L'Action canadienne-française., 1 octobre 1928, Chronique des livres
CHRONIQUE DES LIVRES *>-~-^->—^-~~~^~ RENÉ DOUSSIN N-^—iî->—^—^-^——' GÉOGRAPHIE HUMAINE DE MONTRÉAL.C 'est le titre d'une thèse de doctorat ès-sciences sociales, économiques et politiques que M.Raymond Tanghe vient de soutenir à l'Université de Montréal.Notre collaborateur la présente aujourd 'hui au public en un attrayant volume l illustré de dessins variés.La géographie humaine est une spécialité qui n 'a guère été pratiquée chez nous.D'une science dont l'utilité n 'est plus contestable que d'applications heureuses on peut faire à l'étude de notre milieu.L 'homme subit l'influence du milieu ; il y a en cet aphorisme une part de vérité.L'homme modifie, adapte, humanise le milieu : voilà un fait.En vertu de quelles lois se tracent les routes, s'édifient les villes, se construisent les maisons, se transforment les campagnes, s'agencent les villes, la géographie humaine répond à ces questions et à bien d 'autres encore.C 'est la ville de Montréal que M.Ray-moud Tanghe étudie à la lumière de cette science.Grâce à ses conclusions, on connaît mieux la métropole.Bacon a dit qu 'on ne connaît bien que dans les causes.C 'est une telle connaissance que procure la thèse de notre collaborateur.Nous la recommandons à nos lecteurs.Ce livre leur apportera sur Montréal, son port, ses routes, ses habitations, son avenir, sa croissance, une foule d 'idées neuves très agréablement exprimées.TABLE DES MATIERES: CHAPITRE I.—Comment appliquer les principes de Géographie humaine à l'étude d'une ville; Le cadre naturel; Le facteur humain.CHAPITRE II.—La position.CHAPITRE III.—La situation ; Les routes nationales ; Nos besoins, Nos ressources; La nourriture; Matériaux de construction; Le combustible ; L 'énergie ; Facteurs de relation.CHAPITRE IV.—Les routes naturelles et l'effort humain; Le port de Montréal.CHAPITRE V.—Les routes humaines.CHAPITRE VI.—La maison de Montréal.CHAPITRE VII.—L'agglomération; Carte de peuplement; Légende.CHAPITRE VIII.—L'urbanisme.i 1 vol.5 x 7yz , 331 pp.— Bibliothèque de l'Action canadienne-française, $1.00. CHRONIQUE DES LIVRES 259 LE DEVOIR PROFESSIONNEL.L'inlassable apôtre qu'est le E.P.Archambault, S.J., vient de publier sur Le Devoir professionnel i un petit livre qui fera du bien.Il est né d 'un conseil de saint Ignace insistant sur l'importance des devoirs d'état.C'est une invite à tous les catholiques de faire rayonner leur vie.L'auteur n 'a pas considéré les devoirs d'Etat de toutes les professions.Cela l'aurait conduit trop loin.Elles relèvent toutes d'ailleurs de principes généraux.D'aucuns cependant auraient aimé voir énoncer les devoirs professionnels que la foi impose aux journalistes et aux professeurs.Le Révérend Père a exposé les principes généraux qu 'il a appliqués aux professions d'avocat, de médecin et de notaire.Quelles belles pages pleines de considérations utiles il a écrites! Afin d'offrir un programme de vie qui soit le complément de leur activité professionnelle, le P.Archambault termine son livre par un chapitre sur le devoir social.C 'est un beau commentaire de la parole retentissante que le B.P.Janvier, O.P., lançait durant son Carême de 1904: «Nous perdons des heures et des jours sans nombre dans l'oisiveté de nos cercles, de nos salons, de nos plaisirs, et nous n'avons pas un instant à consacrer à notre pays! .Sachons-le, Messieurs, Dieu nous demandera un compte terrible de cette attitude.L'Ange courroucé de la patrie sera près du Très-Haut, à l'heure du jugement, pour nous condamner et nous confondre sous l'accent accablant de ses reproches: « Ton pays a eu faim et tu ne lui as point donné à manger ; il a eu soif et tu ne lui as point donné à boire, il était dépouillé et tu ne l'as point vêtu, enchaîné, et tu ne l'as point délivré; je te