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Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Septembre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
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L'action nationale, 1935-09, Collections de BAnQ.

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[" EX I_IBRIS 971.405 Al88n v.6 816 ADifcJN Est Dh Troisième année 2ème semestre 1935 L\u2019ACTION NATIONALE REVUE MENSUELLE Directeur: Arthur LAURENDEAU VOLUME VI - maison BtLLACHIN \\\\l R 5 1943 bibuoth' que 1961 EST, RUE RACHEL, MONTREAL LIGUE d\u2019ACTION NATIONALE 3472, RUE HUTCHISON MONTRÉAL 816 L\u2019ACTION NATIONALE publiée par la Ligue d\u2019Action nationale, est un organe de pensée et d\u2019action au service des traditions et des institutions religieuses et nationales de l\u2019élément français en Amérique.Elle paraît tous les mois, sauf en juillet et en août.Les directeurs de la Ligue sont: MM.Esdras Minville, président, Hermas Bastien, secrétaire, Pierre Homier, l\u2019abbé Lionel Groulx, Eugène L\u2019Heureux, Olivier Maurault, P.S.S., Anatole Vanier, l\u2019abbé Albert Tessier, Arthur Laurendeau, René Chaloult, Albert Rioux, Dr Philippe Hamel, Léopold Richer, Dominique Beaudin, André Laurendeau.Directeur de la revue: Arthur Laurendeau Tous droits réservés \u2014 Ottawa 1933 Guerre civile Beaucoup d\u2019activités se dépensent actuellement en pure perte.Une élection, peut-être deux: cela dépendra des résultats de la première.L\u2019heure est aux injures.On s\u2019invective au nom d\u2019intérêts.Dans le temps, on n\u2019était pas blasé et on se tuait pour vrai.Maintenant, on se tue pour rire: est-ce moins triste?La fureur est de là.Il faut qu\u2019une moitié du du pays se dresse contre l\u2019autre.Les désirs mesquins se lèvent, on commence d\u2019acheter et de vendre; des phraséologies titupèrent contre des phraséologies.Guerre civile.Chez nous, malgré la gageure des circonstances, on se montrera peut-être un peu plus politicien qu\u2019ailleurs.Tout le monde entrera dans la bagarre.Les plus sincères diront: Quelle tristesse! puisque votre avenir se joue ici.* * * C\u2019est faux.Notre avenir n\u2019est pas là tout entier.Notre avenir ne se joue pas là.S\u2019il y était, s\u2019il s\u2019y était joué, nous serions emportés depuis longtemps dans un torrent de lâchage et de dérive, de violences alcooliques et de trahisons à cinq sous. 4 l\u2019action nationale La politique n\u2019enferme pas tout.La politique n\u2019est qu\u2019un instrument.Ici aussi, derrière le pays légal, vit le pays réel.\u2014 Réagira-t-on pas contre une erreur centenaire?Jadis, cette guerre civile signifiait quelque chose.Alors il y avait des droits à gagner, un fait à imposer.Il n\u2019y avait pas de partis.L\u2019Union, période politiquement instable, eut pour conséquence un fractionnement de nos forces; il fallut opérer des transactions.La Fontaine dut s\u2019en aller.Alors, dans la politique, il y eut des partis, il n\u2019y eut plus de patrie.* * * Des droits peuvent être la condition d\u2019une vie, ils ne sont pas la vie.La vie se nourrit de substance, non de légalité.Non de manoeuvres électorales.Nous osons dire cela en pleine échauffourée, quand les coups pleuvent dru.Nous ne nions pas l\u2019importance de la politique.Instrument, avons-nous écrit, mais l\u2019instrument majeur.Qu\u2019on le gauchisse et tout se met à marcher de travers.L\u2019erreur, c\u2019est de croire que tout viendra d\u2019Ottawa et de Québec.D\u2019avance, le poids de nos espoirs fausse le jeu de la politique. guerre civile 5 On lui demande trop.On attend trop d elle et trop peu de soi.La politique organise des forces.Où se cachent les forces?Dans quel réservoir?Avons-nous songé sérieusement à en développer, à en accumuler?Jeunesse, livrez-nous le secret de votre âme laurentienne.Versez votre puissance dans un art, dans une science, une industrie, un commerce bien à vous, sans une politique, aussi, mais comme partie dans le tout.Voilà qui nous transformera, qui nous revitalisera.Et aussi: une philosophie.Et aussi: une éducation.L\u2019éducation.On devine où cela nous mène.Nos lecteurs savent que 1\u2019\u201cEnquête sur l\u2019éducation nationale\u2019\u2019 vient de paraître aux Éditions Albert Lévesque.Le brouhaha électoral ne doit pas nous détourner de ce livre, qui représente un effort sincère de la pensée canadienne-française.On a loué son courage, l\u2019exactitude de son diagnostique.Le reproche que lui ont fait 6 l\u2019action nationale certains de n\u2019être pas descendue assez loin dans la réalité concrète, des articles comme ceux que nous publions depuis mai et dont nous continuerons la série toute l\u2019année durant, y répondent.Nous nous adressons à nos amis.Accordent-ils à cette enquête quelqu\u2019importance?Une telle publication doit-elle être diffusée?Nous comptons sur leur propagande.En pleine guerre civile, au moment où les nôtres s\u2019affrontent sur le terrain politique; où les sincérités sont rares et sournoisement combattues; où l\u2019on apprend aux jeunes générations la loi des partis plutôt que l\u2019amour pratique de la nation, où l\u2019on s\u2019applique à les diviser, où l\u2019on tente de les jeter les unes sur les autres: \u2014 à ce moment d\u2019agitation haineuse et de fractionnement, nos amis ne croient-ils pas qu\u2019une telle pensée, faisant appel aux énergies collectives, constitue un plaidoyer pour l\u2019unité et un acheminement vers elle?L\u2019ACTION NATIONALE Dans l\u2019École Primaire de mai 1935, organe mensuel de pédagogie pratique, et dont le directeur est monsieur Eugène Achard, il y a une page intitulée \u201cComment faire de l\u2019éducation nationale\u201d, qui offre un programme pratique et d\u2019une application facile et claire de cette matière.Nous en recommandons la lecture aux professeurs de l\u2019école primaire. Une méthode d'éducation nationale à l'école primaire Si inimaginable que cela soit, l\u2019éducation nationale chez nous est l\u2019une des plus impérieuses tâches du moment.L\u2019école primaire a le devoir de prendre sa part de l\u2019éducation nationale de l\u2019enfant.Le moins que nous puissions dire, c\u2019est que jusqu\u2019ici l\u2019école ne s\u2019en est pas acquittée de la meilleure façon possible.Mais qu\u2019on ne s\u2019alarme pas.Nous n\u2019avons pas ici la mission de dresser de réquisitoire contre l\u2019école.Nous voulons simplement \u2014 c\u2019est là sans doute ce que nos maîtres religieux et laïques attendent de nous \u2014 nous voulons simplement indiquer quelques moyens pratiques de donner, à l\u2019école primaire, une éducation véritable et effcace.\u201cL\u2019enfant devrait sortir de l\u2019école avec l\u2019Evangile dans le sang\u201d.L\u2019expression est de Louis Veuil-lot.Pourquoi l\u2019écolier n\u2019aurait-il pas aussi son pays dans le sang, \u201cdans la peau\u201d pour enployer l\u2019expression brutale d\u2019une chanson très populaire il y a dix ans ?L\u2019école devrait l\u2019en avoir si bien pénétré, nourri, que l\u2019écolier et elle ne fassent plus 8 l\u2019action nationale qu\u2019un, qu\u2019une fois devenu homme l\u2019écolier sente, pense, agisse nationalement, sans mot d\u2019ordre, sans influence extérieure, sans \u201cbattage\u201d, isolément, en affaires comme en politique, l\u2019année durant.Les Anglais, les Juifs, nous donnent sur ce point une indéniable leçon.I On peut distinguer dans la vie scolaire de l\u2019enfant deux âges, celui des impressions et des émotions, puis celui de la réflexion et de l\u2019instruction proprement dite.Jusqu\u2019à l\u2019âge de onze ou douze ans, l\u2019enfant est plus capable de sentir et d\u2019éprouver que de raisonner.Il est sens et cœur tout à la fois et surtout.Ce n\u2019est que plus tard qu\u2019il réfléchira.Les yeux constituent sa principale source d\u2019enrichissement.Les images, voilà ce que l\u2019enfant adore.Les histoires aussi l\u2019émerveillent, les contes, les légendes, et parce qu\u2019il n\u2019a pas les mots nécessaires qui expriment sa joie, il chante.Jje * * Ce tempérament de l\u2019enfant est tout un enseignement.Le maître n\u2019a pas beaucoup de chances de réussir sa tâche s\u2019il ne s\u2019adapte pas au tempérament de l\u2019enfant.Montrer des images, raconter des histoires, en d\u2019autres mots plus scolastiques, rendre l\u2019enseignement profondément intuitif et concret, voilà la grande pédagogie des premières classes de l\u2019enseignement primaire. UNE METHODE D\u2019EDUCATION 9 Pour l\u2019éducation religieuse et morale, les Règlements du Comité catholique du Conseil de l\u2019Instruction publique recommandent fortement les tableaux et les récits.Il n\u2019en va pas autrement pour l\u2019éducation nationale.Dans un article sur ce sujet, l\u2019enthousiaste directeur de cette revue, M.Arthur Laurendeau, parlant des oeuvres d\u2019Henri Julien, avait deviné tout le profit que pouvait tirer de l\u2019image l\u2019éducation nationale.M.Laurendeau n\u2019avait pas \u2014 et il ne faudrait pas l\u2019en blâmer, parce qu\u2019il n\u2019a jamais fait que je sache la classe à de petits enfants \u2014 M.Laurendeau n\u2019avait pas pensé que cet enseignement par l\u2019image, et j\u2019ajoute par le récit, constituait, au premier âge des enfants, le premier et le plus naturel et le plus sûr moyen d\u2019éducation nationale.% * * Eh! oui, des reproductions des dessins de Julien et de Massicotte, des peintures de Delfosse, (comme il serait souhaitable que les oeuvres de Laliberté, de Duguay, de Suzor Côté et de tant d\u2019autres soient reproduites en éditions populaires), des portraits de nos saints, de nos héros, de nos grands hommes, des représentations de nos métiers, de nos légendes, de nos coutumes, des images de nos vieilles églises, de nos manoirs et de nos vieilles maisons, des photographies de nos villes et de nos villages, de nos monuments commémoratifs, de nos forêts et de nos 10 l\u2019action nationale champs, de nos rivières et de nos lacs; des spécimens d\u2019art domestique: tapis, meubles, etc., eh! oui, toutes ces évocations de l\u2019histoire, de la nature et de la vie canadienne, on devrait d\u2019abord les trouver à l\u2019école primaire, dans le bureau du directeur, dans les corridors, dans la salle de récréation, dans les classes surtout.Mais pas seulement pour tapisser les murs ou pour moisir dans les tiroirs, mais bien pour que les enfants les prennent dans leurs mains, les regardent, les examinent, les voient encore, les voient souvent, bref, si vous me permettez l\u2019expression, pour qu\u2019ils s\u2019en mettent plein les yeux, afin que, plus tard, quand, sous la conduite de leur maître, ils feront plus intimement et plus méthodiquement la connaissance du passé et vérifieront la splendeur du cadre laurentien, ils communient de toute la ferveur de leur âme à notre grande histoire et à notre beau pays.Hc * * J\u2019ai deviné leur objection.Nous ne connaissons pas beaucoup d\u2019écoles, diront nos maîtres, outillées d\u2019aussi riche façon.Pour que les élèves voient les belles choses dont vous nous entretenez, encore faut-il les avoir sous la main.Attention! L\u2019État -providence est en train de pénétrer toutes nos conceptions.Il n\u2019y aura bientôt plus que lui.Sans lui, nous nous imaginons ne pouvoir rien faire.Trop de maîtres ne comptent que sur l\u2019admi- UNE METHODE D\u2019EDUCATION 11 nistration centrale pour les munir du matériel que réclame leur enseignement.Je connais en particulier un principal de nos écoles, alors professeur au Plateau, qui avait fabriqué lui-même tous les solides nécessaires à ses leçons de géométrie.J\u2019en sais un autre, titulaire d\u2019une classe d\u2019arriérés pédagogiques, qui s\u2019était pourvu, lui-même et remarquablement, de l\u2019outillage spécial dont il avait besoin.Et d\u2019ailleurs il n\u2019est pas nécessaire d\u2019avoir du premier coup tout son matériel.Une collection de reproductions, comme celle dont nous parlions tout à l\u2019heure, se monte petit à petit, sans frais, en tout cas avec beaucoup moins de frais que nous ne l\u2019imaginons trop souvent.On connaît les œuvres d\u2019Edmond Massicotte: \u201cUne veillée d\u2019autrefois\u201d, \u201cLa visite de la quête de l\u2019Enfant-Jésus\u201d, \u201cLe Saint-Viatique à la campagne\u201d, \u201cLes sucres\u201d, \u201cUne épluchette de blé-d\u2019Inde\u201d, \u201cLa tournée au bon vieux temps\u201d, \u201cL\u2019Angélus\u201d, \u201cLe Mardi-Gras\u201d, \u201cLa visite du Jour de l\u2019an au temps passé\u201d, \u201cUne noce d\u2019autrefois\u201d, \u201cUn magasin\u201d, \u201cLe réveillon de Noël\u201d, \u201cLa prière en famille\u201d, \u201cLe traditionnel gâteau des Rois\u201d, \u201cLa messe de minuit dans un chantier\u201d.Fort belle synthèse de l\u2019époque de nos pères! Quelle réussite aussi dans l\u2019exécution! A elle seule la série des 12 l\u2019action nationale œuvres de Massicotte est une inoubliable leçon d\u2019éducation nationale.Est-il un cœur d\u2019écolier que nous ne pourrions faire vibrer devant tant d\u2019esprit de foi, tant de labeur, tant de sérénité et de simplicité?Ces hommes que furent nos pères, il n\u2019est pas possible de ne pas les admirer, de ne pas les aimer, de ne pas vouloir les continuer, dans d\u2019autres formes de vie, sans doute, mais avec le même esprit, l\u2019amour de Dieu, le service de la Patrie.On connaît également les œuvres d\u2019Henri Julien: \u201cLe retour de la messe\u201d, \u201cLe fricot\u201d, \u201cLa criée\u201d, \u201cA la tienne, vieux\u201d, \u201cLa débâcle\u201d, \u201cLa chasse-galerie\u201d, \u201cLa nuit de Noël\u201d, \u201cLe fumeur au coin du feu\u201d, etc., etc.Types, scènes et paysages, qui nous relient à un passé qui fut grand et que les enfants de notre ville malheureusement n\u2019apprennent pas assez à connaître et à vénérer et par conséquent qu\u2019ils ne se préparent pas à continuer.