinent toujours quoi qu'on fasse, à venir se fourrer sous les roues, traversa la route, devant Muriel avec des battements d'aile de détresse.Malgré son adresse, la jeune fille ne put l'éviter et l'auto passa sur l'animal avant qu'elle ait eu le temps de freiner.Elle ralentit aussitôt, tout émue de l'aventure.Derrière, des imprécations retentirent.La troupe des nomades se rua, à grande allure, marmaille en avant, l'air belliqueux."Bon! pensa Muriel, ma victime leur appartient.Qu'est-ce que je vais faire ?.C'est qu'ils n'ont pas l'air commode ." Indécise, elle jetait des regards furtifs sur la route déserte et maudissait la malencontreuse volaille.Evidemment, le code de la route qu'elle avait potassé au temps où elle devait conquérir de haute lutte son permis de "chauffeur", lui enjoignait, en pareille occurence, de s'arrêter mais tous ces cris furieux, derrière son dos, n'étaient pas sans l'intimider.Elle allait à petite allure Maintenant, les assaillants étaient tout proches.— Je n'ai pas envie de me faire occire pour une poule qui a perdu la tête, jugeait-elle, prête à appuyer sur l'accélérateur.Un événement imprévu vint l'obliger à prendre un parti.Un des pneus arrière éclata, soudain, avec un bruit de bombe.L'auto roula encore quelques mètres, puis, stoppa.Muriel descendit.La troupe des nomades, aussi pouilleuse et cuivrée que dans un tableau de l'école espagnole se précipitait.Muriel, angoissée, les vit gagner du terrain avec une rapidité folle.Que faire ?Pas de criclc, pas d'outil pour placer en vitesse la roue de secours Muriel avait omis de s'assurer avant de sortir, que ces accessoires étaient bien dans le coffre.Le cœur battant, élit fouillait la route de tous ses yeux — Mon Dieu,envoyez-moi quelqu'un!.Ils vont m'écharper .Affolée, elle s'exagérait le danger.De lointains souvenirs de lectures qui parlaient d'enlèvement, de vols de femmes et d'enfants, par des bohémiens sauvages, lui revenaient en mémoire, augmentant son émoi.Enfin, au moment où elle fait face à ses adversaires arrivés tout prés d'elle, un point noir, enveloppé d'un nuage léger, apparaît à l'horizon.Une auto!.Un secours, c'est le ciel qui l'envoie! — Merci, Seigneur! prononce avec ferveur Muriel qui juge qu'elle l'a échappé belle.Plus courageuse, maintenant qu'elle se sent moins isolée, elle essaie de faire reculer les gosses qui ont envahi le marchepied et font mine de s'emparer de son manteau.Serrée de près par ces bouches vociférantes, ces mains crochues qui se tendent, menaçantes, vers elle, elle fait rapidement le tour de la machine et se plante au milieu de la route, agitant des bras en détresse.L'auto, toute proche maintenant, va-t-elle s'arrêter ?Arrêtez la Ternissure Tout en Epoussetant Voici un moyen rapide de protéger contre la poussière et la ternissure d'articles de ménage, lampes et objets de cuivre.Et c'est aussi facile que d'épousseter.Humectez n'importe quel morceau d'étoffe douce avec de l'huile 3-d.ui-1 et frottez-en le métal.Vous verrez comme cette huile nettoie et rend brillant ! 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Des milliers de femmes avaient, (rrace à ce secret, conquis amour et beauté.Mon livre, que J'offre gratuitement."-¦•-/.nulir.niilli-i- Il i.nii savoir l.ns^i r glisser les nuages et retenir les rayons de soleil.quand on a vingt ans.Il faut encore ne pas s'orienter romanesquement et se créer imaginairement des obstacles.Le bonheur est très simple en lui-même: aimer ce qu'on a.Mais l'extravagance moderne a pris tant d'influence sur le monde, qu'aujourd'hui l'on n'aime jamais ce qu'on a.Oui, si vous aimiez vraiment, vous n*hés:teriez pas un instant.Seulement, c'est peut-être votre cœur que vous ne comprenez pas?Réfléchissez sérieusement petite fille.Je crois que vous vous laissez éblouir par le mirage trompeur et que vous tournez le dos au bonheur.Il y a des •flambées qui aveuglent.Prenez garde.Quand elles sont éteintes, on ne retrouve jamais son chemin) — Cela fait du bien de se confier.Cela aide quelques fois à découvrir sa voie, à trouver le mot de l'énigme, à replacer la boussole ayauf tendance à dévier.Revenez.Je vous attends en bonne amie qui désire sincèrement votre bonhenr.LUTIN — Comme vous êtes éprouvée! Par quel secret dessein de Dieu vous êtes appelée à souffrir ainsi, nous n'en savons rien.Nous ne savons qu'une chose; c'est que rien n'arrive sans la permission divine et que toute souffrance humaine a un but connu de Celui qui l'impose.Je comprends que votre gaieté se soit envolée, qu'il y nit des larmes dans vos yeux et de la tristesse dans votre cœur.Je comprends le mal qui use vos forces, la torture qui fait vos jours si pénibles.Mais ie sens dans Vain désir d'appuyer votre faiblesse, la volonté de votre courage qui ne veut pas