Le pays laurentien, 1 octobre 1917, Octobre
2ème ANNEE.—No.10.OCTOBRE 1917 LE PAYS LAURENTIEN AMPAÛNES LAURENTIËNNES Introduction Une Analogie.Le beau séjour mortel que l’artiste Divin Construisit pour placer son grand chef-d’œuvre humain Rappelle à nos esprits, en sa noble structure, De l’homme qui réside au sein de la nature, Les bienfaits essentiels, les éléments natifs, L’origine et la fin de ses dons distinctifs.Ce dôme transparent que notre astre décore En y plaçant le jour après la douce aurore ; Cette voûte d’azur où passe le soleil En projetant les feux de son disque vermeil ; Le beau satin ténu que percent les étoiles, Quand la nuit sur le monde a tendu ses grands voiles ; Les sinistres vapeurs qui salissent les Cieux Et chargent nos regards de spectacles affreux Nous montrent certains traits de la grande âme humaine.Dans son règne d’amour et son règne de haine, Comme le firmament, notre âme a ses clartés, Ses flambeaux, son soleil, ses divines beautés ; Comme en lui bien souvent, de funèbres nuages Montrent, dans la noirceur, leurs sinistres visages.Un beau ciel radieux, puis un ciel menaçant Font ainsi de notre âme un portrait surprenant.Si notre âme et le ciel ont des rapports sublimes, Notre corps et la terre ont des liens intimes : Dans les deux, nous trouvons les éléments mortels Qui distinguent toujours les êtres matériels ; Un limon producteur qu’une force passive Soumet à l’action d’une autre cause active.Dans l’une c’est la sève et dans l’autre le sang, Qui formant de la vie un double flot puissant, Répandent dans les deux cette vigueur féconde Qui ne peut s’épuiser tant la cause est profonde, — 158 — Comme le ciel sur terre envoit ses plus beaux dons, L’âme sur notre corps répand ses doux rayons.Comme l’astre bénit sur le monde rayonne, L’âme fait à nos corps une belle couronne.Mais ces rapports secrets qui stimulent nos chants, Mettent tout leur éclat sur nos prés et nos champs, Sous la voûte du ciel, dans nos vertes campagnes, De l’homme fatigué les meilleures compagnes.Ce gracieux symbole, ou plutôt ce portrait, 'Etait le grand motif qui vers vous m’attirait.Ajoutez à cela les doux plaisirs champêtres Qui savent réjouir et charmer tous les êtres.O splendeurs de nos prés ! magnifiques décors ! Vous vous êtes gravés dans mon âme et mon corps, Pendant les jours bénis de ma plus tendre enfance, Alors que l’on jouait près du lieu de naissance.Pays que j’habitai non loin de Montréal, Tu portes dans tes traits, un grand aspect royal ! On voit des dignités et des airs de noblesse Régner avec éclat au sein de tes richesses.Si tu pouvais savoir comme l’on peut t’aimer, Tu saurais le motif qui me fait te chanter.Oui, je veux te chanter, ô splendide théâtre Qui m’accueillis si bien à l’âge où l’on folâtre ; Quand sur ton beau velours je n’étais qu’une fleur Qui saluait la vie au sein de ta splendeur.Je chanterai surtout le merveilleux contraste Des saisons, qui chaque an, nous étalent leur faste.Pouvoir souvent changer la scène et les décors C’est bien de mon pays l’un des plus beaux trésors, Après le don sacré des étonnantes choses Qui déploient sous nos yeux leurs tableaux grandioses.Je commencerai donc avec le doux printemps, Pour finir en hiver avec les froids perçants.Car du cycle d’un an, les mouvements très sages, Montreront de nos champs les différents visages.PRINTEMPS Quand le soleil d’avril, retrouvant son ardeur, Glisse ses rayons d’or sur l’immense blancheur Du disque bien aimé que la voûte céleste Décrit sur les confins de notre sol agreste, Quand la blonde lumière, entre le bleu du ciel Et le manteau tout blanc du vieux sol paternel Epanche avec chaleur son âme généreuse, Et verse ses rayons sur la terre frileuse, Aussitôt l’air perçant et rempli de froideur S’échauffe par degrés et reprend sa douceur. — 159 — Sur la neige sans tache aux fronts de ses grands voiles.Le soleil fait briller de petites étoiles.Des reflets cristallins, des jets de diamants, Palpitent de bonheur aux baisers de l’amant.Les atomes de neige, aux touches de la flamme, Nous paraissent revivre et s’animer d’une âme.Bientôt les grumeaux blancs, sous l’action du feu, Perdent de leur rigueur, s’amollissent un peu.Cette couche si froide, entassée, très solide, Se dissout lentement, puis devient toute humide.En recueillant les pleurs qu’on voit d’abord perler Sous le rayon brillant qui les force à couler.Mais après quelques jours, tous les flots de ces larmes, Par le travail constant de leurs mouvements calmes, Forment, dans la blancheur, de gracieux ronds bleus Qui paraissent de loin, semblables à des yeux.Les arbres réveillés secouent leur blanche hermine, Aux souffles du printemps qui s’avance et chemine.La couche de verglas qui forme des glaçons Découvre les vieux toits de nos bonnes maisons.Là-bas, dans la forêt, la sève de l’érable Compose goutte à goutte un sucre délectable ; Pendant que les ronds bleus deviennent des étangs Qui retiennent captifs les nombreux habitants.Bientôt, c’est une mer où la neige fondue N’offre plus la beauté de sa blancheur perdue.Mais en retour le flot gracieux et rythmé Honore de son chant le printemps bien-aimé.Tandis que le regard va sur les eaux limpides Qui transforment nos prés en des plaines liquides.Soudain, le vent du nord apporte son concours A qui ne peut tout boire et réclame secours.En peu de temps, tous deux d’une action commune, Nous découvrent la