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Titre :
Mon magazine
Revue qui visait à instruire et à divertir la famille, Mon Magazine (1926-1932) avait tout pour plaire à un large public, notamment de superbes pages couvertures. [...]

Mon Magazine est une revue mensuelle montréalaise qui reprend le modèle de La Canadienne (1920-1924) ainsi qu'une partie de son équipe de rédaction. La revue vise à concurrencer les magazines américains en adaptant un contenu moderne et varié à la rigueur morale du Canada français.

On trouve dans Mon Magazine des romans-feuilletons, des poésies, une chronique culinaire, des articles de vulgarisation sur la médecine et la santé publique, sur l'histoire et sur de nombreuses pratiques populaires. La revue présente aussi des publicités de produits de consommation, des biographies et des récits de voyages.

Mon Magazine est d'abord dirigé par Joseph Léon Kemmer Laflamme puis, à partir de 1928, par Édouard Fortin. Les collaborations de Gaétane de Montreuil sur la condition féminine y sont abondantes. Henriette Tassé y écrit sur les salons français, et on y trouve une chronique de l'abbé Étienne Blanchard sur la qualité de la langue française.

En plus de textes littéraires, on peut y lire des critiques littéraires de Jules-Ernest Larivière et des reproductions d'articles de Camille Roy, de Séraphin Marion et d'Albert Tessier. La revue traite aussi fréquemment de cinéma.

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Québec, Presses de l'Université Laval, 1984, vol. VI, p. 113.

SAINT-JACQUES, Denis et Lucie ROBERT (dir.), La vie littéraire au Québec - 1919-1933 : le nationaliste, l'individualiste et le marchand, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 2010, vol. VI, p. 211-212.

Éditeur :
  • Montréal :Compagnie de publication Mon magazine,1926-
Contenu spécifique :
mars
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
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Références

Mon magazine, 1928-03, Collections de BAnQ.

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VOL II No 12 Beauceville, Mars 1928 MON MAG^ZDNC ReS)ue Canadienne de la Famille et du F oyer LA COMPAGNIE DE PUBLICATION "MON MAGAZINE" Beauceville — Montréal Prix 25 cents Mon Magazine, Mars 1928 ¦ ¦ i ¦ s ! * Beaucoup de personnes nous demandent, en ce moment, des garnitures de chambre en broderie blanche.Allons-nous assister à un réveil des anciennes préférences?Il est certain que la belle broderie ne perd jamais ses droits, et qu'après une période plus ou moins longue, -•arriliée à la fantaisie, on en revient tOBJem à une élégance pratique et durable que peut seule donner la broderie blanche.Nous avons donc pensé être agréable à plusieurs en illustrant ce mois-ci quelques modèles dans ce genre.Deux d'entre eux sont extrêmement simples et faciles à faire.Le troisième est plus compliqué, mais il est si joli que nous tenons à vous le présenter tout de même.%.) W *i V c # • ¦— * Le numéro 1161 est enrichi de quelques appliqués de dentelle, clunv ou reniée.Ces dentelles sont actuellement d'un prix très abordable, et leur solidité est à toute épreuve.La broderie est au richelieu et broderie anglaise.Les grosses marguerites sont d'une forme particulièrement élégantes avec le centre mi-plein.Les couronnes de feuilles qui entourent les appliqués peuvent, à volonté, être faites pleines ou à jour.No 11SG.Avec un minimum de travail, ce modèle est d'un très grand effet.Il se compose d'une couronne de grosses fleurs, sortes de roses, en cartelles, et qui se brodent au richelieu.Au richelieu aussi le noeud de ruban qui les relie.Les tiges sont faites au point de tige, très fin, les petites feuilles pleines, les grandes sont contournées au point de tige ou au point de cordonnet, avec nervure au richelieu.La toilette est brodée dans le mêr.-.e style.Prix de ces couvre-lits: PATRON" VfATATAT Patrons h tracer, centre du couvre-lit, 25c; toilette, 15c.No 1161, c;té, 15c.Patrons perforés, chacun, complet, 75c.Au fer chaud, centre, 40c; toilette, 25c.No 1161, deux motifs de côtés, 25c.Tout étampés sur coton fini toile, chacun, $5.50; sur pure toile, $8.50 et $10.00, suivant la qualité choisie.Coton M.F.A.pour la broderie, 90c.Le No 1185 se brodera sur toile blanche, ou sur toile écrue.Dans ce dernier cas, il sera exécuté en grosse broderie, avec du coton perlé; on ne trouve pas de toile écrue plus large que 54 pes; les côtés seront donc rapportés, et la couture dissimulée sous un point de fantaisie, ou sous un froncis.Le motif, étant très ajouré, ne prendra sa pleine valeur qu'avec un transparent de couleur.Nous suggérons la satinette, unie ou rayée, qui donne un très joli effet et, de plus, est d'un entretien très facile.PATRON VtKHAT '\^r^\D *^ /lit »—*fi—• Les brides, les contours des oiseaux et des fleurs, sont au point de feston ; les nervures des feuilles, les étamines des fleurs sont au point de tige; les coeurs et les pistils sont" en noeuds français.Prix: Patrons à tracer, centre, 30c; toilette, 20c.Perforé, milieu, $1.00; toilette, 50c.Au fer chaud, milieu, 50c; toilette, 30c.Tout étampé sur coton fini toile, rouleau à même, $6.00; sur pure toile, $8.50 et $10.00.Coton M.F.A.pour la broderie, $1.80.Enfin, pour les personnes qui ne veulent pas de richelieu, nous avons ajouté un au-tre modèle, très vite fait, et original, composé d'un semis de pois ou d'oeillets, et de quelques marguerites, qui seront faites pleines ou à jour.__ Les prix pour ce dernier modèle sont les mêmes que pour les deux premiers.Prix pour appliqués et dentelles à insérer dans le modèle 1186: En cluny, médaillon du centre, $1.00; quatre losanges pour les coins, 30c chacun.En venise, $1.75 pour le milieu, $1.00 pour chaque médaillon des coins.Dentelle à la verge, à partir de 35c en montant.Les abonnées de "Mon Magazine" ont droit à une réduction de 20% sur les prix des patrons, et de 10% sur les objets étampés et les fournitures.Ceci pour les modèles parus dans "Mun Magazine" dans le cours du mots Mll]*-ment.Raoul Vennat 3770 rue St-Denis, Montréal Mon Magazine.Mars 192S 1 .Une année tragique 'EST de l'année 1927 qu'il s'agit.Il n'en est peut-être pas qui ait été marqué par plus de catastrophes naturelles.D'après une statistique, du 1er janvier au 15 juillet 1927, c'est-à-dire dans l'espace de 196 jours, il n'y a pas eu moins de 136 de ces événements destructeurs, parmi lesquels 21 tremblements de terre, 38 cyclones, 37 inondations, 9 tempêtes de neige, 25 ouragans violents, 6 éruptions volcaniques.Total des pertes et dégâts causés par ces diverses catastrophes: 3671 morts, 9849 blessés, 4 villes détruites, 66,845 maisons détruites.Cette statistique ne tient pas compte de l'effroyable tremblement de terre qui se produisit en mai, dans la Chine centrale.Ce n'est qu'au commencement d'août qu'on a eu des renseignements un peu complets sur cet épouvantable malheur.Les missionnaires rapportent que les villes de S'siang, Liangtschau et Kulang (toutes trois dans la province de Kansu) ont été presque entièrement anéanties-Ils estiment à 100,000 le nombre des victimes.Ce serait donc la plus grande catastrophe du monde.* "AU TEMPS DES VIOLETTES" Mlle Marie Ratté, de Baie-des-Sables, (Matane), publie un petit recueil de vers qu'elle intitule Au temps des violettes.Il y a là une centaine de pièces qui répondent assez peu au titre de l'ouvrage, mais qui n'en ont pas moins de valeur.Mlle Ratté est une toute jeune fille.Quelque vingt ans d'âge, l'enthousiasme de la jeunesse, des espoirs sans nombre, des illusions, tout cela perce en ses vers.Mlle Ratté est jeune et elle chante la jeunesse, la nature, la vie.Ce qui est non seulement naturel, sans feinte, mais nous repose des larmoyantes jérémiades de ces poètes meurtris qui n'ont jamais souffert de rien, ni dans leur corps ni dans leur âme.L'art de l'auteur?Il est simple, dans la tradition classique quant à la forme, ou, pour être plus précis, quant à l'application de la prosodie.Malheureusement, l'auteur a trop subi l'ascendant des romantiques.Où elle pourrait être vraie, simple, purement canadienne, elle laisse gâter ses meilleurs dons par l'emphase romantique.Elle a lu Hugo, Lamartine, peut-être Musset, elle a peu réagi contre leur influence.C'est dommage.Avec plus de liberté, elle eût gagné en clarté, en précision, en justesse de touche.Ces remarques ne voudraient pas décourager un écrivain doué comme l'auteur d'Au temps des violettes.Au contraire.Elles tendent seulement à l'écarter d'une route où il y a peu à gagner.Nous sommes en 1928, non en 1830 ou 1840, ce que personne ne doit perdre de vue, pas plus en art que dans les domaines de l'activité matérielle.Maintenant qu'elle a appris, chez ses maîtres, la manière de faire le vers, et de le bien faire, elle abandonnera ceux-ci pour devenir plus profondément elle-même.Il ne reste pas moins que le livre de Mlle Ratté est d'inspiration canadienne, qu'il contient d'excellents vers, en bon nombre, et des promesses magnifiques.On peut se procurer Au temps des violettes, en s'adressant à l'auteur, au prix de 80 sous l'exemplaire.Harry BERNARD jVuit d'hiver (Inédit) Tel un géant sculDté déployant sur sa stèle L'orgueilleuse beauté de son torse tendu.Triomphante, clamant sa vaillance immortelle, La terre chante un hymne, et qu'il soit entendu.Gloire aux prismes du givre et que la nuit [constelle ; Gloire aux reflets d'acier dont l'espace est [fendu ; Gloire aux vierges toisons dont la splendeur [est telle Que l'éclat des cieux même y semble être [fondu.Tandis qu'en bruit discret tintent les sonneries Des cristaux dans le vent; qu'aux célestes [prairies Glissent les chars de l'air par la lune attelés; Que la neige, ici-bas, couvre la cime et l'antre.Il semble, tant la nuit verse de paix, qu'il entre Dans l'âme un pan d'azur en fragments étoiles.H.-Myriel GENDREAU Mars 1928.•L'OISEAU BLEU" L'Oiseau Bleu se remplume! Chaque mois nous l'apporte toujours plus intéressant; sa matière à lire est plus considérable; ses couleurs — bleu et rouge — jettent un lustre inaccoutumé.Aussi, comme chacun de ses jeunes lecteurs doit apprécier sa toilette, admirer ses illustrations, savourer sa lecture! Nous venons de recevoir le numéro de mars.Elie de Salvail continue le récit d'UN EXPLOIT FABULEUX si bien illustré en première page.Puis vient le "COIN DU CURIEUX".Marie-Louise d'Auteuil commence une autre nouvelle intitulée: LES AVENTURES DE ROULETABOSSE.A TRAVERS L'HISTOIRE de Des Erables et le conte historique sur GUILLAUME COUILLARD vous documenteront sur notre histoire nationale.Puis les petites filles liront avec intérêt le COURRIER DE FAUVETTE et sauront sans doute utiliser les Patrons de Broderie Gorcv.Notez enfin les titres suivants: JOYEUSETES, JEUX, TRAVAUX ET RECREATIONS: ils vous feront passer des heures agréables et utiles.Les concours sont nombreux et avantageux.L'abonnement annuel coûte 50 sous.Demandez un numéro spéciment gratuit de L'Oiseau Bleu, à 1182 Saint-Laurent, Montréal.LE CANADA FRANÇAIS" Livraison du mois de mars 1928 que la publication de l'Université Laval signalât l'élévation de S.G.Monseigneur Courchesnes à l'épiscopat.Car le nouvel évéque est un des professeurs de Laval.C'est le directeur de la revue, M.l'abbé Arthur Robert, qui s'est acquitté de cette tâche bien agréable.On y trouve ensuite une partie de la conférence intitulée L'influence maternelle, que Mgr L.-A.Paquet a donnée à Jacques-Cartier, Québec, au mois de janvier dernier.Ceux qui ont suivi le douloureux tournant de l'Action française de Paris, se convaincront encore de la justice de sa condamnation en parcourant les dix pages que M.l'abbé Arthur Robert consacre au livre bien connu.Pourquoi Rome a parlé.Et M.l'abbé F.Charbonnier expose brièvement les Pages glorieuses de l'épopée canadienne, épopée si objectivement racontée dans un volume récent du P.Candide de Nant, capucin.L'abbé Charbonnier, français d'origine, avantageusement connu dans le monde des lettres canadiennes, apporte au Canada français une collaboration des plus précieuses.Le R.P.Simard donne la suite et la fin de son article sur Le centenaire du Père Ta-baret.o.m.i.Puis une poésie inédite de Payse, Une audition de Chopin, fait apprécier à nouveau le beau talent de cette poétesse.M.Maurice Hébert analyse Quelques livres de chez nous qui sont Les sacrifiés et les Médailles anciennes.Et, après, l'indispensable, la nécessaire Chronique de l'Université toujours si vivement attendue.Enfin Les livres, rubrique très appréciée, qui met le lecteur au courant des derniers ouvrages tant canadiens qu'étrangers.Abonnement Trois dollars par année.Casier Postal, 218, Université Laval, Québec.* * "L'ACTION CANADIENNE FRANÇAISE" La parution du Canada français est toujours l'un des grands événements intellectuels de chaque mois.Le numéro de mars nous arrive avec un choix de travaux des plus variés.Tout d'abord il fallait bien Le numéro de février de "L'Action canadienne-française", revue mensuelle dévouée aux intérêts collectifs des Canadiens français, est paru il y » quelques jours.La modification du nom (autrefois "L'Action française") n'a rien changé à la valeur doctrinale de cette excellente revue d'avant-garde.Les mêmes collaborateurs courageux y signent des articles d'intérêt vivant.Sous la rubrique de l'enquête annuelle: "Quelques problèmes capitaux", M.l'abbé Philippe Perrier traite de "La Police des moeurs".M.l'abbé Lionel Groulx a consenti d'insérer un extrait substantiel de sa dernière conférence "Nos responsabilités intel-Itctuelles".Le souvenir des zouaves pontificaux est évoqué par M.Hermas Bastien qui indique "Comme ils furent chevaleresques".La critique littéraire est à l'honneur dans ce numéro.M.Henri Dom-browski y apprécie le récent volume de l'abbé J.Calvct "Le renouveau catholique" et Joybert Sou-langes nous revient, enfin, avec "Toujours plus haut" et M.Jean Bruchési analyse brièvement les "Brièvetés"."L'enseignement agricole d'hiver" est de nouveau mis à l'ordre du jour par M.Albert Rioux.Le Veilleur revient à la charge pour fustiger les anglicismes, les blasphèmes et les impropriétés du langage.La Vie de l'Action canadienne-française par Jacques Brassier et les trente-deux pages consacrées à "L'Ame des Livres", nouvelle chronique de critique et de bibliographie, indiquent qu'à l'Action canadienne-française on n'est pas résolu à chômer.Abonnement à cette revue: $2.00 par année.S'adresser au numéro 1735, rue St-Denis, Montréal.SOMMAIRE DU MOIS DE MARS 1928 Pages D'UN MOIS A L'AUTRE .1 EDITORIAL.3 LE CARDINAL ROULEAU 4 LE TRAVAIL .6 Pages LA CURIEUSE AVENTURE DE MARIE COTELLE .8 LA BELGIQUE.10 LA CHASSE AUX DOTS—Hector Fabre.12 EMILIEN DAOUST.14 Pages CAUSERIE DE TANTE 1 5 BRODERIES .16 LA BONNE CUISINE .19 LE DERNIER MOT.M Mon Magazine, liars t9S8 Nouvelle aubaine poulies lecteurs de "Mon Magazine" GRATIS UN SERVICE DE TABLE INCOMPARABLE ET SOMPTUEUX SERVICE DE 97 PIECES — PORCELAINE ANGLAISE Le gagnant du dernier tirage: M.ERNEST LAPOINTE Ste-Julie de Verchères, - P.Q.l'NE LETTRE ELOQUENTE Stc-Julio ur le- nations.Que notre vie iK'rsonnellc -e conforme avec amour aux h.eiifal-anlcs dispositions de l'Evangile.One noire oreille écoute avec docilité Its* commandements et les directions du Vicaire de Jé-sus-Christ.En nous éloignant de -a -age—c à qui Irion —nous.' X'a-t-ll pas les promesses de la »ie éternelle?Egalement notre vie publique s'hispii-aiit constamment des loi- di\ine- et dc-préwptes du droit ecclésiastique, une paix solide, un progrès constant et durable récompenseront notre religieuse obéissance.Plus que jamais BOJTOns il.unis au Pans pour être unis à Dieu qu'il représente i< i-bas.En celui qui ne recherche que le bien de ses enfants plaçons notre filiale confiance.I| étendra paternellement -m- nous sa main tutélaire.Ses ills du Canada seront au milieu de ses amertumes son espoir et -a consolation.(Extrait de la réponse de S.B.le cardinal Rouleau à l'adresse de son Clcraé, 7 février).terraine, et au centre du monument, qu'on montre la fosse ou l'on croyait que fut plantés la croix sur la- quelle mourut le prince des Apôtres.En religieux retire ordinairement du fond de ce trou une pincée de sable Jaune, que l'on emporte comme un souvenir de Il visite faite A Saint-Pierre in Montorio PLAN DE L'EGLISE i2) Chapelle de Jésus à la colonne; magnifique peinture à l'huile sur pierre, de Sebastlano del Plombo, d'après le» dessins de Michel Ange.Les fresques de la vonte représentent la Transfiguration de Notre-Seigneur par le même Sebastlano; elles lui coûtèrent six années de travail.(3) Chapelle de la Madone.On y vénère une pieuse Image de la sainte Vierge, connue sous le nom de Madonna delta luttera.Clément XI l'y fit trans|>orter à la suite d'une guérison miraculeuse, et 11 vint l'y visiter.Les tableaux de chaque côté de l'autel, saint François et saint Antoine, sont de Morandi.(4) Chapelle de la Présentation au temple, tableau de Cerruti.(5) Chapelle de Saint Paul, tableau de Vasari, représentant la conversion de cet a|>ôtre.Le monument de Fabiano di Monte et du cardinal Antoine, tous deux de la même famille, a été exécuté par Ammanatl sur les dessins de Vasari.t7) Choeur.Le maitre-autel est surmonté d'une copie du Guide, représentant le crucifiement de saint Pierre Elle a remplacé le chef-d'oeuvre de la peinture moderne, le tableau de la Transfiguration, que le cardinal Jules de Médlcls commanda à Raphaël pour l'église de Saint Pierre In Montorio.Les Français l'emportèrent avec bien d'autres trésors artistiques.En 1815.Pie VII le fit placer dans le Musée du Vatican, après avoir néanmoins stipulé une rente annuelle en faveur de l'église à qui ce chef-d'oeuvre appartenait.La balustrade, en Jaune antique, a été construite avec les colonnes trouvées aux Jardins de Salluste près de Pln-cio.(8) Autel de Saint Jean-liaptistc, tableau par Daniel de Volterra.(9) .liifrf de la Déposition de la Croix, tableau par Stallaert.de Bruxelles, et longtemps attribué à Antoine Van Dyck.(10) .lufcl de Sainte .liuw-, tableau de l'école de Bagionl.(11) Chapelle de Saint François d'Assise, les sculptures sont de Bolgi.(12) Chapelle des Stipmatcs de Saint François: les tableaux sont de Glov.de Veechl sur les dessins de Michel Ange.Un délicieujc produit canadien OICI le temps "des sucres" arrivé.Nos braves cultivateurs — ceux que la Providence a favorisé d'un "bien" dont les abouts sont coiffés d'une superbe érablière — ont déjà commencé l'entaillage et, dans les canettes que les premiers rayons du soleil printanier font reluire comme d'immenses escarboucles attachées au flanc île l'érable, la sève généreuse coule à plein bord.Nous allons manger du sucre frais.Les aborigènes du Canada nous ont légué non seulement le canot, la raquette et le toboggan, mais aussi l'art de fabriquer cette précieuse denrée alimentaire et cette friandise qu'est le sucre d'érable.Lorsque les premiers colons arrivèrent au Canada, ils virent que les Indiens au printemps sortaient leurs grands chaudrons et procédaient à la fabrication de sirop et de sucre.La transmission du procédé fut un bienfait pour les nouveaux habitants du pays, car dans une contrée bien pourvue de poisson, de gibier et de fruits sauvages et dans laquelle les céréales et les légumes devaient bientôt devenir abondants, les deux denrées essentielles qu'il était difficile de se procurer étaient le sucre et le sel.Outre leurs usages immédiats, ils étaient indispen- La voiX des champs As-tu parfois pleuré, fatigué de la ville.De ses rires confus, de ses bruits, de ses chants?\s-(u senti le poids de la foule servile?Viens goûter la paix des champs! Si ton âme a cherché la noble solitude, Si tu trouves parfois les hommes trop méchants.Loin des troubles du monde et de sa servitude.Viens goûter la paix des champs! Si ton esprit, touché d'une flamme divine.Veut secouer le joug de nos tristes penchants.Viens écouter la voix de Dieu dans la ravine.Viens goûter la paix des champs! Si ton coeur a saigné des peines de la vie Et sent monter en lui des souvenirs troublants.Pour oublier les maux de la route suivie Viens goûter la paix des champs! Blanche LAMONTAGNE sables pour conserver le surplus d'aliments des années d'abondance pour les années de disette: le sucre pour la conservation des fruits et le sel pour celle des poissons et des viandes.Des descendants des pionniers ont transmis par écrit la manière dont les fruits étaient alors conservés avec le sucre d'érable.Les fraises venant les premières étaient bouillies dans le sucre, puis placées dans un baril et recouvertes d'une couche de sucre d'érable pulvérisé.Venaient ensuite les framboises, les mûres, les myrtilles, les prunes et les canneberges, qui toutes recevaient le même traitement, et l'espoir des enfants était de voir le baril s'emplir avant l'arrivée de l'hiver.En ce temps-là, nulle bonne ménagère ne croyait avoir pourvu à tous les besoins de la famille tant qu'elle n'avait pas mis en réserve, sur une étagère élevée placée dans un endroit frais, une rangée de pains de sucre d'érable obtenus par refroidissement dans des seaux à lait.A mesure que la colonisation et la population progressaient, la fabrication du sucre prenait dans la vie des habi'ants une importance sociale.Le "temps du sucre" devenait l'occasion d'une partie de plaisir dans le bois durant la veillée, alors que, sous le prétexte d'aider au fabricant, jeunes gens et jeunes filles profitaient de la circonstance pour faire des promenades en traîneaux et des courses de chevaux jusqu'à l'érablière, pour manger du sirop ou du sucre refroidi sur la neige, jouer au jeu des gages touchés et se livrer à d'autres amusements.C'était en somme une sorte de fête marquant la fin de l'hiver et l'arrivée du printemps.Lorsque la récolte de sirop et de sucre était terminée, la galett" de sarrasin et le sirop d'érable constituaient pour la durée de la nouvelle saison le plat national au petit déjeuner.D'après le service Forestier du ministère de l'Intérieur, la sève de toutes les espèces d'érables contient du sucre et aux débuts de la colonie, en temps de disette, même l'érable du Manitoba, le moins productif sous ce rapport, était entaillé.En pratique il n'y a toutefois que l'érable à sucre (acer saccharum) qui soit exploité.Avec le développement des moyens de communication le sucre d'érable perdit peu à peu de son importance dans le régime alimentaire de la population; d'aliment indispensable il est devenu denrée de luxe.La fabrication de produits de l'érable — sucre, sirop, "beurre" et "crème" — se fait en con- séquence, mais la population et la richesse croissant sans cesse, le débouché prend de plus en plus d'ampleur.Le produit le plus en faveur est le sirop dont les procédés de fabrication ont atteint un haut degré de perfection.Il est vendu en boites métalliques, en pots de verre et en bouteilles et, comme le miel, il est de teinte pâle ou foncée.La plupart des consommateurs aiment mieux le sirop très fluide et sans couleur, mais d'autres, se souvenant des heureux moments dans l'érablière, accordent leur préférence au sirop plus épais, ayant une riche teinte d'ambre et un arôme prononce.Le fabricant moderne est en mesure d'en fournir des deux sortes.En dégustant du sirop ou du sucre d'érable on ne peut s'empêcher de songer aux temps héroïques des pionniers de notre pays.L'inimitable arôme de ce produit vraiment canadien nous remet naturellement en mémoire Indiens, fourrures et huttes de troncs d'arbres La fabrication de produits de l'érable est une branche de l'industrie du bois qui tend à la conservation de la forêt et, qu'elle se fasse dans la modeste cabane à sucre d'autrefois, elle conserve toujours ce cachet particulier qui en fait une industrie essentiellement canadienne.La maison paternelle ht puis que mes cheveux sont blancs, que je suis ( vieux, l'ne fois j'ai revu la maison rustique, Et le peuplier long comme un clocher gothique Et le petit jardin tout entouré de pieux.I ne part de mon àme est restée en ces lieux Où ma calme jeunesse a chanté son cantique.J'ai remué la cendre au fond de l'âtre antique Et des sou\enirs morts ont jailli radieux.Mon sans-gène inconnu paraissait malhonnête.Et les enfants riaient.Nul ne leur avait dit ()m leur humble demeure avait été mon nid.Et quand je m'éloignai, tournant souvent la fête.Ils parlèrent très haut et j'entendis ceci: —Ce vieux-ls, pourquoi vient-il pleurer ici?Pamphile I.EMAY 0 Mon Magazine, Mars 1928 NOUVELLE CANADIENNE LE TRA\)AI1 A ma femme Par Adjutor Rivard NE fois, il y avait un homme et une femme, " ' qui toute leur vie avaient travaillé la terre, et qui commentaient à se faire vieux.Que de besogne ils avaient ensemble abattu, le vieil Anselme Letiee et sa femme, Catherine, depuis le jour où ils étaient venus s'établir au cinquième rang de la paroisse, dans la dernière concession de la Seigneurie'.C'est là, presque en forêt, qu'après les noces Anselme avait jadis amené Catherine.Elle avait alors dix-huit ans, lui vingt-et-un.Tout de suite, ils s'étaient mis à l'ouvrage; et, quarante années durant, par les bons comme par les mauvais jours, hiver et été, pluie, neige ou soleil, sans relâche, ils avaient travaillé.D'abord, il avait fallu faire reculer la forêt prochaine, abattre le grand bois, essoucher et débarrasser le sol; puis étaient venus les premiers labours, si durs, en terre neuve; puis la lutte, opiniâtre et longue, contre la nature rebelle, et, dans les champs agrandis, la tâche incessante au soleil qui brûle ou sous le vent qui hàle.A coups de hache et du soc de la charrue, Anselme avait taillé son domaine; il l'avait fécondé à la sueur de son front; par l'effort de ses bras, il en avait, pendant près d'un demi-siècle, tiré la vie.A ses côtés, sans jamais fléchir, Catherine aussi avait rudement besogné; du matin au soir, son labeur avait réjoui les champs et la maison.Des malheurs les avaient frappés: la foudre avait incendié une grange et toute la récolte d'une saison; la grêle avait fauché la moisson; les sauterelles avaient dévasté les champs; un mal sans remède avait décimé le troupeau; la mort aussi était deux fois entrée chez eux.Rien n'avait pu lasser les vertus patientes de ces simples chrétiens; la prière avait incliné leurs âmes à la résignation, et le travail avait consolé leurs peines.Des enfants leur étaient nés, nombreux, qui, d'abord avaient tour à tour égayé la maison de leurs ébats, puis, après avoir quelque temps partagé la tâche quotidienne, avaient, l'un après l'autre, quitté le toit paternel: l'aîné, qu'on avait envoyé au séminaire, était prêtre, et tous les soirs Anselme et Catherine remerciaient Dieu de cette bénédiction; deux de leurs fils étaient morts, et les parents les avaient amèrement pleures; les autres garçons, grâce à des soins industrieux, à de longues économies, étaient établis sur de bons lots de terre; les filles avaient trouvé des partis avantageux.Anselme et Catherine, demeurés seuls, commençaient à se faire vieux, et il leur revenait, à Anselme surtout, qu'autrefois ils avaient fait un rêve.* * * Ils avaient fait ce rêve, qu'un jour ils pourraient vivre de leurs rentes.Cette idée datait de loin.Tout enfant, Anselme avait admiré comme certains messieurs du village n'avaient jamais rien à faire qu'à fumer leurs pipes au soleil, échanger des paroles avec les passants, donner leur avis sur le temps et sur la récolte prochaine."C'est des rentiers", lui avait dit son père; et plus tard, Anselme avait appris que les rentiers du village étaient comme qui dirait des habitants en retraite: ayant vendu leurs biens, ils finissaient là des jours paisibles, en mangeant leurs petits revenus.Le tableau de ces tranquilles vieillards, assis sur le pas de leurs portes, sans autre souci que de se laisser vivre, était resté, dans le souvenir d'Anselme, comme l'image du bonheur sur terre; et de cette impression première, lui était né le cTésir d'être un jour un rentier.Anselme avait si souvent parlé de ce beau projet que Catherine n'y contredisait plus; elle paraissait même partager l'ambition de son mari, mais sans enthousiasme, et comme pour lui faire plaisir.A dire vrai, Anselme lui-même avait été longtemps sans croire beaucoup à son rêve; mais, au plus dur do la peine, n'était-il pas agréable de penser que, plus tard, après avoir bien travaillé, on aurait peut-être amassé assez de quoi pour acheter, au village, une maisonnette, et pour achever là sa vieille vie?.H avait de la sorte nourri son espérance pendant de longues années.Et voici que le jour était arrivé où le rêve pouvait enfin se réaliser.Depuis le mariage de leur dernière fille, Anselme y songeait sérieusement II était encore robuste et solide; mais il eût fait si bon.lui semblait-il, de se reposer un peu! En vendant la terre et le roulant, il pouvait former une somme rondelette, tout à fait suffisante.Et justement, un emplacement était à vendre, près de l'église, avec une petite maison et un jardinet Ils seraient bien là!.Plus de "train" à faire matin et soir, plus d'animaux à soigner, de champs à labourer, de foin à faucher, de récolte à rentrer, de blé à battre.Ils n'auraient qu'un petit ménage et un petit ordinaire facile; le matin, ils pourraient dormir et se Jever aussi tard qu'ils le voudraient; tout le jour, ils se berceraient sur la galerie, en regardant passer le monde; le soir, rien n'empêcherait qu'ils fassent, avec les voisins, une petite partie de dames ou de quatre-sept; et ils vivraient ainsi, tranquilles, heureux, en attendant la fin.Car ils n'auraient plus rien à faire: ils seraient des rentiers!.* —Catherine, dit un jour Anselme, si on vendait?—Comme tu voudras, répondit Catherine; mais.Quand Catherine Letiee disait: "mais".elle avait d'ordinaire quelque objection sérieuse à faire.