Rapport de l'Archiviste de la province de Québec, 1 janvier 1926, 1926-1927
[" RAPPORT de L'ARCHIVISTE de la PROVINCE DE QUÉBEC pour 1926-1927 L.-AMABLE PROULX Imprimeur de Sa Majesté le Roi 1927 Province de Québec BUREAU DU SECRÉTAIRE Québec, 30 décembre 1927 A l'honorable M.Narcisse Pérodeau, Lieutenant-gouverneur de la province de Québec.Monsieur le lieutenant-gouverneur, J'ai l'honneur de vous soumettre le rapport de l'archiviste de la province de Québec pour 1926-1927.J'ai l'honneur d'être, Monsieur, Votre très dévoué serviteur, Athanase David, Secrétaire de la Province. Québec, 29 décembre 1927 A l'honorable M.Athanase David, Secrétaire de la Province.Monsieur le ministre, J'ai l'honneur de vous soumettre mon rapport sur les archives de la Province pour l'année 1926-27.Tout d'abord, permettez-moi de vous offrir mes très sincères remerciements pour avoir obtenu du gouvernement de la province de Québec la construction d'un édifice spécial pour nos Archives.Il y aura bientôt deux cents ans qu'on réclame cette construction.C'est l'intendant Hocquart qui, le premier, le 5 octobre 1731, demandait au ministre de la marine, en France, \"un bâtiment à l'abri du feu\" pour mettre en sûreté les paperasses de cour et les pièces d'archives utiles à conserver.La requête de M.Hocquart intéressa si peu le ministre qu'il ne daigna pas même y répondre.Après Hocquart, le \"bâtiment à l'abri du feu\" a été demandé des douzaines de fois par ceux qui s'intéressaient à la conservation de nos archives.C'est grâce à vous, si le projet se réalise enfin.Tous, nous devrons de la reconnaissance au gouvernement pour cet acte d'administration prévoyante.Pour ma part, je serai heureux de constater que nos riches collections de documents sont enfin à l'abri de la destruction et des ravages du temps.On nous fait espérer que le nouvel édifice des Archives pourra être occupé dès 1929.Tant mieux, car nos collections de tout genre augmentent si rapidement que les voûtes, pourtant spa- vi archives de québec cieuses, mises à notre disposition dans l'édifice de la rue Sainte-Julie sont à peu près toutes remplies.La bibliothèque des Archives, entre autres, faute d'espace, ne pourra recevoir qu'un nombre restreint de volumes d'ici au déménagement.* * Les Archives de la province de Québec sont riches en pièces de toutes sortes sur les anciennes seigneuries de la Nouvelle-France.Je ne crains pas d'affirmer que nous possédons le fonds le plus considérable sur ce sujet si intéressant.Nous devons avoir plus de 25,000 pièces diverses sur les seigneuries, fiefs, arrière-fiefs, etc., du régime français.Aussi, une bonne moitié des demandes de renseignements que nous recevons tous les jours ont rapport aux seigneuries.Un inventaire de ces pièces s'imposait depuis longtemps, afin de guider les chercheurs et nous permettre de trouver en quelques instants les documents qu'ils veulent consulter.J'avais commencé ce travail dès l'organisation de notre Bureau, en 1920, mais j'ai dû l'interrompre bien des fois pour me mettre à des tâches plus pressées.J'ai le plaisir de vous informer que j'ai publié cette année les deux premiers volumes d'un Inventaire des concessions en fief et seigneurie, fois et hommages, et aveux et dénombrements conservés aux Archives de la province de Québec.Ces deux volumes de 300 pages chacun contiennent le résumé des pièces déposées aux Archives sur les seigneuries concédées dans la Nouvelle-France du 4 février 1623 au 3 novembre 1672.Comme le roi de France donna des seigneuries dans sa colonie du Canada jusqu'à la conquête, cet inventaire ne sera complété qu'avec la publication de trois ou quatre autres volumes.Les deux volumes que je viens de publier seront-ils utiles aux chercheurs ?Je ne puis mieux répondre à cette question qu'en reproduisant ici l'appréciation qu'en a faite M.William Bennett Munro, le célèbre professeur de l'université de Harvard.M.Munro, de l'aveu de tous ceux qui s'occupent d'histoire, est l'historien le plus autorisé sur tout ce qui touche le régime seigneurial au Canada. archives de québec vii M.Munro, écrivait donc récemment: \" In these two volumes, M.Roy, has made a very substantial beginning upon the task of inventorying all the official data relating to the seigniories of New France.Taking these seigniories, one by one, he gives an exact reference to the copy of the original title-deed in the Quebec Archives and also indicates where a printed copy of the deed may be found\u2014usually in the volume of Pièces et documents relatifs à la tenure seigneuriale which was published by order of the Legislative Assembly of Lower Canada more than three-quarters of a century ago.In addition, however, he gives references to deeds of augmentation, ratifications of title, acts of fealty and homage, intendant's ordinances, maps and surveys, transfers of title, and other official records, many of which are imbedded in the notarial archives.Every document relating to each seigniorial concession is chronologically listed and its contents carefully summarized.Not only that, but M.Roy has included the sub-seigniories or arrière-fiefs, most of which have hitherto eluded attention from students of the subject.\"These inventories are of great and permanent value by reason of the thoroughness and accuracy with which the work has been done.To searchers among early land-titles in the province of Quebec they will be invaluable.Twenty years ago, when I was floundering among the cahiers and cadastres, I would gladly have given their weight in gold for these two volumes.They would have cut months of labour into days.None but those who have been through this travail can sufficiently appreciate the persistence with which M.Roy has tracked every fugitive record to its source.Let one illustration suffice: The most recent writer on the seigniorial tenure (Thomas Guerin, Feudal Canada) dismisses the seigniory of Gaudarville with the statement that \"all the details of this seigniory are lacking; there is no record of the date on which it was granted, by whom, or to whom the concession was made; the entry merely states that it followed the King's Highway\" (p.184).Yet M.Roy calendars no fewer than ten official documents relating to this fief, including the original grant in 1652, the additional grant of viii archives de québec 1653, the actes de foi et hommage, the aveux et dénombrements, and divers other records (II, 10-14).\"As these two volumes do not complete the inventory it is to be hoped that a third volume (and more if necessary) will be forthcoming in due course.With a general index covering the whole compilation, we would then have a notable addition to our pathfinders through the Quebec archives (1)\".