Mainmise, 1 janvier 1976, avril
MONTREAL f Mainmise sur 444TIN ile Village j olympique c'est faux/ Nods /wpns reposé V iwvJirATtoio.^Errata Kleïr\(brm) MAINMISE est un journal mensuel diffusé par les Distributions DYNAMIQUE, 775 Lebeau, Montréal (tél.: 332-0680).Dépôt légal: 1er trimestre 1976.Courrier de deuxième classe: NO.2511.Port de retour garanti par MAINMISE.Le journal n'est pas responsable des taches de café ou autres ennuis pouvant survenir aux manuscrits ou aux dessins qui lui parviennent, mais on vous promet de faire attention quand même.Fondateurs: Jean Basile et Georges Khal.Rédaction, administration, abonnements, fabrication et publicité: MAINMISE, 1589 St-Denis Montréal, H2X 3K2, Tél.: 843-4792 et 843-5844 pour la publicité.Équipe de production: Arabelle Grondin, André-Gilles dAstous, Claude Puff-Puff et Michel Chevrier.Inforock: page 5 Interviews: Plume page 10 Gaétane Breton et Richard Cyr page 12 Jazz: Les Ballets-Jazz page 14 Classique: Monteverdi page 16 La Symphonie de Neptune page 18 Disques: page 19 Théâtre: La Nef des Sorcières page 32 L'Indien, l'Oiseau et l'Utopie page 34 Livres: page 38 Répertoire: page 46 Ont participé à ce numéro: Christian Allègre , Paul Chamberland, Jean Clouâtre, Kathou Cordeau, Michèle Favreau, Edgar Fruitier, Georges Khal, Christine L'Heureux, René Normand, Louise et Jean-Marc Petit, Michel Saint-Germain, Sleepy-la-Goune, Pier-François Tassé, George A.Turcot, Pierre Voyer.Photos: Paul Décarie (interviews Breton-Cyr, Plume, et Nef des Sorcières), Charles Gauthier (Plume).Bandes dessinées: Bello, Fern, Davitsd, Grane, Charles Montpetit, Yves Poissant.Au Vidéographe: du 26 mars au 8 avril à 8 heures: "Nous eu avons soupe" de Jerry Green-berg.L'éloge faite à l'étranger par la publicité gouvernementale sur les merveilles de l'aire canadienne ne correspond aucunement à la réalité québécoise d'Octobre 1970.Pourrie/.-vous me dire où me procurer de l'essence de térébenthine et de la résine de pin en poudre.Michel Côté.Réponse: On trouve de l'essence de térébenthine dans les magasins de matériel d'artiste, comme par exemple: Fisher et Corbeil-Hooke, 12 18 Drummond, Montréal.Tu peux commander de la gomme de pin en cristaux ou sous forme liquide (mais pas en poudre) à Wide-World of Herbs, 1 1 Ste-Catherine Est, Montréal.Le Système, c'est la peur et l'ignorance de chacun exploitées par des individus qui en savent un peu plus, dans leur domaine.La libération passe donc par la connaissance, et la connaissance de soi est un pas sur la voie.La biorythmie.c'est la description des 3 rythmes d'énergie qui alimentent l'activité physique, nerveuse et mentale du corps humain.Chaque jour qui passe est une combinaison particulière de ces trois rythmes autonomes; en connaissant l'intensité d'énergie de chaque cycle, pour une journée donnée, on peut agir en conséquence.Sera-t-on en période d'examens pendant un "high" ou un "down" de l'énergie mentale?Un déménagement peut il attendre quelques jours pour que tu sois au meilleur de ta forme physique'.' Tu recevras une documentation gratuite sur le sujet en envoyant une grande enveloppe affranchie à : Biorythmes, Village Planétaire Inc.322 Villeneuve est.Montréal, Que.H2T I L8 Si tu veux le tracé de tes courbes biorythmiques, envoie ta date de naissance et l'heure, si tu l'as (c'est pas indispensable), avec $1.75 pour 3 mois, et une enveloppe affranchie.Si tu veux les tracer toi-même pour 12 mois, avec une méthode pratique combinée à un calendrier de la vie québécoise, c'est $3.00.Tout est vibration: ressentir en soi les rythmes de la vie ouvre les yeux sur lanature de tout ce qui vibre.Salut d'amour, Siddanth Prakash Besoin de 3 musiciens, un batteur, un guitariste et un bassiste qui soient strictement végétariens, en amour avec leur instrument et qui veulent participer à une expérience mystique.Contacter Hanuman.à 526-2625.Parolier recherché mort ou vif.Contacter André Sauvé, à 729-0869 ou Réjean, à 933-4876.Plusieurs chiots à donner.Si intéressé(e), contacter Gérald : 524-8210 (5 14).Je suis à la recherche de quelqu'un qui aime écrire des paroles de chansons.Attention, je ne suis pas virtuose de la guitare, je suis un simple amateur qui compose des mélodies sans paroles.Que tu soies gars ou fille, jeune ou vieux, ne te gêne pas.J'en ai besoin.Gilles Lapointe.952 Bernard, Granby, Que., J2G 8C8.L'Agence de voyages Interlink Associates annonce le l'estival International de la Jeunesse tenu à Delhi du 21 juillet au 4 août 1976.Le billet d'avion, à partir de $999.00 comprend l'hôtel, l'autobus pour les différentes excursions et visites.Plusieurs séminaires se tiendront sur l'art, la danse et la musique indiens et il y aura une réception chez le vice-chancelier de l'Université de Delhi.En outre, il y aura une excursion-étude des monuments historiques de l'Ancienne et de la Nouvelle Delhi, des discussions sur la situation socio-culturelle de l'Inde, des films, des dîners, etc.Pour de plus amples informations, communiquer avec Mr.Singh au 1440 rue Ste-Catherine Ouest, à Montréal, ou téléphoner à 866-8787.Cherche poissons.Je suis un horticulteur pis je cherche des poissons pour mettre dans un lac artificiel.Si vous connaissez quelqu'un qui connaît quelqu'un qui en a, écrivez-moué: Marcel Lalonde, 275 Montréal, Sherbrooke, Que.¦;\ 1 Salut, mon ami, j'ai besoin de toé, pis tout de suite, aide-moé vieux frère.Moé pis mon chum, on crève d'ennui.On se cherche des filles aimant tous les genres de musique et aimant spectacles et sports (un peu du moins).Des filles le fun, pas trop pognees, capables d'aimer, de comprendre, d'aider.Coopération amie.J'aime ben gros les Stones, Dylan, Baez, Harmonium, Offenbach et une bonne centaine d'autres et dans tous les genres.Tu sais, je voudrais vivre ailleurs que dans les rêves, un peu sur terre.Nous avons besoin d'amour.Cé pire que le Phoque en Alaska, comme dans le désert du Sahara; plein de pétrole inutile.Pis nous autres, on s'ennuie en maudit.Moé, chu p'tit, 5'3", pis mon chum, 5'8", pis Krank, 5'8".Aidez-nous, les filles, on a du bon miel.J'ai 25 ans, pis ri-Jean, 23 et Krank, 25.Ecrire à: Jean-Pierre François, a/s Bouvier, 1055 Maisonneuve, NO.4, Longueuil.Est-ce que quelqu'un pourrait me dire où trouver de bonnes traductions des chansons de David Bowie.Richard, 6599 Christophe-Colomb, Montréal, H2S 2H1."Régis, le printemps s'en vient à Sainte-Jeanne d'Arc".Françoise et Daniel.Maison à vendre avec terrain, $2,000.00 comptant, avec très vieux poêle à bois et 15 arbres fruitiers.Vendrais à des freaks.Adresse: Bernard Guay, St-Théophile.Rang 6, Comté de Beauce.Téléphone; (418) 597-3744.Achèterais camelote en tout genre, une patente trippante, une ou des bébelles quelconques pour m'amuser pis tripper mais pas de patentes qui capotent, juste des trippantes, parce que je suis pas mal capoté.Un vieux capoté ben usé.Ecris-moué: Jean Beaudoin, 850 Kennedy, Sherbrooke, Que.Cherche orchestre de jazz.David Wilson, 282-0236.A toutes les communes québécoises de Vancouver: serait-il possible de vous contacter.Je ramasse toutes les possibilités de former une coopérative est-ouest.Si tu as de la place dans ton groupe pour le temps d'amasser ce dont j'ai besoin, j'ai une compagne pour m'aider à centraliser les énergies.Donc si le projet t'intéresse, nous nous préparons à partir à la fin d'avril.Renardo.Contacter: Jean-Guy Tardif, 109 St-Alphonse Ouest, Thetford Mines, Kébek G6G 3W5.LE PRINTEMPS ET L'ETE Y SERONT! Bref, j'ai écrit un trop volumineux projet, qui fut soumis au "CONSEIL DES ARTS DU CANADA" .: REFUSE.Ce projet consistait à créer un CENTRE COMMUNAUTAIRE INTERD1CIPLINAIRE, ALTERNATIF, dans un DOME GEODESIQUE à St-Gérard de Magella (L'Assomption).Je désire par la présente verbalisation communiquer, rencontrer, faire, avec des gens, du monde spirale, ce projet d'ALTERNATIVES d'une façon alternative.Ce que je désire c'est FAIRE.J'ai entrepris de réaliser cette réalité car elle s'avère être la seule alternative.Le DOME: 90 pieds de diamètre, 3/4 de sphère, 219.912 pieds de circonférence, 3,848.46 pieds carrés, 284,310 pieds cubes.Un endroit où CONSTRUIRE, RENCONTRER, ETRE, EXPERIMENTER, DEVENIR, IRRADIER, CREER.Cerveau Collectif, a/s Pierre Frigon, 3260 Rang nord, St-Gérard Magella, Vaucluse, P.Q.(588-5720) (645-5233).Au 1430 rue De La Montagne, du 20 avril au 1er mai, la Galerie Arcade présente sa première exposition avec les oeuvres de David Félix Sshluss et de Jacques Giroux.Les huiles sur toile exécutées directement avec les doigts par Schluss exploitent des thèmes bibliques tels la Tour de Babel, la femme de Loth, Joseph vendu par ses frères, ou puisent dans la mythologie leur inspiration que l'artiste transpose picturalement avec une fascination manifeste.Jacques Giroux accrochera pour sa part des tableaux alumines utilisant l'électricité comme élément de base.Un lieu d'exposition simple et prometteur à visiter pour les amateurs d'expression plastique.MAINMISE avril 1976-3 J ' W i LoLteRnatîP 845 8887 ' PRES MArSONMf UVE i 1587 Saint-Denis Mtl.TOUS LES DISQUES ! Rock, jazz, classique.MPORTATIONS 'm CERWIN-VEGA-FENDER Dynachord-MOOG-Systeme SG-Amps.V.T.-SHURE- Disco-tek Amplificateurs Haut-Parleurs CLAVIERS Système de Son-Chant Microphones SYNTHETIZERS Pédales d'Effets-Wah Wah-Fuzz-Etc.Locations Systèmes de sons Amplis Instruments Guitares ARIA, GIBSON, FENDER, MARTIN, OVATION GUILD, DO-BRO, RICKENBACKER, LUDWIG, RODGERS, KING, DEFORD, SEL-MER, LATIN PERCUSSION, ETC.REPARATIONS Amplis.Fuzz, etc.P.MARRAZZA MUSIQUE INC.INFORMATIONS: 7082 St-Hubert.Montréal, 271-1182 475 Ste-Catherine Ouest, Montréal 849-8069.e -«;SUUnMISEiMril4i976 UNIVERSITE ALCHIMIQUE DU KEBEK Dans un second temps, plus élabore, la cohérence peut être une fonction prenant ses valeurs dans un continu.Elle peut représenter une distance entre énoncés, susceptible de valeurs intermédiaires entre la coherence parfaite et l'incohérence absolue.Elle peut aussi, pour un ensemble dénonces, représenter un degré de cohérence.$250.S3 00.$3 50 SIEGES RESERVES RESERVATIONS 277-3186.277-3187 BILLETS EN VENTE à la librairie du cinéma OUTREMONT à l'Alternatif et chez Sauvé Frères 1248 BERNARD 277-4145 au cinema OUTREMONT 38 CLEMENCE DESROCHERS ENFIN !! Vendredi 12, samedi 13 mars, sur la scène de l'Outre-mont, Clémence Desrochers déployait une fois de plus son éventail truculent de caractères domestiques et de chansons veloutées.Au programme, un lot copieux de monologues hilarants, empruntant à l'inépuisable typologie de la femme mise, démise, remise en question et en place sous les caméras crues du théâtre quotidien, telle cette locataire éplorée téléphonant à son propriétaire italien à cause d'un sky-light craqué, cette waitress-topless indignée des commentaires gras de son boss sur sa chute de reins et sa cascade de seins, la ménagère névrosée hotline, la femme éteignoir genre dulcinella castrante, la speakerine-étoile Paulette reine de la cassette, l'affreuse presseuse du pressing pressée de partir en vacances, la dévouée Emma se recyclant au cégep à quatre-vingt ans jusqu'à l'acheteuse coureuse de petites ventes.Les caricatures de Clémence nous illustrent avec génie cette "hère de la féménité" avec son année internationale, sa journée mondiale, ses droits stricts, ses luttes sauvages et ses besoins naturels.Les chansons, pour la plupart ballades romantiques, parlent doucement d'amours fragiles: "ces mots sont les fleurs que tu aimes et que je n'ose plus t'offrir", d'abandon: "et tu partiras, tu t'ennuies, tu regardes ailleurs", souvent sur un ton nostalgique comme dans Chanson pour Rose d'après un fragment émouvant des Elégies pour une Epouse En-AUée d'Alfred -Desrochers, Full day of Méteneo lie ainsi que l'Epouse et l'Amante.D'autres textes s'attaquent avec causticité à des lancinantes manies populaires soulignées dans Mon Horaire de Tévé, Lundi matin Galeries d'Anjou, Le Monde aime mieux Mireille Mathieu.Bref, ce récital généreux au répertoire équilibré, aux accompagnements intelligemment dosés, nous permettait d'applaudir une Clémence superbe de drôlerie, de tendresse et de sincérité.Elle lançait, il y a quelques mois, dans Le Monde aime mieux Mireille Mathieu, qu'elle "n'était pas assez bonne pour l'Outremont".C'est devant des salles de l'Outremont remplies à craquer que Clémence donnait un spectacle composé en partie du matériel qu'elle lançait au Patriote l'automne dernier, en partie de nouvelles chansons et monologues.Car Clémence semble s'être donné comme ligne de conduite de toujours présenter du nouveau matériel à chaque nouveau spectacle.Ce qui, d'une certaine manière, lui assure la venue de ceux qui la connaissent et l'aiment déjà mais d'un autre la force à reléguer dans l'ombre des "classiques" dont il me semble qu'ils sont inépuisables.Je pense à des chansons comme Encor Une Fois, En Quête, La Vie d'Factrie et combien d'autres petits chefs-d'oeuvre.Si on est un fidèle de Clémence, peut-être, bien sûr, peut-on se lasser de réentendre pour la dixième fois felle ou telle chanson.Clémence devrait pourtant songer à tout le nouveau public qu'elle est allée se chercher d'un seul coup avec Le Monde aime mieux Mireille Mathieu, -son- pTemier- gros "tube" à la radio et satire féroce du monde du show-biz.A ceux-là, elle ne devrait pas se gêner de faire découvrir — elle, un des auteurs québécois les plus prolifiques, avec Vigneault — ses autres chansons, ne serait-ce que sur un nouveau disque puisqu'il peut être évidemment lassant pour un auteur de toujours se répéter.Il y a bien sûr ces beaux livres de Clémence, Sur un Radeau d'Enfant (éditions Le-méac), J'ai des P'tites Nouvelles pour vous autres (éditions de l'Aurore) et les autres, mais il me semble que son matériel discographique disponible n'est pas complètement représentatif de ce qu'elle est.Même Le Vol Rose du Flamant, première comédie musicale québécoise écrite à l'époque avec Pierre F.Brault et mettant en vedette Olivier Guimond, devrait, me semble-t-il, être réédité sinon remis en scène, comme toutes ses revues, La Grosse Tête, Les Girls etc .Et pendant qu'on y est, pourquoi ne créerait-on pas pour elle, dans un ministère de la culture subventionnant enfin autre chose que des pizzas, le poste de "poète national" puisque Clémence me semble être celui de nos auteurs à être, dans la peinture de la vie quotidienne et des femmes d'ici, le plus loin, tant dans la fidélité à ses sources d'inspiration que dans la force politique de ses portraits-charges.Et à quand cette chanson où Clémence dira qu'elle n'est pas assez bonne pour faire la Place des Arts?Jean-Guy Prince et Michel Chevrier L'Evêché: Un Pierrot Démasqué.JAMES MACDONALD Il y avait ce soir-Là, à l'Evêché, lancement du premier 45 tours et spectacle de James MacDonald, nouvelle étoile rock'n'roll du Québec dont on ne saurait dire si elle ne sera -comme tant d'autres — qu'une étoile filante ou si, au contraire, elle s'installera peu à peu comme une planète au ciel de la musique d'ici.Il y a si peu de bon rock'n'roll québécois - mis à part, avec réserves, les Pagliaro, Tony Roman, Lucien Francoeur et Nanette Workman — et pour ainsi dire aucun rock'n'roll subtil (ça se peut-y?) que je ne serais pas surpris que James MacDonald fasse dans les prochains mois une montée en flèche.Et ce, en dépit du retour en force des genres traditionnels prenant trop souvent les teintes "drabes" d'un nationalisme qui n'a rien à voir avec la musique.James MacDonald a tous les atouts: une voix juste assez rauque pour aller vous jouer dans les reins, de l'humour, d'excellents musiciens, des textes d'une écriture solide et des tripes.Ah! oui, j'oubliais, James MacDonald chante en québécois .Michel Chevrier i\ MAINMIS£l*«rWW7ft- 5 fù La nouvelle compagnie théâtrale présente: Textes Pierre Voyer musique Pierre Voyer Réal Trépanier Mise en scène: Jean-Marie Francoeur Décor: Réal Ouellette Costumes: François Laplante avec: Normand Morin Jean-Pierre Piché Jean-Pierre Tremblay Réal Trépanier Jean Vallières Théâtre du Gésû: 1200 rue Bleury Billets: $3.00 Représentations à minuit les: 29-30 avril, 1er maj/ 6-7-8 mai, 13-14-15 mai 6-MAINMISE avril 1976 QUAND LE QUEBEC APPLAUDIT LES ANGLAIS Leur cote de popularité monte aussi vite que le lait qu'on oublie sur le feu: le grand Forum était plein jusqu'au plafond pour leur quatrième passage à Montréal en moins d'un an! Donald K.pourra vous dire que la performance n'est pas à la portée de tous, surtout quand un David Bowie passe la veille et réussit le sold-out (Au prix où sont les billets, deux soirées pleines, ça doit faire un assez gros paquet de $$.De quoi faire vivre Mainmise sans problèmes pendant au moins 30 ans! .) Contrairement aux habitudes, où l'énorme foule-stone du Forum manifeste ses états de tension par quantités de heavy-trips, le public de cette soirée baignait dans une bienheureuse décontraction.L'effet le plus significatif en fut l'élaboration particulièrement raffinée d'un jeu de ballon improvisé.Si les intermissions sont presque toujours agrémentées par les volutes gracieuses des rouleaux de papier hygiénique ou les élégantes courbes des frisbies de plastique, c'est la première fois, je pense, qu'on voyait apparaître dans l'amphithéâtre un ballon de cette taille: trois pieds de diamètre au moins! Comme un énorme animal unique qui aurait tapissé la salle mur à mur, la foule promenait la boule multicolore sur ses milliers de tentacules.Une fois corrigés les gestes de mauvaise coordination conduisant à la sortie du ballon par les vomitoires ou à sa saisie par les OU, PAR OU EST PASSE ROBERT CHARLEBOIS Lettre à l'éditeur Suite à l'interview de Charlebois par Georges-Hébert Germain dam la Presse de samedi 21 février, nous nous sommes vus dans l'obligation, ris-à-vis tant de déclarations injustes à l'égard de ta musique québécoise et par le fait même des Québécois, d'écrire nos commentaires.Nous ne commenterons pas, il en serait trop long, le texte de Georges-Hébert Germain, mais plutôt les déclarations entre guillemets de Monsieur Charlebois.Nous tenons avant tout à souligner que nous étions jusqu'à un certain point, heureux de voir la tournure de la carrière de ce dernier.jusqu'à il y a quelque temps.mais depuis cette fameuse rentrée de voyage.Il est incontestable, au point de vue social, que Charlebois fut, pour employer l'expression de G.H.G."le souverain pontife de la chanson et de la musique québécoises" mais nous ajouterons, de LINDBERGH à SOLIDARITUDE, et nous ajouterons également, qu'avec le letups, nous avons vraiment compris que c'est plutôt son NOM qui a passé.mais qu'au fond, il était loin d'être seul.("LONERS").Charlebois déclare, et nous citons: "Et je trouve, que dans le moment, la musique et la chanson québécoises passent complètement à côté.Notre musique rétrécit et radote.Tant et aussi longtemps que notre chanson pataugera dans le jouai et qu'elle se regardera le nombril, il ne se passera rien de bon et on sortira rien de nouveau du Québec.Dans le moment, je ne vois rien ni personne d'intéressant, rien de créateur non plus.Tout le monde se contente d'utiliser des formules déjà éprouvées et ça ne va pas plus loin, ça ne déborde pas." Est-ce possible de faire de telles déclarations! Si Charlebois possède, comme le dit G.H.G.une puissante machine à projection et les plus efficaces moyens de faire passer ses idées, il lui faudrait au moins, avoir la décence de ne pas en abuser, d'être honnête, et surtout, conscient des faits.Nous avons l'impression que ces voyages l'ont empêché de voir et d'entendre ce qu'il se passe au Québec.Préférez-vous ne rien voir, Robert Charlebois'' Harmonium (Eiorij, Beau Dommage (Rivardj, Octobre (Flynnj, Maneige, Sloche, Contraction, Toubabou, Jacques Biais, Raoul Duguay, pataugent-ils à ce point dans le jouai en se contemplant le nombril9 Ont-ils, tant au point de vue chanson que musique, passé à ce point à côté?Tous ces gens n'ont-ils à ce point rien de créateur et rien d'intéressant',' Voyons donc, Robert Charlebois, pour qui vous prenez-vous?Allumez vos lumières, s'il vous en reste encore, vous n'avez pas le droit de révéler de telles atrocités au public.Il ne faut pas vous croire tout permis, parce que vous vous appeliez "ROBERT CHARLEBOIS".Tous ces gens-là n'ont pas eu des gens derrière eux, pour devenir ce qu'ils sont aujourd'hui, ils se sont fabriqués eux-mêmes eux .avec leur propre musique, leurs propres paroles, en s'accompagnant eux-mêmes d'instruments, pour la plupart d'entre eux.La différence, entre vous et eux, serait peut-être qu'ils n'ont pas eu comme but de devenir grand.eux .mais à notre avis, ils le sont encore plus, maintenant.Péloquin, Sabourin, Nadeau et bien d'autres, étaient derrière vous, durant votre meilleure période, on a qu'à vérifier sur les pochettes de disques.A ce que nous sachions, vous n'êtes pas virtuose à ce point sur les claviers, ou encore à la guitare .au ppint de vue interprétation, vous aviez Forestier avec vous lors de cette grande révélation, au temps de Lindbergh.Le peuple québécois manque-t-il à ce point de goût, pour remplir les salles de spectacle et se procurer les disques de ces gens là?Les chiffres de ventes, ont atteint 100 milles copies en très peu de temps, pour certains d'entre eux, pas en 10 ans.renseignez-vous.Le Québec serait-il plus évolué que vous dans ses goûts musicaitx ?Est-ce créateur et intéressant à ce point votre "PUNCH CREOLE", intéressant peut-être pour passer vos hivers à faire des spectacles à là Martinique.Est-ce intéressant à ce point, vos "beat" Samba et Cha-Cha, n'est-ce pas ça "radoter", nous on se rappelle de ça, quand on regardait Jeunesse d'Aujourd'hui quand on avait 12 ans, avec Charlotte et Jean Durand.N'est-ce pas plutôt ça, des formules déjà éprouvées, c'est pas très très débordant.Est-ce cela, avoir quelque chose de neuf à dire?En écoutez-vous da la musique?Si oui, quel genre?Combien de temps y consacrez-vous?Nous serions très curieux de le savoir, car, à vous entendre.permettez-nous de douter.Souffririez-vous d'avoir perdu la première place dans la musique québécoise?Ce que vous reprochez aux autres, faudrait peut-être vous le reprocher à vous.vous semblez rempli de vous-même, cela pourrait être dangereux, attention à l'événement de la montagne, car, en vous permettant de juger qu'il n'y a rien qui se passe ici dans la musique, peut-être blesserez vous le public, qui apprécie ces gens, à leurs juste valeur.Ce ne serait pas plutôt votre esprit qui rétrécit?Robert Charlebois, vous semblez être parvenu au succès international et semblez aussi "PAR VENU".Dommage .! Internationalisez-vous, mais écoeurez-nous pas.Y a pas seulement vous qui faites des choses valables, puis, vous concernant maintenant, c'est peut-être un grand mot.surtout que ce qui est disons, pour être large, valable sur votre dernier album, ce n'est pas de vous seul, ("LONERS") et de plus, entre nous, la production, la réalisation, signés par vous, et même le style d'interprétation, ce n'est pas ce que nous appelons "DEBORDER" comme vous dites.On pourrait même souligner l'épaisseur de la pochette, le pressage plus mince que bien d'autres disques québécois parus dernièrement, même pas suggéré à $7.98 .Nous ne sommes en rien journalistes ou musiciens, nous sommes des gens qui suivent, apprécient et surtout respectent la musique québécoise, parce que c'est RESPECTABLE.On vous a déjà "RESPECTE" Robert Charlebois, on vous a déjà applaudi, mais à compter d'aujourd'hui, calculez, définitivement, que vous en avez perdu deux, ça c'est certain, et .sûrement bien d'autres.Louise et Jean-Marc Petit, Laval, P.Q.machinistes, l'attention de tous se fixa sur l'exploit à accomplir, celui qui semblait le plus difficile: faùe parvenir le ballon, par une série de passes, dans les gradins les plus élevés, ceux où se trouvent les places les moins chères.Après maints essais, seul un secteur de la salle se trouva apte à réaliser l'opération plusieurs fois, grâce à un excellent esprit de coordination salué par les applaudissements de tous.Pour le fun, on peut essayer d'imaginer le temps qu'aurait pris l'établissement du même consensus s'il n'était pas passé par l'expérimentation directe.Pour le fun toujours, on peut essayer d'en tuer des enseignements quand aux modalités de décision dans une société idéale .etc, etc .Extinction des lumières, noù complet bientôt brisé par les milliers de points lumineux des allumettes, briquets ou bougies brandis en hommage aux idoles, tandis que sur la scène résonne le miaulement de l'harmonica de Richard Davies.Et c'est le début de la fête, qui sera ponctuée tout au long des morceaux d'applaudissements judicieusement répartis.Bien que Supertramp soit un groupe anglais, n'oublions pas que c'est au Canada, et plus spécialement au Québec, qu'il a connu son plus fort succès.Fin janvier, le Billboard, bible de l'industrie du disque, annonçait la palme de platine pour 116,000 ventes de "Crime of the century" au Canada.Réussite parfaitement méritée quand on considère la qualité du travail accompli, surtout depuis que Ken Scott s'est adjoint comme producteur à l'extraordinaire duo Rick Davies (voix, pianos) Rodger Hodgson (voix, guitare, pianos).Ken Scott, qui participa comme ingénieur de son à l'album blanc des Beatles, s'est bâti une solide réputation par son travail avec John McLaughlin-Mahavihnu Orchestra et David Bowie.C'est grâce à son raffinement du mixage, qui donne à chaque note la place exacte qui lui revient, ainsi qu'à sa connaissance du travail de studio qui lui permet de rajouter des effets sonores parfaitement calculés, que la musique de Supertramp peut atteindre cette ampleur et ce relief qui la font ressortir de l'énorme production de rock-progressif-à-racines-anglo-saxonnes.Mais si la construction de l'album-concept "Crime of the Century" avait nécessité deux ans de préparation et cinq mois d'enregistrements, le dernier long-jeu "Crisis?What crisis?" sorti un peu rapidement sous la pression du succès, n'atteint pas dans tous ses morceaux l'exquise perfection qui établissait l'atout majeur du groupe.Ceci n'était cependant qu'à peine perceptible dans le show où un habile mélange de ces deux derniers disques combiné à des effets d'éclairage d'un goût parfait donnait au spectacle une homogénéité de construction sur laquelle bien des groupes auraient intérêt à se pencher.Ne prenons pour exemple que la chanson finale, jouée après les traditionnelles salutations, pendant laquelle une projection de cinéma montre un long zoom-in dans un ciel constellé d'étoiles où se rapproche tranquillement l'image des deux mains crispées sur des barreaux de prison descellés ."Rip off the masks and let's see ." La lumière se rallume sur la scène vide, et on espère déjà le prochain long-jeu .Ou le prochain" passage à Montréal.Claude MAINMISE avril 1976-7 CHILUWACK Café-campus Un des meilleurs secrets du Canada, farouchement gardé et par l'incurie des capricieuses promotions et par la discrétion de leurs jaloux fanatiques, Chilli-wack est probablement le groupe canadien (Kébek à part) qui devrait le plus avoir de succès en Amérique et en Europe et qui ne l'a pas du tout.Pourtant l'évidence pleine de leurs mérites s'impose à quiconque