L'action nationale, 1 mars 1946, Mars
[" L'ACTION NATIONALE L\u2019ACTION NATIONALE René GIRARD, S.J.Marcel HAMEL Marcel DANSEREAU CHRONIQUES Jean NICOLET Ers-Albert ANGERS Dominique BEAUDIN Roger DUHAMEL Mgr Albert VALOIS X X X Laissez-leur prendre un pied chez vous.165 Les nominations cardinalices: évolution en droite Kg™.169 Un moine architecte.181 Misère de notre politique étrangère.191 A l\u2019assaut de la confédération.199 Nous avons le moyen de régler nos problèmes nous-mêmes.204 \u201cQu\u2019est-ce que ]a v£_ r»té ?\u201d\t216 Courrier des lettres\t227 Il doit y avoir des limites 241 En deux mots.245 VOL XXVII - No 3 MARS 1946 Procurez-vous immédiatement le 2ème tome de NOTRE QUESTION NATIONALE par RICHARD ARES, En raison de l'étendue de cette étude (260 pages) U nous est Impossible de la publier dans les pages de la revue.Nul doute que ceux qui ont pris connaissance du premier tome de NOTRE QUESTION NATIONALE (\"Les Faits\") seront désireux de se procurer sans retard la suite de cette Importante étude : \"LES IDÉES\" Voici les 5 parties de cet ouvrage : \u2014 Position sur la nation; \u2014 position sur les rapports de la nation et de l'Etat; \u2014 position sur la patrie; \u2014 position sur le patriotisme; \u2014 position sur le nationalisme.Prix du volume : un dollar Commandez votre exemplaire immédiatement aux Editions de L'Action Nationale.3425 rue Saint-Denis, Montréal MArquette 2837 L\u2019on peut s'y procurer au même prix le premier tome. RAPPEL Les bureaux de L'ACTION NATIONALE sont maintenant situés au 3425, RUE SAINT-DENIS MONTRÉAL (autrefois : édifice Fl DES ) Le numéro de téléphone est le même : MA 2837 L'on peut y adresser toute communication destinée à la rédaction ou à l'administration.© \u2014 Tous nos abonnés ont un moyen efficace d'aider la revue : payer sans retard leur réabonnement.Cela évite les frais d'une correspondance ennuyeuse pour l'abonné comme pour l'administration.© La date d'échéance de l'abonnement apparaît sur l'enveloppe à côté du nom de l'abonné.Etes-vous en retard ?Votre remise immédiate nous obligerait beaucoup!.L'abonnement est de $2.par année, plus les frais d'encaissement du chèque.i i 37 ANS k de service consciencieux René DUPONT \u2014 président J.-H.DESCHENES \u2014 vice-président Jacques DUPONT \u2014 secrétaire-trésorier OUI.' MEUBLEZ VOTRE MAISON CHEZ 4020 ESI.STE-CATHERINt \u2022 AM 2 COIN JEANNE D'ARC - PRES BIVD PIE IX Téléphone! AMhmt 2111 II .LANGAGE DE CHIFFRES .Réserve 1939 $ 14,663 1940 $ 53,974 1941 $ 114,891 1942 $ 228,505 1943 $ 392,827 1944 $ 617,855 Véritable Réveil National LA LAURENTIENNE Compagnie d'Assurance sur la Vie Siège social : LEVIS, Que.III La Banque Canadienne Nationale est la banque du public aussi bien que la banque des hommes d'affaires.\t, Le gérant de succursale se tient à votre entière disposition, qu'il s'agisse de dépôts, d'emprunts personnels, de remises, de recouvrements ou de toute question d'ordre financier au sujet de laquelle vous désireriez le consulter.Actif, plus de $300,000,000 518 bureaux au Canada 60 succursales à Montréal ©.-© VIAU Marchand de meubles Confection pour hommes et femmes 4741, ave Verdun 4270, St-Jacques O.IV Pour votre santé Mangez tous les jours 2 ou 3 carrés LEVURE LALLEMAND Fraîche Les médecins recommandent la levure fraîche.La levure fraîche Lallemand est très riche en vitamines B, G et D.Sa haute qualité et sa pureté sont assurées par les années d\u2019expérience de la maison Lallemand.En vente chez les épiciers et les pharmaciens.Vous trouverez chez nous, et à bon compte, tout ce qu\u2019il faut pour meubler votre résidence.Maison établie depuis 40 ans.Fltzroy 4681\t\u2022 LAMARRE FRERES 3723 Notre-Dame ouest, Montréal v DUPUIS Maison essentiellement canadienne-française depuis sa fondation en 1868 \u2022 nrrazrmiii m» MONTREAL Magasin à rayons : 865 est, rue 8te-Oatherin«.Comptoir Postal : 780.rue Brewster.Succursale magasin pour hommes : Hôtel Windsor.Vï ^Laissez-leur prendre un pied chez vous.\u201d Pour certains esprits superficiels, c'est une vieille et ennuyeuse rengaine que de toujours revenir sur la question de l'autonomie des provinces, ils ne peuvent se rendre compte que c'est la vie même du Canada français qui est en jeu.Certains politiciens sont prêts à transférer « provisoirement », au pouvoir fédéral toutes les attributions que celui-ci peut juger nécessaires pour accomplir son oeuvre.Il n'y a aucun danger, soutiennent-ils, puisque nous pouvons toujours reprendre ce que nous avons prêté.C'est ainsi, par exemple, que raisonne un esprit aussi faux et aussi chimérique que M.Adélard Godbout.Il a tellement confiance dans ses amis d'Ottawa qu'il lui paraît bien inutile d'exiger quelque garantie.Les faits, malheureusement, vont à l'encontre de cette théorie d'un optimisme à courte vue.Nous ne retrouvons pratiquement jamais ce que nous avons eu la faiblesse de céder.Ceux qui en douteraient devraient méditer soigneusement le jugement très important rendu le 21 janvier dernier, par le comité judiicaire du Conseil privé sur la demande en invalidation de la loi Scott.De quoi s'agit-il?En 1878, le gouvernement fédéral, violant une fois de plus la lettre du pacte fédératif, s'immisçait dans un domaine rigoureusement réservé aux juridictions provinciales et adoptait une loi de tempérance, connue sous le nom de loi Scott, grâce à laquelle les comtés qui le désirent peuvent adopter une 166 l'action nationale loi de tempérance sur leur territoire.De son coté, le gouvernement ontarien souhaite soumettre l Ontario tout entier à une loi uniforme de tempérance.Il en appelle donc à Londres pour essayer de faire reconnaître iinconstitutionnalité manifeste de cette législation.Ajoutons que les provinces d Alberta, de Saskatchewan et du Nouveau-Brunswick, également soucieuses de sauvegarder leur autonomie, se sont jointes à l Ontario dans cette cause.Le jugement vient d'être rendu; il confirme l état de fait imposé par le fédéral et déboute les provinces de leur action.Les savants lords ne se sont pas fondés sur la constitution de 1867, comme bien Ion pense: ils n'y auraient rien trouvé, bien au contraire, pour justifier leurs prétentions.Ils ont préféré invoquer la coutume depuis longtemps établie, l usage aujourd hui admis, la loi non écrite, le précédent.Réaction d esprit tout à fait britannique, mais qui ne laisse pas que d'être singulièrement inquiétante pour l avenir.Ce n'est pas le sort de la loi Scott qui nous intéresse en soi; nous y voyons néanmoins un enseignement dont nous devrions faire notre bénéfice.Chaque fois que nous cédons à Ottawa une bribe de notre autonomie, nous nous appauvrissons et c'est se faire de dangereuses illusions que de s imaginer que nous retrouverons ce que nous avons imprudemment cédé.Un tiens vaut mieux que deux tu l'auras; c'est là la sagesse populaire, qui ne trompe pas.Comme l'a judicieusement écrit Pierre Vigeant: « Le jugement du Conseil privé sur la validité de la loi Scott avertit aujourd'hui les provinces que les concessions accordées au gouvernement fédéral, que les empiètements tolérés du gouvernement fédéral deviendront au LAISSEZ-LEUR PRENDRE UN PIED CHEZ NOUS 167 bout de quelques années partie intégrante de notre constitution et se substitueront aux clauses de l'A.A.B.N.Il ne saurait plus être question de concessions temporaires, mais de renonciations définitives.)) Le fabuliste avait raison: Laissez-leur prendre un pied chez vous, ils en auront bientôt pris quatre ! Ce qui impose à nos représentants le devoir urgent de veiller sans relâche au grain et d'empêcher que nous soyons dépouilles.Role ingrat, c est entendu, rôle néanmoins nécessaire.Sommes-nous assez nombreux à en comprendre toute la portée?L\u2019Action Nationale.MONSIEUR KING, NOTRE AMI \"He speaks but de poorest French and has little fondness for French Canadians as such.But he is well aware of the need for unity in a country long racked by sectional strife between its 3,500,000 French and the rest of Canada.He has always given French Canada what he considers fair ind just treatment.\" TIME, livraison du 7 janvier 1946. Les nominations cardinalices: évolution en droite ligne Si nette que soit l'évolution marquée par le choix des nouveaux cardinaux, il serait erroné d y voir une courbe ou un revirement dans la pratique de 1 Eglise.Il faut y voir plutôt une étape, bien marquée et juste à point, du large mouvement d\u2019expansion romaine, si l\u2019on peut dire, qui a son point de départ dans la primauté de juridiction conférée par Jésus-Christ à saint Pierre et reconnue depuis toujours par les catholiques à son successeur, l\u2019évêque de Rome.Il est possible de discerner deux courants complementaires qui affleurent a intervalles assez frequents, bien qu'ils ne soient pas toujours perceptibles, dans l\u2019histoire de l\u2019Église romaine.Ces deux courants^ c'est d\u2019abord l\u2019extension continuelle de 1 autorité du Saint-Siège sur les autres églises, en communion avec lui et ensuite, par voie de conséquence, la tendance pour les papes de choisir leurs conseillers dans une portion de plus en plus large de la chrétienté.^ A première vue, ce qui frappe dans les dernieres nominations cardinalices, c\u2019est le fait que les cardinaux italiens, ou plutôt romains, ne possèdent plus la majorité au sein du Sacre College.Et tous les catholiques au cœur catholique d exulter et de bénir Pie XII, qui affirme ainsi la catholicité de 1 Église.Cette position a l\u2019inconvénient d\u2019impliquer que, sur ce point du moins, la catholicité de 1 Église n était pas, jusqu a ce jour, suffisamment marquée dans le Sacré Collège, LES NOMINATIONS CARDINALICES 169 et que le Saint-Siège a tardé, en ne faisant pas plus tôt cette « réforme ».Pourquoi, peut-on se demander alors, cette « internationalisation » du Sacré Collège ne serait-elle pas venue au XVIe siècle ?Pourquoi ?C est que le geste que vient de poser Pie XII netait possible littéralement à aucun des papes qui 1 ont précédé.Essayons de comprendre comment les choses se sont passées, en nous souvenant toujours que les cardinaux sont avant tout les conseillers personnels de l'êvêque de Rome.Pour prendre une vue juste de l\u2019évolution lente qui a amene la situation d aujourd\u2019hui, il faut bien se mettre en 1 esprit que le point de départ, puisqu il y a eu evolution, ne peut être la même chose que le point d arrivée.Il faut quitter le terrain du « il faut » et du « il convient » théoriques et adopter le cheminement lent de la voie historique.Beaucoup de catholiques, témoins de la magnifique organisation actuelle de l'Église romaine, ont peine à s\u2019imaginer que cette situation n'ait pas toujours existé Ils répugnent à admettre que l'Église a pu etre véritablement catholique sans cet appareil de gouvernement qui, de Rome, dirige l\u2019ensemble de la catholicité.Pourtant cette centralisation merveilleuse, qui tient son efficacité et sa douceur d\u2019une longue expérience, ne peut être que le résultat de siècles de recherches et de patientes mises au point.Au debut, il n y avait, à vrai dire, que la reconnaissance, plus théorique que pratique, par les autres églises, de la primauté de juridiction de l'évêque de 170 l\u2019action nationale Rome.De fait, cette reconnaissance suffit pour assurer la communion à l'apostolicité de 1 Eglise romaine, et aucun acte d'autorité de la part du pape, ou de soumission de la part des autres églises n'est requis, tant que le pape ne juge pas bon d'intervenir.Il fut donc un temps où l\u2019église de Rome était une église entre les autres églises anciennes: Jérusalem, Alexandrie, Carthage, Lyon.Rien ne la distinguait extérieurement des autres.Elle s administrait elle-même selon les coutumes léguées par ses anciens.Mais son chef était le successeur de Pierre.Et Jésus avait dit à Pierre: « Pais mes brebis)).Aussi, les témoignages les plus anciens nous montrent-ils d\u2019une façon irréfragable que les autres églises reconnaissaient à celui-ci une suprématie effective.Dès le deuxième siècle, saint Irénée, qui represente 1 Orient et l'Occident puisqu'il était originaire d'Asie mineure et qu\u2019il fut archevêque de Lyon, faisait de la conformité avec l'enseignement de 1 Église romaine la pierre de touche de la pureté doctrinale.Dès les débuts aussi on trouve des interventions de l'évêque de Rome, de par sa primauté, dans les affaires des autres églises.Ces interventions cependant, étaient relativement peu fréquentes et se produisaient en général à la suite de sollicitations explicites.Les papes relèvent dans leurs écrits le fait qu'on les consulte, ils s\u2019en réjouissent comme d\u2019une chose légitime et convenable, mais ils ne prennent guère 1 initiative d intervenir dans les affaires des autres églises.Leur occupation a peu près exclusive est de gouverner leur troupeau romain Il était naturel dans ces circonstances qu ils choisissent leurs conseillers parmi les prêtres et les diacres de cette église. LES NOMINATIONS CARDINALICES 171 Les principaux parmi ceux-ci portaient le titre de prêtres ou de diacres « cardinaux » parce qu'ils étaient attachés à une église particulière \u2014 comme à un gond (cardinalis vient de cardo, qui veut dire gond).D\u2019ailleurs le mot n'était pas spécial à Rome: jusqu'au IXe siècle, il y a des « cardinaux » à Paris et en plusieurs églises, tout comme le nom de « pape )) ne fut réservé à l'évêque de Rome qu'après plusieurs siècles, pendant lesquels il servit en nombre d\u2019endroits à désigner l'évêque du lieu.Les prêtres et diacres « caidinaux » formaient le conseil de l'évêque, non seulement à Rome, mais ailleurs encore.L'Église sent toutefois le besoin de s'unifier davantage et bientôt le pape est invité par ceitaines églises, et sa présence est requise à plusieurs conciles.Ne pouvant quitter son propie diocèse, qu'il administre par lui-même, il se fait représenter par des membres de son cleigé, ou par des évêques, qu'il délègue Ainsi naissent, dès la fin du Ve siècle, les « légations ».Le « siège apostolique » revendique aussi hautement, à partir de ce siècle, le droit de décider en dernier ressoit les causes jugées par les évêques et leurs tribunaux.Après les invasions, Rome devient la métropole ecclésiastique de toute l'Italie centrale.Son gouvernement effectif s'étendant, le pape décide, comme il est encore naturel, d'agréger à son conseil certains évêques de son entourage \u2014 et nous avons les « cardinaux-évêques ».Ces évêques, pendant le temps où ils faisaient fonction de conseillers du Saint-Siège, devaient résider à Rome.Il est intéressant de noter le synchronisme qui a existé entre l'évolution de la curie pontificale et celle des cours royales, au Moyen Age.Le papes purent 172 l'action nationale s'inspirer de l'organisation des chancelleries pour perfectionner la leur, et sans doute aussi prirent-ils des initiatives que les princes trouvèrent à leur tour profit à imiter.Au moment où les rois convoquaient en « champ de mars )) ou en « champ de mai )) leurs féaux sujets, nous voyons les papes réunir régulièrement, chaque année, le « concile romain ».Ce concile comprend les prêtres et les diacres de Rome ainsi que les évêques de 1 Italie centrale et les autres qui au moment de sa célébration sont présents à Rome.Le champ, donc, des conseillers pontificaux s'étend maintenant à la région entière que le pape a sous sa dépendance plus immédiate.Or, l\u2019influence des papes a commencé de s exercer de façon plus concrète de l'autre côté des Alpes.