Mon magazine, 1 mars 1932, mars
Le Lac Louise, sur la route du Canadien Pacifique.tCoartotalc du C.P.B LE PROCESSUS DE VIE DE LA NATURE LA BELLE "DOW" —la santé même QUE SONT LES ENZYMES?Les enzymes sont des ferments solubles essentiels, présents dans les sucs digestifs et dans certains aliments, dont ils transforment les éléments nutritifs de façon à les rendre assimilables.Sans leur concours, '.a plupart des êtres vivants ne pourraient trouver leur subsistance dans 11 nourriture.SES "ENZYMES" ^ FAVORISENT LA SANTE L\CTION des ENZYMES qui (ait que les cellules vivantes peuvent absorber les éléments nutritifs renfermés dans la nourriture est une partie du processus de vie de la Nature, qui soutient les forces et assure croissance et développement.Les ENZYMES sont naturellement présentes dans l'orge maltée et la levure, et le procédé employé pour e brassage de la Bière Dow Old Stock est tout spécialement prévu pour leur permettre de développer toutes les précieuses propriétés nutritives des ingrédients servant à la fabrication de la bière.Dans la Bière Dow Old Stock, vous avez un breuvage vraiment reconstituant, en même temps que d'une saveur délicieuse.Bière Old Stock Mars 1932 MON MAGAZINE Page 1 Volume VI — No 10 ABONNEMENT: — $2.00 par année, " payable d'avance, pour le Canada et l'Empire Britannique.Le numéro, 25 cents.Etats-Unis, $3.00.Autres pays étrangers, $4.00 par année.Les remises peuvent être faites par mandat - poste, lettre recommandée, mandat-express ou chèque auquel on a ajouté le montant de l'échange.Enregistré comme matière de deuxième classe au bureau de poste de Montréal, P.Q.Magazine?Hevue Canadienne de la Famille et du foyer Ldouard FORTIN Directeur J.-A.FORTIN Gérant-Génénl Rédaction: Jules Larivière, E.Desrosiere, Fraiiceline.Mars 1932 i + I ADMINISTRATION GENERALE 1725, rue St-Denis, Montréal.Téléphone HARBOUR 8216 ATTENTION.Changement d'adresse.Nous changerons l'adresse d'un abonné à sa demande, mais il faut donner l'ancienne adresse en même temps que la nouvelle pour que le changement puisse être fait.Publié le 1er du mois par La Compagnie de publication de "Mon Magazine", Limitée, Montréal.D'UN MOIS A L'AUTRE JULES LARIVIERE Adieux de 1 _Année Trente et u 11 (Trouvé parmi une liasse de documents laissés par la vénérable défunte qui s'est éteinte paisiblement le trente et un décembre dernier, à minuit).En cette trois cent soixante cinquième journée de mon existence, à onze heures du soir, A ma fille bien-aimée, l'année 1932.Bien chère enfant:— // est triste de mourir, surtout quand on a conscience de sa fin et de son impuissance à s'ai vacher au fatal destin; mais une chose me console, c'est qui mon as bisextille.Par contre, j'ai été témoin de l'abdiqua-tion d'un roi, ce que tu risques bien de ne pas voir, presque tous les rois ayant déjà perdu leur couronne.Il y a toutefois bien des couronnes qui pour ne pas être royales n'en crouleront pas moins durant ta vie.mais encore une fois, ne t'en fais pas trop, à tout gouver-III nu nt qui croule, il y a toujours une pletore de candidats prêts à recueillir la succession.Comme tu es sans aucune expérience, nu -fie-toi des sauveurs de nations, de ces gens aux grandes promesses qui s'engagent sans sourciller à faire refleurir la ixiix et la prospérité sur la terre en un tournemain, les apô-trts sont excessivement rares, les visionnaires sont quantité et les égoïstes sont le plus grand nombre.En terminant, je te recommande la grande armée des humbles et des miséreux, ce sont eux qui constituent les véritables héros de ces périodes de dépression, ce sont les éternels bafoués, ceux qui ixisscnt ignorés de tous alors que c'est sur leurs épaules que reposent tous les fardeaux.Adieu, fille chérie que je ne verrai même pas, le Temps me presse, j'ai été l'année de la grande dépression, sois celle de la pros/x;-rité et du bonheur.Adieu! il faut que je meure, si je veux que tu naisses .Ta bonne mère chérie.L'année 1932. MON MAGAZINE Mars 1932 MARS 1932 Page D'un mois à l'Autre .Jules Larivière 1 Nostalgie d'Hiver .Le Galérien 2 Ma Tante Frézine .E.Desrosiers 3 D'Une Rive à l'Autre.Tante Madelon 4 Les Nouveaux Livres.Jules Larivière 5 La Dame au Camée, Lia .Oscar Masse 8 Page du Poète .Poètes Canadiens 9 Le Colonel Hon.R.O.Grothé.Paul Catij 10 L'Envoûté.Jean Pariseault 13 L'Ecran Mensuel.Serge de Varro 14 Comme Jadis.— Roman.Magali Michelet 17 Les Broderies Vennat .20 La Causerie Féminine.Annette Duchesne 21 La Santé par le Savoir-Vivre .Dr L.-P.Mercier 27 La Politique et les Femmes .Gaétane de Montreuil 30 Nos Concours littéraires .Herminie des Landes 34 Philosophie Science .Jean Pariseault 37 Le Dernier Mot .40 Les Fils Natifs du Canada // faut avoir assisté à une belle fête comme celle que donnaient LES CANADIENS NATIFS en l'honni nr de leur président général, M, Oscar liiodauijt i.dimancht h 28 U rrii r di rnii r, pour compn u-dre l'esprit de solidarité et la belle harmonie qui régnent entre les nombreux groupes de cette association, qui s'étend de Vancouvr à Halifax.Dans un discours spirituel mais rempli d'un sens profond, l'héAe d'honneur, l'honorable M.Boulanger, a exposé quelques-ttns des actes déjà accomplis par les Canadiens Natifs et exprimé son espoir de voir s'agrandir leur champ d'action et s'affirmer leurs justes prétentions.Nous le partageons cet espoir; l'esprit du Canadien s'est éveillé au danger de l'extrême bonté.Pendant lonqtemps, prodigue et généreux, rendu insouciant par la grande richesse de son pays, le Canadien voyait avec indifférence les étrangers accourir et prendre di larges paris du hua qui la nature ltd OVdit don m û prolusion.Mais 1rs conditions économiques ont chaugi ai'ec ce flot euvahis-seur; le Canadien s'est aperçu que sa générosité avait fait naître l'abus.Il doit, maintenant, jouer des coudes pour défendre sa plan an milieu di r, s nouveaux venus qui voudraient tout 0000-parei.Mais les Canadiens n'ont pas de sang d'esclave dans les veines, et la belle organisation des Fils Natifs a fait sienne la tâche de faire respecter leurs droits.Les Canadiens d'Abord ' Gaétane de MONTREUIL.NOSTALGIE D'HIVER par LE GALERIEN Nous croyions que l'hiver ne viendrait qu'à demi, mais la neige s'est mise à tourbillonner et le froid à sévir.Là-bas, chez-nous, bien loin dans la campagne, je sais une ferme dont les bâtiments grelottent sous le vent qui souffle incessamment.Rien ne peut arrêter le souffle glacé.Le grand bois lui-même est impuissant contre l'acharnement de la froide bise.Tout est couvert de neige et quand le soir vient très tôt, empiétant sur le jour, les ténèbres se massent plu» vite dans les ravines et sur les coteaux.La somnolence des jours d'hiver se mue, dès que la nuit commence à rôder, en lourde léthargie.Dans la fin de jour tout s'endort, tout sombre, tout meurt.Vous, gens des villes, vous ne comprenez pas, vous ne pouvez comprendre le calme effrayant des nuits d'hiver à la campagne.Si, dans votre coeur, une douleur s'est installée emme un microbe mortel, c'est dans ce silence seul que vous pouvez la mesurer, la peser, en délimiter les contours infinis.Allez philosopher là-bas, au sein des neiges et de l'ambiance familiale.Vous laisserez sans regret la ville sonore où l'àme chaque jour est broyée davantage et le coeur endurci.Quelle contingence que cette foule anonyme qui déferle comme le flot des rivières indomptées! Quelle promiscuité que ce peuple de fourmis au travail! Au moins là-bas vous pourrez sonder la profondeur des yeux et la bonté des coeurs.La campagne conserve à ses habitants le vernis de la terre, le relent des chaumes, la bonne odeur de la franchise.Ici, à la ville, vous savez de quel bois en se chauffe: un bois pourri qui dégage beaucouo de fumée; il en faut tant pour cacher les vices de l'hypocrisie! Enfin, vous êtes retourné déjà à la campagne autrefois?Vous avez revu l'église?Etait-ce le soir quand le fourmillement d'ombres se fourvoie sous la voûte?Etait-ce le matin alors que le froid soleil caresse les verrières?Vous y avez prié pendant que les souvenirs s'acharnaient à vous distraire.Je connais cette lâcheté devant le bilan dressé des vieilles années, cohortes floues, insensées, quelquefois affichant une face de gorgone indomptée.Et puis, il y a la douleur qui insinue sa plainte, souvent lancinante, malgré la fièvre de l'actuelle vie.On la voudrait oublier, la croire morte, peut-être la maudire, mais la gueuse! elle n'était même pas endormie! Et longtemps, avec son âme vieille, plus la même, on la cajole cette douleur; on est presque heureux de la retrouver.Il nous semble être dépaysé au milieu des nôtres que nous trouvons distants.Le vide de notre absence a été comblé par de menues choses.Il fallait bien que la cavité fut remplie.Si nous revenons, nous ne sommes pas des étrangers .mais pourquoi sommes-nous partis?Pendant que nous cherchons dans l'obscurité de l'oubli les vieux souvenirs presque morts, la tempête s'acharne au dehors.Nous la sentons monter à l'assaut de la maison cramponnée à la terre.C'était comme ça autrefois mais les éléments étaient plus féroces, plus fortes étaient leurs plaintes et leurs lamentations.Cependant nous écoutons la voix immense qui courte la campagne, qui rit dans les peupliers, qui se courrouce, qui s'acharne sur le cadavre de la terre ensevelie.Nous voudrions savoir ce qu'elle dit, ce qu'elle raconte.Nous voudrions entendre son écho dans la forêt.Nous isoler avec la tempête devient un rêve formidable, puis ce qui n'était que demi sommeil devient ce songe que les habitants des campagnes font quand l'hiver vient s'abattre sur les champs. Mars 1932 Le Terroir MON MAGAZINE Page S Emmanuel DESROSIERS MA TANTE FREZINE Ma tante "Frézine" Portugais était une bien drôle de femme."Frézine" était un surnom, car elle s'appelait "Cadie" qui était l'abréviation de Léocadie.Mon oncle Pierre n'y regardait pas de si près et l'avait toujours nommée "Frézine"."Frézine par icitte, Frézine par-là, "Frézine en l'air, Frézine en bas, chantait "le tueur" à "siffleux" Meloche, le garçon du voisin, et qui était la béte noire de ma tante.Elle le détestait sans contrainte et c'est elle qui lui avait donné "l'avantageux" surnom de "tueur".Le garçon de Meloche d'ailleurs n'avait pas peu mérité la haine de ma tante.Une grand'jument rouge qui labourait "de la prairie neuve" avait reçu le sobriquet de Frézine.et "le tueur" l'interpellait formidablement chaque fois que la charrue prenait l'endos en arrière de la maison de mon oncle: — Hue! Frézine, charogne! Ce compliment sans cesse répété à chaque tour de charrue exaspérait ma pauvre tante qui.au temps des labours, faisait du mauvais sang.— Ah! le sonnette, disait-elle.Il va sans dire que le chien qui avait l'incommensurable tort de frayer avec "le tueur" ne "moisissait" pas en arrière du poêle.Il fallait bien que la colère de ma parente se passât.Le manche à balai entrait en scène et fouillait les flancs de "Prince" qui se blottissait derrière la "boîte à bois".— Sors, vlimeux, va retrouver "le tueur"! Prince qui n'avait pas de psychologie pour cinq sous sautait par-dessus la clôture de perches et stoïque comme un patriarche de l'ancienne Grèce suivait sans jamais se lasser, "le tueur" dans le guérêt qui s'ouvrait.Au détour suivant, le garçon de Meloche, enhardi par la présence du chien, clamait tel un Iroquois du vieux temps, avec une pause de ténor d'opéra qui hurle l'égosillement d'une formidable note: — Hue! Frézine, charogne! Si ma tante brassait alors son beurre, la manivelle s'emballait au risque de rendre la crème "folle"; si elle était à couper le lard salé, aucune couenne n'aurait pu résister à la lame furieuse qui fouillait la chair grave; si elle "mettait la table", gare à la vaiselle.D'ailleurs, un jour, elle avait de la sorte brisé un beau "beurrier Léon XIII".Enfin "le tueur" était le cauchemar de ma tante.L'état de guerre existant entre ma tante Frézine et "le tueur" n'empêchait pas "siffleux" Meloche d'entretenir les meilleures relations avec mon oncle Portugais.Ce- pendant quand le voisin venait faire un "bout de veillée" et que ma tante l'apercevait à travers la porte du tambour elle ne pouvait s'empêcher de le qualifier d'épi-thètes des plus expressives, ce qui laissait d'ailleurs mon brave oncle parfaitement impassible.— Le v'ia encore l'enteurcri (très mauvaise corruption du mot antéchrist), y amène pas son é .toujours?Puis elle laissait le ménage en plan et grimpait au grenier afin de ne pas "envisager" "siffleux" Meloche qui avait le malheur d'être le père du "tueur", l'être le plus exécré, le plus haï, le plus voué aux épouvantables gémonies.Les deux voisins causaient : "J'ai ferré mes cochons", disait Meloche.et ma tante qui écoutait, couchée à plat ventre près de la trappe du grenier, ajoutait: "Y mangeront pu le pontage d'la soue".Les deux hommes ne s'en occupaient pas quoiqu'elle parlât autant qu'eux.— Les pétaques se vendent pas ben cher, j'ies fais manger à mes gorets.Y se dardent là-dedans comme des cochons.Et ma tante reprenait: — Y mangent mieux que vous autres! Un jour "le tueur", par bravade, à la grand'messe, avait pénétré dans le banc de mon oncle Portugais alors que tante Frézine était seule à l'occuper.Elle dut livrer un violent combat intérieur.Elle ne refusa cependant pas l'entrée du banc.Quand à la quête "le tueur" laissa tomber dans l'assiette, chose inouïe, un "trente sous", ma tante, ce qui ne s'était jamais vu dans la paroisse, déposa un écu.Monsieur le curé Larose, par mesure de précaution, afin de ne pas soulever l'envie des autres paroissiens, se hâta d'enfouir les "trois trente-sous" dans sa poche.Ce fut bien pis, lorsqu'après la messe, sous la remise de l'hôtel à "Chéri" Lefeb-vre.ma tante vit Me tueur", tout courtois, détacher son cheval, son "brake down", comme le garçon de "siffleux" l'appelait.— Prends garde, jésuite, y tire aux renards, clama ma bonne tante.— C'est vot' bride qu'est trop serrée, le mors y fend la gueule, ajouta le garçon de Meloche, puis: — J' va t'y y mettre le "check"?Ce à quoi ma tante répondit de suite: — Mets-y dans le deuxième trou, le celui qu'est écharogné.Au détour de la forge à "baise-la-piasse" Deneault qui se trouvait sur la limite du village, le "brake down" reçut un magistral coup de fouet sur la croupe et partit à fond de train dans un nuage de poussière emportant tante Frézine, la furie dans l'âme.