* * Depuis la fondation de notre Bureau d'Archives, en outre de nos rapports annuels, nous avons mis à la disposition des chercheurs vingt volumes d'inventaires.Ce sont: Inventaire d'une collection de pièces judiciaires, notariales, etc., etc.Deux volumes.Inventaire des ordonnances des intendants de la Nouvelle-France.Quatre volumes.Inventaire des ordonnances, commissions, etc., etc., des gouverneurs et intendants de la Nouvelle-France, 1639-1706.Deux volumes.Inventaire des insinuations du Conseil Souverain de la Nouvelle-France.Un volume.Inventaire des registres de l'état civil conservés aux Archives Judiciaires de Québec.Un volume.Inventaire des lettres de noblesse, généalogies, érections de comtés et baronnies insinuées par le Conseil Souverain de la Nouvelle-France.Deux volumes.Inventaire des procès-verbaux des grands voyers conservés aux Archives de la province de Québec.Deux volumes.Index du \"Bulletin des Recherches Historiques\", organe du Bureau des Archives.Quatre volumes.Inventaire des concessions en fief et seigneurie, fois et hommages et aveux et dénombrements conservés aux Archives de la province de Québec.Deux volumes.Chacun de ces volumes compte trois cents pages de matière.Les vingt volumes réunis donnent donc six mille pages d'inven- (1) Canadian Historical Raine, décembre 1927. archives de québec ix taires de pièces du régime français.Il n'y a que ceux qui ont fréquenté un peu les écritures anciennes qui peuvent dire ce que ces pages représentent de labeur et de recherches.Qu'importe! Nous n'avons pas inventorié encore le quart des trésors historiques des Archives de la Province.Si Dieu nous prête vie et santé, nous mènerons la tâche à bonne fin.En tout cas, si nous n'y réussissons pas, ceux qui nous remplaceront auront à cœur, espérons-le, de compléter ces inventaires.Notre passé est si beau, si évocateur pour les générations qui poussent, que le Bureau des Archives se doit de mettre toute sa documentation à la disposition de nos historiens et de nos écrivains.C'est le peuple canadien français tout entier qui, en définitive, y gagnera.* * * Les demandes de renseignements généalogiques nous viennent de plus en plus nombreuses.Chaque courrier nous apporte des lettres de personnes des différentes parties du Canada et des États-Unis qui veulent dresser leur généalogie.Nous donnons toutes les informations que nous pouvons trouver dans nos Archives.La plupart de ceux qui nous écrivent semblent sous une fausse impression.Le Bureau des Archives ne possède pas les registres de l'état civil de nos paroisses.Il y a dans la province de Québec près de vingt-cinq districts judiciaires.C'est au palais de justice de chacun de ces districts que se trouvent les registres de l'état civil des différentes paroisses, catholiques ou protestantes.Ainsi, les registres du district judiciaire de Montréal se trouvent au palais de justice de Montréal, ceux des paroisses du district judiciaire de Québec sont au palais de justice de Québec, et ainsi de suite pour les autres districts judiciaires de la Province.Nous voulons bien aider ceux qui s'adressent à nous pour obtenir des renseignements généalogiques mais il est élémentaire que nous ne pouvons leur donner ce que nous n'avons pas.Je suis à préparer un tableau de nos districts judiciaires avec la liste des différentes paroisses comprises dans leurs limites.Un simple coup d'œil sur ce tableau permettra au chercheur de connaître le dépôt d'archives judiciaires où il doit s'adresser pour obtenir un x archives de québec acte de l'état civil.De cette façon, il aura tout de suite ce qu'il désire et nos employés perdront moins de temps.Le séjour que j'ai fait en France au cours de l'été dernier m'a permis de rapporter une foule d'informations précieuses.J'ai visité là-bas un bon nombre de dépôts d'archives.Les archivistes ou préposés aux archives que j'ai eu l'honneur de rencontrer m'ont reçu avec la plus grande cordialité et m'ont donné les renseignements que je désirais.Il est bon de vous dire que notre Bureau était déjà connu de la plupart de ces archivistes.Plusieurs m'ont fait voir la série de nos rapports annuels et de nos inventaires qu'ils conservent précieusement comme souvenirs d'un pays qui porta longtemps le nom de Nouvelle-France.Partout en France on est touché du soin que le gouvernement de la province de Québec prend de ses anciennes archives françaises.Pendant l'année 1926-1927, nous avons reçu les dons suivants pour les Archives de la province de Québec: Bocquet, Marcel, Dieppe, France: L'abbé Guillaume Denis, de Dieppe, premier professeur d'hydrographie en France.Dieppe, station marine, balnéaire et climatique.Pierre Descelliers, père de l'hydrographie et de la cartographie française.Boucher, Dr, Rouen (France) : La première fête nationale de Jeanne d'Arc à Rouen en 1920 (don de l'auteur).Car on, L'abbé Ivanhoë, Québec: La colonisation dans la province de Québec (don de l'auteur).Chambre de Commerce de Dieppe (France) : Annuaire du port de Dieppe pour l'an 1927.Chrétien, E., Saint-Brieux, France: Louis Hémon, auteur de Maria Chapdelaine (don de l'auteur). archives de québec XI David, L'hon.Athanase, Montréal: Plusieurs volumes et brochures.Desrosiers, L'abbé Adélard, Montréal: Histoire du Canada (don de l'auteur).La race française en Amérique (don de l'auteur).Les écoles primaires de la province de Québec et leurs œuvres complémentaires (don de l'auteur).Ernest-Béatrix, Révd Frère, Iberville: Histoires canadiennes pour catéchismes (don de l'auteur).Espérandieu, Emile, Nîmes (France) : La maison carrée (don de l'auteur).La Tourmagne (don de l'auteur).Catalogue des musées archéologiques de Nîmes (don de l'auteur).De l'héroïsme français pendant la Grande Guerre (don de l'auteur).Foucher, A., La Rochelle: Eugène Fromentin (1820-1876).Giraud, L'abbé L., La Rochelle, France: Levées d'hommes et acheteurs de biens nationaux dans la Sarthe en 1793 (don de l'auteur).Gosselin, Mgr Amédêe, Québec: Ad Majora, par le R.P.Jean Laramée, S.J.Grasilier, Léonce, Neuilly (France) : L'affaire Petit du Petit-Val (don de l'auteur).Guillemant, L'abbé Charles, Arras (France) : Pierre-Louis Parisis: 1er vol., l'êvêque de Langres; 2e vol., le champion de l'église; 3e vol., l'êvêque d'Arras (don de l'auteur).Locht, M.Lagasse de, Bruxelles, Belgique: La Commission royale des Monuments et des Sites pendant la guerre (don de l'auteur).Établissement de barrages-réservoirs dans les vallées de l'Am-blève et de l'Ourthe (don de l'auteur).Avant-projet de loi relatif à la conservation des monuments historiques et des sites (don de l'auteur).A propos de l'avant-projet de loi relatif à la conservation des monuments et des sites (don de l'auteur). XII archives de québec Massicotte, E.