La presse, 27 novembre 1999, B. Plus
[" 6LP0101B1127 b01 samedi 27 novembre 6LP0101B1127 ZALLCALL 67 00:55:31 11/27/99 B B Montréal, samedi 27 novembre 1999 Plus ÉDITORIAL / OPINIONS / MONDE / POLITIQUE Les autres victimes de Marc Lépine Voici la première tranche de notre série à l\u2019occasion du 10e anniversaire de la tragédie de l\u2019École polytechnique.Marc Lépine n\u2019a eu besoin que de 20 minutes pour assassiner 14 jeunes femmes à l\u2019École polytechnique de Montréal, le 6 décembre 1989.Vingt petites minutes qui ont brisé un nombre incalculable de vies.Dix ans plus tard, on n\u2019en finit plus de mesurer l\u2019ampleur de l\u2019onde de choc provoquée par la tuerie la plus meurtrière au pays.Les balles de Lépine ont atteint, par ricochet, de nombreuses autres victimes.Certaines en sont mortes.D\u2019autres n\u2019ont jamais retrouvé le goût de vivre.Pendant des années, un père s\u2019est bercé dans une chaise, le regard fixe, en surveillant à la fenêtre le retour impossible de sa fille assassinée.Complètement bouleversé, il a sombré dans la dépression et a perdu son emploi.« Toutes ces années, il se berçait en répétant : Elle va arriver, elle va arriver.», raconte le policier Pierre Leclair, père de Maryse, une autre victime de Marc Lépine.« On ne peut pas s\u2019imaginer l\u2019ampleur incroyable que la tragédie a eue sur la population.Et on n\u2019en connaîtra jamais tous les impacts », estime M.Leclair.La tragédie a décimé la famille de Sarto Blais, qui terminait ses études à l\u2019École polytechnique lorsqu\u2019il a assisté, impuissant, au carnage.Traumatisé, obsédé à l\u2019idée que ses amies avaient été assassinées, le jeune homme s\u2019est pendu dans la salle de bains de son appartement, à l\u2019été 1990.Un an plus tard, les parents de Sarto, complètement démolis par la mort de leur fils, ont tous deux mis fin à leurs jours, dans leur maison de Newport, en Gaspésie.Une amie d\u2019enfance ne s\u2019est jamais remise du meurtre d\u2019Anne-Marie Edward.Son histoire est pathétique.« Elle m\u2019a dit récemment qu\u2019elle était morte le 6 décembre 1989 », raconte la mère d\u2019Anne-Marie, Suzanne Edward.Le choc a été brutal.Cette jeune femme, qui voulait devenir ingénieure, a plutôt été trimballée pendant toutes ces années d\u2019un hôpital psychiatrique à l\u2019autre, cumulant les dépressions nerveuses.« Elle a complètement capoté.Pour elle, c\u2019est fini.» Après la mort de sa fille Barbara, Pierre Daigneault a perdu goût à la vie.Rien ne pouvait lui rendre le sourire.Il est décédé subitement en 1996.Un arrêt cardiaque.« Il avait dit que son coeur avait arrêté de battre le 6 décembre 1989, et c\u2019était presque la réalité », raconte sa veuve, Marie-Claire Gagnon.« Ce n\u2019est pas une personne que j\u2019ai perdue, c\u2019est deux personnes.Si le drame n\u2019avait pas eu lieu, Pierre serait peut-être encore en vie.Il serait toujours cardiaque, mais je crois que le choc et les émotions ont devancé sa mort », poursuit Mme Gagnon.Barbara avait choisi la même profession que son père, fondateur du département de génie mécanique à l\u2019École de technologie supérieure.Elle lui ressemblait beaucoup.« Il l\u2019aimait énormément.Ils devaient se rencontrer deux jours plus tard pour finaliser son projet de maîtrise.Tous ses beaux rêves s\u2019envolaient.C\u2019était très dur, très triste.» Seule dans sa grande maison, Mme Gagnon constate amèrement que Marc Lépine a irrémédiablement bouleversé sa vie.« Mon noyau familial est maintenant très réduit.L\u2019absence se fait encore sentir et probablement qu\u2019elle se fera sentir éternellement.» Pendant huit longues années, les parents d\u2019Annie Turcotte n\u2019ont pas touché à la chambre à coucher de leur fille assassinée.Ses souvenirs, ses livres et ses vêtements, impeccablement classés dans sa commode, étaient prêts pour le retour d\u2019une jeune femme qui ne reviendrait pourtant jamais.Le deuil a été long et douloureux.Carmen Pépin et René Turcotte ne pouvaient pas comprendre, et surtout pas accepter la perte absurde de leur enfant.« Je me sentais coupable.Je lui avais dit : Annie, aujourd\u2019hui, il n\u2019y a plus de frontières pour les filles.Et pourtant, il y en avait encore », raconte Mme Pépin d\u2019une voix douce.Depuis deux ans, le couple voit enfin un peu de lumière au bout du tunnel.Peu après le drame, en fouillant dans les travaux scolaires d\u2019Annie, Mme Pépin est tombée sur une rédaction au sujet de la mort, que sa fille avait composée à 17 ans.« Je n\u2019ai pas peur de la mort, j\u2019ai peur des souffrances qui l\u2019entourent.J\u2019espère de mourir dans une sorte d\u2019accident, en pleine action », avait écrit Annie.« Elle est morte comme elle le désirait », conclut lentement M.Turcotte, en contemplant l\u2019une des nombreuses photos d\u2019Annie qui tapissent les murs de la maison.Des cauchemars terribles Thérèse Daviau a perdu sa fille Geneviève et, du même coup, la flamme qui habitait son coeur.« J\u2019ai toujours aimé la vie.On m\u2019appelait le soleil, le boute-en-train.Mais après le drame, je sentais qu\u2019il y avait quelque chose de mort en moi.Une flamme éteinte », explique l\u2019ancienne politicienne.Le 6 décembre 1989, sa fille avait aperçu Marc Lépine au bout d\u2019un corridor, son arme à la main.Mais elle ne l\u2019a pas pris au sérieux, croyant avoir affaire à un étudiant qui « faisait le fou ».Geneviève a traversé le corridor pour se rendre sans trop s\u2019inquiéter à la cafétéria.Quelques minutes plus tard, Lépine la tuait à bout portant.Cette histoire a longtemps torturé Mme Daviau.« Je me disais : Peut-être que c\u2019est de ta faute, Thérèse, qu\u2019est-ce qui t\u2019as pris de lui montrer à faire confiance aux gens ! Si je lui avais montré à être plus sceptique, peut-être qu\u2019elle aurait pris les jambes à son cou pour sortir de l\u2019École ! » Longtemps, Mme Daviau a fait des cauchemars terribles.« J\u2019étais dans l\u2019École, et c\u2019est moi qui étais dans la même situation.Mon inconscient m\u2019a fait vivre ce qu\u2019elle a pu vivre.» L\u2019appui de la famille et des amis a été très important pour Mme Daviau, qui a lentement réussi, sans oublier, à surmonter sa peine.« La flamme ne sera plus jamais aussi vive, mais aujourd\u2019hui, j\u2019ai retrouvé une partie de ce qu\u2019était Thérèse.» Un amour brisé Jean-François Larivée était amoureux fou de Maryse Laganière, secrétaire au service des finances de l\u2019École polytechnique.Ils venaient à peine de se marier et d\u2019acheter une maison à Montréal.Ils étaient jeunes et avaient la tête pleine de projets.Le matin du 6 décembre 1989, lorsqu\u2019il a déposé Maryse à la porte de l\u2019École, Jean- François a eu un pincement au coeur.« Ce matin-là, je suis resté là, comme si j\u2019étais triste de la voir partir.Je ne comprenais pas pourquoi.Elle s\u2019est retournée en chemin et m\u2019a regardé avec un air interrogateur.Je l\u2019ai saluée une deuxième fois.C\u2019est ce que j\u2019attendais.Mais aujourd\u2019hui, je réalise que je voulais la saluer une dernière fois.» Le cauchemar qui l\u2019attendait lorsqu\u2019il est revenu chercher sa femme, ce soir-là, lui pétrit toujours le coeur.Autour de lui, des étudiants s\u2019enfuyaient dans tous les sens en hurlant.Lorsqu\u2019il a compris qu\u2019un tueur fou sévissait à l\u2019intérieur de l\u2019École, il a tenté d\u2019y entrer, en vain.Il s\u2019est précipité sous la fenêtre du bureau de Maryse.Personne.On l\u2019a ensuite vu courir désespérement de civière en civière, cherchant sa Maryse parmi les blessés.Elle n\u2019y était pas.Marc Lépine l\u2019avait tuée alors qu\u2019elle s\u2019apprêtait à quitter le bureau, son manteau sur le dos et son sac à la main.Jean-François était anéanti.« Après dix ans, je pense que je ne serai jamais complètement remis.C\u2019est comme si je m\u2019étais fait broyer une jambe par une moissonneuse-batteuse et que les chirurgiens avaient tenté de la réparer.Je resterai toujours avec des cicatrices et, quand je marche, j\u2019ai mal.» Dix ans plus tard, Jean-François porte toujours son alliance.Il ne s\u2019est pas remarié et n\u2019a pas d\u2019enfants.« On essayait de faire un bébé, Maryse et moi.L\u2019autopsie ne révèle pas ces choses-là, mais j\u2019ai toujours eu le sentiment profond qu\u2019elle était enceinte quand elle est décédée.Et j\u2019ai regardé son calendrier ; elle était en retard de cinq jours, alors qu\u2019elle était toujours bien régulière.» Après le choc, Jean-François a sombré dans un gouffre de détresse.« Je trouvais cela injuste que la vie m\u2019ait fait cela, jusqu\u2019à ce que je réalise qu\u2019il n\u2019y a personne qui s\u2019amuse à nous envoyer des épreuves du haut de son nuage ! C\u2019est arrivé, pas parce que cela devait arriver, mais c\u2019est arrivé, point.Aujourd\u2019hui, si je refuse de le constater, je refuse ma vie.» Isabelle Hachey PHOTO ALAIN ROBERGE, La Presse © Jean-François Larivée a perdu son épouse, Maryse Laganière, dans la tuerie de Polytechnique.Ils venaient à peine de se marier et de s\u2019acheter une maison, et ils avaient des projets plein la tête.Le choc a été brutal.Dix ans plus tard, M.Larivée sait qu\u2019il ne pourra jamais oublier.La lumière au bout du tunnel ISABELLE HACHEY Le 6 décembre 1989, le policier Pierre Leclair a vécu ce qu\u2019aucun père ne voudrait vivre.En service à l\u2019École polytechnique de Montréal, c\u2019est lui qui a découvert avec stupeur le corps inerte de sa propre fille, Maryse, tout près de celui du tueur Marc Lépine.Plantés devant leur téléviseur, des milliers de Québécois incrédules ont assisté, en direct, à son terrible drame.Dix ans après, plusieurs d\u2019entre eux se souviennent encore très bien de l\u2019ancien responsable des relations publiques du Service de police de la Communauté urbaine de Montréal (SPCUM).« Attendez ici, je vais aller voir ce qui se passe, je reviens dans quelques minutes pour vous faire un rapport », avait dit l\u2019agent Leclair aux nombreux journalistes qui s\u2019étaient agglutinés autour de lui dès son arrivée à l\u2019École polytechnique.Sur les écrans de télévision, on l\u2019a vu franchir le cordon policier et s\u2019éloigner dans la neige et la lumière des gyrophares, puis s\u2019engouffrer à l\u2019intérieur de l\u2019université.Mais il n\u2019est jamais retourné auprès des journalistes.« Je savais que ma fille donnait une prestation devant sa classe, cet après-midi-là.Mais sur des milliers d\u2019étudiants, pourquoi elle ?On s\u2019imagine toujours que ça ne peut pas nous arriver », raconte M.Leclair, aujourd\u2019hui chef de police à Sainte-Foy.Le policier n\u2019avait d\u2019ailleurs aucune idée de ce qui l\u2019attendait à l\u2019intérieur.« Derrière les journalistes, je voyais des brancardiers transporter des blessés sur des civières.À ce moment-là, on croyait qu\u2019il y avait deux morts.» M.Leclair est entré et a tout de suite demandé à l\u2019inspecteur responsable de l\u2019opération la permission de visiter les lieux.À mesure qu\u2019il arpentait les corridors, empruntant à peu près le même chemin que le tueur, M.Leclair prenait conscience de l\u2019ampleur du drame.Les scènes indescriptibles qu\u2019il a vues resteront à jamais gravées dans sa mémoire.« Dans la première classe, j\u2019ai vu six filles empilées les unes sur les autres, dans le fond de la pièce.C\u2019était horrible.Ensuite, je suis monté au premier étage et j\u2019ai vu la secrétaire, qui s\u2019était fait tirer à travers la vitre de son bureau.Elle s\u2019en allait, la pauvre, elle avait son manteau sur le dos.» M.Leclair est ensuite monté au troisième étage.Devant la porte du local B- 311, les corps de deux jeunes femmes, qui avaient tenté de s\u2019enfuir, jonchaient le sol.« En tournant le coin du corridor, j\u2019ai vu ma fille étendue par terre, dans le local.Je l\u2019ai reconnue tout de suite en la voyant.Elle avait les mêmes vêtements que le dimanche précédent, quand elle était venue souper à la maison.Puis, j\u2019ai vu son visage.C\u2019était bien elle », raconte le chef de police avec nervosité.M.Leclair n\u2019a rien dit.Il est resté un moment devant la porte du local, complètement figé, le sang glacé dans ses veines.Il savait que sa fille était déjà morte.Il n\u2019y avait rien à faire.Poignardée en plein coeur « Au fur et à mesure que j\u2019avançais et que je ne voyais pas ma fille, je me disais que Maryse n\u2019était pas dans le lot.Et la dernière, c\u2019était elle.Marc Lépine s\u2019est assis à côté d\u2019elle après l\u2019avoir poignardée, il a dit : Oh shit ! et s\u2019est tiré une balle dans la tête », raconte M.Leclair.Maryse, 23 ans, finissante en métallurgie, était en train de faire une présentation devant les autres étudiants lorsque Lépine a fait irruption dans la classe.Il a tout de suite tiré sur elle, l\u2019atteignant à l\u2019omoplate.« Elle est tombée par terre et gémissait, elle disait : Venez m\u2019aider, venez m\u2019aidez.Mais au même moment, Lépine courait sur les bureaux et tuait des filles dans la classe.Alors personne n\u2019est allé l\u2019aider.» Après quelques minutes de ce terrible manège, Lépine est revenu près de Maryse et l\u2019a poignardée en plein coeur.Son père croit aujourd\u2019hui que c\u2019est à ce moment que le tueur a pris conscience de son geste insensé et s\u2019est donné la mort.Le policier explique qu\u2019avec une arme à feu, la cible est distante \u2014 virtuelle, à la limite, dans la tête du tueur.« Tu peux, de loin, tirer quelqu\u2019un et te retourner immédiatement, comme s\u2019il ne s\u2019était rien passé.Alors que pour poignarder quelqu\u2019un, il faut que tu le touches.Sentir la chair chaude, sentir la vie.C\u2019est tout à fait différent », croit-il.« C\u2019est peut-être là que Lépine a réalisé ce qui venait de se passer.Parce qu\u2019il aurait pu se relever et continuer, en tuer encore plein s\u2019il avait voulu.Il avait tiré partout dans l\u2019université.Il avait déjà tué 13 filles.Et il en restait dans la classe.» De plus, Lépine avait encore deux pleines boîtes de munitions lorsqu\u2019il s\u2019est suicidé.Un courage exemplaire S\u2019ils ont été très traumatisés au lendemain du massacre, Pierre Leclair et sa famille font maintenant preuve d\u2019un courage et d\u2019un optimisme impressionnants.« Nous avons repris goût à la vie.Nous sommes de bonne humeur.Il y a longtemps que nous avons arrêté de pleurer.» « Je suis encore très fier de Maryse, et j\u2019y repense toujours avec plaisir », poursuit-il, le sourire aux lèvres.« C\u2019était une fille fonceuse, qui n\u2019hésitait pas à se lancer dans des domaines généralement réservés aux hommes.Elle avait même tenté de devenir officier des Forces armées canadiennes, mais avait renoncé après un camp d\u2019été beaucoup trop rigide à son goût ! » L\u2019horrible soirée du 6 décembre 1989 n\u2019a pas dégoûté à tout jamais M.Leclair du métier de policier, au contraire.« J\u2019ai toujours considéré que j\u2019étais un agent de la paix, et non de la guerre.Et j\u2019ai le sentiment, en toute humilité, d\u2019être un de ceux qui ont contribué au maintien de la paix et de l\u2019ordre public par leur métier.» Pour le chef de police, père de trois autres filles, le monde est encore rempli d\u2019amour et d\u2019espoir.