— Le bougre d'écoeurant, le senteux, ça mériterait de crever le d .sur la paille.Avance donc sans-coeur, pigouille! Puis le cheval sentait sur son échine la morsure de la lanière qui en même temps lui rafraîchissait la mémoire.de galoper.Au dîner, que mon oncle Pierre préparait chaque fois que son épouse allait toute seule à la messe, ce fut une tempête des mieux conditionnées.Ma tante fulminait contre tout: — T'aurais pas pu faire cuire les pétaques dans le p'tit chaudron, sans dessein?Tu devrais aller rester chez "siffleux".Mon oncle ne répondait guère.D'ailleurs depuis longtemps une grave maladie le minait.Il se plaignait de constantes douleurs au "rinqué".Certaines nuits, il se levait et se faisait chauffer le dos devant le poêle.Ma naïve tante ne réalisait pas de quelle gravité était le mal quand elle disait: "Il est ruiné".Ils mangèrent "bout en bout" de la table comme d'habitude.Ma tante tordait les bouchées, mon oncle songeait.— Oui! y s'est mis dans mon banc, le "crevasson".Y était étriqué comme la chienne à Jacques.Si je l'avais, je t'assure qu'y changerait d'poil.Mon oncle releva la tète.— Prends garde, Frézine.si tu devenais veuve tu "marierais" le garçon de Meloche! Ma tante se mit à rire bruyamment, — "Le tueur"! Ah! oui, "le tueur"! Après le repas, mon oncle s'en fut sous les saules et s'endormit tranquillement.Ma tante s'installa dans la "porte de devant" qui "donnait sur les Meloche.De temps à autre, elle regardait la demeure des voisins.L'automne vint mais quand la charrue du "tueur" prenait l'endos ma tante n'entendait plus la clameur blessante d'antan : "Hue! Frézine.charogne!" Les travaux de récolte avançaient.Les gros oignons rouges qui depuis quelque temps séchaient sur le sol dur furent empochés; les dernières pommes de terre arrachées du fond des sillons; les dernières tomates dont la gelée avait "rôti" les tiges furent entassées dans un coin de la literie.Rien ne resta sur le champ que des amas d'herbe sèche auxquels on mit le feu.Mon oncle Pierre, qui était toujours en retard, commença à son tour ses guérets.(Suite à la page 16j Page U MON MAGAZINE Mars 19 }> Alaska Les fjords de l'Océan Pacifique et le pays du Soleil de Minuit Le Cercle Polaire réserve au touriste des beautés et des splendeurs insoupçonnées et sans égal dans l'Amérique.De sa lumière pâlotte le Soleil de Minuit éclaire des glaciers gigantesques, des pics couronnés de neige éternelle et la fameuse "piste" tracée en '98 pour la ruée vers l'or du Yukon.Allez à l'Alaska cet été sur un des vaisseaux du Canadien National.Mille milles sans tempêtes dans le "Passage Intérieur" qui est échancré d'innombrables fjords et fourmille de paysages impressionnants.Avant de vous embarquer vous ne manquerez pas d'arrêter au Parc National Jasper pour contempler les merveilles des Montagnes Rocheuses.Demandez nos brochures dès maintenant.Tante MaJelon ¦ orrespnndants étranger.* D'UNE RIVE A L'AUTRE Canadien National Le Plus Grand Réseau de VAmérique Marcelle Valentin, 35 rue Etienne Dolet, Tarare, Rhone, France, heureuse de correspondre déjà avec jeunes ,",ens canadiens, aimerait avoir quelques autres correspondants canadiens dans la vingtaine.Mademoiselle Frances Canal, Douanes, Port Vendres Pyr., O.France, 17',i, demande des correspondants canadiens.Mde R.Cotentin, rue de l'école, Mai-zières-les-Brienne par Campigny, Aube, France, demande des correspondants sérieux et instruits.Voici une foule de soldats et officiers du Maroc qui demandent des correspondantes.Vraiment les canadiennes acquiert en ce pays une renommée très grande puisque les demandes m'arrivent sans cesse.Robert Bigot, Secrétaire E.M., Cercle Moyen Ouergha, Ghafsai, par Fez, Maroc, Louis Michel, Roger Loiseau, Pierre Portain, le Esc, 37e Regt.Aviation, Ksar-El-Souk, Maroc.Caporal André Aubert, 6e R.T., Sénégalais, C.H.R., Casablanca, Maroc.Jean Ecuyer, 6e Esc, 37e Regt., Aviation( Agadir, Maroc.Raymond Guyten, Transmission, 4e Regt., Etranger, Marrakeck, Maroc.René Descoutures, 1ère cl., R.I.C.M., 3e Bon., CM.3 Rabat, Maroc.Victor Bellue, chef de poste central téléphonique, Boua Sidi, Maroc Pierre Aubry, 41e Batt., de Génie, 1ère Cie, Casablanca, Maroc.Georges Lefranc, Ambulance d'évacuation No.3, Ksar-El-Souk, Maroc J.Duvignac, Adjutant, Etat Major du Territoire du Sud, Ksar-El-Souk, Maroc.Taporal Francis Thévor, Central Téléphonique, 3-2 Etr/», poste Tanufit, Midelt, Maroc.Laurent Bomberder, R.A.C.M., 2e Battalion, en opération par Midelt, Maroc.Jean Richefal, R.A.C.M., Batt., en opération par Midelt, Maroc.Joseph Lenaour, R.A.C.M., 2e, 13e Batt., en opération par Midelt, Maroc.Louis Duchène, R.A.C M., 6e Batt., en opération par Midelt, Maroc.Ernest Roger Gaud.R.A.C.M., 6e Batt., en operation par Midelt, Maroc.Charles Furger, Freddy, Schmidt, s/off, 9e Cie du 3-2 Etr., Poste de Kirsch ou Berka, par Midelt, Maroc Caporal Mosconi, R.I.C.M., 2e Batt.5e Cie, Camp Garnior, Rabat, Maroc.Henri Giniez, Caporal, 2e Regt., de Tirailleurs Marocains, Cie, H.R.Mar-rakevk-Guiliz, Maroc.Etienne Sauli, RI.CM., 9e Cie, Camp Garnicr Rabat, Maroc.Demandent cartes vues: M.J.Qui-not, 14 traverse de l'Aigle d'or, Aix-en-Provence, Bchs-du-Rh.France.Marguerite Fondeville, 5 rue Elisée Reclus Oron, Algérie.Madame J.Michel Boel, Bd Semet de Nayer, no 18, Blankcrhcrghe, Belgique.Gab, Van Lull, 10 rue de la Pivoine, Berchem-les-Anvers, Belgique.Denise Gibeaux, chez M.Jambert, 18 rue de la Savonnerie, Rouen, France, demande des correspondants et des correspondantes canadiens.Mlle L.Mahé, 9 rue Chappe, Paris, 18e France, 19 ans, demande des amis canadiens.Deux beaux gosses de 18 ans, l'un blond, l'autre noir demandent des amies canadiennes.Maurice Defaux, 3 Cité Dussart, 3 rue de Lille, Sainghin-en-Melantois, par Asq.Lille, Nord, France, et Marcel Hautecoeur, 40 rue Basse, Sainghin-en-Melantois, par Asq., Lille, Nord, France.Jean Laffon, 3 Place Extérieure St-Michel, Toulouse, Hte, Gar., France.Roger Périé.rue du Pont de Cornus, Toulouse et Madame Héloisc Périé, 37 rue Raymond IV, Toulouse, Hte Garonne, France demandent correspondants et correspondantes sérieux pour échanger timbres postes.Mesdemoiselles Solange Beignet, 2 Avenue Edouard Vaillant, Vierzon-village, Cher, France.Germaine Ger-bault.Cour du Musée, Vierzon-Ville, Cher., France.Simone Voulu, chez Jeanne Mouret, Les Bergeries, Vier-zon-Villages, Cher, France, demandent à correspondre avec jeunes gens sérieux et intelligents.Rita Roserberg, 80 Rodney Court, Maida Vale.W.Q.Londres, Angleterre désire correspondant et correspondante canadiens.André Porquier, 4e spahis, Marocains, Senils, Oise, France, demande .il n-|n.iiilan1i- laiuiiln-nm- Ginette Duclos, Villa Pilon, Ankadi-fotry, Tananarive, Madagascar, gentille jeune fille de 16 ans, demande un petit ami au Canada pour correspondre longuement et agréablement.Juliette Rivera, 16'^ ans, 8 rue Py-raga, Bordeaux, France, désire correspondre avec jeunes filles canadiennes dans les langues anglaise et espagnole, vécut longtemps en Espagne.Madame Rose Bonard, 16 Pontaise, Lausanne, Suisse, désire ardemment rencontr r en Canada une amie instruite et intelligente pour longues causeries.Hubert Leclerc, 21 ans, R.I.C.M., 3e Ban.CM.3, Rabat, Maroc désire correspondantes canadiennes.Charles Cardinal, Caporal au R.I.CM., CM., 3 Camp Garnier Rabat.Maroc demande correspondantes canadiennes.Paul Hurrier, Compagnie de Sapeurs Pionniers à Turenne, Algérie, gentil, distingué, 33 ans demande une canadienne de son âge.J.Doombos, Esq., Bureau du Trésorier du 3e Regt.Etr.Fès, Maroc, demande correspondantes canadiennes.Michel Bosquet, Inst., St-Joseph à Arras, Pas de Calais, France demande a correspondre avec jeunes étudiants canadiens de 17 ans, comme lui.Félix Breton, 2e Regt.Etr., 9017, Hôpital Guercif, Maroc, demande correspondantes canadiennes.,Su-ite à la page 2'J) Mars 1932 MON MAGAZINE Page 5 LES NOUVEAUX LIVRES ! Jules La riviere Nos I mmortels "Nos IMMORTELS" Caricatures littéraires, par Germain Beaulieu.Editions Albert Levesque, 1735 rue St.Denis, Montréal.Depuis deux mois bientôt que ce volume est en librairie et si j'excepte le communiqué aux journaux — communiqué d'ailleurs plutôt amorphe — la critique ou plutôt les Bonzes de la critique chez nous, n'en ont pas encore soufflé mot.Cependant voici un petit volume de cent cinquante pages qui, à mon point de vue, vaut la somme presque totale de tout ce qui a été imprimé chez nous depuis un an.Cent cinquante pages d'humour écrites par un Canadien-Français, cent cinquante pages désopilantes, agréables, spirituelles .C'est là n'est-ce pas un quasi miracle.L'humour est une maladie qui ne menace certes pas de devenir épidémique chez nous et il a fallu un savant de la trempe de Monsieur Germain Beaulieu pour en isoler le microbe .S'il poussait la bienveillance jusqu'à en inoculer les cerveaux des écrivains de chez nous, quel service il rendrait aux lettres canadiennes! Monsieur Beaulieu est un savant entomologiste qui s'est usé les yeux à étudier les miroitements des écailles des ailes des papillons, à compter les articulations des tarses des coléoptères, à suivre les diverses phases des métamorphoses des infiniments petits, de l'oeuf initial à l'insecte parfait, et pour se distraire de ses travaux d'observations sur les insectes, il a piqué une tête dans le domaine de la biologie humaine; mais comme il ne pouvait songer à s'éloigner bien longtemps de ses chères petites bètes qui, en somme, sont bien moins bêtes que l'on est tenté de le croire, c'est parmi ses proches qu'il a choisi ses sujets d'étude.Habitué à tout étudier sous le microscope, il est tout naturel que les portraits que Monsieur Beaulieu a tracés de ses collègues de l'Ecole Littéraire se soient sentis de son innocente manie du verre grossissant."Nos Immortels" est une série de quatorze caricatures littéraires toutes remplies de ce bon esprit gaulois qui faisait le charme de nos grands pères, c'est une suite ininterrompue de charges, d'ironie, de sel et de rire de bon aloi et cependant sous cette charge pleine de bonne camaraderie et qui n'a rien de blessant pour l'infortuné caricaturé, percent les notes caractéristiques de l'auteur étudié.La caricature littéraire comme la caricature tout court est un genre très difficile, elle ne doit rien contenir de blessant pour la personnalité du sujet caricaturé, elle doit présenter en un éclat de rire les défauts a souligner et laisser clairement entrevoir les qualités sous l'humour de la charge et je crois que dans "Nos Immortels", Monsieur Beaulieu a réuni toutes ces qualités.Qu'il nous parle de notre ami Dreux, par exemple: "Dans ces Chàtvaux, qu'il habitait en imagination, il se voyait dans de vastes bibliothèques aux murs littéralement couverts de livres, et.mollement enfoui dans un large fauteuil, en face d'une large table de travail encombrée de monceaux de paperas- ses, il écrivait, écrivait, écrivait .C'est effrayant ce qu'il a travaillé, ce pauvre "Je salue en Ferland un poète et un artiste, un grand artiste même, qui a le culte du beau, à tel point qu'il finit par ne plus savoir où le trouver.C'est un esprit timoré qui n'est jamais satisfait de lui-même et qui ne le sera jamais des autres.Son enfance malheureuse en a peut-être été la cause; en effet, son père, qui tenait une fabrique considérable de liqueurs douces l'aurait vu avec autant de joie se diriger vers les verres qu'il l'a vu avec horreur se ballader dans les vers." Claude Robillard Dreux, dans la solitude de ces somptueux Châteaux en Espagne." Et Albert Ferland : Et Paquin! Et Leveillé! Et Comte! Enfin toutes ces quatorze caricatures littéraires, sous la charge, l'humour et la contagion du rire vous donnent des sujets étudiés une notion plus complète et plus vraie que maintes biographies de commande ne le sauraient faire.J'avoue que j'ai relu "Nos Immortels" trois fois et à chacune de ces lectures j'ai trouvé du plaisir toujours nouveau.L'esprit est marchandise si peu courante chez nous et ce petit volume en est saturé.C'est peut-être pour cela que nos Bonzes de la critique, gent excessivement sérieuse et ennuyante, n'en ont pas encore parlé après avoir dépensé tant de bonne encre à chanter les louanges de turpitudes incohérentes.Si j'ajoute que l'ouvrage est agrémenté de quatorze dessins de notre grand caricaturiste Canadien-Français Bourgeois, je crois que je n'aurai pas besoin de vous dire que la caricature tout court est en rapport avec la caricature littéraire en ce volume et que vous voudrez vous procurer quelques heures de franche gaité en lisant "Nos Immortels" qui est une oeuvre de l'ancienne génération, celle où l'on savait encore rire franchement et sainement.Dilettante DILETTANTE, roman, par Claude Robillard.Editions Albert Lévesque, 1735 rue Saint-Denis, Montréal.C'est l'étude d'une pasionnette d'étudiant que l'auteur, un collégien d'hier qui a conservé toute la suave inexpérience de son âge, a mélodramatisée en l'assaisonnant de réminiscences de cinéma américain transposées en terre canadienne et de nombreuses citations poétiques.Des trois personnages principaux du roman, Jérôme est certes le plus vrai, le plus sincère et le plus vivant ; Andrée, la jeune fille moderne, ne serait pas mal réussie non plus n'était-ce cette fâcheuse manie qu'elle a de réciter des vers à tout moment et enfin, Renaud Beaudry, le grrrand romancier-poète canadien-français, c'est un personnage inventé de toute pièce et qui menace de demeurer encore longtemps un mythe chez nous.Si l'auteur lui avait substitué un solide joueur de gouret, de tennis ou de ballon, comme cela aurait été plus vraisemblable! Les acteurs de premier plan de "Dilettante" sont des anthologies vivantes, ils ont toujours une strophe aux lèvres et jusque sous le baiser passionel de Claire, ce bleu de l'amour qu'est Jérôme ne peut se défendre de réminiscences poétiques: "Ecraser avec haine "Sous des baisers d'amour cette lèvre autrichienne!" "DILETTANTE" est un premier coup d'aile et il démontre que si l'auteur manque encore de cette connaissance suffisante de la vie nécessaire à ia création d'une oeuvre durable, il n'en possède pas moins de solides qualités de style et d'observation qui augurent bien pour la maturité de son talent.Maintenant