La revue de Manon, 1 octobre 1928, lundi 15 octobre 1928
Quatrième année — No 17 Revue Littéraire la plus Distinguée des Foyers Canadiens Montréal, 15 octobre 1928 ;av.:x:xx *i*ii«i«i»iiiüia —.g:.; X'H-ÂXO «P iillllillilliil WPP PPI pii® Pwi xxvx-x-x-v: mamm mm wxxx-ï PP -xxxxx «i III PP§! iliii p« i m mmm mmrn mmm fig 11181 IliPI iPiil ;X;Xj ¦«¦¦Il Hp ¦H x;::-:' iliii liiiiiiiiii ŒPïilSPS 1811111111 , .X-XX PPPi :x:::x;:$: i ill '.W.'.V W Iwlli: MM fe'vivffilÉîw’’ mm v.v.'*x*x- Page deux LA REVUE DE MANON Montréal.le 15 octobre 1928 Grossir, c’est se déformer Se déformer, c’est Vieillir L’Obésité vaincue par le ï THE DES r CARMELITES § § § § § § § § § § § § § § § § Ce qu'est FObésité L’obésité consiste en une exagération de l’embonpoint: les gens obèses se reconnaissent à ce que leurs formes sont empâtées par l’accumulation considérable du tissu graisseux qui s’est formé sous leur peau.Ile en résulte pour eux un aspect nlus ou moins lourd ou ridicule, et une gêne plus ou moins considérable dans leurs mouvements.L’embonpoint, tout comme l’obésité, dont il n’est d’ailleurs que le premier degré, est justifiable du traitement par le THE DES CARMILITES,car ces deux états qui rendent si difformes ceux qui en sont les victimes.PROVIENNENT D’UN TROUBLE PROFOND Des fonctions physiologiques qui fait que la graisse introduite dans l’organisme par l’alimentation se dépose dans les divers points du corps, sous la epau, au lieu d’être brûlée dans les organes et transformée en muscles, en chair et en énergie.LES RECENTS TRAVAUX SCIENTIFIQUES de Hagedron et autres, ont démontré que l’obésité est caractérisée par une tendance anormale, chez les obèses à transformer les hydrocarbures de l’alimentation en graisse* LE THE DES CARMELITES provoque l’amaigrissement sans rien changer au régime alimentaire ni à ses occupations journalières, Le THE DES CARMELITES modifie profondément les échanges nutritifs, provoque chez les malades qui en font usage, un accroissement de la quantité d’azote, et principalement de la quantité d’urée éliminée par les urines.Cette constation est le signe d’une désassimilation exagérée des substances albuminoïdes et explique comment le THE DES CARMELITES agit contre l’embonpoint.On peut dire qu’avec le THE DES CARMELITES, l’amaigrissement se produit TOUJOURS parce qu’il augmente les oxydations organiques et que la graisse est brûlée par suite de l’accroissement des oxydations.Cette médication suffira amplement, sans changer en rien aux habitudes, au régime aux heures de travail, pour accroître suffisamment les combustions organiques défectueuses, brûler la réserve trop grande de graisse et empêcher celle-ci de s’accamuler de nouveau dans les tissus.I v Le THE DES CARMELITES doit également être recommandé aux personnes qui souffrent de maux de tête, bourdonnement d’oreilles, battements de coeur, oppression, maux de reins, symptômes d’une dégénérescence graisseuse, qui influe sur les fonctions du coeur, du foie, des reins et de l’estomac.La suppression de l'obésité et de l'embonpoint est le triomphe du THE DES CARMELITES.Sa popularité est aujourd’hui considérable, et elle la mérite entièrement.$1.25 la demi-boîte, $2.00 la boîte.• ** Expédié franco par la malle, sur réception du prix.Se trouve dans toutes les bonnes pharmacies.Agence spéciale PHARMACIES MODELES GOYER 184 et 682 rue Ste-Catherine Est, .MONTREAL t LA REVUE DE MANON Revue la plus distinguée des Foyers Canadiens * BONNEMENT Canada: L an, $2.00; six mois, $1.25 Etats-Unia: 2 an, $2.25; six mois, $1.50 Paraissant Bi-Mensuellement Emma Gendron et J.Arthur Homier Propriétaires-Editeurs Administration et Rédaction 756, rue Saint-Paul Ouest Tél: MArquette 4065 Quatrième année* •— No 17 Montréal, 15 octobre 1928 Le numéro : 10 sous REFLEXIONS Si Ton veut connaître un homme en toute vérité, il faut le juger non point d'après ce qu'il dit, mais bien d’après ce qu’il aime.Que vous récitiez avec componction le Credo, que vous affirmiez en toute occasion votre amour pour ce qui est beau, bon et généreux, tout cela ne révèle pas le genre d’homme que vous êtes.Le vrai caractère d’une personne, on le découvre en apprenant ce qu’elle aime.Aimez-vous à faire des excursions avec vos enfants en leur enseignant à goûter la nature, ou bien préférez-vous aller tuer et blesser des animaux au nom du noble sport de la chasse?Etes-vous irrésistiblement attiré au spectacle d’un match de boxe?.Voilà les choses qui montrent les véritables tendances de votre âme., ., Il y a quelque temps, on demanda à tous les prédicateurs des Ëtàtfc-Unis de prêcher le même jour sur le même sujet.fit r.e sujet était; “Le sermon que je ferais si je n'en devais jamais faire qü’utt." Le mot “urt” a toujours de l’attrait; il ramène l'esprit dans de certaines limites; il présente quelque chose de défini.Si un journaliste va demander à un certain nombre d'hommes connus qui habitent Paris, quel est leur point favori de la capitale, l’un désignera le Parc Monceau, un autre le Luxem-bour, un troisième la Bibliothèque Nationale, un autre enfin parlera du Louvre.Et, de ces goûts divers, le reporter tirera un article intéressant qui, sûrement, plaira au public., , # Nous sommes toujours amusés de connaître le sport préféré d’un homme célèbre, ou le plat le plus cher au chef de l'Etat.e Ou nous aimerons savoir qui, tels atristes connus auront désigné comme la plus belle femme du monde.Les journaux nous renseignent à chaque instant sur des choses de ce genre, et les journaux sont dirigés par des gens qui savent à merveille quelle est la nourriture désirée par leur public.Dans les revues et dans toutes les publications périodiques, on a construit des articles et même des concours sans nombre autour du mot “un".; , Choisir le héros, qui vous plaît le mieux dans toute la littérature, désigner la personne vivante avec laquelle vous seriez le plus heureux de dîner, l’opéra que vous demanderiez pour vous tout seul, la chanson que la divette en vue devrait cîianter pour vous., .Evidemment, de telles questions sont trop étroites pour eclai- rer vraiment le caractère d’une personne.Mais elles sont bien définies, et elles font penser.L’étude d’un caractère pourrait, cependant, être faite sur cette base de la sélection par “un".Si, par exemple, une personne voulait, ou pouvait, répondre d’une façon parfaitement vraie aux questions suivantes, ses réponses seraient étrangement révélatrices: # Quel serait le livre que vous voudriez sauver, si tous les autres devaient être détruits?Quel est l’homme qu’il vous serait le plus agréable de connaître?• # .Quel est le pays que vous seriez le plus heureux de visiter?Quelle est la chose la plus sage que vous fîtes jamais Quelle fut la chose la plus sage que vous fîtes jamais?Quel est, de vos désirs, le désir que vous voudriez le plus voir se réaliser?Quel fut le plus heureux de votre vie?La réponse à ces questions, et à quelques autres du même genre, illuminerait certainement d’une vive clarté la personnalité de l’interrogé.¦-00000- Après tout, la principale différence entre le vice et la vertu n’est jamais qu’une question de proportions, de plus ou moins.Toute force et tout instinct nous dit: “Voilà, c’est assez.“Et le sage, c’est l’homme qui sait s'arrêter à temps.La devise de Socrate était: “Rien de trop".Un français, de beaucoup d’esprit, déclarait que nos vices n’étaient que nos vertus poussées à l’excès.La passion humaine, mal placée, mal dirigée, portée à l’ex-Contrôlée, contenue, elle produit certains des plus beaux atees et des plus beaux exemples dont on puisse parler.La colère a du bon, et il faudrait être une loque pour ne pas savoir s’indigner ou parfois se révolter.Mais, si l’homme se laisse emporter, il s’en va au sentiment de vengeance, sa colère devient un vice.# .Ainsi; certains remèdes bien dosés, sont toniques et stimulants; mal employés, ils peuvent donner la mort.Il n’est guère, au coeur de l’homme, de sentiment ou d’émotion qui ne puisse devenir un fléau, faute de mesure.Le premier devoir d’un homme, c’est donc de savoir se contenir., Une chose, en elle-même merveilleuse, comme l'amour maternel par exemple, ne peut-elle pas devenir mauvaise si elle se change en une obsession irraisonnée?.La modération est, en tout la loi suprême.C'est la conquête finale de la discipline de soi-même.C'est elle qui élève l'homme et donne aux vertus leur beauté.PRANK CRANE, NOS ROMANS COMPLETS A NOS NOUVEAUX LECTEURS Voici la liste des romans complets déjà parus dans notre revue: “CENDRILLON AU BAL" par Guy Chantepleure, “PRES DU BONHEUR" par Henri Ardel, “PERILS D’AMOUR" par Daniel Lesueur, “LE MARI DE GISELE" par H.A.DOURLIAC, “MALGRE ELLE" par Eva Jouan, “PROFIL DE VEUVE" par Paul Bourget, de l’Académie Française, “LE ROMAN DE LUCIEN" par Guy Vander, “PETITE MUSE" par Henry de Forges, “LA CHANSON DES ROSES" par René Poupon, “SON ROMAN D’AMOUR" par Michel Nour, “LA FIANCEE DU COMTE GUY" par Paul Junka, “MONETTE” par Mathilde Alanic, “EN SUIVANT L’ETOILE" par Florence Barcley, “LE FIANCE DE JOSETTE" par Paul Junka, “AU DELA DU COEUR" par Edmond Coz (publié en deux numéros), “PLUS FORT QUE TOUT" par Paul Cervières (publié en deux numéros), “LE MARI DTANTHE", par Berthe Neuillies (publié en deux numéros)* “MON GYGNE" par Emmanuel Soy (publié en deux numéros), “LE MARI DE VIVIANE" par Yvonne Schultz (publié en deux numéros), “LE HIBOU DES RUINES" par André Vertiol (publié en deux numéros), “REVE D’AMOUR" par Trilby (publié en deux numéros), “L’EXIL DE L’AMOUR" par S.Moreu (publié en deux numéros), et “COEUR SAUVAGE" par Michel Nour (publié en deux numéros) et TENDRE FOLIE par Jean Rameaux qui paraît dans le présent numéro.On pourra se procurer les romans déjà parus en écrivant ou en s’adressant à “La Revue de Manon", 756, rue St-Paul Ouest, Montréal.Chaque roman se vend 10 cents et est expédié sans^ frais de poste.Ceux en deux numéros se vendent 20 cents.AVIS—Notre Nouvelle Adresse Les lecteurs et annonceurs de LA REVUE de MANON sont priés de prendre note que Mlle Emma Gendron et M.J.Arthur Homier propriétaires - éditeurs de La Revue de Manon, viennent d’installer au No.756 rue St.Pauî Ouest une imprimerie moderne dans laquelle La Revue de Manon sera imprimée à l’avenir.Toute correspondance concernant soit La Revue ou l’imprimerie devra être adressée à: » GEN TEL.MARQUETTE 4065 D R O N IMPRIMEURS 8c HOMIER - EDITEURS 756 rue ST-PAUL OUEST DAWES PLUS DE 100 ANS D'EXPERIENCE * DANS CHAQUE BOUTEILLE Montréal, le 15 octobre 1928 LA REVUE DE MANON Page cinq I LES CONTES TENDRES I I LE PORTRAIT j ! Conte par Pierre NEZELOF J lu—h—h—ii—ii—¦«»—il—h uni—ni—m—-m—ml Anne-Marie Sermone n’avait gardé aucun souvenir de sa mère, qu’elle avait perdue à l’âge de deux ans.Bien souvent, elle avait fait de violents efforts pour se rappeler un contour de visage, la chaleur d’un embrassement, rien qu’une intonation de voix.Le coeur alerté, elle avait fouillé dans ce passé si tendre avec la rage de ces prospecteurs qui cherchent, une pépite dans une montagne de terre ingrate; aucun vestige ne demeurait comme si sa mère s’était penchée sur sa première enfance ainsi que sur un miroir.- — Aussi loin que ses souvenirs remontaient, elle ne revoyait que le visage triste de son père, elle n’éprouvait dans les moindres détails de la vie domestique que la vigilance de son amour inquiet et tatillon.Mais quand elle songeait à sa mère, une ombre sans forme trébuchait seule au plus obscur de sa mémoire.Rien d’ailleurs, dans son entourage ne pouvait l’aider à prêter une vie même fugitive à ce fantôme.Elle ne possédait aucun souvenir, pas une mèche de cheveux, pas une photographie même effacée.Fuyant devant la douleur comme devant un incendie.M.Sermonne avait quitté jadis la maison où sa femme était morte, il avait vendu les meubles et détruit presque toutes les choses témoins de son bonheur, ne conservant qu’un secrétaire Louis XVI en bois de rose, que personne n’avait jamais vu ouvert.Anne-Marie grandissait.Souvent elle pensait à sa mère dont rien ne subsistait pour elle que le grand chagrin où M.Sermonne se murait, Inconsolable.Elle songeait: “Etait-elle jolie?Est-ce que je lui ressemble?” Mais n’osait questionner son père, par crainte d’un § mot imprudent qui l’eut blessé.Pour* tant, une fois, elle s’enhardit: — Père, n’as-tu pas un portrait de maman à me donner?je serais si contente ! Il tressaillit, le visage soudain creusé: — Peut-être, mon enfant.il faudra que je cherche.Il n’en reparla plus, et elle, de son côté, n’eut pas le courage de le lui redemander .Du temps s’écoula.Il semblait à Anne-Marie que la tendresse de son père se faisait plus étroite et plus inquiète à mesure que les années passaient.Lorsque Anne-Marie eut dixhuit ans la veille de son anniversaire, Mi.Sermonne lui donna un petit coffret et un paquet: .— Ce sont les bijoux de ta mère et la robe qu’elle avait pour nos fiançailles, tu les mettra demain.cela me ferait plaisir.La jeune fille emporta ces objets dans sa chambre comme un trésor.Elle ouvrit le paquet: c’était une robe de style en taffetas rose.Elle la déplia et l’essaya un peu soucieuse: la robe semblait avoir été faite pour elle.Et Anne-Marie ne devait plus oublier la scène qui se passa le lendemain soir, quand, parée de sa nouvelle toilette, elle pénétra dans la salle à manger, ou son père l’attendait.Dès que M.Sermonne l’aperçut, il recula, les joues décolorées, les doigts crispés comme de- vant une apparition, puis il ferma un instant les yeux.Quand il les ouvrit, il parut appaisé, transfiguré par une miraculeuse certitude.Toute la soirée il ne quitta pas sa fille du regard.La même année, le docteur ordonna à la jeune fille un long séjour au bord de la mer.M.Sermonne alla avec elle s’installer sur une plage de Bretagne.Là, Anne-Marie se créa des relations, joua au tennis, dansa, fit des promenades en bateau.Un jour son père lui dit d’une voix assourdie: — Tu sais, M.Ruveau, un de tes danseurs m’a demandé ta main.— Tiens! et que lui as-tu répondu?— Que tu étais encore trop jeune pour te marier, fit-il gêné.Ai-je eu tort?— Tu as bien fait.il me portait sur les nerfs.d’ailleurs je ne veux pas te quitter ainsi.Nous vois-tu sépares ?M.Sermonne ne répliqua rien, mais il prit sa fille dans ses bras et la serra avec un emportement dont la ferveur mesurait le prix aux paroles qu’elle venait de prononcer.Or, quelques semaines plus tard, Anne-Marie fit la connaissance de Robert Jacquelin, qui était un jeune ingénieur.La première fois qu’elle le vit, elle eut le pressentiment que quelque chose de merveilleux allait lui apparaître.Il était grand, brun et grave et parlait avec une voix dont les accents pénétrants la laissaient sans force, captive d’un enchantement mystérieux.Aussi, quand le jeune homme lui avoua qu’il l’aimait et la voulait pour femme, connut-elle l’ivresse de donner son coeur sans lutte.Le lendemain, le jeune homme l’abordait, le visage bouleversé: — Robert)! s’écria-t-elle, qu’y a-t-il?Vous avez vu mon père?— Oui.il a été dur, injuste, il n’a rien voulu entendre et m’a presque mis à à la porte,.il ne m’a par ailleurs donné aucune raison de son refus, mais sa volonté semble être mur! — C’est bien, dit Anne-Marie, dressé pour la lutte , je vais lui parler à mon tour.Elle trouva M.Sermonne tassé dans un fauteuil, les yeux perdus sur la mer: — Père dit-elle, tu as eu la visite de M.Jacquelin?Il tressaillit, comme un homme pris en faute: —< Sans doute.tout à l’heure.Ann-Marie devina que, si elle ne l’avait pas interrogé, il lui aurait caché cette démarche.Mais elle se sentait forte : — Il est venu me demander en mariage .Pourquoi as-tu refusé ?— Il ne me paraît pas d’une santé bien robuste, balbutia-t-il.et sa situation .— Tu sais bien que ce ne sont que des prétextes.alors pourquoi ?.— Attends, ma petite enfant.Attends encore un epu.il y en a d’autres, tu verras, tu veux déjà me quitter?,.fit-il d’une voix brisée et suppliante.— D’autres?.AM Ah! mais il m’aime et je l’aime.— Tais-toi! Oui, je l’aime!.tu veux donc me voirmalheureuse ?.tu ne m’aimes donc pas?n Elle éclata en! sanglots devant son père qui tendait vers elle des mains torturées.Les jours suivants, elle s’enferma dans une tristesse et hostile, tandis que M.Sermonne circulait autour d’elle comme on marche dans la chambre d’un malade que l’on ne peut' plus défendre contre la mort.Enfin, un soir, il lui dit; — Tu as raison ma chérie fais selon ton coeur.épouse-le.Dès lors les évènements s’étaient pré Dès lors, les évènements s’étaient précipités.Etourdie de joie, Anne-Marie évoquait dans une brume luminueuse ses fiançailles, les préparatifs du mariage, la cérémonie, et surtout au moment de la séparation, son père si pâle, au masque exsangue.Quand elle revint, deux mois plus tard, elle retrouva un veillard.— Pèreî! dit-elle, si tu savais comme je suis heureuse*! Puis câline, s’approchant, elle ajouta: — Mais, dis-moi, pourquoi, tout d’abord, m’avais-tu refusée à Robert 7 .Nous nous le sommes demandés bien des fois.Sans un mot alors, M.Sermonne se leva et se dirigea vers le secrétaire Louis XVI que Anne-Marie n’avait jamais vu ouvert.Rabaissa la tablette, saisit dans un tiroir un cadre d’émail et le tendit à sa fille.Elle prit alors l’objet, regarda et comme si elle se fût contemplée dans un étouffa un cri: elle se voyait devant elle, miroir: c’étaient les mêmes yeux sombres, le même nez délicat., la même bouche tendre faite pour la joie de vivre.Interdite, elle murmura: — Maman ?C’est maman ?.Il ne répondit pas aussi distinctement que si ses lèvres avaient parlé, elle entendit: — Oui.c’est vous et je vous ai perdues .Et pendant que, honteux, il baissait la tête, Anne-Marie comprenait soudain pourquoi, le jour du mariage, il avait le visage targique et désespéré de ceux qui, sur les quais des gares et les embarcadères, se perdent pou rtoujours.Pierre NEZELOF Tel.CHERRIER 6025 JJW.MÂIrJE^ W COWFANY .•; •* ft?»;*; :•:* K •• #•* • •• • • • GRILLAGES EN BROCHE pour Ascenseur, Divisions, Enseignes, Comptoirs, Machines, Chassis 1103 rue Lafontaine, MONTREAL Page six LA REVUE DE MANON Montréal, le 15 octobre 1928 M Dernières Nouvelles des Studios GRETA GARBO —- doit s’embarquer à New York vers la fin de ce mois ; pour Stockholm, sa ville natale, où elle doit passer ses vacances de Noël.HAROLD LLOYD doit commencer à tourner prochainement son premier film parlant.Nul doute que cette production sera un grand succès pour le célèbre comédien.LA CIE UNIVERSAL annonce qu’elle vient de payer $250,000 les droits d’auteurs pour la production d’un grand film, tiré du roman sensationnel “Dracula”.EMIL JANNIGS vient de signer un nouveau contrat avec la compagnie Paramount.Ce grand artiste malgré ses plus grands efforts devra abandonner tout espoir de figurer dans un film parlant.Il lui est impossible d’apprendre à parler convenablement l’Anglais.PAULINE FREDERIC que nos lecteurs ont pu admirer le talent, il y a quelques mois, au théâtre Or-pheum, lorsqu’elle apparut en personne, fera sa rentrée prochainement au cinéma dans un film intitulé “On Trail” RAMON NOVARRO doit commencer a tourner dans les premiers jours de novembre “The Pagan” d’après l’histoire écrite par John Russell.RAOUL WALSH le directeur bien connu vient d’épouser Lorraine Helen Walker.CONSTANCE TALMAGE, tournera prochainement à Nice, France, un grand film qui sera distribué par la United Artists Corporation.RICARDO CORTEZ vient de tourner un film intitulé “Trois Clefs pour une porte”, d’après un scénario original d’Harry Br.Broxton.m i § pii»*' I SI ' - -, j IffAilSfiiil V.*.**•* il t\VV AV •» • • r i .iillll ' I " V \ IV .,v.wmQÊr Wêm .mm***Bmm .m Colleen Moore KEN MAYNARD tourne un nouveau film de plein air ; ce film retracera les premiers j ours de l’occupation du Far-West Montréal, le 15 octobre 1928 LA REVUE DE MANON Page sept 3 ' ’ * ' * ' 3 | Le Courrier de Manon j La “Revue de Manon” publie, sous pseudonyme, les communiqués des abonnés et des lectrices et des lecteurs.Ces communiqués doivent être écrits lisiblement et êter adressés à “La Revue de Manon” 756 rue St-Paul Ouest, Montréal.Les courriéristes sont priés d’écrire leur communiqués sur un coté de la feuille de papier seulement.Le courrier est ouvert à tous ecux et celles qui se sentent des dispositions littéraires.Les personnes qui désirent appartenir au Courrier n’ont qu’à adresser leur demande d’entrée à Manon et puis se choisir un pseudo.Voilà les seules conditions à remplir pour avoir le droit de dire son mot parmi la grande et distinguée famille de notre Courrier.Le “R” qui précède chaque pseudo veut dire réponse de Manon aux courriéristes.Mes excuses à.