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La presse
La Presse est un grand quotidien montréalais publié depuis 1884. L'influence des journalistes de La Presse s'étend aujourd'hui au-delà du lectorat du journal et plusieurs d'entre eux sont invités à commenter l'actualité dans d'autres médias. [...]

La Presse est un grand quotidien montréalais publié depuis 1884. Très rapidement, le journal se présente comme un quotidien d'information indépendant et abordable pour la population ouvrière. Il veut se démarquer des journaux d'opinion, organes de partis politiques, qui sont fort courants à l'époque.

Sa fondation résulte d'une rivalité entre deux factions du Parti conservateur fédéral. William Edmond Blumhart, secrétaire et gendre de l'important homme d'affaires Louis-Adélard Senécal, affilié au clan du conservateur Joseph-Adolphe Chapleau, lance La Presse pour concurrencer le journal Le Monde qui appuie le premier ministre John Alexander MacDonald.

Un quotidien nommé Le Nouveau Monde voit d'abord le jour à la mi-octobre 1884. Après la publication de quatre numéros, il change de nom pour La Presse. Le premier numéro du journal est publié le 20 octobre 1884.

Le succès de La Presse est rapide, mais le journal est un gouffre financier. Après quelques changements de mains, il est racheté en 1889 par Trefflé Berthiaume, typographe à La Minerve. La modernisation du journal, entre autres avec l'intégration d'illustrations aux faits divers et l'impression par linotypes, permet de rendre l'entreprise rentable.

Trefflé Berthiaume sera à la tête de La Presse de 1889 à 1904 et de 1906 à 1915, année de sa mort. Arthur Berthiaume, son fils, prend alors en charge le journal. Trefflé Berthiaume lui a légué la propriété du journal qui, selon une clause testamentaire, devra appartenir à ses descendants pendant plusieurs générations. Nombre de disputes familiales éclateront dans les décennies suivantes, jusqu'à l'achat de La Presse par Paul Desmarais en 1967.

En 1913, le tirage de La Presse atteint déjà 121 000 exemplaires. Il augmente jusqu'au début des années 1960, alors qu'il atteint près de 300 000 exemplaires.

Une grève des employés et des cadres du journal éclate en 1958. Jean-Louis Gagnon, alors journaliste fort réputé, est appelé pour réinstaurer un climat de confiance. Il introduit la signature des journalistes au bas des éditoriaux et au début des reportages, ce qui permet la reconnaissance et le vedettariat des journalistes.

À partir de cette époque charnière, les postes de responsabilité éditoriale sont attribués à des journalistes renommés dont Gérard Pelletier, Roger Champoux, Jean-Paul Desbiens, Roger Lemelin, Jean-Guy Dubuc, Vincent Prince, Alain Dubuc et André Pratte.

En 1964, une autre grève, qui dégénère en lock-out, bénéficie à Pierre Péladeau, qui profite des événements pour lancer le Journal de Montréal. En 1971 et 1972, La Presse connaît un long lock-out qui lui fait perdre des lecteurs au profit du Journal de Montréal et du Montréal-Matin. Le tirage de La Presse passe de 285 000 en 1962 à 203 000 en 1966, puis à 165 000 en 1975.

Le tirage du journal atteint toutefois de nouveau des chiffres impressionnants dans les années 1980 (plus de 300 000 pour l'édition du samedi), chiffres qui sont près de se maintenir au début du XXIe siècle.

La Presse s'est rapidement imposée par la qualité de ses illustrations. Quelques grands illustrateurs et caricaturistes y ont d'ailleurs fait carrière : Albert-Samuel Brodeur, Georges Latour, Albéric Bourgeois, Pierre Dorion, Roland Berthiaume (Berthio), Jean-Pierre Girerd et Serge Chapleau. Les photographies de Conrad Poirier et d'Antoine Desilets ont aussi illustré les pages de La Presse.

L'influence des journalistes de La Presse s'étend au-delà du lectorat du journal et plusieurs d'entre eux sont invités à commenter l'actualité dans d'autres médias.

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La Presse québécoise des origines à nos jours, Québec, Presses de l'Université Laval, 1977, vol. III, p. 112-118.

FELTEAU, Cyrille, Histoire de La Presse, Montréal, La Presse, 1983-1984, 2 vol.

Éditeur :
  • Montréal :[La presse],1884-2017
Contenu spécifique :
B. Livres
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Nouveau monde (1884)
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Références

La presse, 1993-02-21, Collections de BAnQ.

