La presse, 31 octobre 1998, B. Plus
[" B Montréal, samedi 31 octobre 1998 VOYEZ NOTRE PUBLICITÉ A vois CHU ; S.Cv T TI SUBARU LUNDI 2 NOVEMBRE [DANS LE I CAHIER AUTOI 4330, rue Jorry Est / (514) 725-9394 MONDE D'une campagne autre Miracle, déceptions, rancunes : Une inimitié refoulée hantera une lutte longue et sale le bras-de-fer de novembre Michèle Ouimet évrier 1998, au moins une vingtaine de personnes songeaient sérieusement à se présenter à la mairie de Montréal et tout le monde croyait que Pierre Bour-que était un homme fini.Erreur.Neuf mois plus tard, une semaine avant les élections, le maire Bourque, celui-là même qui a été tant ridiculisé et méprisé, récoltait 36 % des voix dans les intentions de vote, soit deux fois plus que son plus proche adversaire, Jacques Duchesneau.Pourtant, l'an passé, Pierre Bourque vivait les heures les plus sombres de son administration.Discrédité par les 212 accusations lancées par le Directeur général des élections relativement au financement de son parti, empêtré dans l'affaire Blue Bonnets, abandonné par une quinzaine de ses conseillers qui ont claqué la porte à tour de rôle, le maire n'en menait pas large.En septembre 1997, 63 % des Montréalais estimaient qu'il devait démissionner.Aujourd'hui, Pierre Bourque fait ligure de miraculé.Politicien populiste, il a mené une campagne électorale de tranchée, visitant les parcs, les restaurants, les sous-sols d'église, arpentant les rues, serrant inlassablement des mains, promettant aux gens qu'il s'occuperait personnellement de leur problème.Après les samedis du maire où Pierre Bourque, tableaux et baguette en main, a défendu son bilan, ont suivi les dimanches du maire.M.Bourque a visité pratiquement tous les parcs de la ville, joué au badminton, souri aux photographes et sympathisé avec les électeurs.Cet été, il a couché chez une famille d'immigrants clans Côte-des-Neiges à la stupeur de ses adversaires qui l'ont accusé d'exploiter la pauvreté des gens.Visiblement, Jacques Duchesneau, Jean Doré et Michel Prescott ont sous-estimé Pierre Bourque.Aujourd'hui, il envisage une victoire facile, damant le pion à une opposition divisée qui a pourtant mené une rude campagne.Jacques Duchesneau Parti gagnant dans les sondages, Jacques Duchesneau a déçu.Une semaine avant d'annoncer sa candidature à la mairie, il a trébuché dans l'affaire Barnabe.Critiqué pour avoir accepté de troquer des jours de suspension contre des congés, Jacques Duchesneau s'est maladroitement défendu.Mauvais départ.I La veille du lancement officiel de sa cam- pagne, il a congédié le responsable des finances de son parti, Yves Rajotte, qui lui avait caché des éléments troubles de son passé.Et la liste continue.Pendant que le RCM déchirait sa chemise sur la place publique, Jacques Duchesneau entreprenait un flirt politique controversé avec son chef, Thérèse Daviau, qui venait tout juste d'être élue.Accusé d'avoir supervisé une perquisition abusive au début des années quatre-vingt, il a envoyé un de ses candidats, Michael Polak, le défendre.Résultat : l'histoire a dérapé.Fin septembre, il a appris qu'il avait chuté dans les sondages, se classant troisième derrière Jean Doré, avec 17,2 % des voix, une nouvelle qui a déprimé son équipe.Un mois plus tard, il était toujours sous la barre des 20 %, mais cette fois-ci, Jean Doré l'avait rejoint.Pendant ce temps, Pierre Bourque montait.Jean Doré La campagne de Jean Doré s'est écrasée dans le dernier droit, mais dès le départ, il s'est mis les pieds dans les plats en promettant de déplacer l'autoroute Bonaventure pour aménager une piste cyclable au bord du fleuve.Il a alimenté bien malgré lui ses adversaires, qui se sont empressés de dire qu'il n'avait pas changé et qu'il était toujours .uissi dépensier.Parti deuxième dans la course, Jean Doré a I fait une campagne discrète.Trop discrète.Pratiquement absent cet été, il a perdu des .îppuis.Le dernier SOM, qui le place sous la barre des 20 % dans les intentions de vote, J |'a ébranlé.La semaine passée, lors d'une conférence de presse, il a annoncé, au grand etonnemcnt de tous, qu'il songeait à se retirer de la course.Ses candidats, ahuris, n'avaient pas été mis au courant.Jean Dore a sous-estimé la résistance de l'électoral a son endroit.Au cours de la campagne, on a davantage parle de sa fenêtre à 100 000$ que de la vente du casino par Pierre Bourque.Michel Prescott Le RCM lutte pour sa survie.En 1994, il a récolté tout juste six districts, sur un total de 51, avec des majorités faméliques.Son chef, Michel Prescott, est davantage obsédé par les journalistes qui l'ignorent que par ses électeurs.Élu en mai à la tête du RCM, il a pris la barque alors qu'elle était en pleine déroute.Thérèse Daviau venait tout juste de quitter le parti à peine un mois après avoir été élue, entraînant dans son sillage de nombreux candidats et organisateurs.Le RCM vivait alors sa énième saignée.Vidé de ses meilleurs éléments, les finances à plat, le moral sous zéro, le RCM était agonisant et Michel Prescott, un parfait inconnu pour l'immense majorité des Montréalais, avait toute une côte à gravir.Michel Prescott a pratiquement gagné son pari.Les sondages indiquent qu'il a réussi une belle remontée.Du fond du baril en mars, où il décrochait tout juste 2 % des intentions de vote, il a réussi à grimper à 10 % en octobre.Campagne dure La campagne a été longue et dure.Sale, même.Les partis politiques étaient souvent plus occupés à téléphoner aux journalistes pour leur donner des informations compromettantes sur leurs adversaires \u2014 fausses la plupart du temps \u2014 qu'à peaufiner leur programme.Surtout Nouveau Montréal de Jacques Duchesneau.Quant à Pierre Bourque, son parti a refusé de se livrer à ce petit jeu.La campagne a aussi été marquée par des vieilles haines tenaces.Michel Prescott déleste Jean Doré, qui le lui rend bien, et il a passé plus de temps à le dénigrer qu£ faire le bilan de M.Bourque.Si le prochain conseil municipal est minoritaire, les ennemis d'hier devront se parler pour former des coalitions.De quoi alimenter bien des discussions musclées.Denis Lessard du bureau de La Presse QUÉBEC Les Montréalais n'auront pas eu de répit.Après la lutte des Bourque, Duchesneau et Doré, trois anciens collaborateurs, voici les anciens « frères bleus » qui partent en guerre.Lucien Bouchard et Jean Charest, tour à tour lieutenants québécois de Brian Mulroney, ont pris des routes diamétralement opposées il y a huit ans, au moment du naufrage de l'entente du Lac Meech.Et le 30 novembre, les Québécois diront qui avait raison.Il y aura beaucoup d'inédit dans l'affrontement à prévoir, qui atteindra son sommet d'intensité dans le débat télévisé que déjà le péquiste Jean Roch Boivin et le libéral Fer-nand Lalonde négocient.Dans le face à face Bourassa-Parizeau, au référendum de 1992, deux hommes de la même génération, deux produits de la Révolution tranquille s'affrontaient.C'était encore vrai quand en 1994, Daniel Johnson et M.Pari/eau croisèrent le fer \u2014fils de premier ministre, M.Johnson était imprégné des débats des années soixante.Avec un face-à-face Bouchard-Charest, ce sont deux générations qui s'affrontent.Ironiquement, chacun vou- ÉÊÊà ^^^^^^^^^^ ^^^^ ^^J^^^^^^^^^^^ j'9' confiance * £ Libéral CHOISIR LES VRAIES PRIORITES PHOTOTHÈQUE Là Prisse Deux fois plutôt quvunev et même trois, en comptant les élections scolaires : les électeurs ne peuvent se plaindre qu'on ne leur a pas demandé leur avis en 1998.dra empruter un peu des qualités de son ad versaire.Jouant la carte de la confiance, di bon père de famille depuis le début de 1.campagne M.Bouchard devra faire un clir d'oeil à ceux qui veulent une gestion plu; moderne.Jean Charest, déjà perçu comme ur politicien dynamique et fougueux, voudr; donner l'image d'un chef d'État.Mais surtout, un ingrédient tout particu lier colorera le duel entre Lucien Bouchard e Jean Charest : les deux anciens conservateuri ont de vieux comptes à régler.Dans ses mémoires publié récemment, André Néron, qui comme chef de cabinet di Mario Dumont était aux premières loges de la stratégie souverainiste en 1995, jette ur éclairage surprenant sur la relation Bouchard-Charest.