Mainmise, 1 janvier 1976, juillet
cojaœ fw Spectacle de musique, de percussions et de répercussions.Chariot Barbeau Denis Farmer Ysengourd Knhor Yves Lafernere Mathieu Léger Claude Meunier Richard Perrotle Judy Richards Michel Rivard Christiane Robichaud Robert Stanley Estelle Ste-Croix André Vincelli photo: Danieie Arsenauît ABONNEZ-VOUS! Pour mieux demeurer informé de l'actualité cinématographique québécoise.Veuillez m'abonner pour un an (10 numéros) à la revue Cinéma/Québec que vous adresserez à: NOM.ADRESSE.Ci-joint le montant: québec:$8.00 étranger: $10.00 Inclure chèque ou mandat postal et retourner à: Cinéma/Québec, c.p.309.station outremont Montréal, Québec H2V 4N1 PRODUCTION BEAU BEC 25 juillet 6 0h3O Billets $4 à $7.50 SALLE Guichets: du lundi au WILFRID-PELLETIER XLMrtS&ide PLAC f DES ARTS réservations téléDhon iciues Montréal (QuétxM i HJX IZ4 réservations téléphoniques Renseignements: 842-2112 115 Slip taille basse / indémaillable coton.188/308-3008 Slip ouvert, taille basse / T-shirt, côtes fines coton.(Eminence 2 - MAINMISE juillet 1976 A— * I LE RÉPERTOIRE QUEBECOIS DES OUTILS PLANÉTAIRES SE CHERCHE UNE MAISON DE CAMPAGNE.On voudrait être au vert et au calme pendant le rush final de la rédaction.Ca nous prendrait un certain isolement, des arbres, un pas trop gros ménage à faire.Aidez-nous, Christian ou Georges, à 849-7246 Toi.poète du futur et du septième ciel, si tu es amateur comme moi, je voudrais correspondre avec toi.Que tu soies une belle fille ou un gars freak de n'importe quel âge, envoie-moi un de tes flerniers trips (compositions) poétiques ou une histoire.Ecris ton mon et ton adresse et je ferai de même O.K.! Soyez bienvenus dans mes trips.Chris Rock 231 rue Québec, Cowans-ville.Que.J2K 2A6.Nous sommes un couple d'instituteurs.Pédagogie .Freinet.Praticiens vie naturiste (nourriture, hygiène) et spiritualistes.Avons trois enfants de sept mois à sept ans.Nous désirons correspondre avec couples canadiens partageant nos options, ayant aussi de jeunes enfants.Ecrire à Marie Madeleine et Pierre Paillard.Ecole de Saussey, 21360 Bligny-sur-Ouche, France.On cherche deux filles ben l'fun pour faire le tour de la Gaspésie, Nouveau-Brunswick.Nouvelle-Ecosse, Ile du Prince-Edouard.rjes-de-la-Ma-deleine.Côte-Nord, Lac StJean.Abitibi.en auto.Tu n'as qu'à payer ta bouffe.On part au début de juillet pour revenir au milieu d'août.Appelle Robert à 389-0624.ou Nicolas, à 384-5387."LE RASSEMBLEMENT FAMILIALE DE LA TRIBU ARC EN-CIEL RASSEMBLEMENT DE LA PAIX MONDIALE INTERNATIONALE Le 1 juillet 1976 aura lieu un rassemblement pour tous les peuples du monde au parc de paix internationale Waterton Glacier (Montana) Nous, Frères et Soeurs, les entants de l'humanité se nommant la Tribu de la Famille Arc en Ciel invite humblement tous les peuples, races, tribus, communes, hommes, femmes, et enfants par amour à se joindre à nous ensemble dans le but d'exprimer notre désir sincère pour la paix sur terre et l'harmonie entre tous les peuples et à déterminer les chemins et les moyens par lesquelles on pourra vivre en liberté.Pendant 3 jours on pourra chanter, danser, prier, s'aimer., mais le quatrième jour de Juillet à midi on demande un silence contemplatif, méditatif, pour que nous, les personnes invitées du monde, pourrons considérer et honorer n'importe qui ou n'importe quoi qui a aidé dans l'évolution positive de l'humanité et la nature de notre terre bien-aimé, demandant des bénédictions pour les peuples du monde dans l'espoir qu'on pourra continuer effectivement à évoluer et vivre en harmonie et en paix.AMEN l'Arc en Ciel est le signe de l'unité de tous les peuples.On est tout simplement des frères et soeurs unit ensemble par amour l'un pour l'autre et par notre désir de vivre en paix.On se réunit cet été dans les hautes montagnes pour être ensemble dans la cathédrale de la nature et pour être un exemple de comment on peut vivre et travailler ensemble.Pour plus d'information adresse-toi un* enveloppe avec un timbre et envois tout ce à: Yves Gélinas, CP.366 Val-David, Québec Concert-bénéfice.page 5 Interview: Félix Leclerc.page 6 Classique: Wagner.page 10 Disques.page 13 Eliza's Horoscope.page 18 Entrevue avec un pusher anonyme.page 20 MAINMISE est un journal mensuel diffusé par Québec, terre différente?.page 32 les Distributions DYNAMIQUE, 775 Lebeau, Livres.page 36 Montréal (tél.: 332-0680).Dépôt légal: 1er tri- La mère Michel.page 44 mestre 1976.Courrier de deuxième classe: NO.Répertoire.page 46 2511.Port de retour garanti par MAINMISE.Le journal n'est pas responsable des taches de café ou autres ennuis pouvant survenir aux manuscrits ou aux dessins qui lui parviennent, mais on vous promet de faire attention quand même.Fondateurs: Jean Basile et Georges Khal.Rédaction, administration, abonnements, fabrication et publicité: MAINMISE, 1589 St-Denis Montréal, H2X 3K2, Tél.: 843-4792 et 843-5844 pour la publicité.Équipe de production: Arabelle Grondin, André-Gilles d'Astous, Claude Puff-Puff et Michel Chevrier.Ont collaboré à ce beau numéro, terminé le soir du solstice, les personnalités suivantes, dans le désordre de leur venue en mémoire: Françoise Pérez.Christian Allègre.Bruno Boutot.Yves Poissant.Arrabelle.Pierre-François.Marie-Thérèse.La Mère Michel.Georges Khal.Norman Hamel.Charles Mont-petit, Breton, Jim.Zed.Dugas pour la couverture du Supplément illustré.Michel St-Germain.Nicolas Devil.André-Gilles d'Astous.Michèle Favreau.Pierre Voyer.Christian Belleau.Michel Bétair.Paul Chamberland.Djordje.Pierre.Paul Décarie, inimitable photographe au talent fou (Félix Leclerc et Concert-bénéfice), ainsi que Claude Puff-Puft et les quatre chatons de Myosotis, fraîchement arrivés dans notre quotidien.Le Conseil des Arts du Canada a accordé une subvention au magazine pour l'année .75-.76.Les lois de l'univers le confirment.Il y a toujours opposition entre le yin, le ying.le positif, le négatif, les mutants et le désordre établi.Nous participons à un réajustement positif de la planète.L'Establishement, le désordre établi sont condamnés Leur plus grand châtiment est de se détruire eux-mêmes; ce qu'ils réalisent assez bien merci.Beaucoup de gens sont prêts à la renaissance de la vie.A chaque jour, nous écrivons le plus beau livre de science-fiction N'en sommes-nous pas à la "préhistoire utopique", à 1ère du Verseau (31 décembre 1967).San Francisco.Woodstock.Première grande vague du mouvement.Depuis c'est plus calme, le mouvement s'organise, se subtilise, se raffermit.Je ne crois pas être le seul à percevoir une deuxième grande vague pour bientôt possiblement dominée par le spiritisme et le naturisme.Après tout, nous sommes en pleine troisième guerre mondiale, le bon sens vs la marde.les être conscients et lumineux vs les morts-vivants qui ne se possèdent pas.C'EST LA RÉVOLUTION DE LA CONSCIENCE.L'Amérique du Nord est le champ de bataille le plus actif.La principale arme de survie est l'information Tout est à construire, à reconstruire Avec son énergie canalisée sur la réalisation de l'utopie, eh! bien, il n'y a plus de chômage possible.C'est bien trop vrai qu'on fait partie de la solution du problème."Les sables du temps étaient erodes par la rivière du constant changement.'' Genesis.Pour la continuation du monde nouveau.Tourlou.Salut! Pôl Martel, Chairbrooke Bravo pour la portée de votre organe musical, j'apprécie le fait que vous ayez pensé à ce petit côté pratique genre "annonces classées" Ca peut paraître quétaine mais ça peut marcher aussi.Je vois ça comme un grand réseau de connexions qui brancheraient instruments - poètes - électroni -ciens - spectateurs - musiciens - organisateurs, etc.bref des gens souvent ben isolés malgré un but commun et qui passent un temps pénible à se chercher.Bon ben j'y vas de mes petits messages: CHANSON: J'ai composé une quinzaine de paroles de chanson sans air Si vous faites de la musique et que vous cherchez des mots, faites-moi signe.Je serais aussi très intéressé à travailler en collaboration avec un groupe ou un com-positeur-trice pour essayer mes .sens sur vos sons.SCIENCE-FICTION: J'ai une vingtaine de synopsis qui pourraient être travaillés pour bâtir des scénarios de Bandes dessinées de S.F Je suis aussi intéressé à composer des histoires qui conviendraient à votre style.Pierre April, Rang 3.Sainte-Louise, Que.G0R, 3K0 Quelle est la québécoise folle d'aventure et qui désire changer quelques instants de sa vie, délaissant son métro-boulot-dodo?Si ta devise s'apparente à: "Lève-toi, regarde le soleil et prends la route! ", alors, contacte-moi, peut-être qu'une entente est possible et que le chemin pour l'Amérique du Sud n'est plus très loin: Fredo Collon-nello, 329 Ontario Est, Chambre 7, Montréal (avant 4 hrs.p.m.).Le cap6 DU PORT vous embarque dans sa croisière de mai et juin ! ' ' ÇSPv -1* • vus r-nmrvKTs A ti, m * .jgr-* s* h -J- ,-:v>" :-:> JIÏN >MN MAKC1X.X im» 4-5-6 Andre Thibeaull (guitare flamenco, hleus québécois) 11-12-Kl Jacques K out hier Kené Moisan nuiuri' et flûtes) 17-1H-1U-20 Aucbir Fortin \Ja// de lu nartilei Amin\ (Trio) irttiKides Andes) onijiu-r du1 > h- nanti.i.nd.- Ron - .MAINMISE juillet 1976 - 3 7A h.7fc au Théâtre St-Denis le vendredi 11 Juin, de minuit à 4.00 heures du matin avec Jim et Bertrand, les Séguin au grand complet, Michel Rivard et Marie-Michèle Desrosiers de Beau Dommage, Serge Flori d'Harmonium, Raoul Duguay, le groupe Contraction et un public extraordinaire.MARCI BEN !!! Le concert bénéfice Mainmise aura été à tout lesTpoints de vue, un incroyable succès.Quatre heures de \Fête' continue au théâtre St-Denis par une belle nuit de pleine lune.D nous reste donc à remercier tous ceux qui ^ont participé et rendu possible cette fête.En premier et surtout les musiciens: Jim Corcoran, Bertrand Gosselin, Guy Richer, Bruce Marcheson, Yves Goutier, Marie-Claire et Richard Séguin, Raoul Duguay, Serge Flori, Michel Rivard, Denis Farmer, Marie-Michèle Desrosiers, Yves Laferrière, Christiane Ro-bichaud, Charles Barbeau, Ysengourd Knhor, Richard Perrotte et André VinceUi.Merci aussi à toute l'équipe des productions Beau Bec et en particulier: Francine, Denis Reed, André Ménard et Jacques Onimette.Enfin parmi tout ces gens, il faut remercier une personne sans laquelle rien de cette entreprise ne se serait réalisée si ce n'eut été de son inlassable amitié et compréhension: Paul Dupont-Hébert.Ah! j'allais oublier, MERCI à vous, les deux mille et Kenk qui sont venus fêter avec nous.4 - MAINMISE juillet 1976 3 a ut 3 O *-* sa 9 s ¦SA Beaucoup plus qu'un concert, ce fut une fête.Personne ne s'y attendait, tout fut improvisé ou presque, et ce fut un triomphe: Et tout d'abord un triomphe de bonne volonté, de coopération, d'amour de la musique sur la scène.La salle n'en croyait pas ses yeux: jamais elle n'avait vu., peut-être ne reverra-t-elle jamais Michel Rivard jouer avec Richard Séguin.Raoul Duguay chanter avec Contraction, ou monologuer avec accompagnements de guitare, Serge Fiori chanter avec les Séguin.Tout cela participait d'une telle joie générale, nimbée de telles excellentes vibrations qu'au bout de la troisième toune (par les Séguin + Michel Rivard + Serge Fiori et j'en oublie.) toute la salle était déjà debout scandant du pied et des mains la première gigue de cette soirée mémorable.Sur la scène, les visages étaient étonnés d'une telle chaleur.Le courant s'installa entre scène et salle et ne cessa plus.Ce qui eut pour effet que tout le monde excella dans son genre.Raoul m'a complètement blowé par son agileté, sa vélocité et sa profondeur, ce qui l'a mis dans ma tête du rang des plus grands poètes québécois, avec, ce qui est incroyable, le sens du spectacle en plus.Jim et Bertrand ont ramassé cette salle chaude et même paquetée d'énergie dès le début.A les voir on dirait les deux mains d'une mê- me partition, jouée sur un même instrument, tellement leur complémentarité est sue par coeur, intégrée et partie d'eux.En ouvrant la soirée, ils en ont donne le ton itrès mmnmiMeni.une espèce de message de paix gnostique, avec toute la connaissance et l'expérience de l'Occident, son raffinement et sa nostalgie des origines.Et les Séguin ont confirmé: amour, paix, solidarité, diversité, totalité.Quelques mélodies populaires du Moyen âge, ou des danses où nous autres.Celtes enracinés en terre indienne, sentions de lointaines fibres vibrer.Dans toute cette solide douceur.Contraction vint mordre non sans ironie: du rock, du blues.Très bon.La première chanson avec Raoul qui sortait d'un long poème-mélopée où tous les musiciens étaient sortis des coulisses pour participer avec le public à un unisson qui portait comme une vague, comme un Aum, son message idéaliste.Il y eut d'interminables rappels: j'ai même eu l'impression que tout la soirée avait été une longue suite de rappels.Encore une fois le public n'en croyait ni ses yeux ni ses oreilles.Médusé, il aim.: tout, et le manifesta chaudement.Quatre heures de musique non-stop, un événement artistique et si le propriétaire du Théâtre St-Denis n'avait pas fait tout arrêter, à cause de l'heure, on y serait peut-être encore, les musiciens étaient prêts à remon- ter en scène; un public comme ça, ça se récompense, ça s'aime.C'est finalement la salle qui, par petits groupes, se mit à sortir, épuisée de bonheur, alors qu'on frappait encore des pieds en avant de la scène et que notre administrateur faisait signe à la salle de s'en aller, pour faire taire le directeur du Théâtre.Yves La-ferrière, de Contraction, rappela que tout cet échange d'une grande beauté était pour Mainmise, qui, faut-il le dire, remercie bien chaleureusement tout le monde; une Mainmise époustouflée, ravie, pour qui cette soirée a été un mind-blower total.CA.MAINMISE juillet 1976 - 5 A L'ILE D C'est par un extraordinaire après-midi de printemps que nous avons rencontré, à l'île d'Orléans, Michèle Favreau, Paul Décarie et moi, Félix Leclerc.Je crois qu'aucun de nous trois n'oubliera cette journée de sa vie.Non seulement Félix (qu'il me pardonne la familiarité!) était-il en pleine forme mais encore avons-nous fait "le tour de l'île, quarante-deux milles de choses tranquilles.".De choses tranquilles qu'un groupe de promoteurs assoiffés de profit s'apprête à saccager.La fin de semaine précédant notre rencontre avec lui, Félix Leclerc publiait dans le Soleil, édition du samedi 29 mai, un texte intitulé: J'ai peur de vivre trop vieux pour voir ça.Texte où il décrit, tantôt ironiquement, tantôt poétiquement les manigances de ces personnages qui veulent installer un "shopping centre" sur l'île d'Orléans, un des sites historiques.non, un des lieux les plus magnifiques de ce pays.Lui qui nous a donné du Québec, surtout dans son dernier long-jeu Le Tour de l'Ile, les images politiques et poétiques les plus belles, les plus fortes, n'y va pas de main morte.Ce n'est pas seulement le tour de l'île que nous avons fait avec Félix Leclerc, c'est le tour du Québec tout entier.Aucun de nous n'en est revenu tout à fait le même.Ont participé à cette conversation, Félix Leclerc (bien sûr), Michèle Favreau, Paul Décarie, photographe, Pierre Jobin, gérant et ami de Félix et Michel Cbe-vrier c'est-à-dire moi-même.6 - MAINMISE juillet 1976 Welcome to the shopping center.! F.L.: Ce sont des bizarreries qu'on entend dans l'île.La rentabilité de l'île, selon certains, c'est de commencer, juste pour rendre service.avec un petit centre d'achats, ici.à Saint-Pierre, mais rien de gros, quelque chose à la main.de prévoyant, d'humain, de rentable.C'est le mot "rentable' qui revient souvent.Pis je me dis:"Enfin.l'île se réveille.l'île se grouille, on sort du bois et pis c'est ça qu'y faut ".Yen faut pas seulement un, centre d'achats, il eniatrt six parce qu'y'a six paroisses sur file.Pis après ça, il faut des bureaux, pis ça, ça va amener du monde.Pis comment on va faire pour amener du monde?Continuons le pont sur l'autre bord pis il va déboucher à Beaumont et les gens de la Gaspésie pourront entrer ici.Avoir ben du monde, c'est ça qui est important.A part de ça.va été question d'une marina sur le côté nord du fleuve."Mettez-vous dans la tête que cette partie-là du fleuve rapporte rien.Un fleuve, c'est pas fait pour être regardé, c'est fait pour rapporter."C'est ce qu'un homme d'affaires m'a dit.Imaginez-vous donc tout ce qu'on pourrait mettre là-dedans.J'ai même suggéré pour tout le nord de l'île un parking pour les Américains qui viennent à la fête de Sainte-Anne-de-Beaupré.Vous avez vu le petit Manhattan en arrivant ici.entre Québec et Sainte-Anne.On les met ici sur l'île pis dix minutes avant la messe, bingo! les Américains descendent à Sainte-Anne en téléphérique.Et puis, qu'est-ce qu'on va faire encore?Ah! oui, on a pas été assez fins, on a manqué l'aéroport.M.C.: L'aéroport de Mirabel, sans doute.?F.L.: J'en mets.j'en mets comme ça pendant des pages.Un sur cent, il faut lui expliquer mais la majorité des gens vont comprendre.On n'arrête pas le progrès, c'est ben certain qu'un jour, ça viendra.Je finis l'article (du Soleil) en disant: "J'ai peur de vivre assez vieux pour voir ça.Pollués, tous, jusqu'à la moelle des os, collés les uns sur les autres dans nos petits dix pieds carrés de ciment, ayant définitivement oublié, les fils et les petits-fils, comment c'est fait, un radis, une mouche à à feu, un cheval.Si on les écoute, dans dix ans, les Montréalais viendront à pied sur l'île voir un cheval en vie, un vrai, le dernier, le mien.".M.C.: Mais est-ce que l'île n'est pas un site historique?F.L.: Oui.depuis 38.depuis Taschereau.Seulement, ça n'a jamais été appliqué.Maintenant on fait des petites pressions, ici et là, de temps en temps.Moi, quand je me suis construit en 70, y'a quand même fallu aller voir le ministère, soumettre mon plan.C'est normal.il s'est construit tellement d'horreurs.Avant de toute la défaire, de toute la briser.1 ' île.L histoire du centre d'achats, c'est comme le cancer.Ca commence par une petite bosse pis si on arrête pas ça à temps, ça s étend pis après ça.on peut plus l'arrêter.M.C.: Qui est à l'origine de ce projet de centre d'achats?F.L.: C'est un groupe de promoteurs, un groupe de gens qui ont de l'argent et qui sa- vent qu'y'a une piastre à faire sur l'île.Y'a 5,000 habitants.Au lieu de les faire sortir — ils donnent ça comme raison (pauvre femme de l'île qui est obligée, comme au temps de MaUnisalem.de traverser le pont pour aller à Saint-Grégoire), c est fini, ce temps-là.Il faut qu'ils aient ça à la main.New York est pavé, Montréal est pavé pis nous autres, qu'est-ce qu'on fait?M.F.: Est-ce qu'il n'y a quand même pas parmi ceux qui sont ici depuis des générations des gens qui réagissent à ça?M.L.: Je connais bien des cultivateurs, les Demontigny et les autres qui m'ont demandé de faire quelque chose.Nous autres, on est venus ici pour avoir la paix.Moi.je suis pour tous ceux qui viennent s'installer à l'île pour cultiver un petit peu, avoir une chèvre, quatre lapins.pour vivre ici.Mais ceux qui la défendent encore le plus l'île, c'est les Guimond, c'est Paul Hébert, c'est Pierre Jobin, c'est Jean Royer c'est moi.On passe à côté des brins d'herbe pour pas rien toucher.En majorité les gens de l'île veulent mais y savent pas.Ils s'imaginent parce que ça va être là à la portée de la main, que ça va être commode.Mais ils pensent pas plus loin.Y pensent pas qu'ils ne seront plus chez eux.A cette heure, un gars de l'île qui est ici depuis trois siècles, si on lui donne $100.000.00 pour sa terre.S'il est vieux pis s'il a pas de main-d oeuvre pis si on lui demande des milliers de dollars pour mécaniser sa terre, c'est un autre problème.Il faudrait, si c'était surveillé par un ministère, que celui-ci voit à ce que ça reste comme ça si l'habitant veut vendre, et à ce que l'habitant puisse au moins se garder un coin pour se faire un jardin.Ca dépend aussi de l'acheteur.de ce qu'il veut faire aussi M.F.: Est-ce que les gens qui défendent le plus l'île sont des gens de l'île?F.L.: Y'aura un référendum la semaine prochaine sur la question du centre d'achats.80% des gens de l'île veulent que ça reste comme c'est.Ca, c'est la vérité.P.J.: C'est clair que peu importe qui s'installe ici.c'est une fortune.P.D.: Le référendum, c'est sur toute l'île ou seulement à Saint-Pierre?F.L.: Saint-Pierre.Sur les six maires de l'île cinq sont contre sauf celui de Saint-Pierre.P.J.: Parce que c'est pas chez eux que se construit le centre d'achats.Celui de Saint-Pierre est pour parce que ça lui don- F.L.: Au lieu de vendre le terrain résidentiel $2.50 le pied, ça va être vendu commercial à $4.25.Ils ont pas pensé plus loin que ça.M.F.: Vous, personnellement, est-ce que vous êtes très actif de ce point de vue là sur l'île?M.L.: Non, Je suis comme un citoyen.Seulement, ils savent quand même un peu ce que je pense.Chaque année, ici, vers le mois d'août, je chante une semaine, des fois, deux.On va roder le spectacle ici.J'ai écrit des livres ici.Moi, j'y viens depuis trois siècles ici.Les Leclerc sont venus ici en 1662, de Dieppe.90 jours de traversée, Jean Leclerc et Marie Blanquet à Saint-Pierre.Je l'ai su après.C'est pour ça que j'aime l'île doublement.Je suis venu ici par atavisme, comme par instinct.J'ai découvert l'île en 45.J'y viens depuis 45, pis je me suis bâti en 70.J'ai acheté un terrain que je voyais depuis toujours.Toutes les terres de l'île, c'est des terres de trois milles de long, sur l'étroit, pour que tout le monde ait une vue sur le fleuve.C'est trois arpents de large.v ¦< .,v,,.v,'.\ L'île, c'est comme Chartres.M.C: Est-ce que cette structure de fond de l'île est la même qu'il y a trois siècles?F.L.: Oui.