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[" Lrts et spectacles LA PRESSE, MONTRÉAL, DIMANCHE 21 FÉVRIER 1993 Le gros livre d'un «non-écrivain» M 4 Un dictionnaire « pour ceux à qui on ne dit rien parce qu'on présume qu'ils savent tout».KATIA GAGNON collaboration spéciale n quelle année Camil Samson est-il devenu chef du Ralliement créditiste?Quelle est la signification du nom Kahnawake?Qui est l'Abraham des plaines du même nom?Quelle est l'orthographe exacte de Kuujjuarapik?Entre deux émissions de radio, au lieu de se reposer, lean Cournoyer s'est penché sur ces questions pour le moins disparates.Les réponses, elles se trouvent dans la brique de 960 pages, fraîchement sortie des presses, dont il est l'auteur: Le petit Jean-Dictionnaire des noms propres du Québec.Une première au Canada.Lorsque son ami Alain Stanké lui lance, presque à la blague, une commande libre, il ne sait pas à quel point il allait être pris au sérieux.La différence, c'est qu'au lieu d'écrire ses mémoires ou un quelconque roman, |ean Cournoyer s'est lancé dans la rédaction.d'un dictionnaire.Mais pourquoi, grands dieux?Il répond avec toute la verve qu'on lui connaît.«On ne sait pas c'est où, St-Guy, quand on dit qu'il y a une manifestation pour le bureau de poste.On connaît Pompidou, à cause des dictionnaires français, mais pas Jean-lacques Bertrand».Réponses, maintenant à la portée de tout un chacun: Saint-Guy -150 habitants.Saint-Guyen.enne.La municipalité de 140,09 km2 est située à une cinquantaine de kilomètres au sud-ouest de la ville de Rimouski.Bertrand, lean-Jacques: Avocat né à Sainte-Agathe-des-Monts en 1916.Vingt-cinquième premier ministre du Québec (2 octobre 1968-12 mai 1970).S'il servira sûrement aux professionnels de l'information, qui auront ainsi accès rapidement à une information condensée \u2014«il y a des gens qui ne savent pas où est Akwesasne et qui en parlent à tous les soirs, aux nouvelles»\u2014, le Dictionnaire des noms propres du Québec a surtout été écrit «pour le monde ordinaire», précise Cournoyer.«Pour ceux à qui on ne dit rien parce qu'on présume qu'ils savent tout».Son plus cher souhait?Que sa brique traîne sur toutes les tables de cuisine du Québec.Depuis plusieurs années déjà, il déplorait l'absence d'un tel outil de référence, pratique, accessible et surtout adapté à la demande québécoise.«Ce que je comprends mal, avec tous les dictionnaires français disponibles, c'est que personne n'ait protesté pour qu'on nous donne notre histoire à nous, aussi.Comment se fait-il que personne n'y ait pensé avant moi?».Parce que les gens s'encroûtent de plus en plus dans une paresse crasse, se désole Jean Cournoyer.Ils s'attendent à ce qu'on leur explique tout, sans fournir eux-méme d'efforts.«|e me suis dit que si un tel dictionnaire existait, peut-être que les Québécois pourraient enfin comprendre le Québec et peut-être que ça voudrait dire quelque chose, quand ils parlent d'indépendance et de souveraineté».Assumant pleinement ce rôle de «pionnier», de «défricheur», sans formation particulière en histoire, en géographie, «je ne suis pas un écrivain», dit-il lui-même, il se lance.Une montagne de livres de références devant lui, il entreprend la rédaction du Petit lean.«Si j'avais su dans quoi je m'embarquais, au début, je n'aurais jamais commencé», lance le nouvel auteur.Il fallait avoir une âme de moine, en effet, pour consacrer pas moins de six heures par jour à la rédaction d'un tel ouvrage, sept jours par semaine, pendant cinq ans.«Quand j'ai commencé, j'étais morning-man à CKVL.Ma journée finissait à 9 heures.Qu'est-ce que tu fais, le reste du temps?» Mais, à la différence d'un autre ouvrage, celui que Cournoyer écrivait allait devenir un livre de référence.Tout une pression sur ses épaules.Il appréhende d'ailleurs déjà le» critiques: «Ma crainte principale, ce serait d'avoir construit la Place Ville-Marie et qu'il y ait une craque dans le trottoir!» En plus des cinq ans de production, la révision de l'ouvrage s'est étendue sur près de deux ans.Le réviseur des éditions Stanké, «un véritable moine», s'est tapé toutes les corrections de l'ouvrage.Il s'est colleté avec les divergences orthographiques, les multiples versions émanant de différentes sources sur une date ou un nom.les aléas de production normaux d'un tel ouvrage.Mais Cournoyer, perfectionniste, est bien conscient des limites de son dictionnaire.«Il a fallu que quelqu'un s'arrête un moment donné.SUITE A LA PAGE B 4 Metcalfe (Charles Theophilus, baron de).Administrateur né à Calcutta en 1785.Dix-septième gouverneur général du Canada sous le régime anglais (1843-1845).Gouverneur de la Jamaïque (1838-1842).Ignorant ses ministres lors de certaines nominations, la quasi-totalité de ceux-ci démissionnent, l'obligeant ainsi à gouverner seul.Fait de Montréal la capitale du Canada-Uni et négocie l'amnistie des patriotes* déportés en Australie à cause de leur participation à l'insurrection* de 1837-1838.Décédé à Malshanger (Angleterre) en 1846.i_ ___ Maisonneuve (Paul Chomedey, sieur de).Gentilhomme et officier né à Neuville-sur-Vanne (France) en 1612.Premier gouverneur de Ville-Marie (Montréal) (1641-1665), il en est considéré comme le fondateur.Membre de la Société Notre-Dame de Montréal.Une stàiue de Maisonneuve, œuvre de Philippe Hébert*, est érigée au cœur du Vieux-Montréal en 1895.En 1983, la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal crée le prix* Chomedey-de-Maisonneuve pour souligner le travail d'une personnalité montréalaise dans sa communauté.Décédé à Paris en 1676.te Le jeu cruel du chat et de la souris ¦ À Montréal, des vandales jettent à la bombe aérosol des croix gammées sur les murs de diverses institutions juives.Effet de mode?Haine?Désespoir?Sans doute.Ignorance, aussi.Ignorance de ce que fut véritablement le nazisme, arrivé à son dément apogée à une époque dont, il est vrai, on ne parle plus dans les écoles.Comment raconter l'Holocauste à des jeunes qui savent bien peu de choses de l'Histoire?Dans une oeuvre en deux volets, Maus, un bédéiste new-yorkais.Art Spiegelman, s'est attaqué à cette entreprise avec un rare succès.En fait, personne, absolument personne, n'avait rien vu de tel: de la vraie littérature, en images hallucinantes qui se gravent dans notre esprit, où les Nazis étaient des chats et les Juifs des souris ( en allemand, Maus veut dire souris ).En page B7 01 0 IGouve*TVn«r.i Québec Mtmstert (Je* A flaire* culturelles m 2546-271 FÉVRIER ÀLA SALIE DVGESf 1111(15 AU GtSU IÎ00 RUC IUUIT US SOIRS Dl SFKUCUS H k TOUS US (OMMOIIS ADftiSSlO* UNI PRODUCTION fOGILSABOURIN « RÉS.:790 1 74.S B2 LA PRESSE, MONTRÉAL, DIMANCHE 21 FÉVRIER 1993 Opinions A votre tour La boîte; aux lettres Assurance-chômage: au-delà du débat économique, il faut parler de valeurs RÉJANE CL< OIE ans le remous créé par les modifications au Régime de prestations d'assurance-chômage, serait-il utile que j'apporte mon témoignage?l'ai «choisi» librement et volontairement de quitter un emploi fort bien rémunéré de cadre intermédiaire aux Affaires sociales, en août 1992.Après 30 ans de «loyaux services», à 52 ans, sans avantages de retraite ou de préretraite, sans conflit ouvert avec mes «jeunes» supérieurs, j'ai quitté pour cause d'incompatibilité de valeurs et de culture professionnelle diamétralement opposée.l'ai droit aux prestations qui représentent 30 p.cent de mon salaire brut.|c ne m'en plains pas, car j'ai choisi en toute connaissance de cause.Mais si je comprends bien, en avril prochain, une personne dans la même situation que moi ne sera pas éligible.Quand on pense à toutes les perturbations que provoquera l'entrée en vigueur de la loi 120 dans le secteur de la Santé et des Services sociaux, il y a lieu de craindre pour les individus et aussi pour la collectivité.Pour réussir, une réforme doit être portée et conduite par des gens profondément motivés.Ceux qui restent pour les raisons économiques (et je ne les blâme pas) sont-ils de ceux-là?Par expérience, j'évalue de 5 à 8 p.cent le nombre de «délinquants».Pourquoi ce chiffre?C'est, il me semble, la «proportion de délinquants» Bernard Valcourt, responsable de la Loi de lassurance-chômage.que l'on retrouve dans tous les groupes humains, quelle que soit la classe sociale.On met en branle un système lourd, difficile à administrer, qui pénalisera tous les utilisateurs.On peut malheureusement îairc confiance aux délinquants pour trouver le moyen de contourner cette loi.Il y a plus qu'une question d'économie qui est soulevée par ces amendements, il y a un débat de valeurs.\u2014 Les fonctionnaires ont-ils la formation nécessaire pour évaluer une demande?\u2014 Ont-ils une marge de manoeuvre qui leur permette une décision nuancée (autre que cochez oui, cochez non)?\u2014 Nos législateurs ont-ils les outils pour évaluer l'impact de telles modifications au régime?\u2014 Quant aux citoyens, j'ose croire que quelle que soit leur situation, ils frémissent à l'idée d'un système qui prône la délation.Dans l'histoire, la délation a toujours mieux servi le mal que le bien.\u2014 Il ne faut pas nier les besoins de réforme, à une époque de profonde mutation.Mais n'avons-nous que des moyens de «contrôle», de rigidité informatique.Par là j'entends cette approche de plus en plus répandue d'évaluation dite «objective» qui «cote».Nous connaissons tous des «histoires d'horreur» provoquées par ce «système de gestion ».Sommes-nous en mesure d'évaluer son influence à moyen et long terme?Mais c'est un autre débat.Les réactions provoquées par la réforme de l'assurance-chômage sont rassurantes.La réponse des législateurs nous dira où se situe le niveau de pensée politique et sociale de notre gouvernement et, aussi, de notre société.Qu'on fasse donc des téléthons pour acheter des canons et des avions ! ALAIN STANKÉ LW éditorial de M.Claude Masson («Les téléthons: la cause en vaut-elle le coût?») m'a beaucoup remué.«Ce n'est pas normal, disait-il» que sur des fonds recueillis de 3 millions, le retour direct aux individus soit à peine de 10 à 20%.» «Si une société libre ne parvient pas à aider ses pauvres, elle ne pourra jamais sauver ses riches», prétendait |ohn F.Kennedy.Il avait raison.Nous savons tous que nous avons des devoirs envers les plus démunis et qu'il ne faut jamais attendre le superflu pour donner aux nécessiteux car on risquerait de ne leur donner jamais rien.)'ai peut-être eu plus de chance d'apprendre cette réalité avant d'autres car j'ai eu celle de connaître la faim.«Qui n'a pas senti le besoin ne connaît pas le bonheur», dit un proverbe slave.Aussi, dès le moment où j'ai pu manger à ma faim, j'ai toujours essayé de garder une part pour les autres.|c privilégie personnellement la charité discrète, pudique, même anonyme.|e me sens mal à l'aise devant la charité tapageuse qui se fait sous les projecteurs, scandée au rythme de la musique.Elle est à la fois arrogante et con-descendante à la limite de l'humiliation.Je n'aime pas voir les immenses fac-similés de chèques démesurés de six pieds par quatre pour que tout le monde puisse bien déchiffrer le montant donné et décrypter sans peine le nom du généreux donateur.Dans ces moments-là, je ne suis jamais très sûr si le bienfaiteur fait son don peur aider ou plutôt pour être vu.Quand je n'avais que la peau et les os et les pieds nus de ceux que l'on aide, il m'a toujours été plus facile de serrer la main de ceux qui ne me dévisageaient pas.Ceux-là avaient la délicatesse de s'esquiver un peu pour ne pas m'obli-ger à leur trouver de belles formules de remerciement.Plus tard, quand j'ai eu quelques moyens, ce sont précisément ces mains-là, des mains discrètement offertes avec le coeur qui suit, que j'ai essayé d'imiter.Il faut croire que malgré mes efforts pour garder l'anonymat on m'a retrouvé pour que je sollicite l'aide au nom d'organismes de valeur et de mérite.Cette année.je suis tanné I jusqu'ici, je crois simplement avoir fait ma part.Après une certaine expérience, je me suis même dit, il n'y a pas longtemps: «Cette année.je suis tanné!» Voici pourquoi: Un organisme de charité - auquel je contribuais avec régularité - m'approcha pour me convaincre de devenir son porte-parole le temps d'une campagne de financement.Le responsable, qui n'habitait pas Montréal, me donna rendez-vous à l'hôtel Reine Elizabeth et \u2014 comme il faut (bien) manger \u2014 m'invita au Beaver Club.