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Titre :
Le foyer canadien : recueil littéraire et historique
Éditeur :
  • Québec :Bureaux du "Foyer canadien",1863-1866
Contenu spécifique :
1863
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
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Le foyer canadien : recueil littéraire et historique, 1863, Collections de BAnQ.

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LE FOYER CANADIEN Bibliothèque et Archives nationales Québec Le Foyer Canadien Page blanche LE FOYER CANADIES RECUEIL LITTÉRAIRE ET HISTORIQUE TOME I QUEBEC BUREAUX DU «FOYER CANADIEN» Coin tics Rues Sainte-Anne et des Jnnlins 1803 Bibliothèque et Archives nationales Québec Le Foyer Canadien Page blanche ê LE FOYER CANADIEN RECUEIL LITTÉRAIRE ET HISTORIQUE •••*•••••••••••••••••••'»••••••••• PROSPECTUS Sous ce litre, les soussignés sc proposent de publier., à compter du premier janvier 18G3, un recueil de-littérature canadienne.Ce recueil, destiné à réunir et :i conserver nos essais de littérature indigène, sera consacré à la-publication d’œuvres inédites:—poésies—critiques littéraires—légendes—nouvelles, pourvu qu’elles soient de fidèles peintures des mœurs et de la nature de notre pays—impressions de voyage—esquisses historiques, biographiques et meme topographiques, et enfin toute œuvre canadienne sc distinguant par quelque originalité de vues, de pensée ou de style.On comprendra qu’une publication de ce genre ne saurait être pour nous l’objet d’une spéculation indus- 0 PROSPECTUS.triellc.Aussi le Foyer Canadien ne sera-t-il de fait la propriété d’aucun individu en particulier, mais sera considéré comme propriété nationale, et publié dans l’intérêt exclusif de la littérature.Les soussignés sont, pour les seules fins de la /oi, nommés directeurs ou éditeurs-propriétaires ; mais eux-mêmes, ainsi que leurs confrères collaborateurs, ne retireront aucun avantage pécuniaire de la publication, et ne pourront même recevoir le recueil qu’en en payant le prix, comme les autres abonnés.Le Foyer Canadien sera publié du premier au cinq de chaque mois, par livraison de 32 pages in-octavo.Le prix do l’abonnement sera d’une piastre par an, invariablement payable d’avance.On ne pourra s’abonner que pour l’année entière.Une convention écrite a été faite entre les directeurs et les imprimeurs, d’après laquelle chaque livraison du Foyer Canadien sera imprimée moyennant un prix déterminé.Les imprimeurs ont libéralement offert de ne s’indemniser de leurs dépenses que sur le produit de la circulation, sans tenir les directeurs personnellement responsables.D’après cette convention, chacun des souscripteurs, quel qu’en soit le nombre, recevra, durant l’année, par livraisons mensuelles, un volume d’environ 400 pages in-octavo.Mais si la somme perçue était plus que suffisante pour payer les frais de publication de ce volume, le surplus retournerait aux abonnés,sous forme de prime. PROSPECTUS.7 Si, par exemple, le nombre des souscripteurs s’élevait à quinze ou seize cents, les directeurs seraient probablement en état de livrer chaque année deux volumes au lieu d’un—la quantité de matière publiée dépendant entièrement du chiffre des abonnements.La liste complète des abonnés sera publiée.Les directeurs publieront aussi annuellement un compte fidèle des recettes et des dépenses de la publication.On voit que, d’après cet arrangement, chaque abonné se trouve personnellement intéressé i\ étendre la circulation du recueil, et que tous ensemble forment une espèce d’association, dont le but commun est la diffusion des connaissances et l’encouragement de la littérature nationale.A ceux qui mettraient en doute la possibilité de recueillir, chaque année, deux ou trois volumes de littérature indigène, nous pourrions répondre : N’avons-nous point, à part les œuvres nouvelles qui ne manqueront pas de surgir d’une plus forte impulsion donnée à la littérature, n’avons-nous point, dans nos archives et nos bibliothèques publiques ou privées, exposés à des accidents de toutes sortes, des documents manuscrits de la plus grande valeur et du plus haut intérêt?N’avons-nous pas d’anciens ouvrages dont la réimpression serait désirable ?Ou, ne pourrions-nous encore, si nos abonnés en manifestaient le désir, consacrer, chaque année, une part de nos revenus à la reproduction ou à l’analyse de quelques-uns des chefs- 8 PROSPECTUS.d’œuvre de la littérature française contemporaine, mettant ainsi le public canadien au courant du progrès quotidien des sciences, des lettres et des arts dans le vieux monde, et offrant en môme temps à nos jeunes littérateurs des modèles de style et de bon goût.Enfin, mille moyens sc présentent de faire un utile emploi des profits que pourrait laisser la publication d’un recueil comme celui que nous entreprenons.Nous ne doutons donc pas que les maisons