Le Réveil : revue politique et littéraire. --, 1 septembre 1898, samedi 24 septembre 1898
157 RUE SANGUINET No 191 BOITE 2184 REVUE POLITIQUE ET LITTERAIRE POLITIQUE-THEATRE-LITTERATURE-BEAUX-ARTS Vol IX.Montreal, 24 septembre 1898 No.191 SOMMAIRE: Un deuil : Lactance-Amédée Lamarche, Vienx-Ronge — Le plébiscite, Libéral — Prenez des notes, Rigolo — Opéra français, Popina — Madame Pacaud — En septembre, Charles Grandmougin — A propos de miracles, Rieur — Conflit do saints, XXX — Pour 22 francs, Candide — Mlle Almcrinda— Une enquête, Liseur — Bigarreau, [d suivre] André Then-riet.Les conditions d'abonnement au Réveil ne sout pas les conditions ordinaires des autres journaux.Nous livrons le jonrnal à domicile | franco,] à raison de 25 cts par mois, payable au commencement de chaque mois.Tont ce que nous demandons au public est de voir le journal.Les abonnements en dehors de Montréal sont payables tous les quatre mois et d'avance.Nous adresserons un numéro échantillon gratuitement à tous ceux qui en ferons la demande.Ceux de nos abonnés qui ont des travaux d'impre8S8ion à faire voudront bien s'adresser au No 157 rue Sanguinet.UN DEUIL LACTANCE AMEDEE LAMARCHE La mort aveugle, imbécile et cruelle, vient encore de frapper avec une rigueur impitoyable.Elle semble, cette fois, avoir exercé une vengeance contre le jeune praticien qu'elle a si prématurément couché dans lc tombeau.Ltictance-Amédée Lamarche, fils du distingué docteur J.B A.Lamarche et feue Philomène Mallette, est mort dans la nuit de jeudi à vendredi, à 4 heures du matin, à l'âge de 24 ans, 3 mois et 12 jours.Il est certes, toujours douloureux de voir disparaître un jeune homme et d'assister à l'effondrement d'une vie à peine commencée ; mais combien plus intense est la douleur des survivants, lorsque le défunt emporte dans la tombe toutes les brillantes espérances que son talent, sa constante application et la règle de sa vie avaient fait concevoir.Et lorsqu'à cette brutalité de la mort, 34 LE REVEIL s'ajoutent des circonstances particulières, qui font du mort une victime héroïque ; lorsque l'accomplissement d'un devoir se fait lc complice de la sinistre faucheuse, les regrets sont peut-être encore plus cuisants, mais ils apportent avec eux la consolation suprême d'un noble exemple qui émeut tous les grands cœurs.Le Dr Amédée Lamarche, mort victime de son devoir, vient d'ajouter un nom à la liste universelle des martyrs de l'humanité.C'est en pratiquant une autopsie, c'est-à-dire en cherchant à arracher à la nature un de ses secrets pour en appliquer la découverte au soulagement des malades, que le regretté Amédée Lamarche a contracté la fièvre typhique qui l'a emporté, en dépit des soins dévoués des docteurs Lefcb-vre, Lachapelle ct Fafard.L'impossible a été tenté, mais rien n'a pu triompher de la mort, obstinée à prendre cette jeune vie.La profession médicale fait ainsi une perte immense, car le défunt s'annonçait comme devant fournir une carrière des plus brillantes.Nul n'était mieux doué que lui, et nul n'était mieux armé pour s'iHustrer dans son art et faire honneur à son pays.Amédée Lamarche était né à Lachine.Il fit ses études classiques au Collège de Montréal; et, tout jeune, il avait manifesté la louable ambition de marcher nu les traces de son père, le savant professeur d'obstétrique à l'Université Laval.C'est dans cet établissement qu'il lit ses études médicales.11 travailla avec ardeur et passa'son doctorat avec la note suprême : " Très grande distinction." En mars 1896, il entra à l'hôpital Notre-Dame en qualité d'interne, et l'année suivante il prit le titre et les fonctions d'interne en chef.Il devait quitter l'hôpital l'an prochain, et, avant de s'établir à Montréal, son digne père avait résolu de lui foire faire lo tour du monde, au moins du mondé savant, afin qu'il puisse entrer en contact avec toutes les illustrations médicales de tous les pays.Après ce voyage d'études que peu de jeunes docteurs peuvent accomplir, il serait revenu parmi nous.et, ayant à sa disposition la magnifique bibliothèque de son père — bibliothèque médicale unique dans le Dominion — ainsi que ses collections et ses instruments qui forment une richesse précieuse que les célébrités européennes ne possèdent pas toujours en toute propriété, il aurait certainement illustré le nom déjà si honoré de Lamarche.Le sort en a décidé autrement, il faut se courber sous ce rigoureux décret Mais nous ne voulons pas laisser partir ce jeune, consciencieux et modeste savant, sans payer à sa mémoire le tribut d'hommages et d'admiration que l'on doit à toutes les victimes du devoir.Nous ne tenterons pas d'offrir à son malheureux père de banales et douloureuses condoléances.II est des douleurs que l'on ne doit pas chercher à apaiser, car l'excessive amertume est une volupté.VIEUX R0UOE.Au milieu des graves préoccupations de la politique, les Anglais trouvent le temps de se passionner pour la question de dogmatique religieuse.L'Assomption de la mère du Christ a été célébrée le 15 août daus un graud nombre de temples anglicans avec nu entrain que les vrais croyants n'hésitent pas à qualifier d'idolâtrie et plus spécialement dans l'espèce de mariolâtrie.Ainsi que uous l'avons déjà signalé, il s'est fait dans les opinions de l'église officielle une évolu- LE REVEIL 35 tion qui de la I liturgie s'est étendue à la foi.L'orthodoxie fixée par Henri VIII et Elisabeth tend de plus en plus à se rapprocher du papisme dont elle est issue.Le clergé a franchi le pas et n'était le zèle des layman qui veillent snr le Livre des prières et qui ont recours au besoin à la procédure civile pour combattre les rites de l'impure Babylone, le retour au giron du catholicisme ne serait plus qu'une question de temps.Le jour de vote sur la prohibition approche et on commence partout à s'occuper un peu de cette farce gigantesque du plébiscite qni va coû-tor au pays quelques centaines de mille piastres en frais d'élection.Cependant, d'après l'aveu des grands journaux sans distinction de parti, l'intérêt n'est pas très vif et le vote sera beaucoup moins considérable que lors des plébiscites qni ont en lieu dans d'autres provinces sous la direction des gouvernements provinciaux.Le News de Toronto, jonrnal indépendant, parlant de ce qui se passe chez lui, nous indique une des raisons de cette apathie : " La crainte de mettre le gouvernement Laurier dans une position em harassante va influencer plusieurs milliers d'électeurs qui ont un penchant pour la loi projetée, et, quoiqu'ils voteront probablement en conformité de leurs convictions ils ne mettent pas leur zèle habituel à persuader leurs voisins." Cette attitude des prohibitionistes d'Ontario n'est guère digne, mais que doit-on penser de celle de Joseph-Israël Tarte et d'autres ministres, qui, après avoir voté pour le plébiscite, pour se concilier le vote des buveurs d'eau, vont maintenant trouver les intéressés dans lo trafic des liqueurs pour leur demander de dépenser leur argent dans une campagne contre la prohibition.Une pareille conduite est profondément indigne d'nn grand parti quoiqu'elle soit conforme aux traditions des Tartistes.Elle ne peut que produire un dégoût général et amener le désastre final.