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Titre :
L'Action canadienne-française.
L'Action canadienne-française succède à L'Action française (1917-1927) en janvier 1928. Elle est publiée pendant une année seulement. La revue reprend le flambeau nationaliste et engagé de sa prédécesseure. [...]

L'Action canadienne-française succède à L'Action française (1917-1927) en janvier 1928. Elle est publiée pendant une année seulement. La revue reprend le flambeau nationaliste et engagé de sa prédécesseure.

Albert Lévesque, jeune éditeur qui collabore depuis quelques années à L'Action française, acquiert la Librairie d'Action française, qui éprouve des difficultés financières, et la renomme Librairie d'Action canadienne-française.

L'Action canadienne-française est publiée une dernière fois dans son format habituel en décembre 1928. En mars 1929, un fascicule paraît pour annoncer l'interruption de publication de la revue, décision prise à la suite du départ de Lionel Groulx de la Ligue d'Action canadienne-française au printemps 1928.

On y trouve le cahier d'actualité littéraire L'Âme des livres qui est aussi tiré à part et qui survit à L'Action canadienne-française pendant quelques mois.

La publication se réincarne en 1933 sous la forme de L'Action nationale, revue toujours publiée à ce jour.

HÉBERT, Pierre, « Quand éditer, c'était agir - La Bibliothèque de l'Action française (1918-1927) », Revue d'histoire de l'Amérique française, vol. 46, no 2, 1992, p. 219-244.

Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action canadienne-française,1928-1929.
Contenu spécifique :
La géographie humaine à Montréal
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • L'Action française.
  • Successeur :
  • L'Action nationale,
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Références

L'Action canadienne-française., 1928-08, Collections de BAnQ.

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) LA GÉOGRAPHIE HUMAINE DE MONTRÉAL l -^-—^- -.^—-~-^.RAYMOND TANGHE -v^- -^ J Il serait téméraire, pour ne pas dire plus, de vouloir tenter iei une définition de la géographie humaine, de tracer les limites de son domaine et de refaire la classification des faits qui en relèvent.Ce programme a été magistralement exposé par Jean Bruhnes et nos lecteurs nous sauront gré de ne pas risquer d'en affaiblir le rigoureux enchaînement par un essai qui ne peut que s'en inspirer.Nous nous bornerons donc dans ce premier chapitre à indiquer les matériaux dont nous nous sommes servi et à les ramener à la mesure de l'entité qui fait l'objet de notre étude : une agglomération urbaine.Cette sélection s'impose parce qu'une ville étant par nature un fait d'occupation «stérile» du sol, c'est-à-dire où la subsistance des occupants n'est pas assurée par la fécondité du sol, nous devons éliminer tout un groupe de faits d'économie destructive et d'économie productive, qui ne se présentent que lorsque la terre s'offre nue au travail de l'homme.Au premier chef vient d'abord l'étude du CADRE NATUREL, c'est-à-dire l'état physique du lieu où la ville est établie.Nous étudierons sa position la nature de son sol et sous-sol, son climat; sa situation et les liens qui la rattachent aux contrées environnantes, ses ressources natu- * Dans les pages qui suivent M.Tanghe expose h» méthode qu'il a suivie pour étudier noire ville au point de vue Géographie humaine.Nous sommes heureux d'annoncer à nos lecteurs La publication prochaine de cet ouvrage, qui fera partie de notre « Bibliothèque des' Questions Economiques »./ LA GÉOGRAPHIE HUMAINE DE MONTRÉAL 119 relies, en un mot le milieu géographique préexistant à' l'établissement humain.En second lieu nous entreprendrons l'étude du FACTEUR HUMAIN, car en s'incorporant au cadre naturel l'homme est devenu un facteur géographique.Il a apporté avec lui un fardeau de besoins impérieux : se nourrir, se reposer.Pour les satisfaire il anime le cadre naturel, il trace des routes, bâtit des maisons, produit de quoi assurer sa subsistance.Comme, dans le cas d'une ville, il est privé des ressources que le sol pourrait lui offrir pour assurer sa nourriture, il demandera celle-ci au troc, à l'échange.Enfin, les hommes s'étant groupés, ayant formé une agglomération, se trouvent astreints à des rapports de société, de voisinage.Avant d'aborder l'exemple concret de Montréal, nous allons établir comment les procédés d'observation propres à la géographie humaine peuvent et doivent, d'une manière générale, s'appliquer à l'étude d'une ville.Ce sera une sorte d'esquisse indéfinie où seuls ont une valeur définitive les points de repère des têtes d'alinéas.