—"Mais" quoi?demanda Anselme.—Mon vieux, reprit-elle, c'était plaisant de penser qu'un jour on pourrait vivre de nos rentes; mais, à présent qu'il en est question pour vrai, il y a quelque chose qui me dit que ça ne serait peut-être pas aussi beau qu'on se l'imaginait.Veux-tu que je te dise?Eh! bien, j'ai peur qu'on le regrette.—Peur qu'on le regrette!.Tu veux rire, vieille.Regarde un peu la vie qu'on mène, tous les deux, depuis quarante ans: on se lève avec la barre du jour, et jusqu'à la nuit noire on sue d'ahan sur l'ouvrage.A force de remuer la terre et de porter des fardeux, nous voilà courbés et lourds; mes mains sont calleuses, les tiennes toutes gercées.Quarante années passées à trimer dur du Jour de l'an à la Saint-Sylvestre, ça doit être assez; on a gagné de se reposer.Et puis, penses-y, on sera à deux pas de l'église: tu pourras aller à la messe tous les jours.et moi aussi.Ils en causèrent longtemps.Au fond, l'aventure tentait peut-être Catherine aussi.Il fut décidé qu'on vendrait.Le notaire, consulté, s'occupa de l'affaire: il était certain de trouver un acheteur; il en avait même un en vue, le père Maxime Bellefeuille, qui voulait établir son fils dans les environs, et qui avait de l'argent.Tous renseignements pris de part et d'autre, il se trouva que le père Bellefeuille donnerait un bon prix pour la terre, qui lui convenait, mais ne prendrait pas le "roulant", un peu démodé.Le bonhomme, d'ailleurs, voulait réfléchir encore et ne devait donner sa réponse que dans un mois.—Il n'importe, dit le notaire.Vous n'êtes pas pressé, père Letiee.Et si Bellefeuille ne se porte pas acheteur, j'en trouverai bien un autre.Une terre comme la vôtre, ça se vend toujours et bon prix.—Quand le père Bellefeuille sera décidé, monsieur le notaire, vous aurez soin de nous faire de bons papiers pour nous assurer la rente, à ma bonne femme et à moi, notre vie durant, et pour que le capital revienne aux enfants, comme je vous l'ai expliqué.—Ne craignez rien, père Letiee; vos papiers seront de première classe.—Faut que tout soit correct et sans réplique.—Comptez sur moi.Avant de partir, Anselme demanda: —En attendant, puisque le père Bellefeuille n'en veut point, on pourrait peut-être vendre le "roulant", monsieur le notaire?—En attendant, vous pouvez vendre le "roulant", dit l'homme de loi.Et, en attendant la vente de sa terre, Anselme Letiee vendit son "roulant".Partie à l'encan, partie de gré à gré, tout fut vendu, les bêtes, les voitures, les instruments, les meubles.Anselme et Catherine ne gardèrent que le mobilier et les quelques ustensiles dont ils devaient se servir dans la maisonnette du village.La vente dura une journée.Une annonce, faite à la porte de l'église le dimanche précédent, avait attitré les enchérisseurs.Pendant des heures, ce fut, dans la maison, dans la grange, dans l'étable, sur le terrain de la ferme, un brouhaha à n'y rien entendre.Enfin, le soir venu, chacun ayant payé et emporté son emplette, Anselme et Catherine se trouvèrent seuls.* * Après le souper pris à la hâte, ils comptèrent ce qu'avait produit la vente; ils n'avaient plus une tête de bétail, plus une fourche, mais devant eux, sur la table de la cuisine, s'élevait une joile pile d'écus et de trente sous.Tout compte fait, Anselme n'avait pas espéré un si beau résultat.—Vois-tu ce que c'est! dit Letiee, en serrant ses besicles dans leur étui.Je n'aurais jamais cru que ça ferait tant d'argent.Ma vieille Catherine, nous voilà déjà rentiers! Demain, rien à faire!.Et dans un mois, la terre aussi sera vendue, et on ira vivre au village! Catherine ne disait mot.Elle ramassa les écus, les serra dans l'armoire, rangea la table.Anselme, tout joyeux de ce beau commencement, alla s'asseoir sur le perron, alluma sa pipe, et reprit: —Rien à faire, demain! C'est presque pas croyable.Voilà longtemps que ça ne nous est pas arrivé ma vieille!.Viens t'asseoir ici.On va regarder se coucher le soleil.Penché sur la forêt, le soleil éclairait de sa lumière oblique les faces ridées et les chevelures grises de ces deux paysans qui abandonnaient la terre.Après un silence: —Ça me fait quelque chose, de voir partir notre vieille charrue, remarque Catherine.—Elle a rapporté trois piastres, dit Anselme.—C'est avec elle que tu avais labouré le champ du "sorouêt" pour notre première moisson.Te rappelles-tu?C'était l'année où Jean vint au monde.—Il y a longtemps de ça.—Le soc est encore bon, réplique-t-elle.Un nouveau silence, plus long.Les deux paysans pensent au vieux soc, qui a fait un si long service, et qui a été vendu.pour six piastres.Catherine reprend: —Je suis contente que Nez-Blanc ait été achetée par France Villeneuve.Sa femme est bonne pour les animaux; elle en aura bien soin.—Nez-Blanc est une bonne vache.—C'était la meilleure du troupeau.On aurait peut-être fait mieux de la garder.—Pourquoi faire?interrompit Anselme.Il eût fallu la nourrir, la soigner, la traire.Tu as assez travaillé; tu vas te reposer.L'homme a laissé s'éteindre sa pipe; la femme, le menton dans les mains, regarde, sans voir, vers l'horizon.Après quelques instants, Anselme murmure: —C'est notre voisin Ladouceur qui a acheté la Grise.—Une bonne bête, dit Catherine.—Sur la grosse voiture, elle n'a pas sa pareille; malgré son âge.—Et, pour le labour, il est difficile de tracer plus droit qu'elle.Elle a ça dans le pied.—On aurait peut-être pu la garder, dit Anselme à mi-voix.—Elle nous a rapporté soixante-quinze piastres, fait remarquer Catherine.Anselme secoue soudain les cendres de sa pipe: —Allons nous coucher, dit-il.Cependant, après la prière, il rôle encore quelque temps dans la cuisine, rouvre la porte, sort sur le perron, regarde longuement vers les "bâtiments", où d'ordinaire il allait, avant la nuit, faire un tour pour voir si tout était en ordre; il paraît hésiter un instant, puis rentre en murmurant: —N'importe!.On est des rentiers.Demain matin, je dors jusqu'à sept heures! * * Le lendemain matin, Anselme s'éveilla à quatre heures.Le soleil, par grands rayons, entrait dans la chambre.La première idée d'Anselme fut qu'il était en retard, et il allait se jeter à bas du lit, quand soudain il se rappela: il n'avait rien à faire, il pouvait rester au lit, s'il le voulait, toute la grasse matinée.Quelle volupté! Il essaya de dormir.Mais il eut beau se tourner et se retourner, se dire qu'il était rentier, que c'était bien vrai, qu'il n'avait rien à faire, le sommeil ne vint pas.Il ferma les yeux; mais le jour était dans la chambre, et, tout rouge, traversait ses paupières closes.Il voulut ne penser à rien; mais toujours il revoyait la Grise qui s'en allait, la tête basse, emmenée par Ladouceur.Plus moyen de dormir! C'était ennuyeux, à la longue,'et fatigant.Il se leva.—Tu ne dors plus?demanda Catherine.—Tiens! fit Anselme.Te voilà aussi réveillée! —Il y a "une belle lurette", répondit-elle.Je croyais que tu voulais dormir tard; j'avais peur de te déranger.—Il fait si bon, à matin, dit-il, que j'ai envie de prendre comme qui dirait une gorgée d'air frais.—Tu as beau: il n'y a rien à faire.—C'est ce que je me dis.Anselme s'en fut vers ses bâtiments.Un coq chantait, au loin; chez le voisin, des boeufs mugissaient.Mais, chez Letiee, tout était muet, tout était vide.Pas une poule dans la cour, pas Mon Magazine, Mars 192S 7 une vache dans le parc, pas un cheval à l'écurie.De temps en temps, un hennissement venait de chez Ladouceur.C'était peut-être la Grise?peut-être la Grise s'ennuyait-elle?La porte du poulailler était ouverte.Anselme regarda longuement la cage déserte et les perchoirs dégarnis, comme s'il y avait eu là quelque chose qu'il n'eût pas compris.Il ne jeta, par la porte, qu'un coup d'oeil dans l'étable; c'était si triste, ces stalles inoccupées, ces râteliers et ces mangeoires vides, qu'il n'osa pas entrer.Dans la grange, du foin était répandu sur le pavé de la batterie.Anselme se prit à chercher dans les coins: mais il n'y avait ni râteau, ni fourche pour ramasser ces brindilles éparses.Du "pont" de la grange, on avait vue sur les champs, jusqu'au bois qui fermait l'horizon.C'était alors le printemps; les semailles étaient faites, et Là-bas, dans la pièce aujourd'hui en friche, Joseph, le deuxième des garçons, apprit à labourer.Plus loin, voyez-vous le champ qu'on appelle le "clos" d'en haut?On eut bien de la peine à l'éro-cher; Catherine, qui travaillait comme un homme, V prit un tour de reins qui la tint un grand mois au lit.A la lisière du bois, il y a une source de belle eau claire.C'est un beau domaine, et qu'ils ont, Catherine et lui, longtemps arrosé de leurs sueurs; pas une motte de terre qu'ils n'aient eux-mêmes tournée et retournée.Ah! ils ont tous deux rudement travaillé; mais la terre le leur a rendu.Que de milliers de bottes de foin, de gerbes de blé, ils ont ensemble récoltées et engrangées!.Et, dans un mois, la terre aussi sera à un autre.Anselme revient, triste, à la maison.Après le déjeuner, tandis que sa femme remet les l'acheteur devait en avoir le bénéfice; il n'y avait qu'un morceau qui n'était pas encore labouré.Mais, sur la ferme, pas une charrue, pas une herse; pour la récolte, pas une faux; pour la moisson, pas un "javelier"!.Eh! bien, quoi?c'était juste: on allait vivre au village, on n'avait plus besoin de ces outils.Dans un mois, la terre aussi et les "bâtiments" seraient à un autre.Il semble à Anselme que, ce matin, il voit ses champs et ses prés comme s'il les regardait pour la première fois.Il se souvient de beaucoup de choses anciennes- C'est ici, tout près, qu'il abattit son premier arbre, un pin haut et droit comme un clocher d'église, dont il fit, l'année suivante, les deux "étamperches" de sa grange.choses à leur place, un hennissement lointain vient jusqu'à eux.—Je vais faire un petit tour chez Ladouceur, dit Anselme.Catherine regarde son homme s'en aller, et l'on dirait qu'un sourire passe dans ses rides.Puis, la voilà qui dénoue son tablier, met sa coiffe, et prend aussi le grand chemin.N'est-ce pas vers la maison de France Villeneuve qu'elle se dirige?* * Une heure après, Anselme Letiec revient de chez Ladouceur.Mais qu'est-ce que cela?Il tient une bride, et au bout de la bride il y a la Grise! Comme il va entrer dans l'étable, il entend la voix de sa femme: —Range-toi, Nez-Blanc! Il regarde: Catherine a été chercher Nez-Blanc! Pendant qu'il ramenait la jument, elle a ramené la vache.Et voici que la Grise, comme à l'accoutumée, entre toute seule dans l'étable, va se ranger à sa place, à côté de Nez-Blanc, et, passant sa bonne tête pardessus la "barrure", fait entendre un petit hennissement de joie, pendant que Nez-Blanc rumine, contente.Les deux bêtes marquent, à leur manière, qu'elles sont heureuses de se retrouver, et chez elles.* * * L'homme et la femme, face à face, se regardaient, embarrassés.Catherine s'expliqua la première: —J'ai pensé, dit-elle, qu'en attendant qu'on s'en aille au village, on serait bien aise d'avoir du lait.J'ai demandé à France de nous laisser Nez-Blanc pour un mois.D'ailleurs, ça me désennuiera, de la traire et de la soigner.—Eh! bien, moi, dit Anselme à son tour, il m'est venu dans l'idée que ça ne serait peut-être pas une méchante affaire, si, avant de vendre, je labourais la pièce du nordêt.Ladouceur m'a prêté la Grise pour un mois.—Mais tu n'as point de charrue! —Faut que je te dise.j'en ai emprunté une.—Mais, après avoir labouré la pièce du nordêt, qu'est-ce que tu feras de la Grise, pendant tout un mois?Anselme ne sut d'abord quoi répondre.—Il y a toujours de petits charroyages à faire, dit-il enfin.De travailler un peu, ça passera le temps.—Comme tu voudras, ajouta Catherine.* * * Labourer une pièce de terre et soigner une vache, il n'y a pas là de quoi occuper longtemps un paysan et une paysanne habitués à travailler du matin au soir.Chaque jour, l'un et l'autre inventait une raison pour emprunter une charrette, un outil, un instrument, et s'employer à quelque ouvrage; c'était l'étable à nettoyer, une "pagée" de clôture à réparer, le jardin à sarcler, et tantôt ceci, et tantôt cela.Ces occupations passagères n'étaient qu'un leurre; ils n'y prenaient d'ailleurs qu'un intérêt fort mince.Désoeuvrées, Anselme et Catherine, comme des âmes en peine, passaient les journées à ne savoir que faire.La vie leur devint bientôt ennuyeuse comme un carême.Deux semaines, mornes et lentes, se passèrent ainsi.Anselme" ne riait plus, et souvent Catherine pleurait dans son tablier, eux dont la vieillesse alerte avait été si gaie.Cependant, ni l'un ni l'autre n'avait encore osé avouer ses regrets.* * Un soir que, n'ayant rien fait de la journée, ils sentaient l'oisiveté peser plus lourdement sur leurs épaules, Anselme se décida à parler: —Catherine, je commence à me demander si la vie de rentiers est faite pour nous autres.On a beau dire et beau faire, on est heureux quand on travaille.Catherine eut un soupir de soulagement, comme lorsqu'il arrive quelque chose qu'on attendait depuis longtemps et qui tardait à venir.Cependant, elle voulut peut-être s'assurer davantage de ce qui se passait dans la tête de son mari, car elle répondit: —-Mon pauvre Anselme, on ne peut pas dire encore.Dans quinze jours, la terre sera vendue, et on ira vivre au village; peut-être qu'alors ça ira mieux.—La terre sera vendue, répéta Anselme, la terre sera vendue.Ce n'est pas fait encore.Elle sera vendue, si je veux la vendre!.Tiens! Catherine, veux-tu que je te dise?Eh! bien, j'ai peur qu'on le regrette.—Comme tu le dis, la vente n'est pas faite.On pourrait garder notre bien.Il est vrai qu'on serait pas rentiers.—-Mais on resterait ici; on garderait la Grise.—On garderait Nez-Blanc.—On pourrait racheter une partie de notre roulant.Qu'en penses-tu, ma vieille?—Il n'y a pas à dire, répondit-elle, on serait heureux.On l'était, avant.Vois-tu bien, mon vieux, il y a une chose à laquelle on n'avait pas pensé: c'est que le bon Dieu ne nous a pas mis sur la terre poux vivre de nos rentes.—On aurait dû consulter monsieur le Curé, avant de rien décider.—Je suis sûre qu'il nous aurait déconseillé.—Catherine, m'est avis qu'on a manqué d"'avi-soire", dans cette affaire-là! Pourquoi abandonner la terre?J'ai encore bon pied, bon oeil.—A la dernière "courvée", chez les Cormier, il n'y avait pas une "jeunesse" pour "t'accoter".—Achetons un "roulant"?fit Anselme.—Comme tu voudras, répondit Catherine.Tous deux souriaient, joyeux pour la première fois depuis quinze jours.* * * De bonne heure, le lendemain, Anselme était rendu au village.—Monsieur le notaire, plus besoin de vous occuper de cette histoire de vente: je garde mon bien.Et il ajouta, par manière d'explication: —On fatigue trop, à ne rien faire. S Mon Magazine, Mars 1928 La curieuse aventure de Marie Cotelle ROMAN Par HENRY JOGOT (Suite de la dernière livraison) OUDAIN, au loin, elle aperçut une femme qui, lentement, s'appuyant sur un bâton, se dirigeait de son côté.Elle l'a reconnue du premier coup d'oeil.C'était la Bigorne.Autrefois, elle ne se serait point inquiétée de cette créature; mais, ce jour-là, elle se sentit gênée à l'idée de passer auprès d'elle.La peur lui vint du regard de la vieille pauvresse, et, pour fuir le reproche de ce regard, la fille du maître de la Renaudière, l'orgueilleuse Marie Cotelle, se hita de quitter le chemin, prenant une petite voyelle qui devait la ramener chez elle à travers les champs.X Vers la fin de la semaine, un matin qu'Urbain Cotelle, attardé à la Renaudière, sortait pour aller rejoindre ses domestiques, il se heurta au meunier Darondeau, qu'il fut surpris de rencontrer si près de chez lui.—Quoi que tu viens donc faire par Ici?lui de-manda-t-il.C'est-y que tu voulais me parler?—Ma foi, non! répondit le meunier.Seulement, comme c'est que je passais au bout du chemin, l'idée m'a pris de te dire bonjour.On est des vieux camarades, des amis d'avant la guerre, pas vrai?Maître Cotelle avait bien trop de finesse paysanne pour ne pas comprendre que Darondeau ne lui disait point la vérité; mais il ne le laissa point paraître, car il vaut mieux voir les gens venir que d'aller à eux.—T'as bien fait! dit-il.C'est vrai qu'on a joué ensemble quand c'est qu'en était tout petit.On dénichait les nids de grollos, on dégringolait par les roles, on déchirait ses culottes en grimpant aux arbres.C'est vieux, tout ça.Il y en a eu des choses, depuis ce temps-là, sans parler de la guerre! Cotelle ajouta, malicieusement, avec un petit rire qui lui bridait les yeux: —Pour ce qui est de la guerre, ça ne t'a pas beaucoup gêné, toi! T'es resté tranquillement dans ton moulin, tandis que les autres recevaient des coups.Tout en causant, les deux hommes étalent revenus doucement vers la Renaudière, où ils entrèrent dans la grande salle du bas.—Tu n'es point gars à me refuser un verre de vin?questionna en riant maître Cotelle.—Pas même deux! répondit de même le meunier.Urbain alla, chercher une bouteille et deux verres, fit sauter le bouchon et versa.—A la tienne! fit-il.—A la tienne! répliqua Darondeau.Les verres se heurtèrent.Le meunier but, fit claquer sa langue, et dit, en essuyant sa moustache du revers de sa main: —Il est bon! C'est du vrai vin.Il y en a aussi au moulin.Tu en goûteras quand tu viendras me voir.Ça ne t'arrive pas souvent.—Pas plus qu'à toi de venir à la Renaudière! répliqua Cotelle.Mais on ne peut pas se fâcher de ça.vu qu'on a tant de travail qu'on n'a guère le temps de faire visite à ses amis.—C'est vrai! soupira Darondeau.Encore, moi.Je vas et Je viens.Tandis que toi, tes champs, tes vignes, lea bestiaux, les gars à surveiller, tu n'as point le moyen de sortir d'ici.C'est la Renaudière! —Oui! c'est grand, et ça demande du monde et de la peine._C'est ce que je me disais, en -passant le long de tes vignes.Elles sont belles, ma fol ! .Le raisin ne manque point, et, si le temps ne se gâte pis.la vendange sera bonne.I,i conversation tomba.Urbain Cotelle attendait ce que Darondeau voulait lui dire, et le meunier, de son coté, cherchait comment aborder le motif de sa venue autrement qu'en le découvrant tout net, ce qui n'est point dans les habitudes des campagnards qui aiment, ainsi que vous le savez, à tourner autour du pot.Cependant, il ne fallait pas laisser la bouteille s,- rider avant d'avoir parlé, et Darondeau se décida._Oui! C'est un fameux morceau, la Renaudière! m 1.rit-il.Sais-tu seulement depuis combien de i.mps c'est dans ta famille?Cotelle eut un geste vague._Faudrait chercher dans les vieux papiers, répondit-il.et.bien sûr.on ne retrouverait pas tout.Des Cotelle, Je crois qu'il y en a toujours eu sur la paroisse, m.lis les anciens des anciens ne devaient pas être cossus.Ils n'avaient peut-être qu'une masure et un bout de terre, et puis, les uns après les autres, à force de travailler, de s'échiner, ils se sont agrandis.C'est comme ça que ça s'est toujours fait, et nous voyons autour de nous des gens qui font de même, qui n'ont encore qu'une petite métairie, mais de qui les enfants, s'ils ressemblent à père et mère, finiront par être des gros fermiers.C'est l'histoire de la Renaudière, et c'est ainsi qu'elle est venue jusqu'à moi.Dame! pour ce qui est de ce qu'elle deviendra après ma mort, je ne peux rien en dire! Darondeau ne laissa pas tomber les dernières paroles du maître de la Renaudière.—Ça devrait pourtant te tracasser! dit-il.—Pourquoi ça?—Parce que tu n'as point de gars pour te remplacer.T'as ta fille, c'est vrai; mais faut un homme pour conduire une ferme pareille à la tienne.Sans mot dire, Cotelle approuva de la tête, et ceci encouragea le meunier.—On est des vieux amis, reprit-il, et on peut se causer franchement.Si on est d'accord, tant mieux.Si on ne s'arrange pas, on n'est pas plus mauvais camarades.Voilà que ta fille prend de l'âge.—Oh! fit Urbain, elle n'a encore que vingt ans.—Je la croyais plus vieille de trois ans au moins.Ça ne fait rien.Vingt ans, pour une fille, c'est le bon âge pour se marier.Je sais que la Marie est difficile et qu'elle a refusé des partis avantageux.Mais, tout de même, il faudra bien qu'elle se décide un de ces quatre matins, à moins que ça ne lui convienne mieux de rester vieille fille.Ça serait un malheur pour la Kenaudière, qui tomberait à rien entre ses mains! Le mieux serait de la voir mariée.Voyons, mon gars.Urbain, entre quatre-yeux, dis-moi ton avis.Quoi que tu penserais de mon gas Louis '.' Maître Cotelle, depuis un bon moment, avait deviné ce que Darondeau lui voulait; aussi ne parut-il point surpris.Il eut seulement un hochement de tête qui ne signifiait rien, et il laissa ses regards errer sur ce qui l'entourait, comme s'il eût été à la recherche de la réponse qu'il devait faire.En même temps, à la manière dont il serrait les lèvres, et tandis Qu'il remuait toujours la tête, on aurait dit qu'il avait peur de lâcher une parole imprudente.Ceci n'étonna pas le meunier.Tous ces gens des Mauges, aussi bien que les paysans de partout, sont avares de leur langage dans les cas difficiles.Pourtant, il insista: —Tu connais le gars Louis, pas vrai?.C'est dur à l'ouvrage, et ça n'a jamais passé pour un fai-niant.On dit qu'il a mauvais caractère, parce qu'il n'aime point qu'on lui marche sur le pied; mais ça ne l'empêcherait pas d'être un bon mari.D'autant mieux que ta fille lui plaît.Il me le disait encore hier.Pour ce qui est des accords, toi et moi.on ne se disputerait pas.T'es riche, et je ne suis point pauvre.Louis aura plus tard tout ce que nous avons, sa mère et moi.Marie héritera de la Kenaudière après toi.Ça serait bien des deux côtés.Quoi que t'en dis?Cotelle avait eu le loisir de réfléchir à ce qu'il allait répondre.Il aurait pu, du premier coup, déclarer au meunier qu'il ne voulait pas de son gars pour sa fille.Mais il ne lui convenait pas de blesser Darondeau par un refus tout sec, et il s'avisa d'un autre moyen.—Quoi que t'en dis?répéta le meunier.Faut parler, Urbain.Faut pas te gêner.Après comme avant, je te le répète, on restera des bons amis.Si c'est que mon gars Louis ne te plait pas?.—-Il me plaît autant qu'un autre, se hâta d'interrompre maître Cotelle, et, vrai de vrai, je n'ai rien contre lui.Mais, vois-tu, ça n'est point à moi de dire oui ou non dans une pareille affaire.T'as raison de penser qu'il faudrait un homme à la Renaudière, pour me remplacer quand Je ne serais plus là, ou même avant, quand je serait devenu trop vieux pour travailler.Ça commence.Je sens que les forces ne sont plus ce qu'elles étaient dans les temps.Aussi, ça me ferait plaisir d'avoir un gendre.Mais, pour ça.on est deux.Il y a ma fille et moi.Et, de nous deux, c'est encore elle que ça regarde le plus.J'ai toujours dit que Je ne la contrarierais point dans son choix.Je vas donc lui parler tantôt, et demain t'auras la réponse.J'irai te la porter.Mais non! .Je n'en aurai pas la peine.Voilà Marie.Elle va te la donner elle-même.Et.en effet.Marie Cotelle venait d'entrer dans la salle.Surprise à la vue de son père, qu'elle croyait parti, et plus encore en le trouvant en compagnie du meunier, elle devina, à l'air embarrassé de ce dernier, de quoi 11 s'agissait, et.tout de suite, elle se montra froide- et réservée, se contentant de saluer Darondeau d'un mot poli.Urbain, n'y allant point par quatre chemins, lui dit aussitôt: —Tiens, Marie, voilà Darondeau qui vient de me demander si tu voulais devenir sa bru.Oh! ce ne fut pas long! —Vous savez bien, mon père, répondit Marie d'une voix brève et sèche, que je ne suis point décidée à me marier.Pas plus avec Louis Darondeau qu'avec un autre.Le meunier, devenu rouge de dépit, se leva brusquement.—Voyons! voyons! se hâta de dire Urbain, faut point te dépêcher de répondre.C'est vrai que tu m'as dit que tu n'avais point envie de te marier maintenant.C'est vrai aussi que Je ne te forcerai pas.Mais, tout de même, tu pourrais prendre un peu de temps pour réfléchir, avant de refuser un garçon de qui le père est un de mes vieux amis.—Je serais fâchée de vous déplaire, mon père, reprit Marie d'un ton auquel il n'était pas possible de se tromper, et qui montrait bien que son idée était arrêtée; niais je n'ai pas besoin de réfléchir pour savoir que pour le moment ça me convient de rester fille —C'est bon! c'est bon! n'en parlons plus! dit le meunier, qui se contenait pour ne point éclater.J'aurais été content de ce mariage-là, et je crois que ça aurait été bonne affaire des deux côtés; mais, d'après ce que je vois, Cotelle, ta fille a des idées qui ne sont point celles de tout le monde.Plus d'une autre, à sa place, sur la paroisse, serait contente d'épouser mon gars.A la revoyure !.11 sortit, ayant serré la main du maître de la Renaudière, mais sans vider son verre, ce qui, d'après lui.était une manière d'offense.Quand ils furent seuls, le père et la fille se regardèrent en silence; puis, Marie allant à' Urbain, lui dit, doucement, presque craintivement: —Vous ne pouvez pas m'en vouloir, mon père, de ce que je ne veux pas devenir la femme de Louis Darondeau ?—Bien sûr que non! répondit Cotelle.C'est le dernier que j'aimerais à voir entrer dans ma maison comme gendre, et je gagerais volontiers cent écus que celle qui se mariera avec lui, si jamais il trouve une fille assez folle pour le prendre, sera plus malheureuse que les pierres.Non! non! Je ne t'en veux pas.T'as bien fait: T'as bien parlé! Darondeau et son gars ne nous pardonneront point ton refus, mais ça m'est égal.Ici, on n'a point besoin d'eux.Il ajouta, mais sans colère, et plutôt avec tristesse: —Pourtant, Marie ça me fait de la peine de te voir rester fille.Le temps passe.On vieillit tous les jours, et, tout à l'heure, quand Darondeau me disait qu'après moi la Renaudière tomberait à rien, faute d'un maître pour y veiller, Je crois, aussi vrai que Dieu m'entend, que J'en aurais pleuré de chagrin.—Père! fit Marie, prenant les mains de Cotelle.—C'est comme ça, vois-tu! reprit celui-ci.Je ne serais pas un paysan si Je n'aimais pas la terre, nos champs, nos vignes, la maison, la grange, les étables et les bêtes.C'est notre vie, c'est notre bonheur, à nous autres campagnards.La Renaudière.c'est comme qui dirait le sang et la sueur de tous les Cotelles des temps passés.Faudra-t-ll mourir en me disant que ça s'en ira à d'autres, que ce sont des étrangers qui en récolteront le froment et qui en presseront le raisin?.Ah!.oui, ça me fait gros coeur.Mais Je ne peux pas te forcer.Non! Je ne peux pas te forcer!.Mais cette idée-là rendra triste ma dernière heure! Si Cotelle s'était fâché, s'il avait adressé à sa fille des reproches trop vifs, s'il lui avait parlé de son orgueil, de sa vanité, elle serait peut-être sortie sans mot dire, le coeur blessé; mais cette résignation attendrie la bouleversa, et.se Jetant dans les bras de son père, elle s'écria en pleurant: —Non! mon père! Non!.Votre dernière heure ne sera point rendue triste par ma faute!.Non! La Renaudière ne tombera pas entre les mains des étrangers!.Non! la terre des vieux Cotelle ne sortira pas de la famille.Je vous demande pardon de vous avoir fait du chagrin dans le passé!.Ça n'arrivera plus dans l'avenir.Trouvez un honnête garçon, digne de vous, que vous estimerez, et je vous jure que Je l'accepterai, que Je tâcherai de l'aimer, que je serai pour lui une bonne épouse, que Je., que Je.Elle n'en put dire davantage.Les sanglots étouffaient sa voix, elle se sauva dans sa chambre pour pleurer à son aise.XI Pourquoi pleurait-elle ainsi.Marie Cotelle?C'est qu'il y avait déjà un bout de temps qu'elle se disait qu'elle ne voudrait maintenant épouser personne parce qu'elle était sûr de ne rencontrer aucun garçon valant mieux que Pierre Magloire .Quand elle était seule, elle ne pensait qu'à lui.et, au Heu d'éprouver de la colère au souvenir de tout ce qu'il lui avait dit.près de la petite fontaine, sous les vieux Mm Magazine.Mars 1»-,>S 9 chênes, voici qu'elle y trouverait presque de la douceur, et qu'elle cherchait à se rappeler toutes ses paroles, et aussi l'air qu'il avait en les prononçant.Pourtant, nous ne changeons point en un jour, et, même lorsque nous tâchons d'être meilleurs et de ncus corriger de ce qu'il y a de mauvais en nous, l'ancien naturel reprend le dessus.La fille de maître Cotelle était comme tout le monde.On ne grandit pas dans l'orgueil et la fierté, pour devenir d'un seul coup pareil aux saints, qui sont doux et humbles de coeur.Aussi Marie se prenait-elle à trembler, quand il lui venait à l'esprit qu'elle aimait peut-être Pierre Magloire.Dans ces moments-là.elle rougissait de honte et se reprochait sa faiblesse, ce qu'elle appelait sa lâcheté.Quoi! avait-elle refusé Us plus honnêtes garçons de Soulaines, qui tous étaient dans le cas de lui faire honneur, pour s'éprendre d'un don.- -tique de son père?force qu'un vent d'orage ne secoue les arbres des forêts, et c'est pourquoi, ayant juré à son père qu'elle accepterait le garçon qu'il lui présenterait, elle se sauva dans sa chambre en pleurant.