**# Ceci dit, passons au mérite de la question.Dans son discours d'Ottawa, l'honorable M.Fisher aurait dit : "que son comté avait l'honneur d'avoir vu naître M, Dunkin, l'auteur de la première loi de tempérance connue sous ce nom.Dans le comté de Brome, depnis 24 ans, il n'a pas été délivré une seule license pour vente de boissons alcooliques.Dans ce comté les gens sont plus tempérants et plus heurenx qu'ailleurs.La prohibition a été un succès, car des centaines de jeunes gens et de jeunes filles y ont grandi sans avoir jamais eu à lutter contre la tentation qu'offrent les buvettes et les débits alcooliques." Ce sont là du moins les paroles que le Temps d'Ottawa prête à l'honorable ministre.Or, il est très étonnant que les habitants de Brome, si heureux et si tempérants ne peuvent pas rester chef eux ni faire prospérer leur comté.Néanmoins, nous voyons par le recensement du Canada, que la population du comté de Brome, qui était de 15,827 habitants en 1881,est tombé à 14,709 en 1891, malgré les bienfaits du régime de la tempéra uoe.Les prohibitionnistes prétendent que les personnes maintenant employées dans le trafic des liqueurs, advenant son abolition, tourneraient leur attent on vers des occupations plus utiles pour le pays.Or, s'il en est ainsi des anciens hôteliers de Brome, il faut en conclure que ce sont les buveurs d'eau eux-mêmes qui fuient le pays où ils font la loi.L'honorable M.Fisher, dira-t-on avait fort mal choisi l'exemple qu'il voulait donner des bienfaits de la prohibition.Nons répondrons qu'il n'en pouvait trouvé un meilleur.S'il était allé aux Etats-Unis, il aurait trouvé le Maine, dont la population est restée stationnaire depuie l'adoption de la prohibition, tandis que son voisin, le Massachusetts, doublait la sienne.La population abandonne ces régions où la tyrannie la plus injustiliable domine.Vi la déla- S6 LE RÉVEIL tion et l'hypocrisie sout érigées au rang de vertus civiques.Les industries qui out été détruites ne renaissent pas.Il en serait de même au Canada.Le gouvernement Laurier apprécie sans doute jusqu'à quel point toutes les industries sout liées entre elles, et comment uu tort fait a l'une peut ébranler toutes les autres.La preuve c'est qu'il n'a pas osé s'attaquer sérieusement au tarif protecteur de craiute de causer des perturbations désastreuses.Ce tarif protecteur, du reste, uous a-t-ou dit, est essentiel pour les fins de revenu.Peut-on alors envisager sérieusement même l'idée de supprimer d'un seul coup un commerce qui donne dix millions de revenu à nos gouvernements, qui offre un débouché important aux produits de l'agriculture et qui donne du travail à de milliers d'employés ?Poser la question c'est la résoudre.Il est inutile d'accumuler des preuves pour établir que la prohibition ne saurait s'appliquer avec efficacité.Il est inutile de discuter pour démontrer qu'elle constitue uue violation des droits sacrés de l'individu.La prohbition est eu dehors du domaine de la législation pratique au Canada.M.Laurier le sait bien.Le plébiscite n'est qu'un truc électoral, un leurre.Nous ne croyons pas qu'on doive s'honorer de l'avoir inventé.Le pays qui est appelé à payer ne s'en félicitera pas.Quant aux conséquences du flirt age avec les prohibiiionnistes, il y a des précédents récents daus l'histoire de la politique canadienne qui peuvent nous instruire.Pendant six ans les conservateurs ont fait espérer aux catholiques du Manitoba qu'ils allaient leur donner une loi qu'ils ne pouvaient pas faire adopter par les chambres.On connait la suite.Aujourd'hui ou fait naître des espérauces semblables dans le cœur des prohibitionuistes ; quant les espérances seront déçues — comme il doit arriver nécessairement — la révolte sera d'autant plus géuérale.LIBERAL.PRENEZ DES NOTES J'espère que Sir Charles Tupper prend des notes.J'aime à croire que M.Foster prend des notes, et M.Bergeron aussi, et tous ceux qui sont, ou se croient en position de succéder au pouvoir comme chefs d'un ministère conservateur.Quand les portefeuilles, dan6 trois, ou quatre, ou cinq ans, ou plus encoie peut-être, auront passé en d'autres maius et que des hommes de la gauche actuelle seront passés à droite, les ministres actuels qui trouvent le payB si prospère, et qui s'inclinent'avec tant de respect devant les "grands intérêts ", ne manqueront pas de crier que tout va mal, qae les monopoles régnent et oppriment le peuple, que la corruption est j ar-tout.Le futur cabinet conservateur est certain de recevoir le persévérant assaut de toutes ces accusations.Il lui sera très facile, pourvu que son chef et ses membres aient pris des notes ces temps-ci, de leur opposer des réponses victorieuses.Rien ne vaut, dans les discussions parlementaires le " Vous en êtes un autre ! " C'est d'un effet immanquable.Au lieu d'expliquer laborieusement, à travers les interruptions et les cris, la raison de sa conduite, il suffit de dire : — Mais ce que nos adversaires nous reprochent d'avoir fait, ou toléré, ils l'ont toléré ou fait au pouvoir, en telle ou telle circonstance.Du coup, les ministériels, hilares et réconfor-.tés, se resaisissent ; l'opposition qui était bouillonnante semble avoir subi l'effet réfrigérant d'une douche.Le gouvernement Mercier, dans la législature provinciale, a rendu de la sorte d'appréciables services aux conservateurs.Ce gouvernement durant son passage au pouvoir, entouré de castors et de gruge tirs de toute espèce, semblait s'être ingénié à fournir sans relâche ses successeurs conservateurs de précédents les plus topiques.Mais les scandales de cette époque commencent à rancir.On trouverait cruel maintenant de citer à tout propos les actes et les discours LE RÉVEIL 37 d'ïl y a dix ans.Ce serait peu utile et surtout peu drôle.11 faut doue qoe les conservateurs s'occupent à renouveler leurs munitions de précédents et do déclarations soi-disant libérales.C'est pourquoi je leur dis : " Prenez des notes." — Prenez-en la matière fournie est abondante.Nous avons un ministère libéral au pouvoir ; chaque jour il souffre, permet ou même commet quelqu'un de ces scandales qui soulevaient les plus vives protestations de l'opposition quand nous vivions sous 'un régime conservateur.Parlerons nous, en outre, avec ce qu'il permet ou corar'iet, de tout ce qu'il omet?Las mesures d'uue ilécsssité urgente pour le salut du pays eu danger, que réclamaient si ardemment du Ministère conservateur les députés libéraux, voit-on le gouvernement libéral les prendre.Sous l'impulsion de Tarte il lâche le programme de son parti et il oublie ses menaces.Depuis deux ans que ce ministère existe il n'a réussi croyons-nous qu'à réduire le tarif de uu pour cent.Jadis ou criait contre l'alliance des manufacturiers avec des ministres conservateurs.M.Tarte déclare ouvertement à Valleyfield qu'il a eu des conférences avec M.Gault, et nous pouvons eu deviner la nature, puisque le manufacturier aurait dit au ministre : " Vous pouvez compter sur moi." Avec Mulock nous nageons dans l'impérirlisme ; avec blair, Sifton et Tarte uous sommes comblés de jobs.Que faut-il dire encore ?N'insistons pas; mais je répète aux une fi conservateurs : " Ne vous en rapportez pas à votre mémoire ; consignez chaque incident sur vos carnets, c'est plus sûr.Accumulez, entassez, les bons petits précédents.Tant d'exemples, quotidiennement répétés, vous donneront sans doute uu peu de hardiesse enfin pour faire encore des jobs, encore de la loyauté, encore du protectionnisme lorsquo vous serez revenus au pouvoir.De la conduite actuelle du gouvernement vous pourrez, si le sort vous favorise, tirer cette preuve que le pays veut absolument rester endetté, pillé et assujesti à l'Angleterre, puisque les libéraux eux-mêmes l'ont voulu ainsi." Vous n'avez qu'un danger à courir, c'est que le parti libéral