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Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Octobre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
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L'action nationale, 1934-10, Collections de BAnQ.

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[" Le péril communiste Le communisme n\u2019a pas encore exercé chez nous les ravages dont souffrent d\u2019autres pays.Il est cependant déjà installé au coeur de notre population.Et activement il creuse les mines sous lesquelles crouleront, si nous n\u2019y prenons garde, nos assises sociales.Le démasquer et le combattre est donc une tâche urgente.L\u2019expérience des autres peuples nous y engage.Ce sera l\u2019honneur de 1 Ecole Sociale Populaire d\u2019avoir compris ce devoir et de s\u2019être mise à l\u2019oeuvre avec intelligence et courage.Les Journées qu\u2019elle vient de tenir à Montréal furent remarquables.Fidèle aux lois de la stratégie, elle ne s\u2019est pas contentée d analyser le mal, elle en a diagnostiqué les causes puis indiqué nettement les remèdes.L\u2019heure est maintenant aux actes.Ils relèvent surtout des honnêtes gens.Moins de cupidité et d\u2019égoïsme dans nos relations.Plus de justice sociale.Une économie qui soit d abord au service de la personne humaine.En d\u2019autres termes, réforme des moeurs et réforme des institutions, pour 90 l\u2019action nationale reprendre les expressions mêmes de S.S.Pie XI, dans son encyclique Quadragesimo Anno.Ces réformes, 7\u2019Action nationale les a réclamées dès ses débuts.Elle a dénoncé la dictature économique qui écrase notre peuple.Elle a appuyé le programme de restauration sociale qu\u2019un groupe de catholiques éclairés et courageux proposait récemment.Elle a participé aux Journées anticommunistes de l\u2019Ecole Sociale Populaire: son président et quelques-uns de ses directeurs y ont présenté de magistrales études.Cette lutte contre le communisme, par la purification de ses sources empestées, la disparition des abus d\u2019un capitalisme prépo-tent, l\u2019instauration des corps professionnels, base du régime corporatif, la pratique de la justice sociale et de la charité, nous entendons la mener avec une vigueur nouvelle.Puissent tous nos amis agir ainsi! L\u2019ACTION NATIONALE AVIS IMPORTANT On voudra bien s\u2019adresser dorénavant pour tout ce qui concerne et la direction et 1 administration de la revue, a L'ACTION NATIONALE, 3472, rue Hutchison, Montréal.Le nouveau Directeur de la revue, M.Arthur Laurendeau, recevra, à cette adresse, le mercredi, de 3 à 5 heures. L éducation nationale et le couvent Nous avons le sentiment de ne pas exagérer en déclarant qu\u2019il sera vain d\u2019entreprendre une croisade d\u2019éducation nationale et de vouloir recréer partout la fierté française, si les femmes n\u2019y apportent leur collaboration.Nous avons un impérieux besoin de leur concours en presque tous les domaines.Il faut que toutes se rendent compte qu\u2019à ce sujet, un devoir strict s\u2019impose à elles, sans plus tarder; que ce devoir en appelle à la fois à leurs forces de persuasion et de tendresse et aux dictées de leurs consciences.Ces consciences, sans doute, semblent moins atteintes que d\u2019autres par les compromissions de la vie publique; mais par contre, mais sûrement, elles ne sont pas sans cesse alertées, demeurent moins soucieuses du danger, et portées à s\u2019enliser, tout doucement, dans une routine confortable ou un égoïsme léger, puéril, mesquin.Il faut enfin que les femmes, dont les esprits auront été mis profondément en éveil, envisagent avec courage les difficultés actuelles, cherchent, par tous les moyens qui leur sont propres, à parer à la détresse française.Car, ne nous faisons pas illusion, il y a une détresse française.Il y a une détresse française, même en notre province française du Québec. 92 l\u2019action nationale Ceci étant posé, ne devrons-nous pas, nous les femmes, songer d\u2019abord et par-dessus tout, à concentrer, à mobiliser autour de la tâche prescrite toutes les qualités que l\u2019on nous reconnaît comme éducatrices, comme gardiennes et comme amies de la jeunesse ?On ne nous contredira certainement pas: quand il s\u2019agit d\u2019éducation nationale, c\u2019est-à-dire de formation patriotique, nous avons chance de nous faire entendre en pénétrant dans nos couvents, auprès de nos dévouées religieuses enseignantes, auprès aussi de nos moins nombreuses institutrices laïques.A toutes sont confiées l\u2019élite de la jeunesse féminine en notre pays.Sur les épaules de toutes, pèsent au point de vue national, comme à tant d\u2019autres, et durant six, huit, dix années, pour chaque génération nouvelle, la plus lourde comme la plus entière des responsabilités.Nous en sommes sûre, beaucoup nous entendant parler ainsi lèvent des yeux surpris, s\u2019apprêtent même à douter de la meilleure foi du monde, qu\u2019il y ait péril à ce point en la maison canadienne -française.Elles ont peine à croire qu\u2019il soit d\u2019une telle urgence de tenter un vigoureux mouvement d\u2019ensemble en vue d\u2019un effort reconstructif.Rien autour d\u2019elles ne les a encore trop péniblement impressionnées, ni surtout fait voir que le mal est d\u2019abord en nous.Tout s\u2019enveloppe comme hier, du moins il leur l\u2019éducation nationale et le couvent 93 semble, du calme des situations bien définies et bien établies, où il entre après tout assez de justice et de discernement.A quoi bon alors ce pessimisme un peu enquêteur ?Pourquoi ce besoin de faire naître, puis de nourrir en les esprits l\u2019inquiétude, l\u2019inquiétude patriotique en particulier ?La raison de cette attitude, où la confiance existe plus en surface qu\u2019en profondeur, s\u2019explique très bien.Chez nous, avouons-le, bien peu veulent et aiment à voir net, regardent avec une attention qui perce l\u2019écorce des choses, non seulement en eux, mais autour d\u2019eux, en cette ambiance moderne, très brillante sans doute, mais où l\u2019on tourbillonne si bien que le paysage se brouille tout de suite, perd ses contours, fait voir tout à la fois, c\u2019est-à-dire ne fait rien voir à sa place véritable, sur un horizon où s\u2019accusent les reliefs.Et pourtant, il faudra en venir à cette vue pénétrante et vraie des choses, et le plus tôt sera le mieux.Il faudra se livrer à un examen, sans cesse renouvelé, de la place que nous occupons, de celle surtout que nous devrions occuper, en ce milieu où nous nous mouvons de par la volonté de la Providence.Puis, en ce milieu, nous aurons à en isoler bien vite, afin de le mieux voir, en une vision au ralenti, un seul angle, l\u2019angle du national.Et enfin autour de ce seul angle, une fois bien circonscrit, on en voudra étudier un énorme reflet, qui s\u2019y projette sans cesse, tantôt brillant, 94 l\u2019action nationale tantôt vacillant: le couvent et son important apport éducatif.Que voulez-vous que nous fassions d\u2019autre, que réfléchir, réfléchir encore et nous exprimer avec pessimisme, lorsque, des avant-postes, vont et reviennent, chaque fois plus soucieux, des soldats éprouvés, aux regards lucides, aux communications précises?Ne nous transmettent-ils pas les impératifs les plus sévères ?Leurs constatations désolantes n\u2019établissent-elles point qu\u2019en quelques milieux du moins l\u2019on mesure le péril qui menace notre mission de Français et de Françaises sur cette terre découverte, défrichée, puis sauvée combien de fois par les nôtres ?Disons-le, nous nous sentons des héritiers amoindris d\u2019une des plus nobles civilisations du monde.Il devient de plus en plus évident que nous n\u2019avons jamais rien eu à gagner, mais au contraire tout à perdre à vouloir assimiler des qualités par trop étrangères à notre riche nature.Ces voix que nous avons entendues, elles voudraient bien n\u2019avoir pas clamé dans le désert.Elles nous prient, avec quelle anxiété d\u2019apôtre, de répandre ces dures vérités qui saisissent et forcent à penser.Oh! ces voix, il nous en souvient, elles avaient soufflé avec quelle tristesse en nous abordant: \u201cA l\u2019ouest, non à l\u2019est, où nous ne pensions pas à regarder, beaucoup de nouveau! Tenez, écoutez ceci: \u201cDans le Québec, il y a l\u2019éducation nationale et le couvent 95 2,875,255 habitants (et sur ce nombre, ajouterais-je, comptons autant de femmes que d\u2019hommes), dont 2,270,059 Canadiens français.Cependant, résultat déplorable et humiliant, contrairement à ce qui se passe chez les peuples conscients de leur dignité et de leurs intérêts, la majorité, chez nous, est orientée au service de la minorité.\u201d Orientée! c est-à-dire dirigée, conduite.Mais qui porte le poids de cette course, où ne luit pas d\u2019étoile ?Hélas! tous et chacun de nous, probablement.Et ceci: Une littérature nationale, une architecture nationale, un art national ?Nous en aurons quand nous aurons une pensée nationale, c\u2019est-à-dire quand, ayant renonce a singer les autres, nous nous serons penches sur nous-memes pour y découvrir notre âme, en cultiver et en polir toutes les virtualités\u201d.Et enfin, ceci, qui concerne directement le sujet que nous traitons et vient ménager, sans ménagement, helas, la transition que nous préparions: \u201cIl est possible que les couvents, ceux surtout qui, depuis vingt ans, ont sacrifié chez nous à toutes les formes du snobisme, aient à prendre leur large part de responsabilités pour l\u2019état d\u2019âme si souvent déplorable de la jeune Canadienne française aussi dépourvue de sens national que de sens catholique\u201d.\u201cEtat d\u2019âme déplorable.Canadiennes françaises dépourvues de sens national\u201d.le tableau est-il assez poussé au noir?Et le fait seul que 96 L ACTION NATIONALE des paroles aussi sévères aient pu être écrites n\u2019apporte-t-il pas la certitude que le mal existe, même sans s\u2019être généralisé, du moins à notre connaissance.?Mais n\u2019appuyons pas sur ces misères puisque, comme le prononce notre maître à tous, en ces matières, M.l\u2019abbé Groulx, \u201cl\u2019effort constructif importe seul\u201d.Ce grand historien-patriote de chez nous, ne nous invite-t-il pas, par ailleurs, à nous tourner plus volontiers vers les devoirs de demain que vers certains souvenirs regrettables du passé ?Nous deviserons donc, sous son égide, le cœur moins lourd, vraiment.\u201cPour qu\u2019il y ait éducation au foyer, a-t-on accoutumé de dire en des milieux autorisés, il faut d\u2019abord qu\u2019il y ait éducation au couvent.\u201d Est-ce que, cette assertion, en nous étonnant au premier abord, ne nous force pas à admettre l\u2019influence prépondérante dent dispose la religieuse auprès de l\u2019élève, cette mère de famille de demain ?Ce dont celle-ci se souviendra plus tard, il est vrai, lorsque, regardant ses enfants, elle voudra voir rayonner sur leurs fronts toutes les fiertés de l\u2019âme française, ce dont elle se souviendra, ne serait-ce pas des leçons dont sen âme, à elle, aura vibré jadis ?