-Z., Montréal: Auberges et cabarets d'autrefois (don de l'auteur).Plusieurs manuscrits et pièces d'archives.Mauger, Robert, Havre, France: Les justiciers du moyen âge et les animaux (don de l'auteur).Étude sur le langage de la banlieue du Havre par l'abbé C.Maze.Miles, L'honorable Henry, Montréal: One hundred prize questions in Canadian history (don de l'auteur).Morin, Victor, Montréal: Plusieurs livres et brochures.Musset, Georges, La Rochelle: Les Rochelais à Terre-Neuve dans les temps passés (don de l'auteur).Papineau, R.P., île Manitoulin, Ontario: Le premier livre algonquin imprimé en Ontario et peut-être en Canada.Poisvert, L., La Rochelle, France: Les Martyrs des Pontons 1794-1795 (don de l'auteur).Richard, Louis-Arthur, Québec: Maria Chapdelaine, l'épouse et la mère, conférence de l'hon.J.-Ed.Perrault.Roy, Antoine, Paris, France: Guide du lecteur à la Bibliothèque nationale de Paris.Roy, Adjutor, Lévis: Plusieurs volumes et brochures.Roy, Pierre-Georges, Lévis: Plusieurs volumes et brochures, Saint-Saend, M.le comte de, Paris: Le missionnaire indien.Simard, C.-J., Québec: Plusieurs volumes et brochures.Smithsonian Institution, Washington (Etats-Unis); Annual Report of the Board of Regents of the Smithsonian Institution for 1926.Vaillancourt, Emile, Montréal: Lettres de nomination de Mgr Bélanger comme chanoine archives de québec xiii honoraire du chapitre métropolitain de Paris (copie photostatique).Vallée, Dr Arthur, Québec: Laènnec (don de l'auteur).Villeneuve, R.P.Rodrigue, O.M.I., Ottawa: L'un des vôtres.le scholastique Paul-Emile Lavallêe (don de l'auteur).Young, A.H., Toronto: The Rend.John Langhorn, church of England Missionary at Frederickburg and Ernesttown, 1787-1813 (don de l'auteur).The sites of Trinity College and St.Hilda's, 1798-1926 (don de l'auteur).Webster, Dr Clarence, Shédiac, N.B.: The Maritime since Confederation, an economic survey (don de l'auteur).Joseph Frederick Wallet Des Banes and the Atlantic Neptune (don de l'auteur).* * * Les amateurs d'histoire et d'archives seront satisfaits, je crois, des pièces que nous leur offrons dans le présent rapport.La correspondance du comte de Frontenac avec la cour de France, les papiers Duvernay, les lettres du Père Aulneau à sa mère, les journaux de campagne de M.Chaussegros de Léry, etc., etc., sont des documents intéressants et peu connus.Nous les donnons d'après les copies conservées aux Archives de la province de Québec.Je vous prie de me croire, Monsieur le ministre, Votre très dévoué serviteur, L'archiviste de la Province, Pierre-Georges Roy LETTRE DE A.-N.MORIN À LUDGER DUVERNAY (4 FÉVRIER 1831) Québec ce4 février 1831 Mon cher Monsieur, Je n'ai pas eu le plaisir de vous écrire depuis mon départ pour S1 Michel, el je n'ai pas même eu de vos nouvelles.Bien plus, à peine ai-je pu voir la Minerve car les six copies qui nous parviennent sont perdues entre tant de membres.Je vois M' Ovide Perreaull régulièrement dans sa tribune et j'aime mieux que ce soit lui que moi.Je crois qu'il saisit très bien le sens de ce qui est dit, et s'il se trompe, ce n'est que faute d'avoir certaines connaissances historiques et constitutionnelles qu'il acquerra bientôt.Je vous avais demandé $2.Si vous pouvez me les envoyer, tant mieux; si vous ne pouvez pas je ferai comme je pourrai.J'ai reçu à votre compte de M.M.A.Dioiiuc et J.Blc Tâché de Kamouraska le montant de ce qu'ils redoivent.Je désirerais bien pouvoir vous faire des paragraphes editor taux, mais vraiment je ne le puis.Je me lève à S heures, je déjeune, puis il me faut partir pour la Chambre, y faire des rteherches et travailler dans les comités.Je reviens diner & après diner la Chambre.Le peu de loisir qui reste n'est pas trop pour se reposer.Pourtant je tâcherai d'employer pour vous tous les moments dont je pourrai disposer dimanche prochain.Je suis déjà nommé de 7 comités dont celui des Fabriques, celui des Privilèges, celui des Griefs et celui des Cours de Justice: ainsi vous devez juger combien cela prend de lems; il y a des séances de quelques uns de ces comités toiis les jours el même souvent plusieurs à la fois.Continuez à travailler, comme vous l'avez toujours fait pour l'avantage du pays; puisse le vôtre propre y trouver aussi son compte.J'espère au reste que vous irez de mieux en mieux; la Minerve a ici une excellente réputation; on la regarde surtout parmi la nouvelle génération comme étant par excellence le papier du pays.Adieu et bon courage.Mes amitiés cordiales à MT Gosselin, et à ceux de mes amis qui s'informeront de moi.Mr Lafontaine qui vous remettra cette lettre pourra à son retour m'apporter de vos nouvelles si vous l'en chargez.Croyez moi bien véritablement, Votre ob- ^ Monsieur votre père, sur les remontrances que lui en fit mon secrétaire par mon ordre, en 1677, avait jugé que dans un pays d'une aussi vaste étendue qu'est celui-ci, il n'arrivât toujours des rencontres imprévues, comrr.es des voyages, des présents à faire à des Sauvages et autres choses de cette nature, et avait réglé cette somme de mille écus dans l'état des charges du Canada pour être employée à la dépense qu'il y conviendrait faire.Je souhaite, Monsieur, qu'il vous plaise d'entrer dans les mêmes considérations, et que vous ayez la bonté de remettre ce fonds, afin qu'on puisse avoir de quoi subvenir à ce qui arriverait ici d'inopiné.J'avais, l'année passée, envoyé à Mr de Meun par le canonnier d'ici, qui m'avait demandé permission d'aller en France, un mémoire des choses les plus pressantes et nécessaires pour notre artillerie, il en 136 ARCHIVES DE QUÉBEC remit l'exécution jusqu'à ce qu'il eut l'honneur de vous voir, et de vous parler à Rochefort où il vous attendait; mais comme les derniers vaisseaux partirent en ce temps là de la Rochelle pour ce pays, je ne sais s'il s'en sera souvenu, et s'il vous aura aussi parlé des gages du même canonnier, de l'armurier et du garde magasin, qui ne leur ont point été payés depuis deux ans.C'est ce qui me fait prendre la liberté, Monsieur, de vous en écrire et de vous envoyer le même mémoire qui fut donné à M' de Meun et auquel j'ai fait ajouter quelque poudre y ayant quatre ans qu'on n'en a envoyé, et la nôtre commençant à diminuer, quoiqu'on la ménage autant qu'il est possible.Le Sr Radisson, qui est marié en Angleterre, était repassé ici des Iles, où il a servi sous Monsieur le maréchal d'Estrée, et m'avait proposé de lui permettre d'aller sur un bâtiment du S' de la Chesnaye, faire des établissements le long de nos côtes, en tirant vers la baye d'Hudson, mais je n'ai pas cru le devoir permettre sans vous en avoir donné avis, et reçu, Monsieur, vos