* * * LE CADRE NATUREL LA POSITION.— C'est, si l'on veut, une vue de profil de la ville, qui nous fait voir à la fois son élévation et la formation géologique de son sol, qui en définit les contours, qui nous instruit de son climat.C'est le physique de la ville.Si l'on considère la ville de Langres, par exemple, ce n'est pas en plan qu'il faut se la représenter, elle n'aurait aucun sens, mais en élévation, perchée sur ses 475 mètres d'altitude, commandant l'éperon du plateau sur 120 L'ACTION CANADIENNE-FRANÇAISE lequel elle est construite.Ainsi, envisagée, elle paraît tout de suite comme une ville militaire, une ville un peu isolée des courants économiques, dans laquelle le progrès n'a pénétré que petit à petit parce qu'entravé par cette .altitude.Sa physionomie un peu sévère tranche sur celle plus souriante des villes s'étendant grassement dans les plaines.Le sol sur lequel elles sont bâties les villes marque aussi leur physionomie.Georges Maspéro, dans son ouvrage La Chine donne une description saisissante qui met en relief le rôle de ce « limon friable et poreux que les vents soulèvent en nuages couleur d'ocre » : « Ici tout est jaune, les collines, les routes, les champs, l'eau de la rivière, les arbres maigres et rares, les habitants qui construisent leurs maisons avec cette terre » ' D'autres fois la nature même de l'assiette sur laquelle elles sont construites, marquera le caractère des villes.Par exemple, celles situées soit près d'un foyer d'éruptions volcaniques, soit dans un rayon où les séismes sont fréquents, auront un caractère de précarité qui se traduira par l'état rudimentaire de leurs installations.Les villes nées d'un avantage de position, que nous appelons « naturelles » par contraste avec la ville « artificielle », sont en quelque sorte esclaves des causes qui les ont .engendrées; leur évolution doit être parallèle.Si ces avantages sont précaires, il faut les consolider ou bien se libérer au plus'tôt, de leur subordination.LA SITUATION.— La nuance est subtile qui sépare les caractéristiques de situation des caractéristiques de position.On pourrait dire toutefois que les premières sont en étendue ce que les autres sont en verticale sur le plan.1 Georges Maspéro: La Chine, Librairie Delagrave, Paris 1918. LA GÉOGRAPHIE HUMAINE DE MONTRÉAL 121 Un exemple: Québec est sur la route du Saint-Laurent — fait de situation ; il domine cette route, en est la sentinelle — fait de position.Les facteurs qui subordonnent la vie d'une ville à sa situation sont de deux ordres : lo la facilité de pourvoir à ses besoins par la fertilité ou la richesse des contrées environnantes, 2o la facilité de ses relations avec l'extérieur.Il tombe sous le sens qu'une ville sera plus ou moins riche, suivant qu'elle est située dans une région plus ou moins fertile en ressources naturelles et l'on peut ajouter que les formes de ses activités économiques seront d'autant plus diverses que les produits qn 'elle peut en obtenir seront plus variés.Ceci pose donc le principe d'interdépendance de la ville et de la région environnante, car les activités de cette dernière seront aussi régies par la proximité ou l'éloignement de celle-là.Le second des facteurs mentionnés ci-dessus est tout aussi primordial: une ville n'a de chances de prospérer que si elle est d'accès facile.Les installations humaines, surtout les modernes, tendent à se rapprocher des grandes routes naturelles.Les chemins de fer, qui constituent une route artificielle que l'homme peut tracer à peu près partout, ont amoindri l'importance de ce facteur de situation, mais les agglomérations perchées dans des massifs montagneux, hostiles à toutes circulation, sont, pour la plupart, descendues vers la vallée plus accessible au rail.Cependant, une ville qui n'aurait d'autre raison d'exister que sa situation sur une route, ne prospérera que si elle marque un point d'arrêt dans la circulation: étape, escale, terminus, — ou que, placée entre deux zones économiquement ou politiquement différentes, qui 122 L'ACTION CANADIENNE-FRANÇAISE se complètent et ont besoin de s'interpénétrer, elle leur serve de