Mainmise, 1 janvier 1976, janvier
numéro 54, janvier 1976 PER M-414 Les semaines passent, et déjà le grand passage du changement de format n'est plus qu'un souvenir entretenu quotidiennement par une incroyable quantité de feed-backs de tous ordres.Comme toujours, on essaye de tenir compte de tout pour élaborer les numéros, et comme toujours, on patauge à chaque pas dans les réseaux d'ambiguités immanquablement générés par chaque geste posé.S'en sortir sans compromissions est un défi, posé clairement.Avec votre aide, les solutions devraient se dessiner rapidement.INFOROCK:.page 2 JAZZ: Dizzy Gillespie.page 7 CLASSIQUE: La Flûte Enchantée.page 8 INTERVIEW: Beau Dommage.page 10 ELECTRIQUE OU ACOUSTIQUE:.page 12 DISQUES:.page 13 CINEMA: Claude Jutra.page 32 ARTS PLASTIQUES:.page 34 THEATRE: Equus:.page 35 LA DEESSE BLANCHE:.page 36 LIVRES:.page 38 DOSSIER PROVINCE: Québec.page 44 REPERTOIRE:.page 46 Nous l'avions, pour le numéro 53, laissé tomber.Autant pour permettre une identification plus complète de la nouvelle formule de MM qu'à cause de la grève des postes.Nous reprenons, dès ce numéros, la Page des Lecteurs.Elle est ce mois-ci essentiellement composée des messages que sont venus porter des lecteurs.Ecrivez-vous! Vos lettres et commentaires sur le nouveau MM (que nous espérons nombreux, histoire d'un feedback) seront publiés: Note aux abonnés: Suite au changement de prix, les abonnements en cours ont été prolongés d'après le barème suivant: du numéro 56 au numéro 59.du 60 au 62, du 63 au 67.et du 68 au 72.Tous les abonnés au-delà du numéro 68 (mars 1977) verront leur abonnement prolongé de 4 numéros.C'est le cas par exemple de celui de nos abonnés qui nous a fait confiance jusqu'au numéro 126 (janvier 1982 .).Ferme avec maison située près de T;idous-sac.175 acres de culture.Coin tranquille.S18 000.00.Téléphoner à: Jim Klinck: 1-418-236-4787.Cherche un tilt pour l'Amérique du Sud.Partagerais les Irais.Benoit Uarneau: 532-452.1 'appelez a liais virés .D'abord, a Allen de Villeneuve et a tous les constructeurs de pvramides: j aimerais savoir où tu as pris ta documentation a propos de ton Hvdroponicum Pvramid.pis ton adresse.Si tu en connais d'autres qui en bâtissent ou qui opt de la documentation, ça me ferait plaisir aussi.Cette information comprend tous les genres de pvramides avec les dimensions et angles les plus précisément mesurables.Jean-Luc McDuff.280 Presqu'île.St-Damase icomté d'lberville>.Un nouveau restaurant naturiste: Nous ferons notre musique de la tète, des pieds et des mains nourris de la terre réchauffée de soleil.On boira la pluie et nous danserons la nuit sur le toit des maisons.On veillera les pleines lunes et nos enfants seront libres, si pauvres et si riches a la fois, demain on sera nombreux, si tu veux.La Becquée, 4282 De Launaudière.Montréal 521-6283.Cherche Mainmise 1 a 5 Jean.M-Jerome: 1-436-2859.Aux communes qui commencent: je coupe bois de chauffage et bois pour construction rustique.Salaire: parlons plutôt d'échanges au niveau des procédés.Robert I.achapelle.3635 Drolet.Montréal.844-4879.Appel urgent au monde le tonne qui habite la region de St-Eustaehe.Je suis dans ia région depuis peu.je travaille dans une garderie de St-Kustache et je suis réduit a vivre dans une chambre dans la même ville.Donc, a vous qui vivez a la campagne dans les environs, soit en commune, soit seul ie-.je vous dis que moi j'ai envie et besoin de la campagne et que j'ai envie d'aller vivre avec vous.Ecrivez a I adresse suivante: Robert Vadeboncoeur.*376 Rivière-Sud.St-Eus-tache.Ou téléphonez entre 10 et 15 heures a: 472-1322.Merci et salut' Hé! T'as rien à faire, ton chien a pas le goût de jaser, la ville dort et tu t'ennuies" Prends un bout de papier pis écris-moi.on va jaser un peu! Louise Daunais.6252 Des Roseraies.Anjou.J ai une collection de MM a vendre, du numéro 26 au numéro 51 inclusivement iainsi que les numéros 22 et 24 .Le prix: $20.00.S'il v en a parmi vous qui auraient de la laine ou des bouts de cuir, je me ferai un plaisir de m'en servir pour faire des tapisseries.Merci' Françoise Pénllat.108 Westminster.Montréal.481-1061.Jean-Claude Michv qui a de nombreuses années d'expérience dans l'élevage du mouton au Québec propose a tous les jeunes éleveurs d'aller lui rendre visite pour les faires profiter de son expérience.Une seule condition: comme il n a pas d auto, il faut aller le chercher chez lui et le ramener ensuite.Ecrivez ou téléphonez a : Jean-Claude Michv.R.R.4.Sutton qu'ils pensaient de CONTRACTION."Hein, tu connais pas Contraction?Sibol.c'est le meilleur groupe québécois! " Rien de tel pour vous inciter à aller entendre un groupe.Dans le lobby de l'Outremont un ami me parle un peu du groupe dont il connait' les musiciens.Des vieux de la vieille qui trippent depuis assez longtemps ensemble.Sur scène, le décor est réduit au minimum.Comme le dit le bassiste.Yves Laferrière, dès le début, "oh a pas de boule à miroir par dessus, nous on n'aura pas de fumée partout, pi on pètera pas nos instruments à la fin du show." Il y a une simplicité qui a horreur du "style" et le dégoût de l'expansion: elle a nom CONTRACTION.Et toute la soirée durant, cette contraction des effets et une sobriété quasi amère (celle qui n'appartient qu'aux "vieux") se feront sentir.A la longue, un charme assez spécial s'en dégage et une seule fois durant le concert j'aurai envie de pleurer tout bas.Nous y reviendrons.Ils sont huit sur scène: deux claviers, guitare sèche, guitare électrique, violon, basse, batterie et la voix de Christiane Robi-chaud.Leur musique est très serrée, contenue, sèche.On sent la professionnalité qui a lentement et impitoyablement supprimé ce que toujours il y a de "trop" lorsqu'on se laisse aller.A la basse, Laferrière est excellent ainsi que_ Robert Stanley à la guitare électrique.Il y a une connivence entre eux qui doit dater de longtemps.Le batteur, lui, m'a fasciné: il y a de l'ange emprisonné en lui.Du reste, Laferrière n'a pas arrêté durant tout le concert de nous prévenir que quelque part vers la fin du spectacle Richard Perrotte allait exploser ou éclater.Il y a, encore là de la contraction qui joue.Par exemple, presque chaque début de morceau était amorcé par Perrotte par de petits coups secs et répétés sur les deux petites cymbales superposées sur le côté gauche du batteur.Or personnellement je déteste cet engin qui sonne comme de la ferraille en chômage, et je me demandais à chaque fois pourquoi diable Perrotte s'en servait.Jusqu'à ce que je le voie lever les bras au ciel et retomber sur sa batterie comme un ange épuisé qui brise sa chute en glissant sur les peaux.Il a refait ce geste plusieurs fois et à chaque fois un frisson où se mêlaient la peur et le sacré me traversait.L'effet est cumulatif et lorsqu'ils commencèrent "A la claire fontaine "j'étais prêt.Robert Lachapelle débute par une série d'accords doux qui passent du mineur au'majeur et qui se gravent immédiatement dans le système nerveux.Roulements brefs de la batterie.Les paroles interviennent.Elles sont extraordinaires.Redites-vous les dans la tète et pensez à leur simplicité, à leur contraction.Quelle merveilleuse réussite que cette chanson.Il y avait longtemps que je n'avais entendu une chanson du folklore interprétée avec autant de finesse et d'amour.On aurait envie que CONTRACTION fasse un disque uniquement composée de chansons folkloriques.D'ici là espérons qu'ils n'auront pas tout fumé le colombien qui joue de la percussion avec eux.Georges payer l'entrée; au forum.C'est quand même très difficile de parler d'un spectacle de Bob Dylan! Qu'est-ce que l'on peut bien dire sans tomber dans les généralisations bêtes et les qualificatifs tortueux?Je peux dire l'agréable surprise et la fierté d'entendre Joni Mitchell.Et ce tour de force de Joan Baez interprétant sans accompagnement, devant une foule devenue religieusement silencieuse, le traditionnel "Swing low sweet chariot".De voir et d'entendre Dylan et Baez en duo, dix ans après cette première au "New-port Festival".C'est significatif du retour en force de la musique folk-rock! Dylan maquillé comme un mime, figure blanche, lèvres et joues rouges.Dylan et ses vieilles compositions qu'il fait d'une façon tellement différente qu'on les découvre comme pour la première fois.D'après Allen Ginsberg, cette tournée est d'un genre plutôt spécial.En plus d'une centaine de personnes, Dylan est accompagné de toute se tribu: mère, femme, fils, etc.Ce n'est pas du tout la grande tournée américaine puisqu'il ne se produit que dans quelques villes (souvent assez petites) de l'Est nord-américain.Le plus à l'Ouest que se rendra le groupe est Toronto.Si je comprends bien c'est plutôt un film qui doit sortir de tout ça.Une idée de Dylan filmée par le réalisateur de "Woodstock".Os ont filmé ici, en plus du concert, dans une ferme et, pendant quelques heures, à la gare centrale.C'est Paul Cham-berland, invité de Ginsberg, qui nous en faisait part.Qu'est-ce que tout cela nous réserve?Que signifie ce pèlerinage sur la tombe de Jack Kerouac par tout le groupe au Massachusetts?Que penser de la présence de Ginsberg?Est-il comme le dit un ami "l'aumônier" ou le gourou du groupe?On peut se perdre en conjectures.Quand les poètes se mettent en marche, se regroupent ou se rendent visite, c'est à quelque chose d'unique et en dehors du temps, qu'il faut s'attendre.Un Tonnerre Roulant! André Gilles d'Astous La musique traditionnelle, c'est l'âme des peuples.C'est ce qui les rattache à leurs sources.A travers les âges et les frontières, c'est le lien commun qui dit notre histoire.Qu'elle soit d'ici ou d'Irlande, de Bretagne.d'Acadie, de Louisiane, elle n'a d'appel que pour le coeur.Elle est l'inspiration de la musique: des Alain Stivell, des Vigneault.des Edith Butler, des Dominique Tremblay.Le monde se transforme: à la musique traditionnelle, on n'ajoute que des variantes.Depuis la nuit des temps- les CELTES- la tradition orale-l'écriture— la tradition musicale— le peuple.Les Veillées d'Automne ou l'angoissante nécessité de conserver une musique sur laquelle on dansait aux mariages, aux naissances, aux anniversaires.Peut-on, faute de pouvoir la danser, l'écouter avec mille personnes9 Notre héritage le plus précieux, faut-il le préserver en le disséquant à coups de bravos9 Ce n'est pas nécessaire, on l'a dans le sang.La prise de conscience acquise on comprend qu'André Gladu plie bagages et que le Service socioculturel de l'UQAM parle de ne plus organiser de festival.Il y a la relève, vive la relève.Et les doux chants de MALICORNE.Le premier soir: l'Acadie.Les soeurs Myers de Richibouctou:" ces chansons, c'est maman qui les chantait.On s'est dit que ces chansons étaient bien trop belles pour qu'elles restent dans la cuisine.Ca fait que nous v'ià!" Douces berceuses, filles à marier et le galant courtiseur.Deux voix qui s'harmonisent parfaitement.Johnny Comeau, 18 ans Nouvelle-Ecosse.Quelle révélation, ce jeune violoneux! Solide, planté là comme un arbre, quel son vif et clair il tire de son violon.On le rappelle plusieurs fois, un peu rouge et gêné de ce succès.Il laisse tomber: "Vous ê-tes "toutes" fous!" Le lendemain soir, la Louisiane: Zacharie Richard et les "Mystères du Ba- LES VEILLEES D'AUTOMNE BUTLER, BOUDREAULT CARI6NAN, COMEAU, HORSLIPS, MYERS.you" coloré, engagé, étonnant.Je me suis dit: définitivement, les Acadiens.c'est la surprise de ce festival.Ce le fut peut-être pour ceux qui ont suivi les festivals des années précédentes et pour ceux qui ont déjà entendu Louis Boudreault et Jean Cari-gnan en spectacle.Mais pour moi MAINMISE Janvier 1976-6 quel incroyable surprise d'entendre ces "montres sacrés" du violon et de la musique traditionnelle.J'en suis littéralement tombé sur le cul! Surtout Jean Ca-rignan le jeudi soir, soirée des invités d'Irlande.La pureté, la maîtrise, la précision, la netteté de son jeu.Pourtant, ce soir-là, il ne devait toucher qu'au répertoire de gigues irlandaises.Et le sympathique monsieur Boudreault aux anecdotes savoureuses et au répertoire presque anthologique de gigues d'ici.La veillée des veillées, salle complète, salle débordante, salle délirante.Une espèce de grandes retrouvailles.La preuve n'est plus à faire: la musique traditionnelle vit et vivra.On ne la fera peut-être plus dans le même contexte qu'autrefois mais on en fera.Déjà la semaine dernière, au patriote, je la retrouvais dans le très beau spectacle d'Edith Butler.Les complaintes qui nous font le coeur gros quand son accent d'Acadie nous les pousse sous la peau.Cette année en plus de ses musiciens habituels un violoneux.Ce qui donne un ton plus traditionnel à la musique et aux arrangements de Daniel Deschênes.On retrouve encore la musique traditionnelle avec le groupe irlandais "Horslips" à l'Outremont dernièrement.Le violon est électrique, mais la gigue plus dansante et endiablée.Elle est partout, étrange et sublime sur le nouveau disque d'Alan Stivell.Elle coule, se fait coquette et nous séduit sur le long-jeu de Malicorne, le dernier-né des groupes de musique traditionnelle de France.La rrHisique traditionnelle c'est sa majesté le peuple et son éternelle quête de LIBERTE: On peut la bouder, la mettre aux arrêts: la museler, jamais! Lors du grand dérangement en Acadie, les Anglais brûlèrent les violons.On se mit à la tur-luter et on n'en perdit pas une ligne.andré-gilles d'Astous VISANT LE NOIR, TU VOIS LE BLANC Clownesque et fernandelique, côté physique, après tant d'années chez Diz, ce qui étonne, en fixant bien son gros visage c'est, l'immense élasticité de ses deux grandes joues brunes, crevassées par le jeu de l'air qu'il pompe avidemment et jette vite dans sa trompette coupée spéciale, à l'embouchure levée, ce qui propulse un son encore plus éclatant.Fantaisiste et comédien, cet homme puissant occupe un vaste espace quand il joue.Il y a eu le gag du micro qui se tournait sans cesse contre Dizzy à chaque fois que ce dernier tentait de le redresser.Ce fut un jeune homme sorti de la foule qui vint le lui fixer.A part le micro espiègle qui pivotait autour de lui-même, il y eut plusieurs accrochages techniques qui font partie du concert et qui établissent directement une communication humoristique entre la scène et les auditeurs-spectateurs.Quand Dizzy s'installe devant ses trois magnifique congas, on imagine toutes sortes de scènes de la jungle jazzistique.on pénètre dans la vie même des joueurs et, à leur talent et à l'harmonie, se font l'idée de 1 'Unity of Mankind", dont Dizzy parlait quelques secondes avant d'entamer le thème.Dizzy interrompt souvent une pièce instrumentale, que ce soit un boogie-woogie d'introduction pour se mettre dans le mood, que ce soit une bossa-nova, pour pogner le beat, que ce soit une trouvaille aux congas ou une improvisation de sa trompette magique, ou même, qu'il chante, da sa voix grasse et embourbée de salive, Dizzy, couvert de sueur et d'inspiration, les yeux fermés, la bouche ouverte, s'arrête net, pour s'éponger en riant, pour démonter sa trompette afin de l'assécher, pour régler les goujons de ses congas, pour continuer au bout de lui - au bout des musiciens qui l'accompagnent et aller au bout du public même."The show must go through ".LA SUPREMATIE NOIRE Maintenant remontons à Boris Vian (lui le vrai Bison Ravi) qui fut, en plus d'avoir écrit des romans troublants d'actualité, un chroniqueur passionné, musicien de jazz et véritable connaisseur.Soit dit en passant que sur ses propres "Chroniques de Jazz (édition 10/18), on le voit en compagnie de Miles Davis.Parcourons les belles années 1941-1951: 1 ère des zazous, surnom donné à Paris, en 1942, à la jeunesse excentrique.Je choisis donc, qu'avec Boris Vian (alias Vernon Sullivan), nous dressions une petite histoire de Dizzy et que nous nous arrêtions un instant aux articles de jazz des journaux de cette époque florissante qui a bouleversé le monde comme l'on fait les Beatles dans les "happy sixties ".Dans un grand journal rose et blanc intitulé "Pittsburg Courier ".rédigé par des Noirs pour des Noirs, le 24 avril 1948, on y lit que Dizzy Gillespie vient de modifier son orchestre.Illinois Jacquet monte un grand orchestre."L'homme au saxophone glapissant va ajouter 5 saxes au sien propre.4 trompettes, 4 trombones et 4 rythmes'.Sûrement que ça allait faire du bruit là où, ça va tomber.Sans oublier les sourdines.En juin 1949, l'affiche du concert de Dizzy à Paris fait fureur.La bataille des cultures française et américaine se déclenche.L'histoire raciale s'accentue.En mai 1950, l'Amérique devient tombeau du jazz.Un grand danger.Sans s'affoler parce que Dizzy lâche sa musique pour du jazz plus commercial (Louis Armstrong le fit et s'en tira plus tard, le mauvais moment passé) il faut souligner que tous les musiciens Blancs ratés sont virtuellement en train d'éliminer les Noirs.En septembre 1953.Ralph Gleason écrit dans le "Record Changer'' à propos d'un concert au cours duquel Dizzy dirigea l'orchestre de Count Basie UN GEANT DE SUEUR.DE SAUVE, DE SUN On pouvait entendre le grand Dizzy au In Concert, dans le Vieux, la deuxième semaine de novembre, alors qu'il éclaboussait la salle pleine, par ses paroles, ses rires, son comique et surtout sa musique, sa trompette qui crachait les sons les plus aigus et les plus graves à la fois que quiconque n'ait pu atteindre.Monstre d'expérience, pour avoir si longtemps joué aux côtés de lie Parker et Art Blakey.ce vieux jazzman jazzman est un personnage frappant qui se dénomme lui-même: Dizzy Gillespie "letting being." Ils étaient 3 Noirs et 1 Blanc.Le jeune Blanc jouait parfaitement la guitare acoustique, assis à l'aise sur son haut-parleur Dizzy l'agaçait tout le temps avec des pointes et des remarques."You're too slow, Andy'' ou bien "You're too fast".Et chose particulière: Dizzy Gillespie dirige avec son derrière.".lorsqu'il dirigea ce merveilleux groupe, 'il redevint un chef, il en eut l'aspect, il en joua le rôle.C'était merveilleux.Voilà sans nul doute un des plus grands talents de la musique moderne ".Plus tard, Boris Vian répond à Jack Tracy qui écrivit dans le journal "Down Bip" du 30 octobre 1957, éditorial dans lequel Tracy disait que le problème, en fait, c'est qu'il est presque impossible de trouver des professeurs de jazz.Vian, lui, dit qu'il n'y a qu'un instructeur possible, c'est soi-même avec ses oreilles."'Ce nest pas des profs qu'il faut créer en Amérique, écrit Vian, c'est une demande pour le bon jazz, de telle façon que les gens qui le pratiquent aient une chance de voir leurs efforts récompensés par la naissance d'un vrai public, qui ne mélange pas les torchons et les serviettes.Les créateurs n'ont jamais eu besoin de passer par des écoles.Eduquez vos auditeurs." Au fond, autant le joueur ne peut survivre de son art sans l'habileté à lire et à écrire la notation musicale, autant l'écouteur ne peut comprendre le sens du jazz sans d'abord apprivoiser son oûie.Relisons l'article de Nick Ayoub du mois dernier dans le premier Mainmise nouveau format.LE BE-BOP L'influence d'Armstrong est toujours présente.A la gymnastique harmonique se joignent les geometries logiques: que l'on trouve swingant ou non d'entendre des trente-septièmes diminuées avec des secondes coupées en quatre, le be-bop peut se faire lent si on imagine Dizzy jouer "I cant get started" ou "Sleepy Time".Tout le monde sait qu'il y a eu des plagiaires d'Armstrong, mais nous savons aussi qu'il y a des Gillespie et des plagiaires de Diz.Ca ne leur enlève rien à eux qui sont du type génial et des musiciens hors ligne, comme leur musique est une musique hors ligne.Quant à dire qu'il n'y a pas de mélodie dans un chorus be-bop.comme le croient plusieurs critiques.non.écoutez plutôt "Round about Midnight" ou "I can't get started" par Dizzy, ou le chorus de Diz sur "Our Delight".A une question de Stuart Allen: "Quest-ce que le be-bop?" Dizzy répond: "C'est juste la façon dont mes copains et moi sentons le jazz" (mars 1949).Un zazou, ou fan, a expliqué à Jack Stine que "le solo-bop est fondamentalement la transposition sonore d'une sensation nerveuse, d'où sa qualité d'irrégularité et de staccato".Dans le "Down Beat" no 19, Diz dit que le be-bop doit acquérir un beat.Charlie Parker disait que "ça n'avait pas de relation avec le jazz et qu'il n'y avait pas de continuité de tempo, pas de chug-chug régulier ".Dizzy répond: "L'ennui, c'est que les gens ne peuvent pas danser dessus.ils se moquent qu'on joue une quinte diminuée ou une cent vingt-neuvième explosée.pourvu qu'ils puissent danser." Venant d'Armstrong: "En ce qui concerne Gillespie, je lui accorde qu'il a créé un style.Lui et Parker.Ce style-là, ça venait des jam-sessions, où on pense surtout à écraser les musiciens avec ce qu'on joue." (Melody Maker, 15 sept.1951).Sombre période.Un an auparavant.Dizzy venait de disperser son orchestre.Il attribuait une part de son insuccès commercial au manque de goût de ses musiciens pour le show' et à leur inaptitude à paraître ravis en permanence.Sans oublier l'incompétence et la bêtise du public.Comme aujourd'hui encore.Lenteur à découvrir.Voici les commentaires de gens qui ont connu à fond Dizzy et sa musique: "Parmi les changements subis par le jazz en général, je crois que tous les types comme Charlie et Dizzy on énormément contribué à créer les marches du progrès suivi par la musique moderne.C'était la meilleure chose qui puisse arriver au monde, car tout devait obligatoirement évoluer.Ces types avaient des cerveaux merveilleux.Ca doit être formidable d'être des pionniers comme eux.Et c'est exactement ce qu'ils sont.(Count Basie, dans Down Beat, 24 février, 1954)."De tous les grands musiciens que sa race a engendrés.Dizzy, aujourd'hui, est un des seuls qui aient conservé les liens qui l'y rattachent tout en allant de l'avant musicalement.Ces liens populaires, plus le fait qu'il y a bien peu de musiciens capables de combiner le talent instrumental à la danse, à l'humour, à ce qui est l'é-tincelante personnalité de Dizzy, ont fait de lui la plus grosse attraction du domaine du jazz.(Gleason pour Down Beat, 7 avril 54)."Lui aussi est familier avec l'esprit des formes plus fortes du jazz, mais il préfère être un clown".(Berta Wood pour Jazz Journal, mai 1955).Finalement, en décembre 56, Dizzy avait exprimé dans un télégramme au président Eisenhower l'intérêt d'exporter le jazz.Plus tard, on apprend que lors d'une interview avec Françoise Sagan, un radioman demanda à celle-ci si elle voterait pour Eisenhower."Non, dit-elle, je voterais pour Dizzy Gillespie, le meilleur trompette jazz de toutes les Amériques".Bref, en plus de faire de la musique, de jouer abondamment, les Noirs aiment aussi parler beaucoup.Au concert du 11 novembre dernier, en plus de se proclamer fidèle partisan pour l'unité du monde, Dizzy affirmait également qu'il était contre la violence, donc le racisme.Le jazz, qu'il s'appelle ainsi ou autrement, est donc une musique inspirée par le plaisir, la paix et la sincérité.Et que ce soit à Los Angeles, à Paris ou à Montréal.Que ce soit en novembre 1948 ou en novembre 1975.Les dieux ne meurent pas.Kathou Cordeau \ MAINMISE Janvier 1976-7 "LA FLUTE ENCHANTEE" Ce n'est pas la première fois, je crois, qu'il est question de musique qu'on dit classique dans lès pages de MM.Comme la formule de la revue est changée, on entend consacrer à cette manque on tant soit peu négligée an article chaque mois: l'aventure n'est pas sans embûches.Je ne sais pas le premier amateur de musique qui se soit brisé les dents en cherchant à exprimer ce qu'il croit être la musique: nous entrons ici dans le domaine affectif et sue fois là, rien ne s'explique, tout doit se sentir.Donc ici aucune logique que celle de la ferveur que j'espère communicative.Pour cela nous verrons.Lors d'une interview téléphonique, an des membres de l'équipe éditioriale de MM m'avait demandé mes préférences dans le domaine du disque.Une oeuvre prenait une importante lumineuse dans mon choix d'alors, et depuis je ne suis pas arrivé à entamer mon enthousiasme: c'est la "Flûte enchantée", le dernier opéra de Mozart, (des puristes me diront que la Clémence de Titus est postérieur à la Flûte, mais cet opéra ne fut pas terminé par Mozart lui-même.».Le genre opéra est tellement décrié dans certains milieux qu'on pent craindre d'en parier on passe alors pour un view monsieur chauve accroché aux vieilles manières des siècles passés.Cest an cliché qu'on arrive difficilement à déraciner.Comme tout cliché, il se forme par l'abus des généralités et aussi par une dose d'ignorance.L'opéra est, par définition, une oeuvre musicale et théâtrale chantée: on pourrait nommer beaucoup de comédies musicales qui satisfont an critères de cette définition et le genre fleurit dans le monde actuel du théâtre où le chant prend de plus en plus d'importance: en somme, nous retournons vers une nouvelle vogue de ce genre ancien, je crois.Parmi les nombreux opéras anciens, quelques-uns sont d'une actualité étonnante: ainsi en est-il de la "Flûte enchantée".Le titre le dit, nous avons ici une oeuvre magique, où symboles et légendes s'entrecroisent pour créer un moment rare dans l'histoire du spectacle.Mozart avait trente-six ans quant il composa cette musique de visionnaire.Les circonstances de la composition valent qu'on s'y arrête.Emanuel Shikaneder, l'auteur du livret, voyait son théâtre courir vers la faillite, Mozart n'avait pas plus d'argent que lui; ces deux fauchés se rencontrèrent et décidèrent de tenter leur dernière chance.Shikaneder.en habile impresario, flairait le vent et souhaitait une féerie, genre à la mode de cette époque, et Mozart tomba d'accord avec lui.Jusqu'ici, rien que de très banal dans la gestation de cet opéra.Mais voilà que les deux collaborateurs, tous deux francs-maçons, assistent à de graves querelles autour de leur loge maçonnique: nous entrons dans un monde plus secret et cela commence à nous intéresser.Ces querelles amènent nos collaborateurs à impliquer ces intrigues dans le livret et la musique qui les préoccupent à ce moment: ne trouve-t-on pas des passages cités textuellement dans la Flûte du livre liturgique appelé "Assemblées Minervales des Illuminés "?Nous y voici, la Flûte devient le cérémonial de féerie qu'elle était à l'origine.Il faut ajouter à cela qu'on accuse à Vienne (ai-je dit que toute cette histoire se passait à Vienne?) tous les francs-maçons d'être à l'origine du jacobinisme ) % sssssi.mêmff g m i> p ft 11 \ le MÉ1I frvtupmr • « lu paVr rnrylom «* (W>- mâmJJî-JZi'-tLii & I .aia'c'oat Ihunnù N* la ter.ro »Mim m tafcjny tîrjtm mm c*nttm0* N 10 Ni:» Rrine de la nuit ' O.ild.N' W*a le mémv: t, N 15 air du Grand Prrtn 3'1 N*1r*.« le heme MJW.ata/iato' ihrfto.,-h',.,./,,., N' |4*t le meme '« uma&pmt trx*r "i sq/ilii: N -*.¦*.lf même .k Mi ' le même i ¦w.:z.snfrrbhn .a»».%ih0i i ' Quoi' r'*n««t fait' t p«r* d« .Ji »' '» .""if" | _ m V .SSSiï-„,.fP| !- - - i*-" I ïloblr r~.ai*: Grind o.rta) coKSt» sifb ij « ?\tt'X' i I,, V|b „t un vov .» .g,.k'ïo*.lks !lh([s km r rWar rï°8i*r« duo bouffe iti.