La presse, 1 octobre 2006, P. Plus
[" PLUS DIMANCHE MORTELLE LIBERTÉ LA CHRONIQUE D'AGNÈS GRUDA PAGE 6 SÉRIEDÉFI VERT UN SUCCÈS COMPLET! PAGES 2 ET 3 FILS D'UN FONCTIONNAIRE FÉDÉRAL, ISSU D'UN MILIEU MODESTE, ROBERT BOURASSA A TRÈS TÔT BRÛLÉ POUR LA POLITIQUE.«UN JOUR, JE SERAI PREMIER MINISTRE DU QUÉBEC», AVAIT-IL CONFIÉ À SON AMI JACQUES GODBOUT, SUR LE TROTTOIR, À L'ANGLE DE L'AVENUE DE LORIMIER ET DU BOULEVARD SAINTJOSEPH, ALORS QU'IL N'AVAIT QUE 12 ANS.ÉLU QUATRE FOIS À CE POSTE PAR LES QUÉBÉCOIS, BOURASSA N'A TOUTEFOIS PAS TOUJOURS EU LA COTE AUPRÈS DES ÉLECTEURS.DIX ANS APRÈS SA MORT, LES AUTORITÉS MONTRÉALAISES DEVRAIENT DÉVOILER BIENTÔT QUELLE GRANDE ARTÈRE DE LA VILLE PORTERA SON NOM.CE POURRAIT ÊTRE JUSTEMENT CE BOULEVARD SAINT-JOSEPH OÙ IL A GRANDI.LISEZ LE PORTRAIT QU'A PRÉPARÉ NOTRE JOURNALISTE DENIS LESSARD, EN PAGES 4 ET 5.BOURASSA LE MAL-AIMÉ PHOTO PIERRE MCCANN, ARCHIVES LA PRESSE © Robert Bourassa à sa première victoire comme premier ministre lors du scrutin du 29 avril 1970.Il était âgé de 36 ans. SÉRIE DÉFI VERT LAURA-JULIE PERREAULT Le jour de la deuxième rencontre, constatantqueses sacs vertsnedisparaissaientpasassezvite, Danielle Guay s'est rendue à la Maison des cyclistes, rue Rachel, édifice qui abrite aussi l'éco-quartier le plus près de chez elle.Mission: revenir avec un composteur.Elle a l'embarras du choix.L'éco-quartier offre quatre bacs de compostage différents.Subventionnés par la Ville, ils coûtent tous 25$.Deux d'entre eux sont en bois.Deux en plastique.«Lequel est le plus écologique selon vous ?» demande Valérie Pallascio de l'éco-quartier à la mère de famille.Danielle Guay vise juste.Les bacs de compostage en plastique sont plus verts.Ils sont faits à base de produits recyclés et ils sont recyclables.Trois des bacs n'ont pas de fond et s'installent dans une cour.Un des bacs de bois a un fond et peutêtre utilisé sur un balcon.Après avoir écouté les conseils de la responsable de l'éco-quartier, Danielle Guay choisit le plus bas des deux bacs de compostage afin de faciliter le brassage.Elle repart aussi avec les instructions préparées par l'organisme.Son conjoint, Marc Tourigny, ne met qu'une dizaine de minutes à assembler le bac et à l'installer au fond de la cour.Lorsque La Presse vient faire sa troisième visite chez les Guay- Tourigny, le compostage va bon train.La cuisine a encore une fois gagné un nouveau récipient, qui permet à la famille de recueillir les déchets à ajouter dans le bac de compostage.Un grand bocal de beurre d'arachides a été récupéré pour la cause.«Pour que ça ne sente pas, on le laisse au frigidaire jusqu'à ce que quelqu'un le vide dans le bac de compostage», explique Danielle Guay.Michel Séguin jette un coup d'oeil dans le bac de compostage.Quelques mouches à fruits s'échappent quand il soulève le couvercle.«J'ai lu les instructions et j'ai fait ce que ça disait», explique Marc, qui a du coup mérité le titre de «boss du compost» de la famille.Avant de faire son évaluation, Michel Séguin explique aux deux adolescents de la maison, qui se tiennent à l'écart pour écouter la conversation, que le principe du compostage est simple.«C'est comme le pâté chinois.Ça marche par couches.Au lieu de steak-blé d'Inde-patates, il faut que les couches sèches et humides se succèdent », explique-t-il.Ainsi, pour éviter les mouches, Marc Tourigny aurait dû recouvrir la couche de restes de cuisine de papier journal déchiqueté, de feuilles ou d'herbes sèches.«On peut même mettre les sacs de pain », rappelle M.Séguin, en voyant que l'un d'entre eux a atterri dans le bac de recyclage.Il remarque au passage que la famille a coupé en petits morceaux les légumes avant de les mettre dans le bac.«Vous savez, vous pouvez mettre un épi de maïs au complet.Moi, je suis un composteur paresseux», dit en souriant Michel Séguin.Quoi faire avec un sac de thé, qui allie papier sec et thé humide ?Compost .Michel Séguin explique que presque tout ce qui est organique peut aller au compostage.Même les cheveux ramassés sur une brosse.«Ouche!» s'exclame Mathilde.Les os, les restes de viande, les trognons de chou et la rhubarbe sont les seules choses à éviter.La rhubarbe, excellent pesticide naturel dans un jardin, tue les insectes qui font tout le travail dans le bac de compostage.«Il y a toute une armée de bibittes qui travaillent pour nous gratis », dit Marc Tourigny aux deux enfants de la famille.Autre conseil de M.Séguin : l'été prochain, la famille devrait se munir d'un deuxième bac de compostage.Ce dernier servirait à accumuler les matières sèches pendant que l'autre bac sert à faire le compost.Quel impact a eu sur le sac vert des Guay-Tourigny l'ajout du compostage ?Il reste moins d'un demi-sac pour toute la semaine.On s'approche de l'objectif.