\u201cOui.se dira-t-elle, on ne m\u2019a l\u2019éducation nationale et le couvent 97 pas appris en vain, durant mes dix années de pensionnat, à avoir foi au génie de ma race.J\u2019y ai foi.J\u2019en ai l\u2019orgueil.J\u2019en ai la passion.J\u2019ai tressailli si souvent jusqu\u2019au fond de mon être sous les vocables brûlants qui entouraient au couvent l\u2019idée de patrie.Je me revois sans peine, dans les jardins, déambulant, une flamme dans les yeux, à travers ces allées, où les érables, chaque automne, rutilaient sous leurs feuilles d\u2019or et de feu.Soudain, une maîtresse se mettait à chanter notre pays, ses beautés naturelles; puis, elle nous entretenait, lentement, semblant poursuivre un rêve mystique, de la \u201crace mystérieuse\u201d dont nous étions issues, race, disait-elle, citant un auteur aimé \u201cqui toujours se plaint, mais toujours se donne; race, qui souvent se révolte devant les sacrifices qu\u2019on lui propose, mais qui, sans en excepter un, les accomplit tous en silence\u201d.Quels portraits de nos propres cœurs, de ce qu\u2019ils étaient ou de ce qu\u2019ils devaient être, ne voyions-nous pas, alors!.Puis bientôt, les souvenirs historiques de chez nous aidant, nous nous surprenions à vouloir être, qui, une madame de la Peltrie, qui, une Madeleine de Verchères, qui, même un Lambert Closse ou un Dollard, nonobstant le sexe.Oui, éveiller l\u2019esprit et le cœur de la jeune fille sur son rôle national, les éveiller alors que les yeux sont neufs, et que l\u2019âme vibre promptement 98 l\u2019action nationale à révocation de la beauté spirituelle, c\u2019est ce qui importait hier, c\u2019est ce qui importe encore davantage aujourd\u2019hui.La religieuse éducatrice comprendra bien, d\u2019ailleurs, comme on le lui a dit, que \u201cl\u2019éducation nationale\u201d n\u2019est rien autre chose que la culture d\u2019un coin de la conscience du chrétien, celui qui concerne ses devoirs envers la patrie\u201d; car, \u201cle chrétien doit se sauver dans un milieu concret particulier, à l\u2019édification ou à la destruction duquel il concourt bon gré, mal gré\u201d.Ce sont là de décisives paroles pour des éducatrices revêtues du Christ! Elles savent que le Christ reconnaissait, aimait, voulait que vivent les nations les plus diverses.Ne les recomman-dait-Il pas aux siens en des paroles qui allumeront toujours à travers le monde, la grande flamme missionnaire: \u201cAllez, enseignez toutes les nations.\u201d ?Au Canada, deux nations, unies, mais non fusionnées, par la reconnaissance de droits nationaux et constitutionels égaux, forment le peuple canadien.La française, d\u2019abord, qui fut la première à posséder le sol, à le défricher au prix de ses sueurs, puis le défendit au prix du sang de ses veines, ouvertes même par le martyre.Et l\u2019anglaise, la conquérante qui suivit.Nation dont on ne gagne la confiance, dont on n\u2019obtient le droit à la liberté que par la dignité, la fermeté, l\u2019éducation nationale et le couvent 99 la constance dont on sait envelopper les gestes des justes revendications.Et toutes les deux, nationalité anglaise et nationalité française, se sentent et sont parfaitement chez elle sur la terre du Canada.Elles ne demandent qu\u2019à se développer, chacune selon ses qualités propres, selon celles, par conséquent, dont s\u2019est plu à les douer en les différenciant, non en les opposant durement, le Maître de tous les mondes.Son Eminence le cardinal Villeneuve n\u2019affir-mait-il, pas avec sa belle autorité et sa maîtrise de pensée, cette assertion, lorsque, à Québec, le 26 février dernier, il déclarait: \u201cDans la plus fidèle allégeance à la couronne de George V et dans la plus stricte observance du pacte confédératif de 1867, il y a place pour notre langue et nos traditions propres, place pour le rameau français à travers tout le Dominion\u201d.Place partout ici pour notre langue et nos traditions propres! Voilà, il me semble, qui doit alimenter la pensée nationale des éducatrices de chez nous; voilà qui doit les inciter à approfondir davantage, à définir nettement le devoir national qu\u2019est appelée à remplir la Canadienne française.La Canadienne française! Ah! éveiller en elle la volonté suprême de goûter par-dessus tout son originalité française, de transmettre, enrichi, le magnifique héritage spirituel qui est le sien, et cela alors que l\u2019ambiance actuelle tendrait plutôt 100 l\u2019action nationale à ruiner ses aspirations ou à les transformer en quelque chose d\u2019uniforme, qui ne serait ni français, ni anglais.Quelle noble ambition que celle-là, apôtres du devoir national! Quel service incomparable à rendre, à sa race comme à son pays! Enfin, quelles forces morales insignes à substituer à cette honte, qui semble s\u2019attacher souvent à nos pas: la lente mais sûre abdication de notre nationalité.\u201cPacifiste par persuasion et batailleur d\u2019instinct\u201d, a-t-on dit du Français, \u201cil n\u2019y a pourtant que l\u2019honneur et la gloire qui le fouettent\u201d.N\u2019aurions-nous donc plus chez nous de ces puissants leviers intérieurs, dont témoigne notre histoire à combien de ces pages ?Où, comment, retrouver, notre indéniable vouloir-vivre collectif, qui a résisté dans le passé, ne reculant devant rien, bravant le martyre le plus ignominieux, tel celui des sombres années de 1837 et 1838 ?Mais croyez-vous que ces Chamilly de Lorimier, que ces Cardinal, que ces Duquette, que tous leurs compagnons, auraient été les âmes magnanimes qu\u2019elles ont été si, auprès d\u2019eux, les mères, les épouses et les filles, les fiancées, nonobstant le silence dont les enveloppe l\u2019histoire, n\u2019eussent eu au cœur, comme eux, avec eux, la passion du petit coin de terre où elles vivaient et où elles voulaient que vive aussi, libre, respecté, protégé, leur idéal français ? l\u2019éducation nationale et le couvent 101 La leçon de patriotisme au couvent! Qu\u2019elle se placerait bien, vraiment, aussitôt après la leçon de catéchisme.Elle comporterait, ne fût-ce que quelques minutes, mais quotidiennement, l\u2019étude d\u2019une doctrine précise, de celle-là, qui inculquerait à jamais, dans l\u2019esprit de la petite Canadienne française, attentive lorsque son cœur a su vibrer, qui inculquerait, dis-je, les convictions fondamentales.Ne craignons pas de ne pouvoir nous abreuver à aucune source.Des théoriciens-apôtres se sont levés chez nous.Laissons-nous inspirer et guider par eux.Reprenons souvent leurs paroles aux formes lapidaires, pour en extraire toute la riche substance.Oyez avec nous quelques-unes de ces admirables formules.\u201cNotre seule façon d\u2019exister et de compter en notre pays, c\u2019est de persévérer dans notre être, ou mieux encore d\u2019exceller en notre innéité française\u201d.\u2014 \u201cUne évasion de l\u2019inconscience et de l\u2019imprécision, voilà ce qu\u2019il est permis de souhaiter pour la vie nationale de notre peuple\u201d.\u2014 \u201cA l\u2019amour de l\u2019argent substituons l\u2019amour du métier, source de bien-être, de richesse et d\u2019honneur\u201d.\u2014 \u201cDépassons-nous quotidiennement.\u201d \u2014 \u201cLa vie en confédération n\u2019impose à nulle province, comme à nulle des deux nationalités composantes, le moindre renoncement à leurs particularismes, comme à leur avoir culturel.\u201d \u2014 \u201cQuand on a l\u2019honneur d\u2019être 102 L ACTION NATIONALE un fils intellectuel du pays de Pascal et de Racine, que l\u2019on est par surcroît le fils d\u2019un milieu catholique, l\u2019on n\u2019a peut-être pas le droit de se croire supérieur à tout autre, mais n\u2019a-t-on pas le devoir de ne se croire inférieur à personne?\u201d \u2014 \u2018\u2018Nous n\u2019aurons de chance de survivre que dans la mesure où nous recommencerons enfin d\u2019exiger qu\u2019on apprenne à nos enfants tout leur devoir national\u201d.Mises ainsi parfaitement en possession d\u2019axiomes qui reposent tous sur les idées essentielles, fondamentales de l\u2019éducation nationale, ayant de nouveau bien visible sur le front le rayonnement de la fierté française, pli héréditaire qui ne s\u2019efface jamais complètement, nous pourrons ensuite préconiser les formes d\u2019action particulières, nécessitées par les besoins de l\u2019heure et aptes à servir les meilleurs intérêts de notre nationalité.Ce sera tantôt une vigoureuse et pressante campagne en faveur de l\u2019achat chez nous; ce sera une prière aux Canadiennes françaises de s\u2019émanciper de quelques-unes de ces modes outrancières, ou américaines, ou juives, qui déparent si mal la distinction française, faite d\u2019élégance mesurée, discrète.Ce sera, enfin, cette touchante recommandation \u201cd\u2019amorcer au plus tôt des correspondances suivies avec la jeunesse des groupes minoritaires d\u2019origine française au Canada, faisant de ces correspondances une habitude et un moyen d\u2019éducation\u201d. l\u2019éducation nationale et le couvent 103 Oui, très bien, oui, nous en sommes et tous ces mouvements ne seront qu\u2019admirablement facilités par une éducation nationale bien entendue.Ce seront de nouveaux brandons de feu venant aviver un foyer, allumé en l\u2019honneur de la patrie et répandant de plus en plus la chaleur créatrice de la vie.En terminant nous serait-il permis de demander que la plus intime, la plus sincère des collaborations existe au point de vue national, entre la mère de famille, souvent une ancienne du couvent, et la religieuse éducatrice, souvent elle aussi, une ancienne du même couvent qu\u2019elle n\u2019a pas quitté ?Ce serait peut-être le moyen de faire cesser le double et désolant spectacle: d\u2019une part, celui de la religieuse: un soin incessant, émouvant pour faire de l\u2019élève une patriote éclairée, et voulant servir, même héroïquement au besoin, son petit coin de terre; et de l\u2019autre, celui de la maman et de la femme du monde: une insouciance ou une attitude mi-ironique, mi-dédaigneuse, dès que la question de patriotisme se pose, que sa fille est là, les oreilles si volontiers ouvertes dans le salon agréable de sa mère ?Rien, rien ne doit être négligé, l\u2019heure est grave, pour assurer à la jeune Canadienne française une 104 l\u2019action nationale forte éducation nationale.Et il faudra tremper son âme de telle façon qu\u2019elle donne plus qu\u2019elle n\u2019aura reçu, et qu\u2019elle ne soit au-dessous d\u2019aucun devoir.Nous avons de plus en plus le sentiment, redirons-nous à la fin de cet article, en reprenant notre assertion du début, qu\u2019il sera vain d\u2019entreprendre tout mouvement, au point de vue national, comme à tant d\u2019autres, si les femmes n\u2019y sont gagnées, n\u2019y adhèrent de cœur, d\u2019esprit, de volonté.Le couvent, qui a fait nos grandes aïeules et nos mères, fera encore sa part, certes.Il ne faut plus que l\u2019on dise, à tort ou à raison, que, de toute la jeunesse de notre sang, celle qui pense et agit le moins nationalement, c\u2019est la jeune fille.Marie-Claire DAVELUY Nous aurions voulu remercier convenablement ceux des journaux qui ont fait écho à nos enquêtes sur l\u2019éducation nationale.A Québec, dans VAction Catholique, M.Eugène L\u2019Heureux nous consacre un Premier-Québec; M.Héroux avait fait la même chose dans le Devoir.M.Raymond Douville, du Bien Public, commente audacieusement notre indépendance.Mentionnons M.Emile Langis dans le Progrès du Saguenay et M.Beaulieu dans le Travailleur, dont les paroles nous sont un véritable réconfort.Enfin, l\u2019Ordre nous cite abondamment, quelquefois avec des commentaires fort élogieux.Nous en oublions peut-être, nous reviendrons à la charge.Les idées que nous défendons nous semblent dignes de faire l\u2019unanimité des Canadiens français.Ceux de nos amis qui le comprennent sont priés d\u2019accepter ici l\u2019expression de notre vive reconnaissance.