La presse, 7 janvier 1995, B. Plus
[" Le monde à l'aube de 199 Un supplément de World Media MICHÈLE OUIMET ême si les médias ont relégué le Rwanda dans la section des petites annonces et l'ont vite remplacé par une nouvelle guerre, ça ne change rien à l'ampleur du génocide et aux centaines de milliers de cadavres.Oui, le Rwanda est une guerre oubliée par les journalistes.Oui, il a été chassé des écrans de télévision par la tragédie de Bihac, la montée de l'intégrisme en Algérie et la guerre en Tchéchénie.Mais le Rwanda n'avait-il pas remplacé la Bosnie ?Et la Bosnie n'avait-elle pas remplacé la Somalie ?Toutes les guerres, tous les conflits tombent tôt ou tard dans l'oubli.Les médias ont d'autres chats à fouetter et d'autres conflits à couvrir.Ils ont leur propre logique.Les guerres aussi et certaines sont plus atroces que d'autres.Mais le Rwanda restera tout de même inscrit dans la mémoire des hommes et dans les manuels d'histoire parce qu'il y a eu génocide.Qui pourra jamais oublier les images insoutenables des cadavres pourris et gonflés qui flottaient dans la rivière à la frontière du Rwanda et de la Tanzanie ?Ces cadavres \u2014 on a peut-être tendance à l'oublier \u2014 étaient de vrais hommes, de vraies femmes et de vrais enfants qui avaient une vie bien à eux avant de tomber sous les machettes des miliciens.Le Rwanda restera comme une tâche honteuse dans l'histoire et les journalistes n'ont rien à voir là-dedans.Le Rwanda ne sera d'ailleurs pas seul au chapitre des génocides.On n'a qu'à se rappeler le Cambodge, l'Arménie et l'Holocauste, pour n'en nommer que quelques-uns.Au Rwanda, les massacres ont débuté subitement avec une violence et une cruauté intolérables.Tout a commencé le 6 avril lorsque l'avion du président luvenal Habyarimana, un Hutu membre de l'ethnie majoritiai-re, a été abattu.Le lendemain de l'attentat, la radio rwandaise a annoncé la mort du président et a demandé aux gens de ne pas quitter leur domicile.Les massacres ont alors commencé de façon systématique.La garde présidentielle, l'armée rwandaise et les jeunes miliciens ont frappé à certaines portes et ont littéralement liquidé les Tutsis, l'ethnie minoritaire qui forme près de 10 p.cent de la population, ainsi que les Hutus modérés prêts à partager le pouvoir avec les Tutsis.Les soldats et les miliciens ne se contentaient pas de tuer.Ils massacraient aveuglément les hommes, les femmes, les enfants et les vieillards, s'amusant à les dépecer à la machette et à les pulvériser avec des grenades.COLETTE BRAECKMAN Iâ! Soir BRUXELLES a communauté internationale a K2Dmis du temps à saisir le caractère particulier, exceptionnel, des événements qui s'enclenchèrent au Rwanda dans les minutes qui suivirent la mort du président Habyarimana, dont l'avion fut abattu le soir du 6 avril par deux missiles tirés par des mains expertes.Alors que les Casques bleus belges tentaient vainement de s'approcher de la carcasse fumante de l'avion entourée par la Garde présidentielle, une véritable « machine à tuer » entrait en action dans la capitale : des équipes de tueurs, dotées de listes, se dirigeaient vers le domicile de leurs victimes, les membres les plus en vue de la minorité tutsi et des personnalités politiques de l'opposition, pendant que des miliciens hutus dressaient des barrages à travers la ville et triaient leurs concitoyens suivant la carte d'identité indiquant leur ethnie.En quelques heures, la classe politi- Rwanda PHOTO AFP La guerre du Rwanda est tombée dans l'oubli mais elle aura sa place dans les manuels d'histoire parce qu'il y a eu génocide.Les morts se sont vite comptés par dizaines de milliers.Dès la fin du mois d'avril, après trois semaines de massacres, certains médias ont commencé à avancer le chiffre de 100 000 morts, puis de 200 000 et, enfin, de un demi-million.C'est là qu'on a commencé à parler de génocide, d'abord bien timidement, puis plus fermement à mesure que la liste des morts s'allongeait.Mais le Rwanda, ce n'est pas que ça.Au-delà de ces chiffres et des enjeux géo-politiques, il y a des hommes qui ont souffert, qui ont eu peur et qui ont tout perdu.Le Rwanda, par exemple, c'est aussi l'histoire du petit Jérôme, un frêle enfant de trois ans que les soldats de l'armée rebelle ont retrouvé dans une église.Jérôme a passé trois jours couché sur le ventre de sa mère morte, seul au milieu des cadavres encore chauds.Il lui tétait les seins dans un silence de mort.Les soldats l'ont ramassé et l'ont amené dans un petit village situé non loin de là, Gahini.Jérôme ne parlait pas.Rien, pas même une plainte.Il vivait dans la maison d'un militaire, située sur le terrain de l'hôpital de Gahini qui servait de lieu de passage à tous les étrangers qui circulaient dans le pays, c'est-à-dire les membres des organisations internationales comme la Croix-Rouge ou l'ONU ainsi que quelques journalistes.C'était à la fin du mois d'avril.Le Rwanda était ravagé par la guerre civile et la population se faisait toujours massacrer dans le Sud du pays.Jérôme ne voulait jamais se coucher.Il titubait de fatigue, ses paupières étaient gonflées de sommeil, mais il luttait, de crainte de s'endormir et de sombrer dans le néant.En fait, Jérôme avait peur du sommeil.C'est un peu comme s'il mourait un peu chaque fois qu'il tombait endormi.Il ne souriait jamais.Il prenait un adulte en affection et il ne le lâchait plus d'une semelle.Il se collait à lui comme une ombre silencieuse et le suivait partout.Il était fragile et vulnérable.Jamais on ne saura à quel point les massacres perpétrés sous ses yeux et la mort de sa mère l'auront traumatisé.Mais son silence et ses grands yeux incrédules étaient lourds de reproches muets.Au Rwanda, il y a des milliers d'orphelins dont le destin n'a pas été aussi tragique que celui de Jérôme mais qui se sont retrouvés seuls dans un pays en déroute, profondément déchirés par les conflits ethniques et la haine.Ce n'est pas facile d'ailleurs pour un journaliste de couvrir une guerre comme celle-là.Tout est confus.Il faut essayer de démêler les faits \u2014 le nombre de morts et l'ampleur des massacres \u2014 et comprendre ce qui s'est vraiment passé en se dépêtrant avec la propagande de l'armée rebelle et de l'armée gouvernementale pendant que les miliciens massacrent toujours, que les réfugiés envahissent les camps et que des centaines, des milliers de cadavres jonchent le pays avec cette horrible odeur de la mort qui flotte partout.Aujourd'hui, pendant que le Rwanda essaie de panser ses plaies, c'est le pays voisin, le Burundi, qui semble glisser inexorablement vers le chaos et où les Tutsis et les Hutus s'affrontent dans une ultime tentative pour conserver le pouvoir.Il y aura sûrement d'autres petits Jérôme.De toute façon, il y a toujours des petits Jérôme dans les guerres.C'est d'ailleurs une des grandes leçons de l'histoire : l'homme ne retient jamais rien de ses folies meurtrières et il les répète sans fin.Comme en Bosnie, en Somalie, en Algérie, en Tchéchénie.Un million de morts en cent jours que était décapitée, dont le premier ministre Aga the Uwilingiymana et les dix Casques bleus belges chargés de la défendre, ainsi que plusieurs leaders de l'opposition.Très vite, la machine à tuer prenait sa vitesse de croisière, et fauchait systématiquement les familles tutsi et les Hutus considérés comme modérés, c'est-à-dire n'appartenant pas à la tendance extrémiste dite « hutu power ».Alors que dans la journée suivant l'attentat, un gouvernement intérimaire avait prêté serment, que le