Journal de l'instruction publique, 1 décembre 1864, Décembre
ImcrncA 'uazsrMfi ]§£S$?W>LE Volume VIII.No.12.Montréal, (Bas-Canada) Décembre, 1864.mmM SOMMAIRE.—Littérature.—Poésies : Les oiseaux blancs, F.X.Garneau.— Mourir, P.J.U.Baudry.—Paysage, J.Auger.—Science: Les Aurores boréales, J.Chantrel.—De quelle nation étaient les habitants de Stadacona et d’Hochelaga lors du voyage de Jacques-Cartier?par Koudiaronk.—Education : De l’autorité du maître, Schmit.—Comment on embrouille et comment on aide la mémoire, Lonbens.—Avis Officiels.—Nominations : Ecole Normale Laval.—Annexion de Municipalités scolaires.—Diplômes accordés par les Bureaux d’examinateurs.— Instituteur disponible.—Partie Editoriale : Assemblée tenue ii Montréal pour former une association dans le but de protéger les intérêts des protestants dans l’instruction publique, (suite et fin).—Revue bibliographique: Du bon ton et du bon langage, par la comtesse Drohojowska ; de l’art de la conversation et de la chanté dans les conversations, par Je Père Huguet.—Bulletin des publications récentes: Pans, Bruxelles, Toronto, Québec.—Petite Revue Mensuelle—Nouvelles et F aits Divers: Bulletin de l’Instruction Publique.—Bulletin des Sciences.LITTERATURE POESIE.I>es oiseaux blancs.Salut, petits oiseaux, qui volez sur nos têtes, Et de l’aile, en passant, effleurez les frimats ; Vous qui bravez le froid, bercés par les tempêtes, Venez tous les hivers voltiger sur^nos pas.Les voyez-vous glisser en légions rapides Dans les plaines de l’air comme un nuage blanc, Ou le brouillard léger, que les rayons avides De notre astre du jour frappent en se levant?Entendez-vous leurs chants sur l’orme sans feuillage?De leur essaim pressé partent des cris joyeux.Ils aiment le cristal qui ceint comme un corsage Les branches de cormier qui balancent sous eux.Quand un faible rayon de l’astre de lumière Brille sur le cristal qui recouvre les bois, Le doux frémissement de leur aile légère Partout frappe les airs où soupirent leurs voix.Ils ne regardent point si l’épaisse feuillée He peut plus accueillir l’amour comme au printemps, Si de fleurs pour leurs nids la branche est dépouillée Si le froid aquilon siffle dans les troncs blancs.Plus l’air semble glacé par les flocons de neige, Plus leur vol est rapide à l’entour de nos toits, Et la balle du grain agite leur cortège A la grange où bondit le van du villageois.Oh I que j’aime à les voir au sein des giboulées Mêler leur chant sonore avec le bruit du vent, Et couvrir les jardins, inonder les allées, Et d’arbre en arbre aller toujours en voltigeant.Quelle main a placé sur la branche qui plie Ce perfide réseau pour surprendre leurs pas ?Ah I fuyez—mais hélas ! j’en entends un qui crie Le cruel oiseleur va causer son trépas.Poussant des cris plaintifs ils fuient dans la plaine ; Mes yeux les ont suivis derrière les coteaux ; Ils avaient cependant le soir perdu leur haine, Et bientôt je les vis passer sous nos vitreaux.Ils revinrent encor butiner à la porte ; Mais de l’arbre perfide ils n'approchaient jamais.Ils repartent enfin ; l'aile qui les emporte Semble par son doux bruit augmenter mes regrets.Adieu, petits oiseaux, qui volez sur nos têtes, Et de l’aile en passant effleurez les frimats ; Vous qui bravez le froid, bercés par les tempêtes, Venez tous les hivers voltiger sur nos pas.F.X.Garneaü.Répertoire National.Mourir ! Je contemplais nn soir l’uniforme linceul Que l'hiver a jeté sur la nature en deuil : Je cherchais vainement la brillante parure Dont se couvrent les champs au temps de la verdure; Je cherchais des moissons, des feuilles aux forêts, Des oiseaux dans le ciel, des fleurs_et je rêvais I Et je rêvais qu’un jour, comme une fleur flétrie, Au souffle de l’hiver disparaîtrait ma vie, Qu’il faudrait renoncer aux rêves de bonheur, A ces rêves si doux que caresse le cœur, Qu’il me faudrait quitter à ce moment suprême Pays, famille, amis, tout ce qu’ici l’on aime Qu’il me faudrait mourir.et mon cœur frissonna.Lorsque vers moi soudain un ange s’avança ; Son aspect était doux, il semblait devoir dire : J’apporte le bonheur : un bienveillant sourire Donnait à son visage un charme saisissant ; Ses deux ailes d’azur causaient en s'agitant Comme un souffle léger qui chassait la tristesse ; Dans son œil un peu grave on lisait la tendresse ; C’était un des esprits que Dieu dans sa bonté Créa pour secourir la triste humanité.“ Cesse de t’arrêter à de vaines alarmes, “La mort, crois-moi, mortel, a peut-être des charmes," Dit-il, et son regard me désigna les cieux.—“ Toi qui parais si’bon, esprit mystérieux, “ Toi qui viens consoler ma secrète souffrance, Lui demandai-je alors, “ serais-tu l’espérance?" —Il dit en souriant ; “ l’espérance est ma sœur.” —“ Quoi! ta sœur, l’espérance?_______es-tu donc le bonheur, “ Toi dont la voix soupire une douce harmonie “ Echo des harpes d’or, céleste mélodie?" 166 JOURNAL DE L’INSTRUCTION PUBLIQUE.—“Je suis l'ange, dit-il, qui des rigueurs du sort 11 Console les humains ; on m’appelle: La Mort.” •—“ Toi, tu serais la mort ?.je la croyais horrible “ On disait son œil cave et son regard terrible, “Et pourtant devant toi mon cœur n'a pas tremblé : “ Uu rayon de soleil en mon âme a brillé.“ Ton voile blanc ressemble à ceux dont sont parées “,Au jour de leur hymen, les jeunes fiancées.“La mort ! j’en aurais peur ; toi, je voudrais t’aimer ; “ Non, tu n’es pas la mort, et tu veux m’alarmer ! 11 Car la mort, comme toi, ne pourrait pas sourire,” —“ Erreur, l’être fatal que tu viens de décrire, “ Ce fantôme hideux, crois-moi, n’est pas la mort ; “ C'est un ange maudit que l’on nomme “ remord.” “ Effroi des criminels, ce génie implacable “ Se présente toujours au chevet du coupable, “ Des tourments de l’enfer sinistre préourseur, “ Il apporte au mourant la rage et la terreur.“ Mon voile est blanc, dis-tu, je suis la fiancée “ Vers qui ton âme aspire, ici-bas délaissée ; “ Viens à moi, mon regard sourit aux malheureux ; “ Qui s’endort dans mes bras s'éveille dans les cieux.P.J.U.Baudry.Foyer Canadien.Paysage.