« Pour M.Bouchard une chose était claire en partant, il ne saurait être question pour lui d'un face-à-face avec Charest.Il avait écarté tout de suite, catégoriquement, toutes les idées de tirage au sort qui auraient pu donner lieu à un débat avec Charest.Il en parlait avec un mélange de mépris et de panique », se souvient Néron.D'autres stratèges souverainistes n'en gardent pas h même souvenir \u2014 Lucien Bouchard avait bien envie d'un débat télévisé, mais avec Jean Chrétien.Les yeux dans les yeux On a beaucoup écrit sur l'animosité entre les deux anciens collègues tories qui se sont quitté dans des circonstances dramatiques en 1990.« Lucien Bouchard ne m'a jamais regardé dans les yeux depuis », se plait à répéter Jean Charest en privé.Et dans son récent ouvrage, rappelant les circonstances de l'échec du Lac Meech, M.Charest y allait d'un réquisitoire intense, accusant carrément M.Bouchard d'avoir « trahi » l'équipe dont il faisait partie et renié une amitié de 30 ans avec son mentor politique, Brian Mulroney.Vedette québécoise au sein du cabinet conservateur, M.Bouchard avait repoussé à la onzième heure le rapport Charest, qui proposait des amendements à apporter à Meech, un document dont, depuis le début insiste M.Charest, il connaissait les orientations.Un document qui voulait ajouter une « résolution d'accompagnement » édulcorant Meech, pour obtenir l'appui du Canada anglais.Il avait été répudié sur-le-champ par le premier ministre Robert Bourassa.C'était même Lucien Bouchard qui avait convaincu à l'origine M.Charest d'accepter ce mandat délicat.« Je le pressentis à la demande du premier ministre », écrivait M.Bouchard dans son autobiographie, publiée il y a six ans.« En dénonçant le rapport, il allait prononcer l'arrêt de mort de Meech », accuse M.Charest dans son ouvrage récent.« Je ressentais de la déception, mais pas de la haine ou d'animosité profonde.Je ne l'aimais pas, j'étais très déçu, je lui en voulais d'avoir fait ça, mais je me disais : La vie a son cycle, on se retrouvera bien un jour.Je ne me suis jamais mis dans la tête que j'allais me venger de Lucien Bouchard », a expliqué M.Charest à André Pratte, auteur d'une percutante biographie du chef libéral.Dans l'entourage de Lucien Bouchard, on souligne qu'en privé, jamais le premier ministre ne déblatère sur son adversaire, « bien qu'on sente qu'il ne faudrait pas les convier à la même réception ».Publiquement, à l'arrivée du nouveau chef libéral, devant des militants à Québec, M.Bouchard avait assez longuement vanté les talents de politicien de son nouveau rival.La trahison Il y a quelques jours au Point, M.Bouchard soutenait pourtant qu'il n'y avait « de son côté » aucune animosité à l'endroit de son adversaire.Mais cinq minutes après l'enregistrement de l'entrevue, dans les couloirs de Radio Canada, il était clairement piqué au vif par les journalistes qui lui demandaient de commenter les souvenirs de son adversaire sur sa « trahison ».Expliquant son mutisme à l'époque \u2014 il n'avait jamais rappelé Jean Charest malgré ses appels insistants dans les heures précédant la publication du rapport \u2014, M.Bouchard souligna qu'il avait clairement compris que le gouvernement Mulroney avait « dealc avec Jean Chrétien dans le dos du Québec ».Dans la biographie de M.Bouchard publiée par Lawrence Martin, Paul Terrien, alors proche conseiller de M.Mulroney, rappelle que dès février 1990, cinq mois avant que ne soit scellé le sort de l'accord du Lac Meech, M.Bouchard avait indiqué « qu'il s'en allait à Québec ».Chez les stratèges tories de l'époque, plusieurs croient encore maintenant que M.Bouchard avait pris depuis longtemps sa décision de claquer la porte.Jean Charest, comme son rapport, devinrent des boucs émissaires pratiques pour un ministre québécois mécontent du rôle qu'il jouait dans le gouvernement Mulroney.Huit ans plus tard, le rappel de cette période intense touche toujours profondément M.Bouchard.« Entre les deux anciens ministres conservateurs, il y a vraisemblablement quelque chose que M.Bouchard ne veut pas déttgrer », soutient André ISéron. B2 LA PRESSE, MONTRÉAL, SAMEDI 31 OCTOBRE 1998 Editorial La Presse André Desmarais président du conseil d'administration Roger D.Landry président et éditeur Claude Masson éditeur adjoint Marcel Desjardins directeur de l'information Alain Dubuc éditorialiste en chef Santé : au-delà de la démagogie Alain Dubuc adubuc@lapresse.ca epuis trois ans, et donc bien avant l'arrivée de Jean Charest, les libéraux québécois avaient fait de la santé leur cheval de bataille.Ils se sont déchaînés contre la réforme Rochon, ils ont piqueté devant les hôpitaux qui devaient fermer, monté en épingle des cas individuels, pour finalement diffuser, ces dernières semaines, des publicités télévisées particulièrement démagogiques.mhmmmmsmmbb Nous ne croyons pas que ces attaques ont été très efficaces.Les gens ne sont pas fous.Ils se souviennent du fait que Jacques Parizeau, en campagne électorale, dénonçait les compressions libérales en santé; quelques mois plus tard, devenu premier ministre, il fermait des hôpitaux.De la même façon, ils se doutent bien que si les libéraux avaient été au pouvoir, depuis quatre ans, ils se seraient lancés, eux aussi, dans d'importantes mesures d'austérité en santé et dans des réformes auxquelles aucun gouvernement n'a échappé.La question de la santé est trop complexe, et trop importante, pour être traitée sur ce mode simpliste.Mais heureusement, le chef libéral, Jean Charest, a enfin cessé de jouer au franc-tireur et il a enfin déposé un document, « Un plan pour un Québec en santé », où il se commet et dit comment des libéraux au pouvoir feraient les choses.Ce document libéral contient plusieurs pistes prometteuses.Mais ce qui frappe avant tout, c'est que cette démarche libérale, contrairement à ce que laisse entendre M.Charest, ne remet pas en cause la réforme Rochon, ne la freine même pas : elle la complète.Ce que les libéraux proposent, ce n'est pas une révolution, mais un nécessaire « fine tuning ».On ne peut pas parler de santé au Québec sans d'abord Proj et inacceptable Ronald McDonald's n'accompagnera finalement pas les enfants à bord des autobus scolaires.Tout au plus, la populaire chaîne de restaurants arrivera peut-être à garder son logo sur les messages d'ordre « éducatif, informant' ou préventif » destinés aux enfants.Et qui devaient, dans le projet initial, comporter aussi la photo de la célèbre mascotte.HMBBNBBHKMana On peut évidemment penser qu'il s'agit d'une amélioration par rapport à l'idée de départ.Ou hausser les épaules en se disant que cette publicité plus ou moins discrète incitant les jeunes à des habitudes alimentaires discutables sera contrebalancée par une campagne semblable encourageant la consommation de lait ; que, compte tenu des réductions des subventions au transport écolier, les profits venant d'une telle opération sont peut-être la bonne solution.Et que, de toute façon, ces mêmes enfants vivant dans un univers où la publicité est omniprésente, ce n'est certes pas un message de plus qui va faire une grande différence.Tout ça est probablement vrai.Sauf que, justement, à l'âge où ils sont particulièrement vulnérables, il importe que les enfants réalisent que la publicité ne va pas forcément de soi partout.Et qu'il existe un monde où on peut garder une certaine distance par rapport aux produits ou aux idées à la mode et où, de ce fait, on peut développer son sens critique face à tout ce qui est proposé partout ailleurs.C'est ce qu'ont évoqué plusieurs commissions scolaires qui ont déjà refusé de s'associer à ce projet totalement inacceptable.Il faut espérer que les autres suivront cet exemple.Et que ce n'est pas en pensant à l'école que les enfants, par association d'idées, auront subitement envie d'un Big Mac.Même avec un verre de lait.faire un bilan de la réforme Rochon.Celle-ci consistait, dans un premier temps, à moderniser un système conçu il y a quarante ans, à utiliser les progrès technologiques et médicaux pour alléger les pratiques, à réduire la dépendance face aux hôpitaux, lourds et coûteux.C'est le virage ambulatoire, avec sa réduction des lits, le développement de la chirurgie d'un jour, la réduction des temps de séjour et l'accroissement des soins à domicile.Ces principes sont appliqués dans toutes les sociétés modernes.L'autre volet de la réforme, c'était un contrôle des coûts, pour mettre fin à la spirale incontrôlable des dépenses depuis une décennie.A La Presse, nous avons appuyé cette réforme et salué le courage du premier ministre Bouchard et de son ministre de la Santé, Jean Rochon, pour avoir entrepris ce que leurs prédécesseurs libéraux n'avaient pas osé faire.Malgré les difficultés inhérentes à une telle aventure, cette réforme a permis de réels progrès, comme la stabilisation des coûts et la restructuration du réseau.Mais elle a aussi mené à des dérapages importants, qui tiennent à deux ordres de facteurs.Le premier est économique.La logique du déficit zéro a amené le gouvernement Bouchard à imposer des compressions additionnelles que le réseau de la santé était incapable d'absorber et qui ont compromis l'esprit de la réforme.