Le samedi, 1 février 1937, samedi 27 février 1937
[" nee, 'No 39 î^\u2019ïSwSlsS\u20191 - 'L ®S§SS Montreal.27 février 1937 tci/.LE MAGAZINE NATIONAL DES CANADIENS Sa.,, - Kgs jra CHARLES BOYER LES JUMEAUX RONDEAU POUVAIENT-ILS VIVRE ?par !\u2022\u2022\tF- S'5*^A?irNv2'v ¦\t- :VH .f-v.- MMBi\ta'- S\" ~i«ii, «Miimomm Lor.gpré GRAND CONCOURS DE CINÉ dans \u201cLE SAMEDI\u201d\u20146, 13, 20 et 27 février 1937 ml I1 Charles Boyer et Marlene Dietrich Nos prix sont en montre dans la grande vitrine de J.CORBEIL.Magasin à Rayons 6500, rue St-Hubert, coin Beaubien, Montréal .NOS PRIX Les nombreux prix offerts chaque mois consistent en objets personnels ayant appartenu à de grandes étoiles de cinéma et offerts par elles ; en un prix en argent et en magnifiques photographies autographiées par ces étoiles.En FEVRIER, les prix sont offerts par CHARLES BOYER et MARLENE DIETRICH MARLENE DIETRICH offre : 1er prix \u2014 Les sandales marocaines qu\u2019elle portait dans son film United Artists : The Garden of Allah.2e prix \u2014 Ses plus riches souliers de boudoir.3e prix \u2014 Un billet de $5.00.4e.5e et 6e prix \u2014 Une superbe photographie autographiée de Marlène Dietrich.7e.8e, 9e, 10e.Ile.12e, 13e.14e et 15e prix \u2014 Une grande photo de Marlène Dietrich à encadrer.CHARLES BOYER offre : 1er prix \u2014 Le chandail gris fer, à fermeture éclair, qu\u2019il porta dans plusieurs scènes de The Garden of Allah.2e prix -\u2014 Un billet de $5.00.3e.4e et 5e prix \u2014 Une très belle photographie autographiée de Charles Boyer.6e.7e, 8 e, 9e,.10e, lie.12e.13 e, 14e et 15e prix \u2014 Une grande ! photo de Charles Boyer à encadrer.Avis Important.\u2014 Les concurrents peuvent, pour éviter des frais postaux, nous envoyer en une seule fois, d'ici le 25 février exclusivement, | les quatre coupons du Samedi des 6, 13, 20 et 27 février.En plus du Samedi, achetez Le Film, la plus grande revue de cinéma du Canada français, où vous trouverez tous les renseignements que vous désirez obtenir sur ie cinéma français et américain.REGLES DU CONCOURS 1.\tCe concours extraordinaire, comme il ne s'en est jamais fait au Canada, sera divisé en TROIS concours mensuels.Chaque concours mensuel (Février, Mars et Avril) est indépendant des autres et comporte un certain nombre de prix distribués a la fin de chaque mois.Ce n\u2019est pas UN concours, mais bien TROIS concours différents que nous offrons à tous ceux et celles qui achèteront LE SAMEDI 2.\tChaque concours mensuel porte sur DEUX célèbres artistes de cinéma, français, américains, etc.au sujet desquels nous poserons quelques questions auxquelles vous devez répondre chaque semaine.Ces questions sont à la portée de tous nos lecteurs et lectrices qui s intéressent le moindrement au cinéma.3.\tLes concurrents n\u2019ont donc qu'à inscrire chaque semaine leurs réponses sur le coupon ci-dessous et à nous le renvoyer d'ici le 25 février exclusivement.Ils devront remplir de la même manière les quatre coupons du mois (dans Le Samedi des 6, 13, 20 et 27 février) pour avoir droit de participer au concours de février.4.\tLe concours du mois de février porte sur CHARLES BOYER et MARLENE DIETRICH 5.\tLes gagnants des prix de février pourront également concourir en mars et avril.Les seules personnes exclues de nos concours sont les employés de nos trois magazines : Le Samedi, La Revue Populaire et Le Film et les membres de leur famille.6 Les noms des gagnants de février seront révélés dans un numéro du Samedi de mars, et la distribution des prix de février sera également faite en mars, aux bureaux du Samedi, 975, rue de Bullion, Montréal, ou expédiés par la poste aux gagnants non domiciliés à Montréal.7.\tLes juges du grand concours de cinéma du Samedi seront : M.Christo Christy, correspondant du Film à New-York ; le rédacteur en chef des TROIS grands magazines canadiens : Le Samedi, La Revue Populaire et Le Film : et Francine, directrice des pages féminines de La Revue Populaire.8.\tLes personnes incapables de se procurer le numéro du Samedi 6, 13 et 20 février chez leur marchand habituel pourront en acheter à nos bureaux, 975, rue de Bullion, Montréal.QUESTIONNAIRE 1 Indiquez la nationalité de Marlène Dietrich et de Charles Boyer.2.\tSont-ils célibataires ou mariés?(Si mariés, avec qui?) 3.\tDonnez 1 âge de Marlène Dietrich et de Charles Boyer.(Lage approximatif, si vous ne connaissez pas leur âge exact.) 4\tDonnez la grandeur et le poids de Marlène Dietrich et de Charles Boyer.(Grandeur et poids approximatifs, si vous ne le savez pas exactement.) 5\tLe titre du dernier film (américain ou français) dans lequel ont loué Marlène Dietrich et Charles Boyer.Il s'agit de films repré-sentés au Canada.6.\tRéponse décisive pour éliminer les ex aequos : Combien de réponses allons-nous recevoir au concours de février (6, 13, 20 et 27 irwwf ' nn vous a*der, le chiffre de notre tirage actuel est de T U,000 à 45.000 par semaine.En cas d ex aequo, les divers prix iront aux concurrents qui nous donneront le chiffre le plus près de la vérité.1 \t LE CONCOURS DE CINEMA \u201cLE SAMEDI\u201d 975, rue de Bullion, Montréal, P.Q.\t\u2022\t Ci-dessous mes réponses à votre ci CHARLES BOYER.( J'ai 6, 1 3 et 20 février.)\tconcours de février sur MARLENE DIETRICH egalement rempli les coupons du Samedi\" des 1\t\t\t\t .\t1.2\t\t\t.2.3\t \u201e\t3.4.\t\t .\t4.5.\t _\t.\t5.^ 4.Réponse décisive :\t NOM \t\t ADRESSE\t VILLE .\t\t\t\t\t\t\t\t\t -\tJ\t 4 8e année, No 3 9 \u2014 Montréal, 27 février 1937 3 Ligne contre le Baiser Carnet éditorial r t JE venais de terminer la lecture des nouvelles du jour, c\u2019est-à-dire fait une revue rapide des événements européens et témoigné finalement ma sympathie à l'Europe en faisant, d un coup de pied, sauter le journal à l\u2019autre bout de la pièce.On ne devrait jamais gâter sa digestion avec les émanations remugles de l'impolitique internationale et la punaisie de la sale cuisine qui se prépare en Europe.Comme contrepoison, je pris un de mes auteurs favoris, m'allongeai béatement dans un fauteuil, les pattes près du feu, la pipe au bec et.Et je sursautai au coup de sonnette d'un intrus qui, décidément, voulait compléter l'oeuvre du journal.C'était un petit vieux à la figure chafouine, qui avait été peut-être un homme autrefois mais n était pas encore tout à fait un singe Sur la carte grand format qu'il me tendit comme présentation, je lus ceci : Cactucèpe HINEUX Membre de l'Académie Anti-Folichonne, représentant de la Société des Grincheux endurcis, président d'honneur du Club Pessimiste, Grand-Maître de l'Ordre des Rabat-Joie et Moiose-Croix d'un groupe à l'état de projet Pas mal ahuri, je levai les yeux sur le visiteur et me demandai comment tant de titres aussi prestigieux pouvaient trouver place sur la maigre surface d\u2019un aussi petit homme.\u2014 Ce n'est pas tout, dit-il, comme s il eût deviné ma pensée ; j'ai d'autres activités et, surtout, j'ambitionne une haute fonction : celle de président-fondateur de la Ligue impitoyable contre le baiser.\u2014 Ne seriez-vous pas, lui répondis-je, également satisfait d'avoir une carte d'admission à l\u2019asile St-Jean-de-Dieu ?Le petit homme devint cramoisi, roula des yeux furibonds et parut se gonfler sous la poussée intérieure d'invectives qui ne voulaient pas sortir.Par bonheur, Colinette était là.\u2014 Va me chercher un parapluie, demandai-je à la gentille espiègle.\u2014 Pourquoi donc ?\u2014 Le monsieur va peut-être éclater ; tu vois qu il est déjà tout boursouflé ; alors je prends mes précautions .L\u2019illustre Cactueèpe-Hineux haussa les épaules.\u2014 Je vois, dit-il, que vous ne me prenez pas au sérieux, et j'aurais dû m\u2019y attendre, car l'Humanité n'est pas encore prête à recevoir les grands enseignements que des hommes comme moi peuvent seuls lui donner.\u2014 Allons, calmez-vous, dis-je au bonhomme, et faites-moi le plaisir de m'exposer vos griefs contre le baiser .Colinette, remporte le parapluie.\u2014 J'ai la susceptibilité des génies mais la patience des martyrs, dit le petit homme en s'asseyant ; je vais donc essayer d\u2019extirper quelques-unes des erreurs qui obnubilent fâcheusement le cerveau des hommes en général et celui des chroniqueurs de votre espèce en particulier.\u2014 On n'est pas plus aimable !.\u2014 Je suis comme ça.Je vous dirai donc, sans ambages, que je vous regarde comme un être antédiluvien, préhistorique avec votre manie de fourrer du sentiment partout, même chez les bêtes et, ce qui est plus grave encore, de prêter des bons sentiments à tous les êtres, même aux hommes.\u2014 Vous n'admettez pas la sentimentalité ?Le petit homme bondit.\u2014 Je suis un être évolué, moi, monsieur ! une énergie, un caractère, un homme positif et pratique et non pas un nicodème rêvant la vie ou vivant un rêve.L amour est une farce et le baiser un restant de cannibalisme ! \u2014 Et moi qui pensais que c étaient les deux meilleures choses au monde .\t, \u2014 Dites les pires ! Le mot « amour », c est 1 cliquette menteuse que les hommes ont mise sur la plus féroce de leurs passions et sur les moyens hypocrites ou franchement canailles de la satisfaire.Quant au baiser, parlons-en ! c\u2019est l'invention la plus bête, la plus ridicule et la plus dangereuse que les hommes aient jamais faite.Pourtant, ils ne manquent pas d'esprit d\u2019invention quand il s'agit de blagues.Les Publications Poirier, Bessette 6 Cie, Limitée Membres de L\u2019A.B.C.975, Rue de Bullion, Montréal, Canada Tel: PLateau 9638* Entered at the Post Office of S.Albans, Vt., as second class matter under Act of March 1879 - ABONNEMEN T- CANADA\tEtats-Unis et Europe Un an .\u2014.$3.50 Un an ___________ $5.00 Six mois - 2.00\tSix mois .2.50 Trois mois - 1.00\tTrois mois___________ 1.25 Heures de bureau : 9 h.a.m.à 5 h.p.m.Le samedi, 9 h.a.m.à midi.AVIS AUX ABONNES \u2014 Les abonnés changeant de localité sont priés de nous donner un avis de huit Jours, l'empaquetage de nos sacs de malle commençant 5 jours avant leur expédition.\u2014 Que reprochez-vous donc au baiser ?\u2014 Ce que je lui reproche ?.Ah Seigneur ! il demande ce que je reproche au baiser !.Mais tout, et le reste par dessus le marché ; je lui reproche ce qu'il est, ce qu\u2019il peut être et même ce qu'il n'est pas.Oh ! ne souriez pas, je vais m'expliquer .«Je lui reproche ce qu'il est : un usage bébête comme celui de certains sauvages qui l'ont remplacé par des frottements de nez.Est-ce que les chiens eux-mêmes admettent le baiser ?\u2014 Non ; comme les sauvages dont vous parlez, ils emploient leur nez, et encore ils se trompent de côté, niais ce ne sont que des chiens.\u2014 Plaisanter n\u2019est pas répondre.Je continue : je reproche au baiser ce qu'il peut être, c\u2019est-à-dire la source des pires maux, car c'est l'idéal véhicule des microbes, le dispensateur d abcès, marasmes, érythèmes, grenouillettes, dermatoses, anorexies, péri-pneumonies, pharyngites et vertigos, sans compter d'autres maux de l\u2019espèce la plus grave et qui vous mènent tout droit à la table d'opération ou bien à six pieds au-dessous de la racine des pissenlits.\u2014 Vous me faites frémir.-\u2014 Ça ne se voit guère ; on dirait même que vous avez l air de vous ficher de moi, mais cela prouve bien votre inconscience et votre ignorance des réalités.Ne savez-vous pas que de grands savants ont condamné le baiser pour les méfaits dont je vous ai cité quelques échantillons et qu\u2019on a souvent formé, pour le combattre, des ligues très sérieuses ?\u2014\tMais pas très durables.\u2014\tParce que b humanité est à peine sortie d\u2019une barbarie dont elle a conservé plusieurs pratiques, celle du baiser entre autres.Autrefois, les hommes se dévoraient mutuellement à la croque-au-sel, et ils ont toujours conservé quelque chose de ce goût pour la chair humaine ; ce quelque chose-là c'est le baiser, simulacre de mastication dans lequel se manifeste, plus ou moins consciemment, le désir de manger la personne qu'on embrasse.Ce qui le prouve bien, c'est que, souvent, des amoureux se mordent et prétendent trouver ça très bon.Que répondez-vous à cela ?\u2014\tRien, sinon que vous reprochez encore au baiser ce qu il n est pas, et je voudrais bien savoir quoi.\u2014\tCe qu\u2019il n est pas ?.Mais c'est tout simplement une satisfaction, puisque ceux qui en font usage veulent toujours recommencer et ne parviennent pas à se rassasier ! \u2014\tSavez-vous, illustre Cactucèpe-Hineux, qu\u2019avec ce dernier reproche vous venez de faire le plus bel éloge qu'il soit possible du baiser, et d\u2019en fournir la meilleure justification ?\u2014\tAurais-je commis cette erreur ?\u2014\tC'en est une de plus à ajouter aux autres, car les petits magots de votre espèce feraient mieux de ne pas s attaquer à ce qui donne un peu de charme à la vie.Supprimez l\u2019Amour, supprimez le baiser, et vous verrez la belle dégringolade de cette pauvre humanité jusqu'au fond d'une barbarie dont vous la prétendez à peine sortie.Mais, j\u2019y pense .monsieur le magot, ne seriez-vous pas un agent d\u2019une nouvelle espèce cherchant à jeter le trouble dans la société ?.Colinette, passe-moi, non le parapluie cette fois, mais le manche à balai ! Je n eus pas à m\u2019en servir ; l\u2019illustrissime Cactucèpe-Hineux s'était envoyé mystérieusement dans le brouillard d où il était sorti .et je me rendis compte que ma digestion avait été seule troublée par un assoupissement aggravé d\u2019un commencement de cauchemar.Voilà ce que c'est que de se plonger le nez dans le fatras malodorant des nouvelles européennes après un bon dîner .> 4 LE SAMEDI Contr emai tre JEAN Dayos, sa journée faite, avait quitté l'atelier gaîment et à cette heure, l âme assombrie tout à coup, il cheminait le long du boulevard extérieur.Depuis un instant il suivait une de ces voitures à bras, qui, les jours de terme, sillonnent Paris, portant tout un ménage de petites gens, empilé entre leurs ridelles branlantes.Pour lui, la vue de certains objets entassés là : l'armoire à glace, la machine à coudre, la frêle table à ancrage, la cage à serins vide, jusqu'aux deux pots à fleurs dont les marguerites s'effeuillaient au cahot, tout ce petit mobilier d\u2019ouvrière parisienne \u2014 qui lui en rappelait un autre presque identique \u2014 avait quelque chose de triste infiniment .et il allait d\u2019un pas machinal, le cœur endolori d'une souffrance ancienne.Pour échapper à ces souvenirs, Jean se disposait à prendre une autre rue, lorsque, devant lui.la voiture s'arrêta bloquée contre le trottoir.Celui qui la iraînait, un petit vieux aux épaules pointues, après deux ou trois coups de bricole insuffisants pour démarrer, se retourna, cherchant quelqu'un.La cotte bleue de Jean Dayos, sa mine affable, sa carrure aussi, apprirent au déménageur qu'il avait là ce qu\u2019il cherchait : \u2014 Un coup de main, compagnon.L'interpellé posa simplement à plat sur la ridelle sa main droite barbouillée de suie : \u2014 Hop ! \u2014 Et la voiture enlevée fila toute seule.L'homme du brancard ne la sentait plus.En haut de la montée il voulut s arrêter, mais le chargement l'entraînait sur la descente, il ne put que crier de loin : \u2014 Merci ! Puis, vous savez, c'est pas du coton que vous avez dans la manche, vous.L'autre ne l\u2019écoutait pas ; passé sur le trottoir il venait de s\u2019installer à la terrasse d'un marchand de vins ; et.sans remarquer le garçon, planté devant lui : « Qu\u2019est-ce qu\u2019il faut vous servir ?».il contemplait le paysage, l\u2019air pensif : \u2014 Ce que vous voudrez .un vermouth, finit-il par dire.On était au mois d\u2019avril \u2014 six heures du soir \u2014 et la saison s annonçait précoce cette année-là.Sur ces boulevards extérieurs, les platanes bourgeonnaient plus verts d'un matin à l\u2019autre.En face, plus hâtifs, mieux soignés, les arbres du Père-Lachaise, tous couverts de leur jeunes feuilles, s\u2019ébouriffaient au vent tiède.On sortait des ateliers, et, le long des trottoirs, c\u2019était cette foule joyeuse des premiers soirs de printemps.Jean restait là, s\u2019abandonnant aux souvenirs ranimés soudain par la rencontre de tout à l'heure, repris par sa mélancolie habituelle, encore aggravée par cette gaîté des autres.Contremaître à l'usine Colson, toute proche, gagnant bien sa vie, il avait, disait-on, tout pour être heureux.Ceux qui parlaient ainsi ne se doutaient pas que l\u2019ouvrier avait eu jadis une aventure de cœur, mal finie .et dont il souffrait encore à dix ans de là.A cette époque, Jean Dayos, français du Nord, bel homme, avec une figure débonnaire de bon géant, avait rencontré dans un bal du 14 juillet, certaine fleuriste, une « parigotte », brune et élancée, dont les yeux noirs pétillants firent sur ce flamand flegmatique une impression profonde.Les jeunes gens se revirent au restaurant le lendemain qui était un dimanche.Les larges épaules de son danseur, sa barbe d'or ne laissaient pas la petite indifférente .et comme ils étaient libres tous les deux, ils allèrent se promener à la fête installée, ainsi que tous les ans, le long des boulevards.Marie Blain, la fleuriste, avait fait des frais de toilette, son compagnon également et parce qu'ils étaient jeunes l'un et l'autre, élégants de cette façon naturelle des ouvriers parisiens, qu\u2019ils avaient sur toute leur personne cette aisance que donne le contentement, on les prenait pour un étudiant et une grisette en ballade.Toute la soirée Jean émerveilla son amie par son savoir-faire aux jeux d'adresse ou de force.C\u2019était un plaisir de le voir sauter vers le maillet et l'abattre sur la tête de turc.A chaque coup il renvoyait le curseur jusqu\u2019en haut du mât et gagnait des flots de rubans que Marie Blain distribuait aux spectateurs faisant cercle.Aux loteries, au contraire, Jean Dayos perdit tout ce qu'il voulut et sa compagne murmurait en rougissant : \u2014 Malheureux au jeu .Deux verres de champagne que l'ouvrier en fonds, ce soir-là, voulut offrir à tout prix achevèrent de les griser .et ils rentrèrent ensemble.Ce furent six mois de bonheur si parfait que le jeune homme faisait déjà le plan d\u2019épouser Marie Blain, mais mal conseillée, mal gardée aussi par Jean trop bon, elle s\u2019envola un beau matin.Depuis, Jean était devenu maussade, il fuyait les camarades et vivait seul en sauvage, ne parlant guère, hors du travail, qu'à sa concierge, la mère Bat, une brave femme, un peu braque, mais très dévouée, qui tenait son ménage de vieux garçon.N'ayant personne à aimer, à la longue il s\u2019était attaché, comme les chats aux murs de la maison qu\u2019il habitait, en haut, sous les combles.De plus, ce logement lui plaisait parce que \u2014 le restant de l'étage, sauf un local toujours vide, était loué à bail comme entrepôt à un fabricant de registres \u2014 il était sûr d être seul longtemps sans voisin.Afin de mieux enterrer sa jeunesse, pour mieux se vieillir, Jean, si soigneux de sa tenue jadis, se négligeait chaque jour davantage.! oujours en cotte et machuré de suie, la barbe longue, le front coupé de deux ode précoces qu'exagérait le noir du charbon, il paraissait plus que son âge.On h i donnait, dans la maison, quarante ans et plus.¦ v \u2018 s* La concierge était seule à connaître le secret du mécanicien quelle rebrouait parfois sur son genre de vie et sur son célibat persistant.\u2014\u2022 Si c est pas dommage .Un garçon comme vous, fin ouvrier, cœur d'or au fond, gagnant quinze francs par jour, vivre seul.Alors le mécanicien hochait la tête mélancoliquement.\u2014 Merci bien.II t \"\tel paye, le contremaître revenait songeur, lorsqu arrive devant sa porte boulevard Ménilmontant, il trouva le passage bar par la voiture de tantôt.La moitié des meubles déjà descendus coupaient trottoir, encombraient 1 allée.Jean eut un mouvement d\u2019humeur de recul - Cette fois c est complet, marmottait-il.Dire que j'avais eu un pressent a dans/3 \\£yC :.fe ceUe f1tanée voiture \u2022 \u2022 \u2022 eh bien, ça y est ! comme il n a dans tout 1 immeuble qu un logement, celui en face de moi, là-haut, de libre .je vais avoir des voisins pis cjue ça, des voisines.iji rnent,ra' Ct t0ut ?\" Io\"voyant parmi les meubles' il se demandait qui av; b.en pu louer ce galetas dont personne ne voulait jusqu'ici.En effet le loç se composait de deux pièces en enfilade, mal éclairées par une seule croisée encoignure sous le toit, d où 1 unique vue était un grand mur jaune, sans fen tre et \u2014 par une echappee \u2014 un morceau du Père-Lachaise, le coin le pl sinistre du cimetiere .une allée montante, sans verdure, entre une double ra gee d anciennes tombes abandonnées, lugubres.De là-haut, cela ressemblait une route deserte, plantée de croix noires ct qui s'en allait, n'en finissant nh tenant tout le ciel, tout ce qu'on en voyait du moins\tunissant pli demaïd\", JL*\t*\u201c 3'\"! \u201c 3\u201cMe d \u201c\"\t«¦\u201c \"parti, 1 27 février 1937 5 Nouvelle par G.G AVAR Illustration (le F.-L.Nicole! Il était impossible de la porter à deux, et le déménageur, un petit homme chétif, ni son aide \u2014 un camelot raccolé en bas \u2014 n\u2019étaient de taille à enlever cette lourde pièce.La concierge tournait autour, lorsqu elle aperçut le contremaître, et avec ses manières brusques : \u2014\tVous tombez bien, vous, M.Jean.L\u2019homme fit la grimace, mais il était pris, il fallait s\u2019exécuter.Tandis qu il serrait ses mains, s\u2019approchant du meuble, le palpant, une jeune fille arrivant essoufflée derrière le mécanicien déclarait tout haut : \u2014¦ Mais il ne pourra jamais.\u2014\tLaisse donc ., \u2014\tC\u2019est de l'acajou massif, annonça la petite toute fière.Déjà le mécanicien avait chargé l\u2019armoire sur une hanche, et partait devant, sans paraître s\u2019apercevoir du poids.Derrière lui la jeune fille chuchottait avec la concierge : \u2014\tMazette .combien faudra-t-il lui donner, quarante sous ?\u2014\tY penses-tu .un contremaître.\u2014\tCombien ?\u2014\tRien du tout.\u2014\tAlors, quoi, je ne puis pourtant pas l'embrasser, ce barbouillé-là.pour la peine ; il est trop noir.\u2014\tPetite effrontée.Son meuble mis en place, Jean Dayos se retournait pour partir, lorsqu'il se trouva nez à nez avec son alerte voisine qui, un verre d eau d\u2019une main, de l'autre une bouteille sortie prestement d'un panier, le regard bien en face, lui offrait à boire avec un joli geste.Doigts à fossettes très blancs, un peu meurtris au bout par l'aiguille, taille menue, peau fine, yeux noirs, toujours en mouvement.C\u2019était tout le portrait de 1 autre, et l\u2019ouvrier bouleversé par cette ressemblance, se disait que son malheur était complet, cette fois ; ses pires pressentiments n'avait pas prévu celle-là.L\u2019ouvrière \u2014 Lucette Chanon \u2014 fine mouche, mais espiègle, s'était tout de suite aperçu de l\u2019embarras du contremaître et le prolongeait en versant lentement, un sourire moqueur aux lèvres.Enfin, elle tendit le verre plein jusqu'en haut.\u2014 Pour vous remercier .Jean, mal à l\u2019aise, se sentant ridicule, humilié, furieux presque, de se voir si petit garçon devant cette gamine qui se fichait de lui, but d\u2019un trait et replaça lui-même le verre sur la table : \u2014\tMerci.Sur ce mot sec, sans écouter les excuses de la mère qui le devinait pressé, il partit brusquement, tandis que.sur ses talons, un rire clair fusait à travers la porte.III le Tu l'auras fâché », dit la maman, sans se troubler plus que ça.Madame Chanon.jeune encore, était une personne sans âge apparent, à la figure jaune, à la voix lente, résignée, indifférente.Depuis des malheurs, son veuvage, la perte d\u2019un fils, tout lui était égal dans la vie, et elle laissait faire, sûre de sa fille, connaissant sa nature foncièrement honnête et bonne, elle lui passait ces enfantillages, ces mots en l\u2019air.\u2014\tIl faut bien ! \u2014 expliquait-elle \u2014 quand la petite est re-tée des heures devant sa table à composer avec des perles des emblèmes de deuil pour couronnes, des phrases lugubres : à mon père .à mon fils .regrets elle a les idées tristes, les membres gais forcément.Elle danserait presque, comme une fois, où sur un air de valse qtl'une clarinette jouait dans la cour elle a lâché son ouvrage et est partie à tourner entre les murs, deux rangs de perles sur la (ête.« C'est nerveux, il faut qu'elle se dégourdisse et que jeunesse se passe.Elle est restée très enfant, maigre ses dix-neuf ans et plus .J'aime mieux ça que de la voir pleurer.Cependant, dans leur logement du sixième, les deux femmes s'étaient mises à la besogne, plaçant des tasseaux, posant des rayons pour le déballage des paniers, plantant là des clous dans tous les coins.L'ouvrage n avançait pas, elles étaient tombées sur un mur en pierre, contre lequel la masse de leur petit marteau de bazar venait de se fendre.\u2014\tNous voilà fraîches, dit la mère, laissant aller ses bras avec un découragement comique, jamais nous n'arriverons.\u2014\tQue si, maman, attends un peu.D un saut, Lucette fut à la porte de leur voisin ; elle frappa, Jean parut dans i entrebâillement et sa figure se renfrogna.\u2014\tQu'est-ce qu'il y a ?\u2014\tPardon, monsieur, vous ne pourriez pas nous prêter un marteau.\u2014\tMais si \u2014 l'homme s\u2019éloigna, revint \u2014 voilà ! Lucette rentra chez elle, en sautant.\u2014\tJe suis contente .\u2014\tD'avoir trouvé un marteau 1 \u2014\tEt un ours à faire enrager, \u2014\tPrends garde, tu vas trop loin.La concierge nous a tant recommandé ! .il se plaindra, peut-être, \u2014\tMais non.C'est un ours ., apprivoisé ; il grognera tout ou plus et dansera ensuite .l aites le beau, monsieur 1 ours,.disez bonjour à ces dames.Tu es folle.\t(Lire la suite page 42) 11 JEAN PARUT DANS L'ENTREBÂILLEMENT ET SA FIGURE SE RENFROGNA.\u2014\tMoi qui espérais bien être pour longtemps sur mon carré, répétait mécanicien.En passant devant la loge obscure il entendit, au fond de ce trou sombre, le pere Bal remuer des pièces, les compter une à une.\u2014\tSoixante .c\u2019e;t bien ça : voilà votre quittance.On a fait un rabais parce que c'est vous, des amis, et puis rapport à la vue qui n'est pas gaie.\u2014\tPas gaie \u2014 interrompit une voix fraîche qui éclata .\u2014 à cause du cimetière .On y est fait, maman et moi.Quand on travaille dans les couronnes mortuaires.Jean qui s était arrêté une seconde, charmé par cette voix claire, pleine de bravoure et par cette phrase inattendue, se précipita .Un pas leste, sautillant, venait derrière lui.Sur le palier du quatrième il rencontra, le précédant une femme \u2014 la maman, sans doute \u2014 qui portait une chaise en tapisserie.Elle venait de s'arrêter, le menton levé vers l'étage supérieur.\u2014\tQu'est-ce qu\u2019il y a ?demanda-t-elle.La concierge qui se trouvait là-haut, ayant voulu présider elle-même à l'aménagement de ses nouveaux locataires \u2014 des vieilles connaissances à elle \u2014 se pencha sur la rampe, répondant : \u2014\tC'est l'armoire qui ne passe plus.La personne qui suivait Jean se mit à marcher plus vite, et la jolie voix de tout à l'heure chanta de nouveau : .\u2014 Oh ! mon armoire ! surveillez, mère Bal, j\u2019y tiens, vous savez .De son côté le contremaître escaladait les marches quatre à quatre, ne pensant qu\u2019à se tirer de là, de ce remue-ménage qui ! horripilait Parvenu au cinquième, il dut s arrêter.L'armoire en effet bloquait l\u2019escalier, pius étroit à partir de cet étage. 6 LE SAMEDI 1 ?Deux aspects des chutes du Niagara dans leur état actuel.En haut, une photo du C.P.R.et, au-dessous, une Vue prise par l'A.S.N.?Mi p§gi *£* , ' » î : .\t/'I OT- /'MtV La Fin du Niagara Chronique Documentaire par LOUIS ROLAND 27 février 1937 7 C\u2019est assurément une des plus belles chutes d'eau du monde entier que celle du Niagara ; on pourrait même dire « les » chutes du Niagara, car il y en a deux en une seule : la canadienne et l'américaine.Le spectacle est magnifique de cette énorme masse d'eau d'un demi-million de verges cubes par minute qui fait un saut de cent soixante-huit pieds pour continuer sa route en des tourbillons défiant la hardiesse et 1 habileté des plus audacieux risque-tout et des meilleurs sauteurs de rapides.En plus de son extrême importance au point de vue scénique, le Niagara est une source d'énergie de nature à rendre les plus grands services ; il en résulte que sa disparition serait une perte atteignant les proportions d une catastrophe.Est-ce à dire que la célèbre chute peut disparaître un jour ?La chose est hors de doute.Un temps viendra où le Niagara ne sera plus qu un souvenir, où ceux qui voudront se faire une idée de ce qu'il aura été devront consulter les archives contenant la multitude des photos prises à titre officiel ou privé de 1 énorme masse d eau et des ouvrages construits par les hommes pour utiliser une partie de la force qu elle développe.Par un phénomène dont l'action est inexorable et l\u2019effet universel, le nivellement tend à se produire partout à la surface du globe terrestre.Cela tient à deux causes principales : 1 usure produite par les éléments extérieurs et l'action de la pesanteur qui tend à ramener toute matière dans la direction du centre du globe terrestre.La plus orgueilleuse montagne subit cette implacable loi.Lentement, les pluies, les vents, les différences de température la désagrègent, des affaissements se produisent, des ébou-lements partiels ont lieu d'une manière continue ; parfois ce sont de simples pierres qui roulent au fond d\u2019un abîme, d\u2019autres fois ce sont des pans entiers de la montagne qui glissent et s'éboulent dans un fracas terrible en ensevelissant tout sur leur passage.Les vallées se comblent, la montagne diminue de hauteur, il reste de nombreuses aspérités qui disparaissent les unes après les autres et, finalement, c'est une plaine immense là où se trouvaient autrefois des pics majestueux et des abîmes à donner le vertige.Cela prend du temps, beaucoup de temps ; la vie humaine est trop courte pour observer de tels phénomènes dans toute leur ampleur ; il n'est possible d'assister, et encore occasionnellement, qu'à ce qu on pourrait appeler des opérations de détail, mais cela n'empêche pas l\u2019œuvre de se poursuivre sans arrêt jusqu\u2019au but final.Cent mille années, dans la vie d'une montagne en sont à peine dix dans la vie d'un homme mais, en regard de la vie totale de la planète, ces cent mille années sont à leur tour bien peu de chose.Depuis que la terre existe, c\u2019est-à-dire depuis sa solidification, sa surface a changé d\u2019aspect bien des fois, et nous sommes dans une profonde erreur quand nous nous imaginons que les choses ont toujours eu l\u2019aspect sous lequel nous les voyons.La science de la géologie nous apprend d'une manière formelle que dans un passé vieux de plusieurs millions d\u2019années d\u2019énormes montagnes existaient dans des endroits où des plaines immenses étendent leur paysage monotone aujourd'hui; que les continents étaient découpés d'une autre manière ; que certains d entre eux ont disparu complètement sous les eaux tandis que d autres ont surgi du fond des océans.La terre est en perpétuel état de gestation, et si les forces modificatrices agissent ainsi pour l\u2019ensemble, il est donc tout naturel qu'on retrouve leur action dans les détails.Or, quand il s\u2019agit d'une chute d'eau, de l'importance surtout du Niagara, la force d'érosion qui tend à produire le nivellement agit incompa-blement plus vite que lorsqu\u2019il s\u2019agit simplement du travail atmosphérique.L'énorme masse d'eau du Niagara ronge le roc et recule en quelque sorte la chute de trois pieds et sept pouces par an, ce qui est loin d'être négligeable.Cette usure de la roche se fait ordinairement d'une manière imperceptible mais continuelle par petits fragments.Il arrive aussi que d\u2019énormes blocs se détachent et le fait a été observé deux fois au cours des dernières années.En 1934, un bloc de rochers de deux cents pieds de longueur et de trente de largeur pesant trente mille tonnes s'effondra brusquement dans l'abîme en produisant un éclaboussement gigantesque dont la hauteur atteignit deux cents pieds.Le bruit en fut effroyable et se répercuta au loin.En 1931, le 17 janvier, un autre bloc, plus gros, puisqu'il pesait quatre-vingt mille tonnes, s'était déjà détaché et, si l\u2019on remonte aux documents de 1842, on peut voir que l'aspect de la chute s'est grandement modifié depuis ce temps-là.Quel était son aspect, il y a mille, deux mille ans ?C'est ce que nous ne savons pas d une manière précise mais que nous pouvons imaginer avec assez de précision en tenant compte de la marche assez régulière des dégradations.Quel sera son état dans deux ou trois mille ans d'ici ?C\u2019est ce qu'il est encore plus facile de calculer aujourd'hui que l'on surveille la marche de lérosion dans tous ses détails et qu\u2019on en fait le relevé le plus minutieux.Si l\u2019usure de la roche a lieu dans les mêmes conditions et à la même cadence de trois pieds et sept pouces par an, en l'année 23053, la chute du Niagara aura complètement disparu.Le lac Erié n'aura plus ce bruyant exutoire qui sera remplacé par un rapide d\u2019ailleurs assez violent.Voilà pour l'avenir, mais un avenir que la science et la volonté des hommes pourront modifier de deux façons nettement différentes.Ou bien l'homme décidera de garder la célèbre chute sous l'aspect décoratif que nous lui connaissons, ou bien il aidera puissamment le travail de la nature.Dans le premier cas, il lui sera relativement facile de cuirasser en quelque sorte la chute contre l\u2019usure au moyen de blindages protecteurs.Des ingénieurs en ont, au reste, eu déjà l'idée qui n\u2019est pas irréalisable.Il faudrait, pour cela, détourner une partie des eaux et procéder au renforcement métallique du sol momentanément abandonné par elles, puis opérer de la même façon pour la deuxième partie.Ce serait sans doute un travail de géants mais qui ne serait pas impossible actuellement et le sera moins encore dans un siècle et surtout dans dix.Dans le deuxième cas, en procédant à des dénivellations de grande envergure complétées par des barrages aux endroits convenables, il serait possible de supprimer la chute bien avant son temps, c\u2019est-à-dire avant l'année 23053, date de sa mort.Le pittoresque y perdrait assurément mais si l'intérêt commercial sugggere la chose aux hommes, il est certain que ceux-ci la feront.D'autre part, quand il s\u2019agit d\u2019échéances lointaines de ce genre, échéances lointaines par comparaison avec la vie humaine, il n'est guère possible de dire ; les choses seront alors comme ceci ou comme cela, car il faut toujours compter avec la nature, et celle-ci réserve généralement des surprises aux hommes.En deux cent trente siècles il peut se passer bien des choses à la surface du globe, et nul ne peut affirmer qu'alors l'aspect du continent américain sera toujours le même.L'aspect des autres également, d'ailleurs.Les infiltrations, des affaissements très lents du sol en certains endroits et des relèvements en d'autres pour ront modifier complètement la configuration, la grandeur et le débit des grands lacs ; le St-Laurent pourra fort bien ne plus suivre le tracé que nous lui connaissons et que, de mémoire d'homme, on lui a toujours connu.Cette fameuse «mémoire d'homme » qui représente, aux yeux de certains êtres à vue courte, un fragment appréciable de l'éternité, qu\u2019est-ce que cela, en réalité ?Bien peu de chose ! Elle est loin de pouvoir remonter à vingt-trois mille ans en arrière, cette mémoire d'homme, et l'imagination ne peut guère se permettre le travail contraire qui consisterait à prévoir d'une distance, dans le temps, de deux cent trente siècles ! On ne peut faire que des suppositions, et j\u2019en ferai une qui, après tout, en vaut bien une autre puisqu'il sera impossible d'en démontrer la non valeur.Je crois, qu'à cette époque-là les hommes seront devenus des espèces de machines et auront transformé la boule terrestre en une véritable mécanique de ferraille et de ciment.Il y aura cent milliards (ou peut-être davantage) de bipèdes autrefois humains mais, en revanche, plus de champs, de forêts, de lacs, de fleuves et même d\u2019océans dignes de ce nom.Partout ce sera un lacis inextricable de ferraille, de murailles et de pierraille, une lamentable grisaille, et rien que d'y penser, je bâille .Ce sera la vie chimique et la mort « dito », et sur les cent milliards de pétrousquins, plus ou moins pensants, qui peupleront le globe alors, il y en aura toujours au moins quatre-vingt-dix milliards en permanence dans les nuages ou au-dessus.Alors, que voudriez-vous que ce monde-là fiche d'une chute du Niagara en plein air pour l\u2019amusement d'une espèce d'hommes depuis longtemps disparue et qu'on appelait autrefois des touristes ?On aura tout bonnement muselé la chute avec un gros robinet, et elle sera dans le coin d'un grand laboratoire où il se fabriquera toutes sortes de choses, excepté du bonheur, pour le genre humain .SON EXCUSE Un mot charmant d'un avare ar-chimillionnaire.Une dame lui demande une piastre pour la caisse des pauvres de son arrondissement, mais l'avare refuse avec obstination, \u2014 Comment, monsieur! fait la visiteuse, avec votre fortune, vous me refusez cette obole ?\u2014 Ah! madame, si les gens riches aimaient à donner, ils seraient trop heureux ! l.;,avn 1$ ; / ¦s* MP 4% eJ I I ¦4*6 » Ce que devient la chute du Niagara pendant les hivers rigoureux.( Photo CPR.) 8 LE SAMEDI Les Quadruplés Rondeau Pouvaient-ils vivre ?Par le Docteur Daniel Longpré Chef de service à la Crèche d\u2019Youville de Montréal L église de Saint-Thomas de Joliette où furent baptisés les quadruplés Rondeau.UNE brave canadienne-française.Madame Rondeau, mère déjà de neuf enfants et vivant à Saint-Thomas de Joliette, à 50 milles environ de Montréal, donnait naissance, il y a quelques semaines, à quatre jumeaux (deux garçons, deux filles), pesant environ deux livres et demie chacun et arrivant au monde un peu moins de trois mois avant terme.Pendant qu'une sage-femme leur donnait leur premier bain, le docteur Forest, qui avait assisté à l'accouchement, se mit en communication avec le ministre de la Santé, l'Honorable Albini Paquette, lui annonça l\u2019événement et lui demanda tout probablement si le gouvernement de Québec ne pourrait pas faire pour les jumeaux Rondeau ce que le gouvernement d\u2019Ontario avait fait pour les jumelles Dionne.L\u2019Honorable M.Paquette s engagea à envoyer par avion des infirmières compétentes, des incubateurs, des médicaments, enfin tout ce dont ces petits êtres pourraient avoir besoin, et, sans basse flatterie, on peut dire ici que le docteur Paquette mérite des félicitations sincères pour avoir fait cette suggestion et cette offre intelligente et pratique.Que s'est-il passé après l'entretien que le docteur Forest eut avec le Ministre de la Santé ?Je l\u2019ignore.Ce que je sais, tout le monde le sait.Ôn décida, contrairement à la suggestion du Docteur Paquette, d\u2019envoyer chercher les jumeaux Rondeau en taxi et de les faire transporter à Montréal.Le midi, quelques heures à peine après leur naissance, les jumeaux furent apportés à l'église paroissiale située à peu de distance de la maison paternelle.Le soir on les amena à Montréal.Et vers minuit, les bébés Rondeau étaient admis à l'hôpital Sainte-Justine où, paraît-il, un nombre assez considérable de personnes purent approcher de leurs berceaux pour mieux les voir et les examiner.Le lendemain, malgré les soins minutieux dont on les entoura, trois des quatre jumeaux mouraient.Or, la question que tous se posent est celle-ci : « Pourquoi, comme les cinq jumelles Dionne, les quatre jumeaux Rondeau n'ont-ils pas tous survécu ?» Il faut d'abord dire qu\u2019il est possible, probable même, que ces enfants soient nés non viables.Car, 1 expérience le démontre, avant le septième mois de grossesse, certains organes importants, comme ceux du système respiratoire, ne sont pas suffisamment développés pour que l\u2019organisme du bébé puisse s adapter à l'air extérieur et vivre de ses propres forces.Si ces jumeaux sont nés non viables, ils devaient nécessairement mourir, quoi que l\u2019on eût fait.Mais s ils sont nés viables, ce que je ne crois pas, on peut dire qu\u2019on ne semble pas leur avoir donné aucune chance de survivre.J'ouvre ici une parenthèse.Les remarques qui vont suivre ne doivent pas être prises en mauvaise part.Je ne critique personne.Je constate tout simplement certains faits et en tire des conclusions.Il y eut des erreurs de commises.Il est facile de comprendre pourquoi.La naissance de quatre jumeaux, même la naissance d'un prématuré unique, prend tout le monde par surprise : les parents, le médecin et l'entourage.II n\u2019y a rien de prêt, ou ce qui est prêt ne convient pas, ni le berceau ni les vêtements, ni le reste.Alors c'est la panique.Tout le monde commande puis décommande.Rien ne se fait ou, quand on fait quelque chose, on le fait mal.Je me garderai bien d'attribuer le succès qu'a rapporté le docteur Dafoe, de Corbeil, au seul élément : chance, car le médecin des jumelles Dionne possède de vastes connaissances en puériculture, mais je me demande, comme bien d\u2019autres, si Corbeil avait été à 50 milles de Toronto, si ce bon « country doctor » n'aurait pas commis l\u2019erreur grave que l'on a commise à Saint-Thomas de Joliette.Les soins que requièrent les jumeaux, deux, trois, quatre ou cinq, sont les mêmes que ceux dont on entoure un prématuré-débile ordinaire : lo.Eviter les refroidissements.2o.Eviter les infections.3o.Enfin donner à l'enfant un aliment convenable, digestible et propre.