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La presse
La Presse est un grand quotidien montréalais publié depuis 1884. L'influence des journalistes de La Presse s'étend aujourd'hui au-delà du lectorat du journal et plusieurs d'entre eux sont invités à commenter l'actualité dans d'autres médias. [...]

La Presse est un grand quotidien montréalais publié depuis 1884. Très rapidement, le journal se présente comme un quotidien d'information indépendant et abordable pour la population ouvrière. Il veut se démarquer des journaux d'opinion, organes de partis politiques, qui sont fort courants à l'époque.

Sa fondation résulte d'une rivalité entre deux factions du Parti conservateur fédéral. William Edmond Blumhart, secrétaire et gendre de l'important homme d'affaires Louis-Adélard Senécal, affilié au clan du conservateur Joseph-Adolphe Chapleau, lance La Presse pour concurrencer le journal Le Monde qui appuie le premier ministre John Alexander MacDonald.

Un quotidien nommé Le Nouveau Monde voit d'abord le jour à la mi-octobre 1884. Après la publication de quatre numéros, il change de nom pour La Presse. Le premier numéro du journal est publié le 20 octobre 1884.

Le succès de La Presse est rapide, mais le journal est un gouffre financier. Après quelques changements de mains, il est racheté en 1889 par Trefflé Berthiaume, typographe à La Minerve. La modernisation du journal, entre autres avec l'intégration d'illustrations aux faits divers et l'impression par linotypes, permet de rendre l'entreprise rentable.

Trefflé Berthiaume sera à la tête de La Presse de 1889 à 1904 et de 1906 à 1915, année de sa mort. Arthur Berthiaume, son fils, prend alors en charge le journal. Trefflé Berthiaume lui a légué la propriété du journal qui, selon une clause testamentaire, devra appartenir à ses descendants pendant plusieurs générations. Nombre de disputes familiales éclateront dans les décennies suivantes, jusqu'à l'achat de La Presse par Paul Desmarais en 1967.

En 1913, le tirage de La Presse atteint déjà 121 000 exemplaires. Il augmente jusqu'au début des années 1960, alors qu'il atteint près de 300 000 exemplaires.

Une grève des employés et des cadres du journal éclate en 1958. Jean-Louis Gagnon, alors journaliste fort réputé, est appelé pour réinstaurer un climat de confiance. Il introduit la signature des journalistes au bas des éditoriaux et au début des reportages, ce qui permet la reconnaissance et le vedettariat des journalistes.

À partir de cette époque charnière, les postes de responsabilité éditoriale sont attribués à des journalistes renommés dont Gérard Pelletier, Roger Champoux, Jean-Paul Desbiens, Roger Lemelin, Jean-Guy Dubuc, Vincent Prince, Alain Dubuc et André Pratte.

En 1964, une autre grève, qui dégénère en lock-out, bénéficie à Pierre Péladeau, qui profite des événements pour lancer le Journal de Montréal. En 1971 et 1972, La Presse connaît un long lock-out qui lui fait perdre des lecteurs au profit du Journal de Montréal et du Montréal-Matin. Le tirage de La Presse passe de 285 000 en 1962 à 203 000 en 1966, puis à 165 000 en 1975.

Le tirage du journal atteint toutefois de nouveau des chiffres impressionnants dans les années 1980 (plus de 300 000 pour l'édition du samedi), chiffres qui sont près de se maintenir au début du XXIe siècle.

La Presse s'est rapidement imposée par la qualité de ses illustrations. Quelques grands illustrateurs et caricaturistes y ont d'ailleurs fait carrière : Albert-Samuel Brodeur, Georges Latour, Albéric Bourgeois, Pierre Dorion, Roland Berthiaume (Berthio), Jean-Pierre Girerd et Serge Chapleau. Les photographies de Conrad Poirier et d'Antoine Desilets ont aussi illustré les pages de La Presse.

L'influence des journalistes de La Presse s'étend au-delà du lectorat du journal et plusieurs d'entre eux sont invités à commenter l'actualité dans d'autres médias.

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La Presse québécoise des origines à nos jours, Québec, Presses de l'Université Laval, 1977, vol. III, p. 112-118.

FELTEAU, Cyrille, Histoire de La Presse, Montréal, La Presse, 1983-1984, 2 vol.

Éditeur :
  • Montréal :[La presse],1884-2017
Contenu spécifique :
B. Plus 2000
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Nouveau monde (1884)
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La presse, 2000-01-29, Collections de BAnQ.

