La presse, 13 janvier 1996, B. Plus
[" Montréal, samedi 13 Janvier 1996 Éditorial Opinion On branche mais on branche quoi au juste?L'école débranchée MICHÉLE OUIMET et AGNÈS GRUOA LF école primaire Saint-Ambroise, située dans le quartier montréalais de la Petite-Patrie, a décidé de prendre le virage informatique.L'école a un laboratoire équipé de 30 ordinateurs et tous les professeurs y amènent leurs élèves une heure par semaine.Le truc classique, quoi.Mais d'ici juin, Saint-Ambroise va démanteler son laboratoire et répartir les ordinateurs dans les classes.Chaque enseignant aura donc un ou deux ordinateurs dans son local et il devra les utiliser tous les jours, que ce soit en mathématiques, en français, en arts ou en sciences.Une véritable petite révolution.«Ça va complètement changer les habitudes des enseignants », explique le directeur de l'école, Yvan Blanchard, qui imagine déjà le jour où l'ordinateur va remplacer le tableau noir et la craie et où le cours magistral, avec des élèves sagement alignés en rang d'oignons, ne sera plus qu'une lointaine vision du passé.«On n'a pas le choix, précise-t-il.L'informatique va jeter par terre l'enseignement traditionnel.» Mais les professeurs de Saint-Ambroise sont inquiets.Certains sont ré-fractaires, d'autres sont enthousiastes mais craintifs et quelques-uns, les mordus, sont prêts à foncer tête bais-see.« Avoir un ou deux ordinateurs dans sa classe, ça va être l'enfer, croit Françoise, une enseignante de deuxième année.Tes rapides vont tout le temps être là.» « Ici, il y a trois professeurs sur 20 qui sont prêts, trois mordus qui peuvent nous aider, explique Françoise Bertrand, une autre enseignante.Nous, on sait allumer l'ordinateur et brasser la souris.C'est à peu près tout.Quand on est pris, on se dépanne par le grand chemin : on ferme l'écran et on recommence.» « Ce n'est pas tout de mettre des ordinateurs dans les écoles.Ça prend aussi du contenu et du perfectionnement pour les enseignants, renchérit un conseiller pédagogique, Marc Cro-teau.Cette technologie-là, veux, veux pas, fait peur parce que les profs vont être obligés de changer la gestion de leur classe.Il y en a qui tremblent en mettant la main sur la souris.» PHOTO ROBERT SKINNER.L2 Presse Jeunes élèves de l'école primaire Saint-Ambroise pendant leur cours d'informatique.«On a tendance à croire qu'avec les nouvelles technologies, tous nos problèmes vont être réglés.Mais tout ne s'enseigne pas avec l'ordinateur.» Même si Saint-Ambroise a trouvé de l'argent, en rognant sur ses budgets, pour envoyer ses professeurs suivre des sessions de perfectionnement, le virage suscite tout de même bien des inquiétudes.Internet Au printemps, grâce à une entente signée entre la société GRICS ( Société de gestion du réseau informatique des commissions scolaires ) et Bell Canada, toutes les écoles de la province pourront être branchées sur l'inforoute et elles auront accès, entre autres, à Internet.Mais la CECM n'est pas prête à embarquer.« L'entente GRICS-Bell est précipitée et il y a plusieurs points qui ne sont pas clairs, affirme le coor-donnateur du secteur des moyens d'enseignement à la CECM, Marcel Labelle.Ça se prépare ces affaires-là.» « Il y a encore trop de problèmes techniques et pédagogiques sans oublier la question des coûts, ajoute-t-il.Les écoles, par exemple, ne sont pas prêtes à exploiter Internet en classe.Il faut d'abord faire des expérimentations et bâtir un contenu, mais le ministère de l'Éducation n'a pas de fonds pour faire ça.» Pour l'instant, il n'y a aucun moyen de civiliser l'Internet, affirment les spécialistes.On y trouve d'ailleurs de tout, même de la pornographie et de la littérature haineuse, et près de 90 % de son contenu est en anglais.Marcel Labelle est un partisan de l'approche à petits pas.« Si on entre des choses trop rapidement dans les écoles, ça ne sera pas utilisé.On se laisse impressionner par la technologie et la pensée magique, mais il ne faut pas perdre de vue l'approche pédagogique.Si on tombe dans la bé-belle, c'est le désastre.» « On a tendance à croire qu'avec les nouvelles technologies, tous nos problèmes vont être réglés, explique le vice-doyen de la faculté des sciences de l'éducation à l'université Laval, Jacques Sainte-Marie.Mais tout ne s'enseigne pas avec l'ordinateur.C'est tellement d'ouvrage bâtir un cours avec les nouvelles technologies ! Ça prend énormément d'énergie pour faire quelque chose qui se tienne.» À quel prix ?Au primaire, l'utilisation de l'ordinateur est beaucoup plus poussée qu'au secondaire.Selon le Conseil su- périeur de l'éducation, 55 % des enseignants au primaire utilisent l'ordinateur.Mais plusieurs écoles se sont équipées à la force du poignet, en se débrouillant seules pour trouver l'ar* gent.L'école primaire Saint-Arsène, par exemple, s'est endettée de 7 000$ pour acheter six ordinateurs et les parents de l'école primaire Notre-Dame-de-Gràce ont vendu de tout en dix ans \u2014 des cintres, des cartes de Noël, etc, sans oublier l'organisation de marchethons \u2014 pour monter un petit laboratoire de 21 ordinateurs pour ses 750 élèves.Les écoles doivent rogner sur leur budget pour s'équiper.La CECM n'a pas d'argent.Pire, au printemps, dans la foulée des compressions budgétaires, elle a sabré une partie de son service informatique.« Internet, on est loin de ça, dit Gilles Archambault, le directeur de l'école Saint-Arsène.Il faut être réaliste, on coupe partout.» M.Archambault attend depuis quatre mois qu'un technicien de la CECM vienne brancher son imprimante sur le réseau des ordinateurs.« Les techniciens courent comme des fous », dit M.Archambault.Le problème, c'est que plus personne n'a d'argent : ni les écoles, ni les commissions scolaires et encore moins le gouvernement.« Ça prend de l'argent neuf, croit Wilfrid L'Italien, le président l'Association des directions d'école de la CECM.Il n'y a pas de marge de manoeuvre dans les budgets existants surtout avec les compressions qui s'en viennent.» Tout le monde attend avec impatience la manne gouvernementale promise à mots couverts par le ministre de l'Éducation, Jean Garon, qui ne jure plus que par le grand virage technologique.En attendant, les écoles comptent leurs sous et font des choix douloureux.Si elles achètent des ordinateurs, elles doivent sabrer ailleurs.Pour certains, par contre, il n'y a aucun doute.« Si je devais choisir entre ma maternelle quatre ans et l'achat d'ordinateurs, dit Gilles Archambault, je choisirais ma maternelle.L'école Saint-Arsène est dans un milieu défavorisé et elle en a besoin.» DEMAIN Les cégeps et les universités courent après leur souffle Suite de la Une Évolution du ratio élèves/ordinateur dans les écoles primaires et secondaires au Québec, de 1983 à 1993 83+ 84- 85- 86- 87- 88- 89- 90- 91- 92-84 85 86 87 88 89 90 91 92 93 Années VIRAGE Oui au virage technologique malt « on n'a pas d'argent \u2022 Dans son discours de la rentrée, le directeur général de la CECM, Yves Archambault, a demandé à toutes les écoles de prendre le virage technologique.Il a esquissé un tableau idyllique de l'école de demain, branchée sur Internet et sur la planète, avec une bibliothèque équipée de CD-ROM, micro-ordinateurs, caméras vidéos, imprimantes, lecteurs de vidéodisques et où l'enseignant, muni d'un ordinateur portatif, se transforme en guide et aide l'élève à naviguer sur l'inforoute.Les écoles ont deux ans pour élabo-rer un plan qui leur permettra d'amorcer le grand virage, a précisé M.Archambault.