— cela compose un brooard d’or riche et magnifique, que nous voulons trouver plus beau que du vert, quand ce ne seraitque pour changer.Had.de Süvigkê.Souvent, pendant l’hiver, la forêt désolée Se couvre, tout-à-coup, de feuillages tout blancs : Et dahlias touffus, et liserons tremblants Pendent à l’arbre en fleurs de neige immaculée.Parfois, tombe la pluie à demi congelée ; Puis, le froid vient changer ces cristaux ruisselants En feuilles de vermeil, en fruits étincelants, Et poser à la branche une frange étoilée.O prismes cbâtoyants, sous un soleil d’été ! O charmante féerie, éphémère et fragile Dont un souffle, un rayon briserait la beauté.J’ai souvent fait ce vœu,—mai3 c’est un vœu stérile— De pouvoir, quelquefois, réunir en mon style, Votre art éblouissant et votre chasteté ! J.Aüger.Foyer Canadien.SCIENCE.Les Aurores Boréales.Voici l’hiver, et avec lui le retour, pour les contrés du nord, d’un ¦phénomène dont les savants cherchent encore l’explication, et sur les différentes circonstances duquel ils sont loin d’être d’accord.Il s’agit des aurores boréales, qui remplacent quelquefois avec tant de splendeur les rayons absents du soleil, et qui offrent souvent de si bizarres apparences.Les aurores boréales sont-elles accompagnées toujours ou quelquefois d’un certain bruit, et de quelle nature est ce bruit ?Quelle est leur action sur l’aiguille aimantée?Modifient-elles l’intensité du magnétisme terrestre?Répandent-elles une odeur propre et désagréable ?Déierminent-elles des changements d’étaf dans l’atmosphère ?Sont-elles accompagnées d’un nombre d’étoiles filantes plus grand ou moins grand qu’à l’ordinaire ?Ont-elles une relation intime avec les orientations des nuages et surtout des cirrus ?A quelle hauteur se forment-elles habituellement dans l’atmosphère ?Les aurores boréale^ ont-elles une lumière photogouique ?Ont-elles une électricité distincte de l’électricité atmosphérique?Voilà un aperçu des questions que notre Académie des sciences posait il y a quelque temps aux observateurs du phénomène.Un médecin de l’Islande, parfaitement placé pour l’étudier, le docteur Hjaltalin, qui avait déjà fait de nombreuses observations, ayant été instruit du questionnaire par nn des zélés missionnaires catholiques qui évangélisent son pays, s’est mis en mesure d’y répondre.Il n’a pu encore trouver la solution complète du problème ; les deux dernières questions ne sont pas résolues, les autres ne le sont pas dans toutes leurs parties, et il est possible que de nouvelles observations rectifient quelques inexactitudes et apportent de nouvelles lumières ; mais, telles qu’elles sont, les réponses du docteur Hjaltalin méritent d’être connues.Il les a consignées dans un petit mémoire dont nous devons la traduction au missionnaire apostolique qui les avait provoquées, et que nous reproduisons avec les notes du traducteur.“ Ce que nous disons ici sur ces grands et admirables météores, écrit le savant islandais, repose sur plus de trois cents observations qui ont été faites au 64“ 46’ de latitude N.—Quelques-unes, comme il sera dit plus bas, ont été faites an 55".Le but principal de ces observations a été surtout de découvrir quelle peut être la nature de ces météores, en faisant abstraction de tout ce qui a pu être dit ou écrit sur ce sujet.“ J’ai d’abord porté mon attention pour découvrir si quelque bruit accompagnait ou non les aurores boréales ; je crois pouvoir assurer que ce bruit existe, bien qu’on ne l’entende que relativement peu souvent ; je l’ai entendu seulement six fois sur cent observations.Ce bruit, dont l’intensité varie, ressemble parfois à une espèce de bruissement non pas très-sonore (comme quand on déchire de la soie), mais plutôt sourd et égal dans toute sa durée ; le plus souvent ce bruit est tout à fait semblable au pétillement que l’on entend quand on accélère d’une manière considérable le mouvement d’un appareil électrique.Ce bruit est surtout sensible quand le temps est serein et calme, tandis qu’il est beaucoup plus difficile de l’entendre quand l’atmosphère est agitée, car alors il se confond avec le bruit du vent.Il m’a semblé l’entendre mieux quand j’étais nu-tête (quelle qu’en soit la raison).Quand il y a beaucoup de mouvement dans les aurores boréales et qu’il semble que leurs rayons se poursuivent dans leur mouvement ondulatoire du N.E.à l’E., ou bien du N.O.à l’O, c’est alors que l’on entend mieux ce bruit, et il ressemble à de très-nombreux pétillements qui se font entendre çà et là dans l’atmosphère.J’ar remarqué que les aurores boréales dont on entend le mieux et plus clairement le bruit sont les blanchâtres avec de très-brusques changements en rouge ; mais jamais je n’ai entendu ce bruit quand les aurores étaient tout à fait rouges ; ces aurores, le plus souvent, se trouvent dans la partie S.de la voûte céleste, et rarement plus haut que 40° au-dessus de l’horizon.“ Quand les aurores boréales sont fortes (car il y a de très-grandes différences dans leur grandeur et leur clarté), elles semblent exercer une grande influence sur l’aiguille aimantée.Elle oscille alors beaucoup plus qu’en dehors de cette influence des aurores, et l’oscillation est bien plus forte de l’E.au N.et du N.O.au N., et elle n’incline pas autant que de coutume à l’E.et à l’O.; c’est comme si la déclinaison était moindre et l’oscillation plus rapide et plus forte.Les aurores boréales rouges ont une bien moindre influence sur l’aiguille que les blanches et les bleuâtres.Sans aucun doute le magnétisme terrestre est beaucoup plus fort quand les aurores boréales sont grandes que dans le cas contraire ; la preuve la plus évidente est dans l’inclinaison de l’aiguille aimantée.L’électricité atmosphérique est beaucoup plus forte quand il y a des aurores boréales que quand il n’y en a pas, et les petites machines électriques donnent des étincelles beaucoup plus foites et plus claires; à cause de cela aussi elles sont toujours accompagnées