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[" 6LP0101B0129 B 01 samedi 29 6LP0101B0129 ZALLCALL 67 15:49:01 02/04/00 B Afin de marquer le passage prochain au troisième millénaire de notre ère, La Presse vous propose à compter d\u2019aujourd\u2019hui un rendez-vous mensuel : le cahier Plus 2000.À la fois rétrospectif et prospectif, ce cahier réunit plusieurs séries pour lesquelles nous avons obtenu l\u2019appui de collaborateurs prestigieux.Gilles Vigneault, qui signe le premier texte de notre série Les lieux de mémoire du XXe siècle, prétend qu\u2019«on est plus marqué par les années de la petite enfance que par toutes celles qui suivent.Si ce lieu que je n\u2019ai jamais fini de raconter fut le plus déterminant de mon existence, c\u2019est surtout par la façon dont il m\u2019a donné l\u2019heure du monde».Avec lui, nous avons eu envie dans ce cahier de vous ramener dans le passé, de vous montrer des lieux et des objets, de vous faire rencontrer des témoins, des penseurs, des créateurs qui ont partagé avec vous le dernier siècle et qui ont contribué, chacun à leur façon, à la formation de notre mémoire collective.Voyage dans le passé, le cahier Plus 2000 sera aussi un lieu d\u2019exploration de l\u2019avenir.Le réputé futurologue Alvin Toffler estime dans l\u2019entrevue publiée en page B5 que «nous nous éloignons du modèle industriel d\u2019uniformité, de la production, de la distribution et de la consommation de masse, de l\u2019éducation et des médias, et que nous évoluons vers de nouvelles formes d\u2019organisations sociales beaucoup plus diverses».C\u2019est dans cette perspective que nous laisserons au cours des prochains mois la parole à ceux qui explorent ces nouvelles façons de faire dans tous les domaines d\u2019activité et de création.Ce cahier de 12 pages sera publié le dernier samedi de chaque mois, tout au long de l\u2019année 2000.Il sera complété, le dimanche suivant chaque publication, par une nouvelle série de 12 cartes de notre Atlas du XXe siècle.Pionniers Alvin Toffler et les sources du pouvoir page B5 Plus2000 Le cahier mensuel du prochain millénaire Éditorial, opinions Les lieux de mémoire du XXe siècle Les pionniers du troisième millénaire Québec, 1950-2000 Les sagas du XXe siècle Cent ans à Montréal Les objets du quotidien Natashquan Un souvenir de Gilles Vigneault page B4 Histoire La santé à Montréal.en 1900 pages B10 et B11 Arts visuels Un nouveau chapitre des sagas du XXe siècle pages B8 et B9 B Montréal, Samedi 29 janvier 2000 6LP0201B0129 b2-samedi-edito 6LP0201B0129 ZALLCALL 67 01:06:16 01/29/00 B B 2 LA PRESSE, MONTRÉAL, SAMEDI 29 JANVIER 2000 Editorial ANDRÉDESMARAIS PRÉSIDENT DU CONSEIL D\u2019ADMINISTRATION ROGER D.LANDRY PRÉSIDENT ET ÉDITEUR MARCELDESJARDINS VICE-PRÉSIDENT ET ÉDITEUR ADJOINT YVES BELLEFLEUR DIRECTEUR DE L\u2019INFORMATION ALAINDUBUC ÉDITORIALISTE EN CHEF Non merci, M.Rock Le ministre canadien de la Santé, Allan Rock, a réactivé le projet qu\u2019il caresse depuis un bon bout de temps, la création d\u2019un programme national de soins à domicile, qui serait financé moitié-moitié par Ottawa et les provinces.Alain Dubuc adubuc@lapresse.ca Déjà, l\u2019initiative de M.Rock a suscité des réactions très négatives de trois provinces, le Québec, mais aussi l\u2019Ontario et l\u2019Alberta.Cette levée de boucliers permet de souligner que nous ne sommes pas en présence d\u2019une nouvelle tentative péquiste de recherche de conditions gagnantes ou d\u2019une autre querelle Ottawa-Québec.Ce projet devrait plutôt être abandonné parce qu\u2019il incarne une mauvaise façon de concevoir le fédéralisme, ainsi qu\u2019une mauvaise façon d\u2019organiser les soins de santé.n n n Il est difficile d\u2019aborder le projet de M.Rock sans tenir compte de ses motivations.D\u2019abord ses ambitions personnelles, son intérêt pour le leadership libéral qui le mène à multiplier les interventions publiques et à se présenter comme le champion du système de santé, un thème riche en potentiel populiste.À ces calculs politiques s\u2019ajoute très certainement une motivation plus noble \u2014 et plus inquiétante : restaurer, par des actions d\u2019éclat, la confiance du public dans un système de santé discrédité et le protéger ainsi des dérives qui le menacent.« Si nous ne réglons pas les problèmes dans le système, nous allons perdre medicare », affirme-til.Il ne faut pas sous-estimer le fondement idéologique, dogmatique même, de la culture centralisatrice de M.Rock.n n n Au-delà de ces considérations politico-idéologiques, revenons à ce qui compte, la santé.Le problème de fond du projet d\u2019Allan Rock \u2014 et il est de taille \u2014 c\u2019est qu\u2019il est parfaitement inutile.Ce que le ministre propose est connu des provinces, qui savent parfaitement quoi faire mais qui sont surtout limitées par les contraintes financières.La plupart des provinces n\u2019ont pas besoin des idées de M.Rock, ni de sa « vision », qui n\u2019a rien d\u2019original, mais plutôt de son argent.Le ministre Rock, par exemple, explique qu\u2019un réseau de soins à domicile pourrait réduire l\u2019engorgement des urgences en permettant aux hôpitaux de retourner les patients plus rapidement à la maison pour ainsi libérer les lits.Cette explication éclairante de M.Rock vous rappelle- t-elle quelque chose ?C\u2019est mot à mot ce que Jean Rochon disait, il y a quatre ans, pour justifier son virage ambulatoire.Un plan dont l\u2019équilibre a été compromis par le manque de fonds.On retrouve la même redondance dans l\u2019autre volet du projet de M.Rock, la réorganisation des services de première ligne pour assurer la disponibilité constante de médecins, sur lequel les autres provinces travaillent déjà.Le ministre Rock hésite toutefois à augmenter le financement aux provinces parce qu\u2019il estime que ce serait du gaspillage de réinjecter des fonds dans les sytèmes provinciaux s\u2019ils ne sont pas réorganisés, ce en quoi il a parfaitement raison.Mais cet argument vaut également pour son projet de soins à domicile, qui ajoute des services sans s\u2019attaquer aux rigidités qui paralysent les systèmes de santé.Cela ne veut pas dire que le gouvernement canadien n\u2019a aucun rôle à jouer en santé.Au contraire, il a sa place.Qu\u2019on pense à la lutte contre le tabagisme ou à une autre initiative de M.Rock, l\u2019Institut canadien d\u2019information en santé, dont le mandat est d\u2019analyser le système de santé, un outil précieux pour mesurer les performances et identifier les carences.Mais encore là, cette initiative fédérale heureuse est compromise par les arrière-pensées du ministre qui veut que ce système d\u2019information mène à des normes nationales, dont il serait bien sûr le gardien.n n n Le ministre Rock inscrit son projet de réorganisation des soins à domicile dans une vision du fédéralisme.« Nous avons maintenant une occasion en or de démontrer l\u2019efficacité de notre entente sur l\u2019union sociale », explique- t-il.Au contraire, ce projet de soins à domicile est la pire façon imaginable d\u2019incarner l\u2019union sociale, l\u2019entente que toutes les provinces, sauf le Québec, ont entérinée l\u2019an dernier sans enthousiasme.Ce n\u2019est pas d\u2019union sociale qu\u2019il s\u2019agit, mais d\u2019un projet d\u2019intervention fédérale redondante, qui reflète surtout l\u2019activisme d\u2019un gouvernement qui a trop d\u2019argent.Le gouvernement fédéral, avec ce projet, entrerait pour la première fois directement dans la gestion du système de santé, en imposant sa présence, et les dédoublements qui viennent avec, dans un domaine où il n\u2019a aucun knowhow.On peut même parler de micro-gestion parce que, dans le monde de la santé, il n\u2019y a rien de plus pointu, de moins global et de plus éloigné des préoccupations d\u2019un gouvernement central que les soins à domicile.C\u2019est le domaine où l\u2019établissement de normes pancanadiennes est le plus absurde, parce que les soins à domicile doivent au contraire s\u2019adapter aux spécificités locales.Certaines provinces seront sans doute tentées d\u2019appuyer ce projet, qui doit recueillir, en vertu de l\u2019entente sur l\u2019union sociale, l\u2019appui d\u2019une majorité des provinces, indépendemment de leur taille.Cette faille dans l\u2019entente de l\u2019union sociale donne un poids démesuré aux petites provinces, en fait des grosses MRC, plus pauvres et moins équipées, qui risquent d\u2019accepter toute initiative fédérale assortie de fonds fédéraux.Ce projet de soins à domicile met surtout en relief le déséquilibre fiscal dont souffre maintenant la fédération canadienne, depuis que le gouvernement fédéral dispose d\u2019importants surplus budgétaires dont il ne sait que faire mais dont il ne veut surtout pas se départir.La seule solution à ce déséquilibre, avec la réduction du fardeau fiscal, c\u2019est qu\u2019Ottawa atténue l\u2019impact des compressions et qu\u2019il augmente ses transferts aux provinces, pour que l\u2019argent soit dépensé par ceux qui connaissent la santé.DROITS RÉSERVÉS Serge.Chapleau@lapresse.ca Le début de l\u2019Histoire et le premier homme Vue sous un certain angle, la marche de l\u2019Histoire est telle qu\u2019un siècle semble toujours avoir comme objectif ultime de préparer le suivant.Complétant une idée ébauchée par Jeremy Rifkin dans Le Siècle Biotech, le futurologue Alvin Toffler traite (en page B5) de la rencontre, à la fin du XXe siècle, de l\u2019informatique et de la génétique comme étant la base de la « quatrième vague » appelée à déferler sur l\u2019humanité dans les cent ans qui vont suivre, vague de l\u2019Histoire « qui verra les humains aller s\u2019installer sur d\u2019autres planètes », prévoit-il.Ambitieux programme qui porterait à sourire si Toffler n\u2019avait été, depuis trois décennies, d\u2019une étonnante perspicacité.En fait depuis le Choc du futur, paru en 1974 et qui a été le livre le plus vendu au Québec entre 1970 et 1992.D\u2019ailleurs, les « vagues » de Toffler apparaissent comme une arborescence des « ères » de Rifkin.Là où celui-ci voit l\u2019ère des gènes succéder à l\u2019ère du feu (qui débuta à la préhistoire et s\u2019achève avec la domestication de l\u2019atome), Toffler voit sa quatrième vague venir après la civilisation agraire, la civilisation industrielle (qui a cessé d\u2019être dominante peu après le milieu du XXe siècle) et la civilisation du savoir dans laquelle nous a plongés l\u2019électron et qui est en ce moment la nôtre.n n n Dans le domaine des sciences et de la technologie, il est assez aisé de voir en quoi le XXe siècle annonce le suivant.De la même manière que la machine à vapeur, inventée à la fin du XVIIIe siècle, annonça l\u2019industrialisation du siècle suivant.Que l\u2019électricité, apprivoisée au XIXe siècle, prépara le terrain à l\u2019ordinateur et à l\u2019Internet apparus cent ans plus tard.C\u2019est en effet le bénéfice qu\u2019octroient les sciences exactes et les créations technologiques : la clarté.D\u2019abord, dans la nature de la connaissance acquise.Même lorsqu\u2019il est question de théories scientifiques réputées indéchiffrables, comme la relativité ou la mécanique quantique, des vulgarisateurs parviennent à les rendre compréhensibles et à faire saisir leur cosmique utilité.Dans les résultats obtenus, ensuite : ce fut la lumineuse démonstration, entre autres, de la mission Apollo XI qui, en 1969, propulsa un homme sur la lune.Certainement l\u2019événement le plus marquant, à ce jour, de l\u2019histoire de l\u2019humanité.Les choses, hélas ! se compliquent singulièrement quand intervient le facteur humain, et en particulier lorsque l\u2019esprit de l\u2019homme, s\u2019extrayant de la pensée pure, entre en interaction avec la matière, avec l\u2019organisation sociale, avec le pouvoir politique, avec la force brute.Pour prendre un exemple simple : la peine capitale, encore en vigueur dans tout ou partie de plusieurs pays, dont les États-Unis, est partout le résultat de systèmes de pensée \u2014 d\u2019ailleurs différents d\u2019une nation meurtrière à une autre \u2014 probablement rigoureux et cohérents en tant que tels, mais qui, tous, estiment être dans l\u2019intérêt du bien commun d\u2019assassiner un être humain.Pour mémoire, rappelons que l\u2019Iran, la Chine, l\u2019ex- URSS et le Nigéria sont les contrées où la sentence de mort est le plus allègrement éxécutée (chiffres de 1990).Bref, demeure la question : quelle sera la pensée dominante du XXIe siècle, si tant est que son embryon se trouve quelque part dans le champ de ruines laissé par ladébandade intellectuelle caractérisant la plus grande partie du siècle qui vient de se terminer?n n n On aurait tort de chercher parmi la multitude de penseurs accrédités qu\u2019a enfantés le siècle, de Heidegger à Bourdieu, de Lévi-Strauss à Gutierrez, celui ou ceux dont l\u2019influence réelle et quantifiable aura été à la mesure de la grandeur des systèmes théoriques qu\u2019ils ont édifiés.La réalité est beaucoup plus cruelle.Les penseurs les plus largement distribués au cours de la période comprise entre 1917 et 1971 ont été Mao Tse Toung avec deux milliards d\u2019exemplaires, le tiers de ce que La Bible a tiré en.175 ans ! Ensuite : Staline (672 millions d\u2019unités en 101 langues) ; et Lénine (350 millions de livres imprimés en 222 langues).Bien que fort populaire, le Mein Kampf d\u2019Adolf Hitler n\u2019approcha pas ces faramineux tirages, ce qui ne l\u2019empêcha pas de fournir une assise intellectuelle \u2014 pour ainsi dire \u2014 au cataclysme que l\u2019on sait.Sachant cela, on se dit qu\u2019on n\u2019a peut-être pas suffisamment porté attention à la démonstration que fit, il y a huit ans, le nippo-américain Francis Fukuyama dans La Fin de l\u2019Histoire et le dernier homme.Un essai inégal, certes.Mais qui fut calomnié avec un entrain n\u2019ayant aucune commune mesure avec ses faiblesses réelles, qu\u2019explique cependant \u2014 si on veut \u2014 la nature de la thèse qui y est développée.Fukuyama dit : le libéralisme a établi sa supériorité de façon à ce point claire qu\u2019il est susceptible d\u2019« achever l\u2019Histoire », de se définir comme l\u2019ultime trouvaille de l\u2019humanité en matière d\u2019organisation sociale.On comprend le tollé.d\u2019autant plus que l\u2019affirmation est en effet, sur le long terme, discutable.La suite est plus intéressante.Il remarque, comme d\u2019autres avant et après lui, que les démocraties libérales cultivent ce paradoxe d\u2019avoir historiquement été les systèmes politiques les moins mauvais ayant sévi sur le globe et, en même temps, les plus détestés \u2014 ce qu\u2019ils sont d\u2019ailleurs encore aujourd\u2019hui.Et il tire de cette observation des conclusions qui ont à voir avec cet indéracinable goût de l\u2019homme pour l\u2019obscur, l\u2019échec, la tyrannie (et son reflet miroir, la servitude), la haine, la lutte, la guerre, le sang et la mort.n n n Francis Fukuyama écrit : « L\u2019expérience suggère que si les hommes ne peuvent plus lutter pour une cause juste parce que celle-ci a été victorieuse au cours d\u2019une génération antérieure, ils lutteront alors contre cette juste cause.(.) Si la plus grande partie du monde dans lequel ils vivent est caractérisée par des démocraties libérales prospères et pacifiques, alors ils se battront contre cette paix et cette prospérité, et contre la démocratie.» À la lumière d\u2019une telle analyse (et l\u2019auteur ne rate pas le rapprochement), le point de passage dont nous sommes à la recherche se trouve incontestablement dans les événements de Mai 1968 en France.