L'enseignement primaire : journal d'éducation et d'instruction, 1 octobre 1881, samedi 1 octobre 1881
1ère Année 1er OCTOBRE 1881 Numéro 15 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE JOURNAL (Ù’EDUCATION ET (D’INSTRUCTION Paraissant le 1er et le 15 de chaque mois, les vacances exceptées.J.B.CLOUTIER, Rédacteur Prixd© I abonnement : UN DOLLAR par an, invariablement payable d’avance.Toute correspondance, réclamation, etc., concernant la rédaction ou l’administration devronflêtre adressées à J.B.Cloutier, professeur à l’école normale-Laval, Québec.Sommaire.— Partie Officielle : Nominations de commissaires d’écoles.—Annexions de municipalités scolaires.—Mémoire des instituteurs à NN.Seigneurs les évêques.—Réponse de NN.Seigneurs les évêques à ce mémoire.— Pédagogie : La langue Maternelle, par M.Rousselot.—Méthodologie : Leçon de grammaire.— Partie pratique : I, Devoir sur la classification des noms.—II, Dictées—Le linge, le couvert, Explications.—Arithmétique, problèmes.—Toisé, problème.— Divers: Poésie, les fleurs de fraisier.—Eléments de chimie et de physique élémentaires par H.Larue.—Décès.— Annonces.ACTES OFFICIELS NOMINATION.Département de l’Instruction publique Nomination d'un bureau d7 examinateur s aux Iles de la Madeleine.Il a plu à Son Honneur le Lieutenant-Gouverneur par ordre en conseil en date du 3 septembre 1881, de révoquer l’ordre en conseil no.92, du vingt mars 1875, sur l’adjonction de trois nouveaux membres au bureau des examinateurs de Gaspé, d’établir aux Iles de la Madeleine, un bureau d’examinateurs ayant le pouvoir de donner dans ces Iles des brevets de capacité pour écoles élémentaires, qui ne vaudront que dans ces Iles ) le dit bureau se composant de cinq membres, dont le quorum sera de trois, et de nommer pour le composer : le Révd Messire C.Beaudreault, Ptre., curé de Havre Aubert, le Révd Messire O.Hébert, Ptre., curé du Havre aux Maisons, le Révd Messire Allard, Ptre., curé de l’Etang du Nord, le Révd M.Chambers, ministre de l’église anglicane, ou son successeur en office, et P.P.Delany, écuyer, M.D., tous des Iles de la Madeleine, et sous l’autorité de la clause 106 du chapitre 15, des Statuts refondus du Bas-Canada.Département de l’Instruction publique.Avis de demande d’annexion et délimitation de municipalité scolaire en vertu de la 5e section 41 Viet., chap.6.Annexer à la municipalité de Percé, dans le comté de Gaspé, toute cette partie de territoire qui se trouve au sud à compter de la ligne paroissiale de Percé, jusqu’au nord à la ligne maintenant existante entre les deux municipalités scolaires de Percé et Cap Désespoir,formant un front d’un mille environ sur trois milles de profondeur.Départemf.nt de l’Instruction publique.Avis de demande d’annexion et délimitation de municipalités scolaires, en vertu de la 5e sec., 41 Viet., chap.6.Annexer à la municipalité de Sainte-Françoise, dans le comté de Témiscouata, le territoire suivant de la paroisse de Saint-Mathieu, dans le comté de Rimouski, savoir: dix-huit arpents de front sur la cinquième concession, et 14 arpents sur la sixième concession ; bornée au nord aux terres de la quatrième concession, de la seigneurie de Nicolas Rioux, au sud aux terres de la septième concession, à l’ouest à la ligne de Sainte-Françoise, et à l’est à Thomas P.Pelletier, écr., sur les deux concessions. 170 L’ENSEIGNEMENT PBIMAIBE MÉMOIRE.Le dérangement que nous avons éprouvé par suite de l’incendie du huit juin dernier, joint au fait que notre journal ne paraît pas pendant les vacances nous ont empêché de publier plus tôt le mémoire adressé à NN.SS.les évêques par les instituteurs de Montréal et plusieurs de Québec, ainsi que la réponse qu’il a provoquée.Nous empruntons au Journal de VInstruction publique du mois de juillet ces deux documents importants.Mémoire présenté par les instituteurs laïques catholiques de la Province de Québec à Leurs Seigneurs les Evêques de la dite province, faisant partie du Conseil de VInstruction publique.Nos Seigneurs, Il existe, contre les instituteurs laïques de cette province, un sentiment de malaise et de défiance d’autant plus regrettable qu’il semble s’accroître au lieu de disparaître.A la fondation des écoles normales plusieurs membres du clergé, malgré la haute approbation des Evêques d’alors, étaient opposés à l’ouverture de ces établissements qui, dans leur opinion, devaient produire ici le même résultat qu’en Europe.Or, il arrive que ce résultat se fait encore attendre, et que les écoles normales, loin cl’avoir donné au pays des impies et au clergé des ennemis, ont au contraire, formé des instituteurs vraiment catholiques, dans la véritable acception de ce mot, et ont donné aux communautés religieuses et au clergé même plusieurs sujets marquants.Dans le but de définir la position pénible et précaire de l’instituteur laïque et aussi afin de faire cesser le sentiment de malaise et de défiance qui existe contre lui, nous prenons la respectueuse liberté de soumettre à l’approbation de Yos Grandeurs les déclarations suivantes, qui sont l’expression de notre croyance à l’enseignement de l’Eglise