Le terroir : revue de l'École littéraire, 1 avril 1909, Avril
fj z." f* 1 .j r' M| K# mJ y m KB Mi Vjr •*«* f *" * A M 4, K - V r if K V •' / t X* / Vs r W , 5 'IX f r/}h o > * : I* 4 ;V L r à » ?\ ^ % a i *W » A 7' led?v, j H tie; -y X a- nl I -(ma E;>< $ λ # - ?V Tiff V u'v f 8 i.M J Wa, B G x ir'to v •z* * ¦ b;".7 .v .k iff*: V\!.«•* £ He AVRIL 1909 I I > % z BR.f H f B i MUI v^t w< / y è i ry PV l y ,vr » » JL O* ; IHA'V < V ris.i i yf Publiée par l’ECOLE LITTERAIRE < ; ¦ hr / V i 11 r-XAitt f: & *Æâ ?Mt-'r tv y ft* « I >» N DM I 4* ?, ^ Jr-> V v JM ii) Bk V 1 \ I F.f % ¦ PREMIÈRE ANNÉE / « \ QSBga ?' f- Wl 0 tw f ' Kl / > * - m i 1 4 ¦ •' '•+' V SOMMAIRE Vx rfy; t » 9 % MLi « I» r fF >.t- y A Charbonneau.Le Grand Fleuve Pâques dans les Bols.108 Albert Ferland.97 y * H Lozeatt.— Face à la Vie I Jules Tremblay.Naufrage 109 99 M3 Lou is-Joseph Doucet.— Paysage d’ An tan.110 onse Beauregard.— I/Eglise morte.100 ?-v < KëmsBgüj -m - g t Dreux.Rllw Englebert GALLÈZE.—Ee Printemps sourit 112 Germain Beaulieu.—Diplomatie conjugale 113 Etude distorique Z 101 Pascale Charles Gill.WmWMÊÊ Ernest Tremblay.I • '.V \% y * X /' '] fc-i¥.v.or Demers.— L’Hirondelle.J.A.Lapointe.'Àrkiï' ¦ MB A Dellins m % G.A.Dumont.123 U-Usine-Mi im> taure 104 * > Louis-Joseph Doucet.— U Horizon 128 106 Z Fenêtres closes 107 U * mf] v*‘ % y * r f > f i I À rf ; Secrétaire de la Rédaction : Germain Beaulieu » ' a § Wr* V * m * MONTREAL m n z rMS > 4 .> 1 4 f> 1# ;; < VM "J y K TU % - : i* fttit > I.Ü' - '.» v -n tr * ' \X » m ».as » » hsn ip B Lm 1 .V F * I V ¦V m 4 L’ÉCOLE LITTÉRAIRE ¦ It ¦ft (Fondée en 1895) »' ifs?tu ffttl '»! rt y- GABRIEL HANOTAUX, de l’Académie française, PRÉSIDENT D’HONNEUR, GERMAIN BEAULIEU, président, ALP.BEAUREGARD, JEAN CHARBONNEAU, HECTOR DEMERS, secrétaire, GONZALVE DESAULNIERS, L.-J.DOUCET, trésorier, G.A.DUMONT, ALBERT FERLAND, CHARLES GILL, J.A.LAPOINTE, LIONEL LEVEILLÉ (Englebeit Gallèze), ALBERT MAILLÉ (Dreux), E.Z.MASSICOTTE EMILE NELLI G AN, ERNEST TREMBLAY, JULES TREMBLAŸ.i »• \ f *ra» ia ,^x H xv I»' 41 I ' B m ~v > SB > f.y hH ,a -4#?m & S: n L’abonnement au Terroir est de $2.00 par année pour le Canada et les Etats-Unis, et de 12 francs pour les pays d’Europe.L’année commence avec le numéro de j anvier.i .Toute communication concernant la revtfê doit être adressée au secrétaire de la rédaction.V ' A A 4 m ARBOUR & DUPONT, imprimeurs-éditeurs, 419 et 421, rue Saint-Paul.1 I* /.a ft V ) I 3 % flf 97 - LE GRAND FLEUVE Dans sa force toujours vivace et rajeunie Son flot vibrant, semblable aux appels des clairons, Le grand Fleuve, emporté dans sa course infinie Magnanime, apparaît, faisant rêveurs, nos fronts.) 4,1, ?f If.Venu du fond des temps dont il porte les traces Il vit des jours sans nombre et d’implacables nuits ; Tant de siècles l’auront vu passer, tant de races Et tant de bords anciens qu’il peuplade ses bruits J Entendirent sa plainte aux rythmes innombrables, Qu’on ignore quels monts aux lumineux sommets Trempèrent, les premiers, dans ses eaux vénérables, Leurs rocs majestueux, ou leurs vierges forêts.vM i.De ses secrets passés, nul n’entrouvrit les voiles.Peut-être existe-t-il de toute éternité, Ayant toujours vécu sous les mêmes étoiles Resplendissant de gloire et de male fierté.> X r- ?i 1 Peut-être a-t-il régné sur le passé du monde Consolateur profond des douleurs et des deuils, Ayant toujours porté sa semence féconde Et prodigué la vie aux champs avec orgueil.la J Û, 1 Peut-être est-il issu d’un antique désastre Alors que surgissant de l’abîme irrité Il voulut d’un seul coup s’élancer vers les astres Dans un frémissement de fière liberté.> 5 » ; -» .1 - - « I 98 Aux siècles fabuleux des légendes anciennes Alors que l’homme errait aux sentiers toujours verts, Peut-être apparut-il aux croyances sereines Comme un dieu tout-puissant gardien de l’Univers.y y Peut-être a-t-il prédit les sombres destinées Ou, fut-il des premiers peuples le berceau ; Ou, peut-être, vit-il, aux soirs de leurs années, Les empires croulant, marqués du même sceau.y * Sans arrêter le cours de son lointain voyage, v O 7 Dans la splendeur des prés et sous les soleils d’or Il portait ses flots bleus de rivage en rivage Et, pourtant harassé, recommançait encor.y y Et maintenant, gonflé de sa puissance, il passe, Mirant comme jadis les pans du ciel d’azur, Remplissant de sa voix grandiose l’espace, Et devinant enfin l’aube des temps futurs.11 présage déjà la nouvelle logique Que les peuples savants demain proclameront ; Et l’humaine science en sa grandeur magique Devant qui les erreurs grossières tomberont ; y y Le triomphe éclatant des sublimes pensées, Le changement des lois et les dogmes vieillis ; Et nos vaines vertus par d’autres remplacées Et les cultes d'hier à jamais abolis ; La lutte pour le Vrai, les doctrines des sages La Raison inclinée aux doutes éternels Et l’insondable Amour avec ses vains mirages A qui, de siècle en siècle, on dressa des autels.J y % r* •*- 9 « • 1 f }r,f y wfîr*.r.r.rÿ 4 •' 1 •• IfîînT r,rj • m wkfîkSs 99 r.