À Paris, des étudiants lovés dans la sécurité d\u2019une démocratie libérale, choyés par une ère de prospérité sans précédent, inscrits dans les plus illustres temples intellectuels de la planète, s\u2019en prirent bel et bien à la paix et à la prospérité \u2014 « On ne tombe pas en amour avec un taux de croissance.», tel était le slogan du jour \u2014 en brandissant devant l\u2019auguste Sorbonne des débris arrachés au corpus formidablement niais que composent les écrits de Mao ! Le plus accablant, c\u2019est qu\u2019on a, au cours du siècle qui s\u2019achève, appris de dure façon qu\u2019on ne refait pas la nature humaine.Et qu\u2019il est inutile de rêver à un système de pensée qui enfanterait un premier homme capable d\u2019initier un nouveau début de l\u2019Histoire.Cet indéracinable goût de l\u2019homme pour l\u2019obscur, l\u2019échec, la guerre, le sang et la mort. 6LP0302B0129 b3-samedi-edito 6LP0301B0129 ZALLCALL 67 01:10:50 01/29/00 B LA PRESSE, MONTRÉAL, SAMEDI 29 JANVIER 2000 R B 3 Montréal, dans dix ans.Comment verrons-nous, dans dix ans, les cathédrales de béton conçues en l\u2019an de grâce 1999 ?Ce méga-hôpital et cette méga-bibliothèque seront- ils les éléphants blancs du 21e siècle, à l\u2019instar du Stade olympique et de Mirabel ?n n n Le projet le plus inquiétant est celui du méga-hôpital que la ministre Marois et les fonctionnaires de la Corporation d\u2019hébergement du Québec, un organisme basé.à Lévis, ont décidé, sans la moindre consultation des Montréalais, de construire à côté du viaduc Rosemont-Van Horne.Il est inquiétant d\u2019abord par la légèreté avec laquelle on s\u2019est lancé, en catastrophe et sans réflexion approfondie, dans un projet qui aura un impact énorme tant sur les services de santé que sur le tissu urbain de Montréal.C\u2019est comme si la ministre, submergée par les problèmes et les crises, avait voulu faire diversion, donner l\u2019impression d\u2019agir, jeter un bonbon aux médecins qui rêvent de nouveaux locaux, bref masquer par cette opération l\u2019état lamentable des services de santé montréalais.Qu\u2019il faille adapter les lieux à la médecine du 21e siècle, qu\u2019on ne puisse plus se contenter des vieux bâtiments imaginés par Jeanne Mance et développés au milieu du 20e siècle, voilà, bien sûr, qui ne fait aucun doute.Les prochaines décennies seront marquées par l\u2019augmentation des soins ambulatoires, ce qui réduira le nombre et la durée des hospitalisations ; les cas très graves et complexes seront traités dans un petit nombre d\u2019hôpitaux super-équipés, où l\u2019on pratiquera une médecine de pointe surspécialisée.Comme il ne s\u2019agira pas du tout d\u2019un hôpital de proximité, il n\u2019est pas essentiel que ce genre d\u2019institution soit au centre-ville : l\u2019important est qu\u2019elle soit facilement accessible pour les ambulances et pour les étudiants et les profs de la faculté de médecine.Mais fallait-il vraiment construire de toutes pièces un nouvel hôpital ?Pourquoi n\u2019a-t-on pas regardé ce qui se fait à Toronto, où l\u2019on a décidé de rénover le Toronto General Hospital au coût de 350 millions (trois fois moins qu\u2019il n\u2019en coûtera pour le méga-hôpital de Mme Marois) ?Pourquoi a-t-on opté pour 850 lits plutôt que 1000 ou 700 ?Et surtout, pourquoi deux méga-hôpitaux à Montréal, alors que des villes de dimensions équivalentes n\u2019en ont qu\u2019un ?Pourquoi ces dédoublements, alors qu\u2019en concentrant les ressources, on pourrait avoir une institution encore mieux équipée ?En 2007, date prévue pour l\u2019ouverture du méga-hôpital de l\u2019Université de Montréal, la ville comptera huit énormes établissements hospitaliers dont la plupart seront inutilisables.Que fera-t-on du Royal Vic, de Saint- Luc, du Montreal General, de l\u2019Hôtel-Dieu ?Certains établissements garderont leur vocation (on pense à Notre-Dame, la plus fonctionnelle des composantes du CHUM), mais les autres ?Il y a une limite au nombre de condos dont Montréal aura besoin ! La ministre Harel reproche (avec raison) au maire Bourque de ne jamais consulter la population sur des projets de développement.Voilà que sa collègue de la Santé, pour un projet autrement plus important que la construction d\u2019un supermarché ou d\u2019une coopérative d\u2019habitation, fonce dans la brume sans consulter personne, ne sachant guère où elle va, mais y allant à toute vitesse, histoire de se faire un petit capital politique.C\u2019est franchement minable.On se demande si le fait que le Centre universitaire de McGill soit en train de se doter d\u2019un méga-hôpital n\u2019a pas été le principal facteur de la décision.Les francophones auraient-ils toléré que les anglophones aient un bel hôpital neuf, et pas eux ?Mais justement, c\u2019est mal poser le problème.Ou, plus exactement, c\u2019est poser le problème avec les yeux tournés vers le passé plutôt que vers l\u2019avenir.Un hôpital surspécialisé n\u2019est pas une école, ni un journal, ni un département d\u2019histoire ou de philosophie.La langue importe peu quand on est en train de faire une greffe de poumon avec des techniques apprises aux États-Unis.Elle importera d\u2019autant moins, dans le Montréal des prochaines décennies, que la population sera de plus en plus bilingue, voire trilingue \u2014 à plus forte raison les professionnels hyper-éduqués qui pratiqueront dans les méga-hôpitaux, tant à McGill qu\u2019à l\u2019Université de Montréal.Déjà, il n\u2019y a pas un jeune anglophone éduqué qui ne soit bilingue ; les jeunes immigrants sont à l\u2019école française et apprennent également l\u2019anglais ; les jeunes francophones devront être bilingues dans le monde de demain, et de toute façon, la plupart des spécialistes de la médecine et du nursing continueront d\u2019étudier dans des manuels anglais, de consulter des revues américaines et britanniques et d\u2019aller se perfectionner aux États-Unis.Il n\u2019y a pas de raison rationnelle qui interdise l\u2019idée d\u2019une fusion entre les deux mégahôpitaux, qui n\u2019existent pour l\u2019instant que sur la planche à dessin.La synergie qui se produirait entre les chercheurs des deux universités serait bénéfique pour tout le monde.Il ne serait pas nécessaire de fusionner l\u2019ensemble des réseaux : l\u2019hôpital de quartier où l\u2019on va accoucher, la salle des urgences où l\u2019on aboutit si l\u2019on a pris une surdose de médicaments, d\u2019accord, c\u2019est un peu l\u2019extension de la famille.encore qu\u2019on pourrait se demander si Montréal a vraiment besoin de deux hôpitaux pour enfants et si le Children\u2019s Hospital ne devrait pas être absorbé par Sainte-Justine, la plus importante des deux institutions.C\u2019est, évidemment, une idée explosive et politiquement irréaliste.Une idée qui affolerait la minorité anglophone, qui tient à garder ses hôpitaux, provoquerait un tollé chez les francophones qui ont le nationalisme frileux, et terrifierait tous ceux qui ont des fiefs à conserver.Des deux côtés, l\u2019on crierait que la langue est en péril et la survie menacée, que ces deux mondes ont des traditions différentes, etc.Il est bien évident que ni le PQ ni le PLQ n\u2019oseront jamais toucher à cela.Dommage, car la division de la recherche scientifique et de la médecine de pointe en fonction de la langue est une idée du 20e siècle qui sera probablement totalement archaïque dans le Montréal du 21e siècle.n n n Et que sera la GBQ en 2007, quatre ans après la date prévue (en principe.) pour son ouverture ?Dira-t-on que cet espace rectangulaire, près d\u2019un terminus d\u2019autobus, était loin d\u2019être le lieu idéal ?Qu\u2019il aurait mieux valu l\u2019implanter au centre-ville, quitte à attendre que la désaffection des vieux hôpitaux du centre-ville offre de nouveaux lieux ?Constatera-t-on qu\u2019on aurait dû multiplier les bibliothèques dans les écoles plutôt que de se lancer dans ce projet somptueux, à la vocation démesurément large ?Dira-t-on, au contraire, que la GBQ, par effet d\u2019entraînement, a stimulé l\u2019intérêt pour la lecture ?Lysiane Un cahier pour l\u2019an 2000 Abstraction faite des débats des puristes sur la date exacte du début du troisième millénaire, l\u2019an 2000 est incontestablement une période charnière dans l\u2019histoire de l\u2019humanité.Amorcée depuis quelques mois déjà, la grande réflexion sur les acquis du XXe siècle et sur les possibilités du XXIe siècle se poursuivra tout au long de l\u2019année et sans doute bien audelà.C\u2019est dans cette perspective que La Presse publie à compter d\u2019aujourd\u2019hui un grand cahier thématique, Plus 2000, qui réunit plusieurs séries d\u2019envergure pour lesquelles nous avons obtenu la collaboration de personnalités et d\u2019institutions prestigieuses issues de champs d\u2019activités très divers et de tous les continents.Le dernier samedi de chaque mois, vous retrouverez dans ce cahier des reportages rétrospectifs et prospectifs, abondamment illustrés et rédigés en collaboration avec nos partenaires du monde entier.Pour ce premier cahier, Mario Roy signe en page 2 (ci-contre) un essai sur l\u2019histoire du XXe siècle et sur ce que pourrait être celle du prochain siècle.Montrant que les penseurs les plus influents n\u2019ont pas toujours été les plus brillants, notre éditorialiste s\u2019interroge, dans la lignée de Francis Fukuyama, sur les dangers de la débandade intellectuelle caractéristique de cette fin de millénaire.D\u2019autres éditorialistes et collaborateurs occuperont le même espace au cours des prochains mois.Dans la même page, nos éditorialistes livreront leur réflexion quotidienne sur les grands sujets d\u2019actualité.Ci-dessus, notre chroniqueuse Lysiane Gagnon propose une réflexion sur ce que sera Montréal dans dix ans.Elle reviendra tout au long de l\u2019année avec des chroniques sur des thèmes variés.Vous trouverez également dans cette page les commentaires de nos lecteurs sur le cahier et sur le thème du changement de millénaire.Les lieux de mémoire du XXe siècle Nous entrons dans le vif du sujet en page 4 avec les premiers textes de la série Les lieux de mémoire du XXesiècle.D\u2019abord, une contribution remarquable de Gilles Vigneault, un des plus grands ambassadeurs de la culture québécoise de ce siècle.M.Vigneault nous entretient du village de Natashquan, où il est né et où il a appris, nous dit-il, une bonne part de ce qu\u2019il sait de la vie.Un texte plein d\u2019émotion.Dans la même série, l\u2019auteur américain Stuart O\u2019Nan propose une étonnante réflexion à rebours sur le thème de la mémoire et de l\u2019oubli, d\u2019Hiroshima à Dayton, en Ohio.Au cours des prochains mois, des auteurs d\u2019ici et de plusieurs pays nous parleront tour à tour des lieux, véritables ou fictifs, qui ont marqué l\u2019histoire du XXe siècle.Les pionniers du troisième millénaire Nous consacrons ensuite une page à l\u2019introduction de la série Les pionniers du troisième millénaire.Pour l\u2019occasion, nos collaborateurs ont réalisé une longue entrevue avec Alvin Toffler, auteur notamment du Choc du futur.Le réputé futurologue décrit dans des propos simples et directs les principaux fondements de la société du futur.Dans cette même série, nous nous intéresserons au cours des prochains mois aux médecins, aux architectes, aux artisans de la paix, aux créateurs de rêve, aux écomilitants, aux humanistes, aux inventeurs, aux pionniers de l\u2019espace, aux activistes syndicaux, bref à tous ceux qui travaillent aujourd\u2019hui au monde de demain.Québec 1950-2000 En pages 6 et 7, nous poursuivons la série Québec 1950-2000 consacrée aux résultats du grand sondage SOM-La Presse sur les attitudes des générations québécoises.Aujourd\u2019hui, Les années 60, une décennie exceptionnelle pour plusieurs, avec des événements comme l\u2019Expo 67, les premiers pas de l\u2019homme sur la Lune et l\u2019assassinat de John Kennedy.Signalons que cette série est publiée hedomadairement, vous trouverez donc le prochain volet dans La Presse de samedi prochain.Les sagas du XXe siècle Nous reprenons par ailleurs en pages 8 et 9 le fil des sagas du XXe siècle.Après les thèmes politiques, sociaux et scientifiques, nous nous intéresserons, dans ce deuxième chapitre, aux arts, aux sports et aux transports, des domaines qui ont connu un développement fulgurant au cours des 100 dernières années.Chaque saga comprend deux éléments : une entrevue de fond avec un spécialiste reconnu du domaine étudié et une chronologie illustrée.La première saga de cette nouvelle série traite des arts visuels et nous avons obtenu la collaboration de Guy Cogeval, directeur du Musée des beaux-arts de Montréal, qui a accordé une entrevue à Jocelyne Lepage.Ensemble, ils se sont interrogés sur l\u2019avenir des musées et sur l\u2019importance de l\u2019originalité dans la diffusion de l\u2019art.La chronologie résume quant à elle les principaux courants des arts visuels au XXe siècle, de Munch et Picasso à Jeff Wall ou Marcus Harvey.Cent ans à Montréal En pages 10 et 11, les amateurs d\u2019histoire peuvent trouver le premier volet d\u2019une série consacrée à la vie à Montréal au cours des 100 dernières années.Réalisée en collaboration avec l\u2019équipe du musée McCord, qui nous a permis d\u2019utiliser la fameuse collection Notman de photographies, cette série met en valeur des documents visuels qui témoignent de la riche histoire de la métropole dans des secteurs comme le travail, les transports, les loisirs, les affaires, le commerce, l\u2019immigration, les crimes, les catastrophes.Aujourd\u2019hui, le premier volet est consacré à la santé publique, un thème que la situation dramatique qui prévaut dans les urgences de nos hôpitaux rend très actuel.Nos lecteurs seront sans doute étonnés de découvrir l\u2019environnement des hôpitaux montréalais au début du siècle.Nous associerons à chaque reportage une page d\u2019entrevue avec une personnalité qui a oeuvré dans le domaine étudié.Pour le premier reportage, Anne Richer a rencontré soeur Jeanette Forest, aujourd\u2019hui à la retraite après une longue carrière dans les hôpitaux et au département de nursing de l\u2019Université de Montréal, qu\u2019elle a contribué à fonder.Les objets du quotidien Nous vous proposons en terminant une série originale consacrée aux objets du quotidien.Essentiellement visuelle, cette série s\u2019intéresse à l\u2019évolution, d\u2019hier à demain, des objets qui font partie de votre vie de tous les jours, mais que vous n\u2019avez peut-être jamais vus comme nous vous les montrerons.Grille-pain, téléphone, espadrilles, jouets, brosse à dents ne sont que quelques-uns des objets que vous découvrirez, au cours des prochains mois.Mais pouvions-nous commencer par autre chose que le téléviseur, un appareil dont les images ont littéralement transformé la façon de voir le monde pour des milliards d\u2019individus et dont la forme a beaucoup évolué au cours des années ?Selon les experts, le télévisieur devrait connaître un développement spectaculaire au cours des prochaines années, en raison notamment des progrès de l\u2019informatique et de l\u2019intégration des moyens de communication dans des appareils de taille réduite qui regroupent plusieurs fonctions.Allez donc découvrir la télé de demain, en page 12.En complément à notre cahier Plus 2000, vous pourrez trouver dans notre édition de demain, en page A7, la première carte du deuxième chapitre de notre Atlas du XXe siècle.Après Le Siècle en résumé, publié l\u2019automne dernier, nous vous proposerons au cours des prochains mois une série de 12 cartes consacrées aux Fronts du XXe siècle, c\u2019est-à-dire aux conflits, aux guerres et aux enjeux qui ont suscité, qui suscitent et qui risquent de susciter encore longtemps des tensions entre les différents pays du monde.Ce cahier a été conçu et réalisé par l\u2019équipe des projets spéciaux du Service de l\u2019information de La Presse, sous la direction de Guy Granger.L\u2019agence World Media, dont fait partie La Presse et qui regroupe une vingtaine de journaux de tous les continents, nous a apporté sa précieuse collaboration pour plusieurs séries.En espérant que ces cahiers vous plairont, bonne lecture.Michel Marois coordonnateur du cahier 6LP0401B0129 B 04 samedi 29 6LP0401B0129 ZALLCALL 67 15:49:11 02/04/00 B STEWART O\u2019NAN collaboration spéciale, CONNECTICUT Se souvenir, c\u2019est penser à reculons, marcher à reculons, remonter dans sa voiture garée au parking, partir en marche arrière, traverser la ville avec des feux de position en guise de phares et, comme tout le monde, regagner son appartement.Dans le terminal, les passagers sont aspirés par la passerelle télescopique et puis par l\u2019avion, qui s\u2019élance la queue la première, tandis que les moteurs ravalent les gaz d\u2019échappement qui avaient un instant souillé le bleu du ciel.Assis derrière vous dans l\u2019avion, un homme mastique puis recrache un gros morceau de viande sur sa fourchette avant de le recoller d\u2019un coup de couteau à son steak, qui se recompose lentement tel un puzzle sous nos yeux.Précédés de traînées blanches, les missiles reviennent à leurs rampes de lancement, qui se referment comme des iris à floraison nocturne, pour céder la place à des images de champs de blé, de graines et de terre.Les bombes remontent dans le ventre béant de l\u2019avion.La fumée et les flammes se regroupent et se transforment en immeuble de la banlieue de Belgrade, de Londres ou de Shanghai.Les jambes de l\u2019enfant se recollent instantanément.