écoute leurs disques et il suffit de mettre n'importe quelle face de leur album double (un grand classique) pour voir aussitôt les'têtes tourner et entendre l'étemelle question : kissé ça?Etrange sort de ces groupes trop fortement structurés musicalement et qui dès le début déploieront les plus intelligentes ressources de lignes mélodiques originales, d'une harmonie très dense et d'une rythmique envoûtante.Trop bons, au panier.De plus Chilliwack avait cet incroyable chic de faire amérindien sans faire ethnologique, sans nous obliger à sourire dents serrées et mâchoire jammée.Une rare intelligence traversait leurs productions comme ce frémissement invisible des lignes qui dynamisent l'immobilité des estampes chinoises et japonaises.Parlons-en de cette intelligence musicale.Chilliwack offrait plus que de l'harmonie efficace et recopiable à bon marché.Si la contre-culture pouvait s'enorgueillir d'innover, c'était dans cette enthousiasmante impression de CONNIVENCE qui reliait d'un seul coup l'auditoire dans un réseau de complicité bienveillante, et calme comme ces rochers millénaires qui en ont vu bien d'autre.Nous nous connaissons déjà, we have all been here before, comme chante Crosby, Stills Nash & Young.La musique de Chilliwack nous forçait à se sentir plus intelligent, vieux comme le monde, gardiens imperturbables des relais de la matière.Alors que les Rolling Stones pouvaient bien faire tressailler le diabolique en nous et nous donner, sans conséquences, l'illusion d'une énergie luciférienne, Chilliwack re-éner-gisait les centres de résonance harmonique qui nous relient aux forces dites chtoniennes, celles des esprits de la terre et nous redonnait le message joyeux de notre appartenance limpide à la grande souffrance et à lente montée des éléments terrestres.Nous n'avions plus envie de nous battre mais de danser comme les officiants légèrement ivres de la fécondité universelle.Le gros succès n'est jamais venu les déranger.Tenant le coup malgré l'envie amère des dissolutions, le groupe ne s'est transformé qu'une seule fois, laissant aller leur extraordinaire flûtiste.Claire Lawrence, et intégrant une seconde guitare électrique, Howard Froese, ainsi que le bassiste Glenn Miller qui n'avait été présent qu'au premier disque.Cette reformation récente donnait le nouveau ton de Chilliwack, plus rocker, plus raide, moins diversifiée.C'est la très nette impression de leur dernier disque, Rockerbox, au titre clair, et de leur trop rapide visite à Montréal, début mars.Le Café-Campus n'est peut-être pas l'endroit idéal pour ces Traffic nord-américains, mais au moins le responsable, Michel Sa-bourin avait-il eu l'idée géniale de les inviter.Qu'Allah le bénisse et transforme toutes les tables du lieu en haschich vingt carats.Le groupe a joué fort, bien, un peu dérouté par ces plafonds bas et cette acoustique de tunnel concentrationnaire.Le côté rocker de Rockerbox traverse plus encore ici, sur scène, devant bu-veux-zé-boucaneux.Les architectures sonores de l'ancien Chilliwack ont cédé la place à la lancée d'un véhicule pas bâdré.On reste ahuri les cheveux flottants vers l'arrière, comme ces têtes des bandes dessinées où un personnage véhément engueulé reçoit tout en bronchant à peine.Ahuri mais impressionné, le véhicule n'appartenant à < aucune marque connue.Le focus du groupe est maintenant Bill Henderson, chanteur et guitare lead.A mi-chemin entre Mick Jagger et Neil Young, Henderson a peut-être la voix la plus sensuelle et triste du rock canadien, ce genre de voix subli-mement éraillée qui fait tout le charme de Steve Winwood et l'aimantation de Joe Cocker.La guitare de Henderson participe d'un mystère encore plus captivant.Il peut aussi bien en tirer note à note des chapelets d'arpèges transparents que tricoter des variations rythmiques autour d'accords secs.Mieux encore, marque infaillible des grands musiciens, il sait passer stratégi-quement du doux au fort et du lent au vite (et surtout vice-versa) et transformer le garçon-terrible-en-érection en amou- reux-transi-en-pleurs.Il force l'identification à ce modèle si spécifiquement nord-américain du bad-but-so-so-good-boy-vieux-cuir-et-jeans-serrées.Et c'est lorsqu'il y ajoute la présence amérindienne et ses allusions chamaniques à une prêtrise erotique de la Mère-Terre, que la présence de Bill Henderson occupe un volume plutôt qu'une surface.Volume à l'intérieur duquel officie le batteur Ross Turney, générateur et head de Chilliwack.Autre surprise du groupe.Batterie musicale, c'est-à-dire où les différences de rythme et les espacements de silence sont à la fois si imprévisibles et si nécessaires qu'on y trouve tout à coup des qualités sonores qui n'appartiennent qu'à la mélodie (comme dans la batterie du solo de violoncelle de Atom Heart Mother).En fait, Ross Turney a une réputation chez les rocko-mélomanes californiens: celle d'être un des cinq ou dix meilleurs batteurs nord-américains.C'est sûr qu'il faut qu'ils reviennent.Vancouver c'est très loin, et ça coûte $4,000.rien que pour le transport de l'équipement.Et il est aberrant que A & M n'ait même pas réussi à leur programmer un grand concert à Montréal dans la tournée de promotion de Rockerbox, un des meilleurs disques de l'année.Georges TOUT CHAUD Théâtre de 4 Sous: Les avis étaient partagés sur cette première de Tout Chaud, spectacle présenté au Théâtre de 4 Sous le 11 mars et mettant surtout en vedette François Guy, Steve Fiset et Marjolaine Morin.Certes on sentait d'énormes qualités tant dans la conception du spectacle que l'inspiration qui lui a donné naissance.Mais il me semble que, d'une certaine manière, on ne s'y prenait pas assez au sérieux tout en cherchant à croire à ce qu'on faisait sans avoir la prétention minimale nécessaire à faire passer ne serait-ce qu'un flash.Peur ou pudeur?Bien sûr' qu'en ces temps d'éclosion de nouveaux groupes qui plus souvent qu'autrement ne savent parler que de "soleils éteints" ou de "vibrations boréales", Tout Chaud tranche net- tement par un humour certain, une fraîcheur et une fantaisie à laquelle, disons-le, nous sommes peu habitués.Même Charlebois et Beau Dommage qui nous firent nous rendre compte à un moment donné que la fantaisie n'est pas morte sont retombés, jusqu'à un certain point, dans le heavy, dur ou doux, qu'importe.En ce sens, la gang de Tout Chaud a des atouts majeurs dans les mains.Il lui reste cependant à se roder et à concevoù un show mieux charpenté, avec moins de flashes faciles (dont certains déjà usés à la planche) et avec une assimilation plus grande des influences extérieures.En travaillant davantage sur cette formule originale (et par là même difficile à faire passer) de spectacle, où certains moments — surtout musicaux, comme La Vie Roule et Coule, Le Temps de Vivre et bien d'autres - sont plus que flippants.On pourrait aussi songer, si je puis me permettre, à une meilleure répartition du devant de la scène (donnant un peu plus de place par exemple à Jean-Guy et Lise Durocher) et à une écriture plus serrée des monologues.Je ne serais pas surpris que d'ici peu la gang de Tout Chaud fasse un gros succès à la radio ou ailleurs.Il leur reste à trouver - que Paul Buissonneau me le pardonne! - un lieu de spectacle un peu plus à la mesure de leur "son" et, jusqu'à un certain point, de ce qu'ils font.Cest la grâce que je leur souhaite puisqu'avec la location de toutes les salles de spectacle par le COJO pour le temps des Olympiques, il semble qu'il sera de plus en plus difficile pour les artistes de se produire pendant l'année qui vient, et peut-être aussi la suivante (Jean Drapeau doit déjà songer à fonder des Jeux Olympiques permanents .! ).Tout Chaud .un poco deconcertanto ma molto le funo .! Michel Chevrier 8-MAINMISE avril 1976 DAVID BOWIE au Forum L'élégance est meurtrière, elle nivèle tous ceux qu'elle séduit au plancher de l'anonymat.Bowie n'a jamais été le chevalier servant de l'anonymat, bien au contraire son nom a toujours été associé à l'extravagance dont il s'est fait le hérault.J'attendais qu'il soit ce qu'il avait toujours été à mes yeux, le champion des innovations; j'attendais qu'il m'arrive avec une grosse valise pleine de "looks" de luxe.Quand on l'a vu en Spider from Mars, quand on a vu son oeil rose au milieu du front, ses boucles d'oreilles en étoiles bril- lantes, ses yeux noirs, ses cheveux roux hirsutes, ses pantalons ballons, ses collants éclairs .on a l'air bête devant un Bowie déguisé en straight.Les cheveux bien peignés par en arrière, teint d'une couleur différente sur le dessus et en dessous, chemise blanche, veste noire et pantalon noir, il s'était déguisé en chanteur de charme.mais il n'avait ni la voix de Frank Sinatra ni le feeling de Charles Aznavour.Je trouve dérisoire qu'on se représente en chanteur heavy "chic" quand on a incarné des "bizarres de l'espace" des "drôles de numéros"; et CAROLE KING La foule enthousiaste et chaleureuse du forum était là, les inconditionnels étaient là, et Carol King s'est taillé un beau succès.Elle était elle-même étonnée et un peu gênée, regardait ses musiciens avec l'air de dire: on n'est pas pour cracher dessus, y sont plutôt fins.C'est à peine si elle pouvait ouvrir la bouche, dire deux mots, qu'immédiatement tout Notre-Dame-de-Grâce, comme un seul homme, se déchaînait en un tonnerre d'applaudissements.A côté de moi, deux jeunes filles (anglophones, de bonne famille, très polies et tout) notaient le titre de chaque chanson, et se trémoussaient de plaisir dès les premières notes de chacune.Voyant cela, je leur ai prêté mes jumelles, ce qui m'a valu à la fin du spectacle force remerciements dans la langue des Beatles, sur un ton salon absolument adorable! mais ces deux filles ont adoré leur soirée, et tout le monde aussi d'ailleurs, moi le tout premier (quoiqu'avec plus de retenue, vous me connaissez! ).J'aime les voix chaudes, Carol King a une voix chaude.J'aime pas trop de décibels, Carole King et ses six musiciens (clavier, percussion-conga, rythm, batterie, lead, basse) ne m'ont pas assourdi.Le son au forum est presque toujours mauvais, cet endroit-là n'ayant aucune acoustique, mais le volume était bien réglé.Dommage qu'une maudite bande de tissu noir m'ait caché le batteur pendant tout le spectacle.Il s'agit d'un de ces décors de scène destinés à dissimuler les poutrelles où sont accrochés les spots.C'est à peine si je voyais le lead-guitar; j'ai pu l'entendre dans une chanson qu'il fait en duo avec Carole King.Celle-ci a chanté une chanson en s'accompagnant à la guitare, ce qui est nouveau; elle a chanté ses succès, "You've got a friend a friend" qui a fait hurler la salle, "Tapestry" bien sûr, même succès, et plusieurs tounes de son dernier album "Rhymes and reasons", accompagnée full-speed par ses six musiciens.La percussionniste est une noire d'une grande beauté et d'une justesse de touche incroyable; on pourrait dire la même chose de son voisin, au clavier électrique, dont tout l'art semblait de souligner certains accents de la musique avec subtilité et au bon moment: un si bémol perché dans les aigus, par exemple, au moment où une phrase musicale atteint son climax.C'est agréable de noter les détails chez les virtuoses.Mais je n'en reviens pas à quel point cette salle du forum est chaleureuse.Il paraît que Montréal est célèbre pour cela dans le monde des producteurs.Il se trouve à chaque fois suffisamment de fans d'un groupe pour emplù le forum.Cela en dit long sur notre goût et notre connaissance pour la musique.C.A.tous les maquillages et les accessoires que ça implique s'adaptaient à ses changements avec la vitesse de l'éclair.Reprenons tout au début.La soirée a commencé par une projection du film Un Chien Anda-lou de Bunuel-Dali.les jeunes fans haletants n'avaient pas l'air d'apprécier trop trop qu'on leur fasse attendre leur idole, sans se douter que c'était peut-être elle, l'idole qui avait choisi ce film là, par esthétisme.Des anglophones criaient "Take that shit off! " derrière ma tête.moi, qui était si heureux de revoir ce film surréaliste.Enfin Bowie vint; son groupe a joué toute la soirée une musique répétitive, lourde, sans nuances, et j'ùai jusqu'à dire asso-mante.Je suis sorti avec un mal de tête.Le style disco de Bowie, s'il ne se métarmophose pas bientôt, va devenir une torture.Des gens qui étaient assis sur les côtés de la salle sont sortis en me disant: "Pour une fois, c'était pas trop fort! .Je n'ai pas eu la chance d'être assis sur le côté.J'étais en face du monstre sacré qui n'était même pas en voix.Il a massacré le premier paragraphe de Life on Mars.des petites filles sont montées sur la scène.Il n'a même pas eu le temps de leur donner une tape, comme il le fait à celles qui lui tendent les bras à l'avant-scène.Je ne saurai jamais si c'était l'émotion ou la fatigue, mais Bowie n'a pas pu donner les notes aiguës du refrain de Life on Mars, il s'est tout-de-suite rattaché à Five Years comme à une bouée de secours.Peut-être que tout ça était préparé .si ça l'était, s'il avait délibérément choisi de mutiler celle que je trouve la plus belle de ses chansons.Je l'accuserais de ne pas faire son devoir de star, c'est-à-dùe de nous donner tout croche ce qu'on a acheté.Cette garde-robe ambulante ne s'est même pas changé une seule fois dans son show .Seul l'éclairage sortait de l'ordinaire; il était entièrement blanc.Des faisceaux de lumière partaient dans toutes les directions.L'effet était plaisant à l'oeil.Je cherchais la crème, j'ai trouvé la crotte Je cherchais la perle et j'ai pris la porte avant la fui d'un show banal.Pierre Voyer MAINMISE avril 1976-9 LATRAWRsl Ce vendredi midi là, il faisait beau comme un jour de printemps en mars.Le lieu du rendez-vous: une chambre d'un troisième étage, rue Saint-Denis, avec une fenêtre par laquelle le soleil venait baigner les plantes.Paul Décarie, notre photographe, était déjà au journal quand je suis arrivée, la tête chargée de beaux souvenirs de l'époque où se mêlaient poésie, places publiques et comètes volantes.Plume faisait partie d'elles.Il frappe à la porte: tam-dadi-dam-dam.Il entre, un sandwich à la bouche.Embarassés tous les trois pendant deux minutes à ne pas savoir donner à cette rencontre l'allure d'une entrevue, nous montons au troisième nous conter des histoires, le temps d'être bien puis de rire .Plume: C'est parti (reniflements).Câlisse que j'ai mal dormi hier, ciboire.J'sais pas, ostie, c'est des affaires qui arrivent.Des journées, chus nerveux.K.C.: Surtout pendant deux semaines de spectacles continuels .Plume: Ca dépend de ce qui se passe pendant un show.Des soirs, y'a des bonnes vibes, des fois, moins bonnes, t'sais.Ca dépend si tu prends un coup heavy avant, tout croche.Au Patriote, hier, chus arrivé à cent milles à l'heure dans une zone de trente .C'est le blues de la bêtise humaine.Ca qu'est-ce que tu veux faire?On est pognés avec ça.Y'a vraiment un âge fou où t'achètes des disques pis t'achètes Mainmise.Faut être fou en crisse, des fois, je pense à ça mais LA FOLIE EST UNE TRES GRANDE VERITE.Parce qu'y'a vraiment un âge plate, vers vingt-sept, vingt-huit ans, jusqu'à temps que tu t'en câlisses ou que tu te prennes au sérieux.J'sais pas trop trop ce qui arrive, là, la plupart des gens se rencontrent.Eux autres, ils n'achètent plus de disques, y 'z'achètent plus rien .K.C.: Dans quoi est-ce qu'ils dépensent d'abord?Plume: Ben, y'z'achètent des maisons.Y s'en vont en campagne dans un esprit de pionniers, en sachant fort bien au départ que c'est juste un trip.Tout est un trip, dans le fond.Tu essaies des affaires pis ça marche un bout de temps, c'est.comme l'amour (pfffl .) La Sainte-Trinité, c'a été un gros burn.Toute l'affaire, je pense, tous les gars qui ont passé par là, qui ont fait un premier disque, ils se font toujours fourrer, ostie.Le moment où tu décides de tout démolir, de tout jeter à terre, ben là, tu cherches qu'est-ce qui en reste.C'est dans cette optique-là que j'ai voulu faire le show au Patriote, complètement dégarni, pas de band, personne qui te lance les tartes à la crème pis personne, qui renvoyé rien non plus.Juste cool and straight.Noir et blanc.Mais c'est ça, tu sais, Triniterre, on était fou comme de la marde, on se câlissait ben de l'argent.On faisait ça pour la gloire, ou ben pour le fun, en tout cas, comme quand tu fais quèque chose tout feu tout flamme.On a tordu la guenille jusqu'au bout.Dans ce temps-là, le père Lamontagne, c'était notre gourou.Y venait nous voir chez Dieu le matin quand on pratiquait parmi les grosses bières flattes de la veille.Le bonhomme Lamontagne s'assoyait, y'ètait heureux comme un gourou.Entre la Sainte-Trinité pis Plum Pouding, j'ai tout câlissé ça là.Je voulais plus rien savoir de rien.Docteur Landry, lui, est parti élever des moutons .K.C.: Les rayons ultra-violets, ça donne des flashes mauves.Plume: C'est ça.Chus vivant.J'ai remonté à la surface de la bière.Pis là j'ai rencontré Cassonade (Steve Faulkner) accoté au bar, en déblatérant des conne-ries hostie.J'ai flippé dessus, y'avait l'air d'un krishna un peu magané, pas un cheveu s'a tête, un krishna vert, pis des grosses lunettes, pis tout le kit.Y m 'disait qu'y jouait de la guitare, pis moé ça m'intéressait de remonter le courant.On a fait tout le tour des osties de compagnies de disques, y'en avait pas une crisse qui voulait savoir quelque chose de moé.On est partis de rien.On a emprunté à la banque, pour le faire, notre long-jeu de "Pommes de Croûte".On était obligés d'aller voir des organismes straight, de jouer straight pour faire la folie qu'on voulait faire.D'un coup, c'a marché.Tout le monde m'arrive pour me faire signer des contrats.Je les ai envoyés chier comme eux autres m'avaient envoyé chier.J'ai parti ma propre petite compagnie à moé; je fais ce que je veux.Okay, c'est pas les gros chars mais je fais à ma tête.Je peux faire un long-jeu complet de mangeage de marde pis j'ai pas de comptes à rendre à personne .Là, je me dis, ouais, bon, chus capable d'être producteur moé aussi.Why not?J'aurais le goût ' de faire une grosse beurrée de marde pis de pitcher ça dans les airs.L'hiver, t'sais, quand tu fais rien, t'sais,'c'est fatiguant, quand t'es pogné à te laisser brunir le cul sur une chaise de taverne.On s'est ramassé une gagne là, y'avait Serge Chapleau.On avait le goût de faire un gros trip, une grosse brosse .K.C.: .et le beau crémage?Plume: Absolument.Ca fait partie du trip.Le gros feu d'artifice nord-américain.Le Vieux Show Son Sale, ça a fait son effet.La photo couverture ou disque, c'a fait chier ben du monde.Moé j'trouve ça correct.J'ai ben aimé l'effet grosse grimace.Tu sais, quand tu sors un premier produit, là le monde qui te connaissait pas, y'z'entendent ça à leur façon pis là y s'approprient ton image.Fa qu'y se disent, bon, lui fait çi, lui fait ça, pis toé t'arrives avec une autre ostie d'affaire, logiquement je le fais, juste pour les faire chier, ces sacrements-là.Ce que je trouve ben cool moé dans le show-biz, c'est de POUVOIR ETRE COMME UN SAVON.A l'instant où le monde arrive pis à l'impression de te saisir, tu leur glisses des doigts-pis floung, t'sais complètement, tu rebondis.J'aime ça rebondir.K.C.: Tu renvoies la balle tout le temps?Plume: Le vedettariat, c'est heavy, J'ai eu des bouts ben heavy avec ça.C'est pareil comme n'importe quoi.C'est comme une nouvelle situation, comme si toé, tu tombais enceinte.J'as une phase d'acceptation, là où tu remets tout en question.Pis toutte, sacrament.K.C.: Les gros mangent les petits .les poissons dans l'eau, pis les balounes.Plume: Comme y font à c't'heure avec le super-vedettariat aux Etats pis au Québec surtout, la seule chose que je trouve un .peu heavy en ce qui me concerne, c'est qu'à partir de l'instant où un gars embarque là-dedans, ça devient peut-être tough pour sa création.Toutes mes créations sont venues du fait que je pouvais me promener dans le monde comme un caméléon et me glisser dans n'importe quelle situation, m'asseoir à côté d'une table, écouter le monde, tripper sur un tas d'affaires.K.C.: Léon Caméléon a joué avec toi, au Patriote?Plume: Mais un gars qui embarque dans le star-system au boutte, les grosses annonces, y peut pus faire ça, y peut vraiment pus faire ça parce que le monde le voit pus comme avant pantoute.Y'a une barrière entre lui pis le monde.Ca, il le ressent ben gros, ça.Veut veut pas.Moé, 10-MAINMISE avril 1976 ]'veux m'en crisser.C'est ma seule os tie de raison de le faire.Je dis ça, je m'en crisse.Des fois, je m'en crisse moins.C'est normal.Y'a des affaires qui me bloquent.Y'a un danger de se prendre au sérieux.K.C.: .la tentation du prophète?Plume: Y'en a qui se prennent pour des gourous.Y'en a qui se disent: "J'ai des choses importantes à dire." Y'en a d'autres qui se prennent pour .K.C.: ./a tête à Papineau .Dans le fond, c'est de faire à sa tête.Plume: Si t'embarques dans une ostie de gamique, tu peux faire à ta tête mais ta tête peut être flyée en ostie aussi pis dérangée.J'ai trente ans, pis j'ai dépassé le niveau de me sortir le shaft su'l stage, t'sais le trip, ba-wa-ga-ga.Je l'ai passé avant.Mais chus toujours dans mon trip de savon.Ca me tente juste d'être cool là, faire des tounes.Que le monde me prenne carrément pour le gars qui fait des tounes, un assembleur de mots comme d'autres sont des assembleurs de briques.Y va venir un temps où le monde vont vouloir me cataloguer.C'est ben de valeur, moé j'resterai pas là, m'a leur chier dans les mains.J'aime ça que les étiquettes collent pas sur moé.Ca regarde seulement le gars qui le fait.Bob et Pine: Faut juste être ce qu'on naît.Plume: Je renie pas les folies que j'ai faites.Le show, c'est d'être toutes les facettes d'un homme.Le plus possible.Les gars qui se prennent au sérieux, je les trouve tristes.Y'a des choses sérieuses dans la vie comme on peut prendre sérieusement une folie mais y'a quand même des nuances.De là à te prendre pour le pape ou Superman .MM: Super-Graine .Plume: (Riant).Mainmise, cet organisme polyvalent de la contre-culture (chantant) québécoise! Docteur Landry, p.d.: "ON A TOUS SA MARDE A MANGER DANS LA VIE.LE BONHEUR, C'EST RIEN QU'UNE QUESTION D'APPETIT.ON A TOUS SA MARDE A MANGER DANS LA VIE.OUVRE TA GUEULE, PRENDS TA BO UCHEE ET PUIS SO URIS." Plume: C'est dur.C'est comme la vie.C'est un peu plus amplifié souvent parce que t'as affaire à être avec du monde.C'est pareil comme si tu faisais toujours des party s chez vous dans'maison.Trente ou quarante personnes.Venez-vous-en ostie, on trippe, la musique au boutte.C'est le fun mais arrive un moment donné où c'que tu te retrouves pus pantoute là-dedans.Tu sais même pus c'est quoi le charme d'un petit souper tranquille.Y faut varier.Le gars qui passe quarante jours en party, y peut aussi ben over-flipper, y va sortir de là, y va avoir l'air d'un morpion .K.C.: Le rat des villes et le rat des champs.?Plume: Moé, chus un gars de ville.Le trip de la campagne, okay, je l'ai dans la tête.Y'a des flashes.Dans le fond, je me sens bien quand je sens mes talons qui claquent sur l'asphalte.Dans le temps que je faisais des aquarelles, de la peinture, je faisais des chevaux, des filles.Je suis un portraitiste à la base.Caricaturiste aussi.La Gaspésie.Des murales de restaurants .K.C.: Yap .! Les belles années soixante! Plume: Un gars a commencé à m'appeler Plume.Je me promenais avec une plume s'a tête.Ca a toujours resté.Des fois, la plume est pesante, lourde à porter en crisse.De la peinture, je vais en refaire.Chus straight en peinture.J'aime les formes comme je les vois.Ce qui est arrivé maintenant, c'est que j'ai tout swouitché ça en musique, je fais DE LA M USIQ UE PICTUR A L E.K.C.: Où tu vois ce qui se passe.Les tableaux chantés de la comédie quotidienne?Plume: Ca me donne une tête de cochon.Supposons que je travaille avec des musi-, ciens, eux autres, c'est normal qu'ils voient ça plus musical que moi.J'ai essayé de définir la job que je pouvais faire, pis je suis arrivé à me donner une espèce de surnom: je suis UN CERNEUR D'AMES.J'essaie.Je passe un temps.Supposons le plus souvent l'alcool.Quelque chose que je connais pour l'avoir vécu à'planche.C'est sûr que tu vas tripper avec des musiciens.Tu vas créer une mélodie, eux autres vont la vbir avec des arrangements.Parce qu'il existe un feeling COMME UN SAVON de musiciens, ils la fee lent comme ça (clic! ).Tandis que moi je trippe sur le côté image de la musique.L'arrangement je le vois pas autre que du monde qui parlent en arrière, des bruits de chaise, de bouteilles, des sacres .K.C.: Le feedback t'es renvoyé .Plume: Des affaires de club qui vont créer une âme, cloisonner.Tu fais une toune sur le delirium tremens, y'a pas de structures là-dedans.C'est hi-hou-hi-ha-ha-ouch .(Et Plume part en transes, il crie, il se garroche).Les arrangements vont venir, eux autres.C'est sûr ça.J'ai le goût à mon moment de faire des trucs avec des brass.comme quand j'étais dans un orchestre dans les salles de danse.Le brylcreem, tu t'en mettais mais là y'en avait pas encore assez, tu t'en remettais une autre couche, ça séchait là.Après ça, tu pouvais l'ouvrir la tête comme une planche de tôle.(Silences.) Finalement, l'important, c'est de faire à sa tête.Y'a pas de loi pour ça, pas de critère.Maudit.Ce que je dis aujourd'hui, je peux aussi bien dire le contraire demain.Ma seule stabilité, c'est l'instabilité.K.C.: Et le mythe du gars de taverne?Plume: La taverne, c'est rien que le décor dont je me sers.C'est là que se trouve la misère humaine, du moins celle qu'on connaît au Québec.C'est là où il y a ben des problèmes qui s'envolent en boucane de cigarettes, pis en balounes.C'est là qu'est le rendez-vous des sportifs.C'est là qu'il y a les dîners d'hommes d'affaires.C'est là que toutte se passe.C'est de là que partent les mouvements féministes.C'est un feeling dont on n'a pas à rougir.K.C.: Même si t'es toute rouge le lendemain .Plume: On pourrait être un peuple ben clean, ben religieux tout ça mais on est un peuple de bâtards tout croches.On fait partie du blues de la bêtise humaine.Ca, tu y reviens tout le temps.Sauf que là je me sens solidaire.Chus parti, j'étais tout croche dans un monde bête que j'acceptais pas mais, même si ça change pas, je commence à avoir les moyens de m'en crisser.Je fais plus mon trip, je commence à plus me connaître.Veux veux pas, tu pars toujours d'une certaine mode.Dans le temps, nous autres, c'étaient les beatnicks, les goof-balls le FLQ, pis le jazz de l'autre.Le rocker était complète^ ment à côté de ça.L'autre bord, t'avais le beatnick à petite barbe, à collier pis les chansonniers de sous-bassements d'église.Le gros boum ensuite, quand toute l'affaire s'est commercialisée.Je m'en câlisse maintenant de toute ça; le monde est un peu plus marxiste.Se promener avec des grosses lunettes noires revirées par en-dedans.J'ai rien contre en autant qu'ils m'achalent pas.La droite pis la gauche, en termes d'angle ou de ligne de démarcation quelque part, moé, j'ai débarqué de toute l'ostie de boulechite.Chus parti du cours classique, de droite, pour tomber dans une gauche mais là finalement, la gauche à pancartes, je la digne plus ou moins.Je vais essayer d'y aller du milieu.K.C.: Une plume qui marche avec le vent, ça pèse combien?Plume: Quand t'es plus ou moins anonyme, tu es le consommateur.Quand tu deviens moins anonyme, t'es le consommé.Tes mouvements sont plus tellement pareils.Dans les élans de lucidité, je chie sur ma feuille et ça donne ce qu'on entend sur mes tounes.Si vous avez des affaires à trouver, trouvez-les ailleurs.Moi, j'en suis pas plus au courant que ça.Je suis un schizophrène.K.C.: Le monde, dans tes shows, semble content d'être choqué par la marde et les grimaces.Plume: Le public que j'aime le mieux, c'est le public des Jérolas.Ca leur donne des frissons.Y vont voir Tom Jones pour se détendre, ils ont travaillé toute la semaine.Ils vont pas à un spectacle pour se faire lire la première page du Jour.Ils vont là se détendre et peut-être aussi pour se déclencher intelligemment un petit peu, pour se faire danser les neurones.C'est le meilleur public à mon avis.Mais tu as les gars qui vont t'analyser, ceux-là, c'est les plus tabarnaques.Qu'ils montent sur le stage, pis qu'ils le fassent à ma place.Pour les critiques, c'est pareil.Y font leur job, moé, je fais la mienne.Des fois, les critiques, je lis ça.Faut ben.Tu fais un disque, c'est comme si tu faisais un petit.Tu t'intéresses un peu à ce qui entoure ça directement, une certaine période de temps.Le gars qui règle tellement les problèmes du monde, j'y donnerais mon corps .pis je partirais avec le sien! Je leur dis tous un beau "fuck you" avec beaucoup d'amour.