se resaisisse, chasse les aventuriers politiques de ses conseils, et donne enfin au pays les réformes promises.RIOOLO.Opera français Les représentations spéciales du Parc Sohmer pour le bénéfice des artistes ont attiré cette année nne foule considérable.Le public a voulu de cette manière prouver son appréciation du travail incessant, nous pourrions même dire prodigieux que l'on a apporté daus la préparation des programmes du Parc cet été.Parmi ces " bénéfices ", celui qui a été donné au profit de M.Vérande, est naturellement celui qui a ou le plus d'éclat et le plus do succès.Nous disons "naturellement" car il est bien, connu que M.Vérande a été la cheville ouvrière de la troupe dn Parc, qu'il s'est multiplié pour monter les pièces.Du reste la popularité de M.Véraude à Moutréal ne date pas d'hier, et il a su se conserver la faveur du public par uu travail constant qui a douné à son talent plus d'ampleur et de variété.Mais la saison d'été qui vient de se terminer au Parc Sohmer ne prouve pas seulement la popularité des artistes qui ont paru sur la scèue ; elle prouve aussi et surtout la graude popularité de l'opéra français à Montréal.Jamais le Parc n'avait fait des recettes aussi considérables que cet été.Et si l'opéra français travesti obtient un tel 6uccès en été, pourquoi ne peut-on pas avoir une saison d'opéra l'hiver qui est le temps propre pour les théâtres ?Nous répondrons que tout dépend de l'organisation.Ses amateurs Montréalais ne vont voir les troupes américaines qui uous viennent qu'à défaut d'autre chose.Ils comprennent peu ou mal ce qui se joue.Ce qui convient à notre gout, à notre tempé-ramment, c'est l'esprit français, la musique française, les artistes français.A 88 LE REVEIL La moyenne dos entrées à l'ancien opéra français l'a prouvée.Il suffirait donc d'une organisation pratique dans laquelle les dépenses seraient maintenues daus les limites du nécessaire, du raisonnable, pour assurer le succès.Aussi, espérous-nou6 encore voir s'organiser une troupe d'opéra français pour cet hiver.POPINA.MADAME PACAUD Les funérailles de Dame Clarisse Duval.épouse de feu P.N.Pacand, en sou vivant notaire et négociant do St-Norbert d'Arthabaska, out eu lien vendredi dernier à St-Christophe, au milieu d'un nombreux concours de parents et d'amis.Madame Pacaud était la fille de feu sieur Etienne Duval, cultivateur do la banlieue de Trois-Rivières, ainsi que la sœur de feu Olivier Duval, en son vivant, cultivateur du même lieu, et de fen Louis-Oonzague Duval, eu sou vivant avocat et régistrateur do Trois-Rivières.M.Oliva Duval, aussi cultivateur, résidant actuellement à la Banlieue des Trois-Rivières.était son neveu.Le deuil était conduit par MM.Ernest, Alphonse, Auguste et Gaspard Pacaud, ses fils, Bruno Duval et N.A.Belcourt, ses neveux, et L.'A.Cauuon et Lucien Pacaud, ses petits-fils.Les porteurs étaient sir Wilfrid Laurier, l'hon.jugePlamoudon, l'hon.sénateur Bolduc, M.Louis Frechette, M, Liuière Taschereau et M.Pierre Junean.L'église était toute tendue de uoir pour la circonstance.Le chant, dirigé par M.Roméo Pois-sou, a vivement impressionné tous ceux qui out assisté.La famille a reçu des télégrammes de condoléances de la part de ceux qui étaieut empêchés d'assister aux funérailles.Madame Pacaud était avant tout uue femme chrétienne, dévouée à son mari et à ses enfants.Elle était affable à tout le monde, pauvres comme riches, aussi la société de St-Christophe a perdu eu elle un de ses plus beaux ornements, et les pauvres une bonue ïime.—Communiqué.EN SEPTEMBRE (FBANCHE-COMTE) Les brouillards gris et blancs tamisent la lu- [mière, Et sur le bord du bois où verdit le gazon Je regarde pensif,1 assis daus la bruyère, Se dérouler sans fin jusqu'au pâle horizon Les irouillards floconneux, poudroyants de lu- [mière.Auprès de nons la lande immense est toute en , [(leurs Abeilles et bourdons vibrent, essaims en fête ; L'or éteint du soleil aux exquises pâleurs Ver si' aux champs reposés une clarté discrète, Et de longs fils d'argent scintillent dans les [fleurs.Au loin, des bois cendrés s'étagent dans la bru- [me Par leurs profils perdus, l'horizon est fermé ; Les dernières forêts se fondent, molle écume ; Avec l'azur soyeux du ciel au ton calmé ; Les bois lointains et frais nous semblent fait [de brume L'année à son déclin a d'étranges douceurs Pour les lents promeneurs aux vagues rêveries ; Mélancolie et brume automnale sont sœurs, Et les vapeurs d'argeut dea bois et des prairies Mêlent aux cœurs muets leurs intimes douceurs.Et, fuyant la rumeur des multitudes vaines, J'aime à vons savourer longtemps, azur pâli, Beaux jours demi-voilés, après-midi Bereines, Qui savez nous remplir des langueurs de l'oubli Et du mépris divin des multitudes vaines ! CHARLES ORANDMOUOIN.C'EST SI FACILE S'enrhumer est bien facile, mais il est facile aussi de se guérir du rhume en prenant quelques doses de BAUME RHDMAL.109 LE RÉVEIL A PROPOS DE MIRACLES Les camelots sont gens heureux.Non seulement les mille faits de la vie leur sout uue occasion de gain en môme temps que de plaisanterie ; mais encore voici que la Providence se met dans leur jeu ! Et, eu effet, à Lourdres où uu ' " traiu blanc " a amené quantité de pèlerins, les camelots sont appelés, à crier — et crient, dit le Figaro — non pas le résultat complet des courses, mais " le résultat compiet des guérisons de la première journée de pèlerinage." J La chance favorise étonnammeht les camelots, car la direction du Théâtre-Piscino de Lourdes majore le uombre des pseudo-gud risons de façon à entreteuir une réclame susceptible de faire affluer la clientèle.Âu besoin, ou attribue à l'eau de Lourdes des miracles que l'on dit au Figaro ue pas lui être dus.Le journal de Paris le constate eu ces termes : La liste que lo docteur Boissarie m'a communiquée ce matin comprend douze noms ; mais quatre des guérisons qui s'y trouvent mentionnées sont anciennes.Deux autres se sont produi tes ces jours derniers dans le sanctuaire de Sainte-Radegonde, à Poitiers.Six guérisons auraient eu lieu hier à Lourdes pendant la procession du Saint-Sacrement.Mais il convient de ne les annoucer que sous les plus expresses réserves.D'ailleurs, les maladies les plus intimes sout objet de réclame et la Croix cite parmi les guérisons : Mlle Louise Merle, de Courtioles (Marne,) âgée de quinze ans.Son médeciu déclare qu'elle est atteinte à'anurie, depuis le mois de janvier 1898.Depuis ce moment, la malade n'a pas rendu plus de 200 grammes d'urine par vingt-quatre heures.Depuis l'autre jour, après le premier bain de piscine, la malade urina beaucoup plus.Les douleurs des reins et du ventre ont diminué.Le 23 août l'amélioration continue.A quand la publicité dans les vespasiennes ?En [attendant, rien n'est ménagé pour que les camelots fassent des affaires à Lour dés.Heureux camelots que les camelots du miracle ! RIEUR.CONFLIT DE SAINTS Saint-Georges qui a l'habitude de terrasser des dragons, vient de " tomber " Saint-Antoine de Padoue de lamentable façon.La chose s'est déroulée ces jours derniers devant le tribunal de Montpellier.Voici les faits : Un riche industriel ayant perdu son fils qui portait le prénom de Georges, eut l'idée d'élever une chapelie commemorative en mémoire du décédé.Naturellement cette chapelle devait être dédiée à St-Georg»:s.Le supérieur d'uu convent voisin mis au courant des projets de l'industriel, se chargea de les réaliser moyennant uu versement de 60,000 francs.Il fut couveuu que la statue de St Georges ornerait l'entrée du sanctuaire Mais 60,000 francs ne forment pas une somme suffisante pour l'édificatiou d'un monument de cette importance, aussi notre religieux commen-ça-t-il à battre la grosse caisse pour draguer des écus aliu d'obtenir des subsides supplémentaires.Malheureusement, St-Georges, — uous constatons le fait «"tns vouloir froisser l'amour-propre du »aint — b.Georges, disons-nous, n'est pas un canonisé faisaat recette dans le midi de la France.Les fidèles rechignaient à dégoniler leur bas de laine en l'honneur d'un saint peu côté sur lo turf des miracles.Notre religieux le compris et eu roublard connaissant les âmes de la gent dévote et corvéable, il mit Saiut Autoine de Padoue daus l'affaire.Naturellement l'industriel protesta.Le religieux tiut bon.La chapelle servirait à deux lins ou plutôt à deux saints.Saiut-Autoine de Padoue au sommet du clocher.Refus de l'industriel.Entêtement du capucin.Ou plaida.Le tribunal civil de Montpellier vient de rendre sou jugement daus l'affaire.Il donue raison à St-Georges et flanque St-Antoiue de Padoue à la porte. 