Ça dura longtemps.Elle sanglotait ainsi qu'un petit enfant, et.dans sa peine, elle racontait sa douleur à sa mère, comme si la défunte avait pu l'entendre, la prendre dans ses bras, l'amignonner.la consoler.A la fin.pourtant, ayant cessé de pleurer, elle 6e passa de l'eau sur les yeux, et, pour leur donner le temps de devenir moins rouges, elle s'approcha de sa fenêtre, o.ui s'ouvrait sur la cour, et regarda au.dehors.Chantant une chanson des Mauges, une belle voix grave venait de s'élever, et, cette voix, c'était celle de Pierre Magloire.Comment se trouvait-il là à cette heure?Que faisait-il dans la cour?Marie aurait voulu ne point chercher à le savoir: mais, plus forte qu'elle, une curiosité la prit, et, se plaçant de ma- Justement, ce matin-là, et tandis qu'l'rbain Cotelle et le meunier causaient dans la salle du bas, Marie soutenait contre elle-même une de ces lut'os pénibles, après lesquelles elle se sentait faible et désolée, et elle en souffrait encore quand, étant descendue, son père lui apprit la demande de Daron-deau.Après cela, l'rbain lui ayant parlé avec douceur, et aussi avec chagrin, elle céda à l'attendrissement qui la gagnait; mais, en même temps, dans un grand élan de sa volonté, dans un sursaut de son courage, elle voulut mettre, par une promesse qu'elle saurait tenir, par un engagement auquel elle ne manquerait point, un obstacle infranchissable entre elle et Pierre.Elle n'était pas fille à se dédire.Maintenant, tout était Uni.Le sacrifice était accompli.Mais des choses pareilles vous secouent l'Ame avec plus de nière à ne pas être aperçue, elle regarda.Magloire.toujours chantant, avait ouvert l'écurie et fait sortir la Jument, flattant la bonne bête de la main.Puis, sous une remise.11 était allé prendre la carriole, et, maintenant, il s'occupait à atteler l'animal, interrompant son ouvrage et sa chanson pour caresser le chien, qui s'était dérangé pour lui faire des amitiés.Après quoi, l'air Joyeux, 11 reprenait son couplet et son travail Comme à son ordinaire, il ne paraissait point se presser, ce qui ne l'empêchait pas d'avancer plus qu'un autre n'aurait pu le faire.Cachée derrière son rideau, qu'elle soulevait à peine, Marie ne se lassait point de le suivre du regard, tout en se disant qu'allé avait tort et que c'était comme si elle avait bu du poison par les yeux.Avec ses mouvements pleins d'aisance ,il était beau à voir, sous le soleil.et sa voix chaude vous prenait le coeur.Tout était prêt.Pierre conduisit la Jument et la carriole sur le chemin, referma la barrière derrière lui; puis, montant sur le siège, d'un mot il fit partir la bête.Alors, Marie Cotelle, toute troublée, et Joignant ses mains sur sa poitrine, se prit à dire, d'une voix basse et tremblante: —Oh! mon Dieu!.Oh! mon Dieu!.XII Environ huit jours apres ce que je viens de vous raconter, le curé de Soulaines invita les notables de la paroisse à se réunir un soir à la cure, afin de choisir, entre trois filles également méritantes, celle qui serait couronnée rosière.Comme les dignes filles ne manquaient pas sur la paroisse, la difficulté était grande de faire un choix.C'est pourquoi le curé avait demandé aux principaux habitants d'examiner l'affaire avec lui, ne voulant point être seul à prendre une décision qui ferait verser des larmes à celles qui ne seraient point couronnées.Naturellement, l'rhiin Cotelle, comptant parmi les gens les plus riches du pays, s'était rendu à la cure, et il advint que Marie, au lieu de monter se coucher, fut prise de la fantaisie d'aller à sa nilo-vance.Elle demanda à la Mélanie de l'accompagner; mais la vieille femme répondit qu'à la fin de la journée ses Jambes étaient trop lasses pour lui permettre de courir encore sur les chemins, ce qui était bon pour une fille de vingt ans.Marie s'en alla donc seule.D'ailleurs, elle n'avait pas de mérite à le faire, car, au Jour d'aujourd'hui, il n'y a point de danger à se promener le soir dans les campagnes des Mauges.et.dans ce temps-là, elles étaient encore plus sûres.La nuit était magnifique.Des milliers d'étoiles brillaient dans le ciel; il y avait une brise douce et légère, qui répandait sur toute la campagne la bonne odeur arrivant des bols; on n'entendait rien, excepté de temps à autre, l'aboiement lointain d'un chien C'était un vrai plaisir que de se promener, et II semblait à Marie Cotelle qu'elle serait allée ainsi, sans se lasser.Jusqu'au bout du monde.Quant à ce qui était de ses pensées, je crois bien qu'il est inutile de vous en parler Trop tôt.à son idée, elle ai riva au bourg et s'en fut jusqu'à la cure.Mais, là.elle apprit que tout le monde était parti, son père comme les autres.Sans doute, causant avec des amis, usait-Il fait un détour pour rentrer à la Renaudlère.Elle-même n'avait qu'à se dépêcher d'y retourner, e! ce fut en marchant vite qu'elle revint sur ses pas.Or, comme elle parvenait à la hauteur du bols d'Ussé, elle aperçut un homme qui se dirigeait de son côté, mais elle ne s'en Inquiet i point.Seulement, quand elle se trouva près de lui.elle fut ennuyée en reconnaissant Louis Darondeau qui, la voyant, s'arrêta net et se planta devant elle, au beau milieu du chemin.—Tiens! tiens! c'est vous, Marie Cotelle! dit-Il d'une voix embarrassée, qui annonçait qu'il avait bu plus que sa suffisance.—Oui! c'est moi! répondit-elle sèchement.Bonsoir.Laissez-moi passer! ajouta-t-elle.comme 11 ne se dérangeait pas.Il no bougea point et reprit, ricanant: —Comment ça se falt-il donc que vous vous promeniez à l'heure qu'il est sur les chemins?—Laissez-moi passer! répéta Marie.Nous n'avons point à causer tous les deux.et.si Je suis dehors à l'heure qu'il est.ça ne vous regarde pas.Allons! rangez-vous.Louis Darondeau secoua la tête.—Hlen sûr que je me rangerai, dit-Il; mais quand ça me conviendra, rapport que, si vous n'avez point à causer avec mol, comme vous dites, mol J'ai à causer avec vous.Il bredouilla tout bas quelques paroles confuses, à la manière des ivrognes qui cherchent à se donner du courage; après quoi II dit: —Comme ça, vous n'avez pas voulu de mol.Marie Cotelle?Le gars d'un meunier, c'est trop bas pour vous, même quand le meunier a tout autant d'êcus que le fermier de la Renaudlre! On sait, sur la paroisse, que vous vous croyez plus que tout le monde.C'est pour ça que vous n'avez pas craint de nous offenser, mon pere et mol; mais Je ne suis point pareil aux autres gars du bourg, qui n'ont rien dit après avoir été refusés par vous.Faut vous expliquer, entendez-vous! —M'expllquer ?.Je ne vous dois point d'explication.J'ai répondu à votre père que Je ne voulais pas me marier.Ça suffit.C'est mon Idée, et.là-dedans, il n'y a pas plus d'offense pour vous qu'il n'y en avait pour les autres.C'est tout ce que J'ai à vous dire.Laissez-moi passer.Ça ne me convient pas de rester plus longtemps Ici.—Ça ne vous convient pas'.Et si ça me plait, à mol, de ne point vous laisser vous en aller, sans vus avoir «Ht vos quatre vérités'• Je vous le répète que Je ne suis pas pareil aux autres.—C'est vrai! s'écria Marie Cotelle, exaspérée par l'Insolence de Louis Darondeau, et trop courageuse pour contenir l'expression de sa colère.Oui! c'est vrai que vous n'êtes point pareil aux autres, et que pour ça Je n'aurais point voulu de vous.Je ne me (Suite à la page 23) JO Mon Magazine, Mars lf'.'S ÉTUDE ET IMPRESSIONS J^a Glorieuse Belgique Par J.-AUGUSTE GALIBOIS I je n'avais à vous parler que de la Belgique JpN*\| moderne et des événements survenus en ce JvïAJ pays depuis 14 années, je crois que j'aurais suivi pas à pas le ministre américain Biand Witlock dans ses deux volumes intitulés "La Belgique sous l'occupation allemande", et j'aurais ajouté mes impressions d'avant-guerre à ses notes politiques publiées en 1918, avec ce titre tout trouvé: "En marge d'un beau livre!" Mais avant de vous parler de la Belgique moderne, commerciale, industrielle et guerrière, je crois à propos d'esquisser les grandes lignes de l'histoire de ces deux races flamande et wallonne qui peuplent, et le plus densément du monde, cette étendue de 11,373 milles carrés, la plus malencontreusement située pour exciter la convoitise des grandes puissances de l'Ouest et du Centre de l'Europe qui viennent depuis quinze siècles vider là leurs querelles traditionnelles.Quand César, dans ses Commentaires, vers 58 avant J.-C, écrivit que les Belges étaient les plus braves des Gaulois, il ne faisait qu'ajouter son autorité à une opinion déjà répandue parmi ses légionnaires et qui se perpétua à travers les divers siècles de domination romaine, germaine, gauloise, autrichienne, espagnole et française, sans parler de l'occupation des armées anglaises qui, en trois circonstances célèbres, couvrirent également les Flandres: sous Henri VIII vers 1513,—sous la Reine Anne de 1702 à 1713, et sous George III en 1815.* Après la défaite des Gaulois sur l'Aisne, car César combattit nos lointains aïeux sur les lieux mêmes où devaient s'illustrer, au cours de la Grande Guerre, Foch, Franchet d'Esperey, Mangin, Pétain, Gouraud, Maud'huy, et de plus de trente autres généraux français, plusieurs tribus gauloises, dont les Nerviens, qui sont pour une bonne partie les ancêtres du petit peuple belge et qui dans l'origine étaient des Celtes pour la plupart, se retirèrent et campèrent sur la Sambre, à la jonction de la Meuse, entre Namur et Dinant, et livrèrent même une dernière bataille à Liège, où sous la conduite d'Ambiorix ils auraient battu les troupes de Cécar, n'eussent été l'excellence des légions romaines et l'habile politique du chef romain, qui entre deux combats avait su détacher les chefs gaulois du sud, après les avoir vaincus à Tournai (Turnacum).Quand vint le moment de conclure la paix, les émissaires belges déclarèrent à César que sur 600 Sénateurs il leur en restait 3, et que sur soixante mille hommes il leur en restait quatre cents.C'est de cette race héroïque que descendent les Belges d'aujourd'hui après avoir subi au cours de vingt siècles au-delà de cent invasions françaises, je ne sais plus combien d'invasions allemandes, cinquante années d'un joug atroce sous la domination de l'Espagne, joug abominable comme aucun peuple n'en a jamais subi, si ce n'est la Pologne aux mains des Russes, la Grèce d'autrefois et l'Irlande du seizième siècle aux mains de Cromwell et d'Irton.J'incline à croire que l'Irlande catholique n'a pas plus souffert "physiquement" de la protestante Angleterre, que les Flandres n'ont souffert aux mains de Philippe II et du Duc d'Albe.Remarquez que je ne veux en rien diminuer les malheurs de l'Irlande, car ma mémoire me rappelle en ce moment l'émouvante page de Lacordaire sur les souffrances d'Erin et je sais d'ailleurs qu'il fut un temps où les Irlandais sous peine de mort durent se réfugier dans le Connaught; un temps où il leur fut défendu de vendre ou d'acheter quoi que ce soit à moins d'appartenir à la Réforme."à moins d'avoir sur la bouche et sur le front le signe de la bête", dit l'éloquent Lacordaire, mais outre l'interdiction civile, et la misère sordide imposée par la loi et à part toutes les vexations et les privations qu'a souffert pour la foi religieuse le peuple de saint Patrice, s'il avait dû subir les sanguinaires cruautés du Duc d'Albe, enterrant vivants ses ennemis, si les Irlandais, avec leur tempérament celtique d'éternels gémisseurs, avaient connu cinquante années de meurtres en bloc, d'assassinats gigantesques comme les Belges en subirent de 1530 à 1580, l'univers n'aurait-il pas vu naître mille éditions nouvelles des "Lamentations", tandis qu'ici, en Belgique, à part quelques monuments et quelques tableaux qui attestent encore le joug detestable de l'Espagne (la statue des Comtes d'Eg-mont et de Horne à Bruxelles; le tableau des Têtes Coupées, à Tournai), il faut recourir aux anciens historiens pour apprendre jusqu'à quel point cette petite nation fut à la fois héroïque et martyre sous les dominations successives qui l'asservirent jusqu'en 1830.Pour un étranger comme moi, pour un touriste qui parcourait il y a 15 ans les cités industrielles aitistiques et pleines de souvenirs émouvants du pays flamand et du pays wallon, et qui prenait contact avec cette population aimable, si accueillante et si gaie de Bruxelles, de Liège, de Namur, de Dinant, de Louvain, de Gand, de Bruges, et d'autres villes, les événements qui se déroulèrent à partir du 1er août 1914 eurent longtemps l'aspect d'un mauvais rêve, ou plutôt d'une série d'épouvantables cauchemars.La Belgique était l'un des pays les plus riches et les plus peuplés de l'univers.Les Belges sont fort industrieux: j'en fournirai d'abondantes preuves dans quelques minutes.S'ils n'ont pas toutes les qualités brillantes de l'esprit français, de l'esprit parisien si vous aimez mieux, ils semblent avoir plus de suite dans les idées, et sont d'excellents administrateurs.Beaucoup font de l'agricitlture scientifique et beaucoup sont manufacturiers.Les Flamands ont également produit de grands artistes et les Wallons de grands industriels.A l'heure où la Belgique a été envahie, c'était sans doute l'un des peuples les plus heureux et les plus prospères du monde.Leur fortune personnelle était proportionnellement supérieure à la fortune allemande et presque équivalante à la fortune française, avec le même esprit d'économie et de prévoyance.Leur population en 1912 était de 7,600,000, exactement ce que nous étions au Canada à la même époque, mais cette population vivait toute dans une étendue analogue à celle du comté de Beauce.Lorsque les Allemands pénétrèrent en Belgique par Visé, Batticé et Hervé, le» 1er août 1914, ils brûlèrent tout, pillèrent tout et massacrèrent dès le premier jour les habitants de ce malheureux pays wallon où la population est la plus dense.La destruction guerrière n'est pourtant pas une chose inconnue à ce malheureux pays.Comme je le disais il y a quelques instants, les Flandres et les bords ensanglantés de la Meuse ont toujours servi de champs de bataille aux grandes puissances de l'Europe qui venaient là vider leurs querelles séculaires.Les villes, villages et hameaux détruits au cours de l'été 1914 avaient chacun leur nom dans l'histoire militaire des siècles précédents.Liège avait subi antérieurement de terribles sièges.Namur également.Bruxelles, Louvain, Anvers, Gand, Bruges, Mons, Dinant ont dans le recul des siècles inscrit leurs noms ensanglantés dans l'histoire de la France et de l'Espagne, et dans les Annales de la maison de Nasseau.J'ai ici un tableau contenant en points noirs la liste des principaux champs de bataille de la Belgique, au Moyen-âge et dans les temps modernes; j'ai compté neuf cent quarante-quatre (944) combats, sièges et batailles rangées, lesquels entraînaient toujours, à part les pertes en hommes, une destruction partielle ou totale de villages et de bourgs, souvent même l'incendie de cités entières.J'ai pu voir sur les bords de la Meuse les débris d'une forteresse de Jules César.C'est un simple amas de pierres superposées, travail qu'on attribue à ses légionnaires.J'ai pu voir aussi à Bouvignes, près de Dinant, au Château des Roches, j'ai pu voir, dis-je, quelques restes, quelques débris de travaux d'attaques de Philippe de Bourgogne, qui lançait avec ses catapultes de grosses roches sur les Dinan-tais de l'autre côté de la rivière, et qui, le siège terminé et la ville prise, attachait les citoyens deux par deux et les noyait dans la Meuse, absolument comme fit trois siècles plus tard, sur la Loire, le conventionnel Carrier pour les royalistes de Nantes.Les limites de la Belgique ont subi bien des changements depuis l'époque du grand conquérant romain.A l'époque romaine, la province Gaule Belgique s'étendait de l'Escaut jusqu'à la Seine, et depuis la Manche jusqu'au Rhin.Les premiers habitants étaient, comme je viens de le dire, des Gaulois, mais au cours du cinquième siècle quelques tribus germaines franchirent le Rhin et se fusionnèrent.De là l'origine des Flamands de l'Escaut.Les Belges alliés aux Bataves (les ancêtres des Hollandais d'aujourd'hui) recommencèrent contre les Romains en 69 après J.-C.—115 ans après Jules César—une longue guerre qui devait durer plusieurs siècles jusqu'à la chute de l'Empire romain et à l'invasion des barbares.Puis vinrent les guerres de Clovis.né à Tournai, baptisé à Reims, et vainqueur en 496, à Toibiac qui se trouve près du Rhin, entre Aix-La-Chapelle et Coblence.De Clovis à Charles-Quint, pendant dix siècles, j'esquisse à grands traits les guerres subies par la Belgique et les Pays-Bas.Vers 500.Clovis finit par étendre sa domination sur toute la Gaule.Après lui le territoire Belge fut morcelé dans le partage qu'en tiicnt ses fils et les rois mérovingiens.Au traité de Verdun en 843, l'Empire de Charlemagne fut divisé entre les fils de Louis le Débonnaire, et ce que nous appelons les Flandres passa à Charles le C hauve, et la Wallonnie, qui comprenait la Lorraine d'aujourd'hui, échut à Lothaire 1er, et cette partie du pays fut sous son règne et sous le règne suivant disputée par les rois de France et de Germanie, au milieu de tous les troubles de la féodalité naissante qui cherchait à s'affranchir de tout joug ou pouvoir supérieur.Le neuvième, dixième, onzième et douzième siècles furent une époque où les seigneurs belges, germains, wallons, français et flamands s'en-tretuèrent avec autant de férocité qu'aujourd'hui, bien qu'avec un peu plus de lenteur dans les procédés.Au douzième siècle, il faut considérer la part notable que les seigneurs belges prirent aux Croisades en Orient, où Godfroy de Bouillon devint Roi de Jérusalem et Beaudoin IX, Comte de Flandre, Empereur de Constantinople.En 1213, Bouvines,—vais-je vous parler de Bou-vines et de Philippe-Auguste?—Je ne le crois pas, du moins longuement, car je dois disposer de beaucoup de matières belges, et celle-ci est une affaire française.— Dans mon enfance, j'adorais Philippe-Auguste pour quatre raisons: D'abord, à cause de son nom; 2o parce qu'il était le grand-père de Louis; 3o parce qu'il était aussi brave que son adversaire Richard Coeur de Lion; 4o parce qu'il était désintéressé.— A Bouvines, ayant à combattre les troupes îéunies de l'empereur d'Allemagne, du roi d'Angleterre et du comté de Flandre, faisant appel à ses vassaux, les divers chefs des communes françaises, il avait déposé sa couronne sur une table au pied d'un arbre, et invité à la prendre quiconque s'en trouverait plus digne que lui.Personne ne voulut y toucher, tous ses vasseaux protestèrent au contraire de leur dévouement au Roi et à la France, ce qu'ils prouvèrent bientôt en gagnant pour lui et pour elle, il y a 700 ans, la plus magnifique victoire française qui illumine l'histoire du Moyen-Age et qui prépara pour l'avenir la puissance de saint Louis et l'unité de la France- La France moderne est sortie de ce glorieux fait d'armes qui fut surtout un grand combat de cavalerie.La lutte des comtes de Flandres contre les rois de France, et particulièrement contre Philippe le Bel, nous amène à la journée des Eperons d'Or, qui est restée populaire dans les souvenirs de l'âme belge.A la fin du treizième siècle, les Flandres se révoltèrent contre le roi de France et la milice primitive des drapiers flamands de Gand rencontre l'armée française du comte Robert d'Artois, frère du roi, l'anéantit près de Courtrai en 1302, quoique celle-ci fut de deux à trois fois plus considérable en nombre.C'est à la suite de cette bataille, par laquelle les Flamands avaient reconquis sur la France l'indépendance de leur patrie, que tous ceux du Hainaut et du Brabant qui ne purent prononcer avec un accent flamand caractéristique "Schield en Vriend" furent mis à mort.Dans le siècle suivant, les Flandres passèrent à la maison de Bourgogne dont les ducs Philippe le Hardi, Philippe le Bon et Charles le Téméraire (dont j'ai visité le tombeau à Bruges) s'efforcèrent d'agrandir leur domaine en faisant la conquête de ce que nous appelons toujours la Wallonnie.Liège, Namur, Dinant soutinrent de terribles sièges, Liège surtout, du 22 au 30 octobre 1468, un siège effroyable dont vous trouverez le récit dans un des livres les plus fameux de Walter Scott: "Quentin Duward".La fille de Charles le Téméraire épousa Maximilien d'Autriche, fils de l'empereur d'Allemagne, et les Pays-Bas commencèrent à être ballotés comme sur une vague furieuse entre les convoitises de six grandes puissances avec les Autrichiens comme premiers possesseurs.Charles-Quint, roi d'Espagne et empereur d'Allemagne et héritier du Maximilien d'Autriche, dont il était le petit-fils, agrandit ses possessions flamandes par l'adjonction d'une grande partie de la Hollande d'aujourd'hui, mais, sous son fils Philippe II, toutes ces provinces se révoltèrent contre l'Espagne, et la protestante Hollande forma avec la catholique Belgique la République des Provinces-Unies afin de résister à l'oppression épouvantable que faisaient subir aux Belges les troupes du trop célèbre Alvarez de Tolède, ministre et général de Philippe II, d'Espagne, l'un des plus abominables monstres qui soient jamais passés sur la terre et qui noya le Brabant, le Hainaut et les Flandres dans une mare de sang.Il y a dix années de martyre dans l'histoire de la Belgique, telles que vous n'en trouveriez pas de pareilles dans l'histoire d'aucun autre pays, pas Mo n Magazine, Ma rs 192S 11 même dans celle de l'Irlande ou de la Pologne, ou de la Grèce aux mains des Turcs.A la suite de la bataille de Saint-Quentin, 10 août lf>57, où les Français furent battus par les Espagnols et les Flamands du comte d'Egmont, des troubles civils éclatèrent à Anvers et à Bruxelles, à Gand et à Termonde, pour secouer le joug que Philippe II imposait aux Pays-Bas: c'est alors que celui-ci envoya le duc d'Albe, et ce cruel ministre pendant huit ans prescrivit et exécuta les édits les plus sanguinaires contre tout ce qui levait la tête et osait soupirer vers un rayon de liberté.Après avoir, au nom du roi d'Espagne, condamné au billot des milliers de patriotes flamands, le duc d'Albe consomma le plus grand de ses crimes en faisant monter sur l'échafaud les nobles comtes d'Egmont et Home qui sont, après trois siècles et demi (comme Francis Agnessens est demeuré le martyr de la domination autrichienne), les héros-martyrs de la liberté des Flandres, contre un pouvoir exécré.Le 18 juin 1568, jour de lugubre mémoire, les deux nobles patriotes, brisés de souffrances mais résignés et fiers, parurent sur la Grand'Place, la même Grand'Place que les Allemands occupèrent dès le 20 août 1914.Toutes les issues conduisant au supplice avaient été soigneusement gardées.Le comte d'Egmont monta le premier sur le gibet, après avoir fait une courte prière sur le corps encore chaud de l'humble carillonneur qui avait le matin même donné le signal de l'évasion manquée, et ainsi perdu la vie dans cette épouvantable catastrophe où la tyrannie de l'Espagne s'immergeait dans le sang flamand.Pour ne pas fatiguer mon lecteur si bienveillant, nous allons couper en deux cette narration et vous citer l'admirable invocation funèbre du comte d'Egmont sur les marches de l'échafaud.Cela est tiré de l'opéra de Patrie de Paladilhe, qui lui-même en avait pris le sujet dans le drame de Sardou.(Vous me permettrez de marier ici la légende à l'histoire.) Pauvre martyr obscur, humble héros d'une heure, Je te salue et je te pleure! La légende apprendra ton nom à nos enfants; Ils garderont toujours ta mémoire bénie.Tu revivras! ô toi qui nous donnes ta vie! Parmi les plus vaillants et les plus triomphants Tu revivras! ô toi qui nous donnes ta vie! * if * Ce n'est pas de tomber dans la lutte acharnée Qui fait grande une destinée; C'est de mourir fidèle au devoir accepté; C'est d'accomplir dans l'ombre un noble sacrifice.D'aller au but certain sans que l'âme faiblisse; Et de n'attendre rien de la postérité.C'est d'accomplir dans l'ombre un noble sacrifice- DEUXIEME PARTIE sion de toute liberté populaire.En 1667, Louis XIV envahit les Flandres avec 50,000 soldats, grosse armée alors, et s'empara de Lille après vingt jours de siège.Gand lui résista cependant jusqu'au bout.En 1691, Louis XIV voulut punir le prince évêque de Liège d'être entré dans la Ligue d'Augsbourg et bombarda la ville mais sans succès.L'année suivante, le roi Soleil prit Namur en huit jours, ce qui sembla extraordinaire à cette époque.Durant la guerre de succession d'Espagne (1702-1713), la Belgique, de nouveau redevenue province espagnole parce que le trône d'Espagne était échu au petit-fils de Louis XIV, la Belgique, dis-je, fut l'un des principaux champs de bataille où se vidèrent de nouveau les vieilles querelles, et la Belgique souffrit horriblement.Le duc de Marlborough à la tète des Anglais et le prince Eugène de Savoie à la tête des Impériaux occupèrent le pays, battirent les Fran ais dans une rapide succession de combats meurtriers, et capturèrent Ramilies, Bruxelles, Lou-vain.Malines, Gand, Anvers et Bruges, absolument comme les Allemands le firent en août 1914.Mal- plaquet, 1707, fut leur dernier grand succès, et Villars reprit le dessus à Denain qui se trouve près de Lille.Mais le traité d'Utrett-h, 1713, rétrocédait la Belgique à l'Autriche, comme au Canada la France par le même traité cédait Terre-Neuve et l'Acadie à l'Angleterre.Pendant la guerre de succession d'Autriche en 1744.la Belgique fut conquise par les Français mais restituée à l'Autriche à la conclusion de la paix.En 1787, la Belgique se révolta contre l'Autriche de Joseph II, le fils de Marie-Thérèse et le frère de Marie-Antoinette, mais la rébellion fut étouffée.En 1794, les armées républicaines s'emparèrent de la Belgique qui fit ensuite partie de la Fiance jusqu'à la bataille de Waterloo en 1815.De 1815 à 1830, la Belgique fut annexée à la Hollande.En 1830, la Révolution Brabançonne.La Belgique proclame son indépendance qui fut enfin reconnue, et ce n'était pas trop tôt, par la France, la Hollande, la Prusse, l'Angleterre, l'Autriche et la Russie.En 1870, après la déclaration de guerre du gouvernement français à l'Allemagne, un nouveau traité ratifiant celui de 1839 et assurant la neutralité absolue de la Belgique fut passé entre la France, la Prusse et la Grande-Bretagne.Ce traité, c'est le fameux Scrap of Paper qui a entraîné la Grande-Bretagne dans la guerre de 1914, un peu malgré elle.C'est du moins l'unique motif qu'elle a fourni à l'univers, bien qu'au fond les causes primordiales de la guerre remontent à la lutte du panslavisme et du pangermanisme déclanchée par un mégalomane, et à la concurrence économique que se faisaient depuis vingt ans l'Allemagne et l'Angleterre, causes profondes qui nous font actuellement paraître la Belgique et la France, la Belgique surtout, comme de nobles et inconscientes victimes de l'ambition de leurs voisins.De cette esquisse rapide, ne touchant que les plus importantes guerres subies par la Belgique et les Pays-Bas, j'en ai omis plusieurs et notamment dans ses détails la Guerre des paysans qui ravagea la Hêsbaye et qui fut terrible comme la guerre de Vendée à laquelle elle ressemble et qu'il faut lire dans un écrivain national comme Henri Conscience.Il faut conclure que la Belgique, paisible depuis 84 ans, avait auparavant souffert d'innombrables invasions causées par la convoitise de ses trop puissants voisins.Et en 1914, tel que dans le passé, elle s'est montrée héroïque au suprême degré et son long martyre a ému tous les coeurs sensibles, d'un bout à l'autre de l'univers civilisé.Tant de courage, tant de fierté, un si haut sens de l'honneur national, joints à tant de malheurs et à tant de destructions, n'ont laissé personne indifférent pendant les 1595 jours d'occupation allemande.