Front patriotique rwandais, cosignataire des accords d'Arusha prévoyant le partage du pouvoir avait repris l'offensive, les miliciens, suivant leur propre vocabulaire, « travaillaient » à tour de bras, couverts par l'armée et la gendarmerie, suivis par des groupes de civils qu'ils obligeaient, sous la menace, à participer aux tueries.C'est ainsi qu'en cent jours, un million de Tutsis et de Hutus de l'opposition ou originaires du Sud furent exterminés : c'était le troisième génocide du siècle.Génocide, et non pas «simples» tueries ou luttes interethniques : la volonté des miliciens était sous-tendue par un projet politique précis : « éradiquer » les Tutsis du sol rwandais, tuer jusqu'aux enfants pour ne pas susciter ces groupes de réfugiés qui, un jour, pourraient avoir la tentation de revenir, de reprendre la guerre comme l'avait fait le Front patriotique, composé d'enfants de réfugiés et d'opposants hutus.Alors que le monde prenait lentement conscience de l'horreur qui déferlait, les circonstances et les responsabilités dans l'attentat qui avait coûté la vie au président Habyarimana et à son collègue burundais Nta-ryamira étaient occultées par le drame immédiat.Cependant, de nombreux témoignages recueillis au cours de plusieurs séjours à Kigali, et auprès d'expatriés belges ramenaient toujours vers des pistes convergentes : la rumeur attribuant aux Casques bleus belges la responsabilité de l'attentat ( une rumeur qui, provoquant la colère des soldats et de la population entraîna la mort de dix d'entre eux ) émanait de source française à Kigali.Plusieurs témoins, dès le lende- main du drame, au moment où ils étaient évacués vers l'Europe, affirmaient avoir retrouvé fin mars, déambulant à Kigali et Butare, en civil, des militaires français qui jusqu'en décembre faisaient partie du DAMI, le détachement d'assistance militaire à l'instruction.Interrogés, ces civils aux cheveux très courts assuraient qu'ils se trouvaient au Rwanda « pour une mission de courte durée, une sorte de congé ».Vers la mi-juin, pendant que la France préparait l'Opération turquoise, sorte de couverture humanitaire pour une opération politico-militaire, un message me parvint, provenant de quelqu'un qui se présentait comme un « chef de milice à Kigali ».L'auteur, qui affirmait avoir le bras arraché et se préparait à mourir faute de soins, assurait que l'attentat contre l'avion avait été le fait de quatre membres de la CDR ( Coalition pour la défense de la République, rassemblant des extrémistes hutus ) assistés par deux militaires français membres du DAMI, dont l'un disait-il, s'appelait Etienne.Délibérément, disait la missive, ces hommes « avaient fait porter le chapeau aux Belges.» Malgré les protestations outragées venues de Paris, cette piste fut retenue par l'auditorat militaire en Belgique, qui établit qu'« Etienne » était bel et bien le nom de code d'un instructeur de tir français ayant travaillé au Rwanda et qui avait gagné le Burundi par la suite, instruisant la garde présidentielle.Seuls les travaux et les enquêtes d'un tribunal international pourront, éventuellement, tirer au clair les responsabilités dans l'attentat qui déclencha le troisième génocide du siècle, et identifier les commanditaires de l'opération.Fin 1994, on était loin du compte: aucune enquête sérieuse n'avait encore été entamée \u2014 faute de volonté politique les investigations de l'auditorat militaire en Belgique marquaient le pas \u2014, le Tribunal international destiné à juger les auteurs du génocide avait sérieusement réduit ses ambitions et aucun responsable, aucun exécutant des massacres n'avait encore été inquiété, nulle part dans le monde.Chacun cependant s'en allait en répétant que l'impunité était le gage de la vengeance, du cycle infini de la violence.MEDIA (iiojusji (TogtsÇitajtlfltt Lajornada jtfienpoffen HÉÉU PIBI.IC0 Al-Ahram Siiddeui sclie Ze il u ng THE IRISH TIMES T0BHMA LA NACION weekendavisen FOUI A DE S PAUL0 LA STAMPA T\"WTI LE SOIR L'ECONOME DER STANDARD LID0VÉ N0VINY IBW Le Nouveau Quotidien jjjl Eftjg m ^Milliyet '~ The Yomiuri Shhnbun LA PRESSE.MONTRÉAL, SAMEDI 7 JANVIER 1995 Paul Desmarais Roger D.Landry président du conseil président d'administration et éditeur Claude Masson éditeur adjoint Marcel Desjardins directeur de l'information Alain Dubuc éditorialiste en chef Les défis des fédéralistes I e gouvernement du Parti québécois commence la nouvelle | année comme il a terminé la dernière, en conservant le fc«momentum pour tenter de remporter le référendum qui aura vraisemblablement lieu dans la première moitié de 1995.Le PQ a réussi le tour de force de recruter des personnalités connues, notamment des conservateurs et des libéraux, pour présider ses commissions régionales de consultation.Il y a bien quelques has been de la politique dans le groupe mais l'échantillonnage est valable.Reproche doit lui être adressé d'avoir recruté la présidente du syndicat de la fonction publique, Danielle-Maude Gosselin, et à elle d'avoir accepté l'Invitation : gouvernement et syndicat se placent en situation de conflit d'intérêts.L'État-employeur sera mal placé pour refuser au syndicat des fonctionnaires ce qu'il réclamera après avoir utilisé sa présidente à ses fins politiques.Le PQ a pris l'offensive de la démarche : ça lui appartenait.Il sait où il va et s'y dirige allègrement, rondement.Il occupe le terrain, tout le terrain, et il faut prévoir qu'il maintiendra cette stratégie, en l'accentuant, dans les prochains mois.Les souverainistes, péquistes et bloquistes en force, ont un seul objectif : gagner le référendum et créer le pays du Québec.Sauf pour quelques modalités, c'est la belle unanimité.Jusqu'au Grand Soir ! Après, dépendant du résultat, ce sera autre chose.La stratégie des fédéralistes est beaucoup plus difficile à établir.La cohésion entre les libéraux du Québec et les libéraux fédéraux, et même entre leurs chefs Daniel Johnson et Jean Chrétien, n'est pas encore évidente.Et quel sera le rôle qu'auront ou se donneront les conservateurs de Jean Charest, les réformistes de Preston Manning et les premiers ministres des provinces ?Pas facile de coordonner tout ça.Depuis le début de la démarche, les fédéralistes sont sur la défensive.Daniel Johnson a dit NON à la participation de son parti aux commissions de consultation : même s'il a raison de ne pas s'être laissé entraîner dans ce jeu partisan, les absents de la scène ont toujours tort et, si le PQ devait gagner le référendum, Daniel Johnson tomberait avec son refus.Le gouvernement fédéral se cherche encore, à quelques mois de la campagne référendaire*, les propos prématurés \u2014 et qu'il a vite fait de faire oublier \u2014 du premier ministre à l'effet que le référendum serait illégal et les déclarations et décisions on ne peut plus partisanes du ministre des Affaires intergouvernementales relativement au Collège militaire de Saint-Jean sont loin d'être favorables au camp fédéraliste.