(Pause.) Dans le show que je fais présentement, ce qui est primordial, c'est les vibrations du monde.Je fonctionne comme un émetteur-récepteur.Je sais comment va se commencer le show, puis je sais pas mal comment il va se finir.Mais dans le milieu, je me laisse toujours laisser ad lib.Sinon, je pourrais pas travailler.Si tu t'enfarges, il faut que tu saches retomber sur tes quatre pattes.Dans une grande salle, j'ai un mur du son qui me sépare du monde.C'est plus puissant que comme un show au Patriote.Là, si le monde trippe, je le reçois tellement plus fort dans le corps, que je leur en garroche.Le critique est là pour t'analyser, la colonie artistique est là pour te déchifrer, d'autres, pour te grafigner.Y'a la fille qui a traîné son chum: "Hey! viens voir ça! " Le gars, lui, a hâte de sortir, y'a envie de pisser .Des fois tu regardes en avant de toé, pis c'a l'air d'un malaxeur.K.C.: Un blender à vitesses, avec glace à concasser?Plume: Tu rentres là-dedans, t'en sors en bouillie.c'est comme passer entre les boules à mites des toilettes.Y'a des fois où tu files pas.C'est comme faire l'amour.Y'en a qui vont au show pour faire une expérience de vie, d'autres y vont pour se donner des side-kicks.Personne a tort ni raison.L'antenne, c'est le gars qui fait le show.Des fois, ça tire plus •sur un bord que sur l'autre.Ca varie.Y'en a, c'est plastique; le public est le robot.J'ai trouvé un proverbe qui dit: GROS CHAR BRULE VITE.Moé, j'ai un vieux Valiant 64 qui marche encore.Tout croche d'ailleurs.Il s'appelle Sapolin.C'est ce qui a inspiré pour les gens, disons, avertis, la chanson Sapolin 148, qui est la Complainte d'un vieux Valiant 64, avec une cannette en spray Sapolin.C'est sur le dernier long-jeu qui s'appelle Pommes de Croûte.K.C.: Pommes de Route, c'est très beau.Plume: Le prochain long-jeu va être ben rambler.C'est à dire qu'il va être enregistré sur un quatre tracks, dans une toilette, quelque part, ou dans une cuisine.Je veux repogner le feeling de cuisine.Y'aura quelques tounes tirées du Patriote, une toune du show de la tournée qu'on faisait, en fait, tout un ramassis de miettes de cuisine authentiques.Rendre les chansons comme elles ont été composées, le plus possible, plutôt que de les faire passer dans le beau crémage de studio .K.C.: Des projets d'avenir?Plume: J'ai un livre qui va sortir aussi et qui s'appelle Le Veau Gras Dort.Ma rentrée pour l'automne de délivrer ces gens que j'aime.Fuck, dans dix ans de brosse, y'a eu des choses de passées qui sont le fun, qui sont cool pis qu'y faut pas laisser passer sous silence.C'est le but de mon livre.Tous les trips qui ont pu se faire.A c't'heure que j'ai un nom, je vais sûrement trouver un éditeur.par Kathou Cordeau MAINMISE 9vrir 1976-11 12-MAINMISE avril 1976 Cet après-midi là, c'est aux Studios Champagne que Paul Décarie et moi rencontrions Gaétane Breton et Richard Cyr qui viennent, un an seulement après s'être fait connaître à la Francofête de Québec, de produire leur deuxième long-jeu.Un long-jeu excellent composé essentiellement de chansons de folklore qu'ils sont allés recueillir principalement dans la Beauce et le Bas du Fleuve et sur lequel ils sont accompagnés par quatre musiciens (Ronald Moreni, Jérôme Bouchard, Pierre d'Amour et Daniel Mathieu), même si, en spectacle, ils ne jouent, comme instruments, que des mains et des pieds.A noter que les Studios Champagne offrent la possibilité à tous les jeunes de la Relève, sinon d'enregistrer leur premier long-jeu, du moins d'y préparer leur démo (et ce, grâce à une entente avec Capac qui finance, en partie, dans un programme d'aide aux jeunes artistes, cette production).Des artistes comme Marcel Tan-guay, Jean-Paul Tremblay, Jean Marcoux et Arpège y ont déjà produit les leurs.Il en coûte $200.00 pour douze heures de studio (équipé d'une piste moni, deux pistes stéréo, quatre pistes ampex, une boîte d'écho, un piano, une salle isolée pour la batterie et des microphones condensateurs et dynamiques).Pour plus de renseignements, téléphoner Ghislaine Martel ou Frank Henry, à 271-7480, ou écrire à Les Studios Champagne, 6900 St-Denis, Montréal.MM: Gaétane Breton et Richard Cyr, comment avez-vous commencé à travailler ensemble?G.B.: Nous avons commencé officiellement à la Francofête.J'avais donné mon nom au cours de l'année comme participante.Quand ils m'ont appelée, j'ai demandé à Richard de venir m'accompa-gner.MM: Vous vous connaissiez déjà?G.B.: Oui, on faisait du théâtre ensemble cet été-là.Je savais que Richard avait déjà fait quelques chansons de folklore sans instrument.J'ai dit à Richard: "Partons comme ça.De toute façon, on n'a rien à perdre." On était payés $25.00 chacun, par jour, pendant dix jours .R.C.: Pour n'avoir à donner que deux spectacles d'une demie-heure par jour .MM: C'était donc le premier spectacle que vous donniez ensemble?G.B.: Oui.MM: Et depuis ce temps-là, qu'est-ce qui s'est passé pour vous à ce niveau-là?R.C.: La deuxième fois que nous avons chanté ensemble, c'a été pour faire notre premier long-jeu dans la série Reflets de la Tradition Québécoise .un mois après la Francofête .MM: Quelle diffusion ce premier long-jeu a-t-il eue?R.C.: On en a sorti deux mille copies .Mais on n'en a pas réentendu parler depuis .MM: C'est un disque qui vous a quand même fait connaître?R.C.: C'est une bonne carte de travail.On a mis six heures à le faire, comparativement au deuxième qui nous a demandé 75 heures de travail.On arrivait de Rivière-du-Loup, on est entrés en studio, on a fait le long-jeu, on a signé le contrat avec Frank Henry et on est repartis .MM: Par rapport aux autres gens de la Relève, est-ce que vous vous considérez chanceux?G.B.: Extraordinairement .à comparer à beaucoup de monde .On n'a jamais vraiment voulu faire carrière .R.C.: Ce sont toujours les gens qui nous ont d'abord approchés.MM: Est-ce que vous considérez qu'il est plus facile maintenant pour les jeunes artistes québécois de se faire connaître?G.B.: Je ne dirais pas .Je m'occupais d'une boîte à chansons l'année dernière à Rivière-du-Loup.Je me suis bien rendu compte que très peu d'artistes que j'ai fait venir vivaient de ce qu'ils faisaient.Même ceux qui chantaient depuis sept ans faisaient ça en à-côté.MM: Actuellement, est-ce que vous vivez de ce que vous faites?G.B.: Présentement oui.R.C.: C'est pour ça qu'on dit qu'on a eu une grande chance.On a pu tout de suite en vivre, ce que la plupart des chanteurs de la Relève n'arrivent pas à faire .MM: Ca vous donne le temps de travailler .par exemple, de faire des recherches pour recueillir du matériel.R.C.: Oui.MM: D'ailleurs, j'aimerais savoir comment vous ramassez votre matériel puisque toutes les chansons de folklore que vous faites sont originales .G.B.: On a commencé par nos parents .par notre famille .R.C.: Moi, j'ai commencé par des chansons de ma mère.J'ai chanté pendant six mois seulement avec ses chansons.Des chansons qu'elle m'avait apprises, que je savais par coeur .G.B.: Y'a aussi des gens qui viennent nous dire qu'ils connaissent telle ou telle personne qui a de belles chansons .C'est comme ça que nous avons étendu notre répertoire .MM: Faites-vous aussi des recherches, dans le sens d'aller fouiller dans des archives?R.C.: Non, même si ça nous a déjà été offert.Nous préférons rencontrer les gens .C'est ce que nous essayons de faire en spectacle: redonner ce que ces gens-là nous ont apporté.Par exemple, j'ai rencontré une bonne femme de 85 ans, une bonne femme tellement extraordinaire que je pouvais passer des après-midis avec elle à jaser.Y'a rien qu'elle n'avait pas fait: la chasse aux marsouins sur les battures de l'Ile Verte, des fours à pain, des teintures .Elle m'a donné une seule chanson mais c'est la plus belle de mon répertoire .MM: Est-ce qu'il y a encore des traditions de chanter du folklore en famille?Dans certains régions du Québec du moins?R.C.: D'après moi, non.Ma mère, ses chansons, c'est pour nous endormir ou en faisant son pain qu'elle les chantait.Dans les fêtes de famille - dans ma région du moins, c'est à dire Rivière-du-Loup - ça ne se fait plus.Les seules soirées de danses folkloriques qui se font encore, c'est dans les hôtels qu'elles s'organisent .Dans les fêtes de famille, ce qu'on chante maintenant, c'est Beau Dommage ou des choses comme ça .Et ça, seulement pendant le temps des fêtes .MM: Par rapport au retour en force actuel du folklore, est-ce que vous croyez qu'il s'agit seulement d'une mode ou de quelque chose de plus profond?R.C.: Beaucoup de gens disent que ce n'est qu'une mode .Je ne suis pas d'accord.Pour moi, le folklore ne se démodera jamais .C'est beaucoup plus profond et durable .MM: Avez-vous déjà songé à écrire et chanter vos propres compositions?R.C.: Moi, pas vraiment.Je n'aurais pas une voix pour ça .Et puis, je suis trop noir pour ça .G.B.: Moi, je serais capable de chanter autre chose que du folklore.Mais pour l'instant, j'aime trop ça .C'a pris une dimension que ça n'avait pas au début où je ne le faisais que pour le plaisù .MM: Est-ce que vous songez à une carrière possible?R.C.: On prend ça comme ça vient.On sait qu'on en a encore pour deux ans au moins à faire ce qu'on fait.On a un bagage de vieilles chansons à exploiter et à transmettre dans la tradition la plus pure possible.Il y a beaucoup de travail à faire encore.Dans beaucoup de coins du Québec, le folklore est encore confondu avec le western .A Rivière-du-Loup, quand j'ai cherché notre disque, je l'ai trouvé dans la section "Western" .Entre la Famille Soucy et Willie Lamo-the .Y'a aussi un travail de recueillement urgent à faire parce que dans quatre ou cinq ans, les vieux qui savent ces chansons-là, il n'y en aura plus beaucoup .Ca va devenu très difficile à trouver .MM: En général, quel âge ont les gens chez qui vous récoltez votre matériel?G.B.: Au-dessus de soixante ans pour la plupart .Et il y en a là-dedans qui sont des mines d'or .Comme Madame Ber-thiaume de Sainte-Marie de Beauce (Gaétane Breton est originaire de Beauce-Nord) qui a un répertoire fantastique .Elle chante depuis l'âge de cinq ans .Toutes des chansons qu'à chaque hiver son père ramenait du chantier où il rencontrait toutes sortes de monde .Je dùais qu'à elle seule, elle en a au-dessus de 150.Et elle les sait toutes par coeur .Elle a même parfois plusieurs versions d'une même chanson .MM: Comment procédez-vous pour recueillir votre matériel?R.C.: Par enregistrement sur cassettes.Ensuite, on essaie d'être fidèles à ce que les gens ont pu faire passer .Quand ils chantent, tu sens une racine .C'est elle que nous essayons de transmettre .MM: Est-ce que vous mettez par écrit le matériel que vous ramassez?R.C.: Oui, mais c'est en les réécoutant que nous les travaillons, en écoutant l'enchaînement des sons .pour pouvoir les donner comme nous les avons entendues .C'est à force de les écouter que nous les apprenons .par oreille .par son.MM: Quand le long-jeu que vous venez d'enregistrer ici doit-il sortù?R.C.: A la mi-avril.Probablement ."Quand ils chantent, tu sens une racine .C'est elle que nous essayons de transmettre." Richard Cyr MAINMISE avril 1976- 13 MME LES BALLETS JAZZ par Michèle Favreau On parle beaucoup, beaucoup de musique dans Mainmise et, finalement, très peu de la danse.Pourtant la danse "c'est fondamental dans l'Univers, tout danse! " dit Eva Von Gencsy, la directrice artistique des "Ballets-Jazz", qui ont donné récemment quelques représentations à la salle Wilfrid Pelletier de la Place des Arts.C'est que dans notre milieu, dirons-nous, il ne se passe pas tellement de choses, il "passe" surtout des troupes souvent prestigieuses, venues d'ailleurs, et qui ont un public fidèle mais restreint.Pourtant, il existe au Québec, depuis bientôt trois ans, cette troupe des ballets-jazz dont il vaut la peine de suivre les destinées (parfois bien aléatoires, un peu pour les mêmes raisons que Mainmise! ) et même si elle n'a pas encore atteint la qualité artistique - ou le niveau de perfection souhaités.Le sport, la danse, les choses du corps, c'est pour les autres, ceux qui ne "choisissent"pas l'esprit! D'abord, parce qu'elle essaie d'imposer à un "certain" public québécois, le jazz (mais il faut entendre ici "jazz" au sens large, incluant jazz-rock et nouvelle musique), trop souvent assimilé par les mélomanes, ou les amateurs "d'art", à une musique "populaire", donc de basse qualité, et le fait que le ballet-jazz, ça peut être bien autre chose que du "show-business", ou quelques "stepettes" aux émissions de "variétés" de Radio-Canada.Entre les discothèques, le music-hall à-la-Muriel-Millard et le ballet-jazz, ce public "éclairé" n'a pas encore tout-à-fait compris la différence.Au grand public, au contraire, il s'agit de faire faire le chemin inverse, du ballet-jazz commercial, divertissement facile et agréable auquel il s'attend, à une plus grande exigence artistique, une ouverture de la sensibilité à des formes d'expression plus subtiles à un certain "envol" du corps vers les hautes sphères de la pensée, ou même de la SDiritualité.La danse: Acte de socialisation par excellence.On la retrouve dans toutes les sociétés, à toutes les époques, dans toutes les civilisations.Eva von Gencsy dit: "J'ai voulu partir, avec mes danseurs, comme avec le public d'ici, de ce qu'ils étaient, de ce qu'ils pouvaient comprendre, sentir, ou exprimer, et peu à peu, je leur demande davantage, leur conscience s'élargit, nous progressons ensemble.Nous ne voulons pas être seulement "commerciaux".Nous voulons être des artistes accomplis, capables d'exprimer ce qu'ils ont dans les tripes, mais aussi dans le coeur et dans la tête.Il ne faut pas trop nous demander, trop vite.Nous voulons réussir à faire aimer la danse, et spécialement le ballet-jazz, à tous les québécois, leur faire comprendre son importance.Elle dit aussi: "Le jazz, c'est très important.C'est la musique de notre temps.Elle vient du ventre, des tripes, qu'elle secoue, bouleverse, et c'est très important parce que ça va avec la libération en cours, et pas seulement la libération de la femme, celle de l'homme aussi, ça la rend possible.Il faut passer par là.D'abord, accepter le corps, parce que tout passe par lui.Le "beat", vous comprenez, ramener la conscience au CENTRE! " Pour Eva von Gencsy, d'origine hongroise, danseuse classique accomplie (première danseuse au Royal Winnipeg Ballet et aux Grands Ballets Canadiens), chorégraphe inspirée, quand les tracasseries quotidiennes lui en laissent le loisir, le ballet-jazz, c'est une histoire d'amour.Un coup de foudre qui lui est venu, comme < ça, au contact d'un "maître" new-yorkais.Une révélation: faire CA, et rien d'autre, l'imposer par tous les moyens, tout recommencer, mais avec l'avantage d'une formation classique solide.Les paroles que nous prononçons ne sont pas l'essentiel du message que nous émettons.Notre corps, nos gestes, nos attitudes nous trahissent, révèlent notre état intérieur réel.Former des danseurs l'été au "Banff Center of Fine Arts", ouvrir des ateliers, au Québec, fonder une troupe, entreprise difficile, risquée, sur tous les plans, administratif et financier, artistique aussi; s'entourer des gens compétants: "to find the right peuple", pour les subventionner (comprendre ce qu'ils représentent) faire leur publicité; trouver un bon imprésario, un éclairagiste compétant, des auteurs et des musiciens qui veulent bien travailler pour eux.maintenir le moral des danseurs malgrés les difficultés, le maigre salaire, attendre qu'une sélection naturelle se fasse au profit de ceux qui veulent vraiment travailler sérieusement.etc.Tout de même, chacun des spectacles de ballet-Jazz, à date, que ce soit dans les cégeps, les universités, ou les salles de spectacle, à Montréal ou ailleurs a été accueilli chaleureusement par un public nombreux composé en majorité de jeunes.Mais sa vraie récompense, Eva von Gencsy l'a reçue du public difficile de la Biennale de la danse, à Venise, en 75, un public pour qui le ballet-Jazz a été une découverte, une joie inattendue: "On ne connaît pas ça là-bas, ça change Tellement des ballets classiques ou modernes, trop vent vides de cette chaleur humaine, cette sensualité, cette vitalité des ballets-jazz cette joie du corps, libéré de ses entraves et des rigueurs de la tradition, je veux dire la tradition de la danse "souffrante" et contrainte".Pour les danseurs des ballets-jazz (j'en ai rencontré trois, francophones, Peter George, Odette Lalonde-Peterson et Richard Taillon), les ballets-jazz, c'est d'abord ça, cette liberté, cette joie du corps, J'ai été étonnée, presque émue du fait qu'ils m'aient parlé si peu d'eux-mêmes, de la danse en tant que spectacle, de leur "art", mais plutôt de la DANSE, de ce que c'est la danse, de ce que ça devrait être pour tout le monde, une chose naturelle, merveilleuse, qui devrait être enseignée dans toutes les écoles et tous les cégeps, mais par des gens compétents et libérés; de "leur" école, surtout, liée à la troupe, où ils enseignent tous, et de leurs élèves, des employés 'de bureau, des secrétaires, des gens de tous les âges, "pognés" dans leur vie étriquée, leur corps martyrisé."Ils viennent pour maigrir, pour relaxer ou tout simplement pour se changer les idées, parce qu'ils en ont entendu parler.Généralement, ils n'ont même pas vus nos spectacles.Après, ils n'en manquent pas un.Ils deviennent nos meilleurs propagandistes."Les gens ne "voient" pas vraiment, ils ne réfléchissent jamais à ce qu'ils ont vu.Et là, ça se développe, on leur demande de mettre en pratique ce qu'ils voient.Au début, ils sont gênés, très gênés.Et puis, ils se dégênent, ils s'ouvrent, et toutes leurs relations avec eux-mêmes et avec les autres s'en trouvent transformées.C'est toute l'attitude traditionnelle du "corps honteux" qu'il faut renverser.Les gens ont des gestes incroyablement maladroits, retenus, ils ne vont jamais au bout de leurs gestes.Ils ont honte de leur seins, de leurs fesses, d'ouvrir les cuisses, de sortir la poitrine, de se toucher."Dans les écoles, on devrait enseigner l'anatomie par la danse.Les gens ne connaissent pas leur corps, sinon théoriquement", dit Odette.La démarche: Légère chez l'oriental.Décontractée et rythmée chez le noir.Raide et gauche chez l'intellectuel ou l'anxieux.Pour les garçons, la difficulté, c'est de faire admettre dans le milieu que la danse, c'est valable pour un homme.Très souvent, ils ont commencé par faire du sport, du hockey par exemple, comme Peter et Richard, ou de la gymnastique, (des affaires de gars! ).Mais ça ne les satisfaisait pas.Ils ont suivi des cours de danse, par curiosité, sans oser penser en faire une carrière: "Ca vient comme ça.Finalement, ça n'est pas si difficile à faire admettre, "un coup partis", même pour les parents, les amis." Quel est le corps forgé actuellement dans l'espace scolaire, l'espace social?Pour Odette, la danse, c'a d'abord été une thérapie, pour soigner un problème de dislexie (Sait-on que la dislexie est un problème de l'oreille interne qui fait que les sons se croisent, et qu'il s'en suit un déséquilibre, une disharmonie corporelle?) Et puis, le goût lui est venu, et la vocation.Mais la question de la danse comme thérapie (et pas seulement pour la dislexie) continue de la passionner, et pas seulement pour soigner les maladies mentales ou les troubles corporels; une thérapie généralisée, à cause de cette incroyable maladie du corps dans notre société.Généralement, ils veulent enseigner.Richard a déjà son école dans Longueuil.Mais aussi avoir une troupe, faire des chorégraphies.Ils n'envisagent pas de faire un métier qui ne soit pas lié à la danse.Aux jeunes, sauf exceptions, ils ne conseillent pas de choisir la danse comme profession (la demande est trop restreinte), mais ils la recommandent avec enthousiasme comme formation.Le jazz surtout.Le jazz, pour eux aussi, c'est la musique de notre temps.Peter George dit: "c'est la vitesse, la rapidité de mouvement, un certain rythme de la vie moderne".Dans le corps s'inscrit le temps.Par lui, nous nous inscrivons dans l'Univers.La danse, c'est se mettre en phase avec l'Univers.Mais le jazz, c'est aussi, parfois, une rêverie des sens, l'expression voluptueuse de la joie d'être avec les autres, avec "l'autre"."Je veux exprimer la vie dans sa simplicité, sa vérité, l'amour, l'homme et la femme, le soleil et le vent, les forces cosmiques, mais aussi le mystère .l'envol", dit Eva von Gencsy.Le programme que donnait les Ballets-jazz à la salle Wilfrid Pelletier en témoignait; fait d'alternance, et d'équilibre, entre frénésie, volupté, contemplation.Les dimensions de la salle, sa réputation "prestigieuse", constituaient un défi nouveau pour eux, qu'ils n'ont pas relevé sans difficultés - par exemple, la difficulté de se projeter suffisamment, quand on n'a pas l'habitude de telles dimensions.Les fantasmes de la première enfance et tous les conflits affectifs vécus "dessinent" notre corps.On peut faire évoluer considérablement le psychisme d'un individu en agissant sur le corps.De ce programme, dont la critique a été faite dans les journaux, j'ai retenu surtout "Up there", pour la beauté des gestes, l'envol des corps qui se déploient harmonieusement dans l'espace, comme générés par le "beat" discret et parfait de Paul Duplessis et Dido; une méditation en mouvement, belle comme du Tai'chi parfois.Et aussi "Jazz Sonata", rencontre, dialogue et fusion du classique et du jazz, un peu l'histoire d'Eva elle-même, qui en a fait la chorégraphie, de même que celle de "Up there".J'ai apprécié aussi "Pas de quatre", très sensuel, et beau plastique-ment, sur une musique de Roberta Flack, chorégraphie de Michel Boudet.14-MAINMISE avril 1976 UNE VISION CONTEMPORAINE ET PURE DES LOIS DE LA DANSE La Compagnie des Ballets Jazz, fondée par madame Geneviève Salbaing, pour le côté administratif, et par Eva von Gencsy, pour la part artistique, a quatre ans d'existence.Les treize danseurs et danseuses se spécialisent dans la production de ballets créés à partir des différents rythmes du jazz tant traditionnels que "free".Ils ont donné plusieurs spectacles à Montréal et à l'extérieur puis ils furent invités par Maurice Béjart à participer au Festival International de la Danse tenu à Venise en juillet 75.Leur rencontre avec le public et les critiques européens a été une révélation assez positive.Les Ballets Jazz seront invités cet été par le COJO à donner une série de représentations à l'Expo-théâtre pour les Jeux Olympiques.Le programme du 6 février à la PDA,, soir de première où l'on sentait les danseurs assez nerveux comme de jeunes poulains avant la grande course, offrait plusieurs numéros de choix, variés tant dans le style chorégraphique que dans la forme musicale.On débute avec "Syncope", une chorégraphie d'Alain Ferrie sur une musique de Barry White.Une pièce courte et d'ailleurs plutôt syncopée.En effet, le début se fait vertigineux, incertain et peu rassurant.Par contre sur "Up there" une chorégraphie d'Eva von Gencsy, on sent qu'une bonne et puissante respiration prend le dessus sur tout.Cela va aussi bien sur la scène que dans la salle.La musique, pour instruments de percussion, fut composée et enregistrée dans l'église St-Pierre de Montréal par Paul Duplessis et Dido.Ce ballet "soul" traduit différents états d'âme, le dernier étant l'espoir de trouver "Là-Haut" réponse à ce que l'on ne peut cerner ici-bas.Le quatrième mouvement, celui du Feu, avec Lorne Toumine et l'ensemble est un petit chef-d'oeuvre de combustion et le cinquième, le "Blues" est un beau duo.Sont à remarquer les jeux de couleurs projetés sur le vaste écran au fond de la scène.Ils influencent les mouvements des danseurs dans leur signification quoique la plupart du temps l'agressivité usurpe la place de la subtilité.Sur l'extrait des "Visages de l'Amour" à "Pas de Quatre" éclate une vibrante sensualité mais qui est gâchée par les sons grincheux et acétiques crachés par un haut-parleur indigne de la voix de Roberta Flack.Un entracte y devient tant méritoire que salvateur.On revient pour un "Hommage a Duke" (Ellington) où la chorégraphie, les costumes et le décor signés Richard Jones font de ce ballet, je dirais, la pièce maîtresse de toute la soirée.Cette compo- sition du titan ellingtonien faite de nombreuses touches musicales en contraste continuel allie le pianiste et le chef d'orchestre.Le chercheur Duke en choeur avec les danseurs des Ballets Jazz (là où je trouve qu'ils y ont donné le meilleur d'eux-mêmes) parvient à synthétiser les trois styles: jungle, mood et danse.Après cet hommage bien rendu, la foule regagne le hall pour un verre ou une cigarette ou les deux à la fois.Là, on remarque que le tout-monde-de-la-danse torontoise et new-yorkaise était au rendez-vous.Le programme, riche certes et peut-être un peu chargé, se termine sur une époustouflante."Jazz Sonata" où se marient danseurs classiques et danseurs de jazz.Richard Lorain a signé les costumes et les effets scéniques et Trevor Payne la musique.Je me souviens de Trevor Payne, le Yul Brynner noir du rythm'n blues montréalais, lorsqu'il jouait au disparu-hélas-Scandinavan Club dans l'ouest de la ville, il y a sept ans.Cette fois, l'ultime effort était lancé.Les trois mouvements de cette pièce dont la chorégraphie est de Eva von Gencsy évoluent avec grâce et assurance.Les danseurs jazz, avec désinvolture arrachent enfin le voile couvert d'or et de Mystère des danseurs classiques.Le tout dans une spirale d'extase .ou d'agonie?kathou cordeau ET QUINTONNAL JAZZ POURQUOINEBU ET PAS DEBUT?En fait ce jeune groupe québécois n'en est qu'au début de la compréhension et de l'exécution de la musique de jazz.Nébu, composé de cinq musiciens est un groupe neuf qui essaie d'apporter