\u2014 A.L. La protection de 1\u2018épargne Notre pays a subi depuis quelques décades l\u2019influence des mœurs américaines, surtout dans les affaires.Aussi, a-t-on vu s\u2019introduire chez nous des méthodes financières condamnables, qui ont ruiné l\u2019épargnant et jeté un tel désordre dans la vie économique que nombre d\u2019entreprises ont fait faillite, vouant à la misère des milliers d\u2019ouvriers.Alors que la France, où la richesse est mieux répartie, a traversé la crise sans difficultcés graves, notre jeune pays, aux richesses illumitées, a subi plus que tout autre, excepté les États-Unis, les effets néfastes d\u2019une dictature financière qui est le juste aboutissant du libéralisme doctrinaire et la pire faute des temps actuels.Un million de chômeurs depuis deux ans sur quelque dix millions d\u2019habitants: peut-on trouver meilleure preuve de la gravité de la situation ?Nos voisins du sud nous donnent cependant un magnifique exemple de redressement moral et financier.Ceux-là mêmes qui n\u2019approuvent pas dans son ensemble l\u2019expérience du président Roosevelt doivent reconnaître que par nombre de points \u2014 lutte contre la fraude, limitation des traitements des employés supérieurs dans les sociétés par actions, développement des syndicats 106 l\u2019action nationale ouvriers et réglementation de la production dans chaque industrie afin d\u2019augmenter le pouvoir d\u2019achat du peuple \u2014 elle tend à rétablir dans les affaires le respect de la justice et de la morale.Voici les principales mesures que le président des États-Unis a soumises à la législature par son dernier projet de loi, afin de limiter la spéculation \u201cinutile, inintelligente ou destructive\u201d: \u201cInterdiction d\u2019effectuer des opérations fictives entre courtiers; sanctions contre les propagateurs de fausses nouvelles; interdiction d\u2019accaparer les valeurs ou les marchandises; contrôle des opérations des boursiers par des commissions spéciales; vérification des livres ad hoc\u201d.1 M.Roosevelt limite en outre aux banques de réserve fédérale le droit de prêter aux courtiers.En France, la législation et la jurisprudence manifestent le désir général d\u2019assainir la finance.La cour de Paris n\u2019a-t-elle pas décidé par deux fois que le vote d\u2019une assemblée d\u2019actionnaires ne libérait pas les administrateurs de leur fraude ?N\u2019a-t-on pas vu le parlement français réglementer le vote aux assemblées d\u2019actionnaires par la loi du 13 novembre 1933 qui abolissait les actions à vote privilégié, accordait droit de vote aux actionnaires en proportion du capital souscrit, tout en rattachant un vote double aux titres nominatifs depuis au 1 Cité par Paul M.F.Durand: L\u2019expérience américaine continue.Dossiers de l\u2019Action Populaire, 10 juin 1934. LA PROTECTION DE L\u2019EPARGNE 107 moins deux ans ?Nombre d\u2019économistes en France trouvent ces réformes insuffisantes et réclament une refonte complète de la loi sur les sociétés par actions.Les législateurs se sentent par ailleurs surveillés de près par une opinion publique vite alertée comme l\u2019a fait voir l\u2019émeute provoquée par la connivence de certains ministres avec le financier Stavisky.Les quelques exemples ci-dessus démontrent qu\u2019à l\u2019étranger la protection de l\u2019épargne est à l\u2019ordre du jour, alors qu\u2019aucun gouvernant ne s\u2019en préoccupe en notre pays.La révélation d\u2019affaires louches, semblables à celles de Stavisky, laisse l\u2019opinion presque indifférente.Le Canada, non plus que la province de Québec, n\u2019a encore les chefs désireux de réaliser un programme sérieux d\u2019assainissement financier et capables de l\u2019imposer aux partis politiques.Loin de là, les procédés les plus opposés à l\u2019intérêt commun reçoivent l\u2019appui tacite ou manifeste de nos gouvernants.M.Bennett n\u2019a-t-il pas tenu secrètes les révélations de l\u2019enquête sur l\u2019industrie du tabac où tant d\u2019abus se sont pourtant commis ?Dans notre province, n\u2019a-t-on pas hypothéqué le domaine public pour venir en aide aux financiers qui avaient ruiné l\u2019industrie du papier ?Pourtant, puisque nous avons laissé s\u2019introduire au Canada des abus plus criants encore que ceux dont se plaignent d\u2019autres pays, nous devrons recourir comme eux aux mesures propres à rendre 108 l\u2019action nationale leur cours normal aux affaires.Autrement notre peuple, si patient et religieux soit-il, prêtera une oreille complaisante aux meneurs qui lui prêchent la lutte des classes.Le peuple français a poussé autrefois l\u2019idée démocratique à ses limites les plus absurdes pour des injustices moins généralisées et moins graves dans leurs cosnéquences que celles du temps présent.Alors comme aujourd\u2019hui, personne ne voulait croire au danger des exaspérations populaires; chacun louait à l\u2019envi le traditionalisme de ces foules croyantes et blâmait ceux qui cherchaient à réformer la noblesse française pour la sauver du désastre.Les leçons du passé incitent les citoyens clairvoyants à réclamer chez nous des moyens efficaces de sauvegarder sans retard les intérêts de l\u2019épargnant.Le manifeste de l\u2019Action Libérale Nationale et les déclarations de M.Stevens, ministre du commerce du Canada, démontrent que les plus éclairés de nos hommes publics comprennent l\u2019importance de ce problème.M.Stevens disait: \u201cJe ne serai pas un témoin muet des abus et des erreurs.Nous avons passé à travers une période de misère et de difficultés et nous sommes sur le point d\u2019en sortir.Mais si nous ne mettons pas à contribution ce que nous avons appris, nous ne ferons que nous enliser dans une situation pire.L\u2019élément le plus néfaste en affaires c\u2019est la peur et l\u2019inquiétude: la crainte de la concurrence injuste; crainte d\u2019une la protection de l\u2019epargne 109 influence destructrice sur laquelle nous n\u2019aurons aucun contrôle.Il nous faut faire disparaître cette crainte et cette méfiance.Le meilleur antidote à la peur, c\u2019est une conscience nette et la certitude que nous agissons bien\u201d.1 N\u2019est-ce pas par la mise en pratique de ces idées que le président Roosevelt a rendu confiance à son peuple, qui s\u2019abandonnait rapidement au mirage révolutionnaire ?J\u2019aurais peu de peine à corroborer le témoignage de M.Stevens par celui de nombreux économistes et sociologues, si le souci de la brièveté ne m\u2019en empêchait.Cependant, puisque ce problème présente tant d\u2019importance, je crois utile de rappeler ici les principales reformes proposées dans de récents travaux.Le mouillage du capital est le plus grave abus de la finance moderne.C\u2019est lui qu\u2019il faut combattre tout d abord.Les principaux moyens d\u2019y arriver paraissent être les suivants: 1)\t\u2018\u2018Responsabilité conjointe des administrateurs avec les vérificateurs qui signent les états financiers des sociétés\u201d.2)\t\u201cResponsabilité conjointe des administrateurs et des courtiers qui vendent les titres d\u2019une compagnie quant à la véracité du prospectus\u201d.2 1\tCité par Le Devoir, le 15 août, 1934 2\tPropositions tirées du Programme de Restauration So-ciale, publié à l\u2019E.S.P., Montréal, 1933.Voir aussi le commentaire de M.Philippe Hamel, Trusts et Finance, E.S.P.1934, p.63 et suiv. 110 l\u2019action nationale 3)\t\u201cSimplification de la structure financière des sociétés par actions.\u201d Cette simplification pourrait se faire de cette façon: a)\tabolition des obligations.b)\tabolition des actions sans nominal, des actions de fondateurs, des actions privilégiées.Bref, limitation des actions à une seule catégorie d\u2019actions ordinaires non cumulatives.c)\tinterdiction des bonis en actions ou des divisions de titres.4)\t\u201cFixation des apports d\u2019actif et de passif, et de la capitalisation des entreprises par un tribunal du commerce, ou par le conseil corporatif, lorsque ce dernier sera constitué dans les diverses branches de l\u2019activité économique\u201d.1 Les deux premières propositions, de même que la quatrième, s\u2019imposent avec tant d\u2019évidence qu\u2019elles ne demandent aucune analyse.Arrêtons-nous un instant à la troisième, qui a pour but d\u2019unifier les intérêts de tous ceux qui participent à une affaire et d\u2019empêcher qu\u2019un petit groupe d\u2019individus ne profitent de la complication des capitaux pour dominer l\u2019entreprise et la gérer en leur faveur.Certains économistes trouveront peut-être trop draconienne la suppression des obligations; ils 1 Adrien Gratton: Le Mouillage du Capital, E.S.P., 1934, p.84 et suiv.Voir aussi Programme de Restauration Sociale. LA PROTECTION DE L\u2019EPARGNE\t111 reconnaîtront en tout cas qu\u2019il faut protéger davantage les obligataires puisque nombre de faillites récentes, celles en particulier de la Canada Power S3 Paper, de la Fraser Co., de la Beauharnois Light, Heat & Power, ont prouvé que le gage n\u2019offre pas généralement une protection suffisante.On a même vu des financiers, après la réorganisation d\u2019entreprises où les obligataires avaient perdu une grande partie de leurs fonds, diminuer encore la garantie des obligations, afin d\u2019augmenter les chances de plus-value des actions ordinaires qu\u2019eux, les financiers, avaient cueillies en bourse pour une fraction d\u2019un dollar chacune.Toutefois, si l\u2019on n\u2019accepte pas la suppression des obligations, la moindre protection que l\u2019on puisse accorder à l\u2019obligataire serait de limiter ses titres à 40% de l\u2019actif réel dans les sociétés par actions, et de les ramener tous à une seule catégorie, leur attribuant une hypothèque générale sur les immeubles.Ces réformes cependant ne suffiront pas à protéger l\u2019épargne qui court d\u2019autres dangers.Ainsi, les sociétés de gestion et de contrôle (investment trusts et holding companies) la mettent en péril de façon manifeste.Les premières n\u2019ont servi trop souvent qu\u2019à faire accepter au public, de façon indirecte, des valeurs dans lesquelles il n\u2019avait aucune confiance.1 Les secondes ont permis 1 Dr Philippe Hamel: Op.cit., p.64. 