ça n'a pas changé.Mais avant qu'il soit trop tard pis qu'un monsieur ben humble arrive avec ses" millions pis qu'y' achète trois terres de suite pis qu'y se mettre à construire des maisons à appartements, des bureaux, des pharmacies là-dedans.comme ils veulent faire.Je sais pas l'intention de ces inconnus-là qui viennent ici pour voir l'île.Ecoutez -donc, c'est unique au monde, on est à une demi-heure d'une grande ville.La récompense que chaque Québécois se paye à l'année longue, c'est le tour de 1 ile.La belle petite heure de promenade, hiver comme été c'est ouvert.P.J.: Dans dix ans, là-bas, du côté de Québec, jusqu'à Sainte-Anne, ce sera la ville.De l'autre côté, jusqu'à Beaumont, c'est aussi la ville.Au rythme où va le progrès.F.L.: Pis c'est ben certain qu'on l'arrêtera pas.Seulement si on pouvait donc reculer ça un peu.Si y pouvaient comprendre, ça serait-y merveilleux! M.C: Mais est-ce qu'il n'y a pas un danger, à considérer l'île comme un site historique ou comme une réserve naturelle, de créer un milieu qui est faux pour ceux qui habitent ici?F.L.: A Saint-Pierre, c'est l'industrie laitière, les vaches.A Sainte-Famille, c'est les fruits, les fraises et les pommes.Saint-François, c'est la chasse.Là, c'est l'escale de milliers d outardes, d oies, de tout ce qu'on veut.Sainte-Pétronille, c'est résidentiel de Québécois un peu fortunés qui sont là depuis toujours, avec des gros arbres, des petits jardins.Une ville comme Paris, c'est une maudite belle ville.Pourquoi'' Parce que c'est "défense d'afficher"."défense de vous bâtir".Y'a des parcs, des poumons, va des arbres partout, partout, partout.M.F.: C'est quand même en train de se gâcher aussi, non?M.L.: Ah! ben oui, ben oui.Moi, j'ai vu une annonce un jour dans un journal de New York: "Chambre à louer, au dix-septième, avec vue sur un arbre".Dans le coin de chez Vigneault.la Côte-Nord.II.T.T.vient d'acheter un terrain grand comme la Belgique.le gouvernement permet ça pis il nous le dit pas.M.C: C'est comme les annonces de terrains québécois à vendre dans les journaux américains: "Achetez-vous une petite réserve sauvage au Québec".F.L.: C'est ben sûr.Je reviens à mes gens de l'île.Faut vous mécaniser aujourd-hui.Moi, j'ai pensé longtemps qu'un homme pouvait vivre avec quatre vaches, un cheval.C'est pas nécessaire non plus de rester comme dans l'ancien temps mais là aujourd'hui, c'est le "ball-tank", c'est soixante-dix vaches ou ben donc un gars arrive pas.Il faut de la main-d'oeuvre, pis ci, pis ça.Là, pour vous mécaniser un peu plus, mettez donc un $12,000.00 par année pendant cinq ans.Le gars, si tout ce qu'il gagne, il le remet là-dedans, il se décourage pis qu'est-ce qu'il fait?II sacre ça là pis y s'en va.C'est comme enlever tous les petits abattoirs.C'est pas dans les petits abattoirs qu'ils ont trouvé la charogne, c'est dans les gros.Qu'est-ce qu'ils viennent faire aux petits?M.C: Politiquement, d'après vous, qu'est-ce qui fait que ça ne marche pas?Nous autres, à Mainmise, on est ben gros embarqués dans l'idée que le Québec est un village à part du reste de l'Amérique.Moi, quand j'ai entendu la chanson Le Tour de l'Ile, je me suis dit: "L'île d'Orléans, c'est le Québec en entier.'.F.L.: C'était ça aussi mon idée, oui.Moi , je suis pour qu'on avance le progrès tout ce que vous voulez, c'est très bien.Amener aux gens le besoin, suivre le courant mais trier, faire attention.Faut pas s'embarquer.Tous ceux qui souhaitent revenir à l'île, comme ceux qui ont déjà commencé, c'est peut-être parce qu'ils ont eu un ancêtre ou un mon oncle qui avait un jardin où qu'ils ont passé leur enfance.Ils ont grandi dans quelque chose dans lequel ils souhaitent vivre.C'est pour ça, quand ils reviennent ici, avec quel respect ils circulent sur l'île.On a une maudite bel-affaire entre les mains.O.k.faisons de nouveaux villages, s'il le faut.Faut ben donner la chance à tout le monde.Moi, je dis bienvenue aux gens qui viennent ici pour le repos, la paix, le silence et puis le petit jardin.C'est tellement important.M.C: Qu'est-ce qu'on fait pendant ce temps-là au niveau du Québec?Est-ce qu'il est possible, dans le contexte politique actuel où ce n'est que le profit, la rentabilité qui marchent de préserver ça?F.L.: Tout est possible.Il s'agit de mettre ça dans la tête des gens.Tout est possible quand vous mettez en place des organismes qui fonctionnent bien.Il me semble.Je l'ai défini un petit peu dans Le tour de l'Ile: "mini-jupe and speak english.".Si on n'y voit pas, vois-tu.Le fun en montant dans l'île l'autre fois: "Welcome to the shopping centre! Orleans Island."En folie.C'est un farceur qui a fait ça la nuit.mais c'était bon en maudit.C'est une image qui a fait peur à bien des gens.M.C: Qu'est-ce qu'on fait avec les Américains qui viennent au Québec voir des aborigènes?M.F.: Il faut qu'il se recrée une vie qui soit faite par les gens d'ici, Par exemple, le mouvement communautaire au Québec actuellement est très fort, la reprise en main par des groupes de population de toute leur destinée.Ici, c'est l'endroit privilégié pour que les gens qui réussissent quelque chose comme ça.P.J.: C'est plus encore le problème du Québec.Prends au niveau de tous les artisans de l'île qui font leurs trucs qu'ils veu-dent à des gens, soit des centrales d'artisanat, soit des particuliers qui revendent trois fois le prix au marchand.Finalement, ça vient de l'île pis y'a personne qui le sait.A l'île, le gars a payé huit piastres un tapis qu'il revend quarante-cinq piastres à Montréal.F.L.: Deux heures plus tard.C'est comme les habitants qui peuvent plus vendre leur lait.Pourquoi faire?Y'a du lait qui vient de l'étranger?Ils leur ont dit: "Faites du lait pis ayez des organisations, du moderne, du progrès pis tout ce que vous voulez, on est là.".Pis là le fédéral vient de dire non.On voit tous les jours les photos du Lac Saint-Jean dans les journaux.Partout, le soir, les gars laissent couler les grands bidons de lait dans les ruisseaux.Parce que s'ils s'arrêtent pas de faire du surplus, ils vont payer des amendes.Faut qu'y s'arrêtent à temps.Ils les ont supplié de se moderniser gros pour faire beau, gros.Ils font gros."Vous faites trop gros, arrêtez ça!" Ben oui, mais qu'est-ce que c'est ça?Mois, je le sais pas quoi faire.Qui c'est qui connaît le remède, je le sais pas.Je sais que ça serait dommage, en maudit de souiller, bousculer l'île, de tout briser pis qu'on n'aie plus rien.H me reste un pays à nommer M.C: Y'a une recherche qui se fait au Québec au niveau d'une formule coopérative, d'une organisation sociale différente.Qu'est-ce qui va faire qu'à un moment donné la tendance actuelle va pouvoir être renversée?Je me demande s'il y aura assez de gens conscientisés à temps — puisqu'il y a une question de temps — pour que cette nou velle organisation sociale arrive.F.L.: C'est vous autres qui allez faireiça, votre génération.Si y'a deux petits journalistes qui, pour mauvaise conduite, ont pu prendre un président des Etats-Unis et lui dire: "Ca va faire! Allez-vous en." Le remède, je le sais pas.Mais je vois que c'est dommage.Je me rappelle l'étonne-ment des habitants quand je suis arrivé ici en 45.Je partais en peur je leur disais que c'était beau."C'est-y vrai, Monsieur Leclerc, c'est-y beau?Vous êtes allé en Europe pis ici, c'est beau.?"Oui, maudit, c'est beau! C'est comme deux enfants qui jouaient sur une route de Gaspésie.Un gars du Paris-Match les photographiait.Leur mère sort pis lui demande ce qu'il fait."Je photographie les deux plus beaux enfants du monde! "Elle répond: "Etes-vous après rire de moi?J'appelle la police!" C'est pas des complexes en monde.Elle pouvait pas croire qu'elle avait fait de beaux enfants.Ce que je comprends pas, c'est les six millions qu'on est.Y'en as-tu rien que cent mille qui pensent comme nous autres ou ben donc s'il y en a quatre millions?Le Jour, on apprend qu'il va tomber.Us ont pas d'argent.M.C: Est-ce que c'est pas devenu impossible, dans le contexte actuel, de continuer à fonctionner comme ça?On vient d'apprendre, nous autres, à Montréal, que le Vidéographe était au bord de fermer ses portes.Et quand on regarde la situation générale de la culture québécoise.F.L.: Moi, ça me fait vraiment de la peine.Le Jour, j'aime ça.Y'a des bonnes affaires dans ce journal-là.M.F.: Y'a quand même quelque chose d'encourageant au Québec actuellement et qui passe complètement à coté des mouvements d'opinion, des mouvements politiques établis, des actions de parti, c'est les mouvements communautaires.A un moment donné, y'a l'écoeurement et les gens se ramassent ensemble et décident de passer complètement à côté du système.Tout ce que racontait Michel Bélair dans l'article du dernier numéro Québec, terre différente.Il a fait le tour du Québec et est allé voir tous les gens marginaux partout.Il nous a raconté ça.On a été étonnés de savoir le nombre de mouvements marginaux qu'il y a, et de toutes les sortes.C'est pas seulement des freaks avec des cheveux longs qui vont s'acheter une ferme.C'est aussi des gens de toutes les catégories qui s'aperçoivent que ça ne marche pas, que c'est absurde et qui se mettent ensemble et décident de faire quelque chose.C'est comme le mouvement en Abitibi qui s'est aperçu à un moment donné que toutes les terres de la région étaient systématiquement vendues à un avocat de Toronto.Y'a eu tout un mouvement d'amorcé pour transmettre l'information à tout le monde partout dès qu'il y a une terre de libre.C'est les gens du pays qui l'achètent.On peut arriver, je pense, à reconquérir son autonomie au niveau d'un groupe, d'un village ou même d'une ile comme ici.Ca peut se faire sans violence, sans pancartes, sans défilés.M.C: Moi, j'aimerais connaître la position personnelle de Félix Leclerc par rapport au P.Q., F.L.: Moi je suis pour le P.Q., pendant qu'ils sont purs, si tout pouvoir corrompt.Dès l'instant où ils seront en place, peut-être qu'ils seront plus regardables mais dans l'instant qu'ils peuvent aller tout de suite mettre le pied là et dire: "Vous nous avez tellement traité de séparatistes, Messieurs les Anglais des autres provinces, c'est vous autres les séparatistes qui nous avez conduits là à nous séparer."Sans être séparés.C'qu'y'a d'fun aux Champs-Elysées, c'est de voir arriver six cars, six gros autobus américains.Ils descendent 600.Ils s'installent tout gênés un peu.avec le kodak, tous pareils.Ils commandent un petit café, six cent petits cafés.Pis les Français sont heureux, ils passent à côté: "Bienvenue! " Ils savent qu'ils sont chez eux pis que dans une demi-heure, une heure, ils auront sacré le camp.Ils ont un pays.Quand on regarde le Québec, où est-ce qu'il est, le pays?Pis la langue, comment est-ce qu'on parle?Qu'est-ce qu'on fait, où est-ce qu'on s'en va?Moi, je dis que ceux qui peuvent apporter un remède à ça, c'est un parti, pur pour l'instant.Si on n'obéit pas, si on passe pas par là, dans vingt ans ou plus, y'aura le cadenas sur la porte du Québec.Pis ça sera écrit "Private".Moi, dans ce temps-la, j'aurai aussi fermé ma barrière sur la route et pis j'aurai tourné le dos parce que j'aurai honte.M.C: C'est sur quoi qu'on bâtit le nouveau Québec alors! F.L.: On a une chance terrible ici par rapport à la Bretagne par exemple.C'est qu'on a un gouvernement provincial.On a les outils pour nous amener à être chez nous mais on s'en sert pas.M.C: Est-ce qu'il n'y a quand même pas un côté romantique à vouloir maintenir une indépendance personnelle?F.L.: Mais c'est beau en maudit, ça! M.C: Est-ce qu'on n'est quand même pas pognés.si on parle d'universalisation de la planète, à avoir à passer à travers les structures?Des structures super-puissantes, même si pour l'instant elles n'ont que le profit en vue?Il peut y avoir aussi un changement de conscience à un moment donné qui va balancer ça autrement.Le Québec, c'est la terre aborigène par excellence de l'Amérique du Nord.On est les derniers survivants d'une race ben bizarre, moitié indienne, moitié celte et française, une race ben indépendante, ben fière, ben têtue.qui veut rien savoir.F.L.: Moi, ce qui me fait plaisir, c'est de vous entendre, savez-vous ça?Je vous écoute là pis ça me réjouit.Par ce qu'à votre âge.on parlait pas comme ça.On disait rien.On s'évadait pis on avait MAINMISE Juillet 1976-7 peur un peu de tout.On disait pas le mot "guerre".On disait "la danse la moins jolie".On faisait des chansons pis c'était pas dans la réalité.C'est juste depuis quelques années que je suis sorti un peu de ces sentiers-là pour venir dans le bas et me dire: "Maudit! on peut dire quelque chose avec une chanson.'.Entre la chair et l'or, s'installera la colère.F.L.: Là, je suis venu dans le bas de l'échelle.C'était pas que j'étais dans la tour d'ivoire mais y'a une jeunesse aujourd'hui pis quand j'entends tout ça.M.C.: A quel moment a eu lieu chez vous le déclic?F.L.:Moi.le déclic, c'a été Monsieur La-porte.Les affaires d'automne.Avant, j'osais pas trop parler.Après c'a été Les Cent Mille Façons de Tuer un Homme, L'Encan.Là, c'est l'Histoire de Jean-Baptiste.Les gens sont mûrs.Moi, y'a dix ans, le plus grand fiasco que j'ai fait, c'a été Les Temples que j'ai écrit en 65.C'était pas le moment, c'était pas le temps.Peut-être que c'était très mal fait mais "ah! maudit, on n'est pas prêts pour ça" disaient les gens: c'est le roi, imaginaire, qui meurt pis qui donne les pouvoirs à son fils.Pis lui: "Dehors, l'avocat! Dehors, le général! Dehors, le comédien! Dehors tout!" Pis y veut repartir à zéro.A Montréal, c'était pas le temps.Y'a un de mes amis qui s'est saoûlé pour venir voir ça.Pis y' est venu quatre cinq fois.Y'a fini par dire: "Je comprend ça".M.C.: Est-ce qu'on peut dire qu'il y avait dans Les Temples une vision politique complète?F.L.: Non.non.Mais c'était le jeune qui prend le pouvoir, habillé en blanc, pur, pis qui recommence.Je te dis que les barrières tombaient partout.Pis finalement, le groupe de renvoyés se sont unis: danger pour la sécurité de l'état! Le jeune, ils l'ont ficelé comme un petit saucisson pis ils l'ont envoyé quelque part.Pis ils ont repris leurs choses, leur place.La fin, c'était ça.Y'avait rien de changé.M.F.: Est-ce que c'est vous qui avez brus- 8 - MAINMISE juillet 1976 quement pris conscience de ces choses-là qui avez changé, ou est-ce parce que la situation est devenue mûre pour que vous exprimiez ces choses-là que vous aviez depuis longtemps en-dedans?F.L.: C'est devenu mûr.C'était pas le temps avant.On passait des nuits à discuter mais c'était pas de ça.C'était de choses en dehors de la politique, loin loin loin du monde qui nous dirige.On se foutait de tous ces messieurs: "Amusez-vous, on est plus riches que vous autres.On n'a rien mais on s'en fout.On était jeunes pis on parlait d'autres choses.Je parle des époques de 40, de 50.On s'attaquait pas à ça.On était dans le rêve, on était très bien là-dedans.Moi, je faisais des chansons.C'est venu.Même le mot "indépendance" dans Le Tour de l'Ile est venu tout seul.J'ai pas visé ça en le faisant.M.C.: Dans Le Tour de l'Ile, y'a une chose, moi, qui m'a fait ben gros plaisir, c'était la première fois que j'entendais ça au Québec d'une manière aussi directe, c'est cette espèce de référence au moyen-âge.C'est quoi la connexion entre le Québec et la France médiévale?C'est quoi qu'on a charrié, qui est encore ici, qui n'est peut-être plus là-bas?C'est quoi qu'on a de différent ici?F.L.: La santé.La santé.Parce que, moi, je le vois avec les jeunes.Les jeunes, là-bas.ils n'y croient plus, à pas grand-chose.Ils ont tout lu, tout bu, tout vu.M.F.: Mais rien vécu de moins en moins.M.C.: La santé, c'est quoi?F.L.: C'est de le faire, de partir pis dire: "J'y vas, je me retrousse les manches pis je le fais.".Les jeunes là-bas.ils jouent, ils cherchent un endroit pour l'hiver.Ici, au moins, y'a rie l'espace.C'est le dernier pays avec l'Australie où on peut galoper à l'aise, y'a de la place.Un gars qui est ben écoeuré de la ville de Montréal, c'est plus facile pour lui de sacrer son camp en Gaspésie ou en Abitibi.Le Parisien qui est écoeuré, où est-ce qu'il va aller?La définition de l'Europe, c'est une maison, une maison une maison, un arbre.Ici c'est un arbre un arbre, un arbre, une maison.Y'a de la place.Y'a ça.Le côté santé, on là aussi par le rire, par l'humour, par la drôlerie.Moi, je voyais Francis Blanche qui me disait: "Je ris parce que tu ris mais je trouve pas ça drôle, tes histoires.Je t'aime tellement, je te ris ça en même temps que toi.Mais je suis lavé de tout ça".Je lui ai dit: "Tu t'habitueras, Francis, tranquillement."Comme de fait, il est venu ici, deux ans avant sa mort pis y'a vu.Y'a ça qui fait le retour.On a le côté santé pour le faire, l'espace.Nos agressivités, ici, se passent pas dans les manifestations.Un gars se choque, pogne son fusil pis s'en va se tuer un original.Pis là, il le met sur le toit de son auto pour que tout le monde le voit pis là sa colère est passée.Là-bas, y'a trop de monde.Ici, y'a le côté physique qui aide beaucoup, la nature.On peut pas faire autrement.C'est pour ça que quand on veut trop la morceler, la souiller, la briser, surtout dans des coins comme ici.M.F.: Finalement, mon espoir, moi, pour le Québec, c'est que le système va s'empêtrer sur lui-même, s'écrouler avant que le Québec ait été gâché de ce point de vue là, avant qu'il soit trop tard.F.L.: Il faut s'encourager, se dire des choses comme ça.Pis si ça circule sous le manteau, si ça se propage que le Québec est jeune, en santé, libre et bon.Faut cir- culer ces mots-là.Quand même qu'on serait venus ici aujourd'hui juste pour ça.Circulons des espèces de mots d'espoir, si on peut dire.Je veux pas faire de romantisme, de lyrisme, c'est pas le moment.Mais on en fait pareil.C'est nécessaire.Faut des fous aussi.Tout est ben trop à l'argent, au sérieux.M.C.: Est-ce qu'on peut placer le mot "mythologique" là-dedans?Une mythologie qui serait propre au Québec, qui est là et qu'il serait peut-être temps de dégager?F.L.: "J'ai le goût du Québec".Faut in venter des affaires comme ça.Ca, c'est bon."La belle province" .J'arrivais d'Europe pis j'ai vu ça sur la plaque d'auto.J'ai eu peur.J'ai dit: "Maudit, on a fait ça!" Pis là j'ai appris qu'il y avait un anglais qui avait pris sa plaque pis qui l'avait effacée pour mettre à la place "the nice province".Le lendemain après-midi, il s'est fait arrêter pis y'est passé devant l'avocat.L'avocat lui a dit: "C'est une loi.C'est la "belle province" ici.Je me disais: "Si ça marchait de même partout tout le temps."Pis dans un coup de vision, je me donne dix ans.Pour voir changer, s'installer comme il faut, sans effusion de sang, j'espère, sans violence, le Québec.M.C.: Prendre la place.F.L.: Prendre la place pis racheter tout ce qu'on a donné.Doucement, être chez nous, diriger l'économie.Obliger le français pis comme le gars de la plaque, un procès, pis si ça fait pas, dehors! Y'a une loi 53 qui dit de ne pas faire travailler un homme qui a de l'amiante dans les poumons.Pis y le font travailler pareil pour pas lui payer sa retraite trop tôt.Pis y'a une loi 23.Quand c'est les petits, le gouvernement fesse à tours de bras dessus.Quand c'est les plus gros, on n'entend pas parler.M.C.: Ils payent leurs taxes.M.F.: Ca, c'est les intouchables.C'est comme ça partout.F.L.: C'est ça.Tout ça, faudrait que ça se secoue, que tout le monde le sache de plus en plus et ça se sait de plus en plus.Scandale par-dessus scandale, donnons-nous dix ans pour que tout ça éclate, pour que ça se nettoie.On a la force, l'intelligence, la puissance.Quand j'entends Monsieur Bourassa dire "oui, mais, peut-être, pour la sécurité, c'est mieux l'anglais dans les aéroports.".Tout de suite, en partant.C'est quoi ce maudit à-plat-ventrisme?Y'aurait pu dire: "Très bien, parlez anglais.Air-Canada, salut! Ici on va se faire ui.3 autre sorte d'avion, on va s'organiser avec Air-France et pis on va vous montrer qu'on va voyager seuls! M.C.: En France, comment a été reçu votre dernier récital?F.L.: C'est reçu comme ici.A Montparnasse, je me ferme les yeux pis je me crois au Palais Montcalm.P.J.: La réaction du public est la même dans la salle, mais après, c'est plus volubile, plus expressif.F.L.: Ils nous écrivent après pis ils nous remercient.P.J.: C'est un paquet de courrier-vingt lettres par jour - plus les cadeaux.Les cadeaux les plus bizarres.F.L.: Un pâtissier m'apporte une belle tarte.Un autre, c'est une peinture.Un marin, c'est son pompom.P.J.: Y'a une jeune fille , cette année Michèle, une très très belle jeune fille, on la voyait une minute et demie par soir.A neuf heures moins quart, neuf heures moins dix, elle frappait à la porte de la loge.Elle apportait un soir, une fleur, un soir,une pomme.F.L.: Pis pas dans des intentions que ça finisse à l'hôtel.Elle disait: "Je sais que vous êtes très loin, c'est pour vous dire que moi, je suis là à tous les soirs à.la même heure.".P.J.: Elle est venue quarante-deux fois.F.L.: Quarante-deux fois.P.J.: Elle a apporté quarante-deux cadeaux.Pis pas des cadeaux à vingt piastres des cadeaux à cinquante cents.F.L.: Une fleur, une affaire pensée, une petite pipe en plâtre, une carte postale, une image de sa petite soeur quand elle étant ben jeune.Pis pas une folle! Partout partout on a des cadeaux tout le temps.Ma maison est pleine d'affaires qui m'ont été données.P.J.: C'est le courrier surtout qui est étonnant.Je me rappelle, y'avait la grève des postes.Une dame de Nice, son fils était à Montréal.Elle avait écrit rue Dorchester mais sans indiquer si c'était à l'est ou à l'ouest.La lettre était revenue.Elle avait vu dans les journaux que Félix Leclerc é-tait à Paris jusqu'au 7 décembre.Elle nous avait envoyé la lettre dans une autre lettre en disant: "Quand vous rentrerez à Montréal peut-être que, vous pourriez reposter' la lettre ou aller la porter à mon fils.".F.L.: On voit vraiment des gens qui ont besoin.M.F.: .de rêve.F.L.: Pis des mots comme "liberté".M.F.: C'est un air du large que vous apportez lâ-bas.F.L.: L'Encan."J'habite un pays à vendre".Ils se disent: "C'est-y pas vrai?Eux autres aussi.?" M.C.: Comment a été reçu votre dernier long-jeu là-bas?P.J.: 11,000 copies, la première semaine qu'on a été là-bas.C'est maintenant rendu à 50,000 copies.F.L.: Sans le vouloir, j'ai mis le mot "France" dedans.pis surtout, "nous les des cendants de la Rochelle".Ah! ben.là! Ca les touche.P.J.: Au niveau des critiques, c'a été extraordinaire, le dernier disque, plein, plein de critiques.M.C.: A combien de copies vendues le disque est-il rendu au Québec?P.J.: Dans les 30,000.M.F.: Est-ce que vous écrivez toujours?F.L.: Dans le moment, j'écris pas de chansons.La dernière affaire, c'était une pièce qui n'est pas encore jouée.Mais c'est surtout avec des images que je m'amuse.Un peu comme Les Calepins d'un Flâneur.Ce sera Les Nouveaux Calepins du Même Flâneur.Je suis là-dedans là.Pis j'essaye ça sur scène pour m'aura-ser.Il me semble que c'est le temps, que c'est l'heure.Pis je le fais, sans penser plus loin.C'est l'heure, faut le dire."Ah! mais le temps.Le maitre et l'esclave, c'est sûr qu'ils vivent ensemble et ne peuvent pas se passer l'un de l'autre.Jusqu'à ce que l'esclave un matin décide de se libérer de ses chaines.Mais ça peut prendre cent ans.mille ans.Mais le temps, c'est rien du tout, ça use même pas la terre qui flotte dans l'espace."Pis là, j'éteins ma petite lumière pis je sors dans le noir.Quand ça rallume, c'est l'entracte pis je ne suis plus là.Je fais des textes un peu comme ça-pis toutes sortes de choses. AVEC FEUX LECLERC Le tour de l'île M.C: Quand a été écrit Le Tour de l'Ile?F.L.: L'an dernier.M.C: Est-ce que c'est