ordres à cause que si ces établissements étaient proches de l'embouchure du fleuve St-Laurent, ils pourraient y attirer les Sauvages qui ont accoutumé d'aller par le Saguenay traiter à Tadoussac avec les commis de la ferme du Roi, et qui dans la profondeur des terres se trouveraient voisins de ces nouvelles habitations, ou que si on les poussait plus vers la baie d'Hudson, on y pourrait trouver les Anglais ce qui causerait peut-être des démêlés et contestations.Le dit Sr Radisson m'a demandé congé de repasser par Baston en Angleterre, pour y voir sa femme qu'il y a laissée, d'où il prétend vous aller trouver et vous proposer la chose.J'envoie à Sa Majesté un placet que les officiers subalternes, qui sont habitués en ce pays, m'ont prié de lui présenter et qu'ils vous supplient.Monsieur, de vouloir appuyer de vos offices.Il y a trois ans que Sa Majesté me fit l'honneur de me mander qu'à ma supplication elle avait accordé aux officiers de ses troupes, qui étaient restées en Canada, des gratifications; cependant il n'y eut que les six capitaines qui en touchèrent cette année là ne s'en étant point trouvé sur l'état pour les subalternes dont ayant pris la liberté de l'informer l'année d'après deux enseignes nommés Dupuis et Granville se trouvèrent sur l'état, et ont depuis touché les trois cents livres de gratification accordée par Sa Majesté à chaque officier, de sorte qu'il n'y a que ces six, qui lui présentent ce placet, oubliés et lesquels par leurs services et le besoin de leurs familles ne méritent pas moins que les autres d'avoir part aux libéralités du Roi, et surtout le Sr de Lavaltrie, lieutenant, que vous trouverez bon que je vous recommande particulièrement parce qu'il est homme de mérite et de service.Je dois rendre le même témoignage du Sr de St-Ours, parent de Mr le maréchal d'Estrade, qui a passé ici capitaine dans les mêmes troupes, et je vous supplie, si Sa Majesté juge à propos d'établir un gouverneur avec quelque garnison à Chambly, de lui en faire avoir le gouvernement ou la charge de prévôt des maréchaux, si celui qui en est revêtu ne doit plus l'être, tant par les Taisons que j'ai eu l'honneur de demander à Sa Majesté, que par l'impuissance de l'exercer où le met l'état infirme de sa santé.Le compte des affaires de l'Acadie que je rends à Sa Majesté lui fera peut-être juger delà nécessité qu'il y a aussi d'y mettre un gouverneur avec des appointements qui lui donnent moyen de subsister et d'empêcher que la colonie, qui y reste, ne se détruise tout à fait, auquel cas je vous conjure, Monsieur, d'agréer ARCHIVES DE QUÉBEC 137 que je vous demande votre protection pour le Sr de la Vallière qui y commande depuis trois ans sur la.commission que je lui en ai donnée; c'est un gentilhomme qui a toutes les qualités d'esprit et de courage qu'il faut pour bien s'acquitter d'un tel emploi; il a servi pendant tout ce temps à ses dépens et s'est ruiné à visiter les côtes de cette province en un bâtiment qui était à lui, dont faute de fonds on n'a pu même lui faire payer le radoub qu'il a été obligé de venir faire faire à Québec.Il est fils du Sr de la Poterie, âgé de soixante dix-huit ans qui est un des premiers fondateurs de cette colonie, où il a apporté tout son bien, et amené sa famille il y a près de cinquante ans y ayant eu le gouvernement de plusieurs postes et a été choisi par défunt Mr de Mézy, gouverneur général, pour y commander en sa place après sa mort, où Mr de Tracy le trouva quand il vint en Canada; le dit S* de la Vallière, son fils, ne dégénère pas du père et ne rendra pas moins de service dans l'Acadie qu'a fait le père en ce pays.Je vous aurai, Monseigneur, une très grande obligation de vouloir représenter et appuyer ces raisons auprès de Sa Majesté quand vous jugerez à propos de lui parler de l'état de cette province sur laquelle je suis obligé de vous avertir que les Anglais entreprennent beaucoup, venant pêcher et traiter le long de ces côtes.Ceux de Baston ont même envoyé jusque dans le Cap Breton, près du Havre à la Baleine, à l'entrée de notre golfe, prendre et enlever les marchandises échouées du navire le Si Joseph, appartenant aux fermiers de la Compagnie, qui, vers la fin d'aoust de l'année passée, fit naufrage en cet endroit dont ils chargèrent un bâtiment de soixante tonneaux et deux autres venant du côté de l'Ile de Terreneuve et en enlevèrent aussi qu'ils portèrent à Baston, sans même s'être mis en peine de savoir si elles étaient abandonnées, et si le temps qu'il y a pour les réclamer était expiré dont il s'en fâchait beaucoup.En attendant qu'il vous plaise de me mander de quelle manière je me dois conduire en cette rencontre, j'ai cru toujours devoir charger le Sr de la Vallière d'aller demander à ceux de Baston raison de ces sortes d'entreprises, et la justice qu'ils en veulent faire puisque leurs limites sont marquées à la rivière St-George, lesquelles ils outrepassent de plus de cent cinquante lieues venant au Cap-Breton.Si je n'appréhendais de me rendre importun, j'aurais encore à vous supplier de recommander à Sa Majesté les familles des Sr» Denis de Repentigny et d'Aille-boust qui sont les meilleurs gentilshommes qui soient venus s'établir ici;l'ancienne compagnie avait donné la charge de maître des eaux et forêts de ce pays au premier qui devint aveugle, il y a trois ans à Paris, en sollicitant les provisions du Roi auprès de Mr votre père qui les lui avait fait espérer.Il a un fils âgé de vingt-quatre ans, fort sage, qui ferait bien cette charge, s'il vous plaisait, Monsieur, de la lui faire donner et avoir égard à la très humble prière que je vous en fais.Nous aurions aussi grand besoin d'avoir ici deux interprètes gagés et dont on pût se servir avec sûreté quand on a à négocier avec les Sauvages, l'un pour la langue huronne, et l'autre pour l'algonkine qui comprennent presque toUtesles autres; cent écus de pension à chacun feraient cette dépense et me mettraient hors de la peine où je me trouve souvent à trouver des personnes à qui se confier des choses que j'ai à traiter avec les nations différentes des Sauvages.Je ne doute pas, Monsieur, que vous me trouverez trop hardi, et même imprudent de vous proposer tant de sujet de dépenses à faire, mais j'ai cru qu'il était de mon devoir de vous tenir informé des nécessités du pays et de ce que j'estime qui 138 ARCHIVES DE QUÉBEC peut contribuer à son maintien et augmentation, ou en empêcher la destruction, me soumettant au surplus à tout ce que nos grandes lumières vous en feront connaître et aux décisions qu'il vous plaira d'en faire.Je dois encore vous donner avis des difficultés que M1 notre évêque continue de faire naître pour l'établissement des curés fixes