«Il faut dire que c'est l'été et que nous n'avons pas beaucoup cuisiné à la maison », précise Danielle Guay.La famille devra redoubler d'efforts et suivre à la lettre les conseils de M.Séguin car la rentrée approche avec son lot d'achats et donc de détritus.Troisième semaine Couche par couche PHOTO ANDRÉ TREMBLAY, LA PRESSE © Marc Tourigny n'a mis qu'une dizaine de minutes à assembler le bac de compostage et à l'installer au fond de la cour.PHOTO ANDRÉ TREMBLAY, LA PRESSE © Pour cette troisième semaine, Danielle Guay est allée à son éco-quartier acheter un bac de compostage.Elle a choisi un des deux modèles en plastique, plus écologiques.Facile à assembler, il est suffisamment bas pour permettre le brassage.KATIA GAGNON Qu'est-ce qui se composte ?Quarante pour cent de votre sac vert est composé de matières organiques.Restes de fruits et de légumes, coquilles d'oeufs, marc de café, sachets de thé, écales de noix, pain, riz, pâtes, et évidemment, tous les déchets de jardin.La viande, les os, les gras (beurre, huile) et les produits laitiers ne se compostent pas à la maison.Comment ça marche ?Il y a deux types de composteurs sur le marché.Le premier, le plus populaire, s'installe chez ceux qui disposent d'un terrain.On installe le composteur sur le sol ameubli.On dispose au fond une couche de 6 cm de petites branches.Ensuite, on commence le compost.Les déchets se divisent en deux catégories : d'un côté, les matières vertes, riches en azote.Ce sont les restes de fruit et légumes, et le gazon.De l'autre, les matières brunes, riches en carbone.Essentiellement, les feui l les mortes ou alors du papier journal déchiqueté en bandelettes.Pour obtenir un bon compost, il faut alterner, en quantités égales, les matières vertes et brunes.Idéalement, on conservera donc les feuilles mortes ramassées à l'automne.Si vous alternez correctement les matières, votre compost ne dégagera aucune odeur.L'autre méthode de compostage convient à une maisonnée qui génère moins de déchets ou qui dispose d'un espace restreint.C'est le lombricompostage.Des vers « digéreront » vos déchets de table.Mais il est très important de ne pas dépasser certaines quantités, sous peine de voir vos vers dépérir.Plus vous aurez de vers, plus ils seront en mesure d'absorber de déchets.Un litre de vers, après une adaptation d'au plus un mois, peut « dévorer » trois à quatre litres de déchets organiques par semaine.Là encore, il est important d'alterner les matières organiques avec des matières «sèches », feuilles mortes ou papier journal déchiqueté.Où trouver un composteur ?Rendez-vous dans les éco-quartiers de Montréal ou dans les organismes équivalents dans les autres municipalités.Non seulement on y vend de bons composteurs à un coût très raisonnable (25 $ à Montréal), mais on vous offre généralement de suivre une formation, très utile, sur la réalisation du compost.Car les instructions qu'on vous donne à l'achat d'un composteur dans une grande surface sont, la plupart du temps, nettement insuffisantes.L'ABC du compostage QUIZ Quelle matière organique ne doit pas aller dans un bac de compostage ?Testez votre quotient vert sur www.cyberpresse.ca LE BILAN DE LA SEMAINE MOINS D'1/2 sac vert 2 +bacs verts « Le compostage, c'est comme le pâté chinois.Ça marche par couches.Au lieu de steak-blé d'Inde-patates, il faut que les couches sèches et humides se succèdent.» Le plus célèbre des militants environnementalistes canadiens, David Suzuki, ne remplit qu'un sac vert par mois.Et si tous les Montréalais l'imitaient ?C'est le défi que La Presse a proposé aux membres de la famille Guay-Tourigny.L'administrateur du groupe Action RE-buts, Michel Séguin, a accepté de les aider et de servir de juge.Voici le bilan des troisième et quatrième semaines de l'exercice.2 P L U S 2.UN DÉFI RELEVÉ DEMAIN > 3 .UNE POLITIQUE INEFFICACE SÉRIE DÉFI VERT DEMAIN > Une politique inefficace LAURA-JULIE PERREAULT Défi il y avait, défi il n'y a plus.Les Guay-Tourigny ne s'appellent peut-être pas David Suzuki, mais ils sont capables de faire tout aussi bien.Pour une semaine entière, après un mois d'adaptation et de nouvelles habitudes à prendre, ils ont réussi à se limiter à un quart de sac de poubelle, qui pèse tout au plus 1,5 kg.Comme les Suzuki, donc, qui ne jettent à la rue qu'un sac vert par mois, cette famille de quatre personnes a réussi à faire disparaître près des trois quarts de ses détritus.«Avant, on sortait un sac vert bien plein (et parfois deux) chaque semaine », se rappelle Danielle Guay.Les bacs de recyclage et de compostage ont pris du poids, au bénéfice de l'environnement.Au printemps, la famille aura du compost pour engraisser son jardin, dans lequel les framboisiers s'épanouissent déjà.«Et ça n'a pas été très difficile.Une fois qu'on a organisé notre espace, c'est facile d'envoyer les déchets au bon endroit, que ce soit au recyclage ou au compostage », dit Marc Tourigny.Sa conjointe note que l'expérience a des conséquences pour elle et sa famille qui dépassent le simple tri des déchets.