une série de chansons qui est arrivée d'un coup?F.L.: Non.Quand j'ai fait trois chansons par année, c'est une bonne année.Je ne suis pas le gars qui dit: "Je suis rendu à 3,600 chansons.", non, non, non.Faut se renouveler, faut laisser filer les saisons, faut faire autre chose.M.F.: Qu'est-ce qui prend le plus de temps dans votre vie?F.L.: Moi, l'été, dehors, l'hiver, en dedans.Je travaille surtout en hiver.Vingt-cinq en bas de zéro, ça nous invite, ça souffle depuis quatre jours je suis inquiet que ma petite Nathalie revienne de l'école comme il faut.Bon, tout le monde dort, la maison est ben d'aplomb, okay! Alors je peux pas faire autrement.M.F.: Vous avez deux petits enfants, c'est ça?F.L.: Francis et Nathalie, sept ans et quatre ans.M.F.: Est-ce qu'eux ont joué un rôle important dans le fait que vous repartiez comme ça?F.L.: Ah! ben, l'arrivée de mon nouveau ménage, de ma nouvelle vie, deuxième souffle, c'est sûr.c'a tout chambardé, tout est changé.Je peux pas être autrement qu'être comme un homme de trente ans dans les pensées et dans tout.M.F.: C'a coincide avec votre arrivée à l'île aussi?F.L.: Ah! oui, oui, tout ça.Moi, en 67, c'a été.les tunnels, les noirs passages.Mais moi, les dépressions d'un quart d'heure, c'est le maximum.Ca fait que je suis parti enragé, j'ai dit: "Que le diable emporte tout.Je m'en vas.".Pis on s'est mis à travailler là-bas.On a sillonné l'Europe, on a travaillé, on a chanté.Ca s'est replacé.Pis tout un autre monde.Après ça, j'ai acheté une maison en Suisse.Je me suis installé là.Je me suis dit: "Je vas vivre en Suisse quelques années vu que le Québec, maudit y reste plus rien là.".Après un ou deux ans, c'a été l'ennui total.Je suis un homme des pays froids.La Suisse c'est un; pays pour naître et pour mourir, pour commencer et pour finir.C'est impeccable, parfait, mais sept dimanches par semaine, on s'ennuyait du lundi, pis du mardi, pis de la tempête, pis du travail, pis des discussions.M.F.: Vous passez combien de mois à l'île par année?F.L.: Onze mois.un mois 1 autre bord par année.Surtout depuis quelques années, depuis que j'ai des enfants.M.F.: Vous chantez ailleurs qu'à l'île et au Patriote dans le Québec?F.L.: Deux ou trois fois, par mois, surtout ici.Le Patriote, c'est un petit coup de chapeau que j'ai l'habitude de faire .une tradition, depuis des années.Je pense que c'est moi qui l'ai ouvert, il y a quinze ans.M.C: Des endroits comme la Place des Arts, ça ne vous intéresse pas?F.L.: Je suis allé une fois pis j'avais hâte de finir.Si j'ai pas de plaisir à le faire je le fais pas.M.C: Qu'est-ce qui va être monté ici cet été au Théâtre de l'Ile?P.J.: La première pièce, c'est une comédie de Raymond Lévesque Piano-bar La deuxième c'est un montage collectif sur les trente ans de métier de Raymond Lévesque qui s'appelle A quand les hommes vivront d'Amour.On va aller faire ça au Patriote en septembre.Y'a aussi Félix et Claude Léveillée sur un même spectacle, pendant quinze jours.M.C: Ensemble?P.J.: Dans quelques chansons.M.C: Moi, y'a une chose que j'aimerais ben gros savoir.J'ai déjà posé la question à Charlebois et à Vigneault.Us n'ont pas voulu répondre.F.L.: Moi non plus, je répondrai pas.C'est quoi la question?M.C: C'est qui le lion, le loup et le renard?F.L.: C'est ce que vous voulez.Y'a des gens qui me passent les trois bêtes pis qui les passent aussi aux autres.M.C: Ce sera pas dans l'entrevue, mais de quel signe astrologique êtes vous?F.L.: Je pense que je suis Lion.M.C: Ca va être dans l'entrevue.F.L.: Le lion, le loup et le renard, c'est une très belle image.C'est la femme de Charlebois qui a trouvé ça.C'est un jeu, je trouve ça très très bien.M.C: Moi, je pense que j'aimerais aller voir l'île, faire le tour.Si on attend trop, on va manquer le soleil.F.L.: On n'a pas trop dit de bêtises?MAINMISE juillet 1976 - 9 WAGNER par Edgar Fruitier Autre personnalité spectaculaire du XIX ème siècle! Wagner a touché à peu près à tout dans une vie débordante où les passions ont crée chez lui non seulement une raison de vivre mais une motivation à créer.On peut difficilement aller plus loin dans la traduction de la passion que Richard Wagner est allé dans ses drames lyriques: lui-même souhaitait ne pas voir le mot opéra accolé à ses oeuvres théâtrales.Il avait une conception cosmique du théâtre où tout devait s'allier pour faire de ses drames lyriques des moments incomparables: ne prétendait-il pas qu'une représentation par faite de Tristan und Isolde aurait rendu fous les spectateurs-auditeurs.Wagner avait une juste idée de r importance du créateur-poète dans la société, mais ces justes proportions s'atrophiaient quand il les appliquait à sa propre personne, et.toute proportion gardée à ses compositions.Il fut d'abord absolument conscient du rôle de l'homme avant celui du créateur, dans la société du XlXè' siècle: associé à Bakounine, nihiliste compagnon de lutte de Marx, en Allemagne, il devait participer à la révolution de Dresde de façon tellement compromettante qu'il doit fuir la Saxe, en 1849, après l'échec de la révolution de cette année-là.Ce "rêveur", c'est ainsi que Bakounine voit ce musicien si solidement ancré dans la vérité quotidienne, ne devait revoir son pays que beaucoup plus tard dans sa vie.En 1849, Wagner a 36 ans.Si les grandes oeuvres ne sont pas encore écrites, il a déjà abordé la scène avec son Fliegende Hollander: un opéra qui lui fut inspiré, semble-t-il, par une tempête dans les mers du nord, alors qu'il était .directeur musical du théâtre provincial de Riga.S'il a composé l'opéra, celui-ci n'est pas représenté, il s'en faut, depuis la première de Dresde en janvier 1830.Pourtant, l'oeuvre a des qualités éclatantes.Tout Wagner s'y retrouve déjà: dans l'affabulation, d'abord, on II 10 - MAINMISE juiHet 1976 retrouve l'idée salvatrice accolée à la femme, l'homme poursuivi par une faute antérieure; puis musicalement, l'orchestre participe de façon nouvelle il souligne: la pensée et le cheminement des passions et devient presque plus important que le chant lui-même, enfin, Wagner chante une légende bien nordique, proche de l'âme allemande: autant de points dont il ne déviera plus maintenant: déjà la signature de Wagner est indiscutable.De plus, Wagner se servira de thèmes identificateurs, les fameux leitmotiven, dont Debussy s'amusait en les appelant des "cartes de visite sonores" (pourtant Debussy lui-même se servira du procédé).Une vie de pauvreté, d'expédients, d'emprunts successifs à des amis et même à des ennemis le guette dès le début de son exil: il ne rentrera en Allemagne qu'en 1860.c'est donc 10 années de misère qu'il devra vivre: il ira un peu partout diriger des concerts de sa musique, copier des partitions.Cette vie d'errant lui apportera quand même une expérience considérable: il deviendra, un peu parce qu'il doit combattre sa nature langoureuse et paresseuse, un des grands chefs d'orchestre du XIXème siècle, qui saura allier une technique acquise à la force du poignet (c'est bien le cas de le dire), à une force passionnelle nourrie dans un égocentrisme atrophié.En effet, jamais on n'aura vu un homme aussi plein de lui-même, aussi sûr de son pouvoir de séduction (et, à vrai dire, cette force agit aussi bien sur les femmes que sur les orchestres, subjugués).Puisque nous en sommes au caractère impossible de ce génial pique-assiette: jamais, il ne s'abaissa à remettre un sou de l'argent qu'il emprunta, et il ne désirait jamais une femme autant que lorsque cette femme était la femme de celui qui l'aidait: en somme, un beau salaud! H fal- lait qu'il écrive une musique d'une force rare pour qu'on lui pardonne toutes ces fautes.Deux moments en particulier furent presque fatals pour le musicien.En 1857, exilé de toutes les Allemagnes, harassé par les poursuites judiciaires, aux abois, il trouve un refuge temporaire à Zurich, en Suisse, où la rencontre du banquier Otto Wesen-donck le sauve d'un sort peu enviable: celui-ci loge Wagner dans une dépendance de sa maison.Que pensez-vous que notre Wagner fait pour remercier Wesendonck de sa générosité?Naturellement, il lui vole sa femme, dont il devient l'amant, en peu de temps.Quelle élégance! Pourtant, on ne doit pas en vouloir au musicien, même si on n'admire pas l'homme: cette liaison tapageuse nous vaut deux compositions, Tristan und Isolde.1 opéra le plus passionné du saxon, une oeuvre inégalable, et ces précieux chants de Wesendonck, d'une expression si passionnée, où, d'ailleurs ie musicien cite Tristan avec à-propos.Quel prix la société d'alors devait-elle payer pour laisser à la postérité pareille musique?Wagner voulait avoir le droit d'épancher ses passions librement, en ne les avouant que si cela faisait son affaire.(J'ai récemment lu une critique allemande qui nous disait que lors d'une récente production de Tristan dans je ne me souviens quelle ville Tristan fut monte, avec comme décor une reproduction de la célèbre serre où les amours de Wagner et de Mathilde Wesendonck se sont consommées, les héros revêtant l'allure des photos restées du musicien et de son égérie, Otto Wesendonck étant alors le roi Marke: voilà une vision juste, les héros médiévaux n'étant qu un alibi pour Wagner.).Plus haut, j'ai parlé de deux occasions.L'autre occasion est la fuite de Wagner de Vienne, poursuivi encore une fois par la justice et les créanciers.Il court alors à Zurich, nous sommes en 1864, et la liaison Wesendonck n'est pas si loin.Pourtant, il doit quitter Zurich et se réfugier à Stuttgart: c'est là qu'à l'annonce de l'arrivée du secrétaire du roi de Bavière.Wagner s'adonne au plus profond désespoir, étant sûr qu'on lui signifiait son extradition.Mais dès que ce messager ouvre la bouche, c'est pour lui signifier que le roi veut le voir et qu'il veut l'attacher à sa cour: rappelons que Louis II de Bavière a.à ce moment.19 ans et que Wagner atteint 53 ans.Notre musicien, sans vergogne, joue la carte de la séduction et gagne sur toute la ligne: le jeune et maladif roi, amoureux des personnages wagnériens, et subjugué par la personnalité de père du musicien se l'attache et construit finalement le Festpielhaus de Bayreuth pour que Wagner y soit représenté dans des conditions exceptionnelles.Wagner profite des sentiments troubles qu'il éveille chez l'adolescent et fait monter son Rheingold, à Munich, mais c'est à Bayreuth que cette Tétralogie, drame tétracéphale.sera représenté de façon intégrale, en 1876: voici exactement 100 ans.D'ailleurs grâce aux pensions et prêts consentis par Louis II à Wagner, le musicien n'a plus à craindre la pauvreté, et sa femme, Cosima, (fille de Liszt, et d'abord épouse de Hans von Bùlow, chef d'orchestre qui dirigea de façon foudroyante les opéras de Wagner, jusqu'au jour où le compositeur lui vola sa femme: le scénario devient classique), s'associe à son mari pour duper le roi.Encore une fois sauvé, Wagner nous donnera cette oeuvre cosmique qu'est la Tétralogie.Plus tard, voulant satisfaire le roi, il voudra créer pour lui un héros aussi pur que Lohengrin, où tous les rêves du roi homosexuel pourraient se concentrer, et ce sera Parsifal.Le moment est venu de parler de l'influence i-talienne sur ce musicien "so echt-deutsche" Wagner séchait sur le sujet de Parsifal, quand, lors de quelques voyages en Italie, la visite de la cathédrale de Sienne, un séjour à Sorrento, ville des canzone napoli-tane par excellence, l'inspiration lui "sauta à la gorge", et sans plus tarder, la musique de Parsifal se mit à couler de source:, ce n'est pas la première fois que le "sehnsucht nach Italien" des poètes allemands agissait ainsi.Plus tard, le philosophe Nietzche.disciple éclairé de ce philosophe fumeux que fut Wagner, se tournera résolument contre son idole et écrira son "Crépuscule des idoles" après un voyage en Italie: c est.parait-il.en passant le Simplon que la lumière se fit.Devenu adversaire farouche de Wagner, le philosophe-mélomane trouvera dans Carmen de Bizet, la contrepartie méditerranéenne aux brumes nordiques de la Tétralogie.Trois oeuvres importantes dans la production de Wagner n'ont pas encore été mentionnées.Je m'en voudrais de ne pas parler des Meistersinger.une des oeuvres qui avec Tristan fait toujours ma joie, chaque écoute renouvelle ce plaisir.Dans les Meistersinger, Wagner a voulu prendre le centre de sa comédie lyrique: il s'est réincarné dans le personnage de Hans Sachs, cordonnier-poète de la Nùrenberg médiévale, mais, bien sûr, son héros n'a que des qualités de profonde humanité, une poésie touchante s'associe à une totale honnêteté: c'est ainsi que Wagner se voyait probablement; il n'a pas hésité à ridiculiser un critique adversaire: Hanslick.dans le personnage haut en couleur du pédant Beckmesser.C'est ici la glorification du saint art allemand, dans une extraordinaire apothéose, à la fin de l'opéra.D'autres compositions importantes: Lohengrin et Tannhauser.com positions de relative jeunesse, où l'idée de l'identité cachée et du concours de chant alternent: on sait que l'identité de chaque personnage wagnérien prend une étrange importance, c'est encore l'image de l'ego qui est atrophiée chez le musicien: il se croyait le fils d'un acteur juif Ludwig Geyer, amant de sa mère, et ne voulait surtout pas que cela se sache et prenait des précautions incroyables pour cacher la liaison bien connue de sa mère avec cet acteur, un an ou deux avant sa naissance; or, il se trouve que Ludwig Geyer n'était pas juif, après tout, et que si Wagner l'avait su.bien des aspects de sa personnalité et de sa musique auraient été changés.Je ne veux pas m'attarder sur les théories antisémites de Wagner, autre travers de cette personnalité torse, l'antisémitisme allemand a presque vu le jour avec les écrits empoisonnés du soi-disant philosophe qu'était Wagner.Mais sait-on que l'opportuniste n'hésitait pas à demander à un juif de diriger certaines de ses oeuvres, le chef Levi, important musicien, a créé Parsifal, et la maîtresse en place, lors de la conception de ce même Parsifal, était une juive-française, Judith Gauthier, fille de Théophile Gauthier et épouse de Catulle Mendès: tout semble contradiction chez cet homme, quand on oublie qu'il était le roi des opportunistes.Si on a peu à dire de la vie de ce musicien qui soit à son actif, sa musique est d'une telle puissance sensuelle qu'on ne peut résister à la force de ce diable d'homme.On pourrait croire que Tristan fut écrit avec du sperme plutôt que de l'encre: chaque audition de ce drame lyrique me bouleverse de façon incroyable, tout frémit ici de cette passion irrésistible.Il existe actuellement 4 versions de cettehistoire d'amour et de poison (Wagner prétendrait que je viens de commettre un pléonasme), j'aime particulièrement le vieil enregistrement mono dirigé par Furtwàngler.où Flagstad chante Isolde plus féminine qu?héroïque et où Fischer-Dieskau chantait son premier rôle d'opéra sur disques.Le déferlement sonore réalisé par le grand chef allemand Furtwàngler ne me paraît pas encore égalé par ses jeunes rivaux.Pourtant, la version réalisé "live'' à Bayreuth sous la direction de Karl Bohm (DGG-2713001), allie une technique d'enregistrement-stéréo récente à une interprétation prise sur le vif: Windgassen, dans son agonie du dernier acte touche à des sommets rares et Nilsson est sans doute la plus grande voix qu'on ait entendue au XXème siècle.La version de Karajan i An-gel-3777) me déçoit relativement, à cause des étranges travelings qui dérangent notre concentration, mais Jon Vickers et Helga Dernesch sont d'admirables protagonistes.La version Solti (London - 1502) est trop voulue dans le dynamisme constant, pour me satisfaire pleinement, mais, il y a ici des moments où la Philharmonique de Vienne brille avec une vie unique.Si écouter la Tétralogie (4 opéras qui font quelque chose comme 20 heures d'audition) ne vous effraie pas.ce que je souhaite d'ailleurs, on trouve aussi 4 cycles sur le marché.Ici, Wagner a fait se heurter deux légendes nordiques et a glissé dans l'affabulation qui en résulte bon nombre de ses critiques sociales, il s'est réservé deux rôles, cette fois: Wotan et Siegfried, qui.tour à tour, le représentent comme justicier et dieu de cette tétralogie, les Nibelungen, nains difformes sont les juifs de son histoire: il fallait s'y attendre.Il est difficile de départager les préférences quand on met l'intégrale de Karajan en face de celle de Solti, mais on peut dire que le chef allemand situe le drame dans des dimensions plus humaines, tandis que le hongrois quitte rarement les sommets, voici donc deux visions aussi valables de la Tétralogie.Quand on aura dit que les deux philharmoniques de Vienne et de Berlin ont les qualités exceptionnelles qu'on souhaite, on ne pourra qu'exprimer un regret c'est que les chefs n'aient pas eu l'orchestre contraire: en effet, il me semble que Karajan aurait eu l'orchestre rêvé pour sa conception, à Vienne, alors que Solti aurait trouvé le sien à Berlin.Voici quand même deux versions (en 19 disques), d'une qualité exceptionnelle.Karl Bôhm a réalisé son intégrale de la Tétralogie à Bayreuth, encore en direct, on y gagne en spontanéité, ce qu'on perd en impeccabilité: on aimerait que les souffleurs soient moins en voix, entre autres.Furtwàngler a dirigé à Rome, en 1953, une version magnifique de cette Tétralogie, mais l'orchestre est malheureusement d'une grande faiblesse: pourtant, cette version est dirigée et chantée avec une foi à renverser les montagnes.Les Meistersinger ont été souvent enregistrés: Karajan à Bayreuth, puis à Dresde.Varviso, Keilberth.Knappertsbusch, Kempe, etc.Ma version préférée est cette dernière: il y a ici tant de tendresse et quelque chose qui ressemble à de la nostalgie, et tout cela se trouve si bien dans ce sujet profondément mélancolique: après tout, nous sommes le jour de la Saint-Jean, et un homme au seuil de la vieillesse accepte stoïquement son destin.très touchant.La version de Kempe est certainement difficile à trouver (Angel ou EMI), on peut acheter celle de Karajan (Angel ou EMI aussi), où le Stattskapelle de Dresde joue de façon incroyable: quel orchestre! Les solistes ont beaucoup de qualités aussi.Klemperer a laissé un seul enregistrement intégral de Wagner, et c'est le Flie-gende Hollander: la version à avoir à tout prix : jamais la grandeur épique de ce Wagner n'a été aussi bien servie.Parsifal a été enregistré par Knapperbusch, spécialiste de cet opéra religieux, et n'importe laquelle version (il y en a deux) du maître est recommandable.Solti et Boulez ne sont pas à dédaigner.Le Tannhauser de Solti (London-1438) dépasse de loin les versions antérieures, et le Lohengrin de Kempe (An-gel-3641) jouit d'un lyrisme presque à l'italienne.IdLterznatif ë 1 587 ST-OfNIS(Prei Moisonneuve; TEL: «45-8887 CERWIN-VEGA-FENDER Dynachord-MOOG-Système SG-Amps.V.T.-SHURE- Disco tek Amplificateurs Haut-Parleurs CLAVIERS Système de Son-Chant Microphones SYNTHETIZERS Pédales d'Effets-Wah Wah-Fuzz-Etc.Locations Systèmes de sons Amplis Instruments Guitares ARIA, GIBSON, FENDER, MARTIN, OVATION GUILD, DO-BRO, RICKENBACKER, LUDWIG, RODGERS, KING, DEFORD, SEL-MER, LATIN PERCUSSION, ETC.REPARATIONS Amplis.Fuzz.etc.P.MARRAZZA MUSIQUE INC.INFORMATIONS: 7082 St-Hubert, Montréal, 271-1182 475 Ste-Catherine Ouest.Montréal 849-8069.MAINMISE juillet 1976 -11 6012 La Dope (tout sur le pot).épuisé.Embarque mon amour (Pierrot Léger).$2.50 Les Chômeurs de la mort (Claude Péloquin).$1.00 Comix No 1 (Robert Crumb pour adultes seulement) .$1.00 Comix No 2 (Robert Crumb pour adultes seulement).$1.00 Comix No 3 (Gotlid.Mandryka.Bretecher.Pour adultes).