« On vit dans une bonne société, très sécuritaire au Québec, conclut-il.Je continue d\u2019avoir extrêmement confiance en la société et en l\u2019avenir.» DEMAIN : Pardonner à Marc Lépine PHOTO PASCAL TESTE, collaboration spéciale Pierre Leclair 6LP0201B1127 b2-samedi-edito 6LP0201B1127 ZALLCALL 67 01:04:02 11/27/99 B B 2 LA PRESSE, MONTRÉAL, SAMEDI 27 NOVEMBRE 1999 Editorial ANDRÉDESMARAIS PRÉSIDENT DU CONSEIL D\u2019ADMINISTRATION ROGER D.LANDRY PRÉSIDENT ET ÉDITEUR CLAUDEMASSON ( 1941-1999 ) ÉDITEUR ADJOINT MARCELDESJARDINS DIRECTEUR DE L\u2019INFORMATION ALAINDUBUC ÉDITORIALISTE EN CHEF L\u2019Annus horribilis Cela fera bientôt un an que Lucien Bouchard et son équipe ont été reportés au pouvoir.Même si cette victoire du 30 novembre dernier n\u2019a pas été éclatante \u2014 les péquistes, on s\u2019en souvient, avaient recueilli moins de voix que les libéraux \u2014 il n\u2019en reste pas moins qu\u2019elle a été bien accueillie.Même pour ceux qui ne partageaient pas son option, Lucien Bouchard, qui jouissait d\u2019un fort taux de satisfaction, était perçu à l\u2019époque comme celui qui formerait l\u2019équipe la plus compétente pour offrir aux Québécois ce qu\u2019ils souhaitaient : un bon gouvernement.Alain Dubuc adubuc@lapresse.ca Rarement aura-t-on vécu un tel désenchantement.1999 fut une très mauvaise année pour l\u2019équipe Bouchard pour qui ce sera, comme le disait la reine Elisabeth, une « annus horribilis ».Une mauvaise année aussi pour les Québécois qui rêvaient d\u2019un bon gouvernement et qui se sont retrouvés avec un gouvernement médiocre.Les résultats d\u2019un sondage Léger et Léger, rendus publics au début de cette semaine, sont dévastateurs.Si des élections avaient lieu aujourd\u2019hui, nous assisterions à un balayage du PLQ, qui recueillerait 49,6 % des voix, contre 35,6 % aux péquistes.Si un référendum avait lieu aujourd\u2019hui, le NON frôlerait les 60 %, avec 58,9 %, tandis que le camp du OUI s\u2019enfoncerait à 41,1 %.Enfin, le gouvernement Bouchard, avec un taux de satisfaction de 40,5 %, est maintenant moins populaire au Québec que le gouvernement Chrétien, qui jouit d\u2019un taux de satisfaction de 51,9 %.Selon l\u2019interprétation classique des ténors du gouvernement Bouchard, ces déboires tiendraient essentiellement aux négociations avec les employés du secteur public, alliés traditionnels du PQ, dont le mécontentement envers le gouvernement, bien sûr temporaire, expliquerait aussi la faiblesse des appuis au projet souverainiste.Cette analyse n\u2019est pas très convaincante, d\u2019autant plus que ces négociations n\u2019ont pas donné lieu à la crise sociale appréhendée.Comment un gouvernement qui jouissait d\u2019un taux de satisfaction de 56 %, à la veille des élections de l\u2019an dernier, a-t-il pu perdre quinze points ?Quels facteurs peuvent expliquer la dégringolade d\u2019un gouvernement qui profite d\u2019une croissance économique soutenue et d\u2019un chômage en baisse, qui a réussi à équilibrer son budget et n\u2019impose plus de compressions, qui ne subit pas de pressions d\u2019une opposition encore à la recherche de sa cohérence ?Dans un premier temps, il faut renverser la chaîne de causalité classique voulant que l\u2019impopularité du gouvernement explique la faiblesse des appuis à la souveraineté.C\u2019est plutôt l\u2019inverse qui se produit : l\u2019impopularité du projet souverainiste est plutôt l\u2019un des facteurs qui explique le désenchantement face au gouvernement Bouchard.Le fait que ce gouvernement, sachant que 70 % des citoyens ne veulent pas d\u2019un référendum, choisit de poursuivre la recherche de conditions gagnantes au lieu de s\u2019occuper de ce qui préoccupe vraiment les gens, l\u2019avenir économique et la qualité des services publics, provoque probablement une coupure entre lui et la population, qui se traduit dans les sondages de la façon que l\u2019on constate.L\u2019autre grande source de désenchantement tient à la qualité de la gouvernance.Après avoir bien performé quand il concentrait ses énergies sur une seule cible, le déficit zéro, le gouvernement Bouchard semble en plein désarroi depuis un an, et n\u2019a aucune loi marquante, aucune réforme réussie à son actif.Il multiplie par contre les demi-succès, les demi-échecs, les volte-faces et les finales en queue de poisson, dont la liste s\u2019allonge : le pacte fiscal avec les municipalités qui se dirige vers l\u2019impasse, le dossier de Montréal qui s\u2019enlise dans d\u2019impopulaires superstructures, la santé où domine encore le replâtrage de dernière minute, les réformes sociales qui piétinent comme les clauses orphelin, la déconfessionalisation des écoles, les congés parentaux remis à on ne sait quand, les bourses du millénaire toujours dans les limbes, la lutte contre le tabagisme où l\u2019on a fait volte-face, le chaos d\u2019Emploi-Québec, etc.Voilà un gouvernement qui a le plus grand mal à gouverner et dont les interventions se classent trop souvent en deux modes : le mode impulsif, surtout avec le premier ministre lui-même, où l\u2019on promet trop vite et où on se peinture dans le coin ; et le mode de la paralysie consensuelle où, pour ne pas choquer, on préfère ne pas bouger.Cette incapacité d\u2019agir, la procrastination érigée en système, s\u2019explique en partie par les tensions idéologiques qui semblent diviser le gouvernement, surtout en période de surplus, en partie aussi par l\u2019obsession des conditions gagnantes, qui empêche le gouvernement de trancher, de peur d\u2019ébranler les alliances.Le problème vient aussi de l\u2019étonnante faiblesse de l\u2019équipe ministérielle, qui saute aux yeux quand on se pose la question suivante.Qui, dans le cabinet Bouchard, s\u2019est particulièrement distingué depuis un an ?Personne.Après un an, le cabinet compte nombre de parfaits inconnus pour le public, la relève a du mal à s\u2019imposer, et le pouvoir reste entre les mains d\u2019une poignée de ministres qui ne s\u2019en tirent pas si bien : qu\u2019on pense ici à Louise Harel, aux Affaires municipales, ou à Pauline Marois, à la Santé.Ce n\u2019est évidemment pas la catastrophe, mais cette première année de pouvoir a été bien en deça des attentes.Et on est en droit de se demander, à voir tant d\u2019usure et si peu d\u2019imagination au tout début d\u2019un mandat, ce que nous réserveront les trois ou quatre années qui restent.Il est donc temps que le premier ministre Bouchard et son équipe sortent de cette torpeur et se ressaisissent.Il y a bien sûr plusieurs solutions, mais nous sommes convaincus que l\u2019énergie que le gouvernement consacre au rêve référendaire est une cause importante de ses difficultés, parce que ce débat ronge de l\u2019intérieur bien des ministres et divise le cabinet, parce qu\u2019il paralyse l\u2019action gouvernementale, parce qu\u2019il interdit d\u2019essentielles réformes.Pour s\u2019en convaincre, il suffit de penser un instant au vent de fraîcheur qui soufflerait sur le Québec si Lucien Bouchard annonçait son intention d\u2019abandonner son projet référendaire.La CEQ ou l\u2019arroseur arrosé C\u2019est un peu l\u2019histoire de l\u2019arroseur arrosé.Ou celle d\u2019un groupe qui prétend se battre pour obtenir l\u2019équité salariale et qui se fait prendre en flagrant délit d\u2019avoir déja favorisé une discrimination systématique aux dépens d\u2019un grand nombre de ses membres.Car la CEQ aura beau dire ou faire, elle sort grande perdante de cette invraisemblable opération visant à faire porter par les plus jeunes enseignants le poids des compressions budgétaires qui lui ont été imposées par le gouvernement, il y a deux ans.Pierre Gravel pgravel@lapresse.ca Certes, à première vue, la décision annoncée cette semaine par la Commission des droits de la personne semble partager égalememt les torts.Elle reproche en effet à la fois au gouvernement et à la centrale de s\u2019être mis d\u2019accord pour économiser une vingtaine de millions en gelant l\u2019avancement des profs n\u2019ayant pas atteint le sommet de l\u2019échelle salariale.Sauf qu\u2019en fait, la responsabilité des deux parties n\u2019est pas d\u2019égale importance.Dans une affaire criminelle, on parlerait de celui qui a perpétré le crime et de son complice.Dans le présent cas, c\u2019est le syndicat qui, face à l\u2019exigence du gouvernement de mettre les enseignants à contribution dans sa lutte contre le déficit, a préféré ménager ses plus anciens membres en imposant le fardeau aux plus jeunes.L\u2019État, lui, trop content de récupérer la somme en jeu, ne s\u2019est pas beaucoup attardé aux modalités.Ce faisant, il a commis l\u2019erreur de participer à une manoeuvre qui vient tout juste d\u2019être reconnue comme discriminatoire.En ordonnant aux deux parties de reconnaître leurs torts et de rétablir les victimes dans leurs droits, en plus de leur rendre ce dont on les a lésés, la Commission se trouve à ramener ce dossier au point de départ.C\u2019est-àdire que la CEQ, compte tenu du fait que son astuce a été désavouée, devra maintenant faire face à la réalité.Et accepter que tous ses membres fassent leur part dans ce qui se voulait un effort collectif pour assainir les finances publiques.Comme ça s\u2019est fait dans les autres groupes d\u2019employés de l\u2019État.Mais plus encore.La plus élémentaire justice voudrait que les professeurs qui ont indûment profité de ce tour de passe-passe en échappant au couperet depuis deux ans soient forcés de remettre à leurs jeunes collègues la part de ce qui leur revenait et dont on a tenté de les priver.Il est trop facile, comme la direction de la CEQ a commencé à le faire, de promettre qu\u2019on s\u2019inclinera de bonne grâce et qu\u2019on respectera les conclusions de la Commission.Sauf qu\u2019en faisant comme s\u2019il allait de soi qu\u2019il revient au gouvernement de puiser dans ses coffres pour rendre aux jeunes enseignants les quelque 70 millions dont il est question, les vrais responsables de cette manoeuvre agissent comme s\u2019il était normal de refiler la facture aux autres.En l\u2019occurrence, tous ceux qui paient des taxes.Le gouvernement a, évidemment, eu tort de se prêter à ce petit jeu dont bon nombre de membres de la CEQ ont bien cru profiter impunément.Il faut souhaiter que la leçon portera quand viendra le temps de débattre des clauses discriminatoires au Sommet de la Jeunesse, en février prochain.Et surtout au moment de légiférer enfin sur cette épineuse question.Mais ce qui est déjà certain, c\u2019est qu\u2019il n\u2019y a pas de raison pour que, dans ce dossier précis qui ne concerne que la CEQ, tous les contribuables finissent par être les dindons de cette mauvaise farce où on prône l\u2019équité en pratiquant la discrimination.DROITS RÉSERVÉS Serge.Chapleau@lapresse.ca LA BOÎTE AUX LETTRES edito@lapresse.ca Appui massif au rapport Proulx Dans le débat en cours (la commission parlementaire termine ses travaux le 30 novembre) sur la place de la religion à l\u2019école, certains parents s\u2019inquiètent du sort que l\u2019État québécois pourrait dorénavant réserver à l\u2019enseignement religieux.Nous sommes des parents qui estimons au contraire que ce sont les privilèges confessionnels qui portent atteinte aux droits des parents, notamment aux droits à la liberté de conscience et de religion.Nous croyons que tous les parents devraient jouir de la même reconnaissance de leurs droits fondamentaux à l\u2019école publique et que nos droits de parents ne nous donnent pas la liberté de composer, pour nos enfants, un programme d\u2019études à la carte auquel l\u2019école publique devrait se soumettre.Nous sommes des Québécois et Québécoises qui adhérons aux principes fondamentaux contenus dans les différentes chartes et nous sommes à ce titre particulièrement sensibles aux valeurs communes qui doivent présider à l\u2019élaboration de notre projet de société.Ces valeurs sont, entre autres, celles de l\u2019équité, de la solidarité, de l\u2019égalité, du sens civique, du respect de soi et des autres, bref celles que devrait cultiver tout citoyen responsable.Nous croyons que les valeurs religieuses doivent être protégées et que toute communauté de croyants adhérant aux principes démocratiques doit conserver son droit de transmettre ses croyances.Nous sommes des citoyens et citoyennes qui épousons plusieurs tendances politiques, adhérons à différentes écoles de pensée en matière de religion et partageons de multiples façons d\u2019éduquer nos enfants.Cela ne signifie pas pour autant que nous soyons en faveur d\u2019une école qui serait un supermarché des confessions où nos enfants cultiveraient l\u2019exclusion au lieu d\u2019apprendre à vivre ensemble et à se respecter dans leurs différences.La perspective d\u2019une telle école nous apparaît irréaliste tant au niveau administratif que pédagogique et préjudiciable sur le plan de l\u2019harmonie sociale.Nous sommes aussi des contribuables qui nous sentons concernés par la bonne gestion des fonds publics.Nous nous interrogeons sur les sommes d\u2019argent importantes qui sont présentement injectées dans l\u2019enseignement religieux confessionnel et nous croyons qu\u2019elles pourraient être utilisées à meilleur escient.En tant que parents, nous avons aussi des responsabilités.L\u2019une d\u2019entre elles, pour ceux d\u2019entre nous qui adhèrent à une foi religieuse, est de favoriser l\u2019éclosion, chez nos enfants, d\u2019un sentiment d\u2019appartenance à notre communauté religieuse.Nous estimons qu\u2019il n\u2019appartient pas à l\u2019État ou à l\u2019école publique de se substituer à nous ou à nos officiants pour transmettre notre foi.En proposant d\u2019aborder la question religieuse sous un angle culturel et historique dans le cadre d\u2019une école laïque, le rapport du Groupe de travail sur la place de la religion à l\u2019école (rapport Proulx) répond à nos attentes, respecte les droits de chaque parent et n\u2019empiète pas sur les responsabilités de la famille et des communautés.Rifka Augenfeld, François Barcelo, Yves Beauchemin, Mario Beaulieu, Chantal Beaupré, Pierre Baulu, Marc Béland, Bernard Bigras, Gérard Bouchard, Denise Boucher, Camil Bouchard, Nicole Boudreau, Laurent Bourguignon, Guy Bouthillier, Geneviève Brouillette, Claudette Carbonneau, Marie Cardinal, Céline Charpentier, Francine Castonguay, J.J.Chagnon, Renée Claude, Paul Cliche, Claude Corbo, René-Richard Cyr, Louise Dandurand, Fernand Daoust, Ghislaine Coallier Daoust, Ida Darlo, Françoise David, Pierre De Bellefeuille, Nicole Dumais, Hervé de Fontenay, Raoul Duguay, Pierre Duceppe, Micheline Dumont, Louisette Dussault, Ariane Emond, Marie Eckel, Jorge Fajardo, Pierre Falardeau, Flora Fernandez, Louis Fournier, Linda Gaborio, Nathalie Gauthier, Marie-Louise Guay, Jean-Claude Germain, Françoise Guénette, Pierre Godin, Pierre Graveline, Isaac Isitan, David Homel, Céline Laberge, Andrée Lachapelle, Danny La ferrière, Micheline Lachance, Mireille Lafrance, Francine Lalonde, Jocelyne Lamoureux, Guy Lamarche, Jacques Languirand, Pascal Languirand, Gérald Larose, Louise Laurin, Jean- Claude Lauzon, Marc Laviolette, Denis Lazure, Sylvie Legault, Lucie Lemonde, Guy A.Lepage, Norma Lopez, Henriette Major, Luis Martinez, Henri Massé, Réal Ménard, Irma Mergler, Henry Morgentaler, Jean- François Nadeau, Jean Noiseux, Gracia O\u2019Leary, Huguette Oligny, Lorraine Pagé, Pierre Paquette, Lise Payette, Madeleine Parent, Hélène Pednault, Lorraine Pintal, Julien Poulin, Carole Poliquin, Anne-Marie Provencher, François Rebello, Annie Reynaud, Monique Richard, Jean- Pierre Ronfard, Bruno Roy, René Roy, Arthur Sandborn, Carolyn Sharp, Marie-Claire Séguin, Sophie Séguin, Monique Simard, Marcel Simard, Constance Sirois, Jennie Skeene, Sylvie Tremblay, Armand Vaillancourt, Monique Vézina. 6LP0301B1127 b3-samedi-edito 6LP0301B1127 ZALLCALL 67 00:56:21 11/27/99 B LA PRESSE, MONTRÉAL, SAMEDI 27 NOVEMBRE 1999 B 3 Opinions L\u2019assassinat d\u2019une image Dans son délire, un jeune homme a voulu détruire une idole qui l\u2019effrayait ; à son insu, il a plutôt défiguré le visage de l\u2019humanité où chaque personne est une histoire sacrée SERGE ST-ARNEAULT L\u2019auteur est prêtre de la Société des missionnaires d\u2019Afrique.Après un séjour de dix ans au Zaïre, il travaille présentement au Centre Afrika, de Montréal.Ma soeur Annie a été assassinée à l\u2019âge de 23 ans.Cette tragédie s\u2019est passée le 6 décembre 1989.Ce jourlà, un jeune homme s\u2019introduit à l\u2019École Polytechnique de Montréal avec un fusil semi-automatique acheté légalement quelques jours plus tôt.En l\u2019espace de 22 minutes, il fait feu sur 28 personnes.Quatorze femmes sont tuées.L\u2019onde de choc se propage alors dans tout le pays et au-delà des frontières.Les victimes sont assassinées pour le seul motif d\u2019être femmes.Prises au hasard, elles symbolisent aux yeux de l\u2019agresseur son mal de vivre.Il ne peut plus discerner la réalité de ses pulsions imaginaires.Une image tordue de la femme traumatise ce jeune homme.Il en devient fou de rage en prétendant que les « féministes » ont gâché sa vie.La facilité avec laquelle le tueur se procure une arme à feu avec amples munitions est troublante.Il entre sans contrôle dans un établissement d\u2019enseignement supérieur et exécute son plan pendant que le service de police cafouille.Le carnage se termine dans un sursaut de conscience après avoir poignardé sa dernière victime.Soudainement, l\u2019horreur de son geste démentiel n\u2019a plus rien de comparable avec ces films de violence qu\u2019il affectionne où la mort est banalisée.Il n\u2019y a plus moyen de faire disparaître l\u2019écran.Le sang recouvre ses mains.Les cris d\u2019angoisse se taisent pour toujours.L\u2019image se brise comme un miroir pour laisser place à de vrais visages.Le mal est fait.Il retourne alors l\u2019arme contre luimême.Il est la dernière victime d\u2019une autre image, celle des héros batailleurs qui exécutent leur propre justice.En juin 1998, j\u2019ai eu l\u2019honneur de faire connaissance avec Paul Hébert, vénérable comédien de renom.Comme moi, il participait à Québec à une remise de prix aux élèves ayant participé à une activité d\u2019écriture relative aux problèmes de sexisme et de violence dans la société.