ÉVITER LES REFROIDISSEMENTS Pour vivre, l'organisme lui-même doit être maintenu à une température d\u2019environ 98° F.Il existe quelque part dans chacun de nous, peut-être dans le cerveau, peut-être ailleurs, un petit appareil qui fait penser au thermostat du système de chauffage de nos maisons, de maintenir la température à un thermique.Il a pour fonction, comme le thermostat de nos maisons, de maintenir la température à un degré à peu près uniforme.Or, chez le tout jeune enfant, et en particulier chez le prématuré-débile, jumeau ou non, le centre thermique fonctionne extrêmement mal, de telle façon que si l\u2019enfant est exposé à une trop forte chaleur ambiante, sa température va monter comme s'il faisait de la fièvre, et d\u2019autre part, s\u2019il est placé dans un endroit trop froid, sa température va descendre, mettons à 90° F.A cette température, et surtout plus bas, la vie est impossible.ÉVITER LES INFECTIONS Les maladies infectueuses se propagent par contagion, Un malade ou un porteur de germes, en toussant, en parlant ou même en respirant sème à tout vent la maladie dont il souffre.Les prématurés-débiles, jumeaux ou non, sont extrêmement sensibles aux infections, surtout aux infections des voies respiratoires grippales si fréquentes à cette saison.Inutile de prolonger cet article en parlant d alimentation, pourtant si importante.Car dans le cas qui nous intéresse, on n\u2019a pas eu le temps de s\u2019en préoccuper.CECI ÉTANT, QUELLES SONT LES ERREURS QUE NOUS AVONS COMMISES ?lo.On aurait dû tout simplement enduire d'huile les enfants et les enrouler dans des couvertures chaudes ; 2o.On n\u2019aurait pas dû les amener à l'église paroissiale pour les y faire baptiser.On aurait dû tout simplement les ondoyer à la maison et remettre à plus tard la cérémonie officielle du Baptême et de l\u2019enregistrement civil ; 3o.Et surtout on n'aurait pas dû les envoyer en plein hiver, à 50 milles de distance.On aurait dû accepter la suggestion première de 1 Honorable M Paquette et faire venir, sinon par avion, du moins par le train, des incubateurs et des infirmières.INCUBATEURS ET INFIRMIÈRES COMPÉTENTES lo.On a donc par trois fois exposé les enfants au danger d'un refroidissement presque toujours fatal chez un prématuré-débile.2o.On a eu raison de penser à envoyer ces enfants à l\u2019hôpital Sainte-Justine, du moins à priori, parce qu ils y auraient été traités par les meilleurs pédiatres canadiens français.(J en parle en toute liberté puisque je ne fais pas partie du personnel de cette institution et que cette maison possède 1 outillage et l\u2019instrumentation la plus moderne, mais on eut tort de mettre ce projet à exécution.) Un hôpital est le dernier endroit où on aurait dû les envoyer, car les prématurés-débiles sont extrêmement sensibles à l\u2019infection, et l\u2019hôpital Sainte-Justine, à cette époque de l\u2019année, comme tous les autres hôpitaux.d\u2019ailleurs, est remplie d enfants souffrant de grippe ou de complications grippales tout aussi contagieuses que la grippe elle-même.Je suis personnellement convaincu que le docteur Forest aurait pu traiter ces enfants seul à St-Thomas de Joliette quitte, comme le Dr Dafoe, à demander conseil, par lettre ou par téléphone aux médecins de l\u2019hôpital Sainte-Justine.Ainsi, ces enfants n'auraient pas été exposés au danger de la contagion.Mais les enfants Rondeau ne sont pas morts d'infection ; je ne crois pas qu\u2019ils soient morts non plus de refroidissement, car j'ai la ferme impression que l'autopsie que l\u2019on pratiquera sur ces enfants démontrera qu\u2019ils ne sont pas nés viables.(N.de la R.Cet article a été écrit le lendemain de la mort des enfants.) J'ai fait ces remarques tout simplement, d\u2019abord parce qu\u2019on m'a demandé de les faire et ensuite avec la téméraire et orgueilleuse illusion qu elles pourront servir lorsque quatre ou cinq autres jumeaux canadiens français décideront de venir au monde dans la province de Québec.La maison de M.et Mme Rondeau, père et mère des quadruplés.\tPhotos LE SAMEDI r.a «cj îSf'f* - : yp r^llp mmmkmm et.sew ' tes ¦SSuffi ii'-\u2019si s \u2019 27 février 1937 9 Une âme d\u2019élite* Gérard Raymond Le petit saint de Québec.- Nombreuses faveurs obtenues par son intercession.- Les leçons de sa vie : leçon d\u2019idéal, leçon de foi, leçon de courage.UNE ÂME D'ÉLITE CES trois mots résument toute la vie du jeune Gérard Raymond, élève finissant au Petit Séminaire de Québec, décédé le 5 juillet 1932 à l Hôpital Laval.Son journal, commencé le 23 décembre 1927, se termine le 2 janvier 1932.Dans ces pages, écrites au jour le jour, sans aucune prétention littéraire, et avec un abandon charmant, il se révèle tout entier ; et sans le vouloir, il nous montre toutes les beautés incomparables de son âme, vraiment une âme d élite.Presque à chaque page de son journal, nous trouvons énergiquement manifestée cette soif de la souffrance, cette soif d'être victime pour les autres.Il est bien lui aussi de la famille de sainte Thérèse de lEnfant-Jésus, dont, du reste, il a lu et médité la vie 1 Comme la grande thaumaturge de Lisieux, il veut se sacrifier, verser son sang pour les âmes.11 n'a voulu qu\u2019être, et il a été un véritable écolier.Pas autre chose.C\u2019est ce qui nous le rend sympathique et nous inspire en même temps cet attrait quasi instinctif qu'on a pour lui.Un écolier, avec ses devoirs et ses ennuis quotidiens, avec ses rêves d\u2019avenir, avec ses hausses et ses baisses.Et oui.un écolier, mais pas absolument comme les autres.Son idéal, qui consistait à faire tout de son mieux, il le haussait sans cesse.Il ne voulait point suivre les \u2022¦entiers battus, marcher dans l'ornière où se complaisent les médiocres.Gérard Raymond est né à Québec, dans la paroisse de St-Malo le 20 août 1912, de Camille Raymond et de Joséphine Poitras.Père et mere de familles modèles qui transmirent à leur cher Gérard l'amour du bon Dieu, le culte de la sainte Eucharistie et l'habitude de la communion à peu près quotidienne.Avec une vie surnaturelle aussi intense, ils ont été pour leur nombreuse famille des exemples journaliers de l\u2019accomplissement généreux, total, des devoirs d'état.A cinq ans et cinq mois, il fit sa première communion.Quels furent en ce moment solennel ses sentiments intimes ?SON IDÉAL Son idéal ! Les quelques extraits de son journal nous disent clairement qu il veut devenir prêtre et prêtre missionnaire Travailler au salut des infidèles, c'est ce qu\u2019il s'est proposé, c'est ce qu\u2019il a rêvé, et encore bien jeune .N'en soyons pas surpris.Quand on passe des vacances aussi chrétiennes que celles de cet écolier, on a certes un bel idéal.Voici ce qu\u2019il écrit le 15 septembre 1928 : « Les vacances sont finies.Elles ont été bonnes, très bonnes, excellentes même, au point de vue spirituel surtout Barricadé derrère le travail continu (travail des champs), la sainte messe et la communion quotidienne, le chapelet, dans un milieu profondément chrétien, de la foi de nos peres, je suis parvenu à résister au démon qui ne fit d'ailleurs que de rares assauts.Je remercie Dieu de tous ses bienfaits et je veux essayer d en profiter le plus possible.» Mais quelques mois plus tard, il songe aux Franciscains.C\u2019est dans l\u2019ordre séraphique qu'il semble maintenant trouver le plus parfaitement la réalisation de son idéal Missionnaire franciscain ! Bien plus que cela, Gérard Raymond veut verser son sang pour les âmes, il veut être martyr.PAR LA SOUFFRANCE ET LE SACRIFICE On sait l'idéal du jeune Gérard Raymond.Devenir prêtre, et prêtre missionnaire ! Continuer ici-bas * Ces passages de la vie du jeune Gérard Raymond sont extraits d\u2019un livre intitulé : Une âme d\u2019élite, publié par le Séminaire de Québec.l'œuvre rédemptrice du Sauveur ! C\u2019est ce qu\u2019il se proposait depuis sa plus tendre enfance.Mais il savait, ce jeune écolier de quinze ans, que le prêtre est d'autant plus prêtre, et d'autant plus semblable à Notre-Seigneur qu'il reproduit davantage ses faits et gestes dans sa conduite quotidienne.Aussi, dans son programme de chaque jour, y avait-il place prépondérante pour le renoncement, pour la mortification.Et à travers tout son journal souffle un vent de pénitence qui nous surprend, qui nous effraye.Probablement quelques-uns crieront à l\u2019exagération.Ça été le fait de toutes les grandes âmes, de toutes les âmes nobles que d\u2019exagérer.Mais heureusement, ce terme exagération, si on le prend au sens mondain \u2014 et c'est celui qui convient dans le cas présent, \u2014 n'infirme en rien, ne diminue en rien, la valeur morale, la vertu de ce brave écolier.Disons-le, presque toutes les pages de son journal suintent cet amour très prononcé du sacrifice.Comme instinctivement, Gérard Raymond se plaît dans ce qui le contrarie, jouit de ce qui va à l'encontre de ses inclinations, chérit ce qui le fait souffrir.Il prenait beaucoup de résolutions.Et personne ne pourrait nier sa ferme et courageuse volonté de les tenir toutes,.Ce grand désir de devenir un saint, exprimé à toutes les pages de son journal, était le motif ordinaire de ses moindres actions.Avouons qu\u2019il recourait bel et bien aux moyens les plus propres à faire de ce désir une exigeante réalité, aux moyens les plus propres à assouvir de plus en plus cette soif intense de perfection chrétienne qui le tourmentait sans cesse.Malgré la planche garnie de clous qu il mettait dans son lit, il se reproche encore de ne pas se lever immédiatement Le 1er décembre, nous lisons : «Ce matin, je me suis levé en retard.Trop tard pour la messe ici.Alors, je n\u2019ai pas déjeuné et je me suis rendu à la Basilique ; j\u2019ai communié quelques minutes après 8 heures.J ai déjeuné au retour de la classe vers dix heures et demie.Mais j\u2019avais communié.Merci, Jésus.Demain encore, j'y veux retourner avant de partir pour la classe, cette fois Demain, premier samedi du mois.Pour me lever, il me faut me coucher.Bon ange gardien, protégez-moi, » LES LEÇONS DUNE VIE Cette courte, cette humble existence, elle comporte quelques leçons.Gérard Raymond est mort avant sa vingtième année accomplie.On vient de le voir, il fut un écolier apparemment comme les autres, suivant sa classe, observant son règlement de son mieux Au vu et au su de tous ses confrères, un élève qui fait son cours.Puis un point, et c'est tout.Et, à cause de cela, la première leçon de sa vie, nous semble-t-il, est une leçon d idéal.Cet enfant si jeune, n'était point quelconque.Admirablement doué, \u2014 ses résultats en classe, ses succès brillants, ses prix, et aussi son journal, nous le montrent suffisamment, \u2014 il avait sans conteste, un talent supérieur.Une autre leçon ! Une leçon de foi ferme, de foi éclairée, de foi qui imbibe toute une existence, qui la surélève, qui l'entraîne, qui lui fait donner plein rendement.Pas besoin d'insister.Ses croyances, sa foi, Gérard Raymond ne les considérait pas comme une sorte de vêtement de rechange que l'on met certains jours de grande fête.Non, sa foi, il 1 a vécue journellement il en a saturé ses moindres actes ; elle était sa grande inspiratrice en tout.Et on sait à quelles hauteurs le conduisait cette foi si intensément pratiquée.Il voulait être martyr.Donner son sang pour le Sauveur, de nombreuses pages de son journal nous disent clairement que c\u2019était là sa noble ambition.imm ¦ ' St Une dernière leçon de cette vie, c'est une leçon de courage et d\u2019abandon à la volonté de Dieu, une leçon de sacrifice et d\u2019abnégation.Son journal fourmille d'actes de soumission au bon vouloir divin Chaque matin il se dispose à tout accepter : succès, insuccès, santé ou maladie, etc.Résultat de ses fermes convictions religieuses, du grand esprit de foi qui l'inspire et le dirige en tout.AU FOYER Gérard Raymond, si bien doué, était de bonne souche.Chez lui, on trouve efficaces ces deux facteurs, l'hérédité et l'éducation.Quand on lui administra le sacrement de l\u2019Extrê-me-Onction, qu\u2019il demanda lui-même quinze jours avant la fin, tous eurent l'impresrion d'une fête Tant le spectacle était ravissant, tant la joie rayonnait sur sa figure ! 11 s'éteignit paisiblement, dans la nuit du 5 juillet 1932, après une hémorragie.Sa tête blanche renversée sur l'oreiller, du sang aux lèvres, il donna I mpression d un jeune martyr des premiers siècles de l\u2019Eglise, comme le disait un témoin oculaire.Sa mort calme et tranquille fut l\u2019écho de sa vie.Gérard Raymond a sans cesse rêvé d apostolat.Sa mort généreuse, résignée, sa mort dans un parfait abandon à la volonté de Dieu est certainement une prédication dont on ne saurait dire encore toute la puissante efficacité et la haute valeur.Cette fin si belle, couronnement d'une vie toute saturée de sacrifices et d\u2019abnégation ne saurait rester sans lendemains.Ces quelques tranches de vie, loin d être définitives, ont pour but de faire mieux connaître ce jeune homme de chez nous, fils de l\u2019une de nos meilleures familles, ce jeune homme qui, toute sa vie, a voulu être ignoré, a voulu être méconnu.Ce qu'il a écrit, il faut le publier, il faut le répandre.Car son journal est tout un code de vie intégralement chrétienne où les jeunes, ses contemporains, et ceux qui viendront après, pourront aller chercher les directives dont ils ont tant besoin La courte existence de Gérard Raymond est une discrète protestation contre cette mentalité toute naturaliste.Le grand fond de générosité, à la base de toute sa vie, sa piété si fervente, si vécue, son grand esprit surnaturel, et, par-dessus tout, sa grande passion du sacrifice, voilà qui le fait un modèle accompli pour les jeunes de notre époque.Ce petit garçon qui, à l'âge de sept ans et demi, s'imposait de dures privations, et qui, à onze ans, commençait à faire son chemin de croix et à dire son rosaire chaque jour, et cela jusqu'à sa mort ; cet enfant qui jouait au prêtre, qui disait la messe ; cet enfant qui donnait tout son avoir pour les Missions, il a été bien dirigé ; il a été admirablement bien éduqué.Il est la preuve vivante de ce que peuvent et doivent faire un père et une mère vraiment dignes de la grande mission à eux confiée.Notre jeunesse travaillée par tant d'influences diverses a de plus en plus besoin de contempler et d imiter les modèles qui lui enseigneront comment résister au courant des passions mauvaises, comment se fixer à jamais dans le vrai et le bien. 10 LE SAMEDI VOUS ÊTES CE QUE J AI CONNU DE PLUS BEAU, DE PLUS JEUNE, DE MEILLEUR.PARRAIN, JE SAIS MAINTENANT QUE C ÉTAIT VOUS SEUL QUE DIEU ME RESERVAIT! ¦WïffifS: i®l ' PARRAIN i adame, je suis innocent, je vous le jure ! » ¦\u2014 Sortez, monsieur ! \u2014 Je ne suis pas l\u2019auteur d une telle infamie !.Je .\u2014 Sortez, vous dis-je ! \u2014 Ah ! tant pis ! Vous l'aurez voulu ! Un coup de feu avait ponctué la dernière exclamation, auquel bruit succédait un brouhaha indescriptible.Dominant le tumulte, une voix d'homme, forte et bien timbrée dont l\u2019accent sonore, un peu chantant, dénonçait des origines méridionales, cette voix jeta brusquement : \u2014 Non ! Non et non ! Ce n\u2019est pas ça ! Ce n\u2019est pas ça du tout.Il faut me recommencer cette scène ! Un silence complet s\u2019était fait aussitôt, que rompit, après quelques minutes, une voix féminine, gazouillante et lassée : \u2014 Si nous continuons ainsi, nous n\u2019aurons pas dîné à l\u2019heure des émissions.\u2014 Ça m\u2019est égal ! proclama le Méridional.Allez ! Recommençons .A ce moment, la double porte du studio, \u2014 car la chose se passait au poste de France-Radio, à l'heure des répétitions \u2014 cette porte matelassée s\u2019ouvrit sans bruit et un petit jeune homme mince et sec parut.C'était l\u2019ingénieur du son, qui, ayant quitté un instant son siège d'écoute, venait rendre compte de ses observations : .\u2014 Pour moi, ça irait, dit-il avec douceur, à condition toutefois d'intensifier l\u2019ambiance du début et le brouhaha de la fin.\u2014 Ah ! répliqua l\u2019interrupteur de tout à l\u2019heure, en regardant le nouveau venu avec un tant soit peu d\u2019ironie.Eh bien ! pour moi ça ne va pas ! Retournez à votre place, Martillac.Nous recommençons toute la scène.L\u2019ingénieur du son inclina légèrement la tête et sortit comme il était entré.\u2014 Allons, vite ! Vous y êtes ?reprit la forte voix aux inflexions chantantes.Celui qui parlait en maître dans cette pièce basse d\u2019où s\u2019envolait, chaque jour, chaque nuit, à travers l\u2019espace, vers les peuplades les plus lointaines, des sons exprimant la Pensée et l\u2019Art français, cet hom- me-là n était rien moins que le directeur des émissions dramatiques, attaché à l\u2019un des postes d\u2019Etat les plus importants de notre capitale.Jeune encore, \u2014 il pouvait avoir trente-cinq ans tout au plus.\u2014 il portait, sur un corps d\u2019athlète bien moulé dans un élégant complet signé du bon faiseur, une tête pleine de caractère.Les traits fortement accusés dénotaient une force de volonté extraordinaire.Mais le regard très noir, vif et franc, reflétait une bonté douce, involontairement câline, et ceci corrigeait amplement ce que l\u2019ensemble du visage pouvait avoir de dur, voire même de brutal.Les gestes étaient ceux d un être habitué à commander : souples, brefs, nets.\u2014 Dépêchons ! répéta-t-il.Pendant que les huit comédiens qui composaient la troupe reprenaient, leur texte en main, la place qu ils occupaient au debut de la répétition, une des altistes se détacha d eux et vint droit au directeur.Sa démarche, sa silhouette et sa mise élégante à lextrême, étaient celles d une toute jeune femme, 1 arisienne jusqu au bout des ongles qu elle portait de la couleur à la mode du surlendemain.Mais quand on examinait de près son visage, on voyait 27 février 1937 11 à 1 infinité des menues rides apparaissant, tenaces, en dépit des fards les plus savants ; à ce ramollissement de l'épiderme, soigne pourtant à la perfection et aussi à l'expression de la bouche et du regard, qui avaient depuis trop longtemps perdu leur éclat naturel, on voyait, à tous ces légers indices, que cette femme \u2014 quoiqu'elle s\u2019en défendît avec indignation, \u2014 avait largement doublé le cap de la cinquantaine.Bah ! qu importait, après tout, puisque la plupart des fervents admirateurs de sa prime jeunesse, \u2022\u2014 ceux qui l\u2019avaient hissée en première place sur une des scènes les plus réputées de Paris, \u2014 n\u2019avaient point encore dépouille leurs titres illustres pour le froid linceul de la tombe ?G'oria Vindict demeurait celle dont les grands hebdomadaires exposent dans un même numéro la caricature et l'éloge enthousia'te ; celle que les chansonniers en vogue blaguent et que le public porte au pinacle : celle ausci à qui les impresarii étrange- offrent des ponts d\u2019or mais qui met son point d\u2019honneur à ne pas dépasser nos frontières, sûre, par ce moyen, de rester jusqu\u2019à la fin l\u2019obiet de l'engouement béat de ses compatriotes.Les lèvres minces, dont un savant pinceau avait corrigé l\u2019imperfection de la forme, souriaient narquoisement lo- que ses doigts, qu\u2019encerclaient des bagues anciennes aux châtons énormes, se posèrent sur le bras du chef de la troupe : \u2014 Alors, mon cher, murmura-t-elle de ce même accent suave qui lui réussissait si bien dans sa carrière c\u2019est pour atténuer la nullité de ce stupide Quersier que vous retenez six excellents acteurs dans une atmosphère irrespirable ?Notez bien que je ne parle pa- de moi ! Son interlocuteur eut un petit rire et répliqua avec une inclinaison du buste : \u2014 Naturellement ! Gloria Vindict ne saurait être confondue dans un groupe quelconque, même si ce groupe ne comporte qu\u2019une élite , .Insensible au compliment, \u2014 l\u2019encens n'était-il pas la nourriture constante de son orgueil ?\u2014 la comédienne haus'a l\u2019arc excessivement étroit de ses sourcils et articula un peu plus bas, avec une sécheresse d accent qu elle savait prendre quand son métier l\u2019exigeait : \u2014 Dites-moi, Flagermont.oui ou non, allez-vous m'imposer longtemps ce vulgaire amateur, à moi, dont vous prétende: connaître la valeur ?\u2014 Je suis désolé, ma chère amie, répondit-il sur le même ton, mais je me vois forcé de conserver Querrier, en essayant toutefois de le rendre possible Gloria eut une moue dépitée et lança, furieuse, entre haut et bas : ¦\u2014 Vous avez de la chance de m'être personnellement très sympathique, vous ! Sans quoi, je n'hésiterais pas une seconde à vous rendre mon rôle .Vous pourriez alors donner à votre protégé une partenaire à sa taille ! \u2014 Quersier n'est pas mon protégé, mais bien celui du ministre .La bouche de la vedette s'arrondit en un o rose vif.\u2014 Du ministère ?Ah ! bon .En ce cas .Et aussitôt, soulevant imperceptiblement ses délicates épaules, elle rejoignit les autres acteurs et prit la pose d'une petite fille bien sage, disposée à réciter sa leçon.\u2014 Allez monsieur Quersier, s'écria alors Flagermont, avec une légère impatience.Vous entrez.La porte claque.Vous laissez s\u2019écouler deux secondes et, du ton d'un homme très ému, vous commencez : « Madame .» Voyons, allez-y, maintenant ! La porte claqua et la voix de Quersier prononça : \u2014 Madame .\u2014 Non ! cria brutalement Flagermont tandis que les autres artistes se regardaient avec des mines énervées.Non ! Pas comme ça ! Vous êtes amoureux.Vous entendez ?Vous êtes amoureux ! Mettez-vous dans la peau de votre personnage, que diable !.Recommencez 1 \u2014 Monsieur Flagermont ?\u2014 Qu\u2019est-ce que c\u2019est?Un groom venait d\u2019entrer.Le directeur artistique le considéra sans aménité.\u2014 J\u2019ai déjà dit vingt fois que je ne voulais pas être dérangé pendant les répétitions ! ___ C'est une dame .ou plutôt une demoiselle, une jeune demoiselle qui.\u2014 Dame ou demoiselle, jeune ou vieille, je m'en moque ! J\u2019ai des heures pour recevoir les théâtreu-ses en quête de cachet \u2014 Ce n\u2019est pas une théâtreuse.C est.la filleule de M.Flagermont, qu elle a dit.fin petit temps s\u2019écoula pendant lequel le directeur considéra le gamin d\u2019un air profondément ahuri.\u2014 Ma filleule ?Tu es fou, mon garçon, fit-il ensuite, en riant.Puis, tourné vers sa troupe, il ajouta : J ai une filleule, en effet, mais elle est encore enfant et se trouve dans ma famille, à sept cent cinquante kilomètres d'ici ! Il posa une main amicale sur le bras de Gloria : Ma chère amie, dit-il rondement, voulez-vous me rendre le service de recevoir cette rouée qui se fait passer pour ma filleule afin d arriver jusqu à moi et.de l'expulser dans les rèfiles, n\u2019est-ce pas ?\u2014 Soyez tranquille.Pendant ce temps, à vous, monsieur Quersier.Regardez-moi.Je suis Mme Vindict.Vous m aimez éperdument et vous venez me le dire.Est-ce compris ?Cependant, Gloria était sortie à la ruite du groom de son « pas de déesse », selon le terme propre des grands critiques.Quand elle arriva dans le vaste hall au moderne ameublement, le petit lui désigna discrètement une forme tapie au creux d'un fauteuil bas.Curieusement, la vedette examinait la fraîche gamine, ridiculement affublée, qui se levait vivement à son approche.Grande et mince, trop grande et trop mince pour l'âge quelle paraissait avoir, elle tendait un étroit visage brun aux lèvres d un rouge grenat, aux yeux noirs immenses Un grand chapeau de feutre, rappelant une mode surannée, dissimulait presque entièrement de magnifiques cheveux d'un noir de jais, étonnamment fins et ondulés.Le manteau jaune canari datait probablement de l'année où le chapeau avait été acheté et les manches, trop courtes, laissaient à découvert un poignet fort délicat ganté de par Marcelle Morthone ¦ ¦ ¦ Illustration de F.BAZIN fil beige.Les pieds menus aux chevilles très minces étaient chaussés de grossiers souliers de marche, tout maculés de boue, bien que les pavés parisiens fus-ent nets et luisants par cette fin d'après-midi printanier.Les longs cils retroussés de Gloria Vindict s\u2019abaissèrent avec lenteur sur un regard prodigieusement amusé et ce fut d\u2019un ton presque cordial, en tout cas plein de simplicité qu\u2019elle prononça : \u2014\tM.Flagermont, fort occupé en ce moment, m'a chargée de vous recevoir, mademoiselle.Que désirez-vous ?A ces mots, une exprecsion de violent désespoir se peignit sur les traits de la fillette : \u2014\tIl.il a refusé de me voir ?interrogea-t-elle d'une voix sourde et basse en laquelle cependant Gloria reconnut immédiatement des inflexions chantantes familières à son oreille.\u2014\tVous êtes du Midi, mademoiselle ?murmura-t-elle, bienveillante et douce.Seriez-vous vraiment la filleule de M.Flagermont ?\u2014\tMais oui ! s\u2019écria la petite dont le visage s\u2019éclaira brusquement.Ah ! je comprends .Il n'a pas cru .C\u2019est qu'il s'attendait si peu .\u2014\tEn effet, sourit Gloria de plus en plus bienveillante.\u2022\u2014 Alors, il va venir ?Je vais le voir ?\u2014\tMais certainement, mon petit.Les doigts parfumés de la vedette, où mille feux scintillaient s'approchèrent des menottes crispées sur une valise antédiluvienne, se saisirent délicatement de la poignée usagée.\u2014 Là 1 .Asseyez-vous.Il va venir, promit-elle.Et elle déposa l'objet disgracieux tout près du siège où la petite reprenait place.Celle-ci écarquillait les yeux, contemplant avec une avidité où l'admiration extasiée se lisait clairement, la belle dame qui ['installait et lui parlait avec tant de gentillesse.\u2014 Vous .vous êtes une amie de parrain ?\u2014 Oui, c\u2019est cela, une grande amie de votre parrain, sourit l\u2019artiste, plus flattée par ce regard naïf de provinciale endimanchée que par les adulations coutumières.Je serai la vôtre aussi, n\u2019est-ce pas ?La fillette continuait à la fixer intensément sans répondre.\u2022\u2014 N'est-ce pas ?répéta Gloria d\u2019un ton suave.\u2014\tJe ne sais .murmura l'autre.\u2014 Comment ?Maintenant, ce n'était plus une vive admiration que les prunelles noires, magnifique^ gemmes vivantes reflétaient, mais une sorte d'effroi.Mme Vindict haus-a les épaules imperceptiblement et, masquant d\u2019un sourire bien « théâtre » sa surprise un peu irritée, elle lui fît, du bout des doigts, un petit signe gracieux, puis s'éloigna.\u2014\tMon cher, annonçait-elle l'instant d\u2019après à Flagermont toujours aux prises avec le malheureux Quersier, c'est bel et bien votre filleule qui vous attend dans le hall.Au reste, je n'avais pas besoin de l\u2019interroger pour être fixée là-dessus, dès l\u2019abord.Son habillement et son accent révèlent à eux seuls son identité.\u2014\tQu'est-ce que vous dites ?fit le directeur en pâlissant légèrement.Pierrette ici ?Et seule ?Ce n'est pas possible ! \u2014\tElle s'appelle Pierrette ?demanda tranquillement Gloria dont le sourire moqueur s\u2019épanouissait.Joli nom.Et jolie gamine aussi, ma foi .Lorsque vous l\u2019aurez menée chez un quelconque couturier, elle sera fort agréable à regarder ! Mais 1 autre ne l'écoutait plus.Il avait bondi vers la porte, plantant là sa troupe, totalement oublieux de la répétition.Dix minutes ne s\u2019étaient pas écoulées cependant qu il revenait avec sa mine bourrue des mauvais jours et.s'adressant à Gloria, du ton à la fois excédé de ce qui est et inquiet de ce qui sera : \u2014\tMa chère amie, lui murmura-t-il à mi-voix, je vous demande comme un service per'onnel de diriger cette fin de répétition à ma place.Je m'en rapporte à vous entièrement pour que Quersier s\u2019en tire ce soir d'une manière passable \u2014\tÇa, mon ami .\u2014\tSi .Vous arriverez, j\u2019en suis sûr.à lui faire entrer dans la tête cette scène du trois.Moi, il faut que je m'en aille tout de suite.Quelle tuile, bon sang, quelle tuile ! \u2014\tDites-moi .Cette filleule, c\u2019est une nièce ?\u2014\tMême pas, figurez-vous ! La fille d'un de mes meilleurs amis d enfance, mort il y a cinq ans.Sa femme l'avait suivi de près et, depuis, Pierrette avait été recueillie par ma sœur .Je ne pensais plus à elle, quand, tout à coup, crac ! elle quitte ma famille sans prévenir personne, grimpe dans le train et me tombe sur les bras, s\u2019imaginant que parce que je l'ai tenue, il y a près de seize ans, sur les fonts baptismaux, je vais la garder près de moi, m'encombrer de sa frondeuse petite personne !.Moi, un vieux garçon, débordé de travail .C\u2019est formidable, ne trouvez-vous pas ?Gloria lança son manuscrit sur la table d\u2019un geste espiègle et proclama : \u2014\tC'est superbe, au contraire ! Elle est épatante, cette petite ! \u2014\tAh ! vous trouvez ?gronda nerveusement Flagermont.Vous en avez de bonnes, ma chère ! Mais je vais remettre tout ceci dans l'ordre et la renvoyer à ma sœur par le prochain courrier .L\u2019ennuyeux, c\u2019est que je suis, en ce moment, effroyablement occupé .Agacé par le rire léger adopté par Gloria depuis une trentaine d'années, Flagermont lui prit la main sur laquelle il s'inclina pour un baiser rapide.\u2014\tJe compte sur vous, répéta-t-il froidement.Et.d'un geste sec, tirant à lui la lourde porte, il disparut.II Tandis que le groom \u2014 celui-là même qui avait annoncé à Flagermont l\u2019arrivée de Pierrette._____ déposait précautionneusement la ridicule valise dans la dix chevaux du c patron », celui-ci surprit entre les cils joints du gamin un éclair de malice narquoise.Monte ! ordonna-t-il nerveusement en poussant la petite devant lui.Puis il s\u2019installa à côté d\u2019elle et prit le volant Le groom porta la main à sa casquette et l\u2019auto n\u2019eût, en démarrant, qu un discret ronronnement.\u2014 Maintenant, m'expliqueras-tu, commença Flagermont sans cesser de regarder droit devant lui ce que signifie cette fugue ? 12 LE SAMEDI N'obtenant pas de réponse, il détourna la tête légèrement : \u2022\u2014 Dis, Pierrette ?fit-il en s\u2019efforçant d'adoucir sa voix.Que signifie ?Mais il interrompit net sa phrase, stupéfait de voir une gnose larme rouler sur la joue de sa voisine, une joue toute rose, d\u2019un rose qui lui rappelait brusquement les ciels d'aube de son pays natal, les roses d'avril et les églantines de juin.Sa main bougea sur le volant, et la voiture, docile à la volonté de l\u2019homme, vint doucement se ranger tout au bord du trottoir.Tout à fait tourné vers sa filleule, à présent, Flagermont lui avait pris les deux mains qu\u2019il tenait serrées dans les siennes : \u2014 Voyons, que s\u2019est-il passé à Boislelong ?Pourquoi baisses-tu le front?Pierrette, regarde-moi! Tu n\u2019as rien fait de mal, dis ?Il reçut soudain son regard comme un jet de lumière qu\u2019on lui aurait lancé en plein visage.Elle le fixait de ses larges yeux aux profondeurs de nuit abondamment étoilée.En l\u2019espace d\u2019une seconde, il se revit petit garçon, contemplant, par des soirées chaudes et parfumées d été une voûte très sombre mais criblée de points d'or si mouvants par leurs scintillements qu'ils semblaient des atomes vivants suspendus entre la terre et le ciel .Pierre Flagermont ressentit au fond de sa gorge le même émoi que jadis, lors de ses premières rencontres avec la Beauté des choses, et, au lieu de s'en réjouir, il prit involontairement un ton sévère et glacé pour dire à la petite : \u2014 Tu as les mêmes yeux que ta grand\u2019mère paternelle .J\u2019étais enfant quand je l\u2019ai connue ; elle avait près de soixante-dix ans, alors .Et, pourtant, je n'ai jamais oublié la profondeur étrange de ce regard-là .Il s\u2019étonna intérieurement d\u2019avoir prononcé de telles paroles.C\u2019était bien le moment, en vérité, d'évoquer le souvenir de la vieille comtesse de Chanteduc ! \u2014 Revenons à nos moutons, dit-il, Clotilde et toi avez, sans doute, eu une discussion ensemble ?« Mais parle donc ! ajouta-t-il, voyant qu'elle se taisait toujours et qu\u2019à la larme de tout à l\u2019heure tombée sur le corsage clair, plusieurs autres avaient succédé qui s\u2019écoulaient, goutte à goutte.Alors, retirant ses menottes des mains qui les enveloppaient, Pierrette en comprima son cœur gros de sanglots : \u2014 Parrain, murmura-t-elle d\u2019une voix sourde et passionnée qui semblait être sa voix habituelle, je ne pourrai rien vous raconter tant que vous serez fâché avec moi ! \u2014 Mais .je ne suis pas fâché .\u2014 Si.Oh ! j\u2019ai bien vu tout de suite votre air de mécontentement.Et puis la façon dont vous me parlez .Il y a trois ans, quand vous êtes venu aux vacances à Boislelong, vous aviez tellement été différent avec moi.tellement comme était papa que .je pensais .j\u2019espérais .Mais je comprends bien que vous m'en voulez d\u2019être venue .\u2014 Certes .Je ne sais pas si tu te rends compte de l\u2019énormité .\u2014 Je me rends compte surtout que je viens déranger votre vie et.que vous ne m aimez pas suffisamment pour supporter cela .- Oh ! Il la contemplait, absolument déconcerté.Comment, cette fillette, \u2014 car c\u2019en était une encore, malgré la surpre- Publié en vertu d\u2019an traité avec La Société des Gens de Lettres.nante transformation qu\u2019avaient opérée en elle ces trois dernières années, ¦\u2014 comment avait-elle pu deviner avec tant d'exactitude l\u2019impression que son équipée avait produite et comment surtout osait-elle le déclarer avec cette franchise désolée et cette surprenante logique ?\u2014 J\u2019ai dérangé votre vie, répéta Pierrette.Votre premier mouvement est de me repousser.Et, cependant, vous allez me garder, parrain, il le faut ! \u2014 Ça ! fit-il, maussade, en ébauchant un geste vague.D'un élan brusque, qu'il était loin de prévoir, elle pencha vers lui son buste flexible comme une liane sauvage et, blottissant sa tête contre la poitrine de Flagermont, elle supplia : \u2014 Parrain, garde-moi, garde-moi.Le chapeau démodé avait glissé à terre et les beaux cheveux libérés dont les boucles étaient à peine retenues au-dessus de la nuque en simple torsade, ces cheveux se répandirent brusquement sur le veston de « parrain ».Il se dégagea avec un mélange de brusquerie bourrue et d\u2019étrange timidité.\u2014 Voyons, sois raisonnable, marmonna-t-il sans savoir exactement ce qu\u2019il disait.\u2014 Parrain, murmura encore la petite sans se laisser rebuter par l'accueil.Embrassez-moi ! Vous aimiez tant m'embrasser quand j'étais petite .\u2014 Tu n\u2019es plus petite .\u2014 Qu\u2019importe, parrain ! Je n\u2019ai que vous !.Vous avez promis de remplacer mon père .Il faut continuer à m'aimer, m\u2019aimer davantage encore qu\u2019autrefois, puisque je suis malheureuse .\u2014 Ah ! nous y voici, fit-il précipitamment.Tu es malheureuse.Pourquoi ?Pierrette eut un bref haussement d'épaules : \u2014 Pourquoi ?.répéta-t-elle, en fronçant ses fins sourcils dont l\u2019arc parfait se détachait sur la blancheur nacrée du front.Pourquoi ?Mais tout simplement parce que personne ne m'aime, personne ! \u2014 Cependant, ma sœur .\u2014 Tante Cio ?Vous ne parlez pas sérieusement, parrain ?Tante Cio n'a accepté de me garder auprès d'elle que pour vous être agréable .Mais elle estime que je suis une lourde charge et je me le répète vingt fois le jour .«C'est qu\u2019elle pourrait bien dire vrai, songeait Flagermont, tandis qu'une inquiétude le gagnait.Ma sœur Clotilde est extrêmement avare et, malgré la pension suffisante que je lui verse pour l\u2019entretien de Pierrette .» Mais la petite interrompit ses réflexions : \u2014 Voyez-vous, parrain, s'écria-t-elle véhémentement, il faut bien vous persuader que tante Cio ne m'aime pas, ni son mari, oncle Etienne, ni le petit Lucien, votre neveu ; ni personne ! Elle répéta, dardant sur lui ses yeux si expressifs où flottait maintenant une immense détresse : \u2022\u2014 Personne ne m\u2019aime, excepté vous .Du moins, je le croyais .Il se sentit profondément remué par ce regard et ces paroles.Alors, dans un élan aussi inattendu que celui qu\u2019elle avait eu tout à l\u2019heure elle-même, il entoura ses épaules d\u2019un bras affectueux ; puis attirant sa tête fine, il la baisa au front, parmi les frisons légers qui l\u2019auréolaient.\u2014 Je t\u2019aime beaucoup, au contraire, ma petite Pierrette, fit-il.Je suis énormément peiné d\u2019apprendre que tu n\u2019as pas trouvé dans un foyer qui devait s'ingénier à remplacer le tien, la tendresse qui était nécessaire à ta petite âme aimante.Elle demanda : \u2014 Alors, vous me gardez, c\u2019est sûr, parrain chéri ?Il tressaillit, hésita avant de répondre : \u2014 C'est-à-dire.il faut que je réfléchisse un peu à tout cela .Te garder auprès de moi est impossible .Elle ouvrit tout grands ses yeux candides où l\u2019angoisse renaissait par degrés : \u2014 Pourquoi impossible ?Il lui sourit gravement : \u2014 Parce que tu es une trop grande fille.Ou bien parce que moi, je ne suis pas un assez vieux garçon.- Ah! Elle ne dit plus rien, essayant de comprendre le sens exact des paroles qu\u2019il venait de prononcer.Mais, lassée, tout à coup, secouant la tête, elle s\u2019écria : \u2014 Alors, qu\u2019allez-vous faire ?Vous n'allez pas me renvoyer à tante Cio, au moins ?Il y avait presque de l\u2019épouvante dans sa voix.\u2014 N'aie pas peur, dit-il doucement.Et raconte-moi en détail tout ce qui se passait là-bas.D\u2019abord, pourquoi dis-tu que ta tante te traitait en étrangère ?\u2014 Mais parce que c'est vrai.D\u2019ailleurs, en réalité, ne suis-je pas tout à fait une étrangère pour elle?Ce nom de « tante », je ne le lui ai donné que parce que vous l\u2019avez voulu .afin d\u2019entretenir l\u2019illusion, sans doute .,.\u2014 Tais-toi, petite raisonneuse .Et cite-moi plutôt un exemple de cette attitude indifférente de ma sœur, vis-à-vis de toi.\u2014 Un exemple ?Mais il y en a cent ! Tenez, quand elle a renvoyé Marion, sous prétexte qu\u2019elle était trop vieille pour continuer à nous servir, elle ma forcée à faire la plus grande partie de sa besogne et pas du tout sur le même ton quelle aurait employé si j\u2019avais fait partie de la famille .Quoi ?Elle t\u2019a chargée de la besogne de Marion ?\u2014 Oui ! Ménage, vaisselle, et lessives, et tout ! Et jamais satisfaite ! Trouvant toujours que je n\u2019allais pas assez vite .Flagermont croyait rêver.\u2014 Pour elle, elle s\u2019occupait de la cuisine et de l\u2019achat des provisions.Mais l\u2019épluchage des légumes me revenait .- Oh! .\u2014 Voyez mes mains .D\u2019un geste rapide, elle arracha ses gants.Des doigts minuscules, gercés, abîmés par de durs travaux s\u2019offrirent aux regards consternés du directeur des Emissions radiophoniques.\u2014 Ce n'est pas possible, balbutia-t-il.Il n'y a donc plus de domestiques à Boilelong ?\u2014 Si, le jardinier et sa femme.On les a gardés parce qu\u2019il ne coûtent que le logement et quelques légumes du potager.\u2014 Mais .mon beau-frère, comment a-t-il accepté tout cela ?\u2014 Comment ?Un rire clair, limpide, jaillit en cascade cristalline : \u2014 Voyons, vous savez bien, parrain, que, seule, tante Cio gouverne la maison .\u2014 Am i, dit Flagermont, l'avarice de Clotilde est devenue à ce point excessive qu elle avait fait de toi, une de Chanteduc, toi que j\u2019avais le devoir de protéger, une véritable servante ! Pierrette eut un geste d'indifférence : \u2014 Oh ! cela n\u2019était rien, murmura-t-elle Je m étais habituée peu à peu aux fatigues de mon .service .Mais, ce à quoi je ne pouvais me faire, c étaient les perpétuels reproches, vous comprenez, ces vexations et ces : « Tu manges comme un ogre ! » « Nous t'élevons par charité ! », dans lesquels j'aurais défié n'importe qui de percevoir le moindre signe d'affection .