À ces compressions s'est ajouté un programme de départs volontaires qui a provoqué le chaos dans le réseau.Résultat : des bavures qui auraient pu être évitées et des pans de réforme mal ficelés, comme les soins à domicile.À ces facteurs, se sont ajoutés des problèmes politiques, largement liés à la personnalité du ministre Rochon, réformateur courageux, mais bureaucrate froid, qui n'a jamais été capable de gérer la dimension humaine de ses réformes, de tenir compte de la détresse que les changements pouvaient apporter et de réagir rapidement aux effets secondaires et aux dérapages.En toute logique, après la « job de bras » qu'a dû faire M.Rochon, il aurait fallu remplacer le ministre par quelqu'un qui aurait eu les qualités d'écoute et le talent pour restaurer la confiance dans le système de santé.Venons en maintenant aux propositions que fait Jean Charest.En substance, il promet, à court terme, de mettre sur pied des groupes dans les régions pour identifier les situations d'urgence.Il veut ensuite donner aux cliniques privées plutôt qu'aux CLSC la responsabilité des soins de première ligne 24 heures sur 24.Il veut redonner un rôle aux professionnels de la santé que sont les médecins et les infirmières.Il veut alléger la double bureaucratie mise en place par le libéral Marc-Yvan Côté.Il veut investir davantage dans la santé mentale et annuler les compressions prévues pour cette année.Il veut enfin introduire des outils de gestion plus modernes et faire appel au privé sans compromettre la médecine à une vitesse.Notons que la plupart de ces mesures n'engendreront pas des coûts considérables et que ces pistes méritent un débat d'idées, plus qu'un débat financier.Ces mesures ne remettent pas la réforme Rochon en cause.Mais elles permettraient d'en corriger les pires défauts, d'en atténuer les impacts les plus négatifs.Il y a dans le document libéral des idées que le gouvernement Bouchard et le ministre Rochon ne seraient pas capables de proposer, par fatigue, par entêtement ou par rigidité idéologique, par exemple favoriser les cliniques au détriment des CLSC, faire une plus grande place au privé, dégraisser la bureaucratie, mettre sur pied des cellules d'urgence.C'est là une illustration d'un élément central de la vie politique québécoise, la continuité et la complémentarité entre les deux grands partis politiques québécois.Le ministre Rochon a fait un travail ingrat, mais nécessaire, injustement critiqué par l'opposition libérale.Mais si on veut vraiment remettre le système de santé sur ses rails et le réhumaniser, il faut se demander qui est le mieux placé pour poursuivre le travail.Les libéraux qui ont proposé cette semaine de nombreuses initiatives, ou les péquistes pour qui tout va sur des roulettes et qui ne proposent jusqu'ici rien d'autre que le « business as usual ».Pierre Gravel pgravel@lapresse.ca DROITS RÉSERVÉS serge.chapleau@lapresse.ca LA PRESSE ET VOUS Le rôle des médias en Même si les gens en ont ras le bol d'entendre parler de politique, la campagne électorale en cours au Québec sera suivie de très près en raison de la forte personnalité des chefs Lucien Bouchard et Jean Charest, des plates-formes politiques qui devront être joliment clarifiées pour permettre aux électeurs de faire le meilleur choix et, surtout, en raison de l'incertitude quant au parti qui formera le prochain gouvernement.L'énigme pourrait bien durer jusqu'au 30 novembre.Le rôle des médias, en conséquence, devient très important et leur responsabilité professionnelle très grande.Même si les médias n'élisent pas les gouvernements, ils sont souvent les boucs-émissaires pour tout ce qui va mal dans le camp des perdants.Ils doivent donc faire preuve d'équilibre afin d'offrir un traitement équitable à chacune des formations politiques en présence, selon son degré d'importance auprès de l'électoral.Évidemment, en période électorale, la peau des candidats et des électeurs est plus sensible qu'à l'accoutumée.Tout ce qui est publié est scruté au peigne fin.On reprochera à un journal une manchette ou la publication d'une photo favorable ou nuisible à « l'image » d'un Lucien Bouchard ou d'un Jean Charest, selon sa propre option politique.On critiquera la publication d'un sondage s'il ne devait pas correspondre à nos propres attentes.On dénoncera tout analyse, commentaire, opinion ou éditorial comme provenant d'un chroniqueur, d'un columnist ou d'un éditorialiste «< séparatiste » ou « fédéraliste » si telle opinion va à l'encontre de nos propres Ctavh i ions.À La Presse, nous entreprcnojj» cette brève mais certainement cruciale campagne électorale avec cette toile de fond, conscient que notre journal sera constamment sous les feux de la rampe et l'objet de critiques, quoi qu'il arrive, durant la campagne ou au soir du dévoilement des résultats.Sous la direction de Marcel Desjardins, directeur de l'information, Philippe Dubuis-son, adjoint au directeur et responsable du dossier politique, assurera la responsabilité quotidienne de la campagne, et Chantai Hébert, columnist politique, en sera la coordon-natrice.Une vingtaine de journalistes, rompus aux campagnes politiques, seront affectés aussi bien aux chefs, aux candidats, aux partis, aux stratégies, aux organisations, aux thèmes, aux sondages, aux circonscriptions, aux reportages de toutes sortes qu'à l'édition et à la publication des pages quotidiennes, au cours des quatre prochaines semaines.Déjà, depuis jeudi, nos chroniqueurs parlementaires Martin Pelchat et Katia Gagnon sont respectivement à bord des autobus de Lucien Bouchard et de Jean Charest.À mi-campagne, ils changeront d'autobus.Le chef de l'Action démocratique, Mario Dumont, sera « couvert » tant par nos reporters que par l'agence Presse Canadienne.Le chef du bureau de La Presse, à Québec, Denis Lessard, reconnu pour ses qualités d'informateur chevronné, analysera les faits et gestes des chefs et des partis tout en rap-ponant ce qui se passe dans les organisations politiques.Une grande importance sera accordée aux circonscriptions de Jji grande région de Montréal, particulièrement dans les régions des indicatifs régionaux téléphoniques 514 et 450, là où pourrait bien se jouer l'issue du scrutin.Les journalistes Vincent Marissal, Michèle Ouimet, Mario Fontaine, Paul Roy et Marie-Claude Malboeuf y seront assignés.Portraits de circonscriptions, présence auprès de candidats-vedettes, description des enjeux et débats particuliers à telle ou telle circonscription.La grande région de Québec, aussi stratégique pour chacune des trois formations en présence, y compris la circonscription de Ri-vière-du-Loup, où se présente le chef de l'ADQ, la Beauce, le Saguenay et la Gaspé-sie.seront sous la responsabilité de Gilles Normand, et la région de l'Outaouais sera suivie par Gilles Toupin, chef du bureau d'Ottawa.De Toronto, notre correspondant Manin Vallières nous acheminera les réactions de l'Ontario et du Canada anglais.Le journaliste André Pratte présentera et analysera les sondages réguliers effectués par la maison réputée CROP, en collaboration avec La Presse, le réseau TVA et le Toronto Star, et fera mention des autres sondages qui, nombreux, seront dévoilés tout au long de la campagne.Gérald Leblanc sera responsable de la chronique quotidienne « Notes de campagne », en plus des citations les plus significatives des chefs.Il veillera aussi aux interventions des premiers ministres, chefs de partis et autres intervenants des autres provinces du Canada.