112 l\u2019action nationale à quelques financiers de dominer un grand nombre de sociétés par actions, bien souvent au détriment de ces dernières.1 Aussi ne peut-on qu\u2019approuver le Programme de Restauration Sociale de demander la réglementation sévère et, au besoin, l\u2019abolition de ce genre d\u2019entreprises.Le même document propose la limitation des salaires des employés supérieurs et administrateurs des entreprises, avec obligation d\u2019en publier le montant.Cela s\u2019impose.L\u2019enquête Stevens sur l\u2019industrie et le commerce a montré comment nombre d\u2019administrateurs savaient accroître indéfiniment le nombre des filiales d\u2019une entreprise, afin de cacher les profits aux actionnaires et de les transformer en rémunérations exorbitantes d\u2019un nombre toujours grandissant d\u2019administrateurs et d\u2019employés supérieurs.Une commission royale, chargée d\u2019enquêter sur l\u2019hydrO ontarienne, a révélé que le président de YOntario Power Service Corporation et de Y Abitibi Power qui résidait habituellement à New-York et n\u2019assistait chaque année qu\u2019à quelques réunions du conseil d\u2019administration, tenues à Toronto, recevait annuellement $50,000 en salaire et autant en allocations de dépenses, sur lesquelles le trésorier de Y Abitibi Power n\u2019a pu donner aucune précision.L\u2019année où Y Abitibi 1 Voir la conférence prononcée par M.Henri Laureys devant la Chambre de Commerce de Montréal, et publiée dans le Bulletin de cette chambre, no de juillet. la protection de l\u2019epargne 113 Power fit faillite, le président reçut en salaire, pour huit mois, la somme de $30,480 et ses allocations pour dépenses lui furent versées dans les proportions habituelles.1 Ces exemples prouvent que les entreprises sont devenues aujourd\u2019hui pour plusieurs administrateurs une occasion de s\u2019enrichir au détriment des actionnaires, et c\u2019est ce qu\u2019il faut éviter.Reste enfin la réglementation de la bourse.Le Programme de Restauration Sociale propose à ce sujet: 1° l\u2019interdiction aux banques d\u2019avancer aux courtiers plus que cinquante pour cent de la valeur nominale du titre coté, ou cinquante pour cent de la cote, si le titre se cote au-dessus du pair; 2° l\u2019interdiction des syndicats de spéculation (pools) et de la vente à découvert en bourse; 3° l\u2019imposition d\u2019une taxe provinciale sur toute mutation effectuée moins d un an après l\u2019achat d\u2019actions cotées en bourse^ En plus de limiter la spéculation qui s\u2019est révélée si désastreuse dans le passé, ces mesures empêcheraient certaines manoeuvres en bourse favorisant 1 accaparement des entreprises par un groupe de financiers qui les gèrent à l\u2019enccntre du bien général et de l\u2019intérêt des actionnaires.La vraie solution de tous ces problèmes serait sans doute de considérer une entreprise, non pas comme un moyen de favoriser l\u2019enrichissement 1 Le Devoir, 4 août, 1934. 114 l\u2019action nationale rapide de quelques-uns, mais comme une institution ayant un but social et économique, ayant par conséquent sa vie propre qui doit primer le bien particulier des individus qui y participent.1 Une affaire qui contrarie l\u2019intérêt général doit disparaître.Tout homme doit servir la société, et non pas l\u2019exploiter comme un parasite; de même une entreprise doit légitimer ses bénéfices par le service qu\u2019elle rend à l\u2019ensemble des citoyens.Cette conception n\u2019empêche aucune des réformes que nous avons mentionnées plus haut; elle permet même de les réaliser plus facilement.On verra mieux, lorsqu\u2019on l\u2019aura acceptée, qu\u2019il faut tenir les administrateurs responsables des fautes lourdes dans leur gestion, même si l\u2019assemblée^ des actionnaires leur a donné un vote favorable.2 Le législateur devra même dans les cas de fraude les priver de leurs droits civils et du privilège de faire partie d\u2019autres conseils d\u2019administration.Lorsque les administrateurs comprendront qu\u2019ils ne sont que les montants de la société et que leur fonction est de gérer une institution ayant sa 1\tVoir à ce sujet Emile Gaillard La crise delà Société anonyme, Dossiers de l'Action Popu/a^e 25 avrd 1933 et R de Castillon, Réformes proposées pour la \"e/ense des actionnaires dans les Sociétés Anonymes, ib.d, 11 juin 1934.2\tOn sait qu\u2019un conseil d\u2019administration contrôle souvent, directement ou indirectement, jusqu'à 95% des votes aux assemblées d\u2019actionnaires. LA PROTECTION DE L\u2019EPARGNE 115 fin en elle-même, ils auront une idée plus nette de leur devoir, mais par contre ils recevront une meilleure protection vis-à-vis des actionnaires qui, à leur tour, sont portés à oublier l\u2019objet de leur établissement pour ne penser qu\u2019au profit immédiat.Si nous voulons faire jouer aux entreprises leur véritable rôle dans la société, décrétons par la loi que les administrateurs devront être nommés durant bonne gestion, afin qu\u2019ils ne demeurent pas sans défense devant les caprices d\u2019une assemblée d\u2019actionnaires ou les menées ténébreuses de quelques accapareurs.Bien des abus seront évités de la sorte, et les conseils d\u2019administration pourront davantage peser les répercussions sociales de leurs décisions.L\u2019enquête Stevens n\u2019a-t-elle pas prouvé que le désir de réaliser des gains toujours plus grands a conduit certains magasins et certaines industries pourtant prospères, telle Ylmperial Tobacco, à exploiter leur main-d\u2019œuvre ou leurs fournisseurs de la façon la plus odieuse.Nommons donc les administrateurs d\u2019une entreprise durant bonne gestion et nous les verrons plus souvent tenir compte de la valeur simplement humaine de leurs actes.Ils se convaincront que les affaires ne doivent pas introduire dans la société un régime économique anormal.Sans doute ces réformes nombreuses ne se réaliseront pas sans que tous les politiciens intéressés à tolérer ou même à protéger les désordres actuels 116 L ACTION NATIONALE se mettent à crier au socialisme ou au bolchevisme.C\u2019est leur façon de défendre des procédés abusifs.Ils croient sans doute que ces mots suffisent à effrayer notre peuple d\u2019esprit religieux.Beaucoup d\u2019hommes publics savent cependant que ce dernier voit clair et sait reconnaître ceux qui songent encore à le servir.Je suis persuadé que ceux-là voudront appuyer ses revendications légitimes.Alban POIRIER A NOS LECTEURS Nous les prions d\u2019être indulgents à notre endroit.Par suite de circonstances absolument incontrôlables, nous ne paraissons qu\u2019à la fin du mois.Nous n\u2019avons rien négligé, mais il faut compter avec l\u2019imprévu.De plus, nos rubriques sont incomplètes.Nous sommes en train de nous organiser.Patience, ami lecteur, et dès janvier 193S, nous serons en état de te satisfaire. La radio Sujet trop actuel.Beaucoup de faits dont le classement est difficile: sans compter les commérages, les hostilités intéressées, les humiliations indigestes, expression amère du talent méconnu ou inconnu.Au-dessus donc des personnes.Déblayons d abord.Quelques réflexions sur le machinisme, procès sommaire des idées qui enseignent la primauté du matériel.Sans pédantisme, affirmons que toutes les inventions les plus étonnantes ne rendent service que dans la mesure ou l\u2019homme en reste le maître.Sinon, esclavage démentiel, fruit d\u2019un orgueil grossier.Il est opportun de rappeler la différence entre 1 esprit scientifique, désintéressé, dévoré de la passion de l\u2019inconnu d\u2019une part et l\u2019utilitarisme de la science pratique d\u2019autre part.Une Babel américaine de 300 étages n\u2019a rien à faire avec la vérité.La démocratie de nos voisins, la plus vulgaire, la plus déclamatoire de toutes, fait de la vulgarisation de la science un article de son credo, elle enseigne que l\u2019homme possède tous les attributs principaux de la liberté, quand il tient la radio, 1 auto, le cinéma, le journal et que le confort constitue l\u2019essentiel de l\u2019émancipation des 118 l\u2019action nationale peuples.Le bonheur parfait vécu dans le bien-être.En face d\u2019un tel empire, nous de race française, optons de toutes nos forces pour la civilisation des appétits supérieurs.Il ne s\u2019agit pas de bouder le progrès, ni de le mettre à l\u2019index.Il s\u2019agit plutôt de lui fixer sa place et qui n\u2019est pas la première.Partir en guerre contre le téléphone est assurément ridicule.Il est non moins ridicule de se figurer que nos pères, privés de ces instruments, étaient des demi-civilisés.Toutes ces nouveautés n ont rien à faire avec la civilisation, ni avec le bonheur réel de l\u2019homme.De plus, elles créent des besoins factices qui deviennent un joug pesant et font les âmes habituées.Les balais aspirateurs, les grille-pain, les machines à laver, à repasser, n ont rien fait d\u2019autre que de créer des illusions de bonheur factice, dont le foyer n\u2019est sorti qu\u2019appauvri.Comment se fait-il que nos mères, qui avaient beaucoup d\u2019enfants et qui faisaient tout de leurs mains, se plaignaient beaucoup moins du poids des réalités domestiques que les mères d\u2019aujourd\u2019hui?Jamais on n\u2019a entendu tant de doléances sur la servitude et tant d\u2019apologies ouvertes ou déguisées du parasitisme de la femme.Cela a donné à quelques-unes du temps pour préparer des discours politiques: à d\u2019autres pour s\u2019aviser d\u2019un devoir nouveau: vivre sa vie.Dites-moi franchement en quoi le bonheur réel y a-t-il gagne ? LA RADIO 119 Et si l\u2019on me demande de revenir à la question, je vous répondrai que nous y sommes en plein, car le point névralgique de notre société cana-dienne-française, c\u2019est précisément l\u2019accueil enthousiaste de toutes les formes de l\u2019américanisme dont la machine a été un des agents les plus efficaces.On peut concevoir chez un peuple organisé par des têtes solides que le confort permette des loisirs qui augmentent les facilités de reflexion, quand les soucis d\u2019argent n\u2019absorbent pas la totalité de nos préoccupations.Mais la dignité du travail, cette fameuse invention du matérialisme moderne, qui condamne tous les ordres contemplatifs, religieux, artistiques, poétiques, dérive précisément de cet asservissement à la machine.La dignité du travail; c\u2019est très beau; pourvu qu\u2019on ne mette pas l\u2019accent sur le seul travail qui rapporte, qui vous impose de changer d\u2019auto tous les ans, de meubles tous les deux ans, d\u2019habiter tous les trois ou quatre ans un appartement muni de perfectionnements qui ressemblent à une course à la paresse.Une autre conséquence de l\u2019invasion machiniste, c\u2019est de favoriser la nonchalance de l\u2019esprit: et Dieu sait que nous n\u2019avions pas besoin de ce supplément soporifique.Qu\u2019il s\u2019agisse de radio, d\u2019automobile et de cinéma, on constate chez la moyenne des usagers une disposition plus grande au vague de l\u2019esprit, aux rêveries inconsistantes, 120 l\u2019action nationale aux brouillards mentaux.Cent milles en auto, dans le plus beau paysage des Laurentides, ne vous laissent dans l\u2019esprit que des images imprécises, des fantasmes, espèces de rêves endormis, où la réalité devient de l\u2019irréel, où la nature, enveloppée dans une sorte de halo, participe de l\u2019ambiance théâtrale, du factice et du conventionnel.Deux heures de séance de cinéma impriment sur votre figure, dès que vous sortez au grand jour, cette expression d\u2019oiseau de nuit, de chouette, qui n\u2019est pas précisément le reflet de l\u2019intelligence.La plupart de nos contemporains, ceux qui sont saturés d\u2019habitudes modernes, vivent dans un demi-sommeil qui en fait de véritables automates, et chez qui la personnalité est complètement abolie.L\u2019homme a toujours été victime de ses illusions: mais du moins, quand ces illusions se portaient vers des objets susceptibles de lui inspirer l\u2019oubli de son moi, frénaient son égoïsme, augmentaient ses puissances de générosité, on pouvait éprouver une noble sympathie pour ces erreurs, ces vérités affolées, mais encore dignes de considération.Aujourd\u2019hui, en Amérique, aucune idéologie, même fausse, ne vient tempérer la grossièreté de nos goûts et de nos habitudes.J\u2019ai dit: en Amérique: car en Europe, une élite forte et nombreuse