d’une grande quantité d’ozone.J’ai vu l’ozonomètre monter jusqu’à 9 et 10° en peu d’heures quand il y a des aurores boréales.Et pour cela je me suis toujours servi du papier ozonométriqne des docteurs Moffat et Havvarden, que je tiens toujours prêt afin de pouvoir apprécier l’ozone de l’atmosphère.Ce phénomène s’est toujours présenté, soit qu’un bruit ait accompagné l’aurore ou non.Quand des hommes ou des animaux ont été pendant quelque temps sous l’influence d’un tel air, et entrent dans un appartement chauffé, une très-forte odeur d’ozone s’exhale d’eux.Mais chez aucun animal cette odeur n’est aussi forte que chez les chats, elles est si forte que les hommes peuvent en obtenir un enchifrénement.Si on met de la toile blanche nouvellement lavée sécher à l’air tandis qu’il y a des aurores boréales, les femmes qui plient et repassent cette toile aussitôt qu’elle est séchée prennent souvent un coryza.“ Il est très-difficile de dire quelle est l’influence exercée par les aurores boréales sur l’atmosphère; sont-elles très-vacillantes, le peuple croit qu’elles annoncent du vent, et dans ce cas on pense que le vent viendra immanquablement du point de l’horison où les aurores ont apparu d’abord.C’est la croyance du peuple en Islande, mais je pense qu’elle doit souffrir beaucoup d’exceptions, et mes observations me prouvent que cette croyance du peuple n’est nullement certaine.Ce qui arrive très-souvent c’est que des aurores JOURNAL DE L’INSTRUCTION PUBLIQUE.167 boréales blanchâtres dans l’est et le nord de la voûte céleste annoncent du froid, avec vent du N.ou du N.E.Quand des aurores rougeâtres apparaissent dans le sud de la voûte céleste et qu’elles son?très-grandes, elles indiquent presque toujours ou de la pluie ou (mais bien moins souvent) de la neige, ou do la neige mêlée de pluie : de même, aux aurores rougeâtres qui apparaissent au nord succède toujours du vent de S.ou de S.O., et ordinairement on les voit plutôt lorsque le temps est inconstant.Elles n’accompagnent presque jamais les aurores blanchâtres ou bleuâtres qui commencent à apparaître au N.E.ou au N.O.“ Leur couleur est le plus souvent d’un rouge sombre, et même semble un peu rouge bleuâtre, et rarement elles s’élèvent haut dans l’atmosphère comme il sera dit plus loin.Je n’ai pas pu parvenir à découvrir s’il y a quelque relation entre les étoiles filantes et les aurores boréales, et il est certain que pendant le temps où les étoiles filantes sont ici les plus nombreuses, c’est-à-dire du 11 au 14 novembre, les aurores boréales ne sont pas plus fréquentes qu’en d’autres temps, et sur cent aurores boréales qui peuvent avoir lieu dans les mois d’octobre, de novembre et de décembre, ü n’y en a pas plus en moyenne en novembre qu’en octobre et en décembre.J’ai rarement vu des étoiles filantes en même temps que des auréoles boréales, mais bien plus souvent quand il n’y avait pas d’aurores.(1) “ On ne remarque pas en plein air l’odeur qui accompagne les aurores boréales ; mais, d’après ce qui a été dit plus haut, il est évident qu’il y en a puisqu’une très-forte odeur d’ozone s’exhale des objets, etc., exposés à l’air pendant de grandes aurores boréales et cette odeur se remarque surtout quand les objets ci-dessus indiqués sont placés dans un appartement chauffé.Les aurores boréales répandent une grande lumière, surtout les blanches, les blanchâtres et les bleuâtres.On peut ici voyager à la lumière des aurores au milieu de la nuit même au plus fort de l’hiver.Leur lumière est très-agréable à l’œil, etelie permet de voir fort loin ; les objets ne projettent jamais d’ombre à la lueur des auTOres, mais comme les aurores sont excessivement mobiles, leur lumière, suivant leur mouvement, pusse très-vite d’un point de la terre à un autre ; quand parfois elles sont immobiles ou peu en mouvement, les rayons lumineux qu’elles projettent demeurent longtemps au même" endroit et donnent une lumière au moins aussi grande que celle d’une pleine lune ; parfois cette lumière est si forte qu’elle permet de lire facilement (2;.Il est tout à fait évident que les aurores boréales n’ont aucun rapport avec les nuages, car c’est ordinairement par les temps le plus clair, quand l’air est Je plus pur, qu’elles sont plus belles, plus grandes et plus lumineuses ; quelquefois seulement je les ai vues en même temps que des cirrus du côté du sud, et il était facile de voir qu’elles étaient moins élevées dans l’atmosphère que les nuages ; et bien souvent, quand il v a des nuages en même temps que les aurores au nord ou au sud, elles semblent moins élevées que ceux-ci.“ La hauteur des aurores boréales est bien variable, car parfois elles semblent être très-élevées dans l’atmosphère et bien au-dessus de tous les nuages, et d’autres fois elles sont à peu près à une hauteur qui égale seulement celles des plus hautes montagnes d’Islande.Par le vent du sud-ouest, quand le temps est très-inconstant, on les a vues quelque fois ne dépassant pas l’horizon.Une fois que, durant l’hiver, j’étais en voyage vers le milieu de la nuit, il m’a semblé, autant qu’il m’était possible de l’apprécier, qu’elles n’étaient guère qu’à 1,200 pieds au-dessus de ma tête, car je voyais bien au-dessus des aurores le sommet d’une montagne qui n’a que 1,600 pieds d’élévation, montagne dont je n’étais pas très-éloigné.Leur hauteur ordinaire doit être environ de 150,000 mètres.On est encore loin d’avoir des données précises sur leur élévation, et pour y parvenir, il faudrait faire de nombreuses observations simultanées en différents endroits, si l’on veut obtenir un résultat certain, car leur élévation varie considérablement.“ Je me propose de dire en quelques mots comment apparaissent le plus ordinairement ici les aurores boréales, et leurs espèces différentes.Ordinairement, les aurores boréales forment dans l’atmosphère un arc qui va du nord-est au nord-ouest ; l’extrémité E.de oet arc apparaît toujours la première, puisqu’il en sort comme une espèce de stratus de couleur foncée qui 6’étend vers le nord.Cet (1) Quand à moi, j’ai remarqué assez souvent (peut-être pas moins de 1 sur 4 ou 5) les étoiles filantes en même temps que des aurores, mais à peu près toujours dans le côté opposé de la sphère céleste.