catho- lique, notre mère, et celle de notre filial attachement à ses Pasteurs.L’acte de cession du Canada à la Grande-Bretagne assure aux catholiques de ce pays le libre exercice et toutes les prérogatives de leur croyance.Ces dispositions du traité de 1763 sont respectées dons les lois sur l’instruction publique, qui instituent des écoles catholiques et des écoles protestantes.Du moment que la loi détermine qu’il y a des écoles catholiques et des écoles protestantes, il fautpiécessairement conclure que les écoles catholiques sont placées sous la haute surveillance de l’Eglise catholique, et vice versa.Cette conclusion est non seulement une conséquence nécessaire, mais un droit reconnu explicitement par la loi : 1.Dans le fait que Nos Seigneurs les Evêques font partie ex officio du Conseil de l’Instruction publique à qui est confiée, non seulement la haute surveillance, mais la haute direction de l’enseignement en cette province.(39 Anct., ch.15, s.11.) 2.Parce que les membres résidents du clergé sont visiteurs de droit des écoles de leur localité.(S.B.du B.C., c.15, s.121.) • 3.Parce que le curé de chaque paroisse a le droit exclusif de faire le choix des livres qui ont rapport à la religion et à la morale, pour l’usage des écoles des enfants de sa croyance religieuse.(S.B.du B.C., c.15, ê.65, par 2.) Les lois sur l’instruction publique reconnaissent, pour les écoles catholiques, deux classes d’instituteurs : les instituteurs appartenant au clergé ou à une congrégation religieuse et les instituteurs laïques.(S.B.du B.C., c.15, s.110, par.10.) Pour les premiers, la loi les suppose qualifiés et les exempte de l’examen, du moment qu’ils appartiennent au clergé ou à une congrégation religieuse.(S.B.du B.C., c.15, s.1110, par.10.) L’ENSEIGNEMENT PBIMAIRE 171 Il n’en est pas ainsi des seconds ; la loi exige de leur part des qualifications morales et des qualifications intellectuelles.(S.R.du B.C., c.14, s.110, par.3 et 10.) Pour les candidats qui ne se préparent pas a l’enseignement dans les écoles normales, un tribunal connu sous la dénomination de “ Bureau d’Examinateurs ” est établi dans différentes localités (S.R.du B.C.c.15, s.103), afin de constater que la personne qui se présente, dans le but d’obtenir le pouvoir d’enseigner, possède d’abord les qualifications morales (S.R.du B.C., c.15, s.110, par.3), et ensuite les qualifications intellectuelles qui sont aussi définies par la loi.(S.R.du B.C., c.15, s.110, par.10).Après avoir constaté que le candidat possède les qualifications exigées par la loi, le tribunal lui délivre un brevet ou diplôme l’autorisant à enseigner dans les écoles communes de la province, ou de telle partie du territoire pour laquelle le bureau d’examinateurs a juridiction.Voilà la loi qui, tout en respectant le pouvoir de l’Eglise, affirme les devoirs de l’Etat qui peut et doit faire enseigner les sciences et les arts nécessaires à la conservation et au développement de la richesse nationale.(Essai historique de droit naturel par Taparelli, Livre, 4, ch.4.) L’instituteur laïque pourvu du brevet de capacité a donc le droit d’enseigner les sciences profanes exigées par la loi absolument comme 1 instituteur ecclésiastique ou religieux.Quant à la religion, nous savons que l’Etat ne peut pas nous deleguer le poifvoir de l’enseigner, puisqu’il ne l’a pas lui-même; mais Vos Grandeurs nous en font une' obligation morale.Et nous affirmons ici solennellement que jamais personne d’entre nous n’a failli à cette marque de confiance de Votre part, et que le catéchisme est enseigné dans toutes les ecoles catholiques de la province.L instituteur laïque, au point de vue légal, a le pouvoir d’enseigner, et son enseignement ne peut offrir de danger ni aux familles, ni à l’Eghse, ni à l’Etat, parce qu’il ne peut être donné que sous la triple surveillance des parents, du gouvernement et de l’Eghse.Puisque nous ne pouvons, et que nous ne voulons enseigner que sous la haute surveillance des trois grands corps qui constituent la nation, nous avons droit à leur protection.Or, la protection des familles et de l’Etat nous est acquise, dans la même proportion qu’elle est accordée aux instituteurs appartenant au clergé ou aux congrégations religieuses ; mais cette protection nous fait défaut de la part d’un certain nombre de membres du clergé qui veulent, malgré nos protestations, nous appliquer les propositions XLV, XLVII XLVIII du Syllabus, et voir en nous des ennemis et des impies.Voilà, Nos Seigneurs, les deux appellations injurieuses que l’on veut absolument nous infliger, et que nous repoussons de toute la force de nos âmes.Nous sommes catholiques et instituteurs ; et nous voulons, sous Votre egide paternelle, jouir de toutes les prérogatives attachées à ces deux titres glorieux.Après avoir affirmé nos droits et nos devoirs, nous prenons la respectueuse liberté de demander à Vos Grandeurs de vouloir bien approuver et bénir les déclarations contenues dans le présent mémoire, et nous dire en même temps, si les deux propositions qui suivent sont conformes aux lois et à l’enseignement de l’Eglise.1 L Etat n’a pas le