10 LE REVEIL On remplace depuis hier, ce dernier saiut par un coq, Et notre religieux cherche une poule aux œufs d'or pour combler le déficit produit par la disparition de l'attraction principale de la sainte bagnole.Nous en donnons respectuesement avis à la chrétienté.xxx.Les journaux religieux publient uue lettre de Mgr l'évêque de Montpellier qui prouve avec quelle nouvelle abnégation le clergé a désarmé et la soumission qu'il témoigue pour les lois mêmes qu'il avait le plus émiuemeut critiquées.Après avoir rappelé aux curés de son diocèse qu'il leur avait ordonné de 6e conformer à la loi sur la comptabilité des fabriques, l'éminent prélat ajoute : Voici que, aujourd'hui, un journal local, plus favorisé que je ue le suis moi-même, enregistre, avec une satisfaction évidente, les noms de trente sept trésoriers de fabrique frappés par e conseil de préfecture de l'Hérault, daus les séances du 30 juillet et du 5 août 18H8, d'une amende variant entre 30, 50, 60 et 100 fr., à cause du retard que ces messieurs auraient apporté au dépôt de leur compte de gestion pour l'exercice de 1804.Vous comprendrez aisément, messieurs, que cette nouvelle m'ait douloureusemeus ému.11 "est toujours pénible, même quaud on croit y être obligé par sa conscience, de se plaindre d'une mesure adoptée par le gouvernement de son pays.Ce n'est pas de nos rangs, vous lc savez, que sortent les critiques les plus irréfléchies, inspirées par le par le parti-pris et par la passion.Comme conclusion, les retardataires sont invités à se conformer â la loi.CONFIANCE BIEN PLACEE Tout le monde a confiance le BAUME RHUMAL parce que tout le monde connaît le résultat de son emploi dans les affections de la gorge et des pouinous.112 POUR 22 FRANCS U y a quelques vingt ans, nn industriel ayant acheté des terrains vagues dans les landes se mit à fonder un graud journal politique et littéraire, dont le prix d'abonnement était de cent francs par an.U est vrai que le journaliste madré offrait, à titre de prime absolument gratuite, 100 mètres de tfrrains dans les fameuses landes dont il s'était rendu acquéreur au prix de 4 ou 5 centimes le mètre.Je vois encore les affiches bariolées annonçant l'excellente affaire !.•.Tout le monde propriétaire d'un lopin de terre et abonné d'un journal ponr 28 centimes par jour, 8 fr 40 par mois, 100 francs pour les 12 mois.Eh bien ! Quelque tentantes que fussent les affiches, l'affaire ne prit pas, le journal tomba du haut de quatre ou cinq numéros, et les landes demeurèrent en friche et à la disposition des amoureux en quête d'abris, loin de la dangereuse morale de mossieu le garde-champèlre.Voilà que le terrain que l'industriel offrait ii i-bas à ses lecteurs, un industriel religieux l'offre dans le ciel.Et franchement un " pied-à-terre, " là-haut, ne saurait être banal." La Correspondance des Missions, publication franco-italieuue, organe des missions et des pèlerinages, paraissant tous les dimanches, offre à ses abonnés, moyennant un supplément de sept fraucs, le réécrit de Saiut-Père accordant la bénédiction pontilicale et l'indulgence plénière 'in arbiculo mortis.' " On reçoit le diplôme huit jours après la demande.L'abonuement à cette remarquable publication étant de 15 fr., le terrain daus le ciel est incomparablement supérieur à tous les.points de vue au terrain bordelais.Si le moude, depuis que le radicalisme est venu, n'était pas tombé dans la plus noire hérésie, les demandes afflueraient à la caisse du pieux journal. LE REVEIL 41 Maiu la foi, qui commençait à dégringoler à l'heure où mon bo.délais offrait des terrains a 100 francs par an, a disparu tont à fait à l'heure où, pour 22 francs, on peut acquérir une portion du ciel.Qnelle pauvre société que lu nôtre.CANDIDE.Les agents d'affaires n.» se douteut pas qu'il est au ciel un nommé Thomas qui leur fait une concurrence déloyale.On inonde le département de la Manche de prospectus où il est dit que " moyennant un sacrifice pécuniaire, on s'assure hi puissance du bienheureureux Thomas, qui se 'fait au paradis le ' chargé d'affaires ' des âmes chrétiennes qui mettent en lui leur confiance." L -s exploiteurs de saint Thomas et autres savent qu'ils trouveront toujours des âmes confiantes pour tenter le sort moyennant finance.Mlle ALMERINDA Depuis quelques jours, on s'occupe beaucoup en Italie d'uue émule de Mlle Gouesdon, Mlle Âlmerinda fille d'nn ingénieur de Naples, qui se dit depuis plusieurs mois en communication avec Jésus-Christ.Un rédacteur du Conrriere délia Sera, qui est allé la voir, publie les déclarations que lui a faites la visionnaire.— Oui, Jésus est ici, dans mou cœur.Si vons sortiez de cette chambre, si je restais seule, il se présenterait à moi sous des traits humains et serait avec moi.Pourquoi suis je presque toute la journée seule dans cette chambre ?Pour le voir et l'adorer.U se cache dans mon cœur quand il entre quelqu'un, il faut que nous soyons seuls, lui et moi.— Al >rs le pape mourra ?— Oui.— Et après ?— Après, nous aurons un " secrétaire général " de Jésus sur la terre ; il n'y aura plus de papes, et ce secrétaire sera choisi par Jésus lui-même en lisant dans le cœur de ses ministres les plus méritants.— Et le Nazaréen qui sortira de votre cœur sera visible ù tous ?— Oui, un jour seul.Et dans cette maison.— Et je pourrai voir l'Enfant Jésus ?— Oui, mais il faudra vous confesser et communier.Ce jour-là, pour le voir, la préférence sera " réservée aux journalistes." Je mourrai le 5 août ; je ressusciterai le 6, et le 15, je monterai an ciel.C'est égal ! Jésus prenant un secrétaire général tout comme nn directeur de théâtre, et accordant des cartes de presse ! _ Mlle Almerinda nous permettra d'être scepri-ques ! EIEUB.Le congrès catholique allemand a été clôturé ces jours-ci, par le chant du cantique : Grosser Gott, loben dich." Nous te louons, Seigneur ! " La dernière séance a été remplie par des détails financiers lamentables sur l'état du trésor pontifical, le produit du Denier de saint Pierre étant tombé de 4 millions de francs à 2£, et le budget des dépenses s'élevant à 7 millions.Les congressistes ayant voté le rétablissement du pouvoir temporel sans se soucier des intérêts de la triple alliance, qui est, cependant, la girautie de l'unité nationale.A Prague il y avait aussi, cette semaine, un congrès catholique dont le président, le comte Zichy, a prononcé uu discours de clôture finissant par ces mots : " Je suis d'abord catholique et ensuite Hongrois." C'est la parole d'un croyant, mais ce n'est pas celle d'un simple patriote.Cornaro dit aussi dans la Reine de Chypre: " Ma vie est à ls République, mais mon honueur est à moi." U est certain que l'homme qui a la foi, doit mettre Dieu au dessus de tout.La foi d'Henri IV arrange mieux les choses.CEUX QUI ONT DES YEUX Verront que le BAUME RHUMAL a bien vite raison du rhume, de la toux, et autres affections de la gorge et des poumons.110 42 LE REVEIL UNE ENQUETE Un de nos quotidiens a commencé une enquête.Vous savez que les grands assassinats, les grands chantages, les grands discours fleurissent toujours en hiver.11 faut donc pourvoir an remplacement de l'actualité qui l'ait défaut.