( Suite à la page 2 7 ) La Belgique demeure encore un siècle sous la dépendance de l'Espagne avec des périodes de guerre civile, d'exécutions politiques et surtout de compres- It Mon Magazine, Mars 10X8 NOUVELLE J^a Chasse aux Dots Par Hector Fabre i LA.DISTRIBUTION DES PRIX L'heure des vacances venait de sonner à l'horloge des collèges, aux pendules des couvents, et ses douces vibrations se prolongeaient délicieusement dans le coeur des élèves.Les professeurs sentaient leur règne finir et les chefs de famille leur peine commencer.Le mois de juillet, magnifique comme toujours, avait réservé sa plus belle journée pour la dernière séance des examens du couvent d'Armenonville, l'élégante maison d'éducation dans laquelle l'on donne aux jeunes filles une instruction si brillante et l'on développe avec tant de soins le goût pour la toilette et le luxe qu'elles tiennent de leurs mères.La grande salle était décorée à ravir: on y voyait tout ce que peut inventer de joli, de gracieux, l'art de plaire aux imaginations féminines; on y respirait le parfum délicat de l'exquise propreté.L'auditoire, quoiqu'un peu mêlé de parents de toutes sortes, ne laissait pas que d'être fort élégant.Aux premiers rangs se montraient les plus imposantes têtes de la ville de Montréal, les plus ravissants chapeaux de la saison.Les mères de famille venues de la campagne tapissaient le fond de la salle.L'observateur pouvaient aisément saisir sur leurs figures franches et ouvertes la révélation anticipée des sentiments contraires qui allaient y éclater à la vue des prix remportés ou des défaites, sous forme d'accessits, essuyées par leurs enfants.L'entrée était rigoureusement interdite aux jeunes gens encore en âge d'être amoureux.Un certain nombre des plus fringants, cependant, avaient réussi à lever la consigne, en invoquant leur titre de proches parents des élèves.Dans un pays comme le nôtre, où toutes les familles sont bien fournies d'enfants, qui peut donc manquer jamais de soeur, de nièce ou de cousine, s'il en a besoin?Si, par hasard, vous n'en avez point, les gens en état de vous en prêter pour l'occasion ne sauraient vous faire défaut.Les vigilantes gardiennes qui ont institué ce règlement sévère mais juste, oublient qu'il ne suffit pas d'être frère ou l'oncle d'une ou de plusieurs élèves pour perdre à l'instant tout attrait aux yeux du reste de la communauté.Cette qualité permise donne au jeune assaillant maintes intelligences dans la place.La séance s'ouvrit par un défilé élégant, une revue des jeunes Grâces.L'on vit s'avancer sur la scène les élèves, trois ou cinq de front.Elles marchaient à pas cadencés jusqu'à la rampe et là faisaient au public, d'avance charmé, la plus jolie révérence du monde.Ce prologue muet eut grand succès.Tout le monde ne se rend pas également compte du plus ou du moins de mérite des exercices littéraires; mais tout le monde est juge de la beauté, de la grâce, d'un salut, d'une révérence.C'est pour cela sans doute que l'on avait placé en tête du programme cette pantomine mondaine.Chaque mère n'eut d'yeux que pour sa fille et, n'ayant vu qu'elle, déclara que le défilé était magnifique.Les simples spectateurs plus impartiaux trouvèrent, qu'en général, ces demoiselles n'étaient point aussi jolies qu'ils l'auraient désiré et qu'elles-mêmes se le figuraient.La beauté baisse, à ce qu'assurent les femmes d'autrefois, la taille diminue, le teint s'en va, les grands traits se perdent.Il y trop de dentistes: cela fait tomber les dents de bonne heure! Trois ou quatre jeunes filles frappèrent particulièrement la foule impartiale et non pas indifférente, et l'une d'elles, Mademoiselle Marguerite Aubé, plus que les autres encore.Aussitôt qu'elle parut, un mouvement général se produisit, et l'éclair de son regard traversa la salle, faisant jaillir de tous les yeux l'admiration.A dix-sept ans, sa démarche, son grand air étaient déjà d'une grâce accomplie et d'une assurance parfaite, sous l'ombre de cette timidité et de ce léger embarras qui se trahissent d'ordinaire dans les premiers essors de la coquetterie.L'attention se fixa sur elle, sur sa beauté faite pour être vue ainsi d'un peu loin, au-dessus de la foule.On avait pressenti ce succès, car elle n'était venue qu'à la fin du défilé et comme pour le clore magnifiquement.La toilette de toutes ces demoiselles était charmante.A en juger seulement par là, les fortunes et les positions des parents devant être à peu près égales.Il s'en fallait de beaucoup pourtant qu'il en fût ainsi, et l'on se serait fort trompé en leur assignant à chacune un rang d'après le prix ou l'éclat de la robe.Plusieurs des plus riches se fussent trouvées au-dessous des moins à l'aise.Les mères de famille habillent leurs filles, non pas selon leur fortune, mais selon leur vanité, qui est souvent d autant plus grande et exigeante que la fortune est plus modeste.D'ailleurs, il n'y a pas de pays au monde où les parents gâtent autant leurs enfants qu'au Canada, et où, en revanche, les enfants gâtent moins leurs parents.Mademoiselle Aubé était mise au gré de ses désirs.Sa blanche parure coûtait fort cher à son père, petit marchand de la rue Notre-Dame-Est, qui voyait les économies de plus en plus notables qu'il opérait chaque année sur les frais de sa propre toilette, rapidement dévorées par les chiffons de sa femme et les rubans de sa fille.Les élèves achevaient de se former en groupe de chaque côté de la scène, lorsque l'attention des personnes placées près de la porte fut attirée par le bruit d'une contestation au dehors.Trois ou quatre jeunes gens demandaient entrée dans la salle, et le portier la leur refusait sous prétexte qu'ils n'avaient pas l'air de pères de familles authentiques.—Vous nous offensez, dit celui qui tenait la tête de la colonne, voici monsieur: il a trois enfants, deux au couvent et un au collège; cela ne se voit-il pas à sa figure: regardez bien! Pourquoi donc n'aurait-il conservé de l'épaisse chevelure que nous lui avons connue, que cette touffe blonde, ce simple bouquet, qui répand une ombre si légère sur son front pensif?Et moi qui vous parle, je viens couronner ma fille aînée qui va remporter dans la minute un premier prix de sagesse! Me priverez-vous de la joie de couronner ma fille aînée remportant un premier prix de sagesse?Le portier avait ouvert la bouche pour écouter.Avant qu'il eut le temps de la refermer, les jeunes gens entrèrent dans la salle.Celui qui venait de haranguer ainsi le fonctionnaire préposé aux billets d'entrée n'était autre que le Dr Charles Blandy.Personne n'était plus connu dans la communauté.Maintes fois, les bonnes religieuses avaient surpris quelque élève brodant son nom sur un coin de mouchoir ou sur un bout de canevas.Ses initiales ornaient les marges de bon nombre de grammaires.Ce prestige lui venait de ce qu'il comptait parmi les élèves une soeur et quelques nièces et cousines, qui n'avaient pas fait faute de raconter à leurs amies combien elles l'avaient trouvé aimable pendant les vacances, et séduisant! Aussi lorsqu'il entra dans la salle, se fit-il un mouvement parmi les élèves.Plusieurs se poussèrent du coude en chuchotant; quelques-unes rougirent; d'autres braquèrent leurs yeux sur lui afin d'être les premières à attirer son attention.Ce léger trouble, s'ils l'avaient observé, aurait suffi pour révéler aux parents où en était exactement le coeur de leurs enfants.Mais ce à quoi les parents ne songent guère, c'est à remarquer dans leurs enfants les penchants qu'eux-mêmes éprouvèrent à pareil âge et qui les mirent plus d'une fois à deux doigts de faire des folies.Cet aveuglement a une excuse.L'amour chanté par les poètes, ressenti par les amants, est douce chose et belle flamme, mais pas dans le coeur de sa fille ou de sa soeur, et l'on ferme les yeux pour ne l'y voir que le plus tard possible.Le jeune docteur a reçu de la nature une figure que bien des gens ont portée avant lui, et dont plusieurs de nos arrière-neveux hériteront.Avant de l'atteindre, ses traits ont circulé un peu partout, et, en le quittant, iront se poser sur d'autres visages.Il a l'oeil brun ou gris, les cheveux plus ou moins bouclés, le teint incertain; ses dents ne viennent pas toutes de chez Trestler, mais toutes elles y ont passé.Un grand soin de son sourire, l'art des expressions, donnent à sa physionomie le cachet qui lui manque et qui la fait remarquer.Un homme est ce qu'il veut être, même physiquement.Avec du sérieux, il devient un personnage imposant; avec de la grâce, un séduisant garçon.Arrivé ainsi un des derniers dans la salle, Blandy trouva moyen d'aller se placer dans les premiers rangs, sans cependant déranger personne, tant il avait le talent d'arriver! Il savait d'avance, par les intelligences qu'il avait dans le couvent, quelles seraient, à peu près, les élèves qui remporteraient les prix, et il voulait être bien en vue des parents pour les applaudir.Tandis que l'adroit docteur prenait ainsi ses positions sur les devants de l'auditoire, ses deux compagnons pénétraient dans le fond de la salle et s'y plaçaient en observation.Le premier, Alphonse Duport, celui-là même qui porte au front la touffe de cheveux signalée par Blandy au respect du portier, est un avocat heureux.Les clients naissent sous ses pas.Il est arrivé, avant trente ans, à l'apogée de son talent, de sa renommée; et il emploiera le reste de sa vie à décliner lentement.Son embonpoint seul ne se ralentira pas, et l'ombre qu'il projette en marchant ira s'agrandissant chaque jour.Il attribue ce progrès physique au manque d'exercice, à l'assiduité au travail.Pareil phénomène bien des fois sans doute vous a frappé.Vous avez connu étudiant un garçon mai- gre, fluet: vous le retrouvez, cinq ou six ans après, gras et luisant; sa peau menace d'éclater en maints endroits; bientôt il y faudra faire des reprises.Vous le félicitez ironiquement de sa belle santé et lui en demandez le secret, la précieuse recette- Il se rengorge et vous confesse que c'est uniquement à un verre de bière pris à propos à dîner, entre la poire et le fromage, que cette merveille est due.L'avocat Duport a pour suivant fidèle, pour admirateur assidu, un jeune orateur aux longs cheveux.Ce gar.on voudrait être né sur les marches d'une tribune.Nourri de politique, il a appris à lire dans les journaux.De bonne heure, il épelait les faits divers et le jour où il lut couramment un accident, il se dit à lui-même qu'il ferait un journaliste au besoin.En quittant le collège, il fonda un club pour y faire son premier discours et se mit à écrire dans ies feuilles démocratiques des correspondances bien senties sur le progrès.A l'heure qu'il est, il collectionne les portraits des célébrités pour y trouver sa ressemblance; il vient d'écrire à M.de Bismark: l'autographe qu'il en recevra lui servira de modèle, il se fera une signature d'homme d'Etat.Il a déjà des armes, un cachet.Avec tout cela, il n'en pas moins condamné à garder le nom de son père: Pierre Martel.La séance s'ouvrit, naturellement, par un morceau de piano à quatre ou huit mains.Vous entendez ce clapotement musical, du large fauteuil où vous vous êtes plongé pour me lire commodément.Agaçant! Le piano ayant fait silence, on vit s'avancer une des grandes pensionnaires qui se mit soudain à déclamer la "Prière d'une Mère".Les paroles étaient françaises, la diction anglaise, les gestes cadencés, l'affectation choquante, les intentions excellentes, et la pensionnaire assez jolie.La salle éclata en applaudissements à la fin.Ils furent vifs surtout aux premiers rangs de l'auditoire, où se trouvaient les parents de l'élève, des mieux posés dans le monde.Le père de Mademoiselle Caroline Perret est un de nos plus riches négociants.Directeur de banque et marguillier en charge, actionnaire important de la Compagnie du Richelieu et propriétaire du plus beau terrain au cimetière, il exerce une grande influence et jouit d'un crédit illimité.On calcule qu'il laissera £25,000 à chacun de ses enfants.Cette opinion n'était point étrangère, on le devine, à l'enthousiasme que créait la déclamation de Mademoiselle Perret.Elle influait grandement, dans tous les cas, sur l'admiration que manifestait le Dr Blandy, que le hasard ou une habile prévision avait placé auprès de Madame Perret.Les applaudissements n'étaient pas finis que, penché du côté de l'heureuse mère, il la félicitait avec chaleur sur un succès si beau et si mérité.—Madame, lui disait-il, il n'y a que vous qui n'applaudissiez pas.Si c'était ma fille, je crois que je n'aurais pas la force de me contenir; je battrais des mains malgré moi, j'irais l'embrasser de suite, sans m'occuper du public.Quelle voix mélodieuse et quels gestes gracieux! Elle a un port de reine, et elle déclame à perfection.De figure, permettez-moi de vous le dire sans flatterie, c'est tout votre portrait.Personne ne saurait s'y tromper.On demanderait à l'auditoire: "Quelle est la mère de cette ravissante jeune fille?" que tout le monde dirait, en vous montrant: "C'est cette belle personne!" —Docteur, ne répétez pas tous ces compliments à ma Caroline, vous lui tourneriez la tête.A son âge, je n'y aurais pas tenu.Je le dis souvent à M.Perret: Mon pauvre homme, si l'on m'avait dit lorsque j'avais dix-sept ans: "tu es belle et tu épouseras un prince", je l'aurais cru et je ne me serais jamais résignée à devenir ta femme.—Votre fille, comme vous, madame, mériterait un prince, mais il n'y en a pas encore dans notre pays.Ce sera pour une de vos petites-fllles.Vous verrez ça peut-être.Il faut du moins, puisqu'elle est venue trop tôt pour être princesse, que mademoiselle Caroline ait un époux digne d'elle, un mari qui sache lui obtenir la position à laquelle elle a droit, qui fasse d'elle la première dame du pays.C'est à vous, madame, à diriger son choix.Votre mari lui donnera la fortune, elle tient de vous l'esprit et la beauté: il faut que votre gendre mette à son service, au vôtre, une ambition sans bornes, une volonté d'arriver à l'épreuve de tous les accidents de la route.Le succès appartient à l'énergie.L'homme qui dit résolument: "Je monterai jusque là", est aussi sur d'y parvenir que s'il touchait déjà au but.J'ajouterai—et je n'ai besoin pour en juger ainsi que de voir l'impression profonde que mademoiselle Perret a produite sur tout l'auditoire, sur moi,—j'ajouterai que celui-là seul aimera véritablement votre fille qui, spontanément, lui promettra la plus haute destinée, et que l'on sentira, à son langage, à sa conduite, en état de tenir cet engagement d'honneur. Mon Magazine.}f,irx t9?S 1-i —Vous me rendez toute fière, cher docteur.Ce que vous dites là de ma fille est si bien ce que j'avais rêvé pour moi-même.Et cependant j'ai épousé monsieur.—Pardon, madame, il y a grande différence: vous étiez pauvre et votre fille est riche: Monsieur Perret vous a choisie, votre fille peut choisir.Vous le voyez, madame, je ne vous flattais pas tout à l'heure comme vous m'en accusiez, puisque je vous tiens maintenant un langage qui blesserait une personne de moins d'esprit que vous.Mais j'ai cru pouvoir me permettre, pour mieux faire comprendre ma pensée sur l'avenir réservé à votre fille, de faire allusion aux circonstances qui seules expliquent l'alliance, si inégale au point de vue du mérite personnel, que vous avez contractée.—Caroline a le temps de songer à tous ces beaux rêves.Je ne veux pas la marier trop tôt et je désire qu'elle jouisse à loisir de toute sa gloire de jeune-fille.Quand elle aura tourné toutes les têtes, nous songerons à lui trouver le mari que nous rêvons tous deux pour elle.Je ne vous en remercie pas moins de l'intérêt que vous lui portez, et alors, croyez-moi, cher docteur, je m'en souviendrai.En petit marchand qu'il est, le bonhomme Aubé s'était placé un peu en arrière et il fallait que sa fille fendit la foule pour aller le retrouver.Elle se rendait à lui sans se presser et en laissant au public-tout le temps d'admirer sa beauté superbe.Les applaudissements l'accompagnaient sur tout le parcours et ne cessaient que lorsqu'elle avait repris sa place dans la foule des élèves.Aubé en était tout intimidé, et c'est en rougissant qu'il posait d'une main mal assurée les couronnes sur le front de Marguerite.Il l'admirait pourtant de tout son coeur et sa joie était pour le moins aussi grande que celle de Madame Perret.La séance finie, Blandy prit congé de Madame Perret, qui l'invita à passer la soirée chez elle, où quelques amis devaient se réunir aux heureux parents pour célébrer les succès de Caroline; et il rejoignit ses deux amis Duport et Martel à la sortie.II AU TERRAPIN Les trois amis montèrent en voiture et prirent la Tandis que le Dr Blandy et Mme Perret se livraient à cet épanchement, si désintéressé, d'une part, si filial, de l'autre, la séance marchait son train.On jouait aussi la comédie sur la scène.Une lutte des plus vives s'y était engagée entre les coquillages, représentés par une perle fine, les fleurs, symbolisées par une rose des plus brillantes, et les oiseaux, figurés par un joli petit perroquet des mieux dressés.Les fleurs triomphèrent des coquillages, et furent à leur tour vaincues par les oiseaux.Il y eut ensuite un chant de circonstance sur les vacances, paroles d'un poète local, musique de Rossini; puis, quelques autres exercices littéraires: et enfin, la distribution des prix.L'appel des élèves à couronner fut fait par Mademoiselle Perret, d'une voix claire et qui ne devenait sympathique qu'en prononçant son propre nom.Les deux élèves qui remportèrent le plus de prix furent Mademoiselle Aubé et Mademoiselle Perret.A chaque prix, c'était une ovation, à cette différence près, que lorsque Mademoiselle Perret descendait les degrés de la scène, les applaudissements éclataient aux premiers rangs de l'auditoire, et que, quand venait le tour de Mademoiselle Aubé, les applaudissements partaient du fond de la salle.Le Dr Blandy était le principal champion de la première; Duport et Martel les bruyants claqueurs de l'autre.On devine quelle secrète gratitude ressentait Madame Perret en voyant le zèle que déployait son jeune voisin pour la cause de sa fille.Deux ou trois fois, elle lui céda l'honneur de la couronner.route de la ville.Chemin faisant, ils devisèrent de» la séance et discutèrent vivement la beauté ou l'élégance des jeunes pensionnaires.La promenade ayant été un peu longue, Duport déclara qu'il se sentait l'estomac glacé et fit arrêter la voiture devant le restaurant Terrapin.Constatons en passant combien certaines gens prennent vite froid à l'estomac et sont forcés de réchauffer souvent les ressorts de leur appareil digestif pour le tenir en bon ordre.Le restaurant était rempli de monde.Six heures allaient sonner, et les gens entraient prendre le coup d'appétit.Le coup d'appétit! terme élastique qui comprend depuis le petit verre de liqueur que les anciens savouraient jusqu'au grand verre d'eau-de-vie que les familiers des hôtels enveloppent à moitié d'une main discrète, en le vidant.Trois jeunes gens étaient appuyés sur le comptoir, près de l'entrée, et débattaient les affaires du pays.L'un était "rouge", l'autre "bleu", le troisième écoutait et, tout en écoutant, buvait double; il arrosait silencieusement les arguments de ses amis, et lorsqu'on lui demandait son sentiment sur un point vivement contesté, sa voix se perdait au fond de son verre.Les deux adversaires péroraient chacun leur tour; aussitôt que l'un lâchait la parole, l'autre l'attrapait et il la gardait jusqu'à ce que la soif revînt la lui ôter.A l'autre bout du comptoir, il y avait un groupe de cinq ou six buveurs.A première vue, ils n'avaient pas l'air d'être là chez eux.On les aurait pris pour de bons bourgeois; mais peu à peu le ton haussait et les gestes se déréglaient.Tous ils prétendaient savoir dépenser leur argent quand il le fallait.L'occasion ne pouvait être meilleure, puisqu'il s'agissait de fêter un ami de la campagne, retrouvé inopinément au coin d'une rue, quelque temps auparavant, et qui, depuis cette heureuse rencontre, revenait bien souvent en ville revoir les anciens camarades dont il avait été si longtemps séparé.Aussitôt que quelqu'un faisait mine de donner le signal du départ, un autre se récriait et réclamait l'honneur de faire servir.Les six avaient déjà payé la traite; il était entendu qu'on s'en irait après cela; mais sans y prendre garde, on avait recommencé la tournée: impossible de ne la pas finir.Sur un banc couvert d'un épais tapis, vis-à-vis le comptoir, un homme à figure cramoisie était étendu de tout son long.Son nez marquait l'apoplexie.Chaque jour, il venait là faire sa sieste.Parfois, les habitués ou des jeunes gens désireux de se former sous un maître expérimenté, le réveillaient pour trinquer.En un instant, il était sur pied et sa soif était prête.Duport, Martel et Blandy s'attablèrent dans un coin isolé du restaurant.Duport commanda la consommation: il se fit apporter de l'eau-de-vie; Martel, qui n'était encore qu'un élève, demanda de la bière; enfin Blandy, qui ne trinquait que par politesse, se contenta d'un verre de "sherry".La conversation retomba sur les héroïnes de la séance à laquelle ils venaient d'assister.Duport et Mai tel tenaient pour Mademoiselle Aubé, Blandy pour Mademoiselle Perret: —Mademoiselle Aubé est charmante, je l'admets, dit le docteur; c'est la beauté en personne et je m'incline devant cette idole de vos coeurs.Je vais plus loin encore; je ferai comme vous, je l'aimerai et je le lui dirai.Mais après?Si, par hasard, elle préfère mes hommages aux vôtres et mon art à votre talent, l'épouserai-je ?Pousserai-je la passion jusqu'à l'enlever du second étage — au-dessus du magasin de son père — où elle demeure, pour l'installer dans une maison à son choix, rue Sherbrooke ou rue St-Denis, et lui donner là le luxe qu'elle rêve, qu'elle exigera, sans s'inquiéter si le nombre de mes patients correspond au chiffre de ses dépenses?Pousserai-je l'imprévoyance, l'aveuglement, jusqu'à me substituer à son père qu'elle est en train de ruiner, pour qu'elle me ruine à sa place?Pardon! mes bons amis, ce n'est point ainsi que j'aime les femmes et que je comprends le mariage.—Mon cher docteur, interrompit Duport, vous raisonnez comme si l'amour était un sentiment dont on peut à volonté diminuer ou augmenter la force, ainsi cjue vous diminuez ou augmentez la force d'une de vos potions, La puissance que vous a donnée la science de changer en remèdes, en calmants même, Us poisons violents, vous aveugle; l'habitude de guérir les grands maux vous emporte.Le coeur, quand il est sérieusement atteint, résiste aux meilleurs traitements.II se guérit tout seul ou il ne se guérit pas.Prenez-en votre parti: il vous ferait appeler que cela ne servirait à rien.Plus on le soigne, plus il est malade.Il y a des gens qui n'aiment que parce qu'ils veulent s'empêcher d'aimer, et il y en a d'autres qui n'aiment pas parce qu'ils veulent aimer.Mademoiselle Aubé a la beauté, le charme, elle me plait; c'est en vain que je voudrais aimer Mademoiselle Perret, qui n'est point sans mérite et qui est riche: mon coeur refuse net.—Quel âge avez-vous, mon excellent Duport?Quinze ans, l'âge de Roméo, n'est-ce pas?On peut donc plaider longtemps sans connaître la vie, pas même la vie de ses clients.Voyons, rassemblez vos souvenirs: vous avez été initié au secret de plus d'un ménage; les maris vous ont confié leur cause, les femmes ont invoqué l'appui de votre éloquence, et comme vous êtes bon enfant, vous avez remis ensemble des gens qui ne demandaient qu'à se prendre aux cheveux, et qui déjà même s'en étaient arraché quelques-uns.Eh bien! d'où venaient d'ordinaire ces discordes intestines ?Répondez.De ce que le mari n'était pas assez riche pour subvenir aux goûts de luxe, aux habitudes de dépenses de sa femme, n'est-ce pas ?—Ce sont là des exceptions, docteur, des exceptions qu'en dehors de mon bureau je ne rencontre guère.—Je le sais, Duport.Pourtant, qui vous a dit que vous ne tomberiez pas dans ces exceptions?Mais je ne veux rien exagérer pour ne pas affaiblir ma cause.Je vous ai signalé les cas mortels, auxquels tout le monde se croit sûr d'échapper; j'en arrive maintenant à la série de ces petits désordres intérieurs qui rongent le bonheur et éteignent chaque matin la flamme joyeuse du foyer domestique, au malaise constitutionnel qui bannit la paix du sein de la famille.Avant d'aller plus loin, cette dissection sociale vous plaît-elle et dois-je continuer?—Comment donc, dit Duport.Le tribunal veut tout entendre; c'est notre cause à tous qui se plaide là.Si vous dites la vérité, il nous faut la connaître; sinon, nous l'apprendrons peut-être à nos dépens.—J'expose mes illusions à vos coups, dit Martel, et je ne les crains point.Je ne me marierai jamais et ce n'est pour moi qu'affaire de curiosité que de savoir quels maux j'évite, à quels biens je renonce.—Jeune homme, répondit le docteur, ne dites point (Suite à la page 20) l't Mon Magazine, Mars Feu Emihm Daousl Par Gaétan* de Montreuil EST un visage aimé qui s'encadre ici en » des souvenirs de gratitude.A ceux qui le contempleront, il révélera la beauté des traits, la sérénité d'un front qui n'abrita que de saines pensées; il rappellera la distinction de la personne et des manières, la finesse de l'esprit, la sûreté du jugement, la fermeté dans l'action.Emilien Daoust était l'ami de tous ceux qui portaient un rêve en eux, un rêve dont l'élévation répondit au sien.Et c'est pour cela qu'il avait su attirer à lui les plus sincères affections, les amis les plus honorables.Il avait une àme sensible et vibrante, qui faisait toujours son geste spontané en générosité, mais il possédait cette compréhension innée, qui est le privilège d'une élite, et connaissait les •hommes: son indulgence était réfléchie.Il était tolérant, tant que la faiblesse des individus ne prenait pas un caractère avilissant.Mais l'hypocrisie lui répugnait particulièrement, et l'on pouvait voir à l'expression de ses yeux gris, au regard profond, le dégoût qu'il éprouvait au récit d'une trahison.Je me souviens de l'émotion que je lui causai involontairement, il y a une couple d'années, lorsque, à sa demande, je lui expliquai brièvement les raisons qui m'avaient forcée à quitter "La Presse", de Montréal.Faisant allusion à un court article que j'y avais publié sous le titre: "L'Eternel Serpent", et qui était un adieu, il me demanda en hésitant: "Quel est le serpent qui vous a mordue?" Et, comme s'il eût été instinctivement averti d'une déception qu'il redoutait, il ajouta lentement: "Ce n'est pas M., n'est-ce pas?." Mais je devais le détromper, et je le fis d'un mot: "Hélas!".M.Daoust répondit seulement: "Quoi! lui!" Et sa figure devint tout rouge.Il était visiblement honteux d'avoir accordé sa confiance à un homme qui n'en était pas digne.Je le vis si profondément affecté de la sournoiserie du personnage que je ne voulus pas lui en raconter toutes les vilenies.Emilien l)aoust était la droiture, la bonté, l'honnêteté; et quand il accordait son estime à quelqu'un, c'était parce qu'il le croyait droit, honnête, bon.On conçoit qu'un désappointement dût lui entrer cruellement au coeur.C'était à cause de ses nobles qualités qu'il avait été appelé aux emplois d'honneur qu'il remplissait, lorsque la mort vint le frapper.Il était l'un des commissaires du Port de Montréal, et son collègue, l'honorable sénateur W.L.McDougald, président de la Commission, a rendu hommage en ces termes au regretté défunt: "Tous, au Port de Montréal, depuis le Bureau de Direction jusqu'aux plus humbles employés, regretteront sincèrement la mort de cet homme sympathique et juste, et le deuil sera grand, surtout chez ceux qui turent l'avantage de le connaître intimement, soit en ses relations sociales ou d'affaires" Emilien Daoust était né à Pointe-Claire, le 15 octobre 1865, du mariage de M.L.-B.Daoust, marchand, et de Denise Valois.Il fit ses études à l'Ecole Normale Jacques-Cartier, puis, à 16 ans, entra au service de la Maison Beauchemin-Valois, établie par ses oncles.Il débuta dans le rôle d'un simple commis, mais son jugement sain, l'intérêt qu'il prit aux affaires lui donnèrent bientôt une place prépondérante, et à sa mort il était le directeur de la Librairie Beauchemin Ltée, à laquelle il avait su donner un plus grand développement et une incontestable importance.M.Daoust était libéral en politique, mais il était Canadien surtout et avant tout.Il profita de sa situation dans le commerce des livres pour faire connaître les écrivains canadiens et canadianiser nos livres de classe, en y introduisant des exemples et des citations prises aux auteurs de chez nous.C'est une oeuvre patriotique dont on doit respectueusement garder le souvenir, et qu'il faut considérer comme une indication de la route à suivre dans l'avenir.C» patriote avait le noble projet d'enrayer le flot des livres parfois idiots, qu'on achète chaque année à l'étranger, pour les donner à nos écoliers, et de les remplacer par des auteurs de chez nous, autant que cela se pouvait faire, dans l'intérêt de nos enfants.M.Daoust était prévoyant et sage en matière d'éducation, comme en tout, et déplorait les erreurs d'histoire, de géographie, de topographie et de détails historigues accumulés en certains livres largement distribués aux jeunes Canadiens, sans souc: ic- l'effet désastreux que cela cause en leur petit bagage de connaissances, à l'âge où la mémoire enregistre les faits pour l'avenir.Un jour que je causais avec lui de ce sujet pénible et excitant, il me dit à sa manière originale: "Sur cette question, l'intérêt est le pot de fer et le gros bon sens, le pot de terre." C'était sa façon laconique de m'exprimer que les polémiques devaient être sans brusquerie, parce que la lutte était inégale, étant alimentée d'un côté par la plus violente des passions, l'ambition pécuniaire, et soutenue de l'autre seulement par le désintéressement.Il était patient et conseillait toujours la patience, tant qu'elle était possible, sans s'amoindrir et sans reculer dans le chemin déjà parcouru.Profondément imbu de dignité et de retenue en toute circonstance, il désavouait l'exaltation et l'emportement, il les dénonçait comme une faiblesse.Ses amis comprirent souvent qu'il avait raison.S'il eût des chagrins dans sa vie, il sut les garder pour lui seul, à l'exemple des forts; mais les peines de ceux qu'il aimait l'affligeaient, et son émotion se trahissait par le voile de tristesse qui s'épandait sur son visage.Emilien Daoust, par sa beauté physique et sa finesse d'esprit, était un digne représentant de la race canadienne-française dans toute sa pureté, et par les belles relations qu'il avait liées en Europe et partout en Amérique, il contribua grandement à détruire les légendes absurdes que l'ignorance et la malveillance avaient inventées sur nous.M.Jean-Charlemagne Bracq, l'écrivain distingué, auteur de "Evolution of French-Canadians", reconnaît qu'il dut en majeure partie l'orientation sympathique de son livre aux indications de ce précieux ami.Daoust réprouvait tout ce qui pouvait diminuer notre orgueil national.Les dénigreurs, ceux de chez nous, le révoltaient, ceux d'ailleurs lui faisaient pitié : il considérait justement les premiers comme les criminels et les derniers tels de pitoyables ignorants.Cet homme à l'aspect sérieux avait de l'humour et une façon originale de s'exprimer en tout: il posait parfois, à l'improviste, une question qui changeait la conversation languissante en un éclat de rire.Il aimait qu'on fût gai.Emilien Daoust était de ceux qui nous donnent de l'esprit, en nous forçant à les suivre au vol de la pensée.Sa conversation était émaillée de mots badins, de quiproquos qui éveillaient cependant des réflexions profondes et qui savaient toujours garder l'allure de la plus stricte décence, car sa haute et sévère conception de la morale se trahissait aussi bien dans le choix des mots que dans la retenue des gestes.Il était distin- A la mémoire de Feu Emilien Daoust Officier d'Académie, Directeur de la Banque Provinciale du Canada, Commissaire du Port de Montréal, Admi-nitrasteur de l'Ecole des Hautes Etudes commerciales, Président de la Librairie Beauchemin, Limitée.Sur un tertre, parfois, si l'on s'isole, on pleure Et regrette la vie en un seul souvenir, A d'autres l'on devrait revenir à toute heure, Pour les montrer au monde et de fleurs les couvrir: C'est un devoir pieux pour celui qui demeure Que sauver de l'oubli les noms qu'il faut garder.De les prendre à la mort, hélas! qui les affleure Pour les graver en nous et les y regarder.Car en les comparant on comprend