droit de faire enseigner les sciences profanes : ce droit est réservé explicitement à l’Eglise, par ces paroles de Notre Seigneur : Docete omnes gentes.2° La taxe pour le soutien des écoles est contraire aux lois de l’Eglise.KÊPONSE Québec, 19 mai 1881.Mr U.E.Archambault, \ Montréal.J Monsieur le Principal, De concert avec cent trente-trois autres 172 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE laïques catholiques employés dans l’enseignement, vous avez, en février dernier, adressé aux Evêques de cette Province, un mémoire dans lequel vous les priez de prendre en considération le sentiment de malaise et de défiance qui existe contre les instituteurs laïques de cette province, sentiment d'autant plus regrettable qu'il semble s'accroître au lieu de disparaître.Vous nous demandez, en conséquence, de vous dire si les deux propositions suivantes sont conformes aux lois et à l’enseignement de l’Eglise.lo.L’Etat n’a pas le droit de faire enseigner les sciences profanes ; ce droit est réservé explicitement à l’Eglise par ces paroles de Notre-Seigneur : JDocete omnes gentes.2o.La taxe pour le soutien des écoles est contraire aux lois de l’Eglise.L’extrait suivant d’une circulaire de feu Mgr Baillargeon, Archevêque de Québec, en date du 31 mai 1870, vous donnera la réponse à vos deux questions.“ Jésus-Christ a dit à l’Eglise : JDocete “ omnes gentes.docentes eos servare omnia “ quœcumquemandavivobis (S.Mat.XXV-“ III.A elle seule donc a été confié l’en-“ seignement de la doctrine de Jésus- Christ, “ depuis les éléments du catéchisme jus-“ qu’aux plus sublimes vérités de la théolo-“ gie.Par sa constitution divine, elle a le “ droit et le devoir de veiller à ce que la foi “ et les mœurs de la jeunesse chrétienne “ soient sauvegardées dans les écoles et que “ ces biens précieux n’y soient point exposés “ au danger de se perdre.Et comme il ne “ saurait y avoir de droit contre le droit, “ l’Etat ne peut jamais entraver l’Eglise, “ quand il s’agit de la foi et des mœurs.£‘ Pour cet objet, l’Eglise doit avoir entrée “ dans les écoles, non par simple tolérance, “ mais en vertu de sa mission divine.Partir “ de la condamnation des propositions 45 et “ 47 du Syllabus pour refuser à l’Etat toute “ intervention dans l’instruction littéraire et “ scientifique de la jeunesse, en tant que la fin légitime de la société et le bien com-“ mun le demandent ; pour stigmatiser comme “ usurpation sacrilège toute loi civile concer-“ nant l’éducation de la jeunesse ; pour dire; “ enfin, que, par sa constitution divine, l’Eglise doit avoir seule la direction positive des “ écoles, même en ce qui concerne les lettres “ et les sciences naturelles, ce serait mécon-“ naître à la fois la logique et l’enseignement “ des docteurs “ les plus autorisés.” Cet extrait, que je vous communique de la part de tous NN.Seigneurs les Evêques de la province, fait connaître clairement ce qu’il faut penser de l’une et de l’autre question que vous nous posez.Veuillez agréer, monsieur le Principal, l’assurance de ma considération distinguée.?pE.A., Arch, de Québec.PÉDAGOGIE Nous commençons ci-après la publication d’un chapitre sur l’enseignement de la langue maternelle, que nous empruntons à un traité de pédagogie publié en France cette année même, par M.Paul Rousselot, ancien professeur de philosophie et inspecteur d’académie.Nous sommes heureux d’y rencontrer la confirmation des idées que nous avons déjà émises au sujet de la méthode phonique pour l’enseignement de la lecture.LÀ LANGUE MATERNELLE La pédagogie du P.Girard a un titre bien significatif : Cours éducatif de langue maternelle.L’étude de la langue dans laquelle notre mère nous a appris à balbutier nos premières paroles, dans laquelle elle-même, en nous communiquant son cœur et sa pensée, nous a donné la première initiation à la vie intellectuelle et morale ; la langue dont nous nous sommes servis, tout petits enfants, pour traduire nos premières impressions, nos idées, nos émotions, nos douleurs et nos joies, et L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE ¦fl179 I / O pour entrer en commerce avec nos semblables ; la langue qui nous fait distinguer les objets qui nous entourent, les aliments qui nous nourrissent, les métiers dont nous vivons, plus tard les sciences d’où procèdent les arts utiles, les arts qui facilitent et embellissent la vie ; la langue que nos orateurs, nos poètes, nos philosophes, nos savants ont immortalisée par leurs chefs-d’œuvre ; la langue qui, avec ses qualités d’analyse et de raison lumineuse, a été le véhicule de la civilisation, a porté dans le monde entier les grandes notions de justice, de liberté, d’amour des hommes qui sont l’idéal de la France ; enfin, pour tout dire d’un mot, la langue que parlaient nos aïeux, la langue de la patrie française, dans laquelle nous apprenons notre glorieuse histoire : oui, l’étude de cette langue, si bien nommée maternelle, est en effet l’instrument le plus puissant, le plus fécond et le plus souple d’instruction et d’éducation pour nos enfants.Elle commence au berceau, et nous allons la suivre dans ses développe- des