$1.00 BULLETIN DE COMMANDE (à remplir et à retourner à MAINMISE, 1589 St-Denis Montréal Que.Je désire recevoir : NOM: .ADRESSE: .VILLE: .PROVINCE: CODE POSTAL: 12 - MAINMISE juillet 1976 BUFFY SAINTE-MARIE Elle mêle très heureusement le folk, le rock, le blues et la tradition indienne.De sa voix rau-qu£ et vibrante, en douceur, ou en douleur, en rage ou en cris, elle chante, cette fois, l'Amérique: "Sweet America".A elle aussi, on reprochera d'être "récupérée", sans doute, de chanter les thèmes à la mode, de prendre l'auditeur à l'émo- tion.Pour moi.le dernier disque de Buffy , la déesse, s'inscrit dans un nouveau courant de pensée, lucide et généreuse, qui remet bien les choses à leur place.C'est la complainte de l'Amérique trahie, ravagée, cette "terre promise", si belle en son origine, telle que les Indiens, et les pionniers l'ont connue, vaste et nue sous le soleil, ou le ciel é-toilé, sur laquelle ses enfants, aujourd'hui, devraient "se mettre à genoux, et pleurer".Buffy Sainte-Marie a de l'Amérique des visions de lumière et de beauté, de forêts somptueuses et de rivières scintillantes, de bisons et de poissons de toutes espèces, d'une mer incomparable, aussi, et d'une rive d'où l'on pouvait toujours appareiller pour 1TNFINI."Amérique.mon amour.ma reine.de boue et d'or, d'argent et de VERT.tu me hantes, on dit que je suis folle, mais moi je sais ce que tu ressens dans ton corps.et pour moi, c'est la seule réalité." Elle parle de l'Amérique, mais aussi bien, et elle ne s'en cache pas, de la TERRE, et parfois, c'est la colère qui l'emporte: "Face the facts", un acte d'accusation, et une invitation rageuse à sortir des idéologies abstraites, des ornières d'une vision dépassée, pour voir le problème dans son ensemble, et dans sa réalité.Parfois aussi, c'est la nostalgie, une invitation amoureuse au retour à la vie simple, à la terre, à l'amour du prochain: "I need no city life", comme étaient les "early Americans', "with truth and smile", comme en Saskatchewan, à "Qu'Appelle Valley, "where my heart belongs".Ou bien, c'est le désespoir, la tristesse profonde de "I been down".pour finir sur une note très amérindienne, très "sauvage", et lyrique, avec "Starwalk-er", le marcheur d'étoiles, une plongée vers le haut et ce cri: Ain't no time for won vin blues".A écouter religieusement.Michèle Favreau MAHOGANY RUSH GARFIELD Strange Streets Mercury SRM-1-1082 Les voix rauques et torturées sont à la mode.Bim, Patrie Smith ou Garfield French, les petites voix geignardes et tremblantes - le fantôme de T.Rex! - se font dramatiques pour mieux interpréter des chansons qui se font elles, de plus en plus minces.Celles de French sont des chansons simples, écrites sur une guitare acoustique, parfaitement intégrées à la tradition du folk, song.L'arrangement est parfois plus élaboré que celui prévu par les "normes" du genre, mais la musique de Garfield reste tou- jours conformiste et respectueuse.» Cette production torontoise se distingue par son calme et l'originalité relative du chant de Garfield French.Les moments musicaux sont parfois de longues répétitions, mais la dimension symphonique qu'ils ont donné à certains morceaux vient briser la monotonie.Eyes est une chanson qui mérite qu'on lui fasse une petite place.c'est peut-être la perle de ce disque nouveau.En général, cette musique s'écoute bien sans jamais devenir captivante.Une bonne petite promenade; un tour de char sans extase.Huit musiciens accompagnent le chanteur; on a parfois l'impression qu'ils sont vingt.C'est un groupe qui a le grand avantage de sonner comme du monde qui savent ousqu'ils s'en vont.il s'agit de les suivre un peu.Pierre Voyer Mahogany Rush IV Columbia KC 34190 Quel est l'instrument et le domaine où se rencontrent la peau, le métal et le bois?La situation batterie/batteur.Frappe et rythme le joueur, et le guerrier.J'essaie de mettre plusieurs choses ensemble: ce groupe, leur intelligence, des guerriers lancés à fond de train dans un grand voyage, le feu qui fonce, des rencontres, dragons, (il y en a), des réponses, le Quatre (se dit aussi l'Empereur).Le Quatre de Mahogany Rush ressemble à son titre.Le cycle du voyage.Aller et retour.Marino travaille de façon serrée à l'intérieur de ces limites, y taille son récit.Une histoire comme dans les albums précédents.La différence cette fois-ci est dans une sonorité de plus en plus sophistiquée et efficace.Comme dans le travail du batteur Jim Ayoub qui utilise beaucoup plus les peaux et leurs sonorités sèches que le métal des cymbales et leurs sonorités mouillées.Et qui inverse malicieusement ces rapports dans les phrases jazz de It's begun to rain".Problème de l'accélération.Plus on va vite, plus il faut maîtriser, c'est-à-dire ralentir, atteindre le point sublime du cool.Plus la monture va vite, plus le cavalier s'immobilise dans son guidage.Le chevalier est de toutes les époques.Etrange race, avec son sort précis, sa problématique brûlante.Parents du dragon, c'est à eux à les rencontrer.Histoire de famille.Mais lorsqu'ils reviennent avec le RECIT de leurs exploits, il y pend bien sûr toujours une goutte de sang, mais il y traîne forcément toujours un mot de paix.On ne va quand même pas se déplacer pour rien.Et tant qu'à se déplacer, autant y aller moteurs tout ouverts.To be a rock and to roll.Down jusqu'à la matière: l'Empereur est assis sur un cube, matière et crystal, the rock et le rush.Alors j'en conclus que ce Mahogany Rush IV est un disque religieux, au sens où il célèbre une messe, raconte un messager et rapporte un message.Qui dit sacré, dit violence; voir l'Histoire.La musique de Marino visite des horreurs, des lieux de violence, quelquefois.Nécessité du parcours.Mais l'horrible se défait constammant dans leur musique: il y existe une fluidité du rythme et de la progression qui rend chacun de leurs disques extrêmement plaisant à l'OREILLE.Même ceux qui détestent It genre la dressent pour eux.Car il y a là du classique, au sens où vous l'entendrez.C'est du reste la réponse d'Orphée: la musique soumet le dragon et apprivoise la férocité.Tout est dans le show et le chaud: la mobilité constante pour parvenir à la paix.Les dernières notes du disque sont coulant mellotron et guitare acoustique fading away.the warrior's dead, long live the child.Un très beau disque, un très bon disque.GK MAINMISE juillet 1976-13 ROGER McGUINN Cardiff Rose Colombia KC 35154 Le meilleur disque de McGuinn, Roger, sans les Byrds.Presque une révélation, comme si on ne connaissait pas, et pourtant c'est bien Roger McGuinn, ce Dylan discret de la côte ouest et ses merveilleux oiseaux.De la cohérence dense à couper au couteau, une solidité musicale à renvoyer tout aspirant à la vente de lacets.Ce CARDIFF ROSE est à retenir.( Production impeccable de Mick Ronson qui joue aussi avec McGuinn, de tous les instruments possibles.Quatre chansons de McGuinn/Jac-ques Levy, Up to me de Dylan, Dreamland de Joni Mitchell, Rock and Roll Time de McGuinn/Kristofferson Le chef d'oeuvre de l'album est l'interprétation à toute allure de Dreamland de Mitchell: "It's a long, long way to Canada." Un quatre/quatre blowé par un contretemps stratégique au quatrième temps.Sleepy me fait remarquer qu'il chante comme Stevie Winwood.Ca s'ajoute au fait qu'il chante comme Dylan à s'y méprendre dans Up to me, dont il donne une solide et bouleversante interpréta tiorv.Une drôle d'odeur rôde partout cependant.Une chanson raconte comment les chevaliers de la Table Ronde, se dirigeant vers l'Orient, massacre un village et crucifie son prêtre.Une autre, le traditionnel Pretty Polly: un joueur amouraché de Polly la tue; dorénavant il a une dette avec le diable.Jolly Roger, où se retrouve la Rose de Cardiff, raconte un vaisseau pirate, ou plutôt célèbre le service à son bord.Friend, lamente la mort d'un ami qui un soir brisa une règle de jeu et se fit assassiner.Au risque d'erreur et de répétition, cette case marquée mort et sa traversée disent Orphée, traces du voyage.La chanson de Dylan re-écoutée confirme.Un des plus beaux disques de l'année.GK RANDY brassent leurs cannes germaniques: ils font swingner l'asphalte de Hambourg ou d'ailleurs.Ils se serrent dans leurs culottes et se prompent 1 adrénaline pour swingner comme les vrais noirs du rythm'n'blues.Les noirs américains ont colonisé l'Europe: Randy Pie en est une preuve évidente.Ce qui dépasse du modèle est pourtant ce qui devient le "style".Randy Pie a beaucoup de style; ça dépasse de partout.Pierre Voyer STEELY DAN Kitsch Polydor 2370 «24 Ca fait au moins six mois que j'ai reçu ce disque.Je ne l'ai pas "couvert", mais à force de l'écouter, de fois en fois, c'est lui qui me couvre.C'est une musique "soul" allemande et anglaise, avec un fouet et à talon-hauts.Plus je 1 écoute et plus je me rends compte que derrière des apparences de "déjà vu" les guitares et les voix de Bernd Wip-pich cachent des mystères, des joyaux de précision; une versati-lité inespérée! Le côté rythmé tient éveillé pendant que les mélodies se frayent des sentiers discrets vers le mystère, vers la mineure pinçante.Le grouve ne lâche jamais.Il y a même des choeurs et des trompettes-guitares qui The Royal Scam ABCM22-31 La grande gloire des ultra-vedettes n'a pas encore soulevé le duo dynamique Walter Becker/ Donald Fagen; elle ne les a pas encore conduits sur son balcon illuminé, mais la petite gloirette qui se dégage d'eux leur suffit sans doute.Le beat, man! Le beat! Et les mélodies changeantes, flexibles et toujours conduites avec une sûreté flippante.Tous les groupes qui se sont essayé à faire des reggae sans arriver à dépasser la ."copie" sont jetés dans un abîme de ridicule par Haitian Divorce; Steely Dan a intégré le modèle pour mieux le dépasser.Le piano et la voix de Fagen sont les éléments fixes de leur musique, Becker invente une fanfare de guitares électriques qui circule librement d'une chanson à l'autre.Humour et efficacité! Les pirouettes techniques du phrasé rythmiques ne sont jamais évidentes, comme elles le sont chez Gentle Giant; elles sont soumises à l'émotion.La précision est un outil; elle n'est pas un but esthétique.Steely Dan est sophistiqué sans être ma-niériste.L arrangement des cuivres a des accents traditionnels tout en restant original.Chuck Findlay convient parfaitement.Il ne surcharge pas; la musique reste simple.peut-être qu'elle commence à se ressembler un peu, mais la situation n'est pas chronique.On peut découvrir Steely Dan sur ce disque récent aussi bien que sur Kathy Lied ou Pretzel Logic.La sensualité contrôlée qui les caractérise reste la même; elle se raffine."I'm never gonna do it without the fez on".C'est de la musique américaine de grand cru, exportable.importable?Pierre Voyer JETHRO TULL Too old to Rock'n'RoU Too Young to Die Chrysalis 1111 On raconte des histoires.C'est là qu'un bon nombre de chemins, de sentiers et de styles ont conduit les auteurs-compositeurs-interprètes.Ian Anderson prend son rôle de troubadour au pied de la lettre.il trouve dans ses poses, ses danses et ses chants des personnages et des histoires.Quizz kid.vol de taxi.Le "concept-album" est une entreprise intellectuelle; mais lan Anderson joue très bien le révolté-en-cuir, impulsif, violent et tendre.Un peu plus doux, dans l'ensemble, que leurs récents albums.Plus acoustique aussi, comme on dit.Les passages électriques sont, eux autres, ressemblant au style qu'on leur connaît, nais plus épurés.On dirait qu'il s'établit dans leur musique une économie de moyens qui vient resserrer leur rock.Le lyrage un peu médiéval et mineur du chanteur résonne étrangement dans toutes ces nouvelles chansons nostalgiques.D se penche avec amour sur le "greaser", le rocker aux cheveux luisants; son Pied Piper ressemble davantage à ses éclats solaires.Le mythe est é-clatant à relever.Le flûtiste qui vient en toute élégance enlever les enfants pour les emmener "flyer" dans ses grandes phrases d'habile ali-gneur de mots.Le gars-de-bicycle se pète la tête sur un mur à 120 milles à l'heure mais le chanteur retombe sur ses pattes avec l'acteur dans ses souliers.Pierre Voyer MAINMISE juillet 1976-15 4017 St~DenJ5 Mcnr/éd tél.:844-0350 KEITH JARRETT ON VOUS ATTEND.16-MAINMISE juillet 1976 Mysteries ABC 9*27-9315 Est-ce qu'il fait parler de lui u-niquement parce qu'il a mauvais caractère?.Sa versatilité lui a permis de construire, de disque en disque, un prisme à multiples facettes: pianiste de jazz avec une touche classique, il a produit des disques de musique de chambre, In the Light, aussi bien que des disques où il se fait l'accompagnateur d'autres jazzmen.Dewey Redman est l'élu du disque récent Mysteries, mais l'ampleur de sa mainmise sur le piano respire davantage et s'exprime mieux quand il joue seul, comme sur Facing You.Les brisures rythmiques qu'il inflige au swing sont souvent haletantes.Même s'il s'est choisi un entourage un peu plus traditionnel sur ce nouveau disque, un swing plus "jazz" sur Rotation, il continue à briser, à décortiquer.le passage de contrebasse dans Mysteries est un moment qui appartient au répertoire des succès hermétiques de Keith Jar-rett; il accompagne à merveille les hachures de Charlie Haden.La liberté du jazz est souvent identifiable à un relâchement; c'est un peu le cas de Mysteries si on considère la mollesse du jeu de Jarrett; ses disques antérieurs l'ont révélés plus clair et plus précis.presque mozartien.Il se libère dans le jazz qu'il fait maintenant.le jazz libre devrait être celui où la liberté est synonyme du dépassement, des lois ou de soi-même.C'est un jeu difficile auquel Jarrett excelle habituellement.Comme il s'évade et gambade toujours un peu sur un autre instrument que le piano, il a choisi, cette fois-ci, de jouer de la flûte pakistanaise et des percussions.Flames est une pièce rythmée à l'orientale avec une mélodie qui chérit les "dissonances" sur une flûte au timbre nasillard.C'est une surprise exotique qui sied bien au nom Kundalini que Jarrett a donné à son Edition.Pierre Voyer THUS VAN LEER Introspection 2 La flûte et l'adaptation de pièces classiques sont deux choses qui ont connu, ces dernières années, un succès étonnant.Avant, avec ou après Ian Anderson, tous les jeunes échevelés se sont mis à jouer de la flûte traversiez.Avec et contre Paul Mau-riat et James Last, tous les musiciens avides de faire de l'argent y sont allés de leurs petits mo-zart-à-go-go.les bacheries électriques faisaient déjà école.Les arrangements de Rogier van Otterloo s'inscrivent d'emblée dans ce courant.Ils soutiennent avec beaucoup d'entrain les pièces dandinantes comme le Rondo II; ils étirent l'espace pour les mélodies plus tristes ou plus méditatives.Et Thijs van Leer joue de la flûte avec toute la sensualité qu'il nous avait jadis révélée sur Introspection I, a-vec autant de souffle que de technique.La voix de Letty de Jong est la jumelle parfaite qu'il lui fallait.Ce côté classique n'entrera jamais en conflit avec le travail de Thijs van Leer pour Focus; ces expériences classiques enrichissent au contraire son bagage déjà étonnant de possibilités.Bach, Haëndel.Granados.van Otterloo et van Leer lui-même: le programme est varié.Musique parfaite pour un petit soir doux d'été, elle s'envole .avec la brise, traverse en quelques arabesques élégantes la pièce où j'écris - où vous écoutez - et sort par les fenêtres ouvertes.avec un petit frisson de violons.Aussi calme que le débit de la Amstel, la musique de Thijs van Leer pacifie; elle est étanche comme le peuple néerlandais.Dans la série, FM de bon goût, elle se classe parmi les premières.Pierre Voyer BERT JANSCH L.A.Turnaroud The Famous Charisma Label - fO$o Quand tous les postulants sont venus dire leur boniment, le chan- ter sur la scène des nouveautés, quand tout le monde est parti et qu'il ne reste dans la salle que des mordus, les vieux sortent des coulisses où ils pratiquaient et viennent jouer pour ceux qui veulent encore les écouter.Bert Jansch est un nom qui en dit long aux amateurs de folk.Il a survécu; il a toujours sa voix et sa guitare.Accompagné par Klaus Voorman à la basse et Red Rhodes à la guitare "steel", Bert Jansch sépare ses couplets chantés de moments musicaux berçants où sa guitare cherche et fouille le manche pour trouver le chant simple et pur qui serait la réponse à toutes les questions que posent ses chansons.L'atmosphère de cette musique convient aussi bien à la taverne sombre qu'au champ ensoleillé de l'après-midi.C'est de la musique juste assez saoule pour être plaisante; elle ne dérange pas, elle charme plutôt.et repose des capsules de speed que sont les disques récents.Un peu plus saoule, elle serait grotesque.comme un certain disque de Neil Young.Mais il y a encore beaucoup de bière à boire avant que Bert Kansch bafouille au point de brouiller ses messages.Ses doigts restent toujours vigilants! La guitare sur (hambertin et Of Love and Lullaby est particulièrement réussie.Ses ballades sur six cordes s'écouteraient des nuits entières.et le lyrage organisé de la guitare western n'aura jamais fini de soutenir la broderie délicate du jeu de Jansch.Pierre Voyer BULLETIN DE COMMANDE (A remplir et à retourner à MAINMISE, 1589 St-Denis, Montréal Que.)."A moins de devenir enfant, nul n'entrera en paradis" Bulletin d'abonnement de Réabonnement .Je désire recevoir le nouveau MAINMISE, journal d'information culturelle aux conditions indiquées ci-dessous : — Abonnement pour un an (12 numéros).$ 8.50 — Abonnement pour deux ans (24 numéros).$17.00 NOM:.Vï.r ADRESSE:.-.VILLE:.PROVINCE:.CODE POSTAL:.'.(Abonnements pour l'étranger: 1 an $10.00 ou 50FF Par Avion, doubler le prix.Paiement par mandat-poste international seulement).MAINMISE juillet 1976 -17 Gordon Sheppard, l'auteur d'Eliza's horoscope, est né à Montréal, dans le milieu anglophone.Il a fait des études en Sciences politiques, en Economie, et en Histoire, Mais à vrai dire, c'est un artiste, et un poète, un "rêveur", au sens le plus positif du mot.La formation qu'il a reçue donne des bases solides à son "voyage intérieur".Mais tout ça n'a pas d'importance, dit-il, et chaque fois qu'il se présente au public pour parler d'Eliza, il porte un masque, le masque indien de Tommy dans le film.Un bon "stunt" publicitaire lui reproche-t-on.Mais pour Gordon, d'un bout à l'autre de "l'entreprise" Eliza, tout a un sens très précis, tout se passe au niveau sym bolique, au niveau de la "signification", du théâtre, y compris, et surtout, le film lui-même.Le masque, c'est pour exprimer l'idée que l'individu n'a pas d'importance en tant qu'au-1 teur, ou vedette.Un film est une entreprise communautaire, et au bout du compte, c'est lui, et lui seul, qui "existe".Je me sens de plus en plus comme un medium, par rapport à Eliza, dit Gordon Sheppard.C'est comme si le film se servait de moi.Ce qu'il me commande de faire, je le fais.Gordon Sheppard parle très bien de son film, et des "choses" en général.Ce n'est pas seulement un gars intelligent, c'est un être "évolué", au sens où l'entend la Tradition.Mais c'est aussi un "Bélier", et ce qui est intéressant, c'est que l'auteur d'un film dont le prétexte, au départ, est l'astrologie, fasse ainsi la démonstration, d'un bout à l'autre d'une entreprise qui a duré neuf ans.de ce qu'est un bélier! Quelqu'un qui peut vouloir une chose, et y croire, au point de TOUT faire lui-même scénario, la réalisation, le montage, la distribution, la publicité, la présentation d'un film chaque soir, le contact avec le public, tout, y compris plaider, négocier, forcer les portes - et les barrages mentaux - des "majors", investir son argent personnel, et sans jamais faire la moindre concession sur le contenu du film, sans permettre que le moindre détail lui échappe.Evidemment, l'entreprise peut paraître ambiguë.Elle l'est sans doute, dans une certaine mesure.Dans la période de transition où nous sommes, personne ne peut préten- Eli zas dre être tout à fait de "l'autre côté".E-liza's horoscope peut être interprété comme un énorme "eeo-trip".Mais à l'analyse, on s'aperçoit qu'il s'agit surtout d'un "mind-trop".N'ayant pas encore vu le film, nous nous rendons, intrigués.Georges Khal et moi.à la conférence de presse d'Eliza's Horoscope, qui a lieu dans le sanctuaire de l'Eglise du Messie, rue Sherbrooke ouest.A l'entrée de l'église, une jeune fille vêtue d'une aube blanche, nous accueille, nous lave les mains à l'eau tiède, et nous offre des amandes et un verre de jus d'orange.Elle porte le masque du Poisson, qui est le signe d'Eliza.Une autre jeune fille, vêtue de blanc elle aussi, porte le masque du Verseau, puisque nous sommes dans la période du Verseau.Dans l'église, deux autres jeunes filles toujours vêtues de blanc se tiennent de chaque côté du sanctuaire, portant le masque du Bélier, et celui du Taureau.Nous nous installons dans nos bancs, comme à la messe.Sur le prie-Dieu, se trouve le cahier de presse d'Eliza et une paire de lunettes, des lunettes dites "arc-en-ciel", décomposant la lumière en différentes couleurs, qui sont le résultat de récents développement dans le domaine de 1 horlographic.et que Sheppard a trouvées en Californie.Dociles, et surtout curieux, nous chaussons les lunettes.Gadget hollywoodien, ou symbole d'une nouvelle vision du monde?Une tempête d'orgue précède l'entrée en scène du réalisateur, masqué."Tout ce théâtre", que nous nous disons! Quelle audace - ou quelle prétention! Sheppard marche tout droit comme un boeuf à l'abattoir (ou comme un bélier) ?Qu'est-ce qu'on va lui tomber dessus.Le jeu des symboles, Gordon Sheppard le joue à fond, et nous, nous avons envie de le jouer avec lui, parce qu'il y a là une sincérité, malgré tout, et un courage qui devraient emporter l'adhésion.Quand on joue avec des forces telles que la spiritualité, ou la sexualité (ces deux pôles de notre être), on ne sait jamais quelle réaction l'on va produire.Tout ce que l'on sait c'est qu'il y en aura une, et qu'elle sera très positive, ou très négative, toujours complètement irrationnelle.Mais jouer le jeu dans un tel appareil, c'est encore plus risqué, à ce moment où la quête spirituelle effrénée, dans notre société agonisante, mourant de soif, donne lieu à tant de faux-semblants, de "théâtre" justement.Pourtant, Gordon Sheppard, en présentant Eliza dans une église, ne voulait pas mystifier le public, il voulait le dépayser, lui apporter une expérience émotive et spirituelle, il voulait surtout démystifier l'église, en y faisant entrer, par la grande porte, le profane, la part instincti- ve de l'homme, symbolisée par les bêtes, annonçant ainsi la réconciliation du profane et du sacré, un peu comme les Grecs représentent le dieu Pan à la fois comme un homme et comme un animal."Profanation" diront les uns.Eh! oui! Provocation, diront les autres.Et pourquoi pas?"Gordon Sheppard veut lancer une nouvelle religion", s'indigneront les critiques qui n'en sont pas encore revenus, de cette affaire-là, au Québec."L'opium du peuple", n'oublieront pas d'ajouter les marxistes inconditionnels.Mais voyons "Eliza".Eliza est une jeune-fille de 18 ans, élevée à la campagne, dans un milieu anglophone, et catholique, détail im portant par la manière dont il a forgé sa sensibilité, son imagination très vive, très portée sur le côté "mystérieux" de la vie, son sens de la Nature, aussi, et son sens du tragique.A contempler la lune et les étoiles, et la trajectoire des planètes, l'idée vient à Eliza d'interroger une astrologue, pour la guider dans la recherche de l'amour, et plus précisément, du père idéal pour l'enfant qu'elle veut avoir.Première constatation: Dans le processus de transformation de la société humaine dans lequel nous sommes engagés, il y a d'abord l'homme, la femme, et l'enfant, la relation triangulaire à remettre complètement en question.Faire un enfant est une chose ENORME, on le découvre enfin.On ne fait pas un enfant pour se faire plaisir, ni parce que c'est naturel, ou inévitable.On ne le fait pas non plus avec n'importe qui.Le mieux, pour le moment, serait peut-être de ne pas en faire du tout.Tout ça.Eliza le sait, à sa manière, instinctive nécessairement chez une fille aussi jeune.Eliza elle-même est encore presque un enfant.Et dans son désir "biologique" d'avoir un enfant, c'est sur sa propre enfance qu'elle s'émeut, au moment même où elle va devoir la quitter.La preuve en est ce coffret qu'elle trimballe partout avec elle, contenant des petites chaussures d'enfant, qui ont été les siennes, et qu'elle a complètement "fétichi-sées".En cherchant l'amour, le père idéal.Eliza se cherche elle-même, comme femme.Au plan formel, on comprend, dès le départ, que l'auteur est un poète, un dé- 18-MAINMISE juillet 1976 miurge, et qu'en aucun moment, le traitement de cette histoire ne sera "réaliste".Aussi bien les flash-backs de l'enfance d'Eliza.que le vieux quartier de Montréal-Ouest (St.Henri > où elle échoue, que la vielle astrologue chinoise et ses pensionnaires, que les gens du quartier, que la montagne, elle-même .et tous les lieux et personnages étranges qu'elle traversera, tout est transposé au plan du théâtre, un théâtre où va se jouer le drame d'Eliza, et la comédie du monde, en forme de "commedia dell'arte ".Eliza se rend d'abord chez l'astrologue -.une vieille chinoise de 91 ans - Rose Quong personnage d'une présence extraordinaire, et qui exprime, par son visage, et par ses gestes, toute la douleur, mais aussi toute la sagesse, et toute la magie du monde.Le regard de cette femme a des millénaires d'âge.Rose est évidemment le Destin, l'Oracle.Elle va faire la carte du ciel d'Eliza, et tout le temps que durera l'expérience, elle propose à Eliza de loger dans sa pension, en compagnie