La presse, 2 mars 1996, E. Plus
[" CAHIER Montréal, samedi 2 mars 1996 Éditorial Opinion Les syndicats montent aux barricades CÊRALD LEBLANC \u2022 .souvent vu au ¦^Québec, mais du jamais vu en Ontario, la province de la « fade évolution », comme aimait la qualifier le sua-a ve Bill Davis ! é m Samedi dernier, 100 000 syndiqués ont envahi Hamilton, où les conservateurs de Mike Marris tenaient un congrès d'orientation, dans un hôtel entouré de blocs de béton et protégé par plusieurs centaines de policiers anti-émeute.Le premier ministre invitait alors ses troupes à la réjouissance : « Les gros syndicats démontrent leur puissance et nous allons démontrer au milieu des affaires qu'ils ne nous feront pas reculer.» Lundi, les fonctionnaires de l'Ontario déclenchaient la première grève de leur histoire, n'ayant acquis le droit de grève, encore interdit dans les hôpitaux, que sous le gouvernement de Bob Rae.« Nous sommes déterminés et allons fermer ia province » annonçait Leah Casselman, la présidente du syndicat des fonctionnaires.«c Rien ne pouvait les empêcher d'utiliser le jouet offert par les néodémocrates, mais aucun groupe de pression, surtout pas les syndicats, nous empêchera de ramener en Ontario un climat propice aux affaires » rétorquait, par bravade, Mike Harris.Un conflit de travail qui ressemble plutôt à un affrontement politique, inhabituel en Ontario.Même les analystes ne peuvent s'empêcher de prendre parti dans la révolution du bon sens qui est en train de transformer en profondeur le coeur du Canada, comme en témoignent deux professeurs de l'Université de Toronto.« Ce n'est pas un conflit de travail mais une confrontation politique.Le gouvernement a décidé de remettre ies syndicats à leur place et il devrait réussir, à moins de commettre des gaffes majeures, comme l'embauche provocatrice de travailleurs de remplacement », estime John Crispo, professeur de relations industrielles, fa-vorable à la démarche du gouvernement Harris.« Les fonctionnaires se battent pour la survie du syndicalisme et du secteur public.Nous assistons à une politisation du mouvement ouvrier, confronté à l'envers de votre révolution tranquille.11 s'agit d'une lutte pour la direction de la société onta-rienne », juge plutôt John Anderson, expert proche des syndicats.Les abattoirs et les prisons C'est donc sur fond de confrontation politique que 54 000 des 67 000 fonctionnaires syndiqués ont débrayé cette semaine, en gardant 13 000 employés au travail pour les services essentiels.Une grève légale et la première de l'histoire pour les fonctionnaires de l'Ontario ! Tout s'est déroulé calmement, avec des inconvénients tolérables, comme l'impossibilité de renouveler permis de conduire et cartes d'assurance-maladie, sauf dans les prisons où le manque de gardiens a provoqué des mini-émeutes et dans les abattoirs provinciaux qui ont dù fermer faute d'inspecteurs.« C'est encore l'étape de la \"drôle de guerre\", où l'on attend les avions et les chars d'assaut pour y croire vraiment.Les transports en commun, les hôpitaux et les écoles fonctionnent et même les magasins vendant de l'alcool sont ouverts.On ne peut pas encore parler de crise », estime Michael Adams, président de la firme de sondage Environics de Toronto.La menace de privatisation Le conflit ne porte pas sur les salaires ni même sur les emplois, dont au moins 13 000 seront supprimés, mais sur les conditions de licenciement et les droits syndicaux.Le gouvernement Harris, qui a aboli la Loi antiscab de Bob Rae, s'est aussi donné, dans son projet de loi omnibus, le pouvoir de privatiser ses services, sans obligation à l'endroit des syndiqués du secteur public.C'est cette menace de privatisation, sans droit de succession pour les employés, qui effraie, car le gouvernement entend bien licencier, non seulement 13 000 fonctionnaires comme promis dans la \u20ac Révolution du bon sens » mais jusqu'à 27 000, en se retirant carément de certains secteurs, pour trouver les quatre milliards additionnels requis pour les baisses de 30 % de l'impôt sur le revenu des particuliers.Malgré l'opposition, même de ses alliés du monde des affaires, à ces baisses de taxe, Mike Harris vient d'annoncer qu'il remplirait, là aussi, les promesses faites avant l'élection de juin dernier.« le ne suis pas d'accord avec Har- PH0T05 PC « Nous sommes déterminés et allons fermer la province », annonçait lundi Leah Casselman, la présidente du syndicat des fonctionnaires, au moment où ceux-ci déclenchaient la première grève de leur histoire, n'ayant acquis le droit de grève que sous le gouvernement de Bob Rae.« Rien ne pouvait les empêcher d'utiliser le jouet offert par les néo-démocrates, mais aucun groupe de pression, surtout pas les syndicats, nous empêchera de ramener en Ontario un climat propice aux affaires ».rétorquait, par bravade.Mike Harris ( à droite ).Il y a quelques jours le chef de police de la communauté urbaine de Toronto.Paul watter.indiquait ne pas avoir l'intention de mettre la vie de ses hommes en danger dans les conflits de travail.Ci-dessus, un début d'incendie sur un piquet de grève de Kingston.Pendant que le gouvernement Harris compte sur la confrontation pour solidifier ses appuis, le mouvement syndical espère canaliser l'Inquiétude engendrée par la démarche musclée des croisés du bon sens.Sur notre photo, l'ancieit ministre libéral du travail sous le gouvernement Peterson.Bill Wrye.aujourd'hui fonctionnaire en grève, faisant le piquet de grève.A gauche, l'actuel ministre responsable de la fonction publique.Dave Johnson.ris sur l'immédiate réduction de taxes, mais c'était la seule manière de faire accepter son programme d'assainissement des finances publiques par l'electorat, et il n'est pas mauvais qu'un gouvernement fasse enfin ce qu'il a promis de faire» estime le professeur Crispo.