•' Ait r( Il coule, irrésistible et rempli de lumière, Triomphal précurseur des combats à venir ; Et ses eaux, renaissant de leur force première Impétueusement roulent vers l’Avenir.y Et debout sur la rive aux sables sans limite, Seuls et prêtant l’oreille aux murmures des vents L’Humanité contemple et le Rêve médite Devant le Fleuve immense aux flots toujours mouvants ! y ¦ Extrait des Blessures, en préparation.* .r.r.î Jean Charbonneau.FACE A LA VIE ! Pour Le Terroir Maintenant, je suis fort contre la destinée ! J’ai cuirassé mon coeur d’énergique vouloir ; Et telle est ma puissance et tel est mon pouvoir Que j’ai vaincu d’un coup ma détresse obstinée ! J’ai reconquis mon âme au sort abandonnée Et j’ai dit : Ouvre enfin tes ailes vers l’espoir Et, d’un vol assuré, franchis l’horizon noir Où la triste langueur t’avait emprisonnée ! y y i J’ai relevé le front, qu’éclaire mieux le ciel.J’avance confiant par le monde réel Avec la majesté superbe du courage ! y Face à la vie ! et trêve aux plaintes comme aux cris ! Quand le héros combat l’ennemi qui l’outrage, .•J 5 1 ; > > / > ,j >3 v> #V., -, ' Craint-il de -voir le sans?roagdr ses bras meurtris ?= 9 i ; y' ., ' * O -J .> 6 o ) J 1 J 3 » O» il U > Û # O ) ) Albert Lozeau.rt J ) 3 > U J J ) 3 ) 3 3 / î ) > 3 3 ) i > ) 3 3 3 > ) V ) 3 J 3 7 3 3 3 t 3 3 3 .3 > 3 3 3 0 3 3 3 I « 100 L’EGLISE MORTE Chiniquy, lève-toi, le marbre du tombeau Pèse moins, sur ton front, que l’horrible sarcasme.N’entends-tu pas gémir l’acier sous le marteau ?N’entends-tu pas crouler les poutres dans un spasme ?C’est un temple qui meurt, celui que tu bâtis ; Et, du quartier des juifs et des prostituées, Ainsi que des passants perdus dans ce fouillis S’élève, à ta mémoire, un concert de huées.Les murs semblent rongés par des rats monstrueux ; Déjà brille au soleil le zinc des tuyaux d’orgue.Dérision greffée au travail ruineux On fera, Chiniquv, de ton temple ) une morgue.Tes ouailles ont fui vers leurs anciens autels Au déclin de ta voix frémissante d’audace.Tu n’avais pas au cœur le sceau des immortels Elles ont vu la route ailleurs que sur tes traces.) Par la seule vertu des phrases, tu voulais Réformer les chrétiens selon ton exigence.O Quel saint t’avait choisi ?Rêvais-tu d’un palais D’humanité nouvelle ou de basse vengeance ?1 Ton geste fut naïf.Songe â l’art de Luther ; Ce sombre révolté comprenait les conquêtes.Le peuple ne connaît que l’argument 'dû 'fer".' IC I.^_K 1 1 J t a I I .* ft r ^ • i ) , » | ‘ * c * ' * j y 11 3 c- ( Tu n’étais qu’un rhéteur 'et te crus uîr prophète. HnA« 'fSjriiîHHt 101 Dans l’éternel savoir, cruel aux malchanceux Ne regrettes-tu pas d’avoir cherché la foule, D’avoir tenté la gloire en t’accrochant aux cieux ?Ecoute : le fer grince et la pierre s’écroule.) Au refuge abhorré les femmes pleureront Sur d’exangues débris rapportés par le bâvre ; Et là même, où l’espoir t’élargissait le front, Ton spectre n’aura pas la place d'un cadavre.Alphonse Beauregard.Février 1909.PASCALE L’ivresse du printemps chante en mon âme blanche, Au son des carillons que les clochers divins Egrènent par les deux et par les gais chemins, Les chemins de printemps et les deux de pervenche.r Alleluia ! L’Eglise, en ce jour d’heur, épanche La paix et la douceur du bon Galiléen.L’ivresse du printemps chante en mon âme blanche, Au son des carillons dans les clochers divins.r Le cortège pascal se rue, en avalanche, Aux portiques sacrés du temple.Un sacristain A fait ruisseller l’or des cierges, par essaim ; L’orgue imite, piano, le son voilé d’une anche.Il r* f I • « L’ivresse du printemps chante en mon âme blanche.h|| Albert Dreux. 102 AD DELLIUM Carminum, liber il.Aequam memento rebus in ardu is Servare mentem, non secus in bonis Ab insolent! temperatam Laetitia, mo ri tu re Dellî ; Sen moestus omni tempore vixeris, Seu te in remoto gramine per dies Festos reclinatum bearis Interiore nota Falerni.Quo pinus ingens albaque populus Umbram hospitalem consociare amant Ramis, et obliquo laborat Lymph a fugax trepidare rivo Hue vina, et unguenta, et nimium brevis Flores amoenos ferre jube rosae Dum res, et aetas, et Sororum Fila trium patiuntur atra.Cedes coemtis saltibus, et domo Villaque, Ha vus quam Tiberis lavit Cedes ; et exstructis in altum Divitiis potietur heres.Divesne prisco natus ab Inacho Nil interest, an pauper et in Am a De gen te, sub divo moreris Victima nil miserantis Orci.Omnes eodem cogimur : omnium Versatur urnâ, serius, ocius Sors exitura, et nos in aeternum Exilium impositura cymbae.Ilf # y y * y y f f 103 Krfinrt A DELLIU5 IHi Traduit d'Horace.Souviens-toi, Dellius, dans l’épreuve et la peine Dans les félicités