de Lila.une ancienne vedette du music-hall français, déchue, et qui se réfugie dans les amants de passage et le vin "cheap", mais qui transcende tout ça par' une foi naive et inconditionnelle en Jésus, "le seul homme digne de ce nom qui ait jamais existé", selon elle.Lila accueille Eliza comme quelqu un que plus rien n'étonne, avec la brusquerie affectueuse qui la caractérise, la traitant de folle avec son astrologie, et son "père idéal".Rose et Lila sont, pour Eliza, deux images de la femme qu'elle pourrait devenir.Eliza est bien un Poisson.Les poissons sont des hyper-sensibles, et des imaginatifs, naviguant toujours en eau trouble.Pour eux, il n'y a que deux possibilités.Ou leur vie est une réussite, au plan de l'amour, qui les conduit très loin sur le chemin de la connaissance et de la sagesse, ou c'est la catastrophe totale.Dès le début du film, on sent bien qu'au cours de "l'expérience" que va vivre Eliza, dans cette ville à la fois magique et terrifiante les dés seront jetés pour elle.Deuxième proposition: Il y a - effectivement - le destin.Mais il y a aussi le choix.La réalité de ce paradoxe, on commence à peine à l'aborder, scientifiquement, et déjà, elle s'impose.Quand l'astrologue dit à Eliza : "Attention, danger", elle sait très bien de quoi elle parle.Malheureusement, il y a le problème du langage, et des niveaux de conscience.Tout le malentendu - le,tragique du monde - dont les religions se s m faites l'artisan - sont le résultat d'une mauvaise interprétation dë la PAROLE (qui est UNE depuis la nuit des temps, quelle que soit la forme qu'elle prenne), Quand l'astrologue dit à Eliza qu'elle rencontrera, dans les 10 jours qui suivent, l'homme de sa vie.et qu'il sera "remarquable par sa richesse et sa beauté ".Eliza ne donne pas le même sens aux mots "richesse" et "beauté ".Ce qui fait qu'elle le cherchera obstinément un Bélier ou un Sagittaire ""rich and handsome", sans voir, chez Tommy, l'ouvrier Indien, qui est devenu son ami.l'extraordinaire potentiel la richesse et la beauté intérieure de cet homme de proie à la révolte, dont la brutalité est l'expression du désespoir, et qui essaie vainement d'intéresser Eliza à sa cause et de se faire aimer d'elle.Tommy emmène Eliza sur la montagne, qu'il voit - et que le cinéaste nous fait voir -sous un jour complètement différent - un lieu très beau, magique, où autrefois, une princesse Indienne se tenait, sur le sommet comme une sorte de prêtresse du soleil, et "collectait" et interprétait les rêves de la tribu.Tommy emmène aussi Eliza à Caughna-waga voir sa grand'mère, une vieille "squaw' vraiment attachante, et qui sait parler du bonheur, et du malheur d'être Indien-Tommy veut qu'Eliza comprenne pour quoi lui et son groupuscule révolutionnaire, veulent faire sauter le pont qui passe pardessus la réserve.Mais Eliza ne comprend pas.La violence de- Tommy lui fait peur, et elle poursuit sa chimère.Tommy lui dit.agacé lui-aussi par son histoire d'horoscope, et sa passivité devant le destin: "Tu dois forcer les événements, Eliza.c'est toi qui fais ta vie!", Eliza se met donc à chercher vraiment l'amour, le "père de son enfant", ce qui l'entraîne dans une série d'aventures folles, tantôt burlesques, tantôt étranges, ou dramatiques, qu'elle aborde toujours costumée et maquillée différemment, symbolisant la recherche d'elle-même.D'un médecin pervers, un Sagittaire amoureux fou d'un Centaure (une sculpture qu'il garde dans une pièce vide, toute drapée de blanc, dans son appartement d'Habitat), et qui lui fait jouer une scène complètement burlesque, et délirante, entièrement filmée en super-8 par son serviteur.Eliza passe à un musicien "riche et beau", un Bélier cette fois, qui l'a fait monter dans sa Rolls Royce, et qui l'introduit dans un étrange Club d'astrologie, oû elle subit son "initiation".Dans ce Club (toute l'action ici se déroule dans une villa et un parc somptueux, au bord de la rivière des Prairies), les hommes arrivent dans leur beau cos-'tume.comme pour aller à la messe, mais aussitôt entrés, ils revêtent une aube noire, comme des moines, portant au cou leur signe astrologique.Les femmes ne sont là que pour servir, et pour séduire, exciter les hommes, mais sans qu'ils se laissent jamais aller à leur impulsion, favorisant ainsi leur "développement spirituel." Troisième proposition: Deux tendances négatives de l'esprit humain menacent toujours ceux qui s'engagent impunément sur la voie du développement spirituel.La tendance à institutionnaliser cette recherche, qui en fait inévitablement un CIRHUE (svmbolisé dans le film par la tente de cirque sous laquelle se rédoule la "cérémonie", et la tendance à utiliser la frustration sexuelle comme moteur du développement spirituel qui aboutit nécessairement à la perversion et la cruauté (comme l'a si bien démontré Wilhelm Reich, dans son analyse des années 30.en Allemagne.Complètement "freakée" parla démonstration de sado-masochisme à laquelle elle assiste, et par le "champignon sacré qu on lui a fait absorber, Eliza, hagarde, rentre à la pension, où elle apprend la mort de Tommy.La scène de la mort-de Tommy, blessé par un policier, en cours d'opération (l'explosion du pont), et qui monte sur la montagne, retrouve la prêtresse Indienne et se dissout dans le soleil, est d'une beauté assez inouie.A Eliza, Tommy a laissé ce message: "Je t'ai attendue trop longtemps, Eliza, je te donne rendez-vous dans le soleil".Quatrième proposition: Dans notre quête spirituelle, ici au Québec, et dans toute l'Amérique, ça n'est pas dans la Tradition Indienne.Chinoise* ou autre, dans l'exotisme, qu'il faut chercher un enseignement, mais à côté de nous, leur destinée mêlée à la nôtre, comme leur sang, chez les A-mérindiens - nos frères qui ont tant à nous apprendre, et d'abord à VOIR.(A voir "Eliza's Horoscope" par exemple! ) Donc, le destin s'est accompli, dans le sens du malentendu et du tragique, que la vieille astrologue redoutait.C'est pourquoi, à la fin du film, elle a le visage rouge, rouge comme l'Indien, rouge comme le sang, et rouge, aussi comme le Bélier, et elle pleure.Pour Eliza, il a fallu le remords et la douleur insensée de la mort de Tommy, pour comprendre et découvrir que l'amour se cherche, mais surtout qu'il se DONNE, et qu'il faut savoir le reconnaître sur son chemin.Dernière proposition: L'amour ne peut ê-tre la projection idéale de soi-même sur l'autre.Il faut apprendre à aimer l'autre pour ce qu'il est, "'autre" justement, et complé-' mentaire de soi, ce qui nous ramène à la relation triangulaire, primordiale, et la.boucle est bouclée.Si j'ai cru bon de "raconter" Eliza's Horos cope, tel que le film "est" vraiment, c'est que beaucoup de critiques ont été très négatives, et sont passées complètement à côté.Chez Gordon Sheppard, nous avons pris connaissance.Georges Khal et moi, du contenu des cartes que Sheppard a placées, certains soirs, sur le prie-Dieu, devant les spectateurs, pour qu'ils y inscrivent leurs réactions.Personnellement, j'ai été .émerveillée par l'extraordinaire compréhension du film que tant de gens, visiblement des jeunes, ou des gens plutôt modestes, sûrement pas des intellectuels, ont exprimée, et par les mots qu'ils ont trouvés pour le dire.Entre les critiques, et le public, il y a décidément un fossé qui ne fait que s'aggraver, mais qui témoigne d'un fait réjouissant en fin de compte: c'est que la masse humaine est en train de prendre une avance considérable sur ses "élites", dans le sens de la transformation de la conscience, d'une nouvelle vision du monde, et de la perception de TAMOUR-ENERGIE comme force transformatrice.Je pense à ce que j'écrivais dans Mainmise, en Octobre, à propos du cinéma québécois et de cette attente qu'il y a dans le public, pour les images arché-typiques.Je pense aussi à la dernière phrase de "l'Ange et le motard", publié dans le même numéro: "Quoi qu'il en soit, je suis sûr d'une chose: s'il y a une chance de s'en sortir, pour la planète, ça ne viendra pas des élites, mais bien du chaudron de l'histoire, la masse, le peuple, la terre qui donnera naissance à l'enfant élu.fille-garçon".par Michèle Favreau MAINMISE juillet 1976-19 'ENTREVUE AVEC USHER 'Mais dites-moi encore où est-il celui qui ne pense pas?" Raoul Duguay n y avait longtemps que Mainmise n'avait, pour diverses raisons, et I surtout celle qu'il nous semblait qu'il n'y avait plus rien à dire sur la | question, pas parlé de dope.Cet après-midi là, il rentrait de voyage: f et venait prendre des nouvelles de Mainmise, quelqu'un est passé à | la maison.Après une dizaine de minutes de conversation, nous nous sommes rendus compte qu'il s'agissait de ce qu'on appelle un "pusher".Pas un "pusher" comme tant d'autres, qui ne sont là que pour faire du profit, et pas seulement un "pusher".L'entrevue qui suit n'exprime pas nécessairement ce que nous, ici, à Mainmise, pensons.Il donne cependant, croyons-nous, suffisamment d'informations pour qu'il vaille la peine d'être publié Quant aux opinions politiques qui y sont exprimées, nous cioyons, même si nous ne les endossons qu'en partie, qu'elles valent la peine d'être connues, même si pour certains elles peuvent paraître ne relever que de la plus pure science-fiction.Et si le monde dans lequel nous vivons n'était lui-même qu'une vision de science-fiction puisque comme le dit si bien Z, en parlant de la société, "on fait simplement rêver les gens, on crée une grande illusion, on a besoin demain-d'oeuvre.": 20 - MAINMISE juillet 1976 MAINMISE PSI 113 normand hamel 114 MAINMISE PSI MAINMISE PSI 127 MAINMISE PSI 115 116 MAINMISE PSI MAINMISE PSI 125 124 MAINMISE PSI 118 MAINMISE PSI MAINMISE PSI 123 122 MAINMISE PSI MAINMISE PSI 119 MAINMISE PSI 121 MM: Comment te définis-tu?Z: Je me définis comme un radical centriste, autrement dit comme quelqu'un qui refuse toute autorité extérieure à son être.Je n'obéis qu'à mon propre verbe et refuse toute prétention humaine cherchant à me subjuguer, me soumettre ou m'octroyer ou m'enlever des droits tout simplement.MM: Qu'est-ce que c'est pour toi "dealer" Z: "Dealer", pour moi, c'est gagner ma vie honnêtement en permettant à certaines personnes qui sont, soit en chômage, soit sur le bien-être social, soit pris dans certains problèmes sociaux créés de toute pièce par les politiques actuelles, de survivre décemment tout en cultivant leur individualité et en apprennant à prendre des décisions par eux-mêmes sans en référer à la loi ou à Pierre Jean Jacques.MM: Qu'est-ce que tu "deales"?Z: Du "pot", strictement.Et du haschisch, bien sûr.En tant que "dealer", je me refuse cependant de trafiquer quoi que ce soit de chimique créé par l'industrie humaine.Etant donné que je considère tous les produits chimiques impurs, je me refuse de vivre et de faire des profits au détriment de la santé de mon prochain.MM: Politiquement, te définis-tu comme un anarchiste?Z: Définitivement, oui puisque je refuse toute autorité extérieure à la mienne concernant moi-même.MM: Tu te dis anarchiste mais à travers le fait de "pusher", est-ce que tu ne participes quand même pas à l'économie générale, même si en apparence ce que tu fais est contre?Z: Oui, mais en tant que faisant partie de l'économie générale, le commerce du "pot" est toléré par lè capitalisme.Non par la démocratie actuelle qui est une parodie de la véritable démocratie.MM: Quels sont alors les rapports entre l'argent et la dope?Je veux dire que bien que se définissant comme marginale, la dope a quand même toujours été liée à une circulation générale d'argent.Qu'est-ce que tu penses de ça?Z: La dope est un problème pour les gouvernements actuels au sens où les gouvernements ne sont finalement devenus que des intermédiaires des multinationales en fonction du commerce des produits bruts comme le fer.le pétrole, l'uranium etc.Eux-mêmes font actuellement une masse de profits énormes sur la drogue, le tabac, l'alcool, la codéine, stovocaine.novocaine.stocaine, morphine, amphétamine, valium.librium etc.MM: Il est bien connu que les compagnies de produits pharmaceutiques font au moins du 500%.Z: Le cannabis étant un produit naturel pouvant être cultivé un peu partout, n'importe où.en fait, si bien cultivé, échappe complètement au contrôle de l'industrie capita liste basée essentiellement sur une machinerie nécessitant des capitaux de fonds.Le cannabis étant exclu de cette zone-là.le gouvernement ne peut s'en emparer sans encourir le risque de voir la population se mettre à commencer elle-même sans verser d'impôts ou de taxes.Ce qui veut dire qu'ils ont laissé le marché à certaines personnes qu'ils peuvent contrôler et, de ce fait, laissent certaines devises s'écouler qui créent des débalancements dans l'économie ce qui, finalement, les justifie d'augmenter les taxes et les impôts sur d'autres produits qu'ils contrôlent comme levin, le tabac, l'alcool.MM: Le commerce des cannabinacées sert donc l'économie?Z: Définitivement.MM : D'une façon très solide aussi, non?Z: Si on enlevait le cannabis du marché de Montréal, il y aurait facilement entre douze et seize mille chômeurs de plus d'un seul coup, soit sur le bien-être social, soit à faire des vols de banque ou de pharmacie, soit sur l'assurance-chômage.MM: Comment expliques-tu la répression policière alors?Z: Aujourd'hui, la répression policière s'atténue énormément en ce qui concerne le cannabis.La répression policière est portée strictement sur la violence physique, la détention d'armes et de produits chimiques parce qu'elles s'attaquent directement à la santé ou à la vie d'autrui Le cannabis ne s'attaquant pas à la santé ou à la vie d'autrui est toléré.De plus, nous avons, au fédéral du moins, un gouvernement assez positif pour tolérer le cannabis, produit qui permet une certaine individuation du citoyen.La loi ne l'autorisant pas, il doit contourner celle-ci et faire un acte de foi.MM: Vis-à-vis de ceux qui fument, ce que tu dis peut être vrai mais vis-à-vis de ceux qui vendent?Z: La majorité de ceux qui vendent refusent de payer leurs impôts.MM: Mais s'ils payaient des impôts, ne serait-ce pas pour eux déclarer leur commerce?Z: Selon la loi, c'est possible parce que l'impôt ne réclamera jamais la justification des rentrées monétaires.En autant que tu payes tes impôts, .selon ta déclaration, ils prennent ta parole.• MM: Connais-tu des gens qui le font?Z: Personnellement, je ne connais personne qui le fasse pour la simple raison qu'aujourd'hui la vaste majorité des gens considèrent le gouvernement à peu près comme la mafia des années 30.En 1930, l'alcool, le jeu, le crédit de type "shylock".c'est-à-dire l'usure, tout ça était interdit.Les loteries aussi bien.Le tabac était contrôlé de façon très rigide.Tout ça est aujourd'hui devenu, sous autorité gouvernementale, légal.Après avoir combattu la mafia des années 30 pendant vingt ans, le gouvernement s'est rendu compte que c'est eux qui avaient raison et s'est emparé des moyens de faire de l'argent que la mafia avait mis au point et nous les impose aujourd'hui.MM: C'est un peu comme les compagnies de publicité qui ont repris à la lettre les principes mis de l'avant dans les années 30 par les nazis, soit dans Mein Kampf.soit chez Goebbels.MM: Pourrais-tu décrire la situation de la marijuana et du haschisch au Québec et à Montréal actuellement.' Z: Du Liban, il n'y a plus rien qui arrive pour la simple raison que là-bas.c'est la guerre civile.Avec les Olympiques, ici à Montréal, il y a énormément d'agents de la RCMP, du FBI, de la CIA qui coopèrent.Ils sont ren is à Bangkok, en Thaïlande, à Sumatra, en Colombie, au Pérou, en Bolivie pour vérifier les déplacements de tout ressortissant canadien dans ces pays-là, sachant très bien que ce sont des pays qui appartiennent à la filière internationale des drogues.A Montréal, actuellement, le cannabis est toléré quand les quantités ne sont pas énormes.Le moindrement qu'une quantité est suffisamment grande pour permettre à ses détenteurs de ramasser assez d'argent pour se créer un réseau structuré, armé, motorisé, la polie» ou le gouvernement intervient.Si la personne reste un simple "dealer" ou un simple "pusher".sans vraiment être motivé par la cupidité mais -plutôt par le désir d'être lui'même dans ce qu'il conçoit être un monde aberrant, on les considère comme des illuminés mais ils sont tolérés étant donné qu'ils sont tranquilles de cette façon-là.Il y a aussi une certaine tolérance acquise vis a vis du haschisch.Pas n'importe lequel, les haschs opiacés étant en général chassés avec véhémence par les corps policiers.Les haschs blonds, marocains ou colombiens, une nouveauté sur le marché, sont tolérés du fait qu'il n'y a pas d'opium dedans.MM: Que penses-tu de la légalisation de la marijuana?Z: Je n'y crois absolument pas.Le jour où le gouvernement légalisera la mari, ceux qui en fument commenceront à cultiver la leur et le commerce clandestin continuera de subsister fonctionnel à la qualité et aux bas prix.MM: Un peu comme le tabac?Z: Oui.MM: Mais est-ce qu'il n'y a pas une contradiction fondamentale entre le fait qu'il ne faut pas que le gouvernement légalise la mari puisqu'aussitôt, ça tomberait dans les mains des grosses compagnies comme Impérial Tobacco et celui d'être pris à produire, consommer ou vendre de la mari illégalement, comme par la force des choses?Z:Je vais m'attaquer à cette question-là par une autre question: "Est-ce que tu conçois que le gouvernement, quelque gouvernement que ce soit, se voulant démocratique et épris de liberté, puisse sciemment, sans abus de pouvoir, dicter son eucharistie personnelle, à savoir quoi boire, quoi ne pas boire, quoi manger, quoi ne pas manger, quoi fumer, quoi ne pas fumer, à un citoyen?La contradiction n'est donc pas là; il y a une contradiction en apparence dans les mots mais la contradiction, c'est que la majorité de ceux qui commencent à fumer cessent de boire.Le gouvernement empochant des taxes énormes sur l'alcool n'est pas intéressé à voir les gens cesser de boire.MM: Est-ce qu'il n'est quand même pas prouvé maintenant que les jeunes qui commencent à fumer commencent à boire en même temps?C'est le docteur Boudreault, je pense, qui l'a établi.Z: Moi, j'ai cessé de boire quand j'ai commencé à fumer.Je suis peut-être unique, ça se peut.Je dis boire dans le sens de boire, pas dans celui de déguster.MM: Par rapport à ta vie antécédente, c'est quoi les changements que les cannabinacées ont amené dans ta vie?Z: Un changement radical.J'ai commencé à fumer à l'âge de vingt-huit ans.Avant de commencer à fumer, j'étais ce qu'on appelle communément un ' punk .J étais celui-qui se promenait dans une grosse décapotable rouge, des gants en peau de chevreau, la mitraillette dans la valise de l'automobile, des gars de "protection" un peu partout qui terrorisaient les gens avec des armes à feu, qui buvait son vingt-six onces de Beefeater par jour, qui fréquentait assidûment les clubs de nuit, les salles de jeu, clandestines bien entendu, frelatait dans les mondes .sinistres, si je puis dire, qui a été souvent victime de tentatives de meurtre, a aussi quelquefois rendu la pareille.MM: T'as pas peur de te faire reconnaître dans le milieu?Z: Non.parce que je pense que je suis loin d'être unique dans ce cas-là.MM: Ca représente quoi, d'après toi, cette marge-là?Z: 40'i de la population.MM: 40',' ?Z: 40'v.MM: Tu veux dire que 40% de la population est asservie de cette façon-là?Z: De quelle façon?MM : A travers ce système-là.Z: A travers ce système-là, oui.Par le système du crédit, par le système de l'insécurité, par le système de la terreur que le gouvernement impose constamment.Pollution, inflation, terrorisme, cancer, maladie de Matagami, guerre froide, amian-tose etc.MM : Bombe atomique.Z: La bombe atomique, c'est vieux déjà.On fait simplement rêver les gens, on crée une grande illusion, on a besoin de main-d'oeuvre, bien entendu, pour extraire les produits bruts.Faut que ça se vende, faut que ça soit à des prix compétitifs, en fonction de quoi on provoque les gens à prendre des cartes de crédit, à s'embarquer sur le crédit, la télévision en couleurs, la grosse automobile.Une fois qu'une personne est sur le crédit, et c'est le cas pour 40 à 507c de la population, elle se voit obligée de se soumettre à la société de consommation et de travailler au profit du capitalisme.MM: L'autre 50%, c'est qui?Z: Des bourgeois qui, en fait, ne sont que des intermédiaires entre les pauvres et les riches, des parasites, quoi.MM: Les médiocres.?Z: Les médiocres, ceux qui se soumettent volontiers à toute forme de comédie ou de jeu, en autant que ça rapporte.Pis y'a la haute aristocratie, les grandes familles qui.elles, ont la prétention du pouvoir, tout simplement.MM: Tout revient donc à un problème de lutte des classes?Z: Définitivement.MM: Qu'est-ce que c'est pour toi, la politique?Z: La politique, pour moi?Bof ! c'est assez simple.Tu prends une bande de gens qui sont assujettis aux mots.Tu prends encore l'alphabet et les chiffres.Tu mets le tout dans un grand bol, tu assaisonnes avec un peu de pollution et d'inflation.Tu ressors le tout et tu as un groupe de gens qui prétendent imposer leur autorité ou leurs prétentions au moi intrinsèque de chacun de nous.C'est une organisation sociale qui est en place qui est à l'échelle de la conception que la population a de son gouvernement.La population reconnaît chez certaines gens comme vérités leurs prétentions.Du moment qu'ils reconnaissent ces prétentions comme vérités, ils les subissent, devenant assujettis à un esprit autre que le leur.MM : Ca tient à quoi?Je veux dire comme attitude fondamentale chez un individu?Z: A une éducation de classe qui a lieu, depuis cinquante ans.Il faut se trouver un modèle, un patron, une idole.MM:.un dieu.Z: Un dieu.un tout ce que tu veux.et on n'a pas le droit d'être soi-même.Ca me fait penser à une petite anecdote qui s'est passée il y a quelques jours.Je téléphone au Bell pour me plaindre qu'il y a quelqu'un qui écoute ma ligne La fille m'engueule copieusement en m'insultant et en me traitant de gnochon du fait de refuser de prendre la parole d'honneur du Bell comme si le Bell était un individu qui avait une parole d'honneur.C'est la société dans laquelle nous vivons actuellement.MM: C'est la bonne femme qui transmet l'ordre établi à ce moment-la'.Z: Qui s'identifie à une société anomyme, impersonnelle, sans individualité, et qui se fait le porte-parole de ça.MM: Comment décrirais-tu la société actuelle?Z: Les riches sont insatisfaits du manque de pouvoir que leurs richesses devraient, croient-ils, leur conférer; les pauvres sont insatisfaits de ne pas avoir ce que les riches ont et la classe moyenne est insatisfaite de ne pas être à l'extrémité d'un côté ou de l'autre.MM: Mais finalement, ce qui fait que la société se tient, est-ce que ce n'est justement pas toutes ces contradictions-là?Comme pour la mari.Si on légalise, la mari, le gouvernement va l'exploiter; si on ne la légalise pas, on va toujours être pognés dans cette illégalité.Qu'est-ce qu'on fait à ce niveau-là?Z: Moi, personnellement, je préfère vivre dans l'illégalité librement que de vivre soumis légalement.Le gouvernement m'interdit de fumer du cannabis.Je refuse de reconnaître la loi régissant le cannabis, consi-MAINMISE juillet 1976 - 29 dérant que c'est un abus de pouvoir.Donc, je prends sur moi les mêmes droits que le gouvernement s'octroie quand eux veulent m'imposer leurs volontés, qui ne sont que des volontés d'homme.Etant moi-même un homme, j'ai droit, moi aussi, à prendre ma décision; je refuse la loi, je suis donc en minorité: je fume chez moi.MM: Que ferais-tu si la mari était légalisée?Z: Comme consommateur, je continuerais à fumer cannabis mais je cesserais d'en faire le commerce parce qu'à ce moment-là, je participerais à une chose contre laquelle je lutte depuis ma plus tendre enfance: l'imposition de la loi par la force.La loi, pour moi est une aberration.C'est une parodie.La loi humaine est une parodie de la loi immanente des choses.C'est une forme de comédie que l'homme se joue pour se justifier de ses parodies face à son prochain, uniquement.Ce n'est pas autre chose.Mais veux-tu ramener la question du "pot", parce que disons, une partie de ton argumentation pour le pot contre la loi, c'est justement que le gouvernement interdise un produit qui est naturel.Ce qui démontre leur prétention, vois-tu, ce qui dé- Trans-tiôh Market dictations The Trans-High Market Quotations are a factual record of actual transactions that have taken place in the weeks before press time.The THMQdoes not represent prices now, nor does it necessarily represent what people should or should not be paying.Dope prices vary widely according to region, city, quality, quantity, condition, freshness, market conditions, supply and demand, law enforcement intensity and many other factors.