trait d'union.C'est ce que Jean Bruhnes a appelé « les villes marginales » dont les villes frontières sont l'exemple le plus courant.Des considérations ci-dessus exposées sur la valeur de la position et de la situation d'une ville il ne faudrait pas tirer des conclusions d'un déterminisme trop rigoureux.Grâce à Dieu il y a aussi le facteur humain qui, avec tout son vouloir, son instinct de conservation, la fertilité de son génie, contourne ou domine ce que la nature peut avoir mis d'entraves à son établissement: l'oeuvre des hommes modifie les caractéristiques de position et de situation, nous en traiterons plus longuement sous le titre « Naissance, Vie et Mort des Villes » mais on peut dire que l'homme tient presque toujours entre ses mains la possibilité d'aménager en vue d'un meilleur rendement le milieu géographique où il a élu domicile.A cet égard il est réconfortant de lire l'admirable chapitre écrit par Albert Demangeon, professeur à l'Université de Paris, sur la gigantesque lutte entreprise par les Pays-Bas pour arracher à la mer, parcelle par parcelle, les fameux polders du Zuiderzée*.-Le succès de ce labeur incessant, cent fois détruit et cent fois repris, justifie toutes les hardiesses, et il n'est qu'un exemple entre mille de la ténacité de l'effort humain.* * # LE FACTEUR HUMAIN Nous avons vu que l'homme en s'incorporant au cadre naturel devenait à.son tour facteur géographique.Il 2 Géographie universelle, Tome II, Armand Colin,Paris.—Albert Demangeon: Belgique et Pays-Bas. LA GÉOGRAPHIE HUMAINE DE MONTRÉAL 123 modifie la surface et le revêtement.végétal du sol, il peuple l'horizon des silhouettes de ses maisons.Or dans l'action individuelle isolée, ces éléments de transformations n'auraient qu'une durée temporaire; le temps, grand nivelleur des choses fragiles, fait vite disparaître jusqu'à leurs traces les plus ténues.Tandis que dans le cas d'une ville, la persistance des besoins à satisfaire, que l'homme prévoit, le force à donner à ses oeuvres un caractère de permanence car ce qu'il édifie pour parer aux nécessités d'un jour lui servira pour parer à celles du lendemain.Ce qui ajoute encore au caractère de fixité des établissements urbains c'est qu'étant l'oeuvre de générations successives, ils jouissent d'une pérennité que ne sauraient avoir les entreprises individuelles.ROUTES ET RUES.— Puisque la valeur de situation de l'emplacement qu'il a choisi dépend en grande partie des facilités d'accès, il est naturel que l'homme ait d'abord songé à améliorer les routes naturelles qui lui ont permis d'atteindre le site de son choix, et parmi ces routes il faut placer au premier plan les rivières et cours d'eau.L'oeuvre humaine qui a concouru à nous les conserver, à nous en rendre l'usage facile, voire même possible, intéresse particulièrement la géographe, aussi réserverons-nous une attention toute spéciale à l'étude de celles qui touchent notre ville, en nous attachant également à l'examen des constructions qui s'y sont juxtaposées ou les ont côtoyées, comme les ports et les canaux.• Mais l'homme ne s'est pas contenté d'aménager les seules routes que la Nature avait tracées, il en a construit de toutes pièces: voies ferrées, routes carrossables, qui ont développé les rapports de connexité avec la région environnant son établissement.Elles s'inscrivent sur la carte comme un rayonnement ayant pour centre le 124 L'ACTION CANADIENNE-FRANÇAISE point noir de l'agglomération urbaine.Mieux encore, l'homme s'est adapté cette route amorphe : l'air, qui sert aujourd'hui de véhicule à la pensée (T.S.F.) ou d'élément à un mode de circulation (aviation) et qui a uns sens géographique, bien que modifiant à peine l'écorce terrestre, en raison des attaches qu'elle établit à ses points de départ et d'arrivée, (antennes, aérodromes) attaches qui se trouvent généralement en liaison étroite avec les centres urbains.Enfin, il y a une variété de routes que leur caractère purement local désigne plus particulièrement à notre attention et la ville en comprend tout un réseau : ses rues.La conception simpliste des rues est qu'elles sont formées par l'alignement des maisons.En réalité, la rue précède toujours la maison, puisque pour amener les matériaux qui serviront à la construction de celle-ci, il faut fouler le sol, environnant, détruire la végétation qui le recouvre et l'usage consacre bien souvent