que le sort peut offrir, De conserver une âme également sereine Car il te faut mourir ; Soit que ton cœur, sans trêve ait langui de tristesse Soit que, loin des tracas, tu te sois réjoui, Buvant, couché sur l’herbe en des jours de liesse, Le Falerne vielli.A l’ombre hospitalière où frémit la ramure Du peuplier d’argent et du pin orgueilleux Au bord de ce ruisseau fugitif qui murmure Dans son lit sinueux, Ordonne d’apporter les parfums et l’amphore, Et du riant rosier les éphémères fleurs, Heureux vivant ! tandis que le permet encore Le noir fil des trois Sœurs.Il faudra le quitter ton domaine splendide Ta villa que le Tibre arrose de flots d’or 11 faudra la quitter ! Un héritier avide Comptera ton trésor.Qu’importe que tu sois issu de race infime Ou riche et descendant de l’antique Inachus Ou bien sans autre toit que l’azur, ô victime De l’implacable Orcus ! Nous sommes tous poussés au même précipice ; Car, de l’urne sorti, notre destin mortel Nous jette tôt ou tard dans la barque qui glisse Vers l’exil éternel.) Vr 5 w ?5 1 Charles Gill.I » 104 RIRE ET PLEURER Quand nous voyons les pauvres petites ouvrières s'engouffrer par milliers dans les filatures, il nous semble que c'est parfois la société qui rétablit le tribut au Minotaure.L’USINE=MlNOTAURE * - / y.(Gazette rimée) ; î m • I* « Aux fill’s d’là faeVrie d’coton respectueusement je dédie.E.T.< .I *• Ah ! parents, vous payez trop cher ! Faut-il que le Travail restaure Le barbare impôt de la chair, Offert jadis au Minotaure ?iîfiJi * 111 Ninette atteignant ses quinze ans N'avait jamais quitté le gîte D’une famille d’artisans.C’était une pauvre petite.Mais pour faire aller la maison —Malgré la chère créature, Oui dut se rendre à la raison— Elle entrait à la filature.VA 1 m / s i IM.h.V • r»ft iO 4 - W fy # # &9 :r t* r :vji.!•«*< • , fl;?: % 105 Et tous les jours, du même pasr Sous le même manteau noisette, Elle allait, portant son repas Enveloppé d’une gazette.Auprès des longs fuseaux d’airain Elle penchait sa maigre échine Laissant filer, filer le brin Pour alimenter la machine.* Les heurts des engins tapageurs, L’engrenage guettant des proies Mêlaient des hurlements rageurs A la tempête des courroies.y ?îrSEvviF f il Tremblante, dans ce bruit d’enfer,.Elle a des frayeurs ridicules Croyant que les monstres de fer Vont l’étreindre en leurs tentacules.y Les contre-maîtres polissons Firent la première blessure A ce cœur tout plein de chansons, A cette âme sans flétrissure.Trop tôt revenait le matin ; L’atelier lui parut sinistre.Elle ploya sous son destin Et son œil se cercla de bistre.Comme les petits avaient faim Ninette n’eut pas de jeunesse.Elle gagnait, gagnait du pain Et se mourait par droit d’ainesse.) % 'ffîTrMft * 106 loin des milieux troublants, Cette petite fleur craintive Refermait ses pétales blancs, Comme sa sœur, la sensitive.Un soir ) Et l’on n’entendit plus le pas De l’enfant au manteau noisette Qui passait, avec son repas Enveloppé d'une gazette.> Ernest Tremblay.L’HIRONDELLE L’air est plein de ses cercles fous, De gazouillements, de coups d’aile, De petits cris semés sur nous Plein du salut de l’hirondelle.Car voici les jours printaniers : Elle vient des pays étranges Où verdissent les citronniers, L’oranger constellé d’oranges.L’hiver défunt, cheminant droit Elle cingle d’un vol agile Vers l’angle osbcur de quelque toit Où se suspend son nid d’argile.y y y Si le cher nid est là toujours Malgré les neiges et la bise, Elle refile ses amours Près du mur de la maison grise.) Aux approches du souffle froid, Pour un trajet de mille lieues Abandonnant leur gîte étroit, On verra fuir dix ailes bleues.y Avril 1909.Hector Demers.Kr < f * 107 FENETRES CLOSES e r.r.1 ft C’était en mai : Te souviens-tu ?Le printemps coulait dans les saules Et le bleu lilas parfumé Penchait ses fleurs sur tes épaules.Nous allâmes dans les gazons Nous asseoir, et parler de choses Qui font s’arrêter les chansons, Lorsque l’Amour baise les roses.J ' f EE Te souviens-tu ?Était plein d'étoiles jolies, Et les oiseaux, en s’endormant Devaient rêver à des folies.Je posai ta main sur mon coeur Ta main si ferme et si petite, Et tu me dis d’un ton moqueur : — Je m’en vais, car il bat trop vite.Le firmament 5 y Hélas ! c’était tristement vrai Puisque depuis ce soir superbe Nous n’eûmes jamais un secret A nous dire, à mi-voix, dans l’herbe.y y H: J } N’importe ! J’aime mon passé, Comme un père aime sa famille.Te souviens-tu ?Je t’embrassai Souventes fois sous la charmille.* r • p 9 9 9 / *“>\r 108 Te souviens-tu ?De réveiller ce qui sommeille.Sois heureuse jusqu’à la mort Et dors en paix sur chaque oreille.Cependant, laisse-moi songer, Derrières mes fenêtres closes, A ce temps si bon, si léger Où l’Amour osait croire aux roses.Mais, chut !—J’ai tort J J J.