terre où git notre fortune.Pour le cultivateur, c’est un moment vital Après cinq mois d’hiver, de voir le sol natal.Il sourit de bonheur quand la terre s’éyeille, Car depuis si longtemps elle dort et sommeille.Pendant ce long repos un regain de vigueur A pénétré son corps et rajeuni son cœur.De ce sein généreux que la sève féconde S’épanche un flot vernal qui réjouit le monde.Puis c’est un vrai concert nourri des plus beaux sons Que l’on offre à la terre en recevant ses dons.Pendant qu’elle fait naître une nouvelle vie Aux souffles créateurs de la saison bénie.En revêtant ainsi des êtres demi-nus, On dirait que son âme et son cœur sont émus — 160 — Par le fait d’être utile au monde qui désire, De lui rendre la joie où germe le sourire ; De le bénir encore au moyen des amours Que le printemps réveille aux feux de ses beaux jours.Mais au coeur des foyers, c’est un cri d’allégresse, Des échos de bonheur, un regain de jeunesse, Depuis que du printemps, notre oiseau précurseur, Dans un ciel souriant, a montré sa couleur.La noire prophétesse, en bonne messagère, Va chercher tout au fond de sa gorge légère, Un cri particulier que nous connaissons bien Pour annoncer à tous que le printemps revient.Je ne puis l’expliquer ; mais, c’est une corneille.Qui précède chez nous, cette saison vermeille, Quand on a vu passer le volatile noir, C’est un signe certain qui fait naître l’espoir.La neige nous arrive, il s’envole et nous quitte, Si la neige nous quitte il nous revient bien vite.Peut-être que ce corps habillé de noirceur, A le don singulier de chasser la blancheur.Cependant nous l’aimons, malgré qu’il soit sans grâce, Car le printemps nous reste et le sombre oiseau passe.Un mois plus tard partout les foyers sont ouverts Pour entendre du ciel les gracieux concerts.Des oiseaux de retour babillent sur les branches Qu’ils avaient dû quitter avant les neiges blanches.La très douce lumière a toujours un baiser Que sur les jeunes plants elle va déposer, Puis ses flots amoureux dans l’espace rayonnent, Variant leurs couleurs sur les fronts qu’ils couronnent, Sur le voile jauni dont le sol est couvert D’un regard satisfait on voit poindre le vert; D’abord très clairsemés de distance en distance, Us deviennent nombreux et se groupent plus denses ; Ce sont les premiers fils du tissu moelleux Dont se pare la terre après les jours neigeux.Bientôt, par tout le sol la nouvelle parure Déroule avec douceur sa splendide verdure ; Formant dans notre plaine, un immense tapis D’un gracieux velours, plat, égal, et sans plis Depuis le Saint-Laurent jusqu’aux pieds des montagnes Qui bornent l’horizon de nos grandes campagnes.Mais devient ondulante, en gravissant les monts, Puis se courbe en guirlande au sommet de leur front.Les forêts ont repris leurs habits d’éméraude Qu’elles gardent toujours pendant la saison chaude.Sur d’autres petits plants des bourgeons verts laiteux, S’ouvrent tous par degrés à la chaleur des cieux.w ^ ¦ — 161 — Ils feront dans dix jours un gracieux feuillage Qui couvrira le plant d’un vêtement volage.Sur les tendres gazons bondissent les troupeaux Mêlant leurs cris de joie aux doux chants des oiseaux.Le courant du ruisseau qui glisse sur la pente, Poursuit en babillant la route qui serpente.Oui, tout chante et s’anime aux souffles des zéphirs, Et la terre et le ciel s’emplissent de plaisirs.C’est la saison bénie, inspirante et féconde Où, dans le sol vivant, germe le pain du Monde.Les fermiers sont actifs à tracer les sillons Pour y semer les grains qui donnent les moissons.Plus d’un mois, chaque jour, ils suivent la charrue, Calculant chaque soir la route parcourue.Le père, les enfants, tous mettent dans le sein De la terre un froment qui rend le monde sain.Semer c’est avouer la force créatrice Du Dieu qui fait germer sous sa main protectrice.Retirez-vous, semeurs, votre Père des cieux Veillera sur vos champs pour qu’ils soient généreux.Pour toi, joli printemps, miroir de ma jeunesse, J’ai composé ce chant que mon âme t’adresse.Car, après chaque hiver, lorsque tu nous reviens J’évoque avec amour des souvenirs anciens Au milieu des labeurs qui me font tant vieillir, Lorsque je te revois, je me sens rajeunir.Et si le poids des ans vers la tombe me penche, Tu viendras, j’en suis sûr, fêter ma tête blanche ! (A suivre) Père CH A MP OUX.LES GRAND’MERES Qu’il est beau de les voir, avec leurs cheveux blancs, Les grand’mères alors qu’aux heures indécises Elles s’en vont dire un chapelet aux églises ; Les jours ne semblent pas leur paraître accablants !.Leurs cœurs, jeunes encor, ont des secrets troublants, Qu’elles gardent pour ceux qui les auront comprises.Les voyez-vous, parfois, en faisant “des reprises”, S’arrêter tout-à-coup, joindre leurs doigts tremblants ?Puis, après un baiser à leur petite fille, Dire doucettement : “Enfile mon aiguille” ?.Elles rêvent alors aux chemins parcourus ; Car leur vie est féconde en tristesses amère?, Que d’enfants oublieux elles ont secourus.Ah ! ne faites jamais de chagrin aux grand’mères ! Alfred DESCARRIES.1917. 