\u2014 Et cela durait ?articula-t-il la gorge sèche.\u2014 Depuis trois ans.exactement.Oh ! je peux me rappeler .C'était au lendemain de votre retour à Paris .\u2014 Ça, alors ! Le pied de Flagermont s'abattit brutalement sur le démarreur.L\u2019auto ronfla doucement et partit comme une flèche.Ils restèrent de longues minutes sans parler.Puis, tout à coup, Pierrette dont le regard contemplait les larges avenues tracées tout autour de 1 Etoile, Pierrette s'exclama : G cs^ beau, Paris .Je crois que je vais m y plaire infiniment.Son voisin lui glissa un regard de côté plein de douceur attendrie mais ne répondit pas.\u2014 Ou me conduisez-vous ?demanda-t-elle alors.Chez vous, n\u2019est-ce pas ?\u2014 Je n a> pas de chez moi, ma petite Pierrette.Je suis trop occupé et trop .solitaire pour avoir un chez moi.Je vis à l\u2019hôtel.\u2014 Maintenant, expliqua-t-elle, comme se parlant à elle-même, vous ne serez plus du tout solitaire puisque je serai là .Et vous serez peut-être un peu moins occupé, si je peux vous donner un coup de main dans vos travaux .Il sourit sans se retourner.\u2014 Bien sûr, poursuivit-elie.J\u2019étais en train de faire de réels progrès en « français », quand maman est morte rn.que, * Mademoiselle » a quitté Chanteduc.Je pourrais, je crois, avec un peu d\u2019application, vous servir de secrétaire.Le visage de Pierre Flagermont se durcit et il jeta entre ses dents : \u2014- Il ne te suffit donc pas d'avoir etc bonne à tout faire ?LA SEMAINE PROCHAINE Petite Fée par Léo Dartey 27 février 1937 13 auparava dit Emma Wahl rab \u201cIl soulage rapidement du mal de gorge\u201d dit Ronald Pierce \u2014) i un l rois I \u201cde n\u2019ai pas eu un rhume depuis trois ans que j\u2019emploie la LISTERINE\u201d ME\u201d j Herman È dit Albert «je n\u2019ai plus mal ___ - Ne vous fâchez pas, parrain chéri.Mais j'entends n etre à la charge de personne, pas même de vous ! Si, à la mort des miens, je suis restée sans le sou ., \u2014 C est de l histoire ancienne, coupa-t-il.Au fait, dis-moi, comment t'es-tu procuré l'argent nécessaire au voyage ?\u2014 Cent soixante-trois francs quatre-vingts centimes, exactement, en troisième classe .C'est M.le curé qui me l a avancé.\u2014 M.le curé ?Il connaissait ton projet de me rejoindre à Paris ?Pierrette se mit à rire : \u2014 Que non pas ! fit-elle gaiement.Je lui ai demandé cette somme en le priant de ne pas m'interroger sur I\tusage que je comptais en faire.Alors, le saint homme m'a remis ce que je voulais sans la moindre hésitation « C'est un emprunt sur la cassette des pauvres de la paroisse, m\u2019a-t-il dit.Je vous fais confiance, mon enfant, certain en mon for intérieur, qu'une Chanteduc ne peut faire un mauvais usage de cet argent.» L auto avait ralenti son allure, sans même que le conducteur s\u2019en aperçut \u2014 Mon Dieu ! murmura soudain Pierrette d'un air de desolation.Que va-t-il penser de moi, M.le curé, en « son for intérieur », quand il va être mis au courant de ma disparition ?Vite, parrain, arrêtez, s'il vous plaît ! II\tfaut que je lui écrive ou que je lui télégraphie tout de suite ! La spontanéité charmante de sa filleule amusa Flagermont en même temps qu\u2019elle l'émut : \u2014 Laisse donc, mignonne, fit-il.C'est moi qui lui télégraphierai.Et je joindrai aux paroles rassurantes de quoi réparer dans la cassette des pauvres la brèche que ton voyage y a creusée \u2014 Oh ! merci, merci ! L'auto vint stopper doucement devant un paisible hôtel de la rive gauche.\u2014 C est ici que vous habitez ?\u2014 Oui.Pierrette fit entendre un « hu-u-u » \u2022admiratif, cependant qu'un groom s'avançait vivement \u2014 Attends, dit Flagermont.Ne descends pas.Et s'adressant à l\u2019homme en livrée : \u2014 Dites qu\u2019on prépare une chambre tout près de mon appartement, ordonna-t-il brièvement.C\u2019est pour ma nièce qui arrive de province.Le groom inclina respectueusement la tête et la voiture repartit.\u2014 Où allons-nous, parrain ?Il sourit : \u2014 Dans un beau magasin, pour y faire instantanément de toi une jolie petite Parisienne.Elle battit des mains : \u2014 Oh ! quel bonheur ! Puis, se ravisant, inquiète : \u2014 Cela va vous coûter très cher, de m\u2019habiller de pied en cap ! Est-ce que vous gagnez beaucoup d'argent à France-Radio ?\u2014 Beaucoup, oui .\u2014 Ah ! alors, tant mieux .Il y eut un silence qu\u2019elle rompit encore : \u2014 Parrain ?\u2014 Quoi donc, mon petit ?\u2014 Pourquoi avez-vous dit à ce valet que j'étais votre nièce ?Détourné à demi, il baigna son regard adouci dans la lumière pure et sereine des prunelles noires, mais n'en put supporter l'éclat radieux.\u2014 Pour rien, répliqua-t-il tout bas, en appuyant sur 1 accélérateur.III I L pouvait être un peu plus de onze ' heures quand l\u2019ascenseur du Prince-Albert s\u2019arrêta au troisième étage et que.de l étroite cage grimpante, Gloria Vindict jaillit, vive et alerte, le buste en avant.Elle portait un délicieux ensemble vert-mousse, qu'accompagnait admirablement une petite toque d\u2019un ton légèrement plus foncé et qui, posée sur ses cheveux \u2014 jadis bruns, aujourd'hui d\u2019un blond vénitien très doux \u2014 n'avait pas peu contribué à lui faire cueillir, une demi-heure auparavant sur les lèvres d'un ami rencontré par hasard, ce compliment quelle avait deviné profondément sincère : \u2014 Vous aurez toujours vingt ans, très chère ! Ce fut d'une humeur plutôt heureuse qu'elle s\u2019arrêta devant l'appartement que Pierre Flagermont occupait au Prince-Albert et appuya un doigt impérieux sur le bouton de sonnerie.Une fois, deux fois, elle répéta son geste.\u2014 Il prolonge sa grasse matinée, songea-t-elle malicieusement, car elle savait de longue date que celui qu'elle venait voir n'aimait pas se lever tôt.Mais un garçon d'étage surgit tout à coup derrière elle et déclara tranquillement : \u2014 M.Flagermont est sorti, mada* me, ainsi que Mlle sa nièce.\u2014 Ah !.Ainsi que .Gloria n'acheva pas sa phrase, un peu dépitée de ce qu\u2019elle apprenait.Tiens, en effet, Flagermont n\u2019était plus seul.Il avait près de lui cette petite provinciale ridiculement affublée qui, la veille au soir, lui était tombée sur les bras : la tuile ! avait-il déclaré lui-même avec un gros sou-pir.« Pauvre vieux ! pensa-t-elle.Il a dû se lever à des heures indues pour la remettre dans son train.» \u2014 C'est bien, fit-elle tout haut, de cet air de grande dame qu'elle prenait sur le plateau pour parler aux camarades figurant la domesticité.Je l'attendrai en bas.Et elle descendit l\u2019escalier avec une majesté qui n'appartenait qu'à elle, tout Paris l\u2019avait officiellement reconnu.Comme elle atteignait l\u2019entrée du hall, le directeur des Emissions France-Radio y pénétrait par l'autre extrémité, poussant devant lui, d'un geste affectueux et protecteur, une gracieuse jeune fille dont la minceur et la fragilité ne faisaient que souligner l\u2019élégance native, et dont le visage, ravissant de fraîcheur et de joliesse s'éclairait du sourire des grands yeux noirs et de la bouche rose, si rose sans le secours d\u2019aucun fard.Ce fut sur cette magnifique apparition que le regard de Mme Vindict se porta tout d'abord, puis s'appesantit lourdement.Cette fine silhouette, à la « ligne » impeccable, à la mise à la fois simple et distinguée et celle qui, hier encore, à une heure avancée, se profilait dans les salons de France-Radio, pouvaient-elles appartenir à la même personne ?\u2014 Tiens, vous voilà, chère ! s\u2019exclama joyeusement Flagermont J'es-pere que vous n\u2019êtes pas là depuis longtemps ?Elle eut un rire bref où perçait autant d ironie que de stupéfaction.\u2014 A la bonne heure ! laissa-t-elle tomber.Vous avez suivi mon conseil ! \u2014 Quel conseil ?demanda-t-il en s'inclinant sur sa main.\u2014 Celui de conduire mademoiselle chez votre couturier sans perdre une minute.Flagermont sourit ,avec un peu de gêne.\u2014 Ah ! mais c'est vrai, murmura-t-il, vous connaissez ma petite Pierrette.Quel étourdi je fais ! J'allais vous la présenter.Un gargarisme à la Listerine tue des millions de microbes provenant des rhumes et maux de gorge FABRICATION CANADIENNE SI vous employez régulièrement 1 Antiseptique Listerine parce que vous en aimez les effets rafraîchissants, vous avez sans doute remarqué ceci: vos rhumes et maux de gorge sont plus rares et moins graves qu\u2019auparavant.Il n\u2019y a à cela rien d\u2019étonnant.N\u2019oubliez pas que se gargariser à l\u2019Antiseptique Listerine c\u2019est tuer, dans la gorge et dans la bouche, des millions de microbes produits par le rhume et le simple mal de gorge.Il a été prouvé par des expériences que, quatre heures après, le nombte des microbes est our \u201c\u201c mè gwga'riM.»\u2022» arement mal a ,a »\t> .oundstrom / jusqu à 64% moindre, dans l\u2019eau de gargarisme.Prenez la bonne habitude de vous servir de l\u2019Antiseptique Listerine deux fois par jour \u2014 surtout en hiver.Vous verrez que votre santé est meilleure.De plus, votre bouche est plus propre et plus fraîche \u2014 votre haleine est plus douce.L\u2019Antiseptique de confiance Lambert Pharmacal Co.(Canada) Ltd., Toronto, Ont.LISTERINE 14 LE SAMEDI \u2014 Bonjour, mademoiselle ! s écria Gloria qui.décidément, adoptait le ton ironique, ce matin.Ne trouvez-vous pas que Paris est une ville merveilleuse, puisqu'on y peut troquer en un clin d ! œil un manteau jaune canari très .\t.ancien, contre un ravissant ensemble de lin à la mode de ce printemps ?Les ioues de la jeune fille, de roses qu'elles étaient, devinrent cramoisies et, ayant effleuré d\u2019un furtif regard \u2014 un regard qui en disait long! celui de son parrain, elle mit avec un visible regret sa menotte fine sur les doigts tendus de la comédienne.\u20141 Montez donc un instant dans mon studio, proposa aussitôt Flager-mont, désireux de dissiper le malaise que la pointe acidulée de la \u201c vedette \" avait produit.\u2014 Mais, bien volontiers ! Justement, je désirais m'entretenir avec vous, seule à seul, de ce que fut [ audition de cette nuit.Avez-vous été satisfait ?\u2014 Très, répliquait-il tout en s'effaçant devant les deux femmes, comme xls atteignaient l\u2019ascenseur.Quer-sier a été passable.Je suis persuadé que nous en ferons quelque chose.Elle rit, très haut, et constata : \u2014 Vous êtes optimiste, ce matin, \u2014 Mais oui, reconnut-il.C'est l'air pur qui m'a fait du bien.Voyez-vous, chère amie, notre métier de noctambules nous rend paresseux et nous prive d\u2019une des joies les plus saines qui soient : celle que procurent les promenades matinales.J\u2019avais souvent entendu parler de leur effet bienfaisant, mais il a fallu l'arrivée de ma filleule pour que l'envie me vînt de goûter à ce plaisir salutaire.Ils pénétraient dans le studio de Flagermont, une très grande pièce carrée que la décoration et l'ameublement moderne faisaient austère et froide dès l\u2019abord.\u2014 Ainsi, interrogea Gloria Vin-dict, s'adressant plus particulièrement à Pierrette, avec son même sourire figé, vous revenez de promenade et non de la gare d'Orsay où je vous croyais.\u2014 De la garde d'Orsay ?répéta vivement Flagermont.Pourquoi serions-nous allés à la gare d Orsay ?\u2014 Mais, mon cher, pour renvoyer la petite \" frondeuse \u201d à votre famille, selon votre propre expression d\u2019hier au soir.Flagermont rougit comme l'eût fait un écolier pris en faute.\u2014 Pierrette ne retournera pas dans le Midi, déclara-t-il très vite.J'ai totalement changé d\u2019avis là-dessus.\u2014 Ah ! ah !.Tiens, tiens .Le rire de gorge s\u2019égrenait, savant, harmonieux quoique un peu bruyant, ce rire qui agaçait les nerfs du chef des Emissions radiophoniques.Il se leva et, immobilisé devant Pierrette dont les yeux le fixaient, graves.agTandis, semblait-il par le reproche qu'il y lisait.\u2014 Mignonne, dit-il avec douceur, veux-tu passer un instant dans ta chambre ?Mme Vindict et moi avons à parler d'affaires.Elle eut une brusque inclination de tête qui pouvait autant passer pour un acquiesçement à ce qui lui était demandé qu'un salut glacial à l\u2019adresse de la comédienne et disparut aussitôt.\u2014 Elle n\u2019est guère bavarde votre chrysalide, constata Gloria quand ils furent seuls.\u2014 Vous avez été indiscrète, chère amie, répliqua-t-il d'un ton mécontent Et, comme elle l'interrogeait d'un regard amusé : \u2014 Très indiscrète, poursuivit-il, en rapportant mes paroles inconsidérées d\u2019hier Cela a froissé Pierrette, je l\u2019ai bien senti.Vous savez, ou plutôt, vous ne savez pas qu'elle s'appelle \u201c de Chanteduc \" et que, dans toute la région avoisinant Ca-hors, ce nom est honoré depuis des siècles .Ses yeux, inquiets, demeuraient fixés sur la porte par où la petite venait de disparaître, mais, énervé au suprême degré par le ricanement qui, de nouveau, s'élevait près de lui, il ramena sur elle son regard qui n\u2019exprimait plus qu\u2019impatience et ennui.\u2014 Que vouliez-vous me dire d\u2019autre, Gloria ?Elle ne répondit pas à sa question, mais, riant toujours : \u2014 Peut-on connaître, interrogea-t-elle les raisons qui ont pu réduire si vite à néant une détermination aussi .\u2014 Quelle détermination ?Le ton de Flagermont, net, cassant, indiquait clairement qu'il avait compris le sens de ses paroles et que tant d\u2019indiscrétion l\u2019exaspérait.Mais Mme Vindict, qui avait eu à sortir bien des fois, au cours de sa carrière, de situation difficiles, ne se démonta pas pour si peu.\u2014 Une détermination aussi clairement exprimée, acheva-t-elle suavement.\u2014 Ce sont des raisons d\u2019ordre intime et familial, qui ne regardent que ma filleule, ma soeur et moi.\u2014 Ah ! très bien, mon cher.Je ne vous ferai pas remarquer que vous venez de manquer aux lois de la plus élémentaire politesse.Vous êtes assez intelligent pour vous en apercevoir.Et, puisque l'intrusion dans votre vie d\u2019homme mûr, d'une adolescente \" qui n'est même pas votre nièce \", ainsi que vous le constatiez hier, vous met de si aimable humeur vis-à-vis d'une amie telle que moi.je vous laisse vous remettre .vous reprendre.A ce soir, au poste, cher directeur ! Le rire de la \u201c vedette \" monta encore tandis que, les mâchoires contractées par la colère, il s'inclinait, glacé, et qu\u2019elle faisait une sortie très \u2018théâtre\".Quand il entendit décroître dans le couloir le \u201c toctoc \u201d de ses hauts talons, il se mit à arpenter le studio, en proie à une agitation qu'il n'avait plus à dissimuler.Qu'avait voulu dire cette vipère, qu\u2019avait-elle osé insinuer ?\u201c L\u2019intrusion d une adolescente dans votre vie d'homme mûr .\", \" Une adolescente qui n\u2019est même pas votre nièce .\" Oui, et puis après ?Que signifiaient de telles allusions ?Pierre Flagermont le comprenait parfaitement, ce qu'elles signifiaient, mais il refusait avec violence de laisser l\u2019explication se préciser dans son cerveau.\" Cette Gloria Vindict est une méchante femme, gronda-t-il à mi-voix, et j'ai eu grand tort de la recevoir chez moi \" en camarade \u201d comme je l'ai fait jusqu\u2019ici, de ne pas la traiter avec la même autorité un peu distante dont j\u2019use vis-à-vis des autres artistes de ma troupe.Qu\u2019est-elle de plus qu'eux ?Ne sont-ce pas les intrigues qui l'ont élevée au rang des vedettes ?Et y a-t-il autre chose dans son jeu que du \" métier \", de 1\u2019\u201d appris \", de l'artificiel?Est-elle capable d'atteindre un seul jour le génie d\u2019une Sarah Bernhardt à qui les snobs d\u2019aujourd\u2019hui osent la comparer ?Allons donc ! C\u2019est une cabotine et pas autre chose que cela ! Cabotine en ville autant que sur les planches.\" La porte s'ouvrit doucement comme il se répétait entre haut et bas : \" Une cabotine ! \" Pierrette entra, un bras soutenant précautionneusement un vase énorme en cristal ciselé; l'autre bras chargé d'une gerbe de fleurs et de feuillages.Son petit pied, finement chaussé de daim, poussa la porte qui fit entendre en se refermant un claquement sec.Flagermont sursauta, se retourna nerveusement, la vit, elle, avec son vase et ses fleurs et sentit tout à coup son visage se détendre.Déjà, sans mot dire, elle disposait sa gerbe dans le vase, plantant les tiges vertes une à une, de ses doigts légers, habitués à ce joli geste.Il vint tout près d\u2019elle, caressa d'une main timide les boucles brunes qui frôlaient sa nuque.\u2014 Tu ne m\u2019en veux pas, dis, petite fille ?Elle leva vers lui son beau regard étrangement profond : \u2014 Pourquoi vous en voudrais-je, parrain ?\u2014 Pour avoir dit à Mme Vindict ce qu elle .Elle l'interrompit, très vite : \u2014 Je vous en prie, parrain, ne parlons plus de cela ! \u2014 Mais si, parlons-en, au contraire .Tu comprends, c\u2019était hier .je n'avais pas encore parlé avec toi, je ne savais pas .\u2014 Parrain chéri fit-elle \u2014 et sa voix basse avait des inflexions chaudes, passionnées \u2014 croyez-vous que je ne sache pas d'avance tout ce que vous allez me dire ?Vous avez des traits qui ne savent pas mentir et j\u2019y ai lu, depuis mon arrivée, minute après minute, tout ce que vous pensiez, tout ce que vous sentiez .\u2014 Ah ! fit-il ému et content.Et qu\u2019ai-je pensé ?Qu\u2019ai-je senti ?\u2014 Des choses qui me remplissent de bonheur.\u2014 Par exemple ?\u2014 Par exemple, que vous allez admirablement remplacer mon pauvre papa et que je vais vous aimer dans très peu de temps autant que je l\u2019aimais \u2022 .\u2022 \u2014 C'est bien possible, acquiesça-t-il, pensif.Il souriait, mais d'un sourire un peu contraint, un peu déçu.Pourquoi les paroles de Gloria Vindict bourdonnnaient-elles à ses oreilles, en cet instant, accompagnées de son insupportable rire : \" Dans votre vie d'homme mûr .cette adolescente qui n'est même pas votre nièce.\" IV Il y avait trois semaines à peine ' que Pierrette de Chanteduc avait quitté son pays natal, un des coins les plus charmants du Quercy, pour rejoindre le seul être susceptible de lui donner cette chose aussi nécessaire à sa vie que le pain quotidien : un peu de tendresse vraie.Sa confiance n\u2019avait pas été trompée.Après l'amère déception que lui avait causée, dès l'arrivée, l'accueil de son parrain, celui-ci n'avait cessé de se montrer aussi attentif à ses moindres désirs que patient et doux à ses démonstrations de petite fille trop longtemps sevrée de toute affection.Elle se laissait aller à son bonheur nouveau comme un insouciant oiseau s\u2019abandonne au léger souffle du printemps qui le porte de cime en cime.Ses journées n\u2019étaient qu\u2019une série d'enchantements.Levés tôt, le parrain et la filleule s'en allaient bras dessus, bras dessous, faire leur quotidienne partie de footing au Bois de Boulogne.Après quoi, c\u2019étaient les retours en voiture, pour lesquels on prenait \u2019\u2019 le chemin des écoliers \", un chemin chaque jour différent de celui parcouru la veille et qui révélait constamment des merveilles inconnues de la petite Méridionale.\u2014 C'est beau, Paris ! soupirait-elle.C\u2019est très beau ! A peine étaient-ils rentrés à l'hôtel du Prince Albert, qu'on leur servait à déjeuner dans le minuscule salon séparant la chambre de Pierrette du studio de Flagermont.\u2014 Je n'ai jamais eu un pareil appétit, affirmait celui-ci.Ensuite, on se séparait gentiment, quoique à regret.Lui allait vers ses occupations artistiques, tandis qu elle recevait la jeune femme chargée de parachever son instruction.Parrain avait absolument tenu à ce qu elle reprit des études trop tôt interrompues et elle n\u2019avait accepté cette décision qu en y mettant une condition formelle.\u2014 Je vais tant m\u2019appliquer à rattraper le temps perdu, que, sous peu, je pourrai vous servir de secrétaire, parrain chéri.\u2014 Nous verrons ?répliquait-il évasivement.Mais elle concluait, péremptoire : \u2014 C'est tout vu ! Alors, il essayait d\u2019enfler la voix, de hausser sur ses yeux à l\u2019expression câline ses épais sourcils : \u2014 Suis-je le maître ou ne le suis-je point ?Une pluie de baisers s'abattait aussitôt sur les joues de l'homme et tous deux riaient à perdre haleine.Les soirs où \" France-Radio \u201d ne diffusait pas de comédie, on \" allait voir Paris \u201d, selon l'expression de Pierrette Cela consistait à arpenter les grands boulevards, le nez levé vers les affiches lumineuses, vers les vitrines scintillantes et le morceau de ciel que les lumières teintaient d\u2019un rose lilas.A chaque instant, l'exubérante enfant heurtait un promeneur ou était heurtée par lui : \u2014 Pardon ! disait-elle invariablement, toute confuse.Et, un peu plus bas, elle murmurait à l'adresse de son compagnon : \u2014 Mon Dieu ! comme il y a du monde, à Paris ! Il riait, d\u2019un rire presque aussi clair, aussi puéril que celui de sa filleule.Il arriva qu\u2019un soir, elle s'écria joyeusement : \u2014 Parrain, voyez donc tous ces couples que nous croisons, et puis regardez-nous dans la glace d une vitrine.N\u2019avons-nous pas l'air comme eux de gens mariés ?Non sans un naïf orgueil, elle se haussait sur la pointe des pieds, pour dépasser de sa tête fine l\u2019épaule de son parrain Mais ce dernier n'avait pas répondu comme à l'accoutumée.Elle leva vers lui son visage.Il était plus pâle que d'ordinaire et faisait mine de n'avoir pas entendu.\u2014 Parrain, aurais-je dit une bêtise par hasard ?\u2014 Je crois que oui, répliqua-t-il brièvement.Puis, aussitôt, enchaînant ; \u2014 Il n\u2019est point trop tard.Veux-tu que nous passions la soirée au Théâtre-Français ?\u2014 Je veux tout ce que vous coulez, parrain chéri.Il héla un taxi, remmena entendre une comédie de Molière.Le surlendemain, libéré encore de sa troupe, il dit à Pierrette, après le dîner : \u2014 Nous passerons la soirée dans mon studio, si cela ne t ennuie pas.\u2014 Nous n'allons pas sortir ?\u2014 Non.Il faut que je cherche dans ma bibliothèque les livres qui 27 février 1937 15 pourront te convenir et t'intéresser.Nous les choisirons ensemble.\u2014 Bravo ! L'instant d\u2019après, comme les mains de Flagermont erraient distraitement sur de précieuses reliures, tandis que son regard flottait mélancoliquement dans le vide, une petite main tiède vint se poser sur ses cheveux.Il tressaillit, ramena son regard sur Pierrette debout près de lui, mais ne bougea pas.\u2014 Qu avez-vous donc, parrain ?de-manda-t-elle avec une nuance d'inquiétude dans la voix.Vous paraissez tout drôle, depuis hier.\u2014 Moi ?se récria-t-il vivement.Mais non, je t'assure.Je n\u2019ai aucune raison d\u2019être \u201c drôle \" comme tu dis.Il n\u2019avait pas achevé ces mots que le timbre de l\u2019antichambre résonnait.Pierrette bondit vers la porte.\u2014 C\u2019est M.Martillac, annonçait-elle presque aussitôt.Je l\u2019ai mis dans le petit salon.\u2014 Martillac ?dit Flagermont avec un empressement presque joyeux, amène-le-moi.tout de suite ! Elle eut une moue mécontente, et lui jeta ses bras autour du cou, en un de ces élans qui lui étaient familiers : \u2014 Vilain parrain, gronda-t-elle, mi-plaisante, mi-boudeuse.On dirait que vous êtes ravi qu\u2019on vienne troubler notre tête-à-tête.Il rougit violemment, l\u2019enveloppa d'un regard stupéfait et craintif, à la fois, puis, très vite : \u2014 Moi 7 articula-t-il.Quelle idée! Saisissant un livre sur sa table, il le lui mit dans les mains : \u2014 Tiens, emporte ce bouquin, il t\u2019amusera, murmura-t-il.- Ah 1 Elle feuilletait le livre sans enthousiasme.Il la saisit aux épaules : \u2014 Et puis, dis-moi bonsoir, enfant mal élevée ! \u2014 Bonsoir ?riposta-t-elle.Déjà ?Mais ne viendrez-vous pas le chercher dans ma chambre,' comme d habitude 1 \u2014 Non ?fit-il presque rudement.Je t\u2019ai traitée en enfant tant que tu n\u2019étais pas acclimatée.Mais à présent .\u2014 Parrain ! s\u2019écria-t-elle d\u2019un accent de reproche.J avais bien raison de dire que vous étiez changé ! Voilà votre voix du premier jour qui revient.Il rit, mais ce rire manquait d'assurance.\u2014 Allez, sauve-toi, petite folle ! Elle ne bougea pas, le considérant de ses yeux lumineux tout chargés de tendresse : \u2014 Parrain, si vous étiez gentil .\u2014 Qu\u2019est\u2019ce que je ferais si j'étais gentil ?\u2014 Vous me laisseriez avec mon livre dans ce fauteuil contre le radiateur .Je ne remuerais pas le petit doigt, je lirais sans me mêler à la conversation que vous aurez avec M.Martillac.Après tout, ce ne sont pas des secrets d\u2019Etat que vous avez à vous confier ?\u2014 Eh bien ! qu\u2019il en soit fait selon votre volonté, enfant terrible ! Et que, de l\u2019autre monde, tes parents me pardonnent si je te gâte à outrance .En pénétrant dans le studio, le jeune Martillac qui, à France-Radio, cumulait les fonctions d'ingénieur du son et de secrétaire particulier, Martillac glissa vers la gracieuse jeune fille qui l'introduisait, un furtif regard où perçait une vive admiration.\u2014 Merci, mademoiselle Je .je vous remercie, balbutia-t-il.Le \u201c patron \u2019\u2019 l\u2019avait présenté à elle la semaine précédente comme son \"précieux collaborateur'' et, à cette minute, ce souvenir le remplissait d aise.\u2014 Asseyez-vous, mon cher, dit rondement Flagermont de sa voix énergique des heures de travail.Je ne vous attendais pas ce soir.Qu'y a-t-il ?Le dernier courrier aurait-il apporte quelque lettre urgente ?\u2014 Pas le moins du monde, répondit le subalterne.Il toussa pour affermir sa voix, puis, déposant sur le bureau la serviette qu'il portait sous son bras, il frappa dessus du plat de la main.\u2014 C\u2019est plutôt une affaire personnelle, qui m'amène, dit-il.\u2014 Une affaire personnelle ?Pas possible ! s\u2019étonna le directeur, légèrement refroidi.\u2014 Oui, monsieur Flagermont.Tout à fait personelle.\u2014 Pierrette ?appela l\u2019autre doucement.La petite, déjà installée dans l'angle opposé de la pièce, leva un front bourru \u2014 Martillac a une communication secrète à me faire, expliqua Flagermont en riant.Tu vois que je n'y ai pas mis de la mauvaise volonté .\u2014 Oh ! protesta vivement le secrétaire.Mais mademoiselle ne me gêne pas ! Je serais navré si elle se dérangeait à cause de moi.\u2014 Vous êtes l'amabilité meme, monsieur Martillac, s'exclama Pierrette, de son fauteuil, en décochant au timide garçon le plus gracieux des sourires.Justement, je venais d'exprimer à mon parrain l'intention que j'avais de demeurer clouée à cette place.Tous les trois rirent de concert.Puis la voix nette et brève du chef s\u2019éleva : \u2014 Allez-y, Martillac.Je vous écoute.Martillac se recueillit quelques secondes, et commença, visiblement ému : \u2014 Eh bien, voilà, patron.Je.j'ai écrit un sketch pour la radio \u2014 Vous ! Dans ce \" vous \u201d jeté par-dessus la table, d une lèvre sceptique, il y avait tant d'ironie tranquille, que le jeune homme se troubla, pâlit, et, finalement, baissa la tête comme un écolier qui a commis une sottise et vient de l'avouer.\u2014 Alors, mon garçon, reprit Flagermont plus cinglant que jamais, vous vous imaginez que, pour Tunique raison que vos fonctions d employé vous ont placé près de moi, je vais me croire tenu de monter les élucubrations géniales ou.baroques, de votre esprit en fièvre ?Il s\u2019était levé tout en parlant, Martillac redressa la tête et son regard timide et doux croisa celui du patron.Celui-ci le traitait d'ordinaire, dans et hors du travail quotidien, d\u2019une manière plutôt cordiale Aussi cette attitude toute nouvelle l\u2019étonnait autant qu'intérieurement, elle le bouleversait.Il se leva a son tour, presque blême à force d\u2019être pâle : \u2014 Excusez-moi, monsieur Flagermont, balbutia-t-il en glissant son œil de chien battu dans la direction de la jeune Pierrette.Excusez-moi, je pensais que vous consentiriez tout au moins à parcourir .\u2014 Laissez-moi votre manuscrit.Je le parcourrai.Mais je vous le répète, dès à présent, inutile de vous bercer d'un chimérique espoir .Si vous n'étiez mon secrétaire, je vous apprendrais que je reçois mensuellement des centaines de transpositions pour la radio, parmi lesquelles il s\u2019en trouve quelques-unes de réelle valeur, suffisamment en tout cas pour choisir dans le tas ce qui m\u2019est nécessaire.Mais vous savez tout cela aussi bien que moi Adoucissez-la Instantanément.v* m T- ef# ,**\u2022*#»% * N\u2019ÊTES-VOUS pas entrée, parfois, d\u2019une promenade au froid, avec la sensation que votre peau était sèche et écailleuse?La poudre ne tient plus.De minuscules parcelles agglomèrent votre poudre en vilains \u201cpaquets\u201d.Vous pouvez faire disparaître cela \u2014 en un rien de temps.Changer cette peau qui pèle en une peau sur laquelle vos doigts glisseront \u2014 après une seule application 1 En un instant, votre peau devient si douce qu\u2019étendre le maquillage est un vrai plaisir ! Mais comment cela peut-il se faire ?C\u2019est une crème spéciale qui accomplit cette transformation rapide.Une crème kératolytique (Vanishing Cream).Voici l\u2019explication d\u2019un célèbre dermatologiste : Miss Geraldine Spveckels \" Le Vanishing Cream Pond\u2019s adoucit ma peau en une seconde.La poudre s'étend alors parfaitement.° COMMENT LA PEAU DEVIENT RUGUEUSE Les cellules mortes, séchées, de la surface se détachent, emportant la poudre.Faites-les tondre I \"Une crème kératolytique a la vertu de dissoudre les cellules mortes et séchées qui adhèrent à la surface de la peau.C\u2019est ce qu\u2019elle fait dès l\u2019instant qu'elle touche à la peau.Il ne reste plus ensuite que les cellules vivantes, fraîches \u2014 douces et tendres.\u201d C'est ainsi que le Vanishing Cream Pond\u2019s peut adoucir si vite la peau.Em-ployez-le de deux façons : BASE POUR LA POUDRE \u2014 Après vous être lavée, appliquez une couche de Vanishing Cream Pond\u2019s.Il donne une merveilleuse douceur à votre peau.Poudre et rouge s\u2019étendent facilement et resterr bien égaux pendant des heures.POUR LA NUIT \u2014 Pour assurer à votre peau une douceur durable, appliquez du Vanishing Cream Pond's après le lavage nocturne.Laissez-le en place : il n\u2019est pas graisseux.Pendant votre sommeil, votre peau s\u2019adoucit.Pond's Extract Co.of Canada Dépt.VB.100, Brock Avenue Toronto, Ont.Veuillez m'envoyer le paquet de 8 articles contenant un tube spécial de Vanishing Cream Pond\u2019s, de généreux échantillons de 2 autres Crèmes Pond\u2019s et 5 teintes différentes de Poudre faciale Pond\u2019s.Ci-inclus 10£ pour emballage et affranchissement.Nom .\t.__ Adresse Ville .Province .Fabrication canadienne Tous droits réservés par Pond's Extract Co.of Canada, Ltd.Paquet de 8 articles 16 LE SAMEDI mercie le Seigneur de votre générosité \u2014 tous vos engagements.Les dispositions que vous aviez prises vis-à-vis de votre filleule cessant brusquement d\u2019agréer à celle-ci, \u2014 pour des raisons que je ne me permettrai pas de discuter .\u2014 vous l'avez encore recueillie à Paris quand elle eût l\u2019aventureuse idée de s\u2019y réfugier pour échapper à une tutelle jugée, par elle, odieuse.Cette fugue, je l\u2019aurais contrecarrée au lieu de la servir, si je l\u2019avais connue à temps.Tout ceci, vous le savez, n\u2019est-ce pas, et mon long préambule n\u2019aura servi qu\u2019à nous bien mettre en présence des faits.« En apprenant que notre chère orpheline se trouvait en sécurité près de vous, mon coeur de père spirituel avait recouvré sa paix.De cela aussi vous étiez informé par mon court billet vous remerciant en même temps de vos libéralités vis-à-vis de mes pauvres.Mais ce que vous ignorez, c\u2019est qu\u2019une lettre de votre filleule a fait naître toutes mes inquiétudes.« Par cette lettre, la chère petite me narre fidèlement la vie qu\u2019elle mène auprès de vous dans le cadre séduisant où vos hautes fonctions d\u2019intellectuel et d\u2019artiste vous ont placé.Et les feuillets enthousiastes débordent non seulement d\u2019admiration, mais aussi d\u2019une reconnaissance éperdue dont la violence n\u2019est pas sans me l\u2019ayez reçu tout d\u2019abord comme vous l\u2019avez fait.J\u2019étais prête à intervenir, malgré moi, ne pouvant supporter de vous voir peiner quelqu\u2019un de la sorte ! \u2014 Je l\u2019ai senti que tu allais (intervenir.Ton regard m\u2019en avertissait assez.Et c\u2019est pourquoi, surtout, j\u2019ai changé d\u2019avis.Je ne m\u2019en plains pas, du reste, puisque cela te fait tant de plaisir.\u2014 Mais vous étiez sincère, tout à l\u2019heure, en vantant ce travail ?Vous ne pouvez pas ne pas être sincère, n'est-ce pas, parrain ?Il l\u2019enveloppa d\u2019un regard attendri à la fois et douloureux : \u2014 Non, dit-il.Mais la vie vous force à mentir quelquefois.Va te coucher, maintenant, ma petite Pierrette.\u2014 Oh ! déjà ?\u2014 Oui.J\u2019ai du travail.Il faut que je réfléchisse à la distribution que je vais donner à ce sketch.Bonsoir, mon petit.Elle eut l\u2019impression qu\u2019il lui rendait distraitement le baiser qu\u2019elle lui donnait.Et c\u2019est pourquoi, lorsqu\u2019elle se détourna, près du seuilj pour lui adresser un nouveau petit « bonsoir » du bout de ses jolies lèvres rieuses, elle s'étonna de voir, attachés sur elle, la suivant presque anxieusement, des yeux à l'expression bizarre, indéfinissable.\u2014 Je sais, en effet.Encore une fois, excusez-moi, monsieur le directeur, mais, vraiment, je préfère .ne pas vous encombrer de mon manuscrit.\u2014 Laissez-le-moi, vous dis-je ! s exclama impatiemment Flagermont.Reposez ça là .Quel auteur ombrageux vous faites ! \u2014 Je ne suis nullement ombrageux, monsieur, mais puisque vous refusez, sans même avoir jeté les yeux sur mon manuscrit, de me prendre au sérieux.je .j'ai ma fierté, voyez-vous .C\u2019est là ma seule richesse .Ceci avait été dit avec une dignité attristée qui, subitement, émut le directeur des Emissions.\u2014- Eh bien ! fit-il, se ravisant brusquement, cette gerté-là me plaît, mon jeune ami.Rasseyez-vous là et lisez-moi votre sketch.Allons, lisez, vous dis-je ! Je vous promets de vous dire franchement, après, ce que je pense de votre travail.D\u2019une main un peu fébrile, Martil-lac saisit les feuillets et se mit à lire.La voix était vibrante de foi et d\u2019enthousiasme contenu et le sketch était la plus délicieuse, la plus romantique histoire d'amour qui fût.\u2014 Bravo ! s'exclama, de son coin, Pierrette qui battait des mains.Martillac lui adressa un sourire de gratitude, rangea de ses doigts encore tremblants les feuillets épars, et osa enfin regarder Flagermont.Celui-ci n'avait pas bougé, mais la surprise charmée qu\u2019il éprouvait se lisait clairement sur son visage.A la fin, il laissa tomber : \u2014 Qu\u2019attendez-vous ?Mon avis ?La « foule » vous l\u2019a donné ! Il désignait sa filleule du regard.\u2014 Vraiment, mon cher, ajouta-t-il, je vous dois des excuses pour vous avoir traité tout à l'heure comme je l\u2019eusse fait d\u2019un lycéen en veine de lyrisme .Mais n'avais-je pas moi-même une excuse ?Pouvais-je soupçonner que sous vos manières effacées vous cachiez un conteur de cette classe et .un poète par-dessus le marché, car il faut être poète pour célébrer l'amour ainsi que vous l'avez fait dans cette piécette trop courte à mon gré.\u2014 Monsieur Flagermont, balbutia Martillac, je n'en crois pas mes oreilles ! Comment, vous si difficile à « emballer », vous portez sur mon sketch un pareil jugement ?\u2014 Mais oui.moi.Pourquoi pas ?Je vous avais promis de vous dire exactement ma pensée.C\u2019est bien là.Me voilà forcé de montrer votre sketch au plus tôt et de vous en redemander d'autres du même genre .quitte à me priver de votre précieuse collaboration au studio ! \u2014 Je .je suis confondu.\u2014 Remettez-vous, Martillac et, à l'avenir, ayez plu$ de confiance en vous-même, c'est le meilleur moyen d'obtenir que les autres aient confiance en vous ! Il le congédiait avec sa cordialité un peu bourrue de toujours, à laquelle se mêlait une familiarité inusitée.\u2014 Mademoiselle, murmura le secrétaire en inclinant sa petite taille devant Mlle de Chanteduc.\u2014 Au revoir, monsieur, et bonne chance ! Je suis très heureuse de penser que mon parrain va vous patronner .\u2014 Oh ! merci ., .Il était sorti.\u2014 Si heureuse que cela, fillette ?interrogea Flagermont en revenant vers sa filleule.\u2014 Mais oui.Ce garçon est tout à fait sympathique.Il semble la droiture et la simplicité même .Et, comme sa pièce était jolie !.\u2014 N\u2019est-ce pas ?fit-il pensivement.\u2014 Oh ! oui.C'est un tendre, un délicat.Je ne comprends pas que vous Rendez-Vous ?Pourquoi ries-tu pas venue ?Je t\u2019avais pourtant prévenue assez tôt ! Tu ri avais que ton manteau à mettre .Tu n'as pas reçu ma lettre?Je t\u2019ai attendue un long moment : pas moins d\u2019une heure assurément.Pourquoi, pourquoi ries-tu pas venue Dieu ! quelle déconvenue ! Je regardais les autres passer, enlacés.et cela me faisait regretter davantage ton joli visage.«Voyez, pesez, jugez et ayez l'amabilité, mon cher enfant, de me faire connaître le résultat de vos réflexions.«Croyez toujours, en attendant, à mon affectueux attachement en N.S.» Cette longue épître, signée du vieux curé de Boislelong, Pierre Flagermont la lut, la relut, la plia soigneusement, puis la déplia pour la relire encore.Ses doigts nerveux froissaient les pages couvertes d'une fine écriture et ses mâchoires puissantes saillaient sous l'épiderme pâli, cependant que le regard plus brillant que jamais, s\u2019assombrissait en parcourant les phrases insinuantes : « Il ne saurait être question, n\u2019est-ce pas.de la garder près de vous ?Cet état de choses, en se prolongeant, pourrait créer des incidents fâcheux .» La lettre avait glissé sur ses genoux.Maintenant, l\u2019œil fixe, rempli d\u2019une indicible mélancolie, le parrain de Pierrette réfléchissait.\u2014 C\u2019est vrai, pensait-il, c'est vrai que je ne puis, de toutes façons, la garder près de moi.Cela ne peut durer .Mais pourquoi cela a-t-il seulement commencé ?.J\u2019étais si heureux, avant 1 « Heureux ?Non, pas heureux, se reprit-il.Cette existence superficielle qui était la mienne pouvait-elle me procurer du bonheur ?Non, pas heureux, mais paisible.Si paisible !.Je ne pensais qu'à mon travail et aux jouissances de l\u2019esprit qu\u2019il m'apportait.Et je ne m'apercevais pas que celles du cœur me manquaient .Tandis qu à présent ! Il essaya d imaginer ce que serait sa vie lorsque Pierrette ne la partagerait plus.Du vide .un gouffre, un gouffre glacé .Vivre sans le regard de Pierrette et son rayonnement, sans son adorable sourire et surtout sans entendre sa voix basse, aux inflexions passionnées, sans entendre cet appel de tous les instants : « Parrain ! Parrain chéri 1 .» lin large frisson le prit aux épaules.Il éprouvait tout à coup une impression de froid intense.Allons ! Le vieux prêtre avait raison ; il fallait agir et agir vite ! Il n\u2019était que temps ! Flagermont se leva, ramassa la lettre, en aplatit les feuillets de la main, avec une sorte de douceur attendrie, cependant que ses yeux se portaient sur cette phrase : « Déjà, dans les passions de Mlle de Chanteduc \u2014 passions, grâce à Dieu, pures et louables \u2014 j'avais remarqué cet emportement .» C'était facile à remarquer.Mais cet emportement-là.ne contribuait-il pas, justement, à faire le charme de cette exquise nature ?«.qui la conduirait aux pires folies .» Quelle folie craignait le vieux curé, en l\u2019occurrence ?Quelle aimât hors des limites permises celui dont elle parlait avec trop d enfantine admiration ?L'exclamation, soulignée d'un brusque haussement d'épaules, avait jailli tout haut, et Flagermont s\u2019étonna d entendre sa propre voix.Mais il était seul dans son bureau et, tranquillisé, il poursuivit son monologue : \u2014 M\u2019aimer, moi ?Allons donc ! Et puis, ce serait absurde, presque choquant .Je suis un « homme mûr », ainsi que me le fit durement remarquer la perspicace Gloria Vindict au lendemain meme de l\u2019arrivée de Pierrette lin homme mûr avec cinq ou six fils d argent sur chaque tempe.Et elle .elle est une « adolescente », une fraîche et ravissante adolescente, pareille à une rose de mai ! Henri Latreille troubler.Déjà, dans les passions de Mlle de Chanteduc, \u2014 passions, grâce à Dieu, toujours pures et louables, \u2014 j\u2019avais remarqué cette spèce d\u2019emportement, le même qui lui fit prendre la décision de vous rejoindre et qui peut, vous en conviendrez, mener aux pires folies.« Mon cher enfant, tout en vous suppliant de bien comprendre que seul le religieux intérêt que je porte à tous deux me pousse à vous écrire aujourd\u2019hui, je viens vous demander comment vous entendez régler la situation de Mlle de Chanteduc ?