«Maintenant la réflexion commence quand je suis au magasin.Je me demande si l'emballage va être facile à recycler ou s'il y a trop d'emballage», dit la maîtresse de maison.Kamil , 15 ans, ti rera lui aussi quelques leçons de son expérience.«Moi aussi je crois que c'est à l'achat que tout se joue », note le jeune homme.A-t-il changé son comportement en quatre semaines ?«Pas vraiment », concède-t-il, mais il est néanmoins un peu plus sensibilisé.Pour Mathilde, 13 ans, l'apprentissage va bien au-delà de la gestion des ordures ménagères.« Je n'ai pas seulement appris comment mieux récupérer, je comprends maintenant les conséquences que ça a de ne pas s'occuper de l'environnement », dit cette élève de deuxième secondaire.Est-ce que tous les Montréalais pourraient faire la même chose qu'eux ?Sur ce point, la famille est unanime.L'information est le nerf de la guerre au sac vert ! Tous s'entendent pour dire que la Ville de Montréal devrait rappeler plus souvent à ses citoyens comment recycler, comment composter.« Je pensais que ça serait compliqué au début, mais ça ne l'est pas », affirme Marc Tourigny.Il croit qu'ils n'auront pas de difficulté à conserver les bonnes habitudes acquises au cours des dernières semaines.« Toutes les familles devraient avoir un M.Séguin », ajoute Mathilde en souriant au spécialiste des déchets qui les a accompagnés pendant toute la cure minceur de leur sac vert.« Peut-être que nous allons devenir les monsieur Séguin de nos voisins », renchérit Marc Tourigny.Le monsieur Séguin en question a trouvé pour sa part son expérience enrichissante.I l n'a que de bons mots pour ses étudiants qui se sont responsabilisés de manière exemplaire.Il serait content de voir d'autres Montréalais les imiter, mais il préférerait encore que les compagnies qui noient leurs produits sous les emballages inutiles prennent aussi exemple sur eux.« Il faut couper les ordures à la source », conclut-il.Quatrième semaine Maman, j'ai réduit le sac vert ! LE BILAN DE LA SEMAINE 1/4 sac vert 1 +bac vert et de compostage bien remplis Après avoir recyclé, composté, récupéré et déposé un sac vert allégé à la rue, les Guay-Tourigny ne sont pas au bout de leurs peine.Il reste quelques déchets qui ne peuvent être traités.Pour les piles, la peinture et les meubles, il faut se rendre à l'écocentre.Mais Danielle Guay et sa fille Mathilde ont appris à leurs dépens qu'il vaut mieux vérifier les horaires deux fois avant de se présenter, car les écocentres ferment tôt.Surtout l'hiver.N'oubliez pas les déchets dangereux PHOTO ANDRÉ PICHETTE, LA PRESSE © Après deux semaines de compostage, Marc Tourigny et son fils Kamil constatent que les déchets dans le bac de compostage ont réduit à vue d'oeil.La nature fait son oeuvre.JOURNAL Lisez le journal de Mathilde Guay-Mercier sur son expérience de la récupération sur www.cyberpresse.ca SARA CHAMPAGNE Il existe six éco-centres à Montréal.Le premier a ouvert ses portes il y a 10 ans.Deux autres seront construits d'ici peu dans les arrondissements de Saint- Laurent et de La Salle.L'éco-centre est un endroit qui récupère les matériaux de construction ou de démolition, les résidus verts, la terre, les résidus domestiques dangereux, les déchets encombrants et les matières destinées au réemploi (vêtements, électroménagers, matériel informatique, etc.).Un éco-centre comprend un pavillon d'accueil, un entrepôt et un conteneur de 30 verges cubes.L'an dernier, les éco-centres de Montréal ont accepté 67 563 tonnes métriques de matières de toutes sortes (13 000 tonnes de plus qu'en 2004).De ce nombre, 44 553 tonnes ont été recyclées ou récupérées.Le reste a fini dans un terrain d'enfouissement.L'éco-quartier a pour sa part la mission de sensibiliser, informer et mobiliser la population autour des enjeux environnementaux.Les éco-quartiers, au nombre de 27 à Montréal, distribuent aussi les bacs de recyclage et vendent des composteurs domestiques.Pour info: www.ville.montreal.qc.ca .Éco-centre ou éco-quartier ?PHOTO ANDRÉ PICHETTE, LA PRESSE © La famille Guay-Tourigny peut dire mission accomplie.Marc nous brandit le quart de sac vert de la semaine.Danielle et les enfants peuvent exhiber fièrement les sacs qui n'ont pas été utilisés.SARA CHAMPAGNE Si notre famille habitait Victoriaville, le défi du sac vert serait simple.La municipalité située à mi-chemin entre Montréal et Québec offre à ses citoyens une collecte verte, brune et grise.C'est-à-dire une collecte des ordures à trois volets.À Victoriaville, trois bacs à roulettes de 360 litres ou 100 kg sont apportés dans la rue chaque semaine ; la poubelle grise sert aux déchets solides, la verte aux matières recyclables et la brune aux matières organiques.De la boîte de pizza souillée en passant par les couches de bébé ou les vieux pots de peinture, presque tout est récupéré à Victoriaville.