Évidemment, tous les « points chauds » du Québec seront l'objet d'une attention particulière.électorale D'autres journalistes, des secteurs économique, social, culturel, seront mis à contribution selon les thèmes qui seront développés par les chefs et les partis tout au long de la campagne.Au chapitre des analyses, opinions, commentaires, éditoriaux, nos columnists Ly-siane Gagnon et Chantai Hébert poursuivront leur contribution habituelle, notamment en page B3 les mardis, jeudis et samedis pour Mme Gagnon et quelques fois par semaine, dont le samedi également, pour Chantai Hébert.La page éditoriale, dirigée par M.Alain Dubuc, éditorialiste en chef, commentera fréquemment les enjeux de la campagne et l'attitude de tous les intervenants politiques.Des textes d'observateurs seront aussi publiés, dans le même souci d'équité et d'équilibre que dans les pages d'information.Pour éditer et présenter ces pages politiques, les chefs de pupitre responsables de l'édition et de la production du journal quotidien seront mis à contribution : Pierre Loi-gnon et Daniel Marsolais.Deux préposés seront affectés aux pages électorales quotidiennes : Claude Fortin et Mathieu Per-reault.Tout au long de la campagne, vos commentaires et suggestions sont les bienvenus par téléphone au ( 514 ) 285-7032 ; par télécopieur au ( 514 ) 285-7032 ; par messagerie vocale à cmassonalaprcsse.ca.Bonne campagne à chacune et à chacun.des électrices et électeurs.Claude MASSON ^ Éditeur adjoint LA PRESSE, MONTRÉAL, SAMEDI 31 OCTOBRE 1998 ?B3 Vers des élections référendaires?a campagne s'annonce bien pour les péquistes : M.Bouchard a regagné le capital de confiance dont il jouissait avant l'arrivée de Jean Charest au PLQ.Il a, en tout cas, assez confiance en son étoile pour s'associer, avec un zèle qui confine à l'obsession, au plus impopulaire de ses ministres, celui qui incarne la principale inquiétude des Québécois.Non seulement a-t-il convaincu Jean Rochon de se représenter \u2014sans doute en lui promettant de le ramener au même ministère\u2014, mais il n'en finit plus de faire son éloge.Encore la semaine dernière, au conseil national du PQ, M.Bouchard a forcé toute la salle à se lever en hommage à M.Rochon, qu'il a décrit comme son « ami » ( un mot qui dans sa bouche, rend un son étrange quand on pense à ce qu'il est advenu de son amitié pour Brian Mulroney ! ).L'autre indice qui montre que le PQ a suffisamment le vent dans les voiles pour prendre quelques risques calculés, est le retour de la rhétorique souverainiste.Quand M.Bouchard a longuement insisté sur la nécessité de l'indépendance, à la clôture du conseil national de son parti, on pouvait croire qu'il s'agissait surtout de remobiliser les militants désarçonnés par le virage vers le « référendum gagnant ».Idem pour les allusions élogieuses à Jacques Parizeau : parce que ce dernier garde beaucoup d'influence au sein du parti, M.Bouchard ne peut se permettre de se le mettre à dos, pas en période électorale en tout cas.On se rappellera que M.Bouchard et les leaders bloquistes, lors des dernières élections fédérales, avaient dû appeler M.Parizeau à la rescousse pour battre le rappel des troupes tentées de se croiser les bras.Ce qui fait la force du PQ, en effet, n'est pas seulement une organisation bien rodée et l'attrait du pouvoir: c'est la profondeur de conviction d'un certain nombre de militants qui sont prêts à travailler sans relâche, mais à une condition : qu'on leur donne des raisons de croire que la souveraineté est au bout du chemin.Il n'y avait donc rien d'étonnant à ce qu'en début de campagne, M.Bouchard réitère ses engagements souverainistes, quitte à les pousser discrètement sous le tapis à mesure que le jour du scrutin se rapprochera.Mais il a continué cette semaine sur la même lancée.Si cela devait se poursuivre avec la même intensité jusqu'à la fin de la campagne, ce sera le signe qu'il s'agit de beaucoup plus que d'un appel du pied aux militants : peut-être de l'amorce d'un véritable débat référendaire, en ce sens qu'une victoire électorale pourrait constituer un tremplin pour un référendum qui serait tenu peu de temps après les élections.Mais en cette matière, et surtout compte tenu de la personnalité de M.Bouchard, il ne faut jamais jurer de rien.Bon nombre d'électeurs auront été rassurés par la promesse qu'il n'y aura pas de référendum sans « conditions gagnantes », puisque cela veut dire que si eux, les électeurs, continuent de dire aux sondeurs qu'ils ne souhaitent pas la souveraineté, cela veut dire qu'il n'y aura pas de référendum.Les Québécois, en outre, se sont habitués à vivre avec cette épée de Damoclès ( une épée dont le tranchant, faut-il dire, est passablement ébréché ) qui leur pend au-dessus de la tête.Il n'est même pas sûr que la majorité des non-souverainistes veuille vraiment clarifier les choses, écarter définitivement la « menace » sécessionniste et lever l'hypothèque référendaire.Ce sont les milieux d'affaires, ceux qui Lysiane GAGNON sont en contact avec les marchés étrangers et les investisseurs, qui sont sensibles aux effets pervers de l'incertitude politique.Pour monsieur Tout-lc-Monde, ce vague projet de souveraineté fait partie du paysage depuis 30 ans, c'est un outil qui peut servir, sait-on jamais.et l'important est que cela ne se fasse pas ! En ce sens, M.Bouchard risque beaucoup en remettant la souveraineté sur le tapis.Par ailleurs, la détermination de Jean Charest à mettre fin à l'incertitude irait peut-être contre la même tendance de fond, soit le désir de continuer à vivre dans l'ambivalence.S'il en fallait une preuve, elle se trouve en noir sur blanc dans les sondages.Le dernier sondage CROP indique que s'il y avait un référendum aujourd'hui, le camp du NON récolterait 58 %.Exception faite de la période référendaire de 1995 ( et encore, seulement vers la fin ), l'opposition à la souveraineté dépasse le plus souvent la barre des 55 % depuis que le PQ a été élu en 1994.Comme par hasard, cette opposition atteint un sommet ces jours-ci, au moment même où Lucien Bouchard retrouve son ascendant sur l'élec-torat.Par ailleurs, jamais le camp du NON n'a-t-il été aussi faible que sous le gouvernement Bourassa, après Meech en particulier, alors que près de 60 % des électeurs se disaient en faveur de la souveraineté.Est-ce le fruit du hasard que l'électorat mette la pédale douce sur la souveraineté quand les souverainistes sont au pouvoir.et appuie sur l'accélérateur pour faire contrepoids quand le pouvoir passe aux fédéralistes ?La manoeuvre est sans danger, puisqu'on a alors l'assurance qu'un premier ministre fédéraliste ne fera pas de référendum sur la souveraineté ! Ce jeu de balance se répéterait probablement si Jean Charest devenait premier ministre.« Travaillés » par le PQ, qui ne disparaîtrait pas de la carte, les électeurs, sûrs que leur nouveau gouvernement fédéraliste ne leur jouerait pas de tours, pourraient recommencer à flirter \u2014 sans risque \u2014 avec l'idée.Pour les esprits épris de rationalité, ce petit jeu de balance est absolument désespérant, désespérément stérile, et terriblement contre-productif, en plus d'être un tantinet puéril.Hélas, c'est la réalité.L'intervention inopinée de Jean Chrétien dans la campagne aura finalement servi à Jean Charest, qui devait montrer qu'il est capable de « défendre les intérêts du Québec » ét qui aura probablement gagné des points en s'en prenant aussi ouvertement au premier ministre fédéral.Mais l'incident aura aussi forcé le jeune chef libéral à s'enfoncer à son tour dans l'ornière constitutionnelle où il ne voulait pas aller.