À force de gaffer, les adversaires du PQ lui fournissent beaucoup trop de munitions.et de points.Les ténors crédibles en faveur de l'option fédéraliste, dans les rangs politiques à tout le moins, sont peu nombreux.Ce n'est pas pour rien que les libéraux fédéraux, comptant peu de poids lourds au Québec, viennent de recruter Mme Lucienne Robiilard.Malgré son prestige, celle-ci ne pourra à elle seule faire la bataille contre une armée de porte-parole souverainis- \u2022 tes.Et même Mme Robiilard a déjà perdu quelques plumes en acceptant de se présenter dans un comté gagné d'avance et en balayant derrière elle les convictions pro-québécoises qu'elle a défendues tour à tour comme ministre des Affaires culturelles, de l'Éducation et de la santé dans le dernier gouvernement libéral de Robert Bourassa et de Daniel Johnson.Les défenseurs du fédéralisme ressemblent à une équipe professionnelle de hockey, de baseball ou de football qui se dit à l'avance assurée de gagner le championnat, la victoire en séries finales, la coupe.Mais II y a parfois de grandes surprises ! En se basant sur les sondages et sur les résultats serrés des * élections du 12 septembre, les fédéralistes opportunistes-croient que la victoire du NON est déjà acquise, convaincus que les Québécois n'oseront pas faire le grand saut dans l'inconnuv par crainte de devoir réduire leur niveau de vie.Mais ce qu'il y a d'inconnu, c'est le degré d'émotivité qui entourera la bataille référendaire.Rappelons-nous les lendemains de la défaite de l'entente du lac Meech et des gens subitement devenus favorables à l'option souverainiste, par déception, par dépit, par vengeance, par désir d'adresser un message clair au Canada anglais ! En politique comme dans le sport, il ne faut rien prendre pour acquis avant la dernière minute de jeu.Et il ne faut jamais sous-estimer la force et la capacité de rebondissement de l'adversaire.Claude MASSON Sus au chômage ! I a création d'emplois a été très forte en 1994, ce que 1 personne ne prévoyait.Presque toute la perte d'em-Laplois due à la récession a ainsi été rattrapée.Mais à plus de 9 pour cent -12 pour cent pour le Québec - le chômage reste extrêmement élevé.Aux États-Unis, en revanche, il n'est que de 5.4 pour cent, ce qui laisse présager une hausse des taux d'intérêt américains, qui se communiquera aussitôt chez nous.La reprise conjoncturelle de l'emploi au Canada tire donc à sa fin.On en revient alors à une constatation faite, il y a plusieurs années, que le chômage correspond à un défaut structurel de l'économie, soit dans les normes en vigueur dans le marché du travail, soit dans la formation de la main-d'oeuvre.Le Canada n'est pas seul dans cette galère.Tous les pays européens luttent contre un chômage bien pire que ce qu'ils avaient connu pendant les décennies d'après-guerre.Le Canada est même mieux placé que certains pays, comme la France, où le chômage est particulièrement récalcitrant.Parmi les causes de cette aggravation chronique du chômage, on cite souvent l'ouverture des marchés mondiaux et la concurrence de pays nouvellement industrialisés comme la Corée, la Chine, le Mexique et le Brésil.L'époque où l'Amérique du Nord, l'Europe et le Japon représentaient une part toujours croissante du commerce mondial est définitivement révolue.Autrefois, la demande en produits manufacturés des pays industrialisés était comblée par des importations d'autres pays industrialisés.Mais les pays nouvellement industrialisés sont de plus en plus capables d'exporter des produits concurrentiels quant à la qualité et imbattables quant aux prix.Ce n'est plus tant une question de main-d'oeuvre à bas salaire, quoique ce facteur continue de jouer un rôle, que d'adoption de nouvelles technologies pour atteindre une productivité élevée.En attendant que ces pays développent des liens commerciaux étroits entre eux, ils exportent surtout à destination des pays industrialisés depuis longtemps et qui ont un niveau élevé de consommation.Le Canada est donc en plein dans leur ligne de mire.Cela a sans doute déprimé la production dans plusieurs industries et explique en partie notre chômage.Mais, ces pays représentent aussi notre planche de salut.On estime que leurs importations, au cours des 15 prochaines années, augmenteront de presque 1 000 milliards de dollars, contre 660 milliards seulement pour les pays Industrialisés traditionnels.Cela donne une idée des pays où le Canada trouvera sa future clientèle.Or, les exportations sont un des domaines parmi les plus dynamiques de l'économie canadienne, depuis quelques années.Et nos gouvernements sont pleinement conscients de l'importance commerciale de l'Extrême-Orient et de l'Amérique latine.Les conditions nécessaires à une réduction de notre chô-¦ mage anormalement élevé existent.Il suffit d'en tenir pleinement compte dans l'élaboration de nos politiques.Frédéric wagnière Sida et prison D eux ambulanciers qui ont tenté de secourir un détenu blessé à mort dans la prison de Donnacona ont passé quelques jours d'enfer.En raison de la confidentialité des dossiers médicaux, ils n'avaient pas accès aux anté-cédants médicaux du prisonnier, et ne pouvaient vérifier s'il était atteint du sida.Le cas échéant, comme le blessé avait saigné abondamment, ils couraient un risque de contamination.La loi fédérale sur la protection des renseignements personnels interdit de divulguer des informations d'ordre médical à des personnes qui ne prodiguent pas de soins à un patient.Étant donné que les deux ambulanciers ont été aspergés de sang alors qu'ils tentaient de sauver la vie du détenu, et puisque celui-ci n'a pas survécu et que le secret n'avait plus tellement de sens, la direction de la prison a finalement révélé les résultats de son dernier test - séronégatif.: cette histoire soulève une grande question : faut-il s'accrocher à la confidentialité médicale à tout prix ?Quand une personne a de bonnes raisons de craindre qu'elle a été contaminée par une maladie grave, son droit de savoir n'est-il pas aussi important que le droit au secret médical ?De façon Indirecte, l'incident soulève aussi tout un pan de la vie des pénitenciers : l'incidence élevée de séropositi-vité.D'après une étude du ministère de la Santé publique, citée dans un récent article paru dans L'Actualité, 3,6 p.cent des hommes et deux fois plus de femmes seraient atteints du virus HIV.; Celui-ci se propage surtout chez les toxicomanes, qui se piquent clandestinement en utilisant n'Importe quelle seringue et tout ce qui peut s'y apparenter.Les médecins qui proposent de distribuer des seringues propres aux toxicomanes se heurtent à un mur de refus.Pourtant, ce serait le moyen le plus sûr de stopper la propagation du virus derrière les barreaux.: Entre la protection de la santé publique et les considérations d'ordre moral - on ne veut pas encourager les détenus à se droguer - où trancher?Le débat mériterait au moins d'être tenu.Agnès CRUDA e oh joue ferïr&HAeJto Tcjté&tiêve^ Hof g&iïHéeeAJÇ Bfc+t Mort tam# En quoi l'intérêt public est-il servi par le suicide publicisé du Dr Boutin ?En agissant comme il l'a fait le Dr Boutin aura peut-être, par le fait même, culpabilisé les malades qui se trouvent dans la situation qu'il redoutait MARCEL ADAM u début de décembre, le Dr Joseph Raphaël Boutin, qui fut pendant 36 ans directeur médical de l'Hôpital Notre-Dame, s'en-levait la vie à l'âge de 82 ans, après avoir décidé de faire paraître dans les journaux une lettre donnant les raisons de son geste.