« Vous êtes MON invité ! », annonça-t-il d'entrée afin qu'il n'y ait pas de confusion.Au repas, comme je suis tout le contraire d'un végétarien, j'ai commandé du rosbif.Mon hôte, qui était familier avec le menu, me suggéra (il n'y a pas de mal à se faire du bien) d'opter pour la tranche du voyageur.Elle est facilement reconnaissable.Elle pèse deux fois plus lourd que l'assiette et l'addition.mm Alain Stanké Pendant le repas, l'homme, qui avait un coeur grand comme son tour de taille me dit (la bouche pleine) qu'il connaissait bien la misère contre laquelle il luttait âprement depuis des années au prix d'innombrables sacrifices.(« Faut bien penser aux autres!») Du même souffle, voulant sans doute me montrer qu'il connaissait aussi bien la misère que ses classiques, il a-joute: «Une journée sans vin est une journée sans soleil!» On ne nie pas l'évidence.Par respect de ceux pour qui on s'était réunis, j'ai d'abord pensé refuser.Et puis, comme il s'apprêtait à boire seul, j'ai flanché.L'homme me demanda conseil.Il savait que dans mon jeune âge (pour gagner mes études) j'avais fait les vendanges et qu'en conséquence je devais connaître les vins.Il y avait du vin au verre mais mon hôte opta pour une bouteille empoussiérée de Cos d'Estournel, un St-Estèphe de première qualité.Lorsque le moment de l'addition fut venu, il sortit son porte-monnaie d'où il extirpa avec fierté une carte de crédit qu'il déposa sur la table.|e sais que je n'aurais pas dû.Que ça ne se fait pas.l'ai lu le montant de l'addition et, hélas, le nom qui était inscrit sur SA carte plastique.Ce n'était pas le SIEN mais celui de l'organisme de charité.-Vous êtes sûr que.?Ce serait peut-être plus raisonnable si je.balbutiai-je.-Mais non, mais non.Vous n'y pensez pas! rétorqua-t-il, grand seigneur.Il n'en est pas question! Soyez surtout bien à l'aise.Ce n'est pas MON argent.C'est celui de.(nom de l'organisme).Nous avons un budget prévu pour cela ! » En rentrant chez moi, je me suis senti coupable, l'ai donc vite fait un chèque, dont 80 à 90 % du montant servira à défrayer le rosbif, accompagné d'un mot tranchant pour dire que j'avais eu mon.voyage (tranche du voyageur)! Pour toutes ces raisons, je ne cesse de me poser des questions sur la «cha-rity business».Je comprends le dévouement de ceux qui ont la charge de diriger ces organismes.Certes, je sais qu'on ne peut pas exiger d'eux qu'ils vivent dans l'impécuniosité et la même indigence que ceux qu'ils sont appelés à servir, mais j'avoue quand même que je ressens un certain embarras.Et quand je suis auditeur de ces musiques effrénées et spectateur de ces réjouissances, je les trouve moroses.Je ne peux pas m'empêcher de penser qu'un pauvre, lorsqu'il voit la réjouissance publique qu'il suscite, ne doit pas ressentir autre chose que de la solitude et une grande tristesse.Je suis contre les téléthons |e suis convaincu que tous les gens sans exception qui oeuvrent d'arrache-pied et se dépensent sans compter à animer les téléthons sont des gens bien intentionnés, honnêtes et méritants, Puisque, face à la misère du monde, nous sommes sur la même longueur d'ondes, je me permets de leur demander de repenser de fond en comble notre comportement et celui de nos gouvernants.Si je suis contre les téléthons de tous genres oû des vedettes du showbiz font appel à la charité publique, c'est que je crois que dans une société consciente de ses priorités, comme, elle devrait l'être, ces sommes d'argent laborieusement quêtées devraient normalement provenir de nos taxes et de nos impôts.Personnellement, cela ne m'a jamais ennuyé de payer des taxes et des impôts.Ce qui m'ennuie au plus haut point, par contre, c'est de ne pas avoir un mot à dire sur la façon dont ces sous sont dépensés.On a besoin d'argent pour la recherche sur le cancer, le sida, la dystrophie musculaire ou la paralysie cérébrale?Qu'on aille donc le puiser dans ce pécule! 11 devrait être là pour ça! Quand on aura besoin d'argent pour acheter de nouveaux hélicoptères et avions militaires, des chars d'assaut, des canons et des sous-marins atomiques, ON FERA DES TÊLÊTHONS! Et si 80% des sommes recueillies restent alors dans les poches des organisateurs, je ne serai pas autrement fâché.L'Opération de collecte des sapins de Noël a été un vif succès.Des félicitations à la ville de Montréal ¦ La coalition Action RE-buts est ravie du succès remporté lors de la semaine de collecte des sapins de Noël en janvier 93.Notre coalition dont le but premier est une gestion écologique et démocratique de nos déchets-ressources, félicite donc la Ville de Montréal pour l'effort fourni lors de cette activité.En effet, celle-ci a prouvé hors de tout doute que lorsque la volonté politique y est, tout le reste s'en suit: mobilisation du personnel requis, mobilisation de l'appareillage adéquat, mobilisation du public à travers les médias, etc.Que ce soit un sapin ou toute autre chose, chaque fois qu'un sapin ou toute autre chose est détourné du sac vert, détourné de la benne tasseuse, détourné de la facile et très coûteuse filière de l'incinération et/ou de l'enfouissement pêle-mêle, il s'agit d'une victoire environnementale! Pour nous, le succès de cette semaine de collecte des sapins démontre que Montréal devrait aller de l'avant avec les autres solutions qui permettraient la réduction du contenu du sac vert des Montréalais et Montréalaises en passant par la gestion des déchets basée sur les 3R (réduction, réutilisation et recyclage-compostage).À cet effet.Action RE-buts, conjointement avec des groupes communautaires de l'arrondissement du Plateau Mont-Royal/Centre sud, étudie présentement la faisabilité d'un projet-pilote d'une Ressourcerie, soit un centre communautaire de réduction, réparation, réemploi, recyclage et composta-ge.Nous espérons que la Ville sera partenaire dans ce projet innovateur afin de démontrer que si on commence à s'occuper de nos déchets-ressources, on finit par consolider toute une communauté.Soulignons enfin que tous les citoyens, citoyennes et groupes qui ont participé l'année dernière à la consultation du Bureau de consultation de Montréal (BCM) sur le Projet de gestion des déchets de la Ville de Montréal attendent toujours avec impatience la mise en application de la recommandation du rapport de cette consultation qui encourage la Ville à créer une structure permanente de partenariat entre les secteurs public, privé et communautaire sous la forme d'un secrétariat de la gestion des déchets.À ce titre, les 18 groupes membres d'Action RE-buts sont prêts à travailler avec la Ville pour réaliser, ensemble, la gestion écologique et économique de nos déchets-ressources.Action RE-buts Nouveau bouc émissaire ¦ Les gouvernements fédéral et provinciaux ont mis au monde la contrebande de cigarettes par une taxation déraisonnable, même aux yeux d'un non-fumeur comme moi.Après le magasinage outre-frontière, les gouvernants ont trouvé dans la contrebande de cigarettes un nouveau bouc émissaire pour expliquer leur manque de revenus.Pour lutter contre le tabagisme, il serait de beaucoup préférable d'informer les jeunes dans les écoles dès leur prime adolescence des méfaits de cette habitude.Que dire de l'inutilité et du coût de la police du tabac, créée à grand renfort de visibilité médiatique et de retraités de la Sûreté du Québec.Philippe GAUCHI Montréal Urgences: pour le meilleur service ¦ Urgences-santé annonce une fois de plus que nous allons avoir le meilleur système préhospitalier d'urgences en Amérique du Nord.Dans la même semaine, on a le culot de prétendre qu'en donnant un petit cours de 24 heures aux ambulanciers on peut se passer des médecins sur la route! Une fois de plus on essaye de réinventer la roue pour se retrouver encore avec le système le plus onéreux et le moins efficace.En étant le plus objectif possible, je ne vois pas comment on peut prétendre au titre du meilleur système ambulancier.Qu'on élabore une fois pour toutes les objectifs.Ils sont simples et appuyés par des années de recherches: Détresse au Zaïre ¦ |e voudrais pouvoir crier pour que le monde prenne conscience de la détresse innommable que vit la population zaïroise.Mais qui acceptera de transmettre ce cri?Parce qu'un ambassadeur français se fait tuer, l'attention de nos médias est tout de suite attirée: «Terreur au Zaïre».D'ailleurs, on doit évacuer quelques milliers de Français et de Belges.Mais, la population zaïroise compte bien peu dans nos considérations.La détresse qu'elle vit dure depuis beaucoup trop longtemps pour qu'on puisse en parler.Certes, ces Français, ces Belges vivent des moments très éprouvants.Mais, pourquoi oublie-t-on que les Zaïrois et les Zaïroises vivent depuis des années la spoliation et la répression sauvages du président Mobutu?Sait-on que dans ce riche pays, la population des villes ne peut plus prendre un repas par jour (c'est encore plus grave ces jours-ci), qu'il n'y a pas de médicaments, que même la peste a fait sa réapparition dans une région du pays et qu'il n'y a plus d'enseignement?La vie d'un Zaïrois ne vaut-elle pas celle d'un Français, d'un Belge, d'un Canadien?Grâce aux informations de nos médias, les gens d'ici vont continuer à se renseignement des premiers soins à la population, un bon temps de réponse, pour les premiers soins, un défibrilla-teur automatique, des soins avancés en moins de .10-15 minutes et des salles d'urgences compétentes.Les objectifs sont légèrement différents en région mais tout aussi importants.Un organisme doit être capable d'évaluer son rendement et d'avoir un mécanisme pour améliorer son fonctionnement.Ainsi il est voué A la qualité.Ajouter à cela une approche d'équipe, car malgré les guerres de clans, tout le monde partage, au moins en paroles, l'objectif des meilleurs soins au patient.Charles BRAULT Sida: un peu de respect, SVP! demander: «Pourquoi donc les Zaïrois et les Zaïroises n'arrivent pas à s'entendre et à s'organiser?» On oublie que le président Mobutu est un produit de nos pays occidentaux, qu'on l'a maintenu en placée de force.On a même envoyé des soldats pour soutenir son régime quand il était en danger.On a formé et armé ses services de sécurité qui tuent et terrorisent et on a accueilli chez nous son immense richesse acquise sur le dos du peuple zaïrois.Actuellement, la population zaïroise supplie les pays occidentaux: «Venez nous délivrer de ce monstre que vous nous avez imposé».Mais, comme iln'y a pas d'intérêt économique ni stratégique (contre le communisme), on ne s'y intéresse pas.l'ai honte de nos gouvernements occidentaux qui n'ont que des intérêts économiques ou stratégiques à courte vue, incapables même de chercher à corriger leurs erreurs passées, l'ai honte de nos médias quand ils accordent tant d'attention aux souffrances des Occidentaux, tout en oubliant celles beaucoup plus grandes des Zaïrois et Zaïroises.Roland RIVARD Missionnaire au Zaïre pendant 17 ans M.Jacques Moisan, Réseau TVA ¦ |'ai entendu avec beaucoup d'éton-nement, au bulletin de nouvelles de 23 heures du 9 février, vos commentaires entourant la mort du tennisman Arthur Ashe des suites du sida.En effet, vous considérez M.Ashe comme une victime innocente qui n'avait pas couru après cette maladie puisqu'il aurait été contaminé par transfusion sanguine lors d'une intervention chirurgicale.Cette façon de catégoriser les per- sonnes atteintes du sida n'a jamais été et ne sera jamais acceptable.Personne ne mérite de souffrir de cette terrible maladie.Votre intention n'était vraisemblablement pas de blesser les personnes atteintes du sida, mais vos propos ont eu pour effet d'en «victimiser» certaines et d'en culpabiliser d'autres, alors que toutes les persoennes atteintes du sida sont victimes.Elles méritent notre respect.Alain POIRIER directeur, DSC Charles-LcMoyne LA PRESSE, MONTRÉAL, DIMANCHE 21 FÉVRIER 1993 B3 SUR LA SCÈNE DE L'ACTUALITÉ SEMAINE DU 21 FÉVRIER 1993 La personnalité de la semaine Il n'est pas de succès qui se mérite s'il n'est construit sur l'excellence Elle est la première médaillée d9or canadienne aux championnats du monde de biathlon ANNE RICHER Ie biathlon.La biathlo-nîenne.Un vocabulaire de l'espace?Une maladie?Non, une course de ski de fond entrecoupée de tirs.Une passion.Celle de My-riam Bédard.Médaillée d'or du 7,5 kilomètres, le 13 février dernier, à Borovets en Bulgarie, elle est la première médaillée d'or canadienne aux championnats du monde de cette discipline olympique.Elle était suivie de près par deux concurrentes russes.Deux jours plus tôt, elle enlevait la médaille d'argent aux 15 kilomètres.L'athlète de 24 ans reçoit le titre mérité de Personnalité de la semaine.Née à Neufchâtel, en banlieue de Québec, en 1969, comment une jeune femme blonde et d'apparence frêle, (52 kg), en vient-elle à consacrer sa jeunesse et son énergie à une discipline aussi particulière que le biathlon?Le destin s'est chargé d'y voir.