« On pouvait atteindre la réduction de 13 000 employés par la seule attri-tion durant le mandat du gouvernement Harris, mais on veut aller plus vite et plus loin pour atteindre le vrai objectif du gouvernement : réduire au minimum la taille du gouvernement, et des syndicats, afin de laisser toute la place au secteur privé » explique, se son côte, le professeur lohn Ander- son.Le test des piquets de grève On dit que le syndicat des fonctionnaires dispose d'un bon fonds de grève, enrichi par l'aide d'autres syndicats, et la ferveur des néophytes qui font leur première grè- ve, mais on souligne leur manque d'expérience et surtout leur fragile solidarité.« Ceux qui prévoient une courte grève se trompent.Le gouvernement Harris est déterminé à briser les syndicats qui n'ont, de leur côté, rien à perdre.Le syndicat des fonctionnaires a le dos au mur et sait qu'il perdra bientôt le tiers de ses membres.L'Ontario compte une tradition de violence sur les piquets de grève et c'est là que se jouera le conflit », estime David Wolfe, expert des relations de travail à l'Université de Toronto.La télé nous a montré cette semaine un petit nombre de syndiqués traversant les piquets de grève, sous les regards courroucés et les cris haineux de leurs collègues.Plane également toujours la menace évoquée par le gouvernement de faire appel à des travailleurs de remplacement, comme le lui permet maintenant l'abrogation de la loi antiscab.L'appui des autres syndicats sera cruciale pour les fonctionnaires.Les 15 000 syndiqués d'Hydro-Ontario ont déjà annoncé leur intention de déclencher la grève au cours des prochaines semaines.Le professeur Wolfe souligne aussi l'engagement du syndicat des enseignants, le prochain a passer à la caisse et un des mieux organisés de la province, qui s'est manifesté en force à Hamilton, 500 des 1000 autobus et la moitié des 100 000 manifestants.Il faudrait aussi rappeler l'avertissement de Paul Walter, le chef de police de la communauté urbaine de Toronto, qui a indiqué ne pas avoir l'intention de mettre la vie de ses hommes en danger dans les conflits de travail.Comme pour des élections Un conflit de travail qui prend des airs d'élections, ou l'opinion publique déterminera le vainqueur.« Les gens ne savent qui croire.Ce conflit vient s'ajouter aux autres anxiétés, comme un malheur inévitable.À ce moment tout au moins, les gens font confiance au gouvernement et s'attendent à le voir gouverner» estime Michael Adams.|ane Armstrong, la vice-présidente d'Environics, indique que le taux de satisfaction à l'endroit du gouvernement Harris, à plus de 60 % l'automne dernier, a baissé dramatiquement, surtout après l'adoption de la loi omnibus.« Les leaders syndicaux sont très impopulaires et la confrontation devrait profiter au gouvernement, selon la sagesse populaire.Mais les choses pourraient avoir changé, car les syndicats ne parlent plus d'argent mais des dangers courus par la société on-tarienne et le gouvernement Harris a été perçu comme arrogant avec sa loi omnibus » selon Mme Armstrong.Ici encore, le paysage est embrouillé, puisque la firme Angus Reid vient de dévoiler les résultats d'un sondage, effectué juste avant le déclenchement de la grève, démontrant que les conservateurs conservent l'appui de la moitié des électeurs.Pendant que le gouvernement Harris compte sur la confrontation pour solidifier ses appuis, le mouvement syndical espère canaliser l'inquiétude engendrée par la démarche musclée des croisés du bon sens.« À Toronto, par exemple, les gens voient les sièges sociaux des banques et autres grandes entreprises annoncer des profits records, tout en congédiant des employés et en offrant des pavés d'or à leurs dirigeants.Ce n'est plus aussi certain que la cote de Mike Harris va monter avec le soulèvement syndical » selon le professeur Anderson, montrélais vivant à Toronto depuis huit ans.L'étincelle de Lénine Les anciens syndicalistes doivent ruminer la théorie de l'étincelle de Lénine, en regardant évoluer la révolution ontarienne.Dans son journal « Iskra » \u2014 l'étincelle \u2014 et dans son livre « Que faire?», le révolutionnaire russe expliquait comment il faut préparer le terrain si l'on veut provoquer l'étincelle, en sortant l'allumette au bon moment.Réduits à l'impuissance devant le cri de ralliement de Mike Harris \u2014 l'Ontario dépense chaque heure un million de plus qu'elle ne perçoit \u2014 les syndicats ontariens, qui ont regardé passer le train politique de leurs confrères du Québec durant les années 70, ont décidé de monter au front.On verra au cours des prochaines semaines, si leur allumette produit l'étincelle de la contre-révolution, s'ils peuvent cristalliser l'inquiétude des électeurs comme Mike Harris a su le faire avec sa révolution du bon sens On saura alors si le vaisseau amiral du Canada maintient le cap sur une réduction draconnienne de la taille et de la place de l'Etat dans la marche de la société E2 LA PRESSE.MONTRÉAL.SAMEDI 2 MARS 1996 ÉDITORIAL\t\tPau! Desmarais Roger D.Landry président du conseil président d'administration et éditeur\tClaude Masson Marcel Desjardins Alain Dubuc éditeur adjoint directeur de l'information éditorialiste en chef \t\t\t La lutte au déficit et l'impasse démocratique Au moment où le ministre des Finances.Paul Martin, met la dernière touche au discours du budget qu'il présentera, mercredi prochain, son budget de l'an dernier n'a toujours pas été digéré, comme le montrent les batailles qui ébranlent le Canada d'un océan à l'autre sur la réforme de l'assurance-chômage.Ce climat de turbulence, qui se manifeste également en Ontario, et que l'on verra peut-être au Québec dans la tourmente de l'austérité, montre que le principal défi i,ue doivent relever les ministres des Finances, lorsqu'ils consacrent leurs énergies à la lutte au déficit, sont