qu'il a tenté l'espace, qu'il a mesuré ses forces et sondé l'abîme, que Monsieur Robillard se mette résolument à l'étude, qu'il observe la vie, non pas la vie factice et conventionnelle de quelques centaines de snobs et snobinettes qui s'appliquent à copier toutes les turpitudes américaines, mais celle de notre vrai peuple, la vie de ceux qui peinent, qui luttent, qui ont des aspirations et savent jouer des coudes pour atteindre leur but, la vie de ceux qui souffrent, enfin la vraie vie, qu'il ne se hâte pas trop de publier, se souvenant du conseil si sage de Boi-leau : "Cent fois sur le métier, remettez votre ouvrage" .Qu'il travaille et.comme il est très jeune, qu'il s'est mis à la besogne dès la première heure et qu'il est fort bien doué, il nous donnera des oeuvres à l'âge où tant d'autres n'aspirent qu'à produire de piètres essais."Regards sur les lettres" "REGARDS SUR LES LETTRES." Etudes critiques par Mgr Camille Roy.L'Action Sociale Catholique, Québec.C'est durant mes premières années de collège que j'eus l'honneur et le plaisir de Page 6 MON MAGAZINE Mars 1932 connaître l'abbé Camille Roy.Quand je dis connaître, je me vante peut-être un peu, car je dois avouer que je ne l'ai jamais rencontré, ne lui ai jamais parlé, ne lui ai jamais écrit, mais par contre, je l'ai lu tout entier et c'est à lui que je dois—je ne sais si je dois lui en faire un reproche ou l'en remercier—la manie qui m'obsède de lire toute production canadienne.Un professeur bénévole m'avait passé un fascicule de la revue "La Nouvelle France" où l'abbé Roy publiait ses études sur nos origines littéraires et comme cette étude m'avait infiniment intéressé, c'est avec impatience que j'attendais l'arrivée de chaque nouvelle livraison de la revue.Notre bibliothèque de collège contenait en fait de livres canadiens: les histoires du Canada de Garneau et Ferland, quelques volumes de l'abbé Casgrain, Charles Guérin, de Chauveau, les Anciens Canadiens et les Mémoires de Gaspé, Pour la Patrie de Jules Tardivel, Zouaviana de Drolet, Discours d'Etienne Parent, l'Enfant Mystérieux de Dick, "Une de Perdue, Deux de Retrouvées" de Georges de Boucherville (dont on avait soigneusement arraché une vingtaine de pages trop scabreuses), les Oeuvres de Crémazie, quelques volumes de Frechette et c'était à peu près tout.Nos manuels d'histoire littéraire ne faisaient aucune mention d'auteurs de chez nous.C'est dire que dans le domaine si minime de notre histoire littéraire, nos connaissances étaient encore restreintes et c'était tout un nouvel horizon qu'ouvraient à nos jeunes intelligences les articles de l'abbé Camille Roy.Nous assistions à la naissance de notre histoire littéraire qui allait bientôt préparer la voie à celle de notre critique littéraire et dans ces deux domaines, l'auteur de "Regards sur les Lettres" allait être le pionnier.S'il n'avait que ce seul titre à notre reconnaissance, ce serait suffisant à assurer sa survivance dans notre souvenir; mais il y a plus et il y a mieux.Beaucoup plus heureux que la plupart des pionniers, il a vu le sol qu'il avait défriché de ses mains en plein rapport et il a gardé la maîtrise du domaine qu'il a ouvert.Après trente ans de travaux sincères et généreux, l'abbé Camille Roy demeure encore en critique littéraire canadienne-française, l'autorité la plus respectée et la plus respectable et si quelques-uns de ses anciens disciples lui reprochent quelquefois une trop grande aménité pour des oeuvres plutôt médiocres qu'il a étudiées autrefois et qu'il n'a pas entièrement condamnées, c'est, comme il nous le dit dans son magnifique chapitre intitulé "Critique", qu"'il est facile de paraître ignorer que c'est par des anneaux successifs que se forge la chaîne des progrès littéraires, et celle-là aussi des procédés de critique.Il n'y a pas plus de génération spontanée en littérature qu'en biologie.Et assurément en 1900, à une époque où les livres étaient plus rares que les nouvelles lunes, où il ne paraissait pas en un an autant d'ouvrages qu'il en parait aujourd'hui en quinze jours, il ne fallait tout de même pas, sous prétexte de critique, tomber sur les rares ouvriers qui avaient le courage de travailler, de frayer des voies, d'y aller de leurs essais, et de contribuer par leurs inexpériences mêmes à préparer la meilleure littérature de demain." Ces quelques lignes résument toute l'oeuvre de critique littéraire de Monseigneur Roy.Une critique toute remplie de bonté, toute paternelle, mais paternelle dans le meilleur sens du mot, sans faiblesse pour les défauts qu'elle s'empresse de souligner, sans vaine complaisance pour les nullités, mais anxieuse de trouver et de souligner les chances de succès.L'abbé Camille Roy fut toujours pour les jeunes littérateurs de chez-nous un bon papa prodiguant encouragements et conseils, relevant les courages défaillants, le premier à proclamer les talents quands ils se présentaient.Et lui qui est la bonté et la mensuétude même, lui qui a fait de la critique littéraire par apostolat et non par ambition, désir de gloriole ou amusement, constate avec lueur d'inquiétude: "Le ton de notre critique littéraire a sûrement pris de l'acuité.Est-ce un progrès ou un recul vers les éreintements de la période anté-critique?" Entre le maître et les disciples, les points de démarcation ne sont pas si grands en somme.Les pages de combat du "Carquois" d'Albert Pelletier, par exemple, ont été un salutaire stimulant à la torpeur des nôtres, elles nous ont valu des aperçus nouveaux, des polémiques amicales qui commencent déjà à porter leurs fruits et le dernier chapitre de "Regards sur les Lettres" en est le meilleur témoignage.Le dernier volume de Monseigneur Roy est de ceux que les véritables amis des lettres canadiennes doivent lire comme d'ailleurs toutes ses oeuvres précédentes, ils s'y trouveront une série de jugements francs et sincères sur certains ouvrages que la critique actuelle n'a pas étudiés, ils trouveront surtout dans la collection des volumes de Monseigneur Roy la genèse des progrès de notre vie littéraire et de ses diverses évolutions.On écrira demain l'histoire de notre littérature, on étudiera ses étapes, mais ce serait le point de vue de demain qu'on y donnera alors que l'oeuvre de Monseigneur Roy nous donne les jugements d'un esprit pondéré lors de l'apparition de ces ouvrages, c'est une double documentation.-ta- Les Sept Commandements de M.Albert Lévesque En somme, l'histoire est une continuelle répétition.Après Jéhovah dictant à Moïse les dix articles de son décalogue, après l'Eglise promulguant ses sept commandements au monde chrétien, après Wilson formulant ses quatorze points, après tant d'autres, et continuant la progression descendante, voici que, dans "L'Almanach de la Langue Française", l'auteur.Monsieur Albert Levesque, promulgue à son tour "les Sept commandements du critique".Je ne sais si Lévesque croit que son nom, vraiment prédestiné, lui donne une participation à l'infaillibilité et à l'indéfectibilité papales, mais en dépit de toute l'affection et de l'estime que je lui porte (Sacrebleu! me voici en train de pécher contre le deuxième commandement Lévesque: "Evitez de révéler vos amitiés ou vos rancunes personnelles, cela n'intéresse pas le lecteur".La pénitence et l'absolution, Monseigneur!) je ne puis me défendre de lui dire qu'il est ridicule et que ses sept commandements le sont plus encore.Et d'abord, connaissez-vous Albert Lévesque?Son ami et assistant, Raymond Douville, a tracé de lui un portrait d'un réalisme parfait et cependant, je ne crois pas qu'il lui ait rendu absolue justice.Encore plutôt jeune, le directeur de la Librairie de l'Action Catholique s'est trouvé tout à coup à la tête d'une maison d'édition semi religieuse, semi laïque qui depuis quelques années allait cahin-caha.Sous l'habile direction de Lévesque, "La Librairie d'Action Canadienne-Française" connut un regain de vie qui ne lui était pas coutumier.Au cours de l'année qui vient de se terminer, elle a édité trois volumes de poésies, six volumes de critiques littéraires, deux drames, treize romans ou recueils de contes ou chroniques auxquels il faut ajouter "Pour Une Doctrine" de Monsieur Edouard Montpetit, "L'Enseignement du Français au Canada" de l'abbé Groulx et "L'Expression juste en Traduction" de Monsieur Pierre Daviault et comme j'ai toujours eu pour principe de rendre justice à qui de droit, je ne crains pas d'affirmer que Monsieur Albert Lévesque est jusqu'à ce jour le type le plus parfait de l'éditeur chez nous.En demeurant jusqu'à ces derniers temps dans les limites de son rôle d'éditeur, c'est-à-dire de commerçant éclairé, actif et prudent — commerçant ayant une haute dose de culture intellectuelle comme nous le dit son ami Douville et comme je me fais le plaisir de le reconnaître, mais commerçant tout le même — il a plus fait pour les Lettres canadiennes qu'aucun chef d'Ecole.Mais pourquoi veut-il aujourd'hui sortir de sa sphère et s'ériger en ridicule législateur?Je comprends très bien que Lévesque qui, en somme, est un marchand de livres — un marchand très cultivé, possédant toutes les qualités de coeur et de l'esprit, je le répète, mais un marchand de livres tout de même— ait tout intérêt à voir le critique faire chorus aux louanges contenues dans le communiqué accompagnant l'envoi de chaque nouveau volume paru; mais serait-ce vraiment lui rendre justice?Serait-ce surtout rendre justice aux auteurs qu'il édite?J'ai devant moi une série de ces communiqués aux journaux, tous suintent la réclame officielle qui ne fait aucune distinction entre le nul, le médiocre et le bien.Aussi longtemps qu'une revue garde la responsabilité de l'appréciation qu'elle donne d'un ouvrage qui lui est soumis, je crois que c'est de l'outrecuidance de la part d'un éditeur que de vouloir donner des ordres et même des conseils sur le mode de rédaction de ces appréciations et, personnellement, tout critique de troisième ordre que je sois, je ne me sens nullement disposé à les accepter.Depuis que j'ai été chargé de faire la chronique des livres dans "Mon Magazine", je me suis efforcé de rendre justice pleine et entière à tous les auteurs, j'ai averti mes lecteurs que les appréciations que je donnais étaient mes appréciations personnelles et sincères, je n'ai jamais eu d'excès de bile, comme le prétend ce bon Père Lamar-che et si j'ai conseillé aux mères de familles de ne pas faire lire à leurs jeunes filles certains livres de la Librairie de l'Action Canadienne-Française c'est que je croyais de mon devoir de le faire et je persiste dans cette opinion même si je dois m'expo-ser à passer pour critique de vingtième ordre (i.e.immédiatement après Valdombre, Stello et Des Esseintes qui, m'assure un classificateur éclairé, forment à eux :rois le dix-neuvième ordi*.x D'ailleurs, je m'aperçois que mon jeune ami Lévesque, après avo:r appelé cet indulgent Père Lamarche à sa rescousse, me donne raison en définitive, car, à la suite de sa réclame sur ces ouvrages dans son Al-manach, il ajoute: "Ouvrages destinés aux adultes".Or si nous consultons Larousse ou Madame Odette L.Oligny, qui possède Larousse au complet dans sa tète, nous trouvons: Adulte: Parvenu à la période de vie comprise entre l'adolescence et la vieillesse.Et si nous cherchons le mot adolescence dans la tète de Madame Odette L.Oligny ou dans Larousse, nous lisons: Age de la vie qui suit l'enfance jusqu'à l'âge viril, de 14 à 25 ans.Nous sommes donc d'accord, Lévesque et moi.Que ne l'a-t-il donc pas dit plus tôt?Je n'aurais pas été obli- Mars 1932 MON MAGAZINE Page T gé de le dire.Et si je l'ai écrit quatre mois avant lui, pourquoi m'en faire un crime?M'en aura-t-il tout de même causé des tracas, ce petit volume?Le Père Lamar-che qui me traite de bilieux, Stello, de vieux cagot, Des Esseintes, d'esprit puritain, l'auteur qui m'envoie une longue messive à laquelle il me faudra tout de même répondre un de ces jours, jusqu'à Robespierre, le décapité de la grande révolution, qui est sorti de sa tombe pour me casser du sucre sur la tête, sur la mienne, car la sienne de tête, il semble l'avoir oubliée dans l'au-delà.Diantre, j'oubliais mon ami Lévesque! (Encore un péché contre le deuxième commandement!) Car lui aussi y est allé de son petit coup d'épingle.Vous vous souvenez, le chroniqueur littéraire de troisième ordre qu'il mentionne à la page 257 de son almanach, eh! bien, ce chroniqueur, c'est votre serviteur.Chroniqueur de troisième ordre! Suprême injure! Si je n'avais pas une si robuste constitution, j'en aurais un second accès de bile, comme le dit si bien ce bon et indulgent Père Lamar-che.Mais en somme, ne croyez-vous pas, mon cher Albert, que vous vous êtes assez fourvoyé jusqu'à présent et qu'il vous aurait été préférable de vous taire?Ou si ça vous démangeait trop, n'auriez-vous pas pu faire faire le "dirty work" par un autre?Je connais quantité d'écriveurs qui, pour un cinq ou pour un dix, vous engueulent leur homme en pépère.Enfin, mon cher Lévesque, (Tornon! encore un.l'absolution.Monseigneur!) je tiens à être franc avec vous.Si l'envoi de vos volumes signifie que la revue en dise non ce que son chroniqueur en pense, mais ce que vous aimeriez qu'il en pense, si le communiqué qui l'accompagne est un canevas discret qu'il faut suivre en ses lignes grandes ou petites, cessez-moi vos envois, j'irai acheter vos nouveaux volumes à votre comptoir et je serai libre d'en dire franchement ce que j'en pense à mes lecteurs.Je ne sais pas ce que pensent de vos commandements les chroniqueurs de premier et de deuxième ordre, quant à moi, qui ne suis que du tiers ordre, je m'en fiche.Un roman discutable et discuté Jadis, un nommé Robespierre, qui s'était amusé à faire couper des têtes, finit par faire e.uper la sienne.Cela se passait vers 1794, dans un pays d'où nous viennent encore, quelquefois, des exemples qu'il est mieux de ne pas suivre.Et, voici qu'après tant d'années, plus heureux que set* innombrables victimes, l'exécrable révolutionnaire ressuscite chez nous, avec de nouvelles ambitions de saper nos principes moraux, pour y substituer des méthodes destructives.Décidément, l'expérience n'a pas assagi le turbulent personnage.Il a trouvé l'hospitalité dans un journal du matin à Montréal, où l'on distille quotidiennement l'insulte aux Canadiens Français et les insinuations les plus dégradantes, contre tous ceux qui ne pensent pas comme le maître ou sa servante.Robespierre est là en bons quartiers, pour prêcher le laisser-aller des moeurs par la protection équivoque qu'il prodigue à l'exhibition des connaissances psycho-érotiques d'une jeune romancière.Ainsi parle Robespierre: "Chez nous, deux genres seuls ont droit de cité.Mariez un gars solide avec une compagne à l'avenant, tissez habilement votre trame autour de la Messe de Minuit, faites jouer le violoneux et rougir la promise.Vous avez le chef-d'oeuvre de la première catégorie." D'abord, vous savez bien, Robespierre, que tous les romans canadiens ne se déroulent pas à la Messe de Minuit.Puis, trouveriez-vous convenable qu'on mit en scène auprès de la Crèche de Noël, ce qui se passe entre Camille et son amant: (page 64): "Us s'étaient rapprochés.Ils étaient tout près l'un de l'autre.Lentement, sans violence, Richard attira contre lui la femme défaillante.Leurs lèvres se rencontrèrent, leur EXTASE se confondit." Et page 65.Camille à son amant: "Je vous ai fui et déjà je vous appelle.Il n'y a plus de beauté, il n'y a plus de vie où vous n'êtes pas.C'est le vide immense, c'est le néant.Quel pouvoir aviez-veus donc pour me PRENDRE ainsi?" Robespierre, si vous n'êtes pas le plus fieffé des hypocrites, vous avez la candeur d'une Vestale.Mais, à votre manière d'interpréter les textes, on est bien forcé de conclure que vous appartenez à la première catégorie.Je le prouve en citant le résumé perfide que vous avez fait d'un petit article sans malveillance, que je consacrai, jadis, au premier livre de votre protégée: "Un Peu d'Angoisse, Un Peu de Fièvre".Le lecteur pourra juger de vtre honnêteté, étonnant critique: "UN PEU D'ANGOISSE, UN PEU DE FIEVRE.