À14 ans, elle entre chez les cadets Elle a 14 ans lorsqu'elle devient membre des cadets de l'armée canadienne, à son corps défendant, «l'avais 14 ans.Mes amies étaient dans les cadets depuis une année déjà et insistaient pour que j'aille avec elles.Un samedi matin finalement, el- les ont réussi à m'en t rainer.» La première journée en est une d'information.Avant même d'être inscrite officiellement, elle accepte de faire partie de la fanfare: «Une vieux rêve», con-fie-t-elle.«l'ai fait du patinage artistique dans ma jeunesse, mais je n'avais pas de talent.l'ai fait aussi de la gymnastique, de la course, mais je n'aimais pas cela, l'ai appris à tirer avec les cadets, mais au début je trouvais cela ennuyant.C'est au cours de leurs (eux d'hiver qu'on m'a demandé si je voulais m'inscrire au biathlon.Mais je ne savais pas skier.» Avec un équipement ridicule, des skis loués, elle gagne la course.Sa forme physique exceptionnelle compense les lacunes.Cette première victoire est le déclencheur.Le révélateur de talent.Sans skis, sans carabine de qualité, les deux premières années sont difficiles.«L'autre grand problème, c'est qu'il n'y avait pas de club.» Elle achète ses premiers skis de fond en décembre 86, avec son cachet des cadets.Quatre années avec les cadets, une expérience qu'elle trouve précieuse, des aventures qui la mènent jusque dans l'Arctique.Mais elle ne peut pas mener de front cette vie-là et son entraînement au biathlon, qui devient de plus en plus important, d'autant plus qu'elle accumule déjà bien des victoires.Elle est championne canadienne junior en 1987; huitième aux championnats mondiaux juniors en 1989, deux- MYRIAM BEDARD «J'ai été élevée très librement, par des parents qui ont toujours respecté nos idées.Il n'y avait pas de dictature chez nous.» ième en Coupe du monde en Autriche en 1990, etc.Plus récemment, en février 1992, aux Jeux olympiques d'Albertville, elle décroche la médaille de bronze, à l'épreuve des 15 km.Les parents de Myriam \u2014le père est électricien\u2014 sont des gens actifs qui ont toujours encouragé leurs quatre enfants à pratiquer les sports.«Ils nous stimulaient sans nous pousser dans le dos», précise Myriam.Toute petite elle voulait être médecin: «Mais j'ai changé d'idée la première fois que je suis allée dans un hôpital», raconte-t-elle en riant'.Au cégep, elle a tout de même étudié en sciences.Une fille organisée «l'ai été élevée très librement, confie-t-elle, par des parents qui ont toujours respecté nos idées.Les enfants sont très différents les uns des autres et chacun a pu réaliser ce qu'il voulait faire.Il n'y avait pas de dictature chez nous.» Pour Myriam Bédard, c'est une force.«J'aimerais éventuellement élever mes enfants de cette manière-là.» Mais pour l'instant, l'idée même du mariage et de la maternité semble un projet à plus long terme.«Je fonctionne par objectif clair.Par plan.Dans ma vie personnelle comme dans ma vie professionnelle.Elle admet que le sport n'est pas tout dans la vie, qu'il lui manque par exemple du temps pour voir ses amis.Elle réussit malgré tout à maintenir un équilibre qui peut sembler précaire.Fanatique de cinéma et de musique dans tous les genres, elle est aussi boulimique de lectures et cherche constamment à rester bien informée par les journaux, les magazines.Elle lit sur les animaux préhistoriques, elle vient de terminer la lecture de «Jamais sans ma fille».Avant chacun de ses voyages, elle se renseigne sur la pays où elle va, mais surtout sur la culture de ses habitants, leur religion.Une discipline très exigeante Le biathlon est une discipline exigeante qui demande une grande capacité de concentration et d'énergie.Actuellement première au classement général de la Coupe du monde, Myriam Bédard veut participer aux Jeux olympiques de 1994, à Lilleham-mer en Norvège, et avoue qu'elle aimerait aller au Japon en 1998.Elle souhaite, entre les deux, se retirer du circuit de la Coupe du monde pour se concentrer, dit-elle, sur sa formation personnelle, sa vie.«De toute façon, dans ma discipline, les filles perfor-ment le mieux à 28-30 ans.» La publicité, les communications, le monde de la créativité l'intéressent.Par loyauté sans doute, mais aussi par affection, Myriam Bédard n'hésite pas à envisager son avenir avec la compagnie d'assurance-vie La Métropolitaine, qui l'assure depuis l'an dernier de son appui financier.Encore plus que du talent, de l'intelligence, même du génie, l'excellence naît de l'effort.a Hydro-Québec Le meilleur de nous-mêmes des gens de parole ALCAN le plaisir de découvrir LA PERSONNALITÉ DE LA SEMAINE à CBF 690, l'émission EN DIRECT Christiane Charette Demain matin dès 9h30 Réalisation: Louise Carrière «§l SRC CBF 690 Montréal B4 LA PRESSE, MONTRÉAL, DIMANCHE 21 FÉVRIER 1993 i ifiinoa ¦ .¦ \u2022\u2022 '\u2022 \u2022\u2022- ¦ -\u2022 - - \u2022- ' La vie des livres PIERRE VENNAT 1993: une année de transition Patrick Chamoiseau Frédéric Dard m Stephen King ¦ «Après une année 1992 particulièrement délicate, 1993 s'annonce comme une nouvelle année de transition.Sur la qualité et les prix, comme sur les mises en place, Terreur n'est plus possible».C'est ainsi que Livres-Hebdo entrevoit la nouvelle année.L'important hebdomadaire professionnel français avait déjà décrit, dans un numéro spécial de janvier, 1992 comme «l'année du repli».En effet, la poursuite, en 1992, d'une période de croissance faible, au cours de laquelle les libraires ont affiné leur gestion de l'offre et de la demande, a provoqué dans l'édition française un vaste mouvement de licenciements et de dépôts de bilan.Pourtant, comparé à l'ensemble du commerce de détail, en France comme ici, celui du livre ne résiste pas si mal.Mais les éditeurs ont dû procéder à une douloureuse adaptation à un niveau de consommation plus mesuré et ils auront battu tous les records pour le nombre de licenciements et de dépôts de bilan.Les meilleurs vendeurs Cela dit, Livres-Hebdo constate que malgré les attaques régulières dont ils sont l'objet, les grands prix littéraires constituent toujours une formidable promotion.Fin 1992, Texaco de Patrick Chamoiseau (Gallimard), qui s'est mérité le Prix Goncourt, avait dépassé les 250000 exemplaires vendus en France seulement et le Renaudot, remporté par François Weyergans (Grasset), pour La Démence du boxeur, avait vendu déjà entre 100000 et 150000 exemplaires.Une dizaine d'autres grands prix littéraires ont enregistré des scores moyens d'environ 50000 exemplaires vendus.^ Parmi les autres intéressantes surprises, on trouve Le Catéchisme de l'Église catholique qui s'est vendu à quelque 500000 exemplaires, le best-seller de l'année toute catégorie! Nous n'irons plus au bois, traduction française du roman américain de Mary Higgins Clark, a vendu plus de 250000 exemplaires pour Albin Michel.En fait, huit volumes publiés en langue française ont vendu entre 100000 et 150000 exemplaires en France l'an dernier, dont deux ouvrages de Stephen King publiés en français par Albin Michel et un roman de San-Antonio.À l'oeil, on ne semble trouver aucun auteur québécois parmi les romanciers qui ont vendu plus de 45000 exemplaires en France l'an dernier.Du soleil qui brûle les chats.RÉGINALD MARTEL ¦ On publie en province des livres qui sont la représentation exacte de tout ce qu'un éditeur ne doit pas faire.Ic le dis sans arrogance, conscient que de tels livres, on en publie aussi à Montréal ; mais ils sont moins visibles, perdus parmi une masse d'autres livres, bons ou mauvais, qui témoignent d'une honnête compétence professionnelle.Ce petit préambule n'annonce pas un éreintement.Bien au contraire, car voici venu du village d'Amqui \u2014c'est dans la vallée de la Matapédia\u2014 un petit livre qui est un bijou.Beau format, beau papier, beaux caractères, belle maquette et belles illustrations.Que faut-il de plus?De la belle littérature.Elle y est.Les best-sellers Editions québécoises Fiction (romans) 1 Ces enfants d'ailleurs Ariette Cousture Libre Expression (13) 2 Quelques adieux Marie Roberge Boréal 0) 3 Agaguk Yves Thériault Quinze (2) 1 Ma vie comme une rivière Essais S.Monet-Chartrand Remue-mènage (4) 2 La génération lyrique François Ricard Boréal (13) 3 Les dessous du palais H.Steinberg Pierre Tisseyre (1) Editions étrangères Fiction (romans) 1 Les soupers du Prince San Antonio Fleuve Noir 2 La dangereuse Joséphine Hart Robert Laffont (2) 3 Leviathan P.Auster Actes Sud d) 1 Retrouver Tentant en soi M.Riva Flammarion (14) 2 Marlene Dietrich Maria Riva Flammarion (3) 3 Le scandale Kennedy T.C.Reeves Pion (D 1 Guide restaurants Livres pratiques Josée Blanchette L'Homme (10) 2 Petit Larousse illustré En collaboration Édit.Françaises (12) 3 Écoute ton corps L.Boudreau Etc.d) Les listes nous sont fournies par les librairies suivantes: Bertrand, Champigny, Demarc, Ducharme, Le Fureteur (St-Lambert), Gallimard, Gameau (Québec), Guérin, Hermès, René Martin (Joliette), Monet, Le Parchemin, Les Bouquinistes (Chicoutimi), Maison de la Presse Internationale, Payette (Sherbrooke), Guy Poirier (Trois-Rivières).Raffin, Re-naud-Bray, Sons et Lettres, W.H.Smith & Classic.L'éditeur se nomme joliment Machin Chouette.Peut-être s'ap-pelle-t-il aussi Nicole Filion.Si c'est le cas, il me faudra remballer mes préventions contre l'édition à compte d'auteur, en attendant que quelque méchant livre me tombe encore dans les mains, \u2022>>xWr\"-.-:-.-s.\u2022A LITTÉRATURE QUÉBÉCOISE m puis des mains.Bon, mais ça parle de quoi, ce livre?La quatre de couverture l'annonce: «Du dimanche, du soleil qui brûle les chats, d'un pont vert orange et d'un désordre.» En somme, Mme Filion parle de la vie, qui est faite «de choses étonnantes, d'instants émouvants, d'espaces réduits à leur plus simple expression.» Et c[est toujours l'expression la plus simple qui fait la qualité de ce qu'il faut appeler platement des textes, encore qu'il s'agisse tantôt de nouvelles à peine esquissées, de contes en miniature ou d'humbles tableaux représentant les paysages de la nature ou du coeur.Aucune mièvrerie, ce piège qui fait de la meilleure image la pire insignifiance.Mais de l'allant et du naturel, oui.Jamais l'auteur ne cherche à épater le lecteur, à lui en mettre plein la vue.Il lui donne au contraire peu à voir à la fois, comme une belle amoureuse qui, pour mieux voir le désir qu'elle illumine, se dénude lentement.Pas de haute stratégie littéraire non plus.On attend parfois une chute qui ne vient pas» pour s'apercevoir qu'il appartient au lecteur de l'inventer; ou alors elle vient avant la fin, pour déjouer, mais sans malice, les attentes des vieux lecteurs habitudinaires.Les choses et les êtres viennent tels qu'en eux-mêmes l'auteur les aime.// fait dimanche et il fait chaud dans ce petit livre arrivé d'Amqui en plein hiver, un jour de semaine, et qui s'insinue en vous comme la bonne présence d'un ami, immense et discrète.IL FAIT DIMANCHE, Nicole Filion.Machin Chouette éditeur, Amqui.1992.128 pages.M Jean tournoyer Un Petit Jean bien dodu SUITE DE LA PAGE B1 Il y a tellement de choses que j'aurais voulu y voir.mais en l'an 2000, le livre n'aurait pas encore été fini.Je voulais laisser une sorte de monument qui en invite d'autres à aller ailleurs, à faire mieux que moi ».Il a quand même observé la règle de l'exhaustivité dans des domaines bien définis: toutes les municipalité du Québec figurent dans le Petit Jean, tous les députés jusqu'en 1990, les juges, les premiers ministres, les anciennes seigneuries, les circonscriptions électorales, les commissions scolaires, bon nombre d'entreprises.Pour les scientifiques, écrivains, comédiens, auteurs, artistes, athlètes, il s'est limité aux récipiendaires de prix.«le ne voulais pas être moi-même sélectif.J'ai évité de juger moi-même, j'ai pris la sélection des autres».Bref, malgré la crainte d'être critiqué, Coumoyer éclate de fierté.