- Battant en retraite, M.Chrétien a dit être ouvert à l'idée d'enchâsser la déclaration de Calgary dans la Constitution.Mais cela est à mille lieues des intentions de M.Charest, qui ne veut surtout pas s'engager dans l'exercice périlleux d'une nouvelle « ronde constitutionnelle » du type Meech et Char-lottetown.Sa réforme du fédéralisme passe plutôt par l'« union sociale », qui redonnerait plus de pouvoirs à toutes les provinces \u2014 une idée populaire chez les conservateurs et plusieurs gouvernements provinciaux, mais honnie par les libéraux fédéraux.Ainsi voit-on une campagne qui devait porter sur la santé et l'économie peu à peu dériver vers la question nationale.Faut-il s'en étonner ?Le mouvement de balancier Chantai Hébert La politique est ainsi faite que le sauveur d'aujourd'hui est bien souvent le paria de demain.Chacun leur tour, Jean Charest comme Lucien Bouchard ont eu des avant-goûts, ces derniers mois, de ce brutal syndrome.Au cours de sa longue carrière, le premier ministre Jean Chrétien, par contre, avait perfectionné l'art de vivre moins dangereusement.Marathonien plutôt que coureur de fond, son style lui avait permis de traiter les inévitables pelures de banane comme des incidents de parcours plutôt que comme des accidents fatals.Mais, depuis sa sortie préélectorale décriée comme nuisible pour les chances du camp fédéraliste aux élections québécoises, M.Chrétien a frappé un mur.Il vit une crise de confiance sans équivalent dans son mandat à la tète du gouvernement canadien.Longtemps après que la campagne électorale au Québec sera passée à autre chose, l'affaire résonnera encore ailleurs au Canada.Le 30 novembre, le nom de M.Chrétien ne sera pas sur le bulletin de vote des Québécois et ses propos ne joueront sans doute finalement pas un rôle déterminant dans l'issue du scrutin mais pour les autres Canadiens, ce sera tout comme.La très forte réaction pancanadienne aux propos du premier ministre est le symptôme d'un sentiment qui dépasse l'émotivité circonstancielle suscitée hors Québec par la reprise du match fédéraliste-souverainiste.Aucun premier ministre, aussi talentueux soit-il, n'échappe à l'usure incontournable du pouvoir.Elle s'installe souvent insidieusement.Un bon matin, le chef du gouvernement découvre que le courant ne passe plus comme avant avec la population.Dans le cas de Brian Mulroney, la cassure avait fini par être irréparable.Mais elle tenait d'abord et avant tout à la facture politique de deux grands projets controversés, celui du libre-échange ca-nado-américain et des accords du lac Meech.En gros, les Canadiens faisaient payer à M.Mulroney les actions de son gouvernement.La situation actuelle de M.Chrétien ne s'apparente à celle de M.Mulroney qu'en ce que le malaise fait surface à peu près au même moment, c'est-à-dire à l'approche de la moitié de son deuxième mandat.Mais ses causes profondes sont différentes.Sans faire l'unanimité, les politiques libérales ne suscitent pas de grands orages dans l'opinion canadienne.Au contraire, elles inspirent plutôt de la satisfaction.C'est par des gestes personnels que le premier ministre attire la foudre.De tout temps, l'attitude de M.Chrétien vis-à-vis le Québec a eu de fortes résonances ailleurs au Canada.À moins de croire que, du jour au lendemain, la notion qu'il avait fait son bout de chemin pour satisfaire le Québec et l'idée que rien ne presse pour rouvrir la Constitution ne soient plus à la mode, le fond de sa pensée ne détonne toujours pas sur l'opinion majoritaire canadienne.Mais ce n'est pas parce que les Canadiens s'entendent encore avec le premier ministre sur ce que serait la destination idéale du pays qu'ils se fient encore à ses instincts de conducteur.Au cours de la dernière année, une série d'événements ont vu le premier ministre se placer en porte-à-faux par rapport au sentiment populaire.La relation de confiance dont il jouissait avec ses électeurs n'est plus ce qu'elle était.On a moins le goût de le suivre les yeux fermés.Il y a eu la décision de M.Chrétien de faire de l'exclusion d'une partie des victimes du sang contaminé à l'hépatite C d'un programme de dédommagement une question de vie ou de mort de son gouvernement.Il y a eu la dégringolade du dollar, cet été, que le premier ministre a traitée comme si elle ne le concernait pas.Et il y a eu, bien sûr, l'affaire du Peppergate, de l'APEC et les dérapages sur les mérites du poivre de Cayenne par rapport aux «battes de baseball».Dans les circonstances, sa récente sortie au sujet du Québec n'a été qu'une goutte de plus dans un vase déjà bien rempli.Jean Chrétien Même le paysage politique présage l'automne de la carrière de M.Chrétien.Jusqu'à présent, le premier ministre a immensément profité de ce que ses principaux adversaires ne réussissaient pas à s'imposer comme solution de rechange à une majorité de Canadiens.L'arrivée à la tête des conservateurs de Joe Clark, un chef dont les forces s'apparentent aux siennes comme personne d'autre, change la donne.Quant aux élections au Québec, elles n'augurent plus rien de très bon pour la suite du mandat du premier ministre fédéral.Si Lucien Bouchard les remporte haut la main et que M.Charest termine la campagne en morceaux, le camp fédéraliste aura perdu son meilleur frappeur.Dans le climat actuel, M.Chrétien a peu de chances de faire figure de substitut.Il est intimement convaincu qu'il sortirait vainqueur d'un autre match référendaire.Cette conviction transpire de l'assurance des propos qu'il a tenus sur les conséquences d'une éventuelle victoire souverainiste aux élections du 30 novembre.Mais les réactions de la dernière semaine démontrent que cette confiance n'est pas partagée par l'opinion canadienne.Si, par contre, Jean Charest est élu, le Québec aurait pour une rare fois un premier ministre dont la crédibilité au Canada est plus forte que celle de son homologue fédéral.À la veille d'une partie de bras de fer fédérale-provinciale sur la forme à donner à la fédération canadienne du 21e siècle, ce rapport de force désavantageux deviendrait rapidement un cjîsse-tête pour M.Chrétien.* Des résultats prévisibles Dans 60 % des comtés, on sait déjà qui va remporter le soir du 30 novembre PIERRE DROUILLY L'auteur est professeur de sociologie.Le résultat d'élections n'est pas un phénomène totalement imprévisible : dans nombre de circonscriptions, le résultat est déjà inscrit dans la réalité sociale ou politique.Châteaux forts, forteresses, bastions, les images militaires sont nombreuses pour désigner ces circonscriptions dont le comportement électoral est plus facile à prévoir que le temps qu'il fera le 30 novembre, et ce n'est pas faire preuve d'une grande perspicacité que d'annoncer déjà qui y seront élus.Les déterminismes sociaux et culturels, les pesanteurs partisanes font que ces circonscriptions ont, sur de longues périodes, des comportements électoraux parfaitement stables.La forteresse libérale La forte polarisation linguistique du vote au Québec, qui fait que les anglophones et les al-lophones boudent le Parti québécois et le camp souverainiste lors des référendums, assure au Parti libéral, de façon mécanique, près de 40 circonscriptions.Il y a d'abord les quatorze circonscriptions fortement anglophones de l'ouest de Montréal ( D'Arcy McGee, Jacques-Cartier, Laporte, Mar-guerite-Bourgeoys, Marquette, Mont-Royal, Nelligan, Notre-Dame-de-Grâce, Outremont, Robert-Baldwin, St-Laurent, Vaudreuil, Verdun et Westmount\u2014Saint-Louis ), dont certaines ont déjà une importante population allophone, auxquelles s'ajoutent sept circonscriptions, au nord-est de l'île de Montréal, à forte composition allophone ( Acadie, Chomedey, Jeanne-Mance, Laurier-Dorion, Viau et Viger, auxquelles s'ajoute Lapinière ) : ces 21 circonscriptions ont moins de 75 % de francophones.Elles ont voté libéral sans interruption depuis 1970, sauf lorsque le vote non-francophone s'est divisé, comme en 1976, en faveur de l'Union nationale, ou en 1989, en faveur du Parti égalité.À ce bloc, s'ajoutent six circonscriptions le long de l'Outaouais ( Argenteuil, Chaplcau, Gatineau, Hull, Papineau et Pontiac ), cinq circonscriptions le long de la frontière américaine ( Beauharnois-Huntingdon, Brome-Missisquoi, Châteauguay, Mégantic-Compton et Orford ), et la circonscription de Jean-Talon à Québec.Dans trois cas, l'adhésion au Parti libéral s'explique par la présence d'un électorat anglophone important, mais dans neuf autres cas, dont cinq dans l'Outaouais, il s'agit un culture politique régionale, liée sans doute à la présence de la fonction publique fédérale.