„i ê; fintl français (nous sommes en pleine Révolution française, pensons-y, deux ans avant l'exécution de Louis XVI), de là à ce qu'on veuille appliquer dans le monde policier les lois anti-maçons de l'impératrice Marie-Thérèse, il n'y a qu'un pas.Il est vite franchi, on persécute les francs-maçons, la protection de l'empereur Joseph II fut éphémère, et les assassinats politiques se suivent alors avec une alarmante régularité.On prétend même que Mozart mourut empoisonné lors de cette purge policière, ce qui est loin d'être prouvé.Il est essentiel de comprendre la situation où se trouvaient les francs-maçons à ce moment pour ensuite entrevoir ce que la "Flûte enchantée" charrie de mystère ésotériques.Devant ces persécutions, les deux collaborateurs décident de faire de leur féerie une allégorie politique: cela ressemble aux allégories qu'on a jouées avant et après la destitution du président Nixon, et, probablement qu'il y a un parallèle à faire entre ces deux situations historiques; sauf qu'à l'époque de Mozart, ce furent les maçons qui y perdirent, du moins à Vienne, puisqu'en France, la Révolution réussit à éliminer la tète du pouvoir monarchique.Donc la féerie est devenu d'abord une oeuvre religieuse, puis une allégorie politique, .puis un portrait-charge (de cela, on n'est pas tout à fait assuré, par contre), puisque le personnage du sage Sarastro, grand-prêtre du temple, de la Flûte, serait la projection de Joseh II, le sympathique empereur aux idées démocratiques, populistes même, et la reine de la nuit, qui avait commencé par être un personnage tout aussi sympathique, devenait une virago tout en menaces et dangereuse, vous avez reconnu la "méchante" Marie-Thérèse.Mais où se trouve la musique dans tout cela, direz-vous.Vous avez raison, il est temps que nous y arrivions, puisque la musique est l'élément qui nous intéresse de façon exclusive dans la "Flûte".Mozart a écrit ici une des partitions les plus profondes et intériorisées de sa carrière de musicien et je crois sincèrement que les différentes prises de position qu'il adopta dans la gestation de l'opéra ont eu une importance capitale pour ce qu'on appelle d'une façon bien vague son "inspiration".Il a été relativement facile de parler des circonstances entourant la composition de la Flûte, nous parlions de faits prouvés ou supposés: l'anecdote est facile à citer.Maintenant, nous entrons dans ce qui a fait que la Flûte enchantée a passé l'épreuve des siècles et qu'on la revoit toujours avec joie ou qu'on l'entend toujours avec régularité sur disques: la musique de Mozart.Or, comment décrire une musique?La tentation de fermer le dactylo est forte: on dirait, écoutez les disques et vibrez et on croirait avoir tout dit, et en fait tout le verbiage qui va suivre est tout à fait inutile, si la tentation ne vous vient pas d'écouter une minute, ou cinq ou trente, ou une heure de cet opéra dont je vous parle.Je sais bien que je pourrais me rabattre sur des .MAINMISE Janvier 1976-8 explications techniques et savantes vous prouvant par a + b que la Flûte est un chef-d'oeuvre, mais tout cela aurait autant de valeur que les légendaires coups d'épée dans l'eau.Il faut donc que je vous parle de mes nombreux contacts avec cet opéra en partant de moi, et, à vrai dire, ce n'est qu'en décrivant ses propres émotions qu'on peut les communiquer.Me suivez-vous toujours?Je ne le mérite pas, mais la musique de Mozart vaut que vous fassiez cet effort: c'est une porte qui va s'ouvrir devant vous, et vous ne savez pas devant quels beaux mystères vous allez fermer les yeux, éblouis! Mais, je ne saurais en rester à ces imprécisions.Quand j'étais plus jeune, c'est-à-dire quand j'avais l'âge ou à peu près de mes lecteurs, j'avais un amour particulier pour les moments orphiques, je veux dire ceux où par la musique toute situation s'arrange: ainsi, quand Papageno, l'homme ordinaire par excellence, se voit menacé de toutes parts par le maure Monostatos et ses hommes.En effet, en dernier ressort, il joue du glockenspiel, son jeu de cloches, et la musique devient si innoncemment belle, que pas un de ses poursuivants n'y résiste et la scène se termine par une danse comique du plus délicieux effet.Ou bien, quand le même Papageno désespère de trouver la femme de ses rêves, les trois esprits lui conseillent de se resservir de ses cloches, et sur une musique tout aussi divine, il appelle sa moitié, qui ne manque d'apparaître, charmée.Je n'ai pas besoin d'insister sur le sens de ces scènes, je pense bien, tout le monde aura compris le message orphique de ces scènes si pures: la musique (ou la poésie si vous voulez, ou toute autre forme de pureté), peut charmer les pierres, comme le disait déjà la vieille légende d'Orphée descendant aux enfers chercher Eurydice, et charmant par son luth et son chant les esprits infernaux.A mesure que la jeunesse m'a fui, (la mienne, va sans dire), je me suis attaché aux scènes où la musique devient plus profonde, plus philosophique, c'est-à-dire, où le sage Sarastro fait sa marque.Il y a au 2e acte, un choeur que les musicologues appellent "maçonnique", sans que quoi que ce soit se rattache à la franc-maçonnerie ni dans le texte, ni dans la musique.Les prêtres égyptiens (je n'ai pas encore dit que l'action se passe dans une Egypte mythique, où les pyramides et leurs messages secrets se profilent généralement dans le décor) chantent une prière à Isis et Osiris: ce choeur est indescriptible, nous avons ici un de ces moments où le temps semble s'arrêter, musique intemporelle dont l'effet dépasse de loin tout ce qui s'est passé autour de ce choeur.Comment expliquer que ce choeur est un des plus beaux moments de ma vie?Je ne l'entends jamais sans remettre toute ma vie en question, sans être ému aux larmes, (je sais qu'on va rire de moi, tant pis) ah! si je pouvais dire de quoi est faite l'émotion qui se dégage de cette musi- que, il est probable que je n'aurais plus besoin de l'écouter, c'est pourquoi j'entretiens le mystérieux de ce choeur.Les moments où le grand-prêtre Sarastro est en scène sont tout aussi impressionnants.Il y a un autre moment où il n'est pas là, mais où Parmina l'hérdine, annonce son arrivée: un roulement de timbales effraie Papageno, notre homme ordinaire de tout à l'heure, et, souhaitant disparaître sous terre, il demande ce qu'il faudra dire au redoutable Sarastro, à quoi Pamina répond avec une ferveur empreinte de toute sa jeunesse: "La vérité!" Je ne sais pas si une seule version discographique de cet' opéra a réussi à cerner toutes les émotions que la musique de Mozart, avec ses ésotérismes (dont je n'ai pas parlé), dégage de façon si bouleversante.Mais, il me semble que deux interprétions frôlent de bien près l'idéal mozartien de grâce, de poésie, d'introspection, de souffrance assumée en un mot, d'humanité.Vingt sept ans séparent ces deux interprétations.La première a trente-huit ans, en effet, c'est à Berlin, en 1937, alors que les nazis faisaient leurs pires ravages, que fut gravée pendant un été d'une insupportable chaleur une des plus belles lectures de cet opéra.Le chef anglais.Thomas Beecham connu pour son esprit coupant, se trouvait ces jour-là en état de grâce, probablement: je ne sais pas si jamais il a dirigé de façon aussi irrésistible! Aussi bien aux moments d'enjouement qu'aux pages "philosophiques Beecham s'est collé aux côtés des idées mozartiennes de façon inégalable.Il y a, dans l'album de trois microsillons qu'on a repiqué à partir des vieux 78 de 1937, une telle somme d'émotions, d'humanité qu'on se prend à rêver.Il faut ajouter que tous, solistes, choeurs, orchestre entrent dans la danse avec une ferveur unique: la Pamina surtout, Tiana Lemnitz, jeune soprano, chante avec une telle innocence que vous ne retrouverez nulle part ailleurs d'interprète vibrant autant à l'unisson de son personnage.Les trois disques dont je parle ont été mis sur le marché sous étiquette Turnabout, disques budgétaires, c'est dire que cette "flûte" coûte très peu.Vous entendrez bien quelques bruits de fond: ce sont les vieux 78 qui grésillent avant le transport sur la matrice de vinyle.(Turnabout: TV-4111-4112-4113).L'autre version, enregistrée en 1964, est dirigée par Otto Klemperer.qui avait une conception si personnelle de la musique en général et de Mozart en particulier.Nous avons ici un chef dont la plus grande activité extra-musicale était l'étude philosophique, et le contact avec les grands esprits allemands de l'entre-deux-guerres.Il n'est pas difficile d'imaginer qu'il s'attaque aux pages sérieuses de la Flûte, avec une sombre intensité, mais ce qui est très émouvant, c'est qu'il situe le combat musical dans l'intellect mais avec une telle densité qu'il se dégage de cette prise de position un message émotionnel: c'est une preuve de plus que la ferveur est toujours communicable.Par contre, ce qui me déçoit un peu, il ne donne aux scènes du 'monde ordinaire" (Papageno, Monostatos, etc.) que peu de relief, imprégnant leurs scènes du même sérieux, c'est une conception.Il est, pour ainsi dire, aux antipodes de Beecham.Je crois qu'il faut entendre les deux versions: elles se complètent.Ajoutons que la version 1964 de Klemperer, si allemande d'esprit, fut enregistrée en Angleterre! (le chef anglais va à Berlin faire sa version, et le chef allemand Klemperer vient à Londres faire la sienne.Comme c'est étrange.!).Ici encore, solistes, choeurs et orchestre sont irréprochables, mais on ne trouve pas d'interprète de qualité aussi spéciale que dans la version de 1937, même si Gun-dula Janowitz (Pamina) et Lucia Popp (la reine de la nuit) sont de brillantes chanteuses.Donc, pour les grands choeurs maçonniques, il faut entendre la version Klemperer.' (Angel F.3651).Ajoutons que la gravure autant que l'enregistrement sont d'une stéréo exemplaire, dont ici pas de ces grésillements de 78 rpm.Bonne écoute! Puissiez-vous retrouver l'émotion qu'à chaque audition de cet opéra si attachant je retrouve grandissante en moi, je vous le souhaite! A bientôt! Edgar Fruitier O nuit éternelle, quand vas-tu t'effacer ?Quand donc mes yeux trouveront-ils la lumière ?wt liMlT HcLtennatif 4 845 8887 1 PRE S MAlSONNEUVt ' 1587 Saint-Denis Mtl.TOUS LES DISQUES ! Rock, jazz, classique.IMPORTATIONS CERWIN-VEGA-FENDER Dynachord-MOOG-Système SG-Amps.V.T.-SHURE- Disco-tek Amplificateurs Haut-Parleurs CLAVIERS Système de Son-Chant Microphones SYNTHETÏZERS Pédales d'Effets-Wah Wah-Fuzz-Etc.Locations Systèmes de sons Amplis Instruments Guitares ARIA, GIBSON, FENDER, MARTIN, OVATION GUILD, DO-BRO, RICKENBACKER, LUDWIG, RODGERS, KING, DEFORD, SEL-MER, LATIN PERCUSSION, ETC.REPARATIONS Amplis, Fuzz, etc.P.MARRAZZA MUSIQUE INC.INFORMATIONS: 7082 St-Hubert, Montréal, 271-1182 475 Ste-Catherine Ouest, Montréal 849-8069.MAINMISE Janvier 1976-9 TROIS HEURES AVEC REAUD0MMA6E OU QUAND ON SE SERT DU QUOTIDIEN COMME D UN MIROIR par Michel Bélair Ca c'est passé en deux tranches: la première sentait les petits pois en boîte avec plein de monde autour d'une table entre deux séances d'enregistrement et la deuxième, plus tranquille, plus longue aussi autour d'une bière, quelque part en ville à se regarder et à jaser comme ça arrive encore parfois en retrouvant quelqu'un qu'on connaît bien ou qu'on n'a pas vu depuis longtemps.Après les petits pois du Napoléon, pendant que Vigneau! t et Deschamps réunis pour la même émission ne peuvent s'empêcher d'être séduits eux aussi par la vie qui se dégage des farces à la Quenouille bleue qui courent d'une assiette vide à l'autre en attendant d'être servis et de retourner au studio, BEAU DOMMAGE se laissera peu à peu prendre au jeu de la jasette: moi aussi.Trois heures à se parler: à crever une sorte de double balloune.Celle du vedettariat d'abord, pois l'antre, celle des frontières habituelles qui s'élèvent sans bruit entre des mots mal compris ou mal écoutés.De la musique avant toute chose.Premier round : celui des petits pois et du filet de sole de Pépé (Robert Légeri que Pierre Bertrand réussit à détourner sans que cela paraisse.Celui d'une certaine gène aussi: de cette gène qui pousse silencieusement entre les attentes respectives qui précèdent la première - vraie question.Des bouts de phrases comme ça; en attendant presque.Il est question de musique avant tout.De la tournée qui s'en vient, en mars, de la fameuse soirée du 4 octobre à l'Outremont et du ton de "Où est passée la noce?" qui fait un peu penser par ses gris au cynisme lucide de "Wish vou were here".- "Oui.c'est vrai.Où est passée la noce'.'" est un disque noir et blanc: exactement comme la pochette, précisent Michel Rivard et Robert Léger.C'est un disque noir et blanc parce qu'on filait exactement comme cela après la série de concerts de l'an dernier.Tout a commencé tellement vite, on n'a tellement pas arrêté de travailler qu'on s'est retrouvés plutôt crevés: évidemment ça transparaît sur le disque." -J'allais vous demander justement si l'espèce de tristesse qu'on sent dans des chansons comme "Heureusement il y a la nuit" et Le blues de la métropole" implique que vous avez moins de "fun" à travailler ensemble.(Au fond, il y a Marie-Michèle qui vient de lever le nez de son assiette mais qui est trop loin, à l'autre bout de la table pour répondre.C'est Pierre Bertrand qui lâche son poulet retrouvé après avoir englouti la moitié de l'assiette de Pépé.- "Dans le fond, ce qu on peut répondre à cela, c'est qu'on est beaucoup plus en forme maintenant qu'on l'était l'année passée à la même date.Chacun de notre côté on a plus de temps, on est mieux dans notre peau: tout n'est pas aussi tranché, aussi "noir et blanc".On ne sait pas encore ce que sera le prochain album mais les chansons qui sont déjà en chantier sont beaucoup plus gaies.On le sait pas: on va peut-être sortir un album double qui s'appellerait "Rock and Roll".-"Oui c'est ça.dit Michel Rivard.avec notre photo sur la pochette en soulier plateforme et en costume de paillettes." - "N'empêche, reprend Pierre, que depuis le show du 4 octobre à l'Outremont y'a quelque chose de neuf qui flotte dans l'air"."On se dit qu'on travaille, qu'on aime ce qu'on fait et que c'est la continuation de ce qu'on a toujours fait depuis le temps de la Quenouille Bleue.On n'est pas là pour jouer les vedettes et pour se mettre à porter des costumes en paillettes." "Au lieu de viser à la compétition et d'investir des énergies dans Une sorte de lutte qui opposerait tel succès à tel autre, il serait sans doute plus le fun que cela débouche sur une mise en commun." "Si on se sert du quotidien, c'est pour le faire parler tout seul; pas pour qu'il en résulte une exploitation encore plus grande." "On n'a pas le droit d'être brillant un soir et médiocre le lendemain dans une autre ville; (.) on veut d'abord être honnête avec le public." "On le sait que le public a trippé "raide" sur "Ginette" et "Le phoque en Alaska", mais on n'a surtout pas voulu répéter la recette avec le deuxième disque.La Quenouille Bleue, c'était pour nous une façon de dénoncer le statu-quo; ce qu'on fait maintenant a exactement la même portée." -Y'a même des rumeurs qui disent que vous auriez l'intention de faire un disque avec d'autres musiciens.-"Bof, y'en a d'autres aussi qui disent qu'on a vendu notre ciné-parc.Evidemment ce qui s'est passé à l'Outremont nous intéresse beaucoup: c'est la première fois qu'autant de monde différent travaillait ensemble sans qu'il soit question de compétition.Ca nous a donné des idées, bien sûr.mais y'a rien de concret encore là-dessus, sauf peut-être le fait que Michel habite maintenant la même maison que Michel Fion du groupe Harmonium".Là, tout le monde se met à parler en même temps de l'importance du show du 4 octobre en soulignant à quel point il y a peut-être la chance que le Québec arrive avec quelque chose de neuf à ce niveau.Plus tard, au deuxième round, les quatre gars reviendront sur des sujets semblables en parlant de réseau et de quelque chose qui ressemble à s'y méprendre à une solution alternative.C'est à ce moment là aussi qu'on reparlera du quotidien, de la publicité fockée et des possibilités d'action.-Mais on n'en est pas encore là.C'est Robert Léger qui répond à une de mes questions concernant le passé de Beau Dommage.-"Oui.en comptant Pierre Huet qui compose environ la moitié de nos textes, trois membres du groupe sont passés par la Que- MAINMISE Janvier 1976-10 nouille bleue; il en reste beaucoup de choses.D'abord un certain style de disponibilité; la volonté d'être honnête et de donner à tout le monde la même qualité de spectacle que ce soit à Montréal ou à La Tuque.Une certaine définition du profes-sionalisme qui ne passe pas par le chromé ou le vedettariat: c'est là qu'on a appris à structurer un show a partir' des petites choses ordinaires qui font la vie de tout le monde.Une certaine rigueur aussi qui n'a rien à voir avec la facilité de la répétition: on le sait que le public a trippé raide sur Ginette'' et "Le phoque en Alaska ".mais on n'a surtout pas pensé à répéter avec le deuxième disque.La Quenouille bleue, c'était une façon de dénoncer le statu quo: ce qu'on fait maintenant a exactement la même portée.On veut se servir du miroir du quotidien.On est des photographes; nos chansons sont des photos.'' -Et sur le plan musical, qu'est-ce qui s'est vraiment passé pour vous au cours de cette première année de spectacles et de tournées'1 (Une sorte de grand Ouf! général.Mèfne Réal Desrosiers, qui semble pourtant ne vouloir ouvrir la bouche que pour parler de ses cours de conditionnement physique ou de ses idoles chromées style Paul Anka ou Willy Lamothe.se met à parler de l'incroyable nombre d'heures de travail qu'il leur ai fallu fournir.Travail de groupe sur les nouvelles chansons, travail de studio, travail de préparation des spectacles, tout cela mêlé à la vie quotidienne, de tout le monde au rythme parfois hallucinant de huit, dix ou douze heures par jour:.- "Musicalement, on en est venu à apprendre le respect du public: de toute façon, on sait que les gens viennent entendre en spectacle les chansons qu'ils connaissent déjà par les disques.On n'a pas le droit d'être brillant un soir et médiocre le lendemain dans une autre ville: ensemble, on en est venu à développer cette approche du spectacle structuré qui veut d'abord être honnête pour le public.'' -Ca ne vous arrive pas d'avoir le goût de vous "lancer"?De décrocher musicalement parlant.-"Dans chaque spectacle, il y a des moments laissés à l'improvisation: mais c'est toujours à l'intérieur d'une toune un moment assez court.Je sais (c'est Robert qui parle i que le groupe de Mahavishnu par exemple construit ses spectacles sur l'improvisation permanente: ce sont de grands musiciens.Je sais aussi que plusieurs groupes "électriques" se lancent dans des improvisations et que ce n'est pas toujours souhaitable si on songe à la qualité plutôt moyenne des improvisations à gros son.De notre côté, on n'en est pas là; ce qui l'ait notre style, ce n'est pas d'abord la musique ni les paroles de nos chansons mais l'imbrication des deux." A ce moment-ci se place l'entracte: fini les petits pois.Retour au studio pour l'enregistrement: départ de'Marie-Michèle.Je me retrouve quelque part avant le deuxième rendez-vous à repenser à tout ce qui s'est dit.à tout ce courant de sympathie qui s'est glissé entre les mots et qui a comme placé le cadre d'une approche vraie, au-delà de ce qui pourrait ressortir d'une jasette avec les "stars" que sont aussi les membres de Beau Dommage.Une vraie jasette "ordinaire": ordinaire dans le sens du vrai monde derrière les 225.000 copies vendues du premier album et aes quelques 100,000 du deuxième.Ordinaire dans le sens de vous et moi: du monde pour qui c'est "pas facile d'être amoureux à Montréal " où.dans le fond, 'c'est le fun qui s'use".Quand il est question d'alternative Ailleurs.Autour d'une série de bocks de bière et de ce sourire détendu qui flotte sur les visages une fois te travail accompli.On se retrouve pourtant au même endroit: quelque part entre les farces de Réal.la sériosité" de Pépé (expression empruntée à une amie de la rue St-Christo-phe: merci Linda ) et les éclats de Pierre et Michel.-Si on changeait de place, que je leur dis.-Hein, comment.-Si on changeait de rôle: qu'est-ce que ce serait si vous aviez à faire une "entrevue idéale" avec le groupe rock le plus populaire au Québec.Qu'est-ce que vous poseriez comme question0 - "Moi je sais en tout cas que je ne poserais pas comme question, parce que je ne pourrais pas y répondre: t'sais la fameuse question "Comment expliquez-vous votre succès"'' avec les 12 variantes admises qu'on retrouve dans tous les articles écrits sur nous autres, précise Michel Rivard.Non.ce qui serait le fun, ce serait peut-être de dire qu'on est du monde qui parle du monde qui les entoure.Du quotidien.De la vie ordinaire parce que c'est celle-là qu'on vit.On n'est pas des vedettes et on ne tient surtout pas à le devenir même si on vend plus de disques encore.La meilleure illustration de cela, c'est qu'on vient de quitter Kébek-Spec pour mettre sur pied notre propre coopérative de production." -Pourquoi quitter Kébek-Spec'' - "Pour des raisons bien simples, reprend Robert Léger.On ne veut pas rentrer dans le "Star-System".Nous, on se dit qu'on travaille, qu'on aime ce qu'on fait et que c'est la continuation de ce qu'on a toujours fait depuis le temps de la Quenouille Blue.On n'est pas là pour jouer les vedettes et pour se mettre à porter des costumes en paillettes; on va produire nos spectacles nous-mêmes.Et s'il se trouve qu'on réussit à mettre un réseau de tournée sur pied, on voudrait aussi pouvoir lancer d'autres groupes sur le même circuit de façon à ce que ce soit les musiciens eux-mêmes qui en profitent le plus." -Vous n'avez pas peur d'être taxés d'ingratitude?-"Non.Kébek-Spec et Guy Latraverse nous ont aidés au début, c'est sûr.mais je pense qu'il est normal qu'un groupe devienne son propre boss.De toute façon.Kébek-Spec n'a pas perdu d'argent avec nous." - Tl ne faut pas oublier non plus ce qui s'est passé le 4 octobre, reprend Pierre Bertrand.C'est un geste de libération qu'ont posé ce soir-là les musiciens québécois: un geste politique qui nous met sur la carte tous ensemble.C'est dans ce sens là que nous nous sommes groupés en coopérative: sans que cela soit pour demain matin, cette mise en commun de nos univers musicaux peut déboucher aussi sur une sorte d'autogestion qui est un geste politique de maturité.Et ça.c'est le quotidien ordinaire des musiciens que nous sommes qui nous l'a mis en plein visage; au lieu de viser à la compétition et d'investir des énergies dans une sorte de lutte qui opposerait tel succès à tel autre, il serait sans doute plus le fun, autant pour le public que pour nous, que cela débouche sur une mise en commun." -"C'est vrai, poursuit Michel Rivard, des fois y'a du monde qui nous disent que si on pense comme ça on devrait travailler dans un comité de citoyens.Moi j'ai beaucoup d'admiration pour les comités de citoyens: mais si je me retrouvais là, je sais que je rechercherais à écrire des chansons et à faire de la musique avec ce qui se passerait devant moi.C'est ça le bout de chemin que moi j'ai à faire; la musique.Et je pense que mon bout de chemin est aussi important que tous les autres vrais bouts de chemin.Nous aussi, ensemble, on se sert du quotidien comme d'un miroir réfléchissant; je pense que notre deuxième disque montre que nous ne visons pas d'abord les tounes à succès.On essaie de travailler dans le vrai." - "En d'autre mots, on souhaite crever toutes les fausses ballounes du quotidien en parlant le langage de tout le monde.Ca ne sert à rien de faire des chansons dans le style Mireille Mathieu dans lesquelles le public se fait dire à coeur de tounes qu'il faut se marier, que la vie est dure mais dans le fond bien belle; ou encore de raconter que nous vivons un temps nouveau et que tout est beau.C'est pas vrai; si le quotidien est aussi moche en général, c'est qu'on on a toujours roulé sur des fausses ballounes comme celles-là.Des fausses ballounes dans le genre "On est six millions, faut s'par-ler".C'est de l'exploitation systématique! Quand on parle de quotidien, ce n'est pas du quotidien construit sur la publicité fockée et sur les faux mots d'ordre qui vont faire vendre plus de bière.Dans le fond, on est des "montreurs de situation".Après sa longue tirade enflammée.P.P.se tape une gorgée de bière.Quelque chose flotte au-dessus de la table qui ressemble à un acquiescement commun.La nécessité de travailler tous ensemble à une sorte de démystification du quotidien; chacun avec ses moyens.De se regrouper à partir du vrai, de la "vibration de vérité" dirait-on dans un vocabulaire mystico-pèté, poéti-co-flyé.-"C'est comme l'histoire du poulet St-Hu-bert, lance Réal en se tapant sur les cuisses.Y'a un gars qui nous a approché pour faire un commercial.On refuse.Le commanditaire passe la commande à quelqu'un qui reprend "Ginette" note pour note.C'est peut-être génial dans un sens, mais c'est particulièrement écoeurant d'entendre quelqu'un chanter "Fais-moi manger dans ma maison" avec un gros plan de cuisse de poulet sur une musique que nous autres on avait fait dans un but évidemment tout à fait contraire.En gueulant, on réussit à faire retirer le commercial, mais le mal est fait.C'est ce côté cheap et exploiteur qu'on fuit comme la peste.Si on se sert du quotidien c'est pour le faire parler tout seul; pas pour qu'il en résulte une exploitation encore plus grande." Et puis on a continué à parler comme ça pendant au moins une bonne grosse heure en se surprenant à connecter, à brancher sans cesse des éléments divers.Beau Dommage qui parle de la protection du consom-macteur , des outils planétaires, d'une tâche commune qui est celle de l'alternative.De l'alternative conjuguée.Au-delà du succès, au-delà des gros sous qui les rattachent encore pour quatre ans à cette mul-ti-nationale qu'est Capitol.Beau Dommage c'est d'abord l'histoire d'un des premiers groupes rocks québécois qui ait connu un succès populaire et qui "marche" précisément sur ce qu'il y a de vrai dans cette dimension quotidienne que nous partageons tous.Sans facilité, sans concession, cinq musiciens se sont attelés à la tâche de dé-' noncer à la fois les rêves à l'eau de rose et l'exploitation systématique de la bonne conscience populaire; c'est ce qui arrive quand on se sert du quotidien comme d'un miroir.Beau dommage! dirait l'autre, faut le faire.MAINMISE Janvier 1976-11 ELECTRIOPE OUACOUSTIQ Il semble que le propre de la musique québécoise ne soit pas les réminescences folkloriques des "anciens canadiens".mais plutôt son adaptabilité à tous les genres de musique que la vie moderne fait déferler sur nos têtes.Nous sommes à l'aise dans le rythm'n'blues américain autant que dans les chansonnettes françaises.nous sommes sans doute parmi les plus "universels'' des mélomanes.A l'époque infernale que nous vivons, étouf fés par la poussière de la ville et empous-siérés par une idéologie étouffante, il n'est pas rare de voir des gens partir pour la campagne, l'âme exaltée par la soif d'air pur et de grands espaces.Tout-le-mon-de, ou presque, rêve d'un retour à la terre.Mais il n'est pas plus rare de voir revenir en ville ceux qui étaient partis quelques mois auparavant.Nous participons tous, plus ou moins, à un grand mouvement de retour aux sources.Pour plusieurs, ça n'est qu'une mode rétro.Et si le refus de certains audacieux semble catégorique et "global ", la plupart de nos exaltés restent quand même attachés à certains aspects de la vie moderne que personne n'oserait attaquer.En réaction à la présence encore grandissante des machines dans la vie de l'homme civilisé, beaucoup de jeunes Québécois se sont garrochés à corps perdu dans la récupération du "potentiel d'énergie humaine créatrice".Faire son pain, popo-ter, fabriquer ses propres vêtements sont des activités qui.en plus de favoriser le développement technique du corps et de l'esprit humain, nuisent au système économique anti-humain qui nous étouffe depuis longtemps.En faisant mon pain, je fais du tort à Weston.En faisant mon linge, je fais du tort au Château, etc.L'indépendance technique de l'homme du village du nord n'a pourtant pas encore la maturité nécessaire pour se permettre de cracher sur les techniques modernes de communication et de transport, pour refuser l'électricité, le cinéma.et toutes les petites habitudes que nous avons contractées.Il semble qu'il faille peser le pour et le contre si l'on veut se situer.avec partialité.Notre retour à la terre ne devra pas se faire dans l'ignorance totale: il va falloir utiliser les inventions pratiques que l'histoire a mise à notre disposition.