“Ramona” “Moulin à Vent” “Jean René B.Pierrette aux Lys “Sous mon beau Soleil” “Rose de Venise” “Timide Solitaire” “Monique” Jeannine” Antimale Marguerite” “M.E.Moi” “Kismet” “Petite Violette” “L’Oubliée” “Noni” “Irma de Laïla” “Colombe” “Ondine rêveuse” “Pêle-Mêle” et tous les autres que j’oublie involontairement de ne pouvoir leur répondre longuement et amicalement tel que le voudrait mon désir de bienvenue.La raison?l’installation de nos propres ateliers d’impremerie rue St-Paul Ouest au numéro 756.Ce déménagement de nos bureaux en plus de la moderne installation des ateliers d’impressions nous donnent un surcroît d’ouvrage bien compréhensible n’est-ce pas ?Alors pour cette fois comme nous sommes obligés de ne mettre que vingt-huit pages vu le peu de temps que nous avions d’imprimer la Revue — il s’ensuit que l’espace nous manque un peu.C’est pourquoi je m’excuse auprès de vous tous de n’avoir pas fait, paraître vos communiqués ou de n’avoir pas répondu spécialement à vos demandes d’admission au Courrier.Je tiens à vous dire cependant que vous êtes toutes admises à participer à notre courrier.Envoyez-donc vos communiqués pour le prochain courrier et cette fois, je vous promets qu’il y aura de l’espace pour chacun de vos écrits.Sans rancune n’est-ce pas et aurevoir au prochain courrier?QUAND LE SOIR VIENDRA Suis tout à fait de votre avis, Petit Chouan, dans votre “R”.Plus d’une fois, j’ai fait cette constation que de jeunes orphelines sortant d’un orphelinat de religieuse, que je connais bien, tombaient au bout de quelque temps.Après avoir bien réfléchi, j’en suis arrivée à conculre que cela n’était dû qu’à l’éducation étroite qu’elles avaient eues.N’ayant aucun sens pratique de la vie elles étaient complètement désorientées dès qu’elles se trouvaient seules dans la vie, à dix-sept, dix-neuf ans et étaient une proie bien facile.Actuellement il faut oser regarder le mal en face, pour pouvoir le surmonter.R.PAILLASSE Ma pensée émue vous suivra sous les cieux nouveaux où vous irez.Vous auriez dû ne pas empêcher votre plume de tracer ce nom qui eut donné un visage à cet être inconnu auquel l’imagination cherche en vain à donner des traits.Excusez-moi d’être brève pour les raisons que j’ai expliqué.Ne nous oubliez pas et soyez heureux.Quand vous serez seul pensez à ces lignes Oh! s’il n’était là-haut un rendez-vous suprême Où l’on est assuré de trouver ceux qu’on aîme Qui voudrait se quitter Qui voudrait voir briser le noeud qui nous rassemble Si nous n’avions là-haut le ciel pour vivre ensemble L’Eternité pour nous aimer?ENVOIS DES COURRIERISTES LES UNS AUX AUTRES De Vieux Dur à Cuir à Fée du Sourire La majorité des pseudos dénonce beaucoup de vies brisées ou cruellement déchirées.Amies inconnues, ce petit courrier me fait songer à la grande société des hommes.Pleurs.tout n’est-il que larmes et désespérance ?.Où que vous soyez et à quelque heure du jour si votre coeur trop lourd vous oppresse, si la malédiction continue en ces deux mots terribles Voe soli rend plus cruel le vide affreux dans lequel votre âme se débat, amies, il faut prier.La prière est une force pour qui la possède.Vous qui ne savez pas prier, apprenez ou aimez, car de l’un découle l’autre.Aimer !.encore faut-il savoir.Amour, es-tu la communion de deux âmes ou de deux êtres physiques?Le premier est noble et grand, le second est fait de rancoeurs et s’il prédomine il nous ravale trop.Aimer.encore faut-il savoir et nous ne savons guère.Méditons ces quelques vers: Comme un agneau cherchant le serpolet qu’il broute Laisse un peu de sa laine aux buissons de la route Qui ne laisse en passant un débri de son coeur?Courage, lointaines inconnues, il ya encore des hommes bons et loyaux, comme je crois fermement qu’il y a des jeunes filles pures et non pas seulement des poupées qui jouent bassement avec les coeurs, des chrétiennes de paravent au monstrueux égoïseme.Maintenant amie, connaissez-vous qui je suis ?vous ai-je assez dévoilé mon moi moral sous cet écrit d’idées généralisées ?a vous de déchiffrer si je suis “doux et humble” de coeur.Merci d’êter venue à moi.DE KISMET A CLOPIN-CLOPANT Vous pouvez vanter Monsieur le Critique, d’avoir le don de déchaîner les orages! Savez-vous vraiment ce que j’en pense?Vous n’êtes qu’un vieux barbon en retard d’un quart de siècle! La, c’est dit! Pourquoi critiquer la femme d’aujourd’hui?Vous devriez plutôt l’admirer! Est-ce la femme d’autrefois qui aurait eu le courage de tout braver pour gagner sa vie et quelque fois celle des autres ?Non.La femme d’aujourd’hui n’est plus la recluse d’autrefois.La vie devient de plus en plus dure, Combien de famille vivraient dans la gêne si le soeuur ainée n’était pas la pour aider du fruit de son travail.Elle travaille pour du “rouge et des bas de soie”, oui Monsieur, mais bien plus souvent pour faire des hommes éduquer et des femmes fortes, des petits frères et des petites soeurs qui composeront la génération de demain! Regardez bein autour de vous Monsoieur, n’en voyez-vous pas de ces jeunes filles ?Les villes en sont peuplées ! U y en a il est vrai, qui dépassent la mesure du juste et raisonnable.Oui, mais n’y a-t-il pas des exceptions partout?Vous dites” “Les jeunes filles d’aujourd’hui n’ont plus de pudeur”.Pouvez-vous vraiment soutenir cela, Monsieur le Sceptique Dans quel milieu vivez-vous donc pour avoir les yeux ainsi fermer sur les vertus de votre entourage féminin et ouvert sur tout leurs moindres défauts Quel est seulement votre idéal de la femme?Je gage que vous ne le savez même pas! Vous critiquez nos robes courtes, mais vous seriez bien déconcerté si une femme “à ballon” venait s’assoir à vos côtés dans un tramway! Vous critiquez nos cheveux courts, mais les critiques seraient bien plus fortes, si vous aviez à vos côté une femme à longs cheveux, qui auraità faire le même montant d’ouvrage que la plupart de nous! Je vois d’ici le spectacles! Pourrait-elle garder sa chevelure, et avoir l’air aussi propre que l’une de nous! Non, Monsieur Voyons Camarade Clopin-Clopant, cherchez à comprendre un peu la femme.Vous y parviendrez avec un peu d’effort, j’en suis sûre! Car croyez-moi, avec cheveux longs ou cheveux courts, jupes longues ou jupes courtes, la femme demeure au fond toujours la même.Elle a toujours au fond d’elle même, cet amour que Dieu lui-même y a placé, pour un foyer, et les petits êtres qui doivent y prendre place.Il n'y a pas une femme, pas une m’entendez-vous qui ne tressaille un peu au fond d’elle-même tenant dans ses bras, ces choses roses, ses choses d’amour, que nous appelons bébés! Pardonnez-moi, Clopin-Clopant, si je vous ai un peu blessé dans cette messive, mais cela m’enrage moi, de voir qu’il y a encore quelques personnages commes vous, qui évoluent dans ce siècle seulement en critiquant les autres.Ma devise a moi est: A chaque siècle, ses coutumes, Prenons les meilleures, et fermons les yeux sur les autres.” Qu’en pensez-vous ?KISMET De timide Solitaire.A Léo-Line, Fido est un spécimen épatant et qui honore fort la race des bonnes paroles de François 1er.Souvent femme vari, Bien fou qui se fie?De timide Solitaire.Anti-Male Marguerite j’admire votre crânerie: “L’homme dites-vous, a été mis au monde pour faier tort à la femme” .Fi.quelle idéé! et dire que la première chose qu’elle fit fut de lui prendre une côte.et pendant son sommeil s’il vous plaît! L’homme n’est pas mauvais au fond.AK! il y a bien ici et là une exception, (où prend-on une généralité parfaite).mais pour un ou deux bons bons qu’on n’aime pas.faut-il jeter une bonbonnière?Le sujet masculin de votre idées était une surade boîte de Pandore.L’homme fait tort à sa femme, est un être à se méfier, dangereux,, à la devise “Farec prime droit, impudique, et surtout ivrogne ce qui le rend semblable à la bête féroce, intraitable, .etc.Allons Anti Male M.fouillez le replis intime de votre coeur et soyez juste si sincèrement vous croyez l’homme si méchant! soyez franche, n’arrive-t-il pas que sous des dehors peu avantageux il y ait un grand coeur?.Le sujet de votre étude est un méchant dragée, jetez-là vite.L’homme n’a besoin comme “ressources dans lui-même qui l’affection franche, l’amitié sincère d’une bonne jeune fille (il y en a-t-il encorequi peuvent donner cela) Cela le rend très traitable, point du tout féroce.Timide Solitaire Page huit LA REVUE DE MANON Montréal,le 15 octobre 1928 DE PELE-MELE A L’OUBLIEE.Voulez-vous bien de moi petite Oubliée comme amie.vrai, quelle est la cause de votre pseudo ?.avez-vous connue l’infidélité et l’oubli de ces messieus.Petite amie.si oui.Laissez passer le temps.tout, tout s’efface.et les belles paroles .et les tendres aveux se remplaceront bientôt par la rencontre de plus de loyauté.et plus de grandeur d’âme.A votre question .Quel est le véritable ami.Bien petite sera ma réponse.mais pour moi, l’ami véritable est celui qui brave tout.pour la personne aimée.je comprends l’amitié ainsi.une âme soeur de la nôtre doit toujours se recontrer sur notre route.et ainsi qu’il fait doux de marcher parfois dans le chemin rocailleux de la vie.la main dans la main.car un ami véritable est toujours là, dans les bons comme dans les mauvais moments la présence est toujours certaine près de l’être cher.et sans hésitation il donnerait sa vie s’il le fallait pour revoir le sourire les lèvres pâlies.et les yeux gonflés de larmes.Un ami, est cet être à qui, l’on peut tout dire.tout, .étant sûr de sa discrétion, .étant certain, qu’il ne profitera pas d’un moment propice, pour nous abaisser, et faire valoir sa grandeur en étalant nos petites faiblesses confiées dans les heures d’amertume.Heureux sont ceux qui rencontrent l’amie soeur, de leurs idées et leurs pensées car c’est un bien si précieux.et qui se fait de plus en plus rare.Petite oubliée.avez-vous connu les douceurs d’une telle amitié ?et voulez-vous bien de moi comme amie du courier, .toujours Pèle-Mèle sera heureuse d’entendre vos idées et d’y répondre.A TOUS LES AMIS DU COURRIER Que pensez-vous d’une petite conférence écrite sur notre mère?N’est-ce pas là un sujet doux à traiter?Que de choses nous avons à dire sur cet être si cher! Dans le livre de “Rêver, Chanter, Pleurer” la première pensée de l’auteur fut pour sa mère.A MA MERE Mère, vous étiez deux, pour m’apprendre la vie: Père, le conseiller qui m’enseignait le beau Et toi, qui fut toujours, la bonne et tendre amie, Tu me donnais un coeur; lui me formait mon cerveau.DE “M.E.MOI” à PAILLASSE — “Je suis une petite débutante au courrier.Comme vous, j’ai besoin d’énergie et de conseils.Je vous tends la main, voulez-vous l’accepter et devenir mon grand frère”, dites?J’at-tends et i’espère.Ais-je tort?__ Accepter, chère Manon, mes remerciements et mes félicitations Une petite amie, “M.E.MOI” De Pierre Laforce à tous e L’AME HUMAINE Pauvre âme humaine, faible, et pourtant immortelle: Prisonnière, cachée en ta frêle nacelle; Tu vogues sur les eaux d’une mer dont les flots Plus souvent qu’autrement gémissent des sanglots.Sa vague mensongère, ou limpide, ou cruelle Te hausse, te submerge, et tu peines comme elle.Près d’un matin rieur, c’est un soir anxieux; Près du soir, c’est la nuit.En haut lève les yeux: C’est l’unique bonheur au déclin de la vie.Pense à Dieu qui pardonne, ou forcément châtie.Laisse-toi guider par ce suprême pilote, Qui sait conduire en maître, et mènera ta flotte A bon port, avec force et douceur.Là toujours, Tu vivras de bonheur, d’allégresse et d’amours.De Jeannine, à “Moulin à Vent”, cette poésie de Louis Moreau qui complète ce que Manon lui a déjà fait parvenir.AU CLAIR DE LA LUNE Oh! Matelot au bateau qui penche Sous les froids rayons de la lune blanche A quoi rêvez-vous Ne le jalouse pas s’il eut mon premier livre.Sans ses enseignements, patients et.continus, Je n’aurais pas compris qu’il faut lutter pour vivre, Et beaucoup de bonheurs me seraient inconnus.C’est à lui que je dois de penser et d’écrire.Il avait tant peiné, tant lutté, pauvre lui! N’est-ce pas mon coeur lui devait de lui dire: J’ai peut-être tardé, mais je sais aujourd’hui.J’étais, je le sais bien, un peu frondeur et fauve, Et me croyais le roi, le maître à la maison.Ta douceur de maman, qui protège et qui sauve, Et ses sages conseils forgèrent ma raison.C’est à mon tour maintenant.Je t’apporte mon âme, Ouverte toute grande, alors qu’elle comprend.Il n’est qu’un seul sourire, il n’est qu’un nom de f femme Qu’elle comprend, mon âme, et c’est le tien maman.Et dire que souvent il a coulé des larmes De ces yeux qui n’étaient que douceur et pardon! Fallait-il que ton coeur, en dépit des alarmes, Pour pardonner toujours, fut maternel et bon! Mère, mon livre part, sous ton égide sainte: Bien humble, bien chétif, vers le grand avenir.Il s’en va, cependant, confiant et sans crainte, Puisque ton coeur saura l’aider, le soutenir.Je voudrais, à la fin, de ces quelques pensées, Quelque chose de bon, quelque chose de grand, Qui te dirait mon coeur, où se sont amassées Les visions d’amour que je te dois, maman.< Comment trouvez-vous ce poème d’amour filial?Dire qu’il y a des gens qui maltraitent leur mère! H faut qu’ils soient malades ou bien paresseux pour qu’ils ne puissent songer à ce qu’est une mère, une vraie mèrel! Bonjour à tous, ' Amicalement, ANTI-MALE MBARGUERITE Serait-ce à la mort sans linceul ni planche Matelot perdu sous la lune blanche?Je rêve à la vierge aimante aux doux yeux A l’étoile d’or qui sourit aux cieux Au Christ implorant pour nous sur la dune Au claire de la lune Soldat expirant qui déjà ne bouge Sous les froids rayons de la lune rouge A quoi rêves-tu ?Maudis-tu la guerre effroyable gorge Ou blasphème-tu sous la lune rouge?Je pense à ma mie aux yeux si doux appâts A ma mère aussi qui m’attend là-bas A mon vieux clocher qui chante à la brume Au clair de la lune.Louis Moreau Jeannine à Paillasse: — Mon pauvre ami je vous plains de toute mon âme puisque vous souffrez d’un mal cuisant et terrible mais je vous admire encore plus que je vous plains puisque vous avez l’âme noble et que vous supportez héroïquement votre douleur.Vous avez bien fait de venir chercher au Courrier de Manon de l’amitié sincère et désintéressée.Je vous tends une main amie et comme moi j’espère que toutes les âmes du Courrier se feront douces et tendres pour le pauvre ami souffrant.Et puis, je vous remercie de tout ce que vous dites des femmes à Clopin-Clopant.Cela prouve qu’il y a vraiment des hommes sincères et sérieux.Pour vous, cette belle poésie, me direz-vous si vous l’avez aimée.VIRILITE Si tes rêves sont morts, comme ces pâles feuilles S’écapppant au rameau, qui sèche et s’affaiblit Si un morne chagrin ton âme se remplit Et que le soir tombé lorsque tu te recueilles i Tu sens un doute affreux dans ton coeur s’agrandir Comme le pan de l’ombre au fond du bois mystique; Si ton âme voulait au lieu d’un saint cantique Formuler un blasphème à force de souffrir Si l’existence enfin devient ton ennemie Jette un regard hautain sur ton visage dur Et fort de son courage en un duel, obscur Mesures-toi avec la vie.Millicent Montréal, le 15 octobre 1928 LA REVUE DE MANON Page neuf JEANNINE A TOUS:— Je vous dis bonjour en passant et vous envois cette poésie: SON NOM Le parfum d’un lis pur, l’éclat d’une autre vie La dernière rumeur du jour La plainte d’un ami qui s’afflige et console L’adieu mystérieux de l’heure qui s’envole Le doux bruit d’un baiser d’amour L’écharpe aux sept couleurs que l’orage en la nue Laisse comme un trophée au soleil triomphant L’accent inespéré d’une voix reconnue Le voeu le plus secret d’une vierge ingénue Le premier rêve d’un enfant.Le chant d’un coeur lointain, le soupir qu’à l'aurore Rendait le fabuleux meninon Le murmure d’un son qui tremble et s’évapore Tout ce que la pensée à de plus doux encore, Olyre est moins doux que son nom Prononce-le tout bas, ainsi qu’une prière Mais que dans sous nos chants il résonne à la fois Qu’il soit du temple obscur la secrète lumière Qu’il soit le sacré qu’au fond du sanctuaire Redit toujours la même voix! O mes amis! Avant qu’en parole de flamme Ma muse égarant son essor Ose aux noms porfanés qu’un vain orgueil proclame Mêler ce chaste nom que l’amour dans mon âme A caché comme un saint trésor.Il faudra que le chant de mes hymnes fidèles Soit comme un de ces chants qu’on écoute à genoux Et, que l’air soit ému de leurs voix solennelles Comme si secouant ses invisibles ailes, Un ange passait près de nous! Victor Hugo.(1823) Extrait des Odes et Ballades.De Petite Viollette à Manon et à tous cette poésie dont elle est l’auteur REVERIE DU SOIR Malgré le vent d’automne qui gronde Ma pensée s’envole vers toi; Elle s’en va dans la forêt profonde Rêver et penser à toi ,mon petit roi Toujours L’amour Tu te montres Belle des Nuits, Oh, que ta pâle lueur m’inspire Je ne veux rêver qu’à lui, .Par ce beau soir je veux lui dire Quand même Je t’aime Dans le lac où se reflètent les étoiles Se mire le vent qui pousse la voile Malgré le vent qui pousse la voile Je rêve au petit prince charmant Sous les étoiles d’or Ainsi je m’endors.De “Sous mon beau soleil” à “L’oubliée” L’AMI VERITABLE Le réel, l’ami vrai et tout désiré, pour moi, c’est celui qui donne tout sans échange, celui qui pour^ le bien toujours se sacrifie se meurtrie même, parfois pour l’être aimé.Ce n’est pas l’inconstant qui change comme un caprice, ce n’est pas cette sorte d’hypocrite qui couvre d’encens et de bijoux, ce n’est pas le jaloux qui nuie à la liberté, ce n’est pas l’homme en colère qui ne pardonne.C’est la franchise parfois brusque, la bonté et en général le suprême oubli de son moi.C’est celui que nous aimons tous sans le connaître, car je crois qu’il n’existe pas.Existe-t-il?De “Sous mon beau Soleil” à “Manon” Ces deux pensées pour tous: L'espérance est une étourdie qui croit tout ce qu’on lui dit Elle n’a que de l’imagination et point de jugement ’ Mlle de Scudéry Les plaisirs sont des virgules qui séparent nos douleurs.Eugénie de Guérin De Paillasse à toutes ses gentilles consolatrices.J’aurais voulu avoir le temps de vous écrire à chacune, un mot, un seul petit mot, qui aurait pu vous dire mes remerciements pour vos bonnes paroles de consolation.Mais (faut-il donc qu’il y ait toujours des mais dans sa vie) il me faut vous quitter pour un temps indéterminé et Dieu sait combien m’était douce la tendre intimité du Courrier.Elle me faisait souvenir du Foyer; du cher coin de chez nous, dont la vie implacable m’a chassé.Vous le voyez, mon pseudonyme était bien un symbole.Comme lui, je suis errant, comme lui je souffre parce que j’ai trop aimé.Il me serait doux de vous faire connaître les motifs de mon départ.Je ne le puis, aujourd’hui, mais j’ai espoir de revenir dans quelques mois, après avoir payé, les quelques heures de joie, pendant lesquelles, j’ai oublié que j’étais.! Paillasse Puissez-vous, lorsque le soir, chaque jour viendra penser au malheureux voyageur; vous avez un Foyer, une famille, chères petites amies, soyez sures, que là, est tout le bonheur.Prenez y bien garde, aimez bien, votre maison, quand l’orage la détruit une fois, sachez le bien ,il est diffile de reconstruire avec des ruines.Bientôt, j’aime à le croire, je reviendrai, et soyez sures, que dès qu’il me sera possible, je viendrai vous jaser; vous voulez bien n’est-ce pas.A mon ami Clopin-Clopant, je souhaite beaucoup de bonheur.Puisse-t-il rencontrer au courrier, une femme telle qu’il la rêve, qui lui donnera le bonheur, et le fera revenir de sa triste opinion._ Je te serre la main mon brave Clopin-Clopant, car après tout, tu me parais sincère.Aurevoir a vous toutes, mes gentilles petites amies, gardez vous bien, et donnez quelquefois un petit souvenir à PAILLASSE De “Pierrette aux Lys” à Manon “MERCI” ! Les douces choses imprévues Que ces gentils pensers de vous Visions de jeunesse entrevues .Un soir où tout me semblait doux Pensers sans arrière-pensée Vous êtes un baume à mon coeur J’ai l’âme toute reposée En vous lisant.C’est du bonheur Vos printemps sur mon automne A penché son rayon joli La vie est bien moins monotone, Puisque l’on me comprend.Merci Oscar Le Myr » Comment aimez-vous cette poésie?Aimez-vous lire ce poète ?' Mille fois merci Sincèrement votre .Pierrette aux Lys SUCCES LITTERAIRE D’UNE FEMME-POETE CANADIENNE “OPALES” “OPALES’, petit recueil de poèmes dus à la plume de mademoiselle Hélène Charbonneau, chanteuse et femme de lettres, voit sa quatrième édition exécutée à Paris, cette fois, aux Editions de la France Universelle, et est agrémentée d’une superbe préface de l’éminente poétesse française, Madame Lucie Dela-rue-Mardrus.Il y a quelque deux ans, ce volume a fait couler beaucoup d’encre, et d’aucuns de dire que si le talent de notre compatriote était plus ouvertement connu, elle devrait s’attendre à briller parmi les plus belles plumes contemporaines françaises.Enfin, cette jeune fille reçoit la récompense d’un mérite longuement exercé, et voit son ouvrage “OPALES” signalé par la critique parisienne avec les plus grands éloges, qui la classe parmi les Comtesse de Noailles, les Hélène Vacaresco, les Hélène Picard de la littérature moderne.Ses ouvrages “Opales” et “Châteaux de Cartes”, un roman, sont en vente à Paris, et à Montréal, chez le dépositaire, M.G.Ducharme, rue Saint-Laurent, et dans toutes les librairies. V Page dix LA REVUE DE MANON Montréal,le 15 octobre 1928 UN PEU DE TOUT BRIC BRAC Nouvelles Renseigne- j ments I Recettes I ** I Depuis quand les locomotives sont pourvues d’un sifflet.A leur origine, les chemins de fer n’avaient pas de signaux avertisseurs; le mécanicien était simplement muni d’une trompe de chasse.Le sifflet actuel des locomotives eut pour point de départ un accident, qui se produisit, en 1833, sur la ligne de Swannington à Leicester: la machine Samson renversa une voiture chargée de beurre et d’oeufs, au passage à ni-\ eaup de Thorton.A la suite de cet accident (un des premiers), un règlement, intervint, prescrivant sur chaque locomotive 1’adaption d’une trompe à vapeur; c’était, en ordonnant l’emploi d’un appareil qui n’existait pas, ordonner son invention.La trompette à vapeur fut construite, sous la direction de Stephenson, par un fabricant d’instrument de musique de Leicester, et donna de si bon résultats que l’ordonnance du tribunal fut immédiatement appliquée.Il s’agissait alors, comme les autorités l’avaient prescrit, d’une trompette; mais, très rapidement, on lui substitua le sifflet, tel qu’il existe encore: les dessins de locomotives postérieures à 1835 en font foi, et le premier chemin de fer farançais (celui de Paris à Saint-Germain) en fut, d’ailleurs, muni dès son entrée en service, en 1843.POUR LE MOUCHOIR Nous avons déjà eu l’occasion de parler d’une campagne médicale ayant.pour objet la mort du “mouchoir” et qui, partie d’Amérique, a fait quelques adeptes en Angleterre et se propose d’envahir le continent.Il est entendu que le mouchoir peut être le véhicule de certaines maladies plus ou moins contagieuses, amis, tout de même, on voudra bien reconnaître qu’il rend parfois de précieux services.Au surplus, puisque ses adversaires suggèrent de le remplacer par du papier de soie, pourquoi les risques de contagions seraient-ils moindres?Aujourd’hui,^ le possesseur du mouchoir le remet généralement dans sa poche après usage.Demain, avec le rectangle de papier, on aura plus cette précaution à prendre: on se mouchera et l’on jettera le papier nim-porte où.A PAQUES OU A LA TRINITE Savez-vous d’où vient le phrase proverbiale rendue populaire par la fameuse chanson de Malborough: A Pâques ou à la Trinité?’’ Dans un très ancien numéro du “Musée des Familles”, nous avons lu qu’elle remontait au temps où les rois, obligés de faire des^ emprunts, étaient souvent fort empêchés de tenir les engagements pris pour les rembourser.On possède des ordonnances du XHe et du XlVe siècle par lesquelles les rois de France promettaient de rembourser les sommes empruntées par eux, soit à Pâques, soit cinquante-six jours après, à la fête de la Trinité .Après bien des réceptions, les créanciers en étaient arriés à ne plus compter sur l’exécution de ces promesses.De là viendrait le proverbe: Payer à Pâques ou à la Trinité, c’est-à-dire à une date très incertaine.FAÇON DE PARLER La société musicale d’un petit village de Picardie vient de perdre un de ses memebres.Chargé de prononcer l’oraison funèbre de son malheureux collègue, le président conclut en ces termes: — Ah! combien de têtes manquent ici, têtes chères à qui j’avais l’habitude de serrer affectueusement la main! Paris-Midi Aï De quelle époque date l’institution des grands prix de Rome?L’institution du grand prix de Rome compte cent trente et un ans d’existence.Il fut fondé sous le Directoire, à la suite d’une punition du peintre David.Le s premiers titulaires furent Bouillon pour la peinture, Calîamard pour la sculpture.Napoléon créa le prix de composition musicale, en 1803, et le prix de gravure, en 1804.La plupart des lauréats sont, aujourd’hui, tombés dans l’oubli.Et, si le palmarès mentionne des noms illustres: Berlotz, Gounod, Rude, Carpeaux, Ingres, Aimé Morot, on est surpris de n’y voir figurer ni Delacroix, ni Troyon,ni Corot.! POÉSIES ! i A RECITER LES TROIS MAITRES Haydn est la candeur qu’un feu céleste anime; Il ne voit point le mal, il ne l’a point connu: Il rêve, il prie, il chante.En son coeur ingénu Il croit n’être qu’heureux alors qu’il est sublime.Plus grand à l’oeil trompé qui mesure sa cime.Plein de force et d’orgueil, Bethoven est venu, A ses accords se mêle un cri mal contenu, Un cri désespéré qui s’éteint dans l’abîme.L’un est trop reposé, parfois, l’autre est hagard.Entre eux deux, à mon gré, l’homme vrai, c’est Mozart: Je sens en lui toujours vibrer le corde humaine.Il a le repentir, l’espérance et les pleurs, Et la joie attendrie, et la douleur sereine; Et dans le précipice il cueille encore des fleurs.Louis VEUILLOT * PITIE TARDIVE Il fallait être bonne au temps où je souffrais, Quand j’étais plus crédule et que j’avais des larmes, Lorsque j’obéissais comme un vaincu sans armes Lié si follement par des serments si vrai^î J’ignorais le mensonge hallucinant des charmes.Vous avez ébranlé mon coeur de tant d’alarmes Que j’aurais le bonheur sans y croire jamais Madame, en ce temps-là c’était vous que j’aimais, Un abîme éternel, infini, nous sépare, Ah[! le baume tardif de vos lèvres s’égare.Plus rien n’y peut fleurir qui n’ait un goût de fiel.Adieu, laisez mon coeur dans sa tombe profonde, Mais ne le plaignez pas, car s’il est mort au monde, .Il a fait son suaire avec un pan de ciel.SULLY-PRUDHOMME L’accusé susceptible: — Avouez! lui dit le président.— Jamais! — Et pourquoi?— Parce que vous me l’avez déjà faite.Même quand j’aurai avoué, vous direz que je suis un homme sans aveu.Un marchand bien assorti: — Je voudrais quelque chose à l’huile pour ma salle à manger.— Parfait.Un paysage ou une boîte de sardines ?.Il y a des redites pour l’esprit et pour l’oreille; il n’y en a point pour le coeur.— Chamfort.L’amour est la vertu de la femme, c’est pour lui qu’elle se fait une gloire de ses fautes, c’est de lui qu’elle reçoit l’héroïsme de braver ses remords.— George Sand.Il faut s’estimer pour être estimable.— Diderot.# Un joug d’or est aussi dur à porter qu’un joug de bois.— Pétrarque. Si I PUmà wvm mm *U*.l fcstte* COFFRET PARFUM “JE T’AIME OFFRE SPECIALE Ce coffret du parfum “JE T’AIME Une Once $1.50 Retournez le coupon ci-dessous et $1.50, et vous recevrez un autre effet GRATUITEMENT du même parfum, à votre choix parmi les parfums ci-dessous.CETTE OFFRE EXPIRE LE 15 NOVEMBRE CLAIR DE LUNE BRISE D’AMOUR Echantillon, 25 cts — L’once, $1.50 Lotion: $1.50 la bouteille de 6 onces SWEETHEART ROSE DES ALPES LILAS BELLEFONTA1NE FLEURS DU COUPON “OFFRE SPECIALE” Messieurs, Ci-inclus $1.50.Veuillez m’expédier sans autres frais le coffret gratis que vous promettez.Je choisis le parfum .(indiquez le nom que vous aimez).Nom .Adresse PARADIS TREFLE BELLEFONTAINE VIOLETTE DE PROVENCE MUGUET BELLEFONTAINE SAFRAN D’OR ODORIS POMPEIENNE PARFUMERIE BELLEFONTAINE LIMITEE MONTREAL ROSE BLANCHE JE T’AIME 1670 rue Saint-Denis pw &X& SW-*; •' *.'•*•* V ••V.V.VVV.W.V Montréal, le 15 octobre 1928 LA REVUE DE MANON Page onze femme devant le miroir Secrets et recettes de beauté Üiie des pires misères du pied est l'ongle incarné; aussi vais-je aujourd’hui lui Consacrer êette chroiiique tout eiitiére par pitié pour les pauvres Coquettes affligées dë ce mal désolant., .Les ongles.des doigts de pieds demandent autant de soins que ceux des doigts des mains, c’est ce que l’on ignore apparemment trop.L’hygiène des ongles de pied est peut-être plus importante qüé celle des ongles des mains, toute coquetterie mise a part.Négliger cela c’est aller au-devant de souffrances qui résulteront de la mauvaise conformation suite de maladresse dans les soins trop rapides ou trop peu fréquents ! Une incommodité très cruelle est, je vous le disais tout à l’heure, l’ongle incarné.Il siège presque toujours au gros orteil-et est causé par la compression de l’ongle dans la chaussure, cet ongle, lorsqu’il est coupé trop court appuie sur les chairs et s’v incruste puis y pousser littérale- SOYONS BELLES L’ONGLE INCARNE ment, causant d’intolérables douleurs et rendant même parfois la marche impossible.Quand l’ongle est totalement incarné, il faut avoir recours au chirurgien tous les conseils et tous les essais de remèdes në seraient pas efficaces, dans ces cas graves l’avis d’un praticien et son secours sont les plus |ages! Mas il est impossible de prévenir le mal.Il êst également possible, dans les cas ordinaires, de l’atténuer et même de le guérir.Les mâmanâ , les gouvernantes devront surveiller, chess les enfants, les soins des pieds car, très féquemment, l’ongle incarné est une suite de négligence juvénile.Donc, pour prévenir 1 e défaut, il est nécessaire de couper soigneusement les cngles au niveau des doigts.La pince spéciale sera d’un secours parfait.Couper en carré et limer doucement les coins, les arrondir légèrement; en procédant ainsi, ils ne pénétreront dans la chair.Lorsque l’ongle mal poussé s’incarne, il faut tenter surtout le relèvement de l’ongle en glissant dessous un peu d’ouate que l’on renouvelle chaque jour et dont on augmente, sensiblement, le volume.Chaque fois on soulève avec une lame d’ivoire ou de bois.Peu à peu, le phénomène guérisseur se porduit; l’ongle se relève et pousse au-dessus des chairs.On peut aussi couper et user à la lime patiemment, baigner à l’eau oxygénée le morceau d’ongle coupé qui finit par tomber.En soulevant l’ongle, il faut avoir soin de badigeonner à la teinture d’iode, car le pied est toujours un peu blessé et enflammé.Envelopper en cas de douleur avec une compresse humide.En cas de suppuration, faire des compresses d’eau tiède boriquée.Et imbiber la petite mèche placée sous l’ongle d’iodo-forme.Je répète encore que, dans les cas compliqués, il faut avoir recours au spécialiste.PSYCHE. d’actualité rJ£h vcnoriei FASS^-T à P Uwiuei*$i+^# de e+udi*K+s enterrent" l-e b^-nr [L' Ac+wd Mcai(( S eu 4ol\ i\e Uussi joy èuseKven.1“ Et (\ouidaK+ ce i rr«*t pas ük -fou - tjude UK ^hutâkK"t je Ses #k*+j •ïraves+î à leur 1 basebeM ^§0\\i'' ILes ardewK du Spectacle 4e ça*la &u« i»c*Ubr^ -frapt^u-s 4u w.(tc.4l'Î5Cl et*- K\Ot +&KK&Kt +rôKcb JCQ&* +^^Ç+'l7 (jjk vra< peçal de ro jjÏÏ^BiSSï W^.V Wtff'': EHRIG BAH2AI L___ Si R CAMPBELL eow |Vx- cbav*p mesJbafdi(le5| 4e $ âci\ef^ I u ok a frôuch 15 *¦^5 cl tttslm ae 1* l Q^joüeur ^ de ./“teiAiuS j du .5 twoKae | \ vis îfe I f^OK^Al IL (loctX S+vai' f cU tvov s sera le prevmei V\DW€^eKf des ^ii\isire5 es 5un*v a,u japon intéresser e quoi vous WW WM MiiUU Üllflilll Lin» » Montréal, le 15 octobre 1928 LA REVUE DE MANON Page treize k'ùà NOTRE ROMAN TENDRE FOLIE Par JEAN RAMEAU Les montagnes devenaient mauves, là-bas, et Aure descndit.Elle avait coutume d’aller voir le coucher du soleil au sommet de son coteau.Elle aimait le soleil; elle avait pour lui un culte de païenne, et volontiers elle serait tombée à genoux, le soir devant son globe rouge, en murmurant des mots d’adoration.C’était le soleil qui l’avait guérit.Aurore — elle s’était donné ce petit nom elle-même, en faisant sauter deux lettres de son vrai nom d’Aurore dont une mère trop romantique l’avait dotée — Aure d’Eylières avait beaucoup souffert du mal des nerfs, du mal de la vie artificielle qu’on mène dans les grandes villes; et quelques désordres pathologiques assez graves étaient venus effrayer ses parents.Vertiges, céphalés, plaques oc-cipale hyperesthésie de la peau, secours-ses musculaires des jambes au début du sommeil, les divers sticmates de la neurasthénie célébrale avec leurs conséqunces topiques: irritabilité, hypocondrie, dé- pression mentale et memonomanie du suicide, Aure avait tout éprouvé, quoiqu’elle n’eut encore que vingt-six ans.La médecine officielle et l’autre, les graves docteurs de la Faculté et les encore plus graves docteurs d’on ne sait où, les psychopathes et les vitalistes, ceux qui électrisent et ceux qui massent, ceux qui guérissent avec des bains artificiels de soleil, et ceux qui taritent avec des petites boîtes fluiditiques ou il y a peut-être des bains de lune; tout ce que le désir de soulager la souffrance du prochain uni étroitement à celui de soulager sa bourse, put inspirer à des hommes intelligents, Aure en avait essayé tour à tour et avec un égal insuccès.Pourtant, parmi les diverses méthodes curatives recommandées par les docteurs, il s’en trouva une qui lui plut tout de suite.L’isolement — préconisé surtout par les médecins qui avaient des pavillons à louer dans la banlieue — sourit à cette frêle Parisienne, condamnée par sa naissance aux travaux mondains à perpétuité.Oh! les dîners, les bals, les visites, les premières, les vernissages, toute cette existence papotante et paradante, variée comme les petits tours d’un écureuil en cage, ce qu’elle commençait à en avoir assez! Un automne, étant à Biarritz, elle entendit parler d’une • propriété à! vendre avec trois cents kilomètres de landes et de montagnes pour horizon.Elle alla voir cette propriété, la trouva fort attachante, l’acquit et manifesta l’intention de n’en plus sortir, même l’hiver.Le voilà, l’isolement rêvé! Après quelques semaines de résistance, madame d’Eylières consenti à laisser sa fille avec une gouvernante et quelques domestiques sûrs.Et alors, Aure vécut d’inoubliables journées, le coeur et le cerveau en friche, heureuse comme un palmier d’appartement qui se sentirait transplanté en plein sol africain.Cette propriété n’avait rien d’imposant, d’ailleurs.Elle était située dans un pays perdu appelé Cauneilhe, au confluent du Gave de Pau et du Gave d’Olo-ron.Elle se composait d’un pavillon blanc, nommé La Caze, comme tant de maisons de la contrée, et de quelques coteaux entrecoupés de bois et de prairies.Mais Aure l’aima bientôt d’un amour filial pour ses beaux arbres, son ciel clair, son panorama grandiose; et les trois coteaux du petit domaine, étagés comme des degrés verts, représentèrent à ses yeux les marches d’un paradis terrestre.Elle descendit donc, ce soir d’été, après avoir vu les montagnes se teinter de mauves, et appela Bascot, son chien favori.C’était une brave bête que Bascot, un chien intelligent et sans race, dont les yeux semblaient fondre de tendresse pour Aure.Il accourut à l’appel de sa maîtresse vint s’humilier sous sa main, le corps parcouru de frissons voluptueux, puis fit des rondes autour d’elle, en jappant, en sautant, lyrique et fou comme un poète.Aure se dirigea vers le coteau.Elle était heureuse de marcher ce soir-là, heureuse de respirer et de voir.Les prairies sentaient bon, de légers nimbus se déroulaient au zénith, comme des cheveux follets de rousse, et à l’est, un autre nuage puéril, ourlé déjà de rose, avait l’air d’un fondant o.la brise donnerait parfois un coup de langue.Aure se hâta.En passant à la fontaine, elle alla boire un un peu d’eau dans le creux de sa main, car elle était si bonne l’eau de la Caze! Puis c’était son eau à Aure, et c’est autrement bon, un peu d’eau à soi, qui coule librement sur la paume, que les eaux minérales capsulées par l’Etat.Après avoir bu, Aure se mira dans la fontaine et, ce soir, elle ne fut pas trop mécontante.Sur le fond vert des arbres qui se reflétaient dans l’eau, son visage paraissait joli; sa robe flottante, paille avec des iris bleus, lui allait bien, son chapeau de jardin aussi la flattait, ses grands bords lui mettaient du crépuscule au front.Aure s’envoya spontanément un sourire.Puis, apercevant une touffe de bruyères sur un talus, elle l’arracha et en fleurit son corsage pour que le soleil la trouvât belle tantôt.Elle ne pouvait guère se fleurir que pour lui, le bon soleil gascon presque toujours fidèle au rendez-vous, là-haut, sur le coteau de la Caze, car c’était le seul amoureux de mademoiselle Aure.Oh! elle ne s’en plaignait pas.On l’avait suffisamment courtisée à Paris.Ses trois millions de dot lui avaient valu plus de déclarations que n’en auraient provoqué les Trois Grâces.Mais Aure avait conscience de n’être pas une Grâce, et voilà, justement ce qui lui rendait les déclarations si odieuses.Malgré ses vingt-six ans, Aure était toute gracile, toute menue, et l’on devinait en son corps l’épuisement des races affinées.Elle avait cette maigreur des hanches qu’estiment les couturières et qui révèle peut-être de grandes aptitudes à l’élégance, mais peu de dispositions pour la maternité; elle avait cette sensibilité morbide des célébrâtes dont un rien heurte l’âme et la fait défaillir.Il lui était arrivé autrefois d’avoir une crise de nerfs pour avoir entendu le bruit d’un ongle sur le tableau noir ou sentit la peau d’une pêche dans le creux de sa main.Ni grande, ni petite, ni blonde, ni brune, de la couleur du temps qu’il faisait, moins encline à l’activité qu’à la contemplation, Aure d’Eylières éveillait l’idée de ces suprêmes roses de novembre qui n’ont plus de parfum, presque plus d’éclat, et dont la vie inutile s’effeuille dans la campagne mélancolique.Pourtant, quelquefois, quand une émotion vive l’agitait, Aure devenait belle une _ minute, un peu de clair de lune semblait, flottait dans ses yeux cendre, et ceux qui la voyaient alors éprouvaient le désir de lui murmurer des phrases tendres, sans penser le moins du monde a ses millions.* Elle prit, au sud de la fontaine, le bois accidenté qui menait au coteau et monta, sous les futaies calmes, poudrées de soleil couchant.Par-ci, par-là, le tronc d’un hêtre apparaissait, lisse et couleur chair comme un torse d’athlète, et phalène aux ailerons cotonneux, passait, d’arbre en arbre , comme un désir bourdonnant de la forêt.Aure éprouva le besoin de caresser quelques-uns de ces arbres au passage, avec sa main nue.Ce soir, elle aurait voulu dire son amitié à toutes les choses du ciel et de la terre.Elle arriva au pied du coteau principal.Ce coteau portait à son point culminant un belvédère que les habitants du pays appelaient “le Tourelle” et, de ce bel- LA REVUE DE MANON est maintenant imprimée dans ses propres ateliers Pour vos impressions de tous genres appelez: - GENDRON & HOMIER IMPRIMEURS EDITEURS MArquette 4065 756 rue St-Paul, Ouest MONTREAL Page quatorzè LA REVUE KE MANON Montréal,le 15 octobre 1928 védère, le spectacle était l’un des plus beaux qui pussent réjouir les yeux des hommes.Aure eut hâte d’arriver; elle marcha plus vite sous les lauriers d’Espagne et les pins résineux.Déjà, au midi, s’ouvraient des perspectives profondes, où le soleil déclinant semblait jeter des brassées de lilas avant de s’engloutir.La jeune fille gravit l’escalier du belvédère.Son chien la précédait.Il savait bien le bon Boscot, que sa maîtressse avait coutume d’aller là presque tous les soirs de beau temps, et d’y rester immobile, une heure, à regarder des choses.Que pouvait-elle y regarder?Voilà ce que Bas-cot ne comprenait par exemple.Aussi se mettait-il généralement à pleurer, au bout de quelques minutes, de toute sa voix tendre: “Oh! mademoiselle sem- blait-il dire dans ses lamentations; pourquoi restez-vous comme ça, devant ces plaines et ces montagnes ?Attendez-vous quelqu’un?quelqu’un qui ne vient jamais?Ou bien y a-t-il, dans cette direction, quelque chose de très méchant, qui vous fait peur et qui vous oblige à rester ainsi sans bouger, comme une poule dès qu’elle m’aperçoit?Oh! mademoiselle Aure! je vous défendrai, ne craignez rien!” Et Bascot s’approchait un .peu plus de sa maîtressse pour la rassurer, puis, la tête oblique, une oreille levée de façon belliqueuse, il regardait lui aussi; il regardait du côté de la plaine et de la montagne, cherchant la bête qui obligeait mademoiselle Aure à prendre de telles attitudes.Ce soir, particulièrement, le bon chien s’alarma.Sa maîtersse ne bougeait pas plus qu’un morte.Dès qu’elle fut sur la plate-forme de la tourelle, elle soupira comme si elle avait voulu envoyer un peu de son souffle à toute l’immensité vaporeuse.Il y avait longtemps que le soleil n’était parti avec une telle splendeur, que la terre ne s’était parée de tons si délicats pour recevoir son adieu.De ce coteau, la chaîne des Pyrénées paraissait, par un temps clair, sur une étendue de trois cents kilomtres, depuis la pointe du Mont-Valier jusqu’au cap Machicago, en Espagne, et trois rivière, le gave de Pau, le gave d’Oloron, et l’Adour, se joignaient presque à son pied puis s’en allaient vers la mer, ça et là un village blanc, une ruine sombre dans une courbe lumineuse comme un bras de femme.Ce soir là, la plus grande partie des Pyrénées se montrait, et leur rangée lointaine.hérissée de pics majestueux ou armée de glaciers éclatants comme des cuirasses, arracha un cri d’admiration à mademoiselle Aure.Elle reconnut le Pic du M.idi de Bigorre, le Néouvielle, étincelant, le Gabizos penché, le Balaitous à l’épaule neigeuse, puis, après le Scarput, montait le pic d’Anie vénérable, l’Olympe des Basques, au pied duquel la trouée du Gave d’Oloron découvrait plusieurs plans successifs, des vallées après des mamelons par dessus des mamelons, comme les degrés gigantesques d’un reposoir bleu.Oh! le bleu de ces montagnes! de quelles nuances fines il se teintait! Il devenait mauve du côté du soleil, il devenait violet du côté de l’ombre, et ,sous lui, la vapeur de la terre, comme des soupirs d’extatique, faisait une buée grisâtre où devaient tressaillir des âmes de peupliers.Les tons changaient à chaque minute.En s’éloignant, le soleil semblait tirer de son côté tout le mauve et tout le rose, comme la traîne d’un manteau royal.Les Hautes-Pyrénées, à l’est , s’enfonçaient dans leur cobalt déteint, tandis qu’à l’ouest la Rhume en pleine gloire s’entourait d’encens sur l’horizon vermeil; et l’Adour avait l’air d’un fleuve de corail; le soleil mourait en jetant de la poudre de rubis sur les ravins mystérieux.Oh! comme ce moment était doux au coeur de mademoiselle Aure! Quelles caresses lui venaient de toutes es montagns transfigurés, de toutes ces plaines en pâmoison! il y avait, au sud-ouest de la Tourelle, un pie en pente dont les ressauts frôlés de lumière chaude semblaient le frisson d’un ventre énorme.Et les ombres des pins s ailongaient, allant caresser des épaules de champs ou des roses de maisons, des iumées montaient des gaves comme si l’eau heureuse avait voulu remercier le soir.Aure se sentait émue à pleurer.Oh! sans doute, c’était beau tout cela, bien beau et doux; mais c’était triste aussi Que manquait-il donc à ces choses pour qu’on pût les regarder en souriant, les yeux épanouis et l’âme tout en fête?fresque rien: un ami peut-être, une créa-turt humaine à qui l’on pût montrer ces montagnes , ces vallées, ce ciel, à qui l’on pût tendre la main d’un geste calme comme le soleil tendait ses rayons aux coteaux recueillis.Est-il donc vrai qu’il n y a pas de bonheur pour ceux qui vivent dans la solitude, et que les plus splendides paysages demeurent ternes quand deux yeux ne peuvent pas se réunir à deux autres yeux pour les regarder, quand une bouche ne peut pas dire magnificence tout près d’une autre bouche?où les trouver dans cette immensité vaporeuse ?Dans lequel des cent ou cent cinquante villages qu’on découvrait de cette hauteur, pouvait-il être, l’ami attendu et mystérieux?Nulle part.Personne, du côté des montagnes, ni du côté de ces plateaux ne devait penser à Aure en ce moment.Et voilà pourquoi les plateaux et les montagnes lui donnaient envie de pleurer.Elle appuya son front contre l’une des huit colonnes qui soutenaient la toiture de la tourette, et continua de regarder le soleil couchant.Le chien aboya quelques secondes après; il parut vouloir se précipiter vers un groupe de pins qui se dressaient à dix ou douze mètres de là, sur la pente occidentale du coteau.Qui avait-il donc sous ces pins?Aure envoya un regard de ce côté, puis, n’ayant rien découvert, elle se mit à considérer le soleil.Il était près de l’horizon en ce moment, et il ne brillait plus que pour elle; seul le sommet de la tourette restait éclairé.Alen-tour, les forêts, les prairies, les villages^ se perdaient dans l’ombre, s’enfonçaient dans la nuit.Oh! l’instant voluptueux! Aure se dressa pour jouir davantage des derniers rayons.Ils semblaient tous converger sur elle; le soleil ne devait plus avoir d’autre but qu’elle.Tout avait l’air délaissé pour Aure, puisqu’elle se trouvait au point le plus élevé de la région.