— C"e6t pourquoi les journaux ouvrent des enquêtes au moment où les juges d'instruction clôturent les leurs.Un de nos confrères s'est avisé dc demander à nos hommes célèbres quel était leur idéal à vingt ans.Taine disait : "De vingt à liante ans, l'homme avec beaucoup de peiue étrangle 6on idéal, puis il vit ou croit vivre tranquille, mais c'est la tranquillité d'uue fiile-mère qui a assassiné sou premier enfant." Nos immortels du jour ne sout pas de l'avis de leur illustre allié, et rieu n'est plus divertissant, que leurs réponses.• La plupart — les meilleurs — se sont bornés à mentir.Us ont trouvé piquant de déclarer uu idéal de jeunesse tout à fait opposé è leur situation présente.Les autres — les médiocres — ont répondu qu'ils avaient •réalisé leurs rêves, bieu au-delà ds leurs espérances.Les uus et les autres en ont profité pour étaler leurs titres avec une modestie désespérante.Comme Déranger.Ile ue voulaient rien être, mais, malgré eux, sans l'avoir demandé, à leur corps defendant, ils sont devenus membres de l'Institut et grands officiers .le la Légion d'honneur ! Ah ! comme ils out soullert ! Savez-vous quel était l'idéal de Mlle Liane de Pougy i Vous l'avez deviué, n'est-ce pas Elle voulait être sœur de charité : Malheureusement elle a aujourd'hui un million dé diamants.Hélas, oui, ma chèrs.Et Coppée ?Savez-vous sou rêve ?11 voulut être frère des écoles chrétiennes, tout simplement ; malheureusement, il a dù écrire une dizaine de drames profanes et des vers sur les baisers derrière les voilettes .Ah ! le cabotinage de l'interview ! Et comme je comprends cette réponse d'Alexandre Dumas à un reporter qui lui demandait avec iustance une pensée qui reflétait son état dame actuel : —"Je pense, répondit gravement Dumas, que l'on doit ramoner les cheminées au commencement de l'hivei." liseuk.BIGARREAU 1 C'était à l'époque où l'on construisait la mai-sou centrale.L'administration des prisons ayant résolu de dédoubler le personnel de celle de Cl.eu transportant,les femmes qui y était détenues daus uue autre localité, un inspecteur généra-avait déclaré que les bâtiments de l'ancienne abbaye d'Auberive répoudraient merveilleuse ment aux vues du ministre.En conséquence l'Etat avait acquis le vieux domain • des Cisterciens, et ou était eu train de l'approprier à sa nouvelle destination, au graud désespoir des habitants du bourg, qui se souciaient peu d'avoir uue maison de force et de correction dans leur voisinage.Le directeur de Cl., impatient d'être débarrassé de ses détenus, pressait les travaux avec une activité fiévreuse ; et.comme son établissement u'était séparé d'Auberive que par une huitaine de lieues, il passait la moitié de sou temps sur le chantier des constructions com meucée8.examinant les gros murs, harcelant l'architecte, bousculant les entrepreneurs et fai-saut endiabler les ouvriers.— Le directeur était un homme solide et trapu ; sa figure de négrier, haute en couleur, trouée de petite vérole, surmontée d'uue calotte de cheveux crépus, poivre et sel, était éclairée par deux yeux gris, fureteurs, froids comme l'acier et singulièrement énergiques.Jusqu'à ce que les bâtiments fussent en état de recevoir les femmes, il avait décidé qu'on y transvazerait uue ciuquautaine de jeunes détenus, aliu de les employer à des travaux de ter-rassemeuts, et il les attendait le soir même.Tout eu se promeuant sur la route qui domine la vallée de l'Aube, il expliquait les avantages de cette combinaison à M.Yvert, le garde général des forêts, avec lequel il prenait ses repas à l'unique auberge d'Auberive.| — Ils vout arriver, disait-il avec uu naïf or-gueuil professionnel ; avaut un quart d'heure ils seront ici.Us viennent de Cl.à pied, sous l'escorte de leurs gardiens, et vous verrez comme les gaillards manœuvre an doigt et à l'œil !.ils sont charmants.et heureux ! LE REVEIL 43 Un sourire aimable eutr'ouvrait ses lèvres minces et coupées par une balafre, tandis qn'il fouettait les chardons du revers de son rotin à pomme d'ivoire.Peu de temps après, daus la direction du village de Bay, la route poudroya au soleil cou -chant.Le directeur se fit uu abat-jour de sa large main, aux doigts carrés et uoueux, puis s'écria, triomphant : — Les voici ! Il ne se trompait pas.On les aperçut bientôt émergeant d'uu nuage de poussière.Ils marchaient quatre par quatre, les aînés eu tète, les petits à la queue, et les gardieus eu serre files.Entre les buissons verdoyants de la route, cette procession se détachait nettement aux rayons obliques du soleil, et se rapprochait sonsiblemeut des murs de l'ancienne abbaye.Quaud ils furent à portée de la voix, sur un signal du gardien-chef, ils entonnèrent une chanson où il est question des joies dt travail et des beautés de la nature Sanglés daus leur veste d'uuiforme, la casquette coiffant jusqu'aux oreilles leur téte rasée, ils soulevaient en cadence leurs pieds poudreux et défilaient militairement devaut le directeur et son compagnon.Tous tenaient respectueusement les yeux baissés et braillaient presque automatiquemeut leur vertueuse complainte : Le soleil luit, l'herbe est fleurie.Partons, mes amis, ô gué ! Vi'e au travail daus la prairie ! Celui qui travaille et qui prie A le cœur sain et le corps gai.Au prem'er aspect toutes ces figures eufant'-ne8 semblaient moulées d'après un typj unique : mêmes regards humblement sournois de chiens battus, même bouffisure jauue, mêmes gestes mécaniques, même jovialité de commande.— N'est-ce pas qu'ils sout gentils ?s'exclamait le directeur eu fraopant le sol du bout de 6on rotiu ; ils ont leurs huit lieues daus les jambes.lié ! hé ! il n'y parait pas.Les voilà dispos, irais comme des roses et gais comme des pinsons ! Dispos, c'était possible, bien que quelques-uns marchassent péniblement.Quand à leur gaieté le garde Yvert sut bientôt à quoi s'en tenir.Tandis que le directeur causait avec le gardien-chef, l'un des jeunes détenus resta eu arrière et s'arrêta comme pour dévisager le forestier.Son visage, semé de taches de rousseur, exprima une sorte d'effarement joyeux, et ses yeux bleus s'illuminèrent uu moment.— Numéro vingt-quatre, cria rudement le gardien-chef, qu'avez-vous à rester là comme uu ¦ lampin ?.Allons, dans le rang, et plus vite que ça ! Les traits du jeune drôle se rembrunirent, et Yvert, qui le regardait bien eu l'ace, fut effrayé do l'expression farouche, vieillotte et hypocritement soumise que prit soudain celte hâve figure d'adolescent.Toujours chtiitant, la colonue pénétra dans la cour de l'abbaye, et les grilles de fer de la gaan-do porte se refermèrent brutalement sur le troupeau des jeuues détenus ;— mais le souvenir de ce masque blafard et mobile, entrevu un moment pendant le défilé, resta gravé dans le cerveau du garde général.Le soir, quand il rentra dans sa chambre, il y repensa involontairement.Il lui semblait avoir rencontré quelque part une tête ayant certaine ressemblance avec celle du numéro viugt quatre mais c'était si vague, si lointain, qu'il ne put mettre un uom sur cette figure La chose avait peu d'importance, et lo lendemain il l'oublia.A quelques jours de là, comme il déjeunait seul, sou hôtesse, qui était passablement loqua;e, lui dit en le servant : — A propos, M.Yvert, vous avez vu les enfants qui travaillent à la prison ?