« L\u2019agressivité, dit-il, est une réalité inéluctable de notre condition humaine.Nous naissons avec elle.Quelqu\u2019un qui en serait dépourvu serait tellement faible qu\u2019il deviendrait incapable de se projeter vers l\u2019avenir.Elle est comme un moteur nous permettant de demeurer debout face aux épreuves de la vie.Notre liberté se situe dans le choix d\u2019exercer cette agressivité ou de la contrôler.» À cet égard, le génie publicitaire capitalise sur une image en focalisant sur un point précis qui laisse peu d\u2019alternative au consommateur.Or, selon Paul Hébert, le jeu théâtral est fascinant dans la mesure où la parole suggère une pensée au contraire de l\u2019image qui s\u2019impose.Il affirme avec raison qu\u2019il faut se méfier de l\u2019image qui vaut mille mots.Certains truquages photographiques et informatiques font paraître une image plus vraie que nature.Le désir visuel fascine davantage que la possession du produit.Frustration oblige, les désirs se succèdent au même rythme que les images trop vites évaporées.Contrairement à l\u2019image, la parole est plus respectueuse.Par sa suggestion, elle préserve la liberté de l\u2019auditeur qui la juge au mérite, il peut alors faire sa propre opinion.Naturellement, de belles images inspirent le calme, la fraîcheur, alors que certaines paroles agressent.Mais, de toute évidence, une image menaçante de la femme a provoqué la mort de ma soeur Annie et de ses compagnes.Le meurtrier apeuré n\u2019a trouvé sur sa route aucune parole constructive pour lui permettre d\u2019équilibrer intérieurement l\u2019agressivité qu\u2019il portait.Une fausse image l\u2019a ainsi possédé jusqu\u2019à son propre malheur.Plus qu\u2019une image, j\u2019ai perdu celle que j\u2019aime.Ses confidences me manquent ainsi que son rire.Avec ma famille, je continue de pleurer cette femme si extraordinaire et déterminée à faire reculer les frontières de l\u2019impossible.Elle avait le goût de découvrir le monde.En réponse à un appel plus profond, elle espérait venir me rejoindre en Afrique où j\u2019y ai consacré ma vie comme missionnaire.Un extrait du livre Illusion ou les mésaventures d\u2019un messie récalcitrant, du romancier Richard Bach, a été déterminant pour elle : « Il ne t\u2019est jamais donné un désir sans que te soit donné le pouvoir de le rendre réalité, mais tu peux être obligé néanmoins de peiner pour cela ».Comme ses compagnes d\u2019infortune, Annie n\u2019a pas eu la chance de peiner assez longtemps.Je veux parler des victimes car les médias parlent trop des agresseurs.Les manchettes citent leurs noms alors que celles qui ont été assassinées ne figurent que sommairement dans les statistiques.Il est temps de changer les rôles.L\u2019assassinat des femmes constitue une perte effroyable.Voilà ce que le Monument des Femmes inauguré au parc Thornton, à Vancouver, le 6 décembre 1997, veut signifier.J\u2019en suis témoin pour y avoir assisté avec quelques membres de ma famille.Les adeptes de la chasse sportive ne sont pas pour autant des criminels en puissance du simple fait qu\u2019ils affectionnent les armes a feu.Nous aurions tort de vouloir culpabiliser les hommes en insinuant qu\u2019ils suivent tous un modèle de comportement violent.Proposer la mise en place d\u2019une politique répressive « contre les hommes » est proprement absurde.L\u2019agent destructeur de notre société est plutôt la culture de la violence associée à un culte des armes à feu que certains militants américains considèrent de « droit divin ».La tragédie de Polytechnique est le déclencheur d\u2019une volonté de 80 % des Canadiens en faveur d\u2019un contrôle plus rigoureux des armes à feu.Cette volonté s\u2019exprime dans la loi C-68 du gouvernement fédéral.Le prix à payer pour protéger la sécurité publique contre le mauvais usage des armes à feu peut paraître exagéré mais se résume par un concept simple et convaincant ; tout individu est responsable de ses armes à feu.Que faut-il supporter ?Un système d\u2019enregistrement d\u2019un demi-milliard ou des frais de plus de six milliards annuellement dus aux décès et blessures reliées aux armes à feu.Selon la déclaration finale de Montréal du Congrès Nord-Américain des Éducateurs pour la paix, tenu le 23 août 1998, le dialogue est le seul moyen pour jeter les bases d\u2019une culture de la paix et de la non violence qui puisse se substituer à la culture de la mort.Le respect de la vie humaine se manifeste dans l\u2019acceptation des différences.Pour être véritable, la paix a besoin du pardon.Il est, de souligner encore Paul Hébert, le contraire de la violence gratuite.Quelle image puis-je retenir ?Il n\u2019y a plus de trucage possible.Comme celles aujourd\u2019hui encore assassinées, les visages de ma soeur Annie et de ses compagnes sont à jamais défigurés.Dans son délire, un jeune homme a voulu détruire une idole qui l\u2019effrayait.À son insu, il a plutôt défiguré le visage de l\u2019humanité où chaque personne est une histoire sacrée.J\u2019ai besoin d\u2019une parole de réconfort.Dans son désir de rencontre, Dieu propose une Parole.Jamais elle ne s\u2019impose.Celle-ci suggère un lieu de dialogue où les coeurs se touchent.C\u2019est peut-être pour cela que les textes bibliques du livre de la Sagesse interdisent de se faire une image de Dieu.La Jeune Chambre appuie le projet «Une île, une ville» Québec doit faciliter l\u2019entrée de Montréal dans le club des métropoles internationales Donner la lecture en cadeau JEAN-CLAUDE GERMAIN M.Germain est notamment auteur, metteur en scène et professeur.Amoureux du livre et des enfants, il est aussi le porte-parole du projet La lecture en cadeau.Ce projet invite le grand public à acheter des livres jeunesse neufs et à demander le sac La lecture en cadeau chez les libraires participants du grand Montréal durant la période des fêtes.Ces livres seront remis à des jeunes de milieux moins favorisés.Donner la lecture en cadeau, c\u2019est mettre l\u2019imagination dans le haut du tableau et le plaisir des mots dans les sacs à dos.On associe généralement les souvenirs d\u2019enfance à des expériences émotives et on passe sous silence la présence d\u2019objets tout aussi liés à la prime jeunesse que la canne à la vieillesse.Par ordre d\u2019entrée en scène, ces objets marquants sont au nombre de trois : la doudou, le toutou et le premier livre.La première est une couverture, toujours quelconque, qui a le don de se transformer en un bouclier, une brise enveloppante et chaude ou un manteau d\u2019invisibilité.C\u2019est la sécurité indifférenciée.Le second est une compagne ou un compagnon, le confident des malheurs, le complice des joies, un mouchoir pour les pleurs, un calmant pour les émois, tantôt besson et tantôt alter ego.C\u2019est la première expérience du couple.Le troisième est la révélation d\u2019une puissance encore plus grande que celle de la réalité, la possibilité et la capacité d\u2019imaginer la vie autrement qu\u2019elle est.C\u2019est la découverte du pouvoir des mots écrits dans un livre.Avec le temps, on remplace la doudou par des diplômes, des attestations et des plans de pension.Pour sa part, le toutou grandit.Il devient une personne, se choisit un sexe et prend la parole pour affirmer sa différence et former la moitié d\u2019un tout.Il était le fruit du monologue, il sera le moteur du dialogue.Dans l\u2019intimité, il s\u2019accommodera d\u2019être ma chouette ! ou mon chou ! ma minouche ! ou mon minou ! mais il n\u2019acceptera plus jamais d\u2019être mon toutou ! De cette trinité d\u2019objets sacrés, seul le livre n\u2019est jamais remplacé.Même que plus on vieillit, plus son pouvoir s\u2019amplifie.De toutes les expériences de l\u2019existence, la pratique du livre est l\u2019une des rares qui, dans le jeune comme dans le grand âge, produit ou reproduit le même bonheur et la même euphorie d\u2019être là où l\u2019imagination au pouvoir n\u2019est pas un graffiti.Donner la lecture en cadeau est une occasion à nulle autre pareille de faire entendre une autre voix dans le monde par trop raisonnable de l\u2019école, celle du plaisir de lire et du plaisir tout court.Donner la lecture en cadeau, c\u2019est mettre l\u2019imagination dans le haut du tableau et glisser le plaisir des mots dans les sacs à dos.Pour tous ceux et celles qui ont déjà reçu la lecture en cadeau, rendre la pareille est un devoir de culture envers tous ceux là qui n\u2019ont présentement aucune chance de se voir un jour offrir un premier livre tout neuf.Qu\u2019il vous suffise d\u2019être celui ou celle qui leur procurera cette joie et la Fondation québécoise pour l\u2019alphabétisation se chargera de trouver la journée, la classe, l\u2019école et le quartier.Avant d\u2019habiter un pays, on habite une langue et plus on possède de mots pour y définir sa place, plus on a de chances d\u2019y occuper tout son espace.Les mots ont la propriété d\u2019engendrer les réalités, de modeler les passions et d\u2019aiguiser les plaisirs.Le vocabulaire n\u2019est pas un excédent budgétaire du dictionnaire, c\u2019est une richesse collective dont seules l\u2019écriture et la lecture nous apprennent à tirer un art de vivre.JEAN-FRANÇOIS LÉVEILLÉ L\u2019auteur est président de la Jeune Chambre de commerce de Montréal.L\u2019île de Montréal est bien plus qu\u2019une simple agglomération de municipalités ; elle constitue le poumon économique du Québec.Montréal a l\u2019ambition, et la capacité, d\u2019être une métropole de niveau international au même titre que Boston, New- York, Londres ou Barcelone.La Jeune Chambre de Commerce de Montréal (JCCM) souhaite ardemment que Montréal parvienne à jouer son rôle de métropole.Pour ce faire, il importe que la solution retenue conduise à : Une vision globale au regard de la promotion internationale de la région métropolitaine, de la planification, de l\u2019organisation et de la répartition des investissements ainsi que des projets de développement entraînant une complémentarité dans les spécialisations et les avantages comparatifs de chaque secteur de la région métropolitaine ; Une équité fiscale pour tous les contribuables de la région métropolitaine venant ainsi partiellement contrer la première conséquence de l\u2019étalement urbain ; Des économies d\u2019échelle, de consolidation ou de réorganisation par une fusion administrative de certains services présents dans chaque municipalité ; Une imputabilité des représentants politiques envers leurs commettants afin d\u2019éviter tout déficit démocratique à la suite de quelque réorganisation municipale que ce soit.Déjà, en 1986, le rapport Picard soulignait le manque d\u2019esprit de collaboration et de vision régionale en comparant la région de Montréal à l\u2019Afghanistan, où les différentes factions se battaient entres elles plutôt que de se regrouper pour combattre l\u2019ennemi commun.Le statu quo n\u2019est certainement pas une solution aux problèmes de Montréal ; la preuve est faite depuis nombre d\u2019années.Il en va de même pour toute proposition incluant une entité supramunicipale, régionale ou métropolitaine, telle que la CUM (élargie ou non), qui ne fait que détourner le débat du véritable enjeu, soit la fusion des 29 municipalités de l\u2019île de Montréal en une seule.Toute proposition, autre que la fusion des municipalités de l\u2019île de Montréal, n\u2019a pour principal objectif que de plaire aux différents élus, municipaux et provinciaux, et d\u2019éviter de donner le réel coup de barre qui permettrait véritablement à Montréal d\u2019exercer son rôle de métropole.Le gouvernement du Québec fait aujourd\u2019hui face à des décisions difficiles ; voilà une occasion de prouver qu\u2019il a le courage de rééditer le projet de création de grandes agglomérations saines et dynamiques comme Laval, issue en 1965 de la fusion des 14 municipalités de l\u2019île Jésus.C\u2019est aussi une occasion pour tous nos élus de démontrer qu\u2019ils sont capables de faire preuve d\u2019abnégation, qu\u2019ils reconnaissent que la fusion apporte indubitablement des économies d\u2019échelle, de consolidation ou de réorganisation, qu\u2019il existe des précédents à titre d\u2019exemple (Boston, Toronto) et qu\u2019il faut donner les pouvoirs nécessaires à la nouvelle administration montréalaise ainsi fusionnée pour régler le contentieux qui l\u2019opposera aux employés municipaux, notamment sur la question de la soustraitance, du droit de lock-out et du plancher d\u2019emploi.Rappelons que, contrairement au modèle torontois où le gouvernement Harris appuyait sans réserve le projet de fusion, le maire de Montréal, Pierre Bourque, fait actuellement cavalier seul.C\u2019est pourquoi la JCCM adresse une demande claire au gouvernement Bouchard de faciliter l\u2019entrée de Montréal dans le club des métropoles internationales.Cela ne signifie pas pour autant que la JCCM appuie le « projet » du maire Bourque sans réserve.Dans son document de présentation, le maire de Montréal fait la promotion de « Une île, une ville » sans fournir de réelles réponses sur les façons d\u2019y parvenir.Lorsque l\u2019on souhaite atteindre un tel niveau de pouvoir, on se doit de fournir des garanties aux électeurs.Le maire Bourque évoque comme principales problématiques, l\u2019étalement urbain et le seuil élevé de locataires à Montréal.Ces deux phénomènes ne sont pas l\u2019apanage exclusif de Montréal ; ils sont propres à toutes les grandes villes du monde.Qui plus est, Montréal doit accepter une part du blâme pour son incapacité à préserver son tissu démographique.Conséquemment, la JCCM n\u2019appuie pas à proprement parler le projet du maire Bourque, mais bien le principe de fusion des 29 municipalités de l\u2019île de Montréal.Elle exige cependant des garanties de la part des élus qui auront la responsabilité de concrétiser ce virage.Les fusions doivent mener à une amélioration de la gestion de Montréal ; Les économies d\u2019échelle promises doivent être démontrées concrètement et doivent être assurées par la suite (principe de l\u2019imputabilité) ; Les chevauchements et les doubleemplois doivent être éliminés ; L\u2019équité fiscale doit être réelle, sans pour autant pénaliser les citoyens des autres municipalités actuelles de l\u2019île de Montréal ; Le nombre d\u2019élus doit être réduit mais ces derniers doivent devenir plus responsables et redevables.Pour ce qui est d\u2019une éventuelle structure décisionnelle qui chapeauterait la grande région métropolitaine, il faut à tout prix éviter que cet organisme, le cas échéant, ne devienne le forum des antagonismes régionaux et des querelles de basse-cour.Il faudrait d\u2019ailleurs rappeler aux opposants des fusions que les villes des couronnes nord et sud existent parce que Montréal existe, et non l\u2019inverse.À cet effet, le modèle adopté par la municipalité régionale d\u2019Halifax, qui a décidé de confier la promotion de son développement économique à l\u2019entreprise privée, doit absolument être considéré.Si la fusion de ces municipalités n\u2019a pas donné lieu à des économies ou à des baisses de taxes significatives, elle a donné naissance à une meilleure coordination des efforts de développement de la capitale néo-écossaise.La JCCM demande donc aux différents intervenants, élus provinciaux et municipaux, de mettre fin aux guerres de pouvoir traditionnelles et de travailler avec toute l\u2019honnêteté, le dévouement et la rigueur dont ils sont capables, dans le seul intérêt de la collectivité métropolitaine.Au-delà des élus actuels, la concrétisation du concept « Une île, une ville » signifie simplement que Montréal franchira la première porte qui la mènera à la réalisation de sa véritable identité.PHOTOTHÈQUE, La Presse Jean-François Léveillé Il faudrait d\u2019ailleurs rappeler aux opposants des fusions que les villes des couronnes nord et sud existent parce que Montréal existe, et non l\u2019inverse.Jean-Claude Germain 6LP0401B1127 b04 samedi 27 novembre 6LP0401B1127 ZALLCALL 67 00:55:47 11/27/99 B B 4 LA PRESSE, MONTRÉAL, SAMEDI 27 NOVEMBRE 1999 Plus Le siècle des extrêmes Jean-Claude Guillebaud Dans le cadre de ses projets de l\u2019an 2000, La Presse vous propose une grande série rétrospective, les Sagas du XXe siècle, qui aborde différents thèmes qui ont marqué les 100 dernières années.Tous les samedis, nous nous intéressons aux idées politiques, aux phénomènes sociaux, à l\u2019urbanisme, aux communications, aux sciences.Chaque saga comprend deux éléments : une entrevue de fond avec un spécialiste du thème abordé et une chronologie illustrée.Aujourd\u2019hui, nous vous présentons la Saga de l\u2019extrême droite, avec la collaboration de l\u2019auteur français Jean-Claude Guillebaud.Bonne lecture.LOUIS-BERNARD ROBITAILLE collaboration spéciale PARIS «Aucun siècle n\u2019aura aussi rapidement et profondément bouleversé la vie quotidienne de l\u2019humanité que le « court vingtième siècle », qui va de 1914 à 1991.Mais aucun n\u2019aura tué, n\u2019aura été à ce point marqué par les tyrannies et les massacres.L\u2019humanité a connu avec le nazisme des horreurs de masse dont elle ne se croyait pas capable.Le totalitarisme communiste a déshonoré l\u2019aspiration égalitaire qui se déployait depuis le siècle des Lumières.Nous finissons le siècle sur un grand vide.» L\u2019écrivain Jean-Claude Guillebaud, qui vient de publier La Refondation du monde(1), dresse un bilan assez noir du siècle, tout en essayant justement de définir les valeurs fondamentales (et anciennes) détruites par ce siècle noir et qui sont indispensables à la « refondation » d\u2019un monde vivable, qui ait un peu de sens.D\u2019emblée, il se trouve d\u2019accord avec le grand historien (« marxiste ».) Éric Hobsbawn, dont le grand livre, L\u2019âge des extrêmes, Histoire du Court vingtième siècle(2), vient tout juste d\u2019être publié en français.D\u2019abord avec le titre, qui caractérise l\u2019époque, ensuite avec la thèse initiale du Britannique : « À la différence du « long XIXe siècle », qui semblait et fut en effet une période de progrès matériel, intellectuel et MORAL presque ininterrompu, on a assisté, depuis 1914, à une régression marquée des valeurs de la civilisation, jusqu\u2019alors considérées comme normales dans les pays développés et dans le milieu bourgeois.» Et de citer, entre autres joyeusetés, les massacres massifs de civils pendant les guerres, le retour et la banalisation de la torture.En fait, si le sens moral a en grande partie été détruit et balayé en Occident, il y a une cause évidente à tout cela : la guerre 14-18, qui ne signifie pas grand-chose pour la génération du baby-boom, surtout en Amérique du Nord, mais dont l\u2019horreur absurde a fait sauter les digues morales qui avaient été progressivement dressées contre la barbarie au fil des siècles.Le monde civilisé, dit en substance Hobsbawn, avait fini par se plier, aussi absurdement que cela paraisse, à des règles de la guerre, qui se jouaient entre « professionnels ».La dernière grande guerre européenne, entre la France et la Prusse, avait fait 150 000 victimes.La Première Guerre mondiale en fit peut-être dix millions, au coeur de l\u2019Europe, et parmi les pays les plus développés de l\u2019époque.Un soldat français sur trois seulement revint indemne des tranchées : les autres étaient