* * * J\u2019y reviens.Il serait à souhaiter que toutes nos écoles aient une abondante collection de ces images, qu\u2019on en tapisse les murs de la salle de récréation et des classes pour que les enfants, au jeu, à l\u2019étude, baignent en quelque sorte dans une atmosphère nationale.Cela ne suffit pas.Pour que le passé surtout les pénètre de sa mystérieuse influence et que les écoliers en deviennent les fervents disciples, les hérauts, les continuateurs, il faudrait UNE METHODE D\u2019EDUCATION 13 que ces images circulent entre leurs mains,qu\u2019ils les voient de près, comme nous disions plus haut.Certes, il n\u2019est pas très pratique de faire circuler de main à main, dans une classe, les tableaux de Massicotte, par exemple.C\u2019est à croire que la chose avait été prévue.Les œuvres de Julien et de Massicotte ont été reproduites en cartes de Noël et du Jour de l\u2019an, au sépia et en couleurs.Pourquoi ne pas utiliser ces cartes?Le coût en est minime.On en trouve chez les libraires.Il y a encore le magnifique volume de M.Alfred Laliberté, reproduisant les Légendes, Coutumes et Métiers de la Nouvelle-France.Sans doute, tous les maîtres ne peuvent acheter ce volume.Rien n\u2019empêche qu\u2019ils le consultent, qu\u2019ils s\u2019en inspirent, qu\u2019ils en reproduisent les sujets dans leur cahier de préparation de classe pour les reproduire de nouveau en classe au tableau noir.Quant à la nature canadienne ou simplement laurentienne, Ottawa possède une documentation photographique des plus riches qu\u2019il fait exécuter par le Service cinématographique du ministère du Commerce et par le Service Topographique du ministère de l\u2019intérieur.Ces photos sont d\u2019environ 6x8 et se vendent à très bas prix ($0.10).Les services de publicité de nos deux grands réseaux ferrés possèdent également de splendides collections de photos où l\u2019on peut puiser sans qu\u2019il en coûte trop cher.On s\u2019adresse au directeur de la publicité du Canadien Pacifique 14 l\u2019action nationale et à celui des Chemins de fer Nationaux.Les journaux illustrés et les revues fournissent de très beaux documents; mais il faut user de sens critique et avoir bon goût pour ne puiser à ces sources que les photos les plus intéressantes.J\u2019emprunte ces excellents renseignements et ces conseils à M.Benoît Brouillette, dans son livre, \u201cLe Canada par l\u2019image\u201d * * * Les enfants raffolent aussi d\u2019histoires.Il faut voir de quelle docilité ils peuvent être capables, quand le maître a promis de leur en raconter une.comme ils écarquillent les yeux, quand le moment en est venu, comme ils ne se lassent pas d\u2019entendre raconter.Les enfants vivent de mouvement, d\u2019imprévu, d\u2019extraordinaire, de merveilleux.Ils s\u2019identifient comme tout naturellement avec les personnages d\u2019un récit qu\u2019ils accompagnent, qu\u2019ils suivent, qu\u2019ils rêvent d\u2019imiter.Comme les enfants sont aimants, ils sympathisent avec leurs héros dans les événements heureux ou malheureux de leur vie; ils réagissent contre l\u2019injustice, la fourberie, la cruauté; s\u2019ils n\u2019admettent pas la patience, ils admirent et applaudissent au courage, à la ténacité, à la force, à l\u2019héroïsme, au martyre.Toutes ces ressources doivent être mises au service de l\u2019éducation nationale.Nous le répétons pour que notre pensée soit bien claire sur ce sujet: nous devons d\u2019abord inspirer aux enfants l\u2019amour et le service UNE METHODE D\u2019EDUCATION 15 de Dieu.Ensuite, mais ensuite, l\u2019amour et le service de la Patrie.Et de même que nous devrions leur mettre plein les yeux de visions de chez nous, il faudrait leur mettre plein les oreilles de récits de chez nous: grande ou petite histoire, histoires authentiques ou légendes, événements heureux ou malheureux, religieux ou profanes, d\u2019ordre militaire ou politique, surtout d\u2019ordre social.Pour peu que le maître dans ses récits exprime fortement la vie qui s\u2019en exhale, les enfants resteront suspendus à ses lèvres, tant qu\u2019il le voudra.Il n\u2019est pas alors d\u2019occasion plus opportune pour convaincre les enfants des leçons qui s\u2019en dégagent.îf: * * Mais où trouver d\u2019une façon rapide et précise les choses nourrissantes, les choses éducatives dont vous nous parlez ?demanderont encore nos maîtres.Nous ne sommes pas outillés aux fins qu\u2019on nous signale et dont nous reconnaissons toute la justesse.Ce n\u2019est pas le métier de nos maîtres, je le reconnais, de faire de longues et minutieuses recherches pour se documenter aux fins particulières de chaque enseignement.Ils n\u2019en ont pas le loisir, ils n\u2019en ont pas les moyens.Un recueil, un volume, un manuel d\u2019histoires nationales, au pluriel, voilà ce qui comblerait les lacunes de leur information, voilà ce dont ils tireraient un puissant parti.Il n\u2019en existe pas.Nos maîtres n\u2019ont pas ce manuel.Ici et là, 16 l\u2019action nationale épars dans leurs livres de lectures, dans leurs grammaires, quelques récits authentiques, quelques légendes.Peut-être nous mettrons-nous un jour à la composition d\u2019un manuel d\u2019histoires nationales.Mais en attendant, il faut que nos maîtres pourvoient eux-mêmes à leurs besoins.Les bibliothèques de nos écoles ne sont pas abondamment fournies et aussi éclectiques qu\u2019on le pourrait souhaiter.J\u2019en ai vu de fort intéressantes.En tout cas, comme tout à l\u2019heure, et j\u2019y reviens, les maîtres doivent comprendre qu\u2019on s\u2019outille soi-même.La littérature canadienne \u2014 en passant, je rends hommage à M.Albert Lévesque qui fait des sacrifices d\u2019argent considérables pour éditer des oeuvres de chez nous \u2014 la littérature canadienne, dis-je, fournit de plus en plus de documents sur notre histoire.Nous ne pouvons évidemment acheter tout ce qui se publie.La bibliothèque de notre Commission, au parc LaFontaine, s\u2019enrichit tous les ans.D\u2019ailleurs, la littérature canadienne n\u2019est pas toute utilisable aux fins qui nous intéressent.L\u2019histoire générale, les biographies, les monographies, le roman, le conte, la légende, ces œuvres elles-mêmes ne nous fournissent pas la matière dont nous avons expressément besoin.La raison en est que ces œuvres n\u2019ont pas été spécialement écrites pour les enfants.Il faudra donc les parcourir soi-même, les dépouiller, pour en extraire les éléments de récits capables d\u2019intéresser et de former les enfants. UNE METHODE D\u2019EDUCATION 17 Et même si nous devions trouver une matière toute prête à la narration, il resterait encore à prendre garde qu\u2019elle fût, dans la forme, dans l\u2019expression, présentable à l\u2019intelligence des enfants.Nous avons tort d\u2019oublier que les enfants ne comprennent pas toutes les langues.La seule qu\u2019ils entendent, c\u2019est celle qui est à leur niveau.La matière ne manque donc pas.Le passé, ramassé en récits à la portée de l\u2019intelligence des enfants et à la portée de la main du maître, voilà ce qui manque.Cela ne veut pas dire toutefois que nous soyons complètement démunis.La Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal a déjà édité quelques contes historiques: \u201cJacques Cartier\u201d, \u201cChamplain\u201d, \u201cEtienne Brûlé\u201d, \u201cRobert Giffard\u201d, \u201cMarie de l\u2019Incarnation\u201d et d\u2019autres encore.Le très gros avantage de ces contes, c\u2019est qu\u2019ils sont illustrés.Nous avons donc ici deux procédés d\u2019enseignement appropriés aux enfants: l\u2019image, le récit.Je regrette que la collection de ces contes ne soit pas plus considérable.Et d\u2019autant plus que les auteurs de ce travail s\u2019engageaient dans une excellente voie.Au lieu de ne nous présenter que les figures les plus connues de notre histoire, celles de Cartier, de Champlain, de Marguerite Bour-geoys, de Frontenac, les contes historiques faisaient une place à d\u2019autres personnages moins connus 18 l\u2019action nationale mais non moins grands, tels Etienne Brûlé, découvreur de l\u2019Ontario, Robert Giffard, type du seigneur colonisateur, Jean de Saint-Père, premier syndic de l\u2019île de Montréal, Lambert Closse, aussi extraordinaire soldat sinon plus que Dollard lui-même, Charles Le Moyne, père des Macchabées de la Nouvelle-France.Il faut espérer que la Société Saint-Jean-Baptiste se mettra avant longtemps à ajouter à la série de ses premiers contes.D\u2019autant que la matière est inépuisable et que ce genre d\u2019éducation est l\u2019un des plus conformes au tempérament des petits enfants.Je viens de parcourir un autre puissant récit mis en images.Je veux parler de \u201cL\u2019appel de la race\u201d d\u2019Alonié de Lestres, roman mis en images par M.Victor Barrette du Droit d\u2019Ottawa.C\u2019est le premier album d\u2019une série dont l\u2019initiative revient à M.Bernard Benoît, un régionaliste comme Trois-Rivières est en train de nous en révéler.Je viens de lire ce récit artistiquement illustré, alerte, poétique, poignant.Il en est peu qui puissent faire plus grande impression sur les enfants et déposer dans leur cœur les germes d\u2019un immense dévouement à la patrie.Ce qu\u2019il faut, c\u2019est en composer des douzaines, des centaines comme celui-là (\u201cL\u2019appel de la race\u201d conviendrait davantage à de plus grands) et de les mettre entre les mains des enfants pour qu\u2019à leur lecture, les leçons qui s\u2019en dégagent tombent dans les profondeurs du subconscient, dans UNE METHODE D EDUCATION 19 les régions inexprimables du cœur\u201d selon l\u2019expression de Jacques Maritain, y meurent, mais pour reprendre vie et force au jour de la réflexion et s\u2019épanouissent en réalités une fois que les enfants auront quitté l\u2019école.Nos lecteurs connaissent l\u2019intéressante revue L\u2019Oiseau bleu.Voilà encore une petite mine que les maîtres pourront exploiter et où ils trouveront avec des images une abondante série d\u2019anecdotes canadiennes.II L\u2019enfant vient d\u2019avoir onze ou douze ans.Il ne cessera pas pour cela d\u2019aimer les images et les récits.De fait, l\u2019image et le récit impressionneront l\u2019homme toute sa vie.La publicité moderne sait quelle puissance l\u2019image en particulier a sur lui.Aussi a-t-elle multiplié les façons d\u2019agir sur ses yeux: panneaux-réclames, enseignes lumineuses, vitrines rutilantes, illustrés de toutes sortes, etc.Quelle n\u2019est pas maintenant la vogue du cinéma ?Quant aux récits, les statistiques des bibliothèques sont effarantes.Le roman est le genre littéraire d\u2019emblée le plus populaire.L\u2019école ne peut pas montrer que des images et raconter des histoires, quand ce serait au seul profit de l\u2019éducation nationale.L\u2019école doit enseigner à lire, à écrire, à compter, à dessiner, etc.Pourquoi tous ces enseignements nécessaires ne serviraient- 20 l\u2019action nationale ils pas en même temps que la fin immédiate de chacun d\u2019eux la fin médiate de l\u2019éducation nationale ?Puisqu\u2019il faut apprendre aux enfants à lire, à orthographier, à compter, pourquoi la plupart des thèmes de fond de ces enseignements ne se-faient-ils pas des thèmes de chez nous ?Notre histoire comme notre pays, nos grandes figures comme les plus modestes, nos mœurs comme nos légendes, nos richesses comme nos gaspillages, nos vertus comme nos défauts, nos espérances comme nos déceptions, nos ressources comme nos besoins, tout cela peut et doit servir de sujets de lectures, de dictées, d\u2019analyses, de rédactions, d\u2019improvisations, d\u2019examens, etc.* * * La plupart des thèmes, avons-nous dit.En effet, nous n\u2019entendons pas être chauvins.Il ne s\u2019agit pas d\u2019écarter de notre enseignement tous les sujets étrangers à notre histoire et à notre pays, d\u2019autant moins que jusqu\u2019ici nous nous sommes surtout inspirés à des sources françaises et que, si le thème pouvait nous laisser assez souvent indifférents, la langue tout au moins pouvait enrichir notre vocabulaire et servir de modèle à l\u2019expression.Non, prenons notre bien partout où nous le trouverons.Il ne s\u2019agit pas encore une fois d\u2019être étroits.Mais jusqu\u2019ici, d\u2019une façon je dirais par trop systématique, nous avons vidé notre enseignement de UNE METHODE D\u2019EDUCATION 21 l\u2019âme nationale, ou plutôt nous ne l\u2019avons pas imprégné, imbibé, trempé, dans l\u2019âme nationale, nous avons trop cherché ailleurs les sujets de nos devoirs et de nos leçons.C\u2019est une faute dont nous voyons aujourd\u2019hui les graves conséquences.Dans tous nos enseignements, il faudra dorénavant broder autour de thèmes nationaux.L\u2019enseignement des notions techniques de la lecture, de l\u2019orthographe, de la composition, de l\u2019analyse, etc., n\u2019en souffrira pas.Au contraire, nous donnerons une vie à ces notions.Peu à peu, nous inclinerons l\u2019esprit des enfants vers l\u2019intelligence des choses de chez nous et inviterons leur cœur à les aimer, à en être fiers, à s\u2019y attacher, à les défendre, à els continuer.L\u2019école primaire aura ainsi façonné tout naturellement et comme elle le doit l\u2019âme nationale de notre petit peuple.$ * * Nous faudrait-il maintenant descendre dans la pratique de cet enseignement national?Des maîtres ont l\u2019excellente habitude d\u2019écrire chaque jour au tableau noir une pensée morale qu\u2019ils commentent parfois et font reproduire la plupart du temps dans le cahier de devoirs des écoliers.Il ne serait pas difficile, \u2014 combien ces pensées pourraient mystérieusement influencer les écoliers, ceux qui n\u2019ont pas l\u2019habitude des enfants ne sauraient l\u2019imaginer \u2014 il ne serait pas difficile, 22 L ACTION NATIONALE dis-je, d\u2019inscrire une pensée nationale et de la commenter brièvement.Où trouver de ces sortes de pensées ?Mais partout, dans les volumes, dans les revues, dans les journaux.En voici une vingtaine que je trouve, je vous dirai où tout à l\u2019heure: \u201cLe réveil d\u2019un peuple est une longue et immense entreprise.\u201d \u201cLes Français du Québec ont charge d\u2019âmes.\u201d \u201cAujourd\u2019hui comme autrefois, nous devons garder le goût des postes périlleux.\u201d \u201cContre la barbarie nouvelle, nous devons nous préparer aux sacrifices suprêmes pour la défense de la cité française.\u201d \u201cPour que nos gestes soient continués, nous avons besoin de léguer à nos descendants la poussée des vertus héréditaires.\u201d \u201cPuissions-nous nous souvenir de quelle race nous sommes, et de quels devoirs.\u201d \u201cL\u2019héroïsme français n\u2019est d\u2019aucun métier, ni d\u2019aucune profession.\u201d \u201cCe n\u2019est pas la vie des morts, c\u2019est leur âme que les vivants doivent recommencer.\u201d \u201cQuelles que soient les déchéances d\u2019aujourd\u2019hui, ne laissons pas les lassitudes infécondes, les scepticismes amers s\u2019emparer de nos courages.\u201d \u201cLes ancêtres ne se sont pas uniquement acquittés de nous donner le nombre; ils nous ont transmis avec un sang pur, les vertus morales qui devaient continuer la transmission de la vie.\u201d UNE METHODE D\u2019EDUCATION 23 \u201cS\u2019il est entré dans ce passé (notre passé) tant d\u2019épreuves, tant de catastrophes tragiques, ce doit être qu\u2019une race française ne se forge pas comme une autre.\u201d \u201cC\u2019est le temps pour les hommes de cœur de se compter et de réagir.\u201d \u201cAux œuvres de défense et de reconstruction, à la cause suprême, nous dévouerons les suprêmes ardeurs de nos vies; et, s\u2019il le faut, eh! bien, nous aussi nous y mourrons.\u201d \u201cC\u2019est un instinct des peuples, aux heures troublantes de leur vie, de se retourner vers les grands noms de leur passé.\u201d \u201cS\u2019il est une particulière beauté de notre histoire, c\u2019est la collaboration de la femme à toutes les grandes choses que nous avons accomplies.\u201d \u201cNos origines portent le sceau d\u2019une prédilection.Les hommes qui furent nos pères.venaient de la France, pays de raison harmonieuse et de foi apostolique.\u201d \u201cA toutes les époques d\u2019une existence particulièrement laborieuse, il (le catholicisme) sera la force la plus active de celles qui nous ont façonnées.\u2019\u2019 \u201cLa volonté de rester nous-mêmes, qui l\u2019a plus fortement affirmée que notre clergé?\u201d \u201cD\u2019avoir été un peuple qui priait et allait à la messe, qui se confessait et communiait, qui pratiquait le culte des saints, héros supérieurs à l\u2019huma- 24 l\u2019action nationale nité, qui pourrait dire ce que notre histoire a gagné par cela seul, en force et en beauté.\u201d On ne m\u2019en voudra pas d\u2019en avoir tant cité.C\u2019était pour prouver qu\u2019il n\u2019en manquait pas.Songez que je les ai toutes trouvées dans un seul volume, \u201cNotre maître, le Passé\u201d du docteur ès éducation nationale, l\u2019abbé Lionel Groulx.J\u2019imagine qu\u2019avec un peu de patience nos maîtres en pourront trouver tout autant et qu\u2019avec un peu de réflexion ils n\u2019auront pas tellement de difficulté à les commenter.A leur tour, les élèves s\u2019en incorporeront la \u201csubstantifique moelle\u201d.On ne sait pas de quelles entreprises nationales seraient capables de jeunes Canadiens français informés, pendant quatre ou cinq ans, c\u2019est peu, mais tous les jours de ces quatre ou cinq ans, c\u2019est énorme, d\u2019une aussi forte doctrine nationale?Surtout si nous avons soin d\u2019ajouter à ce premier et facile procédé, celui de donner comme sujets de dictées des textes nourris d\u2019histoire nationale.