« Quand M.Archambault a fait son discours, je me suis dit: 'Tabarnou-che, mais j'ai pas d'argent!', raconte Mme Fontaine.le suis vendue à ça à 100 p.cent, mais je ne ferai pas de ; déficit pour acheter des ordinateurs.Il va falloir qu'on nous donne les budgets.» Impossible, répond le coordonnâtes du secteur des moyens d'enseignement à la CECM, Marcel Labelle.; «c On n'a pas d'argent, explique-t-il.On est pris avec ça et on voit les compressions qui s'en viennent.L'école doit trouver les fonds à même ses budgets et ceux qui ont des problèmes doivent se débrouiller et trouver les ressources autour d'eux.» L'école Louis-Riel a un ordinateur pour 52 élèves, ce qui est nettement inférieur à la moyenne provinciale qui est d'un ordinateur pour 21 élèves.Le Québec se range d'ailleurs bon dernier parmi les provinces canadiennes.Si on tient compte de la désuétude du parc informatif, le ratio est plutôt d'un ordinateur pour 28 élèves.L'écart entre les écoles est aussi très important: il va d'un ordinateur pour six élèves à un ordinateur pour 85 élèves.Selon la Centrale de l'enseignement du Québec (CEQ), « il y a encore des écoles primaires où le seul téléphone qui existe est dans le bureau du directeur ».On est loin de l'autoroute de l'information.Le secteur privé n'est guère mieux nanti.Selon l'Association des institutions d'enseignement secondaire, les écoles secondaires francophones privées ont un ratio d'un ordinateur pour 19 élèves.L'ordinateur est peu utilisé.Le Conseil supérieur de l'éducation note que seulement 18 p.cent des enseignants du secondaire utilisent l'ordinateur avec leurs élèves pendant une heure ou plus par semaine.« C'est nettement insuffisant, croit Terri Verret, directrice de l'Association québécoise des utilisateurs de l'ordinateur au primaire et au secondaire ( AQUOPS ).C'est comme dire aux élèves: 'le vous donne votre crayon une heure par semaine*.On ne fera pas des jeunes prêts à relever les défis de l'informatique parce qu'ils ont leur doigté! » Pire encore, aucun cours d'informatique n'est obligatoire.La majorité des élèves finissent donc leur secondaire V sans avoir suivi un cours d'initiation à la science informatique et sans avoir touché un seul ordinateur à l'école.Et les profs?C'est bien beau d'acheter des ordinateurs, mais il faut aussi former les enseignants et leur assurer un support technique.« On ne peut pas placer les ordinateurs dans les écoles comme ça! » dit Diane Drouin, la présidente de la Fédération des commissions scolaires du Québec.Les écoles souffrent d'un manque flagrant de soutien technique.Quand les nouveaux ordinateurs arrivent, ils peuvent rester des semaines, voire des mois dans des boîtes parce qu'il n'y a personne pour les installer.À l'école Louis-Riel, par exemple, Claude Comeau, professeur de scien- Source : CEFRIO ces et responsable du laboratoire d'informatique, a rogné sur ses heures de dîner pour brancher les 16 ordinateurs que l'école a achetés au printemps.« Si j'avais attendu le technicien de la CECM, ça aurait pris des semaines », précise Claude Comeau.infographie La Presse Les enseignants ont aussi besoin de soutien pédagogique.S'ils butent sur un problème, ils peuvent contacter le CEMIS ( Centre d'enrichissement en micro-informatique scolaire ) de l'école Saint-Gérard.C'est d'ailleurs le seul endroit où les enseignants des 230 écoles de la CECM peuvent s'adresser lorsqu'ils ont un problème de nature pédagogique.Bref, c'est LE centre de dépannage qui s'occupe aussi du.perfectionnement des enseignants.Évidemment, ils sont complètement débordés.« On ne fournit pas, affirme le directeur de l'école Saint-Gérard, Jacques Roux.Seulement deux professeurs sont dégagés à temps plein.Pour les cours de perfectionnement, on boucle nos inscriptions en trois quarts d'heure.» « Ça prend une personne dégagée à temps plein dans les écoles, croit Terri Verret.On se leurre si on pense que ça va marcher tout seul et que les professeurs vont faire du surtemps.» De toute façon, les ordinateurs sont peu utilisés au secondaire car les programmes sont trop serrés.Il n'y a aucune souplesse dans l'organisation scolaire.« C'est au niveau secondaire que l'ordinateur est le moins bien intégré, écrit le Conseil de la science et de la technologie du Québec.L'extrême compartimentation du temps-matière et les changements fréquents de professeurs et de locaux seraient en grande partie responsables de ce problème.» D'ailleurs, même le ministre de l'Éducation, Jean Garon, a reconnu, lors d'un discours prononce le 5 décembre, que « la majorité des activités liées aux nouvelles technologies sont demeurées ponctuelles et peu intégrées à la dynamique sociale ».A part quelques mordus, les enseignants ne sont pas prêts à prendre le virage technologique.À Louis-Riel, par exemple, une vingtaine d'enseignants sur 85 ne connaissent à peu près rien aux ordinateurs.Us peuvent toujours suivre des cours de perfectionnement mais les budgets sont limités à 160$ par année pour chaque enseignant.L'autoroute électronique est pavée de bonnes intentions, écrit la CEQ.Mais à l'aube du 21e siècle, au moment où tous les pays industrialises investissement massivement pour prendre le virage informatique, les bonnes intentions ne suffisent plus.J LA PRESSE.MONTRÉAL.SAMED113 JANVIER 1996 ÉDITORIAL Paul Desmarais Roger D.Landry président du conseil président d'administration et éditeur Claude Masson éditeur adjoint Marcel Desjardins directeur de l'information Alain Dubuc éditorialiste en chef La tentation électorale Dans le brouhaha de la passation des pouvoirs, à Québec, le futur premier ministre.Lucien Bouchard, et ses proches collaborateurs ont mis en place les mécanismes qui leur permettraient d'être prêts pour des élections générales, l'automne prochain.Bien des gens ont dû avaler leur café de travers lorsqu'ils ont appris cela, en lisant La Presse, mercredi matin.Non seulement parce qu'un grand nombre de Québécois ne sont pas loin de l'indigestion politique, mais aussi parce qu'ils savent, peu importe leurs opinions politiques, que le Québec ne peut pas se payer le luxe dune autre campagne électorale.L'économie du Québec va mal.plus mal que celle des autres provinces.La situation est carrément catastrophique dans la région montréalaise, bombardée par les faillites, les pertes d'emplois, l'effondrement de la construction résidentielle.Les turbulences politiques que nous venons de traverser ne sont pas étrangères à ce marasme.Bien sûr, l'éventualité de la tenue d'élections générales, à i automne, n'est peut-être qu'un scénario parmi d'autres, auquel se prépare une équipe qui veut parer à toute éventualité.On le souhaite.Mais, même à l'état de projet informe, cette idée d'élections est une menace qui pèse sur notre avenir et risque de dénaturer et de paralyser la vie publique, de colorer les gestes et les attitudes des politiciens et des agents économiques.Le Québec, nous le savons tous, sort d'une course à obstacles politiques : quatre rencontres électorales majeures en un peu plus de trois ans, deux référendums et deux élections, qui ont toutes mené à des affrontements épuisants et déchirants.Pendant toute cette période, le Québec, en pratique, n'a pas été dirigé.Ce fut vrai des derniers milles du gouvernement Bourassa, exsangue, de l'Interrègne de Daniel Johnson, occupé à se maintenir au pouvoir, et du gouvernement Parizeau, qui a inféodé son action aux impératifs référendaires.Trois ans et demi où les gouvernements n'ont pas osé agir.Ce n'est pas une réflexion abstraite.Pour ne prendre que les deux dossiers qui, de l'avis de tous, sont prioritaires, le Québec a connu quatre ministres des Finances en deux ans, Gérard D.Levesque, André Bourbeau, Jean Campeau et Pauline Marais ; cinq ministres de l'Éducation en cinq ans.Claude Ryan, Lucienne Roblllard, Michel Page, Jacques Chagnon et Jean Garon, dont aucun n'est resté assez longtemps pour laisser sa marque.L'arrivée de M.Bouchard, notre quatrième premier ministre en vingt-quatre mois, provoquera d'autres changements, d'autres départs.On pense, par exemple, à Jean Garon.Peut-on sérieusement vouloir ajouter à cela d'autres élections à