— J'ai trouvé deux fautes d'ortographe, une de syntaxe, votre titre me donne le frisson.Non, ma petite, retournez à vos champs, vous n'êtes pas destinée à écrire." Voilà comment vous avez traduit l'article suivant, que je copie en entier, pour l'édification des lecteurs.Us pourront juger avec quelle effrente-rie vous savez mentir: UN PEU D'ANGOISSE, UN PEU DE FIEVRE Notre directeur m'a remis, hier, un petit volume dont le titre est fiévreusement alarmant: "Un peu d'angoisse, un peu de fièvre", par Eva Senécal.L'angoisse est générale dans le monde des lettres, et la fièvre extravague, parfois, dans des mots amers, sans résonnance et sans beauté, qui mettent dans l'âme des ombres inutiles de mélancolie et de souffrance.Toutefois, elle est intermittente, la fièvre, et il arrive que dans des spasmes douloureux, elle arrache au génie des cris magnanimes qui se prolongent à travers les siècles et font vibrer les âmes comprenantes, en les initiant par les mots aux émotions des auteurs anciens.Ils sont heureux, les anciens, eux qui ont laissé dans le ciel littéraire un simple sillage, un prolongement lumineux de leur talent, un prolongement qui vient jusqu'à nous et que nous aimons, nous, parce qu'ils ont souffert avant nous dans la vie, et qu'ils nous apportent l'exemple de la resignation qui élève et non pas de la révolte hideuse qui avilit.Mais dans le petit volume que j'ai sous les yeux, il n'y a ni grande envolée, ni dégradante décadence; c'est un livre qu'on lit et qu'on oublie, mais il donne un plaisir éphémère.En le lisant, j'ai senti qu'il est l'oeuvre d'une âme jeune qui s'est racontée elle-même et je l'ai suivie page à page sans ennui, car je les aime les âmes fraîches, sans arrière-pensées, même quand elles oublient la sagesse des principes de Boileau: "Vingt fois sur le métier, remettez votre ouvrage"."Un peu d'Angoisse, un peu de Fièvre" n'est pas une oeuvre à considérer mais c'est une ébauche qui donne un espoir pour l'avenir.Et nous le garderons, cet espoir, jusqu'à l'affirmation d'un talent mieux cultivé, et d'une langue plus profondément apprise.C« petit livre a de l'allure et les vers ont de la vivacité.Ce sont deux qualités qui nous font d'autant plus regretter que les meilleures pièces soient gâtées par une trop grande négligence des règles de la prosodie.L'auteur est né poète mais n'a pas hérité le rythme et la forme.On nait poète, on devient écri- vain.Et l'écrivain est plus utile à la poésie que la poésie à l'écrivain car on peut toujours écrire en prose sur des sujets très prosaïques.Mais Mademoiselle Senécal a préféré s'élever vers les astres pour regarder d'en haut les choses de la terre.Je l'en félicite.Qu'elle agrandisse ses ailes par l'étude des maîtres de la poésie et elle brillera peut-être un jour, parmi les étoiles du ciel littéraire, au Canada.Gaétane de MONTREUIL "Mon Magazine", éditkn de septembre, 1927.Robespierre, vous ne vous êtes pas amélioré.Et si vous n'avez rapporté de votre voyage dans l'autre monde qu'un surcroît de canaillerie, ce n'était pas la peine de revenir en celui-cf.Mais, vous parlez comme homme sans téte, et cela se conçoit : "Qu'on se montre sévère sur la facture d'une oeuvre, qu'en en démontre les défauts d'exécution ou de style, je le comprends.Mais là se borne le rôle du critique." Vous ne vous êtes donc pas aperçu que c'est tout simplement cela que j'ai fait, en parlant de "Un peu d'Angoisse, un peu de Fièvre"?Votre geste prétentieux en ces paroles: "JE ne lui reconnais pas l'autorité de s'ériger en censeur des moeurs", ne fera pas, je le crains pour votre vanité, s'incliner devant vos jugements l'opini;n publique.Mais, vous n'avez pas votre tête à vous, et cela se voit bien, car auriez-vous écrit ceci, après avoir lu cela:" "Nous serons toujours dans l'enfance littéraire tant que les Gaêtanes se voileront la face à la pensée qu'une femme mariée PEUT aimer, même si elle a le courage de fuir la tentation." Vous trouvez cela, vous, que Camille fuyait la tentation, en se suspendant au cou de son amant?Mais, ce qu'elle voulait fuir, ce n'était pas la tentation.Robespierre, vous ne savez pas lire.Tenez, épelez la page 83, que je copie à votre intention, et si vous ne changez pas d'idée, vous êtes un cas d'idiotie désespéré.Page 83: "Elle se blottit contre lui, fleur d'a-"mour offrant sa fragile beauté.Sur le front de "la femme-enfant, sur les yeux pleins de nuit, sur "la bouche veloutée comme un fruit mûr, longtemps les lèvres de l'homme se posèrent."La coupe enivrante du baiser leur versait sa "fauve liqueur.Debout devant l'immensité bleue "du ciel, les lointains violacés, il murmura, tenant "contre son coeur en tumulte la femme adorée: "— Je vous aime, ma Camille, plus que tout "au monde."Elle se suspendit à son cou.Son corps frissonnant frôlait le corps de l'homme.D'une voix *alanguie, qui traînait sur les mots, elle dit, tout "bas, contre sa bouche: "— Emmène-moi loin, loin, avec toi, où tu voudras."Un moment ils restèrent ainsi.Puis de nou-"veau, il chercha ses lèvres.Elle se dégagea lentement : "— Pas ce soir encore, mon amour, expliqua-t-"elle.Allez.A demain, à toujours."Il s'en alla lentement." Sans doute, vous avez lu "La Dame aux Camélias", savant Robespierre ?A votre âge, on peut lire cela.Vous souvenez-vous que la dame de ce roman célèbre portait habituellement des camélias blancs ou rouges?Elle disait parfois à son amant: "Pas ce soir, mon amour, à demain", quand les camélias étaient rouges.Adieu, Robespierre.(Suite à la page 24) Page 8 MON MAGAZINE Février 1932 OSCAR MASSE La Dame au Camée, Lia Quel était au juste son nom: Cordelia Millaire ou Lia Miller ou Leah Millier?Etait-elle Canadienne-française ou Anglaise ou Américaine ou Allemande ou même Juive?Le bon Dieu le sait.Rien dans sa physionomie n'accusait sa nationalité.Son accent ne la trahissait pas non plus.Quant au langage, ma foi! elle parlait aussi incorrectement le français que l'anglais.Au surplus, la question n'a guère d'importance pour l'intelligence de ce récit.On l'appelait Lia tout court et rien n'empêche que nous n'en fassions autant, si vous n'y voyez pas d'objection.Elle était venue, cinq ans auparavant, se fixer à Abercorn en même temps que Larry Shaw que certains disaient se nommer Laurent Marcoux.Les deux jeunes gens débarquaient de Montréal à moins qu'ils ne vinssent des Etats-Unis.Arrivé le premier, Larry était entré à l'emploi de Mayer comme garçon de buvette au "Prince of Wales'', l'hôtellerie luxueuse de l'endroit.Lia n'avait pas tardé à l'y suivre comme fille de service.Le comté de Brome où est situé Abercorn se trouvait alors — il n'y a pas cinq ans de ça — sous le régime de la Loi de Tempérance du Canada, hommage de fidélité, croirait-on, de la part des électeurs envers leur ancien député Christopher Dunkin, le premier législateur prohibitionniste d u pays.Empressons-nous d'ajouter, dût le bon renom desdits électeurs en souffrir, que cet hommage était tout extérieur et routinier et n'engageait en rien leur sobriété, ladite Loi de Tempérance du Canada étant ouvertement, cyniquement enfreinte.Ailleurs on vend à cache-pot; ici, l'alcool coulait à flots.Tandis que les oenophiles ouvraient leurs gosiers assoiffés, les abstè-mes fermaient bienveillamment les yeux; alors que ceux-là levaient le coude jusqu'au plafond, ceux-ci se contentaient de lever les épaules.Brome était dry sur le papier des pétitions officielles, mais Brome était wet sur le zinc de ses innombrables bars rien moins que clandestins.Et les tempéranciers paraissaient s'accommoder de cette comédie.Sans doute leur ardeur était-elle refroidie après l'assaut meurtrier dont avait été victime, quelques années auparavant, le président de la succursale locale de la Dominion Alliance qu'avait failli chouriner un apache soudoyé par des aubergistes mécontents (1).II ne faut donc pas s'étonner que ce comté limitrophe fût devenu l'e|!dorado des boot-leç/fjers surtout depuis que nos voisins avaient adopté le projet de loi du congressman Volstead, cet empêcheur de se mettre rond.Abercorn, Highwater, Glen Suf- fit "The Story of a Dark Plot or Tyranny on the Frontier", by A.L.O.C, Lovell & Sons, Montreal, 1H«.»H.ton, etc., étaient devenus autant de lieux de pèlerinage pour les fervents Yankees altérés de liberté individuelle, de justice sociale et d'alcool rectifié.Toujours, vous savez, la lisière est pire que le drap! A quelques pas de la frontière s'élevaient des buvettes de fortune, mauvaises cabanes charpentées à la dépêche compagnon et lambrissées bredi-bre-da de planches non rabotées et mal jointes.Tout juste ce qu'il faut pour se garer des intempéries.On avait l'impression que menuisiers et charpentiers avaient dû cho-piner en maniant le niveau et l'égohine.Ces huttes étaient ordinairement divisées en trois pièces: l'entrée ou le bar proprement dit avec ses tablettes ou rayons garnis de bouteilles et son comptoir le long duquel s'alignait la clientèle, une sorte de dépense où l'on emmagasinait un abondant stock de boisson et quelques comestibles et enfin un troisième compartiment sommairement meublé d'une table, de quatre ou cinq chaises et d'un sofa, le strict nécessaire pour une petite partie de 1-2-3 $.Quelques-unes de ces bicoques étaient à cheval non pas sur la légalité mais sur la ligne frontière, c'est-à-dire qu'elles étaient construites partie en-deça et partie au-de là de la 45e.C'étaient des "line-houses" et, de ce fait, les tenanciers firent souvent des niches à Dame Justice lorsque cette vieille chipie s'avisait, une fois l'an ou moins souvent, de faire du zèle pour sauver les apparences et édifier la vertu chancelante des grenouillards.Ces baraques portaient des noms à faire frémir: "Bucket-of-blood", "Dan's den", des noms suggestifs: "Cafe Inn'', "Fillem-up" ou des noms visant à l'effet comique: "Joseph Inn", "The Chateau".On y faisait des affaires d'or.Larry Shaw, avide d'aventures et aussi attiré par l'appât du gain, n'avait pas tardé à quitter le service de Mayer pour entrer à l'emploi de Barney Smirnoff, un Juif de Montréal qui, en plus de posséder un de ces.abreuvoirs (Barney's Tea-room) approvisionnait également d'alcool et de bière certaines firmes vermontoises.Larry avait charge d'un auto-camion qui, deux fois la semaine, traversait la frontière avec une charge de marchandise liquide qu'il allait chercher à Montréal.Il était grassement rétribué.Il lui arrivait d'essuyer des coups de revolver, il devait aussi parfois se plier à d'onéreuses exigences des officiers de douane, mais bah! on ne laisse pas de semer quoiqu'on craigne les corneilles.Hé! n'avait-on pas fait miroiter à ses yeux la perspective de succéder au patron quand celui-ci aurait fait sa pelote.Ai-je dit qu'il avait amené avec lui sa promise à la cambuse de Smirnoff?Lia était un beau brin de fille, un bel "pezzo di donna", comme disent les Italiens."A winning card!" avait opiné Smirnoff plus préoccupé de bedit gommerce que de plastique.Ménagère, cuisinière, barmaid, Lia faisait fureur avec la clientèle américaine et les pourboires pleuvaient drû.Au point de vue stratégique, elle se rendait aussi utile comme agent de liaison.Entendez par là qu'elle savait à l'occasion amadouer un douanier trop zélé, dépister un officier de l'accise en lui donnant rendez-vous.sous l'orme.Je vous accorde que la situation comportait de sérieux inconvénients mais les amoureux, la sachant provisoire, prenaient leur mal en patience à la pensée que, une fois amassé le pécule nécessaire, ils pourraient se mettre en ménage et se la couler douce comme des chanoines.Une fois la semaine, le jeudi.Lia se rendait à Richford, Vermont, le centre le plus rapproché — quelques milles à peine — pour faire ses emplettes et, comme on dit, changer le mal de place.Elle ne manquait pas d'entrer à la pharmacie Gray-ton, faire un brin de causette avec le commis Warner, jeune homme de vingt ans, habitué du tea-room Smirnoff et qui était en train de s'enliser dans l'alcoolisme.Elle avait pris le jeune homme en pitié à cause de l'intérêt tout particulier que portait à ce dernier Ethel Williams, ancienne compagne de Lia à l'école publique.Elle le morigénait en badinant, le grondait doucement en lui parlant d'Ethel qu'il délaissait pour venir s'encanailler dans un bouge, etc.Lui, de son côté, la taquinait, blaguait sans conviction et promettait de s'amender.Et puis Lia s'en retournait, reposée par ce petit congé avec, des fois, quelque menu cadeau: parfum, pastilles, etc.