d’éducation, les instituts, les bibliothèques de paroisse, les associations littéraires établies sur les divers points du pays, et toutes les personnes qui ont à cœur la diffusion des lettres parmi les diverses classes de notre population, ne s’empressent de seconder nos efforts.11 existe au milieu de nous des hommes instruits, éclairés, cultivant avec amour, dans le silence de la retraite, la littérature et les sciences.Nous espérons qu’en leur ouvrant ses pages, notre recueil pourra fournir à ces hommes modestes l’occasion d’utiliser leurs loisirs en même temps que ceux des lecteurs,— qu’il rapprochera tous ces amis des lettres, dont les voix isolées restent aujourd’hui sans écho,—qu’il sera enfin comme le foyer où se réuniront toutes les intelligences du pays pour échanger leurs vues, s’animer au contact les unes des autres, et s’entretenir un instant avec la grande famille canadienne.Nous avons le plaisir d’annoncer au public que le Foyer Canadien comptera parmi ses patrons et collaborateurs les littérateurs dont suivent les noms, au 0 PROSPECTUS.nombre desquels se trouvent plusieurs de nos écrivains canadiens les plus distingués : Messieurs Etienne Parent, F.-X.Garneau, Pu.Aubert de Gaspé, Patrice Lacombe, F.-M.Derome, les abbés C.Trudelle, C.Laverdière, C.Lkgaké, Messieurs J.-M.LeMoine, C.Laberge, Félix-G.Marchand, A.-A.Boucher, Alfred Garneau, J.Auger, Ernest Gagnon, E.-L.de Bellefeuille, IIenri-T.Taschereau, L.-H.Fréchette et L.-P.Lemay.Nous avons cru devoir nous abstenir de solliciter la collaboration de ceux de nos littérateurs canadiens qui se trouvent mêles aux luttes du journalisme ou de la politique ; mais ceux-là, et d’autres encore auxquels les circonstances ne nous ont pas permis de nous adresser, ne nous refuseront pas sans doute leur puissante coopération dans une œuvre que nous n’hésitons pas à appeler u nationale et désintéressée.” Toute communication relative à la rédaction du Foyer Canadien, pourra être adressée (franco) à l’un ou à l’autre des cinq éditeurs-propriétaires, dont suivent les noms et les adresses : L’abbé J.-B.-A.Ferland, Président, Archcvcchc, L.-J.-C.Fiset, ifue Petit Richmond, A.Gérin-Lajoie, A sse mitée Lé g id at i vc, L’abbé II.-R.Casgraix, Presbytère, F.-A.-II.La Rue, Secrétaire, Rue Saint François. Le Prospectus qui procède a été publié dans le mois de novembre dernier.On sait quel a été le résultat de cet appel fait au public.En moins de quelques semaines, le nombre des abonnés du Foyer Canadien s’élevait à près de deux mille, et nous permettait de faire imprimer, en sus des livraisons régulières, un volume de près de quatre cents pages, qui se trouve actuellement entre les mains de nos lecteurs.Chose inouïe dans nos annales bibliographiques! le premier volumo de La Littérature Cana• dicnne, ofTert comme prime à nos abonnés, a dû avoir, en moins d’an mois, une seconde édition.Cet empressement du public à seconder notre entreprise nous impose des obligations que nous n’oublierons pas.Nous ferons nos cflbrts pour que les livraisons mensuelles du Foyer Canadien, qui vont paraître dans lo cours de cette année, soient dignes, en tous points, de la faveur particulière avec laquelle notre publication a été accueillie son début LE FOYER CANADIEN ' RECUEIL LITTÉRAIRE ET HISTORIQUE ASSIS SUR L’HERBE L’enfant parait,.la grave causerie S’arrête en souriant.Victor Hugo.Votre mère songeait; nous causions auprès d’elle De l’été, du ciel pur, du couchant orangé, Et, loin de vos regards, la nuit jalouse et belle Repoussait doucement le soleil aflligé ; 12 LE FOYER CANADIEN.Quand Lise, blonde tète, enfant dont l’air étonné, A mi-voix murmura: “ Je voudrais bien mourir !” Sa mere, qu’un beau rêve à l’instant abandonne, L’interroge d’un œil où les pleurs vont courir.11 Je voudrais bien mourir !.On n deux blanches ailes “ Comme Elle, ma colombe, et grandes comme soi ; " On vole tout partout ; avec les hirondelles “ Au bord du lac on joue, et j’aime à jouer, moi ! “ Fuis on monte bien haut, bien haut, .jusqu’aux étoiles, 11 Où Ton voit Dieu, Marie et Jésus triomphants." Sur des harpes on chante ; on a des fleurs, des voiles." Dis, le ciel n’est-il pas plein de petits enfants?.•.Votre mère écoutait toutes ces folles choses.u Assez, ma Lise, assez !” disait-elle souvent ; Et les ris voltigeaient sur nos lèvres écloses.Ce soir-là s’est enfui plus vite que le vent.Alfred Garneau. POÉSIE.13 A UNE JEUNE FILLE Tout le plaisir des jours est en leurs matinées : La nuit est déjà proche à qui passe midi.Malherbe.Amie, allez ce soir au bal en robe blanche.A vos cheveux unis nouez une pervenche Eclatante d’azur.Allez jouir ; cueillez cette heure diaphane.On n’est pas toujours jeune, et la gaîté se fane Même sur un front pur.Voyez: sur le vallon octobre étend sa brume ; L’herbe est noire déjà; le lac, bordé d’écume ; • Le jardin, sans bouvreuils.Plus de genêts en fleurs mêlés parmi les aunes ! La nuit, des vents amers sèment de feuilles jaunes Le givre sur les seuils.Comme l’année, hélas, la vie a son automne.Alors, tout sous le ciel nous semble monotone ; La joie aussi fait mal.Qu’ai-je dit Î^Oubliez ce propos si morose.Dieux ! vous êtes encore au printemps ! l’heure est rose.Allez ce soir au bal ! Alfred Garneau. 