% * * Le même volume de l\u2019abbé Groulx, \u201cNotre maître, le Passé\u201d peut encore servir magnifiquement.C\u2019est ainsi que nous pourrions donner en dictée le récit du vœu de Maisonneuve, si la rivière Saint-Pierre cesse de monter, d\u2019aller planter une croix au sommet du Mont-Royal.Et cet autre où l\u2019auteur raconte le serment de Dollard et de ses compagnons UNE METHODE D\u2019EDUCATION 25 dans la petite chapelle de l\u2019Hôtel-Dieu.Cet autre encore où un collectionneur de Toronto trouve dans la charrette de jeunes ouvriers le portrait du découvreur du Mississipi, le Père Marquette.Quelle page plus émouvante à dicter que celle narrant le geste d\u2019Auguste Norbert Morin s\u2019agenouillant sur la neige et demandant comme un bon fils la bénédiction paternelle ?Voilà d\u2019une part des récits comme nous voulions tout à l\u2019heure qu\u2019on en racontât aux enfants.Ajoutez à ces récits quelques-unes des réflexions que fait l\u2019auteur autour de ces événements et vous aurez là des dictées substantielles et éminemment éducatives.Avec un rare bonheur aussi, M.Georges Bouchard a tracé des silhouettes et décrit des scènes de la campagne canadienne.Pourquoi n\u2019en utiliserions-nous pas d\u2019abondants extraits?Il y en a tant et plus dans son livre intitulé: \u201cVieilles choses, vieilles gens\u201d.Assurément, ni M.Groulx, ni M.Bouchard, ni les autres que je pourrais citer: Le Frère Marie-Vic-torin, Mgr Camille Roy, M.Edouard Montpetit, l\u2019abbé Olivier Maurault, MM.Louis Dantin, Donatien Frémont, Pierre Daviault, Robert Rumilly, Jean Bruchési n\u2019écrivent dans le dessein de fournir des textes grammaticaux aux maîtres de l\u2019enseignement primaire.S\u2019il est nécessaire d\u2019apprendre aux enfants l\u2019orthographe au moyen d\u2019exercices particulièrement adaptés à cette fin, je m\u2019élève contre la pratique de ne faire servir la dictée qu\u2019à 26 l\u2019action nationale l\u2019intelligence de l\u2019orthographe; là encore, il y a un abus d\u2019école.Corrigeons-le au profit de l\u2019éducation nationale, c\u2019est-à-dire que la dictée fournisse en même temps à l\u2019intelligence des enfants une doctrine nationale.Outre le profit d\u2019apprendre l\u2019orthographe et cet autre de prendre contact avec la vie nationale sous ses multiples formes, nos élèves apprendront le nom de nos écrivains et celui de leurs oeuvres.A leur tour, la leçon de lecture proprement dite que nous avons négligée depuis trop longtemps et l\u2019explication de texte fourniront l\u2019occasion de connaître plus en détail les œuvres de nos écrivains et, partant, la vie canadienne.Nos livres de lecture devraient abonder de pages canadiennes.Mgr Camille Roy a composé un recueil de Morceaux choisis d\u2019auteurs canadiens.S\u2019il n\u2019est pas possible de le mettre entre les mains des écoliers, les maîtres trouveront profit à le consulter, à l\u2019utiliser, à y puiser pour la préparation de leurs leçons.Je n\u2019ai pas besoin d\u2019ajouter qu\u2019à l\u2019occasion de la lecture, le maître fera de l\u2019excellente éducation nationale s\u2019il insiste sur la vénération que nous devons avoir pour notre langue maternelle, la langue française, vénération dont nous devons donner des preuves non seulement au moment de la lecture, non seulement pendant la leçon de français, non seulement UNE METHODE D\u2019EDUCATION 27 en classe, non seulement à l\u2019école mais partout et toujours.Convainquons nos écoliers que la correction, la distinction et la richesse de notre langue seront un excellent moyen de nous faire respecter des nationalités qui nous entourent et que notre négligence à parler toujours et partout la langue française compromet d\u2019immenses intérêts nationaux * * * Par l\u2019effort de la réflexion, la leçon de composition française viendra à son tour synthétiser toutes les notions d\u2019éducation nationale acquises aux divers cours et imprimer profondément dans l\u2019âme des enfants les résolutions qu\u2019elles auront fait naître.Ici encore, quel parti l\u2019éducation nationale ne peut-elle pas tirer de la composition française ?Il ne s\u2019agit pas de traiter seulement des sujets cana.diens.Une fois de plus nous ne voulons pas être exclusifs, nous absorber dans l\u2019éducation nationale.L\u2019éducation morale prime l\u2019éducation nationale.Avant de faire de nos enfants des patriotes, il faut en faire des hommes et davantage des hommes sur-naturalisés.Le Christ a le premier droit sur nos intelligences et sur nos coeurs.Mais après Lui, la Patrie a droit à tout notre dévouement.ik * * Les sujets à proposer sont vraiment innombrables.Nous ne saurions les indiquer tous.En tout cas, il en est que nous nous devons de soumettre 28 l\u2019action nationale à la réflexion des écoliers tout en tenant compte, évidemment, de leur âge et de leur expérience.Nombre de familles ont dans la connaissance de la langue anglaise une confiance illimitée.Aussi le premier but des études qu\u2019elles font faire à leurs fils et à leurs filles, est-ce de leur faire apprendre l\u2019anglais.L\u2019anglais, pensent-elles, encore une fois, est le césame qui ouvrira toutes les portes.Il faut revenir de cette grossière erreur.Ne sous-estimons pas la connaissance de la langue anglaise.Les maîtres doivent quand même faire comprendre à leurs écoliers et les directeurs d\u2019écoles aux parents que l\u2019anglais n\u2019est qu\u2019un atout, comme l\u2019as ou le roi ou la dame ou le valet ou le dix, comme l\u2019arithmétique est un autre atout, comme une sérieuse connaissance de son français en est un autre d\u2019une indiscutable valeur, comme les qualités morales de fierté, d\u2019ambition, de probité, de travail, de ténacité, en sont d\u2019autres malheureusement trop négligés dans l\u2019énumération des conditions du succès.Il est un autre sujet qu\u2019il est nécessaire de proposer à la méditation des écoliers, celui de l\u2019importance de l\u2019agriculture dans une province comme la nôtre et partant du noble métier de l\u2019agriculteur, de \u201cl\u2019habitant\u201d comme nous disons trop souvent dédaigneusement.Si nous voulons garder a la terre et pour la terre les fils de nos cultivateurs, apprenons aux écoliers de notre ville que l\u2019une des causes de l\u2019abandon de la terre, c\u2019est l\u2019espèce de mépris que UNE METHODE D\u2019EDUCATION 29 nous manifestons à l\u2019endroit des \u201chabitants\u201d, de leur classe sociale, de leur métier, de leurs manières, mépris dont ils ressentent toute l\u2019amertume et qui leur fait mépriser à leur tour leur noble et grande profession au profit de moins heureuses, de moins stables.Suivant une expression très à la mode, nous souffrons \u201cd\u2019inferiority complex\u201d.Il est avéré que du haut en bas de l\u2019échelle nous n\u2019avons plus beaucoup confiance dans la survivance de notre peuple.Certes, les raisons ne nous manquent pas d\u2019être pessimistes.Les chefs sont clairsemés, nous n\u2019avons pas d\u2019argent, ou plutôt il est éparpillé dans un tas d\u2019entreprises dont le contrôle nous échappe, un mauvais individualisme affaiblit ce qui nous reste de forces, notre instruction est livresque, bref, il semble que nous nous acheminions fatalement, et assez vite, vers la disparition de notre petite nationalité.Nos élèves, je parle évidemment des plus grands, n\u2019espèrent plus beaucoup eux aussi en l\u2019avenir.Grand Dieu, si les jeunes eux-mêmes n\u2019ont plus foi en l\u2019avenir, c\u2019est assurément le présage d\u2019une rapide déchéance.Eh! bien, la foi en l\u2019avenir, il faut la restaurer dans l\u2019âme des jeunes en leur montrant, en les convainquant que ce n\u2019est pas la première fois de l\u2019histoire que nous venons à deux doigts de notre perte, que ce qui nous sauverait aujourd\u2019hui comme autrefois d\u2019ailleurs, ce serait la valeur de chacun de nous et la coopération 30 L ACTION NATIONALE de tous, que ce serait la fierté, l\u2019ambition, l\u2019initiative, le travail, la persévéracne, l\u2019économie, voilà pour les individus, le caractère, la probité, la volonté, en un mot une dignité morale faite du respect de Dieu et de tous ses commandements, voilà pour les individus et pour la collectivité! Tels sont les enseignements de l\u2019heure.Une jeunesse qui en recueillerait de semblables sur les lèvres de ses maîtres est à jamais assurée de survivre et par elle la nation toute entière.Je me laisse emporter.Qu\u2019on ne me blâme pas! J\u2019ai tellement foi en l\u2019avenir, malgré les nuages à l\u2019horizon! Ayez foi aussi, éducateurs de l\u2019enfance.Ecoutez-moi, prenez les moyens que je vous ai indiqués tout au long de cet article, et d\u2019autres que votre intelligence et votre coeur vous suggéreront.Il en est d\u2019autres que la longueur de cet article ne me permet pas d\u2019aborder, je veux parler de l\u2019histoire proprement dite et de la géographie.Un mot seulement sur ce sujet.Les cours d\u2019histoire et de géographie ne doivent pas se borner à une sèche nomenclature de noms propres et de dates, à l\u2019inutile stratégie des batailles, à la définition et à l\u2019énumération des accidents géographiques, à l\u2019inventaire des ressources naturelles.Les leçons d\u2019histoire et de géographie doivent être surtout l\u2019occasion de rapprochements, de comparaisons, de UNE METHODE D\u2019EDUCATION 31 conclusions enthousiastes, élevantes, salutaires.C\u2019est surtout à ces conditions que l\u2019enseignement de l\u2019histoire et de la géographie mérite de figurer au programme des écoles primaires et de servir à l\u2019instruction des enfants qui les fréquentent.Éducateurs de l\u2019enfance, nous nous inclinons devant vous.Vous portez de si hautes responsabilités.Avec la grâce de Dieu, vous êtes capables d\u2019y satisfaire.Mais n\u2019oubliez pas que l\u2019une de ces responsabilités, c\u2019est de dévouer vos écoliers au service de la Patrie.L\u2019éducation nationale, tâche combien délicate, je le reconnais.Votre récompense?Un nouveau laurier à votre front.René GUENETTE AVIS IMPORTANT L\u2019Action Nationale paie la taxe municipale.Cela fait 4 sous l\u2019abonnement.La loi nous interdit de l\u2019absorber.Nous sommes donc forcés de la charger aux lecteurs de Montréal, Westmount, Verdun, Outremont, Montréal-Est, Mont-Royal, Pointe-aux-Trembles, Montréal-Ouest, St-Laurent, St-Michel et Montréal-Nord.Notre enquête sur l\u2019éducation nationale a été mise en volume.Nous allons demander à nos lecteurs d\u2019en faire le sujet d\u2019une propagande intense.Qu\u2019ils ne restent pas indifférents à notre labeur national! Qu\u2019ils se soucient de faire pénétrer partout ce bouquin substantiel, qui gagnera de nouveaux adeptes a un nationalisme équilibré, légitime et même très nécessaire.Adressez vos commandes à 3472, rue Hutchison.75 sous l\u2019unité.A la douzaine, $7.00. La guerre Voilà que l\u2019on reparle de guerre; et chacun sait à propos de quoi.La guerre, ce serait une nouvelle décimation de notre jeunesse, une crise nationale terrible; et ce serait, en toute évidence et avec tout ce qui s\u2019ensuit, la ruine financière du Canada.Pour cela seul un pays de sens commun inculperait tout de suite de haute trahison les énergumènes intéressés, politiciens et journalistes, actuels lanceurs de Vaventure.La guerre, pour qui et pour quoi?Au profit de l\u2019Angleterre?Au profit du commonwealth britannique?Pour le salut de la civilisation?Nous ne devons rien à VAngleterre.Le statut de Westminster n\u2019aurait-il fait notre pays indépendant que pour aggraver son sort, pour Vassimiler aux petites principautés d\u2019Allemagne, la Hesse, le Brunswick, ou la Grande-Bretagne allait chercher jadis ses mercenaires, mais qu\u2019en ce temps-là elle se donnait au moins la peine de payer?Lequel des pays du commonwealth, lequel, autre que VAngleterre, est intéressé en cette affaire d\u2019Ethiopie?Restent, il est vrai, le droit, la civilisation.Et certes, la politique africaine de M.Mussolini ne nous inspire LA GUERRE 33 pas plus d\u2019admiration qu\u2019il ne faut.Mais avant de courir aux armes pour la défense des petits peuples, nous attendrons que l\u2019appel nous soit fait par d\u2019autres que ceux-là qui, il y a trente ans, lançaient le coup du Transvaal.Notre mot d\u2019ordre est net: Pas un homme, pas un sou, pas un fusil, pas une cartouche pour les guerres de l\u2019Angleterre.Seulement que la jeunesse qui sait de quoi est fait le courage de nos parlementaires, se souvienne de l\u2019existence de ces deux verbes: parler et agir.L\u2019ACTION NATIONALE On trouve jusque dans Paris-Canada des échos de notre campagne d'éducation nationale.Un article signé J.G.parle de notre revue de façon très élogieuse.\u201cA une époque \u201cou touchés par l\u2019ampleur de la crise, certains Canadiens \u201csemblent s\u2019abandonner au doute; l\u2019Action Nationale \u2014 \u201corgane de pensée et d\u2019action au service des traditions et \u201cdes institutions religieuses et nationales de l\u2019élément français \u201cen Amérique du Nord, s\u2019emploie à réveiller les énergies et à \u201cproclamer sa foi indestructible dans l\u2019avenir du peuple \u201ccanadien.La revue vient de se livrer à une enquête sur \u201cl\u2019Éducation nationale qui a eu au Canada un énorme retentissement\u201d.AVIS IMPORTANT L\u2019Action Nationale paie la taxe municipale.Cela fait 4 sous l\u2019abonnement.La loi nous interdit de l\u2019absorber.Nous sommes donc forcés de la charger aux lecteurs de Montréal, Westmount, Verdun, Outremont, Montréal-Est, Mont-Royal, Pointe-aux-Trembles, Montréal-Ouest, St-Laurent, St-Michel et Montréal-Nord. Rêverie au fil de l\u2019eau Vont-ils le laisser mourir?Le Fleuve est menacé.Vont-ils le laisser mourir, les pauvres incapables à qui notre sort est commis ?Il y a une tragédie du Fleuve.Tragédie qu\u2019on ne soupçonne guère.Et pourtant, c\u2019est terrible.Le Fleuve c\u2019est notre vie.Qui le connait ?Je ne dis pas: qui l\u2019a parcouru, ni qui l\u2019a vu mais qui l\u2019a regardé?ni qui l\u2019a chanté, c\u2019est trop facile, mais qui l\u2019a senti?Eh bien, ce soir, je l\u2019ai connu.Je ne sais pas ce qu\u2019ils sont, les autres fleuves de la terre.Ce soir, j\u2019ai connu le Saint-Laurent.La lumière est encore diaphane: réfléchie d\u2019un ciel que le vent a balayé tout le jour.Il vente encore, à peine.Le soleil disparaîtra bientôt.J\u2019ai connu mon Fleuve et la Laurentie qu\u2019il baigne.Je regarde.C\u2019est immense.Au passage \u2014 car c\u2019est du centre que j\u2019examine, \u2014 les villages groupent leurs pauvres maisons autour des églises.Au Moyen-Age, on m\u2019a dit que les forteresses défendaient les masures des misérables: châteaux massifs, constructions massives, lourdes, trapues \u2014 je ne les ai pas vues, je les imagine d\u2019après les livres illustrés qu\u2019a feuilletés mon enfance.C\u2019était VONT-ILS LE LAISSER MOURRIR 35 fort, et c\u2019était beau.Mais on ne défendait que la terre.On ne défendait que les corps, tandis qu\u2019ici.Tiens, regardez-moi ça.L\u2019église, face au fleuve.Quelconque; trop de recoins en arrière; pour le reste, trop rectangulaire.Mais il y a le clocher! Tout mince, effilé, qui monte, comme une aspiration, d\u2019un élan dégagé, rapide, vif, aigu.non je dirais plutôt léger, aérien, ainsi qu\u2019un mouvement de charité.Nous allons.Le Fleuve se déroule: un lac immense, penserait-on, et qui renouvelle constamment son aspect.Non, pas un lac.Un lac, ça dort, c\u2019est immobile, arrêté.Alors qu\u2019une rivière marche, comme de la vie.On dirait que l\u2019horizon va se refermer, dans une baie obscure et finale.Tout à coup, un coude, et, à angle subit, le Fleuve renaît.Et surgissent d\u2019autres clochers.Les clochers, image de notre mission.Oui, de notre mission.Assurément, j\u2019y crois!.Vous riez ?Autour de moi, d\u2019autres, aussi, rient: rire épais de l\u2019alcool.Des Canadiens français que je regarde sans plaisir.Ils ont \u201cfêté\u201d.Fêté, les malheureux osent-ils dire, flétrissant ainsi par l\u2019usage un mot si beau, si grave et si frais.Ces hommes seront 36 l\u2019action nationale dépassés.Renouvelés, comme le fleuve se renouvelle.Ou mieux, ils se dépasseront eux-mêmes.Car on nous appelle.Qui, on?