« Nous avons commencé le recyclage il y a 20 ans, explique le directeur général de la Ville, Nicolas Théberge.C'est ce qui explique notre longueur d'avance sur le reste de la province, et surtout notre succès.» Le directeur général , père de deux enfants dont un bébé, affirme que sa famille ne remplit, à l'instar de David Suzuki, qu'environ le quart d'un « sac vert » par semaine.Très fier, il ajoute que Victoriaville a déjà atteint la cible de Québec, qui est de récupérer 60% des déchets d'ici 2008.« Avant de sensibi l iser la population au recyclage, i l faut travailler sur un système de collecte efficace, croit M.Théberge.Je peux me tromper, mais je pense que, dans le contexte actuel, il est quasi impossible pour un Montréalais de relever le défi du sac vert.» Un robot nettoyeur En matière de compostage, Victoriaville a donné un solide coup de barre pour encourager les citoyens à composter.Par exemple, le directeur général de la Ville explique que les résidants se plaignaient des odeurs nauséabondes.« Pour s'en sorti r, surtout en été, les citoyens devaient rincer leur bac à grande eau et le désinfecter à l'eau de Javel.Plusieurs citoyens déploraient le gaspillage d'eau et l'utilisation d'un produit toxique.» Mais Victoriaville a trouvé la solution : la Ville a mis à l'essai cet été un « robot nettoyeur de bac ».L'engin, qui suit le camion de collecte des matières organiques, est muni d'un bras articulé qui ramasse le bac brun.« En moins de 30 secondes le bac ressort du petit véhicule comme un sou neuf », affirme M.Théberge.Le nec plus ultra des ordures PLUS PHOTO JEAN GOUPIL, ARCHIVES LA PRESSE © Les installations hydro-électriques de la Baie-James, l'évacuateur de crue à LG2, c'est moi, semble nous dire sur cette photo de 1979 Robert Bourassa.Incontestablement, il passera à l'histoire comme le père de la Baie-James.Bien des années plus tard, il voudra rééditer l'exploit avec Grande-Baleine.Mais c'était sans tenir compte de l'opposition des autochtones et des environnementalistes.Si un jour, on fait une télésérie sur sa vie, elle pourrait se terminer ainsi : Robert Bourassa, de la fenêtre de sa chambre, au sixième étage de l'hôpital Notre-Dame, décrivant avec tendresse et nostalgie «son» Montréal, celui de l'Est, celui des francophones, celui des gens ordinaires.Il y aura 10 ans, demain, s'éteignait celui que les Québécois ont choisi à quatre reprises pour diriger le Québec.Montréal annoncera sous peu quelle artère sera renommée pour marquer le souvenir du seul de ses citoyens, représentant une circonscription de l'île, à avoir été élu premier ministre.Le choix se fera entre l'avenue du Parc et le boulevard Saint-Joseph.La maladie, un mélanome, l'avait frappé six ans plus tôt.Aux prises avec la crise d'Oka, il avait tardé à faire examiner une tache suspecte.Dans ses dernières semaines, il ressassait ses souvenirs en montrant du doigt le quartier de son enfance : le boulevard Saint-Joseph, la rue Cherrier et l'avenue de Lorimier, le parc La Fontaine\u2026 Puis, il se remettait à l'écoute des Montréalais des tribunes téléphoniques, sur son petit poste de radio.Fils d'un fonctionnaire fédéral, issu d'un milieu modeste, Robert Bourassa s'est très tôt épris de la politique.«Un jour je serai premier ministre du Québec », confia-t-il à son ami Jacques Godbout, sur le trottoir, à l'angle de l'avenue de Lorimier et du boulevard Saint-Joseph.Il avait 12 ans.« Il voulait venger Adélard Godbout, qui venait de se faire battre par Maurice Duplessis », se souvient M.Godbout, écrivain, cinéaste et neveu de l'ancien premier ministre.C'était l'époque ou l'écolier de Saint-Pierre-Claver distribuait des tracts pour les libéraux après la classe.Plus tard, les deux amis, passés au collège Brébeuf, se mêlent à la foule de la Palestre nationale pour entendre le truculent maire Camilien Houde.Envoyer le jeune Robert étudier dans un collège cossu de Montréal saignait le budget familial.Il y retrouvera d'autres collégiens prometteurs : le futur chef du Rassemblement pour l'indépendance nationale (RIN) Pierre Bourgault, le futur juge en chef de la Cour suprême Antonio Lamer, Richard Drouin à qui il confiera les négociations du secteur public puis Hydro-Québec.Il donnera même un coup de main, en mathématiques, au futur journaliste Pierre Nadeau, de trois ans son cadet.« Je sais que les mathématiques ne sont pas votre force », décochait-il invariablement , quand l'interviewer lui parlait d'économie.« Il faisait ça avec un malin plaisir », se souvient amusé M.Nadeau, fils de Jean-Marie Nadeau, membre très influent du PLQ à l'époque.