14 LE FOYER CANADIEN.SONNET MES PREMIERS VERS A MON AMI ALFRED CARNEAU.Quand arrive le temps où les petits oiseaux Sentent qu’il faut partir pour faire un long voyage Par delà les grands monts et sur les grandes eaux, La mère les prépare à ce pèlerinage.Et ces gais pèlerins, de leurs frêles berceaux, S’élancent, confiants, sans crainte de l’orage, Du chasseur, du vautour, du suprême naufrage, Au seuil des bois, patrie aux verdissants arceaux.Que je voudrais avoir la foi de l’hirondelle Pour toi, ma jeune muse, à l’essai de ton aile ! J’aurais moins peur de vous, critiques sans pitié.Si les oiseaux, Alfred, à cette heure fatale, Ont, pour le premier saut, une branche natale, Donne à mes vers l’appui de ta forte amitié.J.Auger. LES BOIS-FllAjNCS -- PROLOGUE.t?oI canadien, terre chérie ! Par des braves tu fus peuple.Isidore Bedard.Lorsque nos pères, quittant le beau pays de France, vinrent s'établir sur les bords de la grande rivière du Canada, ils eurent ii essuyer bien des peines, à endurer bien des fatigues avant de voir de riches campagnes remplacer les épaisses forets qu'ils trouvèrent sur les bords du Saint-Laurent.Il leur fallut du courage ; car ils avaient à combattre d’infatigables ennemis dans les indigènes, déterminés à tout tenter pour chasser ces nouveaux ennemis de leur liberté.Mais nos pères venaient du pays des braves et de plus 4C étaient l’élite des guerriers,” comme l’a dit un de nos poètes; ils ne devaient donc pas craindre l’audace de l’indomptable Iroquois.Aussi les pages de la brillante histoire de ces temps héroïques de notre patrie nous les représentent toujours en garde contre l’astucieuse valeur de ce dangereux ennemi, tenant d’une main la charme et de l’autre l’arme avec laquelle ils protégeaient leurs familles et leurs moissons. LE FOYER CANADIEN.10 Aujourd’hui les temps ne sont plus les memes : ceux qui ont dispute avec tant d’acharnement les é bords du Saint-Laurent sont presque totalement disparus, et, plus heureux que leurs ancêtres, les bons habitants de nos campagnes cultivent en paix les champs ouverts avec tant de difficultés.Ils n’ont point à faire usage de celte valeur chevaleresque qu’ils ont reçue d’eux et dont ils cnuté, — Perle sans prix, vivante image — Du souverain, — L’ornement du bel ouvrage — De ce jardin.Je te ferai part d’un secret — Dans ce bosquet : — J’ni acquis de la connaissance— De ce licou fruit; — Viens donc, ta sauras la science — Qu’il en produit.Mange ce fruit délicieux, — Ouvre les yeux ; — La friande cueillit la pomme : — Elle en mangea ; — Elle en porta à son cher homme — Qui s’nllligea.Malheureuse, d’où viens-tu?—Je suis perdu.— Quel est ce finit I où est l’arbre ?— Montre-le moi : — Mon cœur devient froid comme marbre — Dis-moi pourquoi.Adam, Adam, entends ma voix, — Sors de ce bois : — Dis-moi donc pourquoi lu te caches, — Quelle raison, — Ne crois-tu pas que je ne sache — Ta trahison.Mon créateur, j’ai reconnu —Que j’étais nu; — Mais mon auteur, mon divin maître — En vérité, — J’ai honte de fuire connaître — Ma nudité.Approche-toi, monstre infernal, — Auteur du mal ; — Si tu as détruit l’innocence, — Dis-moi pourquoi.— Je vois prononcer la sentence ; — Ecoute-moi.T’as servi d’orgnne nu démon, — Point do pardon !— La terre pour ta nourriture — Tu mangeras, — L’homme, dans sa juste colère, — T’écrasera.Tu n’as pas écoute ma loi, — Femme, pourquoi?— Mène une vie pénitente, — Dans ma rigueur, — Tu souf friras, lorsqu’ t’enfant’ras,— De grande* douleurs. 555 CHANSONS POPULAIRES ET HISTORIQUES.Adam, (U mangera» lan pain — Avec chagrin.— Yra cultiver la terre ingrate, — Sors de c*o lieu, — Kl ii’at-icnda plus que je te (latte, — Je suis ton Dieu.• Je te fais nie* derniers adieux — J*î* larmes aux yeux, — Jardin charmant, heureux parterre.— Quel triste sort ! — Je vais cultiver la terre — Jusqu'à la mort.Un ange vint le consoler — Et lui parler, — Lui annonçant que le Messie — Viendrait un jour — Naître «le la Vierge Marie, — Pour leur ntnour.Enfin le temps si désiré — Est arrivé.— Dieu touche de notre misère, — Envoie son Fils.— Et voilu le Jruit salutaire — Qu’il a promis.Comment encore passer sous silence cette chanson si belle, avec son air si plein d’entrain, et que sait par occur tout Canadien qui, une fois dans sa vie seulement, a pris une rame ou un aviron.JWcn va t’à la fontaine, O gai vive le roi, J’niVn va t’à la fontaine, O gai vive le roi, Pour emplir mon cruchon Vive le roi et la reine, Pour emplir mon cruchon, Vive Napoléon î • La fontaine est profonde, — J’me suis couler nu fond.