(Note du traducteur.) (2) A la lumière des belles et grandes aurores, par une lune près de son plein, la terre d’ailleurs et les montagnes étant couvertes de neige, j’ai lu bien facilement dans le Nouveau-Testament, édition petit in-32 ; Gaume, 1844.(Note du traducteur.) arc est étroit à sa base, et de plus en plus large au fur et à mesure que cette base s’élève; au-dessus de l’horizon il a à peu près de 50 à 60», et au sommet il se trouve plusieurs fois plus large qu’à la base, et ordinairement il continue de s’élargir ainsi jusqu’à ce qu’il arrive au zénith.Pendant que cet arc s’est élevé du N.-E.et glargi, un autre s’est montré au N.-O.en tout semblable au premier; il se développe de même.Toutefois, il est le plus souvent un peu moins grand et moins large, et il rencontre celui-là juste au zénith.Quand ces deux arcs se trouvent à côté l’un de l’autre, la lumière devient moins éclatante ; cependant des jets de lumière s’élancent toujours peu à peu du N.-E.aussi bien que du N.-O.Suivant leur arc respectif, il s’en échappe aussi des rayons qui s’étendent de différents côtés ; ces rayons ressemblent à des jets de lumière de différente grandeur, qui continuellernent s’éloignent de l’arc et le rejoignent avec la rapidité de l’éclair, et semblent tourner autour de l’arc.Quelquefois il y a deux arcs à côté l’un de l’autre, et souvent ils courent ensemble quand ils arrivent dans le haut de la voûte céleste.Le point central de ces arcs est toujours le méridien magnétique, et ceci, avec d’autres données, indique le principe et la nature des aurores boréales.Je ne doute nullement que dans l’avenir on verra changer le lieu de réunion des aurores boréales dans la voûte du ciel, conformément au changement des lignes isogoniques et isocliniques, qui semblent changer selon que la déclinaison de la boussole augmente ou diminue, de sorte que l’on verra, si l’on observe attentivement, l’extrémité de l’arc N.-E.tourner petit à petit chaque année à l’E., et l’arc O.ou plutôt N.-O.tourner au N., selon que la déclinaison va en diminuant au N., et quand la déclinaison sera devenue O., les extrémités des arcs seront à l’E.et à l’O.J’ai parlé plus haut des aurores boréales rouges, qui quelquefois apparaissent dans le sud de la sphère céleste; on les voit parfois quand le vent du S.-E.ou du S., avec pluie, a régné pendant quelque temps ; mais rarement elles apparaissent par un temps clair, que je sache ; elles se trouvent, vers le Sud, dans un arc rouge foncé, mais elles sont bien moins mobiles que les blanchâtres, et elles semblent avoir excessivement peu d’influence sur l’aiguille aimantée.Quand on observe les aurores boréales en Danemark, c’est-à-dire au 55», elles sont toujours rougeâtres et semblent se trouver au N.par rapport à l’observateur.Une fois j’ai remarqué (au 55») qu’en présence des aurores boréales l’électricité de l’air était tout à fait négative, mais je ne saurais assurer si cela se présente toujours ou souvent.Bien que les aurores boréales apparaissent en tous les temps de l’année, cependant elles sont plus communes en certains temps : toujours elles sont plus nombreuses et plus fortes vers les solitudes.Je donne ci-dessous l’indication des mois dans lesquels ont apparu les 300 aurores boréales que j’ai observées dans l’espace de cinq ans.Il y en a eu beaucoup d’autres pendant ce laps de temps, mais beaucoup plus petites, et je ne les ai pas observées ou n’ai pas écrit mes observations, car cela m’a paru moins important ; c’est une remarque qu’il ne faut pas oublier par rapport au tableau que je donne ici : Janvier.16 aurores boréales.Février.20 — Mars.60 — Avril.10 — Mai.8 — Juin.3 — Juillet.5 — Août.20 — Septembre.62 — Octobre.36 — Novembre.30 — Décembre.30 — “ Par les temps nuageux, comme aussi par la neige et la pluie, il est souvent difficile de faire des observations, d’abord parce que les nuages dérobent la vue des aurores, et puis le temps, dans ces circonstances, est souvent tel qu’il empêche toute observation de l’état atmosphérique ; pour pouvoir s’y livrer, il faudrait avoir un observatoire complètement installé, avec les instruments nécessaires.Mais il est inutile de songer à cela dans ce pauvre pays1” Le mémoire du docteur Hjaltalin est daté du mois d’avril 1864.Nous désirons que le numéro du Monde où nous le reproduisons lui parvienne assez tôtpour l’encourager àde nouvelles observations, et nous comptons sur l’obligeance du missionnaire qui nous a fait connaître celles que nous venons de rapporter, pour nous tenir au courant des études du docteur islandais et de ses propres études sur le phénomène des aurores boréales.Puissent les glaces n’avoir pas encore fermé l’entrée du port de Reykjavik, lorsque ce numéro se dirigera vers l’Islande !—he Monde, J.Chantrel. 168 JOURNAL DE L’INSTRUCTION PUBLIQUE.De quelle Nation étaient les habitants de Sta-dacona et d’Hocliclaga lors du voyage de Jacques-Cartier î Messieurs les Rédacteurs du Journal de l’Insti action Publique, Dans une note, que vous avez ajoutée à la traduction de la première dissertation de M.le Principal Dawson sur les anciennes sépultures trouvées à Montréal, (livraison de mars 1861,) vous disiez : “ Pour des raisons que nous n’avons ni le temps, ni l’espace de développer, nous doutons encore contre l’opinion du savant auteur, que les sauvages dont il est question fussent algonquins.” Vous ne vous plaindrez point de ce que je ne vous ai point laissé tout le loisir d'étudier et de développer les raisons que vous annonciez ainsi, puisqu’il s’est écoulé près de quatre ans depuis le jour où vous avez pris date sur cette question.Mais comme je connaissais, pour ma part, au moins une excellente raison, non pas de douter, mais bien d’affirmer que le savant