* * * Il parait que le véritable amour ne va pas sans un brin de jalousie.Un personnage de François de Curel pose en aphorisme ce travers de l'humaine nature quand il s'écrie: "La jalousie est renseigne de l'amour!" (2).Ces promenades fréquentes, ces visites suivies à la pharmacie Grayton, la sympathie que témoignait Lia au jeune Warner, hôte assidu du tea-room, suscitèrent des potins qui finirent par ennuyer Larry et lui chauffer les oreilles.Lia, assez peu communicative de sa nature, n'avait jamais eu l'occasion de parler à Larry de son amitié pour Ethel, l'a- (Suitc à la page 2S) (2) L'âme en f 'lie, acte II, scène IV. Mars 1932 MON MAGAZINE Pagec 9 I ?LA PAGE DU POETE ?Je suis poète Je suis poète! Ha! L'amusant phénomène! Je ris à tout moment sans trop savoir pourquoi.Je ris de tout, de rien, je vide mon carquois Au moindre événement que le hasard m'amène.L'amusant phénomène! Je suis triste et je pleure et j'ignore la peine.Je chante mes soupirs aux claviers du bonheur.Je ris de ma souffrance et je ris au malheur.Je suis poète! Ha! L'amusant phénomène, Et j'ignore la peine! Au théâtre je vois plus d'acteurs sur la scène Que quiconque regarde au-delà du rideau; Je regarde en avant.le spectacle plus beau .! Je suis poète! Ha! L'amusant phénomène, Ces acteurs sur la scène! La foule du dehors me bouscule et m'entraine Au marché de l'argent où leur sort est lié.Je ris de leurs ttacas comme d'un vieux soulier Je suis poète! Ha! L'amusant phénomène, Me bouscule et m'entraîne! Je possède en mon coeur l'interminable veine D'une richesse encor plus certaine que l'or, Le platine et l'argent: la gaieté sans effort.Je suis poète! Ha! L'amusant phénomène, L'interminable veine! J'aime avec passion la créature humaine Et tous les animaux qui rivent avec nous.J'adore le Seigneur tous les soirs à genoux.Je suis poète! Ha! L'amusant phénomène, La créature humaine! Les fleurs et les oiseaux me chantent leur antienne Au passage souvent, et je chante avec eux Toute, l'ivrisse de vivre et de s'aimer à deux.Je suis poète! Ha! L'amusant phénomène, De chanter leur antienne! Mon seul tourment, hélas, est un chant de sirène Qui m'entre dans la chair et peut toucher mon coeur! La plainte trop terrestre est le glas du bonheur.Je suis poète! Ha! L'amusant phénomène, Ce chant de la Sirène!.—M.Lavallée Thériot.e cadran Minuscule parure, omt nu ut redoutable Qui mesure le temps suivant l'heure et les jours Sur sa robe argentée, il tourne infatigable.Ses ailes de moulin à vent, toujours, toujours.Il simule une hotte, à chaque vingt-quatre heures Dans lê silence blanc que domine sa tour.Mais qu'importé le vînt, la vie extérieure, Qu'importe qu'il chante ou gémisse four à tour.Le crépuscule étend son doigt aux vieilles braises.La foule en contingents, résume son labeur On sait que l'air est pur à l'ombre des falaises Mais à la ville, il faut y trouver son bonheur.Parfois l'âme inquiète, irritée, incomprise Voudrait s'isoler dans des pages de bouquin.Mais il faut tous savoir avec gaieté comprise, Serénader l'air des "Millions d'Arlequin".Hélène Charbonneau Capri ce Dit,—veux-tu que je sois une humble primevère, Fraîche éclose, au matin, sur le velours des prés?Oh! veux-tu que je sois une rose trémière.Egayant ton jardin de ses tons empourprés?Dis,—veux-tu que je sois un ruisseau qui roucoule Sur un lit de cailloux sertis de sables fins?Ton nom si doux, porté sur son eau qui s'écoule.Palpiterait dans l'air en échos argentins.Dis—veux-tu que je sois une feuille d'automne Somptueux et divers, mêlé d'or et de sang?Oh!—veux-tu que je sois le soupir monotone Que, dans les bois déserts, l'oiseau jette en passant?Dis,—veux-tu que je sois une neige candide, Déployant dans ton ciel son voile immaculé?Oh!—veux-tu que je sois un beau rayon limpide.Pour qu'à mon coeur enfin ton coeur soit révélé?Car le mystère habite en ton âme divine.En vain, depuis longtemps, je cherche à le percer.J'interroge tes yeux, mais ce que j'y devine N'est pas le cher secret dont j'ai cru me bercer.Ah! si rien ne te plaît, ô pure enchanteresse, Des formes de mon rêve, et si tu ne veux pas En accepter l'offrande, alors que ma détresse Se cache dans ton ombre et s'enchaîne à tes pas.Henri D'Arles, Lauréat de l'Académie Française.Les droits de la femme Dédié aux anti-féministes de la Province de Québec et d'ailleurs.Jadis, en un grave concile.Il se fit quelque jasement, Pour savoir si l'être docile Qu'était la femme, en ce moment.Valait plus ou mieux que la bête: On constatait que l'animal Avait moins d'idée en sa tête .Elle n'était donc pas si mal! Ce fut une grande bataille Entre messieurs les cardinaux.Car, le problême était de taille A diviser les tribunaux .Même, en cet illustre colloque, On faillit eh venir au poing .C'était la mode, à cette époque De défendre chacun son point.Mais, le procès de feu, de flamme Fut conclu par tel jugement Que les femmes avaient une âme .Belle trouvaille, assurément! Car la compagne, esclave encore, D'un mari fier de son pouvoir.Voyait ce jour poindre une aurore .Et, relevée en son devoir.Elle pouvait dire à son homme "Je serai ton égale en tout: Si c'est le roi que l'on te nomme.Je veux être reine jmrtout." Mais l'homme est bien lent à comprendre.Après tant de siècles passés, La femme doit encor défendre Ses droits qui lui sont contestés.Gaétane de Montreuil. Page 10 Nos industriels MON MAGAZINE Mars 1932 Paul Cat y Le C'est l'intention de "Mon Magazine" de présenter chaque mois à ses lecteurs non pas des monographies économiques canadiennes-françaises, monsieur Emile Benoist ayant déjà fait la chose et avec talent, mais des biographies de nos industriels en tâchant de mettre bien en relief les qualités morales qui ont commandé la réussite de quelques-uns des nôtres.Et cela, parce que si monsieur Benoist dans ses Monographies nous conduit à travers tous les couloirs, bureaux et ateliers, s'il explique très minutieusement les procédés de fabrication, s'il donne en dollars la valeur des marchandises en entrepôt, s'il donne également le chiffre d'affaires et le montant des taxes payées au gouvernement, — il ne fait pas voir le cerveau et le coeur de l'organisation, parce qu'il ne met pas en évidence les qualités morales qui ont assuré le succès, — et ce n'était d'ailleurs pas là son but.Que monsieur Benoist ait voulu donner à ses lecteurs une leçon de choses, et leçon très utile pour les jeunes, j'ai cru, quant à moi, m'inspirer du mot d'Edouard Montpetit à la préface du livre même des Monographies Economiques que des choses on peut s'élever jusqu'à l'idée, c'est-à-dire jusqu'à l'àme qui les a produites et développées.Et voilà pourquoi je préfère à la description d'une fabrique ou à l'explication des procédés de fabrication dire comment par exemple Raoul Grothé sut recevoir, conserver et développer pour lui et les autres ce que son père Louis Ovide avait institué en 1882 avec ses $80.empruntés.Et qu'on veuille bien ici remarquer ce que, après 50 ans, a produit ce quatre-vingt dollars.La Maison L.-O.Grothé, Limitée, dont le colonel l'hon.Raoul Grothé est actuellement président et propriétaire avec ses deux frères messieurs Armand et Emile qui la dirigent avec lui, possède aujourd'hui quatre fabriques, utilise de 800 à 900,000 livres de tabac par an et met sur le marché 30,000,000 de cigares, payant en droit d'accise environ $350,000 au Gouvernement.Et voilà en plus que, anxieux de participer à la solution du dificile problème du chômage les frères Grothé viennent de lancer à Montréal et à travers la province de Québec une nouvelle cigarette, la "Roxy", qui coûte déjà malgré ses trois mois d'existence seulement, plus de $300,000, mais qui maintient au travail les 800 à 850 ouvriers de la Maison L.O.Grothé.Or pour en arriver à pareille entreprise après avoir maintenu et développé l'héritage paternel qu'a-t-il fallu aux frères Grothé, si ce n'est des qualités morales d'économie, d'ordre et de travail ! * * * Pour cela, il faut saisir les qualités mai-tresses qui ont présidé à la fondation de la Maison L.-O.Grothé et qui en ont dans la suite assuré le développement progressif et le succès actuel, il faut dis-je, remonter à la formation morale du fondateur et de ceux qui lui succédèrent.Comme dans le cas présent, fondation et développement sont l'oeuvre d'une seule et même famille, nous chercherons dans les annales de cette famille le Hon.Raoul secret de son succès que je pourrais déjà indiquer d'avance: l'éducation de famille et la pleine liberté laissée à la mère de façonner chrétiennement pour le bien de la société le caractère de ses fils.* * * Le premier Grothé, était du duché de Brunswick, un des Etats de l'Allemagne, et il était soldat avec le grade de lieutenant.Le régiment auquel il appartenait était en 1776 au service de l'Angleterre.Ce régiment vint au Canada, et c'est sûrement de M.LOUIS-OVIDE GROTHE, fiindatour de la Maisun L.-O.Grothé.lui que nous vient le nom de l'une de nos provinces canadiennes, le Nouveau-Brunswick.Chrétien Grothé resta au pays.En 1783 il épousait mademoiselle Reine Dupré, une canadienne-française.Seulement avant son mariage avec mademoiselle Dupré, Chrétien Grothé s'appelait de son nom brunswick-xois Christian Grothe, (sans accent aiguë sur l'e final).Comme alors à Montréal, on se souciait fort peu de prononcer les noms autrement qu'en français, on appela monsieur Grothe, monsieur Grothé et l'on changea son nom de Christian en celui de Chrétien.Les registres de la paroisse Notre-Dame de Montréal attestent du fait car c'est à Notre-Dame que fut baptisé le premier Grothé né au Canada.A la naissance du premier fils, Chrétien Grothé devint officiellement canadien-français et sujet britan- O.Qrothé nique.S'il continua à fréquenter l'Eglise Anglicane de Montréal, car il était protestant, il laissa à sa femme Reine, ou Reinette comme on l'appelait alors, le soin d'élever ses enfants qui furent tous immédiatement et dans la suite aussi catholiques que canadiens-français et loyaux sujets de la Couronne britannique.» » * Et les Grothés restèrent à Montréal fournissant largement leur part d'initiative et de travail au développement du commerce et de l'industrie de T:i Métropole.* * * Deux maisons très importantes, attestent par leur volume d'affaires, l'esprit d'entreprise, de courage et de persévérance des Grothé.On connaît déjà, par ce que nous en avons dit au commencement de cet article, la Maison L.-O.Grothé, Limitée.Qu'on me permette un mot de notice sur la Maison T.-A.Grothé, incorporée.Si la Maison L.-O.Grothé est essentiellement une maison industrielle, la Maison T.-A.Grothé quoique industrielle, puisqu'elle fabrique ses propres bijoux, est surtout une maison commerciale.Elle -fut fondée en 1850 par Jean-Marie Grothé alors orfèvre et père de Louis-Ovide, fondateur de la grande fabrique des cigares Peg-Tops, Boston, Ovido et Révélation, et père aussi de Théodore-Alexandre, l'aîné d'Ovide qui continua et développa la maison paternelle.Celui-ci, Théodore-Alexandre, transporta le commerce des orfèvreries et des montres de la côte St-Lambert au numéro 1011 du boulevard St-Laurent.Seulement en cette année 1887, monsieur Théodore n'avait qu'un magasin de détail et il n'était que locataire de l'immeuble qu'il occupait.Après des années de travail ariu, intelligent et constant, il faisait de son magasin, non seulement l'un.?des premières maisons de détails de la ville, mais encore une maison de gros qui faisait connaître à travers toute la province la qualité des orfèvreries et bijouteries qu'il avait entrepris de manufacturer lui-même.Puis monsieur Théodore devenait en plus propriétaire de l'immeuble et associait à son négoce son propre fils monsieur Alexandre-Ix)uis qui en est maintenant le seul propriétaire, monsieur Théodore s'é-tant retiré de la vie active des affaires en 1923, à l'âge de 70 ans.Seulement si monsieur Théodore-Alexandre Grothé qui vient le 23 janvier dernier, d'avoir ses 79 ans révolus ne s'occupe plus de la conduite de la Maison qu'il a fondée, il ne peut s'empêcher d'y venir tous les jours, soit par habitude, soit peut-être plutôt par ce goût inné du travail qui semble être la caractéristique de tous les Grothé.Monsieur Théodore est de tous les Grothé le plus âgé de la famille.Et la manière dont il travaille encore, la façon dont il vous reçoit vous donne l'impression que s'il n'est plus à proprement parler dans les affaires, i) sait comme autrefois faire bénéficier ceux qui l'entourent ou qui l'approchent de conseils judicieux et surtout du magnifique exemple d'énergie et de constance qu'il donne à son insu. Mars 19)2 M RAOl'L-0.GROTHE.ère étaient venus me reconduire dans le train qui devait m'emporter et je les avais embrassés avec effusion, le sourire aux lèvres.Mais, un départ n'a-t-il pas toujours son côté nuageux?Je sentis descendre une ombre dan.>-mon coeur et, comme j'allais l'analyser, j'entendis un rauque sanglot, près de moi.Laissant l'ombre, je tournai les yeux et j'aperçus, une tête blonde collée sur les carreaux vitrés qui s'ébranlaient déjà; je vis deux petites mains tremblantes effleurer la bouche pour l'envoi des derniers baisers.puis la tête blonde, lentement, revenir rouler sur le vert sombre et velouté du haut dossier.Discrètement j'étudiai l'éplorée voyageuse.C'était presqu'une enfant, on lui donnait seize ans, mais une enfant si jolie! Les sanglots s'étaient vite atténués; seules maintenant les larmes coulaient sous les paupières closes, pressées, pressées et, allaient se perdre dans les laines blanches de son gilet.La figure était très pâle et l'on concevait facilement que le chagrin était profond.Comme elle était petite! Elle paraissait à peine, toute blottie dans le fond de son banc.On était aux premières semaines de janvier; une élève retournant en pension, sans doute, en pleurant l'exil qui l'attendait et le regret des vacances passées.Alors, j'imaginai que le chagrin ne serait pas de longue durée; d'ailleurs, à leur tour, les larmes cessaient, le mouvement régulier du train qui berçait ma charmante voyageuse semblait endormir la souffrance dans son coeur.Comme elle, je fermai les yeux, écoutant monter, en mon intérieur, le souvenir de mes jeunes départs, sentant renaître ensuite l'ombre de regret qui s'était abattue sur moi, un moment, au départ et que l'enfant blonde avait empêché de se préciser.