—Que don lieriez* vous, belle?— Qui vous tir’rait du fond.— Tirez, tirez, dit-elle, — Après çà nous verrons.— Quand la («elle fut tircc, — S’eu va t’à In maison, — S’asseoit sur la fenêtre, — Compose une chanson.— Ce n’est pas çà la belle — Que nous vous demandons, — Voir* petit cœur en gage, — Savoir si nous l'aurons.— Mon petit cœur en gage—N’est pas pour un l»aron.— Ma mère l'a promis — A un joli garçon.Le refrain de eette chanson indiquerait une origine toute moderne ; mais il a été changé.Autrefois on chantait “ Vive le roi, vive le roi ! ” Au reste, son xa 35G LE FOYER CANADIEN.origine est française ; et trois couplets de cette dernière suffiront pour faire voir la différence qui existe entre les deux variantes.% Quand j’étais petite, seul et te d la maison,—On m’envoyait souvent pour cueillir du cresson—Vcrduron, verdu-nnette, pour cueillir du cresson.On m’envoyait, etc.—La fontaine était creuse,—Je suis tombée au fond.Lu fontaine, etc.—Sur le chemin passent trois cavaliers barons, etc.III • Parmi nos autres chansons populaires, il en est encore un grand nombre dont l’origine est bien évidemment française, et que je ne retrouve nulle part dans les ouvrages des écrivains de ce pays : je me contenterai de citer les suivantes : En revenant de la Vendée, (bis.) Dans mon chemin j’ni rencontré, Vous m’amuscz toujours, • Jamais je m’en irai chez nous, J’ai trop grand peur des loups.Dans mou chemin j’ai rencontré, — Trois cavaliers luit bien montes, — Celui d’d pied m’a demande, — Où irons nous ce soir coucher,— A la maison d’accoutumée.Une autre a pour titre : Un tour du diable.Le diabl’ s’en va dans la ville de l’oquier, Dans le moulin pour y prendr’ le meunier, J/C meunier avait un sac assez grand, Il a pris rdiable, et l’a fourré dedans, * L’a attaché à la roue du moulin, L’a fait virer du jour nu lendemain. CHANSONS POPULAIRES ET HISTORIQUES.357 AUTRK.Dims les prisons de Nantes,# (bis.) Lui y a l’un prisonnier O gui, faluron, fnlurcttc, Lui y a t’un piisonnicr O gai, faluron doudé- Personne ne l’y va voir — Que la fille du geôlier, Elle lui porte ù boire, — A boire et à manger.Un jour il lui demande — Qu’est-ce que l’inonde dis’nt de moi, Le bruit court dans la ville — Que demain vous mourrez.Puisque demain je meure, — Ah ! déliez-moi les pieds.J.a fille, encor jeunette, — Lui a lâche les pieds ; Le çulunt fort alerte, — Dans In mer a plongé, De la première plonge, — La mer a traversé.Quand il fut sur les eûtes, — Il se mit à chanter : Que Dieu beniss’ les filles, — Surtout cell* du geôlier ; Si je retourne à Nantes, — Oui, je me marierai, Je prendrai pour ma femme — La fille du geôlier.On connaît la célébrité du pfite de Chartres.Celui de Rouen n’a rien à lui céder, surtout quand on connaît le dernier couplet, que la prudence inc force de ntc si grand A l’entour totire loure, Dansons u l’entour toure loure, Chantons à l’entour.Ils ont fait un pâté si grand, (bis.) — Qu’ils ont trouve un homme dedans.Qu’ils ont trouvé un homme dedans, (bis.) — Ils ont trouve encore ben plus.Ils ont trouvé encore ben plus, (bis.) — Ils ont trouvé un chat poilu.• Nos marins chantent aujourd'hui : (t Dans les prisons de LondrttP LE FOYER CANADIEN.358 44 Hélas ! comme on y va ! ” doit être une chanson française, puisqu’il n’y a pas de patois en Canada.Mon père n quntre-vingts vaches, — Hélas î comme on y va ! — Ma mère en a soixante-quatre, — Bouii, l>ou-tac — De lasmadou, — Hermiilou, — De Instigate, — Do Fcrmidou, — Sautons de gaudriciiv, — Dansons de çotis-inadou, etc.IV CHANSONS CANADIENNES.A part ces chansons que je viens de passer en revue* et dont l’origine est évidemment française, nous en avons encore un très-grand nombre qui ont certainement pris naissance en Canada.Il en est d’autres aussi dont l’origine est douteuse ; mais ces dernières paraissent complètement ignorées en France; au moins, les recueils les plus complets que j’ai sous les yeux, n’en font pas la plus légère mention.Si ces dernières viennent de l’Ancicnne France, on ne peut nier qu’elles ont bien acquis le droit de cité dans la Nouvelle, où elles n’ont cessé de fleurir; et il me semble qu’il doit nous être permis de les considérer comme nôtres, au moins jusqu’à ce qu’on exhibe des titres valables de propriété.La plupart de nos chansons purement canadiennes sont des improvisations pleines de gaieté et qui sont comme les miroirs fidèles des mœurs douces et paisibles de nos campagnes ; ou bien des chants, encore joyeux, mais empreints d’une légère teinte de tué- 350 CHANSONS POPULAIRES ET HISTORIQUES.lancolic, inspires par la vue de nos grands bois, de nos grands fleuves et de nos lacs immenses.Il leur fallait bien quelque chose pour tromper l’ennui et émousser la fatigue à ces hardis découvreurs qui s’enfonçaient à travers les vastes solitudes