les premiers sentiers ainsi établis.D'ailleurs, dans presque toutes les villes modernes, en voie de progression, les tracés des rues sont faits bien avant que ne surgisse la premières construction qui s'établira sur ses bords.La rue est un moyen de communications conventionnel pour se rendre d'une maison à l'autre, d'un endroit de la ville à un autre.Il faut insister sur le caractère conventionnel des rues, parce qu'il s'agit de l'accord des citoyens pour le prélèvement à même le fonds commun, d'une parcelle de territoire qui restera la propriété de tous ; on convient que cette rue sera entretenue aux frais de tous, pour les fins de la circulation et l'on accepte la restriction imposée par son tracé délinéatoire.I/HABITATION.— Le second fait géographique important des villes est l'habitation.Dans bien des cas la LA GÉOGRAPHIE HUMAINE DE MONTRÉAL 125 forme, a disposition et la nature des matériaux employés à la construction des établissements humains sont en relation étroite et logique avec la composition du sol son revêtement végétal ou son climat (maisons en grès calcaire de la région de Rouen, en argile cuite — briques —dans les Flandres, cases en bambous aux Indes, etc.).Beaucoup plus souvent les constructions des villes ne sont pas assujetties au déterminisme géographique et soit par suite de règlements administratifs, soit pour des raisons économiques, soit pour des questions de* mode, les facteurs naturels sont complètement négligés.En étudiant le caractère des habitations d'une ville nous avons donc à tenir compte que les conditions naturelles peuvent être perturbées par une législation municipale ou des conditions économiques adverses.Peut-être cette étude devra-t-elle se borner à une simple observation des caractères les plus généraux, sans pouvoir trouver ce que le géographe rencontre toujours avec plaisir : la Maison Type.Il ne s'agit pas de retenir notre attention sur la maison historique classée parmi les reliques,' ce serait faire oeuvre de collectionneur.Aussi quelle que soit l'élégance de ses lignes, quelque regret que nous ayons de ne pas la voir survivre dans les constructions nouvelles, il nous faut la considérer comme une originalité.Nous irons plutôt vers l'habitation modeste, celle qui se répète avec monotonie le long des rues de faubourgs, et demanderons à ce témoin quels ont été les motifs et les directives qui ont présidé à son érection, quelles sont les raisons de ses lignes, de sa structure, de ses divisions.Peut-être y aura-t-il heurt entre ce' que nous voyons et notre esthétique, peut-être décèlerons-nous les causes profonds de certains malaises sociaux, car, parodiant 126 L'ACTION CANADIENNE-FRANÇAISE Juvénal, on peut dire qu'un corps sain veut une maison saine, il nous restera à souhaiter que notre observation Strictement objective suggère à d'autres le moyen de ramener dans le coeur des hommes le sentiment de l'ordre et de la beauté.L'AGGLOMÉRATION.— La rouie et l'habitation sont des faits qui ne sont pas exclusivement des faits urbains, puisqu'ils se retrouvent à tous les stades de l'établissement humain.Il y a agglomération quand ces faits sont concentrés sur une superficie insuffisante à satisfaire les besoins primordiaux des occupants.Pour subvenir à leurs besoins les habitants d'une agglomération doivent donc ou employer leurs activités à la périphérie et c'est le centre rural, ou travailler au sein même de l'agglomération et dans ce cas c'est la ville.3 Chaque citadin doit assurer sa subsistance et celle des êtres qui dépendent de lui.En fait toute la ville doit gagner le pain de toute la ville.Il y a là comme une balance du commerce entre la ville et les régions qui l'approvisionnent, une ville qui ne produit pas, ne peut pas vivre.En regard des besoins collectifs : nourriture, logement, habillement, nous avons donc une fonction collective: produire.Il en résultera trois centres distincts d'attraction: celui du marché, celui de l'habitation, celui du travail.^ Ceei est la paraphrase de la définition que Jean Brunhes et Deffontaines donnent dans l'Histoire de la Nation Française, Tome II, page 80.