« On signale, écrit Victor Martin, le transfert au Saint Siege de bien des parcelles d'autorité que les évêques de jadis possédaient en propre».L'octroi de 1 « exemption » aux ordres monastiques et l'organisation de 1 inquisition pontificale furent deux grands pas en avant vers la centralisation romaine.Aussi certains papes de cette période, comme saint Léon IX (1048-1054) invitent-ils à ce concile romain des représentants de l'épiscopat de tout l'Occident.A la période suivante, le consistoire remplace le concile romain; c'est le temps du césarisme où les conseils royaux supplantent les états généraux de toutes sortes.Le consistoire est l'assemblée des cardinaux, c est-à-dire d'évêques et de prêtres qui résident en permanence à Rome.Il peut sembler y avoir régression, mais celle-ci n'est qu\u2019apparente: si le consistoire est plus restreint que le concile romain, le pape bientôt y agrège des étrangers \u2014 qui cepen- LES NOMINATIONS CARDINALICES 173 dant doivent résider en curie On mentionne parmi ces cardinaux étrangers Guy de Foulques et Robert Grosparmi.Au même temps, quelques évêques résidentiels reçurent la pourpre, mais c\u2019étaient des exceptions.Le principal fut Guillaume de Champagne, archevêque de Reims, qui ne cessa de gouverner son diocèse bien qu'il fît à Rome plusieurs séjours prolongés.Cette période régalienne influença le choix des cardinaux, et pas toujours de façon heureuse.Si le pape se choisit des conseillers hors de Rome, il arrive aussi que les rois lui imposent leurs propres candidats pour posséder à la cour pontificale des représentants de leurs intérêts.Puis ils sollicitent le chapeau pour leurs ministres et leurs parents et l\u2019on a les « cardinaux de la couronne ».La dignité se séparait de la fonction et de la résidence à Rome.Nous voici aux débuts de l\u2019époque moderne.Les papes étaient amenés de plus en plus, à cause des abus qui sévissaient dans le clergé, à intervenir dans l\u2019administration des églises locales.Ces abus avaient même pénétré à la cour pontificale et n'étaient pas faciles à extirper.Le cumul des bénéfices et l'abandon de la résidence étaient deux de ces abus.Plusieurs évêques quittaient leur évêché et venaient fajre leur cour soit auprès de leur roi soit à Rome, où ils pouvaient devenir cardinaux.Ils étaient alors pris entre deux devoirs, inconciliables d\u2019après le droit d\u2019alors: celui de résider à Rome, comme cardinaux, et celui de résider dans leur diocèse, comme évêques.Leur 174 L ACTION NATIONALE intérêt leur faisait évidemment choisir Rome, puisqu'ils pouvaient continuer d'y percevoir les revenus de leur évêché.Lorsque la grande réforme du XVIe siècle rendit obligatoire aux évêques la résidence dans leur propre diocèse, la balance fut renversée entre les deux devoirs inconciliables des cardinaux qui étaient évêques.Conservant leur titre cardinalice, ils s\u2019en furent en leur ville épiscopale.Mais leur éloignement les empêchait de remplir leur rôle principal de conseillers du pape.Et c\u2019est par étape que s'explique l'état de choses actuel: les titulaires de certains sièges principaux continuèrent d'être honorés de la pourpre, mais ils n\u2019habitèrent plus Rome et ne purent que rarement agir comme conseillers des Papes.Le Concile de Trente avait confié au Souverain Pontife la charge de faire exécuter les mesures disciplinaires qu'il avait édictées.Il l\u2019invitait à contrôler de façon suivie l\u2019administration de tous les diocèses.A partir de ce moment les relations, bien que très lentes, devinrent régulières entre le Saint Siège et les évêchés du monde entier.La centralisation administrative de l\u2019Eglise, qui a toujours su d'ailleurs reconnaître une autonomie locale de bon aloi, s\u2019est développée graduellement depuis trois siècles jusqu\u2019au point de faire dire à un officier supérieur du Canadien Pacifique, comme l\u2019on sait, qu\u2019« avec sa compagnie, l'Eglise catholique était la corporation la mieux administrée au monde ».11 semble que cette expansion aurait dû s'accompagner d'une distribution proportionnellement plus étendue de la « pourpre romaine ».Le gouvernement spirituel du diocèse même de Rome étant confié par LES NOMINATIONS CARDINALICES 175 le pape au cardinal-vicaire et le pape s'appliquant davantage aux affaires du monde catholique qu'à celles de Rome, ne convenait-il pas que ses conseillers, dans leur ensemble, représentent tout le monde catholique ?Le mouvement dans ce sens ne s'est jamais arrêté: des pays comme ceux d'Amérique par exemple, qui n'avaient jamais eu de cardinaux, en eurent pour la première fois.La proportion des cardinaux romains diminuait graduellement.Mais ce mouvement fut à la vérité très lent.C\u2019est que toutes sortes de considérations de saine politique empêchaient les papes modernes d'aller plus vite.Or Pie XI a supprimé la dernière de ces raisons et Pie XII, son successeur immédiat, à la première occasion, regagne le temps apparemment perdu.,.Analysons ces circonstances défavorables.C'est ici qu'il convient de tenir compte de l'attribution la plus importante des cardinaux modernes: le droit de participer à l'élection du pape.Ce droit n\u2019a été réservé exclusivement aux cardinaux qu'au Xlle siècle: en 1179, au troisième Concile de Latran, Alexandre III, le vainqueur de Barberousse, promulgua le célèbre canon Licet de Vitanda, qui réservait au collège entier des cardinaux le droit d\u2019élire le pape Sur ce point l'Église romaine, dont le chef depuis quelques siècles était élu par les évêques voisins ou suburbicaires, imitait la plupart des églises, dont l'évêque était alors élu par un chapitre.Alexandre 111 constituait donc le Sacré-Collège comme le chapitre propre de l'Église de Rome.C'était normal que les Romains y eussent prédominance, puisqu il s'agissait autant de donner un évêque à Rome qu'un pape au monde 176 L ACTION NATIONALE Mais même après le XVIe siècle, lorsque le gouvernement général de l'Église eut pris décidément le pas, dans les occupations du pape, sur celui de son diocèse proprement dit, deux faits politiques exigeaient, à toutes fins piatiques, que les électeurs du pape fussent en majorité des Romains: la souveraineté temporelle du pape et l\u2019ambition démesurée des princes catholiques.Il ne faut pas perdre de vue que les États pontificaux couvraient tout le centre de l'Italie et qu'ils constituaient un des royaumes importants de la chrétienté.Un pape italien élu par des Italiens avait déjà assez de difficulté à maintenir l\u2019ordre parmi ces populations turbulentes (il y eut des papes non-italiens comme Gerbert, Brunon, Breakspeare cependant), qu'il eût été maladroit la plupart du temps d\u2019imposer un souverain étranger, ou même de faire élire un souverain italien par un corps composé en majorité de non-Italiens.Or cette situation a duré jusqu'en 1870.Après cette date, ne valait-il pas mieux laisser les Italiens régler entre eux une question essentiellement italienne ?Il est sûr en tout cas que leur qualité d'Italiens a facilité leurs mouvements en un sens ou en l'autre, aux papes qui suivirent Pie IX: que ce soit Léon XIII et son intransigeance ou Pie XII et son concordat.Or la question est à peine réglée par Pie XI, que son successeur, dès sa première création de cardinaux, fait une place plus généreuse à l\u2019élément orbs qu\u2019à l'élément urbs dans le Sacré Collège.Aujourd'hui que la Cité Vaticane, n'étant plus un État italien ordinaire mais un État miniature, parcelle de terrain cher qui a pour rôle d'assurer au Souverain Pontife LES NOMINATIONS CARDINALICES 177 son indépendance territoriale, il n'y a plus d'inconvénient à ce que le pape soit élu par un corps dont la majorité n'est pas romaine ou italienne, ou même à ce que le pape lui-même ne soit pas italien.L autre empêchement à un élargissement plus « catholique » du Sacré Collège fut l\u2019intervention des puissances politiques dans l\u2019élection des papes.On a fait remarquer que l'un des plus giands avantages du mécanisme actuel de l élection des Papes est fourni par la règle qui exige les deux tiers des voix.Le résultat en est en effet qu'un cardinal qui représente une tendance extrême ne peut à peu près jamais être élu.Aux premiers scrutins les « chefs de partis )) obtiennent plus de voix mais bientôt les électeurs s aperçoivent qu'ils ne pourraient les élire et « misent )) sur des hommes moins en évidence, et le nouvel élu peut vraiment faire figure, dès son accession, de Père commun.Ce système excellent, qui a souvent empêché les intrigues espagnoles, françaises ou impériales de réussir, ne les a pas empêchées de se nouer autour des conclaves.Jusqu'au XVlIIe siècle, les rois et empereurs catholiques avaient leuis préférences et leurs antipathies, et ils s\u2019efforçaient de les faire reconnaître par le conclave.Le prétendu droit d\u2019« exclusive » même, qui n\u2019a été supprimé qu'en 1904 par Pie X, avait encore été exercé par trois fois depuis 1800.Des cardinaux nationaux, en pareilles conjonctures, ne pouvaient qu'être très vulnérables à l\u2019action politique de leurs maîtres et de fait, à la plupart des conclaves du XVle ou XVI le siècle, on vit les cardinaux français et espagnols prendre respectivement pour le candidat de leur Souverain.Il est vrai qu'un 178 L ACTION NATIONALE certain nombre de cardinaux italiens, eux aussi, se divisaient entre « français )) et « espagnols », mais il reste, heureusement, qu'à chaque conclave un groupe de cardinaux \u2014 la plupart italiens \u2014 étaient inaccessibles aux considérations politiques.Ne valait-il pas mieux alors pour l\u2019ensemble de l'Eglise avoir une majorité de cardinaux romains, dont un groupe homogène était désintéressé et entre les factions décidait généralement l'élection ?La concession d'un plus grand nombre de chapeaux aux grandes puissances catholiques ne pouvait qu\u2019ajouter à l'intrigue et aux vues politiques.Cette dernière considération nous montre que la règle de conduite des papes de conserver aux Romains la majorité du Sacré Collège, toute fondée qu\u2019elle pouvait être sur des motifs politiques, servait au fond les intérêts spirituels de l\u2019Église.Si une distribution différente de la pourpre promettait des avantages spirituels réels, comme le fait de manifester avec plus d\u2019éclat la catholicité de l\u2019Église et de donner voix égale à toutes les nations dans le choix du Père commun, il y avait grand risque que des intérêts politiques vinssent contrebalancer ou même annuler ces bienfaits d\u2019ailleurs plutôt symboliques.Depuis la sage et ferme Constitution de Pie X, l\u2019élection des papes semble fermée à jamais aux ingérences politiques.Or il y a tout juste quarante ans de cela, et le pape donne aujourd\u2019hui la prépondérance aux non-Italiens.Même si des nécessités administratives ou politiques rendaient pour un temps la majorité aux cardinaux « de curie », nous croyons que le geste actuel marque la tendance profonde de l\u2019Église et que l\u2019universalité géographique de la répar- LES NOMINATIONS CARDINALICES 179 tition des cardinaux est un fait définitivement acquis.Au reste, l\u2019Italie s'est-elle montrée si mauvaise fiduciaire des intérêts catholiques ?Les grands papes de la Réforme catholique, Paul III, saint Pie V, Grégoire XIII et autres ont tous été des Italiens élus par des Italiens; et pour les derniers pontifes, que nos temps ont connus, Léon XIII, Pie X, Pie XI, sans oublier le très grand Pie XII, pouvons-nous penser un instant que la tradition italienne ait desservi la sainte Église ?* * * La Papauté est d\u2019autant plus rayonnante que sa souveraineté temporelle est restreinte.Cette spiritualisation du temporel a fait disparaître comme par enchantement les obstacles politiques qui l'empêchaient de s\u2019orner des derniers signes de son universalité.Il faut ajouter, évidemment, la rapidité moderne des communications.Les cardinaux peuvent résider en leur évêché respectif et accomplir en même temps leur fonction de conseillers ordinaires du Souverain Pontife.Ils peuvent, du Chili ou de Chine, arriver à temps pour un conclave sans que l'interrègne ait à se prolonger de façon désavantageuse pour l\u2019Église.La centralisation romaine de l'Église est près d\u2019être achevée, avec tous les bienfaits qu\u2019elle comporte pour la vie spirituelle et morale du clergé et des fidèles.Ceux-ci se sentent en communication constante avec « l\u2019Église mère et maîtresse».Les allocutions radiophoniques maintenant régulières du pape, plus encore que les encycliques, nourrissent ce sentiment.L'extension de l\u2019information publique fait que les fidèles 180 l'action nationale portent à la personne du pape un intérêt et un attachement sans précédent.L\u2019élection du Souverain Pontife prend de ce fait pour eux une importance, si l'on peut dire, personnelle.Il est excellent qu\u2019il leur soit donné de participer, par « leur cardinal », à l'élection de celui dont ils partageront de façon accentuée les joies et les soucis.Le geste de Pie XII arrive à point pour s\u2019insérer dans un large courant de vingt siècles: quinze ans plus tôt il était prématuré et dix ans plus tard on aurait pu dire qu'il tardait quelque peu.L\u2019Église sait son histoire et sait faire l'histoire avec beaucoup de précision.René Girard, s.j. Un moine-architecte Non Gallis, Domine, Non Gallis Sed nomini tuo da gloriam.Ceux qui l'ont connu dans le Québec n'oublieront pas de sitôt la figure de ce moine malicieux et architecte par surcroît.Dom Bellot était parisien; il resta toute sa vie une espèce d'enfant terrible.Sa petite blague favorite consistait à dénommer les Nazis des Von Culott.Ce fut là, bien sûr, son plus gros péché de langue.Et il racontait avec une verve sans pareille des histoires d'abbés et d\u2019abbesses qui semblaient sortir tout frais des contes de Chaucer.Il avait le sourire d'un Bénédictin de vitrail.Le Canada français lui doit beaucoup.Il a laissé ici des œuvres qui orientent notre architecture religieuse vers une formule de rédemption esthétique.Son influence, fortement jalousée par des rivaux sans culture, ne cessera de grandir parmi nous.C est que son art n\u2019est pas uniquement liturgique, il est universel.C'est pour cela que le maître, mort, reste inimitable.11 n\u2019existe pas de style Dom Bellot, s il y a beaucoup d'imitateurs à la Dom Bellot.Sa personnalité était trop forte pour se fixer à des cadres fixes.Il avait du génie, il créait sans cesse, bousculant les protocoles académiques, mais très respectueux de la tradition qu'il revêtait de parements neufs.Au juste, Dom Bellot fut un artisan d'un nouveau moyens âge, mais au sens entendu par Maritain et 182 L ACTION NATIONALE Berdiaiev.Il connaissait à fond son Ars magna; il en utilisa les ressources avec la naïveté d'un « tailleur d'ymaiges )) du XI le siècle.On ne définit pas mieux le moine-architecte en disant qu'il regardait les cathédrales de France avec les yeux de Gauguin et de Rousseaux.L'architecture n'était pas pour lui une reconstruction à la façon de Viollet-le-Duc.L\u2019archélogie chez lui est au point de départ, pas ailleurs.S\u2019il ne va pas jusqu'au surréalisme de Le Corbusier, c\u2019est qu\u2019il déteste ce révolutionnaire des devis, dont le matérialisme et le confortable l'épouvantent; surtout il croit que le progrès humain procède par étapes, par évolution, à petits pas.Un abîme sépare ces deux inventeurs de l\u2019architecture contemporaine: la mystique.«L\u2019art est une parabole », écrivit le sculpteur Henri Charlier, ami intime du moine.Dom Bellot s'est attaché au symbolisme comme à une immanence de l\u2019expression civilisatrice.En cela, il respectait le concept ancien du Speculum mundi cher à Vincent de Beauvais selon qui l\u2019art doit conduire à Dieu comme à la première Cause.Ses églises, ses abbayes restent le produit d\u2019une intelligence catholique et française; elles s'éloignent également de l\u2019académisme et de l\u2019anarchie.C\u2019est la modération même de la règle bénédictine magnifiée dans la simplicité de la structure et dans le flamboiement des couleurs.Avant lui, vers les 1900, les gay nineteen^ comme soupirent les Yankees, la vogue était à l\u2019imitation gothique; exemple, S.-Patrice de New-York et Notre-Dame de Montréal.(On a pensé depuis que reproduire du roman et du byzantin était du grand art).Ce fut toute une émotion quand le Sacré-Cœur de un£ moine-architecte 183 Montmartre apparut sur la butte parisienne sans fer ni plâtre.On cria au scandale.De ce jour date pourtant la rénovation architecturale des temps modernes.Dom Bellot se souvint de cette tentative quand, en Angleterre, il édifia l'abbaye de Quarr uniquement construite de briques.Ce coup d'essai fut son premier coup de génie.D'un bond Dom Bellot avait trouvé la gloire 11 en fera un autre quand il ne craignit pas d'introduire le ciment armé dans le sanctuaire.Le moteur initia] de sa technique, c'est, on l'aura devine, la liturgie.Moine de Solesmes, il ne pouvait pas ne pas accomplir en larchitecture ce qu'avait réussi Dom Mocquereau pour la restitution et l'embellissement de la mélodie grégorienne.Où, ailleurs que dans la tradition, son ordre pouvait-il retrouver la superbe maîtrise des anciens maîtres de h œuvre de Citeaux et de Cluny ?Si leur secret s\u2019était perdu, il allait le retrouver, lui, et pouvoir satisfaire son zèle dévorant pour la beauté et la piété de la maison de Dieu.Il avait admiré leur sens du symbolisme dans le dictionnaire de Viollet-le-Duc.Mais la réussite archéologique lui apparaissait comme un avortement de 1 art, un sarcophage somptueux de l\u2019architecture.Il voulait la vie et la trouva dans les annales de Mabillon, le grand historien de l'Église et de l'Ordre bénédictin.Dans ces in-folio du XVI le siècle germait une moisson de promesse.Sur les prescriptions de la Regie, les moines, noirs et blancs, avaient jeté à travers les âges une floraison d'abbayes qui évoquaient dans un langage de pierres le monde surnaturel et la splendeur des mystères de la foi.Ce sont des moines 184 l'action nationale qui construisirent ces merveilles, Tintern, Fountains et Melrose, intégrés aujourd\u2019hui dans la sensibilité de la protestante Grande-Bretagne.Un autre grand méconnu, Hézélon \u2014 Mabillon 1 appelle caemen-tarius\u2014, poète, chantre, grammairien et théologien éleva au Xîe siècle, sous l\u2019abbatiat de S.Hugues, la basilique fabuleuse de Cluny, dynamitée par les Jacobins français.C'est Roger II, douzième abbe du Mont, qui entreprit la construction de Saint-Michel au péril de la mer, où sont réunies toutes les gloires de la France féodale.C'est Suger, premier ministre de Louis XI, dénommé par le roi père de la patrie, qui avait fait graver sur le portail de son abbatiale de Saint-Denis ces mots chargés de spiritualité: « Elle brille, la noble église, elle brille pour mettre la lumière là où le Christ est la vraie porte.La faible intelligence s\u2019élève à la vérité au moyen des choses matérielles et d\u2019abord engloutie dans l'abîme, elle surgit après avoir contemplé la lumière qu\u2019est le Christ )).Certainement, ces surhommes de l\u2019histoire avaient un message pour l\u2019architecture de demain.N'était-ce pas l\u2019utopie pour Dom Bellot de prétendre reprendre cet héritage au nom de 1 Ordre bénédictin ?La Congrégation de Saint-Maur, au XVI le siècle, avait nettement rompu avec la tradition de beauté du moyen âge.Elle avait défiguré au besoin les abbayes qu\u2019elle habitait, sacrifiant au goût Louis XIV.Sans rivale dans le domaine des éditions patristiques, elle se conduisit comme une vandale vis-à-vis des arts.De fait, la seule tentative de rénover l\u2019architecture religieuse depuis Cluny avait eu lieu sous les yeux mêmes de Dom Bellot à l\u2019abbaye de Solesmes.Dom Mellet fut le premier à se UN MOINE-ARCHITECTE 185 libérer de la dictature du passé.La masse walpur-gienne, faite d un bloc, qui domine aujourd'hui la douce rivière Sarthe, est un affranchissement incomplet, mais très méritoire sur les épures du XI le siècle.Dom Bellot poussera à bout les principes de Dom Mellet, et ce seront les abbayes d'Osterhoot en Hollande, de Quarr en Angleterre, de St-Benoît-du-Lac chez nous.Dom Bellot sera lui aussi un interprète, à sa manière, de la réforme liturgique de Dom Guéranger, un héraut de la grandeur solesmienne dont la majesté rayonne sur le monde.Au témoignage de Charlier, cette architecture constitue la plus importante réforme depuis la Renaissance.