du Nouveau-Monde, et entreprenaient à pied ou en canot d’écorce, des excursions, qui, aujourd’hui, nous paraissent tenir de la fable plutôt que de la réalité.Aussi, les raquettes pesaient-elles moins aux pieds, les avirons se retrempaient-ils avec une nouvelle vigueur, dans l’eau quand le chef de la bande entonnait quelqu’un de ces joyeux refrains où il est invariablement parlé du bois joli, de la blonde, du clos (le mon pire, et de toutes ces scènes qui rappellent si puissamment les mille bonheurs du foyer domestique.Est-il, par exemple, une seule foret, une seule rivière du Nouveau-Monde, dont les échos n’aient répercuté les accents de notre chant national li Vive la Canadienne !” Cri de joie et d’espérance, le seul refrain de cette chanson était bien propre à relever les courages les plus abattus, à ranimer les forces les plus épuisées.D’un autre coté, elle méritait bien qui?la chanson nationale de notre petit peuple fût une glorification de ses vertus, cette femme forte et fidèle qu’un célèbre prédicateur français présentait comme modèle, il n’y a (pie quelques années, aux femmes du monde entier.Plusieurs de ces chansons étant connues de tout le monde, je 11e ferai que les indiquer d’une manière sommaire, et ne m’arrêterai qu’aux principales. SCO LE FOYER CANADIEN.44 La belle Françoise,” est bien la chanson par excellence de nos rameurs canadiens : et soit pour Pair, soit pour les mots, c’cst bien là un véritable modèle de chanson populaire.Il n’en csl pas une seule dans tous les recueils français qui puisse lutter avantageusement avec cette belle chanson : C’eat lu belle Frnnçoi?c, Allons, pii C’est In belle Françoise, Qui veut se marier Ma luron lurette, Qui veut se marier Ma luron lure.San amant va la voir,—Le soir après souper, etc.On trouvera les suivantes dans les recueils.u Par derrièr* chez mn tante — Il y a t’un bois joli.” " V’Ia Pbon vent, vMa le joli vent.” (t Bal chez Boulé.” La première a etc reproduite par plusieurs voyageurs français.La naïveté est poussée jusqu’à scs dernières limites dans la dernière : aussi est-elle la favorite des écoliers.Elle a été reproduite dans les Anciens Canadiens, de M.de Gaspé, qui nous donne en meme temps son histoire.Au reste, ces seuls mots : “ Mit son gilet barré — Et ses souliers francés,” trahissent son origine.En effet, même aujourd’hui, nos habitants canadiens reconnaissent surtout trois espèces de chaussures : les souliers français, à semelles et à talons, les bottes malouincs, de môme espèce, à l’exception des jambes, CHANSONS POPULAIRES ET HISTORIQUES.301 et les souliers et bottes sauvages, parfaitement connus et apprécies de nos chasseurs.La chanson qui suit renferme des traits de malice crceau — Te fait comprendre — Que c’est l’image du tombeau, — Où ton corps doit se rendre. CHANSONS POPULAIRES ET HISTORIQUES.373 Si les maringouins le réveillent — De Icare chon-sons,— Ou te clmtouillcut l’oreille— De leurs aiguillons.— Apprends, cher voyageur, alors, — Que c’est le diable — Qui chante tout autour de ton corps — Pour avoii ta pauvre âme.Quand tu seras dons ces rapides — Très-dangereux, — AU ! prie la Vierge Marie, — Fais-lui des vœux.— Alors lancc-toi dans ces Ilots — Avec hardiesse, — Et puis dirige ton canot — Avec beaucoup d'adresse.Quand tu seras dans les portages, — Pauvre engagé, — Le* sueurs te couleront du visage, — Pauvre af-iligé.— Loin de jurer, si tu me crois, —Pans ta colère,— Pense à Jésus portant sa croix, — Il n monté nu Calvaire.Ami, veux-tu marcher par terre, — Dons ces grands bois, — IjC* souvoges te feront la guerre, — En vrai» sournois.— Si tu veux braver leur lureur, — Sons plus attendre, — Prie alors de tout ton cœur, — Ton nnge de te défendre.V LES DANSES RONDES.La danse ronde, avec le reel, le menuet, le fidreel^ ïe cassc-recl et les arlepapcs (hornpipes, danse écossaise) étaient naguère très en vogue dans nos cam_ pagnes.Aujourd’hui, les noms mêmes de la plupart tic ces danses sont à peine connus de la génération qui s’élève, à l’exception toutefois de la première, que les enfants ont retenue parmi leurs amusements de l’hiver.Nos amusements de l’hiver ! Voilà quatre mots qui ont le privilège de résonner d’une manière bien sin“ gulière aux oreilles d’un grand nombre d’étrangers’ dont l’épiderme frileux se crispe involontairement aux seuls mots de neige et de glaçons.Pourtant, il faut bien en prendre s»on parti, car notre hiver a des 374 LE FOYER CANADIEN.charmes si reels, que nous l’avons choisi, et avec raison, pour l’époque de nos fetes et de nos réjouissances.C'est alors que dans nos villes, les salons se rouvrent, que les pique-niques s’organisent.Est-il rien de gai, par exemple, comme le tableau de ces luxueux équipages qui circulent alors dans nos rues, et vont porter la joie et l’animation dans les environs si pittoresques de nos villes ?De tous cotés, l’oreille