162 — | PAMPHILE LEMAY I « poète du terroir laurentien ¦ J’aime à relire cette pensée de Robert Vallery-Radot, dans son Introduction à Y Anthologie de la Poésie Catholique : “La poésie “est un don sacré ; on ne peut ni la profaner ni la dédaigner impuné-“ment.Il dépend d’elle qu’un peuple soit futile ou héroïque : “elle oriente son amour Il semble que, chez nous même, on commence à se complaire dans l’oubli de cette mission du poète.On est en train d’ignorer que le génie oblige, que la lumière doit éclairer et que la force doit son élan aux tâches nécessaires.On sent que l’âme nationale s’ap-platit sous la pression d’un lourd matérialisme.Nos jeunes écoles de la pensée ont besoin des leçons et de l’exemple des anciens.A l’heure douloureuse où nos cœurs de patriotes traversent probablement leur épreuve la plus terrible, nous avons l’impérieux devoir de demander non-seulement aux annales historiques de la nation, mais bien aussi à la légende qui l’enveloppe et qui, libre de préjugés et nettement sincère comme l’est toute la poésie des générations précédentes,—notre ligne de conduite et le sens de l’action que nous allons bientôt réaliser.L’histoire nous indique les faux pas à éviter ; la poésie nous portera vers les élans de noblesse et de dignité, suprême et durable garantie du respect de nos droits.Relisons nos poètes, ceux qui vécurent plus près des époques difficiles où nous avons lutté : Crémazie, Garneau, et Lenoir, Chauveau, Marmette, Gérin-Lajoie et Louis Fréchette, et surtout allons à ceux qui, des premiers jusqu’à nous, ont tissé les liens sacrés du plus pur patriotisme, et dont l’œuvre sera un mémoire précieux sur la route nouvelle, inattendue, qui s’ouvre devant nous.Pamphile LeMay est de ceux-ci.Nous n’entreprendrons pas de repasser toutes ses œuvres.Outre deux pièces de théâtre, une gerbe de Contes vrais et une traduction du Chien d’Or de Kirby, il a donné à notre littérature son poème des Vengeances et un splendide recueil de sonnets, les Gouttelettes, toutes deux en honneur dans nos foyers canadiens.Mais, nous voulons ouvrir trois livres où le poète a étayé son rêve prophétique, où son âme de voyant symbolisa les destinées de la race latine au pays d’Amérique.Ce sont : sa traduction définitive de Evangéline, ses Epis et ses Reflets d’antan. — 163 EVANGELINE La traduction libre du poème elassiaue de Longfellow se justifie d’elle-même.“La poésie anglaise, écrit notre poète, plus “sobre que la nôtre et d’allure moins vive, il me semble, ne saurait “me faire un crime de quelques élans, vers des rayonnements nouveaux, non plus que d’un séjour un peu prolongé dans les oasis où “elle m’a conduit.” D’ailleurs, l’interprète rappelle bien à point que “la poésie ne saurait empêtrer ses ailes dans les terres à terre du “littéral.” Et il ajoute : “J’ai suivi la vierge de Grand-Pré dans “la voie douloureuse où elle a marché, et j’ai pleuré avec elle.” Et c’est parcequ’il a souffert dans son âme les tortures de l’héroïne que le poète laurentien a su traduire l’âme acadienne, sœur jumelle de la nôtre.Avec Evangéline, c’est toute l’Acadie et toute la Nouvelle-France qui a pleuré.L’histoire du “grand dérangement” tient toute dans le décret du cynique Lawrence."Vous êtes prisonniers, au nom du Souverain !” Et ce glas fatidique résonne sans répit à travers l’odyssée douloureuse d’un peuple que LeMay ressuscite avec un sens psychologique qu’on ne saisissait pas dans l’œuvre originale.Car, il a plus que la sympathie de l’étranger ; il a la voix du sang et la fraternité de l’épreuve.Et c’est pourquoi tant d’onction anime la sincérité de son rythme et de son inspiration.Ceux qui n’ont lu que les relations froides de l’histoire ne savent pas les tortures endurées.La légende qui entoure la dispersion des Acadiens, les souvenirs traditionnels que ni les temps ni la conspiration du silence ne sauraient effacer, passeront désormais dans la mémoire des générations à la honte du conquérant.Bien plus, les poètes qui nous ont immortalisé ces pages d’horreurs auront contribué à forger l’âme canadienne en vue des luttes de survivance.Et ce sera leur grand mérite devant les siècles futurs.Qui sait ?.L’avenir est un énigme.Le sacrilège anglais, consommé peu après la conquête du pays, ne devait-il pas, bien que.tardivement, se répéter ?.Mais, l’épreuve trempe les volontés Le vent d’impérialisme qui cherche à balayer nos libertés les plus sai tes souffle inutilement.Notre foi, notre langue et nos droits ont maintenant des racines trcp profondes dans l’âme nationale ; on peut bien agiter les rameaux de l’Erable, on ne l’arrachera pas.Comme le peuple d’Acadie a reconquis sa place au milieu de l’envahisseur, à la tête même de ses parlements, le groupe laurentien, avec ses deux millions de cœurs et de fermes volontés, maintiendra son prestige contre l’ambition saxonne. — 164 — L’œuvre du poète, bien qu’elle soit loin d’éveiller des rancunes de races, et encore moins des convulsions politiques nous apporte néanmoins une réconfortante leçon : la foi effective dans la survivance nécessaire de la race latine et croyante au bord du Saint-Laurent.LES EPIS Je suis de ceux qui croient que l’inspiration catholique est la plus sublime et la plus sincère, et que le poète chrétien laisse après lui des chants immortels comme son âme.Pamphile LeMay est, de tous nos poètes, celui qui reflète l’âme de la race avec ses caractéristiques les plus subtiles.Amoureux des traditions familiales, enthousiaste de l’héroïsme des aïeux, fils jaloux des libertés nationales, il résume en ses œuvres le caractère bien défini du peuple simple et franc qu’est le nôtre.Et, comme le sentiment religieux est à la base de notre vie toute entière, et qu’il garantit la conservation de nos prérogatives, son œuvre