l'automne, qui modifieront la composition de l'équipe gouvernementale et provoqueront une autre chaise musicale ministérielle ?Bien sûr, les arguments qui pourraient militer en faveur d'élections rapides sont valides.Sur le plan strictement politique, Il est tentant pour Lucien Bouchard de profiter du désarroi des libéraux pour triompher dans un raz-de-marée, de faire du même coup de la place pour du sang neuf dans son équipe, d'asseoir son autorité sur un parti qui n'est pas le sien et qui résistera peut-être aux changements qu'il veut imposer.Sur le plan moins partisan de la démocratie.M.Bouchard sera un premier ministre non élu, ce qui est une anomalie en début de mandat d'un gouvernement, surtout si sa gestion ne s'Inscrit pas dans une stricte continuité.Si le futur premier ministre se lance dans de grandes réformes pour résoudre la crise des finances publiques, on peut comprendre son désir de détenir un réel mandat et un solide appui populaire.Mais le coût d'élections à l'automne est tel pour la société québécoise qu'un tel projet relève du suicide collectif.Nous savons tous qu'un gouvernement qui s'apprête à se présenter devant l'électorat perd sa liberté d'agir.Nous savons aussi que ces élections ne pourront pas faire abstraction du dossier constitutionnel et replongeront le Québec dans un débat déchirant avant que les plaies du référendum ne soient cicatrisées.Nous savons enfin que des pans de notre économie deviendront encore une fois les otages du débat politique.Les politiciens sont élus pour gouverner.Et dans la période que nous connaissons, la gouvernance ne passe pas par une digression électorale.M.Lucien Bouchard, dans les Interventions qu'il a faites pour solliciter la direction du Parti québécois, a répété à plusieurs reprises que son but premier était de remettre l'économie québécoise sur pied.S'il cédait à la tentation d'imposer, dans quelques mois, une autre échéance électorale, il réussirait plutôt à mettre le Québec à genoux.Alain DUBUC Ombres chinoises «I l existe des preuves flagrantes démontrant que le taux de mortalité dans les orphelinats chinois est le résultat de politiques délibérées visant à réduire le nombre d'enfants abandonnés, dont plusieurs sont nés en violation des lois de contrôle de la natalité ou souffrent de handicaps physiques ou mentaux.\u2022 voilà la conclusion à laquelle parvient une organisation internationale de défense des droits de l'homme.Human Rights Watch.La semaine dernière, cet organisme réputé rendait public un rapport de 300 pages sur la situation qui prévaut dans les orphelinats publics en Chine.Ce rapport ajoute de nouvelles pièces à conviction au dossier noir dont le public Québécois a pu avoir un aperçu, en novembre, avec la diffusion d'un reportage de la télévision britannique à l'émission Enjeux.Grâce à des images obtenues clandestinement, ce reportage a levé le voile sur une réalité inhumaine.Des enfants, en majorité des fillettes, se balançant le regard vide, attachées à un banc de bois.Des bébés squelettiques fixant le plafond.Des bambins souffrant de gangrène laissés sans soins dans de véritables mouroirs.Le reportage expliquait ces scènes d'enfer en partie par la négligence des institutions.Et par la politique de l'enfant unique dans un pays qui valorise les descendants mâles.Et où des milliers de familles choisissent de se débarrasser d'un bébé « imparfait » dans l'espoir d'avoir droit à un autre enfant, un garçon en santé.te document de Human Rights Watch va beaucoup plus loin dans l'attribution des responsabilités.Il relie le sort des bébés abandonnés à une volonté politique délibérée visant à éliminer les bébés dont personne ne veut.On ne parle plus de négligence, mais bien d'une sorte de génocide - ou plutôt « gynécide ».puisqu'il s'agit surtout de filles - orchestré par l'État.Cette accusation accablante ne fait pas l'unanimité.Selon le sinologue Jean-Luc Domenach.directeur à la Fondation des Sciences politiques, à Paris, qui a été interviewé à la radio de Radio-Canada il y a quelques jours, il est douteux que le gouvernement chinois ait même les moyens d'une telle politique, il croit que le sort terrible de ces bambins est plutôt attribuable à la corruption généralisée.Les données incomplètes dont on dispose aujourd'hui sont insuffisantes pour déterminer qui a raison.Mais au fond, qu'importe.Ce qui ressort clairement de ces deux incursions dans cet univers sordide, c'est que des milliers a enfants crèvent de faim ou faute de soins.Et que les autorités se ferment les yeux sur cette réalité, et peut-être même l'encouragent plus ou moins implicitement.Ces révélations insupportables ont provoqué une réaction de révolte au Québec, où des mouvements se sont organisés pour venir en aide aux bébés chinois, soit par i adoption, soit par un soutien financier aux orphelinats.C'est bien, mais ça ne réglera pas le problème de fond.Actuellement, le Québec adopte 400 bébés chinois par an.or, c'est 15 millions d'enfants qui auraient disparu dans les limbes des orphelinats, depuis 1979 ! Il y a comme une disparité entre les chiffres - la meilleure volonté du monde ne suffira pas à la combler.D'ailleurs, selon Human Rights watch, l'adoption étrangère ne fait qu'ajouter à l'injustice.Pendant que les bébés les plus « exportables » sont bien nourris pour leurs futurs parents, d'autres sont refoulés vers de nouveaux orphelinats auxquels personne n'a accès.Quant à « adopter » un orphelinat au complet, là aussi, il y a des limites.Dans les orphelinats subventionnés par l'étranger, les conditions de vie ne s'améliorent pas nécessairement.Le risque que les fonds soient détournés au bénéfice des adultes sont très élevés.Fondamentalement, le problème des orphelinats est politique.Et les solutions ne peuvent qu'être politiques.La manière dont la Chine a réagi aux dénonciations, organisant illico une visite d'un orphelinat modèle, montre que Beijing est sensible à la réprobation Internationale.M.Domenach soulignait d'ailleurs aux Actualités que, contrairement à ce que l'on pense, les pressions internationales ont Un Impact sur les autorités chinoises.Par exemple, dans les prisons pointées du doigt par des organisations Internationales, les conditions finissent par s'améliorer.Pas autant que l'on voudrait et pas aussi rapidement qu'on le souhaite.Mais l'opinion publique internationale a un poids.SI elle veut améliorer le sort des enfants abandonnés et celui de toutes les autres victimes d'un pouvoir tyrannlque, la communauté internationale devra se résoudre à faire pression sur le pouvoir de Beijing.Exiger d'avoir accès aux Institutions soupçonnées d'abus.D'y faire enquête et d'y déléguer des observateurs.Et éventuellement, brandir la menace des sanctions.Depuis le massacre de la place Tlenanmen.la doctrine voulant que l'ouverture commerciale de la Chine finira par alléger la dictature n'a pas fait ses preuves, il est temps de la revoir.Et le Canada, qui est l'un des principaux promoteurs de cette doctrine, a certainement un rôle à Jouer lâ-dedans.Agnès GRUDA V DROTTS RÉSERVES Détruire la SRC serait un geste politique CILLES GOUGEON L'auteur est journaliste à la Société Radio-Canada.i hère Lysiane G a gnon, l'ai lu ta charge contre la SRC tant dans La Presse que dans le Globe and Mail de samedi dernier.Il y avait dans ce texte un certain haut-le-coeur provoqué, semble-t-il, par le dernier Bye Bye.Sauf qu'en attaquant avec une telle hargne, une telle férocité toute la production du réseau tu en viens à jeter le bébé avec l'eau du bain.S'il avait fallu que, chaque fois que des articles ou le vocabulaire de certains textes me froissaient, j'en conclue qu'il me fallait cesser de lire La Presse, il y a belle lurette que vous ne me compteriez plus parmi vos lecteurs.Sauf que je ne le fais pas ; parce qu'il y en a pour tout le monde