n’entend que le bruyant carillon de milliers de clochettes, que nos nobles chevaux canadiens agitent à leur cou avec tant de fierté.Partout, sur la route, les arbres s’inclinent sous le frimas qui les recouvre, et à leurs rameaux scintillent des milliers de diamants.Comme le ciel est bleu ! comme l’air est pur et serein ! comme il est vivifiant et salubre ce froid piquant, mais agréable, contre l’âpreté duquel nous protègent les riches dépouilles de la martre, de la loutre et du vison, et dont le contact n’a d’autre résultat que de ramener le sang et la vie sur les joues les plus pâles et les plus étiolées.De ccs plaisirs recherchés de nos villes, passons aux amusements plus simples, mais dont le tableau n’est pas moins animé, de nos campagnes.C’est aujourd’hui dimanche, et de temps immémorial, à chaque dimanche que Dieu amène, tous les enfants se réunissent chez le père François.Il fait un froid à pierre fendre : pourtant, au dire des gens, il ne fait qu’un temps sec.La bise fouette les grands peupliers du jardin, et leurs branches sèches et roidies par les glaçons font entendre un sifllement CHANSONS POPULAIRES ET HISTORIQUES.«Vrn *J ( o aigu.Les traîneaux glissent avec rapidité sur la neige durcie, et de l’acier de leurs lisses s’échappe un grincement particulier : c’est la neige qui crie, disent les habitants de nos campagnes, dans leur langage imagé.De temps à autres, une étincelle brillante se détache sous les pieds des chevaux.Un mugissement vague, sourd, indéfinissable dans sa grandiose splendeur, s’élève du grand fleuve, sur lequel roulent en s’entrechoquant d’énormes glaçons.Parfois, la lune se dégage des gros nuages opalins qui la voilent, et répand à Ilots une clarté brillante’ qui, reflétée par la neige, nous donne le spectacle enchanteur d’une de ces nuits incomparables par leur beauté et leur éclat : éclat tout-à-fait étranger aux nuits des climats tempérés, dont les hivers ternes et maussades ne se manifestent que par des averses imprévues, quelques atômes de neige pourrie, et un froid insignifiant, dont se moque à bon droit le mercure immobile du thermomètre.C’est plutôt un demi-jour que la nuit : et cette expression est si peu exagérée, qu’avec des yeux d’une force meme ordinaire on peut lire en plein air avec aisance.Cependant, pour la septième fois déjà depuis une heure, la porte du tambour vient de rouler sur scs gonds et de livrer passage aux derniers invités du père François.Le retard de ces derniers commençait vraiment à inspirer quelques légères inquiétudes.Les chevaux, par hasard, se seraient-ils embourbés ?La cariole aurait-elle versé ?Pourtant, grâce au zèle du nouveau sous-voyer que la paroisse vient d’élire à 37C LE FOYER CANADIEN.l’unanimité, les chemins sont dans un bon entretien depuis une quinzaine.Les bancs de neige et les cahots ont été pelletés, et le chemin du roi, qui, il n’y a pas encore longtemps, était penteux et coupé en tous sens, est aujourd’hui partout égal comme ici dedans.Du reste, des balises partout, et puis il fait clair comme dans le jour.L’arrivée du dernier des fils du père François et de sa septième bru ne manque donc pas de calmer aussitôt les légères inquiétudes de l’heureuse réunion de famille, et après les chaudes poignées de main d’usage, tous deux vont se débarrasser de leur pesant costume d’hiver.Le premier est enveloppé d’un long capot de peau de caviolc, (capote de peau de buflle), retenu à la taille par une ceinture rouge fléchée.Sur sa tète, il porte un volumineux casque de peau d’aslracan ou de mouton.Ses pieds sont chaussés de bottines de drap bien chaudes, ou de souliers de peau d’orignal, article indispensable pour la grande toilette du dimanche, que complète honorablement un pantalon d’étoile grise du pays.Quant à sa compagne, un épais manteau de drap la recouvre depuis le cou jusqu’aux pieds : et sa tète est protégée contre les rigueurs du froid par une de ces coiffures antiques, désignées sous le nom de grossc-télc ou de tarèse.On voit donc là réunis, premièrement les deux aïeux qui portent encore avec aisance leurs soixante-dix ou quatre-vingts ans ; puis, les fils, les filles, les gendres et les brus de la maison, sans compter les CHANSONS POPULAIRES ET IHSTORIQUES.377 petits enfants représentés par une vingtaine de marmots, auxquels on a promis depuis longtemps une semblable fête, a la condition expresse qu’ils fussent des enfants bien sages.Cependant, une conversation des plus intéressantes ne tarde pas à s’engager.En premier lieu, viennent des commentaires sur le sermon du jour et les instructions nouvelles de M.le cure.De là, aux recommandations aux prières, et aux nouvelles publications de mariage il n’y a, comme on sait, qu’un pas.Ce dernier item paraît éveiller au plus haut degré l’attention de tout le monde—des deux dernières grandes filles de la maison surtout, qui, couronnées