« Ma qualité de vie fut telle que je ne puis me résoudre à la voir se détériorer jour après jour », écrit-il.Après avoir expliqué son projet à ses proches, il tira sa révérence comme il l'avait an-noncé.Sereinement, la conscience en paix, en accord avec sa philosophie de la vie, sa conception métaphysique de l'existence et l'idée ( panthéiste ) qu'il se fait de Dieu.En parfaite lucidité et en pleine possession de toutes ses facultés, il a mis fin lui-même à ses jours avec une dose létha-le de médicaments.En justifiant publiquement son geste, le docteur Boutin a voulu lui donner une portée sociale et alimenter la réflexion sur l'acharnement thérapeutique et l'euthanasie.Evoquant notamment le cas de Sue Rodriguez, dont la mort a suscité un débat national qui pourrait déboucher sur une législation fédérale, il dénonce une loi injuste qui fait que seules les personnes qui en ont la capacité peuvent choisir de mourir à leur heure dans la dignité.Cet événement a ému l'opinion publique et fait l'objet de beaucoup de commentaires.Dans le public, on a généralement loué le courage du médecin et salué la contribution que son témoignage apporte dans le débat sur le suicide assisté, cependant que dans le monde médical les opinions étaient partagées.Je ne vois pas en quoi le Dr Boutin sert l'intérêt public.La décision de mettre fin à ses jours est une affaire qui ne concerne que la conscience personnelle et les proches, qui ont droit à une explication.En médiatisant largement son suicide et les raisons qui l'y ont conduit, le médecin lui donne une valeur exemplaire et se propose comme modèle à suivre.Pour les personnes qui voient les choses comme lui, son exemple est-il bien utile ?Combien pourraient imiter son geste avec l'assurance qu'il avait, lui, à cause de sa profession, de ne pas manquer leur coup ?On sait que, faute de connaître une manière propre, expé-ditive et sûre de se donner la mort, beaucoup de gens se sont retrouvés dans un état pire que celui qui les avait acculés au suicide.Comme le chanteur Maurice Chevalier, qui rata sa grande sortie en calculant mal la dose des médicaments nécessaires au passage en douce de vie à trépas ; il se réveilla invalide, les reins ruinés par l'empoisonnement, et mourut au bout d'une année de dépérissement et de souffrances.Pour ce qui est du problème des incurables empêchés de mourir par acharnement théra- peutique, ou de celui des malades à l'état végétatif n'ayant pas droit au suicide assisté, je me demande en quoi son exemple peut aider à résoudre ces questions difficiles puisque son cas n'est pas comparable.Je m'interroge également sur la pertinence d'introduire dans le débat les considérations morales qu'il propose : \u2014 Qui aura le courage de faire taire l'intolérance ?On n'a pas le droit d'imposer sa morale ou sa religion.Lorsqu'il s'agit d'euthanasie, on parle trop de religion et de foi, alors qu'on devrait plutôt parler d'amour et de compassion.Pourquoi ne cherche-t-on pas à faire de la vie présente une existence heureuse, en vivant selon des valeurs universelles, plutôt que d'être à la recherche d'une religion qui promet à l'homme du bonheur dans l'au-delà ?Les raisons les plus fortes qui font s'opposer les esprits sérieux à la légalisation de l'euthanasie ne procèdent pas de l'intolérance ou de l'obscurantisme religieux, mais du respect de la vie et de la liberté individuelle.Particulièrement de la crainte que se produise ici le dérapage qui sévit en Hollande, depuis que l'euthanasie y est autorisée à certaines conditions.Ces jours-ci, la justice néerlandaise était saisie de nouvelles plaintes d'abus qui s'ajoutent aux milliers de cas d'euthanasie involontaires recensés par des études sérieuses.l'aurais trouvé plus utile que le Dr Boutin participe de son vivant à la discussion publique et confronte son point de vue à celui des opposants à l'euthanasie, l'aurais aimé savoir s'il avait réfléchi à cette inévitable et odieuse conséquence de la légalisation de cette pratique : la pression morale qu'elle exercerait sur les grands malades qui rejettent en principe la terminaison volontaire de la vie.Ayant à leur disposition un moyen légal de faciliter les choses à tout le monde, ces malades qui n'en finissent plus de mourir se sentiraient encore plus coupables d'être à la charge des autres, et beaucoup seraient amenés à choisir une tin hâtive que leur conscience réprouve.Pire encore, il est certain que des préposés à leur soin se sentiraient moralement dédouanés par une loi permettant l'euthanasie.Us ne se feraient pas scrupule d'ajouter insidieusement à cette pression en leur donnant mauvaise conscience de s'accrocher à une vie de si piètre qualité.À cet égard, on peut penser qu'en proclamant s'être suicidé parce que son éventuelle dégénérescence ferait de lui un fardeau pour les siens et la société, le Dr Boutin aura peut-être, par le fait même, culpabilisé les malades qui se trouvent dans la situation qu'il redoutait.J'ajouterai que la raison invoquée comporte un message dangereux.Si la qualité de la vie est la seule vraie raison de vivre, pourquoi le sucide ne serait-il pas la solution pour les personnes de tous âges, accablées d'épreuves et n'ayant aucun espoir d'acquérir cette qualité de vie devenue pour beaucoup un sine qua non ?)e crains que le geste bien intentionné du vénérable médecin aura surtout produit ces deux effets pervers. i Lysiane Gagnon ^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^ LA PRESSE, MONTREAL.SAMEDI 7 JANVIER 1995 Opinions Le Québec dans le GATT et l'ALÉNA : bien sûr, mais à quelles conditions ?PHILIPPE DUBUISSON L ^adhésion d'un Québec indépendant aux accords commerciaux du GATT et de l'ALÉNA soulève un débat que les échanges entre souverainistes et fédéralistes n'ont malheureusement pas permis d'éclairer jusqu'à maintenant.En déposant un projet de loi symbolique sur la mise en oeuvre de l'accord du GATT et de l'ALÉNA dans ses champs de compétence, le ministre des Affaires internationales, Bernard Landry, a surtout cherché à répondre à ses adversaires.Depuis l'élection du Parti québécois et de l'enclenchement du processus devant mener à la souveraineté, les fédéralistes ont prétendu que l'adhésion d'un Québec indépendant aux accords commerciaux internationaux ne serait pas assurée.La stratégie fédérale est fort simple : brandir le spectre de l'isolement d'un Québec indépendant.On veut ainsi convaincre les Québécois qu'ils devront payer chèrement sur le plan économique une plus grande autonomie politique.Mais la question n'est pas de savoir si le Québec pourra ou non adhérer au GATT et à l'ALÉNA.Le débat doit plutôt répondre à la question suivante : est-il préférable pour le Québec de participer à ces accords à titre de province ou à titre d'État souverain ?Car, si l'adhésion d'un Québec indépendant au GATT et à l'ALÉNA ne fait pas de doute auprès des économistes modérés francophones et anglophones, les règles qui s'appliquent présentement à la province changeront sensiblement.D'une part, le Québec devra négocier sa participation à l'ALÉNA.Les États-Unis chercheront à obtenir des concessions du Québec, tout comme ils ont réussi à en arracher au Canada en contrepartie de sa participation aux négociations devant mener à la ratification de l'ALÉNA.Il faut se rappeler que les États-Unis et le Mexique avaient d'abord annoncé leur intention de négocier un accord bilatéral.Le Canada a demandé d'être partie prenante aux négociations et les États-Unis ont usé de leur rapport de force pour obtenir des concessions du Canada en échange de sa participation.Aussi, sans rien obtenir en retour des États-Unis, le Canada a fait des concessions au chapitre des règles d'origine dans les secteurs de l'automobile et du vêtement par rapport à l'accord de libre-échange canado-américain de 1988.Pourtant, le Canada a aussi présenté ses demandes auprès des États-Unis.Il s'était notamment donné pour objectif d'améliorer l'accès des banques canadiennes au marché américain.Il n'a rien obtenu.Il a même dû laisser tomber l'engagement américain, inclus dans l'accord de 1988, de négocier un code des