«Ça a été une expérience extraordinaire.Je suis content que les autres puissent profiter de mon travail, mais qu'il ait été publié ou pas, j'ai tellement appris du Québec que je suis satisfait d'avoir passé au travers».La balle est dans votre camp, maintenant.vlb éditeur LA PETITE MAISON DE LA GRANDE LITTÉRATURE face »vt?Lina Trudel et L'Institut canadien d'éducation des adultes LA POPULATION FACE AUX MÉDIAS Un ouvrage qui nous permet de mieux comprendre le rôle et le fonctionnement des médias, pour développer une plus grande maîtrise de leur utilisation.Un ouvrage indispensable à tous les étudiants en communication.224 pages \u201419,95$ JÊm Michèle Nevert LA LANGUE QU'ON AFFICHE L'utilisation toute récente du jeu verbal en publicité s'impose comme une des luttes les plus efficaces menées jusqu'à maintenant par notre langue contre l'invasion de la langue voisine.Voici donc un catalogue des publicités québécoises construites autour de jeux verbaux.Un ouvrage à la fois sérieux et drôle.230 pages \u201419,95$ \u2022 l'HEXAGONE Lieu distinctif de l'édition littéraire québécoise LES NOUVEAUTÉS L'HEXAGONE Michel van Schendel REBONDS CRITIQUES 1 Questions de littérature Coll.Essais littéraires 368 pages \u2014 24,95 $ Un ensemble choisi de textes qui rebondissent \u2014 à la fois reprise et déploiement d'une pensée critique sans cesse en mouvement, au sujet d'André Belleau, Paul-Marie Lapointe, Claude Gauvreau, Antonin Artaud et d'autres.Les essais littéraires d'un écrivain exigeant et singulier.Claude Vaillancourt André-G.Bourassa et Jean-Marc Larme LES NUITS DE LA «MAIN» Ctnt ut i* sioctaclis tar lt boalavard Sainl-U trant.Cet ouvrage, abondamment illustré, propose le tableau saisissant de 100 ans de spectacles dans cette rue remarquable.C'est là qu'est né notre cinéma, que le burlesque s'est épanoui, que l'opéra chinois et le théâtre yiddish ont atteint leur apogée, que les night-clubs ont connu leur heure de gloire et qu'est apparue la modernité du théâtre québécois.368 pages \u2014 24,95 $ LA DECHIRURE Coll.Fictions 160 pages \u201416,95$ Ce roman marqué par le vestige, vacillant entre l'angoisse et l'ironie, jette un regard d'adulte sur une enfance impossible.Le deuxième roman de l'auteur de Conservatoire.Yves Thériault AGAGUK La nouvelle édition, revue et corrigée, de ce classique des littératures québécoise et universelle, maintenant porté à l'écran.Une puissance d'évocation éblouissante, un véritable chef-d'oeuvre.342 pages \u201419,95$ Gilbert Langevin LE DERNIER NOM DE LA TERRE Coll.Poésie 96 pages \u201412,95 $ Ce livre, à l'adresse de la «terre-terreun», est un moment fort de l'oeuvre de Gilbert Langevin (parolier de Gerry Boulet et Marjo), le poète qui se déclare constamment «cordial, vif, aux abois».Yves (ta FONDEMENT DES FLEUI ET DE LA NUI Coll.Poésl 128 pages \u201414,951 À contre-courant de la poésie actuelle, la réponse d'un homme et d'un poète à cette question douloureuse et essentielle: peut-on encore vivre i aujourd'hui dans la Beauté, dans le à sacrifice absolu de soi?Le sixième * recueil d'un poète en pleine maturité.i m.EN REPRISE MAROI 2 3 1.21) À RADIO-CANADA Le thème de l'émission d'aujourd'hui: LA CRITIQUE aies invités: Ani.ation^aston Marie-Andrée Lamontagne André Major* Pierre Salducci l'Heureux, LE JEU MILLEFEUILLE Participez au jeu Millefeuille en composant un texte inspiré par la phrase que Gaston L'Heureux vous Hnnno à la lin Ha rhoniio ômiccinn Chaque semaine, 3 textes seront retenus.Les auteurs mériteront un dictionnaire de la maison Larousse et la première personne gagnante recevra, en plus, une plume Waterman offerte par l'Essence du papier.>s gagnants cette semaine: BB Smith, Montréal Francine Casas, Montréal Francine Guay, Boiachats! À la fin de la saison, 3 gagnants seront choisis parmi tout le courrier reçu et pourront gagner: Un voyage d'une semaine à Paris pour 2 ] personnes, transport et hébergement compris, une gracieuseté de Voyages Malavoy.Les 2c et 3.- prix Larousse Pilon recevront une machine à écrire Smith-Corona, avec traitement de texte intégré, offerte par les Magasins Pilon.Le second finaliste recevra également une plume Waterman de luxe offerte par l'Essence du papier.0 SRC T ™-^ Vojagcs Télévision FcONCOURS MILLEFEUILLE I Envoyer il CONCOURS MILLEFEUILLE Casa partait 41027 Montréal, Qaabae I Nom.Âge.I Adresse.App.Ville 1 Ptchsc i i i i i ¦ viiie.\u2022.\u2022.\u2022.| J Code postal.Tél.I À la fin de la saison, deux bons d'achats d'une valeur de 500 $ chacun seront offerts par la I librairie Remud-Brayti seront remis par tirage au sort Pour participer, remplissez ce coupon.Jj LA PRESSE, MONTRÉAL, DIMANCHE 21 FÉVRIER 1993 B5 fmsMm En quelques lignes Terrifiant chef-d'oeuvre ormac McCarthy poursuit depuis 1965 une oeuvre dérangeante mais d'une fulgurante beauté, toute entière consacrée aux êtres les plus frustes de l'Amérique rurale (surtout du Deep South).Au coeur de cet univers à la Faulkner, hanté par des personnages monstrueux, déréglés de corps et d'esprit, produits inéluctables d'une société de misère, de passions primitives et de violence, le romancier traque les limites sans cesse repoussées de la dégradation de l'homme par l'homme.Avec Méridien de sang (1985) au sous-titre si évoca-teur: Le rougeoiement du soir dans l'Ouest \u2014que Gallimard republie dans La Noire\u2014, il atteint au chef-d'oeuvre.À l'origine de ce western hallucinant qui ramène les Leone et autre Peckinpah au rang de bluettes, se trouve un épisode réel : de la fin de la guerre contre le Mexique à la guerre de Sécession ( 1849-1860), des bandes de chasseurs de primes «gringos» mirent à feu et à sang le Sud-Texas et la région de Chihuahua et Sonora, exterminant et scalpant pillards apaches et comanches.ou peons mexicains à la chevelure noire lustrée (prime oblige).McCarthy n'épargne aucun détail de cette chevauchée sauvage, menée par deux être hors-normes: le féroce Glan-ton au collier d'oreilles coupées et le Juge, encyclopédiste fou voué à la destruction de la création.Mais par un style épique et visionnaire, il en transcende le sordide et en fait une fable d'un nihilisme total sur la conquête de l'Ouest.Fasciné ou hébété, le lecteur assiste au triomphe du Mal, de la Mort.Lauréat de plusieurs prix n'ayant suscité qu'un succès d'estime, McCarthy connaît enfin la renommée en 1991 avec la parution de son sixième roman, AU The Pretty Hor-ses.Unanimement saluée par la critique et le public, cette oeuvre de maturité paraîtra chez Actes Sud, qui a déjà publié L'obscurité du dehors et Un enfant de Dieu.Ne les ra- tez pas.Gilbert Grand MERIDIEN DE SANG/LE ROUGEOIEMENT DU SOIR DANS L'OUEST.Cormac McCarthy.traduit de l'américain par François Hirsch.Collection «La Noire».Gallimard, Paris.1992.383 pages.32.95$.Les derniers Géants Les derniers géants Il y a des albums universels.Peut-être même davantage conçus pour les adultes que -pour les enfants.C'était le cas de L'histoire de Monsieur Sommer, de Patrick Suskind, illustré par Sempé.C'est aussi le cas du magnifique Les derniers géants, de François Place.I Un album qui vient d'ailleurs de se mériter plusieurs -prix prestigieux: le Grand Prix du livre dé jeunesse 1992, le Totem Album 1992 et les Cercles d'or du livre de jeunesse ; 1992, catégorie album.« Avec ses illustrations très dé-\" taillées, aux couleurs pastels, Les derniers géants nous convie au premier coup d'oeil à un voyage à la fois magique, tendre et, on le devine, douloureux.Le texte vient confirmer :1e tout.La vie du narrateur, un ex-plorateur britannique nommé Archibald Leopold Ruthmore, change du tout au tout lors-' que, sur les docks, il achète une dent énorme couverte de gravures étranges.Ce n'est pas, comme le prétend le vendeur, une dent de cachalot, mais une dent de géant.Ruthmore n'a alors de cesse que de trouver le pays où vivent ces créatures mystérieuses.Il trouvera le pays, se liera d'amitié avec ces géants aussi pacifiques et magnifiques : qu'immenses, reviendra chez lui.et partagera ses découvertes avec les intellectuels du monde entier, à travers un livre et des conférences.Il n'au- 1 rait pas dû.Un album exceptionnel.Sonia Sarfati LES DERNIERS GEANTS, texte et illustrations de François Place.Casterman, Tournai.Belgique.1992.78 pages, 19.95$.D ES S I N D' ARC Hl M CTURE PAK OH D I N A 1 EUR f I Architecture et littérature ccL e métier d'architecte est une patiente tentative de voir.Représenter, afin de voir.Nous vivons, continuellement, au conditionnel: si c'était ainsi, comment serait-ce?» Jacques Folch-Ribas fait à la fois dans l'architecture et la littérature.Et s'il a préfacé Dessin d'architecture par ordinateur, ouvrage réalisé par Giovanni De Paoli et Pierluccio Pellissier, sous la responsabilité du Cégep de Saint-Laurent, c'est qu'il croit fermement que «les dessins de l'architecte, c'est de l'information».Et que ce livre est «une description du merveilleux».« Il était temps que le nouvel outil de l'architecte échappe aux mathématiciens de l'extase primaire, il était temps qu'il tombe entre les mains de gens sérieux, des artistes, des gens de métier, des artisans, seuls capables de le comprendre, d'en parler et de l'utiliser.» Pierre Vennat DESSIN D'ARCHITECTURE PAR ORDINATEUR.Giovanni De Paoli et Pierlucio Pellissier.Editions Berger.Eastman.1992.180 pages.Cauchemar.athan Conrad, psychiatre new-yorkais, a tout ce qu'il faut pour mener une belle vie: un bureau prospère près de Central Park, une femme adorable et une fille gentille.Il est surnommé «le psychiatre des damnés» parce qu'il a la réputation de se préoccuper sincèrement de cas lourds: les catatoniques, les schizophrènes, les fous criminels.Comment survivent-ils à cela?Telle est la question que se pose toujours le docteur Conrad après une journée particulièrement chargée à écouter ses patients.Sans parler du nouveau cas qu'on lui impose: Elisabeth Burrows, une angéli-que schizophrène meurtrière.Après quelques pages de ce thriller captivant, le lecteur se posera la même question : comment, à son tour, le docteur va-t-il survivre à cela?Un matin, le couple s'aperçoit que leur chaîne de sécurité a été coupée, puis que leur fille lessica est disparue.Peu après Nathan reçoit un coup de téléphone à la maison.C'est Sport, un chanteur raté et psychopathe.«Ne dites pas un mot» menace-t-il, ajoutant que des microphones et des caméras surveillent le moindre de ses mouvements et précisant que le docteur porte une belle chemise orange qui lui va bien.Il exige que Nathan visite Elisabeth Burrows, hospitalisée sous haute surveillance.«Il y aura toujours quelqu'un derrière vous.Ça pourrait être votre concierge ou votre meilleur ami, le boucher ou la boulangère, mais il y aura quelqu'un.» Le cauchemar durera 24 heures.Terrorisé par des voyeurs qui semblent suivre le moindre de leurs gestes, Nathan et sa femme Agatha n'osent pleurer, crier ou même s'étreindre.Us savent que deux maniaques surveillent.Le rythme est trépidant et le lecteur sympathise à l'os avec le docteur jusqu'à la fin.Claude Marcil IL Y AURA TOUJOURS 0UEL0U UN DERRIERE VOUS.Andrew Klavan.traduction de Bernard Ferry.Robert laffont.Paris.1992.335 pages.27.95$.BJBJPJBJBJBJI m RBJH BMW MHHMIMMMMMPJ MM MMM Mi IMMMMI Ml MMBIM Une petite bombe littéraire refait surface En 1945, Smart écrivait des choses qui ne s'écrivaient pas.CAROLE-ANDRÉE LANIEL collaboration spéciale M À la hauteur de Grand Central Station je me suis assise et j'ai pleuré est un récit né de la terre et du corps d'une femme amante de la nature, de sa liberté et d'un homme.Une femme, ouverte à la blessure de l'amour, écrit son besoin de lui, de sa présence, de son corps et de son sexe.Lorsque le livre d'Elizabeth Smart paraît pour la première fois, à Londres, en 1945, six exemplaires se retrouvent dans une librairie d'Ottawa.Les six sont achetés par la mère de l'auteure qui les brûle.Elle exige du premier ministre de l'époque, Mackenzie King, qu'il en interdise l'importation: le livre ferait scandale.Elizabeth Smart est née dans une famille de la haute bourgeoisie d'Ottawa.ce seul récit.D'ailleurs, sa vie controversée est l'objet d'une pièce montée par le TPQ, Les traverses du coeur, et a été le prétexte d'un film, Elizabeth Smart \u2014 On The Side of The Angels de Maya Gallus.Ce serait dommage de réduire l'intérêt de cette redécouverte à une affaire de femmes pour femmes.Smart reste une figure importante du Canada anglais des années 1940 et une des premières paroles féminines du Canada à chanter non pas le pays mais le corps et ses désirs.Et c'est très beau.A LA HAUTEUR DE CRAND CENTRAL STATION JE ME SUIS ASSISE ET J'AI PLEURÉ.Elizabeth Smart, traduit de l'anglais par Hélène Filion.Editions Cuernica.Montréal.1993.Croissance; personnelle par récriture crëatiVë LES ATELIERS À LA PLUME DE SOI _ ANIMATION: Nadine Gueydan 8 psychologue É ARC-EN-SOL 803, rue Laurier Est I Montréal H2J 1G2 270-7300 4ttïp TRADUCTION Elle aurait pu mener une carrière de pianiste de concert si Tappel des lettres n'avait pas été aussi fort et poignant.Dès l'enfance, la belle Betty tient un journal dans lequel elle confie.ses expériences et états d'âme.