leur puissance, Mais en les imitant on doit les mériter.Et le juste tribut, c'est la reconnaissance A ceux qui, les léguant, nous les font hériter.Quand la mort a brisé quelque jeune carrière.C'est un rêve ébauché que grandit notre amour.C'est une illusion qu'on enferme en sa bière Et qui, réalisée, éblouirait un jour.Peut-être le destin, en le faisant éclore, Aurait fait du bouton la magnifique fleur.Et les plus doux parfums sont extraits de la flore, Mais aussi les poisons qui nous brûlent le coeur! C'est toujours l'incertain qui croît en la jeunesse, Il faut, en espérant, craindre et, souvent, pleurer: Mais l'expérience est acquise à la vieillesse Dont les saines le;ons ne doivent plus leurrer.Et quand celui qui meurt a prouvé la sagesse De l'ouvrage accompli qu'il lègue aux nations, On doit le proclamer et dire la richesse De cette âme abandonnée aux grandes actions.C'est un bien national qu'un homme qui se voue Au triomphe des siens, à leur gloire, à leur bien! Et toi que nous pleurons, tu mérites qu'on loue Le nom que tu portas: DAOUST, j'écris le tien.En regardant ta vie, on contemple ton oeuvre, Qui durera longtemps et nous fera durer, Car tu la déjouas la perfide manoeuvre Que longtemps, sans ami, nous dûmes tolérer.Tu cherchas les talents qu'on refoulait dans l'ombre, Et que l'on ignorait comme des gueux tarés; Leur réponse à ta voix diminua le nombre Des menteurs qui trompaient en des livres dorés.Qu'un poète en ses vers dise la gratitude De ceux qui t'élevaient un autel en leur coeur — Tu les reconnaîtras, c'est une multitude Qui dit: "S'en souvenir, c'est honorer l'Honneur!" Sur un socle on devrait mettre ta belle tête, Afin qu'en saluant, toujours ta nation Se rappelle ton nom, l'inscrive en une fête, S'en fasse un élément, une tradition.Caétane de MONTREUIL gué et sa fierté n'admettait aucune familiarité.Sa gaîté était digne et son discours sans grivoiserie.Il était en cela un exemple de beauté et de style: s'il lui arrivait de faire un calembour, il était toujours décent et sans mauvaise interprétation possible.Il est difficile de peindre un caractère comme celui de cet homme de bien, qui dédaignant le faste et l'apparat, marchait à la réalisation d'un rêve patriotique, sans chercher à attirer l'ittention, sans inviter la louange et sans se laisser décourager par l'obstacle et la critique.Mais sa vie est un exemple de droiture et d'honnêteté, de loyauté en camaraderie, et je considère comme un devoir de la citer à la méditation et à l'admiration de ses compatriotes.Gaétane de MONTREUIL Mun Milijtizutf.Mm< I'.I.'S /•» LE FOYER LA CAUSERIE DE TANTE Par TASTE ABLETTE La déchéance par la mode Il y a une quinzaine d'années, une jeune fille, c'était un ange de candeur, de vertu, un modèle de modestie.On disait: "Pure comme une jeune fille; docile comme une jeune fille; timide comme une jeune fille." Volontiers on établissait des comparaisons entre le frère et la soeur pour faire rougir le premier et le ramener à des sentiments meilleurs.Au foyer, avec la mère, c'était une ménagère, une économe fidèle, sur qui planait toutes les espérances.On l'entourait d'admirations, de soins de toutes sortes; c'était plutôt un objet précieux qu'on dérobait aux souffles impurs du monde.Qu'êtes-vous devenues aujourd'hui, mesdemoiselles ?Des poupées qu'on orne de rubans, de dentelles, qu'on maquille avec de la peinture noire, pour les yeux et les sourcils, rouge pour les lèvres, rose et blanche pour les joues et la gorge.Vous êtes devenues séduisantes, peut-être; mais dans la mesure où vous l'êtes, le jeune homme sérieux vous craint.Vous n'inspirez aux autres que des pensées mauvaises et des désirs ignobles, et c'est au milieu de tant de boue que tout l'art de votre parure vous traîne dans l'imagination de ceux sur qui vous espérez régner.Qu'y a-t-il en arrière de cette beauté factice que vous affichez?Peut-être des qualités appréciables, mais vous n'en portez pas l'insigne sur votre figure et dans votre costume.On est plutôt porté à croire que tout cet apparat ne couvre que des caprices, des exigences incompatibles avec les revenus ordinaires de l'homme qui désire se faire un foyer.Aussi, comme le jeune homme d'aujourd'hui retarde son mariage! De quel ton nous répond-il qu'il a bien le temps de se mettre la corde au cou! C'est donc se mettre la corde au cou que de lier sa destinée aux charmantes fées que vous êtes! Eh! oui, certainement, si vous prétendez continuer dans le mariage les extravagances de votre jeunesse.Vous ne le prétendez pas ?Alors pourquoi toute votre mise pro-teste-t-elle contre le sérieux et la modestie que vous possédez?A découvrir vos jambes, vos bras, votre gorge, à laisser votre poitrine et votre dos transparaître à travers la mousseline, qu'avez-vous gagné?Des regards et des désirs impurs dont vous êtes responsables devant Dieu, et dont, trop souvent, vous avez subi les dures épreuves et déshonorantes conséquences- Vous avez perdu toute considération.Quel est le jeune homme qui vous cède maintenant sa place sur le tramway ?Combien de fois ne vous êtes-vous pas rendues ridicules en vous poudrant le nez dans les gares et sur la place publique?11 arrive même que vous poudrez sur l'habit des voisins.Un piège vous a été tendu et vous y êtes tombées.Le christianisme avait tiré la femme de l'esclavage.Il en avait fait une reine dans un royaume fermé : le foyer.Il avait caché vos appâts qui jettent le trouble dans les sens afin que l'esprit de l'homme s'attache à votre àme et vous aime pour ce qui chez nous ne change pas.Le naturalisme moderne vous fait découvrir vos appâts dangereux.Remarquez que chez les païens cette débauche n'était pas permise à l'épouse légitime, on ne la tolérait que chez la courtisane, et c'était d'ailleurs le signe d'une mauvaise vie.La femme honnête de nos jours prétend imiter impunément la courtisane; aussi elle n'attire pas l'homme, son compagnon Réponse à une question E ne voudrais pas être taxée de toujours prêcher une morale excessive, de gronder sous les verres de mes grosses lunettes bleues: cela m'attirerait des reproches peut-être mérités de mes lectricis qui aiment bien, parfois, une causerie plus légère et beaucoup de sourire, entre les lignes.Cela filtre mieux et met plus de gaieté dans l'âme que ces interminables leçons, ces semonces à n en plus finir, genre parents grincheux.-Mais l'on me permettra bien, aujourd'hui encore, de répondre à une question que vient de me poser une correspondante, question si intéressante et si générale que je veux en faire le sujet d'une chronique.Et vous allez voir, petites amies, comme cela va vous intéresser, car toutes, ou à peu près toutts.je suppose, pensez.au mariage.Ne vous récriez pas! Tante, autretois, y a pensé comme vous, elle l'a désiré, elle en a rêvé et.elle en a goûté.Nous voyez qu'elle ne s'en porte pas plus mal pour tout cela.Si vous saviez comme il fait bon d'avoir un foyer bien à soi et d'y voir grandir de petits êtres qui nous sont chers, oh! combien, et de savoir que tous ces gmtils minois qui trottinent et vous aiment candidement, c'est le fruit de votre amour, l'objet de votre tendresse, et la récompense de vos sacrifices et de vos efforts.Vous voyez bien que Tante est solidement convaincue que le bonheur existe réellement en ménage et que, pour le posséder, il faut.Mais voilà: pour ne pas m'attirer des moues dont je ne veux pas du tout connaître la signification et passer la responsabilité de cette réponse à une plume plus autorisée que la mienne, je vais céder la place à une petite Française, pas bête du tout, et qui répond, quelque part, exactement à la question que l'on me pose: le vrai bonheur existe-t-il en ménage?Voici ce qu'elle écrit : De toutes les vertus, celles qui sont peut-être les plus utiles à la paix conjugale, ce sont les petites, les modestes, celles dont on ne parle pas et qui ont à peine un nom pour les désigner.Elles adoucissent les angles, elles éteignent le courroux du regard, elles mettent un ordre discret et un charme pénétrant au foyer, elles parlent peu et se taisent à propos, elles n'ont point d'éclat.Ce qu'on apprécie surtout tn elles, c'est qu'elles semblent plutôt l'effet d'heureuses dispositions naturelles que le résultat d'efforts difficiles.La vie de chaque jour n'est ni très bonne ni très mauvaise: elle offre des joies tranquilles que l'habitude nous fait souvent méconnaître, elle présente de menus ennuis dont la répétition nous exaspère; dans l'ensemble, elle nous porte à un»- humeur maussade et à une résignation sournoisement impatiente; lassitude et mécontentement s'emparent progressivement de nous par la répétition des jours moyens, si nous cédons à la pente naturelle.La femme résolue à lutter contre la tendance de l'instinct réprime vite le courant.Tout d'abord, elle s'applique à souligner les faveurs du sort, à mettre en relief tout ce qu'il y a de gai, de bon, dans le lot du ménage; elle étale au premier rang ce qui doit légitimement réjouir l'âme de bonne foi.Cette précaution est à peine discernable, mais qu'elle réclame d'attention! Ne pas récriminer, ne pas se plaindre, ni du robinet qui ferme mal, ni de la cheminée qui fume, ni du fournisseur cupide, ni de l'ami qui néglige de vous inviter; taire les contrariétés, les oublier en quelque sorte et les nier par le silence, quel bel effort ! Au contraire, insister sur la gaieté du soleil qui inonde la pièce, sur l'affection dont témoigne la lettre reçue, sur l'heureux choix du meuble achité par le mari; ne voir que ce qui est beau et bien; s'apercevoir à peine et comme en passant de ce qui est déplaisant, c'est créer une ambiance où des vertus précises et importantes se développeront aisément.La haine, la suspicion, l'envie, par contre, ne sauraient y séjourner.Petite vertu, l'art d'égayer la maison par des combinaisons adroites, des tentures claires, un éclairage artistique, un arrangement commode et accueillant des meubles.Petite vertu aussi, la patience souriante pour écouter, pour retenir la riposte vive et la critique amère et pour attendre l'heure opportune où le bon conseil portera sans blesser.Petite vertu encore, la modestie dans l'activité, le désir de faire toute chose discrètement et sans étalage.Tant de délicieuses qualités, légères, tout en nuances, s'ignorent elles-mîmes et n'appelant pas l'hommage, contribueront pour une très large part à fixer le bonheur au foyer; non seulement elles éviteront 1rs querelles, mais encore elles répandront un charme fin et très doux dont l'emprise sera solide.Nos jeunes filles (même les très modernes), en descendant au fond de leur coeur, reconnaîtront avec moi dans ce tableau estompé le domaine des vertus qui leur conviennent le mieux; là, elles pourront utiliser l'intelligence la plus vive, le coeur le plus ardent, la délicatesse la plus subtile.La plus noble fierté, celle qui consiste à cacher l'effort fait pour plaire, sera aussi satisfaire à ce jeu.Heureux l'époux qui possédera ce rare trésor, il l'aimera et ne voudra pas s'en détacher.Mais ce qui n'est point aux heures où l'union moins tendre menace de se disjoindre qu'il faudra songer à appliquer ce programme: c'est dès les premiers jours, avant qu'il soit réellement nécessaire, afin que son équilibre soit établi quand les premiers conflits pourront naitre.Jeunes filles qui rêvez d'un tendre foyer, préparez-vous donc tout de suite à pratiquer ces gentilles petites vertus; faites vos premiers essais dans votre famille, sous l'oeil de vos parents, là où vos moindres bonnes volontés sont reconnues, applaudies, encouragées.TANTE ARLETTE naturel de vie, par les beautés de son àme, mais le grossier appel des sens.Elle ne parle donc pas à ce qu'il y a de noble en lui, elle ne commande pas son dévouement et sa protection, mais elle parle à ce qu'il y a de plus égoïste chez lui.Qu'adviendra-t-il ?Une fois l'égoïs- Prcroiers cheveux blanes Dans la psyché où sa pose attentive immobilise son image, Madeleine, longuement, se regarde.Pas de plis au front.D'imperceptibles rides seulement au-dessous des yeux.Un teint de nacre toujours, avec des roses toutes fraîches encore.Et pourtant son regard s'assombrit; et le mouvement lent, par trois fois répété, de sa tête soudain lourde, dit la lassitude d'un désenchantement.Ses mains inquiètes s'égarent dans l'ondoyé des cheveux- Un à un sont pris, fouillés, rejetés, les frisons dont les vagues gracieuses se déroulent autour d'un visage très pur, très clair, malgré la tristesse qu'on y lit.Un regret tremble dans ses yeux.Ses cheveux! tout son orgueil! tout-te sa faiblesse.! tout le rayonnement de ce qu'elle était, de ce qu'elle est encore.Ce qu'elle est encore! Est-ce bien vrai?La jeunesse ne fuit-elle pas pour toujours le front qu'avant longtemps doit alourdir la quarantaine?Et les cheveux blancs trouvés et arrachés ce matin par son mari surpris ne sont-ils pas les redoutables pré-cJrseurs des renonciations prochaines?Leur vue n'a-t-elle pas suscité cet inévitable tressaillement qui naît pour l'homme et pour la femme au passage de la première ombre sur leur jeunesse ?Et Madeleine, coiffée, longtemps songe, les yeux fixés sur ses cheveux, cause de son premier chagrin d'amoureuse.Petit chagrin, certes, mais qui lui semble ancien comme le monde, presque plus ancien que son amour, vieux de dix ans: une éternité de bonheur.Comme elle avait aimé Paul dès leur première rencontre! comme elle se souvient des moindres détails de cette rencontre et des mille riens charmants qui marquent dans sa pensée et dans son coeur les étapes de son rêve.Un souvenir, entre tous, aujourd'hui, se précise.Il lui semble encore entendre Paul dire à un de ses amis, un soir de bal: —Je ne conteste pas le vaporeux et la grâce d'une chevelure blonde; (et de la chose, je ne fais pas une question primordiale, puisque telle l'a ma fiancée); néanmoins, je préfère les cheveux bruns et même les cheveux châtains aux reflets roux.Et Madeleine, si fière de son diadème de paillettes, avait sacrifié l'or de sa chevelure.Des soins multiples: lotions, schampooing (oh! pas de teinture) avaient donné un résultat assez rapide.En quelques mois, de blond vénitien ses cheveux étaient devenus châtains.Les mêmes soins continués les avaient brunis de plus en plus.Et voilà que maintenant!.longtemps, toujours, ainsi que ce matin, et comme à cette heure, résonneront à ses oreilles, tel un glas d'amour, ces paroles de son mari lui arrachant ses premiers cheveux blancs: —On les verrait beaucoup moins, ma chère, si tu étais restée blonde.Franz d'HURIGNY me masculin repu, il ne vous traitera qu'en esclave.Le paganisme a plongé la femme dans l'esclavage parce qu'il ne voyait en elle qu'un instrument de plaisir.Vous courez, mesdames et mesdemoiselles, à l'esclavage de vos antiques grand'mères en ne vous faisant connaître à l'homme que sous le même jour que les femmes du paganisme.C'est ainsi que toutes ces modes immodestes qui vous découvrent gorge, bras et jambes, vous peinturlurent le visage et vous coupent les cheveux vous rejettent vers l'esclavage des âges païens. IS Mon Magazine, Mars 1928 IL y a quelque temps déjà que nous n'avons i \ — présenté à nos Lectrices des ouvrages im- t \',F"^ portants.Nous (Toyona que les modèles de /^^jffi Dappet que nous leur offrons aujourd'hui seront " bien accueillis.No 6110 bis.Voici d'abord un très riche modèle, tout au richelieu, formant dentelle tout le tour de la nappe.Extrêmement décoratif, ce modèle est cependant assez vite fait, pour la raison ,|iir le dessin est très largement étendu, et que, de plus, il n'y a rien à bourrer.Toutes nos lectrices savent ce que représente de travail le rembourrage d'un feston.Tous les contours sont faits, comme les brides, au point de feston.Pour les araignées qui garnissent les plus grands intervalles, voici la manière la plus solide de les faire : on commence par faire toutes les brides, puis on contourne le petit rond central au point de feston, en laissant la petite pastille de toile au milieu.Certaines personnes nous demandent s'il est mieux de il.' couper la broderie avant de la laver, ou «le le faire après seulement.Cela dépend de l'apprêt que l'on veut lui donner.Pour les personnes qui repassent la broderie, elles auront certainement moins de difficulté à laver d'abord le morceau, le repasser soigneusement une première fois, et ensuite découper la broderie.Un dernier coup de fer remettra en état les parties qu'on aurait de nouveau froissées.Bien noter que la toile ne devrait jamais être empesée.Le meilleur moyen d'obtenir un apprêt ferme et durable, pour un morceau de broderie, surtout lorsqu'il est ajouré de telle façon qu'on dirait presque de la dentelle, est de l'étirer.On étend le morceau en question sur un tapis, en l'épinglant fortement tout le tour, de manière à enlever tous les faux-plis et on laisse sécher.Un morceau ainsi apprêté garde sa fraîcheur beaucoup plus longtemps.On évite la marque des épingles en faufilant d'abord une bande de coton tout le tour; c'est dans cette bande que sont fixées les épingles.Prix de cette nappe : Patrons à tracer, coin, bande de côté et centre, 50c; au fer chaud, 2x2*4 vgs, avec centre $1.50; perforé, $1.00; centre, 25c.Tout étampée sur coton fini toile, 2x2J/2 vgs, $5.50.Sur pure toile, $8.40 et $9.25.Coton M.F.A.pour la broderie, $2.25.Serviettes assorties, 17 pes carrés.Patrons à tracer, 20c; perforé, 30c; au fer chaud, 3 pour 30c.Tout étampées sur coton fini toile, la douzaine, $3.50.Sur pure toile, $5.00.Coton M.F.A.pour la broderie, $1.35.No GOlfi.Certaines personnes s'imaginent qu'une nappe ornée de médaillons do dentelle doit forcément être brodée au richelieu.Le modèle illuetré ici leur montre que cela n'est nullement nécessaire, et que l'on pent obtenir un très heureux effet, avec de la broderie pleine et ajourée.Le mélange des deux est laissé au goût de chacune; nous suggérons les PATRON VENN AT 6043 feuilles pleines, pois et Heurs ajourés.Si on le préfère, on pourra faire les feuilles ajourées, et alors les fleurs et les pois seront pleins.Dans l'ovale resté libre au milieu des coins et des côtés, on peut mettre une initiale, ou, ce qui sera plus élégant, un appliqué de dentelle.Nous donnons plus quelques prix d'appliqués.Prix de cette nappe: Patron à tracer, coin et côté, 35c; centre, 15c; pei line, .".Oc; centre, 25c; au fer chaud, 4 coins, 30c; côtés, 30c; 3 vgs feston, 25c; centre, 25.Tout étampée sur coton fini toile, 2x21/; Vgs, *5.00.Sur pure toile, $7.00 ou 08.7 .">.Coton M.F.A.pour la broderie, $1.80.Serviettes assorties, 1 pis carrés.Patrons à tracer, 20c; perforé, 30c; au 1er chaud, 3 pour 30c.Tout étampées sur coton Uni toile, la douzaine, $3.50.Sur pure toile, $5.00 et $5.50.Coton M.F.A.pour la broderie, $1.35.Médaillons en dentelle venise, grandeur convenable pour la nappe, motifs conventionnels, 90c châtain.Motifs personnages, pour les coins.$1.25.Le- abonnées de "Mon Magazine" ont droit à une remise de 20% sur les patrons, et de 10% sur la marchandise étampée.Veuillez seulement joindre à votre commande la bande d'adresse de votre journal.Raoul Ymnal 3770 rue St-Denis Montréal Mon Maguxinê, Mort 192& /.* Parlons mieujc ! Extrait de 2,000 mots bilingues par l'image, par l'abbé Etienne Blanchard.Frix: 30c.Du même auteur: Dictionnaire du Don Langage (GOc pour n'importe laquelle des quatre éditions); Jeux de Caries du lion Langage (35c); En garde! (40c); Le Bon Français en Affaires (50c) ; 1,000 mots illustrés (50c).Le tout franco.Timbres acceptés.Adresse: L'abbé Etienne Blanchard, église St-Jacques, Montréal.MACHINERIE 1.Machine à vapeur.Steam engine.A) tiroir: slide valve; 11) piston: piston; C) tuer du piston: piston rod; D) excentrique: eccentric; K) volant: fly wheel; F) bâti: bed; C> bielle: connecting rod; H) glissières: slides; 1) gicleur, éjeeteur, échappement : e*haust valve.2.Scie à ruban.Ribbon saw.3.Goupille fendue.Joint pin.4.Collet, collerette.Flange.Se dit aussi palustre, semelle, bride, i rapau (Ime.Voir Diet, encyclopédique Collin, au mot itau.fi.Siphon d'égout.Trap.Mot populaire : < ispoune, de cesspool.6.Scie a élaguer.Pruning taw.7.Canut lire (de piston ).Packing.Ne pus dire paquetage, en français.8.Crapaud de timon.Pole socket-yoke.9.Scie à guichet.Key-hole saw.C'est par erreur qu'on dit paste partout.Un parsepartout est une clef u\ec laquelle ou peut ouvrir toute une série de serrures.10.Canuture (en feuille).Packing.Clef a écruu.Wrench.Treuil.Windlass.A ) tambour : drum ; Il ) manivelle : crank; C) engrenage : gearing; D) bâti : frame.13 11.12.Plomb.Bob.14.Seau métallique.Water bucket, water pail.15.Pieddebiche.Claw hand-spike.1C.Coupehl.Thread cutter.Ne pas confondre avec coupe-file, laissezpasser de journaliste.17.Menotte ( cordiforme ).Clevis.18.Valve.Valve.19.Taraud.Tap borer.l'our fileter l'intérieur d'un tube.|0, Ei rou papillon.Thumb screw.Se dit aussi: êcrou 21.Cndet de noria.Bucket.On donne le nom de noria fin destinée à monter le une m mot crie (élévateur 22.Compas horizontal.Horizontal compass.23.Diamant de vitrier.Gla'S cutter.24.Vérin.Jack screw.2 J.Pointeau, poinçon.Punch.Se dit aussi : chasseclou, chassehoulon p.uss,.ir 20.Clé alligator.Alligator key.27.Boucharde.Scuppllng hammer, A l'usage des OlCllllV la (haine sans grain ou la farine dans de elevator> VOITURERIE Voiture de promenade.DtltlItHI carriage.cimentiers, des plâtriers.A) capote, soufflet: top.B) gardeerotte : dasher.C ) marchepied : foot board.D) aile, gardeboue: mttrl guard.E) carrosserie: body.2.Train ou chassis.Frame.A> lune ou demi-lune d'avant-train (selon la forme): fl/th wheel.Ne pas dire cinquième roue en français.B) flèche double: double perch.3.Livreuse de boulanger.Hnki r's delivery trayon.¦i.Boghel.Top buggy.5.Brancard (pas travail).S ha Its.A, A) llmins: shafts.B) palonnier: swingle trie.Au lieu de brancard, on peut dire: l(-ni o ri ière.6.Portefouet.Whip holder.7.Voiture de famille.Family carriage.8." Volturette (de bébé).Iiaby carriage.9.Ktul a fouet.^\^hip holder.10.Araignée.Jload cart, sulky.Jadis, on appelait cette sorte de voiture di'soltligt ante parce qu'une seule personne peut y monter.11.Tricycle de gare.Station truck.12.Sabot.Skid.Plaque de fer qu'on met, dans les des-centes, sous l'une des roues d'un véhicule pour qu'elle ne tourne pas.11.Marchepied (pas Strier).St.14.Arrêt (de trait).Trace stop. IS Mon Magazine, Mars 102S LA CHASSE au* DOTS ( Suite de la page 1 3 ) cela tout haut: les jeunes filles comploteraient votre perte et l'une d'elles vous ferait mentir.A vingt ans l'on veut se marier tout de suite ou ne se marier jamais.La première fillette venue vous tourne la tête; vous tombez à ses genoux; les parents vous relèvent et vous mettent à la porte.Vous lui écrivez de se tenir prête, que dans quelques jours vous irez l'enlever et partirez avec elle pour New-York.Mais la monnaie vous manque pour acheter les billets de passage, et ce détail vulgaire vous ramène à la raison- La meilleure amie de la belle captive, que vous avez choisie pour confidente, devient premier rôle.Votre passion s'en va et vous commencez à nourrir un autre projet d'enlèvement qui n'aboutira pas, toujours faute de monnaie.—Le portrait n'est pas mal dessiné, mais ce n'est pas le mien, reprit Martel.—Le vôtre, attendez, le voici: un garçon, qui n'a fait qu'une bonne classe de rhétorique, sort du collège avec la résolution de prendre le premier train "express" qui passera à destination de la postérité.Son désir est de devenir un homme célèbre, à la première occasion.Afin de n'être point pris au dépourvu par la gloire, il se compose une figure historique.Les souverains d'un pays libre, ce sont les orateurs; il veut être orateur.Il a toujours dans sa poche un discours, ce qui lui permet d'improviser impunément.A tout propos il monte à la tribune; il fait tourner toutes les réunions auxquelles il assiste, dîner ou fête d'amis, en séance parlementaire.Quant aux femmes, comme en général elles ne lisent pas ses articles et prêtent une oreille distraite à ses harangues, il les tient à l'écart.Un jour, cependant, il en rencontre une à qui un peu de littérature recueillie çà et là dans le "Journal pour tous", permet de l'éblouir.Elle lui insinue qu'il ressemble à Victor Hugo et elle lui prend le coeur dans quelques phrases prétentieuses.Lui qui ne devait jamais se marier, le voici épris; son éloquence change de thème, il répond maintenant à la santé des dames.Bref, amoureux comme on ne l'est plus de nos jours, de tribun il se fait chevalier, et épouse, sans un sou vaillant, l'héroïne que lui a formé le "Journal pour tous".—Nous nous éloignons de la question, dit Duport.L'éloquence française s'abreuve s'abreuve de verres d'eau sucrée; je propose de vider les nôtres en l'honneur du docteur Blandy, avant de le laisser poursuivre.S'échauffant à la discussion, le docteur avait insensiblement élevé la voix de façon à être entendu dans toute la salle devenue presque déserte.Les trois jeunes gens qui buvaient au comptoir s'étaient rapprochés pour écouter, et un peu aussi dans l'espoir que le débat ne se terminerait pas sans un verre de vin.Ils connaissaient Duport pour s'être grisé quelquefois avec lui.On sait que rien ne lie les gens comme d'avoir fait des sottises ensemble.On commanda un renfort de bouteilles et les verres se remplirent, sauf celui de Blandy, qu'il ne vidait jamais.—Messieurs, dit Duport, comme président de cette paisible réunion, je donne la parole à M.Martel pour une santé.Ce jeune orateur excelle dans le toast; surtout il est sans rival dans la spécialité des toasts intimes: "A notre ami Poinsot! l'orgueil du jeune barreau, l'espoir de son intéresante famille!" "A Monsieur et Madame Robinet, qui nous ont donné cette délicieuse soirée!" —Monsieur le Président, dit Martel, je serai bref; car je sens à l'agitation du mien, que vos verres s'impatienteraient.Quelques mots suffiront pour vous faire l'éloge de notre cher docteur Blandy.C'est le médecin des dots; il ne prend sous ses soins que celles qui sont florissantes.Tandis que ses confrères s'épuisent au chevet des malades, lui, il promène ses prescriptions à la vanille, ses doucereux conseils, de salon en salon.Vous le rencontrez partout où les gens se portent bien, distribuant la santé.Il ordonne aux dames d'aller au bal, sous peine de névralgie perpétuelle.Il offre des bonbons aux jeunes filles en guise de remèdes, et s'il le faut, il prend héroïquement les pilules à leur place.C'est lui qui reconnaît et certifie les inquiétants symptômes qui se révèlent chez les jeunes pensionnaires au couvent, lorsque les parents ont bien envie de les ramener à la maison.S'il faut en juger par le nombre de cas qu'il anticipe, il a le talent de prévenir les maladies.Là où vous voyez une personne bien portante, il flaire une malade et opère une cure merveilleuse.Il recrute principalement sa clientèle parmi les gens riches qui ont des filles à marier.Il cause affaires avec le père ménage et domestiques avec la femme, toilette et bals avec la fille; il invite le fils à venir chez lui s'habituer à fumer.Dans le monde, cependant, il ne néglige personne; il fait la cour aux vieilles filles reconduit les mères de famille à leur voiture.porte la santé du maître de la maison au souper et tient compagnie après les autres dames- C'est ainsi qu'il se forme un renom mondain qui lui permettra de croquer un jour la plus belle dot, sans que personne puisse y trouver à redire.Bref, Messieurs, parti à peu près de rien, sans grands talents, sans figure, il est arrivé, il arrivera.Je ne connais à son habileté qu'un point faible; c'est qu'il n'en garde pas bien le secret.Séduit par ses propres récits et heureux de s'y retrouver et qu'il veut être, il raconte aux uns comment il a berné les autres.Cela donne l'éveil et pourrait nuire à sa fortune.—Bravo! Martel, s'écrièrent à la fois les jeunes gens, c'est bien tapé.—Pardon, Messieurs, reprit Martel, je dois reporter vos applaudissements à qui ils reviennent de droit.C'est Blandy qui a parlé de lui-même par ma bouche; c'est lui qui s'est immolé par mes mains.J'ai emprunté à ses spirituelles confidences les traits les plus frappants du portrait.—Martel est trop modeste, reprit le docteur j'ai été sa victime et non son collaborateur.Il y a du vrai cependant dans ce qu'il dit, mais ce n'est pas à moi à le crier sur les toits.Avant tout, je suis sincère envers moi-même, et je ne me cache rien.Défauts et qualités, je sais tout sur mon propre compte, et parfois je cède au plaisir de me raconter aux autres.—A la question, s'écria Duport en se versant un nouveau verre d'eau-de-vie, ou la fin du débat m'échappera dans les fumées de cette généreuse boisson.Tom, ajouta-t-il en se tournant du côté du garçon de "bar", Tom, vous n'avez jamais eu de meilleure eau-de-vie.—A la question, exclamèrent les jeunes gens.