professeur était dans l’erreur, j’ai préparé quelques notes que je vous prierai maintenant de publier.Cartier nous a laissé un vocabulaire de la langue qui se parlait à Hocbelaga “et à Stadacona.Il est maintenant admis que les langues sauvages de cette partie du continent se divisent en deux branches, dont les deux types principaux sont l’iroquois et l’algonquin.Or, i! suffit de jeter un coup d’œil sur le vocabulaire de Cartier pour voir que la langue qu’il avait entendue n’appartenait point à la famille algique, (comme l’appelle avec raison votre savant collaborateur N.O.,) mais bien au type iroauois, auquel appartient également le huron.Les terminaisons en on, aya, oua etc., sautent aux yeux; de même que l’absence des syllabes en gik, kik, kale, gan, ning, nik, etc., frappe également le lecteur, qui, sans être le moins du monde familier avec les langues sauvages, a seulement vu un livre de prières algonquin ou sauteux.Mais en étudiant avec plus de soin le vocabulaire de Cartier, et en le comparant avec le vocabulaire huron de Sagard et le dictionnaire Onontagué, publié dernièrement à New-York par M.Shea, on se convaincra facilement que les sauvages de Stadacona et d’Hochelaga étaient hurons ou iroquois.Prenons d”abord les noms de nombre.(1) Vocabulaire de Cartier, 1 Segada.2 Tegneny.3 Asche.4 Honnacon.5 Ouiscon.6 Indahir.7 Ayaga.8 Addague.9 Madeîon.10 Assen.Vocabulaire huron de Sagard.Escaton.Téni.Hachin.Dac.Ouyche.Hondahea.Sotaret.Atteret.Nechon.Assan.Iroquois Onontagué.Unskat vel Ska-Tegni.[ta.Achen.Gaheri.OuisqvelWishk Hayak.Tchiatak.Tegueron.Waderon.Wassen.) Iroquois de Caughnawaga, Enskat.Tekeni.Asen.Kaieri Wisk.Iaiak.Tsiatak.Sotekon.Tiohton.Oieri.Il paraîtra évident à mes lecteurs, 1° Que tous les noms du vocabulaire de Cartier ont une très-grande analogie avec quelqu’un de leurs [synonymes dans l’une ou l’autre liste, à l’exception d’un seul, celui qui représente le nombre quatre.2° Que les variantes sont aussi fortes entre les trois autres listes, qu’entre la liste de Cartier et chacune d’elles.3° Que les trois premiers (I) Je copie le vocabulaire de Cartier de la magnifique réimpression fac-similé que M.d’Avezac vient de faire de l’unique exemplaire imprimé que l'on connaisse de l’édition de Paris, 1545.Dans la recension qui suit l’ouvrage, et dans laquelle il est comparé ligne par ligne avec les manuscrits de la Bibliothèque Impériale, avec l’édition de Ternaux-Compans et avec celle de la Société Littéraire et Historique de Québec, on trouve seulement les variantes suivantes : Honnacon, lndaic et Assem pour Assen.La seconde liste iroquoise est tirée a'un petit livre d’école: “ Kaiatonsera Irontweîentakwa,” publié à Montréal en 1857, pour les Missions du Sault St.Louis et du Lac des Deux-Montagnes.J’ai substitué partout, comme plus intelligible, le w au 8, que les anciens missionnaires n’avaient adopté que parce que cette autre lettre ne leur était point familière.Les mots du dictionnaire Onontagué sont les adjectifs numéraux, et non pas les noms de nombre.noms de nombre sont pour bien dire identiques dans les quatre listes.4° Qu’en tenant compte surtout de la manière dont l’oreille des français a du être frappée pour la première fois de sons tout à fait étrangers, la différence entre quelques-uns des noms du vocabulaire de Cartier et des trois autres n’est qu’apparente: ainsi Hondaliea a bien pu être entendu Indahir.Les aspirations des langues sauvages, de l’iroquois et du huron surtout, sont bien propres à donner le change sur le son des voyelles à une oreille peu exercée : de la même manière Madelon a bien pu être Waderon.Maintenant, comme contre-épreuve, voici les noms de nombre dans quatre autres langues sauvages.On verra qu’il n’y a point la moindre ressemblance entre ceux-ci et le vocabulaire de Cartier ; et que l’algonquin en est, s’il est possible, plus éloigné encore que les autres.Algonquin ou Sauteux.(1).Micmaque.Maléchite.Pennobscot.1 Pejik.2 Nij.3 Nisswi.4 Ni win.5 Nanan.6 Ningotowas- Newkt.Tabw.Tchicht.Nèw.Nann.Ajougom.Necpt.Tarpou.Sist.Nayhon.Néan.Karmarchin.Bisick.Nish.Naas.Ych-hou.Pohlenish.Negotance.swi.7 Nijowasswi.8 Nicowasswi.9 Cangasswi.10 Mitasswi.Twigueneuk.Elouhékenock.Oumoulchim.Hogomulchin.Pechkounadek Eokenardeck.M’teln.Tillon.Tambaoh-ous.Sâan-suck.Noh-li.Matéla.La différence est très-grande presque partout entre ces quatre langues, mais il y a cependant quelques ressemblances frappantes et même dans quelques-unes, une parfaite identité à côté de la plus bizarre différence.Vouloir tracer l’étymologie d’une liste à l’autre, dans la plupart des cas, serait s’exposer au reproche que l’on faisait à Ménage : Equus vient à’Alfana sans doute Mais il a bien changé sur la route.Cependant il y a assez de consonnaijce sur le tout, dans le second tableau, et surtout une opposition assez grande entre les deux tableaux pour faire voir que l’on est pour bien dire dans deux pays différents.Il y a analogie entre le Sauteux et le Pennobscot, pour les trois premiers nombres, identité pour les nombres quatre et cinq entre le Sauteux, le Micmac et le Malé-chite ; et tout le long, ressemblance très-grande entre le micmac et le maléchite, qui sont évidemment des dialectes d’une même langue.S’il est vrai que nous ne pouvons découvrir d’analogie entre plusieurs mots du très-court vocabulaire de Cartier, et les mots correspondants hurons ou iroquois, il en est un nombre suffisant qui offrent ou une très-grande ressemblance ou meme une identité assez complète, pour faire voir que les sauvages d’Hochelaga parlaient soit l’une ou l’autre de ces deux langues, soit un dialecte de la même famille philologique.Voici quelques-uns de ces mots : Louche, dans Cartier, Escaye ; Sagard Ascaharente ; prunes Honnesta ; dans Sagard Tonnestes : et “ les prunes sont grosses comme cela : Chionnesta (probablement ce que Cartier aura entendu dire.) Du pain, se dit, d’après Cartier Caraconny ; et de la galette, d’après Sagard Caraconna.Les yeux, d’après Cartier, Hegata, et