«Déjà, au collège, il adorait parler politique avec mon père.» «Il trouvait toujours du temps pour aider les autres, en mathématiques surtout », se souvient un autre reporter, Claude Poirier, gamin de l'Est lui aussi.Sa seule distraction avouée: le baseball.Il se plaisait à imiter la motion de chacun des artilleurs des Royaux! Austère, discipliné, le jeune Robert Bourassa fait ses devoirs dans le bus qui le ramène à la maison.Physiquement, il aura longtemps l'allure d'un technocrate un peu gauche et manquant d'assurance.«Un homme qui fut grand dans sa fragilité même», dira de lui Claude Ryan au moment de son décès.«Il a toujours eu beaucoup d'attachement pour l'est de Montréal, pour son quartier », se souvient son ex-conseiller Jean-Claude Rivest, aujourd'hui sénateur.Secousses politiques En 1966, Jean Lesage pense envoyer ce candidat vedette dans une circonscription acquise, Saint-Laurent.René Lévesque, déjà ministre, lui conseille plutôt de se présenter dans la circonscription de Mercier, quartier de ses origines.Élu député libéral, mais dans l'opposition, l'universitaire désincarné prend souvent fait et cause\u2026 pour les chauffeurs de taxi ! Il a ressenti durement la défaite de son gouvernement, en 1976.Mais beaucoup plus cruellement encore, sa défaite personnelle dans Mercier.Son adversaire était alors une bonne connaissance, le poète Gérald Godin.«Sans qu'on s'en rende compte, le profil social avait changé entre 1966 et 1976.C'était le début du Plateau comme on le connaît aujourd'hui », se souvient l'organisateur Pierre Bibeau, un lieutenant indéfectible de M.Bourassa.Nommé bien plus tard à la barre de la Régie des installations olympiques, M.Bibeau se souvient d'ailleurs fort bien de la première commande reçue du patron: «Il voulait plus de retombées dans l'est de Montréal.» De 1970 à 1976, les deux mandats de Robert Bourassa sont marqués par des secousses sociales sans précédents.Le plus jeune premier ministre du Québec voit, à 37 ans, son ministre du Travail et ami Pierre Laporte, assassiné par de jeunes felquistes.Le gouvernement Trudeau lui force la main pour qu'il demande l'intervention de l'armée.Son leadership sera miné par un Pierre Trudeau qui méprise publiquement le «mangeur de hot-dogs ».Robert Bourassa passera à l'histoire comme le père de la Baie-James.À son retour, après la défaite de 1976, il voudra rééditer l'exploit avec Grande-Baleine.Mais c'était sans tenir compte de l'opposition des autochtones et des environnementalistes.La loi 22, qui instaure des tests linguistiques jugés intolérables par les minorités linguistiques, BOURASSA LE Il y a 10 ans, s'éteignait le père de la Baie-James DU BUREAU DE QUÉBEC DENIS LESSARD «Même s'il a étudié à Harvard, il n'a jamais eu l'anglais dans l'oreille.(.) Il avait le défaut de la génération des Lévesque et Ryan : il ne connaissait pas le Canada anglais.» 4 P L U S PLUS MAL-AIMÉ met le feu aux poudres sans satisfaire les francophones.Pour freiner les grèves illégales, il emprisonne les leaders des trois grandes centrales syndicales.Québec nage alors également dans les allégations de favoritisme.Quand il revenait sur cette période, il se disait «fier d'avoir accusé les coups », relate Jean- Claude Rivest.«Il a fait en sorte que personne ne casse la baraque.Et il a permis au Québec d'atteindre une maturité.» Retour assombri Robert Bourassa a toujours fui le jet-set.Dans les années 70, il va volontiers dans le sens de son époque, une période de grandes mesures sociales, comme l'assurance maladie.À son retour, il favorisera des mesures comme le partage du patrimoine.Et il pliera devant les revendications des jeunes pour la parité à l'aide sociale.«Il aurait eu énormément de difficulté à faire le déficit zéro, comme l'a fait Lucien Bouchard.Cela aurait été contre ses principes », dit le sénateur Rivest.Après sa défaite de 1976, Robert Bourassa est stigmatisé : «Boubou» est «l'homme le plus haï du Québec ».C'est l'époque de «l'exil» à Bruxelles, notamment, où il approfondit la politique européenne.À son retour à la barre du PLQ, en 1983, bien des députés libéraux lui offrent des «comtés sûrs ».Il préfère Bertrand, sur la Rive-Sud, «parce que c'est un comté francophone ».Mais les électeurs de Bertrand le bouderont aux élections générales de 1985.Dépité, il se rabattra sur Saint-Laurent.Il mettait rarement les pieds dans l'Ouest-de-l'île, se contentant de téléphoner à des sympathisants anglophones pour obtenir le pouls de cette communauté dont il ne s'est jamais senti proche.«Même s'il a étudié à Harvard, il n'a jamais eu l'anglais dans l'oreille », résume Jacques Godbout.Le débat linguistique - encore - assombrira son deuxième passage au pouvoir.Mais c'est l'échec de l'entente du lac Meech, qui devait permettre au Québec d'adhérer à la Constitution de 1982, qu'il ressentit le plus cruellement.