résiste à ces excès.Je vais vous scandaliser en vous racontant qu\u2019un très grand écrivain comme Léon Daudet ne répond pas au LA RADIO 121 téléphone et ne peut souffrir le chauffage central.Il y a des gens de chez nous capables de l\u2019en moins estimer et de soulever tout de suite le grand problème de l\u2019hygiène.Mais en ces lugubres constructions à ciment et à tuiles, jamais l\u2019homme ne s\u2019est tant ennuyé.Il n\u2019y cherche même plus la beauté du corps, bête de somme attachée au culte exclusif des championnats.Il s\u2019y exerce, dans un morne ennui, sur un étroit plateau, à des séances d\u2019assommage.On n\u2019aura jamais tant vu tant de gros muscles, et si laids, si répugnants qu\u2019ils donnent envie de mettre le feu à ces temples du biceps.Ah! si vous connaissez encore des gens qui ne se lavent qu\u2019une fois par jour, faites-moi connaître ces originaux.Apologie de la crasse! non pas; apologie de la personnalité! Oser être soi-même sur un continent où tout le monde doit se ressembler: ou tout le monde lit, à la même heure, les mêmes nouvelles, se complaît aux mêmes vues, au même jazz et fabrique des êtres monotones, à répétition, sans pittoresque, sans saveur, bras ballants et bouches molles, badauds inertes qui ont tout gobé de l\u2019Américain, moins ses qualités Quel renouvellement de l\u2019esprit peut-on espérer de pareilles multitudes, formées sur un pareil plan d\u2019uniformité, de ce caporalisme dans le nivellement, de cette dictature de la platitude et du cliché.Quelles conquêtes réellement humaines peut-on 122 l\u2019action nationale demander à une société qui fait fi des besoins réels de l\u2019intelligence et du cœur, qui poursuit avec rage l\u2019extinction des forces morales et intellectuelles et dont la barbarie est d\u2019autant plus dangereuse qu\u2019un certain ordre extérieur, (villes damier avec police en bel uniforme), donne la fausse sécurité d\u2019un ordre réel.J\u2019irai jusqu\u2019au bout de cette démonstration qui me paraît essentielle avant d\u2019aborder la question de la radio.La machine qui esclavage l\u2019homme, le réduit au pire des esclavages, celui qu\u2019il s\u2019impose à lui-même.Cette servitude n\u2019a qu\u2019une excuse, la violence et la vivacité de l\u2019assaut.Pour rester les maîtres de nos destinées artistiques, il n\u2019y a pas de besogne plus urgente que de régler l\u2019action de ces mécaniques nouvelles et de les replaçer dans leur rôle véritable, celui de l\u2019obéissance et non du commandement.Qu\u2019est-ce qu\u2019un grand artiste ?un Mozart, un Mistral, un Michel-Ange, un Shakespeare ?C\u2019est un être d\u2019exception par la richesse et l\u2019abondance des images qui naissent dans son esprit, mais aussi et non moins exactement, par le contrôle, l\u2019ordonnancement et la maîtrise de ces images.La machine, si nous n\u2019y prenons garde, fera de nous des victimes passives de l\u2019image, de cette image matérielle qui nous poursuit partout, au cinéma, en auto, à la radio.% * * La radio nous aura apporté quelques avantages LA RADIO 123 et beaucoup de désavantages.Elle nous offre parfois de beaux concerts; mais même en ces occasions, elle ne donne pas tout ce que nous donnait le concert d\u2019autrefois.En ce temps-là, quand on allait à une symphonie, on faisait d\u2019abord des frais d\u2019achat de billets; ensuite de déplacement, peut-être même de toilette.Préparés par ces sacrifices, nous arrivions à l\u2019audition dans une disposition mentale très propice.Nous avions procédé à l\u2019initiation de la beauté sonore, par un effort, par un certain don de nous-mêmes qui représentait une forme modeste, mais réelle de culte extérieur.Nous approchions du dieu mystérieux, par étapes successives et qui favorisaient singulièrement le respect du génie et le mettaient sur un autel dont étaient bannies les familiarités vulgaires.De plus, de l\u2019auditoire aux artistes, se créaient des liens invisibles, des communions é-motives, rayonnements multiples qui donnaient aux impressions toute leur plénitude et dont les impondérables ne se retrouvent plus à la radio.Les choses s\u2019y passent bien autrement.Pour le son lui-même tout d\u2019abord.On aura beau faire, ce n\u2019est plus le même son.Il est toujours étouffé.C\u2019est comme si l\u2019on faisait passer dans un tuyau de 2 pouces de diamètre un volume d\u2019eau de 4 pouces.Ca ne peut plus aller ensemble.Il en faut sacrifier -une partie.Moins de netteté.Écoutez une fugue, essayez d\u2019en saisir toutes 124 L ACTION NATIONALE les ramifications; à un moment donné, vous perdez le fil.La vibration n\u2019a plus ce quelque chose de direct qui la rend vivante: et puisque la stérilisation est à la mode en ce moment, on peut dire sans exagération que la radio est une forme d\u2019extinction du son qui fait penser à une musique d\u2019eunuque.Je crois que la personnalité musicale, dans ses reliefs, dans son accent y perd beaucoup.J\u2019imagine que si les compositeurs de l\u2019avenir les mieux doués cherchent à se conformer au rendement spécialement radiophonique, à exploiter ce qu\u2019il comporte de caractéristique ou d\u2019exclusif, ils seront entraînés vers une espèce de demi-silence monotone, musique larvée où, dans un brouillard épais, s\u2019agiteront des êtres à demi-conscients: ou encore et peut-être à des déchaînement de bruits, auprès desquels le rugissement du lion ne sera plus qu\u2019un vagissement.Il y aura donc moins de vérité, moins de probité artistique et plus de truquage.Ces défauts seront-ils corrigés un jour par de nouvelles découvertes ?Mais si la mise au point de la radio échappe encore à nos investigations, il est des abus dont nous pouvons immédiatement faire cesser l\u2019injustice.Ce sont ceux qui découlent d\u2019un régime politique qui s\u2019appelle la démocratie, et dont la crise a exacerbé les vices.Nous en connaissons au Canada tous les ravages, et sans sortir en rien de mon sujet, je vous dirai, en quelques mots, le danger que fait LA RADIO 125 courir à l\u2019art et aux artistes le développement du machinisme, contrôlé par des démocrates.Vous savez l\u2019aventure de l\u2019apprenti sorcier, de ce novice de la sorcellerie, qui, en l\u2019absence du maître, au milieu des cornues et des alambics, prononce le mot magique, le césame ouvre-toi, et met en danse macabre toutes les forces mystérieuses et inconnues de la nature.Le voilà, au milieu de cette tempête qu\u2019il a déchaînée d\u2019un mot imprudent, emporté dans ce tourbillon intempestif, vers un abîme inconnu, victime des forces qui le dépassent, dont il ne sait plus comment régler le mouvement.Ne serait-ce pas là l\u2019histoire du machinisme sous un gouvernement démocratique, dont une des faiblesses majeures, c\u2019est de faire relever de l\u2019élection ce qui devrait être attribué à la seule compétence ?Toutes les positions de commandement sont exposées ainsi à être accordées au plus audacieux, au plus effronté et presque toujours au plus ignorant.La logique du règne électoral nous mène là tout droit.Ceux qui s\u2019en étonnent sont de grands naïfs ou des imbéciles et peut-être les deux ensemble.Il suffît de 51 pour cent d\u2019amateurs de mauvaise musique pour introduire l\u2019esprit démocratique dans les concerts de la radio.Vous aurez beau faire, c\u2019est là une force dont il faut tenir compte et qui aura toujours raison des exigences des gens cultivés, s\u2019ils ne réagissent pas. 126 l\u2019action nationale On pourra rééditer tous les clichés, les rajeunir de tous les mensonges sur l\u2019éducation des masses: on ne pourra empêcher que les masses ne soient une puissance inerte et quelquefois hostile quant à l\u2019art.Je veux bien que le bon peuple (pas celui des bagarres politiques) puisse goûter le beau: mais à la condition d\u2019être encadré, dirigé par une élite qui s\u2019agite, qui se remue, qui le guide, une élite surtout qui ait le goût de la charité intellectuelle.J\u2019ai déjà cité le cas de ce chef d\u2019orchestre, Laisné, qui, avec des musiciens bénévoles, donne des concerts gratuits dans les hôpitaux du Paris pauvre.On n\u2019y donne que les œuvres de Beethoven.Après de brefs commentaires, on joue ses symphonies.Que voilà une intelligente charité! Car les malheureux sont beaucoup plus sensibles que les heureux à la langue divine de la perfection.La vie les ayant dépouillés, les jetant nus sur un grabat, ils accueillent comme une consolation suprême le plaisir désintéressé de l\u2019art.Il paraît que les expériences de Laisné sont concluantes.Nos charités sont trop exclusivement matérielles.Panser une plaie du corps: c\u2019est bien.Mais que dire d\u2019une âme qui retrouve un peu de son équilibre, qui découvre dans un beau son, dans un rythme approprié de quoi refouler son désespoir, de quoi même le transposer, le transformer en espoir.Nous sommes tellement matérialisés que nous en oublions les sources de vie authentique, LA RADIO 127 celles qui nourrissent le pauvre mieux que le riche, qui lui fournissent en abondance de ces joies d\u2019exception auprès desquelles celles du luxe et du confort donnent la nausée.Sachez que ces considérations n\u2019ont rien de livresque, ni d\u2019une fausse exaltation; mais qu\u2019à force de subir la pénétration américaine, nous sommes en train de nous fermer le ciel des réalités invisibles, les hauts refuges que l\u2019homme s\u2019était élevés, sur les sommets de la pitié ou de la douleur.C\u2019est donc une élite qui fait défaut chez nous.Prenons des exemples concrets et sans aucune intention désobligeante, refaisons la suite des événements qui se déroulent alentour du microphone.Vous êtes quelqu\u2019un, ou vous cherchez à l\u2019être: on va exiger de vous que vous vous adaptiez.Non pas à la technique spéciale de l\u2019instrument, ce qui est légitime, mais à un genre spécial qui a été créé et développé par le goût américain et où il entre beaucoup de choses, les éléments les plus contradictoires, souvenirs de danses nègres, dites danses du ventre, chant du matou, puritanisme anglo-saxon; etc., etc.tout cela fondu dans une extase.qui n\u2019a rien de platonique.Le puritanisme, c\u2019est le phénomène dit de l\u2019hypocrisie, où la voix (je parle du puritanisme vocal), dans ses miaulements les plus naturistes, garde un certain trémolo de prêche salutiste.N\u2019allez pas croire cependant que les Américains 128 l\u2019action nationale soient tous et exclusivement des Béotiens.Ils ont une élite, et dans tous les domaines, et les symphonies de New-York, de Philadelphie et de plusieurs autres villes nous le prouvent assez.Mais le malheur, c\u2019est que nous allons toujours chercher aux Etats-Unis ce qu\u2019il y a de pire.Nous subissons leur influence, mais dans ce qu\u2019elle a de plus bas et de plus plat.Quand nos snobs et nos snobinettes vont à New-York ou à Chicago, ce qui les frappe et avant tout, c\u2019est l\u2019étalage écrasant du luxe insolent et bête, toute cette matière ingénieusement ouvrée, exclusivement pour le plaisir des sens, cette bestialité où le bonheur s\u2019appelle un bon fauteuil, une bonne ventilation, des lumières électriques à rendre le soleil jaloux, des aliments en série, des hommes en série, enfin, ce qu\u2019on a appelé une civilisation de robinets de bain.On comprend facilement que les élites états-uniennes soient de