(Prices in the pound column are for 1 to 100 lbs.; all prices are in U.S.dollars.) Kerala grass Thai sticks Kashmiri hash Afghani hash Bombay black hash Manoti hash Cocaine BOMBAY, INDIA strong not up to par good quality water pressed unbelievable occasionally mixed with opium fair to good lb one 1-2 15-20 1-2 10-15 9-12 100-125 10-15 1 00-1 50 10-20 1 50-200 12-18 150-185 60-120 1200-1800 Lebanese hash Moroccan hash LSD COPENHAGEN, DENMARK expensive but good the usual green montre le fait qu'ils veulent se subtituer à l'esprit régissant tout être humain.T'as ta conscience, chacun de nous a sa conscience, ou sa raison, ou son intelligence, peu importe comment un individu appelle ça, mais on a la voix intérieure qui nous dicte notre conduite.Normalement, un homme vrai ne va suivre que sa voix.Eux te disent que cette voix est fausse, que c'est la voix du diable, ou des imposteurs, ou des tentations ou de l'enfer et que pour être dans le droit chemin, tu dois obéir à leur loi.comme à celle de ton intérieur.Pour moi.c'est une aberration totale: ce qu'eux KENYA Tsavo good; always arm 1.50-4.75 available kilo 18-25 Kisuma incredible smoke fist 1.25-1.50 arm 2.50-3 1 Pakistani mediocre at gm 1 25-1 50 hash best oz 15-25 LSD blue microdot hit 2-3 100 100-150 Opium a good buy gm 1.50-2 Mandrax British import one .25 Miraa natural up "kilo" .50-1 KINGSTON, JAMAICA Jamaican regular; leaf oz 4-5 grass lb 35-40 Domestic from Hawaiian oz 10-20 primo seeds; rare but lb 50-100 excellent Coli excellent; reddish oz 20-25 lb 70-100 Wild bush poor to fair oz 1-2 grass lb 20 or less Local oil still trying gm 1-2 oz 30 Cocaine good flake and gm 25-75 rock around oz 550-800 .25 3.75-4 600/lb various kinds GUADALAJAP* Torreon violet Guadalajara green Oaxacan tops Guerrero gold Pueblo Magic mushrooms Cocaine Opium not a vintage good excellent mind expanding flake; mellow good harvest; good gm product oz lb HONG KONG Mainland weed steady supply Thai grass always good Thai sticks several kinds Heroin pure; local pride lb one Turkish hash Anton ia hash LSD Opium Local hash ISTANBUL, TURKEY fresh, great oz rare microdot fair to good oz lb hit 100 oz lb KABUL, AFGHANISTAN better available Water-pressed OK hash Shirac hash good oz kilo kilo kilo oz kilo liter Mazar-i-Shahf one of the best Hash oil extremely potent KATMANDU, NEPAL (low prices continue) Mustang gran tasty Mustang hash fair to good Gurkha grass strong head Gurkha hash delightful Local hash avoid tor better Afghani hash rare very good very good Gosainkund hash Tantapani hash gm kilo gm kilo oz lb gm oz gm kilo oz kilo kilo oz kilo 10-15 100-150 50-100 500-950 8-12 75-150 90-100 1000 5-8 70 8-10 100 7-10 100-250 3-5 60 1.50-2 50-75 1 30-50 3-5 100-200 5-8 1 20-200 600-800 .10 65-85 20 140-160 1.50-2 20-30 15 25 5-7 .10 75-150 25-40 400-500 15-25 200-300 10-20 150-250 Kif mountain yellow; oz 4-5 decent kilo 100-150 green commercial oz 2-3 kilo 50-60 Rif Mountain best export oz 6-8 hash kilo 125-150 Hash oil rare and fair liter 1000 MELBOURNE, AUSTRALIA « Domestic grass quality improving; oz 15-30 bright outlook lb 1 50-300 Nepalese hash supply fluctuating oz 80-100 lb 900-1000 Indian hash poor to good oz 65-80 lb 800-1000 Afghani hash rare oz 100-125 lb 1100-1500 LSO American blotter hit 3-5 100 200-300 Cocaine quality unavailable gm 80-120 oz 1700-2200 MONTREAL, CANADA Domestic poor crop oz 15-25 lb 100-250 U.S.cheap; decent oz 15-25 lb 150-275 Mexican green, harsh oz 15-25 commercial lb 150-250 Jamaican some buds oz 25 45 lb 350-450 Colombian most in demand; oz 30-60 least in stock lb 400-600 Hawaiian a prize score oz 150-250 lb 2000-3000 Moroccan mostly green; oz 90-140 hash some rare black lb 1000-1400 Nepalese oz 120-170 hash lb 1300-1900 Domestic some good; oz 90-130 hash some bad lb 800-1 200 Hash oil red Lebanese gm 25-35 oz 350-500 LSD U.S.and domestic one 2-3 blotters 100 100-250 MOSCOW, USSR Steppe grass supply getting dry oz 40-60 lb 400-550 Irkutsk hash good high oz 70-100 lb 800-1000 Tashkent quality on way up oz 55-75 hash lb 600-750 Nepalese excellent; scarce oz 175-225 hash lb 1800-2200 LSD made in Europe hit 7-10 PARIS, FRANCE Yamba Mexican Moroccan hash Afghani hash Chitral hash LSD Opium Morphine Colombian grass Lebanese hash Afghani hash Moroccan hash LSD Cocaine Speed Smack from Africa oz 30-50 lb 250-500 very tasty kilo 1000 good oz 35-50 kilo 800-900 incredible gm 3-4 kilo 1800-2300 good when found oz 70-100 kilo 1000-1300 scarce hit 3-5 100 200-400 some fine 0 around gm 12-15 close to home gm 50-100 ROME, ITALY little imported oz 70-90 1 OOgm 250 soft blonde; good oz 100 10Ogm 300 fresh black; oz 100 very good 100gm 270 fair to good oz 80-100 blotter 10Ogm 260 hit 4-5 100 300-350 poor to fair gm 25-50 oz 600-800 Bolivian flake gm 50-100 oz 800-1200 great demand gm 50 oz 1000 more around gm 100 oz 2000 SUDAN Congolese mind bending ball 02-05 grass kilo 3.50-5 Tanzania excellent oz 25 kilo 6-8 Malawi strong oz .25 - kilo 6-8 Zambezi just OK oz .50-75 lb 6-8 kilo 15-20 disent ne vaut que pour eux en tant qu individus.Ce que moi.je dis ne vaut que pour moi en tant qu'individu.Pour moi.je refuse de reconnaître une loi réprimant ou brimant mes droits personnels fonctionnels à mes aliments.MM: Qu'est-ce qu'a été la marijuana dans ta vie?Z: A quel titre?A titre de produit commercial ou à titre de produit de consommation?MM: Disons consommation.Z: A titre de produit de consommation, c'a été.pour employer une expression bizarre le "savon mystique" de mon être essentiel.La marijuana, au début, a fait fleur bleue.Je me suis pété la tête au plafond, j'ai eu des transes: chaud fret, vomissage comme tout le monde, j'ai "peaké", je me suis pris pour le bon dieu, pour des anges, ensuite, pour le diable.J'ai eu peur de moi-même, j'ai eu peur des autres, et puis finalement, j'ai réussi, après un temps assez court quand même à dominer l'état d'être engendré en moi-même par la marijuana pour me rendre compte que finalement c'était un état d'être excessivement puissant, dans le sens d'émanation spirituelle, mais aussi très naif du fait d'avoir toujours été maintenu au berceau par la société; autrement dit d'avoir toujours été refoulé, réprimé etc.A partir de ce moment-là, c'est devenu pour moi une forme d'eucharistie qui me permettait de me dissocier temporairement de certains faits ou certains groupes ou certains événements, de prendre un certain recul pour ne mieux qu'analyser cet événement-là, ce qui par la suite m'a amené à constater, parce qu'il n'y a pas d'autre mot, que finalement, la marijuana n'est qu'un agent qui provoque un état d'être réfléchi de sa propre conception en fonction de sa réalité.C'est mal expliqué.Je m'explique autrement: la marijuana engendre chez soi le reflet de la réalité fondamentale perceptible par les autres, chez tout individu qui en consomme; ce qui veut dire que si quelqu un est très naif, très fleur bleue, pris par des complexes d'Oedi-pe ou d'insécurité, s'il prend de la marijuana, automatiquement ça se décuple, ça lui permet de découvrir, de corriger, de transformer, de s'améliorer etc.etc.Mais aussi ça lui permet de se rendre compte de son individualité, de son droit au libre choix et par le fait même, en fait un anarchiste que le gouvernement n'aime pas du tout, du tout, du tout.(Suite et fin de cette entrevue au prochain numéro.) KABOUL.A la demande du ministère québécois de la Justice, saisie par la Sûreté du Québec et la police de la CUM du Petit Livre de Poche du Cultivateur de Marijuana.Charge contre les éditeurs : incitation à commettre un acte criminel.¦ On se questionne sur l'intelligence d'un tel geste quand on sait que le livre est en vente partout ailleurs au Canada.en anglais.Et puis, ce n'est même plus sur l'intelligence du geste qu'on se questionne, c'est sur le geste lui-même.Est-ce pour favoriser l'importation de la mari et du hasch que ce gouvernement (québécois) interdit la culture du chanvre au Québec?Ou parce que si les gens produisaient eux-mêmes leur po et si les notions de criminalité et de culpab lité disparaissaient de nos esprits, trop de policiers, d'avocats et de juges chômeraient?Ou pour que les "jeunes", sans doute trop nombreux au Québec, continuent à se "cristalliser'' et à "sniffer'' de la colle?Ou pour empêcher les oiseaux de chanter9 Ou.ou.ou.Aucune réponse en perspective.Mother superior jumps the gun.La réponse est si claire quelle glisse entre les doigts: un gouvernement qui prétend régir les lois naturelles en interdisant la culture d'une plante s'est lui-même jugé.Les éditeurs de Kaboul nous tiennent régulièrement au courant des développements de cette affaire.Saisie'du guide du cultivateur de marijuana A la demande du ministère québécois de la Justice, la Sûreté du Québec et la police de la CUM ont saisi ces derniers jours plusieurs exemplaires d'un guide pratique.le petit livre de poche du cultivateur de marijuana.Ces saisie» ont été faites en vertu de l'article 422 du code pénal qui v&- la prx>ojre.ssi'ow do (oroir-, et le broil" lui'-w&me., aviie.nr c^ueAqoe.cKo^e.à' aV>solo¥v\ewV tVs©lihe,uie resorwiawce, une.qoalihe de.vHota Georges: Ah! c'est vraiment too much.Est-ce que c'est une expérience vraiment ordinaire cette affaire-là?Le côté "artistique" de tout ça?Ah! les oreilles.! Ah! la musique.! Bon.en tant que problème mathématique, moi je pose l'intervention, aucun théorème ne peut se prouver lui-même, s'il y a une rationalité unificatrice à la race, il y a nécessairement une instance qui métaphoriquement, dans l'espace ou dan le temps, doit venir d'une espèce d'avant l'innocence, et après de perfection.Il faut une instance supérieure pour te donner raison à toi, et à tout le monde, en même temps, sans quoi éa n'est pas possible.Dans toute la littérature qu'on peut lire en ce moment sur les extra-terrestres, il y a deux courants très très nets.ou les extra-terrestres sont vus comme une intervention salvatrice.à part déterminante très forte.Ou bien les extra-terrestres disent aux humains "c'est vous qui allez le faire", il semble qu'il y ait un code selon lequel ils ne peuvent pas intervenir directement dans l'Histoire.—.-._ Claude: C'est très bizarre, dans "Les Dépossédés", les extra-terrestres sont des humains, les trois planètes sont présentées comme le père, le fils et le saint-esprit, mais en fait c'est plutôt l'homme, la femme et l'enfant.Georges: Dans un film de science-fiction bulgare que j'ai vu, le passé, le présent et le futur étaient non pas en rapport chronologique, mais en rapport écologique.Ds existaient simultanément et se fécondaient les uns les autres, c'est un peu comme dans "Les Dépossédés", une physique de simulta- + néité, et non plus une physique de la séquence.que le futur intervienne dans le présent, pour s'auto-gérer plus tard, ça c'est une hypothèse.D'abord, elle te "plie", le mind.C'est de voir que l'espèce de solutions folle, l'oeuf, la spirale, est en train d'émerger un peu partout, à tous les niveaux, que ce soit dans la lutte des classes, dans la linguistique, dans la pensée scientifique, dans le media, dans les gouvernements.moi J'ESPERE l'intervention.Le dictionnaire universel va apparaître.par les satellites communication (rires).Pierre: C'a déjà été essayé il y a trois siècles.Le dictionnaire universel.Ca n'a pas tellement bien marché.-.- Georges: Je pense que le projet a une validité, je ne dis pas le résultat historique.D y a eu plusieurs tentatives encyclopédiques.mais le projet lui-même fait partie d'une espèce de gérance de la planète.Est-ce que la situation de la planète Terre par rapport aux étoiles, par rapport au code stellaire n'implique pas une possibilité d'unifier les humains?.On a la même matrice.Et c'est ça qui crée l'unité il y a un même code qui régit l'univers.Si l'amour est une loi, ça régit les mécanismes.dont il y a une instance de hiérarchie supérieure.Je sais c'est là qu'interviennent les sentiments de noblesse, de chevalerie, le fascisme.tout le kit.je n'ai aucune idée oji-se fait le départage.Je pense qu'il y a un "mind-trip" cosmique à régler là, qui va être de notre génération.Pierre: Est-ce que tu réalises que tous les corps célestes partiquent le slogan "mon honneur et ma fidélité"?(Rires) Georges: Bon.comment concillier ça avec la justice universelle.la démocratie?En fait, les deux principes existent simultanément.Claude: L'intervention dont tu parles, elle peut venir de l'intérieur.Georges: J'ai l'impression que notre futur va intervenir un moment donné.Michel.Des modalités d'action peut-être.Georges: C'est comme un immense film en cinémascope métaphysique qui se passe.La "Gnose de Princeton" est too much dans sens-là, elle fonde que l'étoffe de l'univers, le matériau de base de l'univers, c'est un énorme mind-trip, et que l'Esprit est en trair de se faire.Michèle: La trame de la tapisserie, comme ils disent.Nicolas: L'Histoire est parsemée de traces de gens qui se sont rendu compte de ça, mais d'abord, ils ne le formulaient pas tous de la même manière, pas tous aussi clairement et en plus, c'était des cas isolés.Au- ^u«^T^JaVh.\ \ • jourd'hui, je pense que ça dépasse l'idée d'éli ^X^l^T^^-P-rapport à ^ grande masTehumame, je pense qu il y a beaucoup, beaucoup de gens AJë^T?•SToÇ.'RePe>rJt>G'2.,-5»i&6L.0U l'oulil*- ; , 0*16*4 1 wfàf—- A/OM.34-MAINMISE juillet 1976 qui commencent à s'en rendre compte, a des degrés divers, et que c'est ça qui est en train de germer en Occident, et là; on ne parle plus seulement du Québec.Il y a des "essais" au niveau biologique, différents, dai des secteurs différents.C'est à qui va cerner de plus près la vérité.Claude: Et qu'est-ce qu'on en fera?Si je suppose que l'homme est embalé sur un espèce de cercle de la mutation, il avance comme ça dans un sens, et de temps en temps, il se fait chatouiller par en arrière.Bon, le fait de comprendre ça, c'est too much, mais qu'est-ce que j'en fais après?Georges: Il faut redonner l'anneau, il ne faut pas s'en servir.Le truc c'est de remettre la pomme sur l'arbre.Mais comment est-ce que tu fais ça, physiquement, quotidiennement?Nicolas: La finalité.la vérité n'est rien d'autre que la finalité.Ce qui est au bout, est forcément vrai.C'est ce vrai là qui définit toute la vinalité de notre action.Georges: Pierre, comment est-ce qu'on concilie l'équation zéro de l'univers d'un moment donné, il y a un vide complet, possible, la paix, l'accord total.Et le fait que tu fais u bateau, que nous on fait Mainmise, que d'autres s'en vont sur une ferme.et qu'il faut le faire.Des fois tu as l'impression que tu es connecté à tout ça, des fois non,.Claude: Ce que tu fais, c'est purement la confrontation que tu te donnes, pour "feed-backer" sur ta pensée, mais en fait, c'est dan: la pensée que ça s'établit que ça se règle.Georges: On peut dire "c'est purement de l'idéalisme, du mentalisme." Quelle est la limite qui fait qu'à un moment donné, le mental ayant joué son rôle, se nie lui-même, n'est plus là, à la fois, essaie de trouver une certaine matérialité, qui est de faire des choses.Claude: Est-ce qu'il est vraiment nécessaire de comprendre l'univers avant de commencer à faire pousser des carottes?Michèle: Le fait de se connaître soi-même, et de connaître l'univers, enfin, moi je trouve que c'est un préalable à recommencer à faire pousser des carottes.A Gindhorn, par exemple, effectivement, les gens passent beaucoup de temps à faire pousser des légumes, mais dans quelle dimension ils le font! Nicolas: Le fait de se connaître soi-même, et de connaître le corps de la terre, de connaître l'univers, ça, il fallait que nous y arrivions, par tous les avatars, sociaux, historiques.Aujourd'hui, ce qui marque notre époque, c'est la confrontation de ces deux choses, où à la fois on peut retrouver une espèces d'innoncence, et où à la fois on a tellement agrandi la conscience de notre univers qu'on a un pouvoir en plus.Au-dessus de l'homme des cavernes.Claude: Je me demande si toutes les expériences qui sont tentées aujourd'hui sont le produit de quelque chose, d'une nouvelle pen see.ou si au contraire elles sont le chemin pour découvrir autre chose.Findhorn, est-ce que c'est un résultat, ou un commencement?Michèle: C'est un résultat, et c'est aussi le commencement d'autre chose, c'est pour ça que c'est tellement intéressant! Pierre: Pour répondre à la question de Georges, là, est-ce qu'il faut planter des carottes, tu es parti du trip cosmique pour poser cette question.La vie normale d'un corps cosmique, c'est d'être à sa place dans un équilibre gravitationnel, il a une vie déterminée, à partir de son état de champ de gaz dérivant dans le cosmos.Il a fait sa vie d'étoile, il a grossi, il a rapetissé, il a émis de la lumière, et quand il a été "vieux, il n'en a plus émis, il a concentré, il a tellement concentré son énergie, qu'après sa mort, il est devenu énergie.S'il fait cette vie-là, il a toujours exactement la même force gravitationnelle, et il maintient toujours le même équilibre dans ce qui l'entoure.Ou bien, il y a une autre possibilité.Un moment donné, il devient très très gros, et il émet beaucoup beaucoup de lumière.et il devient une super-novae.Et là, il émet un champ gravitationnel qui l'isole, qui repousse les autres.pendant x temps, et après ça, il disparaît.Si tu ne manges pas de carottes, dans 45 jours, tu es mort.Tu n'as pas fini ta vie de corps, tu l'as interrompue brutalement.Tu as cette abominable aliénation, que n'étant pas une étoile, tu es obligé de t'alimenter pour faire ta vie de corps.Michèle: La façon dont tu t'alimentes peut évoluer, par exemple, elle peut se raffirmerç Pierre: A partir de ta vie de petit minéral flottant dans le Pacifique, plus quatre milliards deux cents millions d'évolution, tu t'es complexité d'une façon ridicule par rapport à une étoile, et complexification qui te permet de raisonner sur elle, et non elle sur toi, tu la paies en aliénation à la carotte.Georges: Tout ça prouve que Dieu existe.(Rire).—¦-.— Pierre: Pas nécessairement., ou Dieu, c'est peut-être toi quand tu sera devenu un trou noir.Georges: Non, c'est la conscience de ça.ou le fait qu'on puisse le formuler.Je suis d'accord avec tout ce que tu viens de dire: L'univers est matériel, l'univers est objet, il est là, bon.Le grand anti-paradoxe que la Gnose de Princeton a réussi à bâtir, c'est "Il pense dans l'Univers".Ca, c'est l'hyp thèse de tout le mouvement ésotérique, mystique, néo-platonicien etc.: que si l'étoffe de base de l'Univers n'est pas notre métaphore énergétique mais bien de la pensée, qui se percevant, se perçoit en tant que matière, évidemment, à ce moment-là, je pense qu'il y a une solution qui est d'ordre.ne plus avoir à payer l'aliénation de la carotte.C'est quand même une hypothèse qui est très persistante.Pourquoi est-ce qu'on a généré cette hypothèse qu'il y a moyen de sortir de cette aliénation.! Michèle: Oui, mais éa, ça se fera très progressivement, par étapes.Georges: C'est sûr.Pierre: Moi, j'ai un peu peur des gens qui ont écrit la Gnose de Princeton.Georges: Je ne suis pas d'accord avec tout ce qu'il raconte! Michèle: Moi non plus.Georges: .mais je pense que l'anti-para-doxe de base est irréfutable.Michèle: Oui Georges: On ne peut pas dire "je pense donc je suis'".le neutre seul peut être employé: "M pense dans l'univers".Michèle: D'ailleurs, les Gnostiques de Princeton ne sont pas les seuls à aller dans le sens de cette interprètation-là, de l'univers, aujourd'hui, et par rapport à la Tradition non plus, ils ne sont pas les seuls à aller vers l'idée d'une énergie phychique comme matériau de base, comme pré-éxistar à la matière.Pierre: Tu trouves cette idée-là dans la tradition védique.Michèle: Il y a la Tradition, mais il y a aussi aujourd'hui une recherche scientifique qui se fait dans ce sens-là.un peu partout.Pierre: Le détail sur lequel je tiquais, c'est le détail de Georges.complètement faire décoller l'homme.Georges: C'est que dans notre mémoire culturelle, il y a cet exemple là, il y a des mutations très techniques, très précises, qui se sont faites dans ces corps humains.des façons de se comporter dans la matière .qui ont fait que certains ont atteint cet espèce d'état de perfection.de corps de lumière.indestructibles.Il y a une fascination à ça.On réagit à ça un peu comme quand on regarde une oeuvre d'art.Un beai coucher de soleil.Une belle forme cette espèce de splendeur.quand on la voit pour nous-mêmes.comme un potentialité à accomplir.Cette hypothèse-là doit nous guider, elle doit dynamiser tous nos rapports avec la matière, pour que justement, or ne fabrique plus les monstres que l'on fabrique en ce moment, mais que la mentalité de la chaise de Tellier qui est une espèce d"'en- cïtâ ocfWKMtsL (Jlû- foot;.alro ÊêC cjl\ TAVO& , CjÀ^jr^vJ^ Qt\ clCuLo \xm.v-HiV uWa^Za^ cjB.cjma vê •Cru njUAsJ&jtyAO^sl.1M/L ,YVivxU , 1 - (au tir gineering" sacré.Si c'est guidé par une idée de la perfection possible.