Évidemment, il oublie le rococo jésuitique qui rencontre de nombreux admirateurs.Ce style eut une influence énorme en Allemagne et en Amérique du sud Nous n'avons de lui au Canada que le plus laid: les plâtres sans polychromie.Maurice Denis, s'il est moins enthousiaste, apporte un jugement plus nuancé et plus objectif: « Un bénédictin de Solesmes.Dom Paul Bellot, écrit-il, inventait lui aussi de nouvelles formes, un style monastique complet, proposant des solutions inédites aux problèmes de l\u2019architecture religieuse moderne.Dans cette œuvre considérable, 1 emploi d abord exclusif de la brique l\u2019amène peu à peu à préférer les formes rectilignes, les fenestrages en briques contrariées; les arcs du cloître sont remplacés par des redents de briques, les ouvertures terminées en aigu.Les chapiteaux eux-mêmes, il les obtient par des rangs de briques en saillie de couleurs différentes.La brique tient le rôle de la sculpture et par ses jeux de colorations donne à l'édifice une chatoyante variété d'aspect, en particulier dans les 186 l'action nationale arcs semi-ogivaux ou en anse de panier qu il abandonne dans ses derniers ouvrages pour des arcs brisés en ciment armé.La richesse sobre de ces divers systèmes augmentée par la beauté des dallages exprime toujours la structure, et surtout crée une atmosphère essentiellement bénédictine et profondément religieuse.)) Ce jugement de Denis ne détruit pas celui de Charlier.Ce dernier rejette la Renaissance, qui n'a rien à voir de fait avec l\u2019invasion mystique au moyen-âge.Dom Bel lot est avant tout, en effet, un moine.Il n\u2019a pas oublié le conseil que S.Benoît donne dans sa Règle: « Que l\u2019oratoire soit ce qu\u2019il est et rien de plus (ch.52).» Il lui a toujours répugné de construire des églises pareilles à des usines de locomotives, à des gares de chemin de fer, à des théâtres ou à des gratte-ciel.Son goût esthétique infaillible l\u2019écartait d\u2019autre part de l'archéologie, science des morts.Voilà pourquoi son architecture est si profondément religieuse; elle reflète toutes les ferveurs de son âme disciplinée à la discrétion bénédictine, elle participe à l\u2019immortalité de la transcendance.Ne nous méprenons pas Dom Bellot est aussi un Parisien.Sa fertilité est inépuisable.11 possède plusieurs tours dans son sac.La variété dans l'unité, tel serait l'attribut de sa technique supra-personnelle.Comme tous les Français, il avait une marotte: chez les uns, c\u2019est la recherche du mouvement perpétuel.Il croyait, quant à lui, avoir découvert le fameux nombre d\u2019or dont se servaient les anciens maçons pour donner d'harmonieuses proportions aux cathédrales.Des savants britanniques ont réduit UN MOINE-ARCHITECTE 187 à néant cette théorie, mais Dom Bellot y tenait mordicus et malheur à qui le contredisait sur la règle d'or.Quoi qu'il en soit personne ne travailla autant que lui la proportion.L\u2019Église d'Audincourt, en France, manquant de couleur, est un problème de mathématique pure : c'est un j ardin fermé du second degré d\u2019abstraction où l'esprit admire sans cesse la variété et la beauté des rapports.Par analogie, c\u2019est une puissance comme le rythme libre de la dulcis cantilena grégorienne avec l\u2019élan des arsis et la tombée des arsis.L\u2019introduction de l'arc en mitre, inspirée des constructeurs de Citeaux, ajoute un élément de nouveauté à cette géométrie architecturale.Une autre innovation n\u2019est pas tant l\u2019introduction du ciment armé que sa coloration en tons vifs, cobalt, ocre, vert, bronze et, enjeux de contraste, le noir et le blanc.Il n'a pas craint de colorer les austères maisons de son ordre avec la palette sensuelle et révolutionnaire de l\u2019École de Paris.Inutile de dire qu'il eut à lutter ferme entre les « faux frères )) pour défendre ses hardiesses sacrilèges.Il avait lu les théories symbolistes de Marbode sur les pierres précieuses.Vous vous souvenez ?Le rubis est comme un concile de cardinaux et signifie une charité intense, le sang des martyrs.Moine, il éprouvait un penchant pour le bleu qui invite au silence de la contemplation, à la paix du cloître.Il avait eu ainsi l'idée de teindre le mortier qui joint la tapisserie des briques et les pierres granitiques des façales.Parfois, il dessinait ici et là des figures classiques, mais dans les positions les moins conventionnelles.Des pyramides renversées, servant de chapiteaux, rappelaient la fantaisie 188 l'action nationale de son ancien de Cluny, qui, à l\u2019horreur de S.Bernard, introduisait dans la basilique les monstres asiatiques précurseurs des gargouilles des cathédrales françaises.C\u2019était la contribution nécessaires du diable qui gesticule une grotesque pantomime derrière l'autel.Dom Bellot ne pouvait concevoir en effet, une technique qui se devine toute seule.Il créait des problèmes esthétiques uniquement pour laisser à l\u2019intelligence le plaisir de les résoudre: il avait l\u2019esprit subtil de l\u2019Ile de France.La mort de Dom Bellot prive l\u2019architecture d\u2019un noble serviteur.Il était le portrait vivant de ces moines bourguignons du XI le siècle, ces bâtisseurs de Cluny qui passèrent en Espagne pour y construire le sanctuaire national de Saint-J acques-de-Com-postelle.En 1934, le moine de Solesmes descendait à Québec.Il nous apportait un somptueux présent de l\u2019Europe: c\u2019était le monastère de S.-Benoît-du-Lac, terme américain de ce long cortège de chefs-d\u2019œuvre architecturaux bénédictins, trésors de l\u2019Église, trésors de l\u2019humanité.Un grain de senevé tombait dans la chrétienté du Saint-Laurent.Notre architecture devenue plus sincère et plus logique, grâce à lui, a pris un élan nouveau.Cet homme à qui nous devons tant a été très mal reçu par les Canadiens français, ils l'ont traité comme un citoyen de la Balkanie.Il a rendu le mal pour le bien, parce qu\u2019il croyait en l'avenir de notre peuple.(( L\u2019Amérique, disait-il, a besoin de l\u2019apport canadien-français pour sortir du matérialisme où elle s\u2019est enfoncée.Ne croyez pas que vous feriez œuvre durable et architecturale en utilisant tel ou tel matériau nouveau.Cela ne suffit pas, UN MOINE-ARCHITECTE 189 car un style est le résultat d'une impulsion commune, d'un accord spirituel, d'une foi religieuse.)) (Confiance sur les conditions temporelles du Beau).Marcel Hamel.Joie redoublée En septembre 1945, M.Eugène L'Heureux, journaliste « bien connu », se réjouissait encore du don des milliards canadiens à l'Angleterre.« Les isolationnistes et les égoïstes de diverses nuances », disait-il », n ont jamais rien compris à cette politique de contribution financière à une guerre totale ».« On se souvient que, tout le temps du conflit, ces étrangers apparemment tombés de la lune dans un monde en guerre totale dénonçaient ce cadeau de deux milliards comme un simple tribut à l\u2019impérialisme anglais et reprochaient au gouvernement canadien de ne^pas procéder comme celui des États-Unis, qui recourait au prêt-bail ».« Or, voici que les États-Unis annoncent qu'ils renonceront complètement au paiement du prêt-bail ».« Dans leur comparaison du cadeau et du prêt-bail comme sur tous les autres points, nos isolationnistes se sont trompés de façon lamentable.En signalant cette incomparable attitude à se tromper de nos soi-disant infaillibles, nous ne visons nullement à les importuner ».Nous ne citons pas l'infaillible M.L\u2019Heureux pour l'ennuyer, mais pour redoubler sa joie.Dans une analyse des dépenses de guerre du Canada, M.Wilfrid Eggleston révèle que les dons du Canada à l'Angleterre et à d'autres nations se sont élevés non pas à deux, mais à quatre milliards et demi.(The Country Guide, octobre 1945).S'il y a de la joie pour deux milliards, pour quatre il y aura de l'allégresse ! Cette erreur de 2 à 4 milliards est à coup sûr une « felix culpa » ! .Notre histoire n\u2019est qu\u2019un tissu d\u2019aventures héroïques et de gestes chevaleresques.Ces gestes n\u2019ont pas été accomplis par des êtres imaginaires, mais par nos ancêtres, ceux de nos amis.INSTITUT GÉNÉALOGIQUE DROUIN 'Une œuvre nationale digne de votre encouragement\u201d 4184, rue Saint-Denis (angle Rachel) Montréal LA.8151 Immense documentation méthodiquement accumulée.dont 61 millions d\u2019actes de baptême, mariage et sépulture.32 ans de recherches patientes.Généalogie de tout Canadien français, Franco-Américain ou Acadien.Toute demande de renseignements recevra une réponse immédiate et personnelle.Demandez notre brochure explicative. Misère de notre politique étrangère Depuis six ans, le Canada a fait à la cause alliée, c est-à-dire à la cause de la civilisation, une contribution formidable, absolument, et à fortiori compte tenu de sa population.Matériel, soldats, denrées, argent comptant, nous n\u2019avons pas lésiné quand il s est agi d\u2019assurer la sécurité de la démocratie dans le monde.Un peu partout, en Asie, en Afrique, en Europe, en Océanie .et même en Amérique, le Canada était «représenté», pour employer une savoureuse expression d\u2019un diplomate anglais, par des contingents ou des escadrilles.Une partie importante de la population, difficile à apprécier avec exactitude, n\u2019était pas favorable à une telle collaboration, et craignait que tout en allant combattre les Allemands, nous ne travaillions pour le roi de Prusse.L événement a confirmé cette appréhension.La notion de l'intérêt national canadien n\u2019était pas et ne semble pas encore bien définie.Faute de pouvoir s'entendre sur cette question fondamentale, on s arrêta à un compromis qui satisfaisait l\u2019opposition mais non les tenants d\u2019une collaboration totale.Il est inutile de rappeler toutes les nuances, tous les degrés, tous les échelons par lesquels nous sommes montés, ou descendus, vers le but ultime visé par les collaborateurs extrémistes.Je voudrais seulement, a ce propos, souligner quelques traits, quelques contrastes de notre politique extérieure.Tout le monde est d'accord pour reconnaître que dans un pays bigarré comme le Canada, où l\u2019opinion, 192 l'action nationale comme ailleurs, et plus qu ailleurs, est divisée sur tous les sujets, mais sur aucun autant que sur la politique étrangère, on ne peut adopter que des mesures moyennes, des transactions.Un exemple de cette nécessité, théorique, car lorsque 1 on examine les faits, on se rend compte que trop souvent, ce n est qu\u2019une vue de l\u2019esprit, est la platitude, je veux dire, le manque de relief, le vague, le manque de precision des programmes élaborés et arborés par les grands partis canadiens.C\u2019est que si 1 un d eux s avisait de penser, d'avoir une opinion sur quelque chose, d\u2019afficher une attitude tranchée sur un grand problème, il serait sûr de n\u2019être pas élu.(L ennui est que pour n\u2019en rien dire, ils n en pensent pas moins).Or cette vertueuse loi de la mesure mitoyenne^ ne s'applique aucunement, entre autres domaines, à la politique étrangère.Ce n\u2019est pas 1 opinion médiane que l\u2019on a suivie, mais l\u2019opinion extreme, qui nous a fait passer avec tant de grâce et tant d elegance^ de la défense du Canada à une collaboration « qui dépasse l\u2019imagination)).On a souvent accuse les Canadiens français d\u2019être extrémistes, dans leur opposition à la guerre.Et comme rien ne nous est plus etranger que la violence, en quoi nous sommes bien déchus de nos ancêtres européens, nous abandonnons rapidement nos positions sur la promesse d un compromis, et de compromis en compromis, nous nous laissons manœuvrer, comme toujours, dans la position contraire,^ et mettre dans l\u2019impossibilité de revenir en arrière.En dernière analyse, quelle concession nous a-t-on faite, depuis six ans, en politique étrangère ?.Des concessions de délai : on a bien voulu attendre quelques mois pour appliquer les mesures dont nous MISÈRE DE NOTRE POLITIQUE ÉTRANGÈRE 193 ne voulons pas, c'est tout.Qu\u2019avons-nous obtenu en échange de cette concession ou plutôt, de cette capitulation ?Rien.Cependant, il faut insister sur le fait que la faute en est à nous-mêmes, et non pas à d'autres.Si la Confédération canadienne est conduite comme si nous n\u2019existions pas, et s\u2019achemine aussi sûrement, de ce fait, vers l\u2019unification, la faute n'en est pas à d'autre qu\u2019à nous, qui avons perdu notre « vouloir vivre » politique, ne conservant qu\u2019un vouloir vivre domestique, physiologique.Il y a donc un violent contraste entre la théorie du compromis, en vertu de laquelle on nous demande tous les sacrifices, et la réalité des concessions unilatérales, l\u2019application intégrale de la politique du parti adverse.Violent contraste également entre notre politique intérieure et notre politique extérieure.A l\u2019intérieur, règne un machiavélisme camouflé sous le nom de réalisme, et mis en œuvre avec une virtuosité qui fait l\u2019admiration de ses victimes elles-mêmes.Les restrictions mentales, les finesses, je ne dirai pas le mensonge et la fourberie, car je doute qu\u2019ils soient nécessaires pour nous rouler, ont été élevées à la hauteur d\u2019un système de gouvernement.De même, les arguties, qui ne sont pas dignes d\u2019être appelées juridiques, par l\u2019usage qu\u2019on en fait, v.g.clause rebus sic stantibus, les arguments spécieux de stratégie ou de tactique, v.g.quand on fait la guerre, on ne peut la faire à moitié, s\u2019arrêter à mi-côte, et en avant les couplets sur la chrétienté, les bonnes mœurs et le droit international, et le «berceau de la civilisation».Les républiques latines portent autant d\u2019intérêt que les démocraties anglo-saxonnes à la chrétienté et au droit international et au berceau de la civilisation (la Grèce) et 194 l'action nationale pourtant, elles n\u2019ont guère dépassé le stage de la déclaration de guerre.A l\u2019intérieur nous aurions grand besoin d\u2019une vigoureuse réaction en faveur de la loi, du droit et de la droiture.Au contraire, c\u2019est à l\u2019extérieur que nous avons nos élégances morales.Nous avons fait la Croisade contre les Sarrasins d\u2019Europe et d\u2019Asie, négligeant les Sarrasins canadiens ; nous avons tiré l\u2019épée pour la catholique Pologne, qui serait dans un triste état si elle ne nous avait eus à ses côtés ; co-producteurs de la bombe, nous avons jeté tout le poids de la puissance dans la défense de la civilisation menacée.D\u2019une façon plus concrète, nous avons apporté à des nations alliées des secours pour lesquels notre ministre des Finances eût été offensé qu\u2019on nous offrît une compensation.Bref, à 1 extérieur, un idéalisme solidement soutenu par notre désintéressement, mais fort compromis par ses contradictions intrinsèques et par les procédés de notre politique intérieure.Notre politique étrangère offre enfin un contraste frappant et inquiétant avec la politique étrangère de toutes les autres nations.Ah ! si tous les pays manifestaient le même idéalisme et le même désintéressement que le Canada, tout le monde applaudirait et le problème de l\u2019ordre international serait résolu.Je n\u2019insiste pas sur les intérêts impériaux de la France, de la Grande-Bretagne, des États-Unis et de la Russie.Par ailleurs, chacun de ces États ne pense, en pratique, qu\u2019à une chose, son intérêt national, autrement dit, personnel.Chacun dirige sa politique étrangère sans soucis excessifs de la morale et du droit international.Le principe de l\u2019intervention, dont l\u2019application devrait être laissée à l\u2019O.N.U., refleurit comme aux MISÈRE DE NOTRE POLITIQUE ÉTRANGÈRE 195 plus beaux jours de la Sainte-Alliance, sous une autre forme.La France, accablée de toutes façons et d'une foule de problèmes politiques et économiques, intervient en Espagne de la façon la plus ébouriffante.Comment le peuple le plus spirituel de la terre ne sent-il pas ce qu'une telle attitude a d'incongru.Comment pourrons-nous croire que la France est toujours le champion des faibles, du droit et de la logique.Il y a un peu de présomption quand on n'a pas manifesté plus de sagesse constitutionnelle que la France, quand elle a toutes les peines du monde à se donner à elle-même une constitution, à vouloir en remontrer aux autres sur ce chapitre ., Il y a un certain cynisme auquel la France ne nous avait pas habitués, à courtiser la Russie, dont je suis prêt à reconnaître les mérites, malgré la dictature communiste, et à combattre l'Espagne, dont je suis prêt à reconnaître les torts, à cause de la dictature franquiste, dont le moins qu\u2019on puisse dire est qu\u2019elle peut soutenir avantageusement la comparaison avec l'autre aux points de vue politique et humain.La France va-t-elle donner dans la duplicité universelle ?Puisse-t-elle ne pas prendre l\u2019habitude de gestes aussi piteux !.La Russie intervient en Iran avec plus de gros bon sens et plus de logique.Elle défend ou poursuit son intérêt, suivant en cela la jurisprudence bien établie de la Grande-Bretagne et des États-Unis.Qui l\u2019en blâmerait ?Que celui qui est sans péché.Où la Grande-Bretagne n'intervient-elle pas ?.Les États-Unis commencent à lui faire sous ce rapport une sérieuse concurrence.L\u2019Amérique ne lui suffit plus.Elle n'y tolère pas la moindre dissidence. 