— Tiens, bonjour, Simone! De nouveau, mon regard fut attirée vers ma compagne.Un grand jeune homme lui tendait la main dans un élan affectueux.— Je savais de te voir dans le train, Robert m'a parlé de ton départ, hier soir.Tu retournes à Ste-Agathe?— Oui.— Au Sana?— Oui.— I>e climat t'est très favorable et c'est pour cela, sans doute, que tu retournes déjà?— Oh! je suis toujours au même point; je dis à maman que ça va mieux peur l'encourager, pauvre maman, mais moi je ne me constate guère plus de forces.— Ca ne te coûtait pas trop de repartir?— Ah! je commence à m'habituer, c'est la troisième fois que je retourne.Ca me tentait bien de demeurer plus longtemps, va, mais je n'en pouvais plus, déjà.Jamais je ne me serais crue si faible.Je vois ça; en arrivant ils vont me remettre au lit et j'en aurai pour un mois.C'est toujours comme ça; je me sens mieux là, pendant quinze jours, puis tout d'un coup, crac, .faut tout recommencer.Chez-nous ils sont tous si gais, si brouillons que je m'y sens un peu dépaysée.Moi, c'est presque la mort.Au Sana au moins ça me ressemble un peu.Et puis on s'habitue à tout, tu sais.Elle avait débité tout cela, lentement, avec un air de douce résignation; puis elle avait dit la dernière phrase avec un petit ton malicieux qui lui allait si bien! Là, elle déclarait qu'elle était ennuyée de parler d'elle et réclamait des nouvelles de la femme de son cousin et de ses petits enfants.Elle raconta des histoires et son rire perlé se fit entendre à maintes reprises.Etait-ce vrai?Elle avait vingt ans! Et elle s'exilait au Sana de Ste-Agathe parce que la tuberculose la menaçait, elle si jeune, si candide, si jolie et si bien faite pour l'amour, la tendresse et l'espoir.Quoi?La pensée de la mort se nichait sous ce jeune front, les sanglots qui la secouaient au départ étaient faits de désespérance et le rire qui s'égren-nait cachait toute l'angoisse d'une âme ardente qui appelle la vie et qui se sent descendre vers la mort! Et je compris combien mon exil à moi était doux, moi qui étais prête à me laisser abattre et qui n'aurais pu rire comme elle, je le savais, tant un rien m'abat et me rend morose! — Tu débarques ici, à St-Jérôme?— Oui.Bonjour, Simone, bon courage et surtout, remets-toi vite, tu sais, tout le monde a hâte de te voir revenir en ville, pour tout de bon.Et le train s'arrêta, repartit.Et Simone soupira, rabaissa ses paupières sur ses prunelles brunes.A Ste Agathe, elle me faussa compagnie.Toujours avec cet air de morne lassitude elle descendit du wagon; je la vis monter dans un taxi, se reblottir dans le recoin du siège, la tète blonde se renfrogner dans le haut col de fourrure et, telle une fée de rêve, disparaître.Simone, chère inconnue, ma pensée continua de vous poursuivre tout le reste du voyage et, encore, souvent, elle va vous chercher derrière les murailles du Sana, votre prison.Premièrement, je vous ai plainte un peu, vous croyant une pensionnaire de quelques couvents laurentiens, mais quand j'appris, ô surprise, que vingt ans s'étaient nichés en votre petite personne, que la tuberculose s'était emparée de vous, que l'hôpital était votre refuge, que la pen.-ée de la mort habitait votre front en même temps que cette arieur de vivre si légitime à vos vingt ans, j'ai compris le pourquoi de vos larmes; je comprends tout ce qu'il faut de résignation pour se détacher ainsi de tout ce que l'on aime, s'enfermer dans la solitude avec, pour unique tableau, la vie joyeuse qui s'en va, l'ombre et la faiblesse qui emportent, la lente agonie des tuberculeux qui s'en vient.Car, dut-on renaître à la guérison, à la vie, se savoir pris de ce mal qui pardonne rarement doit donner une idée de ce qu'est la séparation dernière, n'est-ce pas, Simone, mie inconnue?Quand j'ai vu votre jolie figure se transformer, le sourire s'attarder sur vos lèvres, la jeun»mm illuminer vos prunelles, je vous ai admirée de savoir sourire encore, si bien, malgré le deuil de votre âme.En vous disant adieu, tout bas, quand je vous vis disparaître, je sentis profondément, dans mon coeur, que je vous aimais et, maintenant, je garde votre souvenir comme une relique; quand je me sens lasse de lutter, seule, loin de toute tendresse, il s'agit de vous faire surgir, dans ma pensée, et je deviens toute rassérénée.Et tout cela se passe, à votre insu, sans que même vous vous en doutiez, vous ignorerez toujours que je vous aime parce que vous êtes un peu mon réconfort à moi, qui hélas! ne puis rien pour vous."Mon Dieu, bénissez-les toutes, les jeunes fleurs qui s'étiolent loin de toute affection, trempez leur âme de forces surnaturelles afin qu'elles se sentent heureuses de mourir en exil, pour Vous !" Herminie des LANDES +- Cette année est la bissextile.Février s'allonge d'un jour.Mesdemoiselles, le tetmps file, Profitez-en, c'est votre tour.Allez dire au célibataire Qui s'éternise dans l'ennui: "Venez, mon ami, je veux faire Votre bonheur, dès aujourd'hui; L'ANNÉE BISSEXTILE Nous serons heureux en ménage, En y mettant quelque talent.Hédons-nous, l'amour n'a pas d'âge.Mais on vieillit en attendant.Dieu ne vous a pas mis sur terre Pour vivre seul dans la maison; Votre existence solitaire N'a plus de rime ni raison.Il n'est pas besoin de >ichesse Pour être heureux en nous aimant, .h mus apporte lu sagesse.Acceptez-la tout simplanent." Cette année est la bissextile.Février s'allonge d'un jour.Mesdemoiselles le temps file.Profitez en, c'est votre tour.GAETAN F DE MoNTKEl'IL Mars 1932 MON MAGAZINE Paye 35 COMME JADIS (Suite de la page 33; vous a d'amusantes nuances d'orgueil maternel, et vous êtes quand même le grand frère de votre petite soeur, MINNIE.que vous avez eu la lettre incohérente faite de tous les brouillons, et celle à laquelle était jointe la photo de Minnie travestie en Herminie.Quel enfantillage! Souvenez-vous que je suis un peu une sauvagesse .Je vous avoue avoir passé la robe à falbalas bien avant la séance de pose devant le kodak.Un soir la tentation de la moire glacée fut trop forte .Toute frémissante de mon audace, j'ai lu, ainsi parée, le Roman d'antan .Je deviens ridiculement romanesque.J'ai des pitiés stupides pour un poulet écrasé, le chagrin d'un veau séparé de sa mère me jette dans une commisération idiote.Moquez-vous! Je voudrais un printemps hàtif qui me rendrait à mon activité.Nous n'aurons pas le dégel avant plusieurs semaines, cependant les mottes de terre noire commencent à percer sous la couche mince de neige, qui recouvre les buttes.J'attends.Ma vraie vie c'est la vie au plein air.Je m'impose durant l'hiver certains travaux d'intérieur; parfois il me semble que l'accablement m'endort du même sommeil léthargique que celui où sont plongés les champs depuis des mois.Le premier triangle de canards sauvants, je le muette.C'est moi qui le signale, chaque année, dans le ciel clair encore frileux.Et puis viendront les oies sauvages qui déchirent la nuit d'un long cri de souffrance .Oui, j'attends le retour des choses qui marquent les étapes de ma vie et me rendent ma personnalité.J'en prends l'habitude: j'ai laissé dormir ce commencement de lettre.Je vous l'envoie néanmoins.Ah! l'amitié merveilleuse que nie révèle votre chère lettre, sous trois enveloppes, écrite de Nantes.Je voudrais répondre de toutes mes confiances à toutes vos confiances.Je lirai votre conférence.Que vous ayez parlé en poète de mon Days, je n'en suis pas surprise.Je vous remercie de l'avoir fait mieux connaître et un peu aimé.Après avoir lu, je vous dirai sincèrement mon opinion sur votre travail.Ce soir, je voudrais vous parler seulement de cette rencontre qui me parait tellement prodigieuse, sortie d'un chapitre de roman.Mon trouble, mon émoi, à la simple évocation de cette image, me permet d'imaginer votre trouble, votre émoi.Quand vous lirez ces lignes, peut-être vos chemins se seront-ils de nouveau croisés .Gérard, sa présence ce soir-là, ce besoin de vous revoir, de vous entendre, sa fuite devant votre attitude calme, presque dédaigneuse, tout cela m'a secouée d'un grand doute.J'en I suis ébranlée.Si je me taisais, je pécherais contre notre amitié .Je désire tant votre bonheur .Je me remémore la scène de la bibliothèque.Je vous vois dressés l'un en face de l'autre, épuisant en un conflit de vos volontés et de vos orgueils tout le bonheur futur possible .Dix minutes, une heure peut-être, j'ai médité sur la phrase ci-dessus.Ai-je le droit de jeter le doute dans votre âme qui se reprend?Que sais-je moi, de ces sirènes entrevues à peine au cours de la lecture rapide de quelques romans?Pourquoi viendrais-je vous dire: "Retournez-vous, elle revient sur ses pas, celle que vous avez vue partir dure et orgueilleuse ." Pourquoi?Pourquoi .Parce que votre main a tremblé en écrivant certains mots.Parce que j'ai peur que, le bonheur repassant à portée de votre voie, je ne sache pas dire a temps: "Mon ami, regardez ." Vous l'aimiez tant, l'enfant rousse et ardente de votre enfance! Etes-vous de retour à Noulaine?Avez-vous cherché la trace de son pied d'enfant sur le sable des allées, le nimbe fugitif que ses cheveux roux plaquait sur les boiseries sombres?.Je vous vois à la poursuite des souvenirs; je les vois, ces souvenirs, se lever, revivre, rattacher le présent au passé, rapprocher le visage laiteux de l'adolescente à la face pâlie au bord de la toque de chinchilla, reconstituer les gestes familiers des mains palpitantes comme des ailes .Je les vois, tous les souvenirs de votre passé d'amour, s'agripper à votre coeur, et j'ai l'étrange impression qu'ils m'apellent à l'aide .Hier, je revenais du bureau de poste où j'avais trouvé votre lettre.Je ne voulais pas l'ouvrir avant d'être rentrée chez moi.J'activai mes cayeuses.Le chemin d'hiver traverse la cour de plusieurs fermes.Je répondais d'un signe de tête distrait aux enfants qui écrasaient leurs frimousses contre la vitre des fenêtres.C'était l'heure du soir qui ramène brusquement la nuit dans nos contrées sans crépuscule.L'ombre s'étendait sous les branches des épinettes et escaladait les cimes encore éclairées par un dernier rayon de soleil couchant.Un hululement partit d'une branche et un autre lui répondit, lointain, et d'autres et d'autres encore; on eût dit que l'épinettière n'était habitée que par des chouettes et des grands ducs.Un vol ouaté et lent, d'oiseau de nuit mal éveillé, traversa le chemin étroit, effleurant presque les oreilles des chevaux.Le vent fit grincer des corps d'arbres morts, et se plaindre des arbres vivants.Puis, ce fut un silence où frisonna un peu d'angoisse.J'avais laissé les guides tomber sur mes genoux; mon "team" s'était mis de lui-même au pas.Je ne savais rien de votre lettre et pourtant je pressentais l'émotion qu'elle devait m'appor-ter.Au-dessus de ma tête, dans le sens de la route, un chemin clair et bleu s'étendait.Enfant, j'aimais la bande de ciel qui se dessine entre les hautes futaies, au-dessus de la masse sombre des forêts inextricables; je l'aime toujours.A se guider sur ce ruban aérien, on ne s'égare jamais.Gérard, je me plais à vous sentir voisin de l'amitié de M.Maignan; cela me rassure.Je vous vois dans l'action à ses côtés.Si vous saviez quelle fierté j'éprouve, à la pensée de la tendre et délicate valeur que l'on découvre si aisément sous la nonchalance de l'artiste! Mon affection pour GERARD A MINNIE Nos lettres se croisent sur terre et sur mer; elles se rencontrent, convoyant notre amitié qui m'aparait de mieux en mieux comme un joyau sans prix; elles se hâtent de réparer le temps où nous étions des étrangers l'un pour l'autre.Concevez-vous, Minnie, que ce temps-là ait pu exister?Je le perçois d'une façon aiguë.C'était la période nocturne où mon âme, inassouvie par des semblants d'amitié qu'on lui offrait, s'affolait de détresse et de solitude, se tendait douloureuse vers un idéal qui l'entraînait toujours vers plus de déception.Comme vous étiez loin, Minnie et comme j'ai dû souffrir avant d'arriver à vous! Je me souviens.Parfois, le soir, je livrais ma peine au vent qui passait rudement, sans m'entendre, et je retombais accablé, livré à l'âpre désespoir de celui qui fut trahi.Vous êtes venue.Vous êtes venue avec des mots méchants et méprisants d'abord, mais vous aviez l'âme haute et bonnj, vous étiez celle dont l'amitié relève, soutient, conduit: je vous ai reconnue, j'ai tendu la main et vous l'avez prise.Minnie, je connaissais votre beauté intérieure dont la jeune splendeur, close loin des vulgaires contingences, éblouit ineffablement, et voilà que vous me découvrez le secret adorable de votre beauté extérieure .Je suis demeuré une longue minute sans oser un geste devant la révélation subite du petit portrait, et puis, petite soeur amie, j'ai posé dévotieusement mes lèvres sur le pied étroit qui dépasse la lourde robe d'aïeule.Ce fut un hommage infiniment respectueux qui allait à vous et à Herminie .Oui, vous lui ressemblez.C'est la même tête fine et fière posée sur le col mince incliné, cher aux peintres du XVIIIe siècle.Vos boucles sont plus sombres, dites-vous.J'imagine qu'elles doivent avoir les tons nuancés et chauds de nos vieux meubles beaucerons taillés en plein chêne.Lare volontaire du sourcil, la coupe longue de l'oeil est identique, et c'est par le regard surtout que s'accentue la ressemblance.Et puis, petite amie, ce que vous ne me faites pas remarquer, ce qui amusa mon attendrissement, c'est la mouche coquette que l'estampe et le portrait signalent au-dessus de la lèvTe.Par cela, vous êtes encore du XVIIIe siècle, et tout à fait Herminie! Je n'ai pas encore réintégré Noulaine.Maignan me tient et ne semble pas vouloir me lâcher.J'accepte sa tyrannie joyeusement.Vous m'avez conduit, vous et lui, vers des quartiers de Nantes que j'ignorais.J'ai vu des gens à la physionomie haineuse et chez qui un mot, moins encore, un geste, amenait un sourire.Ce sourire, c'était comme une joie neuve qui me communiquait une candeur inconnue.Je crains de jouir en dilettante de cette poésie grossière, nouvelle pour mon raffinement."Tu viendras à l'amour, m'assure Maignan".Je secoue la tête.Sais-tu où je vais?Parfois une épouvante me prend au contact de ces misères que je NEW YORK1?