« Elle ne sera majeure que dans quatre longues années.Qu'allez-vous en faire d'ici là ?A qui allez-vous la confier ?Car il ne saurait être question, n\u2019est-ce pas, de la garder définitivement près de vous ?Vous avez trop d'expérience pour ne pas deviner que cet état de choses, en se prolongeant, pourrait créer des incidents fâcheux, dont le moindre serait, en ce inonde méchant, la compromission d'une jeune fille aussi irréprochable que l'est celle qui nous intéresse ?« Je vous suggérerais de la confier jusqu\u2019à son établissement à quelque pensionnat de votre choix, où vous pourriez l'aller voir à dates régulières et adoucir par ces visites les rigueurs d'une quasi-claustration si peu en harmonie, hélas ! avec sa nature exubérante.\u2014 Décidément, pensa-t-elle, en sortant, parrain a des soucis qu'il ne veut pas me confie?.V « Mon cher enfant, Wous voulez bien me permettre de \u2019 vous nommer encore ainsi, n'est-ce pas ?« Envoyé dès les premières années de mon sacerdoce en cette paroisse où je désire m\u2019éteindre à l'heure où il plaira à Celui que je sers de m'accorder ma « retraite », je vous ai connu très jeune et, \u2014 vous n'avez pas dû l\u2019oublier.\u2014 nous étions, vous et moi, les meilleurs amis du monde, lorsque vous fréquentiez le catéchisme ?« Je voudrais m\u2019adresser à l\u2019âme de cet ami d'alors en faisant également appel, pour être mieux compris, à l\u2019intelligence des choses que doit posséder l\u2019homme que vous êtes devenu.« C\u2019est \u2014 ai-je besoin de le préciser, \u2014 de votre filleule que je veux vous parler, de cette enfant dont vous acceptâtes devant Dieu, en ma présence.tandis qu'elle n\u2019était qu\u2019un bébé de quelques mois, de remplacer la famille, si celle-ci venait à lui manquer.Le fait se produisit, malheureusement trop tôt pour Mlle de Chanteduc, auprès de qui vous tîntes \u2014 et je re- 27 février 1937 17 «Absurde ! répétait-il.Ce serait absurde .Heureusement que cela n est pas, ne sera jamais .Il n\u2019y aura que moi à souffrir.11 eut un rire sourd et bref, puis murmura amèrement : \u2014 Un vrai sujet de comédie : le monsieur qui n\u2019a jamais aimé, qui se croit invulnérable, qui sourit même, à I\toccasion, quand on parle sérieusement de l\u2019amour devant lui et qui, tout à coup .crac ! s\u2019enflamme bêtement et .inutilement ! La fillette qui Vient d'apparaître est la seule qui lui semble digne de lui et la seule, précisément, qu\u2019il n\u2019ait pas le droit de convoiter.Il se sacrifie héroïquement, dissimule habilement son « mal sans remède et celle qui le fit n'en a jamais rien su .» Il rit de nouveau, mais cette fois son rire sonna lugubrement au fond de sa gorge, à la manière d\u2019un sanglot contenu.\u2014 Allons ! gronda-t-il douloureusement, les rouages du cœur humain sont fort mal réglés.Cet organe devrait vieillir en même temps que les autres parties du corps .Il allait sortir, tête basse, les épaules affaissées, dans l'attitude d'un vaincu de la vie, quand, à la porte qu\u2019il se disposait à ouvrir, un coup discret fut frappé.Sa main appuya machinalement sur la poignée de nickel et il recula, un flot de sang inondant soudain ses traits pâles et tirés : \u2014 Toi ! fit-il.\u2014 Mais oui.moi.Cela vous contrarie, on dixuit ?Pierrette, pimpante en une petite robe grenat foncé, toute simple, l\u2019embrassa gentiment, puis aussitôt envahit le bureau \u2014 Je voudrais assister à la répétition du sketch de Martillac, gazouil-la-t-elle.\u2014 Comme tu voudras, mon petit Elle fut surprise qu\u2019il ne fît aucune objection.\u2014 Je suis sûre, parrain, fit-elle d'un petit air taquin, que vous n\u2019avez pas entendu ce que je viens de vous demander ?\u2014¦ Si.Tu veux assister à la répétition \u2014 Vous voulez bien m\u2019y autoriser ?\u2014 Mais oui.\u2014 Parrain, vous devenez de plus en plus bizarre ! A quoi pensez-vous, en ce moment, dites ?\u2014 A toi.\u2014 A moi?Comme c'est gentil ' Elle s\u2019accrochait à lui, câline.Mais d'une main ferme et douce, à la fois, il la repoussa, jeta un bref regard sur sa montre-bracelet et dit, affectant un grand calme : \u2014 Assieds-toi donc cinq minutes.II\tfaut que je te fasse part d'une détermination que je viens de prendre.\u2014 Oh ! oh ! c\u2019est grave ?\u2014 Très.\u2014 Et .agréable ?\u2014 Pour toi ?Non, sûrement pas ! \u2014 Oh ! j\u2019ai deviné ! Vous n\u2019acceptez pas ce que je vous ai proposé 1 \u2014 Qu\u2019est-ce que tu m'as proposé ?\u2014 De louer un petit appartement vide, où je m'organiserais afin que nous puissions réaliser des économies.\u2014 Des économies ?11 la fixait d'un regard absent.Mais tout à coup il se rappela cette proposition quelle lui avait faite le matin même \u2014 Non, dit-il II ne s\u2019agit pas de cela.Ma petite Pierrette, je ne puis te garder plus longtemps près de moi.\u2014 Comment ?A deux mains, elle comprimait son cœur bondissant et le fixait à son tour de ses grands yeux ardents.Il se détourna.\u2014 Ce n\u2019est pas une plaisanterie, parrain ?\u2014 Non.¦\u2014 Alors .pourquoi ?\u2014 Pour .pour toutes sortes de raisons.\u2014 Mais .ce n'est pas possible ! Mais je vais mourir, à présent, si vous m\u2019abandonnez ! Une irrésistible envie de la prendre à pleins bras et de couvrir son visage de baisers, le saisit, dilata sa robuste poitrine, comprima sa gorge douloureusement, mais, très vite, il se reprit : \u2014 Je ne t\u2019abandonne pas, articula-t-il froidement.J'irai te voir, chaque dimanche, au pensionnat où je vais te mettre jusqu\u2019à ta majorité.Il vit ses longs cils battre et se mouiller aussitôt.Elle s'affaissa sur un siège bas, puis, comme un enfant injustement puni, gémit : \u2014 Qu\u2019ai-je donc fait de mal ?Que vais-je devenir ?Mon Dieu ! que vais-je devenir, si vous ne m'aimez plus ?\u2014 Allons, ma petite Pierrette, trêve d enfantillage ! Il faut être raisonnable et te conduire comme une grande fille que tu es.\u2014 Vous ne m\u2019aimez plus !.C'était trop beau .Vous ne m\u2019aimez plus ! Il fit silencieusement quelques pas à travers la pièce, puis, incapable de se dominer plus longtemps, il marcha tout à coup vers la porte par où il disparut.Quand il revint, un quart d'heure après, Pierrette était toujours prostrée dans son fauteuil, mais, ne voulant pas pleurer devant Gloria Vin-dict qui avait brusquement fait irruption dans le bureau directorial, elle avait pris entre ses mains frémissantes une revue à grand format qu elle feignait de lire.\u2014 Qu\u2019y a-t-il, Gloria ?demanda Flagermont, dont le visage fermé n'était pas de bon augure.\u2014 Que voulez-vous qu'il y ait, mon cher ?On vous attend pour ré-péter.\u2014 C est bien.Tu viens, Pierrette?\u2014 Non, merci.Je vais m\u2019en aller.On frappait.\u2014 Entrez ! cria le directeur.Ah ! c'est vous, Martillac ?Vous arrivez à pic On va commencer.Martillac serra les mains de Flagermont et de la vedette, puis s\u2019approcha vivement de Pierrette : \u2014 Mademoiselle .murmura-t-il avec sa douceur et sa politesse habituelle, puisque vous m'avez fait l'honneur de vous intéresser à mes œuvres, j\u2019ai voulu que vous fussiez la première à connaître mon dernier-né .\u2014 Vous êtes bien gentil, monsieur Martillac.La jeune fille avançait machinalement sa menotte vers le manuscrit qu\u2019on lui tendait : \u2014 Soyez certain que je le lirai avec le même plaisir .\u2014 Je.je me suis permis de vous dédier cet acte dont l\u2019héroïne porte le même prénom que vous .Un rire sarcastique ponctua la phrase de l'auteur.C'était le rire de Gloria, ce rire particulièrement déplaisant aux oreilles sensibles de Flagermont.Ce fut à ce dernier pourtant que la comédienne s\u2019adressa du ton de quelqu'un qui voit clair autour de lui pour demander, très haut : \u2014 Qu\u2019attendez-vous donc, mon cher, pour les marier, ces deux-là ?VI I ES marier !.pensait, deux heures *- après, en rentrant au Prince-Albert, le directeur des Emissions radiophoniques.Les marier .Après tout, la chose n\u2019était pas si grotesque qu\u2019elle paraissait à première vue.Il s\u2019étonnait que l'idée de Si r on vous conseille d ALCALISER, essayez la méthode \u201cPHILLIPS ', que des milliers ont adoptée ! PHILLIPS tâ \u2019 0F \"AO*! 'oôféîr.\u2022 * \u2022 » ; ; cç*.*-**\"!,, ¦ ¦Ma OKBKBje&M lia Un mieux sensible se manifeste immédiatement \u2014 quelques instants suffisent le plus souvent.Nausées, aigreurs, gaz et malaises disparaissent.L\u2019on se sent tout autre ! Ça n\u2019est pas compliqué et le résultat surprend agréablement.Faites surtout cet essai si yous avez eu recours à des moyens moins naturels et moins efficaces pour combattre l'acidité.Exigez le Lait de Magnésie Phillips, soit liquide soit sous forme de comprimés (c'est une innovation remarquable et chacun d'eux représente une cuillerée à thé du liquide).Ces comprimés sont faciles à prendre et commodes à porter sur soi.251 dans toutes les pharmacies.AUSSI PRÉSENTÉ EN COMPRIMÉS LAIT DE MAGNÉSIE PHILLIPS 1169-AP ALCALISER L\u2019ESTOMAC\u2014 c\u2019est, aujourd\u2019hui, le conseil qu'on entend partout.Pourquoi ?Pour soulager la nausée et les dérangements d\u2019estomac, symptômes d\u2019acidité stomacale, condition anormale qui est la cause de la majorité des troubles gastriques.Cette alcalisation s\u2019obtient promptement comme suit : Prenez deux cuillerées à thé de LAIT DE MAGNESIE PHILLIPS une demi-heure après avoir mangé.Ou encore \u2014 deux comprimés de Lait de Magnésie Phillips, qui exerceront le même effet anti-acide.Chacun d\u2019eux est l\u2019équivalent d\u2019une cuillerée à * thé de véritable Lait de Magnésie Phillips.\tfabrication canadienne 18 LE SAMEDI Gloria Vindict, en pénétrant dans son cerveau, ne lui causât qu\u2019un peu plus de souffrance à côté du grand apaisement qu\u2019elle lui apportait.Marier Pierrette, oui la marier très vite à un autre, procéder avant sa majorité à son « établissement », comme disait le bon curé de Boislelong.Certes, Martillac ne réalicait guère physiquement le type de l'époux qui eût convenu à cette magnifique femme-enfant, qu'était la dernière descendante des comtes de Chanteduc.Mais enfin, de solides qualités morales, jointes à une certaine valeur intellectuelle.ne contrebalançaient-elles point l\u2019attrait passager qu\u2019offre un physique avantageux ?.Pierrette n\u2019était pas de ces poupées frivoles ne s\u2019attachant qu\u2019à l\u2019artificiel.Du reste, \u2014 et Flagermont tres-sailitl en se remémorant certains mots, certains jugements de sa filleule, \u2022\u2014 ne manife tait-elle pas vis-à-vis de Martillac depuis le jour où, pour la première fois, celui-ci avait été mis en sa présence, une sympathie très vive, sympathie qui se muerait vite, si ce n\u2019était déjà chose faite, en un sentiment plus profond, violent aussi, de cette violence dont l\u2019abbé campagnard s'inquiétait ?\u2014 Elle l'aimera, se dit-il.Elle l\u2019aimera pour son œuvre, pour lui-même ensuite, car il '¦aura se montrer à elle sous l aspect séduisant des héros que sa fertile imagination a inventé.Flagermont, tête basse, suivait à pas rapides une étroite rue de la rive gauche, devant le conduire tout droit à son hôtel.11 s\u2019arrêta tout à coup, bousculé qu\u2019il venait d\u2019être par un couple jeune et joyeux.Ses poings se serrèrent.\u2014 Ils seront comme ces- deux-là, constata-t-il en lui-même, désireux, semblait-il, de se bien acclimater avec cette pensée.Mais, de jalousie et de douleur, il poussa une plainte inarticulée et, les tempes bourdonnantes, il se remit en marche vers l\u2019altière façade du Prince-Albert.qu\u2019il apercevait à vingt pas.\u2014 Mademoiselle est couchee.déclara une femme de chambre qu il interrogeait.Elle m\u2019a prévenue qu\u2019étant souffrante, elle ne dînerait pas.\u2014 Elle n\u2019a pas ajouté autre chose ?\u2014 Non, monsieur.\u2014 C\u2019est bien.Merci.Pierre Flagermont pénétra dans son studio et s\u2019assit.Il ressentait une lassitude infinie.Qu\u2019allait-il faire ?A trois ou quatre reprises, il fut tenté d\u2019aller frapper à la porte derrière laquelle Pierrette s\u2019était réfugiée pour y sangloter à l\u2019aise.Mais il jugea aussitôt qu\u2019il valait mieux se bien pénétrer auparavant de l\u2019attitude nouvelle qu\u2019il devrait adopter.Son esprit épuisé lui rappela la pos-'ibiiité d'un mariage de sa filleule avec son ancien secrétaire et le désir lui vint, impérieux, brutal, de connaître tout au moins les sentiments que nourissait ce dernier à l'égard de la jeune fille.D'un geste sec, il décrocha le récepteur, composa un numéro.\u2014 Allô ! Je désire parler à M.Martillac.Est-il encore là ?.Bon ! Passez-le-moi, s\u2019il vous plaît ! C\u2019est vous, Martillac ?Oui.J'ai besoin de vous parler immédiatement .Chez moi, oui.Tout de suite ?.Bon, je vous attends.Ayant accroché l\u2019appareil, il essaya de s\u2019intéresser à un travail quelconque, feuilleta dossiers et manuscrits, mais son attention ne fut retenue par aucun.Et, lorsque celui qu\u2019il avait appelé arriva, il l\u2019accueillit avec une étrange fébrilité et, dans le regard, une flamme bizarre qui ressemblait fort à une expression de haine.\u2014 Asseyez-vous, dit-il brièvement.Puis, il ajouta sans préambules : \u2014 Qu\u2019avez-vous pensé, tout à l\u2019heure, en entendant la réflexion de Mme Vindict ?\u2014 Quelle réflexion ?Martillac avait rougi violemment.\u2014 Celle qu elle m\u2019a jetée au sujet de Pierrette et de vous 1 \u2014 Je .je ne comprends pas ! \u2014 Mais si, voyons, vous me comprenez fort bien, au contraire, articula Flagermont du ton cassant d'un juge d'instruction interrogeant un accusé.Par un prodigieux effort de volonté, il parvint cependant à se dominer et à poursuivre, de sa voix naturelle : \u2014 Répondez-moi, sans détours, Martillac, et ne vous troublez pas ainsi, que diable ! Ma question, après tout, n'a rien que de très simple.\u2014 Eh bien ! fit le jeune homme, se dominant, lui aussi, j'ai pen^é que notre « vedette » ne ratait pas une occasion de se montrer indiscrète ou incorrecte.\u2014 Vous répondez à côté, Martillac.\u2014 Que voulez-vous que je vous réponde ?\u2014 Dites-moi si Gloria Vindict a vu juste, en ce qui vous concerne, tout au moins.\u2014 Mais .Le secrétaire-auteur dramatique semblait interloqué en même temps que bouleversé d émotion.'\u2014 Allons, mon vieux, parlez, je vous en prie.Soyez franc.Ai-je l\u2019air d'un inquisiteur ?\u2014 Presque, constata Martillac sur un ton qui voulait être celui de la plaisanterie.Flagermont se mordit les lèvres d\u2019impatience : \u2014 Croyez bien que je le regrette, ne désirant rien tant que vous mettre en confiance.\u2014 Alors .puisque vous m\u2019avez demandé d être franc \u2014 Allez-y ! , \u201e Eh bien ! je vous avouerai que Mlle de Chanteduc a produit sur moi une impression profonde, ineffaçable et que .malgré tous mes efforts pour me débarrasser de 1 obsession \u2014 Vous n\u2019avez qu'un but : multiplier les occasions de la rencontrer de la regarder, d entendre sa voix .\u2014 Mais .Oh ! je sais bien que jamais .enfin, que je ne suis pas le mari que .qui .L\u2019expression brutale réapparue sur les traits de celui qui avait été son chef l\u2019effraya et il se demanda avec angoisse où celui-ci voulait en venir Mais l'interrompant net, Flagermont.parvenu une fois de plus à se dominer, déclarait froidement : \u2014 Bref, si vos sentiments étaient payés de retour, vous ne demanderiez pas mieux que d épouser ma filleule \u2014 Monsieur Flagermont, que signifie cet interrogatoire ?Que signifie-t-il ?Je n'ose comprendre .La voix du directeur des émissions France-Radio se fit plus froide encore pour répliquer : \u2014 Vous n'avez rien à comprendre .pour le moment tout au moins .Je vais questionner Pierrette comme je viens de vous questionner .Et je vous communiquerai le sens de ses réponses .- Ah ! \u2014 Non, ne me remerciez pas.C'est moi qui vous remercie et qui m'excuse de vous avoir dérangé à cette heure tardive.Interdit, incapable de proférer aucune autre parole.Martillac mit sa main dans celle qui lui était tendue et sortit.CETTE ENFANT.« ^0 X.1 l I #;# ?VITAMINES À.B.GetD Si épuisé, qu\u2019il s\u2019emportait contre tout le monde DIS BONSOIR A PAPA, CHERIE PAUVRE PAPA, TU ES SI FATIGUE'.Q/v , C'SST VRAI,PETITE.A PROPOS, MARIE VEUX-TU M'ACHETER.DE LA LEVURE FLEISCHMANN.JEAN MORIN PRÉTEND \u201e que C\u2019EST EXCELLENT POUR REMETTRE ENTRAIN.IL ME CONSEIU.F D\u2019EN MANGER RÉGULIÈRE: MENT PENDANT QUELQUE TEMPS UN MATIN, UN PEU PLUS TARI 1-2-3 -ET A -TRÈS BIEN, petite; penche-toi ENCORE UN PEU PLUS.?; 2 7 février 1937 19 Flagermont poussa alors un large soupir, par lequel il eût voulu exhaler toute la souffrance qui était en lui.Son front était moite, ses poignets brûlants.11 marcha vers la haute glace formant panneau et se tint là, debout, s examinant de tout près, avec la plus grande attention.Comme ces derniers jours l\u2019avaient changé ! 11 avait peine à se reconnaître, Lui.le chef impassible, et si maître de ses mouvements intérieurs et extérieurs, il en était venu à perdre tout contrôle de lui-même.Il l'avait bien vu, au cours de cet entretien si pénible qu il venait d\u2019avoir avec Mar-tillac.C'était tristement, lamentablement vrai qu'un amour malheureux, quand il n élève pas jusqu\u2019aux cimes du plus sublime renoncement, déchaîne dans l'âme une effroyable tempête en laquelle peuvent sombrer les vertus dont on était fier .Le malheureux se sentait coupable vis-à-vis de son ancien subalterne, coupable de dureté depuis le jour exactement où ce dernier était venu lui proposer son premier sketch pour la radio.Etait-ce la présence de Pierrette, lors de cette entrevue, et une sorte d obscure prescience de ce qui allait être, était-ce cela qui lui avait imposé en face du jeune homme cette sorte d hostilité ironique qu'il lui avait témoignée ?Quoi qu'il en fût, il s\u2019en voulait à cette minute d\u2019avoir cédé à des instincts qu\u2019il condamnait, jadis, sévèrement.quand une rivalité amoureuse les faisait éclore autour de lui.Toujours devant la glace, juge sévère, il se morigénait, tout en se promettant de mieux régimenter à l'avenir ses nerfs ainsi que les moindres de ses actes.Ainsi, c\u2019était chose réglée.Pierrette épouserait Martillac.serait heu- reuse près de lui, dont un jour, dans cette même pièce, elle avait dit : « C'est un tendre, un délicat.» Ils s\u2019aimeraient, ils s\u2019en iraient quelque part cacher leur bonheur, et lui, Flagermont, retomberait dans sa solitude de vieux garçon, solitude que continuerait à meubler chichement la banale camaraderie d\u2019une Gloria Vin-dict et ses occupations de directeur artistique d'une troupe théâtrale.C\u2019était là l\u2019existence qu\u2019il s\u2019était préparée, qui lui suffisait avant l'arrivée, « dans sa vie d'homme mûr », de « cette adolescente qui n\u2019était même pas sa nièce ».\u2014 Allons, du courage !.Il se redressa.Du courage, il en aurait.Mais, pour cela, il fallait qu'il se plaçât immédiatement devant un fait accompli, c\u2019est-à-dire devant cette certitude : le mariage de Pierrette.Pourquoi remettrait-il au lendemain le soin torturant de l\u2019interroger ?Les heures, jusqu\u2019alors, lui seraient un intolérable supplice s\u2019il ne savait au juste, sans tarder, à quoi s\u2019en tenir, sur les sentiments de sa filleule.\u2014 Allons ! Courage !.se répé-ta-t-il en heurtant bravement l'huis qui séparait le petit salon de la retraite de la jeune fille.De l'autre côté, rien ne répondit.\u2014¦ Serait-elle endormie ?pensa-t-il.C'est fort possible, après tout.Son gros chagrin n\u2019était qu'un chagrin puéril qui aura sombré dans le sommeil .Il frappa un nouveau coup, plus léger, bien décidé à s'éloigner sans insister davantage.Mais, cette fois, il entendit un « entrez ! » sourd, presque guttural, qu'il n'identifiait pas.Il poussa la porte aussitôt, avec, au coeur, un petit pincement d'inquiétude, mais s'arrêta, stupéfait, sur le seuil.Pierrette de Chanteduc, blottie au creux d'un fauteuil, n'avait même pas dégrafé sa robe de ville.Et le chapeau qu\u2019elle portait dans l'après-midi avait sans doute glissé de lui-même de sa tête fine : il gisait à ses pieds, petite chose informe, méconnaissable.L\u2019étroit visage au délicieux ovale était tendu vers la brusque apparition, reflétant une angoisse qui n'était pas \u2014 Flagermont en eut la soudaine révélation, \u2014 celle d'un enfant comme il venait de le présumer.Le cerne plus sombre qui se creusait autour des paupières lui parut émouvant ; émouvante aussi la clarté intense flambant dans les prunelles mouillées.\u2014 Pierrette, commença-t-il sans savoir exactement ce qu'il disait, pourquoi t'es-tu enfermée de si bonne heure ?Elle ne répondit pas, continuant à le fixer, de ce regard particulier, fait surtout de curiosité profonde qu'on projette sur des inconnus.On eût dit qu elle le voyait pour la première fois.\u2014 Réponds-moi, mon petit, articu-la-t-il avec une instinctive douceur.Elle sembla s'éveiller d\u2019un songe douloureux ; ses cils battirent faiblement et ses lèvres s\u2019entrouvrirent pour murmurer : \u2014¦ J'avais besoin d'être seule pour réfléchir .Il s'avança d'un pas saccadé, vint s'asseoir sur un fauteuil voisin de celui qu\u2019elle occupait : \u2014\u2022 Pierrette, murmura-t-il sans la regarder, je te demande pardon de t'avoir peinée tout à l'heure, mais il le fallait.Elle répondit en écho : \u2014 Il le fallait.Surpris, il leva les yeux sur sa figure toujours douloureusement tendue : \u2014 Tu comprends .balbutia-t-il \u2014 Oui, je comprends.Plus étonné encore et pressé d en finir, il dit alors, très vite : \u2014 Non, tu ne comprends pas, tu ne peux pas, tu ne dois pas comprendre En tout cas, si le projet que je t ai soumis tout à l'heure te déplaît pa: trop .Elle l'interrompit : \u2014 Quel projet ?\u2014 Celui de te placer jusqu\u2019à ta m* jorité dans une institution .\u2014 Ah ! oui.Son attitude étrange, son air absent, continuaient à l\u2019étonner, mais il ne voulait pas perdre du temps à lui en demander la raison.\u2014 Si donc, poursuivit-il, tu ne veux pas aller en pension, j'ai une autre proposition à te faire.\u2014 Laquelle ?Il répéta, ne sachant comment s'y prendre pour formuler sa pensée : \u2014 Laquelle ?Puis, détournant encore une fois la tête : \u2014 Tu ne devines pas ?fit-il.\u2014 Oh ! non.Son accent était triste et las infiniment.« Courage ! » se répéta mentale ment Flagermont.Puis, aussitôt, il débita, comme on récite une leçon apprise : \u2014 Martillac, à qui tu as manifesté, ces dernières semaines, la plus vive sympathie, oui, Martillac, mon ancien secrétaire, t\u2019aime.Il désire t'épouser.Je n\u2019attends que ta réponse pour la lui transmettre.- Oh ! Les lèvres de Pierrette, décolorées tout à coup, avaient proféré ce cri.pareil à une plainte.Il ne voulut pas voir le désespoir qui figeait ses traits et éteignait la pure lumière de son regard.Très vite, un peu haletant, il continua : (Lire la suite page 21J PEUX-TU PARLER AINSI NE PLEURE PAS , PETITE - TON PÈRE N'A PAS VOULU TT FAIRE DE PEINE, .C'EST PARCE QU'IL EST FATIGUE QU'IL EST AINSI DE MAUVAISE HUMEUR BEAU TEMPS CE MATIN, RAYMOND - ON SE SENT REVIVRE v\\y MOI, MON VIEUX, JE ME SENS VANNÉ' JE SUIS TELLEMENT DÉPRIMÉ QUE JE N'AI PAS LE MOINDRE GOÛT au travail: JE CONNAIS CA CETTE SENSATION-LA -J'ETAIS DE MÊME LE PRINTEMPS DERNIER ET LE DOCTEUR M'A DIT QUE C'ÉTAIT MON SANG QUI ETAIT MAL ALIMENTÉ, IL M'A CONSEILLÉ LA LEVURE FLEISCHMANN- ESSAIE -LA DONC! 7 / \\ M JE SUIS HEUREUSE DE VOIR QU'IL EST REDEVENU lui-meme: REâARDE, MAMAN JE FAIS EXACTEMENT COMME PAPA 1 Ne vous laissez pas DÉPRIMER par un SANG MAL ALIMENTÉ Nombre de gens se sentent épuisés à cette saison de l\u2019année.Ils manquent d'énergie et il leur faut faire un effort pour exécuter le moindre travail.Généralement, cette sensation de fatigue est un signe que le sang est appauvri, qu\u2019il est insuffisamment alimenté et qu'il ne fournit pas aux tissus nerveux et musculaires la nutrition qu'ils requièrent.La Levure Fleischmann fraîche fournit au sang les vitamines et les éléments nutritifs qui lui sont nécessaires; elle l'aide à tirer plus de profit des aliments et à mieux subvenir à l\u2019entretien des tissus musculaires et nerveux.Mangez régulièrement chaque jour 2 gâteaux de Levure Fleischmann \u2014 environ Yi heure avant les repas ou au coucher \u2014 nature ou dans un peu d'eau.iA 1EVURE FLEISCHMANN FRAICHE RENFERME 4 VITAMINES,EN PLUS.DE SUB- STANCES PAREILLES AUX HORMONES QUI AIDENT A L'ORGANISME A OBTENIR UN MEILLEUR RENDEMENT DES ALIMENTS ETA l'OBTENIR PLUS VITE C\u2019est votre sang qui \u201cnourrit\u201d votre corps L\u2019UNE des fonction?importantes du sang est de porter aus tissus musculaires et nerveux les éléments nutritifs qui proviennent de vos aliments.Lorsque le moindre effort vous épuise, c\u2019est généralement un signe que votre sang est insuf fisamment alimenté.U vous faut alors pren dre quelque chose qu; vous aide à obtenir une nutrition supérieure de vos aliments.Achetez des produits canadiens 20 LE SAMEDI ; L\u2019Actualité à Montréal Aux Arts Féminins C'est à la fois un atelier de tissage qui a un an et demi d\u2019existence et un magasin, installé six mois plus tard, où l'on vend des travaux féminins.La fondatrice, Mlle Léonie Laplante, avait tout d\u2019abord formé le projet d'organiser un comptoir où seraient Vendus des articles fabriqués dans nos villes et dans nos campagnes.Après quelques démarches et l'examen de certains objets soumis à son approbation, elle en vint à la conclusion qu\u2019il serait à la fois plus prati-yue et plus satisfaisant de mettre en vente des articles dont elle aurait surveillé de près la fabrication.C est pourquoi elle se décida à fonder, dans un but éducatif, une école de tissage qu elle installa rue St-Denis.Mlle Laplante n\u2019espère pas y trouver un profit immédiat et ses ambitions ne sont pas 'de nature commerciale, Ce qu elle désire c'est contribuer à la renaissance des travaux féminins qui ont été beaucoup mis de côté en ces dernières années où la grande ambition des jeunes filles est d'être dactylographes.Pendant des tournées faites dans nos campagnes, Mlle Laplante a eu l\u2019occasion de constater que si les grand\u2019mères et assez souvent les mères savent tisser et filer, les jeunes filles l'ignorent.Il ne serait pas impossible.cependant, d\u2019organiser à peu de frais dans les petites villes des magasins où elles trouveraient facilement à écouler les ouvrages confectionnés pendant leurs longues soirées d'hiver.De leur côté, les personnes de la société qui ne sont pas obligées de gagner leur vie pourraient venir en aide à ces travailleuses en refusant la camelote qu'on leur offre et en réclamant des étoffes tissées à la main dont elles lanceraient ainsi la mode.Elles n\u2019auraient pas à regretter cette initiative, car elles ne tarderaient pas à s'apercevoir qu elles ont l\u2019avantage de porter, disons par exemple, une écharpe qui n\u2019a pas été fabriquée en série et dont vous ne verrez pas le dessin un peu partout.Pour en revenir à h école de tissage de Mlle Laplante, ajoutons que la directrice s\u2019est tout de suite rendue compte, dès les premiers cours, que les élèves y entraient insuffisamment préparées.C'est pourquoi on n'y enseigne pas seulement à tisser et à filer, mais à coudre et à dessiner.Sans la connaissance du dessin, l\u2019élève se contentera de copier et ne pourra tenter de créer des modèles originaux.Il y a donc maintenant un pro- CHARLES BOYER C\u2019est la dernière semaine de février du grand concours de cinéma du \u201cSamedi La semaine prochaine commencera le concours de mars, qui portera sur Douglas Fairbanks, jr.James Cagney et Eleanor Hunt.Voyez les conditions du concours Charles Boyer et Marlène Dietrich en page deux de ce numéro.Wmm LA VITRINE DU \u201cSAMEDI'\u2019 A LA PHARMACIE Photo Associated Screen News MONTREAL Samedi\u201d ont été exposés, du 29 jan- Les prix les plus importants de février du grand Contours du Cinéma du vier au 9 février, à la Pharmacie Montréal, On peut maintenant les voir au magasin à rayons J.Corbeil, 6500, rue Saint-Hubert, coin Beaubien.Cet étalage a été exécuté par Monsieur Oswald Bonin de la Pharmacie Montréal.OBJETS PERSOnriELS PHOTOGRAPHIA BUTOGRAPHJ££S billets de BrtnouE.ric PFrCRTS PRP 1 V' 'Ll W*» tu V£riT£ fesseur compétent de dessin à l\u2019atelier des Arts Féminins : Mlle Senécal, de lEcole des Beaux-Arts.Après avoir ainsi causé pour le bénéfice de mes lectrices, j\u2019ait fait la visite du magasin et de l\u2019école.Dans la vitrine du magasin installé au rez-de-chaussée il y a des pièces d'étoffes pour habits de messieurs et costumes de dames, des ^couvertures, des sacs, des chandails, des abat-jour, des écharpes, des cravates et de petits tricots pour bébés.Au premier étage, dans une salle double, des élèves sont absorbées par leur délicat travail.On m'explique d une façon sommaire, mais trop longue cependant pour être transcrite ici, le fonctionnement du métier, du rouet du dévidoir, du bobineur, de l\u2019ourdissoir et du cannellier.Je m'informe alors du temps qu'on\ta met pour apprendre à tisser.La ré-\t\u2019 ponse est encourageante.On m'assure qu'au bout de trois mois une élève attentive et qui a suivi les cours avec ponctualité peut se tirer d'affai-\t\\ res et tisser de petits articles pour son usage personnel, et qu'une couple de mois plus tard, cela dépend évidemment des aptitudes de chacune, elle pourra confectionner des objets susceptibles d'être mis dans le commerce.Je demande encore : « Quelle est la qualité la plus essentielle à une habile tisseuse ?» On nie répond : « Le soin, la minutie.» Du tissage fait, comme on eut, à la grosse, n'a aucune valeur.« C est pourquoi apprendre à bien tisser c est en quelque sorte améliorer sa formation morale », ajoute mon interlocutrice, « et n'est-il pas regrettable que, chez nous, nous soyons enclins à nous contenter de besognes à moitié faites ?» En entendant cette dernière réflexion, je ne puis m empêcher de songer à Jules bournier qui, il y a plus de vingt ans, reprochait à ses compatriotes de souffrir du mal de 1 à peu prés.Denise Lemoyne 27 février 1937 21 (Suite de la page 19) \u2014 Je sais que tu es bien jeune pour songer au mariage, mais .Martil-lac est un brave garçon sensible et doux .Il te rendra heureuse ainsi que je veux que tu le sois et .et je serai tranquille .\u2014 Vous .vous serez tranquille ! Alors, seulement, il s aperçut qu elle défaillait.Epouvanté, il tendit les bras en avant et elle s'affaissa contre lui, les paupières closes, les joues pareilles à celles d\u2019une jeune morte et le corps lourd, très lourd, en sa fragilité.11 la porta sur le divan tout proche, et puis, tremblant, éperdu, cet homme qui venait de se jurer qu en toute circonstance il saurait conserver son sang-froid, se jeta hors de la chambre en appelant à l aide avec des bégaiements de grand gamin effrayé.VII I orsque Pierrette reprit ses sens, le *\u2014 premier visage qu'elle aperçut, anxieusement penché sur elle, fut celui de Flagermont.Les levres de la jeune fille eurent tout d\u2019abord une ébauche de sourire, mais, presque aussitôt, cette expression de joie se changea en une douloureuse crispation Par degrés,, maintenant, sa mémoire lui retraçait les événements de la veille.Elle eut un sursaut de révolte et s'écria : \u2014 Parrain, dites-moi que ce n\u2019est pas vrai .J\u2019ai fait un rêve atroce .Il entoura de son bras frémissant la délicate épaule voilée de linon blanc.\u2014 Mon petit, mon petit, calme-toi, je t\u2019en supplie.\u2014 Ce n\u2019est pas vrai ! répéta-t-elle en se dégageant.Il ne faut pas que ce soit vrai ! Il berça d un geste machinal ce corps gracile qui commençait à s agiter.\u2014 Dors, là ; dors, ma petite Pierrette.Dors, mon enfant chérie, dors.Elle secoua ses boucles brunes tout emmêlées : \u2014 Non.Je ne veux pas .Il faut qu avant, je vous dise .Ensuite, vous pourrez m envoyer dans ce couvent dont vous m avez parlé ! \u2014 Tu ne veux pas épouser Mar-tillac ?Ni maintenant, ni plus tard?Elle le regarda et, sans qu'il sût pourquoi, il eut le sentiment très net que les simples paroles qu\u2019il venait de prononcer lui avaient fait un mal véritable.\u2014 C est bien.Je ne t\u2019en reparlerai plus, fit-il, comme s'il eût réellement perçu une réponse négative.Puis, continuant à la bercer, il chuchota : \u2014 Dors, ma chérie, dors .Ne dis plus rien, ne pense à rien .Dors.Elle ferma les yeux, oublieuse, déjà, semblait-il, de ce qu'elle voulait lui dire la minute d\u2019avant.Et le bras de Flagermont continua à imprimer longtemps au corps de h adolescente le léger balancement par lequel les meres endorment leurs tout-petits Le souffle de Pierrette devint peu à peu calme et régulier Et quand, enfin, son parrain, avec des précautions infinies, replaça la brune tête sur l'oreiller, la petite, emportée par les épuisantes émotions de cette journée dormait d\u2019un sommeil profond.En rouvrant les paupières, il lui sembla que peu d'instants s\u2019étaient écoulés.Ne retrouvait-elle pas, encore fixé : ur elle, le même regard grave et tendre de celui dont la voix était demeurée su' pendue à son oreille : « Dors, ma chérie, dors .» Oui, il était toujours là, les traits un peu plus tirés que la veille par l'insomnie qu\u2019avait seule alimentée une songerie douloureuse.Le jour fil- trait à travers les persiennes mi-closes.\u2014 Oh ! fit Pierrette, surprise.C\u2019est déjà le matin ?\u2014 C\u2019est le début de l\u2019après-midi, corrigea Flagermont avec un sourire à la fois triste et doux.Comment te sens-tu ?Elle s'assit sur son lit pour essayer ses forces, puis de sa voix basse et tendre, elle interrogea, sans répondre à la question qui lui était posée : \u2014 Qu allons-nous faire, aujourd'hui, parrain ?\u2014 Mais .ce sera comme d habitude .Rien n'est changé ! « Si.protestait son cœur torturé.Tout est changé, au contraire ! » Et, soudain, il eut un violent tressaillement, en entendant cette même phrase prononcée tout haut près de lui : \u2014 Tout est changé, au contraire ! Il regarda Pierrette avec un peu d'égarement.\u2014 Tout est changé, parrain, reprenait celle-ci, puisque je ne peux plus rester auprès de vous .Mais .je vous demande de m'accorder cette ultime faveur : gardez-moi jusqu\u2019à demain ! Il voulut rire, mais ce rire s'étrangla d,.ns sa gorge.\u2014 Demain ?fit-il.Mais je te garderai probablement demain encore et peut-être aussi après-demain.Il faut que j'aie le temps matériel de trouver un établissement réunissant tous les avantages que je .Il s\u2019interrompit.Le timbre d\u2019entrée résonnait.\u2014 Tu permets ?Il se leva et se dirigea rapidement vers l'antichambre.Il y eut des exclamations.Pierrette reconnut l\u2019accent sonore, un peu métallique, de Gloria Vindict.Ses petits poings se crispèrent.En hâte, elle se leva, passa dans le cabinet de toilette, y baigna son visage et scs bras, puis enfila une robe d'intérieur bleu-roy, qui lui seyait admirablement.Elle revint dans sa chambre qu'elle se mit à arpenter d un pas saccadé, tout animée par une véritable fureur.Quand la porte se rouvrit et que, dans l\u2019entre-bâillement, Flagermont réapparut, elle ne lui laisra pas le temps d'ouvrir la bouche : \u2014 Parrain, s'écria-t-elle, impétueuse.en voilant de ses long-: cils sès prunelles ardentes, cette méchante femme n'est pas la compagne qu\u2019il vous faut ! Vous pouvez me chasser tout de suite, si vous le voulez, peu importe ! Avant, je vous aurai dit .Il ne faut pas que vous l'épousiez !.Il ne le faut pas, entendez-vous.D abord, elle est vieille, cela se voit, malgré ses fards .Il ne faut pas .D'ailleurs, moi.je ne veux pas ! Elle s abattit sur un siège, secouée de sanglots, ainsi que la veille au soir à France-Radio.Il fit un pas en avant.\u2014 Mon petit, voyons, mon petit .Que signifie .Je te jure que je ne comprends pas ! Elle leva la tête.Son regard baigné de larmes rencontra l'autre regard, s'y accrocha désespérément.\u2014 Parrain, répéta-t-elle dans une plainte, n'épousez pas Gloria Vindict !.Malgré son bouleversement douloureux, il éclata de rire, franchement, cette fois : \u2014 Moi, épouser Gloria Vindict ?Où as-tu pris cette énormité ?Si tu t\u2019étais trouvée dans mon studio à 1 instant même, tu saurais qui elle épouse, notre vedette nationale.C'est même du plus haut comique cette annonce de mariage qu elle vient de me faire en compagnie de son fiancé .\u2014 Elle épouse quelqu'un d'autre?(Lire la suite page 42) Voici un Moyen Facile d\u2019Enrayer un Rhume Deux comprimés d Aspirine dans un verre d eau fondent et agissent vite ! Exigez la Marque ASPIRIN MARQUE DÉPOSÉE Voici la\tméthode moderne\tà suivre pour enrayer un rhume : deux comprimés d\u2019Aspirine dès que s\u2019en manifestent les premiers symptômes.Répéter la dose\tau\tbesoin, selon\tle Mode d\u2019Emploi contenu dans l\u2019étui.Si\tvous\tavez aussi\tmal à la gorge, broyez et faites fondre trois comprimés d\u2019Aspirine dans le tiers d'un verre d'eau et gargarisez-vous deux fois avec cette solution.Ingérée, l'Aspirine a pour effet d'enrayer la fièvre, les malaises causés par le refroidissement et le rhume lui-même.Et la médication par gargarisme soulage presque instantanément l'irritation et les dou- leurs.C\u2019est tout bonnement merveilleux \u2014 la solution agit sur la muqueuse endolorie de la gorge à l'instar d'un anesthésique local.Faites-en l'essai.Nous savons que votre médecin sera de notre avis.C\u2019est efficace, prompt, et préférable à l\u2019emploi de remèdes souvent trop énergiques.\u2022 Les comprimés d\u2019Aspirine sont préparés au Canada.Le mot \u201cAspirin est la marque déposée de la Bayer Company.Limited, de Windsor.Ontario.Exigez les lettres du nom Bayer, en forme de croix, sur chaque comprimé. 22 LE SAMEDI Notre Feuilleton (Numéro 11) LES TABLES DE JEU ÉTAIENT DÉJÀ OCCUPÉES, MAIS RAOUL, DÉDAIGNEUSEMENT, LEUR AVAIT TOURNÉ LE DOS.Tï * safwBaw&.- gük *¦¦¦ ¦ , ILLUSTRATION DE LUCE L\u2019INFAME par Emile RICHEBOURG Tu ne saurais te faire une idée, Edouard, de l\u2019élévation, de la grandeur et de la véritable noblesse qu'il y avait dans cette adorable enfant.Et dans les sentiments, quelle délicatesse exquise! Son travail lui donnait à peine de quoi se suffire et elle logeait dans une pauvre chambre d\u2019hôtel, une mansarde.Je voulus lui louer un logement plus convenable et le lui meubler.Je voulus lui donner des bijoux, des toilettes, de l\u2019argent.Eh bien, il me fut impossible de lui faire rien accepter.\u201c\u2014 Non, me disait-elle avec une expression touchante, je veux rester à mes yeux toujours digne de vous.En acceptant ce que vous m\u2019offrez, je croirais profaner notre amour.\" \u2014 Comprends-tu, Edouard, com-prends-tu ?\u2014 Oui.C\u2019était un noble cœur! \u2014 Et voilà le trésor que j'ai perdu ! \u2014 Comment cela est-il arrivé ?\u2014 Papa, dit tout à coup Eugène, voici l\u2019allée des Pins, faut-il la prendre pour retourner près de maman?Publié en vertu d'un traité avec La Société des Gens de Lettres.Commencé dans le No 19 déc.1936 \u2014 Oui, mon ami, répondit le marquis, nous retournons au château par l\u2019allée des Pins.Satisfait de cette réponse, l\u2019enfant, les bras chargés de fleurs, partit en avant-garde, \u2014 J'aurai, je pense, le temps d\u2019achever mon récit, dit le comte de Sisterne.