1% l'action nationale Avec une diplomatie qui s'est d'ailleurs illustrée dans le passé par sa souplesse (le big stick) sa délicatesse (politique du dollar) et sa discrétion (politique de l'intervention) elle a tâché de réduire la résistance argentine.Buenos-Ayres s'est vu déclarer une petite guerre par Washington, au nom de la démocratie.Mais le Brésil, qui n'est pas une démocratie que je sache, mais ayant accepté virtuellement la tutelle américaine, on ne lui fait aucun grief de sa dictature.Quel intérêt national le Canada poursuit-il ?Quels sont ses buts de guerre ?Tandis que ceux des autres nations sont très voyants, ceux du Canada restent fort mystérieux et d'une démonstration fort laborieuse.On nous assure qu'au bout de tout cela, nous trouverons notre compte mais cela semble fort incertain.On nous a parlé longtemps de prestige.« Vous n'avez pas idée comme on aime le Canada, à l'étranger, comme son prestige a grandi à la suite de son « effort de guerre ?».Nous avons fait tellement d\u2019efforts pour devenir aussi gros que John Bull, que pendant un temps, vraiment, nous nous demandions si nous n\u2019étions pas devenus une grande ou du moins, une moyenne puissance.Les élections de l'O.N.U.nous ont sensiblement dégonflés.Notre puissance productive a reçu, du fait de la guerre, un accroissement considérable, cela est vrai.Mais à quoi cela nous servira-t-il, je vous le demande, si nous n\u2019avons pas les marchés qu'il faut pour écouler ces produits.Or à la suite de la concurrence américaine, la Grande-Bretagne est dans une situation si difficile que le Canada s\u2019apprête à se retirer de la lutte pour les débouchés afin de « donner une chance )) à la mère-patrie. MISÈRE DE NOTRE POLITIQUE ÉTRANGÈRE 197 Non seulement notre contribution ne nous procure aucun prestige réel, v.g.ne nous a valu ni un siège au conseil de 10.N.U.ni le poste de secrétaire général pour l'un des nôtres; non seulement elle ne semble pas devoir nous procurer des avantages économiques, mais encore elle est en train de nous rendre ridicules aux yeux du monde entier, en train de faire au Canada la réputation d'une poire internationale que les Dieux impériaux se réservent pour leur auguste soif.Au temps où un nationaliste protestait contre nos dons à la Grande-Bretagne qui prêtait ensuite à la Chine avec intérêt, on ne s'arrêtait pas à cette critique comme frivole à sa face même parce qu'elle venait d'un nationaliste.Mais aujourd'hui, même à Ottawa, on commence à trouver un peu raide de voir l'Angleterre faire la généreuse à nos dépens, prêter à la Grèce, comme elle avait fait à la Chine, en retirer tout le profit et le prestige; enfin, pour couronner cette bouffonnerie, n'apprenait-on pas, aux dernières nouvelles, que la Hollande allait nous présenter une note de 100,000,000 pour la pension de nos soldats, ce qui confirme bien de façon éclatante que les largesses faites par la Grande-Bretagne avec des produits canadiens, particulièrement à la Hollande, obligent les bénéficiaires non envers le Canada, mais envers la Grande-Bretagne.Hélas ! il n'y a pas grand remède à ces maux.Que faire pour obtenir que l'on tienne compte de nos opinions, pour qu'on renonce au machiavélisme, à la duplicité dans notre politique nationale et à la tartufferie dans notre politique internationale, qu'on introduise un peu de réalisme dans celle-ci, de façon qu on ne nous fasse plus payer le privilège d'aller 198 l'action nationale au secours du monde entier ?.Comme les Canadiens français sont trop timides pour aller tout seuls à Ottawa, comme les deux grands partis se valent en tous points, aussi bien au point de vue politique qu au point de vue économique, (Qui croira qu un parti est, moins que l\u2019autre, le champion de l'impérialisme et du capitalisme, i.e.de l'asservissement des peuples et de l'exploitation des masses ?.) il ne reste que la surenchère, le chantage électoral,.Mais, si les Canadiens français n\u2019osent même pas employer cette arme innocente, il ne reste guère de remède et la misère des gouvernants n'aura d'égale que la misère des gouvernés.Marcel Dansereau. CHCCNICUES A l\u2019assaut de la Confédération Une fois de plus, la conférence fêdérale-provinciale s\u2019est ajournée à une date ultéreure, au 25 avril prochain.Pendant une semaine, les divers premiers ministres ont continué de négocier en vue d'en venir à une entente acceptable pour tous.Les résultats ne sont pas rapides.A vrai dire, nous sommes obligés de nous en rapporter à des communiqués officiels, puisque les journalistes ne sont pas autorisés à assister aux séances.Pour l\u2019intelligence des débats entamés et qui se poursuivront, pour la compréhension d\u2019une crise constitutionnelle qui doit durer beaucoup plus longtemps que d'aucuns le croient, nous jugeons utile de donner ici, à titre documentaire, l\u2019essentiel du magistral rapport présenté par M.Georges Drew, premier ministre de l\u2019Ontario, et les grandes lignes des nouvelles propositions fédérales, destinées à dorer la pilule et à démontrer la bonne volonté des autorités d\u2019Ottawa.Comme chef de la plus populeuse et de la plus riche province canadienne, il appartenait à M.Drew de se lancer le premier à l\u2019attaque et de démontrer l'inanité des tentatives centralisatrices du gouvernement fédéral.Il ne l\u2019a pas fait dans un esprit négatif; comme tout le monde, il se rend bien compte de la nécessité d'un nouvel aménagement des relations fédérales-provinciales, mais il ne croit pas pour autant qu\u2019il faille sacrifier l'autonomie des provinces et saboter l\u2019édifice de la Confédération.Nous ne prétendons pas que son mémoire reflète parfaitement nos vues, mais 200 l'action nationale nous sommes heureux de les accueillir, parce que nous les estimons révélatrices d'un état d'esprit qui peut nous éviter les calamités dont nous sommes actuellement menacés.Les propositions de M.Drew se résument ainsi: a)\tles provinces doivent partager avec le pouvoir central l'impôt sur le revenu et les taxes sur les corporations, au lieu de les abandonner purement et simplement à Ottawa; b)\tle pouvoir central doit abandonner les droits de succession, les taxes sur l'essence, sur les amusements, sur les courses, sur les transferts d'obligations et sur l\u2019électricité, et reconnaître la priorité des provinces dans la taxation des opérations minières et de la coupe du bois ; c)\tune loi provinciale uniforme des droits de succession, perception par le fédéral au nom des provinces de l'impôt sur le revenu et des taxes sur les corporations, égalisation des taxes provinciales sur les corporations ; d)\tcréation d'un fonds de rajustement, alimenté par la contribution des provinces qui y verseraient chacune le dixième du produit de l'impôt sur le revenu et sur les corporations et des droits de succession, ce fonds devant servir à prêter assistance aux provinces qui le demanderaient ; _ e)\tétablissement d'un conseil fédéral-provincial permanent, formé des premiers ministres fédéral et provinciaux, et d'un comité économique fédéral-provincial composé d'experts; /) consultation constante sur l'opportunité des grandes entreprises de travaux publics et des propositions relatives à la santé; CHRONIQUES 201 g)\tpensions de vieillesse à toutes les personnes au-dessus de 65 ans, dès que le gouvernement fédéral sera en mesure d\u2019assumer cette dépense; h)\tle gouvernement fédéral doit assumer tous les frais de l'assistance aux chômeurs et soixante-quinze pour cent des frais de l\u2019assistance à ceux qui ne peuvent travailler, comme de tous les autres projets provinciaux de bien-être public.Cette énumération rapide souligne tout l\u2019intérêt du mémoire Drew.Sans entrer dans les détails, il suffit de remarquer le principe de base : les provinces ne doivent pas aliéner leur droit d\u2019aînesse pour un plat de lentilles.Le gouvernement du pays n'accomplira ses tâches de façon efficace et harmonieuse qu\u2019en respectant les légitimes particularismes.11 aurait grandement tort de chercher à s\u2019arroger des pouvoirs qui ne sont pas les siens et qui se révéleraient à l\u2019usage terriblement encombrants pour Ottawa.Devant cette protestation éloquente de l\u2019Ontario, province à laquelle on ne pouvait décemment prêter des motifs mesquins et des préjugés étroits, le gouvernement King a essayé de mettre de l\u2019eau dans son vin.On constatera par les principaux item suivants qu\u2019il a fait preuve d\u2019une plus grande générosité que lors de la rédaction de son volumineux mémoire soumis aux délégués en août 1945.Il n\u2019empêche que le principe fondamental n\u2019est pas modifié et que, partant, ses nouvelles propositions nous paraissent également inacceptables.En quoi consistent-ellesj Ottawa porte de $12 à $15 par personne le subside aux provinces; ainsi, pour Québec, l\u2019octroi s'élèverait de $40,000,000 à $50,900,000.Ce subside se calculerait sur la moyenne 202 l'action nationale de la population et la production nationale des trois années précédentes.En contre-partie, les provinces céderaient l'impôt sur le revenu, les taxes sur les corporations et les droits de succession.Le fédéral consentirait à ne pas s\u2019ingérer dans de nouveaux domaines de taxation actuellement réservés exclusivement à la juridiction provinciale.Il refuse néanmoins d\u2019abandonner les sphères où il a pénétré à la faveur de la guerre (essence, amusements, téléphones, pari-mutuel, etc.), tout en acceptant de ne pas hausser le taux d\u2019imposition, à moins que ne l\u2019exige un état d'urgence nationale.Ottawa est également prêt à payer cent pour cent de la pension aux aveugles, alors qu\u2019il n\u2019offrait originairement que cinquante pour cent.D\u2019autres modifications légères de détails sont également mises de l\u2019avant.Que conclure de tout cela, sinon que le gouvernement central demeure sur ses positions, sauf à accepter quelques aménagements secondaires pour se gagner l'appui des provinces récalcitrantes ?Celles-ci ne seront pas satisfaites pour si peu.Elles continueront la lutte, même si elles ont de sérieuses raisons de douter de l\u2019efficacité d\u2019un combat mené contre une volonté bien arrêtée d\u2019accaparement.Dans tout cela, quelle a été l\u2019attitude de M.Maurice Duplessis, représentant attitré du Canada français et adversaire résolu de l\u2019Union législative vers laquelle on s\u2019achemine à grands pas ?D'aucuns lui ont reproché de n\u2019avoir pas, à l\u2019exemple de l\u2019Ontario, soumis dans un mémoire retentissant les vues de la province de Québec.Pour notre part, nous sommes d\u2019avis qu\u2019il a agi sagement en adoptant une prudente attitude d\u2019expectative.S\u2019il avait agi comme M.Drew, CHRONIQUES 203 il aurait automatiquement déclenché une campagne de dénigrement contre les Canadiens français.On aurait aussitôt passionné le débat, crié haro sur le baudet, comme à l'accoutumée.M.Duplessis a préféré laisser faire sa besogne par M.Drew, se contentant d'agir à la conférence même, avec tous les moyens dont il dispose.L\u2019avenir dira s'il a eu raison.Jusqu'à plus ample informé, il demeure difficile de ne pas lui accorder raison et de ne pas juger qu\u2019il a adopté la ligne de conduite la plus conforme à nos intérêts essentiels.Jean Nicolet. 204 L ACTION NATIONALE Nous avons le moyen de régler nos problèmes nous-mêmes Cins mois se sont écoulés depuis qu\u2019à une première rencontre des provinces et du Fédéral, le gouvernement central soumettait des propositions visant à une refonte complète du mécanisme, sinon du texte de notre constitution.Les premiers ministres provinciaux ont fait des déclarations de principe indiquant plus ou moins de quel côté ils penchaient: l'Ontario, le Québec et la Colombie canadienne étant plutôt opposés, l\u2019Alberta montrant des tendances vers l\u2019opposition, la Saskatchewan, le Manitoba et l\u2019Ile-du-Prince-Édouard paraissant disposés à accepter, et le Nouveau-Brunswick et la Nouvelle-Ecosse, à se laisser tenter.Une réunion de comité a eu lieu en novembre et une autre à la fin de janvier, alors que deux provinces ont présenté leurs commentaires définitifs et des contre-propositions: M.Drew ne marche pas pour l\u2019Ontario, alors que M.Douglas est prêt à signer pour la Saskatchewan après quelques modifications secondaires.Et à travers tous ces événements, l'Action Nationale n'a encore rien dit.A la vérité, nous avons, depuis que la revue existe, tellement de fois exposé nos points de vie sur les questions qui font l\u2019objet de ces discussions qu'il n était vraiment pas nécessaire que nous nous empressions de dire à nos lecteurs ce que sont nos réflexes pour qu'ils comprennent nos objections aux propositions fédérales comme à toutes celles qui s\u2019y ratta- CHRONIQUES 205 chent par des modifications de détail seulement, et notre adhésion de principe à un mémoire comme celui de M.Drew, même si certains détails peuvent prêter à discussion.Aussi bien n'est-ce pas sur le fond du débat que je voudrais faire ici quelques commentaires.Ceux qui voudront, à ce sujet, des renseignements plus techniques, que je ne saurais d'ailleurs aborder en une seule fois dans nos pages, faute d'espace, n'auront qu'à se reporter à deux textes que j'ai publiés dans L'Actualité Economique, éditions d'octobre pour les propositions fédérales et de janvier, pour le mémoire ontarien.En dépit du fait que les positions de principe des nationalistes restent fermes sur le sujet, la propagande fédérale des cinq ou six dernières années n'en a toutefois pas moins miné les convictions et affaibli certaines résistances.On a répété sans cesse que les exigences sociales de notre époque sont grandes; que les Pères de la Confédération ne les ayant pas prévues et n ayant pas pu les prévoir, l'A.A.B.N.est démodé; que les provinces, en somme, n\u2019ont pas le moyen de faire face à la situation.Pas le moyen ! On nous a jeté des tonnes de poudre aux yeux avec pareil argument.Tout le monde y a plus ou moins cru à un moment donné ou s'est senti embarrassé par l'objection.Le Fédéral est gros, les provinces sont petites; étant donc plus fort, le Fédéral pourra faire davantage; plus riche, il pourra donner plus.Voilà qui paraît plein de bon sens, et ceux qui ont le cœur tendre et la sentimentalité facile ou, encore plus, ceux qui souffrent des difficultés sociales actuelles en sont venus à dire, non plus: Sauvegardons d\u2019abord l'autonomie; mais bien: L au- 206 l'action nationale tonomie sans doute, mais.mais à condition que nos ouvriers puissent quand même obtenir tel ou tel avantage.Façon de dire qui se complète presque toujours dans leur esprit par cette pensée non avouée : .Or la province ne peut pas donner autant d\u2019avantages parce quelle n en a pas les moyens; donc il faudra bien abandonner notre autonomie sur les points en litige.Laissons de côté, pour le moment, les exigences sociales de notre époque, qui seraient autrement moins lourdes, tout en portant de meilleurs fruits, si on se décidait à mieux concevoir le genre de législation ou d interventions diverses que s'imposent.Considérons seulement cette question des moyens des provinces et du caractère démodé de notre constitution, et voyons ce qu\u2019il en faut penser.Le Fédéral ne fait pas de