de nature politique.Comment rétablir les finances publiques sans provoquer une crise sociale ?Pour éviter que les compressions disloquent la société, il faut évidemment commencer par faire preuve d'équité dans la répartition de l'effort et limiter l'impact des mesures qui changent les règles du jeu.Mais II faudra aussi modifier les paramètres du débat démocratique.Quand il faut affronter les questions de la décroissance de l'État ou de l'austérité, la démocratie est dans un cul-de-sac, incapable de mener une réflexion équilibrée.Le débat public subit d'intenses distorsions et ne reflète pas les réalités sociales.Nos traditions démocratiques fonctionnent à merveille quand il faut faire, mais pas quand il faut défaire.Ce sont les règles du jeu de ce combat inégal qu'il faut changer.La.grève des fonctionnaires en Ontario illustre parfaitement ce malaise.Bob Rae a été porté au pouvoir par hasard, avec 37 p.cent des voix, Il y a cinq ans.Malgré la faiblesse de ce mandat, il a décidé de transformer sa province en laboratoire, avec le résultat que Ton sait.Mike Harrls, vainqueur avec un score plus convaincant de 45 p.cent, s'emploie quant à lui à défaire ce qu'a légué son prédécesseur.C'est le triomphe du deux poids, deux mesures, sans juger de leurs politiques respectives, on peut comparer la facilité avec laquelle Bob Rae a pu détruire la santé financière de sa province et les difficultés que rencontre Harris pour réparer les dégâts.Personne ne descendait dans la rue pour empêcher les sociaux-démocrates de faire leurs folies.Ce déséquilibre est au coeur de nos problèmes.Il tient au syndrome du pas dans ma cour et au fait que les coupures font des victimes et pas les nouveaux programmes.C'est cependant une illusion provoquée par l'endettement.Dans un environnement sans déficit, les nouveaux programmes font des victimes, ceux qui verseront plus d'impôt pour les financer.Mais avec notre culture de la dette, les victimes, qui sont les contribuables du futur, ne sont pas là pour se plaindre.Mais, à cette illusion, s'ajoute le fait que.dans nos sociétés, rien n'empêche la création de programmes et rien ne met un frein à la croissance, tandis que de puissants outils limitent la capacité d'une collectivité de réduire les activités de l'État.Et c'est à ce déséquilibre que font face Paul Martin ou Bernard Landry.un déséquilibre renforcé par ce que l'on pourrait appeler la puissance de la démocratie du bruit.Les mouvements d'opposition à l'assainissement des finances publiques, en apparence massifs, représentent une minorité limitée.Rappelons qu'à Québec, le principe de l'austérité est approuvé par les trois partis de l'Assemblée nationale et une solide majorité de la population, tandis qu'à Ottawa, la réforme de l'assurance-chômage est appuyée par des partis qui représentent les trois quarts de l'électorat Ce combat Inégal est renforcé par une distorsion idéologique, le fait que la lutte au déficit est présenté comme une bataille entre la gauche et la droite, entre le bien et le mal.cette dimension morale s'explique en bonne partie par le fait que, au Canada et au Québec, il existe un très large consensus sur l'importance du rôle de l'État dans l'économie et la répartition de la richesse.Ceux qui s'opposent à la lutte au déficit, le monde syndical, ce qui reste du NPD, ce qui reste du clergé et les groupes dits populaires, comme ceux dont faisait partie « l'étranglé de Hull », se sont emparé de la légitimité collective en se présentant comme les défenseurs de l'État contre les forces qui veulent sa destruction, les « néo-libéraux ».Il faut répéter inlassablement que les efforts pour ne pas laisser l'État s'enfoncer dans l'endettement constituent la seule façon de préserver l'intégrité de l'État et la viabilité de ses programmes et d'assurer la justice inter-génératlonelle.Ce n'est pas un débat gauche-droite, ou un débat pour ou contre les programmes sociaux.Il faut surtout insister sur la très lourde responsabilité de ceux qui, par leurs « luttes », ont empêché les gouvernements de corriger le tir quand c'était encore facile et qui sont les principaux artisans du pourrissement dont nous tentons maintenant de sortir.Cette terrible culpabilité fait d'eux les vrais fossoyeurs de l'État-providence.Alain DUBUC Le franc-tireur Au train où vont les choses, le maire Pierre Bourque pourra bientôt s'enorgueillir de la plus jolie collection d'ennemis sur l'île de Montréal.Coup sur coup, il vient de se mettre à dos trois présidents d'organismes métropolitains: celui de la stcum, Yves Ryan; celui de la Conférence des maires de banlieue, Peter Trent; sans oublier la présidente de la Communauté urbaine de Montréal, Véra Danyluk.Dans tous les cas, ce qui a suscité la colère, c'est le mépris qu'affiche le maire pour les organismes régionaux dont sa ville fait pourtant partie.Et sa tendance à jouer le franc-tireur de la politique municipale sans se soucier le moindrement de l'intérêt général.Les deux plus récents objets de litiges sont la voie réservée de l'avenue du Parc, un aménagement contesté par les commerçants du coin.M.Bourque a fait voter par le comité exécutif de la Ville une résolution réclamant l'abolition de cette voie, il n'existe pourtant pour le moment aucun document évaluant l'impact négatif de la voie réservée.En revanche, on sait que l'achalandage sur cet axe a augmenté de 20 p.cent, depuis son implantation.C'est énorme, quand on pense que dans l'ensemble, en 1995, la clientèle de la société de transport a diminué de 1,5 p.cent.Pour M.Bourque, il n'y a rien là: les préoccupations régionales au sujet de l'avenir du transport en commun ne l'empêchent pas d'essayer d'imposer ses propres impératifs politiques à ses collègues.Cela promet de beaux débuts à l'Agence métropolitaine de transport qui devra trancher le litige.M.Bourque