À ces trente-trois circonscriptions libérales, il faut ajouter quatre circonscriptions dans l'île de Montréal ( Bourassa, Lafontaine, St-Henri-Ste-Anne et Sauvé ) qui ont déjà appuyé le Parti québécois durant les années soixante-dix, mais dont le nombre de francophones baisse d'année en année et qui sont maintenant libérales depuis plus de dix ans.Les circonscriptions de Crémazie et d'Anjou, dont la population francophone décroît elle aussi, devraient rejoindre ce groupe de circonscriptions assurées pour le Parti libéral.À ce bloc, on peut aussi ajouter trois circonscriptions de la région Beauce- Appalaches ( Beauce-Nord, Beauce-Sud et Montmagny-L'IsIet ) qui ne sont passées au Parti québécois que lors de la vague de 1981.(.) Les bastions péquistes De son côté, le Parti québécois dispose d'une trentaine de circonscriptions qui, depuis 1976, ont élu des députés péquistes ou appuyé le camp souverainiste lors des trois référendums de 1980, 1992 et 1995, vingt d'entre elles sans exception, et les dix autres à la seule exception des élections de 1985, alors que le vote du Parti québécois passait sous la barre des 40 %.Il s'agit d'abord de cinq circonscriptions de l'est de Montréal ( Gouin, Hochclaga-Maison-neuve.Mercier, Pointe-aux-Trembles et Ste-Marie-St-Jacques ), de neuf circonscriptions dans la couronne de Montréal ( Blainville, La Prairie, L'Assomption, Marie-Victorin, Margue-rite-d'Youville, Masson, Taillon, Terrebonne et Verchères ), de deux circonscriptions de la rive sud de Québec ( Chutes-de-la-Chaudière et Lé-vis ), des cinq circonscriptions de Saguenay-Lac-Saint-Jean ( Chicoutimi, Dubuc, Jonquière, « Lac-Saint-Jean et Roberval ), de quatre circonscriptions de l'Abitibi-Témiscamingue-Cô-te-Nord ( Abitibi-Ouest, Duplessis, Rouyn-No-randa-Témiscamingue et Ungava ), auxquelles s'ajoutent les circonscriptions d'Arthabaska, Johnson, Joliette, Labelle et Laviolette.(.) Où se joue l'élection ?En tout donc, près de 75 circonscriptions dont le comportement électoral a été stable depuis vingt ans, et pour lesquelles il n'y a pas de raison de croire qu'il en sera autrement le 30 novembre prochain.Il reste donc uniquement une cinquantaine de circonscriptions dans lesquelles se jouent les élections.Ce qui est remarquable, c'est qu'une quarantaine d'entre elles ont rigoureusement suivi le mouvement depuis vingt ans, faisant et défaisant les gouvernements : péquistes en 1976 et 1981 ( sauf cinq qui ont voté Union nationale et une Crédit social, en 1976 ), ces quarante circonscriptions ont voté NON en 1980 (sauf quatre), voté péquiste en 1981 (sauf une ), libéral en 1985 et 1989, dit NON au référendum de 1992, et ont voté de nouveau péquiste en 1994.Au référendum de 1995, ces circonscriptions ont toutes voté OUI, puisqu'elles sont massivement francophones.Il s'agit des 41 circonscriptions suivantes : Bourget et Rosemont, dans l'île de Montréal ; Fabre, Laval-des-Rapides, Mille-Iles et Vimont, à Laval ; Borduas, Chambly, Deux-Montagnes, Groulx et Vachon, dans la ceinture de Montréal ; Charlesbourg, Chauveau, La Peltrie, Li-moilou, Louis-Hébert, Montmorency, Tasche-reau et Vanier, dans le Québec métropolitain ; auxquelles s'ajoutent des circonscriptions urbaines ( Sherbrooke et Trois-Rivières ), ou à noyau urbain important ( Abitibi-Est, Cham-plain, Drummond, Gaspé, Iberville, Prévost, Richelieu, Rimouski, Saguenay, St-Hyacinthe, St-Jean, St-Maurice, Salaberry-Soulanges ), et quelques circonscriptions plutôt rurales ( Belle-chasse, Berthier, Lotbinière, Matane, Matapé-dia, Nicolet-Yamaska et Rousseau )\u2022 À ce groupe, il faut ajouter quatre circonscriptions que le Parti québécois a remportées pour la première fois en 1994, parce qu'avant 1994 des personnalités libérales connues en étaient les députés : Bonaventure ( Gé-rard-D.Lévesque ), Charlevoix ( Raymond Mailloux ), Maskinongé ( Yvon Picotte ) et Portneuf ( Michel Page ).Il n'y avait aucune raison pour que le Parti québécois ne prenne pas ces circonscriptions dans le passé, sinon la présence d'adversaires en parfaite symbiose avec leur milieu : eux partis, ces circonscriptions se joindront sans doute au groupe précédent.C'est pour une raison du même ordre que le Parti québécois n'a pas pris, en 1994, un certain nombre de circonscriptions : Frontenac ( Roger Lefebvre ), Iles-de-la-Madeleine ( Georges Far-rah ), Kamouraska-Témiscouata ( France Dionne ), Richmond ( Yvon Vallières ), Rivière-du-Loup ( Mario Dumont ), St-François ( Monique Gagnon-Tremblay ), auxquelles s'ajoute Bertrand, où des irrégularités ont amené l'annulation de l'élection.Toutes ces circonscriptions ont par ailleurs voté OUI en 1995.(.) En conclusion, dans 75 comtés environ, les jeux sont faits, et le résultat parfaitement prévisible, un peu plus d'une quarantaine d'entre elles devant aller au Parti libéral et une trentaine au Parti québécois.Le sort des élections dépend donc des 50 autres circonscriptions.À cause de notre mode de scrutin, une quarantaine d'entre elles devraient basculer en bloc dans un camp ou dans l'autre.Si elles restent au Parti québécois, celui-ci sera réélu avec entre 70 et 80 députés, mais si elles passent au Parti libéral, celui sera élu avec dfttre 80 et 90 députés.« t. B4 LA PRESSE, MONTRÉAL, SAMEDI 31 OCTOBRE 1998 Bilan du gouvernement Bouchard Un redressement spectaculaire des finances publiques Denis Lessard - du bureau de La Presse QUÉBEC uoique pénible, long et douloureux, le changement de culture dans la gestion des finances publiques au Québec auquel a présidé le gouvernement Bouchard en est un d'importance.La cible peut paraître parfois incertaine, fluctuant au gré des prévisions, mais, pour la première fois depuis 30 ans, le gouvernement du Québec devrait déposer le printemps prochain un budget prédisant que l'année 1999-2000 se soldera par un équilibre financier : les recettes gouvernementales suffiront à payer non seulement ses dépenses courantes mais aussi l'intérêt sur la dette.Déjà depuis cette année, le gouvernement n'a plus à emprunter pour équilibrer le compte courant, pour défrayer les coûts de programmes et les salaires des fonctionnaires, la « facture d'épicerie », selon l'expression qui avait cours il y a quelques années.Mais, aujourd'hui encore, les Québécois restent les Canadiens les plus lourdement taxés, et le Québec est toujours la province la plus endettée au pays.Le coup de barre est réel.Selon Gérald Ponton, président de l'Alliance des manufacturiers, « on peut parler d'un virage sans précédent, d'une nette amélioration dans la lutte au déficit », qui s'est reflétée par le maintien de la cote de crédit du Québec.À son arrivée au pouvoir en septembre 1994, le gouvernement Parizeau avait vite revu à la hausse le déficit laissé par l'éphémère gouvernement Johnson, pour le porter à 5,8 milliards.Le premier budget Campeau, au printemps 1995, préconisera de ramener à zéro le déficit du compte courant, une opération qu'on envisageait alors sur deux ans.Pointe-au-Pic La défaite souverainiste au référendum, le départ de Jacques Parizeau et l'arrivée de Lucien Bouchard changeront un moment la donne : dès le début, M.Bouchard relègue aux oubliettes une augmentation de un pour cent de la taxe de vente prévue par son prédécesseur.Mais surtout, sans mandat de la population, M.Bouchard voudra obtenir l'appui des centrales et du patronat pour entrepren- uand on parle du dossier constitutionnel, des relations fédérales-provinciales, Lucien Bouchard est souvent pris entre deux feux.D'une part, l'aile militante de son parti réclame qu'on multiplie les fronts avec Ottawa et souhaite qu'il s'engage de façon irréversible dans un processus référendaire s'il est réélu.De l'autre, les stratèges péquistes sont conscients que le gouvernement n'a rien à gagner dans l'opinion publique à de constantes confrontations avec le fédéral.Et surtout, le PQ a tout à perdre si les élections deviennent clairement référendaires.C'est avec cet équilibre précaire en téte que navigue le gouvernement Bouchard depuis trois ans.Et l'attitude de la fermeté plutôt que l'agressivité a probablement été une bonne carte pour obtenir deux déblocages historiques : Ottawa a délégué ses responsabilités en matière de main-d'oeuvre, et assuré l'adoption d'un amendement constitutionnel créant les commissions scolaires linguistiques.En jouant plus en sourdine depuis quelques mois l'antagonisme avec Ottawa et son échéancier référendaire, le premier ministre Bouchard n'a pas fait que des heureux dans son parti.Dans les coulisses, des présidents régionaux soulignent que bien des militants n'ont pas digéré le virage .i 180 degrés du conseil national de septembre.M.Bouchard y avait fait ravaler à PHOTOTHÈQUE La Presse D'un déficit de 5,8 milliards à son entrée en poste, le gouvernement péquiste est passé à une prévision d'équilibre pour 1999-2000.Bernard Landry présentant son budget en mai 1996.dre la croisade du déficit zéro que tous savaient difficile.Inspirés du sommet de Pointeau-Pic convoqué par René Léves-que après les élections de 1976, les deux sommets économiques du printemps et de l'automne 1996 donnèrent la légitimité qui lui manquait à Lucien Bouchard ; seule la CEQ, dans les mois qui suivirent, prit ses distances de l'objectif du déficit zéro.