du neuf; les gars propulsent des variations surprenantes, oui, mais je les trouve trop individualistes dans leurs promptes hésitations et pas assez "ensemble".Frôlant le banal fatigué, Nébu ne rejoint la recherche en autant que celle-ci est l'affaire de chacun.Le guitariste s'énerve à pousser des mesures démesurément rock et anciennes, le pianiste jongle entre le clavier et le tambourin, le batteur auquel revient l'accentuation rythmique pratique trop souvent les quatre temps égaux sans arrangements trop élaborés, le saxe se veut étranglé: à noter toutefois l'excellence performance du contre-bassiste dont le jeu et la position de jouer sont aussi spectaculaires qu'étonnants.Leur pièce "On a marché sur la Rivière-des-Prairies" est la seule qui se rapproche le plus du jazz contemporain par son procédé de création combiné à une improvisation fondée.Alors que d'autres ont marché sur la lune, Nébu continue de marcher sur les ailes d'une musique beaucoup plus rythm'n blues que jazz.QUINTONNAL JAZZ Un quintette fort intéressant celui-là, composé de véritables techniciens du son et de l'instrument.En vedette Martin Fournier, le malin martien, petit de taille ce drôle de bonhomme mais allez entendre quelle puissance sort de son saxe et soprano.Il est très intéressant à écouter, à voir et à juger jusqu'où il mène ses riffs (le riff étant une figure sonore à caractère plus rythmique que mélodieuse, destinée à être répétée).Ses répétitions, ses hésitations, sa confiance lui assurent un brillant avenir dans sa recherche jazzistique.Martin est le fils du producteur de film Claude Fournier .soit dit très vite en passant.Daniel Mercure le pianiste, lui, est un virtuose du Fender Rhodes.Il a d'éblouissantes études classiques à son dossier, de profondes recherches, de belles compositions et de sérieux projets.Pierre Pilon manie les baguettes avec un contrôle sûr et un goût du "hot".Pierre Lafrenaye, trompette et Flugel Horn, est un jeune qui s'affirme volontiers et ses glissandos sont superbes à entendre à côté des inflexions de Martin Fournier.Les cuivres sont à l'honneur et le public leur rend bien.Jean Pellerin à la basse est très "in-beat" et fait les choses comme elles se doivent, avec souplesse et agressivité.Des compositions intéressantes: "Push-ups" à la gymnastique jazzmati-quement élastique; "Poster", une pièce trompettique de Pierre Lafrenaye.Ils sont assez savants dans leur art, surtout quand on est modestement frais sorti du Conservatoire et qu'on descend de Nick Ayoub, vous vous souvenez, duquel j'ai recueilli quelques propos autant importants qu'agréables.C'était l'époque des Flint-stones.Quintonnal Jazz, sous la vigilante tutelle de Normand Latourelle, rentre d'une tournée des Maritimes et du Québec qui a duré trois mois.L'Europe attend le groupe pour bientôt.Je trouve que ce quintet, avec celui de Nick Ayoub est l'un des meilleurs au Québec et, comme le dit la terminologie anglophone qui est à l'origine du jazz, allez-y les boys, que ça 'blow'! kathou cordeau MAINMISE avril 197&- 15 dVei litva 32SMMIAI4-W par Edgar Fruitier MONTEVERDI Jusqu'ici, nous avons centré nos intérêts sur la révolution de pensée qui a correspondu au mouvement romantique: Mozart et Bach, deux musiciens allemand et autrichien marqués par la littérature des XVIII et XIXèmes siècles, aussi bien que par les changements politiques que la Révolution française et ses courants préalables avaient causés.Nous allons maintenant reculer plus loin dans le temps.Les XVI et XVIIèmes siècles nous intéresseront aujourd'hui; plus exactement, le phénopiène que fut le musicien italien Claudio Monteverdi.Monteverdi est né à Cremona, en 1576, il fut baptisé le 15 mai de cette année, il devait vivre 76 ans.Pendant ce laps de temps, le monde devait voir se produire de nombreux changements, des penseurs importants devaient marquer aussi l'évolution de l'homme.Si vous voulez bien, faisons un peu d'histoire, il est important de profiler notre musicien sur les événements de son temps.Un des événements les plus importants de ce siècle finissant est la place prépondérante accordée aux guerres de religion, le catholicisme, cette forteresse imprenable, doit soutenir les coups de boutoir du monde musulman et tout le bassin méditerranéen retentit des batailles navales que se livrent les factions mahométanes et catholiques: 4 ans après la naissance de notre musi- cien, le roi d'Espagne, à la tête d'une coalition catholique où la république de Venise a une importance stratégique, gagne la bataille de Lépante qui fait se retirer pour longtemps le lion africain dans son désert.Venise deviendra la ville de Monteverdi, et de 1613 à sa mort, c'est-à-dire pendant 30 ans, sa musique sera associée à la Sérénissime République.Venise qui, maintenant fait commerce avec ses adversaires d'hier, n'évitera pas la mode orientale, et Monteverdi sera marqué, comme toute la musique italienne de l'époque, par cette mode (en Angleterre, un autre grand créateur, Shakespeare, contemporain de Monteverdi, situera dans son Othello l'opposition, l'antinomie presque, qui met face à face les mondes européen et musulman: c'est à cause de ces oppositions, selon moi, qu'Othello conduit sa jalousie jusqu'à tuer Des-démone, mais cela est un autre monde .qui éclaùe notre musicien italien, tout de même).L'Eglise catholique est aussi déchirée par le schisme incontrôlable qu'est le protestantisme: Luther, en Allemagne, Calvin en Suisse et Henry VIII en Angleterre.La fille du grand adversaire de François 1er, Elisabeth 1ère, protectrice de Shakespeare, continue à faire régner la religion d'état dans les fies britanniques et l'anglicanisme domine les îles (il faut quand même préciser que deux musiciens anglais catholiques ont évité la hache, grâce à leur génie musical, on prend plaisir à le rappeler, deux des plus grands maîtres de la polyphonie: William Byrd et Thomas Tallis, dont les oeuvres religieuses sont d'une beauté indescriptible).Philippe II d'Espagne, le même roi qui a gagné la bataille de Lépante, va essuyer une défaite cuisante, en envoyant en 1588, (Monteverdi à 12 ans), la célèbre Invincible Armada, pour détruire l'Angleterre d'Elisabeth.L'amiral Medina-Sidonia avait planifié son expédition sans compter avec les tempêtes de la Manche, qui décimèrent sa gigantesque flotte, et sans l'endurance, le courage et la ruse des marins anglais qui détruisùent et mirent en fuite ce qui restait de la flotte espagnole.Moment historique pour la politique et l'histoire, mais aussi pour les arts en général et la musique en particulier: des musiciens comme Byrd et Tallis, dont je parlais tout à l'heure, purent étudier leurs modèles continentaux, surtout italiens, sans contrainte.On comprend l'influence que dut avoir sur ces musiciens insulaires un Monteverdi, dont la musique domine cette époque.On le voit: l'époque était perturbée, d'autant que l'Europe centrale n'était pas des plus tranquilles: les agitations des empires centraux devaient culminer à la guen-e de 30 ans, de 1618 à 1648: Monteverdi mourut en 1643 et se révolta autant que nous devant ces tueries inutiles, toutes organisées pour assurer la succession de je ne sais quel prince ou la prise en possession de je ne sais quel territoùe par je ne sais quelle puissance.Horrifié par ces guerres, notre musicien a publié en 1638 ses madrigaux guerriers et amoureux, où chaque page plus la guerre, faites l'amour": écoutez le plus guerre, faites l'amour": écoutez le "Non piu guerra" où l'horreur de la guerre est contrastée par la volupté des jeux erotiques.Je ne saurais assez recommander l'acquisition d'un album Philips de 5 disques (eh oui! il coûte très cher) où tous les madrigaux guerriers et amoureux sont assemblés, nous avons quelques-unes des plus belles pages de Monteverdi chantées ici par un groupe majoritairement anglais, dont la musicalité et l'engagement rendent irrésistibles les interprétations.Le Combat de Tancrède et Clorinde, surtout, un opéra-miniature, si on me permet l'ellipse, est ici chanté et joué de façon bouleversante.Ceux que cela amuse pourront aussi essayer de trouver les influences arabes dont je parlais plus haut, dans cette oeuvre où, à l'époque de Croisades, Monteverdi oppose les deux mondes chrétien et musulman, dans cet opéra de 20 minutes, plus profond que l'anecdote du Tasse qui en assure la trame.(PHILIPS: 6799006) Je serai toujours étonné que ces périodes troublées permettent si facilement l'éclosion des grands maîtres à penser.Notre Renaissance voit apparaître des phénomènes comme un Rembrandt et un Rubens, en Pays-Bas, un Michel-Ange, en Italie, et en musique, Monteverdi s'aligne avec des maîtres comme Frescobaldi, qui domine le monde de la musique à Rome, Heinrich Schùtz est l'allemand (il a étudié à Venise) qui commence à faire la musique allemande.Je suis ici très cursif, trop de noms seraient à mentionner.Qu'il nous suffise de savoir que l'Italie, est dirigée par des princes éclairés, dont l'amour des arts, de la musique surtout, en fait des amateurs éclairés.Toute la vie de Monteverdi sera une succession de châteaux et cathédrales .Monteverdi vécut 46 ans à Cremona et Mantova (Mantoue).C'est dans cette dernière ville qu'il participa d'une façon éclatante à la création de ce nouveau genre (alors! bien sûr) qu'est l'opéra.On peut due que ce nouveau genre, ce nouveau style, si l'on veut, est né à Florence, lors du mariage de Henri IV avec Marie de Médicis, en 1600.Jacopo Péri fit représenter pour agrémenter les fêtes de ces noces une oeuvre chantée et jouée sur le thème d'Euridyce, l'épouse d'Orphée que celui-ci va chercher jusqu'aux enfers.Le but de Péri et de tous les musiciens intéressés à ce nouveau genre était de recréer la tragédie grecque avec ses choeurs et son chant.On ne saura sans doute jamais si leur reconstitution est authentique, mais leur geste fit ce nouveau genre qu'on appelle opéra.Monteverdi ne devait pas ignorer, évidemment, ce nouveau développement, ni ses employeurs, la famille princière des Gon-zagues à Mantoue: le duc Vincent Gon-zague avait d'ailleurs assisté aux représentations de l'Euridice de Péri à Florence.Monteverdi conçut tout de suite l'idée d'opéras à faire représenter à Mantoue.Le 23 février 1607, Monteverdi dirigeait la création de son premier opéra, Orfeo.Le sujet est le même que celui de Péri, 7 ans auparavant à Florence.Le duc Vincent était si passionné par l'idée, qu'il s'occupa d'engager les chanteurs nécessaires et la représentation fut assurée, grâce aux deniers de ce mécène éclairé.Voici une date importante de l'histoire de la musique.Mais aussi, l'opéra nous reste à cause des moments exceptionnels où le génie de Monteverdi conjugue cette passion charnelle italienne avec le mythe si prenant de la musique salvatrice et irrésistible: ici encore Monteverdi clame son horreur de la violence, me semble-t-il, il y a un message, cela me paraît certain: la scène aux enfers, où Orphée supplie les forces négatives de lui céder le passage jusqu'à Euridice, sollicite Monteverdi jusqu'au tuf de son inspiration, et l'émotion qui nous étreint se nourrit aussi bien de notre participation sensuelle que de l'étrange perception de notre insuffisance à comprendre.Beaucoup plus se dit ici qu'on ne 16-MAINMISE avril, 1976 peut le percevoir.Le duo d'Orphée et Apollon, en fin d'opéra, est aussi une page à tout bouleverser dans l'appréciation de notre ego: deux statues chantent la force mystérieuse de la beauté, en l'occurence la musique.En somme, dans cet opéra, tout est de première importance.On peut trouver trois enregistrements modernes dont je serais bien embêté à spécifier lequel est le meilleur.L'enregistrement réalisé sous la direction de Harnoncourt (Telefunken: SKH-21), nous propose l'habituelle authenticité exhaustive du groupe viennois qu'il dirige, avec les élans mesurés que cela entraîne.Harnoncourt, grâce en partie aux instruments originaux qu'il utilise, peut mettre l'accent sur le chatoiement des couleurs, sans pour autant diminuer le contact chaleureux du message sensuel de cette participation brûlante.Je sais pertinemment que je ne saurais me passer de cette version rutilante de notre Orfeo.La version Erato (STU-70440-441-442) dirigée par Michel Corboz est assez différente.On ne trouve pas ici le même souci d'authenticité à tout prix que dans la version Harnoncourt - Telefunken, mais la lecture ne pêche en aucune façon dans ce sens, pourtant, l'accent me paraît mis sur la ferveur de ces jeunes chanteurs, dont la participation est toute charnelle, me sem-ble-t-il.Ici, la musique me semble avoir été écrite avec de la chair humaine! Quel paralogisme! Mais cela dit bien ce que cela veut dire.Eric Tappy, qui chante Orphée, dégage par la couleur même de son timbre je ne sais quelle souffrance tragique que je trouve irrésistible dansjp rôle d'Orphée.Comparativement, Lajos Kozma, l'Orphée de Telefunken, chante pas me séparer J'ai tant parlé de Venise, au début de mon papier, que je ne peux retarder plus longtemps l'entrée de Monteverdi dans la ville aux canaux: un des fleurons de notre civilation: la ville de l'amour, par excellence, donc la ville des arts, par excellence, si l'on me permet cette équation.C'est en 1613 que Monteverdi arrive à Venise, il y dirige alors la musique dans la somptueuse église de style byzantin San Marco.De son jubé à l'orgue, il domine la fameuse place Saint-Marc, un des coins construits par l'homme où il semble avoù réussi à égaler la nature en grandeur et beauté.Tout cela est inspirant, ai-je besoin de le dire?Monteverdi compose pour ses services religieux une quantité prodigieuse de pièces de musique sacrée, dont un grand nombre est réuni sous le titre Selva Morale et Spirituale, et édité en 1640, par l'éditeur Magni de Venise.Ce cahier de motets, messes et autre pièces religieuses est enregistré sur disque Erato: STU-70415 à 70420, et, à part 70386-387.Nous parlerons de ces deux derniers disques un peu plus loin, si vous voulez.Mais, il n'y a pas possibilité de discuter les 6 premiers disques, parce que c'est la seule fois que ce cahier a été édité de façon intégrale.Michel Corboz et son choeur de Lausanne assurent l'interprétation toujours avec cette ferveur que l'on sait, et encore une fois se trouve devant une manifestation "religieuse" où la prière ne peut partir d'ailleurs que du vertige charnel, tout cela est absolument italien: en Italie jamais on ne peut oublier qu'on a un corps, un sexe, même en priant, et Monteverdi est le plus italien avec un timbre italien (il est hongrois, je crois), tout à fait approprié, mais sa ferveur me semble plus étudiée.L'excellence de ces deux versions m'empêche de préférer l'une à l'autre et c'est plutôt par leurs caractéristiques qu'on peut savoir laquelle pourra nous plaire davantage.La troisième version d'Orphée dont je veux parler est celle de Deutsche Geammophon (ARC-2710015 toujours 3 disques), que le jeune chef de choeur allemand Jurgen Jurgens à dirigé à Hambourg.La première audition de cet Orphée m'a laissé sans impression, me demandant pourquoi j'était resté de pierre (!) à l'écoute de ce Monteverdi, pourtant à la deuxième audition, toutes les beautés de cette interprétation m'ont semblé évidentes.Je crois que ce qui m'avait empêché de vibrer à cette première audition, c'est l'ajout (tout à fait autorisable, dans ce style), d'ornements qui me paraissaient cacher la simplicité des lignes de l'opéra de Monteverdi.Je suppose qu'à la deuxième audition, ces ornements sont devenus familiers et n'ont plus rien caché, et je me suis retrouvé avec mon habituelle émotion • devant une superbe interprétation de l'Orphée de Monteverdi.Il n'en reste pas moins que le travail ici est plus analytique que dans les autres versions et que l'émotion se teinte d'un travail mental qui peut canaliser cette émotion.C'est encore ici une version de Orphée dont je ne pourrais des musiciens, dans ce sens .Les deux disques séparés que j'ai voulu isoler nous proposent une interprétation des Vêpres à la Vierge (attention à la coquille ici, elle est tentante, et Monteverdi ne la désavouerait pas, lui qui fut un si grand et si chaleureux amoureux).Il se trouve que ces Vêpres ont été souvent enregistrées et la comparaison s'impose entre cette version toute d'emportement mesuré qu'est celle de Corboz et celle, plus récente de la firme Deutsche Grammophon (ARC-2723043-3 disques! ) Hanns-Martin Schneidt dùige ici le Regensburger Doms-patzen, jeunes garçons-choristes et un groupe de solistes britanniques.Encore une fois, on peut résumer leur interprétation en précisant que la couleur^i belle de cette interprétation la situe et que l'émotion se dégage plus de cette recherche que d'une participation viscérale des interprètes.Deux positions que seuls, vous, les lecteurs, pouvez définir pour vous-mêmes.Vous choisissez selon votre goût.Tous les disques dont j'ai parlé sont irréprochables du point de vue technique, allez-y en confiance, tout en vous méfiant d'un mauvais passage occasionnel.Bonne écoute et essayez de vous retremper dans cette Renaissance si riche et si suggestive que Monteverdi a vécu et suggère dans sa musique.Edgar Fruitier M"AINMÏSfcavrif i'976"-17' J'ju%^ i ^rfù- /(l^A?NO 5 LA SYMPHONIE DE NEPTUNE La fin de l'hiver est le moment le plus mouillé de l'année.La fonte des neiges, les lacs de slotche en ville, le réveil des ruisseaux bientôt.tout ça me fait penser à l'hiver des temps, l'âge du loup qui s'achève pour que commence un temps nouveau.Je sais, je sonne comme une annonce de Savon, mais je me laisse encore émouvoir par la renaissance annuelle de la vie, de la nature et des hommes: même les plus civilisés éclatent comme des bourgeons au printemps.Et je me dis que dans l'année des temps, une sorte de printemps va bien finir par émerger.Pendant ce temps de l'année que les astrologues appellent Les Poissons tout ce qu'on a pu échaffauder pendant l'année se retrouve disloqué, flasque, dans la mer primordiale.C'est ce qu'on appelle l'indifférencié.Les éléments mini-milli-mul-tiples se confondent avec la grande englo- beuse du ciel.Tout ce que l'hiver a enfermé sous la terre a pourri, est devenu identique à la terre elle-même; tous les déchets sont devenus nourriture.Tout ce qu'on a expérimenté pendant l'année se confond à des vagues.La musique est très intimement liée à l'eau.Même le vocabulaire des disques, "plage" "sillon" participe à cette grande analogie.Les ondes sonores et les flots ont une même tendance à se répandre, à pénétrer tout, à confondre tout, à avaler, à englober.La musique et la mer sont faites d'une grande partie d'eau.Mais il faut voir des eaux distinctes selon les fonctions qu'elles occupent, comme on utilise des musiques différentes pour combler différents besoins.Il y a l'eau qui jaillit, l'eau de source.Il y a aussi l'eau corrosive qui gruge les choses et les use lentement.L'eau sombre et profonde, immobile et menaçante.La rivière, le fleuve et la mer.C'est l'aspect océanique de la musique qui s'accorde le mieux avec cette méditation de fin d'hiver.Le poisson, notre ancêtre à tous, le formateur de la terre et de la vie sur terre, se noye lui-même dans la multitude de vagues provoquées par ses bonds dans l'eau du temps, dans l'océan de l'histoire.C'est le mythe du çakyamouni Hindou.La civilisation qui se noye actuellement s'est répandue sur la terre comme un océan.Les eaux se sont mêlées: on voit aujourd'hui sans sourciller des espagnols qui vendent des bottes turques à Tokyo, ou encore des Lapons anglicisés qui enseignent le Chinois à des émigrés Yougoslaves à Sept-Ues .J'exagère à peine.Nous vivons dans le reflux des civilisations qui se sont mêlées.Les styles de musiques innombrables sont devenus des lieux-communs quotidiens de la radio.La samba sert à annoncer les brosse-à-dents, la musique balinaise va bientôt accompagner les commerciaux de soutien-gorges.Il faut être prêt à tout gober.Les groupes, les solistes et les disques se succèdent à un rythme fou dans la vie de tout le monde aujourd'hui .chacun sa petite vague et toutes perdent leur intensité première.La musique archi-symphonique de Wagner, Bruckner, Malher et quelques autres compères ressemble à la mer par l'ampleur et la multiplicité des éléments fondus ensemble.La musique modulaire de Steve Reich, Terry Riley et parfois celle de Soft Machine ressemble à la mer calmée .mais c'est la diffusion de la musique vendue qui fournit la plus belle image d'un infini liquide insaisissable.L'océan des mélomanes et des fans est immense et universel.On est familier avec les musiques du bout du monde .Neptune est le roi des eaux.Je le vois comme un roi qui domine son élément et qui peut s'en servir à sa guise.Il est traditionnellement associé, par les astrologues, à l'extensivité hors de soi, l'appartenance au groupe, les mouvements collectifs, la conscience populaire et aussi les mouvements irrationnels comme le mouvement surréaliste; il est associé également aux ondes spirituelles, à l'âme, aux expériences fluidiques, aux drogues.La musique est aujourd'hui le moyen dont les jeunes disposent pour appartenir à un groupe autant qu'elle est leur nourriture spirituelle.On ira pas jusqu'à faire de Neptune un Dieu de la musique, mais il est quand même étonnant de constater les ressemblances et les parentés qui existent entre les deux.L'aspect diffusion et l'extase musicale sont des effets neptuniens de la mélomanie contemporaine.La musique québécoise subit les influences des courants sonores que l'oreille québécoise se laisse vendre.Charlebois et Valiquette font des reggaes, d'autres font du disco, d'autres se spécialisent dans la musique médiévale .nous sommes perméables à beaucoup de formes et de systèmes différents.Va-t-il sortir une île de cet océan?Y axira-t-il un Neptune pour chevaucher les flots des ondes musicales?Il faut d'abord savoir nager à travers les courants, côtoyer les milliers de mélomanes et les milliers de musiciens qui cherchent tous à se réunir, à appartenir à un groupe immense.La musique jaillissante, fraîche et simple, pure et limpide, comme l'eau de source ne nous atteint pas au milieu de la mer.Il nous fait du super-symphonique et du remplissage.Quand je parle de musique simple, je ne pense aucunement à la musique "simplifiée" qu'on veut vendre partout, je parie d'une expression spontanée, de l'émotion indéfinissable qui relie le "violonneux" ou le "chanteux" et son auditoire immédiat.Dans l'océan où flottent tant d'étoiles, on a perdu le cérémonial, l'aspect sacré de la musique .Et moi, je vois un printemps.Je vois une lueur d'espoir dans le noir d'une fin d'hiver.J'entrevois une survie de l'émotion.Je cours après.Je cherche à la révéler parmi les vagues lourdes que font les piles de disques en tombant dans l'oubli auquel les voue le marché.Je fais un souhait: qu'il vienne un éclair à nos représentants gouvernementaux pour qu'ils organisent une distribution québécoise, étatisée, qu'ils versent l'argent qu'il faut pour mettre sur pied la production de nos disques.On pourra chevaucher les courants et rendre plus efficace notre appartenance à des groupes plus vastes.Le jour où les musiciens recevront un salaire pour remplir une fonction précise sera le jour du grand nivellement, le renouveau sera proche.Pierre Voyer 18-MAINMISE avril 1976 Fabienne Thibeatilt Kébec Disc KD 906 Le chemin qu'elle a suivi est tellement significatif que le ministère des affaires cul.en a fait un court-métrage "éducatif" de $17,000.Une histoire modèle: née en 1952 à Montréal, Fabienne suit pendant dix ans des cours de chant, fréquente l'atelier de chansons de son CEGEP, continue par une tournée des cafés et boîtes à chansons, participe au festival de Granby où elle remporte le troisième prix, puis lé premier, enfin connaît la consécration à la Chant'Août, où sa voix extraordinaire ne laisse pas indifférents ces messieurs du show-business à la recherche de nouveaux talents.On lui fait donc faire un disque, à partir des chansons qu'elle-même a composé et que son guitariste et ami Pierre Hétu a mis en musique.Le résultat n'est pas sans qualités: l'enregistrement est très bon, et les moyens accrus ont permis des arrangements beaucoup plus travaillés dont l'emphase trahit peut-être un excès de sérieux.L'étonnante aisance de Fabienne accroche l'oreille dès la première écoute, et suscite immédiatement un certain nombre de questions.A l'image de certaines de nos voisines des zétats, la voix a une sonorité folk dont le caractère disparaît un peu derrière la complexité de l'orchestration.Cet effet est-il délibéré à la suite d'ùnpératifs commerciaux introduits par la compagnie de disque ou n'est-il que la conséquence d'une perte de contrôle due aux difficultés de production?On peut craindre que, dépassée par les événements, Fabienne se dirige vers un style qui a peut-être fait ses preuves sur le marché, mais qui ne correspond pas aux qualités de chanteuse qu'elle a affirmé jusqu'ici.Un autre point soulève des interrogations: le sens des textes qui sont chantés.La sympathique simplicité n'est peut-être pas suffisante pour bénéficier d'une telle tribune, et, pour ma part, je préférerais des paroles qui délaissent un peu les thèmes-guimauve, la nostalgie triste, les amours contrariés, l'impuissance devant la vie, ou tout simplement l'anecdote sans intérêt.L'avenir apportera probablement les réponses, et quoi qu'il en soit, l'affaire est à suivre de près ."C'qui va m'arriver J'vas essayer d'ie décider C'est faisable, c'est faisable Dites moé c'que vous en pensez ." Claude ROBERT CHARLEBOIS Par Pierre Voyer Longue Distance Solution SN 905 L'Amérique latine a trouvé son porte-parole québécois en Charlebois.Les liens d'amitié et les espoirs culturels qu'un québécois peut investir dans cette amitié sont un message assez fort pour tenir longtemps, depuis Demain l'hiver jusqu'au CArtier récent.Charlebois chausse des ailes.Malgré une légère habitude à soi-même, il reste un messager révolutionnaire.Les textes des autres ont toujours l'air d'avoir été écrit uniquement pour lui.Ses propres chansons seront pourtant toujours les plus touchantes.Les meilleures, à mon avis, sur Longue distance sont des siennes, Mon Ami Fidel Punch Créole.Si l'écran ne nous a pas volé pour toujours notre messager dans l'hiver, il va revenir étendre ses tapis de tendresse et de fonne sur nos scènes.Une samba éternelle, c'est ça qui fait monter le peuple au ciel! Mais le peuple ne part pas tout seul à la danser, il faut toujours le ré-inviter, continuer à chanter l'invitation .La musique continue, elle, à emprunter partout.Elle saute d'un genre à l'autre au point qu'on ne saura jamais vraiment si Charlebois est un rocker ou un tendre .Il complique encore son portrait avec ses emprunts récents; les rythmes antillais et disco! Puis tout-à-coup l'orchestre foule-miel embarque pour une ballade en caramel triste! Notre héros fait figure de grande éponge-à-styles et son travail est une création continue à partir d'une absorption permanente des courants divers qui passent dans l'air.il va même les chercher ailleurs.Il court boirç aux sources des quatre chemins pour que.fermente mieux sa chanson québécoise.C'est une étape