renie, va-t-en.» L'auteur appuie son appel sur l'autorité de l'invite de M.Antonio Perrault proclamant que « le devoir social appelle impérieusement les professionnels.» Qu'il s'agisse de l'avocat, du notaire ou du médecin, le R.P.Archambault inclut dans les devoirs professionnels toutes les obligations qui incombent aux dirigeants.Elles sont d'ordre moral, intellectuel, religieux.Ainsi conçu, ce livre constitue une petite somme pratique pour les professionnels.Il mettra de l'ordre dans les activités parfois disparates auxquelles la vie moderne accule les hommes de profession.La société, dont la vigueur dépend en i 1 vol.5x7, $0.50. 260 L'ACTION CANADIENNE-FRANÇAISE définitive, de la bienfaisance de l'élite, bénéficiera de l'accomplissement intégral du devoir professionnel.Puisse ce livre avoir une très large diffusion.PIERRES DE MON CHAMP.Marguerite Taschereau déjà connue par Etudes a réuni dans un volume élégant un amas de pensées polies par la méditation.Genre peu exploité par nos écrivains, on trouve en ce recueil l d 'aphorismes la netteté, la justesse, la vigueur que ce genre exige.Bien d'extraordinaire dans l'idée.Sans recourir aux excentricités verbales, en utilisant le vocabulaire usuel, l'auteur a réussi à écrire des pensées élégantes et justes et pleines en surveillant l'agencement des mots et le balancement rythmique des phrases.Peut-être ces pensées auraient-elles pu être classif iées.L'auteur les offre telles quelles comme le torrent dépose ses cailloux dans les sinuosités du rivage.Le préfacier, le R.P.M.A.Lamarche, O.P., cite en exemple la lente gestation littéraire de ce livre qui naît sept ans après son aîné.A la vérité, bel exemple de probité intellectuelle dans un siècle de production précipitée.ESSAI SUR L'INDUSTRIE AU CANADA.Domaine encore presque inexploré que l'histoire 1 industrielle de la Nouvelle-France.Nos historiens se sont surtout intéressés aux luttes politiques.A peine si l'on trouve quelques paragraphes dans les grands ouvrages, quelques esquisses, quelques articles épars sur l'état économique ou industriel du régime français.Cependant, les documents ne manquent point qui d 'un vif éclat éclairent l'effort de nos premiers industriels.Ces manuscrits montrent comment nos ancêtres ont su exploiter les immenses ressources naturelles d'un pays vierge.Ils font connaître la vie besogneuse et créatrice du peuple.Les aptitudes, les qualités, les défauts de la race, la valeur de certains régimes et de certaines organisations, ils permettent de les percevoir avec plus de netteté.i 1 vol., carré, $0.75.i Essai sur l'industrie au Canada sous le régime français (2 vol.) hors commerce.On l'obtient du Bureau des Archives provinciales. CHRONIQUE DES LIVRES 261 C'est durant l'intendance de Talon que l'on commence à créer des industries dans la Nouvelle-France alors que Louis XIV et Colbert décident d'y envoyer plus de soldats parmi lesquels se trouvent des gens de métier.Cette politique et la proclamation de la liberté du commerce ont d'excellents résultats.Dès 1671, Talon annonce que les habitants peuvent exporter.Ils suffisent à leurs propres besoins.De fait, brasserie, tannerie, draperie, plusieurs établissements ont surgi.On exploite les forêts et le sous-sol.On manufacture le goudron et la potasse.Bien plus, en vue du commerce international, on construit des navires.Mais, cette ère d 'intense activité n 'est pas de longue durée.C 'est d 'ailleurs ce qui caractérise tout l'élan industriel de la colonie: aux belles périodes succèdent des affaissements.L'inconstance rend le renouveau transitoire.Talon était l'âme dirigeante des entreprises qui, après son départ, chancellent et croulent.Ses successeurs ne rêvent pas aussi grand que lui.D'aueuns sont inhabiles.Les plus clairvoyants, tel M.de Meulles voient leurs projets avorter.Ce n 