fléchir.C'est de la vaillance, Lutin, de la belle vaillance morale qui lutte pour ta vie qui ne finira pas quand relie de la terre sera close, La vague vous secoue rudement, elle menace souvent de voui engloutir, et cependant elle vous abandonne en pleine tempête, se faisant un jeu cruel de vous reprendre sans cesse â l'abîme.Ohl petit Lutin, votre épuisement n'eit pas de la lâcheté.Les forces physiques ne résistent pas longtemps aux coups redoublés d'un mal aussi atroce, et si nous n'avions l'espérance du bonheur infini de l'Au-delà, comment pourrions-nous vouloir quand même cl avoir confiance en la divine promesse I Restez près de moi.mon amie, et laisses crier votre cœur.Parlez-mot de votre sacrifice, d* vos rêves sans lendemain, vos rêves de charité et de dévouement si beaux, de* vos regrets, de vos efforts pour réagir.Votre cœur allégi recevra puis directement les chauds rayons du soleil de l'Espérance; il sentira davantage l'action bienfaisante de la Foi qui réconforte et ranime, de la Paix qui adoucit les maux et élève l'âme.Vous n'êtes nullement exigeante, Lutin, et je voudrais, ohl combien! vous donner plus.Si mon amitié peut vous encourager, vous aider, renouveler vos forces, acccptei-la dans toute sa sincérité.Je prie avec vous et vous attends bientôt.CAMELIA — Vous êtes bonne infiniment, mon amie, et comme c'est bon d'être gâtée par vouil Votre sympathie spontanée me laisse un souvenir de douceur que j'ajoute à ceux que conserve précieusement mon amitié.Merci.JACINTHE — Je vous donne tout de suite une belle place ensoleillée, près des autres fleurs du courrier, où nous serons à l'aise pour de bonnes et intéressantes causeries et où vous trouverez tou~ jours la pensée que vous souhaites être "particulièrement" vôtre.— Il y a beaucoup de sagesse dans l'ordonnante qui demande un sacrifice à votre activité.Vous vous destinez à une mission qui exige autant de forces morales que physiques.Celles-ci doivent donc être en parfaite condition pour soutenir celles-là, et de l'équilibre des deux dépend le succès de votre travail.Profilez donc de toutes les belles et bonnes choses dont vous entoure la vie qui vous fera connaître des détails ignorés jusqu'ici, détails qui vous permettront d'acquérir le doigté léger et sûr capable d'opérer des miracles pour qui jouit du bienfait de la santé.— Il n'y apas-dc lacune dans l'emploi de votre journée: le partage est égal.Ou.Ile économie temps .pi- la méthode, quelle besogne elle permet d'abattrel Elle a le don de faire trouver les journées trop courtes.C'est au moins un avantage sur le contraire qui les fait trouver trop longues.— Vous savez donner une belle forme à vos lettres — j'en ai la preuve — il y a du naturel, de la clarté dans les pensées, une jolie nuance de sensibilité, de la sincérité.Mais il semble s'y cacher une certaine timidité, une certaine hésitation qui ne doivent pas exister dans l'intimité.Il est très agréable de vous lire et ce doit être très bon quand vous connaissez bien.Soyons amies.Jacinthe.Quand l'automne fait tenir portes closes, on cherche la chaleur du foyer, et rien n'est meilleur que d'y causer amicalement.Soyez l'hôte du courrier.Vous en étiez la lectrice fidèle, soyez-en maintenant l'amie toujours attendue.MARIA-MARIE — Le changement de température a été si brusque que nous en avons tous souffert et qu'il a plus ou moins paralysé notre activité.Cependant, le froid est encore préférable à la grande chaleur qui accable et affaisse; ne trouvez-vous pas, petite amie?— J'espère que vous pourrez vous réserver quelques loisirs pour la lecture et l'étude.La saison leur est d'ailleurs propice et c'est le meilleur temps pour travailler.— Je ne connais pas le livre dont vous me parlez.Si la théorie en est saine, le titre est bien choisi et son influence ne peut être que bienfaisante.— J'aime bien vos lettres où pointe une ombre de mélancolie, parce qu'elles sont douces de franchise et de sincérité.Mais elles sont surtout attendues parce que j'aime le sourire de la chère petite amie que vous êtes.SCEPTIQUE — Malgré la plus vaillante énergie, nos forces finissent par nous trahir un jour où l'autre.On ne les refait toujours que trop lentement à notre gré, en dépit de la poussée généreuse de la volonté.Je comprends que l'attente vous paraisse longue, mais je ni doute pas que la guéri-son soit complète; peut-être même l'est-clle à l'heure où je vous écris — Au revoir, amie Sceptique.Ménagez-vous, soignez-vous bien et ne soyez plus jamais malade.C'est le souhait de ma vieille amitié.JEANNE-GUY — Vos intéressants envois ont fait faire à ma pensée de délicieux voyages et mes yeux ont admiré des paysages inoubliables.Je voua remercie de m'avoir procuré ces moments
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