/-.hôtel dans t paisible et moderne.Attractions de toutes sortes.Dans le centre des affaires.Attention spéciale aux dames voyageant seules COUT Chambre seule, de $2.00, à $12.00 suites Seth H.Moseley, propriétaire.John W.Gannon, gérant-directeur.Entre 5ème Avenue & Broadway, sur la 35ème rue, New-York.HOTEL CHELSEA ATLANTIC CITY Sur le Boardwalk Souhaite chaque jour la bienvenue à ceux qui ont choisi la plue belle saison pour prendre leurs vacances.Tout le comfort possible.Des hôtes distingués.Taux spéciaux pour la saison d'hiver pour les deux plane.Nourriture délicieuse, Ccncerte de nuit.Une aile de 10 étages récemment ajoutée et à l'épreuve du feu.THE CHELSEA L'Hôtel le plus hospitalier Sur le Boardwalk.n'aborde pas toujours sans un frémissement de tous mes nerfs.Je veux m'évader.Il me semble qu'une force tendre et douce, émanée de quelque puissance invisible, me fixe au spectacle de la vie trop longtemps ignore et découvert soudain.J'hésite entre les enthousiasmes nés sous la parole chaude de mon ami, et le dégoût de la lutte impossible contre la marée montante des souffrances humaines.Il me faudrait votre vigueur intacte ou l'admirable foi apostolique d'Henri.Rien ne le rebute.Lui l'homme riche, consacre uniquement son temps (Suite à la page 37; MIAMI BILTMORE hOtOl %U AM1/ FLORIDA KlOtCl Tl.(fà.T president A-j .1 RONEY PLAZA Marcel A.Cotschi, Directeur-gérant.Bureau, Londres: Savoy Hotel Bureau, Paris: 3 Rue Auber.Ouvert sous une nouvelle administration, l'hôtel Miami Biltmore apporte aux touristes d'hiver, l'opportunité de se fixer à l'hôtel le plus somptueux et le plus fréquenté, à des prix populaires.Construit en 1925, le clou de la saison dans l'histoire de la Floride, alors qu'aucune dépense ne paraissait superflue pour pourvoir au luxe et au confort des hôtes, le Biltmore est un chef d'oeuvre d'architecture, situé au sein d'une magnifique nature, entouré par le superbe court de golf du Miami Biltmore Country Club.Des accommodations sont prévues tant pour les chambres simples que pour les suites, avec ample logement pour les domestiques attachés à la famille.L'ameublement luxueux et le plan spacieux de l'hôtel Biltmore le rendent particulièrement confortable et lui donnent l'atmosphère du chez soi.Et malgré tous ces avantages extraordinaires, ses taux restent dans la limite d'un modeste budget de vacance.Le Biltmore Country Club a été reconstitué et de nouvelles améliorations ont été apportées pour les hôtes de l'hôtel, soit pour le bain, la pêche, le tennis, la promenade ou tout autre sport.Ouvert dès le 16 janvier 1932.Le Miami Biltmore Country Club, adjoint à l'hôtel.MIAMI BEACli F L O IX IDA Meekin, Directeur-gérant.Innovations cette année à l'hôtel Plaza.comprenant taux réduits pour les chambres.prix plus bas pour repas à la carte.déjeuner-club — dans votre chambre, si vous désirez, de soixante sous à un dollar, sans aucune charge pour le service à votre chambre .et l'excellent lunch Cahana à un dollar et cinquante, servi aux tables placées près du grand étang, dans les jardins ou sur la grève.Le Honey Plaza est le rendez-vous favori des amis de la gaieté et offre une foule d'amusements et beaucoup de confort SANS DEMANDER UN SOU DE PLUS.Là, vous pouvez flâner depuis le déjeûner jusqu'au coucher du soleil.musarder près du ressac ou de l'étang.luncher sur la grève.jouer au bridge sous un dôme "Cabana" .prendre des bains de soleil sur la grève au sable fin.danser les derniers rythmes à la mode dans le jardin du bal.vous mêler à de joyeux hôtes ( oMiiopolitrs dans une atmosphère de beauté et de paix.vous gorger de repos, de soleil et de bonheur.Ouvert depuis le jour de l'Action de Grâces.Le Roney Plaza Cabana Club et les Jardins de Palmiers. Mars 1932 MON MA G A Z I N E Page 37 Nous inaugurons aujourd'hui une nouvelle section littéraire et surtout scientifique.Tant de problèmes s'imposent de notre temps à l'attention des hommes qu'il est absolument nécessaire que le grand public soit initié aux sondages que la science et la philosophie pratiquent incessamment dans les mystères de la nature.Il ne s'agira pas ici de découpages dans les abondantes revues scientifiques qui nous viennent d'Europe mais plutôt d'études approfondies des phénomènes naturels.I i documentation sera soignée, fouillée; rien ne sera lai-M- au hasard.Nous espérons, très humblement, apporter notre aide à la grande cause de la science et plaire davantage à nos nombreux lecteurs.La Direction.LE RIRE: Phénomène Psychique et Physique Théories de Ilergson et Nicolardot.(Commentées) mEN RI BERGSON, dans sa remarquable étude sur le rire, affirme d'une façon catégorique que le comique ne peut être engendré que par ce qui est proprement humain.Pour lui, la comédie trouve son facteur essentiel d'existence dans l'homme qui devient en quelque sorte un critérieum de com paraison remplissant à la fois les fonctions d'évaluateur et de boussole, une figure servant de base en notre imagination à tout un échafaudage d'images, ou plutôt un centre d'attraction, un point de repère vers lequel ces images convergent."L'homme, dit Bergson, a été défini par plusieurs philosophes" un animal qui sait rire", ils auraient pu dire un animal qui fait rire".Un costume extravagant, une maison de construction bizarre peuvent certes susciter le rire, mais le comique n'est pas causé d'une manière intrinsèque par cette pièce d'étoffe ou la forme de cet édifice, mais plutôt par l'agencement des couleurs, les contours, la juxtaposition industrieuse des parties, en un mot par toutes les transformations que l'homme a fait subir à l'un et à l'autre objet.L'homme imprègne tout ce qu'il touche de ses idées, sur tout il appose sa marque personnelle, et c'est en cette constatation souvent inconsciente de l'acte humain que réside la signification même de notre rire et l'impression comique qui le provoque.Maintenant étudions la question sous un angle quelque peu différent.Voyez ce chat maigre, béte famélique au corps fragile, anguleux, à la mine ascétique, austère, au caractère maussade, irrascible; mais ne manquez pas de jeter aussi un coup d'oeil sur cet autre chat tout bouffi de graisse, ronronnant sans cesse, et qui prend des poses bouffonnes, ne les trouvez-vous pas tous deux d'un comique irrésistible?Oui, parce que dans votre imagination s'établit une analogie entre le premier animal tout de dignité et un monsieur de vos connaissances, un type comme il faut, guindé, sec et constipé! Le chat gras aussi vous rappelle quelqu'un, vous reconnaissez en lui un ami à vous, un petit bout d'homme dodu, bedonnant et sans cesse turlupinant.C'était bien le cas de ce jeune enfant fort mal élevé qui, au cirque, avait soudain pouffé de rire, le petit malheureux, devant une énorme guenon grise et avait dit en montrant l'animal du doigt: "vois, maman, c'est tante Titine en manteau de fourrure".Nombreux sont les gens qui font ces sortes de comparaisons, seulement ils n'en disent rien, voilà tout! Nicolardot conteste, et avec raison, l'importance exclusive que donne Bergson à la restriction du comique à ce qui est proprement humain.Il ne condamne pas la définition de Bergson mais seulement, il la trouve incomplète, générale, et leur reproche surtout de ne pas "atteindre le ridicule à la racine".Le rire provoqué par le ridicule, selon Nicolardot, est une détente nerveuse pro venant d'un cerveau agité, sous pression.La perception cérébrale d'un contraste retient d'abord l'attention; le mécanisme de l'habitude s'arrête, l'équilibre est rompu, l'esprit analyse la surprise et de cette surprise nait spontanément le rire.Le processus cérébral est simple: l'attention intriguée par la vue de quelque chose d'inusité se cabre d'abord, indécise, puis, automatiquement elle exerce son action sur la mémoire qui alors, tel un miroir projette l'image habituelle.L'équilibre se rétablit aussitôt par cette représentation imaginaire de ce qui devrait être et de ce qui se- rait harmonieux; ces opérations par réflexes s'effectuent instantanément par déclics nerveux.Chez l'animal, l'organisme ne saisit que l'impression du surprenant.La béte connait comme nous la tension nerveuse devant un fait brusque et qui sort de l'ordinaire, mais elle n'exprime pas comme nous sa surprise par le rire, c'est chez elle une simple secousse nerveuse: son machinisme cérébral subit un choc formidable, tout son corps est secoué par la peur, elle souffre, car son organisme n'a pas la souplesse ni le pouvoir d'adaptation rapide que possède le nôtre.Nicolardot constate que les réactions animales se ressemblent toutes et que les variations électriques et chimiques de l'organisme sous une action venant de l'extérieur présente plus d'une analogie avec le phénomène de surprise et de gène qui vient de l'apparition d'une chose bouleversant notre jeu d'association d'impressions uniformes et toujours semblables.II Bergson attribue une importance primordiale à l'union qu'il dit exister entre l'insensibilité et le rire."Le comique, dit-il, s'adresse à l'intelligence pure, il exige comme une anesthésie momentanée du coeur, l'émotion est son plus grand ennemi." Cette assertion est absolument véridique.L'homme qui prend la vie au tragique, celui qui écoute battre son coeur et souffre de voir le monde souffrant, cet individu ne connaîtra jamais le véritable rire.Il faut en quelque sorte devenir un être impersonnel, neutre, indifférent, pour goûter toute la saveur de la comédie humaine; il faut être calme et froid pour saisir le mécanisme intime des marionnettes et des pantins humains.Le rire du philosophe et du sage est un mélange de pitié, d'orgueil et de dédain.Ce qui fait le tragique de la vie c'est le déguisement, c'est le masque dont s'affublent les gens qui se croient importants et jouent leur rôle au sérieux.Quel immense éclat de rire secouerait les pauvres humains s'ils se voyaient tels qu'ils sont sans leur costume de mascarade! Et la bêtise si universellement répandue, l'homme raisonnable et sincère ne peut que la trouver d'un comique achevé, insurmontable! Bergson ajoute que le rire est inexistant chez l'individu isolé de ses semblables.Le comique c'est quelque chose qui se goûte à deux."Il y a dans le rire, affirme-t-il, toujours une arrière-pensée d'entente, de complicité avec d'autres rieurs réels ou imaginaires." Il est fort probable que le rieur manifeste cet état d'esprit, mais je crois que la théorie de Nicolardot l'emporte de beaucoup par sa logique et sa clarté sur celle de Bergson.Nicolardot opine que celui qui est solitaire ressent autant de plaisir, saisit aussi bien le comique, que celui qui fait partie d'un groupe, mais la seule différence entre celui-ci et celui-là, c'est que le rire du premier n'est pas pourvu d'amplificateur, "l'écho renforceur" étant inexistant.En son essence, le rire est semblable dans les deux cas.L'imagination de celui qui est seul compense pour le défaut de compagnie.Le rire se manifestant dans la société, Bergson conclut qu'il est un "geste social".Envisagé à un point de vue artificiel et purement extérieur, le faux mouvement et la "raideur de mécanique" font naître infailliblement le rire.L'homme qui glisse sur une pelure de banane nous semble bien comique parce que sa chute est involontaire et qu'il n'a pu s'arrêter dans son élan.Dans le comique de caractère c'est la "raideur" morale.Lin-harmonie intellectuelle qui font rire.L'avare ne voit et n'aime que ses sous.Le visionnaire n'est attaché qu'à sa toquade.Le romanesque s'emballe sans cesse, il voit l'amour partout.Cette foule immense de passionnés qui se cramponnent à des chimères et se saoulent de mots, provoquent notre rire par l'inconscience même de leur propre folie! Et notre rire alors devient véritablement un "geste social", c'est, soyons-en certains, un jugement que nous émettons et un correctif que nous employons.III Le manque d'adaptation du caractère à la réalité et l'inso-ciabilité qui en résulte engendrent donc le comique.Sans aucun doute, l'absurdité comique est essentiellement parlant une illusion d'optique, un renversement plus ou moins grand des valeurs.L'aveuglement du rêveur, son attitude entêtée nous fait rire, car nous savons qu'il se leurre et que sa vue est mauvaise.Après tout, le rire est une chose fort triste! Qu'est-ce, sinon, le plus souvent du venin distillé par notre égoïsme malin! Jean PARISEAULT. Page 38 MON MAGAZINE Mars 19 il Sans nos revues et journaux, VCTCE BUDGET DE I I J I 14 I I I N * EXT PA/ COMPLET- Revues et Périodiques sont imprimés à nos ateliers de la rue Saint-Denis Notre service de vingt-quatre heures est considéré comme le meilleur et le plus rapide de la métropole.Nous imprimons tout ce qui s imprime.L'ECLAIREUR, Inc.Tel.HArbour 8216* 1723-25 RUE ST-DENIS — MONTREAL Mars 1932 MON MAGAZINE Page 39 HUMBLE GERBE Huit jours déjà qu'elle repose dans le caveau familial, à côté de ceux qui lui étaient si chers, celle qu'on appelait COUSINE JEANNE; dont la plume sympathique savait si bien traduire les sentiments de son coeur fait de dévouement et de bonté; l'âme exquise qui si souvent c'est penchée sur toutes les douleurs, et a souri à toutes les joies.Elle s'est endormie par un clair matin de janvier, seule, comme une lampe qui, doucement s'éteint, sans adieu à la vie, sane une larme, sans un regret.Sa belle âme de femme a brisé ses liens terrestres pour aller vivre éternellement Là-Haut, la grande vie des Elus.Moi qui ai si longtemps vécu de sa vie, qui en ai connu les plus intimes secrets, je n'ai pu croire à ce brusque départ.Et, pourtant, je me suis penchée pieusement sur sa couche funèbre, je l'ai vue dormir, plus blanche que les lys qui l'entouraient.Comme ils sont grands et profonds les desseins de Dieu qui broyent dans les mains de sa justice insondable, les plus douces amitiés, les plus pures amours, qui séparent les âmes soeurs, et arrachent aux enfants, leur mère, quand ils auraient eu encore de si beaux jours à vivre ici-bas.A sa fille, C'est vers toi surtout, qui n'as même pu recueillir de ces lèvres aimées, le baiser suprême, l'éternel au-revoir, vers toi qui l'aimais tant que s'en va tout personnellement ma pi of onde, et discrète sympathie, je n'essayerai pas d'endormir ta souffrance au rythme des consolations banales; je la sais trop cruelle et trop profonde.Si les pleurs te sont un soulagement, pleure, laisse tomber de tes yeux cette rosée amère qui doucement relève et apaise.Tu en as, hélas! le bien triste