—Messieurs, dit Blandy, en trempant ses lèvres dans son verre de "sherry", je n'ai plus qu'un quart d'heure à vous donner.Il faut que dans une heure je sois, en cravate blanche, chez le digne M.Perret.Les jeunes gens vidèrent leurs verres d'un trait et le docteur commenta: —Vous vous marierez tous un jour, mes chers amis; je le souhaite du moins, car le mariage seul a chance de vous empêcher de venir si souvent au Terrapin.La question est de savoir comment vous vous marierez.Presque toutes les jeunes filles des classes aisées dans notre pays sont élevées pour épouser des gens riches.Si vous n'êtes pas rentiers, peut-être vaudra-t-il mieux que vous ne vous mariassiez pas.Pour vous distraire de votre intérieur troublé par des exigences excessives, vous n'en viendriez que plus souvent ici et tôt ou tard vous y laisserez votre vie misérablement.De nos jours, les parents négligent volontiers de donner une dot à leurs enfants; en revanche, ils consacrent tous les soins à les metre en état de faire honneur à la fortune de leurs maris.La toilette est un art que l'on ne possède jamais bien si on n'en a pas reçu de bonne heure les premières notions.Les femmes qui s'habillent mal sont celles qui ont eu des mères économes.On entoure donc les jeunes filles de tout ce qui peut leur former le goût: on leur met aux mains les armes élégantes avec lesquelles elles doivent fusiller nos écus.Le moment de les marier arrive, un bon jeune homme se présente.On regarde sa figure, est-il beau ou laid?On examine son habit, est-il à la dernière mode?On mesure sa taille, est-ce celle d'un grenadier?Est-il invité dans la bonne société?N'a-t-il pas un petit cousin qui est marchand de "hardes faites" au Marché Bonsecours ?Enfin, quels sont ses revenus?S'il ne se tire avec honneur de toutes ces questions, il est éconduit.Les gens parfaits sont rares.Après d'infructueuses recherches, il faut bien se résigner à prendre un mari qui est laid, ou qui ne s'habille pas à la mode, ou qui n'est pas dans la société, ou qui a un petit cousin marchand de "hardes faites" au Marché Bonsecours.S'il n'a point autant d'argent qu'on le voudrait, c'est à lui d'en gagner davantage et non à la femme de se sacrifier.Le train qui porte le jeune couple part à grande vitesse.La lune de miel est charmante: le mari est fort amoureux et la jeune femme a des toilette ravissantes, un trousseau magnifique.Il admire la beauté de sa femme, et celle-ci s'extasie devant ses robes._C'est juste, dit involontairement un buveur qui écoutait par-desus l'épaule d'un des jeunes gens.Blandy se tourna de son côté et lui dit avec le plus grand sang-froid: —N'est-ce pas, Monsieur?Le buveur rougit et quitta la place._Les toilettes passent de mode, continua Blandy, on les envoie au grenier; les comptes arrivent, et un beau jour le train conjugal déraille sur une note de couturière.Le mari se relève un peu meurtri et moins amoureux; la femme crie qu'on lui refuse le nécessaire.Pour arranger l'affaire, le mari va commander un bijou, et le train repart, même vitesse.Les comptes se suivent, les accidents se succèdent, les illusions s'en vont et la gêne reste.L'homme qui avait rêvé une femme douce, aimante, désintéressée, se trouve en face d'une créancière impitoyable dont il ne peut satisfaire les exigences.Elle a compté trouver la fortune en l'épousant, et lui l'amour! Ils ont perdu tous deux la partie; elle est pauvre, et il n'est point aimé.—Alors j'ai raison de dire: "A bas le mariage", exclama Martel.—Pas tout à fait, reprit Blandy.Le mariage est l'acte le plus sérieux de la vie, et on le fait à la légère.Lorsqu'on a dit: "J'aime", on croit avoir tout dit.Mais, malheureux, c'est précisément parce c;ue vous êtes amoureux que vous choisissez mal.Attendez que vous le soyez moins pour voir si, par hasard, vous ne vous trompez pas dans votre choix.Et d'abord, dites-moi quels défauts vous voulez que votre femme apporte dans le ménage?Vous allez répondre que vous entendez qu'elle n'en apporte aucun, c'est-à-dire toute différente de vous qui en avez votre bonne part.Tous les hommes, même les plus intelligents, révent des femmes parfaites.Mais ne savez-vous donc pas qu'il n'y en a point et faut-il l'épreuve du mariage pour vous l'apprendre?Entre bien des qualités, entre bien des défauts, il faut résigner à ceux que vous redoutez le moins.Quant à moi, mon choix est fait- Je veux que ma femme soit riche; peu importe qu'elle ne soit point jolie.Chacun sa passion dominante; la vôtre est la senstimentalité peut-être, la mienne est l'ambition.Les gens qui font des mariages d'amour ne sont pas meilleurs que ceux qui font des mariages d'intérêt; chacun cherche le bonheur où il croit le trouver.Si la jeune fille (lue j'épouserai m'apporte en dot les rentes qu'après vingt ans de travail je n'aurais pas encore, elle me rendra bien autrement heureux que si elle offrait chaque jour à ma vue la plus jolie figure du monde.Sa fortune durera plus longtemps que n'aurait duré sa beauté.Martel seul écoutait.Les autres se saluaient d'un bout de la table à l'autre, et buvaient des santés particulières en échangeant des signaux de gaieté.—Vous êtes tous plus ou moins gris, reprit le docteur, dans un quart d'heure, vous serez sous la table.Bonne nuit! III SOIREE CHEZ MADAME PERRET A huit heures précises, le docteur Blandy faisait son entrée dans le salon de Mme Perret.Il avait relevé sa moustache pour laisser paraître son plus fin sourire, et il était mis avec tant de soin, qu'au premier abord, on n'aurait pu dire s'il était beau ou laid.La maîtresse de la maison vint à sa rencontre, et M.Perret, interrompit une dissertation sur la hausse des farines qu'il faisait à son neveu, captif dans un coin de la chambre, pour saluer amicalement de la main le nouveau venu.Mme Perret était encore toute rayonnante du triomphe de sa fille.Elle lui avait posé dix fois ses couronnes sur la tête, et elle se promettait très sincèrement de lire tous ses livres de prix.Il lui semblait qu'ils devaient être beaucoup plus intéressants que les autres ouvrages, et elle n'était pas loin de croire qu'ils contenaient quelque chose de particulier au sujet de sa fille.Comme toutes les personnes qui n'ont reçu qu'une instruction incomplète, elle s'exagérait les bienfaits du savoir et elle s'imaginait que Caroline venait de se couvrir d'une gloire immortelle, qui rejaillissait sur toute sa famille.M.Perret n'avait guère d'illusions sur les hommes; il les jugeait d'après ses livres.Mais il lui en restait à l'égard des femmes.Les prix remportés par son fils au collège l'avaient toujours laissé froid.Il n'y attachait même plus la moindre importance depuis le jour où, ayant commandé à son héritier, encore chargé de lauriers, un calcul un peu raide, il l'avait vu se mettre lentement en besogne, tâtonner, raturer, enfin demander grâce.Les triomphes de sa fille faisaient sur lui une impression bien différente; il y trouvait un plaisir mêlé d'attendrissement.| S mil à la page 21 ) Mon M.tijttziite, Mars 1928 19 - - — - : —éÉ Old Dutchf Cleanser Chases Din Old Dutch Old Dutch garde des millions de cuisines, de salles de bain, de chambres à coucher, etc., propres et hygiéniques.Pour tout travail de nettoyage, c'est le nettoyant économique qui garantit la saine propreté.Old Dutch est un détergent naturel qui ne contient ni lessive, ni acides ni sable dur ni d'autres ingrédients nocifs.Il ne détériorera pas ni n'égrati-gnera même les plus fines surfaces émaillées, parce que ses particules douces, pailletées effacent la crasse, visible ou invisible, sans égratigner.Rien n'est comparable au nettoyant Old Dutch—il fait mieux et dure plus longtemps Employez Old Dutch pour les pots et casseroles, accessoires de salle de bain, éviers, boiserie, linoléum, verre, coutellerie, etc.Fabriqué en Canada Chasse la crasse NOUS sommes dans le saint temps du carême.C'est dire que les menus sont réduits à leur plus simple expression.Aussi, nous contenterons-nous de donner quelques conseils sur le poisson que nous ferons suivre de recettes.Et l'on ne nous tiendra pas compte du fait que, en prévision de Tâques qui nous arrive, nous donnions ici un court aperçu de ce que doit être une table bien dressée.Les poissons d'eau douce, à chair blanche, tels que la carpe, la barbotte et le poisson blanc, sont moins nourrissants que les poissons de mer et ils ont un goût plus fade.Ils demandent une préparation culinaire plus épicée.En revanche, ils sont plus digestifs.Il est très important de ne consommer que du poisson strictement frais.Sa qualité dépend surtout de son état de fraîcheur.Voici quelques recettes qui vous permettront de varier le menu des jours maigres: Croquettes de poisson 1 livre de poisson quelconque.4 tasses de patates.1 oeuf, sel et poivre.Mode de préparation:—Faire cuire ou utiliser les restes de poisson.Déchiqueter, enlever les arêtes.Mêler le poisson avec les patates pilées.Assaisonner.Faonner en croquettes, tremper dans l'oeuf battu, rouler dans la chapelure.Faire cuire en pleine friture.Saler et poivrer.Anguille rôtie 1 anguille, beurre, farine, sel.Mode de préparation:—Faire dégorger l'anguille dans l'eau vinaigrée.La couper en morceaux, l'étancher, la rouler dans la farine.Faire cuire dans peu de matière grasse.Saler.Sauce aux tomates Peut être servie sur filets de morue frits ou tout autre poisson.3 c.à table de matière grasse.3 c.à table de farine.1 c.à table de jus d'oignon.2 tasses tomates coulées.Sel et poivre.Mode de préparation: — Fondre la matière grasse, ajouter le jus d'oignon et la farine, laisser prendre couleur; joindre les tomates chaudes, cuire jusqu'à bonne consistance et assaisonner au goût.Déposer sur le poisson et servir chaud.Saumon au riz 1 livre saumon.*é tasse de riz.1 pointe de muscade.2 e.à table de beurre.Sel et poivre.Mode de préparation:—Laver le riz.le cuire à l'eau bouillante salée pendant 20 minutes.L'égouttcr, lui ajouter le beurre, le sel, le poivre et la muscade.Chemiser un moule avec le riz, y placer le saumon au milieu.Recouvrir de riz.Cuire à la vapeur ou au bain-marie environ 1 heure.Démouler et servir avec une sauce blanche ou une sauce aux oeufs.Macaroni frit 1 paquet de macaroni.Eau bouillante, sel.Mode de préparation:—Fahv run.le macaroni et l'égouttcr.Le mettre dans la friture bouillante et laisser cuire à nouveau jusqu'à l'obtention d'une belle couleur dorée.Dresser en forme de pyramide dans un plat.Servir très chaud.Omelette au blé-d'Inde 2 oeufs.6 c.à table de Lié-d'Inde.2 c.à table de lait.1 c.à table de beurre.Persil, sel et poivre.Mode de préparation: — Casser les oeufs dans un bol, les battre et ajouter le lait, le blé-d'Inde, le sel et le poivre.Fondre le beurre dans une poêle et y verser la préparation.Cuireà feu douv.Servir avec du persil.Brochet Sauce Robert Ciselez un brochet sur les deux côtés, faites-le macérer au sel pendant une demi-heure, égouttez et mettez-le dans une poissonnière, couvrez-le de court-bouillon, mettez-le sur un feu doux.Au premier bouillon, retirez-le sur le côté du feu et finissez de le cuire ainsi.Dressez-le sur un plat, entourez-le avec des bouquets de persil et de pommes de terre cuites à l'eau, servez en même temps une sauce Robert.Filet de Merluche ou Morue Accommodez et nettoyez le poisson, enlevez la peau et l'échiné, coupez la chair en morceaux carrés, assaisonnez de sel et de poivre et roulez dans la farine de blé-d'inde fine ou de la farine.Prenez plusieurs tranches de porc salé, mettez le poisson dans la graisse chaude, cuisez jusqu'au brun de chaque côté, égouttez sur du papier mou et servez chaud.Servez avec du beurre et garnissez de tranches de citron.Tout poisson ayant une chair blanche et ferme peut être préparé de cette manière.¥ A tenue d'une table à la salle à manger varie autant que les élégances de la femme.Et souvent il faut s'inspirer de l'heure du repas, des circonstances, du plus ou moins de cérémonie, de la qualité, du genre des gens que l'on reçoit.Mais, il faut surtout considérer et assurer l'harmonie du linge de table, avec le service de table, le service de verrerie et le motif central qui doivent s'harmoniser d'une manière parfaite.Mais, si le repas se donne le soir, il est préférable que le linge de table soit blanc, que la nappe de toile ancienne, damassée ou granité soit ornée de jours ou de broderies et que le premier coup d'oeil d'ensemble soit très harmonieux.Les plus belles nappes aujourd'hui, le nec plus ultra de la mode, sont celles garnies de larges bandes de fils portent dans un seul coin un petit tirés.Les serviettes sont petites et motif rappelant celui de la nappe.Un surtout de glace orne le centre de la ta],le sur laquelle une coupe ou une corbeille chargée de roses pâles.Le seul service admis est celui de porcelaine blanche fileté d'or portant comme seul motif de décoration, uni-initiale.La verrerie sera de cristal blanc, la mode le décrète épais, les verres montés sur des pieds courts, d'aspect un peu massif mais taillé en facettes comme des diamants.Pour alléger la parure, on glissera parmi la rangée de verre nécessaire à un dîner, un petit verre léger monté sur pied de cristal rouge ou vert.A part la lingerie de fil, on rencontre la lingerie de soie, et surtout ces nappes s'ornent de bandes de couleur qui peuvent être employées pour un dîner semi-officiel ou pour de gentils déjeuners, et ces reflets jaunes ou roses ou bleus sur la verrerie blanche, s'harmonisent parfaitement avec les roses jaunes qui décorent le centre de table.PRISCILLA garnit joliment LES CHAPEAUX Transformez vos chapeaux avec du galon de soie l'RISCILLA plié en biais.Garnissez-en les bords, les plis, etc., de couleurs faisant contraste.Faites des chapeaux neufs de vos vieux.Vous pouvez coudre du l'RISCILLA sur toutes sortes de bords Irréguliers sans faire le moindre pli.parce qu'il est déjà plié en biais.Kn 27 couleurs — gara lilies non changeantes.Kn linon, il garnit avantageusement lingerie, robes, vêtements d'enfants.En Soie, trolt verges à la carte En Linon, six verges à la carte En vente pertout, a des prix raisonnables Galon plié en biais The Kay Manufacturing Co.999.rue de l'Aqueduc, - MONTREAL Lee piua grande fabric-ante de l'Empire VOS ENFANTS CROISSENT-ILS ASSEZ RAPIDEMENT Sont-ils robustes, sains et forts, ou pâles, faibles et épuisés?Les enfants dans la croissance ont I" soin d'une nourriture abondante et 11 arrivera quelquefois qu'ils no voudront pas de la nourriture dont Ils ont besoin pour acquérir des forces; alors ils deviennent pales, faibles et ê-puisés.On peut parer a ce défaut d'alimentation par l'emploi du Father John's Medicine qui contient précisément les éléments nutritifs dont ces enfants ont besoin et voilà pourquoi tant d'enfants augmentent régulièrement de poids pendant qu'Us prennent de ce vieux remède de famille.Le Father John's Medicine est une préparation hubilenient composée d'huile de foie do morue et d'autres ingrédients de faOc et roué recevrez un OAêartimcnt pri parutions pour la toilette Gouraud.ou lc t chantillon de Crème Orientale tlouraud Fcrd.T.Ilopklns « Son, 35 St-Françols Xavier.Montréal, Que.OFFRE spéciale aux lecteurs de MON MAGAZINE Tout homme, femme et meme enfant peut se procurer «ratuitement l*un de ce» services complet* pour 0 personnes.N'ENVOYEZ PAS D'ARGENT ENVOYEZ vos noms et adresse et nous vous indiquerons comment obtenir ce service GRATIS en vendant quelques boites de Chocolats, dclicieu*, purs et frais.Chocolats pour toutes les occasions.Système de vente nouveau et facile.Demandez aujourd'hui notre catalogua et tous détails.MOMK SIPPLY Company, Ltd.Dépt.886 407 McOill Street, - Montréal.P.Q., Can.UN AN D'ABONNEMENT POUR 25 SOUS Pour 25 sous vous recevrez mensuellement pendant un an le plus Intéressant Journal de broderie et musique qui existe au Canada, édité par la maison Raoul Ver.nat de Montréal.C'est une oITre exceptionnelle, à vous d'en profiter.Vous pouvez adresser ce montant de 25 sous par un mandat-poste ou en timbres.Utilisez le coupon d'abonnement ci-dessus.Coupon d'abonnement RE\ IE DU BRODERIE ET MlSIQt E 1723, St-Denls, MONTREAL.|_| Veuillez trouver inclus 25 sous en paiement d'un abonnement d'un an à la Revue Musique et Broderie de Raoul Vcnnat.NOM ._ ADRESSE ._.VILLE . 26 Mon Magazine, Mars 19.2S La curieuse aventure de Marie Cotelle (Suite de la page 25) viens de voir et d'entendre me l'aurait appris.Je ne veux pas vous cacher que J'étais là depuis un bon moment déjà, si bien que Je pourrais vous répéter mot à mot tout ce que vous avez dit, la Bigorne et vous, et comment vous, la tille de maître Cotelle, la plus riche fille de la paroisse, vous avez demandé pardon à cette vieille créature, à cette pauvre mendiante, de l'avoir offensé autrefois.Elle a eu raison de vous le dire, Marie Cotelle! C'est beau et c'est bien, ce que vous avez fait là, et si, dans le passé, vous n'avez pas été aussi bonne et charitable qu'il nous est commandé de l'être, tout ça est effacé, et bien sûr que, par où elle est, votre défunte mère doit vous regarder aujourd'hui avec plaisir.Pour mol, Je regrette de vous avoir parlé plus rudement que Je n'aurais dû le faire.D'un geste brusque, Marie l'empêcha de continuer.—Ne regrettez rien, Pierre! s'écria-t-elle, en relevant le front, et en attachant sur lui un regard timide et attendri.Non! ne regrettez rien! Si Je suis meilleure, c'est à vous que Je le dois.—A moi! fit Magloire.Pouvez-vous dire une chose pareille! —Oui— Je le puis, parce que je le dois et que c'est la vérité.Avant vous, personne ne m'avait jamais tenu tête, personne n'avait osé me dire non.Mon père, parce que j'étais tout ce qui lui restait au monde, ne savait rien me refuser.Il m'en était venu de l'orgueil, de la fierté; Je regardais les autres comme étant au-dessous de moi, et bons seulement à me servir, et cela me rendait dure et sans charité.J'allais tous les dimanches à la messe, mais ça ne me servait point, car les prières, qu'on n'a que sur les lèvres et qui ne sortent pas du coeur, sont perdues pour notre bien.J'étais une mauvaise et méchante créature.—Ne dites point ça! Ne dites point ça! s'écria Pierre Magloire.qu'une grande émotion saisissait devant cette confession pleine d'humilité.—Bien sûr que si, Je le redirai?répliqua Marie avec fermeté.Je le redirai parce que c'est la vraie vérité!.Mauvaise et méchante!.Oui! Je l'étais, et vous le savez bien, vous qui ne m'aviez rien fait, que je ne connaissais pas, et que Je détestais pourtant de toutes mes forces, et que J'aurais chassé de notre maison si ça n'avait dépendu que de moi.Pourquoi ça?.Je me le suis souvent demandé sans pouvoir le comprendre.Mais c'était peut-être que le démon d'orgueil qui était en mol voyait en vous son ennemi et sentait que vous seriez son maître.Car c'est vous, Pierre, Je vous le répète, qui êtes cause de ce changement qui s'est fait en mol.C'est vous, par vos manières, par vos paroles, par vos leçons.Je me suis d'abord révoltée, indignée; J'ai cru que Je vous haissais davantage; mais je comprends aujourd'hui que ce qui se passait en mol, c'était comme ces coups de fièvre qui reviennent dans nos maladies, quand les remèdes commencent à nous guérir.J'étais malade à ma manière.Vous m'avez guérie.Il y eut un tout petit silence.—Pierre, reprit Marie, d'avoir fait de mol une autre créature, Je vous serai reconnaissante jusqu'au dernier de mes Jours.Mais, ce n'est pas tout! Puisque vous étiez là, et que vous avez tout entendu, vous savea que cette pauvre vieille femme m'a donné son pardon .Elle hésita, elle eut un mouvement de recul; mais ce fut la dernière révolte de l'ancien orgueil, et, tendant la main à Pierre Magloire, elle dit: _Et vous, Pierre, ne me pardonne- rez-vous pas?Il saisit sa main._Mol, vous pardonner! fit-Il avec véhémence.Mais vous ne savez donc pas, Marie Cotelle.que Jamais il n'y a eu au fond de moi la plus petite rancune contre vous! Tout de suite, quand je suis entré à la Renaudière, et presque dès le premier jour, J'ai senti que j'avais de l'amitié pour vous.Ne vous fâchez pas de mes paroles.Je sais que je ne suis que le domestique de votre père.—Plus que son domestique! s'écria Marie, interrompant Magloire.Je vols bien, à ses manières, qu'il vous regarde comme un ami.—C'est possible! répondit Pierre.Mais ça ne peut rien changer à ce qui est.Pour mol, Je vous le répète, J'avais de l'amitié pour vous, parce que, comprenez-moi bien, j'avais deviné que la Marie Cotelle que tout un chacun croyait connaître n'était point la vraie Marie Cotelle, celle que vous êtes maintenant.Vous étiez quasiment comme malade.Vous l'avez dit tout à l'heure.On n'a point à pardonner à un malade ce qui était seulement la faute d'une mauvaise fièvre.Vous ne sauriez croire combien il y avait de gratitude dans le regard de Marie Cotelle, tandis que ce gars généreux lui répondait de cette manière.Dans ce regard, il y avait aussi bien d'autres choses, des choses qu'elle aurait voulu lui faire comprendre, mais qu'elle ne pouvait pas lui dire, parce qu'il y a des paroles qu'une fille ne doit point prononcer, des aveux qu'elle ne doit peint faire.Pourtant, retirant sa main d'entre celles de Pierre Magloire.elle parla encore; mais les mots lui venaient mal, et elle s'arrêtait à chacun d'eux.—Je vous remercie de votre amitié, dit-elle, et Je vous donne la mienne de bon coeur.Non! Je ne vous la donne pas.Vous l'aviez déjà.Vous l'aviez depuis longtemps.depuis le soir où vous êtes venu à ma redevance, où nous sommes rentrés par le bois d'Ussé, où vous m'avez raconté le mort de votre petite soeur.Oui! c'est sûrement depuis ce soir-là.Et, cette amitié-là.Je ne vous la reprendrai Jamais.Elle répéta par deux fols: —Jamais! Jamais! Après ça, elle se tut.Elle frémissait, attendant la réponse de Pierre Magloire, et cette réponse lui vint, en effet; mais, vrai de vrai, ce ne fut point celle qu'elle craignait et qu'elle espérait à la fois.Elle la reçut comme un coup de poignard en plein coeur.—Je vous en remercie, Marie Cotelle! dit lentement Pierre Magloire.C'est de toutes mes forces que je vous en remercie, car ça me fait grand plaisir et ça me remplit de Joie de voir que nous sommes devenus bons amis au moment où Je vais partir.La fille du maître de la Renaudière devint toute pâle.Elle ne put s'empêcher de reculer d'un pas.ni de porter sa main à son coeur, soudainement traversé par une vive douleur, et ce fut d'une voix faible, éteinte, presque mourante, qu'elle murmura: —Vous allez partir! —Oui!.J'ai déjà prévenu maître Cotelle.J'ai appris des choses qui m'obligent à retourner chez moi.Il faut vous dire que J'aime une fille de mon pays, une fille honnête, sage et Jolie comme vous, Marie Cotelle.Seule-met, Je ne savais pas si elle avait pour moi autant d'amitié que j'en avals pour elle, et si, dans le cos où J'irais trouver son père pour la demander en mariage, elle ne me refuserait point.De çn, Je ne me serais Jamais consolé.Mais, d'après ce quo Je sais maintenant, il n'y a point de danger qu'elle me refuse.Elle me l'a fait savoir.Pas aussi clairement que Je vous le dis.c'est sûr; mais, d'après son langage.Il faudrait être un gars bien simple pour ne pas comprendre qu'elle permettra à Pierre Magloire de la conduire à l'église et de l'aimer et d> la respecter le reste de sa vie.Ça me fait de la peine de vous quitter, votre père et vous, mais.—Il le faut bien, Pierre! Il le faut bien! s'écria Marie, l'inerrompant afin de ne pas en entendre davantage, et s'efforçant de sourire pour cacher aux yeux de ce garçon la douleur qui l'écrasait.Nous aussi, nous aurons de la peine, en vous voyant partir, mais nous la supporterons en pensant que vous êtes heureux.Cette fille, que je ne connais pas, mais que j'aime puisque vous l'aimez, vous l'embrasserez de ma part en lui disant.que je lui souhaite tout le bonheur qu'on peut avoir sur la terre.Vous lui direz.Marie Cotelle tremblait, ses yeux se voilaient; peut-être allait-elle éclater en sanglots; mais, à cette minute, la sauvant d'elle-même, le curé de Saulaines apparut sur le chemin, accompagné de son sacristain et de deux ou trois femmes, qui s'étaient offertes à ensevelir la vieille mendiante de leurs mains charitables.Les jours qui suivirent fuient douloureux pour Marie Cotelle.La Renaudière lui paraissait triste et vide, et, du matin au soir, elle allait et venait comme une àme en peine dans la cour, les bâtiments, les champs, cherchant partout ce qu'elle savait pourtant bien ne point devoir trouver, dos yeux noirs et vifs, une chevelure brune et bouclée, un visage ouvert et franc, un sourire aimable; et il lui arrivait de tendre l'oreille, espérant peut-être entendre s'élever tout à coup une belle voix grave qui chanterait une chanson du pays.Ah! comme il avait eu raison, le maître de la Renaudière, le jour où il lui avait prédit qu'à la fin des fins, elle serait punie de son orgueil, et qu'après avoir refusé, les uns après les autres, les meilleurs gars de la paroisse, elle tomberait amoureuse de quelqu'un qui serait au-dessous d'elle et qui peut-être ne la voudrait point pour femme! C'était vrai que Pierre Magloire en aimait une autre, et qu'il le lui avait dit à l'instant même où.autant que ça se pouvait sans manquer à la sagesse qu'une fille doit garder, elle avait essayé de lui faire comprendre le secret de son àme.Oui! c'était vrai! Mais, ce qui ne l'était pas, c'est que ce gars fût au-dessous d'elle.Il n'en était pas de plus digne, de plus droit, de plus honnête.On n'aurait pas pu trouver un coeur plus généreux, avec tant de fermeté et de bonté, et Urbain Cotelle n'aurait pas pu choisir un meilleur maître pour le remplacer plus tard à la Renaudière.Il y avait une semaine que Pierre Magloire était parti, et, contrairement à ce qu'il avait promis, il n'avait point donné de ses nouvelles.Plus lasse encore que les autres Jours, plus désolée et désespérée.Marie Cotelle prit la route du bourg, qui était aussi celle du cimetière, et pria sur la tombe de sa mère, ce qui lui fit du bien et lui rendit un peu de calme.Au retour, quittant le chemin à ce même endroit où elle avait fait, un soir, la rencontre de Louis Darondeau, elle prit par le bois d'Ussé, mêlant à son chagrin présent le poison du souvenir.Tout revivait autour d'elle de cette lente et douce promenade, pendant laquelle Pierre Magloire lui avait raconté la mort de sa petite soeur, ses Jeux avec elle, l'amour qu'il lui portait, les projets qu'il faisait pour le temps où elle serait une grande et belle fille.Elle l'entendait de même qu'à ce moment-là, elle respirait la même odeur des bois, elle croyait revoir les mêmes étoiles, et, par-dessus tout, elle s'imaginait appuyer encore son bras sur celui du vaillant gars qui venait de la défendre.Retenant ses larmes, elle se hâta, à la sortie du bols, de rentrer à la Renaudière.et, parvenue à la barrière, elle fut très étonnée d'apercevoir dans la cour une carriole dételée qu'elle ne connaissait point.Mais elle n'eut pas le temps de questionner à ce sujet la Mé-lanie, debout sur le seuil de sa cuisine, car Urbain Cotelle, sortant de la maison, vint au-devant d'elle en lui disant: —Je t'attendais, Marie.J'ai à te parler.—Comme vous voudrez, mon père! répondit la jeune fille, non sans trouble, ni sans inquiétude, car elle croyait remarquer, dans les manières de son père, quelque chose qui n'était point dans son accoutumance, et, de vrai, le maitre de la Renaudière avait l'air content et gêné à la fois.Elle questionna, montrant la carriole: —Vous avez donc une visite?¦—Oui! et c'est justement à cause de ça que je veux te parler.Tiens! mettons-nous là, sur le banc, à l'ombre du cormier.Le coeur battant vite dans sa poitrine, et quelque chose d'invisible lui serrant les tempes, Marie Cotelle prit place à côté de son père.Ce dernier commença sans plus tarder: ¦—Te souviens-tu, Marie, de m'avoir fait une promesse, il n'y a pas longtemps de ça?Marie hésita un tout petit instant, le quart d'une minute.Il lui parut qu'elle allait perdre connaissance, et il lui sembla aussi qu'elle était sur le bord d'un précipice dans lequel son père lui demandait de se jeter.Mais il n'y avait pas moyen de reculer.C'était vrai qu'elle avait promis, et elle était bien trop courageuse pour se dédire, pour ne pas tenir sa parole et se sacrifier poulie bonheur de son père, pour la tranquillité de ses vieilles années.Elle répondit donc, détournant les yeux: —Je crois bien m'en souvenir.C'était le jour où Dorandeau, le meunier, était venu vous parler de son garçon.—C'est ça! .Eh bien, ma fille, ce jotir-la, tu m'as Juré que, lorsque Je t'amènerais un honnête garçon, plein d'honneur et de Justice, un bon laboureur capable de me remplacer plus tard, un gars digne de toi, un de ceux qui font les bons maris et les bons pères, tu ne le refuserais point.C'est-ll vrai?.—C'est vrai, mon père, fit Marie Cotelle, et je suis toujours décidée à faire ce que vous voudrez.Cotelle.avec une émotion qu'il ne prenait pas la peine de cacher, posa sa main sur l'épaule de sa fille, mettant dans ce geste tout ce qu'il y avait en lui de tendresse paternelle.