qui a du bon.p.V.ANDRE GAGNON Neiges London SP-44252 Puisqu'il faut vendre! Je vois d'un bon oeil l'apparition du goût classique et de la sensibilité musicale dans la musique de danse .Puisqu'André Gagnon est la seule vedette internationale qu'on ait produit - ou presque - et qu'il faut vendre .Let's swing in Québec! Très peu de choses ont changé dans le jeu de piano d'André Gagnon, c'est seulement les arrangements d'orchestre qui ont pris une nouvelle orientation.Cette nouvelle voie des arrangements d'André Gagnon présente un avantage: il y fait une place importante à l'humour! Avec ces nouvelles trouvailles orchestrales, il prend une distance par rapport au "classicisme" de son jeu de piano.On dirait qu'il se regarde jouer avec moins de sérieux qu'auparavent .mais le style disco n'a pas tout dévoré de l'ancien Dédé Gagnon, il y a encore L'inoubliable, une pièce touchante, pleine de vraies émotions .de toutes façons, même entouré de cent congas, de mar-' racas et de tamtams, André Ga- gnon reste un pianiste classique, "baroque" à certaines heures, toujours précis et détaillé, mais parfaitement étranger au swing et à "l'inculte".Les moments romantiques du disque m'apparaissent comme les plus authentiques, la deuxiè- me face est une sorte d'élégie lyrique, une longue chanson d'hiver, une musique du dimanche .presque pathétique, et quand le grand orchestre à cordes, quand l'immense orchestre s'en mêle, c'est l'apothéose d'un disque .international.P.V.MAINMISE avril 1976 -i9 Il y a de ça environ deux mois, je me trouvais assis à la console d'un studio d'enregistrement dans le sous-sol d'un bungalow sur la rue Notre-Dame de Fatima à Pont-Viau.Je rencontrais pour la première fois les gars d'Opus V.Quaûty Records, qui avait décidé de laisser aller Harmonium au profit(?) de Columbia, avait signé sur son étiquette québécoise (Célébration— ce tout nouveau groupe.On invitait Mainmise au studio Triangle où se préparait le nouvel album qui allait surgir de cette entente.Depuis ce temps, le travail en studio est terminé, la bobine maîtresse a fait son tour à Toronto, le lancement a eu lieu le 17 du mois dernier au Gobelet .Et pour vous, un autre groupe québécois sur disque.Mais qui est Opus V?D'où sort-il?Ne soyez pas surpris de ne pouvoù répondre à ces questions.Au lancement de son disque, le groupe qui n'existe dans sa formation actuelle que depuis le début de l'automne, ne comptait que trois sorties sur scène, soit au Collège Grasset en novembre, aux ateliers du dimanche du Campus à la mi-décembre, et enfin, à la fête du Jour fin-janvier.Outre ces spectacles, ils ont présenté leur musique à CKVL-FM un certain jeudi soir.En somme, Opus V se révèle le groupe le moins connu sur disque dans toute la province.Je me rappelle bien cette première image qui m'est venue quand je les ai vus parmi leurs instruments: c'était retourner quelques années en arrière dans d'autres sous-sols, dans d'autres banlieues, avec d'autres musiciens comme ceux de Magwitch, Vendredi 13 ou encore ceux d'Incubus Chez Dieu.Opus V est né de cette même recette.Des gars du même bout, qui jouent en majeure partie chez-eux et sur scène à l'occasion: ".A part Léon, notre bassiste, qu'on a rencontré dans le Vieux-Montréal en cherchant de quoi fumer, on est tous des vieilles connaissances.Quelques-uns d'entre nous avaient même déjà joué' ensemble dans d'autres groupes.Nous nous sommes retrouvés dans cette nouvelle formation d'Opus V il'y a sept ou huit mois.Le moment est venu où on a décidé de se monter quelque chose.Nous avions individuellement toutes sortes d'expériences musicales; comme l'ailleurs la plupart des musi- ciens.On a joué du commercial au classique.Maintenant, on en arrive à notre musique à nous".Mais, comment se fait-il qu'une nouvelle musique puisse se tailler une place si rapidement sur le marché du disque.Il m'ap-paraît évident que suite à de joyeux succès financiers pour les compagnies de disque ici au Québec, les temps sont aux contrats de microsillons.Il y a eu plus de lancements de nouveaux musiciens québécois cette année que jamais auparavant.Hélas, je demeure convaincu qu'on appliquera la bonne vieille méthode qui consiste à lancer tout le monde dans la course, mais on saura bien assez vite sur qui miser., Cependant, Opus V devait quand même attirer l'attention des gens de Quality.Donc, ils se sont présentés équipés d'un "démo" seize pistes plutôt qu'une simple cassette stéréo routine, affirmant une compétence et un potentiel basés sur une formation musicale non négligeable et offrant à qui veut l'entendre un son qui leur est propre: "C'est une synthèse, dans la mesure où cela se peut, de toutes les musiques qu'on a beaucoup écoutées et appréciées .des influences classiques certainement, après en avoir mangé pendant si longtemps .en fait ce qui nous intéresse, c'est tout ce qui s'appelle musique progressive.Notre musique est une recherche au-delà du conventionnel trois accords.On a rien contre, mais on ne s'en satisfait pas." Il y a aussi les paroles.Le groupe trouve très important de pouvoù transmettre sa poésie.Questionné sur une clause qui prévoit que le groupe préparera des textes anglais en vue de produire une version anglaise de leur album "Contre-Courant".Opus V répond: "Si l'on va aux Etats-Unis, il est normal de donner la majeure partie du spectacle en anglais .Il est important pour 'nous que les gens comprennent le sens de nos mots." Selon moi, Opus V aurait pu tout simplement signer une entente dans laquelle on aurait indiqué qu'une version anglaise écrite serait insérée dans les albums destinés à l'exportation.Il y a une poésie française et une poésie anglaise, mais pas de poésie originale dans la traduction.En conclusion, je ne crois pas qu'Opus V voit la contradiction entre chanter: "Is it abnormal to speak french?Est-il normal de parler anglais?" et signer une entente comme celle mentionnée.Sans compter qu'Opus V a négocié un contrat de trois albums en deux ans.Peut-être ne voit-il pas l'impossibilité de pro-duùe trois albums de qualité en un temps si court, et ce surtout à un moment où ils auront besoin de temps pour monter sur la scène ici et là, vivre des choses, et écrire d'autres pièces musicales.En somme, deux traits semblent personifier à ce moment-ci Opus V et leur gérance (Les Entreprises Ca S'Ecoute Enrg.): une naïveté déconcertante et une trop grande hâte de voir son nom sur une pochette.George A.Turcot OPUS V CONTRE-COURANT CELEBRATION Cet album n'est en rien simpliste ou banal.Le patron de base de l'oeuvre d'Opus V et les "sommets" de sa création musicale font foi de sa recherche, mais, si on parle de "sommets", on parle d'inconstance.En effet retrouvera-t-on aussi en d'autres endroits les "bas" de l'album: cacophonie, longueurs et répétitions.Opus V mérite les louanges qu'on réserve à ceux qui veulent à tout prix faire du jamais vu.Son album respùe ce désir de création innovatrice.L'album connaît des moments sublimes: Un choeur de voix qui coule sur un fond rythmique entretenu par le jeu du piano et de la batterie pour un bref instant dans "Le Temps des Pissenlits", l'entrée en finale de "Il était un magicien", le travail et le son de la guitare qui introduit sur un arrière fond de rires et de sonorités vocales la chanson "Les Saigneurs", ou enfin la voix douce et presque féminine de Serge Nolet partout où on ne l'enterre pas.Cependant, la mélodie de l'un est souvent la cacophonie de l'autre.Certains jeux de sons deviennent assez déplaisants pour l'oreille.On discerne également des faiblesses trop perceptibles dans un style qui se veut serré.Et, on se voit servir parfois des orchestrations manipulées à partir du tableau de bord de la console qui distorsionnent te son plus que d'autre chose.Ici et là, on s'éternise un peu trop sur une passe, et, bien que la répétition ne soit que très courte cela n'en demeure pas moins agaçant, bnfin, d'un morceau à l'autre, les mêmes structures reviennent, exemple, une progression piano • flûte - orchestre, etc .laissant transpirer le fait qu'avec un peu plus de temps on aurait pu découvrir mieux.Contre-Courant est une bonne tentative dans un style original, mais où le seuil convenable de perfection n'est qu'effleuré.RICHARD SEGUIN Première chute Cinésources 10-1 Cest un disque de guitare acoustique, une musique parente du folklore, sans pourtant en être.Le groupe du Centre culturel "La Ste-Famille" de Rockland en Ontario a produit ce disque; c'est un enregistrement "Bobinason".Richard Séguin, c'est l'autre.Un guitariste plein de talent qui peut remplir vos avant-midis de lumière.On peut écouter son disque en étant assuré que sa musique ne deviendra jamais heavy ou agressive.Non! .Eloignez-vous! Suppôts de Satan à qui il faut vingt tonnes d'équipements électroniques pour faùe chanter des poupées de satin! .Ici, c'est la Sainte Famille qui nous vient d'un pays sain.Tout-le-monde sait bien que l'Ontario est loin en tête du Québec en ce qui concerne l'harmonie écologique .leur retour à la, terre a été mieux protégé par l'Etat, un peu mieux .mais c'est déjà beaucoup.Cette musique en parle sans un seul mot.Oh! Il y a des longueurs, des cordes pincées avec violence, mais c'est un disque pur, vrai, nu et sans fard.C'est tout dire! Si on entendait plus de musique comme celle-là, on serait plus porté à communiquer.La fraîcheur qui s'en dégage vaut à elle seule les palais d'or de toutes les Stardoms du monde.Je souhaite que Richard Séguin ne laisse aucune menottes avides d'argent agripper ses mains libres et qu'il continue à faùe la musique qu'il fait maintenant.en la perfectionnant toujours.C'est une musique qui a le grand avantage de rirculer librement, en dehors de toutes les modes et en dehors des pattes des "grosses maisons de disques".Tout seul, ils ont réussi à se faire entendre.Qu'on se le dise! P.V.AVN1R Trans-world TI 6027 Il en sort, il en pousse, comme des champignons! Ils ne sont pas tous magiques, mais tous essayent d'apporter en naissant un flash original, une saveur nouvelle.Je parle, bien entendu, des groupes québécois récents.Non seulement il nous sort beaucoup de disques, mais il nous pousse aussi beaucoup de groupes.Av'nir arrive avec des chansons simples.Jacques Rochon, Yves Lauzon, Richard Boisvert et Daniel L'Ecuyer font une musique tout-à-fait conforme au goût de l'heure, héritière du folk et du rock, une synthèse heureuse de plusieurs courants qui ont passé et qui repassent périodiquement sur le Québec .un je-ne-sais-quoi me porte à les apparenter aux éternels Sinners.Je ne voudrais ni ne pourrais pourtant les classer, les ranger sur une tablette, parce que c'est dans l'oreille des gens qu'ils vont faùeou non leur nid.La variété de timbres et de rythmes nous donne l'embarras du choix; il y en a pour tous les goûts .ou presque: des bouts de rock archi-propre comme Le Goût d'aimer à la guitare lancinante et lyrique dans Le malentendu, en passant par les petits riffs secs et les guitares viscérales à la Led Zeppelin .Les textes sont nettement moins généreux.Ils sont baignés d'un placenta mythique: la simplicité populaire! C'est à force de manger du pablum que le peuple s'y est habitué! " Tu voudrais rebâtir un monde nouveau / Avec moins de place pour l'agression / Et plus de place pour l'évolution" si c'est ça être réaliste, j'aime mieux vendre mon âme au rêve et sombrer dans son abîme! Je vous donne encore "Des mots nouveaux sont parus / se promenant même dans la rue / contestation, manifestation / avènement des cheveux longs / Non, rien a changé" .Rock on! Rock on! C'est une production de Gilles Valiquette pour les Productions de l'Ombre.P.V.20-MAINMISE avril 1976 Zto aw 6 tfy/y/ de 12h.a 22h., au Centre communautaire de l'Université de Montréal, 2332 fdouard-Montpetit (métro Laurier, autobus 51) Entrée gratuite.Des expositions regroupant des planches de plus de 100 dessinateurs québécois et européens, des films et des vidéos sur la bande dessinée, des kiosques d'éditeurs, un point de lecture, un point de vente, des rencontres avec des dessinateurs québécois et européens, des conférences sur la bande dessinée francophone.te festival est organ/sé par le Service d'Animation Culturelle de l'Université de Montréal Pour de plus amples informations, téléphoner à 3Ç3-6524.80 MAINMISE PSI I à MAINMISE PSI 65 Charles 66 MAINMISE PSI MAINMISE PSI 79 MAINMISE PSI 67 68 MAINMISE PSI MAINMISE PSI 77 76 MAINMISE PSI MAINMISE PSI 69 70 MAINMISE PSI MAINMISE PSI 71 dovidts Techniques de relaxation RCA KPL 1 0054 La technique de relaxation active enseignée sur la face 1 du disque semble reposer principalement sur l'apprentissage de la différence de sensation entre l'état contracté et l'état détendu d'un muscle: que la détente soit précédée immédiatement par une contraction rend la détente plus agréable: à force de répéter l'exercice, on finit par reconnaître la contraction et identifier sa cause, et on peut se détendre en se concentrant un peu.Avec le temps, on n'a plus besoin du disque et on devient capable, comme une bonne chienne de Pavlov, de réagir instinctivement à la sensation de contraction, par un mécanisme de détente immédiat.Evidemment, comme l'explique l'auteur-réalisateur (Michel Sabourin, professeur au Département de psychologie de l'U.de Mtl) sur la face arrière de la pochette du disque, cette méthode n'est pas aussi rapide que le Biofeedback, méthode qui consiste à renseigner instantanément la personne sur l'état de relaxation de ses muscles grâce à des appareils qui traduisent cet état en sons plus ou moins aigus.Malheureusement cet équipement est coûteux et difficile à trouver.La relaxation passive expliquée sur la face 2 est en fait une relaxation active à moindre degré: il s'agit seulement de se concentrer mentalement sur chacun des muscles l'un après l'autre et de penser sa relaxation, en le "déliant" en quelque sorte.Cette méthode est efficace, nul doute, mais elle le serait encore plus si le narrateur Jean-Jacques Blanchet ne parlait pas tout le temps.Sa voix est agréable, mais il parle trop vite; on a à peine le temps d'effectuer les exercices.Autre erreur: je trouve qu'il serait plus habile psychologiquement de dire: de moins en moins tendu, à la place de: de plus en plus détendu.Plus est synonyme de tension, moins de relâchement.C'est un disque à écouter une fois, en n'oubliant pas le dos de la pochette dont les textes sont très bien faits, simples et concis.Christian VALDY FAMILY GATHERING A & M 9013 LANDSCAPES A & M HL5104 Valdy est le plus authentique poète du retour à la guitare agricole.Sa musique, autant folk que western, n'est jamais prétentieuse, au contraire il n'arrête pas de se redéfinir dans sa simplicité d'homme de la nature.La santé qui s'en dégage est évidente, mais on peut se lasser d'un repos trop égal.Ses yeux clairs et sa grosse barbe blonde complète le portrait du chansonnier qui passe en ville par hasard .et qui chante ses profondes méditations sur la vie.C'est un chef d'oeuvre de simplicité.Une perle du Canada.Le disque Family Gathering a été enregistré "live", la première face au Massey Hall et la deuxième face sur les trottoirs de Toronto.L'enregistrement est remarquable.La voix de Valdy est très présente, et les émotions affluent.Le traditionnalisme comblé du "country style" de Valdy est peut-être ce qui définit le mieux la vie culturelle de nos voisins de l'ouest; elle se présente ici comme un reflet intelligent de la santé écologique ontarien-ne, manitobienne, albertienne et tout'eux-autres.Le disque Landscapes est un produit de studio; les arrangements sont beaucoup plus élaborés.Il y a même une certaine recherche dans les sonorités.C'est la même idéologie terrienne et "gypsy" à la fois.Plus saisissable dans ses textes, Valdy s'apparente musicalement à Bruce Miller.Elle ne passe plus, elle va rester.Celui qui donne son coeur à un arbre ne vieillit plus.P.V.RALPH LUNDSTEN NORDISK NATURSYMFONI NR.1 "Strômkarleri' C'est une musique qui a été écrite pour un ballet dont les thèmes, les "arguments", sont ceux de la mythologie Scandinave, surtout les épisodes qui concernent le génie des eaux, le violoniste des cascades de montagnes.C'est de la musique électronique remplie de sons d'animaux, de plantes et de vols de fées .Il y a des trolls partout! Bien qu'elle apparaisse en même temps que la douce explosion électronique des groupes allemands qui gravitent autour de Tangerine Dream, la musique de Ralph Lundsten s'apparente plus à la musique dite "contemporaine" qu'à la musique dite "pop expérimental".C'est une symphonie électronique qui a pour but de raconter des his- toires merveilleuses; elle est autant narrative que magique.En ce sens, elle se distingue des cérémoniels extatiques et des lentes méditations de Klaus Schulze ou Edgar Froese.Ici on saute du ruisseau à la course du roi Oden, on passe dans des cavernes où les parois suent.ça dégoûte .puis c'est des tas de fées folles qui viennent faire une orgie -c'est suédois jusqu'au sourire -en passant, avez-vous vu la Flûte Enchantée?- des moments sautillants, des repos et des envolées subites .C'est un disque que vous n'entendrez probablement pas à la radio et qui ne passera pas souvent dans vos oreilles.Si vous l'entendez, profitez-en pour faire vos provisions de féerie électronique.P.V.à : JADE WARRIOR Waves, Island, PS 9318 Floating World, La musique de John Field et Tony Duhig ne ressemble à pas grand'chose d'autre.Elle élabore des architectures sonores trans- parentes; elle se déplie comme un grand tapis magique filmé au ralenti.Piano, guitare, ambiance .tout le monde respire lentement .c'est espacé, on voit où on s'en va.Les moments les plus jazz de Waves évoquent David Friedman et Oregon; les moments les plus électriques pourraient à la rigueur s'apparenter à la musique de Mike Old-field.Ca bat lentement comme un coeur endormi qui rêve .il y a des flûtes qui sortent comme des îles flottantes avec des ventres nus qui dansent sensuelle-ment sur les plages ondulées.Fiez-vous aux pochettes qui ont été, toutes les deux, dessinées par Eckford/Stimpson.Elles sont particulièrement belies et les couleurs sont aussi douces que la musique qu'elles contiennent.Le Samouraï sera votre guide.Laissez-vous conduire sur des rives bucoliques où des guitares et des flûtes tressent des guirlandes de fleurs .tout-à-coup un orage de guitares en feu vient vous assaillir .Laissez-vous mouiller jusqu'à l'ivresse.Des clochettes ou des gongs vous réveilleront.Sur la deuxième face de Waves, il y a tout-à-coup un déchirement funky, une sorte de Led Zeppelin en patin-à-fantaisies.Un swing innatendu qui réveille la bête pour la conduire au pays des âmes où chantent une chorale de flûtes en grappes.L'Electronique n'est utilisé que pour souligner.Le piano, il faut le mentionner, est joué par Steve Windwood qui trouve dans cette musique un médium idéal pour l'expression de ses tendresses.P.V.ïi JAZZ CLASSIQUE ROCK POP MUSIQUE ETHNIQUE BU % Le havre des discophiles de Montréal vous offre un monde de musique 22 à des prix qui vous surprendront vraiment 5 (si vous êtes habitués d'acheter ailleurs».* Des parutions récentes réduites à 50r; des prix originaux * Le plus gros stock de disques de Montréal là partir de ($1.98) * Une grande sélection de disques usagés aux prix les plus bas.Des pièces de collection en abondance, à des prix réduits VENEZ NOUS VOIR DABORD! Vous serez plus riche de l'a\ oir fait WORLD MUSIC.1415McKAY.| MONTREAL.843-7462 \f FOLKLORE (H.WTKl RS ( 'HAMTF.ÛSKS ES sg s- LIBRAIRIE DES FEMMES 375 Est de la rue Rachel (coin Saint-Denis).843-6273.ON VOUS ATTEND.MAINMISE avril 1976-29 STANLEY CLARKE GENESIS A Trick of the Tail The Famous Charisma Label CDS 4001 Stereo Le chapelier fou fait du chapeau pour tous les enfants du monde.C'est son sourire et le chat de Chester qui tournent avec les disques de l'étiquette Charisma.C'est juste des fous qui travaillent pour cette compagnie là: Peter Hamill, le mythomane de sa propre démence, et les membres du groupe Genesis.Ils répandent sur la terre une douce folie, un fleuve de "non-sense" et de poésie épique, des plages pleines de contes de fées.Je craignais que le départ de Peter Gabriel ne laisse de Genesis que des miettes musicales, mais les autres membres du groupe se sont révélés.Leur poésie est plus lyrique que la sienne et l'interprétation n'est sûrement pas aussi dramatique que la sienne, ils n'ont peut-être pas la même boule d'émotion entre la gorge et le ventre, mais ils se débrouillent très bien sans lui.Les sonorités sont celles auxquelles Genesis nous a habitués: des arpèges de claviers, des guitares 12-cordes et des sons viscéraux de guitare électrique.On ne peut pas dire si leur musique a évolué ou régressé, mais elle continue à diffuser la / /tiff, ry -/>' mu même chaleur, une atmosphère de rêve qui leur est particulière.On est déjà loin de l'agneau sur Broadway, on est déjà très loin de Supper's ready, mais les histoires étranges continuent à poindre.H y a le duel entre le chasseur et le Squnnk, un animal qui fond dans ses propres larmes après avoir versé tout ce qu'il y avait d'eau.Il y a aussi Mad Man moon, une très belle chanson de Tony Banks qui raconte le rêve de soleil et de sable des gens qui vivent sous la pluie à Newcastle et, parallèilement, le rêve de pluie des gens qui vivent dans le désert.Il n'y a plus de grandes aventures musicales jusqu'au bout de la nuit, vers des pays étranges pleins d'apparitions et peuplés par des dieux de théâtre.Le nouveau Genesis arrive à frapper de très belles lignes, mais elles sont les perles rares d'une montagne de textes.La pochette vaut la peine qu'on la salue au passage.Elle m'a plongé dans des rêves dignes du chapelier fou; elle est parfaitement accordée avec l'esprit de Genesis, cet esprit qui n'est pas mort mais qui continue à semer dans les oreilles des enfants son Moyen Age impressionniste, ses madrigaux de dentelles, ses ogres et ses fées.C'est Alice qui va être contente! UN YES MITIGE Trois membres de Yes ont publié récemment des disques soli.C'est une manie qui pogne beaucoup chez les "idoles" .pour le plus grand intérêt des producteurs.Quand on fait partie d'un groupe aussi connu que Yes, on ne rencontre pas d'obstacle, on a aucune difficulté à produire un disque solo.Le disque de Steve Howe s'appelle Beginnings, il regorge d'essais variés et de guitares multiples.Il passe avec beaucoup d'aisance du quasi-yes à la musique de chambre.Patrick Moraz, qui touche les claviers, a écrit l'orchestration de la pièce Beginnings, une ouverture classique pour la deuxième face du disque, très propre et très respectueuse.30- MAINMISE avril 1976 Alan White et Bill Bruford joue à tour de rôle la batterie .l'ensemble est plein d'espoir, mais je dois avouer que je n'ai été que momentanément charmé.Des passes, ici et là, m'ont accroché, mais je n'ai pas eu d'extase continue, comme j'en ai eu jadis en écoutant Close to the Edge .La grande faiblesse du disque de Steve Howe c'est de ne pas être arrivé à remplacer pour le mieux Jon Anderson.La voix et les textes de ce dernier s'inscrivent ici comme un manque.La "mystique" de Yes fait place à la joie de vivre toute simple de Howe.Les guitares sont l'élément le plus captivant de ce disque - ça va de soi; il y a des moments de guitare classique particulièrement réussis.Mais la confusion qui se dégage de certaines pièces m'a fait prendre conscience d'une chose: j'apprécie Yes pour sa clarté, même archi-speedy comme sur Relayer, c'est un groupe qui reste clair .Certaines compositions de Howe offrent cependant une grande originalité, surtout dans leurs trouvailles harmoniques; c'est le cas de Australia et The Nature of the Sea.Enveloppé, comme il se doit, par Roger Dean, Beginnings m'est apparu comme un exercice intéressant.Le disque de Alan White -pochette blanche - s'appelle Ramshackled.La seule participation d'autres membres de Yes, c'est celle de Jon Anderson et Steve Howe dans Song of Innocence de William Blake .Alan Marshall chante les autres chansons qui oscillent entre le go-go et le soul.Un abîme sépare le texte de Blake et les autres textes du disque; les pièces instrumentales en disent plus long sur le style d'Alan White dont le grand avantage est la précision.Les rythmes sont carrés, mais tout rentre à sa place.La pièce Avakak est plus éloquente que les vers insipides de Ç)h Baby ou One way Rag, elle se tient toute seule avec son piano, ses percussions, sa guitare et ses instruments à vent.On ne doute pas une seconde qu'il s'agit du disque d'un batteur .il y a des roulements excentriquement présents dans des morceaux où ils sont inutiles.Les plus beaux moments du disque sont ceux où le Mountain Fjord Limited dirigé par David Bedford anime un monde grouillant de flûtes et d'oiseaux, de sources et de chutes .et l'oiseau rare Anderson, avec sa cascade "merely, merely" dans Song of Innocence! Quel contraste avec Giddy une musique pour se brasser les pi-nottes, et Silly Woman, le reggae de service.Le disque de Chris Squire s'ouvre avec le grand orgue de Patrick Moraz et la basse très expressive, on reconnaît Yes tout-de-suite! Le phrasé des chansons ressemble beaucoup à celui auquel Yes nous a habitué.Son bassman, en soi-même, nous révèle l'importance qu'il a joué au sein du groupe.J'écouterai les prochains disques de Yes avec une nouvelle oreille, celle que m'aura faite Fish out of Water de Chris Squire .les bassmen sont toujours des trésors.Qui n'a pas été étonné et ravi de constater, après la séparation historique - la réunion reste mythique -que Paul McCartney en devenant lui-même apportait avec lui l'essentiel musical du son "beatle"?Le rock de bonne humeur et l'invention bourgeonnante de McCartney sont aussi distantes des prières plaintives pleines de répétitions de Harrison et les répétitions révolutionnaires révolues de Lennon que la musique Nemperor Records NE-431 Journey to Love; Nemperor 433 Le jazz de Stanley Clarke devrait, à mon avis, avoir plus de retentissement qu'il en a.L'originalité de ce contrebassiste audacieux a l'air d'une fontaine jaillissante d'idées, de feelings et d'inventions.Sur le premier disque, j'ai surtout été ravi par ses phases espagnoles sur la contrebasse, soutenue par un orchestre à cordes.C'est lyrique et ça devient titanesque, un grand géant noir marche toujours sur la pointe des pieds dans la musique de Clarke .quand le géant se met à danser, le diable est dans' cabane.Il va de la basse électrique au piano .et revient toujours, comme un fils dans les bras de sa mère, à la basse acoustique.Le jeu du guitariste Bill Connors ne manque pas d'intérêt non plus.Le disque Journey to Love est encore plus impressionnant que le premier.Il s'ouvre sur quelques pièces "spécial-funky" où la basse dialogue avec le moog et la guitare .En outre, ce deuxième disque a été enregistré en compagnie de têtes d'affi-ches: Jeff Beck, John McLaughlin et Chick Corea.Je dois dire tout-de-suite, au cas où vous imaginez un délire de guitares, que Beck et McLaughlin ne jouent pas en même temps.La musique de Stanley Clarke ne devient jamais panique et tendue; elle reste calme, la paupière à moitié close.La digitalité de ses riffs autant que la diversité de ses timbres sont les éléments innovateurs de la musique de Clarke.L'aspect mathématique de sa musique est toujours bien intégré, on ne le sent pas compter.