ça n'empêche pas qu'il reste une grosse révolution à faire pour humaniser l'industrie.Est-e que ça va être possible9 Les réclamations syndicales portent à croire que les parleurs qui an.ment les assemblées n'ont pas encore compris que ce n'était pas tellement la position financière des travailleurs par rapport à celle de leurs patrons qui devait changer, mais leur position par rapport à leur propre travail.Quand les travailleurs auront humanisé leur travail, quand ils le prendront en main, les patrons seront for- ces de se chercher une autre job.La musique actuelle nous met en face d'un dilemne semblable: les techniques se sont développées jusqu'à l'archi-élec-tronique, jusqu'aux machines programmées qui vont bientôt pouvoir jouer des symphonies complètes sans intervention humaine, mais le vibrato de la voix et les variations insondables de l'interprétation humaine sont inimitables et irremplaçables.la magie ne se vend pas encore en tubes.La situation est confuse.Les jeunes de la para-culture condamnent sévèrement la ville, sa crasse et sa pollution, ses conditions inhumaines; mais les mêmes jeunes boudent souvent les instruments a-coustiques et la simplicité quand ils vont entendre un concert.Il leur faut des mé-lotrons.des moogs, des oscillateurs et des amplificateurs de plusieurs tonnes.On a besoin de la Baie James pour alimenter de tels concerts.au prix qu'on paye! L'art du pitonnage de Tomita, les trois vannes de Emerson et le château-fort électrique de Rick Wakeman représentent une tendance 'universelle'' que les Québécois n'ont pas encore eu les moyens de se permettre.On en a d'autres! Bien sûr, le rock électrique trouve des adeptes chez nous, mais on dirait qu'un certain romantisme - religieux! - nous tient attaché à la pureté des instruments acoustiques Le retour à la vibration d'une corde de guitare, le chant de sa caisse de résonnance en bois, le son d'une bonne cage thoracique où l'air pénètre encore exaltent notre soif de "vrai'' et de vécu.une fois que nos oreilles y ont goûté, la voix whisky-cigarette perd de son charme.Toute la musique américaine de "finger picking" et le "feeling" accous-tique de James Taylor, Stephen Stills et tous ceux qui s'apparentent à eux, maintiennent le culte de l'instrument sensuel qui se réchauffe et serotise à mesure qu'on en joue.comme la voix.La production américaine courante met sur le marché un nombre effarant de groupes qui font la même musique.La' forme traditionnelle que tous ces musiciens favorisent leur permet d'exprimer cette soif de vie, de nature.de liberté, sur un instrument qui se joue à la main ou avec la bouche.Si la traditionalisme de la musique américaine est une sorte de sécurité pour les auditeurs, il est aussi la dernière chance de conscience collective qui reste à cette société multiple et disparate.Un bon rock en LA est la seule forme encore sacrée dans la musique américaine.La musique "soul" est la grande prêtresse, la heroine du "feeling".Les noirs chantent avec leurs tripes, ils se crinquent jusqu'à l'emportement total.Certains éléments de leur musique demeurent irrécupérables.rebelles à la machine qui mange tout.C'est comme la guitare brésilienne et le violon de Monsieur Pointu.Les Anglais semblent beaucoup plus disposés à la musique électrique, l'utilisation des machines ne leur fait pas peur.Plusieurs vont jusqu'à la surcharge la plus baroque.Leurs symphonies futuristes jaillissent des disques ou des haut parleurs-de-concert comme les pétards d'une ville en liesse, un carnaval tragique où la panique est le seul sentiment toléré.Au Québec, nous recevons toutes ces musiques et nos goûts sont partagés.Cest des aspects positifs de notre situation commerciale — consommateurs interplanétaires! Nous sommes en face d'un dilemme.D'une part, faire de la musique traditionnelle acoustique et retrouver en elle notre amour de la vie et de la nature, et sacrifier la "création", s'asseoir dans un nationalisme complaisant et chaud comme le sein maternel — "On est du monde ordinaire.Pour nous autres la musique c'est d'ia détente, pour danser, pour prier, pour pleurer." D'autre part, faire de la musique nouvelle et chercher à manifester ce que nous sommes par "l'expression" musicale, se lever dans un nationalisme allumé, axé sur notre volonté de présence dans le monde — "On est du monde extra-ordinaire.Pour nous-autres, la musique c'est de l'action, esthétique et la politique, pour raconter notre "volonté de présence.".La musique est devenue un peu partout le médium choyée des plaintes, des critiques sociales et des rêves utopiques.l'arme des collectivités déçues pour agresser ses agresseurs plus puissants et plus féroces.La musique nouvelle est souvent le reflet de la "volonté de puissance" hystérique des hommes civilisés.Le progrès les tient en action.La musique électrique est do-venue, dans plusieurs cas, un crachoir, un transfert à "virilité juteuse", comme le char d'un bon nombre de citoyens honnêtes.On empoigne sa guitare; on y va.à a planche! Au fond! Ecrase-la! La volonté de présence québécoise se raconte surtout en musique.Des groupes comme Maneige, Octobre ou Pollen se rangent dans la catégorie des musiciens qui cherchent à manifester quelque chose de nouveau plutôt que d'actualiser (répéter) une torme traditionnelle plaisante, agréable et sécurisante.Le défi est une attitude "guerrière".Notre musique d'hiver, celles des longues soirées enfumées de Lac-Violon-green ou l'Ile-Verte-gold, notre musique de neige raconte ce que nous sommes dans la tête.La race est aux douches! Notre nordicité consciente et notre volonté de présence sont les seuls possiblement distinctifs des Québécois.Nous sommes au milieu d'un tourbillon mondial, au fond d'un remous et nous essayons de construire une colonne.Il est donc évident que ce qui distingue la musique québécoise, c'est la richesse de la "situation" dans laquelle elle est produite.Des groupes comme Beau Dommage et Harmonium ont très bien intégré les différents courants de l'invasion musicale que le commerce nous fait subir: l'exotisme a été parfaitement assimilé à la musique québécoise de Tou-babou qui était allé chercher un peu d'inspiration et quelques "trucs" en Afrique.Nous sommes comme l'eau du gâteau.On mélange les ingrédients secs, le rock et le classique, l'exo-tisme-dotisme-en-boîte et le traditionalisme-con- gelé-reconstitué, en une pâte légère dont Madame Benoît serait fière.LÉS NUITS BLANCHES DE SAINTE-CECILE: 2.Pierre Voyer MAINMISE Janvier 1976-12 Légende: P.V.: Pierre Voyer.GEO: Georges Khal.CL.: Christine L'Heureux, C.PP.: Claude Puff-Puff, C.A.: Christian Allègre, M.C.: Michel Chevrier.A .G.: André- Gilles d'Astous.MANEIGE LES PORCHES CAPITOL STB438.La musique sérieuse demande généralement qu'on la respecte.Elle veut favoriser la "création" et elle attend qu'on se taise pour lâcher ses pigeons d'inventions, un à un, pour un vol précaire dans les oreilles des initiés.Maneigè joue; ils garrochent en l'air des migrations de familles complètes d'oiseaux rares sans se soucier des buveurs attardés et des habitués du rock qui continuent à parler par-dessus leur musique."On pensait qu'ils étaient après s'accorder! ".Musique d'hiver éclairée par des lumières intellectuelles, quelque chose de divin cherche à se manifester à travers le long récit des sagas musicales de Maneige.Le trésor de leurs talents et de leurs sensibilités s'enfouit lui-même au fond d'un océan de recherches discontinues.La saga veut dire le nom de son héros, mais le récit est interrompu à chaque fois qu'un des musiciens entraîne les autres dans un nouveau corridor, C'est un dédale d'apartés, un labyrinthe de pureté créative.Les étrangetés harmoniques produites par des combinaisons inhabituelles de flûtes et de clarinettes donnent un "ton" à la première face Les Porches de Notre-Dame; Duguay vient fleurir de mots ce "ton" déjà poétique.C'est drôle à dire, mais j'ai eu l'impression , à la première audition, que le solo de trompette du poète venait réveiller la musique de Maneige et lui injecter un peu de sensualité.La deuxième face s'ouvre sur des cabrioles plus amusante, un peu d'humour western, et en avant Les Aventures de Saxinette et Oarophone.C'est un nouveau Maneige, revu et corrigé.Je ne crois pas me mettre le doigt dans l'oeil en disant que cette deuxième face du deuxième disque de Maneige est la plus assurée, la mieux menée et la plus surprenante.J'attends la suite en priant le ciel d'envoyer Vénus les chatouiller dans leur sommeil.Maneige deviendra peut-être une caresse longuement préparée, longuement étudiée.A moins que le casse-tête s'évertue à se subdiviser, en morceaux de plus en plus disparates.Ce qui est intéressant à constater, c'est la popularité de Maneige un indice rassurant qui nous éclaire sur le goût québécois.Les recherches du groupe et les expertises des compositeurs reflètent les préoccupations musicales d'une bonne partie de la jeunesse québécoise.Nous cherchons une musique qui nous soit propre et qui puisse nous représenter.Maneige cherche avec nous-autres.Mettez sur la table ce que vous avez trouvé! P.V.H \ 1 -r™', 1A iAgé MAHOGANY RUSH STRANGE UNIVERSE KOTAI3308 Ce troisième album des Hendrix montréalais est paru depuis quelques mois et il mérite qu'on en parle même maintenant.C'est un genre que si peu réussissent et de le voir si bien réussi par un groupe local oblige la mémoire.Mahogany Rush, c'est bien sûr; le guitariste Franke Marino et son style flamboyant.Style qui ne serait absolument rien sans la finesse de son batteur Jimmy Ayoub (fils de Nick) dont l'assurance impeccable donne des ailes au lourd métal de Marino.Ce qui aussi ne serait rien, j'imagine, sans la basse agile de Paul Har-wood (cascades de jazz superbes dans Tryin' Anyway).Strange universe est un long voyage fantastique dont les différents décors offrent à Marino le prétexte idéal pour explorer plusieurs styles et lancer sa guitare aux plus extravagants assauts.C'est systématiquement réussi et même ceux qui détestent la lourdeur en patins à roulettes trouveront cet album excellent.Et ce sera la paix qu'on y trouve qui les convaincra.C'est là le paradoxe de Mohaga-ny Rush.Le garrochage n'y manque pas et la violence non plus.Mais ça se dirige vers un but bien précis: la dernière chanson, qui donne le titre à l'album, est une prière d'admiration à l'univers dont les paroles devraient surprendre tous les mordus du groupe.On y parle de Dieu, ce qui n'est pas nécessairement une recommendation dans la musique rock et qui étonnera les moins étonnables d'entre nous.Mais la perspective bien sûr transforme tout: l'album devient un arc bandé dont la flèche revient à son point de départ.Marino est à ce point amoureux de sa musique, de la musique qu'il nous donne envie de danser tout le long.Résultat, ce n'est plus du Hendrix et c'est une bénédiction pour eux.car, comme le ricane le proverbe: imitation réussie, mépris garanti.Georges CLAUDE LEVEILLEE ON REMONTE EN AMOUR BARCLAY 80216 A vouloir tout faire soi-même, on finit souvent par se retrouver tout seul.Excellente idée de Claude Léveillée, sur ce dernier long-jeu, de s'être entouré non seulement de bons musiciens mais aussi d'un de nos plus grands poètes, freak d'Amour comme lui, Claude Péloquin.Ce dernier ne signe que deux textes: l'album tout entier s'en trouve transformé.Il y avait longtemps, mi par préjugé, mi par paresse, que je n'avais pas écouté un disque d'un de nos auteurs-composieurs à avoir atteint, par Piaf, Leyrac et Vigneault, et André Gagnon, la plus grande universalité.Autant au niveau de sa thématique que de sa carrière.Et en restant absolument fidèle à lui-même.A l'heure d'un certain Retour à la Simplicité, Léveillée est encore là.J'étais content de le redécouvrir, comme un ami perdu de vue depuis longtemps.Donc, fidèle à lui-même, Léveillée l'est.Je dirais même qu'il l'est plus que jamais.La qualité de ses textes, qui m'ont toujours semblé pécher par trop de simplicité, m'a étonné.Et les thèmes sous-jacents à toute l'oeuvre de Léveillée trouvent ici une expression nouvelle, certains mêmes comme une première floraison.Je pense à trois chansons en particulier: Adagio Pour Une Femme, Ce Matin Un Homme et Ne Me Pariez Plus De Vos Chagrins.Dans la première chanson, Léveillée, le bel irrémédiable Romantique, rend un hommage vibrant à la Femme.Dans Ce Matin Un Homme, c'est à la défense de la Nature qu'il accourt, non plus en termes d'une vaine nostalgie mais en mots concrets, en posant un programme précis.C'est dans Ne Me Parlez Plus De Vos Chagrins que Léveillée va le plus loin dans le sens d'un engagement politique à la fois universaliste et personaliste: ".depuis 40 ans, le monde et sa misère Ne m'atteint pas, je suis protégé Par un pays qui ne fait pas la guerre Mais qui en jouit en aidant à la faire Dans nos chauds manteaux de vison.Dans nos voitures américaines On traîne la joie, l'envie, l'ennui.Vivez gras, mes frères, vivez bien Mais ne me parlez plus de vos chagrins .je ne sais pas, il y a comme un malaise Qui monte en moi depuis quelques temps Je me rends compte qu'au creux de ce pays Au creux de ma vie s'élève comme un cri.".Le cri aurait pu être poussé plus haut.Il m'a toujours semblé absurde qu'on hurle à la paix.Léveillée reste lui-même.Tant mieux pour nous! M.C.MAINMISE Janvier 1976-13 EN DIRECT DE QUEBEC SLOGHE Peu de gens connaissaient SLOCHK avant le lancement par RCA de leur premier long-jeu, le mois dernier, au "In Concert" du Vieux Montréal.Peut-être simplement parce que les cinq musiciens qui composent le groupe viennent de Québec, ville avec laquelle les media d'information montréalais semblent avoir peu de contacts.Rencontré dans sa maison de l'Ancienne Lorette, Réjean Yacola nous donnait quelques informations sur l'équipe de musiciens et leur mode de travail."Le point de départ, en autant qu'on puisse en définir un, a probablement été le jour où Pierre Bouchard, dont les parents é-taient pianistes et qui trippait très fort sur la musique, a commencé à réunir d'autres personnes pour une recherche musicale commune.Depuis, de nombreux changements ont eu lieu, et c'est environ depuis deux ans que la formation actuelle travaille ensemble".La formation actuelle, c'est Réjean Yacola, 26 ans, né à Chicoutimi, où il a été deux ans directeur musical d'une émission de Radio-Canada.Dans le groupe, il joue des claviers avec Martin Murray, 24 ans, né à Port-Alfred.Pierre Hébert à la basse, et Caroll Bédard à la guitare ont tous deux 23 ans et Gilles Chiasson, le plus vieux s'occupe des percussions.Tous ont une solide formation musicale.Trois d'entre eux ont "fait'' le conservatoire de musique."Conseiller le conservatoire?(sourire) Oui, peut-être.Vas-y trois ans, juste pour y ramasser une technique qui est absolument nécessaire.Puis sors-en vite." Le groupe a établi une méthode de travail qui, sans être très originale, n'en est pas moins efficace: chacun écrit ses propres morceaux et les propose aux autres, le travail d'ajustement restant le seul à effectuer.Le consensus se fait ainsi plus rapidement que dans une création collective.La recherche porte surtout sur une nouvelle forme d'écriture basée sur de fréquents changements de thèmes."On ne fait pas de la musique sérieuse.On veut arriver à contourner le système classique introduction - développement • conclusion en développant un mode d'expression très diversifié".Peut-être parfois au risque de dérouter l'auditeur en le bousculant dans ses habitudes, même si la musique dé Gentle Giant a déjà suffisamment placé le rock progressif comme un des principaux genres musicaux de l'époque.Le trip est essentiellement instrumental, s'écartant en cela de la grande (et lourde!) tradition musicale québécoise de chansonniers, où des paroliers de qualité s'improvisent trop souvent musiciens."A chacun son médium de prédilection.Les mots de notre musique sont présents uniquement en tant qu'images destinées à colorer les morceaux.N'y cherchez pas de message." Sloche a même songé à composer son propre dictionnaire, à forger ses propres mots, selon des assemblages de sons spé-cifiquements musicaux.Mais l'hermétisme a été redouté, et un moyen terme a été adopté : Je suis éros en karême dans mon lit et ça dérange ma musique et mes rires c'est dans mon oeil une image surgie des obsédés de plaisir et d'orgies.Soulagement, il n'y a pas de message."Le karême d'éros", long morceau de dix minutes, n'est pas là pour faire réfléchir.Et même si le début du morceau s'adresse à la tête, on arrive vite au ventre.L'objectif, purement sensoriel, devrait se raffiner dans un avenir assez proche.Des idées sont déjà en place pour organiser un show visuel, monter un ballet avec une troupe de danse de Québec, écrire de la musique de film, etc.En attendant, le groupe reste à Québec et s'organise pour donner des spectacles dans la province."On ne souhaite vraiment pas quitter Québec pour Montréal, où l'expérience de deux mois cet été pour enregistrer le long-jeu a été largement suffisante! C'est un défi intéressant pour nous que de rester ici, et contribuer à une activité artistique qui commence à prendre de l'importance".En préparation pour le mois de février, une tournée dans les CEGEP de la province: Sloche est déjà un groupe très bien structuré, qui a rapidement compris que des musiciens ne peuvent avoir ni le temps, ni les aptitudes pour s'organiser au niveau technique ou financier.Aussi se sont-ils adjoints deux ou trois personnes qui s'occupent d'une façon très efficace de tous les aspects administratifs, promotionnels, ou organisationnels.C'est sans hésitation que Réjean déclarait: "Le plus écoeurant dans ce que nous vivons?A coup sûr, tout le système de production!" Claude SLOCHE: J'UN OEIL RCA KPLI-0126 Faire de la musique c'est tout un travail; arriver à en "jouer" simplement cela semble difficile.Le vrai jeu demande une complicité magique entre les joueurs, un code secret à la Frank Zappa et ses "Mères de l'Invention".Sloche ne manque surtout pas de jeu, ils en ont peut-être un peu trop pour parvenir à marcher avec assurance et arriver à un é-quilibre sonore plus précis.Malgré une tendance à la recherche sérieuse de certains "sons", ils réussissent à nous faire rire: Algébrique bien que le titre nous paraisse justement "sérieux" fait sauter tous les a+b, claquer toutes les portes, malgré la surveillance du vieux professeur.- A entendre Sloche on ne désespère pas de la musique québécoise; mais entrer chez-eux reste un peu intimidant: j'y suis allée sur la pointe des pieds ayant l'impression en écoutant ce disque d'assister à une répétition de studio-chambre à coucher, cela nous changent du disque bien fignolé, trop bien parfois, et dans ce cas-ci l'expérience nous intéresse.On sent qu'ils s'amusent avec des sons, les découvrent en les jouant et déboullent, mais trop vite; je ne les suis plus de peur de ne pas remonter avec eux.C'est une sorte d'expérience musicale dans laquelle il faut s'embarquer pour la comprendre ayant toutefois la possibilité d'en sortir si l'on sent que le voyage est trop long.L'audace de ce nouveau groupe, leur goût de l'aventure nous permettent de croire que leur survie soit assurée.Ils se meuvent avec assez de souplesse pour que le joint qu'ils se passent tour à tour arrive à une harmonie solide, plus consistante.De nombreux groupes québécois poussent présentement com me des champignons souvent non comestibles et non plus hallucinogènes pour autant SLOCHE devrait avoir sa place dans cette grande forêt québécoise.J'aime bien ce qu'ils feront a-près l'album J'un oeil.Sleepy la Goune. MYLES & LENNY IT ISN'T THE SAME COLUMBIA KC 33938 Les virtuoses de Toronto nous reviennent dans un deuxième long jeu dont on se demande s'il vaut le déplacement.Tout ce qui a fait le succès prenant de leur premier album se retrouve sur celui-ci mais aplati à la dimension de la pure répétition.Tout le premier coté reprend cinq fois la même chanson et d'une façon si prévisible que le violon si spécial de Lenny et la voix si spéciale de Myles finissent par tomber péniblement sur le système.La vie ne réapparaît qu'à la deuxième face où dans GREY- HOUND.LOVE HAS A WAY et HERE AGAIN, le groupe se laisse aller à une conception plus libre des maudites tounes traditionnelles et utilise avec sérieux l'imagination dont il avait fait preuve au premier disque.Je n'imagine pourtant pas que c'est facile d'être pris avec une formation voix-violon-guitare, et d'être pris à essayer de renouveler ça à chaque fois.L'épuisement vient vite au pays de la spécialisation et l'on ne sort pas indemne des limites d'une définition propre.Mais je vois mal où pourraient aboutir Myles & Lenny s'ils n'entreprennent pas de renouveler l'approche à leur art.en tant que musiciens.GEO TROOPER / MCA 2149 En direct de l'ouest canadien, un nouveau groupe de qualité qui joue tellement fort qu'on les entendra sûrement partout.On peut facilement imaginer le ré- sultat en apprenant qu'ils sont produits par Randy Bachman qui a même poussé la bienveillance jusqu'à enregistrer un morceau avec eux.Du gros son style B.T.O., qui éclate dans les oreilles et fait fumer les systèmes de son; deux faces ininterrompues d'un hard-rock un peu élémentaire, mais pétant de santé et d'énergie.La voix de Ra McGuire a le hurlement rauque à souhait, et les parties instrumentales la simplicité répétitive propre à soutenir les mélodies finalement enveloppées.L'élémentaire n'étant pas obligatoirement un manque de génie, on pourra facilement se laisser aller à aimer ça sans en éprouver aucune honte.C.P.P.La musique traditionnelle a ses lettres de noblesse et transporte avec elle tout ce que la campagne (the country) a de tout temps généré de fanatisme, d'amour, de nostalgie, d'enthousiasme débridé, d'attachement exclusif, de folie incontrôlable.Et on retrouve tout cela et un peu plus à chaque disque de country rock qui nous parvient du sud.entouré de l'éternel rythme 4-4 qui réussit chaque fois à nous faire lever la patte.Cinq albums ce mois-ci, et tous excellents chacun à sa façon, ce qui m'étonne moi le premier: combien de façon y a t-il d'être original avec un "matériel" vieux comme le monde, la campagne'' Oh the country how she is bi-ou-ti-foul.Les musiciens rock américains y parviennent pourtant, dans ce domaine au statut si spécial qu'il mérite le nom de "section marxiste du rock", musique du peuple, de la campagne, de la terre, de l'éternel rythme carré.Moralement, vous êtes à l'abri, si vous faites de la musique country, personne ô personne n'osera jamais vous dire quoi que ce soit.Vous êtes séfe .au boutte.New Riders of the Purple Sage continuent leur saga dans la ! plus grande sagesse western et reviennent avec un disque savamment dosé de succès à chorus.MIGHTY TIME qui débute la j première face est un énorme ' negro spiritual à la country avec Sly Stone à l'orgue et Jerry Garcia des Grateful Dead à la guitare: on y danserait jusqu'à la Louisiane.Avec LA BAMBA.symphoniquement transformé, on se rendrait jusqu'au Mexique.On sent partout diffusée une ironie de vieux garçons hésitants entre s'habiller à l'indienne ou à la cowboy: UP AGAINST THE WALL REDNECK est un petit chef d'oeuvre d'humour cisaillé dans le "twang" sudiste.Il est bien connu que la SAUGE rend sage et pas une fois ce disque ne le dément: c'est bien fait, bien léché et ça ne se prend jamais pour un autre.Ce qui à la longue, est peut-être dommage.Ozark Mountain Daredevils avait enchanté avec son premier disque où la fraîcheur se le disputait avec l'expérience pour donner un résultat à moitié boitant de naïveté et de profondeur.Ce JOIE DE VIVRE, NOSTALGIE COUNTRY-ROCK OUTLAWS ARISTA 4042 OZARK MOUNTAIN DAREDEVILS CAR OYKRTHELAKK, NEW RIDERS OF THE PURPLE SAGE OH WHAT A MIGHTY TIME COJUMBIA KC-33688 CHARLIE DANIELS MGHTRIDER KAMA SUTRA 2607 NITTY GRITTY DIRT BAND SYNPHONIUM DREAM LA 469-G deuxième album est plus reserré, plus poli.Les voix sont toujours aussi excitantes et chaudes mais la nostalgie y est plus présente.L'invention musicale s'affirme mieux sans outrepasser les limites du genre.Beaucoup de douceur dans plusieurs chansons, moins d'humour, plus de solidité rythmique, le deuxième côté surtout où l'on sent très bien que ce groupe a atteint sa pleine maturité musicale.Parfait pour les aubes qui terminent une nuit blanche a-lors que le coeur fatigué veut s'enfoncer dans les racines.Le nouveau groupe Outlaws est le plus flamboyant des cinq et les plus vigoureux.C'est du Vivaldi tant il y a là de santé et de vitalité débordante.Deux lead guitares se donnent la réplique et s'amusent à faire éclater leurs arpèges l'un sur l'autre.Extrêmement solide, leur musique ressemble (première d'une longue sériei à celle de Crosby Stills Nash & Young, des Allman Brothers, des.Non, ces ressemblances sont finalement assez fausses: OUTLAWS a développé un "son" si spécial que Mick Jagger alla les visiter après un de leur concert et leur proposa de joueur au dernier con- cert des Stones dans leur tournée en Amérique, à Buffalo, New-York devant une foule de 80.000 personnes.! Ils ont enregistré ce premier disque pour une nouvelle compagnie, ARISTA, que dirige l'ancien directeur de Columbia, Clive Davis.Un troisième long-jeu pour THE CHARLIE DANIELS BAND, et cet te fois-ci ça swigne encore plus qu'au précédent, ce qui n'est pas peu dire et ce qui signifie qu'on l'entendra dans les discothèques celles au moins qui savent ce que c'est la musique et ce n'est malheureusement pas toutes les discothèques II paraît mê- I me qu'il y a une boîte à Drum- mondville où Charlie Daniels est immensément populaire et fait danser les trippeux de la place.Que les responsables se précipitent sur cet album NIGH-TRIDER au moins six des neuf chansons ont de quoi épuiser les plus intrépides des garro-cheurs de bacaisses dans les boîtes à bois.Et ça n'est pas carré: Charlie Daniels manie le rythme comme un cheval qu'il lance à toute allure, brides abandonnées, dans son bel état du Tennessee qu il semble adorer plus que tout au monde et qu il remercie Dieu sur la pochette interne d'avoir créé.Aucune gêne: c'est le gros gars parfaitement conscient de son poids et de la légèreté que peut lui donner la musique.Un groupe à surveiller: ils ont la dynamite sacrée.La surprise pour la fin avec SYMPHONIUM DREAM du Nitty Gritty Dirt Band.C'est un album "concept" construit autour de l'idée d'une vielle boîte renfermant un instrument musical de précision à mécanisme monté, entouré de médaillons, de citations de poésie et débordant, de souvenirs.Le résultat est un pur bijou de brio musical.Chaque chanson est soigneusement choisie et construite autour d'un voyage dans le temps des genres musicaux: un reel, la bataille de la Nouvelle-Orléans, un hymne u'n la < Louisiane 'ét à ses bayous, (dédié à Doug Kershaw le magnifique», le mémorable succès de Hank Williams: HEY GOOD LOOKIN, un jam avec Leon Russell enregistré chez ce dernier, etc.C'est brillant d'un bout à l'autre et d'une consistance telle qu'on pense à Eric Satie: le même charme, le même éclectisme, le même humour sec.la même imprévisibilité.Par moments, on entend un Symphonium.viel instrument à sonorité métallique, de grands bruits de mer, beaucoup de banjos.Un disque classique qui délibérément choisit "l'art" au lieu de "l'amusement' et qui y réussit sans, trébucher une seule fois.Une des meilleures productions de l'année et des essais les plus brillants du country-rock pour se donner un moule classique et une portée historique.Un beau cadeau surprise pour quelqu'un qui n'y connaîtrait rien.Georges MAINMISE Janvier 1976-16 MALICORNE.DE TRES RICHES HEURES EN PERSPECTIVE.GAMMA GR-214: Sous la direction d'un ancien guitariste d'Alan Stivell.Gabriel Yacoub, un groupe français qui devrait se trouver un coin chaud dans le coeur de "toutte" nous autres": MALICORNE, dont le premier long-jeu "Pierre de Grenoble" n'a.je crois, même pas traversé l'Atlantique.Des chansons de folklore traversées et vivifiées par une formation musicale et un souffle rock solides.Chansons du Berry, du Piémont du Dauphinois, de la Picardie et même.du Canada.Les Français comprennent enfin qu'il n'y a pas qu'aux U.S.A.qu'on peut aller s'inspirer.qu'ils ont chez eux un héritage musical riche et coloré.Je me demandais de quels disques serait fait mon prochain hiver (qui en passant sera frette si l'on en juge par l'é-paisseurs des pelures d'oignons .).Le long- jeu de MALI-CORNE occupera , entre le dernier Leclerc et le dernier Séguin, une place de choix.M.C.DAN FOGELBERG CAPTURED ANGEL EPIC 0729 Trois cents guitares accousti-ques déploient leurs bonnes vibrations sur la Californie.Le chant d'un seul ressemble à celui de chacun: Dan Fogelberg est le nouveau-né-un très beau bébé! - de la famille Peace & Lo-védélic