caractères qu’on ne peut prononcer que quand ils sont joints avec d’autres, car, en prononçant séparément les consonnes et les faisant appeler (nous disons maintenant épeler) aux enfants, on y joint toujours une voyelle, savoir é, qui n’est ni de la syllabe ni du mot, ce qui fait que le son des lettres appelées est tout différent du son des lettres assemblées.Par exemple, on fait appeler à un enfant ce mot bon, lequel est composé de trois lettres, b, o, n, qu’on leur fait prononcer l’une après l’autre.Or b prononcé seul fait bé ; o prononcé seul fait encore o, car c’est une voyelle ; mais n prononcé seul fait enne.Comment donc cet enfant comprendra-t-il que tous ces sons qu’on lui a fait prononcer séparément, en appelant ces trois lettres l’une après l’autre, ne fassent que cet unique son, bon ?On lui a fait prononcer quatre sons (bé, o, en-ne), dont il a les oreilles pleines, et on lui dit ensuite : Assemblez ces quatre sons et faites-en un, savoir : bon.Voilà ce qu’il ne peut jamais comprendre ; et il n’ap-ments, à partir de l’alphabet et de la page prend à les assembler que parce que son d’écriture.maître fait lui-même cet assemblage et lui crie cent fois aux oreilles cet unique son, bon.” Apprendre à lire par la méthode vulgaire est la chose du monde la plus difficile : chacun n’a qu’à en appeler à ses souvenirs personnels.Il est vrai qu’on oublie vite les maux passés ; mais, à défaut de mémoire, la moindre reflexion suffit pour faire découvrir qu’une telle méthode est contre nature.L’enfant ne comprend que le concret et le synthétique, ce qui parle à ses sens et ce qui 1 interesse : on le condamne à quatre ans, à sept ans, peu importe, au supplice de l’abstraction et de l’analyse la moins intelligible, car elles portent sur des sons isolés qui ne se retrouveront même pas dans le composé.Il y a un peu plus de deux siècles que Pascal et les grammairiens de Port-Royal s’en sont aperçus.“ C’est se contredire soi-même, disaient-ils, que de montrer à prononcer seuls Voilà, en effet, le vice radical du système d’épellation.Il est absolument contraire à la marche naturelle de l’intelligence et surtout de l’intelligence enfantine.Que fait la mère qui apprend à parler à son enfant ?Lui fait-elle épeler papa ou le mot maman l Elle le prononce d’une seule émission de voix, et l’enfant le répète comme il peut, mais de la même manière.Quand son organe se refuse à prononcer une lettre, c’est une consonne qui reste en route, non une voyelle.Quand il reconnaît une personne ou une chose, il la nomme d’une traite, toujours comme il peut, mais il ne songe guère à analyser les sons.A-t-il appris à bien prononcer un mot, on peut alors le lui faire décomposer en syllabes, puis en lettres, sauf à lui faire ensuite réunir ces éléments épars pour 174 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE bien lui prouver qu’ils constituent un tout, le même qu’il connaît et qu’il sait dire.Cette marche, qui part d’une synthèse spontanée pour traverser l’analyse et aboutir à une'syn-thèse réfléchie, est la marche même de l’esprit laissé à lui-même.Elle atténue singulièrement la difficulté, elle ne la supprime pas.Cette difficulté réside dans le fait même de l’analyse ou décomposition des sons en syllabes et en lettres, opération mentale bien laborieuse pour un cerveau de quatre ou cinq ans ! N’est-il pas évident qu’elle sera facilitée, comme toute opération de ce genre, par l’emploi des signes, s’ils sont mis à la disposition de l’enfant, si l’enfant lui-même marque ainsi le rapport existant entre la parole articulée et la parole écrite ?Il ne suffit pas qu’il sache que tel signe imprimé dans un livre ou tracé au tableau représente tel son, il faut qu’il le trace de sa propre main en même temps qu’il prononce le son correspondant : l’analyse mentale prend corps sous ses yeux, l’abstraction disparaît autant qu’elle peut disparaître.Telle est la justification psychologique du seul système rationnel que l’on connaisse, et qui consiste à enseigner simultanément la lecture et l’écriture h Voyons les procédés de ce système.Les enfants ont leur ardoise ; le maître est au tableau.Il montre un dessin représentant un objet connu (le mieux serait qu’il le des- 1.Le professeur Graser l’iutroduisifc le premier, dans les écoles de Bavière, en 1817 ; mais flidée première en est due à deux Français, Py-poulain de Launay et Pierre de Launay, fils du précédent, qui publièrent, l’un en 1713, et l’autre en 1750, une méthode de lecture par ce procédé Jacotot l’avait reprise après G-raser, avec des vues profondes et un grand succès.