ça glisse tout seul, bien qu'il y ait des passes savamment préparées.Si le premier disque est plus funky, le second s'apparente davantage à la respiration réfléchie de Jade Warrior, aux accalmies de Soft Machine et aux étangs paisibles de Oregon.solennelle, chatoyante et riche en couleurs de Squire est distante des disques solos de Howe et White.Les arrangements de l'orchestre de Andrew Pryce Jac-kman n'ont rien à voir avec les arrangements classiques de Moraz sur Beginnings et de la majorité des arrangeurs.Squire manipule les textures de l'orchestre que les rythmes avec une originalité aussi étonnante que Catherine Lara et Léo Ferré.Ils inventent un univers en choisissant leurs combinaisons de timbres .et Bill Brufod avec ses petits clous détachés à la batterie.Le fond-de-train suspendu! Ca ressemble à Yes, bien sûr, mais ça n'est jamais aussi "heavy".Les textes sont encore imprégnés des atmosphères poétiques de Yes .encore parents avec ceux d'Anderson, mais la musique! La musique de Chris Squire vaut vraiment la peine d'être entendue, d'être réécoutée .la dernière pièce est un voyage exaltant au pays de la fugue-à-la-Squire.Les modules sont entremêlés, enchaînés les uns aux autres .et quand les cuivres embarquent, c'est Promé-thée qui se déchaîne et devient le vautour .puis les violons de miel, du vrai pur, jamais kétaine, font une petite fugue sur la basse sautillante de Squire.C'est toute une majesté post-victorienne en verre soufflé! P.V. THE KINKS Schoolboys in Disgrace RCA LPL1-5102 S C'est du rock qui s'met du musc! On le sent pas distinctement, mais son odeur s'installe profondément dans les coins les plus reculés de l'âme.Toujours fidèles au style de You really got me, les Kinks font un rock qui ne ressemble qu'à eux.Les guitares pognent dans le ventre, y font une petite entaille juste assez grande pour injecter en nous la voix fragile du chanteur.Raymond Douglas Davies est sans aucun doute un des grands poètes de notre époque; il fait des merveilles avec les mots de tout le monde; il dramatise le quotidien jusqu'à des dimensions insoupçonnables.Avec son petit filet de voix qu'il porte à fleur de peau, il s'est fait le sur-homme de la parole .en pleine conscience du fait que l'organe est à tout le monde.Le Génie de R.D.Davies m'a toujours renversé; la simplicité de ce qu'il dit me rentre des grands poignards dans le ventre .Essayez-le! La publicité énorme qu'a connu Tommy des Who a jeté un voile d'ombre sur les Kinks qui, s'ils ne l'ont pas inventé, ont largement contribué au "concept album" comme genre.De Arthur or The Raise and Fall of the British Empire à leur récent Schoolboys in Disgrace, chacun de leur album a été un "tout", un "concept", une idée, un show total avec un fou total dedans.C'est l'histoire d'une enfance qui devient adolescence dans une école anglaise.Le bonheur de ce temps là c'est Schooldays, il y a un gros nono dans la classe c'est Jack the Idiot Dunce mais il danse et les filles virent folles, une sorte de rock à la Beach Boys.Puis le grand récit satirique: Education.The First time we fall in Love.Ensuite il se "laisse entraîner" par des "mauvaises compagnes".Il doit faire face à la foudre du Headmaster.La confession du jeune étudiant est un des moments les plus touchants du disque.C'est une chanson grisante, l'envers de la paupière, le velours vibrant de Ray Davies .Le directeur reagit violemment.Un rock archi-kink qui a un petit quelqu'chose de Can't explain des Who, et les guitares embarquent là-dedans comme un couteau chaud dans la crème-à-glace ! Il fait ses adieux à l'école: "Gather round, gather round" à l'unisson .Le disque s'achève avec No more Looking Back, la perle du disque.Il faut affronter la vie moderne avec ses désillusions et son amertume.On a du rock dans la poche! Celui des Kinks est tellement clair et propre! Il y a aussi une finale loufoque, une reprise de Education avec des choeurs qui n'en finissent pas de finir.L'intensité des émotions qui circulent entre les sillons des disques des Kinks est relativement difficile à élucider.Il faut en faire l'expérience physique - ce n'est pas une expérience abrutissante! - pour connaître leur musique.P.V.ISAO TOMITA Firebird RCA ARL1 1312 Après les préludes de Debussy et les Tableaux d'une exposition de Moussorgsky, c'est le tour de L'Oiseau de Feu de Stravinsky, Le Prélude à l'Après-midi d'un Faune de Claude Debussy et, devinez .oui! Une Nuit sur le Mont Chauve de Moussorgsky.Tomita se révèle décidément comme le Walt Disney de la musique électronique.Il choisit ses musiques parmi les plus descriptives .Le génie de ses adaptations réside dans ses choix de timbres.Les notes sont toutes les notes écrites par les compositeurs "historiques"; il se choisit des musiques narratives comme Les Tableaux d'une Exposition ou Une Nuit sur le Mont Chauve pour mieux amplifier l'intensité dramatique; il choisit des timbres très expressifs; il fait des chorales-machines qui sont vraiment impressionnantes.Il écrit des scènes et raconte des histoires comme le fait Ralph Lundsten avec sa Nor-disk Symphoni, mais avec des mises en scène gigantesques et des moyens de production que seuls des japonais pouvaient mettre au point.Bien qu'il commence à flâner sur des sons qu'il nous a déjà fait expérimenter, il continue à inventer constamment.C'est un grand arrangeur .et L'Oiseau de Feu ouvre une nouvelle porte pou lui.La musique de Stravinsky arrive dans la musique de Tomita avec son audace énergique, elle vient faire du changement.Igor va conduire Isao vers de nouveaux décors.C'est encore peuplé de sifflements de vents, de chorales graves et sole-nelles et d'intérieurs caverneux comme fonds sonores, mais l'invention rythmique de Stravinsky me semble injecter son feu dans la musique de Tomita.P.V.LAISSEZ-VOUS ALLER ABonnsz-vous ! BULLETIN DE COMMANDE (à remplir et à retourner à MAINMISE, 1589 St-Denis Montréal Que.) Je désire obtenir la collection complète des Editions Mainmise au prix spécial de $50.00 Je désire recevoir le nouveau MAINMISE, journal d'information culturelle aux conditions indiquées ci-dessous: — Abonnement pour un an ( 12 numéros).S 7.50 - Abonnement pour deux ans (24 numéros).$15.00 NOM: .• .,J ., ADRESSE:.VILLE:.PROVINCE: .CODE POSTAL:.P.S.: Si vous possédez déjà la collection proposée et que vous êtes abonnés, ignorez cet avis.MAINMISE avril 1976-31 ois soTïctt*» DES HISTOIRES DE FEMMES Ecrire, c'est chercher un moyen d'entrer en communication avec l'autre.A chaque fois que je m'installe devant ma machine à écrire, la même question revient: comment arriver à trouver les mots qui vont traverser vraiment le mur entre moi et les autres?Comment arriver à enligner des mots qui auront une réson-nance pour mon interlocuteur?Toutes ces choses qui défilent dans ma tête, qui ont une réalité palpable au point de me nouer à longueur de journée, qui me font vivre parce qu'elles font partie de moi intensément .comment arriver à ce que des lettres formées par une machine, par quelque chose qui me soit extérieur, comment ces mots peuvent-ils être saisis par un autre?Depuis quelques jours, l'évidence est claire: c'est un leurre.Intrinsèquement, le langage parlé ou écrit n'a pas de poids, il est vide dès qu'il atteint quelqu'un d'autre.En voyant La Nef des sorcières, il était encore plus urgent pour moi de résoudre la question.En premier heu, une pièce de femmes faite par des femmes vise d'abord à l'expression d'une parole, d'une parole qui n'a jamais eu lieu auparavant, en plus: une parole de femme.Le problème de la communication en est d'autant plus difficile, parce que les femmes n'en ont pas l'habitude.Pour être honnête, j'en suis arrivée là au moment où je me suis dit: "Waing! C'est ben beau, mais c'est des femmes convaincues d'avance qui vont entendre ça.En plus, c'est un beau trip d'homme (du moins contrôlé par eux jusqu'ici), ce goût de se projeter sur une scène, de se mettre en avant de tout le monde, c'est s'accorder bien de l'importance, se prendre bien au sérieux comme ils l'ont fait depuis si longtemps".C'était pas si clair que ça, parce que ça marche bien plus vite dans ma tête que sur la machine.D'un autre côté, à force de parler les hommes sont arrivés à nous rendre leur monde perméable; beaucoup plus qu'on n'ait pu arriver à le faire, nous.(ça tu l'air bête des mots) C'est justement à cause de cette satanée peur qu'on n'a jamais rien fait; pourtant, depuis le temps qu'on regarde tout ça passer devant nos yeux, qu'on fait de la psychologie dessus, qu'on dissèque, qu'on analyse (peut-il y avoir au monde des gens plus versés dans l'introspection que les femmes?)! Si on a envie de servir à quelque chose, d'être utile à la société, pour employer des grands mots, comme le disent de plus en plus de femmes, c'est peut-être dans toutes ces réflexions accumulées pour nous-même, chacune dans notre petit coin, dans le fond de notre monologue intérieur (bien loin, de peur qu'on rit de nous), ce sont peut-être ces choses là qui serviraient, parce qu'à partir du moment où nous, les femmes, dirons clairement notre monde, les hommes ne pourront plus s'appuyer sur leurs grandes théories pour nous définir; jusqu'ici, n'importe qui pouvait dire n'importe quoi sur les femmes, jamais une de nous ne s'est levé pour contester, pour prouver que nous n'étions pas des menteuses, des agace-pissettes, des têtes de linotte, des hystériques, des sournoises, des connes, des putains, des femmes de ménage, des petites filles, des sainte-nitouche, des bébés, des inadaptées sociales, des sentimentales ou des "femmes".Ou encore des "féministes" (dans son sens accusateur).C'est peut-être vrai qu'une pièce comme La Nef des sorcières ne rejoindra pas toutes les femmes; en tout cas, ça va en rejoindre bien plus que tous les livres, Je l'ai lu dans les livres, on me l'a enseigné de tous temps.Tu as fait l'univers.Je t'ai fourni les enfants pour faire ton univers.Je te fournissais la matière, toi, tu créais avec.Avec ma chair et mon sang, tu nous a bâti un monde dans lequel on ne peut plus vivre personne; ni toi, ni moi, ni nos enfants ni les oiseaux ni les poissons ni les arbres.Si on déboulonnait un peu nos statues.tous les articles (et le mien en premier) écrits sur le sujet, même avec la plus belle argumentation du monde.Quand on reproche à Luce Guilbeault de monter cette pièce, dans un théâtre subventionné, moi je me dis que c'est le théâtre de tout le monde et qu'il y a beaucoup plus de femmes de tous les milieux qui vont entendre ces mots, parce que le théâtre, au Québec, n'est pas un privilège de classe, mais une occasion de voir les vedettes de la télévision ou les noms cohnus qui apparaissent dans les journaux.C'est sûr, si elles avaient été engagées vraiment politiquement, elles seraient allées jouer bénévolement, dans les salles paroissiales, dans les écoles, avec le vrai monde.De toute façon, les femmes ont toujours été habituées à travailler pour les autres, à penser aux autres, une fois de plus ou une fois de moins.Wow.Minute! La politique a été construite, par les hommes, les systèmes de pensée aussi; ce serait peut-être important que là aussi on remette en question les schemes de valeur, les idées reçues.C'est pas parce que c'est "à gauche" que c'est nécessairement la ligne de conduite à suivre pour les femmes.A partir du moment où on a accepté d'entrer dans le monde, si on est honnête, c'est pour changer les façons de voir du voisin: jusqu'ici, le mouvement féministe a vécu dans l'anarchie la plus complète, toutes les directions étaient possible, parce que pas une femme ne s'est imposé de ligne de conduite, n'a tracé de chemin unilatéral par lequel devait passer toutes les prises de conscience.Les femmes n'ont pas à calquer leur façon de penser sur celles des hommes, pas plus au niveau politique qu'autrement.Que la Nef des sorcières soit présentée dans un théâtre subventionné ou non, l'important c'est surtout qu'elle rejoigne le plus de femmes possible.Le T.N.M.en ce sens rejoint un public populaire.Quand j'ai vu la pièce, que j'ai senti tout son impact sur moi, j'ai cessé de me poser des questions à savoir s'il était possible de faire passer son monde à travers une machine à écrire, une pièce de théâtre ou un film.Quand Louisette Dusseault parle de la fille qui va magasiner tous les samedis "pour s'arranger pour" trouver un gars, pour être regarda-ble, pour qu'un gars ait envie de la sortir le samedi soir, chaque femme dans la salle sait de quoi elle parle.Quand elle dit que le magasinage est une prostitution à petite échelle (la prostitution, c'est se racoler un gars), c'est pas seulement la féministe avertie, l'intellectuelle consciente qui réagit, c'est chaque femme qui a passé ses samedis sur la Catherine qui prend cons- cience de l'énormité de son geste; des femmes qui magasinent, il en mouille, je vous prie de le croire, et de toutes les classes sociales.Odette Gagnon devait faire un texte sur le thème de la prostitution; mais des prostituées, ça ne court pas les rues de Montréal et en plus, il y a très peu de chances qu'elles se déplacent pour aller au T.N.M.Par contre, une secrétaire de bureau qui passe sa vie "à monnayer pour arriver à avoir quelque chose", comme dit Louisette, les risques sont grands pour qu'il y en ait dans la salle.L'espèce de dépendance sociale et économique qui fait que la femme est dans un état de prostitution quotidienne, pas une femme ne se sent capable de le nier et la façon de le dire passe par des mots simples, clairs, accessibles à toutes.Tous les personnages de la pièce, la ménopausée, la comédienne, l'écrivain, l'ouvrière, l'homosexuelle sont d'abord bouleversantes parce qu'elles sont femmes.Françoise Berd, quand elle raconte ce qu'on a fait du corps de la femme, ce n'est pas d'abord une femme de 55 ans qui est en train de vivre sa ménopause, ce sont toutes les images de la publicité, de la mythologie, de la médecine qu'elle nous renvoie à la figure; tout ce qu'on a fait de la femme pour la rendre inaccessible ou dérisoire: en tout cas, des façons de voir qui puissent classer la femme dans des catégories intelligibles, compréhensibles, sans danger pour les hommes.Marthe Blackburn a essayé, à travers ce texte, de démystifier les rapports qu'ont toujours entretenus les hommes avec le sexe opposé, de dire cruement ce que les femmes ressentent, elles.Le texte de Marie-Claire Biais sur l'homosexualité ne satisfaisait pas Pol Pelletier, parce que ce sont deux femmes à la recherche de nouveaux modes de fonctionnement, elles sont arrivées à une entente: Pol Pelletier a écrit une Marcelle où elle dit en quoi l'amour entre femme est une tentative de se réapproprier la jouissance, le plaisir féminin.Par le fait même, elle remet en question les rapports sexuels entre les hommes et les femmes, en ce qu'ils sont réglés sur un mode, masculin.Nicole Brossard, avec son personnage de l'écrivain, compare l'écriture à un accouchement, à une mise au monde; que les femmes sont en train de vivre dans leurs gestes de tous les jours, à travers une volonté de se libérer des vieilles images.Sur un mode poétique, ce texte pose l'existence intellectuelle des femmes, leur capacité de se mesurer à une pensée.La création, pour les femmes, est chose possible au niveau de leur corps, dans 32-MAINMISE avril 1976 On va s'asseoir dans l'herbe SUR LA TERRE ENTIÈRE et on va commencer à trier nos mensonges un par un nos mensonges de femmes, vos mensonges d'hommes.On va y mettre le temps.Ensuite, on parlera de NOUS DEUX.Et, d'autres enfants viendront et porteront leur vrai visage, — Le tien, que je soupçonne, — le mien que je te livre.Les temps sont venus.1/ jjJJJ l'enfantement, la création littéraire est une autre explosion possible, que les femmes sont en train de mettre en oeuvre.La pièce elle-même, par ses qualités théâtrales, fait la preuve de cette existence, chez les femmes, de l'imaginaire.Chaque femme, dans la pièce, n'est pas uniquement préoccupée de témoigner sur la condition féminine, de décrire le sort qui est réservé aux femmes.Au-dessus de toutes ces préoccupations, le projet reste avant tout axé sur la création théâtrale.Un mode d'expression formel que les femmes sont en train d'apprendre à utiliser, avec leurs armes, leur vision des choses.Accoucher naturellement d'un moyen d'expression, qui tout en passant par leur corps, débouche au-delà de la fonction biologique, la seule reconnue jusqu'ici pour elles.Non seulement des enfants de chair et d'os, mais aussi des enfants qui soient création de mots, d'idées, de pensées.En ce sens, le personnage de Luce Guilbeault, personnage qu'elle a écrit et qu'elle joue, agit comme fil conducteur de toute la pièce.Comme comédienne, la femme répète inlassablement une parole qui ne lui appartient pas.Si la pièce commence sur un texte de Molière, c'est en tant que représentant de la culture masculine: "Mon personnage croit ce qu'elle dit parce qu'elle le dit par coeur; sinon, elle n'est plus rien" explique Luce Guilbeault.A partir du moment où une femme ne joue plus le personnage qu'on lui impose, ne se modèle pas à un monde, à une parole d'homme, elle n'existe plus.C'est ce qui arrive sur la scène, quand Luce, la comédienne a un blanc de mémoire, elle balbutie parce qu'elle ne possède rien en propre: elle n'a pas de culture, pas d'histoire.Il lui faut reprendre à son compte toutes ses phrases, toutes ses façons de penser.La seule chose qui lui appartienne vraiment, ce sont les événements de sa vie, la mort de son chien, ses escapades de jeunesse .des choses dérisoires qui sont son passé.La première parole de femme qui s'élève dans l'histoire, c'est celle de la futilité presque, mais c'est aussi ce qui touche le plus directement l'univers des femmes: les sentiments, les émotions d'une petite fille incapable encore de se projeter dans le monde, de s'affirmer pleinement, si ce n'est par sa sensibilité."Elle décide de se raconter comme ça, en racontant ses choses et en faisant raconter à d'autres femmes des choses qu'elles n'ont jamais dites.Mon trou de mémoire est comblé par la parole de la ménopausée, de l'homosexuelle, de l'écrivain ." dit Luce Guilbeault quand elle parle de son personnage, rajoutant que si la pièce est une juxtaposition de monologues, c'est parce que la femme, actuellement, n'en est pas rendue à être capable de dialoguer avec les autres.Elle a besoin de parler seule, parce qu'elle a besoin de se dire; elle a besoin de s'entendre avant d'écouter les autres.De se situer par rapport à elle-même, parce qu'elle n'en a jamais eu la possibilité jusqu'à ce jour.Quand le canevas de la pièce a été établi, chaque auteur avait la possibilité de mettre en scène quelques personnages à la fois, mais toutes sont arrivées avec un monologue, l'unanimité s'est faite naturellement sur ce point: les femmes en sont encore à balbutier leur monde intérieur, ce sont encore leurs premières tentatives de parler.Et cette pièce de femmes, qui s'adresse d'abord et avant tout aux femmes, représente à sa façon une première mise en forme d'un langage théâtral féminin.Pour la première fois, des femmes qui, jusqu'ici, travaillaient chacune indépendamment, se sont regroupées et ont essayé de mettre leurs idées, leurs énergies en commun.Au théâtre, l'expérience est nouvelle et pour beaucoup de ces femmes-auteurs ou comédiennes, il en est de même.L'expression théâtrale des femmes en est à ses premiers balbutiements avec "La Nef des sorcières"; mais, déjà, il apparaît clairement que ces femmes ont trouvé de nouvelles façons de travailler ensemble, comme chaque personnage dans la pièce (a trouvé une façon différente de dire (en SE disant).Alors qu'habituellement, les femmes connaissent "l'enfer des quatre murs", selon l'expression de Luce Guilbeault, c'est-à-dire une réclusion presque totale du monde, chaque femme enfermée dans sa petite maison, ici treize femmes ont travaillé ensemble depuis presqu'un an.Découvrant une solidarité, une sonorité qui, inévitablement, les a obligées à transformer la façon habituelle du travail de metteur en scène, du travail de comédienne et celui du créateur."Je ne voudrais pas devenir aussi dictatoriale qu'un homme.C'est pour cette raison qu'on a changé, dans le groupe, la façon de répéter .qu'on s'est concerté.Déjà, c'est une étape.Par exemple, j'ai un ami cinéaste qui voudrait faire sa marque, un cinéma d'auteur.Nous autres, on est treize à faire quelque chose ensemble.Lui, c'est lui seul.Les hommes ne cherchent pas à se regrouper.Tant qu'il n'y aura pas trois ou quatre cinéastes à travailler ensemble, ils vont se mourir.En ce sens, notre travail a valeur d'exemple", ajoute Luce Guilbeault, certaine que la valeur de cette pièce tient, d'abord, dans cette tentative, pour chacune, de travailler avec d'autres femmes.La libération des femmes passant, en premier lieu, par un regroupement des femmes entre elles.Un tâtonnement au niveau du travail (parce qu'il sort des sentiers battus), de la même façon que le langage théâtral de la pièce relève d'une tentative inexistante jusqu'ici, les femmes n'ayant jamais pris la parole auparavant.Faire une entrevue avec Louisette Dusseault, avec Luce Guilbeault, ce n'est pas nécessairement parler de La Nef des sorcières: c'est surtout rencontrer deux femmes qui, à travers l'histoire de leur personnage, se racontent, parlent du chemin qu'elles ont parcouru en tant que femmes.Ainsi, quand Luce parle du mouvement féministe: "Les Françaises que j'ai rencontré étaient marxistes, puis sont devenues féministes.Moi, j'étais féministe, parce que c'était mon corps, mon coeur, mon besoin, parce qu'il y avait un trou à combler.A partir de là, j'ai ouvert les yeux sur l'injustice qu'on fait aux femmes, pas seulement à moi .C'est à partir de moi, cependant, que j'en suis arrivée à une prise de conscience.Pendant un an, je me suis retrouvée toute seule et c'est à ce moment-là que j'ai découvert les femmes, leurs difficultés.Des femmes qui connaissent les mêmes problèmes que moi, avec qui j'ai pu échanger.Auparavant, j'avais une amie, c'était privilégié.C'est en sortant de mon cocon de femme mariée, pis de comédienne qui répète .A l'Office national du Film, avec Anne-Claire Poirier, je me suis rendue compte que c'était possible de faire des choses; c'était une de mes premières expériences de travail de groupe avec des femmes; jusque-là, je me disais que les choses qui m'arrivaient n'arrivaient qu'à moi, je me sentais tellement isolée".A plusieurs reprises, au cours de notre conversation, Luce Guilbeault répète la nécessité de ne pas parler des femmes, mais d'une femme en particulier.Qu'elle ne peut pas dire ce •que sont les autres femmes, seulement ce qu'elle est, elle.Le besoin de rapatrier un "je", les personnages de la pièce le laissent pressentir; de la même façon, quand Luce parle, c'est d'elle qu'il est question, établissant avec moi une communication, une relation de femme à femme.C'est en parlant d'elle, qu'elle parle de moi.franchissant de la façon la plus sûre ce mur qui existe entre soi et les autres.Christine L'Heureux Un jour, il y avait un roi, — c'est une histoire que j'aime, Et tu vas comprendre pouquoi.Un jour, il y avait un roi puissant qui assiégeait une ville.C'était une ville paisible, heureuse et, devant cet événement, tous les hommes se sentirent perdus.C'était la fin.Alors, les femmes se sont parlées entre elles.Et, toutes ensemble, elles sont allées trouver l'ennemi."