À Hiroshima, l\u2019ombre devient vapeur.Un homme dénudé apparaît, dont les vêtements se reconstituent peu à peu.Il traverse prudemment un pont, la fumée réintègre sa pipe.À reculons, il grimpe sur le chariot qui s\u2019éloigne bientôt de nous.Les deux avions de chasse remontent en tournoyant.Les biplans se désenlacent comme un noeud et les deux pilotes d\u2019élite se hâtent de rejoindre leurs camarades.À Kitty Hawk, l\u2019étrange appareil se pose en marche arrière sur le sable.Les pneus de bicyclette rebondissent plusieurs fois avant de se stabiliser.Les deux frères s\u2019éloignent, sans quitter la machine des yeux.Dayton, Ohio.Dans une grange, les deux frères recouvrent d\u2019une bâche leur invention secrète et ridicule.Ils ferment les portes, ôtent la clef de la serrure et remontent à reculons l\u2019allée boueuse.À chaque pas, leurs lèvres aspirent de la buée.Le matin, le soleil se couche.Une nuit claire se lève.Seules les étoiles bougent, formant un immense cercle.(Traduit de l\u2019américain par Laurence Lenglet) Hiroshima \u2013 Dayton : le siècle à reculons B4 LA PRESSE, MONTRÉAL, SAMEDI 29 JANVIER 2000 depuis lors, j\u2019y reviens et je m\u2019y reconnais comme l\u2019enfant d\u2019un royaume\u2026 dont il ignore avoir été le roi.Car c\u2019est encore un village et le même, à quelques détails près.Avec sa centaine de maisons, il est toujours à cheval sur une rivière avec son pont de bois trois fois reconstruit.Entre l\u2019infini de la mer et l\u2019infini de la toundra\u2026 À quelques kilomètres à l\u2019est, c\u2019est Pointe-Parent qu\u2019on appelait «Le Poste », pour faire écho à l\u2019histoire.Une trentaine de kilomètres encore, tout près de la réserve des Montagnais, à l\u2019embouchure de la rivière Natashquan : un fleuve de quatre kilomètres de largeur à l\u2019embouchure et qui était alors une des plus fameuses rivières à saumon du monde.Avec des chutes d\u2019une grande beauté que l\u2019on a simplement baptisées : Le Premier, le Deuxième et ainsi de suite jusqu\u2019au Cinquième ou mon père allait «trapper » le castor et la loutre, le vison, la martre, le renard et le loup-cervier.Cela pour l\u2019hiver.L\u2019été, c\u2019était la pêche.Pêche au saumon ou à la truite pour les Montagnais et les sportifs américains.Mais pour nous, la pêche c\u2019était à la morue\u2026 en mer.À l\u2019ouest du pont, le village est assis sur la roche ignée du précambrien qui est l\u2019une des plus vieilles terres immergées de la planète.Une pierre durement polie par le glacier et qui prend aux saisons lumineuses des teintes de vieux rose que l\u2019on dirait tendre comme chair.Mais à l\u2019est de la petite rivière, c\u2019est sur le sable et les dunes que la mer a formées avec les siècles.Je crois encore que l\u2019on est plus marqué par les années de la petite enfance que par toutes celles qui suivront.Bien sûr.Mais si ce lieu que je n\u2019ai jamais fini de raconter fut le plus déterminant de mon existence, c\u2019est surtout par la façon dont il m\u2019a donné l\u2019heure du monde.J\u2019y retrouve la même horloge, chaque fois que j\u2019y remets les pieds.Les saisons d\u2019abord.Si neuves et si différentes de l\u2019une à l\u2019autre.GILLES VIGNEAULT collaboration spéciale, SAINT-PLACIDE On ne saurait connaître son pays, son village, sa maison même tant qu\u2019on n\u2019a pas connu maison, village et pays étrangers.Juger, apprécier, estimer ne viennent que peu à peu.Avec le voyage.C\u2019est par là, pour ma part, que je suis arrivé à vivre ce propos de Saint-Exupéry qui dit qu\u2019on est de son enfance comme d\u2019un pays.J\u2019ai eu le bonheur de venir au monde dans un village de pêcheurs qui se tient sur la rive nord de l\u2019estuaire du golfe Saint-Laurent, à mille trois cents kilomètres de Montréal, au bout des routes praticables du Québec.Natashquan est en effet au bout d\u2019une route parmi les plus excentriques du pays et qui trouvera encore une bonne douzaine de villages semblables sur son cours, si elle finit par le poursuivre jusqu\u2019au détroit de Belle-Isle.Dès 1670, un poste de traite de fourrures, établi par la Compagnie de la baie d\u2019Hudson, y faisait déjà se rencontrer les Blancs et les Montagnais, pour échanger peu d\u2019autres choses hélas, que des vivres, des fourrures et des armes.Les Montagnais, alors nomades, repartaient pour la chasse et il ne restait pas de quoi faire un village de quelque sédentarité.C\u2019est en 1855 que des pêcheurs madelinots vinrent s\u2019y établir, fuyant l\u2019appétit toujours grandissant des seigneurs des îles de la Madeleine qui leur réclamaient une part excessive de leur pêche pour des terres dont ils pouvaient se voir expatriés à tout moment.Comme leurs ancêtres avaient déjà connu, en Acadie, le Grand Dérangement de 1755, ils avaient de qui tenir pour le courage, la vaillance et la ténacité.Je suis né à Natashquan en 1928 et j\u2019y ai vécu mes treize premières années dans ce qui m\u2019apparaît encore aujourd\u2019hui comme un rêve.Chaque année Les froids « bleus » d\u2019un hiver de cinq mois; le printemps qui se dévêt de ses neiges dans un torrent de naissances et d\u2019oiseaux.L\u2019été avec ses étonnantes canicules.Puis l\u2019automne des grandes mers, des tempêtes, des retours de l\u2019école à la nuit tombée, une nuit qui mange la journée après trois heures.Et des premières aurores boréales\u2026 Le temps qu\u2019il avait fait, celui qu\u2019il allait faire occupaient beaucoup celui qui passe.Il y avait de menus travaux qu\u2019on faisait pour amuser le temps\u2026 Pour tromper une attente, on faisait des plans pour tuer le temps\u2026 De l\u2019Immaculée au jour des Rois, c\u2019était le temps des fêtes.Les quarante jours du carême étaient coupés par une semaine de la micarême, une sorte de bal masqué extérieur avec visites, tromperies, surprises et jeux de cache-cache pleins de joies et de rires\u2026 Le temps de Pâques avait déjà commencé avec le dimanche des Rameaux.Suivaient les Rogations et le temps des jardins.Le capelan qui roule à la côte préparait le temps de la pêche.Et fin d\u2019août, par chez nous, c\u2019est le temps des grainages : chicoutais, bleuets, béris, framboises et fraises des champs.Venait ensuite, avec les premières neiges, le moment de tendre les collets pour le lièvre et autres pièges pour la fourrure.Tous ces temps-là étaient vécus par des héros qui valaient bien tous ceux des bandes dessinées d\u2019alors et d\u2019aujourd\u2019hui.Et la vie se vivait entre les magasins du Galet, l\u2019école et l\u2019église, les dunes, le quai, la maison et\u2026 le cimetière, ce vieux livre d\u2019histoire.Entre ces bouées qui balisaient le trop d\u2019espace\u2026 on se déplace encore à pied, malgré les voitures et la route.Avec son air tout neuf qui goûtait le salin et les algues, la mer des grandes marées d\u2019automne apportait ses trésors au petit matin frisquet de septembre.C\u2019étaient des planches, des madriers des bambous dont on se faisait des cannes à pêche et mille cailloux et coquillages.Autant de merveilles pour un explorateur en herbe.Le soir venu, entre les ombres dansantes que faisait naître la lampe à l\u2019huile, les cornes de brume et les brisants n\u2019étaient qu\u2019un décor pour une pièce à deux personnages immortels : Le Silence\u2026 et La Nuit\u2026 Mon père disait : N\u2019allumez pas trop tôt la lampe\u2026 parce qu\u2019il aimait conter à la brunante.Des fois, en reprisant, c\u2019est ma mère qui chantait: Malgré le grand vent qui gronde sans trève Léna Le Morvan s\u2019en va-t-à la grève\u2026 Et je n\u2019ai pas parlé du vent, du loup, des phoques et de quoi d\u2019autre encore ?Natashquan m\u2019a tout appris sur le monde et sur moi-même.Mais c\u2019est à Montréal, à Londres et à Paris, à Genève, à Bruxelles, à Rome et à Kyoto que j\u2019ai compris tout cela.Comme on retrouve sur les plages de l\u2019enfance une bouteille avec dedans les plans d\u2019une île au trésor.Natashquan On dit beaucoup de mots On fait beaucoup de pas Pour revenir apprendre Qu\u2019on s\u2019en allait chez soi Stewart O\u2019Nan est né en 1967 à Pittsburgh aux États-Unis et vit actuellement dans le Connecticut.Àprès des études scientifiques et littéraires, il travaille 5 ans comme ingénieur puis dirige un cursus d\u2019écriture à Trinity College dans le Connecticut.Le succès de ses livres \u2013 Des anges dans la neige ou Speed Queen \u2013 aux États-Unis et en Europe lui permettent de se consacrer aujourd\u2019hui entièrement à l\u2019écriture.Un de ses derniers romans, Le Nom des morts, est un thriller sur fond de guerre du Vietnam.Chaque mois, des auteurs du monde entier nous parlent des lieux qui les ont marqués.Les lieux de mémoire du XXe siècle Plus 2000 6LP0501B0129 B 05 samedi 29 6LP0501B0129 ZALLCALL 67 15:49:21 02/04/00 B LA PRESSE, MONTRÉAL, SAMEDI 29 JANVIER 2000 B5 niveau à l\u2019échelle.Et tout en haut, du moins pour un temps, sont apparues les sociétés et les économies fondées sur le savoir.Cela ne signale pas nécessairement une redistribution permanente du pouvoir.Le danger que nous pressentons est lié au fait que de nouveaux modes de vie viennent remettre en question les élites des vieilles civilisations, et que les confrontations mènent toujours au conflit, et parfois à la violence.Le savoir tiendra-t-il une place centrale dans le siècle à venir ?Je donne du «savoir » une définition très large, qui comprend aussi bien l\u2019information, les données, les images, les idées, les symboles mais aussi le contre-savoir et la mauvaise information.Cette structure intangible dans son ensemble évolue très rapidement et les liens qu\u2019elle entretient avec la production de richesses par l\u2019homme ont changé.Qui contrôlera ces nouvelles ressources en savoir ?La division ternaire du pouvoir m\u2019amène à la question suivante : va-t-elle susciter une nouvelle forme de colonialisme, avec les pays qu\u2019on pourrait qualifier de « riches en information» en position dominante?Ma réponse est négative, car le savoir n\u2019est pas une ressource comparable aux précédentes.L\u2019essence du pouvoir économique aujourd\u2019hui ne se situe plus dans les ressources naturelles mais dans le savoir sur lequel repose l\u2019économie.Dans une économie de la troisième vague, il est beaucoup plus difficile de thésauriser ce savoir qu\u2019il ne l\u2019était de concentrer des usines dans un lieu donné.Et le savoir ne se laisse pas enfermer à jamais, même s\u2019il existe une protection des droits d\u2019auteur, et personne ne peut le monopoliser longtemps.Une économie fondée sur le savoir n\u2019a donc rien en commun avec les précédentes.Dans une économie agraire, la terre que cultive un homme ne peut pas être mise à profit par un autre au même moment.Dans une économie industrielle, l\u2019usine ne profite de la même façon qu\u2019à un seul parti à la fois.Mais le savoir peut être mis à profit par tous.Intelligemment utilisé, le savoir engendre plus de savoir.Pensez-vous que le pouvoir au XXIe siècle passera des hommes politiques aux scientifiques ?Ce n\u2019est pas si simple.Aux yeux des économistes traditionnels, les soidisant « facteurs de production» ont toujours été la terre, le travail et le capital.Mais ces théories ont besoin d\u2019être révisées.Car le savoir n\u2019est pas simplement le seul facteur de production, mais le facteur dominant dans les économies naissantes de la troisième vague.Réunir les connaissances qu\u2019il faut avec la bonne personne au bon moment et au bon endroit permet d\u2019atteindre les mêmes résultats avec moins de terre, moins de travail et moins de capital.Cela bouleverse le rôle des administrations face aux réseaux ; cela accroît le pouvoir des individus qu\u2019on appelle les « gardiens » du savoir à l\u2019intérieur des organisations ; cela complique la tâche des gouvernements qui entendent contrôler l\u2019information transmise à la population.Bref, cela ouvre de nouvelles perspectives, favorables aussi bien au développement de nouvelles formes démocratiques que de nouvelles façons de faire le mal.Le pouvoir au XXIe siècle se concentrera-t-il autour des individus, des entreprises ou des organismes mondiaux?Internet, exemple de nouvelle technologie de l\u2019information, a eu pour effet d\u2019accroître considérablement le pouvoir des individus.Il a rendu possible pour un individu isolé de se mettre en contact avec des millions de gens.Un étudiant birman en exil a réussi, par Internet, à organiser tout seul un mouvement de protestation suffisamment puissant pour effrayer diverses entreprises qui ont retiré leurs investissements du pays.Quel sera le rôle des individus dans le siècle à venir ?Nous traversons une époque révolutionnaire.Personne ne peut dire avec assurance de quoi demain sera fait, et personne ne sait comment le pouvoir sera réparti dans cent ans.Mais de R Q R Q R Q R Q R Q DIJANA SULIC ET WERONIKA ZARACHOWICZ World Media Network Alvin Toffler est un des plus grands futurologues au monde.La trilogie qu\u2019il a cosignée avec sa femme Heidi Toffler (Le Choc du futur, La Troisième Vague et Powershift) a battu des records de vente.Dans le dernier volume de la trilogie, Toffler analyse l\u2019évolution des fondements du pouvoir, d\u2019une source traditionnelle, la violence et l\u2019argent, vers une nouvelle assise, le savoir, et plus particulièrement le « savoir du savoir ».Cette évolution des fondements de la puissance va profondément affecter les équilibres en place, tandis que les individus, les entreprises et les pays se disputeront le contrôle de ces nouvelles sources de pouvoir.Qu\u2019est-ce qui distingue le XXe siècle des précédents ?Le XXe siècle a vu se développer la civilisation industrielle à une vitesse phénoménale dans certaines régions du monde.Mais simultanément, vers le milieu du siècle, sont apparus les premiers signes d\u2019un nouveau type d\u2019économie et de société, une « civilisation de la troisième vague » \u2013 la première étant agraire, la deuxième industrielle, et la dernière, une économie et une société fondées sur le savoir.C\u2019est à mes yeux un changement historique majeur dont on se souviendra dans plusieurs siècles.