«Il avait le défaut de la génération des Lévesque et Ryan : il ne connaissait pas le Canada anglais », observe Jean-Claude Rivest.L'échec de Meech s'explique en partie par cette incompréhension.C'était à la fin de juin 1990.Il tirera alors un trait définitif : «Le Québec sera pour toujours une société distincte, libre de ses choix.» Ce credo se retrouvera sur la statue qui sera dévoilée dans deux semaines à l'extérieur de l'Assemblée nationale.Le 24 juin 1996, de sa chambre d'hôpital, rue Sherbrooke, Robert Bourassa aperçoit tout en bas son ami Lucien Bouchard qui participe au défilé de la Saint-Jean.Il est fasciné par l'engouement de la foule pour ce nouveau premier ministre.«Les Québécois l'aiment », at- il dit, approbateur et souriant, selon un témoin.Dans sa poignante description des dernières heures de son prestigieux patient, le Dr Joseph Ayoub rappellera l'avoir touché au coeur en lui disant avec conviction: «Le Québec vous aime, M.Bourassa ! » Il avait les yeux pleins d'eau.-Avec la collaboration de Paul Roy LES GRANDES ÉTAPES DE SA VIE PHOTO ARCHIVES PRESSE CANADIENNE Robert Bourassa n'a jamais été «populaire » auprès de Pierre Elliott Trudeau.Ce dernier imposera au «mangeur de hot-dogs » l'intervention de l'armée après la mort du ministre Pierre Laporte.PHOTO ARCHIVES LA PRESSE © L'inauguration de l'aéroport de Mirabel a eu lieu durant les premières années de gouvernance de Bourassa, réunissant Jean Drapeau, Pierre Elliott Trudeau, Jean Marchand et Robert Bourassa.PHOTO PIERRE MCCANN, ARCHIVES LA PRESSE © C'est aux côtés de Jean Lesage, en 1966, que Robert Bourassa s'est lancé en politique.« Le Canada anglais doit comprendre de façon très claire que, quoi qu'on dise et quoi qu'on fasse, le Québec est, aujourd'hui et pour toujours, une société distincte, libre et capable d'assumer son destin et son développement.» \u2014 Discours prononcé le 22 juin 1990 à l'Assemblée nationale à la suite de l'échec de l'Accord du lac Meech.« Politiquement, c'est un affront à la dignité du peuple québécois de se faire imposer la loi fondamentale du pays.» \u2014 Au sujet du rapatriement unilatéral de la Constitution.\u203a14 juillet 1933: fils d'Aubert Bourassa et d'Adrienne Courville, Robert Bourassa naît à Montréal, dans la paroisse Saint-Pierre-Claver.\u203a1953: obtention du baccalauréat ès arts du collège Jean-de-Brébeuf.\u203a1956: licence en droit de l'Université de Montréal.Médaille du gouverneur général.\u203a1957: admission au Barreau du Québec.\u203a1958: il épouse Andrée Simard.Ils auront deux enfants, François et Michelle.\u203a1959: maîtrise en sciences économiques et politiques d'Oxford.\u203a1960: maîtrise en fiscalité et en droit financier de Harvard.\u203a1960-1963: conseiller fiscal au ministère du Revenu national, à Ottawa.\u203a1961-1963: professeur de sciences économiques et de fiscalité à l'Université d'Ottawa.\u203a1963-1965: secrétaire et directeur des recherches de la commission Bélanger sur la fiscalité.\u203a1966-1969: professeur de finances publiques à l'Université de Montréal et à l'Université Laval.\u203a5 juin 1966: élu député de Mercier.Critique financier du Parti libéral du Québec à l'Assemblée nationale.\u203a 17 janvier 1970: élu chef du Parti libéral.\u203a29 avril 1970: Robert Bourassa devient, à 36 ans, le plus jeune premier ministre de l'histoire du Québec.\u203a29 octobre 1973: réélection.\u203a15 novembre 1976: défaite aux mains du Parti québécois.Robert Bourassa amorce une période d'études et de réflexion.Pendant cinq ans, il sera professeur et conférencier à Fontainebleau, Bruxelles, Washington, Québec, Montréal, Los Angeles et New Haven.\u203a1980: il participe à la campagne référendaire.\u203a15 octobre 1983: il est réélu chef du Parti libéral.\u203a3 juin 1985: élu député de Bertrand.Chef de l'opposition officielle à l'Assemblée nationale.\u203a2 décembre 1985: le PLQ gagne les élections, mais Robert Bourassa perd dans son comté.\u203a20 janvier 1986: élu député de Saint-Laurent à l'occasion d'une élection partielle.\u203a25 septembre 1989: réélection comme député de Saint-Laurent et premier ministre du Québec.\u203a1994: il ne sollicite pas de nouveau mandat.\u203a1995: professeur associé à l'Université de Montréal.\u203a1996: Robert Bourassa meurt d'un cancer de la peau le 2 octobre, à l'âge de 63 ans.