morts ou invalides.La bataille de Verdun (février-juillet 1916) fit un million de morts.Les gaz furent utilisés à une grande échelle.En 1918, au sein de la classe d\u2019âge masculine mobilisable, entre 15 et 20 % avaient été tués.Ce bain de sang détruisit durablement chez ceux qui en avaient été témoins, les valeurs de démocratie, de justice, de bon droit, de progrès qui dominaient les sociétés « bourgeoises », et ouvrit la voie à la fois aux utopies et à la légitimation de la violence absolue pour la réalisation de cette utopie.Pour Jean-Claude Guillebaud, la guerre 14-18 a en effet été la « matrice infernale » du siècle.Sans elle il n\u2019y aurait pas eu de révolution bolchevique, et pas non plus de Traité de Versailles, qui mena directement au nazisme.Tous les désastres sont sortis comme des poupées russes de ce désastre initial qui fit douter de l\u2019idée même de civilisation et banalisa le massacre.Il faut se rendre compte ce que cela signifie, au milieu du continent le plus raffiné, civilisé, intelligent, de voir des millions d\u2019hommes réduits à l\u2019état de chair à canon \u2014 une barbarie qui remontait à des millénaires.Ce fut une stupéfaction prodigieuse, qui fit vaciller la raison.Tous les mouvements littéraires de l\u2019après-guerre \u2014 Dada, le surréalisme \u2014 expriment le doute profond que l\u2019Europe ressent sur elle-même.Il faut imaginer, dit-il, cette guerre monstrueuse, la plus bête de l\u2019Histoire, et dont la durée interminable découlait d\u2019une « surprise technique » : les généraux avaient oublié de noter l\u2019invention de la mitrailleuse lourde et de l\u2019artillerie, et continuaient à faire la guerre comme sous Napoléon.Dans cette guerre de tranchées, on a gaspillé les hommes avec une indifférence qui fait froid dans le dos.Il suffisait de la fantaisie d\u2019un colonel à la con qui voulait s\u2019emparer d\u2019une colline pour envoyer mille hommes se faire tuer.En somme, la vie humaine a cessé d\u2019avoir de la valeur.Oui, ce fut une incroyable faillite de la société bourgeoise et de ce qu\u2019elle véhiculait.On a tué l\u2019idée de bien commun que chacun partageait, de patriotisme.Jusque-là, il paraissait normal à tous les citoyens de se sacrifier pour la nation.On cessa d\u2019y croire.C\u2019est d\u2019ailleurs ce qui explique le pacifisme aveugle et inconscient qui, en France et en Grande- Bretagne en particulier, laissa faire la guerre d\u2019Espagne et ouvrit la voie à Hitler.En même temps, c\u2019est l\u2019effondrement de ces valeurs « bourgeoises » qui provoqua la fuite en avant idéologique et légitima les utopies sanglantes.Il y a une conjonction de deux facteurs.Un : puisque les idées traditionnelles de progrès et de démocratie ont été balayées, on justifie plus aisément la quête de nouvelles valeurs extrêmes, le triomphe de la race dans le nazisme, le communisme utopique en URSS.Deux : le bain de sang de la Grande Guerre a pour ainsi dire légitimé à l\u2019avance les massacres commis au nom de la nouvelle utopie.Et bien sûr préparé la Seconde Guerre mondiale qui, elle, devait faire 54 millions de morts, 40 millions de réfugiés au centre de l\u2019Europe.Normalement la victoire Alliée de 1945 aurait dû, si l\u2019on peut dire, refermer la parenthèse du totalitarisme.Oui mais, d\u2019une part, il est resté de la guerre une sorte de trou noir irréductible constitué par la Shoah, et dont l\u2019horreur inouïe continue de hanter la conscience humaine.D\u2019autre part, après 1945, un totalitarisme avait été vaincu, mais restait l\u2019autre, qui exerçait sa séduction sur une partie de la population française ou italienne.D\u2019autant plus que les démocraties organisatrices de Nuremberg, et qui prétendaient être dépositaires des valeurs universelles de la justice et de la démocratie, s\u2019empressaient de les piétiner, avec la bombe d\u2019Hiroshima, puis avec les guerres coloniales, la guerre d\u2019Algérie pour la France, les massacres et la torture.D\u2019où la perpétuelle conscience malheureuse des pays occidentaux, le désarroi face à des valeurs foulées aux pieds et qui paraissent fausses.L\u2019autre « extrémisme » étatique du siècle tombe de lui-même en 1991 avec la fin de l\u2019URSS.En effet et, cependant, le triomphe de la démocratie libérale et de l\u2019économie de marché, loin de provoquer l\u2019euphorie, laisse à tout le monde un goût amer.La chute du communisme soviétique n\u2019a pas pour autant réhabilité les valeurs qui fondaient le monde civilisé avant 1914.La démocratie a elle aussi été capable de crimes affreux.Le communisme a déshonoré l\u2019idée même d\u2019aspiration égalitaire.Nous voilà collectivement à l\u2019ère du vide, comme ont dit certains en s\u2019en réjouissant, et où chaque individu peut déterminer son existence, mais en réalité la nature a horreur du vide, et on voit un peu partout des poussées d\u2019irrationnel qui tentent de d\u2019occuper le terrain.Est-ce que, par exemple en France ou en Autriche, l\u2019importance de l\u2019extrême-droite est une conséquence de ce désarroi ?Et est-ce que justement dans le vide on risque de voir revenir l\u2019extrémisme sous une autre forme ?Symptôme de désarroi sans doute.Est-ce le retour des extrémismes comme dans les années trente, je ne le crois pas.Même s\u2019il faut garder l\u2019oeil ouvert, le Front national en France relève davantage du folklore.En fait, la menace, d\u2019un tout autre ordre, vient d\u2019ailleurs : face à cet effondrement des valeurs collectives, on assiste comme je l\u2019ai dit à divers résurgences de l\u2019irrationnel.Mais surtout à une nouvelle idéologie dominante universelle, que je qualifierais de technoscience, mélange d\u2019économie de marché absolue et de scientisme arrogant, et qui nous dit : la mondialisation, les progrès scientifiques et le marché sans entrave feront le bonheur de tous.C\u2019est une vraie défaite de la Raison.D\u2019autant plus ironique que le capitalisme devenu idéologie unique et sans concurrence, était au départ fondé sur l\u2019idée de concurrence.Effectivement, face à ce discours \u2014 que l\u2019on a baptisé de façon polémique « pensée unique » \u2014 c\u2019est comme s\u2019il n\u2019y avait aucune idée de rechange.Il y a des réactions et des résistances ici et là.Ce que j\u2019ai voulu faire dans mon livre, c\u2019est modestement de désigner quelques-unes des valeurs universelles et de progrès auxquelles il faut revenir, de manière, comme l\u2019ont dit certains, de « refermer la parenthèse sanglante » d\u2019après 1914.Un : le goût de l\u2019avenir, la croyance dans un certain progrès, dans l\u2019« amélioration du monde ».Deux : l\u2019égalité, c\u2019est-à-dire, malgré les horreurs du stalinisme, cette idée féconde et importante que les hommes naissent égaux entre eux.Trois : la raison critique, héritée de la Grèce, et qui refuse les solutions toutes faites, la nouvelle croyance scientiste aveugle.Quatre : l\u2019universalité, cette idée qu\u2019il y a des idées communes à tous les hommes, le refus de transiger la dessus.Face au rouleau compresseur de la mondialisation, on voit ici et là le retour à la culture identitaire, à l\u2019intégrisme culturel et religieux.Il faut être clair : aucune tradition ne peut justifier la pratique de l\u2019esclavage, ou des mutilations sexuelles de la femme.Cinq : l\u2019individu, et son droit à l\u2019autonomie.Il faut contester, dans le vide actuel, l\u2019individualisme extrême, coupé de tout arrimage social, désocialisé, et qui finit par se retourner contre l\u2019individu lui-même et sa liberté.Six : La justice et le droit.Dans cette atmosphère de désillusion et de perte de repères, il est capital de rappeler l\u2019importance de cette conquête que fut l\u2019État de droit, et qui marqua la défaite de la vengeance sauvage et du lynchage.Aucune de ces valeurs n\u2019est en soi naturelle ou allant de soit.Elles sont toutes le résultat de luttes et de victoires du progrès.Elles se sont forgées au fil des siècles.Bien que le « court vingtième siècle » les ait déconsidérées, il importe maintenant de comprendre leur importance historique vitale.Refonder, c\u2019est-à-dire réintégrer du sens dans nos sociétés menacées du vide.(1)La Refondation du monde, Jean-Claude Guillebaud, 370 pages, Ed.du Seuil, Paris 1999.(2) Éric Hobsbawn, 810 pages, Ed.Complexe, Paris 1999. LA FKhbbh.MONTRÉAL, SAMEDI 27 NOVEMBRE 1999 B5 Plus Iles sagas du xx1 siècle\t\t\t\t L'EXTRÊME DROITE\t\t\\ v 4 i\t\t La tentation _ totalitaire Les fascismes européens de la première moitié du siècle sont nés d'un rejet de l'individualisme, du libéralisme et du socialisme marxiste.Leur nationalisme est très tôt devenu raciste et s'est appuyé sur des mouvements de masse propre à la civilisation industrielle.Après l'effondrement des régimes fascistes et nazis en 1945, il faut attendre les années 80 pour voir renaître des mouvements d'extrême droite puissants MUSSOLINI _# ,M \u2022*¦ ¦* PINOCHFT 1886-1921 À l'assaut de l'humanisme 1886.Publication du manifeste antisémite, France juive, par l'homme politique français Edouard Drumont.1891.Naissance de la Ligue pangermaniste d'Alfred Hugenberg en Allemagne.1895.Karl Luegcr, maire de Vienne, fonde le Parti chrétien-social à dominante antisémite en Autriche.Publication en France de Psychologie des foules par Gustave Le Bon.1898.Succès de la traduction allemande de l'Essai sur l'inégalité des races humaines du Français Joseph Gobineau.1899.Création en Autriche d'un Congrès national des ouvriers par Frant/ Stein.Publication des Fonde-rth'Hts du XX siècle de Houston Stewart Chamberlain, apologie de la supériorité des peuples germains.1900.Publication en Russie d'un faux sur une conjuration mondiale juive intitulé Les Protocoles des Sages de Sion.1905.Fondation de l'Action française par Charles Maurras et Léon Daudet, défenseur d'un «nationalisme intégral».1909.Manifeste du Futurisme de Filippo lommaso Marinetti en Italie.1913.Programme d'Iglau du DAP autrichien fondé sur le socialisme national, l'anticapllalisme et l'antisémitisme.1914.Exclusion du Parti socialiste Italien de Benito Mussolini pour son opposition à la ligne neutraliste du pani.1915.Aux États-Unis, réapparition du Ku Klux Klan, dirigé par le «colonel Simmons».1918.En Allemagne, fondation du Stahlhelm (Casque d'acier) par Alfred Hugenberg.1919.Anton Drexler fonde à Munich le Parti ouvrier allemand (Deutsche Arbeiter Partei, DAP) auquel adhère Adolf Hitler.À Milan, Mussolini crée les Fascl Italiani di Comhattimento.Au Japon, essor des sociétés ultranationalistes comme «la société du Dragon noir» ou «You/onsha».1920.En Allemagne, Hitler prend la tête du DAP qu'il transforme en Pani national -socialiste allemand des travailleurs (NSDAP).Publication du Déclin de l'Occident d'Oswald Spengler.1921.En Italie, les groupe des Chemises noires, les Squadristi s'attaquent aux militants de gauche.Fondation du Parti national fasciste (PNF).HIMMlf R 1922-1945 Les fascistes prennent le pouvoir 1922.À la suite de \\i Marche sur Rome, le roi nomme Mussolini ccjf du gouvernement.Le parlement lui accorde les pleins pouvoirs.1923-1926.Naissance de groupes fascistes dans le monde entier.British Fascists en Angleterre, Blue Shirts en Irlande, Silver Shirts aux États-Unis.Échec du «Putsch de la Brasserie» à Munich.Hitler est emprisonné pour quelque mois et rédige MeinKampf.1924.Assassinat en Italie du député socialiste Giaccomo Matteotti.1925.Giovanni Gentile, président de l'Institut national fasciste de la culture, est chargé de promouvoir l'esthétique fasciste.Hitler crée un corps d'élite chargé de sa protection, la SS (Schutzstaffel).Fondation en France du premier parti fasciste.Le Faisceau, par Georges Valois.Rupture avec l'Action française.1926.Au Portugal, mise en place de l'Estado Novo par Antonio Salazar et Oscar Carmona.En Autriche, création du Parti national-socialiste.1929.Hcinrich Himmler devient Reichsfùhrer des SS.La crise économique mondiale favorise l'essor en Europe centrale de régimes autoritaires ou fascistes.Le Croate Ante Pavelic fonde le mouvement des Oustachis.1930.Le parti nazi devient le deuxième parti allemand avec 18% des suffrages.Création de partis nazis en Scandinavie, au Danemark, aux Pays-Bas.En Afrique du Sud, l'Ossewa Brand-wag incarne le nationalisme raciste afrikaner.1931.Échec du coup d'État ultranationaliste au Japon.Fondation du Russian Fascist Part y par Constantin Rodzaevskl.I fascisme.Soulèvement franquiste en Espagne après la victoire du «Frente Popular».Dictature du général Metaxas en Grèce.En Palestine et au Caire, des mouvements pronazis apparaissent autour du grand mufti de Jérusalem, Amin El-Hussein.1937.En Roumanie, essor du mouvement fasciste et antisémite la Garde de fer.En Amérique latine, les dictatures populistes se multiplient.Le président brésilien Getulio Vargas instaure l'«Estado novo».Au Japon, l'armée prend le contrôle complet du pouvoir.Début de l'offensive générale contre la Chine.1938.En Allemagne, pogrom de la «Nuit de Cristal»».La persécution antisémite devient systématique.La cinéaste Leni Riefenstahl exalte le corps aryen dans Les Dieux du stade.Certains intellectuels comme Ernst Junger et Martin Heidegger, ainsi que des artistes comme Arno Brecker apportent leur caution au régime.1939-1940.Début de la Deuxième Guerre mondiale.Les victoires nazies permettent l'arrivée au pouvoir des droites extrêmes en Europe occidentale et des partis nazis en Europe centrale.1940.En France, le régime de Vichy abolit la République et proclame la Révolution nationale.Le Maréchal Péta in entre dans une politique de collaboration avec les nazis.1941.Jacques Doriot constitue une Légion des volontaires français pour combattre l'URSS aux côtés des nazis.En Croatie, création d'un État totalitaire oustachi dirigé par Ante Pavélic.1942.Conférence de la Wannsee et adoption de «la solution finale du problème juif»».1943.Création de la Milice française dirigée par Joseph Damand.Mussolini est renversé mais constitue une République sociale italienne à Salo.1945-1946.Défaite des forces de l'Axe et, dans les pays libérés, nombreuses exécutions de leaders pronazis et de collaborateurs.Procès de Nuremberg: le NSDAP, la SS, le SD et la Gestapo sont déclarées organisations criminelles.AUFDCM COUMBiRO.DÛK1J.DORIOT 1932.Nouvelle poussée électorale du parti hitlérien avec 14 millions de voix.Fondation de la British Union of Fascists par Oswald Mosley et du mouvement rexiste en Belgique par Léon Degrelle.1933.Hitler, nommé chancelier du Reich, obtient les pleins pouvoirs du nouveau Reichstag.Ouverture des premiers camps de concentration (Dachau.).Fondation en Espagne par José-Antonio Primo de Rivera de la Phalange qui sera un des piliers de la dictature de Franco.1934.Au Québec, Adrien Arcand fonde le Parti national social-chrétien.Cette petite formation fasciste et antisémite fusionnera en 1938 avec d'autres groupes nazis canadiens (Blue Shirts of Canada, Canadian Union of Fascists, etc) pour devenir le Parti de l'unité nationale.Le 6 février, échec d'un coup de force de l'extrême droite en France.Création d'une Internationale fasciste.1935.En Allemagne, les lois racistes dites «de Nuremberg» excluent les Juifs de la société.1936.Dissolution des Ligues par le gouvernement de Front populaire en France.l'ancien leader communiste, Jacques Doriot, fonde le Pani populaire français (PPF), proche du HITLER 1946-1981 Aux oubliettes de l'histoire 1946.L'Amérique latine devient le refuge des nazis en fuite.En Italie, fondation du Mouvement social italien (MSI) dirigé par l'ancien fasciste Giorgio Almirante.1948.Le Pani nationaliste sud-africain au pouvoir absorbe les mouvements pronazis et instaure un Etat afrikaner raciste.1949.Fondation par l'ancien général SS Renier du Sozialistischc Reichspartei en Allemagne.1951.Création de deux internationales fascistes, le Mouvement social européen et l'Ordre nouveau européen, plus extrémiste.1958.En Afrique du Sud, le premier ministre Hendrick Verwocrd, admirateur de Hitler, Instaure l'apartheid et protège les organisations nazies.Aux États-Unis, la John Birch Society de Robert Welch devient l'organisation la plus influente de l'extrême droite américaine.1958-62.Dans le contexte de la guerre d'Algérie, activisme de l'extrême droite française.1960.Appel au pogrom du ghetto de Rome.1963.le neona/i américain George Lincoln Rockwell dirige la World Union of National SoclalKts.Création en Autriche d'Furopa Front, nouvelle internationale fasciste.1964.Naissance du mouvement Occident en France, dissous en 1968.1970.Début des «années de plomb» en Italie.Attentat fasciste de la Piazza Fontana.En Espagne» recul des phalangistes au profit de l'Opus Dei.1972.Succès électoral du MSI en Italie et revers électoral de l'extrême droite en Allemagne.En France, création du Front National par Jean-Marie Le Pen.1973.Coup d'État du général Pinochet au Chili.1980.Attentats attribués à l'extrême droite en Allemagne, Italie et France.1981.Échec du putsch du colonel Tejero aux Cui tes espagnols.1981-2000 La renaissance 1981-92.Nombreux procès en France contre thèses révisionnistes de Robert Faurisson et Henri Roques sur le «mythe des chambres à gaz».1984.Le $ Front .Kehi (grfer fcrïiAhfc National français dépasse 10 % des voix aux élections européennes.1986.Premier article de l'historien allemand Ernst Nolte taxé de «révisionnisme»: le génocide nazi est réinséré dans les violences du XXe siècle.1987.En Italie, le nouveau dirigeant du MSI, Gianfranco Fini, cherche à sortir le parti de sa marginalité.1988.Nouveau succès du Front National français qui obtient 14,4 % des voix aux élections présidentielles.1991.En Belgique, succès électoraux du Vlaams Blok flamand et du Front National wallon.Début de la guerre en Yougoslavie et essor des mouvements oustachis croates et national-communistes serbes.Dans l'ex-Allemagne de l'Est, multiplication des agressions xénophobes.1992.Manifestations aux Pays-Bas d'organisations extrémistes en faveur de l'ancien nazi incarcéré, Jacob Luitjens.1993.En Russie, poussée du pani ultranationaliste de Wladimir Jirinovski.Constitution d'une mouvance nationaliste «rouge-brun».1994.En Italie, participation au gouvernement de Silvio Berlusconi du MSI de Gianfranco Fini.1995.Le MSI devient l'Alliance Nationale.