dans La Presse.Tu écris que la SRC a « démoli tous les acquis de son admirable tradition.que nous ne sommes plus que la caricature de ce que nous fûmes naguère.et que nous défigurons l'image que le Québec a de lui-même ».Au sujet de cette image que le Québec a de lui-même, qui donc peut prétendre pouvoir la définir dans ses contours les plus intimes ?Il y a plusieurs Québec, plusieurs niveaux de langages, de préoccupations et de sensibilité.Une boîte comme la nôtre tente de les refléter le plus honnêtement possible tant par la diversité de ses programmes que par la multiplication des angles d'approche.Mon métier de reporter m'a fait voyager dans tous les coins du pays, depuis les 35 ans que je l'exerce, le peux l'assurer que les commentaires et critiques que l'on me transmet me permettent d'affirmer que, dans l'ensemble, les gens se reconnaissent tant à la SRC qu'à TVA ; souvent, on souligne que le fait que Radio-Canada tient élevés ses niveaux d'exigences force la concurrence à s'ajuster.D'ailleurs, au cours des dernières années, ce sont les émissions des concurrents qui ont copié celles de la SRC ; c'est pourquoi on nous accuse si souvent de ressembler aux autres.De plus, il y a une loi fondamentale qui joue en télévision : si les émissions plaisent au public, c'est qu'on lui offre ce qu'il veut voir.Or, jamais n'y a-t-il eu autant de choix que maintenant.Les derniers sondages d'écoute sont éloquents et on ne peut affirmer ou laisser entendre, comme tu le fais, que notre production vise en permanence le plus bas dénominateur possible.À ce sujet, j'ai pris soin de consulter l'évolution des grilles de programmation, depuis 1965.Sur une période de trente ans, la SRC n'a fait qu'augmenter le nombre d'émissions dramatiques canadiennes, d'information, jeunesse et humour.D'ailleurs, les nombreuses émissions américaines qui pavaient notre écran, en 1965, ont été peu à peu remplacées Ear les émissions d'humour fa-riquées par des gens d'ici.Ce 3ni saute aux yeux, depuis trois écennies, c'est donc le déclin permanent des émissions d'origine étrangère et de sport à l'antenne de la SRC.D'autre part, en consultant les tableaux des cotes d'écoute de l'automne 1995, il apparaît clairement que ce sont surtout les émissions dramatiques et d'information ( et non d'humour ) qui ont permis à la SRC de dominer les cotes cinq soirs sur sept.Ces documents sont publics ; tu peux les consulter.Comme nos budgets sont de plus en plus réduits, il faut produire des émisions grand public qui attirent de la bonne commandite pour pouvoir transférer une partie de cet argent vers la production d'émissions moins «grand public» mais où on peut développer de nouveaux concepts et de nouvelles formules.Au sujet de la « caricature que nous sommes de nous-mêmes» il faudrait aussi comparer les budgets qui ont été brutalement coupés, depuis 1984, alors que le mandat, lui, n'a jamais changé.C'est le budget qui est une caricature ! (.) Au sujet de « l'admirable tradition que nous aurions démolie », je défie quiconque de rediffuser les téléromans, les téléthéàtres ou les reportages que nous produisions, il y a seulement 20 ans : ce serait un festival de zapping.Pas que ces productions n'étaient pas de qualité.Non.Sauf que le souvenir que nous en gardons est souvent plus émouvant que le produit lui-même.Pour avoir souvent travaillé avec des archives, je puis en témoigner.(.) Mais la TV coûte de plus en plus cher.Tout comme le papier qui sert à produire ton journal.Et que fait donc le journal pour survivre ?Il cherche à s'attirer de plus en plus de lecteurs.Pour garder un minimum de production de qualité et relever le défi de la compétition, il nous faut de l'argent que nous n'avons plus.Il est clair qu'à Ottawa certains chantres du néo-liberalisme tentent de forcer le gouvernement à faire disparaître la SRC telle qu'elle existe.Dans cer- tains discours, on sent même poindre l'envie de transformer une télévision publique en télévision d'État.Tu serais sans doute la première à hurler de voir apparaître un organe de propagande déguisé en organisme de culture et d'information populaires.Pour résister il nous faut l'appui du public, une part de financement public et l'argent des commanditaires qui, eux, exigent des cotes d'écoute de haut niveau.Le dilemme est là.Ou on fait de la TV populaire et de bon goût ( avec des dérapages inévitables ) ou on joue la carte élitiste qui fait plonger nos cotes d'écoute et dont nos concurrents se serviront pour justifier la mort nécessaire d'un réseau public qui coûte cher et qui ne s'adresse pas à tout le monde.(.) Tu le vois, Lysiane, j'ai été, tout comme de très nombreux collègues de la SRC, blessé par tes propos.Tu n'as fait que jeter de l'huile sur le feu et nourrir la vindicte de tous ces tenants du néo-libéralisme ou de l'élhisme d'autrefois.Les premiers attendent que leurs copains politiciens leur offrent gratuitement des coquilles vides qu'ils s'empresseront de remplir d'émissions bas de gamme qui ne coûtent rien et rapportent beaucoup.Les deuxièmes rêvent de prendre l'antenne pour dire à ce bon peuple ce qu'il doit faire, lire, regarder et comment rire Si on « flushe la SRC »v comme tu le souhaites, on regrettera d'avoir tué une entreprise à laquelle les francophones s'identifient beaucoup plus que ne l'affirment ceux qui n'ont pas à coeur les intérêts de ces francophones.Détruire la SRC n'est pas un geste économique mais politique. LA PRESSE.MONTRÉAL.SAMED113 JANVIER 1996 Opinions Lucien Bouchard au Parti québécois : l'heure des choix à l'aube de l'an 2000 Avec l'arrivée du nouveau chef, le PQ a l'occasion de repartir à neuf SYLVAIN LÉPINE L'auteur est président du Parti québécois, reçu m Montréal Ville-Marie, et membre du Bureau national du paru.jjfm la suite du référendum d'oc-tobre dernier, il convient de constater que la population québécoise reste divisée sur l'opportunité de faire du Québec un pays.Comme parti politique, il faut donc démontrer à cette population que nous sommes responsables et faire en sorte que, la prochaine fois, une grande majorité adhère à notre option fondamentale.La souveraineté doit donc demeurer l'objectif principal du Parti québécois.Toutefois, il ne faut P3s nier que des problêmes urgents sont à régler.Au cours des prochains mois, le nouveau premier ministre devra d'abord démontrer la capacité du gouvernement à régler le dossier des finances publiques tout en maintenant le filet de la sécurité sociale qui demeure très fragile avec les décisions improvisées à Ottawa.Comme l'opposition officielle à Québec est d'une faiblesse historique, le Parti québécois, ses membres et militants devront agir comme chien de garde du gouvernement.En effet, ce sont ces bénévoles qui sont en contact direct avec la population.Us côtoient tous les jours les personnes en chômage ou sur l'assistance sociale, les étudiants en difficultés financières, les aînés en manque de soins.Les membres du PQ doivent rappeler au gouvernement, la réalité dans laquelle se retrouve la majorité des gens.II faut être sur « le terrain » pour savoir ce qui se passe et non pas dans un édifice de la vieille capitale.Le gouvernement devra être à l'écoute et agir rapidement.Pour ce faire.Monsieur Bouchard devra démontrer une volonté, mais aussi beaucoup d'imagination afin de dégraisser un appareil public des plus lourds.Le PQ a, d'ailleurs contribué à cet état de fait.Soyons.assez courageux pour l'admettre.