-A.Lapointe.PAQUES DANS LES BOIS h.vf':) Extrait du Canada chanté * C’est Pâques dans les bois comme au sein des maisons.Tandis que l’homme rêve à l’appel des églises Les corneilles d’avril, prodigues de chansons, Annoncent le printemps aux proches forêts grises.> Une immense douceur se mêle au bleu du jour.Les âmes ne sont plus des neiges prisonnières.O le chant des clochers qui nous parlent d’amour ! O cri des oiseaux noirs devers les sapinières ! L’espérance du Ciel habite le cœur bon.C’est Pâques ! Sucriers, chantez dans vos cabanes ! Vous, oiseaux qui semblez des angles de charbon Tachez l’azur, criez Pâques sur les savanes ! % J • >i vu fi .if i -j'aj'.r'W- ^ KJir/w J * tia*! iii ehS il'r li.î - r r • f ¦Y ' r •• I i '.;;r « • tlf U » I • DrtlU •; 0 t /Uuir i\t« • • « **.i 109 C’est Pâques dans les bois comme au sein des maisons.Revenant à leurs nids, le long des forêts grises Les corneilles d’avril prolongent leurs chansons, Tandis que l'homme rêve à l’appel des églises.y m 190b.Albert Ferland.f yi NAUFRAGE Les branches du polype aux formes fantastiques, Circonviennent la nef dans les flots irisés Où le soleil épand ses ondes prismatiques.La carène, les mâts, sur le récif brisés S’éclairent par moments de lueurs erratiques, Avec les cabestans aux treuils vert-de-grisés.y Sous les vagues, l’on voit surgir dans les coursives, Spectres terrifiants au milieu des espars, Les voraces requins, les pieuvres répulsives.Les couples et les baux, les vaigrages épars Ont éventré l’acier des membrures massives, Et les débris tordus issent de toutes parts.Quand passe le jusant, une force invincible Rejette sur le roc des cadavres rongés Qui fixent vers la nue un orbite impassible.Et les atolls naissants, des houles émergés, Qui montent lentement sur l’épave insensible Rougissent leur corail au sang des naufragés.J Jules Tremblay.» * • f f V 110 / PAYSAGE D’ANTAN # Un long vol de corbeaux envahissait la plaine ; De leurs croassements sur les labours nouveaux, Ils agaçaient l’écho de la forêt prochaine Qu’ensanglantait le ciel, de lumineux lambeaux ; % Car le soleil meurtri se couchait dans sa gloire Plongeant dans l’inconnu son jour agonisant.Au loin paissaient les bœufs autour des roches noires Et le semeur semait le bon grain, en passant J » J Et peu à peu la nuit se fit rêveuse et belle, Répandant son mystère alangui sur les bois ; Et les corbeaux, songeurs, sous la branche nouvelle Eteignirent enfin leur misérable voix.J Tendant au ciel son corps meurtri par les orages Un long chicot de pin appelle la pitié ; Une petite étoile a surgi des nuages, Prodiguant au vieux tronc un rayon d’amitié.» 1 Un doux rêve a plané sur le sable des grèves Et des parfums sans nombre ont voltigé dans l’air ; Le boipourril a dit ses antiennes brèves La tremblaie a frémi dans son feuillage clair.4 i* Et le vieux pont dormait couché sur l’onde brune Que bordait le sainfoin tremblant au vent du soir ; C’était à l’heure étrange où le front de la lune Attache à notre globe un reflet d’ostensoir.h 4 ‘*’w9bsæ' ».i • •• » f % r«f '/••*- Wf 5f irf ¦' rjù ( M f /.k I > • X X / ?111 Cette fois, j’ai chanté ma chanson libre et hère Parmi l’écho des bois et celui du vallon Dans l’espoir infini des brises printanières, Songeant au vieux soldat mourant à Carillon, \ J L’astre des nuits berça sa chimère attendrie Au sein du lac frangé de quenouille et de jonc, L’universelle paix hanta ma rêverie, Mon âme se remplit de silence profond.Par le sentier bordé des mousses coutumières J’escaladai d’assaut le sommet du rocher ; En deçà du vieux pont, plus loin que les pinières, Le mystère d’antan battit mon front penché.» ; m\ N#: I .Et dans le vent du soir soufflant sa poésie J’ai perçu la chanson d’un monde regretté : Avec le souvenir, le chant de Crémazie Pleurait comme une source en mon cœur transporté.1 + % iu H Soirs de mai ! soirs de mai qui parfumez la vie Le long de son chemin, de ciel et de lilas Vous étanchez, parfois, la soif inassouvie De l’âme qui vacille au gré des vents, hélas ! J ?Louis-Joseph Dovcet.X # / HH " « m i w t 112 LE PRINTEMPS SOURIT Le printemps sourit, à travers les branches, Dans le bois voilé de tristesse blanche.La sève aux rameaux éclate et fleurit.Sourire enivrant ! Infini bien-être ! Oh ! beauté de voir la beauté renaître.Le printemps sourit.Le printemps sourit à la plaine immense.Aux flancs des sillons frémit la semence.Le sol fécondé donnera son fruit.Oh ! dans la candeur d’une âme sincère, Charme d’espérer ! les jours qu’on espère.Le printemps sourit.Le printemps sourit aux lèvres des femmes, Comme un rayon d’or éclairant les âmes.Des rêves d’amour hantent les esprits.Ivresses de croire à ce mot suprême ! Oh ! douceur d’aimer ! à 1 ’âge où l’on aime.Le printemps sourit.Le printemps sourit au front du poète Nimbe de clarté couronnant sa tête : Le grand mot de gloire est-il un vain bruit ?Dans l’enchantement d’une extase brève, Oh ! rêver de voir s’achever son rêve ! Le printemps sourit.y H Englebert Gallèze. îÉfiSll î» -1 f f./ïf < ( ififv 113 I DIPLOMATIE CONJUGALE „ .B» f, #'•r#i LvrlnRJl.’ UN ACTE vifîfif Jy * fl " Æ* f Madame (vingt-cinq ans), Monsieur (trente ans) rl! Un boudoir.Au dehors, la tempête rage ; aux vitres givrées La scène.est partout la même la neige, lancée par un vent furieux, crépite, monotone, d'arabesques.Il est huit heures.4 l SCENE PREMIERE ¦ittïf Monsieur, Madame Enfoui dans un immense fauteuil, Monsieur, absorbé dans la lecture du dernier numéro du Terroir, se brûle impitoyablement les pieds à la cheminée.A l'autre bout, gracieusement courbée sur son petit secrétaire, Madame griffonne avec une rapidité voisine du vertige.Madame, elle se lève et, tout en cachetant Venveloppe, se dirige Veux-tu être assez gentil de jeter cette lettre à la poste, demain, en descendant à ton bureau.Sans doute.vers Monsieur.Monsieur.C’est un mot à Mme Hébert pour lui demander l’adresse de sa couturière.C’est très important.{Elle s'assied sur une petite chaise, tout près.) Monsieur, exagérant.Madame.Birtm En effet, c’est de la plus haute impor- tance 1 Madame, railleuse.Monsieur.Madame.- ton habit.Monsieur.Madame.- Surtout, ne fais pas comme la dernière fois.P Ne garde pas cette lettre un mois dans la poche de Un mois !.Tu exagères : quinze jours seulement.Et elle y serait encore, si. 114 Monsieur.tion de mes habits ?Madame.tu ne venais de temps à autre faire l’inspec- Il taut bien que je m’assure du sort de mes lettres J- de celles que je reçois comme de celles que j’expédie.Monsieur.- Afin de constater que je suis un facteur modèle ?C’est que tu n’as pas la tête à toi ! - Si tu savais la quantité inconcevable de choses Madame.-Monsieur.assommantes auxquelles il me faut constamment penser ! Madame.Et ta femme, tu ne penses pas à elle ?ma femme.ma femme.D’abord, ce n’est pas une chose assommante, ma femme ; et puis.(Changeant de ton.) Sois sans crainte ; cette fois-ci, je ne t’oublierai pas.Madame, sèchement.Un temps.Monsieur, tout en feuilletant sa revue.que tu m’as faits â cause de ce regrettable oubli.Je crois bien ! Un oubli qui a failli me brouiller avec Mme la Mairesse : elle m’a attendue tout un après-midi, n’ayant pas reçu ce mot d’excuse.Après ces reproches, dis-je, il me semble qu’il avait été convenu que nous ne reviendrions plus sur cet incident.Madame, narquoise.lui remémore ses fautes.Monsieur.Oh ! C’est à espérer.Après les reproches Madame.Monsieur.Oh ! oh ! Monsieur n’aime pas qu’on Monsieur, il se lève, se promène lentement en lançant au plafond des cercles de fumée bleuâtre, puis, s'arrêtant en face de Madame.— Elle est donc bien extraordinaire la couturière de Mme Hébert ?Elle excelle dans les tailleurs et les fronces.- Dans les.quoi ?Dans les tailleurs et les fronces.- Qu’est-ce que c’est que ça ?On appelle tailleur, en terme de mode, un genre de robe d’une élégance extrême, qui donne à la personne un chic particulier et qui fait superbement valoir les qualités naturelles de celles qui les portent.Cette mode fait fureur.- Ça ne m’étonne pas.Fronces ?- Oui.Madame.-Monsieur.Madame.-Monsieur.Madame.- .Et les ?.les ?.Monsieur.Madame.- Monsieur.Comment, tu ne sais pas ce que c’est ?M a d a M e , sea nda lisée.Quelle ignorance ! Monsieur.Je l’avoue.Je connais bien les quotations de la iik! 3# « • i U r*1 it?X « t l'W rim ¦ •* -*#.• m '• » » • ,!;i *.rf • •: I , #1 • If 115 Bourse, les meilleures valeurs sur le marché, les derniers scandales parlementaires, les derniers potins municipaux ; mais en fait de fronces.(Souriant ) je ne sais que celles de tes jolis sourcils, quand j’oublie tes lettres à Mme la Mairesse.Madame.—- Eh bien, les fronces.ce sont des fronces.Et comme j’aime les fronces, je veux une couturière qui excelle dans les fronces.Voilà ! Monsieur.— C’est logique.(IL s'éloigne en fumant, puis, revenant.) Est-ce que ça coûte cher, ces machins-là ?Madame, boudeuse.— Je n'en sais rien.Monsieur.— C’est un petit détail qui a pourtant son importance.Madame, froidement.— Est-ce que vous mettriez une vile considération pécuniaire en parallèle avec le bonheur de votre femme ?Monsieur.— “ Vous.” “ votre.” Fichtre ! on ne parle plus qu’au pluriel.Ça devient grave ! De la minute à l’autre, nous voilà transportés au régime nobiliaire.(Il s'incline avec ironie.) Madame la marquise désire des fronces ?Madame.— Voilà une plaisanterie de fort mauvais goût.Monsieur.— Alors, ne plaisantons plus.Mets de côté tes vous ’’ et tes “ votre ”, et, à la place, achète toutes les fronces de la création.Madame.— Ce ne sont pas des fronces que je veux.Monsieur.— Ah !.Quoi donc ?Madame.— C’est ce costume tailleur, dont je t’ai dépeint l’élé- t:: m Vf' % < 4 gance.Monsieur.Ce.Madame, Vinterrompant.Monsieur.Madame, avec enthousiasme.un peu collante.Monsieur.Madame, sérieuse.moule bien le buste.Monsieur.Madame.