accoustique.Entre James Taylor et Crosby.Stills & Nash, il tient son bout de la nappe des bonnes vibrations que leurs guitares déploient.La production de son disque est "standard" et de bonne qualité; les poèmes sont habités des mythes américains habituels; le retour à la maison de campagne culpabilise la ville kéka: mais pour arriver chez soi, il faut traverser tous les Etats du grand pays disparate.L'ange capturé vous offre un pèlerinage aux sources; il vous offre sa pureté sur une musique parfaitement fidèle à soi-même.Vous pouvez le libérer de ses chaînes pour quelques dollars et une tonne de compassion.pour apprendre à chanter en harmonie comme ils savent si bien le faire nos voisins du sud-ouest.P.V.TRIUMVIRAT SPARTACUS CAPITOL ST-11392 Voici l'équivalent germanique d'Emerson, Lake & Palmer.Le thème de leur disque est la libération des esclaves soumis au pouvoir impérialiste de Rome.C'est un sujet d'actualité sur de la musique légèrement démodée, c'est-à-dire une surcharge de Dasses sur les claviers de toutes sortes, des arpèges au piano, des petites mélodies sautillantes à l'orgue et des effets spéciaux habituels aux synthétiseurs.Si vous possédez déjà un des disques de ELP.il est inutile de vous procurer celui-ci.P.V.Aller passer une journée à la campagne, il n'y a rien de bien extraordinaire à cela.Que la journée soit la plus belle d'un magnifique été des indiens, non plus.Que le chalet où l'on se rend soit très beau, confortable, chic, situé sur une colline donnant sur un gentil petit lac des Laurentides.ce n'est pas non plus unique.Qu'on y rencontre une compagnie intelligente et joyeuse, que le vin soit de bon cru et le divan confortable, ça peut sortir du quotidien pour qui ne court pas les lancements.Mais que l'endroit des Laurentides soit Morin Heights, que le chalet soit le studio d'André Perry et que l'agréable compagnie soit le groupe "Nazareth", voila ce qui rend une petite randonnée dans le Nord fort intéressante! Une fois rendu à Morin Heights et après les éclats d'usage sur la beauté du paysage, on entre.La où la belle maison devient un des studios d'enregistrement les plus sophistiqués et des plus perfectionnés d'Amérique, c'est lorsqu'on passe de la première pièce à la deuxième où se trouve la console, incroyable clavier plein de pitons, de cadrans, de petites lumières; on se croirait à bord d'un vaisseau spatial, si ce n'était du lac miroitant à travers les fenêtres parmi les bouleaux.Au contrôle de cette machine on ne peut plus complexe, Manny Charlton, le membre du groupe présent dès notre arrivée.Il faut dire qu'il est, en plus d'être le guitariste du groupe Nazareth, son producteur, du moins pour ce qui est du disque enregistré à Morin Heights.Je laisse mon collègue, qui semble plus passionné que moi par ce qui me paraît être le plus compliqué des instruments et passe visiter le studio: un bric à brac d'instruments musicaux; guitares de toutes sortes.NAZARETH A MORIN HEIGHTS la batterie (isolée dans un plus petit studio, ça va de soi) un piano, et même une cornemuse.on s'en serait douté avec des Ecossais.Es tiennent à la distinction, m'ayant repris à chaque fois que je" disais "groupe anglais".Je comprends pourquoi ils ont choisi ce studio.En plus d'être équipé d'une console "TRIDENT" (il n'y en a que trois dans le monde, deux se trouvant en Angleterre et l'autre, la dernière construite, donc la plus perfectionnée, à Morin Heights) la vue qu'ils ont en jouant donne sur un paysage paisible.Ca les change beaucoup de Londres, de la brume et de ces studios qui ont plus l'air de cellules de prison que d'autre chose.Entretemps le batteur, Darrel Sweet est arrivé mais Pete Agnew le bassiste et le chan teur soliste Dan McCafferty se font attendre.Dan McCafferty avec qui, dès son arrivée, je me mets à jaser, m'apparaît comme un genre de joyeux et nerveux lutin, l'oeil vif et malin.Il ne s'arrête pas de gesticuler, mîmer, railler et se moquer de tout et de rien.Malgré et peut être même à cause de leur fort accent écossais, lui et son comparse, Pete Agnew, régalent la galerie.Ils la font littéralement s'écrouler de rire, de vrais clowns.Je suppose que pour eux, dès qu'il y a des gens, que ce soit sur scène en présence de milliers de personnes ou dans un salon avec quelques amis, rien à faire: ce sont eux qui mènent le bal.On dirait des hôtes s'occu-pant de tout, de servir le vin et les cafés, de faire les disc-jockeys.Quels groupes Nazareth aiment-ils?Ils écoutent surtout "ZZ TOP"; ça se comprend c'est un groupe à la musique "forte" comme la leur.Ils aiment aussi 10CC: "Bloody good band" .de dire Pete A-gnew; "un maudit bon groupe".Ils ont l'air d'une gagne d'adolescents écoutant le samedi soir leur groupe préféré tout en mimant les passes de guitare ou jouant d'une batterie imaginaire en se lançant des "écoute ben ça, c'est au boutte!".Dan McCafferty est aussi un fan du plus populaire chanteur de musique "reggae" Bob Marley and the Wailers (I Shot the Sherrif).Il a d'ailleurs enregistré une chanson type reggae sur son disque solo (cf.voir chronique de disques: "Dan McCafferty"».Ces gars de Dunjermiine (petite ville à dix kilomètres d'Edinbourg, leur lieu de naissance) ont plutôt l'air d'un petit groupe d'amis, qui pour échapper à la perspective de passer leur vie à l'usine, se sont mis à faire de la musique.Ca marche très bien, merci.Ca n'a pas l'air de^ les impressionner plus qu'il ne le faut: c'est un bon "job", ça paye bien et ça fait voir du pays.Il faut les entendre nous raconter, avec force détails, les anecdotes et les différentes aventures qui leur sont arrivées en tournée: on a eu droit à des scènes d'un comique irrésistible.Ils repartaient le lendemain, 13 novembre, pour la Grande-Bretagne où ils entreprenaient une tournée débutant à Liverpool et se poursuivant surtout en Ecosse où ils sont très populaires.Je leur ai demandé comment il se faisait qu'après quatre longs-jeux et quelques tournées en Amérique, c'est seulement à partir de l'an dernier qu'ils ont fait les villes canadiennes.Ils ont répondu qu'à chaque fois qu'eux-mêmes posaient la question à leur promoteur américain celui-ci répondait: "Y a rien là.".C'est après avoir changé de promoteur et avoir pu connaître un peu le Canada qu'ils se sont rendus compte que c'était bien différent des U.S.A.surtout au Québec.Ils ignoraient avant de venir à Montréal que l'on parlait français ici.Ils aiment beaucoup ça, mais on leur a fait peur à propos du "nationalisme québécois".C'est quand même incroyable; eux qui ont eu comme premier gros succès "This Flight Tonight" de Joni Mitchell, ne savaient même pas qu'elle était canadienne.Pour eux, et pour bien des Européens, je suppose , les Neil Young, les The Band, les Steppenwolf etc.ce sont des Américains.Ils se sont rattrapés puisque l'an dernier ils ont fait une tournée comme aucun groupe anglais, -pardon, écossais, n'en a faite ici, comprenant des villes comme Halifax, Moncton, Saskatoon, etc.Bien sûr on a parlé du disque qu'ils finissaient à peine d'enregistrer au studio d'André Perry et qui doit sortir début janvier.Nous en avons écouté quelques plages mais pas assez pour que j'essaie de vous en donner une idée ici.C'a m'a semblé continuer dans la tradition "Nazareth": fort, rapide, fier.J'avais tout de même de la difficulté à m'imaginer que les gars qui étaient là devant moi, si drôles, si simples, puissent composer et jouer une musique aussi écrasante, swingnante, et des fois assez agressive, Il faut dire que je n'ai pas encore eu l'occasion de les voir en spectacle.Avant de rentrer à Montréal tout le monde est allé souper dans un restaurant de Saint-Sauveur.Souper pendant lequel on assista à une gentille engueulade, plus railleuse que sérieuse entre un groupe de rock'n'roll et les représentants de leur compagnie de disques.Je les ai quittés sur ces joyeuses notes.André-Gilles d'Astous MAINMISE Janvier 1976-17 Assis devant la console, Manuel Charlton, guitariste de Nazareth, travaille les pistes enregistrées par le groupe dans les trois dernières semaines.Tout aj cours de l'après-midi, les bandes seront retouchées et repassées maintes fois.Aux pauses, Chariton me jasera.A mon arrivée au studio d'André Perry à Morin-Heights, les lieux sont quasi déserts.Un doux soleil de novembre baigne le petit salon attenant à la salle d'enregistrement.Le temps d'y laisser mon manteau, et je passe l'épaisse porte insonorisée.Chariton est là, accoudé sur la console en compagnie du technicien.Les présentations sont brèves: -Manny.-Salut.Il prend la feuille qui se trouve sur une chaise à ses côtés, l'examine quelques instants, et me la présente."C'est la liste des morceaux pour le prochain album.Présentement, on travaille celui-là: "Vancouver Shakedown ".Une chanson qui raconte la passe qu'on s'est fait faire sur la côte-ouest.L'organisateur là-bas, à Vancouver, nous a roulés deux fois sur deux.Après la deuxième fois, on a décidé de faire quelque chose.Et puis, ce que l'on sait faire avant tout, c'est de la musique.donc on a écrit une chanson.' ' .Le ruban est installé."Vancouver Shakedown" est un échantillon-type de la musique de Nazareth.Du lyrisme dans sa plus simple expression et un rythme de rock cru.On part avec une cadence à taper du pied sur la batterie, puis la base et la guitare entrent avec la mélodie.Après un premier passage instrumental, Dan Me Carfferty, soliste du groupe, y accole les paroles: "On est juste une band de Rock'n Roll Venu donner son dernier show Essayant d'ie faire au boutte Comme on sait qu'y faut qu'on le fasse Mais c'est quoi encore cette passe Qu'on se fait faire.à Vancouver?.On parle ensuite de la production du microsillon, de l'influence déterminante du producteur sur le produit fini, et du fait que ce soit Manuel Charlton, membre du groupe, qui en assume la responsabilité."Evidemment, j'influence un peu plus le résultat final.C'est ici que se jouent les nuances.Toutefois ce que j'essaie de faire, c'est de reproduire en concret l'idée et l'impact que le groupe s'était définis au départ.Avant "Hair on the Dog", c'était Roger Clo- ver, ancien bassiste de Deep Purple, qui nous produisait.On a décidé de laisser Glo ver aller parce qu'il ne saisissait plus tellement où on voulait aller.ce qu'on voulait faire.Cet album aura, je crois, un effet de surprise chez ceux qui nous suivent depuis longtemps.Un peu plus commercial que "Hair on the Dog", d'inspiration "funk" dan certaines pièces et définitivement plus harmonieux et mélodieux." .Chariton m'offre d'écouter une plage, terminée depuis la veille.""Home" c'est un morceau très doux.pour nous autres.Une chanson qui a pour thème la nostalgie d'un musicien poigné loin de chez lui.C'est peut-être même banal comme sujet." "Home" débute.Un "picking" paisible de guitare sèche: des notes distinctes dans l'air, des demi-temps de silence musical et le glissement audible des doigts le long du manche (peut-être, dans une comparaison de genre seulement, je vous dirais de penser à "Stairway to Heaven".Par la suite au fur et à mesure que le morceau progresse, le tout s'amplifie.On n'accentue guère le rythme, mais la douceur y disparaît: Nazareth dégage leur son électrifié.Charlton fera allusion après à l'image d'un charretier, les guides bandés entre les mains, retenant l'élan de son attelage.C'est beaucoup ça: le pas est réservé.mais le corps est tendu.Nazareth se définit d'abord et avant tout comme un groupe rock.Je m'informe de l'état de santé de la musique rock en Angleterre."Le rock est mort, fini ou presque.Sauf évidemment si tu es un groupe d'affiche, de la trempe de Led Zeppelin.Toutefois, il me semble qu'il y a plus d'intérêt ici sur le continent.Le rock semble vouloir survivre ici.On a fait une tournée à travers le Canada, et c'a été très bon.L'Ouest embarque d'avantage dans le gros rock'n roll, alors qu'ici c'est différent, plutôt ésotérique comme rock-Yes, Pink Floyd, etc.Il s'arrête un instant, pais ajoute: -Il est devenu très difficile de produire quelque chose de vraiment nouveau et original dans le rock.Tout semble avoir été déjà fait auparavant." Charlon retourne à la console.Je reste sur ses dernières paroles, et j'en conclue sur l'instant que peu importe.L'essence premiere du rock ne réside pas dans la multiplication à l'infini des accords plausibles, ni dans l'univers des "tounes" qui en découlent.Le rock, c'est un beat qui t'accroche.Un "feeling".Le même dans toutes les têtes présentes: tout le monde dans une grosse vague électrique et euphorique.Et, Nazareth c'est ça.ce rock cru là.Manuel en est déjà à travailler sur une autre composition du groupe.Dans les quelques secondes que prennent le ré-em-bobinage, il m'explique: "Ca s'appelle "Wrong Sign".C'est d'inspiration "funk" (Son Discoi américain.Une cadence de disco injectée de "hard rock".Lorsqu'il parle de "hard rock" injecté dans du son disco, il ne faut pas croire qu'il le fait à petites doses, et ce, surtout si vous êtes épris de Barry White et du Lover's.Nazareth utilise ici une de leurs innovations: une cornemuse électrifiée.Le résultat obtenu donne un mélange de guitare électrique et de saxophone jazzé, le tout passé au wawa.Charlton parle de l'utilisation de cet instrument comme il l'avait fait à l'été lors d'un interview à CHOM: "C'est un outil à effet, un gadget.On ne s'en sert qu'à l'occasion.Il nous permet certaines choses qui font différent, mais c'est tout".Me référant à ce nouvel élément (le funk) dans leur musique, je lui parle de formules-clés et de recettes-succès."On essaie toutes sortes de genres.On ne veut pas se sentir esclaves de nous-mêmes.On joue ce qui nous tente.Je reproche justement à un groupe qui, ayant tourné un succès, se sent obligé de continuer dans la même voie." .En termes d'exploration de genres musicaux, votre microsillon "Exercises" ne s'est pas démontré une tentative profitable." " Exercises" n'a pas été un succès.La raison est qu'on ne se sentait pas à l'aise dans ce genre de musique.On avait, dans le temps, une série de chansons, plutôt tranquilles, et puis on a décidé de les endisquer.C'a été un échec." .Beaucoup de temps s'est écoulé.Quatre autres morceaux ont été passés au peigne fin: ""Carry Out Feeling" : Toute la valeur de cette mélodie commerciale repose sur la qualité de la voix de Dan McCafferty."You're the Violin" : Beau rock dans lequel cependant les paroles sont sans histoire.elles ne servent qu'à ponctuer le rythme."Loretta-Loretta": Me fait penser à "Roll Over Beethoven" "Lift the Lid": La pièce d'improvisation, où tout sort.comme le suggère le titre." .Autour de la console, on songe à l'heure du souper.D ne reste de temps que pour quelques propos.Je reste curieux sur les raisons de leur choix du studio de Perry."C'est très bien ici.Le groupe est très fier du studio.On était monté enregistrer quelques morceaux lors de notre première tournée.L'installation nous avait bien impressionnés et on a décidé de venir produire l'album ici." .Un commentaire sur la musique d'ici."Je n'ai pas eu l'occasion d'écouter grand chose.Il y a entre autres Mahogany Rush.et aussi Nanette Workman.Ce que Nanette fait c'est commercial, mais pas crasse.Elle me fait penser à la soliste de Fox.un groupe anglais." Sur ce, on se quitte.De retour au petit salon, où la tranquillité du début d'après-midi s'était transformée en beuverie au magnum de Mouton Cadet, et où la petite assemblée assistait aux mimiques de McCafferty et du batteur Darrel Sweet, je note pour ne pas oublier: -La mise en marché du microsillon se fera l'an prochain.-Le titre, quoique non déterminé, sera soit "Telegram", soit "Certified Insane".George A.Turcot dan McCafferty A&M SP-4553.C'est le rêve de tout interprète: choisir douze chansons très différentes les unes des autres et arriver à les chanter toutes de manière différentes.C'est un défi qu'a très bien relevé le chanteur solo de Nazareth.Les arrangements de son disque ont été très soigneusement travaillés chaque morceau dégage une atmosphère particulière.ça va du reggae au heavy rock en passant par la ballade sentimentale.Chaque morceau devient, pour ce jeune chanteur écossais, un terrain propice à de nouvelles expériences vocales.Il dégage beaucoup d'énergie; il ne serait pas étonnant qu'on entende beaucoup parler de lui avant longtemps.Son Don't leave me baby est vraiment une cerise énorme sur un sunday rocker.Des vagues d'orchestres grondent, grandissent et hurlent comme de la musique victorienne.Le producteur de ce disque doit dormir sur ses deux oreilles.ça va sûrement pogner très fort parmi les foules assoiffées d'idoles.P.V.NAZARETH "GREATEST HITS'' A & M 5P 9020 Après quatre albums et un cinquième (celui qu'ils ont enregistré a Morin Heights dernièrement) qui doit sortir en janvier, on nous offre ici, comme le dit bien la pochette, les plus grands succès de Nazareth: Hair of the dog, This Flight Tonight (Joni Mitchell), Razamanaz etc.La chanson "Holy Roller" sur la première face a été ré-enregis-trée lors de leur première visite au studio d'André Perry.Les photos du groupe sur la pochette intérieur ont été prises devant le studio de Morin Heights.A.Gilles MAINMISE Janvier 1976-18 FELIX LECLERC, LE TOUR DE L'ILE PHILIPS, 6325-242 Au moment où émergent au Québec trop de "nouveaux groupes" et peut-être pas assez de "communes villageoises" — cellules de vie nouvelle —, au moment où nous commençons à retrouver nos souches et nos sources, au moment où nous avons une chance historique unique de "recréer la vie", une chanson nous est, comme un programme, parvenue.L'auteur de la chanson, ou mieux, l'ingénieur du programme, haut cy-bernéticien.Maître de l'Ile (après en avoir été le fou), boudeur d'un bout à l'autre du temps d'une tradition qui était en voie de se perdre, transmetteur de données (plus question ici de "message" ou de "mission") millénaires: Félix Leclerc.Une chanson, c'a n'a l'air de rien.Celle-ci, Le tour de l'Ile, n'a l'air de rien.Et pourtant, tout y est.Même ce rien dans l'air qui peut si vite, pour peu qu'on reprenne la chanson, devenir espace, place au soleil.Cette place qu'il nous reste à prendre puisqu'il est bien évident qu'on ne nous la donnera jamais, qu'on cherchera même, comme on le fait depuis un siècle, à nous la voler.et nous avec.L'Ile de Félix, ce n'est pas seulement l'Ile d'Orléans.L'Ile c'est le Québec tout entier.Et notre Ile, notre fleur de lyse.".on veut la mettre en mini-jupe and speak english." en faire.".un dépotoir un cimetière parc à vidanges boîte à déchets U.S.parking." "L'De, c'est comme Chartres C'est haut et propre Avec des nefs Avec des ares Des corridors Et des falaises." Nous les laisserions faire0 "Des enfants blonds Nourris d'azur Comme des anges Jouent à la guerre Imaginaire.".Par un "grand-père au regard bleu qui monte la garde" et qui ne "sait pas trop ce qu'on dit dans les capitales", le signal est transmis.A nous les gens, "les descendants de la Rochelle présents tout le temps, surtout l'hiver, comme les arbres": "Pour célébrer L'indépendance.L'heure est venue.Les truite sont mûrs Dans les vergers De mon pays." La chanson reste inachevée."Si t'as compris.".M C 1?1 1 1 ."le tour de l'ile" BEAUREGARD, VIOLETTI & STE-CLAIRE EN PLEIN ORGASME COLUMBIA FS 90306 Avant même de l'avoir entendu, j'avais décidé d'aimer ce disque.J'avais lu qu'à la production deux points Louis Parizeau.Au partage des trophées je l'ai réclamé avec force cris et les dents sorties.On me l'avait laissé sans même m'écouter.Le dentier, déconcerté devant cette indifférence, réintégra une bouche que je laissai malgré tout ouverte.Mais ils avaient aimé les Sinners malgré ma croisade, et le nez levé j'enfilai le premier côté.Ce fut terrible : la commune détesta immédiatement.Situation terrible, car c'est immédiatement aussi l'underground et la résistance contre le fautif.Malgré tout j'avais encore toujours l'intention d'aimer ça.Alors débuta une nuit dans le désert d'où je revins fermement décidé à ne plus aimer çà du tout.J'eus beau écouter le disque, je n'entendais plus rien.Mais un soir, le désert oublié, je ré-écoutai.Cette fois-ci, c'était immanquable.Il y a deux présences dans ce disque: celle de Parizeau et des musiciens, et celle de Beauregard.Violetti et Ste-Claire.Parizeau est extraordinaire: qu'on écoute les introductions de Boule de Gomme et de Ce soir.Mieux encore, dans la première chanson Frénésie', a-t-on entendu de meilleures sonorités de cuivre depuis les beaux jours du producteur George Martin avec les Beatles?Les Beatles ne sont pas pour rien dans cette histoire.Parizeau le producteur (qu'on se rappelle le dernier Sinners également produit par lui) est la même trempe que George Martin et Phil Spector, l'autre grand producteur des Beatles.Les mêmes pans sonores, le même sens du rythme installé, le même goût sûr dans les progressions.On sent le monstre mordu derrière lui et on pense aux possibilités.Ce disque ne vaut que par lui et que pour lui.La présence des trois enfants frise le détestable: on leur pardonne mal le côté David Bowie qui ne passe pas.Car l'illusion dans ce cas-ci, c'est pour l'auditeur de penser qu'il y a vraiment là un trip Bowie.Ils en sont incapables.La présence musicale de l'équipe est trop forte pour qu'on croie un seul instant à l'image projetée sur la pochette.Ce qui n'a rien â voir avec la qualité musicale de Violetti.Ste-Claire et Beauregard qui, bien utilisés, offriraient mieux.Certainement un disque dualiste- ment bon et mauvais, mais le mauvais disparait lentement lorsqu'on écoute les musiciens Jodoin, Gravel, Tate, Rossy, les arrangements de Tate, Valois, Jodoin, les thèmes de Berthiau-me et la production de Parizeau.Mordez à la cerise, mais sans lui faire mal.GEO.d/ÉËËËÈ Ht GASTON BRISSON CORRIDOR CAPITOL ST 70040 Après avoir accompagné plusieurs interprètes et arrangé toutes sortes de chansons, Gaston Brisson a enfin décidé d'enregistrer un disque solo.La majorité des pièces sont instrumentales et toutes utilisent le piano, l'instrument majestueux.La saveur classique du jeu de Gaston Brisson l'apparente à André Gagnon; c'est le propre de plusieurs pianistes québécois d'avoir assimilé les lois de l'harmonie tra-ditionnelle-les progressions harmoniques de Gaston Brisson sont généralement académiques et respectueuses- et les modèles de la composition classique.Ils se trouvent au carrefour du traditionnalisme folklorique et de la musique écrite: ils sont ur pont entre Bach et la Bolduc.Le jeu de Brisson est remarquable pour sa sensualité: la Mazurka en la mineur de Chopin vous en dira plus long sur sa manière de jouer.La précision et l'émotion font bon ménage dans la musique.Corridor est un élan lyrique qui grandit, qui grandit.Et quatre-vingt-dix-soleils un petit clin d'oeil sud-américain particulièrement entraînant.Quand on arrive à la fin du disque, une nouvelle lumière s'allume: Yvon Deschamps chante A la Claire Fontaine avec un accompagnement de piano fort séduisant.Jusque là, le disque me donnait l'impression d'être enregistré pour accompagner autre chose.A part quelques moments illuminés, la musique de Gaston Brisson m'a semblé trop polie, trop sage.Sans aller jusqu'à dire qu'il fait de la musique de fond, on peut constater une certaine retenue respectueuse qui n'est peut-être rien d'autre qu'une légère déformation professionnelle.Nous avons tellement de bons pianistes au Québec qu'il va falloir former un orchestre uniquement constitué de pianistes (à queue).Un grand orchestre-à-claviers pour jouer nos gigues et nos rigodons.Gaston Brisson est candidat au poste de premier piano.du 101 pianos.Pierre Voyer MAINMISE Janvier 1976-19 SPARKS QUI CONNAIT SPARKS?Je vois des mains qui se lèvent très vite.Je vois aussi des paupières qui se lèvent, mais d'un air interrogateur.Oui tout blanc ou non tout noir.Et c'était très Palais du Commerce net l'autre soir au Palais du Commerce: on ne trouvait aucun de ces égarés qui achètent leurs billets au hasard.Tous des fanatiques, à qui un stand proche de l'entrée proposait badges, T-shirt.ou foulards estampillés Sparks garanti 100^.Si la salle n'était qu'à moitié pleine c'est probablement parce que les fanatiques des quartiers snobs ne s'étaient pas déplacés par peur de salir leur impeccable tenu de dandy 1925 sur les dalles crasses et glacées du tristement célèbre "Palais" du Commerce.Palais, probablement, de l'apothéose éblouissante du commerce, qui consiste à vendre assez cher à des gens comme vous et moi la permission d'entrer dans cet immense hangar de béton où la musique résonne de façon un peu moins métallique que dans une boite de conserves, mais un peu plus fortement que dans un gymnase d'école secondaire.Faire accepter à un public pareil entrepôt comme salle de concert, et arriver à convaincre des groupes assez importants de s'y donner en spectacle, il n'y a vraiment que Donald K.Donald pour réussir ça.Petit conseil pratique à toutes fins utiles: le seul endroit d'où on peut entendre la musique sans trop de déformations semble bien être la petite salle du fond, celle du comptoir-lunch et des toilettes.Les Sparks, en fait, sont surtout et presque uniquement les deux frères Ron et Russel Meal.Le premier semble droit sorti d'un film des années de guerre, cheveux noirs, lissés en arrière par la brillantine, oreilles dégagnées, petite moustache hitlérienne, chemise blanche, cravate, pantalons qui remontent très haut, le tout rehaussé d'une attitude flegmatique, polie, parfois hautaine, et souvent gênée.Du théâtre complet, très travaillé.Son arrivée sur la scène déclenche toujours la même ovation, qu'il reçoit d'un bref signe de tête en s'installant à ses claviers.Son frère, lui.véhicule l'image exactement inverse: jeune, beau cheveux longs et bouclés, il possède le sourire, l'élégance et la décontraction des stars.Il bondit sur la scène, salue, empoigne le micro, danse, chante, virevolte autour d'un Ron impassible et appliqué.L opposition est là savamment étudiée, le Laurel du Hardy, le Spirou du Fantasio.le Ringo du Paul, le Tintin du capitaine Haddok.chacun portant sa part de l'équilibre commun.Réaffirmée dans les shows, sur les pochettes, dans les interviews, l'image amuse d'abord avant de provoquer les interrogations: immense supercherie d'habiles manipulateurs, marketing savant étudié par ordinateur, ou tout simplement farce un peu poussée dans l'élégance?La méfiance s'installe.ENCORE LE COUP DU CHARME Mais dès la première chanson, les inquiétudes s'effacent, éclipsées par la magie d'un son qui place Sparks en dehors des catégories de faiseurs de catalogues.On reste surpris de l'aisance de Russel dont la voix aiguë éclate en cascades rapides, simples, si particulières et pourtant si rapidement familières.On se prend au jeu d'un style de mélodies qui semblent avoir des attaches dans les cinquante dernières années de la chanson, et qui.transmises en rock électrique, prennent une saveur bien spéciale.Des pas de valse aux comptines enfantines débitées à toute allure, tout est présenté avec un humour jaillissant qui rejoint facilement un public que le label a déjà conquis.Les chansons, toutes composées par Ron Meal, sont interprétées avec brio par Russel, et la puissance du couple est telle qu'on n'accorde finalement aucune attention aux trois autres musiciens qui s'en tiennent strictement à un soutien instrumental.UNE VIELLE AUTO NEUVE Les Américains, joyeux fous de de la technologie, out un jour fabriqué en petite série (et vendu très cher), une auto nommée Excalibur qui était l'exacte réplique de la célèbre Mercedes SSK des années trente.Ainsi pouvaient-ils offrir le charme excitant d'une décapotable d'époque tout en utilisant les éléments de sécurité et de confort disponibles aujourd'hui.C'est un peu ce que font les Sparks, lorsqu'ils misent sur des registres d'émotion de la mode rétro tout en préférant la perfection du produit à la performance pure.Asseyons-nous et laisssons-les faire.Parce que c'est agréable.Claude SPARKS INDISCREET ISLAND ILPS 9345.Sept mois seulement après "Propaganda ", Sparks récidive avec un long-jeu qui surprend autant par son identité avec les précédents que par ses qualités accrues qui le font préférer aux autres.En autant que c'est toujours meilleur qu'hier et bien moins que demain, on a du plaisir à découvrir les nouveautés.Chorales de fêtes foraines avec roulements de tambour ( "Get in the swing" i.assemblage d'inspiration classique violon-violoncelle de "Under the table with her" (une des meilleures plages de l'album), reel au violon et à la voix, retravaillé pour le goût actuel dans "It ain't 1918", du vieux Walt Disney musical avec le sérieux, le kétaine.la magie et le swing, autant d'éléments qui placent Sparks parmi les bons illusionnistes.Une musique qui repose par son oroginalité.et fait ressortir "Indiscreet" de la masse indifférenciée des groupes rock souvent si ennuyeux.C.P.P.KRAFTWEBK RADIO-ACT1VSTY "RADIOACTIVITY KRAFTWERK CAPITOL ST 11457 Alors que le maintenant célèbre "Autobahn" avait été publié par Philips, on retrouve aujourd'hui Krfwrk chez Capitol pour un long-, jeu de tripotages électro-acoustiques auxquels Ralf Hutter et Flo-rian Schneider ont réussi au fil des années à donner une personnalité qui leur est propre.Le disque commence par le supplice d'une scratch qui figure un compteur Geiger, pour continuer plus classiquement en embarquant sur une percussion électronique accompagnée de jeux de claviers et de vocaux servis sans altération.Beaucoup de paroles, alternativement en anglais et en alle-mant (faut soigner sa vocation internationale!), où il est question de radio, de vagues, d'électronique, d'énergie, de quasar et de pulsar, et de rayons radio-actifs de cristal d'uranium."Je suis le transmetteur, Tu est l'antenne, et Je donne l'information, Tu pognes la vibration." L'ensemble s'écoute sans vraiment réussir à déclancher un enthousiasme délirant.Les fervents de musique électronique ne convaincront sûrement personne avec des disques comme celui-là.C.P.P.DR.JOHN HOLLYWOOD BE THE NAME UALA 552 G Encore lui! Ben oui.il change de costume, mais il garde son personnage.Un sorcier funky qui garrochent des poignées de poudre d'or aux amateurs d'arrangements musicaux précis et variés.Le rythm'nblues du sud-est américain a une saveur très spéciale, c'est peut-être le trench touch! Edgar Winter, Leon Russel et Dr.John sont les trois grâces pianistiques de cette musique blanche et noire, autant dixie que funky.C'est au piano qu'on trouve l'harmonie du blanc et du noir.Une bonne partie des pièces de ce nouveau disque ont été enregistrées live: ça n'enlève rien à la qualité de la musique, dans ce cas-ci.Les chanteuses sont réchauffées: Dr.John est délirant dans son mystère, sorcier bagué de diamants, /ffigftv MISE EN SCENE: OLIVIER REICHENBACH avec: JEAN-LOUIS ROUX DANIEL GADOUAS ANOUK SIMARD "C'est cela ce "corfnakre sa propre souffrance" dont parle Dysart.c'est cela, devenir conscient: plus on en sait sur quelque chose, plus on a de possibilités de l'aimer cette chose, et que dire de la vie! Et pour moi, c'est ça avoir la foi en la vie, c'est croire en la mort, c'est croire en quelque chose d'inépuisable, qui ne nous appartient pas.