est imprégnée de cette sève religieuse qui nous le rend plus vénérable et plus cher.Poète du terroir, Pamphile LeMay a consacré la meilleure part de son talent à chanter la candeur et la simplicité touchante de notre vie champêtre.C’est la chanson des épis, des foins et des oiseaux, le refrain des “brayeuses”, des boulangères à la huche, ou l’hymne plus solennel des vieux clochers d’églises, les jours de fêtes ou de tristesse.Appelé à quitter ses terres pour s’enfermer entre les murailles de la ville, le poète se sent prisonnier ; il étouffe, il aspire au retour vers ses bruyères et ses horizons d’autrefois.Puis, il s’évade un joui et, revenu sous le ciel libre, il s’écrie : “Enfin j’ai secoué la poussière des villes ; J’habite les champs parfumés.Je me sens vivre ici, dans ces cantons tranquilles, Sur ces bords que j’ai tant aimés.Nul vent harmonieux ne passait sur ma lyre, Et mes chants étaient suspendus.Je ne retrouvais point le souffle qui m’inspire.Et je pleurais les jours perdus.' Il me fallait le jour, pour voir combien de voiles S’ouvrent blanches sur le flot bleu ; Il me fallait la nuit, pour voir combien d’étoiles S’allument sous les pieds de Dieu.Il me fallait encore entendre l’harmonie Des nids que berce le rameau.Il me fallait entendre encor la voix bénie Des vieux clochers de mon hameau. 165 — C’est en effet dans le libre espace que s’épanouit la pensée riche et féconde, l’inspiration généreuse du poète.Car c’est la chanson des épis qu’il a traduite ,et elle nous est venue avec la brise large et pure des parfums du terroir qu’il a tant aimé.REFLETS D’ANTAN Patriote clairvoyant et fidèle à son génie, Pamphile LeMay eût cru manquer à sa mission s’il avait eu le soin de retoucher et de grouper en un faisceau ses poèmes nationaux.Les Reflets d’autan constituent ce que l’on pourrait appeler sa légende poétisée de la patrie canadienne.I es huit poèmes qu’on y trouve rappellent à nos mémoires, revêches aux leçons forcées, les plus beaux faits de notre histoire.C’est la scène première.“Sur les bords inconnus où le vaillant Cartier, “A Dieu comme à son roi se vouant tout entier, “Etait venu naguère élever la croix sainte.” Puis l'établissement providentiel de Champlain: “Québec, sur ton sommet que le ciel illumine, “Au vent qui n’a bercé que des bois assouplis, “D’étendard de nos rois va dérouler ses plis.“Un héros te l’apporte.Il approche, il arrive.“Son pied foule déjà la solitaire rive.’ “.et plein “D’espérance et de foi, le voici ! C’est Champlain ! “Fidèle au divin Maître, ouvrier de sa gloire, “Sur le front orgueilleux de ton beau promontoire “Il burine son nom.Et, moment solennel, “Il fait de ton rocher un temple à l’Etemel./’ Viennent les incursions des sauvages indigènes: “Guerriers, vos tomahawks ! Jusques à la rivière “Emportez les canots sur votre bras nerveux.“Honneur à l’Iroquois dont la main meurtrière “Du crâne des vaincus arrache les cheveux !.” Après cent ans de luttes, de privations, d’inquiétudes, il semble que la Nouvelle-France soit enfin établie dans sa mission, apostolique.C’est la trêve qui commence, marquée par intervalle de troubles de peu de durée.Mais, bientôt l’œil envieux d’Albion a convoité ce riche joyau de la couronne de France.Et c’est l’époque de sang et de feu qui s’ouvre pour nos pères, époque d’héroïsme aussi, mais d’abandon et d’affaissement où : — 166 — ‘‘Sanglant, humilié, le drapeau de la France Dût repasser les vastes mers.” Le Canadien a dû longtemps souffrir, mais ".il ne faiblit pas dans sa longue infortune ; “Devant son maître il reste grand.” Et sa noblesse d’âme ne s’est point démentie.Car, devant l’arrogance américaine de 1812, le nouveau sujet britannique a prouvé la richesse de sa loyauté à la victoire de Châteauguay.Mais, hélas ! des jours plus sombres devaient sonner.Devant les services méconnus et les droits profanés.“Las de souffrir, le peuple enfin leva la tête ; “Il regarda le ciel dans un suprême espoir, “Et jaloux de son droit, dans la peur de déchoir, “Il tira du fourreau les éclairs de son glaive.” Ce fut la rébellion de 1837.Et ces bûchers eux-mêmes bientôt s’éteignirent.Depuis lors, le “calme de Varsovie” règne en Nouvelle-France.Amoureux véritable de véritable paix le peuple canadien grandit au bord du fleuve comme une forêt vigoureuse et serrée.Il s’entend le long des rivières fertiles et par les plaines cultivées.Et le fier arbre de la nation, malgré la menace éventuelle des tempêtes étend ses robustes ramures et sa semence proléfique jusqu’au sein même des conquêtes locales de l’étranger qui doit céder le sol.Car, “C’est l’heure où ta foi s’affirme, “Où le Seigneur confirme “Tes droits, ô nation !.” Le vieux poète qui sent sa course s’achever a pressenti des jours de deuil pour sa patrie.Aussi, est-ce pourquoi il nous supplie de tourner nos regards vers les exemples du passé, et de demander à l’histoire, et la poésie qui en est la légende, le courage qui réconforte et la vaillance des aïeux.Les jours de bonheur reviendront, et la race laurentienne recouvrera ses titres d’autrefois pourvu qu’elle sauvegarde jalousement l’héritage de sa langue, de sa foi et de ses traditions.Alphonse DESILETS. — 167 — LETTRE OUVERTE M.Gérard Malchelosse, Ottawa, août 1917 Le Pays Laurentien, Montréal.M.le Rédacteur, La poésie que je vous envoie aujourd’hui m’a été inspirée à la vue d'un “calvaire,” non loin d’une ville de la province