que Sa Majesté entend qui soient mis dans tous les lieux qui peuvent le comporter et qu'il en soit donné des titres.Cependant, depuis six semaines, il a fait avec Mr Duchesneau un nouveau district de paroisses, dans lequel il est donné à quelques-uns de ces missionnaires qu'on ne peut plus appeler curés, trente et quarante lieues d'étendue et une si grande quantité de différentes habitations qu'il leur sera impossible de pouvoir secourir ceux qui y sont, les habitants desquelles se trouveront par ce grand éloignement privés de toutes sortes d'assistances spirituelles, et on prétend encore que les dîmes d'un si grand nombre de lieux, ne pourront suffire à leur subsistance, ils ont réglé la chose entre eux deux, sans m'en faire aucune part, quoiqu'il eût plu à Sa Majesté de m'ordonner, il y a trois ans, de le faire conjointement avec eux.Ce qui les a sans doute obligé d'en user de la sorte, est qu'ils savent que je n'ignore pas sur cela leurs intentions, et que je les aurais pressés l'un et l'autre de me dire si Sa Majesté n'avait pas approuvé la somme de cinq cents livres que nous avions tous trois réglée sous son bon plaisir et par provision pour la subsistance de chaque curé, sans parler de canots et de gages, deux personnes pour les conduire comme ils insistent présentement à demander, ce qui monterait plus haut que les huit cents livres que Mr l'êvêque veut qu'on donne pour avoir un curé fixe; et si Sa Majesté n'entend pas que les dîmes d'un lieu se trouveront monter à cinq cents livres, ou que les habitants s'obligeront de lui faire valoir cette somme, que Mr l'êvêque y mette un curé auquel il donne ses provisions, afin de commencer par quelque établissement, et de faire en certains lieux ce qui ne 6e peut pas faire partout.A moins qu'il ne plaise à Sa Majesté de déterminer ces deux choses, elles sont pour demeurer toujours en confusion et la plus grande partie des habitants se trouveront sans messe et sans curé, ce qui demande assurément un prompt remède.J'en attends, Monsieur, un très puissant secours sur tout ce qui me regarde, de la protection que vous m'avez fait l'honneur de me promettre et de laquelle je tâcherai de ne pas me rendre indigne, par l'attachement sincère et véritable que j'aurai toujours pour votre personne, à l'application que j'apporterai à vous faire connaître la respectueuse passion avec laquelle je suis et serai toute ma vie, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.Frontenac (1).(1) Archives de la province de Québec ARCHIVES DE QUÉBEC 139 LETTRE DU GOUVERNEUR DE FRONTENAC AU MINISTRE (13 NOVEMBRE 1681) Monsieur.La déclaration faite au Conseil Souverain par M' Duchesneau le 21 de l'autre mois qu'il n'avait point eu de réponse sur les lettres de dispense d'âge qu'il était chargé de savoir si Sa Majesté voudrait accorder au sieur de Monceaux pour la charge de procureur général, m'oblige à le faire passer en France pour voir s'il les obtiendra; et ce qui m'y a déterminé, est l'engagement, où par ses réquisitoires, il a poussé le Conseil à me continuer ses algarades dans toutes ses séances, depuis les vacances afin, Monsieur, que vous puissiez connaître s'il est digne d'occuper cette place, et si les sujets de plaintes qu'il fait de moi sont légitimes.Dans l'espérance que j'avais qu'il changerait, je m'étais contenté de vous faire savoir ceux qu'il m'avait donnés par sa mauvaise conduite et par la quantité de faux procès-verbaux qu'il avait fabriqués à Montréal avec le S1 de la Martinière et je pensais qu'après avoir osé les faire décréter dans la compagnie, et en ordonner l'envoi à Sa Majesté, d'une manière à m'en vouloir ôter la connaissance, ils borneraient là toutes leurs entreprises, et qu'en m'absentant du Conseil comme j'ai fait, on me laisserait au moins attendre en repos ce qu'il vous plaira d'en décider.Mais voyant, Monsieur, qu'ils recommencent toujours et que non contents de m'avoir fait dans toutes leurs séances et fréquentes deputations, de nouvelles injures par des demandes et des éclaircissements plus captieux les uns que les autres, le procureur général ne cessait d'y joindre la supposition, en me faisant parler autrement que je n'ai fait, et se plaignant de mes mauvais traitements lorsqu'il m'avait été député, quoique le conseiller qui portait la parole l'en eût désavoué en faisant son rapport, j'ai cru, Monsieur, que l'unique moyen d'éclaircir toutes ces impostures était qu'il se présentât devant vous, afin que s'il peut prouver ce qu'il avance je reçoive les réprimandes et les corrections que je mérite, mais que s'il est en faute, et que si sa malice et ses artifices aussi bien que ceux des autres vous sont connus, vous les réprimiez avec la sévérité due à des personnes qui se sont oubliées de leur devoir et qui au mépris de l'autorité qu'il plaît au Roi de donner ici au gouverneur général, le voudraient soumettre à la judicature du Conseil.Vous avez.Monsieur, trop de pénétration pour ne pas prévoir les inconvénients qui suivraient d'un pareil abus auquel je vous conjure d'apporter les remèdes nécessaires, et ayant égard aux insultes continuelles auxquelles je suis exposé, de me croire avec toute sorte de respect, Monsieur, Votre très humble et très obéissant serviteur, Frontenac.A Québec, le 13 novembre 1681 (1) (1) Archive» de la province de Québec. 140 ARCHIVES DE QUÉBEC LETTRE DU GOUVERNEUR DE FRONTENAC AU MINISTRE (13 NOVEMBRE 1681) Je n'avais point voulu, Monsieur, vous marquer dans la première lettre que je me suis donné l'honneur de vous écrire qu'il y a onze mois que le procureur général s'est avisé d'intenter un procès criminel contre le procureur du Roi de la Prévôté de cette ville, parce qu'il n'est pas agréable à M' Duchesneau lequel l'a fait, par le moyen de ceux de sa cabale, interdire de sa charge, sur la simple dénonciation d'un homme de Bayonne qui négocie ici et qu'on a fait évader et passer en France depuis deux mois, contre la défense que'je îui en avais faite, parce qu'ils ont vu qu'il ne pouvait prouver les choses qu'il avait avancées contre lui.Cependant le procureur général n'ayant pas eu les preuves qu'il en espérait a demandé qu'il fût informé de sa vie et de ses mœurs depuis 17 ans qu'il est en ce pays, quoiqu'il y en ait six qu'il a été reçu en ladite charge de procureur du Roi, sans aucune plainte ni opposition, et il a fait entendre soixtc et dix témoins sans avoir trouvé, à ce qu'on dit, aucune matière d'asseoir une condamnation contre lui, ce qui est cause qu'après toutes les chicanes'possibles qui ont été faites pour allonger l'instruction de cette affaire, et nonobstant un grand nombre de requêtes présentées par le procureur du Roi pour la faire juger, leur dernière requête a été de me faire demander, par le rapporteur qui est le Sr de Villeray, congé de passer en France d'où il n'y a qu'un an qu'il est revenu, ce qui m'a obligé à ne lui point accorder, afin que cet officier pût avoir plus tôt justice, laquelle il était.Monsieur, résolu de vous aller demander, sur l'oppression qu'il prétend qu'on lui a faite, si son procès avait été jugé avant le départ des vaisseaux, et qu'il eût pu en avoir toutes les pièces pour vous les porter.Frontenac.J'apprends que l'on envoie en France des expéditions signées des informations qui ont été faites contre ce procureur du Roi, mais qu'on n'y envoie point ses interrogatoires ni ses confrontations qui peuvent le justifier de ce qu'on lui impute.Si c'est, Monsieur, pour vous les faire voir, vous connaîtrez par là la bonne foi et l'artifice de ceux à qui il a affaire.FRONTENAC (1).