— Oui, eh bien ?— Eh bieu ! il y en a uu qui est de votre pays et qui vous a reconnu en passait.Yvert se rappela de nouveau les yeux bleus écarquillés et la figure effarée du numéro vingt-quatre.Assurément ce devait être celui-là.M lis il eat beau fouiller dans sa mémoire, il no put retrouver une indication précise au sujet de cet enfant de son pays qui était venu échouer à la mais : n de correction.L'aventure ne laissait pas de l'intriguer néanmoins, et il exprima le désir de voir de plus près son jeune et précoce compatriote.La chose était facile ; l'hôtesse avait fait la conquête du gardien-chef, et elle promit à Yvert que grâce à l'entremise, de ce dernier, elle lui amènerait demain le détenu en question.Le soir, au dluer, le directeur de la maiso.i centrale arriva, euchauté de la bonne tenue " de ses enfants".Il ue tarissait pas sur ce sujet.— Ils sont charmants, répétait-il, et cependant monsieur, nous avons là le rebut d-î la société.Il y a parmi eux des meurtriers et des incendiaires, qui 6ont devenus doux et dociles comme des mou tous.Et voilà le résultat de notre discipli- 44 LE RÉVEIL ne physique et mornlo !.Avec ces créatures perverses, nous faisons des travailleurs utiles, comme on fabriqua de bon drap lin avec d'igno ¦ bles déchois.La solution de la question sociale est là, monsieur !.Et aussi peut-être la solution de la question économique».Mes gaillards coûtent à l'Etat cinquante centimes par jour et par tête, et ils remueut la terre comme des man -œvres que nous serious obligés de payer trois lraucs.Réduction du cou! de la main d'œu-vre et moralisatioa de l'espèce, voilà le véritable progrès humanitaire ! Le garde-général avait la langue levée pour demander quelques renseignemeuts au sujet du numéro vingt-quatre ; mais, malgré ses théories humanitaires, le directeur aux yeux durs et à la lèvre balafrée lui inspirait uue confiance limitée.Craignant d'attirer sur son mystérieux compatriote l'atteut ion de ce terrible apôtre du progrès par la discipline et le travail à prix réduit, il résolut d'attendre et de juger par lui-même.Le lendemain, la ponctuelle hôtesse introduisait dans la chambre d'Yvert uu garçon d'nne quinzaine d'années avec lequel elle le laissait en tête à tête.C'était bien le numéro vingt-quatre.Pôlot et graéj serré dans son uniforme de travail, il se tenait la casquette à la main devant le forestier.Sa tête, aux cheveux blonds, coupés ras, avait l'air d'uue boule ; ses yeux bleus rusés s'abaissaient et se Levaient alternativement,comme si leur propriétaire avait voulu étudier et tàter son interlocuteur avant de se, livrer.— Vous ne me reconnaissez pas.m'sieu ?de-mànda-t-il eufiu d'une voix timide et gouailleuse, je vous ai fait pourtant plus d'uue commissiou, dans le temps que vous étiez à Vil lot te ! Pour le coup les souvenirs du garde se réveillèrent.— Bigarreau ! s'écria-t-il.Il se rappelait maintenant, ce gamin de huit ans aux cheveux embroussaillés, couleur de paille, qui vagabondait daus les rues de sa petite ville, vêtu d'uue mauvaise chemise et d'un pantalon eu loques, et qui se drappait dans ses guenilles avec une iusouciauc.: et uue drôlerie si amusantes.Ses joues rebondies et rosées, ses lèvres couleur de cerise lui avaient valu ce nom de " Bigarreau " dont l'avaient baptisé les gens du crû Né d'un père iucounu et d'uue pauvresse qui le laissait à l'abandon, il vivait sur le domaine puDlic et y exerçait pour vivre ceut métiers industrieux, dout le plus honorable consistait à porter les billets doux des jennes gens aux grisettes du faubourg.L'été, daus la saison des bains, il gardait les vêtements des baigueurs assis à l'ombre, sur la berge de la rivière, fumant des cigarettes ot riaut aux éclats lorsqu'un nageur novice lâchait son paquet de joncs et " buvait uu coup." L'hiver, il se réfugiait dans la baraque du marchand de marrous ; il fendait le menu bois, entretenait un feu clair sous la poêle trouée, et attrapai' deci delà quelques châtaignes rissolées, qui lui réchaulfaieut les doigts d'abord, et ensuite, calmaient les impérieuses exigences de sou estomac creux.Tous ces détails revenaient maintenant à la mémoire d'Yvert avec uue grande netteté.Il examinait ce visage bouffi d'où les couleurs rosées avaient disparues et où le séjour de la prison avait dé|à marqué daus le tour des yeux ainsi qu'au coin des lèvres les signes d'uue dépravation précoce.Il se demandait si, eu chargeant jadis ce gamin de huit aus de porter des lettres d'amour auv petites ouvrières de Villotte, et en eutretenaut ses habitudes de vagabondage, il ne l'avait pas, tout le premier, poussé daus la voie qui aboutit à la maison centrale.11 so sentait à demi responsable de cette corruption, et, pris d'un mouvement, de pitié, il regardait presque affectueusement lc jeune drôle qui se daudinait en tournant sournoisement sa casquette dans ses doigts.— Comment, c'est toi, Bigarreau ?répétait-il.— Oui, c'est moi ! répondit le détenu, tandis que sa figure s'éclairait d'uu sourire et que ses yeux s'enhardissaient.— Mou pauvre gars tu t'es donc fait mettre en prison ?— Ah ! voilà reparti Bigarreau sans le moindre embarras, j'ai pas eu de chance !.Vous savez qu'eu été je gardais les effets des gens qui se haignaient à la Brèche ?., Uu jour, eu secouant uu pantalon, j'ai fait tomber uu écu de ciuq francs.Jamais je n'avais vu tant d'argent, ça me brûlait les doigts.La tête m'a tournée, j'ai pris la pièce et me suis sauvé.Vrai, je ne l'ai pas eu plutôt en poche que j'ai voulu rebrousser chemin pour aller la remettre dans le pantalon.Malheureusement j'avaia été vu, ou m'a empoigné, ct vlan, au clou, puis devant le tribunal, où les juges m'ont condamné à rester eu cage jusqu'à mes vingt et un aus.C'est ce qui s'appelle ne pas avoir de chance, n'est-ce pas m'sieu ?Il débitait cela d'uue voix déjà rauque, avec un mélange d'indifféreuce et d'effronterie.Yvert lui demanda comment il se trouviit du régime taut vanté par le directeur.Alors sa lèvre inférieure s'allongea, sa figure s'assombrit, et il fit uue grimace significative. LE RÉVEIL 45 — Malheur ! ça n'est pas drôle, allez !.On nous a fait venir de Cl-à pied, avec nne soupe dans le ventre, et depuis que nous som mes arrivés uous travaillons à des terrassements près du bois, là où sera le cimetière de la prison.Dix heures à remuer la terre en plein soleil ! Avec ça mal nourris : des fayots haricots à tons les repas et despatoches en guise de dessert.Les gardiens tapent comme des sourds! Ah ! m'sieu, oa est le temps où je flânait le long' de la rivière de chez uous, en regardant les araignées d'eau qui se tiraient les pattes daus le courant ?Moi aussi je voudrais bien me tirer des pattes ?.Mais M.le directeur n'entend pas ça ; il ne veut pas qu'il soit dit qu'on s'ennuie daus sa boîte."Tous frais comme des roses et gais comme des pinsons." Ii veut qu'on chante pour faire croire aux gens qu'on est heureux comme des coqs eu pâte.Quelle farce ! Et penser que j'en ai eucore pour cinq uns ! Mais voyiez-vous