de leurs dix-huit ans, soupirent depuis quelques temps déjà après les douceurs de l’hyménéc.On suppute avec un soin minutieux, d’après la teneur des donaisons, testaments, hypothèques, la valeur respective des futurs conjoints.On n’oublie pas non plus leurs qualités morales, bonnes ou mauvaises : toutes considérations, cpii les rangent irrévocablement dans la classe des bons ou des mauvais partis, suivant une foule de circonstances atténuantes.Dès que la conversation commence à languir, on dresse les tables pour le jeu de cartes.On les recouvre de tapis (car il ne faut pas jouer sur son cercueil), et (fh et là s’élèvent des pyramides de pommes ou jdes monceaux de noisettes.Et puis commencent les combinaisons les plus hasardées, les spéculations les plus aventureuses sur la petite brisque, le brelan ou le gros major.El il faut entendre les éclats de LE FOYER CANADIEN.373 rire homériques, qui saluent une malencontreuse vilaine ou le redoutable grelot.Tot capita, quqt sensus.Bien que vieux de deux mille ans, ces mois du poète latin trouvent parfaitement leur application dans ce jeune couple*, qui, assis sur un coffre bleu, dans l’embrasure d’une fenêtre, a l’air do se demander, et avec beaucoup de raison* comment il sc peut faire cpie des gens sensés s’amusent à de semblables bagatelles, quand il y a une manière si intéressante de passer son temps.A la chevelure lisse et soignée du jeune homme, à sa cra-vatc rouge, nouée par une boucle énorme, à sa chaîne de cuivre doré, ornée d’un énorme cachet, d’une pièce blanche de six sous, de deux pièces de quinze sous, on reconnaît le cavalier qui s’est mis faraud pour la circonstance.La mise tout-à-fait coquette et même un peu recherchée Je l’agaçante brunette, au type tout français, dont les joues prennent la couleur du carmin sous les regards meurtriers du jeune homme, indique suffisamment qu’elle est sa prétendue.De leur côté, pourtant, les enfants ne restent pas inactifs.Rangés en cercle autour des tables de jeux, ils se livrent, avec les levées des joueurs et les basses cartes, a des combinaisons (pii peuvent bien avoir un certain mérite à leurs yeux, mais qui finissent par embrouiller tellement le jeu des grandes personnes, qu’on commence à songer sérieusement à se débarrasser de leur présence.De ce soin se chargent, avec beaucoup de grôce, les deux aïeux.L’aïeule, d’abord, les attire à elle d’une manière CHANSONS POPULAIRES ET HISTORIQUES.370 irrésistible, à l’aide de quelques dragées et autres bonbons, restes précieux des étrennes du jour de l’an passé ; tandis que le grand-père les dispose en cercle pour la danse-ronde.Les engagés, les engagères de la maison se mettent de la partie ; la plus jeune des petites filles est placée au centre du cercle, et tous, se tenant par la main, tournent alternativement à gauche ou à droite, et dansent en chantant : I)nns nia mnin droite je tiens rosier, Dans tnn mnin droite je tiens rosier, .Et qui fleurit, ma Ion Ion la, Et qui fleurit au mois de mai.Entrez en dnnsc joli rosier, Entrez en danse joli rosier, Et embrassez, ma Ion Ion In, Et embrassez qui vous plaira.Malheureusement, l’époque à laquelle je jouais mon rôle d’acteur dans ces fêtes est déjà si éloignée, que ma mémoire ne me fournit que ces deux couplets.Comme apres cet exercice un peu violent, les joyeux enfants semblent un peu fatigués, on décide d’un commun accord de prendre quelques instants de repos : ce h quoi tout le monde se résigne avec bonheur à la voix de l’aïeul, qui vient d’annoncer une bonne fortune : il va conter un conte.On l’entoure, on se presse autour de lui, et les plus jeunes des petits-enfants, qui sont toujours les privilégiés des grands-papas, trouvent naturellement place sur scs genoux.Alors commence le récit émouvant d’une de ces merveilleuses épopées que tout le monde con- 380 LE FOYER CANADIEN.naît et qui débutent invariablement par ces mots : “ Il y avait une fois un homme et pis une femme, etc.” Rien d’amusant pour les enfants comme ces contes, dont la plupart se distinguent par leur bon côté moral ; aussi y en a-t-il une variété infinie.Quelques-uns se recommandent à l’attention des auditeurs par des tours d’imagination d’une force incroyable : ce sont des arbres qui se livrent A.de longues élucubrations oratoires, absolument comme dans la Jérusalem Délivrée ; ou bien des animaux, le plus souvent monstrueux, et à plusieurs têtes, qui se permettent de donner des leçons de philosophie que ne désavouerait pas un Aristote.Il en est un certain nombre aussi qui ne sont que trop propres, malheureusement, à frapper de terreur l’imagination des enfants : histoires de loups-garous, de morts, de revenants enveloppés de grands linceuls blancs, sans oublier le cercueil traditionnel, qui apparaissent au milieu du chemin, pendant les nuits sombres, ou viennent troubler votre sommeil.Ces