L'Action catholique ouvrière., 1 janvier 1952, juillet-août
L'ACTION CATHOLIQUE OUVRIERE VOLUME II, No 7 JUILLET-AOUT 1952 SOMMAIRE La présence de l'Eglise .La Rédaction 264 Un grand apôtre de la Classe Ouvrière de chez nous .P.-E.PELLETIER, o.m.i.266 Journées d'études des aumôniers d'A.C.de Chicoutimi : En guise d'introduction.Mgr O.-D.SIMARD, P.A.272 Organisation des journées d'études Abbé C.BOUCHARD 273 I—Un monde qui évolue.Abbé R.POTVIN 276 II—Un apostolat nouveau.Abbé A.SIMARD 288 III—D'authentiques chefs et apôtres pour nos divers milieux.Abbé Philippe BERGERON 301 IV—Rôle de l'aumônier d'A.C.Abbé R.DUFOUR 311 La Voix du Pape : Vœux du St-Père à la J.O.C.S.E.Mgr J.-B.MONTINI 318 La Voix des Evêques : "Le moyen quasi unique de continuer l'éducation du jeune ouvrier".S.E.Mgr G.MËLANÇON 321 "Allez toujours de l'avant, chers jocistes !" .S.E.Mgr G.-M.CODERRE 323 "L'Eglise a besoin de vous" .S.E.Mgr E.FRENETTE 324 "Que la J.O.C.fasse trouver aux ouvriers le Christ authentique".Mgr L.MORIN, P.A.325 Vie des mouvements : I le Session intensive de la L.O.C.327 Le diocèse de St-Jérôme s'organise.329 Session intensive de la J.O.C.329 Rencontre des anciens dirigeants nationaux et fédéraux de la J.O.C.332 "L'Action Catholique Ouvrière" est publiée sous le responsabilité des Aumôniers nationaux et diocésains de la J.O.C.et de la L.O.C.Rédaction et Administration: 1001, rue St-Denis, Montréal 18, P.O.Canada Avec autorisation de l'Ordinaire.Conditions d'abonnement (de janvier à décembre) Abonnement régulier : $2.00 — Pour les Séminaristes : $1.50 Le numéro : 0.25 Editorial LA PRESENCE DE L'EGLISE DANS NOTRE PROVINCE EN EVOLUTION Le présent numéro de l'A.C.O.présente à ses lecteurs une matière inédite et d'un captivant intérêt.C'est le fruit de trois jours de recherches de quarante prêtres du diocèse de Chicoutimi, la plupart engagés dans le ministère paroissial et l'Action catholique spécialisée et qui ont voulu mettre en commun leurs expériences, comme aussi leur science.Le rapport contenu dans ces pages a été soigneusement préparé, comme il est dit dans les notes préliminaires, par une équipe de cinq prêtres, tous spécialistes en Action catholique et quelques-uns en Action sociale.On n'y trouvera pas des théories abstraites mais du vécu, de l'expérimenté, solidement êtayé sur les bases indiscutables de la doctrine sociale de l'Eglise et des principes authentiques de l'Action catholique spécialisée.Ces études, de l'aveu même des auteurs, sont forcément incomplètes et surtout ne visent en rien à faire la leçon à qui que ce soit.Il reste toutefois qu'elles sont de nature à faire réfléchir sérieusement tout prêtre qui a charge d'âmes et tout spécialement les prêtres du ministère paroissial.Le fait frappant « de l'industrialisation très audacieuse » de la région de Chicoutimi et du Iiac St-Jean n'est pas un fait isolé.C'est la situation généralisée à travers notre Province de Québec qui est devenue en grande majorité ouvrière.Les conséquences de cette évolution, de cette transformation sont à quelques détails près, les mêmes partout.Sommes-nous, prêtres engagés dans le ministère paroissial, assez familiers avec ces faits de la plus haute importance pour notre action sacerdotale ?Quelle question angoissante que la présence de l'Eglise dans ce monde en évolution !.Et cette autre, de la solution de ce formidable problème par la transformation d'un laïcat éclairé et agissant dans tous les milieux de vie, selon les directives cent fois répétées par les derniers Souverains Pontifes '.Autant de points qui doivent tenailler continuellement nos âmes de prêtres, nous sortir de la routine, des formules dépassées, et nous pousser à réadapter sans cesse nos méthodes d'apostolat.Car si le monde actuel, à cette heure la plus tragique de son histoire, comme la plus missionnaire également, n'allait pas trouver en nous les médecins éclairés et zélés pour lui apporter les remèdes de l'Evangile et de l'Eglise, les seuls capables de le sauver, à quelle issue serait-il acculé ?.Quelle écrasante responsabilité que la nôtre ! Ces pages, en nous aidant à réfléchir, sauront, nous en avons la ferme conviction, stimuler dans la voie d'un ministère sacerdotal plus apostolique et plus en conformité avec les vues de l'Eglise.La REDACTION — 264 — iiiiimei _Xr oLeuri C^xcellencei rséve'rendù I /lonôeianeur oLouiâ rJLêveôaue, (Lvêque de -J^rearil, \Jnt., 17fonàeianeur oLâ-J n.oLuàôier, c.&.ô.r., C^vêque de ^t-J^aul, -Srlta, et I /lonôeianeur oLéo (LSlaiô, C^vêque de J^rince-_*tloert, ^aik., noi respectueux nommaqei avec laiiurance de notre filiale collaboration à ls^fction L^atnolique à laquelle ili Ae iont particulièrement dévouai dani lei fonctions de directeuri diocéiaini ou daumônieri de j.O.C.et Je $£.£, qu ili ont occupéei.L'Action Catholique Ouvrière — 265 — Sur la tombe de Mgr Desranleau UN GRAND APOTRE DE LA CLASSE OUVRIERE DE CHEZ-NOUS (par le R.P.Paul-Emile PELLETIER, o.m.l., Aumônier national adjoint de la L.O.C.) Toutes les pages de l'Evangile nous attestent que les prédilections de Notre-Seigneur allaient aux humbles, aux pauvres.Son excellence Mgr Philippe Desranleau, le vénérable Archevêque de Sherbrooke, trop tôt ravi à notre affection, en cela aura suivi étroitement l'exemple du Divin Maître : il fut l'ami et l'apôtre intrépide des petites gens et en particulier de la classe ouvrière de chez nous.Dans ce concert d'hommes qui s'est élevé spontanément autour de sa dépouille mortelle, l'Action Catholique Ouvrière ajouta sa voix émue pour dire merci à ce bienfaiteur insigne.Nous sentons le besoin de revenir un peu comme des proches qui, solitaires, vont déposer une couronne de fleurs sur la tombe d'un être cher trop tôt disparu.Ce bouquet, nous le composerons de certains gestes et de certaines paroles de l'auguste défunt, gestes et paroles qui méritent de vivre longtemps dans notre souvenir.Il les connaissait bien Mgr Desranleau aima beaucoup les ouvriers.Et il ne les aima pas d'une façon aveugle.Car il les connaissait très bien.De 1931 à 1938, il fut curé à St-Pierre-de-Sorel et auparavant il avait été curé de la Cathédrale de St-Hya-cinthe, deux paroisses comprenant une population en grande majorité ouvrière.C'est ce qui lui a permis d'étudier les problèmes du milieu ouvrier et de très bien comprendre la psychologie ouvrière.Ceux qui prirent part aux journées d'études sacerdotales de 1942 et eurent le bonheur d'entendre la magistrale conférence de Mgr Desranleau n'eurent pas de peine à s'en convaincre.Il avait intitulé son travail : "La Conquête de la classe ouvrière par la J.O.C.et la L.O.C." — 266 — Cette conférence reste un document peut-être inégalé chez nous.Il y fait, de la masse ouvrière, une description élaborée qu'il faudrait citer en entier.Qu'on nous permette ce passage : « La masse pour la J.O.C.et la L.O.C., ce sont les ouvriers, toute la classe des travailleurs, tout le monde qui demande au travail quotidien son pain de chaque jour, le prolétariat, le salariat, les collets blancs, les employés, les engagés, le milieu la classe.« La masse ouvrière., c'est tout cela ; c'est tout le monde du travail avec ses qualités et ses défauts, avec ses âmes d'élite et ses consciences de meurtrier., c'est tout ce monde qui a adhéré et qui adhère encore au Christ ou qui, par ignorance ou par malice, s'est, d'une façon effarante, séparé de Notre-Seigneur, tout en gardant un masque de christianisme.» Et après avoir examiné minutieusement l'âme de l'ouvrier dans tous ses replis, il termine ainsi : « Analysez les ouvriers, découvrez-leur tous les défauts que vous pourrez si vous savez les regarder, si vous les connaissez, vous apercevrez, et combien plus vraies et combien plus actives que leurs défauts, les qualités et les vertus qui les élèvent au-dessus des autres classes.C'est là dans cette masse de travailleurs que l'homme est encore plus ressemblant à Dieu, son Créateur.» Dévouement pastoral infatigable Mais cet amour de la classe ouvrière, Mgr Desranleau l'a surtout manifesté par un dévouement pastoral sans bornes, par un effort constant pour faire pénétrer partout les principes de la doctrine sociale de l'Eglise qui favorisaient une saine promotion ouvrière chrétienne.Aussi a-t-il travaillé de toutes ses forces à implanter et à faire grandir le syndicalisme catholique et l'Action Catholique Ouvrière.Et quand l'heure des grandes épreuves du monde ouvrier sonnait, Mgr Desranleau était là, aux avant postes, pour prendre la défense des ouvriers et leur apporter le réconfort dont ils avaient besoin.D'autres ont admirablement rapporté ses interventions courageuses.Nous voulons ici ne souligner que quelques dates.En 1937, lors de la grève de Sorel, il jetait péniblement la semence qui est en train de porter des fruits ma- — 267 — gnifiques dans ce coin de terre tellement ouvrier.En 1947, c'est la grève du textile et en 1949 c'est celle d'Asbestos.En ces deux occasions, quand il constatait que la justice tardait à se faire et que les familles ouvrières allaient sombrer dans la misère et le découragement, il élevait sa voix de pasteur que l'on respecta toujours.Mgr Desranleau ne fut-il pas également, avec ses vénérables collègues dans l'Episcopat, un des artisans de la Lettre Pastorale Collective sur le problème ouvrier.Cette lettre restera comme un monument de granit et un phare puissant qui va guider pour longtemps l'évolution sociale de chez nous.Le docteur de l'A.C.spécialisée Mais arrêtons-nous ici à noter l'affection toute spéciale que Mgr Desranleau porta toujours à l'Action Catholique Ouvrière, la J.O.C.et la L.O.C.Promu curé à Sorel, il fut l'un des premiers à permettre l'organisation de la J.O.C, qui venait à peine de naître.Il l'accueillit avec enthousiasme et ne cessa de l'aider de ses conseils et de son appui très marqué.Devenu évêque il encouragea et développa l'A.C.non seulement dans son diocèse mais dans tout le pays.Il fut membre de la Commission Episcopale d'Action Catholique dès la formation de cette Commission et il en fut le président jusqu'à ces derniers temps, ce