droit; mais espère en celui qui est la benté consolatrice, l'asile suprême de ceux qui succombent, songe qu'entre le ciel et toi, les ailes blanches d'un ange t'abritent contre le vent du malheur, pendant que les bras de la meilleure des mères te sont toujours ouverte pour t'envelopper de la même tendresse qu'autrefois, aux heures sombres de ton existence, comme si elle t'accueillait de son sourire aux heures de joie et de bonheur.Ceux qui n'ont pas la foi ne savent pas chercher dans cet espoir suprême de l'au-revoir prochain, la vraie consolation du coeur brfeé.C'est pourtant dans cette véritable vie des âmes qu'il faut trouver le baume à la longue chaîne de blessures que l'on traîne avec soi dans la vie.Tu vivras encore de longs moments de bonheur ému au souvenir de celle dont le trop brusque départ t'a si brutalement meurtrie.Quand les jours auront enlevé de ton âme les a«peHtt* douloureuses des heures pénibles que tu traverses aujourd'hui, et Dédiée à Cousine Jeanne (Mme Fauteux) que l'image de cette mère chérie t'enveloppera d'une discrète et lointaine affection, tu constateras que jamais ici-bas l'épreuve n'est plus forte que la victime, et que Dieu mesure toujours à l'aulne de sa bonté, les sacrifices qu'il nous demande d'accomplir.La tendresse de tous ceux qui te restent et qui te sont chers, la sympathie des amis qui te sont dévoués, te sont un gage précieux que tes regrets et tes larmes seront partagés.Dis-toi bien que la vie, malgré tout, vaut la peine d'être vécue quand elle nous a fait chérir une mère comme celle que tu viens de perdre et qui laisse à sa famille éplorée, l'héritage si précieux d'une âme d'un dévouement sans borne et d'une bonté sans égalé, à ses amis, le souvenir d'une incomparable fidélité, à toute une génération, un nom sans tâche, une dignité au-dessus de tout soupçon et une distinction qui reflétait avec tant de charme et de vérité, l'âme du grand disparu de 1894.Et vous, COUSINE JEANNE, qui m'étiez si chère, sur vetre tombe trop tôt fermée, laissez-moi déposer la double gerbe de mes prières et de mon souvenir.ALBERTE.Montréal, 20 janvier 1932 COMME JADIS (Suite d* la page 35) et sa fortune à l'étude des problèmes sociaux, à leur solution dans l'acceptation complète, absolue, de ses devoirs de chrétien.Non content de s'adonner au cercle d'études sociales qu'il a fondé au centre du quartier populeux des Ponts, il voyage à travers le département, échauffant de son éloquence rude et chaleureuse le zèle de ceux qui veulent sauver le peuple en l'aimant.Aimer! Le mot vibre, en passant sur ses lèvres.Les ouvriers de la raffinerie Maignan, aigris par le despotisme du père, adorent le fils.L'influence de ce dernier a jugulé une grève.Par une étrange contradiction, la collaboration dans l'oeuvre de régénération sociale entreprise par ce grand chrétien, par ce pur catholique pratiquant est cette Marthe Leray, étudiante en médecine, dont je vous ai déjà parlé.Il y a, malgré tout, de telles affinités entre eux deux, qu'il est impossible qu'un jour, Marthe ne marche pas sur les mêmes routes qu'Henri, pour atteindre aux mêmes sommets.Cet amour irrévélé est une source de poignantes émotions.Leur champ d'action étant le même, il y a eu déjà entre eux de pathétiques incidents.Le père de Marthe, le Dr Leray, inépuisable.Sa fille a recueilli son héritage de miséreux.Sur les Ponts, sa popularité est au moins égale à celle d'Henri.Aucun conflit sérieux, du reste, ne peut éclater entre eux, tant l'on devine de tact chez Marthe Leray — et, pourquoi ne pas le reconnaître, un pur instinct féminin cherchant l'appui, la protection qui lui sera nécessaire pour diriger sa vie dans la voie qu'elle veut ouvrir.On me fait parvenir votre dernière lettre — c'est-à-dire, celle où vous me parlez de la présence de Mlle Mau-rane à la salle du Patronage.Minnie, comment vous dire ma surprise en vous lisant?Vous ne me comprenez plus ou je me suis exprimé bien imparfaitement.Qu'allez-vous supposer, alors que je vous écris que je me sens libre, rendu à moi-même?Heureusement, il ne vous est pas possible de jeter le doute en mon esprit.Ma libération, je la tiens.Comment n'avez-vous pas suivi ligne à ligne ma transformation?Minnie, vous êtes trop modeste.Faut-il que je vous l'écrive en toutes lettres?Jour par jour, patiemment, avance ma volonté; je suis comme un pionnier robuste, dont vous avez maçonné de vos propres mains la constitution, que je veux dire aujourd'hui solide?.Oui, Minnie, je le reconnais avec vous, vous devenez romanesque.Seul, cet état nouveau pour vous peut m'ai-der à m'expliquer l'étrange interprétation donnée à ma lettre.Je ne me moquerai pas;, je voudrais vous gronder comme m'en donnerait le droit ce titre de grand frère que vous me décernez.Voyez ce qu'a fait votre lettre: je voulais vous parler d'un grand, grand projet, encore vaguement défini, qu'Henri approuve en principe, et vous m'avez enlevé toute la joie de vous le confier.J'ai tellement conscience que vous méritez une punition, que je ne me juge pas cruel de vous appliquer celle-là, tout en vous assurant de la profonde affection de votre cousin et ami, GERARD.r MINNIE A GERARD Je croyais que, par le même courrier, viendrait sous une autre enveloppe l'exposé du "grand, grand projet".Il me plaît, mon cousin, que vous sachiez conduire une punition jusqu'au bout, autant qu'il m'est agréable de constater que vous me jugez capable d'apprécier la délicieuse "Colette Baudoche" de Barrés et les vers de Francis J amrnies qui complétaient le courrier de France, cette semaine.Très sagement, j'ai su attendre durant vingt-quatre heures la fin d'une légende indienne de tante Nanine; non moins patiemment j'es-pèrerai, durant une semaine, le faire-part du grand, grand projet.Je ne veux même pas essayer de faire la moindre conjecture! Désirez-vous, Gérard, que je cherche à me justifier du reproche d'incompréhension que vous m'adressez?Non, n'est-ce pas?car, à une nouvelle lecture de ma lettre, vous aurez découvert les scrupules qui m'ont fait vous écrire ainsi que je l'ai fait.Et puis, mon ami, sachons le reconnaître.Malgré l'intimité de notre correspondance, en dépit de notre lien de parenté, nous sommes deux étrangers qui ne se sont jamais vus, qui ont été élevés, et qui vivent dans des milieux tellement différents! Fatalement, il doit survenir, un jour ou l'autre, de fausses interprétations, de légers ma- 7 4he Beautiful Neur - ¦ - HOTEL ¦ - « PLYMOUTH 49^ ST.EAST OF BROADWAY $2.50 par jour pour une chambre avec bain, eau courante glacée et RADIO Chambre simple: $2.50; $3.00; $3.50 Chambre double: $4.00; $4.50 Lits jumeaux: $5.00 Garage gratuit Au centre des affaires, des magasins et des théâtres.Il G.YVRDI.V iMr.i.iir-c.r ,1,1 lentendus.Le jeu d'une physionomie connue peut s'imaginer à distance et changer tout le sens d'une phrase.Ce n'est pas la petite photo envoyée qui vous aura appris mon visage triste, sérieux, compatissant.Dites-moi, l'avez-vous vu penché ainsi au-dessus des lignes?.Oui, je me suis arrêtée, hier soir, parce que je vous aurais peut-être dit des choses injustes, et aussi parce que j'ai été transie, à l'idée que nous allions nous quereller.Il est préférable que nous en restions à notre première querelle, celle du début.Jamais je n'ai eu l'impression aussi nette de notre défense sauvage contre le froid.Comment gourmander Mourier quand il maugrée contre le température, comme je le faisais des années passées, alors que j'hésite à ouvrir la porte pour aller soigner la volaille, pour rentrer le bois, pour prendre cette bouffée d'air pur dont j'étais si friande?Nous avons découpé de longues bandes de drap dans de vieux vêtements qu'Henriette et moi ajustons sur le cadre des fenêtres par-dessus les bourrelets déjà posés à l'automne.L'hiver prochain, il faudra en venir aux doubles châssis."L'ensevelissement quoi! a grommelé mon vieux français.La nuit à deux heures de l'après-midi".Que le printemps vienne vite, qu'il desserre l'étreinte glacée, oppressante; qu'il nous rende à la vie.Je me plaignais hier au Père Chas-saing, que le froid le plus vif n'arrête pas dans les courses qu'exige son ministère.Il venait de baptiser un bébé en danger de mort, l'enfant d'une métisse, à dix milles au Nord.(à suivre) Page 40 MON MAGAZINE Mars 1932 "On le voyait sans cesse écrire, écrire, •Ce qu'il avait jadis entendu dire".I LE I I I MEI HCT Une bonne défense — Prévenu, vous êtes accusé d'avoir essayé d'occasionner le déraillement d'un train de voyageurs.Avez-vous quelque chose à dire pour votre défense?— Monsieur le juge! ma belle-mère se trouvait dans le train?.Nos bons domestiques — Véronique, si cela se représente, je serai obligé de prendre une autre bonne.— Et, ce ne sera pas de trop, madame, riposta Véronique, car il y a ici de l'ouvrage pour deux ! — Il vous faudra énormément d'argent pour former cette compagnie et lancer cette entreprise?— Pas du tout.Si j'avais beaucoup d'argent, croyez-vous que je me mettrais dans cette affaire?Au tribunal Le juge.— Avez-vous quelque chose à dire avant que nous prononcions votre sentence?L'accusé.— Non, votre Honneur, sauf que je ne suis pas très difficile et qu'il faut peu de chose pour me plaire.Une prétention Le père.— Vous en avez un toupet de me dire que vous ne voulez épouser ma fille que pour son argent.L'amoureux.— Oh! monsieur, je sais bien que j'aurai son coeur par dessus le marché.Un problème Le fermier.— Chaque année j'ai vendu vingt livres de terre avec chaque poche de cent livres de pommes de terre.Si ça continue comme cela, un jour viendra où je n'aurai plus de champ.Signe des temps Léontine (regardant une photographie).— Et quelle est cette jeune fille habillée en costume d'hiver?La maman.— C'est ta grand'mere en costume de bain.Conseil discret Alfred.— M'épouseriez-vous si je demandais votre main à votre père?Hélène.— Oui, si vous n'étiez pas trop défiguré.Au journal — J'ai une idée qui vaut des millions et des millions ! — Combien en demandez-vous?— Trois trente sous ! Rien à craindre Le médecin.— Ne vous ai-je pas défendu de manger du beefsteak?Le patient.— Vous me l'avez défendu.Le médecin.— Alors, pourquoi en avez-vous mangé?Le patient.— Il m'a été payé par un ami.Au Bureau L'employé.— Il y a un monsieur qui est venu dans l'intention de vous casser la figure.Le patron.— Que lui as-tu dit?L'employé.— Je lui ai dit que je regrettais beaucoup que vous ne fussiez pas ici.Une impossibilité Le jeune Isaac.— Papa, quand je serai grand comme toi, je veux avoir tout l'argent que je désirerai.Le père Aaron.— Impossible, mon fils, il y aura toujours de par le monde de l'argent que tu ne pourras pas avoir.Muêigve appropriée Le client.— Dites donc, garçon, demandez donc à l'orchestre de bien vouloir jouer l'air du Toréador de "Carmen".Le garçon.— Avec plaisir, monsieur.Mais me permettrez-vous de vous demander pourquoi vous désirez ce morceau-là plutôt qu'un autre?Le client.— Certainement.C'est pour m'aider à attaquer mon morceau de boeuf.Alfred.— Une femme est aussi capable qu'un homme de conduire une automobile.Louis.— Ainsi ta femme t'a décidé à t'en acheter une.Le criminaliste.— Surtout, quand on vous interrogera ne perdez pas la tête! L'assassin.— C'est pas pendant l'interrogatoire que je crains d'ia perdre .c'est après I t ! En effet — Vous allez marier votre fille à un garçon qui bégaie.ça doit être ennuyeux.— Non, une fois marié, il n'aura plus grand'chose à dire.Madame.— Te souviens-tu, Charles, comme j'étais fraîche quand tu m'as épousée?Monsieur.— Oui.c'est même ça qui a dû me donner mas rhumatismes.Pendant un siège, un porteur d'eau criait dans la ville : — A six sous le seau d'eau ! Une bombe vient et emporte un de ses seaux.— A douze sous le seau d'eau, s'écrie le porteur sans s'étonner.Restitution certaine Un bohème emprunte à un de ses amis son habit noir pour aller à un mariage: — Surtout, n'oublie pas de me le rendre, dit l'ami.— Certainement, et avec usure, dit l'autre.— Dites, monsieur le directeur de placement, vous n'avez pas une bonne de disponible?— En ce moment, il y a pénurie! — Pénurie! Bon, envoyez-la.Deux amis se rencontrent : — Dis donc, mon vieux, demanda l'un, tu as vu cet incendie qui a désolé tout un quartier hier soir?— Ma foi, non, je ne lis plus les journaux depuis au moins quinze jours.— Ah! Et pourquoi?— Parce que j'ai trouvé un bracelet en or, et je crains d'y lire une annonce de la personne qui l'a perdu.Tu comprends, mon cher, j'ai un vieux fond d'honnêteté: je serais obligé de le rendre.Afin de mettre l'honnêteté de son nouvel employé à l'épreuve, M.Z.en homme d'affaires quelque peu véreux, place sur la cheminée de son cabinet un billet de banque de cinq dollars et sort sans dire un mot.En rentrant une heure après il court à la cheminée: le billet de banque a disparu.— Jules, demande-t-il à son employé, où est pas.-é le billet de banque que j'avais laissé là?— Oh! Monsieur, à peine étiez-vous sorti que votre tailleur est venu avec une facture de $4.95.J'ai pensé que ce bill était destiné à la payer.et voici la monnaie.Entre chanteurs — Quand on est chanteur et que l'on s'aperçoit qu'on ne pourra plus chanter! quel choM épouvantable! — Bien sûr, mais ce qui est encore plus épouvantable, c'est quand on ne s'en aperçoit pas ! Le guide et les touristes — Ce château, m'sieur-dames, a été construit par Henri IV.— Tiens, quand nous sommes venus il y a deux ans on nous avait dit que c'était Henri II qui l'avait bâti! — Heu ! .c'est possible.mais depuis cette époque tout a doublé.Calembour peu réjouissant — Je devais être l'unique héritier de ma tante ; elle vient de décéder, c'est un autre qui obtient tout.Au lieu d'être légataire, voilà mon legs à terre.La D ame au Camée, (Suite de la page 2») L ia sure: pignon sur rue, Packard, Stromberjr-Carlson, etc., autant que les rats n'ont point mangé.Ai-je besoin d'ajouter qu'il a épousé Lia Miller et que, son ménage pas plus que son commerce ne se sentant du chômage, il est père de nombreux petits Marcoux .dont pas un seul de contrebande.Si, quelqu'un de ces jours, vous rencontrez Larry avec un oeil au beurre noir et quelques touffes de cheveux en moins, c'est que cette chronique sera tombée sous les yeux de sa fidèle mais pugnace épouse, la Dame au Camée, Lia. 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