de Québec.Il y a quelques semaines, je voyageais avec une de mes amies d’ici.Comme nous passions dans une route de Saint-Barthélemy où l’on érigeait une croix, j’expliquai à ma compagne ce que c’était qu’un calvaire, et combien il était touchant d apercevoir stir le chemin, la figure du Sauveur en croix.Je lui dis aussi la pieuse coutume des paysans, se réunissant au calvaire pour y faire la prière du soir.Les larmes vinrent aux yeux de mon amie et je m’écriai : Attendez ; vous verrez le beau Calvaire de T.!" Mais quand je le revis le calvaire de T., un cri de dou- loureux désappointement m'échappa.Ma mémoire me représentait le Christ en croix, dans une sorte de sanctuaire bien entretenu.et je voyais aujourd’hui un Christ défiguré, le toit du sanctuaire rouillé et percé, l’enclos en ruines, puis, au lieu de la verte pelouse qui entourait jadis le Calvaire, des herbes de toutes sortes, poussant à leur gré.Le Calvaire est abandonné, il tombe en ruines !.Combien il est regrettable de voir disparaître ainsi les vieilles coutumes ; elles débordaient pourtant de vraie poésie !.LED A.LE CALVAIRE ABANDONNÉ Un fermier canadien, riche propriétaire, Avait érigé sur les bords du Saint-Laurent Comme hommage pieux, un imposant calvaire Où le bon laboureur allait prier souvent.Lorsque, dans le lointain, tintait la note douce De l’Angelus du soir, les fermiers d’alentour S’agenouillaient aussi, près de lui, sur la mousse Qui faisait à la croix un tapis de velours.Le soleil se couchant, en haut des Laurentides, Jetait des reflets d’or sur le Christ mis en croix : On assurait qu’alors, sur les lèvres livides, Un sourire naissait, tendre et triste à la fois. — 168 — Le reflet devient pourpre, et la clôture blanche Et le toit argenté sont teints comme de sang.La tête du Sauveur plus tristement se penche.A peine les fermiers saluent-ils, en passant ! !.J’ai revu le calvaire.Et son toit qui se rouille, Sans qu’on y prenne garde, assez clairement dit Que là, nul, aujourd’hui, jamais ne s’agenouille, Car la foi de jadis chaque jour s’attiédit.Et le Christ !.On m’a dit, qu’au crépuscule il pleure.Sous son abri croulant, il est défiguré !.Qu’importe ! Jusqu’au bout avec eux il demeure.Mais sur son abandon, malgré moi, j’ai pleuré.LED A.IDÉAL DE POÈTE “Ecris avec du sang”.' (F.Nietzsche) Si dans ton cœur chante un poème, Eais-le jaillir tout frémissant; Qu’il soit le meilleur de toi-même Ecrit du plus pur de ton sang.Afin que ton âme s’épanche Dans le fier poème rêvé, Pleure devant la page blanche Devant ton vers inachevé.Il faut que tout ton être vibre Comme une grande lyre d’or, Qu’on sente gémir chaque fibre Sous la souffrance qui la mord.Mais, le grand poème de flamme Qui rendrait ton rêve hardi Restera toujours en ton âme, Et tu mourras sans l’avoir dit.Mourir, oh ! mourir dans l’extase, Que ce soit ton rêve toujours ! Mourir en écrivant la phrase Qui finirait ton chant d’amour ! Emile CODERRE. — 169 — CURIEUSE Tu sais que j’ai cinq fois ton âge.Par les cheveux c’est bien dix fois.Ce qui te semble un badinage Peut devenir gênant parfois.Il faudrait donc que je te lise Des vers que je fis autrefois Pour Marguerite ou pour Elise.Ma chère enfant, oh ! la, la, la, A quoi bon rappeler cela ! Petite fille, si gentille (Tu vois que la rime le veut) Ton esprit qui toujours frétille Ne m’embarrasse pas qu’un peu.Quoi ! te conter une amourette, D’histoire de mon premier feu, Pour qu’ensuite je le regrette.Ma chère enfant, oh ! la, la, la, Si ton papa savait cela ! Je ne suis point de ceux qui vantent De temps qui ne reviendra plus.Oui, les souvenirs nous enchantent, Mais les regrets sont superflus.Que fait le vol d’une hirondelle, Que sont les plaisirs disparus ?Après le soleil, la chandelle.Ma chère enfant, oh ! la, la, la, Sur quel air drôle on dit cela ! Dans cet album où je figure, Pour rendre hommage à ta beauté, Plus d’un couplet, je te l’assure, Pour tes yeux noirs sera dicté.Comment peindre la douce ivresse Qu’éprouve l’amour agité Devant ces marques de tendresse.?Ma chère enfant, oh ! la, la, la, Ta maman te dira cela.Suivons la pente de la vie, Suivons les vrais instincts du cœur; Et que ta jeunesse ravie S’épanouisse dans sa fleur.Plus tard, tu sauras le comprendre, Se présente un nouveau bonheur.Mais, sapristi ! je deviens tendre.Ma chère enfant, oh ! la, la, la, Ton mari te dira cela.Benjamin S U LTE. — 170 L’INCENDIE DU MGULIN-ELINT (1) En parlant du révérend M.J.-B.Bédard tous les Canadiens-français (ceux de Ball-River du moins,) se souviennent avec quelle ardeur ce saint prêtre travaillait à faire aimer davantage la religion.Ce fut lui qui, à ma connaissance, fit faire, en 1878, la première procession solennelle du Très-Saint-Saerement, au dehors de l’église, le jour de la Fête-Dieu, comme cela se fait généralement au Canada.Les Canadiens du village Flint surtout, savent combien il s’intéressait à ses paroissiens, et le sublime dévouement qu’il apportait au soulagement des affligés.Voici, entre beaucoup d’autres,' un fait à l’appui de ce dire.Un samedi, vers les trois heures de l’après-midi, alors que les dernières personnes venaient à peine de quitter la manufacture connue sous le nom de Mculin-Flint, le sinistre tocsin y appelait les pompiers : un violent incendie venait de s’y déclarer.En moins de temps qu’il faut à l’écrire l’intérieur de la filature n’était plus qu’un brasier ardent.Sous l’action de