qui le constituait comme le porte-parole officiel de l'épiscopat pour toute l'Action Catholique.Pendant des années, les aumôniers et les dirigeants nationaux ont fréquemment eu recours à lui.Us repartaient avec des conseils pleins de sagesse, des directives claires et dynamiques.D'ailleurs Mgr Desranleau était un peu comme le docteur de l'Action Catholique spécialisée.En maintes circonstances, il eut l'occasion de traiter de son opportunité, de sa nécessité.Pour conquérir cette masse, ne cessait-il de répéter, il faut des apôtres, des chefs, une élite qui sera comme le levain de la pâte, un levain qui va la pénétrer et la soulever toute entière : "La J.O.C.et la L.O.C.dans la masse, disait-il dans la conférence signalée plus haut, c'est le levain qui pénètre dans la pâte." Cette doctrine qu'il prêchait à tout venant, il ne manquait jamais d'en démontrer son origine toute romaine.Il — 268 — 'avait une dévotion remarquable, toute filiale au Souverain Pontife, particulièrement dans ce domaine de l'A.C.Toutes les fois qu'il ouvrait la bouche pour parler de l'Action Catholique, il le faisait en référant à la pensée pontificale.En 1945 Mgr Desranleau donnait, aux journées d'études sacerdotales d'Action Catholique, une nouvelle conférence sur "l'objet intégral du Ministère paroissial".Il y traçait un tableau complet des devoirs du prêtre de ministère.Au chapitre de la connaissance de la paroisse, l'illustre conférencier insistait d'une façon toute particulière sur le milieu social, l'influence qu'il exerce sur les paroissiens, la nécessité pour le curé d'être bien au fait sur ce point et surtout d'être équipé pour faire son travail pastoral d'une façon efficace.Ces pages sont non seulement d'une lumineuse clarté et d'une science pastorale vraiment extraordinaires, mais encore d'une actualité totale.Qu'on nous permette d'en citer un passage : « C'est le milieu qui perd les hommes, c'est le milieu qui les sauve, c'est le milieu qui les corrompt, c'est le milieu qui les paganise.Comment faire la conquête du milieu ?Comment y faire soh œuvre d'apostolat ?La formule est trouvée : l'ouvrier sera apôtre de l'ouvrier, l'étudiant de l'étudiant, l'agriculteur de l'agriculteur, le professionnel du professionnel.Elle est sortie lumineuse et brûlante, de l'âme de l'Eglise qui est le Saint-Esprit, et du cœur d'un grand pape, Pie XI : C'est l'Action Catholique spécialisée qui sauvera notre paroisse et le monde.» En terminant, il concluait: "Toute notre Espérance est dans l'Action Catholique au service de la paroisse et de l'Eglise." A l'occasion du 15e anniversaire de la J.O.C.canadienne et du 1er congres international de la J.O.C, à Montréal, Mgr Desranleau adressait, le 22 avril 1947, une lettre au président général dont voici les premières lignes : « Le quinzième anniversaire du jocisme au Canada prend figure d'événement mondial : les trois Amériques y enverront des délégués ; l'Europe y sera largement représentée ; l'Asie, l'Afrique, l'Océanie y viendront également.La raison est que le jocisme, comme l'Action Catholique, comme la Ste-Eglise, est universel, supranational, catholique.Partout, le jocisme est le même : par sa mystique et par sa technique, par ses apôtres et — 269 — par son milieu ; il offre à la grande classe ouvrière le service irremplaçable de la conserver ou de la ramener à N.S.J.C.Le prolétariat est devenu universel, c'est le mauvais fruit du surcapitalisme inhumain ; son apôtre est le jociste et le lociste.» 1.Nous tenons également à souligner l'importance qu'il attachait au journal de l'Action Catholique Ouvrière, Le Front Ouvrier: "N'oubliez jamais que c'est votre premier service", disait-il souvent.Deux souvenirs Et pour terminer deux souvenirs nous reviennent à la mémoire.Ils y resteront longtemps gravés.Le premier nous rappelle la visite que Mgr Desranleau faisait à la L.O.C.lors de la session intensive tenue à Sherbrooke, au mois de juillet 1951.Longuement, il exprima aux nombreux dirigeants présents, la confiance qu'il plaçait dans la L.O.C.et les conditions qui rendront leur apostolat efficace."Un membre de la L.O.C, disait-il, c'est un membre choisi dans le Corps du Christ.S'il ne se porte pas bien, l'Eglise en souffre bien plus que si c'était un membre isolé qui faisait du mal à l'Eglise." Et il ajoutait) "Continuez votre bon travail.Nous en avons un extrême besoin".Le deuxième nous reporte à quelques semaines avant sa mort.Il avait tenu, quoique bien malade et infirme à venir visiter les participants des journées d'études sociales tenues à l'Ecole Néo-Ponton, au début de mai dernier.Monseigneur étant resté clans sa voiture, nous nous ét'ons assemblés autour de lui pour entendre son message.Comme il était émouvant de voir ce vénérable prélat faisant effort conrrc pour mieux surmonter l'infirmité qui le minait."Ne craignez rien, disait-il, allez de l'avant, vous vaincrez.Allez comme des soldats."Labora sicut bonus miles Christi." Un scldat ne combat pas comme une soeur (sic).Il n'a pao peur.I! reçoit des coups, mais il en donne.C'e^t une nécessité du combat." Et pour finir, il laissait aux aumôniers d'Action Catholique et d'Action Sociale l'une de ces phrases, lapidaires si engageantes, dont il avait le secret: "Quand on trouvera (1) Cité dans : "Ceux que tu m'ai donnés", p.76.Les Editions Ouvrières, Paris.— 270 — un saint authentique parmi vous, le capitalisme sera vaincu et l'ordre social chrétien fleurira." Que cette forte parole, la dernière que nous avons entendu sortir de sa bouche et de son coeur de grand évêque, d'apôtre de l'Action Catholique, reste comme une consigne, disons mieux, comme un testament spirituel, qui stimulera notre rude travail d'aumôniers.Nous demandons à Dieu de le récompenser au ciel de sa vie de labeur intense et d'apostolat inlassable surtout auprès des humbles et des pauvres.Et nous sommes assurés que, de son éternité, il continuera de nous assister de son intercession auprès du Père Céleste dans notre ministère pastoral, surtout auprès de "la classe ouvrière de chez bous" qu'il a tant aimée et si bien servie.♦h—un—un—»• un—-un—•un—un— mi—-un—nu—un—un——11+ s s NOMINATION DE M.L'ABBE BOLAND POTVIN A L'ACTION CATHOLIQUE CANADIENNE C'est avec joie que nous apprenons la nomination de M.l'abbé Roland POTVIN, chancelier du diocèse de Chicoutimi, I , comme assistant de l'aumônier national de l'Action Catholique I 5 Canadienne, Mgr Laurent MORIN, P.A., V.G.Cette nomination | vient d'être annoncée par Son Excellence Mgr Maurice ROY, 1 archevêque de Québec, au nom de l'Assemblée épiscopale.I = 3 Nous avons signalé dans le dernier numéro de cette Revue, I [ à l'occasion d'un article remarquable de M.l'abbé Potvin, ses | s états de service dans l'Action catholique.Contentons-nous de s I rappeler qu'il a rempli à tour de rôle, et toujours avec succès, I les fonctions importantes d'aumônier diocésain de la J.E.C., de J i la L.O.C.et d'assistant-directeur diocésain d'A.C.On lira égale- 1 Iment avec intérêt le rapport qu'il a préparé pour le présent ] numéro de notre Revue consacré aux Journées d'études sacer- I I dotales d'A.C.de Chicoutimi.S Les aumôniers nationaux et diocésains de l'Action Catholique I 5 Ouvrière présentent leurs hommages respectueux au nouvel I I aumônier national adjoint de l'A.OC, avec l'assurance de leur ?fraternelle collaboration et de leur dévouement empressé.s - L'Action Catholique Ouvrière e - +11——un—un — un—mi—un — mu——un—n u—-h n—_nu-,,,■-, l + — 271 — COMPTE-RENDU DES JOURNEES D'ETUDES DES AUMONIERS D'ACTION CATHOLIQUE DU DIOCESE DE CHICOUTIMI En guise d'introduction Par Mgr O.-D.SIMARD, P.A.Directeur diocésain de PA.C, Chicoutimi Les aumôniers d'Action catholique du diocèse de Chicoutimi ont eu, au mois de janvier, leur retraite annuelle, suivie de journées d'études.Le programme des journées d'études avait été soigneusement préparé, et les retraitants en ont fait le tour avec une grande application.Ce sont leurs conclusions que "L'Action Catholique Ouvrière" publie aujourd'hui.Le thème peut se réduire à ceci : le monde évolue à un rythme extraordinaire ; doivent alors nécessairement évoluer les méthodes d'apostolat ; essai de précisions sur ce dernier point.En cours de route, tous les problèmes essentiels ont été abordés.Ainsi, par exemple, il a été question du rôle du prêtre dans l'Action catholique.C'est peut-être ce qui a été traité de plus important durant ces journées.Il y a le rôle du prêtre en tant qu'aumônier d'Action catholique.Avant tout il doit façonner des âmes, s'il veut avoir des apôtres."Le premier et l'essentiel devoir de l'Action catholique, c'est la sanctification personnelle".(Lettre de Pie XII à l'Episcopat des Indes, 30 janvier 1948.) C'est une vérité sur laquelle on n'insistera jamais trop.Vocation à l'apostolat veut dire : vocation à la sainteté.Et je pense qu'il faut ajouter : vocation à la souffrance.Il y a eu des échecs en Action catholique : soyez sûrs que la plupart ont eu pour cause le manque de préparation des ouvriers apostoliques.Une autre question bien importante : l'obligation pour tous les prêtres de s'occuper d'Action catholique.Et il n'en peut être autrement.Dans un discours sur deux qu'il prononce, le Pape parle d'Action catholique.C'est donc qu'il la veut, à tout prix.Mais pas d'apostolat — 272 — des laïques, c'est-à-dire d'Action catholique, sans l'apostolat des prêtres.De quelques prêtres voués uniquement à l'Action catholique, ou de tous les prêtres ?Dès 1923, Pie XI a répondu à la question : "L'Action catholique relève du ministère pastoral et de la vie chrétienne, à tel point que tout ce que l'on entreprend pour la développer ou la restreindre, constitue de soi, une garantie ou une violation des droits de l'Eglise et des âmes".Mais n'en disons pas davantage dans ces lignes qui ne sont qu'une introduction aux rapports qui suivent.Ceux-ci sont le fruit d'un profond esprit apostolique et d'un admirable travail de collaboration sacerdotale qui furent la note dominante de ces journées de prières et d'études.Pour finir, notons la présence de quelques curés à ces réunions : présence indispensable, car lorsqu'on en vient aux précisions d'ordre pratique, leur avis ne se remplace pas.Organisation des journées d'études (par M.l'abbé Charles BOUCHARD, Aumônier diocésain de la J.O.C.) Depuis trois ans, les Aumôniers d'Action Catholique du diocèse de Chicoutimi se réunissent dans le silence et le recueillement de Val-Racine pour prendre parts aux exercices de la retraite fermée et participer à des journées d'études sur les mouvements d'Action Catholique.Dix-neuf prêtres assistèrent à la première retraite ; on en compta vingt-huit en 1951 ; cette année le nombre des participants s'est élevé à quarante.Cette montée en flèche prouve le vif intérêt que les membres du clergé témoignent pour ces iournées de renouvellement spirituel orientées vers l'Action Catholique.La sema;no est divisée en deux étapes: la première con^-porte une retraite fermée de trois iours; la deuxième est consa^'ée aux réances d'études sur les mouvements spécialisés.Des commissions sont formées et chacune scrute attentivement un Ruiet particulier: les retraitants se réunissent ensuite en plénière pour étudier et retoucher au besoin les conclusions des divers comités.Les participants de cette année furent: Mgr O.