(1) Archives de la province de Québec. ARCHIVES DE QUÉBEC 141 LETTRE DU ROI AU GOUVERNEUR DE FRONTENAC (9 MAI 1682) A Versailles, le 9 may 1682 Monsieur le comte de Frontenac, estant satisfait des services que vous m'avez rendus dans le commandement que je vous ay confié de mon pays de la Nouvelle-France, je vous fais cette lettre pour vous dire que vous ayez à vous rendre auprès de moy sur le premier vaisseau qui partira de Québec pour revenir en France et la présente n'estant a autre fin, je prie Dieu, etc.(Non signé) (1).LETTRE DU ROI AU GOUVERNEUR DE FRONTENAC (9 MAI 1682) A Versailles le 9e May 1682.Monsieur le comte de Frontenac, ayant fait choix du sieur de la Barre pour gouverneur et mon lieutenant général en mon pays de la Nouvelle-France, afin de commander en dite place à tous mes sujets du dit pays, je vous fais cette lettre pour vous en donner advis et vous dire que mon intention est que vous le fassiez reconnoistre en cette qualité, à quoy ne doutant pas que vous ne vous conformiez exactement, je prie Dieu, etc.(Non signé) (2).MÉMOIRE POUR ÊCLAIRCIR LES DISPOSITIONS DANS LESQUELLES Mr LE COMTE DE FRONTENAC A LAISSÉ LE CANADA A L'ÉGARD DES SAUVAGES ET PRINCIPALEMENT DES IROQUOIS (12 SEPTEMBRE 1682) Il n'y a point d'artifices que les étrangers n'ayent employés pour attirer chez eux le commerce du castor que les Français font en Canada, où ne s'étant conservé depuis dix ans que par l'établissement du fort Frontenac qui est à l'entrée septentrionale du lac Ontario, on a fait ce qu'on a pu pour le détruire en ne cessant de donner de continuelles jalousies aux Iroquois de son voisinage, en leur voulant persuader que c'était une barrière qui les serrait de trop près.Cette nation d'ailleurs fort belliqueuse ne cherche aussi qu'à dominer sur toutes les autres et à s'en faire craindre, de sorte qu'on n'a pas de peine à la porter à la guerre ni à se venger quand elle en a quelque sujet, c'est ce qui obligea Mr le comte de Frontenac, lorsqu'à la fin d'octobre 1681 il eut avis du meurtre d'un capitaine de Sonnontouan, tué le mois d'auparavant à Missilimakinak dans une querelle particulière, par un Illinois, de dépêcher aussitôt chez les Iroquois pour leur faire suspendre le ressentiment qu'ils pourraient avoir de cette mort, jusqu'à ce qu'il (1) Archives de la province de Québec.(3) Archives de la province de Quebec. 142 ARCHIVES DE QUÉBEC se fût abouché avec eux, leur marquant à cet effet de se rendre à la fin d'août au fort Frontenac et leur faisant espérer satisfaction, de la part des Kiskakous, chez qui la chose s'était passée, et lesquels ils auraient vu à Montréal où ils ont accoutumé de descendre tous les ans en cette saison.Il en informa la cour, par ses dépêches du mois de novembre de la même année 1681, après en avoir communiqué avec Mr Duchesneau et les Pères Jésuites.Cependant quoique le rendez-vous eût été désigné aux Iroquois pour la fin d'août au fort Frontenac, on voulut leur faire croire que c'était pour le printemps et on les engagea à faire des instances afin que Mr de Frontenac allât les trouver dès la première sève des arbres, non pas au fort Frontenac mais à Techouegen, où autres lieux de la rive méridionale du lac, à l'embouchure de la rivière d'Onondaga, où est leur principale bourgade, dans la pensée que n'acceptant pas le parti, ils s'irriteraient du refus qu'on prévoyait qu'il en ferait, et qu'ils prendraient occasion de s'en ressentir soit contre les Français, ou du moins contre les Illinois.Monsieur de Frontenac averti de leur demande par les lettres du Père de Lamberville, supérieur des missions iroquoises, crut ne devoir pas changer sa première résolution, d'autant que l'avance qu'il aurait faite d'y consentir, lui semblant contre la dignité de son caractère, les aurait rendus plus fiers et leur aurait donné lieu de s'imaginer qu'il les craignait, puisque c'aurait été les aller chercher jusque dans leur pays, au lieu de les venir trouver comme ils avaient toujours fait jusqu'alors, dans les endroits qu'il leur avait désignés, que de plus il aurait fallu beaucoup de dépenses pour faire ce voyage avec sûreté et bienséance et qu'il aurait même été inutile en ce temps là, ne pouvant avoir vu les Kiskakous, ni savoir la satisfaction qu'ils voudraient faire aux Iroquois touchant la mort de leur capitaine, de sorte qu'en mandant une partie de ces raisons à ce Père, il le pria de s'employer à leur ôter la pensée qu'il dut se trouver ailleurs qu'au fort Frontenac; mais avant de lui envoyer cette réponse il donna part de ses lettres et de tous les avis qu'il avait reçus d'autres endroits, à M' Duchesneau, duquel il fut bien aise d'avoir les sentiments par écrit et ceux des principaux d'entre les Pères Jésuites qui ont le plus de connaissance des manières de ces Sauvages.On peut voir dans les avis des uns et des autres si ce qui y fut proposé est plus à propos que ce qu'il se détermina à faire.Le Père de Lamberville ayant derechef écrit que quelques principaux des anciens des Iroquois et des plus affectionnés aux Français, insistaient toujours à ce que Mr de Frontenac se rendit à la rive méridionale du lac, sur la fin dé mai, et que sans cela ils ne pouvaient répondre que leurs jeunes guerriers ne fissent quelque entreprise, ou du moins n'allassent contre les Illinois, ce qui pourrait beaucoup nuire à la découverte du Sr de la Salle.Comme ces seconds avis vinrent avec d'autres qu'il reçut, portant qu'il devait prendre plus de précautions que dans «les autres voyages pour n'être pas exposé à quelque insulte de la part des Iroquois dont quelques-uns avaient contre leur ordinaire parlé assez insolemment, il manda au Père de Lamberville que le terme était trop court pour faire venir, dans le printemps, les députés des Cinq Nations au Fort Frontenac, mais que si quelques-uns de leurs principaux