\u2014 Nous avons encore un quart d\u2019heure à nous, répondit le marquis.V Où sont-ils ?h/ONSIEUR de Sisterne reprit : \u2014 Voulant naturellement cacher mes amours à ma sœur et à mon beau-frère, j\u2019avais loué, pour la circonstance, un petit appartement dans un hôtel de la rue Richelieu.Cela ne m empêchait pas de voir tous les jours M et madame de Valcourt et de coucher dans la chambre que j'avais chez eux plus souvent qu\u2019à l\u2019hôtel Mais pour Gabrielle, qui m\u2019écri- vait quelquefois, il fallait que j\u2019eusse un logement à moi.Toutefois, elle venait très rarement à l\u2019hôtel, elle préférait me voir au dehors, et nous faisions de fréquentes excursions aux environs de Paris Elle s\u2019effarouchait d\u2019un rien, et elle avait des susceptibilités qui me ravissaient.Un jour\u2014six semaines avant l\u2019expiration de mon congé, \u2014 je trouvai chez ma sœur un pli cacheté aux armes de la marine.C\u2019était l\u2019ordre de me rendre immédiatement à Brest, à bord du vaisseau l 'Orgon\u201d, qui venait d\u2019appareiller pour les Antilles.Je passais, avec avancement, d'une corvette sur un navire de première classe.Dans une autre circonstande, j\u2019aurais été certainement très heureux, mais ce qui m'arrivait était si inattendu, que je considérai cette faveur, dont j\u2019étais l\u2019objet, comme un véritable malheur.Par surcroît de mauvaise chance, le pli était arrivé la veille, et comme je n\u2019avais pas couché chez ma sœur, il me restait strictement le temps nécessaire pour me rendre à Brest, au moment où j\u2019en prenais connaissance.Que faire7 L ordre était formel.Il fallait partir J ai soupçonné alors, et j\u2019ai encore cette idée aujourd\u2019hui, que mon beau-frère, ayant découvert mes relations avec Gabrielle, n\u2019avait rien trouvé de mieux, pour y mettre un terme, que de me jouer ce vilain tour, en usant de son influence auprès du ministre.Mes malles, faites à la hâte et chargées sur une voiture, je courus rue Richelieu où j\u2019avais des effets et quelques papiers importants.De là après avoir pris seulement le temps d'écrire une lettre de quinze ou vingt lignes à Gabrielle, que je remis à un garçon de 1 hôtel, avec ordre de la porter à son adresse, je me rendis précipitamment au chemin de fer Deux heures après mon arrivée à bord, les marins de T'Orgon\u2019\u2019 levaient les ancres.Je n\u2019eus pas le temps, avant de gagner le large, d'écrire rine nouvelle lettre à ma pauvre Gabrielle.Mais, au bout de quelques jours, je lui en écrivis une très longue, que je pus faire partir pour la France un mois plus tard.Dans cette lettre, dictée par mon cœur et pleine de tendresse, je lui révélais enfin la vérité; je lui jurais de ne pas l\u2019oublier, de l\u2019aimer toujours, et je lui faisais encore la pro- 27 février 1937 23 messe solennelle de lui donner mon nom dès que je serais de retour en France.Je lui indiquais le moyen de me faire parvenir sa réponse, je lui donnais en même temps l\u2019adresse de mon notaire, à Saintes, et je la suppliais de se faire envoyer par lui tout 1 argent dont elle pourrait avoir besoin Cette lettre et plusieurs autres que je lui écrivis successivement restèrent sans réponse.Je ne savais quoi m'imaginer.Pendant tout le temps que dura ce voyage, je fus dans une inquiétude mortelle.Son souvenir ne s'éloignait pas de ma pensée; je sentais, au contraire, mon amour grandir et devenir plus ardent Tu vois dans quelle situation je me trouvais, et tu devines ce que j'ai souffert.Je n'entre pas dans de plus longs détails.Je revins en France.Plus de deux ans et demi s\u2019étaient écoulés.Je me rendis d'abord à Sisterne.Là, je trouvai trois des lettres que j'avais écrites à Gabrielle; elles avaient été envoyées à Sisterne, par les soins de l\u2019administration des postes Qu'étaient devenues les autres?Je ne l\u2019ai ïamais su.Après avoir réglé diverses affaires pressées, ce qui me prit une semaine, je pus enfin partir pour Paris.Au lieu de me rendre directement chez ma sœur, je descendis à 1 hôtel de la rue Richelieu, sous le nom de Longuet.Je n\u2019ai pas besoin de te dire combien j'étais impatient d'avoir des renseignements au sujet de Gabrielle.Je me présentai le même jour au magasin de la rue Montmartre.J\u2019espérais encore, et je me faisais cette illusion que j\u2019allais y retrouver Gabrielle.La patronne de l\u2019établissement, à laquelle je m\u2019adressai, me reconnut; elle me reçut froidement et même d'une manière un peu hostile Je l'interrogeai.Elle me répondit en me disant tout ce qu\u2019elle savait.Je ne me rappelle jamais ce douloureux instant de ma vie sans sentir mon cœur se déchirer.J'apprenais, enfin, toute l\u2019étendue du mal que j'avais fait Ah! j\u2019aurais moins souffert si l\u2019on m\u2019eût enfoncé un poignard dans la poitrine.Un jour Gabrielle ne vint pas au magasin.On pensa qu'elle était indisposée, et sa patronne alla elle-même pour avoir de ses nouvelles.On lui répondit que Gabrielle, emportant tous; ses effets, était partie sans dire où elle allait.Oui, la pauvre enfant, elle était partie brusquement sans prévenir ses patrons, sans avoir instruit de son projet aucune de ses compagnes.Pourquoi ce départ qui ressemblait à une fuite ?Le comte baissa la tête et continua d'une voix tremblante : .\u2014 La malheureuse enfant s'était sauvée comme une misérable peur aller cacher dans un coin ignoré son malheur et sa honte.Elle allait devenir mère ! \u2014 Oh ! la pauvre fille! s\u2019écria le marquis.\u2014 Oui, mère, reprit M.de Sisterne d'une voix entrecoupée, mere d\u2019un enfant dont je suis le père! Et elle partie, la noble victime, n\u2019ayant peut-être pas vingt-cinq francs dans ia poche.\u2014 Affreux! murmura le marquis.\u2014 Quelque temps après, une de ses camarades du magasin la rencontra par hasard.Elle était allée se loger ou plutôt se cacher à 1 extrémité des Batignolles.N'ayant pas le moyen de se donner le luxe d une chambre, elle demeurait dans un taudis, une sorte de trou infect dans lequel ne voudrait pas dormir ton chien Fanor.La courageuse enfant travaillait ; elle faisait, je crois, de la passementerie et parvenait à gagner vingt ou vingt-cinq sous par jour, à peine de quoi ne pas mourir de faim !.C'est par cette jeune fille que Gabrielle rencontra, comme je viens de te le dire, qu\u2019on sut, rue Montmartre, pourquoi elle avait cru devoir quitter le magasin.Elle n\u2019avait point voulu attendre que sa faute fût connue et elle s'était soustraite à l\u2019affront d'être congédiée.Quelques jours après cette rencontre, la même camarade, accompagnée d'une ou de deux demoiselles de magasin, se rendit aux Batignolles pour faire une visite à Gabrielle.Elle n'y était plus.Une fois encore Gabrielle avait disparu.Sa retraite connue, elle en avait cherché une autre.Où est-elle allée?Qu'est-elle devenue?Personne n\u2019a pu me le dire, et, malgré toutes les recherches auxquelles je me suis livré, je n'ai pu rien découvrir.Pensant que peut-être elle était retournée chez son père, j'allai à Orléans.Le commerçant était mort de- puis peu et Gabrielle n'avait point réclamé son héritage.\u20141 \u201c Depuis que Gabrielle Liénard a quitté la ville, me dit-on, on n'a plus entendu parler d\u2019elle.\u201d J'ai acquis la certitude que la malheureuse enfant n\u2019a reçu aucune des lettres que je lui ai écrites, pas même celle que j\u2019avais remise à un garçon d\u2019hôtel, au moment de partir pour Brest.Ce garçon, que je questionnai, finit par m'avouer qu\u2019ayant perdu ma lettre, il n'avait pu faire ma commission.Ainsi, Gabrielle a dû croire que j'étais un lâche, méchant et infâme! que je ne l\u2019aimais pas, que je l\u2019avais froidement précipitée dans un abîme, et que, je l\u2019avais abandonnée! Quelles furent alors ses pensées.Ah ! je n\u2019ose me le demander!.Le cœur meurtri, flétrie, déshonorée.n'ayant plus d\u2019avenir, elle se vit perdue! Et elle m'a maudit, et, dans son mépris et son dégoût pour l'homme qui l\u2019avait trompée, elle a noyé son amour.Dans cette déplorable aventure, tout s\u2019est tourné contre moi, contre elle.Oh! oui, c'est bien la fatalité qui nous a poursuivis et impitoyablement frappés! S\u2019ensuit-il que je sois excusable?Non.J'ai vu la grandeur de ma faute, je devrais dire de mon crime, et j'ai senti plus cruellement la punition ! Car elle dure encore, elle durera toujours.La malheureuse Gabrielle existe-t-elle encore?Nul ne le sait.Hélas ! désespérée, mal conseillée par la misère, elle a peut-être voulu échapper à la honte et à la souffrance par le suicide ! A partir du jour où elle a quitté les Batignolles, elle s'enfonce et disparaît dans l'ombre.Si elle n'est pas morte, qu\u2019est-elle devenue?Où sont-ils tous les deux, la mère et l'enfant?Mystère!.Je ne sais rien et je ne saurai probablement jamais rien; et cette complète ignorance sera le tourment de toute ma vie.Le souvenir de Gabrielle me poursuit partout ; il est toujours présent à ma pensée, et mon amour, que rien ne peut éteindre ou combattre, reste enfermé dans mon cœur comme dans un sanctuaire.Maintenant, Edouard, comprends-tu l\u2019amertume de mes regrets?Comprends-tu que le remords soit à côté du souvenir ?\u2014 Oui, répondit le marquis; mais le pardon vient après le repentir; si ta faute a été grande, l\u2019expiation ne l\u2019est pas moins.Tu oublieras et tu retrouveras du repos.\u2014 Jamais! répliqua vivement M.de Sisterne; on ne fixe point la durée de la punition, quand les malheurs qu\u2019on a causés ne peuvent plus être réparés.Je vivrai de mon souvenir, c'est-à-dire de mes regrets et de mon amour.Va, on ne retrouve pas le bonheur comme un objet qu\u2019on a perdu ! Mes meilleurs amis s'étonnent de me voir rester garçon, et je ne sais combien de tentatives on a faites déjà pour me marier.Certes, on m\u2019a présenté des jeunes filles charmantes, très capables d'inspirer une affection profonde.Devant elles je suis resté insensible et froid comme un marbre.Me marier, moi! Est-ce que c'est possible?Il n existe plus aucune femme que je puisse aimer ! Or, je considère que le mariage sans amour est la profanation d'une chose sainte et sacrée.Quand on me conseille de me donner une compagne et qu on me parle des douces et pures joies de la famille, j\u2019écoute, je pense à Gabrielle et à son enfant et je garde le silence.Toi-même, Edouard, tu m as demandé pourquoi je ne me décidai?pas à me marier Je viens de répondre à ta question.Non, je ne me marierai pas.Il peut se faire que je sois d\u2019un puritanisme exagéré, mais nul mieux que moi ne connaît les sentiments qui m'inspirent et auxquels j\u2019obéis.Oui, je resterai fidèle à mon unique amour, et je ne donnerai pas à une femme, serait-elle la plus belle et la plus parfaite, le nom de Sisterne que j\u2019ai promis à une autre.Quant aux joies de la famille, dont on se sert vis-à-vis de moi comme d'un moyen de séduction, je n en suis pas absolument déshérité.En dehors de mes amis, je les compte bien pour quelque chose, j ai ma sœur, que j\u2019aime beaucoup, et près d'elle son mari et sa fille, ma nièce et ma filleule.Emmeline va atteindre sa troisième année, ce n'est encore qu'une enfant au berceau, mais elle est déjà intelligente, gracieuse et jolie comme un ange, la toute mignonne.J en suis idolâtre.Dans l'affection que j\u2019ai pour elle, il me semble qu'il y a de la paternité.Je reporterai sur ma nièce toute la tendresse et l\u2019amour que j\u2019aurais eu pour l'enfant de Gabrielle, pour mon enfant' Eh bien, plus tard, quand il faudra quitter la mer, c\u2019est près de sa sœur et de sa nièce que se retirera le vieux marin.Il resta un moment silencieux Puis avec un sourire doux et triste, il reprit : \u2014 Edouard, une idée vient de me venir.\u2014 Quelle est cette idée?\u2014 Que ton fils pourrait épouser ma nièce si, toutefois, Emmeline donne tout ce qu\u2019elle promet.\u2014 Ils auront l\u2019occasion de se voir souvent, répondit le marquis, en serrant la main de son ami; s ils s\u2019aiment, ce n\u2019est certes pas moi qui mettrai opposition à ce mariage.\u2014 Voilà où j\u2019en suis, reprit amèrement M.de Sisterne, réduit à échafauder des projets de bonheur sur des têtes d\u2019enfants ! Ils n\u2019étaient plus qu\u2019à trente pas du château.Prévenue de leur arrivée par l\u2019enfant, la marquise était descendue pour venir à leur rencontre.Elle tenait dans sa main le bouquet cueilli par Eugène à son intention.\u2014 Edouard, dit vivement le comte au marquis, tout ce que je viens de te dire doit être un secret entre nous.\u2014 Révéler ce que tu m\u2019as confié serait une trahison, mon cher Octave.\u2014 Madame de Villiers elle-même ne doit rien savoir.\u2014 Elle ne saura rien VI Le cœur de Gabrielle (TABRIELLE et Mélanie, mar-^ chant très vite, arrivèrent au pont de Villiers.Jusque-là, elles n\u2019avaient pas échangé une seule parole.Quand elles eurent traversé le pont et qu\u2019elles se trouvèrent sur le chemin de Miéran, elles ralentirent le pas.Puis, au bout d\u2019un instant, Gabrielle s'arrêta pour essuyer son front ruisselant de sueur.(Lire la suite page 29 i RESUME DES PRECEDENTS CHAPITRES Mme de Rey, grâce à des intrigues habilement conduites, a réussi à marier sa fille, Lucienne, au marquis Edouard de Villiers.Mme de Rey, de complicité avec son fils, convoite la fortune du marquis qui, gravement malade, est condamné par les médecins.Raoul a une idée ; il faut que Lucienne ait un enfant, un héritier.Raoul de Rey visite un nommé Blaireau, chevalier d\u2019industrie, qui s\u2019engage, moyennant une forte somme, à lui procurer un enfant volé.Blaireau charge sa petite amie Solange, de lui trouver cet enfant.Elle réussit à gagner la sympathie de Gabrielle Liénard, pauvre jeune fille abandonnée.Avec la complicité de Blaireau, Solange projette d\u2019enlever le bébé de Gabrielle.A son réveil, Gabrielle découvre que son enfant lui a été enlevé.Elle devient soudainement folle.Un agent de la Sûreté, nommé Morlot, aussi intelligent que débrouillard, s\u2019occupe de cette affaire et jure de bientôt l\u2019éclaircir.Sur ces entrefaites Mme de Rey et Raoul apprennent non sans appréhension que, tout à fait guéri, le marquis de Villiers reviendra sous peu à son château.Le marquis reprend son autorité et chasse ni plus ni moins ses peu scrupuleux mère et frère.Mme de Villiers devient la mère d\u2019une petite fille.Quant à Gabrielle, elle recouvre la santé et ne pense qu\u2019à son enfant.Morlot finit par retracer Gabrielle, à qui il annonce plusieurs choses, entre autres la mort du père de Gabrielle et l\u2019héritage que celui-là laisse à celle-ci.Un jour, Gabrielle rencontre celle qui lui a enlevé son enfant.Une discussion s\u2019engage.De faux policiers enlèvent Gabrielle, la séquestrent dans une maison déserte» On charge le bandit Cholard de tuer la jeune femme, mais n\u2019ayant pu accomplir son forfait, il l\u2019abandonne.Pendant ce temps, Raoul de Rev devient le voleur et l\u2019assassin de sa mère. 24 LE SAMEDI Rions, c\u2019est l\u2019heure \u2014\tVous tenez absolument à ce que j\u2019inscrive votre nom sur la toile 1 \u2014\tOui.Je voudrais tant qu\u2019on me reconnaisse ! CHICANE DE MENAGE M.l'instituteur est indigné : \u2014 Quand cesseras-tu.dit-il à sa femme, d'aiguiser tes crayons avec mes lames de rasoir ?\u2014 Et toi quand cesseras-tu de corriger les devoirs de tes élèves avec mon rouge à lèvres ?LA PEAU DE BETE Dans un appartement richement meublé, une superbe peau d\u2019ours est étalée devant la cheminée : \u2014 A quel animal appartient cette belle peau-là?demande un visiteur \u2014 A moi, monsieur, répond le ma-tre du logis.CHEZ LE COIFFEUR Un homme se fait couper les cheveux.Quand l\u2019opération est terminée, le coiffeur lui remet une glace à main pour qu'il puisse juger de l\u2019effet de la coupe.\u2014 Vos cheveux sont-ils bien comme cela, monsieur?L\u2019homme se regarde attentivement; puis rendant le miroir au coiffeur : \u2014< Non, un peu plus longs ! BLAGUEUR VS BLAGUEUR Au cours d\u2019un dîner, un chasseur qui a parcouru l\u2019Afrique raconte comment il a tué d\u2019énormes animaux.Un convive qui en a assez raconte à son tour comment il a pécher un poisson de cent pieds de longueur.Insulté, le chasseur quitte la table.\u2014 Vous vous êtes moqué d'un de mes amis, dit le maître de la maison au pêcheur; vous devriez vous excuser.L\u2019autre lui répondit: \u2014 Si ce monsieur veut raccourcir ses bêtes fauves, je suis prêt à raccourcir mon poisson ! UNE ANTIQUE NOUVEAUTE \u2014 Etes-vous sûr que cette table est véritablement antique?\u2014 Oui, madame ; c'est ce qu\u2019on fait de mieux en fait d'antiquités.QUESTION PERTINENTE Jean regarde la garde-malade qui pèse le nouveau-né.\u2014 Je ne savais pas qu\u2019un bébé se vendait à la livre ; combien l'avez-vous payé ?UN PESSIMISTE QUI S'IGNORE \u2014 J\u2019ai beaucoup confiance en l\u2019avenir.\u2014 Alors, pourquoi as-tu l\u2019air si inquiet ?\u2014 Je me demande si j\u2019ai raison d avoir confiance.UNE POULE FANTOME Un homme de la campagne vient visiter un parent à la ville et il est si bien reçu qu'il part enchanté : .\u2014 Je t\u2019enverrai une poule bien grasse, dit-il.Plusieurs mois se passent et le citadin rencontre le campagnard : \u2014 Tu m'avais promis une poule et je ne l'ai pas reçue.\u2014 Ben, j'vas t\u2019expliquer; l'œuf n'a pas éclos ! LE MORT QUI MARCHE Il a consulté un célèbre spécialiste et il a appris qu'il n'a plus que trois semaines à vivre.Deux ans plus tard, il rencontre ce grand savant: \u2014 Vous m'aviez prédit que je mourrais dans trois semaines, et ie suis plus en vie que jamais.\u2014 Pour moi et pour la science médicale, vous êtes mort.Le fait que vous ne l\u2019êtes pas ne prouve oas la valeur du médecin qui vous a soigné après moi.La prochaine fois, venez me voir ! DEFINITION .\u2014 Papa, qu\u2019est-ce qu\u2019un diplomate 7 \u2014 Un diplomate, mon enfant, c est un monsieur qui re souvient de l\u2019anniversaire d une dame, mais qui oublie son âge.UN DEBITEUR QUI A LA DENT DURE La femme du dentiste attend son mari : \u2014 Et t\u2019a-t-il payé ce client qui te devait cent dollars?\u2014 Non.Bien plus, il m\u2019a cassé deux dents 1 ECONOMIE DOMESTIQUE \u2014 Ma femme est très ménagère, elle me fait des cravates avec les morceaux de ses vieilles robes.\u2014 La mienne l\u2019est davantage encore : elle se fait des maillots de bain et des costumes de soirée avec mes vieilles cravates.RESSEMBLANCE Deux frères jumeaux se ressemblaient beaucoup, à tel point qu'on les prenait souvent l\u2019un pour l'autre.\u2014 C\u2019est étonnant, dit un jour quelqu\u2019un à l'un d\u2019entre eux, comme vous ressemblez à votre frère.\u2014 Oh, répond notre naïf, c'est vrai, mais si vous faites bien attention vous verrez que mon frère me ressemble encore beaucoup plus.LA PRIERE INTERROMPUE Line petite fille est en train de réciter dévotement sa prière du soir.Survient un coquin de petit frère, qui tire une de ses nattes par derrière.La fillette s\u2019arrête au beau milieu de son oraison dominicale et dit : \u201cSeigneur! mon Dieu, excusez-moi un petit instant, le temps de donner une calotte à mon frère,\u201d\u2019 Puis elle va calotter le drôle et reprend pieusement sa prière.CONSULTATION \u2014 Docteur, croyez-vous qu'il soit mauvais de fumer ?\u2014 Dame! voyez les cheminées; ce sont celles qui fument le moins qui valent le mieux.AVANT ET APRES Un paysan consultait un avocat sur son affaire.Après l avoir examinée, l'avocat lui dit: \"Ton affaire est bonne.\u201d Le paysan le paye, et dit : \u201cA présent, monsieur, que vous êtes payé, dites-moi franchement si vous trouvez ma cause aussi bonne qu\u2019auparavant.\u201d UN INDEPENDANT Totor n'a pas été sage et son papa le gronde, mais les réprimandes n ont pas du tout l\u2019air d\u2019émouvoir le petit gars.Le papa, qui s\u2019en aperçoit, ne sait plus quoi dire ni quelle menace faire quand il lui vient une idée.\u2014 Ecoute, dit-il, si tu continues à faire ton petit mauvais, c'est bien simple, je t'enfermerai dans le pou-laillei \u2014 Je m\u2019en fiche, répond Totor avec un air de suprême indépendance, je ne pondrai pas ! HOTEL POLYGLOTTE Un maître d\u2019hôtel d\u2019un quartier très fréquenté de Paris a fait mettre sur son enseigne : Ici on parle anglais, espagnol, italien, allemand L'autre soir un Anglais entre dans 1 hôtel et, dans un français plus ou moins fantaisiste, il demande l\u2019interprète.\u2014 Il n'y en a pas, répond le garçon.\u2014 Comment! il n y en a pas! s'écrie l\u2019Anglais, mais alors qui parle toutes les langues énumérées sur votre pancarte ?\u2014 Ce sont les voyageurs, répond le garçon.SPECTACLE RECOMMANDE \u2014Il est beau, le film que vous projetez cette semaine ?,.\u2014Magnifique, Madame.Vous pouvez y aller les yeux fermés.O O i mmm i r.«5 m ë i .v Y*.¦smm h'mm 27 février 1937 25 LE SECRET DE LA EPISODE NUMERO 34 as tfܧ /-AjÏJ 1\u2014Bien armés, les trois bandits avaient enlevé 2\u2014 Le jour commençait à poindre quand Jacques 3\u2014Dans la cabane se trouvaient le père des deux les chevaux de leurs ennemis.Quel projet médi- et Jean revinrent au ranch sans avoir retrouvé enfants et le policier blessé par O'Neill, taient-ils ?\tO'Neill.7 : / , mm iSilr l|imi,.ii iH'lii mi .'iSsMiil mm VÆïï'M 4\u2014Ayant volé les chevaux, les trois bandits déci- 5\u2014En effet, le ranch était à plusieurs milles des dèrent d attaquer le ranch dès qu\u2019il ferait jour.autres habitations et les bandits avaient d abondantes munitions.6\u2014A l'abri des arbres, ils jouèrent aux cartes en attendant le lever du soleil.Mais le chien du ranch les découvrit.umuiiiTi wms Hfcstki \"sm 7\u2014-La bête se mit à aboyer, ce qui attira l\u2019atten- 8\u2014Les bandits ouvrirent aussitôt le feu.Jacques 9\u2014La bataille durait depuis quelques instants.Il tion des habitants de la cabane.Jacques sortit leur répondit.Nos amis chargèrent vite leurs était évident que les assiégés manqueraient de mu-avec un fusil.\tarmes.\tnitions.(A suivre dans le prochain numéro) 26 LE SAMEDI 9T _\t%,\tAafet ' EPISODE NUMERO 21 ^ïhtw/t; *¦*4 'ip' « tf f m/b Vd>à mÆ'1\"™ 1\u2014Une fois de plus, le matelot était venu au secours du jeune homme qui se trouvait en danger.2\u2014Yves grimpa le long du cable et arriva au sommet de la falaise, bien heureux d\u2019être sauvé.3\u2014Mais il s\u2019aperçut avec étonnement que son sauveteur était disparu, sans attendre les remerciements.fPBaprv \u2018¦ai.WifliJfJü '\"bail y.-J irai è.ÆLM i\u2019ll!! I jzar 4\u2014La nuit commençait à tomber quand Yves arriva en vue du château, où tout était silencieux et mystérieux.5\u201411 se dirigea vers la porte des serviteurs et tira le cordon de la cloche.Il attendit quelques instants.û\u2014Il fut très étonné de voir que c\u2019était Germaine qui venait lui répondre.Sans doute l\u2019attendait-elle.7\u2014Elle lui dit qu\u2019elle avait des choses intéressantes à lui raconter.Elle lui demanda de le suivre.SOT R Êh wÊm.:Lîh;\u2019 MfP 8\u2014La ménagère n'étant pas à son travail à cette heure, les deux jeunes gens se rendirent à la cuisine pour y causer plus à l\u2019aise.9\u2014Ils venaient à peine d\u2019y entrer qu\u2019ils entendirent des bruits de pas qui approchaient près d\u2019une porte abandonnée.Qui venait par là ?10\u2014Yves éteignit vivement la lumière et les deux jeunes gens se dissimulèrent dans une encoignure, espérant voir l\u2019homme masqué .(A suivre dans le prochain numéro) 27 février 1937 2 7 LA PISTE PERDUE iïjjumm «I ,» * .ÉPISODE NUMERO 20 ¦¦ ¦\"1 Tl-?-T- y mm 1'\u2014Pendant deux jours, la petite troupe s'avança vers le Nord, vers les régions minières où le père d'Henri était disparu.2\u2014Un matin, Henri marchait en avant quand il vit un papier fixé à une branche plantée en terre.Il s'en empara.3\u2014A sa grande surprise, le message était adressé à M.Dubuc, le rancher.Henri le lui apporta aussitôt.W Ri .¦m/\"\\ %- JP mi ¦4m mmm \\vÆk 4\u2014Le message était signé par Jem Spike qui, ayant une copie de la carte, voulait arriver avant eux.5\u2014M.Dubuc donna alors Tordre de prolonger les étapes et de prendre le chemin le plus court.6\u2014Alors que la petite troupe traversait une rivière à gué, le cheval de Lisette s\u2019affola.r ~r 7\u2014La jeune fille fut précipitée dans la rivière.La pesanteur de ses vêtements l\u2019empêchait de nager vers la rive.8\u2014Heureusement, Henri eut le temps de la saisir; puis il appela son cheval ; tous deux s y cramponnèrent.S 11 s 9\u2014Mais bientôt le cheval lui-même se fatigua car il devait lutter contre le courant, très rapide en cet endroit.m ï- / mm mmr 10\u2014Cependant, ils approchaient de la rive où se trouvaient M.Dubuc et ses compagnons qui étaient accourus.11\u2014M.Dubuc connaissait le moyen employe alors par les Indiens; il fit tournoyer son lasso et le lança.12\u2014Saisissant le nœud coulant, Henri le fixa au pommeau de la selle.Quelques instants plus tard, les naufragés étaient saufs.(A suivre dans le prochain numéro) LE SAMEDI Quelques robes rajeunissantes yrJki.2321 - Robe et boléro, gr.12, 14, 15, 16, 18 et 20.Pour un 14 : la robe, 3% v.de 35\" ou 334 v- de 39\".Boléro et ceinture : 1 v.de 35\"-39\" ; 7A v.de 54\".20 cents.2315 \u2014 Robe et gilet, gr.12 à 40.Pour un 16 : la robe, 3% v.de 35\" ou 2% v.de 39\".Contrastant : % v.de 35\"-39\".Le gilet : 2y& v.de 35\", 2y& v.de 39\" ou 1^ v.de 54\" 25 cents.2317 \u2014 Robe élégante, gr.12 à 40.Pour un 16 : 3% v.de 35\" ou 3% v.de 39\".Ceinture de votre choix.Dans la même enveloppe, un manteau court (non illustré ici).25 cents.2305 \u2014 Robe très chic pour jeune fille, gr.12, 14, 15, 16, 17, 18 et 20.Pour un 14 : 4J4 v.de 35\", 4 v.de 39\" ou 3 v.de 54\" Environ 3% v.de braid.15 cents.2321 PATRONS SIMPLICITY \u2014 Si votre marchand ne peut vous les fournir, commandez-Ies, avec votre remise, à l'adresse suivante : PATRONS SIMPLICITY, Département \"S\u201d, 8368, rue St-Denis, Montréal, P.Q. 27 février 1937 29 L* Infâme (Suite de la page 23) \u2014 Vous êtes fatiguée, lui dit Mélodie.aussi, pourquoi avoir marché si rapidement7 l'avais de la peine à vous suivre.Nous allons nous asseoir un instant dans l'herbe, sur ce talus, et nous reprendrons notre chemin quand vous serez reposée.\u2014 Oui, asseyons-nous, répondit Gabrielle, j'ai un peu de faiblesse dans les jambes.Elles s'assirent, faisant face au château de Villiers, dont la magnifique façade sc découpait obliquement dans son cadre de verdure.\u2014 D\u2019ici, le coup d'œil est ravissant, dit Melanie; n'êtes-vous pas de m®n avis, Gabrielle ?\u2014 Oui, ravissant! répondit la jeune femme rêveuse.Son regard errait sur la rive droite de la Marne; elle cherchait à revoir les deux hommes et l\u2019enfant.Ne les apercevant point, elle laissa un soupir s échapper de sa poitrine.\u2014 Ils sont rentrés dans le parc, lui dit Mélanie, qui avait deviné son désir.\u2014 Oui, ils sont rentrés, murmura Gabrielle.\u2014 C'est égal, nous avons été servies à souhait par le hasard.Après avoir passé inutilement trois fois devant la grille du château nous avons eu une excellente idée de continuer notre promenade au bord de l\u2019eau.\u2014 C et vrai.\u2014 Si je le voyais, de loin seulement, je serais contente, me disiez-vous.Eh bien! vous n\u2019avez pas fait que le voir, vous l'avez tenu dans vos bras et vous l'avez embrassé! \u2014 T'étais bien heureuse, Mélanie.\u2014Tout en nous apercevant il vous a reconnue.\u2014 Avez-vous entendu son cri de joie 7 \u2014 Oui.\t\u2022 \u2014 Et comme tout de suite il est accouru vers vous.\u2014 Je n'ai eu que le temps de lui ouvrir mes bras.Vous avez causé avec M.le marquis.Mélanie, que vous a-t-il dit ?\u2014 Oh! des choses tout à fait gracieuses et aimables.D\u2019abord il a paru étonné de vous rencontrer à Villiers; mais je me suis empressée de lui donner l'explication qu\u2019il désirait, en lui disant que nous sommes venues passer quelque temps à Mié-ran.\u2014 A-t-il été satisfait ?\u2014 Certainement.\u2014 Il ne m\u2019empêchera point de le voir?\u2014 Quelle idée ! \u2014 Mon Dieu, je ne sais pas ce qu'il faut penser M.le marquis de Villiers est un bien grand seigneur, et je ne suis, moi, qu'une pauvre femme.\u2014 Eh bien, ma chère Gabrielle, vous allez savoir ce que pense M.le marquis de Villiers.Non seulement il ne vous défend point de voir et d'embrasser son fils; mais, lorsque nous viendrons à Villiers, nous sommes invitées, vous et moi, à entrer au château.\u2014 Vraiment, Mélanie ?\u2014Je vous fais part de l'invitation de M.le marquis.\u2014 Ah! il est bon, lui aussi! \u2014 Si vous lui aviez laissé !e temps de vous parler, ma chère Gabrielle, il avait certainement l\u2019intention de vous faire lui-même son invitation et de vous adresser quelques paroles affectueuses.Gabrielle baissa la tête et resta silencieuse.\u2014 Voulez-vous que je vous parle franchement?reprit Mélanie au bout d\u2019un instant.\u2014 Dites \u2014 Eh bien, je ne comprends pas pourquoi vous êtes partie si brusquement.\u2014 Oui, vous ne pouvez pas comprendre.\u2014 M.le marquis a peut-être trouvé cela un peu singulier.\u2014 Ne suis-je pas une femme bizarre?répliqua Gabrielle, en ébauchant un sourire.\u2014 Après avoir embrassé l'enfant, vous vous avanciez vers le marquis pour lui dire quelque chose.\u2014 Oui, je voulais le remercier de n'avoir pas rappelé son fils lorsqu\u2019il s\u2019est élancé vers moi.\u2014Et, au lieu de prononcer ces paroles, que le marquis semblait attendre, vous vous êtes arrêtée brusquement et vous avez subitement changé d'idée.\u2014 C'est vrai.\u2014 J\u2019ai cru voir sur votre visage l'expression d'un vif mécontentement.\u2014 Non, Mélanie, ce n'était que de la surprise, quelque chose de semblable à de la stupéfaction ou même à de la peur.Mélanie la regarda avec étonnement.\u2014 Et c'est M.le marquis?.fit-elle Gabrielle secoua la tête.\u2014 Un homme était près de lui, dit-elle.\u2014 Un de ses amis, sans doute ; ce monsieur a l\u2019air très distingué, il doit être, comme le marquis de Villiers, un homme du monde très riche.\u2014 N est-il pas décoré?\u2014 Oui, il avait à la boutonnière de sa redingote la rosette de la Légion d\u2019honneur.Ainsi, Gabrielle, c'est ce monsieur qui vous a effrayée ?\u2014 Oui.\u2014 Pourquoi?\u2014 Parce que je l'ai reconnu.\u2014 Cela explique votre surprise et non votre frayeur.\u2014 Avez-vous remarqué avec quelle attention il me regardait?-\u2014 Oui, ses yeux s'étaient fixés sur vous avec une sorte de curiosité.\u2014 Il n\u2019y avait que de l'a curiosité dans ce regard, n\u2019est-ce pas ?\u2014 Te n\u2019y ai pas vu autre chose.\u2014 Alors, c\u2019est bien; vous me donnez la certitude complète qu'il ne m'a pas reconnue.Mélanie, ce monsieur qui était avec M.le marquis de Villiers se nomme Octave Longuet.Mélanie fit un brusque mouvement.\u2014 Est-ce possible?s\u2019écria-t-elle.\u2014 Maintenant ma chère Mélanie, vous connaissez la cause de mon attitude singulière.\u2014 Gabrielle, vous vous êtes peut-être trompée.\u2014 Non, Mélanie, je ne me suis pas trompée.\u2014 Il y a quelquefois des ressemblances.\u2014 Mélanie, je l\u2019ai parfaitement reconnu; je n\u2019ai jamais oublié ses traits, et il n'a pas changé comme moi, lui! C'est bien M Octave Longuet qui était tout à l'heure avec le marquis de Villiers.Mélanie était stupéfiée.\u2014 Oh! c\u2019est étrange! pensait-elle.L\u2019amitié qui existait entre le marquis de Villiers et le prétendu Octave Longuet venait encore compliquer à ses yeux la situation si intéressante et si grave.\u2014 Quand mon regard a rencontré le sien, reprit Gabrielle, j\u2019ai cru un (Lire la suite page 32 ) U U JE SUIS SURE QU IL A REMARQUE QUE JE N'AVAIS PLUS MAL AUX LEVRES ET N'ES-TU PAS CONTENTE D'AVOIR APPRIS COMMENT LES GARDER BELLES ET DOUCES AVEC DU LYPSYL A Vous pouvez ne jamais connaître l\u2019amour, à moins d\u2019avoir des lèvres douces\u2014séduisantes.Le LYPSYL aide les lèvres gercées, sèches, et les garde douces et belles par tous les temps.Employez le LYPSYL comme base pour votre rouge, la couleur sera si uni- aa* forme.Rouge ou blanc, dans toute pharmacie £v* OFFRE SPECIALE DE La T^evue cPopulaire POUR LE CANADA SEULEMENT $2-00 pour 2 ans TARIF REGULIER : $1.50 POUR UNE ANNEE COUPON D'ABONNEMENT D'OFFRE SPECIALE Poirier, Bessette & Cie.limitée 975.rue de Bullion Montréal, P.Q.Ci-joint veuillez trouver $2.00 pour un abonnement de DEUX ans à la REVUE POPULAIRE.(Pour le Canada seulement).Nom .Adresse .Ville .Province . Dentelle pour Bordure de Col, et Noeud au Crochet MATÉRIEL REQUIS : 2 balles de Fil «Blue Label» Mercer-Crochet de Coats, No 20, blanc.1 crochet d'acier à tricoter de Mil-ward.No 5 anglais, ou No 10 américain.Col et poignets en piqué.Tension de la chaînette, pour les bouclettes : 12 p.de ch.\u2014 1 pouce.Profondeur de la m.s.]/& de pouce, et 11 m.s.= 1 pouce.La grandeur correcte ne sera obtenue qu'en se conformant expressément à ces instructions.Travailler les brides serrées.BORDURE DU COL Fixer le fil au haut de l'ouverture Faire 3 m.s.le long du bord du col, * 12 p.de ch., 7 m.s.aussitôt après la dernière m, s., les espaçant bien régulièrement, répéter depuis * jusqu'au coin, 12 p.de ch., 1 m.s.dans le coin, répéter 12 p.de ch., 7 m.s.jusqu'au coin suivant, 12 p.de ch., 1 m.s.dans le coin, 12 p.de ch., 7 m.s, jusqu'au haut de l'ouverture, en prenant soin que les bouclettes se regardent bien de chaque côté.12 p.de ch., 1 m.s.Casser le fil.Fixer le fil dans la première bouclette, faire 16 s.b.dans chaque bouclette tout le tour, terminer avec 1 m.s.après la 16e s.b.dans la dernière bouclette.Casser le fil.NŒUD Faire une chaînette de 59 mailles (chaînette égale 6 pouces).1er rang : Dans le 2e p.de ch.à partir du crochet, faire 1 m.s., * 12 p.de ch.7 m.s.dans les 7 p.de ch.suivants, répéter depuis * encore 7 fois, 12 p.de ch.1 m.s.dans le dernier p.de ch., tourner.2e rang : Faire des p.c.jusqu'au 7 p.de ch., 3 p.de ch., 4 s.b.dans la bouclette, 17 s.b, dans les 7 bouclettes suivantes, 5 s.b.dans la dernière bouclette, 12 p.de ch., tourner.3ej:ang : ** 1 m.s.dans la lie s.b., sauter 1 s.b., 1 m.s.dans la suivante, répéter depuis * encore 2 fois, répéter depuis * * encore 6 fois, 12 p.de ch., 1 m.s, piquée dans le 3e p.de ch., tourner.4e rang : Faire des p.c, jusqu'au 4e p de ch., 3 p.de ch., 16 s.b.dans la bouclette.17 s.b.dans chacune des 7 bouclettes suivantes, 12 p.de ch., tourner.5e rang : Dans la 6e s.b,, faire 1 m.s., 0 * sauter 1 s.b., dans la s.b.suivante, répéter depuis * encore 2 fois, 12 p.de ch., fauter 10 s b., 1 m.s.dans la suivante, répéter depuis ° encore 6 fois, 12 p de ch., 1 m.s, dans la dernière s.b., tourner.6e rang : comme le 2e rang.7e rang : Comme le 3e rang.8e rang : Comme le 4e rang.9e rang : Comme le 5e rang.10e rang : Comme le 2e rang.Ile rang : Comme le 3e rang.12e rang : 1 m.s., 16 s.b.dans la première bouclette, 17 s.b.dans les 6 bouclettes suivantes.16 s.b., 1 m.s.dans la dernière bouclette.Casser le fil.Faire l\u2019autre partie pour correspondre.BANDE DU NŒUD Faire une chaînette de 21 p.de ch.1er rang : Dans le 2e p.de ch.à partir du crochet, faire 1 m.s., 1 m.s.dans chaque p.de ch.jusqu\u2019à la fin du rang, 1 p.de ch., tourner.2e rang : 1 m.s.dans chacune de celles du rang précédent, 1 p.de ch tourner.Répéter 4 fois encore le dernier rang.Casser le fil.POIGNETS Faire la bordure des poignets comme celle du col MONTAGE Arrêter les bouts de fil.Presser le col et les poignets.Empeser légèrement le noeud.Joindre les deux côtés du nœud en cousant ensemble les deux chaînettes de fondation.Passer un fil au centre pour froncer légèrement.Poser la petite bande par-dessus, et coudre solidement.Fixer le nœud au milieu du col, et maintenir en place par quelques points.ABRÉVIATIONS p.de ch.\u2014\tpoint de chaînette s.b.\t\u2014\tsimple bride m.s.\t\u2014\tmaille simple p.c\t\u2014\tpoint coulé 2 7 février 1937 31 Quelques Bennes Recettes ?FÈVES AU LARD 4 tasses de fèves j livre de lard salé coupé en tranches 1 oignon piqué de 2 ou 3 clous de girofle 1 cuillerée à table de moutarde 4 cuillerées à table de mélasse 1 pointe de bicarbonate de soude Sel et poivre Faites tremper les fèves pendant toute une nuit dans de l'eau froide dans laquelle vous ajoute: une pointe de bicarbonate de soude.Jetez cette eau, ajoutez de l'eau froide et faites cuire sur le feu iusqu'à ce que l\u2019enveloppe entière s'enlève.Egouttez et mettez dans un pot de grès avec le lard coupé, r oignon et tous les autres ingrédients.Recouvrez d'eau, couvrez et faites cuire au fourneau pendant plusieurs heures.COQUILLES DE HOMARD EN MAYONNAISE Prenez des coquilles Saint-Jacques vides.Garnissez-les avec une fine couche de salade de laitue coupée en lanières très fines.Faites cuire et refroidir deux œufs durs.Hachez grossièrement les blancs et étendez-lcs sur la salade.Dis- Phoio Auut Jemima UN DÉJEUNER APPÉTISSANT posez ensuite des morceaux de homards en conserve.Recouvrez d'une mayonnaise pas trop épaisse et pressez sur le tout les deux jaunes d'œufs durs à travers le passe-purée.L'aspect de ce plat est très joli.ZbGCU*H&Ht\tNo EXTRAIT D\u2019UNE LETTRE ACTUELLE\tHûZ BOVRIL peut vous aider aussi NOUVELLE EDITION PLUS COMPLETE LE CHIEN Son élevage, dressage du chien de garde, d'attaque, de défense et de police.Dressage du chien de traîneau.Traitement de ses maladies.175 Illustrations\tPrix : $1.25 En vente partout ou chez l'auteur ALBERT PLEAU, Saint-Vincent-de-Paul, (comté de Laval), P.Q.1' 3 dites plus : Je ri ai rien à lire RIEN À LIRE ?Mais que faites-vous des trois magazines publiés par une grande maison canadienne-française, fondée il y a près de cinquante ans : Le Samedi - La Revue Populaire - Le Film Un abonnement à ces trois magazines, le premier hebdomadaire et les deux autres mensuels, vous apporte pour un prix exceptionnel, de quoi lire pendant toute Tannée.Les beaux romans d\u2019amour et d\u2019aventures qui paraissent dans ces trois magazines vous coûteraient vingt fois plus cher si vous les achetiez vous-même.En plus des romans, ces magazines vous apportent des centaines d\u2019articles divers et des milliers d\u2019illustrations du meilleur goût et du plus grand intérêt.LES TROIS MAQAZINES POUR $5 .00 FROMAGE AU FOUR Disposez dans un plat à gratiner un rang de tranches de pain surmontées d'un rang de tranches de fromage.Battez légèrement 3 œufs, ajoutez 1 tasse de lait et versez au-dessus du pain et du fromage.Parsemez de petites noisettes de beurre et faites brunir dans le fourneau pendant quinze minutes.BISCUITS AU GINGEMBRE 1J4 tasse de sucre brun Zi tasse de shortening y2 tasse de beurre 1 tasse de mélasse 5 tasses de farine 1 c.à thé de bicarbonate de soude 1 tasse d\u2019eau bouillante 1 cuillerée à thé de gingembre 1\tcuillerée à thé de sel 2\tœufs Défaites le beurre et le shortening en crème.Ajoutez le sucre et battez bien.Ajoutez les œufs, un à la fois, et mélez-les parfaitement.Incorporez ensuite la mélasse.Tamisez la farine, ajoutez le bicarbonate de soude, le gingembre et le sel et ajoutez au premier mélange en alternant avec h eau bouillante.Mélangez bien et faites tomber à la cuiller sur la tôle graissée.Faites cuire à une température de 375° environ dix à douze minutes.(Quantité: 6 douzaines.) Abonnez-vous dès maintenant en remplissant le coupon ci-bas COUPON D\u2019ABONNEMENT AUX TROIS MAGAZINES Ci-inclus veuillez trouver la somme de $5 00 (Canada seulement) pour un an d'abonnement aux TROIS magazines : Le Samedi.La Revue Populaire et Le Film.Nom .Adresse .Ville .Province .POIRIER, BESSETTE 6 CIE, Limitée, 975, rue de Bullion, Montréal, Can. 32 LE SAMEDI instant que lui-même allait me reconnaître: c'est alors que la crainte m a saisie et que je me suis arrêtée.Si ma figure n'est plus reconnaissable, il n\u2019en est pas pas même de ma voix, dont le timbre n\u2019a pas changé.En gardant le silence, j'ai pu paraître bizarre ou stupide, mais j\u2019ai évité le désagrément d'être reconnue.\u2014 A votre place, Gabrielle, j'aurais eu une tout autre pensée; je me serais fait reconnaître.\u2014 S\u2019il m'eût reconnue, serais-je plus avancée, dites?Non, je n\u2019ai rien à lui demander et il ne peut rien faire pour moi.Il ne saurait changer ma vie, il lui est impossible de me rendre les illusions et le bonheur de ma jeunesse; il ne peut pas me rendre mon enfant! Il me croit morte, sans doute; à quoi bon le détromper?Il est riche, heureux ; il est marié, peut-être.Mélanie, ai-je le droit de troubler son repos, son bonheur ?Non, n'est-ce pas?Car cela ressemblerait à de la vengeance.A côté de l\u2019amour maternel que je tiens en réserve pour mon enfant, il n\u2019y a dans mon cœur que de la douleur et des regrets; la haine n'y entrera jamais! \u2014 Permettez.Gabrielle, ce monsieur vous v doit pourtant quelque chose.\u2014 Quoi ?\u2014 Réparation du mal qu\u2019il vous a fait.Gabrielle hocha tristement la tête.\u2014 Sauriez-vous me dire comment il pourrait réparer le mal qu\u2019il m'a fait?demanda Gabrielle.\u2014 Je ne sais pas trop; mais il me semble \u2014 Mélanie, il y a des malheurs absolument irréparables; le mien est de ceux-là.Je vous répète mes paroles de tout à l\u2019heure: je n\u2019ai rien à demander à M.Octave Longuet, et il ne peut rien faire pour moi.Je suis plus coupable que lui, mon amie; je devais me défier de ma faiblesse et avoir la force de fuir le danger.\u2014 Ainsi, vous l\u2019excusez, Gabrielle ?Voilà bien l\u2019adorable générosité de votre cœur ! \u2014 Mélanie, si je ne l\u2019excusais pas, je devrais le maudire ! \u2014 C\u2019est vrai ! \u2014 Vous savez ce que m\u2019a appris votre mari; par suite des renseignements qu\u2019il a recueillis, je n\u2019ai pas même le droit d\u2019accuser M.Octave Longuet de m\u2019avoir trompée.J'ai été impitoyablement frappée par le malheur et j\u2019ai courbé la tête.Je n\u2019avais pas à me révolter.Nul ne peut échapper à sa destinée.On ne lutte pas contre la fatalité.VII En présence KAORLOT avait dit à la marquise \u2019 de Villiers : \"Dans huit jours, j\u2019aurai l\u2019honneur de me présenter au château de Villiers.