m'sieu, j'ai pas envi d'achever mon bail.Son œil s'allumait, il cliguait les paupières d'un air mystérieux.Il termina sa harangue sollicitant de son compatriote quelques sous pour " son tabac." Yvert lui douua une pièce blanche, en assaisonnant son cadeau d'un grain do morale.Bigarreau glissa la pièco dans la doublure do sa easquotte, écouta le sermon avec un sourire ironique, et, sous prétexte que l'heure de la rentrée au chantier allait sonner, il tira sa révérence au garde général.II Le nouveau cimetière des femmes devait occuper tout un terrain en friche avoisinaut la lisière du bois de Montgérand.De l'endroit où les jeunes détenus creusaient les fossés des fondations, ou dominait la vallée de l'Aube.On voyait, comme au iond d'uue combe, la petite église les deux rues du village adossé à un cirque de forêts montueuses, les loits d'ardoise de l'ancien -ne abbaye émargeant d'un fouillis de sapius, puis l'Aube sinueuse, argentée, frétillant au soleil entre des prés en fleurs, dans la direction de Bay, où un nouvel horizon de collines et de forets arrêtait le regard.La lumière se jouait sur ces prés épanouis, sur cette eau courante, sur ces moutonnements lointains de feuilles bleuâtres.Des alouettes gasouillaient en plein ciel, des bouillonnements d'écluses, des chants de coq et des voix d'eufants montaient du village.C'était un gai spectacle que celui de la vallée baiguée dans l'eusoleillement de cette mati- née d'étée ; mais les jeunes terrassiers de la friche de Mongérand n'en jouissaient guère.Sous l'œil d'argus du gardien.oh-!' Seurrot, ils remuaient la terre, et ou ue leur laissait pas le loisir de bayer aux mouches.Les aînées maui-aieut la pioche, les plus petits se mettaient à deux pour pousser la brouette.L-s dos couverts de grosse toile el les tètes coiffées de chapeaux de paille, sans cesse en mouvement, semaient sur le sol grisâtre et pierreux uu fourmillement de tacheâ blanches.Quaud les gamins se relevaient pour s'essuv-er le front, le lumineux aspect de la vallée verdoyante, loin de produire un effet de calme et de ré :oufort, éveillait dans ces poitrines d'eufants une sourde irritation.Cette i n v i.n ion à la joie, éparse dans l'air, aviit pour eux quelque chose d'ironique et de cruel Le libre essor des alouettes, les courses vagabondes des hirondelles au ras de la rivière, leur rappelaieut presque amèrement le travail forcé, les bourrades des gardiens, les verrous de la prison, et leur instituaient des désirs de révolte et d'école buissonnière.Parmi les moins disciplinés et les plus impatients du joug se trouvait notre ami Bigarreau.La veille, au sortir du logis du garde général, il s'était empressé d'employer une partie A* son argent à acheter un paquet de cigarettes et une boîte d'allumettes.Ses nouvelles acquisitions étaient cachées dans les poches de sou pantalon, et, depuis le matin, il les tâtait de temps à autre avec une paternelle sollicitude, eu se promettant d'en griller uue dès que Seurrot aurait le dos tourné.La tâche de la journée était coupée par un repos d'une demi-heure, et à ce momont-là le gardien se relâchait uu peu de sa surveillance méticuleuse.Seurrot avait le cœur tendre, ut les yeux luisauts de l'hôtesse du " Lion d'Or," l'attiraient invinciblement vers le verger de l'auberge, situé eu contre-bas du chantier.Bigarreau avait table là-dessus.Dès que le gardien-chef eut pris le chemin du verger, le numéro vingt-quatre se glissa, avec des ondulations de couleuvre, dans les genévriers du talus, gagna le taillis et, choisissant de l'œil, parmi les arbres de bordure un alisier au fut élancé et à la cime feuillue, il y grimpa en deux temps, comme un écureuil.Perché à chevauchons à la fourche des hautes branches, dissimulé au plus épais de la feuillée, il tira alors ses cigarettes, en alluma uue et savoura lentement les délices du fruit défendu.Ou était bien, là haut, dans la verdure et la frai- 4P.LE RÉVEIL • cheur ! On appellerait entre les branches lus toitures du village, les miroitements de l'Aube dans la prairie puis, sur les deux versants de la vallée, les frissons des champs de seigle et d'avoine, alternant avec les bigarrures des sainfoins et des trèfles incarnats.Les merles sifflaient dans le taillis, les fauvettes des roseaux bavardaient daus les saules de la rivière et un veut frais vous berçait comme dans uu hamac.On y était si bieu que Bigarreau s'y oublia.Quand Seurrot revint en mâchonnant une rose entre ses dents et qu'il passa en revue sa petite troupe, il s'apperçnt du premier coup d'œilque l'un des déteuus manquait à l'appel.— Où est le numéro vingt-quatre, s'écria-t-il.Les gamins échangèrent un regud sournois et se bornèrent ù répondre par des haussements d'épaules.Le gardien-chef crut d'abord à uue évasion, et il en devint pâle.Ses regards inquiets fouillaient le taillis ; tout-à-coup, ils distinguèrent à la cime d'nn baliveau les légères spirales d'une fumée bleuâtre.Cela n'était pas uaturel, et le délinquant devait s'être gilé là haut.S.inrrot bondit sur le talus ; eu un clin d'œil il fut au pied de l'arbre.«•! il n'eut pas graud peine à y découvrir les jambes pendantes de Bigarreau.— Ah ! grediu, s'exclama til tu te donue de l'air, et tu fumes, encore !., oe qui est contraire au règlement.Vas-tu descendre, garnem sut ?Bigarreau était, pincé, mais il avait l'avantage de la position, el il essaya d'en abuser.— Je veux bien, répoudit-il, mais auparavant vous me promettez ne ne pas me punir, n'est-ce pas ?.— Tu me poses des conditions, je crois ?répondit Seurrot furieux.Descends de ban gré.ou ça va se gâter.— Je reste, alors ! icpartit Bigarreau.L'alisier était très mince et très élevé de fût ; le gardien-chef ue possédait aucune des aptitudes d'uu grimpeur, et il avait beau secouer l'arbre violemment, le délinquant ne bougeait pas.— Ah ! tu résistes à l'autorité, chenapan ! Holà ! vous autres, qu'on m'apporte une hachette et vivement ! A cette injonction, lancée d'une voix tonitruante, deux détenus avaient obéi.Seurrot saisit rageusement la hachette qu'on lui présentait, et, sans se soucier de commettre un délit forestier, il attaqua l'alisier au collet de la raciue.Aux premiers coups qu'il porta, l'arbre frémit do la base à la cime, mais Bigarreau resta impassible.Les coups de hache se succédaient, l'écorce et l'aubier volaient on éclats, la sueur perlait sur le front du gardien.Les deux jeunes déteuus que ce spectacle amusait prodigieusement, suivaient avec iutérêt les progrès de l'entaille parti-quée dans le tronc du baliveau.Ou entendit un brusque craquement, et cette fois Bigarreau, refléchissant que de deux maux il était sage d'éviter le pire, se laissa couler entre les branches, puis tomba comme uu paquet sur lo sol, heureusement feutré d'nne moussé moelleuse.— Vermine; ! je t'apprendrai à me narguer ! hurla Senrrot 'en l'empoignant par le bras.— Il avait été sergent de ville, et ses doigts serraient comme des pinces.— En même temps, de l'autre main, il administrait des bourrades dans les reius de Bigarroau, et le poussait vers le chantier.—Ah ! tu fumes en contrebande ! continuait le gardien en ponctuuit chaque mot d'une taloche.— Il fouilla les poches du détenu et éparpilla les cigarettes dans les déblais.— Où as-tu volé de l'arge-t pour acheter ça ?— On m'en a donné ! protesta Bigarreau.