à laquelle il faut faire confiance et qui nous permet de devenir des hommes de plus en plus entiers, jusqu'à ce qu'on s'unisse un jour au grand tout' '.A.Simard La vieille peur ancestrale du sexe de la femme, de la femme castatrice.L'homme craignant d'être englouti par cet abime d'où il est issu.Niant toute valeur salvatrice à la femme, fort de son pouvoir, de sa puissance.L'homme devenant le seul modèle humain, répudiant toute valeur féminine au profit d'un monde de métal, de machines et de massacres.Alan ne fait partie d aucun de ces mondes, il cherche la vérité, la lumière et c'est peut-être ce qui le sauvera.Même si sur la femme "il ne faut pas oublier que la passion d'Alan n'est pas une passion désirée (c'est d'ailleurs pourquoi, if en souffrait): e'est une passion vécue dans une grande révolte religieuse et sociale, idont il est victime); peut-être sommes-nous toujours victimes d'une passion, comme on est victime de la vie, de la mort, mais pour pouvoir aimer sa vie, sa passion, il faut au moins faire l'effort d'essayer d'y voir clair: il me semble que la passion, la vie.ne nous sont pas données pour être menées aveuglément, jusqu'à la destruction ".A.Simard "Le problème de la foi traité dans la pièce: à force de l'écouter, j'ai trouvé qu'on y confondait ce qui donne un sens à la vie (la foi) et les compensations qui sont les moments pleins et grands qui permettent de persévérer, la passion ou les passions".A.Simard pèsent de lourdes responsabilités.Il ne sous-estime pourtant pas l'existence de Julie, qui est vue aussi comme une clé possible d'avancement.mais l'omniprésence des valeurs maternelles, de la religiosité de sa mère qui lui a transmis des croyances foquées, où le péché tient une grande place, l'a forcé à se voir abandonné des dieux.Comme le font toutes les valeurs occidentales, les valeurs mâles.(Seule la Kabbale et les Tantras ont une vision positivante de la femme, parce que basés sur le culte de la Grande Mère, sur un matriarcat)."L'instant sacré existe à chaque fois qu'un comédien endosse la peau d'un personnage et le fait vivre à travers une action, ne serait-ce qu'un instant par soir." m jjàfr jgâÊr^ A.Simard ra pour mission de continuer le travail de la femme: ramener Alan à la réalité, à Les chevaux dans Equus représentent un élément féminin ou plutôt représentaient la féminité, féminité qu'on a transformé en masculinité, le cheval devenant un instrument agressif, fait pour la guerre, la conquête.D'où l'ambivalence du rapport d'Alan avec les chevaux, rapport qui garde un aspect très sexualisé.mystérieux.L'inversion.le cheval portant l'enfant.Portant les deux enfants: Alan et Julie.Mais Alan en vient à oublier que Julie est portée aussi par le cheval: l'homme a oublié la fonction sacrée de la femme, obnubilé par sa démarche qu'il conçoit, à un moment comme unique et rejetant sur la femme, son incapacité, ses difficultés à se transcender.La réponse de Julie: l'amour.C/5 H O Ed Q M OS U H > C'EST TELLEMENT CUTE DES ENFANTS, DE MF.HEBERT AU GESU La Marmaille de Longueuil présente une pièce qui se veut être un miroir pour les enfants des rôles et des attitudes de ceux-ci.Un reflet de leur réalité où l'affabulation habituelle des pièces de théâtre réservées à cette catégorie d'âge disparaît au profit d'une analyse des comportements, des rapports parents-enfants, des rapports entre garçons et filles.Donc, un théâtre qui n'a pas l'aspect traditionnel du théâtre pour enfants.Une question se pose: La problématique soulevée par la pièce rejoint-elle effectivement 1 entendement des enfants?SUR LE MATELAS CEGEP MAISONNEUVE, Faire une comédie musicale qui amuse sans être niaiseuse, c'est un exploit assez difficile.Garneau est un de nos meilleurs auteurs, mais on connaît la difficulté de faire passer son style parfois répétitif et trop ampoulé.Avec d'habiles coupures dans le texte, Jean-Marie Francoeur a réussi à faire un spectacle très trippant.Sa mise en scène qui n'arrête plus de bouger et d'inventer est admirablement bien servie par d'excellents comédiens: Louise Boisver, Louise Rodrigue, Armand Laroche et Maurice Brunelle.Les costumes de François Laplante souriaient d'un humour encore trop rare dans le théâtre québécois.La musique de Pierre Voyer que je n'ai malheureusement pas pu entendre à cause d'un problème de son m'a semblé tout de même de premier ordre, surtout la très belle et douce introduction.Ce spectacle devrait absolument être présenté dans une salle pour une série de représentations.Ce qui permettrait de roder la technique et d'en faire un vrai petit-bijou.J.C.LE BONHOMME SEPT HEURES DE MICHEL GARNEAU AU QUAT'SOUS: Une mise en scène de Roger Blay qui est un tour de force quand même réussi, étant donné le ton poétique de la pièce.Un texte dont le fil conducteur est difficile à suivre pour la même raison et peut-être aussi parce qu'on prend les mots du texte.Une espèce de comédie musicale fuyante sur une musique d'André An-gelini qu'on avait pu apprécier avec Raoul Duguay.Pauline Lapointe m'a fait frémir avec sa voix à la Margot Lefebvre.MAINMISE Janvier 1976-35 ¦AA-AAAAA*^''>**»»-'»***"-'-'-»»- J^_f |_f J J]j\JU\J\ BLANCHE UN TEXTE DE MICHELE FAVREAU Dans son numéro de novembre, Mainmise nouvelle formule publiait un long article - d'un lecteur anonyme - ou plutôt un court récit, à caractère très personnel, "L'ange et le motard", qui a du choquer, ou agacer_ pas mal de monde, on comprend pourquoi.En rapport avec un article que j'ai écrit: "Sortie des artistes", publié dans le même numéro de Mainmise, je voudrais exprimer toute mon admiration à l'auteur de "L'Ange et le motard".Pour la qualité de son écriture, bien sûr.et de son in-for-mation, mais surtout pour ce qu'il remue, au plus profond de chacun des lecteurs qui se donne la peine de lire, et de relire "L'ange et le motard", en faisant abstraction de ses propres préjugés, de sa peur, passée la première réaction (sûrement négative ou mitigée dans bien des cas).Devant ça, on se dit "X est un artiste".C'est simple, c'est évident.A l'ange et le motard, je voudrais essayer de répondre, sinon avec le même talent, au moins avec la même franchise et impudeur.Ce qui me vaudra d'être accusée moi-aussi d'exhibitionnisme.Faire intervenir, tout crus, les événements de sa vie personnelle dans un article, dans un "journal", qui se doit d'être le véhicule des "idées", ça ne se fait pas.Et pourtant, en ce grand moment de vérité où nous sommes, c'est à la petite histoire de chacun qu'il faut prêter une attention particulière.Dans chacune, il y a un contenu véritablement "explosif", pour l'ensemble de la conscience à révolutionner.Jamais le conflit oedipien, au moment même où il va falloir le dépasser, et d'abord le projeter sur un plan plus vaste, universel, celui de l'inconscient collectif, de l'archétype de la grande peur originelle, n'a eu autant besoin de s'exprimer au grand jour.Comme les étudiants sur les campus, dont l'une des épreuves initiatiques, ces dernières années (le streaking) consistait à se mettre tout nu, et à traverser la place en courant, devant les autres rassemblés; comme moi qui à 14 ans, sans voir la signification d'un tel geste, les beaux dimanches d'été, à la campagne, quand la maison familiale était pleine de monde et qu'il fallait faire des "manières", courait me mettre toute nue dans le bois, dans une clairière au soleil, allant et venant comme une biche heureuse et tranquille, le moment est venu pour nous tous de nous déshabiller moralement, de nous mettre nus comme des bébés naissants, nus pour re-naître.A l'exposition au Musée d'Art Contemporain, le clown d'Edmund Alleyn tient par la main une petite fille toute nue, elle aussi.Le clown, évidemment, c'est le père, le chef, le roi, la société (c'est comme ça que je le vois).Le roi est nu.et il le sait, mais il n'ose encore se montrer en cet appareil; il se cache sous les oripeaux de son bouffon.Dans une grimace pathétique, il dit à l'enfant: "Je te cède la place".Et l'enfant blonde et rose sourit comme un ange de Botticelli, Désormais, comme chantent si bien les Séguin: Le roi, c'est l'enfant Cette semaine, au lendemain de la grande manifestation contre les mesures antiinflationnistes de Trudeau, je tombe sur un hot-line, à la radio; la question posée est: "La rue est-elle le dernier refuge de la démocratie?".Une auditrice téléphone.Elle dit que "de telles manifestations n'ont plus de sens.Les gens ne sont pas vraiment informés.Ils ne savent plus où tout ça s'en va.Il n'y a plus de dialogue entre eux et leurs dirigeants.Ils sont manipulés par les chefs syndicaux dans le sens d'une interprétation primaire des événements.Les chefs syndicaux ne veulent que le pouvoir" - "Mais le pouvoir pour qui, madame?" - "Pour eux-mêmes, monsieur, pour eux-mêmes - "Alors, il n'y a plus de démocratie possible, même dans la rue0" - "Non.monsieur".Les gens ne sont pas informés, c'est vrai.Mais ils ne peuvent plus l'être.L'énormité et la complexité de l'appareil interdit désormais toute forme de démocratie.Le fossé s'élargit entre le peuple et les technocrates du pouvoir.La réalité n'est plus à l'échelle des individus, la réalité échappe même à nos gouvernants, nos "spécialistes" qui se penchent sur elle avec inquiétude.Elle est devenue une abstraction.Elle ne peut plus engendrer que la paranoia.Vers la fin des années 60, j'ai fait un rêve absolument freakant.Ma soeur, étudiante, en médecine à l'époque et qui fait de la dissection me donne une cervelle humaine à manger, celle du "père d'une amie" (sic).Je m'exécute.La sensation est bien réelle.J'en ai plein la bouche, ça dégouline de partout, je suis absolument écoeurée.et me réveille.Je descend me servir à boire.Je n'arrive pas à me débarrasser de ce goût-là.La journée du lendemain, je suis d'une humeur lugubre.Malade.En fait, j'en suis au point mort.Une carrière de journaliste plutôt gratifiante mais qui ne me satisfait plus.Une fille qui est la grâce même, ma soeur, mon double (aujourd'hui, à 17 Quand un enfant grandit, qu'il devient un individu à part entière, "l'autre", la peur s'installe.Et l'agressivité."Le drame du père et du fils, de la haine entre eux, et de l'aspect insoutenable, fulgurant de l'amour entre eux".(L'ange et le motard) Depuis le début de l'évolution des espèces, la peur originelle, la peur de la mort, est liée à la sexualité, à la reproduction (l'agressivité du Primitif qui initie le garçon qui va prendre sa place, condamnant par le fait même son géniteur à mort!) Avec la "cérébralisation" progressive de l'homme, l'agressivité a pris des formes plus subtiles.C'est au niveau de l'esprit que généralement on castre l'enfant qui gran dit, on lui mange la cervelle ce qui fait que plus tard, il n'aura pas d'autre choix que d'en faire autant, et que ce sera son seul mode de relation à "l'autre".Au fur et à mesure que les sexes s'indifférencient, la fille se trouve dans la même situation que le garçon.Pour l'un comme pour l'autre, c'est la féminité qui est en jeu."L'ange est celui qui porte l'enfant sur ses épaules.Le motard est celui qui l'écrase de ses bottes.L'un et l'autre sont postés sur les extrémités du même axe et l'un et l'autre sont fascinés par l'enfant.Et c'est la féminité qui en est l'enjeu".(L'ange et le motard) Je connais un gars, qui dans la pratique n'est ni homosexuel ni pédéraste, qui a rêvé une nuit qu'il montait au Ciel sur une moto avec en croupe, un jeune garçon qu'il ne pouvait identifier.Peut-on exprimer mieux LES MIROIRS VOLENT EN ECLATS \M KA1M-K ans, elle danse chez Maurice Béjart, mon rêve!) avec laquelle je m'isole des autres dans une tendre-et très narcissique-relation femelle.Une relation à "l'autre" qui est un échec.Je ne le supporte pas.Toute mon enfance s'est épanouie dans une relation privilégiée à "Tautre", le père-un peu lointain - mais surtour la mère, le grand-père, la grand-mère, venant de la France artisanale, des gens très près des choses.Ma petite enfance a baigné dans les valeurs féminines, la complicité, la tendresse, l'humour, l'imagination, le rire, le fou-rire.C'est après que les choses se sont gâtées.le désir de réconciliation de l'ange et du motard?Bref, je décide de faire un autre enfant.Je l'attends, je suis au pire des nausées (juste avant la grande euphorie), au Mexique, au bord de la mer.Une nuit, je fais un drôle de rêve.Juste avant que la vague ne retombe, rythmiquement, un mos-tre marin surgit qui me dit "Je suis ta mort".Cet enfant naîtra sous le signe d'une bien grande angoisse.Je dis que je veux un garçon, mais secrètement je désire une fille.Je suis "bien" dans mon gynécée.Ironie du sort, c'est une fille, mais née sous le signe du Lion, une belle enfant blonde au corps vigoureux, un personnage solaire, un peu comme le Kevin de 11 ans de "L'ange et le motard ".Agressive.(Evidemment, il y a une énorme insécurité derrière.Une énorme tendresse aussi).Tous les jours, je dois l'affronter.Parfois, je rêve la nuit que je suis dans la jungle.Au détour d'un sentier, en plein soleil, il y a un lion superbe assis là tranquille.Je sais qu'il va me manger, j'ai peur, et en même temps je suis fascinée.Je pense à cette phrase de l'auteur de "L'ange et le motard" : "Comment pourrais-je devenir une mère?Ca demande une telle dose de courage et de résistance.Je regarde Rose: C'est Gibraltar".Je ne suis pas Gibraltar, et l'agressivité me désarme, me freake complètement.C'est la raison pour laquelle, inconsciemment, je refuse le garçon.Leur violence, leurs "parades de mâles" m'exaspèrent.Vers la même époque (la fin ^es années 60), une vague de révoltes étudiantes sur vient.Dans toutes les grandes villes d'Occident, des bûchers s'allument.Comme il se doit, puisqu'il s'agit du combat contre le père, l'opération prend la forme d'une révolution de type traditionnel.A l'analyse on voit bien que cette révolution n'est qu'un psycho-drame, où l'ange, le bel adolescent aux ailes d'ange, Eros en personne, se déguise en motard pour grimper sur les barricades, et lancer dans la mêlée, sous formes de slogans qui couvrent les murs de l'Université et de la Ville, les valeurs d'une nouvelle culture, valeurs féminines il va sans dire: Love: un sentiment océanique tout nouveau pour l'Occident: Peace; faites l'amour pas la guerre, l'imagination au pouvoir, etc.etc.Mais les choses ne sont pas si simples.On a vite fait de s'apercevoir que "l'ennemi c'est nous-mêmes", et que le "power-play" est le seul mode de relation à l'autre que nous connaissions.La majorité des jeunes de ces années-là sont retombés dans le conformisme, celui de leur père, ou le nouveau conformisme de la "pop-culture".Un petit nombre a été récupéré par l'idée de pouvoir politique, *t se sont lancés dans des actions terroristes, ou partisanes, qui font parfaitement l'affaire des Pouvoirs en place.Se battre contre le père, avec les moyens du père, c'est dans l'ordre.Entre motards, on se comprend.Les policiers aiment bien les "guerriers".Ce sont les peace-freaks qui les rendent fous de rage.Et "la motarde" a fait son apparition.Dans notre société, les femmes qui se disent "women's lib" se virilisent à une vitesse effarante.Ecrivains, professeurs, médecins, avocats, très bien.Mais chauffeurs, débardeurs, polices, et maintenant gangster?(Il faut lire, dans le dernier numéro de Psychology today "The rise of the female crook".).En réaction c'est l'explosion du sexe et de la violence.La musique Rock déferle en tempête sur l'Occident.Son "beat" bouleverse les tripes des plus constipées.Les filles portent des mini-jupes et se mettent à marcher comme des déesses.Les assassinats politiques se multiplient, et autres "incidents" du genre, enlèvements, chantage, renversement de pouvoirs, putshs militaires, emprisonnements, tortures, crimes de "droit commun", violences de rue, violence des gens, aussi, qui s'entassent dans des villes de moins en moins fréquentables, 15 MAINMISE Janvier 1976-37 soumis à des tensions qui les tuent."Dans notre société, on ne meurt plus, on est tué", a dit Jacques Languirand cette semaine à "4 chemins" Mais dans cette société, la mort est TABOUE.Jamais on n'a eu aussi peur de la mort, jamais on n'a été aussi obsédés par la sécurité, à en devenir maniaques.L'homme moderne s'est fabriqué pour mettre la mort en échec, un fantastique jeu de MIROIRS, au sens propre et figuré, qui ne fait que refléter à l'infini sa propre image (vous souvenez-vous de la "dame de Shangài"?), dissimulant ce qu'il y a derrière les miroirs, le forçant à s'adorer lui-même (d'où la vague d'homosexualité qui nous submerge), tout en ayant de plus en plus peur de la mort.et de la femme par voie de conséquence.Toute une génération d'adolescents prolongés, garçons et filles de moins en moins différenciés, jouent à l'androgygne, et pratiquent de plus en plus (les statistiques sont formelles!) la sexualité orale.Dans bien des cas, on ne pratique plus rien du tout.Les gars fument du pot ou se "shootent", les filles font de la boulimie alimentaire, et quand elles sont écoeurées d'elles-mêmes elles arrêtent de manger (les cas d'anorexie mentale chez les jeunes filles se multiplient).On est en pleine régression au stade oral.Pourtant, un mouvement irréversible de tranformation de la conscience humaine, et de l'individu, en profondeur, s'amorce là.Peut-être allons-nous assister à la plus grande opération de sélection naturelle de tous les temps?Au début de l'année 70, j'ai fait un rêve extraordinaire.Mon premier rêve cosmique.Je suis couchée, à la campagne, avec mon mari et mes deux filles, sur un grand lit, dans la chambre que mes parents occupaient quand j'étais enfant.La fin du monde approche, et nous le savons, nous attendons.Autour de nous, je sens la Terre, la Boule, à notre dimension.C'est un sentiment très réel, très physique.Brusquement, comme un oeuf à la coque, la terre s'arrache à sa calotte et se met à descendre lentement.Dans l'interstice, une lumière indescriptible apparaît.Le spectacle est d'une beauté qui coupe le souffle.De l'étais d'angoisse où j'étais, je passe à un état véritablement extatique.et me réveille évidemment.Je passe toute cette journée sur un "high" incroyable.Evidemment, comme tous les rêves, celui-là joue sur plusieurs plans de réalité.Le message est clair.Le vieux monde est en train de s'écrouler.Toutes nos institutions sont foutues, le couple, la famille, l'école, l'université, l'église, l'armée, les gouvernements, les banques, les corporations, Nous entrons dans une succession de "crises" qui n'en épargnera aucune.Ce qui je ne sais pas encore, c'est que moi non-plus je ne serai pas épargnée.Je me retrouve, cette année-là, à travers des déchirements, des culpabilités effroyables, avec un nouveau partenaire, mais, très vite au bord d'un nouvel échec.Comme presque tout le monde, ma relation à "l'autre" est complètement déterminée par un conflit oedipien non résolu.Infailliblement, avec tous mes partenaires, je retombe inconsciemment dans le même "pattern".L'homme de ma vie, il faut qu'il soit difficile d'accès, je dois le "conquérir", évidemment je le choisis toujours inaccessible (mais l'est-il vraiment, ou bien est-ce moi qui ne veux pas trouver de chemin vers lui?) la peur de son jugement sur moi, le désespoir de ne pouvoir communiquer avec lui m'oblige à m'affirmer agressivement etc.etc.Mon nouveau partenaire me fait comprendre que je provoque l'échec en question,.Je suis bien obligée d'en convenir, et du coup, je "pars" dans une série de rêves noctur-qui constituent, au bout du compte, une véritable psychanalyse spontanée.Mon nouveau partenaire n'est pas ce que je croyais.Je croyais le "guérir" (encore un "pouvoir"), et je m'aperçois que c'est lui MAINMISE Janvier 1976-38 qui est en train de me guérir, ou plutôt de m aider à me guérir moi-même , avec une patience, et une discrétion infinies.Pourtant sa blessure à lui est autrement plus profonde que la mienne.Mais je comprends que sa guérison passe par la mienne.Donc, je me mets à rêver.Le rêve nocturne, semble-t-il, est "mon" chemin vers un autre niveau de conscience.Mon "processus" passe par lui.Je rêve que mon père est très malade.Nous lui rendons visite, avec ma mère, dans une maison de santé perdue dans les dunes, au bord de la mer, et qui s'appelle "Le pavillon des cancéreux" (sic).Nous ne le trouvons pas dans sa chambre, mais il a laissé un coffret pour ma mère, rempli de bijoux, avec un mot d'Adieu pour elle, d'Aurevoir plutôt, car il lui déclare son a-mour et lui parle d'un monde meilleur où ils se retrouveront.Je me sens complètement exclue du projet.Je suis affreusement triste.A cet instant, le téléphone^ sonne, je réponds, c'est lui.Il m'explique qu'il va mourir, et qu'il ne reviendra plus dans sa chambre.Je veux lui parler, je suis bouleversée, mais je ne réussis à sortir un seul son, lui non plus.et je me réveille en larmes.Peu de temps après, je rêve que je suis un orignal (pour la première fois de ma vie, je suis vraiment dans la peau d'un animal).Je suis renversée sur le bord d'un cours d'eau.Ma mère me dépèce les tripes avec un grand couteau de boucherie.Je sens une force énorme en moi, mais je me laisse faire en geignant (la scène se passe devant mon père et mon mari complètement passifs).Dans cette société les filles n'ont d'autre choix que d'être des "mères" ou des motardes.A cette époque, je ressens un énorme culpabilité par rapport à mon rôle de mère, et aussi une énorme souffrance par rapport à ce que je m'interdis comme femme.Mon père a beaucoup aimé ma mère.Ma mère est une vraie femme.Elle est l'incarnation même des valeurs féminines.Pourtant, c'est dans son rôle de mère, c'est sur ce piédestal que mon père l'a placée pour se donner le droit de l'adorer.En fait, elle est l'antithèse de sa mère à lui.D y a beaucoup à dire sur le rôle traditionnel de la mère québécoise.Au Québec, le plus souvent, c'est la mère qui transmet les valeurs masculines: "Sois un homme mon fils".Il faut comprendre : Pour survivre, en pleine "revanche des berceaux" dans un milieu physique, et des circonstances historiques pas possibles, comment nos grand-mères auraient -t-elles pu ne pas privilégier les valeurs masculines?LES VALEURS MASCULINES SONT DES VALEURS DE SURVIE Il ne faudrait pas l'oublier.Par la suite, malheureusement cette attitude s'est trouvée renforcée par l'emprise des curés "La vie est une vallée de larmes ", la religion du travail etc.et enfin elle a été récupérée par le système avec le mythe de l'expansion économique, "l'American Dream" qui l'a radicalisée.Ma grand-mère paternelle était une petite femme maigre comme un sarment, toujours habillée de noir, un ruban noir autour du cou, un chignon et des bandeaux blancs une belle tête de vielle squaw, sillonnée de rides.Une femme affectueuse, rieuse même mais très autoritaire, autoritaire "tranquille", comme les gens vraiment forts, bien raide sur ses positions puritaines, malheureusement déviées, au Québec, de leur sens originel, par l'obsession du péché (le péché du Québec, évidemment!).Dans l'ange et le motard, l'auteur écrit "Ces Chrétiens sont absolument freakés par le Diable".Le diable, c'est le monstre du Ciel par opposition (complémentarité?) à celui de la Mer, mais c'est la même chose, toujours la PARANOIA.Quand j était petite, je voulais désespérément avoir une petite auto rouge à pédales "pour monter dedans".Je ne l'ai jamais eue.Un jour, je rêve que j'arrive à fond de train, au bord de la mer, dans une petite auto rouge décapotable.Je suis une femme mais habillée comme une petite fille, avec une robe à frous-frous.Je donne un grand coup de frein brusque qui me fait passer par-dessus le capot, et là, tout le monde peut voir que je n'ai pas de culotte.Mais je n'en éprouve aucune gêne.Je me relève en riant, me secoue un peu.et monte à bord d'un grand navire accosté là.Je me retrouve sur un pont en forme de cirque, au beau milieu, avec autour de moi, des gradins paquetés, mais alors là PAQUET-TES, de personnages tout habillés de noir et de blanc, serrés les uns contre les autres, des curés, des grand-mères québécoises (Me Luhan y verrait aussi les caractères d'imprimerie de la Galaxie Gutenberg et il aurait probablement raison!).Je leur fait une belle colère, et leur dis tout ce que j'ai sur le coeur.Je suis venue leur faire mes adieux.Je pars pour la France.Je monte ensuite dans un petit avion, un vrai cou-cou, avec un pilote un peu fou qui n'en finit plus de faire des acrobaties au-dessus d'un paysage lunaire.Je n'ai jamais su si j'étais arrivée en France.Mais quelques temps après, je suis vraiment partie pour la France pour un séjour de trois semaines.J'étais encore, à ce moment là, en pleine culpabilité (une nuit j'ai rêvé qu'un corbeau blanc me poursuivait dans une grande pièce dont les fenêtres étaient ouvertes mais j'avais beau le chasser, il ne voulait pas sortir, il allait me déchiqueter avec son bec).Dans certaines mythologies, le corbeau albinos est le symbole du jugement divin.Bref, la première semaine de mon séjour en France, du fait de me retrouver complètement disponible, seule avec mon compagnon, sans pouvoir compenser en jouant «impulsivement mon rôle de mère, je freake complètement.La vraie crise.Ma culpabilité atteint son paroxysme quand un beau matin, je descends dans une marina, sur la côte méditerrannéenne, et j'aperçois accostée là, l'épave d'un voilier de croisière toute penchée, lamentable.L'archétype du naufrage me foudroie sur place.Je vois dans cette épave l'image du naufragé de l'hoi me- dont bien entendu je suis responsable-et je me retrouve sur le quai, incapable d'avancer, sciée en deux par l'angoisse de la mort de l'enfant.Encore une fois, le fantasme joue sur deux plans de réalité.