miracles Évidemment, le Fédéral peut toujours, quand il intervient, obtenir, avec le même taux de taxe par exemple, une somme bien plus élevée à appliquer à tel service que n\u2019importe quelle province prise en particulier.Cela va de soi: les taxes additionnées de neif provinces feront toujours plus que celles d\u2019une seule.Mais c\u2019est là une évidence qui n\u2019a pas par elle-même grand signification quant au problème envisagé, maigre qu elle ne manque pas parfois d\u2019engendrer des illusions.Quand le Fédéral reçoit des fonds de neuf provinces, c est aussi, ne l\u2019oublions pas, pour pourvoir aux besoins de neuf provinces.Dans ces conditions, il saute aux yeux qu\u2019il n'est pas possible que toutes les provinces n\u2019aient pas les moyens de se donner un CHRONIQUES 207 service et que le Fédéral l\u2019ait, puisqu\u2019en définitive, ce sont les mêmes contribuables qui sont appelés à payer.Tout ce qui peut être possible, c'est que certaines provinces jouissent de moyens plus considérables que pour leurs besoins, alors que d\u2019autres sont dans la position contraire.Pour ces dernières, l'autonomie apparaît un obstacle en ce quelle les empêche de prendre ce qui leur manque à même les surplus des provinces riches.Mais le manque de moyens saurait difficilement être une entrave à l\u2019autonomie de celles-ci.Le cas de la province de Québec est assez clair.Si nous prenons pour acquis que le coût des services sociaux est à peu près proportionnel à l\u2019importance de la population \u2014 ce qui n\u2019est pas tout à fait exact, parce que divers indices comme les taux de natalité, de mortalité, d'infirmité, etc., auront une influence sur la répartition du coût, mais devrait suffire pour prendre une vue très générale du problème \u2014 si donc nous partons de ce pied, nous verrons que rien n\u2019oblige Québec à demander quoi que ce soit à Ottawa si la lettre et l\u2019esprit de la constitution sont respectés.On estime à environ 29% la partie de la population canadienne qui est domiciliée dans la province de Québec.Or ouvrons Y Annuaire du Canada, 1943-44 au chapitre des finances publiques.Au tableau 15 de la partie 2 apparaît l\u2019analyse des taxes d accise et de la taxe de vente par province: Québec en a fourni, en moyenne, 33% au cours des cinq dernières années.Au tableau 1 de la partie 3, il est montré qu\u2019environ 30% des impôts sur les revenus des particuliers et 34% des impôts sur les revenus des compagnies proviennent de notre province, avec 208 l'action nationale une tendance vers la baisse dans le cas de l'impôt sur les revenus des particuliers (26% en 1943) et vers la hausse dans le cas des compagnies (38% en 1943).La province de Québec paie donc, dans le grand tout fédéral, plus que sa part des impôts, ce qui veut dire qu elle se trouve parmi les provinces riches, qui contribuent aux services des autres.Prenons, par exemple, les impôts sur les revenus de 1942-43, les derniers pour lesquels nous ayons le détail par provinces.Les diverses provinces ont contribué les montants et les pourcentages suivants, tant les particuliers que les compagnies.Population \t\tEn %\tde la \tEn millions\tdu total\tprovince \tde $\tcanadien\tdans le total \t\t\tcanadien Ile-du-Prince-Edouard.\t1.41\t0.16\t0.8 Nouvelle-Ecosse\t\t21.57\t2.5\t5.1 Nouveau-Brunswick.\t12.09\t1.4\t3.9 Québec\t\t280.39\t31.8\t29.2 Ontario\t\t428.36\t48.5\t33.1 Manitoba\t\t31.90\t3.5\t6.1 Saskatchewan\t\t9.34\t1.1\t7.1 Alberta\t\t22.48\t2.6\t6.8 Colombie canadienne.\t73.83\t8.4\t7.8 Il suffit de lire ces chiffres pour comprendre les raisons de la Saskatchewan de s\u2019empresser d\u2019accepter les propositions fédérales en demandant seulement une augmentation de la subvention avec 7% de la population, elle ne pourrait lever sur son territoire que 1% des impôts.Et l\u2019on trouve vite, de la même façon, les raisons de l'opposition de l'Ontario, du Québec et la Colombie.Pour Québec en particulier, la remise complète des impôts sur les revenus aux provinces (et les chiffres qui précèdent ne comprennent pas CHRONIQUES 209 450 millions d'impôts sur les excédents de bénéfice), ç aurait été 280 millions que le gouvernement provincial aurait pu garder pour les services de la Province, alors que dans la centralisation et le partage en fonction de la population, il ne lui en reviendrait que 257 millions, comme suit: \tImpôts payés\tServices reçus sur une base \tproportionnelle (en millions de $)\t I lepdupPrince-Edouard\t\t1.41\t7.06 Nouvel le-Ecosse\t\t21.57\t44.97 Nouveau-Brunswick\t\t12.09\t34.40 Québec\t\t280.39\t257.49 Ontario\t\t428.36\t292.20 Manitoba\t\t31.90\t53.78 Saskatchewan\t\t9.34\t62.59 Alberta\t\t22.48\t59.95 Colombie canadienne\t\t83.83\t68.76 Il est donc absurde de prétendre que la province de Québec n'a pas le moyen, sans l\u2019aide du Fédéral, de se donner quelque politique économique ou sociale qu'elle puisse vouloir appliquer à sa population pour lui procurer la prospérité et la sécurité.Au contraire, puisque chaque fois que nous donnons un dollar au Fédéral, nous nous exposons à perdre de sept à huit cents, alors qu'il nous reste en entier quand il est perçu sur le plan provincial.On se fera d'ailleurs une idée de l'importance des sommes en jeu, si l\u2019on veut bien se rendre compte des fait suivants.En supposant qu'à partir d'un revenu national et de taux d\u2019impôts comme ceux de 1943-44, les provinces décideraient de laisser le Fédéral prendre un revenu quadruplé par rapport à son revenu d'avant-guerre provenant des impôts concernés, soit $426,000,000 \u2014 ce qui n'est pas donné 210 l'action nationale ici comme étant la base d'un accord satisfaisant, mais comme exemple seulement.En supposant, au surplus, que l\u2019entente comporterait une réduction générale des impôts sur les revenus équivalant à une diminution de rendement de moitié dans tout le Canada, ce qui ferait un total de $810,000,000 pour l'ensemble des provinces et le Dominion au lieu des $1,620,000,000 prélevés.En prenant donc ces deux points comme base d\u2019une entente, il resterait encore aux provinces la possibilité de prélever $344,000 soit $138,000,000 de plus que les subventions offertes aux provinces dans le plan fédéral original, et $87,000,000 de plus qu avec la proposition revisée d'une subvention de $15 au lieu de $12 par tête.La province de Québec, pour sa part, disposerait encore d'un champ d'imposition susceptible de lui rapporter quelque cent millions de dollars au lieu des soixante des propositions fédérales originales et des soixante-quinze des propositions revisées.Et il y a l'avenir, qui resterait ouvert aux provinces et non au Fédéral comme ce serait le cas avec l\u2019abandon d'un droit d\u2019imposition contre une subvention fixe.Ne parlons donc plus du manque de moyens de la Province.Le problème n\u2019est pas pour nous un problème d\u2019argent, mais question de savoir ce que nous voulons et de le demander, avec la pression électorale suffisante, à celui des deux gouvernements qui nous paraîtra le plus approprié.Quant au reste, que le gouvernement provincial fasse, quand il a des besoins à satisfaire, comme l\u2019a fait le gouvernement fédéral: qu\u2019il taxe en conséquence.Ce n\u2019est, en effet, qu\u2019avec les taxes réservées aux provinces que le Fédéral a pu faire face aux circonstances extraordinaires de 1939- CHRONIQUES 211 1945 ; quand les provinces en auront repris possession, elles seront aussi en mesure que le Fédéral de faire face à des circonstances extraordinaires économiques ou sociales.La mode et la constitution La constitution canadienne n\u2019est donc nullement démodée pour nous de ce point de vue.11 est vrai que les Pères de la Confédération ont laissé aux provinces des pouvoirs sociaux qui n'étaient pas alors onéreux et qui le sont devenus depuis ; mais il est non moins vrai qu\u2019ils leur ont laissé aussi une source d\u2019imposition, la taxation directe, qui est la plus intéressante et la plus payante aujourd'hui, alors quelle ne produisait presque rien en 1857.Quant à nous, le gouvernement fédéral ne règle donc nullement un anachronisme en nous démunissant des pouvoirs parce qu\u2019il a l\u2019argent; constitutionnellement, il n\u2019a en réalité ni les uns, ni l\u2019autre, et il nous demande de lui remettre les deux.Voilà la véritable situation.Notre point de vue, évidemment, ne peut pas être le seul dont nous devions tenir compte.Pour toutes les autres provinces sauf l\u2019Ontario, le Québec et la Colombie, la situation est différente, en partie parce qu\u2019elles ont commis certaines extravagances dans le passé, mais aussi parce que la Confédération leur a causé un tort réel en rendant possible une centralisation économique qui les prive de taxer même des sources de revenus gagnés sur leur propre territoire.De la même façon que les tableaux qui précèdent montrent les désavantages pour nous de la centralisation, ils mettent en valeur les avantages des 212 l'action nationale autres.C'est ainsi que l'on prétend la constitution démodée au point de vue social et qu'on peut continuer de la prétendre avec un semblant de raison, même après les distinctions que j'ai faites.et sur lesquelles d'ailleurs on se garde bien d'insister afin de mieux engluer tout le monde.Reste à voir, si cela reste vrai même dans ce cas.Les problèmes moraux graves qui sont à la base de la Confédération méritent, en effet, qu'on ne liquide pas la question aussi simplement.Il est vrai sans doute que six provinces sur neuf tireront des avantages de la centralisation.Mais il ne faut pas négliger de voir que ces six provinces ne représentent tout de même qu'environ 30% de la population du Canada, de se rappeler également que deux des trois autres provinces, avec plus de 60% de la population à elles seules, constituent les piliers du pays non seulement à cause de leur population et de leur richesse, mais aussi de leur position culturelle particulière qui en a fait les deux pierres d'angle du pacte fédératif.N\u2019y aurait-il pas moyen de régulariser la situation des provinces pauvres, sans détruire l'autonomie des grandes ?Non seulement, il doit y avoir moyen, mais il le faut.La solution véritable La solution fédérale consiste à dire en somme ceci.sans bien entendu l'exprimer aussi clairement: « Il y aurait lieu de donner au pays une politique économique et sociale qui coûtera, disons, un milliard.Sept cents millions s\u2019en iront dans trois des provinces et il faudra trois cents millions pour les six autres.Les trois pour- CHRONIQUES 213 raient bien se les payer puisque 890 millions des impôts à prélever le seront dans les limites de leur territoire, mais si nous laissons la solution aux provinces il manquera 190 millions aux autres.Je propose donc de tout prendre à ma charge: je percevrai tout le milliard, que les provinces m'abandonneront, et je paierai les dépenses sur une base proportionnelle à la population.» Est-ce vraiment là la seule conclusion que comportent les prémisses ?Ne vous apparaît-il pas qu il serait plus simple pour le Fédéral de se contenter de lever les 190 millions ou l'équivalent h de compenser les provinces pauvres pour ce qui leur manque et de laisser l'autonomie à celles qui en ont le plus besoin, précisément parce qu elles représentent les intérêts culturels qui sont les plus divergents et qui exigent la plus grande liberté d'action?Les provinces subventionnées y trouveraient d\u2019ailleurs elles-mêmes 1 avantage d'une plus grande mesure d\u2019autonomie, tout en n\u2019ayant rien à souffrir matériellement.Notre constitution est si peu démodée en la matière qu'elle comporte le principe d'une pareille solution.Justement afin de compenser des inégalités existant à l\u2019époque de la Confédération, notre régime constitutionnel a prévu le paiement de subventions aux provinces, certaines de ces subventions étant sur une base égalitaire par tête, certaines autres étant fondées sur des différences de dettes ou sur des besoins spéciaux.Dès les premières années de la Confé- 1.Comme le Fédéral impose dans tout le pays, il lui faudra en réalité lever 215 millions, pour avoir pris 190 dans les provinces riches. 214 l\u2019action nationale dération par conséquent, le subside versé n'était pas égal pour chaque province: alors que l'Ontario ne recevait que 48 cents et le Québec, 82 cents par tête, rile-du-Prince-Édouard en avait $2.98 et la Colombie, $6.28.Les chiffres ont varié depuis; il suffirait d\u2019appliquer des chiffres nouveaux aux conditions nouvelles et tout le problème financier serait réglé du coup.Naturellement, les données que j\u2019ai utilisées précédemment (mesures de sécurité pour un milliard, compensation de 190 millions, etc.) ne sont que des chiffres pris, encore ici, à titre d\u2019exemple et en partant des plans grandioses du Fédéral; il lesterait à voir si telles elles devraient bien être dans la réalité.Ne nous laissons donc plus prendre aux pièges fédéraux.La province de Québec n'a pas besoin de l\u2019aide financière du Fédéral pour vivre sa vie et satisfaire aux désirs légitimes ou immodérés de sa population dans quelque domaine que ce soit.Ce que le provincial ne peut pas nous donner financièrement, le Fédéral le peut encore moins, dans la proportion que nous avons vue de $1.00 à $0.92.Quant aux difficultés financières de certaines provinces, point n\u2019est besoin de dépenser tant de papier, d\u2019encre et de salive, de débats, de conférences, d\u2019amendements ou d\u2019arrangements constitutionnels: la solution toute simple est là, à notre portée, dans la constitution même: modifier le régime des subventions.Tout le reste n\u2019est que gloses savantes et compliquées à plaisir en vue de justifier une thèse à la CHRONIQUES 215 fois assimilatrice, socialiste ou dirigiste selon les milieux, quand il ne s agit pas d illusionnisme créé, par leur intérêt, dans l\u2019esprit de fonctionnaires désireux de se maintenir en place et d arrondir leur fromage.Sous prétexte de vouloir netre pas plus bêtes que les autres, n'allons pas prouver, précisément, que nous le sommes et que nous ne savons pas voir le lien qui existe entre notre intérêt matériel et la défense de nos intérêts culturels.François-Albert Angers. 216 L ACTION NATIONALE ^Qu\u2019cst-ce que lâ vérité?./7 Livré au pouvoir civil par le pouvoir religieux, le Christ subit l'interrogatoire du procurateur impérial Pilate, gouverneur de Judée, demande: « Tu es donc roi ?)) Et l\u2019homme-Dieu répond: « Tu le dis, je suis roi.Je suis né et je suis venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité : quiconque est de la vérité écoute ma voix».Le gouverneur n'entend pas ce langage; il reprend: « Qu'est-ce que la vérité ?» Mais sans attendre de réponse, sans souci pour la vérité et pour l'innocence, il veut être avant tout « l'ami de César » et il condamne le Juste au supplice de la croix.C\u2019est l\u2019exemple lointain et le plus affligeant du sacrifice de la vérité à l'intérêt.La hiérarchie juive dénonce le Fils de Dieu comme blasphémateur et l'administrateur impérial se base sur les faux témoignages pour porter le plus odieux des jugements.Bien que le nom de Pilate soit honni et qu'aux adulateurs du pouvoir il reste « une cruelle injure », des générations d'imitateurs se sont succédé de siècle en siècle et notre époque en est surabondamment pourvue.Les discours et les écrits sont au service des causes impériales, capitalistes ou communistes et la règle consacrée, c'est que « la fin justifie les moyens ».«Je suis venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité », avait dit le Christ.Le chef de son Église prolonge cette voix de douceur et de paix qui monte de 1 Évangile.Avec une fermeté sereine, il CHRONIQUES 217 rappelle les principes qui peuvent rendre les peuples frères et éloigner les horreurs de la guerre.Témoin du Christ et de la vérité comme Pierre, il déclare a ceux qui forment l'opinion qu'ils doivent rester objectifs et se garder de susciter des haines.S\u2019adressant, 1 an dernier, à des journalistes américains, le Souverain Pontife leur a parlé « de leur haute mission, du courage qu'ils devaient avoir, de leurs responsabilités.Il excusait les erreurs commises par inadvertance, mais combien grave est la calomnie internationale, surtout celle qu\u2019on répand contre la religion»1.Se rapprochant de nouveau du même sujet en son message de Noël 1945, Sa Sainteté Pie XII recommandait que l\u2019on cessât d\u2019égarer les peuples en faussant les commentaires et les nouvelles.« Pour une paix durable », prêchait le vicaire du Christ, « il faut que toutes les nations renoncent à la censure artificielle de l'opinion publique, qui dirige la pensée et la volonté des électeurs comme des cannes à sucre qui s'agitent au vent »2.Le témoignage à la vérité, intrépide et constant, s'élève de la Cité du Vatican tandis qu\u2019en trop de capitales du monde on dit avec insouciance comme Pilate: « Qu'est-ce que la vérité?» En tout pays, les évêques, successeurs des apôtres, élèvent la voix en faveur de la justice, de la paix véritable, de la liberté des peuples.Tandis que d\u2019autres religions qui se disent chrétiennes se plient avec servilité aux moindres désirs du pouvoirs civil, le catholicisme rend partout témoignage à la vérité.Sur les malheurs de la Lithuanie persécutée et trans- 1.