— A moi! Tu es tout à moi, maintenant! lui disait-elle par la pensée en ayant envie de lui ouvrir ses bras de vierge.Il descendit lentement, il parut encore plus rouge, encore plus tendre.Bientôt, il n’éclaira plus que le buste de la jeune fille, et bientôt il n’éclaira plus que sa bouche.Oh! alors, comme il fut doux comme il fut grave! Ne s’approchait-il pas d’Aure, un peu, avec ses lèvres écarlates?Oui, sans doute, il s’approchait, car elle éprouva l’ingénu désir de lui envoyer un baiser, à ce bon soleil, à son ami.Et sa main fit le geste affectueux du côté de l’occident.Mais le chien aboya plus fort après ce geste; et Aure, Ayant regardé du côté des pins, vit un homme jeune et souriant lui renvoyer son baiser., Elle tressaillit.Un cri s’échappa de ses lèvres.Oh! cet homme audacieux! Que faisait-il là?depuis quand était-il là?Aure devint rouge comme le couchant.Elle détourna la tête, baissa les yeux.Puis, n’osant plus regarder du côté du soleil, elle descendit de la plate-forme, sortie de la tourette, s’en alla vers le bois, à travers les ajoncs, par une sente opposée aux pins qui abritaient l’inconnu.Son chien l’accompagnait, aboyant encore.Peut-être cet homme la suivait-il à travers les ajonc?Elle arriva au bois; elle entendit pleurer sa fontaine; de temps en temps, un crapaud flûtait son la, plaintif, une sauterelle vibrante faisait grincer sa crà-celle; et toujours, sous les feuillages bourdonnaient des insectes velus, commme les désirs mystérieux des arbres.Aure s’arrêta au bord de la fontaine.Elle y but longuement dans le creux de sa main.Puis elle tendit l’oreille du côté de la tourette.Non, il ne l’avait pas suivie.Et elle entra, un peu triste, à son ermitage.Là-h out, dans le ciel décoloré, un nuage semblait porter le deuil du soleil mort.— II — Ce n’était pas une aventure extraordinaire que celle-là, et pourtant elle empêcha Aure de dormir une grande partie de la nuit.Ce geste d’inconnu lui envoyant un baiser dans le soleil couchant avait piovoqué en elle un trouble intense.Etait-ce à cause de l’heure si douce, du paysage si beau?Etait-ce de lui-même, le jeune homme silencieux et hardi dont le bras semblait avoir remué du bonheur dans l’atmosphère calme en lui jetant ce baiser inattendu ?Aure n’aurait pu le dire sans doute.Mais pourquoi s’inquiéter des causes quand on a les effets?Certes ces effets n’étaient pas de nature à réjouir la jeune fille plus qu’il ne fallait; elle trouvait bien impertinent cet inconnu qui se permettait de telles démonstrations à son adresse; mais, au fond , elle ne lui en voulait pas autant qu’il aurait fallu peut-être; elle était pleine d’indulgence à son égard.Il y a-avait longtemps que des faits de cette nature ne s’étaient produits autour d’Aure! Le tendre envoi du jeune homme venait à point pour lui rappeler qu’elle était encore digne d’amour, et cela n’est désa-p;réable à personne, certains soirs, quand le cri des grillons en joie, l’odeur des plantes fécondées ranpellent aux odieuses qu’on n’est point faite pour aimer exclusivement la nature.A Cauneilhe, Aure d’Eylières ne voyait aucune famille de son ramr; elle vivait presque^ toujours dans la sollitude.Il lui mirait été désagréable de recommencer, dans un si beau cadre champêtre, la misérable existence de Paris; et ses laboureurs aux voix gasconnantes, ses boeufs aux tintantes clarines, étaient à peu près les seuls créatures qu’elle fréquentât .Ils étaient fort respectueux, les laboureurs de la Caze, du moins nour leur maîtresse, et les jeunes gens du pays qui la rencontraient dans ses bois ne lui avaient non plus jamais d’égards.Quel était donc ce nouveau venu qui se montrait si entreprenant?Quelque Bordelais en villégiature sans doute?Aure était intriguée.Durant toute la matinée du lendemain, ses pensées flottèrent autour de ce jeune homme.Elle aurait bien voulu savoir pourtant d’où il venait, comment il s’appelait.Plusieurs fois, elle fut sur le point d’aller le demander à ses paysans.Ils devaient savoir tout cela, ses paysans.Que ne savaient-ils points?Il eut été bien étonnant qu’ils ne pussent rien lui dire au sujet de cet inconnu qui allait s’embusquer sous les pins du coteau.Cependant Aure ne demanda rien.Qu’aurait-on pensé à la Caze?Qu’elle portait de l’intérêt à cet étranger?Elle ne lui en portait point; c’était évident.Néanmoins, elle regarda beaucoup, ce jour-là, les divers sapins dont les cônes Montréal, le 15 octobre 1928 LA REVUE DE MANON Page quinze SENSATION DU JOUR -’Orthophonie” Victrola L’entendre, c’est se convaincre qu’il est le meilleur NOUS AVONS TOUS LES MODELES TERMES FACILES, SI DESIRE Pianos Automatiques — Radios — Records Musioue en feuille — Instruments de Musique LiMITÉE CHerrier 6272 610 Mont-Royal Eest r Vi • % noirs s’étageaient autour de la tourette.Et, à cinq heures, comme le soleil commençait à jaunir, elle pâlit un peu en voyant passer un homme sur le coteau.Que faisait là cet homme?N’était-ce pas celui de veille?Il y avait quatre cents mètres environ du pavillon de la Vaze à la tourette; celle-ci apparaissait, au midi, par dessus le bois.Aure prit une lorgnette et regarda l’homme, en écartant le rideau de la fenêtre.Elle fut bientôt convaincue que c’était l’étranger de la veille; il venait de s’arrêter sous les mêmes pins, et il restait immobile, tourné vers la Caze.Aure sentit un léger picotement à ses tempes.Cet homme l’attendait, c’était sûr.Il pensait à elle à ce moment et ses regards devaient la viser, de là-haut, comme deux flèches tendres.Machinalement, quoiqu’elle ne pût pas être vue à une telle distance, Aure baissa le coin du rideau.Mais ces réflexions inquiétantes vinrent l’assaillir alors: est-ce que ce jeune homme allait rester là ?Est-ce qu’il allait l’empêcher de voir le coucher du soleil du haut de la tourette; comme à l’habitude?C’est qu’il n’avait pas l’air de vouloir partir de sitôt.Il s’installait sous les arbres.Ne manoeuvrait-il même pas un appareil photographique?Ah! bien! il ne se gênait pas.C’était un Bordelais, sueraient! Aure eut peur qu’il ne restât là jusqu’à la nuit et cette pensée l’affliga.Il lui était dur de manquer le coucher du soleil; très, très dur! Il semblait devoir être si beau, ce soir! Le Balaitous paraissait encore.au sud-est, avec son glacier sur l’épaule.comme un guerrier portant son écu et c’était vraiment rare, à cette époque, de voir le Balaitous de la tourette.— Maudit Bordelais! pesta‘la jeune fille en posant sa lorgnette.Le solieil descendit, allongeant, ainsi que des doigts gris, les ombres des peupliers sur les prairies onduleuses.Comme les courbes de l’Adour devaient être belles de là-haut, en ce moment! Et les montagnes basques, donc?Peut-être offraient-elles cet aspect fantastique et rare qu’Aure leur avait trouvé une fois: les sommets très clairs et les bases perdues dans le brouillard, de sorte qu’avec leurs langues échines bleues certaines semblaient nager, vers la mer, comme une rangée menaçante de monstres.Oh! si elles étaient ainsi pourtant?.Aure alla trouver sa gouvernante à cinq heures et demie.Elle vivait à la Caze, sous la garde d’une gquvernante un peu lourde, qui détestait le pays à cause des côtes et qui, chaque fois qu’elle avait à marcher de la maison* soufflait lamentablement en invoquant l’aide de Dieu à tous les pas.Elle n’avait pas voulu monter à la tourette depuis le printemps, et, si elle y était montée alors, c’était pour voir certain incendie de pins dans les Landes proches.— Ma bonne Eli, lui dit Aure — la gouvernante s’appelait Elisabeth — vous seriez un amour si vous m’accompagniez ce soir là la tourette.— Qu’y a-t-il donc de particulier, ce soir, à la tourette ?— Il y a le soleil, le soleil qui va être très beau et dont je voudrais voir le coucher.— Vous n’avez jamais vu le soleil se coucher, mademoiselle ?— Oh! ironique Eli! — Eh bien, il se couchera ce soir comme les autres soirs, allez! Et je m’étonnerai beaucoup s’il mettait un ruban de plus à son bonnet de nuit en votre honneur.Eli, vous manquez de respect envers le soleil .Il vous fera suer un peu plus dimanche, quand vous reviendrez de la messe.Alors vous ne voulez pas m’accompagnez à la tourette.?— Mais vous avez Bascot, il me semble?Vous vous contentiez de Bascot les autres fois.Où est-il donc?Et la gouvernante appela: — Bascot! Bascot! Aure déclara: Bascot ne me suffit pas aujourd’hui.— Pourquoi donc?Est-ce qu’il y aurait encore des Bohémiens dans le bois?— Peut-être! — Ah! bien! si vous croyez que c’est ça qui va me décider! dit la vieille Elie en jetant un regard effaré à sa maîtressse.Elle prit son chapeau tout de même.Elle était grognon mais pas méchante.Elle voyait bien que mademoiselle Aure avait besoin de se faire accompagner, ce soir.Elle n’hésita plus à monter la terrible côte de la tourette.Elle alla seulement prendre deux doigts de vin Mariani avant de se mettre en route.— Vous venez?Ah!, que vous êtes gentille! dit Aure en battant les mains de joie.Attendez-moi une minute!.Et la jeune fille passa dans sa chambre.Elle avait l’intention de prendre son chapeau, elle aussi, un nouveau chapeau d’été si grand et si vaporerux qu’il semblait lui mettre de la nuit sur le visage.Mais elle s’aperçut qu’il manquait encore quelque chose à son cou et que certaine écharpe de vieux venise, nouée en cravate, ne ferait pas mal sous le chapeau vaporeux.Elle prit donc cette cravate, releva sa couronne de cheveux, pressa de ses mains le devant de sa jupe afin d’allonger la taille, puis, se croyant assez belle pour le soleil — était-ce bien pour le soleil cette fois ?— elle rejoignit madame Eli.Elle avait pris les devants, madame Eli; elle était déjà sur le chemin de la fontaine.Il fallait descendre jusque-là et cette partie de la promenade n’effrayait pas trop la gouvernante.Mais, de temps à autre, elle envoyait un regard vers la tourette et poussait des soupirs, à lui enlever la toiture.A la fontaine, Aure but dans le creu de sa main, pour ne pas en perdre l’habitude, puis, précédée de Bascot, elle attaqua intrépidement le coteau, à travers le bois, le bois silencieux et poudré d’or, où le soleil venait prendre une tige de chêne, ça et là, comme avec des bras nus.La côte rapide et madame Eli fut bientôt esouflée.Elle ne tarda pas à traîner derrière sa maîtresse.Et, à chaque pas elle marmottait, avec un soupir de lassitude : , — Ahîmon Dieu!, donnez-m’en encore, mon Dieu! encore un peu de force, en core un peu! A la sortie du bois, la côte devenait plus raide.— Ah! Dieu ne m’en donne plus! dit madame Eli en s’asseyant sur le gazon: Allez où vous voudrez.Je rendrais l’âme! Et elle déclara qu’elle n’irait pas plus loin.D’ailleurs, la tourette n’était plus qu’à deux cents pas.Aure pouvait bien continuer toute seule.— Va, Bascot, va! Dieu t’en donnera à toi! dit la gouvernante au chien, en s’adossant à la tige d’un arbre. / Page seize LA REVUE DE MANON Montréal,le 15 octobre 1928 i Aure était devenue toute rouge sous son chapeau vaporeux.Seule?Aller là-haut seule?Et si ce monsieur y était encore ?# A Elle hésita deux secondes, baissa la^ te-te, puis partit lentement vers le belvédère* - j Il ne faut jamais baisser la tête quand on hésite, car la projection du front en avant oblige aussitôt à marcher.^ Ce fut la raison sans doute qui entraîna Aure, car il paraissait bien aventureux d’aller seule à la tourette quand un jeune homme aussi entreprenant pouvait rôder alentour.• # Mais était-il encore là?Bah! il pouvait être loin depuis une demi-heure.Et quand était chez elle, n’est-ce pas?— Bascot! appela-t-elle, en corrigeant l’ordonnance de sa cravate.E t elle attaqua résolument la dernière côte.— Vous me retrouverez ici.Prenez garde aux serpents! recommenda la gouvernante en chassant les mouches avec une fougère._ # — Ne craignez rien, ma bonne Eli; je reviens tout de suite.^ Et la jeune fille s’éloigna, précédée par Bascot.Il n’aboya pas, Bascot, en s’approchant de la tourette.Et Aure ne s’en réjouit nas autant qu’elle l’aurait cru.Il était donc reparti, l’audacieux Bordelais ?Ou bien Bascot avait-il perdu son flair?Elle- jeta un regard furtif du côté des pins et elle n’y aperçut rien en effet.Alors elle considéra les montagnes.i tb La santé de votre enfant est- j « elle bonne?j Faites-lui prendre les HOCOLAÎS VERMIFUGE» DU M.CHARLES Ces chocolats d’un effet certain, inoffensifs et très agréables, expulsent les vers et font disparaître la plupart des affections rencontrées chez les enfants, telles que Fièvre, Etat bilieux, Perte d’appétit, Maux d’estomac, Insomnie, Agitation durant le sommeil.Mauvaise humeur, Teint pfile.MARTINEAU - BOUCHER Pharmaciens en gros 143 St-Maurice, Montréal En vente partout à 50 cts •o* •o* Ah! bien, ce n’était pas la peine de déranger madame Eli; elles n’avaient rien d’extraordinaire, les montagnes; elles se voilaient.Le Pic d’Anie s’était coiffé d’un nuage comme d’un turban et, là-dessous, il avait des airs de Turc au repos.Le soleil lui-même n’était pas fameux.Il paraissait avoir la jeunisse dans les brumes qui montaient de la mer.— Si j’avais su! pensa Aure.Et elle laissa le vent chiffonner sa cravate.Cependant elle ouvrit la porte de la tourette, entra, referma à clé, puis monta vers la plate-forme.Et, quand elle fut là-haut, elle s’appuya contre une colonne pour regarder l’horizon.Mais, à peine s’était-elle appuyée, que Bascot, aboya fortement.Il était monté avec elle, Bascot, et il avait une telle fureur qu’il voulait sauter par dessus la balustrade, pour aller mordre on ne sait quoi qui devait être au midi, dans une tonnelle de laurier proche.' Aure sentit un flot de sang empourprer ses joues.Elle venait d’apercevoir un homme sous la tonnelle de laurier, et cet homme était celui de la veille.Il sortit de sa cachette, dès qu’il se vit découvert, et s’approcha.C'était un grand garçon, brun et fort, vêtu d’un complet bleu et coiffé d’un chapeau gris.Ils arrivait, à demi souriant, en regardant le jeune fille, et il la salua: — Bonsoir, mademoiselle! Aure ne répondit rien.Elle était un peu décontenancée par l’aplomb de cet inconnu.Elle ne pensa pas un instant qu’il eût quelque chose de sérieux à lui dire: sa façon de son sourire et de regarde rendrait cette hypothèse par trop in-gnue.Il avançait encore,sans la moindre gêne, en levant vers Aure des yeux très clairs, des yeux feu, ombragés de longs cils, et c’était une expression de force, de tranquillité, presque d’inconscience qu’il y avait dans ces eyux étranges, comme dans ceux d’un bel animal que rien n’étonne.Aurore détourna la tête pour cacher son trouble; et ses prunelles, nerveusement battues par ses paupières, s’appliquèrent à regarder au loin la courbe lumineuse de l’Adour.L’inconnu dit, d’une voix enjouée: — La vue doit être bien belle de là-hadt, et c’est fort mal de ne pas permettre aux gens d’aller l’admirer avec vous, mademoiselle! Il s’arrêta et braqua une jumelle photographique sur la Tourette.Est-ce que vous daigneriez vous tournez un peu plus vers moi?demanda-t-il après avoir regardé son viseur.^ Et les yeux sur l’horizon, s’il vous plaît, avec un soupçon de sourire! Pensez à celui que vous aimez, mademoiselle! Aure eut un geste d’humeur.Elle tourna le dos à l’indiscret personnage et s’en alla regarder le panorama d’un autre côté.Mais un léger déclic s’entendit pendant qu’elle faisait volte-face, et le jeune homme déclara: — Très bien, je vous remercie.Ce sera plus vivant comme cela! Et, quelques secondes après, ayant posé son appareil sur le gazon, il se dirigea du côté de la plate-forme où Aure s’était réfugiée.— Alors il n’y a pas moyen d’aller admirer le paysage à côté de vous ?demanda-t-il d’une voix caressante.Vous avez fermé la porté, vraiemnt?Oh! l’inhumaine! Ce disant, il avait marché vers la porte de la tourette et constaté qu’elle était bien close.Mais ceci ne le découragea point.— Je vous demande pardon, mademoiselle, continua-t-il sur le même ton, moitié badin, moitié sérieux.Je crois que vous avez une sauterelle prés du cou et la politesse fraçaise me fait un devoir d’aller vous la retirer! Aure avait sursauté brusquement, et sa main avait fait un geste pour enlever la sauterelle de son cou, car elle ne pouvait supporter ces bêtes-là.Mais elle comprit vite que l’inconnu l’abusait et que ces paroles n’étaient qu’un prétexte pour escalader le belvédère.Et il l’escaladait en effet, agilement, comme s’il n’avait fait que cela toute sa vie.Aure s’alarma.Comme elle avait eu raison de vouloir amener madame Eli! Pourquoi lui avait-elle permis de s’arrêter dans le bois ?Elle ne savait où se mettre.Il n’y avait pas de refuge sur cette plate-forme .11 y avait bien une petite pièce octogénale, au centre, avec une porte vitrée et trois fenêtres permettant de regarder les qua- tre points cardinaux; mais cette pièce était presque toujours fermée, la clef restait à la maison.Aure n’était pas rassurée du tout.L’inconnu montait bel et bien .Elle avait cru qu’il ne pourrait pas d’abord; mais elle n’avait eu qu’à jeter un regard par dessus la balustrade pour voir qu'il réussirait à merveille.— Madame Eli ?Madame Eli ?appela-t-elle avec inquiétude.- Madame Eli ne dut pas entendre.Le jeune homme continuait à monter, malgré les menaces de Bascot qui aboyait, à côté de sa maîtressse, prêt à mordre l’assiégeant.' Il ne se démontait pas, l’assiégeant.Quelques pierres àtaient au bas de la tourette, débris d’une restauration récente.Le jeune homme avait posé le pied sur la plus haute, puis, s’accrochant à des sortes de pateres qui avaient fichées dans le mur pour attacher les chevaux, il se hissait avec la prestesse d’un écureuil.Encore un mètre de mur à gravir et il atteignit le balcon de la plate-forme.Aure était pâle d’indignation., ¦ — Monsieur! dit-elle vivement, je vous défends d’approcher! — Méchante! — Que me voulez-vous?— Mais vous présenter mes hommages, il me semble ! • — Si vous ne descendez pas,, je vous fais étrangler par mon chien.— Oh! vous n’aurez pas cette cruauté, mademoiselle! Vous êtes bonne puisque vous êtes jolie.Tendez-moi plutôt une main secourable, voulez-vous?Il n’y a pas moyen de causer dans cette position ridicule.— Monsieur, encore une fois.— Encore une fois, vous êtes jolie, mademoiselle; et, comme je sens mon coeur monter vers vous, je ne peux pas empêcher mes jambes de le Stuivr.Hop là! .Il arrivait.Une de ses mains attaignit déjà la balustrade Alarmée, Aure excita son chien.— Mords-le, Bascot! cria-t-elle.Mords-le! à la figure! Le chien bondit, grondant, et le jeune homme sentit le museau de la bête sur son visage.Alors, il lâcha prise, effrayé par cette brusque attaque, et il retomba au pied de la tourette, en faisant un demi-tour sur lui-même.— Sale cabot! maugréa-t-il.Mais il ne dit plus rien.En tombant,il venait de heurter du front la pierre qui lui avait servi à monter, et le sang avait jailli dans une petite fusée rouge.L’inconnu se releva, d’un mouvement automatique, fit quelques pas en chancelant, puis alla s’affaisser sous les sapins.Aure frissonna.