«Nous sommes post-fascistes, pas néofascistes» déclare Fini.En Autriche, essor du parti d'extrême droite FPÔ de Jôrg Haider qui obtient plus de 22% des voix aux élections législatives.1998.En France, scission du Front National entre Jean-Marie Le Pen et Bruno Megret.En Serbie, l'ultranationaliste Vojislav Seselj, ancien chef des milices il i J serbes en Bosnie, devient vice-premier ministre.1999.Percée décisive de Jôrg Haider aux élections législatives autrichiennes: avec 27,2% des voix, le FPÔ devient le deuxième parti du pays derrière les sociaux-démocrates (33,4%).HAIDER a pt k mmm ?.I» G.D Abrtya.IrivHm O La htst.(qoft te p\"iro m 11 * ftMfv toafltZm The^xrtf faam m l tdltteilf* M» *> SAMEDI JIRINOVSKI ET LE PEN PROCHAIN: LES FEMMES 7-TOKYO 8-LOS ANGELES À l'aube de l'an 2000, La Presse offre à ses lecteurs un modeste échantillon de la diversité humaine en relatant le quotidien, les préoccupations et les passiotis de personnes «ordinaires» rencontrées dans huit pays.Notre journaliste Marc Thibodeau était de passage la semaine dernière à Tokyo, au Japon.MARC THIBODEAU envoyé spécial TOKYO Avant de se vouer aux magnifiques marionnettes que crée son père, Tujimura Toshikazu s'adonnait.à la course automobile.«J'ai toujours eu une passion pour les voitures, dès le lycée», relate cet homme de 38 ans qui s'amuse aujourd'hui du surprenant virage qu'a pris sa vie au milieu des années 1990.Durant la décennie précédente, il s'était consacré corps et âme aux bolides dans l'espoir de faire sa marque à l'échelle du Japon.Pour financer sa passion tout en réussissant à faire vivre sa femme cl sa fille, il agissait comme pilote d'essai pour des fabricants de pneus.Aujourd'hui, le tintamarre infernal de ces bolides, qui l'ont mené aux quatre coins du Japon, n'est plus qu'un lointain souvenir.«J'ai arrêté parce que je n'avais pas de talent», résume-t-il, encore une fois en riant.Son père Le bruit a fait place au silence, à la finesse, à l'art.Toshikazu consacre en effet désormais le plus clair de son temps à la promotion de l'oeuvre de son père, Jusaburo, un talentueux créateur de Tokyo qui fabrique des marionnettes de spectacle ou de décoration en s'inspirant des techniques développées au Japon au fil des siècles.La boutique qu'ils ont décidé d'ouvrir il y a quelques années à Tokyo pour mettre son oeuvre en valeur est un véritable sanctuaire de tranquillité.Des dizaines de grandes marionnettes veillent sur l'endroit, qui sert également d'atelier pour le vieil artiste, hospitalisé la semaine dernière pour quelques jours au grand dam de sa famille.Il devait rapidement se remettre sur pied pour participer aux répétitions d'un prestigieux opéra dans lequel une de ses marionnettes sera en vedette.Au Japon, Tujimura Jusaburo connaît un franc succès, auquel son fils n'est pas étranger.Ce dernier a organisé au cours des dernières années plusieurs expositions dans tout le pays pour diffuser son oeuvre qui comprend, outre les marionnettes et de petites figurines, de colorés tableaux en trois dimensions représentant, là encore, des personnages traditionnels japonais.Quelques expositions ont aussi eu lieu à l'étranger, plus spécifiquement en Italie et aux États-Unis.«Mais ce n'est pas facile à organiser.Les douaniers japonais acceptent difficilement de laisser sortir les marionnettes du pays, de peur qu'elles soient vendues», explique Toshikazu.L'idée de venir en aide à son père lui est venue naturellement une fois qu'il s'est résigné à faire une croix sur sa carrière de coureur automobile.«Je crois que j'ai toujours su que je voulais travailler avec lui parce que j'admire beaucoup ce qu'il fait», note-t-il.Loin de lui, cependant, l'idée de tenter d'apprendre les techniques requises pour produire à son tour des marionnettes.«Ce n'est pas possible pour moi.La technique ne représente qu'une petite partie de son oeuvre.C'est surtout la créativité qui compte dans son cas et ça, je ne peux pas l'apprendre», explique Toshikazu.Le bunkaru Pour appuyer son père, qui produit aussi des costumes pour le théâtre tout en agissant parfois comme marionnettiste, il a dû se mettre à l'étude des arts traditionneles japonais et, plus particulièrement, du bunraku, un type de spectacle de marionnettes qui a vu le jour au 17e siècle.Normalement, trois hommes, le visage et la tête recouverts d'une étoffe noire afin de ne pas être reconnus, manipulent une marionnette de près d'un mètre de haut au son du shamisen, un instrument à cordes japonais.Curieusement, Toshikazu avoue ne pas avoir d'affection particulière pour cet art.«Ce qui me motive dans ce travail, c'est d'abord mon enthousiasme pour ce que fait mon père, pas un attachement à la tradition», explique-t-il.Les méthodes utilisées par le vieil homme pour produire les marionnettes sont de toute manière souvent éloignées de ce qui se faisait autrefois.«Il a tout appris seul, en expérimentant, alors que normalement la fabrication des marionnettes japonaises s'apprend d'un maître», explique Toshikazu.La religion ne pèse pas lourd non plus dans la vie de l'ancien coureur automobile, qui se dit athée.«Mes parents ne sont pas religieux.C'est une chose à laquelle je n'ai jamais vraiment accordé d'attention», note-t-il.Cette indifférence affichée envers l'héritage nippon n'a rien d'exceptionnel à Tokyo, même si l'on présente souvent le Japon comme un pays lourdement marqué par son passé.Les jeunes Les jeunes de la mégapole, en particulier, paraissent tournés vers la recherche de nouveaux moyens d'expression qui sont à des années-lumière de l'univers feutré du bunraku.Leur intérêt délirant pour la mode exprime bien cette quête.Dans les quartiers les plus branchés, on peut les.voir se pavaner avec les vêtements les plus surprenants.Mocassins, casques de fourrure, lunettes bizarres, plastrons de matrone, matériaux synthétiques sortis tout droit de Star Trek, rien n'est négligé pour je donner une touche originale dans une société qui demeure, du point de vue ethnique, exceptionnellement homogène.Les lycéennes, qui s'inspirent des chanteuses pop japonaises de l'heure, se distinguent tout particulièrement.Nombre d'entre elles affectionnent les jupes courtes, le bronzage, le maquillage à outrance et, signe distinctif, de redoutables bottes caractérisées par des semelles pouvant atteindre jusqu'à une quinzaine de centimètres d'épaisseur.Le téléphone cellulaire miniature, qui semble désormais constituer un appendice incontournable dans l'univers nippon, complète l'ensemble.Une étudiante rencontrée à Tokyo raconte qu'une lycéenne se serait tuée après avoir fait une mauvaise chute en portant de telles bottes.Légende urbaine?«Que ce soit vrai ou non, je ne crois pas que ça va empêcher qui que ce soit de continuer à les porter», note cette femme de 22 ans, qui affectionne pour sa part une tenue sensiblement plus discrète.Que ferait Toshikazu si sa fille, maintenant âgée de 7 ans, arrivait éventuellement à la maison vêtue comme l'une des lycéenes d'aujourd'hui?«Ça ne me plairait pas mais je ne crois pas que ce serait tellement une bonne idée de l'empêcher de s'habiller comme elle le veut.Elle risquerait de se sentir exclue.Chaque génération détermine sa façon de s'exprimer.C'est parfaitement normal», conclut-il.La mode n'est pas la seule chose qui a considérablement évolué à Tokyo au fil des ans, relate l'ancien coureur automobile, qui a toujours habité dans la capitale nippone, lieu de résidence de plus de dix millions de personnes.La mentalité des résidants s'est aussi transformée d'une manière qui le préoccupe particulièrement.«Les gens pensent de plus en plus à eux-mêmes.Le sens communautaire se perd», déplore-t-il en affichant, pour une rare fois, un brin de nostalgie face aux traditions de son pays.« Les gens et les compagnies sont trop égoïstes » Plus tôt cette semaine, les élèves de la Villa Sainte-Marcelline ont lu l'entrevue de M.Tujimura Toshikazu réalisée par notre journaliste.Les questions des élèves ont été transmises à M.Tujimura par Internet.Voici ses réponses.¦ Ji-hyun, coréenne: Est-ce que votre père enseigne les différentes techniques de construction et de manipulation des marionnettes à des jeunes?Tujimura Toshikasu: Mon père n'accepte pas, par principe, de prendre d'élèves.Un maître ne peut que transmettre la technique alors que la création de marionnettes, à ses yeux, est d'abord une façon d'exprimer sa créativité personnelle.Ce qui compte le plus pour lui, c'est de construire sa propre vision du monde.Chacun doit le faire pour soi-même.Cela dit, il donne quand même parfois des conseils techniques.¦ Catherine, canadienne: Si vous aviez choisi de poursuivre votre carrière de coureur automobile, est-ce que vos relations familiales auraient été affectées?Votre pere .nmiit-il désapprouvé?T.M.: Lorsque je faisais de la course automobile, mon père était d'accord.En matière d'éducation, sa philosophie est que ses enfants doivent pouvoir décider de la façon qu'ils veulent vivre et trouver leur voie, comme il l'a fait lui-même.Que je décide d'évoluer dans le monde de la course ou celui des marionnettes, il n'est ni contre moi ni déçu.¦ Gabrielle, canadienne: Votre fille vous admire-t-elle autant que vous admirez votre père?T.M.: Pour cette question, je ne peux pas encore répondre.Comme elle est encore trop petite, nous ne parlons pas de ce genre de chose.Je ne sais pas vraiment où elle se situe.¦ Myriam, canadienne de religion juive: Reste-t-il encore des séquelles du temps de la guerre?Les gens ont-ils oublié ou existe-t-il encore un certain ressentiment envers les pays ennemis?T.M.: Personnellement, je peux dire que je suis très intéressé par la guerre du Pacifique.Je lis beaucoup de livres à ce sujet.Les séquelles de la guerre varient d'une personne à l'autre, en fonction de leur expérience personnelle.Je n'ai pas vécu ce conflit mais je ne crois pas qu'il existe encore beaucoup de ressentiment au sein de la population.¦ Nathalie, origine libanaise: Il semble que les Occidentaux ont souvent une vision stéréotypée du Japon et de sa population.Y a-t-il des aspects importants de votre pays que nous ignorons et que nous dexrions connaître?T.M.: Je crois qu'il faut savoir que les Japonais sont exceptionnellement doués pour raffiner et développer les nouvelles choses.Il leur manque cependant souvent l'originalité requise pour créer quelque chose d'entièrement nouveau.¦ Catherine, canadienne: Est-ce que l'individualisme que vous constatez vous fait peur?T.M.: Je crois que cet individualisme est l'une des raisons pour lesquelles l'économie japonaise, après s'être dégonflée, doit être sérieusement révisée.Les gens et les compagnies sont trop égoïstes dans un monde capitaliste.Si la société s'en rend compte, il y a moyen d'améliorer les choses.¦ Nu-lie, coréenne et Mai, vietnamienne: Les marionnettes ont-elles une plus grande importance dans la culture japonaise qu 'ai Occident?T.M.: Les Japonais ont une affection toute particulière pour les choses qui sont miniaturisées, qui sont petites et fines.M.T.¦ «Avant, les Japonais se contentaient d'importer les tendances.Désormais, ils en exportent aussi», explique un résidant de Tokyo qui a habité vingt ans à New York avant de renouer avec ses racines.Après le Pokémon, les Nord-Américains seront peut-être saisis par la folie du purikura.Les jeunes Japonais adorent se faire prendre en photo dans des distributeurs automatiques qui produisent des autocollants à leur effigie.Certains en collectionnent des centaines et les échangent avec leurs amis.La raison exacte de cet enthousiasme demeure difficile à percer.Autre innovation pleine de potentiel: les jeux vidéo dansants.Les joueurs, debout sur une plateforme quadrillée, doivent danser sur un rythme d'enfer en plaçant les pieds sur les cases indiquées à l'écran vidéo situé devant eux.Les jeunes hommes d'affaires en raffolent et donnent, sans le savoir, un spectacle des plus délirants.¦ Ces mêmes hommes d'affaires ne lèvent pas le nez sur les jeux vidéo de combat, qui font l'objet d'un véritable culte à Tokyo, tout comme les bandes dessinées d'ailleurs.À toute heure de la journée, des centaines de jeunes se pressent dans des salles souterraines pour livrer bataille électroniquement à des monstres et à des gladiateurs.La qualité de l'animation est parfois époustouflante.Un peu trop même, puisque les^scèiies sont parfois d'une réelle violence, avec jets de sang et spasmes dé douleur à l'appui.On y croirait presque.¦ Autre source d'entousiasme, dans un tout autre ordre d'idée: les mariages catholiques.La quasi-totalité de la population se réclame du bouddhisme ou du shintoïsme, mais plus de la moitié des mariages célébrés chaque année suivent les rites chrétiens.La plupart des grands hôtels de Tokyo abritent des chapelles, parfois avec pierres en plastique, où les cérémonies ont lieu, généralement sous la gouverne d'un faux prêtre.Les voitures de métro sont remplies d'annonces qui témoignent de la popularité de la chose.¦ Le sens de l'étiquette des Japonais est bien connu.L'importance accordée aux salutations, généralement ponctuées de plusieurs mouvements de la tête, demeure néanmoins surprenante.Même les distributeurs noter: les bottes et leurs red-automatiques de tickets dans le outaWes semelles.métro comportent une représentation vidéo d'une femme qui remercie l'acheteur en se penchant respectueusement.de la voirie, qui travaillent comme des fourmis, fait l'objet d'un imposant déploiement de panneaux, de fanions et d'indicateurs lumineux.Normalement, deux ou trois employés sont affectés au contrôle des allées et venues des piétons.On se croirait presque à la garderie.¦ Ce sens pratique n'est guère évident lorsque l'on considère la disposition urbaine de Tokyo.La ville compte curieusement plusieurs centres qui sont répartis sur une vaste étendue.Les habitués disent que ce chaos résulte des efforts désordonnés qui ont été faits après la guerre pour rebâtir rapidement la capitale, rasée par les forces alliées.¦ Dans les capitales occidentales, la consommation de sushis demeure un luxe.À Tokyo, la chose n'a rien de bien exotique puisque le poisson cru est l'une des bases de l'alimentation.On trouve même dans certains quartiers de la ville des restaurants où les clients, qui disposent d'une heure pour manger, peuvent piger librement dans des assiettes qui défilent sur un tapis roulant.Le montant prédéterminé pour les femmes est inférieur à celui des hommes puisqu'il est bien connu, semble-t-il, qu'elles ont moins d'appétit.À quand un tarif pour les lutteurs de sumo?¦ Ces corpulents combattants ne manquent pas de sens dramatique.Au début des combats, ils tancent leur adversaire puis le saluent respectueusement avant de projeter de l'avant avec une surprenante vitesse leur imposante masse de chair.Tout cela sous le regard admiratif d'une foule compacte où les personnes obèses sont pratiquement inexistantes.¦ Les représentants de la fonction publique ont aussi un sens dramatique digne de mention.La semaine dernière, le plus haut fonctionnaire de l'agence scientifique nippone a remis sa démission quelques jours seulement après qu'une fusée transportant un satellite gouvernemental d'une valeur de 10 milliards de yens (environ 150 millions de dollars) se fut lamentablement écrasée.Ce harakiri social, qui se voulait aussi une réponse à l'accident nucléaire de Tokai de septembre dernier, témoigne éloquemment du fait que le Japon n'aime pas qu'on badine avec sa réputation en matière de technologie.¦ Les plus démunis ne lèvent pas le nez non plus sur l'étiquette.Dans le quartier de Shibuya, qui regroupe les plus imposants gratte-ciel de la mégapole, se trouve un superbe parc où «logent» en permanence dans des cabanes de fortune des dizaines de personnes.On peut souvent voir devant ces habitations les souliers des occupants, sagement alignés.¦ Le sens de l'organisation des Japonais, et leur préoccupation pour la sécurité sont manifestes dans les rues de Tokyo.La moindre intervention des employés ¦ Céline Dion est-elle omnipotente?Il faut bien le croire puisqu'on la croise, qu'on le veuille ou non, partout.À Tokyo, les disques de la diva québécoise sont sur les présentoirs de tous les grands magasins spécialisés, de larges affiches annoncent sa plus récente production et ses chansons sont constamment diffusées.Son image est parallèlement utilisée, contre argent sonnant sans doute, pour faire la promotion d'une école de langue qui souligne la montée fulgurante d'une «Canadienne française» ayant eu la clairvoyance d'apprendre l'anglais.M.T.MARC THIBODEAU \u2022 Le Japon, du moins dans les médias occidentaux, est plus souvent qu'autrement considéré sous l'angle économique.Au cours des dernières années, les démêlés de ce pays asiatique ont en effet fait couler beaucoup d'encre.Rei Shiratori ne croit pas pour autant qu'il s'agisse du problème le plus important de la nation japonaise.C'est plutôt son évolution démographique qui constitue, dit-il, la principale menace.