la chaleur intense, les vitres éclatent avec fracas, et les flammes promenant leurs torches de feu sur les parois extérieurs des murs poursuivent rapidement leur œuvre de destruction.Un fort vent de l’est menace de propager l’incendie sur les filatures Wanponoag, ce qui eut causé une perte irréparable.Une foule immense, énervée, impuissante, assiste à ce désolant spectacle.Déjà l’élément destructeur s’attaque aux fenêtres et au toit du premier corps des bâtiments de la Wanponoag, éloigné du Moulin-Flint d’une centaine de pieds tout au plus.Les pompiers, malgré un travail ardu, ne peuvent maîtriser les ravages du feu ; le désastre semble inévitable.Tout-à-ccup, la foule ondule, s’écarte et livre passage à un homme qui arrive en toute hâte sur le lieu du sinistre : c’est le curé Bédard.' Apprenant la calamité qui menace de fondre sur un si grand nombre d’honnêtes journaliers, le bon prêtre s’est empressé d’accourir.A la vue des flammes qui font rage, il se jette à genoux au milieu de la foule angoissée et les bras levés vers le ciel, il adresse de toute son âme au Créateur et Maître tout puissant des éléments, (1) —L’Incendie du Moulin-Flint est une anecdote relative au regretté curé Bédard, que nous a valu l’article de M.Rémi Tremblay, Souvenirs Fall-riverains, publié dans le Pays laurentien, en septembre 1916, p.246.La REDACTION. 171 — une fervente prière.Electrisé par son exemple un grand nombre de spectateurs, comme mûs par une force invisible, tombent à genoux à côté du pasteur, et mornes, silencieux, s’unissent de cœur à ses touchantes supplications.Cette prière ardente ne fut pas adressée en vain à Celui qui a dit : “Demandez et vous recevrez En effet, quelques instants plus tard, le vent change de direction ; les murs suds du bâtiment en flammes le plus rapproché des filatures Wanponoag, s’effrondent à l’intérieur ; le travail des pompiers devient alors plus facile, ils réussissent à circonscrire l’incendie et les grandes filatures voisines sont sauvées.L’intervention du curé Bédard et sa prière si confiante furent hautement appréciées, et tous, à l’unisson, proclamèrent lui devoir ce salut inespéré.J’y étais, j’ai vu et je dis.A.LAMBERT.SIMPLE REPONSE.“Que fais-tu là, pauvre poète” ?Georges.Ce que je fais ?Ma foi, le matin je me lève Dispos, le cœur joyeux et riche de chansons ; Je cours à la fenêtre et s’il fait beau, je rêve, Bercé par un concert immense de pinsons.Je descends au jardin, pousse jusqu’à la grève, Me roule sur le sable et, sans plus de façons, Fais un plongeon dans l’eau que mon grand corps nu crève, Et jouit, voluptueux, d’indicibles frissons.Le soir, je me promène en écoutant la grive ; Ou bien, sur mon canot qui file à la dérive, Je me laisse bercer.Ce que je fais, tu vois ?Le lac est là, je pêche et rapporte des truites Dont la chair est exquise et que je mange frites, En vrai gourmet.C’est tout.ANTONIN.Val des Bois.ANTONIN PROULX. — 172 — HOCHELAGA Cartier remontait le fleuve et se trouvait devant le Saguenay lorsque les Sauvages lui firent comprendre que ce grand cours d’eau allait “en étroissent jusqu’à Canada”, ce qui veut dire Québec, puis garde une largeur moindre encore jusqu’à Hochelaga.C’est la première mention de notre Montréal.Rendu à Québec le découvreur voulut savoir si ses deux interprètes de Gaspé iraient “avec lui à Hcchelaga et ils répondirent que oy”, mais les sauvages de Québec lui conseillaient fortement de n’y pas aller, étant antipathiques à tout ce qui concernait les gens d’Hochelaga.Une fois en route, au mois de septembre 1535, “avons vu d’aussi beau pays et terres aussi unies que l’on saurait désirer, pleine de beaux arbres, savoir : chênes, ormes, noyers, cèdres, pruches, frênes, briez, sandres, osiers et force vignes, lesquelles avaient si grande abondance de raisins que les compagnons en venaient chargés à bord.” Arrivés aux îles du lac Saint-Pierre “ne nous apparaissait aucun passage ni sortie, mais semblait icelui lac être tout clos sans aucune rivière et ne trouvâme au dit bout que brasse et demie dont nous convint poser et mettre l’ancre hors, et aller chercher passage avec les barques, et trouvâmes qu’il y a quatre ou cinq rivières toutes sortantes du dit fleuve en icelui lac et venant du dit Hochelaga.toutes icelles rivières circulent et environnent cinq ou six belles îles qui sont le bout du dit lac, puis se rassemblent environ quinze lieues (milles) amont toute en une.” Rencontrant des vSauvages qui se montraient très peu étonnés de voir ces hommes nouveaux pour eux, Cartier leur donna des couteaux et autres menus objets, en échange desquels il reçut des rats d’eau “gros comme cannins” (lapins) et “bons à merveille”.“Nous leur demandâmes par signe si c’était le chemin de Hochelaga, ils nous montrèrent que ouy et qu’il y avait encore trois journées (de canot ou à pied ?) à y aller.” Le navire (YEmerillon) étant resté dans les îles, un certain nombre de Malouins entrèrent dans des barques et le voyage se continua.C’était au commencement d’octobre.Chemin faisant, “trouvâmes plusieurs gens du pays, lesquels nous apportaient du poisson et autres victuailles, dansant et menant grande joie de notre 173 venue.On leur fit des cadeaux dont ils étaient ravis comme des enfants.