À vingt ans déjà, elle juge que les choses ne vont pas assez vite.Des choses de toute façon trop banales pour ses aspirations.Un jour, à Londres, elle entre dans une librairie, glisse ses doigts sur la tranche des livres du rayon de la poésie anglaise.Son exploration s'arrête à George Baker.Elle achète tout, lit avec exaltation cette oeuvre libre qui respire à son rythme.Elle décide sur-le-champ que cet homme sera l'élu de son coeur et l'homme de sa vie.Elle l'invite avec sa femme sur la côte californienne pour un été et c'est là, à ce moment et en cet endroit, que commence ce qui allait devenir une liaison fascinante et un récit d'une force incroyable: À la hauteur de Grand Central Station je me suis assise et j'ai pleuré.Elizabeth Smart, la vraie, est plus forte que la narratrice du récit.C'était une femme exceptionnelle qui a beaucoup apporté aux lettres anglaises et qui a brisé la tradition littéraire au Canada, comme le démontre Rosemary Sullivan dans sa biographie, By Heart, Elizabeth Smart a Life (publié chez Vikingen 1991).L'écriture d'Elizabeth Smart n'est pas facile.Elizabeth Smart À la hauteur de Grand Central Station je me suis assise et j'ai pleuré Récit*.Gùérnica \"' Elle est hautement métaphorique et ne raconte pas une histoire, toute «transpercée par les germes de l'amour» qu'elle est.Le délicat fil de l'histoire n'est qu'un prétexte pour explorer cette passion dévorante (son père lui demandait justement: «Cette chose ne t'obséderait-elle pas un peu trop?»).Le récit repose essentiellement sur la sensibilité du texte et les images fortes comme de la poésie.C'est parfois troublant, tandis qu'ailleurs, ça peut manquer de clarté.La lecture doit être des plus attentives et le livre gagne à être lu d'un seul trait.Avec George Baker, Elizabeth Smart aura quatre enfants, elle pour qui la maternité a toujours été un immense désir, un rapprochement avec la terre, là fécondation un acte suprême de création.Lui, il aura en tout 19 enfants! La vie de cette femme est fascinante et son oeuvre ne se résume pas à A VIE AUX TROUSSE André Brochu La vie aux trousses roman 256 p.24.95 S Photo : Xavier Brochu ANDRE BROCHU ¦ I I ¦ ! ¦ L ^AM/A 815r rue Ontario Est, bureau 201, Montréal (Québec) H2L 1P1 1 m\\ w W r\\ B__\\__^B_ _^t_\u2014- Vdiiour Téléphone : 514.525.21.70 \u2022 Télécopieur : 514.523.94.01 uerm niversitaire L'APPROCHE PHÉNOMÉNOLOGIQUE EN RECHERCHE Chantai! ^Descliamps Niveau universitaire Montréal, Guérin, 1993 ISBN £-7601-2595-5 (112 p.) 21,5 cm x 27,7 cm L'approche phénoménologique en recherche est un ouvrage didactique qui vise à instruire les chercheurs de toutes disciplines qui, débutants ou non initiés à la logique de la phénoménologie, ne sont pas familiers avec cette perspective philosophique et désirent en savoir plus long sur son application méthodologique.Cet ouvrage donnera au lecteur une culture générale de la phénoménologie et lui rendra accessible l'approche qui en résulte.L'auteure aborde une à une les étapes du processus vécu de la recherche et illustre, par des exemples concrets, le trajet méthodologique que doit parcourir le chercheur phénoménologue pour enfin comprendre en retournant au vécu de l'expérience humaine.Chantai Deschamps a obtenu un Ph.D.de l'Université Laval en 1988, au terme d'une étude phénoménologique portant sur le processus créateur.Dr «ui.s, elle continue à s'intéresser vivement à l'application metho-dologir e de la phénoménologie en recherche, et ce particulièrement par ses act vités professionnelles à l'UQAM ainsi qu'à l'Université d'Ottawa.Guérin, éditeur ltée v4501, rue Projet, Montréal (Québec) H2T 262 Tel (514 ) 842-3481 Télécopieur: (514) 842-4923 LES LIVRES CHANGENT MONDE CorelDraw! simplifié Jacques Saint-Pierre LX-73 - ISBN 2-89381-114-0 162 pages - spirale -18,95 $ Le graphisme sur Windows enfin démystifié! i Lotus M Maîtrise/ Lotus 1-2-3 Lotus 1-2-3 avancé V.2.4 LX-110 - ISBN 2-89381-108-6 - 18,95 $ Lotus 1-2-3 simple & rapide V.2.4 LX-113 - ISBN 2-89381-095-0 -18,95 $ Marie-Claude LeBlanc - spirale Toutes les fonctions fondamen-: taies ou avancées du tableur en deux volumes pratiques et accessibles.mm PUISSANCE et SOUPLESSE Macintosh simplifié WordPerfect Macintosh simplifié France Beauchesne LX-93 - ISBN 2-89381-109-4 170 pages - spirale - 19,95 $ WordPerfect sur Macintosh: une révolution à votre portée.WordPerfect Windows simplifié Patrick & Didier Mendes LX-72 - ISBN 2-89381-066-7 124 pages - spirale - 18,95 $ Apprenez l'essentiel en quelques minutes.LOGIQUES Dist.excl.: LOGIDISQUE Tél.: (514) 933-2225 FAX: (514) 933-2182 w B6 LA PRESSE, MONTRÉAL, DIMANCHE 21 FÉVRIER 1993 Une histoire de l'Afrique en huit volumes DAVID CRARY Associated Press PARIS ¦ Après 28 années de recherche, d'écriture et de frictions occasionnelles, l'Unesco est sur le point d'achever l'histoire d'Afrique la plus complète jamais réalisée avec l'aide des Africains eux-mêmes.L'ouvrage en huit volumes, qui compte plus de 6000 pages écrites par $00 spécialistes du monde entier, avec priorité aux Africains, puise largement dans l'histoire orale.Parmi les auteurs figurent non seulement des historiens mais aussi des personnalités comme l'écrivain nigérian Wole Soyinka et le paléontologue kenyan Richard Leakey.Le premier volume fut publié en 1980.Son huitième et dernier \u2014 l'Afrique à partir de 1935\u2014 sera mis sous presse dans les prochains mois.«Il a comblé un vide.Les ouvrages antérieurs furent généralement écrits par des historiens des expuissances coloniales», déclare Augustin Gâtera, un Rwandais qui participe depuis 1972 au projet, lancé en 1955.La rédaction de cette Histoire générale de l'Afrique, réalisée pour un coût total de près de sept millions de dollars, n'a toutefois pas été sans heurts.Jean Dévisse, historien français et ancien directeur du Centre de recherches africaines, se souvient par exemple d'un colloque sur la traite des Noirs, qui s'est tenu à Haiti en 1978.Certains spécialistes africains avaient ouvert le feu en déclarant que puisque l'Europe n'avait pas acquitté de dommages et intérêts pour l'esclavage, eux-mêmes n'avaient rien à discuter avec leurs homologues européens.ALLIANCE VIVAFILM LES FILMS VISION 4 LES PRODUCTIONS PIERRE SARRAZIN en collaboration avec Blëiie vacances air transat invitent 400 personnes à la première mondiale de la comédie dramatique HIHHHBhBb9HHBBBxSL^.JHIHHHH Â Le jeudi, 11 mars à 19H30, à la salle Maisonneuve de la Place des Arts, Retourner ce coupon-réponse à: «LA FLORIDA» a/s Alliance Vivafilm, C.R 1660, suce.Place d'Armes, Montréal, Québec H2Y 3L2 Nom: Age: Adresse: Ville:_ Tél.: _ Code postal: Tél.au travail: \u2022 Le tirage aura lieu le 3 mars 1993.\u2022 Cette annonce sera publiée dans La Presse du 20 au 27 février 1993.¦ La valeur des prix est de 3 200 $.\u2022 200 gagnants recevront un laissez-passer double par la poste.\u2022 Le texte des règlements est disponible chez Vivafilm.Tout, tout, sur la vie de palais ! Avec humour et modestie, un juge traite des dessous de dame Justice YVES BOISVERT ¦ Quand on est juge à la Cour supérieure et qu'on écrit un livre comme les Desssous du palais, mieux vaut avoir des dossiers en bon ordre.L'honorable Henry Steinberg n'a rien à craindre.Ce magistrat a en effet été classé parmi «les meilleurs juges au Canada» dans un palmarès de Canadian Lawyer qui fit scandale (surtout parce qu'on identifiait «les pires juges au Canada»).Ses jugements ont toujours été rendus avec célérité et les avocats qui l'ont évalué ont fait de lui la description dont rêve tout juge: «Très respecté, mais dur».Aussi, le livre qu'il vient de publier chez Pierre Tisseyre, un recueil d'anecdotes puisées dans sa propre expérience et empruntées à des collègues, mérite d'être jugé avec toute la rigueur digne de son état.Disons tout de suite que le livre de M.Steinberg, juge depuis 1985, est fort sympathique.Qu'un juge descende du «banc» l'espace de 350 pages pour témoigner de la justice à la petite semaine, voilà qui constitue sans doute un précédent.Entre les misères bureaucratiques infligées par la Société immobilière du Québec (un collègue a attendu trois semaines pour avoir une chaise!), les impertinences de certains huissiers et du «personnel de soutien», la vie quotidienne des magistrats n'est pas un parcours vert de 18 trous, détrompez-vous.Les dessous du Palais La bien nommée salle des pas perdus du Palais de justice de Montréal.\t ESSAIS\t \t Le récit des premières semaines «sur le banc» du juge Steinberg est hilarant.D'entrée, son huis-sier-audiencier lui indique les règles du jeu : « Si vous respectez ma pause-café, je vais bien m'occuper de vous et je vous dirai quoi faire!» Cet huissier d'expérience considérait de son devoir d'aider le juge à se faire un opinion.«Tel un grand Bouddha élancé», il était «rayonnant s'il était d'accord » avec les arguments des avocats, ou «fronçant les sourcils s'il désapprouvait, ou marmottant un aparté» au juge au sujet des témoins! L'huissier, personnage effacé, a pour mandat de transporter les effets du juge, de remplir son verre d'eau et de faire lever l'assis- tance en annonçant le magistrat.L'auteur s'est déjà fait appeler le juge Steiberg's ou Greenberg's.Son collègue Pierre Michaud s'est fait présenter ainsi: «Tout le monde deboutte! La Cour est ou-varte.Michaud le juge.Assisez-vous!» Pierre Pinard a eu droit à cette présentation : «Son Éminen-ce Pierre Poitras va maintenant s'asseoir!» Voilà qui vous invite à la modestie.Le juge Steinberg nous raconte aussi avec une épatante candeur par quels méandres cérébraux et émotifs il est passé pour rendre certaines décisions.C'est ainsi que, dans une poursuite mineure contre la Ville de Montréal, il a fixé le montant de l'indemnité de façon à ce qu'il ne soit pas trop élevé, pour que la Ville n'ait pas intérêt à en appeler.Par Thé-mis, on ne nous dit pas tout dans nos facultés de droit ! Le juge décrit avec bonheur un avocat infernal, stupide et borné ?ui est la terreur des juges de la our supérieure.À La Presse, l'auteur a confié qu'il s'agit en fait de cinq avocats détestables qu'il a comprimés en un seul personnage imaginaire.Au total, ce livre truffé de détails est amusant, mais manque d'unité et contient de trop nombreuses longueurs.Il constitue cependant, au-delà de l'anecdote, une vraie bonne initiation à l'administration de la justice et au fonctionnement concret des tribunaux au Québec.Mais l'énorme défaut de cet ouvrage rédigé d'abord en anglais (et publié simultanément chez Stoddart à Toronto) est sa traduction pitoyable, bourrée d'anglicismes, et son travail d'édition lamentable.On aurait au moins pu vérifier si Cour supérieure prend un petit ou un grand «s».Et l'écrire de la même façon du début à la fin! L'énumération des erreurs et des traductions littérales absurdes serait trop long à faire (ex.: décevant pour decei-ving).Vaut sans doute mieux le lire dans l'édition originale.LES DESSOUS DU PALAIS.Henry Steinberg.Montréal.Editions Pierre Tisseyre.1993.350 pages.La difficulté de définir l'élite PIERRE VENNAT ¦ «L'élite.Certains la maudissent et l'assimilent à une clique de privilégiés à laquelle ils ne pourront jamais accéder.D'autres la prennent comme modèle et rêvent au contraire d'en joindre les rangs.Tandis que d'autres, du haut de leur superbe, sont convaincus d'en faire partie».SOCIETE Et pourtant, si on sait qu'elle existe, on ne sait toujours pas en quoi elle consiste.Ce n'est pourtant pas faute d'avoir essayé de la définir.Giovanni Busino, auteur d'Élites et Êlitisme, petit livre* fort instructif que les Presses universitaires de France viennent de rééditer dans la collection Que sais-je?, fait remarquer qu'au cours des dix dernières années, un peu plus de quatre cents études sur les élites ont vu le jour et qu'on a publié une dizaine de nouvelles interprétations et révisions des théories élitistes.Il faut savoir, en effet, que le concept d'élite, ainsi d'ailleurs que tous ses dérivés et apparentés, semble assez prétentieux aux yeux des historiens.L'analyse historique montre clairement que ce concept ne s'applique à aucune réalité historique précise, et qu'en outre, il peut se référer simultanément à des forces sociales entièrement différentes et souvent contradictoires.En fait, aujourd'hui, pour l'écrasante majorité des chercheurs, le mot «élite» désigne tous ceux qui se trouvent au sommet de la hiérarchie sociale, y exercent des fonctions importantes, lesquelles sont valorisées et reconnues publiquement au travers de revenus importants, de différentes formes de privilèges, de prestige et autres avantages officiels ou officieux.Un petit nombre de chercheurs continuent à utiliser l'expression «classe politique» pour indiquer la minorité qui exerce les fonctions politiques de gouvernement, et «classe dirigeante» pour qualifier tous ceux qui influen- ÉlITES ÉUTISj L QUESTIONS D'ARGENT AUJOURD'HUI À MIDI, UNE ÉMISSION BRANCHÉE! QUESTIONS D'ARGENT vous revient avec Lise LeBel et son équipe.Producteur délégué: Gaétan Lavoie 1^1 krmig'iltoo CinacU lmmi(jfi!ion C*md* ^A&A Radio L'autre télé.L'autre vision.W Québec cent les gouvernants %et les gouvernés en vertu de l'autorité morale qui est la leur, ou alors à cause de la puisssance économique et financière dont ils disposent.Cela dit, l'hypothèse d'un groupe minoritaire, unitaire, conscient, cohérent, complice, détenteur et manipulateur de toutes les décisions suscite aujourd'hui des réserves.La règle des trois «C» (controU conspiracy, cohésion) est désormais tombée en désuétude.Certes, l'élite économique a une importance non négligeable, mais elle n'est responsable que d'une très petite part des décisions tant tactiques que stratégiques.Une hypothèse paraît plausible: l'ensemble des connaissances, le savoir, est en train de se substituer progressivement à la prospérité, à la richesse et à bien d'autres facteurs comme fondement du pouvoir dans les sociétés postindustrielles.