Être militant politique ne veut pas aussi dire être insouciant et irréaliste.Soyons capables d'autocritique.La première action de Monsieur Bouchard sera simple : l'exemple vient d'en haut.D'abord réduire le nombre de ministres.Une douzaine nous apparaît comme un nombre raisonnable pour une population de 7 millions d'habitants.Pourquoi maintenir tant de ministres avec leur lot d'attachés de presse, d'attachés politiques et autres adjoints qui se multiplient autour des membres du cabinet.Finis les cadeaux politiques.Soyons réalistes, nous n'avons plus les moyens.Soyons courageux, agissons rapidement.Puis, réduire le nombre de dé- r Lucien Bouchard pûtes de 125 à 75.S'il veut obtenir le respect de la population.Monsieur Bouchard devra donner l'exemple en réduisant la taille de l'exécutif et du législatif.Est-il vraiment nécessaire d'avoir 125 députés ?Quant aux délégués régionaux, il faudra carrément les abolir au profit d'une revitalisation du rôle de député.Trop souvent laissés derrière les banquettes ministérielles, ces hommes et femmes pourraient jouer un rôle beaucoup plus important et être les véritables défenseurs de leurs régions respectives.Arrêtons de le dire et faisons-le une fois pour toutes.Le nouveau premier ministre aura-t-il le courage de passer aux actes, n'en déplaise aux « prima donna » ?Nous pensons cjue oui.Lucien Bouchard va arriver au pouvoir avec un soutien populaire sans précédent.Quand on demande à la population de se serrer la ceinture, il faut donner l'exemple.C'est simple, c'est ridicule mais c'est tout à fait véridique.Descendez dans la rue, demandez à monsieur et madame tout-le-monde.Le Parti québécois demeure un parti progressiste.Toutefois, lorsqu'on prend son programme, on réalise qu'il y a, à l'intérieur de ce volumineux document, une myriade de voeux pieux et coûteux.En cette année de congrès, l'ensemble du programme doit être révisé en profondeur.Il faut réduire et simplifier ce qui est devenu une véritable Tour de Babel de promesses et d'engagements inconcevables.Diminuer les taxes, les impôts et les frais de toutes sortes tout en augmentant les dépenses à tous les niveaux, c'est un rêve digne du Parti de la loi naturelle.Soyons réalistes.Arrêtons d'ajouter des chapitres à cette encyclopédie du bonheur total et re- venons les deux pieds sur terre.Il nous faut un programme réaliste qui passe par une dizaine de grands axes que devra suivre le gouvernement : ?D'abord ramener le déficit des opérations à un niveau acceptable, c'est-à-dire à zéro.Peut-on continuer à dépenser plus que ce que les revenus nous rapportent ?C'est d'une simplicité ridicule, mais c'est réaliste.Il faudra couper intelligemment et se foutre totalement du « pas dans ma cour ».C'est ça la responsabilité gouvernementale ; ?Réduire l'État lui-même.Diminution du nombre de ministres et de députés.Bien sûr, il y aura de la résistance.Mais Lucien Bouchard doit profiter du soutien populaire.Et de toute façon, ces députés retourneront à leurs amours d'antan comme nous, c'est-à-dire le bénévolat politique; ?Priorité aux actions gouvernementales dans le réseau de la santé et dans l'éducation.Des gens malades sans soins adéquats, ou des jeunes sans éducation, c'est une société en voie de disparition.Encore très simple, mais combien vrai.Ne parlez pas de Constitution à un jeune qui ne sait pas écrire, vous perdrez votre temps ; ?Impôts minimum aux corporations et aux individus.Est-il acceptable que de grandes corporations ne paient pas leur juste part d'impôts?Ce n'est pas être marxiste.C'est une question de justice sociale, n'en déplaise à Ghislain Dufour et à ses acolytes.?Soutenir les PME, le coeur économique du Québec.Le plan Paillé était une excellente initiative.Ne pas aider les PME, c'est le suicide économique ; ?Revitaliser Montréal.Le nouveau premier ministre aurait intérêt à s'asseoir et à réfléchir quel-ques heures.Il lui faut un conseiller spécial, avec bureau attenant au sien, pour les questions touchant uniquement Montréal, n'en déplaise aux très hauts fonctionnaires de la Vieille Capitale.Il est temps que quelqu'un à Québec, avec du vrai pouvoir entre les mains, puisse orienter les pensées du premier ministre sur les actions gouvernementales à prendre pour sauver Montréal.Les PME sont le coeur du Québec; Montréal, c'est les poumons.?Protection accrue de la langue française.On dira ce qu'on voudra, c'est ce qui nous différencie du reste de l'Amérique.Tous doivent comprendre que le français est la langue officielle au Québec.La loi 101 doit reprendre sa vigueur nonobstant une Charte qui nous a été imposée ; ?Promouvoir l'achat chez-nous.Si chaque consommateur pouvait comprendre qu'acheter « fait au Québec » veut dire « création d'emplois », notre taux de chômage serait certainement plus bas.Il faut donc accélérer cette promotion ; ?Promouvoir la famille.Sans vouloir tomber dans un délire de propagande vaticane, y aurait-il moyen d'encourager la venue des enfants par d'autres moyens qu'un chèque de 500$.Le ridicule de cette politique nous fait comprendre qu'elle a sûrement été « inventée » par des gens qui n'ont pas d'enfants.Q Finalement, démontrer que le reste du Canada ne veut rien donner au Québec ( quoique ça devient de plus en plus facile ) et que l'évolution naturelle du Québec va vers sa pleine capacité à gérer ses propres affaires, c'est-à-dire d'être un pays normal.Comme militant d'un parti politique comme le PQ, il faut favoriser l'accès a nos idées à monsieur et madame tout-le-monde.Ne demandez pas à ces gens de prendre connaissance de notre projet de société, ils vont fermer le document à la page 2.Il faut simplifier notre message et apporter de l'espoir aux gens.Il faut faire prendre conscience que le Québec de l'an 2000 devra être plus solidaire, plus ouvert et surtout un État, un gouvernement qui comprend ses gens, qui inspire confiance et qui est capable de communiquer ses idées et ses projets avec ses citoyens par un message simple et accessible à tous.(.) Avec l'arrivée du nouveau chef, le PQ a l'occasion de se rafraîchir et de repartir à neuf.D'abord la relation entre le parti et le gouvernement doit être plus claire.Cessons de faire des courbettes devant nos ministres et députés et commençons à reprendre notre sens critique.Tout ce que fait le gouvernement n'est pas nécessairement bon.Tout ce que fait le gouvernement n'est pas nécessairement mauvais.En cette année de congrès, les membres du PQ auront à revoir leur programme et leurs statuts.Sur ce sujet, ils devront revoir le fonctionnement du parti qui est devenu un véritable petit gouvernement avec ses comités, ses hiérarchies, ses instances et son réseau d'amis.(.) Entre autres, la façon de faire des Conseils nationaux doit être modifiée.Trop souvent, cette instance ne sert qu'à voter sur des propositions de tout genre concernant l'actualité.Il faut faire «c comparaître » les ministres devant les membres pour que l'on puisse débattre avec eux des grands dossiers sur lesquels ils travaillent.Sinon, le parti ne sert qu'à amasser l'argent et faire élire ces messieurs-dames qu'on ne voit plus ensuite.Avec l'arrivée comme premier ministre de l'homme politique le plus populaire, le PQ devra lui donner son plein appui pour qu'il prenne le virage qui s'impose et fasse des réformes audacieuses.Nous aurons alors le respect de la population.La méfiance envers les politiciens sera remplacée par une confiance qui fera avancer le Québec dans le nouveau millénaire.Ce sera vraiment une autre façon de gouverner.Le Bloc québécois devrait continuer à constituer l'opposition officielle à Ottawa BENOÎT PELLETIER L'auteur est professeur agrégé à la Faculté de droit de l'Université d'Ottawa.Le Reform party a soulevé un point d'ordre à la Chambre des communes dans le but d'être désigné opposition officielle.À la fin de la dernière session de la Chambre des communes, le Bloc québécois comptait 53 députés contre 52 pour le Reform, mais ce dernier estime que l'égalité créée par le départ de Lucien Bouchard et son aptitude à mieux défendre les intérêts de l'ensemble du Canada devraient lui mériter le statut d'opposition officielle.Le président de la Chambre a pris le point d'ordre en délibéré et fera connaître sa décision au cours des prochaines semaines.