— Monsieur?appela-t-elle, toute penchée sur la balustrade.Oh! monsieur?.Vous êtes donc fait bien mal?Il ne répondit rien.Alors Aure descendit, très pâle, rouvrit la porte, courut vers les sapins.Le jeune homme ne bougea pas.Elle eut peur.Elle se repentit d’avoir excité Bascot.— Monsieur?c’est donc si grave?demanda-t-elle en s’approchant.Oh! si j’avais su! Elle se baissa, puis, effrayée, repentante, elle prit bravemnt la tête de L’inconnu dans ses mains, pour tâcher de voir où était cette blessure, pour la boucher avec ses doigts peut-être.Le blessé rouvrit les yeux en sentant cette main qui passait sur son front, et, revoyant la jeune fille, il dit, d’une voix faible: — Je ne voulais pas vous faire du mal, mademoiselle.— Oh! je pense bien! s’écria Aure.Que je regrette! Mais ce ne sera rien, j’espère?.Levez la tête, monsieur! levez un peu la tête, comme cela, pour que le sang ne coule plus. Montréal, le 15 octobre 1928 LA REVUE DE MANON Page dix-sept Il releva la tête péniblement, et la blessure parut au-dessus de la tempe gauche.Elle ne coulait presque plus; mais les yeux s’étaient refermés, et les lèvres pâles ne laissaient passer qu’une faible erspiration.Le blessé avait dû s’évanouir.Aure tremblait.Elle sentit un grand vide dans sa poitrine, comme si un évanouissement allait l’abattre, elle aussi.Elle partit dans la direction du bois en appelant: » , — Madame Eli! Eli!.Venez vitôt Le soleil s’en allait, naissant tour à tour le front mauve der* "^utagnes.— III — Madame Eli arrivait iwt»demerit, sur la pente du coteau.—r Eh bien! qu’y a-t-il demanda-t-elle, essouflée.— Venez vite, lui dit Aure.Il y a un blessé là-haut.— Un blessé?— Oui, un jeune homme, il s’est ouvert le froit, je crois.— Ah! bon Jésus! Et comment a-t-il fait ça?— En tombant.sur une pierre.*—: Vraiment?Et qui est donc ce jeune homme?—- Je né sais pas; je ne l’ai jamais vu* Venez vite! Elle se hâta, la bonne madame Eli, et, cetet fois, elle n’eut pas besoin de demander à Dieu des forces supplémentaires pour monter au coteau.Elle, alla presque aussi vite qu’Aure et, quand elle fut arrivée, elle joignit ses mains de commisération en voyant, sous les sapins, le corps immobile de l’étranger.— Ah! bon Jésus! Mais il paraît mort!.Holà, paysans! Il n’y a donc pas de paysans dans cete campagne?Elle aperçut des faneurs qui retournaient du foin dans une prairie proche; elle leur fit des signes violents pour qu’ils vinssent.Ils accoururent.Le premier qui arriva fut un ouvrier de la Caze qu’Aure connaissait.Alors elle retrouva sa présence d’esprit: — Justin! dit-elle à cet homme, allez, je vous prie, à Peyrehorade, chercher le docteur Mothes, courez ! Et, s’adressant aux autres faneurs, Aure demanda: — Quelqu’un de vous connaît-il ce blessé?Où faut-il le porter?Je crains qu’il ne soit évanoui.Les faneurs s'approchaient, méfiants, l’oeil tendu vers ce corps inerte.L’un déclara: — Je crois avoir vu ce particulier à Salies.—Moi, je l’ai rencontré à Bayonne, émit un autre.C’est le fils de M.Eliondo le banquier.Ou bien il lui ressemble joliment.— Vous devez vous trompez tous les deux, vint dire un vieux dont la main tremblait sur sa fourche de bois.Il ressemble plutôt au jeune monsieur Pradieu, de Sorde, qui demeure à Paris et qui a dû arriver au château il y a trois ou quatre jours._ Mais on estima que ce qui pressait le plus, c’était de secourir cet homme et non d’établir son identité.Aussi un paysan proposa-t-il de le transprter à la Caze.— Chez nous?demanda Aure un peu hésitante.— Mais oui! approuva madame Eli elle-même.Puisqu’on ne sait pas d’où il est?On ne peut pourtant pas laisser un chrétien sans secours.- - Ce fut l’avis général.Trois hommes s’approchèrent, enlevèrent l’inconnu dans leurs bras et s’apprêtèrent à le porter au pavillon.Aure les suivit, en tamponnant la blessure avec son mouchoir.Dans le bois, le blessé rouvrit les yeux; et Auer sourit de bonheur en voyant cela.— Il revient à lui ! dit-elle.Ce ne sera rien! Etes-vous mieux, monsieur?Elle avait laissé sa main sur le front de l’inconnu; et, involontairement, sa paume pressait ce front comme pour empêcher le sang de couler davantage, comme pour retenir la vie qui avait menacé de s’enfuir par cette petite entaille rouge.Mais les yeux se refermèrent presque aussitôt e t les porteurs continuèrent leur route vers le pavillon.Ils firent halte à la fontaine, pour pendre les forces de monter le radillon qui suivait.Alors Aure alla tremper son mouchoir dans l’eau afin de laver le visage de l’inconnu où paraissaient quelques traces de sang, et tâcher de rouvrir ces yeux tristes.Il les ouvrit presque aussitôt.Oh! qu’ils étaient tristes! — Ca va mieux, monsieur?demanda Aure d’une voix douce.Oh! vous guérirez ! ne craignez rien ! Fermez les yeux, si ça vous fatigue, et ne vous inquiétez pas! Nous allons bien, bien vous soigner! Mais le blessé paraissait avoir repris toute sa connaissance, toute sa force; il voulut se dégager, marcher seul.Un sourire confiant revenait, illuminer son visage.Aure intervint: — Non, non! laissez-vous porter! Ca vaut mieux.La blessure n’aurait qu’à se rouvrir.Ah! que je suis heureuse de voir que ce n’est pas grave!.Dormez, monsieur, dormez! ça vous fera du bien.Elle prit une main de l’inconnu qui pendait sur le côté, pour l’empêcher de s’égratigner aux ronces du chemin, la garda dans la sienne sans aucune répulsion, puis marcha, silencieuse, du meme pas que les porteurs.^ — Eh! va donc, vilaine bête! semblaient signifier ses regards au chien, au hargneux Bascot, cause de cette aventure qui suivait le convoi, la queue basse* Les porteurs arrivèrent ait pavillon; ils déposèrent l’inconnu sur un lit du rez-dd-chaïUssée et Aure lui mit deux oreillers, sous sa tête pour que le sang ne coulât plus.Les yeux ne s’étaient pas rouverts.Maintenant, le blessé semblait dornlir d’un bon sommeil normal.Autour de lui, Aure allait et venait, sur la pointe des Êieds, donnant des ordres à voix basse.Ile fit allumer une veilleuse, préparer de l’eau bouillie, apporter des bandes de toile pour le pansement, tantôt, si le docteur Mothes voulait panser tout de suite la blessure.L’enfant du jardinier jouait devant la maison; Aure l’éloigna pour qu’il n’eût aucun bruit autour du blessé.— Dort-il venait-elle demander, toutes les trois ou quatre minutes à madame Eli, qui avait été chargée de veiller l’inconnu.Et, en voyant le signe affirmatif de madame Eli, elle était bien contante.Oh! sans doute, elle n’éprouvait, pas rour cet étranger une sympathie bien profonde.Il avait été si effronté là-haut ! Mais c’était elle qui l’avait fait tomber qui avait été la cause involontaire de cette blessure, et c’était bien la moindre des choses qu’elle s’en occupât un peu.Puis son hôte maintenant.r ! ï w I i i A i î i w I i .Poulin & Cie î Limitée Les produits de cette maison BIEN CANADIENNE-FRANCAISE sont toujours de premier choix et le service de premier ordre.Faites-y vos achats pour vous en convaincre VOLAILLES GIBIERS OEUFS BEURRE PLUME Vente au détail et livraison à domicile deux fois par jour.39 Marché Bonsecours LAncaster 4201 - 9296 - 9297 >(>«¦»< %* i i ! w I W I W I A ! I A i i î w l 0* W i w I A w i Pi l î i î i w ! i a Page dix-huit LA REVUE DE MANON Montréal,le 15 octobre 1928 Elle alla chercher au permier une immense boîte de pharmacie et, en attendant l’arrivée du médecin, elle étala des fioles, des pinces, des ciseaux, des ventouses, tout un arsenal effrayant que lui avait envoyé naguère, de Paris, son tuteur, l’oncle Nanthois, grand hygiénoma-ne et forcené microbicide.Il arrivait pas vite, le docteur Mothes, et Aure pensa que ces médecins de campagne en prennent vraiment à leur aise.Heureusement le blessé continuait à dormir.Aure le regardait de temps en temps, et elle commençait à éprouver pour lui une vive curiosité.Il n’était pas mal du tout, cet impertinent jeune homme.Certes, là-haut, pendant qu’il grimpait, il ne semblait pas avoir plus que vingt ou vingt-cinq ans.Mais à présent qu’il avait les deux yeux fermés, il en paraissait bien trente ou trente-deux ans.Il n’avait pas de rides d’ailleurs; son front était mat et de purs contours, sa bouche fraiche avec des tons de framboise mûre.L’originalité de son visage résidait peut-être dans une fossette, une fossette intéressante, qu’il montrait au milieu du menton, comme si un doigt de femme avait pressé entrer les deux Iodes.Il avait dû en sentir une certaine quantité de doigts de femme, Bur sa figure de beau brun.Et, comme ne n’était pas la timidité qui l’étouffait.D'où venait-il?de Salies, de Bayonne?Elle aperçut un chapeau sur une chaise, le chapeau gris du blessé, qu’un paysan avait"dû ramasser là-haut.Elle alla regarder la coiffe et trouva la marque d’un chapelier parisien, avec des initiales R.P.Cela ne lui dit pas grand’chose.Alors elle se rappela que l’inconnu avait dû laisser une jumelle photographique au pied de la tourette; elle l’envoya chercher tout de suite, espérant y trouver quelque plaque indicatrice qui pourrait faire connaître l’identité de son propriétaire.Elle n’y trouva rien d’intéressant.Mais un bruit de voiture s’entendit dans l’allée des platanes qui menait au pavillon.Le docteur arrivait.Il pénétra immédiatement dans la chambre où reposait l’inconnu et, l’ayant regardé, il eut un mouvement de surprise.— Mais c’est M.Pradieu! dit-il.— Je crois bien.— C’est un jeune homme de Salies, diton ?• * ^ iiiiiiiiiiiiiiiiiiifiiiiiiiiiiitiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiMiiiiiiiiiiiiiiiiimiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii Tél.HArbour 0670 i Salon connu pour son chic On y reçoit bien le public Où on ondule avec élégance L’ENSEIGNE EST Salon Renaissance Spécialité : Ondulation permanente 1615 rue Saint-Denis MONTREAL ^miiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiniiiiiiiniiiiiiiiiiiiiiimiimiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiimiiiiiiiiiiimiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiimiiiiiir.— Mais non; un Parisien, le fils du défunt M.Pradieu, de Sorde.Ii do^c etre au pays uepuis trois ou quatre jours a peine, mais comment s’esu-ii blesse Y Aure lui apprit.Oh! elle ne raconta pas tout nauurenemenc; n y avait, dans teite aventure, aes cnoses qu'il serait nupruuent de dire.On est si bavard autour ae ia Laze, et une legenue est si vue lancee ' .aure expliqua qu eue avait trouva ce jeune nomme etendu sur le coteau de la toureae; a avait du glisser sur les oxuyeres en taisant ae ia pnotograpnie, car on avait remarqué un appareil près ue sa main, et sans utuie, eu uomoam, n s’était ouvert le froit sur une pierre.— Est-ce garve, docteur?demanda Aure apies ces explications légèrement embarrassées.Le médecin examina la petite plaie.ufi ne uuis pas, repondit-il.Mais je vais m’en assurer tout de suite.U •*.OJ.SJ uo i-a trousse une tige de métal et lit quelques explorations legeres uans la petite entaille.Le blessé remua, rouvrit ies yeux un instant, puis se ren- Uvl llil ü« *— Non , il n’y a rien, dit le docteur à \oxx oasso.aucune iracture.Laissons-le dormir.Il n’a pas de fièvre; i nemorra* gie a pu repuiser un peu, ma.s c’est tout, ri ^era sur pied demain ma win.une Donne nuit ue sommeu iui tera piUs de Dien que tous les pansements.Je vais seule* ment laver la piaie avec un peu de liqueur de Van-bwieten pour que ceia ne s'envenime pas.Demain matin, je viendrai voir s’il y a autre chose à faire.— An! que je suis contente! dit Aure.Alors vous' en repondez?Ce ne sera rien?— J’en réponds.Et le docteur repartit après avoir pro- CGCie dU ici V bV/iliiiiviilL UOiiv 11 u parlé.Malgré ces paroles rassurantes, Aure veina jusqu'à minuit au chevet du maia-de, en même temps que madame Eli.Ce lut iVl.Lassiède, le régisseur de la Caze, qui remplaça les deux femmes.— Surtout, faites-moi réveiller s’il va plus mal recommanda Aure en montant a sa chambre.Mais il n’alla pas plus mal.Le lendemain matin, M.Cassiède apprit à sa maîtresse que le blessé avait dormi jusqu’x cinq heures, qu’il paraissait fort dispos et voulait se lever.— Oh! déjà?dit Aure avec surprise.Puis elle ajouta, pour atténuer l’effet que ce “déjà” aurait pu produire sur l’esprit de M.Cassiède: — Tant mieux! je suis bien aise qu’il se rétablisse vite! Elle aurait bien voulu entrer dans la chambre pour savoir s’il était vraiment aussi guéri, mais elle estima qu’il serait plus convenable d’attendre l’arrivée du docteur.Cependant, elle envoya immédiatement madame Eli avec mission de lui demander s’il prenait du lait ou du chocola.Et, la réponse ayant été “du lait”, elle pria qu’on alla traire tout de suite la Bretonne, une vache noir qui passait pour la meilleure de la Caze.Aure surveilla elle-même la cuisson du lait, le versa dans un pot d'ancienne faience “du Samalet à la rose”, mit sur le plateau un sucrier pareil, enveloppa un petit pain dans une serviette bien chaude et envoya le tout au malade, par sa femme de chambre.Involontairement, elle fit quelques pas derrière cette femme de chambre; et, comme celle-ci laissa la porte ouverte, là-bas, Aure se permit d’avancer, malgré sa ferme résolution d’attendre le docteur.— Eh bien, monsieur?Comment ça va-t-il?demanda-t-elle, de loin, en aper- cevant la tête du blessé sur l’oreiller blanc.Elle essaya bien de ne pas rougir.Mais le moyen?Le redoutable rose envahit violemment ses joues.—.Très bien, mademoiselle! Je vais aussi bien que possible, dit le jeune homme en s’accoudant sur l’oreiller.Aure dut bien s’approcher alors, pour ne pas l’obliger à forcer sa voix.— Votre blessure ne s’est pas rouverte reprit-elle en franchissant timidement la porte.*— Mais non.— Allons, tant mieux! J’ai eu joliment peur hier soir, quand je vous ai vu évanoui.Car vous vous êtes évanoui J • — Vraiment mademoiselle?-7 Vous ne m’en voulez pas dé vous avoir fait transporter ici?— Mais au contraire! je vous suis très reconnaisant, répondit le blessé en posant sur Aure deux regards très doux de ses yeux moins lumineux que la veillle sans doute, mais eiicorê brillàiits cohinié deux de ces pierres menues, d’un jaune mouillé, que la hier dépose quelquefois mv le sable.La femme de chambre était repartie, pendant ce temps-là, après avoir laissé le plateau à côté du lit.Aura S'aperçut qu’elle était seule avec l’étranger, et alors elle baissa un peu la tête.Mais je vous empêche de déjeuner! dit-elle en se dirigeant vers la porte.— Oh! je peux attendre.— Non, non! mangez pendant que c'est chaud.Si vous avez besoin de quelque chose, vous n’avez qu’à sonner.Vous savez où est le bouton?— Non, Où est-il donc ce bouton?Aure dut revenir.Le bouton était à côté du lit, non loin de la cheminée.— Tenez, là ! dit-elle en le montrant.Et elle était tout près alors, si près qu’en levant la main, le blessé aurait pu toucher une manche de son corsage peut-être.Mais la main ne se leva pas.Et Aure, qui avait eu des inquiétudes d’abord de ce côté, lui fut reconnaissante de sa réserve.-—- Mademoiselle, demanda-t-il au moment où elle se préparait à sortir, est-ce que vous me pardonnez?— Quoi donc ?dite-lle en se retournant à demi.— D’avoir voulu monter au belvédère, hier soir?* Elle rougit encore.— Il me semble que vous avez été assez puni! répondit-elle en baissant involontairement les yeux.Et vous, est-ce ce que vous me pardonnez?ajouta-t-elle d’une voix qui fit trembler ses lèvres.— J’ai donc quelque chose à vous pardonner ?— A moi?non peut-être, mais à mon chien.— C’est un amour, votre chien! Tenez, voulez-vous lui donner ce morceau de sucre .de ma part?— Oh ! il n’a pas mérité vraiment.Mais si, mais si! Sans lui, je ne serais pas auprès de vous, ce matin, et.— Plus un mot! ou je vous l’envoie de nouveau, interrompit Aure en se sauvant.Le docteur Mothes arriva quelques instants après.Il examina la blessure et ne parut pas lui attribuer une grande importance.Néanmoins, il procéda minutieusement à un nouveau lavage antiseptique, car il savait qu’il faut être poli envers les malades et que le plus grand affront qu’on puisse faire à la plupart d’entre eux, c’est de ne pas les tourmenter au sujet de leur maladie.Après celà, il crut devoir permettre au sympathique blessé de se lever si tel était son désir, et même de rentrer chez lui, à Sorde, qpand il lui conviendrait. Montréal, le 15 octobre 1928 LA REVUE DE MANON Page dix-neuf Aure se leva la tête quand elle entendit ceci, et ses eyux se tournèernt spontanément vers ceux de son hôte.Eux aussi, les eyux feu, semblables à deux pierres menues mouillées d’ea ude mer, s’étaient tournés vers la jeune fille; et, après deux secondes d’hésitation, le malade répondit au médecin: — Rentrez chez moi?Non; pas aujourd’hui, docteur.Je ne me sens pas assez fort.Vous permettez, mademoiselle?• — Mais certainement, monsieur, répondit Aure d’une voix imperceptible, en rangeant, d’une main un ep distraite, les flacons, les boîtes, les pinces, tout l’arsenal pharmaceutique de son oncle dans la boîte d’acajou.Sur son épaule, elle sentit quelque chose de doux, de tiède, qui semblait se poser, silencieusement; et elle ne sut trop si cela venait du soleil, qui entrait par la fenêtre, ou des ergards du blessé, qui la suivaient à travers la chambre, tout chargés de remerciements mystérieux.— IV — C’était un beau matin d’août que celui-là.Au lever du soleil, la terre avait exhalé du brouillard pendant une heure, comem si la campagne s’était mise à soupirer en revoyant la lumière, et l’ermitage de la Caze était frôlé, de temps en temps, de vapeurs grises qui s’effilochaient aux peppliers, puis es fondaient dans le bleu.Accoudé à la fenêtre de sa chambre, le blessé regardait cela,de ses yeux vagues.Il s’était levé après le départ du docteur; il sentait ses jambes un peu molles, son front un peu lourd; sous l’étroite compresse qu’on lui avait mise à sa tempe, sa blessure cuisait parfois; mais, à part ces légers malaises, il paraissait fort dispos; et le voisinage de cette élégante jeune fille, dont il était devenu l’hôte d’une manière si imprévue, le remontait singulièrement.C’était une généreuse nature que M.filleRomain Pradieu.Il fallait^ qu’une femme fût bien dépourvue de grâce pour le trouver froid.Jeune et beau, sain de cervelle comme de muscles., il devait se laisser emporter sans réflexions par tous les fluides d’amour que deux beaux yeux pouvaient répandre sur son passage, et ceux d’Aure lui ayant paru charmants, un soir de soliel, il était allé vers eux, spontanément, comme l’écureuil monte vers les noix.Il n’en devait avoir ni plus de scrupules avant, ni ni plus de remords après.Peut-être estimait-il, dans sa philosophie rudimentaire, que les scrupules et les remords sont des tares d’hommes faibles ou dénaturés.Le jeune Pradieu ne prenait aucun plaisir, ce matin-ci, à voir s’effilocher les vapeurs matinales.S’il savait, devant les artistes, s’enthousiasmer aussi bien que d’autres sur la splendeur d’un paysage, il n’était point très sensible en réalité à ces sentiments factices dont l’humanité se passa fort bien jusqu’au dix-huitième siècle.S’il erstait à cette fenêtre, c’était pour l’intérêt qu’il portait à Aure et non pour celui qu’il le portait dans le brouillard.Aure, en effet, venait de passer devant la maison, dans une robe de mousseline bleutée qui semblait enrouler de l’azur autour de son corps svelte; et cette furtive apparition avait fait oublier à M.Pradieu la mollesse de ses jambes.Pour la voir revenir, il serait bien resté là jusqu’à midi.Elle revint plus tôt, heureusement, et il entervit, au-dessus de la robe bleutée, un discret sourire qui la saluait.Le sien vola aussitôt à la rencontre de celui-là; et il y eut, entre leurs visages, un peu de joie entrechoquée, comme si deux pi- geons s’y étaient heurtés de l’aile.— Ne restez pas au soleil! conseilla Aure pour dire quelque chose.Vous pour-riz avoir mal à la tête.— Est-ce qu’on peut avoir mal chez vous ! sembla protester un regard de tendresse du blessé.Mais Aure ne lui garda pas rancune pour ce regard.Il y a des hommes que la bonne fée toucha de sa baguette, et que tout fait aimer, même les choses qui font généralement haïr.Aure entra dans la maison, suivie par les yeux fidèles de son hôte.Elle ne vint pas à la chambre puisqu’il y était seul; mais il était facile de deviner, rien qu’au bruit de ses pas ou de ses paroles q’on entendait souvent alentour, combien elle était sollicitée de ce côté-là.Elle avait beau se secouer, les yeux feu lui avaient noué à la taille on ne sait quels liens invisibles, quels laects chatoyants comme ceux dont les arbres de Paris s’enrubannent parfois à la mi-carême;.et elle se sentait devenir leur prisonnière.Oh! sans doute, pour se délivrer, il aurait suffi de tirer un peu, très peu, mais elle n’éprouvait pas le besoin de se délivrer.D’ailleurs, pourquoi laisser un mauvais souvenir à ce bel écervelé qui partirait, sitôt sa tempe guérie, et qu’elle ne reverrait probableemnt jamais plus ?A dix heures, elle repassa devant la fenêtre.Cette fois-ci, c’était pour aller cueillir au bois quelques fleurs sauvages.Elle voulait une corbeille de fleurs sauvages sur la table pour le déjeuner de ce matin.Elle pensa qu’un tel bouquet changerait un peu son hôte des chrysanthèmes mal peignés et des orchidées poseuses de Paris.Il lui plut de mettre dans ce bouquet quelques bruyères du coteau, cueillies près de la tourette.— A quelle heuer déjeunez-vous?demanda-t-elle en revenant ?— Votre heure serala mienne, mademoiselle.