'est qu 'avec Hocquart que les industries reprennent vigueur surtout de 1735 à 1745.Le roi vient d 'établir des chantiers de construction .navale à Québec.Les mines de fer de la région des Trois-Rivières sont en exploitation.On abat les forêts qui alimentent ensuite les scieries.Les pêcheries se développent et la production industrielle générale est telle que la Nouvelle-France semble en plein équilibre économique.Voici que le roi se désintéresse des entreprises qui ne lui rapportent rien.Toute la charpente industrielle, laborieusement édifiée par deux intendants actifs, se disloque.Ses principales pièces croulent.Ce qui résiste un moment, la tourmente de 1760 l'emporte, comme le fleuve emporte un fétu de paille.M.Fauteux fait assister le lecteur aux hausses et aux baisses industrielles.Industrie minière, industrie métallurgique, industrie alimentaire, on voit toute une colonie produire.Ici et là, à côté de la masse anonyme des producteurs, on admire la figure des pionniers.Les gens de noblesse comme le sieur de Longueuil, les femmes comme Madame de Eepentigny, les prêtres comme l'abbé Lepage, dans sa seigneurie de Terrebonne, les ordres religieux, Jésuites et Sulpiciens, tous se dépensent sans compter pour mettre en valeur le pays colonisé.L'historien explique les causes multiples des déclins alors que tant de facteurs semblent devoir rendre permanente l'activité in- 262 L'ACTION CANADIENNE-FRANÇAISE dustrielle.Les unes tiennent à la nature même du pays, et à la politique coloniale du gouvernement français, d'autres aux industriels mêmes ou à des circonstances incontrôlables.L'étendue du pays, la rareté de la main d 'oeuvre, l'insuffisance des communications à l'intérieur de la colonie et avec l'extérieur, l'absence de numéraire, l'importance primordiale que l'on attache au commerce du castor, l'inexpérience de certains industriels, par exemple d'Olivier de Vézin qui mit les Forges du Saint-Maurice en faillite, aucune cause n'est oubliée.Mais l'auteur le fait sans pessimisme aucun.De son ouvrage en deux volumes, il se dégage même une leçon pour l'heure présente.Si jadis on a pu construire une charpente industrielle admirable, avec de la constance et grâce aux moyens actuels de réalisation que ne pourrait-on pas faire présentement.?PIERRE BOUCHER.M.Séraphin Marion, auteur de Pierre Boucher, l a suivi le conseil de Mme de Sévigné: il a pris le temps de faire court.Cela ne signifie pas qu'il ait écrit une oeuvre incomplète car il sait bien que le mot de Stevenson : « Le grand art consiste à omettre.», s'applique au roman à la manière de Mauriac et pas du tout à l'histoire.M.Marion que le public lettré connaît et classe comme un historien depuis sa belle thèse sur les relations des voyageurs français en Nouvelle-France, a écrit une monographie exemplaire.De ce qui est nécessaire au portrait de Pierre Boucher rien n 'est omis.Huit chapitres bien proportionnés nous font connaître l'époque, l'homme, le gouverneur, le pionnier, le propagandiste, l'écrivain, le chrétien, le patriarche que fut son héros.Le style et la composition des chapitres ont une belle allure classique.L'auteur ne fait pas de l'histoire comme on aborde une science positive.Il est un historien qui, après avoir pris connaissance des actes de l'humanité, tente de relier le passé au présent et s 'efforce de sonder l'avenir.L'épilogue du livre est une synthèse de doctrine historique.L 'auteur dégage, en appliquant aux inquiétudes actuelles, la leçon qui émane de la vie de Pierre Boucher.Toutes ces qualités nous font saluer en cet ouvrage une oeuvre belle et bienfaisante.Nous attendons avec impatience le livre annoncé sur l'abbé Henri-Baymond Casgrain.Eené DOUSSIN.l 1 vol.hors commerce, que l'on obtient du Bureau des Archives provinciales.
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