voulaient le venir trouver à Montréal, il s'y rendrait dans le mois de juin pour leur parler et y attendre les Kiskakous, afin de monter au fort Frontenac après qu'il les aurait vus et su la satisfaction qu'ils voudraient leur faire.Cependant il fit faire des revues plus fréquentes aux environs de Québec ARCHIVES DE QUÉBEC 143 et à Montréal, où il envoya des armes et des munitions de guerre, se doutant bien qu'eux et nos voisins en auraient aussitôt avis et connaîtraient par là que les Français seraient sur leurs gardes et préparés à recevoir ceux qui les viendraient attaquer.Il se rendit ensuite à Montréal, y fit amasser du bled, afin de faire voir toujours le dessein qu'il avait d'aller au fort, et avec plus de monde qu'il n'avait accoutumé.Nonobstant ces préparatifs qui pouvaient donner à penser aux Sauvages, comme ceux qui les poussaient à rompre avec nous ne cherchaient principalement qu'à brouiller d'une façon ou d'autres les affaires pour essayer s'ils ne pouvaient obliger les Iroquois à nous déclarer les premiers la guerre, ou à nos alliés, d'engager Mr de Frontenac à les prévenir, ils firent piller par quelques Iroquois, sur la rive septentrionale du lac, des marchandises, que des Français du fort portaient en canot, traitées suivant l'ordinaire à Sonnontouan, ils en prirent même sur la barque du fort dont le Sr de la Forest qui en est major s'étant allé après plaindre à ceux de Sonnontouan, il ne put en avoir raison et s'en revint sans qu'aucun voulût traiter du castor pour ses marchandises.On poussa même deux Sauvages à dire hautement dans leur conseil qu'ils iraient non seulement contre les Illinois, mais encore qu'ils attaqueraient les Français et même le Sr de la Salle, s'ils l'y rencontraient, ajoutant des choses injurieuses contre la personne de Mr de Frontenac dans la pensée qu'avaient ceux qui les faisaient agir de la sorte, que ces choses lui étant rapportées il s'en sentirait piqué et voudrait s'en ressentir et les en châtier.Mais au lieu de s'en émouvoir, jugeant que ce n'était qu'un artifice et des gens gagnés par des présents souterrains pour faire tels discours et qu'ils ne s'étaient attaqués aux marchandises des gens du fort et emportés contre le Sr de la Salle qu'à cause de la protection que Mc de Frontenac lui donnait dans ses découvertes, il résolut de continuer ses préparatifs et à prendre quelques précautions contre les entreprises des Iroquois, quoiqu'il crût en effet qu'ils n'avaient pas tous les mauvais desseins qu'on publiait parce que depuis dix ans ils lui avaient toujours témoigné de l'amitié et beaucoup de soumission.Et pour faire quelque chose qui vint à leur connaissance, il ne tint pas secrète la nouvelle protection qu'il accorda à toutes les nations outaouaises de l'Ouest et la permission qu'il lui donna de faire de nouveaux forts pour se défendre contre tous ceux qui les viendraient attaquer.Il proposa même à Mr Dollier, supérieur du Séminaire, à qui l'isle de Montréal appartient, d'aller avec lui et avec Mr Perrot, gouverneur de la dite isle, le major et d'autres, en faire le tour pour voir et marquer les lieux où il serait à propos de faire des réduits afin d'y pouvoir rassembler les habitants et qu'ils fussent mieux à couvert des hostilités des Iroquois.Mais en commençant de faire le tour de l'isle de Montréal, il trouva le Sr de la Forest, major du Fort Frontenac, qui venait à sa rencontre avec un des principaux chefs de guerre d'Onondaga que les cinq nations iroquoises avaient députés avec quatre autres au dit fort, croyant y trouver Mr de Frontenac, pour l'assurer qu'ils voulaient toujours vivre en bonne intelligence et amitié, non seulement avec les Français, mais encore avec tous les Outaouais, Kiskakous, Tionnantates et autres.C'est ce qu'on verra encore mieux par le détail de ce qui s'est passé dans les conférences tenues avec ce député et dans celles que l'on avait eues aparavant avec les Kiskakous et les Tionnontates, et si Mr de Frontenac n'a pas eu raison de ne se pas laisser aller aux nouvelles instances que Mr Duchesneau lui faisait 144 ARCHIVES DE QUÉBEC (1) Archives de la province de Québec par plusieurs de ses lettres, comme on peut voir principalement par celle du 28 juil -let 1682, et de tenir la conduite qu'il a gardée en cette rencontre dans laquelle un autre moins accrédité parmi les Sauvages et moins instruit de leurs manières et des intrigues du pays, aurait pu s'engager à beaucoup de dépenses inutiles et prendre des mesures préjudiciables à la colonie (1). LETTRE DE CHEVALIER DE LORIMIER À PIERRE BEAUDRY (14 FÉVRIER 1839) Prison de Montréal, 14 février, 1839 Minuit.Mon cher Beaudry, , Je n'ai plus qu'une chose à te demander, c'est le dernier devoir d'un ami constant pour un ami malheureux.Après ma mort, qui sera dans quelques heures, je te prie, au nom de notre ancienne amitié, du nom de l'humanité souffrante de veiller à ce que mon corps soit placé convenablement dans la bière.Je mourrai plus Iran-quille lorsque je saurai que tu veilles à ce que l'on respecte le corps froid et inanimé d'un malheureux.Je suis calme et plus courageux que jamais, je vois arriver la mort de sangfroid, puisse mon courage de ne pas me trahir à ma dernière minute.Aujourd'hui a été une terrible épreuve pour moi, les pleurs et les sanglots d'une épouse et d'une sœur chéries et d'amis, me déchirèrent le cœur.\\ Accepte l'assurance de mon amitié & de ma reconnaissance avec laquelle je suis, Ton ami, Adieu.Chevalier de Lorimier. LUDGER DUVERNAY Ludger Duvernay, né à Verchères le 22 janvier 1799, était fils de Joseph Duvernay, cultivateur, et de Marie-Anne-Julie Rocbert de la Morandière.Il fréquenta l'école élémentaire de son village natal.Ses études ne furent pas de longue durée, car, en juin 1813, il entrait comme apprenti typographe, à l'atelier de M.Charles-B.Pasteur qui publiait alors le Spectateur.En juin 1817, il commençait, aux Trois-Rivières, la publication de la Gazette des Trois-Rivières qui subsista jusqu'en 1822.A la suite de certains remaniements, Duvernay abandonna la direction de ce journal et fonda, en 1820, l'Ami de la religion et du roi.La vie de cette feuille fut éphémère.Elle fut remplacée, en 1823, par le Constitutionnel qui vécut deux ans.Le 14 février 1825, Ludger Duvernay épousa Marie-Reine Harnois, fille du capitaine Augustin Harnois, de la Rivière-du-Loup.Au mois d'août 1826, Duvernay annonçait la fondation d'un nouveau journal, aux Trois-Rivières, l'Argus.En 1827, il alla se fixer à Montréal, et commença avec M.Auguste-Norbert Morin, la publication de la Minerve.Il fut arrêté une première fois, en 1828, avec Jocelyn Waller, éditeur du Canadian Spectator, tous deux accusés de libelle; puis, une