— Bien, à midi alors; vous entedrez sonner la cloche.Elle s’en alla vite, parce qu’elle sentait les eyux lui jeter de nouveaux lacets; mais elle se retourna au moment de disparaître et dit, pour sauver les appren-ces : — Au second coup de cloche, nous nous mettons à table: n’oubliez pas! — Non, non, mademoiselle.Il oublia, ne fût-ce que pour donner à la jeune fille l’occasion de venir le chercher.Mais il se trompa dans ce calcul un peu fat, car ce fut l’austère madame Eli, toute de rides géagraphiée, qui vint le prier de se mettre à table.Il partit aussitôt.Aure l’attendait, devant la corbeille de bruyères et de scabieuses.— Voulez-vous vous mettre ici, monsieur ?Elle montrait une chaise à son côté.Le jeune méridional s’y plaça.Il était lé-gèerment pâle.L’h-morragie de la veille, plus abondante qu’il ne croyait, lui avait ôté quelques forces.Tant qu’il avait gardé la chambre, il n’en était guère aperçu; mais le changement l’époruva un peu.Auer dit: — Je vous ai trop demandé peut-être en vous priant de déjeuner avec vous?J’aurais dû vous faire servir dans votre chambre, comme ce matin.Il la rassura: il se sentait fort bien.Et, pour le prouver, il mangea, d’excellent appétit, la bonne soupe de choux noirs qu’on sert dans la région presque à tous les repas, même celui du midi.Le déjeuner était encore servi dans la vaisselle ancienne et locale, couverte de fleurs éclatantes ou de coqs orgueilleux: le vaisselier était ancien également, comme l’argenterie armoriée, comme les chai- ses à la tapisserie, comme la ridée madame Eli elle-même; et, dans ce décor vieillot, la jeune d’Aure paraissait encore plus exquise.Oh! sans l’austère gouvernante, le brun méridional aurait san3 doute rendu à cette jeunesse l’hommage qu’elel méritait selon lui, mais il savait se tenir dans le monde, et il parla fort convenablement de la maladie des vignes, de la tournée Galipaux, de tout ce qu’il fallait dire, cette anné-là, pour obtenir l’estime des honnêtes gens.Il fut amené à parler de lui, pareillement, et ecrtes, cette partie de la conversation ne parut pas lamoins goûtée, car les deux femems étaient impatientes de connaître d’une façon définitive l’état-civil de cet hôte inattendu.Celui-ci confirma qu’il s’appelait Romain Pradieu., qu’il avait près de trente ans,, qu’il était orphelin, qu’il habitait Paris, avenue Malakoff, et qu’il venait passer le mois d’aût dans son village natal, l’antique Sorde, célèber par ses abbés d’autrefois et par ses saumons d’aujourd’hui.Il conclut: — J’espère que vous viendrez m’y voir, emsdames?Sorde est à six kilomètres d’ici sur la gave d’Oloron.C’est une promenade d’une heure.Mais le srides de madame Eli s’étaient bouleversées à cette proposition un peu familière, et le jeune homme crut devoir erprendre : — Ce n’est pas pour moi que vous viendrez! C’est pou rie paysage.Il y a des ruines très intéressantes à Sorde, une abbaye, une villa romaine.Vous n’aimez pas les villas romaines, madame?CAPTIVANTE TUUPE.NÛIRE CHBNARD — PARU* LA POUDRE TULIPE NOIRE CHENARD PARIS Conservera votre beauté, vous favorisera par votre beau teint velouté.Elle est d'une composition secrète mais irréprochable.Passée à travers la soie la plus fine.S’emploie sans nécessité d’appliquer des crèmes de beauté.TRES PARFUMEE — ADHERANTE VELOUTEE Aux teintes: Blanche, Rose, Chair ou Brunette En vente dans toutes les pharmacies Méfiez-vous des contrefaçons Exigez l’originale Parfumes.$2.50 Ponce Poudre.50c la boîte Lotion:.$1.00 la bouteille Magnifique etui essai gratuit Afin de faire connaître et apprécier les produits CHENARD, nous vous adresserons par la poste sur réception de $0.50 une boîte de poudre CHENARD avec étui de parfum CHENARD gratuit Adressez-vous à CANADA DRUG CO.&57, Rue Saint-Maurice, MONTREAL Page vingt LA REVUE DE MANON Montréal,le 15 octobre 1928 Aure ne pouvait manquer de donner aussi quelques détails sur sa propre existence pour mettre le convive à son aise.Elle raconta qü’elle avait la disgrâce de naître à Paris, mais qu’elle était devenue mérédionale de coeur, ayant pour le pays qu’elle habitait autant d’admiration que de reconnaissance.Elle aurait bien ajouté qu’elle avait un culte spécial pour le soleil gascon, qu’elle était fort triste les soirs où elle ne pouvait pas lui dire adieu au sommet de son coteau, quand il n’éclairait plus que la tourette dans ce coin de France; mais il était à craindre que de tels propos n’éveillassent quelque dangereuse allusion à l’aventure de la veille, et Aure se tut, un peu troublée.Le soleil, à travers le virail de la salle, semblait jeter à ses pieds une poussière de violettes et de roses, mais on ne faisait pas attention à lui ce jour-là, et madame Eli dut être seule à s’apercevoir de sa présence, car elle alla baisser les stores.__ De temps à autre, lorsqu’elle pouvait échapper à l’influence des yeux feu, aux liens subtils dont elle se sentait lentement envelopper, comme une mouche qui s’est hasardée sur une toile, Aure se demandait pourquoi cet inconnu de l’avari-veille, ce M.Romain Pardieu était arrivé à produire sur elle, en si peu de temps, plus d’effet que des séducteurs professionnels n’en avaient produit en six mois, pour quoi elle ne troublait pas déplaisante son approche, pourquoi il y avait en elle un coin de coeur si indulgent pour lui.Mais sait-on jamais rien de ce monde ?Il y a des sols réfarctaires où l’on jette dix fois en vain une semence; et à la onzième fois, cette semence y germe, inexplicablement, parce qu’il lui prit fantaisie de germer.Après^ déjeuner, Aure accepta le bras de son hôte pour aile rau petit salon.Cette pièce était exposée au midi et laissait voir un paysage moins vaste que celui de la tourette, mais tout frais et reposant.C’étaient des bois, c’étaient des prairies aux pentes molles, et encore des peupliers dont les cimes frémissantes semblaient boire à même l’air bleu.Aure et M.Pra-dieu restèrent là longtemps, dans une paresse délicieuse de province.En face d’eux, madame Eli brodait un écran de cheminée.Il y avait un piano dans ce salon, mais la jeune fille ne l’ouvrit pas; elle aurait cru faier oeuvre de profanation en couvrant, avec des pauvres notes de Chopin, les clarines de quelques vaches qui paraissaient en ec moment dans la prairie.Le blessé, lui, ne paraissait pas prêter plus d’atention aux clarines qu’au piano: Aure constituait tout son paysage et toute sa musique.Longuement, de ses veux lumineux et doux, il la regardait, il l’appelait.Elle sentait bien que ces yeux-là continuaient à l’envelopper, à l’emprisonner, subtilement, dans leurs lacets blonds; mais elle laissait faire.Pourquoi se rebeller?C’était bon, dans cette soli- r l l l l l l ) % l l » ( L -**' .*#- -t »' 4»” «r Remarquez les cheveux que récolte votre peigne avant l’usage du PETROLE ROGIER Quinine, Cantharide, Pilocarpine et Moelle de boeuf Faites la même observation un mois après et JUGEZ de la réelle valeur du “Pétrole Rogier” CONTRE LA CHUTE DES CHEVEUX Le pétrole Rogier ne contient pas d’eau.Il brûle jusqu’à la dernière goutte.$1.25 le flacon * ( 4 ( î 4 4 I 4 I 4 4 1 4 i l 4 I 4 4 I * 4 t tude fraîche, en face de ce soleil amical, de commencer une légère trame d’amour sans s’inquiéter de ce qu’il y aurait aux derniers fils.Madame Eli sortait, de temps en temps, pour donner un ordre à quelques domestique, ou pour renouveler ses peletons de soie.Pendant une ed ces courtes disparitions de la gouvernante, Aure sentit tout à coup une main sur une des siennes qu’elle avait laissée un peu à l’écart.Elle tressaillit toute comme si on lui avait frôle coeur.Elle se retira sa main, certes; mais, ses yeux s’étant rencontrés avec ceux du jeune homme, elle eut toutes les peines du monde à y mettre une expression de reproche; ce qui voulait y poindre plutôt, c’était un sourire, un de ces sourires avant-coureurs qui partent à la rencontre de l’amour comme des pages blancs qui vont chercher un prince.Mais tous deux levèrent la tête, à quatre heures et demi: un roulement de voiture s’entendait devant la maison.Aure jeta un regard par la fenêtre et vit deux femmes descendre d’un coupé: une jeune et une vieille.Cette visite l’étonna.Elle ne connaissait pas ces femmes.— Qui ça peut-il être?se demanda-t-elle.M.Pradieu regarda aussi les deux visiteuses; mais lui les reconnut aussitôt.— Tiens! ma causine! annonça-t-il.— Votre cousine?— Et ma tante.— Ah! On vient vous chercher peut-être?—Je le crains.Aure s’était levée; elle continuait à regarder les deux femmes à travers les petits carreaux du salon.L’une, la vieille, ne l’interssa pas énormément, quoiqu’elle lui parût assez commune.Mais l’autre, la jeune.• — Elle est très belle, votre cousinei! dit Aure à demi-voix.Elle esst mariée?— Non.non, pas encore.—Ah! Elle demeure avec vous à Sor-de?—Non; elle demeure à Paris ou plutôt à Pampelune.C’est une espagnole.Elle est venue passer les vacances à Sor-de avec sa mère.Mais les voici.Je vais me permettre de vous les présenter, mademoiselle.La femme de chambre venait en effet d’ouvrir la porte du salon, et les deux pa-rntes de M.Pradieu entraient.Elles poussèrent un cri d’aise en apercevant Romain; leurs bras se tendirent vers lui.—Le voilà! s’écria la tante.— Méchant! gronda la cousine.Vous vous êtes donc blessé?reprenait l’une.Et l’autre demandait: — Pourquoi ne nous avoir pas prévenues ?Romain Pradieu ne trouvait pas le temps de répondre; elles l’accablaient de paroles, de baisers.Et Aure sentit une légère piqûre au coeur quand elle vit près de sa blessure de son hôte, les tendres de la cousine.Oh! ce n’était pas seulement un baiser de cousine qu’elle lui donnait; la bouche s’attardait trop, les yeux se fermaient trop pour une cousine, et des soupirs lui venaient qui trahissaient l’amaureuse alarmée.Cependant Romain Pradieu s’était reprit et, avant de répondre aux questions, de rendre les caresses, il avait dit, visiblement confus: ^ — Laissez-moi d’abord vous présenter à mademoiselle, qui a bien voulu me recueillir chez elle après mon accident.Mademoiselle je vous présente madame et mademoiselle Arisondo, ma tante et ma cousine.Elles vous -doivent beaucoup de remerciements pour les soins que j’ai reçus dans votre maison.— Oh! oui, mademoiselle! déclara la tante avec volubilité en se rapprochant d’Aure.C’est par le facteur, ce matin, que nous avons appris.nous nous savions rien., nous avons passé une nuit! Ma fille ne s’est pas couchée.Nous nous demandions s’il était mort, s’il avait été attaqué dans quelque bois.Il y a tant de rôdeurs maintenant dans la campagne .Est-ce que vous n’auriez pas dû nous envoyer quelqu’un aussi?reprocha-t-elle en se tournant vers son neveu.Il paraît qu’un docteur est venu ?.Mais ça ne sera rien, n’est-ce pas?Comment avez-vous fait cela?Montrez Elle souleva la petite compresse que Romain portait à la tempe, et la jeune cousine s’approcha ausitôt, légèrement pâle, nour voir elle aussi.Aure la considéra à la dérobée, cette étrange cousine; et, si elle la trouvait un peu trop poudrée, un peu trop richement habillée peut-être pour la campagne, il lui était imposible de ne pas la trouver très, jolie.Grande, brune, avec une taille florissante et des yeux onctueux, cette Espagnole devait exercer, sur un jeune homme aussi vibrant que son cousin, une séduction violente.Elle était bien la femme saine et robuste qui pouvait plaire à cet homme robuste et sain.D’ailleurs, elle avait un accent espagnol qui la rendait fort piquante; puis elle bîésait, ce qui la rendait irristi-ble.Aure avait remarqué que les femmes qui ont le bonheur de bléser sont généralement plus aimées que les autres, peut-être parce que cela leur donne un air enfantin et incite les hommes les plus timides à des actes de bravoure.Assurément, le cousinage que M.Pradieu avait allégué, non sans confusion, devait gêner un peu les sentiments de ce beau couple.Mais onp eut oublier aisément cette parenté fragile quand l’un des cousins est à Paris et l’autre à Pampelune.Aure conservait peu d’illusions sur l’humanité.Cinq ans d’existance mondaine dans le quartier de l’Etoile avaient suffi à lui donner, pour bien des choses, le scpticisme d’un vieux juge.Elle ne douta donc point qu’il eût eu quelque amoureuse escarmouche entre ce Parisien ardent et ectte belle fille; et une ombre discrète passa sur son visage.Pourquoi M.Pradieu ne lui avait-il point parlé de cette cousine?Le fourbe.Il lui semblait qu’elle avait déjà le droit de connaître ce qui se passait dans le coeur de cet homme, puisqu’elle avait été si près de lui faire une petite place dans le sien.Ah ! mais c’était fini! Elle allait s’empresser de mettre l’instru dehors.Qu’il donnât des sénérades à la Pampelunoise, si c’était son plaisir.• La cousine n’avait pas soulevé sans frayeur le bout de toile qui recouvrit la blessure: — Oh! comme ça a dû te faire mal! dit-elle en lui jetant un regard d’une infinie douceur.Elle lui disait tu, tout à coup.Et elle prononçait “Comme za dou te vaire mal !” ce qui était autrement caressant dans cette jolie bouche.Si Aure avait conservé quelques doutes,, elle les aurait perdus au son de cette voix étrangère.Oui, sûre-nemt, la cousine aimait son cousin, cela sautait aux yeux et aux oreilles.Elle continuait: — Alors, tu t’es évanoui, mon pauvre Rom?On nous a dit que tu t’étais évanoui.Mais ça va mieux, n’est-ce pas ?Tu pourras supporter le voyage?Tu sais que nous venons te chercher?Nous avons pris le coupé à cause de ça.Romain ne parut pas enchanté de la nouvelle; néanmoins il répondit: — Oui, j’espèer que je pourrai supporter le voyage.C’est bien aimable à Montréal, le 15 octobre 1928 LA REVUE DE MANON Page vingt-et-un vous d’être venues me chercher.Il adressa un regard à Aure, un humble regard qui semblait lui demander pardon pour de telles paroles; mais Aure évita le regard.Très calme, elle demandait à madame Arisondo des détails sur la villa romaine de Sorde.M.Pradieu n’avait plus d’exister pour elle .Il se leva pour prendre congé quelques minutes après, car la cousine paraissait impatiente de repartir, et il la remercia de nouveau, très respectueusement, pour les soins qu’il avait reçus d’elle.Auer écouta les remerciements d’un air détaché, puis, quand il eut fini, elle lui tendit tranquillement la main.Elle crut bien s’apercevoir que les doigts de M.Pardieu se permettaient quelques petites privautés en s’attardant un peu trop à l’étreinte, mais elle les rappela vivement à l’ordre en dégagenant les siens d’un mouvenment imperceptible.Et elle tendit ensuite sa main à la tante et à sa belle Fatma de fille.Pour celle-ci, elle eut un frémisement singulier au bout des ongles, la dernière contraction peut-être des griffes ancestrales.—Monsieur! monsieur!.Vous oubliez votre appareil de photographie! dit-elle très haut au jeune Mérédional qui s’en allait.Il ne fut pas plus reconnaissant qu’il ne fallait pour ces dernières paroles.Il pouvait bien avoir oublié l’appareil à dessin afin d’avoir l’occasion de revenir.Mais Aure se montra plus sensible à cette atention délicate; elle reconduisit les trois personnes jusqu’à la porte du vestibule, puis elle revint tranquillement au salon, à la petite pièce déserte que le soleil emplissait de sa gloire blonde.Bascot la suivait, gémissant, nerveux, tenté d’aboyer vers ces trois inconnus qui montaient en voiture devant la maison.Aure le calma de sa main caressante; mais, quand elle eut vu son hôte d’un jour s’éloigner dans le coupé sombre, sa tête tout près de la tête de la cousine, elle ne put retenir un soupir de tristesse.— Ah! c’est toi, pourtant, qui avais raison! dit-elle à demi-voix à son chien.C’est toi qui avais raison de le mordre !.Allons voir le soleil, va! Elle demanda son chapeau et partit lentement pour la tourette, par le chemin famillier, à travers le bois bourdonnant d’abeilles et de moucherons.Le coucher du soleil fut admirable, ce soir-là; il y eut des teintes d’épaules nues sur les montagnes; il y eut des fumées d’encens le long de l’Audour; et,, à travers des nuages splendides qui semblaient monter au ciel comme des ballons chargés de roses, l’astre, avant de mourir, posa le plus long de ses baisers sur les paupières d’Aure.Mais, ce soir-là, Aure ne regardait ni le soleil, ni l’Audour, ni les montagnes; elle ne regardait qu’un petit cube qui passait au loin dans la vallée vaporeuse: le caisson d’un coupé roulant vers Sorde.Oui, malgré la cousine, malgré tout, elle y pensait encore, au beau garçon qui avait perdu quelques gouttes de sang à cet endroit pour lui apporter un des baisers; elle y penserait longtemps sans doute, quand bien même elle ne le verrait plus car son coeur avait eu à son approche la petite commotion qui aurait pu faire jaillir l’amour.En descendant, elle aperçut une pierre au bas de la tourette, une pierre où paraissait encore une tache sombre qui avait été rouge la veille et, comme un Angélus tintait en ce moment dans la pleine vaporeuse, Aure s’agenouilla sur cette pierre.— V — Où est-elle^ donc, la jeune fille qui cessa de penser à un homme par ce que d’autres jeunes filles y pensent trop?Si des explorateurs en ont jamais trouvé quelqu’une au pays des Cafres ou dans les îles polaires, ils feront bien de s’en tenir là et de ne pas venir en chercher à la Gaze de Cauneilhe.Aure n’avait pas du tout ce tempérament.Fie re et nerveuse, elle sentait son intrépidité s’accroître à tous les obstacles, et cette découverte d’une cousine, bien loin de la refroidir à l’endroit de M.Romain Pradieu, devait lui servir de stimulant.C’était le froisement nécessaire à toutes les ardeurs.Le feu d’amour aussi naît souvent d’un choc.Du reste, si la cousine éprouvait une tendresse évidente pour M.Pradieu, rien ne démontrait que celui-ci éprouvât le moindre penchant pour celle-là.Il n’avait pas été si empressé auprès de la florissante Espagnole, il n’avait pas semblé si heureux de se revoir relancer par elle! Ne serait-il pas reparti de bon matin pour Sorde s’il n’avait pas trouvé plus d’agréments au pavillon?Car il aurait eu grandement la force de repartir il avait un peu triché avec sa blessure, elle en était convaincue.Aure ne pouvait réprimer un sourire de satisfaction en songeant à cela; et elle était obligée de conclure que, si elle daignait un instant se mettre en balance avec la joiie Navarraise, M.Pradieu ne paraissait pas devoir hésiter entre les deux.Alors, dans son cerveau, il se produisit un certain tumulte, comme si toutes ses idées s’étaient mises en danse.Oh! la calme vie de naguère! les longues heures passées dans les prairies, dans les bois, sans beaucoup plus de soucis que ces chênes dont la mousse verdit les branches, les coeur aussi froid que ces sapins dont' nul papillon ne guette des fleurs! Où étaient-elles, ces douées journées de naguère?