race intellectuelle moins pure que les élites européennes.Cela nous explique par exemple que des orchestres superbes, qui se spécialisent pour la radio, avec d\u2019excellentes intentions, mettent sur le même pied un extrait des Maîtres chanteurs et un jazz en mal de publicité.De magnifiques orchestres, d\u2019un rendement sonore inouï, d\u2019une discipline impeccable, donnent à la Rhapsody in Blue, par exemple, un relief, une couleur, un éclat, une vie purement factices et empruntés à la valeur des instrumentistes.Il LA RADIO 129 arrive qu\u2019immédiatement après, on exécute l\u2019œuvre d\u2019un maître; mais à part les connaisseurs, tout le monde n\u2019y a vu que du feu et la hiérarchie des musiques souffre de fâcheuses confusions, quand, dans le souvenir de l\u2019auditeur moyen, une symphonie de Mozart devient le frère jumeau de \u201cYes, we have no bananas\u201d ou de \u201cHappy feet\u201d.Vous voilà donc en face du microphone, où tous les éléments que nous venons d\u2019analyser travaillent contre vous, si vous n\u2019avez l\u2019ambition que de bien faire.Mais le microphone ne vous permet pas ce luxe d\u2019être personnel.Il faut que vous ressembliez à tout le monde.Taillez, dans le modèle qui appartient à la foule anonyme, un modèle déjà vu, connu et reconnu, plagié et replagié, plâtré et replâtré, rabâché, repris, recommencé sans fin.La routine, le dieu des crétins, est le dieu de la radio.On vous tolérera un peu, si vous avez la langue bien pendue: mais trop de forces travaillent contre vous: il vous faut des armes plus perfectionnées que celles de la perfection artistique.Vous croyez que j\u2019exagère?Il est probable que vous n\u2019avez pas fait d\u2019enquête sérieuse.E-ooutez pendant une semaine, sans interruption n\u2019importe lequel de nos postes, et si cette expérience ne vous a pas complètement abruti, s\u2019il vous reste encore assez de force pour ouvrir la bouche et prononcer quelques mots, vous serez 130 l\u2019action nationale alors en cet état de grâces qui seul permet de dire toute la vérité.Par une de ces anomalies étranges et inexplicables, les gens qui aiment la laideur n\u2019ont pas peur de s\u2019en vanter et même de l\u2019écrire.Les postes radiophoniques sont noyés d\u2019exclamations pittoresques et sincères, d\u2019applaudissements enthousiastes en faveur de cette musique indéfinissable, qui semble plutôt s\u2019adresser à un troupeau de génisses sentimentales.La confrérie du mauvais goût est de beaucoup la plus nombreuse et la plus remuante.Les amateurs de bonne musique sont trop timides, ou peut-être trop lâches.Le peuple, et c\u2019est sa gloire, ne lésine pas sur son admiration.Sans respect humain, il dit ce qu\u2019il pense.Et pendant ce temps, les autres, vous et moi, nous nous renfermons dans un silence aristocratique et détaché.Aussi bien, ceux qui n\u2019ont pas peur des mots doivent répéter que la pente actuelle mène la radio à la barbarie.Un excellent chanteur; (je ne le nommerai pas, ça me permet de dire qu\u2019il est le meilleur chez nous), un excellent chanteur me dit textuellement: \u201cJe donne un beau programme, de belle et solide musique; je reçois cinq ou six lettres de louanges.\u201d Je connais un de ses confrères qui donne des programmes, pardonnez-moi ce mot rabelaisien, je n\u2019en trouve pas d\u2019autres, des programmes d\u2019accroupi, et qui reçoit jusqu\u2019à 300 lettres d\u2019aveugle admiration.Voilà, LA RADIO 131 le problème dans toute son acuité.Là, comme ailleurs, les élites démissionnent.Les gens distingués, ou qui se croient tels, trouvent cela un peu vulgaire de signer une lettre de félicitations.On laisse cela aux petites gens, à ceux du faubourg Québec.Mais l\u2019instruction, ne nous confère-t-elle pas des devoirs en augmentant nos plaisirs ?Participant plus que les ignorants aux plaisirs de l\u2019esprit, ne sommes-nous pas tenus à des responsabilités correspondantes?Il faut le répéter à satiété: c\u2019est la démission de notre bourgeoisie cultivée (pourtant si peu nombreuse) qui sera la cause de cet abrutissement, de cet envoûtement collectifs.Ce sera notre égoïsme, notre insouciance qui tueront les plus hautes ambitions artistiques: et ce sera notre faute d\u2019abord si, sur ce continent, nous, de race française et catholique, nous ne savons pas mettre dans la radio quelque chose de nous, une expression particulière de notre goût, de notre sobriété, de notre élégance, de notre probité.Quand les élèves commencent, à l\u2019heure actuelle, leurs études de chant, savez-vous quel est le premier décrassage à effectuer?Enlever cette croûte de mauvaise musique américaine avec paroles anglaises souvent.Autrefois, ces incultes avaient dans leur répertoire un peu de folklore, de la chanson française, du chant d\u2019église.Au- 132 L ACTION NATIONALE jourd\u2019hui, ces aspirants chanteurs nous arrivent, gâtés jusqu\u2019aux moelles par le dernier jazz.On me dit même que dans des réunions de famille, dans des milieux modestes et sains, on commence à entendre fréquemment de ces refrains qui évoquent la voix de crécelle d\u2019Eddie Cantor, ou celle du beau Brumel, Rudy Vallee, à qui il ne manquait plus que les cornes pour en faire un complet animal bêlant.Mais, vous voyez le respect dont on entoure ces infects miauleurs: respect qui s\u2019adresse davantage au salaire qu\u2019ils gagnent qu\u2019à leur misérable gosier.Quand un type de chez nous entend dire qu\u2019Eddie Cantor reçoit 4 à 5 mille dollars pour chacune de ses séances de \u201cjokes\u201d, il n\u2019a plus le droit de rougir de honte à écouter un pareil pitre débiter ses âneries poussives, avec une de ces voix qu\u2019on dirait empoisonnées de mauvais whiskey de contrebande.Mais, vous n\u2019y pensez pas; il gagne $5,000.00 avec ça; il n\u2019y a plus rien à dire.C\u2019est le seul critère.Ce succès matériel engendre le goût de l\u2019imitation et il y a des tas de gens qui se mettent à l\u2019école d\u2019Eddie Cantor.On torture des organes généreux pour arriver à perfectionner cette laideur.Et puis, il y a autre chose qui complète cette horreur vocale: ce sont les paroles.Car à cette musique innommable s\u2019attachent des mots non moins innommables.C\u2019est une gageure pour tête vide, et à qui en mettrait le moins.Un enfant la radio 133 normal de chez nous, de cinq ans, ne s\u2019en contenterait plus.Et c\u2019est avec cette musique, cette littérature que nos gens font leurs beaux dimanches.Ne croyez pas qu\u2019ils écoutent Toscanini ou Stokowski: ils vont chercher aux Etats-Unis, suivant en cela 1 exemple de la classe riche de chez nous, ce qu'il y a de pire, de plus infect, de plus plat.Vous le voyez: la situation n\u2019est pas brillante.Du moins, pourrait-on essayer quelque chose, certains moyens de réaction encore inconnus, et qui donneraient peut-être des résultats.Il me semble qu\u2019une société des auditeurs de la radio, d\u2019un recrutement sans doute difficile mais possible, pourrait faire échec à beaucoup d\u2019entreprises antiartistiques.Peut-être que par le moyen de conférences, on pourrait répandre cette idée si simple et si juste.La bonne musique ne se défend pas toute seule et d\u2019elle-même.Ce n\u2019est pas une entité si distincte que cela de la mauvaise et à laquelle on adhère comme à la lumière du soleil.Il lui faut des défenseurs actifs et vigilants.Il lui faut des adeptes zélés et généreux qui ne se contentent pas d\u2019en jouir paresseusement, mais qui sachent se porter à son secours et là où elle est menacée.Des gens qui cherchent à voir clair en eux d\u2019abord, et ne font pas au dedans d\u2019eux-mêmes de concessions équivoques: car pour porter la vérité au dehors, il faut d\u2019abord avoir cultivé ce trésor en son âme.Des gens clair- 134 l\u2019action nationale voyants qui se rendent compte qu\u2019en l\u2019appuyant de leur effort, ils se rendent à eux-mêmes le service de s\u2019affiner, de purifier leur goût.La bonne musique ne se défend pas toute seule.Elle exige de vous, de moi, que nous manifestions notre enthousiasme ou notre mépris: que nous prenions parti dans une bataille où elle joue peut-être sa vie.Nous n\u2019avons plus le droit de rester indifférents à tout ce qui se passe à la radio et d\u2019y cueillir, en passant, l\u2019heure brève, l\u2019heure fugitive d\u2019une belle symphonie, sans nous soucier de ce qu\u2019on y fait le reste de la semaine : car, si tout y concourt à l\u2019abaissement du niveau actuel, un jour viendra peut-être où la symphonie elle-même n\u2019y trouvera plus sa place.La quantité tend à remplacer la qualité.Vous savez que ce qui distingue l\u2019art, c\u2019est le qualitatif opposé au quantitatif.Or la radio ne dure que par la quantité.Le silence lui est interdit.Elle roule, pêle-mêle, dans ses ondes troubles, l\u2019eau pure des sources vives, le filet de boue des mares stagnantes.Par la loi fatale du moindre effort, elle travaille sournoisement à tout modeler sur le plan du médiocre.Elle n\u2019est prodigue que d\u2019un art: celui de la flatterie.Elle courtise les sentiments faciles et décourage les initiatives qui tranchent sur la vulgarité ambiante.Arthur LAURENDEAU.(A suivre) Pour qu'on vive.L\u2019avenir de la Confédération On en discute.Et il y a lieu de le faire.D\u2019ici quelques années, quelques mois peut-être, une grosse partie va se jouer à Ottawa où il n\u2019y a nulle nécessité pour nous d\u2019être dupes! L\u2019Acte de l\u2019Amérique britannique du Nord, la chose est certaine, aura besoin de modifications; ces modifications sont d ailleurs en voie de s\u2019accomplir par une sorte de détour anticonstitutionnel.Les provinces exigent un rajustement des charges financières.Une plus nette juridiction s\u2019impose, entre les pouvoirs, en matière de législation économique et sociale.En quel sens se feront les modifications inévitables?Assisterons-nous à une centralisation ou à une décentralisation des pouvoirs?Il n\u2019est pas niable que le vent soit à la centralisation, à l\u2019unification à outrance.Ainsi le veulent le tempérament et les doctrines politiques de certains hommes à Ottawa, grands partisans de la manière forte et qui, à la faveur des théories régnantes de l\u2019économie dirigée, veulent tenir entre leurs mains tous les leviers de commande, tous les ressorts de l\u2019activité nationale.Ainsi le veulent également quantité de nouveaux venus, ceux de l\u2019Ouest en parti- 136 l\u2019action nationale culier, pour qui le pacte de 1867 pèse moins qu\u2019une botte de paille, et dont le mépris pour tout le passé canadien n\u2019a d\u2019égal que leur ignorance, aussi vaste que la prairie.D\u2019autre part l\u2019étendue du pays, la faible ou l\u2019intermittente convergence des intérêts de l\u2019est et de l\u2019ouest, le particularisme économique du plus grand nombre des provinces, la présence chez elles de minorités ethniques ou religieuses, le particularisme national et culturel de 3 millions de Canadiens français, sont assurément des réalités qui postulent, dans les institutions politiques, beaucoup de souplesse, un dosage prudent de liberté et d\u2019autorité.On voit donc venir le heurt qui ne peut manquer d\u2019être violent.Les méfaits de la Confédération Il est même à prévoir que l\u2019édifice en craquera.Ce dénouement, on le sait, n\u2019est pas fait pour nous surprendre.Nous