(E-videmment je me précipite à l'hôtel pour ê-tre bien sûre qu'il n'y a pas de mauvaise nouvelle et que mes filles sont toujours vivantes.).Mais je suis délivrée, je peux enfin profiter de mes vacances, vadrouiller, m'amuser de tout et de rien, travailler surtout au livre que je suis en train d'écrire.Vers la fin du séjour, à la suite d'un événement bien étrange que je n'entreprendrai pas de raconter ici, je me retrouve dans un état d'hyper-lucidité comme je n'en ai jamais connu.Je vois à travers les gens, je comprends tout, ma perception de la réalité physique même a changé, les choses ont une netteté, une luminosité, presque une incandescence qui m'oblige, à certains moments, à fermer les yeux.Moi-aussi physiquement je change à vue d'oeil.Ma peau guérit de toutes ses imperfections, je me sens parfaitement accordée à mon corps en "harmonie".Mes gestes sont d'une rapidité et d'une efficacité extraordinaires dans tout ce que j'entreprends.Même chose au plan intellectuel.L'expérience est "au boutt" et pourtant à certains moments, j'ai peur.Je pense au Don Juan de Castaneda, à "VOIR" (apprendre à voir, c'est frôler à chaque instant la folie ou la mort).Je me sens terriblement vulnérable, je comprends que changer de niveau de conscience implique une très grande vigilance au ni- veau de la survie."Vivre comme un guerrier".Je comprends que survivre c'est apprendre à ne pas voir plus qu'il ne faut, en rapport avec les circonstances extérieures et son propre niveau de conscience.Désormais, je ne pourrai plus me permettre de faire "n'importe quoi".Je devrai m'imposer une discipline de vie qui ne laisse aucune place à l'excès.Je reviens à Montréal et cours voir un ami savant en la matière.Je lui demande s'il croit que je suis devenue folle.Il me répond: "Oh! non, tu n'est pas folle.Tu appartiens à la famille des alchimistes".Du coup, évidemment, je plonge la tête la première dans l'Alchimie (que je ne connaissais pas), et je comprends ce qu il a voulu dire.Je lis aussi un livre fabuleux qu'il m'a recommandé de lire au plus vite et qui s'appelle "Kundalini, the evolutionary energy in man, de Gopi Krishna.(J'ai été enthousiasmée de lire récemment dans l'extraordinaire "Passages about earth" de William Irwin Thompson, professeur d'Histoire au M.I.T., une apologie de Gopi Krishna, qu'il considère comme le seul vrai Yogi Tantrique aujourd'hui, le seul qui ait quelque chose de nouveau, de primordial à apporter à l'Occident, dans le sens de la grande Transformation.) Donc j'ai fait connaissance avec la KUNDALINI , le processus évolutionnaire que les Indiens d'Amérique représentent par le Serpent à plumes, et la mythologie grecque, par le bel adolescent aux ailes d'anges.Quelques jours après, dans ma baignoire, je passe par la résolution de mon conflit oedipien.Je comprends brusquement tout mon problême, et me mets à pleurer comme une folle en appelant mon grand-père! La nuit suivante, je rêve que je suis dans la chambre de ma grand-mère paternelle dans son village; tous les gens que j'aime sont réunis là.Ma grand-mère est couchée dans son lit, sous son énorme édredon.Elle va mourir, mais ça n'est pas triste.Au contraire, c'est la fête,.On mange, on boit, on rit, mais sans excès, les gens sont calmes et souriants.Tout à coup, au dessus de ma lèvre supérieure, juste au milieu je sens quelque chose qui me gêne.Je me regarde dans la glace.Je vois une petite croûte, que j'arrache.Derrière, il y a un petit trou rond, et quelque chose qui dépasse .Je tire.C'est un petit insecte, tout mou, à moitié décomposé dérisoire.Une "bibitte".Un peut dédaigneusement, mais sans plus, je la montre à mon compagnon, et lui demande quoi faire.Il me répond* sans hésiter "Il faut la brûler avec de l'acide".(Sans commentaire).Le lendemain, je me demande toute la journée pourquoi cet endroit précis, au dessus, de la lèvre supérieure.La réponse m'est donnée, dans mon sommeil, la nuit suivante, directement, cette fois sans passer par le rêve.Une simple phrase, éni-gmatique, fulgurante: "C'est la place du bec de l'oiseau".Dans son livre, W.I.Thompson raconte que dans la société agraire de Catal "Hu-yuk", 6500 avant J.C.les morts étaient inhumés sous les lits où la nouvelle génération était conçue.Sur les murs des habitations, étaient dessinés des seins de femme, symboles sacrés, mais dans chaque mamelon, il y avait un bec de vautour."Inside the breast that gave life to the flesh was the vulture beak that ripped the flesh from the corps".La représentation symbolique a évolué avec la cérébralisation de l'homme,.Mais c'est toujours le même archétype.Depuis la nuit des temps, la peur de la mort et la peur de la femme sont confondues.L'été précédent, juste avant de lire Castane-e-da, aboutissement d'une longue recherche sur la biologie, où j'ai cherché et trouvé une idée plus juste de l'homme, (je ne pensais jamais déboucher tout naturellement dans l'ésotérisme!), j'avais lu "Les racines du hasard", d'Arthur Koestler.L'histoire de la petite bactérie mutante, que Koestler raconte dans ce livre, m'avait fait complètement partir l'imagination.Je ne sais plus exactement en quelles circonstances, un chercheur a pu observer une petite bactérie, un champignon qui pousse dans les bois, une forme de vie on ne peut plus primitive, et qui, ne pouvant plus se nourrir de "qui" elle parasitait, s'est trouvée obligée de s'agglutiner toutes ensembles, formant une espèce de pénis gélatineux, qui s'est mis à ramper sur le sol, jusqu'à ce qu'il rencontre une autre forme de vie végétale à parasiter.Alors, l'espèce de pénis s'est mis en érection et à véritablement éjaculer toutes les petites bactéries autour de lui, les petites cellules qui le composaient.Koestler cite cette histoire pour illustrer l'idée des mutations spontanées.Evidemment on peut voir dans un événement comme celui-là, l'origine du sexe et de la mort, la première chose vivante, rampante qui s'est retrouvée obligée de trouver elle-même sa nourriture et sa partenaire sexuelle, le début de l'aventure tellement freakante de l'INDIVIDUALITE, dont on se demande jus- bibite à moi quoi.A trois reprises, je refais le même rêve, je refuse de la combattre, je dis que je ne suis pas prête.Le fantastique jeu de miroirs qu'est la civilisation moderne n'est au fond que l'expression de cette paranoia.Dimanche dernier, en revenant d'une promenade sur les bords du Richelieu, en traversant le pont Champlain, j'ai vu la ville, tout illuminée, qui se dressait contre le ciel, superbement embrasée par le soleil couchant.Le spectacle, d'une beauté à couper le souffle, se reflétait dans toutes les vitres.J'ai dit à une amie, assisse à côté de moi: " Une grande ville, vue de près, le jour, c'est le cauchemar des hommes.Vue de loin, la nuit, ou à cette heure, c'est son rêve son grand rêve de puissance, mais aussi de beauté, d'éternité." Je me suis sentie tout à coup remplie de compassion pour TOUS les hommes.De l'autre côté des miroirs, et même s'il faut qu'ils volent en éclats, il y a toute une autre dimension de la réalité à explorer.L'aventure ne fait que commencer.La Science qui est l'instrument de la RAISON HUMAINE commence à lever la voile.Elle se demande enfin si les vieilles lunes ne sont pas les vraies.rêve, et il me dit que Jung a fait le même.Le monstre marin, selon Jung, c'est la peur des autres, la peur de se faire avaler tout rond, qui est devenue, avec le temps la peur du jugement des autres sur soi".Me voilà bien débarrassée, que je me dis (on verra bien! ) Quelques jours après, j'ai fait un autre rêve (c'est le dernier, je le jure!) Je suis à poil, dans un sauna, en train de "méditer".Brusquement du haut de mon bras gauche, un peu en dessous de l'épaule, jaillit une longue mèche noire, soyeuse, luisante ondulante comme un serpent, comme une mèche de cheveux.Je me dis: "C'est la Kun-dalini.c'est sûr." Et je la montre à un couple ami, aimé (qui est avec moi à poil dans le sauna), un couple merveilleux tellement doué, muré dans son orgueuil, foudroyé par l'angoisse irréconciliable (mais l'est-il vraiment?) Je me demande pourquoi cette mèche, à cet endroit et je trouve, stupéfaite."C'est la place de l'aile, et la "couette" de l'Indien." Ma version à moi du Serpent à plumes! Toutes nos institutions sont foutues.Elles appartiennent à la Bête (les média ne sont qu'où elle va nous mener! "L'autre", il ne faut pas l'oublier, c'est d'abord l'autre sexe, et c'est la mort, puisque la reproduction sexuelle engendre la mort des géniteurs, au profit de "l'enfant" (on voit effectivement, de quoiTenfant aussi est l'enjeu!) et pourquoi cette haine-amour de l'enfant, dont l'éducation traditionnelle est l'expression même.La peur de la mort et la terrible agressivité qu'elle entraîne n'a pu que s'aggraver à travers l'évolution des espèces, avec les progrès de l'individualité, de la RESPONSABILITE INDIVIDUELLE.Avec l'homme, elle apris les dimensions de la paranoia dont le conflit oedipien n'est que l'avatar.La paranoia, c'est la Bête, "la" bibite.Quant j'ai lu "VOIR" le moment où Cas-taneda rencontre le Gardien du Seuil, cet insecte dérisoire qui a pris les dimensions du monstre, m'a fait un effet véritablement initiatique.La nuit suivante, j'ai rêvé que je rencontrais, moi aussi, le gardien, C'était un insecte mais pas le même."Ma" ET SI LA MORT N'ETAIT PAS LA MORT-LE NEANT-LA DESTRUCTION DU "MOI", MAIS SON APOTHEOSE DANS LA FUSION ORGASMIQUE AVEC LE COSMOS?SI ELLE ETAIT LA "DESSE BLANCHE" DES MYTHOLOGIES?Je pense au rêve de X à la fin de l'Ange et le Motard.Il me fascine.Et si les gardiens de la déesse, les motards, étaient les gardiens de la mort?Et pourquoi est-il interdit, en Occident, de s'approcher de la déesse?En Occident, la peur de la mort a pris les dimensions mythologiques de la bombe du Docteur Strangelove.La fascination du monstre marin en est l'expression archéty-pique.Il n'y a qu'à voir l'énorme succès de "JAWS".Dernièrement, j'ai rêvé que je sortais de moi, comme on sort un enfant nouveau-né, un poisson; un poisson très primitif, aux écailles rudes, à la gueule large et plate.Je le montre à mon compagnon, qui me dit tranquillement, toujours sans hésiter: "Ben oui, c'est le monstre marin".Le lendemin, au réveil, je lui raconte mon pas la Bête ils ne sont que les instruments de son pouvoir).Il n'y a pas de transformation possible à l'intérieur du Système.Nous en avons complètement perdu le contrôle.La Bête étend ses tentacules sur la Terre entière.Toutes les idées sont récupérées.Avalées elles aussi.Aujourd'hui, à Wall Street, on investit dans "l'énergie psychique".Bientôt, Guru Mahara-ji vendra de "l'instant kundalini" à grands renforts de publicité orchestrée par la plus grosse agence de publicité américaine.La connaissance, comme le reste, peut être manipulée dans le sens d'un POUVOIR?(elle l'est déjà).Il faut se méfier des chefs et des gourous.Le monde est plein de paranoïaques (et le savoir, c'est de la paranoia positive! ) "C'est plein d'chefs partout, qui s'occupent pas d'nous" chante Félix Leclerc dans son dernier disque.Le VILLAGE est le seul lieu de transformation possible.Il est l'ALTERNATIVE.Mais il va falloir se défendre."Le doux se laisse tuer, c'est bien connu.Comment s'opposer à la violence sans devenir soi-même violent?Problème réel, pressant, car il n'est plus question de se laisser tuer encore une fois.D faut que se développe, parmi nous, une génération d'êtres magiques, qui puissent enrayer réellement et matériellement la violence des plus forts' '.L'Ange et le motard.Magiques, mais aussi drôlement bien informés, et pas seulement de la façon de faire pousser les légumes! Avec une bonne connaissance des rouages du Système, de manière à pouvoir le mettre en échec, ou composer avec lui, sur le plan légal ou administratif par exemple.Une utopie qui ne tiendrait pas compte de cette REALITE là ne tiendrait pas six mois.Les colonies de "doux-dingues" seront écra-séesv c'est sûr.La Nature, encore une fois, imposera sa Loi.C'est là qu'il faudra bien réintégrer les valeurs masculines, tout en prenant bien garde de ne pas perdre le contact avec le GRAND ESPRIT (la voix intérieure).Au contact de la Nature, et par le fait même qu'il va falloir survivre, les comportements sexuels se normaliseront.Le "tantrisme de la main gauche" opérera la grande tranformation (le trantrisme de la main droite mène tout droit à l'angélis-me, à l'incompétence du point de vue de la survie, à CALCUTTA.) "Je découvre le "mariage" et Marx,.D faut s'engager, et produire, et cultiver, et se mêler".L'ange et le motard.Le corps de la femme, et le corps de l'homme, sont faits pour s'emboîter l'un dans l'autre, jusqu'à se confondre, indépendamment même de toute idée de procréation.(Sans nier pour autant la valeur du grand cérémonial de la tendresse, des "stimuli").Pour les primitifs, l'union sexuelle "normale" n'est pas seulement génitale.Elle est fusion cosmique et répond à un élan profond.VITAL.Elle le redeviendra, mais cette fois, j'espère, en toute conscience de sa place dans le PROCESSUS.Personnellement, je ne crois pas un instant à l'androgyne sur cette planète (en tout cas, tant que la planète sera elle-même un être biologique.) L'androgyne est un mythe qui exprime la nostalgie de l'U-NITAS, de l'avant-vie, ou de l'après-mort.Il resurgit à toutes les fins de mondes.Je ne pose là aucun jugement moral sur l'homosexualité ou sur la sexualité orale.N'importe quelle forme de sexualité vaut mieux que pas de sexualité du tout, et tant qu'elle inclut la tendresse, elle peut être opératoire.Le Québec, le grand village du Nord, est peut-être bien l'Alternative mais d'abord il va falloir le faire, concrètement le "village", un modèle pour le reste du monde.Pas une échappatoire, mais un laboratoire.Pour nous, l'In-Dependance, c'est bien plus que l'indépendance politique passant par un Parti (ce qui n'empêche pas le combat à d'autres niveaux de réalité à condition de ne pas se laisser avoir, de ne pas perdre devuel'OBJECTIF!) Dans son dernier disque, à la fin de sa chanson "le Tour de l'Ile" (belle à en pleurer), Félix Leclerc chante: "Sous un nuage, près d'un cours d'eau C'est un berceau.Et un grand-père, au regard bleu Qui monte la garde.D ne sait pas trop ce qu'on dit dans les capitales.Guette le signal.Pour célébrer l'INDEPENDANCE, quand on pense.Félix c'est LE GRAND-PERE.Du bout de son De, il fait des signes, à ce merveilleux fou bavard d'Alexis Tremblay! "ON NE RECOMMENCE PAS L'HOMME A ZERO'' AUM MAINMISE Janvier 1976-39 Histoire du Travail et des Travailleurs Georges Lefranc.Flammarion.C'est l'ouvrage maître sur ce sujet si universel et si délicat aujourd'hui.L'ouvrage avait paru il y a vingt ans mais l'auteur en a refait une nouvelle édition revue et augmentée.Comme le précise Lefranc, ce n'est pas une "histoire des techniques" mais un effort pour retracer dans son déploiement même l'acte auquel l'humain est astreint pour survivre dans son écosystème.Le livre est divisé en deux grandes parties: l'Age de l'Outil, et l'Age de la Machine, et se termine par une remise en question de la notion même de travail dont la primauté n'avait jamais été mise en doute au niveau de la libération sociale."Il ne semple plus que ce soit désormais sur le lieu du travail que la plupart cherchent à satisfaire leur besoin d'indépendance et de libre détermination.Et quelque régime que ce soit, l'homme se sent dans le travail qui lui est imposé comme l'animal dans sa cage.Il ne rêve que d'en sortir." Les implications sont énormes et Lefranc ne se gêne pas pour les dévisager.Tous ceux qui oeuvrent dans le syndicalisme se doivent de lire et méditer ce livre.Georges Technique de la pêche au saumon Jean-Paul Dune.1975, 208 pp.Léméac Ed.Ce n'est pas que décembre soit spécialement le temps de la pêche: ce n'est pas que je sois personnellement très en faveur de la pèche du saumon, mais Gaston Miron nous a apporté ce livre lui-même, "pour qu'on en profite", alors.De fait, ne connaissant rien à la pèche, et n'ayant trouvé dans mon entourage personne qui s'estimait posséder les critères suffisants, je suis bien obligé de vous dire ce que j'en pense: ça m'a tout l'air d'un manuel très complet sur la psychologie et la technique de la pêche au saumon.L'auteur est coordonnateur de l'exploitation du saumon pour le Gouvernement du Québec, il est conscient que le saumon est en voie de disparition mais pour lui comme pour tous les pêcheurs, le poisson est une ressource avant d'être un être vivant.On peut très bien imaginer en effet des situations où la survie implique le poisson comme ressource.Mais en dehors de ça, je me méfie beaucoup des "sports qui tuent".CA.LA BILBE, Thierry Ardison, Paris, Seuil, 1975-175 p.Neuf mois avant Noël, trois milliards de terriens font le même rêve: une femme (jamais la même) leur annonce qu'elle est enceinte.Qui est-elle?Une déesse?Une extraterrestre'1 La Sainte Vierge?Marilyn Monroe"1 Du jour au lendemain, la planète est sur les dents.C'est l'hystérie collective.Par chance, on est gâtés: le narrateur est chargé d'aller photographier l'Enfant par le directeur d'un grand magazine pour qui c'est le scoop du siècle.Le reporter ramène une radiographie de son crâne.Car où naîtra cet enfant, sinon dans la tète des trois milliards de rêveurs'1 A la TV.on raconte.on interprète, faute de pouvoir expliquer: les prophètes succèdent aux scientifiques dans la foire parandiaque.L'Enfant à naître sera-t-il un Nouveau Messie ou un Ange Exterminateur11 Fera-t-il muter l'humanité en criant lapin?Qui est à l'origine de ce coup monté9 Pour des raisons de "sécurité", devant l'affolement général, les gou-verments fabriqueront un mvthe standardisé, uniforme "facilement assimilable" par les téléspectateurs.Les images subjectives du dieu seraient incompatibles avec le formidable réseau hallucinatoire que tissent les média entre les cerveaux.Les archétypes, l'an 01.le salut individuel par rapport à l'endoctrinement des masses: La Bilbe voyage à bord de certains grand thèmes de la science-fiction, mais dérape à l'intersection du loufoque et du surnaturel, pour passer de l'autre côté du miroir.Rendu là.toute l'histoire qui précède n'a qu'une importance relative: c'était un cas particulier dans cette descente préméditée vers le chaos, cet effondrement des structures mentales plaquées sur le réel puis de ce réel."Il n'y aura plus que des milliards de points de couleurs attendant qu'un nouvel esprit vienne les regrouper en taches et ordonner ces taches en de nouvelles réalités.Comme l'Homme avait baptisé feuille une tache verte".Joyeux Noël.Michel Saint-Germain Le Cinéma de la Cruauté André Bazin.Flammarion.Sous-titre: de Bunuel à Hitchcock.Préface de François Truffaut.dont Bazin avait été le maître à penser.Premier grand critique français de cinéma, André Bazin est un personnage de légende, célèbre pour sa "virtuosité prodigieuse dans l'analyse".Il définissait ainsi la fonction du critique "qui n'est pas d'apporter sur un plateau d'argent une vérité qui n'existe pas, mais de prolonger le plus loin possible dans l'intelligence et la sen- sibilité de ceux qui le lisent, le choc de l'oeuvre d'art." Dans ce volume, Truffaut a réuni différents textes de Bazin sur les six cinéastes suivants: von Stroheim, Cari Dreyer, Preston Sturges, Bunuel, Hitchcock et Akira Kurosawa.C'est du très beau Bazin, comme toujours, très intelligent et singulièrement perspicace.Même si on ne connaît rien au cinéma (est-ce possible), ça demeure très stimulant à lire, rare mérite lorsqu'on regarde les écrits contemporains sur le cinéma.A part Pauline Kael des USA, l'intelligence et la lisibilité sont devenus à peu près introuvables.Georges Petit manuel de la femme au travail Lise Cardinal Editions de l'Homme Un manuel peut-être un peu simpliste mais qui remplit bien sa fonction d'informer les femmes, de tout âge, qui veulent entrer sur le marché du travail.Des trucs, des marches à suivre pour celles qui veulent travailler, qui n'ont aucune expérience dans ce domaine, dont la scolarité limitée les force à envisager une forme d'activité assez spéciale: vendeuse dans une maison de détail.En ce sens, le livre s'adresse à un type de lectrice bien particulier même s'il donne quelques informations pouvant servir à d'autres secteurs d'emploi.Alors que beaucoup de femmes perçoivent le travail de vendeuse comme abrutissant et souvent dévalorisant.Lise Cardinal, qui travaillait à la direction de centres commerciaux, apporte une autre perspective: un emploi qui devient le tremplin à une carrière, la job de vendeuse pouvant conduire à des postes administratifs ou autres.Avec interviews à l'appui.Christine La critique a été dithyrambique, on a même parlé du prix Gon-court pour Anne Hébert.Il faut dire que peu d'écrivains québécois ont réussi a se faire publier dans des maisons françaises: toujours ce fichu même complexe qui veut que la création québécoise n'ait ses lettres de noblesse qu'une fois soumise au sacro-saint jugement des Français qui, comme tout le monde sait, détiennent les clés de toute culture (!) Si Anne Hébert a réussi le tour de force de publier ses romans aux Editions du Seuil, c'est donc un grand écrivain.Peut-être bien.en tout cas.ce n'est pas avec son dernier roman qu'on m'en convaincra.C'est un texte charmant, un sujet très la mode, mais ça manque de viande.Le livre rappelle "Dans un gant de fer" de Claire Martin (écrit il y a une dizaine d'années) et fait rêver à la hauteur du propos d'une Marguerite Yourcenar dans "L'oeuvre au noir", hauteur à laquelle Anne Hébert n'accède à aucun moment.Malgré une bibliographie qui fait preuve d'une certaine information sur le sujet (la sorcellerie) le débat ne plane pas très haut et donne à penser que les retombées d'un mouvement engagé et réfété par certains films comme "L'exorciste" et "L'Antéchrist" ont atteint un de nos romanciers québécois.Ce n'est pas un roman initiatique, mais une histoire de sorcière, de sorts jetés et de possession par le diable.Et puis non! "Les enfants du sabbat", c'est possiblement autre chose, pourquoi pas?Et si c'était notre histoire, l'histoire de chacun de nous qui, pour une fois, à nouveau, commencions à remettre les pieds dans les pas de notre enfance.A retourner aux sources de notre existence, à un moment ou nous n'étions pas pris dans l'engrenage des rôles et des attitudes tracées, à un moment Les enfants du Sabbat Editions du Seuil où nous étions près du corps, de la sexualité, de la magie, des forces de la nature, en contact direct avec soi et avec le monde, sans tabou.Avant ce moment qui a fait de chacun de nous, des êtres de devoir, pris avec la réalité et les normes d'une société.Un grand coup de jarnac porté à l'image construite en dehors de soi, par désir de correspondre aux exigences des a -très, au regard de l'autre, c'est peut-être ce que posait Soeur Julie qui ne pouvait plus supporter ce "costume" des dames du Précieux Sang qui la blessait, même physiquement.C'est d'ailleurs, d'abord dans son corps que se produisent les premières transformations.Et c'est à un médecin qu'on la réfère pour la guérir.sans succès.N'entravant en rien les montées "hystériques" de sa nature retrouvée et appelée.La sorcellerie ne se cachait pas là ou nous la pensions, dans les manipulations de drogue et d'herbes, dans les incantations au diable, mais plutôt dans ce brassage d'énergie débouchant vers une nouvelle identité, dans ces incantations pour retrouver la force de l'enfant, de cet enfant vierge de toute souillure que nous portons tous en nous, la beauté de "l'hystérie" fé-i minime annonciateur de territoires insoupçonnés jusqu'alors, parce que réprimés.N'oublions pas qu'à une certaine époque, les hommes ont brûlé les sorcières.par peur.Et si nous cessions d'avoir peur, si nous laissions vivre la sorcière.Peut-être y trouverions-nous autre chose que des histoires de maléfices et de diables cornus (c'est d'ailleurs ce que laisse apparaître le livre au premier abord (comme une nouvelle définition de la femme et des connaissances différentes.A une condition: laisser tomber la religiosité qui a été le pain du Québec pendant tellement longtemps et donner aux mots leur vrai sens.Christine MAINMISE Janvier 1976-40 Techniques du Yoga Mircea Eliade Idées / Gallimard La demeure du silence Eva Ruschpaul Gallimard Ed.Il s'agit de la réédition de la célèbre étude de l'historien des religions occidental à la fois le plus eminent et le plus accessible.C'est le livre le plus clair, le plus facile à lire, le plus intéressant, le plus complet et le plus simple sur le sujet des diverses techniques du Yoga, qui est comme une espèce de sport national indien, en passe de devenir une pratique occidentale courante au fur et à mesure que nous réalisons la possibilité et que nous sentons le besoin d'immortalité et de libération, en un état d'hommes-dieux, de femmes -déesses."Techniques du Yoga" explique tout: dangers et difficultés de certaines pratiques, particularités de chacune, philosophie les sous-tendant, etc.Un livre dont on doit se munir absolument et à mettre à portée de la main, surtout en cette époque où l'Occident assoiffé de techniques d'apaisement psychologique, ou d'élargissement de la conscience, est submergé, proie facile, par les livres du genre "Tout sur le Yoga", "Le yoga à la portée de tous", "Le yoga en 5 minutes", etc.L'Originalité du livre d'Eva Ruschpaul est d'être un dialogue (avec Anne Philippe) où sont abordées toutes les questions qu'on se pose avant de commencer à pratiquer une discipline yo-guique.Et l'originalité de la méthode d'Eva Ruschpaul, professeur de Hatha-Yoga, c'est l'intérêt qu'elle porte à l'attitude mentale globale qui a pour elle plus d'importance que la posture rigide proprement dite.La protection physiologique des positions du Yoga n'est pas à démontrer, dit-elle: ce qui comp-pe, '"c'est la manière de s'entreprendre en l'exécutant" (la posture).Ainsi ses élèves sont incités à s'essayer, s'adapter, à chercher la ligne de moindre résistance, à "garder l'effort de ne pas faire d'effort".Elle "Raconte" le moins possible, elle "fait": dans le geste physique, il y a toujours deux versants, l'apparent et l'implicite.Il y a le travail psychologique et le travail physiologique.Mais l'implicite n'est pas le contraire de l'Explicite, c'est tout simplement un autre stade de la pensée.Un cy-bernéticien dirait: l'analogue n'est pas le contraire du digital.L'explication n'est qu'une phase de la vie d'une idée.De toute façon, les mots pour expliquer entrent dans un code (épistémolo-gie) et le code tient à son temps, à son époque, au contexte.Le moins qu'on puisse dire est que la manière d'enseigner d'Eva Ruschpaul est habile et intelligente.Christian Il y a toujours un moment fatal dans la tête d'un bâtisseur de village où il doit, sous peine d'abrutissement complet (vendre des lacets), se poser la perfide question suivante: "Qu'est-ce que l'imagination et est-ce vrai?Est-ce que j'y crois et si oui qu'est-ce que je fais?" Au fond, c'est résoudre le problème de se laisser manger par la terre et de s'y laisser digérer.Ca demande une certaine préparation, et c'est rarement celle qu'on pense.Car ce n'est pas de se faire digérer par la Bébitte planétaire qui est difficile, c'est consentir à se laisser digérer Et n'allons pas nous imaginer qu'on va nous laisser passer.Non, sire.Une fois admis que la terre est un corps vivant, on peut chercher à explorer son système nerveux et ses courants d'énergies.Retrouver l'acupuncture du corps planétaire.C'est ce que veut nous faire comprendre John Michell dans son superbe "Esprit de la terre ou le génie du lien" publié au Seuil dans la justement célèbre collection Art & Imagination.La notion d'acupuncture planétaire pose