Êtes-vous d\u2019accord avec ceux qui disent que le XXe siècle a été le plus meurtrier de toute l\u2019histoire de l\u2019humanité ?Cela m\u2019étonnerait.En quantité, en nombre de corps tués, blessés, mutilés ou détruits, oui, certainement, ce siècle a été le plus meurtrier.Mais si on pense aux guerres interminables qui ont ravagé diverses régions du monde dans les siècles passés, et si on compare ces pertes humaines à la démographie de l\u2019époque, cette affirmation n\u2019est peut-être plus vraie.Si vous deviez résumer le XXe siècle en quelques dates, quels événements retiendriez-vous ?La montée d\u2019un nouveau mode de vie fondé sur de nouvelles applications du savoir pour produire des richesses et de nouvelles formes d\u2019organisation sociale.Cela a commencé peu après la Deuxième Guerre mondiale.Bien sûr, on ne peut pas passer sous silence certains tournants essentiels du siècle : une guerre qui a commencé en 1914 et s\u2019est poursuivie par intermittence jusqu\u2019en 1945, avec une période de paix \u2014 le premier conflit à être presque planétaire.On ne peut pas non plus feindre d\u2019ignorer la guerre froide, qui constitue certainement la première menace d\u2019une destruction planétaire.Le tournant du siècle et l\u2019approche du nouveau millénaire ont un effet psychologique important dans les populations du monde entier.Selon vous, avons-nous de bonnes raisons d\u2019avoir peur ?Non.L\u2019an 2000 n\u2019a aucun intérêt pour de nombreuses cultures qui n\u2019ont pas adopté le même calendrier que l\u2019Occident, et ce n\u2019est qu\u2019un pur produit de ce calendrier.Nous avons des raisons de craindre pas mal de choses, mais rien qui ne soit lié à cette date particulière.De quoi devrions-nous avoir peur à l\u2019avenir ?Il me semble que nous devrions redouter un conflit géopolitique.Nous sommes en train de passer d\u2019un monde à deux vitesses à un monde à trois vitesses.Pendant un ou deux siècles, le pouvoir était fondamentalement réparti entre les sociétés industrielles d\u2019une part, et les sociétés agraires ou fondées sur l\u2019exploitation des matières premières d\u2019autre part.L\u2019industrialisation et la colonisation au XIXe siècle, et le développement des sociétés industrielles au XXe siècle, ont divisé le monde en deux camps : les populations agraires en bas de l\u2019échelle et les populations industrialisées en haut.Ce qui se passe aujourd\u2019hui remet profondément en cause cette répartition du pouvoir.Nous ajoutons un troisième R Q R Q R Q R Q R Q nombreux changements attendent la prochaine génération.L\u2019un d\u2019eux sera la montée en puissance d\u2019acteurs d\u2019un nouveau type, les participants à ce jeu du savoir.Aux États-Unis par exemple, un individu isolé, Matt Drudge, s\u2019est branché sur Internet pour créer son propre journal quotidien personnel.Et c\u2019est lui le premier qui a révélé l\u2019histoire de Monica Lewinsky, histoire qui devait ébranler le pouvoir politique américain pendant six mois.Une seule personne \u2013 pas un parti politique, ni une entreprise ni une religion \u2013 juste un individu qui a su tirer profit des nouvelles technologies de l\u2019information.Qui seront les pionniers du XXIe siècle ?Il y a des milliers, des millions de pionniers, qui sont tous, d\u2019une certaine façon, les soldats de cette révolution en marche.Ce sont des hommes ordinaires, qui accomplissent un travail ordinaire, ou du moins ce qu\u2019ils regardent comme un travail ordinaire.Des hommes qui utilisent les nouvelles sciences et technologies auxquelles ils ont accès, et les mettent en application dans divers domaines.Ils créent de nouveaux organes ou de la peau artificielle ; ils restructurent les entreprises et les adaptent à de nouveaux modèles d\u2019organisation moins bureaucratiques ; ils aident au développement de nouvelles formes artistiques ou de nouveaux moyens de communication; ils créent des logiciels ; ils participent au développement du commerce électronique ; ils s\u2019essaient à de nouvelles formes d\u2019action politique nées de la troisième vague.Tous contribuent, d\u2019une manière ou d\u2019une autre, à la formation de la civilisation de la troisième vague.Le siècle à venir sera-t-il dominé par les biotechnologies et les experts en informatique ?Il ne sera pas dominé par les experts.Peut-être par les technologies et la biologie, ou plutôt par la rencontre des technologies de l\u2019information et de la révolution biologique, qui donnerait naissance à un complexe à la disposition de l\u2019homme.Il s\u2019agit en fait là des premiers signes de la prochaine vague, la quatrième vague de l\u2019histoire, qui verra les humains aller s\u2019installer sur d\u2019autres planètes.En quoi ces nouveaux développements pourraient-ils affecter le cours Q R Q R Q des relations internationales ?Les gladiateurs qui s\u2019affrontent sur la scène internationale sont bien plus nombreux aujourd\u2019hui qu\u2019au cours des trois derniers siècles.Depuis le milieu du XVIIe siècle, les États-nations s\u2019occupent des affaires internationales.Je pense qu\u2019aujourd\u2019hui, dans ce nouveau contexte d\u2019un monde à trois vitesses, le pouvoir passe des États-nations aux nombreux autres acteurs présents sur la scène internationale.Les religion, comme l\u2019islam, jouent un rôle.Le Vatican est un acteur international important, au même titre que les entreprises multinationales, les réseaux de la drogue, et les organisations non gouvernementales, qui fonctionnent aujourd\u2019hui de plus en plus en commun et sont à même de former très rapidement des coalitions temporaires.Il y a encore beaucoup d\u2019autres acteurs, comme les spéculateurs boursiers isolés ou les petits groupes d\u2019investisseurs.C\u2019est ce qui me fait penser que le concept-clé des relations internationales à l\u2019avenir sera celui de « coalitions lointaines ».À l\u2019avenir, les regroupements se feront à des niveaux divers et non plus simplement autour des États-nations.On aura par exemple trois nations, huit organisations non gouvernementales, deux ou trois entreprises, dont les intérêts se rejoignent, et qui s\u2019uniront temporairement.Ce type de coalition sera bien plus complexe et bien plus puissant que les coalitions entre nations auxquelles nous sommes habitués.Quels sont vos espoirs et vos rêves pour le XXIe siècle ?Je ne crois ni aux utopies ni aux scénarios macabres.Je crois que nous devrions aspirer à ce qu\u2019on pourrait appeler une « practopie », c\u2019est-à-dire une amélioration de notre mode de vie pratique, fondée sur la diversité.Je pense que nous nous éloignons du modèle industriel d\u2019uniformité, de la production, de la distribution et de la consommation de masse, de l\u2019éducation de masse et des médias, et que nous avançons vers de nouvelles formes d\u2019organisation sociale beaucoup plus diverses.Je pense que cette évolution est saine.Évidemment, on espère tous un siècle de paix, de prospérité et le triomphe des droits de l\u2019homme, mais il s\u2019agit là d\u2019espoirs faciles à avoir.Mais difficiles à atteindre.R Q R Une société ouverte à la diversité Alvin Toffler s\u2019interroge sur les nouvelles sources du pouvoir et sur les luttes pour leur contrôle Chaque mois, une personnalité de réputation internationale livre ses réflexions sur le monde de demain.Les pionniers du XXe siècle Plus 2000 6LT0601B0129 B6-7 samedi 29 6LT0601B0129 ZALLCALL 67 15:48:39 02/04/00 B PHOTO ARCHIVES La Presse © Olivier Guimond et ses personnages ont eu un impact sur la culture populaire.Les expressions « Quo qua fa là-là ?» et « Lui, y connaît ça ! » feront quelques années durant partie du vocabulaire de milliers de Québécois.B6 LA PRESSE, MONTRÉAL, SAMEDI 29 JANVIER 2000 B7 Les questions Les Québécois ont-ils vraiment rayé Maurice Duplessis de leurs souvenirs ?S\u2019ennuient-ils réellement de la messe ?Ce sont là deux des nombreuses questions que suscitent le sondage SOM-La Presse 1950- 2000, dont nous publions les résultats depuis trois semaines.On fait un sondage pour avoir des réponses.Plus souvent qu\u2019autrement, les réponses obtenues suscitent de nouvelles interrogations.Prenez les résultats portant sur les années 60, publiés cicontre.Pourquoi Jean Lesage at- il été choisi par si peu de gens comme la personnalité politique marquante de la décennie ?Peuton croire que les Québécois ont oublié l\u2019architecte de la Révolution tranquille ?Est-ce parce qu\u2019ils estiment que le crédit de cette Révolution revient davantage à René Lévesque ?Ou est-ce plutôt l\u2019effet naturel du temps, le personnage de Lévesque restant plus frais à notre mémoire ?En tout cas, cette enquête d\u2019opinion devrait forcer les historiens (et les journalistes) à s\u2019interroger sur le sens réel de la Révolution tranquille pour les Québécois ordinaires.Comment expliquer que l\u2019assassinat de John Kennedy nous ait davantage marqués que la nationalisation de l\u2019électricité ?Peut-être simplement parce qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019un instant de drame pur, par surcroît l\u2019un des premiers qui fut télévisée.Mais peut-être y a-t-il autre chose.Peut-être que, déjà, la politique laissait beaucoup de gens indifférents, alors même qu\u2019elle transformait la société québécoise de fond en comble.Dans la même veine, on ne peut s\u2019empêcher de remarquer combien des personnages importants de notre histoire récente paraissent peu connus ou appréciés du grand public.Pensons au journaliste André Laurendeau et au sociologue Marshall McLuhan (« The medium is the message »), choisis chacun par moins de 1 % de nos répondants.Tout cela met en évidence l\u2019éternel fossé entre l\u2019élite et le peuple, fossé que notre révolution n\u2019est pas parvenue à combler plus que d\u2019autres, moins tranquilles, avant elle.Cependant, si l\u2019élite garde le pouvoir, le peuple impose parfois ses héros.Combien d\u2019années, dans les milieux cultivés, a-t-on levé le nez sur l\u2019interprète de Cré Basile au méprisé « canal 10»?Dans ce cas-ci, au moins, le peuple a pu prouver que lui, y\u2019connaît ça ! La méthodologie Ce sondage téléphonique a été réalisé pour La Presse par SOM, du 5 au 20 octobre 1999.Au total, 2620 entrevues ont été complétées.Des quotas ont été fixés pour s\u2019assurer d\u2019échantillons de 500 répondants pour chacun des groupes d\u2019âge suivants : 40-49 ans, 50-59 ans, 60- 69 ans et 70 ans ou plus.Des quotas de 300 entrevues ont également été fixés pour chaque des deux groupes d\u2019âge de 20-29 ans et 30-39 ans.À l\u2019intérieur de chaque groupe d\u2019âge, l\u2019échantillon était balancé selon les sexes et selon les grandes régions du Québec.On estime le taux de réponse obtenu à 64 % alors que le taux de personnes qui n\u2019ont pu être jointes au cours de la période d\u2019enquête se situe à 14 % et la proportion de refus à 22%.La marge d\u2019erreur d\u2019échantillonnage maximale pour chaque décennie (groupe de 500 répondants ou un peu plus) est de 4,4 % au niveau de confiance de 95%.Pour le premier groupe, qui cumule deux décennies (604 répondants de 20 à 39 ans), la marge d\u2019erreur échantillonnale est de 4,0 %, au même niveau de confiance.CALENDRIER DE PUBLICATION 15 janvier (déjà publié): n Les grands bouleversements 22 janvier (déjà publié): n Les années 50 Aujourd\u2019hui: n Les années 60 Samedi prochain (5 février): n Les années 70 Samedi 12 février: n Les années 80 Samedi 19 février: n Les années 90 Samedi 26 février: n 1950-2000: le bilan Au Québec, les années 60 sont synonymes de grands c h a n g e m e n t s politiques.C\u2019est la R é v o l u t i o n tranquille, avec l\u2019élection des libéraux de Jean Lesage et la nationalisation de l\u2019électricité.C\u2019est aussi la montée de l\u2019indépendantisme avec le Vive le Québec libre ! du général de Gaulle et la fondation du Mouvement Souveraineté- Association, devenu ensuite le Parti québécois.Mais ces séismes ne sont pas les événements qui ont le plus touché les Québécois de l\u2019époque, si l\u2019on en croit un sondage SOM-La Presse réalisé auprès de 480 personnes dans la soixantaine.Quand on leur a demandé quel épisode de cette décennie les avait le plus marqués, ils ont choisi l\u2019Expo 67, l\u2019assassinat de John F.Kennedy (en 1963) et les premiers pas de l\u2019homme sur la Lune (en 1969).Les soubresauts de la politique québécoise, qui ont fait le régal des journalistes et des historiens, arrivent loin, loin derrière dans la mémoire de ces gens qui, dans les années 60, avaient entre 20 et 39 ans.«Les événements reliés à la Révolution tranquille, comme la nationalisation de l\u2019électricité, ont simplement disparu », constate l\u2019historien Ronald Rudin, de Concordia.«On essaie de créer une mémoire nationaliste, mais elle ne s\u2019inscrit pas encore, déplore son collègue Robert Comeau, de l\u2019UQAM.La majorité ne suit pas.Il y a une séparation entre ce qu\u2019une élite voudrait \u2013 les journalistes, les professeurs, les politiciens \u2013 et ce que veut l\u2019ensemble de la population.» Presque un tiers des personnes interrogées ont dit que l\u2019Exposition universelle de 1967 a été l\u2019événement des années 60 qui les a le plus marquées.« L\u2019Expo, dit l\u2019historien Jacques Lacoursière, c\u2019était l\u2019ouverture au monde, le monde venait chez nous.La télévision avait apporté une certaine ouverture au monde, mais là on pouvait voir, on pouvait toucher.» Pour rappeler la frénésie provoquée par l\u2019exposition universelle, il suffit de dire que dès la première fin de semaine, plus d\u2019un million et demi de personnes ont envahi les lieux.« Montréal s\u2019engage dans une expérience dont elle sortira profondément transformée », écrivait l\u2019éditorialiste Cyrille Felteau.Selon Robert Comeau, le score élevé obtenu par l\u2019Expo (par rapport aux grands moments de la vie politique) s\u2019explique en partie par le libellé de la question, qui forçait les répondants à choisir un seul événement, et à nommer celui qui les a « le plus marqués personnellement ».« L\u2019Expo, c\u2019était important pour la société, mais aussi individuellement, souligne-t-il.C\u2019est lorsque les deux coïncident qu\u2019on voit des pourcentages élevés.» Les femmes sont plus nombreuses à avoir choisi Terre des Hommes (39%) que les hommes (23%).«Pour les femmes, avance l\u2019historien Comeau, c\u2019était la grande sortie.Elles sortaient de la maison.» Un grand bond Parmi les hommes, ce n\u2019est pas l\u2019Expo qui arrive au premier rang, mais le « grand bond pour l\u2019humanité » de l\u2019astronaute Neil Armstrong, le 20 juillet 1969.De plus, les hommes ont choisi davantage que les femmes des événements de nature politique.« Les aspects technique et politique dominent chez les hommes », note Jacques Lacoursière.Au total, l\u2019assassinat de John F.Kennedy arrive au deuxième rang.« L\u2019assassinat de Kennedy, on l\u2019a vu à la télévision, le premier homme sur la Lune aussi », souligne Lacoursière.Étonnant, tout de même, que ces Québécois aient été marqués davantage par la mort d\u2019un président des États-Unis que par des moments cruciaux de leur histoire.À leurs yeux, sans doute, l\u2019assassinat de Kennedy était une tragédie humaine plutôt qu\u2019américaine.C\u2019est cet état d\u2019esprit qu\u2019a traduit Gérard Pelletier dans son éditorial, le lendemain du drame : « Hier matin, John Kennedy était pour nous tous un étranger, un chef d\u2019État que sa puissance même éloignait de nous (\u2026) Depuis l\u2019absurde attentat qui l\u2019a précipité dans l\u2019éternité, il est devenu pour nous tous un frère humain, un frère chrétien.» Les médias, à l\u2019époque comme depuis, ont accordé beaucoup de place au « Vive le Québec libre ! » du général.« De ce balcon, soutenait trente ans plus tard Jacques Parizeau, un homme a soulevé le coeur des Québécois ».Peut-être, mais seulement 4 % des sexagénaires interrogés ont dit qu\u2019il s\u2019agit de l\u2019événement des années 60 qui les a les plus marqués.Les journalistes du temps ont suivi pas à pas la campagne de la nationalisation de l\u2019électricité, pilotée par la star politique de l\u2019heure, René Lévesque.« La nationalisation (\u2026) est la clé qui nous conduira à notre libération ! » disait Lévesque durant la campagne électorale de 1962.À peine 4% des personnes interrogées se souviennent de cette « libération» comme du tournant de cette décennie.Une dame nous a confié que tous ces événements politiques lui étaient passé « 100 pieds par-dessus la tête».