^ Aure avait cru qu’elle en vivrait toujours des pareilles, que les travaux de ses laboureurs, les métamorphoses de ses champs, la tendresse muette de ses vergers lui offrant chaque année leurs fruits, avec des rameaux gauches comme des mains de pauvres, suffiraient à ses émotions désormais: et voilà que les misères sentmentales d’autrefois revenaient l’assaillir.Elle qui s’imaginait devenir un peu arbre au milieu de tant de forets solitaires, elle s’apercevait qu’elle était toujours femme, plus que jamais femme.Ces bois ne l’avaient guérie que pour lui faire sentir combien elle était diférente d’eux.Tant qu’elle avait été souffarnte, neurasthénique, délibitée, elle avait pu se soustraire à la tyrannie de son corps ; mais ce corps était vigouerux depuis quelques mois et il se remettait à commander en maître.Voilà peut-être pourquoi ce jeune inconnu, dont le baiser lui était arrivé à travers le soleil couchant, l’avait tant émue l’autre soir.Il aurait fait ce même geste, Tannée précédante, qu’elle n’y aurait pas prêté plus d’attention qu’au mouvement d’un moulin agitant ses ailes sur une butte.Mais, actuellement, ce geste la troublait, la boule versait, mettait toutes ses vieilles résolutions en déroute comme un vol de passereaux.Oh! oui! cela aurait été bon d’aimer encore, dans ce beau cadre de verdure et de soleil! Aure à la ville, dans un décor artificiel, ce n’est qu’aimer à moitié sans doute; mais à la campagne, au milieu d’arbres à soi, ce doit être aimer doublement, d’un amour qui élève la pensée jusqu’à Dieu, quand l’autre fait pen* ser tout au plus au tapissier.Aure avait des langueurs insolites en regardant les bois, les prairies, les montagnes, et il y avait des moments où elle aurait voul presser contre son coeur tout ce vert, tout ce bleu, toute cette lumière épandue comme de la joie au-dessus de sa tête.Le brave Bascot se trouvait dans le même état d’âme peut-être, car il folâtrait autour de sa maîtresse, heureux de se frotter aux fougères, de s’égratigner aux ajoncs, d’aboyer aux hirondelles, et au vent.Un soir, ce ne fut pas au vent que le chien aboya, ce fut à un trycicle à pétrole qui venait à fond de train sur l’allée des Platanes.Aure était assise en contre-bas de cette allée, sous un châtaigner touffu dont les branches retombantes semblaient vouloir caresser la prairie.Elle leva la tête pur vor qui arrivait sur ce tricycle et reconnut M.Pradieu.Elle fut si émue qu’elle n’eut pas la force de bouger.Il revenait donc?Il allait à la Caze?Oh! un instant, elle avait cru ne jamais le revoir ! C’était bien lui; elle l’avait reconnu tout de suit; il portait son même chapeau, mais il n’avait plus de compresse à la tête.Sa blessure était guérie sans doute.Il filait à toute-vitesse.Comme Enquête Relève Plusieurs Sévérité outrée à l’Egard des Enfants Une enquête récente a révélé que les enfants sont punis encore aujourd’hui très sévèrement pour avoir “mouillé leur lit”.Cette façon de traiter l’incontinence d’urine n’a vraiment plus d’excuse.L’incontinence d’urine est en effet, une maladie, qui peut se guérir assez facilement, grâce à la récente .découverte de la “Sphinc-terine”.La “Sphincterine” fut d’abord découverte par un spécialiste français.Elle a une base de fer, d’iode et de phosphore, combinés avec les principes actifs de l’ergot de seigle.La “Sphincterine agit directement sur le “sphincter”, ce petit muscle à la base de la vessie, qui agit comme une sorte de robinet.La “Sphincterine” non seulement restaure le “sphincter” à son fonctionnement normal, mais encore remédie à l’état général de dépression nerveuse, qui est Tune des causes principales de la maladie.Approuvée par les médecins et en usage dans beaucoup de grands orphelinats et de maison de refuge.En deux dimensions: $1.25 et $2.00.La grande bouteille pour traitement d’un mois, traitement généralement suffisant dans les cas ordinaires.En vente chez les pharmaciens.Si votre pharmacien ne peut vous le procurer, écrivez-nous et donnez-nous son nom.Distributeurs : FARLEY-MYERS, LIMITED MONTREAL “SPHINCTERINE” Pour l’incontinence d’urine Page vingt-deux LA REVUE DE MANON Montréal,le 15 octobre 1928 Téléphone 101 Vous trouverez à notre département de confection les dernière Nouveautés de Manteaux et Robes pour l’Automne SATISFACTION GARANTIE Bas, Gants, Sous-Vêtements et Corsets J.A.Lomme & Cie Ltée 120 rue Richelieu St-Jean, Qué PARU RECEMMENT: L’Enfant du Mystère Par GASTON D’AUBECOURT ROMAN SENTIMENTAL .Prix: 15 sous En vente dans les dépôts de jour*-naux, ou s’adresser à la Bibliothèque Canadienne, 987 boulevard St-Laurent, qui l’expiera franco sur réception du prix, r ' jp Véritable spécifique 1* contre w Rhumes, Bronchites* • Pneumonie, la Grippe* ’ Catarrhe Pulmonaire et la Coqueluche.Vente en Gros MARTINEAU-BOUCHER 143 Saint-Maurice — Montréal 116-Mn 1*1 * l l l * t * i l l « ) * \ * t * .?r Commander par téléphone, c’est Payer plus cher Venez choisir vous-mêmes pour éviter les frais de livraison ’ BEURRE - OEUFS - EPICERIES PROVISIONS — SEPT MAGASINS — TOUSIGNANT 6312, rue St-Hubert 880 Ste-Catherine Est 1279 et 2227 Ontario Est 630 et 2034 Mont-Royal Est .1897 rue Clark **¦ 1 / * * i * t « t « i » i * * i % i I t J ÇTél.Est 3732 Ouvert jusqu’à 11 h.I \ ELZEAR DE CHAMPLAIN j ^ EPICIER LICENCIE j j Epiceries de Choix, Fruits et Légu- » £ mes — Bières et Porters t 509 DeMontigny Est, MONTREAL \ »^4 il était loin déjà ! Il venait de passer à trente pas d’elle sans la voir.Il n’avait pas regardé de ce côté-là.Peut-être assourdi par le bruit de sa mécanique, n’avait-il même pas entendu les aboiements du chien.Bientôt, Aure le vit tourner au bout de l’allée des Platanes pour aller à la maison .Elle pensa: — Il vient me faire une visite.On va venir me chercher.Elle entendit quelques secondes, pour n’avoir pas l’air de courir derrière lui.D’ailleurs, n’avait-elle pas le droit de lui bouder un peu à cause de cette cousine?Mais on ne vint pas la chercher; aucun domestique ne savait où la trouver sans doute.Et, presque aussitôt, le trycicle remonta l’allée des Platanes, impétueux, avec des “pftt! pftt!” de chat en colère.En une minute, il fut de nouveau à trente pas du châtaigner.Aure était debout, hésitante.Il s’en allait donc?Et, cete fois-ci, c’était probablenemt pour ne plus revenir.Il s’était acquitté, il avait déposé une carte à la maison où il avait reçu des soins, et tout pouvait être fini comme cela.Aure avait légèrement pâli.Fallait-il que tout finit comme cela?Son coeur était gros de tristesse.Elle monta vers l’allée.Elle avait une robe claire qui aurait dû attirer l’attention.Mais fait-on attention à quelque chose quand on est sur un tricycle à pétrole ?.Et Bascot qui n’aboyait plus!.Elle vit le profil de M.Pradieu sur le fond vert de la prairie qui remontait de l’autre côté de l’allée, elle revit les moustaches fines dans le visage brun; même, au bas, entre les lobes du menton, elle devina la fossette, le trou que semblait avoir fait là un doigt de femme, en pressant un peu.le doigt de la cousine peut-être ?—• Monsieur Pradieu ?appela-t-elle d’une voix blanche comme si le coeur était tout près de sa gorge.Monsieur Pradieu ?Il entendit; il tourna brusquement la tête et reconnut mademoiselle d’Eylières.Alors son visage s’éclaira; la fossette reparut, toute pleine de sourire, comme un de ces trous qu’on fait au bord de la mer et qui se remplissent immédiatement d’eau.— Bonsoir, mademoiselle.Je viens de chez vous.—Ah ! fit Aure, en jouant la surprise — car à quoi lui aurait servi d’être femme si elle n’avait pas simulé, même quand c’était inutile?— J’étais désolé de ne trouver personne, et je vous avais laissé une carte.— Vous êtes bien aimable.Comment va votre blessure?— Guérie.— Tout, à fait ?— A peine un bouton sous les cheveux pour souvenir de cette aimable soirée.— Vous n’en souffrez plus du tout, du tout?— Si, un peu, le soir, à l’heure où vous envoyez des baisers au soleil.Dites-moi, est-ce qu’il vous les rend quelquefois, le soleil ?— Je le vois ! dit-il avec un sourire.— Mais toujours! répondit Aure en rougissant.Elle allait sûrement ajouter: “Il y a de la chance, le soleil T”.Mais Aure devina la phrase qui pointait sur les lèvers et elle détourna promptement la conversation.' — Comment va madame votre tante?lui demanda-t-elle.— Mais fort bien, j’imagine.— Elle n’est plus chez vous?— Non.** — Et votre cousine?poursuivit Aure en tirant fortement sur des pendeloques qu’elle avait au corsage, — elle tirait toujours sur quelque chose à son corsage, quand elle était énervée.— Mais ma cousine va bien aussi, je suppose, répondit le tricycliste.— Elle n’est pas à la Sorde, non plus ?— Non; elle est à Biarritz, depuis trois jours, avec sa mère.Je dois même les rejoindre ce soir, à dîner.C’est pour ce-là que j’ai pris ma mécanique.— Vous avez donc le temps d’aller diner à Biarritz, ce soir, avec cette mécanique.— Mais oui, mademoiselle; et même d’en revenir.— Vous vous casserez la tête un de ces jours.— Oh î maintenant que j’ai l’habitude.Il avait mis pied à terre et il marchait lentement à côté d’Aure, sur l’allée déserte jonchée de feuilles de platane.Il la regardait, de temps à autre, de ses yeux lumineux; et Aure ne paraissait pas très rassurée sur l’issue de cette rencontre.Mais la pensée qu’en retenant M.Pradieu, elle en privait la cousine, là-bas, lui donnait un peu de courage.Qu’est-ce qu’une femme ne supporterait pas pour ennuyer une rivale?D’ailleurs était-il si pénible de supporter M.Romain Pradieu?Aure tirait sur les pendeloques de jais de son corsage, inconsciemment, et, quand elle osait tourner la tête vers son voisin elle était obligée de reconnaître qu’il n’y avait rien de bien effroyable de ce côté-là.D’autres auraient eu autant de mérite qu’elle certainement.Qu’y avait-il donc en cet homme?Quel fluide mystérieux se dégageait de ce corps jeune, sain et volontaire qu’elle n’avait jamais autant ressenti auprès d’un autre?Rien d’extraordinaire sans doute, rien que la jeunesse, de la santé, de la volonté trois choses qui suffisent, il est vrai, à bouleverser le monde.Quoi d’étonnant alors à ce qu’elles troublassent une faible femme?Bientôt, après avoir remonter puis redescendu plusieurs fois l’allée des Platanes, Aure s’arrêta devant un tournant où s’ouvrait la promenade horizontale.Cette allée, la seule plane de la Gaze, menait au coteau de la tourette, à travers bois.Aure la prit machinalement; elle avait l’habitude à cette heure-là de dire adieu au soleil, à la tourette.M, Pradieu la suivit sans la moindre hésitation.Elle baissa un peu la tête quand elle s’aperçut que les feuillages devenaient plus touffus autour d’eux, que le mystère des soirs planait dans ce sous-bois tranquille où rien ne remuait, où rien ne s’entendait sinon, de temps en temps, un grillon invisible, essayant son crin-crin pour la sérénade à la lune.— Je ne voudrais pas vous retenir, monsieur Pradieu, murmura la jeune fille, d’une voix si timide qu’elle couvrit à peine le bruit de ces crin-crins.Tant pis, mademoiselle, répondit-il doucement.— Que dirait votre cousine si vous arriviez en retard?— Ma cousine n’a rien à dire.Du reste pourvu que je sois là-bas à sept heures.— Combien de temps faut-il?— Pour aller à Biarritz?Une heure, une heure un quart.— Et il est cinq heures et demie, je crois ?— Je n’en sais rien.Est-ce que l’heure existe dans une aussi belle forêt, quand on a le bonheur de se promener à côté de vous ?—Oh! ne dites pas des choses comme cela.— Pourquoi pas, si je les pense? Montréal, le 15 octobre 1928 LA REVUE DE MANON Page vingt-trois Et en prononçant ces derniers mots, la voix du jeune homme s’était atténuée encore comme si le coeur avait voulu s’y taire entendre.C'était vrai pourtant qu'il avait l’air sincère, que le coeur semblait réellement parler sur ces lèvres couleur de framboi-boise mûre.Aure fermait à moitié les yeux et n’osait pas regarder autour d’elle.De temps en temps, un jet de soleil, passant entre les arbres, lui donnait un éblouissement rose.Elle trouva une petite flaque d’eau à un tournant de l’allée, et cette flaque obligea M.Pradieu à marcher tout près d’elle, si près que leurs épaules se touchèrent.Ce ne fut presque rien: un effleurement d’une demi-seconde, et cependant Aure tressaillit comme si elle avait été toute prise, comme si un courant subtil lui avait traversé le corps à ce rapide contact.Iî lui sembla que des choses faiblissaient en elle, que ses jambes avaient moins de force, que ses lèvres pouvaient plus difficilement parler, et elle fut heureuse de trouver un banc de pierre au milieu des arbres.Elle alla s’y asseoir.La tête lui tournait un peu.Etait-ce la série des éblouissements i*o-ses, venus à travers les branches noires?Etait-ce.Non! non! Ce ne pouvait être que les éblouissements; elle n’admettait pas que ce fût autre chose.M.Pradieu s’assit auprès d’Aure sur le banc de pierre.Devant eux, le bois se creusait en un ravin sombre où les arbres avaient l’air de se recueillir pour mieux boire les dernières gouttes de soleil, et une plainte montait de là, un bruit de ruisseau invisible, triste comme une voix d’enfant perdu.Combien de temps Aure demeura-t-elle sur ce banc de pierre ?Quelles paroles y prononça-t-elle ?Cela lui aurait été bien difficile à préciser.Non, le temps n’existait plus; M.Pradeiu avait eu raison de le dire.Le temps s’était arrêté, ce soir, comme un grand oiseau las, sur les arbres de la forêt, et Aure n’aurait pas mieux demandé peut-être que de l’y voir rester toujours.Oh ! il faisait bon vivre cette heure-là ! Ce fut un effleuerment, celui d’une main de M.Pradieu essayant de uli prendre la sienne, qui fit s’envoler le temps, là-haut, sur les branches engourdies de soleil.Aure tressaillit de nouveau et retira sa main.Elle se leva et, quoiqu’il fût doux de faier attendre la cousine, de lui voler le plus de bonheur possible, elle n’hésita point à se séparer du jeune homme.— Bonsoir, monsieur: il va être la nuit! dit-elle, confuse.Et elle prit lentement la direction de la tourette.— Vous vous en allez?demanda-t-il d’un ton chagrin.— Oui — Et vous ne permettez pas que je vous accompagne?— Non.— Pourquoi?— Ne faut-il pas que vous dîniez ce soir avec votre cousine?— Qu’importe ma cousine?.Il ferait si bon regarder les montagnes à côté de vous ! Aure ne répondit pas.Elle avait trop peur de dire des choses graves, de dire: “Oui, venez, nous regarderons les montagnes ensemble.” jpiiiiiiiiiiiiiiimiiiiiiiiimiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiimiiiiiiiiimiiiiiiiiiimiiimiiiiiiiiiiiimiiimmiiiimmiimiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiimimmimiiiiiiir I LA POUDRE I I TULIPE NOIRE | | DE CHENARD | | charmera vos alentours " ( | L’ESSAYER C’EST L’ADOPTER f 5 \ • * * .s JiiiiiiiiiiiiiMiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiimiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiMiiiiiiiimiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiic Elle se hata, elle monta, tête basse, vers la tourette.M.Pradieu la suivait, à cinq ou six pas, et par intervalles, elle entendait sa voix suppliante qui répétait: • — Il ferait si bon mademoiselle !.Vous ne voulez pas?Vrai, vous ne voulez pas?Elle continua de monter, sans rien dire, sans tourner la tête, craignant qu’il ne prît le moindre geste pour un consentement.: .v, , ., — Vous ne voulez pas?entendit-elle de nouveau, deux minutes après, quand elle fut sous les sapins du coteau,' Mais c’était déjà une voix lointaine.Aur.e devina qu’il était resté là-bas, non loin d’un sentier qui aboutissait à la rau-te de Sorde.Pourtant, il devait la regarder encore* car-elle sentait dans son dos la petite brûlure de ses regards qui la suivaient.•> — Vous ne m’en voulez pas , mademoiselle Aure?Il osait prononcer son nom.Elle monta plus vite alors.Son coeur battait, inquiet un peu; le sang sifflait dans ses oerilles, par saccades.Et toujours, dans son dos, elle avait cette brûlure vague, la sensation de ces regards qui la piquaient comme deux abeilles.Oh ! elle allait être obligée de se retourner, elle le sentait à cause de ces regards obsédants qui s’attachaient à elle, qui semblaient la prendre à la nuque, ainsi que des mains.Elle essaya de résister, elle essaya de regarder les montagnes, là-bas, le pic d’Anie tigré de neige, le glacier du Ba-laïtous resplendissant comme une cuirasse.Mais les pics ne paraissaient plus, le soir les avait ternis de son souffle; et tout à coup, Aure sentit, à une douleur de son coeur, qu’il était unitile de lutter; sa tête commençait à tourner d’elle-même.Elle s’arrêta et regarda du côté de M.Pradieu.• II ne devait attendre que ce signal En dix secondes il fut à ses pieds.— Merci! dit-il en essayant de lui baiser les doigts de ses lèvres chaudes.Mais Aure eut la force de le repousser.— Oh! je vous en supplie! ne venez pas ! dit-elle, pâle comme une morte.Il eut pitié.Il balbutia: — Quand alors?— Jamais ! — Oh T jamais ?Ne dites pas ce mot.Il me rendrait trop malheureux.Dites-moi que vous voudrez un jour, que vous me permettrez de vous accompagner à la tourette, comme vous m’avez permis de vous accompagner dans le bois.Vous n’auriez rien à craindre, mademoiselle.Je ne serai plus hardi comme l’autre soir.Je vous connais un peu, maintenant et c’est le plus grand respect, la plus grande réserve que j’aurai toujours auprès de vous.Ne l’avez-vous pas senti, tout à l’heure, dans votre bois?Vous me permettrez, n’est-ce pas, de revenir ici?d’y revenir quand vous y serez?Vous me nommerez vos belles montagnes! je vous en prie.Cela me ferait tant de bien! Permettez que je vous revoie encore!.Je viendrai demain soir, si vous ne me défendez pas.Y serez-vous demain soir?Elle voulut répondre: “non” mais il y avait quelque chose, dans son laryns, qui semblait s’opposer au passage de ce mot.Pourquoi ne pas lui accorder cette nouvelle entrevue?C’était vrai qu’il avait gardé la plus grande réserve dans le bois, qu’il ne paraissait plus être le même homme.— Y serez-vous demain soir ?redemanda-t-il à genoux sur les bruyères.— Peut-être, dit Aure à voix basse.Puis, honteuse d’avoir répondu cela, elle reprit: — Je viens ici presque tous les soirs de soleil.Bonsoir, monsieur.— A demain, mademoiselle! murmura-t-il, les yeux illuminés d’espérance.Aure s’en alla, palpitante vers la tourette; elle ouvrit la porte, monta les degrés en chancelant,, arriva sur la plateforme, chercha le soleil de ses yeüx troublés.Elle ne vit pas le soleil.A l’horizon, un nuage lourd montrait seulement un trou vermeil au bord du ciel, comme s’il avait reçu un coup de poignard, et ce dé-vait être le sang du soleil qui partait par là.• .- ' — VI — r Aure éprouva une véritable confusion, le lendemain, quand elle fut convaicue d’avoir presque accordé un rendez-vous à M.Romain Pradieu; car cela ressemblait joliment à un rendez-vous ce qu’elle lui avait répondu, la veille, dans un moment^ d’inconscience, d’irresponsabilité peut-être.Ah! il avait raison, l’oncle Nanthois, quand il lui donnait à lire tous ces ouvrages assommants sur les maladies de la volonté.Il fallait reconnaître qu’elle était malade, et gravement, du côté de la volonté.Si elle avait été tant soit peu robuste, sa pauvre patraque de volonté aurait-elle consenti à revoir ce jeune homme sur un coteau désert, à une heure aussi redoutable?Il est vrai qu’une belle revanche, ç’au-rait été de ne pas aller à ce rendez-vous; mais ç’aurait été de la' déloyauté aussi; et l’oncle Nanthois lui-même devait flétrir la yoyauté au moins autant que l’inconscience.Aure n’hésita donc pas longtemps; elle résolut d’aller à ce rendez-vous.Elle pensa bien à se faire accompagner par madame Eli, pour sauver la situation; mais le remède lui parut pire que le mal.Qu’est-ce que madame Eli aurait pensé de se trouver là-haut avec cet homme?Non, il valait mieux y aller seule.Bascot serait un gardien suffisant.A partir de quatre heures, elle eut des fourmis dans les jambes.Elle ne mangea presque rien ce jour-là.Il lui semblait encore que son coeur était tout près de sa gorge, et gros, gros à remplir toute sa cavité thoracique.Impossible de prendre des aliemnts.A cinq heures et demie, elle vit une silhouette brune au pied de la tourette.Il n’était pas en retard, lui non plus! Car c’était lui, elle n’avait plus besoin de lorgnette pour s’en assurer; toute sa chair l’y sentait.Même aveugle elle aurait peut-être deviné sa présence troublante.Elle partit presque aussitôt.Elle essaya de boire à la fontaine, en passant; mais ses mains tremblaient tellement qu’elles avaient de la peine à retenir Abonnez-vous à “LA REVUE DE MANON” $2.00 PAR ANNEE AVEC UNE PRIME DE 6 JOLIS ROMANS D’AMOUR, 24 NUMEROS, Page vingt-quatre LA REVUE DE MANON Montréal,le 15 octobre 1928 l’eau.Et, quelques minutes après quand elle aperçut, sous les sapins le visage souriant de M.Pradieu tourné vers elle, ce fut de nouveau un affaiblissement de toutes choses dans son être, une fuite de toutes ses pauvres idées, une désertion de sa force vitale, comme si l’âme de cet homme se mettait à la place de la sienne et commandait également à leurs deux corps.Elle arriva, aussi pâle que le mur de la tourette, et si elle tendit sa main à M.Pradieu, ce fut peut-être pour chercher un appui.Il s’en aperçut d’ailleurs.Il comprit que la jeune fille qu’il avait devant lui était toute fragilité, toute délicatesse; et, comme certains animaux qui font leurs caresses plus douces quand ils jouent avec les très petits, il fit son amour moins rude, sa conversation moins cavalière.OK! qu’elle lui en But gré! Presque toutes les femmes sont ainsi, qu’elles offrent davantage dès qu’on leur demande moins.Aure s’était bien promis de ne rester que cinq minutes avec M.Pradieu; elle lui en accorda vingt.Et, comme il eut l’esprit d’être sage pendant ce premier rendez-vous, elle lui en donna volontiers un second.Ce ne fut pas à la tourette, cette fois, qu’ils se rencontrèrent ce fut dans le bois, au bord du ruisseau de la fontaine, de ce ruisseau qui sanglotait nuit et jour sous les arbres comme un enfant perdu.Et la troisième fois, ce fut dans le champ de pins là-haut entre l’allée des platanes et la route de Cauneilhe.La quatrième fois, ils trouvèrent un paysan, et Aure ne put empêcher une rougeur furtive de teinter son visage.Qu’allait-on penser au pays si on la voyait si souvent avec Mi- Pardieu?Que d’incorrections! * Elle se repentit; elle fit comprendre à M.Pradieu qu’il ne fallait plus se rencontrer en des lieux aussi déserts.Et, pour se punir, elle essaya de rester une semaine sans le voir.Mais la punition fut trop forte, apparemment, car le troisième jour, ayant découvert la silhouette brune de l’ami sur le coteau de la tourette, elle partit à sa recontre, toute frémissante de bonheur.Non, elle ne pouvait pas; elle s’ennuyait trop les jours où elle ne voyait pas M.Pradieu.C’étaient des jours sans lumières, comme si elle avait des verres noirs, et c’étaient des nuits sans ombre ensuite puisqu’elle ne dormait pas, puisque la fâcheuse insomnie, que l’oncle Nanthois déclarait le plus sûr prodome de l’aliénation! revenait l’agiter.Et ce n’était pas tout: voici qu’elle croyait ressentir l’oppression à la nuque, le casque, le fameux casque neurasthénique et la non moins fameuse miminution de l’énergie crébrospinale, comme disent les docteurs dans leur dernier patois.Mais oui, c’était la santé que l’amour de M.Pradieu, c’était la vie.Elle ne devait pas seulement aller à lui comme on va à l’être qui plaît: elle y allait peut-être un peu comem on va au médecin, au salut.Puisqu’on a trouvé en quelque sorte la contagion de la névrose, puisqu’il est reconnu qu’un nerveux s’énerve davantage en la société d’un autre nerveux, pourquoi n’admettrait-on point qu’une névropathe pû faire son profit de la société d’un homme calme ?Il semblait si peu névrosé, son beau voisin de Sorde ! Il devait être de la nature d’Aure d’aller à lui comme il est de celle du lierre de s’appuyer sur le chêne.Forte de ces considérations psychologiques — la mode voulait alors qu’une jeune fille se familiarisât presque autant avec la psychologique qu’avec le piano — Aure ne se priva plus d’aller au rendezvous de M.Pradieu, et il lui fut doux de penser que le peu de science qu’elle possédait enfin d’accord avec son instinct.Presque tous les jours, elle revit son voisin de Sorde: et il lui semblait, en arrivant, prendre de la vie, recevoir un» poignée d’espérance au contact de sa robuste main.A combien d’appareils s’A-tait-elle électrisée jadis qui ne lui avaient mis qu’un frisson répulsif aux doigts ! A cet appareil vivant qu’est la main d’un ami, elle faisait, eh une seconde, provision de bonheur pour vingt-quatre heu-teft* L’été finissant rayonnait sur les coteaux; lës pins chantaient aux soleil par leurs derhières cigales; des pruniers aux fruits mûrs avaient des cours de mouches gloutonnes, et cela les faisait ressembler à des boules bruissantes qui rohflàient comme des toupies dans le verger de la Caze.Pour se préserver du soleil, ët âussi pour être moiris vus des passants, Aure et Romain entraiént parfois sous l’une des-tonnelles de laurier-cerise qui abondaient autour de la tourette, et alors, entre elle et lui, Àürë croyait entendre aussi un bruissement confus: toutes les pensées tendres de cet homme sain, envolés autour d’eux, dans la pénombre tiède.Mais elle avait la force de sortir, de revenir au grand air dès que ces mouches particulières bruissaient un peu trop et, pour s’arracher elle-même à son rêve elle l’obligeait M.Romain à lui raconter immédiatement des histoires, à lui parler de son enface, de ses parents, dece qu’il faisait à Paris, de ses porjets d’avenir.Romain Pradieu soupirait à ces questions inattendues qui détruisaient aussitôt l’enchantement, et il éprouvait quelque peine à revenir sur son passé quand le présent avait tant de charmes.Néanmoins, il obéissait, pour ne point fâcher mademoiselle Aure; il se pliait à toutes ses volontés avec la secrète espérance qu’elle daignerait un jour se plier aux siennes, et il racontait de bon coeur tout ce qu’elle désirait savoir: comment il était devenu orphelin et comment, après avoir passé quelques mois dans un ministère, en qualité de secrétaire particulier d’un ministre, ,il avait dédaigné d.