- Quelque chose d’un chic ! D’un chic.Oui.Tiens ! figure-toi une jupe Très bien ! N’est-ce pas ?.Puis un corsage qui ruwÿf! Pristi ! .le tout, joignant à la grâce féminine, un je ne sais quoi de crânement masculin.Monsieur.- Sublime mélange ! Et ce n’est pas tout ! - Ah ! ce n’est pas tout ?Madame.-Monsieur.««Il rvvin,-L tiJ •> 116 Madame, changeant de ton.tage ?C’est le cri du jour.Ainsi, à Paris Monsieur, froidement.— c’est absolument nécessaire ?Madame, convaincue.— Regarde un peu autour de toi.(Il regarde autour de lui.) Non, quand tu seras sur la rue.Mais pourquoi t’en dire davan-à Londres, à New-York.Et ce costume tailleur merveilleux Certes ! Toutes mes amies en ont.Monsieur, à part.—- Merci de la permission.» Toutes en ont.toutes : Mme Laurendeau, Mme Madame.) Robitaille, Mme Laverdure, Mme Berthelet, Mme Béliveau.Jusqu’à Mme Perron, qui en a un ! Monsieur.% Heureuses mortelles ! Madame, très digne.femme soit mise moins bien que les autres.Tu ne voudrais pas, je suppose, que ta Monsieur, impatienté.Madame, frappant du pied.Monsieur.Nous n’en sommes pas sur ce chapitre.Puisque toutes mes amies en ont ! Ce n’est pas une raison.Une raison.une raison !.Si je devais écouter toutes vos raisons, monsieur le despote, je n’en finirais plus.11 me faudrait me contenter d’un simple châle sur la tête, et, sur le dos, d’une simple robe de dix sous la verge.Toujours des exagérations ! C’est toi qui exagères.Bien plus, si je t'écoutais cette robe d’indienne, je ne l’aurais même pas ; et je finirais.par aller.Madame, rageuse.Monsieur, agacé.Madame.) Monsieur, railleur, il lui inet vivement la main sur la bouche.— Chut ! chut ! Les règlements municipaux ne le permettent pas ! Madame.—• Les hommes sont des monstres ! (Elle traverse rapidement et va s'asseoir sur un canapé, tout à l'autre bout.) Monsieur.— Grand’mère Eve disait déjà la même chose.Madame.—Oui, des monstres.dont nous sommes les victimes.Monsieur, très calme, s'arrêtant en face de Madame.— Des victimes !.Je voudrais bien savoir quelles sont les victimes, de vous ou de nous.Si nous nous attardons un peu pour le dîner, scene ! Si nous accordons un quart d’heure à l’ami Chose, scène ! Si l’ami Machin passe une heure avec nous, scène de tourner la tête vers une jolie femme qui passe, scène ! Du matin au soir et du soir au matin, scène ! scène' ! ! scène ! ! ! Madame, indignée.— Et c’est toi qui oses avouer que tu regardes les jolies filles qui passent.C’est une infamie ! 1 ! S'il nous arrive * i ti • v * • • • .'•/•i i'i •'ftp* * >/ i r r »* • * r.# rke,.r *• r11 1,1 r.r* ’ /’ n f • ïQGS’jf* Vi r •< •*.f • • • I I -1 •» f 1 / \ns i « * MH wm m / SU r.•, Monsieur.— Je n’ai pas dit ça.D’ailleurs, où serait le mal ?Madame.— Je le sais bien que vous ne vous privez de rien vous, les hommes.C’est le club, ce sont les amis, les cartes, les cigares.Tandis que nous, pauvres recluses.Monsieur, présentant son étui.— Un cigare ?.Pur havane ! Madame, levant rageusement les épaules.Monsieur, s'inclinant.— Mille pardons, marquise ! Madame.— Ce n’est pas ainsi que vous agissiez, jadis : au lieu de me railler d’aussi sotte façon, lorsqu’un chagrin faisait perler des pleurs à mes yeux, vous saviez, par des mots d’une douceur infinie— des mots hypocrites, je le vois bien — compatir à mes tristesses.C’était chaque jour des fleurs, des bonbons, des bijoux.Tandis qu’aujourd’hui.Monsieur.— Mais c’est qu’alors nous n’étions pas mariés.Madame, ahurie.— Ce qui fait ?Monsieur, très grave.— Qu’on ne saurait prendre les mouches avec du vinaigre.Madame, au comble de Vindignation.— Oh ! c’en est trop l C’est faire trop cyniquement l’aveu de sa bassesse !.Eh quoi, ces fleurs, ces bijoux, tout cela n’était qu’un piège ?.Et moi, naïve enfant, je me suis follement, aveuglément, laissée prendre à ce piège ?(Appuyée sur le dossier du canapé, elle cache sa tète dans son bras, secouée par les sanglots.) Monsieur, attendri, il se dirige vers Madame, comme pour la consoler, puis s'arrêtant à mi-chemin, à part, après un moment d'hésitation.— Non ; si je vais à elle, crac, je suis pris.Il faut être plus diplomate que cela.[Il retourne se plonger dans son fauteuil.) Madame, la tête toujours cachée dans son bras.— Mariée depuis â peine un an, et se faire ainsi maltraiter !.Et tout cela à cause d’une malheureuse robe dont j’ai besoin !.Le voilà bien le bonheur sans mélange, l’ivresse de la vie à deux !.A quoi donc se résument les beaux rêves dont on caressait ma jeune imagination, les images riantes que l’on faisait défiler devant mes yeux éblouis de jeune fille mes yeux de mouche sans cervelle ?.(Avec colère.) C’est indigne ! c’est monstrueux !.Monsieur, à part.— Ça y est !.On m’avait prédit des scènes de ménage : voilà que ça commence ! Je ne supporterai pas celle-ci davantage.Allons au club, laisser passer la tempête.