d’après le dictionnaire Onontagué Hégahra ; les oreilles, Ahontascon, et en iroquois, Olionta ; les jambes, Agouguenehonde ; et Hononda en iroquois.Il y a aussi à tenir compte de bien des choses: 1° Les mots entendus par Cartier, sont probablement représentés avec les flexions, congugaisons et déclinaisons, qui les défigurent à nos (1) La première liste est tirée du livre d’école et de prières, publié à Québec par M.Belcourt, en 1859 ; la seconde, de la Grammaire Mic-maque, publiée à New-York, par M.Sbea, et extraite des manuscrits du Père Maillard par M.Bellenger, (1864,) et les deux dermeres, de Wilderness Journeys du Gouverneur Gordon J’ai ramené ces deux dernières à la prononciation française. JOURNAL DE L’INSTRUCTION PUBLIQUE.169 yeux, ou sont amalgamés avec d’autres mots.2° Depuis ce temps, le huron et l’iroquois ont subi des modifications considérables.3° Cartier a pu commettre de graves erreurs, son oreille n’étant nullement familiarisée avec la prononciation des indigènes.Mais il y a un fait bien frappant, c’est que tous les mots du vocabulaire de Cartier, se rapportent par le son, par la conformation, sinon par l’étymologie aux langues buronne et iroquoise, et pas un seul que je sache n’offre d’analogie avec les langues algon-quine, abénakise, micmaque, montagnaise, etc.D’où je conclus que l’on est bien fondé à dire que la nation, qui avait ses cabanes, ou si l’on veut ses tentes, tabernacula sua, à Hochelaga et à Stadacona, n’était point algonquine, mais qu’elle était huronne ou iroquoise, plus probablement buronne.La douceur, et le caractère en même temps rusé et soupçonneux des sauvages de Cartier, font croire qu’ils étaient ou des tribus buronnes ou de quelque nation très-semblable aux burons par la langue et par les mœurs, qui auront été entièrement détruites par leurs féroces voisins, les Iroquois, ou repoussées dans l’ouest, pendant l’intervalle presque séculaire, qui sépare le voyage de Cartier de celui de Champlain.Kondiaronk.Atontarégué, novembre 1864.EDUCATION.De L’autorité du Maître.L’autorité est un certain ascendant qui imprime Je respect et amène Ja soumission.L’égalité de caractère, la fermeté, Ja modération; ee calme qui fait que l’on se possède toujours, qui n’a pour guide que Ja raison ; cette vigilance qui n’agit jamais ni par caprice ni par emportement ; voilà ce qui produit et maintient l’autorité.Ni l’âge, ni une taille imposante, ni un maintien recherché, ni l’ampleur de la voix, ne sauraient la donner: du côté du maître, il faut l’amour ; du côté de l’élève, la déférence et le respect.L’amour doit gagner Je cœur des enfants, mais ne jamais les amollir; la crainte doit les retenir, mais ne jamais les rebuter.L’autorité qui ne serait basée que sur la crainte ne saurait atteindre le but : elle pourrait contraindre, mais ne corrigerait jamais.Le maître doit, dans sa conduite, éviter soigneusement tout ce qui peut ressembler à la dureté, à la fierté, à la rodomontade, tout ce qui pourrait le faire paraître austère, de mauvaise humeur, indifférent, difficile à contenter ; il doit éviter ce ton imposant, ce visage rigide et cette sévérité trop rigoureuse qui empêchent les enfants de se montrer tels qu’ils sont, et les portent à fuir l’œil du maître, à cacher leurs fautes et leurs défauts, auxquels sans cela on pourrait porter remède, et qui en même temps nuisent souvent à l’expansion, à l’épanouissement libre de leurs bonnes qualités.L’instituteur ne peut jamais oublier qu’il doit être pour ses élèves un exemple permanent de toutes les vertus.Il doit se faire respecter, se faire estimer surtout ; l’écolier n’écoute point celui qui n’a pas son estime.Dans ce but, le maître doit s’abstenir de toute allure négligée, peu modeste.Il doit s’abstenir de l’enjouement excessif, de la légèreté, de tout ce qui pourrait ressembler à la bouffonnerie ; il doit surtout craindre de passer pour frivole.Nous avons dit que du côté du maître doit être l’amour, c’est-à-dire qu’en tout ce qui concerne les enfants, le maître doit être animé des sentiments d’un père : l’amour s’acquiert par l’amour.Il doit être également bon pour tous, simple, patient, et exact dans son enseignement.Il fera observer l’ordre et la discipline, mais de manière à ce que jamais le maintien n’en soit pénible ou rebutant.Il mettra une grande importance à combattre dans les jeunes gens certaines dispositions opposées aux devoirs de la société et au commerce de la vie.Il s’efforcera de détruire, d’extirper la rudesse, la grossièreté, la rusticité, l’égoïsme, la vanité, la hauteur, l’esprit de contradiction, de critique, de raillerie ; cette espèce de présomption qui condamne tout et semble ne chercher qu’à faire de la peine aux autres.A tous ces défauts il fera ouvertement la guerre.Résumons les principaux moyens d’établir et de conserver rautorité : «J, Ha pas us-r mal.,à P,ropos du P°uvoir 5 jamais sans raison, sans reflexion, ni pour des faits 6ans gravité.2o Faire exécuter ce qui a été commandé justement.3o Ne point accorder ce qui a été refusé, à moins que les circonstances n’aient changé.4o Ne jamais menacer à la légère.5o Rester invariable dans sa conduite, de manière à convaincre les enfants que toujours ils auront dans leur instituteur un maître capable de faire accomplir les devoirs et respecter le bon ordre.6o Etre sobre de paroles, soit en avertissant, soit en réprimandant, soit en donnant un ordre ou en imposant l’obéissance.7o Ne jamais agir de façon que l’élève puisse s’imaginer que son maître a tort.—(1) (Schmit, Instituteur.) Comment on embrouille et comment on aide la mémoire.— Babet, dit la femme d’un marchand à sa servante, Babet, il faut aller au marché pour acheter diverses choses dont nous avons besoin.— Oui, madame.— Mais, ma chère, vous avez une si mauvaise mémoire, que si l’on vous donne seulement trois ou quatre choses à faire, on peut être sûr que vous en oublierez au moins une.Tâchez donc, cette fois, de bien vous rappeler ce qu’il me faut.Vous avez tant de bonnes qualités, vous êtes si propre et si soigneuse, que je ne voudrais pas vous renvoyer ; mais votre oubli est insupportable.