-D.Si- — 273 — mard, P.D., Directeur diocésain de l'A.C, le Rév.Père Telmosse, S.J., directeur des Ligues du Sacré-Coeur, MM.les abbés Roland Potvin, chancelier de l'Evêché, Philippe Bergeron, aumônier diocésain des Syndicats Nationaux, Charles Bouchard et Jean-Baptiste Gobeil, aumôniers fédéraux de la J.O.C, Alfred Simard, aumônier diocésain de la J.E.C, Gérard Levesque, aumônier diocésain de l'U.C.C., Alphonse-Elzéar Tremblay, visiteur ecclésiastique des écoles, François-Joseph Fortin, curé du Christ-Roi, Alphonse Parent, professeur au Grand-Séminaire, Walter Lavoie, Adrien Lavoie, René Girard, Albert Clouard, Jos.-Arthur Bouchard, Roland Dufour sr., Lorenzo Cossette, Benoît Deschênes, Roméo Simard, Laurent Tremblay, Léon Tremblay, F.-X.Boivin, Robert Lavoie, Lauréat Lemieux, Jean-Marie Paradis, Roland Tremblay, Maurice Levesque, Adalbert Le-clerc, Armand Simard, Laurent Harvey, R.P.Cossette, s.s.s., Joseph Riverin, Jules Lamy.Son Excellence Mgr Georges Mélançon, Evêque de Chi-coutimi, a bien voulu se rendre en personne visiter les retraitants pour les encourager de ses conseils et leur donner sa paternelle bénédiction.D'autres visiteurs distingués sont venus prendre contact avec les aumôniers d'A.C Ce sont Mgr Sylvio Kérouack, P.D., curé de la cathédrale, Mgr Luc Morin, P.D., curé de la paroisse St-Dominique de Jon-quière, les Révérends Pères Jean-Louis Dion, o.m.i., aumônier national de la L.O.C et Pierre-Paul Asselin, o.m.i., aumônier national de la J.O.C.Les participants furent unanimes à réclamer avec insistance un rapport écrit des délibérations afin que ces journées aient un lendemain.Un comité fut formé pour la réalisation de ce voeu ; il comprenait les Abbés Philippe Bergeron, Charles Bouchard, Alfred Simard, Roland Pot-vin, Roland Dufour.Dans la rédaction du présent rapport, le comité a voulu faire une synthèse aussi exacte que possible des sujets étudiés cette année et en même temps les raccrocher à ceux des années précédentes, car les trois thèmes s'enchaînent."Le Prêtre dans la Cité", "La formation des Militants", "Unité dans la multiplicité en A.C.", voilà les points traités depuis trois ans au cours de ces journées d'études.Le but du présent rapport comme de ces forums sur — 274 — l'A.C.n'est pas de faire la leçon à personne, mais bien de chercher comment appliquer, dans notre diocèse, les directives si pressantes des Souverains Pontifes à l'égard des mouvements d'A.C.et de créer un lien de collaboration loyale entre les aumôniers des divers mouvements et entre les mouvements eux-mêmes.Ce rapport est forcément incomplet, il n'a pas toute la rigueur scientifique que nous aurions voulu lui donner, en particulier, pour ce qui a trait aux sources citées.Les confrères qui ont bien voulu assumer la préparation des travaux qui suivent ont dû ajouter une nouvelle besogne aux obligations déjà nombreuses et combien exigeantes de leur ministère.Nous souhaitons cependant que malgré ses insuffisances, ce compte-rendu puisse aider nos frères dans le sacerdoce.C'est là notre plus vif désir.NOMINATIONS D'AUMONIERS M.l'abbé Gaston HAINS, à son retour d'un stage d'étude sociale à Lille en France, a été nommé aumônier diocésain de la L.O.C.et L.O.C.F.à St-Hyacinthe.Il succède à M.l'abbé W.Chias-son.M.l'abbé Paul LEVESQUE, déjà aumônier diocésain de la L.O.C.et L.O.C.F., assume la fonction d'aumônier diocésain de la J.O.C.et J.O.C.F.pour le diocèse de Sherbrooke.Il a comme assistant à la J.O.C, M.l'abbé Roger MARQUIS du Séminaire St-Charles-Borromée.Tous deux succèdent à M.l'abbé Léon Drapeau devenu curé de Lennoxville.M.l'abbé Armand TRAVERSY est nommé aumônier diocésain de la L.O.C.et de la J.O.C.pour le diocèse de Nicolet, en remplacement de M.l'abbé Victorien LA VIGNE qui devient assistant aumônier au couvent de l'Assomption, Nicolet.M.l'abbé Ferdinand CHAPDELAINE, p.s s., vicaire à la paroisse St-Jacques, Montréal, devient aumônier de la L.O.C.pour le district sud-est, à Montréal.M.l'abbé Claude PARADIS, de la Maison Pie XII, est nommé aumônier de la L.O CF.du district nord, à Montréal.Aux nouveaux aumôniers, nos félicitations et aux aumôniers so: tant de charge, notre vive reconnaissance, avec nos voeux ardents de succès apostolique et l'assurance de notre fraternelle collaboration.La REDACTION 275 1er rapport : UN MONDE QUI EVOLUE NECESSITE DE L'ACTION CATHOLIQUE (par M.l'abbé Roland POTVTN, chancelier) Questionnaire 1 —Que penser de cette affirmation: "Le monde a changé et évolue encore actuellement dans les domaines social, moral, économique et spirituel ?II — L'Eglise est-elle présente à ce monde en évolution?III — Comment assurer cette présence de l'Eglise?I U1V MONDE QUI EVOLUE 1° — Caractères de l'évolution en cours On ne peut nier que le monde ne subisse actuellement une transformation profonde à un rythme très prononcé."Au cours des quarante dernières années.le monde a marché avec une vertigineuse rapidité".(Pie XII, 24 juil.1949).On a trouvé bon cependant de préciser le sens de cette évolution et d'en déterminer les caractéristiques générales principales.1) Unification Les inventions modernes ont rapproché les hommes entre eux et fait tomber bien des barrières qui jusqu'ici les isolaient plus ou moins.Même en restant chez soi, on suit aujourd'hui le rythme quotidien de la vie du monde entier.En sorte que la plupart des problèmes ne se posent plus seulement dans les dimensions restreintes d'un cadre local ou paroissial, mais ils se posent aussi à l'échelle nationale et — 276 — même mondiale.(Pie XII à Mgr Cardijn) Une solution uniquement locale ne peut donc être suffisante.2) Yi«> sociale plus largo L'individualisme libéral du "chacun pour soi" semble donc avoir fait son temps.Le monde s'oriente vers une socialisation plus grande de toute l'activité humaine, dans le sens que cette activité tend aujourd'hui à se développer sur un plan plus largement collectif ou communautaire.C'est là une conséquence nécessaire du rapprochement opéré entre les individus par le progrès moderne; le rapprochement sur le plan matériel, par les facilités de communications, crée l'élargissement de la vie sociale.On n'a qu'à se référer aux tendances actuelles de l'organisation syndicale, ouvrière ou agricole, pour constater ce fait: la grève de l'amiante a soulevé le monde ouvrier de toute la province et même d'ailleurs.Qu'on songe aussi à l'organisation des sports et des loisirs, en général, sur un plan régional et même provincial ; au mouvement coopératif sur le plan provincial et national, etc.3) Industrialisation On assiste actuellement, dans la province de Québec, à une transformation profonde sur le plan économique, conséquence d'une industrialisation très audacieuse.Le Times de Londres écrivait dernièrement: "Le fait central du Canada français, aujourd'hui, ce n'est pas la politique ou le nationalisme, c'est l'industrialisation".(Cité par Relations, mai 1952).Notre région du Saguenay en est particulièrement affectée, encore que cette industrialisation n'en soit ici, qu'à ses débuts.On ne peut prévoir jusqu'où elle se développera.Ce phénomène, comme partout ailleurs, a créé chez nous un monde ouvrier avec tous ses problèmes.D'après les statistiques démographiques compilées en 1951 (Archives de l'Evêché de Chicoutimi), la population du diocèse actuel de Chiéoutimi se répartit comme suit: 70% d'ouvriers (23,734 familles) ; 20% de cultivateurs (7,081 familles) ; 9% d'artisans, commerçants, etc.(3,198 familles) ; 1% de professionnels (370 familles).En moins de 30 ans, la classe ouvrière a supplanté la classe agricole et renversé les rôles.En 1952, en raison des grands travaux industriels en cours, le pourcentage ouvrier atteindra facilement 75%.T'otre rég'on eot devenue à grande majorité cuvricre.C'est Un fait q-'.'on ne peut manquer de reconnaître._ 277 — 2° — Conséquences de cette évolution Cette évolution générale du monde n'est pas sans apporter de grandes répercussions sur les différents plans de l'activité humaine.On a tenu à rappeler les suivantes: I ) Snr le plan social On remarquera un effort des masses vers une participation plus directes des individus et des groupes sociaux à la vie de l'ensemble de la société."Le peuple est appelé à prendre une part toujours plus importante dans la vie publique de la nation".(Pie XII, 26 avril 1946).Cet effort se concrétise dans l'accès des masses à la gouverne de la vie publique, spécialement par les institutions démocratiques.II reste cependant que les masses ne sont pas toujours suffisamment préparées à assumer de telles responsabilités sociales ; la plaie du patronage politique semble une conséquence de ce manque de préparation des foules au régime démocratique, tel que nous le connaissons dans le Québec.AUTORITE PLUS DIFFICILE.