{Il se dirige-vers la fenêtre.) Madame, jetant furtivement un regard du côté de Monsieur, à ¦rS, : f * T * } f'.f « t f I tjrj Oh ! i m * i » e • s I f • • • > I G 1 l t 118 Qu’est-ce qu’il marmotte là ?( Elle s'assied de façon à lui pu rt.tourner le dos.) Monsieur, tambourinant aux vitres, à part.moins consciencieux des médecins ne voudrait pas y exposer même sa belle-mère.Et dire qu’il ne me reste plus qu’à choisir entre ces deux choses, la tempête du dehors et l’orage du dedans ! Madame, avec un clignement d'œil significatif, à part.et la vanité se font la lutte : l’amour va triompher ! Monsieur, résolument, à part.choisir le moindre.(// jette un regard navré vers Madame, puis se retire sur la pointe des pieds.) Quel temps ! Le L’amour Allons ! de deux maux il faut iti SCÈNE DEUXIEME Madame, seule Madame, elle ne s'est pas aperçue de la sortie de Monsieur.Comme les temps sont changés ! (Prenant la photographie de Monsieursur une petite table, tout près.) C’est qu’alors on était si élégant dans sa fine redingote.et si bon.et si gentil !.Puis on savait dire si bien les choses.ces choses qui font palpiter les cœurs et que les jeunes filles écoutent dans l’extase de leurs vingt ans.ces choses qui vibrent à leurs oreilles comme une musique de l’au-delà et qui leur font oublier tout pour n’écouter qu’elles.(Très triste.) Mais toutes ces choses, on vient de l’avouer, ne sont que des mensonges.Vos fines moustaches blondes ou brunes, messieurs combien n’en cachent-elles pas de ces mensonges et de ces baisers perfides.(Un silence.) Mais on ne répond pas.(S'énervant.) Répondez donc !.Rien à répondre !.C’est bien ainsi : les premiers mois, ce sont de votre part autres, les maris ! — des protestations de tous les instants.A vous entendre, le monde n’est rien pour vous : c’est nous qui sommes votre univers.Vous oubliez tout pour nous : la solitude vous est douce, plus que douce, nécessaire même ; vous mourriez sans elle Quelques mois à peine se sont passés, que l’atmosphère du petit nid vous devient lourde ; vous y dépérissez : il vous faut le grand air, il vous faut des distractions.Alors, vous commencez à songer au club : votre esprit devient fertile quand il s’agit d’inventer des prétextes pour sortir.Puis ce sont les amis, puis ce sont les relations sociales, ) Z et vous êtes tous semblables, vous # # # t vitit > â i ¦ M • / é !# / [ # * ÏU'tAi « * f • » • flf ( a / .i ‘.f v; r I « f„r 119 et patati et patata ! Si bien qu’en fin de puis ce sont les affaires compte nous ne sommes plus que des automates préposés au bon fonctionnement de la maison.Nous sommes les mouches que l’on J a prises avec un peu de sucre et que l’on noie maintenant dans beaucoup de vinaigre !.(S'exaltant.) Ah ! redevenir ce que j’étais autrefois — indépendante, et libre de ce joug qui m’écrase !.[Jetant la photographie et se levant.) Mais qu’est-ce qui m’en empêche ?J’avais consenti à être ta femme, non ta domestique.Et puisque je ne suis qu’une méprisable mouche prise avec un peu de sucre, adieu ! je ne reste plus sous un toit qui me devient odieux, du moment que je n’y respire plus l’amour.Elle va pour sortir ; c'est alors seulement qu’elle s’aperçoit qu'elle est seule.Ah ! (Regardant de tous côtés.) il n’est plus là ! (Riant.) Et moi qui, depuis un quart d’heure me creuse la cervelle jusqu’au menton à la recherches de belles phrases capables de l’émouvoir ! (Elle se dirige vers la fenêtre.) Où peut-il bien être allé ?.(Triste.) Le méchant, me laisser seule, quand j’ai le cœur gros de chagrin •était là, je sens que que je pleurerais.et pour de bon, maintenant Mais je saurai bien me venger ! (Ecoutant.) Tiens ! je crois que c’est lui qui revient.Ce qu’il va me le payer ! (Elle se sauve.) 4 S’il T • • • 4! FM' • • • ft f Mftltr SCENE TROISIEME Monsieur, seul La porte du fond s’ouvre sans bruit.Monsieur entre discrètement, son chapeau à la main ; il est couvert de neige.Monsieur, il s'avance souriant, regarde au fojid, puis, s'apercevant que Madame n'y est point.— Plus ici ?Rentrée si tôt dans sa chambre ?.Fichtre ! c’est plus sérieux que je ne croyais.Il dépose son chapeau sur la table, enlève son pardessus qu’il jette sur une chaise, après en avoir retiré une bonbonnière, puis il se rassied confortablement dans son fauteuil.Là ! c’est ici qu’on est vraiment bien, changé d’idée.Maintenant il bonbonnière.) Voici pour sa gourmandise.( Tirant de sa poche un petit écrin.) Voici pour sa vanité.(Sentencieux.) A des bonbons et à des bijoux, il n’y a pas une femme capable de résister !.Et dans cinq minutes, la mienne — qui n’est pas méchante en somme — aura fait le sacrifice de son tailleur, de ses fronces.et de ses nerfs.(La porte s'ouvre.) La voici.Soyons diplomate ! Au diable le club ! J’ai s’agit de faire la paix.