«Durant toute ma carrière, j'ai toujours insisté pour accorder la priorité à l'économie.» « Je concevais l'avenir du Québec comme un État, un État français dans une fédération canadienne, où sa sécurité économique est garantie, ce qui pouvait s'accomplir sans risque téméraire pour l'avenir du Québec.» « Lorsque l'on parle de biculturalisme, force est de constater que sans le Québec, il n'y aurait pas de fait français.» « Lors de la Crise d'octobre, sondages favorables ou non, nous aurions procédé de la même façon.L'avenir de la société était en cause.» « J'ai rétabli le français comme langue officielle du territoire en 1974, plus de deux siècles après qu'elle eut perdu ce statut.» La chronique ironique qui voit et entend tout\u2026 à sa façon DES CHIFFRES QUI PARLENT ICI ET AILLEURS ITALIE Coup de pub Qui ne se souvient de Marco Materazzi ?Le type qui a donné un coup de torse à la tête de Zinédine Zidane en finale de la Coupe du monde de soccer.Le défenseur italien remet ça.Dans une publicité pour Nike, ce n'est pas un crâne qui teste la robustesse de son sternum, mais, successivement, une boule de bowling, un joueur de football, un bélier en métal et une énorme camionnette lancée à pleine vitesse.Autant d'assauts auxquels Materazzi résiste sans broncher avant d'éviter au dernier moment une boule de démolition suspendue à une grue.Cette pub est visible sur Daily Motion.«Le coup de tête (en finale) était le moment-clé de la Coupe du monde, a expliqué une responsable de Nike Italia.Quand nous avons discuté du projet avec Marco, il s'est montré très enthousiaste, notamment pour son coté humoristique.» On a beau avoir vu et revu les images, on cherche encore la subtilité et l'humour du message\u2026 CHYPRE Tradition quand tu nous tiens Rétrogradée en juin, une chèvre d'un régiment de l'armée britannique basé à Chypre vient de retrouver sa distinction de soldat de première classe.William Windsor, matricule 25232301, du 1er bataillon du régiment royal de fusiliers gallois, a retrouvé les honneurs la semaine dernière pour bonne conduite, a expliqué mardi le capitaine Crispin Coates, porte-parole des forces britanniques basées à Chypre.L'animal âgé de 6 ans s'est en effet distingué lors d'une parade en «défilant fièrement, la tête haute », a-t-il dit.William, dit Billy, avait été rétrogradé pour avoir «désobéi à un ordre direct » et « comportement inacceptable », lors d'une cérémonie organisée en l'honneur de la reine Élisabeth.Mais «Billy a eu tout l'été pour réfléchir et a clairement mérité sa promotion » et les avantages qui y sont attachés.L'animal n'est pas une mascotte mais fait partie intégrante du régiment et défile en tête de toutes les parades, selon une vieille tradition.ILS, ELLES ONT DIT Dépité « Gaza est une prison dont Israël semble avoir jeté les clés.» \u2014 JOHN DUGARD, le rapporteur spécial de l'ONU pour les droits de l'homme dans les territoires occupés.Dégoûté « Ce n'est pas la première fois que des dindes votent l'avancement de Noël.» \u2014 OLIVIER BAUD, président d'une association d'enseignants en faveur de la réforme de l'éducation en Suisse, après que ses concitoyens du canton de Genève aient voté pour le retour des notes et des moyennes de classe à 75,6%.Détaché « Le problème des commandites, c'est qu'il n'y a pas eu de contrats de plus de 10 millions\u2026 » \u2014 ALFONSO GAGLIANO, expliquant ainsi pourquoi, en tant que ministre, il n'a vu aucune malversation.En dessous de 10 millions, monsieur ne signait rien, donc il ne voyait et ne savait rien.Élémentaire.Comment n'y a-t-on pas pensé plus tôt ?Déconnecté « Guy A.Lepage se comporte comme un fasciste.» \u2014 VICTOR-LÉVY BEAULIEU, s'en prenant à l'émission Tout le monde en parle dans une lettre ouverte parue dans L'Aut'Journal.EN HAUSSE, EN BAISSE » JOHANNE GÉLINAS La commissaire à l'environnement n'a épargné personne, fessant les libéraux et tirant les oreilles des conservateurs pour le piètre bilan en matière de lutte contre les changements climatiques.» STEPHEN HARPER Pour être tenté de revenir sur ses engagements concernant le règlement du déséquilibre fiscal.Doit-on en être surpris ?Après tout, c'est un politicien.PLUS Hayfaa Al-Husainy a parlé pendant plusieurs minutes, avant de s'arrêter, le regard un peu embrumé.«Elle est en train d'énumérer tous les collègues qu'elles a perdus ces derniers temps, mais elle ne peut pas continuer, sinon elle va pleurer », a expliqué l'interprète qui traduisait ses propos de l'arabe vers le français.Femme, journaliste et Irakienne : ces trois réalités se superposent pour confronter Hayfaa Al-Husainy tous les jours à la réalité de la mort.La jeune femme blonde est la rédactrice en chef d'un journal de Mosul, dans le nord de l'Irak.C'est l'une des rarissimes femmes à occuper un poste aussi élevé dans un média de ce pays.La semaine dernière, avec un groupe de huit autres journalistes - tous des hommes -, Hayfaa a fait la tournée des médias québécois, question d'en savoir plus sur la manière dont on informe dans un pays démocratique.Quels intérêts sert votre journal?