“Nous arrivés au dit Hoehelaga, se rendirent au devant de nous plus de mille personnes, tant hommes que femmes et enfants, lesquels nous firent aussi bon accueil que jamais père fit à ses enfants, menant joie merveilleuse, car les hommes en une bande dansaient, les femmes d’autre et les enfants de l’autre, et après ce, nous apportèrent force poisson et de leur pain fait de gros mil (maïs) qu’ils jettaient dedans nos dites barques.’’ Cartier descendit à terre avec plusieurs de sa suite et aussitôt les indigènes “s’assemblèrent tous sur lui et sur tous les autres en faisant une chaire ( ?) inestimable.’’ Le manuscrit devait porter le mot “clameur’’ ou quelque chose d’approchant et non pas “chaire” Après cette réception, la journée tirant à sa fin, on rentra dans les barques “pour souper et passer la nuit, durant laquelle demeura icelui peuple sur le bord du dit fleuve, à plus près des dits barques, faisant toute nuit plusieurs feux et danses.” Avec Cartier étaient Claude de Pontbriand, échanson du dauphin et fils du sieur de Montreuil (non pas Montréal comme on l’a imprimé ailleurs) ; Claude de la Pommeraye, Jean Gu}mn, Jean Poullet, Macé Jalobert, capitaine de la Petite Hermine, Guillaume Le Breton, capitaine de YEmerillon, le plus petit des trois navires de Cartier.J’estime qu’il y avait au moins trente-cinq personnes dans les barques.VEmerillon était de quarante tonneaux seulement.Cinq ou six hommes devaient être restés à bord durant son arrêt aux îles du lac Saint-Pierre.Sur les distances indiquées dans la narration du voyage de Cartier, je dois dire que les termes “mille” et “lieue” sont souvent employés l’un pour l’autre.Le découvreur met quarante-cinq lieues de Berthier à Hoehelaga.Il faut lire “quinze lieues”, soit quarante-cinq mille.C’était la coutume du temps.Champlain et bien d’autres après lui écrivaient de même.Dans les présentes citations je me conforme à l’épellation actuelle.Cartier met plaine pour pleine, cousteaulx pour couteaux, print pour prit, reconpence pour récompense, hours pour ours.Dans son langage un peu embrouillé pour nous, le découvreur constate qu’il arrêta ses barques au dessous d’un grand saut d’eau situé deux lieues, plus loin.Il devait être au pied du courant Sainte-Marie et le saut, qu’on peut mettre à deux milles, est celui — 174 de la Pointe Saint-Charles.La chose parait d’autant plus probable qu’il dit avoir marché par terre deux lieues pour se rendre à la ville d’Hoehelaga, qui était située en haut de la rue Bleury.Deux lieues, c’est trop dire, mais, jugeant la distance par la fatigue du trajet à travers les bois, et s’arrêtant par endroit pour festiner, comme on le verra plus loin, il a dû croire qu’il avait franchi cinq ou six milles depuis le pied du courant, à la hauteur où il trouva la ville.Ecoutons-le parler : “Le lendemain au plus matin, le ca- pitaine s’accoutra et fit mettre ses hommes en ordre pour aller voir la ville et demeurance du dit peuple et une montagne qui est jacente de la dite ville, où allèrent, avec le capitaine (Cartier) les gentilshommes et vingt mariniers et laissa le parsus (huit matelots) pour la garde des banques, et prit trois hommes de la dite ville pour les mener et conduire au dit lieu.” Doit-on croire que les mille personnes réunies au pied du courant dès la veille étaient habitants d’Hochelaga ?Si oui, elles étaient donc venues au devant des étrangers dont la présence sur le fleuve, en aval du courant aurait été signalée un certain temps avant leur arrivée en ce lieu puisque tant de monde s’y était porté à la fois.Si non, c’est qu’il y avait une bourgade dans le voisinage du site de la prison de nos jours.Cartier choisit trois hommes de la ville pour le guider et ne dit pas que la foule de la veille faisait route avec eux pour s’en retourner à la ville.“Etant en chemin, le trouvâmes aussi battu qu’il soit possible et plus belle terre et meilleure qu’on saurait voir, foute pleine de chênes aussi beaux qu’il y ait en forêt de France, sous lesquels était toute la terre couverte de glands.Et nous ayant marché environ lieue et demie trouvâmes sur le chemin l’un des principaux seigneurs de la dite ville, accompagné de plusieurs personnes, lequel nous fit signe qu’il se fallait reposer au dit lieu près un feu qu’ils avaient fait au dit chemin.Ce que fîmes, lors commença le dit seigneur à faire un sermon et prêchement, comme est leur coutume de faire joie et connaissance, en faisant celui seigneur chère au dit capitaine et sa compagnie, lequel capitaine lui donna une couple de haches et une couple de couteaux, avec une croix qu’il lui fit baiser et la lui pendit au col, de quoi rendit grâces au dit capitaine.” Visiblement, les Malouins, ne suivaient point le rivage mais étaient tout d’abord entrés dans les terres sous la direction des guides et les gens d’Hochelaga, avertis d’avance, avaient envoyé un représentant saluer les étrangers.Pour cette route, le cortège évitait 175 — de traverser le gros ruisseau qui a été remplacé par la rue Craig.Le carré Viger était un évasement de ce cours d’eau.Le beau chemin battu suivait, à peu près, le tracé de la rue Lagauchetière.La table de chênes se voit sur la carte de Champlain, dressée soixante et dix ans plus tard.Suivons toujours le découvreur, qui parle à la troisième personne, selon la manière des anciens :— “Ce fait, marchâmes plus outre, et environ demi lieue de là commençâmes à trouver les terres labourées et belles grandes campagnes pleines de blé de leurs terres (maïs) qui est comme mil de Brésil, aussi grcs ou plus que pois, de quoi