À en juger par les résultats de notre sondage, elle n\u2019est pas la seule.Ce que vous nous avez dit\u2026 «À l\u2019Expo, on a vu quelque chose qu\u2019on ne reverra pas.Le mode de vie de tous les pays, c\u2019était très intéressant.Nous avions tous des passeports.Dès que j\u2019avais le temps, j\u2019allais voir ça.Je me souviens surtout du pavillon de Bell.Mais on ne pouvait pas y aller souvent, c\u2019était tout le temps plein.» \u2013Clément Doucet, Carignan «Kennedy avait de jeunes enfants, c\u2019était une affaire atroce.J\u2019avais une amie qui enseignait, je l\u2019ai appelée en pleine classe pour lui apprendre la nouvelle.Je me souviens très bien du p\u2019tit gars qui faisait le salut.» \u2013Rachel Nault-Doyen, 65 ans, Bromptonville Des textes d\u2019André Pratte Cré Basile ! Trente ans après sa mort, Olivier Guimond garde une place tout à fait particulière dans la mémoire des Québécois.Parmi les gens dans la soixantaine interrogés par La Presse, 29% ont choisi Ti-Zoune junior comme la personnalité qui les a le plus marqués pendant les années 60.Pour Guimond, cette décennie est celle de la réussite.« Le succès de Cré Basile a été énorme, rappelle Robert Thérien, auteur du Dictionnaire de la musique populaire au Québec.Dans les années 1950, à l\u2019époque des cabarets, beaucoup de gens le considéraient déjà comme le plus grand.Son passage à la télé est venu couronner tout ça.» Comme La Petite vie aujourd\u2019hui, Cré Basile, regardée religieusement par des centaines de milliers de personnes tous les mardis soirs, a eu un impact sur la culture populaire.Les expressions « Quo qua fa là-là ?» et «Lui, y connaît ça !» feront quelques années durant partie du vocabulaire de milliers de Québécois.Les années 60, c\u2019est aussi le rôle de Freddie Washington dans l\u2019émission pour enfants (et pour adultes !) Le Capitaine Bonhomme.À la fin de la décennie, Guimond connaît un échec douloureux après être passé du canal 10 à Radio-Canada.La Branche d\u2019Olivier et Smash déçoivent.« La pire chose qui puisse m\u2019arriver dans la vie, c\u2019est que ça ne marche pas au canal 2 », avait-il dit.En novembre 1971, Olivier Guimond meurt, à l\u2019âge de 57 ans.Mais pas avant que son interprétation d\u2019un soldat canadien français gardant une maison de Westmount pendant la crise d\u2019Octobre, dans le Bye Bye de 1970, ne confirme son génie.L\u2019affection des Québécois pour celui qu\u2019ils appelleront toujours Olivier ne vient pas seulement de ses culbutes et de ses mimiques.L\u2019historien Robert Comeau trace un parallèle entre Guimond et un autre de nos favoris, René Lévesque : «Guimond, comme René Lévesque, c\u2019est un loser.Deux petits, deux mal pris.Les gens les aiment parce qu\u2019ils sont malheureux, parce qu\u2019ils sont perdants.» «Il y avait un fossé énorme entre l\u2019élite intellectuelle et la masse de la population, rappelle l\u2019historien Thérien.C\u2019était avant l\u2019éducation généralisée.Ti-Zoune représentait le héros de la populace.» Félix et Dodo Félix Leclerc était ressorti comme la personnalité artistique qui avait le plus marqué les Québécois pendant les années 50 (voir La Presse du 22 janvier).Il arrive au second rang pour les années 60, choisi par 20% des personnes interrogées.Les années 60 sont pourtant relativement difficiles pour Leclerc, alors qu\u2019il s\u2019éparpille dans la chanson, le livre, le théâtre et la télévision.En 1967, il quitte le Québec pour s\u2019installer en Suisse.Il reviendra chez lui en 1970, pour bâtir sa maison dans l\u2019île d\u2019Orléans.La comédienne Dominique Michel a été choisie par 15% des personnes interrogées.Très connue comme chanteuse (Su\u2019l\u2019perron, vendue à 100 000 exemplaires à la fin des années 50), elle devient une vedette de la télé grâce à Moi et l\u2019autre, l\u2019autre série humoristique dominante de la décennie.«Ma grande qualité, dit Dodo, c\u2019est que je ne me suis jamais prise au sérieux.» Une c\u2026 de chute En analysant les résultats du sondage, le journaliste Jean Beaunoyer s\u2019est montré étonné des faibles pourcentages recueillis par Robert Charlebois et Les Cyniques : «Charlebois et Les Cyniques, c\u2019était l\u2019affaire à voir ! » En 1968, rappelle le journaliste, Charlebois chante Lindbergh, dont les stations de radio censurent « la crisse de chute ».« Lindbergh, dit Beaunoyer, c\u2019est une véritable révolution.» Comment expliquer que si peu de gens aient choisi Garou comme personnalité artistique marquante?Une question d\u2019âge, croit le journaliste.À l\u2019époque, bon nombre de nos répondants étaient dans la trentaine.«Charlebois et Les Cyniques s\u2019adressaient à un public beaucoup plus jeune, estime aussi Robert Thérien.Une bonne partie des gens qui avaient entre 20 et 40 ans dans les années 60 les trouvaient un peu raides.» La grande oreille On remarque une différence de taille entre les réponses des hommes et des femmes : chez ces dernières, l\u2019animatrice Jannette Bertrand se classe au troisième rang, avec 16% du vote, tandis que seulement 4% des hommes interrogés l\u2019ont choisie.Dans les années 60, Mme Bertrand a animé le jeu télévisé Adam et Ève, avec son mari Jean Lajeunesse.En 1969 entrait en ondes la très populaire émission Quelle famille !, écrite et interprétée par Jean et Janette.Dans les années 60, aussi, Mme Bertrand rédige un courrier du coeur et une « agence matrimoniale » dans Le Petit Journal.Par la suite, Mme Bertrand deviendra, pour citer mon collègue Daniel Lemay, « la plus grande oreille du petit écran».Ce que vous nous avez dit\u2026 Moi et l\u2019autre, c\u2019était des choses qu n\u2019arrivent pas, mais c\u2019était tellement drôle, la façon dont c\u2019était dit.C\u2019était un petit peu ridicule sur les bords, mais ça apportait un rire dont nous avions besoin.» \u2013Jacqueline Parent, 62 ans, Sainte-Martine Ce cher Olivier qui nous a tant fait rire ! PHOTO ROBERT NADON, La Presse© Léo Flamand, de Carignan, se rappelle avoir conduit Olivier Guimond, alors qu\u2019il était chauffeur de taxi : « J\u2019ai réalisé que quand il était dans sa loge, entre deux spectacles, c\u2019est un homme qui pleurait beaucoup plus souvent qu\u2019il riait.» Les années 60 sont caractérisées par l\u2019influence grandissante des États-Unis et de la culture américaine au Québec.Si l\u2019Expo 67 est l\u2019événement qui a le plus marqué les répondants à notre sondage, l\u2019assassinat du président John F.Kennedy, en 1963, et les premiers pas d\u2019un homme sur la Lune, en 1969, ont été choisis par une proportion importante de Québécois.PHOTOS ARCHIVES La Presse, AP et NASA SAMEDI PROCHAIN : LES ANNÉES 70 Si, dans la mémoire sportive des Québécois, les années 50 appartiennent à Maurice Richard, la décennie subséquente est incontestablement dominée par Jean Béliveau.Plus de la moitié des personnes participant au sondage SOM-La Presse ont nommé le «Gros Bill» comme la personnalité sportive les ayant le plus marquées dans les années 60.Les premières années de la décennie furent pourtant difficiles pour le numéro 4 des Canadiens.Pour toute l\u2019équipe, en fait.Après cinq coupes Stanley d\u2019affilée, Montréal a été écarté de la finale de 1960-61 à 1963-64.Béliveau, élu capitaine en 1961, a été blessé et a connu deux saisons ordinaires, ce qui l\u2019a exposé aux critiques.Mais, rajeunie, l\u2019équipe chérie des Québécois allait se ressaisir et remporter cinq coupes en six ans.Après celle de 1971, Béliveau a annoncé sa retraite.Il avait compté 507 buts, mais ce n\u2019est pas tellement son habileté qu\u2019ont retenue les amateurs de sports.C\u2019est le style du personnage.Autant Maurice Richard personnifiait la rage de vaincre, autant Béliveau représentait l\u2019élégance.«Quelle classe ! Jeune, je me suis fixé comme objectif de mener ma vie comme Jean Béliveau l\u2019avait fait », s\u2019exclamait récemment Paul Henderson, ancienne vedette des Maple Leafs de Toronto, dans une entrevue accordée à La Presse.«Béliveau est le premier qui a donné une autre image des joueurs de hockey, explique Michel Blanchard, chroniqueur sportif à La Presse.C\u2019était un homme qui s\u2019exprimait bien, qui se présentait bien et n\u2019était pas controversé.» Blanchard rappelle aussi que, contrairement à son coéquipier Bernard Geoffrion, Béliveau a refusé de dépasser Maurice Richard dans la course au championnat des compteurs, en 1955, alors que le Rocket avait été suspendu pour le reste de la saison.« Les gens s\u2019en souviennent encore », croit le journaliste.Le frère de l\u2019autre «Si John Ferguson a amené aux Canadiens des années 60 le respect des joueurs adverses, Henri Richard a insufflé à l\u2019équipe sa personnalité », soutient Béliveau dans ses mémoires.Les Québécois semblent approuver ce jugement, 18 % des personnes sondées ayant choisi Richard comme personnalité sportive de cette décennie.Au cours de sa carrière, le Pocket Rocket a réussi neuf saisons de plus de 20 buts et gagné 11 coupes Stanley.«Quand vous êtes le frère cadet d\u2019une légende du hockey, les gens mettent du temps à reconnaître votre valeur, souligne Jean Béliveau.Maurice était retiré depuis plusieurs années avant que les partisans ne commencent à remarquer qu\u2019Henri était une véritable vedette.» Comme pour la décennie précédente, les Québécois anglophones ont réparti leur vote un peu plus largement que les francophones.Ainsi, 20% des anglophones ont choisi Bobby Hull comme personnalité sportive marquante des années 60 (610 buts en carrière) contre seulement 4% pour les francophones.« Bobby Hull, c\u2019était la force brute, tandis que Béliveau était un joueur plus scientifique », souligne Blanchard.Seize pour cent des répondants anglophones ont voté en faveur de la skieuse Nancy Greene, gagnante de deux médailles au Jeux olympiques de Grenoble en 1968.Mme Greene a aussi eu droit à 9% du vote des femmes, mais à seulement 4% du vote des hommes.Ce que vous nous avez dit\u2026 «Béliveau était un joueur beaucoup plus complet que Maurice Richard.C\u2019était un fabricant de jeux, un bon passeur, qui savait se replier.Richard n\u2019était bon qu\u2019à partir de la ligne rouge.» \u2013Réjean Lefebvre, 64 ans, Longueuil Premier ministre du Québec de 1960 à 1966, Jean Lesage est considéré depuis comme le père de la Révolution tranquille.« Il passera à l\u2019histoire comme celui qui a fait entrer le Québec dans l\u2019ère moderne », a soutenu Pierre Elliott Trudeau.« Jean Lesage est un des hommes les plus brillants qui soient passés sur la scène politique canadienne et québécoise », a souligné Claude Ryan.Mais, parmi 480 Québécois qui ont vécu les années 60 \u2013 et qui sont aujourd\u2019hui dans la soixantaine \u2013 Jean Lesage n\u2019arrive qu\u2019au quatrième rang des personnalités politiques et sociales qui les ont le plus marqués, derrière René Lévesque, Pierre Trudeau, et Jean Drapeau.Seulement 12 % des personnes interrogées ont nommé M.Lesage comme étant la personnalité dominante de cette décennie.Lévesque et Trudeau ont été chacun choisi par 27% des répondants, et Jean Drapeau par 19%.Les Québécois ont-ils oublié le père de leur révolution ?« Lesage laisse un drôle de souvenir quand il perd le pouvoir en 1966, estime l\u2019historien Jacques Lacoursière.Il est en perte de vitesse depuis 1964.Le slogan de l\u2019élection de 1966 c\u2019était : \u201cLaissons Lesage continuer son oeuvre \u201d.Mais ce n\u2019était plus l\u2019équipe du tonnerre des années 60.Les gens avaient déjà commencé à décanter la personnalité de Lesage.» D\u2019autres facteurs entrent en jeu.Surtout le fait que MM.Lévesque, Trudeau et Drapeau ont poursuivi leur carrière au-delà des années 60, tandis qu\u2019après sa défaite surprise en 1966, M.Lesage s\u2019est fait discret.Il est mort en 1980, alors que les autres étaient encore au pouvoir.Cela dit, le trio Lévesque- Trudeau-Drapeau a bel et bien marqué la décennie.M.Trudeau est entré en politique en 1965.Trois ans plus tard, il est élu premier ministre du Canada, à la faveur de la «Trudeaumanie».Son gouvernement fait adopter la Loi sur les langues officielles en 1969.La décennie est mouvementée pour René Lévesque.Ministre des Richesses naturelles dans le gouvernement Lesage, il convainc son chef des vertus de la nationalisation de l\u2019électricité.Après seulement deux ans au pouvoir, les libéraux déclenchent des élections sur ce thème, avec comme slogan « Maîtres chez nous ».La tâche accomplie, les Québécois renvoient les libéraux à l\u2019opposition.Lévesque devient indépendantiste, claque la porte du Parti libéral et fonde le Mouvement Souveraineté- Association.Les deux tribus Trudeau, 27 %, Lévesque, 27%! Cette dialectique héroïque nous hantera pendant longtemps.Lévesque est le premier choix de nos répondants francophones, avec 29 %, contre 23% qui ont choisi Trudeau et 19 % Jean Drapeau.Trudeau est le premier choix des répondants anglophones, dont 65 % disent qu\u2019il est la personnalité politique qui les a le plus marqués dans les années 60.«Dans l\u2019esprit des gens, la politique des dernières années se résume à un combat entre deux tribus.Lévesque est le père d\u2019une des tribus, Trudeau est le père de l\u2019autre », dit Ronald Rudin, professeur d\u2019histoire à l\u2019Université Concordia.Pour sa part, élu maire en 1960, Jean Drapeau a régné sur Montréal pendant toute la décennie.Ce sont les annés du métro, de l\u2019Expo, des Expos.« Drapeau serait le premier à dire qu\u2019il n\u2019a pas tout fait l\u2019Expo, ni l\u2019Expo tout seul.Mais, pour la voix populaire, l\u2019Expo et Drapeau sont interchangeables : l\u2019une a été faite par l\u2019autre, dont c\u2019est le monument, dont il est l\u2019âme », constatait il y a 15 ans le politologue Gérard Bergeron.Les Montréalais ne l\u2019ont pas oublié, eux qui sont aussi nombreux à choisir « monsieur le maire» comme personnalité marquante des années 60 qu\u2019à nommer Lévesque ou Trudeau.Ce que vous nous avez dit\u2026 « J\u2019ai bien aimé Trudeau.C\u2019était un meneur.Je crois qu\u2019il avait plus de valeur, même si René Lévesque a fait bien son possible pour le Québec.» \u2013Robert Lemieux, 67 ans, Fabreville « René Lévesque a enlevé les pots-de-vin et les caisses électorales.Parmi tous les politiciens, c\u2019était peut-être le plus honnête.» \u2013Robert Boisvert, 61 ans, Montréal Après le Rocket, le Gros Bill et le Pocket Le souvenir de Jean Lesage s\u2019efface Personnalités politiques et sociales Source: Sondage SOM-La Presse Infographie La Presse René Lévesque P.E.Trudeau Jean Drapeau Jean Lesage Daniel Johnson Pierre Péladeau Le frère Untel Judith Jasmin André Laurendeau Marshall McLuhan Pierre Vallières Autres 26,8% 26,8 18,7 11,9 4,9 4,7 1,7 1,2 1,0 0,7 0,3 1,3 Événements marquants Source: Sondage SOM-La Presse Infographie La Presse L'Expo 67 L'assassinat de John Kennedy Le premier homme sur la Lune Le «Vive le Québec libre» La nationalisation de l'électricité La guerre du Vietnam Le concile Vatican II La diffusion de la pilule La loi des langues officielles L'élection de Jean Lesage La fondation du MSA Autres 31% 24,4 21,4 4,2 3,6 3,4 3,2 2,8 1,8 1,8 1,6 0,8 Personnalités sportives Source: Sondage SOM-La Presse Infographie La Presse Francophones Anglophones Jean Béliveau Henri Richard Toe Blake Nancy Greene Bobby Hull Jean Rougeau Maurice Richard George Chuvalo George Dixon Autres 54% 41,2 5,7 0,1 1,8 1,2 0,4 2,7 0,8 0,1 18,3 16,8 7,4 4,8 5,6 20,5 3,4 0,3 3,9 16,3 O.Guimond F.Leclerc D.Michel G.Vigneault J.Bertrand J.-P.Ferland M.Dubé R.Charlebois Les Cyniques R.Ducharme Autres 29,4% 19,5 15,1 10,5 10,3 4,6 3,4 2,7 2,3 0,4 1,7 Personnalités artistiques Source: Sondage SOM-La Presse Infographie La Presse PHOTO ROBERT MAILLOUX, LA PRESSE© Patricia Morin, 62 ans, de Le Gardeur, a milité pour le Parti québécois dès sa fondation : «Nous trouvions que M.Lévesque était tenace.Il y avait plein de gens qui étaient contre lui parce que c\u2019était un nouveau parti.Il est bon d\u2019être passé au travers.» Un jour, un jour.dans toutes les mémoires Plus2000 PHOTO ROBERT MAILLOUX, La Presse© Dans les années 60, Ronald Guillemette s\u2019intéressait peu à la politique.« La Révolution tranquille, dit-il, c\u2019est le peuple québécois qui s\u2019est réveillé, mais ça ne nous a pas marqué tant que ça.On a été dominé toute notre vie, et je pense qu\u2019on va le rester.» 