subventions.Avec le Québec, les États-Unis chercheraient vraisemblablement à mettre fin à la pratique des subventions sous la forme de tarifs préférentiels d'électricité.Les relations qui existent au Québec entre le gouvernement et le secteur privé par le truchement de la Caisse de dépôt seraient aussi examinées à la loupe.Il est illusoire de chercher à prédire le résultat final de négociations complexes entre le Québec et les partenaires de l'ALÉNA.Mais il faut prévoir que le Québec n'aura pas l'influence nécessaire pour renoncer à toute concession en échange de son adhésion au pacte commercial.Et même si, dans le meilleur des scénarios, le Québec se voyait offrir la même entente qui prévaut actuellement entre le Canada, les États-Unis et le Mexique, son passage du statut de province à celui d'État souverain changerait sensiblement l'application des règles de l'ALÉNA en ce qui le concerne.L'ALÉNA restreint peu les interventions des gouvernements provinciaux car il s'agit essentiellement d'un pacte commercial entre gouvernements nationaux.Ainsi, les politiques d'achat du gouvernement du Québec et de ses sociétés d'État, comme HydroQuébec, échappent aux règles contraignantes de l'ALÉNA.Ce ne serait plus le cas si le Québec accédait à l'ALÉNA à titre d'État souverain.Hydro-Québec devrait ainsi cesser ses pratiques préférentielles auprès des entreprises québécoises et traiter sur un pied d'égalité les fournisseurs étrangers.L'exclusion de cette société d'État de l'accord de libre- échange interprovincial témoigne de l'importance de ce fait.On peut citer d'autres exemples.Les institutions financières titulaires d'une charte provinciale ne sont pas assujetties à la clause qui permet aux résidants américains d'échapper aux restrictions qui limitent la propriété étrangère dans les institutions financières de juridiction fédérale.Ce ne serait plus le cas si le Québec devenait indépendant.En clair, le passage du statut de province à celui d'État souverain réduirait la marge de manoeuvre du gouvernement du Québec en matière de politiques économiques et industrielles en ce qui a trait aux accords commerciaux.Pour convaincre les Québécois d'appuyer son projet de souveraineté, le gouvernement Parizeau ne peut simplement prétendre que rien ne changera en ce qui a trait à la participation du Québec aux accords commerciaux.Les négociations seront ardues, mais pas insurmontables.Il aura tout avantage à donner l'heure juste au nom de la crédibilité de son projet.Du côté fédéraliste, élaborer des scénarios apocalyptiques en brandissant le spectre de l'isolement du Québec ne sert pas sa cause.Cette stratégie donne plutôt à penser qu'à court d'arguments, on se rabat sur l'invraisemblable dans le but d'attiser le sentiment d'insécurité économique des gens.L'option fédéraliste perd ainsi en crédibilité.L'auteur est adjoint au directeur de l'information de La Presse.De l'info, vraiment trop n'en faut.ALAIN STANKÉ L'auteur est écrivain et éditeur.-~ Jouez, hautbois, résonnez, \"dPmusettes! Il est ne !e divin enfant, chantons tous son avènement ! » Depuis le premier janvier, nous avons l'information continue.Grâce à Dieu et à RDI, nous ne serons plus des sous-informés.Mais n'allons-nous pas devenir des mal-informés?Des câblés accablés ?; Certes, l'abondance d'information n'est pas nuisible.Mais, quand l'abondance frise le trop-plein, ne risque-t-on pas de souffrir de saturation ?Avec tous les postes de radio AM et FM, le câble, la prolifération des nouveaux canaux et l'antenne parabolique qui m'offrent un choix infini de bulletins d'informations, j'avoue que je ne sais plus très bien où donner de la rétine et du tympan.Pour ne rien rater, je dois tout ingurgiter goulûment au hasard de mon hhmhhmhh « zappeur » et du « scanner » automatique de ma radio.re au meilleur quand le pire est probable.Loin de moi l'idée de chercher des puces à un poste débutant ( constitué de professionnels expérimentés ) mais néanmoins bien intentionné.Qu'on ne s'y trompe pas.l'applaudis à 2 mains la création d'une chaîne de langue française spécialisée dans l'information continue.le sais par ailleurs combien il est difficile pour les journalistes de « couvrir » une guerre en direct et j'apprécie leurs efforts souvent très périlleux.Tout ce que je souhaite, c'est que l'on ne s'obstine pas à faire parler des correspondants en « simili-direct » quand ceux-ci n'auront rien de signifiant à nous dire.Dans ces moments-là, je ne pourrais m'empê-cher de penser à Michel Audiard.«Quand on n'a rien à dire, ce n'est pas une raison pour fermer sa gueule ! », disait-il.Revenons à ce moment historique du premier de l'An.Ce matin-là, la correspondante de Radio-Canada n'était même pas à Groznyj, mais plutôt à La chaîne et le réseau Malgré certaines mauvaises langues rail-1 a n t l'instauration _ de la RDI, qu'elles décrivaient malicieusement en latin comme notre futur canal Rapidus-Detritus-Incitus :( Précipité, Usé, Maladroit), le premier de l'An, à neuf heures précises du matin ( nous avait-on prédit ) j'étais installé devant mon poste.Au premier bulletin de nouvelles, la première correspondance provenait de Russie.Elle concernait Groznyj.Grâce au miracle du direct et de la technologie moderne ( maintenant que le satellite a remplacé l'étoile du berger), Céline G al i peau nous a appris que des témoins « auraient vu le palais présidentiel en flammes ».Us ont vu aussi pas moins de neuf corps de soldats russes calcinés reposant à l'intérieur des chars d'assaut détruits.Faible consolation en ce début de l'An neuf : « les forces sécessionnistes tchét-chènes loyales à leur président \u2022ont réussi, dit elle, à repousser la première vague de l'attaque russe».l'eus aussitôt une pensée émue pour les valeureux résistants de .'l'indépendance forcés d'affronter la mort le dernier jour de l'année alors qu'à peu près partout dans le monde les gens baignaient encore dans les effluves de leur joyeux réveillon.Dès que l'image de la correspondante disparut de l'écran, la lectrice de nouvelles apparut en \u2022annonçant exactement le contraire de ce que venait de nous dire la correspondante : « On vient tout juste d'apprendre que le palais présidentiel est tombé aux mains des Russes, affirma-t-elle avant de passer, actualité oblige, à autre chose.Comme c'est triste de faire croi- « Quand on n'a rien à dire, ce n'est pas une raison pour fermer sa gueule ! » ¦¦ Moscou, soit à quelque 1 500 km à vol de colombe du lieu des hostilités d'où, ( on le comprendra vu l'intérêt des Russes de brouiller les cartes), l'information disponi-_ ble sur le déroulement des hostilités à Groznyj risquait de tenir plus du oui-dire que d'un témoignage personnel.Quand on n'a pas vu l'ours, on peut toujours voir l'homme qui a vu l'homme qui a vu l'ours et réussir à tricoter une nouvelle.Sommes-nous réellement obligés de manger de cette soupe d'actualité-là sans protester ?Ce serait exactement comme si on avait demandé à un journaliste de Winnipeg de couvrir une émeute au Forum de Montréal.Dans le cas de la bataille de Groznyj, on aurait pu aussi bien nous faire entendre des journalistes de Budapest, Bucarest, Istanbul, Ankara ou Athènes, toutes à peu près à même distance de la capitale tchétchène que Moscou.Bien sûr, la correspondante n'est pas coupable.Mais je ne suis pas certain que, dans les circonstances, il faille attribuer un Oscar à ses patrons.Hélas !, comme c'est trop souvent le cas à la télévision, trop occupés par le contenant, ils ont légèrement négligé le