est allé encore plus loin, jouant carrément dans le dos de ses collègues, en préparant la disparition de l'Office d'expansion économique de la cum, qu'il veut remplacer par une société mixte de sa création.La nouvelle société a déjà ses lettres patentes et son conseil d'administration provisoire.L'idée est peut-être bien géniale, quoique cela reste à démontrer.Mais M.Bourque n'est pas le roi de l'île.Il n'a pas été élu pour imposer sa volonté aux autres maires.Et en semant ainsi la zizanie, il tire dans les pieds de tout le monde.Au-delà de ces deux exemples, ce qui inquiète le plus, ce sont les tensions et les conflits que le maire de Montréal sème autour de lui, et qui finiront par saboter tous les efforts de solidarité dont la métropole a tant besoin.Agnès CRUDA 00'Bm>oH coûte 2.80 S CAN, mais les restaurants des grands hôtels, les meilleurs et les plus fréquentés de la ville, sont beaucoup plus chers : 16 $ CAN.pour un simple club sandwich.1 PHOTOS SOUTH CHINA MOffNINC POST Sur la place Tlananmen de Pékin, une horloge indique le nombre de jours et le nombre de secondes ( l ) avant le 1* Juillet 1997.date du retour de Hong Kong sous la souveraineté chinoise.-, E6 LA PRESSE, MONTREAL.SAMEDI 2 MARS 1996 PLUS «Le retour des communistes ne signifie pas le retour du communisme» LW ancien dissident garde confiance, même si la transition vers la démocratie et l'économie de marché reste semée de dangers.Il s'en est expliqué récemment à notre confrère parisien LE FIGARO.m LE FIGARO -Six ans après la chute du Mur de Berlin, chaque élection en Europe de l'Est semble se solder par une victoire des ex-communistes : en Hongrie, en Lituanie, en Bulgarie, en Pologne, où le héros de la résistance anti-marxiste Lech Walesa a été citasse de la présidence par un communiste reconverti en social-démocrate, et, finalement, en Russie.Dans ce pays, des communistes, pas du tout repentis, ont remporté le tiers des sièges de la Douma à l'issue des législatives du 17 décembre.Ce retour des communistes annonce-t-il un retour du communisme ?VACLAV HAVEL -le ne pense pas qu'un retour au communisme soit à craindre dans les pays où les ex-communistes sont revenus au pouvoir.Personne ne veut rétablir l'ancien système totalitaire même si, dans chaque pays, chaque situation est différente.Dans les partis constitués par les ex-communistes, certains sont effectivement nostalgiques de l'ancien régime mais d'autres ont totalement rompu avec le passé et ils sont, aujourd'hui, des sociaux-démocrates normaux comme il en existe beaucoup à l'Ouest.D'ailleurs, cette social-démocratie est au pouvoir dans la plupart des pays membres de l'Union européenne.Alors, ne les jetons pas tous dans le même sac ! ¦ D'un pays à l'autre en Europe de l'Est, quelles sont les caractéristiques nationales de ces post-communistes ?VACLAV HAVEL -Ils ont des opinions très différentes quant à la dose de solidarité sociale qu'il faut injecter dans l'économie de marché et sur la façon dont l'Etat doit intervenir.Us peuvent aussi diverger sur l'ampleur du programme de privatisation des entreprises.Mais, finalement, la seule chose qu'ils aient en commun, c'est qu'ils ne veulent pas restaurer le communisme.Le nationalisme ¦ Ce que vous dites correspond sûrement à la situation de l'Europe centrale.Mais est-ce vrai de la Russie ?Les communistes, qui sont arrivés en tête aux législatives du mois dernier, ne sont en rien des ex-communistes.Loin de se présenter comme des sociaux-démocrates, ils revendiquent l'héritage du PC soviétique.Ne pensez-vous pas qu'en Russie il y a un vrai danger de restauration du communisme ?VACLAV HAVEL - Même en Russie, je ne crois pas qu'il existe une menace d'un retour au communisme tel que nous l'avons connu.Là-bas, ce qu'il faut plutôt craindre, c'est l'apparition d'un pouvoir gouvernant d'une manière plus autoritaire que ce à quoi nous sommes habitués en Europe.Cette méthode de gouvernement est conforme aux vieilles traditions russes.Si les communistes de Russie sont inquiétants, ce n'est pas tellement du fait de leur orientation à gauche ou de leur communisme.Ce qu'il faut plutôt craindre c'est leur tendance à une vision expansionniste.¦ En somme, vous avez peur que le communisme n'avance masqué derrière le nationalisme.Comme on l'a vu en Yougoslavie ou comme les Russes semblent le démontrer aujourd'hui en Tclwt-chénie.?VACLAV HAVEL - Oui.Parmi les excommunistes, il y a des gens qui ont une longue expérience en politique, qui disposent de moyens financiers et de structures sur lesquelles ils peuvent s'appuyer ; qui, surtout, sont habitués à un collectivisme autoritaire sous lequel il est plus commode de gouverner.Ils n'ont donc fait que changer leur drapeau, remplaçant le marxisme par le nationalisme.Ajoutant à tout cela des discours populistes, ces gens-là me semblent particulièrement dangereux : que ce soit dans les Balkans ou dans certaines Republiques ex-soviétiques.Mais, en Europe centrale, ce danger existe aussi de façon latente dans plusieurs pays.C'est un grand défi pour l'Ouest.Si les Occidentaux ne réussissent pas à créer, rapidement et généreusement un ordre démocratique couvrant l'ensemble de l'Europe, ce sont ces autres messieurs qui s'imposeront.Trop tard.Alors nous nous étonnerons.