ÉLITES ET eutisme.Giovanni Busino.Presses Universitaires de France.Collection Que Saisie?.Paris.1992.125 pages.9.95$.Économisez jusqu'à 70$ par année Installez une pomme de douche à débit réduit.ÉCOKILO 333-KILO \u2022m p.1 LA PRESSE, MONTRÉAL, DIMANCHE 21 FÉVRIER 1993 B7 i * uwm Tout en lisant.JACQUES FOLCH-RIBAS collaboration spéciale I \\ Sollers: le nouveau Malraux! Le récent roman de Philippe Sollers est intitulé Secret.Le principal personnage s'appelle Jean Clément et travaille pour le Renseignement, le contre-espionnage, les Services, bref, appelez cela comme vous le voudrez, ce Monsieur est au secret, littéralement.Ce sera naturellement l'allégorie du romancier, solitaire, éloigné du temporel, attaché aux thèmes essentiels du monde, empli d'amour et de mépris pour l'homme et détenteur des secrets.Dieu, en somme, Sollers n'a jamais eu peur des mots.La tentation de Malraux: peu d'écrivains français ont essayé d'égaler le fabuleux monologuiste hachuré que peu de gens comprenaient, qui télescopait, qui ponctuait de tics, qui rapprochait en métaphores, époustouflait et laissait épuisés même les intellos les plus abscons.Peu, donc, d'écrivains, osent s'attaquer au Grand Menteur Eructant.Sollers est le nouveau Malraux.thème apparaît, très vite: l'insémination artificielle, la procréation assistée, ovules, éprouvettes, banques de sperme.Une compagnie, la PMA, Procréation Médicalement Assistée, dont la présidente, Anne-Marie, est une biologiste qui n'a pas froid aux yeux ni la langue dans sa poche.Scènes assez drôles du donneur de spermatos, journaliste, dévoué à son enquête au point de lui offrir sa semence.Hélas, inutilisable.Pas congelable.Raté.Attention : ces drôleries cachent la forêt symbolique.Nouveau thème, nouveau registre aussi: la famille.Sollers devient lyrique, il émeut, il s'émeut, c'est superbe.C'est, tout simplement, qu'il raconte une femme, |udith Clément, et un fils, |eff Clément, et une mère, la maman de )ean Clément qu'il appelle Mother suivant i .- vj ,^.f**f*'.*\u2022\u2022 Philippe Sollers Manières d'écrire: il y a tant de choses dans ce roman! Quand on est si intelligent, on n'utilise pas de mots inutiles.On se permet de ne pas finir ses phrases.Un mot seul, parfois.Fusées.Elles partent sous les pieds du lecteur ébahi, comme des mines dans le désert.Lecture dangereuse.Forcément.La sécurité de lecture ne m'intéresse pas.Chéri, fais-moi peur.Ce que c'est bon ! O Il y a au moins dix thèmes de réflexion, ou simplement de plaisir, dans ce livre.Tout emmêlés, les thèmes.Je mets le lecteur au défi de cesser de lire, une fois qu'il a commencé.Ça pétille, là-dedans, c'est du Champagne \u2014 Sollers le Bordelais sera vexé, tant pis, il n'avait qu'à ne pas faire de bulles\u2014 Et comme pour le Champagne, on en reprend, qui a bu boira.Parlant de bulles, aussi, Sollers est comme le Pape, il en fait.Sollers est le pape de l'intelligence française d'aujourd'hui.Youpi! l'aime ça, l'intelligence française, moi, c'est plus rare et c'est meilleur que toute autre intelligence.Urbi et orbi.justement, cela se passe à Rome, au début du roman.Et le Secret, je veux dire les Services, s'intéressent de très près à l'attentat qui faillit nous priver de jean-Paul 11, bullomane polonais qu'un fanatico-turc télécommandé par les Bulgares faillit trucider.Ou faire semblant de?Et s'il avait fait semblant?Juste pour faire peur?Avec la bénédiction de l'URSS et celle des USA?C'est de plus en plus probable.Quoi, qu'est-ce qui est probable?Tout est probable.Il s'agit d'un jeu, il s'agit de l'un des thèmes que j'évoquais tout à l'heure.Notre agent secret, |ean Clément, jongle avec cette histoire, qui l'obsède.À propos de Pape, encore, qui est contre la contraception, un second les traditions bordelaises les plus secrètes ( ne dit-on pas que Bordeaux est la seule ville anglaise de France?).L'éducation du petit Jeff (dix ans) ses découvertes, ses plaisirs, et comment un enfant fait fondre le coeur d'un adulte \u2014 surtout celui de son père.Jeff dit: «Papa est comme Dieu: il existe mais il ne répond pas».C'est pour mieux monologuer, mon enfant, papa répond à ses propres questions, en passant: aux nôtres, et c'est un délice.Jeff avec son cobaye, cochon d'Inde qu'il appelle James et auquel il traduit en langue cobaye la farce de marionnettes que le père invente et interprète une fois par semaine, pour faire trépigner son fils de plaisir.Et puis, superbe, voici la mort de Mother.Eh oui.Si tôt?Elle?Pas possible.Il y a là des pages inégalables, très belles, où l'on peut toucher, directement toucher un sentiment pourtant très «secret»: la sérénité.Les adieux de la mère et du fils.De nouveau, le pétillement.Quelques femmes, bien sûr, par ci, par là, ne serait-ce que pour soutenir la réputation de Sollers qui ne cesse de démontrer l'incompatibilité entre les femmes et les hommes.Près de Jean Clément, ici: Nancy un peu dragueuse, Gail un peu jalouse, et Judith l'épouse qui ressemble comme une soeur à la femme de Sollers, Dristeva, la Bulgare (tiens, revoilà les assassins du Pape!).Bon, il y a la tirade sur l'écrivain, pages 45 et 46, que j'eusse voulu vous recopier toute, et qui se termine, peut-être, sur ceci : «Ce que tu sais, tu est seul à le savoir».Le Secret.Un tel livre, il ne faut pas le laisser au secret.LE SECRET.Philippe Sollers.Editions Gallimard.Paris, 1993.250 pages.Agence France Presse CITÉ DU VATICAN L'ami juif du pape ¦ L'histoire» de deux grands amis, Karol Wojtyla, devenu Jean Paul II, et Jerzy Kluger, un juif polonais de Wadowice, est racontée dans un roman-vérité, Lettre à un ami juif, dont l'auteur est le journaliste Cianfran-co Svidercoichi, ancien directeur-adjoint de l'Osservatore Romano.Tout comme dans le roman L'ami retrouvé de Fred Uhl-man, il s'agit de deux grands amis d'enfance qui se retrouvent.L'un devenu ingénieur à Rome, l'autre archevêque à Cra-covie.Jurek et Lolek, comme ils s'appellaient à l'école, sur le terrain de football ou à la patinoire, et comme ils s'appellent encore aujourd'hui au Vatican, s'étaient perdus à l'époque de la seconde guerre mondiale.Ils se sont retrouvés le 20 novembre 1965, un journal ayant cité une intervention de l'archevêque Wojtyla au Concile Vatican II.?ARTw)T,ll FALLAIT C0Ufofc-£OAAtA£ Lft JOùù£fft-ET JUSQU'AU SAVMA.UA f4ûi5 OMT FMI COU^vR TT REMERCIÉ PigU,V C'EhT ?A* W &AZ i \u201e .JiTAtWT im oom& v& Vivant*,cm \\&h qooch^ à £AZ QC *A mort,C0MM£ Ori AV/AIT ÉNTEMDtf KAC0MTÊ&.'////.VSG ^'/ï M'ê Maus: de la vraie littérature en images hallucinantes qui se gravent dans l'esprit CLAUDE MARCIL collaboration spéciale ¦ Quand le premier volume de Maus est apparu en 1986, ce fut un choc.Le New-Yorkais Art Spiegelman avait entrepris \u2014et réussi\u2014 l'impossible: raconter dans une bande dessinée l'histoire de son père Vladek, un juif polonais qui a survécu à Auschwitz.Personne, absolument personne n'avait rien vu de tel: de la vraie littérature, en images hallucinantes qui se gravent dans notre esprit, où les Nazis étaient des chats et les Juifs des souris (en allemand, Maus veut dire souris).BANDE DESSINÉE Maus II, qui vient de paraître en français, a remporté l'an dernier, le National Book Critic Cir-cle Award, le Pulitzer de la biographie.Des souris et des chats L'histoire alterne entre les années 30-40 et aujourd'hui, alors que l'auteur se met lui-même en scène.On réalise que le sous-titre, Un survivant raconte, est ambigu: Vladek a survécu aux camps pour devenir un père attachant et follement manipulateur.Son fils se débat pour survivre au survivant.Dans des images sommaires, toutes noires, saturées d'encre, on suit la famille Spiegelman, mère, père, belle-famille, cousins, lors de l'arrivée des Nazis en Pologne et des premières mesures contre les Juifs.Puis c'est la faim, les premiers ghettos, les premières déportations vers les camps d'extermination.Pour rapporter le récit de Vladek, Art Spiegelman a recouru à un procédé de la littérature enfantine: il a dessiné, on l'a dit, des souris et des chats.Sa métaphore donne une force étrange au récit et rappelle que les Nazis voulaient faire admettre cette idée terrifiante: les Juifs ne sont pas des hommes, mais de sales bêtes nuisibles qu'on doit exterminer efficacement, exactement comme des souris dans une cave.Bref, un après l'autre, les Spiegelman disparaissent et en mars 1944, il ne reste plus que Vladek et sa femme Anja.Maus l s'achève sur la séparation de Vladek et d'Anja, au seuil du camp de concentration d'Auschwitz.Maus I fut un triomphe mondial et la source de nombreuses interrogations pour Spiegelman.Dans un dessin, il expose ses premiers doutes à sa femme au cours d'un trajet en voiture: «Je me suis embarqué dans un truc qui me dépasse.Peut-être que je devrais laisser tout tomber.» Puis il se rend auprès d'un psychiatre, survivant d'Auschwitz comme son père, et s'ouvre à lui de ses remords et de ses blocages.«Une partie de moi ne veut pas dessiner Auschwitz ni même y penser.Je n'arrive ni à visualiser ni à imaginer ce qu'on y ressentait.Je n'arrive pas à comprendre mes relations avec mon père.Comment pourrais-je comprendre Auschwitz.» En hommage à son père et à sa mère Anja, suicidée en 1968 sans laisser de message, Spiegelman a néanmoins décidé de dessiner la suite de l'histoire de Vladek.«Maus II»: la suite C'est une tâche écrasante et crucifiante ; raconter la vie de son père à Auschwitz, où sa débrouillardise et ses incroyables coups de chance lui permettent \u2014un des rares\u2014 à sortir vivant du camp de concentration: leçons d'anglais données à un kapo, travaux de cordonnier etc.Les images distillent des doses massives de chaleur humaine et d'horreur.«Et ceux qui finissaient dans les chambres à gaz avant d'être jetés dans ces fosses, c'étaient eux qui avaient de la chance.Les autres, dans les fosses, ils devaient sauter quand ils étaient encore vivants.» Et le lecteur voit des dessins, au trait volontairement pauvre, de masses de cadavres de souris dont certaines encore vivantes crient dans les flammes.«Les prisonniers qui travaillaient là, sur les vivants et les morts, ils versaient de l'essence, la graisse des corps brûlés, ils la recueillaient et la versaient à nouveau pour que touc le monde brûle bien.» Comme dans le premier tome, l'action alterne entre des scènes d'Auschwitz ou Dachau et les monts Catskill, dans l'état de New York, où Vladek a loué une maison de campagne.La trame est aussi entrecoupée par les épisodes mouvementés des rapports infernaux d'Artie avec son père.\u2022 En Amérique.L'auteur montre les pires aspects de ce dernier: Vladek simule un infarctus pour le faire venir auprès de lui, il s'engueule avec sa belle-fille parce qu'elle a pris un Noir en autostop et accuse comme d'habitude son fils de jeter l'argent par les fenêtres.( Il est avare au point de laisser brûler le gaz chez lui, compris dans le loyer, pour économiser les allumettes!) Un caractère insupportable, tyrannique, propageant autour de lui, comme une onde néfaste, l'anxiété et la culpabilité.Art Spiegelman ne nous cache rien de ses rencontres avec un psychiatre.Comme ce dernier le lui explique, peut-être l'attitude de Vladek venait-elle de ce qu'il se sentait coupable d'avoir survécu.