« C'est le volume, la rapidité des compressions, qui a été imbuvable », observe Gérald Larose, président de la CSN.Les centrales n'ont pas été piégées par l'objectif du déficit zéro, mais le rythme imposé aux coupes « a laissé des traces importantes ».Toutefois, comme Henri Massé, de la FTQ, M.Larose déplore amèrement l'absence d'une réforme de la fiscalité, promise dans le cadre des sommets, qui aurait fait supporter à l'entreprise privée une plus juste part du fardeau fiscal.« Sur la réforme de la fiscalité, on s'est fait posséder », affirme M.Larose.Selon lui, il aurait fallu investir pour l'emploi avant de procéder aux diminutions d'impôts accordées par la suite.Henri Massé observe que le sommet de l'automne 1996 n'a jamais produit « les politiques gouvernementales musclées pour l'emploi » espérées.Quant à la cure minceur imposée au secteur public, « je pense que cela a été mal fait, sous la menace de lois spéciales.Le Attaquer ou j ouer le j eu ?Québec coincé entre les militants péquistes et les souverainistes mous dans les relations avec Ottawa PHOTOTHEQUE UPfUê Jacques Parizeau et Lucien Bouchard, deux manières de traiter avec Ottawa.printemps dernier, pour la pre* mière fois, le gouvernement a mis ses gros sabots dans les relations de travail au municipal, un précédent très dangereux alors que c'était réglé à 90 % ».Selon Simon Prévost, économiste au Mouvement Desjaidins, le redressement des finances publiques n'est pas le fruit de manipulations comptables, m il y a eu la croissance économique, mais aussi des efforts réels de compressions.» Depuis 1994, l'économie québécoise a crû de 6,3 % contre 3,7 % durant les quatre dernières années du régime libéral.Parallèlement à cette amélioration, on doit ajouter des réductions de dépenses réelles, de l'ordre de 2,1 milliards entre 1994-95 et 1997-98.Deux fois plus qu'en Ontario Depuis 1994-95, les compressions de dépenses au Québec furent, toutes proportions gardées, deux fois plus importantes qu'en Ontario.Chez nos voisins, l'affrontement social que déclenchèrent les coupes gouvernementales donnèrent l'impression qu'elles étaient bien plus importantes.Mike Harris n'a Jamais coupé dans la santé, par exemple.« La différence, c'est que M.Harris a pris le risque de donner de fortes diminutions d'impôts 30 % \u2014financées par une augmentation de la dette ontarienne », explique M.Prévost.« Harris s'est attaqué aux droits mêmes des syndiqués, il a scrappé le Code du travail et eu une collision avec le mouvement syndical », résume M.Larose.Bien que les données du ministère des Finances ne soient pas toujours limpides \u2014on a assisté au cours des dernières années à une floraison de nouveaux fonds spéciaux, 500 millions pour l'entretien des routes par exemple\u2014, plusieurs indices imponants prouvent un assainissement réel de la situation.En 1994-95 par exemple, le poids des dépenses du gouvernement dans l'ensemble de l'économie était de 21,7 % ; il est passé à 18 % cette année, moins qu'il y a dix ans.Au coeur des compressions, la vaste opération de mises à la retraite accélérées qui aura permis une entente dans le secteur public au printemps 1997.Avec les 30 000 départs, deux fois plus que prévu, le gouvernement peut miser sur une baisse récurrente de près de deux milliards de l'ensemble de sa masse salariale.Le secteur de la santé et la fonction publique en général ont été durement touchés, mais les enseignants avaient réussi à tirer les marrons du feu en obtenant que tous les départs soient automatiquement remplacés.Québec devait remplacer tous les employés qui prenaient leur retraite passé l'objectif des premiers 15 000 départs.« Nous, on voit encore beaucoup de chaises vides, des gens qui n'ont jamais étés remplacés », déplore maintenant Henri Massé.son parti une résolution adoptée la veille où son gouvernement s'engageait à tenir un référendum au cours de son prochain mandat.Publiquement, pas d'esclandre : Maxime Barakat, père de la première motion, avait proposé le lendemain son contraire.« M.Léves-que, M.Parizeau ne sont pas arrivés à la souveraineté, j'ai confiance que M.Bouchard va nous y amener », expliquait cette semaine M.Barakat, président régional de Montréal-Ville-Marie, qui regroupe 17 comtés.En outre, l'appui surprenant de Jacques Parizeau à la stratégie des « conditions gagnantes », comme passage obligé au référendum, donne une image d'unanimité au clan souverainiste sur ce talon d'Achille du gouvernement Bouchard.« La relation de M.Bouchard avec son parti est bonne actuellement, car ceux qui n'étaient pas d'accord sont partis », affirme Bruno Viens, ancien président de Montréal-Ville-Marie.Pour lui, toutefois, la résolution qui voulait forcer un référendum au prochain mandat était une mauvaise stratégie- La liste du « butin » En tout début de campagne, Lucien Bouchard soutenait qu'avec un gouvernement souverainiste, le Québec était plus à même de « tirer du poignet » avec le fédéral, « d'aller chercher son butin à Ottawa », selon l'expression de Duplessls.En fait, la proximité des élections fédérales n'était sûrement pas étrangère au règlement du dossier de la main-d'oeuvre.Quant aux commissions scolaires linguistiques, comme la main-d'oeuvre d'ailleurs, le consensus favorable était si large au Québec qu'il était difficile à Ottawa de s'y opposer.Parmi les contentieux réglés entre Ottawa et Québec depuis l'arrivée au pouvoir du PQ, la main-d'oeuvre, 450 millions de transferts annuels d'Ottawa, est de loin le plus important.Jacques Parizeau avait aussi obtenu le règlement de la facture du référendum de 1992, 42 millions, et le paiement d'une facture de 103 millions pour l'éducation des jeunes autochtones.En revanche, des contentieux énormes durent : Québec réclame une indemnité de deux milliards, au même titre que les Maritimes pour la perception de la TPS.Le gouvernement Bouchard est aussi en guerre avec Ottawa sur une enveloppe de 500 millions, la portion québécoise des bourses du millénaire.Il y a un contentieux Ottawa-Québec sur l'ardoise du grand verglas de Janvier 1998 : Québec réclame près de 800 millions en compensation.La facture du Palais des congrès est aussi en attente ; Québec a donné le feu vert à la construction, mais espère obtenir 70 millions d'Ottawa dans ce dossier.La mise en place des garderies à 5 $ ayant aussi eu un impact sur la fiscalité des Québécois, Québec veut qu'Ottawa lui renvoie 50 millions à ce titre.Le Québec a exercé son droit de retrait pour un nouveau transfert fédéral pour enfants, mais Ottawa n'a pas voulu le compenser directement \u2014 les fonds, 850 millions, seront transmis aux parents.Des négociations suspendues sur la mise en place d'un congé parental québécois, financé à même la portion québécoise de la caisse de l'assurance-emploi, bloque la mise en place d'un programme de 300 millions.Sur cette longue série de contentieux Québec a paru garder un profil bas depuis les dernières semaines, histoire de ne pas donner l'impression de cultiver les « chicanes ».« On ne cherche pas la chicane.Le Québec défend ses intérêts et on est présent chaque fois que nos intérêts sont en cause », a expliqué récemment Joseph Facal, ministre des Relations intergouvernement.) les, qui se défend de vouloir reléguer au second plan les contentieux Ottawa-Québec.