(Ouvrant la ' r 120 SCENE QUATRIEME Monsieur, Madame Madame, elle s'assure d'un coup d'œil que Monsieur est là, puis elle traverse lentement, en lisant.comme certaine d'être seule.-— J Oui, ma chère maman, j’aurais dû t’écouter et ne pas épouser ( < • • • cet homme J1 • • • Monsieur, à part.Madame, même jeu.Une lettre à la belle-mère ! Après son indigne conduite de ce soir je suis fermement résolue de retourner vivre auprès de toi.” Monsieur, à part.—Diable ! ce n’est pas gai ce qu’elle écrit là ! Madame, elle s'est assise à son petit secrétaire et se parle à elle- Pauvre mère 4 4 J 5 i même en cachettant la lettre.comme ses prédictions J se sont réalisées ! Monsieur, à part.désormais.Madame, même jeu.petit nid où j’ai vécu tant de douces heures ! Monsieur, à part, dirige vers Madame, tout doucement, tendant la bonbonnière dans laquelle il a glissé le petit écrin.) Madame, même jeu.l’homme est sincère, et que son cœur est constant dans son amour.Monsieur, à part.—Ça se gâte ! Il est temps que j’intervienne.(A Madame.) Un chocolat, mignonne ?Madame, apparemment très surprise.• • Je lui conseillerai d’aller prédire ailleurs Heureuse, je l’étais hier encore, dans ce • • Ça va mieux ! Soyons diplomate.(Il se Je croyais alors que la bouche de Vous ! (Froidement.) f Merci.Vous êtes bien prévenant tout à coup.Mon Dieu, quand on a, comme moi, une que ne ferait-on pas pour Monsieur, cajoleur.femme jeune, jolie et gentille à croquer, lui être agréable ?Madame, à part.—Le truc a réussi ! (A Monsieur.) Vous n’avez pas toujours été de cet avis ?Tu devines bien que ce que j’ai dit tout à l’heure ce n’était que pur badinage.Voyons, mignonne, tu sais combien je t’aime.Monsieur.) Ça y est ! (A Monsieur.) Ne dis pas cela, ce serait mentir.Ou bien, tu ne t’aperçois même pas combien sont changés tes sentiments.Madame, à part.I ?*/MN! - 121 - Je triomphe ! (A Madame.) Qu’est-ce qui choses vilaines ?Ne suis-je pas toujours Monsieur, à part.— peut te faire croire à ces aussi.Madame, se levant et appuyant sa tête sur Vépaule de Monsieur.— Je ne sais pas, moi.Seulement, je ressens en mon âme ce quelque chose inconnu, mystérieux, indéfinissable qui murmure de sa voix grave : “ Il ne t’aime plus, il ne t’aime plus ! Monsieur, pressant Madame contre lui.— Je ne t’aime plus, moi ?.C’est insensé, ce que tu dis là ! Madame, très candide.—C’est que.vois-tu.parfois.[Baissant la tête.) Je ne sais pas, moi ; je ressens, c’est tout ! Monsieur, très cajoleur, présentant un bonbon.— Un chocolat ?Madame, résignée.— Merci ; je n’ai pas faim.Monsieur.— Celui-ci, dans ce coin ; vois comme il est joli.[Il prend le bonbon et Vapproche des lèvres de Madame qui sourit ; il l'y dépose.) N’est-ce pas ?Madame, croquant le chocolat.— Méchant, va ! Monsieur.— Et celui-ci, maintenant ?[Il tend ses lèvres mendiant un baiser.) Madame, montrant la fenêtre.— On pourrait nous voir.Monsieur, du même ton que Madame.— Méchante, va Fu'b 1 1 # ! (// va fermer le rideau.) Cela te rassure ?{Revenant.) Après tout, n’es-tu pas ma femme ?Madame.Qu’importe, l’on pourrait penser.- .que voici une petite femme et un petit mari qui s’aiment bien ; et rien autre chose.Monsieur.Madame, très câline.Monsieur, lui donnant l'écrin.Madame, ouvrant le petit écrin.es gentil ! Monsieur.Vrai, là, tu m’aimes bien ?En douterais-tu encore ?I La jolie bague !.Comme tu - Et toi ?Moi ?Je vais t’en donner une grande preuve.- Ah ! Tu sais, ce tailleur ?- Eh bien ?Madame.-Monsieur.Madame.-Monsieur.Madame.-Monsieur, à part.que tu te prives.Madame.-Monsieur.J’y renonce.J’ai gagné ! (A Madame.) Je ne veux pas Mais si ! - Mais non ! I 122 Madame, avec un nuage au front.Monsieur.Mais si ! mais si ! Je vois que cela te fait de la peine.Madame, visiblement contrariée.Non, non ! [Vivement.) A * moins que tu insistes beaucoup ; alors, je ne voudrais pas te déplaire.Monsieur — Eh non, je n’insiste pas.Si, si, tu insistes.[Félinement câline.) Je devine ce que c’est : tu aimerais me voir en tailleur, ce costume (Répétant comme une leçon.) d’une élégance extrême, qui donne à la personne un chic particulier et qui fait superbement valoir les qualités naturelles de celles qui les portent.C’est cela, n’est-ce pas ?Je te dis que tu te trompes.Puisqu’il en est ainsi, je vais me faire violence ; et puisque tu y tiens.je vais l’acheter, cette robe.Mais c’est uniquement pour toi, tu entends, pour que l’on dise : chic petite femme ce veinard-là ! ” Monsieur, comique.—Je ne veux pas que tu fasses un tel Madame.Monsieur, passablement refroidi.Madame.En a-t-il une 4 4 sacrifice.Si, si ! Pour toi, je suis prête à tout.— Comme tu es bonne ! (A part.) Je suis Madame, héroïque.— Monsieur, avec ironie.roulé, moi.Madame.J Nous irons nous promener par les rues les plus passantes, et tu seras fier de ta petite femme.(N
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