—La physiologie, dans son état actuel, paraît également justifier ce système, le langage et les mouvements nécessités par l’acte d’écrire paraissant avoir le même centre cérébral (C.Vogt, L'écriture considérée au point de vue physiologique, dans la Bevue scientifique du 26 juin 1880).sinât lui-même, comme cela a lieu dans quelques écoles américaines) : un chat, un rat, une noix, un oiseau, mais d’abord des monosyllables.Il écrit le nom au-dessous, le prononce et le fait répéter.Ce n’est encore qu’un exercice intuitif de language, une espèce de leçon de choses ; il deviendra un exercice de lecture par la décomposition des sons, le maître faisant prononcer isolément la voyelle et montrant ensuite comment les consonnes y ajoutent un son complimentaire.La parole et l’ouïe ont joué jusqu’ici le rôle le plus actif, bien que la vue les ait pour ainsi dire mis en train ; le maître, écrivant lui-même chaque lettre du mot, la fait reproduire par les enfants sur l’ardoise.Avec des combinaisons de mots peu compliquées, on arrive à composer des phrases courtes et simples, et on passe avec une rapidité relativement considérable à la lecture dans le livre.Le livre doit être illustré et ne présenter que des objets connus.Voici un modèle de leçon pris dans un ouvrage américain et cité par M.Buisson ; elle est intitulée “ Le chat et le rat ”.“ Le chien a couru pour attraper un rat (vignette représentative).—Le rat a mordu la lèvre du chien (vignette).— A présent, le rat a couru à la boîte (vignette).—Maintenant il est dans la boîte (vignette).— Eaites aller le chien dedans pour le chercher.Le chien est trop gros pour y entrer (vignette).—Faites-y aller le chat pour le prendre (vignette).— Est-ce que le chat attrapera le rat ?—Le chat le prendra et vous l’apportera”.La traduction ne donne pas une idée de la facilité technique de la lecture, parce que, les mots anglais étant des monosyllabes de deux ou trois lettres, nous ne pouvons pas les rendre en français par des équivalents ; mais il est aisé de décomposer des exercices analogues.Si le maître prend soin en outre de donner de bonnes habitudes d’articulation et de prononciation, l’enfant apprendra à lire d’une façon intelligente et naturelle.Le maître L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 175 lira d’abord, à haute et intelligible voix, le mot, les mots ou la phrase, en accentuant avec soin, en montrant même le jeu des organes vocaux dans telle ou telle articulation ; les élèves répéteront après lui, avec les mêmes inflexions et sur le même ton.C’est une manière de rendre la prononciation identique parmi des enfants nombreux et dont l’organe ne se ressemble pas.(A suivre.) MÉTHODOLOGIE LEÇON DE GRAMMAIRE Suivie cl’un devoir d’application M.—Quelqu’un de vous se rappelle-t-il du sujet de la leçon précédente ?E.—Oui, monsieur, nous avons appris à connaître et à distinguer les temps simples des temps composés du mode indicatif.M.—C’est bien, mes amis, aujourd’hui nous allons continuer la même chose pour les autres modes.Le Conditionnel a deux temps, le présent, je donnerais, et le passé j’aurais donné.Mais le passé du conditionnel prend aussi quelquefois une autre forme, j’eusse donné.L’impératif, n’a qu’un seul temps : donne, sans s, donnons, donnez.Le subjonctif a quatre temps : deux temps simples : le présent, que je donne, Y-imparfait, que je donnasse, et deux temps composés, le passé, que j’aie donné, le plus-que-parfait, que j’eusse donné.L’infinitif a quatre temps : deux temps simples, le présent donner, le participe présent donnant.Le passé de l’infinitif a aussi deux formes comme le conditionnel, avoir donné, donné.C’est cette dernière forme que l’on emploie pour former tous les temps composés.Au moyen de ces quelques explications vous pourrez fort bien classer, d’après le tableau que voici, {Le maître trace sur la planche noire le tableau ci-après) la petite dictée que je vais vous donner.(*) DICTÉE J’ai gagné une image.—Tu étudiais ta leçon,' —Pierre jouait avant la classe.*—Joseph donna une pomme à Léon.—Il faudrait que vous eussiez fini votre travail avant midi.—Aussitôt que nous eûmes terminé notre tâche, nous sortîmes.—Quand mon frère avait appris ses leçons, il sortait.— Vous demanderez au maître la récompense qu’il vous a promise.— Quand mon ami arrivera à l’école, j’aurai déjà récité mes leçons.—Ma sœur étudiait sa leçon, pendant que ses amies s’amusaient.— J’achèterais des livres, si papa me donnait de l’argent.—Tu aurais gagné des prix, si tu avais mieux étudié.—Rendez à son propriétaire l’argent que vous avez trouvé.—Il faut que je parte ce soir.=Il faudrait que j’achetasse du papier et que je ne dépensasse pas tout mon argent.—Il faut qu’il ait eu beaucoup d’énergie pour n’avoir pas succombé dans une telle épreuve.Il aurait fallu que nous eussions donné des récompenses à nos élèves pour les encourager au travail.—Mon enfant, ce n’est pas en jouant que l’on s’instruit.Après avoir employé sérieusement tout son temps à l’étude, ce jeune homme a mérité des récompenses.— Accoutumé au danger dès son bas âge, ce jeune homme possède un sang-froid remarquable.(*) Cette dictée est formée de phrases détachées, afin d’y faire entrer tous les temps du verbe et d’exercer les élèves à les reconnaître avec facilité.Cet exercice devra être continué jusqu’à ce que les enfants n’éprouvent plus aucune difficulté à reconnaître n’importe quel temps d’un verbe quelconque. 