\u2014Le passé.Les églises.Dieu.Dieu, par le passé et par les églises; et par le Fleuve aussi.Vraiment, ce Fleuve attire.Je sens revivre en moi l\u2019illusion des ancêtres, partis à la recherche d\u2019un chemin vers Cathay et les Indes mirifiques, séduits par ce mystère de l\u2019eau, illusion que le Fleuve entretenait, réveillait.Car il nous invite.Ce matin, nous sortions du Saguenay, le Fleuve de la Mort, aux aspects tragiques, à l\u2019eau noire resserrée entre ses rives, et parfois si terrible qu\u2019on a appelé deux de ses arêtes le cap Eternité et le cap Trinité.On sort.Voici le Fleuve.Il étale ses eaux glauques.Qui va nous attirer, de l\u2019océan ou de lui ?Le bateau évolue lentement, hésite, tourne à main droite et s\u2019enfonce dans les terres.On avance.Et l\u2019on peut longtemps aller ainsi, entre ses bords, dans un paysage de sauvagerie, certes, mais doux à l\u2019œil : les Laurentides fatiguées, si vieilles qu\u2019elles ont le dos voûté.Insensiblement, des deux côtés, l\u2019horizon se précise, et c\u2019est alors qu\u2019on perçoit davantage l\u2019appel du Fleuve, qu\u2019on est attiré par cet être puissant et pacifique. VONT-ILS LE LAISSER MOURRIR 37 Un autre clocher pointu.La lune ne se montre pas mais, grâce à la brunante, tout flamboie au sud: les falaises de sable, les granges chaulées, les vitres des maisons et les clochers; tandis qu\u2019au nord, se profilent des ombres chinoises et que les maisons s\u2019y suivent, obscures et petites, à la file indienne.Tiens, ce mot-là évoque le passé.Le passé réel: visages féroces, silhouettes fugitives d\u2019hommes d une race qui s\u2019éteint, yeux pleins du silence des solitudes.Les miens vivaient ici.Les premiers Français passèrent ici.Ici: le seul drame dont nos yeux, nourris d\u2019abstractions, puissent voir le théâtre, s\u2019y est joué.Ce fut un drame magnifique et où nous avions le beau rôle.Une partie redoutable que nous allions gagner.\u2014Quelqu\u2019un veut s\u2019installer sur le pont d\u2019avant.\u201cNon, rentrons, l\u2019air est trop grand, ici\u201d.Je vous crois bien, madame! Tout est trop grand, ici! Seuls les hommes sont petits.Mais Dieu leur a donné le pouvoir de se refaire.Question d\u2019éclairage, sans doute, le Fleuve est plus beau à la remontée qu\u2019à la descente.N\u2019y a-t-il pas là un symbole ?et tout n\u2019est-il pas transfiguré par l\u2019effort héroïque? 38 l\u2019action nationale Fleuve est le plus humanisé de nos paysages.Mais il n\u2019est pas encore suffisamment à nous.Prendre possession du pays.Saisir le Fleuve par un art vraiment nôtre, un art sorti de nous et du Pays.Le saisir par une économique à nous, une science apprise de lui.Le dominer de peur qu\u2019il ne nous domine.Certes, pour arriver à cela, il faudra agrandir nos perspectives.Ce Pays ne tolérera pas des hommes petits.Les destinées qu il nous promet, auxquelles il nous condamne, sont immenses.Avec lui, l\u2019aventure est grande ou n\u2019est pas.A côté de nous, une jeune femme dit: \u201cC\u2019est notre pays.On est chez nous ici, et on passe les derniers.\u201d D\u2019où sort-elle celle-là, qui ose se dresser et ne pas penser comme les autres?.Elle déteste les Anglais.Elle le dit.Faiblesse.Pourquoi haïr quand il fait si bon aimer! Les clochers tiennent un autre langage, qui répètent la parole du Maître: \u201cC\u2019est en ceci que tous connaîtront que vous êtes mes disciples, si vous avez de l\u2019amour les uns pour les autres\u201d.Ce qui ne détruit pas l\u2019ordre de charité ni la hiérarchie des devoirs, mais met toute haine et toute révolte en déroute.On se doit de respecter les autres et soi-même.\u201cDevoir VONT-ILS LE LAISSER MOURRIR 39 d\u2019amour et devoir de justice\u201d, synthétisait magnifiquement le Cardinal.* * * Je ne sais plus où nous sommes ni devant quel village nous passons.Mais je sais que nous sommes chez nous et j\u2019en éprouve une profonde impression de sécurité.Je suis entré un instant et j\u2019ai demandé des Grads au restaurant du bord.On n\u2019y vend que les produits de Y Imperial Tobacco.Sommes-nous chez nous tellement que cela ?Ne dites point que je rapetisse le problème et que j\u2019en fais une misérable question de gros sous.Non.Le problème nous suit partout, jusque dans les actes très humbles.Nous vivons en un régime de guerre qui exige une inflexible discipline.Je ne fumerai pas.* * * Encore une église.Comme il y en a! L\u2019ombre se découpe dans les lueurs éteintes du crépuscule.Elles sont là, bien à la vue.Elles n\u2019ont pas peur de se montrer.Si j\u2019approchais, peut-être que je trouverais laide cette église et bourru son curé.Car il y a \u2014 hélas!\u2014 beaucoup d\u2019églises laides.et quelques curés bourrus.Cela ne détruit en rien ma foi ni la vérité de notre mission. 40 L ACTION NATIONALE Dire qu\u2019il y a des gens qui ne sont malades que de partir au loin, de quitter cela (.voir les États et mourir!.) et qui ne connaissent pas le Pays.Certes, notre champ de vision doit s\u2019élargir; nous devons prendre à l\u2019Europe ses richesses de toute nature.Mais c\u2019est ici que nos racines doivent plonger, c\u2019est la terre du Pays qu\u2019elles doivent étreindre.On doit bien prier, ici, porté par le Fleuve.Mon Dieu est le Dieu intérieur qu\u2019on invoque dans le secret de son coeur et de la nuit; qu\u2019on adore aussi véritablement au faubourg Québec qu\u2019au Vatican et dans une égale plénitude d\u2019âme.Mais il y a des lieux d\u2019où il semble que la prière prend plus facilement son envol.Si j\u2019essayais?.C\u2019est dur, prier avec tout son corps et toute son âme, aussi bien avec les yeux qu\u2019avec le désir, en collaboration avec la Terre et avec le Fleuve.Mon Dieu préside à cette beauté et je devrais l\u2019y respirer davantage.Ma prière sent-elle le moisi, qu\u2019elle s\u2019élève mal à son aise en pleine nature ?J\u2019appren- VONT-ILS LE LAISSER MOURRIR 41 drai à prier partout, d\u2019un geste simple et spontané.Ma religion sera de montagne, et de plaine, et de mer autant que de sacristie.Je chercherai Dieu où il se trouve: partout.Et cette beauté terrestre, symbole autant que réalité, est l\u2019image de l\u2019autre.* * * Le bateau glisse en toute obscurité, d\u2019un phare rouge à l\u2019autre phare rouge : car le chenal est étroit.On croise des vapeurs et des yachts, des charbonniers, des transatlantiques et des barques qui empestent l\u2019essence; et se faufilent sur nos bords les petits voiliers frissonneux qui viennent prendre la vague du Tadoussac.Ce soir, j\u2019ai connu mon Fleuve, et la Laurentie qu\u2019il baigne.Tandis que la nuit avance et que ma pensée va scrutant l\u2019avenir du Pays, la question préliminaire surgit à ma vue, impérieuse et pathétique: \u201cCe Fleuve, notre vie, vont-ils le laisser mourir ?\u201d André LAURENDEAU Un de nos directeurs, Dominique Beaudin, vient d\u2019être mis à la tête d\u2019un hebdomadaire de Saint-Jean, le Richelieu.Notre camarade continuera de faire partie de l\u2019Action Nationale.Nous voulions signaler à nos lecteurs l\u2019apparition de ce nouveau journal.Libre, il permettra à notre ami de continuer, dans un milieu nouveau, la propagande des bonnes idées, catholique et nationale. Le ministère Bennett et les Canadiens français Quelques jours avant l\u2019ouverture de la Conférence impériale d\u2019Ottawa \u2014 alors que la liste officielle de nos techniciens laissait croire aux visiteurs venant de toutes les parties de l\u2019Empire que le Canada était un pays unilingue \u2014 feu Armand Lavergne écrivait: \u201cJamais, sous aucun gouvernement, notre race n\u2019a eu aussi peu d\u2019influence\u201d.Cri de fierté blessée qui mit en émoi ministres et fonctionnaires et provoqua un redressement partiel de nos griefs.Que dirait Lavergne s\u2019il avait à juger l\u2019ensemble des œuvres ministérielles?Il avait l\u2019habitude de déclarer avec beaucoup de lassitude dans la voix, après chaque balourdise du ministère: \u201cLes conservateurs ont perdu l\u2019intelligence\u201d.Us ont agi, à tout le moins, comme s\u2019ils en étaient complètement dépourvus.Gouvernement national affichant une doctrine nationale, le ministère a pratiqué à notre égard une politique d\u2019ostracisme voulu et d\u2019opprimant mépris.Depuis cinq ans nous avons perdu beaucoup de terrain à Ottawa à cause d\u2019une tactique initiale: la façon dont M.Bennett a constitué son ministère.M.Orner Héroux rapportait récemment l\u2019opi- LE MINISTERE BENNETT.43 nion d\u2019un conservateur en vedette au sujet de l\u2019insuffisance de notre représentation dans le ministère fédéral.\u201cCeci ne s\u2019explique que par les circonstances exceptionnelles où s\u2019est formé le ministère, aurait dit ce conservateur.Mais nous aurions tort de prendre, d\u2019accepter pour normale une situation que nous avons dû subir, en la regrettant profondément.Et c\u2019est pourquoi, pour ma part, j\u2019ai toujours regretté d\u2019entendre les conservateurs dire: Gagnon va remplacer Sauvé au lieu de déclarer simplement: Gagnon sera ministre.La première formule semblait prendre pour acquis qu\u2019il est normal que les Canadiens français n\u2019aient que trois représentants dans le ministère, tandis que l\u2019autre impliquait, de façon trop discrète si vous voulez, que nous voulions un quatrième ministre\u201d.De façon trop discrète.L\u2019euphémisme délicieux! Formule typique! Ne croirait-on pas entendre tel sénateur en frais d\u2019expliquer pourquoi les bonnes positions nous échappent en dépit de ses recommandations ?Avec un homme comme M.Bennett les façons discrètes n\u2019aboutissent à rien.A quoi bon nous contenter \u201cd\u2019impliquer que nous voulons un quatrième ministre ?\u201d Mieux vaut dire clairement que nous le voulons, que nous y tenons, que le ministère doit nous le donner.Il vaut encore beaucoup mieux faire sentir au gouvernement, par des actes réfléchis, que sa parcimonie à notre 44 l\u2019action nationale égard ne nous agrée pas du tout.D\u2019ailleurs, après coup, tout cela est touchant! Nous n\u2019avons que faire des regrets exprimés cinq ans après la formation du ministère! La presse libre n\u2019a pas attendu aussi longtemps pour parler de l\u2019insuffisance de notre représentation.Que des conservateurs aient été du même avis, nous l\u2019admettons volontiers.Mais ils devront avouer, à leur tour, qu\u2019ils n\u2019ont rien fait de sérieux pour améliorer la situation.Que veut-on dire par \u201cles circonstances exceptionnelles où s\u2019est formé le ministère\u201d ?Voilà une excuse que nous entendons assez souvent et qu\u2019il importe de tirer au clair une fois pour toutes.Au mois d\u2019août 1930 les circonstances étaient simplement normales.Elles n\u2019étaient exceptionnelles que dans la mesure où on les avait faites ou imaginées telles.Pendant la campagne électorale M.Bennett avait exploité à fond la misère naissante, le chômage qui commençait à sévir et la baisse des prix des produits agricoles.Il avait promis de convoquer les Chambres en session spéciale et d\u2019aller à Londres pour représenter le Canada à la Conférence impériale.Mais ayant été élu le 28 juillet il avait amplement le temps de constituer un ministère solide.Il a agi à sa guise.Il a voulu faire vite.Se croyant un sauveur providentiel, il n\u2019a pris le conseil de personne.Il a gardé pour lui le ministère des Finances et distribué les portefeuilles sans étudier les qualités des députés qu\u2019il LE MINISTERE BENNETT.45 invitait à partager les responsabilités de l\u2019administration: n\u2019était-il pas là, lui?Le cabinet fédéral compte d\u2019habitude de dix-huit à vingt membres.Que les Canadiens français y aient six représentants, voilà qui ne paraît nullement exagéré mais simplement proportionné à notre importance numérique.Encore faut-il choisir avec le plus grand soin les hommes appelés à défendre nos intérêts aux réunions du Conseil.1 Si les ministres sont solidaires en vertu d\u2019un principe fondamental du régime parlementaire britannique, ils n\u2019en arrivent à une unanimité satisfaisante \u2014 sur un point de doctrine, un projet de loi ou une nomination \u2014 qu\u2019après des luttes parfois très vives.D\u2019anciens ministres ont eu la franchise de dire que la bataille véritable n\u2019a jamais lieu sur le parquet de la Chambre mais au Conseil.D\u2019où l\u2019importance pour nous d\u2019avoir des hommes d\u2019autorité, de caractère et d\u2019intelligence.Nous n\u2019avons qu\u2019à regarder les Anglo-Canadiens agir pour admettre 1 C\u2019est l\u2019évidence même que l\u2019on ne se soucie pas de choisir nos représentants au ministère (et dans le fonctionnarisme) parmi les vraies compétences.M.Bennett s\u2019est contenté de prendre les trois ministres de langue française parmi les députés que le sort du scrutin lui avait donnés.Il a agi différemment pour certains collègues de langue anglaise.Il a confié le ministère du Travail à feu le sénateur Gedeon Robertson et le ministère des pêcheries à M.E.-N.Rhodes, alors premier ministre de la Nouvelle-Ecosse.Il a bien su trouver un collège électoral pour M.H.-H.Stevens défait par M.Ian Mackenzie dans Vancouver-centre.Pour nous, M.Bennett ne s\u2019est pas donné de peine. 46 l\u2019action nationale la nécessité d\u2019opérer un choix parmi les députés qui ambitionnent de faire partie d\u2019un ministère.Sous le régime libéral nous avions six représentants dans le cabinet: six ministres qui n\u2019étaient pas tous des étoiles de première grandeur mais qui avaient cependant des qualités variées et suffisantes.M.Bennett a réduit de moitié notre représentation ministerielle.S\u2019était-il engagé, pendant la campagne électorale, vis-à-vis de certains hommes ?On l\u2019a dit.M.Alfred Duranleau était assuré, affirme-t-on, du portefeuille de la Marine et M.Arthur Sauvé, de celui des Postes avec, par-dessus le marché, un fauteuil sénatorial à la fin du parlement.Avec M.Maurice Dupré, il était entendu qu\u2019ils devaient entrer dans le ministère.Toutefois rien n\u2019interdisait au premier ministre de choisir trois autres ministres de langue française parmi les députés élus.1 II eût pu s\u2019adjoindre M.Onésime Gagnon, de la région de Québec, et, supposons-le, M.John Sullivan, de la région de Montréal.M.Raymond Morand, député conservateur d\u2019Essex -est, avait été ministre de l\u2019Hygiène dans le cabinet Meighen.Il eût fort bien représenté les Canadiens français en dehors du Québec, comme M.Pierre Véniot l\u2019avait fait dans l\u2019administration King.Certes MM.Sauvé, Duranleau, Dupré, Gagnon, 1 Et rien ne l\u2019empêchait non plus de les choisir en dehors de notre députation pour renforcer son cabinet, comme il l\u2019a fait d\u2019ailleurs pour MM.Robertson, Stevens et Rhodes. LE MINISTERE BENNETT 47 Sullivan et Morand ne valent pas, dans l\u2019ensemble, MM.Lapointe, Dandurand, Cardin, Véniot, Cannon et Rinfret.Mais ils eussent constitué un noyau de résistance qui eût modifié, par le seul fait de son existence, l\u2019attitude du gouvernement à notre égard.M.Gagnon était de taille à devenir le chef des conservateurs de langue française.M.Dupré l\u2019eût appuyé ainsi que M.Morand.Nous ne voyons pas comment les trois autres eussent pu, par vanité, intérêt ou mollesse, se tenir à l\u2019écart.M.Bennett a prétendu, dès les débuts de son administration, qu\u2019il ne devait pas aux Canadiens français la même gratitude que M.King, n\u2019ayant obtenu que vingt-quatre sièges dans la province de Québec 1 alors que son prédécesseur pouvait s\u2019appuyer sur un bloc solide.Il oubliait que les vingt-quatre députés du Québec (avec, en plus, M.Arsenault, de Richibucto, N.