n\u2019avons jamais cru, ici, d une foi très robuste, en ce pacte qui fut par trop, à l\u2019heure de la signature, une solution opportuniste pour politiciens mal pris.1 ï^lus encore que toute autre forme d\u2019Etat, les fédérations n\u2019ont chance de vivre que si la sagesse politique s interdit les intérims./ A l\u2019égard les unes des autres les parties contractantes ont besoin d\u2019user constamment de beaucoup de largeur d\u2019esprit.Une vertu entre autres y est de mise, vertu politique assez rare de POUR qu\u2019on vive 137 nos jours: le respect du droit d\u2019autrui et des signatures données.Les fédérations ne sauraient être des façades commodes à l\u2019abri desquelles les majorités puissent se livrer a l\u2019orgie de leurs convoitises, à leur frenesie de domination.Le gouvernement central a, pour sa part, un rôle bien défini.Et ce rôle ne consiste pas à tolerer ou à favoriser de son mieux les ambitions désordonnées des majorités, mais à se constituer modérateur, arbitre, mainte-neur d\u2019équilibre.Investi de la garde de l\u2019intérêt général, il ne peut se solidariser avec l\u2019intérêt du particulier, ce particulier fût-il le plus fort, qu\u2019en se mentant à soi-même et en se détruisant de ses propres mains.Par conséquent miner sournoisement les droits provinciaux, les diversités ou les particularismes légitimes, n\u2019est pas son affaire.Son rôle, encore une fois, est bien plutôt de s\u2019en constituer le gardien et le protecteur et surtout de les harmoniser pour l\u2019intérêt commun.Or n\u2019était-ce point là demander a la majorité anglo-saxonne par trop de sagesse et d\u2019esprit de renoncement?Et c est ici qu on aperçoit la part d\u2019idéalisme chimérique et naïf qui trouva place, en 1867, dans l\u2019esprit des constituants canadiens-français.Le passe, les attitudes, les passions anciennes et recentes de la majorité étaient là pour nous en avertir: elle n accepterait jamais qu\u2019à contre-cœur et elle finirait par considérer comme un non-sens 1 existence et 1 essor libre d\u2019un Canada français 138 l\u2019action nationale de quelques millions d\u2019âmes dans la vaste Amérique anglaise et dans l\u2019empire britannique.Si un traitement de faveur lui plairait assez où elle aurait figure de majorité, elle n\u2019accepterait jamais de bon gré, non plus, une égale mesure de liberté pour le protestant et le catholique où ce dernier ferait la minorité.Le sentiment plus généreux d\u2019un bon nombre d\u2019hommes politiques ou d intellectuels anglo-canadiens ne change rien ici à l\u2019affaire.On ne verra point la masse se dépouiller de ses préjugés ni de son rigide complexe de supériorité.Et, comme en démocratie parlementaire il faut compter avec la masse, la majorité anglo-saxonne \u2014 c\u2019est là de l\u2019histoire \u2014 ferait triompher dans toutes les provinces la politique scolaire que l\u2019on sait et, en dépit de quelques esprits plus généreux, elle ferait, du gouvernement central, un instrument d unification ou d\u2019assimilation, 1 instrument de ses instincts dominateurs.Qu\u2019on se rappelle tout simplement les incidents auxquels donne lieu la pratique du bilinguisme officiel et comment l\u2019émission d\u2019un billet de banque bilingue menaça de soulever de Halifax à Vancouver un ouragan de fanatisme.La part lamentable des nôtres Il faut dire que les nôtres ont bien leur part de responsabilité en cette œuvre de désagrégation.Il n\u2019y avait qu\u2019un moyen d\u2019empêcher la sagesse politique de trahir son rôle et c\u2019eût été de l\u2019appuyer POUR qu\u2019on vive 139 de la vertu de force.C\u2019eût été de dresser, contre les persécuteurs ou les démolisseurs de constitution, un Canada français unanime, non pas arrogant, mais intransigeant dans sa volonté de faire respecter la liberté et la justice.Une telle attitude nous eût valu, sans doute, aux heures d\u2019assaut, quelques chocs assez forts, peut-être même de la casse.Le malheur et le lâche aveuglement de nos chefs furent d\u2019oublier, qu\u2019en un pays comme le nôtre et voire nulle part en ce bas monde, l\u2019on ne gouverne longtemps ni surtout indéfiniment contre quarante ni même trente pour cent de la population.Etant donné sa situation géographique et quelques autres facteurs, il n\u2019était pas et il n\u2019est pas au pouvoir de la majorité de faire longtemps une Irlande du Canada français.Et nous ne disons rien de l\u2019enrichissement vital, des vertus constructives qu eussent suscités, développés ces sursauts d énergie chez un petit peuple qui a bâti le meilleur de son passé aux heures d\u2019orage et d\u2019épreuves.Mais voilà! Pour ce rôle splendide il nous eût fallu des chefs aussi clairvoyants qu\u2019héroïques, des hommes qui eussent été chaque fois de grands hommes.Ces guides, la Providence nous les a refusés.Au lieu de chefs nous n\u2019avons eu que des suivants; au lieu de grands hommes nous n\u2019avons eu presque habituellement que des petits hommes de parti qui, dans la politique fédérale, ont moins cherché le bien de leurs compatriotes, le maintien 140 l\u2019action nationale de la confédération et de son esprit initial, que leur bien d\u2019individus et les intérêts de leur clan.Groupe anonyme dans l\u2019un ou l\u2019autre parti, députés et sénateurs canadiens-français ont généralement placé le parti plus haut que leur nationalité et, pour ne pas compromettre les chances ou la tranquillité du parti et surtout leur propre tranquillité, ils se sont faits les complices de la majorité dans son œuvre d\u2019unification et de démolition.En somme, nos chefs nous ont proposé et ont pratiqué sur nous une politique de lente démoralisation, sans prendre garde aux terribles chocs en retour d\u2019occasion possible le jour où une génération, moins docile aux narcotiques électoraux, n\u2019accepterait plus comme une destinée nationale la démission progressive et définitive.Or, à qui se tient aujourd\u2019hui aux écoutes de la jeunesse, tout semble indiquer que voici poindre une génération d\u2019esprit revêche.Faculté de rebondissement mal éteinte, grâces à Dieu, dans l\u2019âme d\u2019un peuple resté riche d\u2019énergies secrètes.Après avoir poussé comme les autres au char de l\u2019État, les Canadiens français ne veulent plus se contenter du rôle que leur offrent leurs politiciens: celui de valets de pied.Les jeunes en avertissent leurs aînés d\u2019un ton plutôt vif.Si bien que demain ce pourrait être la politique de l\u2019inconnu. POUR qu\u2019on vive 141 L\u2019éducation nationale Raison nouvelle de nous appliquer à la réforme de notre éducation et de forger pour cet avenir notre métal humain.Ce n\u2019est pas tout de souhaiter ou de nous préparer d\u2019autres destins.Il faut y être prêts.Il y a déjà plus de trois cents ans que notre histoire n\u2019a cessé d\u2019être grave.Le proche avenir nous réserve-t-il autre chose ?Aussi quoi de plus stupéfiant que la belle insouciance d\u2019un si grand nombre de nos éducateurs ! Aux visiteurs français qui viennent de passer chez nous, il a suffi de quelques heures de séjour pour saisir le drame de notre vie: situation unique au monde de ces trois millions de Français obligés de défendre leur âme contre toutes les forces du continent.S\u2019ils nous ont bien regardés au fond des yeux, nos visiteurs ont pu découvrir, en même temps, le peu d\u2019inquiétude que nous apporte, hélas! cette effroyable situation.Elle nous trouble et elle trouble une bonne partie de nos éducateurs à peu près comme s\u2019il s\u2019agissait des habitants de la Patagonie.Il est vrai que si, par un pourcentage d\u2019occasion, l\u2019on essayait d\u2019évaluer ce qui existe dans l\u2019âme du Canadien français moyen, ce qui pourrait s\u2019appeler le sens national, et nous entendons par là des notions élémentaires d\u2019histoire canadienne, une modeste fierté de son origine, de son passé, de sa langue, de sa culture, une volonté modeste également de préserver cet héritage spirituel et de le transmettre 142 l\u2019action nationale à ses enfants, il est vrai, disions-nous, qu\u2019à l\u2019exception du Canadien français fouetté quelque peu par une société patriotique ou par la lecture d\u2019un journal de combat, l\u2019on n\u2019arriverait pas à trouver dans l\u2019âme des nôtres cinq à six pour cent de sentiment national véritable ou substantiel.Mais que peut faire, un tel état d\u2019âme collectif à des maîtres qui ont désappris l\u2019art de réfléchir?L\u2019autre jour, au sortir d\u2019une conférence à des instituteurs où il avait été question d\u2019éducation nationale, quelqu\u2019un qui connaît bien notre personnel enseignant nous disait: \u201cTout ceci nos maîtres et maîtresses le voudraient bien faire; c\u2019est en haut que ça ne marche pas\u201d.En haut quelques-uns, sans doute, voudraient bien que cela marchât.Mais l\u2019insouciance des autres a quelque chose de phénoménal.Ici nous faisons encore appel aux puissances d\u2019opinion.Qu\u2019on nous aide à secouer un criminel optimisme, l\u2019apathie prodigieuse de tous ces suffisants qui mériteraient d\u2019abord d\u2019être fouettés pour leur insuffisance.Jacques BRASSIER A propos d\u2019immigration La question de l\u2019immigration est vieille comme le pays et, seuls, ses aspects ont changé avec les circonstances.Quand, aux débuts de la Nouvelle-France, les Iroquois faisaient quelque nouvelle victime parmi les pionniers ou assiégeaient un bourg, je me figure volontiers que nos ancêtres devaient se dire l\u2019un à l\u2019autre: \u201cSi le Roi nous envoyait des colons!.\u201d Nous sommes passés sous la Domination anglaise et nous savons que le Roi depuis n\u2019a pas manqué de nous envoyer des colons.C\u2019est l\u2019affluence des loyalistes d\u2019abord; puis c\u2019est l\u2019apport incessant du continent européen.Chaque navire qui mouille dans nos ports apporte sa cohorte et, pendant un siècle, notre peuple, debout auprès du Saint-Laurent, a vu passer les contingents innombrables des immigrants qui gagnaient l\u2019Ouest.Avant même que fût signé le pacte de la Confédération, la politique d\u2019immigration canadienne revêtait un caractère antinational.Elle l\u2019a gardé depuis.Elle a abouti à de bien tristes résultats; d\u2019une part, les immigrants se sont servis du Canada comme d\u2019une salle d\u2019attente et, l\u2019heure venant, ils sont allés se perdre aux États-Unis; d\u2019autre part, la 144 l\u2019action nationale population canadienne, dont l\u2019on ne se souciait pas, déplacée parfois par le flux montant des nouveaux venus, a pris également la route de la grande république.Cette politique étrange, illogique et basée sur la chimère, persiste pendant un siècle.Dès 1862 l\u2019on entend devant un comité parlementaire des témoignages comme ceux-ci: \u201cCe n\u2019est pas du manque de colons que nous souffrons; mais à notre propre surplus de population des paroisses environnantes, accordez la même somme de bons offices et d\u2019avantages qu\u2019à l\u2019heure actuelle nous accordons à l\u2019immigration étrangère et de nouvelles paroisses surgiront\u201d.Ainsi se prononce Alphonse Dubord, commissaire des Terres aux Trois-Rivières.Devant le même comité, l\u2019abbé Martel déclare à son tour: \u201cDes enfants du sol,pour peupler ce pays en peu de temps, il y en a sûrement autant que nous pouvons le désirer.Si