\tRelations, janvier 1946.2.\tRelations, février 1946. 218 l'action nationale formée par*la force en république soviétique, il ne s'est rien écrit de plus touchant que la lettre de ses évêques en exil aux évêques catholiques de l'univers entier.La politique de Moscou a triomphé en Yougoslavie et, contre la persécution systématique et les proscriptions, ce sont les évêques du pays qui ont alerté l\u2019opinion mondiale.De l'Espagne, censurée par les Nations Unies et calomniée dans tout l\u2019univers, viennent des lettres pastorales qui n'implorent ni le secours de Washington ni celui de Londre ou de Paris.L archevêque de Tolède, primat d'Espagne, réclame pour sa patrie « le droit indéniable de résoudre ses propres problèmes intérieurs et d'organiser son régime ».En Amérique, la déclaration de l'épiscopat américain sur l'organisation de la paix mondiale,\u2014 déclaration que l'épiscopat canadien a faite sienne par la suite,\u2014 constitue un autre témoignage courageux à la vérité.Les conducteurs de peuple qui ont péniblement édifié à San Francisco l'Organisation des Nations Unies auraient fait œuvre plus efficace et plus durable s\u2019ils s\u2019étaient inspirés de la sagesse de ce document plutôt que des arguments de la force et des armes.Il faut être naïf sans doute pour attendre de la Russie athée, des États-Unis matérialistes et de l'Angleterre protestante une charte du monde basée sur la perfection évangélique.Mais il y a plus naïf encore, car il ne manque pas d'idéologues pour assurer que c'est précisément ce que nous avons.Dans une rapide et incomplète repasse d'événements, on constate que l'Église catholique, par ses pasteurs, non seulement remplit sa mission première en enseignant partout les vérités surnaturelles, mais encore qu'elle s'oppose aux mensonges, aux préjugés, CHRONIQUES 219 aux fausses interprétations dans l\u2019ordre international.Ce n\u2019est pas pour se mêler des questions materielles.C'est pour conduire les hommes vers le salut éternel et diminuer sur terre «la misère imméritée».C\u2019est pour défendre le dépôt sacré de la foi menace par toutes les catégories d\u2019erreurs et d injustices.Pour l\u2019Église, les peuples et les individus ont droit a la vérité religieuse d\u2019abord, mais aussi profane.Elle rend témoignage à la vérité et proclame, par d intrépides exemples, que la lumière ne doit pas être mise sous le boisseau.Elle remplit cette mission depuis deux mille ans, mais avec plus d\u2019éclat aujouidhui que jamais, parce que la pensée humaine, par la radio, par le journal, par le livre, est transmise en tout point de la terre avec une rapidité inconnue jusqu ici.Elle brise la conspiration du mensonge qui cherche à envelopper le monde dans ses réseaux.Car l\u2019information internationale est truquée selon les besoins de l\u2019impérialisme, du communisme, ou de la franc-maçonnerie.L\u2019homme simple et bonasse croira que le faisandage des nouvelles ne se pratique qu\u2019en Russie.Il en est de même en terre démocratique où tant de gens se louent de posséder la liberté d\u2019opinion et d expression.La différence, c\u2019est que les procédés employés pour truquer l\u2019information internationale sont si astucieux que le lecteur moyen ne s\u2019en aperçoit à peu près pas.Il est la victime inconsciente de faussaires qui cultivent en lui la haine pour des fins qui sont inavouables.Un exemple frappant de cette déformation de 1 opinion est l\u2019attitude d\u2019un bon nombre de catholiques canadiens-français à l\u2019égard de leurs coreligionnaires d\u2019Espagne.D\u2019un mouvement naturel, leur sympathie 220 l'action nationale irait au régime Franco qui a mis fin au massacre des prêtres et à la destruction des églises et qui a rétabli la liberté religieuse.Mais la grande presse leur a dépeint le chef espagnol comme un monstre et comme un serviteur d Hitler.Qu'est-il arrivé ?Des catholiques de bonne foi et voulant le bien paitagent l\u2019avis de Staline et de la franc-maçonnerie sur la dictature du caudillo.Ce n est qu\u2019un cas entre des millions.Aussi on se rappellera avec quelle énergie.Son Excellence Monseigneur Desranleau, évêque de Sherbrooke, a dénoncé dans une conférence publique, 1 automne dernier, cette « information internationale organisée pour ne pas dire la vérité, pour ne pas faire connaître la vérité, pour tromper ceux qu\u2019elle informe par la radio et les journaux ».Dans les milieux conformistes, on aura cru à une véhémente exagération.Bien à tort, car chaque jour les journaux apportent des preuves nouvelles à cette assertion.Monseigneur de Sherbrooke a eu soin d'ailleurs de démontrer ses affirmations.Cette intervention courageuse n\u2019a guère eu d échos en dehors de la capitale des Cantons de 1 Est.Seules, quelques feuilles, raillées sous le nom de « bons journaux», ont repris l'exposé du prélat.En un temps où l\u2019on transforme les Canadiens en citoyens du monde, il importe justement qu\u2019ils reçoivent des renseignements fondés sur la marche des événements en chaque pays et qu\u2019ils rejettent le magistère du journal en matière internationale s\u2019il est avéré que c\u2019est là l\u2019instrument conscient ou inconscient d\u2019une perpétuelle duperie.Il faut citer ce témoignage à la vérité de Son Excellence Monseigneur Desranleau et nous empruntons CHRONIQUES 221 le texte à la « Tribune » de Sherbrooke3.Voici donc un résumé de la causerie d'après ce quotidien: « L éve-que de Sherbrooke a accusé les agences de presse de ne parler du capitalisme et du communisme qu a leur avantage; d\u2019avoir passé sous silence 1 apparition de Fatima; d\u2019avoir caché la vérité sur la guerre espagnole et de l\u2019avoir déformée sur l\u2019Argentine; de n avoir rien dit sur les milliers et les milliers de catholiques qui ont été tués au Mexique, en Espagne et en Pologne, tandis qu'elles ne laissaient pas passer une seule petite misère faite à un juif sans en informer le monde.Nous sommes emplis, du commencement à la fin de l\u2019année, par les journaux et leurs sources d'information», dit le prélat: «L\u2019erreur est répandue à flots dans le monde par les agences de presse.Depuis quinze ans, on est victime de l\u2019erreur.Il se fait un travail peut ordinaire pour répandre l'erreur.Si cela continue, il va falloir fermer la radio et cesser de recevoir les journaux, car ils nous emplissent du matin jusqu'au soir.On ne cherche qu\u2019à nuire à l\u2019Église et à la religion et qu\u2019à servir la franc-maçonnerie et les Juifs sans religion.On cherche aussi à nuire aux Canadiens français en voulant faire croire que tout est beau dans les autres races.De petits détails de rien, on fait des choses extraordinaires».\ta Il n\u2019est rien là-dedans qui ne puisse être abondamment prouvé.Aux États-Unis, en Grande-Bretagne, en France, en Italie, en Allemagne, a precise Son Excellence Monseigneur Desranleau, les agences de presse, sous un nom ou sous un autre, tripotaient 3.La Tribine, le 29 octobre 1945 222 l'action nationale les nouvelles pour amplifier ce qui pouvait leur sembler favorable et pour élaguer ce qui leur paraissait déplaisant.Ce jeu n a pas cessé.Il a réussi en maints cas à rendre antipathiques aux catholiques du Canada les chefs catholiques d autres pays, comme Salazar qui a sauvé le Portugal du désordre et de la ruine.On imagine avec facilité que, pendant la guerre, la science des faussaires s'est rapprochée de la perfection.C\u2019est précisément au moment où elle force son talent et accepte le concours de la propagande qu'il devient aisé de reconnaître ses produits anonymes.Vouloir citer toutes les preuves et tous les exemples conduirait a la rédaction d une encyclopédie.Bornons-nous à une simple énumération.Quand la Grèce, régie par un dictateur, prend le parti des Alliés dans la guerre, les démocraties s\u2019accommodent de la dictature avec délices.Le cas du Brésil est semblable.Dominé par le général Vargas, il accorde son appui aux États-Unis.La dictature ne reste dangereuse qu\u2019en Argentine sur le continent américain.Quand la Russie se fait l\u2019alliée d Hitler et dévore avec lui la Pologne, Staline est un ogre et un dictateur féroce qui tient dans les chaînes un état totalitaire.Quand Moscou combat les nazis, le communisme n est plus qu\u2019une variété inconnue du système démocratique.Quand la Finlande semble partager la cause de 1 Angleterre et qu elle se défend contre les hordes rouges, les Finlandais sont des héros et des demi-dieux et les Russes sont des barbares et des sauvages.Quand, dans sa deuxième guerre, la Finlande est écrasée, amputée de ses provinces et soumise au vasselage, CHRONIQUES 223 les États-Unis et l'Angleterre estiment qu'elle a mérité son sort et que les Finlandais étaient des traîtres et des nazis.Quand le roi des Belges capitule avec son armée et qu\u2019il préfère à la fuite la prison avec ses soldats, il est traité de couard, de collaborateur et de traître.On découvre par la suite que la resistance n était plus possible et que déjà l'armée britannique se préparait à quitter la Belgique.Quand la France signe un armistice, les services d information alliés considèrent qu elle aurait dû capituler comme la Belgique.Les colomnies et les médisances prennent le haut vol.Les journaux montrent tellement de touristes, d agents et d espions nazis dans toutes les colonies françaises, sans exclure Madagascar, que l\u2019on peut croire 1 Allemagne videe.A tout moment, des bases et des navires français sont livrés à l'ennemi.Néanmoins, la flotte française est sabordée à Toulon et, quand la Russie, les États-Unis et l\u2019Angleterre partagent à trois ce qui reste de la marine de guerre allemande, ils ne se souviennent plus de ce saboidage à leur profit.Toute 1 information britannique et canadienne se comporte comme si la France était une colonie impériale infidèle à la défense de l'Empire des Indes.On reproche au gouvernement légal du maréchal Pétain de trahir la France et de collaborer avec l\u2019ennemi.Cependant, les nazis occupent le Danemark et y conservent toute l'administration.Exception faite de quelques dommages causés par des étrangers, ce pays se tire de la guerre à bon compte.Personne n'accuse les Danois de collaboration et la famille royale jouit du même respect qu'avant.Serait-ce 224 l'action nationale parce que le Danemark fait en temps de paix de grosses transactions avec l'Angleterre et qu\u2019il professe la religion protestante ?En Yougo-Slavie, quand le général Mihailovitch résiste dans les montagnes aux troupes d'occupation allemandes, il est un héros dont on nous vante les exploits.Quand la Russie décide qu'un communiste sera le maître futur de ce pays, le héros d'hier devient un traître à la solde des Allemands.Quand on impose au Canada français le tribut du sang et le don des milliards, les Canadiens français sont néanmoins des fascistes qui se refusent à « l\u2019égalité de sacrifices».Quelques pays d\u2019Amérique latine qui se bornent à de platoniques déclarations de guerre, comme le Mexique, Cuba, et nombre d'autres, sont néanmoins d\u2019intouchables alliés.Quand les troupes britanniques, protégées par les dernières légions françaises, prennent la fuite à Dunkerque dans toutes les embarcations, y compris celles de France, elles se couvrent d\u2019une gloire impérissable.Quand les Allemands traversent le détroit et fuient de Sicile en Italie continentale, ça, c'est une défaite ! Quand l\u2019expédition canadienne, mal organisée et repérée avant l\u2019abordage, va au massacre de Dieppe, on n\u2019en finit plus de décorer des héros de propagande, morts ou vivants.Au Canada, la presse, bien dressée, parle d\u2019un fait d\u2019armes sans précédent.En Angleterre, les journaux se taisent d\u2019abord puis finissent par parler de fiasco.La gloire de Dunkerque leur suffit.Quand la huitième armée britannique, enfermée dans Tobrouk, résiste aux assauts de l\u2019ennemi, c\u2019est de CHRONIQUES 225 l'héroïsme.Quand un commandant allemand refuse de rendre la place de St-Malo, c'est un fanatique.Quand un soldat birman combat avec les Japonais pour l'indépendance de son pays, c\u2019est un traître.S'il combat dans les rangs de l'armée britannique pour la permanence de l'Empire, c\u2019est un patriote.Quand les Allemands rasent Lidice et Oradour, c\u2019est la dernière expression de la barbarie.Quand les troupes britanniques brûlent un village de Java par représailles, la civilisation s'honore de ce geste.C\u2019est cela, l'information et la propagande.Comment le peuple peut-il s\u2019y retrouver ?Le 2 mars 1945, parlant au congrès des États-Unis, le président Roosevelt résume les résultats de la Conférence d\u2019Yalta.Il dit notamment: « Naturellement, la conférence de Crimée n\u2019a porté que sur la guerre européenne et que sur les problèmes politiques de l\u2019Europe et non pas sur la guerre du Pacifique )).Washington déclare officiellement quelques jours plus tard que l\u2019entente d\u2019Yalta ne comporte aucune clause secrète.Voilà quelques semaines, cependant, on apprenait qu\u2019en vertu de cette entente, la Russie avait convenu de déclarer la guerre au Japon et recevrait en récompense les îles Kouriles et la moitié sud de l\u2019île Sakhalin.Cette fois, c\u2019est l\u2019information officielle qui est en cause.« Qu'est-ce que la vérité ?» On n\u2019en finirait plus d\u2019apporter des faits et des preuves sur le caractère mensonger ou tendancieux de l\u2019information internationale.En beaucoup de chancelleries, dans les bureaux des agences de presse, de certains journaux et de plusieurs commentateurs de renom, on peut graver au mur l\u2019indifférente question de Pilate: « Qu\u2019est-ce que la vérité ?» Comme il y a 226 l'action nationale si longtemps et depuis toujours, la vérité est fréquemment condamnée au nom des intérêts.Peut-on considérer maintenant que Son Excellence Monseigneur Desranleau s'est exprimé avec trop de véhémence en dénonçant la perfidie des agences de presse et le truquage des nouvelles internationales ?Certainement pas.Ce que nous savons de la vérité sur ce qui se passe à l'étranger nous vient le plus souvent des documents pontificaux et des lettres pastorales.Sous tous les cieux, les évêques catholiques, témoins du Christ, ressuscité, rappellent qu'il est venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité.Ils suivent ce divin exemple.Pour terminer cet article par une conclusion positive, il faut souhaiter que les journaux catholiques du monde entier recourent, comme le veut la mode présente, à l\u2019organisation internationale et qu'ils fondent, si possible, leur propre agence de presse.Il n'y a guère d'autre moyen de rendre à la vérité ses droits et d\u2019obtenir une information saine.Ainsi cesserait l'enseignement des catholiques par des athées, des Juifs, des capitalistes, des communistes, des séides d\u2019empire et des fauteurs de discordes.Qui ne voit, si l'on croit ce bonheur possible malgré les noirs nuages du temps présent, que l\u2019avènement d'une paix juste et fraternelle s\u2019en trouverait rapproché ?Dominique Beaudin. CHRONIQUES 227 Courrier des lettres Les Cahiers des Dix Chaque année, avec une régularité qui ne s'est pas démentie depuis dix ans, un groupe d historiens, la plupart amateurs, groupés à l'enseigne des Dix, publient un volumineux cahier qui dépassé de beaucoup les 300 pages et dans lequel ils versent généreusement les trésors de leur érudition.Leurs noms sont bien connus du public; la majorité d'entre e,ux ont fait preuve de beaucoup d initiative dans une foule de domaines.Ils méritent à coup sur la sympathie qui ne leur est pas ménagée.Pris par mille et un soucis, ils trouvent chacun les loisirs nécessaires pour préparer une étude annuelle sur un point particulier d'histoire.Leurs recherches, qtfi n'ont rien de systématique, les entraînent dans toutes les directions; il leur arrive ainsi de fixer certains détails particuliers et d'élucider des points d\u2019interrogation demeurés jusque là complexes et controversés.Autant de manières, autant de styles qu il y a de collaborateurs.On peut néanmoins distinguer deux tendances différentes.Les uns se contentent de notes, de simples fiches érudites, souvent rédigées sans aucun souci de la forme ; les autres, appartenant à une génération plus jeune, estiment que tout travail de savant ne perd ni valeur ni intérêt, bien au contraire, à être intégré dans un récit composé soigneusement.Acceptons les uns et les autres tels qu'ils se présentent sans 228 L ACTION NATIONALE les chicaner sur leurs préférences de méthodes, encore que cette dernière nous agrée davantage et nous paraisse plus susceptible d'accoître les amis de la petite histoire Le volume de 1945 s\u2019ouvre par des notes biographiques, en forme de dialogue radiophonique, sur les Dix, ou 1 on reconnaît la verve et h esprit malicieux de Me Victor Morin.jM.Aristide Beaugrand-Cham-pagne, qui s'est fait une spécialité des moeurs et habitudes de vie des Indiens du Canada et qui a même retrouvé des pièces de poterie dans les dunes de Lanoraie, étudie cette année la stratégie, la tactique et l'armement des anciens Iroquois; son grand mérite est de ramasser en un seul article des informations jusqu ici éparses.M.Léo-Paul Desrosiers, méditant sur les lettres de Marie de l'Incarnation, les Relations des Jésuites et VHistoire de Montréal, projette quelque lumière nouvelle sur la personnalité et l expédition à jamais fameuse de Dollard des Ormeaux; ce sujet a déjà fait couler beaucoup d'encre et les faits indiscutables qu'apporte le bibliothécaire de Montréal aideront à reconstituer l'événement dans sa véritable perspective.Mgr Olivier Maurault, à qui rien n\u2019est étranger de ce qui se rattache à Ville-Marie, apporte quelques détails documentaires sur Louis Turcq de Castelveyre, dit Frère Chrestien, qui fut, en 1719, supérieur de la communauté des Frères Hospitaliers de la Croix et de Saint-Joseph, dont la vie fut passablement mouvementée et dont le souvenir demeure assez amer.M.Pierre-Georges Roy reprend toute la question du Chien d\u2019or, cette légende chère à tous les Québécois, et ses renseignements nous paraissent à peu près CHRONIQUES 229 définitifs sur cette question.On sait désormais ce qu'apporte le roman célèbre de Kirby.M.l\u2019abbé Albert Tessier, qui a le goût des tableaux d'ensemble et sait toujours les rendre vivants et pittoresques, étudie la vie rurale vers 1800; il y a déjà quelques années qu'il livre des articles élaborés sur la vie de la colonie à cette époque.Espérons que ce sont des pierres d'attente pour un ouvrage d\u2019envergure, une synthèse colorée qui serait d un précieux appoint à la connaissance de notre passé.Mais en aura-t-il jamais le loisir ?Dans une très breve contribution, savamment documentée, M.Jean Bruchési fait émerger de h oubli la figure de George Heriot, a la fois peintre, historien et maître de poste, et qui vécut chez nous au début du siècle dernier.Me Victor Morin poursuit son pèlerinage historique et nous conduit a sa suite vers les diverses plaques commémoratives dont il évoque la raison d'être, tandis que de son côté, M.E.