6LP0801B0129 B 08 samedi 29 6LP0801B0129 ZALLCALL 67 15:49:41 02/04/00 B B8 LA PRESSE, MONTRÉAL, SAMEDI 29 JANVIER 2000 réussie, il faut être fier du sujet, voir comment réagissent les critiques.On est un musée qui prend des risques.» Les critiques d'ici, et d'ailleurs, ont été élogieuses pour Cosmos, rappelonsle.Après être passée par le musée de Barcelone, l'exposition sera au Palazzo Grassi ce printemps, un musée de Venise qui attire, au minimum, 200000 visiteurs à chaque exposition.Ce musée privé, appartenant à la société Fiat, est doté de moyens financiers exceptionnels et sa réputation est excellente.Hitchcock, sujet d'exposition La prochaine idée originale du MBA (après l'exposition fort populaire des maquettes d'époque de Triomphes du baroque, en montre jusqu'au 9 avril) est de M.Cogeval lui-même: Hitchcock.Alfred Hitchcock l'exposition sera présentée au musée du 16 novembre 2000 au 18 mars 2001.Une exposition consacrée à un cinéaste dans un musée de beaux-arts, c'est en effet spécial.Mais on a déjà vu des voitures et Milou passer par celui de Montréal.L'original directeur est un passionné de cinéma.Il croit que Hitchcock, «le cinéaste le plus mythique et le plus secret.cette personnalité multidimensionnelle, auteur à part entière, inspirateur de l'art contemporain» peut-on lire dans la brochure promotionnelle de l'exposition, a donné une oeuvre «nourrie de la culture plastique des siècles précédents».Un des trois volets de l'exposition montrera plus précisément les liens du cinéaste avec les beaux-arts.On sait que Dali collabora avec lui pour Spellbound, par exemple, et que les références, les clins d'oeil de Hitchcock au surréalisme sont nombreux dans ses films.L'exposition mettra cela en valeur de même que les images que le cinéaste a, à son tour, JOCELYNE LEPAGE «Si les musées m o y e n s n'avaient pas d'idées originales pour leurs expositions, dit-il, il ne resterait plus que quatre musées en Occident.» Les grands musées, en effet \u2013 on pense ici au Louvre, à la National Gallery de Washington ou de Londres, au Metropolitan de New York \u2013 ont décidé ces dernières années de monter des expositions à partir de leurs collections dans lesquelles se trouvent la plupart des grandes oeuvres du patrimoine mondial.Les musées moyens sont des emprunteurs, et les emprunts sont de plus en plus difficiles à faire.«Nous, on draine de l'art de l'extérieur et les grands musées sont de plus en plus frileux.Les expositions avec des oeuvres prodigieuses sont de plus en plus difficiles à organiser.» C'est devenu impossible, précise-t-il, de traiter avec le département des peintures du Louvre, par exemple, qui estime que les oeuvres sont trop fragiles pour voyager.Donc, il faut des idées originales.Cosmos, conçue au temps de l'ancien directeur Pierre Théberge, aujourd'hui directeur du Musée des beaux-arts du Canada, à Ottawa, était une exposition originale, une des plus intéressantes des dernières années.Elle n'a pas marché auprès du public.Est-ce une si bonne idée d'avoir des idées originales?«Je ne juge pas les expositions uniquement à partir du succès qu'elles ont auprès du public, explique le directeur.Pour qu'une exposition soit inspirées aux artistes contemporains.Guy Cogeval estime cependant que le cinéma «aura été» l'art du XXe siècle et que cet art s'épuise, se termine.«On est de plus en plus dans la civilisation du visuel et les films y sont surtout des événements techniques, dit-il.On est dans un glissement, une révolution majeure portée par la technique et l'hyperconcentration économique.Que plus personne ne remette en cause le marché, ça c'est révolutionnaire.Dans les écoles de cinéma aujourd'hui, on n'apprend plus aux jeunes à voir des vieux films, on leur montre de la pub et on leur fait faire des clips.La plupart des jeunes croient que le cinéma, ce sont des images.Or, le cinéma, c'est d'abord une ossature écrite.» Une vive concurrence Mais la fragilisation des musées dans les années quatre-vingt-dix \u2013 après le boom de construction, d'agrandissement et de rénovation des années quatre-vingt \u2013 n'est pas seulement liée au protectionnisme des grands musées prêteurs.L'augmentation extraordinaire du nombre d'expositions offertes a créé une grande concurrence entre musées \u2013 «il y a 20 ans, à Londres, dans les années soixante-dix, on offrait une vingtaine d'expositions; maintenant, c'est 150», dit-il.Ici, la multiplication des festivals et autres événements artistiques et culturels gratuits a détourné le public des musées.Un public qu'il est difficile de séduire.L'été n'est plus la bonne saison pour les grandes expositions thématiques, croit M.Cogeval.Si Cosmos avait été présentée à la fin de 1999 au lieu de l'été, elle aurait certainement attirer plus de monde, croit-il.Mais il y a autre chose encore.«Autrefois, le public scolarisé savait qu'il devait aller dans les musées, ditil.Aujourd'hui, il faut faire des appels du pied pour attirer les gens.» On croit à tort, ajoute-t-il, que les musées ont connu leurs plus grands succès de foule dans les années 80.Les expositions les plus populaires ont été Toutankhamon, au Petit Palais en 1967 et Centenaire de l\u2019impressionnisme, au Grand Palais en 1974.En fait, c'est sous Louis XVI et peu après, dans les années 1789-90, que les foules furent les plus nombreuses, en proportion de la population, pour voir le Salon de la peinture au Louvre.Il y venait selon lui deux fois plus de monde que la population de Paris à l'époque (environ 400 000 visiteurs pour 200000 habitants).Le MBA a accueilli 554 000 visiteurs d'avril 1998 à avril 1999.Et les nouvelles technologies?«Internet n'aide pas le jeune public à venir au musée, dit-il.J'ai enseigné pendant 12 ans au Louvre.Au début de ma carrière, les jeunes étaient passionnés par le musée.À la fin, on me demandait pourquoi il fallait aller dans la Grande Galerie, quand on a les images sur le Net.Bien des choses ne seront jamais sur Internet.» À lui, par exemple, ça n'apporte pas énormément.Les tableaux des collections privées n'y sont pas, les images sont affreuses, les données mal classées, on perd un temps fou.«Les gens qui ont une pensée plutôt philosophique sont réticents, comme moi.«Jean Clair (le conservateur de Cosmos) prépare une exposition sur le thème de la mélancolie.Voyez ce que vous trouverez sur Internet à partir du mot.J'ai peur pour cette génération qui passe son temps devant des écrans.On va vers une société horrifiée par les contacts personnels.L'avenir des musées n'est pas lié à Internet.» Entrevue / Guy Cogeval «Oh, et puis après tout, je n'ai rien à cacher», dit Guy Cogeval, en cédant aux pressions de La Presse qui voulait absolument prendre une photo de lui dans son bureau.Et si possible avec les deux chats qui ont succédé à Bobinette, l'airdale de Pierre Théberge.Mais le bureau du directeur du Musée des beaux-arts de Montréal était tellement chargé de livres, de dossiers et de paperasse en désordre, que M.Cogeval, 43 ans, a rougi un peu, comme un adolescent.Cet homme-là est visiblement un passionné, et un original.Il croit d'ailleurs que les musées «moyens» comme celui de Montréal, ne devront leur réputation qu'à l'originalité de leurs expositions, donc à l'originalité de leur directeur.Quant aux chats de M.Cogeval, ils n'étaient pas là.Ils ne viennent au musée que pour garder le bureau du directeur quand ce dernier est en voyage.Chaque mois, un spécialiste commente la saga des grandes aventures artistiques, culturelles, sportives et technologiques du siècle.Les sagas du XXe siècle Plus 2000 4 L\u2019univers d\u2019Alfred Hitchcock envahira le Musée des beaux-arts de Montréal l\u2019automne prochain.Le Musée des beaux-arts de Montréal .L\u2019exposition Cosmos (ici, une toile de De Chirico), a obtenu un succès critique, mais le public n\u2019a pas suivi.Les grands musées, comme le Louvre, peuvent miser sur leurs riches collections.4 3 2 1 Musées de l\u2019avenir: originalité exigée 1 3 2 6LP0901B0129 B 09 samedi 29 6LP0901B0129 ZALLCALL 67 15:49:54 02/04/00 B LA PRESSE, MONTRÉAL, SAMEDI 29 JANVIER 2000 B9 1918.La 49e exposition de la Sécession viennoise révèle le talent du peintre autrichien Egon Schiele.À l\u2019occasion d\u2019une grande exposition regroupant l\u2019avant-garde russe, Malevitch expose son Carré blanc sur fond blanc, premier achrome de la peinture contemporaine.1919.L\u2019architecte allemand Walter Gropius crée le Bauhaus, école d\u2019architecture et d\u2019arts appliqués qui évoluera vers le fonctionnalisme et la géométrie des formes.Kandinsky, l\u2019Allemand Paul Klee ou encore l\u2019architecte allemand Ludwig Mies Van der Rohe enseigneront au Bauhaus.1920.Naissance du mouvement constructiviste en Russie, dont les principaux représentants, les Russes Rodchenko, Taltine et El Lissitsky, veulent mettre l\u2019art au service de la société.1922.Paul Klee, considéré comme un précurseur par les surréalistes, entame sa série de Carrés magiques.Il écrira : «L\u2019art ne reproduit pas le visible, il rend visible.» 1924.Breton publie son Manifeste du surréalisme \u2014 «dictée de la pensée en dehors de tout contrôle exercé par la raison» \u2014 directement inspiré du mouvement dada.Mouvance: les Espagnols Joan Miro, Pablo Picasso et Salvador Dali, Max Ernst, l\u2019Italien Giorgio De Chirico, le Belge René Magritte ou Jean Arp.1926.Le sculpteur américain Alexandre Calder expose à Paris ses premiers mobiles intitulés Le Cirque.1930.Aux États-Unis, Grant Wood peint American Gothic.Il s\u2019inscrit, avec ses compatriotes Thomas Hart Benton, Andrew Wyeth, John Kane, Edward Hopper ou encore Ben Shan, dans la tradition réaliste influencée par la technique de la photographie et par l\u2019art naïf.1933.Le Bauhaus est dissous par les nazis qui définissent un art officiel et un art dégénéré.1936.Exposition Fantastic Art, Dada and Surrealism au MOMA à New York.La plupart des surréalistes mais aussi Mondrian, le Français Fernand Léger ou les architectes du Bauhaus ont déjà émigré aux États-Unis.1937.Picasso peint Guernica en réaction au bombardement de la ville basque par l\u2019aviation nazie.1943.Oskar Kokoshka, réfugié à Londres, peint les horreurs de la guerre dans What we are fighting for.Aprèsguerre, des mouvements proposent une réprésentation plastique de la société de consommation alors qu\u2019apparaissent de nouvelles techniques artistiques.1947.Premiers drippings \u2014 la peinture goutte sur la toile à travers des boîtes percées \u2014 du peintre américain Jackson Pollock.Chef de file de l\u2019action painting \u2014 peinture gestuelle \u2014, il peint ses toiles posées sur le sol.1948-1979 Expressionnisme et abstraction 1948.Naissance à Paris du mouvement d\u2019art expérimental Cobra autour du Danois Asger Jron, du Néerlandais Karel Appel et du Belge Pierre Alechinsky qui préconisent un retour à la spontanéité.Les Français Jean Dubuffet, André Breton et Jean Paulhan fondent la Compagnie de l\u2019Art Brut et prônent un art «sauvage».1952.Le danseur chorégraphe Merce Cunningham, le musicien John Cage et le peintre Robert Rauschenberg donnent 1897-1914 Vers l\u2019abstraction 1897.La Sécession viennoise est fondée par le peintre Gustave Klimt en réaction contre l\u2019académisme de l\u2019époque.Le Français Henri Rousseau \u2014 dit le douanier \u2014 considéré comme l\u2019un des maîtres de l\u2019art naïf peint La Bohémienne endormie.1903.Le Norvégien Edvard Munch expose à Paris.Ses toiles sont parmi les premières du mouvement expressionniste.Mouvance: les Allemands George Grosz et Otto Dix.1905.Le salon d\u2019Automne à Paris révèle le fauvisme \u2014 exaltation de la couleur et de la lumière \u2014 au public.Mouvance : les peintres français Maurice de Vlaminck, André Derain ou Henri Matisse.1907.Dans Les Demoiselles d\u2019Avignon, l\u2019Espagnol Pablo Picasso brise les formes et les assemble selon une nouvelle organisation.C\u2019est la naissance du cubisme.Mouvance: les Français Paul Cézanne, Georges Braque, Marcel Duchamp, l\u2019Espagnol Juan Gris, le sculpteur russe Archipenko.1908.Le sculpteur roumain Constantin Brancusi, proche des cubistes mais également inspiré par les arts africains achève Le Baiser.Le peintre français Pierre Bonnard entreprend sa série de nus avec Nu à contre-jour.1909.L\u2019Italien Filipo Tomaso Marinetti publie le Manifeste futuriste, apologie de la ville, de la machine et de la vitesse.Il influencera fortement le futurisme russe.1910.Dans Du spirituel dans l\u2019art, le Russe Wassily Kandinsky prône un art non figuratif et affirme la nécessité de travailler à l\u2019abstraction des formes pour traduire plastiquement les émotions de l\u2019artiste.Mouvance: le russe Kasimir Malevitch et le Néerlandais Pietr Mondrian aborderont l\u2019art abstrait de manière géométrique.L\u2019école de Paris réunit des peintres étrangers aux styles divers, ainsi l\u2019Italien Amedeo Modigliani, le Lituanien Chaïm Soutine, le Russe Marc Chagall, le Bulgare Jules Pacsin ou encore le Japonais Foujita.1913.La Roue de bicyclette du Français Marcel Duchamp constitue le premier ready made \u2014 objet déjà constitué ou fait d\u2019une réunion d\u2019objets déjà constitués \u2014 de l\u2019histoire de l\u2019art, suivi, l\u2019année suivante, par celui de Picasso, Le Verre d\u2019absinthe.1916-1947 Les maîtres de l\u2019inconscient 1916.Au café Voltaire à Zurich, le Roumain Tristan Tzara crée le mouvement Dada, profondément subversif et nihiliste à l\u2019égard de toutes les normes esthétiques.Mouvance: les peintres français Francis Picabia, Marcel Duchamp, les Allemands Max Ernst et George Grosz, le sculpteur français Jean Arp ou le photographe américain Man Ray.naissance au Happening, qui mêle dans un même lieu des formes d\u2019expression diverses.1953.Le peintre anglais Francis Bacon entame sa série de portraits du pape Innocent X peint jadis par Velasquez, renouvelant ainsi l\u2019art du portrait expressionniste.1955.Le Pop Art, «révolution culturelle de la société de consommation», intègre dans les toiles les signes de la modernité et de la culture de masse véhiculés par la publicité, le cinéma, ou la BD.Mouvance: les Américains Andy Warhol, Jasper Johns et Robert Raushenberg ou les Britanniques David Hockney et Richard Hamilton.1960.Le Manifeste du Nouveau Réalisme \u2014 inspiré par le Pop Art \u2014 est porté par Yves Klein, figure tutélaire du groupe avec ses monochromes bleus et ses «femmes pinceaux».Mouvance: César, Niki De Saint-Phalle, Jean Tinguely, Arman ou Christo.1961.