contenu.La spécificité même du correspondant ou de l'envoyé spécial n'est-elle pas d'être sur les lieux' de l'événement et, quand ce n'est pas possible, d'éviter de faire semblant ?La télé me lasse ! « En 15 secondes, pouvez-vous nous dire.» est devenu une phrase clé des intervieweurs contre la- Suelle on ne proteste même plus, ?u coup, on n'informe plus, on pare au plus pressé.Vite, passons à une autre image sinon le téléspectateur pourrait bien aller voir chez le concurrent.Pourtant, on sacrifie toujours quelque chose dans la précipitation.Il est évident qu'en raison des diktats conjugués de la publicité et de la concurrence de plus en plus grande, à cause aussi du manque de temps et de recul, l'information trop copieuse que l'on nous sert au galop court le risque de fabriquer du cliché, de propager la rumeur et de faire de nous des téléspectateurs surinformés.Et la surinformation n'a malheureuement rien à voir avec la connaissance ! À force de vouloir tout savoir et de vouloir l'apprendre trop rapidement, je finis par ne plus rien savoir du tout.Devant cet affligeant fatras de dates et de noms dans ma tête tout se mélange.Pays, dictateurs, scandales et catastrophes.Aristide et Bosnie, Algérie et Rwanda, Eltsine et Nez Rouge, Clinton et O.J.Simpson, Parizeau et Sarajevo.Bravo ! Rappelons en passant qu'un lecteur moyen peut lire environ 22 000 mots à l'heure, alors qu'il peut en entendre tout au plus 9 000 ( lorsqu'on n'est pas trop dérangé par l'image ).Le Téléjournal de Radio-Canada totalise quelque 1 800 mots tandis que trois colonnes de La Presse représentent en moyenne 1 500 mots et peuvent être lues en moins de 5 minutes.Conclusion, on reçoit plus de 2 fois plus d'information en lisant qu'en écoutant.Sans compter que la lecture du journal permet la vérification, le retour en arrière, la possibilité d'une réflexion et une réelle compréhension.Cela dit, soyons justes : à la lecture d'un témoignage, on préférera toujours écouter un ( vrai ) témoin que le lire.La radio d'effusions L'exemple qui suit a été diffusé au bulletin de nouvelles de midi à la radio de Radio-Canada, le 27 décembre dernier.Il illustre la façon dont on nous présente parfois des nouvelles qui n'en sont pas parce qu'elles sont incomplètes et par conséquent sans aucun intérêt: « Aux États-Unis, une étude démontre que la présence de coussins gonflables avait une influence sur la conduite des automobilistes.» Point final ! On passe à autre chose ! Jamais on ne saura si les satanés coussins font de nous de meilleurs chauffeurs, des conducteurs de Formule 1 ou de dangereux chauffards.C'est ce qu'on pourrait appeler une information en kit.Vous montez bien vos meubles de Struc-tube ou d'Jkca, pourquoi ne pour-riez-vous pas en faire autant avec les nouvelles ?À l'exemple de cet embryon de nouvelle il faut rappeler celles que l'on nous livre avec éclat sans même se rendre compte qu'elles en cachent de plus importantes.C'est le cas de l'arbre de la nouvelle qui obstrue la forêt de l'information.La nouvelle qui suit remonte à l'été dernier.Une femme, capitaine de l'armée canadienne, accuse de harcèlement sexuel un colonel couvert de médailles.L'incident s'est produit pendant la guerre du Golfe.Le procès du haut gradé a Alain stanké lieu devant cinq jurés militaires.Radio-Canada y envoie une correspondante pour couvrir l'événement.La dame ne nous épargne aucun détail : « Dans l'autobus qui ramenait les militaires chez eux après une soirée, raconte-t-elle, le colonel est allé s'asseoir près de la plaignante.Il a passé le bras autour de son cou.Ensuite, il lui a caressé les seins.Elle a repoussé sa main deux fois, mais il réussit à glisser l'autre sous la robe et.le long de sa cuisse.Le lendemain, c'est au tour du colonel de témoigner.Avec le même souci du détail la reporter relate sa version.L'accusé se souvient d'être monté dans l'autobus et d'avoir passé son bras autour du cou de la capitaine pour la réchauffer, dit-il, parce qu'il faisait froid.\u2014 « Avez-vous touché aux seins de la capitaine ?, lui demande-ton.\u2014 Je ne m'en souviens pas, répond le colonel.Et le médaillé d'expliquer que son comportement et sa perte de mémoire tenaient du fait que tout le monde revenait d'un joyeux party où, comme tous les autres, il avait consommé beaucoup d'alcool.l'ignore si le galant militaire porté sur la gaudriole fut condamné et dégradé ou s'il fut acquitté.C'est son affaire, celle de sa conscience et de ses nombreuses médailles.D'ailleurs, je me demande si Radio-Canada a diffusé le jugement.Tout ce que je sais, c'est que personne n'a eu l'idée de s'interroger sur un détail dont la gravité commande que l'on s'y attarde, même aujourd'hui.Je retiens ceci : ils étaient en guerre, ils organisaient des partys et ils buvaient comme des trous de balle.Dernier point, et non des moindres : l'aventure de nos turlu-pins en uniforme se déroulait au Qatar, une péninsule arabique où, comme tout le monde le sait, sauf, semble-t-il, notre armée, l'alcool est strictement défendu ! Une preuve de plus que la vraie nouvelle ne se trouve pas toujours là où l'on pense et que ceux qui sont chargés de la trouver regardent parfois à côté.Chapeautes filles ! \u2022 Tchétchénie.Les morts tombent.Qui nous eru parle, en direct, le jugement sûr et la voix posée malgré le danger?Une jeune femme, Paule Ro-bitaille, journaliste-pigiste pour Radio-Canada ev divers journaux.Demain, quand certains problèmes techniques auront été réglés, une autre femme, Céline Gali-peau, s'ajoutera au contingent des reporters autour de Grozny.Il n'y a plus de guerre mondiale.Les correspondants de guerre des temps modernes sont ceux qui vont dans ce qu'on appelle « les points chauds » de la planète, où éclatent des guerres limitées et spo-radiques, les plus meurtrières pour les observateurs parce qu'il s'agit souvent de guerre tribales, d'échauffourées anarchiques.Or, les femmes sont plus que jamais présentes dans ces «points chauds», vivantes incarnations, du fait que le courage physique est une vertu qui, transcende le sexe \u2014 c'est vrai, d'ailleurs, depuis la nuit des temps: n'est-il pas plus éprouvant d'enfanter que de soulever des carcasses d'animaux ou des ballots de foin?\u2022 Le journalisme est un métier qui comporte plu sieurs facettes.Le reportage dans les «points chauds» n'attire pas tous les reporters.La plupart, en fait, ne sont pas prêts à prendre de pareils risques, et ce large groupe comprend et des hommes, et des femmes.Ce n'est pas une question de sexe, mais une question de personnalité.Moi, je le dis bien simplement, je n'ai jamais mis ma vie en danger pour un reportage et j'aurais refusé de le faire si on avait insisté.l'ai couvert ou suivi toutes les grandes manifs des années 60-70 à Montréal.Ces manifs-Ià tour-naient invariablement à la violence.Ma technique était simple: ma fine intuition journalistique me -faisait sentir d'assez loin le moment où la police allait foncer, et je prenais mes jambes à mon cou.le ' m'arrangeais également pour me tenir à côté de gens qui n'avaient pas l'air trop exalté, et pour éviter de me trouver dans un cul-de-sac.Alors moi, les vertes collines de la Bosnie.Non merci ! Ce qui ne m'empêche pas de dire: Chapeau, les filles ! * * * Après avoir ingurgité pendant des mois tant de misérables histoires de femmes-paumées et de fera~ mes-victimes, si l'on parlait, pour changer, des femCL mes qui s'affirment et qui foncent ?