«Le Japon est devenu, en 30 ans, une société âgée.Les personnes de plus de 65 ans, qui ne représentaient que 7% de la population au début des années 1970, en constituent aujourd'hui 30%.Ce chiffre se compare sans doute à celui que l'on retrouve en France ou en Allemagne, sauf que le vieillissement dans ces pays s'est échelonné sur une période beaucoup plus longue», note l'universitaire.En raison de cette transformation rapide, le Japon «ne dispose pas du temps requis» pour convaincre les jeunes qu'ils devront porter un fardeau économique plus lourd que leurs parents pour aider les personnes âgées.Le problème est exacerbé par le fait que la famille ne joue plus son rôle traditionnel envers ces personnes et que le «sens communautaire» n'existe plus dans un pays qui s'occidentalise à haute vitesse, note M.Shiratori.«Si vous venez au Japon, vous ne serez pas capable de voir prima fade, à la surface de la société, quelque tension que ce soit.Mais derrière les apparences, le conflit entre les générations gagne en importance», juge-t-il.Les difficultés économiques contribuent évidemment à exacerber le problème.Si le Japon réussissait à maintenir une forte croissance de son produit national brut (PNB), comme il a pu le faire jusqu'au début des années 1970, la richesse ainsi créée permettrait d'absorber sans sourciller les coûts additionnels liés au vieillissement de la population.Le hic, c'est que le pays se trouve depuis 10 ans dans un état de quasi-récession.Le PNB commence à peine à démontrer quelques signes de mieux-être.«Le Fonds monétaire international prévoyait initialement une baisse de 1,2% pour cette année.Il a ensuite réévalué ses prévisions en juin pour parler d'une croissance de 0,2%.Maintenant, on parle plutôt d'une hausse de 0,7%», indique M.Shiratori, qui doute de l'efficacité des programmes d'investissements massifs lancés par le gouvernement japonais pour relancer l'économie.L'éducation I.a véritahle force du Tanon.Hit - -r - \"» \u2014 l'universitaire, est le haut niveau d'éducation de la population, qui lui permet de s'adapter rapidement à toute circonstance.«Si nous devions perdre ce haut standard d'éducation sous l'impulsion des États-Unis ou d'une autre société culturellement pauvre, nous connaîtrions d'énormes difficultés», estime M.Shiratori, qui ne cesse de souligner sa très haute estime de la société japonaise.Le niveau d'éducation de la population, dit-il, explique aussi en partie pourquoi la montée du chômage - qui atteint maintenant près de 5% dans un pays longtemps habitué au plein emploi - ne crée pas de véritable commotion sociale.«Vous ne verrez pas chez nous de véritable panique.La situation est bien différente dans plusieurs autres pays asiatiques, où énormément de personnes souffrent de la récession», note M.Shiratori.Le système de sécurité sociale, qui est «l'un des plus perfectionnés au monde», sert aussi à minimiser les problèmes découlant des ratés de l'économie, indique-t-il.Sur le plan politique intérieur, le pays a aussi connu de profonds bouleversements au cours des dernières années.Le Parti libéral-démocrate, qui avait régné en roi et maître sur la vie japonaise de 1955 à 1993, a dû apprendre à partager le pouvoir après avoir été secoué par de retentissants cas de corruption.«Maintenant, nous sommes à l'ère du gouvernement de coalition.Aucun parti ne peut détenir la majorité», estime le professeur de science politique.Sur le plan international, M.Shiratori s'attend à ce que les relations demeurent solides avec les États-Unis même si la question de la balance commerciale, largement favorable au Japon, revient régulièrement à l'ordre du jour.Cette nuestion.in ce l'universi-taire, est tout simplement dépassée puisque les liens entre les économies japonaise et américaine, par exemple dans le secteur de l'automobile, sont si étroits qu'il devient impossible de dire qu'un produit est «japonais» ou «américain».Le Japon, dit-il, préfère désormais régler ces questions par l'entremise des organisations de commerce international et tend à «normaliser» ses relations avec le géant américain.Il continue par ailleurs de jouer un rôle de premier plan dans l'équilibre géopolitique de la région.Son action, qui passe notamment par l'attribution d'une aide financière massive aux pays en développement, ne s'accompagne pas d'une montée nationaliste au sein du pays, note M.Shiratori, qui fait peu de cas de l'élection récente, comme gouverneur de Tokyo, d'un romancier ayant déjà publié un pamphlet à l'accent anti-américain.«Le nationalisme reste secondaire.Le nouveau gouverneur s'est contenté de demander que la base militaire américaine à Tokyo soit retirée.Ce n'est peut-être pas une demande si déraisonnable si l'on considère le coût des terrains et le fait que l'aéroport civil principal se situe, contrairement à celui de l'armée, à l'extérieur de la ville», juge le politicologue.Tandis que le nationalisme demeure timoré, la société japonaise, elle, continue d'évoluer à «grande vitesse», résume M.Shiratori.«C'est ce qui fait sa force.Ce que vous écrivez aujourd'hui risque de ne plus être vrai demain», dit-il.125.9 millions 372 313 km* Le japonais.L'anglais est aussi parlé 87 % de la population est shintoïste, 73 % bouddhiste, 1 % chrétienne.La majorité des Japonais est shintoïste et bouddhiste en même temps Le Japon est une monarchie parlementaire; le chef de l'Etat est I empereur Akihito.La Diète, parlement à deux chambres, est composée de la Chambre des représentants (511 membres éius tous les trois ans) et de la Chambre des conseillers (252 membres élus pour 6 ans.renouvelable par tiers tous les deux ans).Le premier ministre est Obuchi Keiso.qui a succédé à Hashimoto Ryutaro en juillet 1998.Les prochaines élections auront lieu en I an 2000.Yen (1 yen * 0,0139$ Can) Tokyo.7 958 000 hab.; Yokohama.3 324 000 hab.; Osaka.2 598 000 hab ; Nagoya, 2 153 000 hab.; Sapporo.1 778 000 hab.; Kyoto, 1 464 000 hab. 6LP0801B1127 B08, samedi, MONDE 6LP0801B1127 ZALLCALL 67 01:04:09 11/27/99 B B 8 LA PRESSE, MONTRÉAL, SAMEDI 27 NOVEMBRE 1999 Monde L\u2019EXPRESS INTERNATIONAL Des manifs en silence contre le terrorisme en Corse YOUGOSLAVIE Paris dément n Paris a formellement démenti hier les accusations formulées la veille par Belgrade, selon lesquelles les services secrets français avaient envisagé de faire assassiner le président Slobodan Milosevic.Le Quai d\u2019Orsay s\u2019est dit très surpris de ces « allégations dépourvues de tout fondement ».Le ministre yougoslave de l\u2019information, Goran Matic, affirmait jeudi que la police yougoslave avait déjoué un complot et arrêté cinq Serbes accusés de préparer l\u2019assassinat de Slobodan Milosevic pour le compte des services de renseignements français, désireux de déstabiliser la Yougoslavie.Paris et Belgrade n\u2019ont plus de relations diplomatiques depuis le début des bombardements de l\u2019OTAN sur la Yougoslavie, en mars, auxquels la France a participé.d\u2019après AP et AFP CROATIE La mort rôde n La cour constitutionnelle croate a transféré hier au président du Parlement, Vlatko Pavletic, les pouvoirs du chef de l\u2019État Franjo Tudjman, dont l\u2019état de santé n\u2019a cessé de se dégrader depuis son hospitalisation pour une grave perforation intestinale.M.Tudjman, âgé de 77 ans, est entre la vie et la mort.Cette décision de la cour permet à M.Pavletic d\u2019organiser les élections législatives, qui devraient se tenir début janvier.d\u2019après AP ULSTER Vote crucial n Le principal parti protestant d\u2019Irlande du Nord est appelé aujourd\u2019hui à un vote décisif : en ratifiant définitivement l\u2019accord de paix historique signé voici 19 mois, le Parti unioniste d\u2019Ulster accepterait du même coup de former sous cinq jours un gouvernement autonome sans précédent avec les catholiques.S\u2019il parvient à convaincre son parti, profondément divisé, David Trimble sera en mesure de composer dès lundi un nouvel exécutif local.Lequel héritera jeudi de larges pouvoirs sur la province jusqu\u2019ici détenus par Londres.d\u2019après AFP URUGUAY Fragile démocratie n Quinze ans après le retour de la démocratie en Uruguay, les militaires se déclarent prêts à respecter le résultat du second tour de l\u2019élection présidentielle de demain, où la coalition de gauche pourrait l\u2019emporter, mais ils réaffirment leur opposition quant à la réouverture du dossier des disparus pendant la dictature (1973-1985).Ce à quoi entend se consacrer immédiatement un éventuel gouvernement de gauche.D\u2019où un regain de tension à Montevideo.d\u2019après AFP RUSSIE Boris moribond ?n Le Kremlin a confirmé hier que Boris Eltsine soigne à la campagne une infection virale compliquée d\u2019une bronchite aiguë, sans réussir à convaincre les médias russes qui s\u2019interrogent sur la nature réelle de la maladie présidentielle et ses éventuels motifs politiques.Toute la journée, des rumeurs de mort clinique ou de coma ont circulé sur des sites internet peu crédibles, mais que le Kremlin s\u2019est senti obligé de démentir.La subite maladie du président a surpris, moins d\u2019une semaine après le sommet de l\u2019OSCE à Istanbul où il avait montré un regain de forme inhabituel.d\u2019après AFP ITALIE Encore Berlusconi n L\u2019ancien président du Conseil italien Silvio Berlusconi a été renvoyé hier devant la justice pour corruption et faux en écriture.M.Berlusconi est accusé d\u2019avoir versé des pots-de-vin à des juges romains pour les influencer, et d\u2019avoir falsifié des comptes.M.Berlusconi dément tout, et accuse ses détracteurs de fabrication de preuves et d\u2019utilisation de faux témoins.d\u2019après AP Agence France-Presse AJACCIO Quelque 5000 personnes ont manifesté en silence hier à Ajaccio et Bastia, en Corse, contre le terrorisme après deux attentats à la bombe qui ont fait une vingtaine de blessés jeudi.Les autorités locales ont également appelé à une manifestion aujourd\u2019hui à Ajaccio, la principale ville de cette île de Méditerranée où ont eu lieu les explosions quasisimultanées, en plein jour, contre deux bâtiments publics.Aucune revendication n\u2019avait été avancée hier matin, mais la presse française mettait en cause des « ultras » parmi les séparatistes corses, responsables d\u2019environ 11 500 actions violentes au cours des 30 dernières années.Selon un responsable de la police, les attentats de jeudi, qui ont visé un immeuble des services sociaux et un centre de l\u2019équipement public, ont fait une vingtaine de blessés, pour la plupart commotionnés.Les attentats en Corse ont généralement lieu la nuit.Hier matin, deux personnes demeuraient en observation à l\u2019hôpital.Parmi les blessés figurent des artificiers, arrivés sur les lieux après un appel anonyme à la presse.« C\u2019est l\u2019attentat le plus grave depuis l\u2019assassinat du préfet (de Corse Claude) Érignac », tué en février 1998 en plein centre d\u2019Ajaccio, selon un responsable de la police qui a requis l\u2019anonymat.D\u2019après lui il y a eu « intention délibérée, si ce n\u2019est de faire mal, de faire des dégâts considérables ».Une voiture contenant quelque 100 kilos d\u2019explosifs a soufflé une partie d\u2019un immeuble de cinq étages abritant des services sociaux, tandis qu\u2019une autre bombe, dissimulée dans des toilettes, dévastait les locaux de la Direction départementale de l\u2019équipement.Pour Raymond Forni, président d\u2019une commission de l\u2019Assemblée nationale chargée de la Corse, il s\u2019agit « d\u2019un nouvel échelon dans l\u2019escale de la violence » en Corse.Ce terrorisme, selon M.Forni interviewé à la télévision, « mêle souvent revendications politiques et criminalité ordinaire » et met le plus souvent en jeu « quelques dizaines de personnes ».Parmi les groupes qui revendiquent des attentats figurent le Front de libération nationale Corse- Canal historique, principal mouvement armé clandestin.Lundi, il avait revendiqué trois attentats contre des bâtiments publics commis fin octobre et début novembre.D\u2019autres groupuscules nationalistes ont récemment fait leur apparition ou réapparition, dont Armata Corsa, Fronte patriotu corsu, le Front armé révolutionnaire corse (FARC) et un groupe né d\u2019une scission au sein du FLNC.PHOTO AP Fuyant Grozny sous le feu de l\u2019armée russe, ces réfugiés tchétchènes attendent patiemment de traverser la frontière ingouche à bord de ce vieux camion au pare-brise éclaté.Les derniers citoyens de Grozny vivent un calvaire La pire attaque contre des civils depuis le début des présentes hostilités en Tchétchénie d\u2019après AP et AFP Hébétés, terrifiés, des flots de réfugiés fuyaient Grozny, hier, après que les forces russes eurent lancé contre la capitale tchétchène l\u2019assaut le plus violent depuis le début de leur offensive.Les roquettes se sont abattues par centaines sur la ville.Ce pilonnage, selon les réfugiés, a fait de nombreux morts parmi les civils, et des quartiers entiers de Grozny ont été ravagés par les flammes.Aucun bilan des pertes humaines ou des dégâts matériels n\u2019a été cependant fourni de part et d\u2019autre.Les forces fédérales ont également bombardé toute la nuit la ville voisine d\u2019Ourous-Martan, afin de contraindre les combattants tchétchènes à abandonner leurs positions, ouvrant du même coup en grand la route vers Grozny.Des échauffourées entre soldats russes et rebelles ont été signalées.Les habitants de Grozny se terrent depuis des semaines dans des soussols glacials, dans l\u2019espoir d\u2019échapper aux bombardements russes.Outre des combattants tchétchènes, la ville compte encore des vieillards et des personnes handicapées qui n\u2019ont pu fuir les combats, comme des milliers d\u2019autres habitants.Un officier militaire russe, en charge de plusieurs batteries de roquettes, a affirmé que ses hommes avaient reçu l\u2019ordre de continuer à bombarder Grozny dans les prochains jours pour supprimer toute forme de résistance.«Nous leur avons dit de quitter la ville mais ils se sont contentés de rire», a dit des combattants tchétchènes cet officier, nommé Andrei.«Eh bien, ils ne vont pas rire longtemps», a-t-il ajouté.Au moins une quinzaine de personnes ont été tuées dans la capitale tchétchène par les frappes aériennes et les tirs de l\u2019artillerie russe.La majeure partie des opérations militaires en Tchétchénie sera terminée avant la fin de l\u2019année, a affirmé le général russe Manilov.Il a ajouté que l\u2019armée entamait la troisième phase de l\u2019opération «dont l\u2019objectif est l\u2019élimination définitive des bandes armées dans les montagnes, la restauration des organes du pouvoir et la création de conditions permettant le retour des réfugiés».Les autorités russes ont été jusqu\u2019à présent très réticentes pour fixer une date à la fin des opérations en Tchétchénie.Le premier ministre Vladimir Poutine a réaffirmé hier qu\u2019il n\u2019y avait pas de «date fixe» pour la fin de l\u2019offensive.L\u2019opération en Tchétchénie a fait 208 morts et 620 blessés dans les rangs russes depuis le 1er octobre, selon des chiffres officiels.Dans le même temps, plus de 4000 combattants tchétchènes ont été tués, selon le général Manilov.Le président Boris Eltsine a fait préparer un projet de loi d\u2019amnistie pour les combattants indépendantistes tchétchènes «n\u2019ayant pas commis de crimes gravissimes», a indiqué le général.Ce geste de bonne volonté va de pair avec les efforts de Moscou de trouver des alliés au sein de la population tchétchène.De telles alliances ont permis notamment la prise de la deuxième ville de Tchétchénie, Goudermes.Quatre soldats russes ont par ailleurs été arrêtés en Ingouchie, soupçonnés d\u2019être impliqués dans la mort d\u2019une jeune femme tuée par balles jeudi, a annoncé le ministère ingouche de l\u2019Intérieur.Selon la version des Ingouches, la jeune vendeuse de 21 ans a été tuée par des soldats qui voulaient se procurer de l\u2019alcool.Deux réfugiés tchétchènes ont également été blessés lors de l\u2019incident qui s\u2019est produit près de la frontière tchétchène.Cet incident risque de détériorer les relations entre l\u2019armée russe et les autorités d\u2019Ingouchie, qui ont déjà critiqué à plusieurs reprises les agissements des militaires sur leur territoire.Cette petite république de 340000 habitants a recueilli la presque totalité des 222000 personnes qui ont fui la guerre de Tchétchénie.REPÈRES / Turquie Entre Ocalan et l\u2019adhésion à l\u2019UE STÉPHANE BARBIER Agence France-Presse, BRUXELLES La reconnaissance de la candidature de la Turquie à l\u2019Union européenne (UE), qui sera au coeur du sommet européen d\u2019Helsinki début décembre, est suspendue au sort réservé au leader kurde Abdullah Ocalan, dont la condamnation à mort a été confirmée par la Cour de cassation turque.Cette confirmation, jeudi, a suscité des réactions hostiles de la part des responsables européens qui ont clairement indiqué que le « cas Ocalan » pourrait fortement hypothéquer les chances d\u2019une reconnaissance officielle de la candidature turque à l\u2019adhésion à l\u2019UE.Javier Solana, représentant de la diplomatie européenne, a dit au ministre turc des Affaires étrangères Ismail Cem, qu\u2019il attendait des « mesures positives » avant le sommet d\u2019Helsinki des 10 et 11 décembre, qui décidera si la Turquie peut obtenir le statut de candidat officiel à l\u2019adhésion à l\u2019UE.Par « mesures positives », l\u2019Union entend « indications les plus claires possibles qu\u2019il existe encore des possibilités » de sauver la tête de M.Ocalan ou encore « démarche turque disant, certes la peine de mort existe chez nous, mais on pense à une abolition », indique-t-on de sources européennes.Un bon « signal » serait que le gouvernement turc dise qu\u2019il acceptera la décision de la Cour européenne des Droits de l\u2019Homme qui doit prochainement être saisie par les avocats d\u2019Abdullah Ocalan, indique- t-on de mêmes sources.Ceux-ci ont interjeté appel, hier, de sa condamnation.Il ne fait en effet aucun doute que cette Cour basée à Strasbourg, opposée par principe à la peine de mort, exigera la grâce du leader kurde.La confirmation de la condamnation du chef du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) tombe mal pour la Turquie qui avait réussi à améliorer considérablement ses relations avec l\u2019UE à la faveur de l\u2019élan de solidarité survenu après les tremblements de terre à répétition qui l\u2019ont frappée depuis le mois d\u2019août.C\u2019est ainsi qu\u2019elle avait repris en septembre son dialogue politique avec les Quinze, interrompu par Ankara après le sommet des chefs d\u2019État et de gouvernement européens de Luxembourg qui, en décembre 1997, avait rejeté la candidature de la Turquie pour atteintes graves aux droits de l\u2019Homme et de non respect des droits de la minorité kurde.