Épargne-nous, lui dirent-elles, et fais-nous la faveur de sortir de la ville en portant sur nous ce qu'on a de plus précieux, de plus fragile".Le roi fut d'abord amusé par tout ce grand dérangement de femmes, et, encore plus amusé par leur proposition naïve, car il savait la ville pauvre et sans trésor.La permission leur fut donc accordée.Et, le lendemain, les portes de la ville s'ouvrirent pour laisser partir les femmes, — chaque femme portait un homme sur son dos.Les temps sont venus.MAINMISE avril 1976-33 ounded Knee", 1890, Dakota sud, dernier massacre des Indiens d'Amérique."Wounded Knee", 1973, une actualité comme une autre.L'histoire triste - exemplaire - d'une révolte apparemment désespérée.Une poignée d'Indiens - ils sont tout de même un million, avec ceux de la Baie James, cette année là, à réclamer leurs droits et dénoncer le sort incroyablement injuste qui leur a été, leur est encore fait."Traiter avec les Indiens".Il semble que de tout temps, en Amérique, au Québec, nous ayions entendu cette petite phrase résonner à nos oreilles distraites, sur les bancs de l'école, dans nos lectures, à la radio, la télévision ou ailleurs.Une longue et sanglante histoire, dérisoire surtout par la facilité avec laquelle nous les avons dupés, eux qui étaient purs, et qui nous ont d'abord accueillis avec confiance et amitié.Pour quelques "gadgets" rutilants, parce qu'ils avaient la candeur des enfants, et la faculté de s'émerveiller devant les "choses", le Hollandais Peter Minuit leur "acheta" Manhattan, mais quand les pèlerins du "Mayflower" célébrèrent, avec la première récolte, le premier "Thanksgiving day", ce fut dit-on avec les "amis Indiens".Pourtant, on ne cessa par la suite de les dépouiller, les parquer dans des réserves ou les refouler ailleurs, les massacrer "quand il le fallait".De traité en traité, on leur enleva toutes leurs prérogatives, et par la même occasion leurs territoires, jusqu'au jour où sans pré-avis, on les chassa de leur dernier morceau de paradis terrestre, la Californie.Certains se sont apitoyés sur leur sort, ont tenté de les aider.Mais la "destinée" était la plus forte.Ne croyait-on pas dur comme fer, à l'époque, à la mission civilisatrice de l'homme blanc?Souvenons de "Manifest Destiny", de Rudyard Kipling, et du sort réservé à l'homme Noir d'Afrique, au nom de cette "responsabilité"! L'Indien nous hante, nous poursuit.C'est qu'il n'a pas réglé son compte à l'homme blanc, qui l'a dépossédé, martyrisé, châtré pour ainsi dire, en lui enlevant la responsabilité de lui-même, qui était toute sa dignité humaine.En "folklori-sant" sa langue et sa culture, on lui a brisé le coeur."Bury my heart at Wounded Knee".Quel titre, et quel livre .! Aujourd'hui, il sait que la connaissance et la sagesse de sa race n'était pas une vieille lune, lui qui s'est laissé impressionner par notre pouvoir sur les choses, et la poudre de nos canons, et qui a cru que nous avions le visage redoutable du DESTIN.Aujourd'hui, nous savons que les Indiens d'Amérique, comme les peuples noirs d'Afrique, ne sont pas des "primitifs" au sens où on l'entend généralement quand on parle du plus bas niveau d'évolution d'un individu, ou d'une population, en voie de "civilisation" .c'est à dire engagé dans l'Histoire.Les Primitifs SONT une civilisation, anhistorique, ce qui veut dire qu'ayant accompli son évolution, à travers les millénaires, elle a fini, à force d'expérience et de sagesse, par trouver un équilibre: l'équilibre le plus parfait peut-être auquel pouvait prétendre l'espèce humaine sur cette planète, en HARMONIE avec la Nature et le Cosmos.Structurellement, en dépit de L'article qui suit devait sortir le mois dernier dans Mainmise.Parce qu'il ne constituait pas, pour Arthur Lamothe, une présentation adéquate à son travail remarquable sur les Indiens Montagnais, nous l'avons reporté au "prochain numéro ".Nous ne voyons pas en quoi il y a "contradiction" entre cet article, et les films ou les idées d'A.Lamothe.A.Lamothe tient à s'effacer devant le point de vue des Indiens.Nous avons le plus grand respect pour son attitude, et nous la comprenons.Mais la "question Indienne", en ces temps troublés où nous sommes, ces temps de remise en question de tout, ces temps de fin d'un monde, existe aussi de "notre" point de vue.Parce qu'elle a un SENS.Et il est normal que nous éprouvions le besoin de l'aborder non seulement du point de vue historique et politique, mais aussi du point de vue anthropologique, et biologique, et même du point de vue "magique ".Pour une québécoise, aussi évidemment "métissée", il est difficile d'avoir cette objectivité, de prendre cette distance respectueuse que prend Arthur Lamothe, difficile de ne pas extrapoler - de ne pas "questionner" '- en rapport avec notre conscience, mais aussi avec notre "devenir".Les Indiens nous le pardonneront! L'OISEAU ET "Ne tuez pas les rossignols, camarades, sinon qui chantera dans vos nuits d'été?Maiakovski L'UTOPIE l'extraordinaire variété de ses apparences, la Société Primitive, l'Arkhe-Société est UNE.Fondamentalement (Arthur Lamothe l'a vérifié chez les Montagnais) elle n'a qu'un TABOU, l'inceste, qui a permis la fixation génétique de l'espèce humaine.Par les rites et par la magie, elle a réussi à établir le contact avec l'Univers, et utiliser judicieusement les forces qui le sous-tendent, dont nous avons fait un usage démentiel, et bien incohérent, à travers l'aventure scientifique et technique de l'Occident, comme de vrais "primaires" que nous sommes.Devant la CRISE qui nous atteint aujourd'hui, les Indiens, comme les Noirs, se demandent s'ils n'avaient pas raison.La leçon est amère, car ce que nous appelons "raison", face à leur civilisation, devrait s'appeler démence.La logique binaire s'est bien moquée de l'ESPRIT.Elle agit au niveau des basses évidences, arrogante, et méfiante à l'égard des valeurs dites "spirituelles".Elle continue de gratter la terre, et craint la lumière comme la taupe! Or, la véritable dimension de l'homme est cosmique.C'est la quatrième dimension.Aujourd'hui, elle nous aspire à nouveau, et c'est la Science elle-même qui nous y ramène .Les Indiens savaient cela d'instinct, et le vivaient.Ils étaient les dépositaires de la Tradition, qui a traversé les siècles, et vivaient le "dire simple" d'Heidegger (qui ne se dit pas! ).Personne ne sait comment l'histoire finira.Pour certains, parmi les Indiens ou les Noirs qui ont été à l'école, et à l'Université, qui ont appris notre langue et assimilé notre Culture, nous avons fait le "mauvais choix".Ils nous le disent dans leurs discours, qui sont très beaux, ou bien l'écrivent dans les livres qui sont aussi des "manifestes".Nous avons choisi l'aventure excitante du SAVOIR, et du POUVOIR sans limites sur les choses, inconscients de notre ignorance de nous-mêmes et de l'Univers.Nous allons payer très cher notre rêve "prométhéen", qui tourne au cauchemar, et la dernière bataille, la bataille écologique, nous allons la perdre.Au détour du chemin, dans les derniers retranchements de la Nature, nous retrouverons l'Indien .Tout au moins, ceux d'entre nous qui auront reconnu à temps la voix du rossignol.Mais qui écoute encore la voix du rossignol?J'en vois qui ricanent, les puissants, les bien nantis, les naïfs que nos performances technologiques éblouissent encore, tous ceux qui confondent l'ESPRIT avec l'engineering mentality .ceux aussi qui confondent matérialisme binaire et matérialisme dialectique! Nous avons empoisonné nos rossignols et nos sources vives - nous les avons empoisonnés physiquement et symboliquement.Nous avons ignoré les levers de soleil, et la splendeur de ses couchers.Nous avons creusé des cavernes, nos "shopping centers", nos médinas sans âme (on est loin du soleil! ) Nous avons construit des universités éclairées au néon, carrées, "squares" dans tous les sens du mot, qui sont une insulte à l'ESPRIT.Nous avons méprisé les cycles du jour et de la nuit, ceux des saisons, ceux de la lune, et celui de la femme, qui le méprise elle-même dans son combat pour une libération nécessaire, mais mal comprise, en tous cas dans sa forme radicale et militante, et qui en MEURT.Car la femme, en dépit de sa servitude, avait gardé au moins le privilège de toucher à la VIE, et demeurait réceptive à une information non linéaire, globale (est-ce pour cette raison qu'elle mute plus facilement que l'homme?) Il y a, bien sûr, l'autre hypothèse.Avons-nous fait le mauvais choix, ou bien fallait-il faire tout ce chemin - au hasard Balthazar - pour que la "nécessité" nous force à muter encore une fois, et accéder ainsi à un niveau supérieur de conscience, Science et Conscience rejoignant enfin l'antique tradition de la Connaissance et de la Sagesse, entraînant la masse humaine vers un nouvel équilibre, une nouvelle harmonie, un nouvel AGE D'OR?Mais au fait, qui est-il cet Indien?Qui sommes-nous, nous, Québécois, dont le sang est largement coupé du leur?Lui dont le symbole de l'OISEAU, tenant dans son bec un serpent, est une provocation, un signe?Lui dont nous étions nombreux à porter les vêtements, les parures, pour aller le voir en 73, venu de la Baie James, tenter tristement, obstinément, de resusciter quelques-unes de ses plus belles traditions du chant et de la danse, du cri et du souffle - affublé de nos plus vilains oripeaux, se donnant en spectacle pour de l'argent, pour un soutien moral, lui qui ignore tout du mot "spectacle" et qui connait tout de la VIE?Qui est-il AUJOURD'HUI?C'est ce qu'Arthur Lamothe, avant qu'il ne soit trop tard, a entrepris de nous dire - en "le" laissant dire - à travers une série de films dont le montage est en cours, et dont nous avons eu le privilège de voir quelques six ou sept heures! Dans ces films, on voit entre autre les vieux Montagnais transmettre aux jeunes, par la parole, et par le geste, les techniques de la classe, et de la prise du gibier, les rituels d'approche de l'animal, les relations complexes - complices?- entre l'homme et sa prise.Au terme d'une recherche très poussée qu'il a faite sur le "stress", le docteur Hans Selyé, de l'université de Montréal -une autorité mondiale en la matière - un futur prix Nobel?- en est venu à la conclusion que la consommation de viande (et principalement de viande de mammifères) joue un rôle déterminant dans l'agressivité humaine.Il explique le phénomène par la décharge d'une substance bio-chimique - est-ce l'adrénaline?- dans le corps de la bête, au moment où on la tue, quelque soit le moyen employé.Substances que l'homme metabolise d'autant mieux que l'animal est plus proche de lui dans l'échelle des êtres.Dans le monde animal, le phénomène ne se produit pas.Les animaux chassent et se mangent entre eux parce que c'est dans leur "programme", et les victimes, par un curieux rituel de soumission à l'ordre naturel, à l'écologie générale, ne sécrètent pas de substance toxique ou plutôt "agressivisante", au moment de la mort.On peut d'ailleurs observer le même phénomène chez les végétaux, comme s'il fallait apprivoiser la plante que l'on cueille, ou arrache, pour qu'elle soit comestible en toute "innocence".Le "message" passerait par un mystérieux réseau de communication, de nature électromagnétique entre tous les êtres vivants.Le docteur Selyé, et ses co-équipiers -vont même jusqu'à penser que la consommation de viande pourrait bien être "hors-programme" pour l'homme, et qu'en aucun cas l'homme, même primitif, ne peut apprivoiser ainsi l'animal qu'il chasse ou tue.Pourtant, en observant les rituels de chasse de certains prédateurs, Indiens, ou Africains, en les écoutant parler, on se demande si les chercheurs n'en viendront pas à limiter le phénomène à l'homme "civilisé", qui a perdu le contact avec la Nature, et la connaissance innée de certains rites.L'affaire de la viande Kosher, par exemple, si l'on remonte à l'origine du rite, suffit à nous faire poser bien des questions.L'agressivité humaine est une question sur laquelle on n'en finit plus d'épilo-guer (et pour cause).L'homme est-il, ou n'est-il pas, congénitalement agressif?Question qui, au fur et à mesure que nos connaissances historiques et biologiques se développent, apparaît de plus en plus superflue.L'homme, comme n'importe quel animal, est potentiellement agressif, dans la mesure où les circonstances, ou l'environnement dans lequel il vit, ou qu'il s'est fabriqué, l'y contraignent! Fondamentalement, c'est vrai, l'homme a PEUR.Du fait qu'il est sexué et mortel, bien sûr, mais surtout du fait qu'il lui a poussé un cerveau "imaginant", qui lui a permis d'acquérir une certaine autonomie par rapport au "programme", mais qui l'a aussi, en proportion, déconnecté de l'Univers auquel il appartient, de la "matrice".Et en n'importe quelle circonstance où la peur intervient (et où l'impuissance ou l'ignorance l'empêche de contrôler la situation) l'agressivité surgit: Que ce soit entre nations ou populations, ou au niveau des rapports inter-person-nels.On prétend que les Indiens sont particulièrement agressifs.Voyons un peu leur histoire - notre histoire.Au commencement était la Montange (sacrée), l'Himalaya (au commencement était l'Afrique, bien sûr, mais je n'entreprendrai pas de raconter ici les circonstances qui ont poussé les populations humaines vers l'Asie, ni les extraordinaires métamorphoses qu'elles ont subies en cours de route -toujours en rapport avec l'environnement).Sur le versant sud de la montagne, donc, une population de type mongoloïde, plutôt paisible.Sur le versant nord, une population de même type, mais qui, vivant dans un climat plus rigoureux, et MAINMISE avril 1976-35 plus sain, atteint une espérance de vie exceptionnelle, et à plusieurs moments dans l'Histoire, un état de surpopulation qui pourrait bien être, avec la sécheresse, à l'origine de la légendaire agressivité des Mongols - des Kirghises, surtout (les hommes les plus agressifs de la terre, dit-on) - ces hordes d'envahisseurs redoutables qui, périodiquement, ont déferlé sur l'Europe, refoulant toujours plus loin, des populations qui vivaient bien tranquilles sur leurs territoires.Les Indiens, nos Indiens, seraient ceux qui à force d'avoir été refoulés vers le nord, se sont trouvés obligés d'emprunter le détroit de Bering (alors émergé) et de découvrir l'Amérique, dont ils ont fait "leur" territoire, et qu'ils ont peuplée, avec le temps, de tribus de plus en plus diversifiées, guerroyant entre elles à l'occasion, mais beaucoup moins qu'on ne le croit, exactement comme les tribus qui peuplaient autrefois le territoire Africain, dont certains voyageurs racontent qu'à l'époque, on pouvait y circuler librement, même la nuit, sans se faire attaquer! L'avatar de l'envahissement blanc de l'Amérique n'est que la suite d'une longue histoire - toujours la même - et l'Indien, encore une fois, s'est trouvé massacré, assimilé ou refoulé ailleurs.Là où Arthur Lamothe l'a rejoint, comment pourrait-il ne pas être un prédateur?Mais le fait d'être un prédateur ne semble pas le rendre particulièrement agressif, au contraire, dans la mesure où on lui fiche la paix sur son territoire.D'où les questions que l'on peut se poser par rapport à la consommation de viande, et au rituel du prédateur, à sa relation avec l'animal dans laquelle, au contraire du chasseur blanc, la cruauté, le mépris pour l'animal n'interviennent jamais.Il y a pourtant un moment, dans les films d'Arthur Lamothe, qui personnellement m'a fait "freaker" - et c'est le passage du piège en bois, fait avec des branches d'arbre, au piège métallique, fourni par les blancs, tellement "étranger", tellement agressif, dans sa forme et son fonctionnement, et tellement disproportionné par rapport au cou à la patte du malheureux lapin.Du piège en métal, à l'énorme machine, cet espèce de homard à ramasser les arbres abattus par centaines, il n'y a qu'un pas, vite franchi, une toute autre attitude, non plus primitive, mais primaire, face à la Nature; l'attitude conquérante de celui qui "prend", par n'importe quel moyen, de préférence le plus efficace, et qui se croit justifié de le faire dans la mesure où il en "profite", pour, au bout du compte, ne plus penser qu'au profit à tirer de sa prise, sans savoir qu'il s'engage ainsi fatalement dans un processus irréversible d'auto-destruction.Entre les vieux Indiens, et les jeunes, il y a un fossé qui s'élargit, nous dit A.Lamothe.Les jeunes sont tentés, on les achète facilement, et souvent, ils trahissent.Pourtant, aujourd'hui, parmi ceux qui ont été à l'école, ou à l'Université, qui voient nécessairement la tournure que prennent les événements dans le monde dit "civilisé", il y en a qui reviennent.Il y a de .jeunes Indiens en colère, et qui résistent, qui sont politisés.Arthur Lamothe affirme qu'ils le sont pour leur compte personnel, qu'ils ne se laissent pas noyauter par les mouvements politiques traditionnels, idéologiquement bien structurés, engagés les yeux fermés dans la bataille du "Progrès" pour tous.On voudrait le croire.La scène de la barrière, où trois jeunes Indiennes - remarquablement articulées -attaquent verbalement (et violemment) une poignée de blancs absolument molasses supposés les empêcher de passer, est particulièrement significative, et parce que ce sont des Indiennes, et parce que ce sont des femmes.On les comprend.On se dit: "C'est le juste retour des choses." Mais on voudrait être bien sûrs de ce qu'elles défendent.Non pas qu'il soit question pour eux, ni pour nous, de revenir au mode de vie primitif et très rude des Indiens, mais de décider de "quelle" civilisation nous voulons, qui ne serait plus en opposition, mais en continuité avec la leur.Est-ce rêver que de croire encore possible un tel revirement des choses dans le "bon sens" de l'Histoire?36-MAINMISE avril 1976 Je ne sais pas alors tout ce qui périt.Quand je regarde aujourd'hui en arrière du haut de ma longue vie, je peux voir encore les femmes massacrées et les enfants amoncelés et dispersés dans les ravins.Je les vois comme si c'était hier.Et je peux voir autre chose dans la boue ensanglantée sur laquelle tombe la neige: la fin du rêve d'un peuple.Un rêve magnifique.Moi qui eus dans mon enfance la plus belle des visions, vous ne voyez plus devant aujourd'hui qu'un vieil homme pitoyable et qui n'a rien fait parce que la force de son peuple a été brisée et dispersée.Il n'y a plus de centre divin désormais.L'arbre sacré est mort".Elan Noir (Black Elk) Dans le fait que le paysan Arthur Lamothe, parti de sa Gascogne natale, la tête pleine de rêves - comme il nous l'explique - débarqué au Québec pour se trouver aux prises avec la dure réalité de l'émigrant, embauché comme garçon de ferme, puis comme bûcheron en Abitibi, se retrouve aujourd'hui comme chez lui parmi les Indiens des territoires du Nord Ouest du Québec, il n'y a pas que le hasard.Il y a comme une nostalgie.La nostalgie d'un certain mode de vie, et d'être sur la terre, en harmonie avec la Nature et le Cosmos, qui se meurt.Entre le paysan Gascon et l'Indien, il y a des affinités profondes que l'on ne soupçonnerait pas.Comme il y en avait, d'ailleurs, entre le "early american" qui ne détestait pas l'Indien, au contraire, qui avait pour lui une sympathie spontanée.ET là, je voudrais ouvrir une longue parenthèse et faire une sorte de mise au point sur l'Amérique et son Histoire.On se fait aujourd'hui des Américains, en bloc, une image terriblement négative, et qui nous fait commettre une erreur, et une injustice grave à l'endroit d'un certain nombre d'entre eux, qui nous empêche de comprendre les contradictions de ce peuple-là, et de sentir les courants profonds qui le traversent et qui pourraient bien réussir à le transformer.Arthur Lamothe lui-même n'y échappe pas quand il parle de la manie qu'ont les Anglo-saxons de mettre les "natives" en ghettos, en réserves.Il dit: "C'est puritain, cette chose-là, le capitalisme est une affaire puritaine".D'abord, le Capitalisme est né en Europe, à Amsterdam, il n'est pas né en Amérique.Ensuite, le capitalisme n'est pas puritain, il est protestant, et il y a différentes sortes de protestants.Il y a les luthériens, les calvinistes, les anglicans, les presbytériens, et il y a les "puritains", les quakers, les mormons.A l'origine, il y a le fameux discours de Cromwell, bien sûr, réaction qualifiée de conservatrice "au boutte", mais il faut voir OBJECTIVEMENT à quoi l'on s'opposait: 1.A la tyrannie du pouvoir royal et de l'église d'Angleterre, dont la collusion était totale.2.A la centralisation abusive, à l'abstraction, la machine étatique, en ce début de l'ère industrielle, alors que la pollution commençait à faire des ravages à Londres.3.A l'Urbanisation tentaculaire et la détérioration des rapports humains qu'elle entraîne inévitablement.Plus tard, un schisme s'est produit, entre protestants.A certains abus religieux, politiques et policiers, les puritains, les quakers et les mormons opposaient le très libertaire "en notre âme et conscience", la relation verticale de chaque individu avec son créateur, la séparation RADICALE des pouvoirs religieux et temporel, un culte maniaque de la démocratie (tout le monde, même l'institutrice, devait être élue par le peuple, et toute décision devait être prise "à la base"), le retour à la vie en petites communautés, en villages, et, à condition de ne choquer personne, une plus grande liberté, ou tolérance sexuelle qu'on ne l'imagine aujourd'hui, et, bien entendu, le culte de la Nature, particulièrement poussé chez les mormons.En Amérique, ces gens-là rêvaient d'instaurer le règne de la "liberté", d'un ordre "naturel".Il suffit de relire la Constitution Américaine pour s'en convaincre.Ce qu'ils préconisaient est bien proche de la véritable Anarchie de l'Anarchie positive.C'est pourquoi le courant anarchique est toujours resté très fort, et très présent aux Etats-Unis.L'American Dream, au départ, ne ressemblait pas au cauchemar qu'il est devenu.Le capitalisme américain s'est développé dans les villes, et principalement à New-York.C'est une affaire luthérienne, anglicane et presbytérienne.Des gens venus d'Angleterre mais surtout de Hollande, d'Allemagne et d'Europe centrale.Ce sont eux les véritables puritains au sens où on l'entend aujourd'hui, les protestants "po-gnés", intolérants, agressifs auxquels se sont joints quelques Irlandais catholiques, les Juifs, et déjà la Mafia Sicilienne.Les early americans croyaient de bonne foi qu'ils avaient "God on their side".Ce qui n'est pas mal tant qu'on reste modeste, attaché à la terre, et à ses valeurs.Même la propriété privée est un moindre mal tant qu'on se protège les uns des autres et qu'il s'agit d'un simple lopin de terre.Tout s'est gâché à partir du moment où dans les villes, on a tellement abusé de l'approbation de Dieu, qu'on a fini par se prendre pour Dieu, et sombrer dans la paranoïa.On peut presque dater l'événement, un peu après la guerre de 14-18 (le commencement de la Bête, de "Kali-Yuga) quand avec la Prohibition, profiter, frauder, corrompre le Pouvoir est passé dans les moeurs (fin de la belle morale "en votre âme et conscience", remplacé par "business is business"), et plus tard quand le Président Woodrew Wilson a fondé la Société des Nations (sauver le monde, donc le conquérir, et l'exploiter! ) Les Indiens eux-mêmes, dans leurs témoignages, mentionnent très souvent "ces blancs qui ne leur voulaient pas de mal, qui les aimaient".N'oublions pas que ceux qui les ont trompés, dépossédés, massacrés venaient de l'Est, de Washington, et non du Middle-West.Dans le mouvement contre-culturel nord-américain, on trouve à la fois la nostalgie de la morale "naturelle" des early-americans, l'aspiration à une cosmogonie, et à une organisation sociale de type .communautaire, très proches de celles des Indiens, et la volonté de récupérer le savoir scientifique et technique de l'Occident au profit d'une civilisation dont le premier objectif serait de rétablir lliarmonie sur la planète, tout en procurant à l'homme un bien-être raisonnable, au moyen d'une technologie douce.L'Amérique, au fond, n'est que la projection des rêves contradictoires des européens.Ceux qui voulaient recommencer le monde - et cette fois le réussir -sur le modèle de l'Europe rurale et artisanale, et les autres, les aventurismes, qui sur cette terre vierge à la mesure de leur démesure, voulaient aller au bout de leur power-play, et pousser à la limite le trip individualiste de l'Occident.En Europe, où j'étais il y a quelques semaines, et où la situation de crise atteindra bientôt un paroxysme - du fait de la surpopulation, et de l'effroyable complexité de cette société, véritable machine à user le monde, au point que l'idée de fléau - la peste par exemple -recommence à hanter l'imagination, en Europe, donc, paradoxalement, c'est l'individualisme forcené des individus qui les soumet à la "machine", qui empêche ou retarde leur mutation.Il faut dire qu'il s'agit d'un monde très vieux, très hiérarchisé, où toutes les catégories d'individus sont parfaitement intégrées, toutes les idées récupérées, et qui pèse de tout son poids sur.les jeunes générations, aux prises avec la haine du père (qu'ils s'obstinent à croire indestructible! ), et avec la séduction du père.En Europe, on n'a plus ni l'espace physique, ni l'espace mental pour "muter".Devant une situation aussi bloquée, on se demande vraiment comment les européens s'en sortiront, et où ils se déverseront si effectivement, une peste quelconque ne vient pas "éclaircir" la situation! On se sent très privilégiés de vivre au Québec .Se pourrait-il que le Québec, du fait de son voisinage immédiat avec le "géant", dont il a réalisé la vulnérabilité du fait qu'il reste ici l'espace physique et mental en question, et du fait de notre double origine ethnique (gaélique et indienne), devienne la nouvelle Gaule?La terre privilégiée des mutants?Au fond, ce que nous appelions "l'alternative utopique" ressemble tout-à-fait à ce que les européens appellent mélancoliquement "un socialisme gai, qui respecterait la liberté, la fantaisie de l'individu".Pourtant, ils nous accusent (surtout les militants politiques) d'être des utopistes -pour eux, l'utopie se confond nécessairement avec "le meilleur des mondes"! -sans se rendre compte que si la crise économique ne leur mettait pas des bâtons dans les roues, ils en seraient bientôt là (ce qu'ils sont ressemble déjà beaucoup à ça! ), et que l'individualisme qu'ils revendiquent est précisément l'obstacle infranchissable au socialisme dont ils rêvent.Les jeux de pouvoir qu'ils n'arrêtent pas de se jouer entre eux, entre partis, entre "gangs", entre hommes et femmes, rend impossible là-bas toute entreprise communautaire, par exemple.Ils confondent malheureusement "individualisme" et "individuation", et dans l'intérêt très vif qu'ils portent en ce moment à "l'analyse", ils rejettent Jung et privilégient Lacan, qui les prend encore davantage au piège des MOTS.Pourtant, là-bas, au niveau de la création artistique - des vrais artistes - les grands mythes et les archétypes sont en train de reprendre le servant de la scène que ce soit l'extraordinaire spectacle de Maurice Béjart - ce visionnaire - qui à travers le personnage de Faust (notre Faust) fait le bilan de notre civilisation, et retrace tout notre itinéraire, en nous projetant dans le futur, à travers la crise, puis la mutation, et la compassion (qui normalement, devrait être le "moteur" de la prochaine société, au lieu de la compétition), ou que ce soit "La Flûte enchantée" de Bergman, ou "Le joueur de flûte" de Jacques Demy, ou même les Schtroumpfs avec "La flûte à six schtroumps"! Comme si, à la fin des mondes, les grands mythes et les archétypes (le "blueprint" de l'Univers), reprenaient les choses en mains, l'Histoire, et.la conscience humaine, pour effectuer la grande TRANSFORMATION.De ce point de vue, les films d'Arthur Lamothe sont EXEMPLAIRES.En s'in-troduisant respectueusement dans le monde des Indiens du Nord du Québec, en laissant les choses arriver, et en les montrant, en laissant parler ces gens-là, presque sans intervenir au niveau du montage, il remue (devrait remuer! ) au plus profond du spectateur, ces images profondes, archétypiques, toujours présentes en lui, toujours prêtes à se mettre en action, dont j'ai déjà parlé ici.Le cinéma de Lamothe est un cinéma ORGANIQUE.Arthur Lamothe refuse d'être étiqueté.Il refuse toutes les étiquettes.Il n'entre pas dans la réalité des autres avec des idées toutes faites, n appelle ça le "respect d'autrui".Et dans ce cas précis, il a raison.Etre ou ne pas être compris: That is the question! Des deux bords, on l'accuse.De ne pas avoir assez de parti-pris - ou d'en avoir trop.De ne pas faire assez de propagande - ou de ne pas être assez "glamour".Arthur Lamothe s'en fout.Tout naturellement, sans se poser de question, et en s'attachant à montrer une situation POLITIQUE, au sens le plus fort du mot, il débouche dans une autre "réalité", celle de la MAGIE.Il ne se demande pas si c'est vrai ou pas vrai.Il dit "c'est comme ça".En l'écoutant parler, j'ai pensé au testament de Chou en Lai à l'Occident, cette dernière conversation qu'il a eu avec Kissinger où il a dit: "Nous, en Chine, nous pratiquons quotidiennement l'autocritique, à travers la vie concrète.Vous, en Occident, vous n'arrêtez pas de vous trouver dégueulasses, de prédire toutes les catastrophes, de vous fustiger moralement.Et c'est pour cette raison que vous allez vous détruire".L'auto-critique n'est praticable qu'à l'échelle des petites communautés, c'est vrai, à l'échelle de la tribu.Mais elle exige surtout ce respect des autres, et cette modestie.De ce point de vue encore, Arthur Lamothe est un exemple.Il dit: "Il faut être disponible, toujours disponible." Michèle Favreau HORS-CIRCUIT.LES PRODUCTEURS ORGANIQUES S'ORGANISENT Manger des choux, des pommes et des céréales cultivés en accord avec les lois naturelles, sans arrière-goût de pesticides, c'est bon.et les cultiver soi-même, c'est encore meilleur.Etre obligé de les importer des Etats, c'est moins drôle, surtout s'il en pousse au Québec.C'est pour ça que Jacques Petit, un producteur maraîcher qui n'a pas pu trouver de débouchés raisonnables à ses deux tonnes de tomates biologiques l'été dernier, a semé l'idée fort brillante d'une union de producteurs organiques proprement québécoise.La suggestion a été faite le 20 janvier dernier, au cours d'une réunion régionale du Mouvement pour l'Agriculture Biologique, qui se tenait, par accord spécial, dans un amphithéâtre du vénérable Institut de Technologie Agricole de St-Hyacinthe (là où l'on forme académique-ment les futurs "bousteurs de terres " de nos paisibles contrées).La rencontre avait débuté par la projection du film "Alchimie nouvelle'.Cette production de l'ONF est