£S En décembre 91, Paule Robitaille était en Géorgie, dans Tbilissi assiégée.La voilà à Grozni, assez proche des affrontements pour être en mesure de démentir la version de Moscou, comme elle le faisait au Point cette semaine.« Le » meilleur correspondant que le Globe and Mail ait jamais eu en Chine (le journal maintient un bureau à Beijing depuis les années 50) fut « une correspondante », Jan Wong, une Montréalaise d'origine chinoise (son père était propriétaire du restaurant Bill Wong, boulevard Décarie.) Avant d'entrer en fonction, elle avait appris le métier à la Gazette et au Wall Street tournai ; elle avait étudié à Beijing l'histoire du pays et le mandarin (sa famille parlait cantonais).Elle était à Tie-nanmen, aux premières loges, et ensuite dans les hôpitaux à la recherche des blessés, dans les abris clandestins où se terraient les dissidents.Elle a tout raconté \u2014 l'héroïque résistance des étudiants chinois, les avortements sanglants, le système dé ' délation dans les quartiers, la longue marche chao-.,£ tique vers le marché libre, sans oublier, car celatj aussi c'est important, les menus détails de la vie courante de cette contrée complexe comme l'univers.C'était un travail dangereux, car il n'est jamais inconcevable qu'un régime totalitaire fasse disparaître des témoins gênants, en simulant un accident par exemple.Et elle a trouvé le moyen de faire un bébé par-dessus le marché ! le pense à mon amie Christiane Berthiaume, qui a couvert pendant des années la poudrière du Proche-Orient pour Radio-Canada et diverses publica-tions, pigiste volontaire ayant abandonné un emploi confortable.(Elle est maintenant responsable des communications pour l'Europe au Haut Commissariat des Réfugiés, à Genève).Au réseau anglais de la CBC, qui donc a mieux rendu compte de la destruction du Liban qu'Ann Medina ?L'une des meilleures journalistes de Radio-Canada, Francine Bastien du Point, couvrait récemment la guérilla des Zappatistes, après avoir assisté à l'effondrement du régime Ceaucescu en Roumanie ef; couvert la guerre du Golfe en Israël où pleuvaient les bombes.Haïti, aux pires moments, a vu défiler nombre de femmes journalistes, de la même Francine Bastien à Julie Miville-Deschènes.\u2022 Trois de mes consoeurs à La Presse \u2014 Suzanne -Colpron, Agnès Gruda et Michèle Ouimet, trois petits bouts de femme qui ensemble ne font pas beaucoup plus de 300 livres et qui sont toutes des mères de famille dans la jeune trentaine \u2014 sont allées là où peu de journalistes se seraient aventurés.Agnès est allée en Serbie, en Croatie et en Bosnie, jusqu'à Bihac assiégée.Elle revient aujourd'hui de Gaza.Suzanne était dans la Somalie ravagée par les guerres de clan et les tireurs fous.Michèle était en Algérie au moment où le pays glissait dans l'abîme \u2014 une femme journaliste en pays musulman: doublement dangereux.L'été dernier, elle était au Rwanda.Et elle n'hésiterait pas à retourner en Algérie.déguisée en dévote islamique, évidemment.Chapeau, les filles ! » ; ?* * Cet article serait incomplet sans un hommage à.Taslima Nasreen, dont Michaelle lean nous apprend, dans la dernière livraison du 30 (l'excellent mensuel de la Fédération des journalistes) qu'elle n'était pas seulement romancière mais d'abord journaliste.Ce sont en fait ses articles dans la presse indienne et bengladaise qui ont provoqué sa condamnation par les intégristes musulmans.On l'a comparée à Salman Rushdie.C'est injuste \u2014 pour elle.Rushdie faisait de la fiction et s'est trouvé pris sans l'avoir prévu dans l'enfer de la lihad.Taslima Nasreen, qui vit aujourd'hui incognito en Suède, con- 1 naissait les risques qu'elle prenait en dénonçant l'intolérance, le fanatisme et la condition des femmes au Bangladesh, où, écrivait^lle, «la chair des\" femmes est moins chère que la viande d'agneau ».Elle parlait pour celles qui ne pouvaient parler.« Le doute enchaîne leurs pieds et la peur envahit leurs cerveaux ».i 64 LA PRESSE.MONTRÉAL, SAMEDI 7 JANVIER 1995 Plus / le monde à uaube de 1995 \u2022 « s « » V » V r » ¦ > * t » Mexico : un problème non résolu JOSE BLANCO 1m Jornada MEXICO ¦j f année 1995 sera-t-elle encore Hb celle du Mexique ?Ces derniers mois ont engendre Tune des conjonctures politiques les plus délicates qu'il ait été donné.de vivre au turbulent voisin des États-Unis depuis longtemps.Alors que le pays est lancé dans une série d'impressionnantes réformes économiques en profondeur, la réforme de la vie politique mexicaine semble beaucoup plus hasardeuse.Un contexte qui semble indiquer, avec une netteté croissante, le dernier sursaut \u2014 pour combien de temps encore ?\u2014 du parti politique au pouvoir détenant le record de longévité de la planète : le PRI.Les événements du 1er janvier 1994 connurent un retentissement mondial.Dans l'État du Chiapas, au Sud du pays, à la dernière seconde du dernier jour de décembre 1993, chacun portait un toast à la « nouvelle année ».Au même instant, un groupe armé bien entraîné \u2014 le «commandant Marcos », ses lieutenants ainsi que de nombreux indiens \u2014 encadrant un régiment de trois ou quatre mille Indiens au visage dissimulé sous un passe-montagne, déclenchait une série d'opérations militaires rapides : la prise du conseil municipal de la joyeuse ville de San Cristobal Las Casas, la déclaration de guerre au gouvernement fédéral et la demande de démission du président de la République.Le tout au nom de la justice sociale, de la démocratie et de la dignité des communautés indiennes du Chiapas et du pays tout entier.Celles-ci représentent plus de 70 ethnies, possédant leurs langues et leurs cultures, soient environ cinq millions de citoyens, sur les 90 millions que compte le Mexique.Les plus pauvres parmi les pauvres exprimaient ainsi leur désespoir, avec toute la force dont ils étaient capables.Un mystère À ce jour, l'origine et l'identité du groupe armé, de même que les ressources qui rendent son action possible, restent mystérieuses et le conflit, explosif, demeure non résolu.Au début de 1994, un régiment de trois ou quatre mille indiens au visage dissimulé sous un passe-montagne déclenchait une série d'opérations militaires rapides.Conséquences spectaculaires du soulèvement armé, le grand consensus national pour la paix et la justice sociale et l'application d'une série de réformes dans le domaine électoral.Quoi qu'il en soit, ce pas en avant laisse encore les partis de l'opposition ( le PAN et le PRD ) sur leur faim.Alors que, pour la première fois au cours de ce siècle, nous allions assister à une joute électorale vraiment compétitive, le candidat du PRI à la présidence.Luis Donaldo Colosio, est assassiné dans un faubourg très pauvre de Tijuana, à la frontière avec les Etats-Unis.Le crime demeure mystérieux : l'enquête se dilue tandis que la crédibilité de l'appareil judiciaire s'affaiblit toujours davantage.Le PRI et le gouvernement désignent en toute hâte un nouveau candidat, Ernesto Zedillo.La séparation du parti officiel et du gouvernement, réclamée par l'opinion et les partis d'opposition, reste du domaine des réalisations futures.L'élection présidentielle du 21 août surprend tout le monde : le candidat du PRI obtient 50 p.cent des suffrages lors d'un vote auquel a participé environ 70 p.cent de l'électorat.Cependant, au cours de la séance pour l'approbation de l'élection par le Washington : un leadership faillie et discordant Congrès, le PRD vote contre et le PAN se prononce pour l'abstention, estimant qu'ils ont participé à l'élection avec un handicap.Le gouvernement et la majorité des médias prennent parti pour le candidat officiel Le 28 septembre, José Francisco Ruiz Massieu, secrétaire général du PRI et ex-beau frère du président de la République, est assassiné.Le pays affronte une nouvelle secousse.Ruiz Massieu avait toujours prôné publiquement la conciliation politique, une réforme du PRI et une réforme politique générale.L'impunité du crime perpétré contre Colosio à Tijuana, ou plutôt l'absence de résultats de Oussinsk : l'enquête, semble avoir ouvert la voie à ce nouvel assassinat.