-B., et M.Morand, d\u2019Essex-est, Ont.) lui permettaient de se maintenir au pouvoir.En ne nous accordant que trois ministres, M.Bennett commettait donc, au commencement de son régime, une très grave injustice à notre égard.Mais voici qui paraît encore plus directement destiné à saper notre influence.Des vingt-quatre députés conservateurs de la province de Québec, 1 L\u2019élection de M.Charles Bourgeois, aux Trois-Rivières, le 10 août 1931, portait à 25 le nombre des députés conserva-de la province de Québec. 48 l\u2019action nationale dix-sept étaient des Canadiens français (M.John-A.Sullivan, aujourd\u2019hui sous-ministre des Postes, étant parfois considéré comme l\u2019un des nôtres.) Parmi ces dix-sept députés M.Bennett a choisi trois ministres.Les sept autres députés du Québec étaient de langue anglaise: Sir George Perley, député d\u2019Argenteuil; C.H.Cahan, député de S.Laurent-S.Georges; J.T.Hackett, député de Stanstead; F.H.Pickel, député de Brome-Mis-sisquoi; C.J.Moore, député de Chateauguay-Huntingdon; R.S.White, député de Mont-Royal; L.G.Bell, député de S.-Antoine.A ces sept députés de langue anglaise, M.Bennett a donné deux ministres: Sir George Perley et M.C.H.Cahan.Ces deux ministres représentant des collèges électoraux de la province de Québec, avaient beaucoup plus d\u2019expérience politique et de poids que nos trois ministres réunis.Ils ont employé leur influence et leur expérience contre nous.Armand Lavergne, qui suivait attentivement tout ce qui se passait dans la coulisse, nous a affirmé, un jour, que Sir George Perley avait joué le rôle de la mouche du coche dans l\u2019affaire de la monnaie bilingue, faisant la cabale chez les députés conservateurs de langue anglaise.Pourtant Sir George, député d\u2019Argenteuil, tenait son mandat d\u2019une majorité canadienne-française! Cela ne l\u2019a pas empêché de faire preuve d\u2019une étrange obstination LE MINISTERE BENNETT 49 et d\u2019une inlassable activité (pour son âge!) chaque fois qu\u2019il s\u2019est agi de la monnaie bilingue.Quant à M.Cahan, on sait qu\u2019il a refusé de prendre notre cause en main, dans cette affaire, sous le facile prétexte de la solidarité ministérielle.Mais il s\u2019est surtout illustré en imposant à la Chambre son bill centralisant les services de la traduction.En 1934 il avait soutenu que la centralisation assurerait une traduction plus rapide de tous les documents officiels.Mais en 1935, en réponse à une interpellation dd M.Fernand Fa-fard, député de l\u2019Islet, il n\u2019hésitait pas à déclarer que \u201cla traduction française des documents publiés par les divers ministères fédéraux dépendait entièrement de ces ministères et que le bureau de la traduction établi l\u2019année précédente ne traduisait que ce que les ministères lui envoyaient\u201d.En d\u2019autres termes, les belles promesses de M.Cahan au sujet du respect de la langue française n\u2019étaient que duperie savante, élaborée et méprisable.Précisons encore une fois que M.Cahan représentait un collège électoral de Montréal! Toutes les injustices que nous avons souffertes depuis cinq ans s\u2019expliquent donc par la manière dont M.Bennett a constitué son cabinet.Avec M.King nous avions six ministres: M.Bennett nous en a donné trois.Il a choisi parmi la députation anglophone du Québec deux ministres qui loin de nous aider et de coopérer avec nos représen- 50 l\u2019action nationale tants se sont révélés de dangereux, subtiles et entêtés adversaires.Il s\u2019est affilié à des hommes qui \u2014 tel M.Hugh Guthrie \u2014 croyaient servir une mystique nationale en écartant les nôtres des postes vraiment importants.Il serait maintenant facile de dresser la nomenclature de toutes les positions que nous avons perdues depuis 1930.Le \"Droit\u201d s\u2019est occupé spécialement de cette question et il a publié de terribles réquisitoires contre le gouvernement.Entouré comme il l\u2019était \u2014 d\u2019une part d\u2019hommes faibles* 1 pour nous défendre et, d\u2019autre part, d\u2019hommes forts pour nous combattre \u2014 M.Bennett a permis qu\u2019on se moquât de nous lors de la Conférence impériale, de l\u2019organisation de la Banque du Canada, de l\u2019émission des billets de la Banque, des nominations de sous-ministres et de fonctionnaires supérieurs.L\u2019entrée en franchise des livres français qu\u2019il nous a accordée nous est une piètre compensation.Il a laissé s\u2019organiser sous ses yeux une audacieuse franc-maçonnerie parmi les hauts fonctionnaires de langue anglaise, dont le but unique est de se débarrasser des nôtres partout où ils 1 Car la mauvaise volonté de M.Bennett ne doit pas ex-cuser la pleutrerie de nos gens.Un député conservateur de 1 angue française répondait à un collègue qui le pressait de voter contre le gouvernement lors du débat sur la monnaie bilingue: \u201cJe ne lâcherai pas le gouvernement au moment de recevoir la récompense de mes services politiques!\u201d En effet il a reçu sr récompense ces jours derniers. LE MINISTERE BENNETT 51 occupent des postes tant soit peu importants.Voilà l\u2019œuvre du ministère Bennett.Il a porté un formidable coup à l\u2019unité nationale et travaillé plus puissamment qu\u2019aucun de ses prédécesseurs à briser le lien qui unit le Canada français au Canada anglais.Il a transformé nos droits historiques et constitutionnels en une question de majorité et de minorité 1 et nous a clairement montré qu\u2019avec des hommes comme lui et ses collègues nous n\u2019avions plus rien à attendre d\u2019Ottawa.2 Si demain, au Canada français, se lève une génération hardie et fière qui rejette le pacte fédératif, M.Bennett et son ministère en porteront la plus grande part de responsabilité devant l\u2019Histoire car \u201cjamais, sous aucun gouvernement, notre race n\u2019a eu aussi peu d\u2019influence\u201d.Léopold RICHER 1 Cf.le discours de M.Bennett sur les billets de la Banque du Canada.2 Nous avons été très étonné en lisant cette déclaration faite par M.Maurice Dupré au congrès conservateur d\u2019Ottawa-est: \u201cC\u2019est la première fois depuis la Confédération, a-t-il dit, que nous avons au pays le papier-monnaie français; que tous les rapports des départements sont publiés en français comme en anglais; que le Hansard est publié simultanément dans les deux langues le même jour; que les livres français sont admis en franchise et enfin que nous avons la radio-bilingue\u201d.(Le Devoir, vendredi 30 août 1935).Déplorable façon de représenter les faits et de louer le gouvernement. Pour qu\u2019on vive.Action catholique et action nationale Un ami nous fait tenir un billet dont nous citons d\u2019abord ces quelques lignes: \u201cVous savez qu\u2019un grave débat vient de s\u2019élever.Aux groupes de jeunesse qui font de l\u2019action catholique, l\u2019action nationale serait interdite.Question de principe et question de succès.L\u2019action catholique ne tolérerait point que l\u2019on s\u2019occupât d\u2019autre chose.Il ne faut point compromettre par de mauvais alliages naturels l\u2019action surnaturelle des jeunes, ni diviser, ni éparpiller leur énergie.Et seuls auraient vraiment réussi au Canada les groupes de jeunesse qui se sont bornés à l\u2019action catholique.Quelle est votre opinion en ce débat ?J\u2019adresse ce billet à Jacques Brassier.Son coup de plume est moins dur que celui d\u2019André Marois\u201d \u2014 Notre ami Marois fera ce qu\u2019il voudra du compliment.Notre réputation d\u2019homme modéré ne nous empêche pas de trouver ce débat ennuyeux, pénible et, par certains côtés, passablement puéril.Nous voulons croire la question mal posée.Car il n\u2019y a pas à douter du bon esprit ni du grand mérite de ceux qui la posent.Nous espérons que ces directives n\u2019affectent pas l\u2019action catholique en POUR qu\u2019on vivre 53 elle-même et qu\u2019elles ne prétendent pouvoir imposer une conception nouvelle et particulière de l\u2019éducation dans les oeuvres de jeunesse, au Canada français, \u201cinterdire\u201d, par exemple, en théorie ou en fait, à ces mêmes œuvres, la formation et l\u2019action nationales.Nous ne chercherons pas, non plus, pourquoi cette œuvre aurait réussi plutôt que cette autre: question complexe sur laquelle il y aurait trop à dire.Enfin notre dessein n\u2019est point de discuter ici ni les intentions, ni les motifs, aimant à croire que, derrière ce débat, ne se cachent ni brigues dévotes, ni querelles de chapelles ou de clans.Dans le cas contraire le phénomène serait désolant; et il le serait bien davantage si les distinctions posées tout à l\u2019heure n\u2019avaient pas lieu d\u2019être faites.Quiconque voudrait mesurer à quel degré d\u2019abjection ou de nihilisme nous sommes tombés au point de vue national, jusqu\u2019à quel point, en cette matière, les esprits, chez nous, sont vides ou brouillés, n\u2019aurait alors qu\u2019à noter l\u2019indifférence ou plutôt le mépris qu\u2019inspirent à d\u2019excellentes gens tout souci, tout labeur de caractère national.Il semble que le seul mot \u201cnational\u201d les fasse sursauter, trépigner.Et que les mêmes gens, formés à l\u2019européenne, nous rapportent de là-bas leur conception et leur haine du nationalisme et s\u2019avèrent impuissants à en concevoir quelque forme raisonnable et légitime, démontre bien également comme, à 54 l\u2019action nationale propos des problèmes de notre pays et de notre vie, nous sommes restés incapables de réflexion et d\u2019adaptation.Certes, toute cette question est fort délicate; il ne nous appartient pas de la trancher.Avec notre franchise coutumière nous exprimerons pourtant notre avis, quitte à remettre les choses au point s\u2019il nous arrive de nous tromper.Catholicisme étriqué Quel serait donc ce catholicisme au nom duquel des esprits absolus prétendraient imposer, nous ne disons pas à l\u2019action catholique des jeunes catholiques, mais à l\u2019action des jeunes catholiques les bornes que l\u2019on dit ?De ce catholicisme étriqué, nous avouons avoir peine à nous satisfaire.Trop souvent, le dirons-nous, l\u2019une des plus affligeantes infirmités de ceux-là qui devraient maintenir intègre l\u2019idéal du catholicisme aura été leur manie de présenter comme un catholique de type normal un homme toujours amputé de quelque chose, un petit catholique taillé au lit de Procuste.Que l\u2019on enseigne à la jeunesse à mettre sa foi, son catholicisme au-dessus de tout, ou mieux gouvernant tout; qu\u2019on lui apprenne a faire de l\u2019action catholique avant de faire de l\u2019action nationale; et qu\u2019entre l\u2019une et l\u2019autre on mette même tout l\u2019écart d\u2019une transcendance; qu\u2019on apprenne également aux jeunes gens à chercher dans la première les règles POUR qu\u2019on vivre 55 de la seconde, rien que de juste; la vérité et l\u2019ordre l\u2019exigent.Mais que, sous prétexte de se donner plus entièrement à l\u2019action catholique, l\u2019on interdise à la jeunesse l\u2019action nationale, voilà qui nous paraît absolument étrange, et non d\u2019abord pour le détriment qu\u2019en subit le patriotisme, mais pour la déformation ou l\u2019injure qu\u2019on inflige au catholicisme.Quant à nous, il nous a toujours semblé que le catholicisme, le vrai, ne détruit pas ni n\u2019impose de détruire le naturel, l\u2019humain, mais qu\u2019il les purifie, les élève, les parachève.Ce qu\u2019il établit dans l\u2019homme, c\u2019est une plénitude de vie, une puissance à embrasser puis à coordonner toute l\u2019activité, une harmonie, une unité supérieure, dirons-nous encore, où toutes les affections légitimes, tous les devoirs de l\u2019homme, du citoyen et du chrétien, loin de s\u2019opposer et de se combattre, s\u2019ordonnent et se soutiennent, comme, sous sa pointe suprême, s\u2019étage et se fortifie une pyramide.Dans le catholique tel que nous l\u2019entendons, le patriote, le Canadien français peut donc loger à l\u2019aise, sans être obligé de se condamner à l\u2019asphyxie.Il ne sera pas ce catholique nouveau genre que l\u2019un ou l\u2019autre de ses devoirs embarrasse, ce devoir fût-il inscrit parmi les plus graves.Pour tout dire, nous nous refusons à croire que plus l\u2019on devient catholique, plus l\u2019on devient étroit, mesquin, d\u2019énergie amoindrie, moins l\u2019on est capable de voir et d\u2019embrasser largement et que, 56 l\u2019action nationale pour se donner davantage à l\u2019action catholique, il faille se restreindre à elle seule.La charité surnaturelle, nous la concevons trop haute, d\u2019un dynamisme trop riche, pour accepter qu\u2019elle soit si facilement à bout de souffle.Y aurait-il antinomie?Notre étonnement, est-il besoin de le dire\u2019 serait encore plus grand s\u2019il fallait tenir pour réelle l\u2019obstination de quelques maîtres ou de quelques dirigeants de la jeunesse à créer à tout prix, entre le patriotisme et la foi, une incompatibilité foncière, une antinomie irréductible.Notre correspondant de tout à l\u2019heure nous écrivait encore: \u201cIl semble, pour eux, que l\u2019on ne puisse être bon catholique si l\u2019on est patriote.Et s\u2019ils ne vont point jusqu\u2019à abandonner tout haut le patriotisme, ils se donneront pour suprême attitude, devant la jeunesse, de ne jamais parler ni du mot ni de la chose, comme on se gare d\u2019une indécence.\u201d Encore une fois, nous voulons croire que notre correspondant exagère.Car alors une véritable déformation de l\u2019éducation serait à la veille de se perpétrer chez nous.De deux choses l\u2019une, en effet: on les maîtres donnent à la jeunesse la formation catholique vraie, totale; et alors,sans rien violenter mais, dans le simple horizon de sa foi et de sa charité, ils lui font embras- POUR qu\u2019on vivre 57 ser tous ses devoirs, le devoir national comme l\u2019autre; ou, sous prétexte d\u2019un catholicisme plus pur, plus sérieux, ils lui cachent tout un aspect, toute une province de l\u2019éthique, et, en ce cas, les maîtres trahissent leur mission d\u2019éducateurs et ils trahissent la jeunesse qui a mis en eux sa confiance et qui a le droit de prétendre à une formation intégrale.Qu\u2019en sa qualité d\u2019œuvre d\u2019action catholique pour adultes et même pour jeunes gens, une œuvre ne s\u2019adonne qu\u2019à l\u2019action catholique, soit.Mais qu\u2019une œuvre de jeunesse, et, par cela même, essentiellement, une œuvre d\u2019éducation, s\u2019interdise, en un pays comme le nôtre, la formation et l\u2019action nationales, et que, pour ce faire, 1 on s\u2019autorise des directives de l\u2019action catholique, tout cela nous parait fort embrouillé et nous demandons des explications.Certains inspirateurs de la jeunesse seraient-ils en train de nous former un catholique compartimenté, ne se retrouvant patriote qu\u2019à certains jours et à certaines heures, en dehors de son catholicisme, sinon meme maigre son catholicisme ?