À cet égard, il n'est pas inutile de rappeler que la règle à suivre est établie par une convention constitutionnelle non écrite voulant que l'opposition officielle soit formée par le deuxième parti disposant du plus grand nombre de sièges à l'assemblée législative.En fait, l'opposition officielle n'a pas de statut juridique formel, même si certains textes consacrent l'expression « chef de l'opposition ».La convention constitutionnelle qui existe actuellement est donc fondée sur un simple calcul des sièges recueillis par les différentes formations politiques à la suite des élections générales ou complémentaires.Le Beauchesne, un recueil faisant autorité en matière de jurisprudence parlementaire, affirme qu'« (a] droit au titre d'« opposition officielle » le groupement qui, parmi les partis minoritaires prêts à remplacer un gouvernement démissionnaire, est le plus nombreux ».Cet énoncé semble donc, du moins à première vue, ajouter un second critère à celui dont nous avons déjà parlé, critère fondé cette fois sur l'aptitude de l'opposition officielle à succéder éventuellement au gouvernement en place.Ce second critère s'explique évidemment par le fait que l'opposition officielle se voit traditionnellement confier le rôle non seulement de surveiller et de critiquer le gouvernement, mais aussi d'offrir à la population une alterna- > tive valable à celui-ci.La plupart des experts en droit parlementaire s'entendent toutefois pour dire que le deuxième critère en question est extrêmement théorique et qu'il ne saurait en fait être considéré que lorsque le parti au pouvoir est minoritaire.Et encore, même dans ce dernier cas, ne saurait-il jouer qu'un rôle très secondaire dans la détermination de l'opposition officielle.La règle est donc claire : c'est le nombre de sièges détenus à l'assemblée législative qui déterminera quel parti sera appelé à former l'opposition officielle.Cette règle coutumière ne vaut toutefois qu'en autant qu'elle est respectée par les acteurs politiques.(.) Notons cependant que la convention fondée sur le nombre de sièges a toujours été respectée par les autorités canadiennes, jusqu'à présent.Notons au surplus que l'on n'a jamais tenu compte dans le passé, pour les fins de la détermination de l'opposition officielle, de critères comme le pourcentage de votes à l'échelle nationale ou encore la nature du programme ou du discours adopté par un parti politique.À cet égard, d'ailleurs, il n'est pas inutile de rappeler le précédent de 1921.En effet, en 1920, Thomas Alexander Cre-rar, ministre sous le gouvernement conservateur de Borden, a démissionné du gouvernement et du parti et a formé le Parti progressiste.Aux élections de 1921, les Canadiens ont porté au pouvoir un gouvernement minoritaire.Les libéraux, de Mackenzie King, avaient en effet raflé les 65 sièges québécois et en avaient obtenu 52 autres, principalement en Ontario et dans les Maritimes, pour un total de 117 sièges.Les progressistes avaient obtenu 62 sièges, dont 41 dans l'Ouest et 24 en Ontario.Les conservateurs avaient fait élire 50 députés, et les autres ( travaillistes et indépendants ) 4 députés.Mackenzie King, minoritaire, proposa aux progressistes de faire une coalition, mais ceux-ci déclinèrent l'invitation.En fait, les progressistes refusèrent même de former l'opposition officielle au Parlement, malgré qu'ils aient été la seconde formation politique à avoir fait élire le plus grand nombre de députés.L'opposition officielle fut donc assumée par les conservateurs d'Arthur Meighen, pourtant moins représentés que les progressistes à la Chambre de communes.Pour justifier leur refus de former l'opposition officielle, les progressistes invoquèrent essentiellement le fait qu'ils ne se voyaient pas en mesure d'offir une alternative au gouvernement en fonction.Us ne se voyaient que comme un groupe de pression, voué à la défense des agriculteurs canadiens.Bref, les progressistes refusèrent de former l'opposition officielle parce qu'ils n'avaient que des préoccupations limitées et ponctuelles : ils n'avaient pas de préoccupations d'ordre national.(.) On retiendra donc deux choses, principalement, de l'expérience de 1921 ; à savoir: 1 ) que ce précédent n'a fait que confirmer la convention constitutionnelle voulant que l'opposition officielle soit offerte au parti qui se classe deuxième pour le nombre de candidats élus, sous réserve cependant de la possibilité pour le chef de ce parti de décliner l'offre qui lui est faite s'il le juge opportun ; et 2 ) que le caractère strictement régional des assises d'un parti ou encore la nature limitée de ses préoccupations ne sont pas des facteurs pertinents pour les fins de la désignation de l'opposition officielle.(.) Dans le contexte actuel, force est d'affirmer que le caractère souverainiste du Bloc québécois ou encore le fait qu'il n'a que des assises régionales ne sauraient être de nature en eux-mêmes à lui faire perdre son statut d'opposition officielle.À notre avis, le Bloc québécois devrait continuer à constituer l'opposition officielle à Ottawa, et ce, tant et aussi longtemps que des élections complémentaires n'auront pas modifié la répartition des sièges entre le Bloc et le Reform à la Chambre des communes du Canada.Il serait en effet pour le moins inusité que le Président de la Chambre demande au Reform Party de former l'opposition officielle, alors même que des élections complémentaires tenues au cours des prochains mois pourraient redonner au Bloc québécois l'avance mathématique qui lui fait actuellement défaut.La tradition parlementaire elle-même ne saurait que venir appuyer une telle solution qui est marquée du signe de la stabilité et de la continuité politiques.Le vaisseau échoué urieuse affaire, et qui en dit très long sur l'attitude d'une partie de l'intelligentsia francopho* ne montréalaise envers sa propre ville, que cette levée de boucliers engagée par l'Union des écrivains contre la possibilité que la Bibliothèque nationale du Québec s'installe dans l'immeuble du défunt magasin Simpson.Sous réserve d'études de faisabilité qui seront bientôt terminées, deux choix s'offrent a la BNQr dont les collections ouvertes au public sont actuel' lement éparpillées dans trois emplacements : soit l'agrandissement de son siège social actuel, l'ancienne École des beaux-arts a l'angle des rues Sherbrooke et Saint-Urbain ; soit le recyclage de l'ex-magasin Simpson, rue Sainte-Catherine.L'immeuble est si vaste que la BNQ le partagerait, vraisemblablement avec d'autres institutions gouvernementales.La bibliothèque serait toutefois propriétaire de ses locaux, comme dans la formule condo.Le Montréalais ordinaire, qui contemple depuis trop données le vaisseau vide échoué au coeur du centre-ville, pathétique symbole du dépérissement de Montréal, a tendance a crier bravo.Pourquoi, en cette période d'austérité, ne pas recycler nos édifices existants quand ils sont solides et accueillants, plutôt que de bâtir a neuf ?L'essentiel étant, bien sûr, le regroupement des collections dans un endroit accessible au public et le respect exigeant du patrimoine.Mais voilà que l'UNEQ grimpe dans les rideaux à l'idée que la BNQ puisse déménager «dans uo quartier à vocation commerciale ».La BNQ, dit son président Bruno Roy, doit rester dans le vieux Quartier latin, où elle bénéficie du « rayonnement culturel » de l'UQAM, du cégep du Vieux-Montréal, de la Cinémathèque et de la Place des Arts.L'en éloigner, croit-il.lui ferait perdre sa clientèle.Pierre Lavoie.directeur général de l'UNEQ, en rajoute avec une belle envolée : « Isoler la BNQ des gens qui la fréquentent, ce serait comme tenter de vendre des frigos au pôle Nord ! » * * * Ces protestations valent qu'on s'y arrête, car elles représentent un effrayant symptôme de l'aliénation d'une partie de nos élites par rapport à Montréal.