— On remarque aussi une plus grande indépendance vis-à-vis l'autorité légitime : la critique habituelle (et presque obligatoire) de l'autorité civile, conséquence de l'organisation démocratique actuelle, a fait perdre à cette même autorité son caractère sacré et rend plus difficile la soumission aux lois.Du côté de l'autorité, sa dépendance vis-à-vis l'opinion publique rend plus difficile son rôle de gardienne du bien commun.TENSION SOCIALE.— Le durcissement des principaux groupes sociaux (ouvriers, patrons, agriculteurs), évoluant sur le plan professionnel en vue de réaliser le bien de la profession, fait perdre de vue aux individus non suffisamment préparés à une direction du groupe social particulier qu'à une loi générale portée pour le bien commun.De là aussi des frictions entre les groupes sociaux; la lutte des classes, les grèves illégales; la résistance des employeurs et des employés aux lois sociales, etc.2) Sur le plan moral La transformation du monde actuel n'est pas sans lourdes conséquences sur le plan moral.LOI DU GROUPE.— Des liens très forts rattachent l'individu à son groupe social, liens qui entraînent de vérita- — 278 — blés obligations nouvelles envers le groupe.Souvent cependant, le groupe impose à l'individu un comportement qui n'est pas toujours en accord avec les dictées de sa conscience.(Ex.: syndicats neutres qu'il faut joindre).Le climat du groupe est aussi bien souvent en opposition avec l'observance morale ; de plus on connaît le phénomène psychologique particulier qui fait que l'individu moyen se fondant dans un groupe, semble perdre sa personnalité propre, pour agir selon une espèce de conscience communautaire, et poser des actes même contraires à ses convictions personnelles: ainsi on signale le fait très commun d'individus qui semblent tout autres dès qu'ils apparaissent en groupes.On est ordinairement bon chrétien chez-soi, alors qu'à l'usine on fait montre d'une immoralité particulière.C'est pourquoi Pie XI a pu écrire : "La matière sort ennoblie de l'atelier alors que l'ouvrier s'y dégrade".(Dans Qua-dragesimo Anno).DEDOUBLEMENT DANGEREUX.— La loi du groupe oblige l'individu à pratiquer un dédoublement dangereux, à la longue : on est catholique à heure fixe ou selon le milieu où l'on est.Or, comme l'individu passe la grande partie de sa vie dans l'ambiance de son groupe social, on ne peut espérer que l'atmosphère qu'il y respire ne transforme peu à peu toute sa vie : le climat du groupe imposera ses conceptions.Où en est aujourd'hui le sens de la justice, la notion du juste prix, la conscience professionnelle dans toutes les classes sociales.?INSUFFISANCE DES CADRES ANCIENS.— Les cadres sociaux anciens qui ont joué jusqu'ici un rôle efficace de protection et d'orientation, deviennent de moins en moins effectifs.Autrefois, la paroisse constituait un vrai cadre social ; aujourd'hui, la vie sociale ne peut plus se dérouler sur ce plan restreint ; elle déborde largement ce cadre devenu trop étroit.Alors que les grands moyens modernes d'influence (presse, radio, cinéma, sport, etc.) lui échappent totalement pour plusieurs, beaucoup d'individus ne vivent même plus dans la paroisse : de Grande-Baie, on va travailler régulièrement à Arvida (20 milles) ; de Jon-quière, Kénogami, St-Bruno, Aima, on va à La Chute-du-Diable (jusqu'à 50 milles).On revient chez-soi le soir, mais c'est sur le chantier de travail que se joue le salut de l'âme (Mgr Léger, ad mentem).Les loisirs organisés sur le plan régional et même provincial entraînent les masses — 279 — dans un déplacement continuel ; de Chicoutimi, on va facilement assister à une compétition sportive ou à une représentation à Dolbeau (90 milles) et à Québec (132 milles).La vie familiale qui a été la grande sauvegarde jusqu'ici, est rendue de plus en plus difficile, tant à cause de cette tendance générale à ne vivre qu'en groupe, que du surpeuplement des logis incommodes, trop étroits, malsains ou insuffisants.La crise du logement que connaît notre région n'est pas pour aider la vie familiale ; une enquête récente nous révèle qu'il manquerait 700 logis à Chicoutimi, 600 à Jonquière et Kénogami, 400 à Aima.L'an passé, alors qu'il manquait déjà 300 logis à Aima, on a construit une vingtaine de maisons que se sont partagées 130 nouveaux couples mariés au cours de l'année.La paroisse, si elle reste isolée ou refermée sur elle-même, ne peut absolument plus tenir le coup ; la famille doit être aidée.3) Sur le plan économique EFFORT DE LIBERATION.— Nous vivons sous la férule d'une économie toute orientée vers le profit.On remarque cependant, heureusement, que se maintiendra l'esclavage économique des masses, dénoncé par les grandes encycliques sociales.Le développement lui-même des richesses pousse les masses à exiger une participation convenable aux biens matériels: les grandes unions ouvrières, en effet, ne cessent de lutter pour l'émancipation économique des travailleurs et leur participation aux bénéfices de l'entreprise.On remarque de même la tendance à l'action commune des masses sur le plan strictement économique par des coopératives multiples.GASPILLAGE.— Le développement de l'économie et l'accroissement des biens de production provoque aussi la convoitise et l'esprit de jouissance, créant un cl:mat neu favorable à la pratique des vertus de justice et de tempérance.La production industrielle inonde le marché d'articles divers fabriqués en série.Une publicité habile crée le besoin psychologique qui impose le produit à la masse du peuple.Les facilités de paiement offertes font croire que n'importe qui peut se procurer n'importe quoi.Ainsi, on rencontre souvent une belle voiture neuve auprès d'une maison familiale insuffisante ou chez un locataire perpétuel ; en certaines demeures, on se prive du nécessaire pour pouvoir étaler un luxe disproportionné (on n'a pas do — 280 — bain, mais mademoiselle reçoit dans un salon meublé d'un chesterfield somptueux).Aussi Sa Sainteté le Pape Pie XII avait-il raison de prêcher aux ouvriers la modération et l'économie.(Discours au "Acli", 26 juin 1948).4) Sur le plan surnaturel (plan de l'Eglise) PARTICIPATION PLUS GRANDE A LA VIE DE L'EGLISE.— On remarque ici, comme sur le plan social, un effort du laïcat vers une participation plus grande à la vie et à l'activité de l'Eglise.La naissance des nombreux mouvements de formation et de vie chrétienne plus intense, comme des nombreux mouvements d'apostolat dans tous les domaines, est un indice certain de cette volonté du laïcat.L'Eglise d'ailleurs favorise ces aspirations des fidèles, en invitant instamment les fidèles à assumer partout leurs responsabilités apostoliques: "Nous voudrions voir se lever de grandes phalanges d'apôtres, semblables à ceux que l'Eglise a connus à ses premiers jours".(Pie XII, 13 avril 1952).La joie des laïcs devant l'exposé du "dogme du Corps mystique" manifeste clairement cette aspiration du laïcat qui tend à vivre d'une manière plus profonde aujourd'hui la vie même de l'Eglise.De nombreux aumôniers ont pu constater personnellement la réaction favorable, même enthousiaste de nos apôtres laïques devant l'exposé de la doctrine catholique sur ce point.RESPONSABILITE APOSTOLIQUE MIEUX COMPRISE AUJOURD'HUI.— La diffusion de la doctrine du Corps Mystique accentue le désir du laïcat de participer de plus en plus efficacement à l'apostolat de l'Eglise.Le laïc d'aujourd'hui ne se contente plus d'une passivité, peu encombrante, il est vrai, pour nous; il veut faire sa part, parce qu'il se sait membre de l'Eglise, aussi vraiment que le prêtre, et donc, lui aussi, responsable, dans sa mesure, de la mission même de l'Eglise.Ils répondent ainsi aux désirs exprimés par Pie XII dans l'encyclique Mystici Corporis : "Nous désirons donc que tous ceux qui reconnaissent l'Eglise comme mère, considèrent attentivement que non seulement les ministres des autels et ceux-là qui se sont consacrés au service de Dieu dans la vie deligieuse, mais tous les autres membres du Corps Mystique de Jésus-Christ, chacun pour sa part, ont le devoir de travailler avec énergie et diligence à l'édification et à l'accomplissement de ce corps".AMBIANCE PAGANISANTE.— Cependant, à côté de — 281 — cette élite qui s'éveille au sens de ses responsabilités, il y a la masse de nos catholiques par tradition qui vivent plongés dans l'ambiance matérialiste d'une civilisation de confort et de plaisirs faciles.Il ne fait pas de doute que la civilisation actuelle, centrée sur la technique, crée un climat beaucoup moins favorable pour l'éclosion d'un christianisme authentique.Aussi voit-on baisser de façon alarmante le sens moral et dans certaines âmes déjà trop nombreuses, s'effacer l'idée même de Dieu.Le matérialisme ne peut marcher de pair avec le spiritualisme chrétien.3° — Conclusion Le monde de demain, conséquence inévitable de l'industrialisation, sera un monde ouvrier.Actuellement l'effort du mouvement ouvrier est déterminé par une libération des entraves économiques qui l'enserrent; demain, il envahira le domaine politique et s'imposera sur le plan de la société.Il existe à l'intérieur du mouvement ouvrier une force incalculable et qui peut renverser le cours de l'histoire : "Aujourd'hui la classe ouvrière du monde est devenue puissante.Il faut bien y réfléchir parce que l'avenir de l'Eglise et du monde en dépend".