« Il y a ville toutes les fois que la majorité des habitants passe la plus longue partie de son existence et dépense la part principale de son activité à l'intérieur même de l'agglomération.» LA GÉOGRAPHIE HUMAINE DE MONTRÉAL 127 L'agglomération fournit encore des enseignements démographiques.Il ne faut pas voir les effets du seul hasard dans l'établissement et la permanence des bas-quartiers « slums, ghettos » qui sont la plaie des grandes villes.Le géographe peut souvent en indiquer les origines et en déterminer les causes physiques.Il collaborera avec le sociologue pour inviter le législateur à prendre des mesures propres à enrayer le mal: ce sera l'urbanisme.L'URBANISME.— Ce chapitre est un peu en marge de la Géographie, science d'observation pure et simple, si nous l'abordons, ce n'est pas pour donner dans le goût du jour, mais c'est avec l'espoir que nous y trouverons de quoi étoffer des prévisions sur l'avenir de notre ville, en même temps que nous y relèverons sur le vif le jeu de ses divers rouages.Somme toute qu'est-ce que l'Urbanisme?C'est la science qui étudie les besoins présents d'une ville, en prévoit les nécessités futures, et trouve les moyens de subvenir aux uns et de parer aux autres.Certes il ne faut pas accepter comme parole d'Evangile tout ce qui s'écrit sous le signe d'urbanisme.Certaines conceptions, bien qu'animées de la plus noble ardeur, sont de pures chimères.A en croire quelques auteurs il faudrait saper les villes existants et les remplacer par des alignements impeccables de constructions modernes, créer des avenues immenses, où les torpédos de nos neveux pourront faire du 100 à l'heure.De tels ouvrages4 font plus de tort que de bien à la cause de * A consulter en particulier le volume de Le Corbusier: Urbanisme, Crès 1925, ouvrage à caractère nettement révolutionnaire mais bourré d'idées justes, au service desquelles est un style alerte et incisif. 128 L'ACTION CANADIENNE-FRANÇAISE l'urbanisme, ils mettent les remèdes hors de portée.Seuls peuvent s'en inspirer ceux qui construisant une ville ou des quartiers neufs trouvent un sol vierge ou leur initiative n'est entravée par rien.Présentés ainsi les grands projets d'urbanisme apparaissent au public comme des utopies de mégalomanes.Ainsi que nous en émettions l'idée à la fin du paragraphe précédent, l'urbanisme doit corriger les défauts de l'agglomération.Sa fonction primordiale doit être de faire régner l'hygiène et la prophylaxie dans les villes.Ensuite de dégorger le congestionnement urbain par la discipline et l'amélioration des modes de circulation, de faciliter les relations avec l'extérieur.Enfin de veiller à la bonne tenue et à l'embellissement de la ville ainsi qu'à la sage administration de ses finances.NAISSANCES, VIE ET MORT DES VILLES.La naissance d'une ville est entouré des considérations diverses basées sur sa position, sa situation ou parfois sur certains facteurs psychologiques (lieux de pèlerinages) ou encore sur un choix arbitraire, dans le cas des villes artificielles, (comme Canberra en Australie).Sa période de croissance suit un cours extrêmement varié, lié à toutes sortes de considérations qui dans l'ensemble sont presque toujours d'ordre économique: une mine qu'on découvre, l'essai fructueux d'une nouvelle culture, la mise en valeur d'une source hydro-électrique, l'invention d'un procédé qui, d'un produit autrefois sans valeur, fait soudain un produit très en demande, autant de faits de nature à stimuler la croissance d'une ville.Quelles que soient les chances de fortune apportées par les villes à leur naissance, si elles sont confinées à une spécialité quelconque de production ou une forme LA GÉOGRAPHIE HUMAINE DE MONTRÉAI 129 I particulière d'activité, leurs chances de développement seront limitées aux chances de développement de leur industrie.Ceci nous amène à la première hypothèse de la fin des villes: l'anémie due à l'épuisement de la sève nourricière.Cette fin n 'atteint en général que les groupements à faible structure capitaliste, c'est-à-dire ceux dans lesquels l'homme n'a.pas accumulé de nombreuses ressources techniques; usines, machineries, voies ferrées, car alors celles-ci constitueraient un appel, un centre d'attraction pour les produits à traiter, même provenant de régions éloignées, en raison du capital investi dans leur installation, qui ne peut s'amortir que par une production prolongée.La seconde conjecture de la fin d'une ville est la concurrence créée par des centres nouveaux, mieux outillés pour marcher de pair avec le progrès, ou drainant à leur profit un fait d'échanges ou de circulation par un emplacement plus