l'existence, souterraine entre autres, de courants d'énergie vitale, issus du métabolisme intérieur de la planète et influencée à d'once par l'ensemble des courants cosmiques.Ces courants planétaires ne sont pas visibles mais chaque paysage peut nous les révéler.Il faut donc apprendre à lire les signes du corps de la Terre et à en déduire l'énergétique propre à chaque lieu.Car il est bien connu que chaque lieu a son génie.Pour qui s'intéresse à l'agriculture, qui vit dans une commune à la campagne, qui veut aménager un coin de terre, qui veut bâtir un village, la géomancie devient un outil inestimable.La géomancie est la science du "sens de la terre", de ses paysages-signes".Le livre de Michell y est une introduction merveilleuse.John Michel est assez célèbre dans la contre-culture anglaise et a déjà publié trois livres, sans compter celui-ci.L'esprit de la terre représente son grand effort de vulgarisation abordable de ce qui, ailleurs, peut sembler fort parti.La clarté de son exposition et la hauteur de ses perspectives planétaires et historiques finissent par envoûter la tête, et c'est carrément le trip d'acide lorsqu'on pénètre dans les 70 pages d'illustrations en couleurs et noir et blanc.Un livre à méditer cet hiver.Dans la même collection et dans la même veine, Les mystères celtes, one religion de l'insaisissable de John Sharkey.On n'en finirait plus de parler des Celtes, car ils appartiennent autant à l'extrême droite qu'à l'extrême - gauche.Qu'on en juge: il y a eu deux "révolutions" mythologiques dans notre siècle.Une a réussi et s'est pété le cou, celle des Nazis obsédés par la mythologie des Aryens et des Germains.L'autre s'est pété le cou et a réussi, celle de la révolution irlandaise L'esprit de la terre John Michell.Seuil Mystères celtes John Sharkey.Seuil (années 10-20) animée par la mythologie des Celtes et des.oui il faut le dire, disons-le: des Aryens.Car les Celtes sont des Aryens.Héoui.Ce qui, comme vous le voyez, n'arrange rien.Faites-vous même les déductions appropriées.Alors, les Celtes, ces amérindiens du nord-ouest de l'Europe, c'est foqué ou c'est pas foqué"?L" insaisissable" du titre de Sharkey, ce sont les forces invisibles et cosmiques qui peu- Les géants Louis Charpentier J'ai Lu.Flammarion.Revue Romantisme No 9 Flammarion éd.dans le temps ancien, les Celtes et les Gaulois.Et on les comparaît entre eux.C'est entre autres l'effort monumental d'un jésuite venu au Québec au XVIIe siècle, le père La-fitau, dans son énorme "'Moeurs des Sauvages Amériquains".Son intention avouée était de "chercher plent et animent la matière et surtout la biosphère.Les Celtes vivaient intensément cette présence de "l'esprit de la terre".Peuple guerrier, ils ne connaissent pas le dualisme chrétien du bien et du mal mais cherchaient plutôt à opérer "la fusion entre le spirituel, le sensible et l'imaginaire, clé des mystères-celtes".Comme le montre leur art, c'est un peuple essentiellement stone, percevant le monde comme un fouillis extreme- dans les moeurs des sauvages ment riche de lignes et de cour- rorigine de la civilisation grec-bes s'entrecroisant toutes dans que recnercner dans ies petite plus extravagante des har- ques et les moeurs des sauva.monies.ges la trace des antiquités les Le retour aux Celtes n est pas n,us reculées Comme le dit chose nouvelle: ce fut le cri rauteur d.un des articies: 'Sup-de guerre d'un certain romantis- poser que les débuts de la dvi.me européen des la fin du XVIIIe Usation grecque aient pu res.siècle.Ce romantisme était sembler a la culture des Iro_ obsédé par l'idée du 'Peuple etdequois ^ jeter un pont entfe l'utopie sociale.La revue Ro- le monde primiti{ et le monde mantisme No 9 (1975) pubhee classique dont sa propre cultu.chex Flammarion, dans un re est issue n ny a maiheureu.sèment pas eu de réédition moderne du livre de Lafitau, extraordinaire dans ce qu'il peut nous révéler de la vie et des coutumes des amérindiens du Québec, mais on peut le consulter sur place à la Biliothèque Nationale à Montréal et à celle de l'université Laval à Québec.Une belle phrase de George Sand, citée dans un des articles de Romantisme: Plus on recule dans le passé, plus la fiction tient de place.elle est la seule histoire des premiers âges.Elle seule nous révèle cet homme primitif doué de peu de raison, mais qui s'éveillait à la vie intellectuelle par une horrible et magnifique exubérance d'imagination.C'est dans ce sens que les prodiges et les miracles ne sont pas des impostures.Les hallucinés sont des types humains dont la suppression dans l'histoire anéantirait le sens de l'histoire." C'est un tel sens qu'essaie de dégager Louis Charpentier dans son "Les Géants et le mystère des Origines" paru dans la collection poche J'ai Lu de Flammarion.La légende populaire et certains témoignages fort précis veulent que là où se trouvent des monuments mégalithiques, dolmens, menhirs, cromlechs, le sol possède là des vertus et des pouvoirs étrangers.L'auteur entreprend une longue enquête (géographique, linguistique, mythologique) qui le mènera à poser l'existence d'une "très lointaine civilisation qui créa la culture (chapitre étonnant sur la mutation des céréales et leur apparition sur la planète) et l'élevage et dont le savoir, sous forme de symboles, a traversé les siècles par la médiation des Druides et des Bâtisseurs de cathédrales." Malgré la menace du Char-rouisme, le livre est très bien fait, n'ennuie jamais et nous renseigne beaucoup.Pour un ingénieur de l'harmonie, c'est un bon outil, complémentaire aux extraordinaire numéro sur "Le livres de Michell et Starkey et Peuple" aborde ce thème et nous les prolongeant, le fait complètement decoovrir.La Terre a bien une mémoire.Le retour à la sagesse primi- et lentement elle nous revient tive fut intimement lié aux débuts amplifiée par nos moyens de des recherches folkloriques en communion et le désastre écolo-France et en Europe qui révé- gique.Le Show du Siècle: le ièrent à la "civilisation" lexis- Grandiose et Gênant Retour du tence et les coutumes de peu- Refoulé.Faites vos jeux et n'a-plades "sauvage et barbares" non chetez pas vos places: on ne re-seulement dans l'espace, les In- fuse personne, diens d'Amérique, mais aussi Georges MAINMISE Janvier 1976-41 Entretiens avec l'Histoire Oriana Fallaci.Flammarion.Une femme décide d'interviewer les grands et les célèbres.Et elle fonce avec tout ce qu'elle a, sa chair et son esprit dont elle laissera des lambeaux.La vie n'est pas une blague et les milliers et les millions de morts non plus.Pourquoi certains individus, qu'ils aient le pouvoir ou qu'ils le combattent, contrôlent-ils notre destin?Et surtout qui sont-ils?Nous ne savons rien des grandes personnalités politiques et religieuses qui ont façonné et influencé l'histoire dans le passé.Mais aujourd'hui il y a moyen d'enregistrer ce qu'ils disent et font (pas toujours) et de les connaître dans leur intimidé.C'est du moins l'intention de Oriana Fallaci.Son livre est un recueil d'entretiens qu'elle eut avec dix-huit personnalités politiques contemporaines dont Kissinger, Van Thieu, Général Giap, Golda Meir, Yasser Arafat, Hussein, Indhira Gandhi, Hailé Sélassié, le shah d'Iran etc.Et ce n'est rien moins qu'éblouissant.Fallaci pose des questions si directes et réagit de façon si franche qu'on se surprend par moment à plaindre ces "puissants'' soumis à l'acuité impitoyable de la madame.Par moments, elle donne le frisson comme dans l'entretien avec George Habache, fondateur et leader du Front Populaire pour la Libération de la Palestine, mouvement qui combat Israel par le terrorisme.C'est du grand journalis-me et de l'excellente histoire.Un beau cadeau à faire aux parents: il y a là beaucoup plus à apprendre sur la marche réelle des événements mondiaux que dans la soupe transparente des quotidiens.Georges La terre sans mal Le prophétisme tupi-guarani Hélène Gastres Le Seuil éd.Mais l'originalité des Tupi-Guarani, c'est leur univers religieux.En fait, ils n'ont ni cultes, ni pratique religieuses proprement dites, mais plutôt une religion au sens étymologique, un lieu vers lequel le moindre de leurs pas de leurs gestes doit les conduire; ce lieu c'est la Terre-sans-Mal, un endroit physique privilégié, indestructible, où la terre produit d'elle-même ses fruits et où l'on ne meurt pas.Pour les mener à la terre sans mal les Tupi-Guarani ont des guides, des hommes - dieux appelés Karai, qui cumulent le rôle de chamans et de chefs religieux et politiques.Mais tout le monde peut devenir Karai: chacun l'est d'ailleurs plus ou moins suivant ses aptitudes à la danse, au chant qui sont les bases du commerce avec les esprits.La Terre sans mal, n'est pas une utopie; ce n'est pas non plus un messianisme, c'est un lieu "par-delà les montagnes" où tout n'est que danse et où les Indiens essayent de se rendre depuis des siècles, en quittan leurs terres et menant une nive nomade.Imaginez la séduction que peut exercer sur nos esprit occidentaux, las des mythes dualistes chrétiens, cette vie de détachement et de quête continuelle, cette vie spirituelle sans être à proprement parler mystique, à la fois collective et individualiste.Les Indiens Guarani du Brésil et du Paraguay suscitent depuis longtemps l'intérêt passionné des anthropologues et il y a tout lieu de penser qu'à travers eux, cet engouement va s'étendre à nous tous, comme ce fut le cas pour les Indiens d'Amérique du Nord, qui étaient considérés par nos ancêtres puritains comme des sauvages incultes et que nous vénérons aujourd'hui comme les dépositaires de la plus ancienne sagesse.Ce livre complète admirablement le livre de Pierre Clastre intitulé Le Grand Parler (Mythes et chants sacrés des Indiens Guarani), également aux éditions du Seuil (voir Mainmise No 47, page 54, bas).Ensemble ces deux livres sont une véritable source d'inspiration et une célébration de la grandeur des Humains, les "Bellement Adornés".Christian La recherche en biologie moléculaire Coll.Points / Sciences La mode est à la biologie.Partout, à chaque fois que le mot "recherche" pointe du nez, que ce soit en mathématique, en philosophie ou en linguistique, on trouve toujours, soit en référence, soit en note au bas de la page, une longue diversion sur l'analogie de l'organisme.Le gnose refait surface.L'analogie organique rebondit avec autant de force depuis à peine quelques années, mais en fait l'engouement qui fait qu'aujourd'hui, même les sociologues se mettent à parler de biologie remonte à 1952: l'année de la découverte de la double structure hélicôidale de l'ADN (acide désoxyribonucléique).Un petit livre absolument passionnant vient de paraître sur le sujet: "La recherche en biologie moléculaire".Les curieux trouveront là de quoi satisfaire leur appétit; ce petit recueil de textes tirés de la revue scienti- fique "La Recherche" est en fait une sorte de carte routière qui permet de comprendre à peu près tout ce qui s'est passé d'important depuis le début du siècle et surtout depuis la découverte de Watson et Crick en 1952.C'est bien fait, pas trop compliqué si on y met de la bonne volonté et surtout, absolument passionnant.Evidemment, ce sont des textes de vulgarisation scientifique qui retracent les principales orientations ouvertes par cette prise de conscience de l'importance de l'ADN.On n'y trouvera pas d'hypothèses particulièrement flyées comme celle de Timothy Leary, mais par contre le choix des textes permet au profane d'avoir une bonne idée du cadre à l'intérieur duquel les recherches présentes se poursuivent.Quand on sait ce qui pend de concret au bout de l'ADN (ie.code génétique, code de transformation du glucose et des protéines) "La.recherche en biologie moléculaire" devient un petit livre passionnant accessible à tous ceux qui se posent encore des questions sur l'origine et le sens inscrit dans la vie de nos cellules.Michel Bélair Pierres Réfléchies par Roger Caillois Gallimard Ed.Le bandeau publicitaire du livre porte la mention: "Pour une mystique de la matière".Et c'est exactement ça: "J'ai cherché, je cherche dans le monde, qui est limité pour un dieu, mais inépuisable pour un mortel, l'élémentaire, le chiffre, plus précisément l'alphabet.C'est démarche vaine.Trop fortuné encore si, au cours d'une quête qui toujours l'a refusé, il m'arrivait de butter contre le poème".Tel est Roger Caillois, un mystique qui refuse le Sentier Spirituel, qui ne cesse de le chercher, mais qui serait heureux d'être happé par lui; un savant et un poète grand amateur de "diagonales", "d'obliques" dans les sciences et les cultures": un esprit sur lequel s'exerce la puissante fascination des formes; un gnostique rompu à l'art de "doter d'un sens toute apparence dépourvue de signification, à partout guetter des correspondances et à les créer là où elles manquent"."Je discerne là, dit-il, l'origine de l'invincible attrait de la métaphore et de l'analogie, les raisons d'un étrange et permanent besoin d'identifier.Je me retins à peine d'y soupçonner une antique et diffuse aimantation, l'appel du centre, le souvenir obscur, presque aboli, ou le pressentiment de syntaxe générale".Flottant entre la rigueur et l'errance, Robert Caillois observe les pierres, éperdument.Au cours de ces randonnées immobiles et quasi-initiatiques, il voit des mondes, il lit des dessins, des dieux, des paysages, des panoramas de cités en ruines, des animaux, des corolles, des frondaisons, des ailes, des ossatures, des architectures, qui le rapprochent sans cesse de ce qu'un Jakob Boehme ap-pelerait la "signature des choses".Et ces méditations sur les pierres sont écrites dans un français admirable et surprenant, empruntant des expressions à la science et aux métiers, à la philosophie et à l'homme de la rue.Un livre attachant, ancré dans "le plus ancien réel", '"celui qui préside aux angles et aux faces des cristaux", et donc parfait pour éveiller en nous le respect c'est-à-dire le sens du sacré.Christian Le soufisme Jean Chevalier Ed.Retz Histoire, définitions, théorie et pratique du Soufisme, biographies des principaux Sou-fis.tout y est.Ce livre est d'abord une réussite technique puisqu'il rassemble en 250 pages la somme érudite des plus éminents spécialistes islamisants et iranisants en un chef-d'oeuvre de clarté et de simplicité, facile d'accès et actuel, complet et aisé à lire, muni d'un système très efficace de notes explicatives ou bibliographiques placées dans la marge et écrit avec la saveur de langue de quelqu'un qui aime son sujet.Ce livre sera aussi une détente de quelques heures pour les passionnés de morphologie de l'histoire, et une joie pure du coeur pour les mystiques, car le soufisme, outre qu'il est le "vivificateur de l'islam ", selon l'exprès sion de Jean Chevalier, est aussi l'essence même de toute religion.Le soufisme est "cette lorce mystique qui soulève toute religion, ne se confond avec aucune et qui s'attire en conséquence, la méfiance et les persécutions de toutes les institutions sacrées officielles.Sous sa poussée, rites et formulaires s'éclairent d'un sens insolite, et la lettre des textes découvre un enseignement caché; il libère la méditation, la danse, le cri, l'amour et l'extase.D pénètre toutes les traditions et fait exploser leur cadre rigide." On ne soupçonne pas l'importance et l'influence, le rôle et même la fascination qu'a exercé l'Islam en Europe.Cette fas- cination, il s'apprête à l'exercer, déjà, dans l'Amérique moderne par l'action combinée de deux faits marquants de notre époque.L'une "overground ", est la réévaluation de la réalité spirituelle qui se manifeste par exempl.'.chez les éditeurs, par d'innombrables rouvelles collections de documents ou de recherches spirituelles.Ceci est vrai auss en France où Gallimard nonce la rééditior de la Passion d'Al-Hallâj de Louis Massignon.Fayard la parution de "Sohrawardi.1 archange empourpré" par Henry Corbin; Klincksieck a publié l'année passée les odes mystiques dé Jallal-ûd-din-Rûmi.L'autre fait, "underground ", est l'existence d'une situation de fait économico-culturelle: la dépendance énergétique vis-à-vis du monde arabe (et que dire du Has-chich!).A tel point que Frank Zappa sous-titre son dernier disque: "Divan.Divan, weisst du wer ich bin?", rappelant ainsi les recueils de poèmes des mystiques persans (le soufis).et que Grateful Dead intitulent leur dernier disque: Blues for Allah! CA Le secret du veda Shri Aurobindo Fayard éd.Si vous ne savez quelle est la portée du mot Ecritures, au sens où on l'entend quand on parle de ces textes qui sont à la base de toutes les grandes religions, ce livre est pour vous.Si.sachant ce que sont les Ecri- tures, vous voulez en savoir plus sur les plus ancienne de toutes, les Védas.ce livre est pour vous.Si vous voulez savoir ce que sont Upanishads, Brahmanas et Pu-ranas, si vous voulez avoir une idée des richesses et des profondeurs philologiques et sémantiques du Sanskrit védique, le langage humain connu le plus parfait au monde, d'où sont issues presque toutes les langues modernes, ce livre est pour vous.Si vous êtes un mystique en apprentissage et si vous êtes persuadés de l'unité fondamentale du message apporté régulièrement tout au long de l'histoire de l'humanité par les Maîtres Spirituels, malgré les différences formelles, vous vérifierez une fois de plus votre intuition dans ce litre.Une petite déception personnelle: Aurobindo a écrit ce texte entre 1914 et 1916.A cette époque, son interprétation a du paraître hautement originale.Aujourd'hui que nous sommes habitués aux exégèses les plus échevelées et aux syncrétismes les plus embrassants, il nous fallait quelque chose déplus.Je m'attendais à ce que l'auteur aille jusqu'à affirmer que le Sanskrit (et à sa suite tout le langage humain) peut être considéré comme une dégénérescence du Verbe Créateur originel, le "Sruti" des Védas.Il n'en a rien fait.Pourtant il dit ailleurs que le mot, pour les Rishis védiques (les Sages qui ont composé les Védas), est une chose vivante, une puissance de création: qu'il n'est pas encore le symbole conventionnel de l'idée mais bien le formateur.le générateur de l'idée.Il dit bien aussi qu'au premier stade de l'évolution du langage, le mot est une force vivante, plus vivante même que son idée: le son détermine le sens.A son dernier stade (aujourd'hui), les rôles sont renversés: l'idée devient prédominante, le son secondaire.Aurobindo ne pouvait en dite plus.C'est déjà beau qu'il ait constaté l'inversion, l'une des nombreuses de l'histoire.CA Confucius Entretiens avec ses disciples Denoël éd.(coll.Médiations) Ce petit livre s'adresse à ceux d'entre nous qui se destinent à la vie publique, au service de la collectivité, à la politique, l'administration, les tâches gouvernementales.C'est un manuel de bon gouvernement.de soi et des autres.Confucius est très attaqué aujourd'hui, en Chine même.Ces entretiens n'en sont pas moins bourrés de sagesse, de bon-sens, de justice, de simplicité, de lucidité, de sens communautaire, de don de soi, d'entraide et d'humilité — toutes les qualités rares et pourtant les plus nécessaires éeologique-ment.Un conseil : Lire un chapitre à la fois au moins, car les sentences d'un même chapitre souvent s'entr'expliquent.Si vous lisez un paragraphe en ouvrant au hasard, ça peut devenir aussi hilarant que du Alphonse Allais, ou platte à mort.CA MAINMISE Janvier 1976-42 DIVERS POUR L/ HIVER PARUTIONS DIVERSES Revue Diogene, no 90 et 91 Gallimard.Excellent article de André De-lobelle dans le 91 sur 'Rétroac-' tion.Cybernétique et Sociologie", où après avoir examiné toutes les ramifications de la notion de "feedback" dans la cybernétique et la communication humaine.1 auteur en arrive à parler du mécanisme cybernétique de la mutation et de la révolution: "Chaque culture différente a sa propre logique, qui ordonne un processus de développement de type différent Chaque mutation dans ces cultures opère une véritable conversion dans le développement.Mais cette transformation passe par une ouverture de l'ensemble en question: cette ouverture n'est pas autre chose que la capacité à se regarder soi-même avec des yeux extérieurs.L'involution est liée à la fermeture des ensembles cybernétiques, comme l'évolution est liée à l'ouverture des ensembles auto-déterminés.Seuls, ces derniers son susceptibles de révolutions." Dans le 90.une étude des "Mythes et Mouvements messianiques" qui devraient fasciner autant les apocalypsos que les marxistes.Georges Comment faire une recherche Thérèse Fabi Fides Ed.Un manuel pour les écoliers, les Cégèpiens.Comment ras- sembler les documents, comment écrire, présenter une recherche, avec en plus tous les renseignements utiles sur les bibliothèques, leurs méthodes de classification et leurs adresses, et au centre, un exemple de recherche: la Terre.Un bon début pour la nouvelle collection "Comment faire", chez Fides.Vers un monde Coopératif Georges Davidovic Editions du Jour Le système coopératif est plus développé et international que je ne le pensais., et le livre de G.Davidovic en brosse un bon tableau.Il ne s'agit pas d'un manuel pratique pour apprenti -coopérateurs, mais d'un bon sommaire des idées et des avantages de la méthode.Quelque part à mi-chemin et au-dessus du capitalisme et du communisme, les organisations coopératives emploient leur capital au service de leurs membres.En théorie, c'est parfait.Dictionnaire des synonvmes et des antonymes H.Dupuis & R.Légaré Fides Ed.Une réédition refondue et complétée.Rendra service aux étudiants, aux journalistes, aux écrivains débutants et autres cruciverbistes.CA Dickens, Jean Gattégno, Microcosme, Seuil.Excellente introduction à l'oeuvre de Dickens, cette étude de Gattégno, particulièrement lucide et inspirée, redonne au romancier social anglais sa place au panthéon des génies."Dickens est l'un des derniers romanciers convaincus qu'ils possèdent un pouvoir de parole que rien ne limite.En lui survit encore, et se déploie pour la dernière fois, ce que Rabelais, Cervantes et Shakespeare avaient fait surgir en Europe: qui réapparaît en Angleterre à travers Fielding et Sterne, et en France chez Balzac: la croyance naive, mais absolue, dans les pouvoirs illimités de l'écrivain, maître du langage." Recommandé pour les communes nombreuses.L'idéologie structuraliste.Henri Lefebvre, Points, Seuil Attaque féroce contre le structuralisme contemporain dans tous ses repères "idéologiques".Et ce sont les plus grands noms qui zy-goûtent: Lévi-Strauss.Michel Foucault, Althusser.Un passage important, p.66, intitulé langage et système où Lefebvre rejoint les grandes intuitions de l'école américaine cybernétique et éco-systémique.Essentiel pour les trippeux dans la communication de comprendre que le langage n'a pas seulement des dimensions mais aussi des niveaux d'organisation et Colorado Saga James A.Michener.Flammarion.Un fresque historique et géologique de 925 longues pages qui raconte le Colorado depuis ses débuts géologiques il y a quelques centaines de millions d'années jusqu'à nos jours, en passant par les dinosaures, l'apparition du cheval (saviez-vous que le cheval est une mutation animale propre à l'Amérique qui plus tard émigra en Asie et en Europe pour ensuite revenir en Amérique via les Espagnols?), le bison, les premiers humains, les Améridiens, l'arrivée des blancs, la colonisation de l'Ouest et.les autoroutes.C'est un roman colossal qui se lit d'une seule traite et avec le plus grand plaisir.Michener a le génie de ces romans qui commencent avec le début du monde et se terminent quatre milliards d'années plus tard.Il avait utilisé le même processus dans Hawaii et La source qui racontait les différentes civilisations qui s'étaient succédées au cours des millénaires dans un petit village de Palestine.Le premier chapitre qui raconte la formation géologique du Colorado vaut à lui seul tout le livre.C'est le roman de la terre et de ses entrailles, de l'apparition de la vie, de la flore et de la faune.Etonnants animaux et encore plus étonnants humains qui leur succèdent dans la lente montée de l'évolution.Georges de logique.Un des rares textes français à formuler cette compréhension et à en montrer l'importance.La machine à explorer le temps.H.G.Wells.Folio Gallimard.Réédition en poche d'un grand classique de la science-fiction.Il y a du visionnaire social en Wells qui résonne égrangement bien aujourd'hui.La dernière phrase du roman est une des plus belles de la science-fiction: "Et j'ai conservé, pour mon réconfort, deux étranges fleurs blances.pour témoigner que lorsque l'intelligence et la force eurent disparu, la gratitude et une tendresse mutuelle survécurent encore dans le coeur de l'homme et de la femme." De faire disparaître "l'intelligence et la force" au profit de "la gratitude et la tendresse" exige une singulière force et beaucoup d'intelligence.Le Moine (de Lewis) Antonin Artaud, Folio Gallimard Le célèbre roman "diabolique" de Lewis non pas traduit ou adapté par Antonin Artaud mais bien "copié en français" par lui.Artaud étonnera toujours.Dans sa préface, il écrit."Je sais que je crois en la vie éternelle et que j'y crois dans son sens entier.Je regrette de vivre dans un monde où les sorciers et les devins se cachent et où il y a d'ailleurs si peu Les objets fractals Benoit Mandelbrot Flammarion.C'est un traité mathématique sur la discontinuité omni-présente dans la matière.Bien qu'il soit inusité de parler mathématiques dans MM, ce livre en vaut la peine.Il est rare d'assister à la genèse d'une "nouvelle" théorie mathématique pour percevoir "mieux le monde.Ca prend généralement des "fous" respectacles, irrespectueux de ce qui précède.Dans ce cas-ci, "ce qui précède" sup-, pose que la matière est ou droite ou courbe, ou tout simplement reliée à elle-même, d'une façon ou d'une autre.Mais pas du tout, propose Mandelbrot.Nous sommes dans l'expérience systématiquement confrontés à des "objets fractals", i.e.de forme extrêmement irrégulière ou interrompue.Que ce soit la côte maritime de la Bretagne, le rôle du hasard, la fréquence des erreurs de transmissions téléphoniques, les distribution de la matière stellaire, la géométrie de la turbulence (très beau ça) ou de la structure des bulles de savon, partout "l'extraordinaire puissance de l'imprévu s'acharne à engendrer l'irrégulier".L'importance du livre de Mandelbrot, à part ses surprenantes illustrations, vient de ce qu'il recoupe le célèbre théorème de Gregory Bateson qui a fait tant de ravages dans les écoles de pensée socio-cybernétique américaines et françaises: "Tout ce qui n'est ni information, ni de vrais devins.Un livre comme Le Moine me donne beaucoup plus la sensation de la vie profonde que tous les sondages physcholo-qiques, philosophiques ou psychanalytiques de l'inconscient.Je trouve étonnant qu'un des côtés les plus superficiels de l'esprit moderne veuille que le nâif soit celui gui s'adonne aux charlatans Je m'adonne aux charlatans, rebouteux, sorciers, mages et chiromanciens, parce que toutes ces choses sont, et que, pour moi, il n'y a pas de limites, ni de forme fixée aux apparences; et quelque jour.Dieu — ou mon esprit — reconnaîtra les siens." Sans commentaire.Selon André Breton, Le Moine est un des chefs-d'oeuvre du roman fantastique.Les Caractères.La Bruyère.Folio Gallimard Un des plus beaux textes de la langue française.Un des plus mé connus.Mille fois plus intéressant que les ouvrages cyniques des autres moralistes français qui ignorent tout de la générosité.Ce qui n'empêche pas la lucidité: "L'expérience confirme que la mollesse ou l'indulgence pour soi et la dureté pour les autres n'est qu'un seul et même vice.