(Mgr Cardijn, L'Heure de la Classe Ouvrière, p.15).L'Eglise ne peut rester indifférente devant ce fait social.C'est pourquoi Pie XII redit avec insistance que la solution de la question sociale reste le problème numéro un de l'heure.L'ambiance matérialiste dans laquelle s'opôre cette transformation n'est pas pour rassurer les moins pessimistes.Or si cette évolution se fait sans l'Eglise, elle se fera contre l'Eglise.On en a des exemples convainquants dans l'histoire actuelle de plusieurs pays.Il L'EGLISE EST-ELLE PRESENTE AU MONDE EN EVOLUTION ?Il ne s'agit pas de savoir si l'Eglise a ce qu'il faut, en elle-même, pour informer cette solution.L'Eglise, munie des pouvoirs surnaturels que lui a donnés le Christ, transcende toute transformation et est toujours présente à l'histoire."Je serai avec vous jusqu'à la consommation des — 282 — siècles".Il s'agit de mesurer, en autant que la chose soit possible, l'influence actuelle de fait que l'Eglise exerce, chez nous, dans les différentes sphères de l'activité humaine.1° — Sur le plan social Comme point de départ, il convient d'affirmer que sur ce plan l'Eglise seule peut se présenter avec une doctrine élaborée et sûre qui sache concilier la destinée éternelle et temporelle de l'homme et qui soit apte à créer un ordre de justice et de paix.La doctrine sociale de l'Eglise est loin cependant d'avoir reçu sa pleine application chez nous.De grands efforts devront être déployés pour informer par exemple, toute l'organisation professionnelle, ouvrière, patronale ou autre ; pour inspirer le sens chrétien et rédempteur du travail, le sens de la justice, de la modération; pour orienter les réformes des structures et des relations sociales dans le sens de la justice et de la charité.Où en est, par exemple, le syndicalisme ouvrier chrétien?Dans la region, on estime qu'il existe 30,000 ouvriers susceptibles de joindre les syndicats: or, on ne compte pas plus de 10,000 syndiqués et sur ce nombre, 500 appartiennent à des organisations syndicales neutres.Dans la province, sur 750,000 syndicables, on compte au plus 200,000 syndiqués dont la moitié dans des syncLcats à caractère catholique.2° — Sur le plan moral L'influence profonde que l'Eglise a exercé dans le passé, n'est pas effacée ; la loi morale n'est pas encore lettre morte.Il reste cependant que les grandes innovations modernes ne servent que bien peu la cause de l'Eglise ; même, il faut avouer que les applications actuelles de la science favorisent beaucoup plus l'immoralité qu'elles ne servent à la diffusion du bien.Jusqu'où peut-on affirmer la présence de l'Eglise, par exemple, dans le cinéma, la grande presse, — 283 — la radio, les sports?Où en est aujourd'hui le respect de l'autorité, le sens de la justice, de la vérité, du péché, du devoir?.Le respect de la morale conjugale?.de la morale sexuelle?.l'esprit d'obéissance?On remarque des reculs alarmants sur plusieurs de ces points.3° — Sur le plan économique Sur le plan de l'activité économique, l'influence de l'Eglise apparaît peut-être encore moins prononcée.Il existe, il est vrai, le mouvement coopératif qui tend à orienter l'économique vers son objet qui doit être l'homme.Mais à côté, il y a l'organisation établie d'une économie de fait immorale, puisque orientée vers le profit, comme vers sa fin première.Ainsi, on voit s'effriter dangereusement le sens moral dans les affaires, au point qu'on peut redire avec Pie XII que le salut des âmes est toujours en danger dans le domaine économique.4° ■— Sur le plan spirituel On constate avec joie que l'Eglise apparaît aujourd'hui plus belle que jamais peut-.être au cours de l'histoire ; le monde a les yeux tournés vers elle, parce qu'elle se manifeste comme la plus grande force spirituelle, la seule capable d'endiguer la vague matérialiste.NOS CATHOLIQUES.— Mais qu'en est-il, de fait, de nos catholiques?Ne sont-ils pas, eux aussi, menacés d'intoxication dans cette ambiance matérialisante qu'ils respirent constamment?Les valeurs spirituelles ont-elles toujours, auprès d'eux, la préférence?On remarque cependant que jamais on a tant confessé, tant distribué de communions, tant prêché.Est-ce un signe que notre peuple est généralement plus chrétien?Il ne semble pas.Comment expliquer ce fait de pratiques religieuses plus nombreuses sans amélioration vraie de vie chrétienne ?Ne serait-ce pa^ la preuve de l'influence exercée par le milieu ?Ne seraH-ce pas que l'atmosphère, peu favorable, même contra;re, du milieu de vie détruit à mesure ce que pouvaient apporter d'amélioration les pratiques chrétiennes?— 284 — LES ABSENTS.— Une enquête sérieuse révélerait cependant d'assez nombreuses abstentions de pratiques religieuses.Peut-on facilement contrôler, par exemple, l'assistance dominicale, l'accomplissement du devoir pascal, surtout parmi la jeunesse de nos villes?Combien encore de pratiques religieuses faites sans conviction ! EQUILIBRE A ETABLIR.— Il semble qu'il faille arriver à créer un équilibre stable entre le progrès scientifique et le progrès sur le plan spirituel et religieux; sinon le déséquilibre actuel ne fera que s'accentuer au détriment des valeurs spirituelles.On ne peut, sans danger sérieux, rester enfant au point de vue spirituel, alors qu'on est devenu adulte au point de vue technique.L'ambiance matérialiste étouffera peu à peu, mais sûrement, les principes religieux affaiblis.m COMMENT ASSURER CETTE PRESENCE DE L'EGLISE 1°—'Qui va assurer que les réformes sociales en cours tiendront compte des principes immuables de la justice et de la charité évangélique?Qui va assurer que la marche actuelle du mouvement ouvrier ne s'arrêtera pas à la création d'un simple paradis ouvrier sur terre ?2° — Comment promouvoir dans toute la vie laïque, l'observance des lois morales et créer dans tous les milieux une atmosphère favorable à la pratique des vertus chrétiennes?3° — Comment soumettre tout l'ordre économique à la loi de l'Evangile?4° — Qui va assurer la présence du ferment spirituel au milieu de ce matérialisme envahissant?1 ) L'apostolat sacerdotal L'apostolat sacerdotal, toujours aussi efficace en lui-même, peut-il répondre SEUL, à la tâche d'informer toute la vie proprement laïque que.par profession, le prêtre a sacrifié pour un mode de vie différent ?"Le prêtre a renoncé à cette vie pour se consacrer à un apostolat plus élevé." (Mgr Cardijn, Action Catholique Ouvrière, mai 1952, p.167).— 285 — 2) L'apostolat laïqne L'actualisation des principes evangéliques dans la vie profane ne pourra se faire que par l'intermédiaire de ceux que la Providence a chargés de gérer en propre la vie profane, soit le laïcat."Que les laïcs se préoccupent de l'application effective de ces principes doctrinaux à la vie sociale".(Pie XII)."Cet apostolat laïc est complémentaire de l'apostolat sacerdotal, et ce complément est nécessaire pour que partout et à travers tout, par lui et à travers lui, l'apostolat sacerdotal ait toute son efficacité sur la terre.Complément indispensable pour que le plan de Dieu puisse être réalisé, pour que son règne puisse s'établir partout et tachant toujours aux principes evangéliques.(Cf.Lettre qu'apparaît l'absolue nécessité d'apôtres laïques éveillés pleinement à leurs responsabilités chrétiennes sur le plan de la vie profane.C'est par eux seulement que l'Eglise pourra être totalement présente partout.3) L'action catholique Qui nous donnera ces apôtres?C'est là le but de toute l'Action Catholique.Une foule d'organisations diverses s'offrent cependant à l'attention du prêtre, à cette fin.Il s'agira pour lui de choisir et de promouvoir les organisations qui sont les plus aptes à former des apôtres pour telle tâche, dans tel milieu donné.Il ne suffit pas en effet, de vouloir former des apôtres : il faut former des apôtres responsables en vue de tâches précises à exercer dans tel milieu donné ; il est évident que l'apostolat à exercer en campagne est différent, quant à ses buts immédiats, à ses méthodes, de l'apostolat à exercer en plein milieu ouvrier.4) L'action sociale L'Action Sociale Catholique reste toujours, selon Pie XII, une nécessité de l'heure.Pour être pleinement efficace, l'A.C.doit pouvoir s'appuyer sur une action sociale d'inspiration chrétienne : de même, pour ne pas dévier de ses fins, l'Action Sociale Catholique a besoin d'une Action Catholique vivante qui informe toute son activité en la rat-toujours: semper et ubique".(Mgr Cardijn, ibid.).C'est ici collective des Evêques sur le Problème Ouvrier, nos 96-98).— 286 — S) La vie paroissiale L'Action Catholique et l'Action Sociale chrétienne ont besoin toutes deux de s'alimenter fortement aux sources fécondes de la vie chrétienne.Il apparaît alors qu'il faille perfectionner et renforcer la vie paroissiale.Il y a cependant ici, un équivoque à dissiper.Il ne s'agit pas de vouloir à tout prix maintenir la paroisse sur un plan qui n'est pas le sien et de lui faire jouer un rôle pour lequel elle n'est pas faite.Jusqu'à il n'y a pas très longtemps, chez nous du moins, la paroisse apparaissait comme une véritable unité sociale et en remplissait la fonction.Aujourd'hui les cadres se sont élargis (nous l'avons vu plus haut) ; la paroisse, en beaucoup de cas, ne peut plus jouer ce rôle, qui ne lui est d'ailleurs ni propre, ni essentiel.La paroisse évolue sur le plan religieux et elle est organisée en vue du ministère essentiel du sacerdoce (prédication et administration des sacrements) : toute l'économie du droit ecclésiastique est là pour le démontrer.En conséquence, si le prêtre trouve, sur le plan de la paroisse, tous les éléments nécessaires à l'exercice de son apostolat propre, il ne doit pas oublier que le laïc ne peut ni ne doit toujours se contenter d'une activité strictement paroissiale ; son champ d'action est "celui de la vie publique" et, pour lui, "agir dans ce secteur, c'est bel et bien travailler dans l'Eglise".