«Et il a transféré sa culpabilité sur vous, le vrai survivant.parce qu'il n'y avait pas de risque.» \u2022 Retour à la guerre.Vladek est réquisitionné lors de l'avance soviétique pour démonter les chambres à gaz, les Allemands voulant évidemment ne laisser aucune trace.Scn fils nous dessine \u2014 un des nombreux détails documentaires de ce livre\u2014 les plans de l'appareillage de la solution finale.Vladek, avec les autres survivants, est évacué du camp à l'arrivée des Russes.On le suit dans les marches forcées vers un autre camp situé en Allemagne, avant d'aboutir, dans un wagon à bestiaux, à Dachau.11 survit à Dachau, retraverse l'Allemagne dévastée et retrouve Anja dans son village natal de Pologne.Plus sa maladie progresse, moins Vladek veut parler.«Toutes ces choses de la guerre, j'ai essayé d'enlever de ma tête pour toujours.jusqu'à ce que tu y remettes tout avec tes questions.» Sa santé a empiré: son diabète s'est aggravé et il a désormais besoin, pour son coeur, d'une bouteille à oxygène.Mais sa seconde femme, excédée par sa pingrerie et son caractère sadique, est partie avec la voiture et une provision d'argent pris à la banque.L'hiver suivant, Vladek se repose en Floride où il doit être fréquemment hospitalisé.Il s'enfuit de l'hôpital et exige d'être rapatrié à New York.On le renvoie chez lui où il meurt quelques mois plus tard, en août 1982.La traductrice a su rendre le parler de Vladek, dont la langue maternelle est le yiddish: «Un cintre en fer tu lui donnes! J'ai pas vue Artie presque depuis deux ans, des cintres en bois nous avons, non?» Les experts de l'Holocauste disent que la «solution finale» ne peut être adéquatement décrite ou comprise.Dans une vignette, face à son psy, Spiegelman se met en scène: «Mmmm.Samuel Beckett a dit: chaque mot est comme une tache inutile sur le silence et le néant.(Silence) D'un autre côté il l'a dit.» Une bande dessinée qui va vous hanter.MAUS 1 et MAUS 2.Art Spiegelman.Flammarion.Paris.1992.159 et 135 pages.26.95$ chacun.La savoureuse histoire de la Main GÉRALD LEBLANC - ¦ L'histoire enregistre les événements mais aussi leurs retards.C'est le 24 juin 1893 que fut inauguré, avec un an de retard, le Monument National, qui devait redonner aux Canadiens-français le contrôle du boulevard Saint-Laurent, la charnière des deux Montréal.Ce sera sans doute le 24 juin 1993 qu'on nous remontrera le Monument, présentement barricadé, à qui on devait refaire une beauté pour le 350e de Montréal en 1992.Mi\t\t[mm**.SOCIÉTÉ\t\t I\t\\\tHT Et le boulevard Saint-Laurent, cet impénitent délinquant, défiera toujours l'histoire et ceux qui la font.À leur tour, deux professeurs nous font le plaisir du récit de leurs découvertes de la «Main», nom classique de ce boulevard autour duquel s'est faite et défaite la métropole du Québec.Le titre de leur livre, Les Nuits de la Main, est accrocheur et le sous-titre, Cent ans de spectacles sur le boulevard Saint-Laurent (18911991), fidèle à ce que nous offrent André-G.Bourassa et Jean-Marc Larrue.Il y a plusieurs manières de lire ce livre.On peut d'abord regarder les images, unp centaine d'illustrations d'édifices toujours bien en place, comme l'hétéroclite Monument National, ayant Anlf r C ?» mi* Les nuits de la .-Main» S.*t»T'puin»»l IIH l*»|J__.Il y a près de cent ans : l'angle sud-est de l'intersection de la rue Sainte-Catherine et de la \u2022Main» disparu ou ayant changé de vocation.On peut aussi y lire l'histoire de Montréal, une ville tantôt anglaise tantôt française, jamais sûre de son identité.On peut même y lire l'histoire du Québec.Imaginez que le Monument National, la première cathédrale de la société distincte, fit d'abord ses frais avec les combats de boxe et de lutte, avant d'abriter les troupes venues de New York et, surtout, le théâtre yiddish alors que la rue Saint-Laurent apparte- nait aux Juifs de Montréal.A tel point que les pionniers cantonais du Quartier Chinois le dénomment encore le « Théâtre juif ».On peut même y lire l'histoire des États-Unis, dont la prohibition des années 20 entraîna un exode vers Montréal, «ville ouverte» avant la purification de Drapeau dans les années 50; et celle de la France, dont les gens de scène cherchaient refuge en Nouvelle-France à l'heure de la grande guerre des années 40.On peut enfin y lire l'histoire de l'humanité, en voyant les salles de spectacles de la «Main» s'accomoderjjiu cinéma muet en le jumelant1 au burlesque, le temps de changer les%bobines et de refroidir les projecteurs, et se livrer corps et âme au strip-tease devant l'irrésistible assaut de la télévision.Ce sont souvent les mêmes édifices, aujourd'hui recyclés en commerces de tout acabit, qui ont encaissé les soubresauts de l'histoire.Mieux qu'aucun musée, le boulevard Saint-Laurent d'en bas, la «lower main», témoigne de la trajectoire séculaire de Montréal.Et le Monument National, toujours aussi perdu dans ce «no man's land», se refait une beauté aux portes du Faubourg Saint-Laurent que la Ville veut à nouveau garnir d'habitants.On ne sait trop si l'on doit recommander ou interdire aux nouveaux bâtisseurs la lecture de ces Nuits de la Main.Us y apprendront certes des leçons sur le durable et le passager, mais ils risquent d'en sortir paralysés et incapables de planifier la «Main» de demain.Demain: le Monument National sera restauré, le Musée juste pour Rire ouvrira ses portes, le Café Cléopâtre étalera ses belles et la «Main» s'offrira en spectacle aux amateurs de l'imprévu et de l'imprévisible.Le livre des professeurs de théâtre doit figurer en bonne place dans la liste des témoins de l'éternelle métamorphose de la plus montréalaise de nos rues.LES NUITS DE LA \u2022 MAIN- CENT ANS DE SPECTACLES SUR IE BOULEVARD SAINT-LAURENT (1891-1991).AndreG.Bourassa et Jean-Marc Larrue VLB Editeur Yontreal 1993.360 pages, 20.95 $ B8 LA PRESSE, MONTRÉAL, DIMANCHE 21 FÉVRIER 1993 m mm 11f Lipovetsky défait la mode ultime : le prétendu «retour de la morale» n'existe pas.Il n'y a qu'individualisme, bien ou mal compris, notamment en ce qui concerne.¦ .l'écologie Les âmes vertueuses et bucoliques vont s'en \u2022 indigner mais plus de respect envers la nature, cela signifie, de fait, plus d'artificialisme techno-scientifique et plus de business, plus d'industrie et de marché.les médias // faut éviter d'entonner sans réserve le refrain de la dégradation de la qualité de l'information: musique trop connue venant en écho aux sempiternelles jérémiades plus réthoriques que démonstratives sur la décadence morale des démocraties.la biogénétique Ce qui était autrefois conscience morale commune, connaissance universelle du devoir, devient de plus en plus affaire d'experts et de spécialistes, médecins et sociologues, philosophes et théologiens.l'entreprise Une étude américaine révèle que, sur 30 ans, la même somme investie rapporterait presque neuf fois plus dans les entreprises dotées de hauts standards moraux que dans celles sans profil éthique affirmé.Le crépuscule du devoir: serait-ce l'aube du bon sens?MARIO ROY ¦ Gilles Lipovetsky \u2014ou son éditeur \u2014 a le chic pour garnir la jaquette de ses livres de titres qui font espérer des avalanches de considérations sombres, passéistes et pessimistes sur le siècle, la société et les hommes, très exactement du type de celles que Ton entend partout, toujours, jusqu'à plus soif.Les âmes morales et moralisantes s'en pourléchent les babines à l'avance: L'Ère du vide puis L'Empire de l'éphémère (qui, en 1987, l'avait consacré), et maintenant Le Crépuscule du devoir.\t\t ESSAIS\t\t '¦':'v:.:,:::;:::::':' Or, Lipovetsky est au contraire un penseur optimiste.Il donne précisément comme positifs sous presque tous les rapports la fin de la société morale et le crépuscule du devoir, comme il défendait il y a cinq ans la poursuite de la «marche des Lumières» de l'Occident «éphémé-risé».Il expose: nous sommes entrés dans une époque postmoraliste, dans l'âge de «l'après-devoir», qui a définitivement évacué la religion, non seulement dans son essence morale (obligations envers Dieu, comme dans le cas des religions révélées; ou envers la collectivité, comme dans celui des idéologies lourdes) mais aussi dans sa forme: le devoir lui-même.Il écrit: «Qualifier nos sociétés de postmoral istes peut paraître paradoxal au moment où des of- fensives contre la liberté de l'avortement se multiplient, où les législations drastiques sur le tabac et la drogue se mettent en place, où la pornographie suscite l'anathème des nouveaux ver-tuistes, où le souci éthique resurgit dans les médias, dans les entreprises, dans les sciences biomédicales, dans le rapport à la nature».Mais qu'on ne s'y trompe pas: dorénavant, «nous sommes désireux de règles justes et équilibrées, non de renoncement à nous-mêmes; nous voulons des régulations, non des sermons; des sages, non des pères-la-pudeur».Ce qui n'exclut pas, ajoute Lipovetsky, les combats d'arrière-garde, les résurgences occasionnelles et anachroniques d'un moralisme «devenu une figure synonyme, socialement, de terrorisme et d'inhumanité».La culture de l'individu L'époque, donc, est celle de l'individu.Autour de cet individu se construit une morale nouvelle qui, si elle est narcissique et centrée sur le bonheur, n'en forge pas moins un encadrement éthique stable et fonctionnel allant jusqu'à l'invention d'un succédané de l'altruisme sacrificiel: la télé-charité \u2014Band Aid, téléthons et compagnie\u2014 fonctionne en regard du principe voulant que «plus la religion du devoir s'amenuise, plus nous consommons de la générosité».Lipovetsky illustre: «Les milieux intellectuels sont restés largement fascinés par le scénario nihiliste, c'est toujours le naufrage et le catastrophisme du tout fout le camp qui dominent les lectures des nouvelles démocraties».Or, estime-t-il, «les critères du bien et du mal n'ont pas été éradiqués de l'âme individualiste, les idéologies globalisantes ont perdu leur crédit, pas les exigences morales minimales indispensables à la vie sociale et démocratique».L'essayiste français relève ce que d'autres ont constaté avant lui: le «mal» quel qu'il soit, pauvreté, violence, racisme, injustice, abus, n'est pas en progression; ce qui se passe vraiment.SILltl LIPOVETSKY Le crépuscule tiu devoir d«mccrxtiqv*t essais c'est que le mal est plus largement publicisé, donc plus connu, et en même temps plus intolérable et plus intoléré.L'auteur note: «Le public aime consommer la violence dans les médias, mais il la condamne avec une extrême sévérité dans le réel».S'il vivait ici, Lipovetsky enrichirait son exposé des élucu-brations de ces deux chercheurs de l'Université de Carleton selon qui 81 p.cent des étudiantes sont victimes d'abus sexuels: la violence sexuelle est devenue à ce point irrecevable qu'un juron est considéré comme un acte grave d'agression ! Politiquement, le principe démocratique est universellement admis et, contrebalançant le déclin du dévouement altruiste et le cynisme généralisé, on constate une hausse de la demande de respect du droit et le développement d'efficaces contre-pouvoirs voués à sa protection.Le bonheur «light» Lipovetsky est un optimiste, on l'a dit.Ce qui fait qu'il passe assez rapidement sur des aspects plus troubles de cette époque du «bonheur light» \u2014«light» comme la bière ou les cigarettes.\u2022 Sur l'individualisme «des-troy», opposé au «chaos organisateur» de l'individualisme éthique, ayant pour corollaire l'existence d'une société à deux vitesses complètement en panne au sein même d'un monde évolutif.\u2022 Sur le retour en force des inté-grismes religieux, que Lipovetsky considère comme un phénomène relativement mineur s'intégrant à son schème postmoraliste, nonobstant le verdict de mort extrêmement «moral» réitéré contre Salman Rushdie! \u2022 Sur la nouvelle éthique du travail, liée à la croissance personnelle de l'individu, qui entraîne dans les faits non pas un affranchissement mais un asservissement plus grand de l'homme \u2014 forcing productiviste, accélération des rythmes, surcroît de travail, pression morale, stress, surmenage\u2014 comme on le constate dans les entreprises fortement axées sur la création individuelle et à grande demande éthique.Telles les entreprises de presse.LE CREPUSCULE DU DEVOIR/LETHIOUE INDOLORE DES NOUVEAUX TEMPS DEMOCRATIQUES, Cilles Lipovetsky.Gallimard (nrf essais).Paris.1992.292 pages.33.00$.Le Chorus de Fred Hidalgo : une publication de référence Arts et! MARIE-CHRISTINE BLAIS collaboration spéciale ¦ Les amateurs de tatouages, d'armes à feu, de planche à voile, de lingerie ou de culturisme ont tous droit à des revues spécialisées, qui étudient l'objet de leur passion sous tous les angles.Le domaine de la musique n'est pas en reste.quand il est question de musique classique, de rock ou de jazz.cm?PÉRIODIQUES M»MMHH)Mw.Wrl
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