À l\u2019occasion de la reprise de ce dialogue, les Quinze, grâce à un changement radical d\u2019attitude de la Grèce, avaient débloqué une série d\u2019aides à la Turquie d\u2019un montant global d\u2019environ 200 millions d\u2019euros pour l\u2019aider à se relever du séisme d\u2019août, qui a fait environ 17 000 morts.Un mois plus tard, en octobre, la Commission européenne publiait un rapport dans lequel elle recommandait la reconnaissance de la Turquie comme candidate à l\u2019adhésion à l\u2019UE, en excluant toutefois l\u2019ouverture de négociations d\u2019adhésion avec ce pays.Tout en soulignant que « ces derniers mois, il y a eu des signes encourageants de démocratisation » que les dirigeants turcs entendent poursuivre, la Commission estimait que la Turquie est encore loin de répondre aux « critères de Copenhague » édictés par l\u2019UE dans le domaine politique pour permettre à un pays d\u2019adhérer à l\u2019Union.La Turquie est déjà liée à l\u2019UE par un accord d\u2019association signé en 1963, qui prévoit une adhésion à terme.L\u2019UE reconnaissait déjà « la vocation » de ce pays à entrer dans la famille européenne.Une première demande d\u2019adhésion déposée par Ankara en 1987 avait été rejetée en 1989 par l\u2019UE, qui l\u2019avait jugé prématurée. 6LP0901B1127 b09 samedi 27 novembre 6LP0901B1127 ZALLCALL 67 01:04:15 11/27/99 B LA PRESSE, MONTRÉAL, SAMEDI 27 NOVEMBRE 1999 B 9 Politique L\u2019EXPRESS POLITIQUE La facture du transport écolier irrite les députés péquistes L\u2019entente de principe a du plomb dans l\u2019aile « Nous sauvons des vies » n Tant que toutes les mesures proprement québécoises ne seront pas mises en place, cinq hôpitaux américains continueront à soigner des Québécois atteints de cancer.« Nous sauvons des vies », a soutenu hier la ministre de la Santé, Pauline Marois.Québéc prolongera jusqu\u2019en septembre 2000 les ententes de services conclues avec les centres hospitaliers de Burlington et de Rutland, au Vermont, de Augusta et de Lewingston, dans le Maine et de Plattsburg dans l\u2019État de New York où déjà 243 personnes ont été soignées ou sont toujours en traitement.Il s\u2019agit surtout de personnes âgées, souffrant de cancer du sein ou de la prostate.À 13 000 $ chacun, les soins ont coûté 3,16 millions $.Bas, les tarifs n Le ministre des Ressources naturelles, Jacques Brassard, a affirmé, hier, qu\u2019une éventuelle révision de certaines prérogatives et dispositions de la Loi régissant la Régie de l\u2019Énergie n\u2019a qu\u2019un seul et unique but : s\u2019assurer que les consommateurs n\u2019auront pas à subir des augmentations de tarifs une fois le gel levé en 2002.Interrogé à l\u2019Assemblée nationale par la porte-parole libérale Nathalie Normandeau, qui voulait savoir si le gouvernement ne retardait pas ce débat afin de ménager les susceptibilités des membres de son parti d\u2019ici le Congrès général de mai 2000, le ministre a expliqué qu\u2019il faut vérifier les conséquences de la loi sur les tarifs et les bénéfices nets de la Société Hydro-Québec.La bataille continue.n Dans plusieurs provinces, les francophones hors Québec ont réussi, il y a quelques années, à obtenir la gestion de leurs écoles à force de batailles juridiques.Cependant, il ne faut pas encore crier victoire, constate Annette Labelle, présidente de la Commission nationale des parents francophones.Au contraire.Les francophones se débattent maintenant pour être en mesure d\u2019offrir une éducation de qualité à leurs enfants.« La gestion, si elle n\u2019est pas appuyée par des moyens, peut être très fragile et très vide », a expliqué Mme Labelle, hier, lors de l\u2019ouverture du congrès de son groupe.On est tanné d\u2019avoir des miettes.Ce ne sont pas quelques dollars à la fois dont on a besoin, mais des millions », a-t-elle dit.Vive le ski au Québec n La fréquentation des centres de ski est en hausse et le Québec veut en profiter.C\u2019est pourquoi une campagne de publicité pour promouvoir la pratique du ski a été lancée hier par le ministre du Tourisme, Maxime Arseneau, en compagnie du président de l\u2019Association des centres de ski du Québec, Charles Desourdy, et du président de l\u2019Office du tourisme de la région de Québec, Alain Girard.La campagne télévisée de 700 000 $ vise à promouvoir la pratique du ski alpin auprès des Québécois et met en vedette deux visage très connus, le chanteur Michel Rivard et la comédienne Guylaine Tremblay.Selon une étude de l\u2019Association des centres de ski, l\u2019industrie du ski alpin a engendré des revenus de 344 millions l\u2019hiver dernier en hausse de 15 % par rapport à l\u2019année précédente.La santé des autochtones n Un rapport de l\u2019Organisation mondiale de la santé révèle que les 750 000 autochtones du Canada souffrent de graves problèmes de santé et sont plus susceptibles que le reste de la population de contracter la tuberculose et le diabète, de souffrir de maladies imputables à l\u2019alcoolisme, de connaître une mort violente ou de se suicider.Dévoilée hier au terme d\u2019une conférence de quatre jours, l\u2019étude de l\u2019OMS examine l\u2019état de santé de 300 millions d\u2019autochtones afin de concevoir un plan d\u2019action global pour améliorer la situation.Cette conférence, la première à se pencher sur tous les enjeux de santé publique des groupes autochtones, a créé un précédent en invitant les principaux intéressés à y participer.d\u2019après PC MARTIN PELCHAT du bureau de La Presse, QUÉBEC Le transfert aux commissions scolaires de la facture du transport écolier, qui paraissait décidé, en début de semaine, après la conclusion d\u2019une entente de principe avec l\u2019Union des municipalités, a du plomb dans l\u2019aile.Au sortir d\u2019un caucus extraordinaire au cours duquel les députés péquistes se sont montrés pour le moins réfractaires à cette idée de l\u2019UMQ, qui aura pour conséquence une hausse de 40 % de la taxe scolaire, Lucien Bouchard a indiqué que d\u2019autres avenues devront être envisagées s\u2019il s\u2019avère impossible de garantir que cette augmentation sera contrebalancée par une baisse au moins équivalente des taxes municipales.« Si cette méthode qui a été proposée pour transformer le régime actuel en un autre ne fonctionne pas, il faudra en examiner d\u2019autres », a dit le premier ministre, sans commenter les autres possibilités.Une chose est certaine, a toutefois ajouté M.Bouchard, l\u2019effort de 356 millions exigé des villes depuis deux ans doit demeurer.Une décision doit être prise la semaine prochaine.Plusieurs au gouvernement verraient d\u2019un bon oeil la simple reconduction de cette facture, dont on souligne qu\u2019elle a le mérite d\u2019être proportionnellement moins salée pour les villes-centres que pour les autres.Réunis en caucus hier matin, les députés péquistes ont réservé un accueil très froid à la proposition de l\u2019UMQ.Beaucoup sont sceptiques quant aux baisses de taxes municipales promises.Certains proposent de reconduire la facture pour l\u2019an prochain dans l\u2019attente d\u2019un véritable pacte fiscal.D\u2019autres remettent en question la représentativité de l\u2019UMQ.Le débat doit se poursuivre en caucus mardi midi.Lucien Bouchard se montre par ailleurs moins intransigeant que mardi à propos d\u2019une loi qui imposerait des réductions de taxes aux municipalités pour compenser la hausse de la taxe scolaire.Cette loi est vue comme une menace de mise en tutelle par les villes.Mais si les simulations démontrent qu\u2019une loi produit des aberrations, dit le premier ministre, « ce ne sera pas la méthode qui sera choisie ».M.Bouchard demeure par contre peu enclin à donner aux villes les modifications qu\u2019elles réclament à l\u2019article 45 du Code du travail, qui limite la sous-traitance.Selon les maires, il sera difficile de baisser les taxes sans ouverture sur l\u2019article 45.« C\u2019est au coeur névralgique des équilibres entre le travail et l\u2019employeur et ce n\u2019est pas simple, répond Lucien Bouchard.On ne parle pas d\u2019un petit morceau, on parle de grosses affaires.» La ministre des Affaires municipales et de la Métropole, Louise Harel, reproche de son côté aux municipalités d\u2019avoir laissé passer les occasions qui leur ont été fournies depuis 15 ans pour réduire leurs coûts de main-d\u2019oeuvre.« Depuis 15 ans, ce sont trois occasions qui leur ont été données par les gouvernement successifs, dit-elle.Daniel Johnson, à l\u2019occasion de la loi 102, avait aussi offert aux municipalités d\u2019être assujetties au 1 %.Il y en a très très peu également qui avaient saisi l\u2019occasion.» Québec a toutefois accepté, à la demande des unions, d\u2019examiner la mise en place d\u2019un Centre de relations de travail.« Il y a presque 1000 municipalités qui ont moins de 2000 de population, alors c\u2019est difficile de s\u2019équiper de conseillers pour négocier, alors que devant elles, le milieu syndical est totalement organisé », dit la ministre.Entre-temps, les 25 villes dites d\u2019agglomération, aussi connues comme les « petites villes-centres », dont Joliette, Lachute, Saint- Jérôme et Sorel, ont réclamé hier que le pacte fiscal prévoit l\u2019obligation de conclure d\u2019ici le printemps des ententes de fiscalité d\u2019agglomération dans chacune de leurs régions, applicables au premier janvier 2001.Ces ententes devront amener une plus grande équité entre les villes, soumettent-elles.Bouchard veut parler d\u2019argent Presse Canadienne QUÉBEC Même si Ottawa et Québec ont rouvert le front référendaire, le premier ministre Lucien Bouchard garde à l\u2019oeil les surplus budgétaires du gouvernement fédéral et les réductions d\u2019impôt qu\u2019il permettrait.M.Bouchard a demandé par écrit à son homologue Jean Chrétien de réunir les premiers ministres des provinces et des territoires pour en discuter autour d\u2019une même table, de préférence avant Noël.« Au moment où toutes les provinces réduisent leurs impôts, il y a une limite à ce qu\u2019elles peuvent accomplir seules.Afin d\u2019améliorer la compétitivité de l\u2019économie, la réduction du fardeau fiscal devrait aussi être une priorité pour le gouvernement fédéral.Comme le ministre des Finances Paul Martin l\u2019a indiqué, les Canadiens ont le droit de conserver une plus grande part de l\u2019argent qu\u2019ils gagnent », a écrit M.Bouchard, à titre de président de la Conférence annuelle des premiers ministres.« Les Canadiens de toutes les parties du pays s\u2019attendent à ce que les deux ordres de gouvernement travaillent ensemble pour relever ces défis », a-t-il ajouté en suggérant une réunion en décembre, tout au moins avant le prochain budget fédéral, généralement déposé en février.M.Bouchard a eu une conférence téléphonique avec ses 13 homologues des provinces et des territoires, jeudi.Ils ont convenu de presser le gouvernement Chrétien de rétablir les transferts fédéraux pour la santé et les programmes à leur niveau de 1994-1995.Ces transferts sont actuellement de 15 milliards $ et devraient doonc être augmentés à 18,7 milliards $.C\u2019est le souhait qu\u2019avaient exprimé les premiers ministres provinciaux réunis à Québec, en août dernier.À Toronto, il y a quelques jours, les ministres provinciaux des Finances ont redemandé un rétablissement des transferts fédéraux.PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, La Presse © Paul Martin sous les feux de la rampe.Martin appuie Chrétien mais ne dit mot sur la règle du 50 % + 1 GILLES TOUPIN du bureau de La Presse, OTTAWA Le ministre des Finances, Paul Martin, est sorti de son mutisme hier pour déclarer, devant les journalistes, qu\u2019il appuyait le premier ministre Jean Chrétien sur la question de l\u2019unité nationale.Il a cependant préféré garder le silence lorsqu\u2019on lui a demandé ce qu\u2019il pensait de la règle de 50 % + 1 dans le contexte d\u2019un référendum sur l\u2019indépendance du Québec, ce qui a eu pour effet de ne pas entièrement dissiper les rumeurs de division profonde à l\u2019intérieur du cabinet sur la stratégie référendaire de Jean Chrétien.Montré du doigt hier matin par la presse anglophone qui l\u2019accusait de ne pas soutenir son chef sur la stratégie de M.Chrétien vis-à-vis du Québec, Paul Martin a tenu à la sortie des Communes à faire la déclaration suivante : « J\u2019aimerais vous dire sans équivoque que j\u2019appuie le premier ministre.Nous avons travaillé ensemble pendant six ans.Cela a très bien marché.En matière d\u2019unité nationale, le premier ministre parle pour le cabinet, tout le cabinet.Et je suis un membre de ce cabinet.» Précédemment, le ministre avait fait allusion aux « choses écrites » sur lui en annonçant qu\u2019elles appelaient à une clarification.Prié de commenter l\u2019approche dure préconisée par M.Chrétien face au Québec, Paul Martin, que l\u2019on disait en désaccord avec le plan B de Stéphane Dion, a affirmé que la stratégie de Jean Chrétien était une conséquence des « incessantes références » faites aux conditions gagnantes par les ministres péquistes chaque fois qu\u2019ils prenaient la parole.« Ils parlent de diviser le pays, a-t-il dit.Cela a un effet sérieux sur l\u2019économie du Québec et c\u2019est très clair que les Québécois veulent que le gouvernement canadien endosse la position de la Cour suprême et cela est certainement notre position.» Tout en étant d\u2019avis que la clarté était nécessaire dans tout processus référendaire, qu\u2019il fallait souscrire à l\u2019avis de la Cour suprême, le ministre des Finances a estimé qu\u2019il y avait beaucoup de choses encore à discuter sur les manières de procéder et que ces discussions devaient se confiner entre les quatre murs du cabinet ministériel.Les journalistes ont fait remarquer à M.Martin que le premier ministre avait déjà exprimé publiquement son avis sur l\u2019insuffisance d\u2019un résultat référendaire limité à la règle du 50 % + 1.Le ministre a refusé de poursuivre le point de presse et a quitté aussitôt le foyer de la Chambre des communes.Mardi, mercredi et jeudi, Paul Martin, toujours considéré comme le partant numéro dans une éventuelle course à la succession de Jean Chrétien, avait systématiquement refusé de dire aux journalistes à la sortie des Communes s\u2019il appuyait l\u2019approche dure du premier ministre face au Québec.Cela contrastait avec les applaudissements de son rival immédiat dans une éventuelle course à la direction du parti, le ministre de la Santé Allan Rock.Plusieurs hauts responsables libéraux commençaient d\u2019ailleurs à soupçonner M.Martin d\u2019être à couteaux tirés avec Jean Chrétien sur cette question.Charest propose d\u2019enterrer la hache de guerre Presse Canadienne QUÉBEC Le chef libéral Jean Charest demande aux premiers ministres Jean Chrétien et Lucien Bouchard de tourner la page référendaire.« Les gens sont écoeurés de ces débats-là, j\u2019ai fait une tournée du Québec, en Abitibi, dans le Haut- Richelieu, dans les Cantons de l\u2019Est, dans le Bas-Saint-Laurent, les gens sont écoeurés.Le mot est gros, mais c\u2019est comme ça que je l\u2019ai reçu.« Les contribuables qui paient 50 % de taxes et d\u2019impôts sont écoeurés des chicanes entre Jean Chrétien et Lucien Bouchard.Ils disent qu\u2019on devrait passer à autre chose, s\u2019occuper de santé, d\u2019éducation, de baisser les taxes et les impôts », a déclaré M.Charest en point de presse, hier.Depuis que le premier ministre Chrétien a annoncé l\u2019intention du gouvernement fédéral de fixer de nouvelles règles référendaires, c\u2019est le branle-bas de combat à Québec.Hier, le gouvernement Bouchard a fait publier dans la plupart des quotidiens une publicité disant : « Pour les Nations unies, la démocratie, c\u2019est 50 % + 1 du vote exprimé ».Pour Jean Charest, c\u2019est un gaspillage éhonté de fonds publics.Mais M.Bouchard a soutenu cette semaine que les « Québécois ont le dos tourné » en ce moment, plus préoccupés d\u2019économie que de constitution, et qu\u2019il fallait les informer des projets d\u2019Ottawa visant à les priver de leurs droits démocratiques.En haussant à plus de 50 % + 1 le seuil de la majorité référendaire, M.Chrétien accorde donc plus de poids aux fédéralistes dans un éventuel référendum.Ce faisant, une minorité bloquerait le projet politique choisi par la majorité, a expliqué M.Bouchard.Dans une lettre aux sénateurs et aux députés libéraux, le ministre des Affaires intergouvernementales, Joseph Facal, leur demande de s\u2019opposer à la démarche de Jean Chrétien afin que le Canada demeure une société respectueuse des droits fondamentaux.Le rehaussement du seuil de la majorité référendaire sera sans doute au centre des conversations en fin de semaine, à Hull, où les libéraux fédéraux sont réunis en congrès.Mais Jean Charest n\u2019ose pas conseiller quelque voie que ce soit aux troupes de Jean Chrétien.Il estime que l\u2019on pourrait régler bien des choses hors du domaine constitutionnel mais il faut une volonté politique de le faire.