176 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE N L’élève classera dans le tableau suivant tous les verbes de la dictée précédente.Tableau servant à distinguer les temps.INDICATIF PRÉSENT Il faut Ce n’est L’on s’instruit " Ce jeune homme possède IMPARFAIT Tu étudiais Pierre jouait Il sortait Ma sœur étudiait Ses amis s’amusaient Mon papa donnait Tu avais PASSÉ DÉF.Joseph donna Nous sortîmes FUTUR SIMPLE Vous demanderez Mon ami arrivera PASSÉ INDÉF.J’ai gagné Il a promise Ce jeune homme a mérité Vous avez trouvé PLUS-QUE-PARFAIX Mon frère avait appris Tu avais étudié PASSÉ ANT.Nous eûmes terminé FUTUR PASSÉ J’aurai récité PARTIE PRATIQUE DEVOIR I L’élève remplacera le tiret par les mots oiseau ou poisson, selon cas.L’aigle—.La caille—.La truite—.La perdrix—.La haleine—.Le brochet—.L’oie—.Le cygne—.La morue—.Le goujon—.Le vautour—.Le saumon—.Le corbeau—.L’anguille—.Le coq—.Le faisan—.Le perroquet—.Le requin—.Le moineau—.Le rossignol—.Le roitelet—.Le hareng—.Le pinson—.La raie—.Le thon—.Le loriot.La carpe—.La grue—.Le perdreau—.La sardine—.L’éturgeon—.Le pivert—.La corneille—.Le linot—.Le turbot—.Le hibou—.L’hirondelle—.La sole—.Le milan—.La perche—.La tanche—.La bergeronnette—.La mésange—.Le barbeau—.Le héron.CONDITIONNEL PRÉSENT J’achèterais Il faudrait PASSE Tu aurais gagné Il aurait fallu IMPÉRATIF PRÉSENT OU FUTUR Rendez SUBJONCTIF PRÉSENT PASSÉ L’élève formera avec chacun des noms suivants un nom de la même famille.Il trouvera lui-même les mots en italiques.Maire, mairie.Statue, statuaire.Menton, mentonnière.Soir, soirée.Marron, marronnière.Sénat, sénateur.Vache, vacher.Sapin, sapinière.Trou, trouée.Mousquet, mousque- taire.Tapis, tapisserie.Ombre, ombrelle.Que je parte Qu’il ait eu II IMPARFAIT PLUS QUE PARFAIT DICTÉE Que j’achetasse Que je dépensasse Que vous eussiez fini Que n.eussions donné INFINITIF PRÉSENT Encourager O PARTICIPE PRÉSENT En jouant PASSÉ Avoir succombé Avoir employé PASSÉ Accoutumé Le linge On distingue plusieurs objets dans le linge.Il y a les serviettes, les nappes ; c’est ce qu’on nomme le linge de table, à cause de sa destination ; les torchons, qui forment le linge de cuisine.Les chemises, les cols et collerettes, les camisoles, les jupons et les bonnets pour les femmes, les bas, les chaussettes, les L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 177 mouchoirs, les essuie-mains, font partie du linge de corps.Il en est de même des draps de lit, des taies d’oreiller, des bonnets de coton, etc.Enfin les clairs rideaux des fenêtres, les tissus légers de lin ou de chanvre composent le linge de luxe, qu’on ne connaît guère dans les campagnes.Le couvert Sur la table, quand on reçoit quelqu’un, on étend une nappe blanche ; souvent aussi on couvre la table d’une toile cirée.Sur les bords on range les assiettes.A côté de chaque assiette, il y a une cuiller, une fourchette, un couteau et un verre.Au milieu de la table, on dispose la soupière, les plats, la carafe, les bouteilles, la salière, la poivrière, le saladier, les burettes, et tout ce dont on se sert quand on prend son repas.Après le dessert, on y place le sucrier, les tasses à café ou à thé avec leurs soucoupes, pour recevoir le breuvage bouillant qu’on verse avec le filtre ou la théière.Explications.—Le linge cle table : le linge qui sert pour la table.—Collerette: petit col.—Dans camisole, on trouve le radicale camis, d’où chemise.—Les essuie-mains : les pièces de linge avec lesquelles on essuie les mains.Essuie, dans essuie-mains, est une forme verbale 1,—Taie d'oreiller, et non tête d'oreiller; d’un mot qui veut dire enveloppe; pièce de linge enveloppant un coussin pour les oreilles et la tête.Recevoir quelqu'un, c’est l’accepter momentanément pour hôte, en lui offrant à déjeuner ou a dîner.La même expression s’emploie quand il s’agit d’une visite : Le ministre vous recevra demain, ou absolument : Madame ne reçoit pas.—Nappe : remarquer que, par analogie, on dit une nappe d’eau, pour une large étendue d’eau tranquille.____- 1.L’Académie écrit au singulier un essuie-main et elle n’indique pas le pluriel de ce mot; M.Littré admet des essuie-main ou des essuie-mains.Cuiller ou cuillère.— Fourchette : petite fourche.— Verre : ver, vert, vers, vair.— Burette : diminutif de buire, ancien mot désignant un vase à mettre des liqueurs ; dans beaucoup de départements on dit buie.— Tout ce dont : tout ce (toutes les choses), complément indirect de se sert.—Distinguer on se sert, du verbe servir, de on se serre, du verbe serrer.—Dessert : le dernier service, celui que l’on sert avant de quitter la table, avant que la table soit desservie.—Soucoupe: forme de mot composé : ce que l’on met sous une coupe: rapprocher soupente (sous pente), mot formé de même.—Breuvage : rapprocher abreuver.ARITHMETIQUES PROBLÈME 1.Un cultivateur vend 6 moutons à $1.75, et 3 tinettes de beurre de 76 lbs.à 18 cts; il accepte en payement $4.00 en argent et 206 minots d’avoine.Combien paie-t-il son avoine le minot ?Rép.$0.25.2.Horace a 8 pommes; Didace en a le double d’Horace ; Louis, 6 de plus que Didace ; Joseph et Pierre en ont 2 douzaines ; mettant leur pommes en commun, ils les partagent également entre eux.Combien gagne celui qui en a le moins et combien perd celui qui en a le plus ?p ' | Horace gagne 6 pommes.