à ce moment-là, l'engineering, ça n'est plus quelquevchose qui tue, qui blesse, mais un moment donné, se transcende, devient de l'or, de la lumière.Michèle: C'est l'idée de la règle d'or, applicable à tout, y compris au projet humain, nécessairement, l'idée alchimique.Georges: C'est très élitiste.t!$i » C Michèle: C'est pas élitiste.P^À'^k ' Georges: En fait ça a été très mal interprété dans l'Histoire.Pierre: Mais, Georges, ce que tu as à faire .- c'est être "élite" par rapport à toi-même, pas par rapport aux autres.Georges: Oui, c'est ça la solution.Nicolas: Il y a quelque chose de troublant, quand tu t'aperçois qu'alors, ça, c'est une constante humaine, au niveau intellectuel, -»> et spirituel.Tous, absolument tous, ont toujours prôné l'idée d'un Dieu supérieur.Et dans cette idée d'un dieu supérieur, il y a la supéiorité humaine qui est absolument sous-jacente, constante, il y a une confusion entre Dieu et l'homme, jusqu'aujourd'hui, ou l'idéi d'un tel Dieu disparaît totalement, dans l'expression la plus poussée au niveau de l'in-tellect et du coeur, il y a l'idée de l'homme frantastiquement créateur, dans sa rela-\gs tion avec le cosmos, c'est-à-dire dans la notion de l'amour, mais aussi bien les groupes minoritaires, qui sont aujourd'hui en train d'aller très loin dans cette recherche, que les groupes dont je parlais tout à l'heure, prônent exactement la même idée.Est-ce que ça, ça n'est pas un programme, quelque chose qui est inné, qui est inscrit dans notre code génétique même?Michèle: Il est très possible que tout ça se rejoigne, on est habitué de fonctionner toujours d'après une position très manichéenne, on ne peut pas admettre qu'il se pré-¦^pare peut-être quelque chose de "l'autre côt'".Ca répugne encore à bien des esprits l'idée qu'il n'y aura pas toujours les méchants d'un côté les bons de l'autre.Nicolas: Notre société elle va s'écrouler, se transformer, mais peut-être d'une façon beaucoup plus monre, beaucoup moins catastrophiste qu'on ne le suppose, d'une façon qui va peut-être être très dure.Michèle: Dure pour le système syr-tout! Georges: Nous, en tous cas, on est par rapoort à "Crhoniques", on est rien du tout."Chroniques" sait où ils sont.Nous, on ne sait pas où on est par rapport L.à "choà "Chroniques".Michèle : On est ailleurs.Georges: Je suis dans une catégorie qui est vide.Je suis dans un ailleurs.mais je ne sais pas oû il est, cet ailleurs par rapport à "Chroniques".Michèle: Si tu n'étais pas ailleurs, tu serais récupéré.Georges: C'est çà.L'Utopie, c'est vraiment être nulle part.dans ce sens-là.Michèle: Pour le moment.On nous reproche d'être dans un espèce de rêve.mais tu peux répondre à ça que le rêve précède la création.Ca c'est évident, n'importe quelle invention majeure, n'importe quelle grande idé E NOUVELLE ONT TOUJOURS été possibles à l'intérieur d'un état de rêve, finalement, cet espèce de décollage qui fait que tu crées un vacuum où il peut arriver quelque chose.Si tu le fais pas, il arrive jamais rien.Tu continues à faire ce qu'on te dit de faire.ou ce qu'il est normal, logique de faire, mais il arrive jamais rien.On est obligé, si on veut qu'il se passe quelque chose, de se créer cette situation-là.On nous le reproche beaucoup, on le voit comme une évations, alors que nous, on ne le voit pas du tout comme une évasion.Nicolas: L'Eloge de la Fuite.le dernier livre de Laborit.Michèle: Oui, c'est ça.Il y a des fuites nécessaires.pour un temps.Des fuites positives, génératrices de situations nouvelles.On prend une distance.on "grimpe" à un autre niveau de conscience.et de là, tout-à-coup, on VOIT.et alors on peut redescentre.C'est très important en ce moment, le thème de la descente.transofrmer la matière.l'illuminer de l'intérieur, y compris la matière humaine, Qfi la matière sociale.La preuve concrète, bouleversante de ça, c'est le jardin de Fin-/ dhorn.c'est une avant-première! MAINMISE juillet 1976 - 35 y en a qui appellent fa des livres nous on appelle (a de l'énergie Le grand homme d'Etat québécois Achille Plouf fe avait coutume de dire dans ses moments d'élan mystique: "De la Terre Promise au Paradis Perdu, il n'y a qu'un Québec, celui que nous sommes en train de nous faire passer, lentement mais sûrement." Les temps n'ont pas tellement changé, et le dicton vaut aussi bien pour d'autres régions du monde: Les Américains ne s'apprêtent-ils pas à célébrer le 200e anniversaire de la Terre Promise des Pèlerins?On peut rester au même endroit et regarder passer le pays en direction du Royaume-d'à-l'envers, comme disent les Séguin: parce que les déportations, et les relocalisations, ça ne se fait pas nécessairement en changeant de place.J'ai devant moi une flopée de maudits bons livres qui tournent autour de la question.Il y en a un qui raconte la Louisiane aux Québécois, deux autres expliquent le Québec aux Français, un autre ramasse les souvenirs d'un village perdu, à l'usage de ceux des autres villages, et une étude montre l'une des 100,000 façons de survivre (apparemment) quand le pays est parti.Faites-vous-en pas, les explications s'en viennent.Lâche pas la patate, c'était le titre d'une chanson, c'est maintenant celui d'un livre de Revon Reed, de Mamou, publié chez Parti pris, à Montréal.C'est bien sûr la Louisiane, en légendes et coutumes souvent désopilantes (connaissez-vous l'histoire des deux bégayeurs?C'est à la page 88) L'isolement culturel du peuple cajun, né comme on sait de la transplantation d'Acadiens en terre américaine, et qui finira peut-être avec l'assimilation totale, a un air familier ici: quand Za-charie Richard vient chanter à Montréal, c'est la parenté qui arrive.C'est riche comme un son de violon, la culture cajun, ça a de la terre collée aux semelles, et ça parle avec un accent bizarre tout le long du livre.Je vous dis pas que c'est un portrait fidèle de la Louisiane telle que je la percevrais si j'y étais allé.Mais ça donne le goût d'aller voir."Quand nous partirons pour la Louisiane Nous saurons par coeur toutes nos chansons." C'est Vigneault qui le chante, et c'est Thérèse Hardy qui l'a vécu, et qui a fini par écrire Mémoires d'une relocalisée, encore chez Parti pris.Sa Louisiane à elle, c'est le melting pot de déracinés qu'est la ville, pour ceux qui se sont fait mettre à la porte de leur village.Son livre essaie de figer dans le temps un boutte de vie interrompu par la fermeture d'un village de l'ar-rière-pays gaspésien, St-Thomas-de-Cherbourg.T'es jeune, on t'envoie coloniser un morceau de terre intérieure (y'a pus d'ouvrage!), y couper la forêt à blanc, et lorsque le bois a disparu, on t'envoieaiUeurs, avec ta famille et ta descendance, avec aussi un choc culturel et un affreux gouffre à combler.Dans un cas comme dans l'autre, quelqu'un a jeté de la poudre aux yeux des gens, les a manipulés.On en fait maintenant des assistés sociaux urbains.Alors que Revon Reed thésaurise la tradition cajun avant qu'elle ne s'éteigne (et comme pour exorciser la fin), Thérèse Hardy fait l'inventaire de la vie quotidienne de son village une fois celui-ci disparu.Marcel Carrière a fait un film éloquent sur les déracinés de la Gaspésie intérieure, et qui pourra servir à ceux qui sont intéressés à savoir par quels mécanismes on déracine un village.Le film s'appelle Chez nous c'est chez nous et est distribué gratuitement par l'Office national du Film.Parait même qu'une compagnie de pétrole de l'Ouest sondait la terre à cet endroit lorsque le village a été fermé.Le dernier film de Pierre Perreault, Un Royaume vous attend (ça fait-y pas assez Terre Promise?), va dans le même sens en exposant tout crûment l'espèce d'asphyxie que ressent un poisson qu'on tire de l'eau: en l'occurrence, un cultivateur en beau fusil devant la décision des technocrates de fermer des paroisses agricoles de l'Abititi T'as le choix entre mouver ta maison ou la faire brûler, aux frais du gouvernement.Là, tu vas travailler à la Baie James, et quand le territoire est reboisé, ça fait un cadeau de plus pour l'International Telegraph & Telephone, ou une multinationale quelconque.Parti-Pris vient de rééditer la désormais classique Question du Québec de Pierre Vade-boncoeur, qui est celle de son autonomie par rapport à l'utilisation dégradante qu'en fait le capitalisme.C'est bien le meilleur portrait du Québécois qu'on puisse trouver dans les écrits d'un sociologue.Le chapitre inédit que nous offre cette édition situe le Québec dans la profonde mutation des valeurs amorcée avec les années soixante: "Habitués que nous sommes à lire toutes sortes de statistiques et à mesurer toutes choses, il nous est difficile d'admettre qu'il puisse se passer des choses importantes dans une société sans qu'on puisse les évaluer, comme on le fait du produit national brut.Qui donc, en effet, peut mesurer la transformation et la révolution de l'imaginaire social?Et pourtant c'est là un phénomène qui peut, à la longue, transformer une société de fond en comble.Hegel disait que si vous révolutionnez l'imaginaire, la réalité ne tiendra pas longtemps.Peut-être est-ce bien ce qui est en train de se produire ici?".La Question du Québec avait paru à l'origine chez un éditeur français, si je n'm'abuse.Hachette vient de faire paraître un guide touristique du Québec sans doute à l'intention des visiteurs qui viendront s'essayer aux Jeux cet été mais qui courent la chance de trouver la campagne beaucoup plus belle que la métropole.Ca s'appelle Au Québec et c'est publié dans la collection Guides bleus A.Pour ceux qui seraient susceptibles de buter sur des brides de dialecte comme "plo-gue ", "poutine", "djobinne", le spirituel auteur Louis Martin-Tard a prévu un lexique de fort bonne venue.C'est un guide très bien fait, différent des autres par son approche personnelle, et qui confère au pays un petit air d'exotisme qui nous fait regretter de tellement vouloir aller ailleurs alors que tant de gens arrivent ici précisément en allant ailleurs.Louis Martin-Tard, un Français d'origine, prévient d'emblée le lecteur qu'ici, le passé est relatif".Cela peut vouloir dire qu'il ne remonte pas à l'Antiquité, et ça peut signifier aussi bien que ce passé n'est pas tout à fait passé.Parmi les gens qui ont refusé la coupure des années soixante, il y a Les Bérets Blancs,.Gilles Bi-beau a publié sous ce titre, chez Parti pris, un essai d'interprétation d'un mouvement québécois marginal.Ce sujet, qui fait d'ordinaire pouffer de rire à chaque fois que quelqu'un en parle, trouve sous la plume de Gilles Bibeau un his- torique et un portrait psychosociologique d'où est exclue toute gratuité: la civilisation techno-industrielle représentant les valeurs du Père, les Pèlerins de St-Michel effectuent un constant "théâtre de régression" vers les valeurs maternelles comme la Sainte-Vierge, Jeanne d'Arc et Gilberte Côté-Mercier.C'est peut-être ce qui sous-tend le messianisme bien d'chez nous qui, lui.n'est certainement pas exclusif aux Bérets blancs: la recherche du Père est une donnée constante, qui se retrouve notamment au moment des élections, et dont tout un appareil de marketing et de création d'image profite à fond de train pour, finalement, vendre le même produit sous des étiquettes différentes.Ceux qui trippent sur ce rituel feront bien d'ouvrir le processus électoral au Québec et Partis politiques au Québec, (Hurtubise-HMH) rédigés par deux groupes de spécialistes en sciences politique, parmi lesquels on retrouve Jacques Benjamin, déjà auteur de Comment on fabrique un premier ministre québécois, (Ed.L'Aurore), et Daniel Latouche, dont Georges me vante l'approche, sys-témique et pluridisciplinaire."Le jour où j'vas voter pour moi Le recomptage prendra des mois, Des mois pis des années." Bob Dylan avait dit à peu près la même chose que Vigneault, en d'autres termes: "Don't follow leaders, "Watch the parking meters" Comment concilier, donc, indépendance, tradition et création?La clé de tout ça est peut-être la création de centres d'énergie autonomes, de communautés décentralisées mais fortes, à la fois souples et inattaquables à l'échelle humaine, axées sur de vrais besoins découverts de l'intérieur.C'est David Cooper qui dit.dans son dernier livre, "Accepter notre autonomie, c'est devenir politiquement réels".Pour E.F.Schumacher, compatriote de David Cooper, penser à l'échelle humaine est à la base de cette autonomie et de cette réalité.Son essai, que chacun devrait lire au moins une fois, s'appelle "Small is beautiful", comme on dit "Black is beautiful", ou "Vive le Québec.Lâche pas la patate, mon nègre.36 - MAINMISE juillet 1976 qui jouaient le rôle polarisant d'une perfection spirituelle.Le gouverneur, soumis aux pressions de son père le terrible Saladim des Croisés, dut finalement se soumettre et on n'entendit plus parler du jeune Sohraward—.On pense qu'il est mort le 29 Juillet 1191, dans la forteresse d'Alep.M avait seulement 36 ans.Il laisse pour cet âge une oeuvre immense: 50 titres, dont quinze sont traduits par Henry Corbin dans ce magnifique Uvre à la couverture pourpre comme son titre.La collection "Documents spirituels" chez Fayard, peut s'enorgueillir d'avoir un titre par le plus grand peut-être des ironisants de ce siècle, qui a consacré un livre entier à Sohrawardi et aux platoniciens de Perse dans son oeuvre en 4 volumes: "En Islam iranien", aspects spirituels et philosophiques (Gallimard).L'oeuvre de Sohrawardi se compose de traités philosophiques, commentaires d'Aris-tote, de traités et de récits mystiques.Ces derniers ont en commun d'inciter le lecteur à transformer la théorie en pratique, à faire de la doctrine mystique une histoire personnellement vécue, c'est-à-dire de réaliser l'union avec Dieu.Ces livres lui sont directement inspirés par l'Esprit Saint, dit-il, ce ne sont pas seulement des traités, ce sont des manuels pratiques, contenant des programmes à mettre en application."Frères! voici le testament que je vous laisse: que tarisse pour vous tout autre souci que celui sans avoir une sérieuse formation philosophique, s'expose à tous les pièges et à tontes les illusions.".Le sage intégral, selon sohrawardi est un sage passé maître aussi bien en savoir philosophique qu'en expérience mystique.Le passage de la théorie à la pratique s'accomplit sous la conduite d'un guide surnaturel qui est /'initiateur personnel du "pèlerin".La rencontre avec ce guide se fait aux confins de la lumière et de l'ombre, là où le soleil apparaît pourpre.Ce guide, c'est l'Archange empourpré, ainsi nommé parce qu'il a un pied dans 1 ombre, et un pied dans la lumière, rouge comme le soleil à son o-rigine, à son 'orient'.C'est à ce point que se cristallise la connaissance, à l'aube, l'origine, l'orient, "Aurora consurgent.Cognotio matutina'.comme dit Henry Corbin, Ishraq: la splendeur du soleil à son lever, d'où le nom de théosophie ' 'orientale' '.Le récit de la rencontre avec ce guide est le sujet du récit-titre de ce livre, la clef de toute la doctrine sohrowardienne.D s'agit d'une initiation-révélation dont je vous laisse la découverte; c'est à mon sens par ce récit qu'il faut commencer la lecture de ces quinze traités, car il commande la compréhension de tous les autres.Sa structure et ses symboles sont universels; ainsi la "théosophie orientale" opère la conjonction de la philosophie et du soufisme: Le "levain éternel" des anciens sages grecs (présocratiques, pythagoriciens, platoniciens) se transmet du monde divin, tout autre souci que la persévérance à certains sonfi«- ^nsmét a une autre lignée s Aaiie I'mhum Ha rf^MaanuHt immUam* " anciens PerSeS S— .,,vrTloT a lino antro lianâa dans l'oeuvre de dégagement mystique udiismet a une autre lignée La Passion de Hallâj martyr mystique de l'Islam par Louis Massignon Gallimard, 1975 Bibliothèque des Idées, 4 tomes Sohravardî: L'Archange empourpré 15 traités et récits mystiques traduits du persan et de l'arabe par Henry Corbin Fayard, 1976 Coll.Documents spirituels, No 14.L'Iran des origines à l'Islam par Roman Ghirshman Albin-Michel, 1976 Coll.L'évolution de l'humanité L'Islam n'a guère été plus tolérant à l'égard de ses marginaux que le christianisme à l'égard de ses hérétiques.Al-Hallâj comme Sohravardî furent tous les deux exécutés pour leur non-conformité à l'orthodoxie musulmane.Tous deux avaient atteint les plus hauts degrés de réalisation spirituelle et se heurtèrent à l'incompréhension, à l'étroitesse d'esprit, ou à la jalousie des théologiens dogmatiques qui finirent par obtenir du pouvoir politique leur condamnation.Husayn Ibn Mansûr Hallâj fut condamné à la pendaison à l'âge de 65 ans, après avoir passé 8 ans et 7 mois en prison.Il avait commis l'imprudence de dire en public, dans un moment d'extase, "Je suis la Réalité.je suis ce qui est.Dieu".Et: "O gens! Quand la Vérité s'est emparée d'un coeui Elle le vide de tout ce qui n'est pas elle ! Quand Dieu s'attache à un homme, D tue en lui tout ce qui n'est pas Lui ! Quand D aime un de ses fidèles, D incite les autres à le haïr.afin que son serviteur se rapproche de Lui, pour consentir à Lui! Les docteurs de la loi l'accusent de nier la transcendence divine, et de semer le trouble dans la population.C'est cette histoire, et celle de la vie, des voyages (de l'Arabie jusqu'en Inde), de la doctrine de Hallâj, que content les 4 énormes tomes de Louis Massignon.Il s'agit en fait d'une oeuvre posthume.Massignon est mort en 1962, laissant des caisses pleines de papiers que ses enfants tout comme l'éditeur s'avouèrent impuissants à classer et éditer.Pierre Nora, le Directeur de la collection chez Gallimard s'adressa au Centre National de la Recherche scientifique, et cela ne prit pas moins de dix ans et une équipe de 16 personnes pour ordonner cette oeuvre monumentale et définitive.Le tome 1 est consacré à la vie de Hallâj, le tome 11 à la survie de son enseignement, le tome 111 à sa doctrine (théologie mystique, théologie dogmatique, oeuvres de Hallâj) et le tome IV comprend uniquement les notes, la bibliographie et les différents index.Au total 1944 pages écrites fines et serrées, bourrées de notes, de références.Louis Massignon, en érudit islamisant, n'était pas le genre à laisser dans l'ombre le moindre détail.Cela donne surtout une oeuvre pour spécialistes qui ont besoin de toutes les références, de lecture un peu difficile et encombrée pour le simple lecteur, d'autant plus que le prix est prohibitif ($170.00 environ), mais qui mérite mention, car c'est le type même de ce que l'Occident a pu produire de mieux, le travail d'une vie entière.C'est une oeuvre qui, par son caractère achevé, porte un degré plus loin le trip occidental, sa fascination pour LE LIVRE, et qui rend utile ou acceptable le sacrifice de tous les arbres qu'il a fallu abattre pour fabriquer le papier et la pollution que ces opérations ont entraîné.Si vous pouvez convaincre votre bibliothèque locale d'acheter ces volumes, et si le Sentier Spirituel vous fascine sous toutes ses formes, voilà de triches heures de lecture, en compagnie d'un des plus grands parmi les Soufis.Les biographies de saints sont une source d'inspiration inépuisable, car leur rôle est autant de donner l'exemple, dans leur propre vie, que d'écrire.Sohrawardi, comme Hallâj, ignora la loi de l'arcane, ou l'obligation de voiler une pensée et même de la tenir secrète quand elle risque d'être mal interprétée, défigurée ou incomprise des profanes ou des adversaires.Il déclara dans une discussion que Dieu pouvait "créer, chaque fois qu'il le veut, un prophète.Les docteurs de la Loi l'accusèrent d'impiété, d'infidélité à l'Islam pour qui Mohammed est le dernier prophète.Cette opinion menaçant le pouvoir établi, les per-sécussions commencèrent.L'amitié du gouverneui d'Alep, en Syrie, où se passe cette histoire, le protégea pendant un temps.Mais Sohrawardi ne parvint pas à faire admettre à ses adversaires que Dieu pouvait susciter des saints qui ne revendiquaient pas le rôle de prophète, mais Ce qui différencie Sohrawardi des Soufis.et d'Allâj, en particulier, et qui fait qu'on ne lui a jamais attribué le surnom de Soufi (Il n'appartînt en fait à aucune école, et n'en fonda pas), c'est son programme.Sohrawardi voulut ressusciter la philosophie de la Lumière des sages de l'ancienne Perse: Hikmat al-Ishrâq, la théosophie "orientale".Les grandes figures qui dominent l'oeuvre sont celles d'Hermès, de Platon et, bien sûr,' de Soroastre-Zarathoustra.Sa démarche est syncrétiste, au sens le plus noble, car elle consiste à dénoter dans chacun le message de l'antique foi iranienne à toute l'humanité: être les partenaires des puissances (ôhrmazdiennes) de Lumière.Ce résultat est atteint en appliquant la théorie des idées platonicienne à l'angélologie zoroastrienne, sur le fond de sagesse hermétique.C'est cette "Sophia perennis" que Sohrawardi veut nous offrir.Ce qui le distingue encore des Soufis, c'est que le terme de gnostique lui convient mieux que celui de mystique (du moins pour les besoins de l'ex-plication.car les deux voies se rejoignent à leur but commun).Pour lui l'étude philosophique et l'expérience spirituelle ou pratique mystique sont indissociables: "Une recherche philosophique qui n'aboutirait pas à une réalisation spirituelle personnelle, est une entreprise stérile, une perte de temps.Réciproquement, à rencontre de tant de soufis vitupérant à la légère la connaissance comme telle, Sohrawardi considère que quiconque s'engage sur la voie spirituelle de soufis, comme Hallâj, et les deux courants se rejoignent dans la théosophie de llshrag.la lumière du matin, le pourpre de l'orient.La morale de ces deux histoires est évidemment que si on veut vivre longtemps, il faut parler peu.Un conseil: pour vous mettre en condition avant de lire sohrawardi, auditionnez le Messie de Haendel: C'est le même thème.Vous noterez que le Guide spirituel dans la gnose islamique de Sohrawardi n'est pas un être incarné dans la chair, c'est un ange - différence notable d'avec la mystique soufie qui considère généralement comme indispensable la présence diin Maitre en chair et en ors.du moins au début.La voie du mystique est la voie des humbles: la voie du gnostique est la voie royale, la plus belle et aussi la