— Silence ! A la pioche, graine de galérien ! Nous éelaireirous la chose demain au rapport, quand M.le directeur reviendra.Et il t'enverra pourrir au cachot.,.Eu attendant, ce soir tu sonpera8 avec du pain sec ! L'après-midi se passa tristement pour Bigarreau.Quand, à neuf heures du soir, il put s'étendre dans son hamac, le ventre vide et les doigts ineurtrs de " patoches ", il se mit à réfléchir amèrement sur les misères de la journée et sur les éventualités du lendemain.Tout n'était pas fini.Le directeur devait arriver dans la matinée, et il était plus impitoyables que les gardiens.Bigarreau connaissait par expérience la façon dont ce terrible chef de service punissait les moindres infractions à la discipline .— Non, songeait-il en se recroquevillant dans sou h una -, jeu ai assez, et je n'attendrai pas son retour ! Des idées d'évasion lui bourdonnaient de nouveau dans la tête.Le dortoir improvisé pour les détenus était mal clos ; les gardiens avaient le sommeil dur ; vers la mi-nuit, on pouvait peut-être s'échapper, escalader un mur et gagner les bois ?., Dans tons les cas.c'était une aventure à tenter.—La nnit était-tout à fait venue , il entendit un des g trdins faire sa ronde, puis se déshabiller et se jeter lourdement snr sa couchette.Bientôt des ronflements emplirent la sonorité du corridor.— Agile comme un chat, Bigarreau quitta son hamac, enfila son pantalon et sa veste et suspendit à son cou ses sabots, LE REVEIL il rattachés par nne ficelle ; puis, pieds uns, retenant sou souffle, il se glissa jusqu'à uue croisée qu'on avait laissée ouverte pour aérer la salle située au premier étage.Un fois grimpé sur la console de la fenêtre, le gamin pencha sa tête au dehors.Au-dessous, dans l'obscure clarté de la nuit de juin, il distingua des carrés de légumes.Le terrain fraîchement arrosé, devait être mou.Bigarreau, les mains accrochées au rebord de la console, risqua la descente et al lai tomber sur des têtes de choux, qui amortirent sa\ chute.U se releva, se tâta, prêta l'oreille : — jpas uu bruit, sauf le clair frémissement de 1'Av.be coulant à travers le jardin.— Alors il longea la rivière jusqu'à la baie cintrée par où elle sortait du parc ; puis, entrant bravement dans l'eau, qui ne lni montait que jusqu'aux genoux, il suivit le fil du courant et gagua avec lui la pleine campagne.III En ce temps-là.le courrier qui conduisait les dépêchée à Châtillon-sur-Seine pjirtait d'Auberive à trois heures du matin.An moment où le lourd " briska ", traîné par deux che.\aux, tournait l'angle de l'ancienne forge pour s'engager sur la route montante qui mène à Reoey-sur-Ource, un garçon portant ses sabots en sautoir, grimpa à la volée sur la bâche, et, s'accrochant aux cordes qui retenaient le bagage, s'assit à l'arrière, les jambes pendantes.Le bruit des roues et le trot de» chevaux empêchèrent le conducteur, à demi ensommeillé, de s'apercevoir de la présence de ce voyageur inatteudu et subep-tice.Le briska continua de rouler daus uu nuage de poussière jusqu'au sommet de la côte ; il traversa le petit village de Germaine encore silencieux et endormi, puis il remonta avec lenteur la rampe des bois de Colmiers.Il était quatre heures, et le soleil se levait derrière la forêt d'Auberive, dans un serais de légers nuages roses.Les premiers rayons obliques, perçant l'obscurité des futaies, piquaient de points argentés, ici un tapis de lierres, là un fouillis de clématites, tandis qu'en contre-bas la route serpentait dans une ombre bleuâtre, entre denx talus tapissés de ronces humides et de millepertuis eu fleurs.Les oiseaux ébouriffaient leurs plumes et gazouillaient dans les fourrés.Un chant de coq résonna comme un coup de clairon dans la direction d'une ferme lointaine.On arrivait au sommet du plateau.Accroché aux cordes de la bâche, Bigarreau, car on a deviné que c'était lui, songea sans doute qu'il était imprudent de se risquer en plaine, lorsque les futaies voisines lui offraient un asile à la fois frais et plus sûr.A un endroit où les roues frôlaient les digitales du talus, il se laissa choir dans l'herbe mouillée, quittant incognito, comme il y était monté, le briska, qui se mit à trotter sur là route aplanie et disparut bientôt dans la poussière du grand chemin.Après avoir suivi de l'œil ce nimbe p udrenx qui "décroissait et se rapetissait dans la lumière vermeillo du soleil levant, Bigarreau franchit le fossé, chaussa ses sabots et s'enfonça sous bois, à l'aventure.A suivre.ANDRÉ THEURIET.M.l'abbé Perrin, vicaire à Bourg de-Péage (Drôrae,) vient d'adresser sa démission à l'évêque de Valence par une lettre dans laquelle il dit qu'il s'affranchit du joug clérical ponr suivre le credo de la raison et de la libre-pensée.Voilà bien le troisième en moins de quinze jours.Ponr ceux qui n'ont pas l'ambition dn Père Didon et qui out son intelligence, le froc aux orties est ia plus sage solution.La guerre hispauo américaine a fait du tort au commerce jusqu'à celui du denier de Saint-Pierre.L'Espagne n'a pu donner autant que d'habitude : la souscription pour les frais de guerre a passé avant le soin de l'entretien du Pape.Les catholiques des Etats-Unis boudent le Souverain Pontife qu'ils accusent d'avoir des sympathies pour l'Espagne.En uu mot on ne peut pas contenter à la fois tous ses fidèles.IL NE TIENT QU'A VOUS De vous guérir vite et bien si vous avez quelque affections de la goige et -'.es poumons, usez du BAUME RHUMAL, c'est le seul remède vraiment efficace.106 48 LE EÊVEIL PAS UN JOUR DE MALADIE Depuis Trente Ans RÉSULTAT DE L'USAOE OES PILULES D'AYER "Depuis plus «lo trente ans, les Pilules d'Ayer m'ont conservé la saiittS, n'ayant jamais été malarlo pondant tout ce temps.Avant l'âge de vingt ans, jo souffrais presqmi constamment—cola provenant de constipation—do dyspepsie, de maux do trie, do névralgie, de clous Ft d autres éruptions.Quand je fus convaincu que les neuf dixièmes de mes affections provenaient de la constipation, je commençai l'usage des l'ilules d'Ayer qui amenèrent Tes résultats les plus satisfaisants, n'ayant jamais eu une seule maladie qui ait résisté à ce remède.Ma femme qui avait été malade pondant dos années prit aussi les l'ilules d'Ayer et elle revint promptement à la santé.Lès l'ilules d'Ayer, prises à temps, en lâchent tout danger de maladie."— 111 : s u y Wettstkin, Byron, III.Les Pilules d'Ayes Loi plus hautes K¦•.,,,merles.Iirotik-ht beforo Every anient tatou nut liyusls iiroimiii ueiore the public by a notice given free of charge in tho iVanted-An Idea Protect your ldea«; they may Write JOHN WKDDEKBtJRN * neys.Washington, D.C, for the and lut of two hundred Invention! wanted.Who cut think of some ilmple thing to patent?bring you wealth.CO., Patent Attor- PERTE DE LA VOIX Après une Sévère Bronchite CUÉKIE PAS L'USAGE DU Pectoral-Cerise d'Ayer, LE CAS O'Uft PRÉDICATEUR."Il y a trois mois j'ai attrappé un violent rhume qui dégénéra en une attaque sévère de bronchite.Jewc mis entre los mains des docteurs ot au bout dc deux mois je n'avais ressenti aucune amélioration.Je trouvai qu'il m'était très difficile de prêcher et je résolus d'essayer le Pectoral - Cerise d'Ayer.La première bouteille m'apporta un grand soulagement; la seconde, que je prends maintenant, m'a délivré presque complètement de tout symptôme déplaisant, et je suis certain qu'une ou deux bouteilles de plus me guériront d'une façon permanente.A tous les ministres du culte souffrant d'affections de la gorge, je recommande le Pectoral-Cerisc d'Ayer."-E.M.Brawley, D.D., Sec.do District de la Société Am.Bapt.Publication.Petersburg.Va.le Pectoral-Cerise d'Ayrr LUiriaiUn d'Or a t'EiootiUon de Gnica-m
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