derniers, évidemment, sont très-répréhensibles, vu qu’ils inspirent aux enfants des terreurs chimériques, dont ils ne peuvent plus se débarrasser par la suite, même lorsqu’ils sont devenus hommes.Afin de varier les amusements autant que possible, on intercale ensuite dans le programme quelques jeux, comme le calli maiUa, la belle bergère, la chaise honteuse, etc., etc., qui vous forcent à donner et ix retirer des gages, aux grands éclats de rire, parfois, de tous les assistants ; et on termine le tout par CHANSONS POPULAIRES ET HISTORIQUES.361 de nouvelles rondes, telles que “Le Nicqucdu Lièvre,” “ Le Clairon du roi, Mesdames,” “Qui veut manger du Lièvre,” etc.Je me contenterai de décrire celle dernière.On dispose deux chaises, l’une vis-à-vis de l’autre, et à une distance de quelques pieds.Sur ces deux chaises deux personnes vont s’asseoir.Derrière les chaises deux danseurs prennent place, et alors c’est une course au clocher, dans laquelle un des danseurs lâche d’atteindre, de toucher l’autre.Pendant ce temps lîon citante : • Qui veut manger du lièvre,— N’a qu’à courir après.Cours après le lièvre — Et attrappc-le bien.A-t-on jamais vu — Courir, tant courir, A-t-on jamais vu —Courir ai menu.C’est mon nmi que je veux, — Je n’en veux jmint d’autre*,* CYM mon ami que je veux, — Courons tous les lieux.Accorde, accorde, accorde, — Accorde sur le champ ; Si tu n’accordes pas, — Ijc lièvr’ gagn’ra le bois.La belle, ru vous aimant,— Perdrai-je mes (huiics, La belle, en vous aimant, — Perdrai-je mou temps.AUTRE.J’ai trouvé le nirque du lièvre, Mais le lièvr’ n’y était pas*; Le matin quand il se lève, Il emporte le lit, les draps, Sautons, dansons, Bell* bergère entrez en danse Et embrassez qui vous plaira.Nulle pari, dans les ouvrages français, il n'est fait mention de ces jolies rondes cl chansons.Encore une fois serait-ce dans la Nouvelle-France qu’il faudrait retrouver l’Aiicicnnc ? 382 LE FOYER CANADIEN.Enfin, dix heures viennent de sonner : il faut songer au retour.Mais auparavant voilà qu’une nappe blanche, de la plus fine toile du pays, sort de la lingerie ; voilà que la vaisselle bleue (cette vaisselle bleue, avec dessins chinois, que j’ai revue un jour avec tant d’émotion à la Porta Rossa de Florence), voilà, dis-je, que la vaisselle bleue sort du bullet.Une odeur douce et agréable vient frapper l’odorat des invités, et quelques plats remplis de neige se dirigent du côte de la cuisine.C'est la tire !.N’en parlons pas, puisque nous ne sommes pas de la fête.• VI CHANSONS D’ENFANTS.Ehfin, dans cette étude si incomplète sur nos chansons populaires, comment pourrais-je passer sous silence ces chants simples et naïfs dont les petits enfants sont si friands et aux accents desquels nous avons tous été bercés sur les genoux de nos mères et de nos grands-mères ?Ces mélodies remontent à la plus haute antiquité, et Platon recommandait particulièrement aux nourrices de les chanter souvent.Chez les anciens Grecs elles s’appelaient la la.Les Grecs modernes ont le Na?inarisma, les Italiens le Nanna.Chez les Anglais, on les appelle Nursery Rhymes ou Lullaby.Entre autres échantillons, M.Chatnpflcury nous donne le suivant : J’ai vu une anguille—Qui coiflnit sa fille.J’ai vu un gros rat,—Le chapeau sous le bras. CHANSONS POPULAIRES ET HISTORIQUES.383 C’est un grand bonheur pour moi que de pouvoir venir au secours de M.Champflcury, et de lui donner dans toute leur pureté primitive, deux couplets de cette chanson qu’il estropie grièvement et (pic connaissent toutes les mères canadiennes : Alt ! j’ai vu, j'ai vu,—Conipèr’ qu’as tu vu î J'ai vu une anguille—Qui coi flail sa fille, Pour la marier, laridé,— Pour la mûrier.Al»! j’ai vu, j’ai vu,—Comjwr’ qu'ns-tii vu î J’ai vu trois belles vaches—Qui dansaient sur la glace, En plein cœur d’été, Inridé,—En plein cœur d’eté, la ridé.En voici une autre qui est d’une berceuse alsacienne : Une poule cl un coq,—1 >e sermon commence.Une vache et un veau,—l/C sermon est à moitié.Un chat et une souris,—Le sermon est fini : Voilà une souris qui se sauve, etc.u 11 ne faut pas,” dit M.Cliamplleury, “demander aux nourrices qui composent ces chansons, autre chose que ce qu’elles peuvent donner ; mais dans l’amour qu’elles portent aux enfants, elles trouvent de singulières associations de mots, sans lien apparent, qui frappent le nouveau ne et savent endormir ses souffrances.” Quel ne sera pas l’étonnement de mes lecteurs, lorsqu’ils apprendront que nulle part, dans aucun recueil français, il n’est dit un seul mot, pas un seul, de la u Poulette grise,” ni de u A cheval, sur la queue d’un orignal ?” Pourtant, ces chants ont bien une origine française, et il y a mille à parier conlre un que plus d’un des soldats de Turenne et de Condé 384 LE FOYER CANADIEN.les savait par cœur.11 entrait dans les destinées du
de

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