\u201d Or, le matin du huitième jour, l\u2019agent de police descendait du train semi-direct qui s'arrête à Nogent-l\u2019Artaud à neuf heures et quelques minutes.Il portait un costume de ville à la dernière mode: pantalon, gilet et redingote noirs.Sa redingote boutonnée laissait voir le col et le plastron de sa chemise, d\u2019une blancheur immaculée.Pour la circonstance il avait cru devoir emprisonner ses mains dans des gants de chevreau.Sa mise sévère accentuait encore la gravité habituelle de sa physiono- Comme il se dirigeait vers la porte de sortie, son stick à la main, il se trouva tout à coup, sur le quai, en face du valet de chambre de M.de Villiers.L\u2019Infâme (Suite de la page 29) \u2014 Bonjour, monsieur, lui dit ami-calefent Firmin, je suis enchanté de vous revoir; vous allez probablement voir vos parents de Villiers?\u2014 Oui, monsieur Firmin, répondit Morlot, en tendant la main au domestiques, je vais passer deux ou trois jours à Villiers et à Miéran.\u2014 C\u2019est très bien, c'est très bien, la campagne est superbe ! \u2014 Par quel hasard êtes-vous à Nogent?Vous venez sans doute attendre quelqu\u2019un ?\u2014 Ce que nous attendons, c\u2019est le train de Château-Thierry.Nous partons pour Paris, d'abord; je dis d\u2019abord, parce que nous ne nous y arrêtons que quelques heures.Nous allons faire un voyage d'une quinzaine de jours dans le Midi.Morlot avait froncé les sourcils, et son front s\u2019était subitement assombri.\u2014 Ainsi, dit-il d\u2019un ton singulier, M.le marquis et madame la marquise se sont décidés tout à coup à aller voyager dans le Midi ?\u2014 M.le marquis fait seul ce voyage et comme toujours je l'accompagne.\u2014 Alors, madame la marquise.\u2014 Elle reste au château avec les enfants.\u2014 Je comprends, fit Morlot, dont le visage se rasséréna, M.de Vfl-liers a quelques affaires qui l\u2019appellent dans le Midi ?\u2014 Oui, dans ses domaines des Pyrénées.\u2014 Ah ! voilà M.le marquis, dit Morlot.Quel est ce monsieur qui marche à côté de lui ?\u2014 Un de ses plus anciens amis; il est venu passer trois jours au château; mon maître va faire avec lui une partie de son voyage \u2014 Il est officier de la Légion d honneur, on devine à son air que c\u2019est un militaire.- Ou un marin; c'est à peu près la même chose.M.le comte de Sis-terne est capitaine de frégate.\u2014 Beau grade, fit Morlot.M.le comte de Sisterne est un futur amiral.\u2014 C\u2019est sûr, ajouta Firmin.A ce moment, le train se dirigeant sur Paris arriva en gare.Le marquis et le comte de Sisterne prirent place dans un coupé de première classe.\u2014 Moi, je monte en seconde, dit le domestique.Le cocher du marquis s\u2019avançait vers Firmin pour lui donner une poignée de main.\u2014 Je vous quitte en vous souhaitant un bon voyage, dit Morlot.Il allait s'éloigner, Firmin le retint par le bras en disant: \u2014 Est-on venu de Villiers ou de Miéran vous attendre avec une voiture ?\u2014 Non, je n'ai prévenu personne de mon arrivée.\u2014 Et vous allez faire le chemin à pied ?¦\u2014 Oui, si je ne trouve pas une voiture.\u2014 Je crois que vous n\u2019en trouverez pas, monsieur, dit Firmin ; mais le cocher de M.le marquis retourne à Villiers; si vous voulez profiter de 1 occasion, il se fera certainement un plaisir de vous emmener.\u2014 Mais oui, dit le cocher, j'offre à monsieur une place à côté de moi sur mon siège.\u2014 Eh bien, mon brave, j\u2019accepte, répondit Morlot; monsieur Firmin, je vous remercie.\u2014 De rien, fit le vieux serviteur.Voyez-vous, je n'ai pas oublié ce que vous m'avez dit l'autre jour de M.le marquis et de madame la marquise.\u2014 En voiture! en voiture! criait le conducteur du train.Firmin, ayant serré rapidement la main de Morlot et celle du cocher, se précipita dans un compartiment.Le sifflet de la locomotive se fit entendre et le train se mit en marche.\u2014 Monsieur, je suis à vos ordres, dit le cocher à Morlot.\u2014 Vous êtes prêt à partit?\u2014 Oui.\u2014 En ce cas, partons.Le phaéton du marquis, attelé de deux magnifiques chevaux anglais, ne mit guère plus d\u2019une demi-heure à franchir la distance qui sépare Nogent-L Artaud de Villiers.\u2014 Où désirez-vous descendre?demanda le cocher à Morlot, lorsqu'ils furent en vue du village.\u2014 Je mettrai pied à terre devant la grille du château.\u2014 Rien ne m\u2019empêche de passer par Villiers.\u2014 Il est inutile que vous fassiez ce détour.\u2014 Oh! cela n\u2019allonge pas le chemin de trois minutes.\u2014 Je descendrai devant le château, répliqua Morlot ; d'ailleurs, ajouta-t-il.j\u2019ai une visite à faire à madame la marquise de Villiers.\u2014 Ah! c\u2019est différent, fit le cocher en laissant voir son étonnement.Un instant après, le phaéton s'arrêtait devant la grille Morlot sauta lestement à terre.Presque aussitôt la grille s\u2019ouvrit.L\u2019agent de police pénétra alors dans les jardins et, prenant une allée à droite, il se dirigea rapidement vers le château.Tout en marchant, il se servit de son mouchoir pour épousseter son vêtement un peu poudreux.En montant les marches du grand escalier, il se sentit légèrement ému; certes, c\u2019est à ce moment surtout qu\u2019il comprenait les difficultés de la tâche qu\u2019il avait à remplir.Mais il il n'y avait plus à hésiter, dans un instant il allait sc trouver en présence de la marquise.Il s'était préparé à cette entrevue par une longue méditation.S\u2019inspirant des conseils de sa femme, il savait l'attitude qu\u2019il devait prendre dans cette délicate et grave circonstance.Il entra résolument dans un vaste vestibule, et s\u2019avança au milieu de deux rangées de superbes statues de marbre blanc.Lin domestique parut devant lui.Il le reconnut pour l'avoir vu aux Ternes devant le pavillon de madame de Rey.\u2014 Je voudrais parler à madame la marquise de Villiers, dit Morlot, pensez-vous qu\u2019elle soit visible en ce moment ?\u2014 Je l'ignore monsieur, répondit le domestique; mais veuillez me suivre, je vais vous conduire.Morlot, marchant derrière le domestique, monta un large escalier ; puis après avoir traversé plusieurs grandes pièces, dont il n\u2019eut pas le temps d\u2019admirer la magnificence, il fut introduit dans une antichambre où se trouvait une jeune femme.Celle-ci se leva brusquement à la vue de Morlot.\u2014 Mademoiselle Juliette, lui dit le domestique, monsieur désire voir madame la marquise.Ce nom de Juliette fit tressaillir Morlot.Obéissant à son instinct de policier il fit trois pas en avant et se trouva face à face avec la femme de chambre sur laquelle il attacha son regard perçant.Sous la clarté de ce regard inquisiteur, qui semblait vouloir scruter sa pensée, la femme de chambre se troubla et Morlot vit son visage changer de couleur.\u2014 Oh! oh! pensa-t-il, est-ce que je retrouverais ici la demoiselle Juliette de la rue de Ponthieu?Cependant la femme de chambre s\u2019était remise promptement.\u2014 Je vais voir si madame la marquise peut vous recevoir, monsieur, dit-elle; qui dois-je annoncer?\u2014 Monsieur Morlot.Elle ouvrit une porte et disparut.L'agent de police se tourna vivement vers le domestique.\u2014 Y a-t-il longtemps que cette demoiselle Juliette est au service de madame de Villiers?lui demanda-t-il, \u2014 Environ huit mois.\u2014 Ah ! savez-vous où elle était précédemment ?\u2014 Non, je ne le sais pas.\u2014- Il paraît qu\u2019elle ne parle pas souvent de ses anciennes maîtresses.\u2014 Jamais.Il faut croire qu\u2019elle n en garde pas un bien bon souvenir, dit le domestique en souriant.Juliette reparut.\u2014 Madame la marquise peut vous recevoir, dit-elle; venez, monsieur.Morlot la suivit Ils traversèrent un petit salon-boudoir, puis Juliette ouvrit une porte devant Morlot et s'effaça pour le laisser entrer.L\u2019agent de police se trouva en présence de la marquise qui l'attendait debout au milieu de sa chambre La jeune femme était très pâle, et, malgré les efforts qu'elle faisait pour paraître calme, l'expression de son regard trahissait son inquiétude.Tout en entrant, Morlot s\u2019était Incliné respectueusement Silencieusement aussi, la marquise lui rendit son salut.Juliette se tenait sur le seuil, attendant les ordres de sa maîtresse.\u2014 Je ne recevrai personne aujour-d hui, lui dit la marquise ; laissez-nous Si j'ai besoin de vous, je vous appellerai, ajouta-t-elle.La femme de chambre se retira.Morlot s\u2019aperçut qu elle n\u2019avait pas entièrement fermé la porte, sur laquelle retombait une épaisse tapisserie des Gobelins.\u2014 Tiens, sc dit-il, serait-ce avec intention?Et il ferma lui-même.La marquise s était avancée vers lui.\\ ous craignez qu on ne nous écoute, lui dit-elle.\u2014 Oui, madame.Aucune oreille indiscrète ne doit entendre ce que nous allons dire.\u2014 C est donc bien grave, monsieur ?\u2014 Om.madame la marquise, très grave ' T espère, cependant, que vous vous montrerez aussi généreux et aussi bienveillant qu'il y a huit jours - Tout en accomplissant mon devoir, madame la marquise, je tâcherai de vous prouver mon respect et mon dévouement.\u2014 Allons, ce sont là de bonnes Paroles, je me sens un peu rassurée.Veuillez vous asseoir sur ce fauteuil, près de la fenêtre.Morlot prit place dans le fauteuil que lui indiquait la marquise, et la jeune femme s'assit en face de lui.\u2014 Maintenant, dit-elle, nous pouvons causer librement; si quelqu'un veut écouter, il ne pourra pas nous entendre.Et un pâle sourire effleura ses lè- vres. 27 février 1937 33 \u2014 Je suis soupçonneux et défiant, madame la marquise, répliqua Mor-lot, mais c\u2019est en même temps une des qualités et une des nécessités de mon métier.Soyez donc assez bonne pour m\u2019excuser si je vous adresse d'abord quelques questions qui ne touchent en rien au sujet de ma visite.Il y a environ huit mois que vous avez mademoiselle Juliette pour femme de chambre ?\u2014 Oui, monsieur.\u2014 Vous avez dû la prendre sur de bonnes recommandations?\u2014 Certainement.\u2014 Des certificats de fidélité et d'honnêteté ?\u2014 Oui, deux ou trois lettres de personnes dont les noms me sont connus, lesquelles me la présentaient comme très digne et très capable de remplacer la femme de chambre qui me quittait pour se marier.\u2014 Ces lettres vous disaient-elles où mademoiselle Juliette avait précédemment servi.\u2014 Je vous avoue, monsieur, que je ne me le rappelle point.\u2014 De sorte que vous ne savez pas le nom de la personne chez laquelle était mademoiselle Juliette avant d'entrer chez vous?\u2014 C'est vrai, je n'ai pas eu la curiosité de le lui demander.\u2014 Enfin, êtes-vous satisfaite de son service ?\u2014 Jusqu\u2019à présent, monsieur, je n'ai pas eu à me plaindre d\u2019elle; elle est intelligente, adroite, active, et elle me paraît dévouée.\u2014 Vous n\u2019avez jamais remarqué qu'il y eût quelque chose de singulier dans sa conduite?\u2014 J'ai confiance en elle, monsieur.Morlot resta silencieux.Il réfléchissait.\u2014 Monsieur Morlot, reprit la marquise, est-ce que vous avez un doute sur l'honnêteté de cette fille?\u2014 Je ne sais pas, madame; je ne me prononce jamais sur un doute ; il me faut la certitude.\u2014 Soit, mais vous supposez quelque chose?\u2014Madame la marquise, cette pensée ne vous est-elle pa$ venue, que mademoiselle Juliette pouvait avoir été placée près de vous par l\u2019entremise de M.Raoul de Rey ?Madame de Villiers fit un brusque mouvement.\u2014 Non, répondit-elle, non, je n'ai pas eu cette pensée.Est-ce que vous croyez?.\u2014 Je ne crois rien encore, madame; toutefois, et jusqu\u2019à plus ample informé, vous pouvez tenir compte de mes paroles.\u2014 Je ne les oublierai pas monsieur, mais je me demande pourquoi mon frère.\u2014 Il a peut-être intérêt à avoir un espion dans votre maison \u2014 Oh! ce serait odieux! \u2014 C\u2019est vrai ; mais nous savons l\u2019un et l\u2019autre de quoi M.de Rey est capable.La jeune femme poussa un profond soupir et de grosses larmes roulèrent dans ses yeux.\u2014Oh! monsieur dit-elle d une voix suppliante ne soyez pas trop cruel pour moi ! vra Pour l\u2019honneur A PRES un court silence, l\u2019agent '' de police reprit la parole.\u2014 Madame la marquise, dit-il, vous pouvez croire que ce n est pas de gaieté de cœur que je vous parle de M.de Rev; j\u2019y suis malheureusement forcé.Connaissant, par le bien que vous faites autour de vous, la noblesse et la bonté de votre cœur, je comprends combien vous devez souffrir d'avoir pour frère un homme indigne, et il m'est extrêmement pénible de toucher à vos plaies saignantes.\u2014 Aujourd'hui, comme il y a huit jours, dans la chambre où ma mère a rendu son dernier soupir, vous vous rendez compte de ma douloureuse situation.Hélas! elle n\u2019a pas changé ; vous me voyez humble et tremblante devant vous.Oui, monsieur Morlot, je souffre, je souffre horriblement; et depuis l'épouvantable découverte que vous avez faite dans le pavillon des Ternes, mes nuits ont été tourmentées par de cruelles insomnies et toutes sortes de visions lugubres.Pourtant, vous m'aviez parlé avec bonté; devinant mon horrible crainte, vous aviez calmé mon anxiété, en me disant : ,r]e ne ferai rien.\u201d Eh bien, malgré cela, je n\u2019étais pas rassurée, je ne le suis pas encore.Mon Dieu, cela se comprend, je ne sais pas quelles sont vos intentions.Malgré votre bonté, dont je suis convaincue, et la douceur de votre regard, vous m'apparaissez menaçant et terrible.Comme vous le dites, monsieur Morlot, M.de Rey est un indigne -, mais il est mon frère, l\u2019oncle de mes enfants, je suis obligée de le défendre.\u2014 Malheureusement, madame la marquise, vous ne pouvez pas l\u2019empêcher de tomber entre les mains de la justice.\u2014 Ah! aujourd\u2019hui vous êtes contre moi! s écria-t-elle d'un ton douloureux.Monsieur Morlot, je vous le répète, si vous révélez, comme vous en avez le droit, le terrible secret que vous avez découvert, c'est le marquis de Villiers, ce sont mes enfants et moi que vous frappez en plein cœur; le coupable sera puni, mais les innocents resteront à jamais couverts de sa honte! Moi, con-tinua-t-elle d\u2019une voix entrecoupée, la mort me soustraira à cet opprobre, car je ne pourrai pas vivre longtemps en face de la douleur de mon mari.Morlot sentait son cœur se serrer; il essayait vainement de résister à l\u2019émotion poignante qui s\u2019emparait de lui.\u2014 Madame la marquise, répon-dit-il tristement, quand même je garderais le silence, le malheur que vous redoutez est inévitable.M.de Rey se trouve sur une pente rapide et glissante au bas de laquelle est l\u2019abîme; il faut qu\u2019il descende et qu\u2019il tombe.La police correctionnelle ou la cour d\u2019assises l\u2019attend; c\u2019est fatal, rien ne peut le sauver.S\u2019il n'est pas puni pour un crime, un peu plus tard il le sera pour un autre.\u2014 Non, non, répliqua la marquise avec énergie, je veux l'empêcher de rouler au fond de l\u2019abîme, je veux encore essayer de le sauver!.Et se redressant, les yeux enflammées : \u2014 Ah! ce n'est pas lui que je défends, le misérable! s\u2019écria-t-elle, ce sont mes enfants, c\u2019est l'honneur du nom de Villiers! Elle continua avec animation : \u2014 Monsieur Morlot, si vous m\u2019avez dit la vérité l\u2019autre jour, vous êtes un ami de la maison de Villiers.\u2014 Oui, madame.Du reste, je puis vous le dire, c'est vous, vous seule qui, sans le savoir, avez jusqu'à ce jour protégé M.de Rey contre moi, c'est-à-dire contre le châtiment suspendu sur sa tête.Si vous n\u2019aviez pas été là, madame la marquise, lui servant en quelque sorte de bouclier, il y a plus de quinze jours que M.de Rey serait arrêté.\u2014 Ai-je donc perdu ce pouvoir que vous m\u2019avez donné, monsieur ?Ferez-vous aujourd\u2019hui ce que vous n\u2019avez pas voulu faire il y a quinze jours ?\u2014Alors, madame, j\u2019ignorais ce que je sais aujourd\u2019hui.\u2014 Pour nous, monsieur, la situation est la même, et les raisons qui vous ont retenu n\u2019ont pas cessé d'exister.Morlot se trouva embarrassé.\u2014 Ces raisons se sont modifiées, balbutia-t-il.\u2014Monsieur Morlot, reprit la marquise, c\u2019est notre honneur qu\u2019il s'agit de sauver et je le veux à tout prix.Ah! vous allez me trouver bien hardie.Ecoutez-moi: Pour arriver à ce résultat, pour empêcher mon frère de rouler au fond du gouffre ouvert sous ses pieds, c'est sur vous que j\u2019ai compté.\u2014Sur moi! s\u2019écria Morlot stupéfié.-\u2014 Oui, sur vous, qui n\u2019avez qu\u2019un mot à dire pour le faire jeter dans une prison.\u2014 Pardon, madame, mais je ne comprends pas.\u2014 Ecoutez-moi bien, monsieur Morlot; mon mari et moi, nous savons parfaitement ce qu\u2019est M.de Rey, et nous ne nous faisons aucune illusion sur le sort qui lui est réservé; oui, nous savons que sa déplorable existence peut le conduire à sa perte Cela arriverait fatalement si nous l'abandonnions complètement ; car, n'ayant pas de fortune, il serait obligé de vivre d\u2019expédients.\u2014 Déjà il en est là, pensa Morlot.\u2014 L\u2019intention de M.de Villiers était de lui faire une pension, continua la marquise, mais, je n\u2019ai pas été du même avis que mon mari, une idée m\u2019est venue en pensant à vous, monsieur Morlot.\u2014 Ah! fit l'agent de police.\u2014 Oui, et je me suis dit en même temps que vous ne refuseriez pas de rendre encore cet important service à la maison de Villiers.Morlot ne savait plus que dire; il se sentait subjugué.\u2014 Pour la tranquillité de mon mari et la mienne, poursuivit la marquise, et dans l'intérêt de l'avenir de nos enfants, surtout, il est impossible que mon frère reste à Paris et même en France.Il est nécessaire, urgent, qu\u2019il fasse maintenant ce qu'il aurait dû faire il y a quelques années.Oui, il faut absolument qu\u2019il parte, qu\u2019il s'expatrie, qu\u2019il s\u2019en aille n\u2019importe où, pourvu que ce soit loin, très loin, et qu\u2019il mette entre nous l\u2019immensité de l'Océan.Le voudra-t-il?Si nous lui demandions cela, mon mari et moi.il répondrait probablement non.Mais si vous voulez m'aider, monsieur Morlot, je suis sûre d\u2019avance qu'il consentira à partir.Ce que vous savez vous donne sur lui l'autorité d'un maître; il se courbera sous votre volonté, car il aura peur.Vous ordonnerez et il obéir,;.Entre l\u2019exil avec deux cent mille francs et la punition infamante qu\u2019il a méritée, il n'hésitera pas à choisir, \u2014 Mais, madame la marquise, fit Morlot, essayant une protestation.\u2014 Oh! ne me refusez pas, reprit-elle vivement; pour le marquis de Villiers et pour moi, acceptez la délicate mission que je vous confie .Vous n\u2019aurez pas affaire à des ingrats.je vous le jure, et vous pourrez compter sur notre reconnaissance.C\u2019est notre honneur à tous, c'est ma vie que vous tenez entre vos mains, monsieur Morlot ! L\u2019agent de police baissa la tête et se mit à trembler comme un coupable.CONTRÔLEZ CETTE TOUX ! 4ea/meat «si®.'M *l*tK SOULAGEMENT INSTANTANÉ! de cette toux sèche et saccadée, de cet enrouementy de ce mal de gorge.Les Pastilles Noires Beech-Nut Contre la Toux sont \"le contrôle commode de la toux.\" VICHY UNIQUE! 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Et cependant, il faut chaque soir mettre en branle tout un mécanisme : dès huit heures, une machine automatique (teletype) transcrit rapidement les nouvelles venant des agences de presse ; aussitôt, M.Jean Nolin fait le tri des informations, un assistant aide à la traduction, des dactylos tapent fiévreusement sur leur machine.Souvent, à la dernière minute, arrive une nouvelle que l\u2019on ne peut ignorer ; et cependant, sa présentation ne doit pas sentir la précipitation.Expérience du métier et souplesse de l\u2019esprit ! Il y a trois ans, M.Jean Nolin inaugurait, sous les auspices d\u2019un quotidien montréalais, le journal radiophonique ; ce fut un immense succès encore plus par son excellente tenue que par sa nouveauté.Bachelier ès arts, licencié en Sciences commerciales, ex-élève du Conservatoire Lasalle, à Montréal, et, à Paris, de M.André Brunot de la Comédie Française, initié aux secrets du journalisme, M.Nolin était mieux préparé que quiconque pour faire un journal parlé.Au cours d'un séjour à Paris, en 1935, il rencontra M.Louis Merlin, créateur d\u2019une fonction nouvelle : conseil en publicité radiophonique.Que de services un spécialiste de ce genre pourrait rendre au Canada français ! M Jean Nolin l\u2019a bien compris : sitôt de retour à Montréal, il a suivi l\u2019exemple de son confrère parisien.Et la compagnie Westinghouse ne regrette certes pas d'avoir confié à M.Nolin la direction de son journal « aérien ».C\u2019est à la suggestion de M.Léo Cassidy, chargé de promouvoir les ventes, que la compagnie Westinghouse a adopté le journal parlé, devenu indispenesable à des milliers de Canadiens-français.De toutes les régions de la Province, et même de la lointaine Gaspésie, arrivent chaque semaine nombre de lettres d\u2019appréciation ; à Montréal, plusieurs institutions anglaises recommandent ce programme à leurs élèves pour l\u2019étude de la diction française.Ecoutons donc chaque soir à 10 h.15, au poste CK AC, «les dernières nouvelles du jour et les questions d'actualité, » A ceux de nos lecteurs que la chose pourrait intéresser, nous rappelons que M.Jean Nolin est secrétaire du Comité canadien de l'Exposition 1937 de Paris ; le gouvernement y fait construire un pavillon dont les plans ont été préparés par un Canadien français.De grosses larmes tombaient une à une, comme des perles, sur les joues pâles de la marquise.\u2022\u2014 Je n'ai pas oublié ce que vous m'avez dit aux Ternes, poursuivit-elle, et vos paroles de tout à l'heure; oui, nous avons en vous un ami; je vous prouve bien que j\u2019accepte votre amitié, car ce que je vous prie de faire pour nous ne peut se demander qu'à un ami.Voyant qu'il restait silencieux, elle continua : \u2014 Vous irez trouver M.de Rey et vous lui direz: \"Il faut que vous quittiez Paris, la France; il faut que vous disparaissiez et qu\u2019on n\u2019entende plus jamais parler de vous.Le marquis de Villiers, votre beau-frère, veut vous donner encore le moyen de changer de vie et de vous relever par le travail et le repentir; au moment ou vous poserez le pied sur le navire qui vous transportera en Amérique ou ailleurs, je vous remettrai de sa part deux cent mille francs.\u201d Morlot arrêta sur la marquise ses yeux démesurément ouverts.\u2014 Cette somme, monsieur Morlot, reprit-elle, vous la toucherez chez M.Lebarbier, notre notaire, qui demeure rue de Lille, 54.Dès demain, il sera prévenu par une lettre de moi; vous n\u2019aurez qu'à vous présenter pour que la somme vous soit remise immédiatement.L'agent de police était en proie à une grande agitation.\u2014 Eh bien! vous ne répondez pas?dit la jeune femme.Il passa sa main sur son front et jeta brusquement sa tête en arrière, comme pour la débarrasser d\u2019une pensée importune.\u2014 Madame la marquise, pronon-ça-t-il d\u2019une voix lente et grave, vous ne vous apercevez point que ce que vous me demandez est le contraire de ce que mon devoir m\u2019ordonne de faire.\u2014 Ah! s\u2019écria-t-elle, votre devoir ne saurait vous défendre de sauver l'honneur d\u2019une famille ! \u2014 L\u2019agent de police qui découvre un criminel doit le livrer à la justice, répliqua-t-il.La marquise poussa un sourd gémissement.\u2014 Ah! je suis perdue, perdue! s'ê-cria-t-elle désespérée, en se tordant les bras.Morlot sentit en lui un affreux déchirement.Il se dressa debout.\u2014 Madame la marquise, dit-il d'une voix vibrante, ne vous livrez pas au désespoir; une fois encore, pour vous, j'étoufferai le cri de ma conscience; ce que vous voulez, je le ferai ! \u2014 Ah! je savais bien que vous ne pouviez pas être sans pitié ! excla-ma-t-elle, passant subitement de la douleur à la joie; oh! oui, vous êtes bon, vous êtes un brave homme, merci, merci! \u2014 Je ferai ce que vous voulez, reprit Morlot de sa voix la plus grave, mais à une condition.\u2014 Ah! demandez-moi tout ce que vous voudrez, je vous l\u2019accorde d\u2019avance.\u2014 Dans un instant, madame la marquise, vous regretterez les paroles que vous venez de prononcer.\u2014 Ne le pensez pas, monsieur Morlot! Mais un million n\u2019est pas le prix du service que vous rendez à la maison de Villiers! Morlot secoua tristement la tête.\u2014 Madame la marquise, dit-il.il vous serait plus facile de donner plusieurs millions que ce que je vais vous demander.La jeune femme sursauta sur son siège.\u2014 Vous m\u2019effrayez! dit-elle d\u2019une voix troublée.\u2014 11 ne faut pas que vous soyez effravee, madame la marquise, reprit vivement Morlot; il faut, au contraire, que vous restiez très calme et que vous m\u2019écoutiez avec la plus grande attention, afin que nous puissions examiner ensemble les difficultés de la situation et trouver le moyen de me donner satisfaction.Vous devez bien penser, madame la marquise, continua-t-il.que je n'aurais pas eu l'audace de vous demander un entretien secret, si ce que j'ai à vous dire n'était pas d'une gravité exceptionnelle.Du reste, comme vous allez bientôt le reconnaître, c'est uniquement dans votre intérêt que j\u2019ai tenu à vous parler sans témoin \u2014 En tout se montre la délicatesse de vos sentiments, monsieur Morlot; mais je suis dans une inquiétude mortelle, et votre émotion, que vous ne pouvez pas me cacher, auqmente encore ma douloureuse anx;été.Je ne veux pas dissimuler; demis huit jours j\u2019ai le pressentiment d\u2019un nouveau malheur; et ce malheur inconnu est près de moi, et c'est vous, c\u2019est vous, un ami, qui me l'apportez ! \u2014 C\u2019est vrai, c\u2019est un nouveau malheur pour vous, répondit Morlot, d un ton pénétré; et ce malheur, madame la marquise, je sais que vous ne l\u2019avez pas mérité.C\u2019est pour qu\u2019il soit moins terrible et que vous puissiez en atténuer les principales conséquences, que je viens à vous en ambassadeur de paix.La marquise tenait ses deux mains appuyées sur son coeur, comme pour en comprimer les battements.Quelques gouttes de sueur perlaient à son front; son regard avait pris une expression douloureuse; les soulèvements de sa poitrine trahissaient la violence de son émotion \u2014 Monsieur Morlot, dit-elle d'une voix presque éteinte, vous pouvez parler, je vous écoute.IX Rendez l\u2019enfant I E 20 août 1853, dit Morlot, en se L rasseyant, dans une maison de la commune d Asnières, je me trouvais devant un lit en désordre sur lequel gisait sans mouvement une jeune femme agonisante.Là, il y avait eu un drame.La veille, cette jeune femme avait mis au monde un petit garçon, et, dans la nuit, pendant son sommeil, une misérable femme, payée pour commettre ce crime, lui avait volé son enfant ! La marquise poussa un cri rauque, Morlot s\u2019interrompit.\u2014 Continuez, dit la marquise d\u2019une voix étranglée.Et frémissante, livide, les yeux hagards, elle se redressa comme pour tenir tête à l\u2019orage.\u2014 Après un épouvantable délire, qui avait suivi le réveil de la jeune mère, reprit Morlot, succédait un anéantissement complet plus effroyable encore.Il y avait près du lit le berceau vide de l\u2019enfant.Saisi de compassion et sentant gronder en moi une colère sourde, devant la mère, enveloppée des ombres de la mort, et devant le berceau vide, je jurai de découvrir les auteurs du crime, pour les livrer à la justice, et de retrouver l\u2019enfant ! Dans quel but l'avait-on volé ?Quels étaient les auteurs du crime ?Double mystère! Je compris les énormes difficultés de la tâche que je m\u2019imposais, et cependant je me mis à chercher dans ces ténèbres.- 27 février 1937 35 Les jours, les semaines, les mois, les années s\u2019écoulaient: le mystère restait impénétrable, mais mon ardeur et mon courage ne diminuaient pas La preuve qu'il ne faut jamais se décourager, madame la marquise, c\u2019est que la lumière s'est faite tout à coup, et que j\u2019ai trouvé ce que je cherchais.La jeune femme eut un sourd gémissement.\u2014 Dans la plupart des événements de la vie, le hasard joue un rôle important, continua Morlot ; c'est lui, c\u2019est Dieu, si vous le voulez, qui, du doigt, m'a désigné les coupables.Une voiture avait emporté Tentant d'Asnières, et le 20 août entre cinq et six heures du matin, elle arrivait ici, au château de Villiers.Madame de Rey.votre mère, reçut l'enfant et la femme qui l'apportait, laquelle allait jouer au château, pendant quelques jours, le rôle de sage-femme.La marquise s'était de nouveau affaissée.Les coudes appuyés sur ses genoux, elle cachait son visage dans ses mains Un tremblement convulsif secouait ses membres.Morlot poursuivit : \u2014 Le même jour, dans l'après-midi, il fut déclaré à la mairie de Villiers, qu'un enfant du sexe masculin était ne du marouis et de la marquise de Villiers.Et cette déclaration est signée Raoul de Rey.C\u2019est ainsi que l enfant, volé à Asnières, devint le fils du marquis de Villiers, le futur héritier de son nom et de son immense fortune.Voilà, du moins, ce que pensaient alors les criminels; et c\u2019est dans cette pensée que se trouve le mobile du double crime.En effet, le marquis de Villiers était gravement malade et condamné par scs médecins, il fallait qu\u2019il eût un enfant pour laisser en mourant sa fortune à sa veuve.C'est là, évidemment, le calcul qui a été fait.Il est impossible d'expliquer autrement le vol de l\u2019enfant La marquise releva brusquement la tête et montra à l\u2019agent de police sa figure inondée de larmes.\u2014 Monsieur Morlot, dit-elle d'une voix brisée, tout cela est la vérité.Ainsi, je suis pour vous une misérable, une infâme, qui a volé un enfant à sa mère, afin de s'approprier la fortune de Villiers?\u2014 Madame la marquise, répondit Morlot d\u2019un ton solennel, si je vous eusse crue coupable, vous seriez en prison 1 \u2014 Oh! fit-elle en frissonnant.\u2014 Vous êtes innocente, reprit Morlot en adoucissant le timbre de sa voix; malgré vous, fatalement, par le silence que vous avez dû garder, vous êtes complice du crime ; mais vous n'êtes point coupable, vous êtes une victime ' \u2014Le croyez-vous, dites, le croyez-vous sincèrement7 \u2014 Oui, car j'ai douté de votre innocence.\u2014 Je le comprends, tout semble m\u2019accuser, me condamner.Ah! si vous saviez, si vous saviez ' \u2014 Vous n'avez rien à ni apprendre, madame; ce que vous avez souffert, je le sais Où! je suis parfaitement renseigné; oui, je sais qu une horrible pression a été exercée sur vous par madame de Rey, voulant complaire à son fils, dont elle était l\u2019esclave par faiblesse.Gardée à vue, séquestrée pendant des mois, d\u2019abord à Paris et à Villiers ensuite, votre existence a été un martyre.Vous avez été immolée, madame, et vous êtes victime de la cupidité de votre misérable frère.La marquise sanglotait.\u2014 Le jour ou j\u2019eus enfin pénétré le mystère du vol de l'enfant, continua Morlot, si je n\u2019avais consulté que mon indignation, si j'avais obéi à ma conscience, qui m'ordonnait de faire mon devoir de policier, j aurais immédiatement dénoncé le double crime.C'était vous perdre, vous qui n\u2019êtes point coupable, et, malgré mon droit, en présence du mal que je pouvais vous faire, je me suis arrêté.Une femme, madame la marquise, une femme qui a bon cœur et que j\u2019aime, ma femme, enfin, vous a défendue et a chaleureusement plaidé votre cause devant l'agent de police.A mes oreilles résonne encore ce cri qu'elle m\u2019a jeté comme une supplication; Ne touche pas à la marquise de Villiers!\u2019\u2019 Oh! çe n'est pas à la grande dame qu'elle me défendait de toucher; c'est à la noble femme qui a mérité le nom de mère des malheureux et qu'on appelle partout la bonne marquise.Et pour obéir à sa femme et à un sentiment qui parlait en lui plus haut que sa conscience, l'agent de police Morlot n\u2019a pas fait son devoir.\u2014 Oui, vous n'avez pas fait votre devoir, répondit la marquise d\u2019une voix vibrante d'émotion, mais vous n'avez pas provoqué l\u2019effroyable scandale au milieu duquel aurait péri l honneur de la famille de Villiers! Ah! vous et votre femme, vous nous avez sauvés! Vous êtes deux grands et nobles cœurs.Je verrai madame Morlot.je veux la remercier moi-même.\u2014 Maintenant, madame la marquise, reprit l\u2019agent de police, j'arrive au moment le plus délicat et le plus difficile de ma mission, \u2014 Que voulez-vous dire ?\u2014 Il s\u2019agit de la chose que j'ai à vous demander, laquelle, d\u2019après vos paroles de tout à l\u2019heure, m'est accordée d\u2019avance.La jeune femme s'agita péniblement sur son siège.\u2014 C'est vrai, dit-elle d\u2019une voix mal assurée, j'oubliais que vous avez une demande à m\u2019adresser.Eh bien, monsieur Morlot, que me demandez-vous ?\u2014 Madame la marquise, je vous demande de me rendre l'enfant ! D\u2019un seul mouvement, la marquise bondit sur ses jambes.\u2014 Vous rendre l\u2019enfant! exclama-t-elle affolée.\u2014 Oui, répondit froidement Morlot.\u2014 Mais c\u2019est impossible ! Vous savez bien que c\u2019est impossible ! \u2014 Madame la marquise, il le faut! \u2014 Ah! mon Dieu! ah! mon Dieu ! gémit-elle, en pressant sa tête dans ses mains.Elle fit un pas en avant et, arrêtant sur Morlot son regard effaré : \u2014 Ce n\u2019est p is vrai, reprit-elle d\u2019un ton déchirant, vous ne me demandez pas cela; vous voulez m\u2019éprouver, n\u2019est-ce pas ?Morlot secoua la la tête.\u2014 Vous devez rendre l'enfant, prononça-t-il d'une voix qui résonna comme un glas funèbre aux oreilles de la marquise.\u2014 Oh! oh! fit-elle avec égarement, les mains crispées sur son front, il me semble que je deviens folle! Elle resta un moment silencieuse.\u2014 Ainsi, reprit-elle avec une sorte de fureur, tout à l'heure vous me trompiez; en disant que vous avez eu pitié de moi, vous mentiez!.\u2014 Oh! madame la marquise! protesta Morlot.\u2014 Oui.continua-t-elle avec violence, vous mentiez, et c\u2019est indigne; vous avez voulu jouer cruellement avec votre victime avant de lui porter traîtreusement un coup mortel.Vous me tuez, monsieur, vous m'égorgez 1 \u2014 Madame la marquise, répondit tristement Morlot, vos paroles sont injustes et injurieuses; mais c'est la douleur qui vous égare je vous pardonne.Ces mots rappelèrent la jeune femme à elle-même et au sentiment de sa dignité.\u2014 Vous avez raison, balbutia-t-elle; pardon, pardon.je suis folle!.Ah! suis-je assez malheureuse ! Et elle retomba sur son fauteuil en sanglotant.\u2014 Des larmes, des sanglots, reprit-elle tout à coup en se redressant, à quoi cela sert-il ?Causons, monsieur Morlot, causons.L\u2019enfant a été volé, c'est vrai, et vous voulez le reprendre.Oh! le reprendre .Est-ce que vous ne le trouvez pas bien ici, dites ?Son avenir ne vous paraît-il pas assez beau ?Croyez-vous qu\u2019on ne l'entoure pas suffisamment de soins, de tendresse et d\u2019affection?Eh bien, écoutez: le marquis de Villiers l\u2019adore; il l'aime autant et plus peut-être que s'il était réellement son fils.Tenez, Je vous fais cet aveu; le marquis l'aime mieux que sa fille ! Si vous étiez venu me dire, il y a un an: il faut rendre l'enfant volé a Asnières, je vous aurais probablement répondu: Prenez-le.Le marquis m\u2019aurait méprisée, à cause de ma faiblesse et de ma lâcheté, qui m'ont fait complice du crime, et, du coup, j\u2019aurais perdu son amour qui m'est plus cher que la vie ; mais alors je détestais l enfant, et, dans l'intérêt de ma fille, j'aurais pu faire le sacrifice de mon bonheur Aujourd'hui, monsieur Morlot, la situation n\u2019est plus la même, mes sentiments ont changé.Après avoir, pendant des années, repoussé et éloigné de moi l'enfant, vaincue par sa grâce, sa gentillese et mille choses adorables qui sont en lui, je lui ai ouvert mon cœur et je T aime, oui, je l\u2019aime ! \u2014 Je le sais, madame la marquise.11 y a huit jours, pour la première fois devant vos serviteurs, vous l\u2019avez embrassé et tutoyé, \u2014Ah! vous savez cela aussi, monsieur Morlot; cela ne doit pas m'étonner, vous savez tout.Eh bien, oui, maintenant j'ai deux enfants qui partagent ma tendresse, et je ne donne plus un baiser à Maximilien-ne sans en mettre un autre sur le front d'Eugène.Et c\u2019est aujourd'hui, quand je l\u2019aime, quand je l'ai adopté, quand j\u2019ai décidé qu'il porterait le nom de Villiers et qu'il aurait la moitié de la fortune de ma fille, c'est aujourd'hui que vous venez me dire : \"Il a été volé, il faut le rendre!\u201d Voyons, une chose pareille ne se discute même pas ; c'est insensé !.Le rendre ?Pourquoi?A qui?Morlot se leva, grave, solennel, et répondit : \u2014- A sa mère ! X Les étapes de Morlot ('\"'ES mots frappèrent la marquise comme un coup de foudre.\u2014¦ Sa mère, sa mère! s\u2019écria-t-elle affolée, je la croyais morte ! \u2014 La mort, en effet, l\u2019a approchée de bien près; mais au moment de la frapper, elle a reculé devant son innocence et sa jeunesse.\u2014 On m\u2019avait dit aussi qu\u2019elle était devenue folle et qu\u2019on l\u2019avait enfermée dans un hospice d\u2019aliénées.\u2014 On ne vous avait pas trompée, madame la marquise; mais, après EMPÊCHEZ les gerçures Demandez la bouteille VANITY Envoyez le coupon \u201c Oui, il enraye les gerçures plus rapidement que tout ce que .l\u2019ai pu employer jusqu\u2019ici \u201d, telle fut la réponse que firent 97 8 /10% des centaines d\u2019usagères du Baume Italien interrogées au cours d\u2019une enquête récente à travers le pays.\u201c Mais vous devriez insister plus sur le fait qu\u2019il empêche aussi les gerçures ! \u201d, ajoutèrent un grand nombre de ces dames.Mais ce n\u2019est pas tout : 92 9 /10% des femmes interrogées déclarèrent que le Baume Italien est moins coûteux à employer que tout autre produit qu\u2019elles avaient pu utiliser.Mais jugez plutôt par vous-même des mérites de ce fameux émollient de la peau.Demandez la bouteille Vanity GRATUITE et essayez le Baume sur vos mains, vos lèvres, votre figure et votre corps.Postez le coupon dès aujourd\u2019hui.Baume Italien (Bamfiwruu L\u2019ÉMOLLIENT ORIGINAL DE LA PEAU Campana Corporation Ltd., 5 Caledonia Road, Dépt.D.Toronto, Ont.Messieurs : Je n\u2019ai jamais essayé le Baume Italien.Veuillez m\u2019envoyer la bouteille Vanity, GRATIS et port payé.Nom _____________________\u2014.\u2014 Adresse .-.Ville .Prov.HE SOUFFREZ PLUS LE Traitement Médical F.GUY C\u2019est le meilleur remède connu contre toutes les maladies féminines.Des milliers de femmes ont, grâce à lui, victorieusement combattu les déplacements, inflammations, périodes douloureuses, douleurs dans la tête, les reins ou les aines, etc.Envoyez 5 cents en timbres et nous vous enverrons gratis une brochure illustrée avec échantillon du Traitement F.Guy.CONSULTATION : Jeudi et Samedi, de 2 h.à 5 h.p.m.Mme MYRRIAM DUBREUIL Boîte Postale 2353 \u2014 Dépt.2 5920, rue Durocher, près Bernard MONTRÉAL, P.Q. 36 LE SAMEDI 10 PRIX A GAGNER CHAQUE SEMAINE LES NOMS DES DIX GAGNANTS\tSolution du problème No 271 (Problème No 270) DIX JEUX DE CARTES M.P.E.Plamondon, 2.rue Prévost, Québec, P.Q.: M.Paul Charette.2001, rue Marie-Anne Est.Montréal, P.Q : Mlle Simonne Péloquin, 117, rue Royale, Sorel.P.Q.: Mlle Simonne Gagné, 98, rue Saint-Joseph, Saint-Rocb, Québec P, Q.: M.Jacques Robitaille, 561, La Canardière, Québec, P.Q.; Mlle Berna dette Huot, Ange-Gardien, comté de Montmorency, P.Q.: M G J.Reneault, 6539, rue DeLanaudière, Montréal, P.Q.; M.Harry Kemp.Fassett, P.Q.: Mlle L.Dérome.1290, rue Beaubien Est, Montréal, P.Q.M.J.Oswald Nadeau, 160, Côte d\u2019Abrabam, Québec, P.Q.Nom HORIZONTALEMENT 1.\tMer intérieure du bassin de la Méditerranée.\u2014 Personnalité diabolique.2.\tAgent politique, né à Tonnerre.\u2014 D\u2019une très grande fermeté (fig.).\u2014 Port de Finlande.3.\tIle de l'Atlantique.\u2014 Peintre italien, né à Garofalo.\u2014 Plate-forme d\u2019une gare.\u2014 Possessif (inv.).4.\tPersonnage de la féerie anglaise.\u2014 Partie du corps.\u2014 Titre anglais.5.\tMot arabe signifiant cours d'eau.\u2014 Houilles menues.\u2014 Sorte de toque.6.\tVierge et martyre en 304.\u2014 Etoffe de laine à longs poils.7.\tPossessif.\u2014 Suc dépuré d'un fruit cuit.\u2014 Système montagneux du Maroc.\u2014 Qui marque le mépris.8.