( |e tiens pour acquis, et tant mieux si je me trompe, que MM.Roy et Lavoie sont représentatifs d'une partie de l'intelligentsia du Plateau.) » Disposons d'abord de la question de l'éloigner ment géographique et de la perspective terrifiante de voir nos collections nationales déménager au diable vauvert, pourquoi pas au pôle Nord tant qu'à y être ! Si MM.Roy et Lavoie s'étaient un jour aventurés, à l'ouest du boulevard Saint-Laurent, ils auraient découvert que l'édifice Simpson est à une quinzaine de minutes de marche de la BNQ de la rue Saint-Denis ( l'ancienne bibliothèque Saint-Sulpt-ce ), et qu'il est posé juste au-dessus de la ligne de métro est-ouest, avec laquelle il communique par un couloir où circulent 200 000 personnes par jour.Bref, on ne fait pas plus central.Nos amis de l'UNEQ aiment croire que la clientèle est entassée autour de sa bibliothèque comme un village niché autour de son église.Loin de moi l'idée d'exclure la possibilité que les archives de la BNQ soient prises d'assaut chaque midi par des foules de cégépiens du Vieux-Montréal assoiffés d'histoire.Mais le fait est que la clientèle vient de partout dans la région et même de tous les coins du Québec, puisque c'est « la » Bibliothèque nationale, la seule à conserver les volumes, cartes, gravures, livres anciens et partitions musicales qui constituent la part essentielle du patrimoine écrit.* * * \u2022 I Venons-en au coeur de l'argumentation : le transfert de la BNQ, du haut lieu d'activités culturelles que serait le « Quartier latin », à un sordide « quartier commercial » indigne de recevoir nos intellectuels patentés et les honorables membres de l'UNEQ.Où diable ces messieurs ont-ils déniché ce foisonnement, d'activités culturelles autour de l'UQAM ?À cette hauteur, la rue Saint-Denis compte davantage de bars et de boutiques de fringues que de librairies.En fait, il se vend plus de livres autour de l'ancien Simpson que dans le Quartier latin ! Simpson est à deux pas de deux grandes suceur* sales de Renaud-Bray et de la librairie Coles, qui vend aussi des livres français.À deux pas du musée McCord et du Musée des beaux-arts, lesquels, à ce que je sache, appartiennent aux francophones autant qu'aux anglophones.Sans compter le superbe Centre canadien de l'architecture, le seul musée montréalais qui soit unique en son genre au monde.Sans compter deux autres universités montréalaises McGill et Concordia, qui ont ensemble probablement autant d'étudiants francophones que l'UQAM.Et même si ce n'était pas le cas, où serait donc le drame, à ce que de jeunes anglophones et allophones découvrent, intrigués par cette somptueuse nouvelle-venue au coeur de leur univers quotidien, la richesse du patrimoine culturel québécois et du livre français ?N'est-ce pas exacte* ment cela qu'on veut, quand on parle de l'intégration des immigrants ?De toute façon, la question n'est pas la comptabilité des équipement culturels.François Mitterrand a fait bâtir la nouvelle Bibliothèque nationale de France dans un quartier fort éloigné de la montagne Sainte-Geneviève, et il n'était pas exactement un inculte.\u2022v \u2022 * * * I \u2022\u2022 Mais allons au fond.Ce qui se cache derrière cette infantile levée de boucliers, c'est le vieux mépris de nos élites traditionnelles pour le commerce, comme si ce n'était pas le commerce qui fait vivre les écrivains, leur permettant ainsi de verser des cotisations à l'UNEQ.C'est surtout ce refus peureux d'assumer la totalité de Montréal, comme si les francophones se sentaient toujours obliges, même à l'heure où cette ville leur appartient plus que jamais, de se réfugier dans un deuxième centre-ville à l'abri des rumeurs du monde.La petite maison en banlieue, et un petit centre-ville juste à nous autres.et le reste de Montréal aux « autres » ! Si les Montréalais francophones continuent d'entretenir cette vieille mentalité de repli, Montréal est perdu.Et le Québec avec. S4 LA PRESSE.MONTRÉAL.SAMED113 JANVIER 1996 Plus Même parcours.ANDRÉ PRATTE L orsque, le 25 octobre 1993.les Canadiens se débarrassèrent du gouvernement conservateur, c'est d'abord Brian Mulroney qu'ils voulaient renvoyer chez lui.Ils en avaient assez de ses politiques, sans doute, mais surtout ils en avaient assez de l'homme, un homme qu'ils en étaient venus à détester tellement il personnifiait l'arrogance de l'élite, la vanité des riches et la corruption des politiciens.Pour remplacer Mulroney, les Canadiens choisirent quelqu'un qui paraissait être tout le contraire du businessman aux pantoufles Gucci.Un homme du peuple, simple, honnête et franc.Place au p'tit gars de Shawini-gan.Ces Canadiens seront d'autant plus surpris, en lisant le premier tome de la nouvelle biographie de |ean Chrétien \u2014 Chrétien, The Will to Win, du journaliste Lawrence Martin \u2014 de constater à quel point le parcours du 18* enfant de Wellie Chrétien et Marie Boisvert ressemble à celui du premier garçon de Ben Mulroney et Irène O'Shea.Tout le long de son livre, le biographe souligne les similitudes \u2014 frappantes \u2014 et les différences \u2014 tout de même importantes \u2014 entre les trajectoires des deux hommes.Le germe étant planté, le lecteur sera tente de tracer lui-même d'autres parallèles.Chrétien et Mulroney viennent tous deux d'un milieu modeste, des origines dont ils sont restés fiers et qu'ils ont exploitées à satiété au cours de leur carrière politique.Mais tandis que Mulroney vit, si l'on en croit ses biographes, une enfance heureuse, Martin nous fait découvrir un petit Chrétien complexé par ses handicaps physiques et par la réussite d'un frère de 24 ans plus âgé que lui, un enfant écrasé par un père froid qui lui fera passer toutes ses jeunes années dans des pensionnats.« Mon père ne m'a jamais fait un compliment sauf lorsqu'il était sur son lit de mort, a confié à l'auteur le fils meurtri.Pour lui, ce n'était jamais assez.» Pour se faire une place.« Ti-fean » parle sans arrêt, pratique le sport avec une énergie peu commune, accumule les mauvais coups.Cela fait de lui un leader.Et c'est ici que Mulroney rejoindra son aîné ( Chrétien est né en 1934.Mulroney en 1939 ) : alors que le premier subjugue ses camarades par sa détermination, le second les charmera par ses flatteries.Les caractères diffèrent, mais le résultat est le même : au collège, l'un et l'autre sont constamment entourés d'amis.Autre similitude : les deux jeunes hommes manifestent une « ambition frénétique », selon une connaissance mutuelle de l'époque.Ambition, leadership : cela les mènera tous deux, dès l'adolescence, à la politique.À 14 ans, Jean Chrétien pouvait faire 30 milles en autobus pour assister à une assemblée partisane.Aline et Mîla Mais l'ambition de lean Chrétien était trop désordonnée pour le mener aussi loin qu'il rêvait d'aller.Incapable de se concentrer sur ses études, garnement, il finit par être expulsé du Séminaire de Trois-Rivières.Une personne vint le calmer, le forcer à canaliser son énergie sur ce qui importait.Une personne aussi ambitieuse que lui, mais plus stable, plus solide : Aline Chaîné.Brusquement, le jeune lean Chrétien plongea dans les livres, refusant même de participer aux escapades de ses camarades.