\u201cFoin du nationalisme diviseur!\u201d aimerait-on répéter en quelques-uns du moins de ces milieux.Et pratiquement il serait enseigné, au nom de l\u2019Eglise, que le patriotisme le plus sain, le plus épuré, le plus conforme au droit et à la charité,\u2014le racisme, dit-on, pour se donner beau jeu et pour se dispenser de clarté, peut devenir, entre des catholiques de races diver- 58 l\u2019action nationale ses, un facteur de divisions et de troubles.C\u2019est-à-dire qu\u2019au nom de la paix, les Canadiens français, eux seuls naturellement et comme toujours, se verraient priés d\u2019en revenir de nouveau à leurs anciennes et abjectes abdications, mais ces braves gens croient-ils que pareilles doctrines soient à répandre dans un pays où le clergé porte la responsabilité de fait de toute l\u2019éducation, scolaire et postscolaire, et où les parents ont le droit d\u2019exiger que 1 on ne fasse de leurs enfants ou de leurs grands garçons ni des sans-patrie ni des citoyens de deuxième zone ?Et songent-ils qu\u2019en sommes ils visent à introduire, dans l\u2019âme des jeunes Canadiens français, un dualisme moral des plus douloureux et des plus dangereux, leur donnant à choisir entre leur foi et leur nationalité ?Où nous mène-t-on?C est aussi le cas de poser cette question: où nous mène cet idéalisme dans les nuées?La jeunesse que l\u2019on eleve n\u2019est pas, en général, une jeunesse destinée à vivre en monastère ni au pays d\u2019Utopie.Elle est appelée à l\u2019âpre bataille de la vie.Elle est d\u2019une culture, elle est d une nationalité, d\u2019un pays bien déterminé.Une question nationale existe au Canada.Et les idéalistes auront beau faire: elle se pose et elle continuera de se poser, malgré nous, aussi POUR qu\u2019on vivre 59 longtemps que nous aurons une minorité.La vie de notre peuple n\u2019est pas un jeu, entouré comme il l\u2019est de masses humaines dont le seul contact le menace des pires déformations morales, entouré même de groupes religieux travaillés d\u2019un nationalisme morbide.Notre avoir culturel, notre histoire, nos droits, nos traditions, notre atmosphère, sont-ils des biens moraux qu un peuple, même et surtout catholique, ne sacrifie point sans se déshonorer ?Représentent-ils aussi bien, à l\u2019égard de notre foi, un appoint stratégique?Si oui, croit-on que nous sauverons ce patrimoine sans y prendre quelque peine, rien qu\u2019à regarder passer les nuages?Et certaines gens ignoreraient-ils encore que l\u2019indifférentisme national chez nous ne porte et ne peut porter qu\u2019un nom: le suicide?Et que l\u2019on ne dise pas que ces soucis regardent une autre jeunesse que la jeunesse catholique.Si toute la jeunesse catholique chez nous ne se croit pas tenue à pareil devoir, laquelle y sera tenue?Encore une fois où nous mène-t-on?A une jeunesse destinée à vivre sur terre, il faut des flèches indicatrices de la route et il lui en faut d\u2019horizontales.Ne va-t-on lui en montrer que des verticales ?Ne parler que de fin exclusive, où il faudrait simplement parler de fin souveraine ?Où l\u2019Evangile prononce: \u201cCherchez d\u2019abord le royaume de Dieu.\u201d, nous enseignera-t-on à lire: Ne cherchez que le royaume de Dieu.? 60 l\u2019action nationale En un mot, au lieu d\u2019intégrer le temporel dans le spirituel, faut-il entre les deux décréter le divorce ?Nous allons, sans doute, bien étonner ces messieurs qui, à l\u2019article du \u201cnational\u201d, ne peuvent se débarrasser de leur vision européenne; mais nous les avertissons que ce qu\u2019ils nous préparent, c\u2019est une génération d\u2019un nationalisme exacerbé.Et pour oser pareille affirmation, il nous suffit de nous rappeler que chez nous, au Canada, le national joue un certain rôle et qu\u2019en particulier ni le politique ni l\u2019économique ne sauraient se faire en dehors du national.Chacun connaît l\u2019histoire d\u2019un petit peuple qui, depuis soixante ans, s\u2019est totalement désintéressé de ses intérêts nationaux, de son idéal culturel.Il trouvait mesquin d\u2019en inspirer sa vie économique et sa vie politique.Avec un idéalisme aussi olympique que stupide, encouragé d\u2019ailleurs par les politiciens borgnes auxquels il avait confié ses destinées, il s\u2019est appliqué à servir les autres et à faire les affaires des autres avant les siennes.Le résultat, nous l\u2019avons aujourd\u2019hui sous les yeux: dans ce pays qui est le sien, il n\u2019y a plus rien ou presque rien pour lui.Quand les autres mangent sur la table, lui mange dessous.Et sa jeunesse est là, désœuvrée, désemparée, ne sachant même pas si son tour viendra jamais de manger sa part de miettes.Telle est la genèse du mouvement de révolte ou de nationalisme militant qui travaille POUR qu\u2019on vivre 61 notre jeunesse, celle de vingt à trente ans.En face d\u2019une situation encore aggravée, l\u2019on peut être persuadé que la jeunesse qui s\u2019en vient ne sera pas si différente de celle qui la précède.Mais alors, avec quelle humeur, un jour prochain, ne va-t-elle point se retourner contre les maîtres qui lui auront préparé ce bel avenir ?Car ces mêmes messieurs en peuvent prendre leur parti: quoi qu\u2019ils fassent nous ne mourrons pas; nous ne sommes pas encore mûrs pour ce destin.Et s\u2019ils donnent à choisir entre la révolte contre leur consigne de mort et l\u2019attitude stupide du mouton résigné au couteau, la jeunesse ne choisira pas le destin du mouton.Paroles de grand réaliste En face de ces doctrines si étranges, il faut bien entendre la parole d\u2019un grand réaliste, celle du cardinal Villeneuve.L\u2019homme d\u2019Eglise se souvient que nul peuple n\u2019habite entre ciel et terre.Le devoir national existe puisque la nation existe.Il faut s\u2019en acquitter; et, pour s\u2019en acquitter, il faut y être préparé.Aussi n\u2019a-t-on pas été surpris, en son discours du 24 juin dernier à Québec, de trouver ce passage sur l\u2019éducation nationale: \u201cEducation nationale! Encore un autre vaste champ ouvert à notre patriotisme et qu\u2019on semblerait à peine découvrir.Pourtant, non, n\u2019exagO-rons pas.Confessons au moins que cette éducation 62 l\u2019action nationale a été chez nous bien faible souvent et bien imprécise.Comment en eût-il été autrement, si le sens national, hormis notre verbalisme, est si peu éveillé ?Le Cardinal reprenait le sujet à la Semaine sociale de Joliette.A son auditoire d\u2019éducateurs, il rappelait, sans doute, la primauté de la formation religieuse.Il lui rappelait aussi que la jeunesse de nos écoles, de nos collèges, de nos couvents et de nos universités appartient, dans le Québec, à une province et à une nationalité.Et Son Eminence n\u2019hésitait pas à conclure que former des Canadiens français c\u2019est, pour nos éducateurs, un rigoureux \u201cdevoir de justice\u201d à l\u2019égard de parents canadiens-français.De telles paroles, tombant de si haut, nous sont plus qu\u2019un encouragement.Quand tant de gens, insouciants ou optimistes paresseux, souhaiteraient nous imposer silence, la parole du Cardinal prouve l\u2019opportunité de notre campagne d\u2019éducation nationale.\u201cNos chefs à Ottawa\u201d Une autre preuve d\u2019opportunité, nous la trouverions dans le petit volume que vient de publier l\u2019un de nos directeurs, Léopold Richer: Nos Chefs à Ottawa.On lira tout d\u2019un trait ces quelque cent pages, œuvre de courage, tableau réaliste de vie et de politique contemporaines.L\u2019auteur s\u2019y révèle, avec sa précoce maturité d\u2019esprit, un rare don d\u2019observation, une merveilleuse connaissance des POUR qu\u2019on vivre 63 hommes.Le parlement d\u2019Ottawa est une superbe ménagerie où étudier l\u2019animal politique.Le spectacle invite même fortement à la caricature.Richer a résisté à l\u2019envie de barbouiller les augures.Où il fallait le trait fort, il l\u2019a mis sans pourtant le trop brosser.Nous indiquons, entre autres, le portrait de Mlle McPhail, crayon plus que portrait où la verve du courriériste parlementaire s\u2019en est donné à cœur joie.En definitive Richer peint les hommes tels qu\u2019ils sont.Et le paysage est déjà assez triste.Son petit livre, œuvre de courage, avons-nous dit, garde un fort bel allant fait de jeunesse et d\u2019audace.Nous avertissons néanmoins que l\u2019on ne sortira pas de cette lecture sans beaucoup de mélancolie.Pour nous, Canadiens français, cette galerie de nos \u201cchefs\u201d, quelle procession à faire pleurer! Pas un vrai catholique, j\u2019entends capable de mettre sa foi au-dessus de ses votes et capable d\u2019en inspirer ses discours; ou un ou deux peut-être; pas un vrai Canadien français; pas un homme.Trois ou quatre qui auraient des velléités de l\u2019être ou de le devenir, mais qui attendent leur heure, sans être en puissance de la saisir.En somme des lilliputiens, les uns de race bleue, les autres de race rouge, et qui le sont avec un sérieux aussi comique que triste.Nous conseillons le livre de notre ami Richer aux éducateurs capables de réfléchir.Mais nous voici en train de tomber dans le genre d\u2019André Marois.Jacques BRASSIER Sur le manifeste de Paul Gouin L\u2019adhésion de Paul Gouin, chef politique, à notre campagne d\u2019éducation nationale, venant après celle du cardinal Villeneuve, est un événement de première grandeur.Cette adhésion si nette, si concrète, si percutante, nous sort des nuées et introduit dans la prochaine bagarre électorale du Québec un élément d\u2019unité et de sérénité qui discréditera les mœurs de foire à l\u2019empoigne.Espérons que le débat, sur cette question vitale, pourra se maintenir au-dessus de la surenchère des partis, des portulats du picotin, dans l\u2019ambiance d\u2019une discussion loyale.Au milieu des discours poisseux qui couleront alors à la radio ou sur les tribunes, quand les bedeaux du culte des partis, les uns gorgés d\u2019avoine, les autres faméliques, violant les sépultures et saccageant les tombes, voudront faire de la cendre de nos morts glorieux une mitraille fratricide, il sera beau d\u2019entendre une voix dominer cette clameur hystérique et intégrer l\u2019éducation nationale à un programme de politique générale.\u201cL\u2019homme politique de demain devra se servir de tous les moyens que lui offre la constitution de notre pays pour donner aux Canadiens français l\u2019éducation nationale qui doit être la leur\u201d.Dans une époque où la bassesse des mœurs électorales a pollué jus- SUR LE MANIFESTE DE P.COUIN 65 qu\u2019aux mots les plus purs, il est réconfortant d\u2019entendre prononcer par un chef politique des paroles d\u2019un sens si ample et si réaliste.Voilà un des signes auxquels on reconnaît la réaction profonde qui commence.Une pareille initiative débordera bientôt tous les cadres.L\u2019effort de recherche poursuivi ici depuis deux ans bientôt aboutira aux réformes nécessaires qui remplaceront la fabrication en série d\u2019un patriotisme de papier mâché, par une doctrine qui forme des hommes complets.Notre inquiétude a ouvert un procès qui ne se clora que dans le positif.Les partisans du nihilisme, à tous les degrés de notre enseignement, peuvent en prendre leur parti: ils sont déjà dépassés et abandonnés dans l\u2019ornière.Les préjugés et les routines sont à moitié vaincus dans beaucoup d\u2019esprits: les faits suivront bientôt.L\u2019offensive de Paul Gouin nous permet d\u2019en juger avec certitude.A nos amis d\u2019en profiter.Qu\u2019ils s\u2019empressent de faire signer par tous les candidats et de toutes les couleurs ce manifeste qui est assez large pour porter l\u2019accord partout et chez tous les partis.Au milieu de tant de choses qui divisent, en voici une qui unit.Se réclamer de l\u2019éducation nationale devrait donc être à la mode aux prochaines élections provinciales.Que le jeune chef de l\u2019\u201cAction libérale nationale\u201d soit ici remercié d\u2019avoir exposé la question 66 L ACTION NATIONALE de l\u2019éducation nationale dans une ambiance de sérénité qui la mette à l\u2019abri des déformations des passions électorales et d\u2019avoir ainsi travaillé efficacement à apporter au peuple canadien-fran-çais l\u2019effort d\u2019une dialectique qui unit au lien d\u2019une polémique qui divise.Arthur LAURENDEAU CONDITIONS DE NOTRE DESTIN NATIONAL Sous ce titre, Hermas Bastien, secrétaire de la Ligue d\u2019Ac-tion nationale, publiera, à la fin de septembre, un volume de grande actualité sur la brûlante question du nationalisme canadien-français.Cet ouvrage sera une étude de la question nationale dans ces principes et ses conséquences.Dans la première partie, il exposera le rôle de la volonté dans la vie nationale.C\u2019est elle qui, avec d\u2019autres facteurs, gouverne la vie d\u2019une nationalité.Mais la volonté a besoin d\u2019être dirigée par l\u2019intelligence.Alors, apparaît le rôle de la doctrine nationale qui doit être conforme au droit naturel, au droit constitutionnel et à l\u2019histoire.En cette deuxième partie de l\u2019ouvrage, l\u2019auteur étudie le nationalisme canadien-français, le plu3 orthodoxe au monde, puisqu\u2019il s\u2019appuie sur le droit naturel et la constitution.M.Hermas Bastien étudie cette doctrine à fond, de même que toutes les notions qu\u2019elle suppose: état, nationalité, race, milieu culturel, milieu politique, culture, civilisation, etc.La troisième partie de l\u2019ouvrage exposera les conséquences de cette doctrine aux points de vue éducationnel, social, économique, littéraire.On le voit, ce livre arrive à son heure.Il jette de la lumière sur un problème que trop de gens cherchent à embrouiller.Notre nationalisme est-il un péché ?Qu\u2019on lise la réponse dans la substantielle et pénétrante étude de notre secrétaire.\u2014A.L. La Semaine Sociale de Joliette Synthèse d\u2019une doctrine d\u2019éducation sociale Sous le titre \u201cles grands jours de Joliette\u201d, un Joliettain rédacteur au Droit, M.Victor Barrette, écrivait entre autres choses: \u201cVous qui avez appris l\u2019histoire, vous vous souvenez des \u201cGrands Jours\u201d d\u2019Auvergne.C\u2019étaient des journées d\u2019une somptueuse solennité où les Messieurs de cette province s assemblaient pour étudier les affaires publiques.Le clergé, la noblesse, le tiers-état ou plutôt la bourgeoisie s\u2019y coudoyaient au milieu de graves délibérations et de bruyantes fêtes\u201d.Du 7 au 12 juillet dernier, Joliette a vécu quelques-uns de ses \u201cGrands Jours\u201d alors que les Semaines Sociales du Canada y tenaient leur 111e session dans la salle académique du Séminaire.De tous les coins du Québec et des provinces voisines sont venus des Semainiers, professeurs et auditeurs nombreux, laïques, religieux, religieuses, prêtres, évêques et même Son Eminence le Cardinal Villeneuve, archevêque de Québec.Dans la paix féconde, dans une atmosphère de joie sanctifiée par des démonstrations religieuses, l\u2019Église, l\u2019État et des représentants du peuple, de 68 l\u2019action nationale hautes personnalités ecclésiastiques et laïques ont étudié sous tous ses aspects l\u2019importante question de l\u2019éducation sociale.Son Excellence Mgr J.