— C’est vrai, Madame, mais ce n’est pas ma faute si Dieu m’a donné une mauvaise mémoire.— Ecoutez-moi, il faut des choux, du lard, du poivre, et du fromage pour le dîner.— Oui, madame : des choux, du lard, du poivre, et du fromage pour le dîner.— Des poireaux et des carottes pour la soupe ; ne les oubliez pas.— Non, madame : des poireaux et des carottes pour la soupe.— Une épaule de mouton, une livre de chacolat, une livre de café, six livres de sucre ; mais n’oubliez pas le sucre, Babet, car nous n’en avons pas un seul morceau à la maison.— Non, madame, je n’oublierai pas le sucre.— Souvenez-vous de passer chez la mercière, et dites-lui de m’envoyer du calicot pour doublure, du fil noir, et une pièce de ruban de fil étroit.— Oui, madame.— Attendez, Babet, vous ferez bien de dire à l’épicier de vous donner un pot de gelée de groseille.Pendant cet entretien, le marchand a paru occupé à inscrire ses comptes sur son régistre, mais en réalité, il a écouté attentivement ce qui se disait.Il a son opinion au sujet de la mauvaise mémoire de Babet ; il sent bien que ses aveux ne renferment aucune promesse d’amendement pour l’avenir, et il comprend que ce n’est pas tout à fait sa faute si elle oublie une partie des choses.Le fait est que le brave marchand a presque l’amour d’un père pour la pauvre Babet.—Venez, lui dit-il, lorsque sa femme a quitté la boutique, venez ici, et voyons si je ne pourrai pas obtenir que vous vous rappeliez ce que vous avez à rapporter du marché.—Bien, monsieur, il faut du sucre et du chocolat, une épaule de mouton, du café.du café.voyons.et.— Ma brave fille, ce n’est pas ainsi qu’il faut s’y prendre.Il faut réunir les choses en plusieurs points, comme M.le Curé dans ses sermons ; autrement, vous ne vous les rappellerez jamais.Il me semble que, pour aujourd’hui, vous avez à songera trois choses : lo le déjeûner ; 2o le dîner ; 3o fa mercière.lo Qu’avez-vous à rapporter pour le déjeûner ?Du sucre, du chocolat, du café, et un pot de gelée de groseille, que je prendrai chez l’épicier.2o Que vous faut-il pour le dîner ?—11 y a la soupe, le rôti, le ragoût, et le dessert.~Bien ’ voyons maintenant ce qu’il vous faut pour chaque chose.D abord les poireaux et les carottes pour la soupe ; l’épaule de mouton pour le rôti ; les choux, le lard, et le poivre pour le ragoût, et le fromage pour le dessert.—Très-bien.Où prendrez-vous chaque chose?—Le mouton et le lard chez le boucher ; les choux, les poireaux, les carottes au marché ; le poivre et le fromage chez l’épicier.— Mais n’avez-vous pas queJque chose à prendre chez l’épicier pour le dejeuner?r —Oui, monsieur, du sucre, du chocolat, du café, et, en outre, j’ai Bru^elLïtra'^ ^>roSr^si Journal de l’Education populaire, publié à 170 JOURNAL DE L’INSTRUCTION PUBLIQUE.àp-endre un pot de groseille, de sorte que.Voyons.j’ai six clioses à prendre chez l’épicier.—Très-bien, Babet, vous comprenez bien les choses.Mainte-nant, quand vous irez chez l’épicier, supposez votre déjeûner d’un côté du comptoir, et votre dîner de l’autre ; et puis, passez en revue tous les articles, et voyez si vous n’en oubliez pas.—Oh ! monsieur ; c’est parfait,cela.Je suis sûre que je n’oublierai rien aujourd’hui.3o Maintenant, nous avons la mercière.Que lui direz-vous d’apporter ?—Le calicot, le fil, le ruban.—C’est bien, Babet ; allez et souvenez-vous que je porte un grand intérêt à votre succès.—Vous voilà, Babet, dit sa maîtresse à son retour.—Oui, madame.— Mais avez-vous bien tout apporté aujourd’hui ?Voyons : le sucre, le chocolat, le calé, les poireaux.Quel miracle que vous n’ayez rien oublié cette fois ! —Babet, dit son maître, je suis heureux de voir que vous êtes une écolière intelligente, et je crois que si vous voulez toujours essayer de mettre de l’ordre dans ce que vous avez à faire, de la manière dont vous vous y êtrs prise aujourd’hui, vous pourrez peu à peu égaler notre instituteur pour la mémoire, car on dit qu’il est en état de répéter tout le catéchisme, en commençant par la fin.—Je vous suis bien reconnaissante, monsieur, et je tâcherai de faire toujours comme vous m’avez montré aujourd’hui.—Souvenez-vous aussi, mon enfant, de ne jamais blâmer votre Créateur pour les défauts qui ne tiennent qu’à votre négligence ; tâchez au contraire de perfectionner les talents que vous avez reçus de lui, et je ne serais pas du tout surpris si vous vous rendiez capable de devenir un jour la femme d’un bon fermier.Emile Loubens.Journal d’Education de Bordeaux.AVIS OFFICIELS.NOMINATIONS.ÉCOLE NORMALE LAVAL.Son Excellence, le Gouverneur-Général, a bien voulu, par minute en Conseil en date du 13 du courant, nommer M.Daniel MacSweeney, instituteur anglais de l’école modèle annexe de l’école Normale Laval et professeur adjoint à l’école normale en remplacement de M.Andrew Doyle, qui a résigné et M.J.B.Cloutier, professeur adjoint à l’école normale.ANNEXION DE MUNICIPALITÉS SCOLAIRES.Son Excellence, le Gouverneur-Général, a bien voulu, par minute en Conseil en date du 12 du courant, distraire du township Morin, dans le comté d’Argenteuil, le 7e, 8e, 9e, 10e et lie raDgs et les annexcer à la municipalité scolaire de Beresford.DIPLOMES OCTROYÉS PAR LES BUREAUX D’EXAMINATEURS BUREAU DES EXAMINATEURS PROTESTANTS DE QUÉBEC.Ecoles Elémentaires.—Première classe : Melle.Jane A.McKenzie.Deuxième classe : MM.James A.Hume, Neil John McKillop, Francis Reynolds, Melles.Margaret Brodie, Sarah Johnston, Margaret McKillop, Mary McKillop.Oct.du 1er au 8 nov.1864.D.Wilkie, Secrétaire.BUREAU DES EXAMINATEURS DE RICHMONti.Ecoles Elémentaires.—Première classe A.: Melles.Hannah Arma-tage, (F.et A.) Mary Ann ArmstroDg, (F.) Marguerite Labonté, Luduile Gervais et Marie Brady.Deuxième classe F.: Melle.Philomène Marcotte.Oct.le 2 août 1864.Ecoles Elémentaires.