(Pie XII, 4 sept.1949).Il reste cependant que le laïc devra trouver normalement dans sa paroisse l'aliment indispensable à une vie chrétienne supérieure, condition préalable à tout apostolat fécond.C'est alors que la paroisse pourra remplir pleinement ce rôle essentiel : être une source féconde d'alimentation spirituelle pour tous les paroissiens et spécialement pour ceux qui travaillent à rendre l'Eglise présente au coeur de la Cité.:-o-:' — 227 - 2e rapport ; "A UN MONDE QUI S'EDIFIE, S'IMPOSE UN APOSTOLAT NOUVEAU." (par M.l'abbé Alfred SÏMAKD, aumônier diocésain de la J.E.O.) Questionnaire I — Est-ce qu'on admet ce fait d'un monde nouveau?II — Quelles oeuvres avons-nous dans nos paroisses?Quelles en sont le but et la raison d'être?III—Toutes ces oeuvres ont-elles la même importance?Comment les classer?I EST-CE QU'ON ADMET CE FAIT D'UN MONDE NOUVEAU ?Le rapport qui précède vient de le montrer; nous sommes en présence d'un monde nouveau.Il est facile de constater qu'en effet la prédication, l'enseignement religieux ne trouvent plus les mêmes dispositions cher: les âmes ; en tout cas, les habitudes de vie chrétienne, les convictions religieuses, la vie authentiquement chrétienne qui se déroule en dehors de l'Eglise diminue de plus en plus d'intensité.La foi baisse (on rencontre chez nos chrétiens une ignorance parfois insoupçonnée), les moeurs s'amollissent.Les commandements de Dieu et de l'Eglise sont de moins en moins observés, les vocations religieuses et sacerdotales sont de plus en plus rares, la dignité du mariage est de plus en plus offensée, la famille se dissocie, les enfants sont plus difficiles à élever, etc, etc.Et cela, malgré des églises et des écoles plus nombreuses et remplies comme jamais; et cela, malgré le travail plus exténuant du ministère et des oeuvres paroissiales plus nombreuses que jamais; et cela, malgré des traditions de vie profondément chrétiennes, des cadres religieux ca- — 288 — pables de contenir les plus hauts sommets de la sainteté.Bref, on constate que, malgré un ministère plus intense, les âmes se vident.Et l'on conclut avec évidence que le monde a changé; l'on admet ce fait d'un monde nouveau.Admettre ce fait d'un monde nouveau, avec ces conséquences néfastes, c'est déjà beaucoup pour nous stimuler dans notre ministère.Mais ce n'est pas suffisant, il faut surtout remonter aux causes de cette transformation si inquiétante, et chercher le moyen de les christianiser, même de les rendre christianisantes.1° — Causes de cette transformation Il faut voir d'abord le jeu de la volonté libre de l'homme moderne qui évolue maintenant dans des nouveaux cadres sociaux de vie.1) Cadre social du inonde du travail organisé Les hommes de notre temps, individuellement, vivent en plus grande dépendance et solidarité avec les autres.Point n'est besoin de répéter ici comment les grandes découvertes, l'industrialisation, le libéralisme et les abus du capitalisme ont amené l'organisation du travail.On remarquera aussi qu'il est question ici surtout de l'ouvrier, tant sont vraies les paroles du pape, que "la question sociale est une question ouvrière".Si la masse des hommes aujourd'hui s'unissent, sacrifient en quelque sorte leur volonté propre au profit du groupe ; s'ils poignent et fondent leur liberté avec celles des autres ; s'ils consentent à vivre en plus grande dépendance et à devenir plus solidaires les uns des autres, c'est pour que le groupe, l'union, la collectivité, l'équipe, la communauté leur procure ce que seuls, individuellement, ils ne peuvent obtenir soit: un bien légitima et nécessaire à tout homme et que tout homme recherche quand il ne l'a pas, la sécurité de vie pour lui, sa femms et ses enfants.Voilà donc le but, la raison d'être de l'organisation actuelle du monde industriel et agricole : assurer la sécurité des membres.Voilà donc cette entité sociale forte de la faiblesse même de ses membres, créée par eux, et qui va peser de tout son poids dans la l'gne de ce but, un but légitime mais purement terrestre et matériel.Pour cette nouvelle — 239 — puissance, sera bon ce qui la mènera à sa fin; sera mauvais ce qui s'opposera à sa fin.Elle-même sera bonne ou mauvaise selon qu'elle donnera la sécurité à ses membres ou non, comme une hache est bonne ou mauvaise selon qu'elle coupe ou non.Il est très important de reconnaître aussi que cette nouvelle puissance, précisément pour devenir meilleure et assurer davantage la sécurité des individus-membres, cherchera sans cesse à s'allier d'autres volontés, d'autres membres sans distinction de langue, de race ou de religion.Telle est, décrite bien brièvement, cette nouvelle force sociale, ce nouveau cadre social, où évolue maintenant la volonté libre de chacun dans le monde organisé du travail, nouvelle puissance qui va commander à ses membres par-dessus les paroisses, les diocèses, le pays, tout comme cette autre force supra-nationale qu'est l'Eglise.2) Cadre social du monde organisé des sports et des amusements L'homme moderne, tout comme sa femme et ses enfants, est de moins en moins invité à se détendre et à se délasser dans son foyer; surtout quand l'auto ou l'autobus est devant sa porte ; quand il habite un logement absolument inconvenant et qu'il est privé des ressources suffisantes pour se faire un coin attrayant.Il est beaucoup plus attiré durant des heures (hélas! toujours trop courtes pour lui) vers les sports et les amusements organisés selon les meilleures techniques modernes et répondant d'une façon surprenante à la psychologie huma;ne.Cette tranche de sa vie, de plus en plus large à mesure que les heures de travail diminuent, il la passe donc encore en groupe, en communauté; il y apporte une participation active sinon directe, par sa présence assidue, par ses applaudissements et 6on argent.Ainsi, en groupe, on atteint mieux, non pas cette fois, la sécurité, mais le délassement et la détente, but très légitime et nécessaire à tout homme, que tout homme recherche quand il ne l'a pas.Voilà donc, en quelques mots, les nouveaux cadres sociaux créés par l'homme pour se procurer de précieux et légitimes avantages terrestres, la sécurité et le repos.Mais en retour de ces bienfaits que procure le groupe, il faut prévoir que les membres doivent y sacrifier des idées personnelles, des goûts personnels, des convictions et des volontés propres au profit de la communauté ; c'est la condition essentielle de leur force et de leur organisation.Les membres devront donc se soumettre aux lois, volontés, traditions (non écrites, mais qu'ils connaissent bien) de leur groupe social.Autrement ils en seront fatalement rejetés et privés de bienfaits vitaux.Voilà donc la vie d'équipe, de communauté, de solidarité, de vie collective, de vie sociale où se fond aujourd'hui la volonté propre de chacun.C'est beaucoup moins, l'on peut dire, la volonté propre de chacun qui dirige, que la volonté collective, sociale.Les hommes sont beaucoup moins des individus que des membres.3) Déchristianisation progressive Ce phénomène social n'est pas en lui-même l'origine, la source du mal dont souffre le monde moderne.Il n'est qu'une nouvelle manifestation de l'homme, dans son intégrité sociale.Le malheur, c'est que les individus, en participant activement à la création de cette force vitale, dans le but de la faire servir à leur avantage matériel, ont oublié de l'axer, de l'aiguiller vers leurs avantages éternels.L'esprit du mal, qui veille toujours, a été prompt à capitaliser sur cette nouvelle manifestation de l'homme.Aussi, l'homme moderne respire maintenant à pleins poumons, l'air mortel du matérialisme, de l'athéisme et souvent même du sectarisme, sous son vase de verre qu'il s'est fabriqué lui-même.Vivant dans une atmosphère absolument impropre à toute vie surnaturelle, à longueur de semaines, de mois, et d'années, il n'est pas surprenant de voir sa foi diminuer, ses convictions religieuses tomber une à une ; c'est avec une oreille de plus en plus assourdie qu'il entend la voix de plus en plus faible de sa conscience propre.Qu'arrive alors chez nous le jour du choix décisif et c'en est vite fait: ce sera l'apostasie d'un grand nombre des nôtres comme pour les masses de chrétiens qui l'ont déjà fait dans d'autres pays, en des circonstances semblables."Le scandale de l'Eglise du XXe siècle, c'est l'apostasie des masses ouvrières" (Pie XI).Le 20e siècle sera l'heure de la révolution ou de la rénovation.(Cardinal Villeneuve).(Cf.le discours récent de S.E.Mgr Léger, parlant aux Chevaliers de Colomb à Montréal, où il est dit que l'homme s'empoisonne et s'anéantit peu à peu dans une chambre de gaz).Quel homme, quelle agglomération paroissiale, diocésaine, nationale peut se dire à l'abri?Qui n'est pas entraîné dans cette évolution mondiale ?Qui n'est pas entraîné dans — 291 — le courant de cette ambiance moderne faite par la radio, la presse sous toutes ses formes, et le cinéma?en dehors du monde organisé du travail et des loisirs?Les chrétiens encore les moins affectés, sont ceux, comme chez nous, où les convictions religieuses et les traditions de vie chrétienne sont plus ancrées dans les moeurs, où le doigt de Dieu touche encore un peuple jeune.Mais malheureusement c'est là aussi qu'on voit de plus en plus cette vie chrétienne s'affaiblir, devenir à compartiments, tel qu'on l'a décrit au premier paragraphe.A l'influence de l'Eglise et du foyer, qui étaient autrefois les principaux centres de vie et de paix, se substituent de plus en plus d'autres centres d'intérêts trop souvent infectés de germes de mort.2° Christianiser ces causes et les rendre christianisantes Si l'esprit du mal est vigilant et prompt à faire servir à ses fins l'évolution sociale du monde actuel, Rome aussi veille ; les derniers papes ont alerté l'univers catholique.Le remède approprié à ce malaise alarmant est entre les mains du clergé et des fidèles; déjà son application est en cours.Ce remède approprié doit être: 1) collectif; 2) appliqué par les laïcs eux-mêmes; 3) à l'échelle du mal.I ) Rrnu'de collectif Quand un village est aux prises avec le feu ou l'eau, il ne suffit pas de s'occuper de chaque Maison.ma;s encore faut-il s'attaquer au fléau lui-même qui les menace toutes.II en est ainsi pour les individus d'un pensionnat envahi par un mal contagieux.Quand des poissons se meurent dans un bocal d'eau empoisonnée, il s'agit bien plus de changer l'eau que de soigner chaque poisson malade.Il en est ainsi des chrétiens de notre monde nouveau.S'il est nécessaire de s'occuper d'eux individuellement, c'est cependant loin d'être suffisant ; il faut de plus combattre mal social même dont ils souffrent.Ainsi, il s'agit bien moins de donner des sacrements à des individus, que de sanctifier des membres d'une collectivité qui les fait dépérir.Les sacrements donnent la grâce ex opère operato, aux individus qui les reçoivent, mais à condition qu'ils aient les dispositions personnelles et intérieures requises; or la col- — 292 — lectivité dont ils sont membres ne les dispose