« Je devins obsédé par ça \u2014 qu'il fallait que je réussisse si je voulais devenir avocat, politicien, avoir une famille.Le fun était fini, le venais d'être frappé par la vraie vie.» Lisant cela, on ne peut s'empêcher de penser au rôle que joua \u2014 beaucoup plus tard il est vrai \u2014 Mila Pivnicki dans la vie dissolue de Brian Mulroney.Tous les chemins mènent a Ottawa Chrétien étudia donc le droit à Laval (comme Mulroney) et devint avocat a Shawinigan.Mais ici, les voies des p'tits gars de Shawinigan et de Baie-Comeau se séparent.Dès que le jeune Chrétien eut l'occasion de se lancer en politique active, il la saisit.Tandis que Mulroney refusa toutes les propositions en ce sens, préférant la politique de couloirs et de bars.Leur objectif était pourtant le même, nul doute à ce sujet : devenir un jour premier ministre du Canada.Par ailleurs, les deux hommes aimaient l'argent que commençait à leur rapporter leur profession.Mais, sans doute, Mulroney aimait-il l'argent davantage, tandis que le prestige du parlement attirait Chrétien.Et puis, lorsque Chrétien se présenta pour la première fois dans Saint-Maurice / Laflcche, les chances d'un libéral de l'emporter étaient excellentes.Tandis que les chances de Mulroney \u2014 ou de n'importe quel conservateur au Québec dans les années 70 \u2014 étaient presque nulles, lean Chrétien fut donc élu en 1963.Et c'est ici que Lawrence Martin nous fait les révélations les plus étonnantes de son livre.On apprend que |ean Chrétien, un politicien qui fonda toute sa carrière sur l'intégrité, s'adonna au cours des années 60 et 70 à des manoeuvres dignes des pratiques du-plessistes qu'il avait dénoncées sur toutes les tribunes : salissage, démagogie, « paquetage » d'assemblées, tous les moyens sont bons pour lui permettre d'accroître sa mainmise sur son comte.À tel point que, lors des campagnes électorales de 1972 et 1974, Chrétien convainquit un ami, Antonio Genest, de se présenter contre lui dans l'espoir de diviser le vote de l'opposition.Genest accepta de lui rendre ce service.« le suis resté à l'hôtel sans jamais faire campagne », a confié Genest à l'auteur.« Je lui ai demande de se présenter », a avoué Chrétien a Martin, qui rapporte : « Il parlait de cette tactique comme s'il s'agissait d'un événement routinier.Mais cela n'avait rien de routinier, même à l'époque de Duplessis.» « Si gagner nécessitait parfois d'avoir recours à des tactiques douteuses, lean Chrétien n'hésiterait pas à les employer », conclut l'auteur.On écrirait cela au sujet de Brian Mulroney que personne ne sursauterait.Mais au sujet de lean Chrétien.Les cachotteries Dans son autobiographie publiée il y a dix ans \u2014 Dans la fosse aux lions \u2014 Jean Chrétien ne dit rien de ces coups bas qui lui permirent de poursuivre sa carrière politique.Comme il cache la vérité au sujet d'autres incidents, révèles par Martin, qui auraient pu nuire à son image : l'appendicite feinte qui lui permit de manquer une année au Séminaire de Joliette ( il joua si bien la comédie qu'on finit par l'opérer.pour découvrir un appendice parfaitement normal ! ) ; sa propension pour les batailles ( jeune avocat, au cours d'une soirée dans un bar de Trois-Rivières, il assaillit littéralement un confrère qui avait laissé entendre que Chrétien devait sa carrière à l'aide son frère aîné Michel ) ; les incidents disgracieux que provoqua sa haine furieuse contre le péquiste Yves Duhaime, entre autres.Ici aussi parallèle avec Brian Mulroney qui ne manqua pas de gommer de son C.V.les faits \u2014 ses deux échecs aux examens du Barreau \u2014qui auraient pu nuire à sa longue marche vers le 24 Sussex Drive.Le biographe de Chrétien tire néanmoins de son enquête une conclusion favorable à son sujet : « Bien qu'il soit en politique depuis fort longtemps.Chrétien est resté remar- Deux livres récents révèlent des similitudes étonnantes entre Jean Chrétien et Brian Mulroney quablement peu touché par les scandales.Son ambition et son ego dévastateurs l'ont trop souvent mené à la tromperie.Mais en termes relatifs, dans le contexte d'un monde aussi sale que la politique, il est resté particulièrement propre.» La création d'un personnage À l'opposé de Brian Mulroney, disions-nous, lean Chrétien sacrifia l'argent à la politique.Mais l'énoncé est caricatural.D'une part parce que Chrétien continua de travailler pour son bureau d'avocats durant ses premières années en politique.Et surtout parce que tout au long de sa carrière, il cultiva autant ses contacts parmi les gens fortunés que son image de « gars du peuple ».Sa retraite temporaire de la politique, à la suite de sa défaite aux mains de iohn Turner, lui permit enfin de réaliser ses ambitions financières : « Avec les conseils d'administration, la richesse, les amis de la haute.Chrétien ne pouvait plus être considéré comme un adversaire de l'establishment.En 1989, le p'tit gars de Shawinigan était devenu millionnaire.» Cependant, l'image publique de Jean Chrétien n'en fut pas affectée.Le livre de Lawrence Martin nous fait voir combien d'énergie M.Chrétien a mis à cultiver cette image, combien celle-ci est indissociable de sa façon de faire de la politique, comment tous ceux qui ont essayé de le convaincre d'agir autrement ont échoué.Comment enfin son « personnage » l'a tour à tour servi et desservi, servi surtout au Canada anglais et desservi surtout au Québec ( à tel point qu'aucun éditeur québécois n'a encore manifesté d'intérêt pour cette biographie ! ).Son anglais écorché, affirme par exemple un ancien collègue du cabinet, était «c une fabrication.C'est comme Maurice Chevalier, il a gardé son accent français bien longtemps après avoir appris à parler l'anglais.» La recette du succès Mais ce n'est pas son accent qui a mené lean Chrétien à la tête du « meilleur pays au monde » \u2014 bien qu'il ait certainement contribué à son succès politique.Ce ne sont pas non plus ses idées ou des circonstances particulières.C'est son ambition.Une ambition brute, absolue, qui le poussa à travailler comme un forcené, a persévérer malgré les coups durs, à endurer les pires humiliations.Ambition brute parce que, tout comme celle de Mulroney, elle n'était pas au service d'une idéologie ou d'une vision.Pas plus que Mulroney.Jean Chrétien ne voulait réussir pour faire quelque chose de précis.11 voulait réussir, point.Aussi dans tous les ministères qu'il dirigea, la substance des dossiers dont il s'occupait ne l'intéressait que dans la mesure où il pouvait faire le travail, atteindre l'objectif que son patron lui avait commandé.et passer au prochain échelon de son ascension.Ainsi en fut-il de son passage \u2014 désastreux quoi qu'il en dise \u2014 au ministère des Finances.« Sa longue marche vers le ministère des Finances avait été fondée, écrit Martin, non pas sur le désir d'apporter quelque chose de nouveau au poste, mais sur l'ambition.Il voulait devenir le premier ministre des Finances francophone dans l'histoire du pays.Une fois le rêve réalisé, il ne savait trop qu'en faire.» Le Canadien ordinaire « Si la recette du succès en politique est de plaire à tout le monde et à son père.Chrétien a brillamment joue ses cartes ».souligne Lawrence Martin en conclusion de ce premier tome qui prend fin alors que le héros s'apprête à reprendre la tête du PLC.Comme celui de Brian Mulroney, le succès de lean Chrétien est donc affaire de flair.Mais selon Martin, cette réussite a une source plus profonde : « Ce qui a toujours guide Chrétien, explique-t-il, ce sont ses valeurs : l'intégrité, l'egalite des individus, l'égalité des chances, le dévouement a son pays.( .) Au moment de prendre le pouvoir, lean Chrétien était un homme profondement ancre dans les valeurs qui ont fait du Canada un pays exceptionnel.Il était toujours capable de voir les choses comme monsieur et madame Tout-le-monde (.) C'est en cela \u2014 réalisant qu'il était probablement le meilleur Canadien ordinaire que la politique ait jamais produit \u2014 que les gens plaçaient leurs espoirs.» On verra dans le second tome comment le biographe interprète la vague de mécontentement qui s'abat sur son sujet depuis quelque temps.Serait-ce que la population commence à apercevoir, derrière la façade soigneusement entretenue, un politicien moins différent de son prédécesseur qu'elle ne l'espérait ?.même politique ^Piff J CfflTÉ -_
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.