\tTroublé.Une des Iles Britanniques.\u2014 Qui exprime l'idée de terre.9.\tQuerelle.\u2014 Du verbe avoir.\u2014 Fille d'Inachos.\u2014 Cap.10.Général musulman.\u2014Extraordinaire.1 I.Partie de l'habillement ( inv,) \u2014 Pas sessif.\u2014 Art.ind.\u2014 Sorte de tartes.12.Lettres de étal.\u2014 Evaluer une quantité.\u2014 Roi d Israël.1 3.Pronom.\u2014 Qui sert à appeler.\u2014 Pacha de Janina.\u2014 Qui indique le lieu -3~ Conjugaison.14.\tAne.seigneur.\u2014 Fleuve de Suède.15.\tRéduit en parcelles.\u2014 Un des Etats unis d\u2019Amérique.VERTICALEMENT 1 Parler confusément.\u2014 Obstinée.2.\tLiquide.\u2014 Minéral filamenteux.3.\tNote.\u2014 Dieu suprême des Babyloniens.\u2014 Cité du Yucatan.\u2014 Tellement.4.\tParole vide de sens.\u2014 Homme insensible.\u2014 Unité de travail.\u2014 Instrument pour enfoncer les pavés.5.\tRivière de l'Italie ancienne.\u2014 Paisible.\u2014 Immobilité.6.\tQui a des filaments.\u2014 Conjonction.7.\tPrincesse athénienne.\u2014 Parcouru des veux.\u2014 Roi qui vainquit les Madia-nites.8.\tPronom ind.\u2014 Marche.\u2014 Ville forte du Wuttemberg.9.\tBien acquis à titre onéreux.\u2014 Conjonction.\u2014 Canton Suisse.10.Variété de calcédoine.\u2014 Ville de Chaldée.1 1.Peintre hollandais, né à Haarlem.\u2014 Personne bavarde ( Fam.) \u2014- Archevêque qui décida Clovis à se convertir.1 2.Fleuve qui se jette dans l\u2019Océan Glacial.\u2014 Gros nez.-\u2014 Ville de Ba vière.\u2014 Proue (mar.).13.\tNote.-\u2014 Appel de détresse.-\u2014 Sorte de vampire.\u2014 Diphtongue, 14.\tSorte d'oignons.\u2014 Qui a rapport à la féerie.15.\tEtat des paupières renversées en dehors.\u2014 Ville forte d\u2019Estonie.avoir passé près de dix-huit mois à la Salpêtrière, elle est sortie guérie \u2014 Pauvre mère, pauvre mère ! murmura la marquise, se parlant à elle-même.Je comprends, je comprends, reprit-elle avec un accent douloureux, c\u2019est elle qui vous a envoyé me réclamer son enfant?\u2014 Je lui ai promis de le lui rendre, et je viens vous le réclamer en son nom; mais elle ne sait pas encore que je l\u2019ai retrouvé.Jusqu à présent, j\u2019ai cru devoir ne lui rien dire.\u2014Pour donner à madame la marquise de Villiers le temps de prévenir son mari et lui permettre de prendre les dispositions qu\u2019elle jugera nécessaires.\u2014 Ah! merci.Là encore, vous avez eu une noble inspiration ! \u2014 Je ne sais quelles difficultés vont se dresser devant vous, madame la marquise.\u2014 Ah! s\u2019écria-t-elle en faisant un haut-le-corps, vous me rappelez à la réalité.Les difficultés?elles sont effroyables.Je suis dans une situation épouvantable, horrible ! Que faire, mon Dieu, que faire?\u2014 Ce n\u2019est pas à moi à vous le dirê, madame la marquise.\u2014 Tout autour de moi se dressent des fantômes menaçants.Révéler le crime à mon mari.L\u2019acte civil à casser.le scandale., la honte.le mépris.Oh! oui, c\u2019est horrible, horrible! Je cherche une issue, je ne la trouve point.Je ne vois qu\u2019une chose terrifiante, sinistre; la terre qui s\u2019ouvre et creuse sous mes pieds le précipice dans lequel je vais tomber.Que faire?que faire ?Haletante, prête à suffoquer, elle se tordait convulsivement sur son siège.La malheureuse femme se sentait écrasée.\u2014 En pensant à la mère, interrogez votre cœur madame la marquise, dit Morlot; c\u2019est lui qui vous dira ce que vous devez faire.\u2014 Ah! s\u2019écria-t-elle avec une douleur inexprimable, je ne sais plus si j\u2019ai un cœur et une âme, la pensée m'échappe, je n'ai plus conscience de mon être.\u2014 Je vous en prie, madame, calmez-vous, remettez-vous.Je vous le répète, je vous donnerai un mois, deux mois, trois mois s'il le faut Songez seulement que depuis que la raison lui est revenue, ayant foi dans ma promesse, la mère attend son enfant.\u2014 Son enfant! son enfant! répéta la marquise.Il y eut un assez long silence.\u2014 Est-ce qu\u2019elle est riche ?demanda tout à coup la jeune femme.\u2014 Elle n\u2019a qu'une modeste aisance.\u2014 Comment se nomme-t-elle?\u2014 Gabrielle Llénard.\u2014 Les langes que portait l'enfant et que j'ai conservés sont marqué G.L.Physiquement, comment est-elle?\u2014 Vous la connaissez, madame la marquise; vous l\u2019avez vue.\u2014 Te l\u2019ai vue, dites-vous?\u2014 Et vous la connaissez sous le nom de madame Louise.La marquise sursauta.\u2014 La jeune femme du jardin des Tuileries, la Figure de cire! exclama-t-elle.Ohl la voix du sang ! Monsieur Morlot, reprit-elle, savez-vous où elle est actuellement ?\u2014 Oui, madame, ie le sais; elle est tout près d\u2019ici, à Miéran.\u2014 A Miéran, avec une autre jeune femme, son amie.\u2014 Ma femme, madame la marquise.\u2014 Je comprends, fit-elle avec un sourire navrant, elle est à Miéran, tout près de son enfant, afin de n a-voir que quelques pas à faire pour le reprendre, Morlot garda le silence.\u2014 Ainsi, continua-t-elle, en affermissant sa voix, il faut rendre 1 enfant, il le faut!.Nous ne pouvons le garder; ce serait monstrueux, ce serait un nouveau crime.D ailleurs, elle demanderait justice, et la justice et la loi, qui sont pour elle, nous condamneraient.Elle est la mère, elle, elle est la mère' Monsieur Morlot, la pauvre Gabrielle a trop longtemps souffert; ce soir ou demain apprenez-lui la vérité et dites-lui que sou fils lui sera rendu; oui, il lui sera rendu, je vous le promets, je vous le jure! Le marquis de Villiers est absent; pour quinze jours; vous m accorderez ce temps pour réfléchir, pour me préparer au sacrifice, n'est-ce pas?\u2014 Madame la marquise peut prendre le temps qu\u2019elle voudra, répondit Morlot.\u2014 Quinze jours me suffiront pour réunir toutes mes forces afin de triompher de moi-même Imméd\u2019-'*\"\u2019''!-nt après le retour de M.de Villiers, l\u2019enfant sera rendu à sa mère.Cela n\u2019empêchera pas le marquis de l\u2019aimer, de veiller sur lui, d être son protecteur et d\u2019assurer son avenir.Je ne parle pas de moi; oh1 moi, je suis perdue, perdue!.je disparaîtrai, j\u2019irai cacher quelque part, derrière les hautes murailles d\u2019un cloître, mon malheur et ma honte !.Ah! Dieu serait bon pour moi si, après m\u2019être confessée à mon mari, il ordonnait à la mort de me délivrer de la vie ! Sa tête tomba sur sa poitrine et elle se mit à sangloter.Au bout d'un instant, elle se leva; ses jambes chancelaient.Pour ne pas tomber, elle fut obligée de s\u2019appuyer sur le dossier du fauteuil.Morlot s\u2019était levé aussi et avait pris son chapeau.\u2014 Je suis brisée, dit-elle en poussant un long soupir; excusez-moi de vous renvoyer ainsi; mais j\u2019ai besoin d\u2019être seule, j\u2019ai besoin de pleurer et de prier.Morlot s\u2019inclina respectueusement et marcha vers la porte.\u2014 Monsieur Morlot, un mot encore.lui dit-elle; j'oubliais mon frère.Vous savez ce que je désire, puis-je compter sur vous ?\u2014 Je remplirai de mon mieux la mission que madame la marquise veut bien me confier, répondit-il.\u2014 Encore une fois, merci.Grâce à vous, tout ne sera pas perdu.Ce soir, je tâcherai de trouver un moment de calme pour écrire au notaire.Vous rappellerez-vous son adresse?M Lebarbier, 54, rue de Lille.\u2014 Elle est gravée dans ma mémoire.\u2014Je voudrais bien que vous puissiez faire cela d'ici huit jours \u2014 Ce sera fait.\u2014 Bien.Morlot la salua de nouveau et sortit de la chambre.Une heure après il était à Miéran Le soir, quand il se trouva seul avec sa femme, il l'instruisit de la découverte qu'il avait faite dans le pavillon des Ternes, et il lui raconta minutieusement la longue conversation qu'il avait eue, quelques heures avant, avec la marquise.\u2014 Tu le vois, s\u2019écria Mélanle, mon cœur ne m'a point trompée; il n'existe pas dans le monde une femme plus admirable que la marquise de Villiers ! \u2014 Je l'ai trouvée sublime! amplifia Morlot.LES MOTS CROISES DU \u201cSAMEDI'' \u2014 Problème No 272 1\t2\t3\t4\t5\t6\t7\t8\t9\t10 11\t12 13 14 15 (Les réponses seront reçues jusqu'au 26 février à midi.) L 0 4 L I ' b: A UK h HmMnI i Adresse .- - -\t___________ Ville ____________________________________________ _______ Province __________________ Adressez: LES MOTS CROISES.Le Samedi, 975.rue de Bullion, Montréal, P.Q. 27 février 1937 37 \u2014 Comme elle doit souffrir ! \u2014 Elle souffre horriblement.\u2014 Pauvre victime ! \u2014 Malheureusement, nous ne pouvons pas faire que sa situation soit meilleure.\u2014 Hélas ! Il fut convenu que Mélanie annoncerait à Gabrielle que son enfant était retrouvé et que bientôt il lui serait rendu.\u2014 Maintenant, reprit Mélanie, il faut que je te fasse part d'une découverte que nous avons faite aussi, Gabrielle et moi.\u2014 Intéressante ?\u2014 Tu vas en juger.L\u2019autre jour, nous sommes allées nous promener au bord de la Marne le long du parc de Villiers.Nous avons rencontré 1 enfant et le marquis qui étaient accompagnés d'un ami de M.de Villiers.\u2014 Un homme d'un grand air, décoré ?\u2014 Il avait une rosette rouge à sa boutonnière.Tu l'as vu au château?\u2014 Il n\u2019y est plus; je l'ai rencontré ce matin à la gare de Nogent.\u2014 Eh bien, mon ami, Gabrielle a reconnu dans ce monsieur son séducteur, le père de son enfant.\u2014 En vérité! fit Morlot stupéfié.\u2014 Gabrielle est sûre de ne pas s être trompée.\u2014 Ah çà ! dit Morlot, est-ce que le hasard nous tiendrait encore en réserve de nouvelles surprises ?Et lui, 1 a-t-il reconnue ?\u2014 Non \u2014 Il faut peut-être dire tant mieux.\u2014 Enfin, M Octave Longuet est l\u2019ami du marquis de Villiers.\u2014 Il ne se nomme pas Octave Longuet, dit Morlot.Comme je l\u2019ai supposé, il avait pris un faux nom.Ce monsieur est le comte de Sis-terne, capitaine de frégate et officier de la Légion d'honneur.\u2014 Comte de Sisterne, murmura Mélanie, pauvre Gabrielle ! Le lendemain matin, le facteur rural apporta une lettre adressée à Morlot.Cette lettre, datée de la veille, était de l'agent de police Mouillon.Après l'avoir lue, les yeux de Morlot étincelèrent, son front devint rayonnant.\u2014 Cette lettre parait t'avoir fait un grand plaisir, lui dit Mélanie.\u2014 Un plaisir extrême.\u2014 De quoi s'agit-il ?\u2014 D\u2019une grosse affaire dont tu entendras parler dans quelques jours.\u2014 Ce qui signifie: Curieuse, tu ne sauras rien maintenant.\u2014 Voilà, fit Morlot en riant.\u2014 Va, il me suffit de te voir content.\u2014 Je suis enchanté, Mélanie; seulement, au heu de passer trois ou quatre jours avec vous, comme c\u2019était mon intention, je suis forcé de retourner à Paris aujourd hui.De plus, je veux y arriver de bonne heure dans l'après-midi \u2014 Tu ne vas pas t en aller avant d'avoir déjeuné ?\u2014 Non, je déjeunerai avec vous; mais je vais tout de suite me mettre en quête d\u2019une voiture pour me conduire à la gare.A trois heures moins un quart, Morlot arrivait à Nogent-I Artaud en même temps que le train de Paris \u2014 Diable, diable, murmura-t-il.je ne suis pas en avance.Et il se précipita pour prendre son billet Mais au moment où il touchait le guichet, il se sentit tout à coup saisir par le bras.Il se retourna brusquement et ne put rete- nir une exclamation de surprise, en se trouvant nez à nez avec l'agent de police Jardel \u2014 Ah çà! qu'est-ce que vous faites ici?lui demanda-t-il.\u2014\tl'obéis à ma consigne.\u2014 Hein?Expliquez-vous.\u2014 Venez par ici, il nous sera plus facile de causer.\u2014 Mais le train est en gare.\u2014 Je crois que vous ferez bien de le laisser partir sans vous.-\tAh! \u2014 Du reste, quand nous aurons causé, si vous croyez que nous n'avons rien à faire ici, nous partirons ensemble par le train de six heures.\u2014 Alors je manque celui-ci, même si je ne le voulais pas ; j'entends souffler le cheval de bronze.Morlot suivit Jardel, qui le conduisit derrière des piles de longues planches de sapin.\u2014 C\u2019est ici que je vous ai vu descendre de voiture et vous élancer dans la gee, dit TaH'1 à Mo'ht.Depuis midi j'ai fait de cet endroit un poste d'observation.\u2014 Ah! ah! je commence à comprendre.\u2014 L'individu à la recherche duquel je me suis mis par votre ordre se nomme Jules Vincent ; c\u2019est du moins le nom qu'il a donné à la maîtresse de l\u2019hctel garni où il demeure rue Saint-Sauveur.Avant-hier et hier, je l'ai filé pour me conformer à vos intentions.Il n est sorti de chez lui, ces deux jours, qu'à six heures du soir.C\u2019est un oiseau de nuit.Comme le hibou, il ne voyage guère que dans les ténèbres.Il m a conduit hors des fortifications, du côté de Gentilly, et il est entre dans une espèce d'auberge isolée, où j'ai vu arriver successivement une douzaine d'individus de mauvaise mine.Tous, avant d\u2019entrer dans l'auberge, prenaient certaines précautions, comme s'ils eussent craint d\u2019être suivis.Je compris que cette maison, qui a d\u2019ailleurs l\u2019aspect sinistre d\u2019un coupe-gorge, était le lieu de rendez-vous d\u2019une bande de malfaiteurs.Je m\u2019étais couché en face de la maison, dans un champ de seigle, de maniéré à pouvoir tout observer.La réunion était bruyante et ne manquait pas de gaieté.J\u2019entendais un bruit confus de voix, des éclats de rire, et, de temps à autre, le refrain d\u2019une chanson.Les coquins se réjouissaient et faisaient bombance.Cela dura jusqu\u2019à minuit.Alors le bruit cessa tout à coup, puis les hommes sortirent de l\u2019auberge deux par deux et s en allèrent dans toutes les directions.Je les ai comptés; ils étaient seize.Je m\u2019attachai de nouveau aux pas de mon oiseau de nuit qui me ramena rue Saint-Sauveur à deux heures et demie.\u2014\u2022 Voilà pour avant-hier.Que s\u2019est-il passé hier?demanda Morlot.\u2014 Je vais vous le dire; mais il ne faut pas m en vouloir, si je me suis laissé \"rouler comme un niais.Ii y eut également rendez-vous dans l\u2019auberge isolée; ma\u2019s l-i réumon 1 ¦ beaucoup moins bruyante que la veille.J\u2019aurais dû deviner que les brigands complotaient quelque chose.A minuit je r entendis plus rien.Je m\u2019attendais à voir sortir mes individus.Mais la porte, que je ne quittais pas des yeux, resta close, et bientôt les lumières s\u2019éteignirent.\u2014 Les coquins étaient partis par une porte de de mère.\u2014» Oui Je le compris un instant après en faisant le tour de la maison.\u2014 Et Jules Vincent avait disparu avec les autres?\u2014 Naturellement; aussi étais-je furieux contre moi-même.\u2014 C\u2019est bon, dit Morlot, nous aurons notre revanche.\u2014 Je restai aux environs de la maison jusqu'à la pointe du jour, reprit Jardel; mais aucun des hommes ne reparut.Je me décidai enfin à m\u2019éloigner et je rentrai piteusement dans Paris.J\u2019achetai du pain, un morceau de charcuterie, et je déjeunai tout en me dirigeant vers la rue Saint-Sauveur.J'y étais depuis un instant, et il pouvait être six heures, lorsque je vis arriver Jules Vincent.Sans aucun doute, il avait fait partie d'une expédition nocturne.Son vêtement, dont le désordre était mal réparé, portait des traces de poussière, et une couche de terre jaunâtre couvrait ses chaussures.,\u2014 Il doit être comme moi, éreinté, me disais-je: il va probablement se coucher et dormir, je ferais bien d'aller me coucher aussi.Je tombais de sommeil.Pourtant je restai à mon poste.Quelque chose me disait que je ne devais pas m'éloigner.J entrai chez un marchand de vins et deux verres de vin blanc me réconfortèrent.A huit heures un coupé de place s'arrêta devant le garni lin homme grand, brun, avant de belles moustaches et très bien vêtu, mit pied à terre.Il entra dans l\u2019hôtel avec un ballot assez volumineux sous son bras.Au bout d\u2018un quart d\u2019heure ou vingt minutes, je vis reparaître l'homme aux moustaches noires accompagné de Jules Vincent.\u2014 Oh! oh! fit Morlot.\u2014 De Jules Vincent métamorphosé, c'est-à-dire habillé de neuf des pieds à la tête.\u2014 Ami Jardel, voilà qui devient tout à fait intéresant.\u2014 Les deux individus montèrent dans le coupé et j'entendis, le grand brun crier au cocher: Gare de Strasbourg.La voture partit.Je ne me sentais plus fatigué et mon envie de dormir avait disparu comme par enchantement.\u2014 Très bien, Jardel : vous serez bientôt un agent de premier ordre.Comme vous devez le penser, je me mis vite à la recherche d\u2019une voiture.J\u2019eus la chance d'en trouver une au bout de la rue et j'arrivai à la gare presque en même temps que mes deux hommes.Je fus d\u2019abord un peu inquiet, car je n'avais qu\u2019une trentaine de francs dans ma poche, somme insuffisante pour faire un voyage un peu long.Mais je me sentis rassuré en entendant le grand brun demander deux premières pour Nogent-l'Artaud.Je passai à mon tour au guichet où je pris modestement un billet de troisième.Bref, comme je vous l\u2019ai dit, je suis ici en observation depuis midi, les yeux fixés sur ce café restaurant, où Jules Vincent et l\u2019autre sont probablement en train de prendre la tasse de café qui complète ordinairement un excellent déjeuner.Ces paroles furent suivies d'un moment de silence.Morlot avait mis sa main sur son front et paraissait réfléchir profondément.\u2014 Il faut que je voie ces deux hommes, murmura-t-il.Jardel lui toucha le bras légèrement.\u2014 Vous voulez les voir?dit-il; eh bien, regardez.Aussitôt, Morlot laissa échapper un \"oh !\u201d de surprise et un double éclair jaillit de ses yeux.Dans l'individu aux moustaches noires, il venait de reconnaître Raoul de Rey.DORMEZ ET LEVEZ-VOUS REPOSE Si tous ne dormez pas bien\u2014si vous souffrez d\u2019insomnie \u2014 attention au rein.S\u2019il est mai en ordre, ne purge pas le sang des poisons et déchets\u2014votresommeil peut aussi en souffrir.Au tout premier signe de mal de rein prenez en toute confiance les Pilules Dodd\u2014depuis plus d\u2019un demi-siècle I e remède par excellence pour I e rein.Elles sont faciles à prendre.Inoffensives.114-F Pilules Dodd pour le Rein 20vgs d\u2019Étoffes à Robe: $2.98 Crepe de soie, imprimé, broadcloth.Ecoulement de manufactures.Longueur: 4 verges: nouveaux modèles et nuances de printemps et d'été; valeur jusqu'à $1 la verge: 20 verges pour $2.98.Envoyé payable sur livraison plus quelques cents pour frais de poste.Garantie de remboursement.TEXTILE MILLS.Dépt.5 3.Montréal.P Q >ulage nervosité, insomnie , fatigue.Gardez-en tou- , .jours une boîte, i 38 LE SAMEDI GRATIS FORTIFIEZ VOTRE SANTE ET EMBELLISSEZ VOTRE POITRINE ü TOM Toutes les femmes doivent être belles et vigoureuses, et toutes peuvent l\u2019être grâce au Traitement Myrriam Dubreuil Vous pouvez avoir une santé solide, une belle poitrine, être grasse, rétablir vos nerfs, enrichir votre sang avec le Traitement Myrriam Du-breuil, approuvé par des sommités médicales.Les chairs se raffermissent et se tonifient, la poitrine prend une forme parfaite sous l\u2019action bienfaisante du Traitement.Il mérite la plus entière confiance, car il est le résultat de longues études consciencieuses.Le TRAITEMENT MYRRIAM DUBREUIL c\u2019est un tonique reconstituant et possédant la propriété de raffermir et de développer la poitrine en même temps que sous son action se comblent les creux des épaules.Seul produit véritablement sérieux, bienfaisant pour la santé générale.Le Traitement est très bon pour les personnes maigres et nerveuses.Convenant aussi bien à la jeune fille qu\u2019à la femme.Engraisse rapidement les personnes maigres GRATIS.Envoyez 5c en timbres et nous vous enverrons Gratis notre brochure illustrée de 24 pages avec échantillon Myrriam Dubreuil.Notre Traitement est également efficace aux hommes maigres, déprimés et souffrant d\u2019épuisement nerveux, quel que soit leur âge.Correspondance strictement confidentielle Les jours de bureau sont : Jeudi et Samedi, de 2 h.à 5 h.p m.Demandez notre brochure illustrée 24 pages Madame MYRRIAM DUBREUIL 5920, rue Durocher (près Bernard) Boîte Postale 2353, Montréal, P.Q.Ci-inclus 5c pour échantillon du Traitement Myrriam Dubreuil aVec brochure.Nom .Rue .Ville .Prov- .XI Les deux agents I USQU\u2019AU moment où, au cime- tière, sur la tombe de madame de Rey, son beau-frère lui avait tendu la main, Raoul fut en proie à une horrible anxiété.Les quelques paroles presque bienveillantes que lui adressa le marquis le rassurèrent.\u2014 Ma mère n\u2019a rien dit, nul ne sait ce qui s\u2019est passé, pensa-t-il.Aussitôt, délivré de ses craintes, il sentit renaître son audace.Il n\u2019eut aucun regret de ce qu\u2019il avait fait et n\u2019éprouva aucune émotion devant ce cercueil renfermant les restes de sa mère, qui l\u2019avait trop aimé et dont il avait causé la mort.Il pensait seulement à l\u2019impunité de ses crimes.Ah! il était loin de songer à se repentir ! Il retrouvait dans son cœur jaloux et envieux ses sentiments de haine, et avant de sortir de la nécropole, il avait déjà ramené sa pensée vers ses sombres projets de vengeance.Le surlendemain de l\u2019enterrement, il reçut une lettre de Juliette.L\u2019espionne lui écrivait : \"Nous venons d\u2019arriver au château de Villiers.Madame la marquise est dans une tristesse profonde et paraît souffrir beaucoup.Je ne crois pas, pourtant, qu\u2019il n\u2019y ait en elle que la douleur d\u2019avoir perdu sa mère.Elle tient décidément à ne pas se séparer de son coffret de cuivre, qui contient ce que vous savez.Elle l\u2019a retiré du tiroir secret et l\u2019a apporte à Villiers.\u201d \u2014 C\u2019est bon à savoir, se dit Raoul.Plus que jamais, avant de donner suite à ses idées de vengeance, il voulait s\u2019emparer du manuscrit de la marquise.Trois jours après, nouvelle lettre de Juliette.\"Nous attendons demain matin le comte de Sisterne, un ami intime de M.le marquis, lui disait-elle II restera trois ou quatre jours seulement à Villiers, M.le marquis, accompagné de Firmin, partira en même temps que lui pour faire un voyage de quinze jours dans le Midi.\"Il y a deux jours, M.le marquis et madame la marquise ont longuement causé ensemble.Ils ont parlé de vous; malheureusement, tenue à distance par Firmin, qui a l\u2019air de se défier de moi, il ne m\u2019a pas été possible d\u2019entendre ce qu\u2019ils disaient.\" Après avoir lu ces lignes, M.de Rey se mit à réfléchir.Puis, relevant brusquement la tête : \u2014Une pareille occasion ne se présentera probablement plus cette année; il ne faut pas la laisser échapper, murmura-t-il sourdement.Il songea, dès lors, au moyen qu\u2019il devait employer pour s\u2019introduire secrètement dans le château de Villiers, afin d\u2019enlever le coffret, et aux dispositions à prendre pour assurer la réussite de son entreprise.Un associé lui était nécessaire.Il avait sous la main Armand des Grol-les.Il envoya un mot à ce dernier pour le prévenir de se tenir prêt à faire avec lui une première campagne.Afin de pouvoir voyager avec des Grolles et pour qu\u2019il lui fût possibe de jouer le rôle qui lui était destiné, il lui acheta un vêtement complet dans une maison de confections.C\u2019est ce vêtement que Jardel avait vu sous son bras lorsqu'il descendit de voiture devant le garni de la rue Saint-Sauveur.Dès la veillé, un chapeau et une paire de bottes avaient été adressés à Jules Vincent.C\u2019est ainsi que des Grolles, selon l\u2019expression de Jardel, s'était trouvé métamorphosé.Comme nous l'avons dit, Raoul et des Grolles venaient de sortir du café-restaurant.Marchant tout près l\u2019un de l\u2019autre, ils causaient à voix basse, continuant sans doute une conversation commencée dans un salon du restaurateur.Morlot, le front plissé, soucieux et sombre, les suivait du regard, en tordant fiévreusement son épaisse moustache.\u2014 Qu\u2019est-ce que cela signifie?se disait-il.Que viennent faire ici ces deux hommes?Comment se connaissent-ils ?Evidemment, ils ont une idée.Quand deux coquins se réunissent, c\u2019est qu\u2019ils complotent quelque forfait.Les deux hommes s\u2019éloignaient, ils étaient déjà loin; ils venaient de s\u2019engager sur une route allant dans la direction de Villiers.\u2014 Tonnerre ! gronda sourdement Morlot, est-ce que M.de Rey voudrait renouveler au château de Villiers la scène du pavillon des Ternes ?Oh! oh! continua-t-il en se parlant à lui-même, il se trame quelque chose qui mérite que l\u2019on s'en occupe.Et se tournant brusquement vers son compagnon : \u2014 Jardel, lui dit-il, vou avez bien fait de m\u2019arrêter tout à l'heure; si je ne me trompe point, nous n\u2019allons pas perdre notre temps par ici.\u2014Qu\u2019est-ce que nous allons faire?\u2014 Suivre les deux hommes.\u2014 Et après ?,\u2014 Nous verrons ce qu\u2019ils feront et nous agirons en conséquence.\u2014 On dirait que vous savez où ils vont ?\u2014 Je crois le savoir.SI, comme je le suppose, ils se dirigent vers le château de Villiers, qui se trouve à quelques kilomètres d'ici, nous aurons cette nuit une rude besogne.Avez-vous des armes ?*\u2014 Oui, mon pistolet.\u2014 C'est bien.\u2014 Vous croyez donc à une préméditation de vol?\u2014 Je ne peux rien dire encore ; mais, avec des gens de cette espèce, on peut tout admettre.\u2014 Alors, monsieur Morlot, ne les perdons pas de vue.\u2014 Soyez tranquille.Je connais probablement mieux qu eux les chemins qu'ils vont prendre.Néanmoins, mettons-nous en route.Dès que nous serons là-bas, au-dessus de ia montée qu\u2019ils atteignent en ce moment, nous ne nous connaissons pas, et nous ne sommes plus ensemble.\u2014 J\u2019ai compris.\u2014 Vous marchez devant moi.cinquante pas en avant.\u2014 Oui.\u2014 Je suis à peu près certain que les deux hommes se sépareront.Le sieur Jules Vincent vous appartient, c'est lui que vous suivrez; j\u2019aurai l\u2019œil sur l'autre.\u2014 Où nous retrouverons-nous?\u2014 Au lieu de rendez-vous des deux hommes.Après deux heures de marche, Raoul et des GroHes, que les deux agents suivaient de loin, mais sans les perdre de vue, arrivèrent au bord de la Marne, à l extrémité du parc de Villiers, du côté des Loches.Là, comme l\u2019avait prévu Morlot, les deux hommes se séparèrent.Pendant que des Grolles se dirigeait rapidement vers le château, en suivant le bord de l\u2019eau, M.de Rey revint sur ses pas, comme s'il eût eu l\u2019intention de se rendre aux Loches.Il se croisa avec Jardel sans concevoir le moindre soupçon.Il le prit tout simplement pour un voyageur.Quant à Morlot, il s\u2019était jeté dans un chemin couvert et gagnait un petit monticule, agrémente de buissons, d'où il espérait pouvoir observer les mouvements de Raoul sans être aperçu.En effet, au bout d\u2019un instant, M de Rey quitta la route; puis, après avoir fait vingt-cinq ou trente pas sur la lisière d un petit bois, Morlot le vit s arrêter et se coucher dans l'herbe au pied d un frêne.\u2014 Nous allons rester ici assez longtemps, se dit-il; reposons-nous J'aurais peut-être mieux fait de suivre l\u2019autre, ajouta-t-il en se grattant l'oreille.Bien qu\u2019il eût confiance dans 1 habileté de Jardel, il n était pas complètement rassuré.Le soleil se coucha, puis vint U crépuscule, auquel succéda bientôt la nuit.Alors Morlot sortit des buissons au milieu desquels il s était caché et glissa au bas du talus.Sans faire aucun bruit, en rampant sur le sol comme un lézard, il se rapprocha de l'endroit où Raoul s\u2019était étendu sur l'herbe.Maintenant, l\u2019oreille collée contre terre, M.de Rey ne pouvait plus faire un mouvement sans qu il l\u2019entendît.Au bout de quelques minutes, un bruit sourd, accompagné de petits craquements d'herbes, de feuilles et de tiges broyées sous le pied, annoncèrent à Morlot que Raoul venait de se lever et qu'il marchait vers la route.Il se dressa sur ses jambes.\u2014 Le misérable! que va-t-il faire?se demanda\u2014t-il.Il laissa à Raoul le temps de gagner sur lui une cinquantaine de pas et li s\u2019élança sur ses traces Raoul marchait rapidement contre le mur du parc.Morlot n\u2019apercevait sa silhouette que par instant, lorsque les longues branches qui se penchaient sur le chemin ne b enveloppaient pas de leur ombre.Soudain, au lieu d\u2019une silhouette d'homme, il en vit deux, et toutes deux disparurent en même temps.Un instant après il arriva à cette porte du parc dont nous avons eu l'occasion de parler plusieurs fois déjà.\u2014 Ah! je comprends, se dit-il, l\u2019un ou l\u2019autre avait la clef de cette porte; ils sont entrés dans le parc.Il approcha son oreille de la porte et écouta.Il n\u2019entendit rien.Du reste, le bruit que faisait le vent dans le feuillage suffisait pour l\u2019empêcher d\u2019entendre.Il examina la serrure et reconnut que la porte avait été fermée à clef Alors il se retourna et son regard inquiet chercha Jardel.Jardel, Jardel n'était pas loin; il venait de se détacher du tronc d\u2019un vieux saule et marchait vers Morlot.Celui-ci fit la moitié du chemin.\u2014 Vite, vite, qu'avez-vous vu?que savez-vous?demanda-t-il dès qu\u2019il eût rejoint son compagnon.\u2014 L\u2019homme a sonné hardiment à une des portes d\u2019entrée du château, près de la grille.\u2014 Soyons prudents, l\u2019interrompit Morlot, parlez moins haut et effaçons-nous dans l\u2019ombre.Là, nous sommes bien ici, continuez.\u2014 Un domestique lui a ouvert et il est entré.Il n\u2019a reparu qu\u2019au bout de vingt minutes.Je m\u2019étais couché au bord de l\u2019eau, à l\u2019ombre, en face de la grille.J\u2019avais l\u2019air de dormir, mais je tenais mes yeux ouverts.Une femme s\u2019était donné la peine de le reconduire.\u2014 Ah! ah! une femme, fit Morlot.Est-elle jeune ou vieille, cette femme ? 27 février 1937 39 \u2014 Elle n\u2019a certainement pas trente ans.Elle est brune, grande et m\u2019a paru assez jolie.Un éclair sillonna le regard de Morlot.¦\u2014 Je la connais, dit-il d\u2019une voix creuse, elle se nomme Juliette; c\u2019est la femme de chambre de madame la marquise de Villiers.Continuez, que s\u2019est-il passé ?\u2014 La jeune femme est sortie avec 1 homme et ils ont causé fort longtemps sur le chemin.Comme ils marchaient et qu ils étaient éloignés de moi, car ils sont venus jusqu'à cette porte, devant laquelle ils se sont arrêtés, je n\u2019ai pu surprendre un seul mot de leur conversation.Enfin, la femme est rentrée au château et Jules Vincent a fait comme moi, il s est couché au bord de la rivière.\u2014 Est -ce tout ?\u2014 Non.Quand la nuit fut venue, je pensai qu\u2019il était nécessaire que je changeasse de place afin d'avoir l'oeil sur mon individu.Je me glissai à travers les osiers et je vins me poster dans le tronc creux de ce saule, qui est juste en face de nous.Jules Vincent n'était qu\u2019à vingt ou trente pas de moi.J'achevais de m\u2019installer aussi commodément que possible dans le tronc du saule, lorsqu\u2019un grincement de fer frappa mon oreille.Je regardai.La porte du parc venait de s\u2019ouvrir et je vis apparaître une femme qui devait être la femme de chambre.L\u2019homme s\u2019élança vers elle.Ils échangèrent quelques paroles à voix basse, puis la femme rentra dans le parc et ferma la porte.Mais je n\u2019entendis point, cette fois, le bruit de la clef dans la serrure.Sans aucun doute, la femme de chambre venait de remettre la clef de la porte à Jules Vincent Celui-ci se mit à se promener de long en large, mais sans s'éloigner beaucoup de la porte.Enfin, l'autre arriva.Vincent s\u2019empressa d\u2019ouvrir, et les deux coquins se sont introduits dans le parc.\u2014 Je ne puis plus en douter, dit Morlot, ils ont médité un crime, et ils vont l'accomplir avec l\u2019aide de la femme de chambre, qui est leur complice.Il tira sa montre et regarda le cadran à la clarté des étoiles.\u2014 Dix heures un quart, fit-il.Tonnerre! nous arriverons peut-être trop tard1 Allons.Jardel, venez, suivez-moi, ajouta-t-il.Tous deux s'élancèrent en courant vers la grille du château.Il n\u2019y a pas à hésiter, se dit Morlot, en arrivant devant la porte d'entrée, il faut nous faire ouvrir.Il posa sa main sur un bouton de cuivre et un coup de cloche retentit au milieu du silence de la nuit.Morlot attendit deux minutes, bouillant d'impatience.Voyant aue personne ne venait, il fit sonner la cloche une seconde fois.Mais, cette fois encore, à la vibration du son.succéda un profond silence.\u2014 Je m\u2019en doutais, murmura Morlot; les domestiques sont couchés, ils dorment.II faut que j'entre, pour tant; comment faire?Il se disposait à sonner de nouveau et plus bruyamment, lorsqu'un homme, venant du côté de Villiers, parut tout à coup près d\u2019eux \u2014 Ah çà! que faites-vous là?qui êtes-vous?demanda le personnage ?\u2014 Tiens, fit Morlot, c\u2019est M.Bu-rel.Est-ce que vous ne me reconnaissez pas ?\u2014 Si, si, je vous reconnais, répondit le jardinier, qui s\u2019était rapproché de Morlot, seulement.\u2014 Je n\u2019ai pas le temps de vous tien expliquer, interrompit l\u2019agent de police.Je suis ici avec mon ami depuis dix minutes, j\u2019ai déjà sonné deux fois et on ne vient pas ouvrir.\u2014 A l'heure qu'il est, tout le monde est couché au château \u2014 Monsieur Burel, il faut que je voie ce soir madame la marquise.¦\u2014 Mais.\u2014 Il le faut absolument.J'ai à lui rendre compte d'une mission dont elle m'a chargé hier.Votre femme a dû vous dire que j\u2019ai causé longuement hier avec madame la marquise, elle a dû vous souhaiter aussi le bonjour de ma part.\u2014 Oui, oui, en effet.\u2014 Vous devez croire à l'importance de ma visite puisque, malgré l'heure, ;e n\u2019hésite pas à me présenter.Vous venez probablement de Villiers, nous allons entrer avec vous.\u2014 Du moment que c'est comme ça, répondit le jardinier, je n\u2019ai plus rien à dire.Il sortit une clef de sa poche et ouvrit la porte.Les trois hommes entrèrent.XII Scènes de nuit au rez-de-chaussée, ni au premier étage, ni au second, aucune lumière n\u2019apparaissait à une des fenêtres de la large façade du château.\u2014 Comme vous le voyez, tout le .monde dort, dit le jardinier.\u2014 Par où allons-nous entrer?demanda Morlot, dont l\u2019anxiété augmentait à chaque minute.\u2014 Oh! pas par la grande porte de l'escalier d\u2019honneur, répondit le jardinier.Venez avec moi, continua-t-il, nous allons réveiller François, l'un des valets de pied; c\u2019est lui qui couche au rez-de-chaussée.Us marchèrent vers le pavillon qui forme l'aile gauche du château.\u2014 Voilà la chambre de François, dit le jardinier en s\u2019arrêtant et en montrant une fenêtre garnie de barreaux de fer.Il prit une chaise rustique, la plaça sous la fenêtre contre le mur, monta dessus, et, passant sa main à travers les barreaux, il frappa à un carreau.\u2014 Il est réveillé, il se lève, dit-il en se tournant vers Morlot.Presque aussitôt, la fenêtre s'ouvrit.\u2014 Qu\u2019y a-t-il?qui est là?demanda le domestique en bâillant \u2014 C\u2019est moi, Burel.\u2014 Ah! c\u2019est vous ?\u2014 Et je suis avec deux messieurs qui veulent vous parler.\u2014 A moi?\u2014 A vous d\u2019abord.\u2014 Qu'est-ce qu\u2019ils veulent?\u2014 ris vous le diront quand vous aurez ouvert.\u2014 Attendez un instant, je vais passer mon pantalon et allumer une bougie.François s\u2019éloiqna de la fenêtre et sa chambre s'éclaira.\u2014 Venez par ici, dit le jardinier.Ils firent quelques pas et s\u2019arrêtèrent devant une porte qui ne tarda pas à s\u2019ouvrir.Morlot entra, suivi de Jardel.¦\u2014 Bonsoir, messieurs, dit le jardinier.Et pressé sans doute de se retrouver près de sa femme, il se dirigea vers son habitation.François, tout en se frottant les yeux, continuait à bâiller à se démancher la mâchoire.Il referma la porte, machinalement, et, par habitude, poussa le verrou de fer Toutefois, les vapeurs du sommeil commençaient à se dissiper.Il se tourna vers les agents et reconnut Morlot \u2014 Comment! c'est vous, monsieur?fit-il avec surprise.i- Oui, c\u2019est moi, répondit Morlot; il faut que je voie immédiatement madame la marquise.Le domestique parut stupéfié.\u2014 Et c'est pour cela que vous venez au châetau au milieu de la nuit?demanda-t-il.\u2014 Rien que pour cela.\u2014 Et vous croyez que madame la marquise vous recevra?\u2014 J'en suis sûr.Le domestique secoua la tête d'un air de doute.\u2014 Depuis hier elle est très souffrante, dit-il; elle n\u2019a rien mangé à midi, et ce soir, tout de suite après avoir pris un potage, elle s\u2019est mise au lit.Je crois, monsieur, qu\u2019il est convenable de remettre votre visite à demain.\u2014 Impossible, répliqua vivement Morlot; il faut qu'elle sache ce soir ce que j\u2019ai à lui dire.\u2014 Mais si elle dort.\u2014 On la réveilera.Morlot parlait d\u2019un ton de si grande autorité que le domestique n\u2019osa plus faire aucune objection.\u2014 Venez donc, dit-il; mademoiselle Juliette est certainement couchée.\u2014 J en doute, pensa Morlot.\u2014 Je vais la prévenir, reprit François; mais il faudra que vous attendiez pour lui donner le temps de s\u2019habiller.\u2014 Soit, nous attendrons, répondit Morlot.Ils suivirent le domestique, qui les conduisit dans l\u2019antichambre de la marquise, où Morlot s\u2019était trouvé la veille en présence de Juliette.¦\u2014 Vous allez attendre ici, dit François.Et sans songer à leur donner de la lumière, il ouvrit une porte et disparut, les laissant au milieu des ténèbres.Les deux agents restèrent debout, immobiles au milieu de la chambre.Cinq- minutes s\u2019écoulèrent.Le domestique revint.\u2014 C\u2019est drôle, dit-il, je n\u2019ai pas trouvé mademoiselle Juliette, elle n\u2019est pas dans sa chambre.\u2014 Ah! fit Morlot, dont le regard était plein de lueurs sombres.\u2014 Je ne sais pas vraiment où elle peut être, reprit François.\u2014 Nous le saurons, se dit Morlot.\u2014 Je vais descendre dans les appartements du rez-de-chaussée, continua le domestique, elle s\u2019y trouve probablement.\u2014 Oui, voyez, et surtout amenez-la.François marcha vers la porte.\u2014 Tiens, fit-il, en se retournant, je ne sais pas où j\u2019ai la tête ; je ne vous ai pas seulement allumé une bougie.\u2014 C\u2019est bon, c\u2019est bon, lui dit Morlot, nous n\u2019avons pas besoin de lumière nous n\u2019avons pas peur des loups; allez vite chercher mademoiselle Juliette.François sortit, en murmurant: \u2014 Quel homme singulier ! Après avoir causé au bord de la Marne avec Des Grolles, qui lui avait remis une lettre de Raoul et longuement expliqué ce qu\u2019elle avait à faire, Juliette, comme nous le savons était rentrée.L\u2019espionne cherchait déjà dans sa tête le moyen d\u2019obéir aux ordres impérieux et précis de M.de Rey son maître.Devant le château elle rencontra le cocher, qui l\u2019avait vue sortir avec Des Grolles.\u2014 Oh! oh! vous êtes rouge comme une cerise et vous paraissez bien émue, lui dit-il; je parierais que ce monsieur, que vous venez de quit- LUMBAGO DISPARU EN 2 SEMAINES NE S\u2019EST JAMAIS MIEUX PORTE Bien qu'il eut essayé plusieurs soi-disant remèdes, cet homme continua de souffrir du lumbago durant des années.Comme question de fait, il n'éprouva de soulagement que lorsqu\u2019il eut essayé le vrai remède\u2014les Sels Kruschen Lisez plutôt sa propre lettre sur le sujet : \u201c Je tiens à vous faire part du bien que m\u2019ont fait les Sels Kruschen.Depuis quelques années, je souffrais du lumbago.J avais essayé toutes sortes de remèdes, sans résultat, lorsqu\u2019un jour, ayant lu une annonce de Kruschen, je me décidai à faire l\u2019essai de ces Sels.A ma grande surprise, le lumbago me quitta après deux semaines au régime Kruschen.J\u2019en prends aujourd\u2019hui régulièrement tous les jours, et je puis dire que je ne me suis jamais mieux porté de ma vie.\u201d \u2014 W.K.Kruschen est une combinaison de sels minéraux qui aident à régulariser le fonctionnement du foie, des reins et de l'appareil digestif Si vous pouviez voir comment Kruschen dissout les dépôts d'acide urique, vous comprendriez pourquoi le traitement Kruschen soulage si efficacement dans les cas de lumbago.NE CRAIGNEZ PAS LES MENACES de L\u2019AGE Lorsque le retour d\u2019âge s\u2019opère suivant les lois de la nature, qu\u2019il n\u2019est point troublé dans sa marche, qu\u2019il n\u2019est point accompagné de maladies organiques \u2014 alors il n\u2019y a rien à craindre \u2014 dans le cas contraire il faut prendre les soins nécessaires \u2014 aider la nature.Vous, Madame, qui doublez le cap de la quarantaine, soyez prévoyante, soyez prudente.Certains symptômes vous avertissent que le retour d\u2019âge ne se fait pas normalement : bouffées de chaleur, pesanteur accompagnée quelquefois de douleurs dans le dos, les aines, le bas-ventre, la respiration gênée, somnolence, lassitude, engourdissement des membres, douleurs rénales.C\u2019est alors que vous devez sans tarder et avec toute confiance employer les PILULES FEMOL.Ce régulateur éprouvé de la femme vous donnera de l\u2019énergie et des forces, il améliorera votre santé et grâce à lui les jours critiques de la ménopause passeront sans que vous vous en aperceviez.Les PILULES FEMOL se vendent partout.Demandez-les \u2014 exigez-les.Notre brochure médicale vous sera expédiée gratuitement sur demande.INSTITUT CAZO \u2014 Dépt S.Place Royale, Montréal.