À Paris, l\u2019art cinétique \u2014 révélé au public par les oeuvres du peintre Vasarely \u2014 utilise les technologies et les méthodes scientifiques les plus diverses pour produire des effets d\u2019optique.L\u2019art minimal opte pour des matériaux non transformés, des volumes simples et géométriques.Mouvance: les Américains Dan Flavin, Robert Ryman, Robert Morris et Franck Stella.1962.Un critique d\u2019art utilise le terme Colorfield \u2014 champ de couleur \u2014 pour caractériser les oeuvres des Américains Barnet Newman, Mark Rothko et Clyfford Still.Andy Warhol, réalise à la factory \u2014 son atelier \u2014 ses premières sérigraphies \u2014 procédé d\u2019impression \u2014 sur toile : les boîtes de soupe Campbell\u2019s, Elvis ou Marilyn.1964.L\u2019exposition Mythologie quotidienne à Paris marque les débuts de la Nouvelle Figuration qui participe du Pop Art par ses sujets mais s\u2019en différencie par le traitement pictural.Mouvance: l\u2019Espagnol Eduardo Arroyo ou le Français Ernest Pignon Ernest.1967.Les artistes du mouvement Arte povera proposent un retour aux matériaux naturels en réaction à l\u2019art «technologique » et au Pop Art de la société de consommation.mouvance l\u2019Italien Luciano Fabro, l\u2019Allemand Joseph Beuys ou, par extension, le catalan Antoni Tapies.De l\u2019art «cybernétique» à l\u2019art cyber.Le monde de l\u2019art est à son tour fortement touché par la révolution technologique: vidéo, ordinateur, Internet.1969.Première exposition d\u2019art vidéo à New York.Les Britanniques Gilbert et George se mettent en scène sous forme de sculptures vivantes révélant ainsi au public l\u2019art de la performance.Mouvance: la Serbe Marina Abramovic ou l\u2019Allemand Joseph Beuys.1970.L\u2019hyperréalisme, courant pictural américain reproduit la réalité de manière photographique.Mouvance: les Américains Duane Hanson, John Salt, le Français Jean- Olivier Hucleux ou encore les membres du groupe Zebra en Allemagne.L\u2019 Américain Robert Smithson réalise The Spiral Jetty \u2013 gigantesque jetée en spirale sur la rive nord du grand lac salé aux États-Unis \u2014 oeuvre caractéristique du Land Art qui veut réconcilier l\u2019art et la nature.Mouvance: Richard Long, Christo, Walter De Maria, Michael Heizer, 1973.Le Narrative Art lie la photographie et le texte pour raconter une histoire qui est souvent celle de l\u2019artiste.Mouvance: les Américains Askevold ou John Baldessari et Christian.1980- 2000 L\u2019art conceptuel 1980.Le mouvement populaire Graffiti quitte les murs de l\u2019East Village à New York pour les galeries de SoHo avec les artistes graffiteurs Keith Haring ou Jean- Michel Basquiat.Mouvance: la figuration libre naît à Nice, en France, avec Ben bientôt suivi par Robert Combas ou les frères Di Rosa.Utilisant une palette de couleurs vives, ils revendiquent la culture des moyens de communication de masse.1981.L\u2019exposition A New Spirit of Painting à Londres réunit les nouveaux fauves \u2014 Neuen Wilden \u2014, dont fait partie l\u2019Allemand Georg Baselitz.1982.Première exposition de la Nouvelle Sculpture anglaise \u2014 représentée notamment par Tony Cragg \u2014 qui utilise les objets de la vie quotidienne comme matériaux de base de la sculpture.1985.Aux États-Unis, le groupe postmoderne Site, fondé par Alison Sky et James Wines, fidèle à ses principes d\u2019un «art public» et réputés pour son architecture spectacle, fait littéralement sortir de terre un supermarché Best.1988.Pour les Jeux olympiques de Séoul, le Coréen Nam June Paik réalise une tour de Babel faite d\u2019écrans vidéo.1989.Le Canadien Jeff Wall expose ses installations photo-vidéo.Les oeuvres de deux photographes américains \u2014 Robert Mapplethorpe et Andres Serano \u2014 sont censurées aux États-Unis.1990.Le sculpteur américain Jeff Koons réalise une série de sculptures grandeur nature à caractère érotique pour protester contre la vague de puritanisme aux États- Unis.1991.L\u2019exposition Carneggie international de Pittsburgh est consacrée à l\u2019installation, mode d\u2019expression artistique en vogue depuis les années 70, sorte de mini théâtre où l\u2019artiste a exposé des éléments divers.Mouvance: les Américains Mike Kelley, Bruce Nauman.1992.À la Documenta IX de Kassel, les artistes Matthew Barney, Bill Viola, Gary Hill ou Tony Ourlser , exposent leurs installations vidéo.1996.À Paris, la première oeuvre d\u2019art virtuelle \u2014 Parcelle/Réseau de Fred Forest \u2014 est vendue aux enchères.Le propriétaire a reçu, dans une enveloppe signée par l\u2019artiste, le code secret lui permettant l\u2019accès exclusif à l\u2019oeuvre.1997.L\u2019exposition Sensation à la Royal Academy de Londres fait scandale.Outre le portrait de la meurtrière Myra Hindley par Marcus Harvey, figurent également les animaux tronçonnés et conservés dans le formol de Damien Hirst.Sources : L\u2019Art depuis 1960, Thames et Hudson, 1997; L\u2019Art contemporain, Bordas, 1992; Art at the Turn of the Millenium, Taschen, 1999 © La Presse, Équipe des projets spéciaux / World Media, P.Pizzato, Roussaux Le XXe siècle est pour les arts plastiques un siècle d\u2019émancipation.Libérés de la figuration, les artistes laissent le champ libre à leur inconscient alors que les formes et les couleurs connaissent les révolutions du fauvisme, du cubisme, ou de l\u2019abstraction.Les mouvements artistiques se révèlent également miroirs de la société lorsqu\u2019ils reflètent la consommation de masse ou la révolution technologique avec la vidéo, puis Internet.Art, écoles, mouvements Chaque mois, la saga des grandes aventures artistiques, culturelles, sportives et technologiques du siècle.Les sagas du XXe siècle Plus 2000 6LP1001B0129 B 10 samedi 29 6LP1001B0129 ZALLCALL 67 15:50:03 02/04/00 B B10 LA PRESSE, MONTRÉAL, SAMEDI 29 JANVIER 2000 Cent ans à Montréal Plus 2000 La santé publique, il y a 100 ans.1 2 3 4 5 6 7 8 9 Le dernier siècle a été marqué par des transformations spectaculaires dans tous les secteurs de la vie.Afin de mesurer le chemin parcouru, nous vous présenterons dans ces pages des aspects de la vie à Montréal au tournant des années 1900.En collaboration avec le musée McCord, qui a mis à notre disposition les archives de la célèbre collection Notman, nous examinerons des documents témoignant du riche passé de la métropole.Aujourd\u2019hui, nous amorçons la série sur le thème de la santé publique.Il suffit de jeter un coup d\u2019oeil sur le coffre du docteur Édouard Robillard, en bas de page, pour juger les progrès accomplis.Soeur Young, infirmière-chef à l\u2019Hôpital général de Montréal, en 1926.Mademoiselle Pettigrew, infirmière, et l\u2019Hôpital général de Montréal, qu\u2019on voit derrière elle.Les deux photos ont été prises vers 1895.Les infirmières et les patients de l\u2019Hôtel-Dieu, en 1909.Des moines distribuent des chaussures et des vêtements à des vieillards sans-abri, vers 1930.Les Soeurs grises servent une soupe populaire dans un réfectoire de la maison mère de l\u2019Ordre, vers 1890.Des moines et frères apportent un peu de réconfort à des malades, vers 1930.La pouponnière de la Montreal Maternity Hospital, vers 1925.Des bénévoles de la Ladies Benevolent Institution et une infirmière au chevet d\u2019une patiente âgée, en 1909.8 7 6 5 4 3 2 Ce coffre de médecin, fabriqué au milieu du XIXe siècle, a appartenu au Docteur É.Robillard, qui l\u2019a légué à son fils Édouard.Il fait aujourd\u2019hui partie des collections du musée McCord.Remerciements: Nous remercions pour leur participation à l\u2019élaboration de ce projet les professeurs Desmond Morton (McGill), Denyse Baillargeon (UdeM), Michèle Dagenais, (UdeM), Jean-Claude Robert (UQÀM) et Brian Young (McGill), ainsi que René Durocher (Centre Lionel-Groulx) Sources: Musée McCord d\u2019histoire canadienne © La Presse, Équipe des projets spéciaux / Au musée McCord: V.Dickenson, C.Graham, W.Romer Taylor, D.Rollins, S.Morin, N.Hague, B.Klinkow. 6LP1101B0129 B 11 samedi 29 6LP1101B0129 ZALLCALL 67 15:50:15 02/04/00 B LA PRESSE, MONTRÉAL, SAMEDI 29 JANVIER 2000 B11 Cent ans à Montréal Plus 2000 fille s'engager dans cette voie.«Le Seigneur, qui avait changé mes plans à 14 ans, les a réalisés finalement au centuple.«Il a été crasse!» \u2013 Mais qui donc?«Le Seigneur voyons!» dit-elle en riant de bon coeur, le regard tendre.Début d'une belle carrière Elle a prononcé ses voeux en 1935, elle avait 21 ans.Ses supérieures se sont vite rendu compte qu'elle était une bonne candidate aux études.«C'est un plaisir extraordinaire que de se plonger dans les livres, lire autre chose, s'ouvrir, faire de la recherche.» Elle suit son cours d'infirmière, de 1936 à 1939, à l'hôpital Notre-Dame.À l'époque ce sont en effet les hôpitaux qui donnent la formation en nursing.L'école de l\u2019hôpitalNotre-Dame a été fondée en 1898.La formation des infirmières est d'ailleurs en pleine ébullition et s'accentue.La faculté de médecine de l'Université de Montréal accepte en 1934, à la suite de démarches et de pressions des Soeurs grises de Montréal, d'annexer l'Institut Marguerite d'Youville (fondatrice des Soeurs de la Charité de Montréal, dites Soeurs grises), qui devient dès l'année suivante une école affiliée.Jusqu'en 1947 c'est mère Virginie Allaire, la fondatrice, qui en assume la direction.Cette femme visionnaire a contribué à donner ses lettres de noblesse à la profesion d'infirmière.Il convient de rappeler aussi le travail de pionnière d'Alice Girard, à qui on doit la fondation de la faculté de nursing de l'Université de Montréal en 1962.Les communautés religieuses à l'époque étaient florissantes.La communauté des Soeurs grises comptaient pas moins de 2000 femmes, en comparaison d'aujourd'hui où il n'y en n'a que 800.Les infirmières aussi étaient nombreuses: aucune pénurie en ce temps-là.Le travail extérieur des femmes n\u2019avait l'aval de la société que dans ces sphères de dévouement.Parlons de vocation L'uniforme des infirmières avait du ANNE RICHER Soeur Jeanette Forest a tout de même survécu.Il semble bien que ce soit dans l'action qu'elle ait trouvé le meilleur exutoire.L'action et l'étude: les livres ont été la grande passion de sa vie.Comment et pourquoi devenait-on religieuse au début du siècle?Comment donnait-on sa vie auprès des malades?Soeur Forest a vécu les deux vocations en symbiose.«La formation religieuse me donnait une vision spéciale de la Charité.Et c'était pour le Bon Dieu!» L'appel irrésistible.Née à Montréal en 1914, deuxième d'une famille de 13 enfants, elle obtient dans un premier temps un diplôme supérieur de 9e année.«On déménageait souvent, se souvient soeur Forest.Les pères de famille en ce temps-là allaient là où il y avait de l'emploi.» Tous les quartiers de la ville y passent.Très tôt dans sa petite enfance, sans doute à cause de l'exemple des enseignantes qui portaient le voile, elle veut devenir religieuse.«Mais aussi étudier et enseigner», souligne-t-elle.Elle ne se vante pas, mais il semble qu'elle ait eu une grande facilité à apprendre.La fillette est brillante, la jeune femme est aussi ambitieuse dans le bon sens du terme.Sa voie paraît toute tracée.Mais c'était compter sans les impondérables de l'existence.«Il m'a fallu travailler durant quatre ans, jusqu'à 18 ans, pour aider ma famille.Mon plan d'avenir s'est trouvé transformé », ajoute-t-elle avec une toute petite pointe de regret encore perceptible.Elle est engagée chez les Soeurs grises à Liesse comme aide-cuisinière.Puis elle s'est dit, résignée: «Après tout il y a beaucoup d'autres choses à faire que l'enseignement dans la vie.Je pouvais aussi me consacrer aux oeuvres de charité.» À 18 ans, elle ose finalement annoncer à son père qu'elle tient encore à entrer en communauté.«Tu as fait ta part», en soulignant son dévouement des quatre dernières années, a déclaré son père finalement honoré de voir sa panache.On les voyait sortir à l'aube, toutes blanches sur des trottoirs gris, la coiffe amidonnée, la robe immaculée, les souliers passés au blanc, la cape pour protéger tout ce blanc.Ces colombes hâtant le pas vers le chevet des malades provoquaient l'admiration.Leur dévouement, leur science suscitaient le respect.La discipline de l'entretien de l'uniforme à elle seule garantissait un professionnalisme de bon aloi.Uniforme, décorum, rigueur.«L'uniforme influence la conduite», assure soeur Forest.La science n'avait pas encore tellement progressé.Ce sont souvent les infirmières, comme le raconte soeur Forest, qui, dans l'exercice de leurs fonctions, observaient par exemple l'effet d'un médicament, ou la meilleure façon d'installer un soluté.Certains traitements d'alors apparaissent barbares aujourd'hui.Les améliorations ont souvent été inventées sur le tas.Un appel : Garde! « Et le malade est en confiance.» Elle raconte: «Un homme a eu une jambe amputée à cause de la gangrène.Puis il est revenu quelques semaines plus tard pour se faire amputer l'autre jambe.Sa famille croyait en sa guérison alors qu'il n'allait pas du tout s'en sortir.L'homme ne voulait pas de mensonge et m'a demandé si je croyais qu'il allait vivre.J'ai répondu non.À quelle heure vais-je mourir?À quatre heures du matin, ai-je répondu.Il a semblé se calmer et s'abandonner.Et c'est arrivé, à peu près.» Lorsqu'elle s'est mise à enseigner quelques années plus tard, soeur Forest a voulu transmettre un idéal de soins aux malades, à ses étudiantes.«Le malade n'est pas seulement un corps, c'est une personne», répétaitelle.Aller plus loin Tout ce qui se passe dans sa vie et le déroulement de sa carrière lui plaisent au plus haut point.En 1941 elle est allée travailler et étudier à Edmonton et Calgary, où elle a appris l'anglais.Sa maîtrise, elle la fait aux États-Unis à l'Université de Washington puis à St- Louis, Missouri.«Il n'y avait rien en français à l'époque.» Une infirmière gagnait en ce tempslà de 35$ à 40$ par mois.Après l'Alberta, sa maîtrise en poche, elle enseigne à l'Institut Marguerite d'Youville.Les classes étaient encore petites, huit ou dix étudiantes au maximum.Mais les infirmières laïques ont commencé à s'inscrire.Soeur Forest obtient son doctorat en nursing à 51 ans, en 1965.Elle a eu le nez plongé dans les livres une grande partie de sa vie, sans pour autant perdre de vue les réalités des malades.Elle aimait le contact avec les malades tout autant que celui des étudiantes.Hospitalière, elle dit qu'elle a été une patronne douce qui ne cherchait pas à décourager ou à rabaisser.«La vocation d'infirmière est quelque chose de très grand, vous savez.Il faut une disponibilité extraordinaire.Bien sûr l'aseptie, la science en général ont changé beaucoup de choses.» Elle se disait en enseignant durant toutes ces années qu'elle ne trahissait pas vraiment les malades en n'étant pas à leur chevet.«Je me consolais en pensant que les infirmières allaient bien s'occuper des malades.Je passais à d'autres mon idéal.» Et aujourd'hui?Elle vit son bel âge «au jour le jour», affirmant qu'après être allée deux fois aux portes de la mort au cours des dernières années, elle est contente d'être là tout en se remettant comme il se doit entre les mains de la Providence.Mais les murs épais du couvent ne sont pas si austères et retentissent quelquefois des rires sonores de la petite soeur jouant aux cartes ou écoutant un film.Cependant elle observe encore celles qui l'entourent.Comme une infirmière de talent qui voit ce qui est invisible à l'oeil nu.Ce qui se passe dans les hôpitaux?Ce que sont devenues les infirmières?Soeur Forest ne peut plus rien faire mais rien de tout cela ne la laisse indifférente, elle est lucide.«Bien sûr je suis peinée de ce qui arrive aujourd'hui.Le contact personnel est absent, tout le monde passe à tour de rôle auprès du malade.Mais avec l'organisation actuelle de la société, c'est incontournable.» Entrevue / Soeur Jeanette Forest Elle a 85 ans, les joues rondes, le regard taquin.Le voile traditionnel des Soeurs Grises cache mal ses cheveux follets.Tout est en ordre dans cette religieuse solide.Seules les jambes, lourdes, celles qui l'ont portée debout, douze heures par jour et même plus, sur des planchers de pierre dure, durant des milliers d'heures, trahissent les séquelles de sa longévité au front.Perdre et gagner sa vie au service des malades Chaque mois, un témoin du dernier siècle à Montréal nous parle de son cheminement et des changements survenus dans son domaine de prédilection.2 1 3 Jusqu\u2019au milieu des années 30, les infirmières étaient formées directement en milieu hospitalier.Des religieuses et des laïques suivent la formation d\u2019infirmière à l\u2019Institut Marguerite d\u2019Youville.Une infirmière accompagne un garçonnet au bureau de la responsable d\u2019un service hospitalier.Notons que toutes les photos de cette page sont tirées des archives personnelles de soeur Forest.3 2 1 6LP1201B0129 B 12 samedi 29 6LP1201B0129 ZALLCALL 67 15:50:24 02/04/00 B B12 LA PRESSE, MONTRÉAL, SAMEDI 29 JANVIER 2000 Le téléviseur est devenu depuis le milieu du XXe siècle l\u2019un des objets qui définissent d\u2019une manière importante le quotidien des êtres humains.Si les images qu\u2019ils diffusent sont infiniment plus importantes que l\u2019appareil lui-même, il n\u2019en reste pas moins que le téléviseur est un objet dont la forme a beaucoup évolué.Les experts croient qu\u2019il connaîtra, avec l\u2019intégration des moyens de communication, un développement encore plus spectaculaire au cours des prochaines années.Meuble/télévision par Lacides Marquez, 1997 Télévision bulle par Benny Leong, 1995 Télévision Vidéosphère par JVC, 1970 Télévision Téléscopique par Paul Bas, 1998 Télévision TV12 par Bush, 1949 Télévision TV8 par RCA, 1945 Et si on regardait la télé?Télévision Chat par Graham Hinde, 1998 Télévision Chaque mois, un regard sur l\u2019évolution des objets qui font partie de notre quotidien.Les objets du quotidien Plus 2000 "]
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