— Un homme dur au travail et à la peine, inexorable à soi-même, n'est indulgent aux autres que par un excès de raison." Lire un passage à haute voix au début des réunions générales dans les communes.rebondance, ni forme, ni contrainte est bruit, qui est la seule source possible de nouveaux patterns." Autrement dit toute individuation (un arbre, vous, moi) n'est possible qu'à partir d'une déviation du code général central.Nous sommes tous les enfants du vice.Pour ceux qui n'ont pas peur de s'aventurer encore plus loin et pénétrer dans la stupéfiante théorie des catastrophes morphologiques, on recommande impérieusement le livre de René Thom paru chez 10/18' "Modèles mathématiques de la morphogenèse" et son chef d'oeuvre "Stabilité structurelle et Morphogenèse" aux éditions Ediscience.Que les titres ne vous effraient pas: c'est du Castaneda déguisé.Georges Cosmic Connection Cari Sagan Le Seuil Ed.C'est d'abord un manuel complet d'astronomie contemporaine, et une redéfinition très précise de la vie organique sur terre.Les humains sont de stupides chauvins qui croient qu'il ne peut exister de "vie" dans l'univers qu'à base d'oxygène et de carbone.Et l'ammoniaque'' et le silicium9 Cari Sagan, le jeune et génial astronome américain.champion international de l'exploration intelligente" du cosmos, n'y va pas de main morte.Alerte aux trippeux nocturnes: oc- casion idéale pour recycler vos cosmologies.C'est aussi un petit traité de communication in-tra-cosmique.Dans quelles conditions, par où passer, les raccourcis (ça c'est les trous noirs).C'est lui l'auteur du fameux message de la planète Terre aux être intelligents du cosmos, déposé à bord du Pionnier 10 lancé en mars 1970.Exercice: avant même d'en lire la légende, essayez de le lire-décoder comme si vous étiez un extraterrestre.Vous serez étonnés de découvrir à quel point vous ne connaissez rien.Lecture stimulante.Plein d'humour.Mais son cosmos est malheureusement borné à la seule raison occidentale: "Le seul langage que nous puissions partager avec les destinataires est celui de la science."Mais, il existe d'autres algébres qui allégorisent d'autres réseaux de signes.Pourquoi la pomme est-elle BONNE à manger?GK.Au pays des hommes nus Tobias Schneebaum, J'ai lu.Flammarion.On parle beaucoup de "primitifs" et de "retourner" à eux.Des anthropologues les visitent et nous les "expliquent".Des cinéastes les épient et nous les "montrent".Mais nous avons bien peu de documents sur ce qu'est l'expérience de vivre dans une tribu primitive sans aucune arrière pensée de "témoignage", "journalisme" ou "reportage".Vivre avec eux, partager leur vie, devenir comme eux, se noyer dans leur organisation sociale, sans même penser en revenir, tout simplement pour survivre, parce que c'est arrivé comme ça et que c'est ça l'"aventure" pour un blanc qui s'égare dans la jungle.C'est un peu ce qui est arrivé à Tobias Schneebaum et qu'il raconte dans son extraordinaire petit livre "Au pays des hommes nus".Dans la jungle péruvienne, il retrouve le "paradis" de la tribu primitive des Aka-maras, réputés féroces et cannibales, qui acceptent immédiatement l'inconnu et l'intègrent à leur vie.Commence alors la mutation pour Tobias: il tombe amoureux de ces indiens, et eux de lui.Il se rase complètement et se met à vivre nu comme eux.Il se fait des amis qui deviennent ses amants, car dans la hutte où couchent les hommes c'est la promiscuité complète.Tobias se laisse aller à cette nouvelle vie (il devient même cannibale) mais n'oublie jamais qu'il est un civilisé qui sait des "choses" et qui sait qu'il les sait etcetera dans le tourbillon de cette diabolique conscience de soi qui crée notre malheur.Le récit gagne ainsi une tension qui nous émeut jusqu'au plus profond de notre être où veille apeuré le "primitif" en nous.Georges MAINMISE Janvier 1976-4.1 L'information régionale entreprise timidement dans le dernier numéro se poursuit aujourd'hui par des textes qui nous sont parvenus de la ville de Québec, et qui seront publiés en deux parties.Dans ce numéro-ci sont abordés des aspects historiques et sociologiques qui concernent les lieux physiques.Le mois prochain sera consacré à des interviews/enquêtes/témoignages sur le milieu culturel québécois.(Pour renseignements/suggestions à ce sujet, contacter Michel St-Pierre 522-2410 Québec).FONDATION DE QUEBEC ET PERIODE FRANÇAISE Après ses déboires à Port-Royal.Monsieur de Champlain se dirige vers un site magnifique qui l'avait fasciné lors de ses périples précédents: un site d'ancrage facile, doté dun promontoire idéal pour la défense.On fixe donc à juillet 1608, la fondation de Québec.Du séjour de Champlain à Québec, on retiendra quelques faits: d'abord, la première construction, l'Habitation, s'élevait à l'endroit ou se trouve aujourd'hui la chapelle Notre-Dame des Victoires.Puis Champlain remonte la côte par un sentier (Côte de la Montagne), pour s'installer dans ce qui deviendra le Chateau St-Louis, à l'emplacement de la terrasse actuelle.A la mort de Champlain, Québec est une bourgade, mais cette bourgade deviendra, pendant le régime français, la capitale de l'empire français en Amérique.On y trouve, en 1759, quelques milliers d'habitants; l'Ile d'Orléans est déjà peuplée et cultivée, de même qu'une partie des côtes de Beaupré.Dans la ville même, le développement se fait près de l'eau, entre la falaise et le fleuve, de l'embouchure de la St-Charles au Cap-Blanc.Sur la falaise on s'agglomère autour du Château St-Louis, aux rues Ste-Geneviève, Laporte.St-Louis, de la Fabrique et d'Au-teuil.La Grande Allée se prolonge jusqu'à Sillery où les riches ont leurs maisons d'été.La période française est aussi l'époque des grandes fondations; dès 1639 on verra s'ériger le couvent des Ursulines, l'Hôtel-Dieu, l'Hôpital Général, le Séminaire de Québec, le collège des Jésuites (l'Hôtel de Ville s'élève maintenant sur les ruines).En résumé Québec, capitale française, est un port de mer important, l'aboutissement du commerce des fourrures de l'arrière-pays, la ville est limitée par les fortifications correspondant à peu près à celles que nous connaissons, c'est sous le régime anglais qu'elles perdront leur architecture finale.PERIODE ANGLAISE (PROSPERITE) Au début du XIXe siècle, on assiste à une véritable explosion de prospérité.Le blocus continental de Napoléon et l'immigration britannique en sont grandement responsables.Québec monopolise le marché du bois et le port devient une véritable ruche.Un tel trafic maritime favorise l'expansion des chantiers navals et des industries connexes.La topographie de Québec se modifie grandement avec cette croissance.La Basse-Ville a déjà gagné sur le fleuve par la construction des quais; on y retrouve les ouvriers, les marchands, les artisans, les commerces et les banques (rue St-Pierre), alors qu'en Haute-Ville siègent les bourgeois, les riches marchands, les officiers et les hauts-fonctionnaires.Le commerce de détail se fait en Haute-Ville et la rue St-Jean a déjà sa vocation.A cette époque, on reconstruit les maisons en brique et en pierre.Les rues s'élargissent, : Grande-Allée, St-Jean, St-Pierre, St-Paul, St-Joseph.Depuis 1822, un pont relie les champs de la Ca-nardière à Québec et un traversier assure les communications Québec-Lévis.Le parlement était situé dans le parc Mont-MAIN'MISE Janvier 1976-44 morency, ges-Etienne où se trouve la statue de Geor- Cartier.En 1865, on compte deux-tiers habi- 52,000 habitants dont les tent maintenant les faubourgs.Fait à noter 56% des Québécois sont anglophones.DECLIN Après 1860.c'est le déclin de la grande capitale.L'évolution technologique force les chantiers maritimes à fermer leurs portes, et en contrepartie.Montréal se développe grâce aux vastes canaux qui le mettent en communication avec le Haut-Canada et les Etats-Unis.L'acier supplante le bois, Québec ne peut répondre aux besoins.On s'empresse de développer de nouvelles industries pour canaliser la main-d'oeuvre abondante et à bon marché.Québec se spécialise dans les tanneries et la confection de la chaussure.A la diminution des activités portuaires viennent s'ajouter de désastreux incendies qui dévastent entre 1861 et 1892, presque toute la ville; quartier Champlain: 150 maisons rasées; Boisseauville et St-Roch: 3500: St-Jean: 500.Les ouvriers, sans abri et sans travail, s'expatrient.LA REMONTEE Malgré tout, au début du XXe siècle, la vie reprend.C est d'abord, avec la Confédération, la vocation de capitale politique et administrative involue à Québec, qui nous amène un essaim de fonctionnaires bourgeois.Ils donneront à la ville, sa réputation de ville aisée, agréable, la prédisposant à l'essor touristique que nous avons connu dans les dernières années.De plus, Anglo-pulp et la reconstruction du port donnent un élan à la vie économique.Mais l'importance de la ville est surtout liée aux services: à titre d'exemple, le tourisme occupe en 1941, 34% de la population.Si o- * le portrait démographique du Québec années 50, on retrouve encore rue St-Pierre, le siège des affaires, du commerce en gros, les bureaux d'avocats.A la Haute-Ville, l'ancienne partie devient le quartier du tourisme et un des pôles économiques de la ville.Les vieilles maisons sont abandonnées parce que trop coûteuses et transformées en maisons de chambres hôtels, bureaux de médecins.Un vague quartier latin se forme autour de l'univer- sité.Le quartier St-Jean Baptiste est habité d'ouvriers et de petits fonctionnaires, St-Roch demeure le centre commercial et industriel; c'est St-Sauveur (Boisseauville) qui abrite les ouvriers.Limoilou se développe pour héberger les travailleurs de l'Anglo-pulp et la main-d'oeuvre spécialisée.Le quartier Montcalm, de Sa-laberry à St.Sacrement, recueille la petite et moyenne bourgeoisie.Au cours des dernières années, la population a augmenté de 135% et on recense en 1946, 186,000 âmes en ville et 248,000 dans la région métropolitaine.AUJOURD'HUI Des années 50 à nos jours.Québec continue de s'agrandir et de modifier son visage.L'université déménage à Ste-Foy, les services gouvernementaux sont multipliés et centralisés près des portes, les complexes industriels se regroupent aux confins de la ville: parc industriel de St-Malo, bordure du boulevard Charest et berges de la St-Charles.La population passe de 224,000 à 467 000.Cette explosion démographique provoque une dispersion et un étalement néfaste pour l'environnement, les espaces verts et le patrimoine culturel.On tente, depuis 69, avec la commission d'aménagement de la communauté urbaine de Québec, de pallier aux désastres qui ont grandement métarmor-phosé l'aspect de la ville.Pour ce faire, la commission propose la création d'un centre-ville et de centres secondaires pour freiner le développement anarchique qui menace d'envahir la périphérie.Voilà donc l'histoire d'un Québec francophone (95.8%) à vocation administrative et touristique.En conclusion, une ville calme, une ville de fonctionnaires et de petits bourgeois, une ville accessible à l'évasion.Il faut tout au plus 20 minutes pour atteindre la campagne, où que l'on habite.Une ville hermétique aussi; comme on peut rapidement cerner un milieu, chaque novau de Québécois, en fréquentant sans cesse les mêmes lieux et mêmes gens, devient vase clos.N'est-ce pas la réputation de Québec d'être un gros village9 Et comme dans un gros village, les gens sont plus chaleureux, plus exubérants plus disponibles que les gens des grandes villes.On peut encore circuler en sécurité à Québec: la population est pacifique.On peut ajouter encore: une ville d'individualistes, et cela pour plusieurs raisons.D'abord, le québécois n'a pas encore subi l'impression de solitude individuelle que crée la grande ville.Ensuite c'est un agglomérat de déracinés, huit Québécois sur dix vous diront qu'ils originent d'ailleurs.Enfin, relativement satisfait par son environnement physique, sociologique et culturel, il ne se sent pas menacé par les tares des grandes villes, donc, ne cherche pas à s'organiser et à réagir.Toutefois, cette affirmation est à la limite de la réalité: l'expansion est-elle dans notre milieu qu'on sent des remous de protestations commençant à s'exprimer surtout dans les comités de citoyens.Revendications matérielles, certes, mais significatives d'une baisse de la qualité de vie du Québécois. UN GROS VILLAGE?par Daniel Veronneau Madeleine Aube Michel St-Sanveur Marie Larouche LE QUARTIER LATIN, UNE GRANDE MAISON FAMILIALE Le quartier latin fut de longue date, le "Haut lieu du jeune savoir, de la musique de la peinture et de la poésie." Etant le siège jusqu'aux années 50 de l'université des conservatoires de musique et d'art dramatique de l'école des Beaux-Arts, il provoqua l'éclosion d'une foule de petits établissements destinés aux discussions philosophiques.A l'exemple des grandes capitales européennes, il se forme à Québec, un clan de nouveaux théoriciens.Et ce clan est assuré d'un apport continu de nouveaux disciples puisque Québec est à cette époque.: la capitale de la culture pour le Lac St-Jean, la Gaspésie et la Côte Nord.Tous ces-élus sont à l'origine de petits estaminets qui deviendront successivement cafés,boî-, tes à chansons, discothèques et bars.Jusqu'aux années 64 c'est l'apogée d'une pn mière génération et sous son règne on voit naître les premières boîtes de jazz à Québec: qu'on se rappelle la Page Blanche, en haut du Bistro actuel, où le maintenant célèbre Gilles Vigneault monte des spectacles (chansonniers de la première vague, poètes, comédiens.).Et déjà le premier cycle s'achève, entre 1964 et 66, les vieux se dispersent, sauf quelques peintres ou poètes encore ignorés qui restent noyauter un nouveau groupe et l'initier à une forme d'existentialisme.La "Bande"1 s'enrichit de deux types d'éléments humains : il y a d'abord les "cheveux longs": ce sont les démunis: ils ne demandent que quelque chose à boire et un grabat (on parle peu de drogues à l'époque).Parmi ceux-ci, certains se disent compositeurs de musique, d'autres, peintres ou poète, chansonniers ou comédiens; ils viennent de Québec et surtout d'ailleurs et ils sont drop-out.C'est un cercle très fermé, l'accès à la table des "initiés" reste une faveur et à cette table, on boit plus qu'on ne crée.Ceux qui réussissent à s'immiscer sont des étudiants, de tous les milieux eux-aussi et vivant de leurs maigres bourses; ils viennent grossir le noyau des "cheveux longs".Les lieux de prédilection de ces nouveaux élus sont d'abord les tavernes (Quartier Latin, La Chapelle, la Coloniale, le Chien d'Or, le Foyer.).Parallèlement à la croissance de la "Bande", ce sera pour nombre d'établissements, disette ou abondance selon l'humeur de ces nouveaux philosophes.C'est ainsi que selon le respect qu'on accordait à l'élite dans ces lieux, on vit naître et mourir le Nombril Vert, la Halte des Chansonniers, le Georges Grill, l'Auberge de Paris, la Bohème.Il faut noter qu'à l'origine, certains propriétaires avaient eu la main heureuse en récréant dans certains cafés, le climat de la bohème d'après-guerre.Il va sans dire que les petits cafés sont moins enclins à la fortune que les bars-salons, ils conservent une clientèle d'étudiants: les intellectuels supportent mal la sécheresse du gosier.Mais la belle époque fut de courte durée: Québec s'émancipe, les demoiselles quittent le pensionnat, le tourisme s'accroît, nous verrons apparaître nombre d'établissements nouveaux dans le quartier: bars-salons, discothèques et enfin cafés-terrasses.Le temps des "beatniks" est révolu, ils auront préparé la route à la nouvelle vague des hippies et des jeunes "cool".Pendant ces périodes de transition, les discothèques attiraient plutôt les gens de l'extérieur, mais la bande garde la nostalgie de la boîte à chansons et du petit café, alors le Chantauteuil présente à ses débuts nombre dt chansonniers, d'excellents jazz-men et des récitals de poèmes.C'est à cette bande aussi qu'on doit un attrait touristique du quartier latin: la rue du Trésor: vers 64, quelques artistes aujourd'hui connus décidèrent d'exposer sur la rue du Trésor.D'autres peintres survivent et ce fut la bataille des murs où chaque emplacement est devenu un véritable château-fort, avides des argents américains, les artistes foisonnent avec les a-quarelles et querelles en série.L'implantation de la bande à l'intérieur des murs fut grandement favorisée par le départ des familles de leurs maisons ances-trales; elles furent transformées en maisons de chambres accessibles aux sans-famille du quartier; la fraternité n'en fut que plus grande: on vit, on boit, on dort, on mange, on s'amuse, à l'intérieur des portes.La bande forme une grande famille où enfin, on peut se renconter s'aimer se congratuler, se rencontrer, rêver, être soi-même; enfin on est accepté, on a un domaine.Pour rien au monde on ne quitterait le quartier, et pourtant, la bande est à nouveau dispersée; on trouve maintenant rue St-Jean, les promenades entre deux joints, la musique underground, les sexes indéfinissables et une multitude de jeunes.Ils font aussi la navette entre leurs nouveaux coins de rassemblement: Bar Elite, Chava.Cour, Nostradramus, Cabaret, Foyer.Et à travers eux, on reconnaît parfois des anciens qui reviennent sporadiquement si bien que les jours de vague-à-l'âme, on risque d'y rencontrer des amis d'antan et un peu de chaleur en prenant un verre.H persiste un petit air de mystère dans ce quartier, peut-être à cause des personnages mythologiques qui semblent depuis toujours rivés à la même table, dans une interminable partie de dominos, côtoyés par les éternels contestataires de la société et les adeptes des jouissances "tympanales".En définitive, le quartier, c'est l'image du Québec gros village, où tout le monde se connaît a entendu parler de, où est l'ami d'un ami.On dit qu'il est difficile d'y pénétrer, mais c'est normal puisqu'il existe une "intimité " du quartier; on n'entre pas dans une maison sans certains rituels! HEBERGEMENT: -Centre internationnal de séjour.69 d'Auteuil; $3.j, avec sac de couchage.-Auberge de la Paix.31 Couillard; $2.J.avec sac de couchage obligatoire.-Armée du salul: 14 Côte du Palais: hommes seulement.-Maison d'accueil Kingsmen.760 chemin Ste-Fov: femmes seulement.-Y.VV.C'.A.855 ave Holland: temmes seulement.-Service d'accueil aux voyageurs: 225 Charest-est.local 32.-Maison Sl-Joseph.1134 St-Vallier est.gratuit.hommes seulement 'second ordre Pour des endroits plus sélects, il v a le Centre d'information du tourisme ei congres de la C.U.Q.60 d'Auteuil.BOUFFE: -Calé d'Europe.27 St-Angele.cuisine européenne, de qualité prix movens.-Au petit coin Breton.1029 St-Jean.bonnes crêpes pas trop chères.-Restaurant Place d'Vouville.974 St-Jean: Les meilleures pizza a prix movens.¦-Restaurant Wons, ly Buade.cuisine chinoise a prix movens.-Le Nirvana.519 St-Jean: cuisine indienne et végétarienne, non licencié.-La Paillotte.849 Scott, cuisine vietnamienne, non licencié.-Le Biarritz.136 Ste-Anne: bonne cuisine française a bon prix.CAFES: -Chez Temporel.25 Couillard: cafés, thés, amuse-gueules -Trabadja la mouka.688 St-Jean.café thés, tisanes.CINEMA: -Cartier.1019 Cartier, le meilleur choix de bons films a SI.50 DISQUES Musique d'Auteuil.1049 St-Jean.33-45 enr.722 St-Joseph est imail St-Roch.Soldo-disques.1100 St-Jean.LIBRAIRIES Les grandes maisons: Garneau sur rue Buade et Les Editions Françaises, sur cote de la Fabrique.Plus intéressantes.Librairie Pantoute.40 rue Garneau.Librairie du Citoyen.185 St-Joseph.est.dépositaire des anciens numéros de Mainmise.Librairie Nostradamus.1640 Ire Ave.sciences occultes et astrologie Centre de Scientologie rue St-Jean.ARTISANAT Au Pic Bois.735 St-Joseph: sculptures sur bois, peaux Les Artisans 1170 St-Jean.Manu-Manu.Coin Couillard et St-Jean Et.On retrouve sur St-Jean quantités de petites boutiques de poteries, tissages, bijoux faits à la main.MATERIEL D'ARTISANAT: Barrv-Paquin.205 St-Vallier est.cuir a bons prix.Tandv leather Co.395 St-Paul.matériel d artisanat.Atelier de céramique Julien.17 Desjardins.GALERIES Comme Galerie.1117 rue St-Jean.Atelier de Réalisations graphiques.576 St-Jearl.m n»a&&2iaoe nu owgej?185 â*3o*eptHSit (Québec 522-2410 .acfjetottô •uen&onsi échangeons! •tienbonô austët le£ anciens numéros lie Jflatnmtôe SPECTACLES, GROUPES ROCK ET CHANSONNIERS.Le Joint et le Cabaret.1100 St-Jean: groupes rock et autres, chansonniers locaux, possibilités de se produire facilement.Le Temple.24 St-Stanislas.discotheque.Le Cercle électrique.Côte du Palais, discothèque.L'Ostradamus.29 Couillard.Bons groupes et chansonniers.QUELQUES BARS INTERESSANTS Faubourg St-Jean-Baptiste.525 St-Jean Chava-Chava.17 Couillard.Le Bec Fin.Rue St-Jean.La Cour.1117 St-Jean.L Elite.54 Couillard Chanteauteuil.1001 St-Jean.Chez Paul.Rue 32 rue St-Angele.BARS GAY: Ballon rouge 815 rue St-Jean La Gorgentiére.13 Place Rovale.très chic disco-bar.Le Périgord.St-Stanislas.ARTICLES, MEUBLES, VETEMENT USAGES.Comptoir Emmaus.160 St-Paul.Centre Ozanam.51 Sault-au-Matelot i Bons prix Numéros à retenir: OPTAT.653-8771 office de la prévention de l'alcoltsme et autre toxicomanies.Tel-Aide.522-1266.Aide téléphonique pour downs psychiques.Centre communautaire juridique.25 St-Louis.643-7061 consultations par rendez-vous.MAINMISE Janvier 1976-45 su If REPERTOIRE QUEBECOIS DES OUTILS PLANETAIRES A partir de ce mois-ci et jusqu'à la parution du Répertoire.cette page sera composée dans le style du Répertoire.Ce sera notre sélection d'outils planétaires du mois, à partir des livres, des lettres et des renseignements que nous aurons reçus.On y trouve ra illustrées les deux grandes orientations du Répertoire: un manuel d'accès à l'information, aux outils intellectuels et physiques, et un manuel pratique, de techniques et de recettes.Comme à l'accoutumée, commentaires.suggestions, opinions et feedbacks sont les bienvenus.CA.A PARAITRE AU PRINTEMPS 1976 Pour un chauffage d'appoint.Patrick Gobeil, de Sherbrooke, nous envoie un truc de chauffage.Avec les frimats de l'hiver qui s'en viennent, autant publier ça tout de suite.C'est sûrement très utile à la campagne, mais ça devrait aider aussi les freaks citadins qui ne veulent pas payer des factures énormes à l'Hydro ou au Gaz Métropolitain, d'autant plus qu'il est assez facile de trouver en ville du matériel à recycler.CA.Des métiers et des hommes au village.Ce truc de chauffage est destiné aux communautés qui recherchent une idée pour un chauffage d'appoint (i.e.de surplus: c'est beau heinli Ca ressemble un peu à ça: C'est fabriqué avec un baril de métal (45 gal.i et un ou plusieurs vieux chauffe-eau (pas électriques).Pour une efficacité maximum, il est préférable de le centrer dans la pièce.Ah oui.ça s'appelle une "truie "! Ca se fabrique comme suit: 1-a) A une extrémité plane du baril, on découpe à la torche un carré d'environ 15" de côté b) On soude alors une poignée à la plaque ainsi obtenue c) On soude alors à la plaque deux charnières de métal 4) On met la plaque en place et l'on soude les charnières au baril 2-a) On découpe ensuite un trou de 7" de diamètre sur le dessus de la partie ronde du baril b) On soude au-dessus de ce trou la clef de ventilation ï-a) On coupe 2 morceaux de 4 pieds de tuyau de métal (pas de cuivre) b) en les chauffant, on les plie en forme de "M" 4- Pour le tuyau on a le choix: poser un tuyau ordinaire, ou poser un tuyau fabriqué avec des vieux chauffe-eau.Les avantages de la 1ère méthode sont que le tuyau de poêle ordinaire est facile à poser et à se procurer.Toutefois il laisse échapper beaucoup de chaleur.Il est un peu plus difficile de réaliser la 2ème méthode, mais elle en vaut la peine pour la chaleur ainsi récupérée.a) On coupe à une extrémité d'un chauffe-eau un trou de 7"; et on découpe complètement l'autre extrémité b) On découpe alors les 2 extrémités d'un autre chauffe-eau, et on en soude une au précédent.c) On répète l'opération b) jusqu'à ce que le tuyau soit assez haut pour dépasser d'au moins 3 pieds au-dessus du toit.Si le toit est bas, il se peut qu'on ait besoin que d'un seul chauffe-eau.d) Ne pas découper la partie supérieure du dernier tuyau mais découper sur le côté 3 trous de 10" x 4" e) On installe le tuyau en le descendant du toit (à l'intérieur jusqu'au poêle; il est pratiquement impossible de l'installer en l'entrant par l'intérieur.f) On soude la partie inférieure du tuyau à la clef de ventilation.Pour plus de sécurité fixer un grillage de '-i" pour recouvrir les trous du tuyau sur le toit.En espérant que ça peut aider quelqu'un.Patrick Gobeil 405, St-Michel no.2 Sherbrooke, P.Q.BERNARD HENRY DES METERS ET DES HOMMES AU VILLAGE Des Métiers et des Hommes au Village Textes et photos par Bernard Henry 1975-125 pp.Le SeuU EA.SEUIL le maréchal.ferrant le bourrelier le tanneur le cordier le rempailleur le vannier les fiteuses la dentellière la tisserande le sabotier le potier le tonnelier le chaudronnier les charpentiers le cirier les fondeurs de cloches l'accordeur Le cadeau par excellence, surtout en ce moment.Mais aussi l'outil du retour aux sources, des bâtisseurs de nouveaux villages et des artisans-magiciens.C'est un livre splendide, bourré d'illustrations belles, claires, explicatives.Chaque métier est présenté avec un bref historique, et son art amplement expliqué étape par étape.Il ne reste plus qu'à se procurer le matériel et se mettre au travail.Fait en France, ce livre présente 17 métiers dont la plupart sont disparus au Québec.Le temps est venu de les faire revivre.CA.Médecines traditionnelles sacrées.SOMMAIRES: Le shamanisme La médecine des pyramides La médecine des rites agraires La médecine des gnostiques La médecine alchimique La médecine des anthroposophes L'ayulvédic ou la médecine des Védas Les prêtres médecins de l'Amérique précolombienne Le Tao et l'acupuncture Les Respirations sublimes Les médecines africaines.Exemple d'un prai-ra» 1) Fxtrait du ConcerK n 2 pu al potir étal déwessif : IT piano, de Raehnianine v, 1er mouve- ment ; 21 Neutralise par I1 In 3) Trcs court extrait i de la S de l:i pt uite V 3 de Jenn-Schas emière partie du Conc ien Baeh ; •rio n" 1 de Tchaikuvski.Il ne s'agit pas, bien gramme est nés actif insister sur le fait qu 1 tenir ccmple de favion L___:___- Liilendu.MU tîCs e toute -rs exlrên d'une panaeee musicale, sujets de viniil à trent reeetle » est dangereuse terrien! subtils.Mais ce pro-¦ ans.11 faut et qu'il faut ME Si f* tltmÊÊtà Ht i*l DECI \CRE NES ES ft i Médecines traditionnnelles sacrées Claudine Brelet-Rueff 1975, 254 pp.Retz Ed.Une excellente introduction, l'une des meilleures à date, à la médecine traditionnelle.C'est le premier livre à lire sur la question, car il replace la médecine dans son vrai domaine: science, théorie et pratique des liens dynamiques invisibles qui relient l'homme au Cosmos.Bon panorama sur onze médecines "parallèles", muni d'une solide bibliographie de philosophie médicale c'est le portail d'honneur à l'étude des pratiques thérapeutiques particulières.CA.MAINMISE Janvier 1976-46 mavcvmftE MAINMISE est un journal mensuel distribué par les distributions ECLAIR, 8320 Place de Lorraine, Anjou 437 Québec (tél.: 353-6060).Dépôt légal: 4e trimestre 1975.Courrier de deuxième classe, no 25 11.Port de retour garanti par Mainmise.Le journal n'est pas responsable des taches de café ou autres ennuis pouvant survenir aux manuscrits ou aux dessins qui lui parviennent, mais on vous promet de faire attention quand même.Fondateurs: Jean Basile et Georges Khal Propriétaires: Michel Bélair, Georges Khal et Rolland Vallée.Rédaction, administration, abonnements, fabrication et publicité: MAINMISE, I589 rue St-Denis, Montréal H2X 3K2, Tél.: 843-4742 et 843-5844 pour la publicité.Equipe de production: Arabelle, André-Gilles d'Astous, Michel (hevrier et Claude.Ont participé à ce numéro: Christian Allègre, Madeleine Aubé, Michel Bélair, Jean Clouâtre, Kathou Cordeau, Michèle Favreau, Dominique Favreau, Edgar Fruitier, Patrick Gobeil, Georges Khal, Christine l'Heureux, Dan May, Yves Poissant, Jean-Guy Prince, Michel St-Sauveur, Slee-py-la-Goune, Pierre-François Tassé, George A.Turcot, Daniel Véronneau et Pierre Voyer.Les photos sont signées Jean Chrétien, Paul Décarie, Marie Larouche et Daniel Rheault.Les photos de la couverture sont de François Bouvier et Claude.MAINMISE Janvier 1976-47 Philip' José Farmer est né en janvier 191 à dans /'Indiana.Il dut travailler jeune et prépara une licence de lettre&firâce à des cours du soir.Il 'obtint m ï 95Q.,.J&nnée suivante il Composait The lovers, long récit dont est tiré le présent roman qui marqua le début de sa carrière littéraire.fn& PHILIP JOSÉ FARMER lunivers à 1 envers (iiffîù AUGUST DERŒTH 62» La collection qui choisit bien ses livres.
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