\u2022 ¦ Comment expliquez-vous que les gens aient la mémoire si courte, que les électeurs, en Russie et en Europe centrale, puissent déjà voter communiste ?VACLAV HAVEL - Les raisons sont multiples et varient d'un pays à l'autre.Dans beaucoup de cas, il faut tout simplement se rappeler que.pendant des décennies, les gens s'étaient habitues à un État paternaliste qui s'occupait d'eux ci, même, qui pen- s, ¦ i M V «Je pense que le président Eltsine, malgré sa tendance à gouverner de façon très autoritaire, cherche réellement à réformer la Russie.Pour lui, cela constitue aujourd'hui une conviction sincère.Mais Pierre le Grand aussi a gouverné avec une main de fer tout en réalisant de nombreuses réformes.» sait pour eux.Us n'arrivent pas à s'habituer à la situation absolument nouvelle créée par l'économie de marché et par la démocratie.Ailleurs, l'explication doit plutôt être trouvée dans la meilleure organisation du parti vainqueur: il a pu garder de l'époque précédente des structures, un personnel et des moyens qui lui permettent de mener une campagne électorale plus efficace que les partis nés après la chute du communisme.Et puis, il ne faut pas négliger la simple envie du changement : à l'Est, on se comporte alors comme à l'Ouest, avec l'alternance des conservateurs et des sociaux-démocrates.Les besoins des citoyens ¦ Les gens ne se fatiguent-ils pas des lu*ros ?Et même des grandes figures de la dissidence : Soljénitsyne, Walesa, Havel.?VACLAV HAVEL - C'est vrai, la fatigue a joué.Il y a deux explications à ce phénomène.Premièrement, les dissidents fonctionnaient en tant que minorité jouant le rôle de conscience de la société.Or, la société préfère s'identifier à la majorité, à des gens qui se sont conduits comme tout le monde.C'est-à-dire des gens qui ont réussi à surnager.La même chose s'est produite après la chute du nazisme, en Allemagne et en Autriche.Les combattants de la résistance antinazie ont été adulés, fêtés, célébrés.Et puis, ils ont été rejetés de la vie politique, n'y revenant que des années plus tard.M II y a quand même une grande différence entre les quelques résistants antinazis en Allemagne et le phénomène de la dissidence qui a joué un rôle majeur dans ia déstabilisation du système communiste.?VACLAV HAVEL - Attendez ma deuxième explication.Ce sont les intellectuels qui ont tenu le rôle de l'opposition dans les pays communistes où aucune opposition politique professionnelle ne pouvait exister.Mais, quand la politique reprend ses droits, les intellectuels se conduisent souvent en amateurs.Pourtant, si ce détachement de l'opinion à l'égard des dissidents est une réalité, il ne faut pas généraliser.En République tchèque, les anciens dissidents sont encore nombreux à occuper de hautes fonctions.|e ne pense pas seulement à moi.Il y a par exemple Milan Ulule, qui est président du Parlement, ou (an Ruml, qui est ministre de l'Intérieur.¦ Quel est le plus grand besoin pour l'homme de la rue confronte aux grands cltangements du monde postcommuniste ?Le besoin d'une sécurité concrète, celle que lui offrait l'État socialiste contre le chômage par exemple ?Ou le besoin plus abstrait de la liberté ?VACLAV HAVEL- Au temps des communistes, la société était déformée.Des générations entières ont grandi, dans des conditions anormales, en rêvant de la liberté.Mais, parmi tous ces gens qui rêvaient, nombreux sont ceux qui ne se rendent pas assez compte que la liberté impose de prendre la responsabilité de son propre destin.Ces gens voudraient à la fois la liberté et toutes les sécurités que donnait l'État paternaliste.Or ces deux objectifs sont parfois incompatibles.¦ Le retour au communisme n'est-il pas aussi dû au fait que le modèle occidental a perdu de son attrait ?VACLAV HAVEL - La démocratie occidentale connaît des problèmes qui varient d'un pays à l'autre.Il y a des pages sombres qui sont la conséquence de faits de civilisation.D'autres trouvent leur origine dans un problème humain particulier ou dans une question politique concrète.Mais je ne pense pas qu'il existe un système politique idéal où tous les citoyens auraient du travail tout en gardant une liberté totale.La recherche d'une société parfaite ne s'arrête jamais.¦ La démocratie, comme disait Churchill, est le pire des systèmes à l'exception de tous les autres.?VACLAV HAVEL - Un État qui fixe des limites l'économie de marché et qui prend trop directement en charge le bien-être de la population finira par connaître des difficultés.Mais, d'autre part, un État qui renonce à toute responsabilité sociale pour laisser les forces du marché jouer librement se retrouvera rapidement confronté à des problèmes similaires.C'est d'ailleurs pourquoi, dans une démocratie, les gouvernements ne cessent d'alterner.Personnellement, je suis partisan d'une sorte d'équilibre.L'Etat doit appliquer les princi- pes de la solidarité sociale mais il ne doit pas tout faire.Dans beaucoup de domaines d'intérêt général, l'action peut être déléguée à d'autres acteurs.Cela contribue à la formation d'une société civile, qui elle-même contribue à la stabilité du système politique.¦ Si, vis-à-vis de l'Europe centrale, l'Ouest s'était montré plus généreux en paroles et en argent, ne pensez-vous pas que les ex-communistes auraient eu moins de succès aux élections ?VACLAV HAVEL - L'argent ne peut pas être un élément décisif.Le facteur décisif, c'est de prouver la confiance politique que nos pays vous inspirent en favorisant leur intégration rapide dans les structures occidentales.Ce qui est important, c'est de montrer que nous sommes des partenaires de valeur égale et non pas des Européens de second ordre.Sinon, vous apporterez de l'eau au moulin des leaders populistes et nationalistes qui ne se priveront pas de crier : « Voyez, l'Ouest ne veut pas de nous.» Et les Tchèques ?¦ Pourquoi les électeurs tchèques paraissent-ils immunisés contre la tentation de voter pour les ex-commumstes ?VACLAV HAVEL - Les Tchèques ont été soumis à un régime communiste qui comptait parmi les plus conservateurs et les plus compromis avec l'URSS.En 1968, l'invasion par l'Armée rouge et la normalisation qui a suivi ont eu pour résultat que tous les communistes raisonnables ont été chassés de la vie politique.Ici, aucun Guyla Horn, l'actuel premier ministre hongrois, aucun Aleksander Kwas-niewski, le nouveau président polonais, n'a pu exister.C'est pourquoi les partis communistes de la République tchèque \u2014 nous en avons quatre, je crois \u2014 ne parviennent pas à inspirer confiance.Ils ont beau dire qu'ils se reforment, les électeurs ne suivent pas.Il faut ajouter une autre raison à cette immunité : notre pays avait une vieille tradition démocratique.