-Z.Massicotte, qui a plus de flair qu'un limier ou un agent d immeubles, retrace l\u2019existence souvent tourmentée de quelques demeures célèbres du vieux Montréal, ces habitations qui subissent, comme les hommes, les avatars du progrès.Me Maréchal Nantel, qui limite comme il convient ses recherches à 1 histoire de sa profession, apporte des éclaircissements précieux sur la communauté des avocats.Enfin, M.Gérard Malchelosse dissipe les doutes qui entouraient jusqu à maintenant l\u2019existence d\u2019une seigneurie fantôme; Saint-Paul du Labrador.Le menu, on s'en rend compte, ne manque pas de diversité; il y en a, comme on dit, pour tous les goûts.Tout n'y est pas, il va sans dire, d'un égal intérêt. 230 l'action nationale Néanmoins, tous ceux qui s\u2019intéressent aux recherches historiques dans notre pays ne peuvent se dispenser d'un ouvrage de cette nature.L\u2019ensemble des Cahiers des Dix, au reste minutieusement indexés, renferme une somme de connaissances qui seraient autrement difficilement accessibles.Ne serait-ce qu\u2019à cet égard, il faudrait rendre hommage à ces patients travailleurs intellectuels dont nous bénéficions sans effort et avec agrément des soirées studieuses.Monseigneur Laflèche et son temps Il ne s\u2019agit pas, à proprement parler, d\u2019une nouveauté.Robert Rumilly a publié, il y a une dizaine d\u2019années, un livre consacré à l\u2019éminent pasteur de Trois-Rivières et aux querelles idéologiques de son temps auxquelles il a été si intimement mêlé.Cette fois-ci, cependant, il s\u2019agit d'une véritable refonte.L'historien laborieux et infatigable quest M.Rumilly a entrepris entretemps une monumentale histoire de la province de Québec et il a forcément retrouvé des personnages et des événements qu\u2019il avait précédemment rencontrés, mais qu\u2019il n\u2019avait pu intégrer dans une aussi large perspective.Le livre qu\u2019il offre aujourd\u2019hui se ressent d\u2019une érudition plus sûre d\u2019elle-même, d\u2019une abondance de renseignements précis qui lui faisait auparavant défaut.J\u2019ai parlé ailleurs de cet ouvrage et n'ai point l\u2019intention d\u2019y revenir longuement.Je voudrais simplement souligner à mes lecteurs l\u2019importance de cette vaste étude qui nous plonge à fond dans l\u2019histoire des idées au Canada français, pendant la seconde moitié du XIXe siècle.La personnalité du grand CHRONIQUES 231 évêque n'en est pas atténuée, mais l\u2019auteur, avec raison, a voulu consacrer de nombreuses pages à la compréhension des mouvements de pensée qui agitaient alors l'opinion.On constate même que beaucoup de problèmes, pour se poser différemment aujourd'hui, n'ont pas changé substantiellement et qu'il existe toujours dans notre pays, chez les Canadiens français, deux principales familles d\u2019esprits qu\u2019il ne sera pas facile de réconcilier.Je n'hésite pas à écrire que Monseigneur Laflèche et son temps est le premier ouvrage de Rumilly qui nous pousse à de salutaires et fécondes réflexions, les autres se contentant de nous fournir une masse d\u2019informations.Non que l\u2019historien ne se départe de sa méthode objective et impartiale, mais la période qu\u2019il étudie l\u2019oblige à exposer les éléments d'un âpre et douloureux débat.On le lira avec un bénéfice certain.Marcel Porizeou, architecte Nos milieux intellectuels et artistiques ont déjà rendu l\u2019hommage qui convenait à l\u2019un de nos esprits les plus distingués et les plus subtils, disparu inopinément il y a quelques mois dans la pleine maturité de son talent et de son âge.Comme architecte, comme urbaniste, comme professeur, il a exercé une influence profonde, difficile parfois à apprécier exactement, car il était de ces hommes qui répugnent aux assertions doctorales, qui refusent avec le sourire de se poser en maîtres, préférant l\u2019action discrète de l\u2019exemple, de la carrière personnelle lumineusement orientée, de la remarque incidente, ingénieuse ou humoristique, 232 L ACTION NATIONALE glissée au détour de la conversation.Pour ceux qui ont eu le privilège de le connaître et de causer amicalement avec lui, il restera surtout de Marcel Parizeau le souvenir d\u2019un grand civilisé, d'un humaniste raffiné et modeste, d\u2019un éveilleur discret et fervent, d\u2019autant plus persuasif que ses convictions nettement arrêtées ne le poussaient pas à juger de haut ceux qui, moins bien éclairés que lui, étaient heureux de découvrir à sa suite les chemins de la libération artistique.Le R.P.M.-A.Couturier, dont le passage au Canada français n'a pas été sans provoquer quelques remous, a consacré une mince plaquette pour dégager les grandes lignes de l\u2019œuvre de Parizeau.C\u2019est, à la vérité, un simple article de revue ou de journal, où 1 on a été assez avisé de ménager les blancs abondants et les marges généreuses pour donner l\u2019impression du livre.L\u2019auteur s\u2019est visiblement épris du talent original de Parizeau et lui rend hommage sans détours.S\u2019il indique au passage le noyau des préoccupations intellectuelles du disparu, il ne parvient pas à recréer sa physionomie entière.Comment s'en étonner ?Ce ne sont pas quelques conversations échangées dans le tramway qui suffisent à faire connaître un homme.Jean-Marie Gauvreau, par exemple, qui fut son collaborateur intime et son ami, nous restituerait une image beaucoup plus attachante de Parizeau.Mais ne jugeons que les intentions, qui sont pures.Les notes du Père Couturier serviront sans aucun doute sa mémoire.Ses jugements sur notre architecture, de nature critique s'entend, sont même plus sereins que nous eussions pu nous y attendre de ce Savonarole de l\u2019art, protagoniste farouche de l\u2019art vivant (comme si l\u2019art mort était de l\u2019art.).Il est CHRONIQUES 233 réconfortant de constater que le polémiste excessif ait pris soin de ne pas entraîner Parizeau, qui ne pouvait plus se défendre, dans les sentiers de sa dialectique passionnée.De nombreuses illustrations complètent heureusement cette plaquette et fournit un échantillonnage incomplet, néanmoins satisfaisant, des œuvres architecturales de Parizeau.Elles permettent de se rendre compte des caractères particuliers de son art, ainsi résumés par son biographe : « Élégance d ingénieur et de dialecticien qui pourrait devenir froide et un peu sèche si les contrastes et l'accord de la brique et du béton, de la pierre et du bois, des métaux et du verre, n\u2019introduisaient dans ces constructions rationnelles, une variété, un jeu constant de matières et de tonalités qui les rendent délicieuses à voir.Sans artifices et sans fards, ils apportent à la netteté et à la rigueur ce qu\u2019il leur faut encore de charme.» Comment ne pas particulièrement admirer la chapelle hardie et harmonieuse, en la simplicité de ses formes dépouillées, que Parizeau avait conçue pour l\u2019exposition d\u2019art religieux de 1941 ?Disparu trop tôt, il n\u2019aura pas donné sa mesure, il aura permis toutefois d\u2019apprécier l\u2019originalité et la pertinence de ses vues et il laisse quelques œuvres pour en porter témoignage.Voix des poètes L\u2019anthologie des poètes canadiens, compilée par Fournier et Asselin, demeure encore utile, d'un point de vue documentaire surtout, même si elle est'forcément démodée.Il y a quelques années seulement, 234 L ACTION NATIONALE mon confrère et ami Guy Sylvestre préparait à son tour un florilège de la poésie canadienne d\u2019expression française, dans laquelle il s'efforçait de réunir les plus beaux vers de notre littérature, sans ce soucier de tenir un compte rigoureux de tous les poètes; dans un cahier de ses Gants du ciel, il nous faisait connaître quelques très jeunes poètes qui n'ont encore publié aucun volume, mais dont la plupart possèdent un mérite certain et constituent de riches promesses.Enfin, poussé par le désir de faire rayonner nos lettres au Brésil, M.Jean Désy, notre éminent ambassadeur à Rio de Janeiro, publiait une anthologie qui manquait peut-être d\u2019équilibre, en accordant trop d'espace à un seul poète, mais qui réunissait néanmoins de fort beaux vers.En recevant Voix des poètes, j'ai cru tout d\u2019abord à une entreprise analogue et m'en suis réjoui.J\u2019ajoute sans retard que j\u2019ai vite déchanté et que je me suis même demandé s'il ne s'agissait pas d\u2019une vaste fumisterie, d\u2019une espèce de canular.En premier lieu, il n\u2019y a aucune introduction et l\u2019on ne nous renseigne pas sur l\u2019identité du compilateur.C\u2019est une faute très grave, car une anthologie vaut généralement celui qui y préside.J\u2019avoue que cet anonyme a fait preuve de plus de prudence que de modestie en demeurant dans l\u2019ombre, car il n\u2019y a guère à le féliciter de son oeuvre.A moins qu\u2019il n\u2019ait voulu se payer la tête des lecteurs, ce qui après tout est bien possible.Je le regrette, mais je trouve la blague, si blague il y a, détestable et sotte.Parcourez la table des matières; un bon nombre des auteurs cités sont de parfaits inconnus au rayon de la poésie.Leurs productions intellectuelles n\u2019ont CHRONIQUES 235 sûrement jamais dépassé le cercle restreint de leur entourage immédiat.Il n'y a pas, de toute évidence, à jeter la pierre à ces gens qui sont plus à plaindre qu'à blâmer.On s'est servi d eux, voilà tout.Je cite quelques noms dont la gloire me paraît tout à fait locale: Charles-Marie Boissonnault, Georges Boiteau, Germaine Bundock, Avila de Belleval, Eva O.Doyle, Armand Dumont, Albert Gervais, Paul Gauthier, Wilfrid Lalonde, Jean-Paul Lessard, Fernand Morin, Gabriel Patry, Roméo Pérusse, Aimé Plamondon, Carmen-G.Roy, Gabriel Saint-Pierre Dugal, Emma B.Vaillancourt.Décidément, que de poètes dont nous ne soupçonnions pas l'existence et qui accèdent ainsi, d\u2019un seul élan, à la notoriété ! S'agit-il donc d'un catalogue de poètes du dimanche ! Ils sont nombreux, nos douaniers Rousseau ! Sans doute y a-t-il aussi des poètes authentiques comme Chopin, Choquette, Jovette Bernier, Roger Brien, Cécile Chabot, Desrochers, Hertel, Simone Routier, Medjé Vézina, etc.Mais ils sont malheu-sement noyés dans un fatras de versification où les réminiscences scolaires le disputent à la médiocrité de l'inspiration.Je ne leur en fais pas reproche: l'inspiration est un présent des dieux et n'est pas poète qui veut.Il faudrait néanmoins le comprendre avant de s'étaler sur la place publique.Comme il va de soi, le cœur est à l'honneur d'un romantisme attardé.M.Boissonnault porte à la Vierge son « pauvre cœur blessé », son « cœur tendre et cruel », de même qu'il ne voit que l'Ennui (avec une manuscule) rôder dans l\u2019ombre près de son « triste cœur.» Le mendiant de M.Boiteau a peine à porter son « cœur lourd comme un soir d'automne 236 L ACTION NATIONALE pluvieux.)) Mlle Bundock, qui est au demeurant la plus charmante personne du monde et fort intelligente, nous apprend les dispositions aventurières de son «cœur inlassable et tellement humain», mais elle semble bien attristée de constater, l'hiver venu, que son « cœur osé d'Hier a perdu son audace ».M.Gauthier est inconsolable, dont « le cœur déchiré sanglote éperdument.» Arrêtons ici cette lugubre litanie des cœurs ulcérés.Où l'on voit que les sources du lyrisme ne se sont guère renouvelées au pays de Québec ! Remercions M.de Belleval de n'avoir pas employé la camarde pour désigner la mort, mais il a néanmoins trouvé cette formule qui ravirait feu Ponson du Terrail: «la gueuse aux maigres flancs qui nous embauche tous ».Les petites filles de la « factrie de coton » que chantait jadis l'humoriste Tremblay mouilleront leur mouchoir à lire les strophes de M.Francis Desroches: Sa mère m'avait dit : \u2014 « Vous ne pourrez la voir ; Elle est beaucoup plus mal, mais dans sa douleur même C'est vous, c'est toujours vous, oui, c est vous seul qu elle aime, Qu elle appelle tout bas lorsque s'en vient le soir.» Par un soir de jalousie atroce, M.Albert Gervais lance un défi hautain au rival éventuel ou réel : « Elle est à moi, tu sais, et la veux garder toute.» Quelle détresse passionnée ! Ce même M.Gervais a aussi le génie des rapprochements; dans le même poème, je trouve ces deux vers-ci : « J'ai revu le village où je vis la lumière \u2014 J'ai rêvé sur le seuil jusqu au seuil de la nuit.» Comment néanmoins ne pas éprouver une sympathie fraternelle pour cet apprenti poète conscient de son essoufflement et qui le confesse en toute candeur: CHRONIQUES 237 Je voudrais, je voudrais.mais le souffle divin, Le souffle créateur que je désire en vain Ne veut pas de mes sens, ces ryrans qui m'oppriment.Et s'abstient d'animer le limon de mes rimes.Nous compatissons de grand cœur au tourment poétique de M.Dumont.Mlle Carmen Roy, comme la plupart de ses compagnons de vers, aurait dû se contenter de crier aux quatre coins du monde, elle qui écrit avec beaucoup de justesse: Les vers que l'on écrit ne sont jamais ceux-là Qui nous ont charmés davantage ! Les vers que l'on publie ont les gestes très las De quelque pâle personnage.Inutile de poursuivre plus avant cet échenillage.Pauvreté d\u2019inspiration, banalité de la forme, aucun lyrisme sincère, souci exclusif d'une versification conventionnelle, le bilan n\u2019offre rien de réjouissant.L\u2019on regrette que de bons poètes, dont l\u2019on a au reste rarement choisi les meilleurs vers, voisinent avec ces devoirs d\u2019écolier.Le plus grave, c\u2019est qu\u2019il s'agisse d\u2019une anthologie, qui se vendra sans doute à l\u2019étranger et qui fournira à ceux qui ne connaissent pas notre littérature l\u2019opinion la plus erronée, la plus mensongère, sur notre poésie.Voix des poètes, ce n\u2019est pas seulement un mauvais livre, c\u2019est aussi une mauvaise action.Les poésies de Nelligan Les Éditions Fides ont eu l\u2019excellente inspiration de publier une quatrième édition des poèmes d\u2019Emile Nelligan, dans leur collection du Nénuphar, consacrée aux meilleurs auteurs canadiens.Notre grand symbo- 238 l'action nationale liste méritait à plus d'un titre cet hommage et l'on ne fera jamais trop pour le faire connaître de ses compatriotes, surtout parmi la jeune génération.Il serait facile de souligner les défauts de cette oeuvre juvénile, de monter en épingle son emphase, son enflure, son caractère trop souvent livresque.Il reste néanmoins que Nelligan a été sans doute le premier poète canadien d'expression française à faire entendre un chant personnel, d'une sincérité parfois bouleversante, traversé de tragiques prémonitions, dans une forme sûre d'elle-même et dont les harmonies se prolongent longtemps en nous.Cette dernière édition reproduit intégralement les recueils antérieurs, de même que la longue introduction de Louis Dantin qui révéla, en 1903, la valeur du message de Nelligan.On a même eu l'heureuse idée d'y ajouter des notes et variantes qui lui confèrent le mérite d'une édition critique.Je me demande cependant pourquoi l'on a supprimé le portrait du poète et l'intelligent commentaire du R.P.Thomas-M.Lamarche, o.p.qui enrichissaient 1 édition de 1932.Il n\u2019empêche que l'effort actuel est tout à fait louable et servira efficacement la gloire du malheureux Nelligan, sombré dans les ténèbres de l'esprit après avoir exhalé quelques accents douloureux et purs.Notre-Dame du Rosaire de Fatima Il n'est pas d'usage dans cette chronique de recenser les ouvrages religieux ou d'édification pieuse ; ils sont trop nombreux et ne ressortissent guère à la CHRONIQUES 239 littérature proprement dite; au surplus, un profane pourrait fort bien s'égarer dans des interprétations tendancieuses et le plus innocemment du monde.Je fais ici exception pour la Notre-Dame du Rosaire de Fatima qu'a écrite le R.P.Jean Bousquet, o p.avec une ferveur communicative, car les apparitions qui se sont produites au Portugal il y aura bientôt trente ans ont ému à juste titre les cœurs catholiques de tout l\u2019univers.Il n'est pas permis d'ignorer ces prodiges destinés à réchauffer le culte marial de tous les fidèles.Il s\u2019est publié à ce sujet de gros bouquins, d'aspect souvent rébarbatif, et qui ont dû éloigner certaines gens.Le Père Bousquet a procédé avec une psychologie plus sûre.Sachant qu\u2019il ne s\u2019adressait pas à des théologiens ou à des mystiques, mais au peuple en général, il ne s\u2019est pas embarrassé de tout un appareil didactique et démonstratif, jugeant préférable de s'en tenir rigoureusement aux événements et d'en dégager les leçons pour chacun de nous.C\u2019est ce qui confère à sa brochure sans prétention un intérêt véritable et lui assurera une large diffusion dans des milieux qu\u2019un ouvrage plus docte n'eût sûrement pas atteints.En lisant Notre-Dame du Rosaire de Fatima, comment ne pas s'émerveiller de la prodigalité de Dieu à l\u2019endroit des hommes dont il sème la route de merveilles sans cesse renouvelées ! Si le Christ est remonté il y a deux mille ans à la droite du Père, il a délégué sa Mère à diverses reprises nous rappeler son message d\u2019espérance et de salut.Les récentes apparitions de Fatima ajoutent à notre foi.Beaucoup 240 l'action nationale de gens devront au Père Bousquet d\u2019avoir connu ces prodiges.Roger Duhamel.En collaboration, Les Cahiers des Dix, Montréal 1945.Robert Rumilly, Monseigneur Lajlèche et son temps.