approprié.Comme exemple citons certains ports hanséatiques complètement éclipsés par le développement d'Hambourg.Si les villes ainsi éliminées n'ont pas d'autres ressources pour assurer leur survivance, elles périclitent.Dans d'autres cas c'est la situation qui change, enlevant ainsi à la ville le bénéfice des causes qui l'avaient fait naître.Bien plus rares sont les cas où la mort d'une ville est due à un vice fondamental de son installation.Comme ils ne se rencontrent que lorsque son établissement a été dicté par un pouvoir despotique ne relevant par conséquent pas d'une sélection naturelle du site, ce sont des cas d'espèce n'intéressant le géographe qu'en raison du contraste qu'ils créent avec les villes librement établies. 130 L'ACTION CANADIENNE-FRANÇAISE Citons comme exemple Palmyre, bâtie en plein désert qui, si elle avait été située à un endroit plus favorable, eut pu être reconstruite après sa destruction par Auré-lien.Car hélas ! les villes subissent parfois des destructions violentes : incendies, raz-de-marée, tremblements de terre, éruptions volcaniques et aussi les guerres, mais généralement, dans ces cas, si les raisons qui ont présidé à leur établissement étaient réellement puissantes et bien fondées, elles renaissent de leurs ruines : Moscou, incendiée en 1812 par les Russes pour en chasser Napoléon; Londres, Yokohama, San-Francisco, Saint-Pierre, Ypres, ont subi des cataclysmes de l'ordre de ceux ci-dessus énu-mérés.La foi des habitants dans les destinées de leur ville les a poussés à en relever les ruines.La fin absolue d'une ville contemporaine est en définitive un fait plutôt rare.Ce qui est plus fréquent c 'est le dépérissement ; un groupement urbain s'étiole sous l'action de forces économiques contraires ou d'un handicap constitué par une infériorité soit dans la position, soit dans l'outillage ou l'organisation.En remontant aux causes on peut, dans la plupart des cas, déceler l'incurie, la négligence ou l'esprit de routine des habitants qui, à une époque donnée ne surent pas faire le sacrifice d'apports immédiats pour maintenir à leur ville le rang qu'elle avait acquis.Voyant des rivaux détourner à leur profit les avantages naturels dont ils jouissaient, ils se mirent pas tout en oeuvre pour se forger des outils, lutter contre la concurrence et défendre leurs prérogatives.Aussi est-il nécessaire que chaque citoyen soit éclairé sur les besoins de sa ville, sur les nécessités auxquelles elle répond, sur sa fonction économique, sur ses avantages qu'il lui faut conserver pour préserver ses droits, LA GÉOGRAPHIE HUMAINE DE MONTRÉAL 131 et sur les désavantages qu'elle doit éliminer.Que chacun de ses habitants ait de l'avenir une conception assez nette pour stimuler sa foi en la prospérité future du groupe dont il est une cellule et le faire agir de manière à développer et accroître le patrimoine que lui ont légué ses prédécesseurs.C'est dans cet esprit que nous avons conduit cette étude, nous nous sommes attachés à montrer que la grande ville de Montréal a un rôle très étendu dans le Dominion et même dans la République voisine ; nous avons mis en relief les avantages que lui confrèrent sa situation et sa position ; nous avons souligné la force centripète qui fait converger vers elle les forces économiques de l'immense pays dont elle est la Métropole, mais aussi, nous avons voulu jeter un aperçu sur le travail des concurrents, des autres villes qui voudraient se substituer à elle dans la conquête des marchés; nous avons exposé ce qui a été fait pour faire dévier un courant d'affaires, maintenant séculaire, en faveur d'autres centres; nous avons constaté que son action faisait peur ou envie.Nous avons aussi montré les difficultés que Montréal doit surmonter par suite de son climat, et si nous avons été amené à faire quelques critiques de certaines dispositions de ses administrateurs passés ou présents, tout en reconnaissant l'importance de leur tâche et la grandeur de leur effort, c'est dans le simple but d'en dégager une leçon pour l'avenir.Ce sera notre voeu le plus cher que ces pages d'étude puissent fournir matière à quelque idée susceptible d'accroître le prestige, la force morale et économique de notre ville et lui faire poursuivre dans l'avenir la merveilleuse course ascendante qui la mènera à l'apogée.Raymond TANGHE.
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