¦ Avant le régime communiste, les so-ciaux-demnerates ont en effet eu une grande influence en Tchécoslovaquie.Mais alors pourquoi n'ont-ils pas de meilleurs résultats aux élections ?VACLAV HAVEL - Notre parti so- cial-démocrate n'est pas un parti post-communiste.Il s'appuie sur une tradition qui remonte à l'avant-guerre et il renaît après une longue éclipse.Il a commencé comme les autres partis démocratiques qui sont partis de rien après la Révolution de velours.Ce qui explique que les sociaux-démocrates tchèques n'ont pas profité au départ de conditions aussi favorables que par exemple les sociaux-démocrates polonais.¦ N'êtes-vous pas triste de voir le chemin que prend la Slovaquie depuis qu'elle s'est séparée de la République tchèque ?Elle s'engage sur une voie autoritaire bien différente de la vôtre.?VACLAV HAVEL - La situation en Slovaquie est particulièrement compliquée mais je ne crois pas qu'il faille voir les choses de manière tragique.Il existe toujours une presse libre et indépendante, une opposition politique aussi.La Slovaquie connaîtra un développement plus long et plus complexe.Mais je ne pense pas qu'elle deviendra une dictature.¦ La criminalisation de la société à l'Est et la montée en puissance de la mafia dans la vie économique vous inquiètent-ils ?VACLAV HAVEL - C'est la conséquence de l'énorme bouleversement que représente la transformation des rapports de propriété.Les privatisations ont été massives, les méthodes de gestion ont été bousculées.Il faut combattre ce phénomène de la façon la plus énergique possible.Mais je ne voudrais pas que les gens croient que les mafias sont l'apanage des pays post-communistes.Nous savons ce qui se passe en Italie.L'avenir de la Russie ¦ Lors de la crise sociale de décembre en France, on a vu remonter l'influence de l'extrême gauche : le Parti communiste bien sûr mais aussi le trotskistes.À Harvard, les études marxistes reviennent à la mode.Si le retour des communistes au pouvoir n'est, selon vous, qu'un risque lointain, ne faut-il pas craindre le retour de Marx ?VACLAV HAVEL - Marx fait par-tic de l'Histoire et les études marxistes ont influencé de manière importante l'histoire du monde moderne.|e ne vois pas pourquoi il faudrait renoncer aux études marxistes.C'est au contraire notre devoir que de connaître notre histoire et notre passé.Ce n'est pas parce que Marx sera étudié dans les universités que nous serons menacés d'un retour au communisme.¦ L'idéologie marxiste semble revenir à la mode ?VACLAV HAVEL - Comme vous le dites, c'est une vogue, c'est une mode.Dans les démocraties occidentales, il est vrai que la crise sociale engendre de grandes frustrations.Et, du coup, l'extrême gauche peut s'en trouver revitalisée.Mais je ne pense pas que ce phénomène soit très important.Il y a toujours eu des gens qui se laissaient séduire par des idéologies simplistes et il y en aura toujours.Cela facilite tellement la vie de s'identifier à une idéologie qui donne réponse a tout, qui propose une solui-ton à chaque problème.Plus besoin de penser, plus besoin de se fatiguer.¦ Pensez-vous que la conversion à la démocratie de Boris Eltsine, d'Aleksander Kwasnieski, de Cyula Horn est vraiment sincère ou qu'elle a simplement été imposée par le fait que l'URSS a finalement perdu la guerre froide ?VACLAV HAVEL - Cela dépend sans doute des gens.Encore une fois, l'Occident ne doit pas commettre l'erreur de jeter tout le monde dans le même sac.le pense que le président Eltsine, malgré sa tendance à gouverner de façon très autoritaire, cherche réellement à réformer la Russie.|e pense qu'il cherche vraiment à engager son pays de façon irréversible sur le chemin de la démocratie et de l'économie de marché.Pour lui, cela constitue aujourd'hui une conviction sincère.Mais Pierre le Grand aussi a gouverné avec une main de fer tout en réalisant de nombreuses réformes.¦ Comment voyez-vous l'évolution de la Russie d'ici à la présidentielle de juin proclxain ?VACLAV HAVEL - le ne sais évidemment pas ce que sera le résultat de l'élection présidentielle russe.Mais, pour l'instant, je ne crois pas que, dans le camp démocrate, un autre candidat que Eltsine ait des chances de gagner.Il y aura peut-être de meilleurs candidats, mais ils n'auront sans doute aucune chance. ___ LA PRESSE, MONTRÉAL, SAMEDI 2 MARS 1996 E 7 PLUS Les héritiers naturels de la classe politique franquiste cognent à la porte du pouvoir en Espagne GILLES TOUPIN envoyé spécial de La Presse MADRID Nf est un grand changement qui \u2022 attend les Espagnols avec la victoire fort probable aux élections législatives de dimanche du Parti populaire ( PP ) de centre droit de José Maria Aznar.Après 13 années de règne sans partage du gouvernement socialiste de Felipe Gonzalez, voilà que les héritiers politiques naturels de la classe politique franquiste reviennent au pouvoir en passant cette fois par les urnes.Revirement fracassant de l'histoire certes, mais qui s'explique par les grands bouleversements qui ont secoué l'Espagne depuis la mort de Franco en 1975.Le pays, sous la gouverne du Parti socialiste ouvrier espagnol ( PSOE ), a été modernisé et s'est ouvert au monde extérieur.Il s'est construit une économie enviable qui en fait la neuvième puissance industrielle de la planète.Il a en quelque sorte accédé à « la normalité » d'un État démocratique et évolué, conjurant les démons qui lui ont donné cent ans de régimes autarciques de droite.Son armée n'est plus une armée putchiste mais une armée professionnalisée dont les exploits humanitaires récents en Bosnie sont célébrés par la population.