\ Louis perd 8 “ 3.Deux hommes peuvent couper une pièce cl’avoine, l’un en 5 heures et l’autre en 9 heures.Quelle portion restera-t-il à couper, si les deux hommes travaillent ensemble pendant une heure ?Rép.U.4.Deux trains partent de la Rivière-du-Loup ; l’un à 7 heures du matin, parcourant 16 milles à l’heure ; l’autre à 10 heures, faisant 108 milles en 4 heures.A quelle dis- 178 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE tance de la R.-du-L.le dernier rejoindra-t-il le premier ?mille, h.Solution : 108^-4 = 27—16 = 11 16 + 3=48 + ll=4x4r 4r4rXl6 = 69I91 6 9 ix + 48 = 117 i9r milles, Rép.J.D.Frèvre.TOISÉ 1.—Combien faudra-t-il payer, à raison de S0.35 le pied carré, pour faire polir la surface convexe de quatre colonnes de pierre dont la circonférence de la base est de 6 pds.10 pcs.et celle du sommet 3 pds.8 pcs.et la hauteur {apothème) 9 pds.3 pcs.?Opération pds.pcs.6 10 Circonf.de la grande base.3 8“ “ petite “ 2) 10 6 “ des deux bases.5 6 — 5.25 demi somme des deux bases.9 3 = 9.25 hauteur (hopothème) 2625 1050 4725 48.5625 Surf, convexe d’une colonne.4 194.2500 “ “ des 4 “ 35 cts.97125 58275 $67.9875 Rép.Explication.M.— Comment avez-vous opéré dans le problème précédent ?E.—D’après la donnée, chaque colonne a la forme d’un cône tronqué.Or, pour avoir la surface d’un cône tronqué, il faut multiplier la demi somme de la circonférence des deux bases par la hauteur=48.5625.J’ai ensuite multiplié par le nombre de colonnes, 4 = 194.25 pds.carrés, surface entière à 35 cts.le pd = $67.98f.2.—Combien faudra-t-il payer pour faire paver en pierre de taille une place en forme de trapèze dont les côtés parallèles sont 68 pds.7 pcs.45 pds.3 pcs.et la perpendicu- laire 98 pds.6 pcs.à $1.30 la verge carrée pds.pcs.68 7 45 3 2)113 10 Somme des côtés parallèles.56 11 demi “ “ “ 98 6 perpendiculaire.5577 10 28 5 6 9) 5606 3 6 622 8 3 6 Surf, de la cour en verges cr.622 vgs.$1.30 — $808.60 4 pds.6 pcs.% 1.30 = 65 3 “ @ 1.30 = 43J 9 pcs.1.3o — lOtr Rép.$809.7991-M.—Quelle marche avez-vous suivie pour faire le problème ci-dessus ?E.—Après avoir additionné les deux côtés parallèles du trapèze, j’ai divisé le total par 2 pour trouver la demi somme, je l’ai multipliée par la perpendiculaire et j’ai obtenu pour surface 5606pds 3, 6, que j’ai divisés par 9 et j’ai obtenu des verges carrées.J’ai ensuite procédé par la méthode ordinaire pour en trouver le prix à $1.30.M.—Dites comment vous avez décomposé les fractions de v.c., 8 p.3.E.—Sur 8 p.3 p., j’ai pris une demi v.c.dont le prix à $1.30 = 65 cts.Il m’a resté 3 p.9 p.Or 3 pds.= J de 1 v.c.=43|-cts.et 9 pcs.= \ de 3 = 10| cts.POÉSIE LES FLEURS DE FRAISIER Sophie, écoufce-moi, ma sœur : Remplis tes mains et ta corbeille De toute fleur bleue ou vermeille ; Mais aux fraisiers laisse leur fleur. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 179 Écoute-moi, je suis l’aînée : Ne dois-tu pas bien m’obéir ?J’ai vu déjà, plus d’une année, Ici les fleurs s’épanouir.Saisis chaque fleur fraîche éclose, Qu’au beau soleil tu vois briller; Épargne celles du fraisier Dont la promesse est quelque chose ! Cueille à foison les violettes, Blanc muguet et soucis dorés; Pleurs du printemps, Dieu les a faites Pour mourir dans l’herbe des prés, Mais cette fleur, blanche, petite, Qui n’est pas moins jolie à voir, N’y touche pas : c’est un espoir Que sa feuille légère abrite.La marguerite ici fourmille Dans les sentiers, dans les gazons ; On voit sa petite famille Végéter en toutes saisons.Chaque fleurette s’ouvre et passe ; D’autres vont éclore demain.Tu peux cueillir à pleine main ; Mais à celles-ci faisons grâce.Dis, ne seras-tu pas contente De trouver, aux mois de chaleur, Dans l’herbe un fruit mûr qui nous tente, Rouge, sucré, plein de saveur ?Au lieu d’une fleur que l’on cueille, Puis que l’on jette eu son chemin, Nous trouverons sous notre main Un doux fruit caché sous sa feuille.Sophie, écoute-moi, ma sœur : Remplis tes mains et ta corbeille De toute fleur bleue ou vermeille ; Mais aux fraisiers laisse leur fleur.Florent Richomme.Eléments de chimie et de physique agricole par le Dr.H.Larue * AMENDEMENTS On dit qu on amende un sol lorsqu’on mele a ce sol une autre variété de terre ou quelques substances qui sont de nature à changer, a CLTYiendev les propriétés physiques de ce sol.(*) Ouvrage enregistré.Lorsqu’une terre est franche, c’est à dire, lorsqu’elle n’est ni trop forte, ni trop légère, et qu’elle contient en de justes proportions l’argile et le sable, il suffit de l’engraisser par des fumures convenables pour la rendre productive.En effet, cette terre demi-sableuse demi-argileuse a les avantages suivants : lo.D’un côté, elle se laisse pénétrer facilement par l’eau des pluies et ne la retient pas en trop grande quantité ; de l’autre, elle ne se dessèche pas trop vite.2 o.Elle se laisse pénétrer assez aisément par la chaleur nécessaire à la nutrition des plantes, et ne s’échauffe pas trop dans les grandes chaleurs de l’été.3o.Elle est assez poreuse pour s’imprégner des divers gaz de l’atmosphère, et permettre aux racines de s’étendre dans toutes les directions pour aller chercher leur nourriture.Lorsqu’une terre