pas ainsi, tout au contraire.La parole de Dieu prêché et surtout vécue (par l'exemple) tombe dans les âmes comme une semence divine, mais le terrain qui la reçoit est bien mal préparé par la collectivité qui y sème le mauvais grain 24 heures par jour et la bonne semence y est vite étouffée.Ce n'est pas qu'il faille renoncer aux moyens traditionnels de sanctification et de formation individuelle; au contraire, il faut les employer comme jamais: c'est grâce à eux si, chez nous, ce sont des malades qu'il faut guérir et non des morts à ensevelir, mais ils sont insuffisants ; il reste qu'un mal social en empêche toute l'efficacité chez chaque individu.Doublons, si l'on veut et si l'on peut, la présence de l'Eglise dans sa hiérarchie, multiplions les prêtres: ce mal social ne sera pas guéri "ipso facto".S.S.Pie XII disait à Mgr Cardijn: "Je peux écrire des Encycliques, mais je ne puis les appliquer dans les usines, sur la rue.parce que je ne suis pas là".Le mal est dans la vie sociale, collective, surtout du monde organisé du travail et des loisirs, et le remède ne peut être appliqué que par les laïcs, i.e.ceux qui sont là.2) Itemed?applique par les laïcs Il est donc du ressort et du devoir du clergé d'instruire les laïcs de ce remède social et de leur obligation de l'appliquer.Les laïcs, à titre de baptisés et de confirmés, et à un titre spécial s'ils sont mandatés officiellement par l'Eglise, ont le droit et le devoir, eux aussi, de participer activement à l'oeuvre de la Rédemption.Sous la dépendance et le contrôle de la hiérarchie, ils ont à jouer "un rôle irremplaçable" (Pie XII).Ils ont l'obligation de mettre en valeur, non seulement les trésors individuels reçus au baptême et au jour de leur confirmation, mais aussi ceux qui sont destinés aux autres, i.e.à la communauté chrétienne : leur incorporation au Corps mystique et social du Christ les fait membres des uns des autres, les rend solidaires, dépendants, responsables les uns des autx-es.Nous devons plus que jamais les rendre conscients de ce qu'ils sont dans l'Eglise, par la grâce de Dieu, non seulement comme individus, mais aussi comme membres et partie d'un seul tout.Mais la prédication même sous toutes ses formes ne suffit pas; il faut de plus les entraîner, des leur jeune âge, — 293 — 0 à l'exercice de ce Sacerdoce royal dont ils sont participants.On les formera à cette responsabilité apostolique en leur confiant des activités sociales, collectives, d'équipes, de groupes, non seulement intérieures et invisibles comme la prière et le sacrifice, mais aussi des activités extérieures et visibles qui exigent le don extérieur de soi ef qui sont l'expression extérieure de la charité ; et tout cela en tenant compte des techniques humaines au moins élémentaires et de "leur vocation propre" (Pie XI).Ainsi, les laïcs feront leur "part irremplaçable" pour guérir le monde actuel.Ils ne verront plus le prêtre comme le seul dans l'Eglise à avoir le droit et le pouvoir d'influencer les autres membres du Corps mystique du Christ, et de travailler pour Dieu en retour de sa sécurité de vie.Ils ne s'approcheront plus des sacrements, sources de vie divine, comme des êtres isolés, sans lien avec leurs voisins, ou comme des individus à repêcher et à dégager des ténèbres de la mort; mais comme des cellules vivantes qui viennent en contact avec la Vie pour pouvoir mieux donner la Vie au Corps Vivants dont ils sont membres.Il convient bien que les membres qui participent activement au progrès du monde actuel, dans le but de se procurer des avantages matériels et terrestres, coopérant également au progrès du Corps vivant du Christ pour accroître leurs avantages surnaturels et éternels.Cette responsabilité est extrêmement urgente, il ne s'agit plus seulement de conserver des positions acquises, mais de reconquérir une vaste portion du terrain déjà perdu aux mains des auteurs du mal.Ce n'est que par un effort collectif de conquête qu'ils le redonneront au Christ.il) Remède à l'échelle do mal Il est évident que l'application du remède doit être au même plan que l'érosion du mal, i.e.universel ou "supra-paroissial, supra-diocésain, supra-national", selon les termes mêmes de Pie XL Dieu veuille que la paroisse continue chez nous sa mission salvatrice, mais pour cela il ne lui suffira pas de se replier sur elle-même en un geste généreux de conservation.Elle doit appliquer toute sa valeur de christianisation aux membres d'une collect'Lv'té qui la dépasse et non seulement à une portion plus ou moins grande d'individus restés fidèles aux pratiques religieuses.On doit admettre que l'attachement des paroissiens à leur paroisse diminue, ainsi — 291 — que l'intérêt qu'ils portent à leur église et à leur foyer; diminution qui est en fonction de l'intérêt de plus en plus prenant qui les rive chaque jour davantage au monde organisé du travail et des loisirs.Or, ces nouveaux centres d'intérêt ignorent complètement les cadres paroissiaux.La paroisse devient ainsi beaucoup plus un point d'attache, un centre de ravitaillement pour des fidèles qui naviguent en dehors de la paroisse, dans ce sens que leur vie est surtout soumise à d'autres influences provenant de tout le diocèse, de tout le pays, du monde entier (milieux de travail, de loisirs, presse, cinéma, radio, etc.) Voilà donc, bien imparfaitement rapportées, les constatations des confrères au cours de ces journées d'études, qui tous furent unanimes à déclarer que le remède approprié au salut du monde moderne est l'apostolat laïc, surtout l'Action Catholique, comme l'Eglise ne cesse de le répéter: "L'Action Catholique est le remède spécifique aux malaises du monde moderne" (Pie XI)."La formation à l'esprit d'apostolat propre à l'A.C.est devenue un élément essentiel de l'éducation en ces temps nouveaux" (Pie XII).C'est un remède collectif, appliqué par les laïcs, au même plan que le mal, qui nous sauvera.En face de ce fait d'un monde nouveau, nous devons voir clairement le jeu de la volonté humaine, évoluant dans des nouveaux cadres de vie ; mais nous devons voir également la nécessité urgente de l'A.C., surtout à caractère ouvrier, pour sanctifier ces cadres qui sont en voie de transformer nos paroisses, notre diocèse, notre province, notre pays.Seule, une A.C.réaliste et forte et très apostolique, saura non seulement "garder au Christ" ce que nos prédécesseurs ont bâti mais apporter de nouvelles conquêtes : "Parare Domino plebem perfectum".■I QUELLES OEUVBES AVONS-NOUS DANS NOS PAROISSES ?QUELLES EN SONT LE BUT ET LA RAISON D'ETRE ?1° — Oeuvres de piété et de formation En voici les principales : 1 ) Dames do Sainte Anne Pieuse association de dames chrétiennes qui veulent, — 295 — s'appliquer et s'entr'aider mutuellement à la pratique des vertus et des devoirs de leur état, sous la protection de sainte Anne, mère de la très sainte et immaculée Vierge Marie, dont elles font profession d'être les filles dévouées (Manuel des Dames de Sainte-Anne, Ch.1er).2) Enfants de Marie Association exclusivement destinée aux filles, qui sous la bannière de la Reine Immaculée du Ciel et sous la protection de sainte Agnès, vierge et martyre, se proposent de fuir le mal et de s'appliquer à professer dans la piété chrétienne, dans la pureté des moeurs et dans l'accomplissement de leur devoir d'état.(R.P.Béranger).3) Tiers-Ordre Etabli, d'après son institution même, pour le peuple fidèle qui vit dans le monde, afin de l'amener à la pratique d'une vie honnête, innocente et vraiment religieuse.4) Cadets dn Sacré-Coeur Promouvoir la dévotion, favoriser et stimuler la fréquentation des Sacrements.(Manuel de la Ligue).5) Croisade Eucharistique Donner le goût de la vie, de l'unique vie, de la vie de la grâce sanctifiante pour former à une piété plus personnelle, à une action plus désintéressée.(Dans notre diocèse, pour les jeunes jusqu'en 6e année inclusivement; école préparatoire à l'A.C).6) Cercles Lacordaire et Jeanne d'Are Le principal but de leurs membres est de faire l'éducation anti-alcoolique.7) Gardes paroissiales Quelques-uns de leurs buts : a) promouvoir, par une action concertée, les intérêts de l'A.C., du laïcat, selon les demandes des Souverains Pontifes et selon les directives de la hiérarchie diocésaine ; — 296 — b) rehausser, en corps, les principales manifestations religieuses.(Constitution officielle adoptée à Mistas-sini, le 6 mai 1951).2° — Mouvements officiels d'apostolat 1 ) Mouvements généraux d'apostolat a) Ligue du S.-C.Par le Sacré-Coeur, maintenir et propager l'esprit chrétien dans la famille et la paroisse.(Mandat officiel dans notre diocèse).b) Congrégations mariâtes (Pour les deux sexes, pour tout âge, pour toute classe).Le but principal est d'inspirer aux membres une dévotion spéciale à la très sainte Vierge et, sous sa puissance protection, de les aider à mener une vie vraiment chrétienne, non seulement en cherchant leur propre perfection dans l'accomplissement de leur devoir d'état, mais en travaillant, dans la mesure où leur situation le permet, au salut et à la sanctification du prochain, à la défense de l'Eglise de Jésus-Christ, contre les attaques des impies.Elles peuvent, de droit, être mandatées d'A.C.d'après la Constitution apostolique "Bis saeculari de S.S.Pie XII.(Dans notre diocèse, quelques-uns sont en formation).2) Mouvements spécialisés d'A.C.Leur but est de convertir et baptiser ce monde nouveau (décrit à la première partie) ; axer sur le Christ Sauveur ce monde en évolution ; convertir au Christ-Roi cette nouvelle force sociale, collective ; purifier l'atmosphère qui empoisonne quotidiennement les hommes de nos jours; amener les parties composantes de cette force, surtout les membres prépondérants, à un engagement chrétien d'équipe, à une vie chrétienne d'équipe, de prière, de sacrifice et d'activité apostolique collective, i.e.activité faite dans, par et pour le groupe social où la Providence les a placés.Amener le milieu ou le groupe à voir, juger, agir selon les vues, jugements et volonté du Christ par la méthode "voir, juger, agir" mise d'abord en valeur par les membres de ces mouvements.