« L'Espagne d'aujourd'hui », explique favier Puig, 43 ans, dirigeant d'une grosse boîte de communication à Madrid, «c'est celle des feux olympiques de Barcelone, celle de l'Exposition universelle de Séville, celle d'athlètes de grande stature tel Miguel Indurain qui gagne avec superbe et à répétition le Tour de France, celle de sa participation depuis dix ans à la construction de l'Europe.Le pays a connu une réorganisation économique exceptionnelle, il a fait un grand ménage dans ses industries \u2014 que seule d'ailleurs la gauche pouvait faire \u2014 ne conservant que celles qui étaient viables.« Aujourd'hui, poursuit Javier Puig, notre monnaie est l'une des plus fortes du Système monétaire européen ( SME ), nos réserves se chiffrent à près de 40 milliards de dollars US et notre cote de crédit sur les marchés internationaux est intacte.Bien des grandes entreprises déménagent leurs sièges sociaux à Madrid.Les Espagnols vivent bien, ils consomment et, par dessus le marché, ils jouissent d'un climat merveilleux qui attire bon an mal an 60 millions de touristes.» Bref, en dix ans, le revenu réel par habitant s'est accru en Espagne de 41 %.Le régime socialiste C'est dans ce contexte que le PP, qui a longtemps navigué dans les eaux troubles de l'extrême droite, a su ramener un électorat, jadis réputé extrémiste, dans le jeu démocratique.Bien des électeurs qui se présenteront aux urnes demain n'ont rien connu d'autre que les socialistes.On compte, en Espagne, depuis 1982, quelque 10 millions de nouveaux électeurs dont l'environnement démocratique leur permet de dépasser la culture politique héritée de l'opposition antifranquiste.« Les cadres du PP, commente Emilio Lamo de Espinosa, journaliste à El Pais, sont les enfants des hommes qui ont conduit la transition démocratique.Ceux qui avaient plus de 40 ans en 1975 avaient intégré les structures franquistes ou Après avoir longtemps navigué dans les eaux troubles de l'extrême droite, le Parti populaire de centre droit de José Maria Aznar ( à droite ) a su ramener un électorat, jadis réputé extrémiste, dans le jeu démocratique.Bien des électeurs qui se présenteront aux urnes demain n'ont rien connu d'autre que les socialistes de Felipe Gonzalez ( en haut ), dont les affaires de corruption ont miné la confiance des électeurs depuis 1982.José Maria Aznar veut créer des emplois, réduire le déficit public, maintenir les acquis sociaux de rÉtat-providence, lutter contre la corruption et régler le problème du terrorisme basque.l'Union du centre démocratique ( UCD ) d'Adolfo Suarez tandis que leurs opposants se trouvaient dans les rangs du PSOE ou du PC.La transformation de la droite est donc à la fois la cause et l'effet d'un rajeunissement.Ceux qui ont aujourd'hui entre 35 et 45 ans ont un vécu, une sensibilité et un rapport au monde différents.Pour ne citer qu'un exemple, ils ne considèrent pas la démocratie comme une conquête mais comme un acquis.» Or, si la droite revient en faisant un petit détour par le centre en Espagne, ce n'est pas tant pour la hardiesse et le spectaculaire de son programme politique ni en raison de la campagne, somme toute assez terne, de son chef José Maria Aznar.Le PP veut créer des emplois, réduire le déficit public, maintenir les acquis sociaux de l'État-providence, lutter contre la corruption et régler le problème du terrorisme basque.Les méthodes et les approches varient de celles des socialistes mais dans les détails seulement.Non, la victoire annoncée du Parti populaire est en grande partie due au lourd climat politique qui sévit dans le pays après 13 années de « Félipisme ».« Les gens, commente Fernando, un avocat de 25 ans, veulent ouvrir les fenêtres et laisser entrer un peu d'air frais.Treize ans de pouvoir socialiste, c'est trop long, ça use.» Surtout dans un pays où le gouvernement d'Antonio Maura, qui a régné de 1909 à 1911, est qualifié de «c long gouvernement ».Puis, argument massue, dira le journaliste Enrique Vasques, l'un des plus influents columnist espagnol, « les démocrates n'aiment pas voir leur gouvernement s'engager dans le terrorisme d'État.Et encore plus grave, les Espagnols n'ont pas prisé que ces Groupes antiterroristes de libération ( G AL ) aient été pourvus de fonds réservés dans lesquels beaucoup ont puisé à profusion pour leur enrichissement personnel.Il est indéniable que ces affaires de corruption ont miné la confiance des gens envers le gouvernement Gonzalez et le PSOE ».Le chômage restera Il ne faut pas croire cependant que cette crise de confiance en Espagne s'achèvera lundi matin avec l'arrivée au pouvoir de José Maria Aznar.Le chômage, l'un des grands thèmes de la campagne, est le grand défi que devra relever le nouveau gouvernement \u2014 même si le nombre de chômeurs a diminué en 1995 de 119 090, passant de 23,91 % de la population active en 1994 à 22,77% en 1995.Mais comme la croissance économique avoisine actuellement les 3 %, les économistes ici affirment que ce regain d'activité sera insuffisant pour créer des emplois permettant de compenser l'incorporation massive des jeunes et surtout des femmes sur le marché de l'emploi.