Éditions B.D.Simpson, Montréal 1945.M.-A.Couturier, op\u201e Marcel Parizeau, architecte.Éditions de l'Arbre, Montréal 1945.Voix ^es poètes, anthologie de la poésie canadienne-française.Éditions Variétés, Montréal, 1945.Emile Nelligan, Poésies.Éditions Fides, Montréal 1945.Jean Bousquet, Notre-Dame du Rosaire de Fatima.Montréal 1945.Le Courrier des lettres d'avril traitera, entre autres ouvrages, de Rencontre de deux mondes, d'Everett C.Hughes; de Cinquante ans au pays des neiges, de Mgr Breynat, de Mission de Femme, de Marie Nille Pintal; de Martine Juillet, de Pierre Benoit, etc. CHRONIQUES 241 Il doit y avoir des limites .Des citoyens révoltés ont mis devant mes yeux des calendriers d'un caractère vraiment immoral.Ils représentent des femmes complètement nues ou voilées de façon à tout laisser deviner ou désirer.Les poses sont des plus provocantes, et cela pour annoncer des accessoires d'automobiles, des matériaux de construction, des chaussures, des produits pharmaceutiques, du combustible, etc.! Elles foisonnent aussi dans notre ville, les revues illustrées qui répandent le déshabillé total ou partiel, dans le seul but, c\u2019est évident, d'en appeler à la curiosité morbide des lecteurs et d\u2019exciter leur sensualité.Les panneaux-réclames également sont loin d\u2019être à l\u2019abri de tout reproche sur ce point.Des buvards, non moins immoraux, sont distribués par un bon nombre de nos industriels qui adoptent ce moyen de publicité, si peu digne du rôle que ces derniers ont à remplir.On était en droit d\u2019attendre que notre population si foncièrement chrétienne finirait par réagir contre cette vague d immoralité sans cesse grandissante.Hélas ! cela va de mal en pis, et à peine entend\u2019on, parci par-là, une voix qui s\u2019élève pour protester contre tout ce dévergondage.Est-ce la voix qui crie dans le désert ?On serait tenté de le croire, car le silence se fait vite autour de ce cri d\u2019alarme, puisque les auteurs de ces dessins franchement immoraux continuent leur sale besogne.Nos jeunes se pervertissent par la lecture de ces revues mauvaises et par la vue de ces illustrés 242 l\u2019action nationale corrupteurs.Et je suis sûr que beaucoup de « petits vieux )> de tous les âges y trouvent l'aliment de bien des désirs criminels.Les gens honnêtes, et il y en a tant à Montréal, de toute religion et de toute nationalité, laisseront-ils continuer encore longtemps ce déplorable état de choses ?Maritain reprochait au peuple français de ne pas avoir « l'indignation facile ».Mon Dieu ! comme nous méritons bien ce reproche, nous aussi ! On se plaint de l'augmentation de la criminalité juvénile, les bonnes gens en sont effarés, et ils ont raison, c\u2019est alarmant.Il ne suffit plus, à mon avis, de lever les bras au ciel et de se plaindre des maux existants.Il faut aller aux causes et les supprimer pour guérir le mal.Une des principales n\u2019est-elle pas sûrement cette provocation incessante à la sensualité faite à notre jeunesse par tous ces illustrés ?A l\u2019âge de l\u2019éveil des passions, on met devant les yeux avides de nos jeunes des images les invitant au mal et aux laiaisons criminelles.Sollicités ainsi, ils succombent vite à la tentation.Inévitablement, l'alcoolisme aidant, ces couples unis pour quelques semaines, passeront par tous les stades de l\u2019immoralité.La femme exigera un luxe et des plaisirs que ie jeune homme ne pourra lui procurer qu\u2019en se livrant au vol, parfois même au meurtre.Dernièrement un journal publiait une caricature bien significative.L'auteur y représente un bandit, la face masquée de noir, tenant en mains deux revolvers, et il l\u2019intitule: « Ça commence à prendre toute la place».Les colonnes de nos journaux remplies du récit des vols à main armée qui vont jusqu à l\u2019assassinat prouvent bien que l\u2019auteur n'exagère rien. CHRONIQUES 243 Il est donc temps, grand temps de reagir.Guerre à tous ces illustrés mauvais ! Chaque fois que la chose est possible, il faut impitoyablement les faire disparaître en les déchirant ou les jetant au feu.Que 1 on ne se gêne pas d écrire son indignation aux compagnies qui répandent ces imprimés, sans aucun respect de nos mœurs chrétiennes.Et si elles ne s amendent pas, ayons, pour une fois, la logique de nos sentiments, n\u2019achetons plus chez elles.Si nous voulions, comme toutes ces compagnies seraient vite amenées à résipiscence.N'achetons pas non plus des revues immorales, les éditeurs changeront le ton et 1 allure de leurs publications s ils en voient diminuer le tirage.Je demande à nos journalistes chrétiens, catholiques comme protestants, de ne pas oublier leur grande mission d instruire et de driger le peuple.Ils peuvent faire beaucoup pour l'amélioration de cet état de choses, en revenant souvent dans leurs articles, sur le devoir de chacun de travailler à restaurer partout la moralité chrétienne qui menace de disparaître.Je demande à tous de faire pression auprès des autorités civiles pour qu'elles établissent à Montréal, un bureau de censure des revues, des imprimés, des panneaux-réclames, etc.Il serait facile de soumettre nos plaintes à un comité de ce genre, qui agirait ensuite avec autorité auprès des personnes reconnues coupables.Que l'on insiste également auprès de nos gouvernants à Ottawa pour qu il défendent absolument l'entrée au pays et dans notre ville de ces revues et illustrés corrupteurs venant de l'étranger.Nous lisions dans les journaux il y a quelques jours à peine, un appel conjoint de Son Excellence Mgr l'archevêque et des chefs religieux de diverses 244 l'action nationale dénominations de Montréal, demandant à tous de se liguer pour « relever le niveau des moeurs », dans notre ville.Espérons que nos autorités religieuses n auront pas, une fois de plus, parlé en vain.Donc, au nom de Son Excellence Mgr 1 archevêque, je fais appel, un appel pressant, à tous les membres de nos mouvements d Action Catholique, de nos associations pieuses, éducatives, sociales et nationales, à toutes les personnes de bonne volonté de quelque race, de quelque nationalité, de quelque religion qu'elles soient ! Guerre à mort à tous les illustrés indécents et provocateurs comme à toute littérature malsaine ! Mgr Albert VALOis, P.A., V.G., Directeur diocésain d'Action catholique. CHRONIQUES 245 En deux mots On demande des livres L'Institut agricole d'Oka, affilié à l'Université de Montréal, nous prie d'insérer le communiqué suivant: A la bibliothèque de 1 Institut Agricole d Oka (.La Trappe, P.Q.), où l'on sait apprécier et conserver jusqu au moindre papier de deux çages, telle une ample liste de prix des marchés, où il y a egalement un service d échangés actif et apprécié, on accepte avec vive reconnaissance tout imprimé: livres, brochures, tracts, feuillets de tout pays de toute langue, de toute époque ayant trait aux sujets les plus variés et publié sous quelque (orne, que c:e soit: périodiques, revues pieuses, annuaires, almanachs, prospectus et palmarès, rapports statistiques rappor s ou comptes rendus de sociétés, publications officielles et gouvernementales, journaux de colleges et d universités, etc etc.\t/ Procurez-vous le plaisir d'une visite ou encore écrivez au bibliothécaire, de l'Institut Agricole d°^ et,v\u201c vous féliciterez de votre demarche.La question de nos bibliothèques canadiennes-françaises de la province oc Québec est une question tout à fait actuelle et decisi qui doit attirer singulièrement l'attention de tous nos concitoyens et ne laisser absolument personne ind>tte rent.Ne sait-on pas que l'économie bien comprise et bien ordonnée est de nature à accomplir des merveilles indicibles ?On réclame un hymne national M Russell T.Kelley est ministre de la Santé dans le cabinet ontarien de M.Drew.Il se peut qu'il soit un excellent ministre mais il aurait avantage à se borner aux questions relevant de sa juridiction.S'adressant aux congressistes de 1 Ontario f ederation of Agriculture, à Toronto, il a offert un prix de $500 a quiconque composerait un hymne national pour remplacer O Canada.Le but de M.Kelley serait de favoriser 1 éclosion d'« un véritable sentiment canadien ».\t- tin\u201e Nous aimerions bien savoir en quoi 0 Canada nuit a la creation d\u2019un sain patriotisme.Serait-ce parce que la musique est de Calixa Lavallée et les paroles du juge Routhier au lieu d etre de M.Smith et de M.Jones ?Le ministre pourrait peut-etre nous éclairer à cet égard. TOUJOURS \u2022\tles plus nouveaux tissus \u2022\tles plus récents modèles CHEZ LES TAILLEURS JOLY 269 est, rue Sainte-Catherine ^ Montréal\tBEIair 3126\t? COUVRETTE-SAURIOL Limitée EPICIERS EN GROS 50, rue de Bresolles HArbour 8151 Président et gérant général Bernard Couvrette VIII Lorsqu'il s'agit des produits da l\u2019érable \u2014 Exiges toujours La meilleure qualité \u2014 La marque \u201cCitadelle\u201d est la meilleure.1 0 0 % PURE Sirop d\u2019érable \u201cCitadelle\u201d # Sucre d\u2019érable granulé \u201cCitadelle\u201d « Sucre d\u2019érable \u201cCitadelle\u201d \u2022 Beurre d\u2019érable \u201cCitadelle\u201d.Des produite sont eu rente chez tous lee bane épiciers.Les Producteurs de Sucre d\u2019Erable du Québec BUREAU CHEF : 5, Avenue Bégin, Lévis, Québec POUR VOS FOURRURES si vous cherchez Qualité, Elégance n\u2019hésitez pas, voyez BLEAU & ROUSSEAU J.-T.BLEAU ANT.BOÜ3SEAU J.-A.MASSON 3852 St-Denis\t5004 Sherbrooke 0.HA.8433\tDE.4482 Avec les hommages de VOLCANO LIMITEE (Chaiifoux & Fils Limitée) manufacturiers de Foyers Mécaniques, bouilloires, fournaises et réchauds.\u2022 Usine : ST-HYACINTHE.P.Q.Administration et vente : \u2014 1106 Côte Beever HaH, MONTREAL, PJJ, Wilfrid Ci reward, vice-président et gérant générai.IX Les cafés et confitures de J.-A.Désy LIMITE! SONT LES MEILLEURS \u2014 EXIGEZ-LIS Lisez \"LE DEVOIE\u201d LE JOURNAL DES OENS QUI PENSENT COMPAGNIE DE BISCUITS STUART Ltée BISCUITS \u2014 GATEAUX \u2014 TARTES Alfred ALLARD, Marcel ALLARD, président et gérant gém.chef & la production.235 Laurier ouest -\tMontreal Voyez l'annonce de \u201cLA SAUVEGARDE\u201d à l\u2019endos de cette revue et pour vous assurer appelez J.-H.LANCEVIN, C.C.S.Assureur Conseil Gérant Division Lanfevin bureau» HA, 7123\tPi».« AT.4*10 Z LES AMiS DE LA REVUE AUBE, Philippa AVOCAT 133 o\u2022 ;, Notre-Dame \u2022\tHA 5877 BEAUSOLEIL, E.BOUCHER-ÉPICIER 1331.Champlain \u2022\tCH 3712 CHAUSSE, Fernand AVOCAT 133 oat, Notre-Dame \u2022\tHA 7233 CREMERIE BOURGET ÉPICERIES E.Babines a, prop.9\t1383 cat, nia Ontario CYR, Edouard MODELEUR 1437, Maieonneuve \u2022\tAM 8984 DAICLE ÉPICERIE, Fruits & Légumes Ville St-Laurent 9\tBY 2900 DESCHENE & Fils Liée Matériaux de plomberie et chauf.1303 est, Notre-Dame \u2022\tFR 3176-7 DUPUIS, Laurier 3600, boulevard Monk \u2022\tWE 0355 FOURNIER, Albert Procureur de breveta d\u2019invention 934 eet, Ste-Catherine \u2022\tHA 4548 LATENDRESSE & FILS Enrfr FERRONNERIE 13037 est, N.-Dame, Pte-am-Tr.\u2022\tZone 5-038 LATULIPE, N.TULIPPE ta PAYSANNE \u2022\tCRAVATES MASSE.Paul AVOCAT 133 mat.Notre-Dame \u2022\tBE 1971 MERCIER, lean AVOCAT 133 met, Notre-Dame »\tLA 1633 NANTEL, Uo Distributeur de parties de radio 1663 est, rue Ontario \u2022\tCH 3052 ROY, |.-Orner BIJOUTIER 1638 eet, Mont-Rotal \u2022\tAM 2618 SANSOUCY, Arthur BOUCHER-ÉPICIER 3993, Hochelaga \u2022\tCL 2839 TESSIER, Armand ENTREPRENEUR \u2022 PLATRIER 1483, boulerard Morgan \u2022\tCL 3432 HINTON, Gaston MERCERIE 3987 eet, Ste-Catherine \u2022\tFR 4244 COUR LAMBERT CLOSSE lî.Cambronne, Sec.-Trts.ASSOCIATION CANADO-AMERICAINE 9\tPR 9998 - Sociéti de Secoure Mutuel - MA 0730 XI LA REVUE LES AMIS DE ANGERS, Adrien ASSUREUR CONSEIL 3631, rue Viau, Cité Jardin \u2022\tCL 1767 Docteur René LAPORTE MEDECIN 9\t913, Chartimt Docteur V.ARCHAMBAULT MEDECIN 3663, Adam \u2022\tFR 9855 DEMERS.Pierre PHYSICIEN AUG.BRUNETTE, Ltée PLOMBERIE-CHAUFFAGE 4134, rue HOtel de Ville ¦\tPL.1946 BRAZEAU, François CORDONNIER \u2022\t6703, Lajeuneeee \"LES VARIETES\" PAUL DEJORDY, prop.800 ett.Mont Royal 8\tCH 9815 MATHIEU, Lucien, Enreg.MARCHAND-TAILLEUR 3331, Frontenao \u2022\tFR 1803 \u2018CHEZ CEORGES\u201d SALLE A MANGER 330 eat, Craig \u2022\tMA 0730 MORIN, LOUIS-PHILIPPEc.p.a.Comptable Public Licencié, 333, Boulevard Chareat, \u2022\tQuébec DORAIS, lean-Louis AVOCAT 57 ouest, rue St-Jacquee \u2022\tHA.1336 POULIN, f.-Aimé ARCHITECTE 63, Prospect, Sherbrooke.P.9 \u2022\tTEL.1391 DUROCHER, |os.-Armand CHIMISTE 437, St Vincent \u2022\tLA 7715 LUC BEAUREGARD Repréa.de ta Laurentienne 4033, rue Cartier \u2022 But.PL 6700 Rts.AM.7779 GAUTHIER, Art.EPICIER-BOUCHER 3461 oët, Sio Catherin* \u2022\tAM 3015 GODIN, Raymond AVOCAT 4 eut, Notre Dacno \u2022\tLA 1159 ROBERT, Paul-Emile Représentant de la \u201cLaurentienne\u2019* 934, eut Ste-Catherine \u2022\tPL 6700 Salaison MAISONNEUVE BACON marque \"MORIN\u201d 1430, De Laaalie 9\tCL 4086-7 SALVAIL, Albéric EPICIER-BOUCHER 3648, Adam 9\tAM 3031 SANSOUCY, Alb.EPICIER-BOUCHER 3946.Adam 9\tFA 3607 XII Un mot de notre police à DOUBLE PROTECTION: la famille est secourue dès quelle perd son chef, le chef est secouru dès que la vieillesse lui a noué bras et jambes.Vous êtes marié?Quel est votre âge?Nous allons vous donner plus de détails.# CAISSE # NATIONALE D'ÉCONOMIE 41 ouest, rue St-Jacques Montréal - HArboor 3291 COMPAGNIE MUTUELLE D'IMMEUBLES LIMITEE La Caisse d\u2019Epargne pour Prêts Mutuels \u201cPayé à ses membres $8,000,000.00\u201c SIEGE SOCIAL 1306 est, rue Ste-Catherine Montréal LA COMPAGNIE I.-V.CPCLET Ingénieurs \u2014 Mécaniciens \u2014 Fondeurs Spécialités : ASCENSEURS MODERNES DE TOUS GENRES SOUDURES ELECTRIQUES ET AUTOGENES, ETC.206, RUE DU PONT QUEBEC Liseï régulièrement \"LA VERITE\" La meilleure revue de jeunesse DIRECTION : LES JEUNES LAURENTIENS 152 est, rue Notre-Dame.Montréal\tMArauette 5539 TéL HA.0200-0209 PERRAULT et PERRAULT AVOCATS 511 Place d#Armes,\t-\tMontréal, Canada ANTONIO PERRAULT, C.R.Rés.: 64 ave Nelson, Outremont, TéL DO.6342 JACQUES PERRAULT, L.L.D.Rés.: 4390 bouL Pie DC.TéL CL 3580 XIV De la 200e place où elle était reléguée lors de sa fondation, notre société est montée, après quatre ans, à la 80e.Ses assurances totales se chiffrent par $19,-271,912.00.Et elle reste à l\u2019offensive!.* SOCIÉTÉ * NATIONALE D\u2019ASSURANCES HA.3291 41 ouest, Saint-Jacques Montré al. UN BREUVAGE DES PLUS DELICIEUX N'Importe où - .N\u2019Importe quand .LE NECTAR Aiouiieux CHRISTIN e*t le breuvage Idéal.C'eit un produit de chez nous.PAR LES FABRICANTS DE LA Bière d\u2019Epinette Christin ASSURANCE-VIE Fonctions Protection Épargne Avantages Souplesse Liquidité Caractéristiques Sécurité Stabilité Compagnie d\u2019assurance-vie Ha â\u2019auurgariir\ti Siège social: Montréal 1 IMMIMIRII POPULAIH1, LIMIT tl MONTH (A L MARS 1946 "]
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.