plus dangereuse, non sans rapport avec le Itaja Yoga.Pour finir, et si la question vous intéresse vraiment, pour comprendre sur quel fond se sont tissées ces deux vies, tout l'Islam et son mvsti-cisme, le soufisme, pour avoir une idée de l'infrastructure économique, politique, ethno-an-thropologique sur laquelle ils reposent, il n'y a pas de meilleur livre que: L'Iran des origines à l'Islam, par Roman Ghirshman, un grand spécialiste de l'archéologie iranienne, l'auteur dans la célèbre collection de livres d'art "L'univers des Formes" (GalUmard) de deux énormes volumes magnifiquement illustrés sur 1) la Perse (Proto-iraniens, Mèdes, Achéménides), 2) l'Iran (Parthes et Sassanides).A l'instar de Shihâbod- din Yahyâ Sohràvardi, Shaykh al-Ishraq.le Maitre de la Lumière originale, ces trois livres nous invitent au jeu (privilège du xxème siècle) de la morphologie historique à la Spengler les filiations, les courants.CA.Briques pour l'été Ija première de ces "briques", la plus chaleureuse et la plus facile à lire est la biographie du poète La Fontaine, par Jean Orieux, aux Editions Flammarion, 1976.684 pages d'une verve réellement succulente par l'auteur des célèbres biographies de Voltaire, de Talleyrand et de Bussy-Rabutin.Je n'ai lu que le premier chapitre - l'enfance de La Fontaine - et je reparlerai de ce livre, mais sachez que si vous commencez à le lire, vous ne pourrez plus vous en décrocher.Il y a un phénomène d'accoutumance au style et à la langue de Jean Orieux; on ne peut plus s'en détacher.C'est superbe, plein d'humour, riche de détails infinis; c'est tout le 17ème siècle devant nos yeux; c'est la vie, les aventures, les aspirations de notre cher vieux La Fontaine, celui des écrivains obligatoires dans les écoles qu'on déteste le moins, car toujours il avait de l'humour.Alors imaginez une pareille rencontre: Orieux et La Fontaine.ce n'est pas une biographie, c'est une idylle.La deuxième brique est pour vos soirées solitaires, quand seul un peu de vent souffle, et que vous avez soif d'en comprendre un peu plus long.Il s'agit de la dernière contribution de l'un des plus grands historiens occidentaux à l'histoire des religions, il s'agit du tome 1 (492 pages) du dernier Uvre de Mircea Ehade, Histoire des croyances et des Idées religieuses, chez Pavot, 1976.Vol.1.De l'âge de la pierre aux mystères d'Eleusis: vol.11.De Gautama Bouddha au triomphe du Christianisme (sous presse); vol.111.De Mohammed aux théologies athéistes contemporaines (en préparation).A Ure au hasard en ouvrant n'importe où, pour commencer, bien que la lecture systématique ait des avantages (l'histoire se déroule devant vos yeux).L'avantage de ce Uvre sur tous ses précédents, c'est évidemment qu'il fait la somme des connaissances acquises les plus récentes, et vous pouvez donc en conclure que si vous ne trouvez pas certaines réponses dans ce Uvre.vous ne les trouverez dans nul autre.La troisième brique est un pavé de 775 pages réservé aux Juifs.Encore une fois un énorme document d'histoire, pubUé dans la célèbre collection "L'évolution de l'humanité" chez Albin-Michel Titre: "L'émancipation des Juifs en France, de l'Ancien Régime à la fin du Second Empire, par David Feuerwerker, 1976.Il se trouve que D.Feuerwerker est professeur à l'Université de Montréal.Son oeuvre est le résultat de 30 ans de recherches et fait le point définitivement sur l'histoire du judaïsme en France.La quatrième brique traine à mon \ievst depuis sa parution, il y a quatre mois.Ii s'agit de La vie de J.K.Huysmans.par Robert Baidick, Denoel 1958-1975.Je n'ai eu le temps, à date, de Ure que de courts extraits au hasard, mais j'ai voulu Ure cette biographie à cause du cheminement tellement particuUer qui jalonne l'oeuvre de Huysmans.Huysmans est un contemporain de Zola et de Maupassant, et on retrouve un peu de ces deux écrivains dans des oeuvres comme "A rebours", "Les soeurs Vatard, "En ménage"."Là-bas, "En route, ou "L'Oblat", mais ce qui est remarquable - et attirant - c'est son évolution spirituelle et intellectuelle, qui l'a conduit "du naturaUsme au cathoUcisme le plus fervent, par la voie inattendue du satanisme et de l'occultisme ".Joris-Karl Huysmans naquit le 5 février 1848 à Paris de père hollandais et de mère française, et mourut en mai 1907.La cinquième est le quatrième et dernier tome du grand roman géomantico-mythologique de John Cowper Powys, Les enchantements de Glastonbury.Ce dernier volume est sous-titré: Le Déluge (GalUmard.1976).Comme ceux qui ont lu les premiers tomes le savent, l'action se passe à Glastonbury, la ville où aboutit la légende du Graal et du roi Arthur.La présence de ces ruines chargées d'histoire, cette mémoire des Ueux façonnent et interviennent dans la vie des Habitants de Glastonbury.Le printemps commence, c'est le début des grandes marées d'équi-noxe, chacun est tendu vers une sorte d'apothéose, sent son destin se vivre.Sam Dekker, le fils du pasteur, a une vision du Graal.Evans est déUvré de ses visions, et John Geard, sensuel, mystique, meurt dans la scène finale du Déluge.Mais je n'en dis pas plus.Si vous cherchez des Uvres faciles à Ure cet été et passionnants.Usez les quatre tomes des Enchantements de Glastonbury.Ce sont des Uvres qu'on peut laisser et reprendre à tout moment, on se rappelle toujours où on en est.(tome 1: Le testament; tome 11: la crucifixion; tome 111: Le miracle; coUec-ùon "Du monde entier ", superbement traduits de l'Anglais par Jean Queval).CA.MAINMISE juillet 1976 - 37 38 - MAINMISE juillet 1976 CATALOGUE D'OBJF.TS INTROUVABLES 71 K7 - Bicyclette FOURRE-TOUT ECO-PRATIQUE Dans le dernier No de Mainmise (MM 59), j'incitais les lecteurs à réagir à l'opération de promotion des ventes actuellement lancée par l'EACL (l'Energie Atomique du Canada Limitée) pour écouter sa production de réacteurs thermiques CANDU n'importe où dans le monde.Je donnais aussi des adresses d'organismes de lutte, et je mentionnais plusieurs publications à consulter.Une nouvelle publication vient s'ajouter à la liste; il s'agit d'un Uvre pubUé par Les Presses de l'Université du Québec, intitulé: les Effets thermiques de la centrale Geatilly-1, par une équipe multidiscipUnaire dirigée par Guy VaUlancourt, qui agit sous le vocable: Groupe de recherche Thermopol, au Département de Chimie-Biologie de l'Université du Québec à Trois-Rivières.Les résultats démontrent que le fonctionnement moyen du réacteur (inférieur à 92 MW thermiques) n'affecte ni la température de l'eau ni la faune malacologique (mollusques vivant au fond de l'eau).Cependant, lorsque le réacteur opère à pleine puissance, l'augmentation de la température dans le cône de déjection atteint 10 degrés C et on observe alors une mor-taUté accrue allant jusqu'à la disparition complète des mollusques Voilà pour les faits.Vous savez sans doute que Gentilly se trouve sur la rive droite du Saint-Laurent, presque en face de Trois-Rivières, et qu'un réacteur nucléaire utiUse l'eau froide des fleuves ou rivières pour refroidir et faire se condenser la vapeur d'eau portée à des températures très élevées par la fission nucléaire, vapeur qui entraine une turbine qui elle-même produit de l'électricité, etc.Ce qui est embêtant avec la pollution thermique, c'est que ses effets persistent après l'arrêt de la Centrale, et que tout processus de recolonisation par la faune est extrêmement lent.Les travaux de Guy Vaillancourt et de son équipe ont fait l'objet d'une émission télévisée dans le cadre de la série QUI-VIVE qui a été programmée à l'antenne de Radio-Canada deux fois, la première à l'été 1972, la seconde en 1973.Mais il n'y a pas que la pollution thermique.Le plus grave est sans doute l'accumulation des déchets radioactifs (plutonium), dont on possède déjà 90 milUons de tonnes de part le monde et dont on ne sait que faire.Ces déchets sont si dangereux qu'il faut les enfermer dans des caissons bUndés, étanches et scellés que le gouvernement des USA s'est contenté de jeter, à date, au fond d'une fosse profonde au miUeu de l'Océan atlantique, malgré les protestations des écologistes.La moindre erreur, le moindre accident pourrait coûter la vie à des milUons de gens.La durée de vie du plutonium est de 25,000 ans.Et quand on pense que les USA ont investi 7 fois plus d'argent dans l'énergie nucléaire que dans tout leur "effort de guerre" (in Win magazine du 10 Juin 76) ! Pour Référence: La pollution thermique et les problèmes qu'elle pose dans les biocénoses a-quatiques fait l'objet d'un article très circonstancié dans yn Uvre magnifique: The Ecology of man: an ecosystem approach, by Robert Leo Smith, Harper & Row 1972; p.270-277.jLj e premier numéro de 1976 (Janvier, Février.Marsi de la revue française Nature & Progrès est aussi excellent que tous les précédents.Il comporte la 3ème partie des Biothérapies vétérinaires (aromathérapie.olUgo-metallothérapie), c'est-à-dire comment soigner vos animaux de ferme par des méthodes naturelles.Il y a toutes sortes d'informations sur le jardinage et l'agriculture biologiques, un dossier sur la fabrication artisanale du jus de pomme et la suite d'un article sur la méthode naturelle en éducation physique (appelée Hébertisme à cause de son fondateur).Le numéro d'Avril de QUEBEC-SCIENCE comportait un article d'André DeUsle sur les éra-bUères en péril; et un hommage au grand physicien allemand Werner Heisenberg, le fondateur de la mécanique quantique et l'auteur du fameux "Principe d'Incertitude", mort le 1er février 1976.On possède en français un très beau U-vre de Werner Heisenberg: La Partie et le tout, Albin-Michel, 1972, un ouvrage extraordinaire dominé par Platon et Goethe ensemble, à mi-chemin entre la science et la jnose, la philosophie et la reUgion.Le court article de Québec-Science, signé J.-M.F., est un petit chef-d'oeuvre de concision et d'humour.L'auteur y fait un rapprochement avec le non-moins fameux théorème de Goedel, qui lui aussi pose des limites à la connaissance humaine, en disant "qu'il est impossible de concevoir une mathématique ou un langage exempt de contradiction".A eux deux, Heisenberg et Goedel ont démoU la logique et le déterminisme, le concept de causaUté Unéaire, et ont jeté dans le brouillard la super-straight ra-tionaUté scientifique, en même temps que la philosophie aristotéUcienne et thomiste.Nous sommes maintenant entrés dans l'ère où le nouveau paradigme est la causaUté réticulaire (merci Fernand Séguin), l'approche systémique, et l'intuition en plus de la raison) Le même numéro d'avril de Québec-science compte aussi un article sur le MAB (Mouvement pour l'agriculture biologique) et le problème de la quaUté des aUments biologiques.Le numéro de Mai du même Québec-Science doit à André DeUsle encore un article majeur qui fait le point sur la situation des transports au Québec, et l'impérieuse nécessité de les "ménager" si l'on veut éviter la pénurie d'énergie, avec questionnaires à l'appui.Inutile de dire que la bicyclette y est à l'honneur ainsi que la voiture électrique.Un dossier sur les plantes carnivores québécoises; et quelques bizarres confirmations de la "science officielle" sur la vaUdité de l'acupuncture.Je remerciais plus haut Fernand Séguin.L'expression causaUté réticulaire a été employée par lui lors d'une allocution qui a clos un extraordinaire colloque interdisciplinaire sur la santé, qui a eu Ueu au Centre d'Art d'Orford, dans les Cantons de l'est, entre le 4 et le 6 juin dernier.Nous reparlerons en long et en large dans le prochain Mainmise (61) de ce colloque exceptionnellement riche et exemplaire, mais je voudrais tout de suite mentionner la parution des numéros 13 et 14 de la revue CRITERE, qui forment la substance de base des réflexions et des interrogations posées durant le colloque, CRITERE étant, avec le Collège Ahuntsic l'organisateur de ce colloque.Ces deux volumes superbes, dont le thème général est la SANTE se vendent $5.00 chacun, et on peut se les procurer en librairie, ou au secrétariat de la revue: Secteur Arts et Lettres, Collège Ahuntsic, 9155, rue St Hubert, Montréal, Que.H2M 1Y8.Tel: 389-5921, poste 348.Deux petites nouvelles amusantes qui intéressent l'agriculture: La compagnie DOMTAR, qui pollue hardiment nos eaux à Trois-Rivières et ailleurs depuis tant d'années, vient de trouver un moyen de recycler une partie des déchets de la fabrication du papier, Il s'agit du "terreau des forêts Domtar".Ce titre pompeux fait allusion à un produit provenant du recyclage du bois qui pourrait remplacer la sphaigne, avec certaines quaUtés d'un engrais en plus.Michel Saint-Germain qui passe derrière moi, me fait remarquer qu'il y a une déficience en Potassium (0.2% > et que le rapport carbone-azote n'est pas bon; Il serait intéressant de connaître le prix de ce "régénérateur de sol", comme l'appelle la pubUcité reçue.Comme ce produit se destine naturellement au jardinage plus qu'à l'agriculture, on se demande, à moins qu'il soit très très bon marché, comment il pourrait remplacer le bon vieux compost, qui est si facile à faire, et facile à entretenir, car on a toujours des déchets à la campagne.Quoi qu'il en soit, on n'est pas pour condamner le recyclage.Souhaitons au Terreau des forêts Domtar bonne chance sur le marché.Peut-être sa destinée est-elle pour l'agriculture biologique de grande échelle, si une telle chose peut exister, ou pour les pépinières.Un peu dans la même veine: Un insecticide naturel non chimique, commerciaUsé par Pur-O-bec, Ltée (CP 96.suce.St-Martin.Chome-dey, Laval.681-2519 681-6711).Il s'agit d'une terre à diatomées, additionnée de pyrèthre.qui exerce une action physique sur les insectes.Il resterait à savoir quelle est la sélectivité du "Perma-Guard Bower"; tue-t-il aussi les insectes utiles, tels que coccinelles, mantes religieuses?à quelle échelle l'utiUsation de la terre diatomée est la plus avantageuse?la fréquence d'épandage'1 l'opinion du MAB (Mouvement pour l'Agriculture Biologique)?la toxicité du butoxide de pipéronyl qui entre dans la composition?son prix enfin?Ij'Alternative Press Syndicate, dont Mainmise, avec Win, le Georgia Straight.Akwesasne Notes, L.A.Free Press, High Times et bien d'autres journaux, fait partie, vient de pubUer un manuel alternatif de l'éditeur (The do-it-yourself guide to alternative publishing, edited by Ron Lichty, pubUshed by the Alternative Press Syndicate, Box 777, Cooper Station, New York, NY 10003).A tous ceux chez qui une idée de magazine traine dans la tête, ce serait peut-être une bonne idée de Ure ce petit manuel, d'autant plus qu'il n'existe rien en français sur le sujet dans cette optique.Organic Gardening & farming magazine: dans le numéro d'Avril, un article sur la "greUnette" améUorée (sorte de bêche à cinq dents largement écartées, et deux manches, qui permet de soulever de très gros morceaux de terre avec un tout petit effort).Cet instrument a été mis au point par Eric Brunet du Brace Research Institute de McGill, à Sainte-Anne-de-Bellevue.Un jour en feuilletant ensemble un petit Uvre de jardinage importé de France, nous nous sommes aperçus qu'un certain M.GreUn avait inventé quelque chose de similaire appelé "greUnette".Le nom anglais donné par Eric est U-bar.Pour plus de renseignements, écrire au Brace Research Institute, aux soins d'Eric Brunet, McDonald College of McGill University, Ste-Aune-ue-BeUevue, P.Q., H#A ICI.Dans le numéro du mois de mai, une série d'articles sur l'énergie produite en pédalant, et comment fixer un mouUn à farine sur un vieux bicycle, rendant ainsi la tâche de moudre beaucoup plus facile.Et dans le numéro du moi de Juin, trois articles sur comment faire du fromage soi-même à la maison, en particu-Uer du Cheddar et de la ricotta.OvO-PHOTO est toujours aussi beau; REQUIEM, la revue de science-fiction et de fantastique animée par Norbert Spehner, en est à son numéro 10.C'est aussi bien fait que d'habitude.En page 13, un extrait intéressant de la préface d'Yvon Allard à sa brochure: Le merveilleux et le fantastique, bulletin de bibliographie, vol.5, No 4, Janvier 1976, pubUé par La centrale des bibUothèques, 1685 est, rue Fleurv.Montréal, Que., H2C 1T1, Tel: 381-8891.Yvon Allard n'en est pas à la première bibUographie de ce genre.C'est un énorme travail de compilation et de recherche, passionnant évidemment, mais long et méticuleux.On ne trouve pas souvent des bibUo-graphes de génie, nous en avons un au Québec, Yvon Allard, en ce moment.A date il a fait des bibliographies sur l'imaginaire, l'ésotérisme et plusieurs autres.Dans LA RECHERCHE du mois d'Avril, un intéressant article, provocateur surtout, sur l'évolution!sme et les origines de la vie, par Jacques Ninio.Inutile de vous dire que, bien sûr, l'hypothèse explorée est l'hypothèse chimique.Dans le numéro de Mai, les derniers progrès en équipement d'observation astronomique, et les nombres et les numérations dans l'histoire.De Toronto, le magazine de libération des homosexuels BODY POLITIC.En page 5 une photo étonnante: deux joueurs de football assis à terre et se donnant un bec.Intéressant surtout en ce moment où la poUce de Montréal est en train d'essayer de buster tous les bains et endroits gais de la ville, sous prétexte de nettoyage à l'approche des Jeux Olympiques: Il ne faut pas que nos visiteurs étrangers voient qu'il y a des homosexuels à Montréal, et pas de drogués non plus.C'est bien connu, il n'y a ni drogués, ni homosexuels dans le monde sportif Quelle hypocrisie, c'est peut-être là qu'il y en a le plus justement.East-West Journal: Dans le numéro d'avril, un grand article sur Jerry Rubin, qui d'activiste radical qu'il était (Do it, traduit en Français Editions du Seuil, 1973, collection Actuels) s'intéresse maintenant à la communication, à l'épanouissement mental et spirituel individuel.E-tant donné qu'il a deux expériences assez opposées l'une de l'autre, et qu'il a commencé par celle de l'activisme poUtique (Do it est un véritable manuel de l'anarchiste), son intérêt pour le développement spirituel doit être soUdement assis sur des fondations poUtiques irréfutables.A Ure.Dans le même numéro, une longue entrevue avec Ivan lllii h, intitulé "Learning is unlearning", apprendre, c'est désapprendre.Egalement un article qui démontre toute la sémantique du mot medicine lorsqu'il était uûUsé par les Amérindiens, White Star Woman's medicine wheel, by Lynne Dunsen-berry; ainsi que la recette de préparation du fromage de soja (tofu).Dans le numéro de Mai, une série d'articles sur le Naropa Institute, fondé par le tibétain Chogyam Trungpa, Rinpoche, et sur l'enseignement traditionnel bouddhiste tibétain que ce dernier y dispense.Chogyam Trungpa a écrit plusieurs Uvres dont certains sont traduits en français; on en parle ailleurs dans cette chronique de Uvres, un extrait d'un Uvre sur le massage mental, massage du corps par le mental, et d'autres richesses.Un superbe numéro du SAUVAGE (numéro 28, avril 76) consacré (sur 48 pages à la condition mascuUne.C'est féroce, profond, intelUgemment fait; un texte de Serge Moscovici, une entrevue avec F.Schumacher (Small is beautiful), un grand article de Edward Goldsmith, le fondateur de The Ecologist, et l'auteur de "Blueprint for survival".Plusieurs "technique* douces", comment opérer une montgolfière avec de l'énergie solaire, comment opérer une imprimerie pour groupe miUtant, comment faire différentes sortes de confitures de cassis, de pommes et de rhubarbe.]\fl.entionnons enfin la parution du deuxième tome de CLOUDBURST.Cloudburst 1 et Cloudburst 2 sont de remarquables manuels pratiques qui nous viennent de Colombie britannique, consacrés aux technologies douces pour la vie rurale.Le tome 2 comprend entre autres des articles sur la rame hydrauUque, les séchoirs à fruits, les cardeuses et les rouets, la construction d'un toit solaire.1 isolation d une cheminée, un métier à tisser de table à construire soi-même, le pas-à-pas de la construction d'un tour de potier, d'un extracteur de miel, d'un four à pain au bois, et de toutes sortes d'abris.J^.u moment de boucler ce fourre-tout éco-pratique, je reçois un Uvre du Professeur Alfred Kastler, Prix Nobel de physique 1966 (pour travaux sur la relation lumière-matière), intitulé Cette étrange matière, Stock éditeur, 1976.Ce Uvre rejoint ce que nous disions tantôt à propos de Werner Heisenberg et de Goedel.Kastler, à partir des relations d'indétermination d'Heisen-berg, nous confirme que il existe un mode de penser qui n'abonde ni dans le sens du matéria-Usme (théorie corpusculaire) ni dans celui de l'idéalisme (Théorie ondulatoirei.une troisième voie, où l'on adopte la complémentarité onde-corpuscule modèle d'ailleurs introduit en physique par Niels Bohr.Les lois de la matière au niveau macrophysique (les objets qu'on peut voir et toucher) ne valent plus au niveau microphysique (moléculaires Ce qui est le plus remarquable peut-être de la part d'un grand physicien comme Kastler, c'est qu'il admette la relativité de toute connaissance.La connaissance est Uée à l'intérêt, nous apprend Jurgen Ha-bermas (voir MM 59); toute connaissance est POUR un but, et les modèles intuitifs sont plus utiles que les modèles scientifiques au moment où nous avons un problème à résoudre; les modèles intuitifs, auxquels la science nous invite d'ordinaire à renoncer, parce que non-objectifs, non-scientifiques, sont exacts, ou plutôt sont vaUdés par leur utiUsation dans un point précis du présent.De toute façon, exactitude, comme certitude, sont des mots vides de sens: qui dit certitude, dit fixité donc mort.Comme le dit Gregory Bateson, il n'y a communication totale que dans l'indifférenciation totale.Après l'ère de la rigueur et de l'exactitude, voici l'ère du flou et de l'indifférencié, avec sa connotation mystique et surtout téléologique: Kastler en profite pour démoUr une fois de plus les théories de Jacques Monod (qui vient de mourir, parait-il), selon lesquelles les seuls responsables de l'évolution seraient le hasard et la nécessité; "la moindre bactérie est une usine physico-chimique bien plus complexe et d'une organisation bien plus ingénieuse qu'une usine automatique d'aluminium écrit-il.Cette constatation, et certaines autres relatives à la durée énorme que nécessiterait la "sortie" de chaque mutation selon les seules lois du hasard, conduisent à penser qu'il est pour le moins prématuré de nier l'existence de la finalité dans l'univers biologique".Cette assertion, la reconnaissance de la possibilité d'une finaUté à l'univers (téléologie) est une bombe dans les idées scientifiques courantes.Kastler rejoint Uexkull et Zuckerkandl.Un Uvre à Ure absolument.jR
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