À la mort de J.F.Ruiz Massieu, Mario Ruiz Massieu, avocat et frère de la victime, est nommé procureur adjoint de la République.Cette fois, l'enquête est menée tambour battant et, en quelques jours, plusieurs personnes sont appréhendées.Mais selon la croyance populaire la plus répandue, basée sur les renseignements fournis par l'adjoint au procureur, les principaux coupables resteraient toujours introuvables.La « vox populi » a ainsi montré du doigt les politiques installés aux plus hauts niveaux du pouvoir.Le 23 novembre, une semaine avant que le président Salinas de Gortari ne cède la place à son successeur, Mario Ruiz Massieu renonce à son poste d'adjoint au procureur et à son appartenance au PRI.Il choque ainsi la classe politique et l'opinion publique et accuse le procureur lui-même de faire obstacle à l'enquête.Il déclare que «c la classe politique appartenant au PRI est plus puissante qu'un président ».L'incompétence de la classe politique n'est pas en cause.Le président Salinas a effectué des transformations profondes dans la structure de l'économie.Reste au pays à se donner les moyens d'aboutir à un nouveau pacte politique.Les problèmes du Mexique demeurent non résolus parce que le parti politique au pouvoir, celui qui détient un record de longévité, est malade.Il a terriblement vieilli.Le PRI ne représente plus, loin s'en faut, cet espace d'ouverture où il était possible de négocier.1995 verra-t-il un dénouement politique pour le Mexique et le parti au pouvoir ?Il est impossible de savoir si le nouveau gouvernement, qui a pris de multiples engagements en faveur d'une réforme politique, promis de se séparer du PRI et d'opérer un remaniement de la justice, aura assez de ressources pour se débarrasser des puissants courants conservateurs.Il est plus ou moins évident, cependant, que les conflits internes inhérents au parti finiront par détruire l'économie mexicaine et ses multiples promesses, tant elle est dépendante de l'économie extérieure.catastrophe écologique JEFFERSON MORLEY L'auteur dirige le cahier Outlook du Washington Post.e gouvernement des États-Unis ¦¦aborde 1995 avec un leadership national qui non seulement n'a pas encore fait ses preuves, mais qui est le plus discordant que le pays ait connu en quatre décennies.Depuis janvier 1947, lorsque Harry Truman et une nouvelle majorité républicaine s'installèrent au Capitole, jamais la Maison-Blanche et le Congrès n'avaient été dominés par des hommes aussi inexpérimentés et idéo-logiquement opposés que le président Bill Clinton et les leaders républicains Bob Dole et Newt Gingrich.Au point qu'on est en droit de s'interroger sur leur capacité d'utiliser le gouvernement fédéral pour enrayer de façon cohérente la détérioration de la vie publique américaine.Un problème économique Que le problème fondamental résulte d'une insécurité économique sans cesse grandissante est rarement mis en doute.Au cours des 20 dernières années, le revenu personnel de 80 pour cent de la population a décliné.Les Blancs possédant un diplôme d'études secondaires ont vu leur revenu baisser de 10 pour cent en 12 ans, tandis que le nombre de Noirs détenant un emploi à plein temps a diminué de 50 pour cent en 15 ans.Seul le fait qu'un plus grand nombre de femmes travaillent un plus grand nombre d'heures a empêché l'érosion du niveau de vie américain de devenir encore plus grave.La conviction des Américains, jadis fondée, qu'un diplôme de high school et un travail acharne leur permettraient de devenir propriétaires de leur maison et de vivre la vie de la classe moyenne n'est plus qu'un souvenir, sinon une cruelle plaisanterie, pour la plupart d'entre eux.La réaction de Washington à cette situation semble devoir prendre la forme d'une diminution des impôts.On s'attend à ce que le débat au Congrès en 1995 porte sur la question de savoir qui devrait bénéficier de ces réductions, le président Clinton préconisant une légère insistance sur les foyers à revenu moyen, tandis que le leadership républicain penche vers des réductions plus vastes, qui viseraient en particulier les entreprises.Il est probable que Clinton tentera de faire de son projet de réduction des impôts un complément aux modestes initiatives de son administration concernant la réduction du déficit, la formation de la main-d'oeuvre et l'assurance-maladie, afin de mieux s'ériger en « candidat de la sécurité» à temps pour les élections de 1996, Mais l'initiative appartiendra clairement à la nouvelle majorité conservatrice du Congrès, qui considère le niveau d'imposition actuel ( faible par rapport à la moyenne internationale ) comme le problème fondamental de l'économie américaine.Dans tous les cas, il est fort peu probable qu'aucune autre mesure visant à s'attaquer aux causes du déclin du niveau de vie soit placée à l'ordre du jour politique dans un avenir rapproché.Le lien que l'on faisait dans les débats publics entre l'insécurité économique américaine et les troubles sociaux ( tels que reflétés par la crainte grandissante de la violence, l'aliénation de la jeunesse et la marginalisation d'une minorité substantielle d'Afro-Américains ) est en voie de se résorber.La notion selon laquelle l'emploi et des salaires plus élevés sont la clé de la cohésion sociale perd du terrain \u2014 au moins à Washington \u2014 au profit de celle selon laquelle le gouvernement doit faire quelque chose pour inculquer à la population le sens des valeurs.Initiatives conservatrices Mais la tendance à l'activisme social des conservateurs du Congrès se révélera probablement dangereuse pour les républicains, parti gouvernemental traditionnellement limité et qui est loin d'être uni quant à la manière dont le gouvernement devrait être mis à contribution pour restaurer le sens de la collectivité.Bien qu'il soit peu probable que les républicains cherchent à criminaliser l'avorte-ment, les initiatives conservatrices visant à faire instaurer la prière dans les écoles publiques, à sabrer les subventions fédérales aux arts et à stigmatiser les homosexuels seront assurément remarquées, sinon adoptées.Entre les efforts visant à diminuer les impôts et ceux qui cherchent à promulguer le sens moral, tout porte à croire qu'une réforme fondamentale du processus politique a peu de chances de voir le jour.La capitale des États-Unis, qui n'est en fait.qu'une perception populaire, est devenue une sorte de bazar où des groupes d'intérêt particuliers sont en mesure de l'emporter grâce à l'argent et aux relations.La solution qu'avait promise Clinton en 1992 pour réformer le financement des campagnes électorales a été abandonnée dès le début de son mandat et est désormais tombée dans l'oubli.Quant aux solutions promises par les républicains en 1994 pour réduire l'importance du personnel du Congrès et limiter les mandats des élus, elles sont déjà en voie d'être mises de côté maintenant que Dole et Gingrich font partie de la majorité.La réalisation du fait que ce que l'analyste politique Kevin Phillips appelle
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.