« Le PP, commente Enrique Vasques, fera face à des complications sérieuses s'il se lance dans des privatisations à grande échelle.Les syndicats attendent de voir, ils sont forts et ils pourraient rapidement gagner la rue si les choses tournaient au vinaigre.» En effet, en raison des appuis reçus par le PP de la part des grandes banques, des hommes d'affaires et de l'Église, beaucoup craignent que ces gens attendent de pied ferme le nouveau président au lendemain du scrutin*pour exiger des comptes.Iglesias appuie Aznar Les gens du Parti populaire agissent en ces derniers jours de campagne comme s'ils avaient déjà gagné.Mercredi soir, lors d'un rassemblement à Saragosse, le chanteur Iulio Iglesias a donné son appui à Aznar et la soirée a tourné, avant même que les électeurs n'aient déposé leur vote dans l'urne, à la fête.Mais même si Iglesias a demandé aux Espagnols de donner dimanche la majorité absolue à « leur président », rien n'est encore joué ce samedi puisque, selon les analystes, la majorité absolue de 176 députés se jouera sur sept ou huit sièges dont on arrive pas encore à savoir de quel côté ils seront distribués.Et dans le cas d'un gouvernement minoritaire, on ne sait pas non plus jusqu'à quel point une alliance du PP avec les petits partis sera possible.« Le plus important dans ces élections, conclura Enrique Vasques, ce n'est pas pour moi de spéculer sur les dangers de la victoire du PP.L'Espagne moderne fait désormais partie de l'Europe et l'État est assez fort pour résister aux tentations totalitaires.Le plus important, c'est le destin du programme économique du PP et le rôle qu'aura joué ce recours aux urnes dans l'étape nécessaire de reconstruction de la gauche en Espagne.» Les femmes ont gagné la bataille La justice espagnole balayée par un raz de marée féminin ROSA RIVAS Journaliste au quotidien madrilène El Pais, l'auteur a rédigé ce texte pour le Réseau World Medfa qui w-croupe une trentaine de grands quotidiens dont La Presse En Espagne, les carrières de procureur et de juge étaient encore récemment réservées aux hommes.Elles sont aujourd'hui en voie de féminisation.Dès que les portes se sont ouvertes à l'autre sexe, en 1966, un raz de marée féminin a fait oublier des décennies de carence.Une des récentes promotions de procureurs le montre clairement : sur 5 000 candidats pour 75 postes à pourvoir, elles furent 51 en téte de liste.Sur les dix premiers candidats retenus, six étaient des femmes.Le rêve de Yolanda Dominguez, 27 ans, était celui de toutes les jeunes femmes espagnoles brillantes : devenir procureur.En Espagne, le rôle du procureur est capital : il agit en étroite collaboration avec le juge pour la direction de la police judiciaire, et co-dirige avec lui certaines procédures.Après ses études, Yolanda a travaillé quelque temps dans une banque.Puis elle a décidé d'obtenir un diplôme du Centre d'études judiciaires.« Dans cette banque, les femmes étaient traitées comme des enfants » explique-t-elle.« )e me suis dit qu'étant procureur, je rencontrerais plus de gens et serais respectée.» Les tribunaux espagnols ont accueilli avec méfiance les premières candidates : une femme juge ou procureur, cela n'entrait pas dans les mentalités.Quand les femmes ont pu exercer les fonctions de juge et de procureur, dans les années soixante, la proportion était d'une femme pour 300 hommes.Aujourd'hui, plus d'un tiers des procureurs en activité en Espagne et environ un tiers des juges espagnols sont des femmes.« C'est une bataille gagnée », se félicite Maria y Angeles Garcia, procu- reur à la Cour suprême, mariée à un procureur de cette même cour.Maria a passé le concours en 1975.Cette année-là, il y a eu six femmes procureurs.En sept ans, il y a eu 1 700 nouveaux juges et à peu près autant de procureurs et de greffiers.L'administration judiciaire espagnole s'est dotée de personnes jeunes et enthousiastes, et en majorité de femmes.Cette augmentation spectaculaire, qui date de ces dix dernières années, doit, selon Maria y Angeles Garcia, « convaincre les femmes que nous pouvons remporter d'autres batailles, et d'abord, celle de l'accès aux postes à haute responsabilité ».Des femmes partout « Les femmes font preuve de beaucoup de discipline, reconnaît Carlos Garcia Valdes, du Centre d'études judiciaires.À présent, elles régnent sur les trois professions juridiques : juges, greffiers et procureurs.» De fait, on trouve couramment des dizaines de tribunaux espagnols qui ne fonctionnent qu'avec des femmes, souvent jeunes, mais affichant cinq ou six ans d'ancienneté dans la profession.On voit aussi de plus en plus de visages féminins dans les études de police judiciaire.Même phénomène en ce qui concerne le ministère public.« Nous souhaitons contribuer à donner une image nouvelle du rôle du procureur », déclarent en choeur la jeune Yolanda et ses amies Elena et Cristina, toutes trois issues de la dernière promotion.« On regarde trop de films américains, regrettent-elles.Dans un procès, le méchant n'est pas l'accusateur.» Selon la loi espagnole, on peut accéder par simple avancement à la présidence des tribunaux supérieurs et de la Cour suprême.À condition d'avoir 15 à 20 ans d'expérience.La plupart des femmes juges et procureurs n'ont pas encore l'ancienneté requise, mais quand elles y parviennent, elles raflent tous les postes.« Si les femmes restent peu nombreuses dans les grands organes judiciaires, c'est parce que les postes sont attribués par nomination », explique Carlos Garcia Valdes.Dans les concours qui sanctionnent strictement les capacités des candidats sans tenir compte de quelconque quotas, « les femmes sont de meilleures candidates, plus résistantes a l'épreuve du feu », remarque |osé Maria Paz, procureur à la Cour suprême et professeur au Centre d'Études Judiciaires.Les femmes procureurs se distinguent par leurs actions en matière de mineurs, de violences faites aux femmes et aux enfants, de séparation des couples et conflits familiaux, mais aussi de lutte antidrogue, de prisons, et de terrorisme.« Elles apportent une sensibilité différente, une autre manière d'appréhender certains sujets », insiste |osé Maria Paz.Coïncidence ou pas, les affaires les plus importantes de l'actualité espagnole ont été prises en charge par de jeunes professionnelles. LA PRESSE.MONTRÉAL, SAMEDI 2 MARS 1996 Maintenant ouvert *7 Salon national habitation LE SALON DE
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