\t3 S Lisez.La Revue Populaire Chez les dépositaires: 15 ceats 40 I LE SAMEDI / ter, est quelque chose^yfcomme un amoureux.\u2014 Si vous faisiez çe pari, vous perdriez, répondit-elle, ce monsieur est un de mes cousins Passant à No-gent-l'Ataud pour ajier à Paris, et sachant que je >'ûis à Villiers, il s\u2019est arrêté popr venir me voir et pour me remettre une lettre de ma mère.\u2014 S'il en est ainsi, mam\u2019zelle Juliette, excusez-moi.\u2014 Vous êtes tout excusé.\u2014 D\u2019ailleurs, je n\u2019ai nullement l'intention de vous offenser.\u2014 J'en suis persuadée, répliqua-t-elle.Et elle s élqigna rapidement Un instant après, elle entra doucement dans la chambre de sa maîtresse, au coucher de laquelle elle avait assisté avant de sortir La marquise ne dormait pas.Les yeux à demi fermés, elle était plongée dans de sombres réflexions.Elle pensait sans doute au sacrifice immense qu elle allait faire, à son immolation.\u2014 Comment se trouve madame la marquise?lui demanda Juliette d\u2019un ton respectueux et plein d\u2019intérêt.\u2014 J\u2019ai toujours le même malaise, répondit tristement la jeune femme Je passerai cette nuit comme l'autre, sans pouvoir dormir.Juliette eut un tressaillement imperceptible.\u2014 Madame la marquise a un peu de fièvre, reprit-elle.\u2014 Oui, j'ai la bouche et la langue sèches.\u2014 Demain il faudra faire venir le médecin.\u2014 Je n\u2019ai pas besoin du médecin : du reste, demain j\u2019irai mieux.\u2014 Madame la marquise désire-t-elle prendre quelque chose?\u2014 Non, merci, je ne veux rien \u2014 Une infusion ou une boisson rafraîchissante ferait pourtant beaucoup de bien à madame la marquise \u2014 C\u2019est inutile.\u2014 Pourtant, madame la marquise vient de se plaindre d\u2019avoir la bouche sèche, insista Juliette.\u2014 Eh bien, pour vous être agréable, je prendrai un peu de thé mêlé de lait Une lueur rapide éclaira le regard de la femme de chambre.\u2014 Je vais prier François d'aller chercher, tout de suite du lait à la métairie.Juliette allait sortir, la marquise la rappela.\u2014 Cela n\u2019est pas si pressé, lui dit-elle, je puis attendre.Où sont les enfants?\u2014Ils sont rentrés depuis un Instant.\u2014 Allez dire à Rose de me les amener.Juliette sortit de la chambre.Au bout de quelques minutes, Eugène, Maximilienne et la gouvernante arrivèrent.La marquise tendit ses bras aux enfants.Elle les embrassa l\u2019un après l\u2019autre; puis elle les assit sur son lit, les entoura de les bras et les tint longtemps pressés contre son cœur.Rose remarqua avec surprise que c'était surtout le petit garçon qu'elle couvrait de baisers.\u2014 Cher petit, cher petit! répétait-elle à chaque instant.Elle avait les yeux noyés de larmes.Enfin, elle aida les enfants à descendre du lit et fit signe à la gouvernante de les emmener.Dès qu'ils furent partis, elle se mit à pleurer à chaudes larmes.Elle pleurait encore lorsque Juliette lui apporta le mélange de thé et de lait dans une tasse de vermeil Elle essuya vivement ses yeux.\u2014 Qu'a-t-elle donc ?se demanda la femme de chambre.Elle présenta la tasse à sa maîtresse.La marquise le prit et but à petites gorgées.\u2014 Vous avez eu raison, Juliette, dit-elle; il me semble que cette boisson me fait du bien.\u2014 Madame la marquise veut-elle en boire une seconde tasse?\u2014 Non, c'est assez.\u2014 Madame la marquise désire-t-elle que je passe la nuit près d'elle?\u2014 Oh! je ne suis pas malade à ce point.\u2014 Certainement.Mais si madme la marquise avait besoin de quelque chose?\u2014 Je vous appellerais.Du reste, je crois que je dormirai cette nuit.Ma tête s'alourdit, mes paupières se ferment malgré moi.C\u2019est singulier.J\u2019éprouve une lassitude générale, une sorte d'engourdissement dans tous les membres, Juliette, laissez-moi.L'espionne se retira dans l\u2019antichambre.Aux domestiaues qui vinrent lui demander des nouvelles de la marquise, elle répondit : \u2014 Elle va beaucoup mieux, elle dort.Quand il fut tout à fait nuit, elle alluma une lampe.Puis elle traversa le boudoir sur la pointe des pieds et entr\u2019ouvrit la porte de la chambre de la marquise.Elle regarda la figure pâlie de la jeune femme éclairée par la lumière douce de la veilleuse.La marquise dormait profondément.Juliette referma la porte, sortit du boudoir par une autre porte que celle de l\u2019antichambre, traversa le grand salon et suivit un couloir qui la conduisit à un escalier dérobé, qu elle descendit rapidement.Au bas de l\u2019escalier, elle ouvrit une porte basse et s\u2019élança hors du château.Elle courut jusqu'à la porte du parc près de laquelle l'attendait Des Grolles.En lui remettant la clef, elle lui dit ; \u2014 Vous pouvez venir Elle rentra au château et s'empressa de remonter dans l'antichambre.Personne ne s'était aperçu de son absence.Elle s\u2019assit dans un fauteuil et attendit.A dix heures moins un quart les domestiques étaient tous couchés.Les yeux de Juliette se tournaient constamment vers la pendule.Quand les aiguilles marquèrent dix heures, elle prononça tout bas ces mots: \u2014 Encore une heure.L aiguille de la pendule tournait.Soudain, Juliette sursauta et se dressa sur ses jambes comme si elle eût reçu un choc électrique.Elle venait d'entendre le premier coup de cloche de Morlot.\u2014 Qu'est-ce donc?se demanda-t-elle frissonnante.Elle écouta de ses deux oreilles.Mais, dans la pièce où elle se trouvait, elle ne pouvait entendre ni la voix, ni le bruit des pas sur le sable.Le second coup de cloche lui coupa la respiration, elle devint pâle comme une morte.Mais presque aussitôt une espèce de sourire fit grimacer ses lèvres.Elle venait de se rappeler que le jardinier était allé passer la soirée à Villiers.\u2014\u2022 Le père Burel a oublié de prendre sa clef, se dit-elle; sa femme l\u2019attend et il sonne pour Qu elle vienne lui ouvrir.J\u2019ai eu peur.suis-je bête! Elle se sentit rassurée.Et comme la cloche ne se fit plus entendre, elle resta convaincue que c'était le jardinier qui venait de rentrer.11 était alors dix heures et demie.Elle ouvrit un placard et il prit une petite lanterne sourde qu elle alluma.Cela fait, elle éteignit la lampe et se glis- sa furtivement hors de l\u2019antichambre.Dix minutes plus tard, au moment même où le valet de pied était réveillé par le jardinier, Raoul et Des Grolles entraient au château du côté opposé et, conduits et éclairés par Juliette, ils montaient l\u2019escalier dérobé Tous les trois, marchant à pas de loup, se dirigèrent vers la chambre de la marquise.Raoul y entra seul.Des Grolles et Juliette restèrent dans le grand salon.Le premier, blotti près de la porte ouvrant sur le couloir, un poignard à la main, se tenait prêt à protéger la retraite de son complice ou à se défendre contre toute surprise.Juliette s\u2019était assise à l aurre extrémité du salon, près de la porte du boudoir.Tous deux étaient dans l\u2019obscurité, car, par une mesure de prudence, la misérable femme de chambre tenait sa lanterne cachée dans un pli de sa robe.XIII Le coffret de cuivre et le coffret d\u2019or DAOUL entra hardiment dans la chambre de sa sœur.Il savait qu elle était plongée dans le sommeil et qu elle devait dormir au moins douze heures sans se réveiller, quelque bruit qu'il pût faire autour d'elle.Il marcha vers le lit et son regard vitreux, illuminé de lueurs livides, s'arrêta sur le visage de la jeune femme, doucement éclairé par la lumière tamisée de la veilleuse.\u2014 Comme elle est pâle! se disait-il; oui, mais elle est toujours belle! Sa physionomie prit une expression farouche; chaque éclair qui jaillissait de ses yeux sombres était une décharge de haine qui tombait sur la dormeuse.\u2014 La voilà, se dit-il, endormie par ma volonté, inerte, sans oreilles, sans forces, engourdie.Je suis près d'elle Elle est en ma puissance, et si je le voulais elle ne se réveillerait jamais! Il eut la tentation de se jeter sur elle et de l\u2019étouffer.Mais il fit un pas en arrière.\u2014 Elle aurait avalé un poison aussi facilement que le narcotique, murmura-t-il.Et ses lèvres se crispèrent dans un horrible sourire.Il s éloigna brusquement du lit, comme s'il eût craint de ne pouvoir résister, à une seconde tentation.La chambre de la marquise avait le même aspect que sept ans auparavant.Rien ou presque rien n\u2019y avait été changé.Raoul en connaissait I ameublement.Toutefois, son espionne avait dû le renseigner, car il s approcha de la cheminée sans hésiter pour prendre un trousseau de clefs, qui se trouvait dans une coupe de vieille porcelaine du Japon.Alors, il traversa rapidement la chambre et s'arrêta devant un meuble de Boule placé-entre les deux fenêtres, à peu près certain que le coffret de cuivre était enfermé dans un des tiroirs de ce meuble.Après avoir essayé deux clefs, il ouvrit enfin le premier tiroir avec une troisième clef.Il ne contenait que des bouquets de fleurs artificielles et quelques nœuds de rubans dont le deuil de la marquise l'empêchait de se servir.Raoul ouvrit un deuxième tiroir.Celui-ci était rempli d'une quantité de riches dentelles.Il eut un mouvement d\u2019impatience et de colère, et d une main fiévreuse, avec une sorte de rage, il ouvrit le troisième tiroir.Cette fois 1 objet de ses recherches se trouva sous ses yeux; il jeta ses deux mains sur la boîte de métal avec un frémissement de joie.Mais, aussitôt, ses yeux agrandis étincelèrent et se fixèrent sur un second coffret beaucoup plus petit que le premier.\u2014 Oh! fit-il, subitement saisi d'un tremblement nerveux.Il semblait avoir complètement oublié le manuscrit dont il voulait s'emparer.Ses mains se portèrent de la boîte sur le coffret.Ce coffret, d'or massif, délicieusement ciselé par une main d'artiste, représentait plusieurs bas-reliefs de Jean Goujon.Sa petite clef d'or était dans la serrure.Raoul tourna la clef et leva le couvercle.Alors le coffret devint un foyer de lumière; c était un merveilleux jaillissement de rayons multicolores, un croisement d\u2019étincelles et de jets lumineux.Malgré lui, Raoul ferma ses yeux éblouis.Il tenait les diamants de la marquise, et il y en avait pour plus de trois cent mille francs.* Il fit retomber le couvercle, mais ses yeux restaient toujours fixés sur le coffret d'or.\u2014 Une fortune ! pensait-il, une fortune ! Il avait les traits affreusement contractés, un frémissement sur les lèvres, et ses yeux étaient comme phosphorescents.Il se tourna à demi vers le lit et couvrit sa sœur d'un effroyable regard.Pris de vertige, n'obéissant plus qu\u2019à ses mauvais instincts, il était incapable de raisonner.Il n'y avait plus en lui qu'une pensée: celle du vol.Il tenait les diamants, ils étaient à lui ! Cependant il restait immobile, haletant, serrant le coffret contre sa poitrine.Soudain, son visage se couvrit d'une pâleur livide et une sueur froide mouilla son front.Conséquence de sa première pensée, une autre, plus horrible encore, venait de compléter le délire de son cerveau.Il posa le coffret aux diamants sur un guéridon, prit la boîte de cuivre et s'élança hors de la chambre.Il traversa le boudoir et entra dans le salon, que Juliette éclaira aussitôt en démasquant sa lanterne.Il s'avança rapidement vers Des Grolles et lui remit la boîte, en lui disant \u2014 File tout de suite, tu m'attendras dans le parc, près de la porte.\u2014 Est -ce que tu n'as pas fini?\u2014 Non.Donne-moi ton poignard.Tout en parlant il avait enlevé le poignard de la main de son complice.\u2014 Je ne saurais peut-être pas retrouver mon chemin pour sortir du château, dit Des Grolles.Juliette s'était approchée.- Elle va t accompagner jusqu'au bas de 1 escalier, répondit Raoul.\u2014 Vous ne partez donc pas?demanda Juliette, qui était toute tremblante.Oh ! ie vous en prie, allez-vous-en vite ! \u2014 Lui, d\u2019abord, dit Raoul; tu vas l'éclairer.\u2014 Et vous ?\u2014 Moi, je reste.\u2014 Mais vous axez le coffret, que voulez-vous donc faire encore ?\u2014 Cela ne te regarde pas.\u2014Non, non, reprit-elle, allez-vous-en tous les deux, j'ai peur ; il me semble que.Un regard terrible de Raoul lui coupa la parole et la fit frissonner.Il ouvrit la porte, et, brusquement, il poussa Des Grolles et Juliette hors du salon.Conduit par Juliette, Des Grolles arriva sans encombre au bas de l'escalier.D un bond il franchit la porte 27 février 1937 41 et se mit à courir dans la direction du bois.Juliette s'empressa de remonter.Elle trouva Raoul au milieu du salon dans l\u2019attitude d'un homme qui prête l\u2019oreille et écoute.11 écoutait, en effet, car il avait entendu ou cru entendre le bruit que fait une porte qu'on ferme.Mais tout était retombé dans le silence, il s\u2019était déjà rassuré.\u2014Si j\u2019ai réellemenet entendu quelque chose, se dit-il, le bruit a été produit par un courant d'air.Rassuré et tout entier à son projet criminel, il marcha vers le boudoir, Juliette se plaça devant lui.\u2014 Ne rentrez pas dans la chambre, je vous le défends, lui dit-elle tout bas.Il arrêta sur elle son regard farouche et haussa les épaules.Ses yeux injectés de sang lui sortaient de la tête; de larges taches rouges se plaquaient sur sa face blême, violacée.Il était repoussant, hideux ! \u2014 Oh! oh! vous m'épouvantez! fit-elle.11 allongea le bras et l\u2019écarta pour passer.Il entra dans le boudoir, elle l\u2019y suivit.Une fois encore, elle se plaça devant lui comme pour défendre la porte de la marquise.La terreur était dans ses traits, la folie dans son regard.Elle leva la lanterne dont la lumière blafarde éclaira en plein le visage de Raoul.\u2014 Je vois ce que c\u2019est, dit-elle avec horreur, vous voulez la tuer ! Il répondit à ces paroles par une sorte de grognement.François, le valet de pied, venait de descendre au rez-de-chaussée, laissant une seconde fois Morlot et Jardel dans l\u2019obscurité.Soudain, ce dernier appuya sa main sur le bras de Morlot.\u2014 Avez-vous entendu?lui demanda-t-il à l\u2019oreille.\u2014 Oui, un chuchotement, répondit Morlot.\u2014 Dans la pièce à côté.Ce sont eux.\u2014 Je le crois Vous avez des allumettes ?\u2014 Oui.\u2014 Allumez-en une.Jardel s\u2019empressa d\u2019obéir.Morlot jeta autour de lui un regard rapide.\u2014 Voilà une lampe, dit-il, allu-mez-la.Tout cela était dit à voix basse.Raoul ayant repoussé rudement Juliette, qui voulait lui barrer le passage, rentra dans la chambre de sa sccur II se précipita vers le guéridon.s'empara du coffret aux diamants et le cacha dans sa poitrine entre la peau et sa chemise, puis, pour le maintenir, il boutonna son vêtement.Cela fait, il marcha vers le lit, les yeux enflammés, le regard féroce, voyant rouge.Et quand il fut devant sa sœur, sans avoir peur, sans trembler, il leva la main qui tenait le couteau, la pointe en bas, et il chercha l\u2019endroit où il devait frapper pour que le coup fût sûrement mortel.Un cri d'épouvante, rauque, semblable à un râle, poussé par Juliette, le fit bondir en arrière.Morlot venait d ouvrir brusquement la porte du boudoir, que la lampe allumée dans 1 antichambre inondait d'une nappe de lumière.Menaçant la poitrine de Juliette de son revolver, il lui dit d'une voix rude : \u2014 Si tu pousses encore un cri si tu fais un mouvement, je te loge une balle dans la tête.La misérable ne pouvait plus crier, ni songer à prendre la fuite, la peur l'avait paralysée.Ses yeux égarés, démesurément ouverts, restaient fixés sur Morlot, qui lui ap- f paraissait comme un fantôme ou un démon venant de sortir des entrailles de la terre.Derrière Morlot se tenait Jardel, également armé de son revolver.En entendant une voix d\u2019homme, la peur s'empara de Raoul et il ne songea plus qu\u2019à prendre la fuite pour échapper au danger qui le menaçait.Pour le moment, l\u2019homme étant dans le boudoir, il comprit qu il lui était impossible de se sauver par la porte de la chambre.Or, la chambre de la marquise n\u2019avait que cette-issue et les deux fenêtres, Raoul courut à une fenêtre et l'ouvrit.Avant de s'élancer, il regarda en bas et fut effrayé de la hauteur.Le saut était périlleux, sans doute, mais il pouvait être tenté, même avec chance de succès.Pourtant, il recula en frissonnant.Il pensait que sa mère avait été tuée en tombant de moins haut.Et pantelant, affolé, perdant la tête, il recula encore, jetant autour de lui des regards éperdus.Il vit la porte entr'ouverté du cabinet de toilette, il s'y précipita comme dans une retraite sûre et se blottit au fond, dans un coin, entre deux meubles derrière un rideau.Il ne réfléchissait pas; il voulait se cacher, il se cachait.Cependant Morlot s'approcha de Juliette, la saisit par le bras et la secoua avec violence.\u2014 Qui était ici avec toi tout à l'heure?lui demanda-t-il.Elle n'eut pas l'air d\u2019avoir entendu.\u2014\u2022 Je sais tout, continua Morlot ; allons, parle, réponds, et surtout ne cherche pas à mentir.Où sont les deux hommes que tu as fait entrer au château ?Elle eut un tressaillement convulsif, mais elle garda le silence.Morlot sentait une colère sourde gronder en lui.Il la secoua de nouveau et avec plus de force : \u2014 Mais, réponds donc, coquine, reprit-il sourdement, car, par respect pour la marquise, il n'osait pa3 trop élever la voix; réponds donc : où est Raoul de Rey, où est son complice ?Juliette s\u2019obstinait à rester muette.Morîot s\u2019emporta.\u2014 Si tu ne réponds pas, lui dit-il avec une fureur concentrée, aussi vrai que je m'appelle Morlot, et que je suis agent de police, je te brûle la cervelle.Enfin Juliette se décida à remuer la langue.\u2014 Je.je ne sais pas, balbutia-t-elle.\u2014 Tu mens, misérable, tu mens! \u2014 Non! non! je ne sais pas.Elle tremblait comme la feuille au vent.La peur faisait claquer ses dents.\u2014 Je comprends, fit Morlot d une voix vibrante de colère, tu ne veux rien dire; mais je te forcerai bien à parler un peu plus tard.En attendant, tu vas dire à ta maîtresse que je suis là et que je veux parler \u2014 Elle., elle dort, bégaya-t-elle d'un ton effrayé.\u2014 Tu la réveilleras.Allons, obéis: Et il la poussa vers la porte de la chambre.Mais elle se jeta brusquement en arrière, l\u2019épouvante et l\u2019horreur peintes sur le visage.\u2014 Non, je ne veux pas, je ne veux pas! prononça-t-elle d'une voix étranglée.La misérable avait peur, sans doute, de se trouver en présence du cadavre de la marquise baignant dans son sang.Morlot resta un instant stupéfié, la regardant; tout à coup, un horrible soupçon traversa sa pensée et l\u2019éclaira d\u2019une sinistre lueur.Un frisson courut dans tous ses membres et ses cheveux se hérissèrent sur sa tête.\u2014 Oh! fit-il.assassinée ! Il se tourna vers Jardel : \u2014 Ne laissez pas échapper cette misérable, lui dit-il.Et oubliant que pour tout autre homme que son mari la chambre d'une femme est un sanctuaire inviolable et sacré, il ouvrit la porte et se précipita comme un fou dans la chambre de la marquise.Dès qu'il fut près du lit, un long soupir de soulagement s'échappa de sa poitrine oppressée.La marquise avait les yeux fermés et dormait.Il entendait le bruit égal et doux de sa respiration.Toutefois, il s'étonna de ce sommeil lourd et profond que n'avait point troublé le bruit qu'il venait de faire en entrant, Il s'éloigna du lit lentement, l\u2019air du dehors venant tout à coup frapper son visage, et vit la fenêtre ouverte.\u2014 Ils ont commis un vol, murmura-t-il, et la retraite étant fermée à l intérieur, ils se sont enfuis par la fenêtre.En jetant un regard rapide autour de la chambre, il vit les tiroirs ouverts.Il ne pouvait plus douter; la marquise venait d'être volée.Alors sa pensée reçut une nouvelle clarté, qui lui expliqua le sommeil étrange de la marquise.Il devinait que la jeune femme avait été endormie à i\u2019aide d\u2019un narcotique.Il s'approcha de la fenêtre, et, penché au dehors, appuyé sur le balcon, il ouvrit ses oreilles et plongea son regard dans toutes les directions.Après l'avoir entendu entrer dans la chambre, Raoul était sorti de sa cachette, prêt à se ruer sur lui et à le frapper de son poignard si l'idée lui venait de pénétrer dans le cabinet de toilette.Anxieux, sombre, retenant sa respiration, il suivit tous les mouvements de Morlot, qu'il prenait pour un domestique du marquis de Vil-liers.Quand il le vit s'appuyer au balcon, il comprit qu'il devait profiter de ce moment pour gagner la porte et prendre la fuite.Il n'y avait pas à hésiter, car les instants étaient précieux.Il sortit du cabinet et rapidement sans bruit, traversa la chambre.Comme il ouvrait la porte.Morlot se retourna.\u2014 Au voleur! cria-t-il.Raoul bondit hors de la chambre.Mais le cri de Morlot avait prévenu Jardel, qui venait d'être rejoint par le valet de pied II se trouva en face du voleur.Raoul, brandissant son poignard, voulut se faire livrer passage.Le canon du revolver le força à reculer.Alors, saisi d'une peur folle, il songea à rentrer dans la chambre, bien décidé, cette fois, à sauter par la fenêtre.Mais, déjà, Morlot était sur le seuil et il vit le canon d\u2019un second revolver à la hauteur de ses yeux.Pris entre les deux agents, le misérable sentit qu\u2019il était perdu.(La suite dans le prochain numéro) ETONNEMENT Une dame rend visite à une de ses intimes qui vient de perdre son mari.C'est le jour même de la cérémonie funèbre.On cause pendant un moment de choses indifférentes, puis, remarquant l'air absorbé de la toute nouvelle veuve, la visiteuse de s\u2019écrier soudain : \u2014 Mais qu\u2019avez-vous donc, ma chère belle, vous paraissez triste ?Remède efficac*- Pour soulager promptement l\u2019anémie, la débilité générale, l\u2019épuisement nerveux, 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femme .Vous ne pouviez pas me faire signe.Il prit une caisse à outils et suivit la jeune fille chez elle.En un tour de main, la besogne \u2014 quelques rayons à poser \u2014 fut faite.On put décharger les piles de couronnes sur les planches, installer les caisses remplies de perles, et Jean s\u2019en alla, couvert de remerciements, qu'il abrégea de son mieux : \u2014 A votre service .Ça se doit.IV es relations en restèrent là et les semaines passèrent.Jean, partant de bonne heure, toujours pressé, revenant en hâte avaler le repas que la mère Bal cuisinait pour lui, et ne rentrant plus qu\u2019à la nuit, ne rencontrait que rarement ses voisines., Si, par hasard, il croisait l\u2019une d'elles dans l\u2019escalier, il se montrait poli, pour la mère surtout, qui l'avait en haute estime, et chacun continua de vivre claquemuré derrière sa porte.Quant à Lucette, elle était devenue la joie de la maison.Une fois par jour, elle dégringolait les étages en coup de vent, un refrain aux dents et remontait quatre à quatre, les bras chargés de provisions.Le reste du temps, elle restait la-haut, remuant ses perles sur sa table à ouvrage, près de la fenêtre d\u2019où sa chanson partait jusqu'à la nuit, tard, car, la besogne, après une commencement de chômage inquiétant pour les deux femmes qui avaient dû demander crédit chez les fournisseurs, venait de reprendre tout à coup ; et la concierge disait en époussetant ses meubles : \u2014 Le travail va.et l'oiseau chante.Il y a du grain dans la cage.La mère Bal qui ne manquait pas une occasion de faire valoir sa protégée, ajoutait encore : \u2014 Elle a du mérite, sûrement.Jolie comme elle est, elle travaille et ne se marie pas.Je sais qu\u2019elle a refusé un parti, un ouvrier, un brave et beau garçon, mais pauvre comme elle .rapport à sa mère.Qu'est-ce qu\u2019elle deviendrait, la maman Chanon sans sa fille ?Par sa gaîté, son entrain et malgré ses airs évaporés, la perlière avait fait la conquête de tout le monde ; et le contremaître, après avoir songé, un moment, à déménager, ne songeait plus à partir, mais à cela se bornaient toutes ses concessions.Jamais il n\u2019interrogeait sur sa voi-,sine, seulement la concierge s était vite aperçue qu'elle lui faisait plaisir en l\u2019entretenant d'elle.De son côté, Lucette lui avait posé deux ou trois questions ambiguës sur Jean, sa famille, son âge.\u2014 Tiens, tiens, se disait la femme, chez qui un projet assez vague quelle avait eu en amenant ses amies dans la maison prenait corps peu à peu, est-ce que cela rendrait déjà ?J\u2019en aurai le cœur net.La petite se garde, elle est rouée comme potence, mais je surveille et je la confesserai.J ai des moyens à moi.Un matin que l\u2019ouvrière descendait l\u2019escalier en tourbillon, elle l\u2019arrêta et brutalement : \u2014 En voilà des manières .Tu n\u2019as pas honte à ton âge .\u2014 Qu\u2019est-ce qui vous pique, mère Bal?\u2014 Mais oui, à vingt ans et plus .Tu as peur de coiffer sainte Catherine, et tu la coifferas, malgré tes façons pour aguicher les hommes .\u2014 Oh ! madame Bal ! fit la jeune fille qui pâlit, les larmes aux yeux.\u2014 Voyons, voyons.C\u2019est pour rire ; tu ne comprends pas.J\u2019ai voulu simplement te faire entendre qu\u2019il n\u2019y avait pas de jeunes gens, de partis .dans la maison.tous mariés.Il y en a bien un, mais trop vieux et qui \u2014 Elle épouse Quersier, le fils d'un richissime industriel, qui n avait fait appel à de hautes relations pour entrer dans ma troupe qu\u2019afin de conquérir Gloria dont il était fou ! \u2014 Elle épouse Quersier et.cela vous est égal ?Elle le fixait de ses yeux agrandis qu\u2019une joie intense envahissait peu à peu.\u2014 Ah ça ! Pierrette, deviens-tu folle ?\u2014 Je .Je ne sais pas ! Je suis heureuse.¦\u2014 Pourquoi donc ?articula-t-il la gorge sèche.\u2014 Parce que.je croyais que c\u2019était cette femme qui vous obligeait à m\u2019éloigner .Maintenant .je ne comprends plus ! \u2014 Il ne faut pas que tu comprennes ! Leurs regards se rejoignirent à nouveau, et, brusquement, il sentit s\u2019abattre contre lui le petit corps frémissant ; deux bras souples et chauds lui entourèrent le cou et la tête de Pier- restera garçon, ton voisin, et puis c\u2019est plus qu\u2019un ouvrier, presque un monsieur ; il n\u2019est pas pour toi.\u2014 Qui vous en parle ?répliqua Lucette qui passa devant, dépitée.Le soir, d\u2019ailleurs, la réconciliation était faite entre elles et la concierge disait à son mari : \u2014 J\u2019ai amorcé .Maintenant, la petite mordra-t-elle?Voilà! \u2014 Je crois pas, dit l\u2019homme, elle est trop jeune pour l\u2019autre, m est avis.v I ean Dayos, plus simple de nature, fut plus facile à confesser.Après s\u2019être laissé mettre sur la voie par la concierge, un soir que, chez lui, en tête à tête avec sa vieille Bal, ils prenaient leur café, il avoua son cher ta page 21 ) rette vint se blottir au creux de son épaule comme en un abri naturel où elle cachait le rose de son front.\u2014¦ J\u2019ai compris, j\u2019ai compris .Gardez-moi toujours .gazouillait en même temps la voix basse et tendre.¦\u2014 Je n'ai pas le droit, ma Pierrette adorée .Ta jeunesse .\u2014 Vous êtes ce que j'ai connu de plus jeune, de plus beau, de meilleur.Parrain, je sais, maintenant, que c\u2019était vous, vous seul que Dieu me réservait ! \u2014 Ma petite chérie !.Ce n'est pas possible !.\u2014 Gardez-moi, parrain .Il se redressa tout à coup.Sa main pressa contre sa poitrine la fine tête de la jeune amoureuse, cependant que le bonheur mettait comme un rayonnement sur son mâle visage.\u2014 Nous allons oartir, s'écria-t-il.Partir vers Boislelong, pour demander à notre vieux curé de nous bénir ! Marcelle de Morthone L'HEURE QRISE N\u2019allumez pas /.Laissez l\u2019ombre entourer de mauve Les tapis, les sofas, qui fondent dans la nuit.Ce salon, tout brumeux, a des tiédeurs d\u2019alcôve On devine la lutte, à pas feutrés de fauves.De la Nuit qui pénètre et du Jour qui s'enfuit.N'allumez pas ! .La vitre a des reflets d'opale, Des tons doux et nacrés de pastels invendus.On distingue en un coin \u2014 mystérieux ovale \u2014 Le miroir nébuleux où flotte, vague et pâle, Le fantôme penché des meubles suspendus .N\u2019allumez pas ?.Sur nous s'abat le crépuscule.Voilant tous les objets d'un brouillard gris cendré.On ne voit déjà plus de l'antique pendule Que le cadran bleuté, barré de deux virgules.Et l'éclat assombri de son socle doré .Et la pénombre, alors, se faisant ma complice.Vous dira les aveux que je pense tout bas.Comprenez leur douceur, dans l\u2019ombre évocatrice.Mon cœur, très tendrement, vers votre cœur se glisse.Charles Bleunard PARRAIN ( Suite de tourment, l'intérêt qu'il portait à ses voisines, à la petite qu\u2019il voulait doter pour l\u2019empêcher de tourner mai : « ça n'arrive que trop », et enfin le moyen qu'il avait découvert pour cela : son intention d\u2019épouser madame Chanon.\u2014 Qu\u2019est-ce que tu chantes ?.s\u2019écria la mère Bal qui tutoyait tout le monde dans ses grands moments.\u2014 Mais oui, je vis un peu seul, ça me ferait une famille.Après tout, madame Chanon n\u2019a que quarante ans comme moi.\u2014 Tu n\u2019en a que trente-cinq .\u2014 Ça ne fait rien.Et il continua sur cette question.La concierge le laissa aller.Quand il eut fini, elle croisa ses bras.\u2014 Très bien, mon garçon .Seulement, ce n\u2019est pas la mère, mais la fille que tu aimes là-dedans .Quant à ce qui te gêne, ton âge que tu exagères .Laisse-moi faire, tirer ça au clair et je te répondrai dans quelques jours.VI I E samedi suivant, on apprit que le *\u2014 lendemain, à l'occasion d'une médaille d'or, obtenue à l\u2019exposition de Chicago, Jean déjeûnait chez son patron, lequel, ancien ouvrier lui-même, faisait grand cas de son contremaître.Toute la maison s'associa au succès du mécanicien et le dimanche matin, lorsque Jean, rasé de frais, chaussé fin, l'œil brillant, très à l'aise dans sa redingote bien coupée, quitta sa chambre, on ne le reconnaissait plus.Il avait retrouvé son air de jeune homme et paraissait vingt-huit ans à peine.Devant la loge, il donna dans la concierge, qui sortait \u2014 Monsieur Jean, il y a une lettre pour vous, entrez donc.Mâtin, que vous êtes beau.C\u2019est le triomphe, aujourd\u2019hui, sur toute la ligne \u2014 et elle s'en alla dans l\u2019escalier, attirée par un bruit de pas.Dès le premier étage, elle rencontra Lucette qui dévalait, portant une bouteille vide, et rougit aussitôt.\u2014 Ah ! je t'y prends.\u2014 Quoi donc ?Mais la figure, la voix démentait les paroles et l'ouvrière sourit.\u2014 Je traîne mon litre à pétrole que je vais faire garnir.Mais, dites donc, mère Bal vous ne m'aviez pas raconté que le contremaître eût un fils.\u2014 Je pensais bien que tu le verrais .Arrivé d'hier du régiment, et un beau garçon.Comment le trouves-tu ?\u2014 Très bien .Les deux femmes se regardaient avec un petit rire en dessous et Lucette continua : \u2014 Mais, pour avoir un fils soldat, quel âge a-t-il donc, monsieur Jean ?\u2014 Cinauante .\u2014 Et plus, fit la perlière qui éclata de rire et s\u2019échappa le long de la rampe.\u2014 Ah ! petite rouée, tu cachais ton jeu.Ecoute donc.\u2014 Qu'cst-ce qu\u2019il y a ?\u2014 Monte .\u2014 et d\u2019un ton sérieux \u2014 j\u2019ai à te causer .VII I orsqu après déjeuner, Jean Dayos L revint de chez son patron, la mère Bal l\u2019attira à part.\u2014 Ça y est, tu es agréé.\u2014 Agréé par qui répondit Jean, n'osant pas comprendre \u2014 qu\u2019est-ce que vous voulez dire ?\u2014 Tu sais bien, ne fais pas la bête.Et le soir même, Jean emmenait tout le monde au restaurant, pour le dîner de fiançailles.G.Gayar 2 7 févricr 1937 4?*\u2022* F f % rj*PT iTKWÉWfl^ Sil .^mT\u2014 Un économiste américain prédit que la population de ce pays ira en décroissant dans une quinzaine d\u2019années d'ici et que de graves complications pourront en résulter.\u2022 On parle de temps à autre du serpent de mer ; il en existe réellement, mais les plus grands que l\u2019on connaisse.du moins jusqu'ici, n\u2019ont qu'une dizaine de pieds de longueur.\u2022 Les lampes très anciennes consistaient simplement en un petit réservoir, ouvert ou fermé, dans lequel on mettait de I huile ou de la graisse et qui avait une poignée sur le côté pour en faciliter la manipulation.Une mèche, grossièrement faite, trempait dans l\u2019huile ou la graisse et on l\u2019allumait à l'autre extrémité.Nous nous croirions bien malheureux s\u2019il nous fallait aujourd'hui recourir à ce mode primitif d\u2019éclairage.\u2022 Plus de neuf cents langues ou dialectes sont parlés en Asie.\u2022 La gare de Waterloo, à Londres, couvre une superficie de vingt-quatre arpents et demi.\u2022 Les mouches « tsé-tsé » qui causent la maladie du sommeil ne pondent pas d\u2019œufs mais des larves toutes vivantes.\u2022 La Bolivie possède le plus petit timbre-poste de tous les pays du monde entier.En 1917, il est tombé, sur Londres, la pluie la plus abondante qui ait été encore enregistrée : la chute d\u2019eau a été de quatre cent cinquante tonnes par arpent superficiel.\u2022 Le plus ancien dictionnaire géographique connu est celui d'Etienne de Byzance qui vivait il y a quatorze cents ans.\u2022 Une librairie de Londres réclame le record d'importance pour le monde entier ; elle a un stock de deux millions de livres et assure le fonctionnement de cinq cents dépôts de circulation.\u2022 Aux Etats-Unis on fabrique une nouvelle soie artificielle dont la qualité serait supérieure à tout ce que l'on a fait jusqu\u2019ici ; cette soie est obtenue de tiges de cannes à sucre traitées par l\u2019acide nitrique.\u2022 Des inscriptions hiéroglyphiques qui viennent d\u2019être découvertes sur le $jfnnxa donnent de précieuses indications sur son origine.Au Siam, quelques employés de banque emploient les singes d une façon originale ; ils leur font mordre les pièces de monnaie qu on leur apporte et jugent, d\u2019apres L empreinte, si elles \u2018sont vraies ou fausses.Le lac Naivasha, dans [ Afrique de l\u2019est, a dix-sept milles de longueur et douze de largeur ; il reçoit les eaux de deux importantes rivières et bien qu\u2019il n'ait pas dé décharge, jamais son niveau n\u2019augmente » révaporation s\u2019y oppose.Notes Encyclopédiques CHOSES ETRANGES - Par Pascal Boivin.artiste canadien Il y a six siècles et demi que les lunettes pour lire existent ; elles furent inventées en 1285 par Alexandre de Spina.nitJEUNE > -HONGROIS OUI VOULAIT \u20ac TABU R UN RECORD D'UN NOUVEAU GENRE, RESTA PENDANT QUATRE JOURS DAN5 UN BAIN D'EAU TRÈ* C-HAUDE) 5A PROUESSE EUT \\ INTERROMPUE PAR LA POLICE ^ QUI LE SORTIT DE f ORGE n| DE 3A BAIGNOIRE.&BEINE CATHERINE DE MÉDICI5 EUT UNE ROBE DONT LA TRAINE AVAIT CENT CINQUANTE PIEDS DE LONGUEUR; ILEALLAIT VINGT PAGES POUR PORTER CETTE TRAINE.0W INVASION VDE GUEPES VENUES ON NE SAIT D'OU, FIT IRRUPTION DANS LE MARC+iÉ PUBLIC PE BULAWAYO, AFRIQUE DU SUD ET CAU5A UNE TELLE PANIQUE QUE TOUT LE MONDE DUT S'ENFUIR AU PLUS VITE.V Tous droits réservés, Le Samedi La Turquie est en passe de devenir le paradis des prisonniers ; des prisons modèles vont être construites avec salles de bains, buvettes et terrains de jeux.Les prisonniers se conduisant bien auront le droit d\u2019inviter leurs parents ou amis les jours de fête et il sera mis, en ce cas, à leur disposition des salles confortables et sans surveillance.On demande à la Turquie si elle n\u2019aura pas ensuite l'intention d\u2019en faire autant pour les honnêtes gens, afin de leur éviter la trop forte tentation d\u2019aller demeurer dans ces belles résidences.Un employé d'un grade supérieur, attaché à la ville de Paris, est payé dix mille dollars par an simplement pour boire de l\u2019eau.C\u2019est le chef des experts qui ont charge de la distribution d\u2019eau potable et doivent s\u2019assurer rigoureusement qu elle est toujours dans le meilleur état de consommation.Il est obligé, pour ne pas se fausser le goût, de suivre un régime très spécial qui ne plairait pas à beaucoup de personnes.\u2022 On fait une très belle couleur rouge pour la teinture du drap avec un insecte nommé cochenille.Cet insecte ne se trouve guère qu\u2019au Guatemala où on le prend sur des cactus.De tous les oiseaux des tropiques, c'est celui qu\u2019on nomme frégate qui a le vol le plus rapide ; d\u2019après des observations précisés on a pu se rendre compte qu\u2019il atteint une vitesse de 276 milles à l\u2019heure.\u2022 Le fleuve Orénoque, de l\u2019Amérique du sud, reçoit un grand nombre d\u2019affluents ; sur tout le long de son parcours de deux mille milles, les eau de 436 rivières importantes v nnent s'y jeter ainsi que celles de deux mille rivières de moindre importance, \u2022 Des mines de charbon importantes viennent d'être découvertes en Ethiopie, à environ cinquante milles d\u2019Ad-dis-Abéba dont on a tant parlé pendant la guerre.\u2022 Chez beaucoup d\u2019insectes les yeux sont immobiles, mais la nature y a pourvu en dotant ces yeux de facettes qui sont comme des petits yeux secondaires permettant à l\u2019insecte d'avoir un large champ de vision.L\u2019œil d\u2019une araignée a huit de ces facettes, et les yeux de certaines abeilles en ont plus de mille.\u2022 Les anchois, ces petits poissons qui font de délicieux hors-dœuvre, sont pêchés dans la Méditerranée pendant les nuits des mois de mai, juin et juillet.On les attire dans de larges filets aux mailles percées à l\u2019aide de lumières brillantes.\u2022 La nier des Sargasses est recouverte d\u2019un amas épais d\u2019algues et autres plantes marines dans lesquelles les navires peuvent se trouver pris comme dans un piège ; sa superficie est presque aussi grande que celle de la province de Québec, et n\u2019a pas changé d'aspect depuis que Christophe Colomb la signala en 1492.\u2022 De tous côtés on exploite les mines de charbon avec plus d\u2019ardeur que jamais au ;Mandchoukouo, un plan vient d\u2019être mis en pratique pour en extraire dix millions de tonnes pendant cinq ans.\u2022 Le Venezuela vient de briser tous ses records dans la préparation du pétrole ; il en produit actuellement deux millions et deux cent mille tonnes par mois.\u2022 Le ministère du travail, en Angleterre, dit que l'électricité industrielle offre maintenant le meilleur champ d action aux femmes qui veulent exercer une profession.La Colombie vient de décider que 80 à 90 pour cent des employés et travailleur.manuels doivent être cL toyens colombiens.\u2022 La Russie vient d\u2019adopter la mé thode américaine pour l'exploitation des puits de pétrole ; au lieu de limiter le travail aux puits de grand rendement, elle va exploiter, sur une grande échelle, tous les puits à débit même très lent. nu nv Chrysler Custom Imperial Sedan 7-Passagers ufm & i y\tW Une Seule Randonnée dans aucun des quatre élégants Chryslers de 1937 vous convaincra qu'enfin l'automobilisme est doté d\u2019un chefs-d\u2019œuvre'.Enfin voici des automobiles qui, grâce à leurs style et beauté distinctives, reflètent la personalité et le bon goût que toute personne j la note exige dans ses contacts quotidiens.Enfin voici des autos qui rendent synonymes \"voyages\u201d et \"repos\u201d.Cependant la sécurité n\u2019y a rien sacrifié.Vous êtes surabondamment protégés par la carrosserie toute d\u2019acier Chrysler et par du verre inéclatable dans toutes les fenêtres.Les freins hydrauliques authentiques de Chrysler à pression égalisée vous donnent, à vous et à votre chauffeur, une confiance absolue.Conduire un Chrysler c\u2019est noter la différence.Le génie de Chrysler donne au luxe une réalité nouvelle et une nouvelle notion du confort en automobile \u2014 du confort de la conduite.# Passez chez le dépositaire Chrysler-Plymouth le plus près de vous et faites l\u2019essai d\u2019un de ces nouveaux Chryslers de 1937.CHRYSLER ROYAL\u2014Un nouveau \"char\u201d\u2014muni d\u2019un nouveau moteur d\u2019extraordinaire puissance\u2014à un prix démocratique.CHRYSLER IMPERIAL le PLUS NOBLE des HUIT, 110 chevaux-vapeur, quatre modèles de carrosseries brillamment stylées.CHRYSLER CUSTOM IMPERIAL\u2014Vaste et d\u2019un luxe abondant\u2014amplement d\u2019espace pour neuf personnes\u2014 1 30 chevaux-vapeur.CHRYSLER AIRFLOW\u2014Le plus moderne auto au monde.Le Chrysler Airflow de 1937 porte à un nouveau sommet le style et le luxe.Une gaie soirée vous invite.\"Y aller\u201d et \"en revenir\u201d dans le nouveau Chrysler Royal est un joyeux prélude et un dénouement approprié à l\u2019agrément de l\u2019occasion.' 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