—C'est bien, ce que tu fais là, Marie! dlt-ll.Tu en seras récompensée, ma fille.Pour le moment, c'est dur.Je le sais.Je le comprends.Mais tu finiras par être heureuse et contente.Tu peux me croire.Il se hâta d'ajouter: —Voilà!.Cette carriole, que tu vois, c'est celle de René Fougeray, un de mes meilleurs amis de la grande guerre, dont tu m'a souventes fois entendu parler, celui qui m'a empêché d'être tué à la bataille de Savenay.Ses biens sont sur Saint-Hilaire-du-Bols, de l'autre côté de Vlhlers.Il a deux garçons.L'aîné est marié de l'an dernier, et c'est lui qui remplacera son père à la Moriniôre.C'est le nom de la ferme.Le cadet m'a convenu, durant le temps que Je suis resté chez Fougeray.C'est un gars travailleur, actif, toujours de bonne humeur, point mal de sa personne, connaissant la terre aussi bien que moi, si ce n'est mieux.Avec ça, plein de droiture et de bonté.Enfin, un vrai bon gars! .J'avais dit un mot de cette affaire-là à Fougeray.On s'est écrit deux ou trois fois depuis mon retour à la Renaudière.Et, ma fol, 11 est arrivé ce matin, avec son gars; veux-tu le voir?Marie Cotelle eut un long soupir, un de ces soupirs que l'on ne peut pas s'empêcher d'avoir quand on arrache du fond de soi-même tout ce qu'on chérissait, tout ce qu'on rêvait, et qu'il (Suite à la page 27) Mon Magazine, Mars 19£S 27 CORS GUERIS Mesdames! Pourquoi souffrir plus longtemps de CORS et DURILLONS MAXOL les enlèvent rapidement et sans douleurs.Quelques applications suffisent.Prix: 50c la bouteille Envoyé par malle sur réception de 60c.ANTICOR Beauceville, Que.L'ORIGINE DU TERME "ORANGE PEKOE" Combien parmi les milliers de personnes qui lisent et prononcent les mots "le thé "Orange Pekoe" en connaissent la signification".La Cie Salaria Tea nous donne l'explication suivante à ce sujet: "Il fut un temps où pratiquement toute la production du thé de l'univers nous venait de Chine.En ce pays la pointe des feuilles de l'arbrisseau était argentée, et la feuille, une fols préparée, prenait la forme d'une broche fine.Les Chinois appelaient ces bouts de feuilles "Pak-ho" (signifiant cheveu d'argent).Vers la fin du dix-neu-viéme siècle la culture du thé s'étant répandue considérablement aux Indes et au Ceylan, les cultivateurs s'aperçurent que les bouts de feuilles prenaient une teinte plutôt orange, à cause, sans doute, de la différence du climat, et ainsi ces feuilles furent désignées du nom de "Orange Pak-ho".Ce terme fut bientôt anglicisé et l'on eut "Orange Pekoe", le dernier mot se prononçant "peque-O".Un grand nombre d'acheteurs s'Imaginent qu'en demandant un thé "Orange Pekoe" ils reçoivent un thé noir du Ceylan ou des Indes.Cependant, étant donné la qualité très variée des différents thés dits "Orange Pekoe" qui sont offerts au public, et souvent à des prix d'occasion, il est important d'être sur ses gardes.Tout le monde connaît la pratique du marchand de fruits qui.afin d éviter d'avoir à enregistrer une perte d'argent, vend ses fruits à n'importe quel prix, dès qu'il constate que ces fruits ont perdu leur première fraîcheur.Il en est de même du marchand de thé.Le thé est un aliment périssable, surtout quand 11 est exposé à l'air.Il s'en suit donc qu'un thé qu'on offre au consommateur à bon marché est un thé de qualité inférieure ou, tout au plus, un thé de haute qualité mais qui a perdu sa saveur e tsa force, bien qu'on le désigne sous le nom de "Orange Pekoe".En ce siècle du journal moderne, du radio, de l'automobile, et du train rapide, la science répand vite des renseignements précis sur une foule de su-Jets.C'est dans les moyens trouvés pour conserver aux produits alimentaires toute leur pureté que la science a fait le plus pour le bienfait de l'humanité à l'exception peut-être de ce qu'elle ait pu faire par ses progrès en médecine.Et de nos Jours, d'accord avec ces connaissances éclairées, le meilleur thé se vend toujours sous un empaquetage hermétiquement scellé qui lui conserve toute sa saveur et qui le préserve contre toute contamination de l'extérieur.Le thé que le consommateur canadien achète aujourd'hui est meilleur et plus pur que Jamais, et la vente de ces thés si savamment mélangés et empaquetés avec tant de précaution augmente constamment en raison directe de la publicité que l'on fait autour de leur pureté et de leur supériorité." La Glorieuse Belgique l Suite de la page 11 ) C'est ici où je dois, avant de vous parler de la Belgique commerciale moderne, rejoindre Monsieur Brand Whitlock et analyser rapidement ses deux gros volumes de vie vécue et d'événements survenus pendant l'occupation allemande, deux gros volumes écrits avec une verve soutenue, une pensée toujours haute et noble, une richesse d'émotions bien exceptionnelle chez un écrivain américain, source d'émotions où il puise constamment au cours de 1500 pages du plus véridique récit.Son talent est fait de sensibilité, d'indignation contenue et d'humour avec un joli tour d'esprit dans son observation narquoise des moeurs et coutumes allemandes.Il est d'ailleurs très érudit et son oeuvre est d'une lecture très attachante.Le 4 août 1914, le général Von Emmich adressa au peuple belge une proclamation où il exprimait le regret de franchir la frontière, il affirmait que les troupes allemandes agissaient sous la contrainte d'une néces- sité absolue, la neutralité de la Belgique ayant été violée par des officiers français qui avaient traversé le territoire belge en automobile.11 demandait un chemin libre pour aller attaquer la France."C'est tout ce que nous désirons", disait-il.Ainsi commençait l'occupation allemande, aussi déloyale que violente, et qui se poursuivait durant quatre ernées, ou plus exactement durant cinquante et un mois.Pendant que le roi Albert disputait à l'ennemi le dernier coin des dunes de son pays, les Belges enduraient toutes les souffrances physiques et morales, toutes les brutalités: meurtres, viols et incendies de leurs maisons, absolument comme autrefois sous le régime de terreur du duc d'Albe.Ils connurent aussi toutes les misères, toutes les iniquités de la pseudo-justice allemande.Trois hommes opprimèrent successivement la Belgique d'une manière horrible: Von Goltz, Von Bissing et Von Falkenhausen.I Suite à la page 28 ) La curieuse aventure cl Marie Cotelle {Suite de la page 26) fuit abandonner sur le chemin de la vie.parce que le devoir commande.Après quoi, se levant, elle répondit : —Je vous suis, mon père! A son tour, Urbain se leva, prit les mains de sa fll'.e dans les siennes, les serra fortement; puis, les abandonnant, il dit, avec une grande douceur: —Merci, ma fille! .Ta défunte mère, là-haut, doit être contente.T'en auras ta récompense.Marie! .La grande salle, où Cotelle avait causé un matin avec le meunier Dorandeau était sombre, les volets ayant été aux trois quarts fermés, ce que Marie Cotelle ne remarqua point dans le trouble qui l'agitait.Elle y entra sans trop savoir ce qu'elle faisait, ce qui s'accomplissait, n'ayant plus de volonté, poussée maintenant par un seul désir, celui d'en finir tout de suite, comme on accepte l'arrêt qu'on sait ne pouvoir éviter.René Fougeray se tenait debout, au milieu de la salle, et.derrière lui, dans le coin le plus obscur, Marie distingua vaguement un jeune homme, celui auquel on la destinait, celui à qui sa vie allait être liée pour toujours: mais elle ne chercha point à le regarder.Elle resta immobile, les yeux baissés vers la terre.—Tiens! Eougeray, dit Cotelle, voici ma fille.Je viens de lui expliquer de quoi il s'agit, de lui assurer qu'elle serait heureuse avec ton garçon, qu'il saurait l'aimer et la respecter: elle n'a point dit non.—C'est vrai.Jeune fille, demanda Fougeray, que vous voulez bien nous faire l'honneur d'entrer dans notre famille?.On en saura fier et content, et j'espère que vous n'aurez Jamais à le regretter.—C'est li- désir de mon père, répondit Marie, et Je ne crois pas devoir aller contre.—Pourtant, si ça ne vous convenait pas, dit une voix qui la fit tressaillir de la tête aux pieds, il ne faudrait pas vous gêner pour refuser! En même temps qu'il parlait, le fils «le Fougeray s'avançait en pleine lumière, ce qui arrachait un grand cri a la fille du maître de la Renaudière.N'en croyant pas ses yeux, pale et tremblante, se soutenant à peine, elle reculait vers Urbain en répétant, au milieu des sanglots qui lui montaient a la gorge: —Qu'est-ce que ça veut dire, mon père?.—Ça veut dire, ma fille, répondit Cotelle d'une voix Joyeuse, que si.le Jour où je suis parti pour aller revoir une d rnière fois mes vieux amis du temp* de la guerre, je ne pensais point à te ramener un mari, l'Idée me vint, en m'arrétant chez Fougeray.que tu n'en trouverais jamais un meilleur que son gars Pierre.Ça veut dire que nous causâmes de ça tous les deux, Fougeray et mol.Ça veut dire que le garçon que tu vols la devant toi ne refusa point de me croire quand Je lui assurai que.si t'étais (1ère et hautaine, le fond chez toi était bon, et, que, lorsque ton coeur se mettrait à battre, tu changerais et deviendrais une fille douce et bonne, sans orgueil et charitable.—Ça veut dire aussi, Marie Cotelle, Interrompit Pierre, que Je n'étais pas entré depuis deux heures à la Renaudière que je sentais que je vous aimerais de toutes mes forces, mais que Je devais vous gagner malgré vous.Ça veut dire que J'eus bientôt compris que vous veniez a moi tout doucement, presque sans vous en douter, même quand vous me disiez tant de méchantes choses que vous ne pensiez pas.Ça veut dire aussi que c'est de vous que Je parlais, en vous racontant que Je rentrais chez mol, parce que je me croyais enfin sûr de l'amitié d'une fille à laquelle j'avais donné toute mon ame.J'en étais sûr, parce que vous veniez de me ¦ apprendre, Marie Cotille, et Je n'avais plus qu'A aller chercher mon père pour qu'il vint Ici vous demander au vôtre.—Pierre! murmura Marie, en fais.int un pas pour aller à celui qui, comme il venait de le dire, avait su la gagner malgré elle.D'un signe, Il l'arrêta.—Pas encore! fit-Il.Paa encore!.Souvenez-vous de ce que Je vous disais un jour, que Je n'avais menti qu'une fois dans ma vie, mais que J'espérais que ce mensonge-là me serait pardonné.J'ai menti en venant Ici sous un nom qui n'était point le mien, en vous racontant une histoire qui n'était point vraie.Mais, c'était pour vous connaître.C'était pour devenir votre ami.C'était pour avoir le droit de vous promettre un jour, comme Je le fais devant votre père et devant le mien, de vous aimer toujours.Dites.Marie Cotelle?Dites?.Est-ce que vous ne me le pardonnerez point, ce mensonge-la?Elle ne répondit pas.Elle préféra courir à lui et se Jeter dans ses bras.Pour ce qui est la suite de l'histoire.11 est inutile de vous la raconter.Vous la devinerez bien sans mol.FIN à faire du bon pain avec les GALETTES LEVAIN ROYAL DIRECTIONS COMPLETES A L'INTERIEUR DE CHAQUE PAQUET.LA CIE E W GILLETT LTEE.TORONTO MONTREAL QUEBEC LE NOUVEL HOTEL Morrison DE CHICAGO Angle Madison et Clark Le plus h mm du monde Le plus près, en ville, des bureaux, theatres, magasina et gares île chemina de fer 1,944 Chambre* 82.50 et plus toutes donnant sur l'extérieur.chacune avec bain, eau (lacée courante, et Servldor, ce qui garantit une solitude absolue.Ménagère pour chaque palier.Service de garage pour tous les clients.Réëerve* par lettre ou télégramme. 28 Mon Magazine, Mars l'J2S J^a Glorieuse Belgique (Suite de la page 21) Ministre des Etats-Unis à Bruxelles, et chargé successivement des intérêts français, russes et anglais, Brand Whitlock a noté au jour le jour et avec un rare talent d'écrivain les faits pénibles ou lugubres qui se produisirent en Belgique jusqu'en mars 1917, et les chapitres qu'il consacre à son intervention personnelle auprès des autorités allemandes en faveur de pauvres malheureux condamnés politiques, la nurse Edith Cavell entre autres, ne sont pas les moins passionnants.Les pages qu'il accorde aux efforts de son ami le marquis de Villalobar, ministre d'Espagne à Bruxelles et également dévoué au salut des victimes, sont aussi fort attachantes.Je résume rapidement les notes courtes mais émouvantes de vérité, par lesquelles il nous peint d'abord l'entrée des hordes grises à Bruxelles le_ 20 août 1914, (ce sinistre gris ver-dâtre de l'infanterie), puis l'arrivée des hussards chantant en choeur d'une voix rude "émergeant du moyen-àge dans la civilisation moderne", l'armée allemande, enfin, masse d'acier qui approchait de nous avec un roulement de tonnerre, des battements de tambours, des sons aigus des fifres et de cymbales, des chevaux nerveux, des canons lourds et des chants sauvages.Il y avait là des Boches de tous les types connus, au milieu du fracas rugissant d'une musique de terreur.Dans les premiers chapitres de son récit Whitlock consacre à l'ultimatum autrichien quelques notes rapides, écrites avec une expression de surprise, de sursaut, j'allais dire dont vous avez pu voir l'équivalent cent fois en d'autres publications.Puis, songeant que la neutralité de la Belgique la garantissait contre toute invasion, il s'apaise bientôt sur ces mots de son ami Villalobar: "En tout cas, nous avons une loge confortable d'où nous regarderons le spectacle." Les malheureux! Ils ne savaient ni l'un ni l'autre ce que de cette loge ils allaient voir! Bientôt ce fut la sommation du "laissez-nous passer", le refus belge, la mémorable séance du deux août 1914 où le roi Albert demande aux Chambres: "Etes-vous décidés iné-branlablement à maintenir intact le patrimoine sacré de nos ancêtres?" Puis l'organisation de la résistance, le siège de Liège, l'invasion, la chute de Namur, la destruction de Visé où les Allemands incendient la ville et fusillent tous les hommes.Bientôt le gouvernement belge partit pour Anvers, et les hordes allemandes arrivèrent à Bruxelles, le jour même où ManteufTel détruisit Louvain.Mille huit cent vingt-huit maisons furent détruites, cent soixante-seize hommes et femmes, vieillards, jeunes filles et huit prêtres furent tués dans la ville même, et dans les faubourgs de Kessel Loo, de Hérent et de Héverlé.Le cardinal Mercier disait plus tard qu'il ne pouvait détacher sa pensée de son cher Louvain.La superbe église St-Pierre, le collège St-Yves, l'école des Beaux-Arts, les Halles, la riche bibliothèque avec ses 250,000 volumes rares, la gloire artistique du clergé belge, fruit de cinq siècles de labeur, furent anéantis en cette funeste journée.Le même jour, dimanche 23 août, avait lieu l'horrible massacre de Di-nant, jolie ville de la Meuse, que j'ai visitée très souvent: à six heures, les soldats boches entrèrent dans l'église des Prémontrés, emmenèrent les hommes et en fusillèrent cinquante.De sept heures à neuf heures, ils pourchassèrent dans les rues tous les habitants vers la Place d'Armes, en les menaçant.A six heures p.m., ils en font deux rangées, la première à genoux et on fusille par deux fois.Il fallait voir les femmes en ce moment- là! Quatre-vingt-quatre cadavres de civils furent enterrés près de là dans un jardin.Ailleurs on fusille douze habitants réfugiés dans une brasserie.On fusille M.Himmer, le consul de l'Argentine, sa famille, ses parents, ses amis et quarante ouvriers réfugiés dans une soierie.On fusille tous les habitants du faubourg de Leffe.On fusille à la Roche-à-Bayard près de quatre-vingt-dix habitants, dont une femme de quatre-vingt-trois ans.En tout huit cent vingt personnes perdirent la vie à Dinant.C'est le 108e régiment prussien qui inscrivit sur son drapeau le massacre de Dinant.L'incendie consuma les trois quarts de la ville.A Bouvignes, en face, de l'autre côté de la Meuse, deux cent vingt personnes furent fusillées.C'est également le même jour, ou plutôt la nuit précédente, qu'avait lieu le sinistre massacre d'Andenne.On abat le gros bourgmestre, M.Camus, à coups de hache, et l'on fusille trois cents habitants dont les noms ont été relevés.On abat encore à coups de haches plus de vingt autres civils.A Tamines, la veille, on avait fait mieux encore: la totalité des hommes de ce gros bourg ouvrier et du hameau des Alloux fut fusillée devant l'église, et une mitrailleuse abattait ceux qui cherchaient à se relever.On acheva à coups de baïonnettes ceux qui respiraient encore.Six cent cinquante personnes furent tuées.Deux cent soixante-quatre maisons furent brûlées.Les pauvres femmes de Tamines ont bien dû croire ce jour-là que l'enfer visitait la terre.Je ne désire pas vous faire prolonger, à la suite de M.Brand Whitlock, votre séjour dans ce musée des horreurs.Ce qui est survenu dans ces quatre localités s'est également produit à vingt autres endroits en Belgique et notamment à Aershot près de Louvain, à Thermonde sur le Den-dre, à Gomery près de Virton, où soixante officiers et soldats français blessés et amputés et, par conséquent, incapables de fuir, furent brûlés vifs dans une grange avec le major de Charette; à Hervé, à Battice, à Ros-signol-sur-la-Semois, à Falisolles, à Tirlemont, à Weerde et ailleurs.— Brand Whitlock s'est rendu compte de tout, a contrôlé tous les récits, s'est rendu sur les lieux, du moins en ce qui concerne Louvain et le district avoisinant: et son témoignage est lourd de vérité.Quand il vit l'Etat allemand, le Rcisch et les "quatre-vingt-treize intellectuels" essayer de justifier ces crimes abominables en accusant les Belges d'atrocité, cet Américain sentimental eut un haut-le-coeur, et détesta dès lors l'âme allemande, l'étatisme allemand, l'organisation allemande sous toutes ses formes, et entreprit d'éclairer son gouvernement sur la nature du conflit.Avec un souverain mépris, il écrit énergiquement ceci: "Il manque un mot pour désigner l'action la plus basse qui suivit toutes les autres.En effet, les massacres systématiques, les viols, les destructions, les pillages réduisant des villes à l'état de Carthage, de Pompéi ou d'Herculanum, ne furent pas ce qu'il y eut de pire.Ce ne fut même pas lorsqu'on viola la Belgique après qu'elle eut repoussé les offres déshonorantes de l'Allemagne et que l'on commit ces attentats pour la punir de sa vertu.Le pire fut que les agresseurs essayèrent de justifier leur action en souillant la réputation de leur victime.Pour cette action-là, en anglais du moins, nous n'avons point de terme." En français non plus! * * * Après quelques pages de détente, son récit de la réaction causée par la bataille de la Marne est bien plus amusant.Le général Von Luttwitz lui dit un jour, au commencement de septembre: "Nous entrerons dans Paris demain." — Le surlendemain Whitlock lui demande de l'air le plus détaché qu'il parvient à prendre: "Je suppose que vous êtes à Paris, maintenant?" "Non, répond l'autre, notre objectif n'est point Paris.Notre armée est en train de se déployer dans un mouvement enveloppant.Nous devons détruire l'armée fran aise." A cette date, l'armée allemande était en retraite derrière l'Aisne, mais aucune information véridique ne pouvait pénétrer en Belgique."Nous deviendrons crétins", disait Villalobar.C'est à cette époque que Whitlock connut Von der Lancken, personnage déjà considérable dans la diplomatie allemande d'avant-guerre et avec qui le ministre américain devait le plus souvent débattre toutes les questions épineuses suscitées par l'administration allemande, constamment tracas-sière, l'arrestation de Monsieur de Max, les réquisitions des chevaux et du fourrage, le reflux des réfugiés des campagnes qu'il fallait nourrir à Bruxelles quand la capitale n'avait déjà plus de pain, l'imbroglio du blocus britannique et du ravitaillement de la Belgique, et plus tard du Nord de la France envahie, question difficile à laquelle Brand Whitlock, aidé par le ministre d'Espagne, le roi d'Espagne, le président des Etats-Unis, l'ambassadeur Gérard, le Dr Page, M.Herbert Hoover ainsi que par la contribution entière du monde civilisé sut donner une solution définitive qui permit à l'"American Commission for Relief in Belgium" de nourrir pendant au delà de quatre années plus de douze millions d'êtres humains.(J'inclus les départements envahis du Nord de la France.)—Sait-on ce que cela représente de vivres et ce que cela représente en argent ?* * * "Nous allâmes un jour, dit-il, par une pluie maussade, visiter les cuisines à soupe.La foule du quartier s'allongeait en file lamentable sur le trottoir.Avec la divine patience des pauvres, ces gens stationnaient sous la pluie froide, frissonnant sous des châles ou des vieux manteaux, chaussés de sabots de bois, tenant des brocs, des bidons et la carte numérotée que leur délivrait la commune.Chacun recevait son café, son pot de soupe et ce pain quotidien qui arrivait mystérieusement de la lointaine Amérique.Les clients arrivaient par centaine, recevaient leurs rations, s'arrêtaient pour saluer, disaient: MERCI, et passaient.Et ce merci vous perçait le coeur, vous serrait la gorge, vous mouillait les yeux d'une manière gênante.On se sentait très humbles devant ces êtres humains qui n'avaient pas mérité d'en être réduits à la mendicité." Whitlock continue son récit avec un intérêt croissant.Il raconte la première visite que lui fit le cardinal Mercier, et l'impression profonde qu'il en reçut.Puis il nous parle de l'organisation du pouvoir fédéral allemand et de ses conflits avec le pouvoir judiciaire et avec le Barreau belge.La résistance intellectuelle de la nation belge fut extrême, et ne subit pas d'intermittence.L'élite de la masse résista également à toute idée d'asservissement moral, malgré les tracasseries, l'espionnage et les brutalités de toutes sortes qu'elle subit.Le printemps 1915 étaiteependant arrivé, et la population espérait qu'une offensive anglo-française dégagerait la Belgique bientôt, au moins jusqu'à la Meuse-Mais rien n'arrivait.Au contraire, le Lusitania était coulé le 8 mai 1915, l'offensive de l'Artois n'avait donné que de minces résultats et les hommes politiques bien renseignés prévoyaient que la gurre durerait longtemps, puisque l'Oncle Sam ne jugeait pas à propos de venger dès lors son honneur outragé.Et la vie des civils continuait atroce et précaire, précaire puisque chaque jour on en fusillait quelques-uns pour un prétexte ou un autre.— Le seul réconfort moral, c'était l'indomptable esprit de résistance des Bruxellois, esprit qui se traduit par un genre de farce narquoise qu'on appelle "swan-ze", et aussi par la mystérieuse publication de la "Libre Belgique", journal qui paraissait, disparaissait, recommençait ailleurs, se distribuait partout, sans que personne, les Allemands moins que les autres, parvinssent jamais à savoir où il était imprimé.Au cours de l'été 1915, Whitlock fit, en compagnie de Villalobar et de Lancken, une visite au front par la route de Hal, Tournai, Lille, jusqu'à Lens, dans les lignes allemandes.Lancken les conduisit sous le feu des batteries établies à Notre-Dame de Lorette et faillit le faire tuer par un obus.Cet endroit m'intéresse beaucoup, car un an plus tard j'y étais moi-même.Il dîne à Lille avec Ru-precht de Bavière et revient à Bruxelles reprendre sa fonction principale qui est d'essayer de sauver quelques-uns des malheureux condamnés politiques, qu'on fusille chaque jour.Lui et Villalobar se prodiguent pour sauver Edith Cavell, mais sans succès.Elle périt le 12 octobre 1915, et inscrivit elle-même dans son livre de prières: "Morte à sept heures du matin".Whitlock écrit simplement: "Quand l'horreur d'une fin cruelle et injuste sera éclipsée par l'éclat du sacrifice, les quelques mots qu'elle écrivit, les dernières paroles qu'elle prononça montreront à quelle hauteur sublime la nature humaine peut atteindre, et sanctifieront une mémoire qu'on respectera, tant qu'il y aura de la foi et de l'honneur parmi les hommes." * • * * J'abrège autant que je le puis.Whitlock fut témoin de la façon ignoble avec laquelle on dépouilla la Belgique de son cheptal, puis il vit les autorités allemandes essayer de germaniser l'Université de Gand en lui imposant des professeurs flamands choisis par eux-mêmes afin d'assassiner l'âme de la nation; au fur et à mesure qu'il voyait en Allemagne le parti militaire dominer le vieux Beth-man-Hollweg et rendre la politique d'occupation plus cruelle, et pousser à outrance la guerre sous-marine, il comprit que son pays serait fatalement entraîné dans le Maelstrom.Plus tard, il vit les odieuses déportations de la population civile qui transformaient les ouvriers belges en un troupeau de bétail fouetté par la panique; il désira tout haut l'intervention américaine.Elle s'était déjà trop fait attendre, mais elle arriva enfin après tant et tant de violations du droit commun, tant d'atrocités sournoises quand les Allemands crurent en finir avec l'Angleterre en décrétant un blocus sous-marin qui obligerait les navires américains à passer au large des îles Britanniques.Sous peine d'etre torpillés, même les navires des nations neutres ne devaient pas dépasser une certaine zone, à quelques milles de leurs côtes maritimes."Laissez au moins aux Espagnols assez d'eau pour prendre un bain", disait Villalobar.Von Tirpitz ne voulut rien entendre et le président Wilson déclara la guerre à l'Allemagne le 20 mars 1917.Aussitôt la guerre déclarée, Whitlock sortit de Belgique, non sans peine, avec tous les membres américains du ravitaillement.Ce furent les Hollandais et les Espagnols qui vinrent remplacer ceux-ci dans la distribution des vivres. Mon Magazine, Mars 192S 29 Ainsi, par la position qu'il occupait, Brand Whitlock a pu tout voir ce qui se passait en Belgique sous l'occupation allemande, et avec l'intelligence pénétrante qu'il possède, il a compris certains ressorts de l'àme allemande qui pour nous tous étaient demeurés obscurs.Il a bien compris les Belges aussi, et a admiré le plus grand d'entre eux, le cardinal Mercier: "C'est une des grandes figures, écrit-il, qui dans un monde encombré d'âmes médiocres s'élève au-desus de la masse, répandant la douceur, la force et la lumière." Ajoutons nous-mème que cet humble fils d'ouvrier était devenu la plus grande personnalité vivante de notre temps; l'on disait même couramment en France, dans un certain milieu universitaire, en songeant à ses oeuvres théologiques, qu'il était la plus haute intelligence du clergé latin contemporain.Les mémoires de Brand Whitlock fournissent donc une ample documentation, une suite de témoignages irréfutables où pourront puiser les historiens futurs qui voudront savoir ce qui s'est passé à l'arrière.Avec le talent d'écrivain qu'il possède, il a su peindre ces scènes tragiques comme bien peu ont su le faire.— Disons aussi que le ravitaillement de la Belgique et du nord de la France est son oeuvre, au moins autant que l'oeuvre de Herbert Hoover et que lui seul a su auprès de la Kommandatur aplanir certaines difficultés qui sans lui auraient rendu le service des vivres tout à fait impossible.Son souvenir est resté fort populaire en Belgique.* * * La lecture de ces mémoires a fait revivre en moi le souvenir de mon séjour en Belgique en 1911-12-13.Je n'ai jamais oublié la douceur qu'on éprouvait, avant la guerre, à vivre en ce beau pays si petit et si grand.Je n'ai jamais oublié les nombreuses promenades que, les poches pleines de livres, j'ai faites en pays flamand et en pays wallon.Je n'ai jamais oublié l'attrait ressenti au sein des villes et villages que j'ai visités, Bruxelles et Anvers, le Bois de la Chambre et Waterloo, morne plaine, silencieuse depuis le grand désastre impérial.J'ai également visité Louvain, Di-nant et Liège plusieurs fois et ce sont là avec Tamines, Visé, Aershot et Therm onde les villes qui ont eu le plus à souffrir de la barbarie allemande.Mais en refrégnant mes souvenirs de touriste, je dois terminer cet article en vous parlant de la Belgique commerciale et industrielle.La Belgique est la première nation du monde au point de vue de la densité industrielle.Elle tire son activité de deux sources principales: l'eau et la houille.Grâce à son sol, réserve colossale de charbon, à ses nombreux cours d'eau, à ses canaux qui sont des fleuves, ce petit pays nous offre un magnifique exemple de puissance créatrice.Avec une population qui a double depuis 1830, la Belgique a un commerce d'importation et d'exportation dix-huit fois plus considérable qu'alors, et celui-ci représente, per-capita, selon les statistiques de 1912, plus du triple de celui de 1p France et du double de celui de l'Allemagne; sept fois plus que l'Italie, et douze fois plus que l'Espagne, et se trouve même être supérieur matériellement à celui de la Grande-Bretagne, par tête de population, remarquez bien.* Le pays de Liège, la région de la Meuse et de la Sambre, la Wallonnie, en un mot, a été le berceau de l'industrie charbonnière en Europe; depuis sept cents ans on extrait du charbon à Liège et dans le Borinagc.Le centre du Borinage, c'est Mons, Charleroi et la Louvière- La propriété minière belge est très divisée: on n'y compte pas moins de cent dix-huit sociétés de charbonnages produisant, au moyen de deux cent cinquante-huit puits d'extraction, un tonnage qui atteint vingt-quatre millions de tonnes annuellement.Et l'on parle actuellement d'exploiter dans la Campine un nouveau bassin houillier de mille mil- L'ALASKA (Le Pays dit Soleil de Minuit) Panoramas Grandioses d'une Flore Luxuriante, de Glaciers Géants et Pics Altiers.Allez voir cette terre illustrée par les chercheurs d'or de 1898 et dont les aventures extraordinaires ont inspire les récits émouvants de certains écrivains modernes.Allez suivre, dans le plus grand confort, les sentiers autrefois suivis par de téméraires aventuriers qui s'enrichirent en une nuit ou qui y perdirent une fortune, avec peine amassée.On trouve partout, sur le parcours qui va de Skagway au White Horse Pass, des vestiges de cette époque héroïque.En plus de l'intérêt exceptionnel de son passé, l'Alaska offre des paysages d'une grandeur incomparable.Ici des pics altiers percent les nues.Des glaciers géants reflètent les jeux de lumière des aurores boréales et du soleil de minuit.On rencontre partout de mystérieux totems recelant les secrets historiques des races indiennes disparues.et toute cette contrée merveilleuse se drape d'une féerie de fleurs sauvages de toute beauté.Faites le voyage de l'Alaska cet été.faites la belle croisière de mille milles par les mers abritées de la Côte du Pacifique, en passant par Prince Rupert.Ketchikan.Wrangell et Juncau.Passage de Vancouver à Skagway et retour, repas et cabine compris — voyage de 10 jours — S90.00.Cabines toutes extérieures.Prenez le Canadien National pour Vancouver, et vous traversez les Rocheuses Canadiennes à la plus faible altitude, par les pentes les plus douces de tous les transcontinentaux, et en pleine vue des pics les plus majestueux.Wagons à compartiments avec radio.Service de wagons-restaurants insurpassa-ble.Arrêts au Parc National Jasper.Détails complets auprès de tout agent du Canadien National.Canadien National Le Plus Grand Chemin de Fer de l'Amérique les carrés, surface équivalente à celle des bassins actuels.Dans la région de Charleroi, nous trouvons aussi l'industrie du verre établie sur une grande échelle.La population est ici extrêmement dense.Plus de quarante mille ouvriers: mineurs, métallurgistes et verriers, travaillent, soit aux hauts-fourneaux de la Société Marcinelle et Couillet.aux usines de la Providence ou de Thy-le-Château ou à ceux de Sambre-et-Moselle, ou de Montceau-sur-Sambre, et déversent chaque jour deux mille tonnes de houille, ou produisent chaque jour quatre mille mètres de (daces, quatre-vingt mille mètres de verre à vitre, vingt mille bouteille et trois cent vingt mille objets de cristallerie.Pour atteindre à cette production colossale, de plus en plus l'ouvrier manoeuvre fait place à l'ouvrier conducteur de machine, et en même temps que son labeur physique diminue, son intelligence devient le facteur essentiel.Liège est le Pittsbure de la Belgique, c'est la cité du FER et du FEU.Dans un cercle de quelques lieues, dix-huit hauts-fourneaux vomissent chaque jour plus de deux mille tonnes de fonte immédiatement transformée en acier, en fer, en tôle, en rails, en poutrelles, en cylindres énormes.L'industrie sidérurgique belge comprend aujourd'hui une quarantaine de hauts-fourneaux produisant annuellement un million cinq cent mille tonnes de fonte, presque totalement convertie en acier.Trente-sept mille hommes sont employés dans les diverses sociétés sidérurgiques dont la principale est celle de John Cokeril.