seconde fois, en 1832, pour avoir écrit dans la Minerve \"que le Conseil législatif était une grande nuisance dont il fallait débarrasser le pays\".Conduit à Québec, en compagnie du docteur Daniel Tracey, éditeur du Vindicator, ils restèrent tous deux en prison, l'espace de trois mois.L'acte qui a le plus contribué à perpétuer le souvenir de Ludger Duvernay dans la mémoire de ses compatriotes, c'est la fondation de la société nationale des Canadiens français, la société Saint-Jean-Baptiste.C'est au banquet donné en l'honneur de Louis-Victor Sicotte, le 24 juin 1834, que Duvernay lança l'idée de la fondation d'une société nationale pour les Canadiens français.10 146 ARCHIVES DE QUÉBEC En 1836, M.Duvernay, accusé d'avoir publié un écrit libel-leux dans la Minerve, fut emprisonné de nouveau.En mai, 1837, il fut élu par acclamation représentant du comté de Leinster à la Chambre d'assemblée du Canada.Son nom était sur la liste des proscrits lorsque les troubles de l'automne de 1837 éclatèrent.Duvernay n'attendit pas qu'on l'arrêtât, il quitta Montréal, et la publication de la Minerve fut suspendue à partir du 16 novembre 1837.Après avoir visité les principaux centres du Vermont et de l'état de New-York, Ludger Duvernay se fixa définitivement à Burlington, au mois d'avril 1839.En décembre 1838, il annonçait qu'il commencerait la publication d'un journal français, près des frontières.Le premier numéro de ce journal, le Patriote canadien, parut à Burlington, le 7 août 1839, et le dernier, le 7 février 1840.M.Duvernay retourna à Montréal en 1842, et recommença la publication de la Minerve dont il resta le principal rédacteur jusqu'à sa mort.Il décéda à Montréal, le 28 novembre 1852.Les funérailles eurent lieu le 1er décembre.M.Duvernay laissait cinq enfants dont deux fils qui continuèrent la publication de la Minerve.Il laissait aussi deux sœurs: Julie, épouse de Pierre Fortin, de Laprairie, et Hortense, épouse d'Etienne Gauvreau, de Verchères.IVANHOË CARON, p' PAPIERS DUVERNAY CONSERVÉS AUX ARCHIVES DE LA PROVINCE DE QUÉBEC 1805 N° 1.\u2014Lettre à M.Plantade, demeurant à Montréal, 31 juillet 1805.Une \"tendre et constante amie\" lui écrit qu'elle croit à son amour (Sans signature).1814 .N° 2.\u2014Lettre sans adresse et sans signature (de madame Duvernay à son fils Ludger).Elle lui recommande de se bien conduire et de bien étudier.Il doit soigner son écriture (incomplète).N° 3.\u2014Madame Duvernay à Ludger Duvernay, chez M.Pasteur, libraire, Montréal (De Verchères, 1814).Elle lui annonce que son cousin Bailly est de retour à Montréal, après une absence de vingt ans.Un général avec une suite nombreuse a couché chez elle.Elle lui recommande de soigner son orthographe (Cette lettre semble incomplète).1815 N\" 4.\u2014L.-G.Labadie, précepteur, à Ludger Duvernay, chez son père (Du 1er février 1815).M.Pasteur consent à le prendre à son service avec une augmentation de salaire.Il le presse fortement d'accepter la position.N° 4 (a).\u2014Madame Duvernay à Ludger Duvernay, rue Saint-Jacques, Montréal (sans indication de date).Elle est peinée de l'avoir centriste et lui prodigue les plus tendres consolations.Elle se plaint de l'état délabré de leur fortune.N° 5.\u2014Julie Duvernay à son frère Ludger Duvernay, chez M.Pasteur, libraire (De Verchères, 15 février 1815).Elle le félicite de son ménagement et accuse réception d'une bague que lui a envoyée Plantade.Saluts de la part de son frère Léandre et de sa sœur Geneviève; N° 6.\u2014Lettre adressée à Ludger Duvernay, Trois-Rivières (sans indication de date).Elle renferme une première partie: Hortense à sa sœur; une autre, signée Paschal Langevin; une troisième, signée P.Lamorandière; une quatrième, signée L.-G.Nolin.N° 7.\u2014Cécile Pasteur à madame Duvernay, Verchères (De Montréal, 19 janvier 1816).Elle regrette de n'avoir pu se rendre à Verchères.Le retour de Ludger a ramené la gaieté dans la maison. 148 ARCHIVES DE QUÉBEC N° 8/\u2014Cécile Pasteur à madame Duvernay, Verchères (De Montréal, 27 mai 1816).Elle lui donne des nouvelles de Ludger qui est \"toujours gai et de bonne humeur\".Elle espère voir Julie bientôt à Montréal.N° 9\u2014Joseph Pelland à Mademoiselle.(De Berthier, 30 juin 1816).Il regrette de n'avoir pu se rendre à Saint-Sulpice comme il l'avait promis.N° 10.\u2014Xavier Lacombe à M.Duvernay, junior, chez M.C.-B.Pasteur, imprimeur, Montréal (L'Assomtion, le 4 septembre 1816).Il le prie d'avertir M.Pasteur de ne pas publier la lettre que lui a adressée l'Électeur de Leinster, laquelle est remplie de faussetés.Il lui demande d'annoncer le mariage de François Allard, notaire, de l'Assomption, à Suzanne Lajoie.1817 N° 11.\u2014M.C.Duvernay à Ludger Duvernay, imprimeur aux Trois-Rivières.(Nicolet, le 30 décembre 1817).Il lui annonce la mort du \"cher petit Olive\".N° 12.\u2014Isoard à M.Duvernay, imprimeur, rue des Forges, aux Trois-Rivières (De Montréal, 6 août 1817).Il lui envoie une petite pièce de vers.Le motto du Spectateur Canadien, Fluo non inundo est bien adapté au titre du journal.N° 13.\u2014Ludger Duvernay à C.-B.Pasteur.Compte pour du papier (Juillet 1817 et mai 1818).N\" 14.\u2014Léandre Coursolle à Julie Duvernay, Trois-Rivières (De Verchères, 15 août 1817).Il s'ennuie d'elle et désire beaucoup la voir.N\" 15.\u2014Cécile Pasteur à madame Duvernay, Verchères (De Montréal, le 6 février 1817).Elle la prie de lui renvoyer les livres qu'elle lui a prêtés.N° 16.\u2014Cécile Pasteur à Julie Duvernay, Verchères (De Montréal, le 22 août 1817).Elle lui apprend qu'elle a congédié son ami et qu'elle a renoncé à se marier.N\" 17.\u2014Cécile Pasteur à Julie Duvernay, Verchères (De Montréal, le 22 juillet 1817).Elle se hâte de lui écrire ayant son départ (de Julie) et lui souhaite du bonheur dans son nouvel établissement.N° 18.\u2014Louis Généreux Labadie à M.Ludger Duvernay, imprimeur, rue Royale, Trois-Rivières (De Verchères, 15 août 1817).Il félicite Duvernay du succès qui couronne l'apparition de son journal.Il lui demande de bien cultiver le public \"Ménagez-vous en tout dans le cœur des citoyens et des roturiers\".N° 19 \u2014Communication adressée à monsieur l'éditeur, à propos de M.Ran-voysez, signée Cléomède (P.-B.Dumoulin) (Sans indication de date),, N° 20.\u2014Communication adressée à M.l'éditeur et signée par un membre de la Société d'agriculture du district des Trois-Rivières (Sans indication de date).A propos des prix à offrir à ceux qui auront les plus beaux animaux.N\" 21.\u2014Pièce intitulée: \"Dialogue entre deux habitants de Saint-Laurent\" à propos de l'élection de M.Squiour (Stuart?) et de la manière dont sont traités les Canadiens.N
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