— 297 — Amener les mêmes hommes qui ont participé activement, selon leurs aptitudes, à la création du monde nouveau, à participer également à la sanctification et à la rédemption de ce même monde, à organiser cette même participation comme ils ont organisé ce monde du travail et des loisirs, en faisant appel aux meilleures méthodes modernes d'organisation, sous l'oeil vigilant de la hiérarchie.Ce sont: J.O.C.et J.O.C.F.pour les jeunes ouvriers et ouvrières: J.A.C.et J.A.C.F.pour les jeunes agriculteurs; J.E.C.et J.E.C.F.pour les étudiants et étudiantes; L.O.C.et LO.C.F.pour les adultes ouvriers, ouvrières (mariés ou célibataires) et pour les foyers ouvriers.3) Los oeuvres profanes a) Professionnelles : syndicats ouvriers, patronaux, agricoles, professionnels; b) Economiques : coopératives, caisses, mutuelles, etc.; c) Artistiques, intellectuelles, physiques, patriotiques, etc.m TOITTES CES OEUVRES ONT-ELLES LA MEME IMPORTANCE?COMMENT LES CLASSE!» ?Les oeuvres de piété et de formation, évidemment sont excellentes.Elles ont rendu et rendent encore d'immenses services aux âmes.Elles ont prouvé leur valeur à travers les siècles.Aussi, elles ont accumulé, depuis leur origine, des sommes respectables d'indulgences, de privilèges et de bénédictions de la part de l'Eglise.Et elles s'en attireront encore tant qu'elles produiront des saints, qu'elles respecteront leurs règles internes, qu'elles vivront en harmonie avec la volonté de leurs saints fondateurs.Ce ne serait pas, certes, honorer leur mémoire et se conformer à l'esprit de l'Eglise que de vouloir les mettre de côté ou en changer les buts pour quelque motif que ce soit.Mais, toutes ces oeuvres, en protégeant leurs membres, en développant chez eux la vie religieuse, en les conduisant à l'esprit de charité, les poussent de ce fait, au zèle et à la flamme de la charité, à l'apostolat.Or nous avons vu dans la réponse à la première question, que les oeuvres — 298 — de formation personnelle, pas plus que les sacrements, ou la prédication, n'ont plus la même efficacité à cause du fait du monde nouveau, qu'un mal social leur obstrue le chemin des âmes, que le remède spécifique à ce mal est l'Action Catholique.Sans cette transformation chrétienne des cadres sociaux par l'A.C, les activités chrétiennes de sanctification n'atteignent plus aussi bien les âmes.D'où l'on voit que l'A.C.est l'oeuvre par excellence, est l'oeuvre de tous ; oeuvre à allure de croisade et de guerre totale."C'est pourquoi la formation à l'esprit d'apostolat propre à l'A.C.est un élément essentiel d'éducation en ces temps nouveaux." (Pie XII).Par conséquent, tous les catholiques faisant partie d'associations pieuses ou non, embrigadés dans les mouvements d'A.C.ou non, doivent être formés à cet esprit d'apostolat d'A.C.Toutes les oeuvres de formation et tous les catholiques qu'elles atteignent, toutes les énergies chrétiennes ou humaines, associées ou non, doivent contribuer aux succès de l'A.C, doivent promouvoir les intérêts de l'A.C.Les oeuvres de formation sont invitées à faire partie de la grande armée de l'A.C.générale sans se confondre avec mouvements proprement dits d'A.C.et tout en restant ce qu'elles sont; c'est là le gage de leur efficacité dans cette croisade de tous et chacun.Mais si tous les catholiques faisant partie de ces oeuvres doivent être formés à l'esprit d'apostolat de l'A.C, tous ne sont pas appelés de fait à faire partie des mouvements d'apostolat officiels généraux ou spécialisés, c'est une question de vocation de "vocation propre et véritable", selon Pie XL Pour tous les fidèles, il y a plusieurs façons de participer à cette grande croisade de l'A.C Mgr Civardi les énumrre dans son manuel d'A.C.: prière, apostolat du bon exemple, de l'appui moral et matériel.Dans une guerre totale, tout le pays est derrière les soldats pour les soutenir et favoriser leur action de mille façons différentes, surtout les soldats qui combattent aux points stratégiques.Il doit en être ainsi pour tous les chrétiens, pour toutes les oeuvres ; il faut soutenir, par tous les moyens à sa portée, les militants d'A.C, fournir des éléments aptes aux troupes de l'A.C Les oeuvres profanes ont aussi leur importance ; c'est précisément dans le domaine temporel que le mal social qui étouffe les âmes, prend racine.Nous pouvons donc juger de l'importance de ces diverses oeuvres par leur efficacité à combattre ce mal et indirectement à favoriser la vie de la grâce.Il semble bien que les oeuvres professionnelles sont les plus importantes parce qu'elles travaillent d'une part, à créer des unions ou collectivités dans le monde du travail, basées sur la doctrine sociale de l'Eglise et, d'autre part, à améliorer les conditions matérielles de vie du travailleur.L'oeuvre du syndicalisme catholique est, parmi les oeuvres profanes, la plus propre à éviter pour des masses d'ouvriers cette tragique alternative : d'un côté, opter pour la sécurité matérielle au moyen d'une collectivité où l'âme est en perdition; de l'autre, se résigner à l'insécurité matérielle où l'âme est encore en péril parce que vivant dans des "conditions impropres à toute vie morale d'homme" (Pie XII).A la lumière de ces principes, on peut classer toutes les oeuvres existant dans nos paroisses comme suit : 1) Par ordre de dignité et d'excellence: oeuvres d'A.C, oeuvres de formation et parmi les oeuvres profanes, le syndicalisme catholique.2) Par ordre de nécessité et d'urgence: oeuvres d'A.C, syndicalisme chrétien, oeuvres de formation.Ce n'est pas tout de reconnaître la suprématie et la suprême nécessité des oeuvres d'A.C.; mais toutes les énergies humaines, sui-naturelles ou temporelles ont le devoir de les soutenir et de les aider.m» .Après le souper et les discours qui le suivirent, la soirée se continua jusqu'à minuit à l'Auditorium de l'Hôtel-Dieu.On entendit de nombreux témoignages des plus émouvants d'anciens et anciennes de diverses fédérations.Il faudrait tous les citer.Nous ne signalons, pour le moment, que le message enflammé du fondateur de la J.O.C, le R.P.Henri ROY, o.m.i., et l'allocution finale de la soirée prononcée par le R.P.P.-P.ASSELIN, o.m.i., le dynamique aumônier national actuel du mouvement.Cette rencontre fut pour les anciens un retour émouvant à leurs origines en A.C.ouvrière, en même temps qu'une invitation à un renouvellement dans leur engagement d'apôtres de la classe ouvrière.Et pour les aumôniers et dirigeants actuels, elle fut un précieux encouragement.Pour tous, cette rencontre fut la preuve irréfutable qu'on ne passe pas en vain dans la J.O.C.: on en sort marqué pour la vie.(1) Nous reproduirons le texte intégral de cette conférence dans un prochain numéro de la Revue qui sera consacré au 20ème anniversaire de la J.O.C.— 333 — \T!S FOYER APOTRE RATI PAR LA J.O.C.CANADIE1VTVE A l'occasion du grand souper d'honneur du 20ème anniversaire de la J.O.C.canadienne, un certain nombre d'anciens furent invités à livrer leur témoignage personnel.L'un des pius prenants fut celui d'un foyer apôtre bâti par la J.O.C.Lisons plutôt ce témoignage spontané recueilli minutieusement : "C'était en 1937, Je sortais du pensionnat.J'appartenais à une famille foncièrement chrétienne.Et j'avais dans le fond de moi-même, je ne sais quoi qui me disait : Il faut que tu fasses quelque chose.Je ne savais quoi faire et je ne savais où aller.A un moment donné, j'ai vu passer une guide avec un grand chapeau, je me suis dit : j'aimerais ça avoir un chapeau comme ça ."Il n'y avait pas de guide dans la paroisse ; c'était la paroisse Saint-Sauveur de Québec, dirigée par les Pères Oblats.Un jour, il y avait un grand ralliement au palais Montcalm de Québec, à l'occasion d'une vente de calendriers.Vous vous rappelez les ventes de calendriers .J'arrive au palais Montcalm, j'étais en arrière et j'écoutai de mes deux oreilles toute la soirée.J'étais prise par tout ce qui se disait.Il y avait un "petit bonhomme" sur le théâtre, les manches retroussées, qui a parlé pendant une heure.Je me suis dit : C'est ça la J.O.C.Ce petit bonhomme parlait aussi bien qu'un prêtre .si c'est pas mieux ! .C'est ce petit bonhomme qui m'a conquise à la J.O.C.Je me suis dit intérieurement, mais je ne le disais à personne (j'allais communier souvent et j'assistais à la messe), je me suis dit intérieurement: je suis capable de faire pareil, je suis capable de faire autant que lui."Je suis allée trouver l'aumônier de la section et je lui ai dit que je voulais faire de la J.O.C.Mes parents s'objectaient un peu ; ils disaient : "A la J.O.C, ce sont des mauvaises filles qu'on a le et nous ne voulons pas que tu ailles te perdre !" Alors j'ai amené l'aumônier de la section convaincre mes parents.Ils m'ont laissé aller et mes petites soeurs m'ont suivie.Je revenais des premières réunions en disant : c'est-ty plate ! .A la réunion, je rencontrais des filles avec un enthousiasme exubérant et moi, je sortais du pensionnat avec mes petites manières!."Bonjour, mon Père!".Je trouvais exagéré quand l'aumônier arrivait et que les filles ne se levaient pas.J'aurais voulu que les jeunes filles soient comme dans un pensionnat.Un soir, pendant l'heure d'adoration, je me suis dit: Ce soir, si ça ne marche pas, je laisse la J.O.C.J'ai rencontré une amie qui a continué à m'intéresser et.et le discours du petit bonhomme me revenait souvent.vous savez ! ."J'ai été secrétaire de la section, trésorière de la fédé et ensuite secrétaire, puis présidente du diocèse de Québec.Et le "petit bonhomme" qui avait si bien parlé, il est aujourd'hui mon mari !" Cette ancienne jociste est Mme (Georgette Beaumont) René GOSSELIN, ex-présidente fédérale de la J.O.C.F.de Québec.Son mari fut lui-même président fédéral de la J.O.C.de Québec.Aujourd'hui ils demeurent près de Granby.M.René Gosselin vient d'être élu président de la Fédération du Textile (C.T.C.C.).M et Mme Gosselin sont également responsables d'un groupa d'Orientation des foyers de la L.O.C.de Granby.— 334 —
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