« Depuis toujours, je pense qu\u2019il faut du leadership au Canada pour qu\u2019on fasse évoluer la fédération dans le sens des intérêt du Québec et de l\u2019ensemble des partenaires. 6LP1001B1127 b10 samedi 27 novembre 6LP1001B1127 ZALLCALL 67 00:58:56 11/27/99 B B 10 LA PRESSE, MONTRÉAL, SAMEDI 27 NOVEMBRE 1999 Politique La dernière bataille de Jean Chrétien Le premier ministre part en guerre pour empêcher le Québec de quitter le Canada VINCENT MARISSAL du bureau de La Presse, OTTAWA Dans une petite salle du Château Laurier enfumée par les volutes des cigares, le ministre Martin Cauchon tente de convaincre un groupe de fédéralistes de la nécessité pour son gouvernement d\u2019édicter des règles avant le prochain référendum sur la souveraineté.« Prenons un vote », suggère l\u2019un d\u2019eux après avoir vainement argumenté.Résultat : 2 pour.8 contre.En cette soirée de début novembre, M.Cauchon a mesuré la résistance des alliés de son parti aux projets de son premier ministre.Ses interlocuteurs, dont le président de la Société canadienne des postes, André Ouellet, le président de Via Rail, celui de Bell-Québec, sont quant à eux repartis plus convaincus que jamais que Jean Chrétien s\u2019apprêtait bel et bien à lancer une offensive juridique contre les souverainistes.D\u2019autres fédéralistes ont constaté au cours des dernières semaines la détermination de M.Chrétien et de son ministre des Affaires intergouvernementales, Stéphane Dion.Les critiques réformistes en matière d\u2019unité nationale, Grant Hill et Val Meredith, ont offert en vain au ministre Dion leur collaboration non partisane pour tenter de convaincre les Québécois de rester au sein du Canada.M.Hill a abandonné à la troisième tentative, après que Stéphane Dion lui eut dit que « la meilleure façon d\u2019aider, c\u2019est de ne pas (s\u2019)en mêler ».André Bachand, député conservateur de Richmond-Arthabaska, aurait lui aussi voulu discuter avec M.Dion, mais il a laissé tomber.« Il me dit qu\u2019en tant que fédéraliste, on devrait tirer dans la même direction.Je lui réponds d\u2019accord, mais pourquoi faudrait-il que ce soit votre direction plutôt que la nôtre ?Je n\u2019ai pas eu de réponse, il n\u2019écoute pas, il est convaincu d\u2019avoir raison.» D\u2019autres alliés naturels ont aussi fait une croix sur le gouvernement Chrétien.« Je ne veux rien savoir d\u2019eux autres, j\u2019attends Paul Martin », lance le sénateur Jean-Claude Rivest, vieux routier de la politique qui a notamment été conseiller de Robert Bourassa pendant des années.Quant aux libéraux du Québec, ils se tiennent le plus loin possible.« Je ne veux pas être mêlé aux projets de Stéphane Dion, explique le député de Chauveau et bras droit de Jean Charest pour les affaires constitutionnelles, Benoît Pelletier.Je ne veux même pas qu\u2019il m\u2019en parle, j\u2019aurais l\u2019air d\u2019être en train de négocier, et il n\u2019y a rien à négocier.» Après une semaine houleuse à Ottawa, le premier ministre constate en un rapide décompte des pour et des contre qu\u2019il récolte à peu près le même résultat que son ministre Cauchon au Château Laurier.Conscient du défi qui l\u2019attend, M.Chrétien a mis toute la gomme, retrouvant même une combativité qu\u2019il semblait avoir perdu quelque part dans le confort du 24 Sussex.La résistance à une approche « dure » atteint en effet le noyau de son gouvernement.« Je suis un bon soldat et j\u2019ai toujours servi mon premier ministre, mais là, j\u2019avoue que j\u2019aurais de la misère à vendre ça », confiait récemment un ministre du Québec à La Presse.Officiellement, aucun ministre n\u2019est sorti du rang pour dénoncer les projets du tandem Chrétien-Dion, mais tout le monde à Ottawa sait que Paul Martin n\u2019est pas un adepte du plan B.La présidente du Conseil du Trésor, Lucienne Robillard, Pierre Pettigrew, Denis Coderre partagent l\u2019opinion de leur collègue des Finances.C\u2019est plus vague du côté du ministre « politique » du Québec, Alfonso Gagliano.Des collaborateurs indiquent que M.Gagliano, en organisateur loyal, s\u2019assurera du service après-vente, peu importe le produit.Du côté anglophone, Sheila Copps a déjà clairement indiqué dans une entrevue à La Presse, qu\u2019elle n\u2019est pas une chaude partisane du plan B.Allan Rock, par contre, appuie son premier ministre sans réserve.Le premier ministre a aussi réussi à rallier quelques récalcitrants cette semaine par ses déclarations passionnées en faveur de l\u2019unité canadienne.Brandissant l\u2019avis de la Cour suprême, il a fait plier quelques opposants en affirmant qu\u2019il est du devoir du gouvernement fédéral de définir ce que sont une majorité et une question claire.« J\u2019avais oublié ce passage de l\u2019avis de la Cour suprême qui indique en effet que c\u2019est aux politiques d\u2019éclaircir ces points-là », indique le député de Vaudreuil-Soulanges, Nick Discepola, qui s\u2019opposait encore mardi à tout encadrement référendaire.Outre Martin Cauchon (et Stéphane Dion, évidemment), M.Chrétien peut compter sur le secrétaire d\u2019État Gilbert Normand et le nouveau président du caucus, le Beauceron Claude Drouin.Le premier ministre a également placé quelques acteurs loyaux au sein du parti, dont le sénateur Serge Joyal, le président de la commission politique du Parti libéral.M.Joyal dépose aujourd\u2019hui au congrès de l\u2019aile québécoise du PLC une résolution visant à s\u2019« assurer que le gouvernement assume sa responsabilité à l\u2019égard de l\u2019unité du pays ».Selon M.Joyal, le débat lancé par le premier ministre a le mérite de mettre en valeur des points de droit dont personne ne parle.L\u2019initiative du premier ministre risque peutêtre de souffler sur les braises souverainistes, reconnaît M.Joyal, qui croit néanmoins que le moment est propice pour agir.« Quand quelqu\u2019un vous déclare la guerre, vous ne pouvez pas seulement dire que ses armes sont trop faibles et son armée démoralisée, dit-il.Le gouvernement canadien a une responsabilité qu\u2019il doit assumer.» Si la démarche proposée par le premier ministre a été presque unanimement critiquée, voire dénoncée ou ridiculisée par les observateurs québécois, la réaction est tout autre dans le reste du Canada.À bien des égards, le reste du Canada semble avoir trouvé en Jean Chrétien le nouveau champion antiséparatiste qu\u2019il se cherche depuis la traumatisante expérience du référendum de 1995.Après la réélection de Lucien Bouchard, l\u2019an dernier, il s\u2019est trouvé bon nombre de commentateurs à l\u2019ouest de la rivière Outaouais pour accuser Chrétien d\u2019avoir aidé les péquistes en affirmant que la « Constitution n\u2019est pas un magasin général ».Paradoxalement, les mêmes commentateurs saluent aujourd\u2019hui l\u2019esprit de sacrifice de Jean Chrétien, qui, seul, part en guerre pour empêcher le départ du Québec de la famille canadienne.Pour eux, il ne fait plus de doute que le premier ministre mène sa dernière bataille, dont le résultat représentera son testament politique.2806059 6LP1102B1127 b11 samedi 6LP1101B1127 ZALLCALL 67 01:05:11 11/27/99 B Politique LA PRESSE, MONTRÉAL, SAMEDI 27 NOVEMBRE 1999 R B 11 Sûreté du Québec: le projet de Ménard soulève la controverse Le Bureau de la concurrence craint une réduction des choix pour les voyageurs MARTIN PELCHAT du bureau de La Presse, QUÉBEC Ex-président de la commission d\u2019enquête sur les suites de l\u2019affaire Matticks, le juge Lawrence Poitras tient toujours mordicus à la recommandation numéro un de son volumineux rapport, présenté il y a près d\u2019un an au ministre de la Sécurité publique, Serge Ménard : la création d\u2019un conseil de contrôle permanent de la Sûreté du Québec.« C\u2019est notre plus importante recommandation, explique M.Poitras.On a cru que pour en sortir, il faut aller de cette façon-là.» M.Poitras a hâte que le ministre donne des suites au rapport, qui en appelait à une importante réforme de la SQ.D\u2019autant plus qu\u2019à son avis, les choses n\u2019y ont pas beaucoup changé depuis.« J\u2019en doute, lance-t-il.Je ne vois pas de grandes choses qui changent.» Le magistrat se souvient qu\u2019en janvier dernier, à la publication du rapport, le gouvernement reconnaissait l\u2019urgence d\u2019agir.« Quand ils nous ont nommé (en 1996), c\u2019était urgent », ajoute-t-il.Le ministre Ménard a refusé hier de commenter les informations publiées par La Presse à propos de son intention de créer, malgré l\u2019opposition catégorique du directeur général de la SQ, Florent Gagné, un « conseil de surveillance » des activités de la SQ.Ce conseil aurait le pouvoir de convoquer les responsables de la Sûreté et répondrait lui-même une fois l\u2019an à une nouvelle commission parlementaire permanente de la Sécurité publique.Ses cinq membres seraient nommés par le ministre.L\u2019existence du conseil serait cependant remise en question après cinq ans.M.Ménard affirme qu\u2019il ne parlera pas de son projet tant qu\u2019il n\u2019aura pas été approuvé par le Conseil des ministres.« C\u2019est une décision très importante, qui est d\u2019ailleurs au fondement même d\u2019une démocratie saine, parce que c\u2019est la seule utilisation de la force permise.» Le ministre n\u2019a pas voulu commenter non plus la position de M.Gagné, qui a même menacé de démissionner si ce mécanisme de contrôle était créé.« Les conversations que j\u2019ai avec lui restent confidentielles, sauf dans la mesure où nous nous entendons tous les deux pour les rendre publiques », dit-il.L\u2019Association des policiers provinciaux, tout comme l\u2019opposition libérale, ont pour leur part reproché hier au ministre de ne pas confier le mandat de surveillance de la SQ à des élus.L\u2019APPQ ne s\u2019oppose pas à l\u2019idée d\u2019un comité de surveillance, mais réclame qu\u2019il soit composé d\u2019élus, réunis dans une commission parlementaire.« Le fait de le garder sous la gouverne du ministre, ça donne l\u2019impression d\u2019une police politique », dit son président, Tony Cannavino.« Il faut garder une distance entre le politique et l\u2019organisation policière.» Le leader syndical met en outre le directeur Gagné au défi de « tenir sa parole » et de quitter la SQ si le ministre va de l\u2019avant.Affaire de « crédibilité », dit M.Cannavino.« Il a dit ouvertement qu\u2019il démissionnerait s\u2019il était question de comité de contrôle.» L\u2019APPQ réclame depuis octobre la tête de M.Gagné.« Voilà que le politique veut exercer un contrôle sur la SQ », dénonce de son côté le critique de l\u2019opposition, Jacques Dupuis, qui propose lui aussi de remettre le mandat entier du conseil de surveillance à une commission parlementaire permanente.« Les députés représentent la population, dit-il.Alors vous avez la certitude que le contrôle sera absolument objectif.» « Il y a quelque chose de totalement fou là-dedans, réplique le ministre Ménard.On ne pense absolument pas à avoir de police politique, bien au contraire.» SANDRA CORDON Presse Canadienne, OTTAWA Bien qu\u2019Air Canada affirme le contraire, le Bureau fédéral de la concurrence estime que les consommateurs auront moins de choix si les deux principaux transporteurs aériens du pays fusionnent.Air Canada a déjà fait savoir que si son offre de 92 millions pour l\u2019acquisition des Lignes aériennes Canadien International est acceptée, elle exploitera la compagnie de Calgary comme une entité distincte.Mais cela n\u2019assurera pas pour autant une concurrence valable, a soumis Konrad von Finckenstein, directeur des enquêtes et recherches au Bureau de la concurrence, lors d\u2019une entrevue accordée hier.« Pourquoi deux compagnies appartenant aux mêmes actionnaires se feraient-elle concurrence ?» Le directeur a également mis en doute l\u2019affirmation d\u2019Air Canada selon laquelle les consommateurs auraient droit à un meilleur choix si un transporteur régional à tarifs réduits était établi à Hamilton.Selon M.von Fickenstein, non seulement cela ne ferait rien pour améliorer la concurrence, mais en plus, cela éloignerait les véritables concurrents qui pourraient être intéressés à offrir un tel service dans le centre du pays.« Nous croyons que l\u2019idée d\u2019un transporteur à tarifs réduits est excellente \u2014 mais il serait préférable qu\u2019il n\u2019appartienne pas à Air Canada », ditil.Le Bureau de la concurrence a déjà commencé à examiner l\u2019offre faite par Air Canada et recueille des informations d\u2019ordre financier concernant Canadien International.Dans une lettre adressée en octobre au ministre des Transports, David Collenette, M.von Fickenstein proposait un transporteur dont les services seraient limités au pays, afin de faire concurrence à Air Canada sur les liaisons intérieures.Le Bureau de la concurrence a également recommandé que le comité des transports des Communes étudie la possibilité d\u2019augmenter de 25 à 49 pour cent la limite des investissements étrangers dans les transporteurs canadiens.2807651 Pierre F.Côté propose de permettre aux compagnies de financer les partis politiques DENIS LESSARD du bureau de La Presse, QUÉBEC Plus de 20 ans après son adoption, la Loi sur le financement des partis politiques devrait être revue afin de permettre aux compagnies et aux personnes morales de contribuer à la caisse de la formation de leur choix.Ex-directeur général des élections, une fonction qu\u2019il a occupée de 1978 à 1997, Pierre F.Côté estime que les dernières années ont donné lieu à « une dérive évidente ».De nombreux bureaux de professionnels contournent la loi en remboursant les contributions faites par leurs architectes ou ingénieurs, le fait est bien connu, estime M.Côté.Selon lui, le gouvernement « adopte la politique de l\u2019autruche » et s\u2019enfouit la tête dans le sable pour ignorer l\u2019évidence.« On peut se draper dans le drapeau de l\u2019héritage de M.Lévesque, mais s\u2019il était encore là, je suis convaincu qu\u2019il voudrait trouver une solution », observe M.Côté, chef de cabinet de René Lévesque à l\u2019époque de la nationalisation de l\u2019électricité.« Les partis politiques approchent les firmes, elles contribuent par leurs employés qui se font rembourser, mais la preuve est très difficile à faire », expliquet- il.Or, rien ne changera si au préalable les partis ne reconnaissent pas leurs torts, ajoute-t-il.Dans l\u2019un des ateliers d\u2019un colloque sur l\u2019éthique et les conflits d\u2019intérêts, l\u2019ancien chien de garde de la loi électorale a souligné que la Loi sur le financement, l\u2019héritage de René Lévesque, devrait être réévaluée si le gouvernement ne veut pas se retrouver « dans une situation inextricable ».Les fonds publics accordés par Québec en vertu de la loi, constituent plus de 50 % \u2014 et souvent 60 % du financement des partis.Pour l\u2019an dernier, année électorale, Québec a payé 6,6 millions aux partis en remboursements de dépenses électorales et 2,6 millions en crédits d\u2019impôts.En 1997, où il n\u2019y avait pas d\u2019élections, Québec a remboursé 2,5 millions en dépenses aux partis et accordé 2,5 millions de crédits d\u2019impôts.Le financement populaire, limité aux individus, ne permet plus de combler les besoins financiers des partis, constate-t-il.Pour M.Côté, l\u2019objectif de la loi, éliminer les caisses occultes des partis politiques, est atteint, mais Québec ferme les yeux devant l\u2019évidence des contributions indirectes des personnes morales.Devant cette réalité, « pourquoi ne pas essayer d\u2019établir des paramètres qui seront dans le prolongement des acquis de la réforme ?» propose M.Côté.Il y va de quelques pistes : permettre des contributions de compagnies en fixant un maximum annuel tant pour la compagnie que pour le parti.On assurerait la divulgation des donateurs.Le plafond pourrait, par exemple être un pourcentage des contributions recueillies auprès des individus par un parti.Autre formule, les compagnies fourniraient des contributions au Directeur général des élections qui les mettrait en fiducie.La cagnotte serait retournée aux partis au prorata des votes obtenus aux précédentes élections.Cette piste a été mal accueillie, un participant soulevant que les firmes n\u2019obtiendraient même pas de remerciements des partis politiques.« Ces pistes de réflexion peuvent sembler scandaleuses en regard de l\u2019héritage de M.Lévesque, mais il faut explorer de nouvelles avenues si on veut que l\u2019esprit de cet héritage soit maintenu », souligne M.Côté.Pour lui, la loi actuelle contribue à mettre beaucoup de personnes, souvent des jeunes professionnels, dans une situation embarrassante et à accréditer la perception que la loi peut être impunément contournée. B 12 LA PRESSE, MONTRÉAL.SAMEDI 27 NOVEMBRE 1999 VOICI LES NOUVELLES HYUNDAI 2000 Redessinée.Raffinée.Audacieus LA TOUTE NO ELLE CCENT 2000 À PARTIR DE 11 995$** ACCENT GS 3 PORTES 500 $ DE COMPTANT 0 $ DE DÉPÔT DE SÉCURITÉ Transport et préparation inclus AUTRES OPTIONS DE LOCATION 170 LOUEZ À ¦ # PARTIR DE | g
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