—Première classe A.: Mclles.JMary Ann Morrill, (F.) Philomène Champoux et Mathilda Bouthillette.Deuxième classe F.: Melles.Louise Vigneault, Julie Bélisle, (A.) Adelia Gilman, Flora Shaw, Margaret Cassidy, Sophii Doying, Josephine E.Smyth, Mary Ann Hall, Lelia L.F.Rice, Mesdames Susanna Nelson Hull et Orpha Elizabeth Turner, Hammond.Oct.le 1er nov.1864.J.H.Graham, Secrétaire.INSTITUTEUR DISPONIBLE.Un Bachelier ès arts de Yale College accepterait une place comme professeur dans un Collège ou Académie.Il a déjà enseignée dans un Collège catholique en Canada et peut produire les meilleures recommandations.Il enseignerait aussi dans une famille pour sa pension.Il peut enseigner le latin, le grec, l’allemaDd, l’anglais, la musique et les mathématiques.S'adresser au Bureau de l’Education.JOURNAL DE L’INSTRUCTION PUBLIQUE MONTRÉAL, (BAS-CANADA,) DÉCEMBRE, 1864.Assemblée à Montréal pour former une Association dans le but de protéger les Intérêts des Protestants dans l’Instruction Publique.(Suite et fin.) Il est de plus allégué : “ que les Protestants ne sont pas représentés dans le Bureau de l’Education, et sont par conséquent d’une ignorance pratique de tout ce qui se passe dans le Département, qu’ils ne peuvent prendre part à la distribution (can take no part in diverting) de la subvention des municipalités pauvres, ni à celle de la caisse d’économie des instituteurs, non plus qu’à la distribution des livres donnés en récompense dans les écoles, ni à la publication des deux Journaux de l’Instruction Publique.” A ceux qui se plaignent que les canadiens français et les catholiques ne sont aucunement représentés dans d’autres départements, on répond ordinairement que l’aptitude des candidats est la seule règle à suivre.Nous avouons qu’on ne saurait se contenter d’une telle réponse.Quant à ce département, la principale difficulté qui se présente, c’est que les quatre cinquièmes de l’ouvrage doivent être faits en français.Ce qui prouve d’ailleurs que les protestants ne sont pas exclus systématiquement, c’est qu’une des premières nominations suggérées par le Surintendant Actuel fut celle d’un monsieur protestant, qui fut employé au Bureau comme clerc de la corespondance anglaise et assistant rédacteur du Journal qf Education.Nous avons déjà montré qu’il y a un assez grand nombre d’inspecteurs protestants et que même un d’eux a sous son contrôle une forte majorité de catholiques.Comme on le voit, on a insinué dans le paragraphe précédent, que les protestants ne reçoivent pas leur juste part dans la distribution des différentes subventions ci-dessus énumérées : cette plainte étant conçue en termes généraux pourrait être à la vérité refutée par une simple dénégation ; mais nous croyons nécessaire de faire savoir que l’on n’a jamais, à notre connaissance, refusé d’accorder une part de subvention sur les fonds des municipalités pauvres à aucune des municipalités protestantes qui en ont fait la demande ; il en est de même aussi des anciens instituteurs protestants qui ont toujours retiré leurs pensions aussi facilement que les catholiques, lors qu’ils se sont conformés aux réglements établis ; nous ajouterons aussi que les protestants ont toujours reçu leur juste part des livres pour récompenses, quoique les livres anglais soient beaucoup plus coûteux que les livres français.Enfin le dernier grief exposé dans le rapport est celui-ci : “ que souvent dans les écoles, que l’on appelle écoles communes, les élèves et même les maîtres sont forcés de se conformer à certaines pratiques de l’église catholique, et que la moindre opposition de leur part est la cause de mauvais traitements.” On fournit à l’appui deux cas particuliers, dans l’un c’est une institutrice protestante qui a entrepris de lire la Bible à ses élèves catholiques, et dans l’autre c’est un élève protestant qui a été renvoyé d’une école commune pour avoir refusé de faire sa prière avec les autres. JOURNAL DE L’INSTRUCTION PUBLIQUE.171 Au sujet de la première de ces plaintes, le Montreal Gazette s’exprimait ainsi : u on donne pour preuve d’intolérance une affaire assez amusante, qui fait sourire par l’intolérance que montrent à leur insu ceux-mêmes qui se plaignent.On nous informe qu’une corporation de Commissaires, évidemment catholiques, fit choix d’un régisseur qui engagea une certaine institutrice très-capable et munie d’un diplôme.Mais comme elle était protestante elle fit faire la lecture d’un chapitre de notre Bible, ce qui indisposa les commissaires contre elle, et la fit renvoyer.“ Eh bien ! il est évident que le régisseur, l’institutrice, le rapporteur de cette plainte et les orateurs qui en ont parlé dans l’assemblée, tous savaient très-bien que cette conduite n’était pas convenable.Combien de fois en effet n’avons-nous pas entendu reprocher aux catholiques de refuser rie lire, ou même d’entenJre lire notre Bible sans remarques ni commentaires?Cependant tout en sachant cela l’institutrice a voulu se poser en martyr à peu de frais ; et elle a reçu en effet la récompense qu’elle avait si ouvertement convoitée.” Pour ce qui est de l’autre plainte, les parents qui étaient protestants et habitaient un lieu où il y avait des dissidents protestants, voulurent cependant envoyer leur enfant à l’école de la majorité; les réglements des Commissaires, ne leur convenant point, on leur conseilla de se joindre aux dissidents.C’est surtout pour obvier à de pareilles difficultés que l’on a permis des écoles séparées et c’est ce qui appert clairement par le texte même de la loi.“ Si dans quelque municipalité que ce soit, les réglements des Commissaires d’école, pour la régie d’une école, ne conviennent pas à un nombre quelconque d’habitants professant une croyauce religieuse différente de celle de la majorité des habitants de telle municipalité, etc., etc.” Comme nous avons maintenant réfuté en détail les assertions générales contenues dans le rapport, nous porterons quelques instants d’attention à ceux des faits si soigneusement choisis
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