vivent ainsi comme nous faisons de froment.Et au parmi (milieu) d’icelles campagnes est située la ville de Hochelaga, près et joignant une montagne qui est à l’entour (pas autour maix aus alentours) d’icelle, labourée et fort fertile, de dessus laquelle on voit fort loin.Nous nommâmes la dit montagne le Mont Royal’’.Il y aurait un tableau à faire montrant le passage de la petite troupe sous la forêt de chênes.L’aspect des lieux, le contraste des deux guides avec le groupe français adroitement disposé, bien étudié et mis sur la toile en bonne posture serait comme une page du premier chapitre de notre histoire.La saison, la topographie, les costumes sont des éléments qui promettent, s’il se trouve un artiste pour en saisir l’idée.Encore, la délégation ou embassade d’Hochelaga allant au devant de Cartier, la rencontre, le prêchement, les cadeaux offerts, le goûter autour du feu de camp, voilà de quoi exercer l’esprit, le savoir, l’habileté du peintre.Du pied du courant au sommet de là rue Bleury, on a une suite de scènes très peu banales, moyennant l’adresse du pinceau.Oue diriez-vous du groupe de nos hommes arrivant en vue de la ville sauvage et l’apercevant dans son ensemble extérieur, assise sur le plateau que nous connaissons tous ?C’est à étudier.Il viendra quelqu’un pour exécuter tout cela.Benjamin S U LTE.bulletin bibliographique Canadian Historical Dates and Events, 1493-1915, by Francis J.Audet, of the Public Archives of Canada — C’est un beau volume de 240 pages, 9 pj x 6H pouces; élégamment relié en toile.Préface du Docteur Doughty, l’Archiviste du Canada.En vente chez l’auteur, 201, rue Cobourg, Ottawa, Ont., Prix $3.00.Ce livre est un trésor, une mine inépuisable pour ceux qu’intéresse notre histoire depuis la découverte de l’Amérique jusqu’à nos jours.La classification nette et méthodique des évènements en tableaux le rend d’un emploi facile et commode, et donne rapidement le renseignement cherché.Ce n’est pas à nous 176 — de féliciter M.F.-J.Audet, mais en admirant ce travail d’érudition, de patience et de recherches inlassables, nous sommes assurés que tous les intéressés se réjouiront de posséder un tel livre.Rév.P.Alexandre Dugré, S.J.— Vers les terres neuves—1 vol.in 12, 67 pages, Montréal, 1917—Prix 15 sous.Voici un livre, et un livre pratique sur la colonisation.Sa courte préface débute franchement et cavalièrement par ces mots : “La colonisation n’est pas une question théorique et littéraire bonne à débattre entre académiciens de collège, mais une question éminemment pratique, intéressant de la manière la plus directe notre vie nationale.On en parle dans Québec ; c’est dans l’Ouest qu’on en fait.” Puis le R.P.Dugré pose, discute et résout les questions : 1.-"Pourquoi coloniser, 2.-Comment coloniser”.Vous trouverez difficilement en un exposé aussi court des arguments si bien étayés, preuves et statistiques à l’appui.Après avoir félicité chaleureusement le R.P.Dugré, nous croyons ne pouvoir faire mieux que de répéter à nos lecteurs ce que nous voyons en tête du livre : “Lisez et faites lire.” Le Cri—Revue bi-mensuelle publiée à Québec par la “Société Anonyme du Cri”, Le numéro : 5 sous.Voulez-vous lire une jolie petite revue d’un genre nouveau, pleine de vie et de verve endiablée ?Voulez-vous vous reposer l’esprit des inquiétudes de la guerre, de la vie chère, de la conscription, etc.?Voulez-vous être au courant des potins politiques, municipaux, etc ?lisez le Cri ! C’est une revue “grosse comme deux liards de beurre” mais si vivante, si bien rédigée.Pleine de malices, si vous voulez, mais sans malice, et pas méchante pour un sou ! De qui vient cet “enfant terrible ?” Demandez à M.Damase Potvin, un de nos collaborateurs, et à M.Edmond Chassé, autrefois à la Patrie.La Corvée—Deuxième concours littéraire de la Société Saint-Jean-Bap-tiste, Montréal, 1917.C’est un joli volume in-8, de 240 pages, contenant les travaux des quinze meilleurs concurrents du concours de la Corvée.Au début d’un de ses jolis contes, Alphonse Daudet écrivait : “Pari- siens, tendez vos mannes.C’est de la fine fleur de farine provençale qu’on va vous servir cette fois”—Tendez vos mannes, à votre tour, lecteurs canadiens, c’est de notre fleur de'farine canadienne que l’on vous offre ici ! Chaque concurrent, quelque soit le genre de "corvée” qu’il ait voulu décrire, nous met sous les yeux, avec une émotion intense, les scènes les plus charmantes et les plus touchantes de notre vie du terroir.C’est la grande âme simple et généreuse de notre race que nous sentons palpiter dans ces pages: Corvées des Hamel, du pauvre, du ber, des couvre-pieds, des cimetières," etc.Nous voyons avec joie, avec orgueil aussi, figurer au nombre des vainqueurs du concours le nom de deux des collaborateurs du Pays laurentien : celui du Frère Victorin et celui de Damase Potvin.A ceux-ci, comme à tous les autres, nous présentons nos félicitations les plus chaleureuses et les plus sincères.Lecteurs canadiens, ne manquez pas de lire ce livre et de le garder soigneusement, puisque, hélas ! il faut bien l’avouer, la coutume des “corvées” se meurt de plus en plus chez nous.La Société Saint-Jean-Baptiste fait une œuvre éminemment patriotique en organisant de ces “corvées” littéraires qui révèlent “les plumes” de notre pays et font revivre en même temps les coutumes du passé.Emile CODERRE
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.