le système actuel se prolonge, le temps peut venir où les Canadiens seront obligés d\u2019émigrer à leur tour.Faisons au moins pour les enfants du sol autant que nous faisons pour les étrangers, et le mal sera guéri\u201d.Faut-il le dire ?Ces paroles ne furent pas entendues, et pendant 70 ans, le bon sens, en cette matière, a passé chez nous pour de la sottise.Mais c\u2019est de 1900 à nos jours que la politique d\u2019immigration a atteint son apogée.En 35 ans à peu près, il est entré chez nous près de cinq mil- A PROPOS D\u2019IMMIGRATION 145 lions d\u2019immigrants, c\u2019est-à-dire l\u2019équivalent ou presque de la population canadienne au début du siècle.On a voulu, semble-t-il, reconstituer ici la tour de Babel, après la confusion des langues, bien entendu.Sans doute, pendant ce laps de temps, des mises en garde ont été faites; Bourassa, Lavergne, Monck ont tour à tour montré les dangers d\u2019une immigration inconsidérée; ils manquaient, aux yeux d\u2019un grand nombre, de largeur de vues et leurs pareils manquaient aussi, paraît-il, de loyauté à la Couronne britannique.Comme autrefois les Troyens refusaient d\u2019écouter les justes propos de Cassandre et ses véridiques prédictions, ainsi s\u2019est-on appliqué à fermer les yeux de ceux qui voyaient encore et à endormir le peuple en agitant devant lui des questions de détail.Mais le réveil a été brusque.Déjà quelqu\u2019un avait écrit: peut-être les partisans d\u2019une immigration inconsidérée finiront-ils par comprendre lorsqu\u2019il sera trop tard.Et c\u2019est ce qui est arrivé.On a compris en 1930 parce qu\u2019il y avait de 300,000 à 400,000 chômeurs en ce pays et le réveil s\u2019est opéré lorsque les gouvernements fédéral, provinciaux et municipaux ont dû jeter les millions à pleines mains pour soutenir, avec les sans-travail du pays, les arrivés de la veille.Et si les gouvernants ont enfin vu clair, le peuple lui-même a ouvert les yeux parce que les taxes pleuvaient dru. 146 l\u2019action nationale C\u2019était la crise et si l\u2019immigration ne l\u2019a pas causée, nous payons du moins pour apprendre qu\u2019elle a singulièrement accru le chômage et compliqué ce problème.C\u2019est alors seulement que s\u2019arrête une politique de peuplement stupide et que le gouvernement Bennett, poussé par les circonstances, a diminué l\u2019immigration dans une large mesure.Il y a quelques mois, à Ottawa, le gouvernement s\u2019est prononcé de nouveau contre l\u2019entrée en masse au pays des étrangers de toutes catégories.Pour la première fois, peut-être, dans l\u2019histoire de la Confédération, un ministre de la Couronne a osé traiter de \u201cvisionnaire\u201d un partisan effréné de l\u2019immigration et, par surcroît, ce ministre n\u2019est pas un Canadien français.Il semble donc que l\u2019immigration soit, pour quelque temps encore, reléguée à l\u2019arrière-plan.Mais alors on se demandera peut-être pourquoi il est ici question de l\u2019immigration.L\u2019explication est fort simple.C\u2019est qu\u2019il reste chez nous et au dehors des aveugles, des égoïstes, des fanatiques.Les aveugles se complaisent à s\u2019appeler eux-mêmes des économistes; ils croient l\u2019être tout en n\u2019ayant rien de commun avec eux.Ils s\u2019écrient: ce siècle est celui du Canada; il reste d\u2019immenses ressources inexploitées; il y a place ici pour une population de 50,000,000.Appelons donc les étran- A PROPOS D\u2019IMMIGRATION 147 gers et qu\u2019ils viennent s\u2019asseoir à notre table.Nous serons frères et ils payeront nos dettes.Les immigrants payeront nos dettes, dit-on.Que nous apprend l\u2019expérience sur ce point ?Premièrement, que nous avons soldé les frais de voyage des nouveaux venus; deuxièmement, que plusieurs d\u2019entre eux sont véritablement assis à notre table et que nous soldons encore la note; troisièmement, que des nouveaux venus ont pris, dans les bureaux et à l\u2019usine, la place de Canadiens de naissance.En résumé, nous payons aujourd\u2019hui les lourds intérêts des capitaux que nous avons engagés dans l\u2019immigration, alors qu\u2019il eût certes mieux valu payer nos propres dettes.S\u2019il s\u2019agit d\u2019accroître la population de ce pays, le raisonnement est plus simple.Il fallait garder les nôtres d\u2019abord.On n\u2019a vu que des imbéciles essayer de remplir un tonneau sans fond.D\u2019autre part, s\u2019il fait si bon vivre au Canada et s\u2019il y a tant de richesses à partager, l\u2019étranger viendra seul et saura bien payer son passage.A-t-on déjà vu un homme assez so^pour établir sur ses propres terres les fils de son voisin pauvre, alors que lui-même a des fils en bas âge à son foyer ?Ce cas semble invraisemblable.Il s\u2019est parfaitement réalisé et, ce père de famille, ce n\u2019est autre que le Canada.Ses enfants \u201cont pris le chemin\u201d et les étrangers ont pris ses terres par une libre disposition de sa volonté. 148 l\u2019action nationale Voilà pour les aveugles; voici pour les égoïstes.Par ce nom, nous entendons tous ceux qui n\u2019ont recherché que leurs intérêts et qui les recherchent encore dans une politique d\u2019immigration intense.Nous citons à la barre,les compagnies de transport, maritimes ou ferroviaires; les grands industriels qui ne voient dans l\u2019immigrant qu\u2019un con-commateur; ces messieurs de Grande-Bretagne qui voyaient dans le Canada un excellent débouché pour leurs troupeaux humains.Ces intérêts multiples, parce que puissants, ont prévalu sur la politique et ils ne cherchent encore que l\u2019occasion propice pour la dominer de nouveau.Restent les fanatiques; sous ce nom viennent les Orangistes et leurs alliés.Leur but était net; s\u2019il est resté voilé, c\u2019était pour mieux servir la cause.Ce but reste identique; comme par le passé, il s\u2019agit de noyer les Canadiens français sous l\u2019avalanche des nouveaux venus.Il ne doit y avoir, en ce pays, qu\u2019un drapeau et qu\u2019une langue.Si ce but est atteint, l\u2019immigration ne peut avoir de méfaits et on la bénit.Si l\u2019on apprend que l\u2019exode décime la population du Québec, il y a grande réjouissance dans toutes les loges orangistes! Les fanatiques sont venus au Canada avec un grand espoir; ils le conservent.Il faut nettoyer le pays de cette race inférieure qui lui a donné ses découvreurs, ses pionniers et ses martyrs ! Dommage, vraiment, qu\u2019on ne puisse adopter la méthode A PROPOS D IMMIGRATION 149 des Pharaons d\u2019Egypte et qu\u2019on ne puisse jeter dans le Nil canadien tous les enfants qui viennent de naître! Les chimères, les intérêts et les passions qui ont poussé à notre précédente politique d\u2019immigration .existent encore.L\u2019opinion publique les dénonce, mais le travail secret s\u2019accomplit et il faut nous défier des surprises prochaines.D\u2019ailleurs, les manifestations ouvertes des partisans de l\u2019immigration sont toutes récentes; pas plus tard que l\u2019automne dernier, le président du Pacifique Canadien, on sait pour quel motif, voulait qu\u2019on ouvrît les portes du pays; en pleine crise, la ville de Le Pas, au Manitoba \u2014 \u201cThe Pas!\u201d \u2014 se proposait récemment d\u2019établir 10,000 chômeurs britanniques sur les 800,000 acres de terre d\u2019une vallée voisine; aux Communes anglaises, les députés viennent de voter une résolution qui recommande l\u2019envoi d\u2019immigrants dans les pays de l\u2019Empire; et, dans des cas comme celui-là, on sait que l\u2019Angleterre estime étrangement le Canada; enfin, un vieux militaire de l\u2019Alberta, qui a nom Hornby, passe les loisirs que lui laisse la goutte ,à préparer des plans d\u2019immigration et à les adresser au gouvernement de l\u2019Angleterre, comme s\u2019il n\u2019y avait pas de gouvernement à Ottawa.Il ne faut pas oublier M.le député Jacobs qui, pour des raisons à lui connues, mais que l\u2019on devine en dehors de 150 l\u2019action nationale la synagogue, préconise également la politique de la porte ouverte.Il reste donc une foule de gens qui \u201cn\u2019ont rien oublié et qui n\u2019ont rien appris\u201d.Ils n\u2019ont pas oublié qu\u2019ils ont contribué partiellement par l\u2019immigration à l\u2019exode d\u2019un million de Canadiens français aux États-Unis.Ils n\u2019ont pas appris non plus que l\u2019immigration a coûté des centaines de millions au Trésor public, qu\u2019elle a aggravé la plaie du chômage que, depuis 1900, comme la preuve est faite, elle n\u2019a à peu près pas augmenté notre population, qu\u2019à côté de sujets sains et acceptables, elle a dirigé vers ce pays des éléments dangereux et propres à compromettre notre vie nationale.On voulait faire un grand pays; l\u2019on a fait de grandes divisions; de grandes divisions entre l\u2019est et l\u2019ouest; de grandes divisions entre les Anglais de langue et les Canadiens français, toujours traités avec morgue.Et là-bas, dans l\u2019Ouest, le parti socialiste qui vient de naître ajoute une division de plus et pousse indirectement à une sécession du pays que nous verrons peut-être sans regret.Voilà comment l\u2019immigration a fait un grand pays.Il resterait peut-être à démontrer qu\u2019elle n\u2019a à peu près rien donné au point de vue démographique et que l\u2019accroissement naturel aurait pu combler l\u2019écart entre les chiffres qu\u2019indiquent les recensements de 1911, de 1921 et de 1931. A PROPOS D\u2019IMMIGRATION 151 Les statistiques ne manquent pas, mais un exemple, le plus récent, suffira: de 1921 à 1931, il est entré au Canada 1,313,539 immigrants.Durant cette période, la population ne s\u2019est accrue que de 1,629,-837.Or, pendant le même temps, 200,000 Canadiens de race française passaient aux États-Unis où se trouvent aujourd\u2019hui 2,145,874 personnes d\u2019origine canadienne.La colonne des chiffres pourrait s\u2019allonger; ceux que nous citons en disent déjà assez long.Tout le prouve; la politique de l\u2019immigration, maintenue par le Canada pendant un siècle, apparaît donc comme une politique néfaste, antinationale; nous avons toutes les raisons du monde de nous opposer à ce que les ouvriers de l\u2019ombre et de la coulisse la renouvellent.Si l\u2019on songe à la situation actuelle, il est aussi logique pour nous de demander à l\u2019Angleterre de recevoir chez elle une colonie de chômeurs canadiens.Si vraiment il y a chez nous tant de ressources à développer, tant de terres à coloniser, nous nous tournons vers les bâtisseurs de grands projets et nous leur disons: Vous savez où il y a place pour des immigrants; eh bien! voici qu\u2019il reste au Canada quelque 200,000 chômeurs, que, dans la seule province de Québec, il faudra à brève échéance établir plus de 800,000 jeunes gens qui ont aujour-d\u2019hui de 15 à 29 ans; faites place à ce million et, alors, vous ferez une œuvre véritablement natio- 152 l\u2019action nationale nale et vous ferez enfin preuve de ce canadianisme que vous exigez sans cesse des autres.Et quand ce sera fait, il sera temps de faire appel à l\u2019immigration, mais pas avant! Voilà l\u2019attitude que nous devons garder vis-à-vis de l\u2019immigration; attitude que commandent la logique, la solidarité nationale, la prévoyance, les besoins actuels, et surtout les coûteuses expériences d\u2019un passé bêtement colonial.Dominique BEAUDIN "]
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