« On est un gouvernement souverainiste qui, en attendant que U cadre politique se modifie, fait qui les choses fonctionnent », indiquait M.Facal.Le ministre en veut poui preuve la collaboration du «ouver nement Bouchard aux confèrent.fédérales-provinciales.Qu été présent à 88 % des occasion-! cette année.Le seul creux ,i l'année référendaire 1995 avec ieu lement 45 rencontres bttCfgouvcj nementales, un taux de 61 %. LA PRESSE, MONTRÉAL, SAMEDI 31 OCTOBRE 1998 Bilan du gouvernement Bouchard Montréal est toujours un casse-tête V» «i WL Martin Pelchat du bureau de La Presse QUÉBEC Si la santé a constitué le talon d'Achille du Parti québécois tout au long de son mandat, parions que Montréal a aussi donné plusieurs maux de tête à Lucien Bouchard et son équipe.La Ville de Montréal est de l'avis général en quasi-tutelle et le nouveau ministère de la Métropole, auquel le premier ministre avait confié en janvier 1996 la tâche de piloter la relance de la région, s'est transformé selon les mauvaises langues en ministère de la « Réfrigération », avec la mise au congélateur de ses deux grands chantiers : la Commission de développement de la métropole et la fusion des sociétés de transport.Deux projets appuyés par Montréal mais taillés en pièces en banlieue.Montréal International, une autre initiative de coordination régionale, cette fois dans le domaine très éclaté de la prospection des investissements à l'étranger et de la promotion internationale de Montréal, a survécu jusqu'à maintenant.Mais la société se heurte depuis sa création à de multiples résistances locales et joue encore sa peau, depuis quelques mois, sur l'intégration des activités de prospection de la CUM et de Laval.« À la décharge du gouvernement, peut-être que l'agglomération n'a pas souvent parlé d'une seule voix », note Jacques Léveil-lée, spécialiste des sciences politiques à l'UQAM et observateur attentif de la scène municipale montréalaise.La performance décevante du ministère de la Métropole « s'explique peut-être par le peu de réceptivité du milieu et probablement par la volonté du gouvernement de ne pas se braquer les gens des couronnes », ajoute Pierre Hamel, spécialiste des finances publiques et des politiques locales à l'INRS-Urbanisation, en remarquant qu'on trouve dans les banlieues Nord et Sud plusieurs comtés péquistes.« On est loin de quelque chose qui ressemblerait à une instance régionale », constate-t-il.Une CUM PHOTOTHÈQUE LsPmsse Pour régler d'ici au pacte fiscal promis pour Tan 2000 le criant problème budgétaire de Montréal, Québec a créé la Société mixte de gestion Marie-Victorin, où sont désormais regroupées les installations, comme le Biodôme ou le Jardin botanique, dont le rayonnement dépasse les limites municipales.Le gouvernement injectera ainsi 54 millions par année d'ici 2001 à Montréal.Avec l'appui à la nouvelle technologie et l'Agence métropolitaine de Montréal, l'un des quelques bons coups de Québec dans la métropole.élargie ?L'idée a été évoquée par le ministre des Affaires municipales, Rémy Trudel, mais est demeurée « un coup d'épée dans l'eau », dit Jacques Léveillée.Ce dernier s'attend d'ailleurs à ce que le ministère de la Métropole ne survive pas aux élections.« Je ne peux pas voir ce qu'ils peuvent sortir de leur chapeau après ces échecs.» Tutelle Les deux hommes reconnaissent par ailleurs que la « présence attentive » de Québec dans les finances défaillantes de Montréal a toutes les allures d'une tutelle.« Mais je me mets à la place de Québec, dit M.Hamel.Ils se retrouvent avec un sérieux problème dans la mesure où Montréal ne parvient pas à boucler son budget.» Pour solutionner cette année le criant problème budgétaire de Montréal, Québec a créé la Société mixte de gestion Marie-Victorin, où sont désormais regroupées les installations, comme le Biodôme ou le Jardin botanique, dont le rayonnement dépasse les limites municipales.Le gouvernement injectera ainsi 54 millions par année d'ici 2001 à Montréal.Mais à terme, seul un nouveau pacte fiscal, promis pour l'an 2000, mettra fin aux « rapiéçages annuels ».« Oui, possiblement qu'ils sont un peu plus présents qu'ils devraient, dit M.Léveillée.Mais quand une collectivité n'est pas capable de se prendre toute seule en main, c'est dangereux que quelqu'un soit là à regarder par-dessus son épaule.» Le coup de pouce de Bernard Landry à la nouvelle technologie apporte les meilleures notes au bulletin général du PQ, note Pierre Hamel.« Les actions du gouvernement du Parti québécois sont loin d'avoir nui à l'économie de Montréal », dit-il.Le programme électoral du PQ mise sur des statistiques améliorées : 20 000 emplois créés depuis le début de 1998, régression de 2,4 % du chômage, 21 400 prestataires de la sécurité du revenu de moins depuis 1994 et augmentation de 25 % en 1998 des investissements privés.« Tout le retard n'est pas encore rattrapé mais l'espoir est de retour », dit la plateforme du parti.Pierre Hamel estime pour sa part qu'au moins, le discours et les intentions ont changé avec l'arrivée du PQ.« Le gouvernement précédent, c'était Marc-Yvan Côté qui voulait donner de l'air à Montréal et faire imploser l'Hôtel-Dieu ! » Coup de force Ironiquement, c'est peut-être lorsqu'il s'est imposé que ce gouvernement, chantre de la concertation, a le mieux réussi ses actions métropolitaines.La création de l'Agence métropolitaine de transport, en 1996, a été un « coup de force » du gouvernement.L'Agence, dont le conseil est formé majoritairement de ses représen- tants, peut imposer ses décisions aux autorités locales.L'AMT se voulait une première tentative concrète de rétablir l'équité régionale, dans le financement des équipements de transport en commun qui profitent à toute la région, comme le métro et les trains de banlieue.Elle suscitait beaucoup de méfiance, mais elle a notamment implanté l'intégration tarifaire du transport en commun régional, attendue depuis des années.Ce qui fait croire à Jacques Léveillée que le temps de la consultation est terminé.Depuis le rapport de 1993 du Groupe de travail Pi-chette sur Montréal et sa région, un rapport demeuré sans suites, les acteurs ont été maintes fois consultés.sans résultats.« Les gens en ont plein leur chapeau.» Le professeur croit que Québec n'a guère plus d'autre choix que de dire : c'est moi qui ai l'argent, je m'en vais par là.« Si vous voulez me suivre, venez.Sinon, vous embarquez quand même.» Douche froide dans les municipalités n sondage CROP réalisé à la fin septembre auprès de 500 maires pour le compte de l'Union des municipalités du Québec ( UMQ ) démontre que 61 % d'entre eux sont peu ou pas du tout satisfaits de la performance globale du gouvernement Bouchard dans les affaires municipales.Il faut dire que depuis la réforme Ryan de 1992, quand les libéraux ont annoncé le retrait du gouvernement du financement du transport en commun, rares ont été les moments de réjouissance pour les élus municipaux.En novembre 1995, le gouvernement du Parti québécois a tôt fait de les appeler à son tour à « contribuer à l'assainissement des finances publiques », en annonçant une diminution de 47 millions des paiements de transferts.Un an plus tard, Bernard Landry prenait les maires par surprise au moment de la confection des budgets municipaux en abolissant le remboursement partiel de la taxe de vente aux municipalités.Une ponction de 76 millions.Les maires se doutaient toutefois qu'ils n'avaient pas encore vu le pire et que Québec ne les laisserait pas souffler dans la course au déficit zéro.En avril 1997, en dévoilant son budget, le ministre des Finances fixait leur contribution à 500 millions.Partenaire Jusqu'à la conclusion d'une entente aVCC l'UMQ en octobre 1997, entente imposée à tout le monde municipal et qui a établi la facture à 37S millions, Québec et le monde innnivip.il ont été i couteaux tires.I -i s.t^.i .i ailSSl divisé les élus, puisque l'Union des MRC n'a ja-mals accepté l'entente.Les maires de la banlieue de Montréal oni eux claqué la porte de l-UMQ.y' 0 I « - a \u2022' liiyv Joël .IF 4 .' ajt:; ; a fa 1 oui -mm * \u2022
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