centrée sur les expériences des New Alchemists, un groupe a-méricain aux tendances à la fois archaïques et innovatrices, qui s'emploie à réinventer l'accord de l'homme avec les cycles naturels par l'utilisation de l'énergie éolienne.la pisciculture, l'agriculture organique et la récupération de certains déchets, et en misant beaucoup sur les ressources locales.Le film est très stimulant, et les groupes intéressés pourront l'emprunter dès sa sortie officielle en français (on ignore encore la date) en communiquant avec Société Nouvelle à l'Office National du Film.En attendant on peut toujours se procurer gratuitement la merveilleuse brochure qui accompagne le film (en anglais, hélas) et qui réunit un bon nombre de sources et de ressources très utiles au mouvement écologique.La compilation en a été faite par Dorothy Rosenberg, qu'on peut rejoindre à 333-3394.ou en écrivant à Société Nouvelle, CP.6100.Station A.Montréal.La trentaine de jardiniers, fermiers et é-tudiants de l'ITA qui étaient présents ont ensuite discuté pisciculture, compagnonnage de plantes et compostage.La proposition de Jacques Petit tombait pile, étant donné que l'hiver est le meilleur temps pour en parler tranquille, les deux pieds dans le four du poêle à bois, mais aussi parce que ça presse, et que jusqu'ici ce sont surtout les consommateurs oui ont formé h0i OS.».te ûttLTOUiWTlTOO.La loi 22, Bernard Smith, Editions du Jour, 1975 C'est lors d'une semaine de vacances au grand air du nord de l'Ontario, pendant une visite à des amis de là-bas, que je lisais le livre de Bernard Smith sur la Loi 22, celle de toutes les lois instaurées par le parti libéral québécois à provoquer le plus de passions.Un peu comme s'il appartenait désormais à chacun, dans le système politique actuel, tellement il est faible et lâche, d'y aller de son petit amendement à telle ou telle loi.Depuis la lecture de ce livre, bien des liens se sont faits dans ma tête (j'avouerai pourtant que pas plus de lumière ne s'y est faite).Car il ne s'agit plus tant de savoir si la Loi 22 est juste ou non, il s'agit de découvrir s'il est encore possible pour un "être humain" de trouver à l'intérieur du système tel qu'il se définit une place et s'il vaut encore la peine de défendre des libertés qui, à tout prendre, face à celles prises par les organismes internationaux ou gouvernementaux, ne servent plus à rien.Je me permettais, pendant la semaine de la contre-culture du printemps 75, de dire que celle-ci s'était peut-être cassée les dents à partir du jour où elle avait cherché à être reconnue officiellement.Je me demandais encore si elle ne s'était pas coupée de sa mission réelle qui posait au départ une transformation sociale profonde - devant mener chaque être au pouvoir de lui-même - en donnant toutes ses armes à l'adversaire en échange de deux ou trois (et quand même maigres, compte tenu de l'inflation) subventions personnelles ou "de groupe".Quand aurons-nous enfin compris que l'alégalité n'est pas nécessairement crapuleuse mais réside dans la mise en application de concepts de vie tellement nouveaux qu'ils échappent même à l'oeil des défenseurs des vieilles structures.Structures et défenseurs qui ne peuvent plus, une fois la vie changée, que céder la place.Ce que je me demande aujourd'hui, suite à la lecture de ce livre et aux événements récents, c'est si ce n'est pas Jean-Paul Desbiens (le Frère Untel) qui avait raison en déclarant qu'au Québec le problème de fond n'en est plus un de langue mais de "civilisation".Depuis quinze ans, on assiste - et pas seulement au Quebec - à une poussée de forces nouvelles, des plus réactionnaires aux plus positives, comme celles représentées par un Paul Chamberland, par exemple.Il semble que dans notre société québécoise a trois laces (ou trois gouvernements, si l'on préfère), la récupération de ces forces, aille de pair avec la consommation - le gaspillage - des gens qui non seulement représentent ces idées mais cherchent à les vivre.11 me semble encore que le Parti Québécois, à vouloir trop jouer démocratiquement la "gaine", est devenu, à peu de chose près, ce contre quoi il n'a jamais vraiment eu le temps de se battre.C'est ce qui ressort de la lecture du livre de Smith.Quand un parti qui se dit novateur (à tout le moins) en est rendu à calculer la rentabilité d'un thème électoral -jusqu'à remettre à plus tard ce qui d'une certaine manière constitue sa raison d'être, c'est à dire la naissance d'un pays - on s'interroge.Et quand on en est rendu à dire: "Laissez-nous être libres chez nous et nous vous cédons nos petites implantations francophones du reste du Canada ." (sait-on qu'il y a, en Ontario seulement, près d'un demi-million de francophones qui, devant la faiblesse politique du Québec, sont en voie de s'assimiler - comme nos immigrants italiens - à une culture beaucoup plus nord-américaine qu'anglaise.A quoi peut leur servir d'apprendre le français ou de se battre pour lui si c'est pour nous entendre nous plaindre éternellement, comme des enfants punis, des méchancetés qui nous sont faites par les Anglais et les Américains .ou entendre les discours politiques d'hommes qui, au bout du compte, représentent, docteurs ès vasage et diversion, les intérêts anglais ou américains.Et si, un moment, nous cessions de nous leurrer sur l'avenir du Québec déchiré par la soif de pouvoir d'ex-dénonciateurs d'administrations corrompues comme celles de Camillien Houde ou de Duplessis mais surtout par notre incapacité - dans l'immense "tiraillage de couverte" national - à nous rallier autour d'un thème commun qui serait plus profond que celui du "Québec Français".Thème qui pourrait poser, dans son essence-même, la naissance d'un pays différent de par su structure politique de ses voisins mais relié à eux par des ententes économiques et politiques solides et établies non plus à Ottawa ou Londres ou New-York mais à Québec et Montréal.Jamais je n'ai entendu un péquiste purler d'une "mission historique" possible du Québec.Il a encore fallu que le peu de cette conscience que nous avons nous soit donnée par un Anglais -Toynbee - ou un Torontois - McLuhan, le premier ayant déclaré dans une de ses oeuvres qu'il y avait deux endroits au monde d'où pourrait venir un renouveau spirituel de l'humanité: la Chine et le Québec; le second, que nous étions "les seuls authentiques hippies de l'Amérique du Nord", ce qui peut sembler une insulte à certains mais constitue, à mes yeux du moins, un compliment puisque c'est nous reconnaître une liberté d'esprit dont nous n'avons malheureusement pas encore su quoi faire.Electora-lement, certes, le thème d'une mission historique ou spirituelle du Québec n'est pas rentable.11 l'est en tout cas un peu plus, il me semble, que celui de la lâcheté du Parti Québécois n'osant même pus proclamer le français la langue officielle du Québec ou remettant à plus tard, à un référendum, la question de l'Indépendance.Comme il était facile pour le parti libéral québécois, devant si peu de courage, de récupérer tous les thèmes majeurs du PQ! Et c'est ce qu'il a fait.Et si la mission nationale du Québec était de devenir un "village expérimental" de l'Amérique du Nord?Et si, dans le processus lent mais certain, de socialisation de la même Amérique, nous devions faire figure de modèle historique?Et si nous cessions de nous rendre malades de paranoia en évoquant les spectres du "péril américain" ou "anglais".Certes, il ne faut pas avoir le nez bien long pour voir ce qui, au lendemain des Jeux Olympiques de Montréal, risque de nous arriver.Comme il sera facile alors, une fois l'armée en place et les effectifs de la CUM doublés, la ville de Montréal nettoyés de ses "deux mille turbulents" et la Constitution canadienne rapatriée, de mettre, au moindre faux pas des mouvements étudiant, syndical ou nationaliste cherchant depuis quelques années à saboter le ''système", la province en tutelle fédérale, geste créant enfin l'unité canadienne -le grand rêve de Monsieur Trudeau - et nous coupant peut-être à jamais de naître comme nation.Surtout que l'encrétinement des nouvelles générations (suite au sabotage de l'éducation), l'endettement national, le chômage et le désarmement des citoyens seront alors consacrés comme état de fait.S'il est vrai que les artistes sont l"'antenne" du pays, il y u, par rapport à la situation actuelle de la culture québécoise, de quoi devenir plus paranoïaques encore.Heureusement, pourrait-on presque dire, tant à cause des mesures anti-inflationnistes du gouvernement fédéral actuel que des déficits déjà prévus pour les Jeux Olympiques, les budgets votés aux arts par les gouvernements seront, dans les prochaines années, presque réduits à néant.Déjà les Projets d'Initiative Locale ont été éliminés, réduisant au chômage beaucoup de travailleurs libres.Il se peut que beaucoup de ces chômeurs paniquent et se joignent aux rangs des mouvements étudiants et syndicaux rendus, pour beaucoup d'entre eux, à poser comme vertus la désobéissance sociale et la violence justificatrices de toutes les "mesures de guerre".Il se peut, et c'est à espérer, que se crée chez d'autres, comme elle existe à l'état latent chez toute une génération nouvelle, une conscience visant à lu création d'une indépendance d'abord personnelle puis "communale".Et même si le but semble lointain et "utopique", le Québec devrait devenir le premier pays nord-américain à instaurer un système de communes indépendantes et reliées entre elles par un réseau de communications combinant pour la première fois, historiquement, les avantages du capitalisme et du socialisme?C'est rêver en couleurs?Peut-être.Mais si, dans le contexte actuel, une fois achevé le premier "tour de l'île et constatée la division profonde, c'est la dernière chance réelle du Québec de se faire, tant dans le monde qu'en Amérique du Nord, une place au soleil?Il nous reste, bien sûr, dans la recherche de cette nouvelle vision du Québec, beaucoup de chemin à faire .Michel Chevrier 40 - MAINMISE avril 1976 adulte, un refus de la maturité une remise en cause radicale du "tu seras un homme, mon fils" qui est le fondement de toute notre civilisation occidentale prométhéenne." Norman O.Brown a lumineusement mis en valeur, dans son "Eros et Thanatos", la perte, le rétrécissement que signifiait la fameuse sexualité "adulte" par rapport à l'éros enfant.Je tiens le présent ouvrage de Matzneff comme l'un des témoignages qui iront se multipliant sur une question qui est, ni plus ni moins, celle du retour du refoulé occidental, le retour du dieu-enfant Dionysos, dont la fascination grandissante ne se comprend vraiment que si on la rapporte à l'émergence d'un tout nouveau type humain, l'homme-enfant.paul ch.Une grammaire à l'usage des vivants David Cooper Les éditions du Seuil Ce tout dernier^mvrage de David Cooper (Psychiatrie et anti-psychiatrie - Mort de la famille) nous vient de l'ARgentine, sa nouvelle patrie d'adoption.Cette distance qu'il a pris avec le monde industriel occidental lui permet cette vision critique d'une société qui a besoin de fous pour pouvoir se justifier.Dans une série de quinze textes indépendants les uns des autres, Cooper nous présente la synthèse de nombreux ateliers e,t séminaires-débats.Il relate des expériences telles que l'extase critique du LSD.Il s'attarde sur des conceptions erronées qu'entretiennent beaucoup de gens, voire la différence entre l'orgasme et la simple ejaculation.Il analyse et conclue: "Il est un temps pour l'esprit, un temps pour perdre l'esprit, un temps pour le retrouver." Et enfin, après avoir souligné l'importance et le pouvoir de l'individu dans une guérilla continue contre la société, il note: "Au demeurant, si nous ne sommes pas prêts à risquer nos esprits et nos vies, nous les perdrons quand même." Geo.A.Turcot Picabia par Yve-Alain Bois Coll.Les Maîtres de la peinture moderne Flammarion ($9.95) - 99p.- 1975 Pour accompagner les 63 reproductions de ce très beau livre (dont l'une crée des problèmes de droit à l'éditeur - Picabia doit en rire dans sa tombe), Yve-Alain Bois (quel beau nom! ) a composé une série de biographèmes, comme dirait Roland Barthes, qui constitue un portrait étrange du célèbre peintre et poète dadaiste.Riche, brillant, désordonné, veule et égo-trippeux, Picabia semble avoir atteint renom et importance plutôt comme producteur que comme créateur.Impossible de pasticher Picabia, il n'y a pas de style Picabia.II a génialement assimilé et reproduit successivement les peintres impressionnistes (il a même fait une petite fortune avec ses toiles impressionnistes, superbes d'ailleurs), symbolistes, cubistes, dada et surréalistes." Sa "fonction a été en fait celle d'un "anti-peintre iconoclaste".Il s'est moqué successivement de tous ces mouvements, des qu'ils commençaient à l'ennuyer, ou l'obligeaient à se répéter, et s'est même brouillé avec leurs représentants .Mais il avait été doté à la naissance de tous les atouts pour remplir cet important rôle écologique: il était riche (il eut 127 voitures, un château, etc.) et il savait inciter ses amis à l'action.Il fut pendant trente ans le financier de nombre d'expositions, délivres d'art ou de poésie, de revues, de spectacles et si c'est lui que l'avant-garde française délégua à l'Armory show (New-York-1913) c'est aussi parce qu'il était le seul du groupe à pouvoir se payer le voyage.Quant à Dada, il le fut parce que Tristan Tzara lui mit le nom et l'idée entre les mains, comme on confie un show à un imprésario .mais quel imprésario! Ce n'est pas pour rien qu'on a dit que Marcel Duchamp et lui mirent la culture à feu et à sang au début de ce siècle.Le livre d'Yve-Alain Bois fourmille ainsi d'anecdotes historiques qui font (avec une tendre ironie) à Picabia ce que Picabia lit à ses contemporains.Duchamp Du Signe écrits de Marcel Duchamp Nouvelle édition par Michel Sanouillet Flammarion - $21.95 - 314pp.- 1975 Pendant que Picabia tailladait à coups de sabre dans la culture bourgeoise, lacérait, pourfendait, assumait la job de déconstruction, Marcel Duchamp, sur cette place nette (et de tout près d'ici: New-York) produisait les "signes" d'un nouveau langage sur le/du monde.Picabia n'aurait jamais pu faire ce que Duchamp a fait: Duchamp n'aurait jamais pu faire ce que Picabia a fait.Mais chacun savait l'importance de l'autre, presque comme envers-complément, ("est peut-être pourquoi ils furent des amis inséparables, mis à part une légère brouille tardive.On serait presque tenté de dire qu'il y a dans le Duchamp fasciné par la représentation (image-forme) et le son quelque chose du Goethe fasciné par la Botanique, mais avec ce côté parfois irrationnel parfois ironique (absolument étranger aux Scientifiques romantiques, mais bien typique des Surréalistes) de l'artiste qui pressent qu'il transmet beaucoup plus que le peu dont il est conscient.Ces notes (surtout celles du Grand Verre) sont un véritable manuel de topologie de la quatrième dimension, et d'alchimie de la translation de celle-ci dans la troisième, celle des objets que nous voyons.Des mots comme étendue et continu, analogisme, apparence et apparition, - éditions Galilee - 1975, reviennent souvent (voir Jean Clair, M.Duchamp ou le grand fictif.Analogisme aussi dans les jeux de mots et les contrepèteries de Rrose Sélavy qui firent dire à André Breton: les mots ont fini de jouer; les mots font l'amour.On dirait aujourd'hui qu'ils continuent de faire l'amour, et qu'ils ont commencé à jouer - à danser sous nos regards fascinés et cliniques: Pi Qu'habilla Rrose Sélavy Picabia - Rrose Sélavy Picabia rose, c'est la vie Pis qu'habile, arrose, c'est la vie .ou Ovaire toute la nuit/Se livrer à des foies de veau sur quelqu'un/objet-dard/Et qui libre?/Si la scie scie la scie et si la scie qui scie la scie .Pure musique.Le monde EST langage.C'est ce qui fascinait Duchamp; c'est ce qui fait qu'une réédition de ses écrits n'est ni inutile ni hors contexte en 1976.C'est à lire à haute voix, gelé ou non, mais avec la ferme intention de participer à la danse.C.A.C'est absolument déroutant.Que faire d'un paragraphe pareil: "Etre un militant politique, apprendre à déchiffrer la peinture, la poésie ou la danse, danser sa vie et revivre de la vie primordiale de la foi, de la Croix et de la Résurrection, tout cela ne fait qu'un, n'est qu'un seul mouvement, celui de la vie".Ga-raudy défonce tout le monde à gauche ET à droite.Le Parti et l'Eglise dépasses de chaque côté, puisqu'il leur est impossible d'approuver et de bénir ce mariage contre-nature de Marx et Jésus.Tout ce livre vibre d'une ardeur et d'une lucidité qu'on ne voit pas souvent.Sa simplicité profonde le rendra suspect.Mais il aidera ceux que préoccupent l'Alternative, la Synthèse, la Révolution pour la nature humaine et non pour le Pouvoir.Dans la guerre des signes, Garaudy est un franc-tireur de haut calibre.Par exemple, ces quelques lignes sur la nature de la connaissance et la pauvreté de la raison occidentale: "Nous avons besoin aujourd'hui pour établir des rapports nouveaux avec la nature, avec les autres, avec notre avenir d'une NOUVELLE SAGESSE TOTALE qui, nous exhumant du cercueil mathématique et conceptuel, nous aide à prendre conscience que la raison n'est pas la forme la plus haute de la connaissance et à distinguer: l'OBJET, qui ne peut être manipulé que par le CONCEPT; le SUJET, qui ne peut être appelé que par l'AMOUR; le PROJET, qui ne peut être designé que par le MYTHE, la POESIE ou la FOI." Je ne voudrais pas passer pour niaiseux mais j'ai vaguement comme l'impression brumeuse qu'il y a là tout ce qu'il y a à savoir sur quatre tueux, celui qui n'a jamais perdu une bataille, qui a tout conquis, qui a dépassé le rêve et qui n'a jamais eu peur.Cette écharpe c'est la sienne, et ce motif artistique indéchiffrable, ce sont les traces de son sang qui a coulé pendant une bataille.Hasard: le directeur du Louvre et Malraux ont une admiration secrète mais sans bornes pour Alexandre.Les échanges de regards et paroles entre les deux, soudain allumés, recréent Alexandre devant et pour nous.Chapitre inoubliable, qui rejoint et redonne les grands moments des Antimémoires (Folio).Qu'on retrouve aussi dans le premier chapitre où Malraux rencontre Leopold Senghor poète et président du Sénégal, et le troisième où il vit avec Max Torres, ancien combattant communiste de la Guerre d'Espagne et maintenant professeur à Berkeley, les moments de pointe de mai '68 .enfermés tous les deux dans le bureau ministériel de Malraux.Lecture stone recommandée d'autant plus que le côté cryptique-quasi-indéchiffrable de son style se prête délicieusement aux expéditions de décodage .Rappel aussi de la publication en Folio des Chênes qu'on abat, récit d'une rencontre intime avec De Gaulle.La vie même de Malraux est un mythe dont les faits ne sont pas toujours assurés.Mais reconstituée par un biographe intelligent, Jean Lacouture, eue devient un roman "inécrit" de Malraux.Dans Malraux une vie dans le siècle, publié au Seuil en 1973, et republié avec un chapitre additionnel dans la collection poche Points, Lacouture a réussi peut-être le meilleur livre sur Malraux avec celui de Gaétan Picon, Malraux par lui-même.Passionnant et lucide, on Témoignages Parole d'homme Roger Garaudy Laffont, 1975 Je ne voudrais pas passer pour niaiseux.A l'heure où l'horreur nous guette de partout, la simplicité s'impose.Plus que jamais dissoudre nos échafaudages culturels pour retrouver les sources premières et savoir de qui parle-t-on, de quoi parle-t-on.Comme dans ce livre de Garaudy dont la lecture m'a complètement éberlué.Garaudy a fait parti du mouvement communiste français pendant plus de trente ans: il en a été exclu en '70.Pour hérésie aberrante.Son hérésie (résumée): être chrétien.Assez invraisemblable, non pas son exclusion, mais la position de Garaudy: la foi chrétienne, sa foi en la transcendance et la dimension divine de l'homme, et son adhésion au matérialisme historique de Marx, son espérance dans la révolution.Dans ce livre, Garaudy se raconte.Une profession de foi, un 'testament poétique et politique, une vision du monde humain qui laisse loin derrière les productions courantes.Garaudy introduit les notions d'amour et de mythe-poésie là où personne n'oserait en parler.Sa vision finale de l'histoire, c'est "l'émergence poétique de l'homme" dont le marxisme (ou le socialisme humaniste) est une des conditions d'avènement, mais dont le christianisme (pas celui de l'Eglise régnante, mais celui radical de son fondateur) est la source.Sa philosophie, c'est celle du mélange sans frontières de la politique, de l'art et de la foi.Comme c'était à prévoir, on ne le lui a pas pardonné.Banni, exclu, hué.mille ans d'histoire politique, religieuse et intellectuelle.A lire pour ceux qui ne veulent pas se faire embarquer ni par le Parti Communiste ni par l'Eglise Catholique.GK André Malraux, Hôtes de Passage, Gallimard, 1975 André Malraux, Les chênes qu'on abat, Gallimard-Folio, 1974 Jean Lacouture, Malraux une vie dans le siècle, Seuil-Points, 1976 Un jour une phrase m'arrive.Un livre de Malraux quelque part.La mort, ce n'est rien du tout; c'est la torture qui change tout, c'est elle l'insoutenable sur cette planète.C'est moi qui rephrase, mais c'est dans la genre.J'imagine qu'il l'a connue ou qu'il a du en être témoin.Il la craint au-delà de tout: rien de plus raisonnable.Mais elle lui fait un beau cadeau: elle transmue sa peur en chant, musique et style.Ce style dense que peu de gens maîtrisent et que certains ne lui pardonnent pas.Il le traîne partout, et son style l'entraîne au-delà de toutes limites de convention à chercher les morceaux d'or que cachent la torture et la peur.Qui chante dans la nuit des temps et que chante cette voix?Cette fascination avec le passé présent dans le présent.Ainsi le deuxième des trois chapitres de Hôtes de Passage où le directeur du Louvre et Malraux visite une voyante (à haut rendement) pour qu'elle puisse identifier l'espace-temps lointain et le propriétaire défunt d'une superbe écharpe perse qu'aucun expert n'a réussi à situer.L'extraordinaire voyante s'envole, recule, plane et le voit.Lui.Alexandre le Grand, l'unique, le majes- y est confronté par l'Histoire que s'arrachent tour à tour la Violence et le Sacré.Biographie à mettre entre les mains de tous ceux qui rêvent d'action, de fraternité et de défi au Temps.GK Topologie Esthétiques sur Carpaccio Michel Serres Collection Savoir Hermann, 1975 Un livre court, difficile et cher ($12.).Mais un chef-d'oeuvre éblouissant, fulgurant et percutant.De la topologie, du sens inhérent à toute morphologie.Huit tableaux de Carpaccio.cet étrange peintre vénitien de la Renaissance, commentés magistralement, radicalement, poétiquement par Michel Serres.De l'espace, des signes qui s'y déploient, des codes qui s'y chiffrent.Pour les amateurs de difficultés-à-richesse-inouie, pour les commandos du sens caché, pour les guerriers du style-le-plus-dense-possible, voici le livre épreuve.Si vous pensez que Lacan et Co.est difficile, alors offrez-vous Serres.Si vous pensez que le Structuralisme est l'Immortelle Victoire de la Raison Profane, alors pénétrez cette Chirurgie du Sacré.Si vous pensez qu'il n'est pas possible d'aller plus loin que Mallarmé dans le Prométhéen Projet de réduire l'Univers au Livre et à la Page Blanche, alors errez dans Serres.Livre ultra-marginal qui raconte le voyage dans l'alphabet des formes, à la recherche des signes perdus.Vers quoi pointe ce doigt?Dans quel espace se situe-t-il pour nous indiquer un autre espace, ailleurs, perdu, à l'intérieur?Dans la nuit, le feu (du sens) apparaît."L'envoyé, de MAINMISE avril 1976-41 retour." Il faut lire, et relire.Ne pas reculer, vouloir de force aller jusqu'au bout.Un trésor s'y cache, anneau magique, code universel et premier des mutants.Manuel de magie des signes, non pas pour le Pouvoir (cette horrible erreur) mais le Savoir et le Vibrer.Par la science de l'Esthétique des Signaux-Formes, la Morphologie.Retour à l'Errance Première de l'Energie qui devint Musique et Corps pour se Percevoir.s'Entendre, s'Autovaginer.Evangile de l'Erotique des Signes-Sens dans l'espace-forme.Se crosser dessus.GK Internationale Situationniste 1958-69 Editions Champ Libre, 1975 Ne pas se faire avoir par les illusions "d'optique du Temps.Dangereux pour l'ego et blessant pour la majesté du: j'iai trouvée avec toi.Règle du jeu: quoique les joueurs trouvent, il y a toujours un autre joueur qui l'a trouvé avant lui: de plus, cette règle s'applique aussi à ce dernier joueur.Résultat, la chaîne qui remonte en arrière est infinie.Il ne reste plus qu'à s'amuser et à prendre connaissance.Mais le plus curieux dans ce jeu, c'est lorsque les joueurs se mettent à être de plus en plus nombreux à réciter les règles mêmes du jeu.et cette règle là en particulier.Lorsqu'il y a de la convergence dans l'air, c'est qu'il y aura orage.Vieux dicton.Etrange procédure pour une des comètes les plus éblouissantes qui ait parue dans le ciel européen de cette guerre des signes.Ils furent une Terreur et impitoyables même entre eux Et aussi un des germes les plus forts de la contre-culture européenne.Voici l'intégrale de leurs "bulletins centraux édités par les sections de l'Internationale Situationniste".Brique de huit cent pages où se succèdent une extraordinaire variété de textes.La fulgurance de certains provoque et l'ahurissement et l'enthousiasme.Ceux de Raoul Vaneigem et ceux de Guy Debord, stars du show, et aussi ceux d'un des éventuels hérétiques, le Scandinave Asger Jorn, dont un texte sur la topologie ou plutôt sur la situlogie: La Création ouverte et ses ennemis, dans le numéro 5, devrait faire frémir tous ceux et celles qui ont compris le monde comme métier à tisser et la création comme tissage.Il y a du bonnet phrygien caché ici.Devinette: pourquoi le bonnet phrygien, symbole venant de l'Asie Mineure et signifiant tissage et tisserand, est-il devenu le symbole de la Révolution française?Mais pour Jorn, ca va encore plus loin.Zoom-in et focus.Voix-off de Jorn: "Il existe une tradition philosophique Scandinave, parfaitement distincte du pragmatisme anglais, de l'idéalisme allemand, et du rationalisme français .Ainsi je considère que le fait pour Swedenborg et Novalis d'avoir été des ingénieurs des mines est plus important.parce que c'est un métier à base topologique comme celui des tisserands, et ce fait peut nous amener à des observations précieuses pour l'établissement d'une situlogie." Plus loin encore: "Ce qui manque aujourd'hui c'est une pensée, une philosophie et un art qui se conforment à ce qui est projeté dans la topologie .Haas Findeisen indique dans son SHAMANENTUM que le chamanisme qui survit encore chez les lapons trouve ses origines dans l'esprit des peintres des cavernes à l'âge interglaciaire, et il est assez significatif que l'ornement qui caractérise la présence lapone soit l'entrelae simple.La connaissance des secrets topologiques a toujours été indiquée par la présence de signes de noeuds, de cordes, des entrelacs, des labyrinthes.Et les tisserands depuis l'antiquité ont d'une curieuse façon Bayé.6l
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