À qui appartiennent les maisons photographiées dans la page des annonces immobilières?Les journalistes irakiens, invités par l'organisme Réseau Liberté, étaient curieux de tout.Mais surtout de la manière dont on peut séparer l'information de l'opinion, des murs étanches qui protègent la neutralité des journalistes.Puis, mine de rien, Hayfaa et ses collègues ont parlé de la manière dont ils exercent leur métier.Dans le calme propret de notre salle de réunion à La Presse, leurs considérations sur les risques de leurs métiers semblaient parvenir d'une tout autre planète.«Moi, je ne sors jamais sans mon voile », a dit Hayfaa.Mais voile ou pas, elle a reconnu qu'elle risquait sa vie tous les jours.Sans trop insister sur ce fait presque banal\u2026 Selon le Journalistic Freedoms Observatory, dont un responsable irakien, Hadee Jalu, participait à la tournée, au moins 155 journalistes ont été tués depuis trois ans en Irak.Le mois de septembre a été particulièrement meurtrier, constate le New York Times.Dans un reportage publié vendredi, il cite le cas d'un photographe tué alors qu'il achetait de la pellicule.Celui d'un graphiste tué au volant de sa voiture.À quoi riment tous ces assassinats?Dans les cas des journalistes étrangers, les assassins, généralement des milices sunnites, revendiquent habituellement leurs attaques, ont confié nos visiteurs.Mais quand il s'agit de journalistes irakiens, les assassinats ne sont jamais signés.Cela n'empêche pas les principaux intéressés de tenter de décoder les intentions des tueurs.«Il y a des lignes rouges à ne pas dépasser», ont raconté nos visiteurs.Toute allusion aux méfaits des milices armées peut exposer un journaliste à des représailles, selon eux.Dans un pays à feu et à sang, ceux qui osent parler de violence risquent de voir leur nom s'ajouter à la liste des victimes\u2026 Mais il n'y a pas que les balles.Les journalistes irakiens risquent aussi d'être harcelés par les autorités ou détenus par l'armée américaine s'ils touchent à des sujets trop délicats.Hayfaa a été arrêtée à trois reprises.Une fois, c'était pour avoir écrit que des hommes armés revêtent parfois l'uniforme policier pour faire des rafles dans des maisons.Les journalistes irakiens paient la liberté d'informer de leur vie.Mais le champ de cette liberté ne cesse de rétrécir.De nouvelles lois irakiennes, puisées dans le vieil arsenal législatif de Saddam Hussein, interdisent de se moquer du gouvernement et de ses représentants - un texte à spectre large qui permet de ratisser toute critique.Depuis un an, une douzaine de journalistes ont été poursuivis en vertu de cette loi.Dans le groupe qui nous a rendu visite, cette semaine, il y avait aussi quelques journalistes du Kurdistan - la zone kurde qui échappe à la guerre civile.Mais là-bas aussi il y a des «lignes rouges» à ne pas dépasser.Pas question, par exemple, de critiquer le nationalisme kurde.Ou la corruption\u2026 Les journalistes kurdes en Irak ne risquent pas leur vie.Mais ils s'exposent à des poursuites.Alors comment font-ils, Hayyfa, Saman, Hadee et les autres, pour continuer à informer, envers et contre tout?Selon eux, la situation des journalistes demeure meilleure que sous Saddam Hussein, qui tenait le pays entier sous la chape plombée de sa censure.«Aujourd'hui, nous n'avons pas besoin de permis pour publier ce qu'on veut», soulignent les journalistes.Mais publient-ils vraiment ce qu'ils veulent ?«Bien sûr que non, si on le faisait, on ne serait pas là aujourd'hui\u2026» Pour nous, a confié un des journalistes, le plus compliqué c'est de préserver notre liberté tout en préservant notre vie.Rien que ça\u2026 LES CARICATURES DE LA SEMAINE La Presse publie chaque semaine une sélection des dessins des caricaturistes de nos partenaires du réseau Gesca.Mortelle liberté Dans un pays à feu et à sang, ceux qui osent parler de violence risquent de voir leur nom s'ajouter à la liste des victimes\u2026 Au moins 155 professionnels des médias ont été tués depuis la chute de Saddam Hussein en Irak, selon le Journalistic Freedoms Observatory.Reporters sans frontières estime le nombre de victimes à 107.Les journalistes locaux représentent 95 %des professionnels des médias tués en Irak en 2005.DES OH! ET DES BAH! Envoyez-nous vos commentaires et suggestions à ohetbahlapresse.ca Avec l'Agence France-Presse, Reuters, Time, Libération.LE DROIT LE NOUVELLISTE LA TRIBUNE PHOTO REUTERS PHOTO REUTERS Alfonso Gagliano PHOTO PC 25 Parcourir le monde a un prix.Même pour le pape.Pour financer son récent voyage en Allemagne, le Vatican s'attendait à récolter 25 millions de dollars US en ventes d'objets de culte tels que des chapeaux et des bouteilles d'eau bénite.Denier du culte, on appelle ça ?43 C'est le nombre d'heures passées par une famille américaine type à utiliser simultanément téléphone, radio, télé, internet, messageries texte, en l'espace de\u2026 24 heures ! Un record mondial.Sont-ils pour autant mieux informés ?AGNÈS GRUDA DES NOUVELLES DU MONDE agruda@lapresse.ca "]
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.