-A.Papineau a marqué l\u2019opportunité de ce sujet en rappelant, dès l\u2019abord, l\u2019impérieux devoir qui, de nos jours surtout, incombe à tous ceux, parents et éducateurs, qui travaillent à la formation de la jeunesse.Et, c\u2019est pour les aider en ce nécessaire devoir, c\u2019est pour crér une élite s\u2019activant en ce sens que les Semaines Sociales du Canada ont mis à l\u2019étude, cette année, l\u2019éducation sociale.Un ordre social nouveau s\u2019impose, disait le R.P.Papin Archambault, S.J., dans la déclaration d\u2019ouverture: \u201cMais il ne s\u2019établira que s\u2019il se trouve pour le réaliser des hommes qui sachent assigner comme but principal à leur énergie non la poursuite de l\u2019intérêt personnel mais le service du bien commun\u201d.Ces hommes, qui les formera ?L\u2019éducation.Cette éducation doit commencer dès la naissance de l\u2019enfant et se poursuivre jusqu\u2019à la fin de son existence terrestre.Quatre grandes puissances y collaboreront: la famille, l\u2019école, la profession, l\u2019Église.Le rôle que chacune d\u2019elles peut jouer, ce qu\u2019elle a fait dans le passé, ce qu\u2019elle doit faire dans l\u2019avenir: telle a été la matière de ces journées d\u2019étude.Ce sujet a été traité par des maîtres, de façon à la fois philosophique et pratique.Les applications LA SEMAINE SOCIALE DE JOLIETTE 69 ont suivi les principes puisés dans les encycliques des Papes, et ces applications étaient faites au milieu dans lequel nous vivons, à notre caractère ethnique, à nos traditions nationales.C\u2019est ainsi que s\u2019est réalisée une fois de plus la devise de \u201cla science pour l\u2019action\u201d.LA FAMILLE L\u2019éducation consiste à élever un enfant, à l\u2019aider à tirer de lui-même (educere) ce qui y dort comme en germe, en sommeil.C\u2019est un travail qui l\u2019aide à grandir, à se hausser (elevare) dans son corps et dans son âme, dans tout son être naturel et surnaturel.De ce chef donc, il est nécessaire que l\u2019éducation soit humaine et chrétienne.Mais l\u2019éducation est aussi un travail qui a pour but de développer dans l\u2019enfant, dans l\u2019adolescent, dans l\u2019homme aussi bien, tous les éléments de la personnalité humaine, à le préparer aux différentes activités qu\u2019il devra déployer dans les divers milieux où il aura à évoluer.D\u2019où nécessité pour l\u2019éducation d\u2019être nationale et sociale.\u201cIl faut que de plus en plus l\u2019éducation soit sociale dans tous les champs de l\u2019activité humaine, son seulement à l\u2019école, au catéchisme, dans les chaires de l\u2019Église, mais dans les conférences, sur les places publiques, dans la rue, à l\u2019atelier, aux bureaux du syndicat, par l\u2019exemple et par la parole, 70 l\u2019action nationale par la presse et par le tract, par l\u2019affiche, la radiodiffusion, partout et toujours.\u201d Or, c\u2019est dans la famille que l\u2019enfant acquiert, en premier lieu, les principes qui seront sa règle de conduite dans la vie.Il appartient donc aux parents d\u2019enseigner à l\u2019enfant les liens de charité et de justice qui le rattachent à ses semblables, d\u2019éveiller en lui le sens social par la pratique des vertus sociales, de lui donner toujours à ce sujet les meilleurs exemples.Car, c\u2019est dans la famille que l\u2019enfant reçoit les exemples les plus nombreux, les plus pénétrants et qui influent davantage sur son âme.Mais la famille doit faire davantage; elle doit collaborer avec l\u2019école.Il faut louer ceux qui ont à cœur l\u2019amélioration de notre enseignement à tous les degrés à condition évidemment qu\u2019ils apportent dans leur campagne d\u2019opinion des préoccupations constructives.Mais pour être juste, il conviendrait de répartir plus équitablement les responsabilités et d\u2019en appeler à la famille aussi bien qu\u2019à l\u2019école.Au collège, à l\u2019école, on s\u2019efforce de plus en plus d\u2019éduquer, de préparer le terrain, de s\u2019adapter aux exigences nouvelles; cependant il faudrait apporter de partout la collaboration, la collaboration dont les parents ont d\u2019abord l\u2019impérieux devoir.Allant plus outre, il nous fait plaisir d\u2019inclure ici le vœu d\u2019une croisade pour une éducation chrétienne que LA SEMAINE SOCIALE DE JOLIETTE 71 pourrait se donner la gloire d\u2019exécuter un ordre religieux.Enfin, la famille, l\u2019école, l\u2019élite intellectuelle, morale et religieuse doivent faire l\u2019éducation sociale des parents.L\u2019ÉCOLE Tous nos sociologues réclament plus d\u2019enseignement du civisme à l\u2019école.Les penseurs, que le spectacle d\u2019incivisme chez les nôtres afflige, supplient les maîtres de réagir, parce qu\u2019ils croient que la cause du mal est dans l\u2019enseignement, à tous ses degrés.En revanche, plusieurs personnes se demandent si ce sont les maîtres seuls qui sont coupables, ou si les programmes, les familles et les ambiances doivent partager avec eux cette responsabilité.Après avoir parcouru les programmes et enquêté sur les maîtres, les familles et les ambiances, on conclut qu\u2019il y a chez chacun d\u2019eux des déficiences à des degrés divers.Par exemple, si le programme donne de suffisantes directions concernant l\u2019enseignement indirect du civisme, il ne prescrit pas l\u2019étude de la morale sociale.Or, il devrait le faire et d\u2019après un manuel élémentaire de morale sociale qui contiendrait l\u2019essentiel des droits et des devoirs du citoyen ainsi que les meilleures manières d\u2019acquitter la dette que chacun de nous a contractée 72 l\u2019action nationale envers la société.Ensuite, le maître se préoccupera d\u2019inculquer le culte de la famille, de la petite patrie et organisera sa classe en petites sociétés civiles afin d\u2019offrir aux enfants un champ complètement social.Enfin, pour être vraiment efficace, il faudrait que l\u2019étude du civisme reçût des sanctions et un couronnement.Or, ce couronnement, l\u2019enseignement secondaire le donnera à l\u2019école primaire en travaillant à la formation sociale des élèves en classe et en dehors des classes.En classe \u2014 Toutes les matières, bien que à un degré différent, peuvent et doivent véhiculer un enseignement plus social.En dehors des classes \u2014 Associons les élèves à l\u2019exercice de l\u2019autorité, à l\u2019organisation de la vie scolaire, rendons-les solidaires les uns des autres et faisons de leurs jeux un apprentissage de la vie sociale.Ainsi, le collège après l\u2019école continuera l\u2019éducation sociale de l\u2019enfant, du jeune homme, du futur maître.Le maître, en effet, pour travailler efficacement à l\u2019éducation sociale, a besoin d\u2019avoir été éduqué en ce sens.L\u2019éducateur de Y enseignement primaire ne réussira à éduquer vraiment que s\u2019il possède lui-même une culture proportionnée aux exigences de sa profession et un entraînement pédagogique qui lui permettent de transmettre à ses subordonnés LA SEMAINE SOCIALE DE JOLIETTE 73 les connaissances et la formation reçues.Mais de nos jours surtout, il faut redresser les consciences et les volontés débilitées par la crise.Le premier devoir de l\u2019éducateur est donc d\u2019éclairer les consciences de ses subordonnés, de leur donner l\u2019intelligence de leur devoir, de former leur volonté par l\u2019acceptation des sacrifices et la pratique de l\u2019obéissance.L\u2019éducateur de l\u2019enseignement secondaire lui-même peut bénéficier de l\u2019éducation sociale.En effet, le point faible des maisons d\u2019enseignement est moins l\u2019incompétence technique des maîtres que l\u2019incompétence psychologique des éducateurs.Au point de vue chrétien, l\u2019idéal des éducateurs s\u2019est trop naturalisé sous l\u2019influence des programmes, pour une part, qui tendent à donner la priorité aux maîtres de l\u2019esprit plutôt qu\u2019aux formateurs de l\u2019âme des jeunes.Les riches traditions elles-mêmes relatives aux procédés vraiment éducatifs s\u2019altèrent graduellement.Voilà donc qui n\u2019accuse point les maîtres individuellement, mais plutôt l\u2019ambiance créée par l\u2019esprit moderne, et c\u2019est sur ce milieu qu\u2019il faut sagement travailler.L\u2019Église chez nous s\u2019y emploie, ayant constaté, au point de vue religieux, national et même intellectuel, les conséquences très graves du caractère trop exclusivement intellectualiste de la formation qui se donne dans les maisons d\u2019éducation de notre temps.Elle s\u2019emploie à restituer 74 l\u2019action nationale le concept intégral du rôle de l\u2019éducateur et travaille, de nombreuses initiatives en font foi, au recrutement et à la préparation professionnelle du prêtre-éducateur.Ainsi formés, les maîtres de l\u2019enseignement secondaire après les maîtres de l\u2019enseignement primaire formeront vraiment et tous d\u2019un commun accord adapteront leur enseignement au milieu social.L\u2019école, à tous ses degrés, formera des hommes, en fera des catholiques et des chrétiens, les orientera vers le métier ou la profession qu\u2019ils sont appelés à exercer.LA PROFESSION Bien organisée, la profession peut jouer dans la formation sociale de l\u2019individu un rôle prééminent.Elle favorise le perfectionnement intellectuel de ses membres, elle développe les facultés morales de l\u2019homme.La profession, en effet, présente à l\u2019attention de ses adhérents des problèmes toujours nouveaux qui nécessitent de la réflexion et, souvent, des recherches laborieuses qui constituent des efforts individuels.De plus, elle vise au delà des intérêts matériels de ceux qu\u2019elle rallie et par l\u2019union des forces, les renseignements d\u2019une bibliothèque fournie, elle appuie ces efforts individuels.La profession fait encore davantage: elle déve- LA SEMAINE SOCIALE DE JOLIETTE 75 loppe les facultés morales de l\u2019homme en favorisant l\u2019acquisition des deux grandes vertus sociales: la justice et la charité.Elle crée même un climat propice à l\u2019épanouissement des plus hautes facultés humaines et demeure une grande puissance éducative quand elle consent à s\u2019appuyer sur l\u2019Église.L\u2019ÉGLISE Un jour qu\u2019on demandait à l\u2019un des barons de la finance canadienne quelles étaient les trois plus grandes puissances du monde, celui-ci répondit sans hésiter: Le Canadien Pacifique, l\u2019Imperial Oil, l\u2019Église catholique.L\u2019Église venait en dernier lieu.Peut-être intervertirait-il l\u2019ordre aujourd\u2019hui.Mais, quoi qu\u2019il en soit, nous-mêmes parlons de l\u2019Église en cette dernière partie afin d\u2019en montrer mieux le rôle suréminent.1) Constante sollicitude de l\u2019Église pour l\u2019éducation de la jeunesse.Cette sollicitude, l\u2019Église l\u2019a manifestée dès les premiers siècles par la création d\u2019écoles paroissiales, abbatiales ou épiscopales.Et, le jour où les monastères ne suffisent plus, naissent partout des Instituts religieux uniquement destinés à la formation de la jeunesse.Bien plus, à l\u2019heure actuelle, aucun peuple ne bénéficie plus que le nôtre de leur compétence et de leur dévouement.Au reste, cette solli- 76 l\u2019action nationale citude de l\u2019Église est plus évidente encore dans l\u2019enseignement des derniers papes.2) La paroisse, merveilleux instrument d\u2019éducation sociale.La paroisse, en effet, ne dispose pas seulement des moyens limités d\u2019un agent purement humain.Institution religieuse avant tout, elle exerce une action surnaturelle d\u2019une portée et d\u2019une efficacité sans limites.Elle agit en même temps sur les intelligences et sur les volontés, elle possède ce privilège unique de pouvoir tout à la fois indiquer la voie du salut et donner la force d\u2019y marcher.Sur cet organisme religieux se greffent les régimes municipal et scolaire.A la faveur des régimes qui se juxtaposent et parmi les activités qui s\u2019entremêlent, il s\u2019établit une réelle unité qui tient toutes les volontés tendues dans un vouloir collectif vers un but commun.A l\u2019église, il est évident que la chaire chrétienne fait de l\u2019éducation sociale au premier chef, puisqu\u2019elle instruit et moralise, forme les consciences et dirige les volontés.L\u2019esprit paroissial aussi bien n\u2019est-il pas déjà une véritable culture du sens social?C\u2019est la paroisse qui encadre la famille, la forme, la dirige, la soutient.Et c\u2019est par la famille, cellule sociale, que la paroisse exerce immédiatement son action sur la société.Il s\u2019est produit dans notre vie de famille, depuis LA SEMAINE SOCIALE DE JOLIETTE 77 cinquante ou soixante ans, un très grand fléchissement de la foi, avec dans les moeurs, un déchet formidable.Il faudrait donc renforcir les cadres de nos paroisses urbaines surtout et utiliser davantage les œuvres auxiliaires de l\u2019Église.3) Quelques oeuvres auxiliaires de l\u2019Église.Parmi les puissances qui mènent le monde apparaissent au premier plan, la presse, la radio, le cinéma.Malheureusement, ces trois puissances ne font pas toujours oeuvre chrétienne et sociale.Souvent même, elles démoralisent en invitant au plaisir inférieur, elles scandalisent en révélant ou en étalant le mal.Cependant une presse chrétienne vaillamment lutte et qu\u2019il faudrait fédérer, le cinéma s\u2019épurera si nous le voulons, la radio moralisée peut se prêter à l\u2019apostolat.Ces trois puissances, l\u2019Église de plus en plus les utilisera pour le plus grand bien social et religieux de notre peuple.Parmi les œuvres de jeunesse spécialisée, militent en faveur de l\u2019éducation sociale: la J.O.C.qui semble répondre parfaitement aux exigences de notre jeunesse ouvrière, la J.A.C.qui groupe et organise notre jeunesse agricole, la J.E.C.qui s\u2019occupe de notre jeunesse étudiante.Le scoutisme, avec son incontestable valeur éducative, fait oeuvre d\u2019éducation sociale.Il n\u2019entend supplanter ni l\u2019école, ni les autres oeuvres de jeunes- 78 l\u2019action nationale se, mais les aider en leur prêtant les merveilleux instruments d\u2019éducation sociale qu\u2019il utilise lui-même d\u2019après des programmes gradués.Les cercles d\u2019étude féminins sont plus qu\u2019une simple entr\u2019aide intellectuelle, plus qu\u2019un moyen d\u2019éducation personnelle: ils tendent à devenir une œuvre spécialement dédiée à la formation sociale de ses membres, une pépinière d\u2019apôtres de l\u2019Action Catholique.L\u2019Action Catholique, à son tour, se fait auprès de tous l\u2019agent principal de l\u2019éducation sociale.Elle fournit à l\u2019intelligence une doctrine sociale intellectuelle supérieure, elle développe dans la volonté des aspirations, des tendances, des propensions à agir conformément aux vertus sociales.Elle organise, prépare, dirige chrétiennement la vie sociale pratique.Elle inspire des actes sociaux en maintenant dans ses groupes l\u2019union, en les entraînant à faire œuvre d\u2019apostolat au sein de la société tout entière.Pourvoyeuse d\u2019une doctrine sociale supérieure, génératrice puissante de vertus sociales, l\u2019Action Catholique est donc un excellent agent d\u2019éducation sociale.Enfin, par l\u2019organisation professionnelle, par la lutte contre l\u2019injustice, les Syndicats Catholiques gardent la foi chez le travailleur et défendent la cause de la justice et de la charité: ils font auprès de la classe ouvrière une œuvre d\u2019éducation éminemment sociale. LA SEMAINE SOCIALE DE JOLIETTE 79 4)\tUn principe nécessaire.La culture religieuse donnera à notre vie sociale une base plus solide.Un mouvement en ce sens se dessine chez nous qui fera grand bien.Mais, les oeuvres auxiliaires de l\u2019Église réussiront dans leur travail d\u2019éducation sociale en tant qu\u2019elles mettront à la base de leur action la vie intérieure qui est une nécessité sociale.Le Christianisme, religion sociale, fait reposer la force de la société sur la valeur des individus.Or, la vie intérieure ressortit à une formation.Elle comporte, en effet, un élément de connaissance de Dieu et de soi-même auquel s\u2019ajoute un élément de volition qui fait vivre de Dieu.Cette doctrine peut paraître abstraite, elle est concrétisée pourtant en un modèle divin.5)\t\u201cLe Modèle\u201d.Jésus est le modèle par excellence et de la vie intérieure et de tous ceux qui travaillent à l\u2019éducation sociale.Il est venu sur terre \u201cpour que les hommes aient la vie, pour qu\u2019ils l\u2019aient abondamment\u201d.La vie, telle qu\u2019en définitive tout éducateur a l\u2019obligation de la développer, est centrée sur le Christ par qui et pour qui tout est fait, en qui tout s\u2019explique, s\u2019organise, se coordonne et se fortifie.C\u2019est la doctrine de S.Paul, c\u2019est pour les hommes la plus unifiante, la plus sociale de toutes. 