est trop forte, on peut l’amender en mêlant à cette terre du sable, des graviers, de petits cailloux, de la chaux, du fumier pailleux, de la terre de savanne, etc., etc.Lorsqu’une terre est trop légère, on l’amende en charroyant sur cette terre de l’argile ou de la terre forte, de la terre de savanne, etc.N Quant à la quantité de ces diverses terres ou substances à charroyer sur les terres à amender, elle doit nécessairement varier suivant la qualité du sol, et suivant l’effet qu’on veut obtenir.En parlent des engrais, nous avons vu que l’emploi de terre ordinaire comme litière sous les animaux, est une excellente pratique.Si cet engrais doit être mis sur une terre forte, on doit alors donner la préférence au sable ; si, au contraire, cet engrais doit être mis sur une terre sableuse, la terre forte convient mieux comme litière.La terre employee de cette manière remplit donc deux objets : lo.elleiagit comme engrais, par le jus, du fumier (purin) qu’elle a absorbé ; 2o.elle opère comme amendement. 190 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE L’amendement, par le mélange de la terre, exige beaucoup de charrois, de main d’œuvre, de dépenses ; aussi, ne doit-il être entrepris et pratiqué que sur une petite échelle à la fois.Tous les ans, un cultivateur peut y consacrer quelques jours, durant les mortes saisons, et son trouble sera bien payé par le rendement.(A suivre).DÉCÈS C’est avec regret que nous avons à enré-oistrer la mort du Dr.Hubert LaRue arrivée O dimanche dernier.Les grands journaux ayant déjà fait l’éloge de ce citoyen distingué, nous nous contenterons d’ajouter que le docteur LaRue était un des hommes les plus dévoués à la cause de l’éducation.Sa qualité de professeur à l’Université Laval, jointe aux études spéciales qu’il avait faites sur l’enseignement, et surtout ce sens pratique qui} l’a toujours fait remarquer, faisaient de lui un membre très utile du conseil de l’Instruc- 9 tion publique dont il faisait partie.Aussi, sa perte sera-t-elle vivement sentie.Nous empruntons au Nouvelliste le trait suivant : “ Le regretté Dr.Hubert Larue pressentait évidemment sa fin depuis quelque temps et se préparait en conséquence.On sait au’il était à mettre la dernière main à un ouvrage qui paraîtra sous peu.Il y a une huitaine, son éditeur se présente chez lui et lui demande s’il a encore de la copie à lui donner.De la copie, dit le docteur ! attendez un Instant.Et prenant son crayon il improvise les vers qui suivent où se révèle la foi de l’auteur : ” EÊVE DU CIEL J’y rêve bien souvent à mon bon cimetière.J’y rêve aussi souvent à cette bonne bière, Où blanchiront mes os.J’aurai pour me pleurer les ’armes d’une mère.D’un enfant bien-aimé l’effi ace prière, Et l’éternel repos.Ils sont là trois des miens, sous la terre durcie ; Ils sont là trois des miens ! sous la bise adoucie, Je revois leurs cercueils.Je les revois souvent : toujours dans ma pensée Leur souvenir me vient, bienfaisante rosée, Souvenir de linceul.Au ciel nous irons tous ! au ciel, notre patrie! Ce qu’on voit en ce monde est peu digne d’envie ; Au ciel nous irons tous ! Nous y vivrons en paix, sans craintes et sans alarmes, Là,jamais de chagrins, jamais nonplus de larmes.Et nous prîrons pour vous.“ Espérons que le ci-devant professeur n’aura pas pour le pleurer seulement Y efficace 'prière de ses enfants ; il a droit à un souvenir de ses nombreux élèves.” Librairie du bon Marche CVIVRE ET LAISSEE VIVRE) 46, RUE DE LA FABRIQUE, 46.HAUTE-VILEE, QUEBEC.Avis à MM.les Secrétares-Trésoriers des écoles, à MM.les Instituteurs et Institutrices, à MM les marchands, etc., etc.Le gouvernement ayant aboli le Dépôt de Livres, M.Augustin Raymond, qui y a été employé durant trois ans, a pris la direction de la Librairie A.O.Raymond.La satisfaction qu’il a donnée à tous ceux qui ont eu affaire à lui au Dépôt le porte à croire que cette clientèle le suivra au nouvel établissement qui a été ouvert le 14 Août dernier, au No.46, rue de la Fabrique, en face de l’emplacement des anciennes Casernes des Jésuites.Les commissaires d’école trouveront à cette librairie tout ce dont ils peuvent avoir besoin—livres, cahiers, papier, plumes, la meilleure encre et poudre à encre française noire, etc., livres de comptabilité pour les secrétaires trésoriers, cartes géographiques, globes, etc., et de plus remarquez que mes prix sont tes plus bas possibles et que j'offre les mêmes avantages pour payement etc., etc., qu'a l'ex-Dépôt de livres du gouvernement.La librairie A.O.Raymond se tiendra aussi au courant des ouvrages de littérature française les plus rrécnts, tels que ceux d’Alphonse Daudet, d’Henri Gréville, de Maxime Du Camp, de Victor Tissot, d’Octave Feuillet et de tous les meilleurs écrivains du jour.Enfin l’on trouvera à cet établissement un assortiment complet de papeterie, imagerie, articles de fantaisie, etc., et le public y sera accueilli avec tous les égards et toute la politesse possible.Ut/31 Une visite est respectueusement sollicitée.A.O.RAYMOND.Imprimé par C.DARVEAU, rue de la Montagne, Québee
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