être sous-préfet et de se lancer sur l’échelle des grandeurs administratives.Il ne faisait rien à Paris, il y vivait simplement de ses rentes, selon la véritable tradition française, et Aure ne l’en méprisait pas du tout.Comment?à ectte époque de rapacité, où les fils de milliardaires se font ingénieurs ou médecins, et où la plupart des places de trois mille francs sont occupées par de faméliques petits garçons qui ont cinquante mille livres de rente il se trouvait encore un jeune homme qui se sentait exclusivement du goût pour l’oisiveté, pour l'indépendance?Mais, c’était un phénomène! Pour se conformer aux idées partiques de son temps, Aure d’Eylières aurait dû l’en blâmer sans doute; mais elle ne le pouvait pas.Tout lui paraissait bien en lui; elle l’écoutait, attentive, en tirant distraitement, de ses mains nues , un noeud de moire qu’elle avait au corsage, et tout l’intéressait de ce que racontait M.Romain, même les détails les plus insignifiants.Etait-ce drôle, la fossette de son menton, quand il parlait ! Elle se faisait ovale parfois, puis triangulaire, et certains mots l’obligaient à se combler toute, tandis que d’autres la creusaient instantanément.Oh! quand elle était si creuse, le doigt d’Aure avait joliment envie de se poser dessus, pour voir s’il était bien à la mesure! Et cela devenait une tentation violente par intervalles, si violente qu’Aure était obligée de lâcher son noeud de moire et de fourrçr le doigt dans son autre main.Comment les heures passaient vite à côté de lui.Et, pourtant, il n’avait pas une conversation bien brillante; c’était tout le contraire d’un causeur, ce M.Romain Pradieu; il ne possédait aucun de ces choix d’anecdotes ou de fines méchancetés par lesquelles tant de Jeunes^ gens captivent les vieilles femmes.Même il avait quelquefois des maladresses de langage, des incorrections de tenue qui révélaient le provincial aux observateurs les moins perspicaces.Mais qu’importait à Aure ?Elle âimait peut-être mieux qu’il fû t ainsi.C’était d’une autre saveur pour elle, ce beau garçon vigouerux et sans apprêt, que tous ces pantins parisiennants qui ne font jamais une gaffe, certes ! mais qui ne font pas souvent d’éclat non plus.Une fois, en passant près de la fori-taine de la Caze, Aure et Romain trouvèrent un char renversé au bord du chemin; le bouvier n’arrivait pas à remettre ce char debout.Romain n’hésita pas; il retroussa ses manches, empoigna une roué et aida l’homme à redresser le char.Une autre fois, en arrivant à la tourët-te, il apprit à mademoiselle d’Eylières qu’il était allé chasser, la veille, et qu’il avait tué un sanglier dans un bois de Sorde.Et Aure fut très fiere de lui.Cela ne lui déplaisait point d’être courtisée par ce beau garçon un peu barbare.Elle prouvait de savoir redresser un char au moins autant que de savoir offrir un verre d’orangeade.Cette célébrale chéti-veseplaisait auprès de ce paysan musclé; chaque jour sa sympathie croisait pour lui .Oh! la douce fin d’été dont elle lui était redevable ! Ce dernier mois avait laissé une empreinte si douce, un sillage si bleu dans l’existance d’Aure qu’elle ne croyait pas devoir en vivre jamais de pareils.Oh! si, pourtant! Quand elle y songeait, l’avenir pouvait être bien bon encore, pouvait être meilleur sans doute! Oh! s e promener toujours, la main dans la main, dans ces bois solitaires de la Caze, à travers ces molles prairies, et cela sans honte, à la face de tous, au lieu de se cacher comme ils faisaient actuellement! donner à M.Romain le droit d’aller avec elle dans toute cette admirable campagne et l’en rendre maître comme elle en était maîtresse! L’épouser! faire consacrer par Dieu cet amour éclos sous quelques rayons de soleil couchant ! Cette perspective, Aure osait l’évoquer parfois, de ses yeux obscurs dont la cendre s’illuminait; et son coeur était si torublé alors qu’il ne savait plus battre; il s’alentissait dans sa poitrine, pendant dix ou quinze secondes, puis se précipitait brusquement, comme à la rencontre de bonheurs fabuleux.L’épouser ! 0,h ! oui, elle se l’avouait bien, c’était fort doux à sa pensée, ce rêve-là; il y avait dans son cerveau, quand elle entrevoyait cette possibilité radieuse, une grande fête, un tourbillon de plaisir, où il semblait que toutes ses idées entraient en danse comme des ballerines bleues.Sa femme!.Oui, elle l’aimait assez déjà pour devenir sa femme ! Mais lui?l’aimait-il assez, lui?l’aimait-il bien?Certes, les apparences y étaient.Romain paraissait de plus en plus bouleversé auprès d’elle.La passion, la vraie, celle qui extériorise l’être, qui fait flamber dans les yeux, frémir dans les doigts, était évidente en lui.Mais Aure avait des inquiétudes tout de même.Ne dit-on point que certains hommes se comportent toujours ainsi en présence de n’importe quelle femme ?Si M.Pradiçu était de ceux-là? Montréal, le 15 octobre 1928 LA REVUE DE MANON Page vingt-cinq Elle soupirait à ecs réflexions, en tourmentant de ses mains énervées, les rubans de son corsage; et alors elle avait la force d’éloigner son ami, de reculer devant ces lèvres de nouveaux entreprenantes, qui trop souvent, au cours de la causerie, voulaient lui mettrent sur les mains, sur les joues, la preuve délicieuse, le sceau tendre et divin qui ne devrait pas tromper cependant, puisque les amoureux y ont cru depuis que le monde est monde.Et, pourtant, il y avait des jours où elles auraient troublé un roc, ces lèvres couleur de framboise mûre; elles tremblaient, elles avaient des remuements mystérieux, comme si l’âme avait palpité sur elles.Oui, c’était l’âme, Aure avait besoin de le croire.M.Romain l’aimait variment de tout son coeur, comme on doit aimer; il l’aimait mieux qu’il nai-mait la cousine; de cela, elle en avait eu les preuves cetraines.Ainsi, toutes les fois .qu’il avait dû rejoindre cette cousi-neà Biarritz, Auî*e n’avait eu qu’à dire un mot pour le faire rester à la Caze.N’était-ce pas convaicant?Mais elle eut mieux encore: M.Romain lui apprit un soir que sa cousine, rentrée à Sorde depuis quelques jours, devait partir le lendemain pour Madrid avec madame Arissondo, et qu’il avait promis de les accompagner toutes deux jusqu’à Bayonne par un train du matin.Aure éprouva une tentation perverse en apprenant ceci, la tentation de retenir M.Pradieu pendant toute la matinée du lendemain pour que ces dames partissent sans lui.Consentirait-il?Elle essaya.Elle lui dit qu’elle viendrait à la tourette, le lendemain de bonne heure, à cause du pic d’Anie, qui.promettait d’être très beau, et elle laissa entendre qu’il était autorisé à venir admirer cette monta- s’étaien rapprochées par avantures, elle n’aurait peut-être pas eu la force de les repousser.—Allons! pour vous consoler, je vous permets de revenir demain matin, dit-elle à voix basse.Et de radieuses promeses parurent à son insu dans ses yeux à demi fermés.— Bien.A quelle heure ?demanda-t-il, vibrant d’espérance.— Quand vous voudrez; je serai ici au lever du soliel.Le lever du soleil, c’était un peu tôt pour un Parisien.Cependant, le lendemain matin, à cause de ce regard d’Aure qui avait passé sur lui comme une caresse d’âme, il partit à six heures pour la tourette de Cau-neilhe., Il y avait un brouillard opaque où le soleil n’arrivait pas à faire passer sa rougeaude figure.A six heures et demie, Romain fut sur le coteau.Aure l’y attendait.Elle avait les joues très roses dans le brouillard et, quoiqu’on ne vit rien à cinquante pas, son visage annoçait le ravisement.—Je crois que ça va être beau! dit-elle, en lui donnant toute sa tendresse dans une poignée de main.Elle était venue seule, c’est-à-dire sans gne en sa compagnie.Romain ne parut pas très enthousiaste au premier moment.Mais le lendemain, quoique ce fût peu poli pour madame et mademoiselle Arissondo, il s’enfuit de Sorde à six heures et demie.En le voyant arriver, les yeux d’Aure s’emplirent de gloire.* Elle la tenait, la bonne preuve! Comme c’est mal! gronda-t-elle dans un sourire.Qu’est-ce quevous avez dit à vos parentes?— Que je les rejoindrai à la gare, vers dix heures.— Et vous les rejoindrez 7 — Non, si c’est votre plaisir.Ce le fut.Et Romain resta jusqu’à onze heures, quoique le pic d’Anie nreût rien d’extraordinaire; il resta jusqu’au moment où il entendit rouler le train de Bayonne dans la vallée de l’Adour.Il parut mélancolique cependant, quand il, aperçut la petite fumée du train, se déroulant là-bas comme une traînée d’ouate.• — Ah ! vous regrettez ! dit Aure avec une pointe de dépit.Avouez que vous re-gerttez ! ' .* Il eut un sourire énigmatique, puis il balança doucement sa tête en signe de dénégation.Et Aure la trouva si belle en ce moment, cette tête souriante et mélancolique à la fois, que, si les lèvres Bascot, et Romain lui en fut reconnaissant, car.ce maudit chien le regardait encore de travers, parfois.De temps en temps, des gémissements montaient dans le brouillard, du côté de la maison: c’était Bascot qui se plaignait d’être enfermé, de ne pas pouvoir rejoindre sa maîtresse, et rien n’était triste comme cette voix d’animal pleurant au loin, sous le nuage.Pour moins l’entendre, Aure alla s’adosser à la tourette, du côté opposé à la Caze.Il y avait de grosse pierres là; Nouvelle création TULIPE NOIRE DE CHENARD Succès sensationnel PARFUMERIE J.J.JUTRAS 1670 rue Saint-Denis MONTREAL CETTE OFFRE EXPIRE LE 15 NOVEMBRE Messieurs, Ci-inclus 50 cts pour recevoir en plus d’une boîte de poudre de “Faites-Moi Rêver” ou “Parfait Bonheur”, l’échantillon du parfum “Faites-Moi Rêver” tel que mentionné dans l’annonce.Coup vous donne droit de recevoir gratuitement cet échantillon tel qu’illustré du parfum de haut goût “FAITES-MOI REVER Adresse FAITES-MOI REVER” Avec chaque achat d’une boîte de poudre de 50 cts de “Parfait Bonheur” ou “Faites-Moi Rêver”, cet écantillon d’une valeur de 35 cts vous sera envoyé GRATIS.Remplissez le coupon ci-haut, présentez-le chez votre marchand pharmacien ou envoyez-le nous accompagné de 50 cts à l’adresse suivante.PARFUMERIE J J.JUTRAS .MONTREAL 1670 rue Saint-Denis Si votre pharmacien n’a pas ce parfum, demandez-lui de le tenir Echantillon, 35 cts — L’once, $2.50 BEAUX ROMANS D’AMOUR donnés gratis en prime à tout nouvel abonné BULLETIN D’ABONNEMENT UNE BELLE PRIME Veuillez m'inscrire pour un abonnement d'un an à partir de.192____ Ci-inclus la somme de $2.00 en paiement.Nom et prénoms .„ Adresse .Comté.Province.Adressez ce bulletin, écrit de façon très lnsible, à “LA REVUE DE MANON", 756 rue St-Paul Ouest, Montréal, Qué., en l'accompagnant d’un mandat de poste.Sur réception de ce bulletin rempli tel qu'indiqué, “La Revue de Manon" sera envoyée pendant un an (24 numéros) sans frais additionnels.Chaque abonné recevra gratis 6 beaux romans d’amour, comme prime spéciale.Offerte Gratuitement Dans le but bien légétime de mieux faier connaître notre Revue, et de ce fait recruter de nouveaux et nombreux abonnés, “La Revue de Manon” donnera ABSOLUMENT GRATIS, à toute personne qui s'abonnera dès maintenant, une BELLE PRIME de 6 Romans complets.Ces romans sont écrits par les meilleurs romanciers français et peuvent être lus sans aucune crainte pour la morale.ABONNEZ-VOUS A La seule qui paraît deux fois le mois (le 1er et le 15) et publie les plus beaux romans, nouvelles, musique, etc.* $2.00 par année >— 24 numéros Page vingt-six LA REVUE DE MANON Montréal,le 15 octobre 1928 Nous allons chercher et livrons la ‘ marchandise TELEPHONE LANCASTER 7772 City Hall TailorIShop HEBERT CHAMPEAU, prop.Habits faits sur commande Costumes de Dames Nettoyage, Pressage et Réparages de toutes aortes Nettoyages français et Teintures 1446, Avenue de l’Hôtel-de-Ville MONTREAL l ) % l l l { ) » l Téléphone Cherrier 2020 Avez-vous votre fleuriste Si non, une visite est sollicité chez Mlle BEATRICE BOULERICE FLEURISTE Spécialités: Gerbes de noces —• Tributs floraux — Fleurs pour toutes les occasions Ouvert le dimanche et tous les soirs 1654 S te-Catherine Est, Montréal Près Champlain elle en choisit une et s’assit, .face & la montagne.Romain s’assit à côté.Ce matin-ci, elle avait les mains nues, et leur fraîcheur parut exquise à son compagnon.Dès le premier contact, Aure s’aperçut qu’elle n’avait jamais été moins maîtresse de sa personne, et que sa volonté pouvait bien être restée dans le brouillard, là-bas, comme son pauvre chien.Les regards de Romain la pénétraient toute; il lui semblait que ces regards la touchaient, ce matin, en des replis de son être où ils n’étaient jamais parvenu.Et, entre ces poumons, elle sentait son coeur lourd, oh! lourd et gros comme un bourgeon qui va fleurir.Afin de cacher son trouble, elle regardait du côté des montagnes.Mais on ne ?oyait rien du côté des montagnes; le brouillard voilait tout; les premiers plans eux-mêmes avaient disparu.On n’avait plus l’air d’être sur la terre, il semblait ou’on eût été transporté loin des vivants, dans une fraîche immensité où l’on se trouvait seuls, tous deux.Et c’était émouvant de se sentir anisi seuls, de n’avoir à regarder que soi-même.î Heureusement, un pin-parasol parut au loin, sur un coteau, un jeu de vent découvrait tout à coup cette petite boule brune dans la brume des vapeurs, et Aure s’en réjouit comme un naufragé qui découvre une bouée de sauvetage.Le soleil commençait à disperser le brouillard; le spectacle devenait intéressant comme une bataille; il y avait des masses grises qui filaient entre les coteaux, transpercées de flèches rondes; et de toutes parts, c’étaient des déroutes, des fuites des chocs silencieux de brumes en loques, après lesquels des mamelons, des ravinB.des villages blancs, les coins des rivière frémissante apparaissaient, une minute, heureux de retrouver le soleil.Parfois des peupliers lointains pointaient sur un îlot confus, et ils semblaient si hauts à cause des nuages inférieurs, qu’on les aurait plantés en plein ciel, dans quelques prairies de songes.Le visage d’Aure s’animait & ces spectacles — Est-ce beau?disait-elle doncement.Et penser qu’il n’y a que nous à regarder cela'! que c’est pour nous que tout cela se passe ! Elle s’apercevait peut-être pas que son ami lui avait pris une main, et que, de temps en temps, il portait cette main à ses lèvres.Téléphone CALUMET 5908 TOUJOURS EN MAIN LE PLUS GRAND CHOIX DE GATEAUX Pâtisserie Canada 367 rue De Castelnau Près de la rue Saint-Denis = «iiiiiiiiiiMiiiiiiiiiiiiiiimiiiiiiiiiiiiiiuiiiiiiiiuiiiiMiiiiiiiiiiiiiiiiiiiHiiiiuiiiiiiiiiiimiiiiiiiiiiiiiiiimiiiiiiiiiiiiiiiliiiiiiitiilliiiiiiiiitiiiiiIi Mais elle se retourna tout à coup au bruit d’un galop: Bascot arrivait à la tourette, il s’était échappé de la Caze et il avait couru, à travers bois, vërs sa maîtersse* Quand il là vit, sa voix eût un gémissement affectueux et il sè roü-la de plaisir devant elle, eh lui mouillant Ba robe avec ses frisettes toutes luisàrités de roèéè.Mais le chiert redressa l^o^éillë, jJér exemple, quand il aperçut, si près d’Aure, cet étranger qu'on lui avait ordonné de mordre un soir; et, quoiqu’on ne lui donnât pas du tout le même ordre, ec matin, il veilla, l'oeil méfiant.Aure crut devoir retirer sa main, pour éviter des scènes, et, contrariée un peu, elle se mit à regarder les yeux du soleil dans la brume.Ils étaient infiniment doux à voir, ces yeux; il y avait des surprises continuelles, des visions paradoxales comme des mirages.C’étaient des lacs blancs qui se formaient en de vallons, c’étaient des fumées d’incendies qui montaient des crêtes.Le ciel commençait à montrer des trous bleus qui semblaient des fosset- (A suivre au prochain numéro) LA REVUE BE MANON GARE à la DEBILITE ! De même qu’à la fleur, il faut la rosée, à la femme, quel que soit son âge et sa condition, pour se maintenir en bonne santé il lui faut un sang pur et généreux.C’est justement ce défaut de sang chez un grand nombre de femmes qui fait que plusieurs souffrent de DEBILITE GENERALE.Dans tous les cas de faiblesse, pauvreté du sang, troubles d’estomac, troubles internes, etc., les Pilules ROUGES, PRODUCTRICES de bon SANG, d’un sang RICHE capable de REGENERER les plus FAIBLES CONSTITUTIONS, ont prouvé leur infaibillité.C’est le plus grand tonique féminin qui profite également aux FILLETTES, aux jeunes FILLES qui se développent, aux MERES que les obligations ou les maladies affaiblissent et aux femmes plus âgées, à celles qui sont sur le retour.Chaque essai convenable des Pilules UGES Signifie nn RETABLISSEMENT CERTAIN “Il y a quatre ans, après la naissance d’un bébé je restai d’une faiblesse désespérante.Pendant un an, je fus incapable de faire mon ouvrage.J’étais obligée de me traîner, les jambes me supportant à peine.Ma digestion ne se faisait pas bien et j’avais de fortes migraines et des palpitations.Tous les membres me faisaient maL Je souffrais aussi de troubles particuliers à la femme et cela m’affaiblissait de plus en plus.Une amie me recommanda les Pilules Rouges m’assurant qu’elles dissiperaient mes malaises et me donneraient des forces.Comme ce n’était pas la première fois que j’entendais dire du bien des Pilules Rouges j’ai voulu les essayer et je dois reconnaître leur efficacité.J’en ai pris dix boites en tout, mes malaises ont ecssé, j’ai recouvré mes forces, j’ai acquis de l’embonpoint et depuis ce temps je me porte à merveille.En plus d’être merveilleuses, les Pilules Rouges constituent un traitement très bon marché.” Mme G.Cadieux, 1870, rue Visitation, MontréaL CONSULTATIONS MEDICALES.— Afin d’aider votre traitement, vous pouvez consulter à son bureau ou par correspondance notre Médecin qui vous indiquera toujours le meilleur régime à suivre.Dans les cas requérant l’intervention chirrurgicale, il vous dirigera au meilleur chirurgien de votre localité.Les Pilules Rouges partout ou par la poste, 50c la boîte ou 3, $1.25.Protégez-vous en exigeant les Pilules ROUGES de la Cie Chimique Franco-Américaine Limitée 1570, rue St-Denis MONTREAL PERIODE SCOLAIRE Dès qu’ils ont commencé à fréquenter les classes, beaucoup d’ENFANTS perdent leur Appétit et deviennent par la suite Nerveux et Anémiques.Mères, si vous êtes soucieuses des succès de vos enfants en classe, vous comprendrez l’importance de ce premier symjtôme et vous ne tarderez pas à leur faire prendre un remède sûr et efficace qui ramènera leur Appétit à son état normal, conservera leurs Forces et les maintiendront en bonne SANTE durant toute l’année scolaire.V a OVONOL est le médicament par excellence pour les enfants Faibles, Chétifs, Pâles, Déprimés, qui manquent d’Appetit ou de Sommeil.Donnez à vos enfants de l’OVONOL trois fois par jour, et vous aurez là leplus sûr moyen de les protéger contre toutes les maladies de l’enfance.COMPAGNIE CHIMIQUE FRANCO-AMERICAINE, Ltée 1570.rue Saint-Denis, Montreal.^ $1.25 partout ou par la poste. la même rlcKe et exquise le même breuvade désaltérant • Old Slock Ale Qnûrie à PRIME PAR LA FORCE ET PAR LA QUALITE
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