80 L ACTION NATIONALE Telle est, en substance, la doctrine enseignée sur l\u2019éducation sociale à la XHIe session des Semaines Sociales du Canada.La matière, immense, remplira un fort volume qui paraîtra bientôt.Nous avons tenté d\u2019en opérer ici la synthèse.Nous y avons mis une disposition qui souhaite ne pas paraître trop arbitraire à ceux qui ont conservé le programme de la \u201cSemaine\u201d et un cadre que nous aurions voulu moins massif, plus artistique.Tel quel, puisse ce modeste article prolonger un peu, en faveur de l\u2019éducation sociale, l\u2019écho bienfaisant de la Semaine Sociale de Joliette.Wilfrid CAILLÉ, ptre Nous aurions voulu parler de la fête de la Saint-Jean-Baptiste à Manchester, dans le New-Hampshire, et à laquelle les huit paroisses franco-américaines participèrent avec grand éclat, le 30 juin dernier.Ceux qui ont assisté à ces manifestations en sont revenus réconfortés et remplis d\u2019espoir pour l\u2019avenir.Tous les détails de cette fête méritent d\u2019être lus dans le compte rendu qui nous est parvenu.Monseigneur Peterson et l\u2019abbé Groulx en étaient les principaux orateurs.L\u2019Evêque de Manchester donna à nos compatriotes, en cette circonstance, un témoignage particulièrement émouvant en faveur de leur survivance.La conférence de l\u2019abbé Groulx, \u201cNotre mission de Français en Amérique\u201d, recueillit d\u2019unanimes et chauds applaudissements.L\u2019espace nous manque pour rappeler dignement ce fait exceptionnellement heureux.Nous tenons à la disposition de nos lecteurs la conférence de l\u2019abbé Groulx.Nos positions.10 sous l\u2019unité, $1.00 le cent. Politique nationale, éducation nationale Nous reproduisons le manifeste du chef de l\u2019Action Libérale Nationale paru dans \u201cLa Province\u201d du 21 juin.On trouvera nos commentaires ailleurs.* * * L\u2019Action Libérale Nationale poursuit un double but.Elle veut adapter la politique provinciale aux problèmes économiques de l\u2019heure présente.Elle veut aussi doter notre province d\u2019une politique nationale, c\u2019est-à-dire conforme aux besoins et aux aptitudes de la masse de sa population qui est canadienne-française.Or, ce double but nécessite une double action.Nous pourrons, par des lois, remédier au mal économique dont nous souffrons.Il est inutile d\u2019espérer que nous pourrons, par ce seul procédé, purement artificiel en somme, créer le sens national sans lequel ces mêmes lois ne sauraient donner leur plein rendement.Pour animer, pour rendre viable et durable l\u2019organisme social nouveau que nous vaudra une action politique constructive et libre de toute allégeance envers la dictature économique, il nous faudra, comme on l\u2019a dit, un idéal, une \u201cmystique\u201d.C\u2019est là une question d\u2019ordre éducationnel.Campagne politique et campagne d\u2019éducation nationale, voilà donc les deux moyens d\u2019action auxquels l\u2019Action Libérale Nationale aura recours pour atteindre son double but.Il ne saurait y avoir deux opinions là-dessus; le sens national des Canadiens français n\u2019est pas ce qu\u2019il devrait être.Le mal actuel de notre nationalité n\u2019est pas exclusivement 82 l\u2019action nationale politique, économique ni social.Il semble bien qu\u2019il soit, à un degré au moins égal, psychologique et moral.Bien des choses ne se seraient point passées en notre province et bien des choses se redresseraient d\u2019elles-mêmes si les Canadiens français possédaient une conscience nette, agissante de leurs innéités françaises, de leur dignité historique et culturelle, de leur mission au Canada.Cette affirmation ne constitue pas une critique, qui serait, en somme, anachronique, de ce qui a été fait dans le passé par nos éducateurs et les autres chefs de notre nationalité.Comme je l\u2019ai dit et écrit à maintes reprises, nous n\u2019avons pu, jusqu\u2019à date, nous préoccuper comme il l\u2019aurait fallu de l\u2019éducation civique de notre jeunesse.Et c\u2019est pour cela que nous avons un sentiment national si flottant, c\u2019est pour cela qu\u2019il nous faut parler actuellement de refrancisation, de retour à la terre, de renaissance des arts domestiques, de rapatriement, c\u2019est pour cela que, dans presque tous les domaines, il nous faut actuellement faire machine arrière.Non pas que les générations qui nous ont précédés aient manqué à leur devoir.Nous sommes, comme peuple, dans la situation d\u2019un jeune homme qui, pressé par la dure nécessité de gagner sa vie, a dû quitter l\u2019école trop tôt et qui se hâte d\u2019y retourner dès qu\u2019il a pu assurer sa subsistance matérielle.Jusqu\u2019à date, à travers mille difficultés et mille sacrifices, nous avons survécu, nous avons conquis des droits, constitué une élite, amassé une modeste aisance qui aurait pu devenir une véritable richesse si nous avions su la mieux protéger contre la rapacité des trusts et de la finance véreuse.Le temps est venu d\u2019utiliser ces matériaux et ces ouvriers pour bâtir enfin notre édifice national; le temps est venu de jeter la base de cet édifice.Cette base, c\u2019est notre jeunesse qu\u2019il faut tailler et façonner lentement, avec précision, avec amour et avec foi, comme les tailleurs de pierres du moyen âge taillaient les pierres des grandes cathédrales de France.Ceux-là ont par conséquent raison qui réclament, pour notre POLITIQUE NATIONALE ET EDUCATION 83 peuple, une éducation plus nationale.Le petit Canadien français doit être élevé comme un petit Canadien français et il y a lieu de faire grandir nos enfants dans un contact plus immédiat avec les réalités et les leçons de leur histoire et de leur terre.Il importe par-dessus tout d\u2019éveiller nos fils, catholiques et canadiens-français, au sens de leur destin et de leurs responsabilités.Il nous faut la volonté d\u2019être pleinement nous-mêmes.Voici ce que j\u2019écrivais, dans l\u2019Action nationale d\u2019avril 1933, à propos de l\u2019orientation que nous devions donner à la campagne de refrancisation qui se poursuivait alors et se poursuit encore aujourd\u2019hui à travers la province: \u201cPour notre part, nous nous faisons un point d\u2019orgueil \u201cnational d\u2019affirmer que la physionomie particulière de notre \u201cprovince, dans son ensemble, estcanadienne-française.Certes, \u201cet il convient d\u2019en être fier, nous portons en nous les caractéristiques de notre ascendance française; le géographe \u201cfrançais Raoul Blanchard nous le rappelait, en novembre \u201cdernier, dans sa causerie au Ritz-Carlton.Mais le rude climat \u201cde notre pays, l\u2019attachement à la foi de nos pères, la conservation de nos mœurs patriarcales, l\u2019assimilation par le \u201cmariage de groupes importants d\u2019Ecossais, d\u2019Irlandais et \u201cd\u2019Allemands, le contact de nos compatriotes de langue anglaise, le voisinage de la civilisation américaine dont l\u2019in-\u201cfluence nous a été utile à bien des points de vue (hygiène, \"vulgarisation des inventions modernes, etc.), ont façonné en \u201cnous un type éthnique bien distinct dont nous n\u2019avons pas \u201cà rougir.Nous avons, ou tout au moins nous avions, une \u201carchitecture, des arts paysans, des us et coutumes, un costu-\u201cme national, des traditions, des moeurs et des expressions \u201cde langage pleines de saveur qui sont ou étaient la juste \u201cexpression des particularités de la race canadienne-française\u201d.\u201cIl faut donc, tout en continuant à emprunter afin de l\u2019assi-\u201cmiler ce qu\u2019il y a de meilleur chez les Français, les Anglais, \u201cet les Américains, cesser d\u2019emprunter leurs noms.N\u2019ayons 84 l\u2019action nationale \u201cpas peur d\u2019être ce que nous devons être: des Canadiens \"français.N\u2019ayons pas peur de donner, à notre pays canadien-\u201cfrançais, un visage canadien-français.\u201d Cette formule d\u2019orientation, nous pouvons et nous devons l\u2019appliquer, en le transposant, dans le domaine éducationnel.De la sorte, nous aurons une éducation vraiment nationale.La politique de \u201cbonne entente\u201d à outrance, le chauvinisme, la \u201cfrancophilie\u201d poussée à l\u2019extrême nous ont jetés dans une confusion qu\u2019il importe de dissiper à tout prix.Il nous faut un idéal de réveil, un idéal organique qui nous pousse aux labeurs virils des nécessaires reconstructions.D\u2019un mot, il nous faut, je le répète, une \"mystique\u201d qui inspire tous les maîtres de notre jeunesse, dans la plus humble de nos petites écoles comme dans nos universités.Dans l\u2019ensemble, notre personnel enseignant, j\u2019en suis persuadé, n\u2019attend qu\u2019une inspiration venue d\u2019en haut, qu\u2019un mot d\u2019ordre pour se mettre à la tâche avec entrain et résolution.Ce mot d\u2019ordre, il doit venir de l\u2019autorité civile tout aussi bien que de l\u2019autorité religieuse.L\u2019homme politique de demain devra se servir de tous les moyens que lui offre la constitution de notre pays pour donner aux Canadiens français l\u2019éducation nationale qui doit être la leur.Paul GOUIN Le Bien Public (Trois-Rivières) du premier août contient un article de Louis Durand qui mérite d\u2019être signalé à la méditation de nos gens.\u201cLa Mauricie vous invite\u201d.Du bon, du sain nationalisme.\u201cau-dessus de cette maudite politique qui nous divise et nous paralyse\u201d.Aimer son petit pays, son petit village, entrer dans la grande porte du national, par le petit coin lumineux où nous avons commencé de voir et de respirer.Il y a quelque chose de nouveau du côté de la Mauricie. Voix de la jeunesse .Et ce fut tout d\u2019abord la voix immense de la Jeunesse Ouvrière Catholique.Voix joyeuse et forte, jaillie du peuple en son contact avec le Christ.Et suscitée par une âme tout intérieure et brûlante de charité divine, cet humble Oblat de Marie-Immaculée qui ne cherche qu\u2019à faire oublier son nom, le Père Henri Roy.Ce fut un cri de délivrance sortant de cinq mille jeunes poitrines qui proclamaient leur liberté dans le Christ.Et ce cri réconfortant disait: Nous promettons: De garder notre foi.Nous promettons: d\u2019être soumis à nos chefs d\u2019Action catholique.Nous promettons: d\u2019être fidèles à notre J.O.C.Nous promettons: d\u2019être fiers, purs, joyeux et conquérants.Nous promettons de travailler à la conquête de la classe ouvrière.Nous le promettons à Jésus-Ouvrier.La J.O.C., qui compte à peine trois ans de vie, s\u2019est révélée une puissance.Songez au sens profond de son triomphe.Et essayez de mesurer ce qu\u2019un pays doit, en période de crise, à quiconque lui organise catholiquement sa jeunesse.Un effort véridique se manifeste chez nous, dans le domaine social.Car le succès de la J.O.C. 86 l\u2019action nationale venait après le succès de la Semaine sociale (que nous commentons ailleurs et dont on doit rendre le R.P.Papin-Archambault premier responsable) et avant le succès des Journées d\u2019études sociales pour les prêtres, initiative dont on ne saurait exagérer la portée.S\u2019abstenir ou protester.Un étudiant nous écrit: \u201cJ\u2019étais, un soir de l\u2019été dernier, à l\u2019hôtel X, où l\u2019on dansait.Entre les fox-trot et les blues (veuillez m\u2019excuser, mon-sieur, mais ces choses-là, heureusement pour la langue française,ne se disent qu\u2019en anglais), donc entre les blues et les fox trot, un quatuor vocal composé de Canadiens français était chargé de remplir le programme; (l\u2019auditoire était formé de Canadiens français;) ces messieurs se mirent en devoir, probablement pour faire diversion, d\u2019exécuter de l\u2019opérette américaine.\u201cOr il arriva ceci: au troisième numéro, un jeune homme se leva et demanda que le programme se continue avec du répertoire français.On ne l\u2019écouta pas et on nous infligea un de ces quelconques refrains à boire États-uniens (ainsi qu\u2019écrirait Paul Dumas) comme en hurlaient nos voisins du temps qu\u2019ils ne buvaient pas.\u2014Notre homme s\u2019en alla, emmenant avec lui quelques personnes, en disant bien haut pourquoi il partait et en faisant claquer les portes. VOIX DE LA JEUNESSE 87 \u201cL\u2019incident est sans importance.Il m\u2019apparaît comme le symbole d\u2019une attitude dont je commence à douter.\u201cDonnez-vous raison à mon Canayen ?Y avait-il chez lui étroitesse d\u2019esprit, chauvinisme, ou ma-nisfestation intempestive de patriotisme ?Je n\u2019en sais rien et cet incident m\u2019a laissé perplexe\u201d.Distinguons: Dans les circonstances, ce jeune homme avait assurément le droit de s\u2019élever contre une mode stupide, artistiquement parlant, et déformante, à la longue, du point de vue national.Il avait raison par rapport aux passifs qui avalent sans mot dire des bouillons ou des mixtures identiques.Mais pourquoi donc est-il parti ?Pourquoi partir?Pourqoui s\u2019en aller, même en faisant claquer les portes?Je vais plus loin que mon correspondant; je ne crois plus aux départs protestataires.Stérile, la politique d\u2019abstention.On reste.On reste et on exige.Ca ne va pas ?on exige encore.Quand il le faut, on se tait, mais on reste.Une occasion surgira sûrement, et on sera là pour l\u2019utiliser.A-bandonner un poste stratégique rien que pour protester, c\u2019est bêtise et c\u2019est lâcheté et c\u2019est trahison.J\u2019ai remarqué que la jeunesse se fatigue, non seulement des départs protestataires, mais aussi des protestations tout court.On se lasse de dire aux hommes: \u201cVous ne recommencerez pas im- 88 l\u2019action nationale punément un tel acte\u201d, puis de voir les électeurs donner à ces mêmes personnages des majorités accrues; on se lasse de chanter, sur le mode mineur, des doléances que personne n\u2019entend prendre au sérieux.Assurément, il y a lieu de distinguer.Un quotidien sur la brèche doit saisir au vol toutes les occasions de fouetter le sens national de ses lecteurs.Mais un journal qui ne ferait que cela verrait son prestige diminuer et ses abonnés déguerpir.Protester, c\u2019est relativement facile.La dose de courage que cela demande très réellement, pourqoui ne pas l\u2019employer à faire oeuvre positive ?Notre front est partout menacé, soit, défendons-le; mais avant tout, fortifions l\u2019intérieur.S\u2019ils a-vaient continué de protester sur le rythme qu\u2019ils y avaient mis d\u2019abord, les Jeune-Canada n\u2019eussent pas donné à leur génération cette quadruple leçon de patriotisme1 qu\u2019ils s\u2019apprêtent à continuer par la publication de nouveaux tracts et qui reste peut-être la plus féconde de leurs oeuvres.LE GUET 1 Nos raisons d\u2019être fier, de Paul Dumas.Vinferiority complex, de Dostaler O\u2019Leary.Le Canadien français, ses droits, son idéal, de Gilbert Manseau, Bernard Hogue et Emilien Brais.Nos déficiences, conséquences, remèdes, de Thuribe Belzile.Le cinquième tract de la série paraîtra bientôt, sous la signature de René Monette.Le sixième est déjà prêt.Il s\u2019intitule notre nationalisme et a pour auteur André Laurendeau."]
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