* * Les cristalleries de Val St-Lambert et l'industrie du zinc appartiennent également à la région liégeoise.Près de cent soixante dix mille tonnes de zinc sont fabriquées annuellement et près de vingt mille ouvriers y gagnent leur vie.Tunic li 111m i in,-peut gagner une Moiitic-llrficilct En vendant det Chocolat» Montre du plua joli nouveau module r- ¦ i ,i , i i.boîtier or blanc de 26 aria.Joliment Ifravee.Mouvement de 1A pierre».Ruban de aole froa grain avec fermoir or blanc de 1» carat* OnMolata Normandy de la meilleure quallU.pur» et frai», ae vendant facilement, fric» a l'annonce.Demandée détail».Apprenei comment poeseMrr une de ce» Jolie» montre».1HIMK sriTl.Y Co., ItT McQIII 8t.LTD., Dipl.887 MONTREAL, P.Laissant le pays de la houille, le train nous débarque à Verviers, la cité de la laine.L'industrie des draps occupe dans la région verviétoise plus de vingt-cinq mille ouvriers et ouvrières employés au lavage, peignage 'Suitr n la page 30) SO Mon Magazine, Mars 192S La Glorieuse Belgique (Suite de la page 29) et tissage de la laine.La ville doit à cette industrie sa grande prospérité, mais le succès de cette industrie aurait été impossible sans la construction du barrage de la Gileppe, magnifique à voir avec son mur de deux cents pieds d'épaisseur à sa base et de cent quarante pieds de hauteur.* Revenant vers les Flandres, nous laissons derrière nous plusieurs rivières, l'Ourthe, I'Amblève, la Vesdre, la Gileppe, la Lesse, et nous retraversons la Meuse pour atteindre la rive gauche et Louvain, qui fut très manufacturière autrefois, quand l'industrie du drap faisait vivre cent cinquante mille habitants, mais qui aujourd'hui est une ville industriellement figée.C'est l'Oxford de la Belgique: c'est le royaume des étudiants.Bruxelles, après Louvain, est uns ville immense, bruyante et gaie, plus hospitalière que Paris, du moins plus accueillante pour ceux qui ont faim et qui aiment la bonne bière.Que de souvenirs j'évoque avec le nom de Bruxelles, si cher au coeur de monsieur Beulemans et de Mme Kaeke-broeck! "C'est une belle ville, savez-vous pour une fois!" Pendant que j'y suis, disons un mot de l'éducation professionnelle belge dont Bruxelles est le centre et le foyer.A part l'Ecole des Mines de Mons, l'Ecole des Textiles de Verviers, l'Institut du Commerce d'Anvers, l'Ecole Supérieure de Brasserie de Gand, l'Institut Commercial et Consulaire des Industries du Hainaut à Mons, les Facultés techniques de Liège et de Gand, il faut compter en Belgique quatre-vingt-douze écoles industrielles, ayant vingt-quatre mille élèves, des ouvriers pour la plupart; deux cent dix-sept écoles professionnelles fréquentées par vingt-deux mille jeunes gens,, trente-quatre écoles d'apprentissage avec sept cents apprentis et enfin soixante-seize écoles ménagères pour filles.L'Etat inscrit à son budget annuel au delà de sept millions de francs en subsides, et l'initiative privée dépense encore davantage.— Ernest Solvay à lui seul a doté son pays de trois magnifiques institutions.Institut de physiologie, Institut de Sociologie et l'Ecole du Commerce.Bruxelles s'est payé le luxe, il y a une vingtaine d'années, de devenir port de mer par la construction d'un canal de vingt mètres de large débouchant par le Rupel dans l'Escaut Maritime.* * Gand est la ville célèbre des anciens drapiers flamands, mais l'industrie de la laine agonise dans les Flandres pour être remplacée par celle du coton.C'est aussi le pays de la culture et de la préparation de l'étoupe de lin qui alimente jusqu'aux fabriques de l'étranger, et notamment les manufactures de toile écossaise: de la région de Gand on exporte annuellement pour plus de cinquante millions de francs de lin à destination de Belfast, de Manchester et de Glasgow.Cette exportation dépasse trente millions de kilogrammes.* * * Malines représente avec Bruges l'industrie dentellière du béguinage.Je ne sais guère ce que cela rapporte au pays en argent, mais je sais que le point de Malines est une merveille de patience et d'habileté.Anvers est véritablement le coeur du pays, et c'est la plus grande merveille de la Belgique.Nul port au monde, ni Londres, ni New-York ne sont aussi grandioses ni aussi commodes que la reine de l'Escaut.C'est là que j'ai touché l'Europe pour la première fois le 1er octobre 1911.Soixante kilomètres de quais maritimes, comme c'est magnifique! Napoléon voulait faire d'Anvers la rivale prospère de Londres et son désir est presque réalisé, car Anvers occupe, avec Hambourg, Liverpool et New-York, la deuxième et troisième place, après le grand port de la Tamise; Philadelphie et Buenos-Ayres ne viennent qu'après lui pour l'importance du transit et le chiffre du tonnage.Anvers est aussi, avec Bruxelles, la ville des institutions bancaires et des capitaux placés à l'étranger.Si, à part l'industrialisation intense de son sol et de ses matières premières, l'on tient compte que la Belgique avait avant la guerre placé cinq milliards en Russie, trois milliards en France et en Espagne et autant en Amérique (j'inclus l'Amérique du Sud où les Belges font des affaires considérables), sans parler de ce qu'ils avaient placé dans l'Europe Centrale, on aura une idée de la prospérité qui régnait dans ce petit pays avant l'agression allemande.* * La population ouvrière de la Belgique dépasse un million.Si l'on en déduit les travailleurs de chemins de fer, qui sont des fonctionnaires, et ceux des usines à gaz et des stations d'électricité municipales qui sont aussi des fonctionnaires de ville, il reste encore huit cent mille ouvriers, travaillant à l'usine et à domicile.Ainsi, le septième de la population est salarié de l'industrie ou du commerce.Cet exemple est unique au monde.Sur sept millions d'habitants on compte deux millions six cent vingt-cinq nulle adhérents à la Caisse d'Epargne, et neuf cent quatre-vingt-dix mille à la Caisse de Retraite; mais ce sujet d'économie nationale m'entraînerait beaucoup trop loin pour aujourd'hui Quittant la région industrielle, j'ai visité sur la côte Furnes, Newport, Ostende et Blackenberghe, Knocke, Westduyne et Hoyst, mais ce ne sont là que de somptueuses villes d'eau, où la population autochtone et étrangère se déverse chaque année.J'ai vu Ypres avant la guerre et pendant la guerre; le 16 octobre 1917, quelques jours avant la bataille de Passchendale, j'ai pu constater qu'il son intacte.Au quatorzième siècle, ne restait pas à Ypres une seule mai-Bruges, Gand et Ypres étaient les trois villes les plus commerçantes de l'Europe, notamment Bruges qui avait une population de trois cent mille habitants et qui n'en a plus maintenant que cinquante mille endormis sur les bords de son Lac d'Amour.J'ai, en 1912, visité les Ardennes où allait chasser Von Bissing, ce vieux général au visage sec, dur, tanné, ridé et ravagé; j'ai visité les Grottes de Han, de Rochefort, le Luxembourg belge où les hommes sont rudes et forts comme leur sol, Arton, Virton.Je n'oserais continuer à vous raconter mes impressions de touriste, car ce serait trop long.J'aurais voulu, cependant, vous parier de certaines particularités du caractère politique du peuple belge, chez qui l'on s'attache encore plus, semble-t-il, à la Commune qu'au pouvoir central, si constitutionnel soit-il, et où l'on est citoyen de Gand, de Bruxelles, d'Anvers ou de Liège avant d'être flamand ou même belge.Je voudrais aussi vous parler de son système scolaire où les écoles primaires sont d'obligation et où le français et le flamand sont tous les deux enseignés, système qui donne l'éducation gratuite aux enfants des pauvres incapables de payer les frais, tout comme aux enfants des riches.En 190G, (je n'ai pas sous la main de statistique plus récente), sur 859,436 fréquentant les écoles primaires, 807,-383 élèves ne payaient rien: l'Etat payait pour eux.Ce qui est remarquable en Belgique, c'est la formation pratique, le triage des aptitudes chez l'enfant en classe.Dans les sphères universitaires, le grand conflit des langues et des races n'est pas encore réglé entre les Flamands et les Wallons.Il y a en Belgique quatre grandes universités: à Bruxelles, à Liège, à Louvain et à Gand.Dans les trois premières le Flamand n'obtiendra jamais la priorité, mais il se pourrait qu'à Gand, en dépit du Sénat belge, et par un édit spécial, la langue flamande prévalût pour un siècle sur la langue française.J'aurais voulu vous parler du système politique de la Belgique, monarchie constitutionnelle héréditaire, mais dotée de certaines prérogatives du roi auprès des Chambres, qu'on ne trouve pas dans le système anglais.Dans l'ensemble, le gouvernement accorde une plus grande mesure de libertés pour les Communes, dernier et lointain vestige des coutumes féodales, et sans doute aussi des privilèges accordés autrefois aux corporations ouvrières, aux sociétés des corps et métiers.Ne pouvant épuiser de pareils sujets, et craignant d'ailleurs qu'ils dépassent ma compétence, je suivrai le conseil du fabuliste et je ne forcerai pas mon humble talent.J'ai mieux finir cette causerie par quelques notes sur l'avenir de la Belgique.Le Congo belge offre à cette population de travailleurs un avenir inconnu et des ressources nouvelles.L'ivoire, le caoutchouc, les épices, le tabac s'exploiteront intensivement dans cette immense colonie dont la richesse est inouïe.Le Congo va devenir le déversoir naturel de la Belgique, attendez-vous à y voir naître des milliers de sociétés mettant en valeur des forêts, exploitant le coton, les diamants, l'ivoire, le caoutchouc, le coco, le café, les essences, les gommes de tous genres, et sans doute aussi les minéraux qu'on trouve déjà en quantité dans ce vaste empire colonial.CONCLUSION On ne saurait espérer que la Belgique agrandisse son territoire sur le continent: les délimitations de frontières, du moins dans l'Europe Occidentale, semblent être réglées pour toujours.Mais avec ses colonies, ses industries, ses capitaux, son magnifique port de mer et surtout avec le caractère industrieux de son peuple, l'avenir lui prépare une place de premier ordre parmi les nations progressives du monde.Dans un demi-siècle nous verrons la Belgique posséder une forte marine marchande, composée de milliers de navires sillonnant les mers lointaines et commerçant avantageusement avec toutes les nations et notamment avec les populations latines de l'Amérique du Sud: l'Argentine, le Brésil, le Chili, etc., etc.Puis le développement du Congo augmentera encore davantage le trafic de son port d'Anvers qui reçoit aujourd'hui quotidiennement six cents navires de haute mer et reçoit et expédie aussi chaque jour 3,500 wagons de marchandises.La prospérité matérielle de la Belgique semble donc assurée malgré ses dépenses de guerre, malgré les pertes qu'elle a faites en Russie et malgré les dévastations allemandes, parce que la balance de son commerce étranger—surplus d'exportation sur l'importation—lui est d'ores et déjà favorable.Mais cela n'est pas tout.Il y a son avenir moral.Ferrero a écrit quelque part que dans la question du progrès moderne, l'Allemagne avait fourni la partie quantitative et la France la partie qualitative.Rien n'est plus vrai, si vous ajoutez seulement que les inventions modernes du génie allemand n'ont pas du tout rendu cette race moins cruelle et moins féroce qu'elle l'était au siècle d'Auguste.Les Belges, placés au carrefour de trois puissantes races, ont acquis quelque chose de l'organisation commerciale allemande; ils ont également pris aux Anglo-Saxons plus d'une méthode industrielle, et de la France ils ont assimilé son clair génie pour la science et les choses artistiques.Malgré l'apport du sang d'Outre-Rhin, a tous les égards ce sont des Latins, et Juste Lipse, la plus grande lumière du seizième siècle, est le glorieux ancêtre qu'on n'a jamais renié.Le goût des choses métaphysiques, l'amour des études historiques, le culte de la tradition nationale et de l'héroïsme héréditaire ont façonné leur âme à la française, pour ainsi parler, c'est-à-dire qu'ils s'inspirent du même idéal noble et chevaleresque dont s'inspiraient leurs aïeux communs.La dernière guerre a singulièrement rehaussé l'éclatant prestige de l'àme belge: par son sacrifice librement consenti, par l'éminente personnalité de ses chefs, elle a acquis un incomparable ascendant de valeur morale.Albert 1er, qui fera figure de légende et que dans un siècle on appellera Albert-le-Grand; Elizabeth de Belgique, traquée jusque dans le dernier coin des dunes de son pays, se transformant en infirmière dans le plus humble hôpital de ses blessés; le cardinal Mercier, emprisonné dans son palais et donnant malgré la menace brutale suspendue sur sa tête le plus magnifique exemple de courage moral que l'on connaisse.Max, le bourgmestre, torturé de cent manières et prisonnier en Allemagne pendant au delà de trois longues années; le général Léman, refusant de se rendre et se faisant sauter avec les débris du fort Loncin; madame Carton de Wiart, tourmentée de cent façons par la Kommandatur, puis emprisonnée en Allemagne dans les circonstances les plus odieuses, etc., etc.Je pourrais multiplier les exemples à l'infini.Dans tous les pays du monde, l'on se souviendra que la Belgique, après avoir été l'Ange-Gardien de la nation française, a subi le plus abominable martyre pour le salut des démocraties chrétiennes, et le sanglant calvaire qu'elle a gravi pour obtenir cette deuxième rédemption du monde, joint à toute l'épopée de son histoire antérieure, la fera vivre glorieusement dans les siècles des siècles.Dans la balance des choses éternelles, cette gloire impérissable vaut peut-être mieux que celle d'être un grand empire sur la surface duquel le soleil ne se couche jamais! J.-Auguste GALIBOIS GRATIS 5000 PRIMES Bagues, montre, Camera, etc., à votre choix, demandez 100 paquets de graines pour vendre et le catalogue de primes.AliLuEN NOUVEAUTES, St-Zacharle.-:- Qo* L'éternuement annonce un rhume ou la grippe.Faites des inhalations et pratiquez des frictions sur la gorge et la poitrine, au moyen de " Minard's," chauffé au préalable.C'est la mesure préventive idéale.r MF UNIMENT MinarD FAITE Efi CANADA fabriquée avec les meilleures oranges de Seville, soigneusement choisies une dar une et le ^sucre de canne le plus pu» /JÊTplEN AUTRE CHOSE Marmelade d'orange n 'Old City"(3) QUALITE SURCHOIX ortwsu'w^s OLD CITY MFC CO LTD «« "™ 118BUI ST PIEBOC MONTREAL Voulez-vous vous PROCURER facilement Un Service de Table de -4 2 morceaux.GRATIS Tour re servie* GRATUIT, vendez quelques boites des Chocolats, purs et frais.Service complet pour 6" personnes.ENVOYEZ immédiatement vos nom et adresse et nous vous indiquerons comment gagner ce service de 42 morceaux GRATIS.Mode de vente facile et ogTeable.Demandez aujourd'hui Catalogue et tous détails.MOME SUPPLY Co., M.8t.LTD .Dépt.867 MONTREAL, P.Visions d'atelier Chez le peintre Marcel-Lenoir ANS le calme torpide de la rue N.D.des Champs, à deux pas du Luxembourg, qui ver-dois déjà, et où les cris d'enfants se mêlent aux cris des oiseaux, — aux confins artistiques du quartier de Montparnasse, domaine des rapins, je lis, à la porte d'un atelier, sur une affiche jaune clair, ce singulier manifeste du peintre MARCEL-LEXOIR."J'offre, dit-il en substance, à Son Eminence le Cardinal Dubois, les tout premiers balbutiements de ma fresque "A la Gloire de Dieu", qui aura six cents mètres carrés, et que j'exposerai dans Paris, dans la rue même, et pour tous."Ces dessins sont exposés dans mon atelier, mais, fatigué des louanges des auditrices de l'Ecole du Louvre, vieilles filles en perpétuelle extase; las de recevoir la visite des inoccupés, avares nés, qui ne courent qu'aux Expositions gratuites; me défiant surtout de mes confrères, orgueilleux à vingt ans, vaniteux à trente ans, envieux à quarante ans, ensuite hargneux et médisants, je convie le passant à gravir mes sept étages et à venir frapper à ma porte où, pour 5 francs, je lui ouvrirai les portes du paradis de l'Art." J'ai traduit journalistiquement ce curieux appel, rédigé à la manière des Rose-Croix et du Sâr-Péladan, dont Marcel-LENOIR fut un instant le disciple, aux beaux jours de l'Ecole symboliste.Le passant auquel il s'adresse hausse le plus souvent les épaules, devant son manifeste, et poursuit son chemin; parfois même, il inscrit des injures sur l'affiche jaune, à la pointe acérée du stylo : les Béotiens encombrent les trottoirs à notre époque! Quand même, il faut avoir la foi dans son art pour inviter ainsi les gens — et surtout des Parisiens — à grimper, sept étages afin d'y admirer des tableaux sans billet de faveur.Voilà, en tous cas, un peintre qui sait sélectionner son monde.—L'escalier n'est pas fatiguant, me dit la concierge, pour soutenir mon courage défaillant; il y a des bancs à tous les étages, et l'on peut s'y reposer à son aise.Me voici donc engagé au long de cette échelle de Jacob jonchée de bouts de cigarettes, qui me conduit chez Marcel-Lenoir; arrivé au faîte, je sonne et l'on vient m'ouvrir.Je prends un ticket d'entrée et je pénètre dans un immense atelier aux proportions de cathédrale, éclairé par une baie qui y jette la lumière à profusion; cette lumière franche dont Marcel-LENOIR aime inonder ses tableaux, car, pour lui, la peinture semble être moins le but de l'Art qu'un moyen spécifiquement resplendissant d'exprimer sa pensée, s'il faut en croire Stanislas FUMET, son critique et laudateur fidèle.Nous allons pouvoir nous en rendre compte d'ailleurs.Mais, auparavant, ce qui nous frappe de suite en entrant, c'est cette curieuse vision qui, à elle seule, vaut un tableau selon la manière du peintre des "BENEDICITE", :iue m'offre le maître de céans attablé devant une nappe claire, en face d'un convive silencieux.Marcel-LENOIR, la tête auréolée par un immense feutre, d'où s'échappe une crinière noire abondante et une barbe de jais, au milieu.de.laquelle pointe son nez ÔjJi; \\\ \ trpil'tiîifdfc! comme un ciergeC.U'S rl"&kd.es'.£61» 1«"] table, les mains jointes, semble* medî- ' ter pieusement deVant» sfc",t;ts*sJe" à o£ïé, tandis que trois t*£>« iOr.iM 'pTaU un morceau de p'a'in *eV tin" couteau" achèvent la composition du tableau qui rappelle, en effet, étrangement l'une de ses meilleures toiles, où il s'était représenté lui-même avec la femme qui le sert et qui est venue m'ouvrir tout-à-l'heure, dans une lumière éclatante de blancheur, et toute pénétrée de clarté intérieure à l'heure du "Benedicite." Je ne puis m'arracher à cette cu-lieuse vision qui caractérise à la fois l'atmosphère dans laquelle se meut cet artiste, dont la mystique s'est consacrée aux attitudes, et qui sait exprimer sa pensée par les formes et les gestes.Le peintre, à notre venue, ne s'est d'ailleurs pas dérangé, et continue, avec son hôte, sa conversation à voix basse.Aux murs immenses de l'atelier, de nombreuses esquisses de personnages et de groupes, qui semblent synthétiser les visions de l'artiste, dans la courbe des attitudes qu'ils affectent, évoquent à la fois certaines esquisses de Michel-Ange, ou Durer : ce sont les personnages de la fresque "A LA GLOIRE DE DIEU';.Leur dessin, brutal et méticuleux à la fois, tend surtout au symbole.Mais c'est aussi un dessin de sculpteur, car il s'adapte aux plans de la nature et se consolide par les trois dimensions.On est surtout frappé par le soin quasi religieux avec lequel le peintre établit les pieds et les mains de ses personnages qu'il destine, en général à la prière.Or, l'extrême qualité d'un art se juge précisément à ce que tant de modernes ont mis parfois tant de talent à esquiver, et que MARCEL-LENOIR semble soigner au contraire avec une attention si fervente.Ici, le dessin ne redoute point la hardiesse, ni les exagérations de forme; il recherche au contraire cette hardiesse dans l'ensemble de la composition et se plaît même parfois à renverser les règles de la perspective.C'est ainsi que sur deux grandes toiles en préparation, et qui sont conçues dans ces oppositions de lumière et de couleurs que MARCEL-LENOIR affectionne plus particulièrement, nous voyons les personnages des deuxième et troisième plans, plus grands que ceux du premier, tout en nous offrant ainsi un curieux effet monumental qui convient à merveille à l'art de la fresque.Nous retrouvons, dans ces deux toiles la transposition d'un même thème qu'affectionne particulièrement ce peintre mystique à qui l'on doit de belles oraisons matutinales et des oeuvres calmes et pleines, comme sa "deuxième crucifixion", ses "Funérailles blanches", sa "Vierge à la houlette" et sa virgilienne et haute "mise au tombeau".Ce peintre n'achève, d'ailleurs, jamais ses toiles.Et, sur celles que nous pouvons contempler, on se rend compte aisément du travail minutieux par lequel il les complète progressivement.La composition est en place et les éléments en valeur.Il ne reste plus qu'à serrer la trame.On peut évaluer le degré de labeur que représente pareille oeuvre, à la dimension seule des touches plus ou moins réduites qui viennent se juxtaposer sur un dessin précis qui n'a négligé aucun plan.Cette méthode rappelle celle des maîtres d'autrefois et l'on a évoqué, devant l'oeuvre de MARCEL-LENOIR, du reste, sans se tromper, les noms d'un CIMABUE, d'un MAN-NEGNA, et d'un DURER.Lorsqu'on s'approche des baies de l'atelier qui s'ouvrent sur les vastes jardins de ce coin reculé de Paris, on .cherche malgré soi, inconsciemment, ;fa .Tisiorj jd«s toits rouges de Nurem-.bei-gî jCtj \Y semble que ce soit la clarté 'niystiqw du dimanche d'Oculi qui ;jvierm» .nous imprégner ici.dans ; fetj «îtflier-où, loin de la foule, des 'marchartds'de tableaux et des coteries, un artiste probe essaye de réaliser son rêve intérieur, à la manière des antiques et des architecturaux, dont il est allé rechercher aussi la tradition chez les primitifs flamands, semblc-t-il.CSuite à la page 32; Mon Magazine, Mars 192S SI Draperies de Couleur Brillante», souple», les draperies ne forment pas seulement le luxe, mais elles entrent dans une des parties importantes de la décoration d'une maison moderne.Vous pouvez vous-même transformer vos draperies défraîchie» en leur donnant un renouveau de couleur conforme à l'arrangement de votre appartement, chose qui ne vous coûtera que quinze centlns de telnturo Diamond.C'est une chose très simple de teindre avec les DIAMOND DYES.Car elles sont des teintures pures, ce qui donne un résultat bien au-dessus des autres produits.CàRATIS: Votre pharmacien vous donnera l'Encyclopédie des Teintures Diamond, suggestions et direction simple pour faire une superbe teinture; 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Ne souffres pas plus lonQ.ten pa.Ecrivez aujourd'hui même.MME.M.SUMMERS a/s Vandtrhoet aV Ce.R2&P ¦ OITE 69 WINDSOR.ONT.En vente chez tea meilleure pharmacien* SJ Mun Magazine, Mars 1'JJ.s "On le voyait satis cesse écrire, écrire, Ce qu'il avait jadis entendu dire".m sa LE DERNIER MOT Chez le peintre Mareel-Lenoir (Sin/i de la paye 81 ) Il apparait donc que l'on respire, en cet atelier de la rue N.D.des Champs des fleurs cueillies dans une longue promenade solitaire, à travers le passé de l'Art; mais, MARCEL-LENOIR nous laisse maîtres de son jardin.C'est à peine s'il reçoit son visiteur, et, lorsque nous nous sommes approchés de la nappe claire, où il continuait à rêver pendant notre visite, pour lui demander quelques notes biographiques, il nous tendit simplement un petit volume où, d'une écriture menue, sa main lasse avait écrit déjà un commencement de dédicace : "J'espère que j'aurai un accueil." MARCEL-LENOIR est en défiance contre les critiques.Dans son labeur énorme, il a répondu quotidiennement au seul besoin de s'exprimer en grand, et il n'a compté sur personne pour faire valoir ce labeur.Pauvre, il a eu tant de courage qu'il a pu oeuvrer littéralement à la manière des artistes les plus riches, sans rencontrer d'obstacles sérieux.C'est donc un indépendant dans la plus parfaite acception du mot.Son oeuvre maîtresse se trouve dans la Salle des Evêques à l'Institut Catholique de Toulouse, c'est le COURONNEMENT DE LA VIERGE; cette oeuvre mesure 90 mètres carrés, et, parait-il, doit être jugée, à tous points de vue, comme la manifestation la plus considérable que nous avions de la fresque au XXme siècle.Sa coloration est une franche opposition de tons chauds et de tons froids, et qui, à mesure qu'elle s'écarte du motif central, s'atténue et devient rose et or pâle.L'artiste a également conçu, pour cette même Salle, une ANNONCIATION, une DESCENTE MX ENFERS, et une CRUCIFIXION (Drame de la Lance), dont il a déjà réalisé les plus glorieux dessins.Mais la maladie l'a empêché, pour un temps, de continuer la décoration de la Salle des Evêques de Toulouse.Rentré à Paris, dans son atelier de la Rue N.D.des Champs, MARCEL-LENOIR ébauche la fresque Michel-angesque, qui lui a inspiré le manifeste dont nous avons parlé au préambule de cet article, et, sûr de lui-même, ouvre sa porte aux passants, pourvu qu'ils n'hésitent pas à sauter le fossé qui l'isole des profanes dans son domaine réservé.On a dit que les oeuvres de MARCEL-LENOIR rappellent des vers intensément évocateurs d'un drame de Paul CLAUDEL : —"Peut-être as-tu quelque chose à dire?—"Rien, je suis dans tes mains, comme la chaîne de l'encensoir, "Comme les cheveux sous le peigne".Et c'est vraiment cette impression que l'on éprouve lorsque l'on pénètre dans son atelier, à la fois si intime et ouvert à tous les souffles du ciel, car MARCEL-LENOIR est, avant tout, un mystique vigoureux, qui ne représente pas les causes de la piété, mais assiste en spectateur déférant ainsi que le constate si bien Stanislas FUMET, aux gestes que cette dernière provoque dans la nature, et dans la réflexion intérieure des hommes.Il a su les traduire, d'ailleurs, avec une maîtrise inégalable.P.-F.Du tic au tac Réjane, la comédienne du monde qui a donné le plus de tintonin à son directeur sortait du Louvre, Paris.Une amie l'aborde : —Tu viens d'acheter quelque chose?—Oui, ma foi, du linge damassé.—Eh! Félicitations, ma petite! Tu avais donc beaucoup d'argent d'amassé?—Dame! assez! L'ESPRIT DES ANGLAIS Est-il un homme à l'âme assez morte, pour ne s'être jamais dit : "Voici ma terre natale, la terre de mes aïeux!" Est-il un homme dont le coeur n'ait jamais brûlé quand il tournait ses pas vers la patrie en revenant Vieux coton ne fait pas bonne toile.Patience vainc tout.Tout matin devient soir.La mère est l'âme de la maison.PENSEES —Toute erreur est fondée sur une vérité dont on abuse.Bossuet.—La vie est une table de jeu : parmi ceux qui gagnent, beaucoup ont triché.Marcel Prévost.—Le talent se forme dans la solitude, le caractère dans la société.Goethe.—Montrer du coeur est encore une des meilleures fa;ons d'avoir de l'esprit.O.Feuillet.Petite prière .1 l'usai/e îles poètes il il limys priant.Simili Vierge, doua danu mi bleu.De mes chagrins toujours sur rcmèèk .l'i n illcz donc île mander au bon Du u Qu 'il m 'aide.Voi/i z-rous.il faut que pn mu fui Le ili pli ili s i n n u is infimes; Dr lundis, franehes, joyeuses rimes J 'ai faim.Jadis, j'avais des souries, îles ailes.Dis fleurs.Tout est mort, brisé, figé.Mais j'y pense tout le temps, il j'ai Soif d'elles.Il nu si mhli , di plus, 1/11 '11 uIrefais Tout li mondé avait un bon sourin Maint* mint que l'on ne sait e/ue rire.J'ai froid.Aussi, bien humhli nu ni, ji vous prie (Sans vouloir vous faire la leçon) Au nom de votre petit garçon, Marie.l'an 1 MOR1X.d'errer dans une contrée étrangère?S'il en existe un, remarquez-lebien.Si hauts que soient ses titres, si orgueilleux que soit son nom, si illimitée que soit sa fortune, le malheureux concentré en lui-même doit, en dépit de ses titres, de sa puissance et de ses richesses, renoncer, dans sa vie, à toute belle renommée tt» .rnouranf.deux fois, il retournera à la ijte P*u?-.sière dont il est sorti, sanfc'.plêûrs.pour sa mémoire, sans honn,eu.rsk sans ihants.— (Walter Scott).:" ; PROVERBES Ecoute cent fois, ne parle qu'une.Pense d'abord, travaille ensuite.Une bonne parole ne coûte rien.Ami des mauvais jours, vrai ami.Bon livre, bon conseil.SOYONS SERIEUX ! Ainsi, vous aimez ma fille?dit le vieil homme.—Si je l'aime! s'écria-t-il avec feu.Mais je voudrais mourir pour elle.Pour un regard de ses doux yeux, je me précipiterais du haut d'un rocher ¦ cfr »jj- .ni'tcrîjijeT^is/'Sur le sol après I j^tç 4hJte qVet&iriïiètres! 1 " "Le" vfeiT Vômmê s'êcoua la tête : ; :-iMjeunç,:h,09inî£.-*7é:pliqua-t-il, je I spit-' jflof-tn
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